2026-80. Marie, notre médiatrice.
8 mai,
En certains lieux, fête de Marie Médiatrice de toutes grâces (double de 2ème classe - cf > ici) ;
Mémoire de l’apparition de Saint Michel archange au Mont Gargan ;
Anniversaire de la délivrance d’Orléans par Sainte Jeanne d’Arc (cf. > ici).
L’intercession de Marie
nous est nécessaire pour nous sauver :
La foi nous enseigne qu’il est, non seulement permis, mais encore utile et conforme à la piété, d’invoquer et de prier les saints, et principalement leur Reine, la Très Sainte Vierge Marie, afin d’obtenir la grâce divine par leur intercession.
Cette vérité, l’Eglise l’a définie en divers conciles, et elle a condamné comme hérétiques ceux qui réprouvaient l’invocation des saints comme injurieuse à Jésus-Christ, notre unique Médiateur.
Si, après sa mort, Jérémie prie pour Jérusalem ; si les vieillards de l’Apocalypse présentent à Dieu les prières des justes ; si Saint Pierre promet à ses disciples de se souvenir d’eux dans l’autre vie ; si Saint Étienne prie pour ses persécuteurs ; si Saint Paul prie pour ses compagnons et ses amis ; il est clair que les saints peuvent prier pour nous ; mais alors, pourquoi ne pourrions-nous pas supplier les saints d’intercéder en notre faveur ?
D’un autre côté, Saint Paul se recommande aux prières de ses disciples : Priez pour nous, dit-il aux Thessaloniciens ; Saint Jacques exhorte les fidèles en ces termes : Priez les uns pour les autres, afin que vous soyez sauvés. Nous pouvons donc, nous aussi, quêter les prières d’autrui, et en particulier celles des saints.
Que Jésus-Christ soit notre unique Médiateur de justice ; que Lui seul nous ait obtenu par Ses mérites la réconciliation avec Dieu, qui le nie ?
Mais, d’autre part, c’est une impiété de nier que Dieu Se plaise à octroyer Ses grâces en ayant égard à l’intercession des saints, et surtout à celle de la divine Mère, Marie, que Jésus désire tant de voir aimée et honorée de nous.
Qui ne sait que l’honneur rendu aux parents rejaillit sur leurs enfants ? Les pères sont la gloire de leur fils, selon le Sage. Qu’on ne craigne donc pas d’obscurcir la gloire du Fils à force de louer la Mère, car honorer la Mère, c’est louer le Fils : » Il n’est nullement douteux, dit Saint Bernard, que toutes les louanges que nous donnons à la Mère et à la Reine, retournent au Fils et au Roi ». En effet, personne n’en doute, c’est en considération des mérites de Jésus-Christ que Marie fut investie de ce grand pouvoir qui la constitue Médiatrice, disons-nous non pas à titre de justice, mais à titre de grâce et par intercession. Saint Bonaventure n’hésite pas à l’appeler ainsi ; et Saint Laurent Justinien demande : Comment ne serait-elle pas pleine de grâce, celle qui est devenue l’Echelle du paradis, la Porte du ciel, la véritable Médiatrice entre Dieu et les hommes ?
A ce propos, Suarez observe avec raison que prier la Sainte Vierge de nous obtenir des grâces, c’est témoigner que nous nous défions, non pas de la miséricorde divine, mais de nous-mêmes et de notre indignité ; nous nous recommandons à Marie, afin que sa dignité supplée à notre misère.
Ainsi, que ce soit une chose utile et sainte de recourir à l’intercession de Marie, ceux-là seuls peuvent le révoquer en doute qui renoncent à la foi. Mais le point que nous prétendons établir ici, c’est que l’intercession de Marie nous est même nécessaire pour le salut, c’est-à-dire, pour parler avec précision, non pas absolument, mais moralement nécessaire. Et nous disons que cette nécessité découle de la volonté de Dieu même, Lequel ne veut pas nous faire de grâces qui ne passent par les mains de Marie. C’est le sentiment de Saint Bernard ; et nous pouvons ajouter, avec l’auteur du Règne de Marie, que ce sentiment est communément suivi aujourd’hui par les théologiens et les docteurs. Ainsi ont enseigné Vega, Mendoza, Paciuchelli, Segneri, Poiré, Crasset et un très grand nombre d’autres savants écrivains. Le Père Noël Alexandre lui-même, pourtant si réservé dans ses propositions, affirme aussi que la volonté de Dieu est que nous attendions toutes les grâces par l’intercession de Marie ; et il cite à l’appui le mot célèbre de Saint Bernard : « La volonté de Dieu est que nous ayons tout par Marie ». Le Père Contenson soutient la même doctrine ; il explique en ce sens les paroles adressées par Jésus du haut de la croix à Saint Jean, et il les commente en ces termes : « Voilà votre Mère, comme si le Sauveur eût dit : Personne n’aura part aux mérites du sang que Je répands, si ce n’est par l’intercession de ma Mère. Mes plaies sont les sources de la grâce ; mais les ruisseaux n’en couleront sur aucune âme que par le canal de Marie. Jean, Mon cher disciple, vous serez aimé de moi en proportion de l’amour filial que vous aurez pour elle ».
Selon Saint Bernard, Dieu a comblé Marie de toutes les grâces, afin que tous les biens destinés aux hommes leur arrivent par elle comme un canal céleste : « Pareil à un aqueduc plein jusqu’au bord, elle donne à tous sa plénitude ». Le saint fait en outre une réflexion bien remarquable ! Si, dit-il, avant la naissance de la bienheureuse Vierge, on ne voyait pas dans le monde ce courant de grâces qui s’épanchent aujourd’hui sur tous les hommes, c’est qu’alors cet Aqueduc si désirable y manquait. Marie a été donnée au monde afin que, par ce canal de grâces, les dons célestes descendent continuellement jusqu’à nous.
Le démon le sait bien ; aussi, de même que, pour réduire la ville de Béthulie, Holopherne en fit couper les aqueducs, cet esprit malin s’attache de tout son pouvoir à détruire dans les âmes la dévotion envers la Mère de Dieu ; car, ce canal salutaire une fois fermé, il lui devient facile de les subjuguer. « Voyez donc, conclut le même Père, voyez, âmes fidèles avec quelle affectueuse dévotion le Seigneur veut que nous honorions notre Reine ! Il a mis en elle la plénitude de tous les biens, afin de nous obliger à recourir sans cesse à elle avec une entière confiance en sa protection, et à reconnaître ainsi que, désormais, s’il est pour nous quelque espérance d’obtenir la grâce et d’arriver à la gloire, nous ne pouvons la voir réaliser que par l’entremise de Marie ». – Saint Antonin dit pareillement : « Toutes les grâces qui ont jamais été départies aux hommes, leur sont venues par le moyen de Marie ».
Voilà pourquoi elle est comparée à la lune. Placée entre le soleil et la terre, dit Saint Bonaventure, la lune renvoie à cette dernière la lumière qu’elle-même reçoit du soleil ; et Marie reçoit du soleil divin les célestes influences de la grâce, pour nous les transmettre ici-bas.
C’est pour le même motif que la Sainte Eglise l’invoque sous le titre de Porte du ciel : Felix coeli porta. Toute lettre de grâce émanée du roi passe par la porte de son palais ; ainsi, remarque Saint Bernard, nulle grâce ne descend du ciel sur la terre, sans passer par les mains de Marie. Et, rendant raison de la même appellation, Saint Bonaventure ajoute que nul ne peut entrer dans le ciel, sans passer par cette bienheureuse Porte qui est Marie.
Nous sommes encore confirmés dans notre sentiment par Saint Jérôme, ou, comme certains le veulent, par un autre auteur ancien, dont le sermon sur l’Assomption a été inséré parmi les œuvres de ce Père. On lit dans ce sermon que la plénitude de la grâce est en Jésus-Christ comme dans la tête, d’où découlent et se répandent en nous, ses membres, tous les esprits vitaux, c’est-à-dire, les secours divins nécessaires au salut ; et que la même plénitude se trouve en Marie comme dans le cou par lequel les esprits vitaux descendent dans les membres.
Saint Bernardin s’empare de cette pensée et la développe : « C’est par la Bienheureuse Vierge, dit-il, que toutes les grâces de la vie spirituelle descendent de Jésus-Christ, Chef sacré de l’Eglise, dans Son corps mystique, c’est-à-dire dans les fidèles ». Et, rendant compte de cette prérogative de la divine Mère, il ajoute : « Depuis qu’il a plu au Seigneur d’habiter dans le sein de la Bienheureuse Vierge, elle a en quelque sorte acquis une certaine juridiction sur toutes les grâces ; car Jésus-Christ, en sortant de ses chastes entrailles, fit en même temps sortir d’elle, comme d’un céleste réservoir, tous les courants des dons divins ».
Le saint répète la même chose ailleurs, et en tire cette conclusion qu’à partir de l’Incarnation du Verbe, « nulle créature n’a obtenu de Dieu une grâce quelconque, si ce n’est par les mains de notre bonne et tendre Mère ».
Un auteur interprète dans le sens de notre thèse, le passage où Jérémie prédit, à propos de l’Incarnation du Verbe dans le sein de Marie, qu’une Femme environnera l’Homme-Dieu. « De même, dit-il, qu’une ligne tirée du centre d’un cercle ne peut en sortir sans passer par la circonférence, ainsi aucune grâce ne peut nous venir de Jésus-Christ, centre de tout bien, sans passer par Marie, qui, en recevant le Fils de Dieu dans son sein, l’a réellement environné de toute part ».
Il résulte de là, selon Saint Bernardin, que tous les dons, toutes les vertus et toutes les grâces, sont dispensés par les mains de Marie, à qui elle veut, quand elle veut, et comme elle veut.
Richard de Saint-Laurent dit pareillement : « Dieu n’accorde aucun bien à Ses créatures sans le faire passer par les mains de la Vierge Mère ». Aussi le vénérable abbé de Celles exhorte chacun de nous à recourir à cette Trésorière des grâces, comme il l’appelle, assurant qu’elle est le seul canal par où le monde et chaque homme en particulier puissent recevoir les faveurs qu’ils attendent de Dieu.
On le voit clairement : en affirmant que toutes les grâces nous viennent par l’entremise de Marie, tous ces saints, tous ces pieux auteurs n’ont pas voulu attacher à leurs paroles ce sens restreint, à savoir : que de Marie nous avons reçu Jésus-Christ, la source de tout bien. Ils nous déclarent en termes formels, qu’à partir de la naissance de Jésus-Christ, et cela en vertu d’un décret divin, toutes les grâces provenant de Ses mérite furent distribuées aux hommes, le sont actuellement, et le seront jusqu’à la fin du monde par les mains et moyennant l’intercession de Marie.
Pour conclure, nous dirons avec le Père Suarez que, selon le sentiment aujourd’hui universel de l’Eglise, l’intercession de Marie ne nous est pas seulement utile, mais encore nécessaire.
Il ne s’agit pas ici, nous le répétons, d’une nécessité absolue : la médiation de Jésus nous est seule absolument nécessaire ; nous parlons d’une nécessité morale fondée sur cette raison que, comme le pense l’Eglise, d’accord avec Saint Bernard, Dieu a décrété de ne nous accorder aucune grâce, si ce n’est par l’entremise de Marie.
Et avant Saint Bernard, Saint Ildephonse avec affirmé la même chose, en parlant ainsi à la glorieuse Vierge : « O Marie ! il a plu au Seigneur de remettre entre vos mains tous les biens qu’il a préparés aux hommes ; Il vous a confié tous les trésors et toutes les richesses de Ses grâces ».
Selon Saint Pierre Damien, si Dieu n’a pas voulu Se faire homme sans le consentement de Marie, c’est pour deux raisons : premièrement, afin de nous obliger à une extrême reconnaissance envers cette divine Mère ; secondement, pour nous apprendre que le salut de tous les hommes est remis à sa décision.
Saint Bonaventure considère le passage où le prophète Isaïe annonce, sous l’emblême d’une tige et de sa fleur, la naissance de Marie et celle du Verbe fait chair : il sortira une tige de la Racine de Jessé, et une fleur s’élèvera de sa racine, et sur cette fleur reposera l’Esprit du Seigneur ; or voici la réflexion que lui inspire ce beau texte : « Quiconque désire obtenir la grâce du Saint-Esprit, doit chercher la Fleur sur la Tige, c’est-à-dire Jésus en Marie : car par la Tige nous arrivons à la Fleur, et par la Fleur nous arrivons à Dieu. Et voulez-vous, ajoute-t-il, avoir cette Fleur ? tâchez, à force de prières, d’incliner vers vous la Tige, et vous l’aurez ». Le Docteur Séraphique appuie ce conseil sur le texte de l’Evangile : Les Mages trouvèrent l’Enfant avec Marie Sa Mère. Jamais, dit-il, on ne trouve Jésus qu’avec Marie et par Marie ; ainsi donc, conclut-il, celui-là cherche en pure perte Jésus-Christ, qui ne cherche pas à le trouver avec Marie ». De là ce mot de Saint Ildephonse : « Pour être serviteur du Fils, je veux l’être de la Mère ». J’aspire à être le serviteur du Fils ; et, comme cela est impossible à quiconque ne l’est pas de la Mère, toute mon ambition est de mériter le titre de serviteur de Marie.
Saint Alphonse-Marie de Ligori, docteur de l’Eglise,
in « Les Gloires de Marie », chapitre V, 1ère partie.
































