Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2015-54. Du Bienheureux Bernard de Morlaàs.

Octave de l’Ascension,
Jeudi 21 mai 2015,
Fête de Saint Constantin 1er le grand, apôtre du Seigneur parmi les rois.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

A l’occasion de l’octave de l’Ascension, laissez-moi vous conter une très belle histoire qui, pour merveilleuse qu’elle soit, n’en est pas moins des plus véridiques.
Abandonnez donc pour quelques instants vos préoccupations ordinaires et accompagnez-moi : nous partons pour le Portugal, au XIIIe siècle

Cloche gif

Ding ! Ding ! Ding ! Ding ! Ding !
La cloche du couvent des Dominicains sonne l’heure du repas de midi : pères et frères se rendent au réfectoire.
Ding ! Ding ! Ding ! Ding ! Ding !
Dans la chapelle de la Vierge de ce même couvent, deux jeunes enfants revêtus de la même bure blanche que les pères et les frères, récitent avec application leur bénédicité puis, sans plus de façon, assis sur les marches de l’autel, sortent de leur panier les provisions qu’ils ont apportées de la maison…
Ding ! Ding ! Ding ! Ding ! Ding !
Nous sommes dans la ville de Santarem (à quelque quinze lieues au sud du désormais mondialement célèbre village de Fatima), au mois de mai de l’an de grâce 1277.

Ne soyez point étonnés de voir ces deux enfants, même pas des adolescents, habillés comme des petits moines et la tête rasée : ce sont des oblats de Saint Dominique.
Leurs pieux parents, hobereaux du village d’Alfange, à vingt minutes de marche de Santarem, les ont offerts à Dieu : certes, ce ne sont pas de véritables religieux, mais ils portent les signes de cette oblation et, chaque jour ils viennent au couvent.
Sous la conduite du Père Bernard, dont ils servent d’abord la Messe matinale, ils sont instruits et éduqués ; puis ils l’aident dans son office de sacristain, et sont initiés par lui à la vie spirituelle… Plus tard, seulement, si c’est bien leur vocation, ils entreront au noviciat et enfin prononceront leurs voeux.

En attendant, chaque soir, ils dévalent la colline pour rentrer à la maison.

Le Père Bernard, leur cher père-maître, est natif de Morlaàs, alors capitale de la vicomté souveraine de Béarn.
Le jeune homme, que ses parents avaient fiancé très jeune, se sentait en réalité appelé par Dieu à la vie dominicaine, et, pour pouvoir réaliser sa vocation, il n’avait pas eu d’autre solution que de s’enfuir et de mettre quelque deux-cent-cinquante lieues entre sa famille et lui : c’est ainsi qu’il était entré au couvent de Santarem.

Morlaas, église Sainte-Foy - le Bx Bernard et ses deux jeunes disciples avec l'Enfant Jésus

A l’invitation des deux jeunes enfants, l’Enfant Jésus s’anime
et descend des bras de la statue de la Vierge pour partager leur repas
(panneau  de bois sculpté en 1877 par l’abbé Courtade et son frère pour la chapelle du Bienheureux Bernard,
dans l’église Sainte-Foy de Morlaàs) .

« Bienheureux les coeurs purs, car ils verront Dieu ! »
Il faut croire que les coeurs de ces deux enfants étaient d’une particulière pureté et qu’ils étaient si remplis des beaux enseignements surnaturels du Père Bernard qu’il leur semblait « naturel » de vivre dans l’intimité divine.
C’est ainsi que l’un des deux, levant les yeux vers la statue de la Madone aux pieds de laquelle ils prenaient leur réfection, se dit que le divin Enfant qu’elle portait dans ses bras serait peut-être heureux de goûter aux bonnes choses que leur maman leur avait préparées.

Et sans plus de façon, il L’invita.

Ici, les rationalistes de tout poil, et même ces « chrétiens adultes » dont la foi est sévèrement circonscrite dans les limites de l’éducation selon « l’esprit des lumières » (gratuite, obligatoire et laïque), s’affolent et s’indignent : « Voilà bien les monstruosités auxquelles aboutit un enseignement pénétré par cet odieux cléricalisme qui abuse de la crédulité des humbles ! En montant le bobichon à des enfants que leur candeur rend si vulnérables, on ne peut que fabriquer des fanatiques qui confondent les illusions religieuses avec le monde réel ! »

Mais le Saint Enfant Jésus, qui « convainct de folie la sagesse de ce monde » (cf. 1 Cor. I, 20 b) et n’a que faire de l’éducation selon « l’esprit des lumières » (gratuite, obligatoire et laïque), S’anima et descendit pour répondre à l’invitation des deux enfants…
Et Il ne le fit pas un jour seulement, puisqu’Il prit l’habitude de venir avec eux chaque jour.

Ainsi, pendant que, au réfectoire, les pères et les frères se nourrissaient non seulement physiquement mais aussi intellectuellement et spirituellement en écoutant gravement la lecture de quelque pieux et savant ouvrage, au pied de l’autel de la Sainte Vierge, la divine Sagesse incarnée partageait-Elle le pique-nique de deux enfants tout en les instruisant d’une manière admirable des voies de l’amour divin !

Nos deux moinillons, qui ne perdaient toutefois pas le sens pratique, finirent par demander à leurs parents d’ajouter désormais une part de plus à leur panier de midi, en leur expliquant que c’était pour l’Enfant Jésus qui venait partager leur repas.
Vous imaginez sans peine qu’ils reçurent une sévère remontrance : « Est-il possible d’inventer pareil mensonge pour assouvir sa gourmandise ? »
Troublés, les deux enfants s’en ouvrirent à leur cher Père Bernard : « L’Enfant Jésus mange avec nous, mais Il n’apporte jamais rien… et nous, nous ne mangeons plus à notre faim. Nos parents nous ont grondés en nous traitant de menteurs lorsque nous leur avons demandé une part supplémentaire… »

On imagine sans peine la surprise du bon Père.
Il interrogea sévèrement les enfants, s’efforça de les prendre en défaut, examina toutes choses soigneusement pour savoir s’ils étaient les jouets de leur imagination ou de quelque illusion diabolique… etc.
Finalement, il ne put qu’être convaincu de la vérité de la grâce qui était faite à ses jeunes élèves, en constatant leurs progrès dans la vertu et le degré d’illumination intérieure atteint par leurs âmes candides.
Après avoir lui-même prié et demandé conseil, il leur suggéra ceci : « La prochaine fois, demandez donc au Saint Enfant Jésus de vous inviter à Son tour à Sa table ; et s’Il y consent, rappelez-Lui que notre règle prescrit aux novices d’être accompagnés de leur père-maître… »

Et la réponse fut positive : « Dans trois jours, ce sera l’Ascension et il y aura grande fête dans la Maison de Mon Père. Dites au Père Bernard que Je vous invite tous les trois à Ma table… »

Morlaas, église Sainte-Foy - le Bx Bernard et ses deux jeunes disciples invités au Ciel

La mort extatique du Bienheureux Bernard de Morlaàs et de ses deux disciples
après la Sainte Messe du jour de l’Ascension, 23 mai 1277
(panneau  de bois sculpté en 1877 par l’abbé Courtade et son frère pour la chapelle du Bienheureux Bernard,
dans l’église Sainte-Foy de Morlaàs) .

Dans trois jours !
Vous pensez bien que le Père Bernard et ses deux disciples mirent une ardeur et une ferveur incomparables à se préparer, afin de paraître au festin céleste revêtus de la robe des noces.

Au matin de la grande et belle fête de l’Ascension, les deux enfants servirent la Messe du Père Bernard à l’autel de la Madone : Messe au cours de laquelle ils reçurent pour la première fois la Sainte Eucharistie ; Messe à la fin de laquelle, tous trois agenouillés au pied de l’autel, ils s’abîmèrent dans une intense action de grâces…

Et lorsque, un très long moment après, les frères du couvent voulurent les tirer de leur prière, ils ne purent que se rendre compte que, si leurs corps étaient restés là, immobiles et agenouillés, leurs âmes s’en étaient allées prendre part au banquet éternel.
C’était le jeudi de l’Ascension 23 mai 1277.

Ils furent ensevelis ensemble, tous trois dans le même tombeau, et les chroniques du couvent consignèrent la belle histoire.

Lorsque, trois siècles plus tard, des travaux réalisés dans le couvent obligèrent à ouvrir leur sépulture, on retrouva leurs ossements enveloppés d’un linceul dont la blancheur éclatante subjugua tous ceux qui étaient là, tandis qu’une odeur toute céleste remplissait la chapelle.
Une enquête fut diligentée par les autorités ecclésiastiques afin de retrouver tous les documents et les anciens témoignages écrits relatifs au Père Bernard de Morlaàs et à ses deux élèves.
Plusieurs guérisons miraculeuses se produisirent, si bien que Monseigneur Georges de Almeida, archevêque de Lisbonne de 1570 à 1585, dédia un autel aux trois bienheureux et plaça leurs reliques dans trois bustes les représentant : de la même manière qu’autrefois lorsqu’il célébrait la Sainte Messe, le Père Bernard de Morlaàs était entouré de ses deux acolytes.
Les pèlerinages se développèrent et la dévotion au Saint Enfant Jésus en reçut un extraordinaire accroissement.

Malheureusement, en 1809, les soldats des sinistres armées napoléoniennes, dont on sait de quelles atrocités elles se rendirent coupables en Espagne et au Portugal à cette époque, pillèrent le couvent de Santarem et livrèrent aux flammes les reliques de nos trois bienheureux.

En 1877, à l’occasion du sixième centenaire de leur entrée dans la gloire céleste, une chapelle de l’église Sainte-Foy de Morlaàs fut aménagée pour être dédiée au Bienheureux Père Bernard, enfant du pays, et à ses deux jeunes disciples.
C’est pour cette chapelle que l’abbé Courtade et son frère sculptèrent en bas-relief sur des panneaux de bois les tableaux qui illustrent mon récit.

Morlaas, église Sainte-Foy - le Bx Bernard et ses deux jeunes disciples intercèdent et font pleuvoir les grâces

Grâces spirituelles, miracles et guérisons à l’autel du Bienheureux Bernard de Morlaas et de ses deux jeunes acolytes, dans le couvent des dominicains de Santarem, après l’ouverture de leur tombeau et l’élévation de leurs reliques
(panneau  de bois sculpté en 1877 par l’abbé Courtade et son frère pour la chapelle du Bienheureux Bernard,
dans l’église Sainte-Foy de Morlaàs) .

Voilà donc, mes bien chers Amis, la belle histoire du Bienheureux Bernard de Morlaàs et de ses deux jeunes acolytes : une histoire qui, en ce beau temps de l’Ascension, oriente nos regards vers le Ciel et nous invite à nous préparer ardemment pour prendre part, nous aussi, au festin éternel des noces de l’Agneau, immolé et vainqueur, qui nous a promis, avant de quitter cette terre : « Je vais vous préparer une place » (cf. Johan. XIV, 3).
Une histoire qui nous invite également à redevenir comme des petits enfants, puisque le Royaume des Cieux est destiné à ceux qui leur ressemblent (cf. Matth. XIX, 14 b).

Que le Saint-Esprit de lumière et d’amour dont nous préparons la fête de la venue lors de la Pentecôte, nous comble de Ses dons et nous vienne en aide dans ce travail de conversion jamais achevé qui doit nous amener à redevenir semblables à ces petits…

Lully.

Statue du Bienheureux Bernard de Morlaàs avec les deux enfants - église Sainte-Foy de Morlaàs

Statue du Bienheureux Bernard de Morlaàs et de ses deux disciples
(église Sainte-Foy de Morlaàs)

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints |on 21 mai, 2015 |8 Commentaires »

2015-51. Où, à l’occasion de la fête de Saint Athanase, Maître-Chat Lully revient sur le toujours nécessaire et urgent combat pour la vraie foi, et dénonce l’hérésie néo-arienne véhiculée par la traduction française du Symbole.

Samedi 2 mai 2015,
Fête de Saint Athanase le grand,
Premier samedi du mois en l’honneur du Coeur douloureux et immaculé de Marie.

Saint Athanase piétine Arius qui demande le silence

Saint Athanase piétine Arius qui demande le silence.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

On ne le dira jamais assez – et c’est donc à dessein que je vais me répéter – : l’assistance à la messe selon le missel de Paul VI - entré en vigueur pour le premier dimanche de l’Avent de l’année 1969 - ne peut que poser de véritables problèmes de conscience à un catholique français qui veut rester fidèle à la foi catholique telle que nous l’avons reçue de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, telle qu’elle nous a été transmise par les Saints Apôtres, les Pères et Docteurs de l’Eglise, la Tradition constante et le magistère authentique de la Sainte Eglise.

Nous sommes, certes, fermement convaincus que la célébration de la messe selon ce que, par commodité, nous appelons « le nouveau rite », est valide (c’est-à-dire qu’il y a bien le renouvellement du Saint-Sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ) lorsque toutes les conditions requises sont réunies, ce qui est parfois douteux ou qui n’est d’autres fois clairement pas le cas (cf. l’article > une pseudo messe de funérailles).
Il n’en demeure pas moins vrai qu’au regard de la Tradition catholique, ce « nouveau rite », comme l’avaient souligné Leurs Eminences Révérendisssimes Messieurs les Cardinaux Bacci et Ottaviani dans la préface du « Bref examen critique » remis au pape Paul VI en 1969, « (…) s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu’elle a été formulée à la XXème session du Concile de Trente (…) ».

Cette affirmation des doctes et prudents Cardinaux n’est pas anodine : elle signifie, et la démonstration par les faits nous en est donnée presque chaque jour depuis plus de quarante-cinq ans, que la « messe de Paul VI » contribue à l’affaiblissement de la foi catholique, à sa relativisation et à sa dilution dans une approximation doctrinale et spirituelle, quand ce n’est pas carrément à sa perte.
Il suffit d’interroger les « fidèles » qui pratiquent dans le nouveau rite (en l’occurrence je mets le mot entre guillemets parce qu’il vient du mot latin « fides » qui signifie « la foi », et que donc – en principe – les fidèles devraient être des personnes qui adhèrent à la foi), pour se rendre compte qu’effectivement sur le peu de pratiquants qui subsistent pour l’ « Eglise de France », il y en a beaucoup – beaucoup trop ! – qui ne croient pas à un grand nombre de points de la doctrine catholique ou qui contestent jusqu’à la notion de dogme.
Qu’on se souvienne que certains sondages commandités par des publications originellement catholiques (« La Vie », « le Pélerin », « la Croix » ou autres) faisaient état d’un nombre important de « catholiques pratiquants » (sic) qui ne croient pas à la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à Sa résurrection ou à la résurrection de la chair, à la conception virginale de Notre-Seigneur, à la virginité perpétuelle de Marie, à la transubstantiation …etc. Ces personnes sont donc à strictement parler des hérétiques ; elles ont fait naufrage dans la foi ; elles ne sont plus catholiques, quand bien même elles continuent à assister aux offices catholiques et à se prétendre catholiques.

La messe selon le « missel de Paul VI » n’est pas seule en cause, nous le savons : le catéchisme catholique remplacé par une catéchèse indigente, des sermons d’une affligeante pauvreté, l’influence délétère d’une société néo-païenne, le faux oecuménisme, et la trahison de nombreux ecclésiastiques ont joué eux aussi un rôle non négligeable dans cette perte de la foi.
Néanmoins, si le « missel de Paul VI » ne s’éloignait pas « de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique », il me semble qu’on ne constaterait pas une telle invasion de l’hérésie chez ces « catholiques pratiquants » ; il me semble au contraire qu’il aurait été un rempart pour la foi catholique au lieu de permettre cette prolifération de fausses doctrines et de fausses opinions !
J’ai presque envie de dire que les catholiques qui assistent de manière habituelle à la célébration de la messe selon le « missel de Paul VI » et qui ont gardé la foi, ne l’ont pas gardée grâce à lui, mais bien plutôt malgré lui

Aux problèmes posés par le texte « officiel » (qui est en latin) du nouveau rite de la messe promulgué par Paul VI, s’ajoute – particulièrement en France et dans les pays de lanque française – le problème des traductions.
En effet, un grand nombre de mots ou d’expressions utilisés dans ces traductions (officiellement approuvées par l’épiscopat !) ne sont pas de véritables traductions mais constituent en réalité une véritable trahison de la foi catholique.

En cette fête de Saint Athanase, le grand défenseur de la foi de Nicée, je ne prendrai pour exemple que la traduction française du Symbole de Nicée-Constantinople qui se trouve dans le missel et qui est récitée – sans sourciller semble-t-il – depuis bientôt cinquante ans par les évêques, les prêtres et les fidèles de langue française.
Or cette traduction est hérétique !

Je ne l’affirme pas de mon propre chef.
C’est Jacques Maritain lui-même, dont on sait qu’il était un ami proche du pape Paul VI, et qui n’était absolument pas un « traditionnaliste » (certains lui attribuent une influence décisive sur la déclaration – qui n’est qu’une déclaration et non un texte doctrinal – sur « la liberté religieuse » du 7 décembre 1965) qui a dénoncé avec force cette traduction hérétique dans un « Memorandum » qu’il adressa au pape Montini. Voici ce texte :

« (…) Il faut enfin signaler une faute de traduction qui n’est pas seulement une inexactitude plus ou moins grave, mais une erreur purement et simplement inadmissible. Je sais bien que cette erreur sera certainement corrigée dans une future édition révisée. Mais je sais aussi qu’elle a chance d’être corrigée d’autant plus rapidement qu’elle aura été plus nettement signalée.
Sous prétexte que le mot « substance », et, a fortiori, le mot « consubstantiel » sont devenus
 impossibles aujourd’hui, la traduction française de la messe met dans la bouche des fidèles, au Credo, une formule qui est erronée de soi, et même, à strictement parler, hérétique. Elle nous fait dire, en effet, que le Fils, engendré, non créé, est «  de même nature que le Père » : ce qui est l’« homoiousios » des Ariens ou semi-Ariens, opposé à l’« homoousios », ou consubstantialis, du Concile de Nicée. Pour refuser un iota, on a su en ce temps-là souffrir la persécution et la mort. Tout cela est passé. Tant pis si les chrétiens qui récitent aujourd’hui le Credo en français usent de mots dont, qu’ils le sachent ou non, la résonance est arienne. L’essentiel est que, fût-ce dans un énoncé sur les Personnes de la Trinité, on les dispense d’employer un mot qui n’est pas du langage courant.
Il est cependant bien évident que pour exprimer une réalité absolument unique, il faut un mot lui-même unique. Ou bien faudra-t-il remplacer aussi le mot Trinité lui-même, ou le mot Eucharistie, par des mots du langage de tous les jours ?
Si en prononçant le mot 
consubstantiel les gens ne savent pas ce que ça veut dire, on peut espérer qu’ils demanderont des explications au clergé, qui leur rappellera leur catéchisme et le sens du dogme. Mais s’ils disent, dans le Credo, que le Fils est de même nature que le Père, ils ne songeront jamais à demander une explication, puisqu’on a justement choisi des mots qui ne font pas difficulté pour eux, et qu’ils comprennent sans plus de peine que lorsqu’ils disent avec tout le monde qu’un oiseau est de même nature qu’un autre oiseau.
Qu’importe, après tout, dira-t-on peut-être, il ne s’agit que d’une formule. Les gens dont vous parlez sont des catholiques. Du moment que leur pensée au sujet du Père et du Fils est juste et exempte d’erreur, peu importe que pour l’exprimer ils usent d’une formule approximative qui apparaît comme erronée quand on serre de près les mots dont elle est faite.
À vrai dire, cela importe
 beaucoup. Car ou bien les fidèles en question pensent juste tout en employant une formule erronée et en sachant qu’elle est erronée : et, du fait même, ces fidèles-là, quand on en vient à la formule dont il s’agit, sont obligés de garder le silence ou de parler contre leur conscience. Ou bien ils pensent juste tout en employant une formule erronée sans savoir qu’elle est erronée. Et, du fait même, ces fidèles-là sont mis dans l’illusion. Être induit à employer des mots trompeurs sans savoir qu’ils sont trompeurs, c’est être soi-même trompé.
J’ajoute que les traducteurs anglais, moins sensibles sans doute que les traducteurs français à ce qui chatouille désagréablement les oreilles contemporaines, n’ont pas éprouvé de scrupule à employer le mot 
consubstantial, ni estimé que les fidèles pouvaient sans inconvénient, tout en pensant juste, proférer une formule qui en elle-même est en désaccord avec la foi catholique »
(
Jacques Maritain,  »Œuvres complètes », vol. XVI, Fribourg, Paris – 2000. p. 1115).

Jacques Maritain espérait, lorsqu’il écrivait ce texte, que cette mauvaise traduction serait promptement rectifiée. Sur ce point, il était dans l’illusion totale.
Force est, en effet, de constater que, près de cinquante ans plus tard, la traduction erronée est toujours là, toujours récitée dans les messes en langue française, et que, malgré plusieurs demandes du Saint-Siège sous les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI, les épiscopats francophones n’ont toujours pas rectifié les traductions approximatives ou fautives.

Et le venin de l’hérésie néo-arienne continue tranquillement à être inoculé dans l’esprit et dans l’âme des pratiquants qui récitent moutonnièrement, dimanche après dimanche, que le Fils est « de même nature que le Père » : au bout d’un demi-siècle de répétition, faut-il s’étonner que les « fidèles » soient en réalité des… infidèles, croyant en autre chose qu’en la foi catholique pleine et entière ?

Pour qu’il en soit ainsi – contra factum non fit argumentum – , on ne peut que conclure qu’il y a pour le moins de la mauvaise volonté (si ce n’est une complète absence de volonté), un manque absolu de zèle pour la transmission de la foi authentique de l’Eglise, et finalement une faute grave contre la profession de foi qu’ont – en principe – dû émettre Nos Seigneurs les Cardinaux et Evêques de France, Nos Seigneurs les vicaires généraux, messieurs les vicaires épiscopaux et judiciaires, messieurs les curés et recteurs, messieurs les professeurs de séminaires, et enfin ceux qui ont été promus à l’ordre du diaconat (cf. Code de Droit Canonique – canon 833).

C’est la raison pour laquelle j’affirmais en commençant ce texte que l’assistance à la messe selon le missel de Paul VI - entré en vigueur pour le premier dimanche de l’Avent de l’année 1969 - ne peut que poser de véritables problèmes de conscience à un catholique français qui veut rester fidèle à la foi catholique telle que nous l’avons reçue de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, telle qu’elle nous a été transmise par les Saints Apôtres, les Pères et Docteurs de l’Eglise, la Tradition constante et le magistère authentique de la Sainte Eglise.
En conséquence logique, le catholique qui veut rester catholique fuiera les messes où la foi catholique n’est pas professée convenablement.

Saint Athanase, gardez-nous dans la foi de Nicée !
Saint Athanase, priez pour ces pauvres catholiques de langue française qu’une mauvaise traduction du Symbole de Nicée-Constantinople contraint à réciter une profession de foi hérétique !

Lully.

Symbole de la Sainte Trinité

Et pour lire ou relire la profession de foi trinitaire dite « Symbole de Saint Athanase » > ici

2015-49. Où le Maître-Chat Lully célèbre la fête de Saint Georges en chantant.

Jeudi 23 avril 2015,
Fête de Saint Georges le mégalomartyr.

St Georges et le dragon

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ainsi que je vous l’écrivais l’an dernier à cette même date (voir > ici), la fête de Saint Georges a une grande importance en notre Mesnil-Marie.
Pour la marquer, cette année, je voulais partager avec vous ce chant composé en son honneur, qui figure au répertoire de nombreux scouts…
Si d’ailleurs l’un de mes lecteurs sait par qui il a été composé, je lui serais reconnaissant de me le faire savoir : Frère Maximilien-Marie m’a demandé de lui trouver ce renseignement, mais je l’ai cherché en vain jusqu’ici.

Bonne fête à la Georgie, à l’Angleterre, à l’Ethiopie, à la Grèce, à la Russie, à la Lituanie, à la Bourgogne, à l’Aragon et à la Catalogne, ainsi qu’à toutes les nombreuses villes dont Saint Georges est le céleste protecteur !
Bonne fête à tous les scouts, et à la Cavalerie française !

Lully

chevalier gif

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1er couplet :
Fier chevalier, l’éclat de ton armure
Comme un soleil attire tous les yeux ;
Ta loyauté, ton âme toute pure
Nous ont conquis, et nous voici joyeux.

Refrain :
Saint Georges, guide-nous
Sur la route claire et belle !
Saint Georges, guide-nous,
Rends-nous fermes et prêts à tout !

2e couplet :
Garde à nos yeux le charme d’un sourire
Quand nous souffrons au plein de notre effort ;
Et dussions-nous souffrir un long martyre,
Tiens nos cœurs droits quand faibliront nos corps

3e couplet :
Ô grand vainqueur, de ton séjour de gloire
Assiste-nous, quand ici nous luttons.
Conduis nos pas aux routes de victoire ;
Jusqu’à la mort s’il faut, nous te suivrons.

Croix de Saint Georges

Croix de Saint Georges
(qui figure sur le blason de nombreuses villes ou pays dont il est le saint patron)

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints |on 23 avril, 2015 |4 Commentaires »

2015-47. Où le Maître-Chat Lully donne le compte-rendu d’un petit pélerinage au pays natal de Saint Bénézet à l’occasion de sa fête.

Jeudi soir 16 avril 2015,
fête de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > ici).

Jean Laurent - Saint Bénézet, pâtre burzétin - 1996

Saint Bénézet, le pâtre Burzétin fondateur du pont d’Avignon,
opuscule publié par Jean Laurent en  1996.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je vous ai expliqué qui est Saint Bénézet (ici > www), et vous avez pu lire au passage qu’il est natif de ce diocèse de Viviers dans lequel est établi notre Mesnil-Marie.

Mardi dernier, 14 avril, jour de la fête liturgique de Saint Bénézet, Frère Maximilien-Marie a réalisé un souhait qui l’habitait depuis longtemps : se rendre en pélerinage au lieu où est né ce saint que nous aimons beaucoup, c’est-à-dire au hameau du Villard, sur la paroisse de Burzet, à 8 ou 9 lieues d’ici.

Le village de Burzet est célèbre pour son chemin de croix du Vendredi Saint, pour lequel, comme dans les mistères médiévaux, les habitants sont costumés pour une représentation sacrée qui aide les fidèles à entrer dans la méditation de la Passion de Notre-Seigneur. J’avais déjà eu l’occasion de vous en parler (voir ici).

Burzet - église Saint André vue depuis le calvaire

Burzet, l’église Saint-André (XVe siècle),  vue depuis le calvaire.

La divine Providence, dans son admirable disposition des choses, a fait que Frère Maximilien-Marie a rencontré, à l’église Saint-André – où il s’est rendu en premier lieu – , Monsieur Jean Laurent, qui a publié en 1996 un opuscule fort bien fait résumant l’histoire de Saint Bénézet et de son culte, dont il a offert un exemplaire à notre Frère (cf. photographie du tout début de ce compte-rendu).

L’église Saint-André a été rebâtie au XVe siècle ; elle n’est donc pas celle qu’a connue Saint Bénézet.
Toutefois, ayant été reconstruite au même emplacement que la précédente, il est néanmoins permis de dire que c’est dans ce lieu que Saint Bénézet reçut la grâce du saint baptême.

Quand on rentre dans l’édifice, relativement austère, on est aussitôt attiré par le sanctuaire et son élégant retable.

Burzet église Saint-André, le sanctuaire et le rétable du 19e siècle

Le sanctuaire de l’église Saint-André de Burzet avec son rétable.

En 1794, l’église de Burzet avait été entièrement dépouillée de son mobilier (un précieux rétable du XVIIIe siècle disparut alors).
Le rétable actuel, de style classique, fut commandé en 1810 par un curé zélé, l’abbé Riffard : le tableau central représente l’apôtre Saint André, titulaire de l’église ; il est encadré par deux niches dans lesquelles se trouvent, du côté de l’Evangile Saint Jean-François Régis – apôtre du Vivarais et du Velay (voir > ici) – , et du côté de l’épître Saint Bénézet.

Eglise de Burzet, rétable - statue de Saint Bénézet

Statue de Saint Bénézet – rétable de l’église de Burzet (XIXe siècle)

Le jeune Burzétin est représenté en berger, dans un costume du XVIIIe siècle, une houlette à la main.
L’expression donnée au visage de cette statue est empreinte d’une douceur tout angélique.

Eglise de Burzet, rétable - statue de Saint Bénézet - détail

En dessous de cette statue, une sculpture en bas relief représente la rencontre de Saint Bénézet avec l’ange qui le guida jusqu’au Rhône et l’instruisit de sa mission.

Eglise de Burzet, détail du rétable -  Saint Bénézet rencontre l'ange

Monsieur Laurent étant le gardien des clefs de l’église, il a eu l’extrême obligeance d’inviter Frère Maximilien-Marie à la sacristie, dans laquelle sont conservées d’une part une statue de Saint Bénézet du XVIIIe siècle, vraisemblablement taillée par un imagier local et qui a échappé au vandalisme de 1794…

Eglise de Burzet - statue de Saint Bénézet du XVIIIe s.

… et d’autre part une chasse renfermant deux reliquaires :
- l’un est un médaillon comme on en confectionna beaucoup au XIXe siècle,
- l’autre a été réalisé dans un coffret de cristal semblable à une boite à bijoux, et renferme la tête d’un os de la jambe de Saint Bénézet.

Vous connaissez tous, chers Amis, la dévotion de notre Frère envers les saintes reliques, et vous pouvez donc sans peine imaginer la ferveur et l’émotion avec lesquelles il vénéra ce précieux ossement !!!

Eglise de Burzet relique de Saint Bénézet

L’église Saint-André de Burzet possède encore deux autres éléments liés au culte de Saint Bénézet :

1) un vitrail, posé au milieu du XXe siècle, où l’on peut reconnaître - en haut, le jeune berger sur lequel repose la colombe symbolisant le Saint Esprit, agenouillé face à l’ange qui fut son guide ; - au centre, Saint Bénézet et ses compagnons en train de construire le pont ; - et en bas, la mort de Saint Bénézet.

Eglise de Burzet vitrail Saint Bénézet XXe siècle

2) une statue taillée dans la pierre en 1996 par un monsieur natif de Burzet dont la carrière professionnelle s’exerça en Avignon et qui, de ce fait, se sentait encore plus spécialement lié à Saint Bénézet

Eglise de Burzet statue de Saint Bénézet 1996

… Pour cette statue, on sent que le sculpteur s’est inspiré des traits du visage de la statue du XVIIIe siècle ; il a aussi voulu, par l’agneau et le chien, évoquer l’enfance pastorale du jeune saint, tandis que la construction du pont et l’oeuvre des Frères Pontifes sont symbolisées par le chapiteau du premier plan et le pilier de l’arrière plan.

Monsieur Jean Laurent a ensuite fort obligeamment accompagné Frère Maximilien-Marie jusqu’au hameau du Villard, à quelque trois kilomètres du village.

En cette radieuse et chaude après-midi de printemps, le hameau était splendide. A travers les arbres, on aperçoit la chapelle édifiée à partir de 1727 en avant des maisons.

Burzet - le Villard et sa chapelle

Burzet : le hameau du Villard et sa chapelle aperçus depuis la route en contrebas.

Pillée par les révolutionnaires, la chapelle du Villard fut restaurée et agrandie au XIXe siècle, puis fit l’objet d’une nouvelle restauration intérieure en 1970.

Burzet - hameau du Villard, la chapelle

La chapelle du Villard, extérieur.

Burzet - chapelle du Villard porte d'entrée

Chapelle du Villard, porche.

Burzet, chapelle du Villard - intérieur

Chapelle du Villard, intérieur.

Ayant échappé au vandalisme sacrilège des patriotes, la chapelle conserve un tableau sculpté dans un panneau de noyer qui fut offert en 1729 par Son Excellence Monseigneur François Renaud de Villeneuve Forcalqueiret, évêque de Vivers de 1723 à 1748. Cette oeuvre représente Saint Bénézet gardant son troupeau lorsque Dieu se communique à lui.

Burzet, chapelle du Villard - tableau offert en 1729 par Mgr de Villeneuve

Vocation de Saint Bénézet :
tableau sculpté en bas-relief, offert en 1729 par Mgr de Villeneuve.

La maison natale de Saint Bénézet est l’une des plus anciennes du hameau, au sommet duquel elle se trouve : elle ne se visite pas et nécessiterait une restauration.

Burzet, le Villard - maison natale de Saint Bénézet

Il ne faut pas quitter le Villard sans saluer Monsieur René Chabaud, dont la maison est voisine de la chapelle : le rayonnement de cet homme a beaucoup touché Frère Maximilien-Marie.
Marchant avec peine, appuyé sur deux cannes, Monsieur Chabaud est le gardien de la chapelle dont il vient, avec une exemplaire fidélité, tous les matins ouvrir la porte et revient la fermer à clef tous les soirs.
Notre Frère a été touché par son accueil souriant et par la conversation qu’il a eu avec lui.

Monsieur René Chabaud fidèle gardien de la chapelle de Saint Bénézet

Le fidèle gardien de la chapelle de Saint Bénézet au Villard.

Après cette pieuse visite au Villard, Monsieur Laurent et Frère Maximilien-Marie, redescendant dans la vallée, se sont rendus, sur la départemantale 26, jusqu’au lieu dit Lamadès.
Là, sur le bord de la route, se trouve une pierre sculptée sur laquelle, à une date très récente, a été fixée une croix en fer.
Cette pierre est dite « pierre de Saint Bénézet » et garde le souvenir de son départ : ce serait à cet endroit qu’il aurait rencontré l’ange, caché sous les apparences d’un pélerin, qui devait le conduire jusqu’au Rhône.

Lamadès - la pierre de Saint Bénézet au bord de la route

Lamadès : la « pierre de Saint Bénézet »
- ci-dessus, dans son site ;
- et ci-dessous, gros plan sur l’inscription gravée. 

Lamadès - la pierre de Saint Bénézet gros plan

Voilà, bien chers Amis, le compte-rendu détaillé de ce pélerinage : soyez certains que, dans son coeur, Frère Maximilien-Marie emportait toutes les intentions qui lui sont confiées et qu’il a recommandées à l’intercession de Saint Bénézet : puisse aujourd’hui celui auquel Dieu demanda jadis de construire un pont sur le Rhône, établir de nouveaux ponts de grâces et de bénédictions pour nous relier en toutes circonstances à Notre-Seigneur, le Roi du Ciel !

Lully.

Burzet, hameau du Villard, campanile de la chapelle Saint Bénézet

Campanile de la chapelle du Villard sur fond de nature vivaroise au printemps.

2015-46. De Saint Benoît du Pont, couramment appelé Saint Bénézet, dont nous célébrons la fête le 14 avril.

Reconstitution numérique en 3 D du Pont Saint Bénézet, tel qu’il pouvait se présenter au milieu du XVIe siècle :

Image de prévisualisation YouTube

16 avril,
fête de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > ici)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Si je vous parle du pont d’Avignon, vous allez probablement immédiatement penser à la célèbre chanson enfantine… et peut-être même vous mettre à la fredonner de façon spontanée.
Mais le « grand public » sait-il que le nom propre de ce pont fameux entre tous est « Pont Saint Bénézet » ?
Et combien savent encore qui est ce Saint Bénézet qui a donné son nom à ce pont ?
C’est ce que je me propose de vous expliquer maintenant, avant de vous emmener – un peu plus tard – en pélerinage sur les lieux de sa naissance.

Sur le pont d'Avignon refrain

La célèbre chanson « Sur le Pont d’Avignon » remonterait au XVe siècle
mais elle a connu un regain de popularité depuis le milieu du XIXe siècle.

Bénézet est un diminutif provençal du prénom latin Benedictus, en francais Benoît.
Dans les livres liturgiques, Saint Bénézet est donc officiellement appelé tantôt « Saint Benoît le jeune » ou « le petit » (en latin : Benedictus junior), en rapport avec sa petite taille et son jeune âge – nuances exprimées par la forme provençale – , tantôt « Saint Benoît du Pont » (en latin : Benedictus de Ponte), ce qui est bien sûr le rappel de l’oeuvre pour laquelle Dieu le suscita.

Selon toute vraisemblance, son patronyme était Chautard.
Il naquit au hameau du Villard, paroisse de Burzet, au diocèse de Viviers, dans la seconde moitié du XIIe siècle (d’aucuns disent en 1165, d’autres entre 1154 et 1159).
Tous les textes néanmoins sont unanimes pour situer en l’an 1177 son arrivée en Avignon.

Les sources de l’histoire de Saint Bénézet sont des plus fiables. Elles se trouvent principalement
- 1) dans deux chartes, de 1180 et 1181, donc rédigées du vivant du jeune saint ;
- 2) dans une charte de 1185 (année qui suivit sa mort), qui nous est parvenue à travers une copie authentique qui en fut réalisée au XIVe siècle ;
- 3) dans la chronique de Robert d’Auxerre (+ 1212), commencée en 1190 ;
- 4) dans une « légende » du début du XIIIe siècle, en langue provençale : le mot légende ne doit pas être entendu au sens de « récit fantaisiste sans consistance historique », mais compris dans son sens latin le plus strict : « ce qui doit être lu ». Ainsi la « légende de Saint Bénézet » est-elle bien un texte historique (on pourrait dire une version officielle) destiné à faire connaître l’oeuvre de Saint Bénézet et de ses continuateurs.

Lithographie fin XIXe s - Pont Saint Bénézet vu du rocher des Doms

Le Pont Saint Bénézet vu depuis le rocher des Doms – lithographie de la fin du XIXe siècle..

Sans qu’il ne nous soit rien révélé sur la vie du jeune homme depuis sa naissance, les récits les plus anciens nous racontent d’emblée sa vocation.
Alors que le jeune homme était en train de garder les brebis, il entendit distinctement des paroles qui s’adressaient à lui, sans voir cependant qui lui parlait.
Voici une traduction de ce que rapporte la « légende » en provençal : 

- Bénézet, mon fils, entends la voix de Jésus-Christ.
- Qui êtes-vous, Seigneur, qui me parlez ? J’entends votre voix mais ne vous vois pas.
- Ecoute donc, Bénézet, et n’aie point peur. Je suis Jésus-Christ qui, par une seule parole, ai créé le ciel, la terre et la mer et tout ce qu’ils renferment.
- Seigneur, que voulez-vous que je fasse ?
- Je veux que tu quittes les brebis que tu gardes, car tu me feras un pont sur le fleuve Rhône.
- Seigneur, je ne sais où est le Rhône et je n’ose abandonner les brebis de ma mère !
- Ne t’ai-je pas dit de croire ? Viens donc hardiment, car je ferai surveiller tes brebis et je te donnerai un compagnon qui te conduira jusqu’au Rhône. 

L’injonction divine se serait renouvelée à trois reprises avant que Bénézet ne se mette en route.

Comme le lui avait assuré la voix divine, il rencontra bientôt un homme vêtu comme un pélerin qui s’offrit à lui comme compagnon de route. Il s’agissait en réalité, comme pour le jeune Tobie dans l’Ancien Testament, d’un ange qui avait revêtu une apparence humaine.
L’ange conduisit Bénézet jusqu’au Rhône : Bénézet fut d’abord effrayé par la taille du fleuve et se demandait comment il serait possible de mener à bien une telle mission. Mais son céleste compagnon lui prodigua des conseils pour arriver jusqu’en Avignon et pour ce qu’il devrait y accomplir.

Statue reliquaire de Saint Bénézet - Avignon

Statue reliquaire de Saint Bénézet, Avignon :
elle représente le jeune homme portant une énorme pierre (voir ci-dessous).

Bénézet, entré dans la cité d’Avignon, alla trouver l’Evêque qui était en train de prêcher au peuple ; il lui dit à haute voix : « Ecoutez-moi et comprenez-moi, car Jésus-Christ m’a envoyé vers vous afin que je fasse un pont sur le Rhône » (texte traduit de la « légende » provençale).

En entendant ces paroles, l’évêque pensa avoir affaire à un insensé et perturbateur de l’ordre public ; il fit donc appel au prévot (ou viguier), devant lequel Bénézet maintint ses allégations :  « Mon Seigneur Jésus-Christ m’a envoyé en cette cité afin que je fasse un pont sur le Rhône ». 
Le viguier lui répondit : 
« C’est toi, si chétif personnage et qui ne possède rien, qui déclare que tu feras un pont où Dieu, ni Saint Pierre, ni Saint Paul, ni encore Charlemagne, ni aucun autre n’a pu le faire ? Ce serait merveilleux.
Attends ! je sais qu’un pont est fait de pierres et de chaux : je te donnerai une pierre que j’ai dans mon palais et, si tu peux la remuer et la porter, je croirais que tu pourras faire le pont ».

Bénézet, mettant sa confiance en Notre-Seigneur, retourna vers l’évêque et lui dit qu’il le ferait aisément.
L’Evêque dit : « Allons donc, et voyons les merveilles que tu nous promets ! » 
Il partit avec l’évêque, et le peuple avec eux ; et Bénézet prit seul la pierre que trente hommes n’auraient pu déplacer, aussi légèrement que s’il se fût agi d’un caillou, et il la mit au lieu où le pont a son pied. 
Les gens voyant cela crièrent au miracle et disaient que grand et puissant est Notre-Seigneur dans ses œuvres.  Et alors le viguier fut le premier à le nommer Saint Bénézet, lui baisant les mains et les pieds, et lui offrit trois cents sous, et dans ce lieu lui furent donnés cinq mille sous.
Maintenant vous avez entendu de quelle manière, frères, le pont fut commencé afin que vous tiriez profit de ce grand bienfait.
Et Dieu fit nombre de miracles en ce jour : par lui, il rendit la vue, fit entendre les sourds et marcher les paralytiques
 (texte traduit de la « légende » provençale).

Les deux chapelles superposées dédiées à Saint Bénézet et à Saint Nicolas

Avignon, Pont Saint Bénézet : les deux chapelles superposées.
La chapelle inférieure est dédiée à Saint Bénézet et la chapelle supérieure à Saint Nicolas.

Des compagnons, les « Frères de l’oeuvre du pont » ou « Frères pontifes », rejoignirent Bénézet. Après la mort de Bénézet, ce sont eux qui achevèrent la construction du pont (1188).

A côté du chantier, Bénézet avait acquis une maison qui, en sus d’être le lieu où ces pieux laïcs menaient une forme de vie commune, partagée entre les exercices de piété, le travail et la mendicité – car il fallait recueillir des aumônes pour la construction – , était ouverte à l’accueil des pélerins et au soin des malades.

Bénézet rendit son âme à Dieu le 14 avril 1184, entouré d’une immense vénération populaire, une vénération principalement due aux miracles de guérison qu’il accomplissait.
Les diverses enquêtes ecclésiastiques menées après sa mort citent un grand nombre de témoins directs attestant de ses dons de thaumaturge.

Son corps fut d’abord enseveli dans la chapelle construite sur le pont même : la chapelle Saint Bénézet (par la suite, le pont sera exhaussé et cette chapelle se retrouva en contrebas : on édifia au-dessus une deuxième chapelle, dédiée à Saint Nicolas, si bien que la chapelle Saint Bénézet en devint en quelque sorte la crypte).
En 1331, sans qu’il s’agisse à proprement parler d’une « canonisation » au sens moderne du mot, le pape Jean XXII, officialisa le culte qui était rendu à Saint Bénézet depuis sa mort, et que ses prédécesseurs avaient accepté, en composant pour lui un office liturgique propre et en fixant sa fête au 14 avril.

Le corps de Saint Bénézet fut retiré de la chapelle du pont au XVIIe siècle, à la suite d’une série de crues exceptionnelles qui avaient fait craindre pour la sécurité du lieu, et il fut déposé dans l’église du couvent des Célestins : à cette occasion, on constata que ce corps était incorrompu et exhalait une odeur suave.

Lors de la détestable révolution, malheureusement, la tombe fut violée et les restes de Saint Bénézet furent horriblement profanés. Une partie cependant put ensuite être récupérée, mise en lieu sûr, puis finalement déposée dans la collégiale Saint-Didier d’Avignon.
En 1849, l’archevêque d’Avignon procéda à une nouvelle reconnaissance des reliques de Saint Bénézet : il en donna une partie au diocèse de Viviers, où ces reliques furent distribuées entre la cathédrale, le grand séminaire et sa paroisse natale de Burzet.

L’examen des ossements montre qu’il devait avoir entre 25 et 30 ans au moment de sa mort, et qu’il mesurait environ 1,60 m.

Tombeau de Saint Bénézet dans la collégiale Saint-Didier - Avignon

Actuel tombeau de Saint Bénézet dans la collégiale Saint-Didier, en Avignon.

A suivre : petit pélerinage à la maison natale de Saint Bénézet > ici

2015-42. Où au jour du cinquième centenaire de la naissance de Sainte Thérèse de Jésus il est rappelé, par son exemple, qu’on n’entre dans les voies de l’amour de Dieu et de la sainteté qu’en passant par la porte de la Passion du Verbe Incarné.

Samedi de la Passion 28 mars 2015,
Fête de Saint Jean de Capistran
Cinquième centenaire de la naissance de Sainte Thérèse de Jésus.

Statue de Sainte Thérèse par Gregorio Fernandez - 1625

Sainte Thérèse de Jésus, réformatrice du Carmel et « mère des spirituels »
(oeuvre de Gregorio Fernandez – 1625)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

A la veille d’entrer dans la Grande Semaine, l’attention de notre âme est aujourd’hui retenue par un anniversaire qui intéresse au premier chef non seulement l’Ordre du Carmel réformé, non seulement le Royaume d’Espagne et non seulement la ville d’Avila, mais tous ceux qui veulent « voir Dieu » et vivre avec Lui une vie d’amour et d’intimité féconde : 28 mars 1515 – 28 mars 2015, c’est aujourd’hui l’exact cinquième centenaire de la naissance de Teresa Sanchez de Cepeda Davila y Ahumada, religieuse carmélite, réformatrice de son Ordre, fondatrice de monastères, maîtresse de vie spirituelle, et pour l’éternité Sainte Thérèse de Jésus (plus communément appelée Sainte Thérèse d’Avila).

J’ose espérer que tous nos amis ont déjà lu l’autobiographie de Sainte Thérèse (on peut même la lire « en ligne » en totalité).
Il n’y a rien de mieux, en effet, que d’aller puiser à la source même, plutôt que dans des récits de tiers – aussi remarquables soient-ils – : ce cinquième centenaire est l’occasion propice pour lire et relire les textes sortis de la plume de la Grande Thérèse, et je me garderai bien d’en faire ici le résumé !

Néanmoins, comme nous sommes aujourd’hui le samedi de la Passion et que nous entrons ce soir dans la célébration des souffrances rédemptrices de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je rappelerai seulement qu’il a fallu attendre l’année 1555 - l’année de son quarantième anniversaire donc – pour que Soeur Thérèse de Ahumada, comme l’on disait couramment alors dans son monastère de l’Incarnation, se convertisse vraiment à une vie fervente, entre dans les voies de l’oraison et de la véritable union à Dieu.

Sainte Thérèse aux pieds du Christ à la colonne - Gregorio Fernandez

La « conversion » de Sainte Thérèse devant une représentation du Christ à la colonne, en 1555
(oeuvre de Gregorio Fernandez)

Après avoir raconté sans fard qu’elle était sa vie de tiédeur et ses résistances à la grâce, Sainte Thérèse commence le chapitre IX de son autobiographie par ces lignes :
« Mon âme fatiguée aspirait au repos, mais de tristes habitudes ne lui permettaient pas d’en jouir. Or, il arriva un jour qu’entrant dans un oratoire, j’aperçus une image de Jésus-Christ couvert de plaies, qui se trouvait là pour être exposée dans une fête prochaine. Elle était si touchante, c’était une représentation si vive de ce que Notre-Seigneur endura pour nous, qu’en voyant le divin Maître dans cet état, je me sentis profondément bouleversée. Au souvenir de l’ingratitude dont j’avais payé tant d’amour, je fus saisie d’une si grande douleur qu’il me semblait sentir mon cœur se fendre. Je tombai à genoux près de mon Sauveur, en versant un torrent de larmes, et je le suppliai de me fortifier enfin de telle sorte que je ne l’offense plus désormais. »

Après cet événement déterminant, la carmélite s’attacha à méditer sur les mystères de la vie de notre divin Rédempteur, elle précise que la contemplation de la Sainte Agonie de Gethsémani lui fut spécialement profitable : « Je méditais avec prédilection sa prière au jardin des Olives. Là, je me plaisais à lui tenir compagnie. Je considérais la sueur et la tristesse qu’il avait endurées en ce lieu. »

Notons bien cette constante que l’on retrouve dans la vie de très nombreux saints : la contemplation de la douloureuse Passion de Jésus, la méditation assidue de la Passion du Sauveur, l’approfondissement jamais épuisé des mystères sacrés de la Passion de Notre-Seigneur sont essentiels à la connaissance de l’amour de Jésus-Christ et au progrès dans la vie spirituelle.

Nul besoin d’en dire beaucoup plus.
En ces célébrations de la Semaine Sainte, puissiez-vous, chers Amis, à l’exemple de Sainte Thérèse de Jésus, entrer vous aussi toujours plus avant dans les voies de l’amour de Dieu et de la sainteté, en passant avec ferveur et générosité par la seule véritable porte de la vie spirituelle, la seule véritable porte de la vie nouvelle, la seule véritable porte de la vie éternelle : la bienheureuse Passion du Verbe Incarné.

Lully.

Christ à la colonne, détail - Gregorio Fernandez

Christ à la colonne, détail
(oeuvre de Gregorio Fernandez – couvent d’Avila)

2015-40. De Saint Joseph et Sainte Thérèse de Jésus.

Avila - carmel St Joseph - statue de St Joseph au centre du retable de l'église

Avila, carmel Saint Joseph : statue de Saint Joseph au centre du retable du maître-autel.

Jeudi 19 mars 2015,
fête de Saint Joseph.

Pour l’Ordre du Carmel réformé, cette année 2015 est une année jubilaire : le 28 mars 2015 marque en effet le cinquième centenaire de la naissance de Sainte Thérèse de Jésus, la grande réformatrice de l’Ordre du Carmel.
En cette fête de Saint Joseph, il est bon de rappeler le rôle très important joué par Sainte Thèrèse de Jésus dans la propagation du culte de ce très grand saint, car, jusqu’au XVIe siècle, il n’avait pas eu de grande extension ni de véritable popularité.
Les écrits de la « Madre », lorsqu’ils seront publiés et diffusés à travers toute la Chrétienté, contribueront énormément à inciter les fidèles à recourir à Saint Joseph : au chapitre VI de son autobiographie, en effet, Sainte Thérèse évoque quelques unes des grâces qu’elle a obtenues par son intercession, depuis sa guérison physique – alors qu’elle était clouée au lit depuis trois années – , la fondation du premier monastère réformé – placé justement par la volonté expresse de Notre-Seigneur sous le vocable de Saint Joseph – , les grâces de vie intérieure et d’oraison qu’il accorde à ses dévôts, mais aussi des aides remarquables dans certaines nécessités temporelles.

Laissons donc la parole à Sainte Thérèse (nota : c’est nous qui mettons en caractères gras les phrases les plus remarquables de la sainte réformatrice)

Saint Joseph protecteur du carmel réformé - Joaquín Gutiérrez - Collection privée, Bogotá

Saint Joseph protecteur du Carmel réformé et guide de Sainte Thérèse de Jésus
(tableau de Joaquin Gutiérrez, XVIIIe siècle – collection privée, Bogota)

« Je pris pour avocat et patron le glorieux Saint Joseph et je me recommandai instamment à lui. J’ai vu bien clairement que c’est lui, mon père et mon protecteur qui m’a guérie de cette infirmité, comme il m’a tirée également de dangers très grands où il s’agissait de mon honneur et du salut de mon âme. Son assistance m’a procuré plus de bien que je ne savais lui en demander.
Je ne me souviens pas de lui avoir jamais rien demandé, jusqu’à ce jour, qu’il ne me l’ait accordé. C’est une chose merveilleuse que les grâces insignes dont Dieu m’a favorisée, et les dangers tant du corps que de l’âme dont il m’a délivrée par la médiation de ce bienheureux Saint.

« Le Très-Haut donne seulement grâce aux autres saints pour nous secourir dans tel ou tel besoin. Mais le glorieux Saint Joseph, je le sais par expérience, étend son pouvoir à tous nos besoins. Notre Seigneur veut nous faire comprendre que, s’il a été soumis sur la terre à celui qu’il appelait son père, parce que c’était son gouverneur qui pouvait lui commander, il défère également au Ciel, à toutes ses suppliques.
Et c’est ce qu’ont vu comme moi par expérience, d’autres personnes auxquelles j’avais conseillé de se recommander à cet incomparable protecteur. A l’heure actuelle, elles sont nombreuses les âmes qui l’honorent et constatent de nouveau la vérité de ce que j’avance.

« Il m’a toujours exaucée au-delà de mes prières et de mes espérances (…).
Je faisais célébrer sa fête avec toute la solennité dont j’étais capable (…).
Je voudrais porter tout le monde à la dévotion envers ce glorieux Saint tant j’ai d’expérience de son crédit auprès de Dieu. Je n’ai jamais vu personne lui être vraiment dévoué et l’honorer d’un culte spécial sans avancer dans la vertu, car il favorise singulièrement les progrès spirituels des âmes qui se recommandent à lui. Depuis plusieurs années, ce me semble, je lui demande une grâce le jour de sa fête, et je l’ai toujours obtenue. Lorsque ma supplique est quelque peu de travers, il la redresse pour le plus grand bien de mon âme (…).
Je demande, pour l’amour de Dieu, à celui qui ne me croirait pas d’en faire l’épreuve. Il verrait, par sa propre expérience, combien il est avantageux de se recommander à ce glorieux patriarche et d’avoir pour lui une dévotion spéciale. »

Avila - carmel Saint Joseph - statue de Saint Joseph sur la façade de l'église

Avila, carmel Saint Joseph : statue de Saint Joseph sur la façade principale de l’église conventuelle.

« Les âmes d’oraison, en particulier, lui doivent un culte tout filial. Je ne sais d’ailleurs comment on pourrait penser à la Reine des Anges et à toutes les souffrances qu’elle a endurées en compagnie de l’Enfant Jésus, sans remercier Saint Joseph de les avoir si bien aidés alors, l’un et l’autre.
Que celui qui n’a pas de maître pour lui enseigner l’oraison prenne ce glorieux Saint pour guide, et il ne risquera pas de s’égarer (…).
Il m’a bien montré ce qu’il est, puisque, grâce à lui, j’ai pu enfin me lever, marcher et être délivrée de ma paralysie. »

A propos des travaux de construction du premier monastère du Carmel réformé, à Avila : le carmel Saint Joseph :
« Un jour, me trouvant dans la nécessité, ne sachant que devenir, ni comment payer quelques ouvriers, Saint Joseph, mon véritable Père et soutien, m’apparut. Il me fit comprendre que l’argent ne me manquerait pas et que je devais passer le marché avec les ouvriers. Je lui obéis sans avoir le moindre denier, et le Seigneur pourvut à tout d’une manière qui parut digne d’admiration. »

Sainte Thérèse en bergère, tableau de Joaquin Gutiérrez - carmel de Bogota

Sainte Thérèse de Jésus en bergère
(tableau de Joaquin Gutiérrez, XVIIIe siècle – carmel de Bogota)

Et puis il y a cette fameuse histoire, que beaucoup d’entre vous connaissent déjà sans doute, mais elle en dit long sur la confiance de Sainte Thérèse de Jésus en Saint Joseph, au point que ce dernier se manifesta de manière éclatante.
L’anecdote eut lieu à l’occasion de l’un de ces voyages de la « Madre » pour la fondation d’un nouveau monastère.
Partie de Valladolid en direction de Veas, en Andalousie, celle que Marcelle Auclair a magnifiquement surnommée « la dame errante de Dieu », voyageait avec un essaim de carmélites, dans un lourd chariot bâché tiré par des mules.
Ce jour-là, d
ans les défilés de la Sierra Morena, les conducteurs s’égarèrent, s’engagèrent sur une mauvaise piste – de plus en plus étroite – et, bientôt le chariot se trouva en grand danger de verser dans le précipice : « Prions, mes filles ! dit Thérèse. Demandons à Dieu, par l’intercession de Saint Joseph,  de nous délivrer de ce péril ».

A l’instant même, on entendit, venant du ravin, une voix d’homme qui criait avec force aux muletiers : « Arrêtez ! Arrêtez ! Vous êtes perdus si vous avancez… »
Les conducteurs ne voyaient pas l’homme qui leur intimait cet ordre, mais ils interrogèrent : « Comment faire ? Il est impossible de faire demi-tour en raison de l’étroitesse du chemin… »
La voix reprit : « Reculez tout doucement. Vous ne craignez rien. A cent tours de roue en arrière vous retrouverez le bon chemin… »

On le retrouva en effet, dissimulé par un éboulement facilement déblayé.
Un valet des charretiers courut à la recherche de l’homme qui les avait sauvés, tandis que les autres scrutaient le ravin pour l’apercevoir : tous tenaient à le remercier… Mais on ne trouva personne.
A l’intérieur du chariot, radieuse, Mère Thérèse de Jésus déclarait à ses soeurs avec un grand sourire : 
« Vraiment,  je ne sais pourquoi nous laissons chercher ces bonnes gens, car c’est la voix de Saint Joseph que nous avons entendue, et ils ne le trouveront pas… »

Sainte Thérèse d'Avila priant Saint Joseph

Sainte Thérèse de Jésus priant Saint Joseph.

On trouvera aussi dans les pages de ce blogue
- une proposition de neuvaine pour préparer la fête de St Joseph > www ;
- les salutations de Saint Jean Eudes à Saint Joseph > www ;
- une prière à Saint Joseph de Bon Espoir > www ;
- le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle »  > www .
Plus plaisamment, vous pourrez aussi vous reporter aux deux petites B.D. consacrées à Saint Joseph :
« Saint Joseph et le placage », ici > w
ww ,
et « Ite ad Ioseph ! », ici > www .

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 18 mars, 2015 |1 Commentaire »

Le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle ».

Saint Joseph Protecteur de la Ste Eglise

Saint Joseph, protecteur de la Sainte Eglise, priez pour nous !

10 mars.

C’est aujourd’hui que commence la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Joseph (cf. > ici), chers Amis.
Sans plus de discours, je tiens seulement à publier, pour les personnes que cela pourrait intéresser, un cantique en l’honneur de Saint Joseph que nous aimons beaucoup en notre Mesnil-Marie.
Il reprend une mélodie de Nicolas Clérambault adaptée par Monseigneur Joseph Besnier, et – à la lecture de ce nom vous devez vous en douter – ce cantique est extrait du fameux « Manuel de chants du chanoine Besnier », dont j’ai déjà eu l’occasion de parler dans ces pages.

Bonne et fervente neuvaine à tous !

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Cantique Saint Joseph ô pur modèle - Clérambault

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On trouvera aussi dans les pages de ce blogue
- une proposition de neuvaine pour préparer la fête de St Joseph > www ;
- les salutations de Saint Jean Eudes à Saint Joseph > www ;
- une prière à Saint Joseph de Bon Espoir > www ;
Plus plaisamment, vous pourrez aussi vous reporter aux deux petites B.D. consacrées à Saint Joseph :
« Saint Joseph et le placage », ici > www,
et « Ite ad Ioseph ! », ici > www .

2015-38. De la vénérable Marie-Clotilde de France, reine de Sardaigne.

7 mars.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Au Mesnil-Marie, toujours vigilants aux dates et aux anniversaires, nous sommes particulièrement unis, par le coeur et par la prière, aux cérémonies qui se célèbrent à Naples dans l’église Santa Catarina a Chiaia, tous les 7 mars, et qui ont été précédées par un triduum solennel.

Peut-être allez-vous m’interroger : « Qu’y a-t-il dans cette église Santa Catarina a Chiaia qui vous paraisse si important pour qu’à quelque 1300 km de là vous teniez à vous y unir d’une manière très spéciale ? »

C’est que dans cette église, dans une chapelle latérale située du côté de l’épître, se trouve, entourée d’une grande vénération, la tombe d’une Fille de France – petite-fille de Sa Majesté le Roi Louis XV, soeur de Leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, épouse de Sa Majesté le Roi Charles-Emmanuel IV de Sardaigne – la vénérable Marie-Clotilde de France, dont on espère la béatification.
Les cérémonies de ce jour et le triduum qui les précèdent sont justement célébrés pour demander à Dieu la glorification de Sa servante.

Naples - église Santa Catarina a Chiaia - tombe de la Vénérable Marie-Clotilde de France

Naples, église Santa Catarina a Chiaia : tombe de la vénérable Marie-Clotilde de France.

Marie Adélaïde Clotilde Xavière de France, dite Madame Clotilde, est née au palais de Versailles, le 23 septembre 1759.
Elle est la onzième des treize enfants (dont huit morts-nés, morts dans leur premier âge ou pendant l’enfance) issus du second mariage de Louis Ferdinand (1729-1765), Dauphin de France, avec Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767).

Selon l’usage, ondoyée à la naissance, elle est officiellement baptisée deux ans plus tard, le 19 octobre 1761, c’est-à-dire le lendemain du baptême des futurs Louis XVI et Louis XVIII, et le même jour que le futur Charles X.
Elle a pour parrain son frère : Louis-Auguste, duc de Berry, futur Louis XVI ; et pour marraine sa tante, Madame Louise, future Mère Thérèse de Saint-Augustin, carmélite à Saint-Denis (cf. > Princesse et carmélite).

Madame Clotilde était très liée à sa soeur – Élisabeth Philippine Marie Hélène de France, dite Madame Élisabeth – , née quatre ans et demi après elle.
Comme toute la fratrie, Madame Clotilde fut placée sous l’autorité de Marie-Louise de Rohan, gouvernante des Enfants de France, communément appelée Madame de Marsan. Mais alors que l’éducation de Madame Elisabeth, jugée « rebelle », fut laissée à une sous-gouvernante – Madame de Mackau – , Madame Clotilde, docile et studieuse, fut totalement prise en charge par Madame de Marsan qui entendait lui donner une éducation complète, telle qu’aux garçons, chose assez inouïe à l’époque.

Marie-Clotilde était âgée de 6 ans à la mort de son père et de sept ans et demi à la mort de sa mère.

D’un physique assez ingrat, Madame Clotilde souffrit des méchancetés de la cour qui l’avait surnommée « Gros Madame », en raison de son embonpoint.
On disait d’elle qu’elle était passive, apathique, insensible…

Madame Clotilde à l'âge de 12 ou 13 ans - attribué à François-Hubert Drouais (musée de Versailles)

Madame Clotilde à l’âge de 12 ou 13 ans
portrait attribué à François-Hubert Drouais
(musée national des châteaux de Versailles et Trianon)

Le 6 septembre 1775, à Chambéry, ancienne capitale des ducs souverains de Savoie, Marie-Clotilde de France, à peine âgée de seize ans, épouse Charles-Emmanuel de Savoie, fils aîné de Sa Majesté le Roi Victor-Amédée III de Sardaigne, duc de Savoie et prince souverain de Piémont.

Les liens entre les Bourbons et la Maison de Savoie sont alors très forts : tout d’abord, la mère de Charles-Emmanuel est elle-même une arrière-petite-fille de Louis XIV, puisque fille de Philippe V d’Espagne ; ensuite, deux des soeurs de Charles-Emmanuel ont déjà épousé deux des frères de Marie-Clotilde : Marie-Josèphe-Louise de Savoie, Louis-Stanislas-Xavier de France, comte de Provence, en 1771 ; et Marie-Thérèse de Savoie, Charles-Philippe de France, comte d’Artois, en 1773.
Enfin, Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan, dite la Princesse de Lamballe, veuve de Louis-Alexandre de Bourbon, sera – on s’en souvient – l’indéfectible amie de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette, jusqu’à la fin tragique que l’on sait.

Si le mariage de Madame Clotilde avec le prince héritier de Piémont-Sardaigne a été dicté par la politique, il n’en deviendra pas moins un authentique « mariage d’amour » : Charles-Emmanuel, né le 24 mai 1751, a huit ans et demi de plus que sa jeune épouse ; il va aimer tendrement et choyer Marie-Clotilde, qui va pleinement s’épanouir et perdra son embonpoint.
Animés par une piété sincère et profonde, Charles-Emmanuel et Marie-Clotilde fondent leur union sur la foi chrétienne : c’est elle qui leur donne la force de porter avec abandon et sérénité l’épreuve de la stérilité, et qui les porte à une grande maturité spirituelle, au point que, en 1794, ils embrasseront tous les deux la règle du tiers-ordre de Saint Dominique.

Depuis Turin, Marie-Clotilde et Charles-Emmanuel observent avec une grande inquiétude l’évolution politique du Royaume de France : évolution qui se transforme en révolution.
Dès l’été 1789, ils accueillent à Turin le comte d’Artois et sa famille, qui sont parmi les premiers à prendre le chemin de l’exil. Dans les premiers mois de 1791, ce sont Mesdames Victoire et Adélaïde, seules survivantes des filles de Louis XV, qui font escale à la cour de Savoie avant de s’aller établir à Rome.

Les procès iniques et l’assassinat des Souverains français plongeront la cour de Savoie dans une douloureuse stupeur.

armes Reine Clotilde de Sardaigne

Armes de Marie-Clotilde de France, reine de Sardaigne.

Les terroristes parisiens avaient déclaré la guerre à tous les souverains d’Europe et ils déchaînèrent particulièrement la fureur de leurs troupes barbares sur  la Savoie, le comté de Nice et le Piémont.
Après quatre années de guerre soutenues avec vaillance, les troupes du roi Victor-Amédée III furent finalement défaites par le Buonaparte : à la suite de l’armistice de Cherasco, signé le 28 avril 1796, le royaume de Piémont-Sardaigne, contraint de se retirer de la première coalition, dut céder à la France la Savoie, le comté de Nice ainsi que quelques places fortes, et laisser les troupes françaises circuler librement en Piémont.
Cinq mois plus tard (16 octobre 1796), Victor-Amédée III s’éteignait, laissant la couronne à Charles-Emmanuel.

Charles-Emmanuel IV, roi de Piémont-Sardaigne, s’efforça dans un premier temps d’adoucir le traitement du Piémont, en temporisant avec la république ; mais en 1798 le Directoire ordonna l’occupation militaire du Piémont, et la famille de Savoie dut fuir : d’abord à Parme, puis à Florence, ensuite en Sardaigne…
Enfin, en 1799, toujours en fuite devant la révolution mais ne cessant cependant jamais leurs tentatives pour soulager leurs peuples et chasser l’envahisseur, le roi Charles-Emmanuel IV et la reine Clotilde s’établirent à Naples.
Ils fréquentaient assidument l’église Sainte Catherine (Santa Catarina a Chiaia), l’église des tertiaires. Leur vie de prière et de charité était remarquable, car ils consacraient beaucoup de temps aux nécessiteux.

Ils se rendirent à Rome pour les cérémonies de la Semaine Sainte de 1801, occasion de rencontrer le pape Pie VII (ce dernier avait été élu à Venise à la mi-mars 1800 et n’avait pu entrer à Rome que le 3 juillet de la même année), mais ils durent quitter précipitamment la Ville Sainte et rentrer à Naples, ayant été avertis juste à temps des ordres donnés par le Consulat pour les faire enlever.

La reine Marie-Clotilde succomba à la fièvre typhoïde, le 7 mars 1802, à Naples. Elle n’avait pas atteint son quarante-troisième anniversaire.
La souveraine fut inhumée dans l’église Santa Catarina a Chiaia et aussitôt sa tombe devint le centre d’un intense mouvement de ferveur populaire…

Jean-Pierre Franque tombe de la reine Marie-Clotilde acquis par Louis XVIII en 1818 -musée des Ursulines à Macon

La tombe de la reine Marie-Clotilde
(tableau de Jean-Pierre Franque, acquis en 1818 par Louis XVIII pour la collection royale,
aujourd’hui au « Musée des Ursulines » à Macon)

Dès que ses sujets apprirent la mort de leur reine, ils commencèrent à l’invoquer comme « l’ange gardien du Piémont ».
Six ans plus tard, seulement, le pape Pie VII la déclara « vénérable » (10 avril 1808) et autorisa les démarches en vue de sa béatification.

Plusieurs fois retardé – principalement en raison des agitations politiques des XIXe et XXe siècles (et aussi du fait des infiltrations révolutionnaires dans l’Eglise, qui entravent considérablement l’élévation des souverains aux honneurs des autels quand ils ont été des adversaires de l’esprit révolutionnaire) – , le décret proclamant l’héroïcité des vertus de la vénérable Marie-Clotilde de France a été signé par le pape Jean-Paul II le 11 février 1982.

Il est curieux de constater que les Français connaissent finalement moins bien que les Piémontais et les Napolitains cette Fille de France, d’une grande sainteté : il n’existe pas de biographie récente en langue française, et il faut déployer des trésors de patience et de persévérance pour mettre la main sur les ouvrages anciens.

Après la mort de son épouse, le roi Charles-Emmanuel IV abdiqua en faveur de son frère puiné, Victor-Emmanuel 1er. En 1807, à la mort du cardinal-duc d’York, dernier des Stuart, il fut néanmoins reconnu par les Jacobites comme l’héritier de la succession légitime aux trônes d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, sous le nom de Charles IV.

Mais Charles-Emmanuel avait bel et bien dit adieu au monde et, après le rétablissement de la Compagnie de Jésus (1814), il entra le 11 février 1815 au noviciat des jésuites, à Rome, âgé de 64 ans. Il fut admis à la profession des voeux simples, et mourut saintement le 6 octobre 1819.
Il a été inhumé, revêtu de la soutane noire, dans l’église de Saint-André au Quirinal, où sa tombe n’est signalée que par une croix de Savoie – blanche sur fond rouge – gravée dans le marbre, avec cette seule mention : Charles-Emmanuel de Savoie, fils de la Sainte Église Catholique Apostolique et Romaine.
Sans doute mériterait-il lui aussi qu’on s’intéresse à sa cause et que l’on  instruise un procès en béatification…

La Vénérable Marie-Clotilde de France en habit de tertiaire

Prière pour demander des grâces
par l’intercession de la vénérable Clotilde de France, reine de Sardaigne
(traduite par nos soins)

O Dieu, qui, dans votre infinie bonté, donnez la gloire aux âmes qui ont observé votre sainte loi jusqu’au sacrifice, en se conformant à votre Fils bien-aimé crucifié, accueillez l’humble prière que j’élève vers Vous avec foi.
Vous qui êtes admirable dans vos saints et qui les placez comme des lampes allumées sur le chemin enténébré de l’homme, accordez-moi la grâce dont j’ai tant besoin, par les mérites de la vénérable Marie-Clotilde.
Ses vertus, sa vie profondément chrétienne, sa force héroïque dans les souffrances, sa totale conformité à votre volonté dans les événements pénibles qui ont endolori sa brève existence, ont reçu leur juste récompense dans votre Royaume éternel ; qu’elles soient également glorifiées dans votre Eglise en recevant les honneurs des autels.
Accordez-moi, avec l’aide de votre grâce, d’imiter ses vertus, maintenant que Vous l’avez placée près de nous comme modèle, et daignez me rendre digne de sa céleste protection.

Ainsi soit-il !

Trois « Gloria Patri » en l’honneur de la Très Sainte Trinité.

(avec approbation ecclésiastique)

Les personnes qui reçoivent des grâces par l’intercession de la vénérable Marie-Clotilde de France sont priées de le faire connaître au Recteur de l’église Santa Catarina a Chiaia – via S. Catarina a Chiaia, 76 – 80121 Napoli (Italie).

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