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2026-110. De la communion spirituelle.

Mercredi dans l’octave du Saint-Sacrement.

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       La communion spirituelle, appelée aussi parfois « communion de désir », est probablement du nombre des plus puissants et aussi des plus faciles parmi les moyens de sanctification à notre portée – tous les jours et à chaque instant du jour -, mais il est peut-être aussi l’un des plus ignorés, spécialement à notre époque.
Déjà au XVIIIème siècle Saint Léonard de Port-Maurice s’exclamait avec tristesse :

   « O salutaire communion spirituelle ! Trésor caché et connu de bien peu de chrétiens… Autant vous êtes précieuse, autant vous êtes peu connue, et surtout peu pratiquée des chrétiens de nos jours ! »

   Depuis des siècles, les grands spirituels, de très nombreux saints, des docteurs de l’Eglise, des pontifes – jusqu’au Vénérable pape Pie XII -, et même le concile de Trente ont enseigné et recommandé sa pratique : on ne peut donc qu’être frappé par l’ignorance de tant de fidèles à son sujet et, en conséquence, par cette négligence d’une pratique de dévotion si fructueuse, qui peut être accomplie par tous, tandis que la communion sacramentelle exige des dispositions de corps et d’âme qui rendent parfois nécessaire que l’on s’en abstienne.

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I – Qu’est-ce que la communion spirituelle ?

   On appelle communion spirituelle un acte intérieur d’union à Notre-Seigneur Jésus-Christ réellement et substantiellement présent dans la Sainte Eucharistie, réalisée non par la réception du sacrement, mais par le désir de cette réception :

   « Elle consiste dans un ardent désir de se nourrir du Pain céleste, avec une foi vive qui agit par la charité et qui nous rend participants des fruits et des grâces du Sacrement » (concile de Trente, session XIII, ch. 8).

II- Quels éléments comporte la communion spirituelle ?

   Elle est constituée essentiellement par un désir.
Avec sa précision coutumière, Saint Thomas d’Aquin affirme que l’effet du sacrement peut être réalisé dans l’âme, même si l’on reçoit la Sainte Eucharistie seulement en désir, comme c’est le cas dans la communion spirituelle.
C’est aussi ce qu’enseigne Saint François de Sales :

   « Quand vous ne pourrez pas avoir ce bien de communier réellement à la Sainte Messe, communiez au moins de cœur et d’esprit, vous unissant par un ardent désir à cette chair vivifiante du Sauveur » (Introduction à la vie dévote, chap. 21).

   C’est un désir explicite du sacrement, inspiré par la charité.
La communion spirituelle requiert l’état de grâce. Nous verrons les conséquences de cette condition pour les effets de la communion spirituelle.
Quant aux dispositions qu’implique cette foi vive, cette charité, dont parle le concile de Trente, ce sont celles qui sont indiquées ci-dessous et dont les formules remplissent les livres de piété sous la rubrique : « actes avant et après la sainte communion ».

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III- La valeur de la communion spirituelle repose sur deux principes :

   -III a. Premier principe : la foi en la présence de Notre-Seigneur Jésus- Christ dans le Saint-Sacrement de l’Eucharistie comme source de vie, d’amour et d’unité.
On ne peut bien comprendre le désir de la Sainte Eucharistie, si on n’accepte pas le principe de sa valeur sanctifiante : c’est parce que l’on croit à la Présence réelle et vivifiante du Christ dans l’Eucharistie, qu’on désire recevoir le sacrement. C’est parce que l’on croit au caractère spécial de ce sacrement, qui est d’augmenter la vie de la grâce, d’intensifier la charité, de fortifier l’unité qui nous lie au Corps Mystique, que l’on désire cette union au Christ. C’est parce que l’Eucharistie, selon la promesse de Notre-Seigneur, est le Pain de l’âme, un aliment de vie, une nourriture spirituelle, que l’on veut effectivement s’en nourrir.
Les textes de la liturgie catholique nous rappellent à tout moment – très particulièrement dans les oraisons « secrète » et « postcommunion » des Messes – et déclinent ce caractère propre du sacrement.

   -III b. Deuxième principe : l’efficacité du désir peut suppléer l’acte sacramentel.
C’est un principe admis par les théologiens qu’en beaucoup de cas le désir supplée l’acte, quand celui-ci ne peut être accompli en lui-même. Par le désir, la communion est en quelque sorte accomplie ; sans doute elle ne l’est pas matériellement mais le désir atteint la réalité sans passer par le signe sacramentel.
Ainsi, l’âme qui tend ardemment à s’unir à la vie du Christ-Sauveur dans la Sainte Eucharistie la trouve, par Sa grâce, car Notre-Seigneur ne saurait manquer à ceux qui Le cherchent.

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IV- Quels sont les effets de la communion spirituelle ?

   Les effets produits par la communion spirituelle sont semblables à ceux de la communion eucharistique : augmentation de la grâce sanctifiante, grâces d’amour, de vie, de pureté, d’unité.

   On rapporte de Sainte Angèle de Mérici que lorsqu’on ne lui permettait pas la réception de la sainte communion (en un temps où la communion quotidienne était très exceptionnelle), elle y suppléait par de fréquentes communions spirituelles dans le cours de la Sainte Messe, et elle se sentait parfois inondée de grâces semblables à celles qu’elle aurait reçues si elle avait communié sous les espèces sacramentelles.

   Ces effets peuvent parfois être supérieurs à ceux produits par la communion sacramentelle, si les dispositions de l’âme sont très pures et très ferventes : 

   « Il peut arriver que vous fassiez cette communion spirituelle avec une telle ferveur, que vous méritiez au moins autant de grâces qu’on en obtient par la communion sacramentelle », écrit le Vénérable Louis Dupont s.j.

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V- Comment la communion spirituelle doit-elle être pratiquée ?

   Les actes de la communion spirituelle sont du même ordre que ceux qui précèdent, accompagnent et suivent la communion sacramentelle. Ils sont bien décrits dans ce texte :

   « Toute personne pieuse doit d’abord concevoir un sincère repentir de ses péchés et purifier par cette douleur le tabernacle de son cœur, où elle désire recevoir et faire reposer le divin Sauveur.
Ensuite elle fera un acte de foi vive sur la Présence réelle de Jésus-Christ dans cet auguste Mystère.
Puis elle considérera la grandeur et la majesté de ce Dieu caché sous le voile des Saintes Espèces : qu’elle réfléchisse à l’amour immense, à la grande bonté avec lesquels Il désire S’unir à nous ; qu’elle jette aussi ses regards sur sa faiblesse et sa propre misère.

   Après ces considérations elle doit faire des actes d’humilité et de désir : d’humilité, à la vue de sa propre indignité ; de désir, à cause de l’amabilité infinie de Dieu.

   Enfin, puisqu’il ne lui est pas donné de s’unir à son bon Sauveur par la réception réelle de l’Eucharistie, qu’elle s’en approche en esprit et s’unisse à Lui par le doux lien d’un amour paisible et tranquille.

   Elle terminera la communion spirituelle en remerciant et en louant le Seigneur ; car, quoique Jésus-Christ ne soit pas descendu sacramentellement dans son cœur, il était cependant bien disposé à cette union d’amour et la désirait avec toute l’ardeur de la charité. Elle Lui demandera donc les grâces dont elle se reconnait indigne, et s’appliquera sérieusement à produire les actes qu’elle a coutume de faire après la réception de cette nourriture divine » (Jean-Baptiste Scaramelli s.j. , « Méthode de direction spirituelle »).

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Prière de Saint Alphonse-Marie de Ligori

pour la communion spirituelle :

   Mon Jésus,
je crois à Votre Présence
dans le Très Saint Sacrement.
Je Vous aime plus que toute chose
et je desire que Vous veniez dans mon âme.

   Je ne puis maintenant Vous recevoir sacramentellement dans mon coeur :
venez-y au moins spirituellement.

   Je Vous embrasse comme si Vous étiez déjà venu,
et je m’unis à Vous tout entier.

   Ne permettez pas que j’aie jamais
le malheur de me séparer de Vous.

Ainsi soit-il !

gravure de missel - fête-Dieu

2026-109. La question centrale concernant la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (par S.Exc. Mgr. Athanasius Schneider).

Vendredi 5 juin 2026,
Premier vendredi du mois ;
Fête de Saint Boniface de Mayence, évêque et martyr ;
Vendredi dans l’octave du Saint-Sacrement.

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       Moins d’un mois avant les Sacres annoncés par la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), la dernière intervention publique de Son Excellence Monseigneur Athanasius Schneider a été publiée ce jeudi 4 juin 2026 par la vaticaniste Diane Montagna sur son blog Substack.
Nous en avons eu connaissance par le site américain LifeSiteNews et nous avons choisi d’en publier intégralement ci-dessous la traduction française (qui a été générée par un traducteur automatique).
Nous sommes infiniment reconnaissants à Son Excellence Monseigneur Schneider pour son courage et sa lucidité, sa charité et sa pertinence.

Monseigneur Athanasius Schneider

Son Excellence Monseigneur Athanasius Schneider.

   Les questions et problèmes relatifs à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) font l’objet d’un débat largement stérile depuis plus de cinquante ans et ont abouti aux consécrations épiscopales annoncées, qui n’ont pas encore été approuvées par le Saint-Siège. Ce débat, souvent alimenté par l’émotion – parfois littéralement « cum ira et studio » –, est fréquemment mené par des personnes qui ne connaissent pas directement les documents pertinents ni n’ont d’expérience personnelle de la FSSPX. Dans bien des cas, leurs connaissances sont superficielles et influencées par des préjugés. De ce fait, le débat ressemble souvent à un dialogue de sourds, où les mêmes arguments sont répétés indéfiniment sans aucun progrès significatif.

   De plus, le débat élude largement la question centrale soulevée par la FSSPX. Cet échec découle d’une erreur méthodologique fondamentale et d’un manque de justification factuelle concernant les ambiguïtés doctrinales et liturgiques objectives qui sont au cœur de la controverse. Au fond, le conflit porte sur la question de la vérité.

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1. Vatican II dans le contexte des vingt autres conciles œcuméniques :

   La première erreur consiste à traiter un concile pastoral – en l’occurrence, le Concile Vatican II – comme s’il était entièrement dogmatique, et à présumer que toutes ses déclarations doivent être considérées comme définitives et contraignantes pour tous les catholiques. Ceux qui agissent ainsi oublient que Paul VI lui-même a déclaré : « Certains se demandent quelle autorité, quelle qualification théologique le Concile a entendu donner à ses enseignements, sachant qu’il s’est gardé d’émettre des définitions dogmatiques solennelles remettant en cause l’infaillibilité du Magistère ecclésiastique ». La réponse est connue de quiconque se souvient de la déclaration conciliaire du 6 mars 1964, réitérée le 16 novembre 1964 : compte tenu du caractère pastoral du Concile, il s’est abstenu de prononcer, de manière extraordinaire, des dogmes revêtus de la note d’infaillibilité. » (Audience générale, 12 janvier 1966). Cela s’applique également aux deux constitutions « dogmatiques » du Concile, Dei Verbum et Lumen gentium, puisque l’adjectif « dogmatique » possède un sens plus large et ne se limite pas aux dogmes compris comme des enseignements dotés d’infaillibilité.

   Parmi les vingt autres conciles œcuméniques, on trouve de nombreuses déclarations et documents pastoraux ou disciplinaires qui ne sont plus applicables aujourd’hui (par exemple, le décret du quatrième concile du Latran stipulant : « Si un seigneur temporel néglige de purifier son territoire de la souillure hérétique, il sera excommunié »), ainsi que des déclarations doctrinales non définitives (par exemple, sur la matière et la forme du sacrement de l’Ordre, du concile de Florence) qui ont été ultérieurement corrigées par le Magistère de l’Église. On ne saurait absolutiser toute forme historique concrète de leadership ecclésiastique, car cela reviendrait à supprimer la distinction nécessaire entre, d’une part, les vérités immuables et éternelles de la foi (Depositum Fidei) et, d’autre part, les divers modes de transmission de ces vérités (par exemple, une déclaration pastorale, une déclaration doctrinale non définitive ou une définition ex cathedra), chacun ayant un degré d’autorité et de force contraignante différent.

   Aujourd’hui, cependant, pour être en pleine communion avec le Saint-Siège, il faut accepter les affirmations et les enseignements pastoraux de Vatican II, qui, de par leur nature magistérielle, ne sont pas définitifs. Ceci soulève une question importante : pourquoi l’acceptation inconditionnelle des textes de Vatican II est-elle présentée comme une condition sine qua non à la pleine communion avec le Saint-Siège, alors qu’aucune exigence comparable n’existe concernant les enseignements pastoraux, disciplinaires ou non définitifs des vingt conciles œcuméniques précédents ?

   Parmi les enseignements non définitifs de Vatican II, il en existe plusieurs — notamment ceux concernant la liberté religieuse, l’œcuménisme, le dialogue interreligieux et la collégialité — dont les formulations sont ambiguës et difficiles à concilier avec les doctrines enseignées de manière constante par le Magistère depuis l’époque des Pères de l’Église jusqu’à la période qui a immédiatement précédé le Concile.

   Se pose également la question des carences rituelles et doctrinales du Novus Ordo Missae. Ces préoccupations ne peuvent plus être écartées d’emblée, comme en témoigne, par exemple, l’archimandrite Boniface Luykx dans son ouvrage « A Wider View of Vatican II: Memories and Analysis of a Council Consultor » (Angelico Press, Brooklyn, NY, 2025). Les défauts du Novus Ordo Missae demeurent un sujet de débat sérieux et ne sauraient être passés sous silence. Néanmoins, le Saint-Siège demande à la FSSPX d’accepter non seulement la validité, mais aussi la légitimité et la bonté de la réforme liturgique du Novus Ordo Missae.

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2. Deux excès modernes dans la vie de l’Église : le légalisme et le papacentrisme.

   La résolution de la question de la FSSPX est entravée non seulement par une réticence à aborder, avec honnêteté intellectuelle, les questions doctrinales sous-jacentes et à reconnaître l’existence d’ambiguïtés doctrinales nécessitant une correction, mais aussi par une mentalité malsaine qui s’est développée au sein de l’Église au cours des derniers siècles : à savoir, la primauté du légalisme ou du positivisme juridique, associée à un papacentrisme excessif qui frôle une quasi-divinisation de la fonction et de la personne du pape.

   Ces exagérations modernes dénaturent et restreignent la vie de l’Église en subordonnant la primauté de la pureté et de la clarté de la foi et de la liturgie aux exigences du légalisme et du papacentrisme – un phénomène étranger aux Pères de l’Église et à la grande tradition. Dans cette forme exacerbée de papacentrisme, le Pape et son magistère, même lorsqu’ils ne sont pas strictement dogmatiques ou définitifs, tendent à être considérés comme possédant un caractère absolu et quasi divin. Le climat ecclésial a souvent été façonné, au moins implicitement, par des conceptions qui se rapprochent de telles attitudes.

   La plupart des commentateurs de la controverse actuelle sur les consécrations épiscopales de la FSSPX restent, souvent inconsciemment, influencés par les excès de légalisme et le papisme exacerbé qui caractérisent une grande partie de la vie ecclésiale contemporaine. La loi selon laquelle les consécrations épiscopales effectuées sans autorisation papale – ou contrairement à la volonté exprimée du Pape – constituent un acte schismatique était étrangère à l’époque des Pères de l’Église. En effet, cette loi n’est entrée en vigueur qu’au deuxième millénaire. Le canon 1387 du Code de droit canonique de 1983, qui interdit la consécration d’un évêque sans mandat pontifical, est classé parmi les « offenses contre les sacrements », et non parmi les « offenses contre la foi et l’unité de l’Église », où le schisme est sanctionné (can. 1364). Si la consécration épiscopale sans mandat pontifical était intrinsèquement schismatique, elle serait classée parmi les offenses « contre l’unité de l’Église ». Le canon correspondant du Code de 1917 a également été inclus parmi les « Délits dans l’administration et la réception des ordres et autres sacrements » (Titre XVI), plutôt que parmi les « Délits contre la foi et l’unité de l’Église » (Titre XI).

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3. L’état de crise extraordinaire, voire d’urgence, au sein de l’Église :

   Depuis le Concile Vatican II, l’Église catholique traverse une période d’ambiguïté, de flou et d’incertitude concernant des doctrines essentielles telles que l’unicité du Christ Rédempteur, l’unicité de l’Église catholique, la structure monarchique instituée par Dieu (aux niveaux universel et local) et le caractère sacrificiel de la Sainte Messe. Il est indéniable que ceux qui ont exercé le pouvoir administratif au Saint-Siège ces dernières décennies, et qui l’exercent encore aujourd’hui, exigent de la FSSPX, comme  condition sine qua non  à la pleine communion avec le Saint-Siège, l’acceptation de ce climat de fait d’ambiguïté et de relativisme doctrinal et liturgique, qui a atteint son paroxysme avec le processus synodal actuel, extrêmement confus, au sein de toute l’Église. Depuis le Concile, et compte tenu de certains enseignements ambigus mentionnés, un processus est en cours pour établir, avec l’autorité du Pontife romain, une prétendue « Église de Vatican II » ou « Église conciliaire ». Ce courant, aujourd’hui désigné sous le nom d’« Église synodale », vise fondamentalement à devenir une religion relativiste adaptée au monde. Les tentatives visant à masquer cette nouvelle tendance vers une forme ambiguë, relativiste et mondaine de l’Église catholique par une herméneutique de la continuité sont malhonnêtes et peu convaincantes.

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4. Le dilemme de conscience de la FSSPX :

   Le Saint-Siège exige de la FSSPX qu’elle accepte des doctrines formulées de manière ambiguë et non définitive comme  condition sine qua non  à la pleine communion avec lui et à la régularisation canonique. Il s’agit notamment d’enseignements concernant la liberté religieuse, l’œcuménisme, le dialogue interreligieux (y compris, par exemple, l’affirmation de Lumen Gentium  16 selon laquelle les musulmans, avec les catholiques, « adorent le Dieu unique et miséricordieux »), la collégialité épiscopale (entendue d’une manière qui diminue la structure monarchique de l’Église, instituée par Dieu), et les réformes liturgiques liées au Novus Ordo Missae. Le Saint-Siège exige également de la FSSPX qu’elle reconnaisse formellement les déclarations et les enseignements des papes post-conciliaires appartenant au magistère dit authentique et quotidien. Parmi ceux-ci figurent, par exemple, certaines déclarations d’Amoris Laetitia qui sapent gravement, voire contredisent, la Révélation divine ; l’autorisation formelle du pape François permettant aux personnes divorcées et remariées de recevoir la sainte communion ; et la Déclaration sur les bénédictions pour les couples de même sexe, Fiducia Supplicans.2026-109. La question centrale concernant la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (par S.Exc. Mgr. Athanasius Schneider). dans Annonces & Nouvelles

   Si l’on examine avec une honnêteté intellectuelle la crise extraordinaire qui a frappé l’Église depuis le Concile – ainsi que les ambiguïtés et le relativisme doctrinal, liturgique et pastoral qui l’ont accompagnée –, alors l’existence et l’activité de la FSSPX peuvent être considérées, dans une perspective à long terme et à la lumière des deux mille ans d’histoire de l’Église, comme une œuvre de la divine providence et comme une source d’assistance pour l’Église durant une crise d’une ampleur sans précédent.

   A la lecture des documents récemment publiés par le Supérieur général de la FSSPX, le Père Davide Pagliarani, et notamment la Déclaration de foi catholique  et son Message à la Fraternité et à ses fidèles (ci-joints), on ne peut manquer de constater un esprit profondément catholique, imprégné d’une foi véritable dans la primauté papale et d’une dévotion filiale envers la personne du Souverain Pontife.

   Le problème auquel est confrontée la FSSPX n’est pas difficile à comprendre. Le Saint-Siège exige qu’elle accepte, sans objection majeure, certains enseignements objectivement ambigus et imprécis du Concile Vatican II, des déclarations ambiguës du magistère pontifical post-conciliaire, ainsi que des failles doctrinales et rituelles objectives dans le Novus Ordo. Or, Dieu n’a jamais exigé l’acceptation de doctrines obscures ou formulées de manière ambiguë, et l’Église, tout au long de son histoire, a toujours agi en conséquence.

   La FSSPX considère comme une raison d’être essentielle d’appeler, avec parrêsia , à un retour à la clarté et à la pureté absolues de la doctrine que l’Église s’est toujours efforcée de préserver à travers les siècles. Par le passé, les pontifes romains ont enduré persécution, martyre et même schismes plutôt que de tolérer la moindre ambiguïté dans l’expression de la foi. Parmi les exemples les plus notables figurent le rejet du terme ambigu « homoiousios » ; le rejet de l’Hénotikon qui, bien que non formellement hérétique, a néanmoins nui à la clarté de la doctrine christologique et facilité la propagation du monophysisme ; et le rejet des formulations christologiques ambiguës du pape Honorius Ier (+638). Plusieurs papes ont condamné Honorius Ier à titre posthume, non pour hérésie, mais pour ambiguïté doctrinale et pour avoir contribué à la propagation de l’hérésie. L’unité n’est pas, en soi, le critère ultime de la vérité. L’histoire de l’Église connaît de nombreuses situations où des tensions ont existé entre la tradition et l’exercice effectif de l’autorité ecclésiastique.

   Le fait même que certains enseignements du Concile Vatican II, conjugués à la réforme liturgique, aient engendré – et continuent d’engendrer, tant en théorie qu’en pratique – un affaiblissement de la clarté doctrinale oblige le Pape, à l’exemple de nombre de ses prédécesseurs héroïques, à clarifier et, le cas échéant, à corriger ces enseignements. Il convient de le faire avec une précision et une clarté doctrinales renouvelées, afin qu’aucune interprétation ambiguë ou erronée ne puisse subsister. À cet égard, le principe suivant, qui a longtemps guidé les pontifes romains, demeure plus pertinent que jamais : « L’ambiguïté ne saurait être tolérée dans un synode (concile), dont la principale gloire consiste avant tout à enseigner la vérité avec clarté et à exclure tout risque d’erreur » (Pie VI, Auctorem fidei ).

   Le drame de la situation actuelle réside dans le fait que le Saint-Siège exige de la FSSPX qu’elle accepte l’ambiguïté doctrinale et liturgique actuelle comme condition sine qua non à la pleine communion et à la régularisation canonique. Lors de la controverse monothélite, lorsque le pape Honorius Ier adopta une position ambiguë, le saint patriarche Sophronius de Jérusalem envoya à Rome son suffragant, Étienne, évêque de Dor, lui recommandant de se rendre auprès du Siège apostolique, où se trouvent les fondements de la doctrine orthodoxe, et de ne cesser de prier et de supplier jusqu’à ce que les autorités compétentes examinent et condamnent cette nouvelle erreur. L’évêque Étienne demeura à Rome pendant dix ans, persévérant dans cette mission jusqu’à ce qu’il soit témoin de la condamnation de l’hérésie par le pape Martin Ier au concile de Latran de 649. D’une certaine manière, la FSSPX remplit aujourd’hui un rôle similaire, exhortant sans cesse le Saint-Siège à mettre fin à cette situation d’ambiguïté et d’incertitude doctrinales et liturgiques. La FSSPX a maintes fois affirmé n’avoir d’autre intention que de former les âmes confiées à sa charge pastorale à devenir de bons chrétiens et de véritables fils et filles de l’Église romaine. En définitive, il convient d’être reconnaissant à la FSSPX pour ce rôle, et les futurs papes le seront assurément.

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5. La solution pastorale du pape au problème de la FSSPX :

   Le Saint-Siège devrait accorder toute l’attention requise à la  Déclaration de foi catholique  et au  Message aux fidèles publiés par le Supérieur général de la FSSPX, et reconnaître ces documents et actes comme suffisants et satisfaisant aux conditions minimales requises pour la communion ecclésiale. Une excommunication à l’heure actuelle ouvrirait une nouvelle blessure, inutile et évitable, au sein du Corps mystique du Christ.

   A la lumière de ces documents et actes de la FSSPX, le Pape, avec sa compassion paternelle, pourrait faire une exception et autoriser les consécrations épiscopales par un geste pastoral d’une grande générosité. En excommuniant les évêques consécrateurs et consacrés, le Souverain Pontife punirait implicitement les fidèles de la FSSPX – une partie de son troupeau – qui l’aiment et le reconnaissent sincèrement, mais qui, confrontés à un véritable dilemme de conscience, n’ont d’autre choix que de continuer à recevoir l’assistance pastorale de la FSSPX, dont l’épiscopat demeure indispensable à l’existence, notamment pour l’administration des sacrements de l’Ordre et de la Confirmation.

   Par conséquent, uniquement pour le salut des âmes et le bien de l’Église, la FSSPX demande au Souverain Pontife de faire preuve de compréhension, dans les circonstances actuelles, quant à son besoin d’avoir des évêques et d’autoriser les consécrations épiscopales. Malheureusement, malgré ce qu’elle considère comme un dilemme de conscience objectif, la FSSPX est, pour la plupart, perçue comme schismatique et orgueilleuse.

   Dans un esprit de magnanimité, le Souverain Pontife, en véritable père, pourrait établir un dialogue avec la FSSPX, cette partie de son troupeau, et autoriser, à titre exceptionnel, les consécrations épiscopales afin de favoriser un climat propice à une recherche patiente et progressive, fondée sur une confiance mutuelle accrue, des solutions aux questions doctrinales et aux arrangements juridiques correspondants. L’Église synodale de notre temps devrait être capable d’une telle ouverture pastorale et d’une telle générosité. À la lumière des nombreuses déclarations et initiatives œcuméniques généreuses de ces dernières décennies, elle devrait également démontrer sa capacité à aborder un grave problème ecclésial par le dialogue, la patience et la compréhension au sein même de l’Église catholique.

   Récemment, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican, a affirmé que, concernant les divergences des évêques allemands, le Saint-Siège ne souhaite pas que les divisions dégénèrent en mesures punitives, soulignant que les problèmes au sein de l’Église doivent, chaque fois que cela est possible, être résolus pacifiquement. Pourquoi cette approche ne serait-elle pas également appliquée à la FSSPX, qui ne renie aucun dogme, reconnaît la primauté du Pape, prie pour lui et lui professe une dévotion filiale, tout en conservant uniquement ce que l’Église a cru et célébré universellement jusqu’au Concile ? Parallèlement, le Chemin synodal allemand a avancé des déviations doctrinales manifestes qui promeuvent de facto des hérésies, voire des positions blasphématoires. Dès lors, pourquoi privilégier la réconciliation et le dialogue patient dans un cas et pas dans l’autre ?

   Si, cette année, le Pape prononçait une excommunication, un nouvel anathème, contre les évêques consacrants et consacrés, cela resterait dans l’histoire de l’Église comme une erreur d’une sévérité pastorale excessive. Les générations futures et les papes futurs le regretteraient. Pourquoi le Pape devrait-il faire aujourd’hui ce que les générations futures pourraient déplorer demain ? Ne devrions-nous pas tirer les leçons de l’histoire ? Le Pape, en tant que Souverain Pontife, n’est-il pas appelé avant tout à être un bâtisseur de ponts ?

Pièces jointes :

1) Entretien avec le Supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X du 5 février 2026 : https://fsspx.news/en/news/interview-superior-general-priestly-society-saint-pius-x-57064
2) Message aux fidèles et amis de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X du 7 mars 2026 :  https://fsspx.org/en/news/episcopal-consecrations-what-fr-pagliarani-told-members-society-saint-pius-x-59250
3) Déclaration de foi catholique adressée à Sa Sainteté le pape Léon XIV par le père Davide Pagliarani, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, le 14 mai 2026 :  https://sspx.org/sites/default/files/documents/2026-05-14_declaration_of_catholic_faith_en.pdf

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2026-108. Méditation proposée pour la fête du Très-Saint-Sacrement.

Jeudi après le dimanche de la Sainte Trinité :
Fête du Très-Saint-Sacrement.

Adoration du Très Saint Sacrement

Présence de Dieu :

« O Pain Vivant, qui caches mon Trésor,
prosterné devant Toi, je T’adore ! »
                                      (Saint Jean de la Croix – poésies).

Méditation :

       1 – D’étape en étape, nous sommes montés, au cours de l’année liturgique, de la considération des mystères de la vie de Jésus, jusqu’à la contemplation de la Très Sainte Trinité, dont nous avons célébré la fête dimanche dernier. Jésus, notre Médiateur, notre vie, nous a pris par la main et nous a conduits vers la Trinité ; et, aujourd’hui, il semble que la Trinité Elle-même veuille nous ramener à Jésus, considéré dans Son Eucharistie.
« Nul ne vient au Père que par Moi » (Jean XIV, 6), a déclaré Jésus, et Il a ajouté : « Nul ne peut venir à Moi si Mon Père [...] ne l’attire » (Jean VI, 4).
Tel est l’itinéraire de l’âme chrétienne : de Jésus au Père, à la Trinité ; de la Trinité, du Père, à Jésus. Jésus nous porte au Père, le Père nous attire vers Jésus.
Le chrétien ne peut absolument se passer du Christ ; Il est, au sens le plus strict du mot, notre Pontife, Celui qui fait le pont entre Dieu et nous.
A la fin du cycle liturgique, dans lequel nous commémorons les mystères du Sauveur, l’Eglise, en bonne Mère, sachant que notre vie spirituelle ne peut subsister sans Jésus, nous conduit vers Celui qui vit véritablement dans le Très-Saint-Sacrement de l’autel. La solennité du « Corpus Domini » n’est pas le simple souvenir d’un fait historique qui se pasa il y a environ deux mille ans, au soir de la dernière Cène ; c’est la fête d’un fait actuel, d’une réalité toujours présente, toujours vivante au milieu de nous, grâce à laquelle nous pouvons dire que Jésus ne nous a pas « laissés orphelins », mais qu’Il a voulu S’établir auprès de nous, dans l’intégrité de Sa Personne, avec toute Son Humanité, toute Sa Divinité.
« Il n’est point – et il n’y eut jamais – d’autre nation si grande, chante avec enthousiasme l’Office du jour, qui ait des dieux proches d’elle, comme notre Dieu nous est présent » (Bréviaire).
Dans l’Eucharistie, Jésus est vraiment l’Emmanuel, le Dieu avec nous.

Philippe de Champaigne - la petite Cène - Louvre

Philippe de Champaigne (1602-1674) : la Cène, dite « la petite Cène » (1652)
[Musée du Louvre, Paris].

       2 – L’Eucharisite n’est pas seulement Jésus vivant véritablement parmi nous, mais Jésus en tant qu’Il S’est fait notre nourriture. Tel est l’aspect principal sous lequel la liturgie du jour nous présente ce mystère ; on peut dire qu’il n’est aucune partie de la Messe qui ne s’y rapporte directement ou, tout au moins n’y fasse allusion.
L’introït s’y réfère en mentionnant le froment et le miel dont Dieu nourrit jadis les Hébreux au désert, – aliments miraculeux, et cependant très pauvres images du « Pain vivant et vivifiant » (séquence) de l’Eucharistie.
L’épître en parle, en rappelant l’institution du Sacrement, lorsque Jésus « prit du pain et, rendant grâces à Dieu, le rompit et dit : ‘Prenez et mangez : ceci et Mon Corps’ » ; le graduel le chante : « Les yeux de tous les êtres attendent tournés vers Vous, Seigneur, et Vous leur donnez la nourriture en temps opportun ».
La très belle séquence du Lauda Sion le célèbre longuement, tandis que l’Evangile, faisant écho à l’Alléluia, cite le passage le plus significatif du discours dans lequel Jésus Lui-même annonça l’Eucharitie : « Ma Chair est vraiment une nourriture, et Mon Sang vraiment un breuvage ».
Reprenant une phrase de l’épître, la Communion nous rappelle ensuite le devoir de recevoir dignement le Corps du Seigneur.
La Postcommunion, enfin, nous dit que la communion eucharistique est le gage de l’éternelle communion du Ciel.

   Mais pour mieux comprendre la valeur immense de l’Eucharistie, il faut se rapporter aux paroles mêmes de Jésus, rappelées très opportunément dans l’Evangile du jour : « Celui qui mange Ma Chair et boit Mon Sang, vit en Moi et Moi en lui ».
Jésus S’est fait notre nourriture pour nous assimiler à Lui, nous faire vivre de Sa vie, nous faire vivre en Lui, comme Lui-même vit en Son Père.
L’Eucharistie est vraiment le sacrement de l’union, en même temps que la preuve la plus claire et la plus covaincante que Dieu nous aime et nous appelle à l’union intime avec Lui.  

 Luca Giordano - la communion des Apôtres - Bilbao

Luca Giordano (1634-1705) : la communion des Apôtres (vers 1700)
[Musée d'art sacré de Bilbao].

Colloque :

       « O Dieu, ô Créateur, ô Esprit de vie qui comblez Vos créatures de grâces, Vous accordez à Vos élus le don qui toujours se renouvelle : le Corps et le Sang de Jésus-Christ !
O Jésus, Vous avez institué ce Sacrement, non par crainte, ni dans le désir d’en retirer quelque avantage, mais uniquement sous la motion d’un amour qui n’a pas d’autre mesure que d’être sans mesure. Vous avez institué ce Sacrement, parce que Votre amour surpasse toute expression.
Brûlant d’amour pour nous, Vous avez voulu Vous donner à nous et avez pris place dans l’Hostie consacrée, tout entier et pour toujours, jusqu’à la consommation des siècles.
Vous l’avez fait, non seulement pour nous rappeler le souvenir de Votre mort qui est notre salut, mais encore pour demeurer avec nous tout entier et à jamais.

   « O mon âme, si tu veux pénétrer dans la profondeur de ce mystère, il faut que l’amour éclaire ton regard pour que tu discernes et comprennes ! Considère la dernière Cène : vois Jésus-Christ, conscient  d’avoir à Se séparer bientêt de Son Humanité, et voulant pourtant S’unir à nous à jamais ; contemple l’amour par lequel Il institua le Sacrement qui Lui permet de S’unir corporellement et pour toujours à l’humanité.
O amour inextinguible ! O amour du Christ, ô amour du genre humain ! Quel véritable foyer d’amour ! O Jésus, Vous aviez déjà sous les yeux la mort qui Vous attendait, les douleurs et les tourments atroces de la Passion Vous déchiraient le Cœur, et néanmoins Vous voulûtes Vous offrir à Vos bourreux et faireen  sorte que, grâce à ce Sacrement, ils puissent Vous posséder toujours commedon d’éternité, ô Vous, dont les délices sont d’être avec les enfants des hommes !

   « O mon âme, comment ne te plongerais-tu pas toujours davantage dans l’amour du Christ sur qui l’oubli n’eut prise ni dans la vie ni dans la mort, mais qui a voulu Se donner tout entier à nous et nous unir à jamais à Lui ? » (Sainte Angèle de Foligno).

Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, ocd,
In « Intimité divine », tome II pp. 3-6.

Première Communion de Saint Louis de Gonzague - Pietro Sindico 1939

Pietro Sindico (1818-1893) : Première communion de Saint Louis de Gonzague
de la main de Saint Charles Borromée (1839)
[Palazzo Sordello Mantoue].

2026-107. Historique de l’Institution de la fête du Très-Saint-Sacrement.

Mercredi après le dimanche de la Sainte Trinité.
Veille de la fête du Très-Saint-Sacrement.

       A la veille de la fête du Très-Saint-Sacrement, il n’est pas inutile d’y préparer nos intelligences en se replongeant dans l’historique de son institution, d’autant que cette histoire est riche d’éléments aptes à nourrir nos cœurs et nos âmes d’éléments spirituels forts qui nous stimuleront à célébrer cette fête avec toujours plus de ferveur et d’amour.

   Voici donc le récapitulatif des textes que nous avons publiés à ce sujet, avec les liens pour les atteindre :

Pierre-Paul Rubens - les défenseurs de l'Eucharistie

Pierre-Paul Rubens (1577-1640) : les défenseurs de l’Eucharistie (1625)
[Musée du Prado, Madrid].

1 – Sainte Julienne du Mont-Cornillon : sa vie et sa mission pour toute l’Eglise > ici.

2 – La première célébration de la Fête-Dieu, à Liège, en 1246 > ici

3 – Le miracle eucharistique de Bolsena, en décembre 1263 > ici

4 – L’institution de la Fête-Dieu pour l’Eglise universelle, en 1264 > ici

4 – Le texte de la Bulle « Transiturus » (1264) du pape Urbain IV : un texte magnifique à méditer > ici

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gravure de missel - fête-Dieu

2026-106. Du temps après la Pentecôte.

Dimanche de la Très Sainte Trinité.

cycle liturgique

       Le Temps après la Pentecôte couvre environ la moitié de l’année liturgique : 23 à 28 semaines, en fonction de la date de Pâques. Lorque la fête de Pâques arrive tôt, les dimanches après l’Epiphanie sont moins nombreux et les dimanches après la Pentecôte s’augmentent d’autant.

   Les dimanches du Temps après la Pentecôte se succèdent d’une manière quasi uniforme, avec une importance égale : ils sont tous de rite semi-double.
Les vêpres sont également toujours les mêmes chaque dimanche ; seules varient l’antienne du Magnificat, prise à l’Evangile, et l’oraison, qui est celle de la Messe.
Les ornements sont verts.

   Toutes les fêtes, à l’exception de celles de Notre-Seigneur et des fêtes de première ou de deuxième classe, cèdent le pas au dimanche, fussent-elles d’un rite supérieur au rite semi-double du dimanche lui-même (les fêtes de rite double ou double majeur donc) : on se contente d’en faire mémoire. Ainsi l’a voulu le pape Saint Pie X.

   Lorsque la Messe d’un dimanche après la Pentecôte est empêchée en raison de la coïncidence d’une grande fête, on doit toujours en faire la mémoire à la Messe de la fête et en lire l’Evangile à la fin (au lieu de la lecture du commencement de l’Evangile selon Saint Jean). De plus, lorsque la chose est possible, cette Messe du dimanche devra être reprise en semaine.
Ces dispositions permettent au sanctoral, particulièrement fourni au Temps après la Pentecôte, de se développer sans nuire au temporal.

   Introduite tardivement dans le cycle liturgique et étendue à l’Eglise universelle au XIVème siècle seulement, la fête de la Très Sainte Trinité supplante le premier dimanche après la Pentecôte, et, dans la liturgie traditionnelle, on fait donc mémoire de celui-ci selon la règle précisée ci-dessus (nota bene : en revanche dans la liturgie déjà-un-peu-réformée de 1960 [missel de Jean XXIII], cette commémoraison du dimanche a disparu et la Messe de ce dimanche ne peut plus être célébrée qu’en semaine).

   Pendant le Temps après la Pentecôte, dans tous les pays où toutes les fêtes de précepte (explications > ici) impérées par l’Eglise qui arrivent en semaine ne sont pas chômées, elles doivent être solennisées au dimanche suivant : elles le sont alors au détriment du « dimanche vert » dont on fait la mémoire conformément à ce qui a été dit ci-dessus : en France, par exemple, c’est le cas pour la Fête du Très Saint Sacrement, qui est donc solennisée au deuxième dimanche après la Pentecôte, et c’est la même chose pour la Fête des Saints Apôtres Pierre et Paul, qui prime sur le dimanche tantôt parce qu’il coïncide avec la date du 29 juin, tantôt parce qu’il coïncide avec le 30 juin ou les jours qui vont du 1er au 6 juillet.
Si par malheur il arrivait que l’impiété républicaine supprimât le caractère chômé du 15 août ou du 1er novembre, il faudrait, semblablement, solenniser ces fêtes le dimanche suivant en observant les mêmes règles.
Cela vaut également pour toutes les fêtes d’obligation particulières ou locales (qui ont été énumérées > ici) qui arrivent pendant cette période de l’année liturgique.

   Quoiqu’elle ne soit pas une fête d’obligation, la fête du Sacré-Cœur de Jésus, qui est célébrée – selon la demande de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même – le vendredi qui suit l’octave de la Fête du Très Saint Sacrement, peut, elle aussi, être solennisée au dimanche suivant, c’est-à-dire au troisième dimanche après la Pentecôte.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Messe solennelle ornements verts

2026-105. La charité réunit ce qu’avait séparé la discorde.

Samedi dans l’octave de la Pentecôte :
Samedi des Quatre-Temps d’été.

       Pour ce dernier jour de l’octave de la Pentecôte, lisons, relisons et méditons ce court sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin, qui porte le n° CCLXXI et fait partie de la série des sermons prononcés à l’occasion de la fête de la Pentecôte.
C’est un sermon qui développe l’opposition entre la tour de Babel et le mystère de la Pentecôte ; opposition souvent commentée par les Pères de l’Eglise ; opposition entre la confusion des langues et la division de l’humanité d’une part, et d’autre part le don des langues, accordé aux Apôtres par le Saint-Esprit, qui en quelque manière rétablit l’unité de l’humanité dans l’unique Eglise. 

Mattia Bortoloni construction de la tour de Babel

Mattia Bortoloni (1696-1750) : construction de la tour de Babel (1716-1717),
fresque de la Villa Cornaro à Piombino Dese (province de Padoue).

   Voici, mes frères, un beau jour ; c’est le jour où la lumière de la Sainte Eglise brille aux yeux des fidèles, où la charité embrase leurs murs ; c’est le jour solennel où après Sa Résurrection et après la gloire de Son Ascension, Jésus-Christ Notre-Seigneur a envoyé l’Esprit-Saint.
« Si quelqu’un a soif, disait-Il au rapport de l’Evangile, qu’il vienne à Moi et qu’il boive. Celui qui croit en Moi, des fleuves d’eau vive couleront dans son sein ». Or l’Evangéliste explique ainsi les paroles du Sauveur : « Il disait cela, observe-t-il, de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en Lui ; car l’Esprit n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jean VII, 37-39). Une fois donc que Jésus fut glorifié par Sa Résurrection d’entre les morts et Son Ascension aux cieux, Il devait donner le Saint-Esprit, l’envoyer après l’avoir promis.

   C’est ce qui eut lieu. Après avoir effectivement passé avec ses disciples les quarante jours qui suivirent Sa Résurrection, le Seigneur monta au ciel, et le cinquantième jour, le jour dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire, Il envoya l’Esprit-Saint, comme l’atteste l’Ecriture : « Soudain, dit-elle, il se fit un bruit du ciel, comme celui d’un vent impétueux qui s’élève ; et il leur apparut comme plusieurs langues de feu, et ce feu se reposa sur chacun d’eux, et ils se mirent à parler toutes les langues, comme l’Esprit-Saint leur donnait de parler » (Act. II, 1-4).

   Ce souffle emportait la paille sous laquelle étaient ensevelis leurs cœurs ; ce feu consumait en eux l’antique concupiscence, et ces langues que parlaient tous ceux que remplissait l’Esprit-Saint, annonçaient que l’Eglise se répandrait partout où les Gentils parlent leurs langues diverses.
De même donc qu’après le déluge l’impiété superbe voulut bâtir malgré le Seigneur une tour fort élevée et que le genre humain mérita alors que lui fût infligé le supplice de la division des langues, chaque nation parlant un idiome que ne comprenaient pas les autres nations (Gen. XI, 1-9) ; ainsi l’humble piété des fidèles assujettit cette diversité de langage à l’unité de l’Eglise, la charité réunissant ce qu’avait séparé la discorde, et le genre humain s’attachant au Christ, comme à la tête s’attachent les membres d’un même corps, pour être comme fondus dans cette unité sainte par le feu de la charité.

   A ce don de l’Esprit-Saint demeurent donc étrangers ceux qui ont en horreur la grâce de la paix, ceux qui ne restent pas en communion avec l’unité.
S’ils sont aujourd’hui solennellement rassemblés, s’ils entendent ces leçons sacrées où il est question de la promesse et de l’envoi du Saint-Esprit, ils les entendent pour leur condamnation et non pour leur sanctification.
Qu’importe de prêter l’oreille quand le cœur repousse, et de fêter le jour de Celui dont on rejette la lumière ?

   Pour vous, mes frères, pour vous, membres du Corps du Christ, enfants de l’unité et fils de la paix, célébrez ce jour avec joie, célébrez le sans inquiétude, car en vous s’accomplit ce que promettait l’Esprit-Saint quand il descendit alors.
De même en effet que chacun de ceux qui recevaient en ce moment le Saint-Esprit parlait toutes les langues : ainsi s’exprime aujourd’hui dans tous les idiomes l’unité de l’Eglise répandue parmi toutes les nations ; et c’est dans son sein que vous possédez le Saint-Esprit, vous, qui n’êtes séparés par aucun schisme de cette Eglise du Christ qui parle toutes les langues.

Louis Galloche - la Pentecôte  - musée des Beaux-Arts de Nantes - blogue

Louis Galloche (1670-1761) : la Pentecôte
[Musée des Beaux-Arts de Nantes].

2026-102. « Ceux qui défendent ce que les catholiques ont toujours cru sont qualifiés de rigides. Ceux qui adaptent la foi à la culture moderne sont loués comme prophétiques. »

Jeudi dans l’octave de la Pentecôte, 28 mai 2026.

       Ce mercredi soir 27 mai 2026, sur le site d’actualités de la FSSPX (cf. > ici) nous avons été très heureux de trouver la traduction française d’une lettre publique que Son Excellence Monseigneur Joseph Strickland, évêque émérite de Tyler (dans l’Etat du Texas aux Etats-Unis), a publiée à l’occasion de la fête de la Pentecôte.
Ce que cet évêque courageux – injustement « démissionné » par force par le pape Bergoglio de sinistre mémoire – exprime dans ce texte, nous le pensons de façon nous aussi et n’aurions pas su l’écrire avec autant de justesse et autant de force. Voilà pourquoi il nous a semblé fondamental de le reproduire intégralement ci-dessous, invitant nos lecteurs, nos amis, à le lire avec la grande attention, et même à le relire plusieurs fois pour s’en bien pénétrer.

Mgr Joseph Strickland

Son Excellence Monseigneur Joseph Strickland,
évêque de Tyler (Texas), démissionné par force par feu le pape Bergoglio.

       Il y a une vieille chanson de Simon et Garfunkel intitulée The Sound of Silence. Beaucoup d’entre vous la connaissent. Une phrase dit : « Des gens qui parlent sans parler, des gens qui entendent sans écouter ». Ces paroles résonnent dans mon esprit à l’approche de la Pentecôte.

   Car nous vivons à une époque remplie de bruit. De paroles sans fin. De commentaires sans fin. De déclarations sans fin. De réunions sans fin. De documents sans fin. De discussions sans fin. Et pourtant, sous tout ce vacarme, un terrible silence grandit dans le monde, et même dans certaines parties de l’Église.

   Non pas le saint silence de la prière. Non pas le silence d’une âme agenouillée devant le Très Saint Sacrement. Non pas le silence des moines ou des religieux cloîtrés à l’écoute du murmure de Dieu. Mais le silence qui s’installe lorsque les hommes cessent d’écouter le Saint-Esprit.

   Ce dimanche, nous célébrons la Pentecôte, lorsque le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres sous forme de langues de feu. Les hommes effrayés, cachés derrière des portes verrouillées, devinrent alors des témoins intrépides de Jésus-Christ. Ils ne sortirent pas du Cénacle dans l’incertitude. Ils ne sortirent pas en parlant avec ambiguïté. Ils ne sortirent pas en cherchant à s’accommoder de l’esprit du siècle. Ils sortirent en proclamant la vérité avec audace, même si cela devait leur coûter la vie.

   Voilà ce qu’accomplit la Pentecôte.

   Le Saint-Esprit n’est pas l’esprit de confusion. Il est l’Esprit de Vérité.

   Notre-Seigneur dit dans l’Evangile selon saint Jean : « Mais quand sera venu l’Esprit de vérité, Il vous enseignera toute vérité… » (Jean 16, 13).

   Le Saint-Esprit ne contredit pas Jésus-Christ. Le Saint-Esprit ne renverse pas la Révélation divine. Le Saint-Esprit n’efface pas la Sainte Ecriture. Le Saint-Esprit ne bénit pas ce que Dieu a appelé péché. Le Saint-Esprit n’enseigne pas une chose pendant deux mille ans à travers l’Eglise pour ensuite inspirer soudainement le contraire à l’époque moderne.

   Et pourtant, nous traversons aujourd’hui dans l’Eglise un moment où la confusion se répand à partir même des lieux chargés de garder le dépôt de la foi.

   Nous voyons désormais apparaître au Vatican des discussions et des groupes d’étude qui parlent de l’homosexualité d’une manière provoquant une grave confusion parmi les fidèles. Mgr Athanasius Schneider a récemment qualifié certaines de ces propositions d’hérétiques. Ce mot devrait nous ébranler. L’hérésie n’est pas un simple désaccord. L’hérésie est la corruption de la vérité révélée.

   Et les fidèles sont en droit de demander : comment de telles choses peuvent-elles même être discutées au sein de l’Eglise fondée par Jésus-Christ ? Comment la confusion concernant le péché grave peut-elle devenir normale ? Comment l’ambiguïté peut-elle remplacer la clarté ? Comment des pasteurs peuvent-ils parler sans cesse d’inclusion tout en demeurant étrangement silencieux sur la repentance, la conversion, la sainteté, le jugement et le salut ?

   Frères et sœurs, ces choses ne pourraient pas arriver si les hommes écoutaient réellement le Saint-Esprit.

   La tragédie de notre époque n’est pas que le Saint-Esprit ait cessé de parler. La tragédie est que beaucoup ne veulent plus l’entendre.

   Saint Paul nous avertit clairement : « N’éteignez pas l’Esprit » (1 Thessaloniciens 5, 19).

   Mais depuis des décennies, nous éteignons l’Esprit d’innombrables manières. Nous éteignons l’Esprit lorsque la vérité est adoucie pour ne pas offenser le monde. Nous éteignons l’Esprit lorsque les pasteurs craignent davantage les gros titres que Dieu. Nous éteignons l’Esprit lorsque le péché est rebaptisé “accompagnement”. Nous éteignons l’Esprit lorsque l’identité catholique est sacrifiée à l’approbation du monde. Nous éteignons l’Esprit lorsque le silence tombe là où un avertissement devrait retentir.

   Et ce silence a des conséquences.

   Car lorsque les hommes résistent continuellement à la voix de Dieu, leur conscience s’engourdit. Les cœurs se durcissent. Les âmes deviennent sourdes. Le monde célèbre cette surdité sous les noms de tolérance ou de progrès, mais spirituellement, c’est une catastrophe.

   Le silence auquel nous faisons face aujourd’hui n’est pas un silence paisible. C’est le silence d’une conscience compromise. C’est le silence de pasteurs qui ont peur de parler clairement. C’est le silence qui tombe lorsque l’esprit du monde devient plus fort que l’Esprit de Dieu.

   Et nulle part ce conflit n’est plus visible que dans les attaques contre la Tradition catholique elle-même.

   Nous entendons désormais des menaces et des pressions croissantes visant la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X ainsi que la Messe traditionnelle. Réfléchissez bien à ce que cela signifie. Des catholiques attachés à la liturgie ancienne, à la révérence, à la doctrine et à la continuité avec le passé sont traités comme dangereux ou offensants, tandis que des voix contestant ouvertement l’enseignement moral établi sont accueillies dans le dialogue et promues à des postes d’influence.

   Quelle inversion est-ce là ?

   Les fidèles regardent cela avec confusion et tristesse. Ceux qui sont attachés à la Tradition sont surveillés. Ceux qui créent la confusion doctrinale sont célébrés comme “pastoraux”. Ceux qui défendent ce que les catholiques ont toujours cru sont qualifiés de rigides. Ceux qui adaptent la foi à la culture moderne sont loués comme prophétiques.

   Cela ressemble-t-il à la Pentecôte ? Cela ressemble-t-il aux Apôtres remplis du feu du Saint-Esprit ? Ou bien à une Eglise qui a de plus en plus peur de proclamer les vérités difficiles ?

   A la première Pentecôte, Saint Pierre se leva devant la foule et appela les pécheurs à la repentance. Il ne s’excusa pas de la vérité. Il n’adoucit pas la Révélation divine. Il ne chercha pas à harmoniser le christianisme avec la culture païenne. Rempli du Saint-Esprit, il prêcha le Christ crucifié et ressuscité.

   Et quel fut le résultat ?

   Trois mille âmes se convertirent.

   Le monde moderne nous dit que la clarté éloigne les gens. La Pentecôte prouve le contraire. La vérité proclamée dans le Saint-Esprit transperce les cœurs.

   L’Eglise n’a pas besoin de moins de vérité aujourd’hui. Elle a besoin de davantage de saints prêts à la proclamer avec courage et charité.

   Il existe aujourd’hui une autre forme de silence qui grandit. C’est le silence des catholiques qui savent que quelque chose va terriblement mal, mais qui ont peur de le dire. Beaucoup de prêtres fidèles gardent le silence par peur des sanctions. Beaucoup d’évêques gardent le silence par peur de l’isolement. Beaucoup de laïcs gardent le silence par peur du ridicule. Des parents gardent le silence tandis que leurs enfants sont catéchisés par le monde. Des hommes de bien gardent le silence tandis que les loups rôdent librement parmi le troupeau.

   Mais le silence face à la confusion n’est pas la charité. Il existe des moments dans l’histoire où le silence devient une coopération. Et nous vivons un de ces moments.

   Sainte Catherine de Sienne ne demeura pas silencieuse lorsque la corruption se répandait dans l’Eglise. Saint Athanase ne demeura pas silencieux lorsqu’une grande partie de la hiérarchie embrassa l’erreur.

   Saint Pie X avertit contre le modernisme parce qu’il le reconnaissait comme un poison attaquant la foi de l’intérieur. Et nous vivons précisément à cette époque — une époque où la clarté est exigée des catholiques fidèles. Non pas la haine. Non pas l’amertume. Non pas le désespoir. Mais la clarté.

   Le Saint-Esprit n’est pas ambigu concernant la vérité. Le Saint-Esprit n’est pas moderniste. Le Saint-Esprit n’est pas confus au sujet du mariage, de la sexualité, du sacerdoce ou de l’unicité de Jésus-Christ.

   Le Saint-Esprit n’inspire pas une confusion interreligieuse qui traiterait toutes les religions comme également agréables à Dieu. Jésus-Christ n’est pas un chemin parmi d’autres. Il est le Fils éternel de Dieu, l’unique Sauveur du monde. L’Eglise a toujours enseigné cela clairement.

   Pourtant, nous entendons de plus en plus souvent dire que la certitude doctrinale elle-même serait dangereuse. On nous dit qu’insister sur la clarté serait source de division. On nous dit que préserver la Tradition serait de la rigidité. On nous dit que remettre en question la confusion serait de la désobéissance. Mais l’obéissance authentique ne peut jamais exiger le silence face à l’erreur.

   Les saints l’avaient compris.

   La véritable obéissance est l’obéissance à Jésus-Christ et à la foi pérenne transmise par les Apôtres. Et cette foi n’a pas été inventée hier par des comités, des synodes ou des groupes d’étude ; elle a été scellée par le sang des martyrs. Voilà pourquoi la Pentecôte est si importante aujourd’hui.

   Car la Pentecôte nous rappelle à quoi ressemble réellement l’Eglise lorsqu’elle écoute le Saint-Esprit.

   Elle est intrépide. Elle est claire. Elle est sainte. Elle proclame la vérité même lorsque le monde s’élève contre elle.

   Les Apôtres après la Pentecôte ne cherchaient pas l’acceptation de l’Empire romain. Ils cherchaient la fidélité à Jésus-Christ. Et à cause de cette fidélité, ils furent haïs du monde. Presque tous moururent martyrs.

   Aujourd’hui, beaucoup au sein de l’Eglise semblent désespérément vouloir éviter la haine du monde. Pourtant, Notre-Seigneur ne nous a jamais promis l’approbation du monde. Bien au contraire, Il nous a avertis : « Si le monde vous hait, sachez qu’il M’a haï avant vous » (Jean XV, 18).

   Peut-être qu’une partie du silence que nous entendons aujourd’hui vient de la peur. Peur d’être qualifié d’intolérant. Peur de perdre son statut. Peur des critiques. Peur des sanctions. Peur de l’isolement.

   Mais la Pentecôte fut précisément la mort de la peur !

   Le Saint-Esprit n’est pas descendu sur les Apôtres pour les rendre plus acceptables aux yeux du monde. Il est descendu pour faire d’eux des témoins. Et l’Eglise a désespérément besoin à nouveau de témoins. Non pas de célébrités. Non pas de gestionnaires. Non pas d’experts en relations publiques. Des témoins.

   Des prêtres prêts à prêcher les vérités difficiles. Des évêques prêts à défendre la foi quel qu’en soit le prix. Des parents prêts à protéger leurs enfants du poison spirituel. Des religieux prêts à vivre une sainteté visible. Des jeunes prêts à rejeter le vide de la culture moderne. Des catholiques fidèles prêts à demeurer avec le Christ, même lorsque cela devient coûteux.

   Le bruit du silence devient de plus en plus fort dans notre monde.

   Mais la Pentecôte est la réponse du Ciel à ce silence !

   La Pentecôte est le feu de la vérité divine qui pénètre les ténèbres. La Pentecôte est le Saint-Esprit réveillant les âmes endormies. La Pentecôte est le courage triomphant de la peur. La Pentecôte est la clarté triomphant de la confusion. La Pentecôte est la vérité triomphant du compromis.

Jean Restout (1692-1768) : la Pentecôte.

Jean II Restout (1692-1768) : la Pentecôte (1732)
[réalisé pour le réfectoire de l’abbaye de Saint-Denis, mais spoliée à la révolution,
l’œuvre se trouve aujourd’hui au Musée du Louvre].

2026-101. Le 25 mai 1802 : la découverte des reliques de Sainte Philomène.

25 mai 1802,
Découverte des reliques de Sainte Philomène, vierge et martyre.

   Nous reproduisons ci-dessous dans son intégralité (mais en adoptant la graphie actuelle) le chapitre Ier du petit ouvrage suivant qui se trouve dans la bibliothèque du Mesnil-Marie ; ouvrage qui – compte-tenu de la date et de la mention de la ville de Lyon comme lieu d’implantation de l’une des librairies où l’on pouvait se le procurer – nous laisse à penser que c’est probablement l’un des « jumeaux » de celui qui fut donné en cette année 1835 à la Bienheureuse Pauline-Marie Jaricot, malade (cf. > ici et > ici), et dont la lecture éveilla en elle l’amitié spirituelle qui la lia dès lors à Sainte Philomène.

La Thaumaturge du XIXème siècle

Découverte du saint corps de Sainte Philomène :

       Le psalmiste disait (Ps. LXXVII) que Dieu est admirable dans Ses saints et dans les œuvres que par eux et pour eux Il opère en faveur de Son peuple. Le fruit, ajoutait-il, de ces œuvres merveilleuses est un accroissement de force et de courage dans le cœur de Ses enfants ; et il en bénissait le Seigneur. Nous trouvons une nouvelle preuve de cette parole divine dans l’invention des saintes reliques de notre thaumaturge (ce nom se donne aux saints que Dieu rend célèbres par un grand nombre de miracles).
Depuis à peu près quinze siècles, comme nous le dirons plus tard, elles étaient ensevelies et ignorées du monde entier ; et voilà que tout à coup elles apparaissent, couronnées d’honneur et de gloire, aux yeux de l’univers. Quel est donc ce prodige ? Qui peut l’avoir opéré, sinon la main de Celui qui dicta ces mots à Son prophète : La mémoire du juste survit à tous les siècles ; elle participe de Mon éternité… (Ps. III) ? Le juste seul mérite donc d’être appelé sage, puisque ce n’est pas sur le sable mouvant de ce monde qu’il élève l’édifice de ses vertus et de sa gloire, mais sur le roc impérissable, sur les montagnes de Dieu… (Ps. LXXXVI). Oh ! si les insensés habitants de la terre pouvaient comprendre et goûter ce langage ! Quoi qu’il en soit, telle est la leçon que Dieu a voulu leur donner ; si leur folie les empêche d’en profiter, elle n’en sera pas moins grandement utile à ceux qui marchent déjà dans la voie droite ; et à la vue de ce que le Seigneur a fait pour exalter Son humble servante Sainte Philomène, ils se sentiront animés d’une nouvelle ardeur, et ils courront, ils voleront avec la rapidité de l’aigle dans les sentiers étroits, mais aussi pleins de joie et d’espérance, dont le terme est la vie et la gloire éternelles.

   Le corps de Sainte Philomène fut donc trouvé en 1802 , le 25 du mois de mai, pendant les fouilles que l’on a coutume de faire à Rome, chaque année, dans les lieux consacrés par la sépulture des martyrs.
Ces opérations souterraines se faisaient, cette année-là, dans les catacombes de Sainte Priscille, sur la nouvelle voie Salaria. On découvrit d’abord la pierre sépulcrale, qui se fit remarquer par sa singularité. Elle était de terre cuite, et offrait aux regards plusieurs symboles mystérieux, qui faisaient allusion à la virginité et au martyre. Ils étaient coupés d’une ligne transversale, formée par une inscription dont les premières et les dernières lettres paraissaient avoir été effacées par les instruments des ouvriers qui cherchaient à la détacher de la tombe. Elle était ainsi conçue :

(FI) LUMENA PAX TECUM FI (AT)
(Philomène, la paix soit avec toi ! ainsi soit-il).

Plaques qui fermaient le loculus de Sainte Philomène

Les plaques de terre cuite qui fermaient le loculus remises dans l’ordre.

   Le savant Père Marien Partenio, jésuite, croit que les deux dernières lettres FI doivent se rattacher au premier mot de l’inscription, suivant l’ancien usage, dit-il, qui était commun aux Chaldéens, aux Phéniciens, aux Arabes, aux Hébreux ; et même aussi, ajoute-t-il, on en trouve quelque trace parmi les Grecs. Je laisse aux érudits à discuter ce point, et je me contente de faire remarquer, avec le même Père, que dans les pierres sépulcrales, mises par les chrétiens sur la tombe des martyrs qui confessèrent le nom de J.-C. dans les premières persécutions, au lieu de la formule IN PACE, généralement plus usitée, on mettait celle-ci, qui a quelque chose de plus animé et de plus vif : PAX TECUM.

   La pierre ayant été enlevée, apparurent les restes précieux de la Sainte Martyre, et tout à côté un vase de verre extrêmement mince, moitié entier, moitié brisé, et dont les parois étaient couvertes de sang desséché. Ce sang, indice certain du genre de martyre qui termina les jours de Sainte Philomène, avait été, selon l’usage de la primitive Eglise, recueilli par des chrétiens pieux, qui, lorsqu’ils ne le pouvaient pas par eux-mêmes, s’adressaient quelquefois aux païens, et même aux bourreaux de leurs frères, pour avoir, ainsi que leurs vénérables dépouilles, ce sang sacré, offert avec tant de générosité à Celui qui, sur la croix, sanctifia, par l’effusion du Sien, les sacrifices, les douleurs et la mort de Ses enfants.

   Pendant que l’on s’occupait à détacher des différentes pièces du vase brisé le sang qui y était collé, et que l’on en réunissait avec le plus grand soin les plus petites parcelles dans une urne de cristal, les personnes qui étaient présentes, et parmi lesquelles se trouvaient des hommes de talent et d’un esprit cultivé, s’étonnent en voyant tout à coup étinceler à leurs yeux l’urne sur laquelle, depuis quelques instants, leurs regards étaient attachés. Ils s’approchent de plus près ; ils considèrent à loisir ce prodigieux phénomène, et, dans les sentiments de la plus vive admiration jointe au plus profond respect, ils bénissent le Dieu qui se glorifie dans ses Saints. Les parcelles sacrées, en tombant du vase dans l’urne, se transformaient en divers corps précieux et brillants, et c’était une transformation permanente : les uns présentaient l’éclat et la couleur de l’or le mieux épuré ; les autres, de l’argent ; d’autres, des diamants, des rubis, des émeraudes et d’autres pierres précieuses : en sorte qu’au lieu de la matière dont la couleur, en se dégageant du vase, était brune et obscure, on ne voyait dans le cristal que l’éclat mélangé de couleurs diverses, telles qu’elles brillent dans l’arc-en-ciel.

Ensevelissement de Sainte Philomène

Ensevelissement de Sainte Philomène.

   Les témoins de ce prodige n’étaient pas hommes à douter de ce qu’ils avaient vu de leurs yeux, et de ce qu’ils avaient examiné avec une attention réfléchie. Au reste, ils savaient que Dieu n’est pas si avare de Ses dons, surtout envers ceux qu’Il comble, dans le ciel, de toutes les richesses de Sa gloire, qu’une semblable merveille dût Lui coûter beaucoup d’efforts ; ils la considéraient non-seulement en elle-même et comme une ombre de cette clarté toute céleste, promise dans les livres saints au corps et à l’âme du juste (Sap. III, 7), mais encore dans les heureux et salutaires effets qu’elle produisait dans leur cœur, dont ils sentaient se ranimer la foi… ; et s’ils eussent voulu rapprocher le présent du passé, pour se justifier à eux-mêmes leur pieuse croyance, ne pouvaient-ils pas se rappeler, entre plusieurs autres faits semblables, celui qu’on lit dans la vie de Saint Jean Népomucène, dont le corps, ayant été jeté dans la Moldave, fut distingué au milieu des eaux pendant la nuit, à la vive lumière qui lui servait comme de vêtement ?…
Ce que nous venons de dire de Sainte Philomène est plus admirable sans doute ; mais aussi, qu’il y a loin de ce prodige à celui dont il était et le signe et le gage, je veux dire à la résurrection des corps, quand les élus seront transformés en la gloire même de J.-C. 

   En lisant ce qui précède, on aura été frappé sans doute de la permanence de cette miraculeuse transformation. Aujourd’hui encore elle excite l’admiration de tous ceux qui vont vénérer cette précieuse relique… Ils voient encore dans la même urne les mêmes corps lucides, mais leur éclat n’a pas toujours la même vivacité, et les couleurs dont ils brillent ont, en divers moments, des nuances diverses : tantôt c’est le rubis, tantôt c’est l’émeraude qui domine ; tantôt leur éclat est comme terni par une légère couche de cendre. Une fois seulement on le vit s’effacer totalement, et les yeux épouvantés de ceux qui en furent les témoins ne virent plus dans l’urne sainte qu’un peu de terre ordinaire. Mais bientôt cette nouvelle merveille cessa, et ce fut quand les yeux indignes d’un personnage mort peu après, subitement, eurent aussi cessé de profaner de leurs regards la sainteté de ces vénérables reliques…
Dieu ! que les œuvres de Votre puissance sont à la fois aimables et terribles !

Autel avec les reliques de Sainte Philomène à Mugnano del Cardinale

Présentation du corps de Sainte Philomène de nos jours à Mugnano-del-Cardinale.

   Il se présente ici à mon esprit une difficulté qui se sera peut-être aussi présentée à celui de mes lecteurs. Ce prodige, comme nous l’avons dit, s’opéra d’abord au moment de l’extraction du saint corps des catacombes. Les témoins oculaires durent en parler, et par conséquent il dut s’ébruiter dans Rome. Comment donc s’est-il fait que, depuis le 25 du mois de mai de l’année 1802 jusqu’au milieu à peu près de l’an 1805, un objet digne de tant de respect, au lieu d’être exposé sur les autels pour y recevoir les hommages des fidèles, ait été tenu caché et confondu au milieu de plusieurs autres corps de saints Martyrs, qu’il n’avait pas plu au Seigneur d’honorer d’une manière si éclatante ?
Mais je pense à la sage lenteur et à la circonspection toute surnaturelle de la cour de Rome, quand il s’agit de prononcer sur ces événements extraordinaires ; je m’arrête surtout à considérer les vues de la Providence sur ce dépôt sacré, et la difficulté s’évanouit.
Oui, Dieu voulait, et tout ce qui est arrivé depuis concourt à le prouver, qu’après avoir jeté un premier éclat, semblable à celui de l’aurore, ce nouveau soleil, fait à l’image de Celui qui éclaire tout homme venant au monde, restât encore un peu de temps caché sous les nuages, jusqu’au jour où Il aurait tout disposé pour le montrer à la face de l’univers, brillant des plus éblouissantes splendeurs, et d’autant plus admirable qu’ayant en quelque sorte pour tente une autre Nazareth, sa gloire ainsi que celle de J.-C. paraîtrait avec évidence ne lui venir que du Père céleste, jaloux de la couronner seul, afin que l’on vît mieux ce que peut, ce que fait Son amour en faveur de ceux qu’Il honore.

Gloire Lui soit à jamais rendue !

Découverte du saint corps de Sainte Philomène

2026-100. D’utiles rappels au sujet de Saint Michel Archange, Sainte Jeanne d’Arc et Notre-Dame du Puy.

   Note préliminaire :
Le texte qui suit est celui d’un sermon qui fut prononcé le jour de l’Ascension 29 mai 2025 à l’occasion de l’une des Saintes Messes célébrées au cours du pèlerinage annuel de la Confrérie Royale au Puy. Il nous a semblé que les rappels qui s’y trouvent méritaient d’être en « possession » de tous les membres et amis de la Confrérie Royale, et, bien plus largement, de tous les Légitimistes, de tous les catholiques, de tous les Français auxquels on tente de faire perdre la mémoire de leur « histoire sainte », voilà pourquoi nous publions ce texte en guise de lettre mensuelle pour ce 25 mai 2026.

Angers - tapisserie de l'Apocalypse - Saint Michel

Angers, « Tapisserie de l’Apocalypse » (2ème moitié du XIVème siècle) :
le combat de Saint Michel et de ses anges contre les anges rebelles.

« Quis ut Deus ? Qui est comme Dieu ? »
dit Saint Michel à Lucifer révolté.

       Que pouvait désirer Saint Michel, le grand archange et stratège de Dieu, le deuxième des Séraphins avant d’en devenir le premier lors de la chute de Lucifer dans l’enfer ? Dans son humilité, dont il avait fait preuve en acceptant d’adorer la sainte Humanité assumée par la Divinité du Sauveur, il ne désirait qu’une chose : servir Dieu (le contraire de l’orgueil de Lucifer), tant il est vrai que le devoir de chacun est de servir.

   Mais Dieu avait Ses vues sur lui. Sans parler de ses nombreuses actions dans l’Ancien et le Nouveau Testament, le Seigneur fit de lui l’ange gardien d’Israël: le prophète Saint Daniel (Dan. X) le dit « prince d’Israël », Saint Denys l’Aréopagite l’appelle « guide sacré des Juifs », et Saint Daniel de nouveau (Dan. XII) dit qu’il « se tient en faveur des Fils du peuple d’Israël ».

   Il devint lors de l’Incarnation l’Ange gardien du Sauveur « afin de Le garder en toutes ses voies », dit le Psaume (Ps. XC).

   Après la promulgation du Nouveau Testament, il fut l’Ange gardien de la Sainte Eglise, le nouvel Israël, comme le dit Saint Chrysostome, et ce fut lui qui montra le Labarum à l’Empereur Saint Constantin.
Il prit possession du mont Gargan le 8 mai 490 et en consacra lui-même la grotte le 29 septembre 493.

Statue de Saint Michel dans la grotte du Mont Gargan

La statue de marbre de Saint Michel
vénérée dans la grotte-sanctuaire du mont Gargan.

   Mais Dieu voulait qu’il devint aussi l’Ange gardien du saint Royaume de France, la nouvelle tribu de Juda du nouvel Israël, comme le dit le Pape Grégoire IX.

   Lorsqu’à la bataille de Tolbiac en 496 le saint Roi Clovis invoqua le Dieu de Clothilde, l’Archange apparut au Roi pour lui prédire la victoire en vertu de la Croix et assista victorieusement le Roi dans la bataille. Après celle-ci le Roi, reconnaissant, lui consacra sa personne et son Royaume. Il est chronologiquement le plus ancien des patrons du Royaume.

   Tout don à Dieu est définitif, et Dieu est fidèle. Aussi, lors du sacre de ce Roi à Rheims à la Noël suivante, il fut l’instrument du Saint-Esprit pour apporter la sainte Ampoule, selon une antienne du sacre.

   Pour manifester à perpétuité son patronnage et sa garde, il apparut le 16 octobre 708 à Saint Aubert, évêque d’Avranches,  pendant son sommeil, lui notifiant sa volonté que l’on bâtit une église sous son patronnage au sommet du mnt Tombe. Saint Aubert se crut l’objet d’une illusion. A la troisième apparition, l’Archange lui pressa le front avec son doigt et y laissa une empreinte que l’on voit encore sur le côté gauche de son crâne en l’église Saint-Gervais d’Avranches, qui est l’église principale de la ville depuis la destruction de la cathédrale par la révolution.

Chef de Saint Aubert vue de l'arrière avec le trou laissé par le doigt de l'archange

Relique du Chef de Saint Aubert.

   Malgré la difficulté du lieu due à la montagne et à la mer, l’église fut construite et des reliques furent apportées du mont Gargan. Et le jour prévu pour la dédicace le 16 octobre 709, ce fut Notre-Seigneur Lui-même qui en fit la cérémonie.
Cette petite église sert aujourd’hui de crypte à l’actuelle abbatiale.

   Ayant appris l’apparition de Saint Michel, le Roi Childebert III le juste voulut s’y rendre en pèlerinage. Au moins dix-sept Rois y vinrent prier l’Archange.

   Comme le dit une hymne, « à ce sanctuaire le Français aime à venir chercher le secours dans le danger ; il y accourt dans l’allégresse pour accomplir ses vœux et rendre grâces à Dieu ».
Ce fut l’un des pèlerinages les plus fréquentés de la Chrétienté.
Plusieurs Rois, comme Saint Charlemagne ou Charles VII, placèrent Saint Michel sur leur étendard. Et l’ancienne chapelledu palais royal de la Cité à Paris était dédiée à Saint Michel, de là la fontaine de la rive gauche avec la grande statue de l’Archange au-delà du pont du même nom.

Saint Michel - Paris fontaine Saint-Michel

Statue en bronze de Saint Michel
dominant la Fontaine Saint-Michel, à Paris.

   Au Puy même, le chanoine Truan édifia sur le mont Aiguilhe et fit consacrer le 18 juillet 961 une église à Saint Michel, avec trois ou quatre moines résidant à côté sur la cime, et dont l’abbé était membre du chapitre cathédral.

   Saint Michel répondit à la dévotion des Français. Alors que les moines, les habitants et les soldats du Mont-Saint-Michel résistaient à un siège de près de quarante ans, alors que le Roi Charles VII venait supplier humblement Notre-Dame du Puy à plusieurs reprises, Notre-Dame du Puy envoya Saint Michel à une petite bergère de douze ans, pour l’envoyer sauver la France, en l’année 1424.
Bien formée par l’Archange, Sainte Jeanne d’Arc partit à 17 ans à l’approche du jubilé du Puy trouver le roi à Chinon en 1429. Ce fut Saint Michel qui, en compagnie de Sainte Jeanne, apporta une couronne au Roi. La sainte plaça Saint Michel et Saint Gabriel sur son étendard, et l’Annonciation de Notre-Dame du Puy sur son pennon ; et, assistée de Saint Michel, elle délivra Orléans le 8 mai 1429 en la fête de l’Archange, puis mena sacrer le Roi à Rheims le 17 juillet 1429, pendant l’octave de Notre-Dame du Puy.
Sa mission achevée, elle périt en martyre et Saint Michel vint prendre sa belle âme.

   Ce fut en reconnaissance que le Roi Louis XI fonda le 1er août 1469 « l’Ordre et aimable Compagnie de Monsieur Saint Michel » en « commémoration et honneur de Monsieur Saint Michel Archange, premier Chevalier », dont, par la grâce de nos Rois, il reste encore quelques membres.

Louis XI préside le chapitre de l'Ordre de Saint Michel

Jean Fouquet (vers 1420 – vers 1480) :
Louis XI présidant le chapitre de l’Ordre de Saint Michel
(manuscrit des statuts de l’Ordre de Saint Michel – Bibliothèque nationale de France).

   En 1594, lors de l’entrée d’Henri IV à Paris, il apparut en petit enfant éclatant de blancheur aux côtés du Roi pendant la Messe à la cathédrale.

   En 1758 les évêques de Bretagne instituèrent à la date du 5 janvier, veille de l’Epiphanie, une fête en « l’honneur des Saints Anges gardiens du Roi et du Royaume », ce dernier étant Saint Michel.

   Après les reniements révolutionnaires (et l’expulsion des moines du Mont), Saint Michel n’abandonna pas son cher Royaume.
Les évêques de France essayèrent de compenser l’absence du Roi en consacrant leurs diocèses à Saint Michel le 19 mai 1912 (Nota bene : on trouve le texte de cette consécration > ici).
A la première guerre mondiale l’archevêque de Paris fit le vœu de construire une église en l’honneur de Saint Michel si la guerre épargnait la capitale. L’église fut construite aux Batignolles dans les villages de Paris.

Statue de Saint Michel sur le pignon de Saint-Michel-des-Batignolles

Sur le pignon de la façade de l’église Saint-Michel-des-Batignolles,
la statue dorée de l’Archange s’inspire de celle qui se trouve
au sommet de la flèche de l’abbatiale du Mont-Saint-Michel.

   Et ce fut encore le grand Archange qui arrêta la seconde guerre moniale le 8 mai 1945, en sa fête. Sans doute interviendra-t-il pour la future délivrance de notre pays.

   Il serait trop long de citer ses nombreuses interventions bénéfiques jusqu’au 15 août 1900 à Pékin ou en 1916 à Fatima, sans compter sa protection au moment du Jugment divin lors de la mort de chacun de nous.

   A la cathédrale angélique du Puy une fresque du XIème siècle le représente sur 5 mètres 55 de haut dans la tribune du transept septentrional, car il était à la tête des Anges apparus deux fois avec la Sainte Vierge, et à la tête des Anges qui consacrèrent la cathédrale le 11 juillet 225.

   Prions donc l’Archistratège de Dieu pour la Sainte Eglise, pour le saint Royaume, pour le Roi, pour nous-mêmes, et pour notre pèlerinage.
Comme le dit une antienne, « Archange Michel, venez au secours du peuple de Dieu ». Ainsi soit-il.

+ Abbé G.E.

Fresque de Saint Michel cathédrale du Puy

Basilique-cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation, au Puy-en-Velay :
fresque de Saint Michel (XIème siècle) à la tribune du transept nord.

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