Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2017-83. « Ayez donc miséricorde et compassion du Royaume de France, le vôtre et le mien ».

8 octobre,
Fête de Sainte Brigitte de Suède, veuve.
9 octobre,
Fête de Saint Denis, évêque et martyr.

Au sanctoral du 8 octobre figure la fête de Sainte Brigitte, puis au jour suivant nous fêtons Saint Denis, aréopagite converti par Saint Paul, qui fut ensuite le premier évêque de Paris (car il faut maintenir fermement la tradition qui a identifié l’aréopagite et le premier évêque de Paris), qui subit le martyre à Montmartre (Mons martyrum), dont les écrits théologiques sont d’une importance exceptionnelle et dont le lieu de la sépulture devint la principale nécropole de nos Souverains à partir de Dagobert 1er (dédicace de la première basilique en 636).

Outre le fait que leurs deux fêtes sont voisines, il existe un lien spirituel très fort entre Sainte Brigitte de Suède et Saint Denis, en dépit des séparations temporelles et géographiques.
Au deuxième nocturne des matines de Sainte Brigitte nous lisons en effet ceci :
« Mariée à Ulfon, prince de Méricie, elle le porta aux œuvres de piété autant par ses excellents exemples que par ses paroles convaincantes. Remplie de piété dans l’éducation qu’elle donnait à ses enfants, elle s’occupait aussi des pauvres et surtout des malades et les servait avec un si grand amour dans une maison disposée pour eux, qu’elle avait coutume de leur laver et de leur baiser les pieds. Au retour d’un pèlerinage qu’elle avait fait avec son époux au tombeau de l’Apôtre saint Jacques, à Compostelle, Ulfon étant tombé dangereusement malade à Arras, Saint Denis apparut à Brigitte pendant la nuit, et lui prédit la guérison de son mari et d’autres événements à venir ».  

Sainte Brigitte, dont les voies mystiques ont été reconnues pour authentiques par de nombreux pontifes et saints, a bénéficié d’autres apparitions de Saint Denis. J’ai choisi aujourd’hui de vous retranscrire ci-dessous deux extraits qui m’ont paru spécialement importants et stimulants.
Avec la Sainte Mère de Dieu, avec Sainte Brigitte et avec Saint Denis, redoublons de prière pour la France et implorons la miséricorde de Notre-Seigneur pour le Royaume des Lys !

Lully.

Fleur de Lys

Cristóbal de Villalpando - apparition de la Vierge à Ste Brigitte 1680-89

Apparition de la Très Sainte Vierge à Sainte Brigitte
par Cristobàl de Villalpando (vers 1680-1689)

Au livre IV des Révélations de Sainte Brigitte, chapitre 103 :

Prière de Saint Denis à la Très Sainte Vierge Marie
pour le Royaume de France.

« Alors que je priais, je vis en esprit saint Denis qui parlait à la Vierge Marie, lui disant :

Vous êtes Reine de miséricorde, à laquelle toute miséricorde est donnée. Vous avez été faite Mère de Dieu pour le salut des misérables : ayez donc miséricorde et compassion du Royaume de France, le vôtre et le mien :  le vôtre d’autant que ses habitants vous honorent de tout leur pouvoir ; le mien, d’autant que j’en suis le patron et qu’ils ont confiance en moi.
En vérité, vous voyez combien d’âmes sont en danger chaque heure, et les corps des hommes y sont tués comme des bêtes, et ce qui est pis, les âmes descendent en enfer comme de la neige.
Consolez-les donc et priez pour eux, car vous êtes leur Dame, l’aide et le secours de tous
».

Fleur de Lys

Au livre IV des Révélations de Sainte Brigitte, chapitre 104 :

Prière de la Sainte Mère de Dieu et de Saint Denis
pour le Royaume de France.

« La Mère de Dieu parle à son Fils, lui disant :

Béni soyez-vous, ô mon Fils ! Il est écrit que j’ai été appelée bienheureuse, d’autant que je Vous avais porté au ventre, et Vous répondîtes que celui-là est aussi béni, qui écouterait Vos paroles et les garderait. Or, mon Fils, je suis celle-là qui ai gardé de cœur Vos paroles et les ai conservées dans mon sein. Je me souviens aussi d’une parole que Vous avez dite à Saint Pierre ; lorsqu’il demandait combien de fois il pardonnerait aux pécheurs, si ce serait jusques à sept fois, Vous lui répondîtes : Septante-sept fois sept fois, marquant par cela que tout autant de fois que quelqu’un s’humilie avec volonté de s’amender, Vous étiez autant de fois prêt et préparé à lui faire miséricorde.

Le Fils répondit :

Je vous rends témoignage que Mes paroles ont été enracinées en vous, comme la semence qui est jetée en une terre bien grasse, donnant de soi le fruit centième. Mais aussi vos œuvres vertueuses donnent à tous ce fruit de joie. Partant, demandez ce que vous voulez.

La Mère répondit :

Je Vous en prie avec Saint Denis et les autres saints dont les corps sont ensevelis en ce Royaume de France, et dont les âmes sont au ciel, jouissant de la gloire : ayez miséricorde de ce Royaume (…) »

Saint Denis - Cathédrale Notre-Dame de Paris

Saint Denis, premier évêque de Paris
(cathédrale Notre-Dame de Paris)

2017-82. Cette dévotion est comme un puissant engin de guerre.

7 octobre,
Fête de Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire ;
Anniversaire de la victoire de Lépante (7 octobre 1571).

Il nous a semblé particulièrement utile et profitable de publier le texte intégral de cette encyclique du Pape Léon XIII sur la dévotion au Très Saint Rosaire : au-delà du contexte historique particulier dans lequel elle fut écrite, on y trouve surtout de très nombreux éléments pérennes et des vérités toujours actuelles, particulièrement propres à stimuler notre dévotion et notre ferveur.
En reproduisant ci-dessous le texte de cette encyclique nous avons cru bon de transcrire quelques passages en caractères gras parce qu’ils nous semblaient tout spécialement importants et adaptés à nos temps actuels.

Lépante Grazio Cossali (1563-1629)

Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire
Tableau de Grazio Cossali (1563-1629) célébrant la victoire de Lépante.

Chapelet

Lettre encyclique
« Supremi apostolatus officio »
de Sa Sainteté le Pape Léon XIII
sur la dévotion au
Très Saint Rosaire de la Bienheureuse Vierge Marie.

 A tous nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques et Evêques du monde catholique, en grâce et communion avec le Siège Apostolique.

Vénérables Frères Salut et Bénédiction Apostolique

Le devoir du suprême apostolat qui Nous a été confié, et la condition particulièrement difficile des temps actuels, Nous avertissent chaque jour instamment, et pour ainsi dire Nous pressent impérieusement, de veiller avec d’autant plus de soin à la garde et à l’intégrité de l’Eglise que les calamités dont elle souffre sont plus grandes.

C’est pourquoi autant qu’il est en Notre pouvoir, en même temps que Nous Nous efforçons par tous les moyens de défendre les droits de l’Eglise comme de prévoir et de repousser les dangers qui la menacent et qui l’assaillent, Nous mettons aussi Notre plus grande diligence à implorer l’assistance des secours divins, avec l’aide seule desquels Nos labeurs et Nos soins peuvent aboutir.

A cette fin, Nous estimons que rien ne saurait être plus efficace et plus sûr que de Nous rendre favorable, par la pratique religieuse de son culte, la sublime Mère de Dieu, la Vierge Marie, dépositaire souveraine de toute paix et dispensatrice de toute grâce, qui a été placée par son divin Fils au faîte de la gloire et de la puissance, afin d’aider du secours de sa protection les hommes s’acheminant, au milieu des fatigues et des dangers, vers la Cité Eternelle.

C’est pourquoi, à l’approche des solennels anniversaires qui rappellent les bienfaits nombreux et considérables qu’a valus au peuple chrétien la dévotion du Saint Rosaire, Nous voulons que cette année, cette dévotion soit l’objet d’une attention toute particulière dans le monde catholique en l’honneur de la Vierge Souveraine, afin que, par son intercession, nous obtenions de son divin Fils un heureux adoucissement et un terme à nos maux. Aussi, avons-Nous pensé, Vénérables Frères, à Vous adresser ces lettres, afin que Notre dessein Vous étant connu, Votre autorité et Votre zèle excitent la piété des peuples à s’y conformer religieusement.

Ce fut toujours le soin principal et solennel des catholiques de se réfugier sous l’égide de Marie et de s’en remettre à sa maternelle bonté dans les temps troublés et dans les circonstances périlleuses. Cela prouve que l’Eglise catholique a toujours mis, et avec raison, en la Mère de Dieu, toute sa confiance et toute son espérance. En effet, la Vierge exempte de la souillure originelle, choisie pour être la Mère de Dieu, et par cela même associée à lui dans l’œuvre du salut du genre humain, jouit auprès de son Fils d’une telle faveur et d’une telle puissance que jamais la nature humaine et la nature angélique n’ont pu et ne peuvent les obtenir. Aussi, puisqu’il lui est doux et agréable par-dessus toute chose d’accorder son secours et son assistance à ceux qui les lui demandent, il n’est pas douteux qu’elle ne veuille, et pour ainsi dire qu’elle ne s’empresse d’accueillir les vœux que lui adressera l’Eglise universelle.

Cette piété, si grande et si confiante envers l’Auguste Reine des cieux, n’a jamais brillé d’un éclat aussi resplendissant que quand la violence des erreurs répandues, ou une corruption intolérable des mœurs, ou les attaques d’adversaires puissants, ont semblé mettre en péril l’Eglise militante de Dieu.

L’histoire ancienne et moderne et les fastes les plus mémorables de l’Eglise, rappellent le souvenir des supplications publiques et privées à la Mère de Dieu, ainsi que les secours accordés par Elle, et en maintes circonstances la paix et la tranquillité publiques obtenues par sa divine intervention. De là ces qualifications d’Auxiliatrice, de Bienfaitrice, et de Consolatrice des chrétiens, de Reine des armées, de Dispensatrice de la victoire et de la paix, dont on l’a saluée. Entre tous ces titres, est surtout remarquable et solennel celui qui lui vient du Rosaire, et par lequel ont été consacrés à perpétuité les insignes bienfaits dont lui est redevable le nom de chrétien.

Aucun de Vous n’ignore, Vénérables Frères, quels tourments et quels deuils ont apportés à la sainte Eglise de Dieu, vers la fin du XIIe siècle, par les hérétiques Albigeois qui, enfantés par la secte des derniers Manichéens, ont couvert le midi de la France et tous les autres pays du monde latin de leurs pernicieuses erreurs. Portant partout la terreur de leurs armes, ils étendaient partout leur domination par le meurtre et les ruines.

Contre ce fléau, Dieu a suscité, dans sa miséricorde, l’insigne père et fondateur de l’Ordre dominicain. Ce héros, grand par l’intégrité de sa doctrine, par l’exemple de ses vertus, par ses travaux apostoliques, s’avança contre les ennemis de l’Eglise catholique, animé de l’Esprit d’en haut ; non avec la violence et avec les armes, mais avec la foi la plus absolue en cette dévotion du Saint Rosaire que le premier il a divulguée et que ses enfants ont portée aux quatre coins du monde. Il prévoyait, en effet, par la grâce divine, que cette dévotion, comme un puissant engin de guerre, mettrait en fuite les ennemis et confondrait leur audace et leur folle impiété. Et c’est ce qu’a, en effet, justifié l’événement.

Grâce à cette nouvelle manière de prier, acceptée et ensuite mise régulièrement en pratique, par l’institution de l’Ordre du saint Père Dominique, la piété, la bonne foi, la concorde commencèrent à reprendre racine, et les projets des hérétiques, ainsi que leurs artifices, à tomber en ruines. Grâce à elle encore, beaucoup d’égarés ont été ramenés à la voie droite ; et la fureur des impies a été réfrénée par les armes catholiques qui avaient été levées pour repousser la force par la force.

L’efficacité et la puissance de cette prière ont été aussi expérimentées au XVIe siècle, alors que les armées innombrables des Turcs étaient à la veille d’imposer le joug de la superstition et de la barbarie à presque toute l’Europe. Dans ce temps, le Souverain Pontife saint Pie V, après avoir réveillé chez tous les princes chrétiens le sentiment de la défense commune, s’attacha surtout et par tous les moyens à rendre propice et secourable au nom chrétien la toute-puissante Mère de Dieu, en l’implorant par la récitation du Rosaire. Ce noble exemple, offert en ces jours à la terre et aux cieux, rallia tous les esprits et persuada tous les cœurs. Aussi les fidèles du Christ, décidés à verser leur sang et à sacrifier leur vie pour le salut de la religion et de leur patrie, marchaient sans souci du nombre aux ennemis massés non loin du golfe de Corinthe ; pendant que les invalides, pieuse armée de suppliants, imploraient Marie, saluaient Marie, par la répétition des formules du Rosaire et demandaient la victoire de ceux qui combattaient.

La Souveraine ainsi suppliée ne resta pas sourde, car l’action navale s’étant engagée auprès des îles Echinades (Curzolaires) la flotte des chrétiens, sans éprouver elle-même de grandes pertes, remporta une insigne victoire et anéantit les forces ennemies.

C’est pourquoi le même Souverain et saint Pontife, en reconnaissance d’un bienfait si grand, a voulu qu’une fête en l’honneur de Marie Victorieuse, consacrât la mémoire de ce combat mémorable. Grégoire XIII a consacré cette fête en l’appelant fête du Saint Rosaire.

De même, dans le dernier siècle, d’importants succès furent remportés sur les forces turques, soit à Temesvar, en Pannonie, soit à Corcyre, et ils coïncidèrent avec des jours consacrés à la Sainte Vierge Marie et avec la clôture des prières publiques célébrées par la récitation du Rosaire.

Par conséquent, puisqu’il est bien reconnu que cette formule de prière est particulièrement agréable à la Sainte Vierge, et qu’elle est surtout propre à la défense de l’Eglise et du peuple chrétien en même temps qu’à attirer toutes sortes de bienfaits publics et particuliers, il n’est pas surprenant que plusieurs autres de nos prédécesseurs se soient attachés à la développer et à la recommander par des éloges tout spéciaux. Ainsi Urbain IV a attesté que, chaque jour, le Rosaire procurait des avantages au peuple chrétien. Sixte IV a dit que cette manière de prier est avantageuse à l’honneur de Dieu et de la Sainte Vierge, et particulièrement propre à détourner les dangers menaçant le monde ; Léon X a déclaré qu’elle a été instituée contre les hérésiarques et les hérésies pernicieuses ; et Jules III l’a appelée la gloire de l’Église. Saint Pie V a dit aussi, au sujet du Rosaire, que, dans la divulgation de cette sorte de prières, les fidèles ont commencé à s’échauffer dans la méditation, à s’enflammer dans la prière, puis sont devenus d’autres hommes ; les ténèbres de l’hérésie se sont dissipées, et la lumière de la foi catholique a brillé de tout son éclat. Enfin, Grégoire XIII a déclaré à son tour que le Rosaire avait été institué par Saint Dominique, pour apaiser la colère de Dieu et implorer l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie.

Guidé par cette pensée et par les exemples de nos prédécesseurs Nous avons cru tout à fait opportun d’établir pour la même cause, en ce temps, des prières solennelles, et de tâcher, au moyen de prières solennelles adressées à la Sainte Vierge par la récitation du Rosaire, d’obtenir de son Fils Jésus-Christ un semblable secours contre les dangers qui Nous menacent. Vous voyez, Vénérables Frères, les graves épreuves auxquelles l’Eglise est journellement exposée : la piété chrétienne, la moralité publique, la foi elle-même qui est le bien suprême et le principe de toutes les autres vertus, tout cela est chaque jour menacé des plus grands périls.

Non seulement Vous savez combien cette situation est difficile et combien Nous en souffrons, mais encore Votre charité Vous en a fait éprouver avec Nous les sympathiques angoisses. Car c’est une chose des plus douloureuses et des plus lamentables de voir tant d’âmes rachetées par le Sang de Jésus-Christ arrachées au salut par le tourbillon d’un siècle égaré, et précipitées dans l’abîme et dans une mort éternelle. Nous avons, de nos jours, autant besoin du secours divin qu’à l’époque où le grand Dominique leva l’étendard du Rosaire de Marie à l’effet de guérir les maux de son époque.

Ce grand Saint, éclairé par la lumière céleste, entrevit clairement que, pour guérir son siècle, aucun remède ne serait plus efficace que celui qui ramènerait les hommes à Jésus-Christ, qui est la voie la vérité et la vie, et les pousserait à s’adresser à cette Vierge, à qui il est donné de détruire toutes les hérésies, comme à leur patronne auprès de Dieu.

La formule du Saint-Rosaire a été composée de telle manière par saint Dominique, que les mystères de Notre salut y sont rappelés dans leur ordre successif, et que cette manière de méditation est entremêlée et comme entrelacée par la prière de la Salutation angélique, et par une oraison jaculatoire à Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous qui cherchons un remède à des maux semblables, Nous avons le droit de croire qu’en Nous servant de la même prière qui a servi à saint Dominique pour faire tant de bien à tout le monde catholique, Nous pourrons voir disparaître de même les calamités dont souffre Notre époque.

Non seulement Nous engageons vivement tous les chrétiens à s’appliquer soit en public, soit dans leur demeure particulière et au sein de leur famille, à réciter ce pieux office du Rosaire et à ne pas cesser ce saint exercice, mais Nous désirons que spécialement le mois d’octobre de cette année soit consacré entièrement à la Sainte Reine du Rosaire. Nous décrétons et Nous ordonnons que, dans tout le monde catholique, pendant cette année, on célèbre solennellement par des services spéciaux et splendides, les offices du Rosaire.

Qu’ainsi donc, à partir du premier jour du mois d’octobre prochain jusqu’au second jour du mois de novembre suivant, dans toutes les paroisses, et, si l’autorité le juge opportun et utile, dans toutes les autres églises ou chapelles dédiées à la Sainte Vierge, on récite cinq dizaines du Rosaire, en y ajoutant les Litanies Laurétanes. Nous désirons que le peuple accoure à ces exercices de piété et qu’en même temps l’on dise la messe et l’on expose le Saint Sacrement, et que l’on donne ensuite avec la Sainte Hostie la bénédiction à la pieuse assemblée. Nous approuvons beaucoup que les confréries du Saint Rosaire de la Vierge fassent, conformément aux usages antiques, des processions solennelles à travers les villes, afin de glorifier publiquement la Religion. Cependant si, à cause des malheurs des temps, dans certains lieux, cet exercice public de la religion n’était pas possible, qu’on le remplace par une visite assidue aux églises, et qu’on fasse éclater la ferveur de sa piété par un exercice plus diligent encore des vertus chrétiennes.

En faveur de ceux qui doivent faire ce que Nous avons ordonné ci-dessus, il Nous plaît d’ouvrir les célestes trésors de l’Eglise pour qu’ils y puisent à la fois les encouragements et les récompenses de leur piété. Donc, à. tous ceux qui, dans l’intervalle de temps désigné, auront assisté à l’exercice de la récitation publique du Rosaire avec les Litanies, et auront prié selon Notre intention, Nous concédons sept années et sept quarantaines d’indulgences applicables à toutes fins. Nous voulons également faire jouir de cette faveur ceux qu’une cause légitime aura empêchés de concourir à ces prières publiques dont Nous venons de parler, pourvu que, dans leur particulier, ils se soient consacrés à ce pieux exercice et qu’ils aient prié Dieu selon Notre intention. Nous absolvons de toute coulpe ceux qui dans le temps que nous venons d’indiquer, auront au moins deux fois, soit publiquement dans les temples sacrés, soit dans leurs maisons (par suite d’excuses légitimes) pratiqué ces pieux exercices et qui, après s’être confessés, se seront approchés de la Sainte Table. Nous accordons encore la pleine remise de leurs fautes à ceux qui, soit dans ce jour de la fête de la Bienheureuse Vierge du Rosaire, soit dans les huit jours suivants, après avoir également épuré leur âme par une salutaire confession, se seront approchés de la Table du Christ, et auront dans quelque temple prié à Notre intention Dieu et la Sainte Vierge pour les nécessités de l’Eglise.

Agissez donc, Vénérables Frères ! Plus Vous avez à cœur l’honneur de Marie et le salut de la société humaine, plus Vous devez Vous appliquer à nourrir la piété des peuples envers la grande Vierge, à augmenter leur confiance en Elle. Nous considérons qu’il est dans les desseins providentiels que, dans ces temps d’épreuves pour l’Eglise, l’ancien culte envers l’auguste Vierge fleurisse plus que jamais dans l’immense majorité du peuple chrétien. Que maintenant, poussées par Nos exhortations, enflammées par Vos appels, les nations chrétiennes recherchent avec une ardeur de jour en jour plus grande la protection de Marie ; qu’elles s’attachent de plus en plus à l’habitude du Rosaire, à ce culte que Nos ancêtres avaient la coutume de pratiquer, non seulement comme un remède toujours présent à leurs maux, mais comme un noble ornement de la piété chrétienne. La Patronne céleste du genre humain exaucera ces prières et ces supplications, et Elle accordera facilement aux bons la faveur de voir leurs vertus s’accroître, aux égarés celle de revenir au bien et de rentrer dans la voie du salut, elle obtiendra que le Dieu vengeur des crimes, inclinant vers la clémence et la miséricorde, rende au monde chrétien et à la société, tout péril étant désormais écarté, cette tranquillité si désirable.

Encouragé par cet espoir, Nous supplions Dieu, par l’entremise de Celle dans laquelle il a mis la plénitude de tout bien, Nous le supplions de toutes Nos forces de répandre sur Vous, Vénérables Frères, ses faveurs célestes. Et comme gage de Notre bienveillance, Nous Vous donnons de tout Notre cœur, à Vous, à Votre clergé et aux peuples commis à Vos soins, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 1er septembre 1883, sixième année de Notre Pontificat.

armoiries Léon XIII

Voir aussi :
- Prières pour le mois du Très Saint Rosaire > ici
- BD « Du Saint Rosaire redoutable aux démons » > ici

2017-80. Des Quatre-Temps.

Vendredi 22 septembre 2017,
Octave de Notre-Dame des Sept-Douleurs,
Mémoire du vendredi des Quatre-Temps d’automne,
Mémoire de Saint Maurice et de ses compagnons, martyrs de la Légion Thébaine,
Mémoire de Saint Thomas de Villeneuve, évêque et confesseur.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce matin, après que mon papa-moine a mis son thé à infuser, je me suis installé – ainsi que je le fais souvent – à côté de son bol.
J’attendais, j’attendais, j’attendais…
Je regardais Frère Maximilien-Marie avec insistance…
Mais rien ne venait…

Lully et le jeûne des Quatre-Temps

Ah ! J’avais oublié les Quatre-Temps… et de toute façon, nous sommes vendredi, jour d’abstinence !
Il paraît que j’avais un air particulièrement dépité.
J’ai bien essayé d’attendrir Frère Maximilien-Marie, mais il a été intraitable : « Tu es un chat monastique : tu bénéficies de tous les « privilèges » de la vie religieuse et tu dois en assumer aussi les obligations quant à la pénitence ! »
Je n’ai donc pas eu ma lichette de beurre.
Frère Maximilien-Marie est de plus en plus strict pour l’observance des jours de jeûne et d’abstinence, parce que nous ne nous contentons pas des seules obligations imposées par le droit canonique actuellement en vigueur mais que, au Mesnil-Marie, nous avons repris la discipline et les usages monastiques antiques, ce qui fait que nous avons un peu plus du tiers de l’année en jours d’abstinence (et chez nous l’abstinence est la privation de tout met d’origine animale, ce qui englobe non seulement la viande mais aussi le poisson, les oeufs et tous les laitages), dont environ la moitié sont des jours de jeûne.

Alors, parce que vous aussi bien que moi avons tous besoin qu’on nous rafraîchisse la mémoire, je me suis décidé à vous rapporter ici ce que l’abbé Meusy expliquait à propos des Quatre-Temps dans son excellent « Catéchisme historique, dogmatique et moral des fêtes principales » (deuxième édition, 1775).

pattes de chatLully.

Prière et jeûne pour la France

Histoire des Quatre-Temps :

« Plusieurs critiques prétendent que les Quatre-Temps ne sont point d’institution apostolique, parce que, disent-ils, dans les monuments ecclésiastiques, qui peuvent constater ce fait, nous n’en voyons aucun qui leur assure cette origine ; d’ailleurs, ajoutent-ils, Tertullien, Eusèbe, Saint Jérôme, qui ont parlé très souvent des jeûnes, ne font aucune mention de ceux des Quatre-Temps. Ces auteurs sont contredits par un grand nombre d’autres dont les preuves semblent décisives, au-moins pour ce qui regarde les Quatre-Temps de la Pentecôte & ceux du mois de septembre, qui paraissent remonter jusqu’aux Apôtres. Suivant le Père Thomassin, Saint Augustin parle des Quatre-Temps établis à Rome : Saint Chrysostome dit formellement que les Quatre-Temps après la Pentecôte viennent des Apôtres, & ce saint Docteur était très instruit des usages de l’Eglise. Saint Léon, dans ses Sermons des jeûnes du dixième mois (septembre), assure que les Apôtres ont établi les Quatre-Temps qu’on y observe, ex Apostolica traditione ; & il ajoute que ceux-ci ont été ordonnés immédiatement après la récolte, afin de nous apprendre à user sobrement des biens que nous recueillons, & à en faire part aux pauvres. Le saint Docteur dit encore que les Quatre-Temps ont été fixés dans les quatres saisons de l’année, pour expier par les jeûnes & la prière les négligences & les fautes qui nous échappent sans cesse. Les Quatre-Temps étaient observés universellement dans l’Eglise Latine au temps du Pape Grégoire VII.
Le Pape Gélase, sur la fin du cinquième siècle, fixa les ordinations des Prêtres & des Diacres aux samedis des Quatre-Temps & à la mi-Carême, ce qui distingua ces jours d’une manière particulière : cette fixation néanmoins ne fut pas rigoureusement observée ; on ordonnait souvent des Ministres pour l’Autel suivant le besoin de l’Eglise, & sans égard au temps. Grégoire III au huitième siècle, Urbain II au onzième, renouvellèrenet ce point de discipline ; il le fut encore sous ce dernier Pape par un décret du concile de Plaisance, qui fixa enfin les Quatre-Temps aux jours où ils s’observent encore ; de là est venue la coutume de regarder les Quatre-Temps comme des jours consacrés au jeûne & à la prière, dans la vue d’obtenir de Dieu de dignes Ministres des saints Autels.
Il y eut de la variété dans les différentes Eglises sur le jeûne des Quatre-Temps. Quoique ce jeûne fut au moins connu, suivant les uns, depuis Saint Léon, suivant d’autres depuis Saint Silvestre, probablement même depuis les Apôtres, il ne fut admis en France qu’au temps de Charlemagne. Ce Prince & Louis le Débonnaire son fils le prescrivirent dans leurs capitulaires. L’usage des jeûnes n’étant pas encore uniforme, Grégoire XII, au rapport du Micrologue, les fixa enfin comme nous les voyons. »

Catéchisme sur les Quatre-Temps

Demande. Qu’est-ce que les Quatre-Temps ?
Réponse. Ce sont des jours de jeûne que l’Eglise ordonne de trois mois en trois mois les mercredi, vendredi & samedi de la même semaine.
Nota. Ces jours de jeûne sont appelés les Quatre-Temps, parce qu’ils arrivent quatre fois par an.

D. Les Quatre-Temps sont-ils anciens dans l’Eglise ?
R. On croit que ceux de la Pentecôte & ceux du mois de septembre ont été établis par les Apôtres.

D. Pourquoi l’Eglise a-t-elle ordonné le jeûne des Quatre-Temps ?
R. Pour trois raisons principales.

D. Quelle est la première raison qu’a eue l’Eglise en instituant les Quatre-Temps ?
R. C’est afin que les chrétiens sanctifient chaque saison de l’année par la pénitence de quelques jours.
Explication. L’Eglise voit avec douleur ses enfants se souiller par le péché ; ne pouvant les empêcher de se rendre coupables, elle s’empresse de leur fournir les moyens de cesser de l’être ; elle les rappelle à eux-mêmes, elle les engage à la pénitence ; & en les y contraignant, comme elle le fait par ses préceptes, elle leur apprend que la pénitence doit être pour eux un exercice de toute la vie, parce qu’ils sont toujours pécheurs.

D. Quelle est la seconde raison ?
R. C’est pour demander à Dieu de répandre ses bénédictions sur les biens de la terre, & pour le remercier de ceux qu’il nous a déjà accordés.
Explication. Combien de chrétiens qui ne pensent pas plus à remercier Dieu de ses bienfaits, que s’ils ne les tenaient pas de lui ? Serait-ce par l’ingratitude qu’on mériterait de nouvelles grâces ? Combien ne nous en fait-il pas sans cesse ? Je ne parle pas ici des dons surnaturels, je ne parle que des biens temporels que sa bonté nous accorde. C’est sa providence admirable qui nourrit tous les hommes & qui pourvoit à tous leurs besoins ; il est donc bien juste de le remercier & de lui demander de continuer à répandre ses bénédictions sur les biens de la terre ; les Quatre-Temps sont établis pour cette fin.

D. Qu’elle est la troisième raison ?
R. C’est de prier Dieu d’accorder de saints ministres à son Eglise.
Explication. Il y a longtemps que les ordinations des ministres de l’autel sont fixées aux Quatre-Temps : l’Eglise a voulu intéresser tous les fidèles à prier pour les ordinants, & à demander unaniment à Dieu de saints ministres qui concourent également à sa gloire & au salut des âmes. Tout le monde y est intéressé, parce que le salut ou la réprobation des chrétiens dépendent du succès du ministère des prêtres.

D. Que doit-on faire pendant les Quatre-Temps pour entrer dans l’esprit de l’Eglise ?
R. Il faut se renouveler dans l’esprit de pénitence, remercier Dieu des biens temporels qu’il nous a accordés, & former la résolution d’en faire un saint usage.

D. Que doit-on faire particulièrement les samedis des Quatre-Temps ?
R. Il faut faire quelques œuvres de piété pour ceux qui reçoivent les saints ordres.

Catéchisme des fêtes abbé Meusy

2017-78. Où, à propos de la messe en sol majeur de Cherubini pour le Sacre de Louis XVIII, le Maître-Chat rétablit quelques vérités au sujet de ce Roi Très Chrétien.

Samedi 16 septembre 2017,
Fête des Saints Corneille, pape, et Cyprien, évêque, martyrs ;
Anniversaire de la mort de SMTC le Roi Louis XVIII.

Mort de SM le Roi Louis XVIII le 16 sept 1824

16 septembre 1824 : mort de Sa Majesté le Roi Louis XVIII
Sur cette représentation on reconnaît en particulier :
- assise en pleurs à son chevet Marie-Thérèse de France, duchesse d’Angoulème ;
- près d’elle son époux, Louis Antoine d’Artois, duc d’Angoulème, futur Louis XIX ;
- incliné et baisant la main du mourant, Charles Philippe de France, qui va devenir Charles X au moment où son frère va rendre le dernier soupir ;
- à droite Marie-Caroline de Bourbon-Siciles avec ses deux enfants Louise d’Artois et Henri d’Artois, duc de Bordeaux, futur Henri V.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Pour conclure mes publications relatives au 175ème anniversaire de la mort de Luigi Cherubini (cf. > ici), j’accorde une grande importance, en ce 16 septembre qui est le jour anniversaire de la mort de Sa Majesté le Roi Louis XVIII, à la publication de la Messe solennelle en sol majeur que, justement, Cherubini composa pour le Sacre de Louis XVIII.

Louis XVIII en costume de sacre par François Gérard

Louis XVIII en costume de sacre, par François Gérard.

Ici, j’imagine la tête de certains de mes lecteurs qui pensent aussitôt : « Mais Louis XVIII n’a pas été sacré ! »
Et c’est bien vrai.
De tous nos Souverains Capétiens, seuls deux n’ont pas reçu les onctions du Sacre : 1) Jean 1er, dit le Posthume,  fils de Louis X, qui mourut cinq jours après sa naissance (+ 19 novembre 1316) ; et 2) Louis XVIII.

Mais le fait de ne pas avoir été sacré ne signifie pas qu’il n’a pas eu l’intention de l’être.
Contrairement à ce qu’affirment
a) d’une part quelques ignorants qui prétendent que Louis XVIII aurait été « d’esprit voltairien » (sic) et qu’il n’attachait pas d’importance au Sacre ;
b) et d’autre part quelques cinglés qui se cramponnent aux affabulations de quelques illuminés.

Roi depuis la mort de son neveu – l’infortuné Louis XVII – survenue le 8 juin 1795, dès qu’Elle put revenir en France au début du mois de mai 1814, Sa Majesté le Roi Louis XVIII aspira ardemment à être sacrée à Reims conformément à la tradition capétienne.

Fleur de Lys

1 – Louis XVIII tint toujours à se montrer comme le Roi Très Chrétien :

Philip Mansel, un historien anglais qui est probablement à ce jour le plus grand spécialiste de la personne et du règne de Louis XVIII, fait bien ressortir que ce Souverain complexe resta toujours un homme du XVIIIème siècle, fidèle à ce qu’il avait reçu de l’héritage versaillais : sans un être un roi à la piété aussi profonde et démonstrative que celle de son frère puiné, il resta toujours fidèle à la foi catholique : et nombre de ses ministres ou de ses proches ont pu en témoigner.
Il assistait tous les jours à la Sainte Messe, communiait deux ou trois fois l’an (selon les usages de l’époque) et, durant son règne, fit toujours publiquement ses Pâques à Saint-Germain-l’Auxerrois, église paroissiale des Tuileries, sauf quand il en fut empêché par la maladie (cf. Philip Mansel, in « Louis XVIII » éd. Perrin 2013 p. 331).
En matière religieuse, Louis XVIII, pleinement conscient qu’il était le Très Chrétien, se montra particulièrement peu soucieux de ménager les libéraux et les libres-penseurs : il encouragea la reconstitution des congrégations religieuses, soutint les missions intérieures « qui perturbaient tant certains secteurs de l’opinion publique – une des médailles commémorant son  règne représente même l’érection d’une croix. Il voulut aussi que Frayssinous, célèbre prédicateur dont il avait fait son premier aumônier en 1821 – honneur extraordinaire pour un roturier – devînt grand maître de l’Université en 1822, ce qui le plaçait à la tête de l’enseignement secondaire. Louis fut ravi d’élever dix-neuf évêques à la pairie en 1822 et Frayssinous, encore lui, reçut en outre le portefeuille des affaires ecclésiastiques en août 1824″ (Philip Mansel, op.cit. pp. 447-448).
« Quand il monta sur le trône, l’état de l’Eglise lui parut pire que dans les années 1790. Il n’y avait plus que 36.000 prêtres en 1814, contre 72.000 en 1789 et il écrivait au pape : « Toutes les doctrines antireligieuses autant qu’antisociales ont inondé mes provinces. » Il était résolu à y mettre bon ordre. En 1814-1816, pour récompenser les évêques restés fidèles à la cause de la royauté et éliminer quatorze des autres, bonapartistes ou anciens révolutionnaires, le gouvernement de Louis avait voulu que l’Eglise revînt en France au statu quo de 1789. Attitude incroyable de sa part, alors qu’il essayait précisément d’apaiser la crainte d’un tel retour au passé dans la vie politique. Mais la papauté refusa de remettre en question le Concordat, conclu en 1801 avec la République » (Philip Mansel, ibid. p. 408).

Ces vérités étant rétablies, il est aisé de comprendre à quel point la question du Sacre n’était pas secondaire pour Louis XVIII, mais qu’il souhaitait en recevoir les onctions saintes. C’est dans la perspective des préparatifs de cette cérémonie qu’il commanda au surintendant de sa chapelle, le maestro Luigi Cherubini, une messe solennelle qui serait exécutée à cette occasion.

Ce sont uniquement les soubressauts politiques de la première Restauration, les funestes Cent-Jours et les difficultés intérieures et extérieures des années 1816-1819, puis enfin l’état de santé de plus en plus précaire de Sa Majesté à partir de 1820 qui empêchèrent la réalisation de ce souhait pourtant très ardent.

Fleur de Lys

Thomas Martin de Gallardon prétendue apparition

Prétendue apparition de « l’ange Raphaël » à Thomas Martin, de Gallardon,
sur une gravure de 1859 s’inspirant de la description du « visionnaire ».

2 – Des affabulations entretenues par des illuminés :

A rebours de la vérité historique cependant, il y a toujours aujourd’hui quelques illuminés de tendance « survivantiste » qui colportent la fable selon laquelle Louis XVIII n’aurait pas voulu être sacré, parce qu’il aurait su qu’il occupait un trône qui ne lui revenait pas, et qu’il aurait parfaitement eu conscience de la vérité de la menace selon laquelle, s’il osait se présenter pour le sacre, la justice de Dieu le foudroierait à mort en pleine cérémonie !
Rien que cela…

Cette légende se fonde sur les prétendues apparitions de l’ange Raphaël à un paysan de Gallardon : Thomas Martin (1783-1834).
Le bonhomme Martin, pieux et exemplaire paroissien d’après son curé, jugé sain d’esprit par les médecins qui l’ont examiné, prétendit avoir ces « apparitions » dans les premiers mois de l’année 1816.
Passons outre l’accoutrement bizarre de « l’ange », sanglé dans une redingote de ville à la mode romantique et coiffé d’un haut-de-forme (!!!) : Thomas Martin devait rencontrer le Roi et lui révéler quelque chose qui ne lui serait communiqué (à lui, Thomas Martin) qu’à ce moment-là, en sus de quelques exhortations pour faire respecter le repos dominical et combattre l’impiété dans le Royaume.
Grâce à l’insistance de certains ennemis influents de la politique menée alors par Decazes, Martin eut l’insigne privilège d’être reçu aux Tuileries le 2 avril 1816. Son tête à tête avec le Roi dura environ une demi-heure et, dans les mois qui suivirent, le bonhomme Martin affirma qu’il avait aussitôt oublié ce qu’il avait dit à Sa Majesté sous l’inspiration immédiate de « l’ange ».
Mais ensuite des récits plus ou moins circonstanciés furent publiés : les premiers imprimés, vers 1817, se contentaient d’attribuer à « l’ange » des paroles critiquant la politique de Decazes et encourageant le Roi à aller dans le sens des Ultras, mais, quatre ans après la mort de Louis XVIII, en 1828, Thomas Martin dicta un récit qui fut publié, et c’est là que l’on trouve des « révélations » concernant la prétendue survivance de Louis XVII et les menaces contre Louis XVIII s’il avait l’audace de prétendre au Sacre.
Il y aurait beaucoup à écrire sur toutes les incohérences qui se trouvent dans le récit de Thomas Martin. Contentons-nous de relever que, entre temps, à partir de 1820, le « paysan prophète » (sic) de Gallardon avait commencé à envoyer des lettres qu’il signait « Dieu » (excusez du peu !), puis que, en 1833, il « reconnut » Naundorff comme Louis XVII…

Bien sûr, jamais aucune autorité ecclésiastique compétente n’a reconnu l’authenticité des « apparitions » de Gallardon, lesquelles demeurent encore de nos jours une juteuse aubaine pour alimenter les fantasmes des illuminés qui s’obstinent à nier la réalité des faits historiques les mieux établis.

Car si Louis XVIII, ainsi que le prétendit Martin dans son récit de 1828, avait acquiescé au fait qu’il occupait une place qui revenait à son neveu toujours vivant et s’était incliné devant la menace d’être frappé à mort par la justice de Dieu en pleine cérémonie du Sacre, on comprend mal pourquoi ce Roi aurait par la suite demandé à Cherubini de composer une messe solennelle pour ce Sacre, et aurait, jusqu’en 1820, espéré pouvoir se rendre à Reims pour y recevoir les onctions saintes !
Et si ces prétendues menaces à l’encontre de Louis XVIII avaient été vraies, parce qu’il aurait usurpé le trône d’un Louis XVII toujours vivant, pourquoi ne se sont-elles pas réalisées le 29 mai 1825 lors du Sacre de Charles X ?
En effet, si Louis XVIII avait occupé un trône qui ne lui revenait pas du fait de la « survivance » de son neveu, il en eût aussi été de même pour son frère et successeur : Charles X. Or, non seulement ce dernier a été sacré et non seulement il n’a pas été foudroyé par la justice divine en cours de cérémonie, mais en sus il a accompli, dans les jours qui suivirent, les guérisons miraculeuses des écrouelles attestant qu’il était bien le Roi légitime (on peut lire la relation complète du toucher des écrouelles par SM le Roi Charles X > ici).

On cherche en vain un peu de cohérence dans cet illuminisme survivantiste.

Fleur de Lys

3 – La messe solennelle en sol majeur pour choeur et orchestre, pour le Sacre de Louis XVIII (1819) :

Comme je vous l’annonçai au début, et même si j’ai dû faire quelques détours pour y arriver, cette publication a pour dessein de vous inviter à écouter maintenant la messe solennelle en sol majeur pour choeur et orchestre pour le Sacre de Louis XVIII composée par Luigi Cherubini.

Le Kyrie a une belle intensité dramatique, et le Gloria qui le suit contraste par le dynamisme des choeurs qui se répondent, alternant avec bonheur des séquences d’allégresse triomphante et de vénération intériorisée, comme le poignant « Suscipe deprecationem nostram ».
Le Credo est tout rayonnant de la joie de l’adhésion aux Vérités révélées transmises par l’Eglise, qui sont déroulées à la manière d’une cavalcade pleine de gloire. On remarquera l’imposante dignité de l’ « Et incarnatus est », puis le côté désolé du « Crucifixus » où les voix d’hommes accompagnées des seuls trombones revêtent un aspect lugubre auquel les trompettes du « Et resurrexit » apportent un fin saisissante.
Le Sanctus et l’ O Salutaris Hostia, conformément à l’usage alors en vigueur en France, constituent une seule et même pièce dans laquelle alternent l’exultation des choeurs célestes dans les cieux et l’expression de l’adoration profonde des Saintes Espèces Eucharistiques sur l’autel.
L’Agnus Dei exprime tous les transports d’un recueillement solennel, paisible et confiant, préparant à la communion du Souverain, laquelle, rappelons-le, à la messe du Sacre, par un privilège unique, se faisait sous les deux espèces.

L’enregistrement proposé ci-dessous a été réalisé par le London Philarmonic Choir et le London Philarmonic Orchestra sous la direction du toujours excellent Maître Riccardo Mutti qui reste une référence, sinon « la » référence, dans l’interprétation de l’oeuvre de Cherubini.

Patte de chat Lully.

Image de prévisualisation YouTube

Autres articles de ce blogue consacrés aux compositions de Luigi Cherubini :
- Messe de Requiem à la mémoire de Louis XVI > ici
- Requiem en ré mineur pour choeur d’hommes > ici
- Messe solennelle en la majeur pour le Sacre de Charles X > ici

grandes armes de France

2017-76. Où, à l’occasion de la fête du Saint Nom de Marie, le Maître-Chat publie quelques réflexions et citations à propos de la décadence de la société, des invasions, et de la trahison des clercs.

Mardi 12 septembre 2017,
Fête du Saint Nom de Marie,
Anniversaire de la victoire de Vienne.

Je vous ai déjà entretenus, mes chers Amis, du sens et de l’origine de cette fête du Saint Nom de Marie (cf. > ici).
Dans l’exacte continuité de ce que j’écrivais alors, souffrez que je vous livre ci-dessous quelques réflexions et citations.

Ave Maria et lys

Pas le même Dieu !

Ce n’est pas parce que des non-catholiques (et parfois aussi des personnes qui se prétendent catholiques !) vous disent qu’ils ont une croyance en un Dieu unique, que, pour autant, ils adorent le vrai Dieu et qu’ils ont ipso facto « le même Dieu » que vous !
Avant de dire qu’ils adorent le vrai Dieu et qu’ils ont le même Dieu que vous, assurez-vous qu’ils croient à la Très Sainte Trinité et qu’ils confessent que Notre-Seigneur Jésus-Christ, Verbe de Dieu incarné, est en même temps vrai Dieu et vrai homme : s’ils n’adhèrent pas à cela, quoiqu’ils prétendent être monothéistes, leur « dieu » n’est pas le vrai Dieu !

frise

Principe de non contradiction :

« Il est impossible qu’un même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps et sous le même rapport à une même chose » (Aristote, Métaphysique, livre Gamma, chap. 3, 1005 b 19-20).
Assurément, une chose peut être blanche aujourd’hui et d’une autre couleur demain. De même, cette chose est plus grande ou plus petite qu’une autre à un moment donné. Mais, il est impossible que ces déterminations apparaissent simultanément et s’appliquent du même point de vue à cette chose. Il est donc impossible qu’à la fois une chose soit et ne soit pas.

Il est impossible, sans porter atteinte au principe de non-contradiction, qu’un chrétien, un catholique, un prêtre ou un évêque professe que Jésus-Christ est Dieu, Fils de Dieu, consubtantiel au Père, qu’Il est mort sur la Croix en sacrifice de Rédemption, qu’Il est la Voie, la Vérité et la Vie, l’unique Sauveur des hommes, le fondateur de l’Eglise en dehors de laquelle il ne peut y avoir de salut… etc., et que ce même chrétien, catholique, prêtre ou évêque, affirme ensuite que « toutes les religions se valent », que « toutes les religions sont des voies de salut », que la secte mahométane est une véritable religion, alors que justement elle nie la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Son sacrifice sur la Croix, et ne Le considère que comme un prophète préparant la venue de Mahomet !
Mais en fait ce qui est « impossible » selon la logique la plus stricte, nous le constatons dans les faits – hélas ! trois fois hélas ! –  quotidiennement en France, en Europe, dans le monde entier de nos jours… et dans la Sainte Eglise.

Conclusion :
Ces chrétiens, ces catholiques, ces prêtres et ces évêques soit ont moins de capacité de réflexion logique et d’intelligence que la plus fruste des huitres, soit sont des apostats plus ou moins conscients.

« Quos vult Jupiter perdere, dementat prius : Ceux que Jupiter veut perdre, il commence par leur ôter la raison » (Boissonade de Fontarabie, adaptant librement Euripide).

frise

Extrait d’un courriel reçu :
« (…) je tenais à vous faire par d’une question, d’une inquiétude. A plusieurs reprises j’ai été confronté aux témoignages de personnes m’assurant que des musulmans souhaitant se convertir au catholicisme et s’informant auprès de prêtres parisiens sur la façon de devenir catholiques, ont eu pour seule réponse de rester dans leur religion. Comment cela est-il possible ? que peut-on faire ? »
Réponse de Frère Maximilien-Marie :
« (…) J’ai presque envie de vous demander sur quelle planète vous vivez [sourire] pour réaliser cela juste maintenant : malheureusement l’esprit d’erreur et de mensonge répandu dans l’Eglise depuis plusieurs décennies fait que ce qui semble vous étonner n’est pas un fait nouveau. Déjà lorsque j’étais au collège au début des années 70 du précédent siècle, les modernichons répandaient ce genre de calembredaines ! C’est pratiquement depuis la fin du concile V2 que beaucoup de clercs ou de fidèles pensent et affirment qu’il n’est nul besoin d’évangéliser et que chacun fait son salut dans sa religion. Contrairement à ce que prétend un document de V2 (qui n’a qu’un statut de « déclaration », et donc dans lequel ne se trouve aucun enseignement doctrinal magistériel), les mahométans n’adorent pas le vrai Dieu. Plusieurs oraisons du missel antique affirment qu’ils sont des païens (donc adorant un faux dieu). »

frise

Citation de Saint Vincent de Paul :

« Je crains fort que Dieu ne permette l’anéantissement de l’Eglise en Europe à cause de nos moeurs corrompues de tant de diverses opinions étranges que nous voyons s’élever de tous côtés et du peu de progrès que font ceux qui s’emploient pour tâcher de remédier à tous ces maux-là… »

Que dirait-il, près de quatre siècles plus tard en voyant l’état de l’Eglise en France, les ravages de l’hérésie en elle, l’invasion mahométane, le renouveau du paganisme, et ce que sont devenues les moeurs publiques ?

frise

Lorsque l’on refuse de se soumettre au Règne du Christ (et ce Règne divin passe par l’observation de tous Ses commandements), on finit fatalement par être sous le règne de l’Antéchrist, en ses multiples avatars.

Vous avez détesté tous ces attentats perpétrés à Paris, en France et en beaucoup d’autres endroits du monde, et vous avez crié : « Nous ne voulons plus de cela ! »
Ne vous leurrez pas, ils n’étaient qu’un prélude.
Quand la stratégie globale des combattants de ce faux dieu entrera dans une nouvelle phase de conquête destructrice, tout ce dont nous avons été témoins ces dernières années semblera, en comparaison, totalement dérisoire et insignifiant.

Lorsque les conducteurs des nations jadis chrétiennes et les hiérarques de la Sainte Eglise ne prêchent plus qu’une bouillie informe d’idées humanitaires et fraternalistes horizontales, en refusant de nommer l’origine du mal et d’en dénoncer les causes réelles, et – de ce fait – refusent de porter le fer rouge sur la plaie, dites-vous bien qu’en ces moments futurs que j’ai évoqué ci-dessus, ni les autorités civiles ni les autorités spirituelles ne seront là pour défendre vos églises contre la profanation, l’incendie et la destruction, pour défendre vos maisons contre le pillage, pour défendre votre propre vie, celles de vos enfants et celles de vos petits-enfants.
Vous serez alors terriblement seuls contre la barbarie.

Alors, ce ne sera plus le moment de se présenter en face des nouveaux fellouzes avec des « plus jamais ça », en brandissant de jolies petites pancartes « je suis ceci ou cela », et en scandant tous les slogans du « vivre ensemble ».

En revanche il faudra alors savoir ce que vous défendez et pour quoi vous le défendez : et si vous ne vous y êtes pas préparés physiquement, psychologiquement, moralement et – par dessus tout – spirituellement, dès aujourd’hui, vous ne résisterez ; vous ne tiendrez pas…

frise

Ecclesia Dei afflicta :

Situation affligeantissime et douloureuse de la Sainte Eglise qui fait que, lorsque des personnes viennent vers vous pour être instruites dans la foi et se rapprocher de Dieu et des sacrements, vous avez le devoir, en même temps que vous leur inculquez l’amour de la Sainte Eglise, de les mettre en garde contre ce que dit l’écrasante majorité des clercs, et de les dissuader de se rendre dans le plus grand nombre des paroisses, afin de ne pas être exposées au scandale et au naufrage dans la foi.

frise

Ils n’en ont pas…

Société d’émasculés que celle où, en réponse à l’égorgement des siens, on entasse des bougies et des nounours en peluche – « pour dire que nous n’avons pas peur » – , en attendant le prochain massacre et en continuant de se vautrer dans la veulerie de toutes les abdications intellectuelles et spirituelles.

frise

12 sep 1683 Victoire de Jean III Sobiesky à Vienne - Jan Mateiuko - Salle Sobiesky Vatican

Jean III Sobiesky, vainqueur des Turcs à Vienne le 12 septembre 1683
(tableau monumental de Jan Mateiuko – Palais du Vatican, Salle Sobiesky)

frise

Vous connaissez vos actes de foi, d’espérance et de charité. Vous connaissez aussi votre acte de contrition.
Je vous propose aujourd’hui le texte d’une prière qui s’inspire du même principe : l’ « Acte de résistance à la barbarie qui envahit tout ».

Acte de résistance à la barbarie qui envahit tout :

« Mon Dieu, je veux de tout mon coeur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de toutes mes forces, m’opposer à ce raz de marée de fausses croyances et de moeurs exogènes qui déferle sur le Royaume de France, avec la complicité, active ou tacite, de ceux qui ont usurpé le gouvernement depuis quelque deux siècles et de l’écrasante majorité de ses sujets devenus semblables à de stupides moutons de Panurge.
Mon Dieu, vrai Roi de France – ce Royaume en lequel Vous Vous êtes complu et que Vous avez comblé de tant de grâces de premier ordre, au moyen de sa royauté très chrétienne providentiellement instituée dans les fonts baptismaux de Reims – , accordez-moi, aujourd’hui et chaque jour, tant dans ma vie privée qu’aux regards de tous, de savoir toujours choisir les pensées, les mots, les gestes et les actes qui seront les plus conformes aux exemples de nos Saints et de nos Rois très chrétiens, pour résister aux modes intellectuelles de ce siècle décadent, combattre l’invasion d’une pseudo religion suscitée par l’antéchrist, lutter contre la secte satanique qui dirige la république, mener le combat spirituel et témoigner des merveilles de la civilisation catholique, dussé-je y perdre la vie d’ici-bas, pourvu que je conquière la couronne d’immortalité.  Ainsi soit-il ! »

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

frise

2017-74. Jean ne savait point taire la vérité.

Sermon de notre bienheureux Père Saint Augustin
sur
le martyre de Saint Jean-Baptiste

29 août,
fête de la décollation de Saint Jean-Baptiste.

Voici le texte d’un sermon de notre bienheureux Père Saint Augustin qui, quoique prononcé à l’occasion de la nativité du Précurseur, développe, avec une certaine exubérance, les circonstances du martyre de Saint Jean-Baptiste.

Mattia Pretti - Jean Baptiste reprochant à Hérode son inconduite - 1665

Mattia Preti : Saint Jean-Baptiste reprochant à Hérode son inconduite (1665)

Jean ne savait point taire la vérité.

§ 1. Les chrétiens sont des agneaux au milieu des loups.

Notre Rédempteur et Sauveur Jésus-Christ ne S’est pas contenté de nous arracher à la mort éternelle, Il a voulu aussi nous apprendre et nous commander, par les paroles du saint Evangile, la manière dont nous devons nous conduire ici-bas ; en effet, voici en quels termes Il S’exprime: « Voici que Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups » (Matth. X, 16). N’est-ce point pour nous le comble du bonheur que notre Dieu, le pasteur et le maître des brebis, nous ait aimés jusqu’à nous permettre d’avoir leur simplicité, si nous vivons sincèrement pour Lui ?
Qu’Il soit le pasteur du troupeau, ces autres paroles nous en donnent la certitude : « Je suis le bon pasteur, le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jean X, 11). C’est donc à bon droit qu’en raison de l’innocence de leur vie, Il compare Ses disciples à des brebis ; et Il donne, à non moins juste titre, le nom de loups à ceux qui, après Sa mort, ont cruellement persécuté les Apôtres et les fidèles attachés à Lui.
Comment nous conduire au milieu des bêtes sauvages ? Notre dévoué pasteur nous le dit : « Soyez prudents comme des serpents, et simples comme des colombes » (Matth. X, 16). Voici donc la volonté du Sauveur à notre égard : les colombes n’ont ni malignité, ni fiel ; elles ne savent point se fâcher : soyons, comme elles, à l’abri de la ruse méchante : n’ayons pas de fiel, c’est-à-dire n’ayons pas l’amertume du péché ; oublions les injures, et ne nous mettons pas en colère ; vivons si humblement en ce monde, que nous recevions, un jour, la récompense promise par Dieu à nos efforts.
Le Sauveur ajoute : « Et prudents comme des serpents » (Matth. X, 16). Qui ne connaît l’astuce du serpent ? S’il tombe au pouvoir d’un homme, et que cet homme veuille le tuer, il expose, aux coups de son adversaire, toutes les parties de son corps : peu lui importe de se voir blesser n’importe où, pourvu qu’il sauvegarde sa tête : c’est à quoi il veille avec toute l’adresse possible. Cette prudence du serpent doit nous servir de modèle : si donc, en temps de persécution, nous venons à tomber au pouvoir des ennemis de notre foi, exposons notre corps tout entier aux tourments, aux supplices, et même à la mort, pour conserver notre tête, c’est-à-dire le Fils de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

§ 2 – Saint Jean fut jeté en prison pour avoir fait une légitime réprimande.

Au moment où tous les membres de son corps perdaient leur tête, saint Jean-Baptiste, dont la grâce du Christ nous permet de célébrer aujourd’hui la nativité, se réjouissait de se reposer dans le sein de la Divinité toute parfaite.
Entraîné par l’ardeur de ses passions, jusqu’à suivre, dans sa conduite, l’exemple des bêtes sauvages, Hérode avait souillé la couche de son frère : à ce moment-là, saint Jean, qui ne savait point taire la vérité, déclara formellement au roi que sa conduite était opposée à toutes les lois. Le roi avait fait des lois pour empêcher de pareils désordres, et il les enfreignait lui-même ! Si, par ses moeurs, il condamnait ses décrets et ses lois, les lois et le droit ne le condamneraient-ils pas à leur tour ?
En ce temps-là donc, pour ne point se trouver sans cesse en butte aux publiques, indépendantes et légitimes protestations de saint Jean, le libertin couronné avait fait mettre la main sur lui et l’avait fait jeter dans une obscure prison, où la loi divine devait être son unique soutien.
A cet événement vint s’en adjoindre un autre, l’anniversaire de la naissance de ce roi sacrilège : il réunit alors autour de lui les officiers et les grands personnages de son royaume, et il fit préparer un repas scandaleux pour ses compagnons de dévergondage sacrilège : en cette circonstance, la maison royale se transforma en cirque, si je puis m’exprimer ainsi.

§ 3 – Danse voluptueuse de la fille d’Hérodiade.

La fille du roi se présente au milieu du festin, et, par ses mouvements désordonnés, elle foule aux pieds le sentiment de la pudeur virginale.
Aussitôt, le père prend à témoins tous les compagnons de sa débauche, il jure par son bouclier, qu’avant de terminer sa danse joyeuse et ses valses, elle aura obtenu tout ce qu’elle lui aura demandé. La tête couverte de sa mitre, elle se livre, sur ce dangereux théâtre, aux gestes les plus efféminés que puisse imaginer la corruption ; mais voilà que tout à coup s’écroule le factice échafaudage de sa chevelure ; elle se disperse en désordre sur son visage : à mon avis, n’eût-elle pas mieux fait alors de pleurer que de rire ? Du théâtre où saute la danseuse, les instruments de musique retentissent ; on entend siffler le flageolet : les sons de la flûte se mêlent au nom du père, dont ils partagent l’infamie : sous sa tunique légère, la jeune fille apparaît dans une sorte de nudité ; car, pour exécuter sa danse, elle s’est inspirée d’une pensée diabolique : elle a voulu que la couleur de son vêtement simulât parfaitement la teinte de ses chairs. Tantôt, elle se courbe de côté et présente son flanc aux yeux des spectateurs ; tantôt, en présence de ces hommes, elle fait parade de ses seins, que l’étreinte des embrassements qu’elle a reçus a fortement déprimés ; puis, jetant fortement sa tête en arrière, elle avance son cou et l’offre à la vue des convives ; puis elle se regarde, et contemple avec complaisance celui qui la regarde encore davantage. A un moment donné, elle porte en l’air ses regards pour les abaisser ensuite à ses pieds ; enfin, tous ses traits se contractent, et quand elle veut découvrir son front, elle montre nonchalamment son bras nu.
Je vous le dis, les témoins de cette danse commettaient un adultère, quand ils suivaient d’un œil lubrique les mouvements voluptueux et les inflexions libertines de cette malheureuse créature.
O femme, ô fille de roi ! tu étais vierge au moment où tu as commencé à danser, mais tu as profané ton sexe et ta pudeur ; tous ceux qui t’ont vue, la passion en a fait pour toi des adultères. Infortunée ! tu as plu à des hommes passés maîtres dans la science du vice ; je dirai davantage : pour leur plaire, tu t’es abandonnée à des amants sacrilèges !

§ 4 – Corrupteur de cette jeune fille, assassin de Jean, Hérode tombe sous les coups de la justice divine et meurt.

O l’atrocité ! Le père lui-même se fait corrupteur de sa fille, et personne n’élève la voix contre lui ! J’entends protester contre toi, les lois, tes remords, et, aux yeux de ceux qui ont encore quelque respect pour la pudeur, la voix d’un mari !
Mais, je veux le juger moins sévèrement ; supposons qu’un reste d’honnêteté l’ait empêché de jeter sur sa fille des regards licencieux, il n’en reste pas moins évident qu’elle a dansé, et, à ce titre, son père l’a corrompue, et elle a conquis le coeur d’un incestueux. Il serait bien étonnant que la chasteté se montrât sous de pareils dehors !
O père, embrasse la femme de ton frère : mais tu as sacrifié un père à la passion du sang. Elle t’enseigne à faire tomber la tête de Jean, car tu méprisais les avertissements du martyr, et ne pouvais goûter le bonheur de la chaste innocence.
O race ! O moeurs ! O nom ! O erreur sans remède ! c’est donc à juste titre que, comme le disent nos divines Ecritures, « tes membres sont tombés en putréfaction, et que les vers y ont trouvé leur pâture » (cf. Act. XII, 23). Ta fille a eu la tête coupée par la glace, et ta femme illégitime est morte aveugle.
Ainsi Dieu retranche-t-Il l’homme de blasphème ; ainsi disparaît le péché ; ainsi se trouve vengée la sainteté de la vie.
Pour nous, qui aimons la chasteté et la paix, conjurons tous le Seigneur de nous préserver des moindres atteintes du libertinage. Ainsi soit-il.

Mattia Preti - Salomé avec la tête de Jean

Mattia Preti : Salomé recevant la tête de Saint Jean-Baptiste (vers 1630-1640)

2017-73. Les Saintes Epines de la cathédrale de Namur.

26 août,
Dans le diocèse du Puy, fête de la susception de la Sainte Epine.

Il y a déjà quelques années, chers Amis, je vous ai parlé de cette fête de la susception de la Sainte Epine qui figure au propre du diocèse du Puy, et je vous en ai expliqué l’origine (cf. > ici).
Au cours du dernier jubilé de Notre-dame du Puy (25 mars – 15 août 2016), nous avons été très heureux que la Sainte Epine offerte par Saint Louis se trouvât à nouveau dans la cathédrale du Puy, et nous fûmes témoins de l’extraordinaire ferveur des pélerins en présence de cette insigne relique.

Je vous ai aussi transmis le témoignage de notre amie Marie-Christine Ceruti-Cendrier qui se trouvait à Andria le Vendredi Saint 25 mars 2016 lors du miracle de la Sainte Epine (cf. > ici). 

La Sainte Epine d’Andria, comme celle du Puy, proviennent des dons de Saint Louis.
Toutefois, il faut signaler qu’il existe en Occident d’autres reliques de la Sainte Couronne d’Epines qui, elles, ne proviennent pas des dons accomplis par Saint Louis : tel est le cas de deux Epines de la Sainte Couronne de Notre-Seigneur, conservées à la cathédrale Saint-Aubin de Namur depuis les premières années du XIIIe siècle.

Comme nous avons au Mesnil-Marie une très grande dévotion envers la Sainte Couronne d’Epines de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que, de ce fait, nous nous intéressons à tout ce qui touche à sa vénération et à son culte, nous avons demandé à l’un de nos jeunes amis namurois, qui est un médiéviste, de nous rédiger une note historique à ce sujet : vous la trouverez ci-dessous, et vous pourrez aussi, grâce au lien qui se trouve à la fin de cette présentation historique, accéder aux textes liturgiques propres du diocèse de Namur pour la fête de la Sainte Couronne d’Epines.
Que notre ami Patrick soit très chaleureusement remercié pour ce travail !

Lully.

* * *

Namur - cathédrale Saint-Aubin

Namur : la cathédrale Saint-Aubin
au sommet du dôme et du campanile de laquelle on remarque les croix à double traverse.

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Les reliques de la Sainte Couronne d’Epines
de Notre-Seigneur Jésus-Christ
à la Cathédrale Saint-Aubain de Namur

En 1559, le Pape Pie IV, à la demande du roi d’Espagne Philippe II, procède à la création de nouveaux diocèses dans les territoires des Pays-Bas espagnols. La restructuration de ces différentes provinces ecclésiastiques avait pour but de contrer l’influence des calvinistes de France et des Provinces-Unies ainsi que celle des luthériens allemands. Parmi les nouveaux diocèses, créés lors du Consistoire du 12 mai 1559, se trouve celui de Namur.
La création d’un nouveau diocèse signifiant également la recherche d’une cathédrale, on choisit la collégiale Saint-Aubain qui fut donc élevée au rang d’église cathédrale.

Mais l’existence du chapitre Saint-Aubain de Namur est bien antérieure à ces changements.
C’est le Comte de Namur Albert II qui fait reconstruire l’église Saint-Aubain en 1047, elle fut ensuite érigée en collégiale et dotée d’un chapitre de chanoines.

On possède peu d’informations sur l’ancienne église démolie par le Comte Albert II. Même l’identification du vocable est incertaine. Certains émirent l’hypothèse qu’il pouvait s’agir d’une église dédiée à la Sainte-Croix. On peut, néanmoins, affirmer avec certitude qu’un autel en l’honneur de la Sainte-Croix se dressait au milieu du chœur de l’église. La tradition veut même qu’il fût consacré par le Pape saint Corneille. La présence de cet autel permet de comprendre le lien existant entre le culte à la Passion du Seigneur Jésus et la future cathédrale namuroise.

Croix reliquaire - cathédrale de Namur

Cathédrale Saint-Aubin de Namur : croix reliquaire
(or, émaux, brillants et cristal, XVIe s. – pied du XVIIe s.)

En 1205, l’Empereur latin de Constantinople Henri Ier envoya à son frère Philippe, Marquis et Comte de Namur, des reliques de la Passion du Seigneur qui furent remises à la collégiale Saint-Aubain.
Ces reliques se composaient d’un morceau de la Vraie Croix ainsi que de deux épines de la Sainte Couronne.

La relique de la Croix fut enchâssée dans une croix en or sur le modèle des reliquaires provenant de Jérusalem, tandis que les reliques de la Couronne d’Epines furent placées dans une couronne sertie de pierres précieuses.
La présence de ces reliques insignes dans le Trésor de la Cathédrale namuroise explique la présence d’une croix à double traverse au sommet du Campanile et du Dôme de l’église.

Couronne reliquaire des saintes épines - cathédrale de Namur

Cathédrale Saint-Aubin de Namur : couronne reliquaire des Saintes Epines
(or, pierres et perles : art mosan, début du XIIIe siècle)

Liturgiquement, le diocèse de Namur célèbre la Sainte Couronne d’Epines le vendredi après le dimanche in albis.
On trouvera les textes propres de la Messe et de l’office ici fichier pdf Office de la Sainte Couronne d’Epines de NS – propre de Namur

couronne reliquaire des saintes épines - cathédrale de Namur

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous |on 26 août, 2017 |Pas de commentaires »

2017-69. Le triomphe de la Sainte Vierge dans le ciel, est la consommation de tous les mérites de cette auguste Reine du ciel et de la terre.

22 août,
Fête du Coeur immaculé de Marie.

« Jusqu’à l’intervention de Pie XII pendant la seconde guerre mondiale, ce jour était celui de l’Octave de l’Assomption : on y disait la même Messe que le 15 août après avoir fait mémoire de l’Assomption tous les jours en seconde oraison. En 1942, Pie XII institua la fête du Cœur Immaculé, on ne fit plus rien du jour Octave de l’Assomption, sauf dans le cas où une fête particulière de 1ère ou de 2ème classe l’aurait emporté sur la fête du Cœur Immaculé : dans ce cas-là, on faisait mémoire du jour octave avec la même oraison que le 15 août et on ne faisait rien de la fête du Cœur Immaculé. La suppression de l’Octave de l’Assomption en 1955 a supprimé cette rubrique » (citation de l’excellent site Introibo).
C’est néanmoins dans la continuité logique de cet octave de l’Assomption et dans la perspective du triomphe du Coeur immaculé de Marie prophétisé lors des apparitions de Fatima dont nous commémorons le centenaire en cette année 2017, que nous vous invitons à lire et à méditer sur ce sermon du Saint Curé d’Ars.

Assomption - église de la Nativité de la Vierge à Montréal

L’Assomption
(vitrail de l’église de la Nativité de Marie, à Montréal, Québec)

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Sermon de Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars,
sur les grandeurs de Marie,
à l’occasion de la fête de l’Assomption.

Quia respexit humilitatem ancillæ suæ.
Parce que le Seigneur a regardé la bassesse de sa servante.

(S. Luc, I, 48.)

Si nous voyons, M.F., la sainte Vierge s’abaisser, dans son humilité, au-dessous de toutes les créatures, nous voyons aussi cette humilité l’élever au-dessus de tout ce qui n’est pas Dieu. Non, ce n’est point les grands de la terre qui l’ont fait monter à ce suprême degré de dignité où nous avons le bonheur de la contempler aujourd’hui. Les trois personnes de la Très Sainte Trinité l’ont placée sur ce trône de gloire ; elles l’ont proclamée Reine du ciel et de la terre, en la rendant dépositaire de tous les célestes trésors. Non, M.F., nous ne comprendrons jamais assez les grandeurs de Marie, et le pouvoir que Jésus-Christ son divin Fils lui a donné ; nous ne connaîtrons jamais bien le désir qu’elle a de nous rendre heureux. Elle nous aime comme ses enfants ; elle se réjouit du pouvoir que Dieu lui a donné, afin de nous être plus utile. Oui, Marie est notre médiatrice c’est elle qui présente à son divin Fils toutes nos prières, nos larmes et nos gémissements ; c’est elle qui nous attire les grâces nécessaires pour notre salut. Le Saint-Esprit nous dit que Marie, entre toutes les créatures, est un prodige de grandeur, un prodige de sainteté et un prodige d’amour. Quel bonheur pour nous, M.F., quelle espérance pour notre salut ! Ranimons notre confiance envers cette bonne et tendre Mère, en considérant 1° sa grandeur ; 2° son zèle pour notre salut ; 3° ce que nous devons faire pour lui plaire et mériter sa protection.

I. – Parler des grandeurs de Marie, M.F., c’est vouloir diminuer l’idée sublime que vous vous en faites ; car saint Ambroise nous dit que Marie est élevée à un si haut degré de gloire, d’honneur et de puissance, que les anges mêmes ne peuvent le comprendre ; cela est réservé à Dieu seul. De là, je conclus que tout ce que vous pourrez entendre, ne sera toujours rien ou presque rien, auprès de ce qu’elle est aux yeux de Dieu. Le plus bel éloge que l’Église puisse nous en donner, c’est de dire que Marie est la Fille du Père Éternel, la Mère du Fils de Dieu Sauveur du monde, l’Épouse du Saint-Esprit. Si le Père Éternel a choisi Marie pour sa fille par excellence, quel torrent de grâces ne doit-il pas verser dans son âme ? Elle en reçut, à elle seule, plus que tous les anges et tous les saints ensemble. Il commença par la préserver du péché originel, grâce qui n’a été accordée qu’à elle seule. Il l’a fixée dans cette grâce, avec une parfaite assurance qu’elle ne la perdrait jamais. Oui, M.F., le Père Éternel l’enrichit des dons du ciel, à proportion de la grande dignité à laquelle il devait l’élever. Il forma en elle un temple vivant des trois Personnes de la Très Sainte Trinité. Disons encore mieux, il fit pour elle tout ce qu’il était possible de faire pour une créature. Si le Père Éternel a pris tant de soin à l’égard de Marie, nous voyons aussi le Saint-Esprit venir l’embellir lui-même à un tel degré, que dès l’instant de sa conception, elle devint l’objet des complaisances des trois Personnes divines. Marie seule a le bonheur d’être la fille du Père Éternel, elle a aussi celui d’être la mère du Fils et l’épouse du Saint-Esprit. Par ces dignités incomparables, elle se voit associée aux trois Personnes de la Sainte Trinité, pour former le corps adorable de Jésus-Christ. C’est d’elle que Dieu devait se servir pour renverser ou ruiner l’empire du démon. C’est elle que les trois Personnes divines employèrent pour sauver le monde, en lui donnant un Rédempteur. Auriez-vous jamais pensé que Marie fût un tel abîme de grandeur, de puissance et d’amour ? Après le corps adorable de Jésus-Christ, elle fait le plus bel ornement de la cour céleste…

Nous pouvons dire que le triomphe de la sainte Vierge dans le ciel, est la consommation de tous les mérites de cette auguste Reine du ciel et de la terre. Ce fut dans ce moment qu’elle reçut le dernier ornement de son incomparable dignité de Mère de Dieu. Après avoir subi quelque temps les misères diverses de la vie et les humiliations de la mort, elle alla jouir d’une vie, la plus glorieuse et la plus heureuse dont une créature puisse jamais jouir. Nous nous étonnons parfois que Jésus, qui aimait tant sa mère, l’ait laissée si longtemps sur la terre après sa résurrection. La raison de ceci, c’est qu’il voulait, par ce retard, lui procurer une plus grande gloire, et que du reste, les apôtres avaient encore besoin de sa personne pour être consolés et conduits. C’est Marie qui a révélé aux apôtres les plus grands secrets de la vie cachée de Jésus-christ. C’est encore Marie qui a levé l’étendard de la virginité, qui en a fait connaître tout l’éclat, toute la beauté, et nous montre l’inestimable récompense réservée à ce saint état.

Mais reprenons, M.F., continuons à suivre Marie jusqu’au moment où elle quitte ce monde. Jésus-Christ voulut qu’avant d’être élevée au ciel, elle pût revoir encore une fois tous ses apôtres. Tous, saint Thomas excepté, furent miraculeusement transportés autour de son pauvre lit. Par un excès de cette humilité qu’elle avait toujours portée à un très haut degré, elle leur baisa à tous les pieds, et leur demanda leur bénédiction. Cet acte la préparait à l’éminente gloire à laquelle son Fils devait l’élever. Ensuite Marie leur donna à tous sa bénédiction. Il me serait impossible de vous faire comprendre les larmes que répandirent en ce moment les apôtres, sur la perte qu’ils allaient faire. La sainte Vierge n’était-elle pas, après le Sauveur, tout leur bonheur, toute leur consolation ? Mais Marie, pour adoucir un peu leur peine, leur promit de ne pas les oublier auprès de son divin Fils. On croit que le même ange qui lui avait annoncé le mystère de l’Incarnation, vint lui marquer, de la part de son Fils, l’heure de sa mort. La sainte Vierge répondit à l’ange : « Ah ! quel bonheur ! et combien je désirais ce moment ! » Après cette heureuse nouvelle, elle voulut faire son testament, qui fut bientôt fait. Elle avait deux tuniques, elle les donna à deux vierges, qui la servaient depuis longtemps. Elle se sentit alors brûler de tant d’amour que son âme, semblable à une fournaise ardente, ne pouvait plus rester dans son corps. Heureux moment !…

Pouvons-nous voir, M.F., les merveilles qui s’opèrent à cette mort, sans nous sentir un ardent désir de vivre saintement pour mourir saintement ? C’est vrai, nous ne devons pas nous attendre à mourir d’amour, mais au moins ayons l’espérance de mourir dans l’amour de Dieu. Marie ne craint nullement la mort, puisque la mort va la mettre en possession du bonheur parfait ; elle sait que le ciel l’attend, et qu’elle en sera un des plus beaux ornements. Son Fils et toute la cour céleste s’avancent pour célébrer cette brillante fête, tous les saints et saintes du ciel n’attendent que les ordres de Jésus, pour venir chercher cette Reine et l’emmener en triomphe dans son royaume. Tout est préparé dans le ciel pour la recevoir ; elle va goûter des honneurs au-dessus de tout ce que l’on peut concevoir. Pour sortir de ce monde, Marie ne subit point la maladie, car elle est exempte de péché. Malgré son grand âge, son corps ne fut jamais décrépit comme celui des autres mortels, au contraire, il semblait qu’à mesure qu’il approchait de la fin, il prenait un nouvel éclat. Saint Jean Damascène nous dit que ce fut Jésus-Christ lui-même qui vint chercher sa mère. Ainsi disparaît ce bel astre qui pendant soixante et douze ans a éclairé le monde. Oui, M.F., elle revoit son Fils, mais sous un aspect bien différent de celui où elle l’avait vu, lorsque, tout couvert de sang, il était cloué à la croix.

O Amour divin, voilà la plus belle de vos victoires et de toutes vos conquêtes ! Vous ne pouviez rien faire de plus, mais aussi vous ne pouviez rien faire de moins. Oui, M F., s’il fallait que la mère d’un Dieu mourût, elle ne pouvait mourir que d’un transport d’amour. O belle mort ! ô mort heureuse ! ô mort désirable ! Ah ! qu’elle est dédommagée de ce torrent d’humiliations et de douleurs dont sa sainte âme a été inondée pendant sa vie mortelle ! Oui, elle revoit son Fils, mais tout autre que le jour où elle l’avait vu pendant sa douloureuse passion, entre les mains de ses bourreaux, portant sa croix, couronné d’épines, sans pouvoir le soulager. Oh ! non, elle ne le voit plus sous ce triste appareil, capable d’anéantir les créatures tant soit peu sensibles ; mais elle le voit, dis-je, tout brillant de lumière, revêtu d’une gloire qui fait toute la joie et le bonheur du ciel ; elle voit les anges et les saints qui tous l’environnent, le louent, le bénissent et l’adorent jusqu’à l’anéantissement. Oui, elle revoit ce tendre Jésus, exempt de tout ce qui peut le faire souffrir. Ah ! qui de nous ne voudrait pas travailler à aller rejoindre la Mère et le Fils dans ce lieu de délices ? Quelques moments de combats et de souffrances sont grandement récompensés.

Ah ! M.F., quelle mort heureuse ! Marie ne craint rien, parce qu’elle a toujours aimé son Dieu ; elle ne regrette rien, parce qu’elle n’a jamais rien possédé que son Dieu., Voulons-nous mourir sans crainte ? Vivons, comme Marie, dans l’innocence ; fuyons le péché, qui fait tout notre malheur pour le temps et pour l’éternité. Si nous avons été assez malheureux pour le commettre, à l’exemple de saint Pierre, pleurons jusqu’à notre mort, et que nos regrets ne finissent qu’avec la vie. A l’exemple du saint roi David, descendons dans le tombeau en versant des pleurs ; lavons nos âmes dans l’amertume de nos larmes. Voulons-nous, comme Marie, mourir sans chagrin ? Vivons comme elle, sans nous attacher aux choses créées ; faisons comme elle, n’aimons que Dieu seul, ne désirons que lui seul, ne cherchons qu’à lui plaire dans tout ce que nous faisons. Heureux le chrétien, qui ne quitte rien pour trouver tout !…

Approchons encore un instant de ce pauvre grabat, qui est si heureux de soutenir cette perle précieuse, cette rose toujours fraîche et sans épines, ce globe de gloire et de lumière, qui doit donner un nouvel éclat à toute la cour céleste. Les anges, dit-on, entonnèrent un cantique d’allégresse dans l’humble demeure où était le saint corps, et elle était remplie d’une odeur si agréable, qu’il semblait que toutes les douceurs du ciel y fussent descendues. Allons, M.F., accompagnons du moins en esprit, ce convoi sacré ; suivons ce tabernacle où le Père avait renfermé tous ses trésors, et qui va être caché, pour quelque temps, comme l’a été le corps de son divin Fils. La douleur et les gémissements rendirent silencieux les apôtres et tous les fidèles venus en foule pour voir encore une fois la Mère de leur Rédempteur. Mais étant revenus à eux-mêmes, ils commencèrent tous à chanter des hymnes et des cantiques pour honorer le Fils et la Mère. Une partie des anges monta au ciel pour conduire en triomphe cette âme sans égale ; l’autre, resta sur la terre pour célébrer les obsèques du saint corps. Je vous le demande, M.F., qui serait capable de nous faire la peinture d’un si beau spectacle ? D’un côté, l’on entendait les esprits bienheureux employer toute leur industrie céleste, pour témoigner la grande joie qu’ils avaient de la gloire de leur Reine ; de l’autre, on voyait les apôtres et un grand nombre de fidèles, élever aussi leurs voix pour seconder l’harmonie de ces chantres célestes. Saint Jean Damascène nous dit qu’avant de mettre le saint corps dans le tombeau, ils eurent tous le bonheur de baiser ses mains saintes et sacrées, qui, tant de fois, avaient porté le Sauveur du monde. Dans ce moment, il n’y eut pas un malade qui ne reçût sa guérison ; il n’y eut pas une personne dans Jérusalem qui ne demandât quelque grâce au bon Dieu par la médiation de Marie et qui ne l’obtînt. Dieu le voulait ainsi pour nous montrer que tous ceux qui, dans la suite, auraient recours à elle, étaient bien sûrs de tout obtenir.

Quand chacun, nous dit le même saint, eut contenté sa dévotion et reçu l’effet de ses demandes, l’on pensa à la sépulture de la Mère de Dieu. Les apôtres, selon la coutume des Juifs, ordonnèrent de laver le saint corps et de l’embaumer. Ils chargèrent donc de cet office deux vierges au service de Marie. Celles-ci, par un fait tout miraculeux, ne purent voir ni toucher le saint corps. L’on crut reconnaître en cela la volonté de Dieu, et l’on ensevelit le corps avec tous ses vêtements. Si Marie, sur la terre, fut d’une humilité sans égale, sa mort et sa sépulture furent aussi sans égales, par la grandeur des merveilles qui s’opérèrent alors. Ce furent les apôtres eux-mêmes qui portèrent le précieux dépôt, et ce cortège saint et sacré traversa la ville de Jérusalem jusqu’au lieu de la sépulture, qui était le bourg de Gethsémani, dans la vallée de Josaphat. Tous les fidèles l’accompagnèrent avec des flambeaux à la main, plusieurs se joignaient à cette troupe pieuse, qui portait l’arche de la nouvelle alliance et la conduisait au lieu de son repos. Saint Bernard nous dit que les anges faisaient eux-mêmes leur procession, précédant et suivant le corps de leur Souveraine avec des cantiques d’allégresse ; tous ceux qui étaient présents entendaient le chant de ces anges, et partout où passait ce saint corps, il répandait une odeur délicieuse, comme si toutes les douceurs et les parfums célestes étaient descendus sur la terre. Il y eut, ajoute ce saint, un malheureux juif, qui, mourant de rage de voir que l’on rendait tant d’honneurs à la Mère de Dieu, se jeta sur le corps pour le faire tomber dans la boue ; mais il ne l’eut pas plus tôt touché, que ses deux mains tombèrent desséchées. S’étant repenti, il pria saint Pierre qu’on le fît approcher du corps de la sainte Vierge. En le touchant, ses deux mains se replacèrent d’elles-mêmes sans qu’elles parussent avoir été jamais séparées. Le corps de la Mère de Dieu ayant été déposé avec respect dans le sépulcre, les fidèles se retirèrent à Jérusalem ; mais les anges continuèrent à chanter, pendant trois jours, les louanges de Marie. Les apôtres venaient les uns après les autres, pour s’unir aux anges qui restaient au-dessus du tombeau. Au bout de trois jours, saint Thomas, qui n’avait pas assisté à la mort de la Mère de Dieu, vint demander à saint Pierre le bonheur de voir encore une fois le corps virginal. Ils allèrent donc au sépulcre, et n’y trouvèrent plus que les vêtements. Les anges l’avaient emportée dans le ciel, car on ne les entendait plus. Pour vous faire une fidèle description de son entrée glorieuse et triomphante dans le ciel, il faudrait, M.F., être Dieu lui-même, qui, dans ce moment, voulut prodiguer à sa Mère toutes les richesses de son amour, de sa reconnaissance. Nous pouvons dire qu’il rassembla alors tout ce qui fut capable d’embellir son triomphe dans le ciel. « Ouvrez-vous, portes du ciel, voici votre Reine qui quitte la terre pour embellir les cieux par la grandeur de sa gloire, par son immensité de mérites et de dignité. » Quel spectacle ravissant ! jamais le ciel n’avait vu entrer dans son enceinte une créature si belle, si accomplie, si parfaite et si riche de vertus. « Quelle est celle-ci, dit l’Esprit-Saint, qui s’élève du désert de cette vie, toute comblée de délices et d’amour, appuyée sur le bras de son bien-aimé ?… » Approchez, les portes du ciel s’ouvrent, et toute la cour céleste se prosterne devant elle comme devant sa Souveraine. Jésus-Christ lui-même la conduit dans son triomphe, et la fait asseoir sur le plus beau trône de son royaume. Les trois Personnes de la Très Sainte Trinité lui mettent sur la tête une brillante couronne et la rendent dépositaire de tous les trésors du ciel. Oh ! M.F., quelle gloire pour Marie ! mais aussi quel sujet d’espérance pour nous, de la savoir si élevée en dignité, et de connaître le grand désir qu’elle a de sauver, nos âmes !

II. – Quel amour n’a-t-elle pas pour nous ? Elle nous aime comme ses enfants ; elle aurait voulu mourir pour nous si cela eût été nécessaire. Adressons-nous à elle avec une grande confiance, et nous sommes sûrs que, quelque misérables que nous soyons, elle nous obtiendra la grâce de notre conversion. Elle prend tant de soin du salut de notre âme, elle désire tant notre bonheur !… Nous lisons dans la vie de saint Stanislas, grand dévot envers la Reine du ciel, qu’un jour, étant en prière, il dit à la Sainte Vierge de vouloir bien se montrer à lui avec le saint Enfant Jésus. Cette prière fut si agréable au bon Dieu, que dans le même moment Stanislas vit paraître devant lui la sainte Vierge, tenant le saint Enfant entre ses bras. Une autre fois, se trouvant malade dans une maison de luthériens qui ne voulaient pas lui permettre de communier, il s’adressa à la sainte Vierge, et la pria de lui procurer ce bonheur. Sa prière à peine achevée, il vit venir un ange qui lui apportait la sainte Hostie et qui était accompagné de la sainte Vierge. Dans une circonstance à peu près semblable, la même chose lui arriva, un ange lui apporta Jésus-Christ et lui donna la sainte communion. Voyez, M.F., combien Marie prend soin du salut de ceux qui ont confiance en elle !

Que nous sommes heureux, d’avoir une Mère pour nous précéder dans la pratique des vertus que nous devons avoir, si nous voulons aller au ciel et plaire à Dieu ! Mais prenons bien garde de ne jamais mépriser ni elle, ni le culte qu’on lui rend. Saint François de Borgia nous raconte qu’un grand pécheur, à son lit de mort, ne voulait entendre parler ni de Dieu, ni de son âme, ni de confession. Saint François qui se trouvait alors dans le pays de ce malheureux, se mit à prier Dieu pour lui ; comme il priait avec larmes, il entendit une voix qui lui dit: « Allez, François, allez porter ma croix à ce malheureux, exhortez-le à la pénitence. » Saint François court vers le malade déjà dans les bras de la mort. Hélas ! il avait déjà fermé son cœur à la grâce. Saint François le pria d’avoir pitié de son âme, de demander pardon au bon Dieu ; mais non, tout était perdu pour lui. Le saint entendit encore deux fois la même voix qui lui dit « Allez, François, portez ma croix à ce malheureux. » Le saint montra encore son crucifix, qui se trouva tout couvert de sang et qui coulait de toutes parts ; il dit au pécheur que ce sang adorable lui obtiendrait son pardon s’il voulait lui demander miséricorde. Mais non, tout fut perdu pour lui, il mourut en blasphémant le saint nom de Dieu: et son malheur venait de ce qu’il avait raillé et méprisé la sainte Vierge, dans les honneurs qu’on lui rendait. Ah ! M.F., prenons bien garde de ne jamais rien mépriser de ce qui se rapporte au culte de Marie, cette Mère si bonne, si portée à nous secourir à la moindre confiance que nous avons en elle ! Voici quelques exemples qui vous montreront que, si nous avons été fidèles à la moindre pratique de dévotion envers la sainte Vierge, jamais elle ne permettra que nous mourions dans le péché.

Il est rapporté dans l’histoire qu’un jeune libertin se livrait, sans aucun remords, à tous les vices de son cœur. Une maladie l’arrêta au milieu de ses désordres ; tout libertin qu’il était, il n’avait pourtant jamais manqué de dire tous les jours un Ave Maria ; c’était la seule prière qu’il faisait, et encore la faisait-il bien mal : ce n’était pas autre chose qu’une simple habitude. Dès que l’on sut que sa maladie était sans espérance de guérison, on alla chercher le prêtre de la paroisse qui vint le visiter, et l’exhorta à se confesser. Mais le malade lui répondit que s’il avait à mourir, il voulait mourir comme il avait vécu, et que, s’il venait à en échapper, il ne voulait pas vivre autrement que jusqu’alors. Ce fut la réponse qu’il fit à tous ceux qui voulurent lui parler de confession. On était dans une grande consternation ; personne n’osait plus lui en parler, dans la crainte de lui donner occasion de vomir les mêmes blasphèmes et les mêmes impiétés. Sur ces entrefaites, un de ses camarades, mais plus sage que lui, qui souvent l’avait repris de ses désordres, alla le trouver. Après lui avoir parlé de différentes choses, il lui dit sans détours : « Tu devrais bien, mon camarade, penser à te convertir. » – « Mon ami, répliqua le malade, je suis un trop grand pécheur ; tu sais bien la vie que j’ai menée. » – « Eh bien ! prie la sainte Vierge qui est le refuge des pécheurs. » – « Ah ! j’ai bien dit tous les jours un Ave Maria ; mais voilà toutes les prières que j’ai faites. Crois-tu que cela me serve de quelque chose ? » – « Comment ! répliqua l’autre, cela te servira de tout. Ne lui as-tu pas demandé de prier pour toi à l’heure de la mort ? C’est donc à présent qu’elle va prier pour toi. » – « Puisque tu penses que la sainte Vierge prie pour moi, va chercher M. le curé pour me confesser tout de bon. » En prononçant ces paroles, il se mit à verser des torrents de larmes. « Pourquoi pleurer ? lui dit son ami. » – « Ah ! pourrais-je jamais assez pleurer, après avoir mené une vie si criminelle, après avoir offensé un Dieu si bon, qui veut encore me pardonner ! Je voudrais pouvoir pleurer des larmes de sang pour montrer au bon Dieu combien je suis lâché de l’avoir tant offensé ; mais, mon sang est trop impur pour être offert à Jésus-Christ en expiation de mes péchés. Ce qui me console, c’est que Jésus-Christ mon Sauveur a offert le sien à son Père pour moi, c’est en lui que j’espère. » Son ami entendant ce discours, et voyant couler ses larmes, se mit à pleurer de joie avec lui. Ce changement était si extraordinaire, qu’il l’attribua à la protection de la sainte Vierge. Dans ce moment, le curé revint, et, fort étonné de les voir pleurer tous deux, il leur demanda ce qui était arrivé. – « Ah ! Monsieur, répondit le malade, je pleure mes péchés ! Hélas ! je commence bien tard à les pleurer ! Mais je sais que les mérites de Jésus-Christ sont infinis et que sa miséricorde est sans bornes ; j’ai encore espoir que le bon Dieu aura pitié de moi. » Le prêtre, étonné, lui demanda qui avait fait en lui un pareil changement ? « La sainte Vierge, dit le malade, a prié pour moi, c’est ce qui m’a fait ouvrir les yeux sur mon misérable état. » – « Vous voulez bien vous confesser ? » – « Oh ! oui, Monsieur, je veux me confesser, et même tout haut ; puisque j’ai scandalisé par ma mauvaise vie, je veux que l’on soit témoin de non repentir. » Le prêtre lui dit que cette mesure n’était pas nécessaire, qu’il suffisait, pour réparer les scandales, de savoir qu’il avait été administré. Il se confessa avec tant de douleur et de larmes, que le prêtre fut obligé plusieurs fois de s’arrêter pour le laisser pleurer. Il reçut les sacrements avec de si grandes marques de repentir, qu’on aurait cru qu’il allait en mourir.

Saint Bernard n’avait-il pas raison de nous dire que celui qui est sous la protection de Marie est en sûreté ; et que jamais l’on a vu la sainte Vierge abandonner une personne qui a fait quelque acte de piété en son honneur ? Non, M.F., jamais cela ne s’est vu et ne se verra. Voyez comme la sainte Vierge a récompensé un Ave Maria, que ce jeune homme avait dit tous les jours et encore, comment le disait-il ? Cependant, vous venez de voir qu’elle fit un miracle, plutôt que de le laisser mourir sans confession. Quel bonheur pour nous d’invoquer Marie, puisque ainsi elle nous sauve et nous fait persévérer dans la grâce ! Quel sujet d’espérance de penser que malgré nos péchés, elle s’offre sans cesse à Dieu pour demander notre pardon ! Oui, M.F., c’est elle qui ranime notre espérance en Dieu, c’est elle qui lui présente nos larmes, c’est elle qui nous empêche de tomber dans le désespoir à la vue de nos péchés.

Le bienheureux Alphonse de Liguori raconte qu’un de ses compagnons, prêtre, vit un jour entrer dans une église un jeune homme dont l’extérieur annonçait une âme dévorée de remords. Le prêtre s’approcha du jeune homme et lui dit : « Voulez-vous vous confesser, mon ami ? » Celui-ci répond que oui, mais, en même temps, il demande à être entendu dans un lieu retiré, car sa confession devait être longue. Quand ils furent seuls, le nouveau pénitent parla en ces termes : « Mon père, je suis étranger et gentilhomme ; mais je ne crois pas pouvoir jamais devenir l’objet des miséricordes d’un Dieu que j’ai tant offensé par ma vie si criminelle. Sans vous parler des meurtres et des infamies dont je me suis rendu coupable, je vous dirai qu’ayant désespéré de mon salut, je me suis livré à toutes sortes de péchés, moins pour contenter mes passions, que pour outrager le bon Dieu et satisfaire la haine que j’avais contre lui. J’avais un crucifix sur moi, je l’ai jeté par mépris. Ce matin même, je suis allé à la table sainte pour commettre un sacrilège, mon intention était de fouler aux pieds la sainte hostie, si les personnes qui étaient présentes ne m’en avaient empêché ; et dans ce moment, il remit à son confesseur la sainte hostie qu’il avait conservée dans un papier. En passant devant cette église, ajouta-t-il, je me suis senti pressé d’entrer, au point que je n’ai pu résister ; j’ai éprouvé des remords si violents, ils déchiraient tellement ma conscience, qu’à mesure que je me suis approché de votre confessionnal, je tombai dans un grand désespoir. Si vous n’étiez pas sorti pour venir à moi, j’allais m’en aller de l’église, je ne sais vraiment pas comment il a pu se faire que je sois ainsi à vos genoux pour me confesser. » Mais le prêtre lui dit : « N’avez-vous pas fait quelques bonnes oeuvres qui vous ont mérité une telle grâce ? peut-être avez-vous offert quelques sacrifices à la sainte Vierge ou imploré son assistance, car de telles conversions ne sont ordinairement que des effets de la puissance de cette bonne mère ? » – « Mon père, vous vous trompez, j’avais un crucifix, je l’ai jeté par mépris. » – « Mais, réfléchissez bien, ce miracle ne s’est pas fait sans quelque raison. » – « Mon père, dit le jeune homme portant la main sur son scapulaire, voilà tout ce que j’ai conservé. » – « Ah ! mon ami, lui dit le prêtre en l’embrassant, ne voyez-vous pas que c’est la sainte Vierge qui vous a obtenu cette grâce, que c’est elle qui vous a attiré dans cette église qui lui est consacrée ? » A ces paroles, le jeune homme fondit en larmes ; il entra dans tous les détails de sa vie criminelle, et sa douleur croissant toujours, il tomba aux pieds de son confesseur comme mort ; revenu à lui, il acheva sa confession. Avant de quitter l’église, il promit de raconter partout la grande miséricorde que Marie avait obtenue de son Fils pour lui.

III. – Que nous sommes heureux, M.F., d’avoir une Mère si bonne, si dévouée au salut de nos âmes ! Cependant il ne faut pas se contenter de la prier, il faut encore pratiquer toutes les autres vertus que nous savons être agréables à Dieu. Un grand serviteur de Marie, saint François de Paule, fut un jour appelé par Louis XI, espérant obtenir de lui sa guérison. Le saint trouva dans le roi toutes sortes de bonnes qualités, il s’adonnait à quantité de bonnes couvres et de prières en l’honneur de Marie. Il disait tous les jours son chapelet, faisait beaucoup d’aumônes pour honorer la sainte Vierge, portait sur lui plusieurs reliques ; mais sachant qu’il n’avait pas assez de modestie et de retenue dans ses paroles, et qu’il souffrait chez lui des gens de mauvaise vie, saint François de Paule lui dit en pleurant : « Prince, croyez-vous que toutes vos dévotions soient agréables à la sainte Vierge ? Non, non, prince, commencez à imiter Marie, et vous êtes sûr qu’elle vous tendra les mains. » En effet, ayant fait une confession de toute sa vie, il reçut tant de grâces et tant de moyens de salut, qu’il mourut de la manière la plus édifiante, en disant que Marie lui avait valu le ciel par sa protection. Le monde est plein de monuments qui nous attestent les grâces que la sainte Vierge nous obtient ; voyez tous ces sanctuaires, tous ces tableaux, toutes ces chapelles en l’honneur de Marie. Ah ! M.F., si nous avions une tendre dévotion envers Marie, que de grâces nous obtiendrions tous pour notre salut ! Oh ! pères et mères, si tous les matins vous mettiez tous vos enfants sous la protection de la sainte Vierge, elle prierait pour eux, elle les sauverait et vous aussi. Oh ! comme le démon redoute la dévotion envers la sainte Vierge !… Il se plaignait un jour hautement au bienheureux François que deux sortes de personnes le faisaient bien souffrir. D’abord, celles qui contribuent à répandre la dévotion à la sainte Vierge, puis celles qui portent le saint Scapulaire.

Ah ! M.F., en faut-il davantage pour nous inspirer une grande confiance à la sainte Vierge et le désir de nous consacrer entièrement à elle en mettant notre vie, notre mort et notre éternité entre ses mains ? Quelle consolation pour nous dans nos chagrins, dans nos peines, de savoir que Marie veut et peut nous secourir ! Oui, nous pouvons dire que celui qui a le bonheur d’avoir une grande confiance en Marie a son salut en sûreté ; et jamais on n’aura entendu dire que celui qui a mis son salut entre les mains de Marie, ait été damné. Nous reconnaîtrons à l’heure de la mort combien la sainte Vierge nous a fait éviter de péchés, et comme elle nous a fait faire du bien que nous n’aurions jamais fait sans sa protection. Prenons-la pour notre modèle, et nous sommes sûrs de bien marcher dans le chemin du ciel. Admirons en elle cette humilité, cette pureté, cette charité, ce mépris de la vie, ce zèle pour la gloire de son Fils et le salut des âmes. Oui, M.F., donnons-nous et consacrons-nous à Marie pour toute notre vie. Heureux celui qui vit et meurt sous la protection de Marie, le ciel lui est assuré ! C’est ce que je vous souhaite.

Coeur douloureux et immaculé de Marie

2017-67. Toute la vie, toute l’âme de Catherine Labouré est exprimée dans ces deux petits mots : Ama nesciri, aime à être ignoré !

1947 – 27 juillet – 2017

70ème anniversaire de la canonisation de
Sainte Catherine Labouré

Soeur Catherine Labouré - photographie

Sainte Catherine Labouré (1806 – 1876)
photographie prise à la fin de sa vie

Vendredi 28 juillet 2017.

Ainsi que je l’ai évoqué il y a quelques jours à propos de la relique du coeur de Saint Vincent de Paul (cf. > ici), la canonisation de Soeur Catherine Labouré fut célébrée à Rome par le Pape Pie XII le dimanche 27 juillet 1947, il y a septante ans.
En ces temps-là, il n’y avait pas de prédication dans le cours de la messe de canonisation et c’est le lendemain, lundi 28 juillet 1947 – il y a donc exactement septante ans aujourd’hui – que Sa Sainteté le Pape Pie XII mit en valeur les exemples de Sainte Catherine Labouré dans un discours adressé à la famille vincentienne (Prêtres de la Mission, dits Lazaristes, Filles de la Charité, et Enfants de Marie) réunie au Vatican dans la Cour Saint-Damase.
C’est ce discours dont je publie aujourd’hui l’intégralité du texte ci-dessous.

A septante ans de distance, la lecture de ce texte permet aussi de poser de douloureux constats : les familles religieuses de Saint Vincent de Paul ont été depuis lors terriblement sinistrées par les désertions, par la crise des vocations, par le modernisme et la sécularisation, tandis que l’Association des Enfants de Marie, à laquelle le Pape Pie XII réserve une part importante de son discours, et qui était alors présente dans quasi toutes les paroisses de la Chrétienté, a presque disparu du paysage : en 1966 les Enfants de Marie, expressément demandées par la Sainte Vierge, ont été rebaptisées « jeunesses mariales » (JM en abrégé : avez-vous remarqué comme le clergé postconcilaire est friand de sigles et d’abréviations ?) et ne regroupent plus que quelque centaines de membres quasi invisibles en France, alors que jadis les Enfants de Marie étaient clairement identifiables dans toutes les cérémonies paroissiales et les processions.

Lully.

médaille miraculeuse

Discours de Sa Sainteté le Pape Pie XII
prononcé le lundi 28 juillet 1947 dans la Cour Saint-Damase
à l’adresse des pèlerins Français
et de la famille vincentienne
présents à Rome à l’occasion de la canonisation
de
Sainte Catherine Labouré

« Dès les premières pages de son incomparable chef-d’œuvre l’auteur de «L’imitation de Jésus-Christ » laisse tomber de sa plume cette leçon de sa propre expérience, ce secret de sa paix sereine et communicative : « Veux-tu apprendre et savoir quelque chose d’utile ? Aime à être ignoré ! » (Livre 1 chap. 2).

Ama nesciri ! Deux mots prodigieux, stupéfiants pour le monde qui ne comprend point, béatifiants pour le chrétien qui sait en contempler la lumière, en savourer les délices. Ama nesciri ! Toute la vie, toute l’âme de Catherine Labouré est exprimée dans ces deux petits mots.

Rien pourtant, même de la part de la Providence, ne semblait lui dicter ce programme : ni son adolescence, durant laquelle la mort de sa mère, la dispersion des aînés avaient fait reposer sur ses épaules d’enfant toute la charge du foyer domestique ; ni les étranges voies, par lesquelles elle doit passer pour répondre à sa vocation et triompher des oppositions paternelles ; ni cette vocation même à la grande et vaillante phalange des Filles de la Charité qui de par la volonté et suivant l’expression pittoresque de saint Vincent de Paul, ont « pour cloître, les rues de la ville ; pour clôture, l’obéissance ; pour grille, la crainte de Dieu ; pour voile, la sainte modestie ».

Du moins, semblerait-il, sa retraite et sa formation dans le Séminaire de la rue du Bac favoriseront son recueillement et son obscurité ? Mais voici qu’elle y est l’objet des faveurs extraordinaires de Marie, qui fait d’elle sa confidente et sa messagère. Si encore il s’était agi seulement de ces hautes communications et visions intellectuelles, qui élevaient vers les sommets de la vie mystique une Angèle de Foligno, une Madeleine de Pazzi, de ces paroles intimes, dont le cœur garde jalousement le secret ! Mais non ! Une mission lui est confiée, qui doit être non seulement transmise, mais remplie au grand jour : réveiller la ferveur attiédie dans la double Compagnie du Saint de la charité ; submerger le monde tout entier sous un déluge de petites médailles, porteuses de toutes les miséricordes spirituelles et corporelles de l’Immaculée ; susciter une Association pieuse d’Enfants de Marie pour la sauvegarde et la sanctification des jeunes filles.

Sans aucun retard, Catherine s’est adonnée à l’accomplissement de sa triple mission. Les doléances de la Mère de Dieu ont été entendues et l’esprit du saint Fondateur a refleuri alors dans les deux communautés. Mais, non moins que par sa fidélité à transmettre le message, c’est par sa constance à y répondre elle-même que Catherine en a procuré l’efficacité, mettant sous les yeux de ses Sœurs, pendant près d’un demi siècle, le spectacle saintement contagieux d’une vraie fille de saint Vincent, d’une vraie Fille de la Charité, joignant à toutes les qualités humaines de savoir-faire, de tact, de bonté, les vertus surnaturelles qui font vivre en Dieu, « cette pureté d’esprit, de cœur, de volonté, qui est le pur amour ».

La médaille, dont Marie elle-même avait parlé à sa confidente, a été frappée et répandue par millions dans tous les milieux et sous tous les climats, où elle a été dès lors l’instrument de si nombreuses et extraordinaires faveurs, aussi bien corporelles que spirituelles, de tant de guérisons, de protection, de conversions surtout, que la voix du peuple, sans hésiter, l’a aussitôt appelée « la médaille miraculeuse ».

Et l’Association des Enfants de Marie ! Nous sommes heureux de la saluer tout entière en vous qui la représentez ici, très chères filles, en rangs pressés, et de le faire précisément en ce temps, où elle vient à peine d’achever dignement le premier siècle de son existence. En effet, il y a eu, le mois dernier, tout juste cent ans, que Notre Prédécesseur Pie IX, de sainte mémoire, ratifiait son acte de naissance par le rescrit du 20 juin 1847, lui conférant l’érection canonique et lui accordant les mêmes indulgences, dont jouissaient alors les Congrégations Mariales (Acta Apostolica in gratiam Congregationis Missionis, Parisiis 1876, p. 253-254).

Comme vous devez l’apprécier et l’aimer, tant pour le bien que vos aînées et vous-mêmes en avez déjà reçu, que pour celui qu’elle vous met en mesure de faire autour de vous ! Or, ce bien immense se manifeste clairement pour peu que l’on considère, d’une part, le besoin auquel elle répond et qui la rend souverainement opportune, pour ne pas dire impérieusement nécessaire, et d’autre part, les fruits abondants qu’elle a déjà portés au cours de cette étape centenaire.

La Sœur Labouré le comprenait, ce besoin, elle le sentait profondément en son cœur ardent de zèle et de charité. Elle compatissait aux pauvres enfants du quartier de Reuilly, à ces petites, ces toutes petites — même de huit à douze ans ! qui s’en allaient travailler et qui, trop souvent hélas ! se perdaient dans les fabriques, en contact permanent avec l’ignorance et la corruption de leurs compagnes. Ces tendres victimes avaient besoin d’air pur, de lumière, de nourriture spirituelle. On en a pitié ; on ouvre pour elles un patronage ; on leur enseigne le catéchisme ; notre sainte distribue à profusion la médaille miraculeuse. Si utile, si précieux que tout cela soit, elle ne s’en contente pas tant que l’Association n’y est pas formée pour l’appui mutuel, pour la direction religieuse et morale de ces enfants, surtout pour les abriter sous le manteau maternel et virginal de Marie.

Depuis, quels développements ! Qui dénombrera ces saintes phalanges d’Enfants de Marie au voile blanc comme le lis, et dont le nom seul paraît déjà apporter avec lui comme une brise fraîche toute parfumée de pureté et de piété ?

Les temps ont changé, entendez-vous dire dans votre entourage, et l’on semble vouloir insinuer par là que celui des choses d’hier est passé ; qu’elles doivent céder la place à d’autres plus nouvelles.

Oui, sans doute, les temps ont changé. L’instruction, — l’instruction profane du moins — est plus développée en extension, sinon en profondeur, qu’à l’époque de Catherine Labouré ; la législation sociale s’est occupée davantage, et fort louablement, du sort des enfants et des jeunes filles, les arrachant à l’esclavage d’un travail précoce disproportionné à leur sexe et à leur âge ; la jeune fille a été affranchie, ou s’est affranchie elle-même, de quelques servitudes, de beaucoup de conventions et de convenances plus nombreuses encore. Sans doute aussi, sous l’influence de l’Église, d’heureuses transformations se sont progressivement obtenues, qui ont favorisé la solide éducation, la saine activité, la légitime initiative de la jeune fille chrétienne. C’est vrai, tout cela a changé. Encore faut-il reconnaître la part qu’ont eue à ces changements les institutions catholiques si multiples et si variées.

Mais, sous cette évolution que personne d’ailleurs ne songe à contester, certaines choses, les principales, demeurent permanentes, à savoir : la loi morale, la misère humaine conséquence du péché originel et, en connexion avec ces données immuables, les bases fermes sur lesquelles doivent nécessairement s’appuyer la sauvegarde de cette loi morale, les conditions essentielles des remèdes à ces misères.

De fait, bien que votre situation privilégiée d’Enfants de Marie vous mette, grâces à Dieu, à l’abri de la triste expérience de la plupart, vous ne pouvez quand même ne pas connaître le monde au sein duquel vous vivez. Or, les temps vous semblent-ils tellement changés que les périls qui vous guettent soient moindres qu’autrefois ? L’ignorance était alors fort répandue ; l’ignorance religieuse, la pire de toutes, est-elle aujourd’hui moins profonde ? N’a-t-elle pas plutôt envahi, au contraire, des foyers, des familles, où la religion était jadis en honneur et aimée, parce que connue et intelligemment pratiquée ? Qui oserait affirmer que les rues, les kiosques de journaux, les charrettes et les vitrines de librairies, les spectacles, les rencontres fortuites ou les rendez-vous combinés, que le lieu même du travail et les transports en commun offrent moins d’occasions dangereuses qu’il y a cent ans, quand elles faisaient trembler Catherine Labouré ? Et le soir venu, le retour à la maison assure-t-il autant qu’alors cette intimité de la famille chrétienne, qui rafraichissait, purifiait et réconfortait le cœur après les dégoûts ou les faiblesses de la journée ?

À ces maux quels remèdes, à cette atmosphère malsaine quelle hygiène opposer ? Ici encore, les modalités peuvent et doivent changer pour s’adapter, au jour le jour, à celles de la vie actuelle et aux circonstances ; elles pourront et devront varier aussi pour répondre aux aspirations, aux tempéraments, aux aptitudes, qui ne sont pas, en toutes, les mêmes. Mais au fond : Associations ou Pieuses Unions d’Enfants de Marie, groupes d’Action Catholique, Congrégations de la Sainte Vierge, Confréries et Tiers Ordres, que trouve-t-on là sinon les éléments essentiels de toute hygiène et de toute thérapeutique morale ? Une doctrine religieuse consciencieusement approfondie, une direction spirituelle suivie, la pratique fréquente des sacrements et de la prière, les conseils éclairés et les secours assidus de directrices expérimentées et dévouées, et puis la force si puissante de l’Association, de l’union fraternelle, du bon exemple, tout cela sous le patronage, sous la conduite, sous la protection ferme et vigilante en même temps que miséricordieuse de la Vierge Immaculée. N’est-ce pas elle-même qui a expressément voulu et inspiré l’œuvre, dont Catherine Labouré a été d’abord la confidente et la messagère, puis la propagatrice et l’active ouvrière ?

Pour réaliser les trois demandes de Marie, notre Sainte a prié, elle a lutté, elle a peiné sans relâche. Tout le monde était témoin de cette réalisation ; tout le monde en parlait, tout le monde savait aussi, vaguement du moins, de quelles faveurs célestes une Fille de la Charité avait été l’objet, et les grandes choses que la Mère de Dieu avait faites par son ministère. Mais cette privilégiée, cette mandataire, cette exécutrice de si vastes desseins, qui était-elle ? Et quel était son nom ? Nul ne le savait, hormis son confesseur, dépositaire de son secret. Et cela a duré pendant quarante-six ans, sans que, un seul instant, le voile de son anonymat fût soulevé !

Ama nesciri ! Oui, c’est bien cela : elle aime d’être ignorée ; c’est sa vraie joie et son intime satisfaction ; elle la savoure avec délices. D’autres qu’elle ont reçu de grandes lumières, ont été chargées de grands messages ou de grands rôles, et sont demeurées dans l’ombre ou s’y sont réfugiées au fond d’un cloître, pour fuir la tentation de vaine gloire, pour goûter le recueillement, pour se faire oublier : des grilles les défendaient, un voile épais dérobait leurs traits aux regards, mais leur nom courait sur toutes les lèvres. Elle ne s’est point retirée ; bien au contraire, elle continue de se dépenser à longueur de journées parmi les malades, les vieillards, les Enfants de Marie ; on la voit, on la coudoie à toute heure, à tous les carrefours ; elle n’a pas à se cacher : on ne sait pas que « c’est elle » ; elle n’a pas à faire oublier son nom : tant qu’elle vivait, il était inconnu !

Quelle leçon à l’orgueil du monde, à sa fringale d’ostentation ! L’amour-propre a beau se dissimuler et se donner les apparences du zèle ; c’est lui toujours qui, comme jadis l’entourage de Jésus, souffle à l’oreille le « Manifesta teipsum mundo » (Jn 7, 4). Dans l’obscurité où, quarante-six ans, elle a vécu, poursuivant sa mission, Catherine Labouré l’a merveilleusement et fructueusement accomplie.

L’heure est venue pour elle, annoncée par l’Apôtre : « Vous êtes morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez aussi avec lui, dans la gloire » (Col 3, 3-4).

Dans la gloire où elle resplendit en pleine lumière là-haut près du Christ et de sa Mère, dans la gloire dont elle rayonne dès ici-bas où elle avait passé, ignorée, elle continue d’être la messagère de l’Immaculée. Elle l’est près de vous, Prêtres de la Mission et Filles de la Charité, vous stimulant à la ferveur dans votre sainte vocation ; elle l’est près de vous, Enfants de Marie qu’elle a tant aimées et dont elle est la puissante protectrice, vous exhortant à la fidélité, à la piété, à la pureté, à l’apostolat ; elle l’est près de vous tous, pécheurs, malades, infirmes, affligés qui levez les yeux en répétant avec confiance l’invocation : « O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Par son intercession, les plus abondantes faveurs pleuvront sur vous à qui, de tout cœur, Nous donnons, comme gage des grâces divines, Notre Bénédiction apostolique. »

Discours et messages-radio de S.S. Pie XII,
Neuvième année de Pontificat, 2 mars 1947- 1er mars 1948, pp. 193-198.

Sainte Catherine Labouré - corps incorrompu

Corps incorrompu de Sainte Catherine Labouré
(chapelle de la Médaille Miraculeuse, rue du Bac, à Paris)

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints |on 28 juillet, 2017 |1 Commentaire »
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