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2020-40. « L’épidémie de coronavirus est sans aucun doute une intervention divine pour châtier et purifier le monde pécheur et aussi l’Église. »

Il y a quelques jours, Son Excellence Monseigneur Athanasius Schneider a accordé un nouvel et important entretien à Diane Montagna, publié ce 28 mars par The Remnant. Il y répond à ses questions sur la cessation quasi globale de la célébration publique de la Messe, et sur les ordres donnés aux prêtres par de nombreux évêques de ne pas donner les sacrements aux fidèles. Et de mettre tout cela en perspective avec les nombreuses profanations de la Sainte Eucharistie et le manque de foi en la Présence réelle qui a envahi l’Eglise depuis cinquante ans. Il n’hésite pas à faire le lien avec les annonces de l’Apocalypse. C’est un appel à la pénitence et à la foi en ce temps de « dictature sanitaire », selon l’expression déjà employée par Son excellence dans le précédent entretien que nous avons reproduit.
Les prêtres doivent-ils obéir aux ordres qui leur sont donnés de fermer leurs églises ? Non, répond Monseigneur Schneider, qui les invite à la « créativité » pour célébrer publiquement la Messe en respectant les précautions d’hygiène liées à l’épidémie du coronavirus.

En voici la traduction intégrale réalisée par Madame Jeanne Smits (à laquelle nous devons également le texte que nous avons reproduit > ici) et mise en ligne sur son blogue ce même 28 mars [source].
Nous nous permettons de mettre en caractères gras des passages particulièrement forts et importants de ce long texte qui mérite d’être lu et médité avec la plus grande attention.

Mgr Atnanasius Schneider

Son Excellence Monseigneur Athanasius Schneider,
évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte-Marie à Astana (Kazakhstan)

Diane Montagna : Excellence, quelle est votre impression générale sur la manière dont l’Eglise gère l’épidémie de coronavirus ?

Mgr Schneider : J’ai l’impression que la majorité des évêques a réagi de façon précipitée et par panique en interdisant toutes les messes publiques et – ce qui est encore plus incompréhensible – en fermant les églises. Ces évêques ont réagi davantage comme des bureaucrates civils qu’en pasteurs. En se concentrant trop exclusivement sur toutes les mesures de protection hygiénique, ils ont perdu une vision surnaturelle et ont abandonné la primauté du bien éternel des âmes.

Le diocèse de Rome a rapidement suspendu toutes les messes publiques pour se conformer aux directives du gouvernement. Les évêques du monde entier ont pris des mesures similaires. Les évêques polonais, en revanche, ont demandé que davantage de messes soient célébrées afin que les congrégations soient plus petites. Que pensez-vous de la décision de suspendre les messes publiques pour empêcher la propagation du coronavirus ?

Tant que les supermarchés sont ouverts et accessibles et que les gens ont accès aux transports publics, on ne voit pas de raison plausible d’interdire aux gens d’assister à la messe dans une église. On pourrait garantir dans les églises des mesures de protection hygiénique identiques, voire meilleures. Par exemple, avant chaque messe, on pourrait désinfecter les bancs et les portes, et tous ceux qui entrent dans l’église pourraient se désinfecter les mains. D’autres mesures similaires pourraient également être prises. On pourrait limiter le nombre de participants et augmenter la fréquence de la célébration des messes. L’exemple de vision surnaturelle en temps d’épidémie donné par le président tanzanien John Magufuli devrait nous inspirer (cf. notre publication > ici). Le président Magufuli, catholique pratiquant, a déclaré le dimanche 22 mars 2020 (dimanche de Laetare), à la cathédrale de Saint-Paul, dans la capitale tanzanienne de Dodoma : « J’insiste auprès de vous, mes frères chrétiens et même auprès de vous, les musulmans : n’ayez pas peur, ne cessez pas de vous rassembler pour glorifier Dieu et le louer. C’est pourquoi, en tant que gouvernement, nous n’avons pas fermé d’églises ou de mosquées. Au contraire, elles devraient toujours être ouvertes pour que les gens puissent chercher refuge auprès de Dieu. Les églises sont des lieux où les gens peuvent chercher la vraie guérison, car c’est là que réside le vrai Dieu. N’ayez pas peur de louer et de chercher le visage de Dieu dans l’église. »

Faisant référence à l’Eucharistie, le Président Magufuli a également prononcé ces mots encourageants : « Le coronavirus ne peut pas survivre dans le corps eucharistique du Christ ; il sera bientôt brûlé. C’est exactement pour cela que je n’ai pas paniqué en recevant la sainte communion, parce que je savais qu’avec Jésus dans l’Eucharistie, je suis en sécurité. C’est le moment de renforcer notre foi en Dieu ».

Pensez-vous qu’un prêtre agirait de manière responsable en célébrant une messe privée en présence de quelques fidèles laïcs, tout en prenant les précautions sanitaires nécessaires ?

Ce serait responsable, mais aussi méritoire ; cela constituerait un acte pastoral authentique, à condition bien sûr que le prêtre prenne les précautions sanitaires nécessaires.

Les prêtres sont dans une position difficile dans cette situation. Certains bons prêtres sont critiqués pour avoir obéi aux directives de leur évêque de suspendre les messes publiques (alors qu’ils continuent à célébrer une messe privée). D’autres cherchent des moyens créatifs d’entendre les confessions tout en cherchant à préserver la santé des gens. Quels conseils donneriez-vous aux prêtres pour vivre leur vocation en ces temps difficiles ?

Les prêtres doivent se rappeler qu’ils sont avant tout pasteurs des âmes immortelles. Ils doivent imiter le Christ, qui a dit : « Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. Mais le mercenaire, et celui qui n’est pas pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit venir le loup, et abandonne les brebis, et s’enfuit ; et le loup ravit et disperse les brebis. Le mercenaire s’enfuit, parce qu’il est mercenaire, et qu’il ne se met pas en peine des brebis. Je suis le bon pasteur, et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent » (Jean 10, 11-14) Si un prêtre observe de manière raisonnable toutes les précautions sanitaires nécessaires et fait preuve de discernement, il n’est pas tenu d’obéir aux directives de son évêque ou du gouvernement lui ordonnant de suspendre la Messe pour les fidèles. De telles directives sont une pure loi humaine, alors que la loi suprême dans l’Église est le salut des âmes. Les prêtres dans une telle situation doivent être extrêmement créatifs pour assurer aux fidèles, même pour un petit groupe, la célébration de la sainte messe et la réception des sacrements. Tel était le comportement pastoral de tous les prêtres confesseurs et martyrs au temps des persécutions.

Est-il jamais légitime que les prêtres défient l’autorité, en particulier l’autorité ecclésiastique (par exemple, si un prêtre se voit enjoindre de ne pas aller rendre visite aux malades et aux mourants) ?

Si une autorité ecclésiastique interdit à un prêtre d’aller rendre visite aux malades et aux mourants, il ne peut pas obéir. Une telle interdiction constitue un abus de pouvoir. Le Christ n’a pas donné à l’évêque le pouvoir d’interdire la visite des malades et des mourants. Un vrai prêtre fera tout ce qu’il peut pour rendre visite à un mourant. De nombreux prêtres l’ont fait même lorsque cela signifiait mettre leur vie en danger, soit en cas de persécution, soit en cas d’épidémie. Nous avons de nombreux exemples de tels prêtres dans l’histoire de l’Église. Saint Charles Borromée, par exemple, donnait la sainte communion de ses propres mains sur la langue de mourants infectés par la peste. À notre époque, nous avons l’exemple émouvant et édifiant de prêtres, en particulier de la région de Bergame, dans le nord de l’Italie, qui ont été infectés et sont morts parce qu’ils s’occupaient de patients mourants atteints de coronavirus. Un prêtre de 72 ans atteint de coronavirus est mort il y a quelques jours en Italie, après avoir abandonné le respirateur, dont il avait besoin pour survivre, et avoir permis qu’il soit donné à un patient plus jeune. Ne pas aller rendre visite aux malades et aux mourants est un comportement qui relève plus du mercenaire que du bon pasteur.

Vous avez passé vos premières années dans l’église clandestine soviétique. Quel point de vue ou perspective aimeriez-vous partager avec les fidèles laïcs qui ne peuvent pas assister à la messe, et dans certains cas, ne peuvent même pas passer du temps devant le saint sacrement parce que toutes les églises de leur diocèse ont été fermées ?

J’encouragerais les fidèles à faire des actes fréquents de communion spirituelle. Ils pourraient lire et contempler les lectures quotidiennes de la Messe et l’ordo entier de la Messe. Ils pourraient envoyer leur saint Ange gardien pour adorer Jésus-Christ dans le tabernacle en leur nom. Ils pourraient s’unir spirituellement à tous les chrétiens qui sont en prison au nom de leur foi, à tous les chrétiens qui sont malades et alités, à tous les chrétiens mourants qui sont privés des sacrements. Dieu remplira de nombreuses grâces ce temps de privation temporelle de la Sainte Messe et du Saint-Sacrement.

Le Vatican a récemment annoncé que les liturgies de Pâques seront célébrées en l’absence des fidèles. Il a précisé par la suite qu’il étudie « des moyens de mise en œuvre et de participation qui respectent les mesures de sécurité mises en place pour prévenir la propagation du coronavirus ». Quel est votre avis sur cette décision ?

Étant donné la stricte interdiction des rassemblements de masse par les autorités gouvernementales italiennes, on peut comprendre que le pape ne puisse pas célébrer les liturgies de la Semaine Sainte en présence d’un grand nombre de fidèles. Je pense que les liturgies de la Semaine Sainte pourraient être célébrées par le Pape en toute dignité et sans qu’on les abrège, par exemple dans la Chapelle Sixtine (comme c’était la coutume des papes avant le Concile Vatican II), avec la participation du clergé (cardinaux, prêtres) et d’un groupe choisi de fidèles, auxquels des mesures de protection hygiénique seraient préalablement appliquées. On ne voit pas la logique d’interdire l’allumage du feu, la bénédiction de l’eau et le baptême lors de la Veillée pascale, comme si ces actions risquaient de propager un virus. Une peur quasi-pathologique a vaincu la raison commune et la vision surnaturelle.

Votre Excellence, que révèle la gestion de l’épidémie de coronavirus par l’Église sur l’état de l’Église et en particulier de sa hiérarchie ?

Elle révèle la perte d’une vision surnaturelle. Au cours des dernières décennies, de nombreux membres de la hiérarchie de l’Église ont été surtout immergés dans les affaires séculières, intérieures et temporelles et sont ainsi devenus aveugles aux réalités surnaturelles et éternelles. Leurs yeux ont été remplis de la poussière des occupations terrestres, comme l’a dit un jour saint Grégoire le Grand (voir Regula pastoralis II, 7). Leur réaction face à l’épidémie du coronavirus a révélé qu’ils accordent plus d’importance au corps mortel qu’à l’âme immortelle des hommes, oubliant les paroles de notre Seigneur : « En effet, que servirait à l’homme de gagner le monde entier et de perdre son âme ? » (Marc 8, 36). Les mêmes évêques qui tentent aujourd’hui de protéger (parfois par des mesures disproportionnées) le corps de leurs fidèles de la contamination par un virus matériel, ont tranquillement laissé le virus des enseignements et pratiques hérétiques se répandre parmi leur troupeau.

Le cardinal Vincent Nichols a récemment déclaré que nous aurons une faim nouvelle de l’Eucharistie après la disparition de l’épidémie du coronavirus ? Êtes-vous d’accord avec cela ?

J’espère que ces paroles se vérifieront chez de nombreux catholiques. C’est une expérience humaine commune que la privation prolongée d’une réalité importante enflamme le cœur des gens qui la désirent ardemment. Cela s’applique, bien sûr, à ceux qui croient et aiment vraiment l’Eucharistie. Une telle expérience aide également à réfléchir plus profondément sur la signification et la valeur de la sainte Eucharistie. Peut-être que les catholiques qui étaient si habitués au Saint des Saints qu’ils en sont venus à le considérer comme quelque chose d’ordinaire et de commun connaîtront une conversion spirituelle et comprendront et traiteront désormais la sainte Eucharistie comme extraordinaire et sublime.

Le dimanche 15 mars, le pape François est allé prier devant l’image « Salus Populo Romani » à Santa Maria Maggiore et devant le Crucifix miraculeux qui se trouve dans l’église de San Marcelo al Corso. Pensez-vous qu’il soit important que les évêques et les cardinaux réalisent des actes de prière publique semblables pour que prenne fin l’épidémie du coronavirus ?

L’exemple du pape François peut encourager de nombreux évêques à accomplir des actes semblables de témoignage public de foi et de prière, et à donner des signes concrets de pénitence qui implorent Dieu de mettre fin à l’épidémie. On pourrait recommander que les évêques et les prêtres traversent régulièrement leurs villes et villages avec le Saint-Sacrement dans l’ostensoir, accompagnés d’un petit nombre de clercs ou de fidèles (un, deux ou trois), selon les réglementations gouvernementales. De telles processions avec le Seigneur Eucharistique transmettront aux fidèles et aux citoyens la consolation et la joie de ne pas être seuls au moment de la tribulation, de savoir que le Seigneur est vraiment avec eux, que l’Église est une mère qui n’a ni oublié ni abandonné ses enfants. Une chaîne mondiale d’ostensoirs portant le Seigneur eucharistique dans les rues de ce monde pourrait être lancée. De telles mini processions eucharistiques, même si elles ne sont réalisées que par un évêque ou un prêtre seul, imploreront des grâces de guérison physique et spirituelle, et de conversion.

Le coronavirus a fait son apparition en Chine peu de temps après le synode de l’Amazonie. Certains médias croient fermement qu’il s’agit d’une punition divine après les épisodes de la Pachamama au Vatican. D’autres croient qu’il s’agit d’un châtiment divin à la suite de l’accord entre le Vatican et la Chine. Pensez-vous que l’une ou l’autre de ces positions soit tenable ?

L’épidémie de coronavirus est sans aucun doute, à mon avis, une intervention divine pour châtier et purifier le monde pécheur et aussi l’Église. Nous ne devons pas oublier que Notre Seigneur Jésus-Christ considérait les catastrophes physiques comme des châtiments divins. Nous lisons, par exemple : « En ce même temps, il y avait là quelques hommes, qui lui annonçaient ce qui était arrivé aux Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. Et prenant la parole, il leur dit : Pensez-vous que ces Galiléens fussent plus pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de telles choses ? Non, je vous le dis ; mais, si vous ne faites pénitence, vous périrez tous pareillement. Comme ces dix-huit personnes sur lesquelles est tombée la tour de Siloé, et qu’elle a tuées : pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis ; mais, si vous ne faites pénitence, vous périrez tous pareillement » (Luc 13, 1-5)

La vénération cultuelle de l’idole païenne de la Pachamama à l’intérieur du Vatican, avec l’approbation du Pape, était à coup sûr un grand péché d’infidélité au Premier Commandement du Décalogue, c’était une abomination. Toute tentative de minimiser cet acte de vénération ne peut résister au barrage des preuves évidentes et de la raison. Je pense que ces actes d’idolâtrie ont été le point culminant d’une série d’autres actes d’infidélité par rapport à la sauvegarde du dépôt divin de la Foi par de nombreux membres de haut rang de la hiérarchie de l’Église au cours des décennies passées. Je n’ai pas la certitude absolue que l’apparition du coronavirus est une rétribution divine pour les événements de la Pachamama au Vatican, mais envisager une telle possibilité ne serait pas tiré par les cheveux. Déjà au début de l’Église, le Christ a réprimandé les évêques (les « anges ») des églises de Pergame et de Thyatire en raison de leur connivence avec l’idolâtrie et l’adultère. La figure de « Jézabel », qui séduisait l’Église pour l’amener à l’idolâtrie et à l’adultère (voir Apocalypse 2, 20), pourrait également être comprise comme un symbole du monde d’aujourd’hui – avec lequel flirtent de nombreuses personnes ayant des responsabilités au sein de l’Église.

Les paroles suivantes du Christ restent valables pour notre époque également : « Voici, je vais la jeter sur un lit de douleur, et ceux qui commettent l’adultère avec elle seront dans une très grande tribulation, s’ils ne font pénitence de leurs œuvres. Je frapperai de mort ses enfants, et toutes les Eglises sauront que je suis celui qui sonde les reins et les cœurs, et je rendrai à chacun de vous selon ses œuvres » (Apocalypse 2, 22-23). Le Christ a menacé de châtiment, et Il a appelé les églises à la pénitence : « Mais j’ai quelque peu de chose contre toi : c’est que tu as là des hommes qui tiennent à l’enseignement… pour les faire manger la nourriture sacrifiée aux idoles et les faire tomber dans la fornication… Fais pareillement pénitence ; sinon je viendrai bientôt à toi, et je combattrai contre eux avec l’épée de ma bouche. » Je suis convaincu que le Christ répéterait les mêmes paroles au pape François et aux autres évêques qui ont permis la vénération idolâtre de la Pachamama et qui ont implicitement approuvé les relations sexuelles en dehors d’un mariage valide, en permettant aux personnes dites « divorcées et remariées » qui sont sexuellement actives de recevoir la sainte communion.

Vous avez cité les Évangiles et le Livre de l’Apocalypse. La façon dont Dieu a traité son peuple élu dans l’Ancien Testament nous permet-elle de mieux comprendre la situation actuelle ?

L’épidémie de coronavirus a provoqué une situation au sein de l’Église qui, à ma connaissance, est unique, c’est-à-dire une interdiction quasi mondiale de toutes les messes publiques. Cette situation est en partie analogue à l’interdiction du culte chrétien dans la quasi totalité de l’Empire romain au cours des trois premiers siècles. La situation actuelle est cependant sans précédent, car dans notre cas, l’interdiction du culte public a été prononcée par des évêques catholiques, devançant même les ordres gouvernementaux correspondants.

D’une certaine manière, la situation actuelle peut également être comparée à la cessation du culte sacrificiel du Temple de Jérusalem pendant la captivité babylonienne du peuple élu de Dieu. Dans la Bible, le châtiment divin était considéré comme une grâce, par exemple : « Heureux l’homme qui est châtié par Dieu. Ne rejette donc pas la correction du Seigneur. Car c’est lui qui blesse et qui donne le remède ; il frappe, et ses mains guérissent » (Job 5, 17-18), et : « Ceux que j’aime, je les reprends et les châtie ; aie donc du zèle, et fais pénitence » (Ap. 3, 19). La seule réaction adéquate face à la tribulation, aux catastrophes, aux épidémies et autres situations similaires – qui sont autant d’instruments entre les mains de la Providence divine pour réveiller les gens du sommeil du péché et de l’indifférence envers les commandements de Dieu et la vie éternelle – est la pénitence et la conversion sincère à Dieu. Dans la prière suivante, le prophète Daniel donne aux fidèles de tous les temps un exemple du juste état esprit qu’ils doivent avoir, et de la façon dont ils doivent se comporter et prier en temps de tribulation : « Tout Israël a transgressé votre loi et s’est détourné pour ne pas entendre votre voix… Abaissez, mon Dieu, votre oreille et écoutez ; ouvrez vos yeux, et voyez notre désolation et cette ville sur laquelle votre nom a été invoqué ; car ce n’est pas à cause de notre justice que nous vous présentons humblement nos prières, mais à cause de vos abondantes miséricordes. Exaucez-nous, Seigneur ; apaisez-vous, Seigneur ; soyez attentif et agissez ; ne tardez pas, mon Dieu, pour vous-même, parce que votre nom a été invoqué sur cette ville et sur votre peuple » (Dan 9, 11,18-19).

Saint Robert Bellarmin a écrit : « Signes sûrs concernant la venue de l’Antéchrist… la plus grande et la dernière persécution ; et le sacrifice public (de la Messe) cessera complètement » (La prophétie de Daniel, pages 37-38).

Pensez-vous que ce qu’il évoque là est ce à quoi nous assistons actuellement ? Est-ce le début du grand châtiment prophétisé dans le livre de l’Apocalypse ?

La situation actuelle offre suffisamment de motifs raisonnables pour penser que nous sommes au début d’un temps apocalyptique, qui comprend des châtiments divins. Notre Seigneur s’est référé à la prophétie de Daniel : « Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, établie dans le lieu saint, que celui qui lit comprenne » (Mt 24,15). Le livre de l’Apocalypse dit que l’Église devra pendant un certain temps fuir dans le désert (voir Ap 12, 14). L’arrêt presque total du Sacrifice public de la Messe pourrait être interprété comme une fuite dans un désert spirituel. Ce qui est regrettable dans notre situation est le fait que de nombreux membres de la hiérarchie de l’Église ne voient pas la situation actuelle comme une tribulation, comme un châtiment divin, c’est-à-dire comme une « visitation divine » au sens biblique. Ces paroles du Seigneur s’appliquent également à de nombreux membres du clergé au milieu de l’épidémie physique et spirituelle actuelle : « Tu n’as pas connu le temps où tu as été visitée » (Luc 19, 44). La situation actuelle de cette « épreuve du feu » (cf 1 Pierre 4:12) doit être prise au sérieux par le pape et les évêques afin de conduire à une profonde conversion de l’Eglise entière. Si cela ne se produit pas, alors le message de cette histoire de Søren Kierkegaard sera également applicable à notre situation actuelle : « Un incendie éclate dans les coulisses d’un cirque. Le clown apparaît et tente d’avertir le public. Chacun croit à une blague et rit. Il répète, on rigole encore plus fort. Ainsi la fin du monde se produira au milieu des vivats et chacun pensera : Quelle bonne blague ! »

Excellence, quel est le sens profond de tout cela ?

La situation de la cessation de la célébration publique de la messe et de la sainte communion sacramentelle est si unique et si grave que l’on peut découvrir derrière tout cela une signification plus profonde. Cet événement survient près de cinquante ans après l’introduction de la communion dans la main (en 1969) et une réforme radicale du rite de la Messe (en 1969/1970) avec ses éléments protestants (prière de l’Offertoire) et son style de célébration horizontal et axé sur l’instruction (moments de liberté, célébration en cercle fermé et vers le peuple). La pratique de la communion dans la main au cours des cinquante dernières années a conduit à des profanations involontaires et volontaires du Corps eucharistique du Christ à une échelle sans précédent. Pendant plus de cinquante ans, le Corps du Christ a été (la plupart du temps involontairement) piétiné par les pieds du clergé et des laïcs dans les églises catholiques du monde entier. Le vol des Hosties consacrées a également augmenté à un rythme alarmant. La pratique consistant à communier directement avec ses propres mains et doigts ressemble de plus en plus au geste par lequel on prend la nourriture ordinaire. Chez de nombreux catholiques, la pratique de recevoir la communion dans la main a affaibli la foi en la Présence réelle et en la transsubstantiation, la foi au caractère divin et sublime de la sainte Hostie. La présence eucharistique du Christ est devenue, au fil du temps, inconsciemment, pour ces fidèles une sorte de pain ou de symbole sacré. Maintenant, le Seigneur est intervenu et a privé presque tous les fidèles d’assister à la sainte messe et de recevoir sacramentellement la Sainte Communion.

Les innocents et les coupables endurent ensemble cette tribulation, puisque dans le mystère de l’Église, tous sont mutuellement unis en tant que membres : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Co 12, 26). La cessation actuelle de la sainte messe publique et de la sainte communion pourrait être comprise par le pape et les évêques comme une réprimande divine pour les cinquante dernières années de profanations et de banalisations de l’Eucharistie et, en même temps, comme un appel miséricordieux à une authentique conversion eucharistique de toute l’Église. Que l’Esprit Saint touche le cœur du Pape et des évêques et les pousse à édicter des normes liturgiques concrètes afin que le culte eucharistique de toute l’Église soit purifié et orienté à nouveau vers le Seigneur.

On pourrait suggérer que le Pape, avec les cardinaux et les évêques, réalise un acte public de réparation à Rome pour les péchés contre la sainte Eucharistie, et pour le péché des actes de vénération religieuse des statuettes de la Pachamama. Une fois la tribulation actuelle terminée, le pape devrait édicter des normes liturgiques concrètes, dans lesquelles il invitera toute l’Église à se tourner à nouveau vers le Seigneur dans la manière de célébrer, c’est-à-dire que célébrants et fidèles soient tournés dans la même direction pendant la prière eucharistique. Le Pape devrait également interdire la pratique de la communion dans la main, car l’Église ne peut pas continuer à traiter le Saint des Saints dans la petite Hostie consacrée de manière aussi minimaliste et l’exposant ainsi au danger.

La prière suivante d’Azariah dans la fournaise ardente, que chaque prêtre dit pendant le rite de l’Offertoire de la Messe, pourrait inspirer le Pape et les évêques à des actions concrètes de réparation et de restauration de la gloire du sacrifice eucharistique et du Corps eucharistique du Seigneur : « En esprit d’humilité et le cœur contrit, puissions-nous être accueillis par vous, Seigneur : et que notre sacrifice ait lieu aujourd’hui devant vous de telle manière qu’il vous soit agréable, Seigneur Dieu. Car ceux qui ont confiance en vous ne seront jamais confondus. Et maintenant, nous nous consacrons à vous de tout notre cœur, nous vous craignons, et nous cherchons votre visage. Ne nous couvrez pas de honte ; mais traitez-nous selon votre mansuétude et selon l’abondance de voire miséricorde. Délivrez-nous par un de vos prodiges, et donnez la gloire à votre nom, ô Seigneur ! » (Dn 3, 39-43, Septante).

Exposition Saint-Sacrement

2020-36. « Nous devons accepter cette situation des mains de la Divine Providence comme une épreuve, qui nous apportera un plus grand bénéfice spirituel que si nous n’avions pas vécu une telle situation.»

Jeudi de la 4ème semaine de Carême 26 mars 2020

La semaine dernière, Jeanne Smits, sur son blogue, a donné la traduction – qu’elle a réalisée elle-même – d’une publication de Son Excellence Monseigneur Athanasius Schneider à propos de l’actuelle épidémie mondiale, datée du 19 mars.
Monseigneur Schneider a approuvé cette traduction, et il a ensuite réalisé un enregistrement en français de ce texte, dont la grande valeur spirituelle nous semble pouvoir être d’une véritable utilité à nos amis et lecteurs de ce modeste blogue. En effet, tout en manifestant des regrets sans équivoque sur la couardise d’une majorité de hiérarques de la Sainte Eglise et de clercs, Son Excellence prend ici du recul et de la hauteur et nous livre des leçons qu’il est important de méditer.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur  

Si l’on veut entendre ce texte enregistré en français par S.Exc. Mgr. Schneider lui-même > ici
Source > ici

Mgr Athanasius Schneider

Son Excellence Monseigneur Athanasius Schneider,
évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte-Marie à Astana (Kazakhstan)

nika

« Nous nous glorifions même dans les tribulations » (Rom 5, 3) 

Des millions de catholiques dans le monde occidental dit libre seront, dans les semaines ou même les mois à venir, et surtout pendant la Semaine Sainte et Pâques, point culminant de toute l’année liturgique, privés de tout acte de culte public en raison de la réaction tant civile qu’ecclésiastique à l’épidémie de Coronavirus (COVID-19). La plus douloureuse et la plus angoissante de ces mesures est la privation de la sainte messe et de la sainte communion sacramentelle.

L’atmosphère actuelle de panique quasi planétaire est sans cesse alimentée par le « dogme » universellement proclamé de la nouvelle pandémie du coronavirus. Les mesures de sécurité drastiques et disproportionnées, associées à la négation des droits fondamentaux de l’homme que sont la liberté de mouvement, la liberté de réunion et la liberté d’opinion, apparaissent quasiment orchestrées au niveau mondial selon un plan précis. Ainsi, l’humanité entière devient en quelque sorte prisonnière d’une « dictature sanitaire » mondiale qui, de son côté, se révèle également être une dictature politique.

Un effet secondaire important de cette nouvelle « dictature sanitaire » qui se répand dans le monde entier est l’interdiction croissante et sans compromis de toute forme de culte public. À compter du 16 mars 2020, le gouvernement allemand a interdit toute forme de rassemblement religieux public pour toutes les religions. Une mesure aussi drastique d’interdiction stricte de toutes les formes de culte public était inimaginable, même sous le Troisième Reich.

Avant que ces mesures ne soient prises en Allemagne, une interdiction gouvernementale de tout culte public avait été mise en œuvre en Italie et à Rome, cœur du catholicisme et du christianisme. La situation actuelle de l’interdiction du culte public à Rome ramène l’Église à l’époque d’une interdiction analogue émise par les empereurs romains païens au cours des premiers siècles.

Les clercs qui osent célébrer la sainte messe en présence des fidèles dans de telles circonstances pouvaient être punis ou mis en prison. La « dictature sanitaire » mondiale a créé une situation qui respire l’air des catacombes, d’une Église persécutée, d’une Église souterraine, surtout à Rome. Le pape François, qui le 15 mars, à pas solitaires et hésitants, a parcouru les rues désertes de Rome dans son pèlerinage depuis l’image du Salus populi Romani dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure jusqu’à la Croix miraculeuse dans l’église de San Marcello, véhiculait une image apocalyptique. Elle rappelait la description suivante de la troisième partie du secret de Fatima (révélée le 13 juillet 1917) : « Le Saint-Père traversa une grande ville à moitié en ruine et, à moitié tremblant, d’un pas vacillant, affligé de souffrance et de peine. »

Comment les catholiques doivent-ils réagir et se comporter dans une telle situation ? Nous devons accepter cette situation des mains de la Divine Providence comme une épreuve, qui nous apportera un plus grand bénéfice spirituel que si nous n’avions pas vécu une telle situation. On peut comprendre cette situation comme une intervention divine dans la crise actuelle sans précédent de l’Église. Dieu utilise maintenant l’impitoyable « dictature sanitaire » du monde pour purifier l’Église, pour réveiller les responsables dans l’Église, et en premier lieu le pape et l’épiscopat, de l’illusion d’un beau monde moderne, de la tentation de flirter avec le monde, de l’immersion dans les choses temporelles et terrestres. Les puissances de ce monde ont maintenant séparé de force les fidèles de leurs bergers. Les gouvernements ordonnent au clergé de célébrer la liturgie sans le peuple.

L’actuelle intervention divine purificatrice a le pouvoir de nous montrer à tous ce qui est vraiment essentiel dans l’Église : le sacrifice eucharistique du Christ avec son Corps et son Sang et le salut éternel des âmes immortelles. Que ceux qui, dans l’Église, sont soudainement et inopinément privés de ce qui est central puissent commencer à en voir et en apprécier plus profondément la valeur.

En dépit de la situation douloureuse de privation de la sainte messe et de la sainte communion, les catholiques ne doivent pas céder à la frustration ou à la mélancolie. Ils devraient accepter cette épreuve comme une occasion de grâces abondantes que la Divine Providence leur a préparée. De nombreux catholiques ont maintenant, d’une certaine manière, la possibilité de faire l’expérience de la situation des catacombes, de l’Église souterraine. On peut espérer qu’une telle situation produira les nouveaux fruits spirituels des confesseurs de la foi et de la sainteté.

Cette situation oblige les familles catholiques à faire littéralement l’expérience de la signification de ce qu’est l’église domestique. En l’absence de possibilité d’assister à la sainte messe même le dimanche, les parents catholiques devraient rassembler leurs familles chez eux. Ils pourraient assister chez eux à une sainte messe diffusée à la télévision ou sur internet, ou si cela n’est pas possible, ils devraient consacrer une heure de prière pour sanctifier le Jour du Seigneur et s’unir spirituellement aux saintes messes célébrées par les prêtres à huis clos, même dans leur ville ou dans leur voisinage. Une telle heure sainte dominicale d’une église domestique pourrait par exemple se faire de la manière suivante :

Prière du rosaire, lecture de l’Évangile du dimanche, acte de contrition, acte de communion spirituelle, litanie, prière pour tous ceux qui souffrent et meurent, pour tous ceux qui sont persécutés, prière pour le pape et les prêtres, prière pour la fin de l’épidémie physique et spirituelle actuelle. La famille catholique doit également prier le chemin de croix le vendredi du carême. En outre, le dimanche, les parents pourraient rassembler leurs enfants l’après-midi ou le soir pour leur lire des récits de la vie des saints, en particulier ceux qui sont tirés des périodes de persécution de l’Église. J’ai eu le privilège de vivre une telle expérience pendant mon enfance, et cela m’a donné les fondations de la foi catholique pour toute ma vie.

Les catholiques qui sont aujourd’hui privés d’assister à la sainte messe et de recevoir la sainte communion sacramentelle, peut-être seulement pour une courte période de quelques semaines ou mois, peuvent penser à ces temps de persécution, où pendant des années les fidèles ne pouvaient pas assister à la Sainte Messe ni recevoir d’autres sacrements, comme ce fut le cas, par exemple, pendant la persécution communiste dans de nombreux endroits de l’Empire soviétique.

Que ces paroles de Dieu renforcent tous les catholiques qui souffrent actuellement d’être privés de la sainte messe et de la sainte communion :

« Bien-aimés, ne soyez pas surpris du feu ardent qui sert à vous éprouver, comme s’il vous arrivait quelque chose d’extraordinaire ; mais, parce que vous participez ainsi aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lorsque sa gloire sera manifestée, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse » (1 Pierre 4 : 12-13).

« Le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos tribulations, afin que nous puissions, nous aussi, par l’encouragement que nous recevons nous-mêmes de Dieu, consoler ceux qui sont pressés par toutes sortes de maux » (2 Cor. 1:3-4).

« … afin que votre foi ainsi éprouvée, plus précieuse que l’or qu’on éprouve par le feu, tourne à votre louange, votre gloire et votre honneur, lorsque paraîtra Jésus-Christ » (1 Pierre 1:6-7).

À l’époque d’une cruelle persécution de l’Église, saint Cyprien de Carthage (+258) a donné cet enseignement édifiant sur la valeur de la patience :
« C’est la patience qui fortifie fermement les fondements de notre foi. C’est elle qui élève au plus haut niveau l’accroissement de notre espérance. C’est elle qui dirige notre action, afin que nous restions fidèles à la voie du Christ tout en marchant par la grâce de sa patience. Que le Seigneur Jésus est grand, et que sa patience est grande, que Celui qui est adoré au ciel ne soit pas encore vengé sur la terre ! Frères bien-aimés, considérons sa patience dans nos persécutions et nos souffrances ; offrons une obéissance remplie de l’attente de son avènement » (De patientia, 20 ; 24).

Nous voulons prier avec notre entière confiance la Mère de l’Eglise, en invoquant le pouvoir d’intercession de son Coeur Immaculé, afin que la situation actuelle de privation de la sainte messe puisse apporter des fruits spirituels abondants pour le véritable renouveau de l’Eglise après des décennies de nuit de la persécution des vrais catholiques, du clergé et des fidèles qui s’est produite à l’intérieur même de l’Eglise. Écoutons ces paroles inspirantes de Saint Cyprien :
« Si la cause d’un désastre est reconnue, on trouve immédiatement un remède à la blessure. Le Seigneur a voulu que sa famille soit mise à l’épreuve ; et parce qu’une longue paix avait corrompu la discipline qui nous avait été divinement délivrée, la réprimande céleste a éveillé notre foi qui cédait, presque, dirais-je, endormie ; et bien que nous ayons mérité davantage pour nos péchés, le Seigneur très miséricordieux a tellement modéré toutes choses, que tout ce qui est advenu a plutôt ressemblé à une épreuve qu’à une persécution » (De lapsis, 5).

Dieu veuille que cette courte épreuve de privation du culte public et de la sainte messe insuffle au cœur du pape et des évêques un nouveau zèle apostolique pour les trésors spirituels pérennes qui leur ont été divinement confiés – c’est-à-dire le zèle pour la gloire et l’honneur de Dieu, pour le caractère unique de Jésus-Christ et de son sacrifice rédempteur, pour la centralité de l’Eucharistie et la manière sacrée et sublime de la célébrer, pour la plus grande gloire du Corps Eucharistique du Christ, et le zèle pour le salut des âmes immortelles, pour un clergé chaste et remplis de l’esprit apostolique.
Puissions-nous écouter ces paroles encourageantes de saint Cyprien :
« Il faut louer Dieu et célébrer ses bienfaits et ses dons en lui rendant grâce, alors que même au temps des persécutions, notre voix n’a pas cessé de rendre grâce. Car même un ennemi n’a pas le pouvoir de nous empêcher, nous qui aimons le Seigneur de tout notre cœur, de toute notre vie et de toute notre force, de proclamer avec gloire ses bénédictions et ses louanges toujours et partout. Le jour si ardemment désiré est venu par les prières de tous ; et après l’obscurité terrible et répugnante d’une longue nuit, le monde a brillé, irradié par la lumière du Seigneur » (De lapsis, 1).

19 mars 2020

+ Athanasius Schneider,
évêque auxiliaire de l’archidiocèse de Sainte-Marie à Astana

Ecce Homo par Philippe de Champaigne

2020-30. La vie et l’enseignement de Saint Cyrille de Jérusalem présentés par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.

18 mars,
Fête de Saint Cyrille de Jérusalem, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise.

Voici la belle présentation de la vie et de l’œuvre de Saint Cyrille de Jérusalem donnée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI au cours de l’audience générale du 27 juin 2007.

Saint Cyrille de Jérusalem

Saint Cyrille de Jérusalem

Chers frères et sœurs!

Notre attention se concentre aujourd’hui sur saint Cyrille de Jérusalem. Sa vie représente le mélange de deux dimensions : d’une part, le soin pastoral et, de l’autre, la participation – malgré lui – aux controverses enflammées qui troublaient alors l’Eglise d’Orient.

Né autour de 315 à Jérusalem, ou dans ses environs, Cyrille reçut une excellente formation littéraire ; ce fut la base de sa culture ecclésiastique, centrée sur l’étude de la Bible. Ordonné prêtre par l’Evêque Maxime, lorsque celui-ci mourut ou fut déposé, en 348, il fut ordonné Evêque par Acacius, archevêque métropolitain influent de Césarée de Palestine, philo-arien, qui était convaincu d’avoir trouvé en lui un allié. Il fut donc soupçonné d’avoir obtenu la nomination épiscopale grâce à des concessions à l’arianisme.
En réalité, Cyrille se heurta très vite à Acacius non seulement sur le terrain doctrinal, mais également sur le terrain juridictionnel, car Cyrille revendiquait l’autonomie de son siège par rapport à l’Eglise métropolitaine de Césarée.
En vingt ans, Cyrille connut trois exils :  le premier en 357, à la suite d’une déposition de la part d’un synode de Jérusalem, suivi en 360 par un deuxième exil voulu par Acacius et, enfin, par un troisième, le plus long – il dura onze ans – en 367, à l’initiative de l’empereur philo-arien Valente. Ce n’est qu’en 378, après la mort de l’empereur, que Cyrille put reprendre définitivement possession de son siège, en rétablissant l’unité et la paix entre les fidèles.
D’autres sources, également anciennes, appuient la thèse de son orthodoxie, mise en doute par plusieurs  sources de  l’époque.  Parmi celles-ci, la lettre synodale de 382, après le deuxième Concile œcuménique de Constantinople (381), auquel Cyrille avait participé en jouant un rôle important, est celle qui fait le plus autorité. Dans cette lettre, envoyée au Pontife romain, les évêques orientaux reconnaissent officiellement l’orthodoxie la plus absolue de Cyrille, la légitimité de son ordination épiscopale et les mérites de son service pastoral, que la mort conclura en 387.

Nous conservons de lui vingt-quatre catéchèses célèbres, qu’il présenta en tant qu’évêque vers 350.
Introduites par une procatéchèse d’accueil, les dix-huit premières sont adressées aux catéchumènes ou illuminands (photizomenoi) ; elles furent tenues dans la Basilique du Saint-Sépulcre. Les premières (1-5) traitent chacune, respectivement, des dispositions préalables au Baptême, de la conversion des coutumes païennes, du sacrement du Baptême, des dix vérités dogmatiques contenues dans le Credo ou Symbole de la foi. Les suivantes (6-18) constituent une « catéchèse continue » sur le Symbole de Jérusalem, dans une optique anti-arienne. Dans les cinq dernières (19-23), appelées « mystagogiques », les deux premières développent un commentaire aux rites du Baptême, les trois dernières portent sur le chrême, sur le Corps et le Sang du Christ et sur la liturgie eucharistique. On y trouve une explication du Notre Père (Oratio dominica) : celle-ci établit un chemin d’initiation à la prière, qui se développe parallèlement à l’initiation aux trois sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Eucharistie.

La base de l’instruction sur la foi chrétienne se déroulait également dans un but polémique contre les païens, les judéo-chrétiens et les manichéens. L’argumentation était fondée sur la réalisation des promesses de l’Ancien Testament, dans un langage riche d’images. La catéchèse était un moment important, inséré dans le vaste contexte de toute la vie, en particulier liturgique, de la communauté chrétienne, dans le sein maternel de laquelle avait lieu la gestation du futur fidèle, accompagnée par la prière et le témoignage des frères. Dans leur ensemble, les homélies de Cyrille constituent une catéchèse systématique sur la renaissance du chrétien à travers le Baptême. Il dit au catéchumène :  « Tu es tombé dans les filets de l’Eglise (cf. Matth. XIII, 47). Laisse-toi donc prendre vivant ; ne t’enfuis pas, car c’est Jésus qui te prend à son hameçon, non pour te donner la mort mais la résurrection après la mort. Tu dois en effet mourir et ressusciter (cf. Rom. VI, 11-14). Meurs au péché, et vis pour la justice dès aujourd’hui » (Procatéchèse 5).

Du point de vue doctrinal, Cyrille commente le Symbole de Jérusalem en ayant recours à la typologie des Ecritures, dans un rapport « symphonique » entre les deux Testaments, pour arriver au Christ, centre de l’univers. La typologie sera décrite de manière incisive par Augustin d’Hippone : « L’Ancien Testament est le voile du Nouveau Testament, et dans le Nouveau Testament se manifeste l’Ancien » (De catechizandis rudibus, 4, 8). Quant à la catéchèse morale, elle est ancrée de manière profondément unie à la catéchèse doctrinale : l’on fait progressivement descendre le dogme dans les âmes, qui sont ainsi sollicitées à transformer les comportements païens sur la base de la nouvelle vie en Christ, don du Baptême. Enfin, la catéchèse « mystagogique » marquait le sommet de l’instruction que Cyrille dispensait non plus aux catéchumènes, mais aux nouveaux baptisés ou néophytes au cours de la semaine pascale Celle-ci les introduisait à découvrir, sous les rites baptismaux de la Veillée Pascale, les mystères qui y étaient contenus et qui n’étaient pas encore révélés. Illuminés par la lumière d’une foi plus profonde en vertu du Baptême, les néophytes étaient finalement en mesure de mieux les comprendre, ayant désormais célébré leurs rites.

Avec les néophytes d’origine grecque, Cyrille s’appuyait en particulier sur la faculté visuelle qui leur était particulièrement adaptée. C’était le passage du rite au mystère, qui valorisait l’effet psychologique de la surprise et l’expérience vécue au cours de la nuit pascale. Voici un texte qui explique le mystère du Baptême : « A trois reprises vous avez été immergés dans l’eau et à chaque fois vous en êtes ressortis, pour symboliser les trois jours de la sépulture du Christ, c’est-à-dire imitant à travers ce rite notre Sauveur, qui passa trois jours et trois nuits dans le sein de la terre (cf. Matth. XII, 40). Lors de la première émersion de l’eau, vous avez célébré le souvenir du premier jour passé par le Christ dans le sépulcre, de même qu’avec la première immersion vous en avez confessé la première nuit passée dans le sépulcre : vous avez été vous aussi comme celui qui est dans la nuit et qui ne voit pas, et celui qui, en revanche, est au jour et jouit de la lumière. Alors qu’auparavant vous étiez plongés dans la nuit et ne pouviez rien voir, en émergeant, en revanche, vous vous êtes trouvés en plein jour. Mystère de la mort et de la naissance, cette eau du salut a été pour vous une tombe et une mère… Pour vous… le moment pour mourir coïncida avec le moment pour naître : un seul et même moment a réalisé les deux événements » (Deuxième catéchèse mystagogique, 4).

Le mystère qu’il faut saisir est le dessein du Christ, qui se réalise à travers les actions salvifiques du Christ dans l’Eglise. A son tour, la dimension mystagogique s’accompagne de celle des symboles, qui expriment le vécu spirituel qu’ils font « exploser ». Ainsi, la catéchèse de Cyrille, sur la base des trois composantes décrites – doctrinale, morale et, enfin mystagogique -, apparaît comme une catéchèse globale dans l’Esprit. La dimension mystagogique réalise la synthèse des deux premières, en les orientant vers la célébration sacramentelle, dans laquelle se réalise le salut de tout l’homme.

Il s’agit, en définitive, d’une catéchèse intégrale, qui – concernant le corps, l’âme et l’esprit – reste emblématique également pour la formation catéchétique des chrétiens d’aujourd’hui.

Armoiries de Benoît XVI

2020-27. Le 10 mars, nous fêtons Sainte Marie-Eugénie de Jésus.

10 mars,
Fête de Sainte Marie-Eugénie de Jésus, vierge ;
Commémoraison des Saints Quarante Martyrs de Sébaste.

Sainte Marie-Eugénie de Jésus Milleret de Brou

Sainte Marie-Eugénie de Jésus, jeune religieuse

Sainte Marie-Eugénie de Jésus est l’un des fleurons de la famille augustinienne sur la terre de France ; elle est aussi un magnifique exemple du grand renouveau catholique consécutif aux persécutions de la révolution et de l’empire. 

Anne-Eugénie Milleret de Brou est née à Metz le 25 Août 1817.
Son enfance se passe entre l’hôtel particulier des Milleret de Brou, dans cette ville, et leur vaste propriété de Preisch, aux frontières du Luxembourg, de l’Allemagne et de la France. Enfance insouciante et comblée, d
ans un milieu aisé et déchristianisé : son père, haut-fonctionnaire, est dit voltairien ; sa mère, excellente éducatrice sur le plan humain, ne pratique que par pur formalisme.
Toutefois Anne-Eugénie connaîtra une véritable rencontre mystique avec Notre-Seigneur Jésus Christ le jour de sa première Communion, à Noël 1829.

Après 1830, son père, ruiné, doit vendre la propriété de Preisch, puis l’hôtel particulier de Metz.
Ses parents se séparent et Anne-Eugénie suit sa mère à Paris. Mais en 1832, Madame Milleret de Brou est emportée par l’épidémie de choléra. La jeune fille est alors recueillie par de riches amis, à Châlons.

Elle a 17 ans et connaît alors le désarroi et la solitude dans les mondanités qui l’entourent : « Je passai quelques années à me questionner sur la base et l’effet des croyances que je n’avais pas comprises… Mon ignorance de l’enseignement de l’Église était inconcevable et pourtant j’avais reçu les instructions communes du catéchisme » (lettre au Rd Père Lacordaire, en 1841).

Finalement, son père la fait revenir à Paris.
Durant le  carême de 1836, elle va entendre les prédications du Père Lacordaire à Notre-Dame et c’est ce qui lui permet de retrouver la lumière : « Votre parole me donnait une Foi que rien ne devait plus faire vaciller » (ibid.). Plus tard elle dira : 
« Ma vocation date de Notre-Dame ».
Elle se passionne alors pour le mouvement de renouveau chrétien qui bouillonne autour des Lamenais, Montalembert et leurs amis. Parmi eux, l’abbé Théodore Combalot dont elle suit les prédications à Saint-Sulpice en mars 1837.

Ce prêtre rêvait de fonder une congrégation religieuse dédiée à Notre-Dame de l’Assomption dont le but serait de donner aux jeunes filles des milieux dirigeants, marqués par l’incroyance, une solide éducation humaine et chrétienne.
De son côté, Anne-Eugénie rêvait de réaliser une vocation religieuse : après quelques hésitations légitimes, elle accepte le projet de l’abbé Combalot, qui l’envoie en formation au monastère de la Visitation de la Côte Saint-André, en Dauphiné, à mi-chemin entre Vienne et Voiron. Elle s’y imprègne de manière durable de l’esprit et de la spiritualité de Saint François de Sales. 

Au mois d’octobre 1838, elle fait la connaissance de l’abbé Emmanuel d’Alzon (1810-1880) qui a été ordonné en 1834 et qui est vicaire général du diocèse de Nîmes. C’est la naissance d’une grande amitié spirituelle qui durera 40 ans.
Anne-Eugénie a déjà des idées très précises quant à la pédagogie qu’elle devra mettre en œuvre : elle ne veut pas d’une éducation mondaine sur laquelle la formation spirituelle ne serait qu’un vernis ; elle ne veut pas non plus d’une éducation essentiellement religieuse avec une formation humaine indigente. Elle entend donner aux jeunes filles une formation de tout l’être à la lumière du Christ.

Avril 1839 : elles sont deux jeunes filles à se réunir dans ce but, dans un petit appartement de la rue Férou, juste à côté de l’église Saint-Sulpice à Paris ; en octobre, elles sont quatre dans une maison de la rue de Vaugirard, étudiant la théologie, l’Écriture Sainte et les sciences profanes. Il y a là en particulier Kate O’Neill, une irlandaise qui prendra le nom de Sœur Thérèse-Emmanuel ; sa forte personnalité accompagnera celle qui devient Mère Marie-Eugénie de Jésus de son amitié et de son aide durant toute sa vie.
Mère Marie-Eugénie rédige les constitutions de la congrégation, destinées à compléter la Règle de Saint-Augustin sous laquelle elles sont réunies. Ces constitutions sont approuvées par l’archevêque de Paris en 1840.

En mai 1841, le sœurs se séparent définitivement de l’abbé Combalot dont la direction fantasque et le manque de discernement mettent en danger la jeune communauté. Marie-Eugénie se place sous la direction de l’abbé d’Alzon et Monseigneur Denis Affre, archevêque de Paris, leur offre l’appui de son vicaire général, Monseigneur Gros : c’est une véritable libération.
Les sœurs reprennent leurs études et, le 14 août 1841, elles font leur profession religieuse. Mère Marie-Eugénie a 24 ans.

Les débuts sont difficiles : elles sont dans une très grande pauvreté et les vocations peinent à venir.
Une première école est ouverte au printemps 1842, impasse des Vignes (aujourd’hui rue Rataud) dans le quartier du Val de Grâce.
Quelques années plus tard, la congrégation pourra acquérir le château de la Tuilerie, à Auteuil, où sera construit leur monastère et le pensionnat de jeunes filles. En 1849 les religieuses fondent en Afrique du Sud, en 1850 en Angleterre, puis ce sera l’Espagne, la Nouvelle Calédonie, l’Italie, le Nicaragua, les Philippines, le Salvador… etc. 
Rome approuve la congrégation des Religieuses de l’Assomption en 1867 ; les constitutions sont définitivement approuvées en avril 1888.

La collaboration avec l’abbé d’Alzon se traduit aussi par la fondation par ce dernier, en 1845, des Augustins de l’Assomption puis, en 1865, des Oblates de l’Assomption. Cette même année 1865, le Rd Père Pernet, assomptionniste, fonde encore les Petites Sœurs de l’Assomption. Enfin en 1896, un autre assomptionniste, le Rd Père Picard, fondera les Orantes de l’Assomption. Toutes ces congrégations constituent la famille spirituelle de l’Assomption

La mort du Rd Père Emmanuel d’Alzon, le 21 novembre 1880, sonne l’annonce du dépouillement qu’elle avait reconnu nécessaire en 1854 : « Dieu veut que tout tombe autour de moi ». Sœur Thérèse-Emmanuel disparaît à son tour le 3 mai 1888, et sa solitude se creuse davantage. La croissance de la congrégation est une lourde charge pour elle qui a dû enchaîner voyages, constructions, consultations, décisions… En 1894, elle doit déposer sa charge.

Quand elle découvre l’impuissance de la vieillesse, « un état où ne reste plus que l’Amour », elle s’efface peu à peu : « Je n’ai plus qu’à être bonne ». Sa santé s’altère. Vaincue par la paralysie en 1897, elle n’aura plus que son regard pour le dire.

Elle rend son âme à Dieu le 10 Mars 1898.
Béatifiée le 9 février 1975, elle a été canonisée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI le dimanche de la Sainte Trinité 3 juin 2007.
Son corps repose dans la chapelle de la maison-mère, rue de l’Assomption, à Paris.

* * * * * * *

On trouvera aussi dans ce blogue une instruction de Sainte Marie-Eugénie de Jésus
pour aider à la méditation des sept paroles de Jésus en Croix (extraits) > ici

Sainte Marie-Eugénie de Jésus âgée

Photo de Sainte Marie-Eugénie de Jésus vers la fin de sa vie

2020-21. « O Jésus, avec les mains de Marie, je veux m’offrir aujourd’hui avec Vous au Père éternel. »

2 février,
Fête de la Purification de Notre-Dame.

Chandeleur - Purification - Présentation au temple

Elévation :
« O Seigneur, je viens à Vous et Vous supplie, par l’intercession de la Sainte Vierge Marie, de purifier mon âme… »

Méditation :

1er point :

La solennité de ce jour, qui clôt le temps de Noël, est une fête de Jésus aussi bien que de Marie : Jésus est présenté au temple par Sa Mère quarante jours après Sa naissance, selon la prescription de la loi ; Marie se soumet au rite de la purification.

La liturgie célèbre, avant tout, la première entrée de Jésus-Enfant dans le temple : « Voici que le Seigneur Dominateur vient dans Son saint temple : Réjouis-toi et sois dans l’allégresse, Sion, en accourant au-devant de ton Dieu » (bréviaire). Allons à Sa rencontre nous aussi ; que nos sentiments rivalisent avec ceux du vieillard Siméon qui « mû par l’Esprit-Saint, alla au temple » et, plein de joie, reçut l’Enfant Jésus dans ses bras.

Aujourd’hui, pour mieux célébrer cette rencontre, l’Eglise bénit les cierges et nous les remet ; en procession, cierges allumés, nous entrons dans le temple. Le cierge allumé est le symbole de la vie chrétienne, de la foi et de la grâce qui doivent resplendir dans notre âme. Mais il est aussi l’image du Christ, lumière du monde, « lumière qui doit éclairer les nations », tel que L’a salué Siméon. Le cierge allumé nous rappelle que nous devons toujours porter avec nous le Christ, source de notre vie, auteur de la foi et de la grâce. Jésus Lui-même, par Sa grâce, nous dispose à aller à Sa rencontre avec une foi plus vive et un plus grand amour. Puisse, en ce jour, notre rencontre avec Lui être particulièrement intime et sanctifiante !

Jésus est présenté au temple pour être offert au Père. Le rachat n’a pas d’effet sur Lui comme sur les autres premiers-nés des Hébreux. Il est la Victime qui devra être immolée pour le salut du monde. Sa présentation au temple est, pour ainsi dire, l’offertoire de Sa vie, le sacrifice s’accomplira plus tard sur le Calvaire. Offrons-nous en même temps que Jésus.

Chandeleur - Vieillard Siméon

2ème point :

Jésus est présenté au temple par Sa Mère : contemplons donc aujourd’hui Marie dans sa fonction de Co-Rédemptrice.
La Vierge n’ignorait pas que Jésus était le Sauveur du monde et, à travers le voile de la prophétie, elle sentait que Sa mission s’accomplirait dans une mystère de douleur auquel elle aurait à participer, en sa qualité de Mère. La prophétie de Siméon : « Quant à toi, un glaive de douleur transpercera ton âme » (Luc II, 35), confirma son intuition. Dans le secret de son cœur, Marie dut répéter en cet instant son fiat : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole » (Luc I, 38). En offrant son Fils, elle s’offre elle-même, toujours intimement unie à Son sort à Lui.

Mais avant d’entrer dans le temple pour y présenter Jésus, Marie veut se soumettre à la loi de la purification légale. Bien qu’elle soit consciente de sa virginité, elle se met au rang de toutes les autres mères juives et, confondue avec elles, elle attend humblement son tour, portant « une paire de tourterelles », l’offrande des pauvres. Nous voyons Jésus et Marie se soumettre à des lois auxquelles ils n’étaient pas tenus : Jésus ne devait pas être racheté, Marie ne devait pas être purifiée. Leçon d’humilité et de respect envers la loi de Dieu.

Il y a des lois auxquelles nous sommes tenus et auxquelles notre amour-propre nous soustrait sous de faux prétextes : ce sont des dispenses abusives réclamées au nom de droits en réalité inexistants. Humilions-nous et, alors que Marie n’avait nullement besoin d’être purifiée, reconnaissons notre extrême besoin de purification intérieure.

Chandeleur - Purification - Présentation au temple

Colloque :

« O Jésus, Vous êtes allé Vous offrir au temple. Qui Vous a offert ? La Vierge Marie qui n’a jamais eu d’égale, et n’en aura jamais. Marie Vous a offert, elle qui, par la bouche de la sagesse, fut appelée par Votre Père la « toute belle »…
A qui Vous a-t-elle offert ? A Dieu, essence infinie, sublime dans Sa création, fécond dans Son héritage, insondable dans Ses desseins, gracieux et suave dans l’amour.
Et qu’a-t-elle offert ? Vous, Verbe éternel, substance de l’Essence divine, Fils du Très-Haut, Législateur de l’univers, Vous, qui avez reçu tant de noms illustres et choisis : ô Clef de David, ô Roi des nations, ô Emmanuel !

« Que m’enseignez-Vous, ô Seigneur, en Vous offrant au temple ? Vous me montrez Votre respect pour la loi en voulant l’observer ; Vous m’enseignez l’adoration, car Vous Vous êtes offert au Père, non comme Son égal, quoique Vous le fussiez vraiment, mais comme homme. Vous m’avez donné ici le modèle du respect que je dois à Votre loi, car je n’ai pas seulement pour loi les dix commandements, mais aussi la Règle et les Constitutions. Cette loi m’est toute douceur et suavité, mais je me la rends amère quand je ne renonce pas à moi-même, car alors, au lieu de la porter suavement, la loi est obligée de me porter » (Sainte Marie-Madeleine de Pazzi).

O Jésus, avec les mains de Marie, je veux m’offrir aujourd’hui avec Vous au Père éternel. Mais Vous êtes l’Hostie pure, sainte, immaculée, tandis que je suis plein de souillures, de misères, de péchés.
O Marie, ma Mère, vous qui avez voulu être purifiée, bien qu’exempte de la moindre ombre d’imperfection, purifiez, je vous prie, ma pauvre âme, afin qu’elle soit moins indigne d’être offerte au Père en même temps que Son Jésus qui est aussi le vôtre.
O Vierge très pure, acheminez-moi vers une purification intérieure et profonde et puis, accompagnez-moi vous-même afin que ma pusillanimité ne me fasse pas défaillir devant l’âpreté du chemin.

Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, ocd,
in « Intimité divine – méditations sur la vie intérieure pour tous les jours de l’année » (1957).

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Autres publications relatives à la fête de la Chandeleur :
- Des adieux à la Crèche et de la Crèche blanche > ici
- « Des chats et des crêpes » > ici

2020-18. Notre vocation chrétienne.

Jeudi 30 janvier 2020,
Fête de Sainte Bathilde, Reine des Francs et veuve (cf. > ici) ;
Mémoire de Sainte Martine, vierge et martyre ;

Anniversaire du rappel à Dieu de SM le Roi Alphonse II (cf. > ici).

Crucifix naïf du XVIIe siècle

Crucifix naïf du XVIIe siècle (oratoire du Mesnil-Marie)

Je dédie tout spécialement ces quelques lignes :

A mes filleuls, que j’ai pris en charge spirituellement lors de leur baptême ;
A ceux qui m’ouvrent leur âme et me demandent de les accompagner spirituellement ;
A mes véritables amis…

Le signe chrétien par excellence est le signe de la Croix.

Tracée sur nous dès avant notre baptême, la Croix nous a permis d’entrer dans l’église où nous fûmes ondoyés, et d’entrer dans l’Eglise : la Sainte Eglise catholique.
A moins de reniements particuliers, elle figurera sur notre cercueil et sera plantée sur notre tombe, dans l’attente de la résurrection finale.
La Croix accompagne le chrétien depuis sa naissance jusqu’au-delà de sa mort ; et tout au long de sa vie, selon la tradition multiséculaire des familles ferventes, le fidèle attache une grande importance à placer le Crucifix dans chacune des pièces principales de sa maison, et à l’avoir près de son lit afin de porter sur lui ses regards dès qu’il ouvre les yeux et à le regarder une dernière fois avant de s’endormir.

Nos anciens ont planté la Croix aux carrefours et aux faîtes de leurs demeures ; ils nous ont appris à nous signer respectueusement en passant devant les Croix des chemins.

Cette présence visible de la Croix, contre laquelle s’acharnent particulièrement les ennemis du Christ, est le signe et le symbole de l’ancrage spirituel du mystère de la Sainte Croix dans le cœur et dans la vie de tout authentique disciple de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Il disait en effet à tous : Si quelqu’un veut venir après Moi, qu’il renonce à lui-même, et qu’il porte sa croix chaque jour, et qu’il Me suive – Dicebat autem ad omnes : Si quis vult post Me venire, abneget semetipsum, et tollat crucem suam quotidie, et sequatur Me ! » (Luc IX, 23).
Il ne s’agit pas de porter la Croix de temps en temps, occasionnellement, en des circonstances exceptionnelles, mais bien chaque jour, quotidiennement, jour après jour, tous les jours.

Etre chrétien, c’est porter sa Croix à la suite de Notre-Seigneur.
Aujourd’hui et chaque jour. Jour après jour, jusqu’au dernier de nos jours.
Il n’est pas un seul jour de notre vie chrétienne qui doive y faire exception.
Pas un seul !

Dès lors que tu te dis chrétien, tu dois avoir conscience que tu affirmes par là que tu es voué à la Croix.

Pour qu’une vocation chrétienne soit véritable, il faut qu’elle représente un vrai sacrifice, qu’elle soit un réel et généreux embrassement de la Croix, qu’elle corresponde à un réel renoncement à soi et à un don complet et sans retour à Notre-Seigneur Jésus-Christ pour marcher à Sa suite dans la Voie douloureuse – mais voie où abondent des joies spirituelles infinies – qui monte vers le Calvaire.
Cela est évidemment vrai des vocations consacrées : sacerdoce et vie religieuse ; mais cela est aussi le cas de la « vocation commune » au mariage.

Un consacré, un moine, une religieuse, un prêtre qui met en première ligne de sa vocation son « épanouissement personnel » – comme je l’ai souvent entendu dire par des conseillers spirituels à deux balles – , fait fausse route.

Ce qui doit être mis au premier plan, ce qui doit être envisagé comme l’absolue priorité, ce à quoi il faut se livrer sans arrière-pensée, c’est l’accomplissement de la sainte Volonté de Dieu, quoi qu’il en coûte à la nature, c’est l’embrassement de la Croix.

« Si quelqu’un veut venir après Moi, qu’il renonce à lui-même, et qu’il porte sa croix chaque jour, et qu’il Me suive » : suivre Notre-Seigneur et prendre sa Croix chaque jour, c’est consentir de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit, de toute sa volonté, à l’immolation du « moi » pour l’œuvre du salut et de la sanctification des âmes.
L’épanouissement – SURnaturel et non pas seulement humain – lui sera donné par surcroît, dans la mesure exacte de son oubli de soi.

De la même manière, les laïcs qui prennent leur vie chrétienne au sérieux et veulent résolument marcher dans les voies de la sainteté, et donc aussi les époux qui prennent le sacrement du mariage au sérieux dans toute sa profondeur surnaturelle, doivent impérativement chaque jour embrasser la Croix et la voie du renoncement et du sacrifice pour marcher, dans la conformité aux obligations de leur devoir d’état, avec Notre-Seigneur Jésus-Christ et Sa Croix douloureuse, comme des Simon de Cyrène.

Toute autre forme de spiritualité qui ne développe pas cela est illusion, stérilité spirituelle, égoïsme déguisé… et conduit à l’échec.

nika

Voir aussi :
- BD « Si la Croix vous fait peur » > ici

2020-15. « Paul a été fait apôtre sans l’avoir mérité, et il ne sera pas couronné qu’il ne l’ait mérité.»

Dans l’état actuel de nos connaissances (car il arrive que près de seize siècles plus tard on retrouve encore des textes inédits ou que l’on croyait perdus), il existe cinq sermons de Saint Augustin ayant trait à la conversion de Saint Paul. Voici celui qui, dans la catégorie des « sermons détachés » porte le numéro cinquante-deux.

Vitrail de la conversion de Saint Paul

 Sermon LII
de notre Bienheureux Père Saint Augustin
sur la conversion de Saint Paul

§1. Les deux noms de Saint Paul et sa conversion :

Mes frères, essayons de parler un peu de l’apôtre saint Paul.
Arrêtons-nous d’abord à son nom ; car il s’est appelé Saul avant de s’appeler Paul ; le premier nom symbolisait l’orgueil, comme le second symbolise l’humilité ; le premier était bien le nom d’un persécuteur. Saul vient du mot Saül. Saül fut ainsi désigné parce qu’il persécuta David, figure de Jésus-Christ qui devait sortir de la famille de David, par la Vierge Marie, selon la chair. Saul remplit le rôle de Saül, lorsqu’il persécuta les chrétiens ; il était animé d’une haine violente contre les disciples du Sauveur, comme il le prouva au moment du martyre de saint Etienne ; car il voulut garder les vêtements de ceux qui le lapidaient, comme pour faire entendre qu’ils n’étaient tous que ses propres instruments. Après le martyre de saint Etienne, les chrétiens de Jérusalem se dispersèrent portant partout la lumière et le feu dont le Saint-Esprit les embrasait. Paul, voyant la diffusion de l’Evangile de Jésus-Christ, fut rempli d’un zèle amer. Muni de pleins pouvoirs de la part des princes des prêtres et des docteurs, il se mit en mesure de châtier sévèrement tous ceux qui lui paraîtraient invoquer le nom de Jésus-Christ, et il allait respirant le meurtre et altéré de sang.

§2.  Effet admirable de la grâce de Dieu dans cette conversion : 

Ainsi désireux de s’emparer des chrétiens et de verser leur sang, il parcourait le chemin de Jérusalem à Damas, à la tête d’un certain nombre de ses complices, lorsqu’il entendit une voix du ciel.
Mes frères, quels mérites avait acquis ce persécuteur ? Et cependant cette voix qui le frappe comme persécuteur, le relève apôtre ; voici Paul après Saul ; le voici qui prêche l’Evangile et il décline lui-même ses titres : « Je suis », dit-il, « le plus petit d’entre les Apôtres » (1 Cor. XV, 9). Que ce nom de Paul est bien choisi ! Ce mot, en latin, ne signifie-t-il pas petit, modique, moindre ? et cette signification, l’Apôtre ne craint pas de se l’appliquer à lui-même. Il se nomme le plus petit, rappelant ainsi la frange du vêtement de Jésus-Christ, que toucha une femme malade. Cette femme, affligée d’une perte de sang, figurait l’Eglise des Gentils ; et c’est vers ces Gentils que Paul, le plus petit des Apôtres, a été envoyé, car il est la frange du vêtement, la partie la plus petite et la dernière.
En effet, ce sont là les qualités que l’Apôtre se donne ; il s’appelle le plus petit et le dernier : « Je suis le dernier des Apôtres » (1 Cor. IV, 9) ; « je suis le plus petit des Apôtres » (1 Cor. XV, 9). Ce sont là ses propres paroles, et s’il en a prononcé d’autres, qu’il veuille bien nous les rappeler ; car nous ne voulons pas lui faire injure, quoique ce ne soit pas faire injure à Paul que d’exalter la grâce de Dieu.
Toutefois, écoutons-le : « Je suis », dit-il, « le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé apôtre » ; voilà ce qu’il était. « Je ne suis pas digne d’être appelé apôtre » : pourquoi ? « Parce que j’ai persécuté l’Eglise de Dieu ». Et d’où lui est venu l’apostolat ? « Mais c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis ; et la grâce de Dieu n’a pas été vaine en moi, car j’ai plus travaillé que tous les Apôtres ».

§3.  De la grâce et des mérites dans la personne de saint Paul : 

Mais, ô grand Apôtre, voici que des hommes inintelligents se figurent que c’est encore Saul qui parle et qui dit : « J’ai plus travaillé qu’eux tous ». Il semble se louer, et cependant son langage est plein de vérité. Il a remarqué lui-même que ce qu’il venait de dire pouvait tourner à sa louange ; aussi, après avoir dit : « J’ai plus travaillé qu’eux tous », s’empresse-t-il d’ajouter : « Non pas moi, mais la grâce de Dieu avec moi ».
Son humilité a connu, sa faiblesse a tremblé, sa parfaite charité a confessé le don de Dieu.
O vous qui êtes rempli de grâce, qui êtes un 
vase d’élection, et qui avez été élevé à un rang dont vous n’étiez pas digne, dites-nous les secrets de la grâce en votre personne ; écrivez à Timothée et annoncez le jour de la justice : « Je suis déjà immolé », dit-il.
Nous venons de lire l’épître de saint Paul ; ce sont bien là ses propres paroles : « Je suis déjà immolé ». En d’autres termes : l’immolation m’attend, car la mort des saints est un véritable sacrifice offert à Dieu. « Je suis immolé, et le moment de ma dissolution approche. J’ai combattu le bon combat, j’ai consommé ma course, j’ai conservé la foi ; il ne me reste plus qu’à attendre la couronne de la justice, que Dieu me rendra en ce jour, en sa qualité de souverain juge ».
Celui par qui nous avons mérité nous rendra selon nos mérites ; Paul a été fait apôtre sans l’avoir mérité, et il ne sera pas couronné qu’il ne l’ait mérité. Parlant de la grâce qu’il avait reçue d’une manière absolument gratuite, il s’écrie : « Je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, mais c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis ». Au contraire, quand il exige ce qui lui est dû, il s’exprime en ces termes : « J’ai combattu le bon combat ; j’ai consommé ma course, j’ai conservé la foi, il ne me reste plus qu’à attendre la couronne de la justice ». Cette couronne m’est due ; et afin que vous sachiez qu’elle m’est due, je déclare « que Dieu me la rendra ». Il ne dit pas : Dieu me la donne, ou m’en gratifie, mais : « Dieu me la rendra en ce jour, en sa qualité de souverain juge ». Il m’a tout donné dans sa miséricorde, il me rendra dans sa justice.

§4. Conclusion en forme de prière :

Je vois, ô bienheureux Paul, à quels mérites vous est due la couronne ; en regardant ce que vous avez été, reconnaissez que vos mérites eux-mêmes ne sont que des dons de Dieu. Vous avez dit : « Je rends grâces à Dieu, qui nous donne la victoire par Notre-Seigneur Jésus-Christ. J’ai combattu le bon combat ; mais tout me vient de Dieu, qui fait miséricorde ». Vous avez dit : « J’ai conservé la foi » ; mais vous avez dit également : « J’ai obtenu miséricorde, afin que je sois fidèle ». Nous voyons donc que vos mérites ne sont que des dons de Dieu, et voilà pourquoi nous nous réjouissons de votre couronne.

Vitrail de la conversion de Saint Paul - détail

2020-12. Où, à l’occasion de la fête de Saint Antoine le Grand, nous sommes invités à découvrir le monastère implanté au lieu où vécut le « Père de tous les moines ».

17 janvier,
Fête de Saint Antoine le Grand (cf. > ici, > ici et > ici) ;
Mémoire de Saint Théodose 1er le Grand, empereur ;
Mémoire de Sainte Roseline de Villeneuve, vierge (cf. > ici) ;
Anniversaire de l’apparition de Notre-Dame à Pontmain (cf. > ici et > ici).

Icône copte 1777 détail - St Antoine le grand & St Paul ermite

Saint Antoine le Grand (à gauche) et Saint Paul ermite (à droite)
Détail d’une icône copte de 1777 (musée copte du Caire)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Si, fréquentant ce blogue depuis un certain temps, vous ne vous êtes pas encore rendus compte que, au Mesnil-Marie, nous avons une immense vénération et un amour très fort pour Saint Antoine le Grand, « père de tous les moines d’Orient et d’Occident », j’en conclurai que vous ne savez peut-être pas lire !!!

Je vous ai entretenus (cf. > ici) de Saint Paul, premier ermite, dont nous célébrons la fête le 15 janvier. Deux jours après, c’est la fête de Saint Antoine le Grand.
Après vous avoir « emmenés » l’année dernière à l’abbatiale de Saint-Antoine en Dauphiné (cf. > ici) où sont conservées les reliques du « Père des moines », j’ai le plaisir de vous faire voyager aujourd’hui jusqu’en Egypte, jusqu’au Monastère Saint-Antoine, construit dès après la mort du Saint à proximité de son ermitage.
Ce « voyage » est possible grâce à Benjamin Blanchard, cofondateur et directeur général de SOS Chrétiens d’Orient, dont l’amitié nous a valu les magnifiques clichés qui vont suivre, et grâce à Jérôme Cochet, chef de mission en Egypte pour cette association (que nous recommandons chaleureusement), rédacteur du texte que nous publions ci-dessous : qu’ils soient l’un et l’autre très vivement remerciés !

Ainsi que vous le verrez en lisant cette présentation du Monastère Saint-Antoine, ce lieu historique de la première communauté de moines, qui a fait l’objet de huit années de restauration (2002-2010), est aussi le lieu d’un intense renouveau spirituel. Ce nous est une grande joie que de l’apprendre.

Dieu est admirable en tous Ses saints. Mais Il l’est d’une manière très spéciale en Saint Antoine le Grand dont la postérité spirituelle ne se dément pas depuis plus de seize siècles et demi !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur  

Monastère Saint Antoine 1

Monastère de Saint-Antoine le Grand,
le phénix originel du monachisme chrétien.

A 3h de route du Caire, la capitale-mégalopole de l’Egypte et ses 23 millions d’habitants, le silence demeure roi en plein désert de la Mer Rouge.

Entre la ville tentaculaire et les plages bariolées d’hôtels et de résidences de villégiatures, se dresse à flanc de montagne un éden de murailles, de jardins, de clochers et d’églises millénaires. L’immensité aride du désert joue bien sûr sur l’isolement du lieu, mais plus encore les prières continuelles et mystiques ont rendu le Monastère de Saint-Antoine le Grand, un lieu incontournable pour toute la chrétienté !

Monastère Saint Antoine 2

Ici, dans le père de tous les monastères du monde chrétien, la quiétude et la beauté du lieu sont saisissantes dans une terre pourtant si inhospitalière : le thermomètre indique cinquante degrés à l’ombre l’été et peut descendre en dessous du 0 en hiver ; aucune végétation ne pousse hormis dans l’enceinte du monastère dans le potager et dans les jardins des moines.

C’est toutefois ici qu’Antoine le Grand, également connu comme Antoine l’Ermite ou Antoine d’Égypte s’isola au début du IVème siècle et devint le premier ermite, ou plutôt le second après Paul de Thèbes, un autre copte (voir la note en bas de page) de Haute-Egypte qui partit hors du monde pour contempler, comprendre, prier et adorer Dieu.

Si Antoine est vu comme le premier ermite moine dans la tradition chrétienne, c’est parce qu’à la mort de Paul, Antoine sur les conseils de ce dernier, commença à organiser la vie des premiers ermites qui étaient venus le rejoindre. Par ses conseils oraux, ses prières et surtout ses écrits sur des parchemins et des papyrus, il développa sans le savoir les premières règles du monachisme chrétien.

Monastère Saint Antoine 3

Ainsi et de manière chronologique, le monachisme s’est donc tout d’abord développé en Egypte dès le début du IVème siècle sous la forme érémitique avec saint Paul de Thèbes (234-347), la forme anachorétique avec saint Antoine le Grand (251-356) et la forme cénobitique avec saint Pacôme (276-439), disciple de saint Antoine le Grand et qui, le premier, institua la règle monastique laquelle, traduite par saint Jérôme, servit de base à saint Benoît pour les premières fondations monastiques en Europe. Rappelons aussi que c’est saint Athanase d’Alexandrie qui importa le premier le monachisme au sein de la ville de Rome ou encore que les premiers monastères d’Irlande furent fondés par sept moines venus d’Egypte…

L’âge d’or du monastère Saint-Antoine se situe entre 1230 et 1300, car c’est durant ce laps de temps que l’on y copie ou compose le plus de manuscrits en copte, grec, syriaque et arabe et que l’on consigne et retranscrit fidèlement les paroles et les papyrus anciens laissés par saint Antoine, saint Pacôme, saint Athanase ou encore saint Evagre.

En parallèle du cheminement monastique, l’Egypte, pays des pharaons subit la conquête arabo-musulmane dès le VIIème siècle. Relativement épargné, le monastère résiste à plusieurs attaques sporadiques de bandes armées mais connaît une période de déclin puis d’abandon total entre le XIVème et le XVIème siècles, suite aux pillages successifs puis aux massacres sans pitié des moines et à l’occupation des lieux par les troupes islamiques.

De nos jours, ce sont 120 moines et quelques 30 novices qui continuent de vivre selon l’exemple de saint Antoine. Accueillant pèlerins et visiteurs, ils travaillent à faire de ce lieu un havre de paix et de prières verdoyant et cela malgré toutes les périodes de déclin et de massacres.

Monastère Saint Antoine 4

Si nous faisons un petit retour en arrière, nous pouvons constater que le renouveau actuel prend racine au cours du XXème siècle : la communauté copte s’est peu à peu investie dans la vie politique du pays. En effet, en s’engageant de manière précoce dans l’indépendance de l’Egypte, les chrétiens d’Egypte ont pu obtenir une reconnaissance sociale et politique, tandis que dans le même temps, d’autres ont préféré participer à un renouveau spirituel global. Complété par la découverte de l’histoire copte en Europe et grâce à l’intérêt porté par l’archéologie égyptienne, les coptes ont entamé dès les années 20-30 leur renaissance identitaire. Cependant, la communauté copte n’a jamais été pleinement reconnue en Egypte : elle fait l’objet de discriminations et d’attaques régulières et, même si certains de ses membres ont acquis une relative célébrité, elle demeure peu représentée politiquement.

Dans les années 50-60, qui marquent l’apogée du renouveau spirituel pour la religion copte, une renaissance globale s’effectue sous les patriarcats des papes saint Cyril VI puis Chenouda III ; cela a une influence sur la vie quotidienne des coptes mais aussi sur l’art et l’architecture ecclésiastiques : la période est marquée par un retour aux origines.

Monastère Saint Antoine 5

En 1968, la Vierge Marie apparait au Caire pour plusieurs jours dans le quartier populaire de Zeitoun. Les apparitions sont reconnues par l’Eglise copte et l’Eglise catholique mais aussi par les musulmans d’Egypte… elles seront le point d’orgue de la renaissance copte. Les monastères du désert sont à nouveau habités et de nombreux coptes se font moines et prêtres. Ainsi, tandis qu’une partie de la communauté copte s’implique dans la vie publique du pays, une autre rejoint les anciens monastères et mène une vie ascétique dans le désert. Rappelons en effet que pour la majorité des coptes, la vie monacale est considérée comme moralement et spirituellement supérieure à toute autre vie. Mais ce mode de vie n’est pas le seul effet du renouveau religieux : les coptes redécouvrent d’anciennes traditions chrétiennes : le culte des saints antiques est renforcé par la découverte de reliques (en mai 1968, notamment, une partie des reliques de saint Marc sont rendues par l’Eglise romaine et de Venise sont déposées dans la crypte de la nouvelle cathédrale Saint-Marc d’Abbassiya au Caire), les monastères sont rénovés, embellis et agrandis pour accueillir les nouveaux moines, des cours de langue copte, d’iconographie et d’études bibliques sont crées par centaines à travers le pays pour former cette nouvelle génération de consacrés et de laïcs coptes…

Bénéficiant de ce renouveau et de cette renaissance, le monastère Saint-Antoine va dès les premiers temps attirer de nombreux nouveaux moines. De 10 moines dans les années 50, on en dénombre le double une décennie plus tard et donc plus de 120 de nos jours.

Monastère Saint Antoine 6

L’explosion des vocations sacerdotales et monastiques remplit séminaires et monastères et dure à présent sur trois générations. Les monastères quasi abandonnés où végétaient cinq à six moines il y a un demi-siècle en comptent maintenant en moyenne cent, cent cinquante ou même trois cents pour les plus imposants.

Partout, on agrandit avec de nouvelles ailes de cellules, de nouvelles églises et chapelles ou encore de nouveaux lieux d’accueils pour les pèlerins et autres personnes de passage. On relève des monastères en ruines depuis des siècles. Dans une Eglise où la hiérarchie épiscopale se compose uniquement de moines, il était vital et primordial d’assister à ce renouveau identitaire et spirituel, et sous l’impulsion donnée par le pape Chenouda III, les efforts soutenus quant à la formation des nouveaux moines portent désormais leurs fruits, l’Egypte, terres sacrée du christianisme et de l’humanité est toujours bénie, prête à accueillir de nouvelles vocations et de nouveaux prêtres.

Jérôme Cochet,
chef de mission en Egypte de SOS Chrétiens d’Orient

Jeunes en mission avec SOS Chrétiens d'Orient avec Jérôme Cochet

Jérôme Cochet, rédacteur de cet article (au second rang le 3ème en partant de la droite), chef de mission en Egypte, avec des jeunes bénévoles de SOS Chrétiens d’Orient

Note :
Le mot « copte » tire son origine de l’arabe « qibt », un mot lui-même issu d’une forme abrégée et altérée du grec « Aïgyptios » qui signifie « égyptien ». Les Coptes sont donc appelés « les Egyptiens ». Cette particularité linguistique s’est opérée lors du passage de l’Egypte sous la domination arabe en 641 : les Arabes se servaient de ce mot pour se distinguer, dans leur langue, des autochtones nouvellement conquis.
Toutefois, les envahisseurs Arabes étant de confession musulmane et les Coptes chrétiens, le mot « copte » a fini par désigner les Chrétiens égyptiens. D’un sens ethnique, le mot « copte » est donc progressivement passé à un sens religieux.
Par extension, le terme a été appliqué à tout ce qui ressortait de la vie religieuse des chrétiens d’Egypte. Aujourd’hui, même s’il est difficile d’avoir des statistiques fiables, on peut estimer que les Coptes représentent à peu près 15 à 20 % de la population égyptienne qui compte en 2019 plus de 100 millions d’habitants.

Monastère Saint Antoine 7

2020-11. De Saint Paul, premier ermite.

15 janvier,
Fête de Saint Paul, premier ermite.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La Sainte Eglise nous donne de célébrer, à la date du 15 janvier, la fête de Saint Paul, premier ermite. Il est aussi appelé Saint Paul de Thèbes.

C’est un saint aujourd’hui peu ou mal connu.
L’une des raisons en est, à notre époque de rationalisme où l’on remet très souvent en doute tout ce qu’il y a de merveilleux en le mettant sur le compte d’affabulations, que la vie de Saint Paul nous est connue essentiellement par le récit qu’en a fait Saint Jérôme (cf. > ici et > ici) et que ce récit contient des choses extraordinaires qui semblent totalement impossibles aux mentalités prétendument modernes.
Pensez donc : un homme qui vit dans le désert jusqu’à l’âge de cent-dix-huit ans ! Auquel un corbeau apporte quotidiennement pendant soixante ans un demi pain pour sa nourriture ! Et lorsque Saint Antoine le vient visiter, celui-ci rencontre en chemin un centaure puis un faune !
Aux âges de foi, cela ne posait pas de problèmes à ceux qui sont sûrs, selon la parole de l’ange Gabriel à la Très Sainte Vierge Marie, que « rien n’est impossible à Dieu ».
Je me souviens moi-même, lorsque j’étais jeune religieux et que j’avais découvert le récit de Saint Jérôme, avoir été copieusement moqué par un supérieur – lequel passait pour un homme de tradition ! – parce que j’accordais ma créance à ce récit ! Je lui avais alors demandé s’il considérait que Saint Jérôme, docteur de l’Eglise, était un menteur…

J’ai résolu de vous livrer ci-dessous ce texte de Saint Jérôme : j’en ai seulement omis l’introduction et la conclusion qui n’ont pas directement trait à la vie de Saint Paul.
En effet, Saint Jérôme commence par donner quelques anecdotes concernant les persécutions de Dèce (en 250) et de Valérien (en 257), qui déterminèrent le jeune Paul de Thèbes à partir dans le désert, et il termine par une exhortation au mépris des richesses et des mondanités.

Vous noterez que les détails du texte de Saint Jérôme ont été particulièrement bien retenus et illustrés par les peintres de la période baroque, dont j’ai reproduit ci-dessous quelques unes de mes toiles préférées représentant le premier ermite de l’histoire de l’Eglise.
Si l’on ne connaît pas la vie de Saint Paul écrite par Saint Jérôme (et résumée par Jacques de Voragine dans sa « Légende dorée »), ces tableaux sont pratiquement incompréhensibles à celui qui les regarde aujourd’hui.

Je souhaite qu’ils vous plaisent autant qu’à moi et qu’ils vous aideront à vénérer, aimer et développer quelque dévotion envers le grand et admirable Saint Paul ermite.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.   

Saint Paul ermite - José de Ribera

Saint Paul ermite, par José de Ribera (1591-1652)

« (…) Paul, n’étant âgé que de quinze ans et n’ayant plus ni père ni mère mais seulement une sœur déjà mariée, se trouva maître d’une grande succession en la basse Thébaïde. Il était fort savant dans les lettres grecques et égyptiennes, de fort douce humeur et plein d’un grand amour de Dieu.

La tempête de cette persécution éclatant de tous côtés, il se retira en une maison des champs assez éloignée et assez à l’écart.
Son beau-frère résolut de dénoncer celui qu’il était si obligé de cacher, sans que les larmes de sa femme, les devoirs d’une si étroite alliance ni la crainte de Dieu, qui du haut du ciel regarde toutes nos actions, fussent capables de le détourner d’un si grand crime ; et la cruauté qui le portait à cela se couvrait même d’un prétexte de religion.
Ce jeune garçon qui était très sage, ayant appris ce dessein et se résolvant à faire volontairement ce qu’il était obligé de faire par force, s’enfuit dans les déserts des montagnes pour y attendre que la persécution cessât. En s’y avançant peu à peu, et puis encore davantage, et continuant souvent à faire la même chose, enfin il trouva une montagne pierreuse au pied de laquelle était une grande caverne dont l’entrée était fermée avec une pierre, qu’il retira : regardant attentivement de tous côtés par cet instinct naturel qui porte l’homme à désirer de connaître les choses cachées, il aperçut au-dedans comme un grand vestibule qu’un vieux palmier avait formé de ses branches en les étendant et les entrelaçant les unes dans les autres, et qui n’avait rien que le ciel au-dessus de soi.
Il y avait là une fontaine très claire d’où il sortait un ruisseau, qui à peine commençait à couler qu’on le voyait se perdre dans un petit trou, et être englouti par la même terre qui le produisait. Il y avait aussi aux endroits de la montagne les plus difficiles à aborder diverses petites maisonnettes où l’on voyait encore des burins, des enclumes et des marteaux dont on s’était autrefois servi pour faire de la monnaie ; quelques mémoires égyptiens portent que ç’avait été une fabrique de fausse monnaie, durant le temps des amours d’Antoine et de Cléopâtre.

Saint Paul ermite - Carlo Dolci

Saint Paul ermite recevant son demi-pain quotidien d’un corbeau, par Carlo Dolci (1616-1686)

Notre saint, concevant de l’attrait pour cette demeure qu’il considérait comme lui ayant été présentée de la main de Dieu, y passa toute sa vie en oraisons et en solitude. Le palmier dont j’ai parlé lui fournissait tout ce qui lui était nécessaire pour sa nourriture et son vêtement ; ce qui ne doit pas passer pour impossible, puisque je prends à témoin Jésus-Christ et Ses anges que, dans cette partie du désert qui en joignant la Syrie tient aux terres des Arabes, j’ai vu parmi des solitaires un frère qui, étant reclus il y avait trente ans, ne vivait que de pain d’orge et d’eau bourbeuse, et un autre qui, étant enfermé dans une vieille citerne, vivait de cinq figues par jour. Je ne doute pas néanmoins que cela ne semble incroyable aux personnes qui manquent de foi parce « qu’il n’y a que ceux qui croient, à qui telles choses soient possibles ».

Mais pour retourner à ce que j’avais commencé de dire, il y avait déjà cent treize ans que le bienheureux Paul menait sur la terre une vie toute céleste. Antoine, âgé de quatre-vingt-dix ans (comme il l’assurait souvent), demeurant dans une autre solitude, il lui vint en pensée que nul autre que lui n’avait passé dans le désert la vie d’un parfait et véritable solitaire ; mais, alors qu’il dormait, il lui fut, la nuit, révélé en songe qu’il y en avait un autre, plus avant dans le désert, meilleur que lui, et qu’il se devait hâter d’aller voir.

Dès la pointe du jour ce vénérable vieillard, soutenant son corps faible et exténué avec un bâton qui lui servait aussi à se conduire, commença à marcher sans savoir où il allait ; et déjà le soleil, arrivé à son midi, avait échauffé l’air de telle sorte qu’il paraissait tout enflammé, sans que néanmoins il se pût résoudre à différer son voyage, disant en lui-même : « Je me confie en mon Dieu, et ne doute point qu’il ne me fasse voir son serviteur ainsi qu’il me l’a promis ».
Comme il achevait ces paroles, il vit un homme qui avait en partie le corps d’un cheval et était comme ceux que les poètes nomment hippocentaures. Aussitôt qu’il l’eut aperçu il arma son front du signe salutaire de la croix et lui cria : « Holà! en quel lieu demeure ici le serviteur de Dieu ?» Alors ce monstre, marmottant je ne sais quoi de barbare et entrecoupant plutôt ses paroles qu’il ne les proférait distinctement, s’efforça de faire sortir une voix douce de ses lèvres toutes hérissées de poil, et, étendant sa main droite, lui montra le chemin tant désiré. Puis en fuyant il traversa avec une incroyable vitesse toute une grande campagne, et s’évanouit devant les yeux de celui qu’il avait rempli d’étonnement. Quant à savoir si le diable pour épouvanter le saint avait pris cette figure, ou si ces déserts si fertiles en monstres avaient produit celui-ci, je ne saurais en rien assurer.

Francesco Guarino - 1642 - Saint Antoine et le centaure

Saint Antoine et le centaure, par Francesco Guarino (1611-1654)

Antoine, pensant tout étonné à ce qu’il venait de voir, ne laissa pas de continuer son chemin ; et à peine avait-il commencé à marcher qu’il aperçut dans un vallon pierreux un fort petit homme qui avait les narines crochues, des cornes au front et des pieds de chèvre. Ce nouveau spectacle ayant augmenté son admiration, il eut recours, comme un vaillant soldat de Jésus-Christ, aux armes de la foi et de l’espérance ; mais cet animal, pour gage de son affection, lui offrit des dattes pour le nourrir durant son voyage. Le saint s’arrêta et lui demanda qui il était. Il répondit : « Je suis mortel et l’un des habitants des déserts que les païens, qui se laissent emporter à tant de diverses erreurs, adorent sous le nom de faunes, de satyres et d’incubes. Je suis envoyé vers vous comme ambassadeur par ceux de mon espèce, et nous vous supplions tous de prier pour nous celui qui est également notre Dieu, lequel nous avons su être venu pour le salut du monde, et dont le nom et la réputation se sont répandus par toute la terre ».
A ces paroles ce sage vieillard et cet heureux pèlerin trempa son visage des larmes que l’excès de sa joie lui faisait répandre en abondance, et qui étaient des marques évidentes de ce qui se passait dans son cœur, car il se réjouissait de la gloire de Jésus-Christ et de la destruction de celle du diable, et admirait en même temps comment il avait pu entendre le langage de cet animal et être entendu de lui.
En cet état, frappant la terre de son bâton, il disait : « Malheur à toi, Alexandrie, qui adores des monstres en qualité de dieux ! malheur à toi, ville adultère qui es devenue la retraite des démons répandus en toutes les parties du monde. De quelle sorte t’excuseras-tu maintenant ? Les bêtes parlent des grandeurs de Jésus-Christ, et tu rends à des bêtes les honneurs et les hommages qui ne sont dus qu’à Dieu seul ! »
A peine avait-il achevé ces paroles que cet animal si léger s’enfuit avec autant de vitesse que s’il avait eu des ailes. S’il se trouve quelqu’un à qui cela semple si incroyable qu’il fasse difficulté d’y ajouter foi, il en pourra voir un exemple dont tout le monde a été témoin et qui est arrivé sous le règne de Constance, car un homme de cette sorte ayant été mené vivant à Alexandrie, fut vu avec admiration de tout le peuple ; et, étant mort, son corps, après avoir été salé, de crainte que la chaleur de l’été ne le corrompit, fut porté à Antioche pour le faire voir à l’empereur.

Mais, pour revenir à mon discours, Antoine, continuant à marcher dans le chemin où il s’était engagé, ne considérai autre chose que la piste des bêtes sauvages et la vaste solitude de ce désert, sans savoir ce qu’il devait faire ni de quel côté il devait tourner.
Déjà le second jour était passé depuis qu’il était parti, et il en restait encore un troisième afin qu’il acquit par cette épreuve une entière confiance de ne pouvoir être abandonné de Jésus-Christ. Il employa toute cette seconde nuit en oraisons, et à peine le jour commençait à poindre qu’il aperçut de loin une louve qui, toute haletante de soif, se coulait le long du pied de la montagne. Il la suivit des yeux et, lorsqu’elle fut fort éloignée, s’étant approché de la caverne et voulant regarder dedans, sa curiosité lui fut inutile, à cause de son obscurité qui était si grande que ses yeux ne la pouvaient pénétrer. Mais, comme dit l’Écriture « le parfait amour bannissant la crainte »,  après s’être un peu arrêté et avoir repris haleine, ce saint et habile espion entra dans cet antre en s’avançant peu à peu et s’arrêtant souvent pour écouter s’il n’entendrait point de bruit.
Enfin, à travers l’horreur de ces épaisses ténèbres, il aperçut de la lumière assez loin de là. Alors, redoublant ses pas et marchant sur des cailloux, il fit du bruit.
Paul l’ayant entendu, il tira sur lui sa porte qui était ouverte, et la ferma au verrou.

Visite de Saint Antoine à Saint Paul - David II Teniers

Visite de Saint Antoine à Saint Paul, par David II Teniers dit le jeune (1610-1690)

Antoine, se jetant contre terre sur le seuil de la porte, y demeura jusqu’à l’heure de sexte et davantage, le conjurant toujours de lui ouvrir et lui disant : « Vous savez qui je suis, d’où je viens, et le sujet qui m’amène. J’avoue que je ne suis pas digne de vous voir, mais je ne partirai néanmoins jamais d’ici jusqu’à ce que j’aie reçu ce bonheur. Est-il possible que, ne refusant pas aux bêtes l’entrée de votre caverne, vous la refusiez aux hommes ? Je vous ai cherché, je vous ai trouvé, et je frappe à votre porte afin qu’elle me soit ouverte : que si je ne puis obtenir cette grâce, je suis résolu de mourir en la demandant ; et j’espère qu’au moins vous aurez assez de charité pour m’ensevelir ».
« Personne ne supplie en menaçant et ne mêle des injures avec des larmes », lui répondit Paul. « Vous étonnez-vous donc si je ne veux pas vous recevoir, puisque vous dites n’être venu ici que pour mourir ?»

Ainsi Paul en souriant lui ouvrit la porte.
Alors, s’étant embrassés à diverses fois, ils se saluèrent et se nommèrent tous deux par leurs propres noms. Ils rendirent ensemble grâces à Dieu, et après s’être donné le saint baiser, Paul s’étant assis auprès d’Antoine, li lui parla en cette sorte : 
« Voici celui que vous avez cherché avec tant de peine, et dont le corps flétri de vieillesse est couvert par des cheveux blancs tout pleins de crasse ; voici cet homme qui est sur le point d’être réduit en poussière ; mais, puisque la charité ne trouve rien de difficile, dites-moi, je vous supplie, comment va le monde : fait-on de nouveaux bâtiments dans les anciennes villes ? Qui est celui qui règne aujourd’hui ? et se trouve-t-il encore des hommes si aveuglés d’erreur que d’adorer les démons ? »

Panneau central de retable - Saint-Antoine l'abbaye

Le corbeau apportant un pain entier à Saint Paul et Saint Antoine
(panneau central d’un retable du XVIIe siècle – église abbatiale, à Saint-Antoine l’abbaye – voir > ici)

Comme ils s’entretenaient de la sorte ils virent un corbeau qui, après s’être reposé sur une branche d’arbre, vint de là, en volant tout doucement, apporter à terre devant eux un pain tout entier. Aussitôt qu’il fut parti Paul commença à dire : « Voyez, je vous supplie, comme Dieu, véritablement tout bon et tout miséricordieux, nous a envoyé à dîner. Il y a déjà soixante ans que je reçois chaque jour de cette sorte une moitié de pain ; mais depuis que vous êtes arrivé, Jésus-Christ a doublé ma portion, pour faire voir par là le soin qu’Il daigne prendre de ceux qui, en qualité de Ses soldats, combattent pour Son service ».

Ensuite, ayant tous deux rendu grâces à Dieu, ils s’assirent sur le bord d’une fontaine aussi claire que du cristal, et voulant se déférer l’un à l’autre l’honneur de rompre le pain, cette dispute dura quasi jusqu’à vêpres : Paul insistant sur ce que l’hospitalité et la coutume l’obligeaient à cette civilité, et Antoine la refusant à cause de l’avantage que l’âge de Paul lui donnait sur lui. Enfin ils résolurent que chacun de son côté, prenant le pain et le tirant à soi, en retiendrait la portion qui lui demeurerait entre les mains. Après, en se baissant sur la fontaine et mettant leur bouche sur l’eau, ils en burent chacun un peu, et puis, offrant à Dieu un sacrifice de louanges, ils passèrent toute la nuit en prières.

Visite de Saint Antoine à Saint Paul - Diego Velasquez

Visite de Saint Antoine à Saint Paul, par Diego Velasquez (1599-1660)

Le jour étant venu, Paul parla ainsi à Antoine : « Il y a longtemps, mon frère, que je savais votre séjour en ce désert ; il y a longtemps que Dieu m’avait promis que vous emploieriez comme moi votre vie à Son service ; mais parce que l’heure de mon heureux sommeil est arrivé, et qu’ayant toujours désiré avec ardeur d’être délivré de ce corps mortel pour m’unir à Jésus-Christ, il ne me reste plus, après avoir achevé ma course, que de recevoir la couronne de justice, Notre-Seigneur vous a envoyé pour couvrir de terre ce pauvre corps, ou, pour mieux dire, pour rendre la terre à la terre ».
A ces paroles Antoine, fondant en pleurs et jetant mille soupirs, le conjurait de ne le point abandonner et de demander à Dieu qu’il lui tint compagnie en ce voyage ; à quoi il lui répondit : «Vous ne devez pas désirer ce qui vous est plus avantageux, mais ce qui est plus utile à votre prochain : il n’y a point de doute que ce ne vous fût un extrême bonheur d’être déchargé du fardeau ennuyeux de cette chair pour suivre l’agneau sans tache, mais il importe au bien de vos frères d’être encore instruits par votre exemple. Ainsi, si ce ne vous est point trop d’incommodité, je vous supplie d’aller quérir le manteau que l’évêque Athanase vous donna, et de me l’apporter pour m’ensevelir ».
Or si le bienheureux Paul lui faisait cette prière, ce n’est pas qu’il se souciât beaucoup que son corps fût plutôt enseveli que de demeurer nu, puisqu’il devait être réduit en pourriture, lui qui depuis tant d’années n’était revêtu que de feuilles de palmier entrelacées, mais afin que, Antoine étant éloigné de lui, il ressentit avec moins de violence l’extrême douleur qu’il recevrait de sa mort.

Antoine fut rempli d’un merveilleux étonnement de ce qu’il lui venait de dire de saint Athanase et du manteau qu’il lui avait donné ; et, comme s’il eût vu Jésus-Christ dans Paul et adorant Dieu résidant dans son cœur, il n’osa plus lui rien répliquer ; mais, pleurant sans dire une seule parole, après lui avoir baisé les yeux et les mains il partit pour s’en retourner à son monastère, qui fut depuis occupé par les Arabes ; et, bien que son esprit fit faire à son corps affaibli de jeûnes et cassé de vieillesse une diligence beaucoup plus grande que son âge ne le pouvait permettre, il s’accusait néanmoins de marcher trop lentement. Enfin après avoir achevé ce long chemin, il arriva tout fatigué et tout hors d’haleine à son monastère.

Deux de ses disciples qui le servaient depuis plusieurs années ayant couru au-devant de lui et lui disant : « Mon père, où avez-vous demeuré si longtemps ?» Il leur répondit : « Malheur à moi, misérable pécheur, qui porte si indignement le nom de solitaire ! J’ai vu Elie, j’ai vu Jean dans le désert, et, pour parler selon la vérité, j’ai vu Paul dans un paradis ».
Sans en dire davantage et en se frappant la poitrine il tira le manteau de sa cellule ; et ses disciples le suppliant de les informer plus particulièrement de ce que c’était, il leur répondit : « Il y a temps de parler et temps de se taire ».
Sortant ainsi de la maison sans prendre aucune nourriture, il s’en retourna par le même chemin qu’il était venu, ayant le cœur tout rempli de Paul, brûlant d’ardeur de le voir et l’ayant toujours devant les yeux et dans l’esprit, parce qu’il craignait, ainsi qu’il arriva, qu’il ne rendit son âme à Dieu durant son absence.

Saint Paul ermite - Mattia Preti

Saint Paul ermite, par Mattia Preti (1613-1699)

Le lendemain au point du jour, lorsqu’il y avait déjà trois heures qu’il était en chemin, il vit au milieu des troupes des anges et entre les chœurs des prophètes et des apôtres Paul, tout éclatant d’une blancheur pure et lumineuse, monter dans le ciel.
Soudain, se jetant le visage contre terre, il se couvrit la tête de sable et s’écria en pleurant : « Paul, pourquoi m’abandonnez-vous ainsi ? pourquoi partez-vous sans me donner le loisir de vous dire adieu ? Vous ayant connu si tard, faut-il que vous me quittiez si tôt ? »

Le bienheureux Antoine contait, depuis, qu’il acheva avec tant de vitesse ce qui lui restait de chemin qu’il semblait qu’il eût des ailes, et non sans sujet puisque, étant entré dans la caverne, il y vit le corps mort du saint qui avait les genoux en terre, la tête levée et les mains étendues vers le ciel.
Il crut d’abord qu’il était vivant et qu’il priait, et se mit de son côté en prières ; mais, ne l’entendant point soupirer ainsi qu’il avait coutume de le faire en priant, il s’alla jeter à son cou pour lui donner un triste baiser, et reconnut que, par une posture si dévote, le corps de ce saint homme, tout mort qu’il était, priait encore Dieu auquel toutes choses sont vivantes.

Ayant roulé et tiré ce corps dehors, et chanté des hymnes et des psaumes selon la tradition de l’Eglise catholique, il était fort fâché de n’avoir rien pour fouiller la terre, et pensant et repensant à cela avec inquiétude d’esprit, il disait : « Si je retourne au monastère il me faut trois jours pour revenir, et si je demeure ici, je n’avancerai rien : il vaut donc beaucoup mieux que je meure et que, suivant votre vaillant soldat, ô Jésus-Christ, mon cher maître, je rende auprès de lui les derniers soupirs ».
Comme il parlait ainsi en lui-même, voici deux lions qui, sortant en courant du fond du désert, faisaient flotter leurs longs crins dessus le cou. Ils lui donnèrent d’abord de la frayeur, mais, élevant son esprit à Dieu, il demeura aussi tranquille que s’ils eussent été des colombes.
Ils vinrent droit au corps du bienheureux vieillard et, s’arrêtant là et le flattant avec leurs queues, ils se couchèrent à ses pieds, puis jetèrent de grands rugissements pour lui témoigner qu’ils le pleuraient en la manière qu’ils le pouvaient. Ils commencèrent ensuite à gratter la terre avec leurs ongles, en un lieu assez proche de là, et, jetant, à l’envi le sable de côté et d’autre, firent une fosse capable de recevoir le corps d’un homme.
Aussitôt après, comme s’ils eussent demandé récompense de leur travail, ils vinrent, en remuant les oreilles et la tête basse, vers Antoine, et lui léchaient les pieds et les mains. Il reconnut qu’ils lui demandaient sa bénédiction, et soudain, rendant des louanges infinies à Jésus-Christ de ce que même les animaux irraisonnables avaient quelque sentiment de la divinité, il dit : « Seigneur, sans la volonté duquel il ne tombe pas même une seule feuille des arbres ni le moindre oiseau ne perd la vie, donnez à ces lions ce que vous savez leur être nécessaire ». Après, leur faisant signe de la main, il leur commanda de s’en aller.

Velasquez - Détail - funérailles de Saint Paul

Vélasquez : Saint Antoine prépare la sépulture de Saint Paul tandis que deux lions creusent la tombe
(détail de l’arrière-plan de la visite de Saint Antoine à Saint Paul)

Lorsqu’ils furent partis il courba ses épaules affaiblies par la vieillesse sous le fardeau de ce saint corps, et, l’ayant porté dans la fosse, jeta du sable dessus pour l’enterrer selon la coutume de l’Eglise.
Le jour suivant étant venu, ce pieux héritier, ne voulant, rien perdre de la succession de celui qui était mort sans faire de testament, prit pour soi la tunique qu’il avait tissue de ses propres mains avec des feuilles de palmier, en la même sorte qu’on fait des paniers d’osier, et retournant ainsi à son monastère, il conta particulièrement à ses disciples tout ce qui lui était arrivé.
Et aux jours solennels de Pâques et de la Pentecôte, il se revêtait toujours de la tunique du bienheureux Paul (…)».

 Saint Jérôme, in « Vie de Saint Paul ermite »

Saint Paul ermite - José de Ribera 1647

Saint Paul ermite, par José de Ribera (1591-1652)

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