Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2017-80. Des Quatre-Temps.

Vendredi 22 septembre 2017,
Octave de Notre-Dame des Sept-Douleurs,
Mémoire du vendredi des Quatre-Temps d’automne,
Mémoire de Saint Maurice et de ses compagnons, martyrs de la Légion Thébaine,
Mémoire de Saint Thomas de Villeneuve, évêque et confesseur.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce matin, après que mon papa-moine a mis son thé à infuser, je me suis installé – ainsi que je le fais souvent – à côté de son bol.
J’attendais, j’attendais, j’attendais…
Je regardais Frère Maximilien-Marie avec insistance…
Mais rien ne venait…

Lully et le jeûne des Quatre-Temps

Ah ! J’avais oublié les Quatre-Temps… et de toute façon, nous sommes vendredi, jour d’abstinence !
Il paraît que j’avais un air particulièrement dépité.
J’ai bien essayé d’attendrir Frère Maximilien-Marie, mais il a été intraitable : « Tu es un chat monastique : tu bénéficies de tous les « privilèges » de la vie religieuse et tu dois en assumer aussi les obligations quant à la pénitence ! »
Je n’ai donc pas eu ma lichette de beurre.
Frère Maximilien-Marie est de plus en plus strict pour l’observance des jours de jeûne et d’abstinence, parce que nous ne nous contentons pas des seules obligations imposées par le droit canonique actuellement en vigueur mais que, au Mesnil-Marie, nous avons repris la discipline et les usages monastiques antiques, ce qui fait que nous avons un peu plus du tiers de l’année en jours d’abstinence (et chez nous l’abstinence est la privation de tout met d’origine animale, ce qui englobe non seulement la viande mais aussi le poisson, les oeufs et tous les laitages), dont environ la moitié sont des jours de jeûne.

Alors, parce que vous aussi bien que moi avons tous besoin qu’on nous rafraîchisse la mémoire, je me suis décidé à vous rapporter ici ce que l’abbé Meusy expliquait à propos des Quatre-Temps dans son excellent « Catéchisme historique, dogmatique et moral des fêtes principales » (deuxième édition, 1775).

pattes de chatLully.

Prière et jeûne pour la France

Histoire des Quatre-Temps :

« Plusieurs critiques prétendent que les Quatre-Temps ne sont point d’institution apostolique, parce que, disent-ils, dans les monuments ecclésiastiques, qui peuvent constater ce fait, nous n’en voyons aucun qui leur assure cette origine ; d’ailleurs, ajoutent-ils, Tertullien, Eusèbe, Saint Jérôme, qui ont parlé très souvent des jeûnes, ne font aucune mention de ceux des Quatre-Temps. Ces auteurs sont contredits par un grand nombre d’autres dont les preuves semblent décisives, au-moins pour ce qui regarde les Quatre-Temps de la Pentecôte & ceux du mois de septembre, qui paraissent remonter jusqu’aux Apôtres. Suivant le Père Thomassin, Saint Augustin parle des Quatre-Temps établis à Rome : Saint Chrysostome dit formellement que les Quatre-Temps après la Pentecôte viennent des Apôtres, & ce saint Docteur était très instruit des usages de l’Eglise. Saint Léon, dans ses Sermons des jeûnes du dixième mois (septembre), assure que les Apôtres ont établi les Quatre-Temps qu’on y observe, ex Apostolica traditione ; & il ajoute que ceux-ci ont été ordonnés immédiatement après la récolte, afin de nous apprendre à user sobrement des biens que nous recueillons, & à en faire part aux pauvres. Le saint Docteur dit encore que les Quatre-Temps ont été fixés dans les quatres saisons de l’année, pour expier par les jeûnes & la prière les négligences & les fautes qui nous échappent sans cesse. Les Quatre-Temps étaient observés universellement dans l’Eglise Latine au temps du Pape Grégoire VII.
Le Pape Gélase, sur la fin du cinquième siècle, fixa les ordinations des Prêtres & des Diacres aux samedis des Quatre-Temps & à la mi-Carême, ce qui distingua ces jours d’une manière particulière : cette fixation néanmoins ne fut pas rigoureusement observée ; on ordonnait souvent des Ministres pour l’Autel suivant le besoin de l’Eglise, & sans égard au temps. Grégoire III au huitième siècle, Urbain II au onzième, renouvellèrenet ce point de discipline ; il le fut encore sous ce dernier Pape par un décret du concile de Plaisance, qui fixa enfin les Quatre-Temps aux jours où ils s’observent encore ; de là est venue la coutume de regarder les Quatre-Temps comme des jours consacrés au jeûne & à la prière, dans la vue d’obtenir de Dieu de dignes Ministres des saints Autels.
Il y eut de la variété dans les différentes Eglises sur le jeûne des Quatre-Temps. Quoique ce jeûne fut au moins connu, suivant les uns, depuis Saint Léon, suivant d’autres depuis Saint Silvestre, probablement même depuis les Apôtres, il ne fut admis en France qu’au temps de Charlemagne. Ce Prince & Louis le Débonnaire son fils le prescrivirent dans leurs capitulaires. L’usage des jeûnes n’étant pas encore uniforme, Grégoire XII, au rapport du Micrologue, les fixa enfin comme nous les voyons. »

Catéchisme sur les Quatre-Temps

Demande. Qu’est-ce que les Quatre-Temps ?
Réponse. Ce sont des jours de jeûne que l’Eglise ordonne de trois mois en trois mois les mercredi, vendredi & samedi de la même semaine.
Nota. Ces jours de jeûne sont appelés les Quatre-Temps, parce qu’ils arrivent quatre fois par an.

D. Les Quatre-Temps sont-ils anciens dans l’Eglise ?
R. On croit que ceux de la Pentecôte & ceux du mois de septembre ont été établis par les Apôtres.

D. Pourquoi l’Eglise a-t-elle ordonné le jeûne des Quatre-Temps ?
R. Pour trois raisons principales.

D. Quelle est la première raison qu’a eue l’Eglise en instituant les Quatre-Temps ?
R. C’est afin que les chrétiens sanctifient chaque saison de l’année par la pénitence de quelques jours.
Explication. L’Eglise voit avec douleur ses enfants se souiller par le péché ; ne pouvant les empêcher de se rendre coupables, elle s’empresse de leur fournir les moyens de cesser de l’être ; elle les rappelle à eux-mêmes, elle les engage à la pénitence ; & en les y contraignant, comme elle le fait par ses préceptes, elle leur apprend que la pénitence doit être pour eux un exercice de toute la vie, parce qu’ils sont toujours pécheurs.

D. Quelle est la seconde raison ?
R. C’est pour demander à Dieu de répandre ses bénédictions sur les biens de la terre, & pour le remercier de ceux qu’il nous a déjà accordés.
Explication. Combien de chrétiens qui ne pensent pas plus à remercier Dieu de ses bienfaits, que s’ils ne les tenaient pas de lui ? Serait-ce par l’ingratitude qu’on mériterait de nouvelles grâces ? Combien ne nous en fait-il pas sans cesse ? Je ne parle pas ici des dons surnaturels, je ne parle que des biens temporels que sa bonté nous accorde. C’est sa providence admirable qui nourrit tous les hommes & qui pourvoit à tous leurs besoins ; il est donc bien juste de le remercier & de lui demander de continuer à répandre ses bénédictions sur les biens de la terre ; les Quatre-Temps sont établis pour cette fin.

D. Qu’elle est la troisième raison ?
R. C’est de prier Dieu d’accorder de saints ministres à son Eglise.
Explication. Il y a longtemps que les ordinations des ministres de l’autel sont fixées aux Quatre-Temps : l’Eglise a voulu intéresser tous les fidèles à prier pour les ordinants, & à demander unaniment à Dieu de saints ministres qui concourent également à sa gloire & au salut des âmes. Tout le monde y est intéressé, parce que le salut ou la réprobation des chrétiens dépendent du succès du ministère des prêtres.

D. Que doit-on faire pendant les Quatre-Temps pour entrer dans l’esprit de l’Eglise ?
R. Il faut se renouveler dans l’esprit de pénitence, remercier Dieu des biens temporels qu’il nous a accordés, & former la résolution d’en faire un saint usage.

D. Que doit-on faire particulièrement les samedis des Quatre-Temps ?
R. Il faut faire quelques œuvres de piété pour ceux qui reçoivent les saints ordres.

Catéchisme des fêtes abbé Meusy

2017-78. Où, à propos de la messe en sol majeur de Cherubini pour le Sacre de Louis XVIII, le Maître-Chat rétablit quelques vérités au sujet de ce Roi Très Chrétien.

Samedi 16 septembre 2017,
Fête des Saints Corneille, pape, et Cyprien, évêque, martyrs ;
Anniversaire de la mort de SMTC le Roi Louis XVIII.

Mort de SM le Roi Louis XVIII le 16 sept 1824

16 septembre 1824 : mort de Sa Majesté le Roi Louis XVIII
Sur cette représentation on reconnaît en particulier :
- assise en pleurs à son chevet Marie-Thérèse de France, duchesse d’Angoulème ;
- près d’elle son époux, Louis Antoine d’Artois, duc d’Angoulème, futur Louis XIX ;
- incliné et baisant la main du mourant, Charles Philippe de France, qui va devenir Charles X au moment où son frère va rendre le dernier soupir ;
- à droite Marie-Caroline de Bourbon-Siciles avec ses deux enfants Louise d’Artois et Henri d’Artois, duc de Bordeaux, futur Henri V.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Pour conclure mes publications relatives au 175ème anniversaire de la mort de Luigi Cherubini (cf. > ici), j’accorde une grande importance, en ce 16 septembre qui est le jour anniversaire de la mort de Sa Majesté le Roi Louis XVIII, à la publication de la Messe solennelle en sol majeur que, justement, Cherubini composa pour le Sacre de Louis XVIII.

Louis XVIII en costume de sacre par François Gérard

Louis XVIII en costume de sacre, par François Gérard.

Ici, j’imagine la tête de certains de mes lecteurs qui pensent aussitôt : « Mais Louis XVIII n’a pas été sacré ! »
Et c’est bien vrai.
De tous nos Souverains Capétiens, seuls deux n’ont pas reçu les onctions du Sacre : 1) Jean 1er, dit le Posthume,  fils de Louis X, qui mourut cinq jours après sa naissance (+ 19 novembre 1316) ; et 2) Louis XVIII.

Mais le fait de ne pas avoir été sacré ne signifie pas qu’il n’a pas eu l’intention de l’être.
Contrairement à ce qu’affirment
a) d’une part quelques ignorants qui prétendent que Louis XVIII aurait été « d’esprit voltairien » (sic) et qu’il n’attachait pas d’importance au Sacre ;
b) et d’autre part quelques cinglés qui se cramponnent aux affabulations de quelques illuminés.

Roi depuis la mort de son neveu – l’infortuné Louis XVII – survenue le 8 juin 1795, dès qu’Elle put revenir en France au début du mois de mai 1814, Sa Majesté le Roi Louis XVIII aspira ardemment à être sacrée à Reims conformément à la tradition capétienne.

Fleur de Lys

1 – Louis XVIII tint toujours à se montrer comme le Roi Très Chrétien :

Philip Mansel, un historien anglais qui est probablement à ce jour le plus grand spécialiste de la personne et du règne de Louis XVIII, fait bien ressortir que ce Souverain complexe resta toujours un homme du XVIIIème siècle, fidèle à ce qu’il avait reçu de l’héritage versaillais : sans un être un roi à la piété aussi profonde et démonstrative que celle de son frère puiné, il resta toujours fidèle à la foi catholique : et nombre de ses ministres ou de ses proches ont pu en témoigner.
Il assistait tous les jours à la Sainte Messe, communiait deux ou trois fois l’an (selon les usages de l’époque) et, durant son règne, fit toujours publiquement ses Pâques à Saint-Germain-l’Auxerrois, église paroissiale des Tuileries, sauf quand il en fut empêché par la maladie (cf. Philip Mansel, in « Louis XVIII » éd. Perrin 2013 p. 331).
En matière religieuse, Louis XVIII, pleinement conscient qu’il était le Très Chrétien, se montra particulièrement peu soucieux de ménager les libéraux et les libres-penseurs : il encouragea la reconstitution des congrégations religieuses, soutint les missions intérieures « qui perturbaient tant certains secteurs de l’opinion publique – une des médailles commémorant son  règne représente même l’érection d’une croix. Il voulut aussi que Frayssinous, célèbre prédicateur dont il avait fait son premier aumônier en 1821 – honneur extraordinaire pour un roturier – devînt grand maître de l’Université en 1822, ce qui le plaçait à la tête de l’enseignement secondaire. Louis fut ravi d’élever dix-neuf évêques à la pairie en 1822 et Frayssinous, encore lui, reçut en outre le portefeuille des affaires ecclésiastiques en août 1824″ (Philip Mansel, op.cit. pp. 447-448).
« Quand il monta sur le trône, l’état de l’Eglise lui parut pire que dans les années 1790. Il n’y avait plus que 36.000 prêtres en 1814, contre 72.000 en 1789 et il écrivait au pape : « Toutes les doctrines antireligieuses autant qu’antisociales ont inondé mes provinces. » Il était résolu à y mettre bon ordre. En 1814-1816, pour récompenser les évêques restés fidèles à la cause de la royauté et éliminer quatorze des autres, bonapartistes ou anciens révolutionnaires, le gouvernement de Louis avait voulu que l’Eglise revînt en France au statu quo de 1789. Attitude incroyable de sa part, alors qu’il essayait précisément d’apaiser la crainte d’un tel retour au passé dans la vie politique. Mais la papauté refusa de remettre en question le Concordat, conclu en 1801 avec la République » (Philip Mansel, ibid. p. 408).

Ces vérités étant rétablies, il est aisé de comprendre à quel point la question du Sacre n’était pas secondaire pour Louis XVIII, mais qu’il souhaitait en recevoir les onctions saintes. C’est dans la perspective des préparatifs de cette cérémonie qu’il commanda au surintendant de sa chapelle, le maestro Luigi Cherubini, une messe solennelle qui serait exécutée à cette occasion.

Ce sont uniquement les soubressauts politiques de la première Restauration, les funestes Cent-Jours et les difficultés intérieures et extérieures des années 1816-1819, puis enfin l’état de santé de plus en plus précaire de Sa Majesté à partir de 1820 qui empêchèrent la réalisation de ce souhait pourtant très ardent.

Fleur de Lys

Thomas Martin de Gallardon prétendue apparition

Prétendue apparition de « l’ange Raphaël » à Thomas Martin, de Gallardon,
sur une gravure de 1859 s’inspirant de la description du « visionnaire ».

2 – Des affabulations entretenues par des illuminés :

A rebours de la vérité historique cependant, il y a toujours aujourd’hui quelques illuminés de tendance « survivantiste » qui colportent la fable selon laquelle Louis XVIII n’aurait pas voulu être sacré, parce qu’il aurait su qu’il occupait un trône qui ne lui revenait pas, et qu’il aurait parfaitement eu conscience de la vérité de la menace selon laquelle, s’il osait se présenter pour le sacre, la justice de Dieu le foudroierait à mort en pleine cérémonie !
Rien que cela…

Cette légende se fonde sur les prétendues apparitions de l’ange Raphaël à un paysan de Gallardon : Thomas Martin (1783-1834).
Le bonhomme Martin, pieux et exemplaire paroissien d’après son curé, jugé sain d’esprit par les médecins qui l’ont examiné, prétendit avoir ces « apparitions » dans les premiers mois de l’année 1816.
Passons outre l’accoutrement bizarre de « l’ange », sanglé dans une redingote de ville à la mode romantique et coiffé d’un haut-de-forme (!!!) : Thomas Martin devait rencontrer le Roi et lui révéler quelque chose qui ne lui serait communiqué (à lui, Thomas Martin) qu’à ce moment-là, en sus de quelques exhortations pour faire respecter le repos dominical et combattre l’impiété dans le Royaume.
Grâce à l’insistance de certains ennemis influents de la politique menée alors par Decazes, Martin eut l’insigne privilège d’être reçu aux Tuileries le 2 avril 1816. Son tête à tête avec le Roi dura environ une demi-heure et, dans les mois qui suivirent, le bonhomme Martin affirma qu’il avait aussitôt oublié ce qu’il avait dit à Sa Majesté sous l’inspiration immédiate de « l’ange ».
Mais ensuite des récits plus ou moins circonstanciés furent publiés : les premiers imprimés, vers 1817, se contentaient d’attribuer à « l’ange » des paroles critiquant la politique de Decazes et encourageant le Roi à aller dans le sens des Ultras, mais, quatre ans après la mort de Louis XVIII, en 1828, Thomas Martin dicta un récit qui fut publié, et c’est là que l’on trouve des « révélations » concernant la prétendue survivance de Louis XVII et les menaces contre Louis XVIII s’il avait l’audace de prétendre au Sacre.
Il y aurait beaucoup à écrire sur toutes les incohérences qui se trouvent dans le récit de Thomas Martin. Contentons-nous de relever que, entre temps, à partir de 1820, le « paysan prophète » (sic) de Gallardon avait commencé à envoyer des lettres qu’il signait « Dieu » (excusez du peu !), puis que, en 1833, il « reconnut » Naundorff comme Louis XVII…

Bien sûr, jamais aucune autorité ecclésiastique compétente n’a reconnu l’authenticité des « apparitions » de Gallardon, lesquelles demeurent encore de nos jours une juteuse aubaine pour alimenter les fantasmes des illuminés qui s’obstinent à nier la réalité des faits historiques les mieux établis.

Car si Louis XVIII, ainsi que le prétendit Martin dans son récit de 1828, avait acquiescé au fait qu’il occupait une place qui revenait à son neveu toujours vivant et s’était incliné devant la menace d’être frappé à mort par la justice de Dieu en pleine cérémonie du Sacre, on comprend mal pourquoi ce Roi aurait par la suite demandé à Cherubini de composer une messe solennelle pour ce Sacre, et aurait, jusqu’en 1820, espéré pouvoir se rendre à Reims pour y recevoir les onctions saintes !
Et si ces prétendues menaces à l’encontre de Louis XVIII avaient été vraies, parce qu’il aurait usurpé le trône d’un Louis XVII toujours vivant, pourquoi ne se sont-elles pas réalisées le 29 mai 1825 lors du Sacre de Charles X ?
En effet, si Louis XVIII avait occupé un trône qui ne lui revenait pas du fait de la « survivance » de son neveu, il en eût aussi été de même pour son frère et successeur : Charles X. Or, non seulement ce dernier a été sacré et non seulement il n’a pas été foudroyé par la justice divine en cours de cérémonie, mais en sus il a accompli, dans les jours qui suivirent, les guérisons miraculeuses des écrouelles attestant qu’il était bien le Roi légitime (on peut lire la relation complète du toucher des écrouelles par SM le Roi Charles X > ici).

On cherche en vain un peu de cohérence dans cet illuminisme survivantiste.

Fleur de Lys

3 – La messe solennelle en sol majeur pour choeur et orchestre, pour le Sacre de Louis XVIII (1819) :

Comme je vous l’annonçai au début, et même si j’ai dû faire quelques détours pour y arriver, cette publication a pour dessein de vous inviter à écouter maintenant la messe solennelle en sol majeur pour choeur et orchestre pour le Sacre de Louis XVIII composée par Luigi Cherubini.

Le Kyrie a une belle intensité dramatique, et le Gloria qui le suit contraste par le dynamisme des choeurs qui se répondent, alternant avec bonheur des séquences d’allégresse triomphante et de vénération intériorisée, comme le poignant « Suscipe deprecationem nostram ».
Le Credo est tout rayonnant de la joie de l’adhésion aux Vérités révélées transmises par l’Eglise, qui sont déroulées à la manière d’une cavalcade pleine de gloire. On remarquera l’imposante dignité de l’ « Et incarnatus est », puis le côté désolé du « Crucifixus » où les voix d’hommes accompagnées des seuls trombones revêtent un aspect lugubre auquel les trompettes du « Et resurrexit » apportent un fin saisissante.
Le Sanctus et l’ O Salutaris Hostia, conformément à l’usage alors en vigueur en France, constituent une seule et même pièce dans laquelle alternent l’exultation des choeurs célestes dans les cieux et l’expression de l’adoration profonde des Saintes Espèces Eucharistiques sur l’autel.
L’Agnus Dei exprime tous les transports d’un recueillement solennel, paisible et confiant, préparant à la communion du Souverain, laquelle, rappelons-le, à la messe du Sacre, par un privilège unique, se faisait sous les deux espèces.

L’enregistrement proposé ci-dessous a été réalisé par le London Philarmonic Choir et le London Philarmonic Orchestra sous la direction du toujours excellent Maître Riccardo Mutti qui reste une référence, sinon « la » référence, dans l’interprétation de l’oeuvre de Cherubini.

Patte de chat Lully.

Image de prévisualisation YouTube

Autres articles de ce blogue consacrés aux compositions de Luigi Cherubini :
- Messe de Requiem à la mémoire de Louis XVI > ici
- Requiem en ré mineur pour choeur d’hommes > ici
- Messe solennelle en la majeur pour le Sacre de Charles X > ici

grandes armes de France

2017-76. Où, à l’occasion de la fête du Saint Nom de Marie, le Maître-Chat publie quelques réflexions et citations à propos de la décadence de la société, des invasions, et de la trahison des clercs.

Mardi 12 septembre 2017,
Fête du Saint Nom de Marie,
Anniversaire de la victoire de Vienne.

Je vous ai déjà entretenus, mes chers Amis, du sens et de l’origine de cette fête du Saint Nom de Marie (cf. > ici).
Dans l’exacte continuité de ce que j’écrivais alors, souffrez que je vous livre ci-dessous quelques réflexions et citations.

Ave Maria et lys

Pas le même Dieu !

Ce n’est pas parce que des non-catholiques (et parfois aussi des personnes qui se prétendent catholiques !) vous disent qu’ils ont une croyance en un Dieu unique, que, pour autant, ils adorent le vrai Dieu et qu’ils ont ipso facto « le même Dieu » que vous !
Avant de dire qu’ils adorent le vrai Dieu et qu’ils ont le même Dieu que vous, assurez-vous qu’ils croient à la Très Sainte Trinité et qu’ils confessent que Notre-Seigneur Jésus-Christ, Verbe de Dieu incarné, est en même temps vrai Dieu et vrai homme : s’ils n’adhèrent pas à cela, quoiqu’ils prétendent être monothéistes, leur « dieu » n’est pas le vrai Dieu !

frise

Principe de non contradiction :

« Il est impossible qu’un même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps et sous le même rapport à une même chose » (Aristote, Métaphysique, livre Gamma, chap. 3, 1005 b 19-20).
Assurément, une chose peut être blanche aujourd’hui et d’une autre couleur demain. De même, cette chose est plus grande ou plus petite qu’une autre à un moment donné. Mais, il est impossible que ces déterminations apparaissent simultanément et s’appliquent du même point de vue à cette chose. Il est donc impossible qu’à la fois une chose soit et ne soit pas.

Il est impossible, sans porter atteinte au principe de non-contradiction, qu’un chrétien, un catholique, un prêtre ou un évêque professe que Jésus-Christ est Dieu, Fils de Dieu, consubtantiel au Père, qu’Il est mort sur la Croix en sacrifice de Rédemption, qu’Il est la Voie, la Vérité et la Vie, l’unique Sauveur des hommes, le fondateur de l’Eglise en dehors de laquelle il ne peut y avoir de salut… etc., et que ce même chrétien, catholique, prêtre ou évêque, affirme ensuite que « toutes les religions se valent », que « toutes les religions sont des voies de salut », que la secte mahométane est une véritable religion, alors que justement elle nie la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Son sacrifice sur la Croix, et ne Le considère que comme un prophète préparant la venue de Mahomet !
Mais en fait ce qui est « impossible » selon la logique la plus stricte, nous le constatons dans les faits – hélas ! trois fois hélas ! –  quotidiennement en France, en Europe, dans le monde entier de nos jours… et dans la Sainte Eglise.

Conclusion :
Ces chrétiens, ces catholiques, ces prêtres et ces évêques soit ont moins de capacité de réflexion logique et d’intelligence que la plus fruste des huitres, soit sont des apostats plus ou moins conscients.

« Quos vult Jupiter perdere, dementat prius : Ceux que Jupiter veut perdre, il commence par leur ôter la raison » (Boissonade de Fontarabie, adaptant librement Euripide).

frise

Extrait d’un courriel reçu :
« (…) je tenais à vous faire par d’une question, d’une inquiétude. A plusieurs reprises j’ai été confronté aux témoignages de personnes m’assurant que des musulmans souhaitant se convertir au catholicisme et s’informant auprès de prêtres parisiens sur la façon de devenir catholiques, ont eu pour seule réponse de rester dans leur religion. Comment cela est-il possible ? que peut-on faire ? »
Réponse de Frère Maximilien-Marie :
« (…) J’ai presque envie de vous demander sur quelle planète vous vivez [sourire] pour réaliser cela juste maintenant : malheureusement l’esprit d’erreur et de mensonge répandu dans l’Eglise depuis plusieurs décennies fait que ce qui semble vous étonner n’est pas un fait nouveau. Déjà lorsque j’étais au collège au début des années 70 du précédent siècle, les modernichons répandaient ce genre de calembredaines ! C’est pratiquement depuis la fin du concile V2 que beaucoup de clercs ou de fidèles pensent et affirment qu’il n’est nul besoin d’évangéliser et que chacun fait son salut dans sa religion. Contrairement à ce que prétend un document de V2 (qui n’a qu’un statut de « déclaration », et donc dans lequel ne se trouve aucun enseignement doctrinal magistériel), les mahométans n’adorent pas le vrai Dieu. Plusieurs oraisons du missel antique affirment qu’ils sont des païens (donc adorant un faux dieu). »

frise

Citation de Saint Vincent de Paul :

« Je crains fort que Dieu ne permette l’anéantissement de l’Eglise en Europe à cause de nos moeurs corrompues de tant de diverses opinions étranges que nous voyons s’élever de tous côtés et du peu de progrès que font ceux qui s’emploient pour tâcher de remédier à tous ces maux-là… »

Que dirait-il, près de quatre siècles plus tard en voyant l’état de l’Eglise en France, les ravages de l’hérésie en elle, l’invasion mahométane, le renouveau du paganisme, et ce que sont devenues les moeurs publiques ?

frise

Lorsque l’on refuse de se soumettre au Règne du Christ (et ce Règne divin passe par l’observation de tous Ses commandements), on finit fatalement par être sous le règne de l’Antéchrist, en ses multiples avatars.

Vous avez détesté tous ces attentats perpétrés à Paris, en France et en beaucoup d’autres endroits du monde, et vous avez crié : « Nous ne voulons plus de cela ! »
Ne vous leurrez pas, ils n’étaient qu’un prélude.
Quand la stratégie globale des combattants de ce faux dieu entrera dans une nouvelle phase de conquête destructrice, tout ce dont nous avons été témoins ces dernières années semblera, en comparaison, totalement dérisoire et insignifiant.

Lorsque les conducteurs des nations jadis chrétiennes et les hiérarques de la Sainte Eglise ne prêchent plus qu’une bouillie informe d’idées humanitaires et fraternalistes horizontales, en refusant de nommer l’origine du mal et d’en dénoncer les causes réelles, et – de ce fait – refusent de porter le fer rouge sur la plaie, dites-vous bien qu’en ces moments futurs que j’ai évoqué ci-dessus, ni les autorités civiles ni les autorités spirituelles ne seront là pour défendre vos églises contre la profanation, l’incendie et la destruction, pour défendre vos maisons contre le pillage, pour défendre votre propre vie, celles de vos enfants et celles de vos petits-enfants.
Vous serez alors terriblement seuls contre la barbarie.

Alors, ce ne sera plus le moment de se présenter en face des nouveaux fellouzes avec des « plus jamais ça », en brandissant de jolies petites pancartes « je suis ceci ou cela », et en scandant tous les slogans du « vivre ensemble ».

En revanche il faudra alors savoir ce que vous défendez et pour quoi vous le défendez : et si vous ne vous y êtes pas préparés physiquement, psychologiquement, moralement et – par dessus tout – spirituellement, dès aujourd’hui, vous ne résisterez ; vous ne tiendrez pas…

frise

Ecclesia Dei afflicta :

Situation affligeantissime et douloureuse de la Sainte Eglise qui fait que, lorsque des personnes viennent vers vous pour être instruites dans la foi et se rapprocher de Dieu et des sacrements, vous avez le devoir, en même temps que vous leur inculquez l’amour de la Sainte Eglise, de les mettre en garde contre ce que dit l’écrasante majorité des clercs, et de les dissuader de se rendre dans le plus grand nombre des paroisses, afin de ne pas être exposées au scandale et au naufrage dans la foi.

frise

Ils n’en ont pas…

Société d’émasculés que celle où, en réponse à l’égorgement des siens, on entasse des bougies et des nounours en peluche – « pour dire que nous n’avons pas peur » – , en attendant le prochain massacre et en continuant de se vautrer dans la veulerie de toutes les abdications intellectuelles et spirituelles.

frise

12 sep 1683 Victoire de Jean III Sobiesky à Vienne - Jan Mateiuko - Salle Sobiesky Vatican

Jean III Sobiesky, vainqueur des Turcs à Vienne le 12 septembre 1683
(tableau monumental de Jan Mateiuko – Palais du Vatican, Salle Sobiesky)

frise

Vous connaissez vos actes de foi, d’espérance et de charité. Vous connaissez aussi votre acte de contrition.
Je vous propose aujourd’hui le texte d’une prière qui s’inspire du même principe : l’ « Acte de résistance à la barbarie qui envahit tout ».

Acte de résistance à la barbarie qui envahit tout :

« Mon Dieu, je veux de tout mon coeur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de toutes mes forces, m’opposer à ce raz de marée de fausses croyances et de moeurs exogènes qui déferle sur le Royaume de France, avec la complicité, active ou tacite, de ceux qui ont usurpé le gouvernement depuis quelque deux siècles et de l’écrasante majorité de ses sujets devenus semblables à de stupides moutons de Panurge.
Mon Dieu, vrai Roi de France – ce Royaume en lequel Vous Vous êtes complu et que Vous avez comblé de tant de grâces de premier ordre, au moyen de sa royauté très chrétienne providentiellement instituée dans les fonts baptismaux de Reims – , accordez-moi, aujourd’hui et chaque jour, tant dans ma vie privée qu’aux regards de tous, de savoir toujours choisir les pensées, les mots, les gestes et les actes qui seront les plus conformes aux exemples de nos Saints et de nos Rois très chrétiens, pour résister aux modes intellectuelles de ce siècle décadent, combattre l’invasion d’une pseudo religion suscitée par l’antéchrist, lutter contre la secte satanique qui dirige la république, mener le combat spirituel et témoigner des merveilles de la civilisation catholique, dussé-je y perdre la vie d’ici-bas, pourvu que je conquière la couronne d’immortalité.  Ainsi soit-il ! »

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

frise

2017-74. Jean ne savait point taire la vérité.

Sermon de notre bienheureux Père Saint Augustin
sur
le martyre de Saint Jean-Baptiste

29 août,
fête de la décollation de Saint Jean-Baptiste.

Voici le texte d’un sermon de notre bienheureux Père Saint Augustin qui, quoique prononcé à l’occasion de la nativité du Précurseur, développe, avec une certaine exubérance, les circonstances du martyre de Saint Jean-Baptiste.

Mattia Pretti - Jean Baptiste reprochant à Hérode son inconduite - 1665

Mattia Preti : Saint Jean-Baptiste reprochant à Hérode son inconduite (1665)

Jean ne savait point taire la vérité.

§ 1. Les chrétiens sont des agneaux au milieu des loups.

Notre Rédempteur et Sauveur Jésus-Christ ne S’est pas contenté de nous arracher à la mort éternelle, Il a voulu aussi nous apprendre et nous commander, par les paroles du saint Evangile, la manière dont nous devons nous conduire ici-bas ; en effet, voici en quels termes Il S’exprime: « Voici que Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups » (Matth. X, 16). N’est-ce point pour nous le comble du bonheur que notre Dieu, le pasteur et le maître des brebis, nous ait aimés jusqu’à nous permettre d’avoir leur simplicité, si nous vivons sincèrement pour Lui ?
Qu’Il soit le pasteur du troupeau, ces autres paroles nous en donnent la certitude : « Je suis le bon pasteur, le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jean X, 11). C’est donc à bon droit qu’en raison de l’innocence de leur vie, Il compare Ses disciples à des brebis ; et Il donne, à non moins juste titre, le nom de loups à ceux qui, après Sa mort, ont cruellement persécuté les Apôtres et les fidèles attachés à Lui.
Comment nous conduire au milieu des bêtes sauvages ? Notre dévoué pasteur nous le dit : « Soyez prudents comme des serpents, et simples comme des colombes » (Matth. X, 16). Voici donc la volonté du Sauveur à notre égard : les colombes n’ont ni malignité, ni fiel ; elles ne savent point se fâcher : soyons, comme elles, à l’abri de la ruse méchante : n’ayons pas de fiel, c’est-à-dire n’ayons pas l’amertume du péché ; oublions les injures, et ne nous mettons pas en colère ; vivons si humblement en ce monde, que nous recevions, un jour, la récompense promise par Dieu à nos efforts.
Le Sauveur ajoute : « Et prudents comme des serpents » (Matth. X, 16). Qui ne connaît l’astuce du serpent ? S’il tombe au pouvoir d’un homme, et que cet homme veuille le tuer, il expose, aux coups de son adversaire, toutes les parties de son corps : peu lui importe de se voir blesser n’importe où, pourvu qu’il sauvegarde sa tête : c’est à quoi il veille avec toute l’adresse possible. Cette prudence du serpent doit nous servir de modèle : si donc, en temps de persécution, nous venons à tomber au pouvoir des ennemis de notre foi, exposons notre corps tout entier aux tourments, aux supplices, et même à la mort, pour conserver notre tête, c’est-à-dire le Fils de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

§ 2 – Saint Jean fut jeté en prison pour avoir fait une légitime réprimande.

Au moment où tous les membres de son corps perdaient leur tête, saint Jean-Baptiste, dont la grâce du Christ nous permet de célébrer aujourd’hui la nativité, se réjouissait de se reposer dans le sein de la Divinité toute parfaite.
Entraîné par l’ardeur de ses passions, jusqu’à suivre, dans sa conduite, l’exemple des bêtes sauvages, Hérode avait souillé la couche de son frère : à ce moment-là, saint Jean, qui ne savait point taire la vérité, déclara formellement au roi que sa conduite était opposée à toutes les lois. Le roi avait fait des lois pour empêcher de pareils désordres, et il les enfreignait lui-même ! Si, par ses moeurs, il condamnait ses décrets et ses lois, les lois et le droit ne le condamneraient-ils pas à leur tour ?
En ce temps-là donc, pour ne point se trouver sans cesse en butte aux publiques, indépendantes et légitimes protestations de saint Jean, le libertin couronné avait fait mettre la main sur lui et l’avait fait jeter dans une obscure prison, où la loi divine devait être son unique soutien.
A cet événement vint s’en adjoindre un autre, l’anniversaire de la naissance de ce roi sacrilège : il réunit alors autour de lui les officiers et les grands personnages de son royaume, et il fit préparer un repas scandaleux pour ses compagnons de dévergondage sacrilège : en cette circonstance, la maison royale se transforma en cirque, si je puis m’exprimer ainsi.

§ 3 – Danse voluptueuse de la fille d’Hérodiade.

La fille du roi se présente au milieu du festin, et, par ses mouvements désordonnés, elle foule aux pieds le sentiment de la pudeur virginale.
Aussitôt, le père prend à témoins tous les compagnons de sa débauche, il jure par son bouclier, qu’avant de terminer sa danse joyeuse et ses valses, elle aura obtenu tout ce qu’elle lui aura demandé. La tête couverte de sa mitre, elle se livre, sur ce dangereux théâtre, aux gestes les plus efféminés que puisse imaginer la corruption ; mais voilà que tout à coup s’écroule le factice échafaudage de sa chevelure ; elle se disperse en désordre sur son visage : à mon avis, n’eût-elle pas mieux fait alors de pleurer que de rire ? Du théâtre où saute la danseuse, les instruments de musique retentissent ; on entend siffler le flageolet : les sons de la flûte se mêlent au nom du père, dont ils partagent l’infamie : sous sa tunique légère, la jeune fille apparaît dans une sorte de nudité ; car, pour exécuter sa danse, elle s’est inspirée d’une pensée diabolique : elle a voulu que la couleur de son vêtement simulât parfaitement la teinte de ses chairs. Tantôt, elle se courbe de côté et présente son flanc aux yeux des spectateurs ; tantôt, en présence de ces hommes, elle fait parade de ses seins, que l’étreinte des embrassements qu’elle a reçus a fortement déprimés ; puis, jetant fortement sa tête en arrière, elle avance son cou et l’offre à la vue des convives ; puis elle se regarde, et contemple avec complaisance celui qui la regarde encore davantage. A un moment donné, elle porte en l’air ses regards pour les abaisser ensuite à ses pieds ; enfin, tous ses traits se contractent, et quand elle veut découvrir son front, elle montre nonchalamment son bras nu.
Je vous le dis, les témoins de cette danse commettaient un adultère, quand ils suivaient d’un œil lubrique les mouvements voluptueux et les inflexions libertines de cette malheureuse créature.
O femme, ô fille de roi ! tu étais vierge au moment où tu as commencé à danser, mais tu as profané ton sexe et ta pudeur ; tous ceux qui t’ont vue, la passion en a fait pour toi des adultères. Infortunée ! tu as plu à des hommes passés maîtres dans la science du vice ; je dirai davantage : pour leur plaire, tu t’es abandonnée à des amants sacrilèges !

§ 4 – Corrupteur de cette jeune fille, assassin de Jean, Hérode tombe sous les coups de la justice divine et meurt.

O l’atrocité ! Le père lui-même se fait corrupteur de sa fille, et personne n’élève la voix contre lui ! J’entends protester contre toi, les lois, tes remords, et, aux yeux de ceux qui ont encore quelque respect pour la pudeur, la voix d’un mari !
Mais, je veux le juger moins sévèrement ; supposons qu’un reste d’honnêteté l’ait empêché de jeter sur sa fille des regards licencieux, il n’en reste pas moins évident qu’elle a dansé, et, à ce titre, son père l’a corrompue, et elle a conquis le coeur d’un incestueux. Il serait bien étonnant que la chasteté se montrât sous de pareils dehors !
O père, embrasse la femme de ton frère : mais tu as sacrifié un père à la passion du sang. Elle t’enseigne à faire tomber la tête de Jean, car tu méprisais les avertissements du martyr, et ne pouvais goûter le bonheur de la chaste innocence.
O race ! O moeurs ! O nom ! O erreur sans remède ! c’est donc à juste titre que, comme le disent nos divines Ecritures, « tes membres sont tombés en putréfaction, et que les vers y ont trouvé leur pâture » (cf. Act. XII, 23). Ta fille a eu la tête coupée par la glace, et ta femme illégitime est morte aveugle.
Ainsi Dieu retranche-t-Il l’homme de blasphème ; ainsi disparaît le péché ; ainsi se trouve vengée la sainteté de la vie.
Pour nous, qui aimons la chasteté et la paix, conjurons tous le Seigneur de nous préserver des moindres atteintes du libertinage. Ainsi soit-il.

Mattia Preti - Salomé avec la tête de Jean

Mattia Preti : Salomé recevant la tête de Saint Jean-Baptiste (vers 1630-1640)

2017-73. Les Saintes Epines de la cathédrale de Namur.

26 août,
Dans le diocèse du Puy, fête de la susception de la Sainte Epine.

Il y a déjà quelques années, chers Amis, je vous ai parlé de cette fête de la susception de la Sainte Epine qui figure au propre du diocèse du Puy, et je vous en ai expliqué l’origine (cf. > ici).
Au cours du dernier jubilé de Notre-dame du Puy (25 mars – 15 août 2016), nous avons été très heureux que la Sainte Epine offerte par Saint Louis se trouvât à nouveau dans la cathédrale du Puy, et nous fûmes témoins de l’extraordinaire ferveur des pélerins en présence de cette insigne relique.

Je vous ai aussi transmis le témoignage de notre amie Marie-Christine Ceruti-Cendrier qui se trouvait à Andria le Vendredi Saint 25 mars 2016 lors du miracle de la Sainte Epine (cf. > ici). 

La Sainte Epine d’Andria, comme celle du Puy, proviennent des dons de Saint Louis.
Toutefois, il faut signaler qu’il existe en Occident d’autres reliques de la Sainte Couronne d’Epines qui, elles, ne proviennent pas des dons accomplis par Saint Louis : tel est le cas de deux Epines de la Sainte Couronne de Notre-Seigneur, conservées à la cathédrale Saint-Aubin de Namur depuis les premières années du XIIIe siècle.

Comme nous avons au Mesnil-Marie une très grande dévotion envers la Sainte Couronne d’Epines de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que, de ce fait, nous nous intéressons à tout ce qui touche à sa vénération et à son culte, nous avons demandé à l’un de nos jeunes amis namurois, qui est un médiéviste, de nous rédiger une note historique à ce sujet : vous la trouverez ci-dessous, et vous pourrez aussi, grâce au lien qui se trouve à la fin de cette présentation historique, accéder aux textes liturgiques propres du diocèse de Namur pour la fête de la Sainte Couronne d’Epines.
Que notre ami Patrick soit très chaleureusement remercié pour ce travail !

Lully.

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Namur - cathédrale Saint-Aubin

Namur : la cathédrale Saint-Aubin
au sommet du dôme et du campanile de laquelle on remarque les croix à double traverse.

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Les reliques de la Sainte Couronne d’Epines
de Notre-Seigneur Jésus-Christ
à la Cathédrale Saint-Aubain de Namur

En 1559, le Pape Pie IV, à la demande du roi d’Espagne Philippe II, procède à la création de nouveaux diocèses dans les territoires des Pays-Bas espagnols. La restructuration de ces différentes provinces ecclésiastiques avait pour but de contrer l’influence des calvinistes de France et des Provinces-Unies ainsi que celle des luthériens allemands. Parmi les nouveaux diocèses, créés lors du Consistoire du 12 mai 1559, se trouve celui de Namur.
La création d’un nouveau diocèse signifiant également la recherche d’une cathédrale, on choisit la collégiale Saint-Aubain qui fut donc élevée au rang d’église cathédrale.

Mais l’existence du chapitre Saint-Aubain de Namur est bien antérieure à ces changements.
C’est le Comte de Namur Albert II qui fait reconstruire l’église Saint-Aubain en 1047, elle fut ensuite érigée en collégiale et dotée d’un chapitre de chanoines.

On possède peu d’informations sur l’ancienne église démolie par le Comte Albert II. Même l’identification du vocable est incertaine. Certains émirent l’hypothèse qu’il pouvait s’agir d’une église dédiée à la Sainte-Croix. On peut, néanmoins, affirmer avec certitude qu’un autel en l’honneur de la Sainte-Croix se dressait au milieu du chœur de l’église. La tradition veut même qu’il fût consacré par le Pape saint Corneille. La présence de cet autel permet de comprendre le lien existant entre le culte à la Passion du Seigneur Jésus et la future cathédrale namuroise.

Croix reliquaire - cathédrale de Namur

Cathédrale Saint-Aubin de Namur : croix reliquaire
(or, émaux, brillants et cristal, XVIe s. – pied du XVIIe s.)

En 1205, l’Empereur latin de Constantinople Henri Ier envoya à son frère Philippe, Marquis et Comte de Namur, des reliques de la Passion du Seigneur qui furent remises à la collégiale Saint-Aubain.
Ces reliques se composaient d’un morceau de la Vraie Croix ainsi que de deux épines de la Sainte Couronne.

La relique de la Croix fut enchâssée dans une croix en or sur le modèle des reliquaires provenant de Jérusalem, tandis que les reliques de la Couronne d’Epines furent placées dans une couronne sertie de pierres précieuses.
La présence de ces reliques insignes dans le Trésor de la Cathédrale namuroise explique la présence d’une croix à double traverse au sommet du Campanile et du Dôme de l’église.

Couronne reliquaire des saintes épines - cathédrale de Namur

Cathédrale Saint-Aubin de Namur : couronne reliquaire des Saintes Epines
(or, pierres et perles : art mosan, début du XIIIe siècle)

Liturgiquement, le diocèse de Namur célèbre la Sainte Couronne d’Epines le vendredi après le dimanche in albis.
On trouvera les textes propres de la Messe et de l’office ici fichier pdf Office de la Sainte Couronne d’Epines de NS – propre de Namur

couronne reliquaire des saintes épines - cathédrale de Namur

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous |on 26 août, 2017 |Pas de commentaires »

2017-69. Le triomphe de la Sainte Vierge dans le ciel, est la consommation de tous les mérites de cette auguste Reine du ciel et de la terre.

22 août,
Fête du Coeur immaculé de Marie.

« Jusqu’à l’intervention de Pie XII pendant la seconde guerre mondiale, ce jour était celui de l’Octave de l’Assomption : on y disait la même Messe que le 15 août après avoir fait mémoire de l’Assomption tous les jours en seconde oraison. En 1942, Pie XII institua la fête du Cœur Immaculé, on ne fit plus rien du jour Octave de l’Assomption, sauf dans le cas où une fête particulière de 1ère ou de 2ème classe l’aurait emporté sur la fête du Cœur Immaculé : dans ce cas-là, on faisait mémoire du jour octave avec la même oraison que le 15 août et on ne faisait rien de la fête du Cœur Immaculé. La suppression de l’Octave de l’Assomption en 1955 a supprimé cette rubrique » (citation de l’excellent site Introibo).
C’est néanmoins dans la continuité logique de cet octave de l’Assomption et dans la perspective du triomphe du Coeur immaculé de Marie prophétisé lors des apparitions de Fatima dont nous commémorons le centenaire en cette année 2017, que nous vous invitons à lire et à méditer sur ce sermon du Saint Curé d’Ars.

Assomption - église de la Nativité de la Vierge à Montréal

L’Assomption
(vitrail de l’église de la Nativité de Marie, à Montréal, Québec)

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Sermon de Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars,
sur les grandeurs de Marie,
à l’occasion de la fête de l’Assomption.

Quia respexit humilitatem ancillæ suæ.
Parce que le Seigneur a regardé la bassesse de sa servante.

(S. Luc, I, 48.)

Si nous voyons, M.F., la sainte Vierge s’abaisser, dans son humilité, au-dessous de toutes les créatures, nous voyons aussi cette humilité l’élever au-dessus de tout ce qui n’est pas Dieu. Non, ce n’est point les grands de la terre qui l’ont fait monter à ce suprême degré de dignité où nous avons le bonheur de la contempler aujourd’hui. Les trois personnes de la Très Sainte Trinité l’ont placée sur ce trône de gloire ; elles l’ont proclamée Reine du ciel et de la terre, en la rendant dépositaire de tous les célestes trésors. Non, M.F., nous ne comprendrons jamais assez les grandeurs de Marie, et le pouvoir que Jésus-Christ son divin Fils lui a donné ; nous ne connaîtrons jamais bien le désir qu’elle a de nous rendre heureux. Elle nous aime comme ses enfants ; elle se réjouit du pouvoir que Dieu lui a donné, afin de nous être plus utile. Oui, Marie est notre médiatrice c’est elle qui présente à son divin Fils toutes nos prières, nos larmes et nos gémissements ; c’est elle qui nous attire les grâces nécessaires pour notre salut. Le Saint-Esprit nous dit que Marie, entre toutes les créatures, est un prodige de grandeur, un prodige de sainteté et un prodige d’amour. Quel bonheur pour nous, M.F., quelle espérance pour notre salut ! Ranimons notre confiance envers cette bonne et tendre Mère, en considérant 1° sa grandeur ; 2° son zèle pour notre salut ; 3° ce que nous devons faire pour lui plaire et mériter sa protection.

I. – Parler des grandeurs de Marie, M.F., c’est vouloir diminuer l’idée sublime que vous vous en faites ; car saint Ambroise nous dit que Marie est élevée à un si haut degré de gloire, d’honneur et de puissance, que les anges mêmes ne peuvent le comprendre ; cela est réservé à Dieu seul. De là, je conclus que tout ce que vous pourrez entendre, ne sera toujours rien ou presque rien, auprès de ce qu’elle est aux yeux de Dieu. Le plus bel éloge que l’Église puisse nous en donner, c’est de dire que Marie est la Fille du Père Éternel, la Mère du Fils de Dieu Sauveur du monde, l’Épouse du Saint-Esprit. Si le Père Éternel a choisi Marie pour sa fille par excellence, quel torrent de grâces ne doit-il pas verser dans son âme ? Elle en reçut, à elle seule, plus que tous les anges et tous les saints ensemble. Il commença par la préserver du péché originel, grâce qui n’a été accordée qu’à elle seule. Il l’a fixée dans cette grâce, avec une parfaite assurance qu’elle ne la perdrait jamais. Oui, M.F., le Père Éternel l’enrichit des dons du ciel, à proportion de la grande dignité à laquelle il devait l’élever. Il forma en elle un temple vivant des trois Personnes de la Très Sainte Trinité. Disons encore mieux, il fit pour elle tout ce qu’il était possible de faire pour une créature. Si le Père Éternel a pris tant de soin à l’égard de Marie, nous voyons aussi le Saint-Esprit venir l’embellir lui-même à un tel degré, que dès l’instant de sa conception, elle devint l’objet des complaisances des trois Personnes divines. Marie seule a le bonheur d’être la fille du Père Éternel, elle a aussi celui d’être la mère du Fils et l’épouse du Saint-Esprit. Par ces dignités incomparables, elle se voit associée aux trois Personnes de la Sainte Trinité, pour former le corps adorable de Jésus-Christ. C’est d’elle que Dieu devait se servir pour renverser ou ruiner l’empire du démon. C’est elle que les trois Personnes divines employèrent pour sauver le monde, en lui donnant un Rédempteur. Auriez-vous jamais pensé que Marie fût un tel abîme de grandeur, de puissance et d’amour ? Après le corps adorable de Jésus-Christ, elle fait le plus bel ornement de la cour céleste…

Nous pouvons dire que le triomphe de la sainte Vierge dans le ciel, est la consommation de tous les mérites de cette auguste Reine du ciel et de la terre. Ce fut dans ce moment qu’elle reçut le dernier ornement de son incomparable dignité de Mère de Dieu. Après avoir subi quelque temps les misères diverses de la vie et les humiliations de la mort, elle alla jouir d’une vie, la plus glorieuse et la plus heureuse dont une créature puisse jamais jouir. Nous nous étonnons parfois que Jésus, qui aimait tant sa mère, l’ait laissée si longtemps sur la terre après sa résurrection. La raison de ceci, c’est qu’il voulait, par ce retard, lui procurer une plus grande gloire, et que du reste, les apôtres avaient encore besoin de sa personne pour être consolés et conduits. C’est Marie qui a révélé aux apôtres les plus grands secrets de la vie cachée de Jésus-christ. C’est encore Marie qui a levé l’étendard de la virginité, qui en a fait connaître tout l’éclat, toute la beauté, et nous montre l’inestimable récompense réservée à ce saint état.

Mais reprenons, M.F., continuons à suivre Marie jusqu’au moment où elle quitte ce monde. Jésus-Christ voulut qu’avant d’être élevée au ciel, elle pût revoir encore une fois tous ses apôtres. Tous, saint Thomas excepté, furent miraculeusement transportés autour de son pauvre lit. Par un excès de cette humilité qu’elle avait toujours portée à un très haut degré, elle leur baisa à tous les pieds, et leur demanda leur bénédiction. Cet acte la préparait à l’éminente gloire à laquelle son Fils devait l’élever. Ensuite Marie leur donna à tous sa bénédiction. Il me serait impossible de vous faire comprendre les larmes que répandirent en ce moment les apôtres, sur la perte qu’ils allaient faire. La sainte Vierge n’était-elle pas, après le Sauveur, tout leur bonheur, toute leur consolation ? Mais Marie, pour adoucir un peu leur peine, leur promit de ne pas les oublier auprès de son divin Fils. On croit que le même ange qui lui avait annoncé le mystère de l’Incarnation, vint lui marquer, de la part de son Fils, l’heure de sa mort. La sainte Vierge répondit à l’ange : « Ah ! quel bonheur ! et combien je désirais ce moment ! » Après cette heureuse nouvelle, elle voulut faire son testament, qui fut bientôt fait. Elle avait deux tuniques, elle les donna à deux vierges, qui la servaient depuis longtemps. Elle se sentit alors brûler de tant d’amour que son âme, semblable à une fournaise ardente, ne pouvait plus rester dans son corps. Heureux moment !…

Pouvons-nous voir, M.F., les merveilles qui s’opèrent à cette mort, sans nous sentir un ardent désir de vivre saintement pour mourir saintement ? C’est vrai, nous ne devons pas nous attendre à mourir d’amour, mais au moins ayons l’espérance de mourir dans l’amour de Dieu. Marie ne craint nullement la mort, puisque la mort va la mettre en possession du bonheur parfait ; elle sait que le ciel l’attend, et qu’elle en sera un des plus beaux ornements. Son Fils et toute la cour céleste s’avancent pour célébrer cette brillante fête, tous les saints et saintes du ciel n’attendent que les ordres de Jésus, pour venir chercher cette Reine et l’emmener en triomphe dans son royaume. Tout est préparé dans le ciel pour la recevoir ; elle va goûter des honneurs au-dessus de tout ce que l’on peut concevoir. Pour sortir de ce monde, Marie ne subit point la maladie, car elle est exempte de péché. Malgré son grand âge, son corps ne fut jamais décrépit comme celui des autres mortels, au contraire, il semblait qu’à mesure qu’il approchait de la fin, il prenait un nouvel éclat. Saint Jean Damascène nous dit que ce fut Jésus-Christ lui-même qui vint chercher sa mère. Ainsi disparaît ce bel astre qui pendant soixante et douze ans a éclairé le monde. Oui, M.F., elle revoit son Fils, mais sous un aspect bien différent de celui où elle l’avait vu, lorsque, tout couvert de sang, il était cloué à la croix.

O Amour divin, voilà la plus belle de vos victoires et de toutes vos conquêtes ! Vous ne pouviez rien faire de plus, mais aussi vous ne pouviez rien faire de moins. Oui, M F., s’il fallait que la mère d’un Dieu mourût, elle ne pouvait mourir que d’un transport d’amour. O belle mort ! ô mort heureuse ! ô mort désirable ! Ah ! qu’elle est dédommagée de ce torrent d’humiliations et de douleurs dont sa sainte âme a été inondée pendant sa vie mortelle ! Oui, elle revoit son Fils, mais tout autre que le jour où elle l’avait vu pendant sa douloureuse passion, entre les mains de ses bourreaux, portant sa croix, couronné d’épines, sans pouvoir le soulager. Oh ! non, elle ne le voit plus sous ce triste appareil, capable d’anéantir les créatures tant soit peu sensibles ; mais elle le voit, dis-je, tout brillant de lumière, revêtu d’une gloire qui fait toute la joie et le bonheur du ciel ; elle voit les anges et les saints qui tous l’environnent, le louent, le bénissent et l’adorent jusqu’à l’anéantissement. Oui, elle revoit ce tendre Jésus, exempt de tout ce qui peut le faire souffrir. Ah ! qui de nous ne voudrait pas travailler à aller rejoindre la Mère et le Fils dans ce lieu de délices ? Quelques moments de combats et de souffrances sont grandement récompensés.

Ah ! M.F., quelle mort heureuse ! Marie ne craint rien, parce qu’elle a toujours aimé son Dieu ; elle ne regrette rien, parce qu’elle n’a jamais rien possédé que son Dieu., Voulons-nous mourir sans crainte ? Vivons, comme Marie, dans l’innocence ; fuyons le péché, qui fait tout notre malheur pour le temps et pour l’éternité. Si nous avons été assez malheureux pour le commettre, à l’exemple de saint Pierre, pleurons jusqu’à notre mort, et que nos regrets ne finissent qu’avec la vie. A l’exemple du saint roi David, descendons dans le tombeau en versant des pleurs ; lavons nos âmes dans l’amertume de nos larmes. Voulons-nous, comme Marie, mourir sans chagrin ? Vivons comme elle, sans nous attacher aux choses créées ; faisons comme elle, n’aimons que Dieu seul, ne désirons que lui seul, ne cherchons qu’à lui plaire dans tout ce que nous faisons. Heureux le chrétien, qui ne quitte rien pour trouver tout !…

Approchons encore un instant de ce pauvre grabat, qui est si heureux de soutenir cette perle précieuse, cette rose toujours fraîche et sans épines, ce globe de gloire et de lumière, qui doit donner un nouvel éclat à toute la cour céleste. Les anges, dit-on, entonnèrent un cantique d’allégresse dans l’humble demeure où était le saint corps, et elle était remplie d’une odeur si agréable, qu’il semblait que toutes les douceurs du ciel y fussent descendues. Allons, M.F., accompagnons du moins en esprit, ce convoi sacré ; suivons ce tabernacle où le Père avait renfermé tous ses trésors, et qui va être caché, pour quelque temps, comme l’a été le corps de son divin Fils. La douleur et les gémissements rendirent silencieux les apôtres et tous les fidèles venus en foule pour voir encore une fois la Mère de leur Rédempteur. Mais étant revenus à eux-mêmes, ils commencèrent tous à chanter des hymnes et des cantiques pour honorer le Fils et la Mère. Une partie des anges monta au ciel pour conduire en triomphe cette âme sans égale ; l’autre, resta sur la terre pour célébrer les obsèques du saint corps. Je vous le demande, M.F., qui serait capable de nous faire la peinture d’un si beau spectacle ? D’un côté, l’on entendait les esprits bienheureux employer toute leur industrie céleste, pour témoigner la grande joie qu’ils avaient de la gloire de leur Reine ; de l’autre, on voyait les apôtres et un grand nombre de fidèles, élever aussi leurs voix pour seconder l’harmonie de ces chantres célestes. Saint Jean Damascène nous dit qu’avant de mettre le saint corps dans le tombeau, ils eurent tous le bonheur de baiser ses mains saintes et sacrées, qui, tant de fois, avaient porté le Sauveur du monde. Dans ce moment, il n’y eut pas un malade qui ne reçût sa guérison ; il n’y eut pas une personne dans Jérusalem qui ne demandât quelque grâce au bon Dieu par la médiation de Marie et qui ne l’obtînt. Dieu le voulait ainsi pour nous montrer que tous ceux qui, dans la suite, auraient recours à elle, étaient bien sûrs de tout obtenir.

Quand chacun, nous dit le même saint, eut contenté sa dévotion et reçu l’effet de ses demandes, l’on pensa à la sépulture de la Mère de Dieu. Les apôtres, selon la coutume des Juifs, ordonnèrent de laver le saint corps et de l’embaumer. Ils chargèrent donc de cet office deux vierges au service de Marie. Celles-ci, par un fait tout miraculeux, ne purent voir ni toucher le saint corps. L’on crut reconnaître en cela la volonté de Dieu, et l’on ensevelit le corps avec tous ses vêtements. Si Marie, sur la terre, fut d’une humilité sans égale, sa mort et sa sépulture furent aussi sans égales, par la grandeur des merveilles qui s’opérèrent alors. Ce furent les apôtres eux-mêmes qui portèrent le précieux dépôt, et ce cortège saint et sacré traversa la ville de Jérusalem jusqu’au lieu de la sépulture, qui était le bourg de Gethsémani, dans la vallée de Josaphat. Tous les fidèles l’accompagnèrent avec des flambeaux à la main, plusieurs se joignaient à cette troupe pieuse, qui portait l’arche de la nouvelle alliance et la conduisait au lieu de son repos. Saint Bernard nous dit que les anges faisaient eux-mêmes leur procession, précédant et suivant le corps de leur Souveraine avec des cantiques d’allégresse ; tous ceux qui étaient présents entendaient le chant de ces anges, et partout où passait ce saint corps, il répandait une odeur délicieuse, comme si toutes les douceurs et les parfums célestes étaient descendus sur la terre. Il y eut, ajoute ce saint, un malheureux juif, qui, mourant de rage de voir que l’on rendait tant d’honneurs à la Mère de Dieu, se jeta sur le corps pour le faire tomber dans la boue ; mais il ne l’eut pas plus tôt touché, que ses deux mains tombèrent desséchées. S’étant repenti, il pria saint Pierre qu’on le fît approcher du corps de la sainte Vierge. En le touchant, ses deux mains se replacèrent d’elles-mêmes sans qu’elles parussent avoir été jamais séparées. Le corps de la Mère de Dieu ayant été déposé avec respect dans le sépulcre, les fidèles se retirèrent à Jérusalem ; mais les anges continuèrent à chanter, pendant trois jours, les louanges de Marie. Les apôtres venaient les uns après les autres, pour s’unir aux anges qui restaient au-dessus du tombeau. Au bout de trois jours, saint Thomas, qui n’avait pas assisté à la mort de la Mère de Dieu, vint demander à saint Pierre le bonheur de voir encore une fois le corps virginal. Ils allèrent donc au sépulcre, et n’y trouvèrent plus que les vêtements. Les anges l’avaient emportée dans le ciel, car on ne les entendait plus. Pour vous faire une fidèle description de son entrée glorieuse et triomphante dans le ciel, il faudrait, M.F., être Dieu lui-même, qui, dans ce moment, voulut prodiguer à sa Mère toutes les richesses de son amour, de sa reconnaissance. Nous pouvons dire qu’il rassembla alors tout ce qui fut capable d’embellir son triomphe dans le ciel. « Ouvrez-vous, portes du ciel, voici votre Reine qui quitte la terre pour embellir les cieux par la grandeur de sa gloire, par son immensité de mérites et de dignité. » Quel spectacle ravissant ! jamais le ciel n’avait vu entrer dans son enceinte une créature si belle, si accomplie, si parfaite et si riche de vertus. « Quelle est celle-ci, dit l’Esprit-Saint, qui s’élève du désert de cette vie, toute comblée de délices et d’amour, appuyée sur le bras de son bien-aimé ?… » Approchez, les portes du ciel s’ouvrent, et toute la cour céleste se prosterne devant elle comme devant sa Souveraine. Jésus-Christ lui-même la conduit dans son triomphe, et la fait asseoir sur le plus beau trône de son royaume. Les trois Personnes de la Très Sainte Trinité lui mettent sur la tête une brillante couronne et la rendent dépositaire de tous les trésors du ciel. Oh ! M.F., quelle gloire pour Marie ! mais aussi quel sujet d’espérance pour nous, de la savoir si élevée en dignité, et de connaître le grand désir qu’elle a de sauver, nos âmes !

II. – Quel amour n’a-t-elle pas pour nous ? Elle nous aime comme ses enfants ; elle aurait voulu mourir pour nous si cela eût été nécessaire. Adressons-nous à elle avec une grande confiance, et nous sommes sûrs que, quelque misérables que nous soyons, elle nous obtiendra la grâce de notre conversion. Elle prend tant de soin du salut de notre âme, elle désire tant notre bonheur !… Nous lisons dans la vie de saint Stanislas, grand dévot envers la Reine du ciel, qu’un jour, étant en prière, il dit à la Sainte Vierge de vouloir bien se montrer à lui avec le saint Enfant Jésus. Cette prière fut si agréable au bon Dieu, que dans le même moment Stanislas vit paraître devant lui la sainte Vierge, tenant le saint Enfant entre ses bras. Une autre fois, se trouvant malade dans une maison de luthériens qui ne voulaient pas lui permettre de communier, il s’adressa à la sainte Vierge, et la pria de lui procurer ce bonheur. Sa prière à peine achevée, il vit venir un ange qui lui apportait la sainte Hostie et qui était accompagné de la sainte Vierge. Dans une circonstance à peu près semblable, la même chose lui arriva, un ange lui apporta Jésus-Christ et lui donna la sainte communion. Voyez, M.F., combien Marie prend soin du salut de ceux qui ont confiance en elle !

Que nous sommes heureux, d’avoir une Mère pour nous précéder dans la pratique des vertus que nous devons avoir, si nous voulons aller au ciel et plaire à Dieu ! Mais prenons bien garde de ne jamais mépriser ni elle, ni le culte qu’on lui rend. Saint François de Borgia nous raconte qu’un grand pécheur, à son lit de mort, ne voulait entendre parler ni de Dieu, ni de son âme, ni de confession. Saint François qui se trouvait alors dans le pays de ce malheureux, se mit à prier Dieu pour lui ; comme il priait avec larmes, il entendit une voix qui lui dit: « Allez, François, allez porter ma croix à ce malheureux, exhortez-le à la pénitence. » Saint François court vers le malade déjà dans les bras de la mort. Hélas ! il avait déjà fermé son cœur à la grâce. Saint François le pria d’avoir pitié de son âme, de demander pardon au bon Dieu ; mais non, tout était perdu pour lui. Le saint entendit encore deux fois la même voix qui lui dit « Allez, François, portez ma croix à ce malheureux. » Le saint montra encore son crucifix, qui se trouva tout couvert de sang et qui coulait de toutes parts ; il dit au pécheur que ce sang adorable lui obtiendrait son pardon s’il voulait lui demander miséricorde. Mais non, tout fut perdu pour lui, il mourut en blasphémant le saint nom de Dieu: et son malheur venait de ce qu’il avait raillé et méprisé la sainte Vierge, dans les honneurs qu’on lui rendait. Ah ! M.F., prenons bien garde de ne jamais rien mépriser de ce qui se rapporte au culte de Marie, cette Mère si bonne, si portée à nous secourir à la moindre confiance que nous avons en elle ! Voici quelques exemples qui vous montreront que, si nous avons été fidèles à la moindre pratique de dévotion envers la sainte Vierge, jamais elle ne permettra que nous mourions dans le péché.

Il est rapporté dans l’histoire qu’un jeune libertin se livrait, sans aucun remords, à tous les vices de son cœur. Une maladie l’arrêta au milieu de ses désordres ; tout libertin qu’il était, il n’avait pourtant jamais manqué de dire tous les jours un Ave Maria ; c’était la seule prière qu’il faisait, et encore la faisait-il bien mal : ce n’était pas autre chose qu’une simple habitude. Dès que l’on sut que sa maladie était sans espérance de guérison, on alla chercher le prêtre de la paroisse qui vint le visiter, et l’exhorta à se confesser. Mais le malade lui répondit que s’il avait à mourir, il voulait mourir comme il avait vécu, et que, s’il venait à en échapper, il ne voulait pas vivre autrement que jusqu’alors. Ce fut la réponse qu’il fit à tous ceux qui voulurent lui parler de confession. On était dans une grande consternation ; personne n’osait plus lui en parler, dans la crainte de lui donner occasion de vomir les mêmes blasphèmes et les mêmes impiétés. Sur ces entrefaites, un de ses camarades, mais plus sage que lui, qui souvent l’avait repris de ses désordres, alla le trouver. Après lui avoir parlé de différentes choses, il lui dit sans détours : « Tu devrais bien, mon camarade, penser à te convertir. » – « Mon ami, répliqua le malade, je suis un trop grand pécheur ; tu sais bien la vie que j’ai menée. » – « Eh bien ! prie la sainte Vierge qui est le refuge des pécheurs. » – « Ah ! j’ai bien dit tous les jours un Ave Maria ; mais voilà toutes les prières que j’ai faites. Crois-tu que cela me serve de quelque chose ? » – « Comment ! répliqua l’autre, cela te servira de tout. Ne lui as-tu pas demandé de prier pour toi à l’heure de la mort ? C’est donc à présent qu’elle va prier pour toi. » – « Puisque tu penses que la sainte Vierge prie pour moi, va chercher M. le curé pour me confesser tout de bon. » En prononçant ces paroles, il se mit à verser des torrents de larmes. « Pourquoi pleurer ? lui dit son ami. » – « Ah ! pourrais-je jamais assez pleurer, après avoir mené une vie si criminelle, après avoir offensé un Dieu si bon, qui veut encore me pardonner ! Je voudrais pouvoir pleurer des larmes de sang pour montrer au bon Dieu combien je suis lâché de l’avoir tant offensé ; mais, mon sang est trop impur pour être offert à Jésus-Christ en expiation de mes péchés. Ce qui me console, c’est que Jésus-Christ mon Sauveur a offert le sien à son Père pour moi, c’est en lui que j’espère. » Son ami entendant ce discours, et voyant couler ses larmes, se mit à pleurer de joie avec lui. Ce changement était si extraordinaire, qu’il l’attribua à la protection de la sainte Vierge. Dans ce moment, le curé revint, et, fort étonné de les voir pleurer tous deux, il leur demanda ce qui était arrivé. – « Ah ! Monsieur, répondit le malade, je pleure mes péchés ! Hélas ! je commence bien tard à les pleurer ! Mais je sais que les mérites de Jésus-Christ sont infinis et que sa miséricorde est sans bornes ; j’ai encore espoir que le bon Dieu aura pitié de moi. » Le prêtre, étonné, lui demanda qui avait fait en lui un pareil changement ? « La sainte Vierge, dit le malade, a prié pour moi, c’est ce qui m’a fait ouvrir les yeux sur mon misérable état. » – « Vous voulez bien vous confesser ? » – « Oh ! oui, Monsieur, je veux me confesser, et même tout haut ; puisque j’ai scandalisé par ma mauvaise vie, je veux que l’on soit témoin de non repentir. » Le prêtre lui dit que cette mesure n’était pas nécessaire, qu’il suffisait, pour réparer les scandales, de savoir qu’il avait été administré. Il se confessa avec tant de douleur et de larmes, que le prêtre fut obligé plusieurs fois de s’arrêter pour le laisser pleurer. Il reçut les sacrements avec de si grandes marques de repentir, qu’on aurait cru qu’il allait en mourir.

Saint Bernard n’avait-il pas raison de nous dire que celui qui est sous la protection de Marie est en sûreté ; et que jamais l’on a vu la sainte Vierge abandonner une personne qui a fait quelque acte de piété en son honneur ? Non, M.F., jamais cela ne s’est vu et ne se verra. Voyez comme la sainte Vierge a récompensé un Ave Maria, que ce jeune homme avait dit tous les jours et encore, comment le disait-il ? Cependant, vous venez de voir qu’elle fit un miracle, plutôt que de le laisser mourir sans confession. Quel bonheur pour nous d’invoquer Marie, puisque ainsi elle nous sauve et nous fait persévérer dans la grâce ! Quel sujet d’espérance de penser que malgré nos péchés, elle s’offre sans cesse à Dieu pour demander notre pardon ! Oui, M.F., c’est elle qui ranime notre espérance en Dieu, c’est elle qui lui présente nos larmes, c’est elle qui nous empêche de tomber dans le désespoir à la vue de nos péchés.

Le bienheureux Alphonse de Liguori raconte qu’un de ses compagnons, prêtre, vit un jour entrer dans une église un jeune homme dont l’extérieur annonçait une âme dévorée de remords. Le prêtre s’approcha du jeune homme et lui dit : « Voulez-vous vous confesser, mon ami ? » Celui-ci répond que oui, mais, en même temps, il demande à être entendu dans un lieu retiré, car sa confession devait être longue. Quand ils furent seuls, le nouveau pénitent parla en ces termes : « Mon père, je suis étranger et gentilhomme ; mais je ne crois pas pouvoir jamais devenir l’objet des miséricordes d’un Dieu que j’ai tant offensé par ma vie si criminelle. Sans vous parler des meurtres et des infamies dont je me suis rendu coupable, je vous dirai qu’ayant désespéré de mon salut, je me suis livré à toutes sortes de péchés, moins pour contenter mes passions, que pour outrager le bon Dieu et satisfaire la haine que j’avais contre lui. J’avais un crucifix sur moi, je l’ai jeté par mépris. Ce matin même, je suis allé à la table sainte pour commettre un sacrilège, mon intention était de fouler aux pieds la sainte hostie, si les personnes qui étaient présentes ne m’en avaient empêché ; et dans ce moment, il remit à son confesseur la sainte hostie qu’il avait conservée dans un papier. En passant devant cette église, ajouta-t-il, je me suis senti pressé d’entrer, au point que je n’ai pu résister ; j’ai éprouvé des remords si violents, ils déchiraient tellement ma conscience, qu’à mesure que je me suis approché de votre confessionnal, je tombai dans un grand désespoir. Si vous n’étiez pas sorti pour venir à moi, j’allais m’en aller de l’église, je ne sais vraiment pas comment il a pu se faire que je sois ainsi à vos genoux pour me confesser. » Mais le prêtre lui dit : « N’avez-vous pas fait quelques bonnes oeuvres qui vous ont mérité une telle grâce ? peut-être avez-vous offert quelques sacrifices à la sainte Vierge ou imploré son assistance, car de telles conversions ne sont ordinairement que des effets de la puissance de cette bonne mère ? » – « Mon père, vous vous trompez, j’avais un crucifix, je l’ai jeté par mépris. » – « Mais, réfléchissez bien, ce miracle ne s’est pas fait sans quelque raison. » – « Mon père, dit le jeune homme portant la main sur son scapulaire, voilà tout ce que j’ai conservé. » – « Ah ! mon ami, lui dit le prêtre en l’embrassant, ne voyez-vous pas que c’est la sainte Vierge qui vous a obtenu cette grâce, que c’est elle qui vous a attiré dans cette église qui lui est consacrée ? » A ces paroles, le jeune homme fondit en larmes ; il entra dans tous les détails de sa vie criminelle, et sa douleur croissant toujours, il tomba aux pieds de son confesseur comme mort ; revenu à lui, il acheva sa confession. Avant de quitter l’église, il promit de raconter partout la grande miséricorde que Marie avait obtenue de son Fils pour lui.

III. – Que nous sommes heureux, M.F., d’avoir une Mère si bonne, si dévouée au salut de nos âmes ! Cependant il ne faut pas se contenter de la prier, il faut encore pratiquer toutes les autres vertus que nous savons être agréables à Dieu. Un grand serviteur de Marie, saint François de Paule, fut un jour appelé par Louis XI, espérant obtenir de lui sa guérison. Le saint trouva dans le roi toutes sortes de bonnes qualités, il s’adonnait à quantité de bonnes couvres et de prières en l’honneur de Marie. Il disait tous les jours son chapelet, faisait beaucoup d’aumônes pour honorer la sainte Vierge, portait sur lui plusieurs reliques ; mais sachant qu’il n’avait pas assez de modestie et de retenue dans ses paroles, et qu’il souffrait chez lui des gens de mauvaise vie, saint François de Paule lui dit en pleurant : « Prince, croyez-vous que toutes vos dévotions soient agréables à la sainte Vierge ? Non, non, prince, commencez à imiter Marie, et vous êtes sûr qu’elle vous tendra les mains. » En effet, ayant fait une confession de toute sa vie, il reçut tant de grâces et tant de moyens de salut, qu’il mourut de la manière la plus édifiante, en disant que Marie lui avait valu le ciel par sa protection. Le monde est plein de monuments qui nous attestent les grâces que la sainte Vierge nous obtient ; voyez tous ces sanctuaires, tous ces tableaux, toutes ces chapelles en l’honneur de Marie. Ah ! M.F., si nous avions une tendre dévotion envers Marie, que de grâces nous obtiendrions tous pour notre salut ! Oh ! pères et mères, si tous les matins vous mettiez tous vos enfants sous la protection de la sainte Vierge, elle prierait pour eux, elle les sauverait et vous aussi. Oh ! comme le démon redoute la dévotion envers la sainte Vierge !… Il se plaignait un jour hautement au bienheureux François que deux sortes de personnes le faisaient bien souffrir. D’abord, celles qui contribuent à répandre la dévotion à la sainte Vierge, puis celles qui portent le saint Scapulaire.

Ah ! M.F., en faut-il davantage pour nous inspirer une grande confiance à la sainte Vierge et le désir de nous consacrer entièrement à elle en mettant notre vie, notre mort et notre éternité entre ses mains ? Quelle consolation pour nous dans nos chagrins, dans nos peines, de savoir que Marie veut et peut nous secourir ! Oui, nous pouvons dire que celui qui a le bonheur d’avoir une grande confiance en Marie a son salut en sûreté ; et jamais on n’aura entendu dire que celui qui a mis son salut entre les mains de Marie, ait été damné. Nous reconnaîtrons à l’heure de la mort combien la sainte Vierge nous a fait éviter de péchés, et comme elle nous a fait faire du bien que nous n’aurions jamais fait sans sa protection. Prenons-la pour notre modèle, et nous sommes sûrs de bien marcher dans le chemin du ciel. Admirons en elle cette humilité, cette pureté, cette charité, ce mépris de la vie, ce zèle pour la gloire de son Fils et le salut des âmes. Oui, M.F., donnons-nous et consacrons-nous à Marie pour toute notre vie. Heureux celui qui vit et meurt sous la protection de Marie, le ciel lui est assuré ! C’est ce que je vous souhaite.

Coeur douloureux et immaculé de Marie

2017-67. Toute la vie, toute l’âme de Catherine Labouré est exprimée dans ces deux petits mots : Ama nesciri, aime à être ignoré !

1947 – 27 juillet – 2017

70ème anniversaire de la canonisation de
Sainte Catherine Labouré

Soeur Catherine Labouré - photographie

Sainte Catherine Labouré (1806 – 1876)
photographie prise à la fin de sa vie

Vendredi 28 juillet 2017.

Ainsi que je l’ai évoqué il y a quelques jours à propos de la relique du coeur de Saint Vincent de Paul (cf. > ici), la canonisation de Soeur Catherine Labouré fut célébrée à Rome par le Pape Pie XII le dimanche 27 juillet 1947, il y a septante ans.
En ces temps-là, il n’y avait pas de prédication dans le cours de la messe de canonisation et c’est le lendemain, lundi 28 juillet 1947 – il y a donc exactement septante ans aujourd’hui – que Sa Sainteté le Pape Pie XII mit en valeur les exemples de Sainte Catherine Labouré dans un discours adressé à la famille vincentienne (Prêtres de la Mission, dits Lazaristes, Filles de la Charité, et Enfants de Marie) réunie au Vatican dans la Cour Saint-Damase.
C’est ce discours dont je publie aujourd’hui l’intégralité du texte ci-dessous.

A septante ans de distance, la lecture de ce texte permet aussi de poser de douloureux constats : les familles religieuses de Saint Vincent de Paul ont été depuis lors terriblement sinistrées par les désertions, par la crise des vocations, par le modernisme et la sécularisation, tandis que l’Association des Enfants de Marie, à laquelle le Pape Pie XII réserve une part importante de son discours, et qui était alors présente dans quasi toutes les paroisses de la Chrétienté, a presque disparu du paysage : en 1966 les Enfants de Marie, expressément demandées par la Sainte Vierge, ont été rebaptisées « jeunesses mariales » (JM en abrégé : avez-vous remarqué comme le clergé postconcilaire est friand de sigles et d’abréviations ?) et ne regroupent plus que quelque centaines de membres quasi invisibles en France, alors que jadis les Enfants de Marie étaient clairement identifiables dans toutes les cérémonies paroissiales et les processions.

Lully.

médaille miraculeuse

Discours de Sa Sainteté le Pape Pie XII
prononcé le lundi 28 juillet 1947 dans la Cour Saint-Damase
à l’adresse des pèlerins Français
et de la famille vincentienne
présents à Rome à l’occasion de la canonisation
de
Sainte Catherine Labouré

« Dès les premières pages de son incomparable chef-d’œuvre l’auteur de «L’imitation de Jésus-Christ » laisse tomber de sa plume cette leçon de sa propre expérience, ce secret de sa paix sereine et communicative : « Veux-tu apprendre et savoir quelque chose d’utile ? Aime à être ignoré ! » (Livre 1 chap. 2).

Ama nesciri ! Deux mots prodigieux, stupéfiants pour le monde qui ne comprend point, béatifiants pour le chrétien qui sait en contempler la lumière, en savourer les délices. Ama nesciri ! Toute la vie, toute l’âme de Catherine Labouré est exprimée dans ces deux petits mots.

Rien pourtant, même de la part de la Providence, ne semblait lui dicter ce programme : ni son adolescence, durant laquelle la mort de sa mère, la dispersion des aînés avaient fait reposer sur ses épaules d’enfant toute la charge du foyer domestique ; ni les étranges voies, par lesquelles elle doit passer pour répondre à sa vocation et triompher des oppositions paternelles ; ni cette vocation même à la grande et vaillante phalange des Filles de la Charité qui de par la volonté et suivant l’expression pittoresque de saint Vincent de Paul, ont « pour cloître, les rues de la ville ; pour clôture, l’obéissance ; pour grille, la crainte de Dieu ; pour voile, la sainte modestie ».

Du moins, semblerait-il, sa retraite et sa formation dans le Séminaire de la rue du Bac favoriseront son recueillement et son obscurité ? Mais voici qu’elle y est l’objet des faveurs extraordinaires de Marie, qui fait d’elle sa confidente et sa messagère. Si encore il s’était agi seulement de ces hautes communications et visions intellectuelles, qui élevaient vers les sommets de la vie mystique une Angèle de Foligno, une Madeleine de Pazzi, de ces paroles intimes, dont le cœur garde jalousement le secret ! Mais non ! Une mission lui est confiée, qui doit être non seulement transmise, mais remplie au grand jour : réveiller la ferveur attiédie dans la double Compagnie du Saint de la charité ; submerger le monde tout entier sous un déluge de petites médailles, porteuses de toutes les miséricordes spirituelles et corporelles de l’Immaculée ; susciter une Association pieuse d’Enfants de Marie pour la sauvegarde et la sanctification des jeunes filles.

Sans aucun retard, Catherine s’est adonnée à l’accomplissement de sa triple mission. Les doléances de la Mère de Dieu ont été entendues et l’esprit du saint Fondateur a refleuri alors dans les deux communautés. Mais, non moins que par sa fidélité à transmettre le message, c’est par sa constance à y répondre elle-même que Catherine en a procuré l’efficacité, mettant sous les yeux de ses Sœurs, pendant près d’un demi siècle, le spectacle saintement contagieux d’une vraie fille de saint Vincent, d’une vraie Fille de la Charité, joignant à toutes les qualités humaines de savoir-faire, de tact, de bonté, les vertus surnaturelles qui font vivre en Dieu, « cette pureté d’esprit, de cœur, de volonté, qui est le pur amour ».

La médaille, dont Marie elle-même avait parlé à sa confidente, a été frappée et répandue par millions dans tous les milieux et sous tous les climats, où elle a été dès lors l’instrument de si nombreuses et extraordinaires faveurs, aussi bien corporelles que spirituelles, de tant de guérisons, de protection, de conversions surtout, que la voix du peuple, sans hésiter, l’a aussitôt appelée « la médaille miraculeuse ».

Et l’Association des Enfants de Marie ! Nous sommes heureux de la saluer tout entière en vous qui la représentez ici, très chères filles, en rangs pressés, et de le faire précisément en ce temps, où elle vient à peine d’achever dignement le premier siècle de son existence. En effet, il y a eu, le mois dernier, tout juste cent ans, que Notre Prédécesseur Pie IX, de sainte mémoire, ratifiait son acte de naissance par le rescrit du 20 juin 1847, lui conférant l’érection canonique et lui accordant les mêmes indulgences, dont jouissaient alors les Congrégations Mariales (Acta Apostolica in gratiam Congregationis Missionis, Parisiis 1876, p. 253-254).

Comme vous devez l’apprécier et l’aimer, tant pour le bien que vos aînées et vous-mêmes en avez déjà reçu, que pour celui qu’elle vous met en mesure de faire autour de vous ! Or, ce bien immense se manifeste clairement pour peu que l’on considère, d’une part, le besoin auquel elle répond et qui la rend souverainement opportune, pour ne pas dire impérieusement nécessaire, et d’autre part, les fruits abondants qu’elle a déjà portés au cours de cette étape centenaire.

La Sœur Labouré le comprenait, ce besoin, elle le sentait profondément en son cœur ardent de zèle et de charité. Elle compatissait aux pauvres enfants du quartier de Reuilly, à ces petites, ces toutes petites — même de huit à douze ans ! qui s’en allaient travailler et qui, trop souvent hélas ! se perdaient dans les fabriques, en contact permanent avec l’ignorance et la corruption de leurs compagnes. Ces tendres victimes avaient besoin d’air pur, de lumière, de nourriture spirituelle. On en a pitié ; on ouvre pour elles un patronage ; on leur enseigne le catéchisme ; notre sainte distribue à profusion la médaille miraculeuse. Si utile, si précieux que tout cela soit, elle ne s’en contente pas tant que l’Association n’y est pas formée pour l’appui mutuel, pour la direction religieuse et morale de ces enfants, surtout pour les abriter sous le manteau maternel et virginal de Marie.

Depuis, quels développements ! Qui dénombrera ces saintes phalanges d’Enfants de Marie au voile blanc comme le lis, et dont le nom seul paraît déjà apporter avec lui comme une brise fraîche toute parfumée de pureté et de piété ?

Les temps ont changé, entendez-vous dire dans votre entourage, et l’on semble vouloir insinuer par là que celui des choses d’hier est passé ; qu’elles doivent céder la place à d’autres plus nouvelles.

Oui, sans doute, les temps ont changé. L’instruction, — l’instruction profane du moins — est plus développée en extension, sinon en profondeur, qu’à l’époque de Catherine Labouré ; la législation sociale s’est occupée davantage, et fort louablement, du sort des enfants et des jeunes filles, les arrachant à l’esclavage d’un travail précoce disproportionné à leur sexe et à leur âge ; la jeune fille a été affranchie, ou s’est affranchie elle-même, de quelques servitudes, de beaucoup de conventions et de convenances plus nombreuses encore. Sans doute aussi, sous l’influence de l’Église, d’heureuses transformations se sont progressivement obtenues, qui ont favorisé la solide éducation, la saine activité, la légitime initiative de la jeune fille chrétienne. C’est vrai, tout cela a changé. Encore faut-il reconnaître la part qu’ont eue à ces changements les institutions catholiques si multiples et si variées.

Mais, sous cette évolution que personne d’ailleurs ne songe à contester, certaines choses, les principales, demeurent permanentes, à savoir : la loi morale, la misère humaine conséquence du péché originel et, en connexion avec ces données immuables, les bases fermes sur lesquelles doivent nécessairement s’appuyer la sauvegarde de cette loi morale, les conditions essentielles des remèdes à ces misères.

De fait, bien que votre situation privilégiée d’Enfants de Marie vous mette, grâces à Dieu, à l’abri de la triste expérience de la plupart, vous ne pouvez quand même ne pas connaître le monde au sein duquel vous vivez. Or, les temps vous semblent-ils tellement changés que les périls qui vous guettent soient moindres qu’autrefois ? L’ignorance était alors fort répandue ; l’ignorance religieuse, la pire de toutes, est-elle aujourd’hui moins profonde ? N’a-t-elle pas plutôt envahi, au contraire, des foyers, des familles, où la religion était jadis en honneur et aimée, parce que connue et intelligemment pratiquée ? Qui oserait affirmer que les rues, les kiosques de journaux, les charrettes et les vitrines de librairies, les spectacles, les rencontres fortuites ou les rendez-vous combinés, que le lieu même du travail et les transports en commun offrent moins d’occasions dangereuses qu’il y a cent ans, quand elles faisaient trembler Catherine Labouré ? Et le soir venu, le retour à la maison assure-t-il autant qu’alors cette intimité de la famille chrétienne, qui rafraichissait, purifiait et réconfortait le cœur après les dégoûts ou les faiblesses de la journée ?

À ces maux quels remèdes, à cette atmosphère malsaine quelle hygiène opposer ? Ici encore, les modalités peuvent et doivent changer pour s’adapter, au jour le jour, à celles de la vie actuelle et aux circonstances ; elles pourront et devront varier aussi pour répondre aux aspirations, aux tempéraments, aux aptitudes, qui ne sont pas, en toutes, les mêmes. Mais au fond : Associations ou Pieuses Unions d’Enfants de Marie, groupes d’Action Catholique, Congrégations de la Sainte Vierge, Confréries et Tiers Ordres, que trouve-t-on là sinon les éléments essentiels de toute hygiène et de toute thérapeutique morale ? Une doctrine religieuse consciencieusement approfondie, une direction spirituelle suivie, la pratique fréquente des sacrements et de la prière, les conseils éclairés et les secours assidus de directrices expérimentées et dévouées, et puis la force si puissante de l’Association, de l’union fraternelle, du bon exemple, tout cela sous le patronage, sous la conduite, sous la protection ferme et vigilante en même temps que miséricordieuse de la Vierge Immaculée. N’est-ce pas elle-même qui a expressément voulu et inspiré l’œuvre, dont Catherine Labouré a été d’abord la confidente et la messagère, puis la propagatrice et l’active ouvrière ?

Pour réaliser les trois demandes de Marie, notre Sainte a prié, elle a lutté, elle a peiné sans relâche. Tout le monde était témoin de cette réalisation ; tout le monde en parlait, tout le monde savait aussi, vaguement du moins, de quelles faveurs célestes une Fille de la Charité avait été l’objet, et les grandes choses que la Mère de Dieu avait faites par son ministère. Mais cette privilégiée, cette mandataire, cette exécutrice de si vastes desseins, qui était-elle ? Et quel était son nom ? Nul ne le savait, hormis son confesseur, dépositaire de son secret. Et cela a duré pendant quarante-six ans, sans que, un seul instant, le voile de son anonymat fût soulevé !

Ama nesciri ! Oui, c’est bien cela : elle aime d’être ignorée ; c’est sa vraie joie et son intime satisfaction ; elle la savoure avec délices. D’autres qu’elle ont reçu de grandes lumières, ont été chargées de grands messages ou de grands rôles, et sont demeurées dans l’ombre ou s’y sont réfugiées au fond d’un cloître, pour fuir la tentation de vaine gloire, pour goûter le recueillement, pour se faire oublier : des grilles les défendaient, un voile épais dérobait leurs traits aux regards, mais leur nom courait sur toutes les lèvres. Elle ne s’est point retirée ; bien au contraire, elle continue de se dépenser à longueur de journées parmi les malades, les vieillards, les Enfants de Marie ; on la voit, on la coudoie à toute heure, à tous les carrefours ; elle n’a pas à se cacher : on ne sait pas que « c’est elle » ; elle n’a pas à faire oublier son nom : tant qu’elle vivait, il était inconnu !

Quelle leçon à l’orgueil du monde, à sa fringale d’ostentation ! L’amour-propre a beau se dissimuler et se donner les apparences du zèle ; c’est lui toujours qui, comme jadis l’entourage de Jésus, souffle à l’oreille le « Manifesta teipsum mundo » (Jn 7, 4). Dans l’obscurité où, quarante-six ans, elle a vécu, poursuivant sa mission, Catherine Labouré l’a merveilleusement et fructueusement accomplie.

L’heure est venue pour elle, annoncée par l’Apôtre : « Vous êtes morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez aussi avec lui, dans la gloire » (Col 3, 3-4).

Dans la gloire où elle resplendit en pleine lumière là-haut près du Christ et de sa Mère, dans la gloire dont elle rayonne dès ici-bas où elle avait passé, ignorée, elle continue d’être la messagère de l’Immaculée. Elle l’est près de vous, Prêtres de la Mission et Filles de la Charité, vous stimulant à la ferveur dans votre sainte vocation ; elle l’est près de vous, Enfants de Marie qu’elle a tant aimées et dont elle est la puissante protectrice, vous exhortant à la fidélité, à la piété, à la pureté, à l’apostolat ; elle l’est près de vous tous, pécheurs, malades, infirmes, affligés qui levez les yeux en répétant avec confiance l’invocation : « O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Par son intercession, les plus abondantes faveurs pleuvront sur vous à qui, de tout cœur, Nous donnons, comme gage des grâces divines, Notre Bénédiction apostolique. »

Discours et messages-radio de S.S. Pie XII,
Neuvième année de Pontificat, 2 mars 1947- 1er mars 1948, pp. 193-198.

Sainte Catherine Labouré - corps incorrompu

Corps incorrompu de Sainte Catherine Labouré
(chapelle de la Médaille Miraculeuse, rue du Bac, à Paris)

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints |on 28 juillet, 2017 |1 Commentaire »

2017-65. « Cette Messe de Requiem nous rappelle que la société est bien en deuil de la paix, mais qu’elle attend sa résurrection avec une ferme confiance… »

Mercredi 19 juillet 2017,
Fête de Saint Vincent de Paul (cf. > ici).

Il y a deux jours, je vous donnais un compte-rendu de la journée de mémoire et de pèlerinage organisée par le Cercle Légitimiste du Vivarais ce dernier 14 juillet, à l’occasion de l’anniversaire du massacre des prêtres et des fidèles serviteurs de Dieu et du Roi le 14 juillet 1792 et les jours alentour dans le sud du Vivarais (cf. > ici), et je vous promettais la publication de l’homélie prononcée lors de la Sainte Messe de Requiem qui fut célébrée par Monsieur le Grand Prieur de la Confrérie Royale.
Voici donc aujourd’hui ce texte qui mérite d’être lu avec attention et médité dans un profond recueillement.

Sermon 14 juillet 1

frise lys deuil

« Cette Messe de Requiem nous rappelle que la société est bien en deuil de la paix, mais qu’elle attend sa résurrection avec une ferme confiance… »

Chers Amis,

L’occasion de notre pèlerinage en ce jour ne diffère pas fondamentalement de celle qui nous réunit chaque 21 janvier. Au dernier pèlerinage au Puy, à l’Ascension, nous vous avons expliqué pourquoi « Le Roi et la France, c’est tout un ». Aujourd’hui, nous célébrons le martyre des membres de ce Corps mystique du Royaume que furent les ecclésiastiques, les aristocrates et les bons Français assassinés par les terroristes de l’époque ; le 21 janvier, tout est réuni dans la commémoraison du sacrifice de celui qui en est la tête. Que l’on s’attaque à la tête ou aux membres, c’est la même personne mystique (la France catholique et royale) que l’on outrage.

Me permettrez-vous de reprendre les paroles du pape Pie VI aux cardinaux réunis en consistoire à Rome, le 11 juin 1793, dix-huit ans jour pour jour après le sacre du roi Louis XVI ? En pleurant la mort du roi très-chrétien, et en s’élevant au-dessus des contingences dramatiques de cette seule année, le Souverain Pontife y inclut tous les autres martyrs dans une magnifique et courageuse analyse d’un mouvement né bien plus tôt. Ses paroles restent aujourd’hui d’une brûlante actualité.

« Dès le commencement de Notre Pontificat, prévoyant les exécrables manœuvres d’un parti si perfide, Nous-même annoncions le péril imminent qui menaçait l’Europe. […] Si l’on avait écouté Nos représentations et Nos avis, Nous n’aurions pas à gémir maintenant de cette vaste conjuration tramée contre les rois et contre les empires », « une conjuration impie ».

Car la mise à mort du roi et l’extermination en règle de ses loyaux sujets en pleine Révolution (appelée Perturbation par la sainte Liturgie) n’est pas « l’acte isolé d’un déséquilibré » selon l’expression aujourd’hui consacrée par la grosse presse, mais un attentat contre Dieu Lui-même, à chaque fois que la dignité d’un innocent est bafouée, et d’autant plus quand cet innocent défend l’économie divine et l’ordre chrétien, à la suite du premier contre-révolutionnaire : saint Michel.

« Ces hommes dépravés », « la portion la plus féroce de ce peuple », « tant de juges pervers et tant de manœuvres employées » ont éliminé tous les piliers, aussi humbles soient-ils, de cette construction magnifique de la Chrétienté en France, qui alliait Dieu et la France, le Trône et l’Autel, la nature et le surnaturel. Le roi fut sacrifié « non pour avoir commis un crime, mais parce qu’il était Roi, ce que l’on regardait comme le plus grand de tous les crimes », et ses sujets fidèles, parce qu’ils étaient de fidèles sujets, dénonçant, activement ou passivement, la tyrannie des serviteurs du premier Révolutionnaire, du père du mensonge, « celui qui est homicide depuis le commencement ».

« D’après cette suite ininterrompue d’impiétés qui ont pris leur origine en France, aux yeux de qui n’est-il pas démontré qu’il faut imputer à la haine de la religion les premières trames de ces complots qui troublent et ébranlent toute l’Europe ? Personne ne peut nier que la même cause n’ait amené la mort funeste de Louis XVI. […] Tout cela ne suffit-il pas pour qu’on puisse croire et soutenir, sans témérité, que Louis fut un martyr ? », et les héros que nous commémorons aujourd’hui, ses compagnons ?

« Tous les Français qui se montraient encore fidèles dans les différents ordres de l’État […] étaient aussitôt accablés de revers et voués à la mort. On s’est hâté de les massacrer indistinctement ; on a fait subir les traitements les plus barbares à un grand nombre d’ecclésiastiques, sous les bannières tricolores et au chant de La Marseillaise, que l’on veut nous vendre aujourd’hui pour drapeau et hymne nationaux ! On a égorgé des Évêques… Ceux que l’on persécutait avec moins de rigueur se voyaient arrachés de leurs foyers et relégués dans des pays étrangers, sans aucune distinction d’âge, de sexe, de condition par les ancêtres spirituels des prétendus antiracistes… On avait décrété que chacun était libre d’exercer la religion qu’il choisirait, comme si toutes les religions conduisaient au salut éternel ! Et cependant la seule religion catholique était proscrite, comme dans l’empire romain païen depuis Néron.

Or, l’Église enseigne que « la religion est la gardienne la plus sûre et le plus solide fondement des empires, puisqu’elle réprime également les abus d’autorité dans les puissances qui gouvernent, et les écarts de la licence dans les sujets qui obéissent. Et c’est pour cela que les factieux adversaires des prérogatives royales cherchent à les anéantir et s’efforcent d’amener d’abord le renoncement à la foi catholique ».

« Seule, elle voyait couler le sang de ses disciples dans les places publiques, sur les grands chemins et dans leurs propres maisons. On eût dit qu’elle était devenue un crime capital. Ils ne pouvaient trouver aucune sûreté dans les États voisins où ils étaient venus chercher asile … Tel est le caractère constant des hérésies. Tel a toujours été, dès les premiers siècles de l’Église, l’esprit des hérétiques ». C’est hélas ce que, peu à peu, est en train de redécouvrir l’Europe.

Alors que, souvent sans connaître les horreurs qui en sont l’acte de naissance et – il faut bien l’avouer – la marque de fabrique, beaucoup de Français se réunissent aujourd’hui pour fêter la Révolution et le régime qui en est la fille aînée, il nous faut entendre résonner encore à nos oreilles, à deux cents ans de distance : « Vénérables Frères, comment Notre voix n’est-elle point étouffée dans ce moment par Nos larmes et par Nos sanglots ? » ; « N’est-ce pas plutôt par Nos gémissements que par Nos paroles, qu’il convient d’exprimer cette douleur […] devant […] le spectacle que l’on vit », entre autres, beaucoup d’autres, aux Vans en juillet 1792 ? 

Quand la Royauté très-chrétienne se fondait sous l’infusion baptismale de saint Remi aux fonts baptismaux de Reims, la Révolution commence, elle, dès le début par les assassinats : lorsque le gouverneur de la Bastille est décapité le 14 juillet 1789 avec ses soldats, il illustre malgré lui à merveille la coupable bêtise de tous les Chrétiens qui capitulent devant le mal au nom de prétendus bons sentiments : « Ne voyons pas le mal partout, faisons confiance aux ennemis de l’Église ! » et à ces patriotes qu’on a vu à la Messe… constitutionnelle, c’est-à-dire du culte schismatique d’État. Regardez donc ces loups, ils ont de si beaux pelages d’agneaux ! Cette attitude se renouvelle hélas face à tous les adversaires du nom chrétien : athéisme, laïcisme, islamisme. Et nos nouveaux Marquis de Launais finiront comme lui, après avoir par leur faute laissé ruiner toute la société, tout le bien commun…

« Il est impossible de ne pas être pénétré d’horreur quand on n’a point abjuré tout sentiment d’humanité ». Nous le savons, beaucoup, même chez les pieux Catholiques, ne sont aucunement « pénétrés d’horreur », justement parce qu’ils ont « abjuré tout sentiment d’humanité », de même pour les Français qui ne sont pas scandalisés par le « crime abominable » de l’avortement (selon les paroles du concile Vatican II lui-même, pourtant généralement abondamment cité), crime qui est, selon le pape François, « le mal absolu », affirmation elle aussi bien peu reprise par ses thuriféraires.

Après la récente mort de l’initiatrice officielle du massacre légal de masse des enfants dans le ventre de leur mère, plus petits sujets de l’ordre naturel divin, ne peut-on voir dans nos prétendues élites – il y a quarante ans comme lors de la dernière campagne électorale – les dignes successeurs de ces « ci-devant Chrétiens constitutionnels », qui pour ne pas paraître s’opposer à la Révolution en marche, donnent des gages à ses partisans les plus enragés en les dépassant dans l’horreur ? En allant jusqu’à s’indigner d’avoir pu être ne serait-ce que soupçonnés d’avoir été défenseurs de la vie ? En exhibant leur participation positive à chacun des votes étendant, législature après législature, le massacre ?

Alors que sous la Révolution, tout le monde avait peur, les Révolutionnaires les premiers, au sein d’un courant qu’ils ne maîtrisaient pas vraiment, de nos jours : combien se soucient vraiment des nouvelles victimes de la fille de la Révolution, toujours aussi avide de sang ? Combien de temps notre société endormie s’habituera-t-elle à certains massacres, par un silence criant, tandis que d’autres sont quant à eux très régulièrement sur les lèvres des journalistes et hommes de pouvoir ?

N’attirent-ils pas à chaque instant la colère du Ciel, tel le sang d’Abel ? Plus d’un avortement par seconde dans le monde ; un toutes les 11 secondes en France, soit 327 avortements depuis une heure, et 7800 ce soir. Lorsque Mère Teresa lançait au monde : « Le plus grand destructeur de la paix, aujourd’hui, est le crime commis contre l’innocent enfant à naître », ne s’agit-il pas encore une fois d’« instaurer et restaurer sans cesse », selon le mot de saint Pie X aux évêques français, « la cité catholique, la civilisation chrétienne » qui seule promeut le vrai respect de la vie humaine, consacrée par l’Incarnation du Fils de Dieu ? La Sainte Église n’est-elle pas aujourd’hui (pas par tous ses membres, hélas) presque l’unique défenseur du caractère sacré de la vie humaine innocente ? Le seul obstacle aux actuelles politiques mondiales ?

« Quoique les prières funèbres puissent paraître superflues quand il s’agit [de] Chrétien[s] qu’on croit avoir mérité la palme du martyre, puisque saint Augustin dit que l’Église ne prie pas pour les martyrs, mais qu’elle se recommande plutôt à leurs prières », cette Messe de Requiem nous rappelle que la société est bien en deuil de la paix, à savoir la tranquillité de l’ordre, de l’ordre voulu par Dieu, mais qu’elle attend sa résurrection avec une ferme confiance, ce qui sera bientôt manifesté, nous l’espérons, par le passage de la couleur noire des ornements à la couleur rouge, le jour où Rome aura le courage d’appeler « saints » ceux que Pie VI appelait déjà « martyr[s] pour la foi ». La plus belle et importante sentence de l’allocution pontificale est celle-ci : « Qui pourra jamais douter que ce monarque (et j’ajoute : et tous ses compagnons, ainsi que leurs successeurs) n’ait été principalement immolé en haine de la Foi et par un esprit de fureur contre les dogmes catholiques ? », notamment aujourd’hui celui du respect de la vie de la conception à la mort naturelle.

Face aux paroles racistes d’un hymne célèbre, le pape Pie VI parle bien lui-même de (je cite) « l’effusion d’un sang si pur ». Et souvenons-nous que le roi-martyr s’était exclamé, et nos héros avec lui : « Je meurs innocent des crimes que l’on m’impute, et je prie afin que mon sang ne retombe pas sur la France ». Ses sujets ne disaient pas autre chose. Et nos petits martyrs de chaque seconde, ne les entendez-vous pas s’écrier la même chose, nouveaux fils de Rachel et saints Innocents de Bethléem, le crime invoqué étant pour eux la maladie ou la simple gêne d’un confort hédoniste et égoïste !

Ces paroles que je vous ai livrées, et qui en scandalisent sans doute plus d’un aujourd’hui, sont les paroles-mêmes du Souverain Pontife ayant affronté la Révolution. Quand bien même les lâches deviendraient majoritaires parmi les Catholiques, « serions-Nous obligés pour cela de changer de sentiment au sujet de [leur] martyre ? », demandait ce pape. « Non, sans doute, répondrons-nous avec lui, car si Nous avions eu pareil dessein, Nous en serions détournés […] par [leur] mort-même[…] en haine de la religion catholique ; de sorte qu’il paraît difficile que l’on puisse rien contester de la gloire de [leur] martyre ».

Pour terminer, voici l’inégalable conclusion du discours papal aux princes de l’Église : « Ah ! France ! Ah ! France ! toi que nos prédécesseurs appelaient le miroir de la Chrétienté et l’inébranlable appui de la foi ; toi qui, par ton zèle pour la croyance chrétienne et par ta piété filiale envers le Siège Apostolique, ne marches pas à la suite des autres nations, mais les précèdes toutes : que tu Nous es contraire aujourd’hui ! De quel esprit d’hostilité tu parais animée contre la véritable religion !

Combien la fureur que tu lui témoignes surpasse déjà les excès de tous ceux qui se sont montrés jusqu’à présent ses persécuteurs les plus implacables ! […]

Ah ! encore une fois, France ! Tu demandais même auparavant un Roi catholique. Tu disais que les lois fondamentales du Royaume ne permettaient point de reconnaître un Roi qui ne fût pas catholique, et c’est précisément parce qu’il était catholique que tu viens de l’assassiner ! Ta rage contre ce monarque s’est montrée telle que son supplice même n’a pu ni l’assouvir, ni l’apaiser. […]

Ô jour de triomphe pour Louis XVI [et tous ses compagnons], à qui Dieu a donné et la patience dans les tribulations, et la victoire au milieu de [leur] supplice ! Nous avons la confiance qu’il[s ont] heureusement échangé une couronne royale toujours fragile, et des lys qui se seraient flétris bientôt, contre cet autre diadème impérissable que les Anges ont tissé de lys immortels. […]

« Laissons donc, écrit avec douleur le Père commun, ce peuple révolté s’endurcir dans sa dépravation puisqu’elle a pour lui tant d’attraits, et espérons que le sang innocent de Louis crie en quelque sorte et intercède pour que la France reconnaisse et déteste son obstination à accumuler sur elle tant de crimes, et qu’elle se souvienne des châtiments effroyables qu’un Dieu juste, Vengeur des forfaits, a souvent infligés à des Peuples qui avaient commis des attentats beaucoup moins énormes.

Telles sont les réflexions que Nous avons jugées les plus propres à vous offrir quelques consolations dans un si horrible désastre ». Fin de citation.

Face en effet à tous les attentats contre la vie humaine innocente et tous les martyres niés, méprisés et oubliés, les Légitimistes seront toujours là pour entretenir la fidèle mémoire, honorant le sacrifice des uns, publiant le crime des autres, expiant pour ceux-là en vue de la restauration de l’ordre et du bien outragés, et de la conversion des bourreaux et de leurs complices en vue de leur éviter des peines éternelles. Comment ne pas penser aux paroles de N.S. : « Je vous le dis, s’ils se taisent, les pierres crieront ! » (Luc. XIX, 40) ?

Les fidèles Catholiques français attachés à l’ordre très-chrétien de leur Patrie terrestre sont de ces pierres qui crient, et font honneur au nom français au milieu de notre époque bien trouble. Comme le rappelle souvent S.M. le Roi, il ne s’agit pas de nostalgie, mais de fidélité à Dieu en trois Personnes, à Son lieutenant sur terre, à ses fervents et bons sujets s’étant conduits en héros, en un mot à ces principes qui continuent d’inspirer toute notre conduite et chacune de nos actions.

Avec le premier pape, sur les écrits duquel je tombais hier, écrions-nous : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon Sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir, lequel vous est réservé dans les cieux, vous qui, par la puissance de Dieu, êtes gardés par la foi pour le salut prêt à être révélé dans les derniers temps! C’est là ce qui fait votre joie, quoique maintenant, puisqu’il le faut, vous soyez attristés pour un peu de temps par diverses épreuves, afin que l’épreuve de votre foi, plus précieuse que l’or périssable qui cependant est éprouvé par le feu, ait pour résultat la louange, la gloire et l’honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra, Lui Que vous aimez sans L’avoir vu, en Qui vous croyez sans Le voir encore, vous réjouissant d’une joie ineffable et glorieuse, parce que vous obtiendrez le salut de vos âmes pour prix de votre foi.

Les prophètes, qui ont prophétisé touchant la grâce qui vous était réservée, ont fait de ce salut l’objet de leurs recherches et de leurs investigations […]. Il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils étaient les dispensateurs de ces choses, que vous ont annoncées maintenant ceux qui vous ont prêché l’Evangile par le Saint-Esprit envoyé du ciel, et dans lesquelles les anges désirent plonger leurs regards » (I Petr. I, 3). Ainsi soit-il.

Sermon 14 juillet 2

frise lys deuil

2017-64. Le coeur de Saint Vincent de Paul et la France.

19 juillet,
Fête de Saint Vincent de Paul.

apparitions du coeur de Saint Vincent de Paul à Sainte Catherine Labouré

Apparitions du coeur de Saint Vincent de Paul à Sainte Catherine Labouré
dans la chapelle de la rue du Bac pendant l’octave de la translation de Saint Vincent (25 avril – 2 mai 1830) :
le graveur a représenté comme un seul moment la vision des trois couleurs différentes du coeur de Saint Vincent, blanc, rouge feu et rouge noir, alors que cela fut montré sur trois jours consécutifs.

lys 2

Du coeur de Saint Vincent de Paul montré à Sainte Catherine Labouré
comme particulièrement affligé pour la France,
et des leçons qui découlent de cette vision :

Sainte Catherine Labouré (1806-1876) a vu Saint Vincent de Paul pour la première fois dans un songe alors qu’elle avait 15 ou 16 ans. Sur le coup elle ne comprit pas ce que ce prêtre âgé, qu’elle ne connaissait pas, lui signifiait en l’appelant à venir vers lui ; elle ne le réalisa que plus tard lorsque, dans le parloir des Filles de la Charité de Châtillon-sur-Seine, elle vit au mur le portrait de ce prêtre inconnu et apprit qu’il s’agissait de Saint Vincent de Paul. Tout devint alors limpide : Saint Vincent voulait qu’elle entrât chez les Filles de la Charité.

Catherine arriva au noviciat (on disait alors « le séminaire ») des Filles de la Charité, rue du Bac, à Paris, le 21 avril 1830.
Soeur Catherine prit part avec joie et ferveur à la grande procession de la translation du corps de Saint Vincent depuis la cathédrale Notre-Dame jusqu’à la chapelle des Lazaristes, le dimanche 25 avril (cf. > ici), puis à l’octave de prières et d’actions de grâces qui suivit, octave pendant lequel les novices allaient souvent prier dans la chapelle des Lazaristes.

Soeur Catherine aimait particulièrement ces moments de recueillement auprès de la châsse du saint fondateur, et elle avait un peu de peine de la laisser pour rentrer au « séminaire ».
Toutefois, dans la chapelle de la rue du Bac, Soeur Catherine fut, pendant trois jours consécutifs, favorisée de visions pendant lesquelles il lui fut donné de contempler le coeur de Saint Vincent de Paul (Nota bene : le reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul ne se trouvait alors pas à Paris dans la chapelle des soeurs, ainsi que nous l’avons vu > ici).

Voici ce qu’elle a écrit : 
« J’avais la consolation de voir son cœur au-dessus de la petite châsse où ses reliques sont exposées. Il m’apparut trois jours de suite d’une manière différente : blanc couleur de chair, et cela annonçait la paix, le calme, l’innocence et l’union. Puis, je l’ai vu couleur de feu, ce qui était le symbole de la charité qui s’allumera dans les cœurs. Il me semblait que la charité devait se renouveler et s’étendre jusqu’aux extrémités du monde. Enfin, il m’apparut rouge-noir, ce qui me mettait la tristesse dans le cœur. Il me venait des tristesses que j’avais peine à surmonter. Je ne savais ni pourquoi ni comment cette tristesse se portait sur le changement de gouvernement ». 
Une voix intérieure lui dit alors distinctement :
« Le cœur de Saint Vincent est profondément affligé des grands malheurs qui vont fondre sur la France ».
Le dernier jour de l’octave, elle voit le même cœur, d’un rouge vermeil, tandis que la voix intérieure lui explique : 
« Le cœur de Saint Vincent est un peu consolé, parce qu’il a obtenu de Dieu, par la médiation de Marie, que ses deux familles ne périraient pas au milieu de ces malheurs et que Dieu s’en servirait pour ranimer la foi ». Ses deux familles, ce sont les deux congrégations religieuses fondées par Saint Vincent de Paul : les Filles de la Charité et les Pères Lazaristes.

Ces grands malheurs qui vont fondre sur la France, ce sont en tout premier lieu la révolution – dite des « trois glorieuses » - qui va se déchaîner trois mois plus tard et remplacera la monarchie légitime par une royauté d’usurpation acquise aux idées maçonniques et soumise aux faux principes hérités de la révolution.
On le voit bien ici : Le Ciel n’est pas favorable aux révolutions ; Dieu et ses saints sont légitimistes, ils ne sont ni orléanistes ni républicains !

Cela fut confirmé le 6 juin suivant, dimanche de la Sainte Trinité, où Soeur Catherine fut gratifiée d’une nouvelle vision encore plus explicite : 
« Le jour de la Sainte Trinité, Notre-Seigneur m’apparut dans le Très Saint-Sacrement pendant la Sainte Messe, comme un roi, avec la croix sur sa poitrine. Au moment de l’Evangile, il m’a semblé que la croix et tous ses ornements royaux coulaient à terre sous ses pieds, et que Notre-Seigneur restait dépouillé. C’est là que j’ai eu les pensées les plus noires et les plus tristes, comprenant que le roi serait dépouillé de ses habits royaux et les dommages qui en résulteraient ».

Cette identification entre le Roi céleste, Notre-Seigneur Jésus-Christ et son lieu-tenant sur terre, le Roi Charles X, sacré à Reims, n’a guère besoin de commentaires !

Coeur de Saint Vincent de Paul

Coeur de Saint Vincent de Paul dans son reliquaire

Ces grands malheurs qui vont fondre sur la France, ces grands malheurs qui affligent profondément le coeur de Saint Vincent de Paul, ce sont ensuite les progrès de l’impiété.
En effet, les dommages qui résultent du rejet de la monarchie catholique traditionnelle, liée d’une manière unique et privilégiée à la foi et à l’Eglise catholiques, ce sont la cessation du régime privilégié du catholicisme au sein de l’Etat et de la protection des autorités civiles sur le culte catholique, sur les ecclésiastiques et les religieux catholiques, sur les oeuvres apostoliques et caritatives catholiques ; ce sont l’indifférentisme, qui met toutes les religions sur un pied d’égalité, et, en conséquence, la liberté laissée aux hérétiques et aux païens de répandre leurs croyances infestées d’erreur ; ce sont encore le développement de la maçonnerie et des doctrines politiques et économiques contraires à l’ordre social chrétien ; ce sont aussi les troubles sociaux, les idéologies qu’ils vont engendrer, ainsi que les guerres civiles et internationales qui en découleront et vont empoisonner toute la suite du XIXe siècle et tout le XXe siècle jusqu’aux jours d’hui.
De toutes ces choses, la Madone elle-même viendra parler à Soeur Catherine (cf. > ici), dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830, c’est à dire à l’occasion de la fête liturgique de Saint Vincent de Paul.   

Ces grands malheurs qui vont fondre sur la France, ces grands malheurs qui font que le coeur de Saint Vincent de Paul apparaît d’un rouge-noir inspirant une incoercible tristesse, ce sont l’apostasie de plus en plus affirmée des gouvernements successifs de la France, les lois anti-chrétiennes ou contraires à la loi naturelle, ce sont les infiltrations des idées de Rousseau et de la révolution dans l’esprit des ecclésiastiques eux-mêmes, ne rêvant plus dès lors que d’ « ouverture au monde », et abandonnant pour une illusoire et superficielle concorde terrestre les nécessaires combats pour la défense de l’unique Vérité révélée…

Que de sombres et tristes réalités prophétisées dans ce coeur de Saint Vincent de Paul apparaissant avec cette couleur rouge-noir pour montrer son affliction profonde à la vue des grands malheurs qui allaient fondre sur la France, en raison du changement de gouvernement, en raison de la chute de Charles X, en raison de la révolution, en raison du rejet de la monarchie légitime, en raison de l’usurpation orléaniste, puis en raison de l’établissement de la république !!!

Lully.

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul

Prière à Saint Vincent de Paul pour la Famille Royale
et pour la France :

Glorieux Saint Vincent de Paul, que la divine Providence a voulu si proche de trois de nos plus grands souverains : vous que le Bon Roi Henri se plaisait à rencontrer et à entendre ; vous qui avez assisté Louis XIII à ses derniers instants et avez aidé son âme à laisser une glorieuse couronne terrestre pour aller prendre possession de la couronne mille fois plus glorieuse de l’éternelle félicité ; vous dont les avis et conseils ont éclairé la minorité du règne de Louis XIV et préparé sa fécondité spirituelle ; souvenez-vous aujourd’hui de la descendance de ces grands souverains, et obtenez à Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, notre Roi légitime, toutes les grâces de sagesse, de prudence, de force et de courage qui sont nécessaires à la charge qui a été déposée sur ses épaules du fait de sa naissance et des Lois fondamentales du Royaume.
Du haut du Ciel, assistez-le, guidez-le et conseillez-le, comme vous fîtes jadis ici-bas pour ses glorieux ancêtres : que votre bienveillante intercession lui obtienne les bonnes inspirations pour toutes ses paroles et pour tous ses actes.

Glorieux Saint Vincent, qui fûtes le conseiller avisé de la Reine Anne, veillez sur la Princesse Marie-Marguerite et priez pour qu’elle soit toujours pour notre Prince Louis l’appui aimant, solide et dévoué, sur lequel il pourra toujours compter.

Glorieux Saint Vincent, qui aviez une prédilection spéciale pour les petits enfants, protégez les Enfants de France, et ayez un soin tout particulier de Monseigneur le Dauphin Louis.

Saint Vincent de Paul très compatissant, priez pour ce Royaume de France dont les grands malheurs empirent chaque jour et dont la descente vers l’abîme semble ne plus devoir s’arrêter…
Priez ! Oh, priez pour la France en si grand danger ! Priez pour qu’elle revienne de ses égarements et redevienne en vérité ce Royaume des Lys en tout conforme aux desseins mystérieux de la Providence !
Vous dont le coeur manifesta une si grande tristesse à la vue des maux qui allaient fondre sur la France, obtenez aujourd’hui aux Français les grâces de la conversion et de la pénitence, indispensables au relèvement et à la guérison de ce pays pour lequel vous vous êtes déjà tant dépensé !
Saint Vincent de Paul, modèle ardent de la plus pure charité, obtenez-nous à tous, Princes et sujets, de progresser sans cesse dans la connaissance et la pratique de l’amour de Dieu et du prochain, afin que votre et notre France revive et marche à nouveau dans les voies de la fidélité et de la sainteté, à votre suite, pour la plus grande gloire du Roi des Cieux.

Ainsi soit-il !

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

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Voir aussi :
Lettre de Saint Vincent de Paul faisant le récit de la mort de Louis XIII > ici

 

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