Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2017-87. O felix Caecilia !

22 novembre,
fête de Sainte Cécile.

Ste Cécile - Vitrail de la chapelle des Marins à Cayeux-sur-Mer

Sainte Cécile touchant l’orgue
accompagnée par des anges musiciens et chanteurs
(chapelle des marins, à Cayeux-sur-Mer – Picardie)

notes de musiques animées

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

J’avais déjà eu l’occasion de vous parler de cette hymne du XVème siècle en l’honneur de Sainte Cécile (cf. > ici) et je me permets d’y revenir aujourd’hui encore : vous savez que nous avons une grande dévotion pour cette vaillante martyre en notre Mesnil-Marie, et que nous ne pouvons qu’exhorter nos amis à l’aimer, à la vénérer et à se confier en son intercession.

Sainte Cécile a failli être « dégagée » du calendrier liturgique du missel réformé de 1969 et n’a dû qu’au fait de la dévotion populaire à son endroit d’y subsister, comme « mémoire facultative » et en se voyant privée de la mention de sa virginité dans sa collecte !!!.
En effet, les rationalistes et iconoclastes promotteurs de cette sinistre réforme ne croyaient pas aux traditions concernant Sainte Cécile, et ils eussent volontiers remisés aux oubliettes la sainte et son culte. Mais, comme je l’écrivais ci-dessus, il y avait la dévotion populaire et l’attachement des musiciens à leur céleste protectrice, ainsi que toutes les manifestations artistiques organisées autour de sa fête : une fête qui est la véritable « fête de la musique », plutôt que ce 21 juin où de trop nombreux braillards et cogneurs de casseroles font tant souffrir nos oreilles !
Dans le missel et le bréviaire traditionnels, évidemment, rien n’a changé et la liturgie de Sainte Cécile nourrit notre âme et notre ferveur de merveilleux textes que nous avons une joie incommensurable à retrouver chaque année.

Si je reviens aujourd’hui sur l’hymne du XVème siècle « Tubas cum cytharis » que j’avais déjà publié il y a quatre ans, c’est parce qu’en sus de la partition et de la traduction que je vous en avais déjà donné, j’en ai découvert un enregistrement.
Je vous livre donc à nouveau tout ceci ci-dessous avec en sus le dit enregistrement (en cliquant sur la fenêtre où vous voyez la partition encadrée de noir) :

Tuba cum cytharis - Sancta Caecilia

notes de musiques animées

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1. Tubas cum cytharis jam nunc assumite, Emparez-vous maintenant de trompettes et de cithares :
2. Triumphum Mártyris jam nunc celebráte, Célébrez maintenant le triomphe d’une martyre,
3. Angelórum et Vírginum ágmina, O choeurs des anges et des vierges,
4. Et cum voce lætítiæ dícite : Et dites avec la voix de l’allégresse :
O felix Cæcília ! O felix Cæcília ! O heureuse Cécile !
5. Præclára sítiens illa victóriæ, Cette (vierge) glorieuse étant assoiffée de la victoire,
6. In corpus sæviens virtúte grátiæ En son corps souffrant par la force de la grâce,
7. Tradit furéntibus A livré
8. Membra mucrónibus. Ses membres aux impitoyables instruments de supplice.
O felix Cæcília ! O felix Cæcília ! O heureuse Cécile !
9. Et nos qui gémimus favens nos respíce ; Et nous qui gémissons, regardez-nous favorablement ;
10. Sæpe quem læsimus sta coram Júdice. Tenez-vous devant le Juge que nous avons souvent offensé !
11. Líberis det méntibus ad cælum téndere. Qu’Il donne à nos âmes, lorsqu’elles seront détachées de leurs corps, d’aller vers le ciel.
12. Purgatósque sórdibus fac tecum vívere. Purifiés de leurs souillures, faites qu’elles vivent en votre compagnie.
O felix Cæcília ! O felix Cæcília ! O heureuse Cécile !

notes de musiques animées

Eh bien voilà, vous avez maintenant tout ce qu’il faut pour célébrer dignement la céleste patronne des chanteurs et des musiciens, en chantant avec moi à pleine voix…

pattes de chatLully.

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notes de musiques animées

Voir aussi :
- L’extase de Sainte Cécile, peinte par Raphaël > ici

2017-84. Centenaire de la fondation de la « Militia Immaculatae » par Saint Maximilien-Marie Kolbe.

1917 – 16 octobre – 2017

16 octobre 2017,
En France, fête de l’apparition de Saint Michel au Mont Tombe (cf. > ici)
Anniversaire de l’assassinat de SM la Reine Marie-Antoinette (cf. > ici, ou > ici et > ici)

médaille miraculeuse

C’est au soir du 16 octobre 1917 que Saint Maximilien-Marie Kolbe, alors dans sa vingt-quatrième année, fonda la « Militia Immaculatae » (la Milice de l’Immaculée, en abrégé MI). 

Le jeune franciscain se trouvait alors à Rome pour ses études (il y sera ordonné prêtre l’année suivante : le 28 avril 1918).
Il écrit lui-même :
« Lorsque les francs-maçons commencèrent à se démener de plus en plus effrontément et qu’ils eurent dressé leur étendard sous les fenêtres mêmes du Vatican, cet étendard où, sur un fond noir, Lucifer foulait sous ses pieds l’archange Michel, lorsqu’ils se mirent à distribuer des tracts invectivant contre le saint Père, l’idée se fit jour de fonder une association ayant pour but de combattre les francs-maçons et d’autres suppôts de Lucifer ».

Ce qu’écrit ici le futur Saint Maximilien-Marie n’est pas une exagération : à l’occasion du deuxième centenaire de la fondation de la maçonnerie moderne, en cette année 1917, les francs-maçons se livraient à Rome-même à de sacrilèges parodies.
Sur la place Saint-Pierre, des énergumènes – c’est bien le terme qui convient – brandissaient cette bannière diabolique que décrit le jeune franciscain polonais, et que l’on a aussi vue en France en 1996 lorsque les libres-penseurs ont manifesté à Reims et à Valmy pour protester contre la venue du pape Jean-Paul II en France pour les célébrations du quinzième centenaire du baptême de Clovis.

En 1917, les francs-maçons qui s’exhibaient à Rome avaient aussi des banderoles proclamant : « Satan doit régner au Vatican. Le pape sera son esclave ! ». Chaque jour des incidents se produisaient dans la Ville éternelle dont la spoliation – il ne faut pas l’oublier – remontait à moins de 50 ans (20 septembre 1870 – cf. > ici) et où le Souverain Pontife se trouvait prisonnier de la royauté impie de la Maison de Savoie, cette dernière ayant été l’instrument de la maçonnerie pour détruire les Etats de l’Eglise.

C’est bien le spectacle direct de ces manifestations blasphématoires qui inspira à Saint Maximilien-Marie l’idée « de fonder une association ayant pour but de combattre les francs-maçons et d’autres suppôts de Lucifer » pour reprendre ses propres termes.

Ayant mûri ce dessein pendant les heures de repos auquel il fut contraint en raison de la tuberculose dont il ressentit les premières atteintes au cours de l’été 1917, le Frère Maximilien-Marie Kolbe, avec la permission de son directeur spirituel et de ses supérieurs, réunit donc, à Rome, dans une modeste cellule de la maison romaine de formation des franciscains conventuels, six autres jeunes religieux qu’il avait gagné à ce projet pour fonder la Militia Immaculatae : ce fut au soir du 16 octobre 1917.

Cette date ne fut pas choisie au hasard ; elle porte une signification bien précise : le 16 octobre au soir, c’est donc après la célébration des premières vêpres de la fête du 17 octobre, et le 17 octobre est le jour de la fête de Sainte Marguerite-Marie (en 1917 elle n’était encore que bienheureuse).
C’est dire que, pour le futur Saint Maximilien-Marie Kolbe, cette fondation de la Milice de l’Immaculée est placée dans la perspective du règne du divin Coeur de Jésus, Lui qui a promis à Sainte Marguerite-Marie : « Je régnerai malgré Satan et tous ceux qui s’y voudront opposer ! ».

Ainsi donc il est très clair que Saint Maximilien-Marie Kolbe est dans la parfaite continuité de Saint Louis-Marie Grignon de Montfort : « A Jésus par Marie ! » ; « C’est par Marie que le salut du monde a commencé et c’est par Marie qu’il doit être consommé » ; « Pour qu’advienne le règne du Coeur de Jésus, il faut travailler au règne du Coeur de Marie » …etc.

Saint Maximilien-Marie Kolbe jeune religieux

Saint Maximilien-Marie Kolbe
jeune religieux franciscain conventuel

Voici le texte de la « charte fondamentale » (entendre fondamentale en son sens étymologique : « qui est au fondement », c’est-à-dire que cette charte est à la Militia Immaculatae ce que les fondations sont à une maison) par laquelle Saint Maximilien-Marie Kolbe a résumé le but, les conditions et les moyens de la Milice de l’Immaculée :

 « Elle t’écrasera la tête ». (Genèse 3,15)
« Par toi, toutes les hérésies du monde ont été vaincues ». 

I. But :
     Chercher la conversion des pécheurs, hérétiques, schismatiques, etc… et particulièrement des francs-maçons, et la sanctification de tous sous la protection et par le moyen de la Vierge Immaculée.

II. Conditions :
     1) Consécration totale de soi-même à l’Immaculée, comme instrument dans ses mains immaculées.
     2) Porter la Médaille miraculeuse.

III. Moyens :
     1) Autant que possible dire chaque jour l’invocation : « O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous et pour tous ceux qui ne recourent pas à vous, spécialement pour les francs-maçons »
     2) Utiliser tous les moyens légitimes dans la mesure du possible, selon la diversité des états de vie, conditions et circonstances de chacun, et cela avec zèle et prudence. Et surtout porter la Médaille miraculeuse.

médaille miraculeuse

Malheureusement, opérant une véritable trahison de la pensée de Saint Maximilien-Marie Kolbe, dans la continuité des apostasies consécutives au concile vaticandeux, l’actuelle branche officielle de la Militia Immaculatae en France, contaminée par le venin moderniste et considérant que le terme est par trop combatif et militaire, ne veut plus se présenter comme une « Milice » et a choisi de changer son nom en « Mission de l’Immaculée« .
De la même manière, l’invocation particulière de la MI a été modifiée de telle sorte que les francs-maçons n’y sont plus nommément désignés !!!

C’est oublier totalement que Saint Maximilien-Marie voulait explicitement une référence militaire, employait un langage militaire, usait de comparaisons militaires, présentant le chapelet comme une arme, les médailles miraculeuses comme des munitions, et voulant que ceux qui s’agrègent à la MI soient des chevaliers.
Ainsi au nom d’un pacifisme idiot trahit-on la pensée du fondateur pour lequel la Militia Immaculatae était une machine de guerre opposée aux forces du mal à l’oeuvre contre la Sainte Eglise, et qui désignait clairement la maçonnerie comme l’instrument de choix de Satan dans son combat contre le règne de Dieu !

Fort heureusement, il n’en est pas ainsi en Pologne, à Niepokalanow, la « Cité de l’Immaculée », fondée par Saint Maximilien-Marie Kolbe.
Chaque nuit du 16 au 17 de chaque mois, les franciscains conventuels y organisent des prières « pour la conversion des pécheurs, en particulier des juifs et des francs-maçons » : cela commence à 17h dans la basilique et se termine à 5h par une messe.
En outre, chaque association locale de la Militia Immaculatae est encouragée à organiser semblable veillée dans sa propre paroisse.

Niepokalanow - prière pour les francs-maçons

En Pologne, à l’entrée de Niepokalanow,
la Cité de l’Immaculée fondée par Saint Maximilien-Marie Kolbe,
un grand panneau invite à venir prier pour la conversion des francs-maçons.

En France, en réaction aux dévoiements modernistes du mouvement, il existe une branche traditionnelle de la Militia Immaculatae, fidèle aux objectifs et consignes de Saint Maximilien-Marie Kolbe, sous l’égide de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (cf. > ici).

Membres ou non de la Militia Immaculatae, tout fidèle catholique qui a pris conscience de ce qu’est la réalité profonde de la lutte qui se déroule sous nos yeux, et de ses enjeux, ne peut qu’adhérer, dans son for interne et dans ses engagements externes, à la désignation claire de l’ennemi accomplie par Saint Maximilien-Marie Kolbe et vouloir, à son exemple et à sa suite, combattre les forces diaboliques à l’oeuvre sur cette terre, forces diaboliques dont la maçonnerie est l’un des principaux organes.

On se reportera avec fruit aux études que nous avons déjà publiées :
– Un catholique ne peut appartenir à la franc-maçonnerie > ici
– Pourquoi catholicisme et maçonnerie sont incompatibles (1ère partie) > ici
- Pourquoi catholicisme et maçonnerie sont incompatibles (2ème partie) ici
- La question des infiltrations maçonniques dans l’Eglise > ici
- Lucifer, ange tutélaire de la république maçonnique > ici
- La maçonnerie, religion officielle de la république française > ici
- Prière pour la conversion des francs-maçons > ici

Le Chevalier de l'Immaculée - couverture du premier numéro

Couverture du premier numéro de la revue « Le Chevalier de l’Immaculée »,
fondée par Saint Maximilien-Marie Kolbe en janvier 1922,
sur laquelle on peut nettement voir :
- les glaives qui illustrent sans ambiguité le caractère « militaire » de la Militia Immaculatae
- l’hérésie et la maçonnerie clairement désignées comme les ennemis à combattre avec l’aide de la Vierge Immaculée.

« O Marie conçue sans péché,
priez pour nous qui avons recours à vous
et pour tous ceux qui ne recourent pas à vous,
spécialement pour les francs-maçons »

médaille miraculeuse

2017-83. « Ayez donc miséricorde et compassion du Royaume de France, le vôtre et le mien ».

8 octobre,
Fête de Sainte Brigitte de Suède, veuve.
9 octobre,
Fête de Saint Denis, évêque et martyr.

Au sanctoral du 8 octobre figure la fête de Sainte Brigitte, puis au jour suivant nous fêtons Saint Denis, aréopagite converti par Saint Paul, qui fut ensuite le premier évêque de Paris (car il faut maintenir fermement la tradition qui a identifié l’aréopagite et le premier évêque de Paris), qui subit le martyre à Montmartre (Mons martyrum), dont les écrits théologiques sont d’une importance exceptionnelle et dont le lieu de la sépulture devint la principale nécropole de nos Souverains à partir de Dagobert 1er (dédicace de la première basilique en 636).

Outre le fait que leurs deux fêtes sont voisines, il existe un lien spirituel très fort entre Sainte Brigitte de Suède et Saint Denis, en dépit des séparations temporelles et géographiques.
Au deuxième nocturne des matines de Sainte Brigitte nous lisons en effet ceci :
« Mariée à Ulfon, prince de Méricie, elle le porta aux œuvres de piété autant par ses excellents exemples que par ses paroles convaincantes. Remplie de piété dans l’éducation qu’elle donnait à ses enfants, elle s’occupait aussi des pauvres et surtout des malades et les servait avec un si grand amour dans une maison disposée pour eux, qu’elle avait coutume de leur laver et de leur baiser les pieds. Au retour d’un pèlerinage qu’elle avait fait avec son époux au tombeau de l’Apôtre saint Jacques, à Compostelle, Ulfon étant tombé dangereusement malade à Arras, Saint Denis apparut à Brigitte pendant la nuit, et lui prédit la guérison de son mari et d’autres événements à venir ».  

Sainte Brigitte, dont les voies mystiques ont été reconnues pour authentiques par de nombreux pontifes et saints, a bénéficié d’autres apparitions de Saint Denis. J’ai choisi aujourd’hui de vous retranscrire ci-dessous deux extraits qui m’ont paru spécialement importants et stimulants.
Avec la Sainte Mère de Dieu, avec Sainte Brigitte et avec Saint Denis, redoublons de prière pour la France et implorons la miséricorde de Notre-Seigneur pour le Royaume des Lys !

Lully.

Fleur de Lys

Cristóbal de Villalpando - apparition de la Vierge à Ste Brigitte 1680-89

Apparition de la Très Sainte Vierge à Sainte Brigitte
par Cristobàl de Villalpando (vers 1680-1689)

Au livre IV des Révélations de Sainte Brigitte, chapitre 103 :

Prière de Saint Denis à la Très Sainte Vierge Marie
pour le Royaume de France.

« Alors que je priais, je vis en esprit saint Denis qui parlait à la Vierge Marie, lui disant :

Vous êtes Reine de miséricorde, à laquelle toute miséricorde est donnée. Vous avez été faite Mère de Dieu pour le salut des misérables : ayez donc miséricorde et compassion du Royaume de France, le vôtre et le mien :  le vôtre d’autant que ses habitants vous honorent de tout leur pouvoir ; le mien, d’autant que j’en suis le patron et qu’ils ont confiance en moi.
En vérité, vous voyez combien d’âmes sont en danger chaque heure, et les corps des hommes y sont tués comme des bêtes, et ce qui est pis, les âmes descendent en enfer comme de la neige.
Consolez-les donc et priez pour eux, car vous êtes leur Dame, l’aide et le secours de tous
».

Fleur de Lys

Au livre IV des Révélations de Sainte Brigitte, chapitre 104 :

Prière de la Sainte Mère de Dieu et de Saint Denis
pour le Royaume de France.

« La Mère de Dieu parle à son Fils, lui disant :

Béni soyez-vous, ô mon Fils ! Il est écrit que j’ai été appelée bienheureuse, d’autant que je Vous avais porté au ventre, et Vous répondîtes que celui-là est aussi béni, qui écouterait Vos paroles et les garderait. Or, mon Fils, je suis celle-là qui ai gardé de cœur Vos paroles et les ai conservées dans mon sein. Je me souviens aussi d’une parole que Vous avez dite à Saint Pierre ; lorsqu’il demandait combien de fois il pardonnerait aux pécheurs, si ce serait jusques à sept fois, Vous lui répondîtes : Septante-sept fois sept fois, marquant par cela que tout autant de fois que quelqu’un s’humilie avec volonté de s’amender, Vous étiez autant de fois prêt et préparé à lui faire miséricorde.

Le Fils répondit :

Je vous rends témoignage que Mes paroles ont été enracinées en vous, comme la semence qui est jetée en une terre bien grasse, donnant de soi le fruit centième. Mais aussi vos œuvres vertueuses donnent à tous ce fruit de joie. Partant, demandez ce que vous voulez.

La Mère répondit :

Je Vous en prie avec Saint Denis et les autres saints dont les corps sont ensevelis en ce Royaume de France, et dont les âmes sont au ciel, jouissant de la gloire : ayez miséricorde de ce Royaume (…) »

Saint Denis - Cathédrale Notre-Dame de Paris

Saint Denis, premier évêque de Paris
(cathédrale Notre-Dame de Paris)

2017-78. Où, à propos de la messe en sol majeur de Cherubini pour le Sacre de Louis XVIII, le Maître-Chat rétablit quelques vérités au sujet de ce Roi Très Chrétien.

Samedi 16 septembre 2017,
Fête des Saints Corneille, pape, et Cyprien, évêque, martyrs ;
Anniversaire de la mort de SMTC le Roi Louis XVIII.

Mort de SM le Roi Louis XVIII le 16 sept 1824

16 septembre 1824 : mort de Sa Majesté le Roi Louis XVIII
Sur cette représentation on reconnaît en particulier :
- assise en pleurs à son chevet Marie-Thérèse de France, duchesse d’Angoulème ;
- près d’elle son époux, Louis Antoine d’Artois, duc d’Angoulème, futur Louis XIX ;
- incliné et baisant la main du mourant, Charles Philippe de France, qui va devenir Charles X au moment où son frère va rendre le dernier soupir ;
- à droite Marie-Caroline de Bourbon-Siciles avec ses deux enfants Louise d’Artois et Henri d’Artois, duc de Bordeaux, futur Henri V.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Pour conclure mes publications relatives au 175ème anniversaire de la mort de Luigi Cherubini (cf. > ici), j’accorde une grande importance, en ce 16 septembre qui est le jour anniversaire de la mort de Sa Majesté le Roi Louis XVIII, à la publication de la Messe solennelle en sol majeur que, justement, Cherubini composa pour le Sacre de Louis XVIII.

Louis XVIII en costume de sacre par François Gérard

Louis XVIII en costume de sacre, par François Gérard.

Ici, j’imagine la tête de certains de mes lecteurs qui pensent aussitôt : « Mais Louis XVIII n’a pas été sacré ! »
Et c’est bien vrai.
De tous nos Souverains Capétiens, seuls deux n’ont pas reçu les onctions du Sacre : 1) Jean 1er, dit le Posthume,  fils de Louis X, qui mourut cinq jours après sa naissance (+ 19 novembre 1316) ; et 2) Louis XVIII.

Mais le fait de ne pas avoir été sacré ne signifie pas qu’il n’a pas eu l’intention de l’être.
Contrairement à ce qu’affirment
a) d’une part quelques ignorants qui prétendent que Louis XVIII aurait été « d’esprit voltairien » (sic) et qu’il n’attachait pas d’importance au Sacre ;
b) et d’autre part quelques cinglés qui se cramponnent aux affabulations de quelques illuminés.

Roi depuis la mort de son neveu – l’infortuné Louis XVII – survenue le 8 juin 1795, dès qu’Elle put revenir en France au début du mois de mai 1814, Sa Majesté le Roi Louis XVIII aspira ardemment à être sacrée à Reims conformément à la tradition capétienne.

Fleur de Lys

1 – Louis XVIII tint toujours à se montrer comme le Roi Très Chrétien :

Philip Mansel, un historien anglais qui est probablement à ce jour le plus grand spécialiste de la personne et du règne de Louis XVIII, fait bien ressortir que ce Souverain complexe resta toujours un homme du XVIIIème siècle, fidèle à ce qu’il avait reçu de l’héritage versaillais : sans un être un roi à la piété aussi profonde et démonstrative que celle de son frère puiné, il resta toujours fidèle à la foi catholique : et nombre de ses ministres ou de ses proches ont pu en témoigner.
Il assistait tous les jours à la Sainte Messe, communiait deux ou trois fois l’an (selon les usages de l’époque) et, durant son règne, fit toujours publiquement ses Pâques à Saint-Germain-l’Auxerrois, église paroissiale des Tuileries, sauf quand il en fut empêché par la maladie (cf. Philip Mansel, in « Louis XVIII » éd. Perrin 2013 p. 331).
En matière religieuse, Louis XVIII, pleinement conscient qu’il était le Très Chrétien, se montra particulièrement peu soucieux de ménager les libéraux et les libres-penseurs : il encouragea la reconstitution des congrégations religieuses, soutint les missions intérieures « qui perturbaient tant certains secteurs de l’opinion publique – une des médailles commémorant son  règne représente même l’érection d’une croix. Il voulut aussi que Frayssinous, célèbre prédicateur dont il avait fait son premier aumônier en 1821 – honneur extraordinaire pour un roturier – devînt grand maître de l’Université en 1822, ce qui le plaçait à la tête de l’enseignement secondaire. Louis fut ravi d’élever dix-neuf évêques à la pairie en 1822 et Frayssinous, encore lui, reçut en outre le portefeuille des affaires ecclésiastiques en août 1824″ (Philip Mansel, op.cit. pp. 447-448).
« Quand il monta sur le trône, l’état de l’Eglise lui parut pire que dans les années 1790. Il n’y avait plus que 36.000 prêtres en 1814, contre 72.000 en 1789 et il écrivait au pape : « Toutes les doctrines antireligieuses autant qu’antisociales ont inondé mes provinces. » Il était résolu à y mettre bon ordre. En 1814-1816, pour récompenser les évêques restés fidèles à la cause de la royauté et éliminer quatorze des autres, bonapartistes ou anciens révolutionnaires, le gouvernement de Louis avait voulu que l’Eglise revînt en France au statu quo de 1789. Attitude incroyable de sa part, alors qu’il essayait précisément d’apaiser la crainte d’un tel retour au passé dans la vie politique. Mais la papauté refusa de remettre en question le Concordat, conclu en 1801 avec la République » (Philip Mansel, ibid. p. 408).

Ces vérités étant rétablies, il est aisé de comprendre à quel point la question du Sacre n’était pas secondaire pour Louis XVIII, mais qu’il souhaitait en recevoir les onctions saintes. C’est dans la perspective des préparatifs de cette cérémonie qu’il commanda au surintendant de sa chapelle, le maestro Luigi Cherubini, une messe solennelle qui serait exécutée à cette occasion.

Ce sont uniquement les soubressauts politiques de la première Restauration, les funestes Cent-Jours et les difficultés intérieures et extérieures des années 1816-1819, puis enfin l’état de santé de plus en plus précaire de Sa Majesté à partir de 1820 qui empêchèrent la réalisation de ce souhait pourtant très ardent.

Fleur de Lys

Thomas Martin de Gallardon prétendue apparition

Prétendue apparition de « l’ange Raphaël » à Thomas Martin, de Gallardon,
sur une gravure de 1859 s’inspirant de la description du « visionnaire ».

2 – Des affabulations entretenues par des illuminés :

A rebours de la vérité historique cependant, il y a toujours aujourd’hui quelques illuminés de tendance « survivantiste » qui colportent la fable selon laquelle Louis XVIII n’aurait pas voulu être sacré, parce qu’il aurait su qu’il occupait un trône qui ne lui revenait pas, et qu’il aurait parfaitement eu conscience de la vérité de la menace selon laquelle, s’il osait se présenter pour le sacre, la justice de Dieu le foudroierait à mort en pleine cérémonie !
Rien que cela…

Cette légende se fonde sur les prétendues apparitions de l’ange Raphaël à un paysan de Gallardon : Thomas Martin (1783-1834).
Le bonhomme Martin, pieux et exemplaire paroissien d’après son curé, jugé sain d’esprit par les médecins qui l’ont examiné, prétendit avoir ces « apparitions » dans les premiers mois de l’année 1816.
Passons outre l’accoutrement bizarre de « l’ange », sanglé dans une redingote de ville à la mode romantique et coiffé d’un haut-de-forme (!!!) : Thomas Martin devait rencontrer le Roi et lui révéler quelque chose qui ne lui serait communiqué (à lui, Thomas Martin) qu’à ce moment-là, en sus de quelques exhortations pour faire respecter le repos dominical et combattre l’impiété dans le Royaume.
Grâce à l’insistance de certains ennemis influents de la politique menée alors par Decazes, Martin eut l’insigne privilège d’être reçu aux Tuileries le 2 avril 1816. Son tête à tête avec le Roi dura environ une demi-heure et, dans les mois qui suivirent, le bonhomme Martin affirma qu’il avait aussitôt oublié ce qu’il avait dit à Sa Majesté sous l’inspiration immédiate de « l’ange ».
Mais ensuite des récits plus ou moins circonstanciés furent publiés : les premiers imprimés, vers 1817, se contentaient d’attribuer à « l’ange » des paroles critiquant la politique de Decazes et encourageant le Roi à aller dans le sens des Ultras, mais, quatre ans après la mort de Louis XVIII, en 1828, Thomas Martin dicta un récit qui fut publié, et c’est là que l’on trouve des « révélations » concernant la prétendue survivance de Louis XVII et les menaces contre Louis XVIII s’il avait l’audace de prétendre au Sacre.
Il y aurait beaucoup à écrire sur toutes les incohérences qui se trouvent dans le récit de Thomas Martin. Contentons-nous de relever que, entre temps, à partir de 1820, le « paysan prophète » (sic) de Gallardon avait commencé à envoyer des lettres qu’il signait « Dieu » (excusez du peu !), puis que, en 1833, il « reconnut » Naundorff comme Louis XVII…

Bien sûr, jamais aucune autorité ecclésiastique compétente n’a reconnu l’authenticité des « apparitions » de Gallardon, lesquelles demeurent encore de nos jours une juteuse aubaine pour alimenter les fantasmes des illuminés qui s’obstinent à nier la réalité des faits historiques les mieux établis.

Car si Louis XVIII, ainsi que le prétendit Martin dans son récit de 1828, avait acquiescé au fait qu’il occupait une place qui revenait à son neveu toujours vivant et s’était incliné devant la menace d’être frappé à mort par la justice de Dieu en pleine cérémonie du Sacre, on comprend mal pourquoi ce Roi aurait par la suite demandé à Cherubini de composer une messe solennelle pour ce Sacre, et aurait, jusqu’en 1820, espéré pouvoir se rendre à Reims pour y recevoir les onctions saintes !
Et si ces prétendues menaces à l’encontre de Louis XVIII avaient été vraies, parce qu’il aurait usurpé le trône d’un Louis XVII toujours vivant, pourquoi ne se sont-elles pas réalisées le 29 mai 1825 lors du Sacre de Charles X ?
En effet, si Louis XVIII avait occupé un trône qui ne lui revenait pas du fait de la « survivance » de son neveu, il en eût aussi été de même pour son frère et successeur : Charles X. Or, non seulement ce dernier a été sacré et non seulement il n’a pas été foudroyé par la justice divine en cours de cérémonie, mais en sus il a accompli, dans les jours qui suivirent, les guérisons miraculeuses des écrouelles attestant qu’il était bien le Roi légitime (on peut lire la relation complète du toucher des écrouelles par SM le Roi Charles X > ici).

On cherche en vain un peu de cohérence dans cet illuminisme survivantiste.

Fleur de Lys

3 – La messe solennelle en sol majeur pour choeur et orchestre, pour le Sacre de Louis XVIII (1819) :

Comme je vous l’annonçai au début, et même si j’ai dû faire quelques détours pour y arriver, cette publication a pour dessein de vous inviter à écouter maintenant la messe solennelle en sol majeur pour choeur et orchestre pour le Sacre de Louis XVIII composée par Luigi Cherubini.

Le Kyrie a une belle intensité dramatique, et le Gloria qui le suit contraste par le dynamisme des choeurs qui se répondent, alternant avec bonheur des séquences d’allégresse triomphante et de vénération intériorisée, comme le poignant « Suscipe deprecationem nostram ».
Le Credo est tout rayonnant de la joie de l’adhésion aux Vérités révélées transmises par l’Eglise, qui sont déroulées à la manière d’une cavalcade pleine de gloire. On remarquera l’imposante dignité de l’ « Et incarnatus est », puis le côté désolé du « Crucifixus » où les voix d’hommes accompagnées des seuls trombones revêtent un aspect lugubre auquel les trompettes du « Et resurrexit » apportent un fin saisissante.
Le Sanctus et l’ O Salutaris Hostia, conformément à l’usage alors en vigueur en France, constituent une seule et même pièce dans laquelle alternent l’exultation des choeurs célestes dans les cieux et l’expression de l’adoration profonde des Saintes Espèces Eucharistiques sur l’autel.
L’Agnus Dei exprime tous les transports d’un recueillement solennel, paisible et confiant, préparant à la communion du Souverain, laquelle, rappelons-le, à la messe du Sacre, par un privilège unique, se faisait sous les deux espèces.

L’enregistrement proposé ci-dessous a été réalisé par le London Philarmonic Choir et le London Philarmonic Orchestra sous la direction du toujours excellent Maître Riccardo Mutti qui reste une référence, sinon « la » référence, dans l’interprétation de l’oeuvre de Cherubini.

Patte de chat Lully.

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Autres articles de ce blogue consacrés aux compositions de Luigi Cherubini :
- Messe de Requiem à la mémoire de Louis XVI > ici
- Requiem en ré mineur pour choeur d’hommes > ici
- Messe solennelle en la majeur pour le Sacre de Charles X > ici

grandes armes de France

2017-74. Jean ne savait point taire la vérité.

Sermon de notre bienheureux Père Saint Augustin
sur
le martyre de Saint Jean-Baptiste

29 août,
fête de la décollation de Saint Jean-Baptiste.

Voici le texte d’un sermon de notre bienheureux Père Saint Augustin qui, quoique prononcé à l’occasion de la nativité du Précurseur, développe, avec une certaine exubérance, les circonstances du martyre de Saint Jean-Baptiste.

Mattia Pretti - Jean Baptiste reprochant à Hérode son inconduite - 1665

Mattia Preti : Saint Jean-Baptiste reprochant à Hérode son inconduite (1665)

Jean ne savait point taire la vérité.

§ 1. Les chrétiens sont des agneaux au milieu des loups.

Notre Rédempteur et Sauveur Jésus-Christ ne S’est pas contenté de nous arracher à la mort éternelle, Il a voulu aussi nous apprendre et nous commander, par les paroles du saint Evangile, la manière dont nous devons nous conduire ici-bas ; en effet, voici en quels termes Il S’exprime: « Voici que Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups » (Matth. X, 16). N’est-ce point pour nous le comble du bonheur que notre Dieu, le pasteur et le maître des brebis, nous ait aimés jusqu’à nous permettre d’avoir leur simplicité, si nous vivons sincèrement pour Lui ?
Qu’Il soit le pasteur du troupeau, ces autres paroles nous en donnent la certitude : « Je suis le bon pasteur, le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jean X, 11). C’est donc à bon droit qu’en raison de l’innocence de leur vie, Il compare Ses disciples à des brebis ; et Il donne, à non moins juste titre, le nom de loups à ceux qui, après Sa mort, ont cruellement persécuté les Apôtres et les fidèles attachés à Lui.
Comment nous conduire au milieu des bêtes sauvages ? Notre dévoué pasteur nous le dit : « Soyez prudents comme des serpents, et simples comme des colombes » (Matth. X, 16). Voici donc la volonté du Sauveur à notre égard : les colombes n’ont ni malignité, ni fiel ; elles ne savent point se fâcher : soyons, comme elles, à l’abri de la ruse méchante : n’ayons pas de fiel, c’est-à-dire n’ayons pas l’amertume du péché ; oublions les injures, et ne nous mettons pas en colère ; vivons si humblement en ce monde, que nous recevions, un jour, la récompense promise par Dieu à nos efforts.
Le Sauveur ajoute : « Et prudents comme des serpents » (Matth. X, 16). Qui ne connaît l’astuce du serpent ? S’il tombe au pouvoir d’un homme, et que cet homme veuille le tuer, il expose, aux coups de son adversaire, toutes les parties de son corps : peu lui importe de se voir blesser n’importe où, pourvu qu’il sauvegarde sa tête : c’est à quoi il veille avec toute l’adresse possible. Cette prudence du serpent doit nous servir de modèle : si donc, en temps de persécution, nous venons à tomber au pouvoir des ennemis de notre foi, exposons notre corps tout entier aux tourments, aux supplices, et même à la mort, pour conserver notre tête, c’est-à-dire le Fils de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

§ 2 – Saint Jean fut jeté en prison pour avoir fait une légitime réprimande.

Au moment où tous les membres de son corps perdaient leur tête, saint Jean-Baptiste, dont la grâce du Christ nous permet de célébrer aujourd’hui la nativité, se réjouissait de se reposer dans le sein de la Divinité toute parfaite.
Entraîné par l’ardeur de ses passions, jusqu’à suivre, dans sa conduite, l’exemple des bêtes sauvages, Hérode avait souillé la couche de son frère : à ce moment-là, saint Jean, qui ne savait point taire la vérité, déclara formellement au roi que sa conduite était opposée à toutes les lois. Le roi avait fait des lois pour empêcher de pareils désordres, et il les enfreignait lui-même ! Si, par ses moeurs, il condamnait ses décrets et ses lois, les lois et le droit ne le condamneraient-ils pas à leur tour ?
En ce temps-là donc, pour ne point se trouver sans cesse en butte aux publiques, indépendantes et légitimes protestations de saint Jean, le libertin couronné avait fait mettre la main sur lui et l’avait fait jeter dans une obscure prison, où la loi divine devait être son unique soutien.
A cet événement vint s’en adjoindre un autre, l’anniversaire de la naissance de ce roi sacrilège : il réunit alors autour de lui les officiers et les grands personnages de son royaume, et il fit préparer un repas scandaleux pour ses compagnons de dévergondage sacrilège : en cette circonstance, la maison royale se transforma en cirque, si je puis m’exprimer ainsi.

§ 3 – Danse voluptueuse de la fille d’Hérodiade.

La fille du roi se présente au milieu du festin, et, par ses mouvements désordonnés, elle foule aux pieds le sentiment de la pudeur virginale.
Aussitôt, le père prend à témoins tous les compagnons de sa débauche, il jure par son bouclier, qu’avant de terminer sa danse joyeuse et ses valses, elle aura obtenu tout ce qu’elle lui aura demandé. La tête couverte de sa mitre, elle se livre, sur ce dangereux théâtre, aux gestes les plus efféminés que puisse imaginer la corruption ; mais voilà que tout à coup s’écroule le factice échafaudage de sa chevelure ; elle se disperse en désordre sur son visage : à mon avis, n’eût-elle pas mieux fait alors de pleurer que de rire ? Du théâtre où saute la danseuse, les instruments de musique retentissent ; on entend siffler le flageolet : les sons de la flûte se mêlent au nom du père, dont ils partagent l’infamie : sous sa tunique légère, la jeune fille apparaît dans une sorte de nudité ; car, pour exécuter sa danse, elle s’est inspirée d’une pensée diabolique : elle a voulu que la couleur de son vêtement simulât parfaitement la teinte de ses chairs. Tantôt, elle se courbe de côté et présente son flanc aux yeux des spectateurs ; tantôt, en présence de ces hommes, elle fait parade de ses seins, que l’étreinte des embrassements qu’elle a reçus a fortement déprimés ; puis, jetant fortement sa tête en arrière, elle avance son cou et l’offre à la vue des convives ; puis elle se regarde, et contemple avec complaisance celui qui la regarde encore davantage. A un moment donné, elle porte en l’air ses regards pour les abaisser ensuite à ses pieds ; enfin, tous ses traits se contractent, et quand elle veut découvrir son front, elle montre nonchalamment son bras nu.
Je vous le dis, les témoins de cette danse commettaient un adultère, quand ils suivaient d’un œil lubrique les mouvements voluptueux et les inflexions libertines de cette malheureuse créature.
O femme, ô fille de roi ! tu étais vierge au moment où tu as commencé à danser, mais tu as profané ton sexe et ta pudeur ; tous ceux qui t’ont vue, la passion en a fait pour toi des adultères. Infortunée ! tu as plu à des hommes passés maîtres dans la science du vice ; je dirai davantage : pour leur plaire, tu t’es abandonnée à des amants sacrilèges !

§ 4 – Corrupteur de cette jeune fille, assassin de Jean, Hérode tombe sous les coups de la justice divine et meurt.

O l’atrocité ! Le père lui-même se fait corrupteur de sa fille, et personne n’élève la voix contre lui ! J’entends protester contre toi, les lois, tes remords, et, aux yeux de ceux qui ont encore quelque respect pour la pudeur, la voix d’un mari !
Mais, je veux le juger moins sévèrement ; supposons qu’un reste d’honnêteté l’ait empêché de jeter sur sa fille des regards licencieux, il n’en reste pas moins évident qu’elle a dansé, et, à ce titre, son père l’a corrompue, et elle a conquis le coeur d’un incestueux. Il serait bien étonnant que la chasteté se montrât sous de pareils dehors !
O père, embrasse la femme de ton frère : mais tu as sacrifié un père à la passion du sang. Elle t’enseigne à faire tomber la tête de Jean, car tu méprisais les avertissements du martyr, et ne pouvais goûter le bonheur de la chaste innocence.
O race ! O moeurs ! O nom ! O erreur sans remède ! c’est donc à juste titre que, comme le disent nos divines Ecritures, « tes membres sont tombés en putréfaction, et que les vers y ont trouvé leur pâture » (cf. Act. XII, 23). Ta fille a eu la tête coupée par la glace, et ta femme illégitime est morte aveugle.
Ainsi Dieu retranche-t-Il l’homme de blasphème ; ainsi disparaît le péché ; ainsi se trouve vengée la sainteté de la vie.
Pour nous, qui aimons la chasteté et la paix, conjurons tous le Seigneur de nous préserver des moindres atteintes du libertinage. Ainsi soit-il.

Mattia Preti - Salomé avec la tête de Jean

Mattia Preti : Salomé recevant la tête de Saint Jean-Baptiste (vers 1630-1640)

2017-68. Du 450ème anniversaire de la naissance de Saint François de Sales.

1567 – 21 août – 2017
450e anniversaire de la naissance de
Saint François de Sales

Timbre édité pour le 4e centenaire de la naissance de St François de Sales 1567-1967

En 1967, la Poste française avait édité un timbre pour commémorer
le 4ème centenaire de la naissance de Saint François de Sales…

Lundi 21 août 2017,
Fête de Sainte Jeanne-Françoise de Chantal,
450ème anniversaire de la naissance de Saint François de Sales.

Saint François de Sales est né le 21 août 1567, au château de Sales, près de Thorens, dans le duché de Savoie.
A l’occasion de la fête du Saint-Suaire, célébrée le vendredi de la deuxième semaine de Carême, nous avions rappelé de quelle manière la jeune Madame de Boisy, priant devant cette précieuse relique exposée à la vénération des fidèles le 21 juillet 1566 dans l’église Notre-Dame de Liesse d’Annecy, avait demandé au Ciel la grâce de donner le jour à un fils qui serait consacré au service des autels (voir > ici). Profitons aujourd’hui du 450ème anniversaire de la naissance du « Docteur de l’Amour divin » pour relire les pages que Monseigneur Francis Trochu a consacrées à cet événement.

Songes prémonitoires de Madame de Boisy :

« Pendant le carême de 1567, Mme de Boisy connut qu’elle allait être mère. Dans l’attente de l’événement qui mettrait le comble à ses voeux, confiante que sa prière à Notre-Dame de Liesse était exaucée et qu’elle aurait un fils comme premier-né, elle se mit de nouveau à l’offrir au Seigneur.
Certains de ses rêves la confirmèrent d’ailleurs dans sa créance. « Janine Copier, qui fut femme de chambre de cette illustre dame, conte un chroniqueur du temps, a déposé que sa vertueuse maîtresse eut de merveilleuses visions dans son sommeil, qu’elle racontait fort innocemment tous les matins, mais son mari (qui lui en faisait une petite guerre) ne voulait point souffrir qu’elle s’y arrêtât. Un jour entre autres, il se fâcha deux fois contre cette naïve simplicité, parce qu’elle avait déclaré s’être aperçue qu’au lieu de voir naître un cavalier, elle n’avait simplement mis au monde qu’un petit berger qui courait çà et là après des troupeaux qu’on ne pouvait nombrer… Une autre fois, elle dit tout bonnement qu’elle avait songé qu’elle avait un fils, et que ce fils portait toutes sortes d’habits, qui sont d’usage dans tous les ordres de l’Eglise de Dieu » (in « La Maison naturelle, historique et chronologique de saint François de Sales », par Nicolas de Hauteville, Paris 1669, p. 193).
Ces songes berçaient doucement notre jeune châtelaine. Tout semblait devoir se passer normalement. Le vendredi 15 août, en la fête de l’Assomption de Notre-Dame, elle se rendit à pied, comme de coutume, jusqu’à l’église de Thorens distante seulement d’un quart de lieue, se confessa, entendit la messe et communia, puis, de retour au château, elle reprit ses oeuvres de dévotion et de charité. »

Francis Trochu : « Saint François de Sales », tome 1, ed. E.Vitte Lyon 1941, pp. 24-25

Chapelle de Sales extérieur

Chapelle de Sales, à environ 200 mètres du château de Thorens-Glières :
Cette chapelle a été édifiée en 1672 à l’emplacement de la chambre où naquit Saint François de Sales :
en effet, le château de Sales a été détruit par ordre de Louis XIII et de Richelieu en 1630
lors de l’invasion du duché de Savoie par les troupes françaises.

Naissance de Saint François de Sales :

« La chambre de M. et de Mme de Boisy avait été remise à neuf au temps de leur mariage. Située sur la cour intérieure où il y avait un parterre de rosiers, elle était vaste, bien éclairée, ayant « trois fenêtres, l’une à l’orient, deux au midi, bien et gaiement vitrées, avec peinture sur le verre des armoiries de Sales et de Sionnaz ». Une tapisserie de Flandre tendait le long des murs ses pentes rigides ; au manteau de la cheminée, il y avait suspendu « un vieux tableau en détrempe de saint François d’Assise, prêchant aux oiseaux, aux quadrupèdes et aux poissons », et, « à cause de cette vieille image la chambre portait le nom de saint François » (in « Le Pourpris historique de la maison de Sales », par Charles-Auguste de Sales, Annecy 1659, p.100).
C’est là que, prématurément, treize mois jour pour jour après le voeu de Notre-Dame de Liesse, dans la soirée du jeudi 21 août, entre neuf et dix heures, vint au monde un petit garçon « de bonne complexion », mais « extrêmement délicat et tendre » (déposition de J.F. de Blonay pour le procès de béatification), si frêle, qu’on dut presque aussitôt le mettre dans le coton.
Tandis que le crépuscule de ce long soir d’été achevait de s’éteindre sur la vallée silencieuse, ce furent par tout le château des appels, un va-et-vient affolés. Toutefois, le seigneur de Boisy gardait son calme et donnait ses ordres : bien avant l’aurore, il envoyait un domestique, Thomas Puthod, quérir au village de Thorens sa femme née Pétremande Lombard, forte savoyarde de vingt-deux ans qui servirait au nouveau-né de nourrice. »

Francis Trochu : « Saint François de Sales », tome 1, ed. E.Vitte Lyon 1941, pp. 25-26

Fonts baptismaux de saint François de Sales

Fonts baptismaux de l’église Saint-Maurice de Thorens
où fut baptisé Saint François de Sales le 28 août 1567

Baptême de Saint François de Sales :

« Le baptême eut lieu sept jours plus tard, le jeudi 28 août, dans l’église paroissiale Saint-Maurice de Thorens, « bâtie à la gothique de très solides et épaisses murailles »(in « Le Pourpris historique… » p. 108). Vint à cette cérémonie, conte un fermier, « grande quantité de personnes nobles et autres » (déposition de François Terrier au procès en vue de la béatification). Toute une escorte accompagna en effet à Saint-Maurice l’enfant que portait, dans son berceau même, Jacquine Ranyot, « mère-sage ».
En tête des parents, amis et métayers, marchaient, à côté de M. de Boisy, le parrain et la marraine. La volontaire jeune maman les avait choisis tous deux dans sa propre famille : c’était l’un de ses oncles maternels, dom François de la Fléchère, protonotaire apostolique, prieur du monastère bénédictin de Sillingy, proche de Thorens, et sa belle-mère, damoiselle Bonaventure de la Fléchère, qui, veuve en secondes noces de feu Melchior de Sionnaz, père de Françoise, avait épousé successivement depuis feu Pierre de Monthoux et Jacques de la Fléchère.
Le petit fut baptisé par le prêtre économe du Chapitre de l’église cathédrale, – la paroisse dépendait directement des chanoines de Saint-Pierre de Genève qui en étaient, à proprement parler, les curés et qui déléguaient à Thorens un ou même plusieurs vicaires. 
L’enfant hérita les prénoms de son parrain et de sa marraine : il fut appelé François-Bonaventure ; seulement, sur le registre on le nomma non pas de Boisy comme son père, mais de Sales comme ses ancêtres.
Toute une foule se tenait dans l’église ; il n’y eut, à ce qu’on assure, aucune dissipation, même dans les rangs les plus éloignés, parmi les gens de peine, fermiers, serviteurs et servantes. Tous étaient recueillis et priaient.
Sur le chemin du retour, dom de la Fléchère confia qu’ « en touchant son filleul sur les fonts, il avait eu une consolation si grande qu’il ne la pouvait exprimer, lui venant en la pensée que cet enfant conserverait toute sa vie la robe de l’innocence baptismale ». Sans doute pour remonter le robuste père inquiet malgré tout d’avoir un enfant si chétif, deux cousins du seigneur de Boisy, MM. de Beaumont et de Lucinge, émirent des réflexions analogues.
Puis, dans la chambre de la mère, tandis que la noble compagnie admirait le baptisé tranquille dans son berceau comme un petit ange, le même baron de Lucinge, qui avait la plaisanterie facile, dit au père, rasséréné, qu’il serait bien inspirer de demander à Dieu d’autres fils pour soutenir sa maison, car ce premier-né certainement serait d’Eglise.
En ce 28 août, « non seulement – tant cette naissance apportait de joie – on fit festin, dans la grand’salle du château tapissée de drap de Bergame, à toute la noblesse amie qui avait honoré le baptême, mais encore dès l’aube du jour jusqu’à la nuit ce fut l’aumône générale aux pauvres » (dépositions au procès de canonisation). »

Francis Trochu : « Saint François de Sales », tome 1, ed. E.Vitte Lyon 1941, pp. 26-28

Chapelle de Sales : le retable

Chapelle de Sales, à l’emplacement de la chambre où naquit Saint François de Sales :
le retable (1677)

Vous trouverez aussi dans les pages de ce blogue :
- Les liens qui unissent Saint François de Sales au Saint Suaire de NSJC > ici
– Les préludes à la fondation de la Visitation > ici
– 6 juin 1610 : la fondation de la Visitation > ici
– Lettre de Sainte Jeanne de Chantal après la mort de Saint François de Sales > ici
– 350ème anniversaire de la béatification de Saint François de Sales > ici
– Catéchèse de Benoît XVI sur Saint François de Sales > ici
– Livres pour mieux connaître Saint François de Sales > ici
–  Litanies de Saint François de Sales > ici

Armoiries de Saint François de Sales

Armoiries de Saint François de Sales

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints |on 20 août, 2017 |4 Commentaires »

2017-67. Toute la vie, toute l’âme de Catherine Labouré est exprimée dans ces deux petits mots : Ama nesciri, aime à être ignoré !

1947 – 27 juillet – 2017

70ème anniversaire de la canonisation de
Sainte Catherine Labouré

Soeur Catherine Labouré - photographie

Sainte Catherine Labouré (1806 – 1876)
photographie prise à la fin de sa vie

Vendredi 28 juillet 2017.

Ainsi que je l’ai évoqué il y a quelques jours à propos de la relique du coeur de Saint Vincent de Paul (cf. > ici), la canonisation de Soeur Catherine Labouré fut célébrée à Rome par le Pape Pie XII le dimanche 27 juillet 1947, il y a septante ans.
En ces temps-là, il n’y avait pas de prédication dans le cours de la messe de canonisation et c’est le lendemain, lundi 28 juillet 1947 – il y a donc exactement septante ans aujourd’hui – que Sa Sainteté le Pape Pie XII mit en valeur les exemples de Sainte Catherine Labouré dans un discours adressé à la famille vincentienne (Prêtres de la Mission, dits Lazaristes, Filles de la Charité, et Enfants de Marie) réunie au Vatican dans la Cour Saint-Damase.
C’est ce discours dont je publie aujourd’hui l’intégralité du texte ci-dessous.

A septante ans de distance, la lecture de ce texte permet aussi de poser de douloureux constats : les familles religieuses de Saint Vincent de Paul ont été depuis lors terriblement sinistrées par les désertions, par la crise des vocations, par le modernisme et la sécularisation, tandis que l’Association des Enfants de Marie, à laquelle le Pape Pie XII réserve une part importante de son discours, et qui était alors présente dans quasi toutes les paroisses de la Chrétienté, a presque disparu du paysage : en 1966 les Enfants de Marie, expressément demandées par la Sainte Vierge, ont été rebaptisées « jeunesses mariales » (JM en abrégé : avez-vous remarqué comme le clergé postconcilaire est friand de sigles et d’abréviations ?) et ne regroupent plus que quelque centaines de membres quasi invisibles en France, alors que jadis les Enfants de Marie étaient clairement identifiables dans toutes les cérémonies paroissiales et les processions.

Lully.

médaille miraculeuse

Discours de Sa Sainteté le Pape Pie XII
prononcé le lundi 28 juillet 1947 dans la Cour Saint-Damase
à l’adresse des pèlerins Français
et de la famille vincentienne
présents à Rome à l’occasion de la canonisation
de
Sainte Catherine Labouré

« Dès les premières pages de son incomparable chef-d’œuvre l’auteur de «L’imitation de Jésus-Christ » laisse tomber de sa plume cette leçon de sa propre expérience, ce secret de sa paix sereine et communicative : « Veux-tu apprendre et savoir quelque chose d’utile ? Aime à être ignoré ! » (Livre 1 chap. 2).

Ama nesciri ! Deux mots prodigieux, stupéfiants pour le monde qui ne comprend point, béatifiants pour le chrétien qui sait en contempler la lumière, en savourer les délices. Ama nesciri ! Toute la vie, toute l’âme de Catherine Labouré est exprimée dans ces deux petits mots.

Rien pourtant, même de la part de la Providence, ne semblait lui dicter ce programme : ni son adolescence, durant laquelle la mort de sa mère, la dispersion des aînés avaient fait reposer sur ses épaules d’enfant toute la charge du foyer domestique ; ni les étranges voies, par lesquelles elle doit passer pour répondre à sa vocation et triompher des oppositions paternelles ; ni cette vocation même à la grande et vaillante phalange des Filles de la Charité qui de par la volonté et suivant l’expression pittoresque de saint Vincent de Paul, ont « pour cloître, les rues de la ville ; pour clôture, l’obéissance ; pour grille, la crainte de Dieu ; pour voile, la sainte modestie ».

Du moins, semblerait-il, sa retraite et sa formation dans le Séminaire de la rue du Bac favoriseront son recueillement et son obscurité ? Mais voici qu’elle y est l’objet des faveurs extraordinaires de Marie, qui fait d’elle sa confidente et sa messagère. Si encore il s’était agi seulement de ces hautes communications et visions intellectuelles, qui élevaient vers les sommets de la vie mystique une Angèle de Foligno, une Madeleine de Pazzi, de ces paroles intimes, dont le cœur garde jalousement le secret ! Mais non ! Une mission lui est confiée, qui doit être non seulement transmise, mais remplie au grand jour : réveiller la ferveur attiédie dans la double Compagnie du Saint de la charité ; submerger le monde tout entier sous un déluge de petites médailles, porteuses de toutes les miséricordes spirituelles et corporelles de l’Immaculée ; susciter une Association pieuse d’Enfants de Marie pour la sauvegarde et la sanctification des jeunes filles.

Sans aucun retard, Catherine s’est adonnée à l’accomplissement de sa triple mission. Les doléances de la Mère de Dieu ont été entendues et l’esprit du saint Fondateur a refleuri alors dans les deux communautés. Mais, non moins que par sa fidélité à transmettre le message, c’est par sa constance à y répondre elle-même que Catherine en a procuré l’efficacité, mettant sous les yeux de ses Sœurs, pendant près d’un demi siècle, le spectacle saintement contagieux d’une vraie fille de saint Vincent, d’une vraie Fille de la Charité, joignant à toutes les qualités humaines de savoir-faire, de tact, de bonté, les vertus surnaturelles qui font vivre en Dieu, « cette pureté d’esprit, de cœur, de volonté, qui est le pur amour ».

La médaille, dont Marie elle-même avait parlé à sa confidente, a été frappée et répandue par millions dans tous les milieux et sous tous les climats, où elle a été dès lors l’instrument de si nombreuses et extraordinaires faveurs, aussi bien corporelles que spirituelles, de tant de guérisons, de protection, de conversions surtout, que la voix du peuple, sans hésiter, l’a aussitôt appelée « la médaille miraculeuse ».

Et l’Association des Enfants de Marie ! Nous sommes heureux de la saluer tout entière en vous qui la représentez ici, très chères filles, en rangs pressés, et de le faire précisément en ce temps, où elle vient à peine d’achever dignement le premier siècle de son existence. En effet, il y a eu, le mois dernier, tout juste cent ans, que Notre Prédécesseur Pie IX, de sainte mémoire, ratifiait son acte de naissance par le rescrit du 20 juin 1847, lui conférant l’érection canonique et lui accordant les mêmes indulgences, dont jouissaient alors les Congrégations Mariales (Acta Apostolica in gratiam Congregationis Missionis, Parisiis 1876, p. 253-254).

Comme vous devez l’apprécier et l’aimer, tant pour le bien que vos aînées et vous-mêmes en avez déjà reçu, que pour celui qu’elle vous met en mesure de faire autour de vous ! Or, ce bien immense se manifeste clairement pour peu que l’on considère, d’une part, le besoin auquel elle répond et qui la rend souverainement opportune, pour ne pas dire impérieusement nécessaire, et d’autre part, les fruits abondants qu’elle a déjà portés au cours de cette étape centenaire.

La Sœur Labouré le comprenait, ce besoin, elle le sentait profondément en son cœur ardent de zèle et de charité. Elle compatissait aux pauvres enfants du quartier de Reuilly, à ces petites, ces toutes petites — même de huit à douze ans ! qui s’en allaient travailler et qui, trop souvent hélas ! se perdaient dans les fabriques, en contact permanent avec l’ignorance et la corruption de leurs compagnes. Ces tendres victimes avaient besoin d’air pur, de lumière, de nourriture spirituelle. On en a pitié ; on ouvre pour elles un patronage ; on leur enseigne le catéchisme ; notre sainte distribue à profusion la médaille miraculeuse. Si utile, si précieux que tout cela soit, elle ne s’en contente pas tant que l’Association n’y est pas formée pour l’appui mutuel, pour la direction religieuse et morale de ces enfants, surtout pour les abriter sous le manteau maternel et virginal de Marie.

Depuis, quels développements ! Qui dénombrera ces saintes phalanges d’Enfants de Marie au voile blanc comme le lis, et dont le nom seul paraît déjà apporter avec lui comme une brise fraîche toute parfumée de pureté et de piété ?

Les temps ont changé, entendez-vous dire dans votre entourage, et l’on semble vouloir insinuer par là que celui des choses d’hier est passé ; qu’elles doivent céder la place à d’autres plus nouvelles.

Oui, sans doute, les temps ont changé. L’instruction, — l’instruction profane du moins — est plus développée en extension, sinon en profondeur, qu’à l’époque de Catherine Labouré ; la législation sociale s’est occupée davantage, et fort louablement, du sort des enfants et des jeunes filles, les arrachant à l’esclavage d’un travail précoce disproportionné à leur sexe et à leur âge ; la jeune fille a été affranchie, ou s’est affranchie elle-même, de quelques servitudes, de beaucoup de conventions et de convenances plus nombreuses encore. Sans doute aussi, sous l’influence de l’Église, d’heureuses transformations se sont progressivement obtenues, qui ont favorisé la solide éducation, la saine activité, la légitime initiative de la jeune fille chrétienne. C’est vrai, tout cela a changé. Encore faut-il reconnaître la part qu’ont eue à ces changements les institutions catholiques si multiples et si variées.

Mais, sous cette évolution que personne d’ailleurs ne songe à contester, certaines choses, les principales, demeurent permanentes, à savoir : la loi morale, la misère humaine conséquence du péché originel et, en connexion avec ces données immuables, les bases fermes sur lesquelles doivent nécessairement s’appuyer la sauvegarde de cette loi morale, les conditions essentielles des remèdes à ces misères.

De fait, bien que votre situation privilégiée d’Enfants de Marie vous mette, grâces à Dieu, à l’abri de la triste expérience de la plupart, vous ne pouvez quand même ne pas connaître le monde au sein duquel vous vivez. Or, les temps vous semblent-ils tellement changés que les périls qui vous guettent soient moindres qu’autrefois ? L’ignorance était alors fort répandue ; l’ignorance religieuse, la pire de toutes, est-elle aujourd’hui moins profonde ? N’a-t-elle pas plutôt envahi, au contraire, des foyers, des familles, où la religion était jadis en honneur et aimée, parce que connue et intelligemment pratiquée ? Qui oserait affirmer que les rues, les kiosques de journaux, les charrettes et les vitrines de librairies, les spectacles, les rencontres fortuites ou les rendez-vous combinés, que le lieu même du travail et les transports en commun offrent moins d’occasions dangereuses qu’il y a cent ans, quand elles faisaient trembler Catherine Labouré ? Et le soir venu, le retour à la maison assure-t-il autant qu’alors cette intimité de la famille chrétienne, qui rafraichissait, purifiait et réconfortait le cœur après les dégoûts ou les faiblesses de la journée ?

À ces maux quels remèdes, à cette atmosphère malsaine quelle hygiène opposer ? Ici encore, les modalités peuvent et doivent changer pour s’adapter, au jour le jour, à celles de la vie actuelle et aux circonstances ; elles pourront et devront varier aussi pour répondre aux aspirations, aux tempéraments, aux aptitudes, qui ne sont pas, en toutes, les mêmes. Mais au fond : Associations ou Pieuses Unions d’Enfants de Marie, groupes d’Action Catholique, Congrégations de la Sainte Vierge, Confréries et Tiers Ordres, que trouve-t-on là sinon les éléments essentiels de toute hygiène et de toute thérapeutique morale ? Une doctrine religieuse consciencieusement approfondie, une direction spirituelle suivie, la pratique fréquente des sacrements et de la prière, les conseils éclairés et les secours assidus de directrices expérimentées et dévouées, et puis la force si puissante de l’Association, de l’union fraternelle, du bon exemple, tout cela sous le patronage, sous la conduite, sous la protection ferme et vigilante en même temps que miséricordieuse de la Vierge Immaculée. N’est-ce pas elle-même qui a expressément voulu et inspiré l’œuvre, dont Catherine Labouré a été d’abord la confidente et la messagère, puis la propagatrice et l’active ouvrière ?

Pour réaliser les trois demandes de Marie, notre Sainte a prié, elle a lutté, elle a peiné sans relâche. Tout le monde était témoin de cette réalisation ; tout le monde en parlait, tout le monde savait aussi, vaguement du moins, de quelles faveurs célestes une Fille de la Charité avait été l’objet, et les grandes choses que la Mère de Dieu avait faites par son ministère. Mais cette privilégiée, cette mandataire, cette exécutrice de si vastes desseins, qui était-elle ? Et quel était son nom ? Nul ne le savait, hormis son confesseur, dépositaire de son secret. Et cela a duré pendant quarante-six ans, sans que, un seul instant, le voile de son anonymat fût soulevé !

Ama nesciri ! Oui, c’est bien cela : elle aime d’être ignorée ; c’est sa vraie joie et son intime satisfaction ; elle la savoure avec délices. D’autres qu’elle ont reçu de grandes lumières, ont été chargées de grands messages ou de grands rôles, et sont demeurées dans l’ombre ou s’y sont réfugiées au fond d’un cloître, pour fuir la tentation de vaine gloire, pour goûter le recueillement, pour se faire oublier : des grilles les défendaient, un voile épais dérobait leurs traits aux regards, mais leur nom courait sur toutes les lèvres. Elle ne s’est point retirée ; bien au contraire, elle continue de se dépenser à longueur de journées parmi les malades, les vieillards, les Enfants de Marie ; on la voit, on la coudoie à toute heure, à tous les carrefours ; elle n’a pas à se cacher : on ne sait pas que « c’est elle » ; elle n’a pas à faire oublier son nom : tant qu’elle vivait, il était inconnu !

Quelle leçon à l’orgueil du monde, à sa fringale d’ostentation ! L’amour-propre a beau se dissimuler et se donner les apparences du zèle ; c’est lui toujours qui, comme jadis l’entourage de Jésus, souffle à l’oreille le « Manifesta teipsum mundo » (Jn 7, 4). Dans l’obscurité où, quarante-six ans, elle a vécu, poursuivant sa mission, Catherine Labouré l’a merveilleusement et fructueusement accomplie.

L’heure est venue pour elle, annoncée par l’Apôtre : « Vous êtes morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez aussi avec lui, dans la gloire » (Col 3, 3-4).

Dans la gloire où elle resplendit en pleine lumière là-haut près du Christ et de sa Mère, dans la gloire dont elle rayonne dès ici-bas où elle avait passé, ignorée, elle continue d’être la messagère de l’Immaculée. Elle l’est près de vous, Prêtres de la Mission et Filles de la Charité, vous stimulant à la ferveur dans votre sainte vocation ; elle l’est près de vous, Enfants de Marie qu’elle a tant aimées et dont elle est la puissante protectrice, vous exhortant à la fidélité, à la piété, à la pureté, à l’apostolat ; elle l’est près de vous tous, pécheurs, malades, infirmes, affligés qui levez les yeux en répétant avec confiance l’invocation : « O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Par son intercession, les plus abondantes faveurs pleuvront sur vous à qui, de tout cœur, Nous donnons, comme gage des grâces divines, Notre Bénédiction apostolique. »

Discours et messages-radio de S.S. Pie XII,
Neuvième année de Pontificat, 2 mars 1947- 1er mars 1948, pp. 193-198.

Sainte Catherine Labouré - corps incorrompu

Corps incorrompu de Sainte Catherine Labouré
(chapelle de la Médaille Miraculeuse, rue du Bac, à Paris)

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints |on 28 juillet, 2017 |1 Commentaire »

2017-64. Le coeur de Saint Vincent de Paul et la France.

19 juillet,
Fête de Saint Vincent de Paul.

apparitions du coeur de Saint Vincent de Paul à Sainte Catherine Labouré

Apparitions du coeur de Saint Vincent de Paul à Sainte Catherine Labouré
dans la chapelle de la rue du Bac pendant l’octave de la translation de Saint Vincent (25 avril – 2 mai 1830) :
le graveur a représenté comme un seul moment la vision des trois couleurs différentes du coeur de Saint Vincent, blanc, rouge feu et rouge noir, alors que cela fut montré sur trois jours consécutifs.

lys 2

Du coeur de Saint Vincent de Paul montré à Sainte Catherine Labouré
comme particulièrement affligé pour la France,
et des leçons qui découlent de cette vision :

Sainte Catherine Labouré (1806-1876) a vu Saint Vincent de Paul pour la première fois dans un songe alors qu’elle avait 15 ou 16 ans. Sur le coup elle ne comprit pas ce que ce prêtre âgé, qu’elle ne connaissait pas, lui signifiait en l’appelant à venir vers lui ; elle ne le réalisa que plus tard lorsque, dans le parloir des Filles de la Charité de Châtillon-sur-Seine, elle vit au mur le portrait de ce prêtre inconnu et apprit qu’il s’agissait de Saint Vincent de Paul. Tout devint alors limpide : Saint Vincent voulait qu’elle entrât chez les Filles de la Charité.

Catherine arriva au noviciat (on disait alors « le séminaire ») des Filles de la Charité, rue du Bac, à Paris, le 21 avril 1830.
Soeur Catherine prit part avec joie et ferveur à la grande procession de la translation du corps de Saint Vincent depuis la cathédrale Notre-Dame jusqu’à la chapelle des Lazaristes, le dimanche 25 avril (cf. > ici), puis à l’octave de prières et d’actions de grâces qui suivit, octave pendant lequel les novices allaient souvent prier dans la chapelle des Lazaristes.

Soeur Catherine aimait particulièrement ces moments de recueillement auprès de la châsse du saint fondateur, et elle avait un peu de peine de la laisser pour rentrer au « séminaire ».
Toutefois, dans la chapelle de la rue du Bac, Soeur Catherine fut, pendant trois jours consécutifs, favorisée de visions pendant lesquelles il lui fut donné de contempler le coeur de Saint Vincent de Paul (Nota bene : le reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul ne se trouvait alors pas à Paris dans la chapelle des soeurs, ainsi que nous l’avons vu > ici).

Voici ce qu’elle a écrit : 
« J’avais la consolation de voir son cœur au-dessus de la petite châsse où ses reliques sont exposées. Il m’apparut trois jours de suite d’une manière différente : blanc couleur de chair, et cela annonçait la paix, le calme, l’innocence et l’union. Puis, je l’ai vu couleur de feu, ce qui était le symbole de la charité qui s’allumera dans les cœurs. Il me semblait que la charité devait se renouveler et s’étendre jusqu’aux extrémités du monde. Enfin, il m’apparut rouge-noir, ce qui me mettait la tristesse dans le cœur. Il me venait des tristesses que j’avais peine à surmonter. Je ne savais ni pourquoi ni comment cette tristesse se portait sur le changement de gouvernement ». 
Une voix intérieure lui dit alors distinctement :
« Le cœur de Saint Vincent est profondément affligé des grands malheurs qui vont fondre sur la France ».
Le dernier jour de l’octave, elle voit le même cœur, d’un rouge vermeil, tandis que la voix intérieure lui explique : 
« Le cœur de Saint Vincent est un peu consolé, parce qu’il a obtenu de Dieu, par la médiation de Marie, que ses deux familles ne périraient pas au milieu de ces malheurs et que Dieu s’en servirait pour ranimer la foi ». Ses deux familles, ce sont les deux congrégations religieuses fondées par Saint Vincent de Paul : les Filles de la Charité et les Pères Lazaristes.

Ces grands malheurs qui vont fondre sur la France, ce sont en tout premier lieu la révolution – dite des « trois glorieuses » - qui va se déchaîner trois mois plus tard et remplacera la monarchie légitime par une royauté d’usurpation acquise aux idées maçonniques et soumise aux faux principes hérités de la révolution.
On le voit bien ici : Le Ciel n’est pas favorable aux révolutions ; Dieu et ses saints sont légitimistes, ils ne sont ni orléanistes ni républicains !

Cela fut confirmé le 6 juin suivant, dimanche de la Sainte Trinité, où Soeur Catherine fut gratifiée d’une nouvelle vision encore plus explicite : 
« Le jour de la Sainte Trinité, Notre-Seigneur m’apparut dans le Très Saint-Sacrement pendant la Sainte Messe, comme un roi, avec la croix sur sa poitrine. Au moment de l’Evangile, il m’a semblé que la croix et tous ses ornements royaux coulaient à terre sous ses pieds, et que Notre-Seigneur restait dépouillé. C’est là que j’ai eu les pensées les plus noires et les plus tristes, comprenant que le roi serait dépouillé de ses habits royaux et les dommages qui en résulteraient ».

Cette identification entre le Roi céleste, Notre-Seigneur Jésus-Christ et son lieu-tenant sur terre, le Roi Charles X, sacré à Reims, n’a guère besoin de commentaires !

Coeur de Saint Vincent de Paul

Coeur de Saint Vincent de Paul dans son reliquaire

Ces grands malheurs qui vont fondre sur la France, ces grands malheurs qui affligent profondément le coeur de Saint Vincent de Paul, ce sont ensuite les progrès de l’impiété.
En effet, les dommages qui résultent du rejet de la monarchie catholique traditionnelle, liée d’une manière unique et privilégiée à la foi et à l’Eglise catholiques, ce sont la cessation du régime privilégié du catholicisme au sein de l’Etat et de la protection des autorités civiles sur le culte catholique, sur les ecclésiastiques et les religieux catholiques, sur les oeuvres apostoliques et caritatives catholiques ; ce sont l’indifférentisme, qui met toutes les religions sur un pied d’égalité, et, en conséquence, la liberté laissée aux hérétiques et aux païens de répandre leurs croyances infestées d’erreur ; ce sont encore le développement de la maçonnerie et des doctrines politiques et économiques contraires à l’ordre social chrétien ; ce sont aussi les troubles sociaux, les idéologies qu’ils vont engendrer, ainsi que les guerres civiles et internationales qui en découleront et vont empoisonner toute la suite du XIXe siècle et tout le XXe siècle jusqu’aux jours d’hui.
De toutes ces choses, la Madone elle-même viendra parler à Soeur Catherine (cf. > ici), dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830, c’est à dire à l’occasion de la fête liturgique de Saint Vincent de Paul.   

Ces grands malheurs qui vont fondre sur la France, ces grands malheurs qui font que le coeur de Saint Vincent de Paul apparaît d’un rouge-noir inspirant une incoercible tristesse, ce sont l’apostasie de plus en plus affirmée des gouvernements successifs de la France, les lois anti-chrétiennes ou contraires à la loi naturelle, ce sont les infiltrations des idées de Rousseau et de la révolution dans l’esprit des ecclésiastiques eux-mêmes, ne rêvant plus dès lors que d’ « ouverture au monde », et abandonnant pour une illusoire et superficielle concorde terrestre les nécessaires combats pour la défense de l’unique Vérité révélée…

Que de sombres et tristes réalités prophétisées dans ce coeur de Saint Vincent de Paul apparaissant avec cette couleur rouge-noir pour montrer son affliction profonde à la vue des grands malheurs qui allaient fondre sur la France, en raison du changement de gouvernement, en raison de la chute de Charles X, en raison de la révolution, en raison du rejet de la monarchie légitime, en raison de l’usurpation orléaniste, puis en raison de l’établissement de la république !!!

Lully.

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul

Prière à Saint Vincent de Paul pour la Famille Royale
et pour la France :

Glorieux Saint Vincent de Paul, que la divine Providence a voulu si proche de trois de nos plus grands souverains : vous que le Bon Roi Henri se plaisait à rencontrer et à entendre ; vous qui avez assisté Louis XIII à ses derniers instants et avez aidé son âme à laisser une glorieuse couronne terrestre pour aller prendre possession de la couronne mille fois plus glorieuse de l’éternelle félicité ; vous dont les avis et conseils ont éclairé la minorité du règne de Louis XIV et préparé sa fécondité spirituelle ; souvenez-vous aujourd’hui de la descendance de ces grands souverains, et obtenez à Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, notre Roi légitime, toutes les grâces de sagesse, de prudence, de force et de courage qui sont nécessaires à la charge qui a été déposée sur ses épaules du fait de sa naissance et des Lois fondamentales du Royaume.
Du haut du Ciel, assistez-le, guidez-le et conseillez-le, comme vous fîtes jadis ici-bas pour ses glorieux ancêtres : que votre bienveillante intercession lui obtienne les bonnes inspirations pour toutes ses paroles et pour tous ses actes.

Glorieux Saint Vincent, qui fûtes le conseiller avisé de la Reine Anne, veillez sur la Princesse Marie-Marguerite et priez pour qu’elle soit toujours pour notre Prince Louis l’appui aimant, solide et dévoué, sur lequel il pourra toujours compter.

Glorieux Saint Vincent, qui aviez une prédilection spéciale pour les petits enfants, protégez les Enfants de France, et ayez un soin tout particulier de Monseigneur le Dauphin Louis.

Saint Vincent de Paul très compatissant, priez pour ce Royaume de France dont les grands malheurs empirent chaque jour et dont la descente vers l’abîme semble ne plus devoir s’arrêter…
Priez ! Oh, priez pour la France en si grand danger ! Priez pour qu’elle revienne de ses égarements et redevienne en vérité ce Royaume des Lys en tout conforme aux desseins mystérieux de la Providence !
Vous dont le coeur manifesta une si grande tristesse à la vue des maux qui allaient fondre sur la France, obtenez aujourd’hui aux Français les grâces de la conversion et de la pénitence, indispensables au relèvement et à la guérison de ce pays pour lequel vous vous êtes déjà tant dépensé !
Saint Vincent de Paul, modèle ardent de la plus pure charité, obtenez-nous à tous, Princes et sujets, de progresser sans cesse dans la connaissance et la pratique de l’amour de Dieu et du prochain, afin que votre et notre France revive et marche à nouveau dans les voies de la fidélité et de la sainteté, à votre suite, pour la plus grande gloire du Roi des Cieux.

Ainsi soit-il !

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

lys.gif

Voir aussi :
Lettre de Saint Vincent de Paul faisant le récit de la mort de Louis XIII > ici

 

2017-63. Brève histoire des reliques de Saint Vincent de Paul.

translation du corps de St Vincent de Paul 25 avril 1830

Dimanche 25 avril 1830 : translation solennelle du corps de Saint Vincent de Paul depuis Notre-Dame de Paris jusqu’à la chapelle des Lazaristes (95 rue de Sèvres).
Cette gravure représente l’arrivée de la procession à l’entrée de la chapelle des Lazaristes où le supérieur reçoit Monseigneur de Quelen, archevêque de Paris auquel on présente l’eau bénite.

Aussitôt après sa mort, survenue à Paris dans la nuit du 26 au 27 septembre 1660, le coeur de Vincent de Paul fut prélevé, embaumé et placé dans un reliquaire en argent offert par la célèbre duchesse d’Aiguillon, Marie-Madeleine de Vignerot (1604-1675), nièce du cardinal de Richelieu, présente à l’agonie de Monsieur Vincent (tout comme, entre autres, Armand de Bourbon, prince de Conti, et Jacques-Bénigne Bossuet, alors archidiacre de Metz).

Comme Vincent de Paul ne pouvait pas encore être honoré par un culte public, et alors que son corps était inhumé au milieu du choeur de l’église Saint-Lazare, ce reliquaire fut précieusement conservé à l’abri dans une armoire de la Maison Saint-Lazare.

Soixante-neuf ans plus tard, au mois de septembre 1729, à la suite de la béatification de Monsieur Vincent qui avait été célébrée à Rome le 13 août, son corps placé dans une châsse ainsi que le reliquaire de son coeur furent placés sur un autel de la chapelle : ils y restèrent soixante-deux ans.

pillage de la maison Saint-Lazare le 13 juillet 1789

Pillage de la Maison Saint-Lazare, à Paris, le 13 juillet 1789
(eau-forte de Duplessi-Bertaux)

Dans la nuit du dimanche 12 au lundi 13 juillet 1789 et presque toute cette journée du 13, la Maison Saint-Lazare fit l’objet d’un pillage et d’un saccage systématiques par les émeutiers parisiens, à la suite d’une rumeur prétendant que du blé et des armes y seraient cachés.

Seule l’église fut à peu près respectée, toutefois le supérieur général des Lazarises, Monsieur Cayla de La Garde, prit des précautions pour que les reliques de Saint Vincent de Paul (canonisé le 16 juin 1737) ne fussent point profanées. En particulier lorsque, à la fin de l’année 1792, la châsse d’argent fut emportée par les révolutionnaires, les ossements de Saint Vincent de Paul et les documents attestant de leur authenticité furent transférés dans une caisse de chêne, dûment scellée avant d’être cachée : cette caisse de chêne accomplira plusieurs déménagements, incognito, au milieu du Paris révolutionnaire jusqu’à être remise aux Filles de la Charité subsistantes lorsqu’on toléra qu’elles reformassent une communauté dédiée au soin des malades.
En 1806, les Filles de la Charité qui étaient alors en charge du précieux dépôt firent reconnaître et authentifier le coffre de chêne scellé, qui ne fut cependant pas ouvert. 

Au mois d’avril 1830, Monseigneur de Quelen, archevêque de Paris, ordonna la reconnaissance canonique solennelle des ossements de Saint Vincent de Paul.
Le coffre de chêne, emporté à l’archevêché, fut ouvert et son contenu fut reconnu pour authentique : outre le squelette du saint, presque entier (car quelques ossements d’un bras et d’une cuisse avaient été prélevés avant la révolution), le coffre renfermait divers objets, vêtements du saint, et surtout des documents permettant leur identification de manière indubitable.

Le squelette fut reconstitué par les chirurgiens de l’Hôtel-Dieu ; les ossements furent entourés d’étoupe et de tissus, tandis que le visage et les mains étaient reconstitués en cire. Le corps fut alors revêtu d’habits sacerdotaux et l’ensemble fut placé dans une lourde châsse d’argent qui fut transportée à Notre-Dame et y resta exposée toute la journée du samedi 24 avril.
Enfin, le dimanche 25 avril 1830, la châsse de Saint Vincent de Paul fit l’objet d’une translation solennelle depuis la cathédrale Notre-Dame jusqu’à la chapelle de la nouvelle maison des Lazaristes, 95 rue de Sèvres (l’enclos de Saint-Lazare ayant été vendu par lots et l’ancien couvent transformé en prison, les Lazaristes avaient dû, au début de la Restauration, construire un nouveau couvent).
A cette procession solennelle assistèrent de nombreux prélats et ecclésiastiques, des princes et des dignitaires civils, au milieu d’une grande ferveur populaire.

La châsse de Saint Vincent de Paul fut placée au-dessus de l’autel et elle n’a pas bougé depuis.
Deux escaliers situés de part et d’autre, à l’arrière du retable, permettent de monter jusqu’à elle. Chaque jour, nombreux sont les pèlerins qui gravissent ces marches afin de se rapprocher des reliques de ce saint si populaire et si compatissant aux misères humaines.

châsse de saint Vincent de Paul au-dessus de l'autel rue de Sèvres

Châsse de Saint Vincent de Paul au-dessus du maître-autel de la chapelle des Lazaristes
Paris, 95 rue de Sèvres

La châsse, oeuvre de l’orfèvre Jean-Baptiste-Claude Odiot, mesure 2,25 m de long, 65 cm de large et un peu plus d’1 m de hauteur en son milieu. Elle porte un groupe sculpté représentant Saint Vincent de Paul élevé au ciel entouré par quatre anges portant les symboles traditionnels de la foi, de l’espérance et de la charité.

Châsse de Saint Vincent de Paul

Châsse de Saint Vincent de Paul
contenant ses ossements : les mains et le visage sont une reconstitution de cire.

Notons au passage que le crucifix placé sur la poitrine de Saint Vincent de Paul, derrière ses mains jointes, est celui avec lequel il assista Sa Majesté le Roi Louis XIII lors de son agonie (cf. > ici).

Corps de Saint Vincent de Paul détail - le crucifix

Sur la poitrine de Saint Vincent de Paul, le crucifix avec lequel il assista Louis XIII à l’agonie.

Le coeur de Saint Vincent de Paul quant à lui connut d’autres péripéties.

Nous avons vu que, depuis la mort même de Monsieur Vincent, il était conservé dans un reliquaire à part : lors de la révolution, Monsieur Cayla de La Garde, supérieur général des Lazaristes, le confia à son assistant, Monsieur Siccardi, pour lui faire quitter la France.
Caché dans un livre dont le centre avait été évidé, le coeur de Saint Vincent de Paul fut emporté à Turin, capitale du Royaume de Sardaigne, où il demeura jusqu’au temps où le Piémont fut occupé par les troupes françaises puis annexé par la république et l’empire. C’est alors que le cardinal Fesh, archevêque de Lyon et demi-frère de Maria-Letizia Ramolino, obtint de faire venir la relique à Lyon.
Elle y arriva le 1er janvier 1805 et y resta jusqu’en 1947.

Cette année 1947 devait voir la canonisation de la Bienheureuse Catherine Labouré. Elle fut effectivement célébrée le dimanche 27 juillet 1947 par Sa Sainteté le Pape Pie XII.

C’est dans cette perspective que, le 15 février 1947, Sœur Blanchot, supérieure générale des Filles de la Charité, alla rencontrer Son Eminence le Cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, et lui exprima son désir : « Vous n’ignorez pas que le cœur de Saint Vincent est apparu plusieurs fois à Soeur Catherine Labouré, nous aimerions donc qu’il soit présent chez nous lors de la glorification de notre Sainte ».
Le cardinal Gerlier promit d’y réfléchir. Mais la mère générale avait besoin d’une réponse rapide, et celle-ci n’arrivait pas.
Impatiente, elle se décida à téléphoner (chose qui n’était pas très courante en 1947, surtout dans les maisons religieuses). Or la poste était en grève ; il était impossible de téléphoner, sauf pour urgence médicale.

Qu’à cela ne tienne : « Urgence du coeur », répondit avec assurance la supérieure à l’employé des Postes. Elle fut donc mise en relation téléphonique avec l’archevêché de Lyon… et reçut l’autorisation d’emporter la relique.

autel St Vincent -Chapelle-rue-du-Bac

Chapelle de la Médaille Miraculeuse, rue du Bac :
l’autel de Saint Vincent de Paul se trouve tout à droite.

Rentrée à Paris qu’elle avait quitté au moment de la grande révolution, la relique du coeur de Saint Vincent de Paul est donc depuis lors habituellement exposée au-dessus de l’autel dédié à Saint Vincent de Paul, dans la chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse, 140 rue du Bac, à Paris.

reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul rue du Bac

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul
exposé sur l’autel du saint dans la chapelle de la Médaille Miraculeuse.

Notons toutefois que cette année 2017 est célébrée comme celle du quatrième centenaire du charisme particulier des fondations vincentiennes : c’est en effet le 25 janvier 1617 que, dans la chaire de l’église de Folleville, en Picardie, Monsieur Vincent prononça un sermon demeuré célèbre parce qu’il est à l’origine du lancement de « l’oeuvre de la mission » pour le secours des pauvres et des malades.
Voilà pourquoi, depuis le 25 janvier 2017, le reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul est en voyage à travers toute la France puis voyagera dans le monde entier, afin que les cérémonies et les grâces accompagnant les déplacements de l’insigne relique de ce coeur qui fut si parfaitement rempli par l’amour de Dieu et du prochain, suscite de nouveaux élans de charité.

Lully.

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul en voyage en 2017

Le reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul en voyage,
à travers toute la France et dans le monde entier en 2017 :
protégé par un cylindre de verre et transporté en automobile grâce à un petit brancard,
il va à la rencontre des familles religieuses vincentiennes et des fidèles.

A suivre :
Le coeur de Saint Vincent de Paul et la France >

Publié dans:Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 18 juillet, 2017 |3 Commentaires »
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