Archive pour la catégorie 'Lectures & relectures'

2020-113. Une des marques les plus éclatantes que j’ai reçues de la protection de Dieu…

Mercredi 30 septembre 2020,
Dans l’Eglise universelle, fête de St Jérôme, docteur de l’Eglise (cf. > ici, > ici et > ici) ;
Fête de St Grégoire l’Illuminateur, apôtre de l’Arménie.

1820 – 30 septembre – 2020

Médaille frappée pour la naissance du duc de Bordeaux

L’une des nombreuses médailles frappées à l’occasion de la naissance du duc de Bordeaux
le 29 septembre 1820 :
1 – A l’avers : « Il renaît pour consoler sa patrie »
H.C.F.M. Dieudonné duc de Bordeaux né le 29 sept. 1820
[Note : H.C.F.M. sont les initiales de Henri Charles Ferdinand Marie] ;
2 – Au revers : « De cette tige antique s’il tombe une fleur une autre renaît ».

Trois lys blancs

Dans sa parution du samedi 30 septembre 1820 (N°641), le bulletin catholique et légitimiste « L’Ami de la Religion et du Roi » annonça en ces termes la naissance de « l’Enfant du miracle » qui était survenue la veille (cf. > ici).
Cette courte publication nous permet de lire avec édification les lignes par lesquelles, dans les heures qui suivirent cette heureuse naissance, cause de tant de consolations et de tant d’espérances, SMTC le Roi Louis XVIII annonça la nouvelle à Son Eminence le Cardinal Archevêque de Paris, Monseigneur Alexandre-Angélique de Talleyrand-Périgord.
La lecture de ces lignes ne cesse pas d’être pour nous la source d’une profonde édification.

Ami de la Religion et du Roi 30 septembre 1820 - 1

Ami de la Religion et du Roi 30 septembre 1820 - 2

Ami de la Religion et du Roi 30 septembre 1820 - 3

Médaille pour la naissance du duc de Bordeaux

Une autre des médailles frappées à l’occasion de la naissance du duc de Bordeaux
le 29 septembre 1820 :
« Fata aspera vinces » que l’on peut rendre par : « tu vaincras les rigueurs de la fatalité ».
A l’avers, cette médaille représente les profils superposés du duc et de la duchesse de Berry, sans légende ;
le revers, ici reproduit, montre le jeune duc de Bordeaux, nu, étranglant dans chaque main un serpent ailé.
Cette représentation reprend la figure mythologique d’Hercule, fils de Jupiter, à la naissance duquel Junon jalouse avait envoyé des serpents pour le tuer dans son berceau, allusion évidente à l’acharnement des méchants contre la race bénie des Bourbons qui,
malgré l’assassinat du duc de Berry destiné à ruiner la dynastie, a reçu en cette naissance un providentiel don divin.

Trois lys blancs

2020-112. « Il est né l’enfant du miracle ! »

1820 – 29 septembre – 2020

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Claude-Marie Dubufe - Naissance du duc de Bordeaux

La naissance d’Henri-Dieudonné d’Artois, duc de Bordeaux
Tableau de Claude-Marie Dubufe

Sept mois et demi après l’assassinat de son père, événement dramatique que nous avons évoqué > ici, naquit « l’enfant du miracle » : Henri-Dieudonné d’Artois, titré duc de Bordeaux à sa naissance, plus connu sous le nom de « Comte de Chambord », de jure SMTC le Roi Henri V.
Cette naissance fut célébrée par tout le Royaume avec une liesse que nous pouvons difficilement imaginer aujourd’hui : tous les arts la magnifièrent, les prédicateurs rivalisèrent d’éloquence pour exhorter les fidèles à l’action de grâces et pour stimuler leur ferveur « catholique et royale », les démonstrations de joie populaire se multiplièrent… Vraiment ce 29 septembre 1820 fut la démonstration que la royauté des Bourbons est bien d’essence paternelle, et que sous leur sceptre la France est une famille de familles.
Dans l’abondante production littéraire et poétique que suscita l’enthousiasme joyeux de la naissance du futur  Henri V, j’ai choisi de vous livrer aujourd’hui en premier lieu, cette ode d’Alphonse de Lamartine.

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Ode sur la naissance du duc de Bordeaux

par Alphonse de Lamartine

Versez du sang ! frappez encore !
Plus vous retranchez ses rameaux,
Plus le tronc sacré voit éclore
Ses rejetons toujours nouveaux !
Est-ce un dieu qui trompe le crime ?
Toujours d’une auguste victime
Le sang est fertile en vengeur !
Toujours échappé d’Athalie
Quelque enfant que le fer oublie
Grandit à l’ombre du Seigneur !

Il est né l’enfant du miracle !
Héritier du sang d’un martyr,
Il est né d’un tardif oracle,
Il est né d’un dernier soupir !
Aux accents du bronze qui tonne
La France s’éveille et s’étonne
Du fruit que la mort a porté!
Jeux du sort ! merveilles divines !
Ainsi fleurit sur des ruines
Un lis que l’orage a planté.

Il vient, quand les peuples victimes
Du sommeil de leurs conducteurs,
Errent aux penchants des abîmes
Comme des troupeaux sans pasteurs !
Entre un passé qui s’évapore,
Vers un avenir qu’il ignore,
L’homme nage dans un chaos !
Le doute égare sa boussole,
Le monde attend une parole,
La terre a besoin d’un héros !

Courage ! c’est ainsi qu’ils naissent !
C’est ainsi que dans sa bonté
Un dieu les sème ! Ils apparaissent
Sur des jours de stérilité !
Ainsi, dans une sainte attente,
Quand des pasteurs la troupe errante
Parlait d’un Moïse nouveau,
De la nuit déchirant le voile,
Une mystérieuse étoile
Les conduisit vers un berceau !

Sacré berceau ! frêle espérance
Qu’ une mère tient dans ses bras !
Déjà tu rassures la France,
Les miracles ne trompent pas !
Confiante dans son délire,
A ce berceau déjà ma lyre
Ouvre un avenir triomphant;
Et, comme ces rois de l’Aurore,
Un instinct que mon âme ignore
Me fait adorer un enfant !

Comme l’orphelin de Pergame,
Il verra près de son berceau
Un roi, des princes, une femme,
Pleurer aussi sur un tombeau !
Bercé sur le sein de sa mère,
S’il vient à demander son père,
Il verra se baisser leurs yeux !
Et cette veuve inconsolée,
En lui cachant le mausolée,
Du doigt lui montrera les cieux !

Jeté sur le déclin des âges,
Il verra l’empire sans fin,
Sorti de glorieux orages,
Frémir encor de son déclin.
Mais son glaive aux champs de victoire
Nous rappellera la mémoire
Des destins promis à Clovis,
Tant que le tronçon d’une épée,
D’un rayon de gloire frappée,
Brillerait aux mains de ses fils !

Sourd aux leçons efféminées
Dont le siècle aime à les nourrir,
Il saura que les destinées
Font roi, pour régner ou mourir ;
Que des vieux héros de sa race
Le premier titre fut l’audace,
Et le premier trône un pavois,
Et qu’en vain l’humanité crie
Le sang versé pour la patrie
Est toujours la pourpre des rois !

Tremblant à la voix de l’histoire,
Ce juge vivant des humains,
Français ! il saura que la gloire
Tient deux flambeaux entre ses mains
L’un, d’une sanglante lumière
Sillonne l’horrible carrière
Des peuples par le crime heureux ;
Semblable aux torches des furies
Que jadis les fameux impies
Sur leurs pas traînaient après eux !

L’autre, du sombre oubli des âges.
Tombeau des peuples et des rois.
Ne sauve que les siècles sages,
Et les légitimes exploits :
Ses clartés immenses et pures,
Traversant les races futures,
Vont s’unir au jour éternel ;
Pareil à ces feux pacifiques,
Ô Vesta ! que des mains pudiques
Entretenaient sur ton autel !

Il saura qu’aux jours où nous sommes,
Pour vieillir au trône des rois,
Il faut montrer aux yeux des hommes
Ses vertus auprès de ses droits ;
Qu’assis à ce degré suprême,
Il faut s’y défendre soi-même,
Comme les dieux sur leurs autels ;
Rappeler en tout leur image,
Et faire adorer le nuage
Qui les sépare des mortels !

Au pied du trône séculaire
Où s’assied un autre Nestor,
De la tempête populaire
Le flot calmé murmure encor !
Ce juste, que le ciel contemple,
Lui montrera par son exemple
Comment, sur les écueils jeté,
On élève sur le rivage,
Avec les débris du naufrage,
Un temple à l’immortalité !

Ainsi s’expliquaient sur ma lyre
Les destins présents à mes yeux ;
Et tout secondait mon délire,
Et sur la terre, et dans les cieux !
Le doux regard de l’espérance
Eclairait le deuil de la France :
Comme, après une longue nuit,
Sortant d’un berceau de ténèbres,
L’aube efface les pas funèbres
De l’ombre obscure qui s’enfuit.

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Médaille commémorative de la naissance du duc de Bordeaux

L’une des nombreuses médailles commémoratives de la naissance du duc de Bordeaux,
futur Henri V, dit le « Comte de Chambord » :
L’avers représente Saint Michel archange, fêté le 29 septembre par la liturgie catholique,
et le revers représente la duchesse de Berry présentant son fils nouveau-né, « l’enfant du miracle »,
avec cette légende :
« Dieu nous l’a donné , nos cœurs et nos bras sont à lui »

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2020-111. La vie et l’enseignement de Saint Cyprien de Carthage présentés par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.

16 septembre,
Fête des Saints Corneille et Cyprien, pontifes et martyrs ;
Anniversaire de la mort de SMTC le Roi Louis XVIII (cf. > ici).

Saint Cyprien de Carthage - Eglise Saint-Cyprien de Londres

Saint Cyprien de Carthage
(détail d’un vitrail de l’église Saint-Cyprien de Londres)

* * * * * * *

Catéchèse de Sa Sainteté le pape Benoît XVI
à l’occasion de l’audience générale du
mercredi 6 juin 2007

Chers frères et sœurs,

Dans la série de nos catéchèses sur les grandes personnalités de l’Eglise antique, nous arrivons aujourd’hui à un éminent évêque du IIIème siècle, saint Cyprien, qui « fut le premier Evêque en Afrique à recevoir la couronne du martyre ». Sa réputation est également liée – comme l’atteste le diacre Pontius, qui fut le premier à écrire sa vie – à la production littéraire et à l’activité pastorale des treize années qui s’écoulèrent entre sa conversion et le martyre (cf. Vie 19, 1 ; 1, 1).

Né à Carthage dans une riche famille païenne, après une jeunesse dissipée, Cyprien se convertit au christianisme à l’âge de 35 ans. Il raconte lui-même son itinéraire spirituel :  « Alors que je gisais encore comme dans une nuit obscure », écrit-il quelques mois après son baptême, « il m’apparaissait extrêmement difficile et pénible d’accomplir ce que la miséricorde de Dieu me proposait… J’étais lié aux très nombreuses erreurs de ma vie passée et je ne croyais pas pouvoir m’en libérer, tant je secondais mes vices et j’encourageais mes mauvais penchants… Mais ensuite, avec l’aide de l’eau régénératrice, la misère de ma vie précédente fut lavée ; une lumière souveraine se diffusa dans mon cœur ; une seconde naissance me transforma en un être entièrement nouveau. De manière merveilleuse, chaque doute commença alors à se dissiper… Je comprenais clairement que ce qui vivait auparavant en moi, dans l’esclavage des vices de la chair, était terrestre, et que ce que l’Esprit Saint avait désormais engendré en moi était, en revanche, divin et céleste » (A Donat, 3-4).

Immédiatement après sa conversion, Cyprien – non sans être envié et en dépit de ses résistances – fut élu à la charge sacerdotale et à la dignité d’évêque.
Au cours de la brève période de son épiscopat, il affronta les deux premières persécutions ratifiées par un édit impérial, celle de Dèce (250) et celle de Valérien (257-258). Après la persécution particulièrement cruelle de Dèce, l’évêque dut s’engager vaillamment pour rétablir la discipline dans la communauté chrétienne. En effet, de nombreux fidèles avaient abjuré, ou bien n’avaient pas adopté une attitude correcte face à l’épreuve. Il s’agissait des lapsi – c’est-à-dire de ceux qui étaient « tombés » -, qui désiraient ardemment revenir au sein de la communauté. Le débat sur leur réadmission finit par diviser les chrétiens de Carthage en laxistes et en rigoristes.
Il faut ajouter à ces difficultés une grave épidémie de peste, qui ravagea l’Afrique et qui fit naître des interrogations théologiques angoissantes, tant au sein de la communauté, que dans la confrontation avec les païens. Il faut rappeler, enfin, la controverse entre Cyprien et l’évêque de Rome, Etienne, à propos de la validité du baptême administré aux païens par des chrétiens hérétiques.

Dans ces circonstances réellement difficiles, Cyprien révéla de grands talents pour gouverner :  il fut sévère, mais non inflexible avec les lapsi, leur accordant la possibilité du pardon après une pénitence exemplaire ; il fut ferme envers Rome pour défendre les saines traditions de l’Eglise africaine ; il se démontra très humain et empli de l’esprit évangélique le plus authentique en exhortant les chrétiens à apporter une aide fraternelle aux païens durant la peste ; il sut garder une juste mesure en rappelant aux fidèles – qui craignaient trop de perdre la vie et leurs biens terrestres – que pour eux la véritable vie et les véritables biens ne sont pas ceux de ce monde ; il fut inébranlable dans sa lutte contre les mœurs corrompus et les péchés qui dévastaient la vie morale, en particulier l’avarice. « Il passait ainsi ses journées », raconte alors le diacre Pontius, « lorsque voilà que – sur ordre du proconsul – le chef de la police arriva à l’improviste dans sa villa » (Vie 15, 1). Le jour même, le saint évêque fut arrêté et, après un bref interrogatoire, il affronta avec courage le martyre entouré de son peuple.

Cyprien rédigea de nombreux traités et lettres, toujours en rapport avec son ministère pastoral. Peu enclin à la spéculation théologique, il écrivait surtout pour l’édification de la communauté et pour le bon comportement des fidèles. De fait, l’Eglise est le thème qui lui est, de loin, le plus cher. Il fait la distinction entre l’Eglise visible, hiérarchique, et l’Eglise invisible, mystique, mais il affirme avec force que l’Eglise est une seule, fondée sur Pierre. Il ne se lasse pas de répéter que « celui qui abandonne la chaire de Pierre, sur laquelle l’Eglise est fondée, se donne l’illusion de rester dans l’Eglise » (L’unité de l’Eglise catholique, 4). Cyprien sait bien, et il l’a exprimé à travers des paroles puissantes, que, « en dehors de l’Eglise il n’y a pas de salut » (Epistola 4, 4 et 73, 21), et que « celui qui n’a pas l’Eglise comme mère ne peut pas avoir Dieu comme Père » (L’unité de l’Eglise catholique, 4).
Une caractéristique incontournable de l’Eglise est l’unité, symbolisée par la tunique sans coutures du Christ (ibid., 7) :  une unité dont il dit qu’elle trouve son fondement en Pierre (ibid., 4) et sa parfaite réalisation dans l’Eucharistie (Epistola 63, 13). « Il n’y a qu’un seul Dieu, un seul Christ », admoneste Cyprien, « une seule est son Eglise, une seule foi, un seul peuple chrétien, liés en une solide unité par le ciment de la concorde :  et on ne peut pas diviser ce qui est un par nature » (L’unité de l’Eglise catholique, 23).

Nous avons parlé de sa pensée concernant l’Eglise, mais il ne faut pas oublier, enfin, l’enseignement de Cyprien sur la prière. J’aime particulièrement son livre sur le « Notre Père » qui m’a beaucoup aidé à mieux comprendre et à mieux réciter la « prière du Seigneur »:  Cyprien enseigne comment, précisément dans le « Notre Père », la juste façon de prier est donnée aux chrétiens ; et il souligne que cette prière est au pluriel, « afin que celui qui prie, ne prie pas uniquement pour lui. Notre prière – écrit-il – est publique et communautaire et, quand nous prions, nous ne prions pas pour un seul, mais pour tout le peuple, car nous ne formons qu’un avec tout le peuple » (L’oraison du Seigneur, 8). Ainsi, la prière personnelle et la prière liturgique apparaissent solidement liées entre elles. Leur unité provient du fait qu’elles répondent à la même Parole de Dieu. Le chrétien ne dit pas « Mon Père », mais « Notre Père », même dans l’intimité d’une pièce close, car il sait bien qu’en chaque lieu, en chaque circonstance, il est le membre d’un même Corps.

« Prions donc, mes frères très aimés », écrit l’évêque de Carthage, « comme Dieu, le Maître, nous l’a l’enseigné ». C’est une prière confidentielle et intime que celle de prier Dieu avec ce qui est à Lui, d’élever vers Ses oreilles la prière du Christ. Que le Père reconnaisse les paroles de Son Fils, lorsque nous récitons une prière :  que celui qui habite intérieurement dans l’âme soit présent également dans la voix… En outre, lorsque l’on prie, il faut avoir une façon de s’exprimer et de prier qui, avec discipline, maintienne le calme et la discrétion. Pensons que nous nous trouvons devant le regard de Dieu. Il faut être agréables aux yeux de Dieu, aussi bien à travers l’attitude du corps que le ton de la voix… Et lorsque nous nous réunissons avec nos frères, et que nous célébrons les sacrifices divins avec le prêtre de Dieu, nous devons nous rappeler de la crainte référentielle et de la discipline, ne pas disperser aux quatre vents nos prières avec des voix altérées, ni lancer avec un verbiage impétueux une requête qui doit être demandée à Dieu avec modération, car Dieu est l’auditeur non de la voix, mais du cœur : « non vocis sed cordis auditor est » (3-4). Il s’agit de paroles qui restent valables aujourd’hui aussi et qui nous aident à bien célébrer la Sainte Liturgie.

En définitive, Cyprien se situe aux origines de cette tradition théologique et spirituelle féconde, qui voit dans le « cœur » le lieu privilégié de la prière.
En effet, selon la Bible et les Pères, le cœur est au plus profond de l’homme, le lieu où Dieu habite. C’est en lui que s’accomplit la rencontre au cours de laquelle Dieu parle à l’homme, et l’homme écoute Dieu ; l’homme parle à Dieu, et Dieu écoute l’homme :  le tout à travers l’unique Parole divine. C’est précisément dans ce sens – faisant écho à Cyprien – que Smaragdus, abbé de Saint-Michel sur la Meuse au cours des premières années du IX siècle, atteste que la prière « est l’œuvre du cœur, non des lèvres, car Dieu ne regarde pas les paroles, mais le cœur de l’orant » (Le diadème des moines, 1).

Très chers amis, faisons nôtre ce « cœur à l’écoute », dont nous parlent la Bible (cf. 1 R 3, 9) et les Pères :  nous en avons tant besoin ! Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons pleinement faire l’expérience que Dieu est notre Père, et que l’Eglise, la sainte Epouse du Christ, est véritablement notre Mère.

Armoiries de Benoît XVI

2020-110. Grand Dieu sauvez la France !

Le 13 décembre 1908, furent signés les décrets autorisant la béatification de plusieurs Serviteurs de Dieu, parmi lesquels plusieurs français : Jeanne d’Arc, Jean Eudes, et Théophane Vénard.
A cette occasion, répondant au discours que venait de lui adresser Monseigneur Stanislas Touchet, évêque d’Orléans (et futur cardinal), le Pape Saint Pie X prononça en italien le discours suivant, publié dans les Acta Apostolicis Sedis du 15 janvier 1909.
On trouve fréquemment des extraits ou des citations de ce discours, mais il est plus rare de le trouver dans son intégralité. Le voici donc ci-dessous.

Ce texte, quoique de circonstance, comporte de nombreux éléments d’une valeur pérenne, et – d’une manière véritablement prophétique – le saint pontife nous y rappelle des choses très importantes pour les temps actuels, dans un contexte toujours plus hostile au catholicisme et à la doctrine traditionnelle de l’Eglise. C’est pourquoi nous nous sommes permis de mettre en caractères gras quelques passages particulièrement forts.. 

Paul Sibra - les voix de la France

Paul Sibra (1889 – 1951) : « Les Voix de la France »

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Discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie X
le 13 décembre 1908
après la lecture des décrets de béatification des Vénérables
Jeanne d’Arc, Jean Eudes,
François de Capillas, Théophane Vénard et ses compagnons.

Armoiries de Saint Pie X

Je suis reconnaissant, Vénérable Frère [note : il s’agit de Monseigneur Stanislas Touchet, évêque d’Orléans], à votre cœur géné­reux qui voudrait me voir travailler clans le champ du Seigneur toujours à la lumière du soleil, sans nuage ni bourrasque. Mais vous et moi, nous devons adorer les dispositions de la divine Providence qui, après avoir établi son Église ici-bas, permet qu’elle rencontre sur son chemin des obstacles de tout genre et des résistances formidables. La raison en est, d’ailleurs évi­dente : l’Église est militante et par conséquent dans une lutte continuelle. Cette lutte fait du monde un vrai champ de bataille et de tout chrétien un soldat valeureux qui combat sous l’éten­dard de la croix. Cette lutte a commencé avec la vie de notre Très Saint Rédempteur et elle ne finira qu’avec la fin même des temps. Ainsi, il faut tous les jours, comme les preux de Juda au retour de la captivité, d’une main repousser l’ennemi, et de l’autre élever les murs du Temple saint, c’est-à-dire travailler à se sanctifier.

Nous sommes confirmés dans cette vérité par la vie même des héros auxquels sont consacrés les décrets qui viennent d’être publiés. Ces héros sont arrivés à la gloire, non seulement à tra­vers de noirs nuages et des bourrasques passagères, mais à tra­vers des contradictions continuelles et de dures épreuves qui sont allées jusqu’à exiger d’eux pour la foi le sang et la vie.

Je ne puis nier pourtant que ma joie est, en effet, bien grande en ce moment : car, en glorifiant tant de saints, Dieu manifeste ses miséricordes à une époque de grande incrédulité et d’indif­férence religieuse ; car, au milieu de l’abaissement si général des caractères, voici que s’offrent à l’imitation ces âmes reli­gieuses qui, pour témoigner de leur foi, ont donné leur vie ; car, enfin, ces exemples viennent, en effet, pour la plus grande part, Vénérable Frère, de votre pays, où ceux qui détiennent les pouvoirs publics ont déployé ouvertement le drapeau de la rébellion et ont voulu rompre à tout prix tous les liens avec l’Église.

Oui, nous sommes à une époque où beaucoup rougissent de se dire catholiques, beaucoup d’autres prennent en haine Dieu, la foi, la révélation, le culte et ses ministres, mêlent à tous leurs discours une impiété railleuse, nient tout et tournent tout en dérision et en sarcasmes, ne respectant même pas le sanctuaire de la conscience. Mais il est impossible que devant ces manifestations du surnaturel, quelle que soit leur volonté de fermer les yeux en face du soleil qui les éclaire, un rayon divin ne finisse pas par pénétrer jusqu’à leur conscience, et, serait-ce même par la voie du remords, les ramener à la foi.

Ce qui fait encore ma joie, c’est que la vaillance de ces héros doit ranimer les cœurs alanguis et timides, peureux dans la pratique des doctrines et des croyances chrétiennes, et les rendre forts dans la foi. Le courage, en effet, n’a de raison d’être que s’il a pour base une conviction. La volonté est une puissance aveugle quand elle n’est pas illuminée par l’intelligence, et on ne peut marcher d’un pas sûr au milieu des ténèbres. Si la géné­ration actuelle a toutes les incertitudes et toutes les hésitations de l’homme qui marche à tâtons, c’est le signe évident qu’elle ne tient plus compte de la parole de Dieu, flambeau qui guide nos pas et lumière qui éclaire nos sentiers : Lucerna pedibus meis verbum tuum et lumen semitis meis [Traduction : Votre parole est une lampe pour mes pas et une lumière pour mes sentiers – Psaume CXVIII, 105].

Il y aura du courage quand la foi sera vive dans les cœurs, quand on pratiquera tous les préceptes imposés par la foi ; car la foi est impossible sans les œuvres, comme il est impossible d’imaginer un soleil qui ne donnerait point de lumière et de chaleur. Cette vérité a pour témoins les martyrs que nous venons de célébrer. Car il ne faut pas croire que le martyre soit un acte de simple enthousiasme qui consiste à mettre la tète sous la hache pour aller tout droit en paradis. Le martyre suppose le long et pénible exercice de toutes les vertus. Omnimoda et immaculata munditia [Traduction : une pureté immaculée et de toutes les manières].

Et, pour parler de celle qui vous est connue plus que tous les autres – la Pucelle d’Orléans, – dans son humble pays natal comme parmi la licence des armes, elle se conserve pure comme les anges ; fière comme un lion dans tous les périls de la bataille, elle est remplie de pitié pour les pauvres et pour les malheu­reux. Simple comme un enfant dans la paix des champs et dans le tumulte de la guerre, elle demeure toujours recueillie en Dieu et elle est tout amour pour la Vierge et pour la sainte Eucha­ristie, comme un chérubin, vous l’avez bien dit. Appelée par le Seigneur à défendre sa patrie, elle répond à sa vocation pour une entreprise que tout le monde, et elle tout d’abord, croyait impossible ; mais ce qui est impossible aux hommes est toujours possible avec le secours de Dieu.

Que l’on n’exagère pas par conséquent les difficultés quand il s’agit de pratiquer tout ce que la foi nous impose pour accom­plir nos devoirs, pour exercer le fructueux apostolat de l’exemple que le Seigneur attend de chacun de nous : Unicuique mandavit de proximo suo [Traduction : Dieu a chargé chaque homme du soin de son prochain – Ecclésiastique XVII, 12]. Les difficultés viennent de qui les crée et les exagère, de qui se confie en lui-même et non sur les secours du ciel, de qui cède, lâchement intimidé par les railleries et les dérisions du monde : par où il faut conclure que, de nos jours plus que jamais, la force principale des mauvais c’est la lâcheté et la faiblesse des bons, et tout le nerf du règne de Satan réside dans la mollesse des chrétiens.

Oh ! S’il m’était permis, comme le faisait en esprit le prophète Zacharie, de demander au divin Rédempteur : « Que sont ces plaies au milieu de vos mains ? Quid sont istæ plagæ in medio manuum tuarum ? » la réponse ne serait pas douteuse : « Elles m’ont été infligées dans la maison de ceux qui m’aimaient. His plagatus sum in domo eorum qui diligebant me » : par mes amis qui n’ont rien fait pour me défendre et qui, en toute rencontre, se sont rendus complices de mes adversaires. Et à ce reproche qu’encourent les chrétiens pusillanimes et intimidés de tous les pays ne peuvent se dérober un grand nombre de chrétiens de France.

Cette France fut nommée par mon vénéré prédécesseur, comme vous l’avez rappelé, Vénérable Frère, la très noble nation, mis­sionnaire, généreuse, chevaleresque. A sa gloire, j’ajouterai ce qu’écrivait au roi saint Louis le pape Grégoire IX : « Dieu, auquel obéissent les légions célestes, ayant établi, ici-bas, des royaumes différents suivant la diversité des langues et des cli­mats, a conféré à un grand nombre de gouvernements des mis­sions spéciales pour l’accomplissement de ses desseins. Et comme autrefois il préféra la tribu de Juda à celles des autres fils de Jacob, et comme il la gratifia de bénédictions spéciales, ainsi choisit la France de préférence à toutes les autres nations de la terre pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse. Pour ce motif, continue le Pontife, la France est le royaume de Dieu même, les ennemis de la France sent les ennemis du Christ. Pour ce motif, Dieu aime la France parce qu’il aime l’Eglise qui traverse les siècles et recrute les légions pour l’éternité. Dieu aime la France, qu’aucun effort n’a jamais pu détacher entièrement de la cause de Dieu. Dieu aime la France, où en aucun temps la foi n’a perdu de sa vigueur, où les rois et les soldats n’ont jamais hésité à affronter les périls et à donner leur sang pour la conservation de la foi et de la liberté religieuse. » Ainsi s’exprime Grégoire IX.

Aussi, à votre retour, Vénérable Frère, vous direz à vos com­patriotes que s’ils aiment la France ils doivent aimer Dieu, aimer la foi, aimer l’Église, qui est pour eux tous une mère très tendre comme elle l’a été de vos pères. Vous direz qu’ils fassent trésor des testaments de saint Remi, de Charlemagne et de saint Louis – ces testaments qui se résument dans les mots si sou­vent répétés par l’héroïne d’Orléans : « Vive le Christ qui est Roi des Francs ! »

A ce titre seulement, la France est grande parmi les nations ; à cette clause, Dieu la protégera et la fera libre et glorieuse ; à cette condition, on pourra lui appliquer ce qui, dans les Livres Saints, est dit d’Israël : « Que personne ne s’est rencontré qui insultât à ce peuple, sinon quand il s’est éloigné de Dieu : Et non fuit qui insultaret populo istinisi quando recessit a culto Domini Dei sui. »

Ce n’est donc pas un rêve que vous avez énoncé, Vénérable Frère, mais une réalité ; je n’ai pas seulement l’espérance, j’ai la certitude du plein triomphe.

Il mourait, le Pape martyr de Valence [note : il s’agit du Pape Pie VI, cf. dans ce blogue > ici et > ici], quand la France, après avoir méconnu et anéanti l’autorité, proscrit la religion, abattu les temples et les autels, exilé, poursuivi et décimé les prêtres, était tombée dans la plus détestable abomination. Deux ans ne s’étaient pas écoulés depuis la mort de celui qui devait être le dernier Pape, et la France, coupable de tant de crimes, souillée encore du sang de tant d’innocents, tourne, dans sa détresse, les yeux vers celui qui, élu Pape par une sorte de miracle, loin de Rome, prend à Rome possession de son trône et la France implore avec le pardon l’exercice du divin pouvoir que, dans le Pape, elle avait si souvent contesté ; et la France est sauvée. Ce qui parait impossible aux hommes est possible à Dieu. Je suis affermi dans cette certitude par la protection des martyrs qui ont donné leur sang pour la foi et par l’intercession de Jeanne d’Arc, qui, comme elle vit dans le cœur des Français, répète aussi, sans cesse, au ciel la prière : « Grand Dieu, sauvez la France ! »

Saint Pie X (2)

Autres textes publiés sur ce blogue :
- Prophétie et prière de St Pie X pour la France > ici
- Allocution consistoriale condamnant la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat > ici
- La mort de St Pie X et le discours de Pie XII pour sa canonisation > ici
- Prières de Pie XII à St Pie X > ici 

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2020-109. « Domine, noverim Te, noverim me ! »

27 août,
Vigile de notre Bienheureux Père Saint Augustin.

Au Mesnil-Marie, la fête de notre glorieux Père Saint Augustin, fête de première importance pour nous qui suivons sa Règle et nous efforçons de vivre de son esprit et de ses enseignements, est naturellement précédée d’une vigile, destinée à nous préparer au mieux à la joie et aux grâces de la fête.

A l’occasion de cette vigile, je souhaite vous offrir la copie de l’un des « petits trésors » de notre collection de canivets : une image de Saint Augustin gravée en taille douce, entourée d’une délicate dentelle de papier malheureusement un peu endommagée par endroits.

Il est fort probable qu’il s’agisse de l’une de ces images qui étaient distribuées aux religieux dans certains couvents ou noviciats au début de chaque mois : portant l’effigie d’un saint au recto et une consigne spirituelle au verso, ce saint devenait en quelque sorte le « saint patron du mois » pour le religieux auquel elle était donnée, et la consigne spirituelle imprimée au verso devait faire l’objet particulier de ses efforts et approfondissements pendant le mois qui suivait…

Saint Augustin - canivet

« Seigneur, que je Vous connaisse, et que je me connaisse ! »

Au verso de l’image figure ce texte :

Saint Augustin (28 août)

Quand vous n’auriez reçu de Dieu aucune grâce, Il mérite toujours, par Ses perfections infinies, d’être aimé de tout votre esprit, de tout votre cœur et de toutes vos forces. Saint Augustin le comprenait lorsqu’il disait en versant des larmes : O mon Dieu, beauté toujours ancienne, toujours nouvelle, c’est bien tard que je Vous ai connu, c’est bien tard que je Vous ai aimé ! Saint Augustin passait les nuits à contempler les beautés et les perfections de Dieu. Au sortir des ténèbres de la nuit, voyant l’astre du jour : Beau soleil, s’écriait-il, tu viens me distraire ; tu m’empêches de goûter tranquillement les amabilités de mon Dieu !
C’est l’amour de Dieu qui fait les saints sur la terre ; c’est l’amour et la possession de Dieu qui fait le bonheur des élus dans le Ciel. Quand vous auriez toutes les autres vertus, et que vous feriez des miracles, sans l’amour de Dieu vous ne seriez jamais sauvé. Si je n’ai pas la charité, c’est-à-dire l’amour de Dieu, je ne suis rien, dit Saint Paul, parce que, sans la charité, on ne peut ni mériter, ni acquérir le Ciel, et qu’il vaudrait mieux n’être rien, n’avoir jamais été, que d’être exclu du Ciel et de ne pas aimer Dieu dans l’éternité.
Aimez-Le, bénissez-Le, réjouissez-vous de Ses perfections : vous L’aimerez dans le Ciel, vous L’y posséderez, si vous L’aimez pendant votre vie.

Prière favorite de Saint Augustin :

« Faites, Seigneur, que je Vous connaisse et que je me connaisse ; en Vous connaissant je Vous aimerai et Vous glorifierai en toutes choses ; en me connaissant je ne compterai pas sur mes forces, et je ne m’attribuerai aucun bien. »

Domine, noverim te, noverim me ! 

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2020-108. Sans piété filiale, il ne peut exister de société durable.

A l’occasion des destructions et actes de vandalisme qui se sont produits aux Etats-Unis et un peu partout dans le monde, sous le prétexte du respect dû aux « hommes de couleur », des émeutiers ont voulu s’en prendre à la magnifique statue équestre de Saint Louis qui trône au centre de la ville de Saint-Louis du Missouri. Un prêtre courageux, l’abbé Stephen Schumacher a été l’une des figures majeures des défenseurs – dont un grand nombre de catholiques – qui ont protégé la statue du saint Roi et l’on nettoyée des insanités dont elle avait été souillée.
A l’occasion de la fête de Saint Louis, ce 25 août 2020, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, dont on sait qu’il nourrit une très grande dévotion envers son saint patron et ancêtre, a adressé à ces courageux défenseurs un message de remerciement qui, au-delà des propos simplement circonstanciels, énonce une fois de plus de grandes et belles vérités qui constituent une nouvelle leçon politique universelle

Statue de Saint Louis - Saint-Louis du Missouri

Statue de Saint Louis à Saint-Louis du Missouri

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Sans piété filiale, il ne peut exister de société durable.

Message de Sa Majesté le Roi Louis XX
adressé
aux défenseurs de la statue de Saint Louis
à Saint-Louis du Missouri

25 août 2020

En cette fête de Saint Louis, mon aïeul et mon saint patron, mes pensées et mes prières se tournent avec reconnaissance vers ces Américains courageux qui ont empêché la destruction de la statue du saint roi à Saint-Louis du Missouri. Je pense tout particulièrement à l’abbé Stephen Schumacher, mais aussi à tous les laïcs anonymes qui ont fait bloc autour de lui.

Les violences contre le patrimoine et contre notre histoire participent toujours du même processus révolutionnaire et totalitaire qui coûta la vie à Louis XVI à qui les États-Unis doivent tant, et, depuis, à des dizaines de millions d’êtres humains. Ce processus vise à faire table rase du passé pour créer un « homme nouveau ».
Mais les hommes sont davantage que leur propre nature biologique : ils sont façonnés par l’œuvre des générations précédentes et ils ont une destinée surnaturelle. Nos saints et nos héros nous sont nécessaires pour mener une vie réellement humaine en nous offrant des modèles. Sans eux, nous ne sommes plus que des objets que les puissants du jour peuvent aisément réduire en esclavage.
Ce n’est pas en vain que la piété filiale, le respect de ce que nous ont transmis nos ancêtres, l’amour de la patrie constituent le quatrième commandement du Décalogue : sans piété filiale, il ne peut exister de société durable.

Aussi, je voudrais associer à ma prière reconnaissante tous ceux qui travaillent, dans les familles, les écoles, les universités – et partout ailleurs dans nos sociétés –, à transmettre la culture occidentale qui puise aux sources gréco-romaines et chrétiennes. Seuls des barbares irresponsables pourraient vouloir jeter aux orties ce trésor si riche et si essentiel à l’épanouissement de l’homme. 

Puisse Saint Louis, saint patron des chefs d’État, veiller sur leur mission et bénir une nouvelle floraison de la culture chrétienne pour le XXIème siècle ! 

Louis,
Duc d’Anjou

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Défenseurs de la statue de Saint Louis à Saint-Louis du Missouri

Les défenseurs de la statue de Saint Louis fermes et paisible en face de la fureur des émeutiers

Abbé Stephen Shumacher et fidèles

Avec d’autres prêtres et de nombreux fidèles, chapelets en mains,
le jeune et courageux abbé Stephen Schumacher a défendu la statue de Saint Louis
contre la violence destructrice des émeutiers

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2020-107. Message de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX à l’occasion de la Saint-Louis.

Message pour la Saint-Louis 2020

Chers Amis, chers compatriotes,

Quelle tristesse de constater que d’année en année, la situation de la France se dégrade.
Fort de la responsabilité que m’imposent les huit siècles de royauté capétienne dont je suis l’héritier, la gravité actuelle de l’état de la France, m’amène à m’exprimer, en ce jour où l’Eglise fête Saint Louis, le modèle des gouvernants.

Force m’est de constater que notre pays s’enfonce vers des jours de plus en plus graves, alors que j’aimerais que mes déclarations puissent saluer le renouveau que tous les Français fidèles et qui croient en la destinée de leur pays, espèrent de tout leur cœur.

Atteinte depuis plusieurs années par une crise morale qui la fait douter d’elle-même, de sa mission, de son identité, la France doit aussi subir de nombreuses attaques venues de l’extérieur, tellement diffuses et perverses, qu’il est difficile de toujours bien les cerner, et de trouver les bonnes ripostes.

La difficulté est d’autant plus grande que la vérité n’est plus regardée en face et que les mots sont travestis par l’idéologie au point de perdre leur sens.

Ceux qui résistent vaillamment sans perdre confiance, souvent animés d’une foi profonde, ne suffisent pas à redresser la situation. Pareillement, nos militaires engagés sur de nombreux terrains au-delà de nos frontières, constatent que leur sacrifice et leur abnégation ne suffisent pas isolément à recréer une dynamique de vainqueur.
Les combats se gagnent certes sur le terrain, mais c’est d’abord dans les cœurs et les esprits que se forgent les conditions de la victoire qui doit trouver son expression politique.

Or, bien souvent, la France donne l’impression que cette volonté n’est plus là.

Pourtant il faudrait peu de choses : lui redonner le goût et le sens de la victoire qu’avait la France sûre d’elle-même et de sa mission ; et lui rappeler les grands moments de son passé qui demeurent des exemples pour demain.

Cet état d’esprit qui pourrait surgir à nouveau si les Français le veulent, semble oublié, annihilé.
Les « élites » depuis la Révolution n’ont agi que par intérêt. Quand reviendra-t-on au Bien Commun, à la justice, à la protection des plus faibles ? Quand acceptera-t-on de redonner aux mots leur sens et d’oublier qu’il n’y a ni incivilité, ni jeunes sauvageons mais violences gratuites et nouveaux barbares sans foi ni loi qu’il s’agit de combattre et de punir. En effet, chacun de leurs crimes ruine la vie sociale.

Or elle est déjà bien difficile pour de nombreux Français déjà confrontés à une situation économique et sociale souvent critique. Pourtant, la dernière crise sanitaire a montré combien nos compatriotes étaient capables de sursauts et d’initiatives quand l’Etat ne les oppresse pas ; quand il ne les accable pas d’une fiscalité de plus en plus lourde et injuste puisqu’elle n’assure plus les services publics même les plus essentiels ; quand l’Etat ne s’attaque pas aux libertés.

Les Français, en nombre toujours plus grand, se rendent compte que les institutions ne répondent plus à leurs attentes légitimes.

Combien de crises faudra-t-il encore ? combien de sacrifiés pour que les yeux s’ouvrent ? 

Il y a quelques mois, crise sanitaire aidant, des esprits lucides avaient posé la question de savoir si ces événements, dus largement au moins dans leurs conséquences, aux erreurs accumulées qui se traduisent par des centaines de milliers de mort, en France, en Europe et dans le monde entier, n’étaient pas l’occasion de réfléchir aux désordres des dernières décennies. Le beau symbole du « jour d’après » semblait porteur d’avenir.

En réalité quelques mois après, les mauvaises habitudes ont largement triomphé des bonnes résolutions et les jours d’après semblent encore plus catastrophiques que ceux d’avant. Le vote, devant une assemblée quasi déserte de la loi dite bio-éthique en est la plus éclatante manifestation… Elle est à la fois contraire à l’ordre naturel et à l’éthique. Elle cumule le déni du système représentatif actuel par la manière dont elle a été élaborée et la rupture avec les fondements de l’humanité. Les manipulations contre nature sont en train de franchir une nouvelle étape vers une société de chimère ou plus aucune limite ne semble retenir les hommes.
La société de la peur et des contraintes est aussi, désormais, celle de la mort planifiée.

Quel monde avons-nous devant nous ? Quel monde laisserons-nous à nos enfants ?

Je parle ici comme héritier et successeur des Rois de France mais aussi comme père et époux. Je sais combien de jeunes couples sont inquiets pour l’avenir de la société ; l’avenir de leurs enfants ; de nos enfants.

Heureusement les siècles d’histoire nous apprennent que les situations les plus terribles ne sont pas irréversibles. La France s’est sortie d’autres périls et cela même quand elle a failli perdre sa souveraineté comme au temps de Charles VII. La mission de Jeanne d’Arc l’a sauvé d’un péril d’autant plus éminent que l’ennemi était déjà installé sur notre sol. Celle qui est devenue en 1920 la patronne du Patriotisme a sauvé le pays et a restauré la monarchie légitime.

De tels exemples doivent nous redonner espoir et susciter de nouvelles initiatives pour reconstruire la France.

Puisse Saint Louis, modèle des souverains et des gouvernants, protéger la France et l’aider à retrouver le sens de sa mission.

Louis de Bourbon,
Duc d’Anjou.
Grandes armes de France

2020-104. « Ainsi la Vierge rendit sans peine et sans violence sa sainte et bienheureuse âme entre les mains de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

Monsieur l’Abbé S.D., chapelain des fidèles du diocèse de Valence attachés à la célébration de la Sainte Messe latine traditionnelle, à l’occasion de la fête de l’Assomption 2020, a donné un sermon répondant à la question que se posent certains : « La Sainte Vierge est-elle morte ? »
Ce sermon nous a beaucoup touchés et nous sommes très profondément reconnaissants à Monsieur l’Abbé de nous avoir donné l’autorisation de le publier dans les pages de ce blogue, car il nous semble qu’il sera utile à bon nombre de nos lecteurs.

Hugo van der Goes - dormition de Notre-Dame

La dormition de Notre-Dame
tableau de Hugo van der Goes (1440-1482)

frise avec lys naturel

« Ainsi la Vierge rendit sans peine et sans violence sa sainte et bienheureuse âme entre les mains de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

Bossuet disait que « Marie fut laissée au monde après [l’Ascension de] Jésus-Christ pour consoler l’Eglise ».

La vie terrestre de ND devait pourtant bien un jour s’achever et c’est aujourd’hui que nous célébrons son triomphe ; jour où elle finit une si pure et si belle vie ; jour où elle commence une autre vie si heureuse et si pleine de gloire ; jour où le Ciel, pour lequel elle était faite, enlève à la terre le plus précieux dépôt que le Fils de Dieu y eût laissé : la Très Sainte Vierge Marie.

Mais comment fût la mort de Notre-Dame ? Est-elle vraiment morte ? De quoi est-elle morte ?

Autant de questions qui jaillissent en ce jour des âmes chrétiennes qui cherchent toujours à mieux connaître la vie la Mère de Dieu pour mieux l’aimer, la vénérer et l’imiter.

La pensée des saints est que la Très Sainte Vierge Marie mourut d’amour pour son divin Fils.

Marie est morte, mais pas en raison du péché, ni non plus en raison d’une maladie : Marie est morte d’amour, sa mort fut causée par la force de son amour pour son divin Fils.

Il n’est pas pensable qu’elle soit morte d’une autre sorte de mort que celle d’amour : « Mort la plus noble de toutes, remarque saint François de Sales, et due par conséquent à la plus noble vie. »

Attention ! Il ne s’agit pas ici d’une image romantico-sirupeuse, d’une façon de parler exaltée ou à l’eau de rose, mais d’une réalité, il s’agit d’un acte réel, unique et extraordinaire qui est de l’ordre de la vertu théologale de charité.

La force de l’amour a fait quitter, a séparé, l’âme de la Très Sainte Vierge Marie de son corps, comme un papillon à maturité déchire le cocon qui l’enfermait.

Notre-Dame est morte d’amour.

Les théologiens les plus sérieux affirment que la sanctification, donc en fait la croissance de la charité dans une âme, est un mouvement accéléré : comme la chute d’une pierre (plus elle tombe, plus elle va vite) ou l’attirance d’une pièce en fer par un aimant (plus elle s’en rapproche, plus elle va vite).

Ainsi en est-il des saints, plus ils se rapprochent du terme de leur vie, plus leur sainteté croît.

Cela se fit en Marie : l’amour qu’elle portait à Dieu et son divin Fils ne fit que croître depuis sa Conception immaculée jusqu’à la fin de sa vie terrestre.

Pourtant imaginez l’intensité de l’amour de la Très Sainte Vierge Marie pour son Fils dans l’étable de Bethléem.

Imaginez surtout la force de son amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ lors de la Passion et au pied de la Croix : amour immense d’une mère qui souffre avec son Fils unique et qui offre son sacrifice pour le salut des âmes.

On a peine à croire que cet amour maternel au pied de la Croix ait pu encore s’accroître et, en plus, de manière accélérée.

Pourtant cela se fit. L’amour de Notre-Dame pour son Fils a connu une croissance de plus en plus rapide.

Chaque jour cet amour qui régnait dans son cœur sans aucun obstacle, augmentait, se perfectionnait, de sorte que la terre ne fut plus capable de le contenir. Alors que se passa-t-il ?

Notre-Dame a déchiré le voile qui la séparait de son Fils, la sainte impatience qu’elle avait d’être à nouveau unie à lui fut trop forte.

Ainsi la Vierge rendit sans peine et sans violence sa sainte et bienheureuse âme entre les mains de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Sainte dormition.

« Comme la plus légère secousse détache de l’arbre un fruit déjà mur, disait Bossuet, ainsi fut cueillie cette âme bénite pour être tout d’un coup transportée au ciel ; ainsi mourut la divine Vierge par un élan de l’amour divin et son âme fut portée au ciel par une nuée de désirs sacrés. »

Puis Notre-Dame passa par le même chemin que son Fils en ressuscitant et en montant au Ciel, par la puissance divine, portée par les anges, avec son corps glorifié.

Le Saint Esprit dit dans le Cantique des cantiques : « L’amour est fort comme la mort ».

Cette fête de l’Assomption nous le montre.

La vie des Saints également manifeste la force, la puissance, de l’amour de Dieu.

Saint Paul disait dans l’épître aux Philippiens : « Pour moi vivre c’est le Christ et mourir m’est un gain. »

Le grand Apôtre souhaitait de tout son cœur que sa vie terrestre s’achève pour rejoindre le Christ : « Mourir m’est un bénéfice » !

Les Saints soupiraient tous après le Ciel et, à la suite de Notre-Dame, plusieurs saints sont aussi morts d’amour : comme Sainte Imelda, cette toute jeune fille, mourut d’amour pour Jésus après avoir communié pour la première fois.

Et combien de saints sont morts ayant des paroles d’amour pour NS et son saint nom sur leurs lèvres : « O Jésus, Dieu de mon cœur » dit saint François Xavier avant de rendre son âme à Dieu.

« Je vais à la Lumière, à l’Amour, à la Vie » souffla sainte Elisabeth de la Trinité dans un dernier soupir.

Puisqu’il s’agit d’amour, nous pouvons penser que la mort d’un chrétien, c’est un peu comme le mariage : l’épouse quitte son père et sa mère pour se joindre à son bien-aimé, ainsi l’âme sainte quitte la terre pour rejoindre son Bien-aimé : Jésus pour les noces éternelles.

Ainsi douce est la fin de la vie terrestre d’une âme en état de grâce, terrible est la mort du pécheur qui s’accroche à ce qui passe.

Car nous sommes faits pour le bonheur éternel du Ciel : enfants de Dieu par notre baptême, nous acquérons un droit réel à l’héritage du Christ, le bonheur éternel du Ciel. Tel est l’objet de notre espérance chrétienne.

Alors aujourd’hui prions Notre-Dame en son Assomption glorieuse pour qu’à l’heure de notre mort nous quittions cette vie, cette terre, comme elle, avec un amour et un grand désir de voir Dieu, désir détachant notre cœur de tous les biens et plaisirs passagers pour l’attacher de plus en plus intimement à Dieu seul.

« Oui, bon Jésus, nous sommes à vous.
En mourant, nous serons à vous pour toujours, et vous serez aussi tout à nous, pourvu que le dernier soupir de notre vie soit un soupir d’amour pour vous. Ainsi soit-il. »

Abbé S.D. – Valence & Montélimar, 15 août 2020.

frise avec lys naturel

2020-103. Quelques réflexions sur le thème de la vocation (1ère partie).

Vendredi 21 août 2020,
Fête de Sainte Jeanne-Françoise de Chantal (cf. > ici et > ici) ;
Anniversaire de la naissance de Saint François de Sales (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Privat, premier évêque du Gévaudan et martyr ;
7ème jour dans l’octave de l’Assomption.

La vocation de Saint Matthieu - Le Caravage - détail 1

frise

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Alors qu’approche le jour du quarantième anniversaire de mon entrée dans la vie religieuse (8 septembre 1980), je voudrais commencer aujourd’hui à votre intention la rédaction de quelques réflexions sur le thème de « la vocation ».
Cette lecture ne sera peut-être pas facile à tout le monde, parce qu’elle exigera une attention soutenue et la recherche d’une compréhension exacte, et non approximative, de mes propos, auxquels toutefois je vais m’efforcer de donner le maximum de concision et de clarté.

J’ai pleinement conscience que les sujets abordés ci-dessous – et dans les prochains jours ou semaines dans d’autres publications que j’ai en vue et qui en constitueront une suite – demandent de fournir un véritable effort intellectuel, et renvoient à un minimum de notions religieuses qui ne sont malheureusement plus très répandues en nos temps d’inculture généralisée, en nos temps de graves déficiences de l’enseignement religieux, en nos temps où règnent de manière tyrannique des habitudes de « prêt-à-penser » imposées par des médias fondamentalement antichrétiens.
Que personne donc ne se sente obligé d’aller plus avant dans cette lecture s’il n’est pas prêt à lui accorder cette attention soutenue et cet effort intellectuel.

Commençons donc par « dégrossir » des notions :

1) Il ne faut pas confondre « vocation » avec « attrait personnel » pour la vie religieuse ou le sacerdoce :

J’ai souvent – beaucoup trop souvent – l’impression, quand il s’agit de vocation, que beaucoup de catholiques, laïcs, mais aussi ecclésiastiques (ce qui peut paraître un comble), n’en ont finalement que des notions plutôt confuses, puisque lorsqu’on leur pose la question : « qu’est ce que la vocation ? », ils ne sont en effet pas capables d’apporter une réponse claire.

L’une des raisons de ce manque de clarté réside habituellement en ce qu’il est assez courant de faire une confusion entre ce qu’est véritablement la « vocation sacerdotale » et l’ « attrait du sacerdoce », ou bien entre la « vocation religieuse » et l’ « attrait pour la vie religieuse ».
Je m’explique : la vocation n’est pas un sentiment (et encore moins une sensation) ; elle n’est pas une impression subjective ; elle ne consiste pas en un état plus ou moins « mystique » accompagné de phénomènes irrationnels, incontrôlables ou incontrôlés…
Il peut certes arriver qu’un certain « attrait », que des « sentiments » ou que des « grâces mystiques » se produisent, pour faciliter l’éveil d’une vocation ou pour soutenir sa maturation ; mais « l’attrait personnel », les « sentiments » ou les « grâces mystiques » ne sont que des éléments périphériques, accessoires, très secondaires, et non essentiels.

La vocation de Saint Matthieu - Le Caravage - église Saint-Louis des Français à Rome

La vocation de Saint Matthieu
(Le Caravage – église Saint-Louis des Français, Rome)

2) La vocation consiste, dans son essence, en un appel officiel de l’Eglise :

En latin, le mot « vocatio, -onis » signifie : appel, invitation, convocation, voire assignation en justice. Le verbe latin « voco, -as, -are » duquel dérive le nom « vocatio » a pour premier sens « appeler » ; son radical est le mot « vox, vocis » qui désigne la voix. C’est dire que dans son sens originel, le mot « vocatio » ne désigne pas un appel intérieur, mais un appel extérieur, exprimé par la voix, qui frappe les oreilles, et qui par les sens remonte à l’intelligence : « Nihil est in intellectu quod non sit prius in sensu – Rien n’est dans l’intellect qui n’ait d’abord été dans les sens », selon la bonne vieille formule de Saint Thomas d’Aquin (in « Quaestiones disputatae – De veritate »).
Dans le domaine religieux, dans la doctrine catholique, le sens du mot « vocation » est tout à fait conforme à cette étymologie.
En effet
la vocation ce n’est pas une émotion personnelle, ce n’est pas une pieuse inclination, ce n’est pas un « sentiment spirituel » qui se produit dans le cœur ou dans l’âme d’un sujet.
Non ! En toute rigueur, par essence, la vocation c’est l’appel officiel, l’appel personnel précis adressé par l’Eglise à une personne.

Nul ne s’attribue à lui-même la vocation. Nul n’est le juge de sa propre vocation. Nul n’est le garant de sa propre vocation.
C’est Notre-Seigneur Jésus-Christ qui discerne et qui appelle, et Il le fait par Son Eglise. Rappelons-nous la belle et magistrale définition de notre incomparable Bossuet : « L’Eglise, c’est Jésus-Christ répandu et continué ».

Ainsi donc l’appel officiel de l’Eglise a un caractère hiérarchique et public, et il a lieu au cours d’une cérémonie liturgique.
Normalement, il est adressé à quelqu’un dont on juge, après un examen attentif et rigoureux, qu’il a les 
capacités réelles à accomplir une « mission » que l’Eglise lui confiera, ou à vivre les exigences propres à un état de vie.
Lorsque l’Eglise appelle un sujet, elle ne se préoccupe pas de ses « inclinations », de ses « sentiments », de ses « états d’âme » (fussent-ils spirituels) ou des « grâces mystiques particulières » qu’il pourrait avoir reçues ; elle demande seulement, en requérant des témoignages, si ce sujet est digne, et s’il a les qualités et les capacités requises pour l’état sacerdotal – ou l’état religieux – auquel elle l’appelle.

La vocation de Saint Matthieu - Le Caravage - détail 2

3) Quels sont les critères et les dispositions pris en compte par l’Eglise pour « donner la vocation » à une personne ?

Cette dignité, ces capacités et ces qualités requises pour être le sujet d’une vocation, ce sont la pratique des vertus morales, les aptitudes naturelles et spirituelles à accomplir les devoirs inhérents à cet état de vie, ainsi qu’une solide et rigoureuse formation doctrinale et spirituelle.

Voilà pourquoi, avant d’appeler un sujet au sacerdoce, dans sa sagesse multiséculaire, la Sainte Eglise impose une préparation à ceux qui ont manifesté des dispositions ou présenté une forme d’attrait pour le sacerdoce ou la vie religieuse : c’est le rôle du séminaire ou de la maison de formation d’un institut religieux. Les longues années de formation qui y sont dispensées permettent, en principe, un discernement, l’acquisition du bagage de vertus et les études indispensables pour envisager sérieusement l’état de vie sacerdotal ou religieux.

Ainsi, en réalité, l’entrée au séminaire ou au noviciat ne constitue pas la reconnaissance d’une vocation, mais marque seulement que l’Eglise prend en compte « l’attrait » pour le sacerdoce ou la vie religieuse, qu’elle va en étudier le sérieux et le bien fondé, qu’elle va l’éprouver, et qu’elle va donner à cette possible vocation les moyens d’aboutir, en la plaçant (normalement) dans les conditions les plus adaptées à son épanouissement.

Le nom de « séminaire » donné aux établissements dédiés à la formation de futurs prêtres est particulièrement éloquent : il vient du mot latin « semen, -inis » qui désigne la graine, la semence.
Un séminaire n’est ni plus ni moins qu’une pépinière ou une serre dans laquelle des semis sont placés dans les meilleures conditions de croissance et de maturation. Il s’y fera un tri, une sélection : certaines jeunes pousses s’y révéleront inaptes à devenir de bons plans et devront alors absolument être rejetées.

Au terme de ces années de formation spirituelle et doctrinale, l’Eglise se prononce : de là l’importance d’avoir dans un séminaire ou un noviciat des responsables dotés d’un bon jugement, d’une grande sagesse, d’un solide discernement, d’une vertu éprouvée, d’une vigilance sourcilleuse… Ce sont leurs avis qui seront particulièrement pris en compte par les hiérarques (évêques, ordinaires, supérieurs religieux…) auxquels appartiennent en propre la grâce et la mission d’appeler au sacerdoce ou à la vie religieuse.
Un séminariste ou un novice ne peuvent être sûrs qu’ils ont la vocation que le jour où officiellement, ils sont appelés aux Ordres Sacrés ou aux Vœux de religion : tant qu’ils n’ont pas reçu cet appel officiel, émanant de la hiérarchie ecclésiastique, ils ne peuvent certifier : « j’ai la vocation » ; en rigueur ils sont juste en droit de dire : « j’éprouve l’attrait pour le sacerdoce (ou la vie religieuse) et je me prépare à y être appelé par l’Eglise, si elle juge que j’en possède les dispositions requises ».

Certes, le discernement et l’appel officiel de l’Eglise, peuvent sanctionner, et en quelque sorte consacrer, un attrait spirituel dans l’âme de la personne appelée ; mais cela n’est pas obligé. L’existence de cet attrait n’est pas indispensable.
L’histoire de l’Eglise nous le montre par maints exemples : un homme qui n’avait pas songé au sacerdoce et qui n’éprouvait pas d’inclination particulière à devenir prêtre, peut très bien être appelé par l’Eglise à le devenir. 
Indépendamment du « ressenti » du sujet, la vocation est certaine à partir du moment où les responsables ecclésiastiques – qui ont grâce d’état pour cela et qui agissent pleinement selon ces grâces d’état – l’appellent officiellement, en conformité avec les règles canoniques et dans les cadres prévus par l’Eglise.
Que l’on se souvienne par exemple de la vocation de Saint Ambroise, lui qui lorsqu’il fut officiellement appelé par l’Eglise n’était même pas baptisé, et qui n’avait aucun attrait pour le sacerdoce. C’est au point que, pour tenter de dissuader ceux qui au nom de l’Eglise l’appelaient aux Saints Ordres (et qui donc lui « donnaient la vocation »), il fit même entrer des prostituées dans sa maison : force lui fut faite néanmoins de se rendre à la grâce et d’accepter la vocation certaine, la vocation divine qu’il recevait de l’appel de l’Eglise bien qu’il n’y eût même pas songé auparavant !

à suivre…

frise

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