Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

Neuvaine à Saint François-Xavier, dite « neuvaine de la grâce », du 4 au 12 mars.

Parmi les neuvaines les plus populairesde la tradition catholique, il en est une qui a mérité le surnom de « neuvaine de la grâce » tant les bénédictions et bienfaits divins ont répondu aux prières de ceux qui l’ont pratiquée.
C’est une neuvaine de prières adressées à Saint François-Xavier, le célèbre missionnaire jésuite du XVIe siècle, compagnon de Saint Ignace de Loyola, apôtre des Indes et de l’Extrême-Orient, céleste protecteur des missions catholiques.
La fête liturgique de Saint François-Xavier est célébrée le 3 décembre, toutefois cette neuvaine – qui peut bien sûr être faite en tout temps – se pratique spécialement du 4 au 12 mars, parce que ce sont les dates qui ont été indiquées par le Saint lui-même. Le 12 mars est, en effet, la date anniversaire de la canonisation de Saint François-Xavier (en 1622, en même temps que Saint Ignace de Loyola, Sainte Thérèse d’Avila, Saint Philippe Néri et Saint Isidore le laboureur).

Nicolas Poussin miracle de Saint François-Xavier

Nicolas Poussin (1594-1665) :
Saint François-Xavier ressuscitant la fille d’un habitant de Cangoxima (Japon).
Commandée en 1641 pour le maître-autel de la chapelle du noviciat des Jésuites du faubourg Saint-Germain, à Paris, cette toile fut acquise par Louis XV en 1763, lors de la suppression de la Compagnie,
et se trouve aujourd’hui au musée du Louvre.

Origine de la neuvaine :

En décembre 1633, à Naples, un jeune jésuite, le Père Marcello Mastrilli, qui attendait de partir pour la mission du Japon (l’une des plus périlleuses à l’époque, en raison d’une persécution particulièrement féroce), fut victime d’un grave accident : gravement blessé à la tête par la chute d’un objet lourd, il était entre la vie et la mort, lorsque saint François-Xavier lui apparut et l’invita à renouveler son vœu de partir en mission. Le saint ajouté : « Tous ceux qui imploreront mon aide chaque jour, pendant neuf jours consécutifs, du 4 au 12 mars, et recevront dignement les sacrements de pénitence et d’Eucharistie connaîtront ma protection et peuvent espérer avec pleine assurance obtenir de Dieu toute grâce demandée pour le bien de leur âme et la gloire de Dieu ».
La vision disparut. Le Père Mastrilli était parfaitement guéri.
Peu de temps après, il fut envoyé pour la mission du Japon, où il reçut la grâce du martyre (
17 octobre 1637).

D’abord pratiquée à Naples, dans le collège des jésuites où le miracle s’était produit, la neuvaine se répandit rapidement dans le royaume, dans toute l’Italie, à Rome puis dans toute la Chrétienté, en raison des abondants fruits de grâce qu’elle obtenait.
Elle fut encouragée par plusieurs Souverains Pontifes qui l’enrichirent de précieuses indulgences.

Poussin -Miracle de saint François-Xavier - détail 1

Nicolas Poussin : le miracle de Saint François-Xavier – détail.

Prière de la neuvaine :

Saint très aimable et plein de charité, Saint François-Xavier, j’adore respectueusement avec vous la Majesté Divine, et parce que je me complais singulièrement dans la pensée des dons éminents de grâce qu’Elle vous a départis pendant votre vie, et de gloire après votre mort, je Lui en rends les plus ferventes actions de grâces, et je vous supplie, de tout mon cœur, de m’obtenir par votre puissante intercession la grâce si importante pour moi de vivre et de mourir saintement ; je vous supplie de m’obtenir aussi… (ici on mentionne la grâce spirituelle ou temporelle que l’on désire obtenir)
Mais, si ce que je vous demande n’est point selon la Gloire de Dieu et le plus grand bien de mon âme, obtenez-moi ce qu’il y a de plus conforme à l’un et à l’autre.

Ainsi soit-il.

Il est coutume d’ajouter aussi :
V. : Priez pour nous, Saint François-Xavier.
R. : Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

O Dieu qui, par la prédication et les miracles de Saint François-Xavier, avez réuni à Votre Eglise les nations des Indes, accordez-nous, nous Vous en supplions, que, vénérant ses glorieux mérites, nous imitions aussi l’exemple de ses vertus, nous Vous le demandons par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Ainsi soit-il !

On ajoute enfin 5 Pater noster, 5 Ave Maria et 5 Gloria Patri.

Poussin - Miracle de saint François-Xavier détail 2

Nicolas Poussin : miracle de Saint François-Xavier – détail

Texte latin :

Novemdiales preces a gratia nuncupatæ in honorem Sancti Francisci Xaverii, Indiarum Apostoli (dicendæ a die iv ad diem xii mensis martii)

O valde amabilis et caritate plene, sancte Francisce Xaveri, tecum Maiestatem divinam reverenter adoro ; et quoniam summopere gaudeo, de singularibus gratiæ donis, quæ ipsa tibi contulit in hac vita, et gloriæ post mortem, Ei máximas ago gratias, teque toto cordis affectu deprecor, ut efficaci tua intercessione præcipuam mihi gratiam velis obtinere sanctam vitam agendi sancteque moriendi. Insuper te rogo, ut mihi impetres … (hic exprimatur gratia sive spiritualis sive temporalis imploranda). Si vero id, quod a te suppliciter peto, ad Dei gloriam et ad maius bonum animæ meæ minime confert, tu, quæso, mihi impetres quod utrique est utilius. Amen.

Pater, Ave et Gloria (quinquies)

V. Ora pro nobis, sancte Francisce Xaveri.
R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

Oremus. Deus, qui Indiarum gentes beati Francisci prædicatione et miraculis Ecclesiæ tuæ aggregare voluisti : concede propitius ; ut, cuius gloriosa merita veneramur, virtutum quoque imitemur exempla. Per Christum Dominum nostrum. R. Amen.

Frise maniériste

Publié dans:Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 4 mars, 2015 |2 Commentaires »

2015-36. Du sanctuaire Saint Joseph de Bon Espoir, à Espaly-Saint-Marcel.

Lundi 2 mars 2015.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En ce 2 mars, au Mesnil-Marie, entre autres commémoraisons, nous nous souvenons du martyre – malheureusement bien oublié par notre diocèse de Viviers – d’une quarantaine d’ecclésiastiques qui, le 2 mars 1573, furent massacrés de la plus horrible manière par les huguenots, en haine de la foi et de l’église catholiques, à Villeneuve-de-Berg, où ils étaient réunis en synode.
Nous rappelons aussi le martyre, pendant la grande révolution, de l’abbé Pierre Montagne, prêtre du diocèse de Viviers guillotiné à Paris le 2 mars 1794.

Mais ce dont je veux vous entretenir aujourd’hui, c’est du mois de Saint Joseph, qui a commencé hier.

Saint Joseph

Bien sûr, nous ne prions pas Saint Joseph uniquement pendant le mois de mars : c’est en tous temps que nous recourrons à son intercession.
De plus, comme je vous l’avais expliqué dans ma chronique de l’été 2009 (> ici), sa statue se trouve dans une niche au pied de l’escalier qui monte à notre oratoire : ainsi, à chaque fois que nous passons devant, nous tournons notre coeur vers Saint Joseph et nous l’invoquons.

Mais puisque la piété chrétienne lui a particulièrement dédié le mois de mars, nous n’omettons pas, tout au long de ce mois, de nous recommander à lui davantage encore, et de lui recommander plus instamment les intentions qui nous sont confiées.
C’est pour cela que, hier dimanche 1er mars, après la Sainte Messe, notre Frère Maximilien-Marie a tenu, avant de rentrer au Mesnil-Marie, à faire une halte au sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir, à Espaly-Saint-Marcel : il ne s’agissait pas de faire un très « grand » et long pélerinage, mais juste de prendre le temps de monter jusqu’à la grotte-chapelle pour y déposer symboliquement, aux pieds de la statue de Saint Joseph qui a choisi ce lieu pour y répandre d’abondantes grâces, tant de soucis, de peines, de souffrances, de maladies, d’inquiétudes, d’espérances, de projets, de familles… etc. pour lesquels on sollicite nos pauvres prières.

Saint Joseph de Bon Espoir - Espaly-Saint-Marcel

Vue générale du sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir, à Espaly-Saint-Marcel.

Comme cette année 2015 marque le cent-soixantième anniversaire du commencement de la dévotion à Saint Joseph en ce lieu, laissez-moi vous conter cette histoire.

Espaly-Saint-Marcel, est une commune qui touche celle du Puy-en-Velay : ce n’était d’ailleurs à l’origine qu’un faubourg de la ville.
En 1855, deux dentellières de ce village trouvent une image de Saint Joseph. Elles la déposent dans une anfractuosité du rocher volcanique où avait été érigé au Moyen-Age un château, totalement détruit depuis.

A partir de ce moment, les pieuses femmes de cette humble paroisse prennent l’habitude de venir devant ce rustique oratoire pour confier à Saint Joseph leurs intentions : on y vient en groupe, on s’y retrouve pour réciter ensemble le chapelet et chanter des cantiques…
Puis on y revient pour dire « merci » parce que, de toute évidence, Saint Joseph aime qu’on le prie en ce lieu puisqu’il exauce les prières qu’on y vient lui adresser.

Alors, une modeste construction de planches est édifiée en avant de l’anfractuosité où est exposée l’image de Saint Joseph.

A partir de 1865 (il y a donc cent-cinquante ans cette année), voyant les fruits de grâce de ce minuscule pélerinage qui s’est implanté tout doucement – mais solidement – depuis dix ans, un vicaire zélé, l’abbé Fontanille, lequel est lui-même depuis sa plus tendre enfance un fervent dévôt de Saint Joseph, décide de s’investir totalement dans le développement et la promotion du culte de Saint Joseph sur ce rocher.
En remplacement de la cabane de planches et de l’anfractuosité où a été déposée la première image de Saint Joseph, on creuse dans la roche une grotte-chapelle, avec un autel et une « vraie » statue de Saint Joseph en bois doré. C’est la grotte-étable de Bethléem qui est ainsi évoquée, et – à travers elle – tout le rôle de Saint Joseph dans l’économie du mystère de l’Incarnation.

Espaly-Saint-Marcel -grotte-chapelle de Saint Joseph - état ancien

La grotte-chapelle dans son état ancien.
On remarque l’autel de marbre et la table de communion, les statues, les très nombreux ex-voto et le chemin de croix :
tout cela a disparu aujourd’hui ainsi que le montre la photo suivante, prise ce 1er mars 2015…

Espaly-Saint-Marcel - grotte chapelle état au 1er mars 2015

Et puisque les voeux de ceux qui grimpent jusque là pour lui confier, dans la prière, leurs espérances, sont si bien exaucés, le vocable de Saint Joseph de Bon Espoir va s’imposer.
C’est ce vocable qui explique aussi que, sur la satue de la grotte-chapelle, Saint Joseph tient une ancre, qui, dans la symbolique chrétienne traditionnelle, représente l’espérance.

Statue de Saint Joseph de Bon Espoir

Statue de Saint Joseph de Bon Espoir, dans la grotte-chapelle.

La grotte-chapelle, bientôt trop petite pour contenir les fidèles qui affluent, sera agrandie.
Puis, sur le sommet du rocher, l’abbé Fontanille, décide de faire ériger une statue monumentale de Saint Joseph qui fera en quelque sorte le pendant de la statue monumentale de Notre-Dame de France érigée au Puy sur le rocher Corneille, au-dessus de la cathédrale.

Achevée et bénite lors d’une cérémonie solennelle le 11 avril 1910, la statue – en ciment armé – est l’oeuvre d’un frère jésuite : elle représente Saint Joseph tenant l’Enfant Jésus debout sur son établi, tandis que, de sa main droite, il montre le ciel.

Espaly-Saint-Marcel - statue monumentale de Saint Joseph

Sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir : la statue monumentale en 2015 ;
et ci-dessous une carte postale montrant une vue d’ensemble avant la construction de la grande église.

Espaly-Saint-Marcel sanctuaire de Saint Joseph et statue monumentale avant la construction de la basilique

Ensuite (1918), l’abbé Fontanille fera construire une grande église, accolée au rocher.
L’architecture de ce nouveau sanctuaire a voulu évoquer l’ancien château médiéval qui s’élevait ici avant le XVIIe siècle : on ne peut pas dire que ce soit une merveille d’élégance et de bon goût religieux, mais du moins cet édifice présente-t-il l’avantage très pratico-pratique de contenir un assez grand nombre de pélerins aux jours de fête.
Depuis son parvis, on découvre un splendide panorama de la ville du Puy et de ses remarquables sanctuaires : la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation, la statue de Notre-Dame de France (cf. > www) et la chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe.

panorama du Puy-en-Velay depuis le parvis du sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir

Panorama du Puy-en-Velay contemplé ce 1er mars 2015 depuis le parvis du sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir.

Bon et fervent mois de Saint Joseph, chers amis : nous nous retrouvons par la prière auprès de lui, comme auprès de Notre-Dame de Compassion et du Sacré-Coeur de Jésus

Lully.

frise avec lys naturel

Prière à Saint Joseph de Bon espoir
(diffusée par le sanctuaire)

Saint Joseph, vous avez été choisi par Dieu pour être l’époux de Marie, mère virginale du verbe fait chair. En Jésus vous avez contemplé le don du Père. Vous vous êtes mis à l’école du Sauveur, tout en veillant à sa subsistance et à son éducation dans un climat de respect, de prière et d’amour.
Par votre travail humble et persévérant, vous avez servi, avec la joie du coeur donné, ceux que l’unique Père des cieux vous avait confiés.
Modèle parfait de l’autorité paternelle, nous vous prions pour que nos familles dans l’amour et la prière glorifient toujours mieux la Trinité divine, notamment en étant source de réconciliation et d’espérance à l’égard de ceux qui sont blessés dans leur coeur par des divisions ou par des séparations douloureuses.
Glorieux Saint Joseph que nous aimons à invoquer sous le vocable de Saint Joseph de Bon Espoir, nous vous prions aussi pour l’Eglise, la famille universelle des enfants du Père. Vous êtes son protecteur et gardien. Veuillez lui obtenir la grâce d’une unité de plus en plus forte dans la charité.
Nous vous confions à nouveau nos familles de la terre, afin que par la sainteté exemplaire de leurs membres, elles contribuent à l’expansion du Royaume de Dieu parmi les hommes et au salut de toute l’humanité.

Ainsi soit-il !

frise avec lys naturel

Prières pour le mois de Saint Joseph > www
Salutations de Saint Jean Eudes à Saint Joseph > www
Neuvaine du 10 au 18 mars pour préparer la fête de Saint Joseph > www
BD – Allez à Joseph > www
BD – Saint Joseph et le placage > www

2015-22. Où, à l’occasion de la fête de Saint Polycarpe, le Maître-Chat évoque les liens du diocèse de Viviers avec cet illustre martyr, grâce à Saint Andéol.

Lundi soir 26 janvier 2015,
fête de Saint Polycarpe, évêque et martyr.

Martyre de Saint Polycarpe

Le martyre de Saint Polycarpe (fresque byzantine)

« (…) Abandonnons la vanité des foules et les enseignements mensongers
pour revenir à la parole qui nous a été transmise dès le commencement (…) »
- épître de Saint Polycarpe de Smyrne aux Philippiens, § 7 -

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En ce 26 janvier, la fête de Saint Polycarpe me fournit l’occasion de vous parler un peu du diocèse de Viviers, sur le territoire duquel est implanté notre Mesnil-Marie.

Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, né vers l’an 70 de notre ère, avait connu l’apôtre et évangéliste Saint Jean : l’opinion commune est même que c’est à son intention que fut dictée à Saint Jean, dans les révélations qu’il reçut, la lettre à « l’ange de l’Eglise de Smyrne » (cf. Apoc. II, 8-11).
C’est toujours avec un grand profit spirituel que l’on relit le seul texte de Saint Polycarpe qui nous soit parvenu – son épître aux Philippiens (par exemple > ici) – ou encore le récit de son martyre, écrit par un contemporain (cf. > ici).

Nous le vénérons à un titre particulier parce que c’est lui qui missionna dans les Gaules non seulement les premiers pasteurs de l’Eglise de Lyon, les saints Pothin et Irénée, mais également celui que de très antiques traditions nous disent avoir été le premier évangélisateur du territoire qui deviendra le Vivarais : Saint Andéol.
Ainsi, par Saint Andéol et Saint Polycarpe, l’Eglise diocésaine de Viviers peut-elle être, en quelque manière, directement rattachée à l’apôtre et évangéliste Saint Jean, le « disciple que Jésus aimait » (Joan. XIII, 23), qui reposa sur la poitrine de Notre-Seigneur à la dernière Cène, qui l’accompagna jusqu’à la Croix et contempla le Sacré-Coeur transpercé, puis qui « prit chez lui » (Joan. XIX, 27) la Très Sainte Vierge Marie.

Saint Andéol n’était pas prêtre, mais seulement sous-diacre. Il évangélisa la vallée du Rhône et les provinces méridionales de la Gaule romaine pendant une quarantaine d’années.
C’est au moment du passage de l’empereur Septime-Sévère, alors en route vers la Bretagne (actuelle Grande-Bretagne), qu’il fut pris et martyrisé, le 1er mai 208.
La ville de Bergoïata, où il fut supplicié et mis à mort, deviendra par la suite Bourg-Saint-Andéol.

Statue de Saint Andéol façade de l'église de Bourg-Saint-Andéol

Statue de Saint Andéol sur la façade XVIIe siècle de l’église de Bourg-Saint-Andéol :
le saint est représenté avec la tunique du sous-diacre et avec le glaive de son martyre enfoncé dans le crâne.

La Bienheureuse Tullia qui avait recueilli son corps, le cacha dans un sarcophage antique, dont l’un des côtés fut re-sculpté par la suite, en accord avec le précieux dépôt qu’il renfermait.
Ce sarcophage se trouve toujours dans l’actuelle église du Bourg-Saint-Andéol.

Il ne contient malheureusement plus les reliques du saint martyr : si elles avaient heureusement échappé aux destructions et profanations des huguenots, elles furent malheureusement livrées aux flammes par la fureur révolutionnaire… Mais le sarcophage, considéré comme étant lui-même une relique, fut pendant très longtemps mis à l’honneur sous le maître-autel.
Lorsque ce dernier fut détruit à son tour, lors de la révolution liturgique post-concilaire, le sarcophage qui avait été tellement vénéré par des générations de fidèles, fut relégué dans une chapelle latérale, n’étant plus désormais présenté que comme une curiosité archéologique.

Maître-autel avec le sarcophage de Saint Andéol (église de Bourg-Saint-Andéol autrefois)

Le sarcophage de Saint Andéol placé à l’honneur sous la table du maître-autel de l’église de Bourg-Saint-Andéol
(avant les « aménagements » post-concilaires). 

C’est au milieu du IXème siècle, que le tombeau de Saint Andéol, enfoui dans une crypte, qui avait été elle-même ensevelie lors des invasions et des bouleversements du haut Moyen-Age, fut redécouvert par Bernoin, évêque de Viviers.
Bernoin, après avoir prié et jeûné pour demander à Dieu la grâce de retrouver les précieuses reliques de Saint Andéol, vit en songe Saint Polycarpe lui-même, et c’est selon les indications données par ce dernier qu’il retrouva l’emplacement de la crypte antique renfermant le sarcophage du martyr.

L’évêque Bernoin et ses successeurs promurent le culte de Saint Andéol dont ils firent un élément d’unification de leur diocèse et – il faut bien le dire aussi – , en un temps où le diocèse de Viviers, quoique théoriquement dépendant du Saint Empire Romain Germanique (jusqu’en 1308), devenait un comté ecclésiastique quasi indépendant, ce fut un moyen de renforcer le prestige et le pouvoir temporel des comtes-évêques de Viviers.

Aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, les comtes-évêques résidèrent d’ailleurs principalement au Bourg-Saint-Andéol (dans un extraordinaire palais épiscopal qui fait aujourd’hui l’objet d’une remarquable restauration), tout près du tombeau de Saint Andéol, plutôt qu’en leur cité épiscopale.

Sarcophage de Saint Andéol

Le sarcophage de Saint Andéol, dans l’église du Bourg-Saint-Andéol (face paléochrétienne)

Notre diocèse de Viviers, si peu reluisant de nos jours, possède, vous en avez ici une fois de plus un petit aperçu, mes chers Amis, une histoire fort riche, puisque ses origines antiques le rattachent directement aux temps apostoliques.
Nous en sommes particulièrement – et très légitimement – fiers.

Néanmoins, et j’avais déjà eu l’occasion de l’évoquer en 2011 dans les pages de ce blogue en publiant une étude parue dans « Paix liturgique », c’est un diocèse actuellement sinistré : profondément et tragiquement sinistré par le modernisme (cf. > www).
Quatre ans plus tard, les choses ne se sont pas améliorées : les prêtres continuent de mourir et ne sont pas remplacés (il n’y aura sans doute pas d’ordination de prêtre diocésain avant de nombreuses années), les églises continuent à se vider, le nombre des baptêmes poursuit son déclin, la foi catholique n’est plus vraiment enseignée et la plupart des fidèles professe une vague croyance aux contours imprécis, les gens meurent sans les derniers sacrements, la célébration de la messe pour les funérailles tend à diminuer… etc.

La situation d’aujourd’hui n’est finalement guère plus brillante qu’au début du XVIIe siècle lorsque Monseigneur Louis François de la Baume de Suze – coadjuteur en 1618, puis comte-évêque en titre de 1621 à 1690 – prit la charge d’un diocèse matériellement et spirituellement exsangue (on dit qu’il y avait alors moins de vingt curés en exercice et que plus de 75% des églises étaient en ruines) : mais il était animé d’un zèle ardent pour la rechristianisation du Vivarais, et il sut faire appel à des forces saines et vives pour cet immense labeur, spécialement à Saint Jean-François Régis (cf. > www). C’est d’ailleurs dans son palais épiscopal de Bourg-Saint-Andéol que Monseigneur de la Baume de Suze accueillit le Père Régis et lui confia le diocèse de Viviers comme terre de mission où il fallait quasi tout reprendre à zéro…

Statue de Saint Andéol sur la façade de l'église de Bourg-Saint-Andéol - détail

Statue de Saint Andéol sur la façade de l’église de Bourg-Saint-Andéol – détail.

Dans deux mois exactement, le siège épiscopal de Viviers se trouvera normalement vacant, puisque son actuel occupant, Monseigneur François Blondel, arrivera ce 24 mars 2015 à l’âge de soixante-quinze ans, âge auquel il doit, selon les règles canoniques en vigueur, présenter au Saint-Siège la renonciation à sa charge.

Depuis longtemps déjà, Frère Maximilien-Marie prie et supplie pour demander à Dieu un évêque selon Son Coeur : un évêque qui soit un véritable docteur de la foi catholique la plus authentique ; un évêque qui soit un pasteur à l’image du Bon Pasteur, avec une inlassable sollicitude pour le salut des âmes à lui confiées ; un évêque qui soit un véritable père, pas tant par la manière dont il se fera appeler que par les délicatesses de la charité avec laquelle il entourera les fidèles ; un évêque qui soit un digne successeur des saints Apôtres par son zèle inlassable et par sa force d’âme ; un évêque dont la ferveur spirituelle soit exemplaire et communicative ; un évêque qui soit moins un administrateur qu’un missionnaire ; un évêque dont l’ardeur ne se laisse pas entraver par la pesanteur des cadavres accumulés par quelque cinquante années de modernisme mortifère.

Nous prions donc et supplions Saint Polycarpe et Saint Andéol - avec Saint Vincent, céleste protecteur de notre cathédrale (cf. > www) – qui se dépensèrent sans compter et ne craignirent pas de verser leur sang pour la vérité de l’Evangile, afin qu’ils intercèdent puissamment pour ce diocèse de Viviers et lui obtiennent la grâce d’une véritable résurrection : selon les termes de la citation que j’ai mise en exergue de cette humble chronique, en abandonnant les enseignements mensongers et en revenant à la parole qui lui a été transmise dès le commencement…

patte de chat Lully.

palmes

Neuvaine aux Saints Rois Mages.

- du  28  décembre au  5  janvier -

Enfant Jésus Etoile

Pour ceux qui désirent préparer la fête de l’Epiphanie par une neuvaine, il convient de la commencer le 28 décembre, de sorte qu’elle s’achèvera le 5 janvier, pour les premières vêpres de l’Epiphanie.

Bien sûr, l’objet principal de la fête de l’Epiphanie est Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, manifesté (c’est le sens du mot grec « Epiphanie ») de manière éclatante comme Rédempteur de l’humanité.
Malgré les prodiges dont elle fut entourée, en effet, Sa naissance est restée relativement discrète. La venue des Rois d’Orient va la révéler à Jérusalem, à la cour d’Hérode et dans les cercles sacerdotaux.
En outre, l’Epiphanie n’est pas uniquement la célébration de la venue des Rois Mages : la liturgie « fusionne » en une unique célébration la manifestation du Christ aux païens (les Mages), la manifestation du Christ à Israël lors du baptême par Jean, ainsi que la manifestation du Christ à Ses propres disciples à Cana.

Néanmoins, si ce sont bien trois miracles que nous célébrons en ce jour (cf. antienne à Magnificat des Vêpres de l’Epiphanie), l’arrivée des Mages occupe une place de choix dans la liturgie, aussi bien que dans la culture populaire.
Il faut bien dire que ces personnages sont fascinants : pas seulement d’une manière « folklorique » et superficielle, mais dans toute la profondeur de la plus authentique spiritualité.

De très nombreux saints ont nourri une grande dévotion envers les Saints Rois Mages ; des confréries existèrent jadis en leur honneur ; et l’on sait que la ville de Cologne a construit pour conserver leurs reliques une cathédrale remarquable, où les saints corps sont déposés dans une châsse qui constitue la plus exceptionnelle de toutes les pièces d’orfévrerie produites par le Moyen-Age et vers laquelle convergent toujours de nombreux et fervents pèlerins.
Pour ne citer qu’elle, la Bienheureuse Marie du divin Coeur (Droste zu Vischering), mystique de tout premier ordre, a pu témoigner qu’elle a obtenu par leur intercession des grâces signalées.

Il n’est donc ni incongru ni déraisonnable de préparer son âme à la fête de l’Epiphanie par une neuvaine aux Saints Rois Mages.
Au Mesnil-Marie, nous y pensons chaque année. Mais parce qu’il existe peu de textes de prières satisfaisants en l’honneur des Saints Rois Mages - auxquels nous conservons les noms que leur a attribués une tradition pluriséculaire (même s’il n’est pas rigoureusement certain que ce furent leurs prénoms « historiques », car, en définitive, cela est sans aucune importance) – , j’ai demandé à Frère Maximilien-Marie d’en composer une, et c’est cette dernière que je vous propose ci-dessous.

Lully.

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Leonaert Bramer 1638-40 la quête des mages musée de la New-York Historical Society

Leonaert Bramer – Le voyage des Mages (oeuvre de 1638-40,  conservée à la New-York Historical Society) :
on remarquera que l’artiste a bien représenté – conformément à la Tradition – que l’ « astre » qui a conduit les Mages n’était pas une étoile ou une comète, mais en réalité une lumière miraculeuse portée par un ange
(cf. lien en bas de cette page).

Prière pour demander des grâces
par l’intercession
des Saints Rois Mages Gaspard, Melchior et Balthazar :

Saints Mages d’Orient qui, bien que n’appartenant pas par la naissance au peuple de la Promesse, aviez connaissance des anciennes prophéties annonçant l’Astre qui se lèverait en Jacob, vous dont les âmes brûlaient de saints désirs dans l’espérance de voir se lever cette étoile miraculeuse, nous vous en prions, quelque épaisses que soient les ténèbres du monde qui nous entoure et quelque ardues que soient les difficultés que nous rencontrons, obtenez-nous de ne jamais céder aux tentations du découragement mais de tenir toujours une indéfectible confiance et une invincible espérance, pour avancer sans faiblir à la lumière des promesses de Dieu…

Pater noster… ; Ave, Maria… ; Gloria Patri…
Saint Gaspard, Saint Melchior et Saint Balthazar,
priez pour nous !

Saints Rois d’Orient, qui avez obéi sans hésitation et sans retard à l’invitation de l’Astre miraculeux, qui avez obéi sans hésitation et sans retard aux oracles des Saintes Ecritures lorsqu’ils vous furent révélés, puis qui avez obéi sans hésitation et sans retard aux ordres divins que l’ange vous manifestait en songe, quand bien même tous les arguments de la raison humaine vous pouvaient crier que cela était insensé, nous vous en prions, quelque virulentes que puissent être les oppositions qui s’élèvent de toutes parts contre la foi chrétienne divinement révélée, obtenez-nous de demeurer toujours fermes et forts dans cette foi, et de marcher sans défaillance dans les voies de la fidélité, inébranlables jusqu’au martyre si Dieu nous fait la très grande grâce de nous y appeler.

Pater noster… ; Ave, Maria… ; Gloria Patri…
Saint Gaspard, Saint Melchior et Saint Balthazar,
priez pour nous !

Très Saints Rois Mages, qui, en dépit de toutes les apparences contraires, avez reconnu le puissant Roi des rois dans ce Nouveau-né vulnérable et pauvre que vous présentait Sa Mère, avez adoré votre Dieu dans les abaissements inouïs de Son Incarnation, et avez confessé qu’Il serait l’unique Rédempteur et l’universel Sauveur par les souffrances de Sa Passion, nous vous en prions, malgré nos propres faiblesses et nos péchés, obtenez-nous à nous aussi ce très ardent amour qui a embrasé vos cœurs lorsque vous vous êtes prosternés devant l’Enfant Jésus, de sorte que, ouvrant nous aussi les trésors de nos cœurs, nous Lui offrions à tout moment et en toutes occasions l’or d’une authentique charité, l’encens d’une prière continue et la myrrhe d’une généreuse pénitence.

Pater noster… ; Ave, Maria… ; Gloria Patri…
Saint Gaspard, Saint Melchior et Saint Balthazar,
priez pour nous !

On peut ensuite confier à l’intercession des Saints Rois Mages, en silence, des intentions plus particulières (grâces personnelles, malades, personnes en souffrance, personnes éloignées de Dieu, pécheurs endurcis, mourants, défunts de nos famille… etc.)

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

Leonaert Bramer 1628-30 l'adoration des Mages - musée de Détroit

Leonaert Bramer – l’adoration des Mages (oeuvre de 1628-30, conservée à Détroit)

Et à propos de l’Etoile miraculeuse qui a conduit les Mages  voir ici > www

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Publié dans:Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 28 décembre, 2014 |3 Commentaires »

2014-117. « Ainsi Saint Etienne suivit-il Celui qu’il aimait. »

26 décembre,
fête de Saint Etienne, protomartyr.

Notre glorieux Père Saint Augustin a prononcé plusieurs sermons à l’occasion de la fête de Saint Etienne, le premier de la longue cohorte des martyrs.
Au lendemain même du jour de la Nativité, la fête de Saint Etienne vient en effet rappeler aux chrétiens qui auraient tendance à l’oublier, que le Seigneur qui ravit leurs coeurs par les charmes apparents de l’enfance, a été et demeure jusqu’à la fin des temps un signe de contradiction : la paix chantée par les anges dans le ciel de Bethléem n’est ni l’absence de combats, ni la suppression des difficultés et des contradictions, ni la promesse d’une vie paisible et facile…
Les Juifs enragés qui mirent à mort Saint Etienne ont, de nos jours, de nombreux successeurs dans leur haine du Christ et de Ses disciples.

A la suite de Saint Etienne, chacun de nous est appelé au témoignage – au martyre du corps ou du coeur – , chacun de nous est appelé à imiter le Christ Sauveur en passant par la Croix pour entrer dans la gloire.

Annibale Carraci - le martyre de Saint Etienne

Annibale Carraci – le martyre de Saint Etienne

« Ainsi Saint Etienne suivit-il Celui qu’il aimait. »

§ 1. Saint Etienne est le premier des martyrs : il resplendit d’un éclat particulier.

Vénérons tous saint Etienne, frères bien-aimés, puisque aujourd’hui nous allumons des flambeaux en son honneur, et qu’en mémoire de lui nous nous réunissons ici dans les sentiments de la plus vive allégresse.
Depuis le crucifiement de Jésus, il n’y avait encore eu aucun martyr ; personne n’avait encore suivi le Christ jusqu’à la mort. Le monde possédait encore les Apôtres ; c’était encore le temps où Saul, pareil à un loup, sévissait contre les chrétiens, et déjà le Sauveur déposait sur le front d’Etienne la couronne de la gloire.
Jusqu’à ce moment, dans les champs et les prés du siècle ne s’était point épanouie la fleur des confesseurs ; le sang du Christ, répandu en terre, n’avait pas enfanté de martyrs. Saint Etienne fut donc le premier germe sorti de cette semence ; ce fut la première fleur qui se montra aussitôt après que la Judée eut fait couler le sang du Rédempteur.
Ivre encore du crime qu’elle venait de commettre, les mains teintes de sang, la bouche encore pleine des cris de mort qu’elle avait, dans sa rage, proférés au tribunal de Pilate, la synagogue ne supporta pas qu’Etienne fût un témoin du Christ ; elle ne voulut voir en lui qu’une sorte de satellite gagé d’un crucifié mis au tombeau ; aussi fit-elle pleuvoir sur lui une grêle de pierres, et ainsi Saint Etienne suivit-il Celui qu’il aimait.

§ 2. Dans ses supplices, Etienne était fortifié par la contemplation du Ciel.

Pendant que les lapidateurs le tenaient sous leurs mains et lui infligeaient le plus cruel supplice, le ciel s’ouvrit devant lui, et il vit le Fils de l’homme assis à la droite de Dieu. La récompense s’étalait aux regards du soldat ; le céleste athlète apercevait le prix que Dieu lui avait préparé ; la couronne (*) réservée au martyr apparaissait à ses yeux ; à cette vue, et tout disposé à mourir, Etienne expose aux coups de ses ennemis furieux un coeur brûlant d’amour pour Dieu, car la palme du triomphe est là, devant lui, dans le ciel ; il touche au port du salut !
Nous ne saurions en douter, mes frères, il contemplait le ciel des yeux de son corps ; la présence du Christ, assis sur un trône, à la droite du Père, le comblait de joie ; en face de pareils témoins, la lutte pour lui ne pouvait être timide, elle fut celle d’un héros. Si, d’un côté, les Juifs accablaient de pierres le martyr, d’autre part, le Christ lui envoyait, du haut du ciel, des couronnes (*) sur lesquelles son sang avait empreint une teinte d’un blanc rosé.

§ 3. L’impiété des Juifs, aveuglés par la haine du Christ et endurcis dans leur rejet de la lumière, ne peut triompher de la foi chrétienne.

A quoi te sert, ô impie synagogue, cet acte de cruauté ?
Tu jettes des pierres à Etienne, et tu travailles encore davantage à l’honorer ; tu lui ôtes la vie, et tu contribues encore plus à l’exalter ; tu le persécutes sur la terre, et, sans le savoir, par tes mauvais traitements, tu l’envoies plus vite au ciel.
Déjà l’âme du martyr, arrivée à ses lèvres, va s’envoler au ciel ; elle y tient déjà par toutes ses puissances ; aussi est-elle devenue insensible à tes coups, et ne prendra-t-elle plus souci de ta force, car elle partage déjà la joie des anges, et comme il se trouve déjà dans les rangs de l’armée des archanges, le confesseur du Christ ne saurait plus redouter les souffrances de ce monde.
Le Père lui adresse la parole, le Fils le console, le Saint-Esprit ranime ses sens affaiblis ; le ciel, avec ses mystérieuses beautés, lui sourit et le rassasie d’avance, comme un de ses habitants, de ses divines richesses ; ainsi devient insensible pour notre martyr le supplice de la lapidation. Pour toi, impie Judée, tu parfais ton crime, tu accomplis jusqu’au bout ton homicide ; à peine as-tu fini de faire mourir le Christ, que déjà son serviteur tombe sous tes coups, comme si, en ajoutant un meurtre à un autre, tu pouvais effacer la souillure du premier. « Voilà », s’écrie Etienne, « voilà que je vois les cieux a ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Act. VII, 55).
Le vois-tu, cruelle Judée ?
Le Christ dans le sang duquel tu as trempé tes mains est vivant dans le ciel. Tu frémis de rage, je le sais bien ; tu ne veux pas entendre dire que Jésus, que tu croyais mort, vit toujours. Car si tu lapides aujourd’hui Etienne, c’est afin qu’il ne continue pas de rendre témoignage de la vie du Christ.
Mais à quoi bon te raidir et vouloir t’opposer à de si nombreuses légions de martyrs ? Parviendras-tu jamais à leur imposer silence ?
Evidemment, non ! « Après cela, je vis », dit Jean, « une grande multitude que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue, qui se tenaient debout en la présence de Dieu, revêtus de robes blanches, avec des palmes en leurs mains » (
Apoc. VII, 9). Ils portent des palmes dans leurs mains, et de ta bouche s’échappe le feu qui consume ton coeur ; ils tressaillent de joie au sein de la gloire, et tu martyrises ta conscience ; ils règnent avec le Christ que tu as fait mourir, et sur toi demeure éternellement la souillure du sacrilège que tu as commis !

§ 4. Saint Etienne n’a pas seulement imité Notre-Seigneur en étant mis à mort mais aussi en priant pour ceux qui le mettaient à mort : c’est pourquoi il resplendit d’un tel éclat et nous devons l’imiter à notre tour.

Enfin, mes frères, écoutez notre pieux martyr ; écoutez cet homme qui s’était rassasié à une table sacrée et divine, et dont l’âme, en présence des cieux ouverts devant lui, pénétrait déjà les secrets consolants de ce divin séjour. Au moment où les Juifs, emportés jusqu’à la cruauté par leur impiété habituelle, brisaient le corps du martyr sous une grêle de pierres, celui-ci, s’étant mis à genoux, adorait le Seigneur-Roi et disait : « O Dieu, ne leur imputez pas ce péché ! » (Act. VII, 59).
Le patient prie, et son bourreau est inaccessible au sentiment du repentir ; le martyr prie pour les péchés d’autrui, et le juif ne rougit point du sien propre ; Etienne ne veut pas qu’on leur impose ce qu’ils font, et ses ennemis ne s’arrêtent qu’après lui avoir donné le coup de la mort.
Quelle rage ! Quelle fureur inouïe ! Travailler avec d’autant plus d’ardeur à le tuer, qu’ils le voyaient prier pour eux ! Ce spectacle n’aurait-il pas dû plutôt amollir leurs cœurs ?
Notre martyr a donc retracé en lui-même les caractères de la mort de son Maître. Attaché à la croix, sur le point de rendre le dernier soupir, Jésus priait son Père de pardonner aux Juifs leur déicide ; engagé comme le Christ dans les tortueux sentiers du trépas, Etienne a imité son Sauveur, a offert à Dieu le sacrifice de sa vie ; c’est pourquoi il a suivi jusqu’au ciel le Seigneur tout-puissant. Aussi, mes frères, devons-nous nous recommander à ses saintes prières, afin qu’à son exemple nous méritions de parvenir à la vie éternelle.

(*) Saint Augustin fait ici un jeu de mot, puisque le nom grec d’Etienne, Stéphanos, signifie « couronné ».

Annibale Carraci  - détail du martyre de Saint Etienne

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints, Textes spirituels |on 26 décembre, 2014 |1 Commentaire »

2014-107. Libérer le vol de l’âme…

24 novembre, fête de Saint Jean de la Croix.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La fête que nous célébrons aujourd’hui, celle de Saint Jean de la Croix – le « docteur mystique » – , entre parfaitement dans la thématique générale de la dernière semaine de l’année liturgique : Saint Jean de la Croix, en effet, presque à chaque page, nous ramène à l’essentiel, nous ramène au sens de notre vie sur la terre qui est d’accomplir la sainte volonté de Dieu, de L’aimer et de Le servir de notre mieux ici-bas, afin de sauver notre âme.

Tandis que notre société contemporaine cherche avant tout la réussite et le confort terrestres, et ne voit dans la religion qu’une chose facultative, presque superflue, qui ne doit surtout pas gêner ce qu’un point de vue strictement « horizontal » considère comme le bonheur et les bonnes relations entre les hommes, la « verticalité » radicale de Saint Jean de la Croix paraît excessive et met mal à l’aise jusqu’à certains catholiques.

Pourtant Saint Jean de la Croix ne se lit, ne se comprend, ne s’assimile et ne se met en pratique que dans et par l’amour.
Saint Jean de la Croix n’est pas un stoïcien ; Saint Jean de la Croix n’est pas le théoricien de performances ascétiques recherchées pour elles-mêmes ; Saint Jean de la Croix n’est qu’un amant passionnément épris de Celui qui est l’Amour, et il est un entraîneur dans les voies de la connaissance et de la pratique de l’amour de l’Amour !
Un amour total, un amour sans concession, un amour ennemi des compromissions et des faux-semblants, un amour qui débusque impitoyablement les égoïsmes secrets cachés sous les apparences de vertu, un amour qui décape les vernis craquelés des caricatures d’amour pour libérer pleinement le vol amoureux de l’âme vers son Dieu-Amour !

Nous nous croyons si facilement libres alors que nous sommes ligotés par une multitude de liens ténus auxquels nous ne prenons pas garde ou que nous considérons avec trop de légéreté comme des choses sans importance, vénielles…

                                                    Lully.

Libérer le vol de l'âme - détail 1

Libérer le vol de l'âme - BD 1

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Libérer le vol de l'âme - détail 2

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2014-105. « L’extase de Sainte Cécile » peinte par Raphaël.

22 novembre,
fête de Sainte Cécile.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Au Mesnil-Marie, je vous l’ai déjà écrit, nous aimons particulièrement Sainte Cécile, célèbre vierge martyre romaine, et j’ai déjà eu l’occasion de vous présenter une hymne latine du XVe siècle que nous chantons volontiers en son honneur (cf. > O felix Caecilia).
En ce jour, où je souhaite une bonne fête patronale à tous nos amis musiciens et chanteurs, je vous propose aussi de prendre un moment pour contempler une célèbre toile de Raphaël (Raffaello Sanzio, 1483-1520) connue sous le nom de « l’extase de Sainte Cécile », mais parfois aussi comme « Sainte Cécile entourée de Saints ».

Raphaël l'extase de Sainte Cécile 1514-15 - Bologne

Raphaël : « l’extase de Sainte Cécile » 1414-1415 – Bologne

A l’origine, cette oeuvre – importante déjà par ses dimensions : 2,38 m de hauteur pour 1,50 m de largueur – est une commande pour une chapelle latérale de l’église San Giovanni in Monte, à Bologne.
En 1793, le tableau fut volé par les troupes de la révolution française et emporté à Paris ; restitué en 1815, il se trouve depuis lors à la Pinacothèque nationale de Bologne.

Dans cette oeuvre, Raphaël n’a pas voulu représenter quelque épisode de la vie ou du martyre de Sainte Cécile ; cette dernière n’est même pas figurée avec les attributs conventionnels de la virginité et du martyre – le lys et la palme – , comme elle l’est en d’autres fameuses compositions. L’artiste l’a simplement identifiée au moyen de l’orgue qu’elle tient en mains et des divers instruments qui sont déposés à ses pieds.

Celui qui regarde ce tableau d’une manière trop rapide ou superficielle n’y verra sans doute que la représentation du patronage de Sainte Cécile sur les musiciens, les luthiers et autres fabricants d’instruments de musique.
Mais un examen plus approfondi nous conduira bien plus avant dans le message que l’artiste a voulu délivrer au travers de cette oeuvre, et c’est à cela que je vous convie aujourd’hui.

Pour ce qui concerne les caractères techniques de la composition, on remarquera tout d’abord qu’il n’y a pas à proprement parler de perspective, puisqu’il n’y a pas de ligne de fuite. L’impression de profondeur est donnée par trois plans picturaux bien distincts, et par la taille donnée aux objets ou personnages qui les constituent.

La partie centrale, celle qui occupe le plus de place, est un groupe de cinq personnages : cinq saints.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - deuxième plan

Partie centrale du tableau : le groupe des saints.

- Au centre, se trouve Sainte Cécile. Elle est la seule à être représentée complètement de face.
Debout dans un vêtement élégant et richement brodé, légèrement déhanchée, la jeune femme relève délicatement la tête en même temps qu’elle l’incline un peu sur son épaule gauche. Ses yeux sont fixés au ciel dans une contemplation muette ; c’est sans doute de là que vient le nom donné au tableau : « l’extase de Sainte Cécile ».
Cécile en effet ne chante pas, ses lèvres sont fermées. Elle ne joue pas non plus de son instrument ; on remarque, tout au contraire, que ses mains retiennent à peine le petit orgue positif tenu à l’envers, dont les tuyaux commencent à se déboiter du sommier et semblent devoir rejoindre les divers instruments qui jonchent le sol.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail l'orgue perdant ses tuyaux

L’inclinaison de la tête de la Sainte, son déhanchement – accentué par le mouvement de ses bras – et la position de son pied droit donnent une impression de gracilité presque fragile, mais il y a dans l’expression de son visage quelque chose qui, sans altérer sa profonde douceur, rayonne d’une solide détermination et d’un ferme détachement des choses terrestres…

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail visage de Sainte Cécile

Les quatre saints qui l’entourent sont :
- sur la gauche du tableau, d’abord Saint Paul, vêtu d’une tunique verte et enveloppé d’un manteau rouge, et Saint Jean, apôtre et évangéliste. On les identifie aisément à leurs attributs.
Saint Paul est accompagné d’une épée qui, dans l’iconographie traditionnelle, représente bien davantage le glaive de la Parole de Dieu (c’est lui-même qui, dans l’épître aux Hébreux, fait cette comparaison avec un glaive à double tranchant – cf. Heb. IV, 12) que l’épée par laquelle il fut martyrisé.
Saint Jean, quant à lui, peut être identifié grâce à l’aigle qui apparaît entre les plis du manteau de Saint Paul et la tunique de Sainte Cécile. Remarquez aussi le livre sur lequel est posé la serre de cet aigle : d’aucuns diront qu’il s’agit de l’Evangile écrit par Saint Jean, mais peut-être – comme on peut observer que ce livre possède un fermoir – l’artiste a-t-il voulu évoquer aussi le livre scellé à l’ouverture duquel Saint Jean a assisté dans les visions de l’Apocalypse, puis le livre qu’il lui a été ordonné de dévorer (cf. Apoc. V et X).

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail l'épée de Saint Paul et l'aigle de Saint Jean

- Du côté droit du tableau sont représentés Sainte Marie-Magdeleine et Saint Augustin :
Saint Augustin est revêtu d’une chape brodée et tient fermement sa crosse épiscopale dans la main droite.
Sainte Marie-Magdeleine, en vêtements clairs qui contrastent avec les teintes soutenues des vêtements de Saint Paul qui lui fait face, porte un petit vase évocateur de celui qui contenait le parfum de très grand prix qu’elle a répandu sur les pieds de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à Béthanie, quelques jours avant la Passion.

On remarque que Sainte Marie-Magdeleine est la seule dont le regard soit tourné vers nous, un regard qui semble nous scruter avec une insistance particulière.
Saint Paul, les paupières à demi abaissées, semble absorbé par une vision intérieure, tandis que, en arrière de Sainte Cécile dont nous avons déjà évoqué les yeux levés au ciel, Saint Jean et Saint Augustin échangent un regard d’une remarquable intensité.

Les têtes des cinq saints sont alignées sur une même ligne horizontale (on appelle ce principe pictural « isocéphalité »), ce qui semble indiquer qu’il ne sont pas inférieurs en sainteté les uns par rapport aux autres. C’est l’alignement de ces cinq visages, avec leurs expressions propres, qui donne en réalité la ligne d’horizon du tableau, bien plus que les quelques détails paysagers qui apparaissent tout au fond.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile deuxième plan détail - les têtes des Saints

La verticalité de la composition est assurée par l’épée de Saint Paul d’un côté, et par la crosse de Saint Augustin, prolongée par l’ombre de la robe de Sainte Marie-Magdeleine de l’autre.
Enfin une espèce de croix de Saint André, un X dont les deux branches ne sont pas exactement égales ni symétriques, structure encore le groupe des cinq personnages : une première diagonale puissante, véritable ligne de force, part de l’oeil de Saint Paul, court le long de son avant-bras, continue sur l’avant-bras de Sainte Cécile et les tuyaux de l’orgue, pour descendre en dessous de la jambe de Sainte Marie-Magdeleine ; la seconde diagonale descend du bras de Sainte Marie-Magdeleine et passe par le bord du sommier de l’orgue pour aboutir à l’oeil acéré de l’aigle. Avec la ligne verticale de la crosse de Saint Augustin, ces deux diagonales circonscrivent exactement l’orgue dans un triangle rectangle presque parfait.
Je ne suis pas très habile pour tracer des traits droits sur une image, mais j’ai néanmoins tenté de faire figurer ces axes de la composition sur le cliché ci-dessous.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile lignes de composition

Je vous parlais de trois plans picturaux, et j’ai commencé, en vous détaillant les personnages, par vous parler en fait du deuxième plan : il est vrai que c’est celui auquel s’attachent spontanément et naturellement nos regards.
Mais cela ne doit néanmoins pas nous faire oublier les deux autres plans : le premier plan consiste, au bas de la composition, en un amoncellement d’instruments de musique, et le troisième plan, tout en haut, figure un choeur céleste.

Considérons donc maintenant le premier plan (que certains spécialistes pensent ne pas être de la main de Raphaël lui-même : l’artiste en aurait laissé la réalisation à l’un de ses collaborateurs, spécialiste des natures mortes : Giovanni da Udine). Il représente, avons-nous dit, un amoncellement d’instruments : une viole, plusieurs tambourins, une paire de cymbales, des flutes et un triangle.
Ces instruments sont disposés sans ordre apparent, certains sont entremêlés. Il se dégage d’eux un sentiment d’abandon. Ils sont muets, et certains donnent même l’impression d’être abîmés.
Comme je l’ai expliqué plus haut, l’orgue que Sainte Cécile tient encore dans ses mains ne sonne plus et ses tuyaux qui se détachent vont bientôt rejoindre les instruments qui gisent sur le sol… 

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - premier plan

Tout à l’opposé, dans le haut du tableau, en troisième plan, apparaît un choeur céleste.
Les cieux sont ouverts et, assis sur les nuées, six anges chantent en suivant les indications notées dans deux livres ouverts : ce troisième plan, qu’un oeil superficiel considérerait facilement comme un pur détail, constitue en réalité la clef d’interprétation de tout le tableau.

Comme la grande majorité des artistes du quatrocento, en effet, Raphaël était pétri par une culture humaniste et chrétienne dont la plupart de nos contemporains n’ont pas la moindre idée, et qui est sous-jacente à ses compositions : l’artiste ne se contentait donc pas de peindre de « jolies choses », purement décoratives, mais il transmettait dans sa peinture un message symbolique et spirituel nourri par la connaissance des auteurs antiques (spécialement les platoniciens et néo-platoniciens), des Saintes Ecritures et des Pères de l’Eglise.

Au premier plan, nous l’avons vu, les instruments terrestres gisent muets.
Au deuxième plan, les saints n’ouvrent pas la bouche : l’orgue s’échappe des mains de Sainte Cécile ; mais en revanche on peut dire que leurs yeux parlent.
Au troisième plan, les anges chantent.
Et ces anges sont six.
Saint Augustin, spécialement expert à décrypter les mystères contenus dans les nombres, a expliqué que le six est un chiffre parfait, puisqu’il est le seul à être égal à la somme des chiffres par lequel il peut être divisé (6 = 1 + 2 + 3). Le six exprime donc la perfection secrète contenue dans les oeuvres de Dieu.
Les six anges qui chantent symbolisent donc la louange parfaite que la créature peut rendre à son Créateur.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - troisième plan

Au premier plan, l’amoncellement des instrument dont personne ne joue symbolise la musica instrumentalis - la musique instrumentale - , qui n’est faite, quelle que soit la perfection des harmonies qu’ont élaborées les compositeurs, que de vibrations physiques, de sons qui n’ont pas de sens si l’esprit de l’homme ne vient lui en donner.
Au deuxième plan, figurée par les Saints, est la musica spiritualis - la musique spirituelle – qui est justement celle dans laquelle le génie de l’homme a insufflé la capacité d’élever l’âme à un certain degré de contemplation : ainsi sont les psaumes, les hymnes et les cantiques spirituels dont Saint Paul dit qu’ils sont utiles à la sanctification de chacun et à la cohésion de toute l’Eglise (Eph. V, 19).
Enfin au troisième plan, qui est le plan supérieur, se situe la musica caelestis – la musique céleste – , la sublime harmonie et jubilation parfaite qui jaillit du partage éternel de la vision divine et de la communion absolue à la vie intime de Dieu.

Les Saints qui sont ici représentés n’ont certainement pas été choisis par hasard, ni simplement parce que les commanditaires du tableau auraient eu une dévotion particulière à leur endroit. Il y a une cohésion profonde dans le choix de ces cinq habitants des cieux, une cohésion profonde avec le fait que ce tableau s’articule autour du personnage de Sainte Cécile, céleste protectrice des musiciens.

« Cantantibus organis, Caecilia Domino decantabat dicens : Fiat cor meum immaculatum, ut non confundar ». Tandis que les instruments chantaient, Cécile, elle, chantait sans relâche (dans son coeur) pour le Seigneur en disant : que mon coeur soit sans tache, afin que je ne sois pas confondue.
La première et très célèbre antienne de l’office de Sainte Cécile, illustre bien le passage de la musica instrumentalis à la musica spiritualis : de la musique instrumentale à la musique spirituelle, des sons joués par les instruments matériels au chant spirituel, qui est prière et qui transforme toute la vie de l’homme en louange divine par la pratique des vertus pour parvenir ensuite à la contemplation céleste, à l’ineffable musica caelestis.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - yeux de Sainte Cécile

Saint Paul, ainsi qu’il en témoigne dans la seconde épître aux Corinthiens (2 Cor. XII 2-4), fut élevé jusqu’au troisième ciel et, dans son ravissement, y entendit des harmonies célestes intraduisibles dans la langue des hommes.
Saint Jean, comme il l’a décrit dans l’Apocalypse, a vu la liturgie qui se célèbre autour du trône de Dieu, et il a retranscrit les hymnes que chantent les anges et les saints.
Sainte Marie-Magdeleine, selon la tradition, dans la solitude de la Sainte Beaume, sept fois par jour, était emportée aux cieux par les anges pour y chanter avec eux la louange divine.
Saint Augustin enfin, notre glorieux Père Saint Augustin, dont les résistances à la grâce cédèrent et furent emportées comme lorsque des flots tempétueux rompent un barrage, au moment où, dans le jardin de Milan, il entendit une voix enfantine chanter  « Tolle ! Lege ! Prends ! Lis ! », a rédigé un traité sur la musiqueDe Musica - dans lequel, après avoir exposé les règles de la métrique et de la rythmique, analysant les mouvements du cœur et de l’esprit humain, les mouvements des corps et de l’univers, il remonte d’harmonie en harmonie, comme par une échelle mystique, jusqu’à l’Harmonie éternelle et immuable, Dieu, Principe et Ordonnateur de l’harmonie universelle.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail visage de Saint Augustin

Que cette divine harmonie habite dans vos coeurs et préside à vos vies, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, et que, grâce à la glorieuse intercession de Sainte Cécile, nous menions une sainte vie ici-bas pour être finalement trouvés dignes de nous retrouver tous dans les cieux et d’y chanter ensemble les divines et éternelles louanges !

Lully.

Chat pianiste

2014-100. « Il n’y a de vie véritable que la vie bienheureuse. »

 Sermon de
notre glorieux Père Saint Augustin
sur
les deux vies :

Rogier van der Weyden triptyque jugement Beaune détail

Ange introduisant des âmes en Paradis
- Rogier van der Weyden : triptyque du jugement dernier – détail (1446-52), Hôtel-Dieu de Beaune -

En ces jours de Toussaint, qui nous font contempler le Ciel et la gloire des élus, puis prier pour les âmes des défunts qui attendent l’achèvement de leur purification pour accéder au bonheur éternel, voici un court sermon de notre glorieux Père Saint Augustin qui nous exhorte à désirer et à tendre vers la Vie éternelle, mille fois préférable à la vie d’ici-bas.

§1 – Introduction : Saint Augustin se propose de nous inspirer l’amour de la vie éternelle qui est la seule vie véritable ainsi que cela ressort des paroles de Notre-Seigneur.

Le Seigneur disait à un jeune homme : « Si tu veux parvenir à la vie, observe les commandements » (Matth. XIX, 17). Il ne disait pas : Si tu veux parvenir à l’éternelle vie, mais : « Si tu veux parvenir à la vie » ; c’est qu’Il n’entend par vie que celle qui dure éternellement.
Commençons donc par en inspirer l’amour. 

§2 – Bien que cette vie terrestre nous soit l’occasion de bien des difficultés et des souffrances, quoi que nous en disions, nous lui sommes attachés.

Quelle que soit la vie présente, on s’y attache, et malgré ses chagrins et ses misères, on craint, on tremble d’arriver au terme de cette chétive vie.
Puisqu’on aime ainsi une vie pleine de tristesses et périssable, ne doit-on pas comprendre, ne doit-on pas considérer combien la vie immortelle est digne de notre amour ?

Remarquez attentivement, mes frères, combien il faut s’attacher à une vie où jamais l’on ne cesse de vivre.

Tu aimes cette vie où tu as tant à travailler, tant à courir, à te hâter, à te fatiguer. Comment nombrer tous les besoins que nous y éprouvons ? Il y faut semer, labourer, défricher, voyager sur mer, moudre, cuire, tisser et mourir après tout cela. Combien d’afflictions dans cette misérable vie que tu aimes !
Et tu crois vivre toujours et ne mourir jamais ? On voit tomber les temples, la pierre et le marbre, tout scellés qu’ils sont avec le fer et le plomb ; et l’homme s’attend à ne pas mourir ?

Apprenez donc, mes frères, à rechercher la vie éternelle où vous n’aurez à endurer aucune de ces misères, où vous régnerez éternellement avec Dieu.
« Celui qui veut la vie, dit le prophète, aime à voir des jours heureux » (Ps. XXXIII, 13). Quand en effet les jours sont malheureux, on désire moins la vie que la mort. Au milieu des afflictions et des angoisses, des conflits et des maladies qui les éprouvent, n’entendons-nous pas, ne voyons-nous pas les hommes répéter sans cesse : O Dieu, envoyez-moi la mort, hâtez la fin de mes jours ? Quelque temps après on se sent menacé : on court, on ramène les médecins, on leur fait des promesses d’argent et de cadeaux. Me voici, dit alors la mort, c’est moi que tu viens de demander à Dieu ; pourquoi me chasser maintenant ?
Ah ! tu es dupe de toi-même et attaché à cette misérable vie.

§3 – Saint Augustin fait ressortir combien il est insensé d’être attaché à nos jours terrestres et combien les hommes semblent manquer de réflexion lorsqu’ils célèbrent leurs anniversaires, puisqu’en fait ce qu’ils célèbrent c’est moins le début de leur vie que le rapprochement d’avec leur mort.

C’est du temps que nous parcourons que l’Apôtre a dit : « Rachetez le temps car les jours sont mauvais » (Ephés. V, 10). Et ils ne seraient pas mauvais, ces jours que nous traversons au milieu de la corruption de notre chair, sous le poids accablant d’un corps qui se dissout, parmi tant de tentations et de difficultés, quand on ne rencontre que de faux, plaisirs, que des joies inquiètes, les tourments de la crainte, des passions qui demandent et des chagrins qui dessèchent ?
Ah ! que ces jours sont mauvais! Et personne ne veut en voir la fin ? et l’on prie Dieu avec ardeur pour obtenir une vie longue ?
Eh ! qu’est-ce qu’une longue vie, sinon un long tourment ? Qu’est-ce qu’une longue vie, sinon une longue succession de jours mauvais ? Lorsque les enfants grandissent, ils croient que leurs jours se multiplient, et ils ignorent qu’ils diminuent. Le calcul de ces enfants les égare, puisqu’avec l’âge le nombre des jours s’amoindrit plutôt que d’augmenter. Supposons, par exemple, un homme âgé de quatre-vingts ans : n’est-il pas vrai que chaque moment de sa vie est pris sur ce qu’il lui en reste ? Et des insensés se réjouissent à mesure qu’ils célèbrent les retours de leur naissance ou de celle de leurs enfants ! Quelle vue de l’avenir ! Quand le vin baisse dans ton outre, tu t’attristes, et tu chantes quand s’écoule le nombre de tes jours ? Oui, nos jours sont mauvais, ils le sont d’autant plus qu’on les aime davantage. Les caresses du monde sont si perfides, que personne ne voudrait voir la fin de cette vie d’afflictions. 

§4 – La vraie vie est la vie bienheureuse et éternelle qu’il nous faut désirer et mériter.

Mais la vraie vie, la vie bienheureuse est celle qui nous attend lorsque nous ressusciterons pour régner avec le Christ. Les impies ressusciteront aussi, mais pour aller au feu. Il n’y a donc de vie véritable que la vie bienheureuse.
Or, la vie ne saurait être heureuse si elle n’est éternelle en même temps que les jours ou plutôt que le jour y est heureux ; car il n’y a point là plusieurs jours, mais un seul. Si nous disons plusieurs, c’est par suite d’une habitude contractée dans cette vie. Ce jour unique ne connaît ni soir ni matin ; il n’est pas suivi d’un lendemain, parce qu’il n’avait pas d’hier. C’est ce jour ou ces jours, c’est cette vie et cette vie véritable qui nous est promise. Récompense, elle suppose le mérite.
Ah ! si nous aimons cette récompense, ne nous lassons pas de travailler, et durant l’éternité nous règnerons avec le Christ.

Rogier van der Weyden triptyque jugement Beaune détail - l'ange

2014-96. « Arrête ! Le Coeur de Jésus est là ! »

17 octobre 2014 au soir,
fête de Sainte Marguerite-Marie.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous savez tous en quelle vénération nous tenons Sainte Marguerite-Marie (cf. > www), en notre Mesnil-Marie.
Après l’avoir fêtée aujourd’hui, après en avoir profité pour relire quelques textes la concernant et concernant la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus à laquelle Notre-Seigneur Lui-même l’a éduquée pour qu’elle la transmette à toute l’Eglise, j’ai demandé à Frère Maximilien-Marie une petite bande dessinée que je puisse vous adresser. 
Voilà qui est fait : il ne me reste plus qu’à vous saluer et à vous souhaiter de vivre toujours plus intensément de cette dévotion au Coeur adorable de Notre-Seigneur, qui est si féconde en grâces et en fruits de sanctification.

Lully.

Scapulaire Sacré-Coeur

Le Coeur de Jésus est là - BD

Scapulaire Sacré-Coeur

Voir aussi :
- « Je veux que tu me serves d’instrument… » - BD > www
- Les Promesses du Sacré-Coeur > www
- Salutations au Sacré-Coeur composées par Ste Marguerite-Marie > www

Publié dans:Bandes dessinées, Nos amis les Saints |on 17 octobre, 2014 |2 Commentaires »
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