Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2019-19. Réflexions spécialement dédiées à nos amis prêtres, à l’occasion du 225ème anniversaire du martyre du Bienheureux Noël Pinot.

Jeudi 21 février 2019,
Fête du Bienheureux Noël Pinot (cf. > ici et > ici) ;
Mémoire de Saint Pépin de Landen, duc de Brabant, maire du palais et conseiller des Rois francs ;
Anniversaire de l’allocution consistoriale « Gravissimum » de Saint Pie X (cf. > ici).

Martyre du Bx Noël Pinot

21 février 1794 : le Bienheureux Noël Pinot,
que dans une intention sacrilège ses bourreaux ont revêtu d’une chasuble pour le guillotiner,
monte à l’échafaud comme il montait à l’autel en récitant : « Introibo ad altare Dei… »

1794 – 21 février – 2019

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,
et d’une manière très particulière pour vous, nos chers Amis Prêtres,

A l’occasion de ce deux-cent-vingt-cinquième anniversaire du martyre du Bienheureux Noël Pinot, je souhaite vous faire part de quelques réflexions tout à fait personnelles.

1) Chaque fois qu’il y a eu des crises dans la société et – par contre-coup – dans la Sainte Eglise, le sacerdoce catholique a été attaqué.
Ces attaques peuvent être rangées dans deux grandes catégories : 1) des attaques contre la doctrine du sacerdoce, qui vont souvent de pair avec les attaques contre la Messe, contre la doctrine eucharistique, contre la foi dans le renouvellement sacramentel du Saint Sacrifice du Calvaire, puisque le sacerdoce et la Messe sont indissociablement liés ; et 2) des attaques contre la discipline que l’Eglise impose à ses prêtres, c’est-à-dire le plus souvent en rapport avec les mœurs et la vertu.

Cela s’est particulièrement vérifié avec les hérésies protestantes.
Cela s’est également vérifié lors de la révolution française, au cours de laquelle, en même temps qu’il y eut une quantité innombrable de profanations des lieux consacrés et de tout le mobilier liturgique – ordonnés à la digne célébration des Saints Mystères -, une quantité innombrable de sacrilèges perpétrés contre la Sainte Eucharistie, une quantité innombrable de célébrations impies de la Sainte Messe (citons pour exemple l’abominable messe de la « fête de la fédération » célébrée par l’évêque mécréant et libertin Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, ou bien toutes les messes célébrées par des prêtres « jureurs » pour des « patriotes » infidèles et blasphémateurs…), une quantité innombrable de prêtres qui renièrent leur sacerdoce et rompirent les engagements sacrés qu’ils avaient solennellement jurés devant les saints autels.
Cela c’est vérifié une fois de plus avec la crise d’inspiration moderniste qui a éclaté au grand jour à l’occasion du second concile du Vatican et qui se continue encore en nos tristes temps.

Sainte Eucharistie

2) Ce modernisme a dévasté les communautés religieuses, vidé les séminaires, vu des milliers de prêtres défroquer, et d’autres milliers qui, s’ils n’ont pas défroqué, ont remis en question ou ouvertement combattu des pans entiers de la doctrine catholique, entraînant la perte ou l’affaiblessement de la foi pour des centaines de milliers de fidèles.
Ce modernisme – rejeton des idées du protestantisme et de l’idéologie révolutionnaire -, a été, comme le protestantisme et comme la révolution, la cause d’innombrables destructions, d’innombrables célébrations impies, la cause d’innombrables profanations ou sacrilèges, la cause d’innombrables parjures, reniements et apostasies.
En bien des lieux, la crise de l’Eglise qui couvait de manière larvée depuis le début du XXe siècle et a explosé à l’occasion du second concile du Vatican, a semblé donner à la Chrétienté déjà ébranlée par le protestantisme et la révolution, un ultime et définitif coup mortel.

3) Il n’est pas exagéré d’établir une analogie entre les héroïques réfractaires du temps de la grande révolution avec les non moins héroïques réfractaires aux réformes postconciliaires.
Il n’est pas non plus exagéré de comparer nombre de prêtres, religieux, évêques et hauts prélats qui se sont rués comme de beaux diables dans la course aux réformes les plus folles, avec les « jureurs » du temps de la grande révolution : on y retrouve des Siéyès, des Talleyrand, des Loménie de Brienne, des Grégoire, des Gobel, des Savine, des Fouché, des Le Bon… etc.
De la même manière que nombre de prêtres jureurs, puis apostats, ont été des régicides, des dénonciateurs de leurs confrères réfractaires, des persécuteurs voire des bourreaux de prêtres, religieux, religieuses et vrais fidèles restés inébranlables dans leur foi et leurs engagements, nombre de prêtres ou évêques « post-conciliaires » se sont montrés les zélés et impitoyables persécuteurs des prêtres, religieux et fidèles qui entendaient garder la liturgie traditionnelle et demeurer inébranlables dans la foi catholique authentique.
Cela n’est d’ailleurs malheureusement pas terminé au moment où j’écris…
Ces fervents disciples de la modernité doctrinale, liturgique et disciplinaire – ces modernes « jureurs » -, s’ils n’envoient pas les modernes réfractaires à la lanterne, à la guillotine ou à la noyade de manière physique, savent cependant faire à peu près la même chose dans l’ordre psychologique et moral, et ils ne se font bien souvent pas scrupule d’utiliser le mensonge et la calomnie afin de tuer de réputation ceux qui entendent rester fidèles envers et contre tout.
Je pourrais ici donner des exemples en grande quantité, mais je suis bien certain que vous aussi, mes chers Amis, vous avez – hélas ! – un certain nombre de ces exemples présents à l’esprit en me lisant.

palmes

4) En regardant aujourd’hui la figure magnifique d’héroïsme et de sainteté du Bienheureux Noël Pinot, je veux aussi regarder et saluer ces prêtres d’aujourd’hui qui résistent à l’esprit de la révolution doctrinale, spirituelle et liturgique qui désole et désertifie la Sainte Eglise de Dieu.
En rendant grâces aujourd’hui pour la figure magnifique d’héroïsme et de sainteté du Bienheureux Noël Pinot, je veux aussi rendre grâces à Dieu pour ces prêtres d’aujourd’hui qui demeurent fidèles à la foi reçue des saints Apôtres, et qui, malgré les critiques, mauvais procédés, mauvais exemples et parfois les véritables persécutions que déploient contre eux les modernes « jureurs », continuent à leurs ouailles l’inestimable bienfait de leur ministère authentiquement catholique, l’incommensurable fécondité de la liturgie catholique traditionnelle, l’authentique secours divin d’un enseignement en tous points catholique, la précieuse charité d’une fidélité à leurs engagements solennels à la discipline traditionnelle du clergé catholique, lors même que la chasteté est méprisée et décriée dans toute la société et que les scandales de l’inconduite de tant de clercs, jusqu’aux plus hauts degrés de la hiérarchie, navrent la Sainte Eglise de Dieu !

5) « Introibo ad altare Dei, ad Deum qui laetificat juventutem meam ! »
Chers Messieurs les Chanoines, chers Messieurs les Abbés, chers Révérends Pères que nous connaissons, côtoyons avec bonheur et estimons ; vous qui continuez en ces jours les combats héroïques des réfractaires de la grande révolution, des réfractaires de l’immédiat « après-concile » – ces prêtres courageux auxquels nous devons tant et qui pour la plupart sont aujourd’hui partis recevoir la récompense des combats de leur fidélité -, en face d’une société décadente et au sein d’une Eglise dévastée, soyez très chaleureusement remerciés pour votre présence, votre persévérance et votre solide constance, quand par ailleurs trop de prêtres et de dignitaires ecclésiastiques, selon les propres paroles de la Sainte Mère de Dieu à La Salette « (…) par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les Saints Mystères, par l’amour de l’argent, l’amour de l’honneur et des plaisirs, (…) sont devenus des cloaques d’impureté » (cf. > ici) !
Même si cela échappe à la compréhension du plus grand nombre, sachez qu’il en est malgré tout quelques uns qui savent ce que représente pour vous le fait de monter à l’autel où – per Ipsum et cum Ipso et in Ipso – vous vous offrez, sacrifiez et immolez avec l’unique divin Rédempteur.

Sainte Eucharistie

6) Et parce que l’incompréhension de beaucoup, les hostilités plus ou moins affichées de tant de ceux qui vous devraient soutenir, les apparentes infécondités de vos efforts et de votre fidélité, peuvent se révéler parfois si éprouvantes, permettez-moi, en vous plaçant aux côtés du Bienheureux Noël Pinot gravissant les marches de l’échafaud, de vous dédier aujourd’hui ces lignes qu’écrivait à l’un de ses « frères prêtres » Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face :
« Notre-Seigneur ne nous demande jamais de sacrifice audessus de nos forces. Parfois, il est vrai, ce divin Sauveur nous fait sentir toute l’amertume du calice qu’il présente à notre âme. Lorsqu’il demande le sacrifice de tout ce qui est le plus cher au monde, il est impossible, à moins d’une grâce toute particulière, de ne pas s’écrier comme lui au jardin de l’Agonie : « Mon Père, que ce calice s’éloigne de moi… » Mais empressons-nous d’ajouter aussi : « Que votre volonté soit faite et non la mienne » (Matth. XXVI, 39). Il est bien consolant de penser que Jésus, le divin Fort, a connu toutes nos faiblesses, qu’il a tremblé à la vue du calice amer, ce calice qu’il avait autrefois si ardemment désiré.
Monsieur l’Abbé, votre part est vraiment belle, puisque Notre-Seigneur vous l’a choisie et que, le premier, il a trempé ses lèvres à la coupe qu’il vous présente. Un saint l’a dit « Le plus grand honneur que Dieu puisse faire à une âme, ce n’est pas de lui donner beaucoup, c’est de lui demander beaucoup ». Jésus vous traite en privilégié ; il veut que, déjà, vous commenciez votre mission et que, par la souffrance, vous sauviez des âmes. N’est-ce pas en souffrant, en mourant, que lui-même a racheté le monde ? Je sais que vous aspirez au bonheur de sacrifier votre vie pour lui ; mais le martyre du coeur n’est pas moins fécond que l’effusion du sang ; et, dès maintenant, ce martyre est le vôtre. J’ai donc bien raison de dire que votre part est belle, qu’elle est digne d’un apôtre du Christ » (Sainte Thérèse de Lisieux, lettre 213 du 26 décembre 1895).

Avec une profonde et surnaturelle gratitude,
dans l’espérance.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

palmes

2019-18. Pèlerinage légitimiste annuel au Puy-en-Velay avec la Confrérie Royale.

Affiche pele ascension 2019 - allégée

Parmi les anniversaires et diverses commémorations de cette année 2019, figure le centenaire de la consécration de la basilique du Sacré-Cœur érigée au sommet de la colline de Montmartre, à Paris, aussi appelée basilique du Vœu national.
Initialement prévue pour le 17 octobre 1914, cette cérémonie fut ajournée en raison du déclenchement de la guerre, et finalement célébrée le 16 octobre 1919.

Le Vœu national, prononcé en pleine débandade militaire lors de l’effondrement du second empire, peu après que les « Volontaires de l’Ouest » (anciens Zouaves Pontificaux) eussent hissé la bannière du Sacré-Cœur sur le champ de bataille de Loigny (2 décembre 1870), a profondément marqué les catholiques français de cette fin du XIXe siècle. Ses promoteurs firent le voyage à Frosdhorf afin d’y rencontrer Henri V – le comte de Chambord – en exil, et l’édification de la basilique de Montmartre, votée par l’assemblée nationale et soutenue par l’épiscopat français, voulait réaliser l’une des demandes que Sainte Marguerite-Marie Alacoque avait été chargée par Notre-Seigneur de transmettre au Grand Roi, le « Fils aîné de (Son) Sacré-Cœur ».

Les fondateurs de la Confrérie Royale ont donc choisi, pour ce quatrième pèlerinage annuel au Puy-en-Velay, de rappeler ce centenaire, non pour une évocation historique des événements qui ont suscité le Vœu national et des péripéties qui tissent l’histoire de la basilique de Montmartre, mais en reprenant et approfondissant le message essentiel que cet édifice qui domine Paris proclame à la face de la France, du monde tout entier et de la Sainte Eglise, résumé par ces mots latins que l’on peut lire sur la mosaïque du sanctuaire : « Gallia pœnitens et devota et grata » : la France, pénitente, consacrée et reconnaissante.

Pénitence, consécration et action de grâces : la Confrérie Royale reprend à son compte les grandes leçons spirituelles de l’histoire du Royaume de France et les fait siennes aujourd’hui, parce que ce sont des leçons permanentes dont il faut bien se pénétrer et dont il faut vivre en profondeur pour ne pas désespérer et pour œuvrer efficacement au service de la France et de son Souverain légitime.

Nous vous donnons donc rendez-vous au Puy les 30, 31 mai et 1er juin prochains pour ce quatrième pèlerinage annuel en ce sanctuaire du Puy demandé au 1er siècle de notre ère par la Sainte Mère de Dieu elle-même, en ce sanctuaire où une vingtaine de nos Rois est venue implorer la protection et le secours de Notre-Dame, en ce sanctuaire lié d’une manière suréminente au salut du Royaume ainsi que l’ont tout particulièrement illustré Saint Louis et Sainte Jeanne d’Arc.

Précisons enfin qu’il n’est pas requis d’être membre de la Confrérie Royale pour participer à ce pèlerinage : il est ouvert à toute âme de bonne volonté désireuse de prier pour la France et pour son Souverain légitime.

Pèlerinage légitimiste au Puy - message du Prince 4 juin 2016

Pour consulter les informations pratiques, le programme général et imprimer le bulletin d’inscription de ce pèlerinage, cliquez > fichier pdf Présentation du pèlerinage – informations – bulletin inscription

armoiries confrérie royale

2019-10. La Révolution en France eut bien pour visée la neutralisation de la religion, moins en soi qu’en tant que rectrice de l’ensemble de la société.

Jeudi 24 janvier 2019,
Fête de Saint Timothée, évêque et martyr.

Le Révérend Père Augustin Pic o.p. (cf. > ici et > ici), dont l’amitié et la confiance nous honorent, vient de nous adresser aujourd’hui le texte de l’homélie qu’il a prononcée ce dernier dimanche, 20 janvier 2019, lors de la messe célébrée en présence de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, à la Chapelle Expiatoire, à Paris.
Nous remercions très chaleureusement le Révérend Père Pic de nous avoir autorisés à publier ce texte que l’on lira et approfondira avec le grand profit, en raison de l’analyse plus que pertinente qu’il présente et des perspectives spirituelles qu’il développe.

Bosio statue de Louis XVI à la chapelle expiatoire - détail

Statue de Louis XVI à la Chapelle Expiatoire (par François-Joseph Bosio)

Bien aimé Fils de Saint Louis, mes bien chers Frères,

Roi chrétien, celui pour qui nous venons prier ici chaque année eût apprécié qu’avant d’évoquer sa tragédie, le sermon commençât par Dieu et Son dessein sur l’humanité. C’est donc ce que je tenterai ce matin pour introduire notre traditionnelle méditation sur Louis XVI qui sera brève.

Le Dieu unique n’ayant besoin, pour être l’amour parfait, de rien ni de personne puisque avant de créer quoi que ce soit Il est Père, Fils et Saint-Esprit, décida néanmoins de faire exister les anges dans le ciel puis les hommes sur la terre. Pourquoi ? Pour les associer à Sa vie divine qui est béatitude absolue précisément parce qu’elle est amour parfait du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Au fond, Dieu produit les êtres perfectibles dont Il n’a pas besoin pour leur communiquer cette ineffable perfection et ainsi les rendre heureux tous ensemble en Lui seul. Alors qu’Il pouvait tout laisser au néant sans cesser d’être, Il a voulu cela !

Mais en créant, Ce Dieu unique ne peut que Se régler sur ce qu’Il est. Or Il est relation puisque Il est Trinité. Ainsi, Il fera l’homme relation et c’est ainsi qu’Il l’appellera à l’amour, puisqu’il n’est point d’amour sans relation. Amour envers Lui avant tout, c’est le premier commandement, d’où Jeanne d’Arc et son fameux Dieu premier servi, formule qui sauva la France et son roi et nous inspire encore, envers autrui ensuite, dont Il nous charge comme Il Se charge Lui-même de nous, c’est le second commandement égal au premier. Un premier supérieur au second, je le rappelle, et un second égal au premier, contradiction qui, enseignée par Jésus-Christ, n’est point contradiction mais mystère de vie surnaturelle. Et c’est en ces deux commandements que repose toute la Loi et tous les Prophètes, toute l’Ecriture ; et de ces deux que l’histoire humaine entière, collective et individuelle, reçoit sa loi fondamentale ; et sur ces deux qu’après la mort chacun sera jugé, et que tous, à la fin de l’Histoire, auront à répondre devant Dieu et les uns devant les autres. Au soir de cette vie, disait sainte Thérèse de Lisieux qu’un Louis XVI n’eût point manqué de lire et relire au Temple avec recueillement si la chère Carmélite avait pu écrire un siècle plus tôt, au soir de cette vie, disait-elle, je serai jugée sur l’amour

Là est le fond du christianisme en son mystère, qu’à la plénitude des temps vint réaliser Jésus-Christ, deuxième Personne de la Trinité, en vivant, mourant et ressuscitant selon la chair, et en répandant le Saint-Esprit à la prière de Marie vierge et mère, pour que chacun dans l’Eglise ait part aux souffrances et à la gloire de ce rédempteur et sauveur. Mais là est aussi, bien aimé Prince et bien chers Frères, ce que dut vivre à sa mesure celui qui nous rassemble ici.

Car ce fils du XVIIIe siècle et, pour une part, des Lumières, garda, du sacre de 1775 au sacrifice de 1793, la certitude d’avoir été chargé par Dieu même, selon la loi successorale, des destinées de la France. S’il est bien vrai que Dieu nous chargeant les uns des autres comme Il Se charge Lui-même de nous, Il charge certains d’entre nous de tous les autres à titre de supérieur, soit spirituel avec la Hiérarchie de l’Eglise, soit temporel comme c’est le cas pour les rois. De là deux points bien ancrés dans le cœur aimant de Louis et sur lesquels il ne transigea pas :

Que la puissance législative et exécutive est inhérente à la fonction royale qui est de faire le bien, mieux, de procurer le bien commun, au Nom du Seigneur, comme Son lieutenant, doctrine puisée à la fois dans la tradition du droit divin et dans le vœu presque unanime des cahiers de doléance, qu’il fut probablement le seul à respecter (cahiers n’aspirant à aucune démocratie mais à une représentation nationale associée au Roi dans la confection de la loi). Et plus, je le crois, dans le droit divin et le vœu des cahiers que dans les ouvrages ou articles, qu’il put fréquenter, de certains auteurs, publicistes ou autres, favorables à un pouvoir fort, à la prussienne.

Qu’une restauration religieuse s’imposait. Voulue dès le sacre, voulue plus encore, à la fin, dans l’ambition qu’il s’était donnée de nous consacrer tous au Sacré Cœur, comme l’avait fait Louis XIII à Notre Dame de l’Assomption, s’il recouvrait un jour sa puissance (à quoi, dans les derniers mois, son réalisme politique crut de moins en moins). Car les dangers courus par la piété et la morale à l’époque n’avaient rien d’illusoire, nous le savons, et ce qu’il voit aujourd’hui de là où il est ne peut malheureusement que lui donner raison…

Voilà bien les deux dimensions de la fonction royale : procurer le bien temporel et par là contribuer en une mesure certaine au bien spirituel dont est chargée spécialement la puissance ecclésiastique. On aura beau dire tout ce qu’on voudra et parfois non sans justesse sur les hésitations et tergiversations de celui qui présida à nos destinées à l’un des pires moments de notre histoire, ce noyau de convictions inspirées d’en haut et reçues de ses pères lui resta. D’où sa mort qui fut celle d’un saint, car la Révolution en France eut bien pour visée la neutralisation de la religion, moins en soi qu’en tant que rectrice de l’ensemble de la société. Certains dans le personnel révolutionnaire ne furent pas sans esprit religieux, comme Grégoire, d’autres sans spiritualisme, comme Robespierre, pour ne parler que de ceux-là, mais la tendance lourde, et criminelle, fut bien à la subversion.

Je cite un historien, prêtre, qui publia autour de 1800 un Louis XVI détrôné avant d’être roi : « Nous pardonnerait-on de rapprocher en exemple le maître de son ministre, l’homme-Dieu de l’homme-roi ? Le divin héritier du trône de David, la sagesse et la vertu par essence, en se montrant à son peuple à une époque d’endurcissement et de perversité, venait recueillir de ses insignes bienfaits l’ingratitude et la mort. Et c’était néanmoins à ce crime fameux, c’était à ce mystérieux régicide qu’était attaché, dans les décrets éternels, le rétablissement du règne de la vertu sur la terre. Ainsi Louis XVI, en naissant pour le trône, au sein d’une nation dégénérée, au milieu d’un siècle que maîtrisait l’impiété, naissait pour ses malheurs, si toutefois on peut appeler de ce nom les tragiques événements qui ont épuré sa belle âme et couronné ses vertus. Et pourquoi ne nous serait-il pas permis d’augurer que ce même attentat, qui a conduit d’abord un peuple dépravé sous des châtiments mémorables, décidera aussi son retour et celui de l’Europe entière à tous les principes oubliés … ».

Le retour aux principes oubliés ! Combien se fait-il attendre depuis plus de deux siècles. Mais, Chrétiens, il est cette différence entre une espérance purement humaine et celle qui vient de Dieu, qu’en ne se réalisant pas (toute attente mondaine finit par décevoir), la première laisse le cœur vide de vérité et plein de tristesse mais que la seconde, même lorsqu’elle manque ou tarde à se réaliser, donne une plénitude et une joie célestes. De là, on se prépare activement soit à la fin du monde si elle est proche (elle l’est d’ailleurs de plus en plus depuis le temps qu’on l’annonce en chantant le Credo – mais pensons-nous toujours à ce que nous chantons?), soit, si elle reste éloignée, à tous les relèvements, entiers ou partiels et quel qu’en soit le jour ou le siècle, relèvements obtenus par retour aux principes oubliés.

Fils de saint Louis, mes bien chers Frères, gardons deux paroles. Une déjà forte et l’autre qui l’est plus encore. La première est d’un païen mais bon philosophe, la seconde est de Dieu, et c’est tout dire. Sénèque, que Louis parfait latiniste avait lu, écrivait ceci dans l’une de ses admirables lettres à Lucilius :

Aliquid severum est verum gaudium.

Qu’on peut rendre ici, un peu familièrement certes, par

La vraie joie, c’est du sérieux !

 Jésus-Christ dont Louis fut disciple sur le trône et jusque sous le fer du bourreau déclara, Lui :

Ma joie, nul ne vous l’enlèvera.

Qu’à la prière de saint Louis et bientôt peut-être de madame Elisabeth, cette joie de Dieu, l’éternelle jeunesse du monde au fond de nos cœurs, y grandisse et embellisse envers et contre tout. Seront alors, vraiment, Dieu glorifié et le monde édifié.

Fr. Augustin Pic, O.P..

Prédication du Rd Père Pic chapelle expiatoire 20 janvier 2019

Le Révérend Père Augustin Pic o.p., prédicateur de Sa Majesté ce dimanche 20 janvier 2019 à la Chapelle Expiatoire

frise lys

2019-9. De la pompe funèbre à la pieuse mémoire de SMTC le Roi Louis XVI célébrée lors du Congrès de Vienne, et du Requiem de Sigismund von Neukomm qui fut interprêté à cette occasion.

21 janvier,
Anniversaire du martyre de SM le Roi Louis XVI.

« (…) Ces mêmes puissances qui n’avaient rien fait pour sauver l’infortuné Louis XVI, étaient appelées par moi, à rendre un tardif mais solennel hommage à sa mémoire. Cet hommage était encore une manière de relier la chaine des temps, une nouvelle consécration des légitimes droits de la maison de Bourbon. Je dois dire que l’empereur et l’impératrice d’Autriche me secondèrent puissamment pour la pieuse et noble cérémonie célébrée à Vienne, le 21 janvier 1815, à laquelle assistèrent tous les souverains et tous les personnages alors présents dans la capitale de l’empire d’Autriche ». Ainsi s’exprime Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord dans ses mémoires.
Le fameux « diable boiteux » à l’opportunisme légendaire mena au Congrès de Vienne, on le sait, une action diplomatique tout-à-fait remarquable au bénéfice de la France et de son Souverain légitime. Et c’est dans le cadre de ce prestigieux Congrès de refondation de la vieille Europe, qu’il fut le maître d’œuvre de cette pompe funèbre solennelle du 21 janvier 1815 célébrée en la cathédrale Saint-Etienne de Vienne, à laquelle assistèrent tous les empereurs, rois, princes et grands de tous les pays européens présents.

Cette solennité coûta quelque 80.000 francs au Prince de Talleyrand qui commanda à Sigismund Ritter von Neukomm un Requiem que la baronne du Montet dans ses souvenirs décrit en ces termes : « (musique) belle et sombre, comme le sujet le demandait ». Ce Requiem fut interprêté par plus de trois-cents chanteurs divisés en deux chœurs. Neukomm en dirigeait un,  Antonio Salieri – maître de chapelle de l’empereur – dirigeait l’autre.

La cathédrale Saint-Etienne avait été décorée par l’architecte Charles Moreau (un français établi à Vienne depuis 1794) et le peintre Jean-Baptiste Isabey (ce dernier après avoir été miniaturiste de SM la Reine Marie-Antoinette  et portraitiste de la famille royale, participa aux décors du couronnement du Buonaparte puis à ceux du Sacre de SM le Roi Charles X !!!) : un immense catafalque de soixante pieds de hauteur avait été dressé dans la cathédrale ; à ses angles quatre statues représentaient « la France abîmée de douleur », « l’Europe versant des larmes », « la religion tenant le testament de Louis XVI », et enfin « l’Espérance levant les yeux au ciel », selon la relation que publia « Le Moniteur » du 30 janvier 1815.
Un témoin ajoute : « (…) au sommet, la couronne, le sceptre et les insignes de divers ordres, avaient été placés ; et par-dessus le tout, très-haut, une autre couronne était suspendue, d’où retombait une draperie noire, semblable à un canopée, dont l’effet, car il flottait dans l’obscurité de l’arche, était saisissant ».

Pompe funèbre Louis XVI - Vienne 21 janvier 1815

Pompe funèbre de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XVI
dans la cathédrale Saint-Etienne de Vienne
le 21 janvier 1815

Les billets d’invitation étaient ainsi rédigés : « Les ambassadeurs de Sa Majesté Très Chrétienne vous prient d’assister au service qui sera célébré le 21 janvier dans l’église cathédrale de Saint-Étienne ».

Les souverains présents à Vienne – tous en grand uniforme – ainsi que tous les participants au Congrès  et tout ce qui avait quelque distinction à Vienne assistèrent à la cérémonie : aucun n’eut pu se permettre une absence qui eut été synonyme d’esprit révolutionnaire !
Seul l’empereur François 1er ne parut pas en uniforme mais revêtu d’un habit de deuil. Les dames étaient toutes voilées (c’est-à-dire sous des crêpes noirs qui ne leur couvraient pas seulement la tête mais retombaient devant le visage jusqu’à mi-corps), en signe de grand deuil.
Une tribune entièrement drapée de velours noir rehaussée de franges d’argent avait été préparée pour les souverains. La nef et le chœur étaient réservés aux personnes invitées, et les parties latérales au public. 

La Sainte Messe fut célébrée par  le prince-archevêque lui-même, Sigismund Anton von Hohenwart âgé de 83 ans et l’oraison funèbre fut prononcée par l’abbé Georg Joseph Ulrich Zaiguelius, curé de la paroisse française de Vienne : c’était un alsacien qui avait refusé le serment schismatique et émigré à Vienne en 1791. Les témoins disent que sa prédication – en français – fit grande impression, et l’un d’eux le résume ainsi : « Que la terre apprenne à craindre le nom du Seigneur. L’orateur rappela d’abord la puissance et la gloire de cette monarchie française qui datait de quatorze siècles. Il peignit ensuite à grands traits la marche rapide de la révolution qui, en trois ans, avait renversé de fond en comble cet antique édifice. Dans ces désastres inouïs, il montra le doigt de Dieu qui élève et abaisse les trônes. Enfin, après avoir appelé les prières des assistants sur Louis XVI et sur Marie-Antoinette d’Autriche, il termina en citant les principaux passages de ce Testament qu’on a si bien appelé le code le plus héroïque de la charité. Là était pour Louis la plus belle oraison funèbre », et il ajoute : « Quand Monsieur Zaiguelius descendit de la chaire, des larmes coulèrent de tous les yeux ». Beaucoup ont pensé que cette oraison funèbre avait été écrite par Talleyrand lui-même, ou que du moins il avait pris part à sa rédaction…

La cérémonie commencée à 11 h dura jusqu’à 13 h et fut suivie d’une réception au palais Kaunitz.

Sigismund Ritter von Neukomm

Sigismund Ritter von Neukomm (1778-1858)

Le Requiem composé par Sigismund Ritter von Neukomm qui fut interprété lors de cette cérémonie solennelle du 21 janvier 1815 avait en réalité été écrit, pour sa plus grande partie, deux ans auparavant : il y ajouta l’offertoire « Domine, Jesu Christe ».
On sait que le 21 janvier 1815 les trois-cents choristes dirigés par Neukomm lui-même et Salieri, chantèrent a capella, mais Neukom avait précisé ceci sur ses manuscrits : « Cette messe, quoique composée pour les voix seules sans accompagnement d’orchestre, peut être exécutée avec l’accompagnement ci-après… » S’ensuivent en effet quelques précisions techniques pour une exécution avec orchestre, avec des détails sur les instruments que l’on pourra utiliser.

Voici l’un des enregistrements disponibles sur Internet de ce Requiem de Neukomm :

[pour entendre l'enregisrement faire un clic droit sur l'image ci-dessous puis "ouvrir dans un nouvel onglet"]

Image de prévisualisation YouTube

Toutefois nous disposons au Mesnil-Marie d’une autre version, enregistrée en janvier 2016 dans la chapelle royale du château de Versailles, interprétée par La Grande Ecurie et la Chambre du Roi sous la direction de Jean-Claude Malgoire, et nous préférons de loin, à celle disponible ci-dessus, cette version véritablement somptueuse, dont la pochette est ornée, en couverture, d’un buste de Louis XVI vu de dos :

Requiem Neukomm - Malgoire

Je ne donnerai pas ici de biographie de Sigismund Ritter von Neukomm, puisqu’on peut aisément la trouver ailleurs, mais je ne résiste cependant pas à rapporter cette anecdote en conclusion.
Neukomm, qui rendit son âme à Dieu à Paris le 3 avril 1858 âgé de 80 ans, resta jusqu’à son dernier souffle un ardent royaliste. Quelque cinq ans avant sa mort (alors donc que la France allait sombrer de l’éphémère deuxième république dans le second en-pire) il composa un « canon républicain » dont les paroles parodiques sont celles-ci :

« Liberté – pour faire le mal -,
égalité – dans la misère -,
fraternité – de Caïn à son frère – :
voilà le cri de la république.
Vive la république ! »

Lully.

Lys de France

Et l’on trouvera le Requiem de Cherubini à la mémoire de Louis XVI > ici

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2019-8. Il convient que les fondamentaux puissent s’épanouir à nouveau…

Discours prononcé par Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX,
lors de la réception du 20 janvier 2019
suivant la Messe célébrée à la mémoire du Roi Louis XVI
à la Chapelle Expiatoire

Grandes armes de France

 

Chers Amis,

Louis XVI, nous réunit une nouvelle fois et, comme toujours, vous êtes nombreux à être fidèles à son souvenir et à ce que représente son assassinat. A travers la mémoire du roi sacrifié à son devoir, vous honorez la royauté française et ce qu’elle incarne et vous montrez aussi le manque que cette mort a produit.

Louis XVI, par sa vie et son action, a révélé combien il était soucieux de ce qu’il devait à la France. Jusqu’à la mort il a pensé à Elle et aux Français. Son Testament en témoigne, une ultime et tragique dernière fois.

Je remercie le Père Pic qui, par son homélie, nous a montré la double nature du roi, à la fois homme avec toutes ses failles et chrétien avec ses certitudes. N’est-ce pas là l’ambiguïté du pouvoir que le règne du Roi Louis XVI traduit ?

Cette convergence entre la société humaine avec ses égoïsmes et la nécessité de garder le cap du Bien commun, est au cœur de la notion de pouvoir politique. Il doit toujours être un service, une fonction pour la collectivité. La royauté française avait réussi cette synthèse, parce qu’elle était à la fois sacrée et profondément pragmatique, assise sur ses lois fondamentales qui lui donnaient une constitution avant même que le mot n’existe. Ainsi la France fut longtemps le modèle des nations.

Au moment où la tête du Roi est tombée, il y eut une rupture dans la vie sociale. Elle a perdu une de ses assises. Elle a perdu la nécessaire transcendance. 

Désormais il n’y avait plus de limites au pouvoir et tout devenait permis du moment qu’une loi ou un décret l’autorisait. Nous connaissons le ravage d’une telle approche. Elle est mère de tous les totalitarismes ;  elle cautionne les lois contre-nature qui minent la France et nombre d’autres états. Plus profondément, elle entraîne une crise morale tant le fossé se creuse entre la société légale et le pays. Il devient bien difficile de vivre, d’entreprendre, d’éduquer ses enfants, de protéger ses handicapés et ceux qu’au nom de principes abstraits pour lesquels l’homme n’a plus sa place, il faudrait laisser de côté, voire tuer.

Pourtant une société ne peut vivre longtemps, mue par les seules idéologies sans risquer de disparaître livrée notamment aux dangers extérieurs d’ennemis prêts à fondre sur elle dès lors qu’elle n’affirme plus clairement sa souveraineté ; disparaître aussi en ayant perdu conscience de l’avenir ce qui l’entraîne à des mesures mortifères.

Mais une société peut aussi retrouver les voies de son destin. Depuis plusieurs années, nous voyons en France, un désir ardent de renouer avec les traditions et le concret. Les jeunes notamment sont les acteurs de ce renouveau et cela dans tous les secteurs, privés ou publics, d’entrepreneurs, d’artisans comme de ruraux. Cela repose sur un sens du bien commun retrouvé et sur la nécessité de remettre l’homme comme échelle de toute chose. Héritage de l’antiquité gréco-romaine d’une part, héritage chrétien d’autre part.

Les fondamentaux existent donc toujours comme au temps de Louis XVI. Il convient désormais qu’ils puissent s’épanouir. Cela ne se fera que si chacun d’entre nous, dans nos familles, dans nos activités, dans nos pensées, dans nos façons de faire, nous prenons la société à bras le corps. Il n’y a pas de fatalisme dès lors qu’une espérance guide les hommes.

Il ne faut pas désespérer. Bien au contraire. La Fille aînée de l’Eglise, la patrie de Saint Louis, de Sainte Jeanne d’Arc et de tant et tant de saints et saintes, doit continuer à montrer l’exemple. Cela est nécessaire pour elle-même comme pour l’Europe qui doit, elle aussi, retrouver ses racines si elle veut tenir son rang face à la mondialisation. Ce n’est pas en abdiquant sa souveraineté que l’on peut se faire respecter des autres, mais, au contraire en affirmant, ce que l’on est.

Tel est le message de la royauté française. Vrai hier au temps de Louis XVI. Toujours vrai aujourd’hui.

Merci de m’avoir donné l’occasion de le rappeler. Ce retour sur l’essentiel est ce que je souhaite à vous tous, à vos familles et à la France pour la nouvelle année.

 Louis de Bourbon,
Duc d’Anjou.

arrivée du Roi 20 janvier 2019

L’arrivée du Roi à la Chapelle Expiatoire ce dimanche 20 janvier 2019,
accompagné du Rév. Père Augustin Pic op,
pour la Messe célébrée par Monsieur l’Abbé Thierry Laurent, curé de Saint-Roch.

frise lys

2019-6. Où, à la suite de la fête de Saint Antoine le Grand, le Maître-Chat vous fait part de quelques réflexions sur la place des animaux dans le mystère de la Rédemption.

Vendredi 18 janvier 2019,
Fête de la Chaire de Saint Pierre à Rome (cf. > ici).

Lully et Saint Antoine le Grand

Le Maître-Chat Lully avec la statuette de Saint Antoine le Grand

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous fêtions hier Saint Antoine le Grand, abbé, pour lequel – ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de vous le dire – nous avons une grande dévotion au Mesnil-Marie.

J’ai instamment encouragé Frère Maximilien-Marie à marquer une pause dans ses innombrables activités, et à se rendre en pèlerinage auprès des précieuses reliques du « Père de tous les moines d’Orient et d’Occident », à l’abbaye de Saint-Antoine en Dauphiné.
C’est une sainte escapade qu’il accomplit habituellement une fois par an, parce qu’il y a toujours de très nombreuses intentions à recommander au pouvoir thaumaturgique particulier de Saint Antoine, et parce qu’il puise toujours pour lui-même de grandes grâces et forces spirituelles dans ce sanctuaire où le corps du saint anachorète a été ramené il y a presque mille ans.

Ce 17 janvier 2019 donc, les chaussées étant praticables – ce qui n’est pas toujours le cas en cette saison en nos contrées -, notre Frère a pris la route un peu après 6 h du matin, de manière à bénéficier de la Sainte Messe de la fête du saint à l’église Notre-Dame de Valence, où Monsieur l’abbé Dufour la célébrait à 8 h 30.

Je n’ai pas pris part moi-même à ce pèlerinage : j’ai vénéré affectueusement la petite statue du grand Saint Antoine que nous gardons au Mesnil-Marie, puis je me suis consciencieusement adonné à un véritable repos pendant l’absence de Frère Maximilien-Marie : je l’avais confié à la garde des saints anges, et ils ont bien fait « leur boulot ».
En son absence, je pouvais bénéficier d’un peu de quiétude bien méritée car je dois vous dire que, en effet, lorsqu’il est ici, je ne puis jamais être vraiment en repos avec mon papa-moine ; je ne peux jamais dormir que d’un œil… Je vous l’assure en toute connaissance de cause : ce n’est pas exactement une sinécure que de vivre avec un moine aux multiples responsabilités. S’il n’était pas aussi un authentique contemplatif, je serais parfois tenté de dire qu’il est un hyperactif !!!

Bref ! J’ajoute que toutefois, ainsi que je vous l’avais raconté in illo tempore (cf. ici), j’ai déjà eu moi-même l’occasion de me rendre dans l’abbatiale de Saint-Antoine en Dauphiné, en octobre 2016 au retour d’un petit séjour à La Salette, et de m’approcher au plus près des reliques de Saint Antoine du désert, saint auquel dans Son immense sollicitude pour Ses créatures le Bon Dieu a confié le ministère d’une particulière protection de nous autres animaux, protection sanctionnée par une bénédiction de notre Mère la Sainte Eglise (cf. > ici).

Et ce n’est que justice !
Laissez-moi, je vous prie, vous faire part aujourd’hui de quelques réflexions que j’ai mûries hier à propos de la place des animaux dans le mystère de la Rédemption.

En effet, nous autres animaux, ainsi que le rappelle Saint Paul de manière non équivoque, sans que nous en fussions en quelque manière responsables, mais par la seule faute de l’homme, nous avons été entraînés dans les conséquences de sa chute et nous en subissons les contrecoups, répercussions, résultats, fruits, prolongements et autres catastrophiques enchaînements alors que nous ne l’avons pas mérité :
« Aussi la créature attend d’une vive attente la manifestation des enfants de Dieu, car elle est assujettie à la vanité, non point volontairement, mais à cause de celui qui l’y a assujettie, dans l’espérance qu’elle-même, créature, sera aussi affranchie de la servitude de la corruption pour passer à la liberté de la gloire des enfants de Dieu, car nous savons que toutes les créatures gémissent et sont dans le travail de l’enfantement jusqu’à cette heure. Et non seulement elles, mais aussi nous-mêmes qui avons les prémices de l’Esprit. Oui, nous-mêmes nous gémissons au-dedans de nous, attendant l’adoption des enfants de Dieu, la rédemption de notre corps ! » (Rom. VIII, 19-23).

Je sais bien que Saint Paul n’est pas toujours facile à comprendre (Saint Pierre lui-même en faisait la réflexion aux destinataires de sa seconde épître – cf. 2 Petr. III, 16), mais il ne faut tout de même pas être sorti de Saint-Cyr pour voir que dans la citation de l’épître aux Romains reproduite ci-dessus l’Apôtre, lorsqu’il emploie le terme « créature » (au singulier ou au pluriel) veut désigner ce qui n’est pas humain, ce qui n’est pas appelé à l’adoption divine, à l’inhabitation du Saint-Esprit et à la vie surnaturelle, mais qui est néanmoins appelé – c’est écrit en toutes lettres – à participer selon son ordre propre au mystère du relèvement et à être un jour « affranchi de la corruption » dans le sillage de la rédemption des hommes.
Car – j’insiste – nous autres, pauvres animaux, nous subissons les suites de la faute de l’homme alors que nous n’avons pris aucune part à sa révolte, puisque nous ne sommes pas en mesure de commettre des péchés, comme vous autres hommes en accomplissez et nous en faites subir les conséquences…

Notre divin Créateur est juste et Il n’a de mépris pour aucune de Ses créatures : il est donc parfaitement conforme à Sa justice miséricordieuse que nous ayons nous aussi quelque part au mystère de la Restauration de toutes choses dans le Christ, vers lequel nous gémissons avec vous dans le travail de l’enfantement !

pattes de chat Lully.

PS : Je publierai d’ici peu quelques nouvelles photos de l’abbaye de Saint-Antoine en Dauphiné en sus de celles que j’avais déjà mises en ligne > ici.

Saint Antoine le Grand

2019-4. Allons prier pour la France à Cotignac !

Mardi 15 janvier 2019,
Fête de Saint Paul, premier ermite ;
Mémoire de Saint Maur, abbé et confesseur ;
Mémoire de Sainte Tarsitie, fille de France et vierge.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parmi les anniversaires importants de cette année 2019 en laquelle nous venons d’entrer, il y a le cinquième centenaire de l’apparition de la Très Sainte Mère de Dieu à Cotignac, dans le comté de Provence à quelque cinq lieues au nord de Brignoles.

C’est en effet les 10 et 11 août de l’an 1519, que la Bienheureuse Vierge Marie, portant l’Enfant Jésus dans ses bras et accompagnée de l’archange Saint Michel et de Saint Bernard, se manifesta à un pieux bûcheron, Jean de la Baume lui confiant ce message : « Je suis la Vierge Marie. Allez dire au clergé et aux Consuls de Cotignac de me bâtir ici même une église, sous le vocable de Notre-Dame de Grâces et qu’on y vienne en procession pour recevoir les dons que je veux y répandre ».

Vous savez très certainement que, en 1637, lorsque la Très Sainte Vierge apparut à Paris au Frère Fiacre de Sainte-Marguerite, moine augustin, pour lui demander trois neuvaines afin d’obtenir la naissance d’un Dauphin qui serait un véritable don de Dieu pour la France, elle désigna ce sanctuaire de Notre-Dame de Grâces en Provence pour l’accomplissement de l’une de ces neuvaines.
Ce pourquoi, le 21 février 1660, Sa Majesté le Roi Louis XIV vint à Cotignac pour rendre grâce de sa naissance, accompagé de la Reine-mère Anne d’Autriche.

« Qu’on y vienne en procession pour recevoir les dons que je veux y répandre » : les demandes de Notre-Dame ne sont pas compliquées et ne requièrent pas une exégèse particulière. Elle a choisi ce lieu ; on lui a construit là un sanctuaire conformément à sa requête ; elle veut répandre ses dons en ce lieu de manière spéciale (et depuis cinq siècles elle l’a fait en abondance) : à nous, il incombe de nous y rendre en procession pour les recevoir.
C’est aussi simple que cela !

Nous invitons donc très instamment tous nos amis qui en ont la possibilité à nous rejoindre pour un pèlerinage à Cotignac le samedi 9 février prochain.
Pèlerinage organisé, à la demande explicite de Son Excellence Monseigneur l’Evêque de Fréjus & Toulon, par nos très chers amis Messieurs les Chanoines de l’Ordre de Saint-Remi (cf. > ici et > [au § E] ici).
Pèlerinage accompli spécialement pour la France, en ces jours de crise qui nécessitent plus que jamais nos prières et nos sacrifices.

Pèlerinage à Cotignac 9 février 2019

Vous trouvez sur l’affiche reproduite ci-dessus le programme et les horaires de ce pèlerinage, qui est aussi annoncé sur le site internet du diocèse de Fréjus & Toulon (cf. > ici).
Ajoutons en outre que l’indulgence plénière, aux conditions habituelles, peut-être obtenue à cette 
occasion.

J’en profite aussi d’ailleurs pour vous signaler la récente mise en ligne d’un site internet propre pour l’Ordre de Saint-Remi : voir > ici.

Allons donc prier ensemble à Cotignac ce 9 février prochain : date choisie en lien avec l’Edit de Saint-Germain (10 février 1638) par lequel Sa Majesté le Roi Louis XIII a rendu publique la consécration de sa personne et du Royaume de France à la Très Sainte Vierge Marie.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.   

Cotignac Notre-Dame de Grâce - gravure ancienne

Gravure ancienne représentant le tableau miraculeux de
Notre-Dame de Grâces

2019-1. Où Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Maître-Chat Lully présente à ses amis et lecteurs ses vœux pour l’an nouveau…

Mardi 1er janvier 2019,
Fête de la Circoncision de Notre-Seigneur
et octave de Sa Nativité.

Vœux de Lully 2019

Bel Ange de la Crèche,
Ange qui avez chanté dans la sainte nuit de Noël la paix divine promise aux hommes de bonne volonté,
Ange qui avez fait resplendir aux yeux des saints Rois Mages la lumière surnaturelle d’une étoile miraculeuse pour les conduire vers Jésus et Marie,
je vous en prie humblement en ce jour de l’an :
Portez à tous nos amis
nos vœux fervents de bonne, heureuse et sainte année 2019,
avec l’assurance de nos humbles prières
pour que la grâce, la paix et la lumière du Roi du Ciel Notre-Seigneur
leur soient données sans limite,
et que la force et le courage qui viennent d’en-haut leur soient aussi communiqués quand viendra l’heure de l’épreuve !

pattes de chat Lully

ange avec agneau

Pieuses invocations pour le commencement d’une année nouvelle > ici

2018-101. Noël, fête royale, ou le lien entre le mystère de l’Incarnation et la Monarchie à travers l’histoire.

Lettre aux membres et amis
de la
Confrérie Royale
pour le saint jour de Noël 2018

Trois lys blancs

Mercredi 26 décembre 2018,
Fête de Saint Etienne, diacre et protomartyr (cf. > ici et > ici).

Voici la plus que très intéressante lettre mensuelle qui a été adressée aux membres et amis de la Confrérie Royale à l’occasion de la fête de Noël : ce texte – à la fois très riche de rappels historiques et très profondément spirituel – ne manquera pas, j’en suis certain, de passionner plus d’un de mes lecteurs…

En ce 25 décembre, comme chacun sait, nous n’accueillons pas le père Noël en chantant du Tino Rossi (pour ceux qui s’en souviennent encore en 2018) ni en arrachant voracement le papier cadeau entourant ces futilités matérielles qui voudraient nous faire oublier la terrible crise économique qui menace notre société… Non ! Au risque de décevoir la majorité de nos contemporains, nous célébrons aujourd’hui le grand mystère de l’Incarnation, ce jour où Dieu a de nouveau rendu visite à l’humanité pour la sauver en se manifestant aux yeux des hommes sous les traits d’un petit enfant. Bref, le plus beau cadeau que Dieu pouvait faire à chacun d’entre nous !

La relation entre le mystère de l’Incarnation et la doctrine monarchique est absolument capitale dans la religion catholique, apostolique et romaine, et spécialement en terre de France, royaume du « fils aîné de l’Église ». N’est-ce pas un 25 décembre 496 (ou 498, mais qu’importe !) que Clovis reçut le baptême dans les fonts de Reims, des mains de saint Rémi ? N’est-ce pas un 25 décembre 800 que le roi franc Charlemagne, le bras armé et vengeur des droits de l’Église et de la liberté de la Chrétienté, se vit offrir la couronne impériale de l’ancien Empire romain d’occident par le pape Léon III ? Ces deux éléments fondateurs de la monarchie chrétienne, en France et en Occident, ne sont pas anodins. Noël est une fête monarchique par excellence, une élément fondamental de la royauté sacrée.

- L’Incarnation : un fondement doctrinal de la monarchie :

Le mystère de l’Incarnation possède évidemment une dimension avant tout spirituelle. En prenant chair, le Verbe de Dieu, Fils unique du Père, vient réconcilier l’humanité déchue avec son Créateur. « Et homo factus est » (Jn I, 14), Dieu s’abaisse jusqu’à nous pour nous élever jusqu’à Lui, Dieu vient nous sauver – le prénom Jésus signifie « Dieu sauve » – et nous placer dans un état de relation avec Dieu beaucoup plus grand, beaucoup plus noble que l’état originel perdu par le péché. Par sa venue et par son œuvre de Rédemption, Jésus-Christ nous a donné un esprit filial, un « esprit d’adoption » (Rom. VIII, 15), il a fait de nous les « héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ », mais bien sûr « si toutefois nous souffrons avec lui, pour être glorifiés avec lui. » (Rom. VIII, 17)

Noël vient manifester pleinement ce salut, car la Rédemption ne commence pas au Calvaire, mais dans la grotte de Bethléem. Ce petit enfant blotti auprès de sa sainte Mère, de son père nourricier, avec pour simple compagnie le bœuf et l’âne et pour premiers visiteurs de pauvres pâtres de Judée, est déjà là pour nous sauver. Il est le Fils de Dieu fait homme. S’il attendra le jour de l’Épiphanie pour manifester, pour la première fois, sa divinité aux Mages, il ne se montre pas aux bergers comme s’il était un enfant comme les autres. L’étoile guidée par Dieu a conduit ces bergers jusque dans cette modeste étable : ce n’est pas anodin ! Un enfant, oui, mais pas n’importe quel enfant. Et si les bergers ne lisent pas, au premier instant, en raison de la simplicité de leur condition – bien que la sagesse de Dieu se manifeste d’abord aux pauvres et aux simples – les traits de la divinité dans ce frêle enfant, ils entrevoient néanmoins une réalité que tout sujet peut saisir. Laquelle ? La royauté.

 Noël Coypel Nativité

Noël Coypel, La Nativité,1665, Musée des Beaux-arts de Rennes.

 Jésus est Dieu et homme ; et, en tant qu’homme, il est le premier homme, l’homme qui va guider le peuple pour le conduire vers le salut, l’homme qui va montrer l’exemple de la sainteté, de la vertu, de la justification à tous les autres hommes. Un guide, un modèle, un roi. Oui, cet Enfant divin est « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs » (I Tim. VI, 15), il est le « prince de la Paix » annoncé par Isaïe, et « l’empire a été posé sur ses épaules » (Is. IX, 9). La prophétie d’Isaïe, cette grande annonce méditée dans le Bréviaire romain pendant l’Avent, insiste sur la royauté du Messie tant attendu. Il est venu d’abord « pour étendre l’empire et pour donner une paix sans fin au trône de David et à sa royauté, pour l’établir et l’affermir dans le droit et dans la justice, dès maintenant et à toujours. » (Is. IX, 6)

Cette royauté du Christ, proclamée au jour des Rameaux à Jérusalem, glorifiée par la liturgie de la fête du Christ Roi instaurée par Pie XI en 1925, commence donc à Bethléem. Cette royauté humaine, il la tient de son héritage, comme descendant de David. L’ascendance davidique justifie la légitimité du Christ à accéder à cette dignité suprême sur le Peuplé élu de l’antique alliance. D’ailleurs Jésus est le « Christ », l’oint, qui a reçu l’onction du sacre, l’onction royale. Mais attention ! De qui vient cette onction ? Qui confirme la légitimité royale de Jésus ? Qui, en plus de cette royauté locale, hébraïque, va accorder à Jésus une royauté universelle, une domination sur l’humanité entière, cette fois en tant que « primogenitus », le « premier-né d’un grand nombre de frères » (Rom. VIII, 29) ? Eh bien, c’est Dieu. La royauté du Christ dépasse la royauté politique d’un peuple : elle est la royauté Politique au sens premier, la domination légitime et plénière sur la Cité des hommes – la Polis avec un grand p. Et ce n’est pas juste en vertu de son humanité que Jésus est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs ; ce n’est pas aussi uniquement en tant que choisi par Dieu, comme oint à la manière de David, que Jésus peut imposer son « imperium » sur l’ensemble de la Création : c’est en tant que Fils de Dieu, en tant que Dieu, en tant que Créateur au même titre que le Père et l’Esprit saint. La royauté de Jésus est la royauté suprême de Dieu. Cela, il ne faut pas l’oublier, même au milieu des « gazouillis » de la Crèche !

- Noël, fête royale :

Si la royauté de Jésus dépasse toute royauté humaine en force et en légitimité, cette royauté en est le modèle, l’archétype. En se faisant homme, Jésus rend accessible, à travers sa nature humaine, la pratique de la vertu, le cheminement spirituel vers Dieu. Il rend aussi accessible à tout un chacun, en fonction de sa position sociale et politique, l’accomplissement des vertus associées à une charge, à une responsabilité. Bref, la royauté de Jésus est le modèle de la royauté humaine. Nous n’allons pas ici gloser sur tous les beaux traités médiévaux, ceux de l’époque carolingienne en particulier, qui ont insisté sur cette puissante analogie, en partant même de la royauté davidique, pour donner à la doctrine royale toute sa sacralité, pour rappeler aussi et surtout aux princes quels sont leurs devoirs et prérogatives.

La monarchie sacrée tire ses origines de la monarchie davidique, mais d’une monarchie davidique surélevée par l’Incarnation rédemptrice. Le mystère de Noël est donc un élément fondateur de la sacralité monarchique. Toute la cérémonie du sacre vient magnifier cette doctrine royale qui est au fond pleinement tirée des Écritures. Nous n’entrerons pas ici dans les détails des prières et des rituels de cette grande cérémonie, mais leur enracinement biblique est incontestable. 

Serment du marquis de Dangeau - Copie

Antoine Pezey, Serment du marquis de Dangeau comme grand maître des ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem le 18 décembre 1695, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, MV 164. © RMN (château de Versailles) / Gérard Blot

À l’image du Christ, le roi de France est choisi par Dieu : sa légitimité familiale – la primogéniture mâle – est complétée par la légitimité religieuse, par la voix de l’Église. Depuis Pépin le Bref, en 751 et 754, le sacre manifeste en France, dans la lignée du baptême fondateur de Clovis, la prise de possession par Dieu du prince, qui est élevé à une dignité mystique qui le place mutatis mutandis au rang des évêques. Nous ne gloserons pas ici sur le grand débat concernant la valeur ontologique du sacre. Toujours est-il qu’à l’issue de la cérémonie, le prince n’est pas un chef politique ordinaire, garanti par la simple vox populi – modèle dont on voit de plus en plus les limites en notre époque de la démocratie triomphante (sic) – mais il est un élu de Dieu, l’oint du Seigneur, un « christ ». Privilège insigne, mais responsabilité écrasante, car son salut dépendra de sa correspondance à cette lourde mission déposée sur ses épaules. Il est devenu le « très chrétien », le monarque « par la grâce de Dieu », chargé d’assurer avant tout la protection de l’Église, donc son salut temporel. Ainsi le sacre est fondamentalement imprégné de la dimension de Noël.

La célébration de la fête de Noël donnait lieu à des usages particuliers dans le cadre de la monarchie française. La dimension liturgique occupait une place essentielle, comme en témoigne l’étiquette de Versailles sous Louis XIV, et Noël faisait partie de ces « bons jours » où le monarque communiait et s’adonnait particulièrement à la dévotion 1 :

« Pour la fête de Noël, le roi communiait le 24 décembre au matin : il assistait alors à deux messes basses successives. Il retournait à la chapelle dans l’après-midi pour les premières vêpres, et de nouveau à 10 heures du soir pour assister à l’office des matines de Noël. À minuit, les trois messes basses de Noël (messe de minuit, messe de l’aurore et messe du jour) étaient célébrées successivement, pendant que les effectifs de la Chapelle-Musique exécutaient des motets, puis chantaient l’office des laudes à partir de l’élévation de la deuxième messe. [...] Le roi quittait la chapelle un peu avant 2 heures du matin et y retournait pour assister à la messe chantée en milieu de matinée, ainsi qu’à la prédication, suivie des vêpres du roi en milieu d’après-midi. En deux jours, Louis XIV avait assisté à non moins de six messes ! »2

Bref, une continuité quasi-ininterrompue de la splendeur du culte divin à laquelle le Fils aîné de l’Église se faisait un devoir d’assister. Écoutons Saint-Simon qui, pour une fois, faisait certainement preuve d’objectivité :

« [...] il n’y avoit rien de si magnifique que l’ornement de la chapelle et que la manière dont elle étoit éclairée. Tout y étoit plein [...]. Il n’y avoit donc rien de si surprenant que la beauté du spectacle et les oreilles y étoient charmées. » 3

Parfois, à l’occasion de la grande fête, le roi procédait au toucher des écrouelles, ce pouvoir thaumaturgique communiqué au souverain au jour de son sacre. Ainsi, en 1714, « le roy, après une seconde messe dite par un chapelain, est allé toucher les malades des écrouelles au nombre de près de 400, assemblez par les soins du grand prévost dans la gallerie dite des princes. [...] Le grand aumosnier, en camail et rochet, a distribué l’aumosne aux malades à mesure que le roy les a touchez [...] » 4 Noël n’est-il pas un jour propice à la guérison des corps et des âmes ?

- Le rituel de la bénédiction du Casque et de l’Épée dans la tradition papale :

Pour conclure cette brève analyse, qui mériterait bien sûr des approfondissements que nous n’avons pas le temps de faire ici, il est opportun de mettre en valeur un usage de la Cour papale qui concerne de près la royauté chrétienne. Il s’agit, au jour de Noël, de la bénédiction par le Souverain Pontife de l’épée et du « chapeau ducal 5 ». Cette tradition s’appuie sur le récit des Macchabées 6 et remonte à l’époque d’Urbain VI (1378-1389), après le retour de la Papauté à Rome. Avant le chant des matines de Noël, le pape bénissait, revêtu de l’aube et de l’étole, une épée et un chapeau qui étaient ensuite offerts à un prince ou à un chef militaire chrétien particulièrement méritant en raison de sa piété et d’une aide particulière apportée à la défense de l’Église catholique et de la Chrétienté 7. Il s’agissait

« [d’une] épée garnie d’un pommeau d’or, et enrichie de pierreries disposées en forme de colombe, avec le foureau et le baudrier enrichis de même, et le Chapeau Ducal posé sur la pointe de l’épée. Ce Chapeau est de soie violette, fourré d’hermines et entouré d’un cordon en forme de Couronne chargée de bijoux. Le Pape envoie l’Épée et le Chapeau à quelque Prince qu’il affectionne particulièrement, ou à quelque grand Capitaine qui mérite cette distinction pour s’être signalé contre les Ennemis de la foi Chrétienne. » 8

 épée et chapeau du Roi Sobiesky

L’épée et le chapeau offerts par Innocent XI au roi de Pologne Jean III Sobieski après la victoire de Vienne sur les Turcs en 1683.

  clerc de la chambre apostolique aux matines de Noël

 Un clerc de la Chambre apostolique portant l’épée et le chapeau lors de la procession des Matines de Noël.

Ces deux ornements étaient portés en procession devant le pape, par un clerc de la Chambre, jusqu’à la chapelle où étaient chantées les matines. Lorsque le Souverain Pontife remettait lui-même ces distinctions au dux élu, il lui disait cette formule introduite par Sixte IV :

« c’est par ce glaive que nous vous déclarons le défenseur de cette puissance et de la Souveraineté Pontificale, le Protecteur du S. Siège contre les ennemis de la foi, et le boulevard de l’Église. Que par ce glaive votre bras triomphe des ennemis du S. Siège et du nom de Jésus-Christ, que le S. Esprit descende sur votre tête, et vous protège contre ceux à qui Dieu prépare ses jugemens devant la Sainte Église Romaine et le S. Siège Apostolique [...] » 9

Le rapport de cette cérémonie avec le sacre royal et la mission de défense de l’Église assumé par le monarque de droit divin est évident. On me dira peut-être que le rapport avec Noël, la grande fête de la paix, est moins patent. N’est-il pas contradictoire de bénir des symboles de guerre avant de chanter « paix aux hommes de bonne volonté » ? En l’occurrence, la remise de ces insignes a lieu à la suite d’une victoire – la guerre semble donc être terminée – et à l’occasion d’une guerre juste – contre les ennemis de l’Église, souvent contre les Turcs ottomans à l’époque moderne. La morale de l’Église n’est aucunement remise en question, et la plus grande victoire du prince ou du chef chrétien honoré par ce rituel est d’avoir apporté la paix, d’avoir, en fin de compte, rétabli « Noël » sur le monde chrétien !

monarchie britannique - épée et chapeau

La monarchie britannique a conservé l’usage de faire porter l’épée (sword of state) et le chapeau (cap of maintenance) devant le souverain, notamment lors de l’ouverture solennelle du Parlement.

Noël vient donc ici rappeler les obligations du roi très chrétien. Il est d’abord le protecteur de l’Église et le bras séculier la justice de Dieu dans l’étendue de son royaume. Il ne doit pas se servir de sa puissance militaire et coercitive pour des fins contraires au bien commun voulu par Dieu ou pour son intérêt propre. Les serments du sacre lui ont rappelé avec instance cette impérieuse responsabilité, qu’il se doit de respecter tout au long de son règne. Noël, fête de la paix de Dieu venue sur terre, est la fête des rois qui sont garants de cette paix, cette paix dont notre monde, et la France en particulier, ont tant besoin ; cette paix qui vient de Dieu et non des hommes ; cette paix que seule la Chrétienté traditionnelle peut restaurer.

Sainte fête de Noël !

Mathias Balticensis

1 Voir Alexandre Maral, La Chapelle royale de Versailles sous Louis XIV, Wavre, Mardaga, 2010, p. 260, note 40.
2 Alexandre Maral, Le Roi-Soleil et Dieu, Paris, Perrin, 2012, p. 65.
3Ibid.
4 Maral, La Chapelle royaleop. cit., p. 379.
5 Ducal, de dux, chef.
6 Lorsque Judas Macchabée alla combattre l’armée d’Antiochus, il vit en songe le prophète Jérémie qui lui présenta une épée en lui disant : « Prends cette sainte épée, c’est un don de Dieu ; avec elle tu briseras tes ennemis. » (II Macc. XV, 16).
7 Voir Gaetano Moroni, Histoire des chapelles papales, trad. A. Manavit, Paris, Sagnier et Bray, 1846, p. 385-386.
8 Jean-Baptiste Lucotte Du Tillot, Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde, Amsterdam, J. F. Bernard, 1739, t. II, p. 87.
9Ibid.

Trois lys blancs

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