Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2021-46. « On aurait dit une maman que ses enfants auraient battue et qui se serait ensauvée dans la montagne pour pleurer à son aise… »

1846 – 19 septembre – 2021

Méditation au jour du
175ème anniversaire
de l’apparition de la Très Sainte Mère de Dieu
sur la sainte montagne de La Salette

frise

Notre-Dame de La Salette 1

« Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle. Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de Le prier sans cesse… »

C’est par ces mots que la Très Sainte Mère de Dieu – et notre Mère – a commencé à s’adresser aux deux jeunes bergers.

« N’ayez pas peur !… Une grande nouvelle ». On ne peut s’empêcher de penser aux paroles avec lesquelles quelques 1846 années auparavant l’ange s’était adressé aux bergers dans la nuit sainte de Bethléem : « Ne craignez point, car voici que je vous apporte la bonne nouvelle d’une grande joie pour tout le peuple : Nolite timere, ecce enim evangelizo vobis gaudium magnum, quod erit omni populo ! » (Luc. II, 10). Ce peuple auquel encore, en conclusion de son apparition, la Vierge pure et sainte demandera avec insistance que l’on transmette ses paroles : « Eh bien, mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple ! Allons, mes enfants, faites-le bien passer à tout mon peuple ! ».

Dans cette fascinante manifestation de la Mère de miséricorde – Mater misericordiae – du samedi 19 septembre 1846, au moment où la Sainte Eglise catholique s’apprêtait à entrer dans la fête solennelle de ses Sept-Douleurs (car en ce temps-là la fête des Sept-Douleurs de Notre-Dame était célébrée non pas le 15 septembre mais au troisième dimanche de septembre), il y a les paroles, certes si importantes (on les trouve en intégralité > ici) qu’on n’en finit jamais de les relire, de les approfondir et de les méditer, mais il y a aussi ce que les mots ne peuvent traduire et qui parle bien plus haut que toutes les paroles : il y a les larmes de Notre-Dame. Ces larmes appartiennent pleinement à l’essence de l’apparition, sont une part essentielle de la grande nouvelle que la Mère de Dieu est venue annoncer ici, ne doivent ni ne peuvent en aucune manière être retranchées de ce qu’il convient et qu’il est nécessaire de faire passer à tout son peuple.

Notre-Dame de La Salette 2

Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! La grande nouvelle que la Très Sainte Mère de Dieu vient rappeler à deux enfants dans la grandiose et silencieuse solitude des sommets, est d’abord celle de sa Compassion : « Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! » La remarque de Maximin pour décrire l’impression produite par la vision de cette femme en larmes, assise, le visage enfoui dans ses mains, a quelque chose de poignant, quelque chose de bouleversant qui nous émeut au plus profond des entrailles : « On aurait dit une maman que ses enfants auraient battue et qui se serait ensauvée dans la montagne pour pleurer à son aise… » Voici la maman qui nous a été donnée pour Mère au pied de la Croix ! Voici la maman que, nous, enfants misérables avons battue ! Voici la maman que nos méchancetés ont poussée à s’« ensauver » dans la montagne pour qu’elle y puisse donner libre cours à ses larmes, avec pour uniques témoins la pureté des cimes et la naïveté de deux enfants qui gardaient leurs vaches ! « Depuis le temps que je souffre pour vous autres !… Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir.«  Celle qui a reçu pour nous – pour chacun d’entre nous – des entrailles maternelles par l’action efficace des paroles de son divin Fils mourant, s’est « ensauvée » loin de tout pour laisser éclater son chagrin de mère : « Mon peuple ne veut pas se soumettre » et je n’en puis plus, je suis à bout de force tant le bras du juste Juge, que je m’emploie à retenir encore, est fort et pesant…  « … Je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! »

Notre-Dame de La Salette 3

Accepter d’être établie Mère des hommes, pour lesquels le Sauveur S’immolait, c’était accepter d’assumer un rôle de médiation entre LE Fils, que la mystérieuse opération du Saint-Esprit avait façonné de sa chair virginale, et les enfants pécheurs en faveur desquels le Fils unique répandait jusqu’à la dernière goutte de Son Sang Précieux. Accepter d’être établie Mère des hommes, c’était accepter d’être établie continuelle intercessrice, jusqu’à la fin des temps, pour que ceux qui « ne feraient pas cas » des grâces de la rédemption et du salut finissent par se laisser toucher et reçoivent miséricorde, pour que ce peuple à elle confié veuille enfin « se soumettre » et n’encoure plus les châtiments réservés aux rebelles, aux infidèles et aux ingrats.

En devenant Mère des hommes, elle les a laissés entrer dans sa vie jusqu’à avoir un lien intime et viscéral avec eux, jusqu’à devenir responsable et à se porter garante d’eux, jusqu’à accepter le poids de leurs errements et de leurs résistances à la grâce, jusqu’à accepter de ne plus être en repos tant qu’ils s’égareront dans les chemins de l’insoumission à la sainte loi de Dieu, jusqu’à s’épuiser en quelque sorte dans la prière et dans les larmes pour obtenir leur retour  : « Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de Le prier sans cesse… ».

C’est ainsi que la Très Sainte Mère de Dieu toujours Vierge accomplit continûment son devoir de maternelle intercession pour le monde, son devoir de maternelle intercession pour chacun de nous. Sa vie terrestre fut pénible et semée de douleurs, mais l’obédience d’intercession pour le monde qui lui échoit encore dans sa vie glorieuse est elle aussi lourde d’angoisses et de peines : « Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! » Nouvelle Esther intercédant « sans cesse » devant le Trône divin, elle offre ses larmes pour les péchés de l’humanité qui méprise les grâces de salut et de sainteté acquises au prix fort par son divin Fils : « Je suis chargée de Le prier sans cesse… ».

Notre-Dame de La Salette 4

A La Salette, la Mère de Dieu toute sainte et immaculée vient nous montrer ses larmes, qui plaident notre cause devant la Majesté du juste Juge. A La Salette, la Toute Sainte Médiatrice que le Christ Sauveur nous a donnée pour Mère, se manifeste comme la perpétuelle suppliante intercédant pour notre salut. A La Salette, notre Mère miséricordieuse, apparaît comme la veilleuse qui jamais ne s’éteint dans la pénombre du sanctuaire et dont la flamme obstinée porte symboliquement devant la divine Présence du tabernacle la prière des cœurs fervents. A La Salette, la Vierge de Compassion nous crie par les larmes qui baignent son visage, qu’elle ne se résout jamais à « laisser aller le bras de son Fils » et que, malgré le poids accablant de la justice méritée par notre opiniâtreté dans le mal, elle s’entête plus encore à « prier sans cesse » pour que ce Fils « ne nous abandonne pas » !   

La principale raison des larmes de notre Sainte Mère et Reine réside dans nos résistances à la grâce : c’est elle, cette résistance à la grâce pourtant toujours offerte, qui nourrit notre insubordination aux lois et préceptes divins, c’est elle qui engraisse notre paresse pour la prière, c’est elle qui produit nos manques de générosité dans la pratique de la pénitence, c’est elle qui engendre nos chutes charnelles, c’est elle qui endort notre foi, c’est elle qui fournit des armes aux démons qui nous assaillent, c’est elle qui nous paralyse dans les voies du relèvement et de la guérison… Puisse le souvenir des larmes de Marie dissiper nos tiédeurs, réveiller notre ferveur !

Notre-Dame de La Salette 5

Nous devrons tous un jour rendre compte à son divin Fils des larmes que nous avons fait jaillir des yeux de Sa Très Sainte Mère ! Au dernier jugement, devant toute la cour céleste, devant tous les anges et tous les démons, devant tous les élus et tous les damnés, nous devrons répondre de chacune des larmes que nos infidélités ont tiré du Cœur de la Mère de toute Compassion. Serons-nous alors dans la honte et la confusion pour l’avoir attristée par l’indignité de nos comportements et parce que nous aurons tenu en échec ses chagrins maternels et ses larmes ? Alors qu’en tant de prières nous lui répétons « Réjouissez-vous », en réalité nous ne lui donnons pas assez de raisons de se réjouir !

Ne contristons plus la Toute Sainte ! Efforçons-nous de tarir la source de ses larmes et de répondre pleinement aux espérances de son amour maternel qui ne veut jamais désespérer de notre conversion, de notre amendement, de notre redressement, de notre pleine adhésion à la grâce… Et lorsque montent les flots agités de la tentation, tournons-nous de tout notre cœur vers Notre-Dame de La Salette et souvenons-nous de ses larmes ; souvenons-nous de ses soupirs maternels : « Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle. Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de Le prier sans cesse… »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur
19 septembre 2021

frise

Tous les textes de ce blogue où il est question de Notre-Dame de La Salette >>>
– Texte intégral du message et des « secrets » > ici
– Quelques considérations générales > ici
– Prière de Mélanie pour les temps de calamité > ici
– Texte de Gustave Thibon pour le centenaire de l’apparition > ici
– La Salette et la réforme liturgique > ici
« Les plaies de la France pansées par Marie » > ici
– Prières à Notre-Dame de La Salette > ici

2021-44. Les caractéristiques de l’âme chrétienne.

16ème dimanche après la Pentecôte :
Epître : Eph. III, 13-21 ; Evangile : Luc. XIV, 1-11.

Benozzo Gozzoli - Saint Augustin étudiant avec ses disciples

Saint Augustin et ses premiers moines étudiant
(détail d’une fresque de Benozzo Gozzoli dans l’église Sant’Agostino de San-Giminiano)

Les caractéristiques de l’âme chrétienne :
méditation sur les textes de la Sainte Ecriture
de la Messe du 16ème dimanche après la Pentecôte

Présence de Dieu :
« Faites, ô Seigneur, que mon âme soit bien enracinée dans la charité et l’humilité ».

frise

Méditation :

1 – L’épître que nous lisons aujourd’hui à la Messe, est un des plus beaux passages des lettres de Saint Paul. Nous y trouvons le fameux conseil de l’Apôtre aux Ephésiens qui, dans ses trois parties, résume toute la substance de la vie intérieure.
« Que le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ… vous donne… d’être puissamment affermis, par Son Esprit, en vue de la croissance de votre homme intérieur » (Eph. III, 16). L’homme intérieur, est l’esprit humain régénéré par la grâce, c’est l’homme spirituel qui a renoncé aux plaisirs des sens et à tout ce qui est matériel. Cet homme se trouve en chacun de nous et doit être fort pour pouvoir soutenir la lutte contre l’homme animal qui, malheureusement, vit encore en nous, tant que , tant que nous sommes sur cette terre, et tente de nous entraîner vers ce qui est bas. L’Apôtre demande avec raison cette force à l’Esprit-Saint, parce que la force de notre vertu est insuffisante si elle n’est corroborée par celle que le Saint-Esprit répand en nous au moyen de Ses dons.
« Que le Christ habite en vos cœurs par la foi » (Eph. III, 17). Le Christ, avec le Père et le Saint-Esprit, habite déjà dans l’âme en état de grâce, mais Sa présence peut devenir toujours plus « profonde », et dans la mesure même de sa profondeur, l’âme sera pénétrée de la divine charité, au point d’être vraiment « enracinée » dans la charité et « fondée » sur elle. Voulons-nous croître dans l’amour ? Tenons-nous en contact avec la source de l’amour, avec Dieu vivant dans notre âme.
« Que vous puissiez saisir… la charité du Christ qui défie toute connaissance » (Eph. III, 18-19). Le point culminant de la vie spirituelle, c’est de comprendre autant qu’il est possible à des créatures, le mystère de l’amour de Dieu. Le christianisme est tout amour : nous sommes chrétiens dans la mesure où nous vivons dans l’amour, et comprenons l’amour de Dieu.
Cependant, ce mystère nous laisse toujours un peu incrédules, un peu sceptiques. Oh ! si nous pouvions voir, comme les bienheureux, comment Dieu est charité et ne veut que la charité ; que la voie pour aller à Lui est celle de l’amour ; que la souffrance, la mortification, l’humilité, ne sont que des moyens pour arriver à l’amour parfait, pour correspondre à l’amour de Dieu-Charité ! Alors, nous serions vraiment « remplis de toute la plénitude de Dieu » (Eph. III, 19).

guérison de l'hydropique - mosaïque Santa Maria Nuova Monreale

La guérison de l’hydropique
(détail d’une mosaïque dans la cathédrale Santa Maria Nuova de Monreale – Sicile)

2 – Saint Paul nous a exhortés, dans l’épître, à être enracinés dans l’amour. Dans l’Evangile, Jésus nous exhorte à être enracinés dans l’amour et l’humilité.
Malgré la désapprobation tacite des pharisiens, fruit de l’étroitesse de leur esprit et de leur cœur, Jésus guérit, un jour de sabbat, un pauvre hydropique, et nous enseigne une fois de plus la grande importance de l’amour du prochain. C’est en vain que nous croirions être enracinés dans l’amour de Dieu, si nous ne l’étions également dans celui du prochain. Comment peut-on s’imaginer qu’un acte de charité fraternelle soit en opposition avec la loi de la sanctification de la fête ? Telles sont les aberrations auxquelles on arrive lorsqu’on prétend aimer Dieu en veillant uniquement à ses propres intérêts, sans aucune pensée pour les nécessités d’autrui. Ce n’est pas là du christianisme, mais du pharisaïsme, destructeur de la charité.
Pour être enraciné dans l’amour, il faut l’être également dans l’humilité, car l’humble est seul capable d’aimer vraiment Dieu et le prochain. L’Evangile nous donne donc une leçon d’humilité, en condamnant la chasse aux honneurs. Il ne faut pas croire qu’il s’agisse seulement d’honneurs matériels, il faut entendre aussi : honneurs moraux, c’est-à-dire ces places que notre orgueil tend à occuper dans l’estime et la considération d’autrui.
C’est un fait humiliant de constater comment notre « moi » veut toujours occuper une place supérieure à celle qui lui revient, et cela à notre confusion, car « quiconque s’élèvera sera abaissé » (Luc. XIV, 11).
« Mettons-nous à la dernière place, dit Saint Bernard. Il n’y a pas de dommage à nous humilier et nous croire inférieurs à ce que nous sommes en réalité. Mais le danger est terrible et le mal très grand si nous voulons nous élever, même d’un seul pouce, au-dessus de ce que nous sommes, et nous préférer, ne fut-ce qu’à un seul homme. Il n’est pas dangereux de se pencher un peu trop pour passer par une porte trop basse, mais il sera très périlleux de s’élever à un seul doigt de plus que la hauteur de la traverse, parce qu’on se heurte et se blesse la tête. De même, il ne faut pas craindre de nous humilier trop, mais avoir en horreur le plus petit sentiment de présomption ».
Demandons dès lors au Seigneur, comme l’ont fait les saints, de nous envoyer une humiliation chaque fois que notre orgueil tentera de nous élever au-dessus des autres. Ce sera le moyen le plus sûr pour nous enraciner dans l’humilité. Nous le serons alors aussi dans la charité et possèderons, de cette manière, les deux caractéristiques fondamentales de l’âme chrétienne.

Benozzo Gozzoli - adoration des anges - Chapelle du Palais Medici Riccardi à Florence

Adoration des anges
(détail d’une fresque  de Benozzo Gozzoli dans la chapelle du Palais Medici-Riccardi à Florence)

Colloque :

« Augmentez, Seigneur, ma foi en Votre amour, afin que je puisse Vous dire en toute vérité : « Nous, nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru » (1a Joan. IV, 16). C’est là le grand acte de notre foi, c’est le moyen de rendre à notre Dieu amour pour amour ; c’est là « le secret caché au cœur du Père » (Coloss. I, 26) que nous pénétrons enfin et toute notre âme tressaille…» (Sainte Elisabeth de la Trinité).
O Seigneur, rendez-moi capable de croire à Votre amour excessif pour moi. Je ne m’arrêterai plus, alors, aux goûts, aux sentiments, peu m’importera de Vous sentir ou non, de recevoir de Vous la joie ou la douleur : je croirai à Votre amour et cela suffit.
« Faites, ô Dieu, que mon âme pénètre dans votre profondeur, et y demeure enracinée et fondée dans l’amour.
« O Seigneur, lorsque je considère en moi-même Votre immensité, Votre fidélité, Vos preuves d’amour, Vos bienfaits, et qu’ensuite je me regarde moi-même et vois mes crimes, je ne puis que me tourner vers mon âme dans un profond sentiment de mépris ; toutefois ce mépris ne m’abaisse pas autant que je le voudrais.
« O Seigneur, plongez-moi dans l’humilité ! Il me semble qu’ainsi je serai plongée en Vous car, en vivant en Vous, Vérité même, il est impossible de ne pas connaître son néant. L’âme humble est le récipient de choix et l’amphore capable de recevoir Votre grâce, et en elle seule Vous la versez. Faites donc, ô Seigneur, que je sois humble et comprenne que l’humble ne Vous élèvera jamais assez et ne s’abaissera jamais assez lui-même » (Sainte Elisabeth de la Trinité).

Rd. Père Gabriel de Sainte-Marie-Madeleine,
in « Intimité divine », vol. 2 pp.404-407

St-Esprit & Ste Bible

2021-41. « Saint Bernard nous rappelle que sans une profonde foi en Dieu alimentée par la prière et par la contemplation, par un rapport intime avec le Seigneur, nos réflexions sur les mystères divins risquent de devenir un vain exercice intellectuel, et perdent leur crédibilité. »

20 août,
Fête de Saint Bernard de Clairvaux, abbé, confesseur et docteur de l’Eglise ;
Mémoire de Saint Philibert, abbé et confesseur ;
Anniversaire de la mort de Saint Pie X (cf. > ici).

Nous poursuivons notre connaissance des Saints Docteurs de l’Eglise au moyen des présentations qu’en a faites Sa Sainteté le Pape Benoît XVI lors des catéchèses dispensées à l’occasion des audiences générales. Voici donc la présentation qu’il a donnée de Saint Bernard de Clairvaux.

Alessandro Tiarini (1577-1668) - Saint Bernard de Clairvaux

Alessandro Tiarini (1577-1668) : Saint Bernard de Clairvaux

« Saint Bernard nous rappelle que sans une profonde foi en Dieu alimentée par la prière et par la contemplation, par un rapport intime avec le Seigneur, nos réflexions sur les mystères divins risquent de devenir un vain exercice intellectuel, et perdent leur crédibilité. »

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
lors de l’audience générale
du mercredi 21 octobre 2009

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui je voudrais parler de saint Bernard de Clairvaux, appelé le dernier des Pères de l’Eglise, car au XIIème siècle, il a encore une fois souligné et rendue présente la grande théologie des Pères.

Nous ne connaissons pas en détail les années de son enfance ; nous savons cependant qu’il naquit en 1090 à Fontaines en France, dans une famille nombreuse et assez aisée. Dans son adolescence, il se consacra à l’étude de ce que l’on appelle les arts libéraux – en particulier de la grammaire, de la rhétorique et de la dialectique – à l’école des chanoines de l’église de Saint-Vorles, à Châtillon-sur-Seine et il mûrit lentement la décision d’entrer dans la vie religieuse. Vers vingt ans, il entra à Cîteaux, une fondation monastique nouvelle, plus souple par rapport aux anciens et vénérables monastères de l’époque et, dans le même temps, plus rigoureuse dans la pratique des conseils évangéliques. Quelques années plus tard, en 1115, Bernard fut envoyé par saint Etienne Harding, troisième abbé de Cîteaux, pour fonder le monastère de Clairvaux. C’est là que le jeune abbé (il n’avait que vingt-cinq ans) put affiner sa propre conception de la vie monastique, et s’engager à la traduire dans la pratique. En regardant la discipline des autres monastères, Bernard rappela avec fermeté la nécessité d’une vie sobre et mesurée, à table comme dans l’habillement et dans les édifices monastiques, recommandant de soutenir et de prendre soin des pauvres. Entre temps, la communauté de Clairvaux devenait toujours plus nombreuse et multipliait ses fondations.

Au cours de ces mêmes années, avant 1130, Bernard commença une longue correspondance avec de nombreuses personnes, aussi bien importantes que de conditions sociales modestes. Aux multiples Lettres de cette période, il faut ajouter les nombreux Sermons, ainsi que les Sentences et les Traités. C’est toujours à cette époque que remonte la grande amitié de Bernard avec Guillaume, abbé de Saint-Thierry, et avec Guillaume de Champeaux, des figures parmi les plus importantes du XIIème siècle.
A partir de 1130, il commença à s’occuper de nombreuses et graves questions du Saint-Siège et de l’Eglise. C’est pour cette raison qu’il dut sortir toujours plus souvent de son monastère, et parfois hors de France. Il fonda également quelques monastères féminins, et engagea une vive correspondance avec Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, dont j’ai parlé mercredi dernier. Il dirigea surtout ses écrits polémiques contre Abélard, le grand penseur qui a lancé une nouvelle manière de faire de la théologie en introduisant en particulier la méthode dialectique-philosophique dans la construction de la pensée théologique. Un autre front sur lequel Bernard a lutté était l’hérésie des Cathares, qui méprisaient la matière et le corps humain, méprisant en conséquence le Créateur.
En revanche, il sentit le devoir de prendre la défense des Juifs, en condamnant les vagues d’antisémitisme toujours plus diffuses. C’est pour ce dernier aspect de son action apostolique que, quelques dizaines d’années plus tard, Ephraïm, rabbin de Bonn, adressa un vibrant hommage à Bernard.
Au cours de cette même période, le saint abbé rédigea ses œuvres les plus fameuses, comme les très célèbres Sermons sur le Cantique des Cantiques. Au cours des dernières années de sa vie – sa mort survint en 1153 – Bernard dut limiter les voyages, sans pourtant les interrompre complètement. Il en profita pour revoir définitivement l’ensemble des Lettres, des Sermons, et des Traités.
Un ouvrage assez singulier, qu’il termina précisément en cette période, en 1145, quand un de ses élèves Bernardo Pignatelli, fut élu pape sous le nom d’Eugène III, mérite d’être mentionné. En cette circonstance, Bernard, en qualité de père spirituel, écrivit à son fils spirituel le texte De Consideratione, qui contient un enseignement en vue d’être un bon pape. Dans ce livre, qui demeure une lecture intéressante pour les papes de tous les temps, Bernard n’indique pas seulement comment bien faire le pape, mais présente également une profonde vision des mystères de l’Eglise et du mystère du Christ, qui se résout, à la fin, dans la contemplation du mystère de Dieu un et trine : « On devrait encore poursuivre la recherche de ce Dieu, qui n’est pas encore assez recherché », écrit le saint abbé : « mais on peut peut-être mieux le chercher et le trouver plus facilement avec la prière qu’avec la discussion. Nous mettons alors ici un terme au livre, mais non à la recherche » (xiv, 32 : PL 182, 808), à être en chemin vers Dieu.

Je voudrais à présent m’arrêter sur deux aspects centraux de la riche doctrine de Bernard : elles concernent Jésus-Christ et la Très Sainte Vierge Marie, Sa Mère. Sa sollicitude à l’égard de la participation intime et vitale du chrétien à l’amour de Dieu en Jésus-Christ n’apporte pas d’orientations nouvelles dans le statut scientifique de la théologie. Mais, de manière plus décidée que jamais, l’abbé de Clairvaux configure le théologien au contemplatif et au mystique. Seul Jésus – insiste Bernard face aux raisonnements dialectiques complexes de son temps – seul Jésus est « miel à la bouche, cantique à l’oreille, joie dans le cœur (mel in ore, in aure melos, in corde iubilum)« . C’est précisément de là que vient le titre, que lui attribue la tradition, de Doctor mellifluus :  sa louange de Jésus-Christ, en effet, « coule comme le miel ».
Dans les batailles exténuantes entre nominalistes et réalistes – deux courants philosophiques de l’époque – dans ces batailles, l’Abbé de Clairvaux ne se lasse pas de répéter qu’il n’y a qu’un nom qui compte, celui de Jésus le Nazaréen. « Aride est toute nourriture de l’âme », confesse-t-il, « si elle n’est pas baignée de cette huile ; insipide, si elle n’est pas agrémentée de ce sel. Ce que tu écris n’a aucun goût pour moi, si je n’y ai pas lu Jésus ». Et il conclut : « Lorsque tu discutes ou que tu parles, rien n’a de saveur pour moi, si je n’ai pas entendu résonner le nom de Jésus » (Sermones in Cantica Canticorum xv, 6 : PL 183, 847). En effet, pour Bernard, la véritable connaissance de Dieu consiste dans l’expérience personnelle et profonde de Jésus-Christ et de Son amour. Et cela, chers frères et sœurs, vaut pour chaque chrétien : la foi est avant tout une rencontre personnelle, intime avec Jésus, et doit faire l’expérience de Sa proximité, de Son amitié, de Son amour, et ce n’est qu’ainsi que l’on apprend à Le connaître toujours plus, à L’aimer et Le suivre toujours plus. Que cela puisse advenir pour chacun de nous !

Dans un autre célèbre Sermon le dimanche entre l’octave de l’Assomption, le saint Abbé décrit en termes passionnés l’intime participation de Marie au sacrifice rédempteur du Fils. « O sainte Mère, – s’exclame-t-il – vraiment, une épée a transpercé ton âme !… La violence de la douleur a transpercé à tel point ton âme que nous pouvons t’appeler à juste titre plus que martyr, car en toi, la participation à la Passion du Fils dépassa de loin dans l’intensité les souffrances physiques du martyre » (14 : PL 183-437-438). Bernard n’a aucun doute : « per Mariam ad Iesum », à travers Marie, nous sommes conduits à Jésus. Il atteste avec clarté l’obéissance de Marie à Jésus, selon les fondements de la mariologie traditionnelle. Mais le corps du Sermon documente également la place privilégiée de la Vierge dans l’économie de salut, à la suite de la participation très particulière de la Mère (compassio) au sacrifice du Fils. Ce n’est pas par hasard qu’un siècle et demi après la mort de Bernard, Dante Alighieri, dans le dernier cantique de la Divine Comédie, placera sur les lèvres du « Doctor mellifluus » la sublime prière à Marie : « Vierge Mère, fille de ton Fils, / humble et élevée plus qu’aucune autre créature / terme fixe d’un éternel conseil,… » (Paradis 33, vv. 1ss).

Ces réflexions, caractéristiques d’un amoureux de Jésus et de Marie comme saint Bernard, interpellent aujourd’hui encore de façon salutaire non seulement les théologiens, mais tous les croyants.
On prétend parfois résoudre les questions fondamentales sur Dieu, sur l’homme et sur le monde à travers les seules forces de la raison. Saint Bernard, au contraire, solidement ancré dans la Bible, et dans les Pères de l’Eglise, nous rappelle que sans une profonde foi en Dieu alimentée par la prière et par la contemplation, par un rapport intime avec le Seigneur, nos réflexions sur les mystères divins risquent de devenir un vain exercice intellectuel, et perdent leur crédibilité. La théologie renvoie à la « science des saints », à leur intuition des mystères du Dieu vivant, à leur sagesse, don de l’Esprit Saint, qui deviennent un point de référence de la pensée théologique. Avec Bernard de Clairvaux, nous aussi nous devons reconnaître que l’homme cherche mieux et trouve plus facilement Dieu « avec la prière qu’avec la discussion ». A la fin, la figure la plus authentique du théologien et de toute évangélisation demeure celle de l’apôtre Jean, qui a appuyé sa tête sur le Cœur du Maître.

Je voudrais conclure ces réflexions sur saint Bernard par les invocations à Marie, que nous lisons dans une belle homélie. « Dans les dangers, les difficultés, les incertitudes – dit-il – pense à Marie, invoque Marie. Qu’elle ne se détache jamais de tes lèvres, qu’elle ne se détache jamais de ton cœur ; et afin que tu puisses obtenir l’aide de sa prière, n’oublie jamais l’exemple de sa vie. Si tu la suis, tu ne te tromperas pas de chemin ; si tu la pries, tu ne désespéreras pas ; si tu penses à elle, tu ne peux pas te tromper. Si elle te soutient, tu ne tombes pas ; si elle te protège, tu n’as rien à craindre ; si elle te guide, tu ne te fatigues pas ; si elle t’est propice, tu arriveras à destination… » (Hom. II super « Missus est », 17:  PL 183, 70-71).

Voir aussi le sermon de Saint Bernard sur la prière publié > ici

Esteban Murillo - lactation de Saint Bernard

Bartolomé Esteban Murillo (1617 – 1682) : lactation de Saint Bernard

2021-40. De Sainte Radegonde, Reine des Francs, dont on célèbre la fête le 13 août.

13 août,
Fête de Sainte Radegonde, Reine des Francs et veuve ;
Mémoire des Saints Cassien et Hippolyte, martyrs ;
Mémoire de Saint Jean Berchmans, confesseur.

Sainte Radégonde vitrail de l'église Saint-Laon de Thouars - détail

Sainte Radegonde
(vitrail de l’église Saint-Laon de Thouars – détail)

Avec Sainte Clotilde, Sainte Bathilde (cf. > ici), Sainte Hildegarde de Vintzgau (cf. > ici) et Sainte Jeanne de France (cf. > ici), Sainte Radegonde est l’une des cinq reines de France élevées sur les autels.
Sa fête liturgique est célébrée le 13 août, anniversaire du jour de sa sainte mort, et nous allons ci-dessous résumer sa vie, pleine de rebondissements.

En tout premier lieu, pour comprendre la vie de Sainte Radegonde, il convient de donner un bref rappel historique : Clotaire, qui força Radegonde à l’épouser, est Clotaire Ier (vers 498 – 561) – roi des Francs à Soissons (511 – 561) -, l’un des trois fils de Clovis Ier et de Sainte Clotilde qui succéda à son père.
A la mort de Clovis (en 511), son royaume avait été divisé entre ses quatre fils : Clotaire avait reçu les pays situés entre la Marne et la Meuse (royaume de Soissons) ; à la mort de son frère Clodomir (en 524), il s’en attribua une grande partie des territoires (royaume d’Orléans), puis à la mort de son frère Childebert Ier (en 558), il prit possession du royaume de Paris.
Clotaire fut tantôt rival tantôt allié de son demi-frère Thierry Ier (ou Théodoric), autre fils de Clovis, né d’une épouse de second rang avant que Clovis n’eût épousé Sainte Clotilde. 

partage du royaume de Clovis

Partage du royaume de Clovis entre ses quatre fils

Dans l’année 529, Clotaire, roi de Soissons, s’était joint à son frère Thierry, roi de Reims, qui marchait contre les Thuringiens, peuple de la confédération saxonne.
Les Thuringiens furent défaits dans plusieurs batailles ; leur pays, ravagé par le fer et le feu, devint tributaire des Francs, et les deux rois vainqueurs se partagèrent le butin et les prisonniers. Dans le lot de Clotaire se trouvaient deux enfants de race royale, le fils et la fille de Berthaire, l’avant-dernier roi des Thuringiens.

La jeune fille, nommée Radegonde (Radegundis, ce qui signifie « femme de conseil » en langue germanique), avait à peine dix ans, et Clotaire avait vingt ans de plus qu’elle.
Ses larmes et sa beauté naissante touchèrent le coeur de Clotaire, qui l’emmena dans les Gaules et la plaça dans une de ses maisons royales : le domaine d’Athies, sur la Somme. Là, par les soins de Clotaire qui avait formé le dessein de la prendre pour épouse, elle reçut des plus excellents maîtres une éducation conforme au rang qu’elle devait occuper un jour.
Elle fut instruite dans la religion chrétienne par Saint Médard, évêque de Noyon, reçut de ses mains le saint baptême et puisa dans ses enseignements les principes de la foi la plus vive et la plus sincère.
En même temps elle étudiait, avec une merveilleuse intelligence, les lettres romaines et les ouvrages des Pères de l’Église.
En lisant les Saintes Écriture et les vies des saints, elle pleurait et souhaitait le martyre : ce n’était pas sans terreur, en effet, qu’elle voyait approcher le moment d’appartenir comme femme au roi dont elle était la captive et qui avait causé tous les malheurs de sa famille.

Sainte Radegonde - vitrail de la basilique St-Martin de Tours détail

Sainte Radegonde
(vitrail de l’église Saint-Martin de Tours – détail)

Radegonde, résignée à la volonté de Dieu, accomplit le douloureux sacrifice qui lui était imposé ; elle épousa Clotaire et devint reine.
Cependant la puissance et les richesses n’avaient rien qui séduisissent son âme, toute occupée de Dieu. Le temps dont elle pouvait disposer après l’accomplissement des devoirs que lui imposait sa condition, elle le consacrait à des œuvres de charité ou d’austérité chrétienne : elle se dévouait personnellement au service des pauvres et des malades ; la maison royale d’Athies où elle avait été élevée et qu’elle avait reçue en présent de noces, devint un hospice pour les femmes indigentes, et l’une des plus douces occupations de la reine était de s’y rendre pour remplir l’office d’infirmière dans ses détails les plus rebutants ; elle jeûnait fréquemment et, quoique assise à la table somptueuse du roi son époux, elle se faisait servir les mets les plus simples : des légumes et des fruits secs composaient toute sa nourriture ; souvent, la nuit, elle se levait pour s’agenouiller dans son oratoire et offrir à Dieu ses larmes et ses prières.

Dans le secret de son âme, Radegonde aspirait de tous ses vœux à la vie du cloître. Les obstacles étaient grands entre les aspirations de son cœur et la réalisation de cette vocation de plus en plus impérieuse : six années se passèrent avant qu’elle osât les affronter.
Un dernier malheur de famille lui donna ce courage. Son frère, qui avait grandi à la cour de Clotaire, comme otage de la nation thuringienne, fut mis à mort par l’ordre de ce prince. Dès que Radegonde apprit cet horrible meurtre, elle demanda à Clotaire l’autorisation de se retirer dans un monastère, et, ayant obtenu l’assentiment du roi, elle se rendit à Noyon, auprès de Saint Médard.
Elle trouva le saint évêque dans son église, officiant à l’autel, et s’approchant de lui, elle lui déclara : « J’ai renoncé au trône pour embrasser la vie religieuse, et je viens te supplier de me consacrer à Dieu ».
L’évêque répondit : « L’homme ne peut séparer ce que Dieu a uni ».
Comme elle insistait, il demanda le temps de réfléchir. Mais alors, les seigneurs et les guerriers francs que Clotaire avait chargés d’escorter la reine, craignant que ce prince ne se repentit d’avoir donné son consentement à une séparation irrévocable, proférèrent contre Saint Médard des paroles menaçantes, disant qu’il n’avait pas le droit d’enlever au roi une femme qu’il avait solennellement épousée. Les plus furieux osèrent mettre la main sur lui et l’entraîner des degrés de l’autel dans la nef de l’église.
Pendant ce tumulte, Radegonde, qui avait cherché un refuge dans la sacristie, jeta, par une inspiration soudaine, un costume de religieuse sur ses vêtements royaux, rentra dans l’église, et s’avançant vers Saint Médard, qui était revenu dans le sanctuaire : « Si tu tardes davantage à me consacrer, dit-elle, si tu crains plus les hommes que Dieu, tu auras à rendre compte au Pasteur souverain qui te redemandera l’âme de sa brebis ». Ces paroles imposèrent le respect aux seigneurs francs, et Saint Médard, y voyant un ordre du ciel, n’hésita plus ; il se leva, imposa les mains sur Radegonde et lui conféra le titre de « diaconesse », quoiqu’elle n’eût pas l’âge requis pour l’obtenir. Ce « diaconat » conféré aux femmes à cette époque n’était en aucune manière comparable au degré du sacerdoce qui porte le même nom, mais il s’agissait d’une espèce de consécration religieuse qui mettait les femmes qui en étaient revêtues dans la dépendance de l’Église pour laquelle elles accomplissaient des services tout en menant une vie de prière plus particulière.

Saint Médard consacrant Sainte Radegonde à Dieu

Saint Médard consacrant Sainte Radegonde à Dieu

La première pensée de Radegonde, après avoir été ainsi consacrée Dieu, fut de se dépouiller de tout ce qu’elle portait sur elle de joyaux et d’objets précieux. Elle couvrit l’autel de ses ornements de tête, de ses bracelets, de ses agrafes de pierreries, de ses franges de robes tissées de fils d’or et de pourpre. Elle brisa de sa propre main sa riche ceinture d’or, en disant : « Je la donne aux pauvres ».
Libre enfin, elle se rendit à Poitiers, où elle fonda un monastère de femmes qu’elle plaça sous l’invocation de la Très Sainte Vierge Marie et dans lequel elle établit la règle de Saint Césaire d’Arles.
L’étude des lettres figurait au premier rang des occupations imposées à la communauté ; on devait y consacrer deux heures par jour, et le reste du temps était donné aux exercices religieux, à la lecture des livres saints et à des ouvrages de femmes.
Les religieuses les plus instruites s’occupaient à transcrire des livres pour en multiplier les copies.

Après avoir ainsi tracé la voie et donné l’impulsion, Radegonde abdiqua toute suprématie, et fit élire comme abbesse, Agnès, jeune fille dont elle avait surveillé l’éducation.
Volontairement descendue au rang de simple religieuse elle faisait sa semaine de cuisine, balayait à son tour la maison, portait de l’eau et du bois comme les autres ; mais malgré cette apparence d’égalité, elle était auréolée par le prestige de sa naissance royale, par son titre de fondatrice, ainsi et surtout que par l’ascendant de son savoir et de ses vertus.
C’était elle qui donnait les justes interprétations de la règle ; c’était elle qui raffermissait par des exhortations de tous les jours les âmes chancelantes ; c’était elle qui expliquait, pour ses jeunes compagnes, les texte de l’Écriture Sainte.

Sainte Radegonde reçoit la relique de la Sainte Croix à Poitiers

Sainte Radegonde reçoit à Poitiers la relique de la Sainte Croix

L’empereur d’Orient, Justin II, ayant envoyé à Radegonde un morceau de la vraie croix, la réception de cette précieuse relique se fit avec toute la pompe des plus importantes de toutes les cérémonies religieuses, et l’on entendit alors pour la première fois le Vexilla regis prodeunt : l’hymne célèbre en l’honneur de la Sainte Croix, que Saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers et ami de la reine, composa pour cette solennité.
Ce fut aussi à dater de ce jour que le monastère prit le nom de Sainte-Croix.

Relique de la Sainte Croix de l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers

Relique de la Sainte Croix
envoyée par le Basileus Justin II à Sainte Radegonde
et toujours conservée à l’abbaye Sainte-Croix de Poitiers

Dans les dernières années de sa vie, Radegonde redoubla ses austérités. « Celui, dit Saint Venance Fortunat, qui pourrait retracer ses travaux, sa charité pour les pauvres, ses rigueurs pour elle-même, celui-là prouverait qu’elle fut à la fois martyr et confesseur ».

Sainte Radegonde mourut le 13 août de l’an 587, âgée d’environ 67 ans.
Ses funérailles furent célébrées par Saint Grégoire, évêque de Tours, au milieu d’un immense concours de peuple, et, suivant sa volonté dernière, elle fut inhumée dans l’église de Notre-Dame hors des Murs, qu’elle avait fait construire, et qui porte aujourd’hui le nom d’église Sainte-Radegonde.

Tombeau de Sainte Radegonde -crypte de l'église Sainte-Radegonde de Poitiers

Sarcophage de Sainte Radegonde
dans la crypte de l’église Sainte-Radegonde de Poitiers

2021-37. Solennité de la Saint-Louis au Puy-en-Velay avec la Confrérie Royale.

Pèlerinage
au Puy-en-Velay
pour la
Solennité de Saint Louis

- du 27 au 29 août 2021 -

lys.gif

Le sixième pèlerinage annuel de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay, pour le Roi et la France, a – en cette année 2021 comme en 2020 – été empêché à sa date normale, qui est celle des jours suivants l’Ascension, en raison des difficultés liées au contexte social et ecclésiastique, conséquent à « l’épidémie » de Covid-19…

Néanmoins, comme en 2020, la Confrérie Royale tient à marquer la présence annuelle de ses représentants – de son ambassade pourrait-on dire – dans la sainte cité mariale du Puy.
Ainsi, comme en 2020, a-t-elle l’opportunité d’organiser un petit rassemblement (places limitées) au Puy les 27 et 29 août prochains, afin d’y célébrer la solennité de Saint Louis, céleste protecteur de la confrérie, saint patron de notre Roi légitime et de Monseigneur le Dauphin.

L’arrivée peut se faire dès le vendredi 27 en fin d’après-midi (une Messe basse sera célébrée à 18 h ce jour-là pour les pèlerins qui souhaiteraient y assister), mais il est aussi possible de n’arriver que pour le samedi 28 au matin (de bonne heure : pour la première conférence).
Comme d’habitude pendant ces journées des pèlerinages de la Confrérie Royale, il y aura évidemment des Saintes Messes solennelles, des temps de prière, ainsi que des visites et des conférences.
Le programme détaillé en sera communiqué en son temps aux pèlerins inscrits.

Les personnes qui souhaiteraient profiter de ce pèlerinage pour faire leur entrée dans la Confrérie Royale sont priées de se signaler auprès de ses responsables sans retard.
Ni le laisser-passer ni la vaccination ou les certificats de tests ne sont requis pour l’accès au lieu d’hébergement et aux édifices cultuels.

Les organisateurs invitent les personnes qui viendraient au Puy-en-Velay en automobile et qui disposeraient de places à se faire connaître, de manière à organiser des covoiturages.
Pour les autre modalités pratiques, et le bulletin d’inscription, veuillez vous reporter au site internet de la Confrérie Royale > ici.

Les organisateurs ont bien conscience que cette annonce, ainsi que les délais pour l’inscription (le plus rapidement possible et de toute façon avant le 20 août) sont assez courts, mais dans le contexte actuel, avec des confirmations qui ne sont arrivées que ces jours derniers, il ne leur était pas possible, d’en publier l’annonce plus tôt.

Merci pour votre compréhension
et pour vos réponses les plus promptes possibles !

Messe à l'autel de la Vierge Noire 2019

Sainte Messe solennelle à l’autel de la Vierge Noire
dans l’insigne basilique-cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation du Puy-en-Velay
lors du pèlerinage de la Confrérie Royale en 2019

2021-36. Saint Laurent de Brindes, une « source à laquelle puiser afin que notre témoignage chrétien soit lumineux et soit capable de conduire les hommes de notre temps à Dieu ».

21 juillet,
Fête de Saint Laurent de Brindes, docteur de l’Eglise.

Continuons d’approfondir notre connaissance des Docteurs de l’Eglise à l’aide des catéchèses que leur a consacré Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.

Messe de Saint Laurent de Brindes

Saint Laurent de Brindes favorisé de l’apparition du Saint Enfant Jésus pendant sa messe

* * * * * * *

Catéchèse de
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

prononcée à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 23 mars 2011

Chers frères et sœurs,

Je me souviens encore avec joie de l’accueil festif qui m’a été réservé en 2008 à Brindisi, la ville où, en 1559, naquit un éminent docteur de l’Eglise, saint Laurent de Brindisi, nom que Giulio Cesare Rossi prit en entrant dans l’Ordre des capucins.
Dès son enfance, il fut attiré par la famille de saint François d’Assise. En effet, orphelin de père à l’âge de sept ans, il fut confié par sa mère aux soins des frères conventuels de sa ville. Quelques années plus tard, toutefois, il s’installa avec sa mère à Venise, et c’est précisément en Vénétie qu’il connut les capucins qui, à cette époque, s’étaient placés généreusement au service de l’Eglise tout entière, pour approfondir la grande réforme spirituelle promue par le Concile de Trente. En 1575, Laurent, à travers la profession religieuse, devint frère capucin, et en 1582, fut ordonné prêtre. Dès l’époque de ses études ecclésiastiques, il révéla les éminentes qualités intellectuelles dont il était doté. Il apprit facilement les langues anciennes, comme le grec, l’hébreu et le syriaque, et modernes, comme le français et l’allemand, qui s’ajoutaient à sa connaissance de la langue italienne et de la langue latine, à l’époque couramment parlée par tous les ecclésiastiques et hommes de culture.

Grâce à la connaissance de tant de langues, Laurent put accomplir un intense apostolat auprès de diverses catégories de personnes. Prédicateur efficace, il connaissait de façon si profonde non seulement la Bible, mais également la littérature rabbinique, que les rabbins eux-mêmes en étaient stupéfaits et admiratifs, manifestant à son égard estime et respect. Théologien expert de l’Ecriture Sainte et des Pères de l’Eglise, il était en mesure d’illustrer de façon exemplaire la doctrine catholique également aux chrétiens qui, surtout en Allemagne, avaient adhéré à la Réforme. A travers une présentation claire et douce, il montrait le fondement biblique et patristique de tous les articles de la foi mis en discussion par Martin Luther. Parmi ceux-ci, le primat de saint Pierre et de ses successeurs, l’origine divine de l’épiscopat, la justification comme transformation intérieure de l’homme, la nécessité des bonnes œuvres pour le salut. Le succès dont Laurent bénéficia nous aide à comprendre qu’aujourd’hui aussi, en poursuivant avec tant d’espérance le dialogue œcuménique, la confrontation avec la Sainte Ecriture, lue dans la Tradition de l’Eglise, constitue un élément incontournable et d’une importance fondamentale, comme j’ai voulu le rappeler dans l’Exhortation apostolique Verbum Domini (n. 46).

Même les fidèles les plus simples, dépourvus d’une grande culture, tirèrent profit de la parole convaincante de Laurent, qui s’adressait aux personnes humbles pour rappeler à tous la cohérence de leur vie avec la foi professée.
Cela a été un grand mérite des capucins et d’autres ordres religieux, qui, aux XVI° et XVII° siècles, contribuèrent au renouveau de la vie chrétienne en pénétrant en profondeur dans la société à travers leur témoignage de vie et leur enseignement. Aujourd’hui aussi, la nouvelle évangélisation a besoin d’apôtres bien préparés, zélés et courageux, afin que la lumière et la beauté de l’Evangile prévalent sur les orientations culturelles du relativisme éthique et de l’indifférence religieuse, et transforment les diverses façons de penser et d’agir en un authentique humanisme chrétien.
Il est surprenant que saint Laurent de Brindisi ait pu accomplir de façon ininterrompue cette activité de prédicateur apprécié et inlassable dans de nombreuses villes d’Italie et dans divers pays, alors qu’il occupait d’autres charges lourdes et de grandes responsabilités. Au sein de l’Ordre des capucins, en effet, il fut professeur de théologie, maître des novices, plusieurs fois ministre provincial et définiteur général, et enfin ministre général de 1602 à 1605.

Parmi tant de travaux, Laurent cultiva une vie spirituelle d’une ferveur exceptionnelle, consacrant beaucoup de temps à la prière et, de manière particulière, à la célébration de la Messe, qu’il prolongeait souvent pendant des heures, absorbé et ému par le mémorial de la Passion, de la Mort et de la Résurrection du Seigneur.
A l’école des saints, chaque prêtre, comme cela a souvent été souligné au cours de la récente Année sacerdotale, peut éviter le danger de l’activisme, c’est-à-dire d’agir en oubliant les motivations profondes de son ministère, seulement s’il prend soin de sa propre vie intérieure. En m’adressant aux prêtres et aux séminaristes dans la cathédrale de Brindisi, la ville natale de saint Laurent, j’ai rappelé que «le moment de la prière est le plus important dans la vie du prêtre, celui où la grâce divine agit avec le plus d’efficacité, en donnant sa fécondité au ministère. Prier est le premier service à rendre à la communauté. Les temps de prière doivent donc avoir une véritable priorité dans notre vie… Si l’on n’est pas intérieurement en communion avec Dieu, on ne peut rien donner non plus aux autres. Dieu est donc la première priorité. Nous devons toujours réserver le temps nécessaire pour être en communion de prière avec notre Seigneur».
Du reste, avec l’ardeur incomparable de son style, Laurent exhorte chacun, et pas seulement les prêtres, à cultiver la vie de prière car au moyen de celle-ci nous parlons à Dieu et Dieu nous parle : «Oh, si nous considérions cette réalité ! — s’exclame-t-il — C’est-à-dire que Dieu est vraiment présent à nous quand nous lui parlons en priant ; qu’il écoute vraiment notre prière, même si nous prions seulement avec le cœur et avec l’esprit. Et que non seulement il est présent et nous écoute, mais qu’il peut même et qu’il désire volontiers répondre, et avec le plus grand plaisir, à nos questions».

Un autre trait qui caractérise l’œuvre de ce fils de saint François est son action pour la paix.
Les Souverains Pontifes, ainsi que les princes catholiques lui confièrent à plusieurs reprises d’importantes missions diplomatiques pour résoudre des controverses et favoriser la concorde entre les Etats européens, menacés à cette époque par l’empire ottoman. L’autorité morale dont il jouissait faisait de lui un conseiller recherché et écouté. Aujourd’hui, comme à l’époque de saint Laurent, le monde a un grand besoin de paix, il a besoin d’hommes et de femmes pacifiques et pacificateurs. Tous ceux qui croient en Dieu doivent toujours être des sources et des agents de paix.
Ce fut précisément à l’occasion d’une de ces missions diplomatiques que Laurent conclut sa vie terrestre, en 1619 à Lisbonne, où il s’était rendu auprès du roi d’Espagne, Philippe III, pour défendre la cause de ses sujets napolitains, opprimés par les autorités locales.

Il fut canonisé en 1881 et, en raison de son activité vigoureuse et intense, de sa science vaste et harmonieuse, il mérita le titre de Doctor apostolicus, «Docteur apostolique», que lui donna le bienheureux Pape Jean XXIII en 1959, à l’occasion du quatrième centenaire de sa naissance. Cette reconnaissance fut accordée à Laurent de Brindisi également parce qu’il fut l’auteur de nombreuses œuvres d’exégèse biblique, de théologie et d’écrits destinés à la prédication. Il y offre une présentation organique de l’histoire du salut, centrée sur le mystère de l’Incarnation, la plus grande manifestation de l’amour divin pour les hommes. En outre, étant un mariologiste de grande valeur, auteur d’un recueil de sermons sur la Vierge intitulé «Mariale», il met en évidence le rôle unique de la Vierge Marie, dont il affirme avec clarté l’Immaculée Conception et la coopération à l’œuvre de la rédemption accomplie par le Christ.

Avec une fine sensibilité théologique, Laurent de Brindisi a également mis en évidence l’action de l’Esprit Saint dans l’existence du croyant. Il nous rappelle qu’avec ses dons, la Troisième Personne de la Très Sainte Trinité, éclaire et aide notre engagement à vivre dans la joie le message de l’Evangile. «L’Esprit Saint — écrit saint Laurent — rend doux le joug de la loi divine et léger son poids, afin que nous observions les commandements de Dieu avec une très grande facilité, et même avec plaisir».

Je voudrais compléter cette brève présentation de la vie et de la doctrine de saint Laurent de Brindisi en soulignant que toute son activité a été inspirée par un grand amour pour l’Ecriture Sainte, qu’il savait presque par cœur, et par la conviction que l’écoute et l’accueil de la Parole de Dieu produit une transformation intérieure qui nous conduit à la sainteté. «La Parole du Seigneur — affirme-t-il — est lumière pour l’intelligence et feu pour la volonté, pour que l’homme puisse connaître et aimer Dieu. Pour l’homme intérieur, qui au moyen de la grâce vit de l’Esprit de Dieu, il est pain et eau, mais un pain plus doux que le miel et une eau meilleure que le vin et le lait… C’est un maillet contre un cœur durement obstiné dans les vices. C’est une épée contre la chair, le monde et le démon, pour détruire tout péché».
Saint Laurent de Brindisi nous enseigne à aimer l’Ecriture Sainte, à croître dans la familiarité avec elle, à cultiver quotidiennement le rapport d’amitié avec le Seigneur dans la prière, pour que chacune de nos actions, chacune de nos activités ait en Lui son commencement et son achèvement. Telle est la source à laquelle puiser afin que notre témoignage chrétien soit lumineux et soit capable de conduire les hommes de notre temps à Dieu.

Saint Laurent de Brindes à la bataille d'Albareale

Saint Laurent de Brindes à la bataille d’Albareale contre les mahométans

2021-38. Nous devons retremper notre courage et notre espérance, sans nous départir d’une constante sérénité intérieure, malgré les combats !

Triomphe de la foi Vincenzo Meucci - détail)

Le triomphe de la foi
fresque de Vincenzo Meucci (1747), au palais Corsini, à Rome.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

C’était hier, 8 août, le septième anniversaire du rappel à Dieu – dans sa centième année – du Révérend Père Jean Charles-Roux (+ 8 août 2014), prêtre remarquable par sa personnalité – originale et très attachante -, et par sa fidélité : fidélité à la Sainte Messe de son ordination et fidélité à son Souverain légitime, puisqu’il fut en même temps une figure éminente de la Légitimité et de la résistance à la réforme liturgique consécutive au concile vaticandeux.

J’ai rapporté au moment de l’annonce de sa mort (cf. > ici), cette anecdote célèbre autant que savoureuse : « (…) lorsque la nouvelle messe avait été imposée, il l’avait « essayée » mais s’était promptement rendu compte de l’indigence du nouveau rite : « J’ai donc écrit au pape Paul, que j’avais connu quand il était cardinal Montini, et dit : Saint-Père, soit vous me permettez de célébrer l’ancienne messe, soit je quitte la prêtrise et j’épouse la première jolie fille que je rencontre. »

Ce cher Père disait même : « Quand on m’a dit qu’il fallait désormais célébrer selon un nouveau rite, loyalement, par obéissance, j’ai essayé. Oui, j’ai loyalement essayé : j’ai essayé en anglais, en italien, en français, et même en latin ! Et je me suis dit que cela n’était vraiment pas possible : nous étions par trop loin de la Messe catholique qui avait fait pendant des siècles la force de l’Eglise et qui avait sanctifié tant de générations de fidèles ! » C’est alors qu’il avait écrit au pape Montini avec ce trait d’humoristique chantage rapporté ci-dessus.
J’écris : « humoristique chantage », mais j’eusse aussi pu écrire « chantage d’une cruelle lucidité », car, en pleine débâcle postconciliaire, qui voyait des prêtres et des religieux défroquer par milliers, le Révérend Père Charles-Roux mettait le doigt là où cela faisait mal : Paul VI, qui signa des centaines et des centaines de « réductions à l’état laïc », exprimait sa désolation devant toutes ces désertions, bien qu’il n’en tirât pas les conclusions qui se fussent logiquement imposées et qu’il refusât toujours de nommer par leur nom véritable la cause de ces innombrables naufrages et apostasies.

Ce n’étaient pas quelques « fumées de satan » qui s’étaient introduites dans l’Eglise par « quelques fissures », c’est le modernisme mortifère qui, à l’occasion du concile vaticandeux et de la réforme liturgique, s’était engouffré à pleins flots dans la Maison de Dieu, dévastant tout sur son passage, et cela parce que les portes lui en avaient été grandes ouvertes !

L’aveuglement des chefs, leur obstination à refuser l’évidence, ainsi que l’entêtement à maintenir une direction dont on constate chaque jour les conséquences désastreuses restent un profond mystère : Dieu seul est juge des cœurs et des responsabilités, mais on ne peut penser que cela soit exempt de faute !

Bref ! Dans le contexte de ces jours d’été 2021, consécutifs au sinistre brigandage bergoglien honteusement daté du jour de la fête de Notre-Dame du Mont Carmel, le rappel de la figure du Révérend Père Jean Charles-Roux et de la manière dont il avait obtenu de Paul VI la permission de continuer à célébrer la Sainte Messe latine traditionnelle, faisait dire à l’un de mes amis « cum grano salis » : « Vous savez ce qu’il vous reste à faire… » Cela m’a aussitôt porté à lui répondre que, au contraire de son geignard mais inefficace prédécesseur, l’actuel occupant du siège pontifical, lui, serait capable de répondre aux prêtres qui s’adresseraient à lui de la même manière que le Père Charles-Roux : « Mais oui, prenez femme et ne nous cassez plus les pieds avec la Messe ancienne ! », puisqu’il est explicite qu’il en veut l’éradication absolue et qu’il cherche par tous les moyens à chasser de l’Eglise ceux qui ne voudraient pas se plier aux diktats de sa solution finale.

C’est la première fois que j’aborde la question de l’oukase bergoglien dans les pages de ce blogue.
Certains m’ont déjà fait part de leur étonnement de ce silence que j’ai gardé jusqu’ici…
Au risque de choquer, je vous dirai tout simplement que je ne veux pas m’étendre sur ce que je considère comme une espèce de non-événement.
Ce serait une véritable perte de temps que de lui accorder trop d’importance !

Nous ne nous étonnons en effet pas du tout des mesures de persécutions contre la Sainte Messe latine traditionnelle édictées le 16 juillet dernier, puisque nous nous y attendions et nous y préparions depuis le moment même de la parution de « François » à la loggia de la basilique vaticane au soir du 13 mars 2013.
Si nous devions nous étonner de quelque chose, c’est plutôt du fait qu’il a attendu plus de huit années pour enfin cracher tout le venin de sa méchanceté et exprimer sa détestation de la Tradition liturgique pleinement catholique.

« Que ferons-nous ? » me demandent certains, avec inquiétude.
Mais c’est très simple : nous continuerons à résister et à maintenir, quoi qu’il doive nous en coûter !

J’ai connu, dans mon adolescence, les célébrations clandestines de la Sainte Messe latine, alors réputée « interdite ».
Il n’y avait alors pas de « fraternités » ou « instituts » qui existassent pour la célébrer : nous n’avions que de bons vieux prêtres, plus ou moins persécutés par leurs évêques, qui tenaient bon et qui la célébraient, malgré toutes les pressions et condamnations, dans des chapelles de fortune aménagées dans des maisons particulières, ou parfois dans de véritables chapelles, dans des châteaux ou de grandes demeures.
Nous avons tenu bon, alors.
Nous tiendrons bon, encore et toujours.

Dans ces « années soixante-dix » du précédent siècle, l’Eglise « officielle », en France, malgré les dégâts déjà nombreux occasionnés par les suites du concile vaticandeux, pouvait encore faire illusion et donner l’impression de quelque force… Mais aujourd’hui ? Ce n’est vraiment plus le cas avec des diocèses croupions et des paroisses en pleine déconfiture.
Que pouvons-nous véritablement craindre de ces évêques qui, pour la plupart, sont devenus complètement transparents pour la société, dont le discours est habituellement d’une telle insipidité qu’il n’a pas le pouvoir de mobiliser les quelques fidèles qui leur restent, qui continuent à fermer des séminaires, qui voient l’effondrement constant de la courbe des ordinations pour le clergé diocésain, qui sont aux prises avec des difficultés financières abyssales… etc.

La vitalité n’appartient pas au modernisme, même s’il occupe pour un peu de temps encore la place, dans les structures et dans la liturgie de l’Eglise.
Sa mort est inéluctable, ce n’est qu’une question d’années (même si elles nous semblent longues parfois).
Ce n’est qu’une question de patience !
Même s’il ne faut jamais oublier que le mot patience dérive du verbe « pâtir »…

Les papes passent, comme tout le reste.
François a 85 ans. Sa santé n’est pas bonne. Il n’est pas éternel. Il passera donc lui aussi comme ont passé ceux qui avant lui ont voulu, s’opposer à la reconquête catholique qu’opère, envers et contre tout, la Sainte Messe traditionnelle, laquelle est investie d’une puissance divine contre laquelle tous les hommes qui l’ont voulu abolir se sont finalement brisés…

Nous, nous savons, par expérience – par une expérience quotidienne -, où se trouvent la vitalité et la fécondité.
Et elles ne se trouvent pas dans les institutions vérolées par le concile vaticandeux !

Les belles figures des prêtres qui ont incarné la résistance immédiatement postconciliaire au modernisme, comme le Révérend Père Jean Charles-Roux que nous avons évoqué ci-dessus, mais aussi – sans vouloir ni pouvoir être exhaustif dans mon énumération -, Monseigneur François Ducaud-Bourget, l’abbé Louis Coache, l’abbé Vincent Serralda, l’abbé Bryan Houghton, le Révérend Père Michel André, le chanoine Porta, l’abbé Michel de Fommervault, l’abbé Quentin Montgomery-Wright, l’abbé Philippe Sulmont… et tant d’autres, sans oublier bien sûr Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre, sont là comme de magnifiques exemples auprès desquels nous devons retremper notre courage et notre espérance, sans nous départir d’une constante sérénité intérieure, malgré les combats : la Sainte Messe latine traditionnelle vaincra, comme elle a déjà triomphé dans les siècles passés !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Pierre Le Gros, dit le jeune - la religion terrassant l'hérésie et la haine - Rome, Gesù

La Religion terrassant l’hérésie et la haine
par Pierre Le Gros, dit le jeune, dans l’église du Gesù, à Rome.

2021-35. Quelques dates à retenir pour ces prochaines semaines d’été :

trompette2

Oyez ! Oyez, bonnes gens !

Voici quelques dates à retenir concernant des célébrations qui auront lieu dans les prochaines semaines au Mesnil-Marie (souvent liées au passage d’amis prêtres) :

1) Mercredi 14 juillet 2021 :
Pas de « promenade » organisée par le Cercle légitimiste du Vivarais cette année, mais au Mesnil-Marie même sera célébrée une Sainte Messe de Requiem à la pieuse mémoire des victimes de la révolution, suivie d’une absoute.
Il est possible ensuite de pique-niquer sur place.
Après le pique-nique sera proposé un enseignement sur la révolution.

2) Fête de Sainte Philomène :
Ainsi que cela a été annoncé (cf. > ici), un pèlerinage de trois jours, à pied depuis la vallée du Rhône, est organisé – modestement – pour venir fêter Sainte Philomène au Mesnil-Marie.
Le jour de la fête de Sainte Philomène, mercredi 11 août, il y aura bien évidemment la Sainte Messe de notre chère protectrice, le repas partagé, et le chapelet suivie de la bénédiction du Très Saint Sacrement.
Nous aurons besoin d’aide dans les jours précédents pour monter la grande tente dans la prairie.

3) Autour de la fête de l’Assomption :
- Samedi 14 août – vigile de l’Assomption, jour de jeûne et d’abstinence – est aussi la fête de Saint Maximilien-Marie Kolbe : la Sainte Messe de cette fête sera célébrée au Mesnil-Marie.
- Dimanche 15 août, fête de l’Assomption de Notre-Dame et fête patronale de la France, la Sainte Messe sera célébrée au Mesnil-Marie, possibilité de partager le repas et, dans l’après-midi, procession pour l’accomplissement du Vœu de Louis XIII, avec la statue de Notre-Dame et la relique de son Voile.
- Lundi 16 août (fête de Saint Roch) : Sainte Messe au Mesnil-Marie et, dans l’après-midi, pèlerinage à La Louvesc.

Les personnes qui souhaitent participer à l’une ou l’autre de ces célébrations sont priées de se faire connaître au moyen de notre formulaire de contact > ici : les détails pratiques et les horaires leur seront communiqués alors.

trompette1

Publié dans:Annonces & Nouvelles, Chronique de Lully, De liturgia, Vexilla Regis |on 8 juillet, 2021 |Commentaires fermés

2021-32. Le vaisseau de l’Église abrite tous ceux qui veulent se soustraire à la corruption du monde, et ils retrouvent dans ses flancs la liberté et la vie.

Quatrième dimanche après la Pentecôte :
Dimanche de la première pêche miraculeuse et de l’appel des premiers Apôtres.

Après l’octave du Sacré-Cœur, nous entrons dans la série des « dimanches verts » (puisque les premier, deuxième et troisième dimanches après la Pentecôte cèdent la place aux fêtes de la Sainte Trinité puis aux solennités du Saint-Sacrement et du Sacré-Cœur) qui nous font approfondir les mystères adorables de la vie publique de Notre-Seigneur et de Ses enseignements.
Le quatrième dimanche met donc sous nos yeux la première pêche miraculeuse et la vocation des premiers apôtres, en particulier celle de Simon-Pierre (Luc V 1-11).
Cette péricope évangélique est propice à un très grand nombre de réflexions et de méditations, parce que – en quelques versets seulement – elle est riche d’un très grand nombre d’enseignements.
Nous pouvons en particulier nous attacher à réfléchir aux voies que nous ouvre notre Bienheureux Père Saint Augustin dans ce court sermon sur « la pêche de Pierre ».

Luca Giordano - l'appel des premiers apôtres

Luca Giordano (1634-1705) : l’appel des premiers apôtres.

nika

Cinquante-neuvième sermon
de
notre bienheureux Père Saint Augustin
sur
la pêche de Pierre

§ 1 – La barque de Pierre est la figure de l’Eglise de Jésus-Christ.

La circonstance présente nous invite à méditer le chapitre de l’Évangile dont on vient de nous donner lecture, et où nous entendons le Sauveur porté sur la barque de Pierre dire à ce dernier : « Gardez-vous de craindre, car à partir de ce moment vous serez pêcheur d’hommes » (Luc V, 10). Cette seule parole nous dévoile tout le mystère de ce passage de l’Évangile.
Au moment même où les disciples contemplaient avec étonnement leurs barques remplies de poissons, quel motif avait le Sauveur de refuser à Pierre l’objet de sa demande et de lui faire une réponse à laquelle cet Apôtre ne pouvait rien comprendre ?
Quand 
on est monté sur une barque, la plus ordinaire préoccupation n’est-elle pas de se maintenir en équilibre, au lieu de songer à convertir les hommes ?
Comprenez donc déjà que cette barque confiée à la direction de Pierre, ce n’est pas une barque ordinaire, mais bien l’Église même de Jésus-Christ. L’Église, tel est ce vaisseau qui, s’élevant au-dessus des flots de l’océan agité de ce monde, a pour mission, non pas de détruire ce qui surnage, mais de le vivifier.
Le pêcheur, monté sur son léger esquif, sauve et conserve les petits poissons arrachés à l’abyme ; de même le vaisseau de l’Église abrite tous ceux qui veulent se soustraire à la corruption du monde, et ils retrouvent dans ses flancs la liberté et la vie. Tel est, en effet, le sens du mot vivifier ; on ne vivifie que ce qui était en vie peu de temps auparavant.
A tous ceux donc qui se sentaient meurtris par les tourbillons du monde et étouffés dans les flots du siècle, Pierre est appelé à rendre la vie ; et s’il s’étonnait de la multitude de poissons qu’il venait de prendre, il s’étonnera bien plus encore de voir des multitudes d’hommes portés sur le vaisseau de l’Eglise.

§ 2 – Pierre pêcheur d’hommes. 

Toute cette lecture que nous venons de faire doit donc recevoir une interprétation prophétique.
Un peu plus haut nous voyons que le Sauveur, toujours assis dans la barque de Pierre, dit à celui-ci : « Dirigez vers la haute mer et jetez vos filets pour pêcher » ; le Sauveur lui apprend moins à jeter ses instruments en pleine mer, qu’à jeter au loin les paroles de la prédication. Saint Paul a saisi toute l’étendue de cette parole, lorsqu’il s’écrie : « O profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu ! » (Rom. XI, 33) et la suite.
Il ne s’agit donc plus d’envelopper des poissons dans un filet, mais de rassembler les hommes sous la bannière de la foi. Ce que fait un filet dans les flots, la foi l’opère sur la terre. Les poissons enveloppés dans un filet ne peuvent plus errer en liberté ; de même la foi protège contre toute erreur l’intelligence de ceux qui croient; le filet conduit à la barque les poissons saisis dans ses plis ; de même la foi conduit au repos ceux qui se laissent guider par sa lumière.
Afin de nous faire mieux comprendre que le Seigneur parlait 
de la pêche spirituelle, Pierre s’écria : « Maître, nous avons fatigué toute la nuit sans rien prendre, mais sur votre parole je jetterai le filet » (Luc V, 10) ; comme s’il eût dit : Puisque la pêche que nous avons continuée toute la nuit est restée pour nous sans résultat, je pêcherai désormais, non plus avec un instrument, mais avec la grâce ; non plus avec des moyens humains, mais avec tout le zèle de la dévotion.
« Sur votre parole, je jetterai le filet » : Nous lisons dans l’Evangile que Notre-Seigneur est le Verbe incarné : « Au commencement était le Verbe » (Jean I, 1), et la suite. Quand donc, se confiant dans la parole, Pierre jette les filets, cela nous indique que c’est en Jésus-Christ qu’il pêche ; pour se conformer aux ordres du Maître, il déroule ses enseignements et sa doctrine, mais toujours c’est au nom de Jésus-Christ qu’il parle, c’est son Evangile qu’il expose ; car c’est à l’Evangile seul qu’il appartient de sauver les âmes.
« Nous avons fatigué toute la nuit sans rien prendre » : Pierre avait réellement travaillé toute la nuit, car en dehors de Jésus-Christ il était plongé dans des ténèbres qui ne lui permettaient pas de voir ce qu’il prenait. Mais dès que la lumière du Sauveur a brillé, les ténèbres ont disparu et Pierre, éclairé par la foi, put distinguer ceux qu’auparavant il ne voyait pas. Jusqu’à ce qu’il eut rencontré Jésus-Christ, Pierre n’avait connu que les ténèbres. De là cette parole de saint Paul : « La nuit a précédé, mais le jour s’est approché » (Rom. XIII, 12).

Voir aussi la méditation publiée > ici.

 Duc in altum - Luc V 1-11

  »Duc in altum » : dirigez-vous vers la haute mer

12345...70

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi