Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2015-22. Où, à l’occasion de la fête de Saint Polycarpe, le Maître-Chat évoque les liens du diocèse de Viviers avec cet illustre martyr, grâce à Saint Andéol.

Lundi soir 26 janvier 2015,
fête de Saint Polycarpe, évêque et martyr.

Martyre de Saint Polycarpe

Le martyre de Saint Polycarpe (fresque byzantine)

« (…) Abandonnons la vanité des foules et les enseignements mensongers
pour revenir à la parole qui nous a été transmise dès le commencement (…) »
- épître de Saint Polycarpe de Smyrne aux Philippiens, § 7 -

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En ce 26 janvier, la fête de Saint Polycarpe me fournit l’occasion de vous parler un peu du diocèse de Viviers, sur le territoire duquel est implanté notre Mesnil-Marie.

Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, né vers l’an 70 de notre ère, avait connu l’apôtre et évangéliste Saint Jean : l’opinion commune est même que c’est à son intention que fut dictée à Saint Jean, dans les révélations qu’il reçut, la lettre à « l’ange de l’Eglise de Smyrne » (cf. Apoc. II, 8-11).
C’est toujours avec un grand profit spirituel que l’on relit le seul texte de Saint Polycarpe qui nous soit parvenu – son épître aux Philippiens (par exemple > ici) – ou encore le récit de son martyre, écrit par un contemporain (cf. > ici).

Nous le vénérons à un titre particulier parce que c’est lui qui missionna dans les Gaules non seulement les premiers pasteurs de l’Eglise de Lyon, les saints Pothin et Irénée, mais également celui que de très antiques traditions nous disent avoir été le premier évangélisateur du territoire qui deviendra le Vivarais : Saint Andéol.
Ainsi, par Saint Andéol et Saint Polycarpe, l’Eglise diocésaine de Viviers peut-elle être, en quelque manière, directement rattachée à l’apôtre et évangéliste Saint Jean, le « disciple que Jésus aimait » (Joan. XIII, 23), qui reposa sur la poitrine de Notre-Seigneur à la dernière Cène, qui l’accompagna jusqu’à la Croix et contempla le Sacré-Coeur transpercé, puis qui « prit chez lui » (Joan. XIX, 27) la Très Sainte Vierge Marie.

Saint Andéol n’était pas prêtre, mais seulement sous-diacre. Il évangélisa la vallée du Rhône et les provinces méridionales de la Gaule romaine pendant une quarantaine d’années.
C’est au moment du passage de l’empereur Septime-Sévère, alors en route vers la Bretagne (actuelle Grande-Bretagne), qu’il fut pris et martyrisé, le 1er mai 208.
La ville de Bergoïata, où il fut supplicié et mis à mort, deviendra par la suite Bourg-Saint-Andéol.

Statue de Saint Andéol façade de l'église de Bourg-Saint-Andéol

Statue de Saint Andéol sur la façade XVIIe siècle de l’église de Bourg-Saint-Andéol :
le saint est représenté avec la tunique du sous-diacre et avec le glaive de son martyre enfoncé dans le crâne.

La Bienheureuse Tullia qui avait recueilli son corps, le cacha dans un sarcophage antique, dont l’un des côtés fut re-sculpté par la suite, en accord avec le précieux dépôt qu’il renfermait.
Ce sarcophage se trouve toujours dans l’actuelle église du Bourg-Saint-Andéol.

Il ne contient malheureusement plus les reliques du saint martyr, dont la plus grande partie fut profanée et détruite au XVIe siècle par les huguenots, mais ce sarcophage, considéré comme une relique, fut pendant très longtemps mis à l’honneur sous le maître-autel.
Lorsque ce dernier fut détruit à son tour, lors de la révolution liturgique post-concilaire, le sarcophage qui avait été tellement vénéré par des générations de fidèles, fut relégué dans une chapelle latérale, n’étant plus désormais présenté que comme une curiosité archéologique.

Maître-autel avec le sarcophage de Saint Andéol (église de Bourg-Saint-Andéol autrefois)

Le sarcophage de Saint Andéol placé à l’honneur sous la table du maître-autel de l’église de Bourg-Saint-Andéol
(avant les « aménagements » post-concilaires). 

C’est au milieu du IXème siècle, que le tombeau de Saint Andéol, enfoui dans une crypte, qui avait été elle-même ensevelie lors des invasions et des bouleversements du haut Moyen-Age, fut redécouvert par Bernoin, évêque de Viviers.
Bernoin, après avoir prié et jeûné pour demander à Dieu la grâce de retrouver les précieuses reliques de Saint Andéol, vit en songe Saint Polycarpe lui-même, et c’est selon les indications données par ce dernier qu’il retrouva l’emplacement de la crypte antique renfermant le sarcophage du martyr.

L’évêque Bernoin et ses successeurs promurent le culte de Saint Andéol dont ils firent un élément d’unification de leur diocèse et – il faut bien le dire aussi – , en un temps où le diocèse de Viviers, quoique théoriquement dépendant du Saint Empire Romain Germanique (jusqu’en 1308), devenait un comté ecclésiastique quasi indépendant, ce fut un moyen de renforcer le prestige et le pouvoir temporel des comtes-évêques de Viviers.

Aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, les comtes-évêques résidèrent d’ailleurs principalement au Bourg-Saint-Andéol (dans un extraordinaire palais épiscopal qui fait aujourd’hui l’objet d’une remarquable restauration), tout près du tombeau de Saint Andéol, plutôt qu’en leur cité épiscopale.

Sarcophage de Saint Andéol

Le sarcophage de Saint Andéol, dans l’église du Bourg-Saint-Andéol (face paléochrétienne)

Notre diocèse de Viviers, si peu reluisant de nos jours, possède, vous en avez ici une fois de plus un petit aperçu, mes chers Amis, une histoire fort riche, puisque ses origines antiques le rattachent directement aux temps apostoliques.
Nous en sommes particulièrement – et très légitimement – fiers.

Néanmoins, et j’avais déjà eu l’occasion de l’évoquer en 2011 dans les pages de ce blogue en publiant une étude parue dans « Paix liturgique », c’est un diocèse actuellement sinistré : profondément et tragiquement sinistré par le modernisme (cf. > www).
Quatre ans plus tard, les choses ne se sont pas améliorées : les prêtres continuent de mourir et ne sont pas remplacés (il n’y aura sans doute pas d’ordination de prêtre diocésain avant de nombreuses années), les églises continuent à se vider, le nombre des baptêmes poursuit son déclin, la foi catholique n’est plus vraiment enseignée et la plupart des fidèles professe une vague croyance aux contours imprécis, les gens meurent sans les derniers sacrements, la célébration de la messe pour les funérailles tend à diminuer… etc.

La situation d’aujourd’hui n’est finalement guère plus brillante qu’au début du XVIIe siècle lorsque Monseigneur Louis François de la Baume de Suze – coadjuteur en 1618, puis comte-évêque en titre de 1621 à 1690 – prit la charge d’un diocèse matériellement et spirituellement exsangue (on dit qu’il y avait alors moins de vingt curés en exercice et que plus de 75% des églises étaient en ruines) : mais il était animé d’un zèle ardent pour la rechristianisation du Vivarais, et il sut faire appel à des forces saines et vives pour cet immense labeur, spécialement à Saint Jean-François Régis (cf. > www). C’est d’ailleurs dans son palais épiscopal de Bourg-Saint-Andéol que Monseigneur de la Baume de Suze accueillit le Père Régis et lui confia le diocèse de Viviers comme terre de mission où il fallait quasi tout reprendre à zéro…

Statue de Saint Andéol sur la façade de l'église de Bourg-Saint-Andéol - détail

Statue de Saint Andéol sur la façade de l’église de Bourg-Saint-Andéol – détail.

Dans deux mois exactement, le siège épiscopal de Viviers se trouvera normalement vacant, puisque son actuel occupant, Monseigneur François Blondel, arrivera ce 24 mars 2015 à l’âge de soixante-quinze ans, âge auquel il doit, selon les règles canoniques en vigueur, présenter au Saint-Siège la renonciation à sa charge.

Depuis longtemps déjà, Frère Maximilien-Marie prie et supplie pour demander à Dieu un évêque selon Son Coeur : un évêque qui soit un véritable docteur de la foi catholique la plus authentique ; un évêque qui soit un pasteur à l’image du Bon Pasteur, avec une inlassable sollicitude pour le salut des âmes à lui confiées ; un évêque qui soit un véritable père, pas tant par la manière dont il se fera appeler que par les délicatesses de la charité avec laquelle il entourera les fidèles ; un évêque qui soit un digne successeur des saints Apôtres par son zèle inlassable et par sa force d’âme ; un évêque dont la ferveur spirituelle soit exemplaire et communicative ; un évêque qui soit moins un administrateur qu’un missionnaire ; un évêque dont l’ardeur ne se laisse pas entraver par la pesanteur des cadavres accumulés par quelque cinquante années de modernisme mortifère.

Nous prions donc et supplions Saint Polycarpe et Saint Andéol - avec Saint Vincent, céleste protecteur de notre cathédrale (cf. > www) – qui se dépensèrent sans compter et ne craignirent pas de verser leur sang pour la vérité de l’Evangile, afin qu’ils intercèdent puissamment pour ce diocèse de Viviers et lui obtiennent la grâce d’une véritable résurrection : selon les termes de la citation que j’ai mise en exergue de cette humble chronique, en abandonnant les enseignements mensongers et en revenant à la parole qui lui a été transmise dès le commencement…

patte de chat Lully.

palmes

Neuvaine aux Saints Rois Mages.

- du  28  décembre au  5  janvier -

Enfant Jésus Etoile

Pour ceux qui désirent préparer la fête de l’Epiphanie par une neuvaine, il convient de la commencer le 28 décembre, de sorte qu’elle s’achèvera le 5 janvier, pour les premières vêpres de l’Epiphanie.

Bien sûr, l’objet principal de la fête de l’Epiphanie est Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, manifesté (c’est le sens du mot grec « Epiphanie ») de manière éclatante comme Rédempteur de l’humanité.
Malgré les prodiges dont elle fut entourée, en effet, Sa naissance est restée relativement discrète. La venue des Rois d’Orient va la révéler à Jérusalem, à la cour d’Hérode et dans les cercles sacerdotaux.
En outre, l’Epiphanie n’est pas uniquement la célébration de la venue des Rois Mages : la liturgie « fusionne » en une unique célébration la manifestation du Christ aux païens (les Mages), la manifestation du Christ à Israël lors du baptême par Jean, ainsi que la manifestation du Christ à Ses propres disciples à Cana.

Néanmoins, si ce sont bien trois miracles que nous célébrons en ce jour (cf. antienne à Magnificat des Vêpres de l’Epiphanie), l’arrivée des Mages occupe une place de choix dans la liturgie, aussi bien que dans la culture populaire.
Il faut bien dire que ces personnages sont fascinants : pas seulement d’une manière « folklorique » et superficielle, mais dans toute la profondeur de la plus authentique spiritualité.

De très nombreux saints ont nourri une grande dévotion envers les Saints Rois Mages ; des confréries existèrent jadis en leur honneur ; et l’on sait que la ville de Cologne a construit pour conserver leurs reliques une cathédrale remarquable, où les saints corps sont déposés dans une châsse qui constitue la plus exceptionnelle de toutes les pièces d’orfévrerie produites par le Moyen-Age et vers laquelle convergent toujours de nombreux et fervents pèlerins.
Pour ne citer qu’elle, la Bienheureuse Marie du divin Coeur (Droste zu Vischering), mystique de tout premier ordre, a pu témoigner qu’elle a obtenu par leur intercession des grâces signalées.

Il n’est donc ni incongru ni déraisonnable de préparer son âme à la fête de l’Epiphanie par une neuvaine aux Saints Rois Mages.
Au Mesnil-Marie, nous y pensons chaque année. Mais parce qu’il existe peu de textes de prières satisfaisants en l’honneur des Saints Rois Mages - auxquels nous conservons les noms que leur a attribués une tradition pluriséculaire (même s’il n’est pas rigoureusement certain que ce furent leurs prénoms « historiques », car, en définitive, cela est sans aucune importance) – , j’ai demandé à Frère Maximilien-Marie d’en composer une, et c’est cette dernière que je vous propose ci-dessous.

Lully.

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Leonaert Bramer 1638-40 la quête des mages musée de la New-York Historical Society

Leonaert Bramer – Le voyage des Mages (oeuvre de 1638-40,  conservée à la New-York Historical Society) :
on remarquera que l’artiste a bien représenté – conformément à la Tradition – que l’ « astre » qui a conduit les Mages n’était pas une étoile ou une comète, mais en réalité une lumière miraculeuse portée par un ange
(cf. lien en bas de cette page).

Prière pour demander des grâces
par l’intercession
des Saints Rois Mages Gaspard, Melchior et Balthazar :

Saints Mages d’Orient qui, bien que n’appartenant pas par la naissance au peuple de la Promesse, aviez connaissance des anciennes prophéties annonçant l’Astre qui se lèverait en Jacob, vous dont les âmes brûlaient de saints désirs dans l’espérance de voir se lever cette étoile miraculeuse, nous vous en prions, quelque épaisses que soient les ténèbres du monde qui nous entoure et quelque ardues que soient les difficultés que nous rencontrons, obtenez-nous de ne jamais céder aux tentations du découragement mais de tenir toujours une indéfectible confiance et une invincible espérance, pour avancer sans faiblir à la lumière des promesses de Dieu…

Pater noster… ; Ave, Maria… ; Gloria Patri…
Saint Gaspard, Saint Melchior et Saint Balthazar,
priez pour nous !

Saints Rois d’Orient, qui avez obéi sans hésitation et sans retard à l’invitation de l’Astre miraculeux, qui avez obéi sans hésitation et sans retard aux oracles des Saintes Ecritures lorsqu’ils vous furent révélés, puis qui avez obéi sans hésitation et sans retard aux ordres divins que l’ange vous manifestait en songe, quand bien même tous les arguments de la raison humaine vous pouvaient crier que cela était insensé, nous vous en prions, quelque virulentes que puissent être les oppositions qui s’élèvent de toutes parts contre la foi chrétienne divinement révélée, obtenez-nous de demeurer toujours fermes et forts dans cette foi, et de marcher sans défaillance dans les voies de la fidélité, inébranlables jusqu’au martyre si Dieu nous fait la très grande grâce de nous y appeler.

Pater noster… ; Ave, Maria… ; Gloria Patri…
Saint Gaspard, Saint Melchior et Saint Balthazar,
priez pour nous !

Très Saints Rois Mages, qui, en dépit de toutes les apparences contraires, avez reconnu le puissant Roi des rois dans ce Nouveau-né vulnérable et pauvre que vous présentait Sa Mère, avez adoré votre Dieu dans les abaissements inouïs de Son Incarnation, et avez confessé qu’Il serait l’unique Rédempteur et l’universel Sauveur par les souffrances de Sa Passion, nous vous en prions, malgré nos propres faiblesses et nos péchés, obtenez-nous à nous aussi ce très ardent amour qui a embrasé vos cœurs lorsque vous vous êtes prosternés devant l’Enfant Jésus, de sorte que, ouvrant nous aussi les trésors de nos cœurs, nous Lui offrions à tout moment et en toutes occasions l’or d’une authentique charité, l’encens d’une prière continue et la myrrhe d’une généreuse pénitence.

Pater noster… ; Ave, Maria… ; Gloria Patri…
Saint Gaspard, Saint Melchior et Saint Balthazar,
priez pour nous !

On peut ensuite confier à l’intercession des Saints Rois Mages, en silence, des intentions plus particulières (grâces personnelles, malades, personnes en souffrance, personnes éloignées de Dieu, pécheurs endurcis, mourants, défunts de nos famille… etc.)

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

Leonaert Bramer 1628-30 l'adoration des Mages - musée de Détroit

Leonaert Bramer – l’adoration des Mages (oeuvre de 1628-30, conservée à Détroit)

Et à propos de l’Etoile miraculeuse qui a conduit les Mages  voir ici > www

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Publié dans:Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 28 décembre, 2014 |3 Commentaires »

2014-117. « Ainsi Saint Etienne suivit-il Celui qu’il aimait. »

26 décembre,
fête de Saint Etienne, protomartyr.

Notre glorieux Père Saint Augustin a prononcé plusieurs sermons à l’occasion de la fête de Saint Etienne, le premier de la longue cohorte des martyrs.
Au lendemain même du jour de la Nativité, la fête de Saint Etienne vient en effet rappeler aux chrétiens qui auraient tendance à l’oublier, que le Seigneur qui ravit leurs coeurs par les charmes apparents de l’enfance, a été et demeure jusqu’à la fin des temps un signe de contradiction : la paix chantée par les anges dans le ciel de Bethléem n’est ni l’absence de combats, ni la suppression des difficultés et des contradictions, ni la promesse d’une vie paisible et facile…
Les Juifs enragés qui mirent à mort Saint Etienne ont, de nos jours, de nombreux successeurs dans leur haine du Christ et de Ses disciples.

A la suite de Saint Etienne, chacun de nous est appelé au témoignage – au martyre du corps ou du coeur – , chacun de nous est appelé à imiter le Christ Sauveur en passant par la Croix pour entrer dans la gloire.

Annibale Carraci - le martyre de Saint Etienne

Annibale Carraci – le martyre de Saint Etienne

« Ainsi Saint Etienne suivit-il Celui qu’il aimait. »

§ 1. Saint Etienne est le premier des martyrs : il resplendit d’un éclat particulier.

Vénérons tous saint Etienne, frères bien-aimés, puisque aujourd’hui nous allumons des flambeaux en son honneur, et qu’en mémoire de lui nous nous réunissons ici dans les sentiments de la plus vive allégresse.
Depuis le crucifiement de Jésus, il n’y avait encore eu aucun martyr ; personne n’avait encore suivi le Christ jusqu’à la mort. Le monde possédait encore les Apôtres ; c’était encore le temps où Saul, pareil à un loup, sévissait contre les chrétiens, et déjà le Sauveur déposait sur le front d’Etienne la couronne de la gloire.
Jusqu’à ce moment, dans les champs et les prés du siècle ne s’était point épanouie la fleur des confesseurs ; le sang du Christ, répandu en terre, n’avait pas enfanté de martyrs. Saint Etienne fut donc le premier germe sorti de cette semence ; ce fut la première fleur qui se montra aussitôt après que la Judée eut fait couler le sang du Rédempteur.
Ivre encore du crime qu’elle venait de commettre, les mains teintes de sang, la bouche encore pleine des cris de mort qu’elle avait, dans sa rage, proférés au tribunal de Pilate, la synagogue ne supporta pas qu’Etienne fût un témoin du Christ ; elle ne voulut voir en lui qu’une sorte de satellite gagé d’un crucifié mis au tombeau ; aussi fit-elle pleuvoir sur lui une grêle de pierres, et ainsi Saint Etienne suivit-il Celui qu’il aimait.

§ 2. Dans ses supplices, Etienne était fortifié par la contemplation du Ciel.

Pendant que les lapidateurs le tenaient sous leurs mains et lui infligeaient le plus cruel supplice, le ciel s’ouvrit devant lui, et il vit le Fils de l’homme assis à la droite de Dieu. La récompense s’étalait aux regards du soldat ; le céleste athlète apercevait le prix que Dieu lui avait préparé ; la couronne (*) réservée au martyr apparaissait à ses yeux ; à cette vue, et tout disposé à mourir, Etienne expose aux coups de ses ennemis furieux un coeur brûlant d’amour pour Dieu, car la palme du triomphe est là, devant lui, dans le ciel ; il touche au port du salut !
Nous ne saurions en douter, mes frères, il contemplait le ciel des yeux de son corps ; la présence du Christ, assis sur un trône, à la droite du Père, le comblait de joie ; en face de pareils témoins, la lutte pour lui ne pouvait être timide, elle fut celle d’un héros. Si, d’un côté, les Juifs accablaient de pierres le martyr, d’autre part, le Christ lui envoyait, du haut du ciel, des couronnes (*) sur lesquelles son sang avait empreint une teinte d’un blanc rosé.

§ 3. L’impiété des Juifs, aveuglés par la haine du Christ et endurcis dans leur rejet de la lumière, ne peut triompher de la foi chrétienne.

A quoi te sert, ô impie synagogue, cet acte de cruauté ?
Tu jettes des pierres à Etienne, et tu travailles encore davantage à l’honorer ; tu lui ôtes la vie, et tu contribues encore plus à l’exalter ; tu le persécutes sur la terre, et, sans le savoir, par tes mauvais traitements, tu l’envoies plus vite au ciel.
Déjà l’âme du martyr, arrivée à ses lèvres, va s’envoler au ciel ; elle y tient déjà par toutes ses puissances ; aussi est-elle devenue insensible à tes coups, et ne prendra-t-elle plus souci de ta force, car elle partage déjà la joie des anges, et comme il se trouve déjà dans les rangs de l’armée des archanges, le confesseur du Christ ne saurait plus redouter les souffrances de ce monde.
Le Père lui adresse la parole, le Fils le console, le Saint-Esprit ranime ses sens affaiblis ; le ciel, avec ses mystérieuses beautés, lui sourit et le rassasie d’avance, comme un de ses habitants, de ses divines richesses ; ainsi devient insensible pour notre martyr le supplice de la lapidation. Pour toi, impie Judée, tu parfais ton crime, tu accomplis jusqu’au bout ton homicide ; à peine as-tu fini de faire mourir le Christ, que déjà son serviteur tombe sous tes coups, comme si, en ajoutant un meurtre à un autre, tu pouvais effacer la souillure du premier. « Voilà », s’écrie Etienne, « voilà que je vois les cieux a ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Act. VII, 55).
Le vois-tu, cruelle Judée ?
Le Christ dans le sang duquel tu as trempé tes mains est vivant dans le ciel. Tu frémis de rage, je le sais bien ; tu ne veux pas entendre dire que Jésus, que tu croyais mort, vit toujours. Car si tu lapides aujourd’hui Etienne, c’est afin qu’il ne continue pas de rendre témoignage de la vie du Christ.
Mais à quoi bon te raidir et vouloir t’opposer à de si nombreuses légions de martyrs ? Parviendras-tu jamais à leur imposer silence ?
Evidemment, non ! « Après cela, je vis », dit Jean, « une grande multitude que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue, qui se tenaient debout en la présence de Dieu, revêtus de robes blanches, avec des palmes en leurs mains » (
Apoc. VII, 9). Ils portent des palmes dans leurs mains, et de ta bouche s’échappe le feu qui consume ton coeur ; ils tressaillent de joie au sein de la gloire, et tu martyrises ta conscience ; ils règnent avec le Christ que tu as fait mourir, et sur toi demeure éternellement la souillure du sacrilège que tu as commis !

§ 4. Saint Etienne n’a pas seulement imité Notre-Seigneur en étant mis à mort mais aussi en priant pour ceux qui le mettaient à mort : c’est pourquoi il resplendit d’un tel éclat et nous devons l’imiter à notre tour.

Enfin, mes frères, écoutez notre pieux martyr ; écoutez cet homme qui s’était rassasié à une table sacrée et divine, et dont l’âme, en présence des cieux ouverts devant lui, pénétrait déjà les secrets consolants de ce divin séjour. Au moment où les Juifs, emportés jusqu’à la cruauté par leur impiété habituelle, brisaient le corps du martyr sous une grêle de pierres, celui-ci, s’étant mis à genoux, adorait le Seigneur-Roi et disait : « O Dieu, ne leur imputez pas ce péché ! » (Act. VII, 59).
Le patient prie, et son bourreau est inaccessible au sentiment du repentir ; le martyr prie pour les péchés d’autrui, et le juif ne rougit point du sien propre ; Etienne ne veut pas qu’on leur impose ce qu’ils font, et ses ennemis ne s’arrêtent qu’après lui avoir donné le coup de la mort.
Quelle rage ! Quelle fureur inouïe ! Travailler avec d’autant plus d’ardeur à le tuer, qu’ils le voyaient prier pour eux ! Ce spectacle n’aurait-il pas dû plutôt amollir leurs cœurs ?
Notre martyr a donc retracé en lui-même les caractères de la mort de son Maître. Attaché à la croix, sur le point de rendre le dernier soupir, Jésus priait son Père de pardonner aux Juifs leur déicide ; engagé comme le Christ dans les tortueux sentiers du trépas, Etienne a imité son Sauveur, a offert à Dieu le sacrifice de sa vie ; c’est pourquoi il a suivi jusqu’au ciel le Seigneur tout-puissant. Aussi, mes frères, devons-nous nous recommander à ses saintes prières, afin qu’à son exemple nous méritions de parvenir à la vie éternelle.

(*) Saint Augustin fait ici un jeu de mot, puisque le nom grec d’Etienne, Stéphanos, signifie « couronné ».

Annibale Carraci  - détail du martyre de Saint Etienne

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints, Textes spirituels |on 26 décembre, 2014 |1 Commentaire »

2014-107. Libérer le vol de l’âme…

24 novembre, fête de Saint Jean de la Croix.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La fête que nous célébrons aujourd’hui, celle de Saint Jean de la Croix – le « docteur mystique » – , entre parfaitement dans la thématique générale de la dernière semaine de l’année liturgique : Saint Jean de la Croix, en effet, presque à chaque page, nous ramène à l’essentiel, nous ramène au sens de notre vie sur la terre qui est d’accomplir la sainte volonté de Dieu, de L’aimer et de Le servir de notre mieux ici-bas, afin de sauver notre âme.

Tandis que notre société contemporaine cherche avant tout la réussite et le confort terrestres, et ne voit dans la religion qu’une chose facultative, presque superflue, qui ne doit surtout pas gêner ce qu’un point de vue strictement « horizontal » considère comme le bonheur et les bonnes relations entre les hommes, la « verticalité » radicale de Saint Jean de la Croix paraît excessive et met mal à l’aise jusqu’à certains catholiques.

Pourtant Saint Jean de la Croix ne se lit, ne se comprend, ne s’assimile et ne se met en pratique que dans et par l’amour.
Saint Jean de la Croix n’est pas un stoïcien ; Saint Jean de la Croix n’est pas le théoricien de performances ascétiques recherchées pour elles-mêmes ; Saint Jean de la Croix n’est qu’un amant passionnément épris de Celui qui est l’Amour, et il est un entraîneur dans les voies de la connaissance et de la pratique de l’amour de l’Amour !
Un amour total, un amour sans concession, un amour ennemi des compromissions et des faux-semblants, un amour qui débusque impitoyablement les égoïsmes secrets cachés sous les apparences de vertu, un amour qui décape les vernis craquelés des caricatures d’amour pour libérer pleinement le vol amoureux de l’âme vers son Dieu-Amour !

Nous nous croyons si facilement libres alors que nous sommes ligotés par une multitude de liens ténus auxquels nous ne prenons pas garde ou que nous considérons avec trop de légéreté comme des choses sans importance, vénielles…

                                                    Lully.

Libérer le vol de l'âme - détail 1

Libérer le vol de l'âme - BD 1

Libérer le vol de l'âme - BD 2

Sur Saint Jean de la Croix voir aussi > www

Libérer le vol de l'âme - détail 2

& Toutes les B.D. publiées sur ce blogue > ici.

2014-105. « L’extase de Sainte Cécile » peinte par Raphaël.

22 novembre,
fête de Sainte Cécile.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Au Mesnil-Marie, je vous l’ai déjà écrit, nous aimons particulièrement Sainte Cécile, célèbre vierge martyre romaine, et j’ai déjà eu l’occasion de vous présenter une hymne latine du XVe siècle que nous chantons volontiers en son honneur (cf. > O felix Caecilia).
En ce jour, où je souhaite une bonne fête patronale à tous nos amis musiciens et chanteurs, je vous propose aussi de prendre un moment pour contempler une célèbre toile de Raphaël (Raffaello Sanzio, 1483-1520) connue sous le nom de « l’extase de Sainte Cécile », mais parfois aussi comme « Sainte Cécile entourée de Saints ».

Raphaël l'extase de Sainte Cécile 1514-15 - Bologne

Raphaël : « l’extase de Sainte Cécile » 1414-1415 – Bologne

A l’origine, cette oeuvre – importante déjà par ses dimensions : 2,38 m de hauteur pour 1,50 m de largueur – est une commande pour une chapelle latérale de l’église San Giovanni in Monte, à Bologne.
En 1793, le tableau fut volé par les troupes de la révolution française et emporté à Paris ; restitué en 1815, il se trouve depuis lors à la Pinacothèque nationale de Bologne.

Dans cette oeuvre, Raphaël n’a pas voulu représenter quelque épisode de la vie ou du martyre de Sainte Cécile ; cette dernière n’est même pas figurée avec les attributs conventionnels de la virginité et du martyre – le lys et la palme – , comme elle l’est en d’autres fameuses compositions. L’artiste l’a simplement identifiée au moyen de l’orgue qu’elle tient en mains et des divers instruments qui sont déposés à ses pieds.

Celui qui regarde ce tableau d’une manière trop rapide ou superficielle n’y verra sans doute que la représentation du patronage de Sainte Cécile sur les musiciens, les luthiers et autres fabricants d’instruments de musique.
Mais un examen plus approfondi nous conduira bien plus avant dans le message que l’artiste a voulu délivrer au travers de cette oeuvre, et c’est à cela que je vous convie aujourd’hui.

Pour ce qui concerne les caractères techniques de la composition, on remarquera tout d’abord qu’il n’y a pas à proprement parler de perspective, puisqu’il n’y a pas de ligne de fuite. L’impression de profondeur est donnée par trois plans picturaux bien distincts, et par la taille donnée aux objets ou personnages qui les constituent.

La partie centrale, celle qui occupe le plus de place, est un groupe de cinq personnages : cinq saints.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - deuxième plan

Partie centrale du tableau : le groupe des saints.

- Au centre, se trouve Sainte Cécile. Elle est la seule à être représentée complètement de face.
Debout dans un vêtement élégant et richement brodé, légèrement déhanchée, la jeune femme relève délicatement la tête en même temps qu’elle l’incline un peu sur son épaule gauche. Ses yeux sont fixés au ciel dans une contemplation muette ; c’est sans doute de là que vient le nom donné au tableau : « l’extase de Sainte Cécile ».
Cécile en effet ne chante pas, ses lèvres sont fermées. Elle ne joue pas non plus de son instrument ; on remarque, tout au contraire, que ses mains retiennent à peine le petit orgue positif tenu à l’envers, dont les tuyaux commencent à se déboiter du sommier et semblent devoir rejoindre les divers instruments qui jonchent le sol.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail l'orgue perdant ses tuyaux

L’inclinaison de la tête de la Sainte, son déhanchement – accentué par le mouvement de ses bras – et la position de son pied droit donnent une impression de gracilité presque fragile, mais il y a dans l’expression de son visage quelque chose qui, sans altérer sa profonde douceur, rayonne d’une solide détermination et d’un ferme détachement des choses terrestres…

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail visage de Sainte Cécile

Les quatre saints qui l’entourent sont :
- sur la gauche du tableau, d’abord Saint Paul, vêtu d’une tunique verte et enveloppé d’un manteau rouge, et Saint Jean, apôtre et évangéliste. On les identifie aisément à leurs attributs.
Saint Paul est accompagné d’une épée qui, dans l’iconographie traditionnelle, représente bien davantage le glaive de la Parole de Dieu (c’est lui-même qui, dans l’épître aux Hébreux, fait cette comparaison avec un glaive à double tranchant – cf. Heb. IV, 12) que l’épée par laquelle il fut martyrisé.
Saint Jean, quant à lui, peut être identifié grâce à l’aigle qui apparaît entre les plis du manteau de Saint Paul et la tunique de Sainte Cécile. Remarquez aussi le livre sur lequel est posé la serre de cet aigle : d’aucuns diront qu’il s’agit de l’Evangile écrit par Saint Jean, mais peut-être – comme on peut observer que ce livre possède un fermoir – l’artiste a-t-il voulu évoquer aussi le livre scellé à l’ouverture duquel Saint Jean a assisté dans les visions de l’Apocalypse, puis le livre qu’il lui a été ordonné de dévorer (cf. Apoc. V et X).

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail l'épée de Saint Paul et l'aigle de Saint Jean

- Du côté droit du tableau sont représentés Sainte Marie-Magdeleine et Saint Augustin :
Saint Augustin est revêtu d’une chape brodée et tient fermement sa crosse épiscopale dans la main droite.
Sainte Marie-Magdeleine, en vêtements clairs qui contrastent avec les teintes soutenues des vêtements de Saint Paul qui lui fait face, porte un petit vase évocateur de celui qui contenait le parfum de très grand prix qu’elle a répandu sur les pieds de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à Béthanie, quelques jours avant la Passion.

On remarque que Sainte Marie-Magdeleine est la seule dont le regard soit tourné vers nous, un regard qui semble nous scruter avec une insistance particulière.
Saint Paul, les paupières à demi abaissées, semble absorbé par une vision intérieure, tandis que, en arrière de Sainte Cécile dont nous avons déjà évoqué les yeux levés au ciel, Saint Jean et Saint Augustin échangent un regard d’une remarquable intensité.

Les têtes des cinq saints sont alignées sur une même ligne horizontale (on appelle ce principe pictural « isocéphalité »), ce qui semble indiquer qu’il ne sont pas inférieurs en sainteté les uns par rapport aux autres. C’est l’alignement de ces cinq visages, avec leurs expressions propres, qui donne en réalité la ligne d’horizon du tableau, bien plus que les quelques détails paysagers qui apparaissent tout au fond.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile deuxième plan détail - les têtes des Saints

La verticalité de la composition est assurée par l’épée de Saint Paul d’un côté, et par la crosse de Saint Augustin, prolongée par l’ombre de la robe de Sainte Marie-Magdeleine de l’autre.
Enfin une espèce de croix de Saint André, un X dont les deux branches ne sont pas exactement égales ni symétriques, structure encore le groupe des cinq personnages : une première diagonale puissante, véritable ligne de force, part de l’oeil de Saint Paul, court le long de son avant-bras, continue sur l’avant-bras de Sainte Cécile et les tuyaux de l’orgue, pour descendre en dessous de la jambe de Sainte Marie-Magdeleine ; la seconde diagonale descend du bras de Sainte Marie-Magdeleine et passe par le bord du sommier de l’orgue pour aboutir à l’oeil acéré de l’aigle. Avec la ligne verticale de la crosse de Saint Augustin, ces deux diagonales circonscrivent exactement l’orgue dans un triangle rectangle presque parfait.
Je ne suis pas très habile pour tracer des traits droits sur une image, mais j’ai néanmoins tenté de faire figurer ces axes de la composition sur le cliché ci-dessous.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile lignes de composition

Je vous parlais de trois plans picturaux, et j’ai commencé, en vous détaillant les personnages, par vous parler en fait du deuxième plan : il est vrai que c’est celui auquel s’attachent spontanément et naturellement nos regards.
Mais cela ne doit néanmoins pas nous faire oublier les deux autres plans : le premier plan consiste, au bas de la composition, en un amoncellement d’instruments de musique, et le troisième plan, tout en haut, figure un choeur céleste.

Considérons donc maintenant le premier plan (que certains spécialistes pensent ne pas être de la main de Raphaël lui-même : l’artiste en aurait laissé la réalisation à l’un de ses collaborateurs, spécialiste des natures mortes : Giovanni da Udine). Il représente, avons-nous dit, un amoncellement d’instruments : une viole, plusieurs tambourins, une paire de cymbales, des flutes et un triangle.
Ces instruments sont disposés sans ordre apparent, certains sont entremêlés. Il se dégage d’eux un sentiment d’abandon. Ils sont muets, et certains donnent même l’impression d’être abîmés.
Comme je l’ai expliqué plus haut, l’orgue que Sainte Cécile tient encore dans ses mains ne sonne plus et ses tuyaux qui se détachent vont bientôt rejoindre les instruments qui gisent sur le sol… 

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - premier plan

Tout à l’opposé, dans le haut du tableau, en troisième plan, apparaît un choeur céleste.
Les cieux sont ouverts et, assis sur les nuées, six anges chantent en suivant les indications notées dans deux livres ouverts : ce troisième plan, qu’un oeil superficiel considérerait facilement comme un pur détail, constitue en réalité la clef d’interprétation de tout le tableau.

Comme la grande majorité des artistes du quatrocento, en effet, Raphaël était pétri par une culture humaniste et chrétienne dont la plupart de nos contemporains n’ont pas la moindre idée, et qui est sous-jacente à ses compositions : l’artiste ne se contentait donc pas de peindre de « jolies choses », purement décoratives, mais il transmettait dans sa peinture un message symbolique et spirituel nourri par la connaissance des auteurs antiques (spécialement les platoniciens et néo-platoniciens), des Saintes Ecritures et des Pères de l’Eglise.

Au premier plan, nous l’avons vu, les instruments terrestres gisent muets.
Au deuxième plan, les saints n’ouvrent pas la bouche : l’orgue s’échappe des mains de Sainte Cécile ; mais en revanche on peut dire que leurs yeux parlent.
Au troisième plan, les anges chantent.
Et ces anges sont six.
Saint Augustin, spécialement expert à décrypter les mystères contenus dans les nombres, a expliqué que le six est un chiffre parfait, puisqu’il est le seul à être égal à la somme des chiffres par lequel il peut être divisé (6 = 1 + 2 + 3). Le six exprime donc la perfection secrète contenue dans les oeuvres de Dieu.
Les six anges qui chantent symbolisent donc la louange parfaite que la créature peut rendre à son Créateur.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - troisième plan

Au premier plan, l’amoncellement des instrument dont personne ne joue symbolise la musica instrumentalis - la musique instrumentale - , qui n’est faite, quelle que soit la perfection des harmonies qu’ont élaborées les compositeurs, que de vibrations physiques, de sons qui n’ont pas de sens si l’esprit de l’homme ne vient lui en donner.
Au deuxième plan, figurée par les Saints, est la musica spiritualis - la musique spirituelle – qui est justement celle dans laquelle le génie de l’homme a insufflé la capacité d’élever l’âme à un certain degré de contemplation : ainsi sont les psaumes, les hymnes et les cantiques spirituels dont Saint Paul dit qu’ils sont utiles à la sanctification de chacun et à la cohésion de toute l’Eglise (Eph. V, 19).
Enfin au troisième plan, qui est le plan supérieur, se situe la musica caelestis – la musique céleste – , la sublime harmonie et jubilation parfaite qui jaillit du partage éternel de la vision divine et de la communion absolue à la vie intime de Dieu.

Les Saints qui sont ici représentés n’ont certainement pas été choisis par hasard, ni simplement parce que les commanditaires du tableau auraient eu une dévotion particulière à leur endroit. Il y a une cohésion profonde dans le choix de ces cinq habitants des cieux, une cohésion profonde avec le fait que ce tableau s’articule autour du personnage de Sainte Cécile, céleste protectrice des musiciens.

« Cantantibus organis, Caecilia Domino decantabat dicens : Fiat cor meum immaculatum, ut non confundar ». Tandis que les instruments chantaient, Cécile, elle, chantait sans relâche (dans son coeur) pour le Seigneur en disant : que mon coeur soit sans tache, afin que je ne sois pas confondue.
La première et très célèbre antienne de l’office de Sainte Cécile, illustre bien le passage de la musica instrumentalis à la musica spiritualis : de la musique instrumentale à la musique spirituelle, des sons joués par les instruments matériels au chant spirituel, qui est prière et qui transforme toute la vie de l’homme en louange divine par la pratique des vertus pour parvenir ensuite à la contemplation céleste, à l’ineffable musica caelestis.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile - yeux de Sainte Cécile

Saint Paul, ainsi qu’il en témoigne dans la seconde épître aux Corinthiens (2 Cor. XII 2-4), fut élevé jusqu’au troisième ciel et, dans son ravissement, y entendit des harmonies célestes intraduisibles dans la langue des hommes.
Saint Jean, comme il l’a décrit dans l’Apocalypse, a vu la liturgie qui se célèbre autour du trône de Dieu, et il a retranscrit les hymnes que chantent les anges et les saints.
Sainte Marie-Magdeleine, selon la tradition, dans la solitude de la Sainte Beaume, sept fois par jour, était emportée aux cieux par les anges pour y chanter avec eux la louange divine.
Saint Augustin enfin, notre glorieux Père Saint Augustin, dont les résistances à la grâce cédèrent et furent emportées comme lorsque des flots tempétueux rompent un barrage, au moment où, dans le jardin de Milan, il entendit une voix enfantine chanter  « Tolle ! Lege ! Prends ! Lis ! », a rédigé un traité sur la musiqueDe Musica - dans lequel, après avoir exposé les règles de la métrique et de la rythmique, analysant les mouvements du cœur et de l’esprit humain, les mouvements des corps et de l’univers, il remonte d’harmonie en harmonie, comme par une échelle mystique, jusqu’à l’Harmonie éternelle et immuable, Dieu, Principe et Ordonnateur de l’harmonie universelle.

Raphaël l'extase de Sainte Cécile détail visage de Saint Augustin

Que cette divine harmonie habite dans vos coeurs et préside à vos vies, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, et que, grâce à la glorieuse intercession de Sainte Cécile, nous menions une sainte vie ici-bas pour être finalement trouvés dignes de nous retrouver tous dans les cieux et d’y chanter ensemble les divines et éternelles louanges !

Lully.

Chat pianiste

2014-100. « Il n’y a de vie véritable que la vie bienheureuse. »

 Sermon de
notre glorieux Père Saint Augustin
sur
les deux vies :

Rogier van der Weyden triptyque jugement Beaune détail

Ange introduisant des âmes en Paradis
- Rogier van der Weyden : triptyque du jugement dernier – détail (1446-52), Hôtel-Dieu de Beaune -

En ces jours de Toussaint, qui nous font contempler le Ciel et la gloire des élus, puis prier pour les âmes des défunts qui attendent l’achèvement de leur purification pour accéder au bonheur éternel, voici un court sermon de notre glorieux Père Saint Augustin qui nous exhorte à désirer et à tendre vers la Vie éternelle, mille fois préférable à la vie d’ici-bas.

§1 – Introduction : Saint Augustin se propose de nous inspirer l’amour de la vie éternelle qui est la seule vie véritable ainsi que cela ressort des paroles de Notre-Seigneur.

Le Seigneur disait à un jeune homme : « Si tu veux parvenir à la vie, observe les commandements » (Matth. XIX, 17). Il ne disait pas : Si tu veux parvenir à l’éternelle vie, mais : « Si tu veux parvenir à la vie » ; c’est qu’Il n’entend par vie que celle qui dure éternellement.
Commençons donc par en inspirer l’amour. 

§2 – Bien que cette vie terrestre nous soit l’occasion de bien des difficultés et des souffrances, quoi que nous en disions, nous lui sommes attachés.

Quelle que soit la vie présente, on s’y attache, et malgré ses chagrins et ses misères, on craint, on tremble d’arriver au terme de cette chétive vie.
Puisqu’on aime ainsi une vie pleine de tristesses et périssable, ne doit-on pas comprendre, ne doit-on pas considérer combien la vie immortelle est digne de notre amour ?

Remarquez attentivement, mes frères, combien il faut s’attacher à une vie où jamais l’on ne cesse de vivre.

Tu aimes cette vie où tu as tant à travailler, tant à courir, à te hâter, à te fatiguer. Comment nombrer tous les besoins que nous y éprouvons ? Il y faut semer, labourer, défricher, voyager sur mer, moudre, cuire, tisser et mourir après tout cela. Combien d’afflictions dans cette misérable vie que tu aimes !
Et tu crois vivre toujours et ne mourir jamais ? On voit tomber les temples, la pierre et le marbre, tout scellés qu’ils sont avec le fer et le plomb ; et l’homme s’attend à ne pas mourir ?

Apprenez donc, mes frères, à rechercher la vie éternelle où vous n’aurez à endurer aucune de ces misères, où vous régnerez éternellement avec Dieu.
« Celui qui veut la vie, dit le prophète, aime à voir des jours heureux » (Ps. XXXIII, 13). Quand en effet les jours sont malheureux, on désire moins la vie que la mort. Au milieu des afflictions et des angoisses, des conflits et des maladies qui les éprouvent, n’entendons-nous pas, ne voyons-nous pas les hommes répéter sans cesse : O Dieu, envoyez-moi la mort, hâtez la fin de mes jours ? Quelque temps après on se sent menacé : on court, on ramène les médecins, on leur fait des promesses d’argent et de cadeaux. Me voici, dit alors la mort, c’est moi que tu viens de demander à Dieu ; pourquoi me chasser maintenant ?
Ah ! tu es dupe de toi-même et attaché à cette misérable vie.

§3 – Saint Augustin fait ressortir combien il est insensé d’être attaché à nos jours terrestres et combien les hommes semblent manquer de réflexion lorsqu’ils célèbrent leurs anniversaires, puisqu’en fait ce qu’ils célèbrent c’est moins le début de leur vie que le rapprochement d’avec leur mort.

C’est du temps que nous parcourons que l’Apôtre a dit : « Rachetez le temps car les jours sont mauvais » (Ephés. V, 10). Et ils ne seraient pas mauvais, ces jours que nous traversons au milieu de la corruption de notre chair, sous le poids accablant d’un corps qui se dissout, parmi tant de tentations et de difficultés, quand on ne rencontre que de faux, plaisirs, que des joies inquiètes, les tourments de la crainte, des passions qui demandent et des chagrins qui dessèchent ?
Ah ! que ces jours sont mauvais! Et personne ne veut en voir la fin ? et l’on prie Dieu avec ardeur pour obtenir une vie longue ?
Eh ! qu’est-ce qu’une longue vie, sinon un long tourment ? Qu’est-ce qu’une longue vie, sinon une longue succession de jours mauvais ? Lorsque les enfants grandissent, ils croient que leurs jours se multiplient, et ils ignorent qu’ils diminuent. Le calcul de ces enfants les égare, puisqu’avec l’âge le nombre des jours s’amoindrit plutôt que d’augmenter. Supposons, par exemple, un homme âgé de quatre-vingts ans : n’est-il pas vrai que chaque moment de sa vie est pris sur ce qu’il lui en reste ? Et des insensés se réjouissent à mesure qu’ils célèbrent les retours de leur naissance ou de celle de leurs enfants ! Quelle vue de l’avenir ! Quand le vin baisse dans ton outre, tu t’attristes, et tu chantes quand s’écoule le nombre de tes jours ? Oui, nos jours sont mauvais, ils le sont d’autant plus qu’on les aime davantage. Les caresses du monde sont si perfides, que personne ne voudrait voir la fin de cette vie d’afflictions. 

§4 – La vraie vie est la vie bienheureuse et éternelle qu’il nous faut désirer et mériter.

Mais la vraie vie, la vie bienheureuse est celle qui nous attend lorsque nous ressusciterons pour régner avec le Christ. Les impies ressusciteront aussi, mais pour aller au feu. Il n’y a donc de vie véritable que la vie bienheureuse.
Or, la vie ne saurait être heureuse si elle n’est éternelle en même temps que les jours ou plutôt que le jour y est heureux ; car il n’y a point là plusieurs jours, mais un seul. Si nous disons plusieurs, c’est par suite d’une habitude contractée dans cette vie. Ce jour unique ne connaît ni soir ni matin ; il n’est pas suivi d’un lendemain, parce qu’il n’avait pas d’hier. C’est ce jour ou ces jours, c’est cette vie et cette vie véritable qui nous est promise. Récompense, elle suppose le mérite.
Ah ! si nous aimons cette récompense, ne nous lassons pas de travailler, et durant l’éternité nous règnerons avec le Christ.

Rogier van der Weyden triptyque jugement Beaune détail - l'ange

2014-96. « Arrête ! Le Coeur de Jésus est là ! »

17 octobre 2014 au soir,
fête de Sainte Marguerite-Marie.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous savez tous en quelle vénération nous tenons Sainte Marguerite-Marie (cf. > www), en notre Mesnil-Marie.
Après l’avoir fêtée aujourd’hui, après en avoir profité pour relire quelques textes la concernant et concernant la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus à laquelle Notre-Seigneur Lui-même l’a éduquée pour qu’elle la transmette à toute l’Eglise, j’ai demandé à Frère Maximilien-Marie une petite bande dessinée que je puisse vous adresser. 
Voilà qui est fait : il ne me reste plus qu’à vous saluer et à vous souhaiter de vivre toujours plus intensément de cette dévotion au Coeur adorable de Notre-Seigneur, qui est si féconde en grâces et en fruits de sanctification.

Lully.

Scapulaire Sacré-Coeur

Le Coeur de Jésus est là - BD

Scapulaire Sacré-Coeur

Voir aussi :
- « Je veux que tu me serves d’instrument… » - BD > www
- Les Promesses du Sacré-Coeur > www
- Salutations au Sacré-Coeur composées par Ste Marguerite-Marie > www

Publié dans:Bandes dessinées, Nos amis les Saints |on 17 octobre, 2014 |2 Commentaires »

A mon Ange Gardien

Poème composé par
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face.

La fête de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face - le 3 octobre – suit, dans le calendrier traditionnel, celle des Saints Anges Gardiens (2 octobre). Profitons-en donc pour lire (ou relire) ce poème composé par la carmélite de Lisieux et surtout pour prier notre bon ange avec les mêmes paroles que la sainte.
Ce poème (qui comme tous les poèmes de Sainte Thérèse a été composé pour être chanté sur une mélodie d’emprumpt) date de février 1897 : il ne reste alors à Soeur Thérèse qu’à peine huit mois de vie ; elle sait qu’elle est malade et qu’elle sera bientôt emportée par cette tuberculose qui l’épuise ; Thérèse est également plongée dans d’épaisses ténèbres spirituelles… tout ceci est en filigrane derrière ces vers qui donneraient pourtant au lecteur superficiel l’impression de couler d’une âme remplie de consolations et inondée des rayons d’une foi facile.

Peinture murale de l'oratoire carmel de Lisieux

Oratoire du Saint-Sacrement à l’intérieur de la clôture du Carmel de Lisieux :
les anges entourant le tabernacle.
Peinture murale de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face
(retouchée par la suite par Soeur Geneviève de la Sainte Face)

A mon Ange gardien.

Air : Par les chants les plus magnifiques.

Glorieux gardien de mon âme,
Toi qui brilles dans le beau ciel
Comme une douce et pure flamme.
Près du trône de l’Eternel ;
Tu viens pour moi sur cette terre,
Et m’éclairant de ta splendeur,
Bel Ange, tu deviens mon frère,
Mon ami, mon consolateur ! 

Connaissant ma grande faiblesse,
Tu me diriges par la main
Et je te vois, avec tendresse,
Oter la pierre du chemin.
Toujours ta douce voix m’invite
A ne regarder que les cieux ;
Plus tu me vois humble et petite,
Et plus ton front est radieux.

O toi qui traverses l’espace
Plus promptement que les éclairs,
Vole bien souvent à ma place
Auprès de ceux qui me sont chers ;
De ton aile sèche leurs larmes,
Chante combien Jésus est bon !
Chante que souffrir a des charmes,
Et tout bas murmure mon nom.

Je veux, pendant ma courte vie,
Sauver mes frères les pécheurs
O bel Ange de la patrie,
Donne-moi tes saintes ardeurs.
Je n’ai rien que mes sacrifices,
Et mon austère pauvreté ;
Unis à tes pures délices,
Offre-les à la Trinité. 

A toi, le royaume et la gloire,
Les richesses du Roi des rois.
A moi, le Pain du saint ciboire,
A moi, le trésor de la Croix.
Avec la Croix, avec l’Hostie,
Avec ton céleste secours,
J’attends en paix, de l’autre vie,
Le bonheur qui dure toujours !

angelot peint par Ste Thérèse de l'Enfant Jésus

Invocations aux neuf choeurs des Anges composées par Frère Maximilien-Marie > www

2014-95. Deux catéchèses de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI consacrées à Saint Jérôme.

2 octobre,
fête des Saints Anges Gardiens.

Dans la continuité de ce que je vous écrivais à l’occasion de la fête de Saint Jérôme (cf. > www), et parce que, en sus de la fête liturgique des Saints Anges, chaque 2 octobre nous ramène très spécialement la pieuse mémoire de Monsieur l’abbé Jean Carmignac, rappelé à Dieu le 2 octobre 1986, qui fut un grand savant et un véritable exégète catholique – homme de grande science et de non moins grande spiritualité – (voir les publications à son sujet, ici > www, ici > www et ici > www), en son honneur je veux aujourd’hui publier le texte de deux catéchèses que Sa Sainteté le Pape Benoît XVI avait consacrées à la belle et grande figure de Saint Jérôme, au cours des audiences générales des 7 et 14 novembre 2007.
C’est toujours un bonheur de relire et de méditer ces textes du grand Pape Benoît XVI, qui sont profonds et spirituels, d’une érudition sûre et solide, précis et rigoureux, toujours délicats et nuancés, véritablement nourrissants pour l’âme autant que pour l’intelligence…

Lionello Spada 1610 Saint Jérôme dans sa cellule

Saint Jérôme dans sa cellule – Lionello Spada (1610)

Résumé de la vie de de Saint Jérôme.
L’exemple que Saint Jérôme donne aux fidèles de tous les temps.

- Catéchèse du mercredi 7 novembre 2007 -

Chers frères et soeurs !

Nous porterons aujourd’hui notre attention sur saint Jérôme, un Père de l’Eglise qui a placé la Bible au centre de sa vie : il l’a traduite en langue latine, il l’a commentée dans ses œuvres, et il s’est surtout engagé à la vivre concrètement au cours de sa longue existence terrestre, malgré le célèbre caractère difficile et fougueux qu’il avait reçu de la nature.

Jérôme naquit à Stridon vers 347 dans une famille chrétienne, qui lui assura une formation soignée, l’envoyant également à Rome pour perfectionner ses études. Dès sa jeunesse, il ressentit l’attrait de la vie dans le monde (cf. Epître 22, 7), mais en lui prévalurent le désir et l’intérêt pour la religion chrétienne. Après avoir reçu le Baptême vers 366, il s’orienta vers la vie ascétique et, s’étant rendu à Aquilée, il s’inséra dans un groupe de fervents chrétiens, qu’il définit comme un « chœur de bienheureux » (Chron. ad ann. 374) réuni autour de l’Evêque Valérien. Il partit ensuite pour l’Orient et vécut en ermite dans le désert de Calcide, au sud d’Alep (cf. Epître 14, 10), se consacrant sérieusement aux études. Il perfectionna sa connaissance du grec, commença l’étude de l’hébreu (cf. Epître 125, 12), transcrivit des codex et des œuvres patristiques (cf. Epître 5, 2). La méditation, la solitude, le contact avec la Parole de Dieu firent mûrir sa sensibilité chrétienne. Il sentit de manière plus aiguë le poids de ses expériences de jeunesse (cf. Epître 22, 7), et il ressentit vivement l’opposition entre la mentalité païenne et la vie chrétienne : une opposition rendue célèbre par la « vision » dramatique et vivante, dont il nous a laissé le récit. Dans celle-ci, il lui sembla être flagellé devant Dieu, car  « cicéronien  et non chrétien » (cf. Epître 22, 30).

En 382, il partit s’installer à Rome : là, le Pape Damase, connaissant sa réputation d’ascète et sa compétence d’érudit, l’engagea comme secrétaire et conseiller ; il l’encouragea à entreprendre une nouvelle traduction latine des textes bibliques pour des raisons pastorales et culturelles. Quelques personnes de l’aristocratie romaine, en particulier des nobles dames comme Paola, Marcella, Asella, Lea et d’autres, souhaitant s’engager sur la voie de la perfection chrétienne et approfondir leur connaissance de la Parole de Dieu, le choisirent comme guide spirituel et maître dans l’approche méthodique des textes sacrés. Ces nobles dames apprirent également le grec et l’hébreu.

Après la mort du Pape Damase, Jérôme quitta Rome en 385 et entreprit un pèlerinage, tout d’abord en Terre Sainte, témoin silencieux de la vie terrestre du Christ, puis en Egypte, terre d’élection de nombreux moines (cf. Contra Rufinum 3, 22 ; Epître 108, 6-14). En 386, il s’arrêta à Bethléem, où, grâce à la générosité de la noble dame Paola, furent construits un monastère masculin, un monastère féminin et un hospice pour les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte, « pensant que Marie et Joseph n’avaient pas trouvé où faire halte » (Epître 108, 14). Il resta à Bethléem jusqu’à sa mort, en continuant à exercer une intense activité :  il commenta la Parole de Dieu ; défendit la foi, s’opposant avec vigueur à différentes hérésies ; il exhorta les moines à la perfection ; il enseigna la culture classique et chrétienne à de jeunes élèves ; il accueillit avec une âme pastorale les pèlerins qui visitaient la Terre Sainte. Il s’éteignit dans sa cellule, près de la grotte de la Nativité, le 30 septembre 419/420.

Sa grande culture littéraire et sa vaste érudition permirent à Jérôme la révision et la traduction de nombreux textes bibliques : un travail précieux pour l’Eglise latine et pour la culture occidentale. Sur la base des textes originaux en grec et en hébreu et grâce à la confrontation avec les versions précédentes, il effectua la révision des quatre Evangiles en langue latine, puis du Psautier et d’une grande partie de l’Ancien Testament. En tenant compte de l’original hébreu et grec, des Septante et de la version grecque classique de l’Ancien Testament remontant à l’époque pré-chrétienne, et des précédentes versions latines, Jérôme, ensuite assisté par d’autres collaborateurs, put offrir  une  meilleure traduction : elle constitue ce qu’on appelle la « Vulgate », le texte « officiel » de l’Eglise latine, qui a été reconnu comme tel par le Concile de Trente et qui, après la récente révision, demeure le texte « officiel » de l’Eglise de langue latine. Il est intéressant de souligner les critères auxquels ce grand bibliste s’est tenu dans son œuvre de traducteur. Il le révèle lui-même quand il affirme respecter jusqu’à l’ordre des mots dans les Saintes Ecritures, car dans celles-ci, dit-il, « l’ordre des mots est aussi un mystère » (Epître 57, 5), c’est-à-dire une révélation. Il réaffirme en outre la nécessité d’avoir recours aux textes originaux : « S’il devait surgir une discussion entre les Latins sur le Nouveau Testament, en raison des leçons discordantes des manuscrits, ayons recours à l’original, c’est-à-dire au texte grec, langue dans laquelle a été écrit le Nouveau Testament. De la même manière pour l’Ancien Testament, s’il existe des divergences entre les textes grecs et latins, nous devons faire appel au texte original, l’hébreu ; de manière à ce que nous puissions retrouver tout ce qui naît de la source dans les ruisseaux » (Epître 106, 2). En outre, Jérôme commenta également de nombreux textes bibliques. Il pensait que les commentaires devaient offrir de nombreuses opinions, « de manière à ce que le lecteur avisé, après avoir lu les différentes explications et après avoir connu de nombreuses opinions – à accepter ou à refuser -, juge celle qui était la plus crédible et, comme un expert en monnaies, refuse la fausse monnaie » (Contra Rufinum 1, 16).

Il réfuta avec énergie et vigueur les hérétiques qui contestaient la tradition et la foi de l’Eglise. Il démontra également l’importance et la validité de la littérature chrétienne, devenue une véritable culture désormais digne d’être comparée avec la littérature classique :  il le fit en composant le De viris illustribus, une œuvre dans laquelle Jérôme présente les biographies de plus d’une centaine d’auteurs chrétiens. Il écrivit également des biographies de moines, illustrant à côté d’autres itinéraires spirituels également l’idéal monastique ; en outre, il traduisit diverses œuvres d’auteurs grecs. Enfin, dans le fameux Epistolario, un chef-d’œuvre de la littérature latine, Jérôme apparaît avec ses caractéristiques d’homme cultivé, d’ascète et de guide des âmes.

Que pouvons-nous apprendre de saint Jérôme ?
Je pense en particulier ceci :  aimer la Parole de Dieu dans l’Ecriture Sainte. Saint Jérôme dit : « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ ». C’est pourquoi, il est très important que chaque chrétien vive en contact et en dialogue personnel avec la Parole de Dieu qui nous a été donnée dans l’Ecriture Sainte. Notre dialogue avec elle doit toujours revêtir deux dimensions : d’une part, il doit être un dialogue réellement personnel, car Dieu parle avec chacun de nous à travers l’Ecriture Sainte et possède un message pour chacun. Nous devons lire l’Ecriture Sainte non pas comme une parole du passé, mais comme une Parole de Dieu qui s’adresse également à nous et nous efforcer de comprendre ce que le Seigneur veut nous dire. Mais pour ne pas tomber dans l’individualisme, nous devons tenir compte du fait que la Parole de Dieu nous est donnée précisément pour construire la communion, pour nous unir dans la vérité de notre chemin vers Dieu. C’est pourquoi, tout en étant une Parole personnelle, elle est également une Parole qui construit une communauté, qui construit l’Eglise. Nous devons donc la lire en communion avec l’Eglise vivante. Le lieu privilégié de la lecture et de l’écoute de la Parole de Dieu est la liturgie, dans laquelle, en célébrant la parole et en rendant présent dans le Sacrement le Corps du Christ, nous réalisons la parole dans notre vie et la rendons présente parmi nous. Nous ne devons jamais  oublier  que  la Parole de Dieu transcende les temps. Les opinions humaines vont et viennent. Ce qui est très moderne aujourd’hui sera très vieux demain. La Parole de Dieu, au contraire, est une Parole de vie éternelle, elle porte en elle l’éternité, ce qui vaut pour toujours. En portant en nous la Parole de Dieu, nous portons donc en nous l’éternel, la vie éternelle.

Et ainsi, je conclus par une parole de saint Jérôme à saint Paulin de Nole. Dans celle-ci, le grand exégète exprime précisément cette réalité, c’est-à-dire que dans la Parole de Dieu, nous recevons l’éternité, la vie éternelle. Saint Jérôme dit : « Cherchons à apprendre sur la terre les vérités dont la consistance persistera également au ciel » (Epître 53, 10).

Bernardino Mei 1557-60 vision de Saint Jérôme

« Tu es cicéronien et non chrétien !  » : Vision de Saint Jérôme – Bernardino Mei (1557-1560)

L’extraordinaire richesse et variété des enseignements de Saint Jérôme.

- Catéchèse du mercredi 14 novembre 2007 -

Chers frères et sœurs,

Nous poursuivons aujourd’hui la présentation de la figure de saint Jérôme. Comme nous l’avons dit mercredi dernier, il consacra sa vie à l’étude de la Bible, au point d’être reconnu par l’un de mes prédécesseurs, le Pape Benoît XV, comme « docteur éminent dans l’interprétation des Saintes Ecritures ». Jérôme soulignait la joie et l’importance de se familiariser avec les textes bibliques :  « Ne te semble-t-il pas habiter – déjà ici, sur terre – dans le royaume des cieux, lorsqu’on vit parmi ces textes, lorsqu’on les médite, lorsqu’on ne connaît ni ne recherche rien d’autre ? » (Epître 53, 10). En réalité, dialoguer avec Dieu, avec sa Parole, est dans un certain sens une présence du Ciel, c’est-à-dire une présence de Dieu. S’approcher des textes bibliques, surtout du Nouveau Testament, est essentiel pour le croyant, car « ignorer l’Ecriture, c’est ignorer le Christ ». C’est à lui qu’appartient cette phrase célèbre, également citée par le concile Vatican II dans la Constitution Dei Verbum (n. 25).

Réellement « amoureux » de la Parole de Dieu, il se demandait : « Comment pourrait-on vivre sans la science des Ecritures, à travers lesquelles on apprend à connaître le Christ lui-même, qui est la vie des croyants » (Epître 30, 7). La Bible, instrument « avec lequel Dieu parle chaque jour aux fidèles » (Epître 133, 13), devient ainsi un encouragement et la source de la vie chrétienne pour toutes les situations et pour chaque personne. Lire l’Ecriture signifie converser avec Dieu : « Si tu pries – écrit-il à une noble jeune fille de Rome - , tu parles avec l’Epoux ; si tu lis, c’est Lui qui te parle » (Epître 22, 25). L’étude et la méditation de l’Ecriture rendent l’homme sage et serein (cf. In Eph., prol.). Assurément, pour pénétrer toujours plus profondément la Parole de Dieu, une application constante et progressive est nécessaire. Jérôme recommandait ainsi au prêtre Népotien : « Lis avec une grande fréquence les divines Ecritures ; ou mieux, que le Livre Saint reste toujours entre tes mains. Apprends-là ce que tu dois enseigner » (Epître 52, 7). Il donnait les conseils suivants à la matrone romaine Leta pour l’éducation chrétienne de sa fille : « Assure-toi qu’elle étudie chaque jour un passage de l’Ecriture… Qu’à la prière elle fasse suivre la lecture, et à la lecture la prière… Au lieu des bijoux et des vêtements de soie, qu’elle aime les Livres divins » (Epître 107, 9-12). Avec la méditation et la science des Ecritures se « conserve l’équilibre de l’âme » (Ad Eph., prol.). Seul un profond esprit de prière et l’assistance de l’Esprit Saint peuvent  nous  introduire à la compréhension de la Bible : « Dans l’interprétation des Saintes Ecritures, nous avons toujours besoin de l’assistance de l’Esprit Saint » (In Mich. 1, 10, 15).

Un amour passionné pour les Ecritures imprégna donc toute la vie de Jérôme, un amour qu’il chercha toujours à susciter également chez les fidèles. Il recommandait à l’une de ses filles spirituelles : « Aime l’Ecriture Sainte et la sagesse t’aimera ; aime-la tendrement, et celle-ci te préservera ; honore-la et tu recevras ses caresses. Qu’elle soit pour toi comme tes colliers et tes boucles d’oreille » (Epître 130, 20). Et encore :  « Aime la science de l’Ecriture, et tu n’aimeras pas les vices de la chair » (Epître 125, 11).

Pour Jérôme, un critère de méthode fondamental dans l’interprétation des Ecritures était l’harmonie avec le magistère de l’Eglise. Nous ne pouvons jamais lire l’Ecriture seuls. Nous trouvons trop de portes fermées et nous glissons facilement dans l’erreur. La Bible a été écrite par le Peuple de Dieu et pour le Peuple de Dieu, sous l’inspiration de l’Esprit Saint. Ce n’est que dans cette communion avec le Peuple de Dieu que nous pouvons réellement entrer avec le « nous » au centre de la vérité que Dieu lui-même veut nous dire. Pour lui, une interprétation authentique de la Bible devait toujours être en harmonieuse concordance avec la foi de l’Eglise catholique. Il ne s’agit pas d’une exigence imposée à ce Livre de l’extérieur ; le Livre est précisément la voix du Peuple de Dieu en pèlerinage et ce n’est que dans la foi de ce Peuple que nous sommes, pour ainsi dire, dans la juste tonalité pour comprendre l’Ecriture Sainte. Il admonestait donc :  « Reste fermement attaché à la doctrine traditionnelle qui t’a été enseignée, afin que tu puisses exhorter selon la saine doctrine et réfuter ceux qui la contredisent » (Epître 52, 7). En particulier, étant donné que Jésus-Christ a fondé son Eglise sur Pierre, chaque chrétien – concluait-il – doit être en communion « avec la Chaire de saint Pierre. Je sais que sur cette pierre l’Eglise est édifiée » (Epître 15, 2). Par conséquent, et de façon directe, il déclarait : « Je suis avec quiconque est uni à la Chaire de saint Pierre » (Epître 16).

Jérôme ne néglige pas, bien sûr, l’aspect éthique. Il rappelle au contraire souvent le devoir d’accorder sa propre vie avec la Parole divine et ce n’est qu’en la vivant que nous trouvons également la capacité de la comprendre. Cette cohérence est indispensable pour chaque chrétien, et en particulier pour le prédicateur, afin que ses actions, si elles étaient discordantes par rapport au discours, ne le mettent pas dans l’embarras. Ainsi exhorte-t-il le prêtre Népotien :  « Que tes actions ne démentent pas tes paroles, afin que, lorsque tu prêches à l’église, il n’arrive pas que quelqu’un commente en son for intérieur :  « Pourquoi n’agis-tu pas précisément ainsi ? » Cela est vraiment plaisant de voir ce maître qui, le ventre plein, disserte sur le jeûne; même un voleur peut blâmer l’avarice; mais chez le prêtre du Christ, l’esprit et la parole doivent s’accorder » (Epître 52, 7). Dans une autre lettre, Jérôme réaffirme : « Même si elle possède une doctrine splendide, la personne qui se sent condamnée par sa propre conscience se sent honteuse » (Epître 127, 4). Toujours sur le thème de la cohérence, il observe : l’Evangile doit se traduire par des attitudes de charité véritable, car en chaque être humain, la Personne même du Christ est présente. En s’adressant, par exemple, au prêtre Paulin (qui devint ensuite Evêque de Nole et saint), Jérôme le conseillait ainsi : « Le véritable temple du Christ est l’âme du fidèle:  orne-le, ce sanctuaire, embellis-le, dépose en lui tes offrandes et reçois le Christ. Dans quel but revêtir les murs de pierres précieuses, si le Christ meurt de faim dans la personne d’un pauvre ? » (Epître 58, 7). Jérôme concrétise :  il faut « vêtir le Christ chez les pauvres, lui rendre visite chez les personnes qui souffrent, le nourrir chez les affamés, le loger chez les sans-abris » (Epître 130, 14). L’amour pour le Christ, nourri par l’étude et la méditation, nous fait surmonter chaque difficulté : « Aimons nous aussi Jésus-Christ, recherchons toujours l’union avec lui : alors, même ce qui est difficile nous semblera facile » (Epître 22, 40).

Jérôme, défini par Prospère d’Aquitaine comme un « modèle de conduite et maître du genre humain » (Carmen de ingratis, 57), nous a également laissé un enseignement riche et varié sur l’ascétisme chrétien. Il rappelle qu’un courageux engagement vers la perfection demande une vigilance constante, de fréquentes mortifications, toutefois avec modération et prudence, un travail intellectuel ou manuel assidu pour éviter l’oisiveté (cf. Epîtres 125, 11 et 130, 15), et surtout l’obéissance à Dieu : « Rien… ne plaît autant à Dieu que l’obéissance…, qui est la plus excellente et l’unique vertu » (Hom. de oboedientia : CCL 78, 552). La pratique des pèlerinages peut également appartenir au chemin ascétique. Jérôme donna en particulier une impulsion à ceux en Terre Sainte, où les pèlerins étaient accueillis et logés dans des édifices élevés à côté du monastère de Bethléem, grâce à la générosité de la noble dame Paule, fille spirituelle de Jérôme (cf. Epître 108, 14).

Enfin, on ne peut pas oublier la contribution apportée par Jérôme dans le domaine de la pédagogie chrétienne (cf. Epîtres 107 et 128). Il se propose de former « une âme qui doit devenir le temple du Seigneur » (Epître 107, 4), une « pierre très précieuse » aux yeux de Dieu (Epître 107, 13). Avec une profonde intuition, il conseille de la préserver du mal et des occasions de pécher, d’exclure les amitiés équivoques ou débauchées (cf. Epître 107, 4 et 8-9 ; cf. également Epître 128, 3-4). Il exhorte surtout les parents pour qu’ils créent un environnement  serein  et joyeux autour des enfants, pour qu’ils les incitent à l’étude et au travail, également par la louange et l’émulation (cf. Epîtres 107, 4 et 128, 1), qu’ils les encouragent à surmonter les difficultés, qu’ils favorisent entre eux les bonnes habitudes et qu’ils les préservent d’en prendre de mauvaises car – et il cite là une phrase de Publilius Syrus entendue à l’école – « difficilement tu réussiras à te corriger de ces choses dont tu prends tranquillement l’habitude » (Epître 107, 8). Les parents sont les principaux éducateurs des enfants, les premiers maîtres de vie. Avec une grande clarté, Jérôme, s’adressant à la mère d’une jeune fille et mentionnant ensuite le père, admoneste, comme exprimant une exigence fondamentale de chaque créature humaine qui commence son existence : « Qu’elle trouve en toi sa maîtresse, et que sa jeunesse inexpérimentée regarde vers toi avec émerveillement. Que ni en toi, ni en son père elle ne voie jamais d’attitudes qui la conduisent au péché, si elles devaient être imitées. Rappelez-vous que… vous pouvez davantage l’éduquer par l’exemple que par la parole » (Epître 107, 9). Parmi les principales intuitions de Jérôme comme pédagogue, on doit souligner l’importance attribuée à une éducation saine et complète dès la prime enfance, la responsabilité particulière reconnue aux parents, l’urgence d’une sérieuse formation morale et religieuse, l’exigence de l’étude pour une formation humaine plus complète. En outre, un aspect assez négligé à l’époque antique, mais considéré comme vital par notre auteur, est la promotion de la femme, à laquelle il reconnaît le droit à une formation complète : humaine, scolaire, religieuse, professionnelle. Et nous voyons précisément aujourd’hui que l’éducation de la personnalité dans son intégralité, l’éducation à la responsabilité devant Dieu et devant l’homme, est la véritable condition de tout progrès, de toute paix, de toute réconciliation et d’exclusion de la violence. L’éducation devant Dieu et devant l’homme : c’est l’Ecriture Sainte qui nous indique la direction de l’éducation et ainsi, du véritable humanisme.

Nous ne pouvons pas conclure ces rapides annotations sur cet éminent Père de l’Eglise sans mentionner la contribution efficace qu’il apporta à la préservation d’éléments positifs et valables des antiques cultures juive, grecque et romaine au sein de la civilisation chrétienne naissante. Jérôme a reconnu et assimilé les valeurs artistiques, la richesse des sentiments et l’harmonie des images présentes chez les classiques, qui éduquent le cœur et l’imagination à de nobles sentiments. Il a en particulier placé au centre de sa vie et de son activité la Parole de Dieu, qui indique à l’homme les chemins de la vie, et lui révèle les secrets de la sainteté. Nous ne pouvons que lui être profondément reconnaissants pour tout cela, précisément dans le monde d’aujourd’hui.

Simon Vouet 1622-25 Saint Jérôme et l'ange

Saint Jérôme et l’ange – Simon Vouet (1622-1625)

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