Archive pour la catégorie 'De Maria numquam satis'

2022-111. Messe propre de la fête de Notre-Dame des Victoires :

Quatrième samedi d’octobre,
Fête de Notre-Dame des Victoires.

Monogramme Marie 2

       Ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le dire (cf. > ici), après la reddition de La Rochelle (28 octobre 1628) et la réduction du parti de la religion prétendue réformée qui avait conspiré contre la sécurité de l’Etat en nouant de traitresses alliances avec les ennemis du Royaume, Sa Majesté le Roi Louis XIII, sollicitée pour aider à la construction de l’église conventuelle des Augustins déchaussés à Paris, désira que celle-ci fut placée sous le vocable de Notre-Dame des Victoires, en action de grâces, et pour marquer la place particulière de la Très Sainte Vierge Marie dans la protection et sauvegarde de la Couronne de France.
C’était une espèce de prélude à l’Edit de Saint-Germain du 10 février 1638 (cf. > ici). 

Ainsi, dès le moment de la pose de sa première pierre, l’église de Notre-Dame des Victoires est devenue, au cœur de la capitale, un lieu privilégié de la dévotion à Notre-Dame, comme patronne et protectrice de la France : c’est là que la Très Sainte Mère de Dieu elle-même se manifestera au Frère Fiacre de Sainte-Marguerite pour signifier de quelle manière elle souhaitait que l’on priât pour obtenir du Ciel la naissance d’un Dauphin (le futur Louis XIV) ; c’est là aussi, qu’après la grande révolution, elle inspira à l’abbé Charles-Éléonore Dufriche-Desgenettes (1778-1860) la fondation de la confrérie du Très-Saint et Immaculé Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs (aujourd’hui archiconfrérie, dont la fête propre est célébrée le 16 janvier – cf. > ici) ; c’est dans cette église enfin que pendant plusieurs décennies, au XXème siècle, fut maintenue envers et contre tout la célébration annuelle du 21 janvier à la pieuse mémoire du Roi-martyr pour le mouvement légitimiste.

Voici donc les textes propres de la Sainte Messe pour la fête de Notre-Dame des Victoires.

Vitrail de la consécration de la France à Notre-Dame - basilique Notre-Dame des Victoires

Vitrail de la consécration du Royaume de France à Notre-Dame
(basilique Notre-Dame des Victoires – Paris)

Introitus (Jud. XIII, 20 ; Ps. CV, 1) :
Revocavit me vobis Dominus gaudentem in victoria sua, in evasione mea, in liberatione vestra. Ps. : Confitemini Domino quoniam bonus : quoniam in saeculum misericordia ejus. V./ : Gloria Patri. Revocavit.

Le Seigneur m’a ramenée vers vous, dans la joie de Sa victoire, de mon salut et de votre délivrance. Louez le Seigneur car Il est bon, car Sa miséricorde est éternelle. Gloire au Père…

Oratio :
Clementissime Deus, qui per Matrem Unigeniti Filii tui Domini nostri Jesu Christi, fidelibus tuis bona cuncta concedis : ejus quoque meritis et precibus, ita fac nos fideliter vivere, ut omnium hostium superatis insidiis, victores ad te feliciter pervenire valeamus. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum.

O Dieu très clément, qui accordez à Vos fidèles tous vos bienfaits par la Mère de Votre Fils unique Notre-Seigneur Jésus-Christ, donnez-nous, grâce à ses mérites et ses prières, de vivre dans la fidélité pour qu’après avoir évité les pièges de tous les ennemis, nous ayons la joie de pouvoir parvenir triomphants jusqu’à Vous. Par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Lectio libri Judith (XIII, 22-24. 31) :
Benedixit te Dominus in virtute sua, quia per te ad nihilum redegit inimicos nostros. Benedicta es tu, filia, a Domino Deo excelso, præ omnibus mulieribus super terram. Benedictus Dominus, qui creavit cælum et terram, qui te direxit in vulnera capitis principis inimicorum nostrorum. Benedicta tu a Deo tuo in omni tabernacula Jacob, quoniam in omni gente quae audierit nomen tuum, magnificabitur super te Deus Israel.

Le Seigneur t’a bénie dans Sa puissance, puisque par toi Il a réduit à néant nos ennemis. Bénie es-tu, ma fille du Seigneur le Dieu très-Haut, plus qu’aucune autre femme de la terre ! Béni soit le Seigneur, Créateur du ciel et de la terre, qui t’a guidée pour frapper à la tête le chef de nos ennemis. Bénie es-tu de ton Dieu dans toutes les tentes de Jacob, parce que dans toutes les nations qui entendront ton nom, le Dieu d’Israël, à cause de toi, sera glorifié.

Graduale (Jud. XVI, 2-3) :
Modulamini Domino psalmum novum, exultate et invocate nomen ejus. V./: Dominus conterens bella, Dominus nomen est illi.

Modulez pour le Seigneur un psaume nouveau, exaltez et invoquez Son nom. Le Seigneur brise les guerres, Son nom est « le Seigneur ».

Alleluia (Jud. XVI, 15) :
Alleluia, alleluia. Hymnum cantemus Domino, hymnum novum cantemus Domino Deo nostro. Alleluia.

Alléluia, alléluia. Chantons un hymne au Seigneur, chantons au Seigneur notre Dieu un hymne nouveau. Alléluia.

+ Sequentia Sancti Evangelii secundum Lucam (XI, 27-28) :
In illo témpore : Loquénte Iesu ad turbas, extóllens vocem quædam múlier de turba, dixit illi : Beátus venter, qui te portávit, et úbera, quæ suxísti. At ille dixit : Quinímmo beáti, qui áudiunt verbum Dei, et custódiunt illud.

En ce temps-là, comme Jésus parlait aux foules, une femme, élevant la voix au milieu de la foule, lui dit : Bienheureux le sein qui Vous a porté, et les mamelles qui Vous ont allaité. Mais Il dit : Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent.

Offertorium (Jud. XIII, 22) :
Benedixit te Dominus in virtute sua, quia per te ad nihilum redegit inimicos nostros.

Le Seigneur t’a bénie dans Sa puissance, puisque par toi Il a réduit à néant nos ennemis.

Secreta :
Immensam clementiam tuam supplices exoramus, Domine Jesu Christe, ut hae oblationes, quas in honorem beatissimae Virginis Mariae Matris tuae fideliter offerimus, ejus meritis et precibus ad aeternam nostram salutem proficiant. Qui vivis et regnas cum Deo Patre.

Nous Vous supplions, ô Seigneur Jésus-Christ, dans votre incommensurable clémence, de rendre utiles à notre salut éternel, par les mérites et les prières de la toute Bienheureuse Vierge Marie, Votre Mère, ces offrandes que nous présentons avec confiance en son honneur. Vous qui vivez et régnez avec Dieu le Père.

Préface de la Sainte Vierge (Et Te in festivitate…)

Communio (Sap. X, 20) :
Decantaverunt nomen tuum, Domine, et victricem manum tuam laudaverunt.

Ils ont chanté Votre nom, Seigneur, et ils ont loué Votre main victorieuse.

Postcommunio :
Omnipotens sempiterne Deus, qui dedisti famulis tuis pretioso corpore et sanguine Unigeniti Filii tui Domini nostri Jesu Christi misericorditer recreari : ejus quoque meritis, et precibus beatissimae Virginis Mariae Matris suae ; eodem quoque in mortis agone refecti ac roborati, ad te gaudentes pervenire mereamur. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat.

Dieu éternel et tout-puissant, qui, pour refaire les forces de Vos serviteurs, leur avez miséricordieusement permis de recevoir le Corps précieux et le Sang de Votre Fils unique Notre-Seigneur Jésus-Christ : faites que par Ses mérites et par les prières de la Bienheureuse Vierge Marie, Sa Mère, nous en soyons nourris et fortifiés dans les luttes de l’agonie, et puissions de la sorte parvenir dans la joie jusqu’à Vous. Par le même Jésus-Christ Votre Fils… 

Basilique Notre-Dame des Victoires à Paris - sanctuaire et chœur

Maître-autel et sanctuaire de la basilique Notre-Dame des Victoires

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2022-102. A Nancy, « L’Institution du Rosaire » de Jean de Wayembourg.

1er octobre,
Fête de Saint Remi de Reims, pontife et confesseur, apôtre des Francs (cf. aussi > ici).

   Pour commencer le mois du Très Saint Rosaire, nous vous invitons à admirer et à contempler un très grand tableau aujourd’hui conservé au « Musée Lorrain » de Nancy, qui porte le nom de « l’Institution du Rosaire » et fut peint par Jean de Wayembourg en 1597.

Jean de Wayembourg - Institution du Rosaire - 1597

A – Histoire du tableau.

   Ce très grand tableau est une huile sur toile d’un peu plus de 2,82 m de largeur et d’un peu plus de 3,83 m de hauteur. Il a été commandé en 1597 par le duc Charles III de Lorraine (1543-1608) pour orner le retable du maître-autel de l’église du couvent des Minimes de Nancy, édifiée en 1592.
Cette église fut détruite au début du XIXème siècle, et le tableau fut alors transféré à la cathédrale où il demeura jusqu’après la première guerre mondiale. Pour des raisons de conservation et de protection, il fut ensuite déposé au « Musée Lorrain » dont il constitue l’un des chefs-d’œuvre.

B – Jean de Wayembourg.

   On ne sait pas grand chose sur la biographie de Jean de Wayembourg : ni les dates exactes de sa vie, ni son lieu de naissance, ni sa vie privée… ni même son nom originel, car Jean de Wayembourg est vraisemblablement le résultat d’une francisation de son nom. D’origine flamande, on suppose qu’il avait été connu du duc Charles III de Lorraine par l’intermédiaire du duc Charles-Philippe de Croÿ (1560-1612), puissant et important personnage des Pays-Bas espagnols, allié des ducs de Lorraine. 
Jean de Wayembourg a été actif à la cour de Lorraine entre 1592 et 1603, année dont on pense qu’elle fut celle de sa mort. Il n’a été longtemps connu que par le tableau de « l’Institution du Rosaire », jusqu’à ce que l’on puisse, à une date très récente, lui attribuer une série de portraits de membres de la famille ducale, de taille naturelle, qui sont pour la plupart exposés à l’Ancienne Pinacothèque de Munich.

C – L’Institution du Rosaire.

   Cette œuvre monumentale représente la Très Sainte Vierge Marie et l’Enfant Jésus remettant le rosaire à Saint Dominique et à Saint François de Paule, fondateur de l’Ordre des Minimes pour l’église conventuelle nancéenne desquels le tableau fut peint. A cette scène, qui donne son nom à l’œuvre, assiste la famille ducale.
La scénographie peut donc être ainsi analysée :

institution du Rosaire - composition

   A l’intérieur d’un large « bandeau » illustré, de forme ovale – mais aplatie en haut et en bas -, la partie principale du tableau se divise en deux parties très nettes :
- dans la partie supérieure, la Très Sainte Vierge, assise au-dessus de nuages dont la couleur grise contraste avec la luminosité d’un ciel ouvert empli d’une lumière dorée, offre, de la main gauche, un chapelet à Saint François de Paule ; elle porte sur ses genoux, l’enlaçant de son bras droit, l’Enfant Jésus qui, Lui, présente un chapelet à Saint Dominique.
Autour d’eux évoluent des anges et des angelots présentant des fleurs et des chapelets

Institution du rosaire - partie supérieure

- dans la partie inférieure, des deux côtés d’une fenêtre ouverte, par laquelle on aperçoit un monument en forme de rotonde surmonté d’un dôme, se trouve, groupée et agenouillée, la famille du duc Charles III.

   Du côté droit, au premier rang, la duchesse Claude de France, fille d’Henri II et de Catherine de Médicis, parée d’habits somptueux ; à son côté, Sainte Catherine de Sienne, la célèbre tertiaire dominicaine, avec un lys et un livre d’heures posés devant elle ; au second rang, sont figurées les princesses Catherine, future abbesse de Remiremont, Christine, grande-duchesse de Toscane, Antoinette, future duchesse de Clèves, et Élisabeth, future duchesse de Bavière. Les visages des femmes sont remarquables par la clarté et la transparence de leur carnation.

   Du côté gauche, sont représentés, agenouillés, Charles III de Lorraine, le pape Saint Pie V, et les trois fils du duc : les futurs ducs Henri II et François II, et le cardinal Charles, évêque de Metz et légat pontifical pour la Lorraine et les Trois-Evêchés.

Tous les membres de la famille ducale sont représentés jeunes, alors qu’au moment de la composition du tableau le duc Charles III est âgé de 54 ans, et que la duchesse Claude est décédée depuis 22 ans (+ 21 février 1575).

   La présence de Saint Pie V et de Sainte Catherine de Sienne s’explique évidemment par le rôle qu’ils ont joué dans la propagation de la dévotion au saint rosaire : Saint Pie V est, en particulier, le pape de la victoire de Lépante et l’instituteur de la fête de « Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire » ; cet événement n’était antérieur que de 27 années à la composition du tableau.
Mais il est également possible que ces deux figures éminentes de la sainteté ultramontaine symbolisent les liens particuliers qui unissent le duché de Lorraine au Saint-Siège : le duc Charles III se voulait en effet un vigilant et ardent défenseur de la foi – sous son règne les protestants durent s’exiler – et un zélé promoteur des réformes tridentines.

Institution du rosaire - partie inférieure

   Les médaillons peints dans la large bordure, ou bandeau, qui entoure le sujet central, sont la représentation des quinze mystères du rosaire : on les lit dans le sens des aiguilles d’une montre. Ils sont reliés entre eux par un décor élégant composé de grains de chapelet, et entouré de branches de rosiers, d’épines ou de palmiers, suivant que les sujets représentés appartiennent à la série des mystères joyeux, douloureux ou glorieux.

institution du rosaire - détail du bandeau 1

  Dans les écoinçons, aux quatre angles du tableau, sont représentés les quatre évangélistes, mais seuls Saint Jean (en haut à gauche) et Saint Matthieu (en haut à droite) sont accompagnés de leurs symboles : l’aigle et l’ange.

institution du rosaire - détail du bandeau 2

   Cette œuvre monumentale ne constitue-t-elle pas une admirable introduction au mois du Très Saint Rosaire ?

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.                

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2022-98. Le « Stabat Mater pour des religieuses » de Marc-Antoine Charpentier.

22 septembre,
L’octave des Sept-Douleurs de Notre-Dame ;
Mémoire de Saint Maurice et de ses compagnons, martyrs ;
Mémoire de Saint Thomas de Villeneuve, évêque et confesseur.

Notre-Dame des Sept-Douleurs

   Le Refuge Notre-Dame de Compassion, de par son vocable, célèbre à deux reprises sa « fête patronale » principale : une première fois le Vendredi de la Passion, où l’on fait la commémoraison solennelle de la Compassion de la Bienheureuse Vierge Marie, et une seconde fois le 15 septembre, puisque, depuis les réformes liturgiques du pape Saint Pie X, la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs, originellement célébrée le troisième dimanche de septembre, a été finalement fixée au lendemain de la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix.
   Cette fête du 15 septembre est donc pour nous une « fête double de première classe avec octave commune » (selon les rubriques traditionnelles qui sont les nôtres, c’est-à-dire antérieures à toutes les réformes qui se sont succédées depuis le règne du Vénérable Pie XII), et en conséquence le 22 septembre est chez nous le jour octave des Sept-Douleurs de Notre-Dame, où l’on reprend l’office et la Messe du 15 septembre sous le rit « double majeur », avec évidemment la sublime séquence « Stabat Mater », dont la composition est communément attribuée au franciscain Jacopone da Todi (+ 1306).

   En conclusion de cette magnifique semaine d’approfondissement du mystère de la compassion de la Très Sainte Mère de Dieu, permettez-moi de vous proposer d’écouter (ou de réécouter si vous le connaissez déjà, car il me semble que l’on ne s’en lasse jamais) le « Stabat Mater pour des religieuses » [H15], composé par Marc-Antoine Charpentier (1643-1704).
Si l’on ne possède aujourd’hui pas de certitude absolue sur les circonstances de la composition de ce « Stabat », il semble toutefois très probable – en raison de son style – qu’il appartienne au groupe d’œuvres composées pour le couvent de Port-Royal de Paris. C’est une pièce d’une simplicité sublime qui porte une pure et poignante ferveur propice à soutenir la méditation et la contemplation des souffrances de Notre-Dame au pied de la Croix.

   Voici deux enregistrements tous deux réalisés dans la Chapelle Royale de Versailles avec « le Concert des Nations » et « la Capella Reial de Catalunya » sous la direction de l’incomparable Jordi Savall : deux enregistrements qui présentent de petites différences (l’un des deux a été réalisé lors d’un concert public), mais qui sont l’un comme l’autre absolument admirables, à mon sens, sans que je les puisse mettre en concurrence et départager.

   Le Bienheureux Innocent XI, par un bref apostolique de 1681, confirmé par un rescrit du Bienheureux Pie IX le 18 juin 1876, a accordé 100 jours d’indulgence aux fidèles qui honorerons les douleurs de la Très Sainte Vierge Marie en priant et méditant au moyen du « Stabat Mater ».

Pour écouter ces deux enregistrements, faire un clic droit sur les images ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet ».

Image de prévisualisation YouTube

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Image de prévisualisation YouTube

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Autres « Stabat Mater » proposés dans ce blogue :
- Zoltan Kodaly > ici
- Jean-Baptiste Pergolèse (deux versions) > ici 

2022-88. Une pensée réconfortante en regard des menaces de tous ordres auxquelles notre pays semble devoir faire face…

15 août 2022,
Fête de l’Assomption de Notre-Dame,
Fête patronale du Royaume de France.

   Un peu avant le milieu de la matinée de cette fête de l’Assomption, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux un court message à l’adresse de ses sujets, à l’occasion de la fête patronale du Royaume.
   Encore une fois, à travers quelques phrases lourdes de sens, Sa Majesté nous livre des éléments de méditation et d’action importants, si on ne se contente pas d’une lecture superficielle.

Champaigne - Vœu de Louis XIII - musée des beaux-arts Caen

Le vœu de Louis XIII
(Philippe de Champaigne – musée des beaux-arts de Caen)

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   En consacrant la France à la Vierge Marie, le 10 février 1638, et en formulant le vœu que cette consécration soit renouvelée, le 15 août de chaque année, mon aïeul, Louis XIII, a placé notre pays dans une situation de dévotion religieuse qui perdure au-delà des aléas de l’histoire.

   Tant que continueront à se dérouler dans notre pays, les messes, cérémonies, et processions qui marquent le 15 août, cette bienveillance divine continuera d’être manifestée à l’égard de la France, pour tous ceux qui se reconnaissent en elle.

   Cette pensée réconfortante ne doit-elle pas être présente tout particulièrement en ce moment de notre histoire, en regard des menaces de tous ordres auxquelles notre pays semble devoir faire face ?

Trois lys blancs

2022-66. Lettre encyclique « Ad cœli Reginam » instituant la fête de Marie Reine à la date du 31 mai.

Lettre encyclique
de Sa Sainteté le Pape Pie XII
« Ad cœli Reginam »
du 11 octobre 1954
instituant
à la date du 31 mai la fête
de
La Très Sainte Vierge Marie Reine

Neri di Bicci - Couronnement de la Vierge

Neri di Bicci (1418-1492) :
Le couronnement de la Vierge
avec Saint Antoine le Grand, Saint Augustin, Saint Raphaël et Tobie
(Avignon, musée du Petit Palais)

Monogramme des Servites

A nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques,
évêques et autres Ordinaires en paix et communion avec le Siège apostolique,
ainsi qu’à tout le clergé et aux fidèles de l’univers catholique

Vénérables Frères,
Salut et Bénédiction apostolique !

Introduction : rappel des circonstances et nécessités présentes.

Dès les premiers siècles de l’Église Catholique, le peuple chrétien fit monter vers la Reine du Ciel ses prières et ses chants de louange filiale dans la sérénité des heures de joie et plus encore dans l’angoisse des périls menaçants. Jamais ne fut déçue l’espérance mise en la Mère du divin Roi Jésus-Christ ; jamais ne s’affaiblit la foi qui nous enseigne que la Vierge Marie Mère de Dieu règne sur l’univers entier avec un cœur maternel, tout comme elle est ceinte d’une royale couronne de gloire dans la béatitude céleste.

Or, après les calamités qui, jusque sous Nos yeux, ont couvert de ruines des villes florissantes et de nombreux villages, Nous voyons avec douleur déborder dangereusement les flots de profondes misères morales, vaciller parfois les bases mêmes de la justice, triompher un peu partout l’attrait des plaisirs corrupteurs, et, dans cette conjoncture inquiétante, Nous sommes saisi d’une vive angoisse. Aussi est-ce avec confiance que Nous recourons à Marie notre Reine, lui manifestant non seulement Notre amour, mais aussi celui, de quiconque se glorifie du nom de chrétien.

Le 1er novembre de l’année 1950 – il Nous plaît de le rappeler -, en présence d’une multitude de Cardinaux, d’Évêques, de prêtres et de fidèles accourus du monde entier, Nous avons Nous-même défini le dogme de l’Assomption de la Très Sainte Vierge dans le ciel, [1] où, en corps et en âme, elle règne avec son Fils unique parmi les chœurs des Anges et des Saints.

En outre, à l’occasion du centenaire de la définition du dogme de l’Immaculée Conception par Pie IX, Notre Prédécesseur d’immortelle mémoire, Nous avons promulgué la présente Année Mariale ; [2] et ce Nous est aujourd’hui une grande consolation de voir à Rome – à Sainte Marie-Majeure en particulier où les foules viennent manifester leur confiance et leur grand amour envers leur Mère du Ciel -, mais également dans le monde entier, la piété envers la Vierge Mère de Dieu refleurir toujours davantage et les principaux sanctuaires marials recevoir sans interruption de nombreux et pieux pèlerinages. Et l’on sait que, chaque fois que Nous en eûmes l’occasion, dans Nos allocutions d’audience ou Nos radio-messages, Nous avons exhorté tous les fidèles à aimer de tout leur cœur, comme des fils, leur Mère très bonne et très puissante. À ce sujet, Nous rappelons volontiers le message radiophonique adressé au peuple portugais lors du couronnement de la statue miraculeuse de Fatima, [3] et que Nous avons qualifié Nous-même de message de la « Royauté » de Marie. [4]

Pour mettre donc en quelque sorte le comble à ces marques de Notre piété envers la Mère de Dieu, que le peuple chrétien a accueillies avec tant de ferveur, pour conclure heureusement l’Année Mariale qui touche désormais à son terme, pour accéder enfin aux demandes instantes qui Nous parviennent à ce sujet de toutes parts, Nous avons décidé d’instituer la fête liturgique de « La Sainte Vierge Marie Reine ».

Nous n’entendons pas proposer par là au peuple chrétien une nouvelle vérité à croire, car le titre même et les arguments qui justifient la dignité royale de Marie ont déjà de tout temps été abondamment formulés et se trouvent dans les documents anciens de l’Église et dans les livres liturgiques.

Nous désirons seulement les rappeler par cette Encyclique, afin de célébrer à nouveau les louanges de Notre Mère du ciel, de ranimer dans tous les coeurs une piété plus ardente envers elle, et de contribuer ainsi au bien des âmes.

Première partie : preuves dans la Tradition (Ecritures, Pères de l’Eglise et Magistère).

Le peuple chrétien, même dans les siècles passés, croyait avec raison que celle dont est né le Fils du Très-Haut, qui « régnera à jamais dans la maison de Jacob », (Luc I, 32) « Prince de la paix », (Is. IX, 6) « Roi des rois et Seigneur des Seigneurs », (Ap. XIX, 16) avait reçu plus que toute autre créature des grâces et privilèges uniques ; et considérant aussi les relations étroites qui unissaient la Mère au Fils, il a reconnu sans peine la dignité royale suprême de la Mère de Dieu.

C’est pourquoi il n’est pas étonnant que les anciens écrivains ecclésiastiques, forts de la parole de l’Archange Gabriel prédisant que le Fils de Marie régnerait éternellement, [5] et de celle d’Élisabeth, qui, en la saluant avec respect, l’appelait « la Mère de mon Seigneur », (Luc I, 43) aient déjà appelé Marie « la Mère du Roi », « la Mère du Seigneur », montrant clairement qu’en vertu de la dignité royale de son Fils elle possédait une grandeur et une excellence à part.

Aussi Saint Ephrem, dans l’ardeur de son inspiration poétique, lui prête-t-il ces paroles « Que le ciel me soutienne de son étreinte, car j’ai été honorée plus que lui. En effet le ciel ne fut pas ta mère, mais tu en as fait ton trône ! » [6]. Et ailleurs il la prie en ces termes « … noble jeune fille et Patronne, Reine, Maîtresse, garde-moi, protège-moi, de peur que Satan auteur de tout mal ne se réjouisse à mon sujet et que le criminel adversaire ne triomphe de moi » [7].

Saint Grégoire de Nazianze appelle Marie « Mère du Roi de tout l’univers », « Mère Vierge, (qui) a enfanté le Roi du monde entier » [8]. Prudence déclare que cette mère « s’étonne d’avoir engendré Dieu comme homme et même comme Roi suprême » [9].

Cette dignité royale de la Bienheureuse Vierge Marie est clairement et nettement signifiée par ceux qui l’appellent « Souveraine », « Dominatrice », « Reine ».

Déjà dans une homélie attribuée à Origène, Marie est appelée par Élisabeth non seulement « Mère de mon Seigneur », mais « Ma Souveraine » [10].

La même idée ressort du passage suivant de saint Jérôme dans lequel, parmi les différentes interprétations du nom de Marie, il met en dernier lieu celle-ci : « Il faut savoir qu’en syriaque Marie signifie Souveraine » [11]. Après lui Saint Chrysologue formule la même pensée d’une manière encore plus affirmative : « Le mot hébreu Marie se traduit en latin Souveraine : l’Ange l’appelle Souveraine pour qu’elle cesse de trembler comme une servante, elle à qui l’autorité même de son Fils a obtenu de naître et d’être appelée Souveraine » [12].

Épiphane, évêque de Constantinople, écrivant au Souverain Pontife Hormisdas, dit qu’il faut prier pour que l’unité de l’Église soit conservée « par la grâce de la sainte et consubstantielle Trinité et par l’intercession de notre Sainte Souveraine, la glorieuse Vierge Marie Mère de Dieu » [13].

Un auteur de la même époque salue en ces termes solennels la Sainte Vierge, assise à la droite de Dieu, pour lui demander de prier pour nous : « Souveraine des mortels, très sainte Mère de Dieu » [14].

Saint André de Crète attribue plusieurs fois à la Vierge Marie la dignité de Reine ; il écrit par exemple : « (Jésus) transporte aujourd’hui hors de sa demeure terrestre la Reine du genre humain, Sa Mère toujours Vierge, dans le sein de laquelle, sans cesser d’être Dieu, Il a pris la forme humaine » [15]. Et ailleurs : « Reine de tout le genre humain, fidèle en réalité au sens de ton nom et qui, Dieu seul excepté, dépasse toute chose » [16].

Saint Germain salue en ces termes l’humble Vierge : « Assieds-toi, ô Souveraine, il convient en effet que tu sièges en haut lieu puisque tu es Reine et plus glorieuse que tous les rois » [17]. Il l’appelle aussi : « Souveraine de tous les habitants de la Terre » [18].

Saint Jean Damascène lui donne le nom de « Reine, Patronne, Souveraine »[19] et même de : « Souveraine de toute créature » [20] ; un ancien écrivain de l’Église Occidentale l’appelle : « heureuse Reine », « Reine éternelle près du Roi son Fils », elle dont « la tête blanche comme la neige est ornée d’un diadème d’or » [21].

Enfin Saint Ildefonse de Tolède unit presque tous ces titres d’honneur en cette salutation : « Ô ma Souveraine, Maîtresse suprême ; Mère de mon Souverain, tu règnes sur moi… Souveraine parmi les servantes, Reine parmi tes sœurs » [22].

À partir de ces témoignages et d’autres analogues, presque innombrables, qui remontent à l’antiquité, les théologiens de l’Église ont élaboré la doctrine selon laquelle ils appellent la Très Sainte Vierge, Reine de toutes les créatures, Reine du monde, Souveraine de l’Univers.

Les Pasteurs suprêmes de l’Église ont estimé de leur devoir d’approuver et d’encourager par leurs exhortations et leurs éloges la piété du peuple chrétien envers sa Mère du ciel et sa Reine. Aussi, sans parler des documents des Papes récents, rappelons simplement ceux-ci : dès le septième siècle Notre Prédécesseur Saint Martin Ier appelle Marie « Notre glorieuse Souveraine toujours Vierge » [23] ; Saint Agathon, dans son épître synodale aux Pères du sixième Concile œcuménique dit d’elle « notre Souveraine, vraiment Mère de Dieu au sens propre » [24] ; au huitième siècle, Grégoire II dans sa lettre au Patriarche Saint Germain, qui fut lue aux acclamations de tous les Pères du septième Concile œcuménique, lui donne le titre de « Souveraine universelle et vraie Mère de Dieu », et de « Souveraine de tous les chrétiens » [25].

Rappelons en outre que Notre Prédécesseur d’immortelle mémoire Sixte IV, mentionnant avec faveur la doctrine de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge dans sa Lettre Apostolique Cum praeexcelsa [26], commence par appeler Marie « Reine du ciel et de la terre » et affirme que le Roi suprême lui a en quelque sorte transmis Son pouvoir [27].

C’est pourquoi Saint Alphonse de Liguori rassemblant tous les témoignages des siècles précédents écrit avec grande piété : « Puisque la Vierge Marie a été élevée à la dignité si haute de Mère de Dieu, c’est à bon droit que l’Église lui à décerné le titre de Reine » [28].

Deuxième partie : preuves dans la Tradition liturgique et dans l’iconographie.

La sainte liturgie, qui est comme le fidèle miroir de la doctrine transmise par les anciens et crue par le peuple chrétien à travers les âges, tant en Orient qu’en Occident, a toujours chanté et chante encore sans cesse les louanges de la Reine des cieux.

De l’Orient retentissent ces accents fervents : « Ô Mère de Dieu, aujourd’hui tu as été transportée au ciel sur les chars des Chérubins, les Séraphins sont à ton service, et les légions des armées célestes s’inclinent devant toi » [29].

Et ceux-ci : « Ô juste, ô très heureux (Joseph), à cause de ton origine royale tu as été choisi entre tous pour époux de la Reine pure, qui enfantera merveilleusement le Roi Jésus » [30]. De même : « Je dirai un hymne à la Mère Reine, et je m’approcherai d’elle avec joie pour chanter dans l’allégresse ses merveilles… Ô Souveraine, notre langue ne peut te chanter dignement, parce que Tu es plus élevée que les Séraphins, Toi qui as engendré le Christ Roi… Salut, ô Reine du monde, salut, ô Marie, Souveraine de nous tous » [31].

Dans le Missel éthiopien, on lit : « Ô Marie, centre de l’univers. … Tu es plus grande que les Chérubins aux yeux innombrables et que les Séraphins aux six ailes… Le ciel et la terre sont entièrement remplis de ta sainteté et de ta gloire » [32].

L’Église latine chante la vieille et très douce prière du « Salve Regina » et les joyeuses antiennes « Ave, Regina cœlorum », « Regina cœli, laetare », celles aussi que l’on récite aux fêtes de la Sainte Vierge : « La Reine s’est assise à ta droite en vêtement d’or couvert d’ornements variés » [33] ; « Le ciel et la terre te célèbrent comme leur puissante Reine » [34] ; « Aujourd’hui la Vierge Marie est montée aux cieux : réjouissez-vous, car elle règne avec le Christ à jamais » [35].

Il faut y ajouter, entre autres, les Litanies de Lorette, qui invitent tous les jours le peuple chrétien à saluer plusieurs fois Marie du titre de Reine. De même, depuis bien des siècles, les chrétiens méditent sur l’empire de Marie qui embrasse le ciel et la terre, lorsqu’ils considèrent le cinquième mystère glorieux du Rosaire, que l’on peut appeler la couronne mystique de la Reine du ciel.

Enfin l’art basé sur les principes chrétiens et inspiré de leur esprit, interprétant exactement depuis le Concile d’Éphèse la piété authentique et spontanée des fidèles, représente Marie en Reine et en Impératrice, assise sur un trône royal, ornée d’insignes royaux, ceinte d’un diadème, entourée d’une cohorte d’Anges et de Saints, montrant qu’elle domine non seulement les forces de la nature mais aussi les attaques perverses de Satan. L’iconographie, pour traduire la dignité royale de la Bienheureuse Vierge Marie, s’est enrichie à toutes les époques d’oeuvres d’art de la plus grande valeur ; elle est même allée jusqu’à représenter le Divin Rédempteur ceignant le front de sa Mère d’une couronne éclatante.

Les Pontifes Romains n’ont pas manqué de favoriser cette dévotion populaire en couronnant souvent, de leurs propres mains ou par l’intermédiaire de Légats pontificaux, les images de la Vierge déjà remarquables par le culte public qu’on leur rendait.

Troisième partie : justifications théologiques. 

Comme Nous l’avons indiqué plus haut, Vénérables Frères, l’argument principal sur lequel se fonde la dignité royale de Marie, déjà évident dans les textes de la tradition antique et dans la sainte Liturgie, est sans aucun doute sa maternité divine. Dans les Livres Saints, en effet, on affirme du Fils qui sera engendré par la Vierge : « Il sera appelé Fils du Très-Haut et le Seigneur Dieu Lui donnera le trône de David, Son père, et Il régnera dans la maison de Jacob éternellement et Son règne n’aura pas de fin » (Luc I, 32-33) ; en outre, Marie est proclamée « Mère du Seigneur » [36]. Il s’ensuit logiquement qu’elle-même est Reine, puisqu’elle a donné la vie à un Fils qui, dès l’instant de sa conception, même comme homme, était, à cause de l’union hypostatique de la nature humaine avec le Verbe, Roi et Seigneur de toutes choses.

Saint Jean Damascène a donc raison d’écrire : « Elle est vraiment devenue la Souveraine de toute la création au moment où elle devint Mère du Créateur » [37] et l’Archange Gabriel lui-même peut-être appelé le premier héraut de la dignité royale de Marie.

Cependant la Bienheureuse Vierge doit être proclamée Reine non seulement à cause de sa maternité divine mais aussi parce que selon la volonté de Dieu, elle joua dans l’œuvre de notre salut éternel, un rôle des plus éminents. « Quelle pensée plus douce – écrivait Notre Prédécesseur d’heureuse mémoire, Pie XI – pourrait Nous venir à l’esprit que celle-ci : le Christ est notre Roi non seulement par droit de naissance mais aussi par un droit acquis, c’est-à-dire par la Rédemption ? Que tous les hommes oublieux du prix que nous avons coûté à notre Rédempteur s’en souviennent : « Vous n’avez pas été rachetés par l’or ou l’argent qui sont des biens corruptibles, … mais par le sang précieux du Christ, Agneau immaculé et sans tache » [38]. Nous n’appartenons donc plus à nous-mêmes, parce que c’est « d’un grand prix » [39], que « le Christ nous a rachetés » [40].

Dans l’accomplissement de la Rédemption, la Très Sainte Vierge fut certes étroitement associée au Christ ; aussi chante-t-on à bon droit dans la Sainte Liturgie : « Sainte Marie, Reine du ciel et maîtresse du monde, brisée de douleur, était debout près de la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ » [41]. Et un pieux disciple de Saint Anselme pouvait écrire au Moyen-âge : « Comme… Dieu, en créant toutes choses par sa puissance, est Père et Seigneur de tout, ainsi Marie, en restaurant toutes choses par ses mérites, est la Mère et la Souveraine de tout : Dieu est Seigneur de toutes choses parce qu’il les a établies dans leur nature propre par son ordre, et Marie est Souveraine de toutes choses en les restaurant dans leur dignité originelle par la grâce qu’elle mérita » [42]. En effet « Comme le Christ pour nous avoir rachetés est notre Seigneur et notre Roi à un titre particulier, ainsi la Bienheureuse Vierge est aussi notre Reine et Souveraine à cause de la manière unique dont elle contribua à notre Rédemption, en donnant sa chair à son Fils et en l’offrant volontairement pour nous, désirant, demandant et procurant notre salut d’une manière toute spéciale » [43].

De ces prémisses, on peut tirer l’argument suivant : dans l’œuvre du salut spirituel, Marie fut, par la volonté de Dieu, associée au Christ Jésus, principe de salut, et cela d’une manière semblable à celle dont Ève fut associée à Adam, principe de mort, si bien que l’on peut dire de notre Rédemption qu’elle s’effectua selon une certaine « récapitulation » [44] en vertu de laquelle le genre humain, assujetti à la mort par une vierge, se sauve aussi par l’intermédiaire d’une vierge ; en outre on peut dire que cette glorieuse Souveraine fut choisie comme Mère de Dieu précisément « pour être associée à Lui dans la rédemption du genre humain » [45] ; réellement « ce fut elle qui, exempte de toute faute personnelle ou héréditaire, toujours étroitement unie à son Fils, L’a offert sur le Golgotha au Père Éternel, sacrifiant en même temps son amour et ses droits maternels, comme une nouvelle Ève, pour toute la postérité d’Adam, souillée par sa chute misérable » [46] ; on pourra donc légitimement en conclure que, comme le Christ, nouvel Adam, est notre Roi parce qu’il est non seulement Fils de Dieu, mais aussi notre Rédempteur, il est également permis d’affirmer, par une certaine analogie, que la Sainte Vierge est Reine, et parce qu’elle est Mère de Dieu et parce que, comme une nouvelle Ève, elle fut, associée au nouvel Adam.

Sans doute, seul Jésus-Christ, Dieu et homme, est Roi, au sens plein, propre et absolu du mot ; Marie, toutefois, participe aussi à sa dignité royale, bien que d’une manière limitée et analogique, parce qu’elle est la Mère du Christ Dieu et qu’elle est associée à l’oeuvre du Divin Rédempteur dans sa lutte contre ses ennemis et dans son triomphe remporté sur eux tous. En effet par cette union avec le Christ Roi Elle atteint une gloire tellement sublime qu’elle dépasse l’excellence de toutes les choses créées : de cette même union avec le Christ, découle la puissance royale qui l’autorise à distribuer les trésors du Royaume du Divin Rédempteur ; enfin cette même union avec le Christ est source de l’efficacité inépuisable de son intercession maternelle auprès du Fils et du Père.

Aucun doute par conséquent que la Sainte Vierge ne dépasse en dignité toute la création et n’ait sur tous, après son Fils, la primauté. « Toi enfin – chante Saint Sophrone – tu as dépassé de loin toute créature. Que peut-il exister de plus élevé que cette grâce dont toi seule as bénéficié de par la volonté de Dieu ? » [47]. Et Saint Germain va encore plus loin dans la louange : « Ta dignité te met au dessus de toutes les créatures ; ton excellence te rend supérieure aux anges » [48]. Saint Jean Damascène ensuite en vient jusqu’à écrire cette phrase : « La différence entre les serviteurs de Dieu et Sa Mère est infinie » [49].

Pour nous aider à comprendre la dignité sublime que la Mère de Dieu a atteinte au dessus de toutes les créatures, nous pouvons considérer que la Sainte Vierge, depuis le premier instant de sa conception, fut comblée d’une telle abondance de grâces qu’elle dépassait la grâce de tous les Saints. Aussi – comme l’écrivait Notre Prédécesseur Pie IX d’heureuse mémoire, dans sa Bulle Ineffabilis Deus – « bien au dessus de tous les Anges et de tous les Saints », le Dieu ineffable « a enrichi Marie avec munificence de tous les dons célestes, puisés au trésor de la divinité ; aussi, toujours préservée des moindres souillures du péché, toute belle et parfaite, elle a atteint une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut en imaginer de plus grande en dessous de Dieu et que jamais personne, sauf Dieu lui-même, ne réussira à la comprendre » [50].

En outre, la Bienheureuse Vierge n’a pas seulement réalisé le suprême degré, après le Christ, de l’excellence et de la perfection mais elle participe aussi en quelque sorte à l’action par laquelle on dit avec raison que son Fils, notre Rédempteur, règne sur les esprits et les volontés des hommes. En effet, si le Verbe opère les miracles et répand la grâce par le moyen de son humanité, s’il se sert des Sacrements et des Saints comme d’instruments pour le salut des âmes, pourquoi ne peut-il pas se servir de se Mère très Sainte pour nous distribuer les fruits de la Rédemption ? Vraiment c’est avec un coeur maternel comme dit encore Notre Prédécesseur Pie IX – que, traitant l’affaire de notre salut, elle se préoccupe de tout le genre humain, ayant été établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre et se trouvant exaltée au dessus de tous les chœurs des Anges et de tous les Saints du ciel à la droite de son Fils unique, Jésus-Christ Notre Seigneur : elle obtient audience par la puissance de ses supplications, maternelles, elle reçoit tout ce qu’elle demande et ne connaît jamais de refus [51]. À ce propos, un autre de Nos Prédécesseurs, Léon XIII d’heureuse mémoire, déclara que la Bienheureuse Vierge Marie dispose d’un pouvoir « presque sans limites » [52] pour concéder des grâces, et Saint Pie X ajoute que Marie remplit cet office « pour ainsi dire par droit maternel » [53].

Que tous les fidèles chrétiens se glorifient donc d’être soumis a l’empire de la Vierge Mère de Dieu qui dispose d’un pouvoir royal et brûle d’amour maternel.

Mais en traitant les questions qui regardent la Sainte Vierge, que les Théologiens et les Prédicateurs de la parole divine aient soin d’éviter ce qui les ferait dévier du droit chemin, pour tomber dans une double erreur ; qu’ils se gardent et des opinions privées de fondement, dont les expressions exagérées dépassent les limites du vrai, et d’une étroitesse d’esprit excessive quand il s’agit de cette dignité unique, sublime, et même presque divine de la Mère de Dieu, que le Docteur Angélique nous enseigne à lui attribuer « à cause du bien infini qu’est Dieu » [54].

Du reste, sur ce point de la doctrine chrétienne comme en d’autres, « la norme prochaine et universelle de la vérité » est, pour tous, le Magistère vivant de l’Église que le Christ a établi « également pour éclairer et expliquer ce qui, dans le dépôt de la foi, n’est contenu qu’obscurément et comme implicitement » [55].

Quatrième partie : institution de la fête de Marie Reine et exhortation.

Les monuments de l’antiquité chrétienne, les prières de la liturgie, le sens religieux inné du peuple chrétien, les œuvres d’art, nous ont fourni des témoignages qui affirment l’excellence de la Vierge Mère de Dieu en sa dignité royale ; Nous avons aussi prouvé que les raisons déduites par la théologie du trésor de la foi divine confirment pleinement cette vérité. De tant de témoignages cités, il se forme un concert dont l’écho résonne au loin pour célébrer le caractère suprême et la gloire royale de la Mère de Dieu et des hommes, « élevée désormais au royaume céleste au dessus des chœurs angéliques » [56].

De longues et mûres réflexions Nous ayant persuadé que si cette vérité solidement démontrée était rendue plus resplendissante aux yeux de tous – comme une lampe qui brille davantage quand elle est placée sur le candélabre – l’Église en recueillerait de grands fruits, par Notre autorité apostolique Nous décrétons et instituons la fête de Marie Reine, qui se célébrera chaque année dans le monde entier le 31 mai. Nous ordonnons également que, ce jour-là, on renouvelle la consécration du genre humain au Coeur Immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie. C’est là en effet que repose le grand espoir de voir se lever une ère de bonheur, où régneront la paix chrétienne et le triomphe de la religion.

Que tous s’approchent donc avec une confiance plus grande qu’auparavant, du trône de miséricorde et de grâce de notre Reine et Mère, pour demander le secours dans l’adversité, la lumière dans les ténèbres, le réconfort dans la douleur et les larmes ; qu’ils s’efforcent surtout de s’arracher à la servitude du péché et qu’ils offrent un hommage incessant, pénétré de la ferveur d’une dévotion filiale, à la royauté d’une telle Mère.

Que ses Sanctuaires soient fréquentés et ses fêtes célébrées par la foule des fidèles ; que la pieuse couronne du Rosaire soit dans toutes les mains et que, pour chanter ses gloires, elle rassemble dans les églises, les maisons, les hôpitaux, les prisons, aussi bien de petits groupes que de grandes assemblées de fidèles. Que le nom de Marie plus doux que le nectar, plus précieux que n’importe quelle gemme soit l’objet des plus grands honneurs ; que personne ne prononce de blasphèmes impies, signe d’une âme corrompue, contre un nom qui brille d’une telle majesté et que la grâce maternelle rend vénérable ; qu’on n’ose même rien dire qui trahisse un manque de respect à son égard.

Que tous s’efforcent selon leur condition de reproduire dans leur coeur et dans leur vie, avec un zèle vigilant et attentif, les grandes vertus de la Reine du Ciel, Notre Mère très aimante. Il s’ensuivra en effet que les chrétiens, en honorant et imitant une si grande Reine, se sentiront enfin vraiment frères et, bannissant l’envie et les désirs immodérés des richesses, développeront la charité sociale, respecteront les droits des pauvres et aimeront la paix. Que personne donc ne se croie fils de Marie, digne d’être accueilli sous sa puissante protection, si, à son exemple, il ne se montre doux, juste et chaste, et ne contribue avec amour à la vraie fraternité, soucieuse non de blesser et de nuire, mais d’aider et de consoler.

En bien des régions du globe, des hommes sont injustement poursuivis pour leur profession de foi chrétienne et privés des droits humains et divins de la liberté ; pour écarter ces maux, les requêtes justifiées et les protestations répétées sont jusqu’à présent restées impuissantes. Veuille la puissante Souveraine des choses et des temps qui, de son pied virginal, sait réduire les violences, tourner ses yeux de miséricorde dont l’éclat apporte le calme, éloigne les nuées et les tempêtes, vers ses fils innocents et éprouvés ; qu’elle leur accorde à eux aussi de jouir enfin sans retard de la liberté qui leur est due, pour qu’ils puissent pratiquer ouvertement leur religion, et que, tout en servant la cause de l’Évangile, ils contribuent aussi par leur collaboration et l’exemple éclatant de leurs vertus au milieu des épreuves, à la force et au progrès de la cité terrestre.

Nous pensons également que la Fête instituée par cette Lettre Encyclique afin que tous reconnaissent plus clairement et honorent avec plus de zèle l’empire clément et maternel de la Mère de Dieu, peut contribuer grandement à conserver, consolider et rendre perpétuelle la paix des peuples, menacée presque chaque jour par des événements inquiétants. N’est-Elle pas l’arc-en-ciel posé sur les nuées devant Dieu en signe d’alliance pacifique ? (Cf. Gen. IX, 13). « Regarde l’arc et bénis celui qui l’a fait ; il est éclatant de splendeur ; il embrasse le ciel de son cercle radieux et les mains du Très-Haut l’ont tendu » (Eccl, XLIII, 12-13). Que quiconque honore donc la Souveraine des Anges et des hommes – et personne ne doit se croire exempté de ce tribut de reconnaissance et d’amour – l’invoque aussi comme la Reine très puissante, médiatrice de paix : qu’il respecte et défende la paix qui n’est ni injustice impunie ni licence effrénée, mais concorde bien ordonnée dans l’obéissance à la volonté de Dieu ; c’est à la conserver et à l’accroître que tendent les exhortations et les ordres maternels de la Vierge Marie.

Vivement désireux que la Reine et Mère du peuple chrétien accueille ces voeux et réjouisse de sa paix la terre secouée par la haine et, après cet exil, nous montre à tous Jésus qui sera notre paix et notre joie pour l’éternité, à vous Vénérables Frères et à vos fidèles, Nous accordons de tout coeur, comme gage du secours du Dieu tout-puissant et comme preuve de Notre affection, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, en la fête de la Maternité de la Vierge Marie, le 11 octobre 1954, seizième année de Notre Pontificat.

PIE XII, Pape.

Armoiries de Pie XII

Notes :

  1. Cfr. Constitutio Apostolica Munificentissirnus Deus A. A. S. XXXXII. 1950, p. 753 sq.[]
  2. Cfr. Litt. Enc. Fulgens corona ; A. A. S. XXXXV, 1953, p. 577 sq.[]
  3. Cfr. A. A. S. XXXVIII, 1946, p. 264 sq.[]
  4. Cfr. L’Osservatore Romano, d. 19 Maii, a. 1946.[]
  5. Cfr. Lc. I, 32, 33.[]
  6. S. EPHRAEM, Hymni de B. Maria, ed. Th. J. Lamy, t. II, Mechliniae, 1886, hymn. XIX, p. 624.[]
  7. Idem, Oratio ad Ssmam Dei Matrem ; Opera omnia, Ed. Assemani, t. III (graece), Romae, 1747, pag. 546.[]
  8. S. GREGORIUS NAZ., Poemata dogmatica, XVIII. v. 58 : P. G. XXXVII, 485.[]
  9. PRUDENTIUS, Dittochaeum, XXVII : P. L. LX, 102 A.[]
  10. Hom. in S. Lucam, hom. VII ; ed. Rauer, Origenes’ Werke, T. IX, p. 48 (ex catena Macarii Chrysocephali). Cfr. P. G. XIII, 1902 D.[]
  11. S. HIERONYMUS, Liber de nominibus hebraeis : P. L. XXIII, 886.[]
  12. S. PETRUS CHRYSOLOGUS, Sermo 142, De Annuntiatione B. M. V. : P. L. LII, 579 C ; cfr. etiam 582 B ; 584 A : « Regina totius exstitit castitatis ».[]
  13. Relatio Epiphanii Ep. Constantin. : P. L. LXIII, 498 D.[]
  14. Encomium in Dormitionem Ssmae Deiparae (inter opera S. Modesti) : P. G. LXXXVI, 3306 B.[]
  15. S. ANDREAS CRETENSIS, Homilia II in Dormitionem Ssmae Deiparae : P. G. XCVII, 1079 B.[]
  16. Id., Homilia III in Dormitionem Ssmae Deiparae : P. G. XCVII, 1099 A.[]
  17. S. GERMANUS, In Praesentationem Ssmae Deiparae, I : P. G. XCVIII, 303 A.[]
  18. Id., In Praesentationem Ssmae Deiparae, II : P. G. XCVIII, 315 C.[]
  19. S. IOANNES DAMASCENUS, Homilia I in Dormitionem B. M. V. : P.G. XCVI, 719 A.[]
  20. Id., De fide orthodoxa, I, IV, c. 14 : P. G. XLIV, 1158 B.[]
  21. De laudibus Mariae (inter opera Venantii Fortunati) : P. L. LXXXVIII, 282 B et 283 A.[]
  22. ILDEFONSUS TOLETANUS, De virginitate perpetua B. M. V. : P. L. XCVI, 58 A D.[]
  23. S. MARTINUS I, Epist. XIV : P. L. LXXXVII, 199-200 A.[]
  24. S. AGATHO : P. L. LXXXVII, 1221 A.[]
  25. HARDOUIN, Acta Conciliorum, IV, 234 ; 238 ; P. L. LXXXIX, 508 B.[]
  26. XYSTUS IV, Bulla Cum praeexcelsa, d. d. 28 Febr. a. 1476.[]
  27. BENEDICTUS XIV, Bulla Gloriosae Dominae, d. d. 27 Sept. a. 1748.[]
  28. S. ALFONSO, Le glorie di Maria, p. I, c. I, § 1.[]
  29. Ex liturgia Armenorum : in festo Assumptionis, hymnus ad Matutinum.[]
  30. Ex Menaeo (byzantino) : Dominica post Natalem, in Canone, ad Matutinum.[]
  31. Officium hymni ‘Akatistos (in ritu byzantino).[]
  32. Missale Aethiopicum, Anaphora Dominae nostrae Mariae, Matris Dei.[]
  33. Brev. Rom., Versicutus sexti Respons.[]
  34. Festum Assumptionis ; hymnus Laudum.[]
  35. Ibidem, ad Magnificat II Vesp.[]
  36. Lc I, 43[]
  37. S. IOANNES DAMASCENUS, De fide orthodoxa, l. IV, c. 14, P. G. XCIV, 1158 s. B.[]
  38. I Petr. I, 18, 19.[]
  39. I Co, VI, 20.[]
  40. PIUS XI, Litt. Enc. Quas primas : A. A. S. XVII, 1925, p. 599.[]
  41. Festum septem dolorum B. Mariae Virg., Tractus.[]
  42. EADMERUS, De excellentia Virginis Mariae, c. 11 : P. L. CLIX, 508 A B.[]
  43. F. SUAREZ, De mysteriis vitae Christi, disp. XXII, sect. II (ed. Vivès, XIX, 327).[]
  44. S. IRENAEUS, Adv. haer., V, 19, 1 : P. G. VII, 1175 B.[]
  45. PIUS XI, Epist. Auspicatus profecio A. A. S. XXV, 1933, p. 80.[]
  46. PIUS XII, Litt. Enc. Mystici Corporis : A. A. S. XXXV, 1943, p. 247.[]
  47. S. SOPHRONIUS, In Annuntiationem Beatae Mariae Virg. P. G. LXXXVII, 3238 D ; 3242 A.[]
  48. S. GERMANUS, Hom. II in Dormitionem Beatae Mariae Virginis : P. G. XCVIII, 354 B.[]
  49. S. IOANNES DAMASCENUS, Hom. I in Dormitionem Beatae Mariae Virginis : P. G. XCVI, 715 A.[]
  50. PIUS IX, Bulla Ineffabilis Deus : Acta Pii IX, I, p. 597-598.[]
  51. Ibid. p. 618.[]
  52. LEO XIII, Litt. Enc. Adiutricem populi : A. S. S., XXVIII, 1895-1896, p.130.[]
  53. PIUS X, Litt. Enc. Ad diem illum : A. S. S., XXXVI, 1903-1904, p. 455.[]
  54. S. THOMAS, Summa Theol., I, q. 25, a. 6, ad 4.[]
  55. PIUS XII, Litt. Enc. Humani generis : A. A. S., XLII, 1950, p. 569.[]
  56. Ex Brev. Rom. : Festum Assumptionis Beatae Mariae Virginis.[]

Pour méditer le Chemin de la Croix avec la Mère des Douleurs.

Voici le texte d’un « Chemin de Croix » relativement court, mais qui, justement en raison de la brièveté des textes proposés comme point de départ des méditations, permet à chacun d’intérioriser dans la contemplation et le silence le mystère divin proposé à chacune des stations de la « via dolorosa », vécue en union avec la Très Sainte Mère des Douleurs. Je l’ai écrit à l’intention spéciale des Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion en cette Semaine Sainte 2022, afin qu’il soit le socle de moments d’intimité silencieuse avec Notre-Seigneur et Notre-Dame des Douleurs, sans se perdre dans de « hautes » considérations mais en se référant à tout moment au concret de nos vies quotidiennes…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Déploration par Bernardino Lanino

Bernardino Lanino (1512-1583) : Déploration sur le Christ mort

Prière préparatoire :

O Jésus, notre doux Sauveur, me voici humblement prosterné à vos pieds, afin d’implorer votre infinie miséricorde, pour moi, pour les pécheurs, pour les mourants, et pour les âmes des fidèles trépassés. Daignez m’appliquer les mérites de Votre sainte Passion, que je vais méditer.
O Notre-Dame des Sept Douleurs, daignez m’inspirer les sentiments de compassion et d’amour avec lesquels vous avez, la première, suivi votre divin Fils, dans la voie douloureuse du Calvaire.

Avant chaque station :
V/ Nous vous adorons, ô Christ, et nous vous bénissons.

R/ Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

Après chaque station :
Pater noster. Ave Maria. Gloria Patri.
V/ Ayez pitié de nous, Seigneur.

R/ Ayez pitié de nous.
V/Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles trépassés reposent en paix.
R/ Ainsi soit-il

1ère station : Jésus est condamné à mort.
O Très Sainte Vierge Marie, voici que votre Fils, celui auquel vous avez donné la vie, est condamné à mort. Ce sont nos propres péchés qui L’ont condamné, Lui qui n’en a jamais commis : mais Il est l’Agneau de Dieu qui a pris sur Lui nos fautes et a voulu paraître comme le coupable universel devant la justice divine offensée.
Vous êtes là, auprès de Jésus, pour souffrir avec Lui et pour vous associer à sa grande mission de Sauveur. Aidez-nous à dire, comme vous, un non ferme et résolu à toutes les formes du péché, puisqu’il empêche la grâce méritée par Votre divin Fils de demeurer et de croître dans nos âmes.

2ème station : Jésus est chargé de la croix.
O Mère du divin Rédempteur, Jésus Lui-même nous a dit : « Si quelqu’un veut être Mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il Me suive ». Toute votre vie nous montre combien vous-même, sa propre Mère, avez été Sa parfaite disciple, pratiquant en toutes choses l’abnégation et portant la Croix à Sa suite. Apprenez-nous à accepter toutes les petites croix de chaque jour, et à embrasser avec générosité tous les sacrifices qui se présentent à nous, afin de parvenir nous aussi à L’aimer comme vous L’avez aimé.

3ème station : Jésus tombe une première fois.
O Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Jésus, votre Fils trébuche et tombe, accablé par le poids de nos péchés. Mais Il se relève pour aller jusqu’au bout de Sa mission salvatrice.
Chacun de nos péchés est une chute, qui fait un mal profond à notre âme. Vous êtes invoquée comme Notre-Dame de la Sainte Espérance : enseignez-nous à nous relever comme Jésus nous en donne ici l’exemple ! Prenez-nous par la main et remettez-nous debout pour avancer malgré tout sur le chemin du ciel.

4ème station : Jésus rencontre Sa Très Sainte Mère.
En rencontrant votre Fils sur le chemin du calvaire, ô très douce Vierge Marie, votre âme a ressenti avec une terrible acuité ce glaive de douleur qui vous avez été prédit par le vieillard Siméon. Depuis la salutation de l’archange au jour de l’annonciation, toute votre vie n’a été que la parfaite continuation de votre réponse d’alors : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole ». Vous le dites encore à Jésus, en silence, dans cette terrible rencontre. Vous ne vous mettez pas en travers de Sa route, mais vous êtes là pour Lui dire : « Humble servante de Votre volonté sainte, je Vous accompagnerai jusqu’au bout, ô mon divin Enfant ! »
Mère très affligée, priez pour que nous ne nous opposions jamais aux divines volontés de votre Fils, quoi qu’il puisse nous en coûter.

5ème station : Jésus reçoit l’aide du Cyrénéen.
Sainte Mère de Dieu, ainsi que l’a fait Simon de Cyrène, chacun de nous peut venir en aide à votre divin Fils. Nous pouvons même faire davantage, puisque lui fut réquisitionné alors que nous pouvons, nous, nous porter volontaires pour collaborer à Sa mission de Sauveur et de Sanctificateur des âmes.
A votre exemple, nous voudrions nous aussi venir volontairement en aide à Jésus. Pour cela, il ne nous suffit pas seulement d’accepter avec une résignation passive, mais de nous livrer et d’offrir avec enthousiasme à chacune des occasions de sacrifice qui se présentent ! Notre-Dame du oui, nous nous remettons entre vos mains pour mieux appartenir à Jésus ; nous nous consacrons totalement à vous, pour arriver par vous à dire toujours et en toutes choses oui à Jésus.

6ème station : Sainte Véronique essuie la Face ensanglantée de Jésus.
Très Sainte Vierge réparatrice, votre Fils a miraculeusement imprimé sur le voile de Sainte Véronique l’image de Son Visage sacré, pour la récompenser de son courage et de sa fidélité : nous vous prions aujourd’hui de nous permettre d’entendre en vérité Ses appels à la réparation et de nous inspirer les réponses que nous pouvons concrètement y apporter, quand tant de chrétiens et tant de consacrés négligent d’y répondre. Nous savons que Jésus ne se laissera pas vaincre en générosité et qu’Il imprimera en notre âme les traits de Sa divine ressemblance, pour nous fortifier dans les voies, si pénibles pour notre nature peu encline à porter la souffrance, où nous pourrons consoler Son Cœur de toutes les indifférences, mépris et sacrilèges dont Il est abreuvé.

7ème station : Jésus tombe pour la deuxième fois.
O très pure Vierge Marie, Jésus, votre Fils tombe à nouveau sous le poids de nos péchés… Pourquoi cette chute ? Parce que je retombe moi-même souvent dans mes erreurs coupables !
Mais Il Se relève encore, et c’est pour nous rappeler que si nous tombons souvent il est tout aussi souvent disposé à pardonner à ceux qui s’humilient et reviennent vers Lui avec douleur et contrition.
Mère compatissante, faites-vous toujours notre avocate, et obtenez-nous la grâce de ne jamais différer le moment de la contrition sincère et d’une salutaire confession.

8ème station : Jésus s’adresse aux femmes de Jérusalem qui se lamentent.
Très Sainte Vierge Marie, alors que votre Fils s’adresse aux femmes de Jérusalem pour les inviter à ne pas verser de larmes de pur sentiment sur Lui, mais à pleurer sur la cause de Ses souffrances, c’est-à-dire le péché, accordez-moi de profiter pleinement de cette leçon et de savoir à mon tour la transmettre au monde qui se lamente sur les effets dont il approuve les causes et refuse de s’amender.
Reine du monde, et – à un degré tout particulier – Reine de France, présentez à Jésus vos incommensurables douleurs, pour obtenir au monde et à la France les grâces de véritable conversion sans laquelle ils courront à l’abîme !

9ème station : Jésus tombe une troisième fois.
Notre-Dame du Perpétuel Secours, Mère de Jésus et notre Mère, votre Fils innocent tombe encore ! Il n’est plus pourtant qu’à une faible distance du sommet de la colline du Golgotha. Et même si, à chaque fois Ses douleurs – et la vôtre – se font plus intenses et plus vives, Il rassemble encore toutes Ses forces pour Se relever et aller jusqu’au bout de Son chemin d’humiliations et de souffrances.
Pourquoi est-il encore tombé ? Parce que, malgré mes meilleures résolutions et mes efforts sincères, je tombe encore moi aussi, et que dans mes chutes je suis porté à me décourager et à abandonner. Il Se relève donc pour me relever avec Lui et me donner, en ce moment précis, des grâces de courage et de persévérance. Vierge très forte, Vierge très prudente, Vierge persévérante et Victorieuse de toutes les embûches de l’ennemi qui veut nous empêcher de nous relever, priez pour nous, priez pour moi !

10ème station : Jésus est dépouillé de Ses vêtements.
Marie Immaculée, Vierge très chaste, notre Mère très pure, combien vous souffrez de voir ainsi votre Fils mis à nu devant ceux qui moquent et raillent ! Jésus a consenti pleinement à cette nouvelle humiliation, en même temps que l’arrachage impitoyable de Ses vêtements ravive toutes les souffrances de Sa Flagellation, pour expier toutes les fautes liées à nos sensualités coupables.
O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui sommes couverts de la honte de nos péchés : purifiez-nous dans l’effusion salutaire du Très Précieux Sang de votre Fils qui coule ici en telle abondance et que Sa divine puissance nous rende forts contre les attaques de l’esprit d’impureté.

11ème station : Jésus est cloué sur la croix.
Notre-Dame de Compassion, chacun des coups qui enfoncent dans les mains et les pieds de votre Fils les clous qui le rivent impitoyablement au bois de Son supplice, retentit avec un effrayant poids de souffrance dans votre cœur maternel. Mais vous ne vous plaignez pas et vous faites pleinement vôtre la prière de Jésus en cet instant : « Mon Père, pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ! »
Médiatrice du pardon et avocate des pécheurs, A ce moment, tous les hommes sont devenus vos enfants et vous les aimez tous bien plus qu’une mère ne peut les aimer. Si une mère aime ses enfants, comment un enfant ne peut-il aimer sa mère. Faites nous vous aimer et conduisez nous, dans l’amour, à votre divin fils Jésus.

12ème station : Jésus meurt sur la croix.
Après trois heures d’agonie, dans un grand cri, Jésus rend Son âme à Son Père. Et vous, Ô Marie, bien qu’ayant vécu dans une étroite communion toutes les souffrances de Jésus, vous n’avez même pas la consolation de rendre le dernier soupir en même temps que Lui ! Au pied de cette croix d’infamie et de gloire, et sans goûter la mort, vous avez enduré davantage que tous les tourments de tous les martyrs de tous les temps réunis !
Mère très douloureuse, Mère très affligée, Reine des martyrs – et désormais notre Mère -, parce que vous avez tout souffert avec Jésus et en Jésus, vous êtes à tout jamais la fontaine de toute consolation en laquelle nous devons venir puiser les grâces de notre fidélité chrétienne, avec la force de gravir sous votre conduite le difficile chemin de l’union parfaite avec Jésus.

13ème station : Jésus, descendu de la croix, est remis à sa Très Sainte Mère.
Notre-Dame des Sept-Douleurs, Vierge de Piété, votre Enfant divin repose encore quelques instants entre vos bras : toutes Ses plaies sont gravées dans vos yeux de Mère, et – plus encore – dans votre âme de co-rédemptrice. Tout est accompli de ce que l’archange vous avez fait comprendre au jour de l’Annonciation. Tout est accompli des prophéties concernant notre salut. Ceux qui ne se sauvent pas, ceux qui ne se sauveront pas ne le doivent qu’à la malice de leur volonté et de leurs actes : du côté de Dieu, tout est accompli !
Pour que nous n’ayons pas le malheur de laisser les grâces de Dieu sans fruit dans nos vies, gravez profondément dans nos cœurs le souvenir vivant et continu des Saintes Plaies de Jésus telles que vous les avez contemplées pour qu’elles nous aident à fixer profondément en notre volonté la mâle résolution d’éviter l’enfer et de gagner le ciel.

14ème station : Jésus est déposé dans le sépulcre.
C’est vous, ô Marie, qui, assistée par le petit groupe des derniers fidèles, avez déposé le corps adorable de Jésus dans le tombeau. Son âme est descendue aux enfers où les justes de l’Ancien Testament acclament déjà Sa victoire. Dans le grand silence de votre cœur où la vive flamme de la foi et de l’espérance brûle indéfectiblement, vous veillez désormais dans l’attente de la très certaine résurrection de votre Fils, notre Rédempteur.
Dans votre prière, Sainte Mère des Douleurs, redites-vous en ce moment : « Le Puissant a fait pour moi de grandes choses, et saint est Son Nom » ?

Votre action de grâces pour les bienfaits de cette horrible et bienheureuse Passion de votre Fils, doit maintenant devenir la nôtre, et, avec votre aide, ô Marie – juvante Maria ! – nous prenons aujourd’hui la résolution de faire que toute notre vie, en toutes circonstances, soit action de grâces à Jésus pour Ses incommensurables bienfaits.

Prières finales :
O Dieu, dans la Passion duquel, suivant la prophétie de Siméon, un glaive de douleur a transpercé le Cœur immaculé de la toute glorieuse Vierge Marie, votre Mère, accordez-nous, dans votre miséricorde, que vénérant et méditant sans cesse le souvenir de ses douleurs, nous éprouvions, maintenant et à l’heure de notre mort, les heureux fruits de sa compassion : ô Vous qui étant Dieu, avec le Père et le Saint-Esprit, vivez et régnez pour les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

Coeur de Marie aux sept glaives

2022-39. Consécration au Cœur immaculé de Notre-Dame pour ce 25 mars 2022.

Jeudi 24 mars 2022,
Fête de Saint Gabriel, archange (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Siméon de Trente, enfant martyr.

Notre-Dame de Fatima

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Cent-cinq ans après les apparitions de Notre-Dame à Fatima (1917-2022), et après moultes guerres et catastrophes, François, actuel occupant officiel du trône pontifical, vient d’annoncer qu’il consacrera solennellement la Russie et l’Ukraine au Cœur Immaculé de Marie, demain vendredi 25 mars. On trouve le texte qu’il prononcera > ici.
Il a appelé tous les évêques à s’unir à lui ; les prêtres et les fidèles sont eux aussi fortement incités à s’associer à cet acte. Voilà pourquoi je vous invite à vous y unir vous aussi par la prière, par exemple par la récitation d’un chapelet, et autant que possible en groupe, suivi par la récitation d’un acte de consécration en union avec toute l’Eglise.
Ce peut être, ce vendredi 25 mars en même temps que la cérémonie pénitentielle qui sera célébrée à partir de 17 h dans la basilique vaticane (François récitant l’acte de consécration à 18 h 30 en simultané avec son aumônier au sanctuaire de Fatima), ou bien – si vous n’êtes pas disponible en fin d’après-midi – à un autre moment de la journée (à la fin de la Messe si vous avez la possibilité d’y assister, ou en conclusion du Chemin de Croix…) ; de préférence dans une église ou une chapelle, ou encore dans l’oratoire familial.

Nous avons tous conscience de l’importance et de l’actualité du message de Fatima pour obtenir la conversion de la Russie et des pécheurs, ainsi que la paix pour l’Église et le monde. L’acte décidé par François pour demain est attendu par le peuple chrétien fidèle depuis près d’un siècle.

Malheureusement, il manque à cet acte de consécration des éléments expressément demandés par la Très Sainte Vierge ; profitons toutefois d’un événement si exceptionnel pour nous y associer, quitte à le compléter par la formule que le Prévôt du Chapitre de Saint Remi a adaptée avec M. Yves de Lassus, spécialiste des apparitions de Fatima, et en lien avec le R.P. Jean-François Thomas, sj, prieur de la Confrérie Royale, qui la soutient et l’encourage parfaitement : explications et formule  ici
Rien n’empêche, si vous organisez une réunion de prières, de prononcer les deux actes, l’un au début, l’autre à la fin. Voici le lien des deux textes de consécrations > iciIl vous suffit de cliquer sur ce lien et d’imprimer le pdf qui s’ouvre.

En ce moment si solennel pour l’Église et pour le monde, en cette fête où « le Verbe S’est fait chair » (Verbum caro factum est) dans le sein très pur de Notre-Dame Immaculée, nous vous souhaitons une très sainte fête de l’Annonciation et Incarnation du Seigneur, sous la protection de l’Archange Saint Michel, de son collègue Saint Gabriel (célébré aujourd’hui 24 mars), de Saint Joseph (le mois de mars lui est consacré) et du Bon Larron Saint Dismas (fêté le 25 mars).

 Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis et dona nobis pacem !

Bonne, fervente et sainte fête de l’Annonciation de Notre-Dame.

Coeur douloureux et immaculé de Marie

2021-76. « Venez, Lumière véritable ! »

Vendredi des Quatre-Temps de l’Avent.

Voici un court texte extrait des écrits spirituels de Saint Syméon le Nouveau Théologien (949-1022), higoumène du monastère de Saint-Mamas à Constantinople.
Il se présente comme une litanie de noms amoureusement attribués au Christ qui vient, exprime la ferveur de notre attente, et peut ainsi stimuler en nos âmes un désir plus ardent de l’avènement de notre divin Rédempteur.  

Mère de Dieu entre Justinien et Constantin - mosaïque de Sainte Sophie Constantinople

Mosaïque de la Très Sainte Mère de Dieu entre les empereurs Justinien 1er et Saint Constantin 1er le Grand
(mosaïque de la basilique Sainte Sophie – Constantinople)

Etoiles

Venez, Lumière véritable…

Venez, Lumière véritable ; venez, Vie éternelle ; venez, Mystère caché, Trésor ineffable, Action indicible !
Venez, Visage qu’on ne peut représenter, Charme inexprimable, Lumière qui ne connaît point de soir !
Venez, Espoir véritable des âmes qui cherchent le salut ; venez, Sauveur de ceux qui sont abattus ; venez, Résurrection des morts ; venez, Puissance qui crée, rénove et change tout par Sa propre volonté ; venez, Invisible, Insaisissable, Intouchable !
Venez, notre Vie éternelle ; venez, Couronne impérissable, Pourpre du grand Dieu, notre Dieu, Ceinture de cristal et de diamant !

Venez, Vous après qui ma pauvre âme soupire et languit ; venez, Solitaire, pour un solitaire ; venez à moi, Vous qui m’avez affranchi de ce monde et qui m’avez rendu solitaire ; venez, Vous qui êtes devenu mon désir et qui avez fait que j’aspire après Vous, l’Inaccessible !
Venez, mon souffle et ma vie ; venez, Consolation de mon âme pécheresse ; venez, ma joie, ma gloire, mon ravissement !

Mère de Dieu entre Justinien et Constantin - détail

La Très Saint Mère de Dieu
(détail de la mosaïque ci-dessus)

Etoiles

2021-75. Vraie et fausse obéissance dans l’Eglise.

Mercredi 15 décembre 2021,
Octave de l’Immaculée Conception (cf. > ici) ;
Mercredi des Quatre-Temps d’hiver (cf. > ici).

Après le temps d’une paix relative qu’avait occasionnée le pontificat de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, l’arrivée de François au Vatican, vous vous en souvenez, mes bien chers Amis, avait aussitôt suscité les plus vives inquiétudes…
Et effectivement, très rapidement (il n’est que de relire ce qui a été publié dans ce blogue depuis 2013), la Sainte Eglise Romaine est entrée par sa faute dans une période encore plus violente de troubles et d’effrayantes ténèbres.
Une nouvelle étape a été franchie, dans cette escalade de méchancetés et de haine contre tout ce qui est véritablement catholique, par la publication du « motu sordido » Traditionis custodes (comprenez : « les geôliers de la Tradition ») et, vraisemblablement dans les tout prochains jours, des décrets d’application vont être publiés par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements et la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, pour dévoiler de manière encore plus précise les plans destructeurs de l’actuel occupant du siège pontifical.

C’est une véritable persécution que François a décidée, et qu’il veut mener jusqu’au bout pour l’extinction totale de la célébration de la Sainte Messe selon les rites multiséculaires antérieurs aux réformes qui ont suivi le concile vaticandeux

Cette éradication programmée, nous ne le répèterons jamais assez, est – si on veut bien se donner la peine de comprendre les explications données par François lui-même dans son « motu sordido » ainsi que dans la lettre aux évêques qui l’accompagne – liée à la volonté d’enterrer la doctrine catholique traditionnelle, la doctrine catholique reçue des Apôtres, dont la liturgie dite, par simplification, tridentine est l’expression la plus sûre, contrairement au rite réformé – ce rite bâtard – voulu et imposé par Paul VI.

Il n’est plus temps de « prendre des gants » et d’user de circonvolutions diplomatiques polies avec ceux qui veulent notre mort spirituelle et notre anéantissement !
Il est illusoire et vain de tenter de faire appel à son « cœur paternel » et à sa « miséricorde » !
Il faut regarder les choses avec lucidité et, sans céder aux émotions superficielles, il convient de réagir à ces événements avec l’esprit authentique de l’Eglise dans sa Tradition multiséculaire pour agir en conséquence : lorsque quelqu’un vous déclare la guerre, il n’est pas indiqué de lui fourbir des armes et de se livrer à sa merci !
Nous n’avons pas à nous soumettre et à nous aplatir devant des personnes, mues par la haine de la foi catholique authentique qu’elles veulent changer et faire évoluer en conformité avec les doctrines du monde, et qui n’ont pour nous que des paroles traîtresses et des desseins pervers !

Il y a 45 ans – alors qu’au cours de « l’été chaud » 1976 il avait été déclaré « suspens a divinis » par Paul VI -, Son Excellence Révérendissime Monseigneur Marcel Lefebvre, prononçait à Ecône un sermon, au cours de la Sainte Messe de la fête de l’Immaculée Conception (Messe au cours de laquelle les membres de la Fraternité Saint Pie X s’engagent, ou renouvellent leurs engagements), dans lequel il rappelait les principes catholiques de l’obéissance.
Puisque l’on ne se privera pas de nous accuser de désobéissance dans notre combat pour la liturgie latine traditionnelle, qui est un combat pour la foi catholique authentique, il m’a semblé bon et utile de publier ici la retranscription de ce sermon du 8 décembre 1976 qui n’a rien perdu de sa solidité doctrinale, de son actualité et de sa pertinence.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Nota bene :
La retranscription en caractères gras de certains passages est de notre initiative, afin de bien mettre en valeur les phrases les plus importantes de ce beau texte.

Annonciation -détail d'un vitrail de l'église Saint-Aignan à Chartres

L’Annonciation
(détail d’un vitrail de l’église Saint-Aignan, à Chartres)

Mes bien chers frères,

Cette fête de l’Immaculée Conception, dont le dogme a été proclamé solennellement par le pape Pie IX en 1854, était confirmée ensuite, par la Sainte Vierge elle-même, à Bernadette, à Lourdes, en 1858.
Sans doute cette fête de l’Immaculée Conception est beaucoup plus ancienne que sa définition et précisément, la définition de ces dogmes, intervient toujours par les Souverains Pontifes, après que l’Église, dans sa tradition et sa foi, a montré d’une manière permanente, qu’elle croyait à cette Vérité que Notre Seigneur Jésus-Christ a révélée par ses apôtres.
Ainsi la vérité que nous fêtons aujourd’hui concernant l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge Marie est une vérité contenue dans la Révélation, affirmée par conséquent par Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même.
Cette fête nous donne une grande leçon et particulièrement à vous, mes chers amis, qui dans quelques instants allez prononcer votre engagement pour la première fois, ou le renouveler, je pense que je dois attirer votre attention sur le fait que cet engagement vous demande de pratiquer d’une manière toute particulière et véritablement avec tout votre cœur, avec toute votre adhésion, la sainte vertu d’obéissance.

Et s’il est une vertu qui ressort de cette fête de l’Immaculée Conception, c’est précisément la vertu d’obéissance.
Pourquoi ?
Parce que ce qui nous fait perdre la grâce sanctifiante, ce qui nous fait perdre l’amitié de Dieu, c’est le péché d’Ève, de la mère de l’humanité.

Par son péché, par sa désobéissance, elle a entraîné après elle, toutes les âmes qui l’ont suivie. Depuis que ce péché de nos premiers parents est intervenu dans l’histoire de l’humanité, tous ceux qui naissent désormais, naissent avec le péché originel.
Sauf la Très Sainte Vierge Marie, exceptée la Très Sainte Vierge Marie.
Ainsi donc Notre Seigneur Jésus-Christ a voulu. Dieu a voulu, que dans cette histoire de l’humanité, qui a été flétrie en quelque sorte par le péché de la désobéissance de la mère de l’humanité, que ce soit par une créature semblable, par notre Mère du Ciel, la Très Sainte Vierge Marie, que cette faute soit réparée.
Et si donc, c’est par une désobéissance qu’a commencé le péché dans l’humanité, c’est par l’obéissance de la Très Sainte Vierge Marie, que ce péché a été réparé.
Il y a donc là une antithèse admirable et qui a été voulue ou du moins permise par le Bon Dieu. Certes le Bon Dieu n’a pas voulu le péché, mais il a permis cette faute de l’humanité, comme le dit la liturgie du Samedi saint : felix culpa : heureuse faute, d’une certaine manière, dans un certain sens qui nous a mérité tant de grâces ; qui nous a mérité d’avoir au milieu de nous, le Fils de Dieu et qui nous a mérité d’avoir la Très Sainte Vierge Marie.

Et encore faudrait-il que nous profitions de cette leçon et de la grâce que nous offre la Très Sainte Vierge Marie. Leçon d’obéissance, grâce sanctifiante, elle qui est dite pleine de grâces.
Pourquoi est-elle pleine de grâces ?
Parce qu’elle a obéi, parce qu’elle s’est soumise à Dieu.
Et c’est cela précisément ce que nous devons avoir comme premier désir de nos existences.
La vertu d’obéissance est au cœur même de notre sanctification. Elle est au cœur de toute notre vie, de notre vie naturelle, de notre vie surnaturelle.
Il ne peut pas y avoir de véritable vie naturelle sans obéissance ; il ne peut y avoir de vraie vie surnaturelle sans l’obéissance.

Qu’est-ce donc que l’obéissance ? En quoi consiste-t-elle ?
Il me semble que l’on pourrait la définir comme la vertu de Dieu. Virtus Dei omnipotentis : La vertu de Dieu Tout-Puissant, s’infusant dans nos âmes, dans nos existences, dans notre volonté, dans notre intelligence, dans notre corps, cette vertu du Dieu Tout-Puissant.
Vertu qui est la force du Dieu Tout-Puissant s’inscrivant dans nos vies, dans notre vie quotidienne, dans nos existences. Parce que nous ne sommes rien, sans cette vertu du Dieu Tout-Puissant. Et cette vertu du Dieu Tout-Puissant, s’inscrit par les lois, par les commandements de Dieu, par les commandements de vie.
Aime ton Dieu ; aime ton prochain. Voilà ce que nous devons faire. Et c’est à cette condition que nous vivrons, que nous vivrons dans l’ordre naturel comme dans l’ordre surnaturel.
Nous devons donc, avant tout, avoir le désir de voir cette vertu de Dieu, cette vertu naturelle et surnaturelle de Dieu s’infuser dans nos âmes et nous prendre tout entier ; tout ce que nous sommes. Ne rien faire échapper à cette toute-puissance de Dieu en nous ; nous soumettre entièrement à la grâce du Bon Dieu, à sa force, à sa vie. Voilà ce qu’est l’obéissance et voilà le fruit de l’obéissance.
La vie naturelle, la vie surnaturelle et par le fait même, la vie de la vision béatifique, la vie éternelle, tout est inscrit dans cette vertu d’obéissance.

Ceci doit être, mes chers amis, pour vous, pendant que vous prononcerez votre engagement, une disposition profonde de vos âmes : Je veux être obéissant toute ma vie, obéissant à Dieu ; me soumettre à ce désir de Dieu, de me voir vivre, de me communiquer sa vie en me communiquant sa Vérité, sa Vérité dans nos intelligences, par la lumière naturelle de notre raison, de notre intelligence, mais nous aussi et surtout par la lumière de la foi. Car ce n’est pas autre chose que la foi. C’est l’obéissance de nos intelligences à la Révélation de Notre Seigneur Jésus-Christ qui nous donne sa Vérité, qui nous transmet sa Vérité.
Et cette Vérité est une source de vie. Elle sera pour vous une source de vie, une source de grâces. Alors soumettez pleinement vos intelligences et vos volontés à Notre Seigneur Jésus-Christ. Demandez-le par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie. Demandez-lui qu’elle vous donne cette grâce ; qu’elle vous donne cette humilité, de vous soumettre entièrement à la Sainte volonté de Notre Seigneur. Elle vous en a montré l’exemple par son Fiat, par son humilité.
Quia respexit humilitatem meam ; quia respexit humilitatem ancillæ suæ. Nous le chantons dans le Magnificat. C’est encore sa cousine Élisabeth qui lui dit : Et beata, quæ credidisti (Lc 1,45) : « Bienheureuse, parce que tu as eu la foi ».

La foi !
Et la foi n’est pas autre chose que l’obéissance de notre intelligence, que la soumission de nos intelligences à la Vérité révélée par l’autorité de Dieu.
Voilà ce que doit être votre obéissance.
Et par cette grâce d’obéissance, vous transformerez votre vie. Vos vies seront pleinement conformes à la volonté de Dieu.

Mais alors, évidemment, dans les circonstances dans lesquelles nous vivons, dans la confusion dans laquelle l’Église se trouve aujourd’hui, nous pouvons nous demander : Mais où est cette obéissance aujourd’hui ?
Comment se réalise, dans la Sainte Église, l’obéissance aujourd’hui ?

Eh bien, nous ne devons pas oublier, que la première de nos obéissances, notre obéissance fondamentale, notre obéissance radicale, notre obéissance doit être totale à Notre Seigneur Jésus-Christ, à Dieu. Car c’est Lui qui nous demande notre obéissance ; c’est Lui qui nous demande notre soumission. Et le Bon Dieu a tout fait, pour que nous soyons éclairés dans notre obéissance.
Pendant deux mille ans d’existence de l’Église, la lumière a été donnée, donnée par la Révélation, par les apôtres, par les successeurs des apôtres, par Pierre, par les successeurs de Pierre. Et s’il est arrivé d’aventure, que quelque erreur se soit glissée ou quelques transmissions de la Vérité n’aient pas été faites exactement, l’Église l’a redressé. L’Église a eu le soin de nous transmettre la Vérité conforme à la Vérité de Dieu.

Et voici que par un mystère insondable de la Providence – la Providence permet que notre temps soit peut-être un temps unique dans l’Histoire de l’Église -, que ces vérités ne sont plus transmises avec la fidélité avec laquelle l’Église les a transmises pendant deux mille ans.
Ne recherchons même pas la cause : d’une certaine manière, ne recherchons pas la responsabilité de ces faits.
Mais ces faits sont là devant nous.
La Vérité qui était enseignée aux enfants, aux pauvres : Pauperes evangelizantur (Mt 11,5) : « Les pauvres sont évangélisés », disait Notre Seigneur aux envoyés de saint Jean Baptiste.
Eh bien, aujourd’hui, les pauvres ne sont plus évangélisés. On ne leur donne plus le pain, le pain que les enfants réclament, le vrai pain : le pain de vie.

On a transformé nos Sacrifices, nos sacrements, nos catéchismes et alors nous sommes stupéfaits ; nous sommes douloureusement surpris.
Que faire devant cette réalité angoissante, déchirante, écrasante ?
Garder la foi !
Obéir à Notre Seigneur Jésus-Christ.
Obéir à ce que Notre Seigneur Jésus-Christ nous a donné pendant deux mille ans.
Dans un moment de terreur, dans un moment de confusion, dans un moment de désagrégation de l’Église, que devons-nous faire, sinon nous en tenir à ce que Jésus a enseigné et à ce que son Église nous a donné comme la Vérité pour toujours, définie pour toujours ?
On ne peut plus changer ce qui a été défini une fois pour toutes par les Souverains Pontifes, avec leur infaillibilité. Ce n’est plus changeable. Nous n’avons pas le droit de changer la Vérité qui est inscrite pour toujours dans nos livres saints. Car cette immutabilité de la Vérité correspond à l’immutabilité de Dieu. C’est une communication de l’immutabilité de Dieu à l’immutabilité de nos vérités.
Changer nos vérités, cela voudrait dire changer l’immutabilité de Dieu. Or nous le récitons tous les matins à Prime : Immotus in se permaneus : Dieu demeurant immuable en Lui-même comme tout le temps, demeurant jusqu’à la fin.
Alors nous devons donc nous attacher à cette vérité qui nous est enseignée d’une manière permanente et ne pas nous laisser troubler par le désordre que nous constatons aujourd’hui.
Et par conséquent, savoir à certains moments, ne pas obéir pour obéir.
Car c’est cela en définitive. Car cette vertu dont je vous parlais tout à l’heure du Dieu Tout-Puissant, le Bon Dieu a voulu qu’elle nous soit transmise d’une certaine manière, par les hommes qui participent à son autorité.

Mais dans la mesure où ses créatures ne sont pas fidèles à la transmission de cette vie, de cette vertu de Dieu, dans cette mesure là aussi, nous ne pouvons plus accepter leurs ordres et les obligations qu’ils nous imposent. Parce qu’obéir à des hommes qui transmettent d’une manière infidèle le message qui leur est donné, ce serait désobéir à Dieu. Ce serait désobéir au message de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors quand nous avons le choix : obéir au message de Notre Seigneur Jésus-Christ, ou obéir au message des hommes, qui nous sont transmis par les hommes, dans la mesure où le message qui nous est transmis par les hommes correspond au message de Notre Seigneur Jésus-Christ, nous n’avons aucun droit de ne pas leur obéir, jusqu’au dernier iota.
Mais dans la mesure où ces ordres, ou ces obligations qui nous sont donnés ne correspondent pas à ceux que Notre Seigneur Jésus-Christ nous donne, nous devons obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
A ce moment-là, ces hommes ne remplissent pas la fonction pour laquelle ils ont reçu l’autorité que le Bon Dieu leur a donnée.
C’est pourquoi saint Paul disait lui-même : « Si un ange du Ciel ou nous-même dit-il – par conséquent si moi, Paul, disait saint Paul : Si un ange du Ciel ou moi-même Paul, je vous enseigne une vérité contraire à celles qui vous ont été enseignées primitivement, ne nous écoutez pas ».
C’est cela. Nous sommes devant cette réalité. Et je dirai moi-même bien volontiers, s’il m’arrivait à moi, de vous enseigner quelque chose qui soit contraire à ce que toute la Tradition de l’Église nous a enseigné, ne m’écoutez pas. À ce moment-là, vous avez le droit de ne pas m’obéir. Et vous avez le devoir de ne pas m’obéir, parce que je ne serais pas fidèle à la mission que le Bon Dieu m’a donnée.

Voilà ce que doit être notre obéissance : avant tout, obéir à Dieu !
C’est le seul moyen pour nous d’arriver à la vie éternelle. Car c’est cette obéissance qui commande la voie qui mène à la vie éternelle.
Et en cela nous suivons l’exemple de la Très Sainte Vierge Marie. Elle a été l’obéissance même. Elle est l’exemple le plus parfait, le plus beau, le plus sublime de l’obéissance, contrairement à la désobéissance de la mère de l’humanité.

Alors demandons aujourd’hui, mes bien chers amis, à la Très Sainte Vierge Marie de nous enseigner cette obéissance, de nous la faire garder jusqu’à notre mort. Et de faire en sorte que les promesses que vous allez faire dans quelques instants, soient vraiment l’expression de ce que vous avez au plus profond de votre âme. Et si, dans ces prières, il m’a semblé souhaitable de mettre la belle prière que nous enseigne le Missel Romain, peu avant la consécration de l’Eucharistie : « Hanc igitur oblationem servitutis nostræ - Recevez, ô mon Dieu, l’oblation de notre obéissance, de notre esclavage - Hanc oblationem servitutis nostræ », c’est ce que vous allez réciter. Eh bien que tous les jours, si le Bon Dieu vous fait la grâce d’être prêtre, quand vous réciterez cette prière – et dès à présent quand vous la récitez avec le prêtre – renouvelez votre profession d’obéissance et d’esclavage envers Dieu et envers la très Sainte Vierge Marie.
Que ce soit là, aujourd’hui, la grâce que le Bon Dieu vous accorde.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

La Sainte Messe catholique dans sa liturgie classique

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