Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2022-126. Quête pour l’acquisition d’une Crèche.

Samedi 26 novembre 2022,
Fête de Sainte Geneviève des Ardents, céleste protectrice de la Gendarmerie française (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Léonard de Port-Maurice ;
Mémoire de Saint Pierre d’Alexandrie, évêque et martyr ;
Mémoire de Saint Sylvestre, abbé et confesseur ; Mémoire de Saint Jean Berchmans, confesseur.

Crèche 2022 - 1

Voici les personnages de la Crèche, dite de « style vénitien »,
que nous envisageons d’acquérir…

…si nous arrivons à réunir la somme nécessaire.

Lanterne de Noël

Chers Amis et bienfaiteurs du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Dans quelques heures, nous serons entrés dans le saint temps de l’Avent qui nous fait d’abord entrevoir, espérer et nous préparer à l’avènement glorieux de Notre-Seigneur Jésus-Christ à la fin des temps, puis, dans la dernière semaine, nous préparer spirituellement aux célébrations de Son humble Nativité à Bethléem, gage de Sa venue triomphante.
Dans certaines familles, l’habitude est prise d’installer la Crèche domestique à l’occasion de l’entrée dans l’Avent : elle devient alors le centre des dévotions et des prières familiales et la mangeoire vide où sera déposé l’Enfant Jésus à Noël matérialise en quelque manière l’espérance du salut qui anime toute notre vie chrétienne et se fait plus intense et fervente pendant l’Avent.

   Ceux qui nous connaissent bien le savent déjà, pendant des années, nous avons pu réaliser dans notre oratoire une très grande Crèche, en forme de « L« , totalisant une longueur de 8 m, dans laquelle nous pouvions placer de très nombreux santons de personnes et d’animaux : la dernière fois que nous l’avons ouverte à la visite, pour la Noël 2019 et le mois de janvier 2020, nous vous l’avions présentée > ici.

   Au cours des années 2020, 2021 et 2022, nous avons procédé à divers aménagements dans notre chapelle lorsqu’on nous a donné des bancs, qui ont permis de remplacer presque toutes les chaises, reçu le gisant de Notre-Seigneur Jésus-Christ de taille naturelle, en bois de noyer, installé un clavier électronique, réalisé la châsse de Sainte Philomène… etc. Si bien qu’en l’état actuel il devient impossible de procéder à la réalisation d’une grande Crèche comme autrefois, si ce n’est en sortant de l’oratoire une partie des bancs, statues… etc. alors que nous ne disposons pas de local pour les entreposer, et que nous devons maintenir à tout prix la possibilité de la célébration de la Sainte Messe à laquelle quelques fidèles puissent assister.
Nous avons donc résolu de ne pas réaliser pour l’heure cette grande Crèche à laquelle nous étions habitués (nous en gardons soigneusement tous les personnages pour l’avenir, lorsque nous pourrons construire une véritable chapelle, puisque notre oratoire et sa sacristie occupent l’ancien grenier à foin de notre vieille bâtisse). Nous nous résolvions à ne disposer à Noël, dans notre oratoire, que nos santons de la Sainte Famille sur un guéridon, près de l’autel, car nous nous ne pouvons pas disposer de davantage de place, mais nos santons ne font que 12 cm de hauteur et nous nous désolions en nous disant que cela risquait de faire bien riquiqui…

Crèche 2022 - 2

   Sur ces entrefaites, depuis Rome, on vient de nous faire la proposition, à un « prix d’ami » (puisqu’il s’agit d’une réduction non négligeable sur le prix officiel), de six santons (le Saint Enfant Jésus, la Très Sainte Vierge Marie, Saint Joseph et les trois Saints Rois Mages) de « style vénitien », de 40 cm de hauteur, dont la beauté et la taille se suffisent en quelque sorte à elles-mêmes et ne nécessitent pas la réalisation d’un grand décor : un guéridon recouvert d’un beau tissu nous permettrait d’avoir dans notre oratoire une belle représentation de la Nativité et de l’Epiphanie à côté de l’autel (du côté de l’Evangile). Les photos que nous avons obtenues nous montrent que les visages sont tout-à-fait charmants, la réalisation soignée… et, ce à quoi nous tenons beaucoup parce que c’est LE signe explicitement donné par l’ange aux bergers, le Saint Enfant Jésus est emmailloté, et non pas nu ou presque comme on le voit malheureusement trop souvent !

   Vous nous voyez venir… évidemment !
Nous ne pouvons pas acquérir cette Crèche sans aide extérieure : les possibilités financières du Refuge Notre-Dame de Compassion ayant été bien réduites par des réparations nécessaires sur la voiture, sur le surpresseur (arrivée d’eau) et autres frais d’entretien courant.

   Nous tendons donc la main cette fois encore pour « faire la quête » en sollicitant votre générosité, partant toujours du principe que, en définitive, une centaine d’euros – à titre d’exemple – peut être obtenue soit par le don d’une unique personne (or il n’est pas forcément facile à trouver une personne qui puisse disposer de cette somme), soit par le don d’un unique euro réalisé par cent personnes auxquelles la cession de cette somme ne causera pas de préjudice.

   Si donc vous désirez (et pouvez) nous aider à faire l’acquisition de ces personnages, vous pouvez faire un don, même minime, soit par Paypal > ici, soit, si vous préférez un autre moyen, en nous contactant via l’espace des « commentaires » ci-dessous [cela ne sera pas publié]. Soyez en vivement remerciés !

Crèche 2022 - 3

Etoiles

2022-125. « Hora est jam nos de somno surgere : il est l’heure désormais de sortir de notre assoupissement !»

Vendredi 25 novembre 2022
Fête de Sainte Catherine d’Alexandrie, vierge et martyre.

Lettre mensuelle aux membres et amis
de la
Confrérie Royale

pour le 25 novembre 2022

armoiries confrérie royale

Rappel :

   Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois en redoublant de prières, en offrant avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices de leur devoir d’état ainsi que les peines et les joies de ce jour, en travaillant plus méticuleusement à leur sanctification, lorsque cela est possible en assistant à la Sainte Messe et en offrant la sainte communion à l’intention du Roi, ou encore en accomplissant quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire, offerts à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.
La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Son but est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et approfondissements toujours nécessaires.

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Hora est jam nos de somno surgere

Chers Membres et Amis de la Confrérie Royale, 

       « Hora est jam nos de somno surgere : il est l’heure désormais de sortir de notre assoupissement » (Rom. XIII, 11).

   Cette admonestation de l’Apôtre va encore une fois frapper nos oreilles dans la Messe du premier dimanche de l’Avent (missel traditionnel). Il importe avant tout que, résonnant à nos oreilles, elle ne s’y arrête pas, mais qu’au-delà du tympan qu’elle frappe, elle atteigne aussi nos intelligences, descende dans nos cœurs et prenne une nouvelle vie en nos âmes !

   « Il est l’heure désormais de sortir de notre assoupissement ».
Mais le problème, bien souvent, avec les personnes assoupies, c’est qu’elles ne savent pas qu’elles dorment, puisque le propre de l’endormissement est de nous priver de vigilance, de nous soustraire à la conscience du réel, de nous faire perdre le contact avec la réalité.
Mais, bien sûr, Saint Paul ne parle pas ici de sommeil physiologique : il nous renvoie à notre état intérieur et aux dispositions de notre vie spirituelle ; il lance une exhortation qui doit, aux oreilles de notre âme, se présenter comme une question : « Toi, qui m’écoute ou qui me lis, es-tu véritablement éveillé ? es-tu véritablement en état de veille ? es-tu véritablement vigilant ? »

   Ainsi, cette exhortation de l’Apôtre nous rejoint-elle à la manière de la parole d’un médecin qui s’inquiète de notre état de santé. La recommandation est salutaire, parce qu’elle nous pousse à un examen de conscience : n’est-il pas, en effet, nécessaire que je me secoue et que je prenne garde à ne pas me laisser gagner par la torpeur ? C’est si facile… Après tout, il suffit pour cela de laisser la routine gagner un peu de terrain chaque jour, de manière quasi imperceptible, presque insensible. Il suffit d’être un peu moins vigilant, un tout petit peu moins attentif à maintenir la barre haute, juste un tantinet moins fervent et généreux, et de prêter l’oreille aux voix subreptices de mes tendances égoïstes et de ma paresse spirituelle.
Oui, « il est l’heure désormais de sortir de notre assoupissement » !

   Alors que les ténèbres s’étendent sur le monde. A l’heure où les ténèbres étendent leur règne dans les âmes et obscurcissent les consciences, il est plus que jamais nécessaire et salutaire de maintenir à leur degré maximal notre vigilance et notre pugnacité.
C’est un devoir.
Un devoir qui nous incombe à nous, membres de la Confrérie Royale, avec une acuité, une pertinence, une gravité et une stridence bien plus grandes qu’à tant d’autres catholiques et tant d’autres royalistes, qui n’ont pas prononcé au pied de l’autel leur engagement de prière et d’offrande, à l’intention de notre Roi et de notre Royaume aimés.
Tous les jours – oui, tous les jours ! -, nous devons être assidus à prier, offrir, être généreux et agir avec zèle.
Si notre ferveur a fléchi, l’entrée dans le saint temps de l’Avent est une opportunité pour nous ressaisir : « il est l’heure désormais de sortir de notre assoupissement » !

   Nous nous replongerons donc, avec une énergie renouvelée, dans la lecture et la méditation des textes de la Sainte Ecriture qui nous annoncent la consolation et le salut, et nous supplierons avec les accents inspirés du Prophète : « Rorate, cœli desuper ! »
C’est l’une des conditions pour être transportés par la joyeuse espérance qui anime ce temps béni, dans l’attente de la fête de la Nativité du Sauveur : une nouvelle Nativité qui doit advenir dans notre vie selon la grâce.

Noël n’est pas en effet, à la manière dont on commémore les grandes dates de l’histoire ou les armistices, la célébration d’une naissance qui appartient au passé : c’est véritablement à une réactualisation du mystère de la venue du Fils de Dieu que nous prépare et nous convie la liturgie, qui rend présents et actuels les mystères qu’elle célèbre.
Redisons-le encore et encore : il ne s’agit pas d’une « reconstitution », mais d’une réalisation invisible – mystique – opérée par une grâce réelle, donnée aux âmes et, à travers elles, à toute la création (cf. Rom. VIII, 19-22).
Et donc à notre France aussi ; ce benoît Royaume des Lys qui est né dans les eaux régénératrices des fonts baptismaux de Reims lorsque son premier Roi y reçut le saint baptême dans la nuit sainte de la Nativité.

   C’est ainsi que ce mois qui commence aujourd’hui, depuis ce 25 novembre jusqu’au 25 décembre, est tout entier baigné d’une lumière comparable à celle de l’aube : ce n’est pas encore la pleine lumière, mais une clarté qui nous assure que la nuit prendra fin et que le soleil resplendira à nouveau…
Fermons les yeux de nos âmes aux lumières factices et artificielles qu’allume la société matérialiste et hédoniste en travestissant la fête de la discrète naissance du Fils de Dieu dans le dénuement en une débauche de satisfactions sensuelles et temporelles : : « il est l’heure désormais de sortir de notre assoupissement » !
Ouvrons-les aux lueurs frémissantes de l’aube spirituelle du Soleil de Justice qui veut nous apporter la force et la victoire dans Ses rayons.

Bon, fervent et saint Avent, bien chers Amis !
Bon et énergique réveil de toutes vos puissances spirituelles !
Bon renouveau de générosité, de zèle, d’espérance et de foi !
Et bonne et continue croissance en charité !
Car « il est l’heure désormais de sortir de notre assoupissement » !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

réveil matinal

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Quelques avis et nouvelles importants concernant la Confrérie Royale et l’UCLF :

1 - Changement de Prieur à la tête de la Confrérie Royale :

     Le Révérend Père Jean-François Thomas d’une part en raison de sa santé fragile, éprouvée à plusieurs reprises ces derniers mois, et d’autre part en raison de la somme de travail à laquelle il doit faire face chaque jour, qui ne lui permet pas d’assurer le Priorat de la Confrérie comme il le souhaiterait, s’est démis de sa charge en faveur de Frère Maximilien-Marie, qui devient Prieur pour un second mandat.
Nous sommes pleins d’une profonde gratitude envers le Révérend Père Thomas pour les années durant lesquelles il a porté la responsabilité de la Confrérie Royale, et nous l’assurons de notre prière reconnaissante.

2 - Changement de Président à la tête de l’Union des Cercles Légitimistes de France :

   Empêché par sa santé, Monsieur Pierre Bodin, membre de la Confrérie Royale, a dû laisser la présidence de l’UCLF : nous prions pour lui. Monsieur Hugues Saclier de la Bâtie, fils du fondateur de l’UCLF, a été désigné pour lui succéder. La Confrérie Royale l’assure de sa profonde union, dans le combat spirituel que nous menons pour Dieu et pour le Roi, et de sa prière pour sa délicate mission.

3 - Retenez dès à présent les dates du pèlerinage annuel au Puy-en-Velay en 2023 :

   Il aura lieu de la fin de l’après-midi du jeudi de l’Ascension 18 mai au samedi 20 mai en début d’après-midi. Il est souhaitable que les membres de la Confrérie Royale fassent le maximum pour y prendre part, ainsi que pour organiser et coordonner la venue des pèlerins depuis leurs provinces respectives.
Il importe que ces dates soient inscrites sans retard dans vos agendas et, dès maintenant, il faut que tous les membres de la Confrérie aient le souci d’inviter de nouveaux pèlerins, et se fassent audacieux pour devenir nos correspondants et relais de la promotion et organisation de ce pèlerinage, dans tout le Royaume.
Le thème et le programme du pèlerinage seront communiqués dans les premiers mois de 2023.

4 – Formation :

   Les membres de la Confrérie Royale doivent avoir un grand souci de se former et d’approfondir leur formation dans la saine doctrine légitimiste. Nous les encourageons donc à saisir les offres de formation offertes par l’Union des Cercles Légitimistes de France (UCLF). En 2023, en sus de l’Université Saint Louis, qui a déjà reçu à deux reprises les chaleureux encouragements de Sa Majesté et qui se déroulera comme à l’accoutumée en Bretagne du 31 juillet au 5 août, aura lieu un Camp-chouan de formation légitimiste, en Dauphiné, du 23 au 28 juillet. L’une comme l’autre sont ouverts à tous, sans limite d’âge, et sont des opportunités aussi profitables que riches de conséquences.
Des dates à noter donc dès à présent dans vos agendas 2023 !

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2022-124. Présentation de la vie et de la doctrine spirituelle de Saint Jean de la Croix.

24 novembre,
Fête de Saint Jean de la Croix, confesseur et docteur de l’Eglise (cf. > ici, > ici et > ici) ;
Anniversaire de la publication de l’Edit de Thessalonique (cf. > ici).

       Dans la suite de la présentation des Docteurs de l’Eglise, Benoît XVI a bien évidemment présenté Saint Jean de la Croix (1542-1591) qui occupe une place privilégiée parmi les grands maîtres spirituels, et dont les enseignements sont des repères sûrs dans la conduite des âmes et leur progression vers les sommets de la vie intérieure.

Domenico Piola 1674-75 - le Christ apparaissant à Saint Jean de la Croix - Savone

Domenico Piola (1624-1703) : le Christ apparaissant à Saint Jean de la Croix (1674-75)
[musée d'art du Palais Gavotti, à Savone]

Blason du Carmel

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 16 février 2011

Saint Jean de la Croix

Chers frères et sœurs,

       Il y a deux semaines, j’ai présenté la figure de la grande mystique espagnole Thérèse de Jésus. Je voudrais aujourd’hui parler d’un autre saint important de ces territoires, ami spirituel de sainte Thérèse, réformateur, avec elle, de la famille religieuse carmélitaine : saint Jean de la Croix, proclamé Docteur de l’Eglise par le Pape Pie XI, en 1926, et surnommé dans la tradition Doctor mysticus, le «Docteur mystique».

   Jean de la Croix naquit en 1542 dans le petit village de Fontiveros, proche d’Avila, en Vieille Castille, de Gonzalo de Yepes et Catalina Alvarez. Sa famille était très pauvre, car son père, issu d’une famille noble de Tolède, avait été chassé de chez lui et déshérité pour avoir épousé Catalina, une humble tisseuse de soie. Orphelin de père dans son jeune âge, Jean, à neuf ans, partit avec sa mère et son frère Francisco pour Medina del Campo, non loin de Valladolid, un pôle commercial et culturel. Il y fréquenta le Colegio de los Doctrinos, en assurant également d’humbles travaux pour les sœurs de l’église-couvent de la Madeleine. Par la suite, vues ses qualités humaines et ses résultats dans les études, il fut admis d’abord comme infirmier dans l’Hôpital de la Conception, puis au Collège des jésuites, qui venait d’être fondé à Medina del Campo : Jean y entra à dix-huit ans et étudia pendant trois ans les sciences humaines, la rhétorique et les langues classiques. A la fin de sa formation, sa vocation lui était très claire : la vie religieuse et, parmi tous les ordres présents à Medina, il se sentit appelé au Carmel.

   Au cours de l’été 1563, il débuta le noviciat chez les carmes de la ville, en prenant le nom religieux de Mattia (Mathias). L’année suivante, il fut destiné à la prestigieuse université de Salamanque, où il étudia pendant un triennat les arts et la philosophie. En 1567, il fut ordonné prêtre et retourna à Medina del Campo pour célébrer sa première Messe entouré de l’affection de sa famille. C’est là qu’eut lieu la première rencontre entre Jean et Thérèse de Jésus. La rencontre fut décisive pour tous les deux : Thérèse lui exposa son programme de réforme du Carmel, l’appliquant également à la branche masculine de l’Ordre, et proposa à Jean d’y adhérer «pour la plus grande gloire de Dieu» ; le jeune prêtre fut fasciné par les idées de Thérèse, au point de devenir un grand défenseur du projet. Ils travaillèrent ensemble quelques mois, partageant les idéaux et les propositions pour inaugurer le plus rapidement possible la première maison des carmes déchaux : l’ouverture eut lieu le 28 décembre 1568 à Duruelo, un lieu isolé de la province d’Avila. Avec Jean, trois autres compagnons formaient cette première communauté masculine réformée. En renouvelant leur profession de foi selon la Règle primitive, tous les quatre adoptèrent un nouveau nom : Jean s’appela dès lors «de la Croix», nom sous lequel il sera universellement connu. A la fin de 1572, à la demande de sainte Thérèse, il devint confesseur et vicaire du monastère de l’Incarnation d’Avila, où la sainte était prieure. Ce furent des années d’étroite collaboration et d’amitié spirituelle, qui les enrichit tous deux. C’est à cette période que remontent aussi les plus importantes œuvres de Thérèse et les premiers écrits de Jean.

   L’adhésion à la réforme du Carmel ne fut pas facile et coûta également de graves souffrances à Jean. L’épisode le plus traumatisant fut, en 1577, son enlèvement et son incarcération dans le couvent des carmes de l’antique observance de Tolède, à la suite d’une accusation injuste. Le saint fut emprisonné pendant des mois, soumis à des privations et des contraintes physiques et morales. En ce lieu, il composa, avec d’autres poésies, le célèbre Cantique spirituel. Finalement, dans la nuit du 16 au 17 août 1578, il réussit à fuir de façon aventureuse, se réfugiant dans le monastère des carmélites déchaussées de la ville. Sainte Thérèse et ses compagnons réformés célébrèrent avec une immense joie sa libération et, après une brève période pour retrouver ses forces, Jean fut destiné à l’Andalousie, où il passa dix ans dans divers couvents, en particulier à Grenade. Il assuma des charges toujours plus importantes dans l’Ordre, jusqu’à devenir vicaire provincial, et il compléta la rédaction de ses traités spirituels. Il revint ensuite dans sa terre natale, comme membre du gouvernement général de la famille religieuse thérésienne, qui jouissait désormais d’une pleine autonomie juridique. Il habita au carmel de Ségovie, exerçant la charge de supérieur de cette communauté. En 1591, il fut relevé de toute responsabilité et destiné à la nouvelle province religieuse du Mexique. Alors qu’il se préparait pour ce long voyage avec dix autres compagnons, il se retira dans un couvent solitaire près de Jaén, où il tomba gravement malade. Jean affronta avec une sérénité et une patience exemplaires d’immenses souffrances. Il mourut dans la nuit du 13 au 14 décembre 1591, alors que ses confrères récitaient l’office de mâtines. Il les quitta en disant : «Aujourd’hui je vais chanter l’Office au ciel». Sa dépouille mortelle fut transférée à Ségovie. Il fut béatifié par Clément X en 1675 et canonisé par Benoît XIII en 1726.

   Jean est considéré comme l’un des plus importants poètes lyriques de la littérature espagnole. Ses plus grandes œuvres sont au nombre de quatre : «La montée du Mont Carmel», «La nuit obscure», «Les cantiques spirituels» et «La vive flamme d’amour».

   Dans les Cantiques spirituels, saint Jean présente le chemin de purification de l’âme, c’est-à-dire la possession progressive et joyeuse de Dieu, jusqu’à ce que l’âme parvienne à sentir qu’elle aime Dieu avec le même amour dont Il l’aime. La vive flamme d’amour poursuit dans cette perspective, en décrivant plus en détail l’état de l’union transformante avec Dieu. Le parallèle utilisé par Jean est toujours celui du feu : de même que le feu, plus il brûle et consume le bois, plus il devient incandescent jusqu’à devenir flamme, ainsi l’Esprit Saint, qui au cours de la nuit obscure purifie et «nettoie» l’âme, avec le temps l’illumine et la réchauffe comme si elle était une flamme. La vie de l’âme est une incessante fête de l’Esprit Saint, qui laisse entrevoir la gloire de l’union avec Dieu dans l’éternité.

   La montée du Mont Carmel présente l’itinéraire spirituel du point de vue de la purification progressive de l’âme, nécessaire pour gravir le sommet de la perfection chrétienne, symbolisée par le sommet du Mont Carmel. Cette purification est proposée comme un chemin que l’homme entreprend, en collaborant avec l’action divine, pour libérer l’âme de tout attachement ou lien d’affection contraire à la volonté de Dieu. La purification, qui pour parvenir à l’union d’amour avec Dieu doit être totale, commence par celle de la vie des sens et se poursuit par celle que l’on obtient au moyen des trois vertus théologales : foi, espérance et charité, qui purifient l’intention, la mémoire et la volonté. La nuit obscure décrit l’aspect «passif», c’est-à-dire l’intervention de Dieu dans ce processus de «purification» de l’âme. L’effort humain, en effet, est incapable tout seul d’arriver jusqu’aux racines profondes des inclinations et des mauvaises habitudes de la personne : il peut seulement les freiner, mais non les déraciner complètement. Pour cela, l’action spéciale de Dieu est nécessaire, qui purifie radicalement l’esprit et le dispose à l’union d’amour avec Lui. Saint Jean qualifie de «passive» cette purification, précisément parce que, bien qu’acceptée par l’âme, elle est réalisée par l’action mystérieuse de l’Esprit Saint qui, comme la flamme du feu, consume toute impureté. Dans cet état, l’âme est soumise à tous types d’épreuves, comme si elle se trouvait dans une nuit obscure.

   Ces indications sur les œuvres principales du saint nous aident à nous familiariser avec les points principaux de sa vaste et profonde doctrine mystique, dont l’objectif est de décrire un chemin sûr pour parvenir à la sainteté, l’état de perfection auquel Dieu nous appelle tous.
Selon Jean de la Croix, tout ce qui existe, créé par Dieu, est bon. A travers les créatures, nous pouvons parvenir à la découverte de Celui qui a laissé en elles une trace de Lui. La foi, quoi qu’il en soit, est l’unique source donnée à l’homme pour connaître Dieu tel qu’Il est en Soi, comme Dieu Un et Trine. Tout ce que Dieu voulait communiquer à l’homme, Il l’a dit en Jésus Christ, Sa Parole faite chair. Jésus Christ est le chemin unique et définitif vers le Père (cf. Jean XIV, 6). Toute chose créée n’est rien par rapport à Dieu et ne vaut rien en dehors de Lui : par conséquent, pour atteindre l’amour parfait de Dieu, tout autre amour doit se conformer dans le Christ à l’amour divin. C’est de là que découle l’insistance de saint Jean de la Croix sur la nécessité de la purification et de la libération intérieure pour se transformer en Dieu, qui est l’objectif unique de la perfection. Cette «purification» ne consiste pas dans la simple absence physique des choses ou de leur utilisation ; ce qui rend l’âme pure et libre, en revanche, est d’éliminer toute dépendance désordonnée aux choses. Tout doit être placé en Dieu comme centre et fin de la vie. Le processus long et fatigant de purification exige certainement un effort personnel, mais le véritable protagoniste est Dieu : tout ce que l’homme peut faire est d’«être disposé», être ouvert à l’action divine et ne pas Lui opposer d’obstacle. En vivant les vertus théologales, l’homme s’élève et donne une valeur à son engagement. Le rythme de croissance de la foi, de l’espérance et de la charité va de pair avec l’œuvre de purification et avec l’union progressive avec Dieu jusqu’à se transformer en Lui. Lorsque l’on parvient à cet objectif, l’âme est plongée dans la vie trinitaire elle-même, de sorte que saint Jean affirme qu’elle parvient à aimer Dieu avec le même amour que celui avec lequel Il l’aime, car Il l’aime dans l’Esprit Saint. Voilà pourquoi le Docteur mystique soutient qu’il n’existe pas de véritable union d’amour avec Dieu si elle ne culmine pas dans l’union trinitaire. Dans cet état suprême, l’âme sainte connaît tout en Dieu et ne doit plus passer à travers les créatures pour arriver à Lui. L’âme se sent désormais inondée par l’amour divin et se réjouit entièrement en lui.

   Chers frères et sœurs, à la fin demeure la question : ce saint, avec sa mystique élevée, avec ce chemin difficile vers le sommet de la perfection, a-t-il quelque chose à nous dire à nous également, au chrétien normal qui vit dans les circonstances de cette vie actuelle, ou est-il un exemple, un modèle uniquement pour quelques âmes élues, qui peuvent réellement entreprendre ce chemin de la purification, de l’ascèse mystique ?
Pour trouver la réponse, nous devons avant tout tenir compte du fait que la vie de saint Jean de la Croix n’a pas été un «envol sur les nuages mystiques», mais a été une vie très dure, très pratique et concrète, tant comme réformateur de l’ordre, où il rencontra de nombreuses oppositions, que comme supérieur provincial, ou dans les prisons de ses confrères, où il était exposé à des insultes incroyables et à de mauvais traitements physiques. Cela a été une vie dure, mais précisément au cours des mois passés en prison, il a écrit l’une de ses œuvres les plus belles. Et ainsi, nous pouvons comprendre que le chemin avec le Christ, aller avec le Christ, «le Chemin», n’est pas un poids ajouté au fardeau déjà assez difficile de notre vie, ce n’est pas quelque chose qui rendrait encore plus lourd ce fardeau, mais il s’agit d’une chose totalement différente, c’est une lumière, une force, qui nous aide à porter ce fardeau. Si un homme porte en lui un grand amour, cet amour lui donne presque des ailes, et il supporte plus facilement toutes les épreuves de la vie, car il porte en lui cette grande lumière ; telle est la foi : être aimé par Dieu et se laisser aimer par Dieu en Jésus Christ. Se laisser aimer est la lumière qui nous aide à porter le fardeau de chaque jour. Et la sainteté n’est pas notre œuvre, très difficile, mais elle est précisément cette «ouverture» : ouvrir les fenêtres de notre âme pour que la lumière de Dieu puisse entrer, ne pas oublier Dieu car c’est précisément dans l’ouverture à Sa lumière que se trouve la force, la joie des rachetés.

   Prions le Seigneur afin qu’Il nous aide à trouver cette sainteté, à nous laisser aimer par Dieu, qui est notre vocation à tous et la véritable rédemption. Merci.

Christ en croix dessiné par Saint Jean de la Croix

Dessin de Saint Jean de la Croix

2022-123. Le résumé de la vie et du martyre de Sainte Cécile tel qu’il se trouve dans les leçons du second nocturne des matines de sa fête.

22 novembre,
Fête de Sainte Cécile, vierge et martyre ;
Mémoire de Saint Calmin, confesseur.

   Quand on procède à une recherche sur Sainte Cécile, on se trouve très fréquemment aux prises avec des textes qui mettent en doute, de manière plus ou moins franche et plus ou moins complète, la tradition pluriséculaire concernant sa vie et son martyre.
Au moment de la réforme liturgique qui a suivi le concile vaticandeux, ses promoteurs voulaient carrément supprimer la fête de Sainte Cécile, au prétexte que sa vie serait « légendaire » : elle n’a été finalement maintenue qu’en raison de la popularité de son culte et des véhémentes protestations que firent alors entendre musiciens et choristes. On remarque toutefois que l’oraison du missel et du bréviaire réformés n’attribue plus à Sainte Cécile les qualificatifs de vierge et de martyre !!!
Voici pourquoi, nous voulons porter à la connaissance de nos lecteurs la traduction des « leçons », c’est-à-dire des lectures, du second nocturne des matines de la fête de Sainte Cécile dans le bréviaire traditionnel. Ces leçons donnent en effet le « résumé officiel » de ce que l’Eglise, dans sa Tradition immémoriale – non retouchée par les modernistes -, sait et transmet au sujet de la jeune et glorieuse vierge martyre, céleste protectrice des musiciens et chanteurs, ainsi que de la musique sacrée.

La gloire de Sainte Cécile - Sebastiano Conca

Sebastiano Conca (1680-1764) : la gloire de Sainte Cécile
(peinture à la voûte de la nef de la basilique de Sainte-Cécile au Transtévère, à Rome)

Quatrième leçon : 

   La vierge Cécile, née à Rome de parents illustres, et élevée dès son enfance dans les principes de la foi chrétienne, consacra à Dieu sa virginité. Mais dans la suite, ayant été contrainte d’épouser Valérien, elle lui tint ce discours, le soir de ses noces : « Valérien, je suis placée sous la garde d’un Ange qui protège ma virginité : c’est pourquoi ne teniez rien à mon égard, de peur d’attirer sur vous la colère de Dieu ». Vivement ému de ces paroles, Valérien n’osa point s’approcher d’elle, il ajouta même qu’il croirait en Jésus-Christ, s’il voyait cet Ange. Cécile lui ayant répondu que cela n’était pas possible à moins qu’il n’eût reçu le baptême, il déclara, dans son ardent désir de voir l’Ange, qu’il voulait être baptisé. C’est pourquoi, d’après le conseil de la jeune vierge, il se rendit auprès du Pape Urbain qui, à cause de la persécution, se tenait caché parmi les tombeaux des Martyrs, sur la voie Appia, et il reçut le baptême de ses mains.

Le Dominiquin - Sainte Cécile devant le juge - St Louis des Français

Domenico Zampieri, dit Le Dominiquin (1581-1641) : Sainte Cécile devant le juge Almachius
(fresque de la chapelle Polet, en l’église Saint-Louis des Français, à Rome)

Cinquième leçon : 

   De retour auprès de Cécile, Valérien la trouva en prière, ayant à ses côtés un Ange resplendissant d’une clarté toute divine. Cette vue le frappa d’étonnement ; mais dès qu’il fut revenu de sa frayeur, il manda auprès de lui son frère Tiburce qui, ayant été instruit par Cécile dans la foi de Jésus-Christ et baptisé par le même Pape Urbain, mérita aussi de voir cet Ange que son frère avait vu. Peu de temps après, tous les deux souffrirent courageusement le martyre, sous le préfet Almachius. Celui-ci n’ayant pas tardé à donner l’ordre de s’emparer de Cécile, lui demanda tout d’abord où se trouvaient les richesses de Tiburce et de Valérien.

Le Dominiquin - la mort de Sainte Cécile - St Louis des Français

Domenico Zampieri, dit Le Dominiquin (1581-1641) : la mort de Sainte Cécile
(fresque de la chapelle Polet, en l’église Saint-Louis des Français, à Rome)

Sixième leçon : 

   La vierge lui ayant répondu que toutes ses richesses avaient été distribuées aux pauvres, le préfet entra dans une si grande fureur, qu’il ordonna de la ramener chez elle, pour être brûlée dans la salle des bains. Elle y passa un jour et une nuit, sans ressentir aucunement les atteintes de la flamme. On envoya donc le bourreau qui, l’ayant frappée de trois coups de hache, et n’ayant pu lui trancher la tête, la laissa à moitié morte. Trois jours après, le dixième jour des calendes de décembre, sous l’empire d’Alexandre, son âme s’envola dans le ciel, parée de la double couronne du martyre et de la virginité. Le Pape Urbain inhuma lui-même son corps dans le cimetière de Calixte. On a fait de sa demeure une église consacrée sous son vocable. Son corps et ceux des Papes Urbain et Lucius, de Tiburce, de Valérien et de Maxime ont été transférés dans la Ville, par le souverain Pontife Pascal Ier, et déposés dans cette même église de sainte Cécile.

Oraison de la fête de Sainte Cécile :

     O Dieu, qui nous réjouissez par la solennité annuelle de la Bienheureuse Cécile, Votre Vierge et Martyre, daignez nous faire la grâce d’imiter par une vie sainte, les exemples de celle à qui nous rendons aujourd’hui nos hommages. Par Jésus-Christ…

Tombe de Sainte Cécile - confession de la basilique de Sainte-Cécile au Transtévère

Tombeau de Sainte Cécile
surmonté du chef-d’œuvre de Stefano Maderno reproduisant de manière exacte
le corps incorrompu de la sainte tel qu’il a pu le voir en 1599

(basilique de Sainte-Cécile au Transtévère, à Rome, édifiée à l’emplacement de la demeure de Sainte Cécile)

palmes

2022-122. Une question qui touche au fond des choses.

19 novembre 2022,
Fête de Saint Elisabeth de Hongrie, reine et veuve ;
Mémoire de Saint Pontien, pape et martyr ;
Trentième anniversaire du rappel à Dieu de Monsieur l’Abbé Bryan Houghton.

Eglise catholique de Bury St Edmund

Eglise catholique de Bury St Edmund (état actuel)
dont l’abbé Bryan Houghton fut curé de 1954 à 1969

       « J’ai été ordonné prêtre le 30 mars 1940 et, en juin de la même année, nommé à Slough, banlieue ouvrière de Londres. Ainsi naquit la paroisse Saint-Antoine dans une cité dortoir londonienne. En septembre 1954, je fus envoyé à Bury St Edmund où je me suis occupé de la paroisse St Edmund jusqu’au 29 novembre 1969. J’ai en effet démissionné de ma charge ce jour-là et, à minuit, j’ai quitté les lieux. Pourquoi ? Parce que le lendemain matin, premier dimanche de l’Avent, le nouvel Ordo Missae entrait en vigueur.
C’est, dira-t-on, beaucoup d’intrinsigeance et même d’extravagance. Peut-être. Mais il s’agissait d’une question qui touchait au fond des choses. Le fond des choses, c’est-à-dire la conduite des réformes en général et de la réforme liturgique en particulier…»
     
(Abbé Bryan Houghton, premières lignes de la « Dédicace » qui sert de préface à son livre « Le Mariage de Judith »).

   Nous avons déjà publié une brève notice biographique de Monsieur l’Abbé Bryan Houghton à l’occasion du centenaire de sa naissance (cf. > ici), et nous avons aussi cité le passage de son autobiographie dans lequel il raconte son arrivée à Viviers au mois de décembre 1969 (cf. > ici).
Ce samedi 19 novembre 2022, à l’occasion du trentième anniversaire de sa mort, les fidèles de la chapelle Notre-Dame de la Rose, à Montélimar, se recueilleront d’une manière particulière à sa pieuse mémoire, puisque c’est l’abbé Houghton qui a rendu cette chapelle au culte, et qu’il y a officié jusqu’à ce que Dieu le rappelât à Lui.

   Celui qui, enfant, avait reçu de son camarade cette magistrale leçon : « La Messe EST Jésus » (cf. > ici), avait bien compris, dès son instauration, que la réforme liturgique postconciliaire aboutissait à une protestantisation de la Messe catholique multiséculaire, et que, dans ces nouvelles liturgies de « l’Eglise du bavardage » (cf. > ici), tout comme dans les cultes issus de la prétendue Réforme, on y parlerait de Jésus, mais que ce ne serait plus exactement Jésus ! « Il s’agissait d’une question qui touchait au fond des choses » (cf. supra) : et le fond des choses, ce n’est rien moins que la doctrine catholique dans son intégralité.

abbé Bryan Houghton

   Si nous sommes attachés à la Sainte Messe latine traditionnelle, il faut le dire et le répéter à temps et à contretemps, c’est parce qu’elle est l’expression non équivoque de la foi traditionnelle de la Sainte Eglise : la foi reçue des Apôtres. Ce n’est pas une question de goûts personnels et de sensibilité, c’est une question de salut puisque « Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique : s’il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute pour l’éternité » (Saint Athanase – cf. > ici).
Et si nous ne voulons pas de la messe promulguée par Paul VI, c’est parce que cette liturgie protestantisée ne nous nourrit pas de la foi catholique, ne permet plus la transmission non équivoque de la foi traditionnelle (la preuve en est par le fait que, partout, elle a eu pour conséquence un affaiblissement de la foi, et des remises en question de l’enseignement traditionnel), ne nous greffe plus sur la Tradition vivante (et la preuve s’en trouve dans l’effondrement catastrophique de la pratique religieuse, et la débâcle des noviciats et des séminaires) : la liturgie postconcilaire n’est en définitive rien moins que mortifère ; depuis un demi-siècle elle engendre et accroît le déclin de la Chrétienté.
Notre-Seigneur nous a donné un critère infaillible de discernement : « A fructibus eorum cognoscetis eos : vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (Matth. VII, 16).

   Il y a, certes, dans les diocèses, quelques bons prêtres qui, quoique célébrant le Novus Ordo, ont la foi, sont pieux et zélés, et maintiennent encore vivants certains îlots de catholicité.
Outre le fait qu’ils sont d’une manière générale aux prises avec les méthodes terroristes des « laïcs engagés » modernistes, et qu’ils sont rarement soutenus par leurs confrères et par leur hiérarchie, on peut affirmer qu’ils sont catholiques malgré le nouvel Ordo Missae bien plus que grâce à lui, et parce qu’ils ont, par ailleurs, la volonté et prennent des moyens pour rester greffés sur la Tradition vivante de l’Eglise par une spiritualité forte, nourrie des écrits des Pères et des Docteurs, nourrie des exemples des saints, nourrie du Magistère authentique.

   La réforme liturgique postconciliaire a touché au fond des choses : elle a fragilisé les fondations, ébranlé le fondement, et, depuis, l’édifice a perdu sa stabilité, se lézarde, menace ruine.
L’actuel occupant du trône pontifical, dans son motu sordido intitulé « Les geoliers de la Tradition » ou « les gardiens de la trahison » (puisque ce sont des traductions également valables des mots latin Traditionis custodes) argumente en faveur de l’extermination de la célébration de la Messe latine traditionnelle en tentant de récupérer en sa faveur l’antique adage « Lex orandi, lex credendi » (La loi de la prière, c’est la loi de ce que l’on croit) et en prétextant qu’il ne peut donc, en raison de l’unité de la foi, y avoir deux missels. Cette argumentation de sophiste constitue en réalité un aveu : l’aveu que ce n’est pas la même foi qui est exprimée dans le missel latin traditionnel et dans le missel réformé après le concile vaticandeux, l’aveu que le changement de liturgie avait bien pour finalité de changer le fond des choses, l’aveu que si le Novus Ordo doit être hégémonique c’est afin de faire disparaître la foi traditionnelle et en imposer une nouvelle

    La fidélité à la foi reçue des Apôtres, la fidélité à la Tradition bimillénaire, la fidélité aux Pères et Docteurs de l’Eglise, la fidélité au Magistère authentique, la fidélité aux exemples des saints nous impose, au contraire, de conserver la Messe latine traditionnelle afin de rester pleinement catholiques nonobstant les menaces et objurgations des hiérarques qui ne remplissent plus leur mission d’authentiques gardiens de la Tradition et qui collaborent au travail de sape de la Chrétienté.

   Gratitude éternelle envers Monsieur l’Abbé Bryan Houghton, dont la vie et les exemples sont là pour nous rappeler que toucher au fond des choses c’est trahir la vérité, et qu’il vaut mieux être rejeté, calomnié, marginalisé, tenu pour rien et persécuté plutôt que d’abandonner notre sublime liturgie latine traditionnelle, vecteur et gardienne de la foi.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Cimetière de Viviers - tombe abbé Bryan Houghton

Tombe de Monsieur l’Abbé Houghton au cimetière de Viviers
(lui-même a insisté pour qu’on n’en retirât pas la mousse)

2022-121. « Aucune souffrance ne put faire fléchir le courage de ceux dans le cœur desquels l’amour de Dieu régnait en souverain. »

18 novembre,
Fête de la dédicace des basiliques de Saint Pierre et de Saint Paul ;
Mémoire de la Bienheureuse Marie du Refuge et de ses compagnes, vierges et martyres (cf. > ici).

       Depuis les débuts de l’Eglise, le martyre a été compris et célébré comme l’une des plus grandes preuves d’amour que l’homme puisse donner à Dieu : tous les Apôtres l’ont subi (car même si Saint Jean n’en est pas mort, il l’a néanmoins subi), et dans toute la suite des siècles jusqu’à nos jours d’innombrables cohortes de martyrs jalonnent l’histoire de la Sainte Eglise, lui apportant de nouveaux titres de gloire et une fécondité spirituelle renouvelée.
A la suite des Saints Pierre et Paul, qui ont répandu leur sang à Rome et dont les tombeaux, sur lesquels s’élèvent aujourd’hui de splendides basiliques, sont vénérés depuis les jours qui ont suivi leur ensevelissement, comme des « trophées », les Visitandines de Madrid dont nous célébrons aussi aujourd’hui la commémoraison, ont versé leur sang par amour.
Nous proposons donc à votre méditation ce court sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin qui exalte la grandeur du martyre.

Agneau mystique van Eyck - détail 1

Les divers chœurs des saints célébrant le culte de l’Agneau dans le paradis
(détail du retable de l’Agneau mystique de Jan Van Eyck – cathédrale Saint-Bavon, Gand)

nika

« Aucune souffrance ne put faire fléchir le courage de ceux dans le cœur desquels l’amour de Dieu régnait en souverain. »

Sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin
pour la fête des martyrs

§ 1. Les chrétiens célèbrent la gloire des martyrs dont la mort, comme celle de Jésus-Christ, est précieuse parce qu’elle est union à la croix :

   Nous chanterons avec amour le suave refrain du psaume spirituel ; nous célébrerons en chœur la mort des saints ; nous emprunterons au Prophète, au chantre du Saint-Esprit, ses accents inspirés, et y joignant notre voix, nous dirons : « La mort des saints est précieuse devant Dieu » (Ps. CXV, 15). Que le démon par lui-même ou par ses complices suscite contre les saints de Dieu des supplices d’une cruauté inouïe, qu’il les frappe à coups de fouets, qu’il les déchire avec des ongles de fer, qu’il les broie sur le chevalet, qu’il les brûle tout vivants, qu’il s’acharne sur leurs membres carbonisés, qu’il élève des croix, qu’il plante des poteaux, qu’il appelle les bêtes féroces, qu’il construise des précipices ; tout cela est vain, car ceux qui sont embrasés du désir des biens célestes, ceux qui attendent la récompense promise dans l’éternité, se montrent pleins de mépris pour les choses présentes ; la vie de la terre n’inspire que dégoût à ceux que possède l’amour de la vie éternelle. Celui qui porte sa croix et suit Jésus-Christ ne peut aimer le monde ; car ce monde est le foyer de tous les vices. De là cette parole de Jésus-Christ dans l’Evangile : « Si quelqu’un veut venir après Moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il porte sa croix et qu’il Me suive » (Matth. XVI, 24). « Qu’il porte sa croix », comme si Jésus-Christ eût dit : Qu’il porte Ma croix, car celui qui portera Ma croix la fera sienne. Celui donc qui aura porté la croix du Sauveur, aura part également à Sa récompense. Pour des âmes généreuses, la mort est comme l’abrégé de tous ces biens.

§ 2. La croix donne son sens aux souffrances du chrétien, par amour pour le Christ et dans la perspective de l’éternité :

   Viennent ensuite les persécutions extérieures, et la couronne du martyr sera complète quand arrivera le jour de la récompense : « Si quelqu’un veut venir après Moi, qu’il se renonce lui-même ». O précieuse jalousie de Dieu ! Selon cette parole : Notre Dieu est jaloux ; Il veut que vous L’aimiez jusqu’à commencer à vous haïr : aimez-Moi, dit-Il, et ne vous aimez pas vous-même ; renoncez-vous à vous-même et conservez vous pour Moi ; soyez Mien, ne soyez pas vôtre ; que votre vie soit suspendue à Ma croix, parce que Ma croix conserve votre vie. Je ne veux pas que vous vous aimiez ; aimez-Moi, car si vous M’aimez, vous vous aimerez ; tandis que vous aimer sans Moi, ce serait vous haïr. Aimez-vous cette vie ? Aimez plutôt Celui qui vous a donné la vie elle-même. Aimez-vous votre corps ? Aimez plutôt votre Créateur qui a formé votre corps. Pourquoi aimeriez-vous ce qui doit périr ? Aimez ce qui est éternel. L’amour des choses présentes est un amour périssable ; l’amour des choses futures est un amour éternel ; l’amour des choses présentes finit avec le temps présent, tandis que c’est par la mort elle-même que nous parvenons à la récompense de l’immortalité. C’est ainsi que les saints Prophètes en aimant le Seigneur ont haï le monde. C’est ainsi que ces trois enfants invincibles ont méprisé leur propre vie et ont triomphé de la flamme de la fournaise. C’est ainsi que Daniel, par l’empire de sa sainteté, a vaincu les bêtes féroces. Le vieillard Eléazar, malgré son grand âge, a pu montrer un courage héroïque, parce que dans sa jeunesse il avait foulé aux pieds le monde. La bienheureuse mère des Machabées, souffrant dans sa propre personne, après avoir souffert dans la personne de chacun de ses sept enfants, a surmonté son amour et son sexe, et a sacrifié les impulsions les plus naturelles de son coeur. Les Apôtres nous ont enseigné et ont prouvé par leur propre conduite qu’ils préféraient mourir pour Jésus-Christ plutôt que de vivre pour la terre ; leurs enseignements et leurs exemples rappellent sans cesse aux fidèles le bonheur de souffrir. Enfin les saints martyrs ont donné leur vie pour Jésus-Christ, et se sont renoncés eux-mêmes afin de se donner tout entiers à leur Créateur. Ils ont méprisé les supplices, les tourments, les croix, le feu, le gibet, les bêtes féroces ; aucune souffrance ne put faire fléchir le courage de ceux dans le cœur desquels l’amour de Dieu régnait en souverain.

§ 3. Le martyre est la grande victoire chrétienne :

   Les saints ont toujours méprisé cette misérable vie de la terre, et se montraient disposés à embrasser pour Dieu toutes les souffrances ; voilà pourquoi l’on peut dire de leur mort qu’elle « est précieuse devant Dieu » ; de toutes les choses du monde, aucune ne leur paraissait digne d’occuper leur cœur. Qu’ils soient suspendus à la croix, qu’ils soient jetés à la dent des bêtes féroces, leur mort, quelle qu’elle soit, est précieuse, parce qu’elle est la possession solennelle de leur foi. C’est d’eux que Salomon a dit : « Quoiqu’ils aient souffert toute sorte de tourments devant les hommes, leur espérance est pleine d’immortalité ; et après des souffrances d’un moment ils seront comblés de bonheur pendant l’éternité » (Sages. III, 4-5). De là aussi ces belles paroles de l’Apôtre : « Qui nous séparera de la charité de Jésus-Christ ? sera-ce l’affliction, les déplaisirs, la faim, la nudité, les périls, la persécution, le fer ? Selon qu’il est écrit : On nous fait mourir tous les jours pour l’amour de Vous, Seigneur ; on nous regarde comme des brebis destinées à être égorgées. Mais, parmi tous ces maux, nous demeurons victorieux par Celui qui nous a aimés. Car je suis assuré que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les choses futures, ni la violence, ni tout ce qu’il y a de plus haut ou de plus profond, ni aucune autre créature, ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu, en Jésus-Christ Notre-Seigneur » (Rom. VIII, 35-38).

Agneau mystique van Eyck - détail 2

L’Agneau immolé et victorieux
(détail du retable de l’Agneau mystique de Jan Van Eyck – cathédrale Saint-Bavon, Gand)

nika

2022-119. Sainte Gertrude la Grande, nous montre que le cœur d’une vie heureuse est l’amitié avec Jésus, et cette amitié s’apprend dans l’amour pour les Ecritures Saintes, dans l’amour pour la liturgie, dans la foi profonde, dans l’amour pour Marie…

16 novembre,
Fête de Sainte Gertrude d’Helfta, dite la Grande.

       Sainte Gertrude d’Helfta est l’une des plus grandes parmi les mystiques authentiques de la Sainte Eglise, et nous l’avons en grande vénération en notre Mesnil-Marie, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le dire, dès les commencements de cet humble blogue (cf. > ici, et > ici). Nous sommes donc heureux de vous livrer ci-dessous un excellent résumé de sa vie, de ses œuvres et de la doctrine spirituelle qu’elle a développée sous l’action des grâces très particulières d’union à Dieu dont elle a été gratifiée, qu’avait proposé Sa Sainteté le Pape Benoît XVI dans l’un de ses riches enseignements hebdomadaires.

Vision de Sainte Gertrude d'Helfta

Sainte Gertrude la Grande,
nous montre que le cœur d’une vie heureuse est l’amitié avec Jésus,
et cette amitié s’apprend dans l’amour pour les Ecritures Saintes,
dans l’amour pour la liturgie, dans la foi profonde,
dans l’amour pour Marie…

Catéchèse de
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 6 octobre 2010

Chers frères et sœurs,

   Sainte Gertrude la Grande, dont je voudrais vous parler aujourd’hui, nous conduit cette semaine aussi au monastère de Helfta, où sont nés certains des chefs-d’œuvre de la littérature religieuse féminine latino-allemande. C’est à ce monde qu’appartient Gertrude, l’une des plus célèbres mystiques, seule femme en Allemagne à recevoir l’épithète de «Grande», en raison de sa stature culturelle et évangélique : à travers sa vie et sa pensée, elle a influencé de manière singulière la spiritualité chrétienne. C’est une femme exceptionnelle, dotée de talents naturels particuliers et d’extraordinaires dons de grâce, d’une profonde humilité et d’un zèle ardent pour le salut du prochain, d’une intime communion avec Dieu dans la contemplation et de disponibilité à venir au secours des plus démunis.

   A Helfta, elle se mesure, pour ainsi dire, systématiquement à sa maîtresse Mathilde [ou Mechtilde] de Hackeborn, dont j’ai parlé à l’audience de mercredi dernier (cf. > ici) ; elle noue des relations avec Mathilde de Magdebourg, une autre mystique médiévale ; elle grandit en recevant les soins maternels, doux et exigeants, de l’abbesse Gertrude. De ces trois consœurs, elle puise des trésors d’expérience et de sagesse ; elle les élabore dans sa propre synthèse, en parcourant son itinéraire religieux avec une confiance sans limite dans le Seigneur. Elle exprime la richesse de la spiritualité non seulement de son monde monastique, mais aussi et surtout biblique, liturgique, patristique et bénédictin, avec un timbre tout à fait personnel et de façon très communicative.

   Elle naît le 6 janvier 1256, en la fête de l’Epiphanie, mais l’on ne sait rien ni de ses parents, ni de son lieu de naissance. Gertrude écrit que le Seigneur Lui-même lui révèle le sens de ce premier déracinement : «Je l’ai choisie pour ma demeure parce que je vois avec délices que tout ce que les hommes aiment dans cette Elue est mon œuvre propre […] Aussi je l’ai exilée en quelque sorte loin de tous ses parents, afin que personne ne l’aimât à ce titre et que je fusse le seul motif de l’affection qu’on aurait pour elle» (Les Révélations, I, 16).

   A l’âge de cinq ans, en 1261, elle entre au monastère, comme c’était souvent le cas à l’époque, pour la formation et l’étude. Elle y passe toute son existence, dont elle signale elle-même les étapes les plus significatives. Dans ses mémoires, elle rappelle que le Seigneur l’a prévenue avec une patience compatissante et une infinie miséricorde, en oubliant les années de l’enfance, de l’adolescence et de la jeunesse, passées — écrit-elle — «dans un tel aveuglement, que si vous ne m’aviez donné une horreur naturelle du mal, un attrait pour le bien avec les sages conseils de mon entourage, il me semble que je serais tombée dans toutes les occasions de faute, sans remords de conscience, absolument comme si j’avais été une païenne […]. Cependant Vous m’aviez choisie dès ma plus tendre enfance, afin de me faire grandir au milieu des vierges consacrées, dans le sanctuaire béni de la Religion» (ibid., II, 23 ).

   Gertrude est une étudiante extraordinaire, elle apprend tout ce que l’on peut apprendre des sciences du Trivium et du Quadrivium, la formation de cette époque ; elle est fascinée par le savoir et se donne tout entière à l’étude profane avec ardeur et ténacité, avec une réussite scolaire dépassant toutes les attentes. Si nous ne savons rien de ses origines, elle nous dit beaucoup de ses passions de jeunesse : littérature, musique et chant, art de l’enluminure la ravissent ; elle a un caractère fort, décidé, immédiat et impulsif ; elle dit souvent être négligente ; elle reconnaît ses défauts, elle en demande humblement pardon. Elle demande avec humilité conseil et prière pour sa conversion. Certains traits et défauts de son tempérament l’accompagneront jusqu’à la fin, au point de surprendre certaines personnes s’étonnant que le Seigneur lui donne une telle préférence.

   En tant qu’étudiante, elle se consacre ensuite entièrement à Dieu dans la vie monastique et pendant vingt ans, rien d’exceptionnel n’a lieu : l’étude et la prière constituent son activité principale. En raison de ses qualités, elle excelle parmi ses consœurs ; elle fait preuve de ténacité pour consolider sa culture dans divers domaines. Mais, au cours de l’Avent 1280, elle commence à ressentir un dégoût pour tout cela, en perçoit la vanité, et le 27 janvier 1281, quelques jours seulement avant la fête de la purification de la Vierge, vers l’heure des Complies, le soir, le Seigneur illumine ses denses ténèbres. Avec délicatesse et douceur, Il calme le trouble qui l’angoisse, trouble que Gertrude voit comme un don même de Dieu «pour renverser la tour de vaine gloire et de curiosité élevée par mon orgueil. Orgueil insensé car je ne méritais même pas de porter le nom et l’habit de la Religion. Toutefois c’était bien le chemin que vous choisissiez, ô mon Dieu, pour me révéler votre salut» (Ibid., II, 1, p. 87). La vision d’un jeune homme la guide pour démêler le nœud d’épines qui opprimait son âme, en la prenant par la main. Dans cette main, Gertrude reconnaît «les joyaux précieux des plaies sacrées qui ont annulé tous les titres qui pouvaient nous être opposés» (ibid., II, 1, p. 89), et reconnaît Celui qui sur la Croix nous a sauvés par Son Sang, Jésus.

   A partir de ce moment, sa vie de communion intime avec le Seigneur s’intensifie, en particulier au cours des temps liturgiques les plus significatifs — l’Avent et Noël, Carême et Pâques, les fêtes de la Vierge — même lorsque, malade, elle ne pouvait se rendre au chœur. C’est le même humus liturgique que Mathilde, sa maîtresse, que Gertrude décrit toutefois à travers des images, des symboles et des termes plus simples et linéaires, plus réalistes, avec des références plus directes à la Bible, aux Pères, au monde bénédictin.

   Sa biographe indique deux directions de ce que nous pourrions définir sa «conversion» particulière : dans les études, avec le passage radical des études humanistes profanes à celles théologiques, et dans l’observance monastique, avec le passage de la vie qu’elle qualifie de négligente à la vie de prière intense, mystique, avec une exceptionnelle ardeur missionnaire. Le Seigneur, qui l’avait choisie dans le sein maternel et qui l’avait fait participer, dès son enfance, au banquet de la vie monastique, la ramène par Sa grâce «des choses extérieures à la contemplation intérieure, des occupations terrestres au soin des choses célestes». Gertrude comprend alors qu’elle était restée loin de Lui dans une région de dissemblance, comme elle dit avec saint Augustin ; de s’être consacrée avec trop d’ardeur aux études libérales, à la sagesse humaine, en négligeant la science spirituelle, se privant du goût de la véritable sagesse ; elle est conduite à présent à la montagne de la contemplation, où elle se dépouille du vieil homme pour se revêtir de l’homme nouveau. «C’est ainsi que de grammairienne elle devint théologienne, relisant sans cesse les pages divines qu’elle pouvait se procurer, et remplissant son cœur des plus utiles et des plus douces sentences de la Sainte Ecriture. Aussi avait-elle toujours à sa disposition la Parole de Dieu afin de satisfaire ceux qui venaient la consulter et de réfuter toute idée fausse par des témoignages de la Sainte Ecriture employés si à propos, qu’on n’y trouvait rien à objecter» (ibid., I, 1, p. 25).

   Gertrude transforme tout cela en apostolat : elle se consacre à écrire et à divulguer la vérité de la foi avec clarté et simplicité, grâce et persuasion, servant avec amour et fidélité l’Eglise, au point d’être utile et appréciée par les théologiens et les personnes pieuses. Il nous reste peu de son intense activité, notamment en raison des événements qui conduisirent à la destruction du monastère d’Helfta. Outre Le Héraut de l’Amour Divin ou Les Révélationsil nous reste les Exercices spirituels, un rare joyau de la littérature mystique spirituelle.

   En ce qui concerne l’observance religieuse, notre sainte est «donc une très forte colonne de la Religion, un défenseur si zélé de la justice et de la vérité» (ibid., I, 1, ), dit sa biographe. A travers les mots et l’exemple, elle suscite chez les autres une grande ferveur. Aux prières et à la pénitence de la règle monastique, elle en ajoute d’autres avec une telle dévotion et un tel abandon confiant en Dieu, qu’elle suscite chez ceux qui la rencontrent la conscience d’être en présence du Seigneur. Et de fait, Dieu Lui-même lui fait comprendre qu’Il l’a appelée à être un instrument de Sa grâce. Gertrude se sent indigne de cet immense trésor divin, elle confesse qu’elle ne l’a pas conservé et valorisé. Elle s’exclame : «Je vous offre la douleur que j’éprouve [...] de ne m’être pas servie avec soin et révérence des dons que j’avais reçus. Ne m’eussiez-vous donné, en souvenir de vous, à moi si indigne, qu’un léger fil de lin, j’aurais dû le recevoir avec un respect infini» (ibid., I, 5). Mais, reconnaissant sa pauvreté et son indignité, elle adhère à la volonté de Dieu : «j’ai dû combattre mon goût personnel — affirme-t-elle —, et considérer qu’ayant si peu profité de Vos grâces, elles ne pouvaient m’avoir été accordées pour moi seule, puisque Votre sagesse éternelle ne se trompe en rien. O Dispensateur de tous les biens, qui m’avez comblée gratuitement de tant de grâces, faites au moins qu’en lisant cet écrit, le cœur d’un de Vos amis soit ému par Votre condescendance, et Vous remercie de ce que, pour l’amour des âmes, Vous avez conservé si longtemps au milieu des souillures de mon cœur une pierre précieuse d’un tel prix» (ibid., II, 5).

   En particulier, deux faveurs lui sont plus chères que toutes les autres, comme Gertrude l’écrit elle-même : «La première est l’empreinte que Vous avez formée sur mon cœur, par les splendides joyaux de Vos plaies sacrées. La seconde est cette blessure d’amour si profonde et si efficace que, (dussé-je vivre mille ans dans le plus complet délaissement), je goûterais sans cesse un bonheur ineffable au souvenir de ces deux bienfaits. Ils me seraient à chaque heure une source suffisante de consolation, de lumière et de gratitude. Pour ajouter à ces faveurs, Vous m’avez encore admise à l’incomparable familiarité de Votre tendresse, en m’offrant l’arche très noble de Votre divinité, c’est-à-dire Votre Cœur sacré, pour que j’y trouve mes délices [...]. Enfin Vous m’avez donné pour avocate Votre très douce Mère la bienheureuse Vierge Marie, me recommandant plusieurs fois à elle avec autant de tendresse qu’en mettrait un époux à confier à sa propre mère l’épouse qu’il s’est choisie» (ibid., II, 23).

   Tendue vers la communion sans fin, elle conclut sa vie terrestre le 17 novembre 1301 ou 1302 à l’âge d’environ 46 ans. Dans le septième Exercice, celui de la préparation à la mort, sainte Gertrude écrit : «O Jésus, Toi qui m’es immensément cher, sois toujours avec moi, pour que mon cœur demeure avec Toi et que Ton amour persévère avec moi sans possibilité de division et que mon trépas soit béni par Toi, afin que mon esprit, libéré des liens de la chair, puisse immédiatement trouver le repos en Toi. Amen» (Exercices, Milan 2006, p. 148).

   Il me semble évident que ces choses ne sont pas seulement des choses du passé, historiques, mais l’existence de sainte Gertrude reste une école de vie chrétienne, de voie droite, et nous montre que le cœur d’une vie heureuse, d’une vie véritable, est l’amitié avec Jésus, le Seigneur. Et cette amitié s’apprend dans l’amour pour les Ecritures Saintes, dans l’amour pour la liturgie, dans la foi profonde, dans l’amour pour Marie, de manière à connaître toujours plus réellement Dieu lui-même et le bonheur véritable, but de notre vie. Merci.

Sacré-Coeur

2022-118. Desseins de paix et d’amour.

23ème dimanche après la Pentecôte :
[Epitre : Philipp. III, 17-21 ; IV, 1-3 - Evangile : Matth. IX, 18-26]

Dicit Dominus - introït 23ème dimanche

Introït du 23ème dimanche après la Pentecôte

Desseins de paix et d’amour :

Présence de Dieu :

Accomplissez en moi, Seigneur, Vos desseins de paix et d’amour en me faisant ressusciter à une vie pleinement fervente.

Méditation :

   1 – Malgré l’idéal élevé, le désir de sainteté, nous nous retrouvons toujours pleins de misères, toujours en dette avec Dieu, et quand nous nous approchons de Lui, notre âme tremble à bon droit : comment nous accueillera-t-Il ? Ne nous repoussera-t-Il pas ?
La réponse diffère largement de celle que nous mériterions : « Je sais, Moi, le dessein que Je forme pour vous… dessein de paix et non de malheur… Alors, quand vous M’invoquerez et que vous viendrez M’adresser vos prières, Je vous écouterai… Je vous ramènerai en ce lieu d’où Je vous ai exilés » (Jérém. XXIX, 11, 12, 14).
Ces consolantes paroles, que nous lisons aujourd’hui dans l’Introït de la Messe, ouvrent notre cœur aux plus douces espérances : Dieu nous aime, en dépit de tout, Il est toujours notre Père et veut nous libérer de l’esclavage de nos passions, de notre faiblesse. Alors, spontanément, l’humble invocation de la Collecte nous monte aux lèvres : « Que Votre bonté, Seigneur, nous délivre des liens des péchés que notre faiblesse nous a fait contracter ». L’humilité, l’aveu sincère de nos torts, est toujours le point de départ de notre conversion.
Saint Paul nous parle de conversion dans l’épître : « Il en est beaucoup, je vous l’ai dit souvent et je le redis aujourd’hui avec larmes, qui se conduisent en ennemis de la Croix du Christ… Ils n’apprécient que les choses de la terre » (Philipp. III, 18, 19). Pratiquement, chaque fois que nous fuyons le sacrifice, que nous protestons contre la douleur, recherchons les satisfactions égoïstes, nous nous comportons en ennemis de la Croix de Jésus, et ainsi notre vie devient trop terrestre, trop attachée aux créatures, trop pesante pour tendre au Ciel.
Nous devons nous convertir, nous détacher, nous souvenir que « notre cité se trouve dans les cieux » (Philipp. III, 20), qu’il est donc nécessaire d’embrasser de bon gré les fatigues du voyage de retour vers la patrie bienheureuse. Pour nous encourager, Saint Paul nous met devant les yeux les splendeurs de la vie éternelle : « Le Seigneur Jésus-Christ transfigurera notre corps de misère pour le conformer à Son corps de gloire » (Philipp. III, 20, 21).
Tel est le « dessein de paix », tels sont les grands desseins d’amour que le Père céleste conçoit à notre sujet : nous libérer de l’esclavage du péché et nous conformer à Son Fils au point de nous rendre participants de Sa résurrection glorieuse. Desseins merveilleux, mais qui ne se réaliseront que si nous les secondons. « Ainsi donc, nous supplie l’Apôtre, mes frères bien-aimés et tant désirés, ma joie et ma couronne, tenez bons de la sorte dans le Seigneur » (Philipp. IV, 1).
Tenir bon, c’est-à-dire être stable dans la conversion, ferme dans l’humilité, la confiance, l’amour de la Croix.

guérison de l'hémorroïsse

   2 – L’Evangile de ce jour nous donne un exemple vivant de cette transformation que Dieu veut accomplir en nous et de la manière dont Il réalise Ses desseins de paix dans ceux qui s’approchent de Lui avec un cœur humble et confiant.
Avant tout l’hémorroïsse : son mal est tenace, il résiste depuis douze ans à tous les remèdes. La pauvre femme, humiliée et honteuse, n’ose pas, comme les autres malades, se présenter directement à Jésus. D’autre part, sa foi est si grande qu’« elle se disait en elle-même : Si seulement je touche Son manteau, je serai sauvée. Jésus se retournant l’aperçut et lui dit : Confiance, ma fille, ta foi t’a sauvée » (Matth. IX, 21-22). Aucune demande, aucune supplication extérieure, mais ce qui touche le Seigneur, c’est la prière de ce cœur humble, confiant, plein de foi.
Jésus veut guérir nos âmes, de même que l’hémorroïsse, mais Il attend des dispositions semblables aux siennes.
Trop facilement, nous nous contentions de prières dites du bout des lèvres, tandis que notre cœur est froid et absent. Jésus, au contraire, regarde le cœur, Il veut une prière qui parte du cœur, un cri d’humilité, de confiance, qui monte tout droit vers Son Cœur divin. Du reste, combien ne sommes-nous pas plus fortunés que l’hémorroïsse ! Elle parvient une seule fois à toucher la frange du manteau de Jésus, tandis que notre âme, dans la Sainte Communion, jouit du contact quotidien avec Son Corps et Son Sang. Oh ! si notre foi était grande comme un grain de sénevé !
Suit le second miracle. La fille de Jaïre n’est pas malade, elle est morte ; mais il n’est pas plus difficile à Jésus de ressusciter un mort que de guérir un malade. En vrai Seigneur de la vie et de la mort, Il « prit la main de la fillette et celle-ci se dressa ». Jésus est notre résurrection, non seulement pour la vie éternelle, lorsqu’à Son signe notre corps ressuscitera glorieux et rejoindra notre âme, mais Il est notre résurrection dès cette vie : résurrection de la mort du péché à la vie de la grâce, résurrection d’une vie tiède à une vie fervente et sainte.
Approchons-nous de Jésus avec l’humilité et la confiance de l’hémorroïsse, et prions-Le de tout cœur d’accomplir en nous Ses desseins d’amour, en nous arrachant à la médiocrité grise d’une vie spirituelle encore entravée par les liens de l’égoïsme, pour nous élancer résolument vers la sainteté.

résurrection de la fille de Jaïre

Colloque :

       « O Seigneur, comme nous payons mal Votre amitié, puisque nous redevenons si promptement Vos mortels ennemis ! Ah ! Qu’elle est grande Votre miséricorde ! Et quel ami plus patient pourrions-nous trouver ? Si pareille chose arrivait une seule fois entre deux amis, ils ne pourraient plus l’oublier et ils ne renoueraient jamais cette amitié étroite qui les unissait précédemment. Mais que de fois ne manquons-nous pas de cette manière envers Vous, et pendant combien d’années ne nous attendez-Vous pas? Soyez béni, ô mon Seigneur et mon Dieu, de ce que Vous nous supportez avec une si tendre compassion. On dirait que Vous oubliez Votre grandeur pour ne point châtier, comme il serait juste, une trahison aussi perfide ! » (Sainte Thérèse de Jésus, in « Pensées sur l’amour de Dieu » II).

   « O Jésus, Vous êtes ma paix, car par Vous j’ai accès près du Père, parce qu’il a plu au Père de pacifier par le Sang de Votre Croix tout ce qui est, soit sur la terre, soit dans les cieux.
Voilà Votre œuvre en face de toute âme de bonne volonté, et c’est le travail que Votre immense, Votre trop grand amour Vous presse de faire en moi. Vous voulez être ma paix. Par le Sang de Votre Croix, Vous pacifierez tout dans le petit ciel de mon âme… Vous me remplirez de Vous, Vous m’ensevelirez en Vous, me ferez vivre avec Vous de Votre vie.
Et si à tout instant je tombe, dans une foi confiante je me ferai relever par Vous, et je sais que Vous me pardonnerez, que Vous effacerez tout avec un soin jaloux ; plus que cela : Vous me dépouillerez, me délivrerez de mes misères, de tout ce qui fait obstacle à l’action divine ; Vous entraînerez toutes mes puissances et les ferez vos captives. Alors je serai toute passée en Vous et pourrai dire : Je ne vis plus, c’est Jésus-Christ qui vit en moi » (Sainte Elisabeth de la Trinité).

Rév. Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, ocd
in « Intimité divine ».

nika

2022-117. Saint Martin de Tours, un saint qui n’avait pas « l’esprit du concile » : Dieu merci !

11 novembre,
Fête de Saint Martin de Tours, évêque et confesseur, apôtre des Gaules.

Saint Martin - miracle de l'arbre consacré aux faux dieux

Le miracle de l’arbre consacré aux faux dieux
(détail d’un vitrail de l’église Saint-Martin de Chagny, au diocèse d’Autun-Châlons et Mâcon)

On trouvera les litanies de Saint Martin > ici

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Saint Martin de Tours (316-397), dont nous célébrons avec joie la fête le 11 novembre, est bien l’un des saints les plus populaires de la Chrétienté occidentale. Son prénom, devenu nom de famille, est, nous dit-on, le patronyme le plus fréquent en France, où 246 communes portent son nom et plus de 3.700 églises sont placées sous son vocable.
Son immense labeur apostolique lui mérite le titre d’« apôtre des Gaules » ; les miracles, dont il constata par lui-même qu’ils s’accomplissaient en grand nombre à son tombeau, exercèrent une influence non négligeable dans le processus de conversion du Roi Clovis.

   L’art (sculpture, peinture, vitrail, miniature) et la dévotion ont particulièrement illustré et magnifié la « charité de Saint Martin », c’est-à-dire la scène du partage du manteau (la chlamyde militaire) en faveur du mendiant transi de froid, un soir de l’hiver 334 à Amiens, au point que cette scène tend parfois à occulter tout le reste de la vie de Saint Martin.
Cette dernière nous est pourtant bien connue, avec force détails, grâce principalement au travail de Saint Sulpice Sévère (vers 363 – vers 410), qui avait été son disciple. 

   Je voudrais justement insister aujourd’hui sur l’un des aspects de l’apostolat de Saint Martin les moins mis en valeur de nos jours, alors qu’il est pourtant bien renseigné et attesté : sa lutte contre le paganisme dans les campagnes de la Gaule romaine.
Une lutte qui ne s’embarassait pas de considérations humaines, puisque
Saint Martin détruisait les temples des fausses divinités et s’attaquait matériellement aux cultes idolâtriques, Dieu confirmant par des miracles éclatants la vérité et la justice de telles actions

   Nous lisons ainsi dans la Vie de Saint Martin de Saint Sulpice Sévère : « En certain village, il avait détruit un temple fort ancien, et entrepris d’abattre un pin tout proche du sanctuaire. Mais alors, le prêtre de ce lieu et toute la foule des païens commencèrent à lui opposer de la résistance. Et ces mêmes gens qui pourtant – par la volonté de Dieu – n’avaient pas bougé pendant la démolition du temple, ne supportaient pas que l’on coupât l’arbre. Martin s’employait à leur faire observer qu’une souche n’avait rien de sacré : ils devaient plutôt suivre le Dieu qu’il servait lui-même ; il fallait couper cet arbre car il était consacré à un démon. Alors l’un d’eux, plus hardi que les autres : « Si tu as, dit-il, quelque confiance en ce Dieu que tu déclares adorer, nous couperons nous-mêmes l’arbre que voici, et toi, reçois-le dans sa chute. Et si ce Seigneur, que tu dis être le tien, est avec toi, tu en réchapperas ». Alors, gardant une confiance intrépide dans le Seigneur, Martin s’engage à le faire. A ce moment, toute cette foule de païens donnèrent leur accord à un tel défi, et ils se résignèrent facilement à la perte de leur arbre, pourvu que sa chute écrasât l’ennemi de leurs cérémonies. Et comme le pin penchait d’un côté, en sorte que l’on ne pouvait douter du côté où il devait s’abattre une fois coupé, on place Martin attaché, selon la volonté des paysans, à l’endroit où personne ne doutait que l’arbre dût tomber. Ils se mirent donc à couper eux-mêmes leur pin avec une allégresse et une liesse extrême. La foule des spectateurs étonnés se tenait à l’écart. Et déjà le pin vacillait peu à peu, et, sur le point de tomber, il menaçait de s’abattre. A l’écart, les moines palissaient ; épouvantés par l’approche du danger, ils avaient perdu toute espérance et toute foi, et n’attendaient plus que la mort de Martin. Mais lui, confiant dans le Seigneur, attendait intrépidement. Le pin, dans sa chute, avait déjà fait entendre un craquement, déjà il tombait, déjà il s’abattait sur lui, quand Martin élève sa main à la rencontre de l’arbre et lui oppose le signe du salut. Mais alors – on eût cru l’arbre repoussé en arrière dans une sorte d’ouragan –, il s’abattit du côté opposé, de sorte qu’il faillit écraser les paysans qui s’étaient tenus en lieu sûr. Mais alors une clameur s’élève au ciel, et les païens demeurent stupéfaits d’étonnement, les moines pleurent de joie, tous à l’unisson proclament le nom du Christ ; et l’on vit bien que, ce jour-là, le salut était arrivé pour ce pays. Car il n’y eut à peu près personne, dans cette immense foule de païens, qui ne réclamât l’imposition des mains et n’abandonnât l’erreur impie pour croire au Seigneur Jésus » (Sulpice Sévère – Vita Martini, chap. XIV).

Vitrail de l'abbatiale St Martin de Clamecy - détail

« Comment les païens voulaient faire mourir Saint Martin,
mais par le signe de la croix il abattit l’arbre de l’autre côté » :
détail d’un vitrail de la vie de Saint Martin
à l’abbatiale Saint-Martin de Clamecy.

   Cette conduite de Saint Martin contre les fausses religions n’est pas un cas isolé : on la retrouve dans la vie d’un très grand nombre de saints évangélisateurs, et elle se fonde sur l’exemple des saints Apôtres eux-mêmes, qui n’avaient pas reçu de Notre-Seigneur Jésus-Christ la mission de « dialoguer » avec les nations païennes ni de « s’ouvrir aux richesses » des cultes idolâtriques ni, non plus, de « recevoir avec respect les traditions spirituelles » des vieux paganismes, et pas davantage de mettre sur un pied d’égalité la véritable et unique religion révélée avec les croyances qui vouent des cultes aux forces de la nature ou aux démons.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit en définitive, et les paroles de Saint Paul à ce sujet ne sont pas équivoques : « Ce qu’immolent les païens, ils l’immolent aux démons et non à Dieu. Or je désire que vous n’ayez aucune société avec les démons : vous ne pouvez boire le calice du Seigneur et le calice des démons. Vous ne pouvez avoir part à la table du Seigneur et à la table des démons ! » (1 Cor. X, 20-21).
Ainsi, prendre part à un rituel « interreligieux », fut-ce dans l’enceinte du Vatican, et vénérer, par des prostrations et autres invocations ou simagrées, une idole figurant la « terre mère » et la « fécondité » – par exemple – n’a rien d’anodin, n’a rien de conforme à l’enseignement et à la pratique des Apôtres, n’a rien qui puisse être justifié par aucun des enseignements du Magistère catholique authentique et par les exemples des saints : c’est une abomination ; c’est « avoir part à la table des démons » ; c’est « avoir société avec les démons » ; c’est une trahison gravement coupable, un péché gravissime contre le premier commandement de Dieu.

Rituel païen dans les jardins du Vatican le 4 octobre 2019

4 octobre 2019 : rituel païen autour de l’idole « Pachamama » dans les jardins du Vatican

   Insistons avec force : ne pas s’opposer aux fausses religions, et – pour des raisons humaines parées de « valeurs humanistes » (la fraternité universelle, la paix dans le monde… etc.), dépourvues de toute vue surnaturelle – laisser finalement penser, aux chrétiens comme aux païens, que leurs croyances sont tout aussi « respectables » que la seule religion révélée et sont autant qu’elle des voies du salut, constitue un dangereux contre-témoignage, un scandale (c’est-à-dire, au sens étymologique une occasion de chute – cf. Matth. XVIII, 3) qui peut entraîner les fidèles dans l’indifférentisme ou diverses formes de syncrétisme, qui conforte les infidèles dans leurs erreurs, et qui, en définitive, peut les entraîner les uns comme les autres sur les chemins de la perdition éternelle.

   Si le respect dû aux personnes et à leur conscience est une chose essentielle, il n’y a en revanche aucun respect qui soit dû à l’erreur : il n’y a qu’une seule Vérité, qu’une seule religion véritable voulue et révélée par Dieu, et, pour l’honneur et la gloire de Dieu, on ne peut en aucune manière considérer que les cultes idolâtriques ou se réclamant d’une autre « révélation » (forcément fausse ou d’origine diabolique puisqu’il ne peut y avoir de contradiction en Dieu), sont conciliables avec l’amour de la Vérité, avec l’amour du Dieu unique, avec l’amour de l’unique Sauveur, Notre-Seigneur Jésus-Christ,  et avec l’amour de l’unique véritable Eglise fondée par Lui.

   Ainsi ce qui, à la suite de ces documents du concile vaticandeux qui se nomment « Gaudium et Spes », « Dignitatis humanae » et « Nostra aetate », a été développé comme étant « l’esprit du concile » puis « l’esprit d’Assise », est-il aux antipodes de la Vérité, aux antipodes de la Tradition authentique reçue des Apôtres, aux antipodes de la pratique des saints, comme nous l’avons montré par exemple pour notre cher Saint Martin. 

   Aussi, au jour du Jugement, les Saints Apôtres, les Saints missionnaires et évangélisateurs des nations, tous ceux qui par obéissance au commandement de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Allez ! Enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ; leur apprenant à garder tout ce que Je vous ai commandé » (Matth. XXVIII, 19-20), et « Allez dans tout l’univers et prêchez l’Evangile à toute créature : celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné » (Marc XVI, 15-16), n’avaient pas – Dieu merci ! – « l’esprit du concile », mais se sont dépensés pour étendre le Règne de Dieu et travailler au salut des âmes en combattant l’idolâtrie et les fausses croyances, se lèveront-ils pour prononcer en même temps que le Juge Suprême une sentence de réprobation éternelle envers ceux qui, laïcs ou clercs, auront dévoyé et trahi la Vérité de l’Evangile, et trahi la Charité qui leur commandaient – au mépris des considérations humaines – d’arracher les âmes aux séductions du démon à l’œuvre dans les fausses religions.

cathédrale de Bourges - Vitrail du Jugement dernier détail

Les réprouvés conduits en enfer
vitrail du Jugement dernier (détail) à la cathédrale de Bourges

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