Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2021-17. Retour à Dieu, avec Saint François de Sales pour guide.

Lettre mensuelle aux membres et amis
de la
Confrérie Royale

- 25 février 2021 -

Blason de la Confrérie Royale

Les amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, même s’ils ne sont pas membres de la Confrérie Royale, peuvent trouver un vrai profit spirituel à lire et méditer cette lettre mensuelle.

Rappel :

Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois en redoublant de prières, en offrant avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices du devoir d’état, les peines et les joies de ce jour, en travaillant plus méticuleusement à sa sanctification, lorsque cela est possible en assistant à la Sainte Messe et en offrant la sainte communion à l’intention du Roi, ou encore en accomplissant quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire offert à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.
La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Son but est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et approfondissements toujours nécessaires.

* * * * * * *

Saint François de Sales

Saint François de Sales (21 août 1567 – 28 décembre 1622)
Docteur de l’Amour divin

frise

Sur le Carême

Nous voilà une semaine après le mercredi des Cendres, quoi de mieux que d’écrire sur ce temps liturgique qui va durer 40 jours et qui usera toute notre attention afin d’arriver à Pâques plein d’une joie toute spirituelle et renforcée dans notre corps par le jeûne. 

Si l’on veut une ligne de conduite en ce saint temps, il est possible et recommandé de suivre certains livres ou spiritualités particulières, et peut être sera-t-il possible de faire un carême dans l’esprit de Saint François de Sales, Docteur de l’Amour divin et auteur de spiritualité classique française. C’est ce que je vous propose aujourd’hui en quelques citations.

« Ne veuillez pas tout faire, mais seulement quelque chose, et, sans doute, vous ferez beaucoup. »

Tout d’abord cette citation de ce grand Saint (lors d’une conférence spirituelle à Sœur Favre) est typique d’une spiritualité qui reste dans le milieu et non dans les extrêmes. « In medio stat virtus » (la vertu se trouve dans le milieu). Une spiritualité qui demeure ferme mais adaptée et surtout adaptable à toutes les conditions humaines.

Ainsi notre saint demande de ne pas réformer tout d’un coup et en peu de temps mais peu à peu et sur le temps d’une vie entière, sur le long terme. Qui ne peut suivre cette spiritualité sans être touché par la douceur des réflexions et tout de même avec force dans les actes et l’activité spirituelle ? Nous devons donc travailler sur nous-mêmes mais avec amour et non par force, comme il aimait répéter, nous montrant ainsi que l’amour est bien l’inverse de la force. Changez une seule mauvaise habitude durant ce Carême et vous arriverez meilleurs à Pâques. Mieux que dix résolutions dans le futur, une seule accomplie dans le présent suffit.

«  C’est une grande partie de notre perfection que de nous supporter les uns les autres en nos imperfections ; car, en quoi pouvons-nous exercer l’amour du prochain, sinon en ce support ?»

Le Carême est aussi la recherche de la perfection dans les imperfections des autres et de soi-même. L’homme est fait pour vivre en société, aussi diverse soit la société en question. Ainsi la vie avec son prochain, avec son époux ou épouse, avec ses enfants avec ses amis et surtout avec l’inconnu que l’on rencontre dans les marchés et autres endroits publics, nous fait penser qu’il faut travailler en nous ce côté extérieur que règle aussi la Charité. Vivre en société nous permet d’apprendre beaucoup de nous et des autres. À travers les autres pourquoi ne pas réfléchir sur soi-même, et pourquoi ne pas utiliser ce temps de pénitence, que l’Église dans sa grande sagesse nous propose, afin de grandir dans cette vertu que Saint Paul nous dit la première, la Charité ? 

« Il faut avoir une longue haleine, les grands desseins ne se font qu’à force de patience et de longueur de temps. »

Voilà la spiritualité salésienne récapitulée. Mais cela peut être aussi pris pour nos résolutions de Carême. Tout changement en l’homme prend du temps. Rien ne change du jour au lendemain à part peut-être nos infimes imperfections qui n’ont pas eu le temps de s’encrer et de devenir des habitudes. Une habitude, rappelons-le est une disposition acquise par répétition d’actes ; elle est ni bonne, ni mauvaise. Si elle est bonne elle devient une vertu, et si elle est mauvaise alors ce sera un vice. Bien entendu tout n’est pas noir ni blanc. Nous avons des habitudes qui sont neutres comme se lever à telle heure tous les matins ou encore se coiffer etc… Toute mauvaise habitude en nous n’est pas forcément un vice et toute bonne habitude une vertu, il faut encore que le sujet, ou la matière de l’habitude, nous élève ou nous rabaisse soit dans notre âme soit dans notre humanité. En bref, un vice nous fait déchoir de l’ordre moral et la vertu au contraire nous rend plus homme et nous rapproche du dessein de Dieu pour nous, et donc nous sanctifie. Mais il est vrai aussi qu’il est plus aisé pour l’homme de déchoir dans le vice que de monter dans la vertu. Car l’un ne demande pas de travail tandis que l’autre s’acquiert par un travail de longue haleine.

«  Tenez votre cœur proche de Dieu. C’est le moyen d’être simple, puisque Dieu est un Esprit simplificateur. »

Enfin finissons sur cette citation qui doit récapituler toutes nos œuvres de Carême : Tenir son cœur proche de Dieu. Ceci doit être le but de notre travail de Carême. 

Le cœur est l’un des endroits où toutes nos actions commencent. On dit bien, quand quelque chose nous intéresse beaucoup, que l’on « prend à cœur » quelque chose. Nous devons nous intéresser beaucoup à notre changement et à installer la grâce en nous afin qu’elle demeure pour toujours. Nous sommes faits pour la vie de la grâce et le malin, lui, prendra « à cœur » de s’empresser de nous faire chuter et de nous montrer l’inverse, et le désintéressement pour ce qui est des « choses de Dieu ». Ainsi si l’on tient son cœur proche de Dieu, rien ne peut nous arriver et en plus c’est une véritable assurance pour nous. Assurance de grandir en Lui, assurance de son soutient par sa Grâce, assurance de son amour et de sa protection dans les épreuves. Mais quand on a son cœur proche de Dieu nous devenons un en Lui. Être en Dieu exprime non seulement une proximité mais aussi une unité. L’homme est sorti de Dieu et son objectif sur terre est d’y retourner. Voila ce que l’on peut souhaiter de mieux pour le Carême. Que toutes nos actions, nos pénitences et nos résolutions soient accomplies dans l’objectif d’un retour à Dieu. Il faut par tout cela retrouver la simplicité de notre vocation commune : le Ciel. 

Ainsi formons ce désir d’être toujours plus proches de Dieu en ce temps Sacré qui nous est donné afin de préparer, à l’exemple de Notre Seigneur au désert, l’Événement des événements : la mort et Passion de Jésus sur le bois de la Croix et sa sainte Résurrection qui suivra. Si elle est bien préparée et prise au sérieux, prise « à cœur », elle nous procurera davantage de grâces, et une joie qu’aucune créature ne saura nous prendre et nous voler, afin d’attendre et d’atteindre l’union de l’âme à Dieu, avec paix et sérénité, malgré les tribulations de ce siècle. Amen

Semper laetus in Deo !

Abbé Hubert S.

Armoiries de Saint François de Sales

2021-16. Messe propre de la Sainte Couronne d’Epines de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Vendredi après les cendres,
Fête de la Sainte Couronne d’Epines.

Dans le Missel Romain traditionnel (c’est-à-dire antérieur aux réformes liturgiques qui se sont succédé depuis 1950), figure depuis plusieurs siècles, dans le supplément au sanctoral intitulé « Missae pro aliquibus locis », assigné à la date du vendredi après les cendres la fête de la Sainte Couronne d’Epines de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Chez nous, conformément aux indications de nos anciens livres liturgiques, elle est célébrée sous le rit double majeur.
Vous trouverez ci-dessous les textes de cette messe propre et la traduction que nous en avons faite.

Quentin Massys - Ecce Homo - 1520

Quentin Massys – Christ aux outrages, détail (1520)
[Palais des Doges - Venise]

Feria VI post Cineres

SACRAE SPINAE CORONAE D.N.J.C.

Introitus (cf. Cant. III, 11)
Egredimini et videte, filiae Sion, regem Salomonem in diademate, quo coronavit eum mater sua, parans crucem Salvatori suo. Ps. VIII, 6-7. Gloria et honore coronasti eum, Domine : et constituisti eum super opera manuum tuarum. V./ Gloria Patri. Egredimini.

Sortez et voyez, filles de Sion, le roi Salomon avec le diadème dont le couronna sa mère, préparant une croix pour son Sauveur. De gloire et d’honneur vous l’avez couronné, ô Seigneur : et vous l’avez établi sur les œuvres de vos mains. Gloire au Père.

Oratio
Praesta, quaesumus, omnipotens Deus : ut, qui in memoriam passionis Domini Nostri Jesu Christi Coronam ejus spineam veneramur in terris, ab ipso gloria et honore coronari mereamur in caelis : Qui tecum vivit.

Accordez, nous vous le demandons, ô Dieu tout-puissant, que nous qui, en mémoire de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vénérons sur la terre sa Couronne d’épines, nous méritions d’être couronnés de gloire et d’honneur dans les cieux par lui, qui avec vous vit… 

Lectio libri Sapientiae (Cant. III 7-11 ; IV, 1 et 8)

Lectulum Salomonis sexaginta fortes ambiunt ex fortissimis Israël : omnes tenentes gladios, et ad bella doctissimi : uniuscujusque ensis super femur suum propter timores nocturnos. Ferculum fecit sibi rex Salomon de lignis Libani : columnas ejus fecit argenteas, reclinatorium aureum, ascensum purpureum : media caritate constravit propter filias Jerusalem. Egredimini et videte, filiae Sion, regem Salomonem in diademate, quo coronavit illum mater sua in die desponsationis illius, et in die laetitiae cordis ejus. Quam pulchra es, amica mea, quam pulchra es ! Oculi tui columbarum, absque eo quod intrinsecus latet. Veni de Libano, sponsa mea, veni de Libano, veni : coronaberis.

Soixante puissants (guerriers) parmi les plus vaillants d’Israël environnent la couche de Salomon : tous portant des glaives, et très habiles à la guerre : chacun a son glaive sur sa cuisse en raison des craintes de la nuit. Le roi Salomon s’est fait une litière en bois du Liban : il en a fait les colonnes d’argent, le dossier d’or, le siège de pourpre : il a orné le milieu de tout ce qu’il y a de plus aimable à cause des filles de Jérsalem. Sortez et voyez, filles de Sion, le roi Salomon avec le diadème dont le couronna sa mère au jour de ses noces, et au jour de la joie de son cœur. Que tu es belle, ô mon amie, que tu es belle ! Tes yeux sont (comme les yeux) des colombes, sans parler de ce qui est caché au-dedans. Viens du Liban, ô mon épouse, viens du Liban, viens : tu seras couronnée.

Graduale (Eccli. XLV, 14)
Corona aurea super caput ejus : expressa signo sanctitatis, gloria honoris, et opus fortitudinis. V./ Ps. XX,4. Quoniam praevenisti eum in benedictionibus dulcedinis : posuisti in capite ejus coronam de lapide pretioso.
Tractus (Is. LXI, 10)
Induit eum Dominus vestimentis salutis, et indumento justitiae, quasi sponsum decoratum corona. V./ Is. XXVIII, 5. Corona tribulationis effloruit in coronam gloriae et sertum exsultationis. V./ Sap. V, 17. Accepit regnum decoris, diadema speciei.

Une couronne d’or (est) sur sa tête : marquée du signe de la sainteté, de la gloire de l’honneur, ouvrage de puissance. Puisque vous l’avez prévenu des bénédictions les plus douces : vous avez posé sur sa tête une couronne de pierres précieuses.
Le Seigneur l’a revêtu des vêtements du salut, et du manteau de la justice, comme l’époux paré de sa couronne. La couronne de tribulation s’est épanouie en couronne de gloire et en bouquet d’exultation. Il a reçu un royaume de splendeur, un diadème d’éclat.

+ Sequentia Sancti Evangelii secundum Ioannem (Joann. XIX, 1-5).
In illo tempore : Apprehendit Pilatus Jesum, et flagellavit. Et milites plectentes coronam de spinis, imposuerunt capiti ejus : et veste purpurea circumdederunt eum. Et veniebant ad eum, et dicebant : Ave, Rex Judaeorum : et dabant ei alapas. Exivit ergo iterum Pilatus foras, et dicit eis : Ecce adduco vobis eum foras, ut cognoscatis quia nullam invenio in eo causam. Exivit ergo Jesus portans coronam spineam et purpureum vestimentum.

En ce temps là : Pilate prit Jésus, et le fit flageller. Et les soldats ayant tressé une couronne avec des épines, la posèrent sur sa tête : et il l’enveloppèrent avec un vêtement de pourpre. Et ils venaient à lui, et ils disaient : « Salut, Roi des Juifs » : et ils lui donnaient des soufflets. Pilate sortit donc de nouveau, et il leur dit : « Voici que je vous l’amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucune cause (de mort) ». Jésus sortit donc portant la couronne d’épines et le vêtement de pourpre.

Credo. 

Offertorium.
Tuam Coronam adoramus, Domine : tuam gloriosam recolimus passionem.

Nous adorons votre Couronne, ô Seigneur : nous honorons votre glorieuse passion.

Secreta.
Tuorum militum, Rex omnipotens, virtutem robora : ut, quos in hujus mortalitatis stadio unigeniti Filii tui Corona laetificat ; consummato cursu certaminis, immortalitatis bravium apprehendant. Per eumdem Dominum.

Roi tout puissant, affermissez la force de vos soldats : afin que ceux que réjouit la Couronne de votre Fils unique dans l’arène de cette vie mortelle, après l’achèvement de leur combat, ils reçoivent le trophée de l’immortalité. Par le même Seigneur…

Préface de la Croix.

Communio (Prov. IV, 9)
Laetare, mater nostra, quia dabit Dominus capiti tuo augmenta gratiarum, et corona inclyta proteget te.

Réjouis-toi, ô notre mère, car le Seigneur donnera  à ta tête un accroissement de grâces, et d’une éclatante couronne il te protègera.

Postcommunio.
Supplices te rogamus, omnipotens Deus : ut haec sacramenta quae sumpsimus, per sacrosanctae Filii tui Coronae, cujus solemnia recensemus, virtutem, nobis proficiant ad medelam. Per eumdem Dominum.

Supliants, nous vous prions, ô Dieu tout-puissant : que ces sacrements que nous avons reçus, par la vertu de la sacrosainte Couronne de votre Fils, dont nous avons célébré la solennité, soient pour nous profitables en œuvrant à notre guérison. Par le même Seigneur.

 Présentation de la Sainte Couronne d'Epines

Cathédrale Notre-Dame de Paris : présentation de la Sainte Couronne d’Epines aux fidèles
(avant l’incendie d’avril 2019, cette vénération avait lieu tous les premiers vendredis du mois et tous les vendredis de carême)

2021-15. En raison de nombreuses questions qui nous ont été posées, voici encore quelques précisions concernant le jeûne et l’abstinence.

Mardi dans la Quinquagésime,
Fête réparatrice de la Sainte Face de NSJC (cf. > ici et > ici).

A. Dürer - la Ste Face portée par deux anges - Louvre

Albrecht Dürer : la Sainte Face présentée par deux anges (1517)

frise

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La publication de ce 15 février (cf. > ici) m’a valu de nombreux messages personnels contenant des questions qui me poussent à redire (encore une fois !) un certain nombre de choses que j’ai déjà écrites et publiées, tant je remarque que beaucoup de fidèles – sans doute par défaut de formation – opèrent des confusions, ou s’adonnent à des interprétations personnelles surprenantes.
Reprenons donc (l’éducation n’est-elle pas l’art de la répétition ?), en essayant d’être le plus clair possible.

1) Qu’est-ce que le jeûne que nous demande l’Eglise ?
Lorsque l’Eglise impose à ses fidèles un jour de jeûne, elle ne leur demande pas une privation totale de nourriture pendant 24 h : elle leur prescrit de ne faire qu’un seul repas, modéré, pendant ce jour là.
Originellement, ce repas n’était pris qu’en fin de journée. Mais, eu égard à la faiblesse humaine, et en particulier pour ceux qui ont une activité physique éprouvante, il a été autorisé de prendre cet unique repas en milieu de journée.
Cela signifie donc que les jours de jeûne il n’y a ni petit-déjeuner ni dîner.
Toutefois, par miséricorde, si l’on ne peut pas tenir jusqu’à l’heure de la rupture du jeûne (c’est l’étymologie du mot déjeuner), une boisson est autorisée le matin, et, si l’on en a vraiment besoin, une collation est permise le soir.
Une collation n’est pas un repas : elle se compose, par exemple, d’un bol de soupe, ou bien d’un fruit, ou encore de deux tranches de pains. Elle n’est pas constituée d’un bol de soupe AVEC deux tranches de pain ET un fruit : c’est l’un ou l’autre, pas les trois, sinon cela constitue un repas frugal !
J’ai connu le cas (je ne l’invente pas, je vous certifie devant Dieu l’authenticité de cette anecdote) d’une religieuse qui disait : « Les vendredis de carême je jeûne au pain et à l’eau »… Effectivement, ces jours-là, elle ne mangeait que du pain. Mais – car il y a un mais – en réalité le matin elle prenait deux tranches de pain avec son café, puis vers 10 h, où elle avait l’habitude de grignoter, elle reprenait une ou deux tranches de pain, au moment du déjeuner elle engloutissait quasi la quantité équivalente à un repas normal en tranches de pain, elle reprenait une tranche ou deux de pain en milieu d’après-midi à l’heure où elle s’accordait d’habitude un petit goûter, et le soir elle engloutissait encore plusieurs tranches de pain à l’heure du dîner. Elle avait conclu ces explications par ces mots que je cite textuellement : « Finalement, le jeûne au pain et à l’eau, ce n’est pas si difficile et je le supporte très bien ! »
Eh bien, je suis désolé ma chère Sœur, mais prendre de la nourriture, même si ce n’est que du pain, à cinq reprises dans la journée, cela ne fait pas un jour de jeûne.

2) Qui est tenu au jeûne ?
La loi de l’Eglise (contenue dans le code de Droit canonique) stipule que l’obligation du jeûne s’adresse à tous les fidèles à partir de leur majorité jusqu’à l’âge de 60 ans.
Le code précise même « jusqu’à la soixantième année commencée » : cela signifie par exemple que moi qui vais fêter mes 59 ans dans quelques mois, à partir du lendemain de ce 59ème anniversaire je ne serai plus obligé au jeûne (je précise néanmoins que, à moins de problèmes de santé graves, je n’ai aucune intention de cesser de jeûner en entrant dans ma soixantième année : Saint Antoine le Grand et Saint Paul ermite, qui ont l’un et l’autre largement dépassé l’âge de 100 ans, ont jeûné jusqu’à leur mort).
Les personnes malades ne sont pas tenues au jeûne.

3) Une personne normalement tenue au jeûne peut-elle en être dispensée ?
Oui, cela peut arriver, pour de justes raisons. L’une d’entre elles est la maladie, comme dit ci-dessus.
Il peut y avoir d’autres motifs, mais on entre alors dans des cas particuliers, et ce sont les supérieurs ecclésiastiques ou le confesseur qui peuvent, avec la grâce du discernement liée à leur fonction, accorder une dispense ou une mitigation, et non l’intéressé lui-même.
Habituellement, une personne qui reçoit la dispense du jeûne voit celui-ci commué en œuvres de charité, de piété ou de pénitence adaptées à son cas.

4) Que peut-on manger au cours du repas autorisé les jours de jeûne ?
Le jeûne est une privation de la quantité de nourriture, il ne porte pas sur les mets eux-mêmes. C’est l’abstinence qui règle la question des aliments interdits.
Ainsi, jeûner ne signifie pas que l’on ne mange que du pain sec : d’ailleurs les pains modernes achetés dans le commerce, même lorsqu’ils sont dits « complets », conviennent assez mal aux jours de jeûne.
L’unique repas autorisé lors d’un jour de jeûne peut donc comprendre, en quantité modérée, plusieurs types d’aliments. En théorie d’ailleurs, s’il existait un jour de jeûne qui ne fût pas en même temps jour d’abstinence, il serait permis de consommer de la viande lors de l’unique repas autorisé ! 

5) Qu’est-ce que l’abstinence ?
Originellement, l’abstinence est la privation de tous les aliments d’origine animale : viandes, charcuteries, poissons, laitages et fromages, œufs et tous leurs dérivés.
En Occident, au cours des siècles, cette discipline s’est considérablement atténuée pour ne plus être seulement considérée que comme l’interdiction de la viande et de la charcuterie !!!
Précisons encore que l’abstinence n’est pas l’obligation de manger du poisson le vendredi : elle porte sur l’interdiction des mets carnés ! Comme le disait l’un de mes aumôniers lorsque j’étais enfant : « A quoi cela rime-t-il de se priver de steack hâché si c’est pour le remplacer par un délicieux plat de poisson accompagné de mayonnaise ? »
A mon avis, il est nécessaire et urgent que les fidèles de l’Eglise latine redécouvrent le sens de l’abstinence et reviennent à la pratique des origines, qui a été conservée dans un certain nombre d’ordres religieux et dans les Eglises d’Orient.
Qu’on se souvienne de la plainte indignée et baignée de larmes de Notre-Dame de la Salette : « En carême, ils vont à la boucherie comme des chiens ! »

6) Qui est tenu à l’abstinence ?
« Sont tenus par la loi de l’abstinence, dit le code de Droit canonique actuellement en vigueur, les fidèles qui ont 14 ans révolus » (canon 1252). Le même canon ajoute aussi que les parents et éducateurs chrétiens ont le devoir d’éveiller au sens de l’abstinence et de la pénitence les enfants qui n’y sont pas encore obligés.

7) Est-ce vrai que « le dimanche, ce n’est pas carême » ?
Combien de fois n’ai-je pas entendu cette phrase assénée de manière péremptoire (et quasi jubilatoire) !
Selon la Tradition antique (je ne parle pas ici des édulcorations modernes qui lui ont ôté toute vigueur), les dimanches de carême – leur nom même le dit – appartiennent bien au carême : à ce titre l’abstinence y est de règle. C’est le jeûne seul qui est suspendu le dimanche.
En revanche, les jours de très grande fête dont la célébration se produit en carême, telles que la Saint-Joseph et l’Annonciation (ou autres fêtes de première classe du calendrier propre), non seulement le jeûne est suspendu mais, toujours selon la Tradition antique, l’abstinence y est aussi partiellement levée, c’est-à-dire que souvent le poisson va y être permis.

Note :
Il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui disent : « Moi, mon carême, je le fais à ma manière : je ne me prive pas de viande, mais je me prive de bonbons » (ou d’autre chose que l’on aime particulièrement : chocolat, cigarettes, alcool, musique, télévision… etc.).
Nous ne nions pas que cela puisse représenter un vrai sacrifice pour ces personnes, mais ce qu’elles font n’est pas conforme à la demande de l’Eglise.
La valeur des sacrifices accomplis réside d’abord dans l’obéissance par amour à ce que l’Eglise nous demande au nom du Seigneur Jésus. Celui qui « fait un tri » dans les préceptes de l’Eglise et choisit de son propre chef ses pénitences, n’obéit pas à l’Eglise mais à lui-même, et en réalité il place ses propres choix au-dessus des demandes de l’Eglise. Il n’accomplit pas la volonté de Dieu exprimée par les préceptes de l’Eglise, mais il accomplit sa propre volonté !
On ne remplace pas le jeûne et l’abstinence demandés à tous les fidèles par ses propres options de privation, mais on doit d’abord se soumettre à la loi commune ; ensuite, en plus, on peut y ajouter le sacrifice des bonbons, du chocolat, de la cigarette et de la télévision : sacrifices qui prendront toute leur valeur en étant un « plus » ajouté aux observances communes, mais qui n’en auront aucune si on les substitue de son propre chef aux préceptes communs du jeûne et de l’abstinence imposés à tous les fidèles.

nika

Evidemment, nous avons bien conscience que toutes ces précisions peuvent sembler à certains des arguties de casuistes rigoristes : et il n’en manque effectivement pas, surtout dans les rangs de ceux qui sont influencés par le modernisme et qui envoient promener règles et préceptes au prétexte que ce qui compte c’est la « liberté des enfants de Dieu dans l’amour ».
Ces règles et usages pleins de sagesse hérités de vingt siècles de Tradition et d’expériences de la Sainte Eglise ne sont pas des fins en elles-mêmes, mais elles sont les parapets qui bordent une route de montagne surplombant des abîmes pour nous empêcher de tomber dans les précipices de nos fantaisies et de nos jugements personnels. Celui qui s’y soumet dans l’esprit de renoncement à lui-même qu’exige de suivre le Christ Notre-Seigneur portant Sa Croix, accomplit de véritables actes d’amour, pratiques et concrets, qui n’ont rien à voir avec les illusoires mouvements de la sentimentalité.
En effet, pour savoir si l’on aime vraiment quelqu’un, il faut se demander ce que l’on est prêt à sacrifier pour lui. Les sacrifices imposés par la discipline quadragésimale reçue de la sainte Tradition sont des preuves tangibles de notre amour pour le divin Sauveur et de notre fidélité à Son service.

Les Sept Douleurs de Marie (A. Dürer)

Albrecht Dürer : la Mère des Douleurs

2021-14. « Que mangez-vous pendant le carême ? »

Dimanche de la Quinquagésime au soir.

William Bouguereau - Flagellation 1880 - cathédrale de La Rochelle

« Voici que nous montons à Jérusalem et que va s’accomplir pour le Fils de l’homme tout ce qui a été écrit par les prophètes.
En effet, il sera livré aux Gentils, sera bafoué, sera outragé, et sera couvert de crachats ;
et, après l’avoir flagellé, on le fera mourir, et il ressuscitera le troisième jour »
(Luc XVIII, 31-33).

William Bouguereau : la Flagellation -1880
(cathédrale Saint-Louis de La Rochelle) 

scapulaire du Sacré-Coeur

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

« L’observance du Carême est le lien de notre milice ; c’est par elle que nous nous distinguons des ennemis de la Croix de Jésus-Christ ; par elle que nous détournons les fléaux de la divine colère ; par elle que, protégés du secours céleste durant le jour, nous nous fortifions contre les princes des ténèbres. Si cette observance vient à se relâcher, c’est au détriment de la gloire de Dieu, au déshonneur de la religion catholique, au péril des âmes chrétiennes ; et l’on ne doit pas douter que cette négligence ne devienne la source de malheurs pour les peuples, de désastres dans les affaires publiques et d’infortunes pour les particuliers » (S.S. le Pape Benoît XIV – constitution apostolique « Non ambigimus » – 1741).

J’avais déjà eu l’occasion de vous livrer cette belle et importante citation qui nous place en face de nos responsabilités pour ce qui concerne notre observance du saint carême, et sur les conséquences de notre générosité ou de notre manque de générosité dans la pratique de la pénitence qui est pour tous un précepte certain de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous a avertis sans détour : « Si vous ne faites pas pénitence, vous périrez tous ! » (cf. Luc XIII, 5).
Le refus de la pénitence ou la négligence à s’adonner à la pénitence entraînent en effet de grands malheurs dès ici-bas dans la vie personnelle et la vie sociale, et pour l’au-delà le plus grand malheur qui puisse être : la damnation éternelle !

J’ai déjà eu l’occasion de le dire et de le redire (au point que certains commencent à penser que je rabâche), les obligations qui découlent de la discipline actuelle, imposées par le droit canonique en vigueur, sont absolument minimalistes. Cela ne signifie pas pour autant qu’un chrétien qui veut vraiment marcher dans les pas de Notre-Seigneur doive et puisse se contenter du minimum !
C’est dans cette perspective qu’ont été publié dans les pages de ce blogue 1) le petit catéchisme sur le carême et la pénitence (cf. > ici) et 2) un rappel de la discipline antique du carême telle que la prescrivent toujours la plupart des Eglises d’Orient (cf. > ici).
Je puis témoigner devant Dieu et devant les hommes que l’observance de la discipline antique du jeûne et de l’abstinence n’est pas un fardeau insupportable, mais qu’au contraire elle est source d’une grande liberté intérieure et qu’elle a très souvent pour conséquence une immense joie surnaturelle.

Je dois néanmoins ajouter quelques précisions sur lesquelles il n’est jamais inutile d’insister :

1) les trois éléments essentiels du carême sont : la prière, le jeûne et l’aumône.
Tous les trois sont à pratiquer. On ne peut en privilégier un aux dépens des deux autres, ou deux  aux dépens du troisième. La pratique d’un bon carême se fonde sur les trois.

2) l’aumône n’est pas prise sur notre superflu ou prélevée sur des choses qui ne nous feront pas défaut, mais sur ce qui nous est l’occasion d’un vrai sacrifice. Les « économies » que nous réalisons sur la nourriture en particulier (puisque notre nourriture en carême est moins abondante et moins riche) nous permettent de donner davantage à ceux qui sont dans le besoin ; c’est le sens des paroles de la Sainte Ecriture : « Partage ton pain avec l’affamé ». Partager, c’est bien prendre une part de ce qui est à nous pour le donner à celui qui se trouve dans la nécessité : notre part s’en trouve véritablement diminuée.
Il n’est pas normal d’être nourri à satiété pendant le carême ; il est même normal d’y ressentir la faim !

3) le jeûne a pour but de nous rendre plus disponibles à Dieu et au prochain.
Il ressort de là qu’il serait tout-à-fait contraire à son esprit que de passer autant, voire davantage, de temps en cuisine, au prétexte de préparer des « recettes de carême » qui correspondraient matériellement aux règles de l’abstinence (par la privation de tous les mets d’origine animale), mais seraient confectionnées dans le but de flatter le goût et de rechercher des saveurs agréables. Cette manière de faire serait un pur pharisaïsme !
Le jeûne (et le véritable esprit du jeûne) doit nous dégager de la préoccupation excessive de la nourriture et des satisfactions physiques qu’elle apporte : l’allègement dans lequel consiste le jeûne n’est pas seulement une question de quantité de nourriture mais aussi un allègement de sa qualité et un allègement du temps que nous lui consacrons tant pour la préparer que pour la consommer.

Notez que l’on trouve sur Internet (en particulier sur plusieurs sites orthodoxes, puisqu’ils ont gardé la discipline originelle du carême) des recettes de carême que l’on peut confectionner sans aucun produit d’origine animale et sans huile d’olive : chacun peut librement s’en inspirer certes, mais – je me répète – le but du carême n’est justement pas de passer du temps à expérimenter de nouvelles recettes et de se préoccuper de nourriture…

Concrètement, parce qu’un certain nombre de personnes désireuses de mettre en pratique la discipline antique du carême m’ont demandé « Mon Frère, pour nous aider à nous faire une idée de ce que nous pourrions faire, dites-nous comment vous faites ? Que mangez-vous et de quelle manière pendant le carême ? », voici donc ce que je fais moi-même. Je ne prétends pas que cela puisse convenir à tous (en particulier à ceux dont le devoir d’état demande d’accomplir des travaux de force) :

A – Pour les jours de « jeûne ordinaire » (c’est-à-dire tous les jours du carême sauf le mercredi des cendres, les vendredis et les vigiles) :
1) un fruit, pris en début de repas (alternativement pommes, bananes, kiwis, agrumes…),
2) un plat qui sera tantôt des crudités (endives, ou carottes râpées, ou concombres, ou chou râpé, ou betteraves, ou pousses de haricots mungo…), ou bien un plat chaud (haricots verts, ratatouille ou autres bocaux de préparations de l’été précédent), ou bien encore une salade de légumineux (lentilles, pois-chiches) ou une salade de pommes de terre ; à toutes ces salades on peut ajouter, selon les cas, soit des graines (de sésame, de lin, de courges…) soit des raisins de Corinthe.
3) pour terminer, si l’on tient à prendre un dessert (mais ce n’est pas obligé), un yahourt de soja peut très bien faire l’affaire, ou un peu de confiture sur une tranche de tartine de seigle (je ne consomme pas de pain) ;
4) en boisson de l’eau claire, ou bien un grand bol de thé ou de tisane avec une cuiller de miel.

B – Les jours de « grand jeûne » (mercredi des cendres, tous les vendredis, et les vigiles), le repas se compose uniquement de 60 grammes de riz (ou de quinoa), sur lequel on peut verser un peut de sauce soja.

C – Tous les soirs :
une écuelle de soupe.

Vous le voyez, toutes ces choses sont très vite réalisées, sont peu onéreuses, et permettent d’établir un « roulement » que l’on reproduit de semaine en semaine sans qu’on ait à se prendre la tête avec la sempiternelle question-cauchemar des cuisiniers : « mais qu’est-ce que je vais faire à manger aujourd’hui ? »

Philippe de Champaigne : Sainte Face

2021-12. Nous tendons encore une fois la main, pour l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ…

Mardi de la Sexagésime 9 février 2021,
Commémoraison solennelle de la Passion de NSJC ;
Commémoraison de St Cyrille d’Alexandrie, évêque et docteur de l’Eglise ;
Commémoraison de Ste Apolline d’Alexandrie, vierge et martyre ;
Commémoraison de la Bse Anne-Catherine Emmerich, vierge.

Gisant de NSJC 1

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La photographie publiée ci-dessus a été prise ce premier samedi du mois 6 février 2021 dans l’oratoire du Mesnil-Marie après que, avec l’aide précieuse d’amis venus rendre service (qu’ils soient au passage chaleureusement remerciés), nous y avons installé ce gisant de Notre-Seigneur Jésus-Christ que j’avais rapporté la veille – premier vendredi du mois – en auto, mais dans laquelle j’avais dû le laisser, ne pouvant le transporter tout seul en raison de sa taille et de son poids.

J’ai acquis ce gisant auprès d’un antiquaire que je vois assez souvent et qui, au cours de l’été dernier, m’avait annoncé qu’il obtiendrait peut-être cette pièce unique : je lui avais demandé de me tenir informé,  car j’ai depuis toujours désiré qu’il y ait au Refuge Notre-Dame de Compassion un semblable gisant de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Lors de mon pèlerinage en Terre Sainte, au printemps de 1994, je me trouvais à Jérusalem au moment de la Semaine Sainte des Chrétiens d’Orient qui suivent le comput byzantin, et j’ai été profondément marqué par les liturgies de la déposition de Croix et de l’ensevelissement de notre divin Rédempteur.
Ces liturgies existaient jadis aussi dans les liturgies d’Occident, et on en trouve la survivance dans les cérémonies qui existent encore en divers lieux, sous forme de processions, le Vendredi Saint, souvent maintenues par des confréries de pénitents.

Monaco procession du Christ mort

Monaco : procession du Christ mort

A Monaco par exemple, le Vendredi Saint, la procession du Christ mort est toujours suivie avec ferveur. En Belgique, à Lessines, existe depuis le XVème siècle une très populaire procession de la mise au tombeau du divin Crucifié. On connaît aussi les grandes processions de la Semaine Sainte en Espagne, où des représentations des diverses scènes de la Passion – et donc aussi des gisants de Notre-Seigneur – sont portées en des cortèges solennels. A Perpignan, la célèbre « Procession de la Sanch » attire chaque année une grande foule : on y voit aussi le Christ gisant qu’on va ensevelir.
Souvent moins connues, les processions des pénitents se sont aussi plus ou moins maintenues dans le Velay, si proche de nous : certaines confréries ont disparu, d’autres ont de la peine à survivre ; les Pénitents Blancs du Puy-en-Velay jouent toujours un rôle actif et remarqué dans les cérémonies de la Semaine Sainte de la cathédrale et, eux aussi, ils exposent le Vendredi Saint un très ancien gisant du Christ mort.

Le gisant que je viens d’acquérir pour notre Mesnil-Marie provient d’une confrérie de pénitents qui a disparu, et dont une partie des effets et ornements ont été « liquidés ».
Il ne faut pas oublier que dans les années qui ont suivi le concile vaticandeux, sous l’influence d’un clergé en folie qui voulait se débarrasser de tout ce qu’il qualifiait de « doloriste » (terme qui fut par exemple employé par un évêque pour intimer à des religieuses l’ordre de faire disparaître de leur chapelle une grande Piétà), ou de « vestiges d’une piété médiévale » empreinte de « superstition »

Il est important que je précise ici (à l’intention de quelques esprits malveillants qui feraient tout pour me dénoncer comme receleur d’objets volés), que ce gisant a été acquis de manière très légitime par un laïc collectionneur, horrifié par ces liquidations. Après l’avoir conservé pendant des années, il a résolu de s’en défaire ; et c’est ainsi que, par l’entremise de notre ami antiquaire, j’ai pu le racheter afin qu’il soit à nouveau entouré d’une religieuse vénération.

Gisant de NSJC 2

Depuis mon arrivée ici, j’ai le dessein de construire une véritable chapelle, dans laquelle sera exposée la grande statue de Notre-Dame de Compassion (explications > ici) et dans la crypte de laquelle se trouvera une représentation du Saint Sépulcre. Ce gisant y aura tout naturellement sa place.

En attendant, avec les amis qui m’ont aidé à le monter depuis l’auto jusqu’à l’oratoire, nous l’avons déposé de manière tout-à-fait provisoire, sur un lit funèbre réalisé à la hâte au milieu du chœur, en avant du sanctuaire. Comme l’oratoire n’est pas immense, cela n’est pas très pratique pour la circulation (en particulier s’il devait y avoir des célébrations de Messes), mais en cette période d’avant carême cette place est particulièrement idoine à nous faire entrer dans la grande période liturgique de contemplation et d’approfondissement de la douloureuse Passion.
Je dois néanmoins envisager de manière assez urgente une autre disposition. Tout comme il me faut aussi prévoir de faire venir un ébéniste pour réaliser une petite réparation, car les chevilles qui servent à l’assemblage du bras gauche avec l’épaule doivent être remplacées…

Gisant de NSJC 3

Ce gisant semble avoir été sculpté au XVIIIème siècle ou, au plus tard, au début du XIXème siècle, lorsque la restauration religieuse allait de pair avec la Restauration monarchique. Il est en bois plein, mesure environ 1,75 m, avec une polychromie discrète.
Le sculpteur était probablement un imagier local, qui, s’il n’était pas un artiste de renom, a su néanmoins avec piété donner une belle expression au visage de Notre-Seigneur.

L’antiquaire m’a proposé de l’emporter alors que je n’ai pu lui donner qu’une faible part du prix qu’il m’en a demandé.
Un prix, certes, relativement élevé pour les finances du Refuge Notre-Dame de Compassion, mais, compte-tenu de ce que je peux voir sur le marché de l’art religieux, tout-à-fait raisonnable pour une pièce de cette importance et de cette qualité… L’antiquaire sait qu’il peut me faire confiance, et moi je sais que je peux faire confiance en la divine Providence ! 

En fait, il suffit que 120 personnes donnent chacune 10 € et l’antiquaire sera promptement payé
Et si je récolte davantage, cela servira à régler le travail de réparation de l’ébéniste ainsi que les aménagements de l’oratoire. 
Je m’engage à calligraphier la liste des donateurs et à la déposer à l’intérieur du coussin sur lequel Notre-Seigneur repose Sa Tête.

Gisant de NSJC 4

Je remercie par avance tous ceux qui voudront prendre part au règlement de ce très beau gisant et les assure dès à présent de ma prière pleine de gratitude à leurs intentions.

In Corde Iesu & Mariae.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

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2021-11. Saint Cyrille d’Alexandrie, témoin inlassable et ferme de Jésus-Christ, Verbe de Dieu incarné.

9 février,
fête de Saint Cyrille d’Alexandrie, docteur de l’Eglise ;
Mémoire de Sainte Apolline, martyre ;
Mémoire de la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich, vierge de l’Ordre de Saint-Augustin.

Fourvière - mosaïque du concile d'Ephèse

Au concile d’Ephèse (431), Saint Cyrille d’Alexandrie défend la foi de Nicée
(mosaïque de la basilique Notre-Dame de Fourvière, à Lyon)

Saint Cyrille d’Alexandrie, Docteur de l’Eglise

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
donnée à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 3 octobre 2007

Chers frères et sœurs,

Poursuivant notre itinéraire sur les traces des Pères de l’Eglise, nous rencontrons une grande figure : saint Cyrille d’Alexandrie.

Lié à la controverse christologique qui conduisit au Concile d’Ephèse de 431, et dernier représentant important de la tradition alexandrine, dans l’Orient grec, Cyrille fut plus tard défini le « gardien de l’exactitude » – qu’il faut comprendre comme gardien de la vraie foi – et même « sceau des Pères ». Ces antiques expressions expriment un fait qui est caractéristique de Cyrille, c’est-à-dire la référence constante de l’évêque d’Alexandrie aux auteurs ecclésiastiques précédents (parmi ceux-ci, Athanase en particulier), dans le but de montrer la continuité de sa théologie avec la tradition. Il s’insère volontairement, explicitement dans la tradition de l’Eglise, dans laquelle il reconnaît la garantie de la continuité avec les Apôtres et avec le Christ lui-même. Vénéré comme saint aussi bien en Orient qu’en Occident, saint Cyrille fut proclamé Docteur de l’Eglise en 1882 par le Pape Léon XIII, qui, dans le même temps, attribua ce titre également à un autre représentant important de la patristique grecque, saint Cyrille de Jérusalem. Ainsi, se révélaient l’attention et l’amour pour les traditions chrétiennes orientales de ce Pape, qui voulut ensuite proclamer saint Jean Damascène Docteur de l’Eglise, montrant ainsi que tant la tradition orientale qu’occidentale exprime la doctrine de l’unique Eglise du Christ.

On sait très peu de choses sur la vie de Cyrille avant son élection sur l’important siège d’Alexandrie. Neveu de Théophile, qui en tant qu’évêque, dirigea d’une main ferme et avec prestige le diocèse alexandrin à partir de 385, Cyrille naquit probablement dans la même métropole égyptienne entre 370 et 380. Il fut très tôt dirigé vers la vie ecclésiastique et reçut une bonne éducation, tant culturelle que théologique. En 403, il se trouvait à Constantinople à la suite de son puissant oncle et il participa dans cette même ville au Synode appelé « du Chêne », qui déposa l’évêque de la ville, Jean (appelé plus tard Chrysostome), marquant ainsi le triomphe du siège alexandrin sur celui, traditionnellement rival, de Constantinople, où résidait l’empereur. A la mort de son oncle Théophile, Cyrille encore jeune fut élu évêque de l’influente Eglise d’Alexandrie en 412, qu’il gouverna avec une grande énergie pendant trente-deux ans, visant toujours à en affirmer le primat dans tout l’Orient, également fort des liens traditionnels avec Rome.

Deux ou trois ans plus tard, en 417 ou 418, l’évêque d’Alexandrie se montra réaliste en recomposant la rupture de la communion avec Constantinople, qui durait désormais depuis 406, suite à la déposition de Jean Chrysostome. Mais l’ancienne opposition avec le siège de Constantinople se ralluma une dizaine d’années plus tard, lorsqu’en 428, Nestor y fut élu, un moine sévère et faisant autorité, de formation antiochienne. En effet, le nouvel évêque de Constantinople suscita très vite des oppositions, car dans sa prédication, il préférait pour Marie le titre de « Mère du Christ » (Christotòkos), à celui – déjà très cher à la dévotion populaire – de « Mère de Dieu » (Theotòkos). Le motif de ce choix de l’évêque Nestor était son adhésion à la christologie de type antiochien qui, pour préserver l’importance de l’humanité du Christ, finissait par en affirmer la division de la divinité. Et ainsi, l’union entre Dieu et l’homme dans le Christ n’était plus véritable, et, naturellement, on ne pouvait plus parler de « Mère de Dieu ».

La réaction de Cyrille – alors le plus grand représentant de la christologie alexandrine, qui entendait en revanche profondément souligner l’unité de la personne du Christ – fut presque immédiate, et se manifesta par tous les moyens déjà à partir de 429, s’adressant également dans quelques lettres à Nestor lui-même. Dans la deuxième (PG 77, 44-49) que Cyrille lui adressa, en février 430, nous lisons une claire affirmation du devoir des Pasteurs de préserver la foi du Peuple de Dieu. Tel était son critère, par ailleurs encore valable aujourd’hui : la foi du Peuple de Dieu  est  l’expression de la tradition, elle est la garantie de la saine doctrine. Il écrit ainsi à Nestor :  « Il faut exposer au peuple l’enseignement et l’interprétation de la foi de la manière la plus irrépréhensible, et rappeler que celui qui scandalise ne serait-ce qu’un seul des petits qui croient dans le Christ subira un châtiment intolérable ».

Dans cette même lettre à Nestor – une lettre qui plus tard, en 451, devait être approuvée par le concile de Chalcédoine, le quatrième concile œcuménique – Cyrille décrit avec clarté sa foi christologique : « Nous affirmons ainsi que les natures qui se sont unies dans une véritable unité sont différentes, mais de toutes les deux n’a résulté qu’un seul Christ et Fils ; non parce qu’en raison de l’unité ait été éliminée la différence des natures, mais plutôt parce que divinité et humanité, réunies en une union indicible et inénarrable, ont produit pour nous le seul Seigneur et Christ et Fils ». Et cela est important : réellement, la véritable humanité et la véritable divinité s’unissent en une seule Personne, Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est pourquoi, poursuit l’évêque d’Alexandrie, « nous professerons un seul Christ et Seigneur, non dans le sens où nous adorons l’homme avec le Logos, pour ne pas insinuer l’idée de la séparation lorsque nous disons « avec », mais dans le sens où nous adorons un seul et le même, car son corps n’est pas étranger au Logos, avec lequel il s’assied également aux côtés de son Père, non comme si deux fils s’asseyaient à côté de lui, mais bien un seul uni avec sa propre chair ».

Très vite, l’évêque d’Alexandrie, grâce à de sages alliances, obtint que Nestor soit condamné à plusieurs reprises : par le siège romain, puis par une série de douze anathèmes qu’il composa lui-même et, enfin, par le Concile qui se tint à Ephèse en 431, le troisième concile œcuménique. L’assemblée, qui connut des épisodes tumultueux et une alternance de moments favorables et de moments difficiles, se conclut par le premier grand triomphe de la dévotion à Marie  et  avec  l’exil  de l’évêque de Constantinople, qui ne voulait pas reconnaître à la Vierge le titre de « Mère de Dieu », à cause d’une christologie erronée, qui suscitait des divisions dans le Christ lui-même. Après avoir ainsi prévalu sur son rival et sur sa doctrine, Cyrille sut cependant parvenir, dès 433, à une formule théologique de compromis et de réconciliation avec les Antiochiens. Et cela aussi est significatif : d’une part, il y a la clarté de la doctrine de la foi, mais de l’autre, également la recherche intense de l’unité et de la réconciliation. Au cours des années suivantes, il se consacra de toutes les façons possibles à défendre et à éclaircir sa position théologique jusqu’à sa mort, qui eut lieu le 27 juin 444.

Les écrits de Cyrille – vraiment très nombreux et largement publiés également dans diverses traductions latines et orientales déjà de son vivant, témoignant de leur succès immédiat – sont d’une importance primordiale pour l’histoire du christianisme. Ses commentaires de nombreux livres vétéro-testamentaires et du Nouveau Testament, parmi lesquels tout le Pentateuque, Isaïe, les Psaumes et les Evangiles de Jean et de Luc, sont importants. Ses nombreuses œuvres doctrinales sont également notables ; dans celles-ci revient la défense de la foi trinitaire contre les thèses ariennes et contre celles de Nestor. La base de l’enseignement de Cyrille est la tradition ecclésiastique, et en particulier, comme je l’ai mentionné, les écrits d’Athanase, son grand  prédécesseur sur le siège alexandrin. Parmi les autres écrits de Cyrille, il faut enfin rappeler les livres « Contre Julien », dernière grande réponse aux polémiques antichrétiennes, dictée par l’évêque d’Alexandrie probablement au cours des dernières années de sa vie, pour répondre à l’œuvre « Contre les Galiléens », écrite de nombreuses années auparavant, en 363, par l’empereur qui fut qualifié d’Apostat pour avoir abandonné le christianisme dans lequel il avait été éduqué.

La foi chrétienne est tout d’abord une rencontre avec Jésus, « une Personne qui donne à la vie un nouvel horizon » (Enc. Deus caritas est, n. 1). Saint Cyrille d’Alexandrie a été un témoin inlassable et ferme de Jésus-Christ, Verbe de Dieu incarné, soulignant en particulier son unité, comme il le répète en 433 dans la première lettre (PG 77, 228-237) à l’évêque Succenso :  « Un seul est le Fils, un seul le Seigneur Jésus Christ, que ce soit avant l’incarnation ou après l’incarnation. En effet, le Logos né de Dieu le Père n’était pas un fils, et celui né de la Sainte Vierge un autre fils ; mais nous croyons que précisément Celui qui existe depuis toute éternité est né également selon la chair d’une femme ». Cette affirmation, au-delà de sa signification doctrinale, montre que la foi en Jésus Logos né du Père est également bien enracinée dans l’histoire, car, comme l’affirme saint Cyrille, ce même Jésus est venu dans le temps avec la naissance de Marie, la Theotòkos, et il sera, selon sa promesse, toujours avec nous.
Et cela est important : Dieu est éternel, il est né d’une femme, et il reste avec nous chaque jour. Nous  vivons  dans  cette  certitude, en elle  nous  trouvons  le  chemin de notre vie.

Fourvière - mosaïque du concile d'Ephèse détail - Saint Cyrille d'Alexandrie

Saint Cyrille d’Alexandrie défendant pour la Vierge Marie le titre de « Mère de Dieu »
comme expression de la véritable foi de Nicée
(détail de la mosaïque de la basilique Notre-Dame de Fourvière, à Lyon)

2021-8. « On ne transige pas avec une maladie : on en guérit ou on en meurt. »

Nous sommes infiniment reconnaissants à Monsieur l’Abbé Sébastien Dufour de nous avoir transmis et permis de publier ici le texte de sa très poignante et magnifique prédication de ce 21 janvier 2021, prononcée lors de la Sainte Messe de Requiem qu’il a célébrée en l’église Notre-Dame, à Valence.
Nous ne doutons pas qu’elle fera du bien à l’âme de beaucoup de nos lecteurs et qu’elle les fortifiera dans leur attachement à la Royauté traditionnelle et dans leur fidélité catholique et royale.

Valence - 21 janvier 2021

frise lys

On ne transige pas avec une maladie : on en guérit ou on en meurt.

L’exécution du Roi Louis XVI le 21 janvier 1793 est le symptôme le plus sensible de cette maladie mortelle qui s’est attaqué à tout le corps de notre pays, de l’Etat (en haut) jusqu’à la famille (en bas), je parle de la Révolution ; et la foi catholique, meilleure défense immunitaire contre cette maladie, ne protège plus qu’une minorité de Français.

Oui, la Révolution atteint tout le corps social jusqu’à la famille : éclatement de la famille ; destruction de l’autorité paternelle ; déchéance de la beauté maternelle ; profanation de la sainteté du lit conjugal ; disparition des traditions familiales ; vulgarité et corruption des enfants par l’impureté et l’ivresse ; infanticide de plus de 200 000 enfants chaque année par le crime odieux de l’avortement.

Tout ce que vit aujourd’hui la famille est déjà en germe dans la Révolution.

Car ce que vit aujourd’hui la famille, n’est-ce pas ce qui arriva d’une certaine manière à la famille royale de France ?

L’autorité du père fut abattue lorsque le Roi Louis XVI fut guillotiné.
Cette violence faite au père de la Patrie n’est d’ailleurs pas sans conséquence sur la religion, c’est-à-dire sur les rapports entre l’homme et ce Dieu trinitaire qui nous demande de l’appeler « Père ».
C’est ce dont témoigna le petit Dauphin lorsque sa mère, la Reine Marie-Antoinette vint le réveiller le jour du 21 janvier : « Mon enfant, il faut penser au Bon Dieu » ; « Maman, répondit le Dauphin, moi aussi, j’ai bien pensé au Bon Dieu, mais quand j’appelle la pensée du Bon Dieu, toujours l’image de mon père descend devant moi ».

La beauté de la figure maternelle est souillée en la personne de la Reine Marie-Antoinette qu’on insulta et calomnia sans mesure et, lors de son procès inique, qu’on accusa du pire des crimes que puisse commettre une mère à l’endroit de son enfant.
Finalement la Reine aussi sera guillotinée le 16 octobre 1793.

Après l’exécution de leur père et de leur mère, puis de leur sainte tante, Madame Elisabeth, le 10 mai 1794, les deux enfants royaux restent seuls, Marie-Thérèse n’a que 14 ans et le petit roi Louis XVII n’a que 8 ans.

Ce que l’on fit subir à cet enfant-roi résume toute l’ignominie de la Révolution.

Car que fit-on subir à cet enfant encombrant ?
Ne pouvant ni l’exiler, ni l’empoisonner, ni l’exécuter, on décide de « s’en défaire ».
Le procédé consistait à conduire à la mort, par un abrutissement lent, l’héritier du sang royal.
Le responsable des prisonniers affirme : « Je l’éloignerai de sa famille, pour lui faire perdre l’idée de son rang. »

Le 3 juillet 1793, le petit garçon déjà malade est arraché sans ménagement à l’amour de sa mère qui lui dit d’une voix douce : « Mon enfant, souvenez-vous de vos devoirs quand je ne serai plus auprès de vous pour vous les rappeler. N’oubliez jamais le bon Dieu qui vous met à l’épreuve, ni votre mère qui vous aime. Soyez sage, patient et honnête, et votre père vous bénira du haut du ciel. »

Ce petit Roi désormais solitaire est confié à la garde d’un cordonnier illettré appelé Simon et de sa femme, qui travaillent à sa dépravation morale : on lui apprend à jurer, à blasphémer, à renier son origine, on le coiffe du bonnet révolutionnaire, on l’abreuve d’alcool pour lui faire chanter la Carmagnole et lui faire dire des grossièretés.
Pour le faire obéir, Simon le gifle et le menace de la guillotine, menace qui, pour le fils de Louis XVI, n’a rien de théorique et qui le plonge dans une profonde terreur.

On empêche même le petit roi de prier.
Une nuit du mois de janvier, son geôlier le surprit les mains jointes et à genoux, priant Dieu.
Il se leva aussitôt et versa sur la tête de l’enfant une cruche remplie d’eau glacée : « Je t’apprendrai, lui dit-il, à faire tes patenôtres et à te lever la nuit comme un trappiste. »
Puis, s’armant de son soulier à gros clous, il frappa furieusement l’enfant.

Le 6 août, une ville s’était soulevée au cri de « vive le Roi Louis XVII ! », Simon se moqua du petit roi en annonçant : « Voici le Roi. Je m’en vais l’oindre, l’encenser et le couronner ! » ; et, joignant le geste à la parole, il l’oignit en lui renversant son verre sur la tête et en lui frottant cruellement les tempes, l’encensa en lui soufflant des bouffées de tabac au visage et le couronna en le coiffant du bonnet phrygien.
Devant la petite figure rouge de colère et de honte de Louis XVII, Simon demanda alors : « Que me ferais-tu, Capet, si tes amis te délivraient et si tu devenais Roi de France pour de vrai ? »
Et alors cet enfant imposa le silence et le respect à tout le monde en répondant : « Je vous pardonnerais ».

Malgré tout ce que Louis-Charles avait déjà subi, le pire n’arriva que le 19 janvier 1794, quand la Convention décida qu’elle avait assez perdu de temps avec le petit roi.
Commence alors la période de l’emmurement.

Le jeune roi, qui va sur ses neuf ans, est jeté au fond de sa chambre, dont on condamne porte et fenêtre.
Il vivra désormais dans cette pièce minuscule, où n’entre pas même la lumière.
La nourriture lui est passée à travers un guichet.L’enfant malade va vivre pendant six mois sans interruption au milieu des ordures, sans visite, ni lumière, ni livre, ni jouet pour se distraire.

Après la chute de Robespierre, le 27 juillet 1794, Barras se rend au Temple et découvre dans une chambre ténébreuse, un enfant de neuf ans, incapable de marcher, à demi enveloppé d’un linge crasseux et d’un pantalon en guenilles, et qui gisait, immobile sur un lit sale, le visage maigre et ravagé par la misère.
Sa tête et son cou étaient rongés par des plaies purulentes.
La vermine lui couvrait aussi tout le corps et la saleté collait ses beaux cheveux blonds qu’aurait du ceindre un jour la couronne de France.
Il était trop tard pour faire quoi que ce soit pour sauver l’enfant-roi qui disait : « Et pourtant, je n’ai fait de mal à personne ! ».

Dans la nuit du dimanche au lundi 8 juin 1795, l’enfant agonise. Au matin il prend la main de son gardien qui lui demande :
« J’espère que vous ne souffrez pas dans ce moment ?
- Oh, si ! je souffre encore, mais beaucoup moins : la musique est si belle !
- De quel côté entendez-vous cette musique ?
- De là-haut ! Est-ce que vous n’avez pas entendu ? Écoutez ! Écoutez ! »
Et l’enfant, d’un geste vif, indique le Ciel.
Puis, après quelques instants, l’enfant tressaille et s’écrie : « Au milieu de toutes les voix, j’ai reconnu celle de ma mère ! ».
Alors le petit roi rendit son âme angélique à Dieu et rejoignit le Ciel pour y retrouver et reformer sa royale famille.

Le « sang » qui abreuve le sillon de notre hymne national, c’est celui d’un roi et d’une reine innocents, c’est celui de tout un peuple persécuté pour sa foi et sa fidélité à l’Eglise Catholique.
C’est aussi celui d’un petit enfant martyr, victime d’une révolution qui prétendait instaurer la fraternité, enfant qui n’avait commis d’autre crime que celui d’être un descendant de saint Louis.

Clémenceau a dit : « La Révolution c’est un bloc ». Il a raison. Et c’est parce que c’est un bloc qui nous la rejetons en bloc.
Alors non, non, non, nous n’irons pas jouer le jeu de la république laïque et révolutionnaire car on ne transige pas avec une maladie : on en guérit ou on en meurt.

Icône des martyrs royaux filigranée 421x600

La sainte icône de la famille royale martyre
(explication > ici)

frise lys

2021-5. « Si chaque baptisé était habité par la foi d’un Louis XVI, la morgue républicaine se serait effacée depuis longtemps.»

Prédication du Révérend Père Jean-François Thomas s.j.
à la Messe solennelle de Requiem
célébrée à la pieuse mémoire de Sa Majesté le Roi Louis XVI

Eglise Saint-Eugène-Sainte-Cécile
Paris

jeudi 21 janvier 2021

frise lys deuil

Nous sommes encore une fois infiniment reconnaissants envers le Révérend Père Thomas qui nous a adressé le texte de la prédication qu’il a donnée en l’église Saint-Eugène & Sainte-Cécile de Paris à l’occasion de la Sainte Messe solennelle de Requiem qui a été célébrée ce jeudi 21 janvier 2021, à l’occasion du 228ème anniversaire du martyre de SMTC le Roi Louis XVI, et qui nous a autorisés à le publier dans les pages de ce blogue.

apothéose de louis XVI

L’apothéose de Louis XVI
(gravure de l’époque de la Restauration)

 Trois lys blancs

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Mes chers Frères,

Le ciel est bas et gris en ce Paris du 21 janvier 1793. La foule est dense tout au long du sinistre cortège amenant le fils de saint Louis à l’échafaud. Elle l’est encore plus autour de cette guillotine dont le couperet tombe avec un bruit sec et sifflant à 10h 10. Louis-Marie Prudhomme, cet imprimeur et éditeur jacobin du journal Les Révolutions de Paris (qui mourra de sa belle mort à Paris sous la Restauration), écrit, lyrique et prophétique : « Un citoyen monta sur la guillotine, et plongeant son bras nu dans le sang de Capet qui s’était amassé en grande abondance, il en prit des caillots plein la main et en aspergea par trois fois la foule des assistants qui se pressaient au pied de l’échafaud pour en recevoir chacun une goutte sur le front. – Frères, disait le citoyen en faisant son aspersion, frères, on nous a menacés que le sang de Louis Capet retomberait sur nos têtes ; eh bien ! qu’il y retombe. » Quelques dix-huit cents ans auparavant, des mots semblables avaient été prononcés, -tant les hommes sont toujours et partout de la même étoffe, sous le ciel de Jérusalem : « Pilate voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l’eau et se lava les mains devant le peuple, disant : Je suis innocent du sang de ce juste : voyez vous-mêmes. Et tout le peuple répondant, dit : Son sang sur nous et sur nos enfants !» (Matthieu, XXVII.24-25). Le sang que les prêtres du Temple répandaient sur les têtes lors des sacrifices était purificateur, comme le sera, éminemment et de façon définitive, le Sang du Maître crucifié par et pour le péché des hommes. Sur la place de la Révolution, ancienne place Louis XV, en ce matin d’hiver, la singerie et la parodie sacrilèges des sans-culottes imitant diaboliquement l’aspersion sainte et trinitaire avec le sang du Lieutenant du Christ vont prendre la France dans l’étau de son propre parjure. Oui, le sang versé est retombé sur nos têtes, et il ne cesse d’y couler, non point pour notre rachat puisque la république n’a jamais fait acte de repentir, – elle qui pourtant a souvent la repentance à la bouche lorsqu’il s’agit de dégrader un peu plus l’honneur flétri de notre pays, mais pour notre terrible destinée d’héritiers dépouillés et errants, vivant dans les guenilles spirituelles d’un faste perdu. « Le sang de Louis Capet est de l’eau bénite » dira un des enragés assistant à l’exécution tandis que la foule bat des mains. La terre de France, celle qui avait reçu l’eau du baptême de Clovis et de ses guerriers, celle qui avait été purifiée par le sang de tant de martyrs, a bu le sang du Roi et des victimes de la Révolution. Ce sang innocent ne crie pas vengeance car telle n’est pas l’attitude du témoin qui donne sa vie pour la foi. La punition est celle que s’inflige notre pays en refusant de courber la tête et de tourner le dos à ses erreurs et à ses crimes. Les révolutionnaires voulurent réduire à néant l’âme millénaire de la France en créant un monde nouveau, libéré de Dieu, mais ils ne réussirent qu’à instaurer des ténèbres qui ne cessent de s’épaissir puisque les « valeurs républicaines » sont le plus souvent des armes contre le droit naturel et la grâce surnaturelle.

Il est légitime de s’appliquer à retracer le martyre de Louis XVI, vraiment tué par haine du divin. L’Église, en France, n’a guère combattu, sauf exceptions, pour canoniser le Roi, la Reine, le malheureux Dauphin, Madame Élisabeth et tous ceux assassinés eux aussi comme symboles d’une société, certes pécheresse, mais vivant sous le regard de Dieu. Notre Roi pourtant, sans calcul ni affectation, imita dans son abaissement la Passion de Notre Seigneur. L’abbé Edgeworth, accompagnant le condamné jusqu’au dernier instant, rapporta comment Louis XVI, refusant d’avoir les mains liés, se laissa faire lorsque son ultime confesseur lui dit, dans les larmes et au milieu des roulements de tambours : «  Sire, dans ce nouvel outrage, je ne vois qu’un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être sa récompense. » Et le Roi de répondre, les yeux vers le ciel : « Assurément, il ne faut rien de moins que son exemple pour que je me soumette à un pareil affront. » Puis, s’adressant aux bourreaux : «  Faites ce que vous voudrez, je boirai le calice jusqu’à la lie. » Une telle attitude de noblesse, de courage et d’abandon à la divine volonté n’est pas une posture, et ses ennemis eux-mêmes ne s’y sont point trompés car les bougres étaient tout entiers pétris de farine chrétienne. Le procureur-syndic de la Commune Pierre Manuel, qui participa aussi aux massacres de juin et de septembre 1792, et qui se repentira par la suite, déclara, pour s’en lamenter, au journal La Révolution de 92 le 18 janvier 1793, trois jours donc avant l’exécution : « Si Louis XVI subit son jugement, comme il n’est plus possible d’en douter, la mort de Louis de Louis XVI sera la mort d’un saint. » Prudhomme, dans Les Révolutions de Paris, écrira de même : « Les prêtres et les dévotes qui déjà cherchent sur le calendrier une place à Louis XVI parmi les martyrs, ont fait un rapprochement de son exécution et de la Passion de leur Christ. » Hébert, dans l’épouvantable publication Le Père Duchesne, partagera une prédiction semblable : « Le pape va en faire un nouveau saint ; déjà les prêtres achètent ses dépouilles et en font des reliques ; déjà les vieilles dévotes racontent des miracles de ce nouveau saint. » Hélas, si les petites gens et le bas clergé ne se trompèrent point sur la conformité étonnante, presque un décalque, entre la mort du Roi et la Passion du Sauveur, la prophétie des révolutionnaires, qui eurent là une conviction unanime, ne trouva aucun écho à Rome, ni alors, ni par la suite, et le haut clergé de la Restauration ne montra guère d’enthousiasme à élever le Roi martyr sur les autels car sa mort soulignait trop les lâchetés, les abandons et les apostasies de cette époque tragique. Le bourreau Sanson semble avoir reçu plus de lumière surnaturelle lorsqu’il envoie une lettre au journal Le Thermidor, publiée le 22 février 1793 : «  Et pour rendre hommage à la vérité, il (le roi) a soutenu tout cela avec un sang-froid et une fermeté qui nous a tous étonnés. Je reste très convaincu qu’il avait puisé cette fermeté dans les principes de la religion dont personne plus que lui ne paraissait pénétré ni persuadé. » La voix des ennemis et des persécuteurs fait plus autorité que les panégyriques faciles pour affirmer et révéler la vérité. Tel fut le cri du centurion et des soldats gardant les condamnés du Golgotha lorsque Notre Seigneur expira : « Vraiment, celui-ci était le fils de Dieu. »

Par sa mort ignominieuse, Louis XVI scelle de façon glorieuse sa vocation de Lieutenant du Christ. Il n’est jamais aussi grand, – lui qui, contrairement à la légende entretenue y compris parmi les nobles de la Cour, ne fut jamais médiocre et petit, que lorsqu’il offre sa vie pour son Dieu et pour ses peuples. Lorsque le 2 septembre 1792, furent massacrés, au couvent des Carmes de la rue de Vaugirard, bien des prêtres et des religieux, dont le père général des Eudistes, Hébert qui était le confesseur de Louis XVI, les révolutionnaires trouvèrent sur tous les corps une image au double Cœur, Celui Sacré de Jésus et Celui Immaculé de Marie, et une prière à la Très Sainte Vierge « que les personnes pieuses sont invitées à réciter tous les jours pour le Roi. » Elle commence par ces mots : « Divine mère de mon Sauveur, qui, dans le temple de Jérusalem avez offert à Dieu le Père, Jésus-Christ son fils et le vôtre, je vous offre à vous-même notre roi bien-aimé Louis XVI. C’est l’héritier de Clovis, de sainte Clothilde, de Charlemagne, le fils de la pieuse Blanche de Castille, de saint Louis, de Louis XIII, de la vertueuse Marie de Pologne et du religieux prince Louis dauphin, que je vous présente. » Voici donc le roi présenté par ses sujets au Maître de tous, ceci dans un acte d’offrande qui ne peut conduire qu’au sacrifice suprême car, comme Jésus dans le temple des holocaustes, tout agneau doit finir égorgé. Sur l’échafaud, Louis XVI connaît le dernier rite de son sacre de Reims. Celui qui fut oint doit verser son sang, non point pour la malédiction des bourreaux mais pour le pardon de ceux qui ne savent ce qu’ils font. La garde révolutionnaire eut ordre de couvrir toute tentative de prise de parole du Roi près de la guillotine. Il parla cependant mais ne fut entendu que de quelques-uns, qui rapportèrent tous les mêmes paroles : « Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute, je pardonne à mes ennemis, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France. » Puis, plaçant la tête sous le couperet : « Je remets mon âme à Dieu. »

Le Roi a pardonné, comme Notre Seigneur a pardonné, mais nous sommes marqués comme Caïn car l’orgueil du régime politique dans lequel nous essayons de survivre n’a jamais voulu fléchir. Depuis plus de deux siècles, malgré quelques éclaircies trop brèves, la révolution philosophique et bourgeoise, a poursuivi ses méfaits, vidant peu à peu de sa substance l’âme de la France en légalisant tous les crimes, toutes les immoralités, en imposant sa marque sur tout être et sur toute chose. La république installée dans les palais royaux croit sans doute que son règne durera mille ans. Elle se trompe, car les colosses ont toujours des pieds d’argile. Elle n’est qu’une pauvresse face à l’héritage des siècles et ses géants sont lilliputiens comparés à nos ancêtres les plus humbles. Il est tentant de la moquer et de la mépriser, en rejetant sur elle toutes les causes de nos maux, mais nous ne devons pas oublier que nous participons de son jeu, ne serait-ce que par notre silence et notre inaction. Dédaigner ne suffit pas. Louis XVI a été roi jusqu’au bout, même dépouillé de ses titres, de son pouvoir, de sa liberté. Il le fut car d’abord chrétien. Georges Bernanos s’adressait ainsi aux Français durant la dernière guerre : « Le grand malheur de ce monde, la grande pitié de ce monde, ce n’est pas qu’il y ait des impies, mais que nous soyons des Chrétiens si médiocres, car je crains de plus en plus que ce soit nous qui perdions le monde, que ce soit nous qui attirions sur lui la foudre. »

Si chaque baptisé était habité par la foi d’un Louis XVI, la morgue républicaine se serait effacée depuis longtemps. Le Roi ne s’est pas contenté de demeurer sur la défensive. Il a vécu et parlé en lieutenant du Christ jusqu’à la fin. Ceux qui approchaient Notre Seigneur lui donnaient le titre de « Fils de David ». Louis XVI fut fils de saint Louis, et plus encore, fils du Christ après avoir été son serviteur et son lieutenant. À l’image de son Souverain, il s’humilia lui-même en se faisant obéissant jusqu’à la mort. Qu’il intercède pour nous, pauvres soldats toujours dans la tourmente et sous la mitraille.

 Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

P.Jean-François Thomas s.j.
Cœur Immaculé de Marie, Refuge des pécheurs, s. Marcel
16 janvier 2021

Pour revoir l’intégralité de la Messe solennelle de Requiem
célébrée ce jeudi 21 janvier 2021
en l’église Saint-Eugène & Sainte-Cécile à Paris,
faire un clic droit sur l’image ci-dessous,
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frise lys deuil

2020-129. Message de Sa Majesté le Roi Louis XX au soir du 31 décembre 2020.

31 décembre 2020

Voeux famille royale 31 décembre 2020

Après l’année éprouvante qui s’achève avec son lot d’incertitudes et d’interrogations, la princesse Marie-Marguerite et moi, confiants en l’avenir, nous souhaitons à vous tous, à vos familles et à ceux qui vous sont proches, nos vœux chaleureux de prospérité, de santé et de bonheur pour l’année qui s’ouvre.
Que Notre-Dame et tous les saints veillent sur la France et son salut.

Louis de Bourbon,
Duc d’Anjou.

Grandes armes de France

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