Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2021-24. Vœux de Sa Majesté le Roi Louis XX aux Français à l’occasion de la fête de Pâques 2021.

Samedi Saint 3 avril 2021.

A la veille du Saint Jour de Pâques, ce Samedi Saint 3 avril 2021, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux, un peu après 22 h 30, ce message de Pâques à l’adresse des Français :

Illustration vœux royaux Pâques 2021

Chers Français,

Après 2019 où la France était meurtrie par l’incendie de Notre-Dame de Paris survenu durant la Semaine Sainte ; après 2020, où les fêtes de Pâques furent presque celles du retour à une Eglise des catacombes, voici qu’une nouvelle fois nous vivons une Semaine Sainte et une Fête de Pâques dans des conditions anormales.
Quand donc retrouverons nous la possibilité d’exprimer librement, en famille, dans la joie de la Résurrection, la Foi bi-milllénaire de la fille aînée de l’Eglise ?
Que l’on soit croyant ou non, les fêtes religieuses font partie de notre héritage et de la mémoire de la France. Ne pas pouvoir les vivre dans leur plénitude est une atteinte à ce qui unit tous les Français dans une histoire où tous puisent de communes racines.
Mes pensées et celles de la Princesse Marie-Marguerite se tournent vers toutes les familles et particulièrement les personnes seules et les malades afin que, malgré les conditions difficiles, elles puissent retrouver dans cette Fête de Pâques, l’Espérance dont elles ont toutes un si grand besoin.

Que Notre-Dame, que Saint-Louis et tous les saints et saintes de France protègent les familles.

Louis de Bourbon,
Duc d’Anjou.

grandes armes de France

2021-23. Nous avons lu et nous avons aimé : « La Semaine Sainte réformée sous Pie XII – bref examen critique ».

En mars 2011, l’excellent site « Liturgia » de la Schola Sainte Cécile, commençait la publication d’une série d’excellents articles consacrés à l’étude de la réforme liturgique de la Semaine Sainte accomplie dans les dernières années du pontificat de Pie XII.
L’article d’introduction à cette étude (pas encore totalement publiée) commençait ainsi :
« Tous ceux qui s’intéressent aux antécédents de la réforme liturgique de 1969 ne manquent pas de s’intéresser aux deux grandes réformes qu’à connu le XXème siècle, à savoir la réforme du bréviaire conduite sous saint Pie X en 1911 et celle de la Semaine Sainte menée sous le Pape Pie XII en 1955, quelques années avant le Concile Vatican II.
A l’approche de la Semaine Sainte, il parait intéressant d’examiner le détail de ce qui a été modifié lors de la réforme de 1955. Si dans le monde traditionnel, beaucoup savent confusément qu’une réforme de la Semaine Sainte a eu lieu en 1955, peu connaissent ce qui a exactement été réformé et comment. Promulguée par le décret Maxima redemptionis nostrae mysteria de la Sacrée Congrégation des Rites le 16 novembre 1955, la Semaine Sainte réformée témoigne de l’activité de réforme liturgique qui précéda immédiatement le concile et engendra le rit de 1969. »

Nous ne pouvons qu’encourager avec force les amoureux de la liturgie authentiquement catholique et de la vérité historique à lire et à approfondir ces articles : pour ce faire il suffit de se rendre > ici (introduction dont nous avons cité ci-dessus les premières lignes), puis de suivre les liens donnés en fin de texte pour se rendre vers les articles subséquents.

Pour ceux qui souhaiteraient au préalable avoir un aperçu plus concis des tenants et aboutissants de cette réforme liturgique qui prépara celle qui suivi le concile vaticandeux et la ruine de la Sainte Messe catholique dans les paroisses, il existe un tout petit livre (à peine 75 pages) publié par Monsieur l’Abbé Olivier Rioult (prêtre ordonné dans la Fraternité Saint Pie X mais qui n’en fait plus partie aujourd’hui) aux éditions Saint Agobard qu’il a fondées et dirige. Si toutes les publications de ce prêtre ne sont pas également recommandables, cet opuscule, lui, est particulièrement intéressant et digne d’attention. Ce pourquoi nous nous permettons d’en faire la promotion ici.

En effet, la réforme des rites de la Semaine Sainte sous le pontificat de Pie XII avait déjà pour artisan le Révérend Père Annibale Bugnini de sulfureuse mémoire, si bien que, dans le missel de 1962, utilisé dans la plupart des chapelles et églises où est pratiquée la liturgie antéconciliaire, la célébration de la Semaine Sainte selon ces nouveaux rites promulgués en 1956 (et que beaucoup imaginent être traditionnels) fait véritablement figure d’un cheval de Troie dans la liturgie authentiquement traditionnelle.

En 2018, de manière discrète et parcimonieuse, le Saint Siège a autorisé « expérimentalement » la reprise des rites millénaires antérieurs à cette réforme de la Semaine Sainte, qui a été fallacieusement qualifiée de « restauration ».
Peut-être vous souvenez-vous que justement nos avons publié dans les pages de ce blogue plusieurs « reportages » sur cette célébration de la Semaine Sainte selon les rites authentiquement traditionnels (à partir > d’ici) : il vous est toujours loisible de vous y reporter.

la-semaine-sainte-reformee-sous-pie-xii-abbe-olivier-rioult

Quatrième de couverture :

En 1951, Pie XII autorisait, à titre d’essai, la célébration de la Vigile pascale au cours de la nuit. Puis en 1955, il rendait obligatoire une réforme de toute la Semaine sainte.
Le problème est que la principale cheville ouvrière de la commission qui a œuvré à cette réforme ne fut autre que son secrétaire : Mgr Annibale Bugnini. Ce “fossoyeur de la Messe” qui en 1969, avant de tomber en disgrâce en 1975, pouvait se « rendre dans le bureau » de Paul VI « et lui faire signer tout ce qu’il veut ».
Comment le Père Carlo Braga, bras droit de Bugnini et directeur d’une célèbre revue liturgique, pouvait-il écrire au sujet de la réforme qu’elle était « un bélier qui a pénétré dans la forteresse de notre liturgie » ?
Pourquoi Mgr Gromier, éminent liturgiste et cérémoniaire papal sous Pie XII s’était-il permis, publiquement, d’en faire une critique sans concession ?
Pourquoi même les meilleurs, et parmi eux l’Abbé Berto futur théologien de Mgr Lefebvre au concile Vatican II, n’ont-ils pas vu que la question de l’horaire de la Vigile n’était qu’un prétexte pour bouleverser les rites séculaires de la Semaine Sainte ?
Quels ont été ces changements substantiels opérés depuis le dimanche des Rameaux jusqu’à la Vigile pascale ?
Le bref examen, aussi court et précis que possible, se propose de faire la synthèse critique de cette réforme qui déstabilisa la liturgie romaine dans ses jours les plus saints de l’année.

Pour commander cet ouvrage > ici

2021-22. Saint Jean Damascène, « personnage de premier plan dans l’histoire de la théologie byzantine » et « grand docteur dans l’histoire de l’Eglise universelle ».

Présentation de Saint Jean Damascène

par
Sa Sainteté le pape Benoît XVI

à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 6 mai 2009

 Saint Jean Damascène

Chers frères et sœurs,

Je voudrais parler aujourd’hui de Jean Damascène, un personnage de premier plan dans l’histoire de la théologie byzantine, un grand docteur dans l’histoire de l’Eglise universelle. Il représente surtout un témoin oculaire du passage de la culture chrétienne grecque et syriaque, commune à la partie orientale de l’Empire byzantin, à la culture de l’islam, qui s’est imposée grâce à ses conquêtes militaires sur le territoire reconnu habituellement comme le Moyen ou le Proche Orient.
Jean, né dans une riche famille chrétienne, assuma encore jeune la charge – remplie déjà sans doute par son père – de responsable économique du califat. Mais très vite, insatisfait de la vie de la cour, il choisit la vie monastique, en entrant dans le monastère de Saint-Saba, près de Jérusalem. C’était aux environs de l’an 700. Ne s’éloignant jamais du monastère, il consacra toutes ses forces à l’ascèse et à l’activité littéraire, ne dédaignant pas une certaine activité pastorale, dont témoignent avant tout ses nombreuses Homélies. Sa mémoire liturgique est célébrée le 4 décembre (note : marqué au 4 décembre dans le calendrier réformé après le second concile du Vatican, Saint Jean Damascène est célébré le 27 mars dans le calendrier antérieur à la réforme). Le Pape Léon XIII le proclama docteur de l’Eglise universelle en 1890.

En Orient, on se souvient surtout de ses trois Discours pour légitimer la vénération des images sacrées, qui furent condamnés, après sa mort, par le Concile iconoclaste de Hiéria (754). Mais ces discours furent également le motif fondamental de sa réhabilitation et de sa canonisation de la part des Pères orthodoxes convoqués par le second Concile de Nicée (787), septième Concile œcuménique. Dans ces textes, il est possible de retrouver les premières tentatives théologiques importantes de légitimer la vénération des images sacrées, en les reliant au mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu dans le sein de la Vierge Marie.

Jean Damascène fut, en outre, parmi les premiers à distinguer, dans le culte public et privé des chrétiens, l’adoration (latreia) de la vénération (proskynesis) :  la première ne peut être adressée qu’à Dieu, suprêmement spirituel, la deuxième au contraire peut utiliser une image pour s’adresser à celui qui est représenté dans l’image même. Bien sûr, le saint ne peut en aucun cas être identifié avec la matière qui compose l’icône. Cette distinction se révéla immédiatement très importante pour répondre de façon chrétienne à ceux qui prétendaient universel et éternel l’observance de l’interdit sévère de l’Ancien Testament d’utiliser des images dans le culte. Tel était le grand débat également dans le monde islamique, qui accepte cette tradition juive de l’exclusion totale d’images dans le culte. Les chrétiens, en revanche, dans ce contexte, ont débattu du problème et trouvé la justification pour la vénération des images. Damascène écrit :  « En d’autres temps, Dieu n’avait jamais été représenté en image, étant sans corps et sans visage. Mais à présent que Dieu a été vu dans sa chair et a vécu parmi les hommes, je représente ce qui est visible en Dieu. Je ne vénère pas la matière, mais le créateur de la matière, qui s’est fait matière pour moi et a daigné habiter dans la matière et opérer mon salut à travers la matière. Je ne cesserai donc pas de vénérer la matière à travers laquelle m’a été assuré le salut. Mais je ne la vénère absolument pas comme Dieu ! Comment pourrait être Dieu ce qui a reçu l’existence à partir du non-être ?… Mais je vénère et respecte également tout le reste de la matière qui m’a procuré le salut, car pleine d’énergie et de grâces saintes. Le bois de la croix trois fois bénie n’est-il pas matière ? L’encre et le très saint livre des Evangiles ne sont-ils pas matière ? L’autel salvifique qui nous donne le pain de vie n’est-il pas matière ?…. Et, avant tout autre chose, la chair et le sang de mon Seigneur ne sont-ils pas matière ? Ou bien tu dois supprimer le caractère sacré de toutes ces choses, ou bien tu dois accorder à la tradition de l’Eglise la vénération des images de Dieu et celle des amis de Dieu qui sont sanctifiés par le nom qu’ils portent, et qui, pour cette raison, sont habités par la grâce de l’Esprit Saint. N’offense donc pas la matière :  celle-ci n’est pas méprisable ; car rien de ce que Dieu a fait n’est méprisable » (Contra imaginum calumniatores, I, 16, ed; Kotter, pp. 89-90). Nous voyons que, à cause de l’incarnation, la matière apparaît comme divinisée, elle est vue comme la demeure de Dieu. Il s’agit d’une nouvelle vision du monde et des réalités matérielles. Dieu s’est fait chair et la chair est devenue réellement demeure de Dieu, dont la gloire resplendit sur le visage humain du Christ. C’est pourquoi, les sollicitations du Docteur oriental sont aujourd’hui encore d’une très grande actualité, étant donnée la très grande dignité que la matière a reçue dans l’Incarnation, pouvant devenir, dans la foi, le signe et le sacrement efficace de la rencontre de l’homme avec Dieu. Jean Damascène reste donc un témoin privilégié du culte des icônes, qui deviendra l’un des aspects les plus caractéristiques de la théologie et de la spiritualité orientale jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit toutefois d’une forme de culte qui appartient simplement à la foi chrétienne, à la foi dans ce Dieu qui s’est fait chair et s’est rendu visible. L’enseignement de saint Jean Damascène s’inscrit ainsi dans la tradition de l’Eglise universelle, dont la doctrine sacramentelle prévoit que les éléments matériels issus de la nature peuvent devenir un instrument de grâce en vertu de l’invocation (epiclesis) de l’Esprit Saint, accompagnée par la confession de la foi véritable.

Jean Damascène met également en relation avec ces idées de fond la vénération des reliques des saints, sur la base de la conviction que les saints chrétiens, ayant participé de la résurrection du Christ, ne peuvent pas être considérés simplement comme des « morts ». En énumérant, par exemple, ceux dont les reliques ou les images sont dignes de vénération, Jean précise dans son troisième discours en défense des images : « Tout d’abord (nous vénérons) ceux parmi lesquels Dieu s’est reposé, lui le seul saint qui se repose parmi les saints (cf. Is 57, 15), comme la sainte Mère de Dieu et tous les saints. Ce sont eux qui, autant que cela est possible, se sont rendus semblables à Dieu par leur volonté et, par l’inhabitation et l’aide de Dieu, sont dits réellement dieux (cf. Ps 82, 6), non par nature, mais par contingence, de même que le fer incandescent est appelé feu, non par nature mais par contingence et par participation du feu. Il dit en effet :  Vous serez saint parce que je suis saint (Lv 19, 2) » (III, 33, col. 1352 A). Après une série de références de ce type, Jean Damascène pouvait donc déduire avec sérénité :  « Dieu, qui est bon et supérieur à toute bonté, ne se contenta pas de la contemplation de lui-même, mais il voulut qu’il y ait des êtres destinataires de ses bienfaits, qui puissent participer de sa bonté:  c’est pourquoi il créa du néant toutes les choses, visibles et invisibles, y compris l’homme, réalité visible et invisible. Et il le créa en pensant et en le réalisant comme un être capable de pensée (ennoema ergon) enrichi par la parole (logo[i] sympleroumenon) et orienté vers l’esprit (pneumati teleioumenon) » (II, 2, PG, col. 865A). Et pour éclaircir ultérieurement sa pensée, il ajoute :  « Il faut se laisser remplir d’étonnement (thaumazein) par toutes les œuvres de la providence (tes pronoias erga), les louer toutes et les accepter toutes, en surmontant la tentation de trouver en celles-ci des aspects qui, a beaucoup de personnes, semblent injustes ou iniques (adika), et en admettant en revanche que le projet de Dieu (pronoia) va au-delà des capacités cognitives et de compréhension (agnoston kai akatalepton) de l’homme, alors qu’au contraire lui seul connaît nos pensées, nos actions et même notre avenir » (II, 29, PG, col. 964C). Du reste, Platon disait déjà que toute la philosophie commence avec l’émerveillement :  notre foi aussi commence avec l’émerveillement de la création, de la beauté de Dieu qui se fait visible.

L’optimisme de la contemplation naturelle (physikè theoria), de cette manière de voir dans la création visible ce qui est bon, beau et vrai, cet optimisme chrétien n’est pas un optimisme naïf : il tient compte de la blessure infligée à la nature humaine par une liberté de choix voulue par Dieu et utilisée de manière impropre par l’homme, avec toutes les conséquences d’un manque d’harmonie diffus qui en ont dérivées. D’où l’exigence, clairement perçue par le théologien de Damas, que la nature dans laquelle se reflète la bonté et la beauté de Dieu, blessées par notre faute, « soit renforcée et renouvelée » par la descente du Fils de Dieu dans la chair, après que de nombreuses manières et en diverses occasions Dieu lui-même ait cherché à démontrer qu’il avait créé l’homme pour qu’il soit non seulement dans l’ »être », mais dans le « bien-être » (cf. La foi orthodoxe, II, 1, PG 94, col. 981°). Avec un enthousiasme passionné, Jean explique : « Il était nécessaire que la nature soit renforcée et renouvelée et que soit indiquée et enseignée concrètement la voie de la vertu (didachthenai aretes hodòn), qui éloigne de la corruption et conduit à la vie éternelle… C’est ainsi qu’apparut à l’horizon de l’histoire la grande mer de l’amour de Dieu pour l’homme (philanthropias pelagos)… ». C’est une belle expression. Nous voyons, d’une part, la beauté de la création et, de l’autre, la destruction accomplie par la faute humaine. Mais nous voyons dans le Fils de Dieu, qui descend pour renouveler la nature, la mer de l’amour de Dieu pour l’homme. Jean Damascène poursuit : « Lui-même, le Créateur et le Seigneur, lutta pour sa créature en lui transmettant à travers l’exemple son enseignement… Et ainsi, le Fils de Dieu, bien que subsistant dans la forme de Dieu, abaissa les cieux et descendit… auprès de ses serviteurs… en accomplissant la chose la plus nouvelle de toutes, l’unique chose vraiment nouvelle sous le soleil, à travers laquelle se manifesta de fait la puissance infinie de Dieu » (III, 1. PG 94, coll. 981C-984B).

Nous pouvons imaginer le réconfort et la joie que diffusaient dans le cœur des fidèles ces paroles riches d’images si fascinantes. Nous les écoutons nous aussi, aujourd’hui, en partageant les mêmes sentiments que les chrétiens de l’époque : Dieu veut reposer en nous, il veut renouveler la nature également par l’intermédiaire de notre conversion, il veut nous faire participer de sa divinité. Que le Seigneur nous aide à faire de ces mots la substance de notre vie.

Note :
Dans ce blogue, on trouvera des extraits d’une homélie de Saint Jean Damascène
à l’occasion de la fête de la Nativité de la Très Sainte Vierge > ici

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

2021-19. Vie de foi de Saint Joseph.

10 mars,
Fête de Sainte Marie-Eugénie de Jésus, vierge (cf. > ici) ;
Commémoraison des Saints Quarante Martyrs de Sébaste ;
Commencement de la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Joseph (cf. > ici).

Saint Joseph - vitrail

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A votre école, ô glorieux Saint Joseph, je désire apprendre à vivre de foi, me laissant guider en tout par la divine Providence.

Méditation :

1. – L’attitude fondamentale de la vie de Saint Joseph est toute de confiance et d’abandon à Dieu ; elle jaillit de sa foi. Saint Matthieu dit qu’il était « un homme juste » (Matth. I, 19) ; or la Sainte Ecriture enseigne que « le juste vit de foi » (Rom. I, 17), et on peut bien affirmer qu’aucune créature – après la Très Sainte Vierge – n’a vécu de foi autant que Joseph. Ayant passé sa vie, en effet, dans la sphère du mystère de l’Incarnation, il a dû nécessairement traverser toutes ces obscurités qui enveloppèrent l’accomplissement du grand mystère. Joseph eut donc besoin d’une grande foi, continuellement nourrie de souffrance et imprégnée d’angoisse. Les perplexités soulevées en lui par la maternité mystérieuse de Marie, la pauvreté extrême et les inquiétudes de Bethléem, les privations de la fuite en Egypte, firent gémir son âme délicate, au point qu’aux moments les plus graves, il eut besoin de l’intervention d’un Ange, pour le soutenir et l’introduire dans les profondeurs du mystère divin qui se déroulait sous ses yeux. Et Joseph se laissa guider avec la docilité et la confiance aveugle d’un enfant. L’Evangile rapporte quatre faits qui en témoignent :
1° L’Ange met fin à ses angoisses en lui ordonnant de prendre chez lui Marie, sa très sainte Epouse, « car ce qui est né en elle est l’œuvre de l’Esprit Saint ». Joseph n’hésite pas un instant et fait « ce que lui avait commandé l’Ange du Seigneur » (Matth. I, 20 et 24).
2° L’Ange l’avertit de « prendre l’Enfant et sa mère et de fuir en Egypte » (Matth. II, 13) : sans délai, au cœur de la nuit, le Saint se lève pour exécuter l’ordre. La fuite présentait objectivement d’énormes difficultés : les très grandes incommodités et les dangers du voyage, la pauvreté extrême, l’exil en terre étrangère. Mais l’Ange a parlé et Joseph obéit.
3° Après la mort d’Hérode, l’Ange lui ordonne de retourner dans la terre d’Israël.
4° L’Ange l’avise de se retirer en Galilée (cf. Matth. II, 19-23).
Nous avons ici quatre actes de foi et d’obéissance aveugle. Joseph n’hésite ni ne raisonne, il n’oppose aucune objection parce qu’il se confie totalement en Dieu, qu’il croit pleinement en Lui, en sa parole, en sa divine Providence.

Songe de Saint Joseph - église Notre-Dame de Sablé-sur-Sarthe

Songe de Saint Joseph
(détail d’un vitrail de l’église Notre-Dame de Sablé-sur-Sarthe)

2. – Toute la vie de Saint Joseph se résume en une adhésion ininterrompue au plan divin, même si celui-ci comporte pour lui des situations fort mystérieuses et obscures.
Dans notre vie aussi, il y a toujours un peu de mystère, soit parce que Dieu aime travailler d’une manière cachée, secrète, soit parce que son action est toujours impénétrable à notre pauvre intelligence humaine. Il y faut donc ce regard de foi, cette confiance totale qui, en s’appuyant sur la bonté infinie de Dieu, nous convainc que toujours, et à travers toutes les circonstances, Il veut notre bien et dispose tout à cette fin. Seule cette confiance nous permettra, comme Saint Joseph, de dire toujours oui à quelque manifestation que ce soit de la volonté divine, un oui humble, prompt, confiant, malgré les obscurités, les difficultés, le mystère… Dieu s’est servi des Anges pour manifester sa volonté à Joseph ; pour nous, Il se sert de nos supérieurs qui, comme les Anges, sont ses messagers, ses envoyés. Obéissons avec la simplicité de Joseph, assurés que Dieu peut se servir de n’importe quelle personne, de n’importe quelle circonstance, pour nous faire connaître et réaliser son divin vouloir, exactement comme Il s’est servi de l’édit de César pour conduire Joseph à Bethléem où devait naître Jésus. L’empereur romain avait bien d’autres intentions, mais Dieu s’est servi de cet acte politique pour effectuer le plan de l’Incarnation. Il est toujours vrai que Dieu gouverne et dirige tout vers l’accomplissement de sa volonté.
Une autre caractéristique de la vie de Saint Joseph est de s’être consacré entièrement à la mission confiée par Dieu à ses soins : être le gardien et le soutien de Jésus et de sa Mère. Joseph ne vit pas pour lui-même, pour ses intérêts personnels, mais uniquement pour Dieu qu’il sert en Jésus et Marie. Saint Joseph est ainsi le vrai modèle des âmes intérieures, des âmes qui aspirent à vivre totalement pour et avec Dieu, dans l’accomplissement de la mission qu’elles ont reçue de Lui.

St Joseph charpentier -  This splendid stained glass window is by Sir Ninian Comper and is in the Lady chapel of Downside Abbey church.  - 4215794179_bf3edea644_o

L’atelier de Saint Joseph
(vitrail de Sir Ninian Comper – chapelle de la Vierge, église de Downside Abbey)

Colloque :

« O Joseph, combien je vous aime ! Comme j’aime à penser à votre vie toute simple et si humble ! Comme nous, vous avez vécu de foi. Je vous contemple dans la petite maison de Nazareth, à côté de Jésus et de Marie, tout occupé à travailler pour eux. Il me semble vous voir raboter, puis vous essuyer le front de temps en temps, et vous hâter pour terminer à temps le travail à remettre aux clients. Bien que vivant à côté du Fils de Dieu, votre vie a été tout ordinaire, car Jésus ne faisait certainement pas de miracles inutiles. Dans votre vie, tout s’est passé comme dans la nôtre. Et que de peines, de fatigues, de périls ! Oh ! Comme on serait étonné si on savait tout ce que vous avez souffert ! » (cf. Ste Thérèse de l’Enfant Jésus in « Conseils et Souvenirs » et « Novissima Verba »).
« Je ne sais comment on peut penser à la Reine des Anges et à toutes les souffrances qu’elle a endurées en compagnie de l’Enfant Jésus, sans penser à vous, glorieux Saint Joseph, sans vous remercier de les avoir si bien aidés ! Il me semble que, pour ce motif, les personnes d’oraison vous doivent une affection toute spéciale…
Une longue expérience m’a montré les grâces que vous nous obtenez de Dieu, c’est pourquoi je voudrais convaincre toutes les âmes qu’elles doivent vous porter une grande dévotion. Je n’ai pas connu une seule personne, ayant une vraie dévotion pour vous, et vous honorant d’un culte particulier, qui n’ait fait de sensibles progrès dans la vertu. Vous aidez d’une manière toute spéciale les âmes qui se recommandent à vous…
J’ai vu clairement que votre secours a été toujours plus grand que ce que j’aurais espéré. Je ne me souviens pas d’avoir jamais imploré de vous une grâce sans l’avoir obtenue immédiatement. Le Seigneur veut nous faire comprendre par là que, s’Il vous a été soumis sur la terre, où en votre qualité de Père et de gardien, vous pouviez Lui commander, Il répond également au ciel à toutes vos suppliques » (cf. Ste Thérèse de Jésus, in « Vie » aux chap. V et VI).
O cher Saint Joseph, c’est donc avec une pleine confiance que je me mets sous votre protection ; enseignez-moi à vivre comme vous, de foi et d’abandon à Dieu, apprenez-moi à vivre uniquement pour Lui, en me consacrant tout entier à son service.

Rd Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, ocd.
in « Intimité divine », sanctoral du mois de mars.

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On trouvera aussi dans les pages de ce blogue :
- les prières de Saint François de Sales, du Bienheureux Pie IX et de Léon XIII > ici :
- une proposition de neuvaine pour préparer la fête de St Joseph > ici ;
- les salutations de Saint Jean Eudes à Saint Joseph > ici ;
- une prière à Saint Joseph de Bon Espoir > ici ;
- le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle » > ici ;
- « De Saint Joseph et de Sainte Thérèse de Jésus » > ici ;
Plus plaisamment, vous pourrez aussi vous reporter aux deux petites B.D. consacrées à Saint Joseph :
« Saint Joseph et le placage » > ici,
et « Ite ad Ioseph ! » > ici .

2021-18. Nous avons lu : « Marie-Clotilde de France, la sœur oubliée de Louis XVI » de Dominique Sabourdin-Perrin.

7 mars,
Dies natalis de la Vénérable Marie-Clotilde de France (cf. > ici).

La Vénérable Marie-Clotilde de France en habit de tertiaire

La Vénérable Marie-Clotilde de France, Reine de Piémont-Sardaigne
(23 septembre 1759 – 7 mars 1802)

Lorsque, en 2015, j’avais rédigé dans les pages de ce blogue (cf. > ici) une notice biographique sur « Madame Clotilde », j’écrivais ces lignes : « (…) il n’existe pas de biographie récente en langue française, et il faut déployer des trésors de patience et de persévérance pour mettre la main sur les ouvrages anciens ». L’année 2020 aura permis un changement en ce domaine puisque Madame Dominique Sabourdin-Perrin, historienne qui a déjà été remarquée par ses ouvrages – entre autres – sur la Famille Royale pendant la révolution, a fait paraître aux éditions Salvator un livre de plus de 300 pages intitulé « Marie-Clotilde de France, la sœur oubliée de Louis XVI ».

La lecture de cet ouvrage est aisée, presque pédagogique pourrait-on dire, et tout en nous plongeant dans l’histoire, elle nous livre une assez bonne présentation de la vie de cette Fille de France devenue Reine de Piémont-Sardaigne qui est parvenue à un très haut degré de perfection chrétienne.

Quatrième de couverture :

Qui se souvient de la vénérable Marie-Clotilde de France (1759-1802), la sœur oubliée de Louis XVI et de Madame Élisabeth, dont pourtant le pape Jean-Paul II a reconnu en 1982 l’héroïcité des vertus ? Son mariage a été le dernier célébré à Versailles en 1775, juste après le sacre de Louis XVI. Elle épouse alors le prince de Piémont-Sardaigne et part vivre à Turin. Avec son mari, elle va recevoir à sa cour toute l’émigration française, dont ses frères, les futurs rois Louis XVIII et Charles X. Mais devenue reine de Piémont-Sardaigne en 1796, elle doit s’exiler avec sa famille à travers l’Italie, de crainte d’être enlevée par les Français. Elle témoigne en dépit de ces événements d’une foi profonde, faite de piété et d’austérité. Elle instaure ainsi le culte de Notre-Dame de Pitié dans ses États, avant de mourir, à Naples, à l’âge de 42 ans. 

Marie-Clotilde de France par Dominique Sabourdin-Perrin

Remarques personnelles :

Bien écrit et de plutôt « bon esprit », ce livre présente l’avantage indéniable d’offrir à nos contemporains une biographie de « Madame Clotilde » qui ne se limite pas aux seuls faits historiques, mais nous montre aussi un peu de l’âme de cette Princesse et de son ascension spirituelle. Un peu seulement, car du point de vue spirituel, l’ouvrage de Monseigneur Luigi Bottiglia, publié en 1816, c’est-à-dire seulement 14 ans après la mort de la Souveraine (et du vivant même du Roi Charles-Emmanuel IV son époux), dédié au pape Pie VII qui venait de la déclarer Vénérable, est d’une bien plus grande profondeur… mais il est plutôt difficile à trouver de nos jours.
Je regrette que Madame Sabourin-Perrin, à plusieurs reprises, cède au poncif mille fois répété par les chroniqueurs mondains et superficiels selon lequel la cour de Turin aurait été « ennuyeuse », car cela dénote une certaine incompréhension de ce que doit être la cour de souverains véritablement catholiques respectueux des préceptes de la Sainte Eglise et de leurs peuples, mais je ne m’étendrai pas là-dessus.

armes Reine Clotilde de Sardaigne

2021-17. Retour à Dieu, avec Saint François de Sales pour guide.

Lettre mensuelle aux membres et amis
de la
Confrérie Royale

- 25 février 2021 -

Blason de la Confrérie Royale

Les amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, même s’ils ne sont pas membres de la Confrérie Royale, peuvent trouver un vrai profit spirituel à lire et méditer cette lettre mensuelle.

Rappel :

Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois en redoublant de prières, en offrant avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices du devoir d’état, les peines et les joies de ce jour, en travaillant plus méticuleusement à sa sanctification, lorsque cela est possible en assistant à la Sainte Messe et en offrant la sainte communion à l’intention du Roi, ou encore en accomplissant quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire offert à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.
La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Son but est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et approfondissements toujours nécessaires.

* * * * * * *

Saint François de Sales

Saint François de Sales (21 août 1567 – 28 décembre 1622)
Docteur de l’Amour divin

frise

Sur le Carême

Nous voilà une semaine après le mercredi des Cendres, quoi de mieux que d’écrire sur ce temps liturgique qui va durer 40 jours et qui usera toute notre attention afin d’arriver à Pâques plein d’une joie toute spirituelle et renforcée dans notre corps par le jeûne. 

Si l’on veut une ligne de conduite en ce saint temps, il est possible et recommandé de suivre certains livres ou spiritualités particulières, et peut être sera-t-il possible de faire un carême dans l’esprit de Saint François de Sales, Docteur de l’Amour divin et auteur de spiritualité classique française. C’est ce que je vous propose aujourd’hui en quelques citations.

« Ne veuillez pas tout faire, mais seulement quelque chose, et, sans doute, vous ferez beaucoup. »

Tout d’abord cette citation de ce grand Saint (lors d’une conférence spirituelle à Sœur Favre) est typique d’une spiritualité qui reste dans le milieu et non dans les extrêmes. « In medio stat virtus » (la vertu se trouve dans le milieu). Une spiritualité qui demeure ferme mais adaptée et surtout adaptable à toutes les conditions humaines.

Ainsi notre saint demande de ne pas réformer tout d’un coup et en peu de temps mais peu à peu et sur le temps d’une vie entière, sur le long terme. Qui ne peut suivre cette spiritualité sans être touché par la douceur des réflexions et tout de même avec force dans les actes et l’activité spirituelle ? Nous devons donc travailler sur nous-mêmes mais avec amour et non par force, comme il aimait répéter, nous montrant ainsi que l’amour est bien l’inverse de la force. Changez une seule mauvaise habitude durant ce Carême et vous arriverez meilleurs à Pâques. Mieux que dix résolutions dans le futur, une seule accomplie dans le présent suffit.

«  C’est une grande partie de notre perfection que de nous supporter les uns les autres en nos imperfections ; car, en quoi pouvons-nous exercer l’amour du prochain, sinon en ce support ?»

Le Carême est aussi la recherche de la perfection dans les imperfections des autres et de soi-même. L’homme est fait pour vivre en société, aussi diverse soit la société en question. Ainsi la vie avec son prochain, avec son époux ou épouse, avec ses enfants avec ses amis et surtout avec l’inconnu que l’on rencontre dans les marchés et autres endroits publics, nous fait penser qu’il faut travailler en nous ce côté extérieur que règle aussi la Charité. Vivre en société nous permet d’apprendre beaucoup de nous et des autres. À travers les autres pourquoi ne pas réfléchir sur soi-même, et pourquoi ne pas utiliser ce temps de pénitence, que l’Église dans sa grande sagesse nous propose, afin de grandir dans cette vertu que Saint Paul nous dit la première, la Charité ? 

« Il faut avoir une longue haleine, les grands desseins ne se font qu’à force de patience et de longueur de temps. »

Voilà la spiritualité salésienne récapitulée. Mais cela peut être aussi pris pour nos résolutions de Carême. Tout changement en l’homme prend du temps. Rien ne change du jour au lendemain à part peut-être nos infimes imperfections qui n’ont pas eu le temps de s’encrer et de devenir des habitudes. Une habitude, rappelons-le est une disposition acquise par répétition d’actes ; elle est ni bonne, ni mauvaise. Si elle est bonne elle devient une vertu, et si elle est mauvaise alors ce sera un vice. Bien entendu tout n’est pas noir ni blanc. Nous avons des habitudes qui sont neutres comme se lever à telle heure tous les matins ou encore se coiffer etc… Toute mauvaise habitude en nous n’est pas forcément un vice et toute bonne habitude une vertu, il faut encore que le sujet, ou la matière de l’habitude, nous élève ou nous rabaisse soit dans notre âme soit dans notre humanité. En bref, un vice nous fait déchoir de l’ordre moral et la vertu au contraire nous rend plus homme et nous rapproche du dessein de Dieu pour nous, et donc nous sanctifie. Mais il est vrai aussi qu’il est plus aisé pour l’homme de déchoir dans le vice que de monter dans la vertu. Car l’un ne demande pas de travail tandis que l’autre s’acquiert par un travail de longue haleine.

«  Tenez votre cœur proche de Dieu. C’est le moyen d’être simple, puisque Dieu est un Esprit simplificateur. »

Enfin finissons sur cette citation qui doit récapituler toutes nos œuvres de Carême : Tenir son cœur proche de Dieu. Ceci doit être le but de notre travail de Carême. 

Le cœur est l’un des endroits où toutes nos actions commencent. On dit bien, quand quelque chose nous intéresse beaucoup, que l’on « prend à cœur » quelque chose. Nous devons nous intéresser beaucoup à notre changement et à installer la grâce en nous afin qu’elle demeure pour toujours. Nous sommes faits pour la vie de la grâce et le malin, lui, prendra « à cœur » de s’empresser de nous faire chuter et de nous montrer l’inverse, et le désintéressement pour ce qui est des « choses de Dieu ». Ainsi si l’on tient son cœur proche de Dieu, rien ne peut nous arriver et en plus c’est une véritable assurance pour nous. Assurance de grandir en Lui, assurance de son soutient par sa Grâce, assurance de son amour et de sa protection dans les épreuves. Mais quand on a son cœur proche de Dieu nous devenons un en Lui. Être en Dieu exprime non seulement une proximité mais aussi une unité. L’homme est sorti de Dieu et son objectif sur terre est d’y retourner. Voila ce que l’on peut souhaiter de mieux pour le Carême. Que toutes nos actions, nos pénitences et nos résolutions soient accomplies dans l’objectif d’un retour à Dieu. Il faut par tout cela retrouver la simplicité de notre vocation commune : le Ciel. 

Ainsi formons ce désir d’être toujours plus proches de Dieu en ce temps Sacré qui nous est donné afin de préparer, à l’exemple de Notre Seigneur au désert, l’Événement des événements : la mort et Passion de Jésus sur le bois de la Croix et sa sainte Résurrection qui suivra. Si elle est bien préparée et prise au sérieux, prise « à cœur », elle nous procurera davantage de grâces, et une joie qu’aucune créature ne saura nous prendre et nous voler, afin d’attendre et d’atteindre l’union de l’âme à Dieu, avec paix et sérénité, malgré les tribulations de ce siècle. Amen

Semper laetus in Deo !

Abbé Hubert S.

Armoiries de Saint François de Sales

2021-16. Messe propre de la Sainte Couronne d’Epines de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Vendredi après les cendres,
Fête de la Sainte Couronne d’Epines.

Dans le Missel Romain traditionnel (c’est-à-dire antérieur aux réformes liturgiques qui se sont succédé depuis 1950), figure depuis plusieurs siècles, dans le supplément au sanctoral intitulé « Missae pro aliquibus locis », assigné à la date du vendredi après les cendres la fête de la Sainte Couronne d’Epines de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Chez nous, conformément aux indications de nos anciens livres liturgiques, elle est célébrée sous le rit double majeur.
Vous trouverez ci-dessous les textes de cette messe propre et la traduction que nous en avons faite.

Quentin Massys - Ecce Homo - 1520

Quentin Massys – Christ aux outrages, détail (1520)
[Palais des Doges - Venise]

Feria VI post Cineres

SACRAE SPINAE CORONAE D.N.J.C.

Introitus (cf. Cant. III, 11)
Egredimini et videte, filiae Sion, regem Salomonem in diademate, quo coronavit eum mater sua, parans crucem Salvatori suo. Ps. VIII, 6-7. Gloria et honore coronasti eum, Domine : et constituisti eum super opera manuum tuarum. V./ Gloria Patri. Egredimini.

Sortez et voyez, filles de Sion, le roi Salomon avec le diadème dont le couronna sa mère, préparant une croix pour son Sauveur. De gloire et d’honneur vous l’avez couronné, ô Seigneur : et vous l’avez établi sur les œuvres de vos mains. Gloire au Père.

Oratio
Praesta, quaesumus, omnipotens Deus : ut, qui in memoriam passionis Domini Nostri Jesu Christi Coronam ejus spineam veneramur in terris, ab ipso gloria et honore coronari mereamur in caelis : Qui tecum vivit.

Accordez, nous vous le demandons, ô Dieu tout-puissant, que nous qui, en mémoire de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vénérons sur la terre sa Couronne d’épines, nous méritions d’être couronnés de gloire et d’honneur dans les cieux par lui, qui avec vous vit… 

Lectio libri Sapientiae (Cant. III 7-11 ; IV, 1 et 8)

Lectulum Salomonis sexaginta fortes ambiunt ex fortissimis Israël : omnes tenentes gladios, et ad bella doctissimi : uniuscujusque ensis super femur suum propter timores nocturnos. Ferculum fecit sibi rex Salomon de lignis Libani : columnas ejus fecit argenteas, reclinatorium aureum, ascensum purpureum : media caritate constravit propter filias Jerusalem. Egredimini et videte, filiae Sion, regem Salomonem in diademate, quo coronavit illum mater sua in die desponsationis illius, et in die laetitiae cordis ejus. Quam pulchra es, amica mea, quam pulchra es ! Oculi tui columbarum, absque eo quod intrinsecus latet. Veni de Libano, sponsa mea, veni de Libano, veni : coronaberis.

Soixante puissants (guerriers) parmi les plus vaillants d’Israël environnent la couche de Salomon : tous portant des glaives, et très habiles à la guerre : chacun a son glaive sur sa cuisse en raison des craintes de la nuit. Le roi Salomon s’est fait une litière en bois du Liban : il en a fait les colonnes d’argent, le dossier d’or, le siège de pourpre : il a orné le milieu de tout ce qu’il y a de plus aimable à cause des filles de Jérsalem. Sortez et voyez, filles de Sion, le roi Salomon avec le diadème dont le couronna sa mère au jour de ses noces, et au jour de la joie de son cœur. Que tu es belle, ô mon amie, que tu es belle ! Tes yeux sont (comme les yeux) des colombes, sans parler de ce qui est caché au-dedans. Viens du Liban, ô mon épouse, viens du Liban, viens : tu seras couronnée.

Graduale (Eccli. XLV, 14)
Corona aurea super caput ejus : expressa signo sanctitatis, gloria honoris, et opus fortitudinis. V./ Ps. XX,4. Quoniam praevenisti eum in benedictionibus dulcedinis : posuisti in capite ejus coronam de lapide pretioso.
Tractus (Is. LXI, 10)
Induit eum Dominus vestimentis salutis, et indumento justitiae, quasi sponsum decoratum corona. V./ Is. XXVIII, 5. Corona tribulationis effloruit in coronam gloriae et sertum exsultationis. V./ Sap. V, 17. Accepit regnum decoris, diadema speciei.

Une couronne d’or (est) sur sa tête : marquée du signe de la sainteté, de la gloire de l’honneur, ouvrage de puissance. Puisque vous l’avez prévenu des bénédictions les plus douces : vous avez posé sur sa tête une couronne de pierres précieuses.
Le Seigneur l’a revêtu des vêtements du salut, et du manteau de la justice, comme l’époux paré de sa couronne. La couronne de tribulation s’est épanouie en couronne de gloire et en bouquet d’exultation. Il a reçu un royaume de splendeur, un diadème d’éclat.

+ Sequentia Sancti Evangelii secundum Ioannem (Joann. XIX, 1-5).
In illo tempore : Apprehendit Pilatus Jesum, et flagellavit. Et milites plectentes coronam de spinis, imposuerunt capiti ejus : et veste purpurea circumdederunt eum. Et veniebant ad eum, et dicebant : Ave, Rex Judaeorum : et dabant ei alapas. Exivit ergo iterum Pilatus foras, et dicit eis : Ecce adduco vobis eum foras, ut cognoscatis quia nullam invenio in eo causam. Exivit ergo Jesus portans coronam spineam et purpureum vestimentum.

En ce temps là : Pilate prit Jésus, et le fit flageller. Et les soldats ayant tressé une couronne avec des épines, la posèrent sur sa tête : et il l’enveloppèrent avec un vêtement de pourpre. Et ils venaient à lui, et ils disaient : « Salut, Roi des Juifs » : et ils lui donnaient des soufflets. Pilate sortit donc de nouveau, et il leur dit : « Voici que je vous l’amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucune cause (de mort) ». Jésus sortit donc portant la couronne d’épines et le vêtement de pourpre.

Credo. 

Offertorium.
Tuam Coronam adoramus, Domine : tuam gloriosam recolimus passionem.

Nous adorons votre Couronne, ô Seigneur : nous honorons votre glorieuse passion.

Secreta.
Tuorum militum, Rex omnipotens, virtutem robora : ut, quos in hujus mortalitatis stadio unigeniti Filii tui Corona laetificat ; consummato cursu certaminis, immortalitatis bravium apprehendant. Per eumdem Dominum.

Roi tout puissant, affermissez la force de vos soldats : afin que ceux que réjouit la Couronne de votre Fils unique dans l’arène de cette vie mortelle, après l’achèvement de leur combat, ils reçoivent le trophée de l’immortalité. Par le même Seigneur…

Préface de la Croix.

Communio (Prov. IV, 9)
Laetare, mater nostra, quia dabit Dominus capiti tuo augmenta gratiarum, et corona inclyta proteget te.

Réjouis-toi, ô notre mère, car le Seigneur donnera  à ta tête un accroissement de grâces, et d’une éclatante couronne il te protègera.

Postcommunio.
Supplices te rogamus, omnipotens Deus : ut haec sacramenta quae sumpsimus, per sacrosanctae Filii tui Coronae, cujus solemnia recensemus, virtutem, nobis proficiant ad medelam. Per eumdem Dominum.

Supliants, nous vous prions, ô Dieu tout-puissant : que ces sacrements que nous avons reçus, par la vertu de la sacrosainte Couronne de votre Fils, dont nous avons célébré la solennité, soient pour nous profitables en œuvrant à notre guérison. Par le même Seigneur.

 Présentation de la Sainte Couronne d'Epines

Cathédrale Notre-Dame de Paris : présentation de la Sainte Couronne d’Epines aux fidèles
(avant l’incendie d’avril 2019, cette vénération avait lieu tous les premiers vendredis du mois et tous les vendredis de carême)

2021-15. En raison de nombreuses questions qui nous ont été posées, voici encore quelques précisions concernant le jeûne et l’abstinence.

Mardi dans la Quinquagésime,
Fête réparatrice de la Sainte Face de NSJC (cf. > ici et > ici).

A. Dürer - la Ste Face portée par deux anges - Louvre

Albrecht Dürer : la Sainte Face présentée par deux anges (1517)

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Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La publication de ce 15 février (cf. > ici) m’a valu de nombreux messages personnels contenant des questions qui me poussent à redire (encore une fois !) un certain nombre de choses que j’ai déjà écrites et publiées, tant je remarque que beaucoup de fidèles – sans doute par défaut de formation – opèrent des confusions, ou s’adonnent à des interprétations personnelles surprenantes.
Reprenons donc (l’éducation n’est-elle pas l’art de la répétition ?), en essayant d’être le plus clair possible.

1) Qu’est-ce que le jeûne que nous demande l’Eglise ?
Lorsque l’Eglise impose à ses fidèles un jour de jeûne, elle ne leur demande pas une privation totale de nourriture pendant 24 h : elle leur prescrit de ne faire qu’un seul repas, modéré, pendant ce jour là.
Originellement, ce repas n’était pris qu’en fin de journée. Mais, eu égard à la faiblesse humaine, et en particulier pour ceux qui ont une activité physique éprouvante, il a été autorisé de prendre cet unique repas en milieu de journée.
Cela signifie donc que les jours de jeûne il n’y a ni petit-déjeuner ni dîner.
Toutefois, par miséricorde, si l’on ne peut pas tenir jusqu’à l’heure de la rupture du jeûne (c’est l’étymologie du mot déjeuner), une boisson est autorisée le matin, et, si l’on en a vraiment besoin, une collation est permise le soir.
Une collation n’est pas un repas : elle se compose, par exemple, d’un bol de soupe, ou bien d’un fruit, ou encore de deux tranches de pains. Elle n’est pas constituée d’un bol de soupe AVEC deux tranches de pain ET un fruit : c’est l’un ou l’autre, pas les trois, sinon cela constitue un repas frugal !
J’ai connu le cas (je ne l’invente pas, je vous certifie devant Dieu l’authenticité de cette anecdote) d’une religieuse qui disait : « Les vendredis de carême je jeûne au pain et à l’eau »… Effectivement, ces jours-là, elle ne mangeait que du pain. Mais – car il y a un mais – en réalité le matin elle prenait deux tranches de pain avec son café, puis vers 10 h, où elle avait l’habitude de grignoter, elle reprenait une ou deux tranches de pain, au moment du déjeuner elle engloutissait quasi la quantité équivalente à un repas normal en tranches de pain, elle reprenait une tranche ou deux de pain en milieu d’après-midi à l’heure où elle s’accordait d’habitude un petit goûter, et le soir elle engloutissait encore plusieurs tranches de pain à l’heure du dîner. Elle avait conclu ces explications par ces mots que je cite textuellement : « Finalement, le jeûne au pain et à l’eau, ce n’est pas si difficile et je le supporte très bien ! »
Eh bien, je suis désolé ma chère Sœur, mais prendre de la nourriture, même si ce n’est que du pain, à cinq reprises dans la journée, cela ne fait pas un jour de jeûne.

2) Qui est tenu au jeûne ?
La loi de l’Eglise (contenue dans le code de Droit canonique) stipule que l’obligation du jeûne s’adresse à tous les fidèles à partir de leur majorité jusqu’à l’âge de 60 ans.
Le code précise même « jusqu’à la soixantième année commencée » : cela signifie par exemple que moi qui vais fêter mes 59 ans dans quelques mois, à partir du lendemain de ce 59ème anniversaire je ne serai plus obligé au jeûne (je précise néanmoins que, à moins de problèmes de santé graves, je n’ai aucune intention de cesser de jeûner en entrant dans ma soixantième année : Saint Antoine le Grand et Saint Paul ermite, qui ont l’un et l’autre largement dépassé l’âge de 100 ans, ont jeûné jusqu’à leur mort).
Les personnes malades ne sont pas tenues au jeûne.

3) Une personne normalement tenue au jeûne peut-elle en être dispensée ?
Oui, cela peut arriver, pour de justes raisons. L’une d’entre elles est la maladie, comme dit ci-dessus.
Il peut y avoir d’autres motifs, mais on entre alors dans des cas particuliers, et ce sont les supérieurs ecclésiastiques ou le confesseur qui peuvent, avec la grâce du discernement liée à leur fonction, accorder une dispense ou une mitigation, et non l’intéressé lui-même.
Habituellement, une personne qui reçoit la dispense du jeûne voit celui-ci commué en œuvres de charité, de piété ou de pénitence adaptées à son cas.

4) Que peut-on manger au cours du repas autorisé les jours de jeûne ?
Le jeûne est une privation de la quantité de nourriture, il ne porte pas sur les mets eux-mêmes. C’est l’abstinence qui règle la question des aliments interdits.
Ainsi, jeûner ne signifie pas que l’on ne mange que du pain sec : d’ailleurs les pains modernes achetés dans le commerce, même lorsqu’ils sont dits « complets », conviennent assez mal aux jours de jeûne.
L’unique repas autorisé lors d’un jour de jeûne peut donc comprendre, en quantité modérée, plusieurs types d’aliments. En théorie d’ailleurs, s’il existait un jour de jeûne qui ne fût pas en même temps jour d’abstinence, il serait permis de consommer de la viande lors de l’unique repas autorisé ! 

5) Qu’est-ce que l’abstinence ?
Originellement, l’abstinence est la privation de tous les aliments d’origine animale : viandes, charcuteries, poissons, laitages et fromages, œufs et tous leurs dérivés.
En Occident, au cours des siècles, cette discipline s’est considérablement atténuée pour ne plus être seulement considérée que comme l’interdiction de la viande et de la charcuterie !!!
Précisons encore que l’abstinence n’est pas l’obligation de manger du poisson le vendredi : elle porte sur l’interdiction des mets carnés ! Comme le disait l’un de mes aumôniers lorsque j’étais enfant : « A quoi cela rime-t-il de se priver de steack hâché si c’est pour le remplacer par un délicieux plat de poisson accompagné de mayonnaise ? »
A mon avis, il est nécessaire et urgent que les fidèles de l’Eglise latine redécouvrent le sens de l’abstinence et reviennent à la pratique des origines, qui a été conservée dans un certain nombre d’ordres religieux et dans les Eglises d’Orient.
Qu’on se souvienne de la plainte indignée et baignée de larmes de Notre-Dame de la Salette : « En carême, ils vont à la boucherie comme des chiens ! »

6) Qui est tenu à l’abstinence ?
« Sont tenus par la loi de l’abstinence, dit le code de Droit canonique actuellement en vigueur, les fidèles qui ont 14 ans révolus » (canon 1252). Le même canon ajoute aussi que les parents et éducateurs chrétiens ont le devoir d’éveiller au sens de l’abstinence et de la pénitence les enfants qui n’y sont pas encore obligés.

7) Est-ce vrai que « le dimanche, ce n’est pas carême » ?
Combien de fois n’ai-je pas entendu cette phrase assénée de manière péremptoire (et quasi jubilatoire) !
Selon la Tradition antique (je ne parle pas ici des édulcorations modernes qui lui ont ôté toute vigueur), les dimanches de carême – leur nom même le dit – appartiennent bien au carême : à ce titre l’abstinence y est de règle. C’est le jeûne seul qui est suspendu le dimanche.
En revanche, les jours de très grande fête dont la célébration se produit en carême, telles que la Saint-Joseph et l’Annonciation (ou autres fêtes de première classe du calendrier propre), non seulement le jeûne est suspendu mais, toujours selon la Tradition antique, l’abstinence y est aussi partiellement levée, c’est-à-dire que souvent le poisson va y être permis.

Note :
Il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui disent : « Moi, mon carême, je le fais à ma manière : je ne me prive pas de viande, mais je me prive de bonbons » (ou d’autre chose que l’on aime particulièrement : chocolat, cigarettes, alcool, musique, télévision… etc.).
Nous ne nions pas que cela puisse représenter un vrai sacrifice pour ces personnes, mais ce qu’elles font n’est pas conforme à la demande de l’Eglise.
La valeur des sacrifices accomplis réside d’abord dans l’obéissance par amour à ce que l’Eglise nous demande au nom du Seigneur Jésus. Celui qui « fait un tri » dans les préceptes de l’Eglise et choisit de son propre chef ses pénitences, n’obéit pas à l’Eglise mais à lui-même, et en réalité il place ses propres choix au-dessus des demandes de l’Eglise. Il n’accomplit pas la volonté de Dieu exprimée par les préceptes de l’Eglise, mais il accomplit sa propre volonté !
On ne remplace pas le jeûne et l’abstinence demandés à tous les fidèles par ses propres options de privation, mais on doit d’abord se soumettre à la loi commune ; ensuite, en plus, on peut y ajouter le sacrifice des bonbons, du chocolat, de la cigarette et de la télévision : sacrifices qui prendront toute leur valeur en étant un « plus » ajouté aux observances communes, mais qui n’en auront aucune si on les substitue de son propre chef aux préceptes communs du jeûne et de l’abstinence imposés à tous les fidèles.

nika

Evidemment, nous avons bien conscience que toutes ces précisions peuvent sembler à certains des arguties de casuistes rigoristes : et il n’en manque effectivement pas, surtout dans les rangs de ceux qui sont influencés par le modernisme et qui envoient promener règles et préceptes au prétexte que ce qui compte c’est la « liberté des enfants de Dieu dans l’amour ».
Ces règles et usages pleins de sagesse hérités de vingt siècles de Tradition et d’expériences de la Sainte Eglise ne sont pas des fins en elles-mêmes, mais elles sont les parapets qui bordent une route de montagne surplombant des abîmes pour nous empêcher de tomber dans les précipices de nos fantaisies et de nos jugements personnels. Celui qui s’y soumet dans l’esprit de renoncement à lui-même qu’exige de suivre le Christ Notre-Seigneur portant Sa Croix, accomplit de véritables actes d’amour, pratiques et concrets, qui n’ont rien à voir avec les illusoires mouvements de la sentimentalité.
En effet, pour savoir si l’on aime vraiment quelqu’un, il faut se demander ce que l’on est prêt à sacrifier pour lui. Les sacrifices imposés par la discipline quadragésimale reçue de la sainte Tradition sont des preuves tangibles de notre amour pour le divin Sauveur et de notre fidélité à Son service.

Les Sept Douleurs de Marie (A. Dürer)

Albrecht Dürer : la Mère des Douleurs

2021-14. « Que mangez-vous pendant le carême ? »

Dimanche de la Quinquagésime au soir.

William Bouguereau - Flagellation 1880 - cathédrale de La Rochelle

« Voici que nous montons à Jérusalem et que va s’accomplir pour le Fils de l’homme tout ce qui a été écrit par les prophètes.
En effet, il sera livré aux Gentils, sera bafoué, sera outragé, et sera couvert de crachats ;
et, après l’avoir flagellé, on le fera mourir, et il ressuscitera le troisième jour »
(Luc XVIII, 31-33).

William Bouguereau : la Flagellation -1880
(cathédrale Saint-Louis de La Rochelle) 

scapulaire du Sacré-Coeur

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

« L’observance du Carême est le lien de notre milice ; c’est par elle que nous nous distinguons des ennemis de la Croix de Jésus-Christ ; par elle que nous détournons les fléaux de la divine colère ; par elle que, protégés du secours céleste durant le jour, nous nous fortifions contre les princes des ténèbres. Si cette observance vient à se relâcher, c’est au détriment de la gloire de Dieu, au déshonneur de la religion catholique, au péril des âmes chrétiennes ; et l’on ne doit pas douter que cette négligence ne devienne la source de malheurs pour les peuples, de désastres dans les affaires publiques et d’infortunes pour les particuliers » (S.S. le Pape Benoît XIV – constitution apostolique « Non ambigimus » – 1741).

J’avais déjà eu l’occasion de vous livrer cette belle et importante citation qui nous place en face de nos responsabilités pour ce qui concerne notre observance du saint carême, et sur les conséquences de notre générosité ou de notre manque de générosité dans la pratique de la pénitence qui est pour tous un précepte certain de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous a avertis sans détour : « Si vous ne faites pas pénitence, vous périrez tous ! » (cf. Luc XIII, 5).
Le refus de la pénitence ou la négligence à s’adonner à la pénitence entraînent en effet de grands malheurs dès ici-bas dans la vie personnelle et la vie sociale, et pour l’au-delà le plus grand malheur qui puisse être : la damnation éternelle !

J’ai déjà eu l’occasion de le dire et de le redire (au point que certains commencent à penser que je rabâche), les obligations qui découlent de la discipline actuelle, imposées par le droit canonique en vigueur, sont absolument minimalistes. Cela ne signifie pas pour autant qu’un chrétien qui veut vraiment marcher dans les pas de Notre-Seigneur doive et puisse se contenter du minimum !
C’est dans cette perspective qu’ont été publié dans les pages de ce blogue 1) le petit catéchisme sur le carême et la pénitence (cf. > ici) et 2) un rappel de la discipline antique du carême telle que la prescrivent toujours la plupart des Eglises d’Orient (cf. > ici).
Je puis témoigner devant Dieu et devant les hommes que l’observance de la discipline antique du jeûne et de l’abstinence n’est pas un fardeau insupportable, mais qu’au contraire elle est source d’une grande liberté intérieure et qu’elle a très souvent pour conséquence une immense joie surnaturelle.

Je dois néanmoins ajouter quelques précisions sur lesquelles il n’est jamais inutile d’insister :

1) les trois éléments essentiels du carême sont : la prière, le jeûne et l’aumône.
Tous les trois sont à pratiquer. On ne peut en privilégier un aux dépens des deux autres, ou deux  aux dépens du troisième. La pratique d’un bon carême se fonde sur les trois.

2) l’aumône n’est pas prise sur notre superflu ou prélevée sur des choses qui ne nous feront pas défaut, mais sur ce qui nous est l’occasion d’un vrai sacrifice. Les « économies » que nous réalisons sur la nourriture en particulier (puisque notre nourriture en carême est moins abondante et moins riche) nous permettent de donner davantage à ceux qui sont dans le besoin ; c’est le sens des paroles de la Sainte Ecriture : « Partage ton pain avec l’affamé ». Partager, c’est bien prendre une part de ce qui est à nous pour le donner à celui qui se trouve dans la nécessité : notre part s’en trouve véritablement diminuée.
Il n’est pas normal d’être nourri à satiété pendant le carême ; il est même normal d’y ressentir la faim !

3) le jeûne a pour but de nous rendre plus disponibles à Dieu et au prochain.
Il ressort de là qu’il serait tout-à-fait contraire à son esprit que de passer autant, voire davantage, de temps en cuisine, au prétexte de préparer des « recettes de carême » qui correspondraient matériellement aux règles de l’abstinence (par la privation de tous les mets d’origine animale), mais seraient confectionnées dans le but de flatter le goût et de rechercher des saveurs agréables. Cette manière de faire serait un pur pharisaïsme !
Le jeûne (et le véritable esprit du jeûne) doit nous dégager de la préoccupation excessive de la nourriture et des satisfactions physiques qu’elle apporte : l’allègement dans lequel consiste le jeûne n’est pas seulement une question de quantité de nourriture mais aussi un allègement de sa qualité et un allègement du temps que nous lui consacrons tant pour la préparer que pour la consommer.

Notez que l’on trouve sur Internet (en particulier sur plusieurs sites orthodoxes, puisqu’ils ont gardé la discipline originelle du carême) des recettes de carême que l’on peut confectionner sans aucun produit d’origine animale et sans huile d’olive : chacun peut librement s’en inspirer certes, mais – je me répète – le but du carême n’est justement pas de passer du temps à expérimenter de nouvelles recettes et de se préoccuper de nourriture…

Concrètement, parce qu’un certain nombre de personnes désireuses de mettre en pratique la discipline antique du carême m’ont demandé « Mon Frère, pour nous aider à nous faire une idée de ce que nous pourrions faire, dites-nous comment vous faites ? Que mangez-vous et de quelle manière pendant le carême ? », voici donc ce que je fais moi-même. Je ne prétends pas que cela puisse convenir à tous (en particulier à ceux dont le devoir d’état demande d’accomplir des travaux de force) :

A – Pour les jours de « jeûne ordinaire » (c’est-à-dire tous les jours du carême sauf le mercredi des cendres, les vendredis et les vigiles) :
1) un fruit, pris en début de repas (alternativement pommes, bananes, kiwis, agrumes…),
2) un plat qui sera tantôt des crudités (endives, ou carottes râpées, ou concombres, ou chou râpé, ou betteraves, ou pousses de haricots mungo…), ou bien un plat chaud (haricots verts, ratatouille ou autres bocaux de préparations de l’été précédent), ou bien encore une salade de légumineux (lentilles, pois-chiches) ou une salade de pommes de terre ; à toutes ces salades on peut ajouter, selon les cas, soit des graines (de sésame, de lin, de courges…) soit des raisins de Corinthe.
3) pour terminer, si l’on tient à prendre un dessert (mais ce n’est pas obligé), un yahourt de soja peut très bien faire l’affaire, ou un peu de confiture sur une tranche de tartine de seigle (je ne consomme pas de pain) ;
4) en boisson de l’eau claire, ou bien un grand bol de thé ou de tisane avec une cuiller de miel.

B – Les jours de « grand jeûne » (mercredi des cendres, tous les vendredis, et les vigiles), le repas se compose uniquement de 60 grammes de riz (ou de quinoa), sur lequel on peut verser un peut de sauce soja.

C – Tous les soirs :
une écuelle de soupe.

Vous le voyez, toutes ces choses sont très vite réalisées, sont peu onéreuses, et permettent d’établir un « roulement » que l’on reproduit de semaine en semaine sans qu’on ait à se prendre la tête avec la sempiternelle question-cauchemar des cuisiniers : « mais qu’est-ce que je vais faire à manger aujourd’hui ? »

Philippe de Champaigne : Sainte Face

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