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2018-10. Il y a 220 ans, le 20 février 1798, le Pape Pie VI était emmené captif par les révolutionnaires français.

1798 – 20 février – 2018

Départ de Pie VI de Rome le 20 février 1798

Départ de Rome de Sa Sainteté Pie VI escorté par les dragons français
survenu dans la nuit du 20 février 1798

Le 20 février 1798, bien avant l’aube, une voiture attelée fut amenée aux portes du palais apostolique du Vatican, un octogénaire malade et affaibli y monta avec beaucoup de peine. Bientôt l’équipage s’enfoncerait dans la nuit, en direction du nord.

Le vieillard perclus qui était emmené ainsi sous bonne escorte était Sa Sainteté le Pape Pie VI, captif des troupes françaises, contraint de quitter Rome, livrée à l’invasion, au pillage, à la révolution et au sacrilège.
Dix-huit mois plus tard (le 29 août 1799), le « ci-devant pape » – ainsi que le désignait la langue officielle – rendrait l’âme à Valence, en Dauphiné, au terme d’un incroyable chemin de croix.

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Né à Césène, en Romagne, le 25 décembre 1717, Jean-Ange Braschi, avait été élu au souverain pontificat le 15 février 1775 et avait choisi de prendre le nom de Pie VI, en hommage à Saint Pie V, pape de de la mise en oeuvre du concile de Trente et de la victoire de Lépante.
Son pontificat de vingt-quatre années et demi reste l’un des plus longs de l’histoire. Il en est aussi l’un des plus mouvementés et des plus dramatiques, puisqu’il vit l’aboutissement des funestes idées du « siècle des lumières » se concrétiser dans l’effroyable tourbillon de violence, de sang versé et d’impiété de la révolution.

Au-delà de tous les bouleversements politiques, le but ultime de la révolution était l’anéantissement du catholicisme.
Louis XVI aurait conservé et sa couronne et sa tête s’il avait souscrit aux mesures anti-catholiques de la révolution, et la monarchie capétienne traditionnelle n’a été combattue et abattue que parce que le Roi Très Chrétien était le rempart de la Sainte Eglise.

Il n’est évidemment pas possible de détailler ici tout ce qu’entreprit la révolution à l’encontre de l’Eglise catholique, et il faut bien garder à l’esprit que, même si pour des raisons tactiques elle a parfois fait semblant de revenir sur ses mesures persécutrices et accordé une certaine forme de liberté de culte (comme par exemple lors du traité de La Jaunaye signé avec Charette et Sapinaud en 1795), la révolution n’en poursuit pas moins l’éradication de la foi chrétienne et tend toujours et par tous les moyens à la destruction de l’Eglise.

Le Directoire (26 octobre 1795 – 9 novembre 1799) – l’histoire officielle a tendance à le faire oublier – , fut une période d’acharnement anti-catholique qui à bien des égards n’a rien à envier à la terreur robespierriste. En France, la traque contre les prêtres réfractaires y connaît un regain d’énergie, leurs emprisonnements et déportations sont remis à l’ordre du jour.
Et hors de France, le général Bonaparte reçoit du gouvernement de la première république la mission de se rendre à Rome pour y éteindre « le flambeau du fanatisme ».

En mai 1796, les troupes françaises envahirent donc la Romagne.
Pie VI, qui se savait dans l’incapacité absolue de soutenir une guerre et qui voulait par-dessus tout éviter des effusions de sang, se vit imposer par Bonaparte l’armistice de Bologne (23 juin 1796) dont les conditions étaient exhorbitantes, mais conservaient – théoriquement – au Souverain Pontife sa souveraineté territoriale et sa liberté spirituelle. Toutefois, le Directoire augmentant sans cesse ses prétentions et le peuple romain se soulevant contre les conditions exigées par les Français, Pie VI, soutenu par le Sacré-Collège unanime, rejeta les conditions de l’armistice de Bologne et tenta de trouver des soutiens du côté de l’empereur François II et du roi Ferdinand de Naples.

Lorsque Bonaparte eut connaissance des négociations entamées entre le Saint-Siège et Vienne, il envahit les Marches, s’empara d’Ancône et de Lorette (dont il pilla le trésor pour l’envoyer à Paris), et imposa aux plénipotentiaires envoyés par Pie VI – auxquels le pape avait donné la consigne de « faire tous les sacrifices, sauf en ce qui concerne la religion » – le traité de Tolentino (19 février 1797) aux termes duquel le Saint-Siège reconnaissait la république française, abandonnait ses droits sur Avignon et le Comtat venaissin, cédait à la France d’importants territoires des Etats pontificaux, s’engageait à lui payer en quatre mois la somme de 32.700.000 francs et à lui livrer des quantités d’objets d’art et de manuscrits.

Le traité de Tolentino marquait, du moins en apparence, la fin du conflit entre la France et le Saint-Siège. Les relations diplomatiques furent rétablies, et la France désigna comme ambassadeur à Rome l’un des frères du général victorieux : Joseph Bonaparte.
Ce dernier arriva dans la Ville Eternelle accompagné du général Léonard Duphot.

Or, comme dans tous les pays qui avaient été plus ou moins subjugués par les victoires françaises, à Rome même l’agitation était à son comble : des partisans des idées révolutionnaires multipliaient les troubles et fomentaient des émeutes. Le 28 décembre 1797, à l’occasion de l’une d’elles, le général Duphot qui tentait d’empêcher une bataille de rues entre les factieux et les troupes pontificales, reçut une balle qui lui fut fatale.
Joseph Bonaparte prétendit alors que l’ambassade de France avait été violée et le Directoire ordonna aux troupes françaises d’envahir l’Etat pontifical.  

Pie VI reçoit l'ordre du Directoire

Le 15 février 1798, le général Cervoni, envoyé par Berthier, présente à Sa Sainteté le Pape Pie VI l’ordre du Directoire
lui signifiant sa destitution et lui enjoignant de quitter Rome où la république a été proclamée

Le 10 février 1798, un corps de 15.000 hommes placé sous le commandement du général Louis-Alexandre Berthier, marcha sur Rome. Pie VI, qui n’était pas en mesure de repousser l’invasion, capitula. De nouvelles conditions accablantes furent imposées au Saint-Siège.
Les troupes françaises entrèrent dans la ville le 11 février.
C’était la première fois depuis le mémorable sac de 1527 perpétré par les troupes de l’empereur Charles Quint (cf. > ici) que la Ville Eternelle se trouvait envahie.
Le 15 février 1798, la république était proclamée à Rome et l’on planta, sur le Capitole, un « arbre de la liberté » surmonté du bonnet rouge. Le pape, dont on célébrait ce jour-là les cérémonies anniversaires de l’élection, déclaré déchu, était « invité » à partir. C’est le général Cervoni, envoyé par Berthier, qui avait été chargé de cette mission.
Le 16 février, les troupes françaises bivouaquèrent sur la place Saint-Pierre et prirent le contrôle de toutes les issues du Vatican. Ils allèrent même jusqu’à hisser le drapeau tricolore sur les palais apostoliques.
Berthier institua un gouvernement provisoire composé de sept consuls à la tête desquels il plaça un prêtre apostat nommé Bassal, ancien curé de Versailles.
Dès lors, les militaires français multiplièrent les vexations à l’encontre du Souverain Pontife dont on commença à préparer le départ en répandant peu à peu le bruit qu’il le ferait de son plein gré et en faisant même courir le bruit que le pape avait résolu d’abandonner l’état ecclésiastique !

Enfin, le mardi 20 février 1798, qui était la veille du mercredi des cendres, à peu près trois heures avant le lever du jour, un détachement militaire français entra dans la cour principale du palais.
L’abbé Baldassari, témoin de ces événements, raconte :
« Deux officiers français chefs de bataillon, réunirent les autres officiers qui étaient de garde au Vatican, et ils allèrent ensemble à l’appartement de Sa Sainteté ; ils témoignèrent un grand désir qu’on hâtât le départ, qui cependant avait été fixé à deux heures avant la pointe du jour. Pie VI aurait pu se rendre à leurs sollicitations ; il était prêt avant qu’on vinsse l’importuner ; mais il était impossible de partir avant que les chevaux de poste fussent arrivés. Cette raison, toute décisive qu’elle était, ne put satisfaire les officiers français ; ils s’emportèrent en blasphèmes, et leur colère ne s’apaisa que lorsqu’on vint les avertir que tout était prêt pour le départ.
Le saint Père, vêtu de la simarre blanche, avait déjà entendu la messe, à genoux, dans sa chapelle particulière, avec cette piété qu’on avait toujours admirée en lui. En sortant de l’oratoire, il prit le manteau rouge et le chapeau papal ; puis tenant d’une main la canne dont il avait coutume de se servir dans ses promenades à la campagne, et appuyé de l’autre sur le bras de son maître de chambre, il s’avança vers sa voiture de voyage. Sa figure respirait un courage tranquille. Ceux de sa maison qui se trouvaient au Vatican l’accompagnèrent silencieux et consternés ; je le suivis aussi (…).
Le saint Père étant monté dans la voiture qui lui était destinée, Mgr Caracciolo et le médecin et camérier secret de’ Rossi, tous deux en habits de prélats, se placèrent en face de Sa Sainteté ; en même temps les autres personnes de la suite montèrent dans les autres voitures, et on n’attendait plus que le moment de se mettre en route, quand les deux chefs de bataillon qui avaient eu constamment l’oeil sur Sa Sainteté, demandèrent la voiture dont ils comptaient se servir eux-mêmes. Comme on ignorait que ces deux Français eussent été choisis pour diriger le voyage, personne ne répondait. Voyant qu’on restait muet et qu’on ne leur amenait pas de voiture, ils se mirent à crier et à tempêter. Le majordome essaya de les calmer et leur dit avec douceur : qu’on avait préparé autant de voitures qu’il en fallait pour la suite du saint Père, et cela au su et avec l’approbation du gouvernement romain, et de l’autorité militaire française ; qu’on avait fait venir de la poste le nombre de chevaux accordé par le gouvernement, et nécessaire pour le voyage ; que pour ce qui les regardait, il semblait assez naturel que d’autres que le Pape et ses serviteurs eussent songé à les pourvoir de voiture. A des paroles si polies et si raisonnables, les deux officiers ne répondirent que par des gestes et des propos furibonds ; ils voulurent qu’on leur donnât sur-le-champ une voiture qui se trouvait dans la remise du palais, et ils firent dételer les chevaux d’une des voitures de la suite de Sa Sainteté pour les appliquer à leur usage. Ce furent de nouveaux frais que le Pape eut à supporter ; et les personnes de sa suite, qui occupaient la voiture dont on prit les chevaux, furent obligées de suspendre leur départ, jusqu’à ce qu’on leur permît d’en avoir d’autres, permission qui se fit attendre pendant plus d’une demi-journée.
Les deux officiers français ayant enfin commandé de partir, il survint un nouvel incident qui causa quelque trouble au saint Père. Les dragons français qui composaient l’escorte, au lieu de se tenir prêts à marcher, curieux, sans doute, de voir le Pape, se groupèrent autour du carrosse de Sa Sainteté. Au même moment on entendit de toutes parts des cris confus. Pie VI témoigna de l’inquiétude, et il tournait ses regards de côté et d’autre, pour voir d’où provenaient ces clameurs. C’étaient les deux commissaires, et ensuite tous les officiers qui éclataient en reproches et en menaces contre les soldats, dont le désordre et l’indiscipline retardaient ainsi le départ. Ces cris cessèrent enfin, et la voiture du Pape s’avança précédée et suivie d’un fort détachement de dragons. O séparation douloureuse ! il nous sembla qu’on nous arrachait le coeur ; nous nous mîmes à genoux pour recevoir la bénédiction apostolique, et le 20 février de l’année 1798, une heure environ avant le jour, Pie VI abandonna pour toujours le palais du Vatican et la ville de Rome » (« Histoire de l’enlèvement et de la captivité de Pie VI » par Monsieur l’abbé Baldassari).

Départ de Pie VI de Rome le 20 février 1798 - détail

Pie VI emmené captif par les troupes françaises le 20 février 1798
(détail de la gravure publiée en haut de page)

Pie VI, qui avait eu 80 ans le 25 décembre 1797, et qui était déjà affaibli physiquement par la maladie, commençait ainsi l’ultime étape de son pélerinage terrestre, lui auquel on attribue la sentence de la « prophétie » de Saint Malachie : « Peregrinus apostolicus – le pélerin apostolique ».
Au cours des dix-huit mois qui lui restent à vivre, il va être d’abord être emmené à Sienne, puis à la chartreuse de Florence, et enfin, par Bologne, Parme, Turin, le col du Mont-Cenis, Briançon et Grenoble, il arrivera à Valence, où il mourra d’épuisement le 29 août 1799.

armoiries de Pie VI

2017-99. La préférée de Dieu.

Que Jésus embaume notre âme des vertus de la Crèche

« Que Jésus embaume notre âme des vertus de la Crèche. »
Mgr de Ségur

Voici une petite bande dessinée qui fut réalisée par Frère Maximilien-Marie à la fin du mois de décembre de l’année 1990. Il me semble que je n’ai pas besoin d’y ajouter de commentaires…

Patte de chat Lully.

Guirlande de Noël

La préférée de Dieu (1ère partie)

La préférée de Dieu (2nde partie)

Lanterne de Noël

Voir aussi :
- Quand l’année s’achève : « Dialogue d’une âme fatiguée avec son Seigneur » (Marie Noël) > ici
- Pour le dernier jour de l’année civile : « Te hominem laudamus » (Marie Noël) > ici
- Conte de Noël : « Le Noël de celui qui n’est pas venu » (Marie Noël) > ici
- Conte de Noël : « La dernière visiteuse » (Frères Tharaud) > ici
« A l’an que vèn, se sian pas mai que sian pas mens ! » > ici
- Invocations pour le début de l’année nouvelle > ici
- Etrennes sous forme d’images pieuses « vintage » > ici
- Et la série de réflexions intitulée « Métaphysique des voeux » à partir d’ > ici

Publié dans:Bandes dessinées, Lectures & relectures |on 30 décembre, 2017 |4 Commentaires »

2017-96. « Divin Sauveur, Vous voulez être dans les fidèles comme en Votre sainte Mère… »

Mercredi des Quatre-Temps d’hiver
(pour l’explication des Quatre-Temps voir > ici).

Francesco Albani - Annonciation (ermitage St-Petersbourg)

Francesco Albani (1578-1660) : l’Annonciation (Saint-Petersbourg, palais de l’Ermitage)

* * * * * * *

Divin Sauveur, Vous voulez être dans les fidèles comme en Votre sainte Mère…

Extraits d’une méditation de Monsieur Olier
sur l’attente de la Mère de Dieu
et sur l’union avec le Christ par la grâce.

Qui pourrait dire les trésors et les grâces dont Dieu comble la Mère de Son Fils pour en faire l’objet de Ses délices et de Ses joies ?
Pour qu’elle soit digne de Lui, Il forme en elle une image parfaite de Ses perfections divines.
Unique épouse du Père éternel, Mère admirable de Son Fils, mon Sauveur, qu’il se passe, en cette heureuse attente, de mystères et de merveilles en vous ! Le Saint-Esprit, selon la parole de l’ange, descend sur vous, pour être le sanctificateur de Son temple. Le Père vous revêt de tout Lui-même et vous remplit de Sa sainte vertu. Ce qui naît ensuite de vous est saint. C’est le Fils de Dieu et le vôtre. Ce Fils n’est pas de la nature des autres enfants ; Il n’est pas pétri de péché ; Sa production est sainte ; et toute Son application est d’honorer en votre âme la majesté de Son Père et d’y fonder la plénitude de Sa grâce.

Qu’elle est adorable l’âme sainte de Jésus, perdant et abîmant en Soi l’âme de Sa très sainte Mère, et la pénétrant des mouvements amoureux qu’Il éprouvait pour Son Père !
Vous la faites participer à ce que Vous êtes et à ce que Vous faites, soit envers Dieu, soit envers les hommes.

Quand est-ce que je serai totalement vidé de moi, sacrifié pleinement par l’Esprit, et orné des perfections du Père ? Quand est-ce que mon intérieur sera capable de porter en soi le Verbe toujours louant et bénissant, toujours glorifiant et adorant la majesté de Dieu ?

Divin Sauveur, Vous voulez être dans les fidèles comme en Votre sainte Mère pour les rendre de véritables adorateurs du Père en Votre Esprit.
Jésus, venez en nous, animez-nous, et faites de nous un temple parfait de Votre vérité et un saint organe de Votre vie !

Jean-Jacques Olier de Verneuil (1608-1657)
appelé aussi « Monsieur Olier », fondateur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice.

Annonciation - Francesco Albani (ermitage St Petersbourg) - détail

Francesco Albani : Annonciation, détail (Saint-Petersbourg, palais de l’Ermitage)

Voir aussi :
« Contemplons Jésus dans le sein de Marie » > ici

2017-89. Simples précisions à propos de ce qu’est la foi.

Triomphe de la foi - fresque de Vincenzo Meucci - Rome Palais Corsini 1747

Le triomphe de la Foi
Fresque de Vincenzo Meucci au palais Corsini, à Rome (1747)

Jeudi 23 novembre 2017,
Fête de Saint Clément 1er, pape et martyr ;
Anniversaire du rappel à Dieu de Louis de Bonald (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La fête de Saint Clément, troisième successeur de Saint Pierre, me suggère de vous livrer aujourd’hui quelques réflexions, qui n’ont pas la prétention d’être exhaustives, concernant la foi.
Nous arrivons d’ailleurs aux derniers jours de l’année liturgique, au cours desquels la Sainte Eglise notre mère nous invite à méditer sur la fin du monde, ses signes avant-coureurs, et le retour glorieux de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Or l’un de ces signes avant-coureurs sera l’apostasie générale.
Qu’est-ce que l’apostasie ?
C’est l’abandon volontaire et public, le reniement, de la foi chrétienne.

Mais qu’est ce que la foi ?
Il arrive souvent que l’on entende dire : « J’ai la foi : je crois que Dieu existe… »
Mais lorsqu’on creuse un peu et que l’on pose quelques questions, on se rend vite compte que beaucoup de nos contemporains qui prétendent « avoir la foi », n’ont en réalité qu’une simple croyance, plus ou moins vague, en une « divinité » dont elles ne savent pas dire grand chose, et qui, surtout, ne demande pas d’elles des ajustements de comportement ni des efforts de conversion et de sanctification selon des exigences précises ! 

Or la foi ne consiste pas à dire : « Dieu existe ».

En effet, l’existence de Dieu - c’est-à-dire l’existence d’un pur esprit, être unique et parfait, créateur de l’univers et rémunérateur des actes des hommes – n’est pas l’objet de la foi.
L’affirmation de l’existence de Dieu est la conséquence logique d’un raisonnement naturel.
La compréhension qu’il existe un pur esprit, unique et infiniment parfait, créateur de toutes choses et qui rétribuera chacun selon ses oeuvres, est accessible à tout homme par des actes de raisonnement naturels : il suffit de faire fonctionner logiquement et correctement son intelligence pour dire que Dieu existe.

Aristote y est arrivé. Or Aristote n’avait pas la foi.

Ce que j’affirme ici n’est pas une opinion personnelle, c’est l’enseignement constant et universel de l’Eglise, à la suite de Saint Paul (relisez par exemple le chap. 1er de l’épître aux Romains).
Cette vieille crapule de Voltaire, ennemi acharné de la foi chrétienne, le résumait aussi à sa manière en affirmant qu’il ne peut y avoir d’horloge sans horloger. En l’occurrence,  cet apostat furieux et obstiné ne faisait ici que faire fonctionner correctement son intelligence et sa raison humaines ; il ne posait pas un acte de foi.
Tout en affirmant l’existence d’un « grand horloger », il ne cessait de combattre la religion en général, la Révélation chrétienne en particulier, la Sainte Eglise et la foi reçue des Apôtres. 

L’objet de la foi n’est pas « l’existence de Dieu », parce que l’existence de Dieu est accessible à la raison naturelle.

La foi, elle, est surnaturelle.
La foi n’est pas d’ordre sensible ni intellectuel.
La foi porte sur ce que la raison et l’intelligence de l’homme ne peuvent connaître par elles-mêmes.
La foi amène à notre connaissance ce que ni nos sens ni notre intelligence ne peuvent découvrir si Dieu Lui-même ne le révèle.

La définition correcte de la foi est celle-ci : la foi, c’est l’adhésion à Dieu qui Se révèle.

L’objet de la foi est : « ce que Dieu nous fait connaître au sujet de Lui-même », et auquel nous ne pouvons pas accéder par nos propres lumières, par nos propres forces et capacités, laissées à elles-mêmes.

Ainsi la foi dépasse-t-elle par sa nature même – puisqu’elle est surnaturelle – toute opération humaine.
Cela ne signifie pas que l’homme ne puisse pas ensuite comprendre et expliquer le contenu de la foi. Saint Anselme de Cantorbury a magnifiquement synthétisé cela en une formule lapidaire : « fides quaerens intellectum », qui résume toute la démarche des Pères et des Docteurs de l’Eglise.
« Fides quaerens intellectum », littéralement : « la foi cherchant l’intelligence »,  signifie que l
a foi – dont l’objet est ce que Dieu nous fait connaître de Lui-même parce que cela n’est pas naturellement accessible à l’homme – peut toutefois être mise en lumière par l’intelligence et le travail de l’homme, sur la base de cette Révélation reçue et acceptée.

La proposition inverse – appelée « traditionalisme » – a été condamnée par le 1er concile du Vatican : le terme « traditionalisme » n’ayant évidemment rien à voir dans son acception avec l’usage courant dans lequel il est employé de nos jours.

Je vous renvoie à la lecture de la Constitution dogmatique « Dei Filius » du 24 avril 1870 sur les rapports entre la foi et la raison :
« (…) quoique la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de véritable désaccord entre la foi et la raison ; car c’est le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi, qui a répandu dans l’esprit humain la lumière de la raison, et Dieu ne peut se nier lui-même, ni le vrai contredire jamais le vrai. Cette vaine apparence de contradiction vient principalement ou de ce que les dogmes de la foi n’ont pas été compris et exposés suivant l’esprit de l’Église, ou de ce que les écarts d’opinion sont pris pour des jugements de la raison. Nous déclarons donc toute proposition contraire à une vérité, attestée par la foi, absolument fausse (…). Et non-seulement la foi et la raison ne peuvent jamais être en désaccord, mais elles se prêtent aussi un mutuel secours ; la droite raison démontre les fondements de la foi, et, éclairée par sa lumière, elle cultive la science des choses divines ; la foi délivre et prémunit la raison des erreurs, et l’enrichit d’amples connaissances. Bien loin donc que l’Église soit opposée à l’étude des arts et sciences humaines, elle la favorise et la propage de mille manières. Car elle n’ignore ni ne méprise les avantages qui en résultent pour la vie des hommes ; bien plus, elle reconnaît que les sciences et les arts venus de Dieu, le Maître des sciences, s’ils sont dirigés convenablement, conduisent à Dieu, avec l’aide de sa grâce ; et elle ne défend pas assurément que chacune de ces sciences, dans sa sphère, ne se serve de ses propres principes et de sa méthode particulière ; mais, tout en reconnaissant cette juste liberté, elle veille avec soin pour les empêcher de tomber dans l’erreur en se mettant en opposition avec la doctrine divine, ou en dépassant leurs limites propres pour envahir et troubler ce qui est du domaine de la foi (…) ».

Triomphe de la foi Vincenzo Meucci - détail)

Vincenzo Meucci : le triomphe de la Foi – détail

2017-88. Poésie : Vitrail (José-Maria de Hérédia).

22 novembre 2017.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La nuit tombe ; au-dehors le vent du sud affole la girouette ; le feu ronronne dans notre gros poêle…
Douce quiétude des soirs d’automne en notre Mesnil-Marie.

Si, en cette journée du 22 novembre, nous avons célébré la fête de Sainte Cécile (cf. > ici), je reviens auprès de vous pour encore quelques autres lignes qui, d’une certaine manière, ne nous éloignerons pas du thème de cette musique sur laquelle la vierge martyre Cécile exerce son beau patronage.

C’est qu’en effet je voudrais, ce soir, dans l’ambiance chat-l’heureuse et feutrée de notre thébaïde, partager un peu de poésie avec vous.
La poésie est musique. La poésie est harmonie.
Non seulement harmonie et musique des ryhtmes et des rimes, des mots et des sons, mais aussi harmonie et musique des images et des couleurs intérieures qu’elle enfante.

Nous autres, chats, sommes de purs poètes : tout lieu dans lequel nous vivons est un petit Parnasse !
C’est bien là, ce qui explique ma publication de ce soir : ce 22 novembre 2017 a marqué le cent-septante-cinquième anniversaire de la naissance d’un poète à la lyre enchanteresse : José-Maria de Hérédia.

Né à Cuba le 22 novembre 1842, sujet de la Couronne espagnole, José-Maria a des ascendances françaises (sa mère est née Girard d’Houville) et a suivi une partie de ses études en France, où il s’installe définitivement à l’âge de 19 ans (1861).
Fin lettré et esthète raffiné, le jeune Hérédia va être rapidement en relation avec les fondateurs du mouvement parnassien dont il deviendra l’une des figures de proue.

En 1893 – il a donc 51 ans -, il publie son unique recueil : « Trophées », qui comprend cent-dix-huit sonnets et quatre poèmes plus longs. C’est également l’année où il reçoit la nationalité française.
L’année suivante, il est élu à l’Académie Française.
Il s’est éteint le 2 octobre 1905, alors qu’il approchait de son soixante-troisième anniversaire.

J’ai donc choisi de relire avec vous ce pur et sublime joyau qu’est le poème intitulé « Vitrail », ciselé comme une minutieuse merveille d’orfèvrerie, dont la puissance évocatrice a charmé mon papa-moine lorsqu’il avait 11 ans, qui ne l’a, depuis lors, jamais oublié, et qui le récite encore avec délices, comme une intemporelle incantation à la plus pure beauté… 

pattes de chatLully.

Vitrail & gisants - basilique de Saint-Denis

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Vitrail

Cette verrière a vu dames et hauts barons 
Étincelants d’azur, d’or, de flamme et de nacre, 
Incliner, sous la dextre auguste qui consacre, 
L’orgueil de leurs cimiers et de leurs chaperons ;

Lorsqu’ils allaient, au bruit du cor ou des clairons, 
Ayant le glaive au poing, le gerfaut ou le sacre, 
Vers la plaine ou le bois, Byzance ou Saint-Jean d’Acre, 
Partir pour la croisade ou le vol des hérons.

Aujourd’hui, les seigneurs auprès des châtelaines, 
Avec le lévrier à leurs longues poulaines, 
S’allongent aux carreaux de marbre blanc et noir ;

Ils gisent là sans voix, sans geste et sans ouïe, 
Et de leurs yeux de pierre ils regardent sans voir 
La rose du vitrail toujours épanouie.

                                                    José-Maria de Hérédia.

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Gisants - Basilique de Saint-Denis

2017-86. « Nous sommes tous prêtres catholiques mais nous n’avons pas la même religion. »

Jeudi 16 novembre 2017,
Fête de Sainte Gertrude la Grande (voir > ici et > ici).

Ce dimanche qui vient, 19 novembre 2017, sera l’exact vingt-cinquième anniversaire du rappel à Dieu de Monsieur l’abbé Bryan Houghton (+ 19 novembre 1992) dont je vous ai déjà entretenus à plusieurs reprises (voir les liens en bas de cette page).
Notre Frère Maximilien-Marie se rendra donc dimanche prochain à la Sainte Messe à la chapelle Notre-Dame de la Rose, à Montélimar, puis, avec la communauté traditionnelle de ce lieu qui nous est si cher, il ira en pèlerinage sur la tombe de l’abbé au cimetière de Viviers.

Cet anniversaire est l’occasion de se replonger dans l’ouvrage magnifique et poignant intitulé « Prêtre rejeté », dans lequel, outre des éléments biographiques importants, l’abbé Houghton nous livre de fort judicieuses réflexions sur la crise de l’Eglise et de la liturgie, sur le concile vaticandeux et sur la messe ancienne.

Je vous ai déjà cité (cf. > ici) un extrait du douzième chapitre de ce livre, intitulé « L’Eglise du bavardage ».
Je voudrais en publier aujourd’hui un autre extrait dans lequel, avec son style inimitable et la sous-jacence de son humour si particulier, Monsieur l’abbé Houghton oppose « le vieux curé » d’autrefois et les prêtres « post-conciliaires »
C’est à peine caricatural, et cela met en évidence d’une manière en vérité bien douloureuse combien, depuis la révolution qui s’est fait jour à la faveur du second concile du Vatican, au-delà de ces apparences que sont la soutane, le latin et la manière ancienne de célébrer, ce sont deux réalités religieuses différentes qui sont vécues d’une part par les « tradis » et d’autre part par le plus grand nombre des prêtres et des fidèles des paroisses ordinaires : sous les mêmes mots, il n’y a plus le même sens !
Ce pourquoi l’abbé Bryan Houghton s’écriait : « Nous sommes tous prêtres catholiques mais nous n’avons pas la même religion » !

Nous l’avons nous-mêmes expérimenté à de très nombreuses reprises avec certains de ces prêtres de « l’Eglise ordinaire », avec lesquels Frère Maximilien-Marie a parfois des discussions.
Ce ne ne sont, pour la plupart, pas nécessairement de mauvaises personnes, mais, dans le fond, comme ils vivent coupés de la Tradition authentique (dont la plupart n’ont d’ailleurs même pas idée de ce qu’elle est) et qu’ils ne savent pas grand chose de ce qu’il y a eu « avant le concile », ils sont tout à fait semblables à ces élèves aujourd’hui décérébrés par la pseudo « éducation nationale » qui n’ont que des vues partielles et partiales de ce qu’a été l’histoire de France avant 1789 et qui sont en définitive convaincus que la France a commencé avec la prétendue prise de la Bastille.
Il en est exactement ainsi pour une majorité de prêtres actuels en dehors des instituts et communautés traditionnels : ils n’ont qu’une connaissance partielle et partiale de ce qu’a été la Tradition vivante pendant vingt siècles et vivent inconsciemment avec la persuasion que l’Eglise n’a vraiment commencé qu’avec le dit concile.
Et d’ailleurs la comparaison entre le concile vaticandeux et la révolution française n’est pas le fait du hasard : un certain cardinal Joseph Ratzinger l’avait lui-même jadis reprise après que Monseigneur Lefèbvre l’avait développée dans sa fameuse homélie fleuve de Lille (le 29 août 1976 – cf. > ici), et Monsieur l’abbé Houghton la fait sienne lui aussi au terme de l’extrait reproduit ci-dessous.

Je vous invite donc, pour l’heure, à réfléchir sur le texte ci-joint, et, dimanche prochain, à vous unir à nous par la prière dans le souvenir fervent et reconnaissant de Monsieur l’abbé Bryan Houghton au jour du vingt-cinquième anniversaire de son trépas.

Lully.

abbé Bryan Houghton

Monsieur l’Abbé Bryan Houghton

 « Nous sommes tous prêtres catholiques mais nous n’avons pas la même religion. » 

« Par le simple fait que je vis dans une ville épiscopale, je suis à même de faire la connaissance d’un assez grand nombre de prêtres. D’autre part, mes déplacements à travers la France pendant les vacances m’avaient permis de rencontrer autrefois un grand nombre de curés de village, là où je m’arrêtais pour dire la messe. J’ai du mal à croire qu’il s’agit, au moins grosso modo, du même genre de gens.

Le vieux curé en soutane constellée de taches, qui parcourait son village sur une bicyclette de dame, se serait cru déshonoré s’il s’était rasé plus de deux fois par semaine et vivait dans un presbytère rempli de livres, de bouteilles de vin, de chats et d’un invraisemblable bric-à-brac, était extérieurement très différent du monsieur soigné, rasé de frais, en col et cravate, costume beige et chaussures astiquées, qui claque la portière de sa voiture en criant : « Bonjour ! »
Sont-ils aussi différents qu’on pourrait le penser à s’en tenir aux apparences ? A la vérité, je n’en sais rien mais je soupçonne que le vieux curé était beaucoup plus pieux et considérablement plus cultivé.
Pour commencer, il priait et lisait au lieu de regarder la télévision, mais cela mis de côté, il aimait Dieu et désirait approfondir sa religion. Ses homologues contemporains sont terriblement affables mais leur piété ne frappe pas. A la cathédrale de Viviers, par exemple, je n’ai jamais trouvé un prêtre disant la messe ou priant devant le Saint-Sacrement depuis la suppression du chapitre en 1973. Sans doute disent-ils la messe chez eux dans leur salle à manger et prient-ils dans leur bureau, mais ce n’est pas tout à fait pareil. Les prêtres d’autrefois disaient leur messe et leur chapelet à l’église.
Il en va de même de leurs lectures. Le vieux curé ne pensait à rien d’autre qu’à se plonger dans saint Augustin ou Bossuet ; s’ils lisent quoi que ce soit, ses homologues contemporains lisent une revue progressiste.

Comme je l’ai dit, je vis dans une ville épiscopale et suis donc environné d’ecclésiastiques : l’évêque, le vicaire général, le chancelier, l’official, le vice-official, l’administrateur, deux autres prêtres et le dernier chanoine survivant, âgé de quare-vingt-seize ans, qui est déterminé à ce que l’évêque s’en aille le premier. Tous se mettront en quatre pour être gentils avec moi et me faciliter la vie. Je les apprécie beaucoup en tant qu’hommes et j’ai même de la gratitude envers eux, mais je n’oserais parler de « religion » à aucun d’entre eux. C’est un sujet tabou. Nous sommes tous prêtres catholiques mais nous n’avons pas la même religion. C’est navrant !

Je retrouvais donc en France le problème qui se posait à moi en Angleterre : qu’est-ce qui a conduit le clergé à adopter les idées nouvelles ? Je persistais à penser – et je pense toujours – que le fond du problème réside dans la prière (…).
Mais qu’est-ce qui a conduit les prêtres à cesser de prier – autrement dit comment ont-ils perdu la foi ?
Un fait m’a paru assez frappant : la France perdait la foi pour la seconde fois. Avant 1969, il y avait eu 1789. Peut-être la machine était-elle en route ? (…) »

Abbé Bryan Houghton,
in « Prêtre rejeté », chap. XII : « L’Eglise du bavardage »
Editions Dominique Martin Morin, 2005, pp. 127-128.

Cimetière de Viviers - tombe abbé Bryan Houghton

Tombe de Monsieur l’abbé Bryan Houghton
au cimetière de Viviers

Autres textes de ce blogue relatifs à l’abbé Bryan Houghton :
– Biographie publiée à l’occasion du centenaire de sa naissance > ici
– Annonce de la journée célébrant le 20ème anniversaire de son rappel à Dieu > ici
– Compte-rendu de la journée célébrant le 20ème anniversaire de son rappel à Dieu > ici
– « Le Dieu crucifié » > ici
– « L’Eglise est devenue une masse informe de groupes de discussion…» > ici
– Restauration de la chapelle ND de la Rose, que l’abbé Houghton avait rendue au culte > ici

2017-85. Du véritable visage de Luther.

Contribution féline très incorrecte aux commémorations du
cinquième centenaire
de l’officialisation de la révolte de Martin Luther

1517 – 31 octobre – 2017

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Luther affichant ses thèses hérétiques 31 octobre 1517

Martin Luther clouant le placard de ses thèses hérétiques sur les portes de l’église de la Toussaint
à Wittemberg le 31 octobre 1517

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Tandis que, jusqu’aux plus hauts degrés de la hiérarchie de l’Eglise en crise, un certain nombre de catholiques multiplient gestes symboliques et prises de parole pour « célébrer » ce que l’on appelle (d’ailleurs à tort) le « cinquième centenaire de la réforme » - car il n’y a pas une « réforme » monolithique, mais il y a un ensemble complexe de révoltes successives et inflationnistes contre l’Eglise catholique, menées par de pseudo réformateurs qui n’étaient pas d’accord entre eux, ne parlaient donc pas d’une seule voix, et se sont parfois contredits eux-mêmes – , je voudrais porter à votre connaissance d’autres « sons de cloche » que ceux donnés par les déclarations officielles, lesquelles ne sont habituellement nullement conformes à la réalité historique mais constituent un extraordinaire florilège de mensonges, d’approximations, de tromperies, de répétitions de poncifs injustifiés… etc.

Veuillez donc trouvez ci-dessous, chers Amis, quelques réflexions et remarques qui n’ont d’autre but que celui de rappeler ou rétablir quelques vérités, au jour anniversaire de l’affichage des thèses de Luther à la porte de l’église de la Toussaint à Wittenberg (31 octobre 1517), qui n’est pas le commencement de la prétendue réforme, mais l’officialisation de la révolte d’un homme contre Dieu et contre Son Eglise, révolte qui couvait et s’envenimait depuis déjà longtemps dans l’âme tourmentée de ce personnage sulfureux.

Patte de chat   Lully.

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- Luther : un  meurtrier entré au couvent sans vocation.

Dietrich Emme est un protestant allemand, juriste de formation, qui a mené depuis des années de très importantes recherches et études sur la vie de Martin Luther, parce qu’il a constaté qu’il n’existe pas de biographie répondant à toutes les exigences véritablement scientifiques de la rigueur historique.
Le Docteur Emme s’est ainsi rendu compte que, loin de la version « hagiographique » répandue depuis des siècles, en réalité l’étudiant d’Erfurt n’est pas devenu moine à la suite de la formulation d’un voeu à Sainte Anne lors d’un orage effrayant, mais qu’il est entré au couvent des Augustins pour échapper à la justice.

Dietriech Emme a sorti des oubliettes les témoignages croisés des plus anciens biographes protestants de Luther (Mathesius, Melanchthon et Seinecker) et certaines déclarations de Luther lui-même, qui permettent d’affirmer que, depuis peu diplomé comme « maître es arts », Martin Luther a causé la mort de l’un de ses condisciples lors d’un duel : il s’est donc d’abord rendu coupable d’un duel (sévèrement interdit et sanctionné), puis d’un homicide. Son entrée au couvent des Ermites de Saint-Augustin d’Erfurt, couvent qui était exempt de la justice locale qui aurait pu l’envoyer à la potence, le mettait à l’abri des poursuites et d’un procès.
En d’autres occasions, Luther a aussi affirmé que pendant les six premiers mois qu’il a passés au couvent, il n’y suivait pas la vie des frères mais qu’il était commis à des emplois subalternes et ingrats tels que le nettoyage des latrines, choses qui n’étaient pas demandées aux postulants et aux novices – qui étudiaient – mais à des domestiques du plus bas échelon. Ce n’est qu’au terme de ces six mois que Luther a demandé à recevoir l’habit monastique : ce faisant, il échappait non seulement à la justice mais aussi à ces travaux serviles qui lui répugnaient. C’est ainsi qu’il put reprendre des études, au terme desquelles il fut ordonné prêtre et employé à l’enseignement.

On le voit, Martin Luther n’a jamais eu la vocation : son entrée au couvent n’a été qu’une fuite de ses responsabilités. Il n’échappa toutefois jamais aux reproches de sa conscience, et c’est pour tenter de les apaiser que son cerveau perturbé par la culpabilité inventera de toutes pièces cette fausse « doctrine de la justification par la foi » dont il fera l’une de ses machines de guerre contre la Sainte Eglise, contre toute la Tradition des Pères de l’Eglise et de quinze siècles de magistère, et contre la Sainte Ecriture elle-même puisque pour l’imposer il bannira de la Bible certains textes (l’épître de Saint Jacques par exemple) !

Faut-il s’étonner du fait que les publications de Dietrich Emme sont quasi impossibles à trouver en langue française ?
Déjà en Allemagne, pour pouvoir publier le résultat de ses travaux scientifiques sur Luther, le Docteur Emme a dû créer sa propre maison d’édition, parce que tous les éditeurs lui fermaient leurs portes. Grâce à internet, certains textes sont aujourd’hui accessibles… uniquement en langue allemande.
Et c’est ainsi que, malgré les témoignages anciens de Luther lui-même et de ses premiers historiens, mis en lumière par Dietrich Emme, on continue de colporter des fables et à présenter ce meurtrier comme un homme exemplaire à la conscience droite.

- Une grave responsabilité qui incombe aussi aux supérieurs du couvent d’Erfurt.

On doit regretter au plus haut point que les supérieurs ecclésiastiques du couvent des Augustins d’Erfurt se soient faits les complices de cette fausse vocation.
Ont-ils été abusés par un sujet intelligent qui a rusé pour éviter de se retrouver dans le siècle et d’y tomber sous les coups de la justice, ou bien se sont-ils rendus coupables d’une peccamineuse faiblesse en fermant les yeux ? Dieu seul le dira au jour du Jugement dernier !
Néanmoins il faut affirmer qu’en lui permettant de prendre le saint habit puis en l’admettant au sacerdoce, ils sont chargés devant Dieu et devant les hommes d’une partie de la culpabilité de Luther. Ils portent une partie de la responsabilité des fausses doctrines que ce moine sans vocation a professées et répandues et, de ce fait, ils portent aussi une partie de la responsabilité de Luther qui a fait basculer la Chrétienté dans des conflits sanglants pour plusieurs siècles, et qui – ce qui est le plus dramatique – a entraîné à n’en pas douter d’innombrables âmes en enfer avec lui…

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Martin Luther

Portrait de Martin Luther

- Un piètre théologien, nourri de doctrines manichéennes et gnostiques.

Un autre historien chercheur a consacré plusieurs décennies à l’étude de Luther : Monseigneur Theobald Beer (1902-2000), prêtre catholique du diocèse de Dresde-Meissen, docteur honoris causa de l’université de Ratisbonne, prélat de Sa Sainteté.

Theobald Beer a été reconnu comme le « meilleur connaisseur de Luther de notre époque » (Hans Urs von Balthasar). Il a travaillé sur les milliers d’annotations autographes de Luther en marge des oeuvres de Saint Augustin, de Pierre Lombard et autres théologiens et philosophes, et il a pu établir que Luther n’était pas un disciple de Saint Augustin mais qu’il était un anti-augustinien acharné, professant une forme de manichéisme (il écrit :  « on doit concéder au diable une heure de divinité et je dois attribuer à Dieu la nature diabolique »), et nourri de thèses gnostiques puisées dans le « Livre des 24 philosophes » du pseudo Hermès Trismégiste [note : au IIIe S. av. J.-C., un corpus d’ouvrages au contenu occultiste et astrologique qui se voulaient révélés par le dieu Hermès (Mercure) « trois fois très grand » (trismégiste) commença à circuler sous le nom de Hermès Trismégiste. Ce corpus, pour le moins ce qui en était resté, fut à nouveau publié en 1471 par l’humaniste néo-platonicien Marsile Ficin et remporta un grand succès dans les milieux érudits du XVIe siècle].

Au début des années 1980, après la publication d’un énorme volume fruit de plus de 35 ans de travaux rigoureux (« Der fröhliche Wechsel und Streit »), Theobald Beer a reçu les lignes suivantes d’un certain cardinal Joseph Ratzinger : « Je trouve votre travail vraiment stimulant. L’influence du néo-platonisme, de la littérature pseudo-hermétique et de la gnose, dont vous prouvez l’importance chez Luther, fait voir sa polémique contre la philosophie grecque et contre la Scolastique sous un éclairage tout à fait neuf ».

Cependant l’ouvrage de Mgr Beer, quoique accueilli avec respect par les protestants, a subi les foudres et les anathèmes des « spécialistes » catholiques de Luther !
Aujourd’hui encore, à ma connaissance, l’oeuvre de Mgr Beer est maintenue dans l’ombre et elle n’est évidemment pas traduite en français ; elle est même généralement exclue des bibliographies consacrées à Luther.

C’est que Theobald Beer a fait ressortir, d’après les propres citations de Luther, combien ce dernier a une conception du Christ Lui-même étrangère à toute la Tradition authentique reçue des Apôtres, mais complètement déformée par le néo-platonisme et le néo-pythagoricisme, par des délires manichéens et par des affabulations de type gnostique.
Je ne peux pas publier ici, car c’est un texte long et très « pointu », l’entretien que Mgr Beer avait accordé au mensuel catholique italien « 30 giorni » (entretien publié dans le numéro de février 1992), mais je peux le communiquer (sous forme de document pdf envoyé par courriel) à toutes les personnes désireuses de le lire et de l’approfondir qui m’en feront la demande.

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- Luther, blasphémateur et profanateur, porte la responsabilité d’innombrables blasphèmes et sacrilèges.

Non seulement Luther a violé les voeux monastiques qu’il avait prononcés et les engagements pris en accédant à l’état sacerdotal, a célébré les saints mystères en état de péché grave et a débauché une religieuse dont il a fait sa concubine – ce en quoi il est personnellement sacrilège – ; non seulement Luther a enseigné d’épouvantables blasphèmes contre Notre-Seigneur Jésus-Christ écrivant, par exemple, que le Christ « S’est soumis au diable » (sic) et qu’Il a été « consentant envers le diable » (re-sic) ; mais il a en outre été, selon l’expression évangélique, une pierre de scandale, une occasion de chute, un « modèle » négatif qui a entraîné des milliers d’âmes dans de semblables péchés.

L’enseignement et les exemples de Luther ont été la cause d’innombrables trahisons de prêtres ou de religieux qui ont rompu leurs engagements sacrés et solennels ; la cause d’innombrables sacrilèges commis contre les Saintes Espèces eucharistiques ; la cause d’innombrables outrages envers les saintes reliques ; la cause d’innombrables profanations de sanctuaires dédiés à Dieu ; la cause d’innombrables violations des biens que de pieux donateurs avaient voués à Dieu par Son Eglise afin qu’elle puisse assurer la célébration des messes de fondations, assurer la vie de ses serviteurs dans leur mission d’enseignement et d’assistance spirituelle, ou encore assurer toutes ses oeuvres de soulagement des misères humaines ; la cause d’innombrables attentats – jusqu’à la torture, le viol et la mise à mort dans des « raffinements » inouïs de cruauté – contre les personnes consacrées à Dieu qui voulaient rester fidèles à leurs voeux… etc.

Luther le scandaleux a encouru les condamnations formelles de Notre-Seigneur rapportées dans le Saint Evangile (cf.  Matth. XVIII, 6 et sv. , Marc IX, 42 et sv., Luc XVII, 1 et sv.) et il eût mieux valu qu’on lui attachât une meule de pierre au cou et qu’on le jetât dans la mer avant que d’être la cause de telles abominations !

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Luther brûlant la bulle pontificale

Martin Luther brûle la bulle pontificale qui condamne ses erreurs

- Luther peut être appelé le père de la plupart des dérives intellectuelles du monde moderne.

Luther, révolté contre la Vérité révélée infailliblement transmise aux hommes par la Sainte Eglise, disciple d’ « Hermès Trismégiste » et professant un dualisme manichéen, est en grande partie responsable de toutes les erreurs intellectuelles et idéologiques des cinq siècles qui se sont écoulés depuis sa révolte.
Il est comparable à une source abondante de laquelle jaillit un grand fleuve : mais la source est empoisonnée et les eaux de ce fleuve sont corruptrices et mortifères !

En effet, les idées de Luther ne sont pas seulement la cause de la surenchère d’hérésies et de contestations des autres prétendus réformateurs, mais elles portent aussi en germe toutes les déviations et dérives de la fausse philosophie de Kant, de Hegel et de leurs successeurs, et, par là, elles sont la genèse des grandes idéologies meurtrières de l’époque moderne, en particulier le marxisme et le nazisme avec leurs sanglants cortèges de guerres.
Les idées de Luther ont aussi préparé la naissance de la franc-maçonnerie (fondée par des pasteurs) ainsi que nombre d’idées théorisées ensuite par le protestant Rousseau : de ce fait, Luther est bien l’une des sources de la révolution française, de ses massacres en France, et des guerres qu’elle a exportées dans toute l’Europe.

Luther est également à l’origine directe de l’exégèse rationaliste, qui détruit l’autorité des Saintes Ecritures : née et développée dans les milieux protestants allemands, elle s’est s’infiltrée dans l’Eglise catholique où elle a stérilisé la vie spirituelle et engendré le modernisme qui, bien que condamné par Saint Pie X, continue de nos jours ses ravages à l’intérieur de l’Eglise.

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- Luther devrait faire l’objet d’une condamnation unanime pour crimes contre l’humanité.

Outre les abominables conflits armés et massacres, dont les idées de Luther sont la cause dans la suite des siècles, de son vivant même le moine révolté a encouragé, approuvé et cautionné les troubles civils et les guerres qu’ont suscités ses sectateurs, les tortures et les supplices, les viols et les sévices épouvantables qui ont été commis à une grande échelle par ses disciples et au nom de sa pseudo réforme !
A ce sujet, l’un de nos amis a employé, à juste titre, le néologisme « lutherrorisme », car les exactions menées par les adeptes et partisans de Luther dans les années qui ont suivi sa révolte, n’ont rien à envier, quant à la cruauté et à l’horreur, à la barbarie islamiste dont nous avons en nos temps les épouvantables exemples.
Quant à l’inquisition protestante, elle fut mille et mille fois plus impitoyable et assassine que l’inquisition catholique si noircie et décriée.

A ce titre, au lieu de faire l’objet de « commémorations » et de « célébrations », le cinquième centenaire de la révolte de Luther devrait faire l’objet d’une condamnation unanime pour crimes contre l’humanité.

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- Syndrome de Stockholm ou aveuglement volontaire ?

Après ces mises au point nécessaires, il reste à poser une question : les catholiques qui s’associent aux « célébrations » liées au cinquième centenaire de l’officialisation de la révolte de Martin Luther contre l’Eglise, sont-ils réellement conscients de ce qu’ils font ?
Sont-ils les victimes plus ou moins consentantes d’un enseignement qui, depuis quelque deux siècles, déforme la vérité historique au point qu’ils sont devenus incapables de remettre en question le prêt-à-penser que leur prodigue un système hostile à l’Eglise catholique ?
Sont-ils secrètement convaincus que Luther était un homme de bien, à la conscience droite, dont la révolte a finalement une valeur exemplaire et que c’est l’Eglise catholique la grande coupable ?
Sont-ils devenus idiots au point de se comporter comme une personne violée et suppliciée qui fêterait chaque année l’anniversaire de son agression ?
Ont-ils succombé à une espèce de syndrome de Stockholm, ou bien sont-ils dans une sorte d’aveuglement volontaire qui leur fait oublier ou se maintenir dans une ignorance volontaire de la vérité historique ? 

En décembre 1525, Luther écrivait à Érasme de Rotterdam en le remerciant de « ne pas l’avoir ennuyé avec des questions dilatoires, comme la papauté, le purgatoire, les indulgences ou autres blagues avec lesquelles presque tout le monde a tenté de me duper ». Et il ajoutait : «Toi seul as bien vu le point crucial ».
Puissent ces quelques réflexions permettre à mes lecteurs de bien voir où, dans le fatras de bêtises aujourd’hui racontées de toutes parts, se situe le « point crucial » et s’attacher avec toujours plus d’ardeur à la Vérité révélée et à la vérité historique. 

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Statue de Luther Vatican

Statue de l’abominable Martin Luther
que le pape François a accepté au Vatican à l’occasion du « 5ème centenaire de la réforme »

feu gif

2017-80. Des Quatre-Temps.

Vendredi 22 septembre 2017,
Octave de Notre-Dame des Sept-Douleurs,
Mémoire du vendredi des Quatre-Temps d’automne,
Mémoire de Saint Maurice et de ses compagnons, martyrs de la Légion Thébaine,
Mémoire de Saint Thomas de Villeneuve, évêque et confesseur.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce matin, après que mon papa-moine a mis son thé à infuser, je me suis installé – ainsi que je le fais souvent – à côté de son bol.
J’attendais, j’attendais, j’attendais…
Je regardais Frère Maximilien-Marie avec insistance…
Mais rien ne venait…

Lully et le jeûne des Quatre-Temps

Ah ! J’avais oublié les Quatre-Temps… et de toute façon, nous sommes vendredi, jour d’abstinence !
Il paraît que j’avais un air particulièrement dépité.
J’ai bien essayé d’attendrir Frère Maximilien-Marie, mais il a été intraitable : « Tu es un chat monastique : tu bénéficies de tous les « privilèges » de la vie religieuse et tu dois en assumer aussi les obligations quant à la pénitence ! »
Je n’ai donc pas eu ma lichette de beurre.
Frère Maximilien-Marie est de plus en plus strict pour l’observance des jours de jeûne et d’abstinence, parce que nous ne nous contentons pas des seules obligations imposées par le droit canonique actuellement en vigueur mais que, au Mesnil-Marie, nous avons repris la discipline et les usages monastiques antiques, ce qui fait que nous avons un peu plus du tiers de l’année en jours d’abstinence (et chez nous l’abstinence est la privation de tout met d’origine animale, ce qui englobe non seulement la viande mais aussi le poisson, les oeufs et tous les laitages), dont environ la moitié sont des jours de jeûne.

Alors, parce que vous aussi bien que moi avons tous besoin qu’on nous rafraîchisse la mémoire, je me suis décidé à vous rapporter ici ce que l’abbé Meusy expliquait à propos des Quatre-Temps dans son excellent « Catéchisme historique, dogmatique et moral des fêtes principales » (deuxième édition, 1775).

pattes de chatLully.

Prière et jeûne pour la France

Histoire des Quatre-Temps :

« Plusieurs critiques prétendent que les Quatre-Temps ne sont point d’institution apostolique, parce que, disent-ils, dans les monuments ecclésiastiques, qui peuvent constater ce fait, nous n’en voyons aucun qui leur assure cette origine ; d’ailleurs, ajoutent-ils, Tertullien, Eusèbe, Saint Jérôme, qui ont parlé très souvent des jeûnes, ne font aucune mention de ceux des Quatre-Temps. Ces auteurs sont contredits par un grand nombre d’autres dont les preuves semblent décisives, au-moins pour ce qui regarde les Quatre-Temps de la Pentecôte & ceux du mois de septembre, qui paraissent remonter jusqu’aux Apôtres. Suivant le Père Thomassin, Saint Augustin parle des Quatre-Temps établis à Rome : Saint Chrysostome dit formellement que les Quatre-Temps après la Pentecôte viennent des Apôtres, & ce saint Docteur était très instruit des usages de l’Eglise. Saint Léon, dans ses Sermons des jeûnes du dixième mois (septembre), assure que les Apôtres ont établi les Quatre-Temps qu’on y observe, ex Apostolica traditione ; & il ajoute que ceux-ci ont été ordonnés immédiatement après la récolte, afin de nous apprendre à user sobrement des biens que nous recueillons, & à en faire part aux pauvres. Le saint Docteur dit encore que les Quatre-Temps ont été fixés dans les quatres saisons de l’année, pour expier par les jeûnes & la prière les négligences & les fautes qui nous échappent sans cesse. Les Quatre-Temps étaient observés universellement dans l’Eglise Latine au temps du Pape Grégoire VII.
Le Pape Gélase, sur la fin du cinquième siècle, fixa les ordinations des Prêtres & des Diacres aux samedis des Quatre-Temps & à la mi-Carême, ce qui distingua ces jours d’une manière particulière : cette fixation néanmoins ne fut pas rigoureusement observée ; on ordonnait souvent des Ministres pour l’Autel suivant le besoin de l’Eglise, & sans égard au temps. Grégoire III au huitième siècle, Urbain II au onzième, renouvellèrenet ce point de discipline ; il le fut encore sous ce dernier Pape par un décret du concile de Plaisance, qui fixa enfin les Quatre-Temps aux jours où ils s’observent encore ; de là est venue la coutume de regarder les Quatre-Temps comme des jours consacrés au jeûne & à la prière, dans la vue d’obtenir de Dieu de dignes Ministres des saints Autels.
Il y eut de la variété dans les différentes Eglises sur le jeûne des Quatre-Temps. Quoique ce jeûne fut au moins connu, suivant les uns, depuis Saint Léon, suivant d’autres depuis Saint Silvestre, probablement même depuis les Apôtres, il ne fut admis en France qu’au temps de Charlemagne. Ce Prince & Louis le Débonnaire son fils le prescrivirent dans leurs capitulaires. L’usage des jeûnes n’étant pas encore uniforme, Grégoire XII, au rapport du Micrologue, les fixa enfin comme nous les voyons. »

Catéchisme sur les Quatre-Temps

Demande. Qu’est-ce que les Quatre-Temps ?
Réponse. Ce sont des jours de jeûne que l’Eglise ordonne de trois mois en trois mois les mercredi, vendredi & samedi de la même semaine.
Nota. Ces jours de jeûne sont appelés les Quatre-Temps, parce qu’ils arrivent quatre fois par an.

D. Les Quatre-Temps sont-ils anciens dans l’Eglise ?
R. On croit que ceux de la Pentecôte & ceux du mois de septembre ont été établis par les Apôtres.

D. Pourquoi l’Eglise a-t-elle ordonné le jeûne des Quatre-Temps ?
R. Pour trois raisons principales.

D. Quelle est la première raison qu’a eue l’Eglise en instituant les Quatre-Temps ?
R. C’est afin que les chrétiens sanctifient chaque saison de l’année par la pénitence de quelques jours.
Explication. L’Eglise voit avec douleur ses enfants se souiller par le péché ; ne pouvant les empêcher de se rendre coupables, elle s’empresse de leur fournir les moyens de cesser de l’être ; elle les rappelle à eux-mêmes, elle les engage à la pénitence ; & en les y contraignant, comme elle le fait par ses préceptes, elle leur apprend que la pénitence doit être pour eux un exercice de toute la vie, parce qu’ils sont toujours pécheurs.

D. Quelle est la seconde raison ?
R. C’est pour demander à Dieu de répandre ses bénédictions sur les biens de la terre, & pour le remercier de ceux qu’il nous a déjà accordés.
Explication. Combien de chrétiens qui ne pensent pas plus à remercier Dieu de ses bienfaits, que s’ils ne les tenaient pas de lui ? Serait-ce par l’ingratitude qu’on mériterait de nouvelles grâces ? Combien ne nous en fait-il pas sans cesse ? Je ne parle pas ici des dons surnaturels, je ne parle que des biens temporels que sa bonté nous accorde. C’est sa providence admirable qui nourrit tous les hommes & qui pourvoit à tous leurs besoins ; il est donc bien juste de le remercier & de lui demander de continuer à répandre ses bénédictions sur les biens de la terre ; les Quatre-Temps sont établis pour cette fin.

D. Qu’elle est la troisième raison ?
R. C’est de prier Dieu d’accorder de saints ministres à son Eglise.
Explication. Il y a longtemps que les ordinations des ministres de l’autel sont fixées aux Quatre-Temps : l’Eglise a voulu intéresser tous les fidèles à prier pour les ordinants, & à demander unaniment à Dieu de saints ministres qui concourent également à sa gloire & au salut des âmes. Tout le monde y est intéressé, parce que le salut ou la réprobation des chrétiens dépendent du succès du ministère des prêtres.

D. Que doit-on faire pendant les Quatre-Temps pour entrer dans l’esprit de l’Eglise ?
R. Il faut se renouveler dans l’esprit de pénitence, remercier Dieu des biens temporels qu’il nous a accordés, & former la résolution d’en faire un saint usage.

D. Que doit-on faire particulièrement les samedis des Quatre-Temps ?
R. Il faut faire quelques œuvres de piété pour ceux qui reçoivent les saints ordres.

Catéchisme des fêtes abbé Meusy

2017-74. Jean ne savait point taire la vérité.

Sermon de notre bienheureux Père Saint Augustin
sur
le martyre de Saint Jean-Baptiste

29 août,
fête de la décollation de Saint Jean-Baptiste.

Voici le texte d’un sermon de notre bienheureux Père Saint Augustin qui, quoique prononcé à l’occasion de la nativité du Précurseur, développe, avec une certaine exubérance, les circonstances du martyre de Saint Jean-Baptiste.

Mattia Pretti - Jean Baptiste reprochant à Hérode son inconduite - 1665

Mattia Preti : Saint Jean-Baptiste reprochant à Hérode son inconduite (1665)

Jean ne savait point taire la vérité.

§ 1. Les chrétiens sont des agneaux au milieu des loups.

Notre Rédempteur et Sauveur Jésus-Christ ne S’est pas contenté de nous arracher à la mort éternelle, Il a voulu aussi nous apprendre et nous commander, par les paroles du saint Evangile, la manière dont nous devons nous conduire ici-bas ; en effet, voici en quels termes Il S’exprime: « Voici que Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups » (Matth. X, 16). N’est-ce point pour nous le comble du bonheur que notre Dieu, le pasteur et le maître des brebis, nous ait aimés jusqu’à nous permettre d’avoir leur simplicité, si nous vivons sincèrement pour Lui ?
Qu’Il soit le pasteur du troupeau, ces autres paroles nous en donnent la certitude : « Je suis le bon pasteur, le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jean X, 11). C’est donc à bon droit qu’en raison de l’innocence de leur vie, Il compare Ses disciples à des brebis ; et Il donne, à non moins juste titre, le nom de loups à ceux qui, après Sa mort, ont cruellement persécuté les Apôtres et les fidèles attachés à Lui.
Comment nous conduire au milieu des bêtes sauvages ? Notre dévoué pasteur nous le dit : « Soyez prudents comme des serpents, et simples comme des colombes » (Matth. X, 16). Voici donc la volonté du Sauveur à notre égard : les colombes n’ont ni malignité, ni fiel ; elles ne savent point se fâcher : soyons, comme elles, à l’abri de la ruse méchante : n’ayons pas de fiel, c’est-à-dire n’ayons pas l’amertume du péché ; oublions les injures, et ne nous mettons pas en colère ; vivons si humblement en ce monde, que nous recevions, un jour, la récompense promise par Dieu à nos efforts.
Le Sauveur ajoute : « Et prudents comme des serpents » (Matth. X, 16). Qui ne connaît l’astuce du serpent ? S’il tombe au pouvoir d’un homme, et que cet homme veuille le tuer, il expose, aux coups de son adversaire, toutes les parties de son corps : peu lui importe de se voir blesser n’importe où, pourvu qu’il sauvegarde sa tête : c’est à quoi il veille avec toute l’adresse possible. Cette prudence du serpent doit nous servir de modèle : si donc, en temps de persécution, nous venons à tomber au pouvoir des ennemis de notre foi, exposons notre corps tout entier aux tourments, aux supplices, et même à la mort, pour conserver notre tête, c’est-à-dire le Fils de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

§ 2 – Saint Jean fut jeté en prison pour avoir fait une légitime réprimande.

Au moment où tous les membres de son corps perdaient leur tête, saint Jean-Baptiste, dont la grâce du Christ nous permet de célébrer aujourd’hui la nativité, se réjouissait de se reposer dans le sein de la Divinité toute parfaite.
Entraîné par l’ardeur de ses passions, jusqu’à suivre, dans sa conduite, l’exemple des bêtes sauvages, Hérode avait souillé la couche de son frère : à ce moment-là, saint Jean, qui ne savait point taire la vérité, déclara formellement au roi que sa conduite était opposée à toutes les lois. Le roi avait fait des lois pour empêcher de pareils désordres, et il les enfreignait lui-même ! Si, par ses moeurs, il condamnait ses décrets et ses lois, les lois et le droit ne le condamneraient-ils pas à leur tour ?
En ce temps-là donc, pour ne point se trouver sans cesse en butte aux publiques, indépendantes et légitimes protestations de saint Jean, le libertin couronné avait fait mettre la main sur lui et l’avait fait jeter dans une obscure prison, où la loi divine devait être son unique soutien.
A cet événement vint s’en adjoindre un autre, l’anniversaire de la naissance de ce roi sacrilège : il réunit alors autour de lui les officiers et les grands personnages de son royaume, et il fit préparer un repas scandaleux pour ses compagnons de dévergondage sacrilège : en cette circonstance, la maison royale se transforma en cirque, si je puis m’exprimer ainsi.

§ 3 – Danse voluptueuse de la fille d’Hérodiade.

La fille du roi se présente au milieu du festin, et, par ses mouvements désordonnés, elle foule aux pieds le sentiment de la pudeur virginale.
Aussitôt, le père prend à témoins tous les compagnons de sa débauche, il jure par son bouclier, qu’avant de terminer sa danse joyeuse et ses valses, elle aura obtenu tout ce qu’elle lui aura demandé. La tête couverte de sa mitre, elle se livre, sur ce dangereux théâtre, aux gestes les plus efféminés que puisse imaginer la corruption ; mais voilà que tout à coup s’écroule le factice échafaudage de sa chevelure ; elle se disperse en désordre sur son visage : à mon avis, n’eût-elle pas mieux fait alors de pleurer que de rire ? Du théâtre où saute la danseuse, les instruments de musique retentissent ; on entend siffler le flageolet : les sons de la flûte se mêlent au nom du père, dont ils partagent l’infamie : sous sa tunique légère, la jeune fille apparaît dans une sorte de nudité ; car, pour exécuter sa danse, elle s’est inspirée d’une pensée diabolique : elle a voulu que la couleur de son vêtement simulât parfaitement la teinte de ses chairs. Tantôt, elle se courbe de côté et présente son flanc aux yeux des spectateurs ; tantôt, en présence de ces hommes, elle fait parade de ses seins, que l’étreinte des embrassements qu’elle a reçus a fortement déprimés ; puis, jetant fortement sa tête en arrière, elle avance son cou et l’offre à la vue des convives ; puis elle se regarde, et contemple avec complaisance celui qui la regarde encore davantage. A un moment donné, elle porte en l’air ses regards pour les abaisser ensuite à ses pieds ; enfin, tous ses traits se contractent, et quand elle veut découvrir son front, elle montre nonchalamment son bras nu.
Je vous le dis, les témoins de cette danse commettaient un adultère, quand ils suivaient d’un œil lubrique les mouvements voluptueux et les inflexions libertines de cette malheureuse créature.
O femme, ô fille de roi ! tu étais vierge au moment où tu as commencé à danser, mais tu as profané ton sexe et ta pudeur ; tous ceux qui t’ont vue, la passion en a fait pour toi des adultères. Infortunée ! tu as plu à des hommes passés maîtres dans la science du vice ; je dirai davantage : pour leur plaire, tu t’es abandonnée à des amants sacrilèges !

§ 4 – Corrupteur de cette jeune fille, assassin de Jean, Hérode tombe sous les coups de la justice divine et meurt.

O l’atrocité ! Le père lui-même se fait corrupteur de sa fille, et personne n’élève la voix contre lui ! J’entends protester contre toi, les lois, tes remords, et, aux yeux de ceux qui ont encore quelque respect pour la pudeur, la voix d’un mari !
Mais, je veux le juger moins sévèrement ; supposons qu’un reste d’honnêteté l’ait empêché de jeter sur sa fille des regards licencieux, il n’en reste pas moins évident qu’elle a dansé, et, à ce titre, son père l’a corrompue, et elle a conquis le coeur d’un incestueux. Il serait bien étonnant que la chasteté se montrât sous de pareils dehors !
O père, embrasse la femme de ton frère : mais tu as sacrifié un père à la passion du sang. Elle t’enseigne à faire tomber la tête de Jean, car tu méprisais les avertissements du martyr, et ne pouvais goûter le bonheur de la chaste innocence.
O race ! O moeurs ! O nom ! O erreur sans remède ! c’est donc à juste titre que, comme le disent nos divines Ecritures, « tes membres sont tombés en putréfaction, et que les vers y ont trouvé leur pâture » (cf. Act. XII, 23). Ta fille a eu la tête coupée par la glace, et ta femme illégitime est morte aveugle.
Ainsi Dieu retranche-t-Il l’homme de blasphème ; ainsi disparaît le péché ; ainsi se trouve vengée la sainteté de la vie.
Pour nous, qui aimons la chasteté et la paix, conjurons tous le Seigneur de nous préserver des moindres atteintes du libertinage. Ainsi soit-il.

Mattia Preti - Salomé avec la tête de Jean

Mattia Preti : Salomé recevant la tête de Saint Jean-Baptiste (vers 1630-1640)

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