Archive pour la catégorie 'De Maria numquam satis'

2017-53. Du sanctuaire de Notre-Dame de Bon-secours et de Consolation à Fresneau.

Samedi 6 mai 2017,
Premier samedi du mois de Marie ;

Fête de Saint Jean devant la Porte Latine.

Ave pretiosa - Fresneau détail du vitrail d'Adhémar de Monteil

« Ave Pretiosa »
Armoiries du village de Marsanne sur le territoire duquel se trouve le sanctuaire de Fresneau :
« D’azur à une croix de légat pommelée d’argent »
La devise – qui est celle qu’Adhémar de Monteil choisit lors de son élévation à l’épiscopat (en 1077),
constitue une invocation à la Madone : à la fois Notre-Dame de Fresneau, si proche des fiefs des Adhémar, et Notre-Dame du Puy, siège de son évêché – est aussi devenue celle du sanctuaire.

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Ce lundi 1er mai 2017, premier jour du mois de Marie, des membres ou amis de la Confrérie Royale, du Cercle légitimiste Crillon le Brave (Dauphiné), du Cercle légitimiste Saint Louis Roi de France (vicomté de Nîmes) et du Cercle légitimiste abbé Claude Allier (Vivarais), se sont retrouvés pour une journée de prière, d’amitié et de découverte patrimoniale.

A l’invitation du Cercle légitimiste Crillon le Brave du Dauphiné, ils ont visité le sanctuaire de Notre-Dame de Fresneau, y ont assisté à la Sainte Messe, puis se sont rendus à Crest où ils ont visité la fameuse tour : le plus haut donjon de France.

En ce premier samedi du mois de Marie, à l’aide des photographies prises lors de ce pèlerinage accompli en début de semaine, je souhaite vous présenter cet antique sanctuaire de Notre-Dame de Fresneau

Lully.

Fresneau : le sanctuaire originel

Fresneau : la chapelle « originelle »
plusieurs fois reconstruite au même lieu depuis le XIème siècle.

A un peu moins de neuf lieues au sud de Valence et à quelque quatre lieues au nord-est de Montélimar, se trouve le très ancien village de Marsanne.
Un peu à l’extérieur du village, dans le vallon boisé appelé la Combe de Fresneau, se trouve un sanctuaire millénaire en l’honneur de la Madone, toujours bien fréquenté par les pèlerins.
La statue de la Très Sainte Vierge Marie, Notre-Dame de Fresneau, y a été solennellement couronnée au nom du Bienheureux pape Pie IX, le 8 septembre 1855.

C’est probablement dans la deuxième moitié du Xème siècle ou la première moitié du XIème siècle qu’il faut placer les origines du sanctuaire.
Là, à l’entrée de la Combe de Fresneau, près d’une source fraîche et abondante, un berger avait placé une rustique statue de la Vierge Marie qu’il avait lui-même sculptée.

Un maçon, tailleur de pierre de Marsanne, qui avait une fille aveugle de naissance et dont l’épouse était morte en mettant cette enfant au monde, remontait souvent ce vallon de Fresneau jusqu’à une petite carrière en amont de la source.
La jeune fille, qui restait près de la source et du modeste oratoire à y prier la Sainte Mère de Dieu, entendit un jour cette dernière lui demander de faire construire une chapelle en ce lieu, lui promettant en retour de lui accorder la vue.

Fresneau vitrail représentant l'apparition

Fresneau : vitrail représentant l’apparition…
(à la vérité, la représentation est assez fantaisiste, bien dans le style « troubadour » du XIXème siècle où ce vitrail fut réalisé ; en effet une jeune fille du XIème siècle dont le père était maçon n’était certainement pas vêtue de la sorte).

La jeune fille révéla à son père la demande de la Madone, qu’il accueillit fort mal. La Vierge insista auprès de la jeune fille, et la jeune fille auprès de son père, lequel s’entêta dans son refus jusqu’à ce que…

Le curé de Marsanne avait commandé un bénitier pour son église. Une fois le travail accompli, le tailleur de pierre le scella dans l’église à l’endroit désigné par le prêtre, mais à trois reprises, au matin des jours suivants, le bénitier fut retrouvé à l’entrée du vallon de Fresneau, à proximité de la source.

Fresneau vitrail illustrant le bénitier miraculeux

Cet événement insolite ne put rester caché et les curieux commencèrent à affluer.
Le père, ébranlé, finit par dire : « Eh bien ! Tu l’auras ta chapelle, à condition que la vue te soit donnée… » L’enfant passa sur ses yeux de l’eau de la source et s’écria : « Je vois ! »

Une petite chapelle fut donc construite, en l’honneur de Notre-Dame des Bois : le bénitier miraculeux y prit tout naturellement sa place… et s’y trouve toujours car il n’a plus eu l’envie de déménager depuis lors !

Fresneau le bénitier miraculeux

Fresneau : le bénitier miraculeux dans la chapelle originelle.

A côté de la chapelle, souvent appelée aujourd’hui « petit sanctuaire », la source dont l’eau avait guéri la jeune fille de sa cécité, sourd toujours, abondante et fraîche, et de très nombreuses personnes viennent s’y approvisionner.

Depuis le premier miracle, c’est une succession innombrable de grâces et de prodiges – physiques et spirituels – dont cette eau a été la cause.

Fresneau la source miraculeuse

Surplombant la vasque dans laquelle s’écoule la source miraculeuse, une croix de pierre porte en son centre l’inscription : « Si scires donum Dei : si vous connaissiez le don de Dieu ». C’est l’une des paroles dites par Notre-Seigneur Jésus-Christ à la Samaritaine, au puits de Jacob, et il convient de penser à ce qui suit immédiatement : « Si vous connaissiez le don de Dieu et qui est Celui qui vous dit : Donnez-moi à boire, peut-être Lui en eussiez-vous demandé vous-même et Il vous eût donné d’une eau vive » (Johan. IV, 10) et « (…) Celui qui boira de l’eau que Je lui donnerai n’aura jamais soif ; mais l’eau que Je lui donnerai deviendra une fontaine d’eau jaillissante jusque dans la vie éternelle » (Johan. IV, 13).
Une autre inscription latine, non tirée des Saintes Ecritures, est gravée au pied de la cette croix : « Ad fontem fidei veniat languidus : que le languide vienne à la source de la foi ».

Fresneau croix de la source

La croix au-dessus de la source miraculeuse.

La chapelle originelle, qui n’était guère plus qu’un oratoire, fut visitée en 1449 par le Dauphin de France, futur Louis XI.
Elle fut malheureusement entièrement dévastée et rasée par les fanatiques huguenots en 1589.
En 1605, les habitants de Marsanne relevèrent l’abside et la dédièrent à Notre-Dame de Bon-Secours, puis, dans les années qui suivirent, ils y adjoignirent une petite nef, laquelle fut prolongée vers 1682.
Au XVIIIème siècle, la chapelle fut ornée de peintures murales à la gloire de la Très Sainte Vierge et reçut un campanile ; en action de grâces pour sa conversion, un gentilhomme heureux d’avoir recouvré la foi de ses aïeux obtint que l’on adjoignît au vocable de Notre-Dame de Bon-Secours celui de Notre-Dame de Consolation.

Aux jours de la satanique révolution, le sanctuaire fut à nouveau pillé et saccagé : tout ce qu’il contenait fut brûlé par les « patriotes », y compris la statue en bois de la Madone. Le bâtiment dévasté fut vendu comme « bien national » en 1796.
L’acquéreur la restitua en 1803 et le mouvement de dévotion reprit tandis que les villageois s’employaient à réparer, consolider et réapproprier les lieux.
C’est alors que fut sculptée une nouvelle statue de la Très Sainte Vierge Marie, pour remplacer celle qui avait été livrée aux flammes par les doux et pacifiques disciples des « lumières »

La construction d’un sanctuaire plus vaste, plus apte à accueillir des foules et à la célébration de cérémonies solennelles (comme nous le verrons plus loin), entraîna malheureusement un nouveau déclin de la petite chapelle, au point qu’à la veille de la première guerre mondiale elle menaçait ruine. 

Une nouvelle restauration eut lieu de 1925 à 1928, et encore une autre en 2005 , très peu de temps après laquelle la chapelle fut odieusement profanée et dut être réconciliée une nouvelle fois : l’autel « face au peuple » qui y fut édifié et consacré en 2007 reçut alors des reliques des Bienheureux Jacinthe et François, les deux plus jeunes voyants de Fatima.

Fresneau intérieur de la chapelle originelle

L’intérieur de la chapelle originelle, appelée aussi « petit sanctuaire » dans son état actuel.

Mais avant d’aller plus loin il nous faut revenir au XIème siècle.

Né en 1055, Adhémar de Monteil, issu de la Maison des Adhémar, branche de la lignée des comtes de Valence, bien qu’aîné de sa fratrie et destiné par ses parents à la carrière des armes, embrassa l’état ecclésiastique.
Prévôt de la cathédrale de Valence, Adhémar de Monteil fut choisit en 1077 par le pape Saint Grégoire VII pour devenir évêque du Puy en remplacement du simoniaque Etienne de Polignac, excommunié et déposé. Le nouvel évêque, acteur de la réforme grégorienne, devra lutter contre les abus et s’opposer avec énergie aux empiètements et exactions des puissants féodaux du Velay.
En 1086, il se rendit en pèlerinage à Jérusalem. A cette époque la route de Jérusalem passait par Marsanne : la tradition rapporte qu’il serait revenu s’agenouiller dans l’humble sanctuaire de Fresneau, qui devait déjà être bien cher au coeur d’Adhémar de Monteil.
Selon la tradition encore, sa devise épiscopale « Ave Pretiosa : je vous salue, ô Précieuse ! » est une invocation mariale adressée en même temps à la Madone de Fresneau dont il s’éloignait en partant pour le Velay, et à la Vierge du Puy dans la cathédrale de laquelle il allait prendre possession de son siège épiscopal. 

Ainsi Adhémar de Monteil est-il un vivant trait d’union entre le petit sanctuaire de Fresneau et la très fameuse « chambre angélique » du Puy.

Fresneau vitrail d'Adhémar de Monteil

Adhémar de Monteil (1055-1098)
vitrail du « grand sanctuaire » de Notre-Dame de Fresneau

Chacun se souvient qu’Adhémar de Monteil est particulièrement lié à l’histoire de la première croisade. Il accueillit le Bienheureux Urbain II au Puy vers la fin de l’été 1095, alors que ce Pontife se dirigeait vers Clermont où il réunit le concile qui, après avoir pris un certain nombre de mesures disciplinaires relatives au contexte ecclésial de l’époque, se termina par l’appel du pape à prendre la croix pour aller délivrer les Lieux Saints tombés au pouvoir des sectateurs de Mahomet.

Adhémar de Monteil, enthousiasmé, fut le premier à s’engager pour la croisade. Urbain II le nomma son légat pontifical au milieu des troupes croisées.

Le 1er août 1098, à Antioche de Syrie, Adhémar de Monteil, victime d’une épidémie, rendit son âme à Dieu. Avant de mourir, il exprima le désir que soient donnés au prieuré Saint-Félix de Marsanne, dont les religieux étaient en charge du culte dans la petite chapelle de Fresneau,  tous les objets de sa chapelle pontificale.
C’est ce qui explique la croix de légat qui figure depuis lors dans les armoiries de Marsanne, et aussi que la devise épiscopale de l’illustre évêque du Puy, « Ave Pretiosa », soit devenue celle du sanctuaire de Fresneau.
Quant aux objets que Marsanne hérita d’Adhémar de Monteil, ils furent bien évidemment les malheureuses victimes de la liberté, de l’égalité et de la fraternité révolutionnaires…

Fresneau mort d'Adhémar de Monteil

Vitrail du « grand sanctuaire » de Fresneau représentant la mort d’Adhémar de Monteil,
à Antioche le 1er août 1098,
et le leg des objets de sa chapelle pontificale au prieuré de Marsanne
dont les religieux étaient en charge du culte dans la chapelle de Fresneau.

Dans le grand mouvement de reconquête catholique qui anime le XIXème siècle français, la dévotion mariale occupe une place de choix : les apparitions ou manifestations de la Sainte Mère de Dieu sur le sol de France y contribuent puissamment (1830 rue du Bac et 1836 Notre-Dame des Victoires, à Paris ; 1846 à La Salette ; 1858 à Lourdes ; 1871 à Pontmain ; 1875 à Pellevoisin), et les anciens lieux de pèlerinage qui renaissent après les dévastations révolutionnaires sont des lieux privilégiés de ré-évangélisation.

En 1854, l’année où fut proclamé le dogme de la conception immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie, le Bienheureux pape Pie IX fut directement sollicité de divers côtés (le colonel de Baillencourt, qui était à la tête du 40ème Régiment d’Infanterie en garnison à Rome, et qui était soutenu par Monseigneur de Ségur ; S.Exc.Mgr Chatrousse, évêque de Valence, présent à Rome pour les cérémonies du 8 décembre 1854… etc.) en faveur du petit sanctuaire de Fresneau, si bien que, par des brefs apostoliques en date du 15 janvier 1855, le Bienheureux Pie IX accorda de précieuses indulgences aux pèlerins de Notre-Dame de Bon-Secours et de Consolation ainsi que les honneurs du couronnement à sa statue : le Souverain Pontife bénit d’ailleurs lui-même à Rome la couronne de vermeil qui serait bientôt solennellement placée sur la tête de la Madone.

Le couronnement de Notre-Dame de Fresneau fut célébré solennellement le 8 septembre 1855 au milieu d’un grand concours de peuple.

Fresneau vitrail du Bx Pie IX

Le Bienheureux Pie IX bénissant la couronne de vermeil destinée à Notre-Dame de Fresneau
(détail d’un vitrail du « grand sanctuaire »)

Ce renouveau du pèlerinage, en particulier au moment des cérémonies du couronnement, fit vivement ressentir la nécessité d’un lieu de culte plus vaste.
Le curé de Marsanne et quelques autres zélés dévots de Notre-Dame, encouragés par l’évêque de Valence, se dépensaient sans compter pour la construction d’une grande chapelle, mais les difficultés surgissaient à chaque pas, toujours plus nombreuses, toujours plus décourageantes.

Les promotteurs du projet, décontenancés, se rendirent à Ars afin d’y requérir l’avis du saint curé. La réponse de Saint Jean-Marie Vianney fut sans ambiguïté : « La Sainte Vierge veut à Fresneau un sanctuaire. Les difficultés disparaîtront. Il s’y fera beaucoup de bien ! »

Effectivement, la prophétie du saint curé ne tarda pas à se réaliser : les difficultés disparurent bientôt. La première pierre du « grand sanctuaire » fut bénite le 8 septembre 1857, et trois ans plus tard, le 8 septembre 1860, la Sainte Messe put être célébrée dans cette nouvelle chapelle.

Le Saint Curé d'Ars encourage les promotteurs de la construction du sanctuaire

Le saint curé d’Ars encourage l’édification du grand sanctuaire de Notre-Dame de Fresneau
(détail du vitrail de Saint Jean-Marie Vianney dans le « grand sanctuaire »)

Le lien du sanctuaire de Fresneau avec le saint curé d’Ars est aujourd’hui signifié par un important reliquaire de Saint Jean-Marie Vianney accroché au mur de la grande chapelle, juste au-dessous du vitrail représentant le saint et son intervention si encourageante.

Fresneau reliques du Saint Curé d'Ars

Reliquaire de Saint Jean-Marie Vianney dans le « grand sanctuaire » de Fresneau.

Ce sanctuaire plus vaste achevé en 1860 a été édifié dans le style néo gothique que l’on affectionnait à l’époque.
A l’extérieur, il possède la particularité d’avoir, sur les deux contreforts qui encadrent le grand porche d’entrée, deux canons portant les aigles impériales russes.
Ces deux canons ont été offerts par Napoléon III (c’était le temps où cet homme au « coeur double » – ainsi que l’avait décrit Notre-Dame de La Salette – cherchait hypocritement à s’assurer le soutien des catholiques) ; ils ont été pris aux Russes lors de la bataille de Malakoff, le 8 septembre 1855, c’est-à-dire le jour même où fut couronnée Notre-Dame de Fresneau.

Fresneau le sanctuaire du XIXe siècle

Façade du « grand sanctuaire » de Fresneau

L’intérieur de la grande chapelle est une seule large nef, lumineuse et bien équilibrée. Il n’a fort heureusement pas été massacré par les aménagements post-conciliaires : mis à part l’installation d’un autel « face au peuple », aisément escamotable, dans l’avant-choeur, on apprécie que le maître-autel (dans les gradins duquel sont disposés de nombreux reliquaires), les stalles, la table de communion, la chaire de vérité, les confessionnaux, les statues et les bannières soient restés à leur place.

Fresneau intérieur du grand sanctuaire

Intérieur du « grand sanctuaire » de Fresneau

Dès que l’on entre, le regard est attiré par la Vierge couronnée qui trône, entourée de deux anges musiciens agenouillés, dans une espèce de grand ciborium néo-gothique édifié à l’arrière du maître-autel.

Fresneau la Vierge couronnée

Le ciborium dans lequel trône la statue couronnée de Notre-Dame de Fresneau ;
on remarque du côté de l’Evangile le vitrail représentant l’apparition, la guérison de la jeune aveugle
et le miracle du bénitier,
et du côté de l’épître le Bienheureux Pie IX bénissant la couronne destinée à la statue de Notre-dame de Fresneau.

C’est dans ce sanctuaire que nos pèlerins de la Confrérie Royale, des Cercles Légitimistes du Dauphiné, de la Vicomté de Nîmes, et du Vivarais, auxquels s’étaient joints quelques amis et pèlerins de passage, ont eu la joie, ce lundi 1er mai 2017, d’assister à la Sainte Messe célébrée – dans le rite latin traditionnel bien sûr – par Monsieur l’Abbé Louis de Saint-Taurin, grand prieur de la Confrérie Royale.

Fresneau le maître-autel prêt pour la Sainte Messe tridentine

Le maître-autel du sanctuaire de Fresneau apprêtée pour la célébration de la Sainte Messe traditionnelle,
ce lundi 1er mai 2017

Depuis combien d’années (voire de décennies) la Sainte Messe latine traditionnelle n’avait-elle pas été célébrée sur ce maître-autel du sanctuaire de Notre-Dame de Fresneau ?
Depuis combien de temps l’introït « Salve Sancta Parens » et la sublime Messe IX « cum jubilo » n’avaient-ils pas résonné sous cette voûte ?
Quant au « Domine, salvum fac Regem », étant donné que le sanctuaire fut édifié sous le second empire (en pire), il est vraisemblable qu’il n’y avait jamais été chanté…

Fresneau Sainte Messe tridentine le 1er mai 2017

L’élévation du calice lors de la Sainte Messe célébrée par le Grand Prieur de la Confrérie Royale
en présence de membres et d’amis des Cercles Légitimistes du Dauphiné, du Vivarais et de la Vicomté de Nîmes,
ce 1er mai 2017

Très touchant humble et sublime sanctuaire de Notre-Dame de Bon-Secours et de Consolation de Fresneau !
Il nous rappelle, par ses liens avec la grande histoire de notre patrie pendant près d’un millénaire, que le Royaume de France est le Royaume de Marieregnum Galliae, regnum Mariae – ; et nous y trouvons une nouvelle et urgente invitation à prier avec toujours plus d’intensité et de ferveur, à offrir toujours davantage de pénitences et de sacrifices, à oeuvrer avec toujours plus d’ardeur à notre propre conversion et à celle de ceux qui nous entourent, pour que notre France, pénitente et dévouée – Gallia poenitens et devota – revienne aux Coeurs de Jésus et Marie, afin de renouer avec la vocation qui lui a été donnée dans les fonts baptismaux de Reims, et pour redevenir le beau Royaume des Lys !

Notre-Dame de Fresneau

Notre-Dame de Bon-Secours et de Consolation,
priez pour nous,
priez pour la France égarée,
priez pour que le lieu-tenant sacré du Roi des Cieux puisse bientôt rétablir
le règne du divin Coeur de Jésus

en ce doux Royaume de France qui gémit sous un pouvoir oppresseur !

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2017-36. La Sainte Vierge au pied de la Croix, en qualité de Mère de douleur.

Vendredi de la Passion 7 avril 2017,
Commémoraison solennelle de la Compassion de Notre-Dame.

Ignaz Günther Pietà de Weyarn

Piétà de l’église des Augustins de Weyarn (Bavière)
oeuvre d’Ignaz Günther (1725-1775)

* * * * * * *

Pour marquer la commémoraison solennelle de la Compassion de Notre-Dame, voici un texte écrit par « Monsieur Baudrand » : il est extrait d’une « Neuvaine à l’honneur du saint Coeur de Marie » que nous avons trouvée dans « L’âme embrasée de l’amour divin, par son union aux Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie », ouvrage imprimé à Angers en 1712 (ce n’est pas la première édition que nous possédons au Mesnil-Marie).
Henry Baudrand, né à Paris en 1637, était un prêtre sulpicien, docteur en théologie, qui fut curé de Saint-Sulpice de 1689 à 1696. En 1696, il échangea sa charge de curé contre celle de prieur de Saint-Côme, près de Tours. C’est pendant son séjour dans ce prieuré qu’il rédigea plusieurs ouvrages de dévotion. Il mourut le 18 octobre 1699 à Beaune, dans le Gâtinais (aujourd’hui Beaune-la-Rolande) et fut inhumé dans l’église de Beaune.
Dans l’extrait suivant, nous avons modernisé la graphie (vg. « avait » au lieu d’ « avoit », « tourments » au lieu de « tourmens »… etc.) mais nous avons scrupuleusement conservé le style, la ponctuation et les majuscules telles qu’elles se trouvent dans l’ouvrage que nous avons sous les yeux

L'âme embrasée - Baudrand

La Sainte Vierge au pied de la Croix,
en qualité de Mère de douleur.

« 1 – Le saint Vieillard Siméon avait annoncé à Marie qu’un jour viendrait, que le glaive de douleur percerait son âme : depuis ce moment la prophétie commença à s’accomplir dans elle ; mais elle eut son accomplissement parfait au pied de la croix.
Le temps de la passion du Fils, aussi bien que celle de la Mère, étant venu, on ne saurait exprimer quelle fut sa douleur quand elle apprit que Jésus était arrêté, qu’on le traînait de tribunal en tribunal, au milieu des opprobres et des ignominies : douleur plus grande encore quand il fut condamné à la mort ; mais douleur excessive, immense, au-dessus de toute douleur, quand elle le vit sur la croix.
Jamais Mère n’aima son Fils unique avec tant de tendresse, et jamai aussi Mère ne vit un Fils dans de si cruels tourments. Tous les SS. Pères disent qu’elle seule a souffert plus que tous les Martyrs ensemble, dont elle est appelée à juste titre la Reine, Regina Martyrum ; et ils conviennent que, sans un miracle, elle n’aurait pu soutenir le spectacle de cette douloureuse et ingnominieuse Passion de son Fils.
Soumise à la volonté et aux ordres de Dieu, sur le sacrifice de ce divin Fils, non seulement elle ne fit aucune démarche pour le soustraire à la mort, mais elle se résolut même par un courage surnaturel, et bien au-dessus de son sexe, d’accompagner Jésus-Christ sur le Calvaire, et d’assister à sa mort, au pied même de la Croix. Là, tout ce que les bourreaux faisaient souffrir à son Fils, toutes les imprécations, tous les blasphèmes qu’on vomissait contre lui, étaient autant de coups mortels qu’on portait au coeur de la Mère.
Ici, si nous avons quelque sentiment de dévotion pour Marie, quelles doivent être nos dispositions envers elle ?

2 – Jésus, en qualité de victime pour le genre humain, était mourant sur la croix, et Marie, en qualité de Mère de douleur, était agonisante au pied de la croix. L’amour faisant l’office de Sacrificateur, immolait Jésus à son Père céleste sur l’autel de la croix, pour l’expiation de tous les péchés des hommes, et le même amour immolait Marie au pied de cette croix, en lui faisant souffrir dans son coeur tous les tourments que son Fils endurait dans son corps.
Mais ce qui acheva de mettre le comble à cette incompréhensible douleur de cette Mère affligée, ce furent les dernières paroles que lui adressa son Fils expirant ; ces dernières paroles renouvelèrent toutes les plaies dont le coeur de cette Mère mourante était déjà percé. Jésus ayant aperçu au pied de sa croix, sa tendre Mère et son cher Disciple, dit à sa Mère : voilà votre fils ; et à St Jean : voilà votre Mère ; comme s’il disait à Marie : vous n’avez plus en moi de Fils sur la terre ; voilà celui qui vous tiendra ma place et qui prendra soin de vos jours. Quel nouveau glaive de douleur fut alors enfoncé dans le coeur de cette tendre Mère ! Et les SS. Pères ne disent-ils pas avec juste raison, que le martyre de Marie, en ce seul moment, fut plus douloureux et plus violent que celui de tous les Martyrs ensemble, dans tout le cours de leur martyre et de leurs souffrances ?

Depuis ce moment, ô Mère affligée, vous ne menâtes plus sur la terre qu’une vie languissante d’amour ; et ce fut l’excès de cet amour qui termina enfin votre course en ce monde.
Vierge sainte ! en compatissant à vos douleurs, nous devons nous souvenir toujours que c’est par amour pour nous, et par zèle pour notre salut, que vous les avez souffertes, et que vous vous êtes comme immolée vous-même, en consentant à l’immolation de votre Fils. Quels sentiments d’amour, de tendresse, de reconnaissance et de vénération ne devons-nous pas avoir pour vous tant que nous vivrons ?

Je vous les demande, ô mon Dieu ! ces pieux sentiments envers votre tendre Mère, qui veut bien aussi être la mienne ; daignez recevoir et confirmer pour toujours, le dévouement que je lui renouvelle en ce jour pour toute ma vie.

O Mère de douleur par excellence ! faites-moi ressentir les traits douloureux qui percent votre âme, afin que je joigne mes soupirs aux vôtres, mes larmes aux vôtres, et que le reste de ma vie je partage l’affliction que vous avez ressentie au pied de la croix.
Je me reprocherai d’y avoir été jusqu’à présent si peu sensible.
Je réparerai ce coupable oubli, par le zèle que j’aurai désormais pour votre service.
J’irai souvent au pied de la croix unir mes sentiments et mon sacrifice au vôtre.
J’entrerai dans toutes les pratiques de piété capables de vous honorer, et j’honorerai spécialement vos saints Mystères douloureux, que l’Eglise célèbre dans le cours de l’année.

C’est une sainte pratique  de réciter le Stabat Mater tous les Vendredis. »

Abbé Henry Baudrand
in « Neuvaine à l’honneur du Sacré-Coeur de Jésus et du Saint Coeur de Marie »
Pavie éd. Angers 1712 – p. 153 et sv.

Ignaz Günther Pietà de Weyarn - détail

Piétà de l’église des Augustins de Weyarn – détail.

Autres publications de ce blogue en l’honneur de Notre-Dame de Compassion
A – Prières :
- Ave, Maria en l’honneur de la Vierge de Compassion > ici
- Prière de Compassion et de supplication > ici
- Le chapelet des Sept Douleurs > ici
- Confiante supplication à Notre-Dame de Compassion > ici
- Prière de St Alphonse en l’honneur des 7 Douleurs > ici

B – Stabat Mater :
- Stabat Mater de Pergolèse > ici
- Stabat Mater de Kodaly > ici

C – Textes de méditation :
- Jean-Jacques Olier : « Marie au Calvaire » (3 textes) à partir d’ > ici
- St François de Sales sur la souffrance de Marie > ici
- Rd. Père Lépicier sur les douleurs de la Vierge > ici

Coeur de Marie aux sept glaives

Acte de donation à la Très Sainte Vierge.

15 décembre,
Octave de l’Immaculée Conception.

Dans un vieux livre de piété provenant d’un monastère de la Visitation aujourd’hui fermé, j’ai découvert, entre les pages, un petit feuillet manuscrit, soigneusement calligraphié, contenant un « Acte de donation à la Très Sainte Vierge ».
En ce jour octave de la fête de l’Immaculée Conception de Notre-Dame, je le recopie à votre intention car il me semble que les admirables dispositions de cette prière peuvent – et même doivent – être aussi celles de chacune de nos âmes, si elles aiment en vérité notre Très Sainte Mère du Ciel…

Nota : Je retranscris exactement le feuillet qui se trouve devant moi, tant pour la ponctuation que pour les majuscules.

Immaculée Conception

Acte de donation à la Très Sainte Vierge - titre

O Marie ! Admirable Mère de Jésus et mon aimable Mère ! puissante Souveraine de l’univers et mon aimbable Souveraine ! me voici à vos pieds avec une joie d’enfant, pour me donner à vous ! à vous, ô ma Bien Aimée, avec tout ce que je suis, tout ce que j’ai, tout ce que je possède et pourrai acquérir dans l’ordre de la nature et de la grâce. Je me remets entre vos mains d’une manière si parfaite, ô ma Mère ! ô Vie de mon âme ! que non seulement je n’aie plus rien après vous avoir tout donné, mais encore qu’à tout jamais, dans le temps, dans l’éternité, je ne puisse plus rien avoir ; mon âme, avec ses facultés, ses affections, ses espérances, mon corps avec ses sens et sa vie corruptible : tout mon être sans la moindre réserve, sans le moindre retour, étant, dès à présent, livré à vous, abandonné à vous, à votre Direction maternelle, à votre Providence pleine d’amour. Aujourd’hui en particulier, je vous donne toutes mes pensées, tous mes sentiments, toutes mes oeuvres de religion, de charité, de pénitence… Je ne suis plus à moi, ô Marie, je suis à vous.
Mais, ô ma ravissante Mère ! quelque absolue que soit ma donation, mon désir, mon vouloir, ne peuvent suffire aux besoins de mon coeur, à mon extrême amour. C’est pourquoi, vous qui êtes si bonne, ô ma Souveraine, faites, je vous prie, mieux encore que je ne puis faire moi-même. Daignez m’attacher et m’unir à vous, me faire votre bien, m’enclore en vos pouvoirs et privilèges de la manière la plus intime, la plus absolue, la plus irrévocable, de la manière que vous connaissez seule, et que je ne connais pas, de sorte que je sois à vous et que je vous serve non seulement par mes actions, mais encore par un état spécial et une condition nouvelle, dans lesquels vous m’aurez vous-même établi.
O Jésus ! Fils du Dieu éternel et Fils de Marie ! qui unissez par votre grâce miséricordieuse nos âmes à votre aimable Mère, daignez me tenir et considérer désormais comme son serviteur et son esclave d’amour ; daignez daignez être vous-même, ô Lien de tous les coeurs ! l’indissoluble lien de mon coeur au Coeur très aimant de votre Mère.
O Jésus ! ô mon Bien ! ô mon Tout ! je vous demande cette précieuse grâce, avec toute l’ardeur dont mon pauvre coeur est capable ; je vous la demande pour la vie, pour l’heure de la mort et pour toute l’éternité.

Ainsi soit-il !

Trois lys blancs

2016-89. « O Mère admirable, c’est bien avec raison que l’on vous appelle ainsi ! »

Extrait du « Coeur admirable de la Très Sainte Mère de Dieu »
de
Saint Jean Eudes

Basilique supérieure Lourdes - La Trinité et l'Immaculée

La Sainte Trinité et la Vierge immaculée
(vitrail de la basilique supérieure à Lourdes)

« O Mère admirable, c’est bien avec raison que l’on vous appelle ainsi ! Car véritablement vous êtes admirable en toutes choses et en toutes manières.

Admirable en la beauté angélique et en la pureté séraphique de votre corps virginal. Admirable en la sainteté très éminente de votre âme bienheureuse. Admirable en toutes les facultés de l’un et de l’autre, dont vous avez toujours fait un très saint usage pour la gloire du Saint des saints.

Admirable en toutes vos pensées, en toutes vos paroles, en toutes vos actions : en vos pensées, qui n’ont jamais eu d’autre but que de plaire à Dieu seul ; en vos paroles, qui ont toujours été comme les paroles de Dieu, conformément à ce divin précepte : « Si quelqu’un parle, que ses paroles soient comme les paroles de Dieu » (1 Petr. IV, 11) ; en vos actions, qui ont toutes été consacrées à sa divine Majesté.

Admirable en vos souffrances, qui vous ont rendue digne d’être associée avec le Sauveur en l’oeuvre de la Rédemption du monde.

Admirable en tous les états et en tous les mystères de votre vie, qui sont autant d’abîmes de merveilles.
Admirable en votre Conception immaculée, qui est pleine de merveilles.
Admirable en votre Naissance, qui a été le sujet d’une joie indicible et éternelle à tout l’univers.
Admirable en votre saint Nom de Marie.
Admirable en votre entretien avec l’Archange saint Gabriel, quand il vous a annoncé le mystère ineffable de l’Incarnation.
Admirable dans toutes les choses grandes qui se sont passées en vous, au moment heureux où ce mystère incomparable y a été accompli.
Admirable en tous les moments des neuf mois que le Verbe incarné a résidé en qualité de Fils unique de Marie dans vos bénites entrailles.
Admirable en toutes les paroles contenues dans le divin cantique que vous avez prononcé après avoir salué votre cousine Elisabeth.
Admirable en tous les pas que vous avez faits allant à Bethléem pour y enfanter le Sauveur du monde.
Admirable dans le mystère de son Epiphanie, c’est-à-dire de sa manifestation aux saints Rois qui ont trouvé l’Enfant de Bethléem avec Marie sa mère, et l’ont adoré avec elle.
Admirable dans la sainte conversation que vous avez eue avec ce Fils bien-aimé, spécialement durant les trente premières années de sa vie.
Admirable dans la part que votre charité vous a donnée dans le premier miracle qu’il a fait aux noces de Cana.
Admirable en la communication qu’il vous a faite de sa croix et de ses souffrances, et dans le sacrifice que vous avez fait de lui-même au pied de sa croix.
Admirable dans les choses qui se sont passées, lorsque étant ressuscité il vous a visitée.
Admirable dans les dispositions avec lesquelles vous avez reçu le Saint-Esprit au jour de la Pentecôte.
Admirable en votre sainte mort, en votre glorieuse Assomption, en la vie bienheureuse que vous avez dans le ciel.

Admirable en toutes les qualités dont Dieu vous a ornée, de Fille aimée du Père, de Mère du Fils de Dieu, d’Epouse du Saint-Esprit, de sanctuaire de la très sainte Trinité, de Reine des hommes et des Anges, de Mère des chrétiens, de Consolatrice des affligés, d’Avocate des pécheurs, de Refuge de tous les misérables. »

Saint Jean Eudes,
in « le Coeur admirable de la très sainte Mère de Dieu » (1681) – livre 1er, chapitre 1.

Trois lys blancs

Voir aussi :
- Tota pulchra es > ici
- Litanies du Saint Coeur de Marie > ici
- Prière du vénérable Pie XII à Marie, Mère immaculée > ici
- Saint Jean Eudes : « Le Coeur de Marie, rempli d’amour pour Dieu et de charité pour nous » > ici
- Saint Jean Eudes : « C’est dans son Coeur que Marie a porté le Christ et qu’elle Le porte pour l’éternité » > ici
- Origines de Notre-Dame selon la Légende Dorée > ici
- BD « La nouvelle Arche » > ici
- BD « Dans l’arche du Coeur immaculé » > ici

2016-88. « Je protégerai, dans l’arche de mon Coeur immaculé, ceux qui lui seront consacrés ».

7 décembre,
Fête de Saint Ambroise ;
Vigile de la Conception immaculée de la Bse Vierge Marie.

L'Immaculée Conception - Monastère de la Visitation rue de Vaugirard à Paris

L’Immaculée Conception
(tableau du Monastère de la Visitation de la rue de Vaugirard, Paris)

Trois lys blancs

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En guise d’ultime préparation à la très grande et si belle fête de la Conception sans tache de la Très Sainte Mère de Dieu, je vous propose, ci-dessous, une autre des petites bandes dessinées de Frère Maximilien-Marie.
En réalité, elle était originellement la suite de celle qui s’intitule « la Nouvelle Arche » et que j’avais publiée à l’occasion de la fête de Notre-Dame de Pontmain, en 2014 (cf. > ici).
Je vous souhaite d’entrer saintement dans cette fête si chère à la piété catholique et d’honorer avec ferveur notre Mère céleste dans le mystère de sa conception immaculée.
Et si vous le pouvez, ne négligez pas d’illuminer vos fenêtres au soir du 8 décembre (explications > ici).

Patte de chat Lully.

Dans l'arche du Coeur immaculé recto

Dans l'arche du Coeur immaculé verso

Trois lys blancs

Autres publications en rapport avec le 8 décembre :
- Tota pulchra es > ici
- Origines de Notre-Dame selon la Légende Dorée > ici
- Le 8 décembre illuminons nos fenêtres > ici

Et retrouvez toutes les bandes dessinées de Frère Maximilien-Marie publiées dans ce blogue en cliquant > ici

2016-72. Prendre son chapelet, c’est aller à la bataille.

7 octobre,
Fête de Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire.

Lépante - tableau illustrant la bataille

Tableau de la bataille de Lépante représentant, au-dessus, des flottes chrétienne et mahométane,
la Très Sainte Vierge Marie, brandissant un glaive, intervenant avec l’armée des anges,
pour venir en aide aux combattants de la Chrétienté.

Cessons de donner de la prière du Saint Rosaire l’image d’un doux et pieux ronronnement de fidèles inoffensifs cantonnés dans leurs églises et leurs paisibles « groupes de prière »…

Non ! Le rosaire est une arme de guerre, un glaive meurtrier, un fléau d’arme, une « kalach » spirituelle.
Les fidèles qui le prient doivent l’avoir en main pour s’en servir comme d’une arme impitoyable.

Prendre son chapelet, c’est aller à la bataille !
Réciter son chapelet est un acte militant au sens étymologique du terme : un acte de militaire.
Et souvenons-nous bien que par le sacrement de la confirmation qu’il a reçu chacun d’entre nous a été fait combattant : « miles Christi ».
Eh bien ! la prière du rosaire est vraiment un acte de guerre, un acte combattant, un acte tout à la fois défensif et offensif qui blessera l’ennemi, qui l’empêchera de nuire, qui tâchera de le faire saigner, jusqu’à le vider de son sang et le faire mourir.

On doit dire le rosaire avec l’esprit du chevalier qui, après avoir revêtu cotte de maille et armure, enfourche son destrier caparaçonné et s’en va au combat pour en découdre sans ménagement, pour faire du mal à l’ennemi, pour le terrasser et le tuer, sans pitié.
Vaincre à tout prix et ne pas mourir n’ont pas d’autre alternative.

A chaque mystère, je suis dans un corps à corps avec l’ennemi.
Lutte sans merci contre le traître tapi au fond de moi ; lutte sans merci contre le monde, l’esprit du monde et tous leurs hideux sattelites : hérésies, maçonnerie, révolution, libéralisme, socialisme, capitalisme, sectes diaboliques, islamisme, hypersexualisme… etc. ; lutte sans merci contre l’enfer déchaîné, répandu sur la terre, et oeuvrant sans répît pour faire tomber les âmes en enfer.

A chaque « Ave, Maria », je suis dans la mêlée et je frappe – un coup après l’autre, inlassablement répété, continûment réitéré – sur l’ennemi, pour défoncer sa cuirasse, pour la percer, lui transpercer le corps et le mettre à mort.
Et il faudra recommencer, encore et encore : « Ou bien tu mets à mort l’iniquité, ou bien c’est l’iniquité qui te tue », disait notre bienheureux Père Saint Augustin. Trop de chrétiens l’ont oublié et négocient leurs petits arrangements avec l’ennemi pour mener une vie chrétienne sans gêne et sans combat ; c’est sans nul doute l’une des raisons pour laquelle la Chrétienté se porte si mal.

Rappelons nous que la fête de Notre-Dame du Très Saint Rosaire, a été originellement nommée Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire, instituée comme une débordante action de grâce pour le salut de la Chrétienté, menacée par l’islam, obtenu de manière spectaculaire à la bataille de Lépante.
Ainsi la fête du 7 octobre n’est-elle pas une fête mineure de dévotion pour bigottes iréniques : elle est la célébration jubilatoire de la victoire, bien plus que ne peuvent l’être les commémorations civiles d’armistice !
Fête de la victoire contre tous les ennemis du règne du Christ, victoire de Son Eglise, victoire de la Chrétienté.
Chaque fois que je saisis mon chapelet, je ne dois pas seulement me souvenir de Lépante, mais je dois en vérité actualiser Lépante : je dois transposer la lutte acharnée de Lépante, et sa victoire, à tous les combats actuels de la Sainte Eglise.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Lépante  - détail

Voir aussi la bande dessinée
« Du Saint Rosaire redoutable aux démons » > ici

Souvenez-vous et litanies en l’honneur de Notre-Dame de La Salette.

L’apparition de Notre-Dame, le 19 septembre 1846, à La Salette, est l’une des plus bouleversantes qui soit.

Nous avons déjà publié dans les pages de ce blogue plusieurs séries de réflexions sur l’actualité des graves paroles alors tombées des lèvres de Notre-Dame (par exemple > ici et ici), nous avons aussi publié les commentaires de Gustave Thibon à l’occasion du centenaire de l’apparition (> ici), nous avons surtout publié le texte complet des messages et des secrets confiés par la Sainte Mère de Dieu aux deux enfants (> ici), après la prière de Mélanie pour les temps de calamité (> ici), voici maintenant le texte de prières anciennes approuvées par l’Eglise en l’honneur de Notre-Dame de La Salette.

Apparition de La Salette, détail d'un vitrail de l'église de Massiac (diocèse de Saint-Flour)

L’apparition de Notre-Dame à La Salette le 19 septembre 1846
(détail d’un vitrail de l’église de Massiac, dans le diocèse de Saint-Flour)

« Souvenez-vous » en l’honneur de Notre-Dame de La Salette :

Souvenez-Vous, ô Notre-Dame de La Salette, véritable Mère de Douleurs, des larmes que Vous avez versées pour moi sur le Calvaire et dans Votre miséricordieuse Apparition ; souvenez-Vous aussi de la peine que Vous prenez toujours pour moi afin de me soustraire aux coups de la justice de Dieu ; et voyez si, après avoir tant fait pour Votre enfant, Vous pouvez maintenant l’abandonner.
Ranimé par cette consolante pensée, je viens me jeter à Vos pieds, malgré mes infidélités et mes ingratitudes.
Ne repoussez pas ma prière, ô Vierge Réconciliatrice, mais convertissez-moi, faites-moi la grâce d’aimer Jésus par-dessus tout, et de Vous consoler Vous-même par une vie sainte pour que je puisse un jour Vous voir au Ciel.

Ainsi soit-il. 

Vitrail de l'apparition de Notre-Dame de La Salette

Litanies en l’honneur de Notre-Dame de La Salette :

Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Notre Dame de la Salette, Réconciliatrice des pécheurs, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Guérison des malades, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Soutien des justes, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Consolatrice des affligés, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, qui êtes apparue à de pauvres enfants des Alpes pour nous donner de graves avertissements, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, qui versiez des larmes en songeant aux péchés des hommes, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, qui nous avez fait entendre les menaces du Seigneur, afin que nous nous convertissions, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, qui par vos supplications retenez le bras du Seigneur irrité contre nous, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, qui avez dit : « Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils », priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, qui priez continuellement votre divin Fils, afin qu’il nous fasse miséricorde, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, qui avez tant de peine à cause de nos péchés, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, qui méritez toute notre reconnaissance, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, qui après avoir donné vos avertissements aux enfants de la Montagne, leur avez dit : « Et bien, mes enfants vous le ferez passer à tout mon peuple », priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous qui avez annoncé aux hommes des châtiments terribles, s’ils ne se convertissent pas, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous qui leur annoncez la miséricorde et le pardon, s’ils reviennent à Dieu, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous qui promettez des grâces abondantes, si l’on fait pénitence, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous dont l’Apparition miraculeuse a retenti dans les deux mondes, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous dont les prodiges s’étendent en tous pays, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous dont le culte s’accroît chaque jour, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous dont les bienfaits ravissent tous vos enfants, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous qu’on invoque pas en vain, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous qui avez fait jaillir à vos pieds une eau miraculeuse, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous qui, à l’exemple de Jésus, rendez la vue aux aveugles, le mouvement aux paralytiques, la santé aux malades, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous qui consolez toutes les infortunes, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous qui êtes apparue resplendissante de clarté, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous qui portiez sur la poitrine le Crucifix et les instruments de la Passion, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous qui nous avez averti de sanctifier le jour du seigneur, si nous voulons éviter des châtiments terribles, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous qui avez dit que le travail du dimanche et le blasphème excitent particulièrement la colère de Dieu, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous qui nous avez reproché de ne point garder les jeunes et abstinences de l’Eglise, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous qui nous avez annoncé les fléaux de Dieu, si l’on continuait à violer ses commandements, priez pour nous.
Notre Dame de la Salette, Vous qui avez recommandé la prière du matin et du soir, priez pour nous.

Par votre puissante protection, délivrez-nous des maux qui nous menacent, O Marie !
Pauvres pécheurs que nous sommes, convertissez-nous, O Marie !
Dans l’accomplissement de nos devoirs, aidez-nous, O Marie !
Dans la solide piété, affermissez-nous, O Marie !
Dans la pratique continuelle de toutes les vertus, encouragez-nous, O Marie !
Dans nos joies, soyez avec nous, O Marie !
Dans nos douleurs, soutenez-nous, O Marie !
Dans tous les événements de la vie, obtenez-nous une soumission entière à la volonté de Dieu, O Marie !

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

R.7 : Notre Dame de la Salette, priez pour nous ;
V.7 : Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Jésus-Christ.

Prions :

O Dieu, qui ne cessez de nous montrer combien la dévotion envers la Très Sainte Vierge Marie vous est agréable, par les prodiges multipliés que nous obtiennent son intercession, faites-nous la grâce d’être toujours fidèles aux enseignements qu’Elle nous donne, afin qu’après avoir observé vos commandements dans cette vie, nous ayons le bonheur de vous posséder pendant toute l’éternité.

Ainsi soit-il.

Approuvées et indulgenciées par Mgr de Bruillard, 15 janvier 1853

Notre-Dame de La Salette - Détail d'un vitrail de l'église de Suèvres

Publié dans:De Maria numquam satis, Prier avec nous |on 19 septembre, 2016 |Pas de commentaires »

2016-38. De la fête de Marie Auxiliatrice et de l’importance qu’elle revêt en notre Mesnil-Marie.

Mardi 24 mai 2016,
Fête de Marie Auxiliatrice.

Tableau de Marie Auxiliatrice - Turin

Célèbre tableau de Marie Auxiliatrice
dans la basilique du même nom édifiée par Saint Jean Bosco à Turin.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Chaque 24 mai ramène la fête de Marie Auxiliatrice : cette fête ne figure pas au calendrier universel mais, dans le missel de 1962, on la trouve parmi les formulaires des fêtes « pro aliquibus locis – propres à certains lieux ». 

Le nom de « Marie Auxiliatrice », popularisé par Saint Jean Bosco, est en réalité la transcription du vocable latin : Auxilium christianorum (secours des chrétiens) donné à la Très Sainte Vierge Marie depuis de très nombreux siècles.
En effet, la Sainte Mère de Dieu, a toujours été considérée par les fidèles comme une aide privilégiée, un secours efficace, une auxiliatrice puissante, dans leurs plus urgentes détresses, et très spécialement lorsque la Chrétienté se trouvait menacée par les invasions des cruels infidèles.
L’invocation « Auxilium christianorum, ora pro nobis » a été rajoutée au litanies de Lorette à la suite de la victoire de la flotte chrétienne sur celle du croissant, à Lépante, le 7 octobre 1571.

La fête du 24 mai est toutefois plus récente, puisqu’elle fut instituée par le pape Pie VII, en action de grâces pour la protection et le soutien qui lui avaient été accordés par la Madone, et pour sa délivrance des griffes du Buonaparte.

On se souvient en effet que, en représailles de la bulle d’excommunication fulminée contre lui à la suite de la spoliation des Etats de l’Eglise (10 juin 1809), le pseudo empereur des Français avait fait enlever le pape Pie VII et l’avait tenu prisonnier pendant cinq années, jusqu’à ce que sa situation politique et militaire le contraigne à restituer ses Etats au Souverain Pontife et à le libérer.
Le retour de Pie VII à Rome fut un véritable triomphe : lorsque son carosse arriva aux portes de la ville, le 24 mai 1814, les jeunes gens en dételèrent les chevaux et traînèrent eux-mêmes la voiture au milieu de la foule en liesse !
A peine dix mois plus tard, lorsque le Buonaparte, trahisant une fois de plus sa parole, quitta l’île d’Elbe, son affidé, Murat, roi de Naples, envahit les Etats Pontificaux et Pie VII dut à nouveau prendre la route de l’exil (22 mars 1815). Ces folies prirent heureusement fin avec la victoire de Waterloo, et Pie VII revint définitivement à Rome (7 juillet 1815) : c’est alors qu’il institua la fête de Marie Auxiliatrice, en lui assignant pour date le 24 mai, jour anniversaire de son premier retour à Rome.

24 mai 1814

L’entrée triomphale de Pie VII à Rome le 24 mai 1814

En notre Mesnil-Marie, cette belle fête, qui rappelle combien la Très Sainte Vierge Marie est présente et agissante pour soutenir et fortifier ses fidèles dans les épreuves et persécutions d’ici-bas, est en outre associée à un bel anniversaire : c’est en effet le 24 mai 2011 (cela fait donc cinq ans cette année), que, à l’occasion de la visite d’un prêtre ami, la Sainte Messe a été célébrée pour la première fois dans notre oratoire.

J’ai retrouvé une photo de l’autel, prise par Frère Maximilien-Marie juste avant le début de cette Messe du 24 mai 2011 en l’honneur de Marie Auxiliatrice :

24 mai 2011 - 1ère messe célébrée au Mesnil-Marie

L’oratoire du Mesnil-Marie le 24 mai 2011.

C’est l’occasion d’établir une comparaison avec une autre photo de notre oratoire prise en ce 24 mai 2016 : vous pourrez apprécier les progrès réalisés dans son aménagement.

Nous n’avions alors que le petit autel provenant de l’oratoire du noviciat de la Visitation de Sorgues (monastère qui a fermé en 2010).
Depuis lors, nous avons pu installer l’autel en noyer donné par une Mère Abbesse de Clarisses, qui a toujours soutenu et encouragé Frère Maximilien-Marie ; lui fabriquer un marchepied ; installer un éclairage électrique ; acheter des tapis ; changer la courtine placée en arrière de l’autel ; mettre en place des bancs ; disposer le gisant de Sainte Philomène sur le côté… etc. jusqu’à ce que, tout dernièrement, soit achevée l’armoire aux reliques.
Tous ces aménagements, patients et minutieux, réalisés la plupart du temps par notre Frère tout seul (et quelques rares fois aidé par des amis), ont été possibles grâce aux dons providentiels et à la générosité de nos amis et bienfaiteurs !

24 mai 2016 - oratoire du Mesnil-Marie

L’oratoire du Mesnil-Marie le 24 mai 2016.

Que de motifs d’actions de grâces donc en ce beau jour !

Merci à tous nos amis fidèles et à nos bienfaiteurs ; merci aux prêtres qui nous honorent de leur confiance et de leur amitié (et aujourd’hui d’une manière toute spécialement à l’abbé qui est venu le premier en ce 24 mai 2011 pour offrir ici le Saint Sacrifice de la Messe) ; merci à notre Sainte Mère du Ciel, notre protectrice et notre secours, notre Auxiliatrice en tous temps ; et merci par dessus tout à Dieu – cujus Providentia in sui dispositione non fallitur : dont la Providence ne se trompe pas dans ses dispositions (oraison du 7e dimanche après la Pentecôte, que frère Maximilien-Marie aime particulièrement et répète souvent) – auquel soit honneur et gloire à jamais !

Lully.

Monogramme Marie 2

Et pour continuer à nous aider > ici

2016-20. Le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère avant Sa Passion.

Mercredi Saint.

S’il y a une scène de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a été chère à la piété des fidèles, d’une manière très spéciale à la fin du Moyen-Age et jusqu’au XVIIe siècle, mais qui est bien souvent oubliée aujourd’hui, c’est celle des adieux de Jésus à Sa Mère avant la Passion.

Lorsque l’on parle des « Adieux du Christ à Sa Mère » ou du « Christ prenant congé de Sa Mère », il ne s’agit pas de la rencontre de Jésus et de Marie sur le chemin du Calvaire, scène absente des Saints Evangiles, mais rapportée par la Tradition, qui fait l’objet de la quatrième station du Chemin de la Croix.
Il ne s’agit pas davantage du moment où, déjà crucifié et avant de rendre le dernier soupir, Jésus a remis Saint Jean à Sa Mère et Sa Mère à Saint Jean, l’un et l’autre debouts au pied de Son gibet d’infamie, ainsi que cela nous est rapporté par le quatrième Evangile (Jean XIX, 26-27).

Selon une très antique tradition – car le fait ne se trouve pas non plus dans les Evangiles canoniques, mais il se trouve toutefois confirmé par les révélations dont furent gratifiés plusieurs grands mystiques (note 1) – , avant Sa Passion (le Mercredi Saint au soir où le Jeudi Saint au matin), Notre-Seigneur eut un entretien particulier avec Sa Sainte Mère : l’un et l’autre ayant pleinement conscience que désormais « Son heure » était maintenant venue (cf. Jean II, 4).

Evidemment, nous sommes bien loin des délires modernes et modernistes selon lesquels Jésus n’aurait pas su ce qui allait Lui arriver.
Non ! J’insiste fortement sur ce point : Jésus connaissait bien et dans tous les détails ce qui allait se passer ; Il le voulait (« C’est pour cette heure que Je suis venu » – Jean XII, 27 b), et Il S’avançait librement vers Sa douloureuse Passion.

De son côté, Notre-Dame aussi, depuis l’Annonciation, savait parfaitement – elle qui était remplie de la grâce du Saint-Esprit et qui connaissait très bien les prophéties par lesquelles Jérémie et Isaïe avaient annoncé les souffrances du Messie – à quels tourments et supplices son divin Fils était promis : lorsqu’elle a prononcé son « Fiat », elle l’a fait en pleine connaissance de tout ce à quoi cela l’engageait.
Il n’y a donc rien de plus normal à ce que, avant d’accomplir les mystères sacrés de notre rédemption, Notre-Seigneur ait voulu quelques instants d’intimité spirituelle avec Sa Très Sainte Mère, si parfaitement unie à Sa volonté et à Ses desseins salvateurs…

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - Tolède 1595

Le Greco : le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère (1595 – Tolède, musée de Santa Cruz)

La scène du Christ faisant Ses adieux à Sa Mère avant Sa Passion a été représentée par plusieurs artistes de renom : on pourrait citer pêle-mêle Albrecht Dürer, Cornelis Engelbrechtsz, l’Arétin, le Corrège, Albrecht Altdorfer, Bernhard Strigel,  Lorenzo Lotto, ou Federico Barocci.

Très souvent, ces peintres ont donné une dimension un peu spectaculaire, pathétique, à la représentation de ces adieux : c’est  la douleur naturelle à la perspective de la séparation et de la souffrance qui s’y exprime, parfois jusqu’aux larmes ou à l’évanouissement, comme un écho de la « pâmoison » de Notre-Dame au moment de la rencontre sur le chemin du Golgotha (note 2).

Tel n’est pas le cas du tableau de Domínikos Theotokópoulos (Δομήνικος Θεοτοκόπουλος : car pendant toute sa vie il signera ses œuvres de son nom complet en caractères grecs), plus connu sous son surnom de Le Greco (1541-1614), intitulé « Le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère », tableau conservé au musée Santa-Cruz de Tolède et daté de 1595.

Merveilleux tableau, rayonnant d’une profonde compréhension spirituelle du mystère qui se joue en cet instant !
Le Greco n’y a fait figurer que Jésus et Marie : point d’apôtres étonnés ou de disciples émus, point de Madeleine éplorée ou de saintes femmes larmoyantes.
Les visages du Christ et de Sa Mère sont d’une expressive beauté. Une beauté qui semble provenir du plus intime de leur être pour s’épanouir à l’extérieur. Une beauté surnaturelle.
L’intensité des regards – plongés l’un dans l’autre – est si éloquente qu’on comprend bien qu’ils n’ont pas besoin d’entrouvrir les lèvres pour communiquer et pour se comprendre.

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - détail les regards

Point de pathos romantique ni de gestuelle spectaculaire.
Les sentiments sont spiritualisés : le tableau ne laisse aucune place à la sentimentalité ni à la sensiblerie, mais il nous introduit dans une espèce de dialogue sans paroles qui n’en est pas moins d’une exceptionnelle qualité et profondeur d’échanges.

Dans le clair obscur du tableau, après les deux visages, les mains du Christ et de Sa Mère sont ce à quoi il importe de prêter une attention maximale.
De Sa main droite, le Christ fait un geste d’une sobre éloquence. L’index pointé vers le haut désigne-t-il le Ciel, la ville de Jérusalem ou bien encore la proche colline du Golgotha ?
De toute manière, il dit : « Mère, l’heure qui n’était pas encore venue lorsque nous étions à Cana, l’heure d’être totalement livré aux affaires de Mon Père et que mes trois jours d’absence à l’âge de douze ans préfiguraient, l’heure de l’immolation du véritable Agneau Pascal – Mon heure ! – est advenue… »
A la main droite du Christ, répond la main droite de la Vierge posée sur le haut de sa poitrine. A sa manière, elle dit : « Mon Enfant, n’est-ce pas pour cette heure que je Vous ai conçu en mon sein virginal par la seule action de l’Esprit de Dieu ? N’est-ce pas pour cette heure que je Vous ai porté pendant neuf mois, que je Vous ai mis au monde dans l’étable de Bethléem, que je Vous ai allaité et que j’ai veillé sur Votre petite enfance comme aucune mère ne l’a jamais fait ici-bas pour aucun des fils des hommes ? Je Vous ai accompagné jusqu’à cette heure pendant les années de Votre vie cachée et de Votre vie publique : jamais je ne me suis mise en travers de Votre chemin, pourtant souvent incompréhensible selon les manières humaines de penser et d’agir, et, quoi qu’il puisse en coûter à ma nature, à ma sensibilité et à mon coeur de mère, ce n’est pas aujourd’hui que je vais opposer la moindre réticence aux desseins de Dieu. Je suis la servante du Seigneur, que tout s’accomplisse selon Votre parole… »

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - détail les mains droites

Le nimbe lumineux qui entoure la tête de Jésus, qui n’est même pas une auréole mais un simple halo dans lequel est exquissée la forme de la Croix, peut signifier tout à la fois l’espèce d’effacement de la puissance divine du Christ dans Sa Passion et l’annonce du caractère glorieux de cette dernière.
La tête de Notre-Dame, elle, n’est pas nimbée, mais son contour est juste mis en valeur par une espèce de rayonnement discret dans lequel on peut voir signifiée la lumière indéfectible de la foi qui n’abandonnera jamais l’âme de Marie, même au plus fort de sa déréliction.

Comme dans les icônes de la « Mère de Dieu de la Passion », les manteaux sombres qui enveloppent le Christ et Sa Mère symbolisent la souffrance, la mort, l’humilité de leur humanité qui dérobait aux regards des humains la grandeur de leurs vertus et de leur sainteté, tandis que le rouge de leur tunique exprime tout à la fois l’ardeur de leur charité et le sang du martyre.

Enfin, il y a les deux mains gauches : la main du Christ dans laquelle on peut déjà deviner la crispation douloureuse que produira l’enfoncement du clou, et la main délicate de Marie qui soutient le poignet de son Fils comme pour dire mieux que ne le peuvent faire tous les mots de la terre : « Je serai là ! Je ne Vous suivrai jusqu’au bout, et Vous pourrez toujours puiser dans mon âme unie à la Vôtre, la compassion et la consolation que Vous refuseront alors les coeurs des hommes, ô mon divin Fils ! »
L’index gauche de la Mère de Dieu, pointé vers le bas, veut-il dire : « Votre sang ne sera pas répandu en vain sur cette terre : de cette divine semence lèveront jusqu’à la fin des temps des générations de rachetés et de saints » ? Ou bien constitue-t-il une sorte de signe à l’adresse de celui qui regarde le tableau pour lui dire : « Si bas que tu sois tombé, la Passion de mon Fils peut te relever » ?

Quant à l’index gauche de Jésus ne semble-t-il pas me dire personnellement ce que Saint Jean entendra dans quelques heures : « Voici ta mère » ?

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - détail

Note 1 : Quand je parle de mystiques, je ne fais pas référence à de pseudo visionnaires qui ont publié des espèces de pieux romans fleuves dégoulinants de sentimentalisme, mais à des saints canonisés dont l’Eglise – sans toutefois obliger les fidèles à y adhérer – reçoit avec une respectueuse vénération les révélations privées : citons par exemple Sainte Gertrude de Helfta, Sainte Brigitte de Suède et Sainte Françoise Romaine, Sainte Angèle de Foligno et Sainte Thérèse d’Avila, Saint Denys l’Aréopagyte et Saint Bernard de Clairvaux, le Bienheureux Henri Suso et Saint Jean de la Croix… etc.

Note 2 : La « pâmoison » ou le « spasme » de Notre-Dame pendant la Passion (soit au moment de la rencontre avec son Fils pendant le chemin de la Croix, soit sur le Calvaire, ou soit enfin au moment de la déposition de Croix) ont été illustrés par de nombreuses représentations aux XVe et XVe siècles : cela permettait aux artistes (peintres ou sculpteurs) une certaine théâtralité dans la mise en scène des douleurs de la Vierge. Toutefois, l’Eglise est intervenue pour mettre fin à ce type de représentation. L’Evangile en effet ne dit pas que Marie s’est évanouie ou qu’elle a perdu connaissance, mais qu’elle était debout au pied de la Croix – « Stabat » (cf. Jean XIX, 25) - attitude exprimant une certaine fermeté dans son extrême douleur et une pleine conscience.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

nika

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