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2014-82. 20 août 1914 : Saint Pie X rend son âme à Dieu.

Saint Pie X sur son lit de mort

Saint Pie X sur son lit de mort 

Eté 1914 : le déclenchement des hostilités déchire le coeur du pape Pie X.
Le saint Pontife, qui a célébré le 2 juin précédent son soixante-dix-neuvième anniversaire, affaibli par une bronchite, est plus que tout accablé par ce qu’il pressent de cette guerre. L’auguste malade passe littéralement ses jours et ses nuits à prier, demandant à Dieu le retour de la paix ; il s’épuise rapidement. 

Le 19 août 1914, le Prélat Sacriste lui administre les derniers sacrements, qu’il reçoit avec beaucoup de piété : le pape Sarto avait déjà perdu l’usage de la parole, mais gardait toute sa lucidité et comprenait tout.
Dans la nuit du 19 au 20 août, une heure et quart après minuit, le saint Pape rendit son âme à Dieu.

La dépouille mortelle de Pie X, revêtue des ornements pontificaux, fut d’abord exposée dans la Salle du Trône, puis transportée dans la Basilique Vaticane pour être exposée dans la chapelle du Très Saint-Sacrement.
Les funérailles furent célébrées le 23 août.

Dépouille de Saint Pie X exposée dans la Basilique Vaticane

Exposition de la dépouille de Saint Pie X dans la chapelle du Très Saint-Sacrement de la Basilique Vaticane.

Le premier procès en vue de la canonisation du pape Pie X fut introduit le 14 février 1923 et dura jusqu’en 1931. Douze ans plus tard, deux guérisons de cancers ayant été reconnues miraculeuses, le pape Pie XII ouvrit le second procès, qui aboutit, au matin du 3 juin 1951, à la cérémonie de béatification, puis – deux nouveaux miracles ayant été authentifiés – à la canonisation, le samedi 29 mai 1954.
Cette année 2014 marque donc tout à la fois le centenaire de la mort et le soixantième anniversaire de la canonisation de Saint Pie X.

Pour cette canonisation – qui était la première d’un pape depuis celle de Saint Pie V, en 1712 – , l’affluence s’annonçait telle qu’il fallut prévoir la cérémonie à l’extérieur de la Basilique Saint-Pierre, ce qui était tout à fait inhabituel en 1954, et le trône papal fut dressé devant la porte centrale de la basilique.
Le rite solennel de la canonisation eut lieu le samedi 29 mai 1954, en fin d’après-midi. Il n’était – évidemment – pas inclus dans une Messe et culminait par la proclamation de la formule solennelle :
« En l’honneur de la Sainte et Indivisible Trinité, pour l’exaltation de la foi catholique et pour l’accroissement de la religion chrétienne, par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul et la Nôtre,  après une mûre délibération et ayant souvent imploré le secours divin, de l’avis de nos vénérables frères les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, les Patriarches, Archevêques et Evêques présents dans la ville, Nous décrétons et définissons Saint et Nous inscrivons au catalogue des Saints le bienheureux Pie X, confesseur ».

Après le chant du Te Deum, la châsse de Saint Pie X fut exposée devant l’autel papal, autel sur lequel il avait célébré la messe, au-dessus de la tombe de Saint Pierre.
Le lendemain, dimanche 30 mai, Son Eminence le cardinal Tisserant célébra la messe de la Chapelle Papale, Pie XII assistant au trône.

Il nous a paru judicieux de publier ci-dessous le discours que prononça Sa Sainteté le pape Pie XII à l’occasion de cette canonisation : tandis que nous rappelons le centenaire de la mort de Saint Pie X, un tel texte mérite d’être lu, relu, approfondi et médité, spécialement dans les circonstances présentes de l’Eglise et de la société…
Je ne pense pas qu’il y ait de plus bel hommage que celui rendu à ce saint Pontife par un autre saint Pontife.

   Lully.    

Pie XII cérémonie de canonisation de St Pie X 29 mai 1954

Sa Sainteté le Pape Pie XII à genoux pendant le Veni Creator
du rite de la canonisation de Saint Pie X,
sur le parvis de la basilique Vaticane, le soir du samedi 29 mai 1954

Armoiries de Pie XII

Discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie XII
le 29 mai 1954
lors de la
canonisation de Saint Pie X :

« Cette heure d’éclatant triomphe que Dieu, qui élève les humbles, a préparée et comme hâtée, pour sceller l’ascension merveilleuse de son fidèle serviteur Pie X à la gloire suprême des autels, comble Notre âme d’une joie à laquelle, Vénérables Frères et chers fils, vous participez largement par votre présence.
Nous rendons donc de ferventes actions de grâces à la divine bonté pour Nous avoir permis de vivre cet événement extraordinaire, d’autant plus que, pour la première fois peut-être dans l’histoire de l’Eglise, la canonisation formelle d’un Pape est proclamée par Celui qui eut jadis le privilège d’être à son service dans la Curie Romaine.

Date heureuse et mémorable, non seulement pour Nous qui la comptons parmi les jours fastes de Notre Pontificat, auquel la Providence avait cependant réservé tant de douleurs et de sollicitudes, mais aussi pour l’Eglise entière qui, groupée spirituellement autour de Nous, exulte à l’unisson d’une vive émotion religieuse.

Le nom si cher de Pie X traverse en ce soir radieux toute la terre, d’un pôle à l’autre, scandé par les voix les plus diverses ; il suscite partout des pensées de céleste bonté, des élans puissants de foi, de pureté, de piété eucharistique, et résonne comme un témoignage éternel de la présence féconde du Christ dans son Eglise. Par un retour généreux, en exaltant son serviteur, Dieu atteste la sainteté éminente, par laquelle plus encore que par son office suprême, Pie X fut pendant sa vie le champion illustre de l’Eglise et se trouve par là aujourd’hui le Saint que la Providence présente à notre époque.

Or, Nous désirons que vous contempliez précisément dans cette lumière la figure gigantesque et douce du Saint Pontife, pour que, une fois l’ombre descendue sur cette journée mémorable et rentrées dans le silence les voix de l’immense Hosanna, le rite solennel de sa canonisation reste une bénédiction pour vos âmes et pour le monde un gage de salut.

§1 – Pie X fut d’abord préoccupé de rendre l’Eglise plus accessible, notamment en formulant le Droit Canon.

Le programme de son Pontificat fut annoncé solennellement par lui dès la première Encyclique (« E Supremi » du 4 octobre 1903) où il déclarait que son but unique était d’ « instaurare omnia in Christo » (Eph. I, 10), c’est-à-dire de récapituler, de ramener tout à l’unité dans le Christ.
Mais quelle est la voie qui nous ouvre l’accès à Jésus-Christ ? se demandait-il, en regardant avec amour les âmes perdues et hésitantes de son temps. La réponse, valable hier comme aujourd’hui et dans les siècles à venir, est : l’Eglise !
Ce fut donc son premier souci, poursuivi incessamment jusqu’à sa mort, de rendre l’Eglise toujours plus concrètement apte et ouverte au cheminement des hommes vers Jésus-Christ.
A cette fin, il conçut l’entreprise hardie de renouveler le corps des lois ecclésiastiques de manière à donner à l’organisme entier de l’Eglise un fonctionnement plus régulier, une sûreté et une promptitude de mouvements plus grandes, comme le demandait un monde extérieur imprégné d’un dynamisme et d’une complexité croissants. Il est bien vrai que cette entreprise, définie par lui-même, « une oeuvre assurément difficile » était digne de son sens pratique éminent et de la vigueur de son caractère ; cependant il ne semble pas que la seule considération de son tempérament donne le dernier motif de la difficile entreprise.
La source profonde de l’oeuvre législative de Pie X est à chercher surtout dans sa sainteté personnelle, dans sa persuasion intime que la réalité de Dieu perçue par lui dans une incessante communion de vie, est l’origine et le fondement de tout ordre, de toute justice, de tout droit dans le monde. Là où est Dieu, régnent l’ordre, la justice et le droit ; et, vice versa, tout ordre juste protégé par le droit, manifeste la présence de Dieu. Mais quelle institution sur la terre devait manifester plus éminemment que l’Eglise, corps mystique du Christ même, cette relation féconde entre Dieu et le droit ? Dieu bénit largement l’oeuvre du Bienheureux Pontife, si bien que le Code de droit canon restera à jamais le grand monument de son Pontificat et qu’on pourra le considérer lui-même comme le Saint providentiel du temps présent.

Puisse cet esprit de justice, dont Pie X fut un exemple et un modèle pour le monde contemporain pénétrer les salles de Conférences des Etats où l’on discute de très graves problèmes, concernant la famille humaine, en particulier la manière de bannir pour toujours la crainte de cataclysmes terribles et d’assurer aux peuples une ère durable de tranquillité et de paix.

§2 – Pie X fut aussi un intrépide défenseur de la foi.

Pie X se révèle aussi champion convaincu de l’Eglise et Saint providentiel de nos temps dans la seconde entreprise qui distingue son oeuvre et ressembla, par ses épisodes parfois dramatiques, à la lutte engagée par un géant pour la défense d’un trésor inestimable : l’unité intérieure de l’Eglise dans son fondement intime : la foi.

Déjà depuis son enfance, la Providence divine avait préparé son élu dans son humble famille, édifiée sur l’autorité, les bonnes moeurs et sur la foi elle-même vécue scrupuleusement. Sans doute tout autre Pontife, en vertu de la grâce d’état, aurait combattu et rejeté les assauts destinés à frapper l’Eglise à la base.
Il faut cependant reconnaître que la lucidité et la fermeté avec lesquelles Pie X conduisit la lutte victorieuse contre les erreurs du modernisme, attestent à quel degré héroïque la vertu de foi brûlait dans son coeur de saint. Uniquement soucieux de garder intact l’héritage de Dieu au troupeau qui lui était confié, le grand Pontife ne connut de faiblesse en face de quiconque, quelle que fût sa dignité ou son autorité, pas d’hésitations devant des doctrines séduisantes mais fausses, dans l’Eglise et au dehors, ni aucune crainte de s’attirer des offenses personnelles et de voir méconnaître injustement la pureté de ses intentions. Il eut la conscience claire de lutter pour la cause la plus sainte de Dieu et des âmes.
A la lettre, se vérifièrent en lui les paroles du Seigneur à l’Apôtre Pierre : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point, et toi… confirme tes frères » (Luc XXII, 32). La promesse et l’ordre du Christ suscitèrent encore une fois, dans la fermeté indéfectible d’un de ses Vicaires, la trempe indomptable d’un athlète.

Il est juste que l’Eglise, en lui décernant à cette heure la gloire suprême à l’endroit même où depuis des siècles brille sans se ternir celle de Pierre et en confondant ainsi l’un et l’autre dans une seule apothéose, chante à Pie X sa reconnaissance et invoque en même temps son intercession pour se voir épargner de nouvelles luttes du même genre.
Mais ce dont il s’agissait précisément alors, c’est-à-dire la conservation de l’union intime de la foi et de la science, est un bien si grand pour toute l’humanité que cette seconde grande oeuvre du Pontife est, elle aussi, d’une importance telle qu’elle dépasse largement les frontières du monde catholique.

Lorsque, comme le modernisme, on sépare, en les opposant, la foi et la science dans leur source et leur objet, on provoque entres ces deux domaines vitaux, une scission tellement funeste que « la mort l’est à peine plus ». On l’a vu en pratique : au tournant du siècle, on a vu l’homme divisé au fond de lui-même, et gardant cependant encore l’illusion de conserver son unité dans une apparence fragile d’harmonie et de bonheur basés sur un progrès purement humain, se briser pour ainsi dire sous le poids d’une réalité bien différente.

Le regard vigilant de Pie X vit s’approcher cette catastrophe spirituelle du monde moderne, cette déception spécialement amère dans les milieux cultivés. Il comprit qu’une foi apparente de ce genre, c’est-à-dire une foi qui au lieu de se fonder sur Dieu révélateur s’enracine dans un terrain purement humain, se dissoudrait pour beaucoup dans l’athéisme ; il perçut également le destin fatal d’une science qui, à l’encontre de la nature et par une limitation volontaire, s’interdisait de marcher vers le Vrai et le Bien absolus et ne laissait ainsi à l’homme sans Dieu, devant l’invincible obscurité où gisait pour lui tout l’être, que l’attitude de l’angoisse ou de l’arrogance.

Le Saint opposa à un tel mal le seul moyen de salut possible et réel : la vérité catholique, biblique, de la foi acceptée comme « un hommage raisonnable » (Rom. XII, 1) rendu à Dieu et à sa révélation. Coordonnant ainsi foi et science, la première en tant qu’extension surnaturelle et parfois confirmation de la seconde, et la seconde comme voie d’accès à la première, il rendit au chrétien l’unité et la paix de l’esprit, conditions imprescriptibles de la vie.

Si beaucoup aujourd’hui se tournent à nouveau vers cette vérité, poussés vers elle en quelque sorte par l’impression de vide et l’angoisse de leur abandon, et s’ils ont ainsi le bonheur de pouvoir la trouver fermement possédée par l’Eglise, ils doivent en être reconnaissants à l’action clairvoyante de Pie X. C’est à lui en effet que revient le mérite d’avoir préservé la vérité de l’erreur, soit chez ceux qui jouissent de toute sa lumière, c’est-à-dire les croyants, soit chez ceux qui la cherchent sincèrement. Pour les autres, sa fermeté envers l’erreur peut encore demeurer un scandale ; en réalité, c’est un service d’une extrême charité, rendu par un Saint, en tant que Chef de l’Eglise, à toute l’humanité.

§3 – Pie X vécut uni à Dieu, principalement dans l’Eucharistie.

La sainteté, qui se révèle comme inspiratrice et comme guide des entreprises de Pie X que Nous venons de rappeler, brille encore plus immédiatement dans ses actions quotidiennes. C’est en lui-même d’abord qu’il réalisa, avant de le réaliser dans les autres, le programme qu’il s’était fixé : tout rassembler, tout ramener à l’unité dans le Christ.
Comme humble curé, comme évêque, comme Souverain Pontife, il fut toujours persuadé que la sainteté à laquelle Dieu le destinait était la sainteté sacerdotale. Quelle sainteté peut en effet plaire davantage à Dieu de la part d’un prêtre de la Loi nouvelle, sinon celle qui convient à un représentant du Prêtre Suprême et Eternel, Jésus-Christ, Lui qui laissa à l’Eglise le souvenir continuel, le renouvellement perpétuel du sacrifice de la Croix dans la Sainte Messe, jusqu’à ce qu’il vienne pour le jugement final (1
 Cor. XI, 24-26) ; Lui qui par le sacrement de l’Eucharistie se donna Lui-même en nourriture aux âmes : « Qui mange de ce pain vivra éternellement » ? (Joan. VI, 58).

Prêtre avant tout dans le ministère eucharistique, voilà le portrait le plus fidèle du saint Pie X.
Servir comme prêtre le mystère de l’Eucharistie et accomplir le commandement du Seigneur : « Faites ceci en mémoire de moi » (Luc. XXII, 19), ce fut sa vie. Du jour de son ordination, jusqu’à sa mort comme Pontife, il ne connut pas d’autre sentier possible pour arriver à l’amour héroïque de Dieu et pour payer généreusement de retour le Rédempteur du monde qui par le moyen de l’Eucharistie « a épanché en quelque sorte les richesses de son amour divin pour les hommes » (Conc. Trente. Session XIII, chap. 2).
Une des preuves les plus significatives de sa conscience sacerdotale fut l’ardeur avec laquelle il s’efforça de renouveler la dignité du culte et spécialement de vaincre les préjugés d’une pratique erronée, en promouvant résolument la fréquentation même quotidienne de la table du Seigneur par les fidèles, et en y conduisant sans hésiter les enfants, qu’il souleva en quelque sorte dans ses bras pour les offrir aux embrassements du Dieu caché sur les autels ; par là l’Epouse du Christ vit s’épanouir un nouveau printemps de vie eucharistique.

Grâce à la vision profonde qu’il avait de l’Eglise comme société, Pie X reconnut dans l’Eucharistie le pouvoir d’alimenter substantiellement sa vie intime et de l’élever bien haut au-dessus de toutes les autres associations humaines. L’Eucharistie seule, en qui Dieu se donne à l’homme, peut fonder une vie de société digne de ses membres, cimentée par l’amour avant de l’êtrs par l’autorité, riche en oeuvres et tendant au perfectionnement des individus, c’est-à-dire « une vie cachée en Dieu avec le Christ ».

Exemple providentiel pour le monde moderne dans lequel la société terrestre devenue toujours plus une sorte d’énigme à elle-même cherche avec anxiété une solution pour se redonner une âme ! Qu’il regarde donc comme un modèle l’Eglise réunie autour de ses autels. Là, dans le mystère eucharistique, l’homme découvre et reconnaît réellement son passé, son présent et son avenir comme une unité dans le Christ. Conscient et fort de cette solidarité avec le Christ et avec ses propres frères, chaque membre de l’une et de l’autre société, celle de la terre et celle du monde surnaturel, sera en état de puiser à l’autel la vie intérieure de dignité personnelle et de valeur personnelle, qui est actuellement sur le point d’être submergée par le caractère technique et l’organisation excessive de toute l’existence, du travail et même des loisirs. Dans l’Eglise seule, semble répéter le Saint Pontife, et par elle dans l’Eucharistie, qui est « une vie cachée avec le Christ en Dieu », se trouvent le secret et la source de rénovation de la vie sociale.

De là vient la grave responsabilité de ceux à qui il incombe en tant que ministres de l’autel, d’ouvrir aux âmes la source salvifique de l’Eucharistie.
En vérité, l’action que peut déployer un prêtre pour le salut du monde moderne revêt de multiples formes, mais l’une d’elles est sans aucun doute la plus digne, la plus efficace et la plus durable dans ses effets : se faire dispensateur de l’Eucharistie après s’en être soi-même abondamment nourri. Son oeuvre ne serait plus sacerdotale si, fût-ce même par zèle des âmes, il faisait passer au second rang sa vocation eucharistique.
Que les prêtres conforment leurs pensées à la sagesse inspirée de Pie X et orientent avec confiance dans la lumière de l’Eucharistie toute leur activité personnelle et apostolique. De même, que les religieux et les religieuses, qui vivent avec Jésus sous le même toit et se nourrissent chaque jour de sa chair, considèrent comme une règle sûre ce que le saint Pontife déclare dans une circonstance importante, à savoir que les liens qui les unissent à Dieu par le moyen des voeux et de la vie communautaire ne doivent être sacrifiés à aucun service du prochain, si légitime soit-il.

L’âme doit plonger ses racines dans l’Eucharistie pour en tirer la sève surnaturelle de la vie intérieure, qui n’est pas seulement un bien fondamental des coeurs consacrés au Seigneur, mais aussi une nécessité pour tout chrétien, car Dieu l’appelle à faire son salut. Sans la vie intérieure, toute activité, si précieuse soit-elle, se dévalue en action presque mécanique, et ne peut avoir l’efficacité propre d’une opération vitale.
Eucharistie et vie intérieure : voici la prédication suprême et la plus générale que Pie X adresse en cette heure, du sommet de la gloire, à toutes les âmes. En tant qu’apôtre de la vie intérieure il se situe, à l’âge de la machine, de la technique, de l’organisation, comme le saint et le guide des hommes d’aujourd’hui.

Prière conclusive :

Oui, ô Saint Pie X, gloire du Sacerdoce et honneur du Peuple chrétien ; — Toi en qui l’humilité parut fraterniser avec la grandeur, l’austérité avec la mansuétude, la piété simple avec la doctrine profonde ; Toi, Pontife de l’Eucharistie et du catéchisme, de la foi intègre et de la fermeté impavide ; tourne ton regard vers la Sainte Eglise, que Tu as tant aimée et à laquelle Tu as donné le meilleur des trésors que la divine Bonté, d’une main prodigue, avait déposés dans ton âme ; obtiens-lui l’intégrité et la constance au milieu des difficultés et des persécutions de notre temps ; soulève cette pauvre humanité, aux douleurs de qui Tu as tellement pris part qu’elles finirent par arrêter les battements de Ton grand coeur ; fais que la paix triomphe dans ce monde agité, la paix qui doit être harmonie entre les nations, accord fraternel et collaboration sincère entre les classes sociales, amour et charité entre les hommes, afin que de la sorte les angoisses qui épuisèrent Ta vie apostolique se transforment grâce à Ton intercession, en une réalité de bonheur, à la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui avec le Père et le Saint-Esprit vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il ! »

Exposition de la chasse de St Pie X devant le maître autel de St Pierre après la canonisation

Exposition de la chasse de Saint Pie X devant l’autel de la confession de Saint-Pierre
après la cérémonie de canonisation, le 29 mai 1954

Armoiries de Saint Pie X

Voir aussi :
Prophétie et prière de Saint Pie X pour la France > www

2014-77. Du bon Père Rouville et de ses compagnons martyrisés à Privas le 5 août 1794 (2ème partie).

(la 1ère partie, résumant la vie du Révérend Père Rouville, se trouve > ici )

palmes

2ème partie – Les abbés d’Allemand, Bac, Gardès et Montblanc.

- L’abbé Pierre-François Dulau d’Allemand de Montrigaud.
Issu d’une très ancienne famille du Dauphiné, apparenté au chevalier Bayard, il était né le 26 février 1764 à Pierre-Chatel.
Ordonné prêtre par Monseigneur Jean-Georges Lefranc de Pompignan, archevêque de Vienne, au printemps 1790, il fut aussitôt nommé prieur-curé de Saint-Julien-Vocance, à quatre lieues au sud-ouest d’Annonay : cette partie de l’actuel département de l’Ardèche appartenait alors à l’archidiocèse de Vienne.

En janvier 1791, il prêta le serment avec « les réserves et restrictions que sa conscience et sa religion réclamaient », ce qui faisait qu’en rigueur ce serment était nul aux yeux de la loi, mais la municipalité s’en contenta ainsi que les autorités d’Annonay, qui à ce moment-là étaient plutôt portées à la conciliation.
Monsieur d’Allemand continua donc son ministère sans être inquiété pendant plus d’une année.

Tout se détériora lorsque, pour la Pentecôte 1792, Monsieur d’Allemand avisa la municipalité que, conformément aux années précédentes, il conduirait sa paroisse en pèlerinage au tombeau de Saint Jean-François Régis, à La Louvesc, et qu’il désirait que la procession soit accompagnée de la garde nationale jouant du tambour !
Les révolutionnaires d’Annonay s’en émurent et firent interdire la procession, avec des menaces à peine voilées…
Deux mois plus tard, c’était le 10 août : le Roi captif ne pouvait plus protéger de son veto les prêtres réfractaires au serment, qui furent donc tenus, par le décret du 26 août 1792, « de sortir du royaume dans le délai de quinze jours ».
Monsieur d’Allemand ne se laissa pas intimider : « Quand les loups hurlent, disait-il, le pasteur ne doit pas s’enfuir. »

Refusant d’abandonner sa paroisse et rétractant vigoureusement son serment restreint, malgré des menaces de plus en plus virulentes, il vit les vexations s’abattre sur les Soeurs de Saint-Joseph qui l’aidaient dans son ministère (école, catéchisme, visite des pauvres et des malades…) et sur sa personne, fut contraint de quitter sa cure, dut renoncer à célébrer dans son église, mais continua néanmoins son ministère en se cachant dans des hameaux éloignés.

Il fut trahi par un paroissien qui l’avait fait appeler pour baptiser son fils qui venait de naître : pris dans la nuit du 4 au 5 juillet 1794, traîné à Annonay en subissant de nombreux outrages, il fut conduit dans les prisons de Privas le 9 juillet 1794.
C’est le plus jeune de nos martyrs : il était âgé de trente ans.

église de St-Julien Vocance avec stèle commémorative de l'abbé Allemand

Saint-Julien-Vocance : l’église aux origines romanes, profondément remaniée au XIXe siècle.
En 1937 une stèle a été érigée sur le parvis rappelant « la pieuse et glorieuse mémoire » de l’intrépide curé et martyr, Pierre-François d’Allemand.

- L’abbé Jean-Jacques André Bac.
Né le 30 novembre 1751 à la ferme du Grand-Bosc, sur la paroisse de Saint-Julien-Labrousse, à trois petites lieues au nord-est du Cheylard, dans les Boutières, après sa formation cléricale au séminaire de Bourg-Saint-Andéol, il fut ordonné prêtre le 23 mars 1776, par Monseigneur Joseph Rollin de Morel Villeneuve de Mons, évêque de Viviers.

Vicaire pendant dix ans dans deux paroisses du diocèse de Viviers, il fut choisi en 1786 pour être prieur-curé du village de Mens, dans le diocèse de Die : ce diocèse était en effet très pauvre en prêtres et devait donc faire appel à des prêtres extérieurs. Il fallait pour cette cure de Mens un prêtre particulièrement zélé et instruit, car la population de cette paroisse y était presque pour moitié protestante.
Il prêta le serment constitutionnel avec restrictions au début de l’année 1791, mais le rétracta quelques mois plus tard quand il apprit la condamnation de la constitution civile par le Pape Pie VI. Ayant subi des pressions psychologiques très fortes auxquelles il résista autant qu’il put, il fut finalement chassé de son presbytère et remplacé par un curé jureur.

Monsieur Bac pensa d’abord demeurer dans sa paroisse pour y continuer son ministère, mais il dut bientôt se rendre à l’évidence : poursuivi par de farouches révolutionnaires, s’il restait sur place il attirerait des représailles sanglantes sur les paroissiens fidèles qui l’auraient caché et aurait assisté à sa messe. Après quelques semaines d’errance, au début de l’année 1792, il revint dans sa famille à Saint-Julien-Labrousse.
Les municipaux de Saint-Julien-Labrousse étaient d’anciens camarades et n’étaient nullement des révolutionnaires enragés, au contraire ; dans toute cette paroisse, ainsi qu’aux environs, la population était très fortement chrétienne, attachée à ses prêtres et à la pratique religieuse, si bien que, par exemple, le curé – noble messire Alexis du Chier – était demeuré dans son presbytère sans avoir jamais été inquiété. Ce vieux prêtre rendit paisiblement son âme à Dieu le 3 juin 1793.
L’abbé Bac, requis de prêter le serment de « liberté-égalité », le prononça avec toutes les restrictions – dûment explicitées et consignées par les municipaux – que lui dictait sa conscience, ce qui, pendant deux années, lui permit d’exercer publiquement les actes du ministère, à Saint-Julien et dans les villages environnants, au début pour seconder le vieil abbé  du Chier, puis pour le remplacer et suppléer au manque de pasteurs dans les paroisses voisines. Il en fut ainsi depuis le début de l’année 1792 jusqu’à mai 1794.

C’est le maire de Vernoux, gros bourg distant de quelque quatre lieues, qui le dénonça au district : « Il existe depuis un certain temps un ci-devant prêtre insermenté (…) nommé Bac, chassé de Mens, département de l’Isère, où il versait son poison. Cet homme fait beaucoup de mal, et il convient d’en purger la terre de la raison. [Donne donc l'ordre] d’arrêter Bac qui promène tranquillement son incivisme dans cette commune » (sic). 
Le 12 mai 1794, la maréchaussée de Tournon cerna à l’aube la ferme du Grand-Bosc et se saisit de l’abbé Bac.
D’abord incarcéré et interrogé à Tournon, les restrictions qu’il avait exprimées lors des différents serments exigés par la loi révolutionnaire et sa rétractation du serment schismatique furent établies : c’était un crime suffisant pour être conduit dans les prisons du chef-lieu.
L’abbé Bac arriva à Privas le 9 juin 1794, il était dans sa quarante-troisième année.

Mens

Le village de Mens, dans l’ancien diocèse de Die :
paroisse de l’abbé Jean-Jacques André Bac, natif de Saint-Julien-Labrousse. 

- L’abbé Louis Gardès.
Né le 25 juillet 1754 dans une famille paysanne de la paroisse du Béage, sur les hauts plateaux vivarois qui confinent au Velay, au terme de ses études sacerdotales qu’il suivit au séminaire de Bourg-Saint-Andéol, il fut ordonné prêtre le 19 décembre 1778 par Monseigneur Charles de La Font de Savine qui venait tout juste de prendre possession du diocèse de Viviers.

Après avoir été vicaire pendant cinq ans dans le diocèse de Viviers, comme l’abbé Bac et pour la même raison – surabondance de vocations en Vivarais et pénurie en quelques diocèses voisins – , l’abbé Gardès partit pour le diocèse d’Alès où, après quelques mois de vicariat, il fut nommé curé-prieur de Saint-Gilles-de-Ceyrac, qui est aujourd’hui un hameau de la commune de Conqueyrac et constituait alors une petite paroisse de l’archiprêtré de Saint-Hippolyte-du-Fort.
Entraîné par l’exemple de ses confrères voisins, l’abbé Gardès prêta d’abord le serment constitutionnel, mais dès qu’il en apprit la condamnation par le Souverain Pontife, il fit une rétractation solennelle non seulement devant les municipaux de Saint-Hippolyte mais aussi par acte notarié. 

Considéré dès lors comme réfractaire, l’abbé Louis Gardès dut renoncer à tout ministère public : d’ailleurs sa petite église de Ceyrac avait été fermée, son mobilier vendu et son argenterie envoyée à la monnaie. Pendant quelque temps, il fut toléré qu’il exerçât les fonctions du culte à titre privé, dans des chaumières ou dans des granges, mais dans les premiers mois de 1792 la situation devint critique : Saint-Hippolyte était un ardent foyer du calvinisme cévenol ; la révolution y avait rallumé dans la population huguenote acquise aux idées révolutionnaires des idées de représailles fort peu évangéliques envers les catholiques. En juillet 1792, l’un des confrères de l’abbé Gardès fut horriblement torturé pendant toute une journée par la populace avant d’être décapité…

C’était dans le même temps que l’échec de ce que l’on a appelé « la conspiration de Saillans » entraîna une sanglante répression contre les catholiques et loyaux sujets du Roi dans le nord du Gard et le sud de l’Ardèche (cf. l’histoire des camps de Jalès > ici). En se cachant, l’abbé Louis Gardès quitta les Cévennes pour remonter vers son pays natal et, après plusieurs mois d’errance, pour venir se cacher dans le mas familial de Peyregrosse, sur la paroisse du Béage.

Profondément enracinées dans la foi catholique et farouchement hostiles au clergé constitutionnel, les populations rurales des hauts plateaux vivarois étaient entrées en résistance dès la fin de l’année 1791 : les paroisses s’étaient organisées autour de chefs à la forte personnalité, véritables chouans – tels « notre » Grand Chanéac (cf. www) – sous la protection desquels, de toutes parts, des prêtres réfractaires étaient venus se placer.

A plusieurs reprises, de véritables battues furent organisées. C’est à l’occasion de l’une d’elles que, fuyant Le Béage et  cherchant à rejoindre le village de La Chapelle-Graillouse, à la mi-juin 1794, vaincu par la fatigue, il s’était endormi dans un taillis, la tête appuyée sur son bréviaire qu’il venait de réciter, que l’abbé Louis Gardès fut surpris et formellement identifié par un miséreux auquel il avait fait la charité.
Il arriva à Privas pour y être incarcéré et interrogé le 16 juin 1794, il était âgé de quarante ans.

La Chapelle-Graillouse

La Chapelle-Graillouse, village en direction duquel s’enfuyait l’abbé Louis Gardès
lorsqu’il fut pris à la mi-juin 1794.

- L’abbé Barthélémy Montblanc.
Né le 18 avril 1760 à Cruzy, près de Narbonne, on sait peu de choses sur ses origines et sa formation cléricale en raison des destructions des archives. Des actes de catholicité qui ont subsisté nous montrent qu’il était diacre le 30 juillet 1785 mais prêtre le 4 octobre suivant. 

Le 12 juillet 1789, nous le trouvons nommé vicaire d’une succursale de Givors, à quelque sept lieues au sud de Lyon. Probablement était-ce pour se rapprocher de son frère, « maître en chirurgie » à Condrieu, qu’il avait obtenu de venir dans l’archidiocèse de Lyon.
Son absence fut remarquée aux célébrations organisées le 14 juillet 1790 pour l’anniversaire de la prise de la Bastille, et lorsque, à la fin de janvier 1791, il apprit qu’on allait exiger de lui le serment constitutionnel, il résolut de partir : le jour de la Chandeleur, 2 février 1791, à l’issue de la messe, il fit ses adieux à ses paroissiens en leur expliquant que sa conscience ne lui permettait pas de prêter le serment qu’on exigeait de lui. 

L’abbé Montblanc se retira d’abord chez son frère, à Condrieu, puis, craignant de lui être à charge et de constituer un danger pour sa famille, quelques mois plus tard, il gagna dans un premier temps Annonay, où s’était organisée une association clandestine de prêtres qui « feignant d’être chirurgiens, colporteurs, garçons boulangers, gardes nationaux, à la faveur de [leurs] déguisements, s’insinuaient dans les maisons où leur ministère était nécessaire ».
Mais le zèle de l’abbé Barthélémy Montblanc en faisait un des principaux suspects, et il dut bientôt s’enfuir pour mener une vie errante dans les montagnes du nord du Vivarais, du sud du Forez et du Pilat, se mettant au service des âmes dans les paroisses qui n’avaient plus de pasteur.

Cela dura jusqu’à la Pentecôte de 1793 où, revenant d’administrer un mourant – probablement dans les environs de Pelussin – , il fut pris par une bande de révolutionnaires qui, après les outrages que l’on peut imaginer, l’envoyèrent dans les prisons de Lyon.
L’héroïque révolte des Lyonnais contre la convention le tira de son cachot. 

Fuyant Lyon lorsque la ville fut prise et livrée à la vengeance révolutionnaire, l’abbé Montblanc revint à Annonay sous un déguisement de sans-culotte. 
Sous le nom de code d’ «oncle Barthélémy », il exerça à Annonay un rocambolesque ministère clandestin d’octobre 1793 à mai 1794. Les « patriotes » enrageaient contre lui et avaient juré sa perte ; le « comité de surveillance » multipliait les ruses pour le prendre… et finit par resserrer l’étau autour de lui, si bien qu’à la fin du mois de mai, l’ « oncle Barthélémy » dut s’éloigner d’Annonay et se cacher, à deux lieues de là, à Vernosc
Dans ce village, trois Soeurs de Saint-Joseph - dont nous reparlerons plus loin – avaient maintenu, dans une relative discrétion, leur vie de communauté, de prière et de bonnes oeuvres. Là, l’abbé Montblanc continua son ministère avec un zèle ardent, jusqu’à ce qu’une religieuse défroquée, dont la demeure servait de rendez-vous aux démagogues et aux libertins, n’attire l’attention des « patriotes » du lieu sur lui : « Je parierais que c’est un calotin. Je m’y connais. Il a plutôt l’allure d’un ci-devant curé que d’un celle d’un sans-culotte… »

Le lundi de Pentecôte 9 juin 1794, alors qu’il avait jugé prudent de s’éloigner de Vernosc pendant quelques temps, l’abbé Barthélémy Montblanc fut reconnu, pourchassé et finalement pris dans la vallée de la Cance, près de la « roche Péréandre ».
A celui qui lui mit la main au collet, l’abbé se contenta de dire : « Le bras qui m’arrête périra ». Peu de temps après, pendant la moisson, cet homme se querella avec un camarade qui lui donna un coup de faucille sur la main droite : la plaie s’infecta, la gangrène s’y mit et se propagea, et on dut lui amputer le bras.

Emenné captif à Annonay, l’abbé Montblanc fut, dès le 14 juin 1794, transféré à la prison de Privas : il était âgé de trente-quatre ans.

La roche péréandre - vallée de la Cance - Vernosc

Près d’Annonay, sur la commune de Vernosc, dans la vallée de la Cance, la roche Péréandre
près de laquelle fut capturé l’abbé Barthélémy Montblanc.

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(à suivre > ici)

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 4 août, 2014 |1 Commentaire »

2014-76. Du bon Père Rouville et de ses compagnons martyrisés à Privas le 5 août 1794 (1ère partie).

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Le promeneur qui flane dans les ruelles de Privas ne manque pas d’apprécier le charme de cette petite place que les Privadois appellent depuis des siècles « la Placette » : habituellement calme, bien ombragée, elle est bordée de quelques façades anciennes assez bien restaurées, parmi lesquelles la fameuse « tour Diane de Poitiers » (belle tourelle d’escalier du XVème siècle de l’hôtel particulier des comtes de Valentinois).
Une fontaine y fait entendre le doux murmure de l’eau : cette fontaine excentrée sur le côté le plus élevé de la place, porte en son centre une espèce d’obélisque surmonté d’un buste de « Marianne », car si les anciens Privadois continuent de parler de « la Placette », le nom officiel est « place de la république ».

Il est bien peu de passants qui prêtent réellement attention à ce buste haut perché, et il en est encore bien moins qui soupçonnent que cette paisible fontaine a été édifiée sur l’emplacement de la sanglante guillotine, par le couperet de laquelle furent martyrisés, le 5 août 1794, cinq prêtres et trois religieuses mis à mort en haine de l’Eglise et de la foi catholiques.
En ce deux-cent-vingtième anniversaire de leur martyre, voici résumée l’histoire de ces héroïques confesseurs de la foi dont le sang versé, à n’en pas douter, a obtenu au diocèse de Viviers des grâces abondantes de renouveau après la tourmente révolutionnaire.

Privas tour Diane de Poitiers et fontaine marquant l'emplacement de la guillotine

Privas, « la Placette » :
Tour Diane de Poitiers et fontaine marquant l’emplacement de la guillotine.

1ère partie – Le « bon Père » Rouville :

François-Augustin Roubaud, né et baptisé le 29 août 1734 à Aix-en-Provence, était entré dans la Compagnie de Jésus et avait été professeur au collège de Billom, en Auvergne.

Dans les années 1761-1762, les jansénistes et les « philosophes » obtinrent du parlement de Paris la fermeture des collèges jésuites, puis, malgré l’opposition de Sa Majesté le Roi Louis XV, le banissement du Royaume de la Compagnie, en 1764.
Le Révérend Père Roubaud, vint alors à Aubenas où, après l’expulsion des jésuites, le maire voulait maintenir le collège et cherchait des professeurs. Pour échapper aux décrets qui interdisaient l’enseignement aux anciens jésuites, le Père Roubaud changea alors son nom en Rouville, et c’est le nom sous lequel il est passé à la postérité.

Pendant plus de vingt ans, le Père Rouville fit l’édification non seulement des autres professeurs et des élèves du collège, mais aussi de toute la ville d’Aubenas : sa modestie, sa douceur, sa piété, sa bonté et sa charité étaient connues de tous, et il répondait volontiers à l’invitation des curés de la ville ou des environs pour prêcher et confesser dans les paroisses où ses vertus rappelaient celles de Saint Jean-François Régis.
Le temps qu’il ne passait pas à prier, à enseigner, à prêcher et à confesser, il le consacrait à la visite des pauvres et des malades. Les fidèles ne parlaient de lui que comme « le bon Père Rouville ».

En 1791, réfractaire au serment constitutionnel imposé par la révolution, le Père Rouville entra dans la clandestinité : caché chez des chrétiens fidèles et courageux, il continua à exercer son ministère, jusqu’à ce que, le 12 juillet 1794, alors qu’il revenait de porter les secours de la religion à un moribond, malgré son déguisement, il fut reconnu  et livré par deux misérables dont la convoitise était excitée par la somme promise à qui le dénoncerait.
Il comparut devant les officiers municipaux d’Aubenas et, pour ne pas compromettre ceux qui l’avaient caché, s’efforça de ne donner que des réponses vagues aux questions dont on l’assaillait :
- Qui vous a nourri ?
- La Providence !
- Qui vous cachait ?
- L’amitié !
- Qui fréquentiez-vous ?
- Des gens de bien !
- Pourquoi avez-vous refusé le serment aux nouvelles lois ?
- Parce qu’il est contraires aux principes de la Religion et à la discipline de l’Eglise.
- Sachant qu’il vous est interdit d’exercer votre ministère, pourquoi l’exerciez-vous ?
- J’en tiens le pouvoir de Dieu : Dieu seul peut me l’ôter.

Les dénonicateurs du Père Rouville étaient le citoyen Meynier Cartier et sa femme : ils reçurent cinquante francs pour prix de leur trahison.
Or, peu de temps après la mort du saint prêtre, les Albenassiens furent les témoins de la vengeance divine sur ces deux apostats : lui fut frappé de paralysie de tout le côté droit, et elle, qui avait été très belle et très fière de sa beauté, fut défigurée par un rictus déformant qui la rendait horrible à voir. Dans la rue, les enfants les poursuivaient en leur criant : « vendeurs de chrétiens », et ils n’eurent de repos qu’après avoir fait une longue pénitence.

Le 14 juillet 1794, le Père Rouville fut transféré à Privas.
Dès le lendemain, il comparut devant le tribunal révolutionnaire qui siégeait dans l’ancienne chapelle des Récollets : l’accusateur public – dont nous reparlerons – se nommait Marcon.
On posa au « bon Père » le même type de questions qu’à Aubenas, auxquelles il fit le même genre de réponses.
Il fut condamné à la peine capitale, mais on allait surseoir pendant trois semaines à son exécution. Dans les geôles privadoises, il rejoignait quatre autres prêtres héroïques et trois religieuses dont nous parlerons plus loin.
Le Révérend Père François-Augustin Rouville arrivait au terme de sa soixantième année au moment de son martyre.

Privas ancienne chapelle des Récollets

Privas, l’ancienne chapelle des Récollets dans laquelle siégeait le tribunal révolutionnaire.

palmes

(à suivre, ici > www)

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 3 août, 2014 |1 Commentaire »

Prière pour demander des grâces par l’intercession de Saint Léopold de Castelnuovo :

30 juillet,
fête de Saint Léopold de Castelnuovo.

Dans ma chronique du 30 juillet 2013, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, je vous ai déjà parlé de Saint Léopold de Castelnuovo (né Bogdan Mandic) et de la vénération que nous avons au Mesnil-Marie pour cet admirable fils de Saint François d’Assise (cf. > www), que je ne puis que vous exhorter à vénérer vous aussi, à aimer et à invoquer avec ferveur.

Voici donc une prière pour demander à Dieu des grâces par son intercession :

Saint Léopold confessant

O Dieu Tout Puissant, qui avez enrichi Saint Léopold de l’abondance de vos grâces, accordez-nous, par son intercession, de vivre dans l’abandon confiant à Votre sainte volonté, dans la ferme espérance en Vos promesses, et dans l’attention amoureuse à Votre présence.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu, qui manifestez Votre toute puissance, surtout dans la miséricorde et le pardon, et qui avez voulu que Saint Léopold fut Votre témoin fidèle très spécialement dans le ministère du sacrement de pénitence, accordez-nous, par ses mérites, d’avoir un grand amour pour ce sacrement et d’y recourir avec les dispositions du coeur qui permettront à la grandeur de Votre amour de se déployer pleinement en nous.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu notre Père, qui, en Votre Fils mort et ressuscité, avez sanctifié notre douleur, et qui avez voulu que Saint Léopold fut pour les âmes affligées une paternelle présence de consolation, par son intercession, nous Vous le demandons humblement, répandez dans nos coeurs la force dont nous avons besoin pour tenir bon dans les épreuves, et la générosité pour les offrir en union avec Jésus pour la rédemption et la sanctification de nos frères.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu, Unité dans la Trinité, Source et modèle de l’unité que Vous désirez pour tous ceux qui croient en Vous et qui invoquent Votre Saint Nom, par l’intercession de Saint Léopold, qui a tant prié et offert « pour qu’ils soient un et que le monde croie en Celui que Vous avez envoyé », remplissez-nous de Votre Esprit d’unité et de paix, afin que nous sachions prier et nous sacrifier pour la parfaite unité de tous ceux qui croient en Vous.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu, qui avez voulu que la Bienheureuse Vierge Marie, la Mère très sainte de Votre Verbe Incarné, devienne aussi la Mère de l’Eglise, et qui avez réjoui la vie de Saint Léopold d’une si tendre dévotion envers cette Vierge admirable, par son intercession et ses mérites, accordez-nous à nous aussi la grâce d’un amour filial envers elle et d’une indéfectible confiance en sa toute puissante bonté maternelle.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu, notre Roi de gloire et notre Père infiniment aimant, nous confions à Votre Coeur tous nos espoirs et tous nos besoins, toutes nos intentions et toutes celles pour lesquelles nous devons Vous supplier (…) ; à la prière de Saint Léopold, daignez répondre favorablement à nos demandes, si elles sont conformes à vos insondables et très sages desseins, et gardez-nous fidèles, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il !

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

(Prière composée par Frère Maximilien-Marie en s’inspirant d’une prière en langue italienne)

Relique de St Léopold

Publié dans:Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 29 juillet, 2014 |Pas de commentaires »

2014-74. A la louange et à la gloire de Saint Antoine de Padoue.

Mardi 29 juillet 2014,
fête de Sainte Marthe.

Au Mesnil-Marie, nous aimons beaucoup Saint Antoine de Padoue, dont la statue en terre-cuite se trouve à l’entrée de notre oratoire.

Cela peut sembler puéril à un certain nombre d’ecclésiastiques et de fidèles, auxquels bien souvent une forme d’intellectualisme a plus ou moins stérilisé l’action du don de piété dans leur âme, mais à chaque fois que nous égarons quelque chose ou même que nous avons besoin de trouver rapidement un objet, voire une personne, dont – sans être à proprement parler perdus – nous ne savons pas où il se trouve, nous invoquons Saint Antoine de Padoue… et nous ne sommes jamais déçus !
Alors, il y a en permanence devant sa statue un chandelier, avec un très grand cierge que Frère Maximilien-Marie allume lorsqu’il l’appelle au secours, et lorsque, ensuite, il veut le remercier de l’aide qu’il en a obtenue.

Statue de St Antoine de Padoue au Mesnil-Marie

Statue de Saint Antoine de Padoue au Mesnil-Marie.

Ce que je vais vous raconter est, certes, purement anecdotique, mais n’en est pas moins rigoureusement authentique.

Que ceux qui s’estiment trop élevés en spiritualité et en théologie pour perdre leur temps à de « pieux infantilismes » s’abstiennent de poursuivre leur lecture, car je ne voudrais pas avoir leurs crises d’apoplexie sur la conscience.
Mais que ceux qui vivent dans la simplicité du coeur les enseignements du sermon sur la montagne, et qui sont persuadés que le Bon Dieu et Ses saints – dans leur immense sollicitude pour nous – ne dédaignent pas de nous écouter et de nous accorder de petits clins-Dieu (parfois malicieux), afin de nous encourager et de nous soutenir dans notre vie chrétienne, veuillent bien continuer à me lire ; et qu’ensuite, avec moi, ils rendent joyeusement grâces à Dieu et au bon Saint Antoine !

frise avec lys naturel

Après une telle entrée en matière, venons en aux faits.

Samedi dernier, 26 juillet, dans l’après-midi, Frère Maximilien-Marie s’est rendu au Puy-en-Velay : en l’absence de Monsieur l’Abbé et de notre dévouée sacristaine, il devait aller renouveler les bouquets de l’autel, préparer tout ce qui pouvait l’être pour la Sainte Messe du lendemain, et il a également voulu en profiter pour aller chiner à « Emmaüs » et faire des courses.

Comme cela est l’usage entre voisins et amis des environs, il avait téléphoné à un couple d’amis qui vivent avec leurs deux jeunes enfants dans un hameau proche, pour leur demander s’ils avaient besoin qu’il leur ramenât quelque chose.
Effectivement la jeune maman, était tout heureuse de cette proposition et lui avait confié sa liste de courses.
Le soir, en revenant, notre Frère s’est donc arrêté chez ces amis pour leur remettre les denrées qu’il avait rapportées, et ceux-ci l’on fait assoir quelques instants pendant qu’ils se préparaient à le rembourser.

Frère Maximilien-Marie, qui est non seulement affecté depuis l’âge de 12 ans par une assez forte myopie mais qui doit en outre, depuis quelque temps, retirer ses bésicles pour lire de près les petits caractères, a donc enlevé ses lunettes pour lire la note rapportée du magasin. C’est alors que – cataschtroumpf ! – la vis qui tenait la branche droite des dites binocles s’est échappée, bien décidée à faire une partie de cligne-musette…
Notre Frère était bien ennuyé puisque, sans cette vis, il lui est difficile de faire tenir ses lunettes sur son nez, et s’il ne peut pas les porter dans l’exacte bonne position que requièrent des verres dits progressifs (ce qui n’a rien à voir avec le progressisme), il se trouve fort gêné pour se déplacer, et à plus forte raison pour conduire.

Certes, en attendant la réouverture de l’opticien le mardi qui suivrait, il était toujours envisageable de bricoler une réparation de fortune en « bidouillant » une épingle ou quelque morceau de solide fil à coudre, mais – disons-le – notre Frère était assez contrarié et préférait retrouver la fugitive afin de la faire rentrer dans le droit chemin, c’est-à-dire dans son pas de vis assurant le maintien de la branche sur les bésicles.
Le voilà donc à quatre pattes, le nez collé au sol. Ses amis étaient l’un et l’autre en semblable position, essayant en outre d’empêcher leurs deux jeunes enfants – qui devaient trouver fort amusant de voir les adultes en telle posture et auraient bien voulu participer à ce qu’ils croyaient être un jeu – de piétiner le terrain d’investigation, dont nul ne pouvait dire jusqu’où s’étendaient les limites.

Frère Maximilien-Marie, convaincu qu’il serait plus facile de trouver une épingle dans une meule de foin qu’une vis aussi minuscule sur un parquet (car il faut savoir qu’il s’agissait d’un vrai parquet à lattes, « à l’ancienne »), s’est alors écrié tout fort :

« Saint Antoine de Padoue,
plein de compassion pour nous

et qui retrouvez tout
jusque dans les plus p’tits trous,
rendez-nous ce qui n’est pas à vous ! » (*)

Dans l’instant même qui suivit cette invocation, il a posé sa main sur le sol et… il a senti la vis sous son majeur droit !!!
Il a donc aussitôt continué tout haut : « Merci, Saint Antoine de Padoue ! »
Nos amis, qui ne sont pas catholiques, en étaient complètement ébahis et se sont écriés : « Mais c’est une vraie formule magique !… »

frise avec lys naturel

Comme je vous l’écrivais en commençant, ceci n’est qu’une anecdote. Cependant j’ai tenu à vous la rapporter parce qu’elle me paraît riche d’une très grande et forte leçon.
En effet, à mes yeux (et chacun sait que les chats ont un regard d’une acuité très aiguisée), elle illustre parfaitement que pour ceux qui vivent d’une foi véritable, d’une foi vivante qui imprègne tout leur quotidien, d’une foi simplement évangélique qui ne se triture pas les méninges pour savoir si les mille choses insignifiantes dont leur vie est remplie chaque jour sont réellement dignes de « l’attention » de Dieu, mais qui sont convaincus – non de manière intellectuelle mais dans la spontanéité de leur agir – que Celui-ci est un Père attentif et aimant dont l’infinie compassion ne répugne à rien pour venir en aide et pour réjouir Ses enfants chéris ; pour ceux-là, oui ! Dieu et Ses saints se plaisent à parsemer leur vie des preuves de la plus délicate sollicitude, jusqu’en de très petits détails…
Et la vie au Mesnil-Marie en est un constant témoignage.

Gloire et louange à Dieu, qui est admirable dans Ses saints !
Gloire et louange à Dieu et à Ses saints,
remplis de douce compassion pour nous !

Gloire et louange à Saint Antoine de Padoue !

Patte de chatLully.

(*) Nota : Il existe une autre version de cette invocation enfantine bâtie comme une comptine, mais je ne saurais la recommander puisqu’elle traite le bon Saint Antoine par des qualificatifs pour le moins désobligeants…

On trouvera ici une prière « très efficace » à Saint Antoine de Padoue
qui a été composée par notre Frère Maximilien-Marie > www

Publié dans:Chronique de Lully, Nos amis les Saints |on 29 juillet, 2014 |3 Commentaires »

2014-65. De quelques célébrations ou anniversaires liés à la date du 30 juin.

Lundi 30 juin 2014,
fête de Saint Martial.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Alors que dans le calendrier de l’Eglise universelle cette date du 30 juin est marquée par la commémoraison de Saint Paul (selon le missel traditionnel bien sûr), alors que l’Eglise diocésaine de Viviers célèbre en ce jour la fête de Saint Ostian - orthographié aussi Ostien ou Hostien – , un saint prêtre qui eut un apostolat missionnaire dans les campagnes des diocèses de Viviers et du Puy au VIe siècle et qui est le patron principal de la cité épiscopale de Viviers, pour nous ce jour est celui de la fête de Saint Martial, titulaire de notre église paroissiale depuis plus de mille ans et céleste protecteur du village sur le territoire duquel est sis notre Mesnil-Marie : c’est donc chez nous une fête de première classe !

Cette fête liturgique se double d’un anniversaire. En effet, la divine Providence – puisqu’il n’y a eu en cela aucun calcul humain – a disposé les choses de telle sorte que, il y a six ans (le 30 juin 2008), achevant nos déménagements, c‘est le jour de la fête de Saint Martial que le Refuge Notre-Dame de Compassion a été établi de manière stable en ce village de Saint-Martial : admirable clin-Dieu !

Vitrail de Saint Martial à la cathédrale Saint-Etienne de Sens

Saint Martial
(vitrail de la cathédrale Saint-Etienne de Sens)

Le culte de Saint Martial fut jadis extrêmement développé dans les Gaules et dans la France médiévale, au point que Jean XIX, pape de 1024 à 1032, avait élevé sa fête au même rang que celles des Apôtres.
L’Aquitaine et le Limousin vénèrent Saint Martial comme leur premier évangélisateur ; et, à Limoges même dont il fut le premier évêque, son tombeau devint un lieu de pèlerinage au-dessus duquel fut ensuite élevée une célèbre abbaye, qui constituait une étape sur l’un des chemins de Compostelle. Cette abbaye était également un foyer culturel et artistique de tout premier ordre.

La légende a fait de Saint Martial le petit enfant que Notre-Seigneur avait donné en exemple aux Apôtres (cf. Matth. XVIII, 3) ainsi que le jeune garçon qui avait avec lui les cinq pains d’orge et les deux poissons que Jésus multiplia dans le désert (cf. Jean VI, 5-14).
Devenu adulte et ordonné prêtre puis évêque par Saint Pierre lui-même, il aurait été missionné par ce dernier pour évangéliser les Gaules, accomplissant de grands miracles – notamment une résurrection grâce au bâton que lui avait remis le Prince des Apôtres – et de nombreuses conversions : cette légende fut en particulier merveilleusement illustrée par les fresques commandées par le pape Clément VI (qui était limousin) à Matteo Giovanetti, en 1344-1345, pour la chapelle Saint-Martial du palais des Papes, en Avignon.
L’apostolicité de Saint Martial, âprement défendue par les moines de l’abbaye Saint-Martial de Limoges à partir du IXe siècle (et par laquelle s’explique en grande partie la popularité et le rayonnement de son culte), est néanmoins difficilement soutenable de nos jours, même si elle fut encore affirmée par la Sacrée Congrégation des Rites en 1845.
Actuellement, historiens et hagiographes voient plutôt en Saint Martial l’un des sept évêques dont parle Saint Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs, qui avaient été envoyés dans les Gaules par le pape au milieu du IIIe siècle.

Les fouilles archéologiques réalisées dans la seconde moitié du XXe siècle à l’emplacement de l’abbaye de Saint-Martial ont permis d’en retrouver la crypte ainsi que le sarcophage qui avait contenu le corps du saint évêque, et elles confirment plutôt que Saint Martial aurait vécu dans la seconde moitié du IIIe siècle et au tout début du IVe.

Quoi qu’il en soit, nous sommes très heureux d’avoir pour céleste protecteur du territoire sur lequel est implanté notre Mesnil-Marie l’un des premiers évangélisateurs de ce qui deviendra la France, et un saint dont le culte fut à la source d’un intense mouvement culturel et artistique.

Inscription lapidaire du tombeau de St Martial au musée des beaux arts de Limoges

« Martialis Apotolus Christi : Martial Apôtre du Christ »
Inscription lapidaire du tombeau de Saint Martial,
exposée au Musée des Beaux-Arts de Limoges.

En ce même jour, nous commémorons la pieuse mémoire d’un saint prêtre natif de cette paroisse de Saint-Martial, qui fut un confesseur de la foi pendant la grande révolution à laquelle il survécut, et qui rendit son âme à Dieu le 30 juin 1837 : voici le texte complet de la notice nécrologique que nous avons découverte à son sujet dans « l’Ami de la Religion et du Roi » (année 1837 – cf. > www) et dont nous conservons la savoureuse graphie originelle :

« M. François Régis Venard aumônier des religieuses de Sainte Claire à Lyon est mort le 30 juin à l’âge de 87 ans. Né en 1750 à Saint Martial, diocèse de Viviers, il étoit aumônier à l’Hôtel-Dieu de Lyon au commencement de la révolution. Il rendit des services pendant le siège en 1793 et, après la prise de la ville, il erra dans les campagnes du Beaujolois prenant toute sorte de déguisemens et portant ainsi les secours de son ministère. Il échappa à tous les périls par son adresse et surtout par la protection de la providence et il en racontoit des traits touchans. Après le concordat il occupa successivement deux cures dans l’arrondissement où il avoit été caché. On le redemanda ensuite à l’Hôtel-Dieu, et il n’en est sorti que pour diriger les religieuses de Sainte Claire. C’étoit un prêtre estimable, doux, pieux, modeste qui méritoit d’avoir des amis par la franchise de son caractère et la sûreté de son commerce. »

Nous tenons beaucoup à maintenir la mémoire de ces courageux ecclésiastiques, martyrs ou confesseurs de la foi, dont nous retrouvons les traces ou les mentions lors de nos études et recherches historiques en lien avec ce petit pays où nous vivons, et qui sont malheureusement tombés dans l’oubli des générations actuelles.
Nous sommes convaincus que même s’ils ne font pas l’objet d’enquêtes canoniques et de cérémonies de béatification, ils sont néanmoins grands et glorieux aux yeux du Souverain Seigneur (peut-être même plus grands et glorieux que certains « saints » récemment élevés sur les autels !) et que – au jour du grand jugement et pour l’éternité – ayant été éprouvés comme l’or au milieu de la fournaise, et reçus comme une hostie d’holocauste, ils brilleront comme des étincelles dans un lieu planté de roseaux (cf. Sag. III, 5-7). 

L’exemple et l’intercession des saints, l’exemple et l’intercession des héros chrétiens demeurent pour nous, dès maintenant et pour les grandes épreuves à venir, une lumière et une force dans cette crise terrible qui désole et ravage la Sainte Eglise, envahie par l’esprit du monde, gangrenée par les idées de la révolution, et pervertie par le venin du modernisme… jusqu’à son autorité suprême.

pattes de chatLully.

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 30 juin, 2014 |1 Commentaire »

2014-64. « Paul est là pour seconder nos efforts, et Pierre pour ouvrir les portes de l’éternel séjour. »

François Perrier les adieux de Saint Pierre et Saint Paul - 1647-50 musée de Rennes

François Perrier, dit Le Bourguignon : St Pierre et St Paul se disant au revoir en partant pour le martyre
(1647-1650 , musée de Rennes)

Sermon de
notre glorieux Père Saint Augustin

sur
le martyre des Saints Apôtres Pierre et Paul :

§ 1. Contraste entre la vocation de saint Pierre et celle de saint Paul.

Avec la grâce de Dieu, nous célébrons aujourd’hui le martyre de saint Pierre et de saint Paul ; le monde entier solennise aujourd’hui leur mémoire, les unissant dans les mêmes cantiques, comme ils ont été unis par une même foi et couronnés par un même triomphe. C’est la fête de Paul ; et, tous le proclament, c’est aussi la fête de Pierre. Comment garder le silence sur Pierre, quand on se rappelle avec quelle fermeté il a refoulé la rage de Simon le Magicien, lui a enseigné la saine doctrine et a confondu son orgueil ? Par leur trépas glorieux, ces deux Apôtres ont prouvé combien la mort des saints est précieuse devant Dieu. Paul est un vase d’élection, Pierre tient les clefs de la maison du Seigneur ; l’un était pêcheur, l’autre a été persécuteur. Paul a été frappé d’aveuglement, afin de mieux voir ; Pierre a renié, afin de croire. Paul, embrassant la foi de Jésus-Christ après la résurrection de l’Eglise, s’est montré le disciple d’autant plus glorieux de la vérité, qu’il avait été plus obstiné dans son erreur. Pierre pêcheur n’a pas déposé ses filets, mais les a changés, parce qu’honoré le premier du sacerdoce, il préféra désormais les sources à la mer, et chercha les poissons, non pas pour les détruire, mais pour les purifier. Tous deux furent heureux dans l’administration de la doctrine, mais la mort les confirma dans un bonheur plus grand encore. Sur la-terre, la gloire n’est qu’en désir ; au ciel, elle a toute sa réalité. Sur la terre, les tribulations se succèdent, la mort met les saints en possession de la véritable grandeur. La voix de ces Apôtres se fait entendre jusqu’aux confins de la terre. Partout s’élève en leur faveur un concert de louanges ; partout la voix des fidèles redit la magnificence de leur triomphe.

§ 2. Interprétation mystique des circonstances de leur martyre.

Comment appeler morts des hommes dont la foi est un principe de vie et de résurrection pour le monde entier ? Pour arriver au glorieux séjour de l’éternelle lumière, que personne n’hésite à se confier en toute assurance à la direction de ces illustres docteurs ; à leur suite la conquête du ciel n’est plus impossible. Paul est là pour seconder nos efforts, et Pierre pour ouvrir les portes de l’éternel séjour. Du reste, il ne peut que nous être utile de rappeler le glorieux martyre de ces Apôtres. Paul fut décapité, Pierre fut crucifié la tête en bas. Ce genre de mort est plein de mystère. Il convenait que Paul eût la tête tranchée, parce qu’il est pour les Gentils le chef ou la tête de la foi. Pierre avait reconnu que Jésus-Christ est la tête de l’homme, et comme Jésus-Christ était alors assis dans sa gloire, Pierre lui présenta d’abord sa tête, que les pieds devaient suivre, afin que dans ce nouveau genre de martyre, pendant que les pieds et les mains étaient enchaînés, la tête pût prier et prendre le chemin du ciel. Je ne suis pas digne, disait Pierre, d’être crucifié comme mon Seigneur. Par ce langage il ne refusait pas le martyre, mais il craignait de s’approprier le genre de mort du Sauveur, et ne se trouvait digne que de honte et de châtiment. Bienheureux Pierre, quand nous vous voyons suspendu à la croix, combien vous l’emportez à nos yeux sur le Magicien aspirant à prendre son vol dans les airs ! Il ne s’élève que pour tomber plus profondément, tandis que vous n’inclinez votre tête vers la terre que pour posséder le ciel après votre mort, par la grâce de Jésus-Christ qui vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Tiare et clefs

Deux prières de Sainte Marguerite-Marie au Sacré-Coeur de Jésus :

Vitrail de la chapelle du Sacré-Coeur église de Bagnères de Luchon

Vitrail de la chapelle du Sacré-Coeur dans l’église de Bagnères de Luchon

« O Coeur divin, qui nous avez montré sur la Croix l’excès de votre amour et de votre miséricorde en Vous laissant ouvrir pour donner une entrée aux nôtres, recevez-les donc maintenant en les attirant par les liens de votre ardente charité, pour les consommer par la véhémence de votre amour.

O Coeur très libéral, soyez tout notre trésor et notre seule suffisance.
O Coeur très aimant et très désirable, apprenez-nous à Vous aimer et à ne désirer que Vous.
O Coeur très favorable et qui prenez tant de plaisir de nous faire du bien, faites-moi celui d’acquitter ma dette envers la divine justice.
Je suis insolvable, payez pour moi. Réparez les maux que j’ai faits, par les biens que Vous avez faits.
Et afin que je Vous doive tout, recevez-moi, ô Coeur charitable, à l’heure redoutable de ma mort.
Cachez mon âme de la divine colère, que j’ai souvent irritée.
Paraissez et répondez pour moi ; car je n’ai rien fait qui ne me condamne à un supplice éternel, si Vous ne me justifiez.

Hélas ! Ne souffrez pas que je sois privée de Vous aimer éternellement.
Je languis du désir d’être unie à Vous, de Vous posséder et m’abîmer dans Vous, pour ne plus vivre que de Vous qui êtes ma demeure pour toujours.

C’est en Vous, ô Coeur tout aimable, que je veux aimer, agir et souffrir.
Consommez donc en moi tout ce qu’il y a de moi-même ; et mettez en place ce qui est de Vous et me transformez en Vous.
Que je ne vive que de Vous et pour Vous. Soyez donc ma vie, mon amour et mon tout. Amen. »

(in « Vie et oeuvres de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque », 1915. T.2 p.790)

Vitrail du Sacré-Coeur église de Bagnères de Luchon - détail 1

« O Coeur embrasé et vivant d’amour ! ô sanctuaire de la Divinité, temple de la majesté souveraine, autel de la divine charité, Coeur qui brûlez d’amour et pour Dieu et pour moi, je Vous adore, je Vous aime, je me fonds d’amour et de respect devant Vous !
Je m’unis à vos saintes dispositions ; je veux, oui je veux et brûler de vos feux et vivre de votre vie.
Que j’ai de joie de Vous voir heureux et content ! Que je prends part à vos grâces, à vos douleurs et à votre gloire, et que de bon coeur je voudrais mourir et souffrir, plutôt que de Vous déplaire !
O mon coeur, il ne faut plus agir que par les mouvements du Coeur sacré de Jésus ; il faut expirer en silence devant Lui à tout ce qui est humain et naturel.

O Coeur divin, je m’unis à Vous et me perds en Vous. Je ne veux plus vivre que de Vous, par Vous et pour Vous.
Ainsi tout mon emploi sera de demeurer en silence et en respect, anéantie devant Vous comme une lampe ardente qui se consomme devant le Saint Sacrement.
Aimer, souffrir et mourir ! Amen. »

(ibid. p.807)

Vitrail du Sacré-Coeur église de Bagnères de Luchon - détail 2

Autres prières au Sacré-Coeur publiées dans ce blogue :
- neuvaine de confiance > www
- prière de Sainte Madeleine-Sophie Barat > www
- « Souvenez-Vous » au Sacré-Coeur > www
- acte d’offrande de Saint Claude de La Colombière > www
- prière d’union en forme de litanies > www
- consécration au Coeur de Jésus > www
- salutations au Coeur de Jésus par Sainte Marguerite-Marie > www
- prière au Coeur Eucharistique de NSJC > www
- cantiques au Sacré-Coeur > www

2014-60. Du 750e anniversaire de l’institution de la Fête-Dieu par le pape Urbain IV.

Nous avons vu quelles furent les origines de la Fête du Saint-Sacrement en rappelant ce que furent la vie de Sainte Julienne du Mont-Cornillon et la mission qui lui avait été confiée pour l’Eglise (ici > www) ; nous avons aussi expliqué de quelle manière la Fête-Dieu fut célébrée à Liège pour la première fois en 1246 (ici > www).
Il nous reste maintenant à rappeler comment elle fut instituée pour l’Eglise universelle, en 1264, il y a 750 ans.

Sainte Julienne du Mont Cornillon & Urbain IV

L’institution de la fête du Saint-Sacrement par Urbain IV
(note : la composition de ce tableau est davantage allégorique qu’historique car
Jacques Pantaléon n’était pas encore pape lorsqu’il a rencontré Sainte Julienne du Mont-Cornillon
et cette dernière était morte lorsqu’il institua la fête du Saint-Sacrement en 1264 ;
de même, les monstrances en forme de soleil n’existaient pas encore au XIIIe s. )

A – L’action des légats pontificaux à Liège :

Alors que Sainte Julienne était en exil du fait des événements que nous avons rapportés dans sa biographie, à l’automne 1251 (c’est-à-dire vingt ans après avoir été consulté avec d’autres théologiens au sujet des visions de la prieure de Cornillon et de l’opportunité d’une fête spéciale en l’honneur du Très Saint-Sacrement), Hugues de Saint-Cher revint à Liège, non plus comme provincial des dominicains mais comme légat apostolique du pape Innocent IV, revêtu de la pourpre cardinalice.
Eve de Saint-Martin usa de toute son influence sur les chanoines de la collégiale Saint-Martin pour qu’ils portassent à la connaissance du cardinal-légat le mandement du prince-évêque Robert de Thourotte (cf > www).
Hugues de Saint-Cher non seulement  approuva les dispositions du prince-évêque défunt, mais il tint à célébrer lui-même à Saint-Martin la fête du Saint-Sacrement qui suivit, encouragea toutes les églises de Liège à faire de même, puis, quelque temps après, concéda des indulgences aux fidèles qui assisteraient à l’office canonial du Saint-Sacrement.
Enfin, le 29 décembre 1252, par un décret solennel (c’est le document dont nous publions ci-dessous la photographie), il rendit la fête du Saint-Sacrement obligatoire dans toute l’étendue de sa légation qui comprenait, outre la Principauté de Liège, une grande partie des états de Germanie, la Bohème, la Dacie, la Moravie… etc.

La mission d’Hugues de Saint-Cher prit fin en 1253, et les opposants à la fête du Saint-Sacrement prétendirent que les dispositions qu’il avait prises en sa faveur cessaient avec le temps de sa légation, mais son successeur, le cardinal Pierre Capocci, légat a latere en Allemagne, Danemark, Suède, Poméranie et Pologne, confirma le 30 novembre 1254 le diplôme d’Hugues de Saint-Cher.

Ainsi, malgré de nombreuses et tenaces oppositions, la fête du Saint-Sacrement gagnait-elle du terrain et s’implantait-elle.
Depuis son exil, grâce aux courriers échangés avec Jean de Lausanne et Eve de Saint-Martin, Sainte Julienne du Mont-Cornillon voyait-elle aboutir peu à peu la mission que le Ciel lui avait confiée.

Parchemin d'institution de la Fête-Dieu Hugues de St-Cher 12 déc 1252 -Liège Musée du GrandCurtius

Parchemin du décret promulgué le 29 décembre 1252 par Hugues de Saint-Cher, cardinal de  Sainte-Sabine, légat apostolique, rendant la fête du Saint-Sacrement obligatoire dans toute l’étendue de sa légation
(conservé à Liège au musée Grand Curtius).

B – Jacques Pantaléon devient le pape Urbain IV – le miracle de Bolsena et l’institution de la fête du Saint-Sacrement pour toute l’Eglise :

Jacques Pantaléon, né à Troyes (Champagne) vers 1195, prêtre docteur en théologie, fut appelé à Liège en qualité d’archidiacre ; lui aussi avait été du nombre des théologiens consultés au sujet des voies extraordinaires de Sainte Julienne du Mont-Cornillon.
Promu évêque de Verdun en 1253, puis nommé patriarche de Jérusalem en 1255, il est élu au souverain pontificat le 29 août 1261, et prend le nom d’Urbain IV.

A l’automne 1262, Urbain IV s’était établi à Orvieto, dans le sud de l’Ombrie. Or, au mois de décembre 1563, se produisit le fameux miracle eucharistique de Bolsena : alors qu’il était violemment tenté contre la foi en la transubstantiation, un prêtre qui célébrait la messe dans la basilique de Sainte-Christine, avait vu sortir de la Sainte Hostie du sang en abondance, au point que le corporal, les nappes d’autel et le marbre même en furent imprégnés (je ne m’étends pas davantage sur ce miracle, étant donné que j’en ai longuement parlé ici > www).
Urbain IV fit venir à Orvieto le corporal miraculeux (où il est toujours conservé, voir photo ci-dessous) : la prieure de Cornillon, dont il avait approuvé les voies mystiques, était morte depuis cinq années, le cardinal Hugues de Saint-Cher venait de rentrer de sa légation à Liège et il avait pu l’informer des dispositions qu’il avait prises en faveur de la fête du Saint-Sacrement, avant de mourirà son tour, à Orvieto le 19 mars 1263…
Jacques Pantaléon devenu pape pouvait-il oublier les paroles prophétiques de Julienne : « C’est la volonté de Dieu que la fête du Saint-Sacrement soit célébrée dans le monde entier » ? Certainement pas puisqu’il écrira lui-même dans la bulle Transiturus : « En outre, à l’époque où Nous étions constitué en moindre dignité, Nous avons eu connaissance de la révélation reçue par quelques personnes pieuses qu’un jour cette fête serait célébrée par toute l’Eglise ».

Le 11 août 1264, il signa donc la Constitution Apostolique Transiturus qui ordonnait la célébration de la fête du Saint-Sacrement dans toute l’Eglise, assignant pour cette célébration le jeudi après l’octave de la Pentecôte (nota : la fête de la Sainte Trinité n’était pas encore inscrite au calendrier de l’Eglise universelle pour le dimanche après la Pentecôte – voir plus loin).
Urbain IV demanda aux deux plus illustres théologiens de ce temps – Saint Bonaventure et Saint Thomas d’Aquin - de lui présenter chacun un office composé pour cette solennité. On connaît l’anecdote selon laquelle les deux saints docteurs s’étaient rendus au jour fixé par Sa Sainteté pour l’examen de leurs oeuvres : Saint Thomas fut invité à lire le premier et ses compositions firent l’admiration de tous, si bien que, lorsque Saint Bonaventure fut à son tour prié de lire ce qu’il avait écrit, il entrouvrit son manteau pour montrer ses feuillets déchirés en petits morceaux disant : « Très Saint Père, en écoutant frère Thomas j’ai cru entendre le Saint-Esprit… Comment opposer mon hyumble travail à celui-là ? Voici d’ailleurs tout ce qu’il m’en reste… ».
C’est ainsi que l’office liturgique de la fête du Très Saint-Sacrement, depuis 750 ans, est celui qui a été composé par Saint Thomas d’Aquin.

Orvieto corporal du miracle

Orvieto : le corporal miraculeux de Bolsena.

C – Achèvement de la mission de Sainte Eve de Saint-Martin :

Urbain IV se souvint de ce que la nouvelle fête devait aux saintes âmes suscitées par Dieu à Liège. Il avait été informé de la mort de Sainte Julienne, mais il savait qu’Eve vivait encore dans sa recluserie accolée à la collégiale Saint-Martin.
Aussi dépécha-t-il à Liège un délégué chargé d’apporter en mains propres à Eve un exemplaire de la bulle Transiturus, avec un cahier contenant les textes de l’office liturgique du Saint-Sacrement composé par Saint Thomas, et une lettre personnelle du Pontife – datée du 8 septembre 1264 - dans laquelle il lui disait notamment, faisant allusion à toutes ses prières et actions en vue d’obtenir la fête du Saint-Sacrement dans toute l’Eglise : « (…) Réjouissez-vous parce que le Dieu tout-puissant a donné à votre coeur l’accomplissement de ses désirs et que l’abondance de la grâce céleste ne vous a pas frustrée de ce que demandaient vos lèvres… ».

Moins d’un mois plus tard, le 2 octobre 1264, le pape Urbain IV rendait son âme à Dieu.

Eve arrivait elle aussi au terme de sa mission. Tout porte à croire que c’est elle qui a dicté la précieuse biographie de son amie Julienne rédigée avant 1264 et approuvée par le chanoine Jean de Lausanne qui mourut avant Eve ; c’est par ce texte, écrit moins de quatre ans après la mort de Julienne, que nous sont connus nombre de faits précis dont seule une âme très proche de la sainte prieure du Mont-Cornillon pouvait être au courant.

Nous ignorons la date exacte à laquelle Eve de Saint-Martin rendit son âme à Dieu « en la logette de son reclusoir », comme le dit la chronique. C’était probablement en 1265 ou 1266.
Nous savons que le chapitre de la collégiale Saint-Martin fit célébrer pour elle des funérailles solennelles et décida de l’ensevelir dans l’église même, faisant ériger sur sa tombe un somptueux monument de marbre et d’albâtre.

La réputation de sainteté de la recluse a traversé les siècles, ainsi que la vénération de ses restes, et son culte a été confirmé par l’Eglise. La fête de Sainte Eve de Saint-Martin, appelée aussi Eve de Liège, est célébrée le 14 mars.

image néo-gothique représentant Sainte Eve de Saint-Martin

Sainte Eve de Saint-Martin
(image néo-gothique du début du XXe s)

D – Le concile de Vienne et le pape Jean XXII parachèvent l’institution de la Fête-Dieu :

Robert de Thourotte, Sainte Isabelle de Huy, le prieur Jean de Cornillon, Sainte Julienne du Mont-Cornillon, Hugues de Saint-Cher, Jean de Lausanne, Urbain IV, et enfin Sainte Eve de Saint-Martin… les voici tous retournés à Dieu, et cependant l’oeuvre n’est pas achevée.

Les états italiens et la ville de Rome en particulier étant dans de grands troubles en raison des luttes entre les Guelfes et les Gibelins, la Constitution Apostolique d’Urbain IV restait lettre morte en beaucoup d’endroits.
En cette deuxième moitié du XIIIe siècle, l’Eglise romaine fut dans une période de grande instabilité et de turbulences – internes et externes – , accrues par la briéveté du règne du plus grand nombre des papes qui se succèdent alors (*), jusqu’à ce que la nécessité les contraignît à s’établir dans le Comtat Venaissin qui appartenait à l’Eglise depuis 1229.

Le pape Clément V, couronné à Lyon en novembre 1305, établit donc la cour pontificale dans le Comtat Venaissin. C’est lui qui, pressé par le Roi de France Philippe IV le Bel de terminer l’affaire des Templiers, réunit le quinzième concile oecuménique de l’Eglise, à Vienne (en Dauphiné), d’octobre 1311 à mai 1312.
Au cours du concile de Vienne, qui ne traita pas seulement de la suppression de l’Ordre du Temple, Clément V confirma solennellement la bulle Transiturus donnée par Urbain IV, et les pères conciliaires ordonnèrent la célébration de la fête du Saint-Sacrement dans toute l’Eglise.

Clément V mourut le 2 avril 1214. Il revint à son successeur, Jean XXII, de publier tous les décrets du concile de Vienne puis de les annexer au Corpus juris canonici (on nomme ainsi l’ensemble des textes législatifs regroupés depuis le milieu du XIIe siècle jusqu’au XVIe siècle et qui restera en vigueur jusqu’en 1917) sous le nom de Constitutiones Clementinae ou Clémentines, en 1317.
L’année suivante (1318), il ordonna que la fête du Saint-Sacrement soit désormais célébrée avec octave et que, pour que la gloire de la Très Sainte Eucharistie soit manifestée même aux incroyants, on la portât dans une procession solennelle à travers les rues des cités et jusque dans les campagnes.
C’est ce même Jean XXII qui approuva également la fête de la Sainte Trinité, déjà célébrée dans un grand nombre de calendriers particuliers, mais qui n’avait pas encore été acceptée officiellement dans la liturgie romaine.

Dès lors, le culte eucharistique va connaître un prodigieux accroissement et susciter d’admirables élans de ferveur et d’amour.
Les monstrances (ancètres de nos ostensoirs) vont se généraliser : on ne portera pas seulement en procession le Saint-Sacrement enfermé dans un ciboire, mais on voudra qu’Il soit visible, et qu’en voyant la Sainte Hostie les coeurs se dilatent dans des élans surnaturels.
Les processions susciteront jusque dans les plus humbles villages des élans de créativité artistique pour que les rues elles-mêmes chantent la gloire de Celui qui est le Pain de Vie : façades pavoisées, reposoirs grandioses, rues jonchées de fleurs ou même transformées en somptueux tapis éphémères réalisés avec des pétales ou des sciures colorées… etc.
La paramentique déploiera une splendeur incomparable pour que les ministres sacrés escortant Jésus-Eucharistie illustrent par leurs vêtements la gloire et les fastes spirituels du Grand Roi voilé par la frêle et humble apparence…

* * * * *

En guise de conclusion :

L’épouvantable crise spirituelle, doctrinale et liturgique qui s’est déclarée au milieu du XXe siècle a porté un coup fatal à ces merveilles, et là où se sont maintenues et se maintiennent encore, en France, les processions de la Fête-Dieu, elles sont bien ternes en comparaison de ce qui fut jadis accompli !
Le modernisme, triomphant à l’occasion et à la suite du second concile du Vatican, a bien montré ce qu’il est : dévastateur, desséchant et stérile !
Si, ça et là, on voit la reprise de processions abandonnées depuis plusieurs décennies, et si on se rend compte que, ponctuellement, des prêtres (jeunes pour la plupart, ou du moins qui se démarquent de la « génération concilaire ») remettent à l’honneur le culte eucharistique, force est de constater que c’est parce qu‘ils vont puiser dans les eaux vives de la Tradition anté-conciliaire et non dans la pastorale qui s’est tyranniquement  imposée « au nom du concile ».

Que Sainte Julienne du Mont-Cornillon, Sainte Isabelle de Huy et Sainte Eve de Saint-Martin, depuis ce Ciel où elles contemplent sans voile Celui que nous voyons ici-bas caché sous les Espèces Eucharistiques, intercèdent puissamment aujourd’hui pour l’Eglise, et continuent avec fruit la mission qu’elles ont commencé au XIIIe siècle : faire fêter partout avec grande solennité le Très Saint-Sacrement, afin qu’Il soit toujours plus et mieux adoré, glorifié et aimé !

Lully.

Pour approfondir encore :
Texte de la bulle Transiturus de Sa Sainteté le Pape Urbain IV > www

Basilique Saint-Martin de Liège fresque Adolphe Tassin  institution de la Fête-Dieu

Liège, basilique Saint-Martin, peinture murale d’Adolphe Tassin (fin XIXe s.)
représentant l’institution de la Fête-Dieu ; 
en partant de la gauche :
- la mort de Sainte Julienne le 5 avril 1258 ;
- Urbain IV, avec à gauche St Thomas d’Aquin et à droite St Bonaventure, institue la Fête-Dieu en 1254 ;
- on apporte à Sainte Eve de la part d’Urbain IV la bulle d’institution de la Fête-Dieu et l’office du Saint-Sacrement ;
- Jean XXII institue la procession du Saint-Sacrement pour la Fête-Dieu.

* * * * *

(*) Note : pour mémoire, voici la durée de règne des pontifes qui se succédèrent sur le trône de Saint Pierre après Urbain IV et jusqu’à Jean XXII.
– Clément IV trois ans et demi ; à sa mort, l’Eglise resta sans pape pendant trois années, les cardinaux ne parvenant pas à se mettre d’accord jusqu’à ce que, à Viterbe, on les enfermât et les mît au pain sec et à l’eau (c’est l’origine de l’institution du conclave).
– Le Bienheureux Grégoire X, élu en décembre 1271, régna quatre ans. Le bienheureux Innocent V ne dura que cinq mois ; Adrien V qui suivit et qui n’était que diacre lorsqu’il fut élu n’eut même pas le temps d’être ordonné prêtre ni consacré évêque : il mourut moins d’un mois après son élection. Jean XXI ne régna que huit mois. Nicolas III eut un pontificat d’un peu plus de trois ans et demi, Martin IV de quatre ans et un mois, Honorius IV de deux ans, et Nicolas IV de quatre ans et un mois et demi. Saint Pierre Célestin V abdiqua au bout de cinq mois. Boniface VIII régna sept ans : quelle longévité ! Mais Benoît XI seulement neuf mois ; Clément V enfin, premier pape à s’établir dans le Comtat Venaissin, eut un règne d’un peu plus de neuf ans.

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