Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2013-40. «Benoît Labre, c’est la contre-révolution en personne!»

16 avril, fête de Saint Benoît-Joseph Labre.

Nous avons vu ce qu’avaient été les derniers jours et la mort de Saint Benoît-Joseph Labre (ici > www). Voici maintenant quelques éléments de réflexion et de méditation, mettant en évidence les leçons que sa vie et ses exemples donnent aux fidèles d’aujourd’hui.

A la suite de la béatification du saint pèlerin et mendiant, célébrée à Rome le 20 mai 1860 par le Bienheureux Pie IX devant quelque 40000 fidèles, le diocèse d’Arras, Boulogne et Saint-Omer organisa un triduum solennel : le jour de la clôture de ces fêtes de béatification, le 18 juillet 1860, Monseigneur Louis-Edouard Pie, évêque de Poitiers et futur cardinal, prononça un splendide panégyrique qui occupe presque quarante pages à la fin du troisième volume de ses oeuvres complètes.

Il ne nous est bien sûr pas possible de reproduire ici cette magnifique oeuvre oratoire dans sa totalité ; toutefois je ne peux résister à la tentation d’en copier quelques morceaux choisis, extraits de la seconde partie de ce panégyrique, parce que – plus d’un siècle et demi après l’époque où ils furent prononcés dans la chaire de la cathédrale d’Arras et peut-être plus encore qu’alors – ils restent d’une saisissante actualité, au point qu’on pourrait dire que ce sont des paroles véritablement prophétiques.
En les lisant, il vous sera aisé d’établir des liens avec les circonstances actuelles de l’Eglise, du monde et de la France…

2013-40. «Benoît Labre, c'est la contre-révolution en personne!» dans Nos amis les Saints cardinal-edouard-pie

S.Exc. Mgr. Louis-Edouard Pie, évêque de Poitiers

« A ne considérer que toute une grande portion de l’humanité contemporaine, on pourrait dire, mes Frères, que le détrônement de la chose chrétienne est un fait accompli ; que la face du monde est changée, renouvelée ; que le christianisme a disparu sans retour, qu’il est vaincu, enterré, remplacé. Le christianisme, c’est l’édifice de la grâce s’élevant sur les ruines de la nature.
Or, le monde moderne, c’est la nature reprenant fastueusement ce qu’elle appelle ses droits, étalant hautement ses titres, dilatant sans réserve ses moyens d’action et de jouissance. Concupiscence de la chair, concupiscence des yeux, orgueil de la vie : voilà la triple puissance que le christianisme entend briser. Or, le monde moderne a cassé ce triple anathème ; et, des trois choses renversées par le Christ, il a fait la triple colonne du temple de l’humanité émancipée, le trépied de la chaire où elle trône et d’où elle rend ses oracles. Prêtez l’oreille à ses enseignements, et vous reconnaîtrez qu’elle a ses dogmes, sa morale, son culte, ses sacrements, ses béatitudes, son ciel, son enfer, qui forment l’exacte contre-partie de tout le système chrétien.
Il est vrai, dans ce temple nouveau, tout n’est pas encore harmonie. Au sein de ce vaste naturalisme, il reste des dissensions, des guerres intestines. En face du sensualisme repu qui jouit et qui veut conserver, se dresse le sensualisme affamé qui conspire et qui veut partager. Au-dessus du sensualisme abaissé qui s’arrête et se complaît dans la jouissance animale, s’élève le sensualisme raisonné qui veut devenir une doctrine et prétend à la dignité de l’idée. Conservatorisme donc et communisme ou socialisme ; spiritualisme et matérialisme ; libéralisme et despotisme ; déisme même et athéisme : tout cela, comme on le voit, forme un concert assez discordant, et présente la religion moderne sous des noms et des aspects assez divers. Mais enfin toutes ces nuances savent se rapprocher et se fondre ; toutes ces lignes aboutissent dans un cadre commun, toutes ces diversités se relient dans un même symbole, se rencontrent dans un même programme, à savoir, la supplantation de l’élément révélé par l’élément humain, la substitution des droits de l’homme aux droits du Christ et de Son Eglise, le triomphe du naturalisme sur le christianisme.
Aussi trouve-t-on de toutes parts le même patois sur toutes les lèvres, la même fièvre dans toutes les âmes. Civilisation, progrès, conquêtes de l’humanité ; industrie, spéculation, agiotage ; émancipation de l’esprit ou de la chair, sécularisation de la loi et du pouvoir : que sais-je? complétez un peu cette énumération, et vous aurez tout le bagage de mots, d’idées et d’aspirations qui font un homme de ce temps, véritable antipode de tout ce qui constitue la doctrine, la morale et la discipline chrétienne.
Or, mes Frères, à cette génération qui ne connaît, ne sert et n’adore que la nature, voici que la Providence vient opposer un phénomène inattendu. C’est un homme qui foule aux pieds tous les dons, tous les droits, tous les avantages même les plus légitimes de la nature, et qui embrasse volontairement et par vertu le genre de vie le plus opposé à la nature ; c’est un homme qui, prenant les préceptes et les conseils de l’Evangile pour la règle unique de son esprit et de ses actions, abandonne sa famille, son patrimoine, traite son corps en ennemi, épouse la pauvreté, l’abjection, le mépris, et ne vit ici-bas que pour Dieu ; c’est un homme qui immole complètement le sens humain et la prudence de la chair pour n’obéir qu’à la sagesse surnaturelle ; un homme qui prise si haut la virginale intégrité de la foi, la pureté de l’orthodoxie, qu’il ne peut supporter la rencontre d’un hérétique, et qu’il n’hésite point à tripler la fatigue d’un voyage pour éviter de mettre le pied sur une terre protestante. Et cet homme, que notre siècle serait si enclin à ne pas regarder, à dédaigner, à insulter, voici que, bon gré mal gré, notre siècle est obligé à lui prêter son attention. Car enfin, Dieu S’est encore réservé des moyens de Se faire entendre ; Sa voix a des accents qui dominent toujours tous les bruits de la terre (…).
C’est un principe de la science que les contraires sont guéris par les contraires. Tout était contesté dans le code moral de Jésus-Christ : voici ce code observé dans sa dernière rigueur. L’Evangile était déclaré absurde, impossible : le voici pratiqué au pied de la lettre. Le remède est proportionné au mal, la résistance à l’attaque. Seigneur tout-puissant, cette fois encore vous aurez choisi ce qu’il y a de plus faible pour confondre ce qu’il y a de plus fort (1 Cor. I,27). Le naturalisme, comme un fleuve qui a brisé toutes ses digues, allait engloutir la terre. Un humble serviteur de Dieu s’est levé pour repousser le torrent dévastateur. Benoît Labre a planté sur le sol son bâton de pèlerin ; et le flot s’est arrêté, et le naturalisme a fait un pas en arrière. »

(Oeuvres de Monseigneur l’Evêque de Poitiers – Tome III – pp. 663-666) 

st-benoit-joseph 18 juillet 1860 dans Vexilla Regis

Saint Benoît-Joseph pèlerin
(tableau de l’église d’Erin – Artois)

« (…) Le saint français de la seconde moitié du XVIIIe siècle sera issu des rangs de cette petite bourgeoisie, de cette condition moyenne, qui allait opérer la plus grande révolution qu’ait jamais vue  le monde. Mais sa carrière aura été à l’inverse de toutes les idées, de toutes les aspirations, de tous les entraînements de sa caste. Laissez-moi le dire ainsi : Benoît Labre, c’est le révolutionnaire retourné, c’est la contre-révolution en personne, c’est l’homme du XVIIIe et du XIXe au rebours. Aussi, ne le cherchez point parmi les philosophes ou les encyclopédistes, point parmi les constituants ou les conventionnels, point parmi les présidents de district ni parmi les patriotes renommés. Non, à l’heure où s’ouvriront les états généraux qui préluderont au renversement de la monarchie, à l’heure où la plus ancienne dynastie du monde descendra les marches du trône et gravira celles de l’échafaud, Benoît-Joseph, par une mort prématurée et par les prodiges accomplis autour de sa tombe ou dus à son invocation, aura déjà commencé à monter les degrés de l’autel sur lequel il doit être publiquement honoré au siècle suivant. Et les siens, durant les jours de la tempête, protégés par son souvenir et par leurs traditions héréditaires, figureront au dehors parmi les émigrés et les confesseurs de la foi, au dedans parmi les suspects et les recéleurs de prêtres.»

(ibid. p. 668)

amettes-maison-natale-calvaire béatification

Amettes : le grand calvaire érigé au sommet de la prairie devant la maison natale de Saint Benoît-Joseph

« Benoît Labre, ai-je dit, est une grande leçon donnée à un monde qui n’est plus chrétien. Oui, car la nature, aux yeux du monde actuel, est quelque chose de saint et sacré. Notre siècle s’indigne à l’idée que nous soyons dans un état de dégradation et de péché où la vie de la nature doive être refrénée, doive être circonscrite, doive être immolée, pour faire place à la vie de la grâce ; il va jusqu’à considérer comme un outrage au Créateur, comme un attentat et une insulte à Sa sagesse, la répression des sens, la mortification de la chair, la circoncision de l’esprit et du coeur, le retranchement du bien-être et des douceurs de la vie ; la première condition qu’il entend faire à la religion, c’est qu’elle restera compatible avec le plein usage de ce qu’il nomme les droits de la nature. Or, notre siècle aura beau faire et beau dire, la parole de Jésus-Christ restera dans toute sa force : « Si votre main ou votre pied vous est un sujet de scandale et une occasion de péché, coupez-les et jetez-les loin de vous ; car il vaut mieux pour vous d’entrer dans la vie manchot ou boiteux, que d’avoir deux mains ou deux pieds et d’être précipité dans le feu éternel. Et si votre oeil droit vous tend des pièges, arrachez-le et jetez-le loin de vous : car il vaut mieux pour vous qu’un de vos membres périsse, que si tout votre corps était jeté dans l’enfer » (Matth. V, 28-30 & XVIII, 8-9).
Ainsi a fait notre Bienheureux. Il ne s’est pas littéralement mutilé : il savait que telle n’est pas la signification de la sentence évangélique. mais tout ce qui, dans la vie naturelle, aurait pu le souiller, le pervertir, l’énerver, l’amoindrir, il l’a résolument abandonné et sacrifié. Il a su acheter la vie future aux dépens de la vie présente. C’est ainsi, par exemple, qu’aux dangers de la séduction que ses charmes naturels pouvaient faire naître, il n’hésita point à opposer ces dehors qui vous révoltent (…). Et, en pourvoyant ainsi à son propre salut, il a sciemment réagi contre une société sybarite, il a expié et réparé le sensualisme qui débordait dès lors dans le monde et jusque dans l’Eglise. Car, malgré son humilité, Benoît Labre a eu la conscience de son rôle ; il a compris qu’il était une victime, un contrepoids, et qu’il serait une leçon. C’est ce sentiment qui faisait sa force, comme il constitue sa vraie grandeur (…).

L’exemple de Benoît-Joseph est donc grandement opportun pour un monde qui avait cessé d’être chrétien. J’ai dit aussi, et je finis par là, qu’il vient à propos pour un monde qui ne l’est plus assez.
Beaucoup d’hommes de ce temps, mes Frères, non-seulement ne connaissent et ne pratiquent plus qu’un christianisme très imparfait, mais s’érigent en oracles et en docteurs pour canoniser ce christianisme appauvri.
A les en croire, l’Eglise chrétienne n’est plus et ne peut plus être qu’un grand institut mitigé, où la première intégrité de la règle ne saurait jamais renaître ; où les esprits les plus sages et les plus pratiques seront désormais les plus condescendants, ceux qui sauront faire la part du temps, et sacrifier quelque chose de l’antique dépôt dans le but de sauver le reste. Dans ce christianisme attempéré, les anciennes et larges thèses de la foi se laissent modestement mesurer les ailes au compas de la philosophie ; l’antique folie de la Croix se dissout, s’évapore, et, pour ainsi parler, se volatilise dans je ne sais quel creuset. Le droit public des âges chrétiens s’efface avec respect devant les grands principes, les principes réputés immortels de l’ère moderne ; et, quand il ne désavoue pas son origine et son passé, il confesse du moins la légitimité de sa défaite et proclame la supériorité de son vainqueur. La morale évangélique elle-même se prête à des complaisances, à des accomodements ; elle se laisse tirer, allonger en divers sens, à la façon de ces trames élastiques si usitées dans l’industrie actuelle. Enfin la discipline est sommée de retirer peu à peu toutes ses prescriptions gênantes pour la nature ; et volontiers on laisse entrevoir un progrès de la loi d’amour et de liberté dans l’abaissement de la loi d’expiation et de pénitence. Que sais-je, mes Frères? il y a ainsi toute une synthèse de théologie rajeunie, tout un évangile de nouvelle fabrique. Jugez si ces théories sont accueillies, si l’amolissement intellectuel et moral des âmes s’accomode de cette atténuation des doctrines et des pratiques, si la tendance naturaliste et semi-pélagienne de notre temps déguste et savoure avec plaisir ce christianisme édulcoré (…).

Mes Frères, ce que Jésus-Christ a fait par Lui-même, ce qu’Il a fait par Sa doctrine et par Sa vie, Il continue de le faire dans Son Eglise par la doctrine et par la vie de Ses saints. Un saint, à lui tout seul, fait reculer toute la génération contemporaine, il a raison contre tous, et il reste maître du terrain (…). Oui, un saint replace une vérité dans tout son jour, il la remet en crédit, il la venge, il la ressuscite, il la popularise.
Théophantes de je ne sais quelle nouvelle ère chrétienne, faites de la théologie de transaction et d’accommodement ; montrez-nous votre Eglise réformée ou transformée ; tracez-nous le programme d’un nouveau régime religieux ; acclamez comme une forme perfectionnée du progrès chrétien les axiomes et les principes que Rome repousse ; donnez des armes à ses adversaires et aux vôtres en caressant des utopies tout à fait analogues à celles dont ils poursuivent l’application ; mettez-vous en quête d’un second Charlemagne dont la gloire sera d’avoir assujetti l’Eglise aux exigences de l’idée moderne, comme ce fut la gloire du premier d’avoir organisé la société laïque en conformité avec l’idée chrétienne, alors toute puissante ; jetez vos sarcasmes ingénieux aux défenseurs d’une orthodoxie arriérée ; enfin, lancez-vous dans mille témérités de mots, d’idées et de systèmes. La Providence, qui vous voit faire et qui vous entend dire, nous envoie au même instant un chrétien de la plus dure trempe et du plus rude calibre ; un chrétien de la vieille espèce, qui immole toute la sagesse humaine devant la folie de la Croix, qui bâtit le règne de la grâce sur les débris de la nature, qui soumet son intelligence sans réserve à l’autorité de la foi et de l’Eglise, qui dit solennellement anathème à l’esprit du monde, à ses pompes et à ses oeuvres. Et tandis que cet homme fait ainsi revivre dans sa personne toute la première austérité de la croyance, toute la première vigueur de la pratique chrétienne, le Ciel vient mettre sur sa tête la sanction du miracle, l’Eglise vient y mettre la sanction de son culte.
Tous vos raisonnements, toutes vos susceptibilités, tous vos ménagements et vos compromis viendront échouer là (…).
Tant pis pour les programmes de conciliation, pour les théories d’économie religieuse et sociale dont le cadre ne comporterait pas une existence comme celle de notre Bienheureux. C’est par des coups de cette portée que Dieu sauve intégralement dans le monde Son esprit, Sa vérité, Sa loi ; c’est ainsi qu’Il fait acte conservatoire, qu’Il empêche et arrête la prescription. Force reste à l’Evangile et à la Croix de Jésus-Christ (…)».

(Ibid. pp. 675-680)

portrait-via-dei-serpenti contre-révolution

Portrait de Saint Benoît-Joseph au-dessus de l’autel de la chapelle aménagée dans la chambre où il mourut dans la maison du boucher Zaccarelli (via dei Serpenti)

« Benoît Labre est un saint, il a été un héros, il a été presque un martyr, il est un thaumaturge. Mais, dans le plan d’En-Haut, il est en outre un docteur. Il l’est à notre profit à tous.
Est-ce que, même chez les âmes chrétiennes, même dans les ministres du sanctuaire, l’estime de la pénitence, la pratique de la pénitence, l’esprit de la pénitence n’aurait pas faibli dans ces derniers temps?
Est-ce que les privations, les veilles, les jeûnes volontaires ne seraient pas sortis des habitudes de ceux-là même qui veulent servir Dieu et sauver leur âme?
Est-ce que l’efficacité même des sacrements ne serait pas souvent compromise par l’absence de la vertu de pénitence?
Est-ce que l’enfer ne se peuplerait pas de nos immortifications?
Notre Bienheureux n’a-t-il pas dit que le manque de contrition et de satisfaction y fait descendre à toute heure les âmes par milliers, comme tombent les flocons de neige dans un jour d’hiver?
Merci, ô Bienheureux Benoît, merci de vos instructions, merci de vos exemples qui resteront pour nous des leçons (…).

Merci pour nous donc. Merci aussi pour l’Eglise. O Sainte Eglise de Dieu, on avait dit que vous étiez trop affaiblie pour produire des chrétiens comme ceux d’autrefois, pour refaire des ascètes comme ceux du désert, on vous croyait réduite à ne plus donner que des avortons. Vous voici revenue à votre première puissance, vous n’avez rien perdu de votre énergique fécondité, vous savez encore enfanter des pénitents dignes de vos plus belles années.
O Seigneur Jésus, dans ce visage amaigri de notre Benoît-Joseph, dans ces joues hâves et creuses, sur ce front couvert de rides prématurées, ce que j’aime et ce que je vénère avec transport, c’est le visage de Votre Eglise, qui ne vieillit point, elle, qui n’a ni taches ni rides, et qui sait retrouver jusqu’à la fin d’admirables retours de jeunesse et de virilité (…). » 

(Ibid. pp. 680-681)

cesare-tiazzi-buste-de-benoit-joseph-labre-realise-en-1784 Monseigneur Pie

Cesare Tiazzi : buste de Benoît-Joseph Labre réalisé en 1784 (année qui suivit sa mort)
d’après les descriptions de ceux qui l’avaient connu à la fin de sa vie.

2013-39. 16 avril 1783 – 16 avril 2013 : deux-cent-trentième anniversaire de la mort de Saint Benoît-Joseph Labre.

Mardi 16 avril 2013,
Fête de Saint Benoît-Joseph Labre
et 230ème anniversaire de sa mort.

Contrairement à ce que certains voudraient laisser penser, la Sainte Eglise Catholique Romaine n’a pas attendu l’année 2013 pour magnifier l’esprit de pauvreté – objet de la première des béatitudes – , pour recommander à tous ses enfants de vivre l’authentique pauvreté évangélique (qui n’a rien à voir avec certains prétendus dépouillements, très ostentatoires), et pour être attentive à soulager, selon ses possibilités, les pauvretés spirituelles et matérielles.

Chaque 16 avril, c’est toujours avec une très grande joie spirituelle et ferveur que nous fêtons Saint Benoît-Joseph Labre, le saint pèlerin, le saint mendiant, dont la vie et les exemples sont le très exact antidote de l’esprit et des moeurs de ces pseudo Lumières qui ont enténébré tant d’hommes et de sociétés depuis trois siècles.

Cette année 2013 marquant le deux-cent-trentième anniversaire de la mort de Saint Benoît-Joseph, il m’a paru opportun de vous résumer ci-dessous le récit de cette mort, telle qu’elle nous a été rapportée par les contemporains.

Lully.    

2013-39. 16 avril 1783 - 16 avril 2013 : deux-cent-trentième anniversaire de la mort de Saint Benoît-Joseph Labre. dans De liturgia cavallucci-st-benoit-joseph-labre

Portrait authentique de Saint Benoît-Joseph Labre, par Antonio Cavallucci

Le dimanche des Rameaux 13 avril 1783, comme il en avait l’habitude, Benoît-Joseph, après s’être confessé, fit ses Pâques à la basilique patriarcale Sainte-Marie-Majeure.
Après une longue action de grâces, il se rendit à Sainte-Praxède pour entendre une autre Messe.

Ce même jour, dans l’après-midi, une femme qui le connaissait le rencontra à Sainte-Croix-en-Jérusalem ; effrayée et attristée de son état de santé, elle lui dit d’un ton compatissant : «Vous êtes bien mal, Benoît, vous vous en allez?» Le serviteur de Dieu, levant un peu la tête et croisant les mains, lui répondit par deux fois : «A la volonté de Dieu!» Il paraissait réjoui de cette question, lui dont la prière favorite était : «Appelez-moi, Jésus! Appelez-moi, afin que je vous voie!»

Le lundi saint 14 avril, le Bienheureux se traîna de grand matin à Sainte-Marie-des-Monts, car il eût souhaité expirer sous les yeux de la Madone miraculeuse que l’on vénère dans cette basilique à laquelle il était particulièrement attaché. Il passa la matinée en prière mais, vaincu par la faiblesse, il se vit obligé de sortir, laissant son bréviaire et son chapelet. S’en apercevant, un prêtre, l’abbé Mélis, lui rapporta ces objets et l’exhorta à se laisser conduire à l’hôpital, où il serait bien accueilli. Ce n’était pas la première fois que ce conseil lui était donné, mais Benoît avait toujours décliné cette offre charitable car il n’eût plus eu alors la liberté d’exercer ses pénitences, ni de faire ses visites accoutumées aux sanctuaires qu’il chérissait.
Rassemblant ses maigres forces, Benoît se rendit à Saint-Ignace où il avait résolu de faire la sainte communion. Le prêtre, Don Luigi Balducci, qui s’apprêtait à célébrer, fut frappé à la vue de ce pauvre mendiant qui priait à la balustrade avec une ferveur extraordinaire ; il ne pouvait en détourner son regard. On vint alors lui demander de consacrer une petite hostie en plus de celle du célébrant : « Ah! se dit-il, si elle était réservée à ce saint pauvre…»
Il le communia, en effet, et avoua que jamais il n’avait célébré la Messe avec plus de ferveur et de joie. La piété du saint était communicative.

Mardi saint 15 avril, malgré une faiblesse excessive, Benoît Joseph se mit en route, selon son habitude. Pris de syncope, il tomba à l’entrée de l’église du Pascolo ; on eût dit qu’il allait rendre l’âme. Il se releva pourtant et se dirigea vers Sainte-Praxède et, avant d’y entrer, il acheta une mesure de vinaigre qu’il but avidement, faisant aux gens de la maison stupéfaits cette réponse : «Il y a quelqu’un qui en a bu avant moi, et qui, dans cette semaine, a souffert bien plus que moi pour l’amour et le salut des hommes».
Le soir, sur les quatre heures, Benoît revint à Sainte-Marie-des-Monts. Ne tenant plus debout, il dut s’allonger sur les marches pour attendre que l’on ouvrit les portes (en effet à Rome beaucoup d’églises sont fermées depuis midi ou 13h jusque vers 16h).
Le boucher Zaccarelli, qui avait beaucoup d’amitié pour Benoît et qui passait par là, lui offrit un cordial. Benoît, pouvant à peine parler, remercia d’un signe de tête mais n’accepta pas.

Le mercredi saint 16 avril, Benoît revint, mais à grand peine, vers cette église Sainte-Marie des-Monts qu’il affectionnait tant. Il y entendit la Messe, suivant avec émotion le récit de la Passion selon Saint Luc. Les assistants dirent qu’il donnait l’impression de ressentir si vivement les poignantes douleurs du Christ qu’ils avaient craint de le voir expirer avant la fin du Saint Sacrifice.
A la fin de la Messe en effet, il fut comme suffoqué. La respiration lui manquant, il se traîna dans la rue pour éviter un complet évanouissement. Un groupe de fidèles se forma autour de lui. Chacun s’offrait à le soulager, à le recevoir dans sa maison ; quelqu’un proposa de le conduire à l’hôpital.
Benoît demeurait en silence, se recommandant à Dieu. Le boucher Zaccarelli, qui venait de faire ses Pâques à l’église paroissiale de Saint-Sauveur, s’arrêta, reconnut son pauvre ami, et hasarda : «Benoît, vous êtes bien mal, il faut vous soigner ; voulez-vous venir chez moi?» Le moribond, entendant cette voix amie, leva les yeux et dit : «Chez vous? — Oui, chez moi. — Dans votre maison? je veux bien!»
Le charitable boucher appela le plus jeune de ses fils et un compagnon de celui-ci ; ils soutinrent Benoît et l’emmenèrent dans sa demeure qui était toute proche. Mais en y arrivant, un autre obstacle se présenta, l’escalier était trop étroit pour laisser passage à trois hommes de front. Le fils du boucher chargea donc le moribond sur ses épaules. Il le déposa sur un siège, à l’étage, dans la première chambre, dans laquelle se trouvait la femme Zaccarelli, alitée depuis un mois : «Mon pauvre Benoît, s’écria-t-elle, comme vous êtes malade!»

Puis on le fit passer dans la seconde pièce et on voulut le faire mettre au lit. Après une certaine résistance, Benoît-Joseph y consentit, mais à condition qu’il n’y serait pas déshabillé. Il fallut respecter ce désir.
Le bon Zaccarelli s’occupa alors de procurer à son hôte agonisant les soins spirituels et corporels dont il avait besoin. En l’absence de son confesseur habituel, on fit appeler le Père Piccilli. Ce religieux, admirateur du saint pauvre n’avait pas craint de faire, en chaire, l’éloge du «nouvel Alexis» qui bientôt, avait-il dit, «irait faire ses Pâques en paradis».
Le Père Piccilli, en arrivant auprès du malade, lui demanda : «Mon cher Benoît, voulez-vous quelque chose? — Rien, rien, répondit le malade, sans ouvrir les yeux. — Y a-t-il longtemps que vous n’avez communié? — Peu, peu». Ce furent les dernières paroles du moribond.
Son pouls était irrégulier, à peine sensible, sa bouche fermée et les dents serrées, les yeux clos et immobiles, la sueur lui inondait le visage, tandis que les parties inférieures se refroidissaient peu à peu. Tout espoir de lui donner le saint Viatique étant perdu, on ne put que lui administrer l’Extrême-Onction. Plusieurs fois, on lui présenta le Crucifix à baiser, et chaque fois l’on vit s’entr’ouvrir ses paupières et regarder avec ferveur Jésus crucifié.
A partir de deux heures de l’après-midi, Benoit ne donna plus signe d’intelligence des choses sensibles.

La maison des Zaccarelli s’emplissait de monde ; un religieux silence régnait dans l’assemblée, interrompu seulement par la récitation des Litanies des Saints et des autres prières des agonisants. Enfin à huit heures du soir, au moment où l’assistance prononçait l’invocation : «Sainte Marie, priez pour lui», le visage du pauvre pèlerin devint livide et il rendit paisiblement son âme à Dieu sans le moindre râle.

Le prêtre qui se tenait auprès de lui lui ferma la bouche et les yeux. Or à peine Benoît-Joseph venait-il d’expirer, que toutes les cloches de la ville se mirent à sonner : c’était l’heure qui avait été décrétée par le Pape Pie VI pour appeler les fidèles à réciter trois fois le Salve Regina afin d’obtenir la puissante protection de Marie en faveur du Saint-Siège. Cette coïncidence apparut comme providentielle à tous ceux qui se trouvaient là : comme si Dieu avait voulu anticiper la proclamation de la sainteté de Benoît par Son Eglise.
On raconte. à ce sujet qu’un certain Rinaldi, plein d’admiration pour Benoît Labre, avait dit plusieurs fois : «Celui-ci, quand il mourra, fera sonner toutes les cloches!» Or ce soir-là, lorsqu’il les entendit et bien qu’il fût point du nombre de ceux qui étaient présents auprès du mourant, il s’écria : «Il n’y a pas autre chose, Benoît est mort!»
D’autre part, au même instant encore, à la voix retentissante des cloches vinrent s’unir celles d’une troupe d’enfant qui, mus par une inspirations surnaturelle, sortirent des maisons  et parcoururent les rues de Rome en criant : «E morto, il santo : le saint est mort! Le saint est mort!»

gisant-st-benoit-joseph-labre-a-ste-marie-des-monts 16 avril dans Nos amis les Saints

Gisant de Saint Benoît-Joseph Labre, recouvrant son tombeau
(basilique de Sainte-Marie des Monts – Rome)

Saint Benoît-Joseph Labre
(jour de la canonisation)

Comme l’Église est bonne en ce siècle de haine,
D’orgueil et d’avarice et de tous les péchés,
D’exalter aujourd’hui le caché des cachés,
Le doux entre les doux à l’ignorance humaine

Et le mortifié sans pair que la Foi mène,
Saignant de pénitence et blanc d’extase, chez
Les peuples et les saints, qui, tous sens détachés,
Fit de la Pauvreté son épouse et sa reine,

Comme un autre Alexis, comme un autre François,
Et fut le Pauvre affreux, angélique, à la fois
Pratiquant la douceur, l’horreur de l’Évangile !

Et pour ainsi montrer au monde qu’il a tort
Et que les pieds crus d’or et d’argent sont d’argile,
Comme l’Église est tendre et que Jésus est fort !

Paul Verlaine ( in « Souvenirs » – 1881)

relique-st-benoit-joseph-labre 1783

Médaillon renfermant une parcelle des ossements de Saint Benoît-Joseph Labre
(oratoire du Mesnil-Marie)

On trouvera ici un résumé de la vie de Saint Benoît-Joseph Labre,
ainsi que les litanies composées en son honneur et quelques autres prières > www

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints |on 15 avril, 2013 |2 Commentaires »

2013-31. Le Sang du Christ accorde, pour les siècles des siècles, le pardon à ceux qui se repentent.

Sermon de notre glorieux Père Saint Augustin
sur
la Passion du Sauveur et les deux larrons

* * *

2013-31. Le Sang du Christ accorde, pour les siècles des siècles, le pardon à ceux qui se repentent. dans De liturgia titien-le-christ-et-le-bon-larron

Titien : le Christ et le bon larron

§ 1. Jésus, qui ne S’est pas défendu Lui-même, S’est suscité un avocat en la personne du larron repentant. Que s’est-il donc passé dans le coeur de ce brigand pour qu’il se convertisse sur la croix?

Le Seigneur Jésus était attaché à la croix, les Juifs blasphémaient, les princes ricanaient, et bien que le sang des victimes tombées sous ses coups ne fût pas encore desséché, le larron lui rendait hommage ; d’autres secouaient la tête en disant : « Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même! » (Matth. XXVII, 10).
Jésus ne répondait pas, et, tout en gardant le silence, Il punissait les méchants. Pour la honte des Juifs, le Sauveur ouvre la bouche à un homme qui doit plaider Sa cause ; cet homme n’est autre qu’un larron, crucifié comme Lui ; car deux larrons avaient été crucifiés avec Lui, l’un à Sa droite, l’autre à Sa gauche. Au milieu d’eux se trouvait le Sauveur. C’était comme une balance parfaitement équilibrée, dont un plateau élevait le larron fidèle, dont l’autre abaissait le larron incrédule qui l’insultait à Sa gauche. Celui de droite s’humilie profondément : il se reconnaît coupable au tribunal de sa conscience, il devient, sur la croix, son propre juge, et sa confession fait de lui un docteur. Voici sa première parole, elle s’adresse à l’autre brigand : « Ni toi, non plus, tu ne crains pas? » (
Luc, XXI,  I, 3).
Hé quoi, larron! tout à l’heure tu volais, et maintenant tu reconnais Dieu ; tout à l’heure tu étais un assassin, et maintenant tu crois au Christ?
Dis-nous donc, oui, dis-nous ce que tu as fait de mal ; dis-nous ce que tu as vu faire de bien au Sauveur?
Nous, nous avons tué des vivants, et, Lui, Il a rendu la vie aux morts ; nous, nous avons dérobé le bien d’autrui, et, Lui, Il a donné tous Ses trésors à l’univers ; et Il S’est fait pauvre pour me rendre riche.

Il discute avec l’autre larron : Jusqu’ici, dit-il, nous avons marché ensemble pour commettre le crime. Offre ta croix, on t’indiquera le chemin à suivre, si tu veux vivre avec moi. Après avoir été mon collègue dans la voie du crime, accompagne-moi jusqu’au séjour de la vie ; car cette croix, c’est l’arbre de vie. David a dit en l’un de ses psaumes : « Dieu connaît les sentiers du juste, et la voie de l’impie conduit à la mort » (Ps. I, 6).

titien-le-christ-et-le-bon-larron-detail-3 bon larron dans Lectures & relectures

§ 2. La prière du larron manifeste qu’il a été illuminé par la foi. La réponse du Christ va bien au-delà de ce que le larron a demandé dans sa prière.

Après sa confession, il se tourne vers Jésus : « Seigneur, Lui dit-il, souvenez-Vous de moi, lorsque Vous serez arrivé en Votre Royaume! » (Ps. XXIII, 42).
Je ne savais comment dire au larron : Pour que le Christ se souvienne de toi, quel bien as-tu fait? A quelles bonnes oeuvres as-tu employé ton temps? Tu n’as fait que du mal aux autres, tu as versé le sang de ton prochain, et tu oses dire « Souvenez-vous de moi! »
Larron, tu es devenu le compagnon de ton Maître, réponds donc : J’ai reconnu mon Maître, au milieu des ignominies de mon supplice ; aussi ai-je le droit d’attendre de Lui une récompense. Qu’Il soit cloué à une croix, peu m’importe! je n’en crois pas moins que Sa demeure, que le trône de Sa justice est dans le Ciel.
« Seigneur, dit-il, souvenez-Vous de moi, lorsque Vous serez arrivé en Votre Royaume!»
Le Christ n’avait ouvert la bouche ni en présence de Pilate, ni devant les princes des prêtres : de Ses lèvres si pures n’était tombé aucun mot de réponse à l’adresse de Ses ennemis, parce que leurs questions n’étaient pas dictées par la droiture.
Et voilà qu’Il parle au larron sans Se faire attendre, parce que celui-ci Le prie avec simplicité : « En vérité, en vérité, Je te le dis : aujourd’hui même tu seras avec Moi dans le paradis » (
Luc, XXIII, 13).
Hé quoi, larron? tu as demandé une faveur pour l’avenir, et tu l’as obtenue pour le jour même! Tu dis : « Lorsque Vous arriverez en Votre Royaume », et, pas plus tard qu’aujourd’hui, Il te donne une place au paradis!

titien-le-christ-et-le-bon-larron-detail-1 conversion dans Nos amis les Saints

§ 3. De quelle manière le larron a reçu la grâce du saint baptême.

Mais comment expliquer ceci? Le Christ promet la vie au larron, et le larron n’a pas encore reçu la grâce? Le Seigneur dit en son saint Evangile : « Quiconque ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit-Saint ne peut entrer dans le Royaume des cieux » (Jean, III, 5). Et le temps ne permet pas de baptiser le larron.
Dans sa miséricorde, le Rédempteur imagine à cela un remède.
Un soldat s’approche ; d’un coup de lance, il ouvre le côté du Christ, et de cette plaie « s’échappent du sang et de l’eau » (
Jean XIX, 31) qui rejaillissent sur les membres du larron.
L’apôtre Paul a dit ceci : « Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de l’aspersion de ce Sang qui parle plus haut que celui d’Abel » (
Hébr. XII, 22-24). Pourquoi le Sang du Christ parle-t-il plus haut que celui d’Abel? Parce que le sang d’Abel accuse un parricide, tandis que celui du Christ innocente l’homicide et accorde, pour les siècles des siècles, le pardon à ceux qui se repentent. Ainsi soit-il!

titien-le-christ-et-le-bon-larron-detail pardon

2013-26. Ite ad Ioseph!

Allez à Joseph!
(Genèse XLI, 55)

2013-26. Ite ad Ioseph! dans Bandes dessinées saintjoseph05copie

« Ite ad Joseph : Allez à Joseph! », disait Pharaon à ceux de ses sujets qui commençaient à sentir les attaques de la famine et de la misère (Gen. XLI, 55).
« Allez à Joseph! » Ces mêmes paroles de l’Ancien Testament, la tradition spirituelle de la Sainte Eglise les reprend pour désigner à notre attention celui qui est le Patriarche du Nouveau Testament : Saint Joseph, époux virginal de la Très Sainte Mère de Dieu et père adoptif du Verbe Incarné.

« Allez à Joseph! », vous que la faim des biens spirituels tenaille, car il tient en main les clefs d’abondantes réserves de nourriture pour vos âmes!
« Allez à Joseph! », vous qui éprouvez la sécheresse, et parfois même du dégoût, pour la prière, car il est un maître d’oraison et de contemplation, lui qui a vécu silencieux et recueilli dans l’intimité de Jésus et de Marie!
« Allez à Joseph! », vous qui ressentez dans votre corps la rébellion de la chair et l’aiguillon de la concupiscence, car celui qui fut le très chaste gardien de la virginité de Notre-Dame et le protecteur de l’Agneau sans tache, vous obtiendra des forces pour lutter contre les passions honteuses!
« Allez à Joseph! », vous qui êtes écartelés entre votre attrait pour Dieu et les sollicitations du monde, car il a le pouvoir d’affermir vos bonnes résolutions et de dissiper les illusions des biens qui passent!
« Allez à Joseph! », vous qui êtes aux prises avec les insistantes suggestions de l’orgueil, de l’égoïsme, de l’avoir, de la jalousie, de la vanité, du mensonge… etc., car il est la terreur des démons et il vous aidera à repousser la tentation!
« Allez à Joseph! », vous que le découragement assaille, vous faisant soupirer « à quoi bon? », car il fortifiera votre âme pour le combat, lui communiquant courage, persévérance et patience!
« Allez à Joseph! », vous que les soucis matériels rongent et plongent parfois dans l’angoisse, car il fut celui auquel le Dieu Très-Haut confia la mission de subvenir au logement et à la nourriture quotidienne de ceux qui Lui étaient les plus chers ici-bas!
« Allez à Joseph! », vous qui êtes accablés par la maladie ou qui peinez sous le poids des ans, il saura bien vous apporter quelque consolation ou soulagement, lui qui vécut ses dernières années, ses derniers instants, soutenu par Jésus et Marie!

En tous vos besoins, dans tous les orages : « Allez  à Joseph! Recourrez à Joseph! Et tout ce qu’il vous dira, faites-le! » (Gen. XLI, 55).
Vous trouverez toujours en lui un intercesseur puissant, un protecteur attentionné, un dispensateur généreux des grâces qui lui furent confiées : « Constituit eum dominum domus suae, et principem omnis possessionis suae : le Roi du Ciel l’a établit maître de sa maison et prince sur tous ses biens! » (Ps. CIV, 21).
Par dessus tout, « Allez à Joseph! » pour trouver en lui un modèle entraînant de l’amour fort, solide, tout à la fois tendre et spirituel, dans lequel s’accomplit la plénitude de la loi, dans lequel est portée à sa perfection la substance même du christianisme!

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

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Prières et dévotion à Saint Joseph dans les pages de ce blogue :
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2013-19. Aubenas, 7 février 1593 : les premiers martyrs de la Compagnie de Jésus en France.

7 février.

Dans le diocèse de Viviers (ainsi que dans la Compagnie de Jésus), le 7 février, est célébrée la fête des Bienheureux Jacques Salès et Guillaume Saultemouche, premiers membres de la Compagnie de Jésus à avoir reçu la palme du martyre en France.
C’était le dimanche 7 février 1593 – il y a donc 420 ans en cette année 2013 – et cela se passait à Aubenas, petite ville du Vivarais.

2013-19. Aubenas, 7 février 1593 : les premiers martyrs de la Compagnie de Jésus en France. dans De liturgia aubenas-profil-de-la-cite

Silhouette de la vieille ville d’Aubenas (état actuel)

A – Le diocèse de Viviers à la fin du XVIe siècle.

Il semblerait que les erreurs calvinistes aient commencé à pénétrer dans le diocèse de Viviers (dont les contours sous l’Ancien Régime n’étaient pas ceux de l’actuel département de l’Ardèche) autour de 1530.
Leur propagation fut favorisée par le fait que, pendant presque trente ans (1554- 1583), les évêques qui se succédèrent sur le siège épiscopal de Viviers ne résidèrent pas – ou presque pas – dans leur diocèse.

De laborieux estimations, recherches et calculs ont permis à certains historiens d’avancer qu’en 1573 il n’y avait guère plus de vingt prêtres en activité dans ce diocèse qui comptait alors quelque 210 paroisses.
La suppression des ordinations, consécutive à l’absence des évêques, n’en est pas la seule cause.
Il y eut -hélas! – des clercs qui apostasièrent ; il y eut aussi, à la faveur des luttes armées, de nombreux massacres dont les récits ou les traditions orales ont conservé le souvenir : pillages de monastères, supplices ou mutilations atroces infligés aux religieux, massacres de prêtres… etc.
L’ignorance religieuse se développant, du fait de l’absence des pasteurs, fit le lit des doctrines prétendument évangéliques des prédicants calvinistes.

Ajoutons à cela la misère matérielle ; une enquête conduite par un juge royal au cours de l’été 1573 montre que les trois quarts des bénéfices du diocèse avaient été spoliés par les huguenots, ôtant tout moyen de subsistance aux clercs : « Contrainctz d’aller mendier leur povre vie chez leurs parents et amys et d’abandonner les lieux de leurs bénéfices (…) beaucoup se sont retirés dans le petit nombre des villes qui sont encore sous l’obéyssance de Sa Majesté », souvent loin du diocèse.

Les édifices du culte avaient  été encore plus maltraités que leurs desservants. En cette même année 1573, un percepteur de décimes (taxes exceptionnelles perçues par le Roi sur les revenus du clergé) auquel sa charge imposait de circuler dans tout le Vivarais, déclare que « de toutes les églises et maisons presbytérales et claustrales du présent diocèse » il n’en connaît que trois ou quatre debout et qu’en de nombreux lieux « tout a été ruiné et aboli ».
Une dizaine d’années plus tard, lorsque Monseigneur Jean de l’Hostel (évêque de septembre 1575 à avril 1621) put prendre en mains la conduite de son diocèse, il délégua son grand vicaire, Nicolas de Vesc, pour une grande enquête et visite de ses églises ; la relation de Nicolas de Vesc porte sur quatre-vingt-cinq paroisses et égrène une longue et désolante litanie : « église ruinée, sans porte et sans autel », « église polluée », « église rompue », « détruite », « démolie », « renversée », « brisée par terre », « brûlée », « rasée »… etc.

Dépourvu de prêtres, dépouillé de la majorité de ses lieux de culte, champ libre laissé à la prédication de l’hérésie, le diocèse de Viviers était donc dans une très grande détresse matérielle et spirituelle.

Toutefois sous le pontificat de Monseigneur de l’Hostel, à partir de 1583, s’exprime une véritable volonté de reconquête des âmes et de restauration.
Dans cette perspective, les prêtres restés en place, avec les encouragements de leur évêque, ne vont pas hésiter à faire appel à des congrégations religieuses ferventes et dynamiques : en particulier, la Compagnie de Jésus.

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Le Bienheureux Jacques Salès (1556-1593)
prêtre de la Compagnie de Jésus. 

B – Le Révérend Père Jacques Salès et le Frère Guillaume Saultemouche.

Jacques Salès (orthographe qui prévaut à l’heure actuelle mais souvent écrit Salez à l’époque) est né le 21 mars 1556, à Lezoux, petite ville du diocèse de Clermont (entre Clermont-Ferrand et Thiers).
Son père était maître d’hôtel de Monseigneur Guillaume Duprat, évêque de Clermont qui participe au concile de Trente et s’efforce d’en appliquer les réformes dans son diocèse. Monseigneur Duprat est un ami et un admirateur des premiers jésuites : il favorise leur introduction au Royaume de France. C’est ainsi qu’il leur donne son hôtel particulier à Paris, l’Hôtel de Clermont, pour qu’ils y fondent un collège, le fameux Collège de Clermont (1550). Il fonde d’autres collèges jésuites, à Billom (1556) et à Mauriac.

Le jeune Jacques Salès, orphelin de mère alors qu’il est en bas âge, grandit dans un milieu de grande ferveur religieuse et de profonde éducation à la vertu.
A l’âge de 13 ans, grâce à la recommandation de Monseigneur Antoine de Saint-Nectaire, successeur de Monseigneur Duprat sur le siège épiscopal de Clermont, il est admis gratuitement au collège des jésuites de Billom.
Il est ensuite envoyé à Paris pour étudier la rhétorique et demande à entrer dans la Compagnie : il accomplit son noviciat à Verdun, est ordonné prêtre à 29 ans, passe son doctorat de théologie à l’université de Pont-à-Mousson, à 32 ans, puis est employé à l’enseignement.

Le Père Jacques Salès est d’une santé extrêmement fragile ; c’est un grand asthmatique qui, en outre, doit s’alimenter fréquemment, sous peine de tomber sans connaissance pendant les cours qu’il dispense.
Pour ménager ses forces, ses supérieurs décident de l’envoyer sous des cieux plus cléments que ceux de Lorraine : il est muté au Collège de Tournon (aujourd’hui Tournon-sur-Rhône) où – bientôt déchargé d’enseignement – il travaille essentiellement à la rédaction de petits traités doctrinaux et apologétiques. En raison du talent particulier qui est le sien d’exposer avec clarté et ferveur le dogme et la morale catholiques, il est aussi employé à la prédication de missions.
Il avait eu le désir de partir vers les missions lointaines et d’y subir le martyre sanglant pour l’amour de Jésus, il allait être exaucé sans avoir à franchir les océans.

Guillaume Saultemouche, auvergnat lui-aussi, est né en 1555 à Saint-Germain-l’Herm, au coeur des monts du Livradois (entre Issoire et Ambert).
Remarqué pour sa très grande piété, sa douceur et sa candeur, il est admis à l’âge de 16 ans dans la Compagnie de Jésus en qualité de frère coadjuteur. Il exerce les humbles fonctions de frère portier à Pont-à-Mousson, puis à Lyon. On admire sa très grande dévotion envers le Très Saint-Sacrement, devant lequel il reste en adoration à tous ses moments libres.
Il est de passage au Collège de Tournon à la fin de l’année 1592.

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Le Bienheureux Guillaume Saultemouche (1555-1593)
frère coadjuteur de la Compagnie de Jésus. 

C- Le Père Salès et le Frère Guillaume en mission à Aubenas.

La ville d’Aubenas, ville stratégique du sud du Vivarais, après avoir été terrorisée et dévastée par les huguenots, avait été reprise par le gouverneur catholique : on restaurait les ruines tant matérielles que spirituelles subies par le peuple catholique. Voilà pourquoi fut sollicitée, auprès des supérieurs de la Compagnie, la venue d’un missionnaire : c’est le Père Jacques Salès qui  fut désigné, et on lui adjoignit le Frère Guillaume Saultemouche, qui se trouvait alors disponible et dont la piété signalée ne pourrait qu’édifier les fidèles.
La présence des deux jésuites était prévue « depuis les Avents jusques à Pâques » : comme Pâques était, pour 1593, le 18 avril, la mission devait donc durer environ quatre mois et demi. En fait elle sera interrompue au bout de deux mois par les évènements que nous décrirons plus loin.
Deux témoignages précis laissent à penser que le Père Jacques Salès avait été surnaturellement averti du sort qui l’attendait puisque, en quittant le Collège de Tournon, il avait dit à un confrère : « Adieu, mon frère, priez Dieu pour nous, nous allons à la mort », et à un de ses dirigés : « Adieu, mon fils, vous ne me verrez plus ».

Arrivés « en Aubenas » – comme on disait alors – au début du mois de décembre, les deux jésuites se livrèrent avec zèle aux travaux apostoliques : il s’agissait d’aider le curé, l’abbé Jean de Martine, à restaurer le culte catholique et la ferveur des fidèles, ébranlée par des années d’irrégularités dans la célébration des sacrements et l’enseignement de la solide doctrine, et de tout mettre en oeuvre pour ramener les protestants à la vraie foi.
La prédication était, bien évidemment, le principal moyen de cet apostolat ; mais s’y ajoutaient aussi l’organisation de cérémonies les plus belles possibles et, très concrètement, d’incessants contacts personnels avec la population, dans les rues, dans les échoppes, dans les maisons, lorsqu’on était invité à y entrer…

La très grande science du Révérend Père Salès, conjuguée avec une onction et une piété qui impressionnaient jusqu’aux huguenots, la vigueur de sa prédication alliée à la grande douceur qui émanait de lui, l’exemplarité du Frère Guillaume dans son humilité et sa ferveur, portèrent rapidement des fruits : de nombreux catholiques tièdes et déboussolés reprirent le chemin de l’église et la pratique des sacrements, des protestants commencèrent à abjurer leurs erreurs et demandèrent à être réintégrés dans la communion catholique.
Les missionnaires étendirent leur apostolat à l’extérieur de la cité : les chroniqueurs rapportent leur passage dans plusieurs paroisses des environs, parfois distantes de six ou sept lieues.

Les ministres protestants étaient furieux de ce succès. A plusieurs reprises, certains d’entre eux avaient été conviés par le Père Jacques à des rencontres publiques, où ils auraient pu débattre, mais à chaque fois, les pasteurs s’étaient défilés.
Voyant bien qu’ils n’étaient pas capables d’apporter en faveur des doctrines erronées de Calvin des arguments solidement établis par les Saintes Ecritures et la Tradition, ils résolurent d’imposer le silence au prédicateur par d’autres méthodes.

arrestation-martyrs-daubenas Guillaume Saultemouche

L’arrestation du Père Jacques et du Frère Guillaume par les huguenots
(image de dévotion éditée au moment de leur béatification – 1926) 

D – Le martyre. 

« … Voici que le sixième de février en l’an mil cinq cent nonante-trois, devant le jour, Aubenas au milieu des trêves est traîtreusement surprise avec escalade, escaladée par quinze soldats seulement, lesquels ne rencontrant résistance (…), se font maîtres de la ville. Toute cette traîtreuse escouade était conduite par Sarjas, capitaine huguenot. » (*)
Cela a été vrai de tous temps : une poignée de scélérats armés et fanatisés peut imposer la terreur à plusieurs centaines d’honnêtes gens. C’est ce qui se produisit à Aubenas ce 6 février 1593.

Le soir du 5 février, le Père Salès avait veillé jusque vers 23 heures, occupé qu’il était à travailler à la conversion d’une « damoiselle hérétique qui, depuis, a persisté toujours en la foi catholique ».
Vers les 4 heures du matin, il fut réveillé par les cris des assaillants. Se levant, au lieu d’aller se réfugier au château, il alla prier dans la chapelle Sainte-Anne, proche de la maison particulière dans laquelle les deux jésuites étaient logés.
« 
S’étant en quelque temps en cette chapelle résigné ès mains de Dieu, il se retire en sa chambre où, prosterné en terre avec son compagnon, ils s’offrent à Dieu en sacrifice, le requérant de leur vouloir départir force et courage pour pouvoir supporter la mort, si tant était que, pour l’amour de lui, ils fussent dignes de l’endurer. Ils restèrent ainsi jusques à soleil levant. Lors voici trois soldats ne respirant que cruauté, qui heurtent à la porte. On leur ouvre. Entrés qu’ils furent, ils trouvent nos deux martyrs à genoux, chacun avec un livre de dévotion en main, priant Dieu. Ces misérables, de prime face, chargent d’outrages nos deux victimes et les serrent à la gorge. On les interroge qui ils étaient : « Nous sommes, répondent-ils, de la Compagnie de Jésus» (…) ».
Les ayant faits prisonniers, ces soldats, avec force coups et vociférations, entraînèrent les deux jésuites dans une autre maison où vinrent les trouver trois ministres protestants qui étaient, selon toute vraisemblance, les instigateurs de l’attaque de la cité : ces pasteurs, avec des paroles mielleuses et une feinte amabilité, voulurent convaincre le père de la justesse des théories de Calvin… en vain, on s’en doute bien.
Puis, devant les deux religieux à jeûn, ils se firent servir un copieux repas au cours duquel ils pérorèrent longuement.
Il était environ deux heures après midi. On s’en souvient : le Père Jacques Salès, asthmatique et souffrant de fréquents malaises hypoglycémiques, ne pouvait rester longtemps sans manger. Un domestique de la maison suggéra aux pasteurs qu’il faudrait peut-être donner quelque nourriture aux deux jésuites. On leur fit donc apporter à chacun une assiette de potage ; mais celui-ci était gras et, en ce temps-là, l’abstinence était de précepte le samedi : les deux religieux n’y gouttèrent donc pas. Cela déchaîna les moqueries et la colère des ministres huguenots ; cependant le Père sut leur répondre par des arguments tirés de la Sainte Ecriture et de la tradition des premiers siècles auxquels ils ne purent rien objecter. Avec des injures ils attaquèrent ensuite les doctrines catholiques du libre-arbitre, de la prédestination, des sacrements et en particulier de la Sainte Eucharistie. Là encore, le missionnaire sut si bien leur répliquer qu’ils ne pouvaient plus argumenter.
« Après ce, les trois prédicants sortent de la maison fort indignés de se voir étrillés de la sorte, trois par un seul. La nuit s’approchait, et le Père, comme son compagnon, était encore à déjeuner (c’est-à-dire qu’ils n’avaient pas rompu le jeûne) sans que personne leur baillât rien, fors le petit enfant de cette maison-là, lequel, en cachette, leur porta quelque morceau de pain, à ce que j’ai appris. Nos deux pauvres prisonniers, laissés à la merci des soldats, passent la froide nuit ensuivante sans feu, sans lit et sans beaucoup de sommeil ».

Le lendemain, qui était le dimanche 7 février 1593, les pasteurs revinrent, «vomissant autant d’outrages que leurs têtes en pouvaient dégorger», et ré-attaquèrent le Père sur la doctrine eucharistique, mais ils ne réussirent qu’à se couvrir de confusion.
L’heure du prêche étant venu, l’un des pasteurs, nommé Labat, harangua avec véhémence les sectateurs de Calvin sur la place publique, niant la réalité du Saint-Sacrifice de la Messe et la Présence Réelle du Christ dans l’Eucharistie, traitant le jésuite de faux-prophète et d’antéchrist, puis donnant l’exemple du prophète Elie qui avait fait égorger les faux prophètes de Baal : « 
Tuez cela, tuez ; c’est une peste ! Il y en a assez en lui pour perdre la ville d’Aubenas, mais encore un entier royaume !»
«Descendu de chaire, il rencontre Sarjas, bien persuadé à mal faire, lui inculquant que jamais il n’avait rencontré homme plus obstiné que celui-là ; qu’il était de nécessité d’épandre son sang, puisqu’il était une peste à leur religion. Sarjas se montre si fort esclave des passions de ce ministre, qu’étant sorti du prêche avec environ vingt soldats, il commande à trois d’iceux d’aller assassiner ceux que son prédicant lui avait indiqués».
Ces trois soldats, qui avaient été impressionnés par la foi et la paisible détermination du prêtre, se récusèrent, si bien que le pasteur Labat lui-même prit la tête d’un détachement de gens armés et s’en fut à la maison où les deux jésuites étaient retenus. Il envoya quelques soldats pour les faire descendre dans la rue : 
« Suis-moi, idolâtre Pharisien, suis-moi! — Et où me voulez-vous mener? réplique le Père. — Suis-moi, suis-moi! recharge cet assassin, il te faut mourir. — Je suis tout prêt, répond le Père, allons au nom de Dieu ». Lors, se retournant vers son compagnon qui ne cessait de prier Dieu : « Et vous, mon frère, que deviendrez-vous? Ayez bon courage. Ah! que nous deviendrons grands au ciel, de petits compagnons que nous sommes en ce monde, si nous pâtissons quelque chose pour Dieu! » Lors, le Père signifia à tous que son compagnon n’était pas homme de lettres, que, partant, il ne pouvait point faire de préjudice à leur créance ; qu’on le laissât vivre.
Ce fut en cet endroit que notre Frère Guillaume fit montre de sa vertu : « Je ne vous abandonnerai point, mon Père, s’écria-t-il, ains je mourrai avec vous pour la vérité des points que vous avez disputés! »
Un de la compagnie l’avertit aussi de se retirer, que ce n’était pas pour lui que cette tragédie se jouait, ains seulement pour le Père. A quoi le vertueux Guillaume repartit : « Dieu me garde de tomber en cette faute ; je n’abandonnerai jamais celui-là auquel l’obéissance m’a adjoint pour compagnon, quand bien même je devrais trépasser avec lui. Je l’accompagnerai jusques à la fosse. Que si la divine Miséricorde me voulait faire tant de grâce, que quelque soldat me dépêchât pour son honneur, j’en serais très-aise, et prierais Dieu pour lui, outre le pardon que dès maintenant je lui fais de ma vie… »

Les deux jésuites sont alors bourrés de coups et amenés dans la rue. « Le prédicant Labat voyant le Père en la rue, derechef l’attaque et l’agace, avec quelques autres, sur la réalité du corps de notre Sauveur au Sacrement de l’autel. Mais le Père répondant à tout pertinemment, le ministre Labat fut si courroucé que perdant patience et conscience, il crie : « Dépêchez cela, dépêchez cela ; il ne mérite point de vivre, c’est une peste! » Puis réitérant ce qu’il avait débagoulé en chaire, il tourne bride et se retire. »
Plusieurs soldats huguenots manifestèrent à ce moment-là leur réprobation de ce crime, mais d’autres, de ceux qui avaient pris la ville avec le dénommé Sarjas, affirmèrent leur détermination d’en finir.
Alors le Père s’adressa au Frère Guillaume :  
« Mon frère, recommandons-nous à Dieu » (…) Il se prosterne à deux genoux. Son compagnon s’y prosterne de même à quelques pas de lui. On ne leur fit grâce de beaucoup prier ; car voici, par derrière, comme le Père se recommandait à son patron saint Jacques, redoublant les noms de Dieu et de Jésus, un des assassins délâcha son arquebuse de laquelle le Père fut atteint en l’épaule, dont il chût par terre, prononçant par trois fois : « Jesu! Maria!». Puis le meurtrier s’avançant plus près, lui sacque un coup de dague dans l’estomac. Guillaume se jette sur le Père, l’embrasse et proteste qu’il ne l’abandonnerait mort, non plus qu’il ne l’avait abandonné vivant. Pour ce, il reçut de la main du même meurtrier un coup de dague au sein. Mais n’en ayant rendu l’âme, survinrent sur-le-champ quelques autres qui lancèrent au Père et à lui divers coups d’épées et de bâtons ferrés. Il fut poignardé (…) tenant toujours ses bras en croix, et ne prononçant autre chose que ces mots : «Endure, chair, endure un peu!»  J’ai appris que le Père Salez, pendant qu’on le meurtrissait, avait aussi les deux pouces en croix, laquelle continuellement il baisait, quoique les huguenots, à grands coups, lui abattissent les mains à ce qu’il ne baisât cette croix. Cependant il ne cessait de supplier pour eux la Majesté divine, s’écriant : «Mon Dieu, pardonnez-leur!» (…) 
Un soldat qui vit faire ce meurtre, m’a déclaré que le Père gisant à terre, tint quelque temps sa main sous son chef, les yeux dressés au ciel, et que la force lui manquant, son chef pencha en terre et qu’ainsi il expira. Le B. Guillaume fut plus de temps à rendre l’âme. (…) Cet heureux martyre arriva le septième février, mil cinq cent nonante-trois. Le Père avait demeuré vingt ans en la Compagnie, et notre Frère, douze. Le premier rendant l’âme au trente-septième an de sa vie, et le second au trente-huitième « .

Il était environ deux heures de l’après-midi quand les deux religieux furent massacrés.
Leurs corps furent dépouillés et quelques huguenots se revêtirent par dérision de leurs soutanes et chapeaux pour se promener en ville.
Le Père Jacques fut laissé tout nu sur le pavé, au Frère Guillaume on laissa sa chemise, non par compassion mais parce qu’elle avait été toute déchirée par les meurtriers et qu’elle était donc irrécupérable.
Les bourreaux s’acharnèrent encore sur les cadavres en se livrant à de grossiers outrages que la décence se refuse à nommer… Ils dansèrent et sautillèrent autour de ces dépouilles saintes en parodiant des prières latines, puis elles furent laissées exposées ainsi pendant six jours, au bout desquels deux catholiques vinrent les prendre pour les enterrer dans un jardin.

aubenas-chapelle-des-martyrs Jacques Salès

Aubenas en Vivarais : au chevet de l’église paroissiale Saint-Laurent,
la « chapelle des Martyrs »,
dédiée depuis leur béatification à la vénération des reliques des Bienheureux Jacques et Guillaume.

E – Vénération et culte des martyrs d’Aubenas.

Le Père Odon de Gissey [voir la note (*) ci-dessous] écrit encore : « En nos collèges, la nouvelle de ce méchef étant apportée, servit de consolation à tous. Au collège du Puy, où je me retrouvais pour lors, au lieu des suffrages pour les trépassés, on récita tous ensemble le Te Deum à la fin des litanies, et le lendemain les prêtres célébrèrent la Messe de la très Sainte Trinité en action de grâces ».
C’était la première fois que des fils de Saint Ignace mourraient en martyrs sur le sol de France.

Quelques jours plus tard, le gouverneur (qui avait été absent lors de ces évènements) put reprendre le contrôle de la ville et y rétablir l’ordre ; une enquête fut diligentée, recueillant des témoignages sur ce qui s’était passé. 

Une pieuse châtelaine, Madame de Chaussy, obtint, deux ans plus tard, de faire exhumer les restes des deux martyrs. Elle les fit transporter dans une chapelle de sa famille, dans l’église de Ruoms, où elles demeurèrent plusieurs mois.
Les jésuites d’Avignon intervinrent alors pour récupérer les reliques qui firent l’objet d’une « dispersion » : Madame de Chaussy en conserva quelques parcelles dans la chapelle de son château, mais les plus grosses parts des deux saints corps furent distribués entre les collèges jésuites d’Avignon, du Puy, d’Aubenas (nouvellement créé), de Tournon, de Chambéry, de Dôle… etc. Des reliques furent également envoyées à Rome, en Espagne, et au Cardinal François de Joyeuse (frère du Père Ange, duc de Joyeuse, maréchal de France et capucin > www).
Des guérisons miraculeuses et des grâces ne tardèrent pas à être obtenues : comme le Père Jacques Salès avait été gravement atteint par l’asthme, beaucoup d’asthmatiques recoururent à son intercession et se trouvèrent soulagés.

Le Roi Louis XIV lui-même sollicita du Saint-Siège leur canonisation. En 1729 une supplique solennelle fut aussi adressée à Rome par les Etats du Languedoc.
Mais la suppression de la Compagnie et la grande révolution freinèrent l’introduction et l’avancement du procès canonique.
Enfin, en 1926, le Pape Pie XI les éleva aux honneurs de la béatification en leur décernant le titre de « Martyrs de l’Eucharistie ».

Les reliques conservées dans la chapelle du Collège des jésuites d’Aubenas, malgré les aléas de l’histoire et du bâtiment (dans cette chapelle, au début du XXe siècle et avant sa totale destruction, les francs-maçons tinrent des « banquets laïcs et républicains » au cours desquels ils se déchaînèrent en blasphèmes), furent préservées et sont dorénavant exposées dans une châsse, au-dessus de l’autel de la « chapelle des Martyrs », au chevet de l’église Saint-Laurent d’Aubenas (cliché ci-dessus).
En nos temps, le culte de ces glorieux martyrs n’est plus célébré avec la ferveur et la pompe d’autrefois : la pratique d’un faux oecuménisme avec les protestants est embarrassée par ces deux jésuites, puisque – selon une certaine manière d’enseigner l’histoire – il n’y aurait eu que de gentils protestants à l’exemplaire doctrine évangélique à avoir été massacrés par de méchants catholiques qui avaient déformé l’enseignement du Christ…
Ceci au point que cette « chapelle des Martyrs » a été rebaptisée « chapelle de l’unité » et réaménagée de telle sorte qu’un « autel-face-au-peuple » de forme cubique y a été installé à l’opposé de l’autel traditionnel, si bien que les fidèles qui y assistent à la messe tournent le dos aux reliques des deux Bienheureux!

Dans l’oratoire de notre Mesnil-Marie, nous sommes extrêmement heureux de posséder un médaillon reliquaire (avec son certificat d’authenticité) dans lequel se trouvent des parcelles des ossements des Bienheureux Jacques Salès et Guillaume Saultemouche, martyrs de l’Eucharistie : il nous a été offert par un vieil ami prêtre au moment de la fermeture d’une résidence de jésuites, étant donné que la majorité des pères n’avait plus rien à faire de ces « gadgets » sans rapport avec « ce que nous vivons dans l’Eglise depuis Vatican II » (sic)!

Puissent les Bienheureux Jacques et Guillaume nous inspirer – ainsi qu’à tous ceux qui liront ces lignes – une foi toujours plus vive dans le Très Saint-Sacrement de l’autel, un zèle toujours plus ardent pour défendre la foi véritable dans le Saint-Sacrifice de la Messe et la Présence Réelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la Sainte Eucharistie en face des hérésies contemporaines, et une amoureuse fidélité jusqu’à la mort, quoi qu’il puisse nous en coûter.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

reliques-bbx-jacques-and-guillaume jésuites martyrs

Médaillon renfermant des reliques des
Bienheureux Jacques Salès et Guillaume Saultemouche, martyrs de l’Eucharistie,
conservé avec grande vénération dans l’oratoire du Mesnil-Marie

eucaristia04copie martyrs d'Aubenas

(*) Note : Tous les passages entre guillemets et de couleur violette que l’on trouve ici, sont extraits de la narration du martyre du Père Jacques et du Frère Guillaume rédigée par le Révérend Père Odon de Gissey, contemporain des faits, qui recueillit avec soin les récits de témoins oculaires, les mit en forme et enfin les publia une trentaine d’années après les évènements [Odon de Gissey, Recueil de la vie et martyre du P. Jacques Salez et de Guillaume son compagnon. Toulouse, 1627, 1642; Avignon, 1869].

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 7 février, 2013 |6 Commentaires »

2013-17. « Beaucoup de péchés sont regardés comme légers et n’en sont pas moins très-dangereux, précisément parce qu’ils ne sont pas considérés comme péchés ».

Le saint temps du Carême approche. Avons-nous prévu sérieusement nos efforts de pénitence et de conversion? Ne prenons pas ce temps particulièrement important et béni à la légère ; gardons-nous de passer à côté de la grâce que Notre-Seigneur nous offre…
Voici une très belle homélie de Saint Augustin pour nous aider à y réfléchir.

2013-17.

Benozzo Gozzoli : la conversion de Saint Augustin (détail) 

Soixante-cinquième sermon de notre glorieux Père Saint Augustin :


La Pénitence.

Résumé : § 1. La pénitence est nécessaire à tous. § 2. Chacun doit examiner sa conscience ; exemple des Ninivites. § 3. La pénitence doit être pratiquée par les justes eux-mêmes. § 4. Personne ne peut, se soustraire à ce devoir, alors même qu’on se flatterait d’être juste ; une telle prétention serait à elle seule un crime. § 5. Conclusion.

* * * * * * *

1. Dans la lecture de l’Evangile, nous avons entendu ces paroles : « Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche » (Matth. IV, 17). Le royaume des cieux, c’est Jésus-Christ qui sait discerner les bons d’avec les méchants, et juger de toutes choses. Prévenons donc le courroux de Dieu en confessant nos péchés, et avant de paraître en jugement purifions nos âmes de toutes leurs erreurs. Le danger serait de ne point savoir quel remède nous devons appliquer au péché ; comprenons du moins que, devant expier les causes de notre négligence, c’est pour nous une obligation de faire pénitence. Sachez, mes frères, quel amour nous a prodigué le Seigneur notre Dieu, puisqu’Il veut que nous expiions nos fautes avant de paraître à Son tribunal, où nous ne trouverions que la justice. Il nous prévient donc à l’avance, afin de n’avoir pas à nous traiter dans toute Sa sévère équité. Si donc notre Dieu demande que de nos yeux découlent des larmes abondantes, c’est afin de nous faire recouvrer par la pénitence ce que nous avons perdu par notre négligence. Dieu connaît toute la mobilité et la fragilité humaines ; Il sait que notre corps est une cause fréquente de péchés et que nos discours sont pleins d’imperfections. Voilà pourquoi Il nous prescrit la pénitence, afin que par elle nous corrigions nos défauts et réparions nos fautes. Si l’homme est assuré de son pardon, il n’en doit pas moins s’inquiéter de la satisfaction. Je sais qu’ici nous sommes exposés à bien des blessures, et cependant personne ne doit désespérer ; car le Seigneur est infini dans Sa miséricorde, et Il est tout-puissant pour guérir nos langueurs.

2. Quelqu’un me dira peut-être qu’il ne trouve en lui-même aucun motif de pleurer. Mais alors qu’il rentre dans sa conscience, et il y rencontrera le souvenir toujours vivant de quelque péché. L’un soutire d’une plaie du coeur, l’autre d’une injure du corps ; celui-ci est dominé par l’orgueil, celui-là brûle de telle ou telle cupidité ; ici c’est le mensonge, là c’est l’avarice qui a été peut-être jusqu’à réduire le prochain à la pauvreté ; tel a versé injustement le sang de son frère, tel s’est souillé par des relations criminelles avec une femme de mauvaise vie. Devant des plaies si grandes et si nombreuses de l’esprit ou du corps, se peut-il qu’il n’y ait lieu de pousser aucun gémissement, de verser aucune larme? Que personne ne rougisse de présenter à Dieu ses blessures. Si la honte vous empêche de découvrir vos plaies, jamais vous n’en obtiendrez le remède. Parmi les maladies, les unes sont plus faciles, les autres plus difficiles à guérir. Mais, de tous les malades, le plus difficile à soigner, c’est assurément celui qui ne veut pas l’être. C’est l’Ecriture elle-même qui en fait l’observation. Aucun de ceux qui ont cherché le remède n’a péri, tandis que celui qui l’a méprisé n’a pu échapper à la mort. Ninive était menacée de périr après trois jours si elle ne faisait pas pénitence. Voici ce qu’avait dit le Prophète : « Trois jours encore et Ninive sera détruite. Et cette parole arriva jusqu’aux oreilles du roi de Ninive ; il se leva de son siège, se dépouilla de ses vêtements, se couvrit d’un cilice et s’assit sur la cendre » (Jonas III, 4, 6). Satisfaction bien méritoire, mes frères ; ce roi se dépouille de ses vêtements royaux et se couvre d’un cilice. Il aime mieux se sauver dans le cilice que de périr dans la pourpre. Où était alors ce faste du trône? Pour échapper au châtiment de son orgueil, il cherche un refuge dans les bras de l’humilité, afin de vous faire comprendre que Dieu attache plus de prix à l’humilité qu’à la puissance. En effet, c’en était fait du royaume de Ninive, si la pénitence n’était venue le protéger contre les châtiments du ciel.

3. Une circonstance frappante dans cette pénitente des Ninivites, c’est que le jeûne fut imposé aux enfants et aux animaux eux-mêmes. Mais pourquoi faire jeûner des enfants qui étaient sans péché? C’est que les innocents jeûnaient, afin de procurer le salut aux coupables. L’enfant implorait pardon, afin que le vieillard ne pérît pas. Le jeûne des enfants, soit encore, mais pourquoi le jeûne des animaux? Pour que la faim ressentie par les animaux prouvât mieux la pénitence des hommes ; leur rugissement devait être comme une prière lancée vers le ciel pour en faire redescendre la miséricorde en faveur des coupables. Nous aussi, mes frères, formons un saint accord entre notre coeur et notre foi, afin de crier plus efficacement vers le Seigneur notre Dieu. Les Ninivites imploraient, après s’être rendus coupables ; pour nous, sachons implorer, afin que nous ne tombions pas dans le péché. Bienheureux celui que la crainte de Dieu dispense de tout châtiment, et qui, pour faire le bien, n’a besoin que de connaître la loi de Dieu, et non d’en subir la punition ! Il n’y a pas de châtiment à redouter pour celui qui sait craindre la justice de Dieu.

4. Quelqu’un de la foule me répondra peut-être : Que puis-je craindre, puisque je ne fais aucun mal? Ecoutez cette parole de l’apôtre saint Jean : « Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous » (I Jean I, 8). Que personne ne vous séduise ; la pire espèce de péché, c’est de ne pas connaître ses péchés. Ceux qui les connaissent peuvent se réconcilier avec Dieu par la pénitence. Parmi les pécheurs, celui dont l’état est le plus alarmant, c’est celui qui se flatte qu’il n’y a pas eu en lui de quoi alarmer. Beaucoup de péchés sont regardés comme légers et n’en sont pas moins très-dangereux, précisément parce qu’ils ne sont pas considérés comme péchés. Le mal le plus séduisant, c’est celui qui ne paraît pas un mal. Je ne parle pas des homicides, des adultères, des mauvaises persuasions ; plaise à Dieu qu’aucun chrétien ne s’y laisse entraîner ; et s’il succombe, le sentiment de son crime le portera à le pleurer aussitôt. Je parle de ces autres péchés qui passent pour beaucoup plus légers. Qui de vous pourrait se dire exempt de toute intempérance, de toute ambition, de toute jalousie, de toute cupidité, de toute avarice? Voilà pourquoi, selon la parole de l’Ecriture, je vous exhorte à vous humilier sous la puissante main de Dieu ; puisque personne n’est sans péché, que personne ne s’exempte de la pénitence, car ce serait être coupable que de se croire innocent. On peut n’avoir que des péchés légers, toujours est-il qu’on n’est jamais sans péché : « Personne n’est exempt de toute faute » (Job XIV, 4).

5. Que ceux donc qui sont plus gravement coupables, implorent leur pardon avec plus d’instance. Que ceux qui se sont abstenus des plus grandes fautes, demandent d’en être délivrés, par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

sacrec15 carême dans Lectures & relectures

Petit catéchisme sur le carême et la pénitence > www

2013-16. De la fuite en Egypte et de l’action bienfaisante de la sauge.

Avec la fête de la Purification de Notre-Dame, le 2 février, nous avons achevé le cycle des quarante jours du temps de la Crèche et du mystère de Noël. Laissez-moi, pour marquer cette conclusion, vous raconter aujourd’hui une très belle légende que ne désapprouveront pas tous ceux qui connaissent le pouvoir que Dieu a donné aux plantes pour le soulagement de nos maux…

* * * * * * *

La légende de la sauge

2013-16. De la fuite en Egypte et de l'action bienfaisante de la sauge. dans Lectures & relectures salvia_officinalis_l._

Après les belles émotions qu’avaient éprouvées les coeurs de la très douce Dame Marie et de Saint Joseph, au moment de la cérémonie de la purification rituelle de la jeune accouchée et de la présentation au Temple du Fils de Dieu nouveau-né – reconnu et magnifié par le vieillard Syméon et la prophétesse Anne – , après aussi le remue-ménage suscité dans la bourgade de Bethléem par la venue de la caravane bigarrée des Rois d’Orient, la Sainte Famille aurait pu aspirer à jouir d’un bonheur paisible et sans histoire…
Mais Notre-Dame, dans l’âme de laquelle le premier des sept glaives s’était déjà enfoncé, lui révélant toutes les souffrances dont son Fils innocent serait accablé, attendait en silence le temps inéluctable de l’accomplissement de la prophétie.

Or, le roi Hérode le Grand, après avoir vainement attendu le retour des Saints Rois à Jérusalem, avait fini par comprendre qu’ils s’étaient joué de lui. Il entra dans une violente colère et il envoya tuer tous les enfants de Bethléem et des environs, depuis l’âge de deux ans et au-dessous, selon le temps de l’apparition de l’Etoile miraculeuse qui lui avait été précisé par les Mages.
Joseph, averti pendant son sommeil par une apparition de l’archange Gabriel, s’était levé en pleine nuit, avait réveillé Marie, sellé en hâte le petit âne sur lequel elle s’était assise, serrant contre elle le Fils de Dieu emmitouflé, et ils avaient pris le plus discrètement possible la route de l’Egypte.

Tandis que les soldats d’Hérode, féroces et tout couverts de sang, fouillaient la région pour égorger tous les petits enfants, la Sainte Famille s’enfuyait en évitant les grands chemins, au trot du petit âne, qui ne pouvait pas rivaliser avec le galop forcené des chevaux des bourreaux.
Or, tandis que Saint Joseph était allé dans un hameau pour y faire désaltérer l’âne et mendier quelque nourriture, la Vierge se trouvait seule, allaitant le divin Enfant, assise en bordure d’un bosquet. C’est alors que des cris résonnèrent et que le sol trembla sous le galop des chevaux : « Les soldats d’Hérode! »

Où se réfugier? Pas la moindre grotte ni le plus petit creux de rocher! Il n’y avait près de Marie qu’un buisson sur lequel une rose s’ouvrait.
- Rose, belle rose! supplia la Sainte Vierge, épanouis-toi bien et cache avec tes beaux pétales cet Enfant que l’on veut faire mourir, et sa mère paralysée par l’angoisse!
La rose, en fronçant le bouton pointu qui lui servait de nez, répondit :
- Eloigne-toi de moi, ô jeune femme, car les soldats en m’approchant pour te chercher pourraient ternir mon éclat! Va donc, là-bas, voir la giroflée et demande-lui de te cacher : elle a assez de fleurs pour t’abriter.

- Giroflée, giroflée gentille! supplia la fugitive, épanouis-toi bien et cache de ton massif fleuri cet Enfant que l’on veut faire mourir, et sa mère terrorisée et épuisée!
La giroflée, tout en secouant les petites têtes de son bouquet, refusa elle aussi :
- Passe ton chemin, pauvresse! Je n’ai pas le temps de t’écouter car je suis trop occupée à me couvrir de fleurs, lesquelles je ne voudrais point voir piétinées par les soldats. Va donc, là-bas, voir la sauge et demande-lui de te cacher : elle n’a rien d’autre à faire que la charité.

- Ah! Sauge, bonne sauge! supplia la Mère des douleurs, épanouis-toi bien et cache sous ton feuillage mon Enfant innocent que l’on veut faire mourir, et sa mère à demi-morte de fatigue et de peur!

Alors la bonne sauge, sans plus se faire prier, s’épanouit autant qu’elle put : elle couvrit tout le terrain et de ses feuilles de velours fit un dais épais sous lequel se réfugièrent la douce Vierge et l’Enfant-Dieu.

Sur le chemin, les soldats arrivèrent. Au bruit qu’ils faisaient, Marie frissonnait d’épouvante, mais le divin Enfant, doucement caressé par les feuilles, souriait… Et les soldats passèrent sans rien voir.

Quand ils furent partis, Marie et Jésus sortirent de leur refuge : « Sauge! Sainte sauge! A toi, grand merci et bénédiction! De ton geste désormais, tous se souviendront! »

Lorsque Joseph revint, avec l’âne désaltéré et tout ragaillardi par une bonne mesure d’avoine qu’un brave homme lui avait donné, Marie remonta sur la bonne bête en serrant contre son coeur son Enfant sauvé, et l’archange Gabriel descendit du ciel pour les guider par le plus sûr chemin vers l’Egypte, tout paisiblement, à petites journées.

C’est depuis ce temps que la rose a des épines, que les fleurs de la giroflée sont malodorantes tandis que la sauge – dont le nom latin « salvia » indique les vertus – possède le pouvoir de guérir tant de maux ; au point que, dans nos campagnes, les anciens répétaient : Celui qui a la sauge dans son jardin n’a pas besoin du médecin.

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Nicolas Poussin : la fuite en Egypte

Publié dans:Lectures & relectures, Nos amis les Saints |on 4 février, 2013 |7 Commentaires »

2013-7. La bénédiction des animaux pour la fête de Saint Antoine le Grand.

17 janvier,
fête de Saint Antoine le Grand.

2013-7. La bénédiction des animaux pour la fête de Saint Antoine le Grand. dans De liturgia saint-antoine-le-grand

Saint Antoine le Grand – appelé encore Saint Antoine d’Egypte, Saint Antoine du désert ou Saint Antoine abbé – est en vénération particulière en notre Mesnil-Marie : sa fête liturgique est célébrée ce 17 janvier et nous honorons en lui « le père de tous les moines », mais aussi l’un des célestes protecteurs des animaux.
On lira, ou relira, avec profit sa biographie écrite par Saint Athanase d’Alexandrie (ici > www).

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de Sainte Gertrude de Nivelles, la céleste protectrice des chats (cf. > www), et l’on sait qu’on invoque spécialement Saint Ambroise de Milan pour la protection des abeilles, Saint Eloi – et parfois aussi Saint Martin – pour celle des chevaux – , Saint Jean-Baptiste pour les agneaux, Saint Roch pour les chiens… etc.

Je sais bien que certains prêtres de nos jours – dans leur pseudo intellectualisme moderniste – regardent cela comme de la superstition et s’en moquent, mais ce n’est point là l’esprit de notre Mère la Sainte Eglise qui considère que Dieu n’a de mépris pour aucune de ses créatures, et dont le rituel, depuis des siècles, renferme de précieuses bénédictions en faveur des animaux ; elle sait bien, en effet, que Dieu les a créés pour Sa gloire ainsi que pour le service et la consolation des hommes. Par cette bénédiction, elle ouvre des trésors de grâce pour que toute la création soit rendue à son Créateur et soit protégée du mal.
Et puis, il n’y a qu’à voir aussi à quel point les animaux de toutes sortes sont présents dans la vie des saints : je vous renvoie à la belle histoire écrite par Frère Maximilien-Marie et intitulée « Des Saints et des animaux » (cf.> www et suivants car il y a quatre parties), dans laquelle sont justement évoqués nombre d’épisodes de l’hagiographie relatifs aux animaux.

Bref, le Rituale Romanum contient donc, pour la fête de Saint Antoine le Grand, une bénédiction particulière « pour les chevaux ou pour tous les autres animaux » ; vous en trouverez le texte et sa traduction ci-dessous.

En France, cette bénédiction est – malheureusement! – assez peu pratiquée ; dans le XVe arrondissement de Paris, elle est proposée, d’une manière assez « folklorique », à la chapelle Sainte Rita, mais on sait que ce n’est pas une église catholique romaine.
La plupart des abbayes qui ont des animaux en ont gardé l’usage.

Frère Maximilien-Marie m’a raconté que, pendant les années où il a été si charitablement accueilli au Village d’Enfants de Riaumont et où il a rendu quelques services à cette belle oeuvre d’éducation et de protection de la jeunesse, en attendant de pouvoir fonder le Refuge Notre-Dame de Compassion, cette bénédiction se faisait au cours d’une procession à laquelle participaient, avec les moines, les enfants et adolescents de Riaumont : la procession se rendait jusqu’à la petite ferme, et la bénédiction de Dieu était invoquée sur les volailles de la basse-cour, sur les pigeons, les lapins, les chèvres, les porcs et les chevaux… 
Il se souvient très spécialement d’une scène très touchante : alors que le Révérend Père Argouarc’h, revêtu de la chape, était en train de lire les oraisons de la bénédiction, la jument s’est approchée de lui par derrière et a posé très tendrement sa tête sur l’épaule du prêtre, donnant tout à la fois l’impression de lui montrer sa reconnaissance et de lire avec lui dans le rituel!

En Espagne et en Italie, cette bénédiction est restée très populaire. A Rome même, l’église des Saints Antoine et Eusèbe, près de la basilique de Sainte Marie-Majeure, connaît le 17 janvier (ainsi que le dimanche qui en est le plus proche) une affluence particulière. 
Zenit, agence d’information internationale au service du Saint-Siège, en rendait compte en ces termes pour l’année 2006 :
L’église était envahie par la foule des grandes fêtes, toutes générations confondues : les plus âgés et leurs fidèles compagnons à quatre pattes, dans les bras ou au pied, les enfants avec un lapin ou des perruches, les jeunes couples avec poussette fièrement gardée par un tendre molosse, les ados avec un, parfois deux, parfois trois chiens.
Au pied d’une Pietà illuminée, une boule de poils noirs, un chiot de Terre-Neuve plongé dans un sommeil réparateur, qui, inspecté par tous ses congénères qui passaient, n’a pas un instant ouvert l’œil pour autant. 
Qui aurait imaginé pouvoir réunir pendant une heure tant d’animaux sans provoquer quelque salissure ou une bagarre violente, sans que la liturgie n’en souffre et que les fidèles ne se distraient de l’action liturgique?
Pendant l’homélie, le prêtre n’a dû répéter qu’un seul passage, couvert inopinément par un aboiement. Il expliquait que Dieu est « présent partout, parfois même là où nous ne l’attendons pas ». Il ne parlait pas à ce moment-là des animaux : « même dans nos ennemis », disait-il. « Je répète, parce qu’on n’a peut-être pas bien entendu, reprenait le célébrant avec humour, après l’aboiement intempestif, « même dans nos ennemis ». (…) Pour chant final, de tous les cœurs a jailli le Cantique des Créatures de saint François d’Assise. (…) 
A la fin de la messe, une bénédiction générale a eu lieu sur le parvis de l’église, prière publique en présence de membres de la Garde des finances à cheval, des Carabiniers à cheval et de l’unité cynophile de la Protection Civile, rappelant les services rendus à la sécurité de nos villes par des chiens, parfois découverts dans les refuges et choisis pour leurs qualités spéciales. (…)
Puis le diacre a descendu la volée d’escaliers, goupillon en main, passant au milieu de cette foule joyeuse pour donner une bénédiction individuelle : eau bénite sur le museau ou sur le bec. Beaucoup de voisins qui ne se connaissaient que comme « maître de chien » avaient la joie de se reconnaître plus profondément comme chrétiens.
Ainsi, l’Eglise de Rome n’a pas renoncé à cette tradition antique qui est aussi dans l’esprit de saint François d’Assise, patron de l’Italie, un moyen d’évangéliser – car certaines personnes ont cessé d’aller à la messe, mais ne manquent pas cette fête célébrée dès l’enfance – une occasion de rendre grâce pour le don de la Création, et finalement de redonner « à Dieu ce qui est à Dieu ».
(intégralité de l’article ici > www)

L’année dernière encore, Zenit annonçait cette Messe et cette bénédiction, ajoutant en outre que Monsieur le cardinal Angelo Comastri, archiprêtre de la Basilique Vaticane et Vicaire de Sa Sainteté pour la Cité du Vatican, irait lui-même bénir les animaux de ferme rassemblés sur la piazza Pio XII (juste devant la place Saint-Pierre) pour l’exposition organisée par l’Association Italienne des Eleveurs. J’ai alors relevé cette phrase : « La Nouvelle évangélisation passe aussi par la gratitude envers le Créateur pour sa générosité dans toutes les bestioles dont parle la Genèse » (intégralité de l’article du 16 janvier 2012 > www).

En lisant ces articles, je ne pouvais m’empêcher de penser que si, en France, la Garde républicaine et les unités cynophyles de la police venaient à l’église pour y faire bénir leurs chevaux et leurs chiens, les sectes qui tiennent aujourd’hui dans leurs griffes les structures et les hommes de l’Etat comme des médias déchaîneraient une fois de plus leur haine anti-chrétienne et y verraient quelque gravissime atteinte à la laïcité, tant leur orgueil les rend … bêtes.
Je trouve d’ailleurs regrettable que, en Français, ce soit un même mot qui, prit substantivement désigne l’animal, lequel est doté d’une intelligence propre « selon son espèce » (cf. Gen. I, 20-25), et qui, employé comme adjectif, désigne un homme dépourvu de bon sens, sans intelligence, obtus et éloigné de la juste compréhension des choses…
Nous autres, animaux, n’avons de « bêtes » que le nom et la Sainte Eglise nous prodigue d’affectueuses bénédictions, tandis que pour nombre de ces « bêtes » à deux pattes qui se croient très intelligentes il serait plus judicieux de les orienter vers le sacrement de pénitence, et même parfois vers le ministère d’un exorciste!

patteschats 17 janvier dans Nos amis les SaintsLully.

benedictio-equorum-etc-001 animaux dans Prier avec nous

Traduction (par nos soins) :

Bénédiction des chevaux ou d’autres animaux :

V./ Notre secours est dans le Nom du Seigneur.
R./ Qui a fait le ciel et la terre.
V./ Le Seigneur soit avec vous.
R./ Et avec votre esprit.

Prions :
O Dieu, notre refuge et notre force : montrez-vous favorable aux pieuses prières de votre Eglise, Vous qui êtes Vous-même l’auteur de sa piété, et accordez que ce que nous demandons avec foi, nous l’obtenions avec efficacité. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

R./ Ainsi soit-il!

Prions :
Dieu tout puissant et éternel, qui avez fait aller sans dommage le glorieux Saint Antoine, éprouvé par des tentations variés, au milieu des troubles de ce monde, accordez à nous qui sommes Vos serviteurs de tirer profit de son illustre exemple et que par ses mérites et son intercession nous soyons libérés des périls de la vie présente. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

R./ Ainsi soit-il!

Prions :
Que ces animaux reçoivent votre béné+diction, Seigneur : par elle qu’ils reçoivent la santé du corps et qu’ils soient libérés de tout mal par l’intercession du Bienheureux Antoine. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

R./ Ainsi soit-il!

Et ils sont aspergés avec l’eau bénite.

2013-5. Dieu se sert de l’iniquité pour exercer et faire avancer les saints.

Une pieuse femme, prénommée Maxima, avait écrit au saint évêque d’Hippone pour lui exprimer sa tristesse en voyant sa province – probablement l’Espagne – livrée au travail de l’erreur ; notre bienheureux Père Saint Augustin, dans sa réponse publiée ci-dessous, lui dit ce qu’il a souvent répété : c’est que les œuvres du mal en ce monde profitent à l’avancement religieux des amis de Dieu.
Par le troisième et dernier paragraphe de cette lettre, on voit aussi que cette chrétienne demandait à Saint Augustin de confirmer la rectitude de sa foi, ou de corriger sa croyance s’il s’y était glissé quelque erreur sous l’influence des hérétiques qui répandaient leur poison dans sa province.

2013-5. Dieu se sert de l'iniquité pour exercer et faire avancer les saints. dans Lectures & relectures staugustinenluminure

Dieu se sert de l’iniquité pour exercer et faire avancer les saints.

Lettre n°264 de notre glorieux Père Saint Augustin :

* * * * * * *

Augustin à Maxima, honorable, illustre servante de Dieu et digne de louanges parmi les membres du Christ, salut dans le Seigneur!

1. Autant votre zèle religieux me fait plaisir, autant je m’afflige en apprenant quelles dangereuses erreurs envahissent votre province et l’exposent aux plus grands dangers. Mais, ces choses ayant été prédites, il ne faut pas s’étonner qu’elles arrivent : il faut être sur nos gardes pour que le mal ne nous atteigne point.
Dieu, notre libérateur, ne permettrait pas ces épreuves, si les saints ne devaient pas en tirer d’utiles instructions. Ceux qui font et propagent ainsi le mal par la perversité de leur volonté méritent l’aveuglement en ce monde, les supplices éternels s’ils persistent opiniâtrement dans leur voie et s’ils négligent de se corriger lorsqu’ils sont encore  en cette vie.
Toutefois, de même qu’ils font un mauvais usage des biens de Dieu, qui fait lever Son soleil sur les bons et sur les méchants et pleuvoir sur les justes et les injustes (
Matth. V, 45), et qui, par Sa patience les appelle au repentir, quand ils amassent un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu (Rom. II, 4-5) ; de même, dis-je, qu’en ne se corrigeant pas ils font un mauvais usage de la bonté et de la patience, c’est-à-dire des biens de Dieu, ainsi Dieu Lui-même fait un bon usage du mal qu’ils font : ce n’est pas seulement en punissant les coupables, conformément aux lois éternelles de Sa justice, c’est aussi en Se servant de l’iniquité pour exercer et faire avancer les saints afin que les bons profitent de la perversité même des méchants et qu’ils soient éprouvés et qu’ils soient mis en lumière : « Il faut, dit l’Apôtre, qu’il y ait des hérésies, afin qu’on reconnaisse ceux d’entre vous qui auront été éprouvés » (I Cor. XI, 19). 

2. Car si Dieu, dans Ses desseins, n’avait pas à faire un bon usage des méchants pour l’utilité de Ses élus, Lui qui a tiré de la trahison de Judas notre rédemption par le sang du Christ, Il pourrait ou ne pas permettre qu’ils naquissent, sachant d’avance qu’ils seront méchants, ou bien les faire mourir dès leurs premiers pas dans la voie de l’iniquité ; mais Il les laisse venir au monde dans la mesure qu’Il croit utile à l’avertissement et à l’épreuve de Sa sainte maison. C’est pourquoi Il console notre tristesse, car la tristesse que nous causent les méchants devient pour nous une force, mais elle accable ceux qui persévèrent dans leur perversité.
Mais la joie que nous éprouvons lorsque l’un d’eux, sortant de sa voie, entre dans la société des saints, n’est comparable à aucune autre joie en cette vie. Il est écrit : « Mon fils, si tu es sage, tu le seras pour toi-même et pour tes proches ; si, au contraire, tu tombes dans le mal, tu en porteras seul la peine » (
Prov. IX, 12).
Quand nous nous réjouissons sur les fidèles et les justes, ce qu’ils ont de bien nous profite comme à eux ; mais quand nous gémissons sur les infidèles et les injustes, leur malice et notre affliction ne nuisent qu’à eux seuls : un grand secours auprès de Dieu nous vient aussi des tristesses miséricordieuses que nous ressentons pour eux, des gémissements et des prières que nous inspirent ces mêmes tristesses.
C’est pourquoi, honorable servante de Dieu et digne de louanges dans le Christ, j’approuve et je bénis tout ce que votre lettre renferme de tristesse, de vigilance et de prudence contre ces hommes ; et, puisque vous me le demandez, je vous exhorte, selon mes forces, à persévérer dans cette voie : gémissez sur ces méchants avec la simplicité de la colombe, mais tenez-vous en garde contre eux avec la prudence du serpent (
Matth. X, 16) ; travaillez, autant que vous le pourrez, à retenir dans la vraie foi ceux qui vous sont unis, et à ramener ceux qui seraient tombés dans quelque erreur.

3. Je rectifierais votre doctrine sur l’humanité qu’a prise le Verbe de Dieu lorsqu’Il S’est fait chair et qu’Il a habité parmi nous (Jean I, 14), si j’y trouvais quelque chose de contraire à la vérité.
Mais vous n’avez qu’à continuer à croire que le Fils de Dieu, en Se faisant homme, a pris toute notre nature, c’est-à-dire une âme raisonnable et une chair mortelle sans péché. Il a participé à notre infirmité, et non pas à notre iniquité, afin que, par cette infirmité commune à tous les hommes, Il nous délivrât de notre iniquité et nous amenât à sa justice, buvant la mort qui Lui venait de nous et nous offrant à boire la vie qui venait de Lui.
Si vous avez quelque écrit de ces gens-là, où ils soutiennent quelque chose de contraire à cette foi, veuillez me l’envoyer, afin que, non-seulement nous exposions notre foi, mais encore que nous réfutions leur erreur. Sans doute, ils s’efforcent d’appuyer leur sentiment pervers et impie sur des passages des divines Ecritures ; il faut leur prouver qu’ils ne comprennent pas bien le sens de ces lettres sacrées écrites pour le salut des fidèles : semblables à des homme qui se feraient des plaies graves avec des instruments de chirurgie destinés à guérir et non pas à blesser.
J’ai beaucoup travaillé et je travaille beaucoup encore, autant que Dieu m’en donne la force, pour combattre diverses erreurs. Si vous désirez avoir mes ouvrages, envoyez quelqu’un pour les copier : Dieu a voulu que vous puissiez le faire aisément, en vous donnant tout ce qu’il vous faut pour cela.

nika lettre de Saint Augustin dans Nos amis les Saints

Prières et litanies en l’honneur de Sainte Geneviève.

Le 3 janvier, nous célébrons avec une piété toute spéciale la fête de Sainte Geneviève, dont la geste est si étroitement associée à la naissance du Royaume des Lys.
Je me permets de vous renvoyer aux réflexions que j’écrivis en 2008 au sujet de la France, née de la rencontre de la royauté franque et du catholicisme au point qu’ils en sont les deux éléments ontologiques (cf. > www).

Vous trouverez ci-dessous quelques formules de prière en l’honneur et à la gloire de cette sainte exceptionnelle, à laquelle il nous faut plus que jamais recommander notre pays.

Prières et litanies en l'honneur de Sainte Geneviève. dans De liturgia sainte-genevieve-gravure-xviiie-siecle

Très ancienne prière rimée à Sainte Geneviève
(trouvée dans un livre d’heures de 1531 – la graphie a seulement été modernisée) 

Vierge douce, vierge bénigne,
Vierge sainte, vierge très digne,
Vierge franche de France née,
Vierge de grâce enluminée,
Sainte Geneviève, ma Dame,
Par pitié mon corps et mon âme
Veuille de tous péchés défendre
Et en ta sainte garde prendre.

Jésus ton Epoux débonnaire
Me donne par Ta bonne prière
Humble coeur en prospérité,
Patience en adversité,
De mes péchés rémission
Et en bien confirmation:
Que jamais je ne puisse faire
Chose qui Lui puisse déplaire.

Et à mes parents et amis
Donne bonne vie et Paradis,
Les mauvais veuille convertir
Et les bons en paix maintenir,

Ainsi soit-il!

frisenb-300x96 Litanies dans Nos amis les Saints

« Souvenez-vous », en l’honneur de Sainte Geneviève
(prière réécrite par Frère Maximilien-Marie à partir d’un formulaire du XIXe siècle) 

Souvenez-vous, ô très glorieuse Sainte Geneviève, de vos anciennes bontés pour le Royaume des Lys et n’abandonnez pas aujourd’hui votre France : souvenez-vous de votre amitié pour Sainte Clotilde et pour Clovis et de toutes ces grâces que depuis plus de quinze siècles vous n’avez cessé d’obtenir à notre pays et à la capitale dont vous êtes la céleste protectrice ; souvenez-vous de tous les bienfaits, de toutes les guérisons – physiques et spirituelles – , et de toutes les protections que vous avez généreusement accordés à tous ceux qui ont eu recours à votre puissante intercession…

Sainte Geneviève, nous recourrons encore à vous ! Nous vous recommandons notre Eglise, notre pays et nos familles : nous vous prions pour la conservation de la Foi catholique, pour la conversion des pécheurs et pour la persévérance des justes ; nous vous invoquons pour le soulagement de nos malades et la consolation de ceux qui sont affligés ; nous vous supplions pour nous-mêmes et pour notre salut à tous ; nous vous implorons d’une manière toute spéciale pour ceux qui président aujourd’hui aux destinées de la France et nous vous demandons instamment de leur obtenir la grâce de revenir au Christ qui, seul, est Roi des Francs et à Sa Loi de sainteté et d’amour !

Nous remettons avec confiance entre vos mains nos intérêts spirituels et temporels (on peut ici mentionner les grâces particulières que l’on sollicite), vous suppliant de vous faire notre avocate auprès de Dieu, de veiller toujours sur nous dans les maux qui nous menacent, et de nous obtenir tous les biens qui nous sont nécessaires pour vivre ici-bas en conformité avec la sainte volonté de Dieu.

Sainte Geneviève, ne soyez pas insensible à nos prières, mais écoutez les favorablement, daignez les exaucer et nous bénir.

Ainsi soit-il.

frisenb-300x96 prières dans Prier avec nous

Prière pour demander la protection de Sainte Geneviève
sur sa ville de Paris :

Sainte Geneviève, patronne de Paris, gardez de tout danger cette cité qui est vôtre, comme vous l’avez jadis protégée de l’invasion des hordes barbares.
Par vos prières, protégez encore cette ville – et le pays dont elle est la tête – des inondations, des tremblements de terre, de la famine, des épidémies, des attentats et de toute violence.
Eloignez du pays tout entier la guerre, l’invasion et la guerre civile !

Ô sainte Geneviève, céleste protectrice de Paris, priez pour tous ceux qui souffrent dans cette ville ; priez pour les prisonniers et pour tous les malades : les malades du corps, les malades de l’esprit et les malades de l’âme.
Priez pour ceux qui sont sans travail, pour ceux qui sont sans abri, pour ceux qui peinent sous le poids de travaux trop lourds, pour ceux qui sont accablés de soucis et par l’inquiétude pour le lendemain ; priez pour tous ceux qui sont tentés par le désespoir…
Vous qui, par vos prières et par vos jeûnes, avez ramené de nombreux pécheurs dans la voie du salut, priez pour tous ceux qui errent hors des voies du salut, pour pour la conversion de tous les pauvres pécheurs qui, dans cette grande cité, ont fait de l’argent et de toutes sortes de vices les « dieux » auxquels ils sacrifient tout…

Bénissez ceux qui sont dans la joie, ainsi que tous nos bienfaiteurs.
Appelez sur nous tous la bénédiction de Dieu, afin qu’Il protège nos familles, nos enfants, nos malades et nos vieillards ; qu’Il nous accorde de vivre en paix et sans péché, et de le glorifier tous les jours de notre vie!
Ô sainte Geneviève, nous vous le demandons encore, intercédez pour nous tous auprès de Dieu, afin qu’Il ait pitié de nous, qu’Il nous accorde le pardon de nos fautes, et qu’Il accueille nos prières avec bienveillance : g
ardez-nous forts et fidèles dans la Sainte Eglise du Christ, afin de chanter d’une seule voix et d’un seul cœur le Père, le Fils et le Saint-Esprit!

Ainsi soit-il!

sainte-genevieve Sainte Geneviève

Litanies de Sainte Geneviève 
(pour la récitation privée) 

Seigneur, ayez pitié de nous !
Seigneur, ayez pitié de nous !
Jésus-Christ, ayez pitié de nous !
Jésus-Christ, ayez pitié de nous !
Seigneur, ayez pitié de nous !
Seigneur, ayez pitié de nous !

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Sainte Trinité, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, sainte Vierge des Vierges, priez pour nous.

Sainte Geneviève, dès l’enfance comblée par Dieu, priez pour nous.
Sainte Geneviève, consacrée au Christ par saint Germain, priez pour nous.
Sainte Geneviève, docile au Saint-Esprit, priez pour nous.
Sainte Geneviève, au zèle intrépide pour la foi, priez…
Sainte Geneviève, héroïquement dévouée à l’Eglise, ppn.
Sainte Geneviève, modèle de vie vécue pour Dieu,
Sainte Geneviève, discrète auxiliaire du Clergé,
Sainte Geneviève, qui avez souffert pour votre vocation,
Sainte Geneviève, qui avez connu l’hostilité et l’abandon,
Sainte Geneviève, qui passiez des heures à prier,
Sainte Geneviève, dont les jeûnes et la prière sauvaient la Cité,
Sainte Geneviève, qui aviez pour les rois une exigeante amitié,
Sainte Geneviève, dont la sagesse éclairait les païens,
Sainte Geneviève, dont la prudence guidait les chefs,
Sainte Geneviève, dont la pureté triomphait des calomnies,
Sainte Geneviève, dont la force relevait les courages défaillants,
Sainte Geneviève, qui compatissiez aux souffrances des petits,
Sainte Geneviève, qui nourrissiez miraculeusement les miséreux,
Sainte Geneviève, qui réconciliez les pécheurs avec Dieu,
Sainte Geneviève, qui rameniez à l’Eglise les égarés,
Sainte Geneviève, qui lisiez dans les coeurs,
Sainte Geneviève, qui guérissiez les malades,
Sainte Geneviève, qui arrêtiez les inondations,
Sainte Geneviève, qui rétablissiez la paix entre les ennemis,
Sainte Geneviève, qui adoucissiez le sort des prisonniers,
Sainte Geneviève, qui chassiez les démons,
Sainte Geneviève, qui protégez notre patrie,
Sainte Geneviève, qui veillez sur Paris, priez pour nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

V./ : Priez pour nous, ô Sainte Geneviève,
R./ : Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Prions :

Répandez sur nous, Seigneur, l’esprit de connaissance et de dilection dont vous avez rempli votre servante Geneviève, afin qu’attentifs à suivre son exemple, nous vous servions de tout notre coeur et vous plaisions par notre foi et par nos oeuvres. Nous vous le demandons par Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous, dans l’unité du Saint-Esprit, un seul Dieu pour les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

frisenb

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