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2022-66. Lettre encyclique « Ad cœli Reginam » instituant la fête de Marie Reine à la date du 31 mai.

Lettre encyclique
de Sa Sainteté le Pape Pie XII
« Ad cœli Reginam »
du 11 octobre 1954
instituant
à la date du 31 mai la fête de
La Très Sainte Vierge Marie Reine

Neri di Bicci - Couronnement de la Vierge

Neri di Bicci (1418-1492) :
Le couronnement de la Vierge
avec Saint Antoine le Grand, Saint Augustin, Saint Raphaël et Tobie
(Avignon, musée du Petit Palais)

Monogramme des Servites

A nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques,
évêques et autres Ordinaires en paix et communion avec le Siège apostolique,
ainsi qu’à tout le clergé et aux fidèles de l’univers catholique

Vénérables Frères,
Salut et Bénédiction apostolique !

Introduction : rappel des circonstances et nécessités présentes.

Dès les premiers siècles de l’Église Catholique, le peuple chrétien fit monter vers la Reine du Ciel ses prières et ses chants de louange filiale dans la sérénité des heures de joie et plus encore dans l’angoisse des périls menaçants. Jamais ne fut déçue l’espérance mise en la Mère du divin Roi Jésus-Christ ; jamais ne s’affaiblit la foi qui nous enseigne que la Vierge Marie Mère de Dieu règne sur l’univers entier avec un cœur maternel, tout comme elle est ceinte d’une royale couronne de gloire dans la béatitude céleste.

Or, après les calamités qui, jusque sous Nos yeux, ont couvert de ruines des villes florissantes et de nombreux villages, Nous voyons avec douleur déborder dangereusement les flots de profondes misères morales, vaciller parfois les bases mêmes de la justice, triompher un peu partout l’attrait des plaisirs corrupteurs, et, dans cette conjoncture inquiétante, Nous sommes saisi d’une vive angoisse. Aussi est-ce avec confiance que Nous recourons à Marie notre Reine, lui manifestant non seulement Notre amour, mais aussi celui, de quiconque se glorifie du nom de chrétien.

Le 1er novembre de l’année 1950 – il Nous plaît de le rappeler -, en présence d’une multitude de Cardinaux, d’Évêques, de prêtres et de fidèles accourus du monde entier, Nous avons Nous-même défini le dogme de l’Assomption de la Très Sainte Vierge dans le ciel, [1] où, en corps et en âme, elle règne avec son Fils unique parmi les chœurs des Anges et des Saints.

En outre, à l’occasion du centenaire de la définition du dogme de l’Immaculée Conception par Pie IX, Notre Prédécesseur d’immortelle mémoire, Nous avons promulgué la présente Année Mariale ; [2] et ce Nous est aujourd’hui une grande consolation de voir à Rome – à Sainte Marie-Majeure en particulier où les foules viennent manifester leur confiance et leur grand amour envers leur Mère du Ciel -, mais également dans le monde entier, la piété envers la Vierge Mère de Dieu refleurir toujours davantage et les principaux sanctuaires marials recevoir sans interruption de nombreux et pieux pèlerinages. Et l’on sait que, chaque fois que Nous en eûmes l’occasion, dans Nos allocutions d’audience ou Nos radio-messages, Nous avons exhorté tous les fidèles à aimer de tout leur cœur, comme des fils, leur Mère très bonne et très puissante. À ce sujet, Nous rappelons volontiers le message radiophonique adressé au peuple portugais lors du couronnement de la statue miraculeuse de Fatima, [3] et que Nous avons qualifié Nous-même de message de la « Royauté » de Marie. [4]

Pour mettre donc en quelque sorte le comble à ces marques de Notre piété envers la Mère de Dieu, que le peuple chrétien a accueillies avec tant de ferveur, pour conclure heureusement l’Année Mariale qui touche désormais à son terme, pour accéder enfin aux demandes instantes qui Nous parviennent à ce sujet de toutes parts, Nous avons décidé d’instituer la fête liturgique de « La Sainte Vierge Marie Reine ».

Nous n’entendons pas proposer par là au peuple chrétien une nouvelle vérité à croire, car le titre même et les arguments qui justifient la dignité royale de Marie ont déjà de tout temps été abondamment formulés et se trouvent dans les documents anciens de l’Église et dans les livres liturgiques.

Nous désirons seulement les rappeler par cette Encyclique, afin de célébrer à nouveau les louanges de Notre Mère du ciel, de ranimer dans tous les coeurs une piété plus ardente envers elle, et de contribuer ainsi au bien des âmes.

Première partie : preuves dans la Tradition (Ecritures, Pères de l’Eglise et Magistère).

Le peuple chrétien, même dans les siècles passés, croyait avec raison que celle dont est né le Fils du Très-Haut, qui « régnera à jamais dans la maison de Jacob », (Luc I, 32) « Prince de la paix », (Is. IX, 6) « Roi des rois et Seigneur des Seigneurs », (Ap. XIX, 16) avait reçu plus que toute autre créature des grâces et privilèges uniques ; et considérant aussi les relations étroites qui unissaient la Mère au Fils, il a reconnu sans peine la dignité royale suprême de la Mère de Dieu.

C’est pourquoi il n’est pas étonnant que les anciens écrivains ecclésiastiques, forts de la parole de l’Archange Gabriel prédisant que le Fils de Marie régnerait éternellement, [5] et de celle d’Élisabeth, qui, en la saluant avec respect, l’appelait « la Mère de mon Seigneur », (Luc I, 43) aient déjà appelé Marie « la Mère du Roi », « la Mère du Seigneur », montrant clairement qu’en vertu de la dignité royale de son Fils elle possédait une grandeur et une excellence à part.

Aussi Saint Ephrem, dans l’ardeur de son inspiration poétique, lui prête-t-il ces paroles « Que le ciel me soutienne de son étreinte, car j’ai été honorée plus que lui. En effet le ciel ne fut pas ta mère, mais tu en as fait ton trône ! » [6]. Et ailleurs il la prie en ces termes « … noble jeune fille et Patronne, Reine, Maîtresse, garde-moi, protège-moi, de peur que Satan auteur de tout mal ne se réjouisse à mon sujet et que le criminel adversaire ne triomphe de moi » [7].

Saint Grégoire de Nazianze appelle Marie « Mère du Roi de tout l’univers », « Mère Vierge, (qui) a enfanté le Roi du monde entier » [8]. Prudence déclare que cette mère « s’étonne d’avoir engendré Dieu comme homme et même comme Roi suprême » [9].

Cette dignité royale de la Bienheureuse Vierge Marie est clairement et nettement signifiée par ceux qui l’appellent « Souveraine », « Dominatrice », « Reine ».

Déjà dans une homélie attribuée à Origène, Marie est appelée par Élisabeth non seulement « Mère de mon Seigneur », mais « Ma Souveraine » [10].

La même idée ressort du passage suivant de saint Jérôme dans lequel, parmi les différentes interprétations du nom de Marie, il met en dernier lieu celle-ci : « Il faut savoir qu’en syriaque Marie signifie Souveraine » [11]. Après lui Saint Chrysologue formule la même pensée d’une manière encore plus affirmative : « Le mot hébreu Marie se traduit en latin Souveraine : l’Ange l’appelle Souveraine pour qu’elle cesse de trembler comme une servante, elle à qui l’autorité même de son Fils a obtenu de naître et d’être appelée Souveraine » [12].

Épiphane, évêque de Constantinople, écrivant au Souverain Pontife Hormisdas, dit qu’il faut prier pour que l’unité de l’Église soit conservée « par la grâce de la sainte et consubstantielle Trinité et par l’intercession de notre Sainte Souveraine, la glorieuse Vierge Marie Mère de Dieu » [13].

Un auteur de la même époque salue en ces termes solennels la Sainte Vierge, assise à la droite de Dieu, pour lui demander de prier pour nous : « Souveraine des mortels, très sainte Mère de Dieu » [14].

Saint André de Crète attribue plusieurs fois à la Vierge Marie la dignité de Reine ; il écrit par exemple : « (Jésus) transporte aujourd’hui hors de sa demeure terrestre la Reine du genre humain, Sa Mère toujours Vierge, dans le sein de laquelle, sans cesser d’être Dieu, Il a pris la forme humaine » [15]. Et ailleurs : « Reine de tout le genre humain, fidèle en réalité au sens de ton nom et qui, Dieu seul excepté, dépasse toute chose » [16].

Saint Germain salue en ces termes l’humble Vierge : « Assieds-toi, ô Souveraine, il convient en effet que tu sièges en haut lieu puisque tu es Reine et plus glorieuse que tous les rois » [17]. Il l’appelle aussi : « Souveraine de tous les habitants de la Terre » [18].

Saint Jean Damascène lui donne le nom de « Reine, Patronne, Souveraine »[19] et même de : « Souveraine de toute créature » [20] ; un ancien écrivain de l’Église Occidentale l’appelle : « heureuse Reine », « Reine éternelle près du Roi son Fils », elle dont « la tête blanche comme la neige est ornée d’un diadème d’or » [21].

Enfin Saint Ildefonse de Tolède unit presque tous ces titres d’honneur en cette salutation : « Ô ma Souveraine, Maîtresse suprême ; Mère de mon Souverain, tu règnes sur moi… Souveraine parmi les servantes, Reine parmi tes sœurs » [22].

À partir de ces témoignages et d’autres analogues, presque innombrables, qui remontent à l’antiquité, les théologiens de l’Église ont élaboré la doctrine selon laquelle ils appellent la Très Sainte Vierge, Reine de toutes les créatures, Reine du monde, Souveraine de l’Univers.

Les Pasteurs suprêmes de l’Église ont estimé de leur devoir d’approuver et d’encourager par leurs exhortations et leurs éloges la piété du peuple chrétien envers sa Mère du ciel et sa Reine. Aussi, sans parler des documents des Papes récents, rappelons simplement ceux-ci : dès le septième siècle Notre Prédécesseur Saint Martin Ier appelle Marie « Notre glorieuse Souveraine toujours Vierge » [23] ; Saint Agathon, dans son épître synodale aux Pères du sixième Concile œcuménique dit d’elle « notre Souveraine, vraiment Mère de Dieu au sens propre » [24] ; au huitième siècle, Grégoire II dans sa lettre au Patriarche Saint Germain, qui fut lue aux acclamations de tous les Pères du septième Concile œcuménique, lui donne le titre de « Souveraine universelle et vraie Mère de Dieu », et de « Souveraine de tous les chrétiens » [25].

Rappelons en outre que Notre Prédécesseur d’immortelle mémoire Sixte IV, mentionnant avec faveur la doctrine de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge dans sa Lettre Apostolique Cum praeexcelsa [26], commence par appeler Marie « Reine du ciel et de la terre » et affirme que le Roi suprême lui a en quelque sorte transmis Son pouvoir [27].

C’est pourquoi Saint Alphonse de Liguori rassemblant tous les témoignages des siècles précédents écrit avec grande piété : « Puisque la Vierge Marie a été élevée à la dignité si haute de Mère de Dieu, c’est à bon droit que l’Église lui à décerné le titre de Reine » [28].

Deuxième partie : preuves dans la Tradition liturgique et dans l’iconographie.

La sainte liturgie, qui est comme le fidèle miroir de la doctrine transmise par les anciens et crue par le peuple chrétien à travers les âges, tant en Orient qu’en Occident, a toujours chanté et chante encore sans cesse les louanges de la Reine des cieux.

De l’Orient retentissent ces accents fervents : « Ô Mère de Dieu, aujourd’hui tu as été transportée au ciel sur les chars des Chérubins, les Séraphins sont à ton service, et les légions des armées célestes s’inclinent devant toi » [29].

Et ceux-ci : « Ô juste, ô très heureux (Joseph), à cause de ton origine royale tu as été choisi entre tous pour époux de la Reine pure, qui enfantera merveilleusement le Roi Jésus » [30]. De même : « Je dirai un hymne à la Mère Reine, et je m’approcherai d’elle avec joie pour chanter dans l’allégresse ses merveilles… Ô Souveraine, notre langue ne peut te chanter dignement, parce que Tu es plus élevée que les Séraphins, Toi qui as engendré le Christ Roi… Salut, ô Reine du monde, salut, ô Marie, Souveraine de nous tous » [31].

Dans le Missel éthiopien, on lit : « Ô Marie, centre de l’univers. … Tu es plus grande que les Chérubins aux yeux innombrables et que les Séraphins aux six ailes… Le ciel et la terre sont entièrement remplis de ta sainteté et de ta gloire » [32].

L’Église latine chante la vieille et très douce prière du « Salve Regina » et les joyeuses antiennes « Ave, Regina cœlorum », « Regina cœli, laetare », celles aussi que l’on récite aux fêtes de la Sainte Vierge : « La Reine s’est assise à ta droite en vêtement d’or couvert d’ornements variés » [33] ; « Le ciel et la terre te célèbrent comme leur puissante Reine » [34] ; « Aujourd’hui la Vierge Marie est montée aux cieux : réjouissez-vous, car elle règne avec le Christ à jamais » [35].

Il faut y ajouter, entre autres, les Litanies de Lorette, qui invitent tous les jours le peuple chrétien à saluer plusieurs fois Marie du titre de Reine. De même, depuis bien des siècles, les chrétiens méditent sur l’empire de Marie qui embrasse le ciel et la terre, lorsqu’ils considèrent le cinquième mystère glorieux du Rosaire, que l’on peut appeler la couronne mystique de la Reine du ciel.

Enfin l’art basé sur les principes chrétiens et inspiré de leur esprit, interprétant exactement depuis le Concile d’Éphèse la piété authentique et spontanée des fidèles, représente Marie en Reine et en Impératrice, assise sur un trône royal, ornée d’insignes royaux, ceinte d’un diadème, entourée d’une cohorte d’Anges et de Saints, montrant qu’elle domine non seulement les forces de la nature mais aussi les attaques perverses de Satan. L’iconographie, pour traduire la dignité royale de la Bienheureuse Vierge Marie, s’est enrichie à toutes les époques d’oeuvres d’art de la plus grande valeur ; elle est même allée jusqu’à représenter le Divin Rédempteur ceignant le front de sa Mère d’une couronne éclatante.

Les Pontifes Romains n’ont pas manqué de favoriser cette dévotion populaire en couronnant souvent, de leurs propres mains ou par l’intermédiaire de Légats pontificaux, les images de la Vierge déjà remarquables par le culte public qu’on leur rendait.

Troisième partie : justifications théologiques. 

Comme Nous l’avons indiqué plus haut, Vénérables Frères, l’argument principal sur lequel se fonde la dignité royale de Marie, déjà évident dans les textes de la tradition antique et dans la sainte Liturgie, est sans aucun doute sa maternité divine. Dans les Livres Saints, en effet, on affirme du Fils qui sera engendré par la Vierge : « Il sera appelé Fils du Très-Haut et le Seigneur Dieu Lui donnera le trône de David, Son père, et Il régnera dans la maison de Jacob éternellement et Son règne n’aura pas de fin » (Luc I, 32-33) ; en outre, Marie est proclamée « Mère du Seigneur » [36]. Il s’ensuit logiquement qu’elle-même est Reine, puisqu’elle a donné la vie à un Fils qui, dès l’instant de sa conception, même comme homme, était, à cause de l’union hypostatique de la nature humaine avec le Verbe, Roi et Seigneur de toutes choses.

Saint Jean Damascène a donc raison d’écrire : « Elle est vraiment devenue la Souveraine de toute la création au moment où elle devint Mère du Créateur » [37] et l’Archange Gabriel lui-même peut-être appelé le premier héraut de la dignité royale de Marie.

Cependant la Bienheureuse Vierge doit être proclamée Reine non seulement à cause de sa maternité divine mais aussi parce que selon la volonté de Dieu, elle joua dans l’œuvre de notre salut éternel, un rôle des plus éminents. « Quelle pensée plus douce – écrivait Notre Prédécesseur d’heureuse mémoire, Pie XI – pourrait Nous venir à l’esprit que celle-ci : le Christ est notre Roi non seulement par droit de naissance mais aussi par un droit acquis, c’est-à-dire par la Rédemption ? Que tous les hommes oublieux du prix que nous avons coûté à notre Rédempteur s’en souviennent : « Vous n’avez pas été rachetés par l’or ou l’argent qui sont des biens corruptibles, … mais par le sang précieux du Christ, Agneau immaculé et sans tache » [38]. Nous n’appartenons donc plus à nous-mêmes, parce que c’est « d’un grand prix » [39], que « le Christ nous a rachetés » [40].

Dans l’accomplissement de la Rédemption, la Très Sainte Vierge fut certes étroitement associée au Christ ; aussi chante-t-on à bon droit dans la Sainte Liturgie : « Sainte Marie, Reine du ciel et maîtresse du monde, brisée de douleur, était debout près de la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ » [41]. Et un pieux disciple de Saint Anselme pouvait écrire au Moyen-âge : « Comme… Dieu, en créant toutes choses par sa puissance, est Père et Seigneur de tout, ainsi Marie, en restaurant toutes choses par ses mérites, est la Mère et la Souveraine de tout : Dieu est Seigneur de toutes choses parce qu’il les a établies dans leur nature propre par son ordre, et Marie est Souveraine de toutes choses en les restaurant dans leur dignité originelle par la grâce qu’elle mérita » [42]. En effet « Comme le Christ pour nous avoir rachetés est notre Seigneur et notre Roi à un titre particulier, ainsi la Bienheureuse Vierge est aussi notre Reine et Souveraine à cause de la manière unique dont elle contribua à notre Rédemption, en donnant sa chair à son Fils et en l’offrant volontairement pour nous, désirant, demandant et procurant notre salut d’une manière toute spéciale » [43].

De ces prémisses, on peut tirer l’argument suivant : dans l’œuvre du salut spirituel, Marie fut, par la volonté de Dieu, associée au Christ Jésus, principe de salut, et cela d’une manière semblable à celle dont Ève fut associée à Adam, principe de mort, si bien que l’on peut dire de notre Rédemption qu’elle s’effectua selon une certaine « récapitulation » [44] en vertu de laquelle le genre humain, assujetti à la mort par une vierge, se sauve aussi par l’intermédiaire d’une vierge ; en outre on peut dire que cette glorieuse Souveraine fut choisie comme Mère de Dieu précisément « pour être associée à Lui dans la rédemption du genre humain » [45] ; réellement « ce fut elle qui, exempte de toute faute personnelle ou héréditaire, toujours étroitement unie à son Fils, L’a offert sur le Golgotha au Père Éternel, sacrifiant en même temps son amour et ses droits maternels, comme une nouvelle Ève, pour toute la postérité d’Adam, souillée par sa chute misérable » [46] ; on pourra donc légitimement en conclure que, comme le Christ, nouvel Adam, est notre Roi parce qu’il est non seulement Fils de Dieu, mais aussi notre Rédempteur, il est également permis d’affirmer, par une certaine analogie, que la Sainte Vierge est Reine, et parce qu’elle est Mère de Dieu et parce que, comme une nouvelle Ève, elle fut, associée au nouvel Adam.

Sans doute, seul Jésus-Christ, Dieu et homme, est Roi, au sens plein, propre et absolu du mot ; Marie, toutefois, participe aussi à sa dignité royale, bien que d’une manière limitée et analogique, parce qu’elle est la Mère du Christ Dieu et qu’elle est associée à l’oeuvre du Divin Rédempteur dans sa lutte contre ses ennemis et dans son triomphe remporté sur eux tous. En effet par cette union avec le Christ Roi Elle atteint une gloire tellement sublime qu’elle dépasse l’excellence de toutes les choses créées : de cette même union avec le Christ, découle la puissance royale qui l’autorise à distribuer les trésors du Royaume du Divin Rédempteur ; enfin cette même union avec le Christ est source de l’efficacité inépuisable de son intercession maternelle auprès du Fils et du Père.

Aucun doute par conséquent que la Sainte Vierge ne dépasse en dignité toute la création et n’ait sur tous, après son Fils, la primauté. « Toi enfin – chante Saint Sophrone – tu as dépassé de loin toute créature. Que peut-il exister de plus élevé que cette grâce dont toi seule as bénéficié de par la volonté de Dieu ? » [47]. Et Saint Germain va encore plus loin dans la louange : « Ta dignité te met au dessus de toutes les créatures ; ton excellence te rend supérieure aux anges » [48]. Saint Jean Damascène ensuite en vient jusqu’à écrire cette phrase : « La différence entre les serviteurs de Dieu et Sa Mère est infinie » [49].

Pour nous aider à comprendre la dignité sublime que la Mère de Dieu a atteinte au dessus de toutes les créatures, nous pouvons considérer que la Sainte Vierge, depuis le premier instant de sa conception, fut comblée d’une telle abondance de grâces qu’elle dépassait la grâce de tous les Saints. Aussi – comme l’écrivait Notre Prédécesseur Pie IX d’heureuse mémoire, dans sa Bulle Ineffabilis Deus – « bien au dessus de tous les Anges et de tous les Saints », le Dieu ineffable « a enrichi Marie avec munificence de tous les dons célestes, puisés au trésor de la divinité ; aussi, toujours préservée des moindres souillures du péché, toute belle et parfaite, elle a atteint une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut en imaginer de plus grande en dessous de Dieu et que jamais personne, sauf Dieu lui-même, ne réussira à la comprendre » [50].

En outre, la Bienheureuse Vierge n’a pas seulement réalisé le suprême degré, après le Christ, de l’excellence et de la perfection mais elle participe aussi en quelque sorte à l’action par laquelle on dit avec raison que son Fils, notre Rédempteur, règne sur les esprits et les volontés des hommes. En effet, si le Verbe opère les miracles et répand la grâce par le moyen de son humanité, s’il se sert des Sacrements et des Saints comme d’instruments pour le salut des âmes, pourquoi ne peut-il pas se servir de se Mère très Sainte pour nous distribuer les fruits de la Rédemption ? Vraiment c’est avec un coeur maternel comme dit encore Notre Prédécesseur Pie IX – que, traitant l’affaire de notre salut, elle se préoccupe de tout le genre humain, ayant été établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre et se trouvant exaltée au dessus de tous les chœurs des Anges et de tous les Saints du ciel à la droite de son Fils unique, Jésus-Christ Notre Seigneur : elle obtient audience par la puissance de ses supplications, maternelles, elle reçoit tout ce qu’elle demande et ne connaît jamais de refus [51]. À ce propos, un autre de Nos Prédécesseurs, Léon XIII d’heureuse mémoire, déclara que la Bienheureuse Vierge Marie dispose d’un pouvoir « presque sans limites » [52] pour concéder des grâces, et Saint Pie X ajoute que Marie remplit cet office « pour ainsi dire par droit maternel » [53].

Que tous les fidèles chrétiens se glorifient donc d’être soumis a l’empire de la Vierge Mère de Dieu qui dispose d’un pouvoir royal et brûle d’amour maternel.

Mais en traitant les questions qui regardent la Sainte Vierge, que les Théologiens et les Prédicateurs de la parole divine aient soin d’éviter ce qui les ferait dévier du droit chemin, pour tomber dans une double erreur ; qu’ils se gardent et des opinions privées de fondement, dont les expressions exagérées dépassent les limites du vrai, et d’une étroitesse d’esprit excessive quand il s’agit de cette dignité unique, sublime, et même presque divine de la Mère de Dieu, que le Docteur Angélique nous enseigne à lui attribuer « à cause du bien infini qu’est Dieu » [54].

Du reste, sur ce point de la doctrine chrétienne comme en d’autres, « la norme prochaine et universelle de la vérité » est, pour tous, le Magistère vivant de l’Église que le Christ a établi « également pour éclairer et expliquer ce qui, dans le dépôt de la foi, n’est contenu qu’obscurément et comme implicitement » [55].

Quatrième partie : institution de la fête de Marie Reine et exhortation.

Les monuments de l’antiquité chrétienne, les prières de la liturgie, le sens religieux inné du peuple chrétien, les œuvres d’art, nous ont fourni des témoignages qui affirment l’excellence de la Vierge Mère de Dieu en sa dignité royale ; Nous avons aussi prouvé que les raisons déduites par la théologie du trésor de la foi divine confirment pleinement cette vérité. De tant de témoignages cités, il se forme un concert dont l’écho résonne au loin pour célébrer le caractère suprême et la gloire royale de la Mère de Dieu et des hommes, « élevée désormais au royaume céleste au dessus des chœurs angéliques » [56].

De longues et mûres réflexions Nous ayant persuadé que si cette vérité solidement démontrée était rendue plus resplendissante aux yeux de tous – comme une lampe qui brille davantage quand elle est placée sur le candélabre – l’Église en recueillerait de grands fruits, par Notre autorité apostolique Nous décrétons et instituons la fête de Marie Reine, qui se célébrera chaque année dans le monde entier le 31 mai. Nous ordonnons également que, ce jour-là, on renouvelle la consécration du genre humain au Coeur Immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie. C’est là en effet que repose le grand espoir de voir se lever une ère de bonheur, où régneront la paix chrétienne et le triomphe de la religion.

Que tous s’approchent donc avec une confiance plus grande qu’auparavant, du trône de miséricorde et de grâce de notre Reine et Mère, pour demander le secours dans l’adversité, la lumière dans les ténèbres, le réconfort dans la douleur et les larmes ; qu’ils s’efforcent surtout de s’arracher à la servitude du péché et qu’ils offrent un hommage incessant, pénétré de la ferveur d’une dévotion filiale, à la royauté d’une telle Mère.

Que ses Sanctuaires soient fréquentés et ses fêtes célébrées par la foule des fidèles ; que la pieuse couronne du Rosaire soit dans toutes les mains et que, pour chanter ses gloires, elle rassemble dans les églises, les maisons, les hôpitaux, les prisons, aussi bien de petits groupes que de grandes assemblées de fidèles. Que le nom de Marie plus doux que le nectar, plus précieux que n’importe quelle gemme soit l’objet des plus grands honneurs ; que personne ne prononce de blasphèmes impies, signe d’une âme corrompue, contre un nom qui brille d’une telle majesté et que la grâce maternelle rend vénérable ; qu’on n’ose même rien dire qui trahisse un manque de respect à son égard.

Que tous s’efforcent selon leur condition de reproduire dans leur coeur et dans leur vie, avec un zèle vigilant et attentif, les grandes vertus de la Reine du Ciel, Notre Mère très aimante. Il s’ensuivra en effet que les chrétiens, en honorant et imitant une si grande Reine, se sentiront enfin vraiment frères et, bannissant l’envie et les désirs immodérés des richesses, développeront la charité sociale, respecteront les droits des pauvres et aimeront la paix. Que personne donc ne se croie fils de Marie, digne d’être accueilli sous sa puissante protection, si, à son exemple, il ne se montre doux, juste et chaste, et ne contribue avec amour à la vraie fraternité, soucieuse non de blesser et de nuire, mais d’aider et de consoler.

En bien des régions du globe, des hommes sont injustement poursuivis pour leur profession de foi chrétienne et privés des droits humains et divins de la liberté ; pour écarter ces maux, les requêtes justifiées et les protestations répétées sont jusqu’à présent restées impuissantes. Veuille la puissante Souveraine des choses et des temps qui, de son pied virginal, sait réduire les violences, tourner ses yeux de miséricorde dont l’éclat apporte le calme, éloigne les nuées et les tempêtes, vers ses fils innocents et éprouvés ; qu’elle leur accorde à eux aussi de jouir enfin sans retard de la liberté qui leur est due, pour qu’ils puissent pratiquer ouvertement leur religion, et que, tout en servant la cause de l’Évangile, ils contribuent aussi par leur collaboration et l’exemple éclatant de leurs vertus au milieu des épreuves, à la force et au progrès de la cité terrestre.

Nous pensons également que la Fête instituée par cette Lettre Encyclique afin que tous reconnaissent plus clairement et honorent avec plus de zèle l’empire clément et maternel de la Mère de Dieu, peut contribuer grandement à conserver, consolider et rendre perpétuelle la paix des peuples, menacée presque chaque jour par des événements inquiétants. N’est-Elle pas l’arc-en-ciel posé sur les nuées devant Dieu en signe d’alliance pacifique ? (Cf. Gen. IX, 13). « Regarde l’arc et bénis celui qui l’a fait ; il est éclatant de splendeur ; il embrasse le ciel de son cercle radieux et les mains du Très-Haut l’ont tendu » (Eccl, XLIII, 12-13). Que quiconque honore donc la Souveraine des Anges et des hommes – et personne ne doit se croire exempté de ce tribut de reconnaissance et d’amour – l’invoque aussi comme la Reine très puissante, médiatrice de paix : qu’il respecte et défende la paix qui n’est ni injustice impunie ni licence effrénée, mais concorde bien ordonnée dans l’obéissance à la volonté de Dieu ; c’est à la conserver et à l’accroître que tendent les exhortations et les ordres maternels de la Vierge Marie.

Vivement désireux que la Reine et Mère du peuple chrétien accueille ces voeux et réjouisse de sa paix la terre secouée par la haine et, après cet exil, nous montre à tous Jésus qui sera notre paix et notre joie pour l’éternité, à vous Vénérables Frères et à vos fidèles, Nous accordons de tout coeur, comme gage du secours du Dieu tout-puissant et comme preuve de Notre affection, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, en la fête de la Maternité de la Vierge Marie, le 11 octobre 1954, seizième année de Notre Pontificat.

PIE XII, Pape.

Armoiries de Pie XII

Notes :

  1. Cfr. Constitutio Apostolica Munificentissirnus Deus A. A. S. XXXXII. 1950, p. 753 sq.[]
  2. Cfr. Litt. Enc. Fulgens corona ; A. A. S. XXXXV, 1953, p. 577 sq.[]
  3. Cfr. A. A. S. XXXVIII, 1946, p. 264 sq.[]
  4. Cfr. L’Osservatore Romano, d. 19 Maii, a. 1946.[]
  5. Cfr. Lc. I, 32, 33.[]
  6. S. EPHRAEM, Hymni de B. Maria, ed. Th. J. Lamy, t. II, Mechliniae, 1886, hymn. XIX, p. 624.[]
  7. Idem, Oratio ad Ssmam Dei Matrem ; Opera omnia, Ed. Assemani, t. III (graece), Romae, 1747, pag. 546.[]
  8. S. GREGORIUS NAZ., Poemata dogmatica, XVIII. v. 58 : P. G. XXXVII, 485.[]
  9. PRUDENTIUS, Dittochaeum, XXVII : P. L. LX, 102 A.[]
  10. Hom. in S. Lucam, hom. VII ; ed. Rauer, Origenes’ Werke, T. IX, p. 48 (ex catena Macarii Chrysocephali). Cfr. P. G. XIII, 1902 D.[]
  11. S. HIERONYMUS, Liber de nominibus hebraeis : P. L. XXIII, 886.[]
  12. S. PETRUS CHRYSOLOGUS, Sermo 142, De Annuntiatione B. M. V. : P. L. LII, 579 C ; cfr. etiam 582 B ; 584 A : « Regina totius exstitit castitatis ».[]
  13. Relatio Epiphanii Ep. Constantin. : P. L. LXIII, 498 D.[]
  14. Encomium in Dormitionem Ssmae Deiparae (inter opera S. Modesti) : P. G. LXXXVI, 3306 B.[]
  15. S. ANDREAS CRETENSIS, Homilia II in Dormitionem Ssmae Deiparae : P. G. XCVII, 1079 B.[]
  16. Id., Homilia III in Dormitionem Ssmae Deiparae : P. G. XCVII, 1099 A.[]
  17. S. GERMANUS, In Praesentationem Ssmae Deiparae, I : P. G. XCVIII, 303 A.[]
  18. Id., In Praesentationem Ssmae Deiparae, II : P. G. XCVIII, 315 C.[]
  19. S. IOANNES DAMASCENUS, Homilia I in Dormitionem B. M. V. : P.G. XCVI, 719 A.[]
  20. Id., De fide orthodoxa, I, IV, c. 14 : P. G. XLIV, 1158 B.[]
  21. De laudibus Mariae (inter opera Venantii Fortunati) : P. L. LXXXVIII, 282 B et 283 A.[]
  22. ILDEFONSUS TOLETANUS, De virginitate perpetua B. M. V. : P. L. XCVI, 58 A D.[]
  23. S. MARTINUS I, Epist. XIV : P. L. LXXXVII, 199-200 A.[]
  24. S. AGATHO : P. L. LXXXVII, 1221 A.[]
  25. HARDOUIN, Acta Conciliorum, IV, 234 ; 238 ; P. L. LXXXIX, 508 B.[]
  26. XYSTUS IV, Bulla Cum praeexcelsa, d. d. 28 Febr. a. 1476.[]
  27. BENEDICTUS XIV, Bulla Gloriosae Dominae, d. d. 27 Sept. a. 1748.[]
  28. S. ALFONSO, Le glorie di Maria, p. I, c. I, § 1.[]
  29. Ex liturgia Armenorum : in festo Assumptionis, hymnus ad Matutinum.[]
  30. Ex Menaeo (byzantino) : Dominica post Natalem, in Canone, ad Matutinum.[]
  31. Officium hymni ‘Akatistos (in ritu byzantino).[]
  32. Missale Aethiopicum, Anaphora Dominae nostrae Mariae, Matris Dei.[]
  33. Brev. Rom., Versicutus sexti Respons.[]
  34. Festum Assumptionis ; hymnus Laudum.[]
  35. Ibidem, ad Magnificat II Vesp.[]
  36. Lc I, 43[]
  37. S. IOANNES DAMASCENUS, De fide orthodoxa, l. IV, c. 14, P. G. XCIV, 1158 s. B.[]
  38. I Petr. I, 18, 19.[]
  39. I Co, VI, 20.[]
  40. PIUS XI, Litt. Enc. Quas primas : A. A. S. XVII, 1925, p. 599.[]
  41. Festum septem dolorum B. Mariae Virg., Tractus.[]
  42. EADMERUS, De excellentia Virginis Mariae, c. 11 : P. L. CLIX, 508 A B.[]
  43. F. SUAREZ, De mysteriis vitae Christi, disp. XXII, sect. II (ed. Vivès, XIX, 327).[]
  44. S. IRENAEUS, Adv. haer., V, 19, 1 : P. G. VII, 1175 B.[]
  45. PIUS XI, Epist. Auspicatus profecio A. A. S. XXV, 1933, p. 80.[]
  46. PIUS XII, Litt. Enc. Mystici Corporis : A. A. S. XXXV, 1943, p. 247.[]
  47. S. SOPHRONIUS, In Annuntiationem Beatae Mariae Virg. P. G. LXXXVII, 3238 D ; 3242 A.[]
  48. S. GERMANUS, Hom. II in Dormitionem Beatae Mariae Virginis : P. G. XCVIII, 354 B.[]
  49. S. IOANNES DAMASCENUS, Hom. I in Dormitionem Beatae Mariae Virginis : P. G. XCVI, 715 A.[]
  50. PIUS IX, Bulla Ineffabilis Deus : Acta Pii IX, I, p. 597-598.[]
  51. Ibid. p. 618.[]
  52. LEO XIII, Litt. Enc. Adiutricem populi : A. S. S., XXVIII, 1895-1896, p.130.[]
  53. PIUS X, Litt. Enc. Ad diem illum : A. S. S., XXXVI, 1903-1904, p. 455.[]
  54. S. THOMAS, Summa Theol., I, q. 25, a. 6, ad 4.[]
  55. PIUS XII, Litt. Enc. Humani generis : A. A. S., XLII, 1950, p. 569.[]
  56. Ex Brev. Rom. : Festum Assumptionis Beatae Mariae Virginis.[]

Pour méditer le Chemin de la Croix avec la Mère des Douleurs.

Voici le texte d’un « Chemin de Croix » relativement court, mais qui, justement en raison de la brièveté des textes proposés comme point de départ des méditations, permet à chacun d’intérioriser dans la contemplation et le silence le mystère divin proposé à chacune des stations de la « via dolorosa », vécue en union avec la Très Sainte Mère des Douleurs. Je l’ai écrit à l’intention spéciale des Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion en cette Semaine Sainte 2022, afin qu’il soit le socle de moments d’intimité silencieuse avec Notre-Seigneur et Notre-Dame des Douleurs, sans se perdre dans de « hautes » considérations mais en se référant à tout moment au concret de nos vies quotidiennes…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Déploration par Bernardino Lanino

Bernardino Lanino (1512-1583) : Déploration sur le Christ mort

Prière préparatoire :

O Jésus, notre doux Sauveur, me voici humblement prosterné à vos pieds, afin d’implorer votre infinie miséricorde, pour moi, pour les pécheurs, pour les mourants, et pour les âmes des fidèles trépassés. Daignez m’appliquer les mérites de Votre sainte Passion, que je vais méditer.
O Notre-Dame des Sept Douleurs, daignez m’inspirer les sentiments de compassion et d’amour avec lesquels vous avez, la première, suivi votre divin Fils, dans la voie douloureuse du Calvaire.

Avant chaque station :
V/ Nous vous adorons, ô Christ, et nous vous bénissons.

R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

Après chaque station :
Pater noster. Ave Maria. Gloria Patri.
V/ Ayez pitié de nous, Seigneur.

R/ Ayez pitié de nous.
V/Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles trépassés reposent en paix.
R/ Ainsi soit-il

1ère station : Jésus est condamné à mort.
O Très Sainte Vierge Marie, voici que votre Fils, celui auquel vous avez donné la vie, est condamné à mort. Ce sont nos propres péchés qui L’ont condamné, Lui qui n’en a jamais commis : mais Il est l’Agneau de Dieu qui a pris sur Lui nos fautes et a voulu paraître comme le coupable universel devant la justice divine offensée.
Vous êtes là, auprès de Jésus, pour souffrir avec Lui et pour vous associer à sa grande mission de Sauveur. Aidez-nous à dire, comme vous, un non ferme et résolu à toutes les formes du péché, puisqu’il empêche la grâce méritée par Votre divin Fils de demeurer et de croître dans nos âmes.

2ème station : Jésus est chargé de la croix.
O Mère du divin Rédempteur, Jésus Lui-même nous a dit : « Si quelqu’un veut être Mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il Me suive ». Toute votre vie nous montre combien vous-même, sa propre Mère, avez été Sa parfaite disciple, pratiquant en toutes choses l’abnégation et portant la Croix à Sa suite. Apprenez-nous à accepter toutes les petites croix de chaque jour, et à embrasser avec générosité tous les sacrifices qui se présentent à nous, afin de parvenir nous aussi à L’aimer comme vous L’avez aimé.

3ème station : Jésus tombe une première fois.
O Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Jésus, votre Fils trébuche et tombe, accablé par le poids de nos péchés. Mais Il se relève pour aller jusqu’au bout de Sa mission salvatrice.
Chacun de nos péchés est une chute, qui fait un mal profond à notre âme. Vous êtes invoquée comme Notre-Dame de la Sainte Espérance : enseignez-nous à nous relever comme Jésus nous en donne ici l’exemple ! Prenez-nous par la main et remettez-nous debout pour avancer malgré tout sur le chemin du ciel.

4ème station : Jésus rencontre Sa Très Sainte Mère.
En rencontrant votre Fils sur le chemin du calvaire, ô très douce Vierge Marie, votre âme a ressenti avec une terrible acuité ce glaive de douleur qui vous avez été prédit par le vieillard Siméon. Depuis la salutation de l’archange au jour de l’annonciation, toute votre vie n’a été que la parfaite continuation de votre réponse d’alors : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole ». Vous le dites encore à Jésus, en silence, dans cette terrible rencontre. Vous ne vous mettez pas en travers de Sa route, mais vous êtes là pour Lui dire : « Humble servante de Votre volonté sainte, je Vous accompagnerai jusqu’au bout, ô mon divin Enfant ! »
Mère très affligée, priez pour que nous ne nous opposions jamais aux divines volontés de votre Fils, quoi qu’il puisse nous en coûter.

5ème station : Jésus reçoit l’aide du Cyrénéen.
Sainte Mère de Dieu, ainsi que l’a fait Simon de Cyrène, chacun de nous peut venir en aide à votre divin Fils. Nous pouvons même faire davantage, puisque lui fut réquisitionné alors que nous pouvons, nous, nous porter volontaires pour collaborer à Sa mission de Sauveur et de Sanctificateur des âmes.
A votre exemple, nous voudrions nous aussi venir volontairement en aide à Jésus. Pour cela, il ne nous suffit pas seulement d’accepter avec une résignation passive, mais de nous livrer et d’offrir avec enthousiasme à chacune des occasions de sacrifice qui se présentent ! Notre-Dame du oui, nous nous remettons entre vos mains pour mieux appartenir à Jésus ; nous nous consacrons totalement à vous, pour arriver par vous à dire toujours et en toutes choses oui à Jésus.

6ème station : Sainte Véronique essuie la Face ensanglantée de Jésus.
Très Sainte Vierge réparatrice, votre Fils a miraculeusement imprimé sur le voile de Sainte Véronique l’image de Son Visage sacré, pour la récompenser de son courage et de sa fidélité : nous vous prions aujourd’hui de nous permettre d’entendre en vérité Ses appels à la réparation et de nous inspirer les réponses que nous pouvons concrètement y apporter, quand tant de chrétiens et tant de consacrés négligent d’y répondre. Nous savons que Jésus ne se laissera pas vaincre en générosité et qu’Il imprimera en notre âme les traits de Sa divine ressemblance, pour nous fortifier dans les voies, si pénibles pour notre nature peu encline à porter la souffrance, où nous pourrons consoler Son Cœur de toutes les indifférences, mépris et sacrilèges dont Il est abreuvé.

7ème station : Jésus tombe pour la deuxième fois.
O très pure Vierge Marie, Jésus, votre Fils tombe à nouveau sous le poids de nos péchés… Pourquoi cette chute ? Parce que je retombe moi-même souvent dans mes erreurs coupables !
Mais Il Se relève encore, et c’est pour nous rappeler que si nous tombons souvent il est tout aussi souvent disposé à pardonner à ceux qui s’humilient et reviennent vers Lui avec douleur et contrition.
Mère compatissante, faites-vous toujours notre avocate, et obtenez-nous la grâce de ne jamais différer le moment de la contrition sincère et d’une salutaire confession.

8ème station : Jésus s’adresse aux femmes de Jérusalem qui se lamentent.
Très Sainte Vierge Marie, alors que votre Fils s’adresse aux femmes de Jérusalem pour les inviter à ne pas verser de larmes de pur sentiment sur Lui, mais à pleurer sur la cause de Ses souffrances, c’est-à-dire le péché, accordez-moi de profiter pleinement de cette leçon et de savoir à mon tour la transmettre au monde qui se lamente sur les effets dont il approuve les causes et refuse de s’amender.
Reine du monde, et – à un degré tout particulier – Reine de France, présentez à Jésus vos incommensurables douleurs, pour obtenir au monde et à la France les grâces de véritable conversion sans laquelle ils courront à l’abîme !

9ème station : Jésus tombe une troisième fois.
Notre-Dame du Perpétuel Secours, Mère de Jésus et notre Mère, votre Fils innocent tombe encore ! Il n’est plus pourtant qu’à une faible distance du sommet de la colline du Golgotha. Et même si, à chaque fois Ses douleurs – et la vôtre – se font plus intenses et plus vives, Il rassemble encore toutes Ses forces pour Se relever et aller jusqu’au bout de Son chemin d’humiliations et de souffrances.
Pourquoi est-il encore tombé ? Parce que, malgré mes meilleures résolutions et mes efforts sincères, je tombe encore moi aussi, et que dans mes chutes je suis porté à me décourager et à abandonner. Il Se relève donc pour me relever avec Lui et me donner, en ce moment précis, des grâces de courage et de persévérance. Vierge très forte, Vierge très prudente, Vierge persévérante et Victorieuse de toutes les embûches de l’ennemi qui veut nous empêcher de nous relever, priez pour nous, priez pour moi !

10ème station : Jésus est dépouillé de Ses vêtements.
Marie Immaculée, Vierge très chaste, notre Mère très pure, combien vous souffrez de voir ainsi votre Fils mis à nu devant ceux qui moquent et raillent ! Jésus a consenti pleinement à cette nouvelle humiliation, en même temps que l’arrachage impitoyable de Ses vêtements ravive toutes les souffrances de Sa Flagellation, pour expier toutes les fautes liées à nos sensualités coupables.
O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui sommes couverts de la honte de nos péchés : purifiez-nous dans l’effusion salutaire du Très Précieux Sang de votre Fils qui coule ici en telle abondance et que Sa divine puissance nous rende forts contre les attaques de l’esprit d’impureté.

11ème station : Jésus est cloué sur la croix.
Notre-Dame de Compassion, chacun des coups qui enfoncent dans les mains et les pieds de votre Fils les clous qui le rivent impitoyablement au bois de Son supplice, retentit avec un effrayant poids de souffrance dans votre cœur maternel. Mais vous ne vous plaignez pas et vous faites pleinement vôtre la prière de Jésus en cet instant : « Mon Père, pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ! »
Médiatrice du pardon et avocate des pécheurs, A ce moment, tous les hommes sont devenus vos enfants et vous les aimez tous bien plus qu’une mère ne peut les aimer. Si une mère aime ses enfants, comment un enfant ne peut-il aimer sa mère. Faites nous vous aimer et conduisez nous, dans l’amour, à votre divin fils Jésus.

12ème station : Jésus meurt sur la croix.
Après trois heures d’agonie, dans un grand cri, Jésus rend Son âme à Son Père. Et vous, Ô Marie, bien qu’ayant vécu dans une étroite communion toutes les souffrances de Jésus, vous n’avez même pas la consolation de rendre le dernier soupir en même temps que Lui ! Au pied de cette croix d’infamie et de gloire, et sans goûter la mort, vous avez enduré davantage que tous les tourments de tous les martyrs de tous les temps réunis !
Mère très douloureuse, Mère très affligée, Reine des martyrs – et désormais notre Mère -, parce que vous avez tout souffert avec Jésus et en Jésus, vous êtes à tout jamais la fontaine de toute consolation en laquelle nous devons venir puiser les grâces de notre fidélité chrétienne, avec la force de gravir sous votre conduite le difficile chemin de l’union parfaite avec Jésus.

13ème station : Jésus, descendu de la croix, est remis à sa Très Sainte Mère.
Notre-Dame des Sept-Douleurs, Vierge de Piété, votre Enfant divin repose encore quelques instants entre vos bras : toutes Ses plaies sont gravées dans vos yeux de Mère, et – plus encore – dans votre âme de co-rédemptrice. Tout est accompli de ce que l’archange vous avez fait comprendre au jour de l’Annonciation. Tout est accompli des prophéties concernant notre salut. Ceux qui ne se sauvent pas, ceux qui ne se sauveront pas ne le doivent qu’à la malice de leur volonté et de leurs actes : du côté de Dieu, tout est accompli !
Pour que nous n’ayons pas le malheur de laisser les grâces de Dieu sans fruit dans nos vies, gravez profondément dans nos cœurs le souvenir vivant et continu des Saintes Plaies de Jésus telles que vous les avez contemplées pour qu’elles nous aident à fixer profondément en notre volonté la mâle résolution d’éviter l’enfer et de gagner le ciel.

14ème station : Jésus est déposé dans le sépulcre.
C’est vous, ô Marie, qui, assistée par le petit groupe des derniers fidèles, avez déposé le corps adorable de Jésus dans le tombeau. Son âme est descendue aux enfers où les justes de l’Ancien Testament acclament déjà Sa victoire. Dans le grand silence de votre cœur où la vive flamme de la foi et de l’espérance brûle indéfectiblement, vous veillez désormais dans l’attente de la très certaine résurrection de votre Fils, notre Rédempteur.
Dans votre prière, Sainte Mère des Douleurs, redites-vous en ce moment : « Le Puissant a fait pour moi de grandes choses, et saint est Son Nom » ?

Votre action de grâces pour les bienfaits de cette horrible et bienheureuse Passion de votre Fils, doit maintenant devenir la nôtre, et, avec votre aide, ô Marie – juvante Maria ! – nous prenons aujourd’hui la résolution de faire que toute notre vie, en toutes circonstances, soit action de grâces à Jésus pour Ses incommensurables bienfaits.

Prières finales :
O Dieu, dans la Passion duquel, suivant la prophétie de Siméon, un glaive de douleur a transpercé le Cœur immaculé de la toute glorieuse Vierge Marie, votre Mère, accordez-nous, dans votre miséricorde, que vénérant et méditant sans cesse le souvenir de ses douleurs, nous éprouvions, maintenant et à l’heure de notre mort, les heureux fruits de sa compassion : ô Vous qui étant Dieu, avec le Père et le Saint-Esprit, vivez et régnez pour les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

Coeur de Marie aux sept glaives

2022-39. Consécration au Cœur immaculé de Notre-Dame pour ce 25 mars 2022.

Jeudi 24 mars 2022,
Fête de Saint Gabriel, archange (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Siméon de Trente, enfant martyr.

Notre-Dame de Fatima

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Cent-cinq ans après les apparitions de Notre-Dame à Fatima (1917-2022), et après moultes guerres et catastrophes, François, actuel occupant officiel du trône pontifical, vient d’annoncer qu’il consacrera solennellement la Russie et l’Ukraine au Cœur Immaculé de Marie, demain vendredi 25 mars. On trouve le texte qu’il prononcera > ici.
Il a appelé tous les évêques à s’unir à lui ; les prêtres et les fidèles sont eux aussi fortement incités à s’associer à cet acte. Voilà pourquoi je vous invite à vous y unir vous aussi par la prière, par exemple par la récitation d’un chapelet, et autant que possible en groupe, suivi par la récitation d’un acte de consécration en union avec toute l’Eglise.
Ce peut être, ce vendredi 25 mars en même temps que la cérémonie pénitentielle qui sera célébrée à partir de 17 h dans la basilique vaticane (François récitant l’acte de consécration à 18 h 30 en simultané avec son aumônier au sanctuaire de Fatima), ou bien – si vous n’êtes pas disponible en fin d’après-midi – à un autre moment de la journée (à la fin de la Messe si vous avez la possibilité d’y assister, ou en conclusion du Chemin de Croix…) ; de préférence dans une église ou une chapelle, ou encore dans l’oratoire familial.

Nous avons tous conscience de l’importance et de l’actualité du message de Fatima pour obtenir la conversion de la Russie et des pécheurs, ainsi que la paix pour l’Église et le monde. L’acte décidé par François pour demain est attendu par le peuple chrétien fidèle depuis près d’un siècle.

Malheureusement, il manque à cet acte de consécration des éléments expressément demandés par la Très Sainte Vierge ; profitons toutefois d’un événement si exceptionnel pour nous y associer, quitte à le compléter par la formule que le Prévôt du Chapitre de Saint Remi a adaptée avec M. Yves de Lassus, spécialiste des apparitions de Fatima, et en lien avec le R.P. Jean-François Thomas, sj, prieur de la Confrérie Royale, qui la soutient et l’encourage parfaitement : explications et formule  ici
Rien n’empêche, si vous organisez une réunion de prières, de prononcer les deux actes, l’un au début, l’autre à la fin. Voici le lien des deux textes de consécrations > iciIl vous suffit de cliquer sur ce lien et d’imprimer le pdf qui s’ouvre.

En ce moment si solennel pour l’Église et pour le monde, en cette fête où « le Verbe S’est fait chair » (Verbum caro factum est) dans le sein très pur de Notre-Dame Immaculée, nous vous souhaitons une très sainte fête de l’Annonciation et Incarnation du Seigneur, sous la protection de l’Archange Saint Michel, de son collègue Saint Gabriel (célébré aujourd’hui 24 mars), de Saint Joseph (le mois de mars lui est consacré) et du Bon Larron Saint Dismas (fêté le 25 mars).

 Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis et dona nobis pacem !

Bonne, fervente et sainte fête de l’Annonciation de Notre-Dame.

Coeur douloureux et immaculé de Marie

2021-76. « Venez, Lumière véritable ! »

Vendredi des Quatre-Temps de l’Avent.

Voici un court texte extrait des écrits spirituels de Saint Syméon le Nouveau Théologien (949-1022), higoumène du monastère de Saint-Mamas à Constantinople.
Il se présente comme une litanie de noms amoureusement attribués au Christ qui vient, exprime la ferveur de notre attente, et peut ainsi stimuler en nos âmes un désir plus ardent de l’avènement de notre divin Rédempteur.  

Mère de Dieu entre Justinien et Constantin - mosaïque de Sainte Sophie Constantinople

Mosaïque de la Très Sainte Mère de Dieu entre les empereurs Justinien 1er et Saint Constantin 1er le Grand
(mosaïque de la basilique Sainte Sophie – Constantinople)

Etoiles

Venez, Lumière véritable…

Venez, Lumière véritable ; venez, Vie éternelle ; venez, Mystère caché, Trésor ineffable, Action indicible !
Venez, Visage qu’on ne peut représenter, Charme inexprimable, Lumière qui ne connaît point de soir !
Venez, Espoir véritable des âmes qui cherchent le salut ; venez, Sauveur de ceux qui sont abattus ; venez, Résurrection des morts ; venez, Puissance qui crée, rénove et change tout par Sa propre volonté ; venez, Invisible, Insaisissable, Intouchable !
Venez, notre Vie éternelle ; venez, Couronne impérissable, Pourpre du grand Dieu, notre Dieu, Ceinture de cristal et de diamant !

Venez, Vous après qui ma pauvre âme soupire et languit ; venez, Solitaire, pour un solitaire ; venez à moi, Vous qui m’avez affranchi de ce monde et qui m’avez rendu solitaire ; venez, Vous qui êtes devenu mon désir et qui avez fait que j’aspire après Vous, l’Inaccessible !
Venez, mon souffle et ma vie ; venez, Consolation de mon âme pécheresse ; venez, ma joie, ma gloire, mon ravissement !

Mère de Dieu entre Justinien et Constantin - détail

La Très Saint Mère de Dieu
(détail de la mosaïque ci-dessus)

Etoiles

2021-75. Vraie et fausse obéissance dans l’Eglise.

Mercredi 15 décembre 2021,
Octave de l’Immaculée Conception (cf. > ici) ;
Mercredi des Quatre-Temps d’hiver (cf. > ici).

Après le temps d’une paix relative qu’avait occasionnée le pontificat de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, l’arrivée de François au Vatican, vous vous en souvenez, mes bien chers Amis, avait aussitôt suscité les plus vives inquiétudes…
Et effectivement, très rapidement (il n’est que de relire ce qui a été publié dans ce blogue depuis 2013), la Sainte Eglise Romaine est entrée par sa faute dans une période encore plus violente de troubles et d’effrayantes ténèbres.
Une nouvelle étape a été franchie, dans cette escalade de méchancetés et de haine contre tout ce qui est véritablement catholique, par la publication du « motu sordido » Traditionis custodes (comprenez : « les geôliers de la Tradition ») et, vraisemblablement dans les tout prochains jours, des décrets d’application vont être publiés par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements et la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, pour dévoiler de manière encore plus précise les plans destructeurs de l’actuel occupant du siège pontifical.

C’est une véritable persécution que François a décidée, et qu’il veut mener jusqu’au bout pour l’extinction totale de la célébration de la Sainte Messe selon les rites multiséculaires antérieurs aux réformes qui ont suivi le concile vaticandeux

Cette éradication programmée, nous ne le répèterons jamais assez, est – si on veut bien se donner la peine de comprendre les explications données par François lui-même dans son « motu sordido » ainsi que dans la lettre aux évêques qui l’accompagne – liée à la volonté d’enterrer la doctrine catholique traditionnelle, la doctrine catholique reçue des Apôtres, dont la liturgie dite, par simplification, tridentine est l’expression la plus sûre, contrairement au rite réformé – ce rite bâtard – voulu et imposé par Paul VI.

Il n’est plus temps de « prendre des gants » et d’user de circonvolutions diplomatiques polies avec ceux qui veulent notre mort spirituelle et notre anéantissement !
Il est illusoire et vain de tenter de faire appel à son « cœur paternel » et à sa « miséricorde » !
Il faut regarder les choses avec lucidité et, sans céder aux émotions superficielles, il convient de réagir à ces événements avec l’esprit authentique de l’Eglise dans sa Tradition multiséculaire pour agir en conséquence : lorsque quelqu’un vous déclare la guerre, il n’est pas indiqué de lui fourbir des armes et de se livrer à sa merci !
Nous n’avons pas à nous soumettre et à nous aplatir devant des personnes, mues par la haine de la foi catholique authentique qu’elles veulent changer et faire évoluer en conformité avec les doctrines du monde, et qui n’ont pour nous que des paroles traîtresses et des desseins pervers !

Il y a 45 ans – alors qu’au cours de « l’été chaud » 1976 il avait été déclaré « suspens a divinis » par Paul VI -, Son Excellence Révérendissime Monseigneur Marcel Lefebvre, prononçait à Ecône un sermon, au cours de la Sainte Messe de la fête de l’Immaculée Conception (Messe au cours de laquelle les membres de la Fraternité Saint Pie X s’engagent, ou renouvellent leurs engagements), dans lequel il rappelait les principes catholiques de l’obéissance.
Puisque l’on ne se privera pas de nous accuser de désobéissance dans notre combat pour la liturgie latine traditionnelle, qui est un combat pour la foi catholique authentique, il m’a semblé bon et utile de publier ici la retranscription de ce sermon du 8 décembre 1976 qui n’a rien perdu de sa solidité doctrinale, de son actualité et de sa pertinence.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Nota bene :
La retranscription en caractères gras de certains passages est de notre initiative, afin de bien mettre en valeur les phrases les plus importantes de ce beau texte.

Annonciation -détail d'un vitrail de l'église Saint-Aignan à Chartres

L’Annonciation
(détail d’un vitrail de l’église Saint-Aignan, à Chartres)

Mes bien chers frères,

Cette fête de l’Immaculée Conception, dont le dogme a été proclamé solennellement par le pape Pie IX en 1854, était confirmée ensuite, par la Sainte Vierge elle-même, à Bernadette, à Lourdes, en 1858.
Sans doute cette fête de l’Immaculée Conception est beaucoup plus ancienne que sa définition et précisément, la définition de ces dogmes, intervient toujours par les Souverains Pontifes, après que l’Église, dans sa tradition et sa foi, a montré d’une manière permanente, qu’elle croyait à cette Vérité que Notre Seigneur Jésus-Christ a révélée par ses apôtres.
Ainsi la vérité que nous fêtons aujourd’hui concernant l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge Marie est une vérité contenue dans la Révélation, affirmée par conséquent par Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même.
Cette fête nous donne une grande leçon et particulièrement à vous, mes chers amis, qui dans quelques instants allez prononcer votre engagement pour la première fois, ou le renouveler, je pense que je dois attirer votre attention sur le fait que cet engagement vous demande de pratiquer d’une manière toute particulière et véritablement avec tout votre cœur, avec toute votre adhésion, la sainte vertu d’obéissance.

Et s’il est une vertu qui ressort de cette fête de l’Immaculée Conception, c’est précisément la vertu d’obéissance.
Pourquoi ?
Parce que ce qui nous fait perdre la grâce sanctifiante, ce qui nous fait perdre l’amitié de Dieu, c’est le péché d’Ève, de la mère de l’humanité.

Par son péché, par sa désobéissance, elle a entraîné après elle, toutes les âmes qui l’ont suivie. Depuis que ce péché de nos premiers parents est intervenu dans l’histoire de l’humanité, tous ceux qui naissent désormais, naissent avec le péché originel.
Sauf la Très Sainte Vierge Marie, exceptée la Très Sainte Vierge Marie.
Ainsi donc Notre Seigneur Jésus-Christ a voulu. Dieu a voulu, que dans cette histoire de l’humanité, qui a été flétrie en quelque sorte par le péché de la désobéissance de la mère de l’humanité, que ce soit par une créature semblable, par notre Mère du Ciel, la Très Sainte Vierge Marie, que cette faute soit réparée.
Et si donc, c’est par une désobéissance qu’a commencé le péché dans l’humanité, c’est par l’obéissance de la Très Sainte Vierge Marie, que ce péché a été réparé.
Il y a donc là une antithèse admirable et qui a été voulue ou du moins permise par le Bon Dieu. Certes le Bon Dieu n’a pas voulu le péché, mais il a permis cette faute de l’humanité, comme le dit la liturgie du Samedi saint : felix culpa : heureuse faute, d’une certaine manière, dans un certain sens qui nous a mérité tant de grâces ; qui nous a mérité d’avoir au milieu de nous, le Fils de Dieu et qui nous a mérité d’avoir la Très Sainte Vierge Marie.

Et encore faudrait-il que nous profitions de cette leçon et de la grâce que nous offre la Très Sainte Vierge Marie. Leçon d’obéissance, grâce sanctifiante, elle qui est dite pleine de grâces.
Pourquoi est-elle pleine de grâces ?
Parce qu’elle a obéi, parce qu’elle s’est soumise à Dieu.
Et c’est cela précisément ce que nous devons avoir comme premier désir de nos existences.
La vertu d’obéissance est au cœur même de notre sanctification. Elle est au cœur de toute notre vie, de notre vie naturelle, de notre vie surnaturelle.
Il ne peut pas y avoir de véritable vie naturelle sans obéissance ; il ne peut y avoir de vraie vie surnaturelle sans l’obéissance.

Qu’est-ce donc que l’obéissance ? En quoi consiste-t-elle ?
Il me semble que l’on pourrait la définir comme la vertu de Dieu. Virtus Dei omnipotentis : La vertu de Dieu Tout-Puissant, s’infusant dans nos âmes, dans nos existences, dans notre volonté, dans notre intelligence, dans notre corps, cette vertu du Dieu Tout-Puissant.
Vertu qui est la force du Dieu Tout-Puissant s’inscrivant dans nos vies, dans notre vie quotidienne, dans nos existences. Parce que nous ne sommes rien, sans cette vertu du Dieu Tout-Puissant. Et cette vertu du Dieu Tout-Puissant, s’inscrit par les lois, par les commandements de Dieu, par les commandements de vie.
Aime ton Dieu ; aime ton prochain. Voilà ce que nous devons faire. Et c’est à cette condition que nous vivrons, que nous vivrons dans l’ordre naturel comme dans l’ordre surnaturel.
Nous devons donc, avant tout, avoir le désir de voir cette vertu de Dieu, cette vertu naturelle et surnaturelle de Dieu s’infuser dans nos âmes et nous prendre tout entier ; tout ce que nous sommes. Ne rien faire échapper à cette toute-puissance de Dieu en nous ; nous soumettre entièrement à la grâce du Bon Dieu, à sa force, à sa vie. Voilà ce qu’est l’obéissance et voilà le fruit de l’obéissance.
La vie naturelle, la vie surnaturelle et par le fait même, la vie de la vision béatifique, la vie éternelle, tout est inscrit dans cette vertu d’obéissance.

Ceci doit être, mes chers amis, pour vous, pendant que vous prononcerez votre engagement, une disposition profonde de vos âmes : Je veux être obéissant toute ma vie, obéissant à Dieu ; me soumettre à ce désir de Dieu, de me voir vivre, de me communiquer sa vie en me communiquant sa Vérité, sa Vérité dans nos intelligences, par la lumière naturelle de notre raison, de notre intelligence, mais nous aussi et surtout par la lumière de la foi. Car ce n’est pas autre chose que la foi. C’est l’obéissance de nos intelligences à la Révélation de Notre Seigneur Jésus-Christ qui nous donne sa Vérité, qui nous transmet sa Vérité.
Et cette Vérité est une source de vie. Elle sera pour vous une source de vie, une source de grâces. Alors soumettez pleinement vos intelligences et vos volontés à Notre Seigneur Jésus-Christ. Demandez-le par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie. Demandez-lui qu’elle vous donne cette grâce ; qu’elle vous donne cette humilité, de vous soumettre entièrement à la Sainte volonté de Notre Seigneur. Elle vous en a montré l’exemple par son Fiat, par son humilité.
Quia respexit humilitatem meam ; quia respexit humilitatem ancillæ suæ. Nous le chantons dans le Magnificat. C’est encore sa cousine Élisabeth qui lui dit : Et beata, quæ credidisti (Lc 1,45) : « Bienheureuse, parce que tu as eu la foi ».

La foi !
Et la foi n’est pas autre chose que l’obéissance de notre intelligence, que la soumission de nos intelligences à la Vérité révélée par l’autorité de Dieu.
Voilà ce que doit être votre obéissance.
Et par cette grâce d’obéissance, vous transformerez votre vie. Vos vies seront pleinement conformes à la volonté de Dieu.

Mais alors, évidemment, dans les circonstances dans lesquelles nous vivons, dans la confusion dans laquelle l’Église se trouve aujourd’hui, nous pouvons nous demander : Mais où est cette obéissance aujourd’hui ?
Comment se réalise, dans la Sainte Église, l’obéissance aujourd’hui ?

Eh bien, nous ne devons pas oublier, que la première de nos obéissances, notre obéissance fondamentale, notre obéissance radicale, notre obéissance doit être totale à Notre Seigneur Jésus-Christ, à Dieu. Car c’est Lui qui nous demande notre obéissance ; c’est Lui qui nous demande notre soumission. Et le Bon Dieu a tout fait, pour que nous soyons éclairés dans notre obéissance.
Pendant deux mille ans d’existence de l’Église, la lumière a été donnée, donnée par la Révélation, par les apôtres, par les successeurs des apôtres, par Pierre, par les successeurs de Pierre. Et s’il est arrivé d’aventure, que quelque erreur se soit glissée ou quelques transmissions de la Vérité n’aient pas été faites exactement, l’Église l’a redressé. L’Église a eu le soin de nous transmettre la Vérité conforme à la Vérité de Dieu.

Et voici que par un mystère insondable de la Providence – la Providence permet que notre temps soit peut-être un temps unique dans l’Histoire de l’Église -, que ces vérités ne sont plus transmises avec la fidélité avec laquelle l’Église les a transmises pendant deux mille ans.
Ne recherchons même pas la cause : d’une certaine manière, ne recherchons pas la responsabilité de ces faits.
Mais ces faits sont là devant nous.
La Vérité qui était enseignée aux enfants, aux pauvres : Pauperes evangelizantur (Mt 11,5) : « Les pauvres sont évangélisés », disait Notre Seigneur aux envoyés de saint Jean Baptiste.
Eh bien, aujourd’hui, les pauvres ne sont plus évangélisés. On ne leur donne plus le pain, le pain que les enfants réclament, le vrai pain : le pain de vie.

On a transformé nos Sacrifices, nos sacrements, nos catéchismes et alors nous sommes stupéfaits ; nous sommes douloureusement surpris.
Que faire devant cette réalité angoissante, déchirante, écrasante ?
Garder la foi !
Obéir à Notre Seigneur Jésus-Christ.
Obéir à ce que Notre Seigneur Jésus-Christ nous a donné pendant deux mille ans.
Dans un moment de terreur, dans un moment de confusion, dans un moment de désagrégation de l’Église, que devons-nous faire, sinon nous en tenir à ce que Jésus a enseigné et à ce que son Église nous a donné comme la Vérité pour toujours, définie pour toujours ?
On ne peut plus changer ce qui a été défini une fois pour toutes par les Souverains Pontifes, avec leur infaillibilité. Ce n’est plus changeable. Nous n’avons pas le droit de changer la Vérité qui est inscrite pour toujours dans nos livres saints. Car cette immutabilité de la Vérité correspond à l’immutabilité de Dieu. C’est une communication de l’immutabilité de Dieu à l’immutabilité de nos vérités.
Changer nos vérités, cela voudrait dire changer l’immutabilité de Dieu. Or nous le récitons tous les matins à Prime : Immotus in se permaneus : Dieu demeurant immuable en Lui-même comme tout le temps, demeurant jusqu’à la fin.
Alors nous devons donc nous attacher à cette vérité qui nous est enseignée d’une manière permanente et ne pas nous laisser troubler par le désordre que nous constatons aujourd’hui.
Et par conséquent, savoir à certains moments, ne pas obéir pour obéir.
Car c’est cela en définitive. Car cette vertu dont je vous parlais tout à l’heure du Dieu Tout-Puissant, le Bon Dieu a voulu qu’elle nous soit transmise d’une certaine manière, par les hommes qui participent à son autorité.

Mais dans la mesure où ses créatures ne sont pas fidèles à la transmission de cette vie, de cette vertu de Dieu, dans cette mesure là aussi, nous ne pouvons plus accepter leurs ordres et les obligations qu’ils nous imposent. Parce qu’obéir à des hommes qui transmettent d’une manière infidèle le message qui leur est donné, ce serait désobéir à Dieu. Ce serait désobéir au message de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors quand nous avons le choix : obéir au message de Notre Seigneur Jésus-Christ, ou obéir au message des hommes, qui nous sont transmis par les hommes, dans la mesure où le message qui nous est transmis par les hommes correspond au message de Notre Seigneur Jésus-Christ, nous n’avons aucun droit de ne pas leur obéir, jusqu’au dernier iota.
Mais dans la mesure où ces ordres, ou ces obligations qui nous sont donnés ne correspondent pas à ceux que Notre Seigneur Jésus-Christ nous donne, nous devons obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
A ce moment-là, ces hommes ne remplissent pas la fonction pour laquelle ils ont reçu l’autorité que le Bon Dieu leur a donnée.
C’est pourquoi saint Paul disait lui-même : « Si un ange du Ciel ou nous-même dit-il – par conséquent si moi, Paul, disait saint Paul : Si un ange du Ciel ou moi-même Paul, je vous enseigne une vérité contraire à celles qui vous ont été enseignées primitivement, ne nous écoutez pas ».
C’est cela. Nous sommes devant cette réalité. Et je dirai moi-même bien volontiers, s’il m’arrivait à moi, de vous enseigner quelque chose qui soit contraire à ce que toute la Tradition de l’Église nous a enseigné, ne m’écoutez pas. À ce moment-là, vous avez le droit de ne pas m’obéir. Et vous avez le devoir de ne pas m’obéir, parce que je ne serais pas fidèle à la mission que le Bon Dieu m’a donnée.

Voilà ce que doit être notre obéissance : avant tout, obéir à Dieu !
C’est le seul moyen pour nous d’arriver à la vie éternelle. Car c’est cette obéissance qui commande la voie qui mène à la vie éternelle.
Et en cela nous suivons l’exemple de la Très Sainte Vierge Marie. Elle a été l’obéissance même. Elle est l’exemple le plus parfait, le plus beau, le plus sublime de l’obéissance, contrairement à la désobéissance de la mère de l’humanité.

Alors demandons aujourd’hui, mes bien chers amis, à la Très Sainte Vierge Marie de nous enseigner cette obéissance, de nous la faire garder jusqu’à notre mort. Et de faire en sorte que les promesses que vous allez faire dans quelques instants, soient vraiment l’expression de ce que vous avez au plus profond de votre âme. Et si, dans ces prières, il m’a semblé souhaitable de mettre la belle prière que nous enseigne le Missel Romain, peu avant la consécration de l’Eucharistie : « Hanc igitur oblationem servitutis nostræ - Recevez, ô mon Dieu, l’oblation de notre obéissance, de notre esclavage - Hanc oblationem servitutis nostræ », c’est ce que vous allez réciter. Eh bien que tous les jours, si le Bon Dieu vous fait la grâce d’être prêtre, quand vous réciterez cette prière – et dès à présent quand vous la récitez avec le prêtre – renouvelez votre profession d’obéissance et d’esclavage envers Dieu et envers la très Sainte Vierge Marie.
Que ce soit là, aujourd’hui, la grâce que le Bon Dieu vous accorde.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

La Sainte Messe catholique dans sa liturgie classique

2021-74. Les apparitions de Notre-Dame de Miséricorde à Pellevoisin, en 1876.

Paroles de ND de Pellevoisin concernant la France

Au cours de l’année 1876, du 14 février au 8 décembre, la Très Sainte Mère de Dieu est apparue à quinze reprises à une pieuse femme : Estelle Faguette (1843-1929), dans sa chambre au rez-de-chaussée d’une maison située au chevet de l’église du village de Pellevoisin, en Berry, (dans l’actuel département de l’Indre).
Outre les éléments personnels qui jalonnent ces apparitions, le message qu’elles véhiculent a essentiellement trait à la prière et à la demande d’une plus insistante dévotion au Sacré-Cœur, en particulier par le port d’un scapulaire du Sacré-Cœur dont la Mère de Dieu va montrer le modèle.

Son Excellence Monseigneur Charles-Amable de La Tour d’Auvergne-Lauraguais (1826-1879), archevêque de Bourges, autorisa dès cette année-là que la chambre d’Estelle fût transformée en oratoire où l’on puisse célébrer la Sainte Messe et que l’on y plaçât une statue de la Très Sainte Vierge conforme à l’une des apparitions.
Le prélat autorisa aussi l’invocation « Notre-Dame de Pellevoisin, priez pour l’Eglise, priez pour la France » ; toutefois, et bien que cela consistât dans les faits à une reconnaissance des apparitions, il n’y eût pas de décret officiel de l’archevêché de Bourges pour les déclarer authentiques avec toute la solennité qu’y avaient mise les évêques de Grenoble pour La Salette, et de Tarbes pour Lourdes.

En outre, au printemps 1877, le Bienheureux pape Pie IX (1846–1878) approuva le projet d’une confrérie en l’honneur de Notre-Dame de Pellevoisin.
En 1893, les dominicaines construisirent un couvent attenant à la maison des apparitions pour animer le sanctuaire.
Le 4 avril 1900, la Sacrée Congrégation des Rites publia un décret approuvant le scapulaire du Sacré-Cœur ; puis le 22 décembre 1922, elle autorisa la célébration d’une messe votive de Notre-Dame de Miséricorde chaque 9 septembre dans l’église du village et à la chapelle des apparitions.
Tous ces faits, montrent que, malgré l’absence de décret épiscopal reconnaissant l’authenticité des apparitions, la Sainte Eglise catholique, au plus haut niveau, croit que c’est véritablement la Sainte Mère de Dieu qui s’est manifestée à Pellevoisin et qu’il faut accorder de l’importance au message qu’elle est venue y délivrer.

En 1983, Mgr Paul Vignancour, archevêque de Bourges, reconnut le caractère miraculeux de la guérison d’Estelle, à la suite d’une enquête médicale et théologique.
En 1998, les dominicaines ont quitté le sanctuaire qui est confié depuis aux sœurs contemplatives de la Communauté Saint-Jean.

Pellevoisin - Maison des apparitions en 1876

Pellevoisin : la maison où eurent lieu les apparitions telle qu’elle se présentait en 1876,
et ci-dessous avec le couvent des dominicaines qui y fut adjoint en 1893.

Pellevoisin - maison des apparitions et couvent

Estelle Faguette est née le 12 septembre 1843 à Saint-Memmie, en Champagne (dans l’actuel département de la Marne) dans une famille extrêmement pauvre.
Très attirée par le service des pauvres et des malades, elle entre à 17 ans (en 1860) au noviciat des Augustines hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Paris.
Mais en 1863, une grave chute dans un escalier lui laisse des séquelles physiques qui ne lui permettent plus d’assurer normalement cette vocation d’hospitalière et la contraignent à renoncer à la vie religieuse. En 1865, elle entre au service de la comtesse Arthur de La Rochefoucauld. Dès lors, elle suit les allées et venues de sa maîtresse, entre Paris et le château de Poiriers (appelé aussi château de Montbel), à moins d’une lieue du village de Pellevoisin.

Pellevoisin - château de Poiriers

Le château de Poiriers, ou château de Montbel
(ce 8 décembre 2021)

En 1875, Estelle Faguette, qui a 32 ans, est atteinte d’une péritonite chronique devenue tuberculeuse qui a atteint l’estomac et les poumons.
Le 29 août 1875, le professeur Bucquoy, de la faculté de médecine de Paris, la déclare irrémédiablement perdue.
Quelques jours plus tard, Estelle écrit à la Très Sainte Vierge pour lui demander sa guérison, en invoquant surtout l’état d’extrême dénuement dans lequel se trouveront ses parents si elle vient à mourir ; puis elle demande à une amie de déposer cette lettre à l’intérieur de la petite réplique de la grotte de Notre-Dame de Lourdes que la famille de La Rochefoucauld a fait construire dans le parc du château de Montbel.
L’état de santé d’Estelle devenant extrême, elle est transportée auprès de ses parents, dans une maison construite au chevet de l’église de Pellevoisin.
Dans la journée du 14 février 1876, le médecin déclare qu’Estelle n’en a plus que pour quelques heures.

Estelle Faguette à l'époque des apparitions

Estelle Faguette après sa guérison
vers l’époque des apparitions

Première apparition :
Le lundi 14 février 1876
, Estelle est dans un état proche de la mort.
A une heure avancée de la soirée, alors qu’elle ne dort pas, elle aperçoit tout à coup au pied de son lit la face grimaçante du diable, mais immédiatement la Très Sainte Vierge Marie apparaît de l’autre côté du lit et dit au diable : « Que fais-tu là ? Ne vois-tu pas qu’elle porte ma livrée et celle de mon Fils ? »
Le diable disparaît et la Vierge se tourne vers Estelle en disant : « Ne crains rien, tu sais bien que tu es ma fille. Courage, prends patience, mon Fils va se laisser toucher. Tu souffriras encore cinq jours en l’honneur des cinq plaies de mon Fils. Samedi, tu seras morte ou guérie. Si mon Fils te rend la vie, je veux que tu publies ma gloire ».

Estelle demande comment faire et aussitôt, une plaque de marbre, comme un ex-voto, se dresse entre la Très Sainte Vierge et elle.
Estelle interroge à nouveau : « Mais ma bonne Mère, où faudra-t-il le faire poser ? Est-ce à Notre-Dame des Victoires, à Paris ou à Pellevoi.. ? » La Madone ne lui laisse même pas le temps d’achever le mot Pellevoisin : « A Notre-Dame des Victoires, ils ont bien assez de marques de ma puissance, alors qu’à Pellevoisin, il n’y a rien. Ils ont besoin de stimulant ».
Estelle promet de faire ce qu’elle peut pour la gloire de la Vierge Marie, qui dit encore : « Courage, mais je veux que tu tiennes ta promesse »

Deuxième apparition :
Le mardi 15 février,
 toujours de nuit, le diable se manifeste à nouveau, mais la Sainte Mère de Dieu apparaît presque en même temps que lui et dit à Estelle : « N’aie donc pas peur, je suis là. Cette fois, mon Fils s’est laissé attendrir, Il te laisse la vie. Tu seras guérie samedi ».
Estelle répond : « Mais ma Bonne Mère, si j’avais le choix, j’aimerais mieux mourir pendant que je suis bien préparée ».
Alors la Sainte Vierge dit en souriant : « Ingrate, si mon Fils te rend la vie, c’est que tu en as besoin. Qu’a-t-il donné à l’homme sur la terre de plus précieux que la vie ? En te rendant la vie, ne crois pas que tu seras exempte de souffrances ; non, tu souffriras et tu ne seras pas exempte de peines. C’est ce qui fait le mérite de la vie. Si mon fils s’est laissé toucher, c’est par ta grande résignation et ta patience. N’en perds pas le fruit par ton choix. Ne t’ai-je pas dit : S’il te rend la vie, tu publieras ma gloire ? Maintenant regardons le passé ».
En disant cela son visage devient un peu plus triste, mais toujours doux, puis elle disparaît sans rien ajouter.

Grotte de Lourdes du château de Montbel

Le site de la petite « grotte de Lourdes » du parc du château de Poiriers
dans laquelle Estelle avait fait déposer sa lettre de septembre 1875 à l’adresse de la Madone
(photo prise le 8 décembre 2021)

Troisième apparition :
Le mercredi matin 16 février
, Estelle toujours malade, raconte à l’abbé Salmon, curé de Pellevoisin, qu’elle a reçu la visite de la Vierge et affirme qu’elle sera guérie le samedi suivant. Le curé ne la croit et pense que c’est la fièvre qui la trouble.
Nouvelle visite de la Sainte Vierge pendant la nuit suivante : « Allons, du courage mon enfant. Tout ceci est passé ; tu as, par ta résignation, racheté ces fautes ». Et elle ajoute : « Je suis toute miséricordieuse et maîtresse de mon Fils. Ces quelques bonnes actions et quelques prières ferventes que tu m’as adressées ont touché mon cœur de mère, entre autres, cette petite lettre que tu m’as écrite, au mois de septembre. Ce qui m’a le plus touchée, c’est cette phrase : ‘Voyez la douleur de mes parents, si je venais à leur manquer. Ils sont à la veille de mendier leur pain. Rappelez vous donc ce que vous avez souffert, quand Jésus votre fils fut étendu sur la Croix’. J’ai montré cette lettre à mon Fils ; tes parents ont besoin de toi. A l’avenir, tâche d’être fidèle. Ne perds pas les grâces qui te sont données, et publie ma gloire ».

Grotte de Lourdes dans le parc du château de Poiriers

La « grotte de Lourdes » du parc du château de Montbel
(photo prise le 8 décembre 2021)

Quatrième apparition :
Le vendredi 18 février 1876
, l’apparition reste silencieuse, Estelle se remémore les visions antérieures.
C’est seulement avant de disparaître que la Vierge Marie lui dit : « Tu publieras ma gloire. Fais tous tes efforts ».

Ex-voto d'Estelle dans l'église de Pellevoisin

L’ex-voto d’Estelle dans l’église de Pellevoisin
réalisé selon ce que la Très Sainte Vierge lui a montré

Cinquième apparition :
Le samedi 19 février
, la Vierge ne reste pas au pied du lit mais s’approche jusqu’au milieu de ses rideaux. La plaque de marbre est là, mais elle n’est plus tout blanche ; aux quatre coins se trouvent des boutons de roses d’or et en haut, un cœur d’or enflammé, avec une couronne de roses, transpercé d’un glaive, selon la représentation classique du Cœur immaculé de Marie avec les mots : « J’ai invoqué Marie au plus fort de ma misère. Elle m’a obtenu de son Fils ma guérison entière ».
Estelle réaffirme sa volonté de publier la gloire de la Très Sainte Vierge qui lui répond : « Si tu veux me servir, sois simple et que tes actions répondent à tes paroles ». Estelle demande si elle doit changer de position (c’est-à-dire d’état de vie, pour retourner à la vie religieuse) pour la servir.
La Madone lui répond : « On peut se sauver dans toutes les conditions. Où tu es, tu peux faire beaucoup de bien et tu peux publier ma gloire ».
Jusqu’alors les apparitions étaient en lien avec la guérison d’Estelle et sa vie personnelle, mais cette nuit-là s’opère un tournant : la Sainte Mère de Dieu va commencer à évoquer d’autres réalités en lien avec l’état de l’Eglise, puisque avec un visage triste elle déclare : « Ce qui m’afflige le plus, c’est le manque de respect qu’on a pour mon Fils dans la sainte communion, et l’attitude de prière que l’on prend, quand l’esprit est occupé d’autres choses. Je dis ceci pour les personnes qui prétendent être pieuses », puis reprenant son sourire : « Publie ma gloire. Mais avant d’en parler, tu attendras l’avis de ton confesseur et directeur. Tu auras des embûches. On te traitera de visionnaire, d’exaltée, de folle. Ne fais pas attention à tout cela. Sois moi fidèle, je t’aiderai ».
Dès que la vision est parti, Estelle souffre terriblement en particulier au cœur et au ventre, puis après un moment, tout se termine et se sent guérie, sauf du bras droit qui reste paralysé.
Le lendemain matin, dimanche 20 février, le curé arrive dès l’aube craignant de la trouver morte… Mais Estelle est vivante et guérie !
Sur son ordre, elle fait le signe de croix avec l’ancien bras paralysé. Elle annonce sa guérison aux religieuses qui entrent dans sa chambre, puis elle demande à manger.

Pellevoisin - chambre d'Estelle au temps des apparitions

Dessin représentant la disposition de la chambre d’Estelle
au moment des apparitions 

Sixième apparition :
Le samedi 
1er juillet, Estelle est en prière dans sa chambre mais, contrairement aux précédentes visions, elle n’est pas dans son lit et, de ce fait, elle peut voir la Vierge en entier, de la tête aux pieds.
L’apparition est habillée de blanc avec la robe serrée à la taille par un cordon, elle a les bras tendus vers le bas et de ses mains tombe comme de la pluie. Elle reste un moment silencieuse en souriant avant de dire : « Du calme, mon enfant, patience, tu auras des peines, mais je suis là », puis après un autre moment : « Courage, je reviendrai », avant de disparaître.

Septième apparition :
Le dimanche 
2 juilletEstelle est à genoux dans sa chambre et commence à réciter le Je vous salue Marie, elle n’a pas le temps d’achever sa prière que la Sainte Vierge est devant elle. Comme la veille, elle a une sorte de pluie qui tombe des mains, mais dans le fond qui l’environne se trouve une guirlande de roses qui forme comme une mandorle. Elle reste un moment comme cela puis croise les mains sur sa poitrine : « Tu as déjà publié ma gloire. Continue. Mon fils a aussi quelques âmes plus attachées. Son Cœur a tant d’amour pour le mien qu’Il ne peut refuser mes demandes. Par moi Il touchera les cœurs les plus endurcis ».
Estelle se rappelle alors que, dans la vision du 16 février, elle avait aperçu du papier et elle demande ce qu’il faut en faire.
Elle reçoit comme réponse qu’ « il servira à publier ces récits comme l’ont jugé plusieurs de mes serviteurs. Il y aura bien des contradictions, ne crains rien, sois calme ». Ensuite la voyante veut lui demander une marque de sa puissance et celle-ci répond : « Est-ce que ta guérison n’est pas une des plus grandes preuves de ma puissance ? Je suis venue particulièrement pour la conversion des pécheurs ».
Pendant que la Vierge parlait, Estelle réfléchissait à différentes manières de faire éclater sa puissance et l’apparition répondit : « On verra plus tard ». Elle reste encore un moment puis disparaît, la guirlande de roses reste après elle, et la clarté s’éteint doucement.

Huitième apparition :
Le lundi 
3 juillet, la nuit tombée, Estelle revoit la Sainte Mère de Dieu qui lui dit : « Je voudrais que tu sois encore plus calme. Je ne t’ai pas fixé l’heure à laquelle je devais revenir, ni le jour. Tu as besoin de te reposer, je ne resterai que quelques minutes. Je suis venue pour terminer la fête ».
Estelle ne comprend pas de quelle fête il s’agit. Le lendemain elle demande au curé qui lui répond que, ce 3 juillet, à Lourdes, a eu lieu le couronnement de la statue de Notre-Dame de Lourdes.

Pellevoisin - chambre des apparitions transformée en chapelle état ancien

La chambre des apparitions transformée en chapelle
ci-dessus état antérieur à la révolution liturgique du XXe siècle
ci-dessous dans son état actuel (photo prise le 8 décembre 2021)

Chapelle des apparitions

Après le 8 juillet, Estelle cesse d’habiter dans la chambre des apparitions et reprend son service de domestique au château de Poiriers.
Elle revient régulièrement prier dans la chambre où elle a eu les visites de la Madone.

Révélation du scapulaire du Sacré-Cœur

« J’aime cette dévotion » : 
Notre-Dame dévoile le scapulaire du Sacré-Cœur le 9 septembre 1876
(détail d’un vitrail de l’église paroissiale de Pellevoisin)

Neuvième apparition :
Le samedi 
9 septembre, Estelle finit de réciter son chapelet dans la chambre quand la Vierge apparaît et lui dit : « Tu t’es privée de ma visite le 15 août ; tu n’avais pas assez de calmeTu as bien le caractère du Français. Il veut tout savoir avant d’apprendre, et tout comprendre avant de savoir. Hier encore je serais venue ; tu en as été privée. J’attendais de toi cet acte de soumission et d’obéissance ».
Elle s’arrête de parler puis reprend : « Depuis longtemps les trésors de mon Fils sont ouverts. Qu’ils prient ».
En disant ces mots, elle soulève une petite pièce de laine qu’elle porte sur la poitrine : Estelle aperçoit le Sacré-Cœur représenté dessus et elle comprend qu’il s’agit d’un scapulaire.
En le soulevant la Mère de Dieu dit : « J’aime cette dévotion ».
Elle marque une pause puis reprend : « C’est ici que je serai honorée ».
A compter de ce moment, la Vierge portera toujours ce scapulaire lors de ses apparitions.

Dixième apparition :
Le lendemain est le dimanche 10 septembre, fête du Saint Nom de Marie, qui, à cette époque, est fixée au dimanche pendant l’octave de la Nativité de Marie. L’apparition ne dure que quelques instants. Dès qu’elle se montre, la Mère de Dieu dit en joignant les mains : « Qu’ils prient, je leur en montre l’exemple », puis elle disparaît. 

statue de la chapelle des apparitions

Onzième apparition :
Le vendredi 
15 septembre, Notre-Dame se montre à nouveau avec les bras tendus vers le bas et les gouttes de pluie qui ruissellent de ses mains. Elle reste longtemps sans rien dire. Enfin, elle tourne les yeux de tout les côtés puis s’adresse à la voyante : « Je te tiendrai compte des efforts que tu as faits pour avoir le calme. Ce n’est pas seulement pour toi que je le demande, mais aussi pour l’Église et pour la France. Dans l’Église, il n’y a pas ce calme que je désire ».
Elle soupire et remue la tête, en disant : « Il y a quelque chose ». Elle s’arrête sans dire ce qu’est ce « quelque chose », mais Estelle eut tout de suite l’intuition intérieure qu’il s’agissait de quelque discorde.
Puis la Madone reprit lentement : « Qu’ils prient et qu’ils aient confiance en moi ».
Ensuite la Vierge dit tristement : « Et la France ! Que n’ai-je pas fait pour elle ! Que d’avertissements, et pourtant, encore, elle refuse d’entendre ! Je ne peux plus retenir mon fils. La France souffrira ».
Elle s’arrête un instant et reprend : « Courage et confiance », puis comme Estelle pense intérieurement qu’on ne la croira pas, l’apparition répond : « J’ai payé d’avance ; tant pis pour ceux qui ne voudront pas te croire, ils reconnaîtront plus tard la vérité de mes paroles »

Mains de ND de Pellevoisin - gouttes d'eau

Douzième apparition :
Le mercredi 
1er novembre, fête de la Toussaint, pour la première fois l’apparition reste totalement silencieuse, regarde de tous côtés puis fixe la voyante avec beaucoup de bonté et s’en va.
Le curé se demande si c’est un signe de la fin des apparitions.

Treizième apparition :
Le dimanche 
5 novembre, Estelle se rend dans la chambre vers deux heures et demie de l’après-midi pour dire son chapelet, lorsqu’elle a fini, la Vierge Marie apparaît ; et comme Estelle pense qu’elle est indigne et que d’autres mériteraient davantage qu’elle de telles faveurs, l’Apparition la regarde et sourit en disant : « Je t’ai choisie ».
Elle s’arrête un moment et reprend : « Je choisis les petits et les faibles pour ma gloire ». Puis, après un nouveau temps d’arrêt : « Courage, le temps de tes épreuves va commencer ».
Après ses mots, elle croise les mains sur sa poitrine et disparaît.

Quatorzième apparition :
Le samedi 
11 novembre, Estelle est dans la chapelle vers quatre heures de l’après-midi, elle récite son chapelet puis finit par un Souvenez-vous.
La Très Sainte Vierge apparaît alors.
Elle demeure un long moment silencieuse, puis dit : « Tu n’as pas perdu ton temps aujourd’hui. Tu as travaillé pour moi », car Estelle avait confectionné un scapulaire. La Vierge sourit et ajoute : « Il faut en faire beaucoup d’autres ».
Elle s’arrête, reste assez longtemps silencieuse, puis devient un peu triste en disant : « Courage », et elle disparaît après avoir croisé les mains sur sa poitrine.

La Vierge au scapulaire

Quinzième apparition :
Le vendredi 
8 décembre, Estelle se rend à la chapelle après la messe de la fête de l’Immaculée Conception.
La Vierge apparaît avec sa guirlande de roses, comme au mois de juillet, et reste d’abord un moment sans rien dire. Lorsqu’elle prend la parole elle prononce ces mots : « Ma fille, rappelle toi mes paroles ».
Estelle repasse dans son esprit tout ce qu’elle a entendu depuis février, et l’Apparition continue : « Répète les souvent ; qu’elles te fortifient et te consolent dans tes épreuves. Tu ne me reverras plus ».

Estelle est attristée en entendant ces derniers mots, et demande : « Qu’est ce que je vais devenir sans vous, ma bonne mère ? ».
Elle reçoit alors comme réponse : « Je serai invisiblement près de toi ».
Estelle a alors une vision où des gens la menacent. En souriant la Vierge dit : « Tu n’as rien à craindre de ceux-ci. Je t’ai choisie pour publier ma gloire et répandre cette dévotion ». En disant cela, elle tient son scapulaire des deux mains.
Estelle lui demande alors : « Ma bonne Mère, si vous vouliez me donner ce scapulaire ? » L’apparition lui dit en souriant : « Lève toi et baise-le », ce que la voyante s’empresse de faire. La Vierge parle ensuite du scapulaire : « Tu iras toi-même trouver le prélat, et lui présenteras le modèle que tu as fait. Dis-lui qu’il t’aide de tout son pouvoir, et que rien ne me sera plus agréable que de voir cette livrée sur chacun de mes enfants, et qu’ils s’appliqueront tous à réparer les outrages que mon fils reçoit dans le sacrement de son amour. Vois les grâces que je répands sur ceux qui le porteront avec confiance et qui t’aideront à le propager ».
En disant cela, la Vierge étend les mains d’où il tombe une pluie abondante et, dans chaque goutte, Estelle semble voir des mots comme piété, salut, confiance, conversion, santé. La vierge ajoute : « Ces grâces sont de mon Fils. Je les prends dans son Cœur. Il ne peut me refuser ». Alors Estelle lui dit : « Ma bonne Mère, que faudra-t-il mettre de l’autre côté de ce scapulaire ? » La sainte Vierge répond : « Je le réserve pour moi ; tu soumettras ma pensée, et l’Église décidera »,  et elle ajoute : « CourageSi le prélat ne pouvait t’accorder tes demandes et qu’il s’offre des difficultés, tu irais plus loin. Ne crains rien, je t’aiderai ». Puis la Madone disparaît.

Invocation à ND de Pellevoisin

Louange de Saint Albert le Grand à la Très Sainte Mère de Dieu : « Sainte Marie, Flambeau du ciel et de la terre ».

Monogramme Marie 2

Apparition de la Très Sainte Vierge Marie à Saint Albert le Grand - Vicente Salvador Gomez

Vicente Salvador Gomez (1637-1700) :
Apparition de la Très Sainte Vierge Marie à Saint Albert le Grand.

Sainte Marie, Flambeau du ciel et de la terre, comme votre nom l’indique ; de cette terre que vous avez éclairée sur les mystères de votre Fils, Verbe du Père éternel, mystères cachés en Dieu dès le commencement ; vous qui avez illuminé la lumière des anges mêmes, accordez-moi une intelligence lumineuse, des conceptions justes, un esprit fort, une science sûre, une foi solide avec une parole correspondante, qui procure la grâce à mes auditeurs ; c’est-à-dire une parole qui serve à l’affermissement de la foi, à l’édification de la sainte Église et à l’honneur du Nom sacré de votre Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ, une parole qui ne cesse de publier vos louanges et d’annoncer vos miséricordes.

Qu’elle redise, cette parole, ô Marie, que vous ne cessez point d’accabler des dons de votre miséricorde un pécheur aussi indigne que moi, et de manifester par sa bouche les prodiges de votre toute-puissance !

Soyez bénie, ô humanité de mon Sauveur, qui avez été unie à la divinité dans le sein d’une mère vierge !
Soyez bénie, ô sublime et éternelle Divinité, qui avez voulu descendre jusqu’à nous sous l’enveloppe de notre chair !
Soyez bénie à jamais, Vous qui avez été unie à une chair virginale par la vertu de l’Esprit-Saint !

Je vous salue, vous aussi, ô Marie, vous en qui la plénitude de la Divinité a fait sa demeure !
Je vous salue, ô vous en qui habita la plénitude de l’esprit-Saint !
Que soit bénie également la très pure humanité du Fils qui, sacrée par le Père, est sortie de vous !
Je vous salue, virginité sans tache, élevée maintenant au-dessus de tous les chœurs des anges.

Réjouissez-vous, Reine du monde, d’avoir été jugée digne de devenir le temple de la très pure humanité du Christ !
Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, Vierge des vierges, dont la très-pure chair servit à l’union de la divinité avec cette sainte humanité !
Réjouissez-vous, Reine des cieux, dont le très-chaste sein procura une digne demeure à cette sainte humanité !
Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, ô Épouse des saints patriarches, qui avez été jugée digne de nourrir et d’allaiter sur votre chaste sein cette sainte humanité.

Je vous salue, virginité féconde et à jamais bénie, qui nous avez rendus dignes d’obtenir le fruit de la vie et les joies du salut éternel.

Ainsi soit-il.

Monogramme Marie 2

2021-50. De la bataille de Lépante.

7 octobre,
Fête de Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire.

Lépante Grazio Cossali (1563-1629)

Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire à Lépante
tableau de Grazio Cossali (1563-1629)

Lépante ! Pour tout catholique un peu instruit et vivant des valeurs traditionnelles de la Chrétienté, ce nom a une espèce de résonnance à la fois chevaleresque, héroïque et sainte, propre à galvaniser les énergies et à susciter de nouvelles générosités dans le combat incessant de la Sainte Eglise contre tout ce qui s’oppose au Royaume de Dieu.

Lépante ! Une bataille navale. Mais bien plus qu’une bataille navale. « LA » bataille navale qui résume en trois syllabes toute la résistance chrétienne contre cette manifestation de l’Antéchrist qu’est la pseudo religion mahométane, agrégat d’hérésies et amoncellement de blasphèmes contre le vrai Dieu et la Révélation authentique et définitive : celle qui a été accomplie en Notre-Seigneur Jésus-Christ, Verbe de Dieu incarné, unique Rédempteur et Fondateur de l’Eglise.

La bataille de Lépante s’est déroulée le dimanche 7 octobre 1571.
Elle vit s’affronter la flotte ottomane, alors dominante en Méditerranée, et la flotte chrétienne rassemblée à l’initiative du pape Saint Pie V. Elle était constituée d’éléments espagnols, vénitiens, génois, maltais, savoyards et pontificaux, réunis sous le nom de Sainte Ligue.

7 octobre 1571 bataille de Lépante

La bataille navale de Lépante : 7 octobre 1571

Contexte :

Depuis le début du XVIème siècle, les Turcs pratiquaient de plus en plus razzias sur les côtes occidentales de la Méditerranée, pillant les villes littorales, dévastant leurs campagnes et emmenant de nombreux prisonniers qui étaient réduits en esclavage.
En 1570, l’île de Chypre tomba sous les assauts des Turcs et quelque 20.000 chrétiens furent massacrés à Nicosie. Cette nouvelle mit en émoi l’Occident, et des princes chrétiens répondirent à l’appel du pape à former la Sainte-Ligue pour sécuriser les côtes méditerranéennes.
Les bâtiments se réunirent à Messine au cours de l’été 1571.
Les principaux chefs de la Sainte-Ligue étaient Don Juan d’Espagne (demi frère du roi Philippe II d’Espagne, car c’était un bâtard de Charles Quint), qui fut nommé amiral en chef, Marc-Antonio Colonna, commandant de la flotte pontificale, et Sebastiano Venier, doge de Venise.

Les vainqueurs de Lépante

Les trois principaux vainqueurs de Lépante :
de gauche à droite Marc-Antonio Colonna, Don Juan d’Autriche et le doge Sebastiano Venier

Préparatifs de la bataille :

Le départ fut donné le 16 septembre.
L’aumônerie des équipages était assurée par des Capucins et des Jésuites qui administraient les sacrements aux militaires et les exhortaient. Afin d’implorer la protection divine sur la flotte chrétienne, Saint Pie V avait publié un jubilé solennel, ordonné un jeûne et exhorté tous les fidèles à la prière publique du Saint Rosaire.

La flotte de la Sainte-Ligue, divisée en quatre escadres, se dirigea vers l’île de Corfou et mouilla dans le port de Gomenitsa. Les éclaireurs découvrirent la flotte turque dans le port d’une ancienne cité grecque de la côte septentrionale du golfe de Corinthe, alors nommée Lépante, dont le nom ancien – et contemporain – est Naupacte (Ναύπακτος, Naupaktos).
L’attente commença.

Dans la nuit du 6 au 7 octobre, malgré le vent défavorable, la flotte chrétienne se dirigea vers les îles Curzolari, au large du golfe de Patras. Par cette manœuvre, les navires ennemis se retrouvaient enfermés dans une anse et contraints à la bataille.
Au matin du dimanche 7 octobre, les religieux exhortèrent les combattants et donnèrent l’absolution générale. Après une brève et fervente prière, un cri jaillit de milliers de voix : Vive le Christ !

Les Turcs alignaient 222 galères, 60 autres navires, 750 canons, 34.000 soldats, 13.000 marins et 41.000 rameurs esclaves.
Les chrétiens possédaient 207 galères (105 vénitiennes, 81 espagnoles, 12 pontificales, Malte, Gênes et Savoie 3 chacune), 30 autres navires, 6 galéasses, 1.800 canons, 30.000 soldats, 12.900 marins et 43.000 rameurs.
Don Juan avait divisé la flotte en quatre escadres.
Les galères vénitiennes constituaient l’avant-garde et devaient désorganiser les Turcs grâce à leur artillerie. Derrière eux naviguaient trois escadres : à l’aile gauche le vénitien Agostino Barbarigo, à droite l’amiral Giovanni Andrea Doria, et au centre Don Juan. La quatrième escadre, sous les ordres d’Alvaro de Bazan, marquis de Santa Cruz, formait l’arrière-garde.
L’aile gauche de la flotte turque était commandée par le renégat calabrais Uluds Ali (Verres), Pacha d’Alger, l’aile droite par Mohammed Saulak, gouverneur d’Alexandrie, le centre par le grand amiral Muesinsade Ali.

Marc-Antonio Colonna à Lépante, fresque de Giovanni Coli au palais Colonna à Rome

Marc-Antonio Colonna à la bataille de Lépante
Détail d’une fresque du palais Colonna (Rome)

Déroulement des combats :

Vers midi, le vent, jusque là favorable pour les Turcs, se calma. Sous un ciel sans nuage, les deux flottes s’affrontent : l’une sous la bannière du Crucifix, l’autre sous le drapeau violet du sultan brodé du nom d’Allah.
Les Turcs tentent de déborder leurs ennemis des deux côtés. Pour les en empêcher, Doria étend sa ligne si loin, qu’un espace se forme, entre l’aile droite et le centre, dans lequel l’ennemi peut facilement pénétrer. Le combat prend alors une tournure dangereuse : par d’habiles manœuvres des Turcs, Doria est repoussé en pleine mer avec 50 galères.

Heureusement la bataille se déroule mieux sur l’aile gauche : les Vénitiens combattent avec autant de ténacité que de réussite, bien que leur chef Barbarigo tombe mortellement blessé, abattu d’une flèche, reçue dans l’œil.

C’est au centre que la bataille est la plus violente : Don Juan, avec 300 soldats espagnols expérimentés à bord, se dirige directement contre le navire d’Ali sur lequel se trouvent 400 janissaires. Avec lui, les galères de Colonna, de Requesens, de Venier et les princes de Parme et d’Urbino participent vaillamment à la lutte sanglante qui reste longtemps indécise. Mais vers 16 heures, la mort du grand amiral turc Ali va décider de la victoire.

Lorsque les Turcs apprennent la déroute de leur centre, leur aile gauche cède également et en conséquence Uluds doit interrompre le combat engagé contre Doria et commence une retraite, s’ouvrant la voie avec 40 galères, au prix de lourdes pertes.

L’épuisement des rameurs et le soudain déclenchement d’une tempête empêchent de pourchasser les ennemis, mais la victoire des chrétiens est néanmoins complète. Les Turcs ont perdu environ 20.000 hommes, et 3.500 sont fait prisonniers ; 117 de leurs galères ont été prises et 50 coulées. Du côté des vainqueurs on a perdu 12 galères, il y a eu 7.500 morts et 20.000 blessés.

42 prisonniers appartenaient à des familles turques éminentes : parmi eux se trouvaient le gouverneur d’Eubée et deux fils du grand amiral Ali. Mais le plus beau butin fut la délivrance de 12.000 esclaves chrétiens galériens, dont 2.000 espagnols, qui durent leur libération à la victoire.
Parmi les blessés chrétiens se trouvaient Venier, ainsi qu’un génie alors inconnu du monde, le poète Cervantes. Parmi les autres combattants, parce qu’il était alors soldat sous l’étendard de Venise, se trouvait aussi le futur Saint Camille de Lellis.

Lazzaro baldi : St Pie V en prière reçoit la révélation de la victoire de Lépante

Lazzaro Baldi (1624-1703) : vision de Saint Pie V lui révélant la victoire de la flotte chrétienne à Lépante

La prière de Saint Pie V

Les pensées de Saint Pie V accompagnaient continuellement la flotte chrétienne. Jour et nuit, par une prière ardente, il la recommandait à la protection du Très-Haut. Lors d’un consistoire, le 27 août, le Souverain Pontife avait invité les cardinaux à jeûner un jour par semaine et à donner des aumônes extraordinaires. Le 26 septembre 1571, lors d’une audience, il confia  à l’ambassadeur espagnol, qu’il jeûnait trois jours par semaine et consacrait de nombreuses heures supplémentaires à la prière.  Et nous savons désormais que cette prière fut pleinement exaucée.

Dans la nuit du 21 au 22 octobre, un courrier envoyé par le nonce à Venise, remet au cardinal Rusticucci une lettre contenant la nouvelle de la grande victoire obtenue à Lépante sous le commandement de Don Juan. Mais Saint Pie V en avait déjà eu surnaturellement connaissance dès le soir de la bataille et en avait fait part à son entourage.

Même si l’empire ottoman créera rapidement une nouvelle flotte, la force navale turque ne fut plus jamais une menace aussi redoutable pour l’Occident : le cauchemar de son invincibilité avait été dissipé. La Chrétienté occidentale respira : les églises vibrèrent aux accents du Te Deum.
Saint Pie V fit frapper des médailles commémoratives sur lesquelles étaient gravées les paroles du psalmiste : « La droite du Seigneur a fait de grandes choses ; cela vient de Dieu ». Lorsqu’il reçut Don Juan victorieux, lui apportant l’étendard turc de la galère amirale [cf. note en bas de ce texte], le saint pontife ne craignit pas de le saluer par cette citation du prologue de l’Evangile de Saint Jean : « Fuit homo missus a Deo qui nomen erat Joannes : il y eut un homme envoyé par Dieu dont le nom était Jean » !

Le pape attribua la victoire au Rosaire de Notre Dame, du fait que la bataille avait été remportée le premier dimanche d’octobre, alors que les confréries du Rosaire faisaient leurs processions à Rome. Il ordonna donc que, chaque année, une fête d’action de grâce soit célébrée en commémoration de la victoire, à son jour anniversaire, sous le titre de Notre Dame de la Victoire. Il fit aussi ajouter aux litanies de Lorette l’invocation « Auxilium christianorum, ora pro nobis : Secours des chrétiens, priez pour nous ! »
Plus tard Grégoire XIII décida que la fête serait célébrée sous le titre de fête du Saint Rosaire. Elle reçut au XXème siècle le titre actuel habituel de fête de Notre-Dame du Rosaire, mais certains calendriers propres conservent le nom de Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire.

Note :
L’étendard pris aux Turcs à Lépante fut déposé comme une sorte d’ex-voto à la basilique de Sainte Marie-Majeure… Jusqu’à ce que, le 29 janvier 1965, Paul VI le rendit aux Turcs sous le prétexte d’établir des « relations apaisées ». 

Le Crucifix de Lépante

Crucifix qui se trouvait à la proue de la galère amirale de Don Juan d’Autriche à la bataille de Lépante
aujourd’hui conservé dans la chapelle du Saint-Sacrement dans la cathédrale de Barcelone

2021-47. « Un tel rapprochement n’est pas pour augmenter le prestige déjà médiocre de cette monarchie sans gloire, née dans le bourbier libéral de 1830 et prédestinée à s’éteindre sans honneur dans le cloaque économique de 1848.»

19 septembre,
Anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de La Salette.

Si Léon Bloy n’était pas un légitimiste – loin s’en faut !!! -, il n’était pas non plus – encore bien moins !!! – un orléaniste.
Dans son livre « Celle qui pleure », où il livre ses interprétations (parfois très hasardeuses) de l’apparition de Notre-Dame à La Salette, il s’est au passage livré, dans le chapitre IV, à un véritable pamphlet anti-louisphilippard qui ne manque ni d’esprit ni de saveur.
Aussi, malgré la gravité du sujet, nous semble-t-il assez plaisant de recopier ici l’intégralité de ce chapitre dont nombre de saillies constituent une présentation de la « monarchie de juillet » et de son roi-maçon d’une implacable lucidité. 

Louis-Philippe - photographie

Photographie de Louis-Philippe « roi des Français »

Louis-Philippe, le 19 septembre 1846.

« Il est environ deux heures et demie. Le Roi, la Reine, leurs Altesses Royales, Mme la Princesse Adélaïde, Mgr le Duc et Mme la Duchesse de Nemours, le Prince Philippe de Wurtemberg et le Comte d’Eu, accompagnés de M. le ministre de l’Instruction publique, de MM. les généraux de Chabannes, de Lagrange, de Ressigny, de M. le colonel Dumas et de plusieurs officiers d’ordonnance, sortent pour faire une promenade dans le parc. Après la promenade, Leurs Majestés et Leurs Altesses rentrent au château vers cinq heures pour dîner, en attendant les illuminations du soir.»
C’est ainsi qu’un correspondant plein de diligence, dans une dépêche datée de la Ferté-Vidame, annonce au Moniteur universel l’événement le plus considérable de la journée du 19 septembre 1846.

Je suis, par bonheur, en état de rappeler cet événement à l’univers qui paraît l’avoir oublié. À la distance de plus de soixante ans, il n’est pas sans intérêt de contempler, par l’imagination ou la mémoire, cette promenade du roi de Juillet accompagné de son engeance dans un honnête parc, en vue de prendre de l’appétit pour le dîner et de se préparer, par le naïf spectacle de la nature, aux magnificences municipales de l’illumination du soir.

Ce divertissement historique, mis en regard de l’autre Promenade Royale qui s’accomplissait au même instant sur la montagne de la Salette, est, je crois, de nature à saisir fortement la pensée. Le contraste vraiment biblique d’un tel rapprochement n’est pas pour augmenter le prestige déjà médiocre de cette monarchie sans gloire, née dans le bourbier libéral de 1830 et prédestinée à s’éteindre sans honneur dans le cloaque économique de 1848. Il serait curieux de savoir ce qui se passait dans l’âme du Roi Citoyen au moment même où la Souveraine des Cieux, tout en pleurs, se manifestait à deux enfants sur un point inconnu de cette belle France polluée et mourante sous l’abjecte domination de ce thaumaturge d’avilissement.

Il fallait sous les platanes ou les marronniers, rêvant ou parlant des grandes choses d’un règne de seize ans et des résultats magnifiques d’une administration exempte de ce fanatisme d’honneur qui paralysait autrefois l’essor généreux du libéralisme révolutionnaire. Tout venait à souhait, au dehors comme à l’intérieur. Par un amendement resté célèbre dans les fastes parlementaires, le comte de Morny prétendait que les grands Corps de l’État étaient satisfaits. Dieu et le Pape étaient convenablement outragés, l’infâme jésuitisme allait enfin rendre le dernier soupir et le pays légal n’avait pas d’autres vœux à former que de voir s’éterniser, dans une aussi bienfaisante dynastie, les félicités inespérées de cet adorable gouvernement. On allait enfin épouser l’Espagne, on allait devenir immense. À l’exemple de Charles-Quint et de Napoléon, le patriarche de l’Orléanisme pouvait aspirer à la domination universelle. La ventrée de la lice avait, d’ailleurs, suffisamment grandi et Leurs Altesses caracolaient assez noblement autour de Sa Majesté dans la brise automnale de cette sereine journée de septembre. Le roi des Français pouvait dire comme le prophète de la terre de Hus : « Je mourrai dans le lit que je me suis fait et je multiplierai mes jours comme le palmier ; je suis comme un arbre dont la racine s’étend le long des eaux et la rosée descendra sur mes branches. Ma gloire se renouvellera de jour en jour et mon arc se fortifiera dans ma main.»

À deux cents lieues, la Mère de Dieu pleure amèrement sur son peuple. Si Leurs Majestés et Leurs Altesses pouvaient, un instant, consentir à prendre l’attitude qui leur convient, c’est-à-dire à se vautrer sur le sol et qu’ils approchassent de la terre leurs oreilles jusqu’à ce jour inattentives, peut-être que cette créature humble et fidèle leur transmettrait quelque étrange bruit lointain de menaces et sanglots qui les ferait pâlir. Peut-être aussi que le dîner serait alors sans ivresse et l’illumination sans espérance…

Pendant que l’Orléanisme se congratule dans la vesprée, les deux pâtres choisis pour représenter toutes les majestés triomphantes ou déchues, vivantes ou défuntes, se sont approchés de leur Reine. C’est à ce moment que la Mère douloureuse élève la voix par-dessus le murmure indistinct de l’hymne des Glaives chanté autour d’Elle dans dix mille églises :

Si mon peuple ne veut pas se soumettre, Je suis forcée de laisser aller le Bras de mon Fils…

Léon Bloy, « Celle qui pleure » – chap. IV

Notre-Dame de la Salette - la conversation

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