Archive pour février, 2014

Prière pour demander des grâces par l’intercession du Vénérable Pie XII

et
pour obtenir la glorification de ce grand serviteur de Dieu :

Sa Sainteté Pie XII donnant la bénédiction Urbi et Orbi

Sa Sainteté le Pape Pie XII
donnant la bénédiction Urbi et Orbi.

   O Jésus, Pontife éternel, qui avez daigné élever Votre Serviteur fidèle Pie XII à la suprême dignité de Votre Vicaire ici-bas, et lui avez concédé la grâce d’être un défenseur intrépide de la Foi, un courageux champion de la justice et de la paix, un glorificateur zélé de Votre très Sainte Mère, et un exemple lumineux de charité et de toutes les vertus, daignez maintenant, en vue de ses mérites, nous accorder les grâces que nous Vous demandons (…), afin que, assurés de son efficace intercession auprès de Vous, nous puissions le voir un jour élevé à la gloire des autels.

Ainsi soit-il !

Imprimatur
+ Petrus Canisius
Vic. Gen. Civit. Vatic.
die 8 decembris 1958

Armoiries et devise de Pie XII

Armoiries et devise de Sa Sainteté le Pape Pie XII

2014-29. De l’anniversaire de l’élection du Vénérable Pie XII au Souverain Pontificat.

- 2 mars 1939 -

       Le 10 février 1939, dans sa quatre-vingt-deuxième année, s’éteignit le Pape Pie XI : il était resté 17 ans sur le trône de Saint Pierre.
Le conclave destiné à l’élection de son successeur fut convoqué pour le mercredi 1er mars.

   Dès 1937, Pie XI avait laissé entendre qu’il souhaiterait avoir pour successeur celui qu’il avait appelé auprès de lui en février 1930 pour être son Secrétaire d’Etat : le cardinal Eugenio Pacelli.

Pie XI avec le cardinal Pacelli en 1931

Eugenio Pacelli, né le 2 mars 1876
cardinal du titre des Saints Jean et Paul en 1929
Secrétaire d’Etat de Pie XI en 1930
ici en compagnie de Pie XI en 1931

   Les gouvernements français et anglais étaient favorables au cardinal Pacelli, ce qui n’était pas le cas du Troisième Reich et du régime mussolinien, car les dispositions du secrétaire d’Etat au sujet du nazisme et du fascisme étaient clairement connues.
L’ensemble des cardinaux français, à l’exception toutefois du cardinal Eugène Tisserant, semblait acquis à l’idée de l’élection de Pacelli.
Toutefois les pronostiqueurs faisaient remarquer que les chances d’élection pour un non-italien n’avaient jamais été aussi favorables, et qu’aucun secrétaire d’Etat n’avait été élu depuis 1667 (tout comme aucun Romain n’avait été élevé au Souverain Pontificat depuis 1670). A propos de Pacelli, ils rappelaient le proverbe selon lequel « celui qui entre pape au conclave en ressort cardinal ».
Parmi les « papabili » on citait le primat de Pologne August Hlond, l’archevêque de Cologne Karl Joseph Schulte, le camérier français Eugène Tisserant, l’archevêque de Milan Ildefonso Schuster, le patriarche de Venise Adeodato Piazza, et surtout l’évêque de Florence Elia Dalla Costa, favori des Italiens…

   Le mercredi 1er mars 1939 donc, les cardinaux, au nombre de soixante-deux furent enfermés en conclave.
Le 
jeudi 2 mars 1939, au troisième tour de scrutin, Eugenio Pacelli fut élu et, à 17h 30, la fameuse fumée blanche s’éleva du tuyau de poêle sortant du toit de la Chapelle Sixtine.

Il semblerait qu’il avait reçu 35 votes dès le premier tour, 40 au deuxième et 61 au troisième (c’est-à-dire les suffrages de tous les cardinaux sauf le sien propre).

   Voici une vidéo, réalisée avec les documentaires cinématographiques de l’époque, qui montre les préparatifs du conclave, l’ « Habemus Papam » et le couronnement de celui qui fut dès lors Sa Sainteté le Pape Pie XII.
Ce document est tout à la fois très émouvant et des plus intéressants, puisqu’il nous replonge dans un univers en quelque sorte disparu et qu’il permet à l’œil averti d’évaluer la dégringolade qui s’est produite depuis :

(faire un clic droit sur l’image ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet »)

Image de prévisualisation YouTube

   Le nom de Pie, choisi par le 260ème pape, voulait exprimer la continuité avec le précédent pontificat ; il était aussi un hommage aux papes Pie IX sous le règne duquel Eugenio Pacelli était né et que ses parents avaient servi avec dévouement, et Pie X sous lequel sa propre carrière à la Curie avait pris son essor.
Il dira aussi que c’est un nom qui exprime la paix : en latin « pius » ne signifie pas seulement pieux, mais comprend aussi les notions de douceur et de bienveillance. En ce mois de mars 1939, le monde entier pressent et redoute l’éclatement d’un conflit majeur.

Election de Pie XII hommage des cardinaux

2 mars 1939 : dans la Chapelle Sixtine,
après que le cardinal Pacelli a accepté son élection et revêtu les ornements pontificaux,
les cardinaux viennent se prosterner devant lui, baiser sa mule et sa main
et recevoir de lui l’accolade de paix.

   Mère Pascaline Lehnert, religieuse de la Sainte-Croix, aide-soignante de Monseigneur Pacelli depuis le temps où il était nonce apostolique à Munich et à laquelle il avait demandé de venir à Rome en 1930 pour être sa gouvernante, a laissé dans ses mémoires un récit de ces jours du conclave : elle raconte comment le cardinal Pacelli, camerlingue de la Sainte Eglise Romaine, fut affecté d’avoir à présider les funérailles de Pie XI auquel une affection filiale l’attachait. Elle explique aussi que le cardinal avait donné l’ordre aux religieuses qui s’occupaient de son appartement de mettre dans des caisses et des valises toutes ses affaires, parce qu’il comptait fermement quitter le Vatican dès la fin du conclave afin d’aller se reposer à Rorchach, dans les Alpes suisses (il avait même déjà obtenu le visa suisse sur son passeport !).

Mère Pascalina Lehnert

La Révérende Mère Pascaline Lehnert (1894-1983)
gouvernante du cardinal Pacelli puis de Sa Sainteté le Pape Pie XII

   Pendant le conclave, le cardinal Pacelli garda son appartement, parce qu’il était inclus dans le périmètre du conclave, et les trois religieuses y étaient enfermées, continuant à faire les bagages de Son Eminence, rangeant ses livres et ses objets personnels dans des caisses. Les fenêtres étaient toutes condamnées – volets cloués – et il était interdit de les ouvrir sous peine d’excommunication.

   « Comme le cardinal fut content lorsqu’au soir du 1er mars 1939, après avoir achevé son travail de camerlingue, il put se rendre dans son appartement, y manger et y dormir, bien que toutes les pièces fussent complètement vides (…). Cette dernière soirée avant le jour de l’élection fut comme toutes les autres. Le chapelet récité en commun vint clore pour nous la journée, tandis que le cardinal continua à prier et travailler comme toujours jusqu’au petit matin.
Aux premières heures du 2 mars, nous attendions tous dans l’antichambre de la chapelle pour offrir à Son Eminence nos voeux d’anniversaire. Il n’aimait guère recevoir de félicitations, et ce jour-là se contenta de dire en faisant un geste amical : « Priez, priez, pour que tout se passe bien ! »
Puis ce fut la messe – ici, on avait l’impression que rien ne pouvait affliger le cardinal et qu’il faisait descendre Dieu sur terre. Après le petit déjeuner, il se rendit à la Chapelle Sixtine, comme il se rendait autrefois à l’audience du Saint-Père.
Nous, dans la Cella n°13 ne savions, n’entendions et ne voyions rien de la foule massée sur la place Saint-Pierre ; en effet, tous les volets et toutes les fenêtres étaient fermés. En outre, il était interdit d’y aller. Et puis, il y avait encore beaucoup à faire, car lorsque Son Eminence reviendrait, elle voudrait voir les dernières caisses et valises prêtes. Le gâteau d’anniversaire avec les 63 bougies devrait aussi être prêt, même si elle n’y touchait pas.
Le cardinal revint après le premier scrutin – calme et maître de lui comme toujours. La curiosité nous eût bien fait poser des questions, mais nous ne dîmes pas un mot devant le sérieux et la gravité répandus sur sa personne (…) »

Election de Sa Sainteté Pie XII - Chapelle Sixtine

2 mars 1939 : dans la Chapelle Sixtine,
le nouveau Souverain Pontife, revêtu de la falda, de la chape et de la mitre,
assis au trône sur le marchepied de l’autel pour l’hommage des cardinaux.

   « Il était environ 17h 30. Nous étions encore tout à fait occupées à ranger et à faire les valises, lorsque, montant de la place Saint-Pierre, nous parvinrent des cris et des applaudissements prolongés. Mais personne n’eût osé aller à une fenêtre et personne ne vint nous dire quoi que ce soit. Nous attendîmes donc – jusqu’à ce que la porte du grand bureau s’ouvrit. Sur le seuil apparut la haute et mince silhouette familière – cette fois-ci vêtus de blanc – , entourée du maître des cérémonies et d’autres prélats, qui, toutefois, se retirèrent aussitôt. – Ce n’était plus le cardinal Pacelli, c’était le pape Pie XII, qui, de retour de la première adoration dans la Sixtine, revenait chez lui.
Qui pourrait oublier un pareil moment ? En pleurant, nous, trois religieuses nous agenouillâmes et baisâmes pour la première fois la main du Saint-Père. Le Saint-Père, lui aussi, avait les yeux humides. Se regardant, il dit simplement : « Voyez ce qu’on m’a fait… ! »
Les mots manquaient – il n’y a pas de mots dans certaines situations – , et il n’y avait pas beaucoup de temps non plus, car déjà les prélats revenaient pour emmener le Saint-Père à la prochaine adoration. »

Election de Sa Sainteté le pape Pie XII

2 mars 1939 : Sa Sainteté le pape Pie XII qui vient d’être élu
dans les couloirs du conclave avant la première apparition à la loggia de la basilique vaticane.

   « Bientôt arrivèrent proches parents et amis intimes, qui voulaient féliciter le Saint-Père. On ne pouvait presque pas parler, pour la raison bien simple que la voix s’y refusait. Et l’on ne pouvait pas non plus retenir ses larmes. On ne savait si ce qui émouvait le coeur était douleur ou joie.
Le Saint-Père fut d’une extrême bonté envers tous ceux qu’il rencontra après son retour à l’appartement. Mais maintenant son visage blême montrait une très grande fatigue. Lorsqu’il put enfin se libérer, il se laissa tomber dans un fauteuil et pendant plusieurs minutes recouvrit son visage de ses deux mains. En toute hâte, nous ressortîmes des paquest ce qui était nécessaire, mais nous étions toutes trop émues pour pouvoir fair du bon travail (…).
La place Saint-Pierre tout entière était encore pleine de gens poussant des acclamations. C’est à ce moment-là seulement que quelqu’un eut l’idée d’ouvrir les volets et de regarder cette marée humaine au-dessus de laquelle avait retenti, il y a peu de temps, pour la première fois, la bénédiction du nouveau pontife. C’était comme si les gens ne pouvaient s’arracher à l’endroit où ils avaient entendu l’heureuse nouvelle. Sans cesse reprenaient les cris de : « Viva il Papa, viva Pio XII. Viva, viva il Papa Romano di Roma ! »
C’étaient les Romains, tout particulièrement, qui étaient heureux de voir à nouveau, après tant de temps, l’un des leurs sur le trône de Pierre !

   Il était temps de penser à une petite collation du soir ! Quant à changer de vêtements, le Saint-Père n’en avait pas besoin aujourd’hui, car il n’avait provisoirement qu’une seule soutane (qui ne lui allait d’ailleurs pas du tout). On entendait jusque dans la salle à manger les acclamations montant de la place Saint-Pierre. Après le dîner, auquel Pie XII toucha à peine, on se rendit, comme chaque jour, à la chapelle pour réciter le chapelet. Le seul à pouvoir prier sans s’arrêter, avec calme et recueillement, fut le Saint-Père. Nous autres devions sans cesse nous interrompre, parce que les larmes ne nous permettaient pas de continuer notre prière. Puis, pour la première fois, Sa Sainteté Pie XII nous donna la bénédiction du soir – celle-la même que, neuf années durant, nous avait donné le cardinal Pacelli. Pour nous, la journée était terminée ; pour le Saint-Père, elle continua, même aujourd’hui, et ne s’acheva sans doute, comme à l’accoutumée, qu’à 2h du matin, alors que nous avions déjà plusieurs heures de sommeil derrière nous. »

Pascalina Lenhert (1894-1983)
in « Pie XII – Mon privilège fut de le servir » (ed. Téqui).

Scala Regia Pie XII porté sur la sedia gestatoria

Pie XII descendant la Scala Regia porté sur la sedia gestatoria.

On trouvera ci-après une
prière pour demander des grâces par l’intercession du Vénérable Pie XII

et pour obtenir la glorification de ce grand serviteur de Dieu > ici

Rappel :
Célébration du 50ème anniversaire de la mort de Sa Sainteté le Pape Pie XII,

le 9 octobre 2008, homélie de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
et étude apologétique sur ce grand pape > ici

2014-28. Réflexions félines et citations – 28 février 2014.

Vendredi 28 février 2014,
Fête de la translation de notre Bienheureux Père Saint Augustin.

Mont Mézenc depuis Soutron 23 février 2014

Le Mont Mézenc enneigé contemplé depuis le seuil de la chapelle de Soutron (1140 m d’altitude)
- dimanche 23 février 2014 -

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Dernier jour de février : voici quelques unes des réflexions que je me suis faites au cours de ce mois écoulé ; voici quelques citations remarquables qui ont nourri ma réflexion ou ma méditation…

patte de chat

   Les temps que nous vivons sont marqués par de grandes épreuves pour les fidèles. Nous devons même nous attendre à voir ces épreuves croître en nombre et en intensité…
Alors, il est bon de lire sereinement ces paroles de notre glorieux Père Saint Augustin (Cité de Dieu, livre I, chap. 8) :

« Comme un même feu fait briller l’or et noircir la paille, comme un même fléau écrase le chaume et purifie le froment, ou encore, comme le marc ne se mêle pas avec l’huile, quoiqu’il soit tiré de l’olive par le même pressoir, ainsi un même malheur, venant à tomber sur les bons et sur les méchants, éprouve, purifie et fait resplendir les uns, tandis qu’il damne, écrase et anéantit les autres. C’est pour cela qu’en une même affliction, les méchants blasphèment contre Dieu, les bons, au contraire, Le prient et Le bénissent : tant il importe de considérer, non les maux qu’on souffre, mais l’esprit dans lequel on les subit ; car le même mouvement qui tire de la boue une odeur fétide, imprimé à un vase de parfums, en fait sortir les plus douces exhalaisons. »

patte de chat

  Confiteor Deo omnipotenti, beatae Mariae semper virgini…
Je confesse à Dieu tout puissant, à la bienheureuse Marie toujours vierge…

   La foi chrétienne, divinement révélée, est très précise, très réaliste.
La formulation de la Vérité révélée ne peut se permettre de manquer de rigueur : chaque mot, avec ses nuances propres, a été choisi de manière minutieuse et doit être compris avec la même rigueur qui l’a fait choisir.
Si on ne s’impose pas cette rigueur on risque de trahir la Vérité révélée par Dieu ; et si l’Eglise a toujours été très stricte sur ce point, ce n’est pas pour le plaisir de couper les cheveux en quatre !

   Dire de Marie qu’elle est « toujours vierge » n’est pas une abstraction. Ce n’est pas non plus une expression symbolique.
Dire « Marie toujours vierge », n’est pas exactement la même chose que dire « la vierge Marie ».
Le mot « vierge » est un mot quasi technique, il a un sens précis, il exprime une réalité matérielle, corporelle, physique : il désigne l’intégrité de l’hymen. Difficile de faire plus concret !
Voilà pourquoi dire « Marie toujours vierge », n’est pas exactement la même chose que dire « la vierge Marie ».

   La virginité perpétuelle de Notre-Dame est un dogme : celui qui ne croit pas que Marie a été vierge AVANT, PENDANT et APRES l’enfantement, n’a pas la foi catholique, n’est pas catholique !

   Dans la liturgie traditionnelle nous ne disons jamais que : « la bienheureuse Marie toujours vierge ».
Dans le texte latin original du nouveau rite, on trouve aussi « la bienheureuse Marie toujours vierge » ; mais, dans sa traduction française, on n’a plus que « la vierge Marie ».
De fait, on se rend compte qu’un grand nombre de fidèles qui vont à la nouvelle messe en français n’ont pas la foi dans la virginité perpétuelle de Marie : dans le meilleur des cas ils croient qu’elle a conçu le Fils de Dieu en étant vierge, mais ils ne croient pas qu’elle est restée vierge pendant et après l’enfantement.

   Ce simple mot – toujours – , omis dans les traductions françaises, est lourd de beaucoup de choses : une omission qui concourt à la perte de la foi catholique…
Inconscience ou bien propos délibéré, de la part des traducteurs et des évêques qui ont approuvé ces traductions ?
Dans tous les cas, un exemple précis parmi bien d’autres qui, pour moi, démontre qu’il vaut mieux s’abstenir d’assister à la messe dans le nouveau rite : toujours !

Statue terrasse Mesnil-Marie

Statue de la Madone saupoudrée de neige
- terrasse du Mesnil-Marie, 4 février 2014 -

   Nous assistons à la décadence accélérée, au pourissement et à la désagrégation de la république, de la démocratie occidentale, de toutes les pseudo-institutions nées de la sinistre révolution et des prétendues « lumières ».
Je ne vais pas m’en plaindre.
Je ne vais pas pleurer sur la décadence de la république, ni me lamenter sur le pourissement de ses institutions.
Je m’en réjouis même… et j’en conçois les plus vives espérances !

   « Nisi Dominus… – Les mœurs et les institutions humaines atteignent parfois à un tel degré d’aberration que Dieu ne peut plus manifester sa pitié qu’en détruisant. La grâce alors rentre dans l’homme par le chemin de la foudre. Il est des êtres, des peuples et formes de civilisation dont Dieu ne peut habiter que les ruines » (Gustave Thibon, in « L’Echelle de Jacob » chap.9 – Idolâtrie).

patte de chat

   De manière plus ou moins régulière, les piteux locataires de l’Elysée successifs annoncent de nouvelles « panthéonisations », ces sinistres et pitoyables copies laïcardes et gauchistes des canonisations.

   I – Sur Internet, il y a déjà un certain temps de cela, une « consultation du peuple » avait été lancée, en particulier pour demander quelle(s) femme(s) pourrai(en)t bien faire l’objet de ces honneurs républicains.
Avec quelques amis, je vous l’avoue en riant, nous en avons bien profité : puisque on nous demandait notre avis, nous ne nous sommes vraiment pas privés de le donner !!!
En l’occurrence, nous avons rappelé que le « Panthéon » est avant tout la basilique de Sainte Geneviève, spoliée et profanée, et que la république pourrait :
a) d’abord, pour faire oeuvre de justice, commencer par rendre son église à la céleste protectrice de Paris et mère spirituelle de la France catholique,
b) ensuite donner comme modèles, à la France d’aujourd’hui, les vraies grandes héroïnes de son histoire (histoire qui n’a pas commencé en 1789), et nous nous plûmes à en dresser des listes qui ont dû être fort urticantes pour certains membres de la commission des « panthéonisations » chargés de lire les réponses à la « consultation populaire »…

   II – L’un de nos amis a eu une réflexion qui m’a bien plu, et que je m’autorise à reprendre ici : nous pouvons, en définitive, nous amuser de voir des gauchistes anticléricaux s’acharner à vouloir faire reposer sous une Croix (car la Croix domine toujours le dôme de ce qu’un autre de nos amis appelait « le cendrier national ») les restes des « bouffeurs de curé », athées et ennemis du catholicisme dont ces gouvernants se réclament…

   III – A l’annonce de ces futures « panthéonisations », quelques viragos – féministes en diable (l’expression me semble particulièrement adaptée) – ont élevé la voix pour dénoncer une fausse « parité ». Mécontentes parce que les prochains panthéonisés seront deux femmes et deux hommes, elles affirment que la sacro-sainte et incontournable parité ne sera qu’apparente puisque cela ne concourra, en définitive, qu’à  maintenir le déséquilibre total entre les hommes et les femmes panthéonisés : ces dames eussent préféré que l’on ne panthéonisât plus que des femmes, jusqu’à ce que l’on arrive à une stricte égalité numérique entre les deux sexes dans les caves du « cendrier national » !
Il y a, ce me semble, une mentalité singulièrement rétrograde et simplistement vieux jeu de la part de ces féministes, pour s’acharner de la sorte à classer le genre humain en hommes et en femmes.
Désormais éclairés par la lumineuse théorie du « gender », et répondant aux bienfaisantes revendications des collectifs LGTB, ne serait-il pas pas plus judicieux et plus « porteur d’avenir » de militer pour une absolue parité qui tienne compte de la totalité des multiples facettes de « l’identité sexuelle » ?
Moi, donc, je dis oui à une parité totale, rigoureuse et absolue dans laquelle on prenne en compte : soit le fait qu’un homme s’est pleinement senti homme, soit qu’une femme s’est pleinement sentie femme, soit qu’un homme s’est perçu comme une femme, soit qu’une femme s’est perçue comme un homme, soit que l’homme qui s’est perçu comme femme s’est travesti ou pas, soit que la femme qui s’est perçue comme homme s’est travestie ou pas, soit que l’homme ou la femme qui se sont perçus de l’autre sexe ont osé la transexualité (ou pas)… Et puis, pendant que nous y sommes, établissons aussi une parité qui tienne compte non seulement du « genre » et de ses déclinaisons, mais aussi du fait que l’on soit « homo », « bi » ou « hétéro », ou bien adepte de l’échangisme, des pratiques sado-masochistes ou de la zoophilie… etc. …etc.
Toute autre manière de procéder de la part des autorités républicaines ne pourrait finalement être que gravement discriminatoire et liberticide !

Scapulaire Sacré-Coeur

   Pour revenir à des choses plus sérieuses, je ne veux pas manquer de rappeler que ce 28 février 2014 où je vous écris, marque le deux-cent-vingtième anniversaire du massacre perpétré aux Lucs-sur-Boulogne par les colonnes infernales.

« Les colonnes infernales, meutes de démons,
promènent leurs saturnales dans tous les cantons.
C’est une traque émouvante, par les champs, les bois ;
La misère et l’épouvante d’un peuple aux abois… »
(complainte des Lucs – Frère Gabriel-Marie Gauvrit)

   Je ne peux que vous encourager à lire le résumé des évènements de ce 28 février 1794 qui a vu périr, au nom de la liberté révolutionnaire, 564 fidèles catholiques, parmi lesquels se trouvaient 109 enfants de moins de 7 ans !
Je vous renvoie au récit et à la liste des victimes publiés sur le site du Cercle Robert de Baudricourt, ici > massacre des Lucs.

« Dans l’amour de Notre Dame et pour Jésus-Christ,
Dans la Foi que tous proclament, tous ils ont péri ;
Sacré-Cœur sur la poitrine, chapelet au cou,
Ils sont morts pour leur doctrine, fermes jusqu’au bout… »
(complainte des Lucs)

St Fulgence fait transporter le corps de St Augustin à Cagliari

Saint Fulgence de Ruspe faisant transporter le corps de Saint Augustin à Cagliari
(bas relief du monument renfermant les reliques de Saint Augustin – Pavie, basilique San-Pietro in Ciel d’Oro)

   28 février :
Comme je l’ai signalé en tête de cette chronique, pour ce qui nous concerne, nous fêtons liturgiquement aujourd’hui la « translation de notre Bienheureux Père Saint Augustin », c’est-à-dire que nous célébrons la manière dont furent sauvées ses reliques.

   Rappelé à Dieu le 28 août 430, Saint Augustin fut inhumé à Hippone, sa ville épiscopale.
Mais à la fin de ce même Ve siècle, les Vandales ariens persécutèrent les catholiques d’Afrique du Nord : ils déportèrent un grand nombre d’évêques, parmi lesquels Saint Fulgence de Ruspe. C’est lui qui, pour empêcher leur profanation, emporta en Sardaigne où il était exilé, les restes mortels de Saint Augustin qui furent déposés dans la basilique Saint-Saturnin de Cagliari.
Cependant, en 722, alors que les Sarrasins ravageaient la Sardaigne, le Roi des Lombards Luitprand résolut à son tour d’arracher ces précieuses reliques aux profanations, et les fit transporter à Pavie, dans l’église appelée Saint-Pierre au Ciel d’Or (San-Pietro in Ciel d’Oro), où elles se trouvent toujours, entourée d’une grande vénération.

   En avril 2007, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, lui-même fervent augustinien, se rendit en pèlerinage à Pavie pour se recueillir devant les reliques du « Docteur de la grâce ».
Voilà pourquoi j’ai mis ci-dessous, en ce premier anniversaire du jour où l’abdication de Sa Sainteté le pape Benoît XVI a été effective (28 février 2013), une photographie de ce vénéré Pontife en prière auprès des reliques de notre glorieux Père.

« Augustin, lumière des Docteurs, soutien de l’Eglise,
marteau des hérétiques, vase de science incommensurable,
nous vous en prions, intercédez auprès de Dieu pour vos fidèles enfants. »
(antienne du Benedictus)

patte de chat Lully.

Benoît XVI vénérant les reliques de St Augustin à Pavie

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI en prière devant les reliques de Saint Augustin
- Pavie, le dimanche 22 avril 2007 -

Pour aider et soutenir le Refuge ND de Compassion > ici

2014-27. A l’approche du carême, quelques rappels importants…

Mercredi de la Sexagésime.

Brueghel bataille du carnaval et du carême

Pierre Brueghel le jeune : la bataille de carnaval et du carême

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Le compte à rebours a commencé : dans une semaine nous serons à l’entrée du carême, à l’entrée de ce temps particulièrement saint et bénit qui – prélude au Triduum Sacré dans lequel nous revivrons le mystère actualisé de notre Rédemption, en célébrant la mort, la descente aux enfers et la résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ – est l’un des moments les plus importants de toute l’année chrétienne.

   J’ai déjà eu l’occasion de le dire, et je le redis : je suis effrayé de constater que beaucoup de catholiques ne se préparent pas bien (voire pas du tout) au carême, et que – de ce fait – ils perdent totalement ou en partie le profit spirituel qu’ils pourraient retirer de ce temps de grâce.
Je suis aussi véritablement aterré lorsque certaines remarques ou réflexions que j’entends me donnent à comprendre que les prescriptions spirituelles, les prescriptions pénitentielles, les prescriptions disciplinaires imposées par l’Eglise à ses enfants, sont prises par eux à la légère ou de manière purement formelle, sans profondeur, sans qu’ils y attachent leur coeur et leur intelligence.

   Il y a quatre ans, j’avais publié un résumé réalisé par Frère Maximilien-Marie sous forme de questions et de réponses (ce pourquoi je l’avais intitulé « Petit catéchisme sur le carême et la pénitence »), expliquant en quoi consiste le carême, et quel esprit l’anime.
Ce texte est toujours valable ; il est conforme à la discipline actuellement en vigueur dans l’Eglise catholique latine. Aussi est-il toujours bon de le lire, et même de le relire à plusieurs reprises, à l’approche de ce temps (ici > petit catéchisme sur le carême).

   Mais il faut bien comprendre que les prescriptions actuelles concernant le jeûne et l’abstinence sont véritablement minimales, et qu’elles n’imposent pas de se contenter d’une pratique minimaliste !
Frère Maximilien-Marie écrivait :

   « Si dans l’Eglise latine la loi commune n’est plus aussi sévère que jadis, ce n’est cependant pas une invitation au laisser aller. La loi détermine le minimum obligatoire pour tous, mais elle n’oblige pas à se contenter du minimum. Il est donc louable, en fonction de la situation et des possibilités de chacun, de continuer à pratiquer une véritable ascèse alimentaire et une plus grande austérité de vie… »

Brueghel bataille détail=carnaval

Pierre Brueghel le jeune, détail de la bataille de carnaval et du carême :
Carnaval à califourchon sur un tonneau brandissant une broche de viandes grasses.

   Je le sais, je l’ai observé : beaucoup de catholiques n’observent pas l’abstinence des vendredis de carême. Or celle-ci est prescrite par la loi de l’Eglise – le droit canonique – , et c’est un péché de ne pas s’y plier !
Je sais également que certains, s’ils ne mangent pas de viande les vendredis de carême, en profitent alors pour se régaler avec un délicieux (et coûteux) plat de poisson ou de fruits de mer : c’est une manière de se conformer à la loi qui est uniquement extérieure, pharisaïque, et qui ne répond pas à l’esprit de pénitence et de conversion qui s’impose.

   Il y en a qui sont convaincus que c’est faire beaucoup que de s’abstenir de viande les vendredis de carême, alors qu’en réalité ce n’est là qu’un minimum, et qu’il n’y a vraiment rien d’héroïque en cela.
Et je connais même des fidèles qui se disent traditionnels, qui vont à « la bonne Messe », et qui à l’occasion ne manquent pas de vitupérer contre le laxisme et le libéralisme qui se sont introduits dans l’Eglise depuis une cinquantaine d’années, mais qui se rendent eux-mêmes sans état d’âme à des dîners mondains organisés certains vendredis en carême, s’ils n’en sont pas eux-mêmes les organisateurs !

   « L’observance du Carême est le lien de notre milice ; c’est par elle que nous nous distinguons des ennemis de la Croix de Jésus-Christ ; par elle que nous détournons les fléaux de la divine colère ; par elle que, protégés du secours céleste durant le jour, nous nous fortifions contre les princes des ténèbres. Si cette observance vient à se relâcher, c’est au détriment de la gloire de Dieu, au déshonneur de la religion catholique, au péril des âmes chrétiennes ; et l’on ne doit pas douter que cette négligence ne devienne la source de malheurs pour les peuples, de désastres dans les affaires publiques et d’infortunes pour les particuliers », écrivait le pape Benoît XIV au XVIIIe siècle (Constitution « Non ambigimus » – mai 1741).

   Ces lignes me paraissent terriblement actuelles : chacun ne doit-il pas s’interroger loyalement et sans complaisance pour se demander si – aujourd’hui – sa manière de pratiquer le carême n’est pas relâchée, si son observance n’est pas superficielle et ne contribue pas au déshonneur de la religion chrétienne, si son manque de générosité ne met pas en péril les âmes au salut desquelles il doit travailler, si sa négligence n’est pas responsable des malheurs actuels et des désastres publics de notre société, si – en vérité – il se comporte en ami ou en ennemi de la Croix de Jésus-Christ…

Brueghel bataille détail=carême

Pierre Brueghel le jeune, détail de la bataille de carnaval et du carême :
Carême et ses mets de jeûne.

   Voilà pourquoi j’ai résolu aujourd’hui, chers Amis, de rappeler ci-dessous ce qu’était la discipline du carême dans l’Eglise des origines, et la manière dont il a été observé pendant de nombreux siècles.
Après avoir lu cela, qui osera prétendre que s’abstenir de viande les vendredis de carême est quelque chose d’exorbitant ?
Après avoir lu cela, qui osera se plaindre des deux jours de jeûne actuellement obligatoires ?
Mais surtout, après avoir lu cela, je souhaiterais que chacun s’interroge sérieusement devant Dieu pour voir s’il ne peut pas faire davantage que le minimum requis !

* * * * * * *

Discipline originelle du carême chrétien :

Dans les premiers siècles de l’Eglise, donc, voici quelles étaient les prescriptions imposées à tous les fidèles sur le plan alimentaire :

1 – Tous les jours du carême étaient des jours de jeûne : c’est à dire qu’on ne pouvait prendre qu’un unique repas ; ce repas était, à l’origine, pris après l’office de Vêpres (célébré au coucher du soleil), mais progressivement il a été admis qu’il pourrait être pris en milieu de journée et que, le soir, on pourrait prendre une collation (ce qui ne constitue cependant pas un repas).

2 – Toutefois, les dimanches (et dans l’Eglise d’Orient les samedis aussi) n’étaient pas des jours de jeûne et l’on y prenait les repas de manière habituelle.

3 – Tous les jours du carême étaient des jours d’abstinence (même les dimanches).
En outre, l’abstinence ne se réduisait pas à la privation de viande, mais signifiait la privation de toute nourriture provenant du règne animal : c’est à dire que le poisson, les graisses animales, les fromages, le beurre et les laitages, ainsi que les œufs étaient proscrits. C’était donc un régime strictement végétalien qui s’imposait pendant toute la durée du carême.
Restaient autorisés le miel et certaines huiles végétales. Le poisson (mais pas la viande ni les œufs) pouvait être consommé seulement à certaines très grandes fêtes qui tombent pendant le carême, telle que l’Annonciation.

4 – Etaient également proscrits le vin et toute boisson alcoolisée.

   Il faut ajouter à cela que les époux chrétiens devaient s’abstenir de toutes relations conjugales et vivre la continence parfaite pendant tout le temps du carême (même les dimanches, car la loi primitive de l’Eglise n’autorisait jamais les rapports sexuels le jour consacré au Seigneur).
Pour les personnes non mariées, rien ne change puisqu’elles sont tenues à la chasteté en tout temps – carême ou pas – , faut-il le rappeler ?

   En ce qui concerne la vie sociale, jusqu’à une date relativement récente, dans les pays officiellement catholiques et pendant toute la durée du carême, tous les divertissements publics étaient suspendus : les salles de spectacles et de concerts, les théâtres (et les cinémas) étaient fermés, les bals interdits, les soirées mondaines et les réceptions prohibées…
Dans la première moitié du XXe siècle encore, même dans nos pays laïcisés où la loi civile ne prohibait plus les divertissements, les familles catholiques veillaient à ce que leurs enfants (même majeurs) n’allassent point au cinéma, au spectacle, au bal… etc.
En outre, on ne recevait pas à déjeuner ou à dîner, même les dimanches, sauf de très proches parents accueillis à la table de famille sans que l’on enfreigne en rien les strictes prescriptions de l’Eglise.

Pierre Brueghel le jeune, les sept oeuvres de miséricorde

Pierre Brueghel le jeune : les sept œuvres de miséricorde.

   Cette pratique du jeûne et de la pénitence ne se sépare pas, bien évidemment, de celle des deux autres grands préceptes du carême : l’aumône et la prière.

- L’aumône résulte d’une part des économies que l’on réalise sur la nourriture pendant ce temps, et d’autre part des sacrifices que l’on s’impose en plus : il ne s’agit pas de donner son superflu, mais de se priver d’une part du nécessaire pour subvenir aux besoins des plus nécessiteux et d’y ajouter ce qui résulte d’une privation réelle.

- La prière : la prière personnelle quotidienne doit être plus intense, de jour et de nuit. Ainsi par exemple au Moyen-Age, mais cela a continué en beaucoup d’endroits jusqu’au temps de la sinistre révolution, beaucoup de laïcs profitaient du carême pour réciter, au moins en partie, le bréviaire ou pour aller assister aux offices des religieux dans les couvents et abbayes (qui étaient fort nombreux : il y en avait même dans les petites villes).
Mais la prière doit en outre avoir une dimension visible et sociale plus développée, pendant le carême. Les fidèles sont donc encouragés à avoir une plus grande assiduité aux offices paroissiaux, qui ne se résument pas seulement à la célébration de la Sainte Messe : il y a les prédications de carême (parfois quotidiennes), les processions de pénitence des confréries, les adorations du Très Saint Sacrement, la pratique de l’heure sainte (voir > ici), les chemins de croix (à Rome au XIXe siècle encore il était quotidien au Colisée, et pas uniquement les vendredis de carême).
On peut encore ajouter à cela des pèlerinages vers des sanctuaires dédiés à la Sainte Croix où à la Mère des Douleurs, des églises où sont conservées des reliques de la Passion, des chapelles où l’on invoque des saints qui ont été proches de Notre-Seigneur dans Sa sainte Passion (Sainte Marie-Magdeleine par exemple).

 

* * * * * * *

   Aujourd’hui, l’Orient chrétien (catholiques de rites orientaux et orthodoxes) est resté globalement fidèle à ces règles des origines, tandis que, on le voit bien, tout au long des siècles, l’Occident latin n’a cessé d’apporter des adoucissements, des mitigations aux observances physiques du carême.

   On m’objectera – et c’est une évidence que je ne conteste pas, bien au contraire – que le plus important, c’est la pratique spirituelle, la pénitence intérieure : mais c’est être manichéen, et c’est aussi faire une insulte aux chrétiens des premiers siècles, tout comme à nos frères chrétiens d’Orient, que d’opposer la pratique extérieure de la pénitence à une pratique spirituelle qui pourrait se passer du jeûne et de l’abstinence réels.
Les deux pratiques ne s’opposent pas, mais elles se complètent et se soutiennent l’une l’autre. Qui peut prétendre pratiquer la pénitence de manière spirituelle s’il ne la traduit pas dans des actes concrets et visibles ?

   Le jeûne et l’abstinence ne sont évidemment pas pratiqués comme une fin en eux-mêmes, ils sont cependant une nécessité qui découle de notre condition d’êtres en même temps spirituels et corporels.
Le christianisme n’est pas un idéalisme, il est la religion de l’Incarnation !

Ainsi, de même que notre corps contribue souvent à nous éloigner de Dieu et à nous entraîner au péché, de même encore doit-il participer à notre pénitence, à notre expiation du péché, à la réparation de nos transgressions, et à notre effort spirituel.

   Bien sûr, les adoucissements physiques qui ont été autorisés par l’Eglise, l’ont été parce que les tempéraments sont aujourd’hui moins résistants, moins endurants que ceux des chrétiens des premiers âges, et parce que l’Eglise ne veut ni la ruine de la santé ni la mort prématurée de ses enfants, tout comme elle ne veut pas que la pratique du jeûne empêche ou gêne l’accomplissement de son devoir d’état.
Mais – encore une fois – ne nous contentons pas du minimum, ne soyons pas des chrétiens minimalistes !
Chacun de nous peut, en fonction de ses forces, examiner loyalement devant Dieu, ce qu’il peut ajouter au minimum requis. Pour cela, il est bon de recourir à un conseiller spirituel prudent et avisé, doté d’un bon discernement : ce faisant, en outre, on pratique la vertu d’obéissance, qui est elle aussi un élément essentiel de la mortification spirituelle…

   Chers Amis, je n’ai pour finir qu’une seule chose à vous dire, à la suite de la Très Sainte Vierge Marie elle-même en ses multiples apparitions : soyez généreux pour pratiquer, de corps et d’esprit, une sérieuse pénitence authentiquement chrétienne !

Lully.

Pierre Brueghel le jeune, la Crucifixion

Pierre Brueghel le jeune : la Crucifixion.

Recette du Mesnil-Marie : Gâteau de pommes de terre aux amandes.

Ingrédients gâteau pommes de terre

Une personne me demande si j’ai renoncé à publier des recettes… Non, ce n’est pas le cas, mais il est vrai que cela dépend des opportunités.
Eh bien ! justement, en voici une : une de nos amies est venue la semaine dernière à la Veillée Culture & Patrimoine avec un succulent gâteau aux pommes de terre qui a remporté des suffrages unanimes.
Alors, avant l’arrivée du Carême, je vous en recopie la recette, telle qu’elle me l’a confiée :

Ingrédients :

Pour 8 personnes :

  • 300 g de pommes de terre à chair ferme (de type Charlotte, Belle de Fontenay, Chérie – celles qui sont sur la photo ci-dessus – ou Pompadour)
  • 100 g de beurre + 20 g
  • 3 œufs
  • 150 g de sucre en poudre (maxi) + 20 g
  • 120 g de poudre d’amandes
  • Le zeste d’un citron (ou écorces d’orange ou autre parfum)
  • 1 cuillère à soupe de rhum (facultatif)
  • 2 cuillères à soupe de farine pour le moule
  • 1 pincée de sel fin

Préparation :

- Préchauffez le four à 150 °C (th. 5).
- Lavez les pommes de terre, ne pas les éplucher. Faites-les cuire dans une casserole d’eau froide non salée 15 à 20 minutes à partir de l’ébullition.
- Égouttez-les, épluchez-les, passez-les au moulin à légumes, grille fine, pour obtenir une purée.
- Ajoutez 100 g de beurre coupés en petits morceaux, les jaunes d’œufs, la poudre d’amandes, 150 g de sucre en poudre, le zeste râpé du citron et le rhum. Mélangez l’ensemble pour obtenir une pâte onctueuse à laquelle vous ajouterez les blancs d’œufs fouettés en neige ferme avec une pincée de sel.
- Beurrez un moule à charlotte avec le beurre restant, puis farinez-le légèrement.
- Versez la préparation dans le moule.
- Saupoudrez le dessus du gâteau avec les 20 g de sucre restants.
- Enfournez pour 45 minutes. Vérifiez la cuisson avec une aiguille à brider qui doit ressortir sèche.
- Démoulez le gâteau sur une grille.
- Servez froid avec une compote de fruits, une mousse au chocolat ou une crème anglaise.

"Le chat gourmand"

Bon appétit !

Publié dans:Recettes du Mesnil-Marie |on 22 février, 2014 |Pas de commentaires »

2014-26. Quand la barque de l’Eglise est ballotée par la tempête et secouée par les épreuves…

Sermon de
notre glorieux Père Saint Augustin
sur
la barque dans la tempête
(Matth. XIV, 24-33)

la Navicella mosaïque d'après Giotto Vatican

La « Navicella » : mosaïque du narthex de la basilique vaticane, d’après Giotto.

       Le 22 février, la fête de la Chaire de Saint Pierre à Antioche est une occasion très particulière qui nous est offerte de prier pour l’Eglise.
Afin de nourrir votre prière, votre réflexion et votre méditation, je vous propose, ci-dessous, un long mais très remarquable sermon dans lequel notre glorieux Père Saint Augustin commente le passage évangélique de barque des apôtres aux prises avec la tempête sur le lac (Matth. XIX, 24-33). 

   On peut véritablement affirmer que ce sermon du grand évêque d’Hippone est revêtu d’un caractère prophétique : en s’attachant, en effet, à montrer de quelle manière cette péricope évangélique est annonciatrice des épreuves et des combats de l’Eglise dans le monde jusqu’à la fin des temps, Saint Augustin n’énonce pas seulement des vérités qui sont pour tous les temps, mais aussi des leçons fortes qui sont pour notre temps, le temps actuel de l’Eglise.

- La dénonciation de l’hérésie négatrice de l’Incarnation du Verbe de Dieu n’est pas pour la seule époque où Saint Augustin devait combattre les manichéens et les docètes, mais s’applique aussi à cette époque-ci où une pseudo-religion conquérante nie que Dieu s’est fait chair et qu’il a réellement souffert sur la croix.
- La dénonciation de ceux qui en prennent et en laissent dans les Saintes Ecritures, au gré de leurs interprétations personnelles, et qui – sous le prétexte de l’amour et de la miséricorde divins – nient la réalité de l’enfer et de la damnation, s’applique aussi à notre époque où tant de prétendus théologiens et de prêtres enseignent, à la remorque d’un chanteur de variété, qu’ « on ira tous au paradis ».
- La dénonciation du péché, de tous nos péchés personnels liés à nos démissions et à nos manques de courage, à laquelle se livre Saint Augustin n’est pas moins importante, puisqu’elle fait ressortir que l’état général actuel de l’Eglise est lié à l’état de chacune des âmes qui la composent.
- L’affirmation énergique selon laquelle la tempête qui s’acharne sur la barque n’est pas un motif valable pour quitter cette barque, est encore très actuelle : n’y en a-t-il pas beaucoup aujourd’hui qui s’autorisent des scandales et des faiblesses du « personnel » de l’Eglise pour justifier leur désertion voire leur apostasie ?

   Les encouragements à la persévérance et à tenir bon dans l’espérance que Saint Augustin prodiguait à ses auditeurs du IVe siècle, sont eux aussi d’une pertinente actualité : à combien de tentations de découragement ne sont pas exposés les fidèles du XXIe siècle, affrontés au drame de la crise dans l’Eglise, et aux innombrables mesures vexatoires que déploient contre le christianisme la société civile et certains gouvernements ?
Enfin, les graves mises en garde que Saint Augustin énonçait, à l’attention de l’Eglise, à l’attention de Pierre, au sujet des éloges et des louanges qui viennent du monde, ne rendent-elles pas elles aussi un son particulièrement actuel ?
Quant aux exhortations à prier avec insistance et ferveur, pour notre salut et pour le triomphe de l’Eglise, leur actualité n’est pas à démontrer… 

Oui, ce long et beau sermon de notre glorieux Père Saint Augustin est véritablement prophétique,
et je ne puis que vous exhorter à le lire et à le méditer avec la plus grande attention !

Lully.

Tiare et clefs

§1. Saint Augustin commence par établir que la scène évangélique possède une signification spirituelle qui nous concerne tous.

   La lecture de l’Évangile que nous venons d’entendre avertit l’humilité de chacun de nous de rechercher et de savoir où nous sommes, où nous devons tendre et nous empresser d’arriver.
Ne croyez pas en effet qu’il n’y a aucune signification relevée dans ce vaisseau qui portait les disciples et qui luttait sur les flots contre le vent contraire. Ce n’est pas sans motif non plus que, laissant la foule, le Seigneur gravit la montagne pour y prier seul, ni que, venant et marchant sur la mer, Il trouva Ses disciples en danger, les rassura en montant sur la barque et apaisa les vagues.

§2. Première explication : nous sommes tous des voyageurs et, dans les tempêtes de cette vie, le bois de la Croix nous permet de ne pas sombrer.

   Faut-il s’étonner que Celui qui a tout créé puisse apaiser tout ? De plus, quand Il fut dans le vaisseau, les passagers vinrent à Lui en disant : « Vous êtes vraiment le Fils de Dieu ! ». Mais avant de le reconnaître avec tant d’éclat, ils s’étaient troublés en Le voyant sur la mer et avaient dit : « C’est un fantôme ! » Pour Lui, montant sur la barque, Il fit cesser l’incertitude de leurs coeurs, incertitude qui mettait plus leur âme en danger que les vagues n’y mettaient leur corps.
Il est bien vrai, le Seigneur, dans toutes ses actions, nous trace des règles de vie. Tous ne sont-ils pas étrangers dans ce siècle, quoique tous ne désirent pas leur retour dans la patrie ? Nous rencontrons dans le voyage des flots et des tempêtes ; il nous faut donc au moins un navire, et si, sur le navire même, nous courons des dangers, en dehors du navire notre perte serait certaine. Quelques vigoureux que soient les bras d’un homme qui nage, sur l’océan, il finit par être vaincu, entraîné et submergé dans les vastes abîmes. Afin donc de traverser cette mer, il nous faut être sur un navire, appuyés sur le bois. Et ce bois qui soutient notre faiblesse, est la croix même du Seigneur, dont nous sommes marqués et qui nous préserve des gouffres de ce monde. Les flots se soulèvent contre nous ; mais le Seigneur est Dieu, et Il nous vient en aide.

§3. Sens spirituel de la prière solitaire de Notre-Seigneur sur la montagne.

   Si le Seigneur laisse la foule et va seul sur la montagne pour y prier, c’est que cette montagne figure le haut des cieux. Ainsi, en effet, le Sauveur après Sa Résurrection, laissa les hommes et monta seul au ciel, où Il intercède pour nous, comme le dit l’Apôtre (Rom. VIII, 34).
Il y a donc un mystère dans cet abandon de la multitude et cette ascension sur la montagne pour y prier solitaire. Seul, encore aujourd’hui, Il est le premier-né d’entre les morts et, depuis Sa Résurrection, placé à la droite de Son Père pour y être notre pontife et l’appui de nos supplications. Ainsi le Chef de l’Église est élevé, afin que tous Ses membres Le suivent jusqu’au terme suprême ; et s’Il va pour prier au sommet de la montagne, c’est qu’élevé au dessus des plus nobles créatures, Il prie réellement seul.

§4. La barque affrontée à la tempête représente l’Eglise que le diable veut faire sombrer. Néanmoins, quelque forte que soit la tempête, il ne faut pas quitter la barque, et il ne faut pas cesser d’implorer l’assistance divine, puisque Dieu.

   Cependant le navire qui porte les disciples, ou l’Église, est ballotté par la tempête et secoué par les tentations. Le vent contraire ne cesse pas, parce que le diable, son ennemi, travaille à l’empêcher de parvenir au repos.
Mais notre Intercesseur l’emporte ; car au milieu des secousses qui nous tourmentent, Il nous inspire confiance,  en venant à nous et en nous fortifiant. Ayons soin seulement de ne pas nous troubler, sur le vaisseau, de ne pas nous renverser ni de nous jeter à la mer. Le vaisseau peut s’agiter ; mais c’est un vaisseau, un vaisseau qui seul porte les disciples et reçoit le Christ. Il est exposé sur les vagues ; sans lui néanmoins la mort serait prompte. Reste donc dans ce vaisseau, et prie Dieu.
Lorsqu’on ne sait plus que faire, lorsque le gouvernail ne peut plus diriger et que le déploiement des voiles contribue à accroître le danger plutôt que de pourvoir au salut, on laisse de côté tous les moyens et toutes les forces humains, et les nautoniers n’ont plus d’autre soin que de prier Dieu et d’élever la voix jusqu’à Lui.
Or Celui qui donne aux navigateurs ordinaires d’arriver au port, laissera-t-Il Son Église sans la mettre en repos ?

§5. Ce qui signifie l’absence du Seigneur : ce n’est pas Lui qui se retire, c’est nous qui nous refusons à Sa Lumière.

   Cependant, mes frères, les grandes secousses qu’éprouve ce navire ne se font sentir qu’en l’absence du Seigneur.
Quoi ? Le Seigneur peut-il être absent pour qui est dans l’Église ?
Quand arrive cette absence ?
Quand on est vaincu par quelque passion. Il est dit quelque part, et on peut l’entendre d’une façon mystérieuse : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère, et ne donnez point lieu au diable » (Ephés. IV, 28-27). Ceci s’entend non pas de ce soleil, qui paraît si grand parmi les corps célestes et qui peut-être regardé par les animaux comme par nous ; mais de cette lumière que peuvent contempler les coeurs purs des fidèles seulement, ainsi qu’il est écrit : « Il était la Lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jean, I, 9) ; au lieu que la lumière de ce visible soleil éclaire aussi les plus petits et les derniers des insectes.
La Lumière véritable est donc celle de la justice et de la sagesse ; l’esprit cesse de la voir lorsque le trouble de la colère l’offusque comme d’un nuage, et c’est alors que le soleil se couche sur la colère.
C’est ainsi qu’en l’absence du Christ, chacun sur ce navire est battu par la tempête, par les péchés et les passions auxquelles il s’abandonne.
La loi dit par exemple : « Tu ne feras point de faux témoignage » (Exod. XX, 16). Si tu es attentif à la vérité qui réclame ta déposition, la lumière brille dans ton esprit ; mais si entraîné par la passion d’un gain honteux, tu te détermines intérieurement à rendre un faux témoignage, tu vas être, en l’absence du Christ, battu par la tempête, emporté par les vagues de ton avarice, exposé aux tourments de tes passions, et, toujours en l’absence du Christ, sur le point d’être submergé.

§6. Ne pas s’abandonner au péché, pour ne pas souffrir de l’absence du Christ et ne pas être vulnérable dans la tempête.

   Qu’il est à craindre que ce vaisseau ne se retourne et ne regarde en arrière ! C’est ce qui arrive lorsque, renonçant à l’espoir des célestes récompenses, on se laisse aller à la remorque de ses passions pour s’attacher aux choses qui se voient et qui passent.
Il ne faut pas désespérer si fort de celui que troublent les tentations et qui néanmoins tient le regard attaché sur les choses invisibles, demandant pardon de ses péchés et s’appliquant à dompter et à traverser les flots courroucés de la mer.
Mais celui qui s’oublie jusqu’a dire dans son coeur : « Dieu ne me voit pas ; Il ne pense pas à moi et ne se soucie point si je pèche », celui-là tourne la proue de son vaisseau, se laisse aller à l’orage et emporter d’où il venait.
Combien effectivement sont nombreuses les pensées qui s’élèvent dans le coeur de l’homme ! Aussi quand le Christ n’y est plus, les flots du siècle et des tempêtes sans cesse renaissantes se disputent son navire.

§7. Sens mystique de la quatrième veille de la nuit et de la marche du Christ sur les eaux.

   La quatrième veille est la fin de la nuit, car chaque veille est de trois heures. Cette circonstance signifie donc que, vers la fin des temps, le Seigneur vient secourir Son Église et semble marcher sur les eaux. Car, bien que ce vaisseau soit en butte aux attaques et aux tempêtes, il n’en voit pas moins le Sauveur glorifié marcher sur toutes les élévations de la mer, c’est-à-dire sur toutes les puissances du siècle.
A l’époque où il nous servait dans sa chair de modèle d’humilité, et, où il souffrait pour nous, il était dit de lui que les flots s’élevèrent contre Sa personne et que pour l’amour de nous Il céda volontairement devant cette tourmente, afin d’accomplir cette prophétie : « Je Me suis jeté dans la profondeur de la mer, et la tempête M’a submergé » (Ps. LXVIII, 3). En effet, Il n’a point repoussé les faux témoins ni confondu les cris barbares qui demandaient qu’Il fût crucifié (Matth. XXVII, 23). Il n’a point employé Sa puissance à comprimer la rage de ces coeurs et de ces bouches en fureur, mais Sa patience à l’endurer. On Lui a fait tout ce qu’on a voulu, parce qu’Il S’est fait Lui-même obéissant jusqu’à la mort de la croix (Philip. II, 8).

Mais, lorsqu’après Sa Résurrection d’entre les morts Il voulut prier seul pour ses disciples, placés dans l’Église comme dans un vaisseau, appuyés sur le bois, c’est-à-dire sur la foi de Sa croix, et menacés par les vagues des tentations de ce siècle, Son Nom commença à être honoré dans ce monde même, où Il avait été méprisé, accusé, mis à mort ; et Lui qui en souffrant dans Son corps S’était jeté dans la profondeur de la mer et y avait été englouti, foulait les orgueilleux ou les flots écumants, aux pieds de Sa gloire.
C’est ainsi qu’aujourd’hui encore nous Le voyons marcher en quelque sorte sur la mer, puisque toute la rage du ciel expire à Ses pieds.

§8. Le fait que les disciples prenne le Christ pour un fantôme est une représentation symbolique des fausses doctrines des hérétiques qui n’enseignent pas la vérité au sujet de Notre-Seigneur. Saint Augustin réfute en particulier les erreurs de ceux qui, au prétexte de la grandeur de Dieu, nient la réalité de l’Incarnation.

   Aux dangers des tempêtes se joignent encore les erreurs des hérétiques.
Il est des hommes qui pour attaquer les passagers du vaisseau mystique publient que le Christ n’est point né de la Vierge, qu’Il n’avait pas un corps véritable et qu’Il paraissait ce qu’Il n’était point.
Ces opinions perverses viennent de naître, maintenant que le Christ marche en quelque sorte sur la mer, puisque Son Nom est glorifié parmi tous les peuples.
« C’est un fantôme ! » disaient les disciples épouvantés. Mais Lui, pour nous rassurer contre ces doctrines contagieuses : « Ayez confiance, dit-Il, c’est Moi ; ne craignez point ! »
Ce qui a contribué à former ces opinions trompeuses, c’est la vaine crainte dont on s’est trouvé saisi à la vue de la gloire et de la majesté du Christ. Comment aurait pu avoir une telle naissance Celui qui a mérité tant de grandeur ? On croyait Le voir encore avec saisissement marcher sur la mer, car cette action prodigieuse est la marque de Sa prodigieuse élévation, et c’est elle qui a donné lieu de croire qu’Il était un fantôme.
Mais en répondant : « C’est Moi ! », le Sauveur ne veut-Il pas qu’on ne voie point en Lui ce qui n’y est point ?
Si donc Il montra en Lui de la chair, c’est qu’il y en avait ; des os, c’est qu’il y avait des os ; des cicatrices enfin, c’est qu’il en avait aussi. « Il n’y avait pas en lui, comme s’exprime l’Apôtre, le oui et le non ; mais le oui était en Lui » (2 Cor. I, 19). De là cette parole : « Ayez confiance, c’est Moi ; ne craignez point ! »
En d’autres termes : n’admirez pas Ma grandeur jusqu’à vouloir Me dépouiller de Ma réalité. Il est bien vrai, Je marche sur la mer, Je tiens sous Mes pieds, comme des flots écumants, l’orgueil et le faste du siècle ; Je Me suis montré néanmoins véritablement homme, et Mon Évangile dit vrai quand il publie que Je suis né d’une Vierge, que Je suis le Verbe fait chair, que J’ai dit avec vérité : « touchez et voyez, car un esprit n’a point d’os comme vous en voyez en Moi » (Luc, XXIV, 39) ; enfin que Mon Apôtre dans son doute constata de sa propre main la réalité de mes cicatrices. Ainsi donc : « C’est Moi ; ne craignez point ! »

§9. Il y a aussi l’hérésie qui prétend que le Christ ne peut réprouver : ce qui consiste en définitive à affirmer que Jésus n’a pas dit la vérité dans Son Evangile. Celui qui croit à la vérité du Christ, croit aussi à la réalité du risque de la damnation.

   En s’imaginant que le Seigneur était un fantôme, les disciples ne rappellent pas seulement les sectaires qui lui refusent une chair humaine et qui vont quelquefois, dans leur aveuglement pervers, jusqu’à ébranler les voyageurs présents dans le navire ; ils désignent aussi ceux qui se figurent que le Sauveur n’a pas dit vrai en tout, et qui ne croient pas à l’accomplissement des menaces faites contre les impies. Il serait donc en partie véridique et en partie menteur, espèce de fantôme dans Ses discours où se trouveraient le oui et le non.
Mais qui comprend bien cette parole : « C’est Moi ; ne craignez point » ajoute foi à tout ce qu’a dit le Seigneur ; et s’il espère les récompenses qu’Il a promises, il redoute également les supplices dont Il a menacé. C’est la vérité qu’Il fera entendre aux élus placés à Sa droite, quand Il leur dira : « Venez, les bénis de Mon Père, recevez le Royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde » ; c’est aussi la vérité qu’entendront les réprouvés placés à sa gauche : « Allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges » (Matth. XXV, 34, 41).
Aussi bien le sentiment de la fausseté des menaces adressées par le Christ aux impies et aux réprouvés, vient de ce que l’on voit des peuples nombreux et d’innombrables multitudes soumis à son nom : et si le Christ semblait être un fantôme parce qu’Il marchait sur la mer, aujourd’hui encore on ne croit pas à la réalité des peines dont Il menace ; on ne Le croit pas capable de perdre des peuples si nombreux qui L’honorent et se prosternent devant Lui. Qu’on l’entende dire, néanmoins : « C’est Moi ! »
Rassurez-vous donc, vous qui Le croyez véridique en tout et qui fuyez les supplices dont Il menace, comme vous aspirez aux récompenses qu’Il promet. Car s’Il marche sur la mer, si toutes les parties de l’humanité Lui sont soumises dans ce siècle, Il n’est pas un fantôme et Il ne ment pas quand il s’écrie : « Ce ne sont pas tous ceux qui Me disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le Royaume des cieux » (Matth. VIII, 21).

§10. Signification de la marche de Pierre sur les eaux : les éloges et les louanges qui viennent de la terre peuvent faire sombrer l’Eglise. Par la prière, on échappe aux séductions du monde. Si l’on est fidèle et persévérant à crier vers Dieu, Il n’abandonnera pas son Eglise aux prises avec la tempête.

   Que signifie encore la hardiesse de Pierre à venir à Lui en marchant sur les eaux ?
Pierre représente souvent l’Église ; et ces mots : « Si c’est Vous, Seigneur, ordonnez-moi de venir à Vous sur les eaux », ne reviennent-ils pas à ceux-ci : Seigneur, si Vous dites vrai, si Vous ne mentez jamais, glorifiez Votre Église dans le monde, car les prophètes ont prédit que Vous le feriez ? Qu’elle marche donc sur les eaux et qu’elle parvienne ainsi jusqu’à Vous, puisqu’il lui a été dit : « Les opulents de la terre imploreront tes regards » (Ps. XLIV, 13).
Le Seigneur n’a rien à craindre des louanges humaines, tandis que dans l’Église même les éloges et les honneurs sont souvent pour les mortels un sujet de tentation. Et presque de ruine. Aussi Pierre tremble-t-il sur les flots, il redoute l’extrême violence de la tempête.
Eh ! qui ne craindrait devant cette parole : « Ceux qui vous disent heureux vous trompent et font trembler le sentier où vous marchez » (Isaïe, III, 12) ?
L’âme résiste donc au désir des louanges humaines ; aussi convient-il, au milieu de ce danger, de recourir à l’oraison et à la prière ; car il pourrait bien se faire que charmé des applaudissements des hommes on succombât sous leur blâme.
Que Pierre s’écrie, en chancelant sur l’onde : « Sauvez-moi, Seigneur ! »
Le Seigneur étend la main, et – quoiqu’Il le réprimande en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté », pourquoi, les yeux fixés directement sur Celui vers qui tu marchais, ne t’es tu pas glorifié uniquement dans le Seigneur ? – Il ne laisse pas de le tirer des flots sans le laisser périr, parce qu’il a confessé sa faiblesse et sollicite son secours. 

§11. Fin du discours : par la foi pleine et ferme, l’âme de chacun et l’Eglise tout entière, victorieuses des tempêtes, parviennent aux rives du salut et du bonheur éternels.

   Le Seigneur enfin est entré dans le navire, la foi est affermie, il n’y a plus de doute, la tempête est apaisée et l’on va mettre en paix le pied sur la terre ferme. Tous alors se prosternent en s’écriant : « Vous êtes vraiment le Fils de Dieu !»
C’est l’éternelle joie, joie produite par la connaissance et l’amour de la vérité contemplée dans tout son éclat, du Verbe de Dieu et de Sa Sagesse par laquelle tout a été fait, et de Son infinie miséricorde.

Le Christ tirant Pierre des flots - cathédrale de Monreale

Le Christ tirant Pierre des flots
(cathédrale Santa Maria Nuova, à Monreale – Sicile)

2014-25. Dieu aura le dernier mot, mais ce n’est pas une raison pour laisser la parole au diable.

Gustave Thibon
in « L’Equilibre et l’Harmonie »

Gustave Thibon

Vertu d’espérance et optimisme.

       « Je discutais récemment avec un jeune prêtre dont la foi en Dieu se traduisait par une vertigineuse « ouverture » au monde moderne. Et comme je lui faisais part de mes inquiétudes concernant certains courants actuels, tels que les progrès de la collectivisation et de l’anonymat, le conditionnement des esprits par les propagandes, la régression vers la barbarie dans les luttes politiques, la dissolution des moeurs, le saccage et la pollution de la nature, etc., j’obtins pour toute réponse cette exclamation réprobatrice et apitoyée : « Quel pessimisme ! Et que faites-vous donc de la vertu d’espérance ? »
J’ai répondu : « Est-ce être pessimiste que de voir le mal et le danger là où ils sont et d’y chercher des remèdes ? Quand à la vertu d’espérance, elle n’a rien à voir avec cet optimisme aveugle et béat qui se voile les yeux devant le mal et s’imagine que, quoi qu’il arrive, tout ira fatalement de mieux en mieux ; elle consiste plutôt à ne jamais se décourager ni perdre pied, quelles que soient l’épaisseur du mal et la gravité du péril.
Si un homme abuse régulièrement de l’alcool, est-ce manquer à la vertu d’espérance que de l’avertir du risque qu’il court ? Ou, si un incendie se déclare, faut-il faire confiance aux flammes ou appeler les pompiers ? Et n’en va-t-il pas de même pour tous les grands dangers collectifs évoqués plus haut ? »

    »Faisons crédit à la Providence, a poursuivi mon jeune clerc : tout cela s’arrangera. »
Bien sûr. A plus ou moins longue échéance, tout finit par s’arranger. L’alcoolique, en mourant, débarrasse la société de sa présence inutile ; l’incendie s’arrête après avoir dévoré tout ce qui était à sa portée. Et à l’effondrement de la cité, succède tôt ou tard (mais à travers quelles ruines et quelles nuits ?) une nouvelle forme de civilisation. Mais est-il permis à l’homme de laisser aller les choses jusque là ?

   J’ai enchaîné : « L’espérance chrétienne est une vertu surnaturelle, enracinée dans la foi en la toute-puissance et en la toute-bonté de Dieu, et dont aucune catastrophe temporelle ne peut et ne doit venir à bout. »
Même si l’on imagine le pire, c’est-à-dire la fin du monde par l’épuisement de la planète ou par quelque explosion atomique, cela ne change rien aux promesses de l’éternité. Aussi n’est-ce pas sur le triomphe final du bien que portent mes inquiétudes, mais sur les menaces qui pèsent sur le monde temporel dont Dieu nous a associés à la gestion. Or, il n’est pas de bonne gestion possible si le mal n’est pas reconnu et combattu comme tel. Que penseriez-vous d’un médecin, qui négligerait de dépister et de traiter la maladie sous prétexte que nos corps sont promis à la résurrection glorieuse ?
Ne confondons pas les domaines. C’est prostituer l’espérance théologique que de l’appliquer sans discernement à tout ce qui se produit dans le temps et d’attendre que le bien sorte automatiquement du mal. Dieu veut le bien et permet le mal. Notre tâche à nous est de nous appuyer sur le bien que Dieu veut afin de diminuer le mal que Dieu permet.
Ce qui implique la lucidité et le courage. La première pour discerner le mal et le second pour le combattre. Il ne s’agit pas d’attendre passivement un avenir conforme à nos voeux, mais de le construire par un choix et un effort quotidiens. Le laboureur fait crédit aux bonnes forces de la nature : la vertu des semences, la fécondité de la terre et les pluies du ciel, mais non aux intempéries et aux parasites.
Dieu aura le dernier mot, nous n’en doutons pas. A la fin du monde. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour laisser trop souvent, d’ici là, la parole au diable… »

« L’Equilibre et l’Harmonie », pp. 48-50. Fayard –  1976.

Lys de France

Autres publications consacrées à Gustave Thibon dans les pages de ce blogue :
– « In memoriam : Gustave Thibon » (2008) > ici
– « Gustave Thibon : dix ans déjà ! » (2011) > ici
– « Eloignement et connaissance » (extrait de « Retour au réel ») > ici
– Le message de ND de La Salette au monde paysan > ici
– « Le goût de l’aliment éternel » > ici
– « Libertés » (extrait de « Diagnostics ») > ici
– « Eglise et politique » (in « Entretiens avec C. Chabanis ») > ici
– Le sport dans la société moderne > ici

2014-24. Les détails.

- 18 février 1564 -

Mort de Michel-Ange

Autoportrait Michel-Ange

Michel-Ange – autoportrait.

       En sus des célébrations liturgiques propres à ce jour, le 18 février est le jour anniversaire de la mort de Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni, communément appelé en Français Michel-Ange.

   Il fut un génie universel et je vous encourage à lire le très beau texte intitulé « Michel-Ange, artiste théologien » qu’a publié, après l’avoir traduit en Français, notre amie Béatrice, sur son excellent site Benoît et moi
C’est un article déjà ancien puisqu’il a paru en février 2008 dans l’Osservatore Romano, signé par Timothy Verdon, prélat américain spécialiste de l’art religieux. Il permet une approche de l’art de Michel-Ange débarrassée des phantasmes de notre époque, pour lui rendre toute sa dimension spirituelle, que beaucoup de fidèles aujourd’hui ont du mal à percevoir.

   Ainsi que l’écrit Béatrice dans son introduction : 

« Michel-Ange continue de fasciner, mais les échos que les media nous apportent le plus souvent sur sa personnalité sont des allusions ambigües à sa prétendue homosexualité, devinée à travers ses sonnets, et des insinuations salaces sur les nus de la Chapelle Sixtine – entre autres – , qui auraient été propres, dans un tel environnement, à choquer les bigots de l’époque. Notre époque à nous a les fantasmes qu’elle peut s’offrir, et les obsessions qu’elle cultive (…) »

   Mais tout est à lire et à relire, et c’est ici > Michel-Ange, artiste théologien.

   Pour moi, qui ne suis qu’un tout petit chat, je me contente de marquer cet anniversaire en vous offrant une nouvelle petite B.D. de Frère Maximilien-Marie. L’anecdote qui l’a inspirée peut s’appliquer à beaucoup de circonstances de la vie, et au plus haut point à la vie spirituelle…

   La paternité de la phrase « Les détails font la perfection et la perfection n’est pas un détail » est attribuée à Léonard de Vinci,  mais cela n’exclut nullement – bien au contraire – qu’elle ait pu faire florès parmi les artistes florentins, et que Michel-Ange, selon l’anecdote rapportée ci-dessous, ait pu la reprendre à son profit…
Pour nous, mettons-la en rapport avec le commandement donné par Notre-Seigneur en conclusion du sermon sur la montagne : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ! » (Matth. V, 48).

Lully.

sculpteur

Les détails

sculpteur

2014-23. Du martyre de l’abbé Claude de Bernard de Talode du Grail.

Dimanche de la Septuagésime, 16 février 1794

Château du Grail façades sud et est

Saint-Agrève : le Château du Grail (état actuel – façades sud et est)
il portait autrefois des poivrières aux quatre angles.

       Le 21 juillet 1760, à Saint-Agrève, paroisse du haut-Vivarais, naquit et fut baptisé le jour même, Claude Joseph Thérèze de Bernard de Talode du Grail. Il était le sixième de onze enfants.
Les Bernard de Talode sont une vieille famille noble du Velay, dont un cadet, en épousant en 1621 l’héritière de la famille du Grail (se prononce comme « aïe »), vint s’établir à Saint-Agrève, dans le diocèse de Viviers.
Sa famille maternelle, celle des Malosse, famille terrienne bien alliée, est de la paroisse de Chaudeyrolles, aujourd’hui commune du département de la Haute-Loire, mais qui appartint au Vivarais jusqu’en 1790.

   Nous ne possédons pas de détails sur l’enfance et la jeunesse de Claude du Grail.
Il fit ses études classiques au collège du Puy-en-Velay (qui avait été fondé puis dirigé par les Jésuites jusqu’à la dissolution de la Compagnie), dont il sortit à l’âge de 20 ans.
Il fut ensuite au petit séminaire de Bourg-Saint-Andéol pour le cours de philosophie, et enfin au grand séminaire de Viviers pour la théologie.
Il y reçut les ordres mineurs, le 20 décembre 1788, mais en juillet 1789 il revint dans sa famille sans avoir reçu les ordres majeurs.

Château du Grail façade ouest

Château du Grail (état actuel – façade ouest)

   Lorsque éclate la grande révolution, le siège épiscopal de Viviers est occupé depuis 1778 par un prélat un peu « particulier », Charles de La Font de Savine, dont il convient de dire quelques mots.

   Né le 17 février 1742, cadet de famille noble, il fut destiné à l’Eglise alors qu’il était davantage nourri de Rousseau que d’ouvrages de solide piété : sa lecture favorite fut pendant de nombreuses années « L’Emile ».
Il est écrit que Charles de Savine avait « juste assez de foi pour n’être pas impie », et qu’ « il montrait une inconcevable instabilité d’esprit, un goût immodéré des plaisirs du monde, et, avec cela, il était bon, généreux, sensible, plein de courtoisie et d’urbanité » (Auguste Roche, in « Armorial généalogique et bibliographique des évêques de Viviers »).

Il fut d’abord vicaire général de son oncle, Monseigneur Jean-Arnaud de Castellane, évêque de Mende et dernier comte de Gévaudan (nota : après avoir résisté par tous les moyens, y compris militaires, à la révolution et à l’usurpation de son siège épiscopal, Monseigneur de Castellane sera horriblement massacré à Versailles le 9 septembre 1792).

   Charles de La Font de Savine fut promu à l’évêché de Viviers à l’âge de 37 ans : « Je suis devenu évêque comme tant d’autres parce que mon oncle étoit un grand seigneur, un gouverneur de province », écrira-t-il lui-même en 1792.
De fait, « il restait parfois, dit-on, un mois entier sans célébrer la messe et faisait réciter le bréviaire par son valet de chambre ; puis, le mois suivant, il célébrait la messe tous les jours et récitait le bréviaire à genoux » (Auguste Roche, « Armorial »).

   Néanmoins, en dépit de ses idées novatrices, Monseigneur de Savine appartenait à cette catégorie de prélats mondains de l’Ancien Régime, très imbu de son rang et très attaché à son train de vie, désireux avant tout de briller en société.
Député du clergé de son diocèse aux Etats Généraux, il adopta avec enthousiasme les idées de la révolution… et la constitution civile du clergé.

Viviers - palais épiscopal

Viviers : le palais épiscopal (aujourd’hui mairie)
dans lequel Monseigneur de Savine donna des bals et des banquets « patriotiques »…

   Le 6 février 1791, dans sa cathédrale, à la suite d’un long discours justificatif, Monseigneur de Savine prêta le serment constitutionnel (il sera suivi par 44% de son clergé : un grand nombre de prêtres accompagnera ce serment de restrictions et ils se rétracteront lorsque le bref du Souverain Pontife sera connu).

   Lorsque, dans son bref daté du 13 avril 1791, le Pape Pie VI enjoignit aux membres du clergé français qui aurait prêté le serment de se rétracter sous peine d’excommunication, Monseigneur de Savine se moqua du Souverain Pontife, et reçut en conséquence les félicitations des révolutionnaires : dans ses mandements, il se nommera désormais « Lafont-Savine, de par la constitution française et l’assemblée nationale, évêque constitutionnel de l’Ardèche ».
Vers la fin de l’année 1791, après avoir lui-même ordonné la fermeture des monastères et congédié les directeurs du séminaire, après avoir encouragé son clergé à prêter le serment schismatique, puis critiqué les dogmes et la discipline catholiques, il fit peindre aux trois couleurs de la révolution son trône épiscopal, les stalles du choeur et les orgues de la cathédrale, dont il orna la nef d’oriflammes rouges portant des slogans révolutionnaires ; il organisa aussi  - horresco referens ! – une cérémonie sacrilège en l’honneur de la liberté au cours de laquelle, portant le Très Saint-Sacrement, il fut escorté de braillards hurlant « la marseillaise » et le « ça ira »… etc.

   Le Pape ayant patienté le plus longtemps possible, l’excommunication de Monseigneur de Savine fut effective à la fin du printemps 1792 ; le diocèse de Viviers fut alors confié à l’administration de Monseigneur Charles François d’Aviau du Bois de Sanzay, archevêque de Vienne, qui organisa l’Eglise clandestine. 

   Monseigneur de Savine mettra le comble à son parjure en apostasiant solennellement en décembre 1793 ; il avait encouragé les prêtres jureurs à se « déprêtriser » et à se marier. Il mènera ensuite une vie des plus mouvementées – presque rocambolesque – , avant de mourir, pénitent et réconcilié avec l’Eglise, le 1er janvier 1815… Mais tout cela n’est plus dans notre propos.
Pour être juste, il faut néanmoins signaler que, en 1792-1793, le fantasque prélat se déclara ouvertement hostile aux mesures de persécution des prêtres réfractaires.

Cathédrale de Viviers intérieur

Cathédrale Saint-Vincent de Viviers, l’intérieur.

   Nous ignorons les raisons qui avaient poussé l’abbé du Grail - minoré ainsi que nous l’avons dit plus haut – à quitter le séminaire, et nous ignorons aussi les raisons qui le poussèrent à y retourner : faut-il y voir une influence de sa sœur aînée, moniale visitandine au Puy ? faut-il penser qu’à la vue des évènements de juin et juillet 1789, il eût un moment de crainte puis qu’il se ressaisit ? fut-ce pour des raisons de santé (car il n’était pas d’une constitution très robuste) ?
Rien ne nous permet de trancher en faveur de l’une ou l’autre de ces hypothèses.

Ce qui est certain en revanche, c’est qu’il revint au séminaire en 1790 : il fut ordonné sous-diacre le 18 décembre 1790, diacre le 9 avril 1791, et prêtre le 24 septembre 1791 (à l’âge de 31 ans et deux mois). 

   Il reçut donc le diaconat et le sacerdoce des mains d’un évêque jureur qui s’était déjà signalé par ses « excentricités », mais qui conservait encore une forme de légitimité puisque le bref pontifical porteur des sanctions ecclésiastiques ne le frappera qu’en 1792. Parmi les condisciples de l’abbé du Grail, certains préférèrent ne pas être ordonnés par Monseigneur de Savine et soit se débrouillèrent pour se faire imposer les mains par d’autres évêques fidèles, soit durent attendre de longues années.

   L’abbé Claude du Grail, d’après le témoignage de ses contemporains, avait un physique plutôt ingrat : « (…) son extérieur n’avait rien qui pût lui attirer la considération. Sa taille était à peine médiocre, son air était fort commun, sa physionomie peu agréable » (note manuscrite de l’abbé Péala).
Au moral, il est décrit comme un homme doux et humble, patient, d’une grande pureté de mœurs et d’une admirable charité pour son prochain, mais aussi d’un esprit lent et d’une intelligence médiocre, froid et distant, objet facile des railleries des autres, n’ayant rien qui attirât la sympathie…
Et cependant, ce prêtre auquel ses contemporains attribuent un caractère difficile et un aspect disgracieux va se révéler un courageux confesseur de la foi.
Pour ne pas avoir à prêter le serment schismatique, l’abbé du Grail n’accepte aucun ministère et demeure dans sa famille.

Linteau armorié château du Grail

Linteau de porte portant les armes de France, au château du Grail (Saint-Agrève)

   Mais la persécution se déchaîne : la surveillance se fait plus étroite, les tracasseries et les risques empirent, d’autant que tous les prêtres demeurés à Saint-Agrève sont des jureurs. Aussi Madame du Grail encourage-t-elle son fils à partir pour des lieux plus sûrs : en l’occurrence, les alentours du Mont Mézenc.

   L’abbé du Grail va donc passer les derniers mois de sa vie en majeure partie aux environs des paroisses de Borée et de Chaudeyrolles : paroisses assez difficiles d’accès (il n’y a pas de routes, seulement des chemins muletiers), où le relief et les forêts offrent de nombreux lieux de refuge. Là se cachent d’ailleurs de nombreux autres ecclésiastiques fidèles.

   Côté vivarois, à Borée, le curé, l’abbé Jean-Augustin de Lamargerie, soutenu par l’ensemble de ses paroissiens, parviendra à célébrer la messe dans son église presque tous les dimanches et fêtes du temps de la persécution.
Deux lieues plus bas, à Saint-Martial, le curé Chacornac et ses deux vicaires qui ont pris le maquis, continuent clandestinement un ministère très actif et déjouent pendant près de dix ans les traquenards de la garde nationale.
Sur le côté vellave du massif, aux Estables, le prêtre jureur, mortifié de se trouver en face d’une église vide, en fait le reproche aux paroissiens ; le dimanche suivant, quand il ouvre les portes de l’église, il la trouve remplie de porcs et les villageois se gaussent en lui disant qu’ils lui ont trouvé des paroissiens dignes de lui.
A Chaudeyrolles, le curé intrus se heurte lui-aussi à l’hostilité sans concession des fidèles et du curé légitime, l’abbé Pierre Ginhoux, qui non seulement ne veut pas lui céder la place mais donne asile à d’autres farouches réfractaires, des prêtres zélés qui exercent leur ministère de manière clandestine dans les paroisses alentours (Champclause, Saint-Front, Lausonne, Saint-Julien-Chapteuil, Freycenet-Latour, …etc.).

   Malgré la bienveillance massive des populations à leur endroit, et malgré la protection tacite de la plupart des maires, ils sont toutefois obligés à une extrême vigilance, contraints de changer souvent de cachette et de déguisement, acculés à passer les nuits dans des abris de fortune, alors que le climat est particulièrement rude.
Le clergé constitutionnel ne cesse de les poursuivre de sa vindicte et d’inciter à la délation, tandis que les « patriotes » organisent de véritables chasses à l’homme.
A la fin de l’année 1793, la surveillance se resserre et des sommes alléchantes sont promises afin de susciter des vocations de Judas.

Chaudeyrolles au début du XXe siècle

Chaudeyrolles : le village au pied du Mont Signon (photographie du début du XXe siècle)

   Au début de l’année 1794, l’abbé Claude du Grail, de constitution chétive et de faible santé, est à bout de forces.
Un soir de la mi-janvier 1794, il vient frapper à la porte d’une petite ferme isolée de la vallée de l’Aubépin : il est non seulement malade, mais il a en outre fait une mauvaise chute sur le verglas et s’est violemment cogné la tête, qui lui fait très mal.
A Jacques et Rose Vincent, ses hôtes, il dévoile son identité. Au bout de quelques jours, il consent à ce que l’on appelle un brave chirurgien de Laussonne, qui est lui aussi mis dans la confidence. 

Malheureusement, le chirurgien tombe dans le piège tendu par un tailleur d’habit de Laussonne qui prétend chercher un « bon prêtre » afin de recourir à son ministère : c’est ce tailleur d’habit qui va ensuite vendre l’abbé du Grail pour la somme de cent livres.

   La garde nationale de Laussone vient sans pitié et sans ménagement arracher le malade à son lit, le hisse sur un cheval et l’emmène quasi mourant au Puy. L’abbé, épuisé, ne s’est pas dérobé : « Je suis prêtre, et je veux mourir en prêtre ».
Il a trente-trois ans et demi, à peu près l’âge de Notre-Seigneur lors de Sa Passion.

   Il comparaît une première fois le 25 janvier devant le tribunal révolutionnaire, qui siège dans la chapelle de la Visitation : avec autant de fermeté que de courage, le jeune prêtre témoigne de sa fidélité à l’Eglise catholique et, en conséquence, de son refus des divers serments. Il sait quel sort l’attend.
Cependant la sentence n’est pas prononcée tout de suite. Le tribunal voudrait d’une part trouver des motifs pour condamner aussi ses hôtes, Jacques et Rose Vincent (mais ils seront finalement relaxés), et doit d’autre part se débattre avec un problème de procédure suscité par les défenseurs : n’ayant jamais exercé de ministère paroissial, l’abbé du Grail n’aurait, en rigueur, pas été soumis à l’obligation du serment.

Chapelle de la Visitation 17e s. tribunal révolutionnaire - Le Puy

Le Puy-en-Velay : ancienne chapelle de la Visitation
dans laquelle siégea le tribunal révolutionnaire (état actuel)

   Le dimanche 16 février 1794 (28 pluviose an II selon le ridicule calendrier révolutionnaire), le tribunal criminel de la Haute-Loire condamne à mort « Claude Dugrail, prêtre, ci-devant noble, de la commune de St-Agrève, comme réfractaire à la loi ».
La sentence doit être appliquée aussitôt.

   Avec lui est également guillotiné l’abbé Jean-Jacques Gérentes, arrêté le 11 décembre 1793 dans un hameau de Tence ; ce dernier est non seulement un réfractaire mais en outre – comble du sacrilège ! – il a poussé le « fanatisme » jusqu’à faire ses besoins sur l’arbre de la liberté ! 
Les deux prêtres, emprisonnés ensemble, se sont mutuellement encouragés, exhortés et réconfortés pendant le temps de leur captivité, et ils continuent à le faire jusqu’au pied de l’échafaud.
Leurs dépouilles mortelles sont ensuite jetées dans une fosse commune au cimetière des Carmes, pour qu’on ne puisse les vénérer comme des corps de martyrs.

   La tradition familiale rapporte que la mère de l’abbé du Grail et sa sœur (Marie-Henriette du Grail, religieuse visitandine sous le nom de Mère Marie-Séraphie), qu’on était allées chercher pour les faire assister au supplice du prêtre, furent ensuite contraintes de faire le tour de l’échafaud dégoulinant de sang.

guillotine

   Ce 16 février 1794 était le dimanche de la Septuagésime.
La liturgie, autour de l’exhortation de Saint Paul à ne pas faiblir dans le combat (épître : 1 Cor. IX, 24 – X, 5), développe d’admirables chants appelant le secours de Dieu dans les tribulations et les épreuves de cette vie, tel ce poignant introït « Circumdederunt me » : « Les gémissements de la mort m’ont assiégé, les douleurs de l’enfer m’ont entouré, et dans ma tribulation j’ai invoqué le Seigneur, et, depuis Son saint temple, Il a entendu ma voix ! Je vous aime, ô Seigneur, ma force ! Le Seigneur est mon ferme appui, mon refuge et mon libérateur ! » 

(faire un clic droit sur l’image ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet »)

Image de prévisualisation YouTube

Pour plus de détails voir les « Cahiers de la Haute-Loire » n° 96-147 :
« Guillotiné  au Puy, Claude du Grail, prêtre de Saint-Agrève »,
par Christian de Seauve.

12

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi