Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2014-92. De la Bienheureuse Françoise Mézière, vierge et martyre, modèle des enseignants catholiques.

Mercredi 17 septembre 2014,
fête de Sainte Hildegarde de Bingen (cf. > www).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Pour achever mes publications relatives à la rentrée scolaire, à rebours des modes prétendûment pédagogiques, je voudrais aujourd’hui vous présenter la figure d’une authentique enseignante catholique – une sainte pédagogue – , qui est en même temps une héroïque martyre : la bienheureuse Françoise Mézière.
Je l’ai déjà évoquée, en janvier 2014 (ici > www), lorsque j’ai parlé des bienheureux martyrs de Laval ; mais je n’avais alors fait que citer son nom, alors qu’aujourd’hui je voudrais vous donner davantage de détails sur sa vie exemplaire, qui fait d’elle un modèle toujours actuel pour tous les enseignants catholiques.

Statue de la Bse Françoise Mézières - église de Mézangers

Statue de la bienheureuse Françoise Mézière dans l’église de Mézangers.

A – Origines, vocation et formation :

Françoise Mézière est née à Mézangers, dans le Bas-Maine (au nord de Sainte-Suzanne), le 25 août 1745, et fut baptisée le jour même.

Son père, René Mézière, excellent chrétien, était fermier pour l’abbaye d’Evron (bénédictins). Veuf de sa première épouse, dont il a déjà eu six enfants, il se remarie à la fin de l’année 1749 : Françoise est alors âgée de quatre ans et demi.
Sa deuxième épouse lui donne trois autres enfants, puis meurt à son tour en 1754, peu de temps après la mort de la sœur aînée de Françoise.
En 1758, René Mézière se marie une troisième fois.
Par tous ces décès successifs vécus dans la foi de l’Eglise, Françoise comprend très tôt que le sens véritable de la vie terrestre, c’est la préparation de l’éternité, et, en conséquence, elle perçoit toute l’importance du rôle des éducateurs pour les âmes appelées au salut.

En 1768, Françoise Mézière a 23 ans. Elle quitte la maison familiale pour aller se former à la grande et belle tache de maîtresse d’école.

En ces temps-là, se développait largement en Bas-Maine – comme en beaucoup d’autres provinces du Royaume – l’oeuvre dite des « petites écoles ».
A Evron, depuis 1720, une de ces institutions existait, grâce à la générosité de l’abbé des Bénédictins et au zèle du curé local. Cette oeuvre était dirigée par des femmes consacrées, vivant en communauté et organisées sur le modèle des « Filles de la Charité » fondées par Saint Vincent de Paul. Ces Soeurs s’occupaient aussi d’un office de charité : à la fois dispensaire où l’on venait recevoir des soins, hospice pour l’accueil de vieillards nécessiteux, orphelinat, centre à partir duquel les Soeurs partaient en visites pour prodiguer des soins et distribuer des vivres… etc.
C’est auprès de ces Soeurs, que Françoise reçut, pendant deux ans, une formation adéquate à sa double mission de maîtresse d’école et de « Soeur de charité ».

Il convient ici de préciser quelque chose qui a son importance : avant la grande révolution, et selon les règles canoniques  en vigueur, seules étaient appelées « religieuses » les femmes qui prononçaient les voeux solennels de religion, et qui de ce fait devaient nécessairement vivre en clôture stricte.
Celles qui, lors même qu’elles vivaient en communauté (mais sans clôture pour pouvoir se dévouer au soin des miséreux et des malades et tenir des écoles), ne prononçaient que des voeux simples ; elles portaient une sorte d’habit religieux et étaient appelées « Soeurs ».
Les femmes qui ne vivaient pas en communauté mais restaient dans une forme de célibat consacré (avec parfois des voeux privés prononcés dans les mains de leur confesseur), qui avaient reçu la charge d’une école de village, qui se dévouaient à l’entretien de l’église et aux visites de charité dans une paroisse, portaient également une sorte d’uniforme religieux et étaient elles-aussi appelées « Soeurs ».
Françoise fera partie de cette dernière catégorie : c’est ce qui explique que, sans être religieuse à strictement parler, elle sera couramment appelée Soeur Françoise

Evron la basilique et les bâtiments abbatiaux

Evron : la basilique et les bâtiments abbatiaux.
C’est ici que les Soeurs de la Charité d’Evron, établies sous la protection de l’abbé, formeront Françoise Mézière à sa mission de maîtresse d’école et de « Soeur de charité ».

B – Françoise, maîtresse d’école à Saint-Léger :

Une cousine de la troisième épouse de René Mézière, Marguerite Coutelle, dirigeait depuis 1752 l’école-dispensaire de la paroisse de Saint-Léger (à l’ouest de Sainte-Suzanne). Elle y avait été appelée en 1752 par un prêtre aussi généreux que zélé pour « apprendre à lire et à écrire gratuitement aux jeunes filles de la paroisse, de leur faire réciter tous les jours la prière et leur enseigner le catéchisme le mercredi et le samedi ».
En 1770, Françoise, qui a achevé sa formation à Evron, est appelée comme auxiliaire de la Soeur Coutelle, déjà âgée. Françoise fera la classe, visitera les malades et s’occupera en partie de la sacristie : c’est à elle que revient l’entretien des linges d’église et ornements, ainsi que la préparation des autels pour les Messes.

La Soeur Coutelle meurt en 1772 et Françoise devient alors l’institutrice titulaire de Saint-Léger.

De 1770 à 1789, pendant dix-neuf années donc, Françoise Mézière a vécu les jours les plus tranquilles et les plus heureux de son existence : une existence où ne manquent certes pas les jours d’épreuve et de deuil, mais qui se déroule dans le bonheur profond du dévouement humble, fidèle et discret, toute donnée à Dieu et aux autres… 

Françoise est soutenue par le ministère de bons prêtres, fervents, instruits, sages et zélés.
Lorsqu’elle arrive à Saint-léger, en 1770, le vicaire est l’abbé Ripault : nommé curé de Gesvres en 1776, ce prêtre intrépide refusera les serments imposés par la révolution : durant toute la Terreur et jusqu’au Concordat, il exercera son ministère clandestin avec beaucoup de succès.
En remplacement de l’abbé Ripault, les paroissiens de Saint-Léger voient arriver un jeune prêtre, l’abbé René Morin, doté d’un jugement très lucide, d’un grand esprit d’initiative et surtout une âme vraiment surnaturelle. L’abbé Morin est un apôtre de la dévotion au Coeur Sacré de Jésus.
Et en 1777, le curé nommé à Saint-Léger est l’abbé Jacques Gigant, cousin de Françoise Mézière.

église de Saint-Léger

Eglise de Saint-Léger (état actuel)

C – Les débuts de la révolution :

1789 ouvre pour l’Eglise catholique non une période de paix et d’espérances, mais une ère de grandes inquiétudes et d’angoisses, puis de cruelles persécutions.
Heureusement, comme nous l’avons vu, la cure de Saint-Léger est tenue par des prêtres d’une solide formation doctrinale et d’une piété exemplaire, auxquels Soeur Françoise peut faire pleinement confiance.

Dès le temps de la parution des « cahiers de doléances » du clergé, l’abbé Gigant, curé, et l’abbé Morin, son vicaire, vont donner la preuve de leur sagacité et de leur clairvoyance et mettre en garde leurs paroissiens contre les nouveautés et les pièges qu’elles présentent pour la religion.
La « prise » de la Bastille et les premiers troubles dans les campagnes vont bientôt confirmer leurs inquiétudes et leur causer de sévères alarmes. 
Françoise Mézière partage leurs analyse de la situation et leurs craintes.

Le décret du 2 novembre 1789 qui met les biens ecclésiastiques « à disposition de la nation », la concerne directement : en effet, l’école et le dispensaire de Saint-Léger ne pouvaient subsister que parce qu’ils étaient dotés des revenus de petites propriétés qui vont se retrouver dans la liste des biens nationaux.
Puis vient la « constitution civile du clergé », avec son fatal serment, que ni le curé ni le vicaire de Saint-Léger n’accepteront.
Et voici que, le 14 avril 1791, l’obligation du serment est étendue aux maîtres et maîtresses d’école. S’ils s’y refusent, ils se voient signigier l’interdiction d’enseigner et perdent leur traitement.
Soeur Françoise Mézière n’hésite pourtant pas un instant : entre la trahison et l’indigence, sa conscience ne lui permet pas de choisir ! Mais, interdite d’enseignement, du moins pourra-t-elle continuer son ministère d’infirmière et de garde-malade.

Vers la fin de juillet 1791, l’abbé Gigant et l’abbé Morin sont informés par les autorités départementales qu’un curé assermenté a été nommé pour Saint-Léger, et qu’ils seront contraints de quitter et l’église et la cure.
Toutefois les paroissiens sont fermement attachés à leurs bons prêtres et ne veulent pas les voir partir. La municipalité, composée de braves gens, fait bloc avec les fidèles et le fait savoir à Bouvet, le procureur commissaire du district. Bouvet répond que la loi doit être observée et que le curé constitutionnel Heurtebise, appelé par la voix du peuple et donc par la voix de Dieu, se rendra sans délai dans la paroisse. La municipalité réplique que le corps électoral n’est pas la voix du peuple et encore moins la voix de Dieu !
Le procureur commissaire toutefois fait savoir que l’abbé Gigant et l’abbé Morin doivent abandonner immédiatement la cure et quitter la paroisse, et que le curé constitutionnel arrivera le 28 août.

Intérieur de l'église de Saint-Léger

Intérieur de l’église de Saint-Léger (état actuel).

D – Commencement des troubles à Saint-léger :

Le curé constitutionnel Heurtebise se présente en effet le 28 août, mais la municipalité refuse de l’accueillir et le prêtre jureur se trouve en face d’une foule indignée et hostile. Il rebrousse chemin…
Mais l
e dimanche suivant, 4 septembre, il réapparaît. Cette fois il a pris soin de se faire accompagner par cinquante gardes nationaux en armes. Il prend officiellement possession de l’église et de la cure. Il fait garder cette dernière par un officier avec douze soldats car il sent bien qu’il est en butte à l’hostilité de toute la paroisse.

Nous pouvons imaginer sans peine l’angoisse et la douleur de la pauvre Soeur Françoise, demeurée à Saint-Léger sans ses conseillers spirituels, lorsqu’elle fut témoin de scènes semblables.

Très rapidement des « incidents » se produisent.
Un dimanche, le vieux sacristain se moque publiquement de l’intrus ; il est aussitôt arrêté et conduit en prison.
Quelques semaines plus tard, un fermier appelé Le Villain, se présente au curé constitutionnel, qui tient les registres d’état civil pour lui demander d’inscrire son fils né le 14 octobre. Le curé n’accepte qu’à condition de baptiser d’abord l’enfant. Le fermier refuse et s’en va. L’intrus, dans le but d’insister, lui envoie des ouvriers qui travaillent pour lui. Le fermier lui répond « qu’il sait bien comment se comporter ». Dénoncé, il est déféré devant le tribunal de Sainte-Suzanne qui, le 19 octobre, le condamne à la prison.
Les catholiques de Saint-Léger sont à bout : le soir même, de nombreux coups de fusil viennent éclater sous les fenêtres de la cure. Le matin suivant, l’intrus, tremblant de peur, s’enfuit à Evron avec ses treize gardiens.

L’abbé Gigant et son vicaire, pasteurs légitimes, reviennent alors dans leur paroisse en novembre 1791 et vont y célèbrer publiquement les fonctions religieuses jusqu’à la Semaine Sainte 1792.
Alors que la situation du Royaume dégénère de jour en jour et que la révolution se fait de plus en plus violemment anticatholique, c’est un réconfort pour Soeur Françoise et pour ces paroissiens solidement ancrés dans leur convictions religieuses de continuer à bénéficier des sacrements et des enseignements forts de leurs bons prêtres.
Néanmoins, comme l’avenir s’annonce encore plus obscur que le présent, d
e toutes parts autour d’Evron, à Saint-Léger comme dans toutes les paroisses environnantes, avec grande prudence, on prépare des cachettes dans lesquelles les prêtres persécutés pourront se réfugier. Cette région de bocage s’y prête d’ailleurs à merveille. L’hiver passe en ces préparatifs. Nous voici au printemps de 1792.

Eglise de Saint-Léger le maître-autel

Eglise de Saint-Léger : le rétable du maître-autel (état actuel).
L’abbé Morin, vicaire au moment de la révolution, était un ardent promotteur du culte du Sacré-Coeur.

E – La persécution ouverte :

Le lundi de la Passion 26 mars 1792, un décret du directoire de la Mayenne prescrit aux prêtres non-jureurs des paroisses qui ont été pourvues d’un curé assermenté de se rendre sans délai à LavaI pour y être internés.
Cette mesure visait donc en particulier le curé et le vicaire de Saint-Léger (même si l’intrus avait été obligé de fuir), mais ils n’avaient évidemment aucune intention de s’y conformer.

Le Lundi Saint 2 avril 1792, une grande manifestation fut organisée à Evron, demandant que les bons prêtres ne soient pas écartés de leurs paroisses. Saint-Léger fut l’une des paroisses représentée par le plus grand nombre de manifestants. Mais la manifestation (expression pourtant de la volonté du peuple) eut pour résultat de renforcer la haine et la détermination des révolutionnaires : rester à Saint-Léger devint alors trop risqué pour les abbés Gigant et Morin qui craignirent d’exposer leurs fidèles à de dures représailles. Aussi, le Jeudi Saint, partirent-ils pour Laval.
Ils pensaient d’une part que, de toute manière, les occasions ne manqueraient pas pour faire parvenir ordres et paroles de réconfort à leurs paroissiens les plus fervents, et en premier lieu à leur zélée Soeur de charité, et d’autre part que les sacrements pourraient continuer à être administrés par les prêtres déjà cachés dans la paroisse ou dans les environs.

Soeur Françoise commence alors un intense ministère d’agent de liaison entre les réfractaires cachés et les fidèles qui demandent les secours de la religion.

Au mois de juillet 1792, Françoise est sommée de prêter le serment dit de liberté-égalité sous peine de devoir abandonner la maison d’école qu’elle habite encore. Elle s’y refuse et trouve à se loger dans une ferme (la Baillée). Eloignée du centre du village, il lui sera ainsi plus facile de se soustraire aux regards indiscrets car sa tâche exige de plus en plus de perspicacité et de prudence.

A la fin d’août, elle apprend que les abbés Gigant et Morin ont pu embarquer pour Jersey…
Cependant une autre nouvelle lui parvient bientôt qui la remplit de joie : l’abbé Morin – officiellement embarqué pour Jersey – se cache en réalité en plein centre-ville de Laval, où il se cache chez les demoiselles Ducléré.
Alors, entre la courageuse Soeur de charité et son directeur spirituel s’établit une correspondance, dont il reste des traces. Quand, le 19 janvier 1793, on perquisitionne au domicile des demoiselles Ducléré pour y chercher l’abbé Morin, lequel put fuir à temps, les policiers mirent la main sur « quelques morceaux de papier, lesquels, selon le rapport des policiers, semblent contenir un poison aristocratique et fournir les nouvelles au sujet du dit prêtre ».

L’une des note de l’abbé Morin, en date du 26 septembre, dit : « La demoiselle Mézière m’a envoyé quelques lignes. Elle me dit qu’elle est inquiète, qu’elle n’a plus d’appointements pour payer sa pension et le cidre qu’elle a pris à l’auberge, qu’elle doit tout payer et qu’elle n’a plus d’argent… Je suis allé me recommander à l’abbé Coinon afin qu’il me fasse le plaisir de m’avancer la demi pension fixée, pour la fête de la Toussaint, devant confier à mademoiselle Mézière de quoi payer sa pension et le cidre qu’elle a pris à l’auberge (…). Mademoiselle Mézière m’a remis le reçu. Elle a reçu 118 sous que je lui ai donnés ». On voit donc que le généreux prêtre pourvoyait aux besoins de l’héroïque Soeur de charité de Saint-Léger.

L’entière année de 1793 se passe pour Françoise Mézière dans l’exercice d’un zèle et d’une charité pleins de dangers, mais riches de mérites.

Les oeuvres de charité - église de Saint-Léger

« La charité du Christ nous presse » : tableau ancien de l’église de Saint-Léger
représentant les oeuvres de miséricorde.

F – L’arrestation :

Vers la fin de décembre 1793, les épaves misérables de la Grande Armée catholique et royale de Vendée, refluent du Mans vers Laval.
Les colonnes républicaines les poursuivent implacablement ; la route est encombrée de cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants. Des rescapés, s’éloignant des routes principales, cherchent refuge dans les bois.
Durant la seconde moitié de janvier, on signale à Françoise Mézière la présence de pauvres soldats errants et affamés. La courageuse chrétienne en accueille sept dans une première cabane et deux autres dans une seconde. L’un de ces derniers était blessé ; elle soigne les plaies du blessé et donne à manger à tous.
Mais les deux pauvres rescapés du second refuge sont découverts par les révolutionnaires et emmenés à Evron le 2 février.
A la suite de cela, Soeur Françoise est arrêtée à la ferme de la Baillée, dans la nuit du 4 au 5 février, et elle aussi conduite à Evron.
Puis, au cours de cette même journée du 5 février 1794, dans une charrette entourée de gardes à cheval, les trois prisonniers sont conduits à Laval.

Le procureur commissaire Bouvet fait parvenir à l’accusateur public le rapport suivant : « La garde nationale d’Evron a arrêté deux brigands de Vendée réfugiés dans les bois de Livet. Le jour suivant, je les ai fait comparaître devant le directoire pour leur poser quelques questions. Ces deux scélérats ont déclaré que la nommée Mézière, espèce de soeur de charité de la commune de Saint-Léger, venait les visiter dans le lieu où ils s’étaient réfugiés, qu’elle leur portait leurs moyens de subsistance et qu’elle les avait soignés d’une blessure reçue durant la route vers Le Mans. Un de ces monstres a ajouté que la jeune Mézière avait dit connaître aussi la cabane dans laquelle étaient cachés leurs sept autres compagnons. Après de telles déclarations, j’ai remis au commandant de la gendarmerie nationale de cette ville un réquisitoire pour faire arrêter la dite soeur Mézière, ce qui a été fait cette nuit-là. Ce matin-là, je l’ai fait comparaître devant les deux brigands, lesquels ont persisté dans leur déclaration qu’ils m’avaient faite le jour précédent. Je t’envoie ces trois individus pour que tu puisses en faire le procès et demander pour eux la juste punition de leurs méfaits ».

Ce document exige quelques observations.
Il est certes possible que Bouvet ait arraché aux Vendéens déprimés, errants depuis plusieurs mois, le nom de leur bienfaitrice. Mais on peut aussi se demander si cet acte d’ingratitude est bien réel.
Le révolutionnaire Bouvet peut avoir menti (le mensonge n’est-il pas une pratique courante chez cet espèce de personnage ?). On peut légitimement penser qu’il a voulu officiellement attribuer aux rescapés Vendéens une dénonciation qui proviendrait d’une autre personne, peut-être de Saint-Léger même : un informateur qu’il n’aurait pas voulu signaler…

De toute manière Bouvet était bien informé sur tout ce qui avait trait à Saint-Léger.
Rappelons-nous que dès 1791 il était bien au fait de la résistance de cette paroisse aux lois religieuses édictées par la révolution (voir supra).
Du reste, Bouvet était notaire : les actes de fondation et de dotation de l’école de Saint-Léger avaient été enregistrés dans son propre cabinet. Probablement avait-il aussi vendu lui-même, comme biens nationaux, les petites propriétés desquelles provenaient les ressources de la Soeur de Saint-Léger.
Enfin, le 14 avril 1793, Bouvet avait encore fait arrêter, à Evron, un séminariste, précisément dans la maison d’une tante de Françoise Mézière.

signature Françoise Mézière

Signature de la Bienheureuse Françoise Mézière

G – le procès, le martyre et la gloire :

Sitôt arrivé à Laval, ce 5 février, Françoise Mézière comparaît devant le tribunal qui, quinze jours auparavant, a envoyé à la guillotine les quatorze prêtres de la « Patience » (cf. > www). La Soeur ne doute pas un instant du sort qui l’attend.

Nous ne possédons pas son interrogatoire : les demandes qui lui furent adressées et les réponses qu’elle donna furent recueillies dans trois registres qui ont « mystérieusement » disparu aussitôt après le 9 thermidor. Toutefois le texte du jugement qui condamne à mort soeur Françoise avec quatre autres personnes nous a été conservé. Voici en ce qui concerne Françoise Mézière :
« Françoise Mézière, soeur de la charité de la commune de Saint-Léger, district d’Evron, arrêtée et accusée d’avoir nourri pendant neuf jours deux brigands réfugiés dans une cabane ; d’avoir soigné religieusement les blessures de l’un d’eux et de lui avoir apporté tous les secours dont elle était capable, secours qu’elle avait refusé à d’intrépides volontaires ; de ne pas vouloir révéler en outre une autre cabane en laquelle, comme tout semble l’affirmer, sont cachés sept autres brigands ; d’avoir observé le plus grand silence à ce sujet envers la municipalité ; d’avoir refusé de prêter serment de fidélité aux lois de la patrie ; d’avoir des milliers de fois, comme une autre vipère de l’espèce sacerdotale, vomi outrageusement des invectives contre le système républicain… »

On appéciera la teneur et la phraséologie de cette condamnation : ils montrent bien que si Soeur Françoise est envoyée à la mort, c’est parce qu’elle est restée fidèle à l’Eglise – à sa discipline et à sa foi – , et parce qu’elle a continué à servir Dieu qu’elle aimait plus que tout et plus que sa propre vie.
Les expressions « soigné religieusement » et « vipère de la race sacerdotale » sont suffisamment éloquentes : c’est bien la haine de Dieu et de Son Eglise qui a inspiré un tel jugement !

A l’audition de la sentence, Françoise Mézière ne dissimula pas sa joie. Elle fit une révérence à ses juges et les remercia de lui procurer le bonheur d’aller retrouver Dieu au ciel. A cela, un des misérables juges répliqua par ce blasphème : « Puisque tu vas voir ton bon Dieu, présente lui mes félicitations ! »

Le jugement fut immédiatement exécuté. En cette fin de journée du 5 février 1794, Soeur Françoise gravit d’un pas résolu les marches de la guillotine.

Françoise Mézière a été béatifiée par Sa Sainteté le Pape Pie XII, le 19 juin 1955, en même temps que les autres « martyrs de Laval » et elle est fêtée liturgiquement en même temps qu’eux. Toutefois, localement – dans sa paroisse natale de Mézangers ou bien à Saint-Léger qui fut la paroisse où s’exerça son zèle admirable – elle peut-être fêtée individuellement à la date du 5 février.

« Bienheureuse Françoise Mézière,
parfaite disciple de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans ce Ciel où vous vivez pour toujours dans la gloire auprès de Lui, intercèdez pour nous !

Vous vous êtes dévouée corps et âme pour l’éducation chrétienne des enfants : obtenez-nous à chacun des grâces pour faire connaître et aimer le divin Sauveur, Son Eglise et Ses enseignements de Vérité !
Vous avez servi les pauvres, les malades et les nécessiteux à travers toutes les oeuvres de miséricorde, physiques et spirituelles : obtenez-nous à chacun des grâces pour nous dépenser généreusement au service de ces petits qui sont Vos et nos frères !
Vous êtes restée inébranlabement fidèle dans les épreuves et la persécution : obtenez-nous la grâce de ne jamais renier notre divin Roi, et – s’il le faut un jour – de donner notre vie pour Lui ! Ainsi soit-il !

Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour nous !
Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour nos écoles catholiques !
Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour les éducateurs chrétiens !
Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour notre France qui n’en finit pas d’être dévastée et entraînée sur les chemins de l’apostasie par l’esprit et les conséquences de la sinistre révolution ! »

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

Bse Françoise Mézières - statue de l'église de Mézangers (détail)

La Bienheureuse Françoise Mézière
(détail de la statue de l’église de Mézangers)

N.B. : Je remercie d’une manière très spéciale notre ami Romain, auquel nous devons les photographies qui illustrent cet article, puisque, habitant lui-même le Bas-Maine, à ma demande, il s’est rendu à Mézangers et à Saint-Léger afin d’y réaliser ces clichés.

patte de chat Lully.

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 17 septembre, 2014 |2 Commentaires »

2014-88. De la « sainte ceinture de Notre-Dame de Consolation ».

Samedi après la fête de Saint Augustin :
Fête de Notre-Dame de Consolation.

Chez les Augustiniens, nous avons au calendrier liturgique une fête particulière de la Très Sainte Vierge Marie qui est célébrée le samedi qui suit la fête de notre glorieux Père Saint Augustin et qui honore la Mère de Dieu sous le vocable de Notre-Dame de Consolation.

Je m’interrogeais sur l’origine de cette fête et sur le sens de ce titre donné à la Madone : j’ai fait une recherche sur Internet et n’y ai rien trouvé de satisfaisant, si ce n’est qu’il existe un certain nombre de chapelles et d’églises placées sous le vocable de Notre-Dame de Consolation, et que, souvent, ces églises ou chapelles, avaient été celles de couvents de moines de Saint Augustin ou de confréries liées à l’Ordre Augustinien.
Mes interrogations s’amplifièrent encore lorsque je lus que, sur certains tableaux encore présents dans ces églises ou chapelles, la Vierge était parfois appelée « Vierge de la Ceinture » ou encore « Notre-Dame de la Ceinture et de la Consolation »

Je suis donc allé interroger Frère Maximilien-Marie qui, au lieu de me donner une explication orale, m’a alors remis cette feuille, qui a répondu à toutes mes questions et que je m’empresse donc aussi de vous communiquer…

Lully.

ceinture gif

Ceinture de ND de Consolation B.D. - Copie

Blason de l'Ordre de Saint Augustin

Toutes les bandes dessinées de Frère Maximilien-Marie > www

2014-87. Nul génie n’a contribué autant que saint Augustin à faire connaître aux hommes la vérité : parmi les noms d’ici-bas, il n’en est point qu’une bouche humaine doive prononcer avec plus d’admiration et d’amour !

28 août, fête de notre glorieux Père Saint Augustin :

En cette fête de notre glorieux Père Saint Augustin, permettez-moi, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, de vous inviter à lire un beau texte qui résume avec un lyrisme plein d’amour tout ce qui constitue  le génie, les mérites et la gloire du plus grand de tous les Docteurs de l’Occident.
Ce texte est extrait du dernier chapitre et forme la conclusion de l’ « Histoire de Saint Augustin » publiée au XIXe siècle par l’historien J.J. Poujoulat.

Claudio Coello triomphe de St Augustin - 1664 (Madrid - Prado)

Le triomphe de Saint Augustin
(Claudio Coello, 1664 – musée du Prado, Madrid)

Le génie, les mérites et la gloire de Saint Augustin :

Avant saint Augustin il y avait des vérités chrétiennes qui sollicitaient de plus vives lumières, les doctrines de l’Eglise catholique n’avaient pas reçu toutes leurs preuves, tout leur développement ; saint Augustin a creusé plus de choses religieuses qu’aucun autre Père, a mis au grand jour tous les dogmes chrétiens plus qu’on ne l’avait fait jusque-là, et l’Eglise lui doit un corps complet d’enseignements. Il est monté dans les hauteurs du dogme catholique avec une puissance dont on ne cessera jamais de s’étonner. Saint Athanase avait admirablement établi la divinité de Jésus-Christ contre l’arianisme ; il avait établi aussi le Dieu en trois personnes, mais cette dernière partie de la théologie catholique avait besoin d’un travail nouveau ; le traité de la Trinité par saint Augustin fut un beau complément. Le manichéisme dénaturait l’essence divine et dénaturait l’homme ; saint Augustin fit comprendre à tous que le mal n’est pas une substance, mais la défaillance du bien, que la création est bonne, que tout ce qui existe est bon, que le mal est l’œuvre de la volonté humaine et non pas l’oeuvre de Dieu : il rendit à l’homme sa liberté, sa grandeur morale, et à Dieu son unité et sa bonté. Le pélagianisme, en plaçant l’homme si haut, en le représentant si fort, sapait les fondements du christianisme : la Rédemption devenait inutile. Saint Hilaire, saint Grégoire de Nazianze, saint Basile, saint Jean Chrysostome, saint Ambroise avaient enseigné, d’après les livres sacrés, le dogme de la déchéance primitive et l’impuissance de l’homme à accomplir, par sa seule force, les bonnes oeuvres ; mais Pélage, Célestius et Julien ne s’étaient pas encore montrés ; la Providence réservait à saint Augustin l’honneur d’approfondir plus que personne ces grandes questions, et de tracer d’une main ferme les limites où finit l’homme, où Dieu commence. Enfin, dans ses combats contre le donatisme, l’évêque d’Hippone a condamné et convaincu d’erreur toute communion qui se sépare de l’Eglise universelle.

C’est ainsi que le docteur africain a, non pas fondé la foi catholique, car le fondateur c’est un Dieu fait homme, et, avant saint Augustin, l’Eglise avait ses dogmes, mais c’est ainsi que, disciple de saint Paul et son interprète sublime, il a donné à la foi divine ce que nous appellerons son complément humain. Saint Augustin, c’est le génie de l’Occident formulant avec une entière netteté les doctrines, dégageant les dogmes de tout le vague des imaginations orientales, établissant dans leur plus lumineuse précision les magnifiques réalités du christianisme. Le plan providentiel a donné une grande place à l’influence du génie occidental pour le développement et le progrès de la foi chrétienne ; les destinées religieuses de Rome sont là pour l’attester. La théologie catholique a donc pour représentant principal saint Augustin, et comme il n’a jamais rien inventé en matière religieuse et qu’il a toujours procédé avec les témoignages de l’Ecriture, le protestantisme et le jansénisme ne sont pas plus sortis des écrits de l’évêque d’Hippone qu’ils ne sont sortis de la Bible et de l’Evangile. Luther et Jansénius dénaturaient saint Augustin, mais ne le suivaient pas (…).
La plupart des Pères de l’Eglise, travaillant selon le besoin des temps où ils ont vécu, ont soutenu telle ou telle lutte de manière à ne pas dépasser les limites de certaines questions. Une autre tâche fut imposée à saint Augustin ; il eut à combattre toutes sortes d’hérésies, et l’on peut dire avec Bossuet que l’évêque d’Hippone « est le seul des anciens que la divine Providence a déterminé, par l’occasion des disputes qui se sont offertes de son temps, à nous donner tout un corps de théologie, qui devait être le fruit de sa lecture profonde et continuelle des livres sacrés » (Bossuet, in « Défense de la Tradition et des saints Pères », liv. IV. Chap. 16).

Si le docteur africain est le premier des théologiens, il demeure aussi le premier des philosophes chrétiens. On ne nous citera pas une donnée féconde, une vue haute, une notion philosophique de quelque portée, qui n’ait son expression ou son germe dans les écrits de saint Augustin. (…)
Il y a des gens aujourd’hui qui, le plus sérieusement du monde, aspirent à l’alliance de la philosophie et de la religion comme à une grande nouveauté chez les hommes. Ils oublient que cette alliance a été faite et signée par les plus fiers génies dans les premiers siècles chrétiens. Ils ne savent pas avec quelle constante autorité saint Augustin a fait marcher la philosophie à côté de la religion (…)
L’union de la raison et de la foi, voilà la plus belle manière de croire. Personne, plus que saint Augustin, n’a réservé les droits de la raison et ne l’a introduite dans les conseils de l’âme pour monter aux régions de la foi. Il a défendu les droits de la conscience humaine, et, par lui, l’homme est devenu son premier point de départ dans sa course vers les vérités invisibles. Notre dix-septième siècle, ce siècle de tant de génie, de raison et de foi, savait ce que valait saint Augustin ; il professait pour l’évêque d’Hippone une admiration sans bornes.

A ne voir dans saint Augustin que l’homme ami des hommes, vous lui reconnaîtrez encore un indéfinissable empire sur les âmes. Du fond de ce siècle en travail de destinées nouvelles, du milieu d’immenses ruines et de l’agitation des peuples, sort une voix douce comme la compassion, tendre comme l’amour, résignée comme l’espérance en Dieu. Elle apporte un baume à toutes les souffrances, du calme à tous les orages, le pardon à tout coeur qui se repent, et c’est elle surtout qui soupire dans l’exil de la vie et chante la patrie absente. On entend l’âme humaine gémir et aussi éclater d’une façon magnifique par la bouche de celui qui en avait senti toutes les infirmités et compris toute la gloire. Cette voix suave charmait nos monastères du Moyen Age qui transcrivirent avec une prédilection marquée les oeuvres immortelles de l’évêque d’Hippone ; elle nous charme encore, nous, hommes du monde, livrés à toute l’activité humaine. Augustin est l’homme de tous les siècles par le sentiment.

Cette voix, partie d’Afrique, dont le retentissement fut si magnifique et si universel, nous instruit et nous touche dans un livre qui ne porte pas le nom d’Augustin, mais qui évidemment est né de l’influence de son génie : ce livre est l’Imitation de Jésus-Christ. L’humilité profonde à l’aide de laquelle on s’élève aux plus grands mystères, cet amour de la vérité qui impose silence à toute créature et ne veut entendre que Dieu lui-même, la manière de lire utilement les saintes Ecritures, le peu de confiance qu’on doit mettre dans l’homme, l’oubli de soi et la charité pour tous, les ravissements de la paix intérieure et d’une bonne conscience, les joies de la solitude et du silence, le détachement des biens visibles et la patience dans les maux, les élans du coeur vers la beauté éternelle et immuable, la tendre et sublime causerie de l’âme avec son Dieu , tout ce qu’il y a de doux, de profond et de consolateur dans cet ouvrage qui n’a pas d’auteur connu, comme si le ciel eût voulu le disputer à la terre, toute cette délicieuse étude des plus secrètes ressources chrétiennes est remplie de l’âme de saint Augustin. Quand je lis l’Imitation de Jésus-Christ, il me semble que c’est Augustin qui me parle.

(…) Le genre humain, placé dans les temps comme une sorte de mer vivante, apparaît calme ou troublé, selon la paix ou les orages de l’âme humaine, et le passage des siècles s’accomplit avec un retentissement monotone : chaque siècle apporte son éclat, qu’il emprunte au génie et à la vertu, et sur l’océan des âges ces rayonnements de l’intelligence ou du coeur se succèdent vite. Les mêmes révolutions et le même fracas se renouvellent chez les hommes sous des noms divers ; les empires n’ont qu’un même bruit pour s’écrouler, et le genre humain marchera de ce pas jusqu’au bout. La monotonie de ce spectacle serait peu digne de notre âme, nous aurions le droit de le prendre en dégoût, si de temps en temps le doigt de Dieu ne se révélait dans ces page, si au fond des, événements la vérité ne faisait pas toujours son oeuvre, et surtout si la vie de l’homme n’était pas un acheminement à des destinées immortelles. Aussi notre reconnaissance doit monter avec ardeur et énergie vers les intelligences supérieures qui, instruites par la divine parole, nous ont fait voir la raison et le but de notre course sur la terre. Nul génie (nous ne parlons pas des auteurs sacrés) n’a contribué autant que saint Augustin à faire connaître aux hommes la vérité : parmi les noms d’ici-bas, il n’en est point qu’une bouche humaine doive prononcer avec plus d’admiration et d’amour !

Jean-Joseph François Poujoulat (1808-1880)
conclusion de l’ « Histoire de Saint Augustin » (ed. Mame – 1875)

Claudio Coello triomphe de St Augustin - détail

Voir aussi les cinq catéchèses du mercredi
consacrées par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI à la figure de Saint Augustin :
- 1ère partie > www
- 2ème & 3ème partie > www
- 4ème & 5ème partie > www

2014-86. De la Sainte Epine du Puy-en-Velay.

26 août,
dans le diocèse du Puy, la fête de la Susception de la Sainte Epine.

Ziziphus spina-christi - branche

Branche de « ziziphus spina Christi » :
ce sont de telles branches épineuses qui furent utilisées par les soldats de Pilate
pour la couronne de dérision qu’ils tressèrent à l’intention de Notre-Seigneur.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Au lendemain de la fête de Saint Louis, le 26 août donc, le calendrier liturgique propre du diocèse du Puy-en-Velay (diocèse voisin dans lequel Frère Maximilien-Marie doit se rendre pour assister à la Sainte Messe selon le rite latin traditionnel) indique la célébration d’une « fête de la Susception de la Sainte Epine » : le mot « susception » est directement calqué sur le mot latin « susceptio » qui désigne l’action de recevoir.

Il y a en effet 775 ans cette année, au mois d’août 1239, Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis IX de France, âgé de 25 ans, accueillait la prestigieuse relique de la Sainte Couronne d’Epines de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
J’ai bien l’intention de vous reparler de cette insigne relique de la Passion, mais pour l’heure je ne vais vous entretenir que de ce qui touche à la Sainte Epine de la cathédrale du Puy.

Vitrail de Saint Louis avec la Sainte Couronne d'épines

Sans m’étendre donc sur les circonstances de son acquisition, c’est le 10 août 1239, que Saint Louis, accompagné de la cour, vint à Villeneuve-l’Archevêque pour y rencontrer les deux dominicains revenant de Venise et rapportant avec eux – dans une caissette d’argent scellée aux armes du Doge et du Basileus – la Sainte Couronne d’Epines.
Devant la foule agenouillée, la prestigieuse relique fut extraite de la caissette et déposée dans le reliquaire commandé par le Roi aux meilleurs orfèvres parisiens.

Le lendemain, 11 août 1239, le Roi Louis et son frère Charles d’Anjou, pieds nus et en chemise, transportèrent eux-mêmes ce reliquaire au cours de la grandiose procession qui franchit les cinq à six lieues séparant Villeneuve-l’Archevêque de la cathédrale de Sens où la Sainte Couronne demeura presque une semaine.
De Sens, elle fut acheminée en bateau jusqu’à Paris, où elle arriva le 18 août : après sa présentation aux fidèles de la capitale, elle fut ensuite déposée de manière provisoire dans la chapelle palatine Saint-Nicolas, en attendant que soit édifiée la Sainte Chapelle.

Saint Louis portant le reliquaire de la  sainte Couronne d'Epines

Saint Louis et son frère Charles d’Anjou
transportant le reliquaire de la Sainte Couronne d’Epines, le 11 août 1239.

Parmi les prélats qui accompagnaient le Roi à Villeneuve-l’Archevêque et à Sens ces 10 et 11 août 1239, se trouvait Bernard de Montaigu (+ 1248), évêque du Puy.

On connaît la fervente dévotion que nourrissait Saint Louis pour Notre-Dame du Puy.
L’amour du saint Roi pour ce sanctuaire et l’amitié qui le liait à Bernard de Montaigu inspirèrent donc au Souverain de détacher de la Sainte Couronne (qui outre l’anneau de joncs tressés que l’on peut voir aujourd’hui à Notre-Dame de Paris, conservait alors encore quelques branches épineuses), une épine d’environ deux centimètres pour en faire présent à l’antique sanctuaire vellave.

Ce don et l’authenticité de la relique furent attestés par certificat manuscrit du Roi, rédigé en latin, et dont voici la traduction :
« Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France, au doyen et au chapitre du Puy, salut et affection. Par la teneur des présentes, Nous vous signifions que le jour même où Nous avons reçu de Constantinople la Sainte Couronne d’Epines, qui fut mise sur la tête vénérable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, au temps de Sa Passion, Nous avons détaché une épine de cette Couronne et l’avons octroyée à notre cher fidèle B., votre évêque, comme un gage d’estime pour votre église, où le culte de la Bienheureuse Vierge Marie est en si grand honneur. Fait à Sens, au mois d’août, l’an du Seigneur 1239. »

Sainte Epine donnée par Saint Louis à Bernard de Montaigu avec le certificat manuscrit du Roi

La Sainte Epine donnée par Saint Louis à Bernard de Montaigu, évêque du Puy,
et le certificat manuscrit du Roi.

Cette Sainte Epine fut donc conservée et vénérée à la cathédrale du Puy jusqu’à la grande révolution.

Lorsque les impies profanèrent et pillèrent le sanctuaire, un certain abbé Borie, parvint à leur soustraire la précieuse relique avec son certificat.
L’abbé Borie se cacha ensuite dans le Forez ; puis, lorsque la persécution et les troubles prirent fin, il légua la Sainte Epine à l’église Notre-Dame, du quartier de Chavanelle, à Saint-Etienne, où elle demeura plus d’un siècle.

La cathédrale du Puy, elle, a réussi, au cours du XIXe siècle, à obtenir un autre relique de la Sainte Couronne d’Epines - de la taille d’une écharde – , fragment présenté dans un reliquaire que l’on peut aujourd’hui voir exposé au trésor.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, un somptueux reliquaire fut réalisé par la maison Armand-Calliat, de Lyon, pour renfermer la Sainte Epine venue du Puy et son royal certificat.
Ce reliquaire a été classé Monument Historique en 1977.
Il est conçu comme une monstrance présentant le manuscrit de Saint Louis, au-dessus duquel, dans une élégante mandorle, est exposée l’ampoule de cristal de roche dans laquelle est enfermée la Sainte Epine.

Je ne dispose – malheureusement ! – pas d’un très bon cliché de ce reliquaire…

Reliquaire de la Sainte Epine - église Sainte-Marie à Saint-Etienne

Le reliquaire Armand-Calliat (classé MH)
de la Sainte Epine donnée par Saint Louis à la cathédrale du Puy.

Après des années passées dans l’ombre en l’église Notre-Dame de Chavanelle, et après restauration, ce reliquaire a été déposé au cours de l’année 2012 – si mes renseignements sont exacts – dans l’église Sainte-Marie, toujours à Saint-Etienne (7, rue Elise Gervais).

Cette église Sainte-Marie (inscrite aux Monuments Historiques en 1994) est ainsi dénommée parce qu’elle est édifiée à l’emplacement du monastère de la Visitation-Sainte-Marie, fermé à la révolution.
La chapelle des Visitandines, devenue église paroissiale au début du XIXe siècle, a subi divers agrandissements, avant d’être totalement réédifiée dans la seconde moitié du XIXe siècle dans un style dit néo-byzantin (l’architecte Etienne Boisson s’étant inspiré de la basilique Saint-Marc de Venise).
C’est au centre de la « chapelle du Magnificat » de cette église Sainte-Marie, que la relique de la Sainte Epine offerte par Saint Louis à la cathédrale du Puy est désormais exposée, protégée par une vitrine haute sécurité.

On notera au passage que c’est dans cette même chapelle que se trouve une fameuse « descente de Croix » peinte par Théodore Chassériau en 1856 (classée MH en 1933), qui représente, dans une curieuse théâtralisation romantique, la Mère des Douleurs retirant la Couronne d’Epines de la tête de son divin Fils.

Descente de Croix de T. Chassériau - église Sainte-Marie à Saint-Etienne

Descente de Croix par Théodrore Chassériau (1856)
Saint-Etienne, église Sainte-Marie.

2014-85. De la bienheureuse mort du Roi Saint Louis.

Lundi 25 août 2014,
fête de Saint Louis IX, Roi de France.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

De manière habituelle, la fête de ce jour est célébrée avec une ferveur toute particulière en notre Mesnil-Marie, vous vous en doutez bien ; mais elle l’est plus encore en cette année 2014 où nous avons commémoré, le 25 avril dernier, le huitième centenaire de la naissance et du baptême du Roi Saint Louis (cf. > www).

Ce que nous célébrons le 25 août, toutefois, ce n’est plus l’anniversaire de la naissance terrestre, mais c’est le dies natalis : le jour de la naissance au Ciel, le jour de la naissance à la gloire éternelle, du Roi qui est depuis lors le protecteur et le modèle de nos Rois – le protecteur et le modèle de l’actuel descendant et héritier de tous nos Rois, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon.

Et en ce jour, plutôt qu’un brillant panégyrique, j’ai résolu de vous faire le récit tout simple de la mort de Saint Louis.
Cette mort de Saint Louis nous est connue de manière assez précise par les narrations et chroniques laissées les témoins oculaires ; ces précieux témoignages sur les derniers instants du souverain sont sans fioritures ni sentimentalisme, et ils sont aussi pleins de riches enseignements pour nous.

Lully.     

St Louis recevant le saint viatique - Charles Meynier

Saint Louis recevant le saint viatique
Charles Meynier – 1817 – chapelle du Grand Trianon

L’armée de la neuvième croisade avait débarqué le 18 juillet 1270 sur les côtes qui sont actuellement celles de la Tunisie : une dizaine de jours plus tard elle commença à être décimée par l’épidémie.
On a parlé de peste, mais il faut bien comprendre que, à cette époque, le mot peste désignait d’une manière générale toute forme de maladie contagieuse et mortelle et non pas - comme beaucoup le comprennent aujourd’hui - la seule maladie causée par le bacille yersinia pestis.

Comme son fils Jean-Tristan, qui en mourut dès le 3 août, et comme un certain nombre de ses conseillers, le Roi Louis fut atteint par la dysenterie : les témoins parlent d’un « flux de ventre » accompagné de fièvre. Il dut s’aliter, s’affaiblissant de plus en plus.
Il souhaitait continuer à réciter les heures canoniales, spécialement les matines, mais dut assez rapidement y renoncer.

L’un de ses biographes raconte qu’il ne se troubla et ne s’effraya nullement : « Il adora la conduite de Dieu sur lui, il Le remercia de ces adversités, qu’il regardait comme des instruments de sa prédestination, et il s’abandonna entre Ses mains pour toutes les dispositions de Sa Providence. Dans le plus fort de sa maladie, il répétait souvent cette prière : Faites-nous la grâce, Seigneur, de mépriser tellement les prospérités de ce monde, que nous n’en redoutions point les adversités. »
En face de son lit, il avait fait installer une grande croix, afin d’être de l’avoir toujours présente à son regard, et pour que cette vue le réconforte et l’encourage.

On lui donna les derniers sacrements. Pendant les prières de l’extrême-onction, pleinement conscient, il s’associait et répondait aux prières, mais il était si faible que l’on pouvait à peine percevoir ses paroles.
Ensuite, pour l’arrivée du prêtre portant le saint viatique, il voulut sortir de son lit et se prosterner devant la Sainte Hostie, mais il n’en eut pas la force. Il dut se résoudre à demeurer sur son lit, agenouillé en étant soutenu par ses proches, pour recevoir la sainte communion.
Après cela, il resta quatre jours sans voix, mais sans cependant perdre connaissance : il reconnaîssait les gens qui s’approchaient de lui et leur manifestait son amitié.

Le 24 août, la fin s’annonce. Louis se confesse une dernière fois au dominicain Geoffroy de Beaulieu, son confesseur habituel, et reçoit encore la sainte communion.
A sa demande, il a été couché sur un lit de cendres. Ceux qui l’entourent récitent les prières des agonisants.
On entend le roi prononcer à voix basse : « Jérusalem ! Jérusalem !» Etait-ce le nom de la cité terrestre – lieu saint de la Passion et de la Résurrection de Notre-Seigneur – qu’il avait voulu délivrer du joug des infidèles qu’il invoquait, ou bien entrevoyait-il déjà la Cité Céleste dans laquelle son âme pure allait être introduite ?

Il somnole toute la nuit, ne sort de sa torpeur que vers midi, ce lundi 25 août, mais c’est pour entrer en agonie.
Geoffroy de Beaulieu reste à son chevet, et c’est lui qui nous rapporte les dernières paroles du saint Roi, paroles qui reprennent celles de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Pater, in manus tuas commendo spiritum meum : Père, entre vos mains je remets mon esprit. »
Puis il ajoute cet extrait du verset 8 du psaume V : « Introibo in domum tuam, adorabo ad templum sanctum tuum : J’entrerai dans votre demeure, j’adorerai dans votre saint temple. »
On est à la neuvième heure du jour (environ 15 h selon notre manière actuelle de compter) lorsqu’il rend son dernier souffle ; c’est l’heure à laquelle Notre-Seigneur a Lui aussi rendu l’esprit. Tous les contemporains en ont été spécialement impressionnés.

Jean de Joinville, qui n’était pas présent puisque ne participant pas à la croisade, rapporte les propos que lui ont tenus des témoins oculaires de la mort du roi :
« Bien qu’il fût assiégé corporellement par les angoisses de nombreuses souffrances, en esprit il s’élevait cependant dans l’espérance de la récompense désirée. La nuit précédente, on l’avait entendu dire, en français : « Nous irons à Jérusalem. » (…) Il dit aussi : « Seigneur, c’est assez : j’ai combattu jusqu’ici, j’ai travaillé jusqu’à présent à votre service de toutes mes forces, j’ai servi tant que j’ai pu votre peuple et votre royaume, que vous m’avez confié ; maintenant, je vous prie, je vous supplie : soyez, Seigneur, sanctificateur de leurs âmes et gardien de leurs corps. Je les remets à votre pitié. (…) Et il mit ses mains sur sa poitrine, et en regardant vers le ciel rendit à notre Créateur son esprit en cette heure même que le fils de Dieu mourut pour le salut du monde en la Croix. »

Après sa mort, Thibaud, son gendre, écrivit au cardinal Eudes de Châteauroux, qui avait été légat du pape lors de la huitième croisade : « Nous pouvons témoigner que jamais, en toute notre vie, nous n’avons vu fin si sainte ni si dévote, chez un homme du siècle ni chez un homme de religion. »

Reliquaire de Saint Louis au Mesnil-Marie

Reliquaire de Saint Louis au Mesnil-Marie

Voir aussi :
- Prières et litanies en l’honneur de Saint Louis > www
- Enseignements de Saint Louis à son fils le prince Philippe > www

2014-82. 20 août 1914 : Saint Pie X rend son âme à Dieu.

Saint Pie X sur son lit de mort

Saint Pie X sur son lit de mort 

Eté 1914 : le déclenchement des hostilités déchire le coeur du pape Pie X.
Le saint Pontife, qui a célébré le 2 juin précédent son soixante-dix-neuvième anniversaire, affaibli par une bronchite, est plus que tout accablé par ce qu’il pressent de cette guerre. L’auguste malade passe littéralement ses jours et ses nuits à prier, demandant à Dieu le retour de la paix ; il s’épuise rapidement. 

Le 19 août 1914, le Prélat Sacriste lui administre les derniers sacrements, qu’il reçoit avec beaucoup de piété : le pape Sarto avait déjà perdu l’usage de la parole, mais gardait toute sa lucidité et comprenait tout.
Dans la nuit du 19 au 20 août, une heure et quart après minuit, le saint Pape rendit son âme à Dieu.

La dépouille mortelle de Pie X, revêtue des ornements pontificaux, fut d’abord exposée dans la Salle du Trône, puis transportée dans la Basilique Vaticane pour être exposée dans la chapelle du Très Saint-Sacrement.
Les funérailles furent célébrées le 23 août.

Dépouille de Saint Pie X exposée dans la Basilique Vaticane

Exposition de la dépouille de Saint Pie X dans la chapelle du Très Saint-Sacrement de la Basilique Vaticane.

Le premier procès en vue de la canonisation du pape Pie X fut introduit le 14 février 1923 et dura jusqu’en 1931. Douze ans plus tard, deux guérisons de cancers ayant été reconnues miraculeuses, le pape Pie XII ouvrit le second procès, qui aboutit, au matin du 3 juin 1951, à la cérémonie de béatification, puis – deux nouveaux miracles ayant été authentifiés – à la canonisation, le samedi 29 mai 1954.
Cette année 2014 marque donc tout à la fois le centenaire de la mort et le soixantième anniversaire de la canonisation de Saint Pie X.

Pour cette canonisation – qui était la première d’un pape depuis celle de Saint Pie V, en 1712 – , l’affluence s’annonçait telle qu’il fallut prévoir la cérémonie à l’extérieur de la Basilique Saint-Pierre, ce qui était tout à fait inhabituel en 1954, et le trône papal fut dressé devant la porte centrale de la basilique.
Le rite solennel de la canonisation eut lieu le samedi 29 mai 1954, en fin d’après-midi. Il n’était – évidemment – pas inclus dans une Messe et culminait par la proclamation de la formule solennelle :
« En l’honneur de la Sainte et Indivisible Trinité, pour l’exaltation de la foi catholique et pour l’accroissement de la religion chrétienne, par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul et la Nôtre,  après une mûre délibération et ayant souvent imploré le secours divin, de l’avis de nos vénérables frères les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, les Patriarches, Archevêques et Evêques présents dans la ville, Nous décrétons et définissons Saint et Nous inscrivons au catalogue des Saints le bienheureux Pie X, confesseur ».

Après le chant du Te Deum, la châsse de Saint Pie X fut exposée devant l’autel papal, autel sur lequel il avait célébré la messe, au-dessus de la tombe de Saint Pierre.
Le lendemain, dimanche 30 mai, Son Eminence le cardinal Tisserant célébra la messe de la Chapelle Papale, Pie XII assistant au trône.

Il nous a paru judicieux de publier ci-dessous le discours que prononça Sa Sainteté le pape Pie XII à l’occasion de cette canonisation : tandis que nous rappelons le centenaire de la mort de Saint Pie X, un tel texte mérite d’être lu, relu, approfondi et médité, spécialement dans les circonstances présentes de l’Eglise et de la société…
Je ne pense pas qu’il y ait de plus bel hommage que celui rendu à ce saint Pontife par un autre saint Pontife.

   Lully.    

Pie XII cérémonie de canonisation de St Pie X 29 mai 1954

Sa Sainteté le Pape Pie XII à genoux pendant le Veni Creator
du rite de la canonisation de Saint Pie X,
sur le parvis de la basilique Vaticane, le soir du samedi 29 mai 1954

Armoiries de Pie XII

Discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie XII
le 29 mai 1954
lors de la
canonisation de Saint Pie X :

« Cette heure d’éclatant triomphe que Dieu, qui élève les humbles, a préparée et comme hâtée, pour sceller l’ascension merveilleuse de son fidèle serviteur Pie X à la gloire suprême des autels, comble Notre âme d’une joie à laquelle, Vénérables Frères et chers fils, vous participez largement par votre présence.
Nous rendons donc de ferventes actions de grâces à la divine bonté pour Nous avoir permis de vivre cet événement extraordinaire, d’autant plus que, pour la première fois peut-être dans l’histoire de l’Eglise, la canonisation formelle d’un Pape est proclamée par Celui qui eut jadis le privilège d’être à son service dans la Curie Romaine.

Date heureuse et mémorable, non seulement pour Nous qui la comptons parmi les jours fastes de Notre Pontificat, auquel la Providence avait cependant réservé tant de douleurs et de sollicitudes, mais aussi pour l’Eglise entière qui, groupée spirituellement autour de Nous, exulte à l’unisson d’une vive émotion religieuse.

Le nom si cher de Pie X traverse en ce soir radieux toute la terre, d’un pôle à l’autre, scandé par les voix les plus diverses ; il suscite partout des pensées de céleste bonté, des élans puissants de foi, de pureté, de piété eucharistique, et résonne comme un témoignage éternel de la présence féconde du Christ dans son Eglise. Par un retour généreux, en exaltant son serviteur, Dieu atteste la sainteté éminente, par laquelle plus encore que par son office suprême, Pie X fut pendant sa vie le champion illustre de l’Eglise et se trouve par là aujourd’hui le Saint que la Providence présente à notre époque.

Or, Nous désirons que vous contempliez précisément dans cette lumière la figure gigantesque et douce du Saint Pontife, pour que, une fois l’ombre descendue sur cette journée mémorable et rentrées dans le silence les voix de l’immense Hosanna, le rite solennel de sa canonisation reste une bénédiction pour vos âmes et pour le monde un gage de salut.

§1 – Pie X fut d’abord préoccupé de rendre l’Eglise plus accessible, notamment en formulant le Droit Canon.

Le programme de son Pontificat fut annoncé solennellement par lui dès la première Encyclique (« E Supremi » du 4 octobre 1903) où il déclarait que son but unique était d’ « instaurare omnia in Christo » (Eph. I, 10), c’est-à-dire de récapituler, de ramener tout à l’unité dans le Christ.
Mais quelle est la voie qui nous ouvre l’accès à Jésus-Christ ? se demandait-il, en regardant avec amour les âmes perdues et hésitantes de son temps. La réponse, valable hier comme aujourd’hui et dans les siècles à venir, est : l’Eglise !
Ce fut donc son premier souci, poursuivi incessamment jusqu’à sa mort, de rendre l’Eglise toujours plus concrètement apte et ouverte au cheminement des hommes vers Jésus-Christ.
A cette fin, il conçut l’entreprise hardie de renouveler le corps des lois ecclésiastiques de manière à donner à l’organisme entier de l’Eglise un fonctionnement plus régulier, une sûreté et une promptitude de mouvements plus grandes, comme le demandait un monde extérieur imprégné d’un dynamisme et d’une complexité croissants. Il est bien vrai que cette entreprise, définie par lui-même, « une oeuvre assurément difficile » était digne de son sens pratique éminent et de la vigueur de son caractère ; cependant il ne semble pas que la seule considération de son tempérament donne le dernier motif de la difficile entreprise.
La source profonde de l’oeuvre législative de Pie X est à chercher surtout dans sa sainteté personnelle, dans sa persuasion intime que la réalité de Dieu perçue par lui dans une incessante communion de vie, est l’origine et le fondement de tout ordre, de toute justice, de tout droit dans le monde. Là où est Dieu, régnent l’ordre, la justice et le droit ; et, vice versa, tout ordre juste protégé par le droit, manifeste la présence de Dieu. Mais quelle institution sur la terre devait manifester plus éminemment que l’Eglise, corps mystique du Christ même, cette relation féconde entre Dieu et le droit ? Dieu bénit largement l’oeuvre du Bienheureux Pontife, si bien que le Code de droit canon restera à jamais le grand monument de son Pontificat et qu’on pourra le considérer lui-même comme le Saint providentiel du temps présent.

Puisse cet esprit de justice, dont Pie X fut un exemple et un modèle pour le monde contemporain pénétrer les salles de Conférences des Etats où l’on discute de très graves problèmes, concernant la famille humaine, en particulier la manière de bannir pour toujours la crainte de cataclysmes terribles et d’assurer aux peuples une ère durable de tranquillité et de paix.

§2 – Pie X fut aussi un intrépide défenseur de la foi.

Pie X se révèle aussi champion convaincu de l’Eglise et Saint providentiel de nos temps dans la seconde entreprise qui distingue son oeuvre et ressembla, par ses épisodes parfois dramatiques, à la lutte engagée par un géant pour la défense d’un trésor inestimable : l’unité intérieure de l’Eglise dans son fondement intime : la foi.

Déjà depuis son enfance, la Providence divine avait préparé son élu dans son humble famille, édifiée sur l’autorité, les bonnes moeurs et sur la foi elle-même vécue scrupuleusement. Sans doute tout autre Pontife, en vertu de la grâce d’état, aurait combattu et rejeté les assauts destinés à frapper l’Eglise à la base.
Il faut cependant reconnaître que la lucidité et la fermeté avec lesquelles Pie X conduisit la lutte victorieuse contre les erreurs du modernisme, attestent à quel degré héroïque la vertu de foi brûlait dans son coeur de saint. Uniquement soucieux de garder intact l’héritage de Dieu au troupeau qui lui était confié, le grand Pontife ne connut de faiblesse en face de quiconque, quelle que fût sa dignité ou son autorité, pas d’hésitations devant des doctrines séduisantes mais fausses, dans l’Eglise et au dehors, ni aucune crainte de s’attirer des offenses personnelles et de voir méconnaître injustement la pureté de ses intentions. Il eut la conscience claire de lutter pour la cause la plus sainte de Dieu et des âmes.
A la lettre, se vérifièrent en lui les paroles du Seigneur à l’Apôtre Pierre : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point, et toi… confirme tes frères » (Luc XXII, 32). La promesse et l’ordre du Christ suscitèrent encore une fois, dans la fermeté indéfectible d’un de ses Vicaires, la trempe indomptable d’un athlète.

Il est juste que l’Eglise, en lui décernant à cette heure la gloire suprême à l’endroit même où depuis des siècles brille sans se ternir celle de Pierre et en confondant ainsi l’un et l’autre dans une seule apothéose, chante à Pie X sa reconnaissance et invoque en même temps son intercession pour se voir épargner de nouvelles luttes du même genre.
Mais ce dont il s’agissait précisément alors, c’est-à-dire la conservation de l’union intime de la foi et de la science, est un bien si grand pour toute l’humanité que cette seconde grande oeuvre du Pontife est, elle aussi, d’une importance telle qu’elle dépasse largement les frontières du monde catholique.

Lorsque, comme le modernisme, on sépare, en les opposant, la foi et la science dans leur source et leur objet, on provoque entres ces deux domaines vitaux, une scission tellement funeste que « la mort l’est à peine plus ». On l’a vu en pratique : au tournant du siècle, on a vu l’homme divisé au fond de lui-même, et gardant cependant encore l’illusion de conserver son unité dans une apparence fragile d’harmonie et de bonheur basés sur un progrès purement humain, se briser pour ainsi dire sous le poids d’une réalité bien différente.

Le regard vigilant de Pie X vit s’approcher cette catastrophe spirituelle du monde moderne, cette déception spécialement amère dans les milieux cultivés. Il comprit qu’une foi apparente de ce genre, c’est-à-dire une foi qui au lieu de se fonder sur Dieu révélateur s’enracine dans un terrain purement humain, se dissoudrait pour beaucoup dans l’athéisme ; il perçut également le destin fatal d’une science qui, à l’encontre de la nature et par une limitation volontaire, s’interdisait de marcher vers le Vrai et le Bien absolus et ne laissait ainsi à l’homme sans Dieu, devant l’invincible obscurité où gisait pour lui tout l’être, que l’attitude de l’angoisse ou de l’arrogance.

Le Saint opposa à un tel mal le seul moyen de salut possible et réel : la vérité catholique, biblique, de la foi acceptée comme « un hommage raisonnable » (Rom. XII, 1) rendu à Dieu et à sa révélation. Coordonnant ainsi foi et science, la première en tant qu’extension surnaturelle et parfois confirmation de la seconde, et la seconde comme voie d’accès à la première, il rendit au chrétien l’unité et la paix de l’esprit, conditions imprescriptibles de la vie.

Si beaucoup aujourd’hui se tournent à nouveau vers cette vérité, poussés vers elle en quelque sorte par l’impression de vide et l’angoisse de leur abandon, et s’ils ont ainsi le bonheur de pouvoir la trouver fermement possédée par l’Eglise, ils doivent en être reconnaissants à l’action clairvoyante de Pie X. C’est à lui en effet que revient le mérite d’avoir préservé la vérité de l’erreur, soit chez ceux qui jouissent de toute sa lumière, c’est-à-dire les croyants, soit chez ceux qui la cherchent sincèrement. Pour les autres, sa fermeté envers l’erreur peut encore demeurer un scandale ; en réalité, c’est un service d’une extrême charité, rendu par un Saint, en tant que Chef de l’Eglise, à toute l’humanité.

§3 – Pie X vécut uni à Dieu, principalement dans l’Eucharistie.

La sainteté, qui se révèle comme inspiratrice et comme guide des entreprises de Pie X que Nous venons de rappeler, brille encore plus immédiatement dans ses actions quotidiennes. C’est en lui-même d’abord qu’il réalisa, avant de le réaliser dans les autres, le programme qu’il s’était fixé : tout rassembler, tout ramener à l’unité dans le Christ.
Comme humble curé, comme évêque, comme Souverain Pontife, il fut toujours persuadé que la sainteté à laquelle Dieu le destinait était la sainteté sacerdotale. Quelle sainteté peut en effet plaire davantage à Dieu de la part d’un prêtre de la Loi nouvelle, sinon celle qui convient à un représentant du Prêtre Suprême et Eternel, Jésus-Christ, Lui qui laissa à l’Eglise le souvenir continuel, le renouvellement perpétuel du sacrifice de la Croix dans la Sainte Messe, jusqu’à ce qu’il vienne pour le jugement final (1
 Cor. XI, 24-26) ; Lui qui par le sacrement de l’Eucharistie se donna Lui-même en nourriture aux âmes : « Qui mange de ce pain vivra éternellement » ? (Joan. VI, 58).

Prêtre avant tout dans le ministère eucharistique, voilà le portrait le plus fidèle du saint Pie X.
Servir comme prêtre le mystère de l’Eucharistie et accomplir le commandement du Seigneur : « Faites ceci en mémoire de moi » (Luc. XXII, 19), ce fut sa vie. Du jour de son ordination, jusqu’à sa mort comme Pontife, il ne connut pas d’autre sentier possible pour arriver à l’amour héroïque de Dieu et pour payer généreusement de retour le Rédempteur du monde qui par le moyen de l’Eucharistie « a épanché en quelque sorte les richesses de son amour divin pour les hommes » (Conc. Trente. Session XIII, chap. 2).
Une des preuves les plus significatives de sa conscience sacerdotale fut l’ardeur avec laquelle il s’efforça de renouveler la dignité du culte et spécialement de vaincre les préjugés d’une pratique erronée, en promouvant résolument la fréquentation même quotidienne de la table du Seigneur par les fidèles, et en y conduisant sans hésiter les enfants, qu’il souleva en quelque sorte dans ses bras pour les offrir aux embrassements du Dieu caché sur les autels ; par là l’Epouse du Christ vit s’épanouir un nouveau printemps de vie eucharistique.

Grâce à la vision profonde qu’il avait de l’Eglise comme société, Pie X reconnut dans l’Eucharistie le pouvoir d’alimenter substantiellement sa vie intime et de l’élever bien haut au-dessus de toutes les autres associations humaines. L’Eucharistie seule, en qui Dieu se donne à l’homme, peut fonder une vie de société digne de ses membres, cimentée par l’amour avant de l’êtrs par l’autorité, riche en oeuvres et tendant au perfectionnement des individus, c’est-à-dire « une vie cachée en Dieu avec le Christ ».

Exemple providentiel pour le monde moderne dans lequel la société terrestre devenue toujours plus une sorte d’énigme à elle-même cherche avec anxiété une solution pour se redonner une âme ! Qu’il regarde donc comme un modèle l’Eglise réunie autour de ses autels. Là, dans le mystère eucharistique, l’homme découvre et reconnaît réellement son passé, son présent et son avenir comme une unité dans le Christ. Conscient et fort de cette solidarité avec le Christ et avec ses propres frères, chaque membre de l’une et de l’autre société, celle de la terre et celle du monde surnaturel, sera en état de puiser à l’autel la vie intérieure de dignité personnelle et de valeur personnelle, qui est actuellement sur le point d’être submergée par le caractère technique et l’organisation excessive de toute l’existence, du travail et même des loisirs. Dans l’Eglise seule, semble répéter le Saint Pontife, et par elle dans l’Eucharistie, qui est « une vie cachée avec le Christ en Dieu », se trouvent le secret et la source de rénovation de la vie sociale.

De là vient la grave responsabilité de ceux à qui il incombe en tant que ministres de l’autel, d’ouvrir aux âmes la source salvifique de l’Eucharistie.
En vérité, l’action que peut déployer un prêtre pour le salut du monde moderne revêt de multiples formes, mais l’une d’elles est sans aucun doute la plus digne, la plus efficace et la plus durable dans ses effets : se faire dispensateur de l’Eucharistie après s’en être soi-même abondamment nourri. Son oeuvre ne serait plus sacerdotale si, fût-ce même par zèle des âmes, il faisait passer au second rang sa vocation eucharistique.
Que les prêtres conforment leurs pensées à la sagesse inspirée de Pie X et orientent avec confiance dans la lumière de l’Eucharistie toute leur activité personnelle et apostolique. De même, que les religieux et les religieuses, qui vivent avec Jésus sous le même toit et se nourrissent chaque jour de sa chair, considèrent comme une règle sûre ce que le saint Pontife déclare dans une circonstance importante, à savoir que les liens qui les unissent à Dieu par le moyen des voeux et de la vie communautaire ne doivent être sacrifiés à aucun service du prochain, si légitime soit-il.

L’âme doit plonger ses racines dans l’Eucharistie pour en tirer la sève surnaturelle de la vie intérieure, qui n’est pas seulement un bien fondamental des coeurs consacrés au Seigneur, mais aussi une nécessité pour tout chrétien, car Dieu l’appelle à faire son salut. Sans la vie intérieure, toute activité, si précieuse soit-elle, se dévalue en action presque mécanique, et ne peut avoir l’efficacité propre d’une opération vitale.
Eucharistie et vie intérieure : voici la prédication suprême et la plus générale que Pie X adresse en cette heure, du sommet de la gloire, à toutes les âmes. En tant qu’apôtre de la vie intérieure il se situe, à l’âge de la machine, de la technique, de l’organisation, comme le saint et le guide des hommes d’aujourd’hui.

Prière conclusive :

Oui, ô Saint Pie X, gloire du Sacerdoce et honneur du Peuple chrétien ; — Toi en qui l’humilité parut fraterniser avec la grandeur, l’austérité avec la mansuétude, la piété simple avec la doctrine profonde ; Toi, Pontife de l’Eucharistie et du catéchisme, de la foi intègre et de la fermeté impavide ; tourne ton regard vers la Sainte Eglise, que Tu as tant aimée et à laquelle Tu as donné le meilleur des trésors que la divine Bonté, d’une main prodigue, avait déposés dans ton âme ; obtiens-lui l’intégrité et la constance au milieu des difficultés et des persécutions de notre temps ; soulève cette pauvre humanité, aux douleurs de qui Tu as tellement pris part qu’elles finirent par arrêter les battements de Ton grand coeur ; fais que la paix triomphe dans ce monde agité, la paix qui doit être harmonie entre les nations, accord fraternel et collaboration sincère entre les classes sociales, amour et charité entre les hommes, afin que de la sorte les angoisses qui épuisèrent Ta vie apostolique se transforment grâce à Ton intercession, en une réalité de bonheur, à la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui avec le Père et le Saint-Esprit vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il ! »

Exposition de la chasse de St Pie X devant le maître autel de St Pierre après la canonisation

Exposition de la chasse de Saint Pie X devant l’autel de la confession de Saint-Pierre
après la cérémonie de canonisation, le 29 mai 1954

Armoiries de Saint Pie X

Voir aussi :
Prophétie et prière de Saint Pie X pour la France > www

2014-77. Du bon Père Rouville et de ses compagnons martyrisés à Privas le 5 août 1794 (2ème partie).

(la 1ère partie, résumant la vie du Révérend Père Rouville, se trouve > ici )

palmes

2ème partie – Les abbés d’Allemand, Bac, Gardès et Montblanc.

- L’abbé Pierre-François Dulau d’Allemand de Montrigaud.
Issu d’une très ancienne famille du Dauphiné, apparenté au chevalier Bayard, il était né le 26 février 1764 à Pierre-Chatel.
Ordonné prêtre par Monseigneur Jean-Georges Lefranc de Pompignan, archevêque de Vienne, au printemps 1790, il fut aussitôt nommé prieur-curé de Saint-Julien-Vocance, à quatre lieues au sud-ouest d’Annonay : cette partie de l’actuel département de l’Ardèche appartenait alors à l’archidiocèse de Vienne.

En janvier 1791, il prêta le serment avec « les réserves et restrictions que sa conscience et sa religion réclamaient », ce qui faisait qu’en rigueur ce serment était nul aux yeux de la loi, mais la municipalité s’en contenta ainsi que les autorités d’Annonay, qui à ce moment-là étaient plutôt portées à la conciliation.
Monsieur d’Allemand continua donc son ministère sans être inquiété pendant plus d’une année.

Tout se détériora lorsque, pour la Pentecôte 1792, Monsieur d’Allemand avisa la municipalité que, conformément aux années précédentes, il conduirait sa paroisse en pèlerinage au tombeau de Saint Jean-François Régis, à La Louvesc, et qu’il désirait que la procession soit accompagnée de la garde nationale jouant du tambour !
Les révolutionnaires d’Annonay s’en émurent et firent interdire la procession, avec des menaces à peine voilées…
Deux mois plus tard, c’était le 10 août : le Roi captif ne pouvait plus protéger de son veto les prêtres réfractaires au serment, qui furent donc tenus, par le décret du 26 août 1792, « de sortir du royaume dans le délai de quinze jours ».
Monsieur d’Allemand ne se laissa pas intimider : « Quand les loups hurlent, disait-il, le pasteur ne doit pas s’enfuir. »

Refusant d’abandonner sa paroisse et rétractant vigoureusement son serment restreint, malgré des menaces de plus en plus virulentes, il vit les vexations s’abattre sur les Soeurs de Saint-Joseph qui l’aidaient dans son ministère (école, catéchisme, visite des pauvres et des malades…) et sur sa personne, fut contraint de quitter sa cure, dut renoncer à célébrer dans son église, mais continua néanmoins son ministère en se cachant dans des hameaux éloignés.

Il fut trahi par un paroissien qui l’avait fait appeler pour baptiser son fils qui venait de naître : pris dans la nuit du 4 au 5 juillet 1794, traîné à Annonay en subissant de nombreux outrages, il fut conduit dans les prisons de Privas le 9 juillet 1794.
C’est le plus jeune de nos martyrs : il était âgé de trente ans.

église de St-Julien Vocance avec stèle commémorative de l'abbé Allemand

Saint-Julien-Vocance : l’église aux origines romanes, profondément remaniée au XIXe siècle.
En 1937 une stèle a été érigée sur le parvis rappelant « la pieuse et glorieuse mémoire » de l’intrépide curé et martyr, Pierre-François d’Allemand.

- L’abbé Jean-Jacques André Bac.
Né le 30 novembre 1751 à la ferme du Grand-Bosc, sur la paroisse de Saint-Julien-Labrousse, à trois petites lieues au nord-est du Cheylard, dans les Boutières, après sa formation cléricale au séminaire de Bourg-Saint-Andéol, il fut ordonné prêtre le 23 mars 1776, par Monseigneur Joseph Rollin de Morel Villeneuve de Mons, évêque de Viviers.

Vicaire pendant dix ans dans deux paroisses du diocèse de Viviers, il fut choisi en 1786 pour être prieur-curé du village de Mens, dans le diocèse de Die : ce diocèse était en effet très pauvre en prêtres et devait donc faire appel à des prêtres extérieurs. Il fallait pour cette cure de Mens un prêtre particulièrement zélé et instruit, car la population de cette paroisse y était presque pour moitié protestante.
Il prêta le serment constitutionnel avec restrictions au début de l’année 1791, mais le rétracta quelques mois plus tard quand il apprit la condamnation de la constitution civile par le Pape Pie VI. Ayant subi des pressions psychologiques très fortes auxquelles il résista autant qu’il put, il fut finalement chassé de son presbytère et remplacé par un curé jureur.

Monsieur Bac pensa d’abord demeurer dans sa paroisse pour y continuer son ministère, mais il dut bientôt se rendre à l’évidence : poursuivi par de farouches révolutionnaires, s’il restait sur place il attirerait des représailles sanglantes sur les paroissiens fidèles qui l’auraient caché et aurait assisté à sa messe. Après quelques semaines d’errance, au début de l’année 1792, il revint dans sa famille à Saint-Julien-Labrousse.
Les municipaux de Saint-Julien-Labrousse étaient d’anciens camarades et n’étaient nullement des révolutionnaires enragés, au contraire ; dans toute cette paroisse, ainsi qu’aux environs, la population était très fortement chrétienne, attachée à ses prêtres et à la pratique religieuse, si bien que, par exemple, le curé – noble messire Alexis du Chier – était demeuré dans son presbytère sans avoir jamais été inquiété. Ce vieux prêtre rendit paisiblement son âme à Dieu le 3 juin 1793.
L’abbé Bac, requis de prêter le serment de « liberté-égalité », le prononça avec toutes les restrictions – dûment explicitées et consignées par les municipaux – que lui dictait sa conscience, ce qui, pendant deux années, lui permit d’exercer publiquement les actes du ministère, à Saint-Julien et dans les villages environnants, au début pour seconder le vieil abbé  du Chier, puis pour le remplacer et suppléer au manque de pasteurs dans les paroisses voisines. Il en fut ainsi depuis le début de l’année 1792 jusqu’à mai 1794.

C’est le maire de Vernoux, gros bourg distant de quelque quatre lieues, qui le dénonça au district : « Il existe depuis un certain temps un ci-devant prêtre insermenté (…) nommé Bac, chassé de Mens, département de l’Isère, où il versait son poison. Cet homme fait beaucoup de mal, et il convient d’en purger la terre de la raison. [Donne donc l'ordre] d’arrêter Bac qui promène tranquillement son incivisme dans cette commune » (sic). 
Le 12 mai 1794, la maréchaussée de Tournon cerna à l’aube la ferme du Grand-Bosc et se saisit de l’abbé Bac.
D’abord incarcéré et interrogé à Tournon, les restrictions qu’il avait exprimées lors des différents serments exigés par la loi révolutionnaire et sa rétractation du serment schismatique furent établies : c’était un crime suffisant pour être conduit dans les prisons du chef-lieu.
L’abbé Bac arriva à Privas le 9 juin 1794, il était dans sa quarante-troisième année.

Mens

Le village de Mens, dans l’ancien diocèse de Die :
paroisse de l’abbé Jean-Jacques André Bac, natif de Saint-Julien-Labrousse. 

- L’abbé Louis Gardès.
Né le 25 juillet 1754 dans une famille paysanne de la paroisse du Béage, sur les hauts plateaux vivarois qui confinent au Velay, au terme de ses études sacerdotales qu’il suivit au séminaire de Bourg-Saint-Andéol, il fut ordonné prêtre le 19 décembre 1778 par Monseigneur Charles de La Font de Savine qui venait tout juste de prendre possession du diocèse de Viviers.

Après avoir été vicaire pendant cinq ans dans le diocèse de Viviers, comme l’abbé Bac et pour la même raison – surabondance de vocations en Vivarais et pénurie en quelques diocèses voisins – , l’abbé Gardès partit pour le diocèse d’Alès où, après quelques mois de vicariat, il fut nommé curé-prieur de Saint-Gilles-de-Ceyrac, qui est aujourd’hui un hameau de la commune de Conqueyrac et constituait alors une petite paroisse de l’archiprêtré de Saint-Hippolyte-du-Fort.
Entraîné par l’exemple de ses confrères voisins, l’abbé Gardès prêta d’abord le serment constitutionnel, mais dès qu’il en apprit la condamnation par le Souverain Pontife, il fit une rétractation solennelle non seulement devant les municipaux de Saint-Hippolyte mais aussi par acte notarié. 

Considéré dès lors comme réfractaire, l’abbé Louis Gardès dut renoncer à tout ministère public : d’ailleurs sa petite église de Ceyrac avait été fermée, son mobilier vendu et son argenterie envoyée à la monnaie. Pendant quelque temps, il fut toléré qu’il exerçât les fonctions du culte à titre privé, dans des chaumières ou dans des granges, mais dans les premiers mois de 1792 la situation devint critique : Saint-Hippolyte était un ardent foyer du calvinisme cévenol ; la révolution y avait rallumé dans la population huguenote acquise aux idées révolutionnaires des idées de représailles fort peu évangéliques envers les catholiques. En juillet 1792, l’un des confrères de l’abbé Gardès fut horriblement torturé pendant toute une journée par la populace avant d’être décapité…

C’était dans le même temps que l’échec de ce que l’on a appelé « la conspiration de Saillans » entraîna une sanglante répression contre les catholiques et loyaux sujets du Roi dans le nord du Gard et le sud de l’Ardèche (cf. l’histoire des camps de Jalès > ici). En se cachant, l’abbé Louis Gardès quitta les Cévennes pour remonter vers son pays natal et, après plusieurs mois d’errance, pour venir se cacher dans le mas familial de Peyregrosse, sur la paroisse du Béage.

Profondément enracinées dans la foi catholique et farouchement hostiles au clergé constitutionnel, les populations rurales des hauts plateaux vivarois étaient entrées en résistance dès la fin de l’année 1791 : les paroisses s’étaient organisées autour de chefs à la forte personnalité, véritables chouans – tels « notre » Grand Chanéac (cf. www) – sous la protection desquels, de toutes parts, des prêtres réfractaires étaient venus se placer.

A plusieurs reprises, de véritables battues furent organisées. C’est à l’occasion de l’une d’elles que, fuyant Le Béage et  cherchant à rejoindre le village de La Chapelle-Graillouse, à la mi-juin 1794, vaincu par la fatigue, il s’était endormi dans un taillis, la tête appuyée sur son bréviaire qu’il venait de réciter, que l’abbé Louis Gardès fut surpris et formellement identifié par un miséreux auquel il avait fait la charité.
Il arriva à Privas pour y être incarcéré et interrogé le 16 juin 1794, il était âgé de quarante ans.

La Chapelle-Graillouse

La Chapelle-Graillouse, village en direction duquel s’enfuyait l’abbé Louis Gardès
lorsqu’il fut pris à la mi-juin 1794.

- L’abbé Barthélémy Montblanc.
Né le 18 avril 1760 à Cruzy, près de Narbonne, on sait peu de choses sur ses origines et sa formation cléricale en raison des destructions des archives. Des actes de catholicité qui ont subsisté nous montrent qu’il était diacre le 30 juillet 1785 mais prêtre le 4 octobre suivant. 

Le 12 juillet 1789, nous le trouvons nommé vicaire d’une succursale de Givors, à quelque sept lieues au sud de Lyon. Probablement était-ce pour se rapprocher de son frère, « maître en chirurgie » à Condrieu, qu’il avait obtenu de venir dans l’archidiocèse de Lyon.
Son absence fut remarquée aux célébrations organisées le 14 juillet 1790 pour l’anniversaire de la prise de la Bastille, et lorsque, à la fin de janvier 1791, il apprit qu’on allait exiger de lui le serment constitutionnel, il résolut de partir : le jour de la Chandeleur, 2 février 1791, à l’issue de la messe, il fit ses adieux à ses paroissiens en leur expliquant que sa conscience ne lui permettait pas de prêter le serment qu’on exigeait de lui. 

L’abbé Montblanc se retira d’abord chez son frère, à Condrieu, puis, craignant de lui être à charge et de constituer un danger pour sa famille, quelques mois plus tard, il gagna dans un premier temps Annonay, où s’était organisée une association clandestine de prêtres qui « feignant d’être chirurgiens, colporteurs, garçons boulangers, gardes nationaux, à la faveur de [leurs] déguisements, s’insinuaient dans les maisons où leur ministère était nécessaire ».
Mais le zèle de l’abbé Barthélémy Montblanc en faisait un des principaux suspects, et il dut bientôt s’enfuir pour mener une vie errante dans les montagnes du nord du Vivarais, du sud du Forez et du Pilat, se mettant au service des âmes dans les paroisses qui n’avaient plus de pasteur.

Cela dura jusqu’à la Pentecôte de 1793 où, revenant d’administrer un mourant – probablement dans les environs de Pelussin – , il fut pris par une bande de révolutionnaires qui, après les outrages que l’on peut imaginer, l’envoyèrent dans les prisons de Lyon.
L’héroïque révolte des Lyonnais contre la convention le tira de son cachot. 

Fuyant Lyon lorsque la ville fut prise et livrée à la vengeance révolutionnaire, l’abbé Montblanc revint à Annonay sous un déguisement de sans-culotte. 
Sous le nom de code d’ «oncle Barthélémy », il exerça à Annonay un rocambolesque ministère clandestin d’octobre 1793 à mai 1794. Les « patriotes » enrageaient contre lui et avaient juré sa perte ; le « comité de surveillance » multipliait les ruses pour le prendre… et finit par resserrer l’étau autour de lui, si bien qu’à la fin du mois de mai, l’ « oncle Barthélémy » dut s’éloigner d’Annonay et se cacher, à deux lieues de là, à Vernosc
Dans ce village, trois Soeurs de Saint-Joseph - dont nous reparlerons plus loin – avaient maintenu, dans une relative discrétion, leur vie de communauté, de prière et de bonnes oeuvres. Là, l’abbé Montblanc continua son ministère avec un zèle ardent, jusqu’à ce qu’une religieuse défroquée, dont la demeure servait de rendez-vous aux démagogues et aux libertins, n’attire l’attention des « patriotes » du lieu sur lui : « Je parierais que c’est un calotin. Je m’y connais. Il a plutôt l’allure d’un ci-devant curé que d’un celle d’un sans-culotte… »

Le lundi de Pentecôte 9 juin 1794, alors qu’il avait jugé prudent de s’éloigner de Vernosc pendant quelques temps, l’abbé Barthélémy Montblanc fut reconnu, pourchassé et finalement pris dans la vallée de la Cance, près de la « roche Péréandre ».
A celui qui lui mit la main au collet, l’abbé se contenta de dire : « Le bras qui m’arrête périra ». Peu de temps après, pendant la moisson, cet homme se querella avec un camarade qui lui donna un coup de faucille sur la main droite : la plaie s’infecta, la gangrène s’y mit et se propagea, et on dut lui amputer le bras.

Emenné captif à Annonay, l’abbé Montblanc fut, dès le 14 juin 1794, transféré à la prison de Privas : il était âgé de trente-quatre ans.

La roche péréandre - vallée de la Cance - Vernosc

Près d’Annonay, sur la commune de Vernosc, dans la vallée de la Cance, la roche Péréandre
près de laquelle fut capturé l’abbé Barthélémy Montblanc.

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(à suivre > ici)

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 4 août, 2014 |1 Commentaire »

2014-76. Du bon Père Rouville et de ses compagnons martyrisés à Privas le 5 août 1794 (1ère partie).

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Le promeneur qui flane dans les ruelles de Privas ne manque pas d’apprécier le charme de cette petite place que les Privadois appellent depuis des siècles « la Placette » : habituellement calme, bien ombragée, elle est bordée de quelques façades anciennes assez bien restaurées, parmi lesquelles la fameuse « tour Diane de Poitiers » (belle tourelle d’escalier du XVème siècle de l’hôtel particulier des comtes de Valentinois).
Une fontaine y fait entendre le doux murmure de l’eau : cette fontaine excentrée sur le côté le plus élevé de la place, porte en son centre une espèce d’obélisque surmonté d’un buste de « Marianne », car si les anciens Privadois continuent de parler de « la Placette », le nom officiel est « place de la république ».

Il est bien peu de passants qui prêtent réellement attention à ce buste haut perché, et il en est encore bien moins qui soupçonnent que cette paisible fontaine a été édifiée sur l’emplacement de la sanglante guillotine, par le couperet de laquelle furent martyrisés, le 5 août 1794, cinq prêtres et trois religieuses mis à mort en haine de l’Eglise et de la foi catholiques.
En ce deux-cent-vingtième anniversaire de leur martyre, voici résumée l’histoire de ces héroïques confesseurs de la foi dont le sang versé, à n’en pas douter, a obtenu au diocèse de Viviers des grâces abondantes de renouveau après la tourmente révolutionnaire.

Privas tour Diane de Poitiers et fontaine marquant l'emplacement de la guillotine

Privas, « la Placette » :
Tour Diane de Poitiers et fontaine marquant l’emplacement de la guillotine.

1ère partie – Le « bon Père » Rouville :

François-Augustin Roubaud, né et baptisé le 29 août 1734 à Aix-en-Provence, était entré dans la Compagnie de Jésus et avait été professeur au collège de Billom, en Auvergne.

Dans les années 1761-1762, les jansénistes et les « philosophes » obtinrent du parlement de Paris la fermeture des collèges jésuites, puis, malgré l’opposition de Sa Majesté le Roi Louis XV, le banissement du Royaume de la Compagnie, en 1764.
Le Révérend Père Roubaud, vint alors à Aubenas où, après l’expulsion des jésuites, le maire voulait maintenir le collège et cherchait des professeurs. Pour échapper aux décrets qui interdisaient l’enseignement aux anciens jésuites, le Père Roubaud changea alors son nom en Rouville, et c’est le nom sous lequel il est passé à la postérité.

Pendant plus de vingt ans, le Père Rouville fit l’édification non seulement des autres professeurs et des élèves du collège, mais aussi de toute la ville d’Aubenas : sa modestie, sa douceur, sa piété, sa bonté et sa charité étaient connues de tous, et il répondait volontiers à l’invitation des curés de la ville ou des environs pour prêcher et confesser dans les paroisses où ses vertus rappelaient celles de Saint Jean-François Régis.
Le temps qu’il ne passait pas à prier, à enseigner, à prêcher et à confesser, il le consacrait à la visite des pauvres et des malades. Les fidèles ne parlaient de lui que comme « le bon Père Rouville ».

En 1791, réfractaire au serment constitutionnel imposé par la révolution, le Père Rouville entra dans la clandestinité : caché chez des chrétiens fidèles et courageux, il continua à exercer son ministère, jusqu’à ce que, le 12 juillet 1794, alors qu’il revenait de porter les secours de la religion à un moribond, malgré son déguisement, il fut reconnu  et livré par deux misérables dont la convoitise était excitée par la somme promise à qui le dénoncerait.
Il comparut devant les officiers municipaux d’Aubenas et, pour ne pas compromettre ceux qui l’avaient caché, s’efforça de ne donner que des réponses vagues aux questions dont on l’assaillait :
- Qui vous a nourri ?
- La Providence !
- Qui vous cachait ?
- L’amitié !
- Qui fréquentiez-vous ?
- Des gens de bien !
- Pourquoi avez-vous refusé le serment aux nouvelles lois ?
- Parce qu’il est contraires aux principes de la Religion et à la discipline de l’Eglise.
- Sachant qu’il vous est interdit d’exercer votre ministère, pourquoi l’exerciez-vous ?
- J’en tiens le pouvoir de Dieu : Dieu seul peut me l’ôter.

Les dénonicateurs du Père Rouville étaient le citoyen Meynier Cartier et sa femme : ils reçurent cinquante francs pour prix de leur trahison.
Or, peu de temps après la mort du saint prêtre, les Albenassiens furent les témoins de la vengeance divine sur ces deux apostats : lui fut frappé de paralysie de tout le côté droit, et elle, qui avait été très belle et très fière de sa beauté, fut défigurée par un rictus déformant qui la rendait horrible à voir. Dans la rue, les enfants les poursuivaient en leur criant : « vendeurs de chrétiens », et ils n’eurent de repos qu’après avoir fait une longue pénitence.

Le 14 juillet 1794, le Père Rouville fut transféré à Privas.
Dès le lendemain, il comparut devant le tribunal révolutionnaire qui siégeait dans l’ancienne chapelle des Récollets : l’accusateur public – dont nous reparlerons – se nommait Marcon.
On posa au « bon Père » le même type de questions qu’à Aubenas, auxquelles il fit le même genre de réponses.
Il fut condamné à la peine capitale, mais on allait surseoir pendant trois semaines à son exécution. Dans les geôles privadoises, il rejoignait quatre autres prêtres héroïques et trois religieuses dont nous parlerons plus loin.
Le Révérend Père François-Augustin Rouville arrivait au terme de sa soixantième année au moment de son martyre.

Privas ancienne chapelle des Récollets

Privas, l’ancienne chapelle des Récollets dans laquelle siégeait le tribunal révolutionnaire.

palmes

(à suivre, ici > www)

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 3 août, 2014 |1 Commentaire »

Prière pour demander des grâces par l’intercession de Saint Léopold de Castelnuovo :

30 juillet,
fête de Saint Léopold de Castelnuovo.

Dans ma chronique du 30 juillet 2013, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, je vous ai déjà parlé de Saint Léopold de Castelnuovo (né Bogdan Mandic) et de la vénération que nous avons au Mesnil-Marie pour cet admirable fils de Saint François d’Assise (cf. > www), que je ne puis que vous exhorter à vénérer vous aussi, à aimer et à invoquer avec ferveur.

Voici donc une prière pour demander à Dieu des grâces par son intercession :

Saint Léopold confessant

O Dieu Tout Puissant, qui avez enrichi Saint Léopold de l’abondance de vos grâces, accordez-nous, par son intercession, de vivre dans l’abandon confiant à Votre sainte volonté, dans la ferme espérance en Vos promesses, et dans l’attention amoureuse à Votre présence.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu, qui manifestez Votre toute puissance, surtout dans la miséricorde et le pardon, et qui avez voulu que Saint Léopold fut Votre témoin fidèle très spécialement dans le ministère du sacrement de pénitence, accordez-nous, par ses mérites, d’avoir un grand amour pour ce sacrement et d’y recourir avec les dispositions du coeur qui permettront à la grandeur de Votre amour de se déployer pleinement en nous.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu notre Père, qui, en Votre Fils mort et ressuscité, avez sanctifié notre douleur, et qui avez voulu que Saint Léopold fut pour les âmes affligées une paternelle présence de consolation, par son intercession, nous Vous le demandons humblement, répandez dans nos coeurs la force dont nous avons besoin pour tenir bon dans les épreuves, et la générosité pour les offrir en union avec Jésus pour la rédemption et la sanctification de nos frères.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu, Unité dans la Trinité, Source et modèle de l’unité que Vous désirez pour tous ceux qui croient en Vous et qui invoquent Votre Saint Nom, par l’intercession de Saint Léopold, qui a tant prié et offert « pour qu’ils soient un et que le monde croie en Celui que Vous avez envoyé », remplissez-nous de Votre Esprit d’unité et de paix, afin que nous sachions prier et nous sacrifier pour la parfaite unité de tous ceux qui croient en Vous.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu, qui avez voulu que la Bienheureuse Vierge Marie, la Mère très sainte de Votre Verbe Incarné, devienne aussi la Mère de l’Eglise, et qui avez réjoui la vie de Saint Léopold d’une si tendre dévotion envers cette Vierge admirable, par son intercession et ses mérites, accordez-nous à nous aussi la grâce d’un amour filial envers elle et d’une indéfectible confiance en sa toute puissante bonté maternelle.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu, notre Roi de gloire et notre Père infiniment aimant, nous confions à Votre Coeur tous nos espoirs et tous nos besoins, toutes nos intentions et toutes celles pour lesquelles nous devons Vous supplier (…) ; à la prière de Saint Léopold, daignez répondre favorablement à nos demandes, si elles sont conformes à vos insondables et très sages desseins, et gardez-nous fidèles, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il !

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

(Prière composée par Frère Maximilien-Marie en s’inspirant d’une prière en langue italienne)

Relique de St Léopold

Publié dans:Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 29 juillet, 2014 |Pas de commentaires »
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