Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2020-111. La vie et l’enseignement de Saint Cyprien de Carthage présentés par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.

16 septembre,
Fête des Saints Corneille et Cyprien, pontifes et martyrs ;
Anniversaire de la mort de SMTC le Roi Louis XVIII (cf. > ici).

Saint Cyprien de Carthage - Eglise Saint-Cyprien de Londres

Saint Cyprien de Carthage
(détail d’un vitrail de l’église Saint-Cyprien de Londres)

* * * * * * *

Catéchèse de Sa Sainteté le pape Benoît XVI
à l’occasion de l’audience générale du
mercredi 6 juin 2007

Chers frères et sœurs,

Dans la série de nos catéchèses sur les grandes personnalités de l’Eglise antique, nous arrivons aujourd’hui à un éminent évêque du IIIème siècle, saint Cyprien, qui « fut le premier Evêque en Afrique à recevoir la couronne du martyre ». Sa réputation est également liée – comme l’atteste le diacre Pontius, qui fut le premier à écrire sa vie – à la production littéraire et à l’activité pastorale des treize années qui s’écoulèrent entre sa conversion et le martyre (cf. Vie 19, 1 ; 1, 1).

Né à Carthage dans une riche famille païenne, après une jeunesse dissipée, Cyprien se convertit au christianisme à l’âge de 35 ans. Il raconte lui-même son itinéraire spirituel :  « Alors que je gisais encore comme dans une nuit obscure », écrit-il quelques mois après son baptême, « il m’apparaissait extrêmement difficile et pénible d’accomplir ce que la miséricorde de Dieu me proposait… J’étais lié aux très nombreuses erreurs de ma vie passée et je ne croyais pas pouvoir m’en libérer, tant je secondais mes vices et j’encourageais mes mauvais penchants… Mais ensuite, avec l’aide de l’eau régénératrice, la misère de ma vie précédente fut lavée ; une lumière souveraine se diffusa dans mon cœur ; une seconde naissance me transforma en un être entièrement nouveau. De manière merveilleuse, chaque doute commença alors à se dissiper… Je comprenais clairement que ce qui vivait auparavant en moi, dans l’esclavage des vices de la chair, était terrestre, et que ce que l’Esprit Saint avait désormais engendré en moi était, en revanche, divin et céleste » (A Donat, 3-4).

Immédiatement après sa conversion, Cyprien – non sans être envié et en dépit de ses résistances – fut élu à la charge sacerdotale et à la dignité d’évêque.
Au cours de la brève période de son épiscopat, il affronta les deux premières persécutions ratifiées par un édit impérial, celle de Dèce (250) et celle de Valérien (257-258). Après la persécution particulièrement cruelle de Dèce, l’évêque dut s’engager vaillamment pour rétablir la discipline dans la communauté chrétienne. En effet, de nombreux fidèles avaient abjuré, ou bien n’avaient pas adopté une attitude correcte face à l’épreuve. Il s’agissait des lapsi – c’est-à-dire de ceux qui étaient « tombés » -, qui désiraient ardemment revenir au sein de la communauté. Le débat sur leur réadmission finit par diviser les chrétiens de Carthage en laxistes et en rigoristes.
Il faut ajouter à ces difficultés une grave épidémie de peste, qui ravagea l’Afrique et qui fit naître des interrogations théologiques angoissantes, tant au sein de la communauté, que dans la confrontation avec les païens. Il faut rappeler, enfin, la controverse entre Cyprien et l’évêque de Rome, Etienne, à propos de la validité du baptême administré aux païens par des chrétiens hérétiques.

Dans ces circonstances réellement difficiles, Cyprien révéla de grands talents pour gouverner :  il fut sévère, mais non inflexible avec les lapsi, leur accordant la possibilité du pardon après une pénitence exemplaire ; il fut ferme envers Rome pour défendre les saines traditions de l’Eglise africaine ; il se démontra très humain et empli de l’esprit évangélique le plus authentique en exhortant les chrétiens à apporter une aide fraternelle aux païens durant la peste ; il sut garder une juste mesure en rappelant aux fidèles – qui craignaient trop de perdre la vie et leurs biens terrestres – que pour eux la véritable vie et les véritables biens ne sont pas ceux de ce monde ; il fut inébranlable dans sa lutte contre les mœurs corrompus et les péchés qui dévastaient la vie morale, en particulier l’avarice. « Il passait ainsi ses journées », raconte alors le diacre Pontius, « lorsque voilà que – sur ordre du proconsul – le chef de la police arriva à l’improviste dans sa villa » (Vie 15, 1). Le jour même, le saint évêque fut arrêté et, après un bref interrogatoire, il affronta avec courage le martyre entouré de son peuple.

Cyprien rédigea de nombreux traités et lettres, toujours en rapport avec son ministère pastoral. Peu enclin à la spéculation théologique, il écrivait surtout pour l’édification de la communauté et pour le bon comportement des fidèles. De fait, l’Eglise est le thème qui lui est, de loin, le plus cher. Il fait la distinction entre l’Eglise visible, hiérarchique, et l’Eglise invisible, mystique, mais il affirme avec force que l’Eglise est une seule, fondée sur Pierre. Il ne se lasse pas de répéter que « celui qui abandonne la chaire de Pierre, sur laquelle l’Eglise est fondée, se donne l’illusion de rester dans l’Eglise » (L’unité de l’Eglise catholique, 4). Cyprien sait bien, et il l’a exprimé à travers des paroles puissantes, que, « en dehors de l’Eglise il n’y a pas de salut » (Epistola 4, 4 et 73, 21), et que « celui qui n’a pas l’Eglise comme mère ne peut pas avoir Dieu comme Père » (L’unité de l’Eglise catholique, 4).
Une caractéristique incontournable de l’Eglise est l’unité, symbolisée par la tunique sans coutures du Christ (ibid., 7) :  une unité dont il dit qu’elle trouve son fondement en Pierre (ibid., 4) et sa parfaite réalisation dans l’Eucharistie (Epistola 63, 13). « Il n’y a qu’un seul Dieu, un seul Christ », admoneste Cyprien, « une seule est son Eglise, une seule foi, un seul peuple chrétien, liés en une solide unité par le ciment de la concorde :  et on ne peut pas diviser ce qui est un par nature » (L’unité de l’Eglise catholique, 23).

Nous avons parlé de sa pensée concernant l’Eglise, mais il ne faut pas oublier, enfin, l’enseignement de Cyprien sur la prière. J’aime particulièrement son livre sur le « Notre Père » qui m’a beaucoup aidé à mieux comprendre et à mieux réciter la « prière du Seigneur »:  Cyprien enseigne comment, précisément dans le « Notre Père », la juste façon de prier est donnée aux chrétiens ; et il souligne que cette prière est au pluriel, « afin que celui qui prie, ne prie pas uniquement pour lui. Notre prière – écrit-il – est publique et communautaire et, quand nous prions, nous ne prions pas pour un seul, mais pour tout le peuple, car nous ne formons qu’un avec tout le peuple » (L’oraison du Seigneur, 8). Ainsi, la prière personnelle et la prière liturgique apparaissent solidement liées entre elles. Leur unité provient du fait qu’elles répondent à la même Parole de Dieu. Le chrétien ne dit pas « Mon Père », mais « Notre Père », même dans l’intimité d’une pièce close, car il sait bien qu’en chaque lieu, en chaque circonstance, il est le membre d’un même Corps.

« Prions donc, mes frères très aimés », écrit l’évêque de Carthage, « comme Dieu, le Maître, nous l’a l’enseigné ». C’est une prière confidentielle et intime que celle de prier Dieu avec ce qui est à Lui, d’élever vers Ses oreilles la prière du Christ. Que le Père reconnaisse les paroles de Son Fils, lorsque nous récitons une prière :  que celui qui habite intérieurement dans l’âme soit présent également dans la voix… En outre, lorsque l’on prie, il faut avoir une façon de s’exprimer et de prier qui, avec discipline, maintienne le calme et la discrétion. Pensons que nous nous trouvons devant le regard de Dieu. Il faut être agréables aux yeux de Dieu, aussi bien à travers l’attitude du corps que le ton de la voix… Et lorsque nous nous réunissons avec nos frères, et que nous célébrons les sacrifices divins avec le prêtre de Dieu, nous devons nous rappeler de la crainte référentielle et de la discipline, ne pas disperser aux quatre vents nos prières avec des voix altérées, ni lancer avec un verbiage impétueux une requête qui doit être demandée à Dieu avec modération, car Dieu est l’auditeur non de la voix, mais du cœur : « non vocis sed cordis auditor est » (3-4). Il s’agit de paroles qui restent valables aujourd’hui aussi et qui nous aident à bien célébrer la Sainte Liturgie.

En définitive, Cyprien se situe aux origines de cette tradition théologique et spirituelle féconde, qui voit dans le « cœur » le lieu privilégié de la prière.
En effet, selon la Bible et les Pères, le cœur est au plus profond de l’homme, le lieu où Dieu habite. C’est en lui que s’accomplit la rencontre au cours de laquelle Dieu parle à l’homme, et l’homme écoute Dieu ; l’homme parle à Dieu, et Dieu écoute l’homme :  le tout à travers l’unique Parole divine. C’est précisément dans ce sens – faisant écho à Cyprien – que Smaragdus, abbé de Saint-Michel sur la Meuse au cours des premières années du IX siècle, atteste que la prière « est l’œuvre du cœur, non des lèvres, car Dieu ne regarde pas les paroles, mais le cœur de l’orant » (Le diadème des moines, 1).

Très chers amis, faisons nôtre ce « cœur à l’écoute », dont nous parlent la Bible (cf. 1 R 3, 9) et les Pères :  nous en avons tant besoin ! Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons pleinement faire l’expérience que Dieu est notre Père, et que l’Eglise, la sainte Epouse du Christ, est véritablement notre Mère.

Armoiries de Benoît XVI

2020-110. Grand Dieu sauvez la France !

Le 13 décembre 1908, furent signés les décrets autorisant la béatification de plusieurs Serviteurs de Dieu, parmi lesquels plusieurs français : Jeanne d’Arc, Jean Eudes, et Théophane Vénard.
A cette occasion, répondant au discours que venait de lui adresser Monseigneur Stanislas Touchet, évêque d’Orléans (et futur cardinal), le Pape Saint Pie X prononça en italien le discours suivant, publié dans les Acta Apostolicis Sedis du 15 janvier 1909.
On trouve fréquemment des extraits ou des citations de ce discours, mais il est plus rare de le trouver dans son intégralité. Le voici donc ci-dessous.

Ce texte, quoique de circonstance, comporte de nombreux éléments d’une valeur pérenne, et – d’une manière véritablement prophétique – le saint pontife nous y rappelle des choses très importantes pour les temps actuels, dans un contexte toujours plus hostile au catholicisme et à la doctrine traditionnelle de l’Eglise. C’est pourquoi nous nous sommes permis de mettre en caractères gras quelques passages particulièrement forts.. 

Paul Sibra - les voix de la France

Paul Sibra (1889 – 1951) : « Les Voix de la France »

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Discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie X
le 13 décembre 1908
après la lecture des décrets de béatification des Vénérables
Jeanne d’Arc, Jean Eudes,
François de Capillas, Théophane Vénard et ses compagnons.

Armoiries de Saint Pie X

Je suis reconnaissant, Vénérable Frère [note : il s’agit de Monseigneur Stanislas Touchet, évêque d’Orléans], à votre cœur géné­reux qui voudrait me voir travailler clans le champ du Seigneur toujours à la lumière du soleil, sans nuage ni bourrasque. Mais vous et moi, nous devons adorer les dispositions de la divine Providence qui, après avoir établi son Église ici-bas, permet qu’elle rencontre sur son chemin des obstacles de tout genre et des résistances formidables. La raison en est, d’ailleurs évi­dente : l’Église est militante et par conséquent dans une lutte continuelle. Cette lutte fait du monde un vrai champ de bataille et de tout chrétien un soldat valeureux qui combat sous l’éten­dard de la croix. Cette lutte a commencé avec la vie de notre Très Saint Rédempteur et elle ne finira qu’avec la fin même des temps. Ainsi, il faut tous les jours, comme les preux de Juda au retour de la captivité, d’une main repousser l’ennemi, et de l’autre élever les murs du Temple saint, c’est-à-dire travailler à se sanctifier.

Nous sommes confirmés dans cette vérité par la vie même des héros auxquels sont consacrés les décrets qui viennent d’être publiés. Ces héros sont arrivés à la gloire, non seulement à tra­vers de noirs nuages et des bourrasques passagères, mais à tra­vers des contradictions continuelles et de dures épreuves qui sont allées jusqu’à exiger d’eux pour la foi le sang et la vie.

Je ne puis nier pourtant que ma joie est, en effet, bien grande en ce moment : car, en glorifiant tant de saints, Dieu manifeste ses miséricordes à une époque de grande incrédulité et d’indif­férence religieuse ; car, au milieu de l’abaissement si général des caractères, voici que s’offrent à l’imitation ces âmes reli­gieuses qui, pour témoigner de leur foi, ont donné leur vie ; car, enfin, ces exemples viennent, en effet, pour la plus grande part, Vénérable Frère, de votre pays, où ceux qui détiennent les pouvoirs publics ont déployé ouvertement le drapeau de la rébellion et ont voulu rompre à tout prix tous les liens avec l’Église.

Oui, nous sommes à une époque où beaucoup rougissent de se dire catholiques, beaucoup d’autres prennent en haine Dieu, la foi, la révélation, le culte et ses ministres, mêlent à tous leurs discours une impiété railleuse, nient tout et tournent tout en dérision et en sarcasmes, ne respectant même pas le sanctuaire de la conscience. Mais il est impossible que devant ces manifestations du surnaturel, quelle que soit leur volonté de fermer les yeux en face du soleil qui les éclaire, un rayon divin ne finisse pas par pénétrer jusqu’à leur conscience, et, serait-ce même par la voie du remords, les ramener à la foi.

Ce qui fait encore ma joie, c’est que la vaillance de ces héros doit ranimer les cœurs alanguis et timides, peureux dans la pratique des doctrines et des croyances chrétiennes, et les rendre forts dans la foi. Le courage, en effet, n’a de raison d’être que s’il a pour base une conviction. La volonté est une puissance aveugle quand elle n’est pas illuminée par l’intelligence, et on ne peut marcher d’un pas sûr au milieu des ténèbres. Si la géné­ration actuelle a toutes les incertitudes et toutes les hésitations de l’homme qui marche à tâtons, c’est le signe évident qu’elle ne tient plus compte de la parole de Dieu, flambeau qui guide nos pas et lumière qui éclaire nos sentiers : Lucerna pedibus meis verbum tuum et lumen semitis meis [Traduction : Votre parole est une lampe pour mes pas et une lumière pour mes sentiers – Psaume CXVIII, 105].

Il y aura du courage quand la foi sera vive dans les cœurs, quand on pratiquera tous les préceptes imposés par la foi ; car la foi est impossible sans les œuvres, comme il est impossible d’imaginer un soleil qui ne donnerait point de lumière et de chaleur. Cette vérité a pour témoins les martyrs que nous venons de célébrer. Car il ne faut pas croire que le martyre soit un acte de simple enthousiasme qui consiste à mettre la tète sous la hache pour aller tout droit en paradis. Le martyre suppose le long et pénible exercice de toutes les vertus. Omnimoda et immaculata munditia [Traduction : une pureté immaculée et de toutes les manières].

Et, pour parler de celle qui vous est connue plus que tous les autres – la Pucelle d’Orléans, – dans son humble pays natal comme parmi la licence des armes, elle se conserve pure comme les anges ; fière comme un lion dans tous les périls de la bataille, elle est remplie de pitié pour les pauvres et pour les malheu­reux. Simple comme un enfant dans la paix des champs et dans le tumulte de la guerre, elle demeure toujours recueillie en Dieu et elle est tout amour pour la Vierge et pour la sainte Eucha­ristie, comme un chérubin, vous l’avez bien dit. Appelée par le Seigneur à défendre sa patrie, elle répond à sa vocation pour une entreprise que tout le monde, et elle tout d’abord, croyait impossible ; mais ce qui est impossible aux hommes est toujours possible avec le secours de Dieu.

Que l’on n’exagère pas par conséquent les difficultés quand il s’agit de pratiquer tout ce que la foi nous impose pour accom­plir nos devoirs, pour exercer le fructueux apostolat de l’exemple que le Seigneur attend de chacun de nous : Unicuique mandavit de proximo suo [Traduction : Dieu a chargé chaque homme du soin de son prochain – Ecclésiastique XVII, 12]. Les difficultés viennent de qui les crée et les exagère, de qui se confie en lui-même et non sur les secours du ciel, de qui cède, lâchement intimidé par les railleries et les dérisions du monde : par où il faut conclure que, de nos jours plus que jamais, la force principale des mauvais c’est la lâcheté et la faiblesse des bons, et tout le nerf du règne de Satan réside dans la mollesse des chrétiens.

Oh ! S’il m’était permis, comme le faisait en esprit le prophète Zacharie, de demander au divin Rédempteur : « Que sont ces plaies au milieu de vos mains ? Quid sont istæ plagæ in medio manuum tuarum ? » la réponse ne serait pas douteuse : « Elles m’ont été infligées dans la maison de ceux qui m’aimaient. His plagatus sum in domo eorum qui diligebant me » : par mes amis qui n’ont rien fait pour me défendre et qui, en toute rencontre, se sont rendus complices de mes adversaires. Et à ce reproche qu’encourent les chrétiens pusillanimes et intimidés de tous les pays ne peuvent se dérober un grand nombre de chrétiens de France.

Cette France fut nommée par mon vénéré prédécesseur, comme vous l’avez rappelé, Vénérable Frère, la très noble nation, mis­sionnaire, généreuse, chevaleresque. A sa gloire, j’ajouterai ce qu’écrivait au roi saint Louis le pape Grégoire IX : « Dieu, auquel obéissent les légions célestes, ayant établi, ici-bas, des royaumes différents suivant la diversité des langues et des cli­mats, a conféré à un grand nombre de gouvernements des mis­sions spéciales pour l’accomplissement de ses desseins. Et comme autrefois il préféra la tribu de Juda à celles des autres fils de Jacob, et comme il la gratifia de bénédictions spéciales, ainsi choisit la France de préférence à toutes les autres nations de la terre pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse. Pour ce motif, continue le Pontife, la France est le royaume de Dieu même, les ennemis de la France sent les ennemis du Christ. Pour ce motif, Dieu aime la France parce qu’il aime l’Eglise qui traverse les siècles et recrute les légions pour l’éternité. Dieu aime la France, qu’aucun effort n’a jamais pu détacher entièrement de la cause de Dieu. Dieu aime la France, où en aucun temps la foi n’a perdu de sa vigueur, où les rois et les soldats n’ont jamais hésité à affronter les périls et à donner leur sang pour la conservation de la foi et de la liberté religieuse. » Ainsi s’exprime Grégoire IX.

Aussi, à votre retour, Vénérable Frère, vous direz à vos com­patriotes que s’ils aiment la France ils doivent aimer Dieu, aimer la foi, aimer l’Église, qui est pour eux tous une mère très tendre comme elle l’a été de vos pères. Vous direz qu’ils fassent trésor des testaments de saint Remi, de Charlemagne et de saint Louis – ces testaments qui se résument dans les mots si sou­vent répétés par l’héroïne d’Orléans : « Vive le Christ qui est Roi des Francs ! »

A ce titre seulement, la France est grande parmi les nations ; à cette clause, Dieu la protégera et la fera libre et glorieuse ; à cette condition, on pourra lui appliquer ce qui, dans les Livres Saints, est dit d’Israël : « Que personne ne s’est rencontré qui insultât à ce peuple, sinon quand il s’est éloigné de Dieu : Et non fuit qui insultaret populo istinisi quando recessit a culto Domini Dei sui. »

Ce n’est donc pas un rêve que vous avez énoncé, Vénérable Frère, mais une réalité ; je n’ai pas seulement l’espérance, j’ai la certitude du plein triomphe.

Il mourait, le Pape martyr de Valence [note : il s’agit du Pape Pie VI, cf. dans ce blogue > ici et > ici], quand la France, après avoir méconnu et anéanti l’autorité, proscrit la religion, abattu les temples et les autels, exilé, poursuivi et décimé les prêtres, était tombée dans la plus détestable abomination. Deux ans ne s’étaient pas écoulés depuis la mort de celui qui devait être le dernier Pape, et la France, coupable de tant de crimes, souillée encore du sang de tant d’innocents, tourne, dans sa détresse, les yeux vers celui qui, élu Pape par une sorte de miracle, loin de Rome, prend à Rome possession de son trône et la France implore avec le pardon l’exercice du divin pouvoir que, dans le Pape, elle avait si souvent contesté ; et la France est sauvée. Ce qui parait impossible aux hommes est possible à Dieu. Je suis affermi dans cette certitude par la protection des martyrs qui ont donné leur sang pour la foi et par l’intercession de Jeanne d’Arc, qui, comme elle vit dans le cœur des Français, répète aussi, sans cesse, au ciel la prière : « Grand Dieu, sauvez la France ! »

Saint Pie X (2)

Autres textes publiés sur ce blogue :
- Prophétie et prière de St Pie X pour la France > ici
- Allocution consistoriale condamnant la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat > ici
- La mort de St Pie X et le discours de Pie XII pour sa canonisation > ici
- Prières de Pie XII à St Pie X > ici 

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2020-109. « Domine, noverim Te, noverim me ! »

27 août,
Vigile de notre Bienheureux Père Saint Augustin.

Au Mesnil-Marie, la fête de notre glorieux Père Saint Augustin, fête de première importance pour nous qui suivons sa Règle et nous efforçons de vivre de son esprit et de ses enseignements, est naturellement précédée d’une vigile, destinée à nous préparer au mieux à la joie et aux grâces de la fête.

A l’occasion de cette vigile, je souhaite vous offrir la copie de l’un des « petits trésors » de notre collection de canivets : une image de Saint Augustin gravée en taille douce, entourée d’une délicate dentelle de papier malheureusement un peu endommagée par endroits.

Il est fort probable qu’il s’agisse de l’une de ces images qui étaient distribuées aux religieux dans certains couvents ou noviciats au début de chaque mois : portant l’effigie d’un saint au recto et une consigne spirituelle au verso, ce saint devenait en quelque sorte le « saint patron du mois » pour le religieux auquel elle était donnée, et la consigne spirituelle imprimée au verso devait faire l’objet particulier de ses efforts et approfondissements pendant le mois qui suivait…

Saint Augustin - canivet

« Seigneur, que je Vous connaisse, et que je me connaisse ! »

Au verso de l’image figure ce texte :

Saint Augustin (28 août)

Quand vous n’auriez reçu de Dieu aucune grâce, Il mérite toujours, par Ses perfections infinies, d’être aimé de tout votre esprit, de tout votre cœur et de toutes vos forces. Saint Augustin le comprenait lorsqu’il disait en versant des larmes : O mon Dieu, beauté toujours ancienne, toujours nouvelle, c’est bien tard que je Vous ai connu, c’est bien tard que je Vous ai aimé ! Saint Augustin passait les nuits à contempler les beautés et les perfections de Dieu. Au sortir des ténèbres de la nuit, voyant l’astre du jour : Beau soleil, s’écriait-il, tu viens me distraire ; tu m’empêches de goûter tranquillement les amabilités de mon Dieu !
C’est l’amour de Dieu qui fait les saints sur la terre ; c’est l’amour et la possession de Dieu qui fait le bonheur des élus dans le Ciel. Quand vous auriez toutes les autres vertus, et que vous feriez des miracles, sans l’amour de Dieu vous ne seriez jamais sauvé. Si je n’ai pas la charité, c’est-à-dire l’amour de Dieu, je ne suis rien, dit Saint Paul, parce que, sans la charité, on ne peut ni mériter, ni acquérir le Ciel, et qu’il vaudrait mieux n’être rien, n’avoir jamais été, que d’être exclu du Ciel et de ne pas aimer Dieu dans l’éternité.
Aimez-Le, bénissez-Le, réjouissez-vous de Ses perfections : vous L’aimerez dans le Ciel, vous L’y posséderez, si vous L’aimez pendant votre vie.

Prière favorite de Saint Augustin :

« Faites, Seigneur, que je Vous connaisse et que je me connaisse ; en Vous connaissant je Vous aimerai et Vous glorifierai en toutes choses ; en me connaissant je ne compterai pas sur mes forces, et je ne m’attribuerai aucun bien. »

Domine, noverim te, noverim me ! 

frise

2020-104. « Ainsi la Vierge rendit sans peine et sans violence sa sainte et bienheureuse âme entre les mains de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

Monsieur l’Abbé S.D., chapelain des fidèles du diocèse de Valence attachés à la célébration de la Sainte Messe latine traditionnelle, à l’occasion de la fête de l’Assomption 2020, a donné un sermon répondant à la question que se posent certains : « La Sainte Vierge est-elle morte ? »
Ce sermon nous a beaucoup touchés et nous sommes très profondément reconnaissants à Monsieur l’Abbé de nous avoir donné l’autorisation de le publier dans les pages de ce blogue, car il nous semble qu’il sera utile à bon nombre de nos lecteurs.

Hugo van der Goes - dormition de Notre-Dame

La dormition de Notre-Dame
tableau de Hugo van der Goes (1440-1482)

frise avec lys naturel

« Ainsi la Vierge rendit sans peine et sans violence sa sainte et bienheureuse âme entre les mains de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

Bossuet disait que « Marie fut laissée au monde après [l’Ascension de] Jésus-Christ pour consoler l’Eglise ».

La vie terrestre de ND devait pourtant bien un jour s’achever et c’est aujourd’hui que nous célébrons son triomphe ; jour où elle finit une si pure et si belle vie ; jour où elle commence une autre vie si heureuse et si pleine de gloire ; jour où le Ciel, pour lequel elle était faite, enlève à la terre le plus précieux dépôt que le Fils de Dieu y eût laissé : la Très Sainte Vierge Marie.

Mais comment fût la mort de Notre-Dame ? Est-elle vraiment morte ? De quoi est-elle morte ?

Autant de questions qui jaillissent en ce jour des âmes chrétiennes qui cherchent toujours à mieux connaître la vie la Mère de Dieu pour mieux l’aimer, la vénérer et l’imiter.

La pensée des saints est que la Très Sainte Vierge Marie mourut d’amour pour son divin Fils.

Marie est morte, mais pas en raison du péché, ni non plus en raison d’une maladie : Marie est morte d’amour, sa mort fut causée par la force de son amour pour son divin Fils.

Il n’est pas pensable qu’elle soit morte d’une autre sorte de mort que celle d’amour : « Mort la plus noble de toutes, remarque saint François de Sales, et due par conséquent à la plus noble vie. »

Attention ! Il ne s’agit pas ici d’une image romantico-sirupeuse, d’une façon de parler exaltée ou à l’eau de rose, mais d’une réalité, il s’agit d’un acte réel, unique et extraordinaire qui est de l’ordre de la vertu théologale de charité.

La force de l’amour a fait quitter, a séparé, l’âme de la Très Sainte Vierge Marie de son corps, comme un papillon à maturité déchire le cocon qui l’enfermait.

Notre-Dame est morte d’amour.

Les théologiens les plus sérieux affirment que la sanctification, donc en fait la croissance de la charité dans une âme, est un mouvement accéléré : comme la chute d’une pierre (plus elle tombe, plus elle va vite) ou l’attirance d’une pièce en fer par un aimant (plus elle s’en rapproche, plus elle va vite).

Ainsi en est-il des saints, plus ils se rapprochent du terme de leur vie, plus leur sainteté croît.

Cela se fit en Marie : l’amour qu’elle portait à Dieu et son divin Fils ne fit que croître depuis sa Conception immaculée jusqu’à la fin de sa vie terrestre.

Pourtant imaginez l’intensité de l’amour de la Très Sainte Vierge Marie pour son Fils dans l’étable de Bethléem.

Imaginez surtout la force de son amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ lors de la Passion et au pied de la Croix : amour immense d’une mère qui souffre avec son Fils unique et qui offre son sacrifice pour le salut des âmes.

On a peine à croire que cet amour maternel au pied de la Croix ait pu encore s’accroître et, en plus, de manière accélérée.

Pourtant cela se fit. L’amour de Notre-Dame pour son Fils a connu une croissance de plus en plus rapide.

Chaque jour cet amour qui régnait dans son cœur sans aucun obstacle, augmentait, se perfectionnait, de sorte que la terre ne fut plus capable de le contenir. Alors que se passa-t-il ?

Notre-Dame a déchiré le voile qui la séparait de son Fils, la sainte impatience qu’elle avait d’être à nouveau unie à lui fut trop forte.

Ainsi la Vierge rendit sans peine et sans violence sa sainte et bienheureuse âme entre les mains de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Sainte dormition.

« Comme la plus légère secousse détache de l’arbre un fruit déjà mur, disait Bossuet, ainsi fut cueillie cette âme bénite pour être tout d’un coup transportée au ciel ; ainsi mourut la divine Vierge par un élan de l’amour divin et son âme fut portée au ciel par une nuée de désirs sacrés. »

Puis Notre-Dame passa par le même chemin que son Fils en ressuscitant et en montant au Ciel, par la puissance divine, portée par les anges, avec son corps glorifié.

Le Saint Esprit dit dans le Cantique des cantiques : « L’amour est fort comme la mort ».

Cette fête de l’Assomption nous le montre.

La vie des Saints également manifeste la force, la puissance, de l’amour de Dieu.

Saint Paul disait dans l’épître aux Philippiens : « Pour moi vivre c’est le Christ et mourir m’est un gain. »

Le grand Apôtre souhaitait de tout son cœur que sa vie terrestre s’achève pour rejoindre le Christ : « Mourir m’est un bénéfice » !

Les Saints soupiraient tous après le Ciel et, à la suite de Notre-Dame, plusieurs saints sont aussi morts d’amour : comme Sainte Imelda, cette toute jeune fille, mourut d’amour pour Jésus après avoir communié pour la première fois.

Et combien de saints sont morts ayant des paroles d’amour pour NS et son saint nom sur leurs lèvres : « O Jésus, Dieu de mon cœur » dit saint François Xavier avant de rendre son âme à Dieu.

« Je vais à la Lumière, à l’Amour, à la Vie » souffla sainte Elisabeth de la Trinité dans un dernier soupir.

Puisqu’il s’agit d’amour, nous pouvons penser que la mort d’un chrétien, c’est un peu comme le mariage : l’épouse quitte son père et sa mère pour se joindre à son bien-aimé, ainsi l’âme sainte quitte la terre pour rejoindre son Bien-aimé : Jésus pour les noces éternelles.

Ainsi douce est la fin de la vie terrestre d’une âme en état de grâce, terrible est la mort du pécheur qui s’accroche à ce qui passe.

Car nous sommes faits pour le bonheur éternel du Ciel : enfants de Dieu par notre baptême, nous acquérons un droit réel à l’héritage du Christ, le bonheur éternel du Ciel. Tel est l’objet de notre espérance chrétienne.

Alors aujourd’hui prions Notre-Dame en son Assomption glorieuse pour qu’à l’heure de notre mort nous quittions cette vie, cette terre, comme elle, avec un amour et un grand désir de voir Dieu, désir détachant notre cœur de tous les biens et plaisirs passagers pour l’attacher de plus en plus intimement à Dieu seul.

« Oui, bon Jésus, nous sommes à vous.
En mourant, nous serons à vous pour toujours, et vous serez aussi tout à nous, pourvu que le dernier soupir de notre vie soit un soupir d’amour pour vous. Ainsi soit-il. »

Abbé S.D. – Valence & Montélimar, 15 août 2020.

frise avec lys naturel

2020-102. Sentiments qu’il faut avoir dans la prière et dispositions qu’il faut y apporter.

20 août,
Fête de Saint Bernard, abbé, confesseur et docteur de l’Eglise ;
Mémoire de Saint Philibert, abbé et confesseur ;
Anniversaire de la mort de Saint Pie X (cf. > ici).

A l’occasion de la fête de Saint Bernard, homme à la très riche personnalité dont l’activité s’est déployée de multiples façons – desquelles on retient volontiers les plus éclatantes sur la scène publique de son siècle -, il est toutefois bon de se souvenir qu’il fut d’abord et avant tout un chercheur de Dieu, un moine, un homme de prière et un contemplatif.
C’est pourquoi il nous a semblé utile de publier ci-dessous à l’intention de nos lecteurs un relativement court sermon (il porte le numéro cent-sept dans l’édition des sermons de Saint Bernard qui nous sont parvenus) qui traite de la prière et de la manière dont nous devons prier.
Huit siècles après avoir été prononcé, ce sermon reste d’une grande pertinence et garde toute sa valeur « éducative » pour les chercheurs de Dieu du siècle présent.

Saint Bernard de Clairvaux

Sentiments qu’il faut avoir dans la prière
et dispositions qu’il faut y apporter.

§ 1. Saint Bernard distingue quatre sortes de prière qu’il illustre par des exemples tirés de la Sainte Ecriture.

Il doit en être du pécheur par rapport à son Créateur, comme du malade par rapport à son médecin, et tout pécheur doit prier Dieu comme un malade prie son médecin.
Mais la prière du pécheur rencontre deux obstacles, l’excès ou l’absence de lumière. Celui qui ne voit ni ne confesse point ses péchés est privé de toute lumière ; au contraire celui qui les voit, mais si grands qu’il désespère du pardon, est offusqué par un excès de lumière : ni l’un ni l’autre ne prient.
Que faire donc ? Il faut tempérer la lumière, afin que le pécheur voie ses péchés, les confesse, et prie pour eux afin d’en obtenir la rémission. Il faut donc d’abord qu’il prie avec un sentiment de confusion, c’est ce qui a lieu quand le pécheur n’ose point encore s’approcher lui-même de Dieu et cherche quelque homme saint, quelque saint pauvre d’esprit qui soit comme la frange du manteau du Seigneur, et par qui il puisse s’approcher de Lui. Nous avons un exemple de cette sorte de prière, dans cette femme de l’Évangile qui souffrait d’un flux de sang : dans son désir d’être guérie, elle s’approche et se disait en elle-même : « Si je touche la frange de Son vêtement, je serai sauvée » (Matt. IX, 23).
La seconde sorte de prière est celle qui se fait avec une affection pure ; c’est ce qui a lieu quand le pécheur s’approche lui-même enfin, et confesse ses péchés de sa propre bouche. La pécheresse qui lavait de ses larmes les pieds du Seigneur, et les essuyait des cheveux de sa tête, et dont le Sauveur a dit : « Beaucoup de péchés lui sont remis parce que elle a beaucoup aimé » (Luc. VII, 47), nous a laissé un exemple de cette prière.
La troisième se fait avec une ample effusion de sentiments ; c’est quand celui qui avait commencé par prier pour lui-même, prie enfin pour les autres. Voilà comment les apôtres ont prié pour la Chananéenne qui priait elle-même pour sa fille : « Seigneur, disaient-ils, accordez-lui ce qu’elle demande, afin qu’elle s’en aille, car elle crie après nous » (Matt. XV, 23).
La quatrième sorte de prière est celle qui part d’un cœur pur sans hésitation, avec action de grâces, et dans un sentiment plein de dévotion. Telle fut la prière que fit le Seigneur quand Il ressuscita Lazare depuis quatre jours au tombeau : Il dit en effet : « Je vous rends grâce, mon Père, de ce que Vous M’avez écouté » (Joan. XI, 41). Telles sont aussi les prières que l’Apôtre veut que nous fassions fréquemment quand il dit : « Priez sans cesse, et rendez grâce en toute chose » (1 Thess. V, 17).
C’est de ces quatre sortes de prières, je veux dire de la prière humble, et de la pure, de la prière ample et de la dévote qu’il nous parle quand il nous excite en ces termes à prier : « Je vous conjure, avant tout, de faire des supplications, des prières, des demandes et des actions de grâces » (1 Tim. II, 1). En effet, les supplications se font dans un sentiment d’humilité, les prières dans un sentiment de pureté, les demandes se font dans un sentiment d’effusion, et les actions de grâces dans un sentiment de dévotion.

§ 2. Le saint abbé expose ensuite les trois dispositions fondamentales qu’il faut avoir pour faire monter vers Dieu une prière pure qui soit agréée de Dieu.

Je vous ai parlé des différents genres d’affections et de prières, il faut que je vous parle aussi de la pureté de la prière.
Et d’abord, il me semble qu’il y a trois choses nécessaires pour donner à la prière une direction ferme. En effet, celui qui prie doit considérer ce qu’il demande dans la prière, quel est Celui qu’il prie et quel il est, lui qui prie.
Or, dans l’objet de sa prière il a deux choses à observer, en premier lieu, de ne demander rien qui ne soit selon Dieu, et en second lieu, désirer avec la plus grande ardeur de sentiment ce qu’Il demande.
Prenons un exemple : demander la mort d’un ennemi, le mal ou la ruine du prochain, ce n’est point faire une prière qui soit selon Dieu, puisque Lui-même vous fait cette recommandation : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent et priez pour ceux qui vous calomnient » (Luc. VI, 27). Mais si nous demandons la rémission de nos péchés, la grâce du Saint-Esprit, la vertu et la sagesse, la foi et la vérité, la justice et l’humilité, la patience, la douceur et tous les autres dons spirituels, si, dis-je, c’est là ce que nous avons en pensée et l’objet de nos plus ardents désirs, notre prière est bien selon Dieu, et mérite par dessus tout d’être exaucée. Voilà certainement la prière dont Dieu parle quand Il dit par la bouche d’Isaïe : « Avant qu’ils crient Je les exaucerai ; et lorsqu’ils parleront encore J’exaucerai leurs prières » (Is. LXV, 24).
Il y a d’autres choses encore qui, lorsqu’elles nous font défaut, nous sont accordées de Dieu et peuvent être ou n’être point selon Dieu, d’après la fin à laquelle nous les rapportons. Telle est la santé du corps, l’argent, et l’abondance des autres choses semblables. Toutes ces choses-là viennent bien de Dieu, néanmoins, il n’en faut pas faire trop de cas ni les posséder avec trop d’attachement.
De même, il y a deux choses aussi à considérer dans Celui que nous prions, Sa bonté et Sa majesté : Sa bonté par laquelle Il veut gratuitement, et Sa majesté par laquelle Il peut sans peine donner ce qu’on Lui demande. Quant à celui qui prie, il a aussi deux choses à considérer par rapport à lui, c’est qu’il ne mérite point d’être exaucé par lui-même, et qu’il n’a d’espoir d’obtenir ce qu’il demande que de la miséricorde de Dieu.
C’est enfin avoir un cœur pur que d’avoir présentes à l’esprit les trois choses dont je viens de parler et de la manière que je l’ai dit. Mais celui qui prie avec cette pureté et cette intention du cœur est sûr d’être exaucé, car, selon ce que dit saint Pierre : « Dieu ne fait acception de personne, mais en toute nation, celui qui Le craint et dont les oeuvres sont justes, Lui est agréable » (Act. X, 34).

mains jointes - prière

2020-101. Saint Jean Eudes, apôtre inlassable de la dévotion aux Sacrés Cœurs de Jésus et Marie.

19 août,
Fête de Saint Jean Eudes.

Le mercredi 19 août 2009, sans se livrer à un exposé aussi développé qu’il le faisait au cours des audiences générales publiques comme pendant le reste de l’année, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a dressé un portrait de Saint Jean Eudes et, profitant de l’année sacerdotale qu’il avait promulguée, à contre-courant des divers mouvements progressistes, il a insisté sur l’actualité des exemples qu’il a laissés. 

Saint Jean Eudes - vitrail basilique Sacré-Cœur Marseille

Saint Jean Eudes fait célébrer pour la première fois l’office liturgique du Sacré-Cœur de Jésus
le 20 octobre 1672, à Caen
(vitrail de la basilique du Sacré-Cœur à Marseille)

Sacré-Coeur

Saint Jean Eudes,
apôtre inlassable de la dévotion aux Sacrés Cœurs de Jésus et Marie

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
donnée à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 19 août 2009

Chers frères et sœurs!

C’est aujourd’hui la mémoire liturgique de saint Jean Eudes, apôtre inlassable de la dévotion aux Sacrés Cœurs de Jésus et Marie, qui vécut en France à la fin du XVIIème siècle, un siècle marqué par des courants religieux opposés et également par de graves problèmes politiques. C’est l’époque de la guerre de Trente ans, qui a non seulement dévasté une grande partie du centre de l’Europe, mais qui a également dévasté les âmes.
Pendant que se diffusait le mépris pour la foi chrétienne de la part de certains courants de pensée alors dominants, l’Esprit-Saint suscitait un renouveau spirituel plein de ferveur, avec des personnalités de grande envergure comme de Bérulle, saint Vincent de Paul, saint Louis-Marie Grignon de Montfort et saint Jean Eudes. Cette grande « école française » de sainteté porta parmi ses fruits également saint Jean-Marie Vianney. Par un mystérieux dessein de la providence, mon vénéré prédécesseur Pie XI proclama saints ensemble, le 31 mai 1925, Jean Eudes et le curé d’Ars, offrant à l’Eglise et au monde entier deux exemples extraordinaires de sainteté sacerdotale.

Dans le contexte de l’Année sacerdotale, j’ai à cœur de m’arrêter pour souligner le zèle apostolique de saint Jean Eudes, particulièrement tourné vers la formation du clergé diocésain.
Les saints sont la véritable interprétation de l’Ecriture Sainte. Les saints ont éprouvé, dans l’expérience de leur vie, la vérité de l’Evangile; ainsi, ils nous introduisent dans la connaissance et la compréhension de l’Evangile.
En 1563, le Concile de Trente avait promulgué des normes pour l’érection des séminaires diocésains et pour la formation des prêtres, dans la mesure où le Concile était tout à fait conscient que toute la crise de la réforme était également conditionnée par une formation insuffisante des prêtres, qui n’étaient pas préparés pour le sacerdoce de manière juste, intellectuellement et spirituellement, dans leur cœur et dans leur âme. Nous étions en 1563 ; mais comme l’application et la réalisation des normes tardaient aussi bien en Allemagne qu’en France, saint Jean Eudes comprit les conséquences de ce retard. Animé par la conscience lucide du grave besoin d’aide spirituelle, dont les âmes étaient victimes également en raison du manque de préparation d’une grande partie du clergé, le saint, qui était un curé, institua une Congrégation consacrée de manière spécifique à la formation des prêtres. Il fonda son premier séminaire dans la ville universitaire de Caen, une expérience extrêmement appréciée, qui se diffusa très vite dans d’autres diocèses. Le chemin de sainteté, qu’il parcourut et qu’il proposa à ses disciples, avait pour fondement une solide confiance dans l’amour que Dieu a révélé à l’humanité dans le Cœur sacerdotal du Christ et dans le Cœur maternel de Marie. A cette époque de cruauté, de perte d’intériorité, il s’adressa au cœur, pour dire au cœur une parole des Psaumes très bien interprétée par saint Augustin. Il voulait attirer à nouveau au cœur les personnes, les hommes et surtout les futurs prêtres, en montrant le cœur sacerdotal du Christ et le cœur maternel de Marie. Chaque prêtre doit être témoin et apôtre de cet amour du cœur du Christ et de Marie. Et nous arrivons ainsi à notre époque.

Aujourd’hui aussi, on ressent le besoin que les prêtres témoignent de l’infinie miséricorde de Dieu à travers une vie entièrement « conquise » par le Christ, et apprennent cela dès les années de leur préparation dans les séminaires. Le Pape Jean-Paul II, après le synode de 1990, a publié l’Exhortation apostolique Pastores dabo vobis dans laquelle il reprend et met à jour les règles du Concile de Trente et souligne en particulier la nécessaire continuité entre le moment initial et celui permanent de la formation ; pour lui, pour nous, cela est un véritable point de départ pour une authentique réforme de la vie et de l’apostolat des prêtres, et c’est également le point central afin que la « nouvelle évangélisation » ne soit pas simplement un slogan attrayant, mais se traduise dans la réalité. Les fondements établis dans la formation au séminaire, constituent l’« humus spirituale » irremplaçable, dans lequel on peut « apprendre le Christ » en se laissant progressivement configurer à Lui, unique prêtre suprême et bon pasteur. Le temps du séminaire doit donc être considéré comme la réalisation du moment où le Seigneur Jésus, après avoir appelé les apôtres et avant de les envoyer prêcher, leur demande de rester avec Lui (cf. Marc III, 14). Lorsque saint Marc raconte la vocation des douze apôtres, il nous dit que Jésus avait un double objectif : le premier était qu’ils soient avec Lui, le second qu’ils soient envoyés pour prêcher. Mais, allant toujours avec Lui, ils annoncent réellement le Christ et apportent la réalité de l’Evangile au monde.

Au cours de cette Année sacerdotale, je vous invite à prier, chers frères et sœurs, pour les prêtres et pour tous ceux qui se préparent à recevoir le don extraordinaire du sacerdoce ministériel. Pour conclure, j’adresse à tous l’exhortation de saint Jean Eudes qui dit ceci aux prêtres : « Donnez-vous à Jésus, pour entrer dans l’immensité de Son grand Cœur, qui contient le Cœur de Sa Sainte Mère et de tous les saints, et pour vous perdre dans cet abîme d’amour, de charité, de miséricorde, d’humilité, de pureté, de patience, de soumission et de sainteté » (Le Cœur admirable, III, 2).

Saint Jean Eudes - église du Sacré-Cœur Nice - détail

Saint Jean Eudes
(détail d’un vitrail de l’église du Sacré-Cœur de Nice)

Textes de Saint Jean Eudes publiés dans les pages de ce blogue :
- Salutations à Saint Joseph > ici
- Le Cœur de Marie rempli d’amour pour Dieu et pour nous > ici
- Texte sur le sacerdoce et ses exigences de sainteté > ici
- La maternité du Cœur de Marie > ici
- Louanges de la Mère admirable > ici

2020-99. Alors que beaucoup de processions du Vœu de Louis XIII ne pourront avoir lieu ce 15 août 2020, ce que nous pouvons et même devons faire pour suppléer :

Jeudi 13 août 2020,
Fête de Sainte Radegonde, Reine des Francs et moniale.

Ingres : le voeu de Louis XIII

Jean-Dominique Ingres : le Vœu de Louis XIII
(tableau de la cathédrale de Montauban)

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Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Dans les circonstances présentes, hélas ! beaucoup de processions célébrées le 15 août pour renouveler le Vœu de Louis XIII ne pourront avoir lieu, soit parce que nos prêtres – même avec la meilleure volonté du monde – n’ont pas la possibilité matérielle ou le temps de les préparer, soit parce que les conditions dans lesquelles se trouvent ces jours-ci nos chapelles ou nos paroisses – et en particulier les contraintes prétendument sanitaires imposées par les diocèses ou les autorités civiles – n’autorisent pas les processions…

Loin de nous une mentalité défaitiste et une passive résignation cependant !
En ce saint jour de l’Assomption de Notre-Dame, il ne nous est pas permis de renoncer purement et simplement au renouvellement de la consécration de la France à Notre-Dame en qualité de souveraine.
Il  nous appartient donc à chacun, individuellement, en famille, ou avec quelques amis, d’y suppléer autant qu’il est en notre pouvoir, et de nous organiser pour placer cette année encore le Royaume des Lys – qui en a plus que jamais besoin – entre les mains de sa céleste souveraine et principale protectrice.

Ce que nous pouvons concrètement faire :

- Au moment qui nous sera le plus opportun dans la journée ou la soirée de ce 15 août, afin de rendre à Notre-Dame de l’Assomption, Reine et céleste protectrice du Royaume de France, l’hommage et la dévotion qui lui sont dus, dans notre maison, dans notre oratoire domestique, voire dans notre jardin si nous en avons un et que nous pouvons y dresser une sorte de petit reposoir avec une statue ou une belle image de la Mère de Dieu, ou bien encore si nous avons la possibilité de nous rendre dans une chapelle dédiée à la Très Sainte Vierge Marie, récitons les prières liturgiques traditionnelles prescrites pour le renouvellement du Vœu de Louis XIII (on peut les trouver > ici) ;

– Nous pouvons aussi, si la disposition des lieux le permet, placer à l’une de nos fenêtres donnant sur la rue une image ou une statue de la Très Sainte Mère de Dieu avec quelques fleurs, un cierge ou une veilleuse ;

– En sus des prières liturgiques traditionnelles, je vous engage à réciter la prière dont vous pouvez trouver le texte > ici.

Puisse notre ferveur et notre dévotion se faire inventives et audacieuses pour suppléer aux impossibilités qui nous sont imposées par ces temps malheureux qui sont aujourd’hui les nôtres…
Plus que jamais, nous avons le grave devoir de prier pour le Royaume des Lys, devenu majoritairement terre d’impiété et d’apostasie ; de prier pour notre Roi légitime, afin qu’il reçoive de Dieu toutes les grâces nécessaires à la charge que la Providence a déposée sur ses épaules, et de prier pour sa famille ; de prier les uns pour les autres, unis par les liens invisibles de la communion des saints, afin de nous soutenir et pour que cette prière fraternelle nous soit une force pour les jours difficiles qui s’approchent…

Très sainte et très fervente fête de l’Assomption, mes bien chers Amis !
Vôtre,
in Corde Jesu & Mariae.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

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PS. Et n’oubliez pas – pour tous ceux qui le peuvent – de vous inscrire sans retard au pèlerinage organisé au Puy à l’occasion de la solennité de Saint Louis, les 29 et 30 août prochains cf. > ici

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2020-98. Sainte Claire d’Assise, épouse vierge du Christ humble et pauvre.

12 août,
Fête de Sainte Claire d’Assise.

Isidore Arredondo - Sainte Claire met en fuite les sarrasins - 1693 Musée du Prado Madrid

Sainte Claire mettant en fuite les païens mahométans en brandissant devant eux  la Sainte Eucharistie
(Isidore Arredondo – 1693 – Madrid, musée du Prado)

Sainte Claire d’Assise,
épouse vierge du Christ humble et pauvre

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 15 septembre 2010

Chers frères et sœurs,

L’une des saintes les plus aimées est sans aucun doute sainte Claire d’Assise, qui vécut au XIIIe siècle, et qui fut contemporaine de saint François. Son témoignage nous montre combien l’Eglise tout entière possède une dette envers des femmes courageuses et riches de foi comme elle, capables d’apporter une impulsion décisive au renouveau de l’Eglise.

Qui était donc Claire d’Assise ?
Pour répondre à cette question, nous possédons des sources sûres : non seulement les anciennes biographies, comme celles de Thomas de Celano, mais également les Actes du procès de canonisation promu par le Pape quelques mois seulement après la mort de Claire et qui contiennent les témoignages de ceux qui vécurent à ses côtés pendant longtemps.

Née en 1193, Claire appartenait à une riche famille aristocratique. Elle renonça à la noblesse et à la richesse pour vivre dans l’humilité et la pauvreté, adoptant la forme de vie que François d’Assise proposait. Même si ses parents, comme cela arrivait alors, projetaient pour elle un mariage avec un personnage important, à 18 ans, Claire, à travers un geste audacieux inspiré par le profond désir de suivre le Christ et par son admiration pour François, quitta la maison paternelle et, en compagnie de son amie, Bona de Guelfuccio, rejoignit en secret les frères mineurs dans la petite église de la Portioncule. C’était le soir du dimanche des Rameaux de l’an 1211. Dans l’émotion générale, fut accompli un geste hautement symbolique : tandis que ses compagnons tenaient entre les mains des flambeaux allumés, François lui coupa les cheveux et Claire se vêtit d’un habit de pénitence en toile rêche. A partir de ce moment, elle devint l’épouse vierge du Christ, humble et pauvre, et se consacra entièrement à Lui. Comme Claire et ses compagnes, d’innombrables femmes au cours de l’histoire ont été fascinées par l’amour pour le Christ qui, dans la beauté de Sa Personne divine, remplit leur cœur. Et l’Eglise tout entière, au moyen de la mystique vocation nuptiale des vierges consacrées, apparaît ce qu’elle sera pour toujours : l’Epouse belle et pure du Christ.

L’une des quatre lettres que Claire envoya à sainte Agnès de Prague, fille du roi de Bohême, qui voulut suivre ses traces, parle du Christ, son bien-aimé Epoux, avec des expressions nuptiales qui peuvent étonner, mais qui sont émouvantes : « Alors que vous Le touchez, vous devenez plus pure, alors que vous Le recevez, vous êtes vierge. Son pouvoir est plus fort, Sa générosité plus grande, Son apparence plus belle, Son amour plus suave et Son charme plus exquis. Il vous serre déjà dans Ses bras, Lui qui a orné votre poitrine de pierres précieuses… Lui qui a mis sur votre tête une couronne d’or arborant le signe de la sainteté » (Première Lettre : FF, 2862).

En particulier au début de son expérience religieuse, Claire trouva en François d’Assise non seulement un maître dont elle pouvait suivre les enseignements, mais également un ami fraternel. L’amitié entre ces deux saints constitue un très bel et important aspect. En effet, lorsque deux âmes pures et enflammées par le même amour pour le Christ se rencontrent, celles-ci tirent de leur amitié réciproque un encouragement très profond pour parcourir la voie de la perfection. L’amitié est l’un des sentiments humains les plus nobles et élevés que la Grâce divine purifie et transfigure.
Comme saint François et sainte Claire, d’autres saints également ont vécu une profonde amitié sur leur chemin vers la perfection chrétienne, comme saint François de Sales et sainte Jeanne-Françoise de Chantal. Et précisément saint François de Sales écrit : « Il est beau de pouvoir aimer sur terre comme on aime au ciel, et d’apprendre à s’aimer en ce monde comme nous le ferons éternellement dans l’autre. Je ne parle pas ici du simple amour de charité, car nous devons avoir celui-ci pour tous les hommes ; je parle de l’amitié spirituelle, dans le cadre de laquelle, deux, trois ou plusieurs personnes s’échangent les dévotions, les affections spirituelles et deviennent réellement un seul esprit » (Introduction à la vie de dévotion, III, 19).

Après avoir passé une période de quelques mois auprès d’autres communautés monastiques, résistant aux pressions de sa famille qui au début, n’approuvait pas son choix, Claire s’établit avec ses premières compagnes dans l’église Saint-Damien où les frères mineurs avaient préparé un petit couvent pour elles. Elle vécut dans ce monastère pendant plus de quarante ans, jusqu’à sa mort, survenue en 1253.

Une description directe nous est parvenue de la façon dont vivaient ces femmes au cours de ces années, au début du mouvement franciscain. Il s’agit du compte-rendu admiratif d’un évêque flamand en visite en Italie, Jacques de Vitry, qui affirme avoir trouvé un grand nombre d’hommes et de femmes, de toute origine sociale, qui « ayant quitté toute chose pour le Christ, fuyaient le monde. Ils s’appelaient frères mineurs et sœurs mineures et sont tenus en grande estime par Monsieur le Pape et par les cardinaux… Les femmes… demeurent ensemble dans divers hospices non loin des villes. Elle ne reçoivent rien, mais vivent du travail de leurs mains. Et elles sont profondément attristées et troublées, car elles sont honorées plus qu’elles ne le voudraient, par les prêtres et les laïcs » (Lettre d’octobre 1216 : FF, 2205.2207).

Jacques de Vitry avait saisi avec une grande perspicacité un trait caractéristique de la spiritualité franciscaine à laquelle Claire fut très sensible : la radicalité de la pauvreté associée à la confiance totale dans la Providence divine. C’est pour cette raison qu’elle agit avec une grande détermination, en obtenant du Pape Grégoire IX ou, probablement déjà du Pape Innocent III, celui que l’on appela le Privilegium Paupertatis (cf. FF, 3279). Sur la base de celui-ci, Claire et ses compagnes de Saint-Damien ne pouvaient posséder aucune propriété matérielle. Il s’agissait d’une exception véritablement extraordinaire par rapport au droit canonique en vigueur et les autorités ecclésiastiques de cette époque le concédèrent en appréciant les fruits de sainteté évangélique qu’elles reconnaissaient dans le mode de vie de Claire et de ses consœurs. Cela montre que même au cours des siècles du Moyen-Age, le rôle des femmes n’était pas secondaire, mais considérable. A cet égard, il est bon de rappeler que Claire a été la première femme dans l’histoire de l’Eglise à avoir rédigé une Règle écrite, soumise à l’approbation du Pape, pour que le charisme de François d’Assise fût conservé dans toutes les communautés féminines qui étaient fondées de plus en plus nombreuses déjà de son temps et qui désiraient s’inspirer de l’exemple de François et de Claire.

Dans le couvent de Saint-Damien, Claire pratiqua de manière héroïque les vertus qui devraient distinguer chaque chrétien : l’humilité, l’esprit de piété et de pénitence, la charité.
Bien qu’étant la supérieure, elle voulait servir personnellement les sœurs malades, en s’imposant aussi des tâches très humbles : la charité en effet, surmonte toute résistance et celui qui aime accomplit tous les sacrifices avec joie. Sa foi dans la présence réelle de l’Eucharistie était si grande que, par deux fois, un fait prodigieux se réalisa. Par la seule ostension du Très Saint-Sacrement, elle éloigna les soldats mercenaires sarrasins, qui étaient sur le point d’agresser le couvent de Saint-Damien et de dévaster la ville d’Assise.

Ces épisodes aussi, comme d’autres miracles, dont est conservée la mémoire, poussèrent le Pape Alexandre IV à la canoniser deux années seulement après sa mort, en 1255, traçant un éloge dans la Bulle de canonisation, où nous lisons : « Comme est vive la puissance de cette lumière et comme est forte la clarté de cette source lumineuse. Vraiment, cette lumière se tenait cachée dans la retraite de la vie de clôture et dehors rayonnaient des éclats lumineux ; elle se recueillait dans un étroit monastère, et dehors elle se diffusait dans la grandeur du monde. Elle se protégeait à l’intérieur et elle se répandait à l’extérieur. Claire en effet, se cachait: mais sa vie était révélée à tous. Claire se taisait mais sa renommée criait » (FF, 3284).
Et il en est véritablement ainsi, chers amis : ce sont les saints qui changent le monde en mieux, le transforment de manière durable, en insufflant les énergies que seul l’amour inspiré par l’Evangile peut susciter. Les saints sont les grands bienfaiteurs de l’humanité !

La spiritualité de sainte Claire, la synthèse de sa proposition de sainteté est recueillie dans la quatrième lettre à sainte Agnès de Prague.
Sainte Claire a recours à une image très répandue au Moyen âge, d’ascendance patristique, le miroir. Et elle invite son amie de Prague à se refléter dans ce miroir de perfection de toute vertu qu’est le Seigneur Lui-même. Elle écrit : « Heureuse certes celle à qui il est donné de prendre part au festin sacré pour s’attacher jusqu’au fond de son cœur [au Christ], à Celui dont toutes les troupes célestes ne cessent d’admirer la beauté, dont l’amitié émeut, dont la contemplation nourrit, dont la bienveillance comble, dont la douceur rassasie, dont le souvenir pointe en douceur, dont le parfum fera revivre les morts, dont la vue en gloire fera le bonheur des citoyens de la Jérusalem d’en haut. Tout cela puisqu’Il est la splendeur de la gloire éternelle, l’éclat de la lumière éternelle et le miroir sans tache. Ce Miroir, contemple-Le chaque jour, ô Reine, épouse de Jésus Christ, et n’arrête d’y contempler ton apparence afin que… tu puisses, intérieurement et extérieurement, te parer comme il convient… En ce Miroir brillent la bienheureuse pauvreté, la sainte humilité et l’ineffable charité » (Quatrième lettre FF, 2901-2903).

Reconnaissants à Dieu qui nous donne les saints qui parlent à notre cœur et nous offrent un exemple de vie chrétienne à imiter, je voudrais conclure avec les mêmes paroles de bénédiction que sainte Claire composa pour ses consœurs et qu’aujourd’hui encore les Clarisses, qui jouent un précieux rôle dans l’Eglise par leur prière et leur œuvre, conservent avec une grande dévotion. Ce sont des expressions où émerge toute la tendresse de sa maternité spirituelle : « Je vous bénis dans ma vie et après ma mort, comme je peux et plus que je le peux, avec toutes les bénédictions par lesquelles le Père des miséricordes pourrait bénir et bénira au ciel et sur la terre les fils et les filles, et avec lesquelles un père et une mère spirituelle pourraient bénir et béniront leurs fils et leurs filles spirituels. Amen » (FF, 2856).

Voir aussi le testament de Sainte Claire > ici

Corps de Sainte Claire - Assise

Corps de Sainte Claire (Assise, basilique Sainte-Claire)

2020-97. Charité et humilité.

Méditation sur les textes de la Sainte Ecriture
lus à la Sainte Messe
du
10ème dimanche après la Pentecôte

Simon Vouet la Charité (vers 1640 - Louvre)

Simon Vouet : la Charité (vers 1640)

« 1 – La liturgie nous présente aujourd’hui, comme dans un tableau d’ensemble, à travers les textes de la Messe, les traits fondamentaux de l’âme chrétienne. Avant tout, elle nous montre cette âme vivifiée par l’Esprit-Saint qui répand en elle Ses dons (cf. Saint Paul dans l’épître de ce jour – 1 Cor. XII 2-11).
L’Apôtre nous parle des « charismes », c’est-à-dire de ces grâces spéciales, telles que le don des langues, de la science, des miracles, …etc. accordées par l’Esprit-Saint avec une particulière abondance à l’Eglise primitive. Bien qu’étant très précieux, ces dons sont cependant inférieurs à la grâce et à la charité, car celles-ci peuvent conférer à l’âme la vie surnaturelle, alors que les charismes peuvent être donnés ou non par surcroît, sans en augmenter ni diminuer pour autant l’intensité.
Saint Thomas fait observer que, tandis que la grâce et la charité sanctifient l’âme et l’unissent à Dieu, les charismes, par contre, sont ordonnés à l’utilité du prochain et peuvent subsister même en celui qui ne possède pas la grâce.
Du reste, Saint Paul aussi – et précisément dans la même épître dont nous lisons aujourd’hui un passage à la Messe – après avoir énuméré tous ces dons extraordinaires, conclut par la fameuse affirmation : tout cela n’est rien sans la charité. Celle-ci est toujours la vertu « centrale », la caractéristique fondamentale de l’âme chrétienne, et aussi le plus grand don que l’Esprit-Saint puisse répandre en nous.
Si le divin Paraclet ne vivifiait nos âmes par la charité et la grâce, qui lui est inséparablement unie, personne ne pourrait accomplir le moindre acte ayant valeur surnaturelle, même pas l’homme le plus vertueux : « Personne ne peut dire « Jésus est Seigneur », si ce n’est sous l’action de l’Esprit-Saint » affirme l’Apôtre.
De même que l’arbre privé de sève vitale ne peut donner des fruits, ainsi l’âme non vivifiée par l’Esprit-Saint ne peut poser des actions de valeur surnaturelle. Voilà, encore une fois, le grand prix de la grâce et de la charité, dont le moindre degré vaut plus que tous les dons extraordinaires qui, s’ils peuvent disposer les âmes au bien, n’ont cependant le pouvoir ni d’engendrer, ni d’augmenter en nous la vie divine ».

le pharisien et le publicain - fresque de l'abbaye d'Ottobeuren

Le pharisien et le publicain : fresque de l’abbaye d’Ottobeuren (Bavière)

« 2 – L’Evangile (Luc XVIII, 9-14) nous montre une autre caractéristique fondamentale de l’âme chrétienne : l’humilité. La charité, il est vrai, lui, est supérieure, parce qu’elle nous communique la vie divine ; toutefois, l’humilité a une très grande importance parce qu’elle débarrasse le terrain pour faire place à la grâce et à la charité. C’est l’enseignement que nous donne aujourd’hui Jésus, sous une forme très vive et concrète, dans la parabole du pharisien et du publicain. L’Evangile nous dit expressément que Jésus parlait en vue de quelques gens « persuadés de leur propre justice et pleins de mépris pour les autres » ; le pharisien en est le prototype et les représente à merveille. Le voici, assuré d’être juste et gonflé de ses mérites : je ne suis ni voleur, ni adultère, je jeûne et paie la dîme. Que peut-on prétendre de plus ? Mais cet homme superbe ne voit pas qu’il lui manque ce qu’il y a de meilleur : la charité, puisqu’il se déchaîne contre les autres, les accuse, les condamne : « je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères, ni non plus comme ce publicain ».
N’ayant pas de charité envers le prochain, il ne peut en avoir envers Dieu.
De fait, entré dans le temple pour prier, il a été incapable de formuler le moindre acte d’amour, d’adoration et, au lieu de louer Dieu pour Ses bienfaits, il n’a fait que se louer lui-même.
En réalité cet homme est incapable de prier parce qu’il n’a pas la charité, et il ne peut la posséder, parce qu’il est plein d’orgueil : « Dieu résiste aux superbes, et Il donne Sa grâce aux humbles » (Jac. IV, 6), c’est pourquoi le pharisien retourne chez lui condamné, moins par le Seigneur qui aime toujours user de miséricorde, que par son orgueil, qui empêche en lui l’œuvre de la miséricorde.
Tout autre est l’attitude du publicain : c’est un pauvre homme, il sait qu’il a péché, il est conscient de sa misère morale ; lui non plus ne possède pas la charité, parce que le péché suscite en lui un obstacle ; cependant, il est humble, très humble, et se confie dans la miséricorde de Dieu : « O Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur ! » Et Dieu qui aime Se pencher sur les humbles, le justifie à l’instant même : son humilité a attiré sur lui la grâce du Très-Haut.
Saint Augustin n’a-t-il pas dit que « Dieu aime mieux l’humilité dans les choses mal faites, que l’orgueil dans celles qui sont bien faites ! »
Ce ne sont pas nos vertus, nos bonnes actions, qui nous justifieront, mais la grâce et la charité que l’Esprit-Saint répand dans nos cœurs « comme Il veut », oui, mais toujours en proportion de notre humilité ». 

Rd. Père Gabriel de Sainte-Marie-Madeleine,
in « Intimité divine », vol. 2 pp.242-245

frise

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