Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2019-50. Simples questions au jour anniversaire de la victoire de Patay.

Mardi 18 juin 2019,
Fête de Saint Ephrem, confesseur et docteur de l’Eglise ;
590ème anniversaire de la victoire de Patay (18 juin 1429).

18 juin 1429 - bataille de Patay

La victoire de Patay (Lionel Royer – basilique du Bois-Chenu, à Domremy)

Imaginez un seul instant que, au lieu de prendre l’épée et d’entraîner les hommes d’armes à la bataille, Jeanne ait voulu susciter un grand défilé pacifiste « Je suis Charlie (VII) »
Imaginez un seul instant que, au lieu de flanquer de bonnes déculottées aux Godons et aux Bourguignons, elle ait organisé des « meetings » pour la paix, au nom de la fraternité universelle (obligatoire et laïque)…
Imaginez un seul instant que, au lieu de proclamer : « Les hommes d’armes combattront et Dieu donnera la victoire », elle ait lancé des débats télévisés sur une chaîne d’information continue avec les représentants du « Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples », de la « Ligue des droits de l’homme », du « Conseil pontifical justice et paix » et de « l’Ordre indépendant du B’nai B’rith »
Imaginez un seul instant qu’au lieu de renvoyer de l’armée les ribaudes et d’inciter les guerriers à la confession, elle ait établi des « marches des fiertés » festives et colorées pour que tous les types de sexualité puissent s’épanouir librement parmi les soldats…
Imaginez un seul instant qu’au lieu d’entendre dévotement la Sainte Messe les deux genoux en terre et d’y communier, elle ait préféré participer à des rencontres œcuméniques où chacun serait venu dire son sentiment avec la certitude que l’Esprit-Saint lui parle directement au cœur…
Imaginez un seul instant qu’au lieu de s’obstiner à vouloir conduire à Reims pour y être sacré un Roi qui doutait de sa propre légitimité, elle ait coordonné un référendum d’initiative populaire où chacun se serait exprimé sur la forme du gouvernement à donner à la France…
Imaginez un seul instant qu’au lieu de rappeler que le Roi légitime est lieu-tenant de Dieu en France, elle ait institué le suffrage universel  (à la proportionnelle) en affirmant que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation »
Imaginez qu’au lieu de s’acharner à « bouter l’Anglois hors de France », elle se soit érigée en prophétesse de l’accueil indifférencié de tous les hommes et de toutes les différences…

C’est en se posant de semblables questions, qui pourraient alors donner lieu à la rédaction d’époustoufflantes uchronies que nous pouvons mesurer à quel point Chesterton était un véritable prophète lorsqu’il écrivait en 1908 : « Le monde moderne n’est pas méchant ; sous certains aspects, le monde moderne est beaucoup trop bon. Il est plein de vertus désordonnées et décrépites. Quand un certain ordre religieux est ébranlé (comme le fut le christianisme à la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices que l’ont met en liberté. Les vices, une fois lâchés, errent à l’aventure et ravagent le monde. Mais les vertus, elles aussi, brisent leur chaînes, et le vagabondage des vertus n’est pas moins forcené et les ruines qu’elles causent sont plus terribles. Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles… » (Gilbert Keith Chesterton, « Orthodoxie »).

C’est en se posant de semblables questions que l’on réalise la décadence absolue de notre époque, tant sur le plan intellectuel que spirituel, la décadence de la pensée politique et de la pensée religieuse.

C’est en se posant de semblables questions que l’on perçoit de manière irréfragable que si Jeanne avait agi ainsi elle ne serait pas devenue sainte, la sainte que nous aimons, admirons et vénérons.

C’est en se posant de semblables questions que l’on réalise que s’il en eût été ainsi en 1429, nous ne serions sans doute aujourd’hui ni français ni catholiques, parce qu’il n’y aurait probablement plus depuis belle lurette ni France ni catholicisme !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Blason de Sainte Jeanne d'Arc

2019-41. Du sermon de Saint Antoine de Padoue aux poissons.

Après avoir évoqué il y a quelques jours Saint Antoine le Grand, appelé aussi Saint Antoine du désert ou Saint Antoine d’Egypte (cf. > ici), je veux aujourd’hui évoquer un autre très grand saint qui porte lui aussi ce prénom d’Antoine et qui figure au nombre des saints les plus populaires et les plus vénérés dans toute la Chrétienté : Saint Antoine de Padoue.
J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de la grande dévotion qui est la nôtre envers cet extraordinaire thaumaturge (par exemple > ici). Vous trouverez aussi dans les pages de ce blogue la belle catéchèse du 10 février 2010 dans laquelle le pape Benoît XVI a présenté sa vie et son œuvre (cf. > ici), ainsi que la prière que j’ai composée et qui, selon les témoignages reçus, semble avoir quelque « efficacité » (cf. > ici).
Mais en ce jour, je veux tout simplement retranscrire ici le chapitre XL des « Fioretti » de Saint François d’Assise qui raconte l’un des miracles de Saint Antoine de Padoue : le sermon aux poissons.
Dieu, qui n’a de mépris pour aucune de Ses créatures, se sert parfois de ces animaux que certains « spirituels » considèrent comme négligeables, au prétexte qu’ils ne sont pas dotés, comme l’homme, d’un esprit créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et appelé à recevoir la vie divine, pour donner de grandes leçons et confondre ceux qui se prétendent « spirituels » et en raison de cela n’ont point d’égard pour les animaux…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Saint Antoine de Padoue prêchant aux poissons - vitrail de l'église Saint-Ferdinant à Arcachon

Saint Antoine de Padoue prêchant aux poissons
(vitrail de l’église Saint-Ferdinand à Arcachon)

Gif animé poisson d'avril 3

Du miracle que Dieu fit lorsque Saint Antoine, étant à Rimini, prêcha aux poissons de la mer

Le Christ béni voulant montrer la grande sainteté de son très fidèle serviteur Saint Antoine, et combien dévotement il fallait entendre sa prédication et sa sainte doctrine, se servit une fois entre autres des animaux sans raison, c’est-à-dire des poissons, pour reprendre la sottise des infidèles hérétiques (note : il s’agissait de personnes séduites par les erreurs des cathares), à la manière dont il avait jadis, dans le Vieux Testament repris par la bouche de l’ânesse, l’ignorance de Balaam.

Saint Antoine était donc une fois à Rimini où il y avait une grande multitudes d’hérétiques, et il voulait les ramener à la lumière de la vraie Foi et dans le chemin de la Vérité : pendant plusieurs jours il leur prêcha et disputa avec eux de la Foi du Christ et de la Sainte Ecriture ; mais non seulement ils ne se rendaient point à ses saints discours, mais même, comme endurcis et obstinés, ils ne voulaient pas l’écouter ; aussi, un jour, par divine inspiration, Saint Antoine s’en alla à l’embouchure du fleuve au bord de la mer ; et se tenant sur la rive entre la mer et le fleuve, il commença, comme s’il prêchait, par dire aux poissons de la part de Dieu :
« Ecoutez la parole de Dieu, vous poissons de la mer et du fleuve, puisque les infidèles hérétiques refusent de l’entendre. »

A peine eut-il ainsi parlé qu’il vint aussitôt vers lui, à la rive, une telle multitude de poissons, grands, petits et moyens, que jamais dans cette mer et dans ce fleuve on en avait vu une si grande quantité ; et tous se tenaient la tête hors de l’eau et demeuraient attentifs tournés vers le visage de Saint Antoine, tous en très grande paix, en très grand calme, en très grand ordre ; car au premier rang et le plus près de la rive se tenaient les plus petits poissons, et derrière eux les poissons moyens, et en arrière encore, où l’eau était plus profonde, les plus grands poissons.

Les poissons étant donc ainsi rangés en tel ordre et disposition, Saint Antoine commença à leur prêcher solennellement ; il parla ainsi :
« Mes frères les poissons, vous êtes fort obligés, selon votre pouvoir, de rendre grâce à votre Créateur, qui vous a donné un si noble élément pour votre habitation, en sorte qu’à votre choix vous avez des eaux douces et des eaux salées ; Il vous a donné beaucoup de refuges pour éviter les tempêtes ; Il vous a donné encore un élément clair et transparent et la nourriture qui vous permette de vivre. Dieu votre Créateur courtois et plein de bonté, quand Il vous créa, vous donna l’ordre de croître et de vous multiplier, et vous donna Sa Bénédiction. Puis, au déluge universel, alors que mouraient tous les autres animaux, Dieu vous conserva seuls sans dommage. Ensuite, Il vous a donné des nageoires pour pouvoir aller çà et là partout où il vous plaît. A vous il fut accordé, par le commandement de Dieu, de garder le Prophète Jonas et après trois jours de le rejeter à terre sain et sauf. Vous avez offert le cens à Notre-Seigneur Jésus-Christ qui, comme un petit pauvre, n’avait pas de quoi payer. Par un mystère singulier, vous avez été la nourriture de l’éternel Roi Jésus-Christ avant et après Sa Résurrection. Pour tout cela, vous êtes extrêmement obligés de louer et de bénir Dieu, qui vous a donné tant de bienfaits de plus qu’aux autres créatures. »

A ces paroles et enseignements, et autres semblables de Saint Antoine, les poissons commencèrent à ouvrir la bouche et à incliner la tête, et par ces signes de respect et d’autres encore, ils louaient Dieu comme il leur était possible.
Alors Saint Antoine, voyant un tel repsect des poissons envers leur Créateur, se réjouit en esprit et dit à haute voix : « Béni soit le Dieu éternel, parce que les poissons des eaux L’honorent plus que ne le font les hommes hérétiques, et que les animaux sans raison écoutent mieux Sa Parole que les hommes infidèles ».
Et plus Saint Antoine prêchait, plus croissait la multitude des poissons, et pas un ne quittait la place qu’il avait prise.

A ce miracle, les gens de la ville commencèrent d’accourir et, parmi eux, y vinrent même les susdits hérétiques, qui, voyant le miracle si merveilleux et manifeste, le coeur touché de componction, se jetèrent tous aux pieds de Saint Antoine pour entendre sa prédication.
Alors Saint Antoine commenca de prêcher sur la Foi Catholique et prêcha si noblement sur ce sujet qu’il convertit tous ces hérétiques et les fit retourner à la vraie Foi du Christ ; tous les fidèles en demeurèrent en grande allégresse, réconfortés et fortifiés dans la Foi.
Cela fait, Saint Antoine congédia les poissons avec la bénédiction de Dieu, et tous s’en allèrent donnant de merveilleux signes d’allégresse ; et le peuple fit de même.
Puis Saint Antoine resta à Rimini pendant nombre de jours, prêchant et produisant beaucoup de fruits spirituels dans les âmes.

A la louange du Christ. Amen.

Fioretti de saint François d’Assise, chapître XL.

Gif animé poisson

2019-40. De la très admirable abbatiale de Saint-Antoine en Dauphiné.

Samedi 11 mai 2019,
Fête transférée de Marie-Médiatrice de toutes grâces (habituellement célébrée le 8) ;
Commémoraison de Saint Mamert, évêque et confesseur (le 1er des saints de glace) ;
Anniversaire de la translation des reliques de Saint Antoine le Grand en Dauphiné (11 mai 1070).

Saint-Antoine l'Abbaye - gravure

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Dans sa chronique du 18 janvier dernier (cf. > ici), le Maître-Chat Lully, évoquant le pèlerinage que j’avais accompli la veille auprès des reliques de Saint Antoine le Grand (appelé aussi Saint Antoine d’Egypte ou Saint Antoine du désert), vous promettait la publication d’une série de photographies de cette admirable église abbatiale prises ce 17 janvier.
Les jours, les semaines et les mois ont passé… La promesse tient toujours !
Tout vient à point pour qui sait attendre : comme c’est aujourd’hui, 11 mai, l’anniversaire de la translation des reliques du « Père de tous les moines d’Orient et d’Occident », la date me paraît particulièrement indiquée pour tenir la promesse que le Maître-Chat vous avait alors faite.

Le village de Saint-Antoine l’abbaye se trouve à proximité de Saint-Marcellin, dans l’actuel département de l’Isère. Il s’appelait autrefois Saint-Antoine en Dauphiné, nom qui avait supplanté, à partir de l’arrivée des reliques de Saint Antoine déposées dans l’église du prieuré bénédictin qui était établi ici, celui de La Motte aux bois qu’il portait originellement.
Voici aujourd’hui la vue de l’ensemble du bourg, couronné par les bâtiments de l’abbaye, qui se découvre à vos yeux, émergeant des brumes matinales, lorsque vous arrivez par le sud au matin de la fête liturgique de Saint Antoine.

Saint-Antoine l'Abbaye, vue générale

Après avoir gravi les ruelles pentues du bourg, vous avez aujourd’hui deux possibilités pour accéder à l’église abbatiale.
La première est cette entrée monumentale de l’ancienne abbaye : elle donne accès à la grande cour en bordure de laquelle sont bâtis les communs, ainsi qu’une partie des bâtiments claustraux.
C’est aujourd’hui l’entrée la plus usitée.

Porte d'entrée de l'abbaye

Voici cette grande cour telle qu’elle apparaît lorsqu’on passe le porche.
Comme elle est plantée d’arbres : il est plus facile d’en apprécier les dimensions et la perspective en hiver, lorsque les branches sont dépouillées de leurs feuilles.

La grande cour de l'abbaye

C’est ainsi en particulier que l’on peut admirer dans son ensemble la façade du pavillon abbatial qui domine cette grande cour…

Pavillon abbatial

… et avoir un recul suffisant pour admirer le clocher, avec sa toiture caractéristique de tuiles vernissées.

clocher de l'abbatiale

A la base de ce clocher se trouve l’entrée latérale de l’église abbatiale, qui donne dans le transept sud.

entrée latérale de l'abbatiale

C’est également depuis cette grande cour que l’on peut admirer l’ensemble du côté sud de l’église, avec les grandes baies gothiques des chapelles latérales édifiées entre les contreforts du bas-côté : chacune de ces baies gothique présente des caractéristiques originales, différentes de celles de sa voisine.

côté sud de l'abbatiale

Le second accès à l’église abbatiale, qui était jadis le principal pour les pèlerins, est constitué par un escalier qui amène à une porte donnant directement sur le parvis de l’église.

Degré de la porte du parvis de l'abbatiale

Porte du parvis

Parvis aperçu par la porte du dégré

Cette vue aérienne ancienne permet de bien voir la disposition de l’église abbatiale, et l’ensemble des bâtiments claustraux, ainsi que les deux portes d’accès : tout à gauche, en avant de l’église, la porte accédant sur le parvis, et tout à droite la porte monumentale de l’abbaye.

vue aérienne de l'ensemble abbatial

En arrivant sur le parvis, on est saisi par la beauté de la façade occidentale (malgré les dommages que lui firent subir les huguenots).

façade principale de l'abbatiale Saint-Antoine

L’étroitesse du parvis ne permettant pas d’avoir un recul suffisant pour la photographier dans son intégralité, j’ai là encore dû recourir à une ancienne carte postale offrant une vue aérienne.

Façade occidentale de l'abbatiale

Entrons maintenant dans l’abbatiale : on est impressionné par l’harmonie des proportions et la luminosité de l’édifice.

Nef principale vue générale

Levons les yeux pour admirer la succession des croisées d’ogives des voûtes de la grand’nef…

voûtes de la grand nef

… ainsi que l’élégance des voûtes de l’abside.

voûtes de l'abside

Le maître-autel, réalisé en 1667, est édifié légèrement en avant du transept.
Son architecture est tout-à-fait originale.

Maître-autel

Ce maître-autel renferme la châsse dans laquelle sont conservées les reliques de Saint Antoine le Grand.
Sur la face antérieure, on remarque une ouverture ovale très ouvragée, fermée par un volet de bois intérieur qui, lorsqu’on l’ouvre, permet d’apercevoir la châssse.

maître-autel : face antérieure

Une autre curiosité consiste dans le fait que les degrés de l’autel sont en nombre pair et non impair.

Maître-autel

Il ne comporte pas de tabernacle, mais il est surmonté d’une espèce d’oculus à l’intérieur duquel est suspendu la colombe symbolisant le Saint-Esprit.
Au sommet, deux anges debout élèvent une couronne fermée au-dessus du « Tau » qui est l’un des insignes de Saint Antoine le Grand et de l’Ordre des Antonins.

Maître-autel, face arrière et voûtes

La face arrière du maître-autel est élevée en bordure du transept.
Ce transept a en effet été conçu pour être un lieu de passage pour les pèlerins : passage qui sépare le sanctuaire et le chœur des religieux.
C’est à cet endroit précis que l’on peut être au plus près de la châsse de Saint Antoine : en effet une ouverture semblable à cette qui se trouve sur la face antérieure est pratiquée dans cette face arrière.
Au dessus de cette ouverture on peut lire : « Faciam te in toto orbe nominari » que l’on peut traduire par : « Je ferai connaître ton nom à tout l’univers », phrase qui fut dite par le Seigneur à Saint Antoine à l’issue de l’un de ses héroïques combats contre le démon.

Maître autel face arrière

C’est donc ici que l’on peut apercevoir la grande châsse d’argent dans laquelle se trouvent les reliques de Saint Antoine.

Aperçu de la châsse de Saint Antoine

En nous retournant vers l’est, ayant donc la face arrière du maître-autel dans notre dos, nous nous trouvons devant le chœur des religieux, autrefois fermé par une grille (fondue à la révolution) et pourvu de 97 belles stalles du XVIIe siècle.
Les trois fenêtres ogivales de l’abside sont illustrées par trois grands vitraux figuratifs du XIXe siècle.

Verrières du chœur

Celui du centre représente bien évidemment Saint Antoine le Grand auquel cette abbatiale est dédiée.

Vitrail de Saint Antoine

Le vitrail de droite représente le baron Josselin de Châteauneuf de l’Albe, qui rapporta les reliques de Saint Antoine de Constantinople, et les plaça ici le 11 mai 1070, fondant de ce fait le pèlerinage…

Josselin de Châteauneuf

… ce que rappelle aussi une inscription peinte à l’entrée du chœur :

inscription rappelant la translation des reliques

Et le vitrail de gauche représente le pape Calixte II (1050 – 1124), né Gui de Bourgogne, archevêque de Vienne en Dauphiné, élu au Souverain Pontificat à Cluny le 2 février 1119, qui procéda en personne à la dédicace de cette abbatiale le 20 mars 1119, onze jours après son couronnement dans la primatiale de Vienne.

Calixte II

Cela est également rappelé par une inscription peinte à l’entrée du chœur :

Inscription souvenir de la dédicace

Dans le transept sud se trouve une chapelle où se trouve un splendide retable du XVIIe siècle, dont le tableau représente la rencontre de Saint Antoine le Grand avec Saint Paul, premier ermite.

autel de la rencontre de Saint Paul et Saint Antoine

tableau de la rencontre de Saint Paul et Saint Antoine

Sur le côté de cette chapelle se trouve aussi une statue de Saint Antoine que j’aime très particulièrement :

Statue de Saint Antoine

C’est souvent devant elle que je place le cierge que je ne manque jamais d’allumer en l’honneur de ce très grand saint.
J’en aime l’expression naïve, presque rustique, mais rayonnante de bonhomie…

statue de saint Antoine détail

… et j’ai beaucoup d’affection pour le petit cochon qui, à ses pieds, semble émerger de sa grande cape d’ermite !

statue de saint Antoine détail

Avant de quitter l’abbatiale, admirons le splendide grand orgue des XVIIe et XVIIIe siècles !

Grand orgue

L’abbatiale de Saint Antoine renferme encore de très nombreuses merveilles d’art sacré en sus des reliques du « Père de tous les moines », je vous en montrerai peut-être un autre jour d’autres exemples.
C’est l’un de mes lieux de pèlerinage favori auquel j’aime à me rendre au moins une fois par an, pour demander à Saint Antoine le Grand les grâces et bénédictions dont j’ai besoin dans ma vie monastique.

Le Maître-Chat Lully lui-même y a été emmené et placé sous la protection de ce très grand saint à l’automne 2016 (cf. > ici), puisque il ne faut pas oublier que Saint Antoine du désert est l’un des saints protecteurs des animaux (cf. > ici).

En cet anniversaire de l’arrivée de ses précieuses reliques en ce lieu béni, que Saint Antoine nous bénisse, nous, et tous nos charmants compagnons à quatre pattes !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Clocher de l'abbatiale Saint-Antoine

Une autre belle prière de Madame Elisabeth de France (1764 – 1794)

10 mai,
Fête de Saint Jean d’Avila, confesseur et docteur de l’Eglise ;
Anniversaire du martyre de Madame Elisabeth de France (10 mai 1794).

Médaillon de marbre de Madame Elisabeth

Ce 10 mai 2019 est l’exact deux-cent-vingt-cinquième anniversaire du martyre de Son Altesse Royale Elisabeth Philippine Marie Hélène de France, communément appelée Madame Elisabeth (+ 10 mai 1794).
Nous ne pouvons que recommander la lecture des excellentes biographies – il en existe plusieurs – de cette héroïque Princesse dont NN.SS. les Evêques de France ont décidé de relancer la cause de béatfication.
Nous avons déjà publié dans les pages de ce blogue (cf. > ici) une prière pour demander des grâces par son intercession, ainsi que la très célèbre prière d’abandon confiant dite « de Madame Elisabeth », qui est en réalité une prière qu’elle récitait fréquemment et qu’elle recommandait à ses proches mais qui n’est pas de sa composition (cf. > ici).
En revanche, le texte publié ci-dessous, sur cette ancienne image de dévotion, est bien de sa plume, et nous pouvons à notre tour nous l’approprier : elle n’est pas très longue, elle peut se mémoriser aisément, et il sera alors facile de la réciter dans le cours de nos journées.

Trois lys blancs

Prière de Madame Elisabeth

Trois lys blancs

2019-38. « Ainsi la croix qui avait été jusqu’alors pour les hommes un sujet d’opprobre et de mépris, devint un objet de vénération et de gloire ».

3 mai,
Fête de l’Invention de la Sainte Croix ;
Pieuse mémoire des clercs massacrés à Lamastre par les huguenots le 3 mai 1587 (cf. > ici et > ici).

Parce que la fête de l’Invention de la Sainte Croix, célébrée depuis des siècles à la date du 3 mai, était traditionnellement un repère important de l’année liturgique (par exemple, dans le diocèse de Viviers où nous vivons, elle marquait le début des processions dominicales prescrites tous les dimanches avant la Grand’Messe et ce jusqu’au 14 septembre) est malheureusement aujourd’hui bien oubliée et que beaucoup de fidèles (* note) ignorent les circonstances de la découverte (c’est le sens du mot « invention ») du bois sacré de la Croix sur laquelle Notre-Seigneur a accompli notre salut, nous avons décidé de publier ici les textes du bréviaire traditionnel qui résument cette découverte, dans les leçons du deuxième nocturne des matines de cette fête.

Note :
Et d’ailleurs cela n’est pas seulement ignoré de beaucoup de fidèles mais aussi de nombreux prêtres, puisque ces faits ne se trouvent plus relatés que dans les bréviaires antérieurs à la réforme de Jean XXIII : ainsi donc beaucoup de prêtres traditionnels célébrant selon le missel et le bréviaire conformes au calendrier et aux rubriques de 1960 n’en entendent jamais parler !
Quant aux prêtres formés dans les séminaires diocésains ou interdiocésains – qui ne sont bien souvent que des foyers d’impiété – pour la nouvelle liturgie s’ils en entendent parler c’est comme pieuses « légendes » sans consistance historique et prêtant à sourire…

Agnolo Gaddi invention de la Sainte Croix

Agnolo Gaddi (1350 – 1396) : l’histoire de la Sainte Croix
(fresques de la chapelle du chœur de la basilique Sainte-Croix, à Florence, 1385-87)

L’invention de la Sainte Croix de Notre-Seigneur
par
l’impératrice Sainte Hélène

(Leçons du bréviaire au deuxième nocturne des matines de la fête de l’Invention de la Sainte Croix)

Quatrième leçon :
Après l’insigne victoire que remporta sur Maxence l’empereur Constantin, auquel le signe de la Croix du Seigneur avait été manifesté (cf. > ici, > ici et > ici), Hélène, mère de Constantin, avertie en songe, vint à Jérusalem dans le dessein d’y rechercher la Croix.
Sur le Calvaire, elle fit abattre une statue de marbre représentant Vénus ; c’était pour abolir tout souvenir de la Passion de Jésus-Christ, que les Gentils avaient, depuis environ cent quatre-vingts ans, placé cette statue à l’endroit même où la Croix avait été plantée.
Hélène agit de même au lieu où était la crèche du Sauveur, et au lieu où Il était ressuscité, ayant fait enlever du premier le simulacre d’Adonis, et du second, celui de Jupiter. 

Cinquième leçon :
On déblaya l’endroit où devait être la Croix, et, en creusant, l’on découvrit trois croix profondément enfouies, mais le titre de la Croix du Seigneur fut trouvé à part et comme l’on ne voyait pas à laquelle des trois croix il avait été fixé, un miracle mit fin au doute.
Macaire, Évêque de Jérusalem, après avoir fait adresser à Dieu des prières, fit toucher l’une après l’autre les trois croix à une femme qui était gravement malade. L’attouchement des deux premières ne lui fut d’aucun secours, mais lorsqu’on eut approché la troisième de l’infirme, cette personne fut aussitôt guérie. 

Sixième leçon :
Ayant ainsi retrouvé la croix, instrument de notre salut, Hélène éleva au même lieu une église, vraiment magnifique où elle laissa une partie de la Croix, enfermée dans une châsse d’argent ; elle en apporta une autre partie à son fils Constantin, et on la déposa à Rome dans l’église appelée Sainte-Croix-en-Jérusalem, construite sur l’emplacement du palais de Sertorius.
Hélène remit encore à son fils les clous avec lesquels le très saint corps de Jésus-Christ avait été attaché (voir aussi > ici).
C’est alors que Constantin porta une loi, pour défendre qu’on fît désormais subir à quelqu’un le supplice de la croix ; et ainsi la croix qui avait été jusqu’alors pour les hommes un sujet d’opprobre et de mépris, devint un objet de vénération et de gloire. 

Ste Hélène - église Saint Honoré d'Eylau -  nef gauche

L’impératrice Sainte Hélène
et son fils l’empereur Saint Constantin 1er le Grand
(vitrail de l’église neuve Saint-Honoré d’Eylau, à Paris)

2019-26. Du quatre-vingtième anniversaire du couronnement de Sa Sainteté le Pape Pie XII.

1939 – 12 mars – 2019

Armoiries et devise de Pie XII

Armoiries et devise de Pie XII

Ce 12 mars n’est pas seulement le jour de la fête de Saint Grégoire le Grand, mais il est aussi l’anniversaire du couronnement de Sa Sainteté le Pape Pie XII.
J’ai déjà publié, à l’occasion de son septante-cinquième anniversaire, le récit de son élection (voir > ici). Aujourd’hui, accompagné d’images et de photographies d’époque, je vais largement citer le texte que la Réverende Mère Pascalina Lehnert a publié dans ses mémoires à propos de cette journée du 12 mars 1939.

Couronnement de Pie XII - image commémorative

Image commémorative du couronnement de Pie XII
portant la mention des villes ou pays dans lesquels il avait auparavant été en mission diplomatique

« Le 12 mars approchait – c’était le jour du couronnement. La journée fut ensoleillée, un vrai jour de fête. Nous étions déjà allées de bonne heure à la messe, puisque le Saint-Père ne célèbrerait pas à la maison. A notre retour, nous le trouvâmes dans la chapelle privée. Il était très pâle et semblait très fatigué. Que pouvait-il bien ressentir ce matin-là ? (…)

« Ce fut un jour de fête, comme on ne peut en imaginer de plus radieux, ni de plus sublime. « Saint-Père, regardez donc la place Saint-Pierre », criions-nous, remplies d’enthousiasme. Il vint à la fenêtre pour ne pas nous décevoir, mais s’en détourna à nouveau rapidement. Sur la vaste place, ondulait une foule humaine innombrable, une féérie d’uniformes et de costumes pittoresques de toutes couleurs. Ici une dame distinguée, en robe de cérémonie, là un simple paysan. Jeunes et vieux, petits et grands, pauvres et riches – tous étaient venus rendre hommage au Vicaire du Christ qui devait recevoir aujourd’hui la triple couronne : la tiare. Et par-dessus toute cette pompe et cette magnificence, retentissait ce cri repris à l’infini : « Viva, viva, viva il Papa Pio XII, il Papa Romano di Roma ! »

« Et la basilique Saint-Pierre, parée de tous ses atours, flamboyait, radieuse, au milieu d’un océan de lumière qui faisait étinceler dans toute leur beauté les riches et lourdes dorures de ses ornements. Tout était plein jusqu’à la dernière place. La foule immense bruissait et ondulait, attendant patiemment, depuis des heures, celui que tous connaissaient, aimaient et honoraient depuis des années, et qui devait aujourd’hui recevoir la plus haute dignité qui soit sur la terre. Lorsque le Saint-Père eut quitté son appartement privé pour la Sala dei Paramenti, où on devait l’habiller pour la cérémonie, nous nous mîmes également en route pour Saint-Pierre (…). Peut-il y avoir chose plus belle sur cette terre ? Aucun de ceux qui ont eu le bonheur de participer à ce couronnement-, ne pourra sans doute oublier cet événement impressionnant !

Scala Regia Pie XII porté sur la sedia gestatoria

Pie XII porté sur la sedia gestatoria descendant la Scala Regia
pour se rendre à la basilique Saint-Pierre

« Déjà les trompettes d’argent annonçaient l’approche de celui qu’on attendait ! Une immense acclamation s’éleva, qui cependant retomba peu à peu, car, dans l’atrium se déroulait la première cérémonie d’hommage du chapitre de Saint-Pierre, dont Pie XII avait été l’archiprêtre durant de longues années.

« Maintenant, il franchissait le seuil de Saint-Pierre, porté sur la sedia gestatoria. Que de fois il avait accueilli ici, en sa qualité d’archiprêtre, Pie XI, à qui il était attaché de tout son cœur et de toute son âme, et comment aurait-il pu s’empêcher aujourd’hui de penser que Pie XI lui avait toujours prédit ce jour ! La chorale entonna dans l’allégresse : Tu es Petrus. Une tempête d’applaudissements se déchaïna : un tonnerre d’acclamations et de chants, une explosion de liesse tels qu’on eût cru que les murs allaient s’effondrer.

« La longue procession s’était mise en mouvement. Le Prince héritier et la Princesse héritière d’Italie ouvraient le cortège des délégués, princes, nobles et ambassadeurs accourus de plus de cinquante pays : tous les grands de ce monde, tous les peuples rendaient hommage au pape ! Tous ceux qui assistaient à ce spectacle grandiose, plein de dignité et de beauté, en étaient transportés d’enthousiasme.

Pie XII - Couronnement

L’entrée du Pontife dans la basilique Saint-Pierre

« Enfin le Saint-Père lui-même arrivé. Le blanc de son long pluvial brodé d’or faisait encore paraître plus mince sa silhouette ascétique, et la mitre ornée de pierres précieuses accusait encore la pâleur de son visage aux traits fins. Ses belles et longues mains bénissaient et saluaient à droite et à gauche. A sa main droite qui bénissait, étincelait l’anneau du pécheur. Tous les regards étaient tournés vers le Saint-Père, et c’est vers lui que montaient tous ces applaudissements – vers lui, représentant du Christ sur la terre.

« A nouveau retentit le magnifique Tu es Petrus, cette fois-ci avec une telle puissance et une telle ampleur que les ovations diminuèrent un peu.

« Puis le Saint-Père commença la messe du couronnement. Ceux qui avaient depuis des années le bonheur de pouvoir assister à sa messe, ne voyaient, aujourd’hui encore, au milieu de toute cette magnificence et de toute cette pompe extérieure, que le prêtre entièrement absobé par le Saint Sacrifice et qui était pleinement conscient de ses fonctions sacrées. Avec quelle ferveur n’avait-il pas récité le Confiteor, entonné le Credo ! Quelle foi ardente animait le Sursum Corda, la Préface ! On put saisir chaque syllabe des paroles sacrées de la Consécration. Puis s’éleva le Pater. Jamais je n’oublierai son Fiat voluntas tua. (Je l’ai encore entendu très souvent le chanter, mais rarement, je crois, de façon plus émouvante que ce jour-là).

Cette messe sublime s’acheva. A nouveau se déchaînèrent des tempêtes d’applaudissements qui ne voulaient pas s’arrêter. Tout le monde se hâta d’aller sur la place Saint-Pierre pour pouvoir être témoin du couronnement. Les milliers de gens qui n’avaient pas pu entrer dans la basilique, avaient attendu patiemment sur la place. Maintenant tous les yeux se levaient vers la loggia décorée, où était dressé le trône du Saint-Père (…).

Couronnement de Pie XII - réception de la tiare

Pie XII reçoit le trirègne, ou tiare.

« Un enthousiasme indescriptible salua l’apparition de Pie XII. Il couvrait même les paroles lourdes de sens du rite du couronnement : « Reçois la tiare ornée de la triple couronne et sache que tu es le père des princes et des rois, le chef de l’univers, le vicaire de notre Rédempteur. A Lui l’honneur et la gloire pour les siècles des siècles ! »
L’allégresse se donna libre cours à travers l’hymne : « Coronam auream super caput ejus… ». Puis les bras du Saint-Père s’écartèrent largement en un geste inimitable, comme s’il voulait embrasser le monde entier, et les ondes portèrent, à travers l’éther, sa bénédiction Urbi et Orbi à tous les êtres humains.
Longtemps encore Pie XII salua la foule qui l’acclamait. Rome avait-elle jamais vu pareille participation, pareille fête ? »

Mère Pascalina Lehnert : « Mon privilège fut de le servir » (pp. 85-88 – Téqui 1985).

Pie XII Couronnement - 1ère bénédiction

Première bénédiction Urbi et Orbi du nouveau Pontife

Voir aussi dans ce blogue les publications consacrées à
- L’élection de Pie XII > ici
- Le 50e anniversaire de sa mort et la défense de son pontificat > ici

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 12 mars, 2019 |4 Commentaires »

2019-25. De Saint Grégoire 1er le Grand, pape et docteur de l’Eglise.

12 mars,
Fête de Saint Grégoire 1er le Grand, pape, confesseur et docteur de l’Eglise.

A l’occasion de deux audiences publiques générales, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a dressé un très intéressant portrait de son prédécesseur, le Pape Saint Grégoire le Grand, et il a su mettre en évidence les caractères de sa sainteté, l’importance de son action, et l’actualité de ses enseignements.

St Grégoire le Grand vitrail basilique Notre-Dame Montréal au Québec

Saint Grégoire le Grand
(vitrail dans la basilique Notre-Dame, à Montréal au Québec)

« Cet homme de Dieu nous montre où sont les véritables sources de la paix et d’où vient la véritable espérance. »

Premier enseignement de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
consacré à la figure du Pape Saint Grégoire le Grand
donné à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 28 mai 2008 

Chers frères et sœurs,

(…) je voudrais aujourd’hui présenter la figure de l’un des plus grands Pères dans l’histoire de l’Eglise, un des quatre docteurs de l’Occident, le Pape saint Grégoire, qui fut évêque de Rome entre 590 et 604, et auquel la tradition attribua le titre de Magnus/Grand. Grégoire fut vraiment un grand Pape et un grand Docteur de l’Eglise ! Il naquit à Rome vers 540, dans une riche famille patricienne de la gens Anicia, qui se distinguait non seulement par la noblesse de son sang, mais également par son attachement à la foi chrétienne et par les services rendus au Siège apostolique. Deux Papes étaient issus de cette famille :  Félix III (483-492), trisaïeul de Grégoire et Agapit (535-536). La maison dans laquelle Grégoire grandit s’élevait sur le Clivus Scauri, entourée par des édifices solennels qui témoignaient de la grandeur de la Rome antique et de la force spirituelle du christianisme. Des sentiments chrétiens élevés lui furent aussi inspirés par ses parents, Gordien et Silvia, tous deux vénérés comme des saints, et par deux tantes paternelles, Emiliana et Tarsilia, qui vécurent dans leur maison en tant que vierges consacrées sur un chemin partagé de prière et d’ascèse.

Grégoire entra très tôt dans la carrière administrative, que son père avait également suivie et, en 572, il en atteint le sommet, devenant préfet de la ville. Cette fonction, compliquée par la difficulté des temps, lui permit de se consacrer à large échelle à chaque type de problèmes administratifs, en en tirant des lumières pour ses futures tâches. Il lui resta en particulier un profond sens de l’ordre et de la discipline :  devenu Pape, il suggérera aux évêques de prendre pour modèle dans la gestion des affaires ecclésiastiques la diligence et le respect des lois propres aux fonctionnaires civils. Toutefois, cette vie ne devait pas le satisfaire car, peu après, il décida de quitter toute charge civile, pour se retirer dans sa maison et commencer une vie de moine, transformant la maison de famille dans le monastère Saint André au Celio. De cette période de vie monastique, vie de dialogue permanent avec le Seigneur dans l’écoute de sa parole, il lui restera toujours la nostalgie, qui apparaît toujours à nouveau et toujours davantage dans ses homélies :  face aux assauts des préoccupations pastorales, il la rappellera plusieurs fois dans ses écrits comme un temps heureux de recueillement en Dieu, de consécration à la prière, d’immersion  sereine  dans  l’étude. Il put ainsi acquérir cette profonde connaissance de l’Ecriture Sainte et des Pères de l’Eglise dont il se servit ensuite dans ses œuvres.

Mais la retraite dans la clôture de Grégoire ne dura pas longtemps. La précieuse expérience mûrie dans l’administration civile à une époque chargée de graves problèmes, les relations entretenues dans cette charge avec les byzantins, l’estime universelle qu’il avait acquise, poussèrent le Pape Pélage à le nommer diacre et à l’envoyer à Constantinople comme son « apocrisaire », on dirait aujourd’hui « nonce apostolique », pour permettre de surmonter les dernières séquelles de la controverse monophysite et, surtout, pour obtenir l’appui de l’empereur dans son effort pour contenir la poussée lombarde. Son séjour à Constantinople, où avec un groupe de moines il avait repris la vie monastique, fut très important pour Grégoire, car il lui donna l’occasion d’acquérir une expérience directe du monde byzantin, ainsi que d’approcher la question des Lombards, qui aurait ensuite mis à rude épreuve son habileté et son énergie au cours années de son pontificat. Après quelques années, il fut rappelé à Rome par le Pape, qui le nomma son secrétaire. Il s’agissait d’années difficiles :  les pluies incessantes, le débordement des fleuves, la famine qui frappait de nombreuses zones d’Italie et Rome elle-même. A la fin, la peste éclata également, faisant de nombreuses victimes, parmi lesquelles le Pape Pélage II. Le clergé, le peuple et le sénat furent unanime en choisissant précisément lui, Grégoire, pour être son Successeur sur le Siège de Pierre. Il chercha à résister, tentant également la fuite, mais il n’y eut rien à faire :  à la fin il dut céder. C’était l’année 590.

Reconnaissant la volonté de Dieu dans ce qui était arrivé, le nouveau Pontife se mit immédiatement au travail avec zèle. Dès le début, il révéla une vision particulièrement clairvoyante de la réalité avec laquelle il devait se mesurer, une extraordinaire capacité de travail pour affronter les affaires ecclésiastiques  et  civiles, un équilibre constant dans les décisions, parfois courageuses, que sa charge lui imposait. On possède une vaste documentation sur son gouvernement grâce au Registre de ses lettres (environ 800), dans lesquelles se reflète la confrontation quotidienne avec les problèmes complexes qui affluaient sur sa table. Il s’agissait de questions qui provenaient des évêques, des abbés, des clercs, et également des autorités civiles de tout ordre et degré. Parmi les problèmes qui affligeaient l’Italie et Rome à cette époque, il y en avait un d’une importance particulière dans le domaine civil et ecclésial :  la question lombarde. Le Pape y consacra toutes les énergies possibles en vue d’une solution vraiment pacificatrice. A la différence de l’empereur byzantin qui partait du présupposé que les Lombards étaient seulement des individus grossiers et prédateurs à vaincre ou à exterminer, saint Grégoire voyait ces personnes avec les yeux du bon pasteur, préoccupé de leur annoncer la parole du salut, établissant avec eux des relations fraternelles en vue d’un avenir de paix fondé sur le respect réciproque et sur la coexistence sereine entre les italiens, les impériaux et les lombards. Il se préoccupa de la conversion des jeunes peuples et de la nouvelle organisation civile de l’Europe : les Wisigoths d’Espagne, les Francs, les Saxons, les immigrés en Britannia et les Lombards furent les destinataires privilégiés de sa mission évangélisatrice. Nous avons célébré hier la mémoire liturgique de saint Augustin de Canterbury, le chef d’un groupe de moines chargés par Grégoire de se rendre en Britannia pour évangéliser l’Angleterre.

Pour  obtenir  une paix effective à Rome et en Italie, le Pape s’engagea à fond – c’était un véritable pacificateur -, entreprenant des négociations serrées avec le roi lombard Agilulf. Ces négociations conduisirent à une période de trêve qui dura environ trois ans (598-601), après lesquels il fut possible de stipuler, en 603, un armistice plus stable. Ce résultat positif fut rendu possible également grâce aux contacts parallèles que, entre temps, le Pape entretenait avec la reine Théodelinde, qui était une princesse bavaroise et qui, à la différence des chefs des autres peuples germaniques, était catholique, profondément catholique. On conserve une série de lettres du Pape Grégoire à cette reine, dans lesquelles il révèle son estime et son amitié pour elle. Théodelinde réussit peu à peu à guider le roi vers le catholicisme, préparant ainsi la voie à la paix. Le Pape se soucia également de lui envoyer les reliques pour la basilique Saint-Jean-Baptiste qu’elle fit ériger à Monza, et il ne manqua pas de lui faire parvenir ses vœux et des dons précieux à l’occasion de la naissance et du baptême de son fils Adaloald. L’histoire de cette reine constitue un beau témoignage à propos de l’importance des femmes dans l’histoire de l’Eglise. Au fond, les objectifs auxquels Grégoire aspira constamment furent trois :  contenir l’expansion des Lombards en Italie ; soustraire la reine Théodelinde à l’influence des schismatiques et renforcer sa foi catholique ; servir de médiateur entre les Lombards et les Byzantins en vue d’un accord pour garantir la paix dans la péninsule, en permettant dans le même temps d’accomplir une action évangélisatrice parmi les Lombards eux-mêmes. Son orientation constante dans cette situation complexe fut donc double :  promouvoir des ententes sur le plan diplomatique et politique, diffuser l’annonce de la vraie foi parmi les populations.

A côté de son action purement spirituelle et pastorale, le Pape Grégoire fut également le protagoniste actif d’une activité sociale multiple. Avec les rentes de l’important patrimoine que le Siège romain possédait en Italie, en particulier en Sicile, il acheta et distribua du blé, il secourut ceux qui étaient dans le besoin, il aida les prêtres, les moines et les moniales qui vivaient dans l’indigence, il paya les rançons des citoyens devenus prisonniers des Lombards, il conclut des armistices et des trêves. En outre, il accomplit aussi bien à Rome que dans d’autres parties de l’Italie une œuvre soignée de réorganisation administrative, en donnant des instructions précises afin que les biens de l’Eglise, utiles à sa subsistance et à son œuvre évangélisatrice dans le monde, soient gérés avec une rectitude absolue et selon les règles de la justice et de la miséricorde. Il exigeait que les colons soient protégés des abus des concessionnaires des terres appartenant à l’Eglise et, en cas de fraude, qu’ils soient rapidement dédommagés, afin que le visage de l’Epouse du Christ ne soit pas défiguré par des profits malhonnêtes.

Cette intense activité fut accomplie par Grégoire malgré sa santé fragile, qui le poussait souvent à rester au lit pendant de longs jours. Les jeûnes pratiqués au cours des années de sa vie monastique lui avaient procuré de sérieux problèmes digestifs. En outre, sa voix était très faible, si bien qu’il était souvent obligé de confier au diacre la lecture de ses homélies, afin que les fidèles présents dans les basiliques romaines puissent l’entendre. Il faisait cependant tout son possible pour célébrer les jours de fête Missarum sollemnia, c’est-à-dire la Messe solennelle, et il rencontrait alors personnellement le peuple de Dieu, qui lui était très attaché, car il voyait en lui la référence autorisée à laquelle puiser son assurance :  ce n’est pas par hasard que lui fut très vite attribué le titre de consul Dei. Malgré les conditions très difficiles dans lesquelles il dut œuvrer, il réussit à conquérir, grâce à sa sainteté de vie et à sa riche humanité, la confiance des fidèles, en obtenant pour son époque et pour l’avenir des résultats vraiment grandioses. C’était un homme plongé en Dieu :  le désir de Dieu était toujours vivant au fond de son âme et c’est précisément pour cela qu’il était toujours très proche de son prochain, des besoins des personnes de son époque. A une époque désastreuse, et même désespérée, il sut établir la paix et donner l’espérance. Cet homme de Dieu nous montre où sont les véritables sources de la paix, d’où vient la véritable espérance et il devient ainsi un guide également pour nous aujourd’hui.

St Grégoire le Grand vitrail de l'église de Muhlbach sur Mulhouse

(vitrail dans l’église Saint-Barthélémy à Muhlbach-sur-Munster)

« Grégoire a réellement écrit avec le sang de son cœur et c’est la raison pour laquelle il nous parle encore aujourd’hui. »

Deuxième enseignement de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
consacré à la figure du Pape Saint Grégoire le Grand
donné à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 4 juin 2008 

Chers frères et sœurs,

Je reviendrai aujourd’hui, à l’occasion de notre rencontre du mercredi, sur la figure extraordinaire du Pape Grégoire le Grand, pour tirer quelques lumières supplémentaires de la richesse de son enseignement. Malgré les multiples engagements liés à sa fonction d’évêque de Rome, il nous a laissé de nombreuses œuvres, auxquelles l’Eglise a puisé à pleines mains au cours des siècles suivants. Outre ses nombreuses lettres – le Registre que j’ai mentionné dans la dernière catéchèse contient plus de 800 lettres – il nous a surtout laissé des écrits à caractère exégétique, parmi lesquels se distinguent le Commentaire moral à Job – célèbre sous son titre latin de Moralia in Iob -, les Homélies sur Ezéchiel et les Homélies sur les Evangiles. Il y a aussi une importante œuvre de caractère hagiographique, les Dialogues, écrite par Grégoire pour l’édification de la reine lombarde Théodelinde. L’œuvre principale et la plus célèbre est sans aucun doute la Règle pastorale, que le Pape rédigea au début de son pontificat dans le but précis de présenter un programme.

En passant rapidement ces œuvres en revue, nous devons tout d’abord noter que, dans ses écrits, Grégoire ne se montre jamais préoccupé de tracer une doctrine qui soit « la sienne », qui soit originale. Il entend plutôt se faire l’écho de l’enseignement traditionnel de l’Eglise, il veut simplement être la bouche du Christ et de son Eglise, sur le chemin qu’il faut parcourir pour arriver à Dieu. Ses commentaires exégétiques sont exemplaires à ce propos. Il fut un lecteur passionné de la Bible, dont il s’approcha avec des intentions qui n’étaient pas simplement spéculatives :  il pensait que le chrétien ne devait pas tellement tirer des connaissances théoriques de l’Ecriture Sainte, mais plutôt la nourriture quotidienne pour son âme, sa vie d’homme dans ce monde. Dans ses Homélies sur Ezéchiel, par exemple, il insiste fortement sur cette fonction du texte sacré : approcher l’Ecriture uniquement pour satisfaire son propre désir de connaissance signifie céder à la tentation de l’orgueil et s’exposer ainsi au risque de glisser dans l’hérésie. L’humilité intellectuelle est la première règle pour celui qui cherche à pénétrer les réalités surnaturelles en partant du livre sacré. L’humilité n’exclut pas du tout, bien sûr, l’étude sérieuse ; mais si l’on veut que celle-ci soit spirituellement bénéfique, en permettant d’entrer réellement dans la profondeur du texte, l’humilité demeure indispensable. Ce n’est qu’avec cette attitude intérieure que l’on écoute réellement et que l’on perçoit enfin la voix de Dieu. D’autre part, lorsqu’il s’agit de la Parole de Dieu, comprendre n’est rien, si la compréhension ne conduit pas à l’action. Dans ces Homélies sur Ezéchiel on trouve également cette belle expression selon laquelle « le prédicateur doit tremper sa plume dans le sang de son cœur ; il pourra ainsi arriver également jusqu’à l’oreille de son prochain ». En lisant ses homélies on voit que Grégoire a réellement écrit avec le sang de son cœur et c’est la raison pour laquelle il nous parle encore aujourd’hui.

Grégoire développe également ce discours dans le Commentaire moral à Job. Suivant la tradition patristique, il examine le texte sacré dans les trois dimensions de son sens :  la dimension littérale, la dimension allégorique et la dimension morale, qui sont des dimensions du sens unique de l’Ecriture Sainte. Grégoire attribue toutefois une nette priorité au sens moral. Dans cette perspective, il propose sa pensée à travers plusieurs binômes significatifs – savoir-faire, parler-vivre, connaître-agir – dans lesquels il évoque deux aspects de la vie humaine qui devraient être complémentaires, mais qui finissent souvent par être antithétiques. L’idéal moral, commente-t-il, consiste toujours à réaliser une intégration harmonieuse entre la parole et l’action, la pensée et l’engagement, la prière et le dévouement aux devoirs de son propre état : telle est la route pour réaliser cette synthèse grâce à laquelle le divin descend dans l’homme et l’homme s’élève jusqu’à l’identification avec Dieu. Le grand Pape trace ainsi pour le croyant authentique un projet complet de vie ; c’est pourquoi le Commentaire moral à Job constituera au cours du Moyen-âge une sorte de Summa de la morale chrétienne.

D’une grande importance et d’une grande beauté sont également les Homélies sur les Evangiles. La première d’entre elles fut tenue dans la basilique Saint-Pierre au cours du temps de l’Avent de 590 et donc quelques mois après son élection au pontificat ; la dernière fut prononcée dans la basilique Saint-Laurent, lors du deuxième dimanche de Pentecôte de 593. Le Pape prêchait au peuple dans les églises où l’on célébrait les « stations » – des cérémonies de prière particulières pendant les temps forts de l’année liturgique – ou les fêtes des martyrs titulaires. Le principe inspirateur, qui lie les diverses interventions ensemble, peut être synthétisé dans le terme « praedicator » :  non seulement le ministre de Dieu, mais également chaque chrétien, a la tâche de devenir le « prédicateur » de ce dont il a fait l’expérience en lui-même, à l’exemple du Christ qui s’est fait homme pour apporter à tous l’annonce du salut. L’horizon de cet engagement est l’horizon eschatologique : l’attente de l’accomplissement en Christ de toutes les choses est une pensée constante du grand Pontife et finit par devenir un motif  inspirateur  de  chacune  de  ses pensées et de ses activités. C’est de là que naissent ses rappels incessants à la vigilance et à l’engagement dans les bonnes œuvres.

Le texte peut-être le plus organique de Grégoire le Grand est la Règle pastorale, écrite au cours des premières années de pontificat. Dans celle-ci, Grégoire se propose de tracer la figure de l’évêque idéal, maître et guide de son troupeau. Dans ce but, il illustre la gravité de la charge de pasteur de l’Eglise et les devoirs qu’elle comporte:  c’est pourquoi, ceux qui n’ont pas été appelés à cette tâche ne doivent pas la rechercher avec superficialité, et ceux qui en revanche l’ont assumée sans la réflexion nécessaire doivent sentir naître dans leur âme une juste inquiétude. Reprenant un thème privilégié, il affirme que l’évêque est tout d’abord le « prédicateur » par excellence; comme tel il doit être, en premier lieu, un exemple pour les autres, de manière à ce que son comportement puisse constituer un point de référence pour tous. Une action pastorale efficace demande ensuite qu’il connaisse ses destinataires et qu’il adapte ses interventions à la situation de chacun : Grégoire s’arrête pour illustrer les différentes catégories de fidèles avec des annotations judicieuses et précises, qui peuvent justifier l’évaluation de ceux qui ont également vu dans cette œuvre un traité de psychologie. On comprend à partir de cela qu’il connaissait réellement son troupeau et parlait de tout avec les personnes de son temps et de sa ville.

Ce grand Pape insiste cependant sur le devoir que le pasteur a de reconnaître chaque jour sa propre pauvreté, de manière à ce que l’orgueil ne rende pas vain, devant les yeux du Juge suprême, le bien accompli. C’est pourquoi le chapitre final de la Règle est consacré à l’humilité : « Lorsqu’on se complaît d’avoir atteint de nombreuses vertus, il est bon de réfléchir sur ses propres manquements et de s’humilier : au lieu de considérer le bien accompli, il faut considérer celui qu’on a négligé d’accomplir ». Toutes ces précieuses indications démontrent la très haute conception que saint Grégoire se fait du soin des âmes, qu’il définit « ars artium« , l’art des arts. La Règle connut un grand succès, au point que, chose plutôt rare, elle fut rapidement traduite en grec et en anglo-saxon.

Son autre œuvre, les Dialogues, est également significative. Dans celle-ci, s’adressant à son ami et diacre Pierre, qui était convaincu que les mœurs étaient désormais tellement corrompues que la naissance de saints n’était plus possible comme par les époques passées, Grégoire démontre le contraire : la sainteté est toujours possible, même dans les temps difficiles. Il le prouve en racontant la vie de personnes contemporaines ou disparues depuis peu, que l’on pouvait tout à fait qualifier de saintes, même si elles n’avaient pas été canonisées. Le récit est accompagné par des réflexions théologiques et mystiques qui font du livre un texte hagiographique particulier, capable de fasciner des générations entières de lecteurs. La matière est tirée des traditions vivantes du peuple et a pour but d’édifier et de former, en attirant l’attention de celui qui lit sur une série de questions telles que le sens du miracle, l’interprétation de l’Ecriture, l’immortalité de l’âme, l’existence de l’enfer, la représentation de l’au-delà, des thèmes qui avaient besoin d’éclaircissements opportuns. Le livre II est entièrement consacré à la figure de Benoît de Nursie et est l’unique témoignage antique sur la vie du saint moine, dont la beauté spirituelle paraît dans ce texte avec une grande évidence.

Dans le dessein théologique que Grégoire développe dans ses œuvres, passé, présent et avenir sont relativisés. Ce qui compte le plus pour lui est le cours tout entier de l’histoire salvifique, qui continue  à  se  dérouler  parmi  les obscures méandres du temps. Dans cette perspective, il est significatif qu’il insère l’annonce de la conversion des Angles au beau milieu du Commentaire moral à Job : à ses yeux, l’événement constituait une avancée du Royaume de Dieu dont parle l’Ecriture ; il pouvait donc à juste titre être mentionné dans le commentaire d’un livre sacré. Selon lui, les guides des communautés chrétiennes doivent sans cesse s’engager à relire les événements à la lumière de la parole de Dieu :  c’est dans ce sens que le grand Pape ressent le devoir d’orienter les pasteurs et les fidèles sur l’itinéraire spirituel d’une lectio divina éclairée et concrète, inscrite dans le contexte de sa propre vie.

Avant de conclure, il est juste de prononcer un mot sur les relations que le Pape Grégoire  cultiva  avec  les patriarches d’Antioche, d’Alexandrie et de Constantinople elle-même. Il se soucia toujours d’en reconnaître et d’en respecter les droits, en se gardant de toute interférence qui en limitât l’autonomie légitime. Si toutefois saint Grégoire, dans le contexte de sa situation historique, s’opposa au titre d’ »oecuménique »  que  voulait  le Patriarche  de Constantinople, il ne le fit pas pour limiter ou nier cette autorité légitime, mais parce qu’il était préoccupé par l’unité fraternelle de l’Eglise universelle. Il le fit surtout en raison de sa profonde conviction que l’humilité devrait être la vertu fondamentale de tout évêque, et plus encore d’un Patriarche. Grégoire était resté un simple moine dans son cœur, et c’est pourquoi il était absolument contraire aux grands titres. Il voulait être – telle est son expression - servus servorum Dei. Ce terme forgé par lui n’était pas dans sa bouche une formule pieuse, mais la manifestation véritable de son mode de vivre et d’agir. Il était intimement frappé par l’humilité de Dieu, qui dans le Christ s’est fait notre serviteur, qui a lavé et lave nos pieds sales. Par conséquent, il était convaincu que notamment un évêque devrait imiter cette humilité de Dieu et suivre ainsi le Christ. Son désir fut véritablement de vivre en moine, dans un entretien constant avec la Parole de Dieu, mais par amour de Dieu il sut se faire le serviteur de tous à une époque pleine de troubles et de souffrances, se faire « serviteur des serviteurs ». C’est précisément parce qu’il le fut qu’il est grand et qu’il nous montre également la mesure de la vraie grandeur.

armoiries de Benoît XVI

2019-24. Chronique du Mesnil-Marie depuis le dimanche de la Septuagésime jusqu’au premier dimanche de Carême.

Dimanche 10 mars 2019,
1er dimanche de Carême.

affichette à la porte du Mesnil-Marie pendant le Carême

Affichette à la porte du Mesnil-Marie pour ce saint temps de Carême

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous voici entrés dans la Sainte Quarantaine : j’espère que chacun de vous s’est engagé dans ce temps de combats et de grâces avec beaucoup d’ardeur, une très grande générosité et un zèle raffermi pour la pénitence et la mortification !
Plusieurs dizaines de mes lecteurs – réguliers ou occasionnels – se sont inscrits pour recevoir les envois quotidiens de Frère Maximilien-Marie avec des petits textes spirituels qui offrent chaque jour un support spirituel de réflexion et de méditation : s’il en est encore parmi vous qui souhaiteraient s’inscrire, c’est bien évidemment encore possible (par exemple en envoyant un message > ici).

nika

Bien que ma dernière chronique soit toute récente (cf. > ici), j’ai plusieurs avis ou nouvelles à vous communiquer :

A – Inscriptions pour le pèlerinage de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay :
Je vous en ai déjà fait l’annonce et donné tous les documents comprenant le programme et les indications pratiques (voir > ici), mais je me permets d’insister sur le fait que, si vous comptez y participer, vous ne devez pas tarder à renvoyer votre bulletin d’inscription.
N’attendez pas la dernière minute pour le faire, s’il vous plaît : même s’il reste quatre semaines pour arriver jusqu’au terme donné pour les envoyer au secrétariat de la Confrérie Royale, il vaut mieux s’en acquitter le plus tôt possible.
Frère Maximilien-Marie s’est rendu spécialement au Puy pour visiter les locaux dans lesquels le pèlerinage sera accueilli (repas, conférences, et hébergement pour ceux qui le souhaitent), c’était quelques jours avant leur mise en service et il en a été très heureux, tout y est lumineux, clair, spacieux, fonctionnel et agréable, au pied du Rocher Corneille qui porte la statue monumentale de Notre-Dame de France, et à moins de 10 minutes à pied du grand escalier de la cathédrale.
Sur la photo ci-dessous j’ai mis une grosse flèche blanche pour vous montrer ce grand bâtiment tout neuf.

Le Puy-en-Velay emplacement hébergement pèlerinage Confrérie Royale

Frère Maximilien-Marie travaille aussi avec soin aux ajustements du programme, et à tous les détails de l’organisation… et Dieu sait s’il y en a des détails auxquels il faut penser !!!

B – Déplacement en Provence pour la constitution d’un nouveau Cercle Légitimiste :
Mardi dernier, qui était le jour de la fête réparatrice de la Sainte Face (cf. > ici), notre Frère a été invité à rencontrer un groupe de personnes intéressées par la constitution d’un nouveau Cercle Légitimiste de l’UCLF, en Provence.
Il a pu exposer longuement à ces « âmes de bonne volonté », ce qu’est la Légitimité et son esprit, ce que sont les Cercles Légitimistes de l’UCLF et ce qu’on y fait… etc. Son auditoire a été très attentif et il y a eu beaucoup de questions.
En sus de la joie de voir se former un nouveau groupe d’étude et d’approfondissement qui augmentera encore le rayonnement de la Légitimité, nous nous réjouissons aussi grandement du fait que ce Cercle se place sous le vocable du Frère Fiacre de Sainte-Marguerite, dont vous n’ignorez pas qu’il est ce saint moine augustin choisi par la Très Sainte Mère de Dieu pour faire connaître à LL.MM. le Roi Louis XIII et la Reine Anne d’Autriche les admirables desseins de la Providence par lesquels prendrait fin la stérilité de leur couple, et serait donné à la France le Dauphin tant attendu : Louis-Dieudonné.
En effet, ce nouveau Cercle est géographiquement tout proche du sanctuaire de Notre-Dame de Grâces, à Cotignac, où repose le cœur du Frère Fiacre, et où Louis XIV vint en pèlerinage d’action de grâce.
Cela a donné l’occasion à Frère Maximilien-Marie, le lendemain pour l’entrée solennelle en Carême, d’assister à la Messe capitulaire du Chapitre de Saint Remi, dont vous vous souvenez qu’il est membre d’honneur, et d’y recevoir les Cendres.

Collégiale Notre-Dame, Le Val - mercredi des cendres

Sanctuaire de l’église collégiale Notre-Dame de l’Assomption, au Val,
prêt pour la célébration de la Messe capitulaire le mercredi des Cendres

C – Prions Saint Joseph !
Nous célébrons avec plaisir le mois de Saint Joseph, et je vous rappelle que c’est aujourd’hui, 10 mars, qu’il convient de commencer la neuvaine préparatoire à sa fête (voir > ici).
Pour marquer le commencement de cette neuvaine, Frère Maximilien-Marie, après la Sainte Messe, puisqu’il se trouvait au Puy, comme la plupart des dimanches, s’est rendu au sanctuaire Saint-Joseph de Bon-Espoir, à Espaly-Saint-Marcel.
J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de ce sanctuaire (cf. > ici) où Saint Joseph se plaît à répandre ses grâces sur ceux qui viennent le prier. Notre Frère lui a présenté toutes les intentions qui lui sont recommandées et, avant de repartir, y a allumé deux grands cierges à ces intentions et les a placés le plus près de sa statue qu’il lui a été possible, dans la grotte-chapelle.

Cierges offerts à Saint Joseph au sanctuaire d'Espaly

J’en profite pour vous signaler que le mardi 19 mars prochain, pour la fête de Saint Joseph, nous aurons un prêtre ami de passage au Mesnil-Marie, et qu’il y aura donc une Sainte Messe célébrée dans notre oratoire. Tous ceux qui sont géographiquement proches et souhaitent y assister seront évidemment les bienvenus…

En attendant, je vous souhaite, bien chers Amis, une fervente neuvaine et un saint cheminement de Carême.

pattes de chatLully.

Grottes chapelles et statue monumentale - Saint-Joseph de Bon-Espoir - Espaly

Parvis des grottes-chapelles et statue monumentale
Sanctuaire Saint-Joseph de Bon-Espoir à Espaly-Saint-Marcel

2019-23. Pierre Mignard : « Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine ».

9 mars,
Fête de Sainte Françoise Romaine (cf. > ici).

« (…) Au reste, Madame, j’ai vu la plus belle chose qu’on puisse imaginer ; c’est un portrait de Madame de Maintenon, fait par Mignard ; elle est habillée en sainte Françoise Romaine : Mignard l’a embellie ; mais c’est sans fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans l’air de la jeunesse ; et sans toutes ses perfections, il nous fait voir un visage et une physionomie au-dessus de tout ce que l’on peut dire ; des yeux animés, une grâce parfaite, point d’atours, et avec tout cela aucun portrait ne tient devant celui-là. Mignard en a fait aussi un fort beau du Roi (cf. note 1) ; je vous envoie un madrigal que mademoiselle Bernard (cf. note 2) fit impromptu en voyant ces deux portraits : il a eu beaucoup de succès ici : vous jugerez si nous avons raison (…) ».

Ainsi s’exprime Marie-Angélique de Coulanges (cf. note 2) dans une lettre du 29 octobre 1694 adressée à sa cousine, la marquise de Sévigné qui séjournait à Grignan depuis le mois de mai de cette année 1694 et ne reviendra jamais à Paris puisqu’elle y mourra un peu moins de dix-huit mois plus tard (cf. > ici).
Ce portrait de Madame de Maintenon, nous le connaissons bien et à l’occasion de cette fête de Sainte Françoise Romaine, en cette année du troisième centenaire de la mort de l’épouse secrète du Grand Roi (15 avril 1719), nous aurons plaisir à nous attarder un peu à l’admirer.

Pierre Mignard - Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine 1694

Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine
(Pierre Mignard – 1694)

Nous noterons d’abord que ce tableau, daté de 1694, est l’une des dernières œuvres de Pierre Mignard, puisque l’artiste s’éteindra le 30 mai 1695 dans sa quatre-vingt-troisième année. C’est une huile sur toile de 138  cm x 97 cm que l’on peut admirer à Versailles.

En 1694, Françoise d’Aubigné, née le 18 novembre 1635, est donc dans sa cinquante-neuvième année ; son royal époux est dans sa cinquante-sixième année et règne depuis cinquante-et-un ans : ils sont mariés depuis le 9 octobre 1683.

A la suite de l’abominable Princesse Palatine (Madame, épouse de Philippe, duc d’Orléans, frère puiné du Roi), laquelle dans ses lettres multiplie les termes injurieux et grossiers à l’encontre de sa belle-sœur ; à la suite du perfide Saint-Simon, écrivain de talent certes mais très petit par l’esprit, qui la détestait ; à la suite de Voltaire et, dans le sillage de ce dernier, de la majorité des historiens des XIXe et XXe siècles, on a souvent dressé de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, un portrait sombre inspiré par les jalousies et aigreurs d’estomac héréditaires de la branche d’Orléans ainsi que par les rancœurs calomnieuses des prétendus réformés, plus que par la vérité.
Car la vérité n’a rien à voir avec l’idéologie nourrie d’anticatholicisme qui se dresse toutes haines dehors dès que l’on évoque la figure de l’ « épouse secrète » de Louis XIV.
Mais nous aurons l’occasion d’en reparler. Revenons donc au portrait réalisé par Mignard.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 1

Madame de Coulanges a écrit : « Mignard l’a embellie ; mais c’est sans fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans l’air de la jeunesse ; et sans toutes ses perfections, il nous fait voir un visage et une physionomie au-dessus de tout ce que l’on peut dire ; des yeux animés, une grâce parfaite, point d’atours, et avec tout cela aucun portrait ne tient devant celui-là ».
Autant dire que Mignard n’a, ici, point fait de… mignardises !
Madame de Coulanges écrit pourtant que la marquise se trouve « embellie » sur ce portrait, qu’elle appelle : « la plus belle chose qu’on puisse imaginer ». On doit toutefois penser qu’il demeure fort ressemblant, naturel et criant de vérité, puisque « aucun portrait ne tient devant celui-là » : nous sommes donc bien en face d’un authentique portrait en lequel les contemporains reconnaissent bien la physionomie et l’expression de Madame de Maintenon, sans artifices de maquillage ou de vêture, mais dont on peut dire qu’il sublime sans flagornerie l’aspect de cette femme bientôt sexagénaire en la représentant dans une pose imprégnée de surnaturel.

En effet, l’attitude que Mignard a donnée à Madame de Maintenon se rapporte à une anecdote de la vie de Sainte Françoise Romaine, sa sainte patronne (dont nous avons par ailleurs présenté la biographie succincte > ici), pour laquelle elle nourrissait une fervente dévotion.
Alors qu’elle était encore dans les liens du mariage et se devait aux devoirs imposés par son rang : « Pour son mari, elle le considérait comme son maître, et comme celui qui tenait près d’elle la place de Dieu sur la terre ; elle lui était si soumise et obéissante, que, lors même qu’elle était occupée à la prière ou à quelque pratique de piété, elle laissait tout pour le satisfaire et vaquer aux obligations de son état : ce qui doit faire le principal objet de la dévotion d’une femme engagée dans le mariage. Aussi Dieu fit-il paraître, par une merveille, combien cette obéissance lui était agréable. Notre Sainte, récitant un jour l’office de Notre-Dame, fut tellement pressée de l’interrompre, pour satisfaire à quelque devoir de sa maison, qu’elle quitta par quatre fois un même verset ; mais, l’affaire faite, retournant à sa dévotion, elle trouva le verset écrit en lettres d’or, quoiqu’auparavant il ne fût écrit qu’en caractères communs. Quelque temps après, l’apôtre Saint Paul lui apparaissant en une extase, lui dit que son bon ange avait marqué lui-même ces nouveaux caractères, pour lui faire connaître le mérite de l’obéissance » (in « Vie des Saints » par le Rd Père Giry).

Mignard - Madame de Maintenon - détail 2

Comme on peut mieux s’en rendre compte en isolant, comme ci-dessus, les mains de Madame de Maintenon, on voit que sa main gauche (donc à droite pour nous) tient un livre d’heures, ouvert à la page de l’office de la Très Sainte Vierge Marie, et qu’un verset s’y trouve écrit en caractères dorés.
La main droite posée sur la poitrine est un geste dans lequel on peut voir exprimées en même temps la surprise de la Sainte quand elle constate le miracle, et son humble action de grâces à Dieu d’avoir fait l’objet d’une telle attention divine.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 3

Au-delà de la représentation hagiographique, ne peut-on pas voir aussi dans le choix de ce miracle par lequel le Ciel a mis en évidence la soumission aimante de Sainte Françoise à son époux, un discret hommage à l’attitude humble et soumise de la marquise de Maintenon envers son royal époux, qu’elle a aimé passionément mais sans se permettre jamais aucune familiarité, en se tenant toujours dans une attitude de réserve et d’humble service, dans un effacement et une discrétion qui sont les marques d’une haute vertu ?
La citation de la vie de Sainte Françoise Romaine que nous avons faite ci-dessus : « Pour son mari, elle le considérait comme son maître, et comme celui qui tenait près d’elle la place de Dieu sur la terre ; elle lui était si soumise et obéissante, que, lors même qu’elle était occupée à la prière ou à quelque pratique de piété, elle laissait tout pour le satisfaire et vaquer aux obligations de son état : ce qui doit faire le principal objet de la dévotion d’une femme engagée dans le mariage », s’accorde parfaitement à ce que fut Madame de Maintenon dans la rôle qu’elle tint auprès du Grand Roi.
Louis XIV ne s’y trompait pas lorsque, avec une affectueuse taquinerie, dans l’intimité, il surnommait son épouse secrète « Sainte Françoise » !

Un autre détail est significatif, dans le décor particulièrement dépouillé de ce tableau : vous aurez remarqué en effet qu’il n’y a en arrière-plan ni tenture, ni décor lambrissé, juste une halo de lumière surnaturelle qui rayonne dans le coin supérieur gauche ; vous pouvez aussi voir que Sainte Françoise Romaine est assise sur une simple chaise (son siège n’a pas d’accoudoirs), même si l’on aperçoit un coussin sous son séant ; vous constatez aussi que la petite table à laquelle elle est accoudée est recouverte d’un jeté sans ornementation.
En revanche, sur cette table, on peut voir un unique objet : un sablier.

Le sablier est chargé de symboles.
Il figure d’abord, tout naturellement, le temps qui passe dans un inexorable écoulement : en ce sens, il représente la vanité des choses d’ici-bas au regard de l’éternité. C’est une sorte de « memento mori », et ce rappel de la mort constitue un  appel à se mettre en règle avec Dieu avant qu’il ne soit trop tard.
Mais en allant un peu plus loin, les deux parties du sablier, communiquant par un étroit goulot et qui se remplissent l’une l’autre alternativement lorsqu’on le retourne, sont aussi le symbole de la communication entre le ciel et la terre : ce qui a été en haut descend pour remplir ce qui est en bas, puis ce qui est en bas va à son tour remplir ce qui se retrouvera bientôt en haut.
Ne peut-on là aussi voir une discrète évocation du rôle de Madame de Maintenon, dont l’exigeante fidélité à Dieu a ramené le Roi dans l’observance des préceptes divins, puis dont la présence continue à ses côtés en qualité d’épouse a été pour le Grand Roi un constant soutien dans la pratique d’une vie chrétienne exemplaire, et donc une médiation de grâce ? 

Mignard - Madame de Maintenon - détail 4

Autre détail, si l’on peut dire, car il revêt une grande importance : ce sont les vêtements dont est parée cette Sainte Françoise Romaine.
Sa robe n’est point une robe du XVIIe siècle, mais elle évoque bien la coupe des robes de femmes de l’aristocratie romaine au XVe siècle, et son riche tissu de brocart, particulièrement bien rendu par le pinceau de l’artiste, fait bien penser aux tissus italiens du « quatrocento », sans rapport avec ce que les témoins ont rapporté de la manière de se vêtir de Madame de Maintenon.

En revanche, par dessus cette robe, Sainte Françoise Romaine est drapée dans un manteau bleu de France doublé d’hermine, ce qui n’est pas vraiment caractéristique de la sainte, puisque, au Grand Siècle, c’est le symbole évident d’un caractère princier.

On raconte que Mignard fit demander au Roi par sa fille, Madame de Feuguières, s’il pouvait mettre au portrait de Madame de Maintenon un manteau doublé d’hermine.
Or l’on sait que le Roi conserva toujours une certaine forme d’ambigüité sur la manière dont il manifesta – ou cela – la nature exacte de son lien avec la marquise : si tout le monde finit par penser qu’il l’avait épousée, cela ne fut toutefois jamais révélé de manière officielle, bien que le Roi marquât pour elle des attentions et des prévenances révélatrices.
La question de Mignard revenait à demander à Louis XIV : « Madame de Maintenon est-elle bien votre épouse ? » Si donc le Roi répondait : « Oui, vous pouvez mettre à Madame de Maintenon un manteau doublé d’hermine », c’était une façon de dire : « Oui, elle est bien mon épouse et elle a rang de reine ».
Mais cette fois encore le Grand Roi se montra plus rusé que le questionneur et maintint le suspense en faisant porter au peintre cette réponse pleine d’esprit et non exempte d’humour : « Sainte Françoise le mérite bien ! »

Lully.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 5

Notes :
1 – Ce portrait « fort beau » du Roi peint par Pierre Mignard dans le même temps que cette « Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine », est celui de Louis XIV en armure, qui fut alors placé dans la galerie d’Apollon.

2 - « Mademoiselle Bernard » : Catherine Bernard (Rouen 1663 – Paris 1712), poétesse, romancière et dramaturge, est la première femme dont une tragédie entre au répertoire de la Comédie Française. Illustre par son esprit et son talent, elle est aussi entre autre le premier auteur du conte « Riquet à la houppe » qui sera ensuite repris par Charles Perrault. Elle fut plusieurs fois couronnée par l’Académie Française et plusieurs fois récompensée par les Jeux Floraux de Toulouse. Le madrigal dont il est ici question ne figure pas dans le corps de la lettre elle-même et semble avoir été perdu.

3 – Marie-Angélique de Coulanges : Marie-Angélique du Gué de Bagnols, née probablement en 1641, épousa en 1659 Philippe-Emmanuel de Coulanges, cousin germain et grand ami de Madame de Sévigné. Elle fréquente alors les beaux esprits du Marais : Madame de La Fayette, Madame de Richelieu, Madame Scarron, et bien sûr sa cousine Madame de Sévigné avec laquelle elle est liée d’une amitié très forte. Elle conserve l’amitié de Françoise d’Aubigné lorsque celle-ci de « veuve Scarron » devient Marquise de Maintenon. Après 1690, la très brillante et pétillante Madame de Coulanges, dont Saint-Simon dit toutefois qu’elle fut « toujours sage et considérée », c’est-à-dire qu’elle ne fut jamais une coquette dont on put douter de la vertu, devint plus grave, plus austère et plus pieuse. Elle mourut âgée de 82 ans  en 1723 dans son hôtel particulier de la rue des Tournelles à Paris.

Blason d'Aubigné

Blason de la famille d’Aubigné

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