Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2017-67. Toute la vie, toute l’âme de Catherine Labouré est exprimée dans ces deux petits mots : Ama nesciri, aime à être ignoré !

1947 – 27 juillet – 2017

70ème anniversaire de la canonisation de
Sainte Catherine Labouré

Soeur Catherine Labouré - photographie

Sainte Catherine Labouré (1806 – 1876)
photographie prise à la fin de sa vie

Vendredi 28 juillet 2017.

Ainsi que je l’ai évoqué il y a quelques jours à propos de la relique du coeur de Saint Vincent de Paul (cf. > ici), la canonisation de Soeur Catherine Labouré fut célébrée à Rome par le Pape Pie XII le dimanche 27 juillet 1947, il y a septante ans.
En ces temps-là, il n’y avait pas de prédication dans le cours de la messe de canonisation et c’est le lendemain, lundi 28 juillet 1947 – il y a donc exactement septante ans aujourd’hui – que Sa Sainteté le Pape Pie XII mit en valeur les exemples de Sainte Catherine Labouré dans un discours adressé à la famille vincentienne (Prêtres de la Mission, dits Lazaristes, Filles de la Charité, et Enfants de Marie) réunie au Vatican dans la Cour Saint-Damase.
C’est ce discours dont je publie aujourd’hui l’intégralité du texte ci-dessous.

A septante ans de distance, la lecture de ce texte permet aussi de poser de douloureux constats : les familles religieuses de Saint Vincent de Paul ont été depuis lors terriblement sinistrées par les désertions, par la crise des vocations, par le modernisme et la sécularisation, tandis que l’Association des Enfants de Marie, à laquelle le Pape Pie XII réserve une part importante de son discours, et qui était alors présente dans quasi toutes les paroisses de la Chrétienté, a presque disparu du paysage : en 1966 les Enfants de Marie, expressément demandées par la Sainte Vierge, ont été rebaptisées « jeunesses mariales » (JM en abrégé : avez-vous remarqué comme le clergé postconcilaire est friand de sigles et d’abréviations ?) et ne regroupent plus que quelque centaines de membres quasi invisibles en France, alors que jadis les Enfants de Marie étaient clairement identifiables dans toutes les cérémonies paroissiales et les processions.

Lully.

médaille miraculeuse

Discours de Sa Sainteté le Pape Pie XII
prononcé le lundi 28 juillet 1947 dans la Cour Saint-Damase
à l’adresse des pèlerins Français
et de la famille vincentienne
présents à Rome à l’occasion de la canonisation
de
Sainte Catherine Labouré

« Dès les premières pages de son incomparable chef-d’œuvre l’auteur de «L’imitation de Jésus-Christ » laisse tomber de sa plume cette leçon de sa propre expérience, ce secret de sa paix sereine et communicative : « Veux-tu apprendre et savoir quelque chose d’utile ? Aime à être ignoré ! » (Livre 1 chap. 2).

Ama nesciri ! Deux mots prodigieux, stupéfiants pour le monde qui ne comprend point, béatifiants pour le chrétien qui sait en contempler la lumière, en savourer les délices. Ama nesciri ! Toute la vie, toute l’âme de Catherine Labouré est exprimée dans ces deux petits mots.

Rien pourtant, même de la part de la Providence, ne semblait lui dicter ce programme : ni son adolescence, durant laquelle la mort de sa mère, la dispersion des aînés avaient fait reposer sur ses épaules d’enfant toute la charge du foyer domestique ; ni les étranges voies, par lesquelles elle doit passer pour répondre à sa vocation et triompher des oppositions paternelles ; ni cette vocation même à la grande et maillante phalange des Filles de la Charité qui de par la volonté et suivant l’expression pittoresque de saint Vincent de Paul, ont « pour cloître, les rues de la ville ; pour clôture, l’obéissance ; pour grille, la crainte de Dieu ; pour voile, la sainte modestie ».

Du moins, semblerait-il, sa retraite et sa formation dans le Séminaire de la rue du Bac favoriseront son recueillement et son obscurité ? Mais voici qu’elle y est l’objet des faveurs extraordinaires de Marie, qui fait d’elle sa confidente et sa messagère. Si encore il s’était agi seulement de ces hautes communications et visions intellectuelles, qui élevaient vers les sommets de la vie mystique une Angèle de Foligno, une Madeleine de Pazzi, de ces paroles intimes, dont le cœur garde jalousement le secret ! Mais non ! Une mission lui est confiée, qui doit être non seulement transmise, mais remplie au grand jour : réveiller la ferveur attiédie dans la double Compagnie du Saint de la charité ; submerger le monde tout entier sous un déluge de petites médailles, porteuses de toutes les miséricordes spirituelles et corporelles de l’Immaculée ; susciter une Association pieuse d’Enfants de Marie pour la sauvegarde et la sanctification des jeunes filles.

Sans aucun retard, Catherine s’est adonnée à l’accomplissement de sa triple mission. Les doléances de la Mère de Dieu ont été entendues et l’esprit du saint Fondateur a refleuri alors dans les deux communautés. Mais, non moins que par sa fidélité à transmettre le message, c’est par sa constance à y répondre elle-même que Catherine en a procuré l’efficacité, mettant sous les yeux de ses Sœurs, pendant près d’un demi siècle, le spectacle saintement contagieux d’une vraie fille de saint Vincent, d’une vraie Fille de la Charité, joignant à toutes les qualités humaines de savoir-faire, de tact, de bonté, les vertus surnaturelles qui font vivre en Dieu, « cette pureté d’esprit, de cœur, de volonté, qui est le pur amour ».

La médaille, dont Marie elle-même avait parlé à sa confidente, a été frappée et répandue par millions dans tous les milieux et sous tous les climats, où elle a été dès lors l’instrument de si nombreuses et extraordinaires faveurs, aussi bien corporelles que spirituelles, de tant de guérisons, de protection, de conversions surtout, que la voix du peuple, sans hésiter, l’a aussitôt appelée « la médaille miraculeuse ».

Et l’Association des Enfants de Marie ! Nous sommes heureux de la saluer tout entière en vous qui la représentez ici, très chères filles, en rangs pressés, et de le faire précisément en ce temps, où elle vient à peine d’achever dignement le premier siècle de son existence. En effet, il y a eu, le mois dernier, tout juste cent ans, que Notre Prédécesseur Pie IX, de sainte mémoire, ratifiait son acte de naissance par le rescrit du 20 juin 1847, lui conférant l’érection canonique et lui accordant les mêmes indulgences, dont jouissaient alors les Congrégations Mariales (Acta Apostolica in gratiam Congregationis Missionis, Parisiis 1876, p. 253-254).

Comme vous devez l’apprécier et l’aimer, tant pour le bien que vos aînées et vous-mêmes en avez déjà reçu, que pour celui qu’elle vous met en mesure de faire autour de vous ! Or, ce bien immense se manifeste clairement pour peu que l’on considère, d’une part, le besoin auquel elle répond et qui la rend souverainement opportune, pour ne pas dire impérieusement nécessaire, et d’autre part, les fruits abondants qu’elle a déjà portés au cours de cette étape centenaire.

La Sœur Labouré le comprenait, ce besoin, elle le sentait profondément en son cœur ardent de zèle et de charité. Elle compatissait aux pauvres enfants du quartier de Reuilly, à ces petites, ces toutes petites — même de huit à douze ans ! qui s’en allaient travailler et qui, trop souvent hélas ! se perdaient dans les fabriques, en contact permanent avec l’ignorance et la corruption de leurs compagnes. Ces tendres victimes avaient besoin d’air pur, de lumière, de nourriture spirituelle. On en a pitié ; on ouvre pour elles un patronage ; on leur enseigne le catéchisme ; notre sainte distribue à profusion la médaille miraculeuse. Si utile, si précieux que tout cela soit, elle ne s’en contente pas tant que l’Association n’y est pas formée pour l’appui mutuel, pour la direction religieuse et morale de ces enfants, surtout pour les abriter sous le manteau maternel et virginal de Marie.

Depuis, quels développements ! Qui dénombrera ces saintes phalanges d’Enfants de Marie au voile blanc comme le lis, et dont le nom seul paraît déjà apporter avec lui comme une brise fraîche toute parfumée de pureté et de piété ?

Les temps ont changé, entendez-vous dire dans votre entourage, et l’on semble vouloir insinuer par là que celui des choses d’hier est passé ; qu’elles doivent céder la place à d’autres plus nouvelles.

Oui, sans doute, les temps ont changé. L’instruction, — l’instruction profane du moins — est plus développée en extension, sinon en profondeur, qu’à l’époque de Catherine Labouré ; la législation sociale s’est occupée davantage, et fort louablement, du sort des enfants et des jeunes filles, les arrachant à l’esclavage d’un travail précoce disproportionné à leur sexe et à leur âge ; la jeune fille a été affranchie, ou s’est affranchie elle-même, de quelques servitudes, de beaucoup de conventions et de convenances plus nombreuses encore. Sans doute aussi, sous l’influence de l’Église, d’heureuses transformations se sont progressivement obtenues, qui ont favorisé la solide éducation, la saine activité, la légitime initiative de la jeune fille chrétienne. C’est vrai, tout cela a changé. Encore faut-il reconnaître la part qu’ont eue à ces changements les institutions catholiques si multiples et si variées.

Mais, sous cette évolution que personne d’ailleurs ne songe à contester, certaines choses, les principales, demeurent permanentes, à savoir : la loi morale, la misère humaine conséquence du péché originel et, en connexion avec ces données immuables, les bases fermes sur lesquelles doivent nécessairement s’appuyer la sauvegarde de cette loi morale, les conditions essentielles des remèdes à ces misères.

De fait, bien que votre situation privilégiée d’Enfants de Marie vous mette, grâces à Dieu, à l’abri de la triste expérience de la plupart, vous ne pouvez quand même ne pas connaître le monde au sein duquel vous vivez. Or, les temps vous semblent-ils tellement changés que les périls qui vous guettent soient moindres qu’autrefois ? L’ignorance était alors fort répandue ; l’ignorance religieuse, la pire de toutes, est-elle aujourd’hui moins profonde ? N’a-t-elle pas plutôt envahi, au contraire, des foyers, des familles, où la religion était jadis en honneur et aimée, parce que connue et intelligemment pratiquée ? Qui oserait affirmer que les rues, les kiosques de journaux, les charrettes et les vitrines de librairies, les spectacles, les rencontres fortuites ou les rendez-vous combinés, que le lieu même du travail et les transports en commun offrent moins d’occasions dangereuses qu’il y a cent ans, quand elles faisaient trembler Catherine Labouré ? Et le soir venu, le retour à la maison assure-t-il autant qu’alors cette intimité de la famille chrétienne, qui rafraichissait, purifiait et réconfortait le cœur après les dégoûts ou les faiblesses de la journée ?

À ces maux quels remèdes, à cette atmosphère malsaine quelle hygiène opposer ? Ici encore, les modalités peuvent et doivent changer pour s’adapter, au jour le jour, à celles de la vie actuelle et aux circonstances ; elles pourront et devront varier aussi pour répondre aux aspirations, aux tempéraments, aux aptitudes, qui ne sont pas, en toutes, les mêmes. Mais au fond : Associations ou Pieuses Unions d’Enfants de Marie, groupes d’Action Catholique, Congrégations de la Sainte Vierge, Confréries et Tiers Ordres, que trouve-t-on là sinon les éléments essentiels de toute hygiène et de toute thérapeutique morale ? Une doctrine religieuse consciencieusement approfondie, une direction spirituelle suivie, la pratique fréquente des sacrements et de la prière, les conseils éclairés et les secours assidus de directrices expérimentées et dévouées, et puis la force si puissante de l’Association, de l’union fraternelle, du bon exemple, tout cela sous le patronage, sous la conduite, sous la protection ferme et vigilante en même temps que miséricordieuse de la Vierge Immaculée. N’est-ce pas elle-même qui a expressément voulu et inspiré l’œuvre, dont Catherine Labouré a été d’abord la confidente et la messagère, puis la propagatrice et l’active ouvrière ?

Pour réaliser les trois demandes de Marie, notre Sainte a prié, elle a lutté, elle a peiné sans relâche. Tout le monde était témoin de cette réalisation ; tout le monde en parlait, tout le monde savait aussi, vaguement du moins, de quelles faveurs célestes une Fille de la Charité avait été l’objet, et les grandes choses que la Mère de Dieu avait faites par son ministère. Mais cette privilégiée, cette mandataire, cette exécutrice de si vastes desseins, qui était-elle ? Et quel était son nom ? Nul ne le savait, hormis son confesseur, dépositaire de son secret. Et cela a duré pendant quarante-six ans, sans que, un seul instant, le voile de son anonymat fût soulevé !

Ama nesciri ! Oui, c’est bien cela : elle aime d’être ignorée ; c’est sa vraie joie et son intime satisfaction ; elle la savoure avec délices. D’autres qu’elle ont reçu de grandes lumières, ont été chargées de grands messages ou de grands rôles, et sont demeurées dans l’ombre ou s’y sont réfugiées au fond d’un cloître, pour fuir la tentation de vaine gloire, pour goûter le recueillement, pour se faire oublier : des grilles les défendaient, un voile épais dérobait leurs traits aux regards, mais leur nom courait sur toutes les lèvres. Elle ne s’est point retirée ; bien au contraire, elle continue de se dépenser à longueur de journées parmi les malades, les vieillards, les Enfants de Marie ; on la voit, on la coudoie à toute heure, à tous les carrefours ; elle n’a pas à se cacher : on ne sait pas que « c’est elle » ; elle n’a pas à faire oublier son nom : tant qu’elle vivait, il était inconnu !

Quelle leçon à l’orgueil du monde, à sa fringale d’ostentation ! L’amour-propre a beau se dissimuler et se donner les apparences du zèle ; c’est lui toujours qui, comme jadis l’entourage de Jésus, souffle à l’oreille le « Manifesta teipsum mundo » (Jn 7, 4). Dans l’obscurité où, quarante-six ans, elle a vécu, poursuivant sa mission, Catherine Labouré l’a merveilleusement et fructueusement accomplie.

L’heure est venue pour elle, annoncée par l’Apôtre : « Vous êtes morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîtrez aussi avec lui, dans la gloire » (Col 3, 3-4).

Dans la gloire où elle resplendit en pleine lumière là-haut près du Christ et de sa Mère, dans la gloire dont elle rayonne dès ici-bas où elle avait passé, ignorée, elle continue d’être la messagère de l’Immaculée. Elle l’est près de vous, Prêtres de la Mission et Filles de la Charité, vous stimulant à la ferveur dans votre sainte vocation ; elle l’est près de vous, Enfants de Marie qu’elle a tant aimées et dont elle est la puissante protectrice, vous exhortant à la fidélité, à la piété, à la pureté, à l’apostolat ; elle l’est près de vous tous, pécheurs, malades, infirmes, affligés qui levez les yeux en répétant avec confiance l’invocation : « O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Par son intercession, les plus abondantes faveurs pleuvront sur vous à qui, de tout cœur, Nous donnons, comme gage des grâces divines, Notre Bénédiction apostolique. »

Discours et messages-radio de S.S. Pie XII,
Neuvième année de Pontificat, 2 mars 1947- 1er mars 1948, pp. 193-198.

Sainte Catherine Labouré - corps incorrompu

Corps incorrompu de Sainte Catherine Labouré
(chapelle de la Médaille Miraculeuse, rue du Bac, à Paris)

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints |on 28 juillet, 2017 |1 Commentaire »

2017-64. Le coeur de Saint Vincent de Paul et la France.

19 juillet,
Fête de Saint Vincent de Paul.

apparitions du coeur de Saint Vincent de Paul à Sainte Catherine Labouré

Apparitions du coeur de Saint Vincent de Paul à Sainte Catherine Labouré
dans la chapelle de la rue du Bac pendant l’octave de la translation de Saint Vincent (25 avril – 2 mai 1830) :
le graveur a représenté comme un seul moment la vision des trois couleurs différentes du coeur de Saint Vincent, blanc, rouge feu et rouge noir, alors que cela fut montré sur trois jours consécutifs.

lys 2

Du coeur de Saint Vincent de Paul montré à Sainte Catherine Labouré
comme particulièrement affligé pour la France,
et des leçons qui découlent de cette vision :

Sainte Catherine Labouré (1806-1876) a vu Saint Vincent de Paul pour la première fois dans un songe alors qu’elle avait 15 ou 16 ans. Sur le coup elle ne comprit pas ce que ce prêtre âgé, qu’elle ne connaissait pas, lui signifiait en l’appelant à venir vers lui ; elle ne le réalisa que plus tard lorsque, dans le parloir des Filles de la Charité de Châtillon-sur-Seine, elle vit au mur le portrait de ce prêtre inconnu et apprit qu’il s’agissait de Saint Vincent de Paul. Tout devint alors limpide : Saint Vincent voulait qu’elle entrât chez les Filles de la Charité.

Catherine arriva au noviciat (on disait alors « le séminaire ») des Filles de la Charité, rue du Bac, à Paris, le 21 avril 1830.
Soeur Catherine prit part avec joie et ferveur à la grande procession de la translation du corps de Saint Vincent depuis la cathédrale Notre-Dame jusqu’à la chapelle des Lazaristes, le dimanche 25 avril (cf. > ici), puis à l’octave de prières et d’actions de grâces qui suivit, octave pendant lequel les novices allaient souvent prier dans la chapelle des Lazaristes.

Soeur Catherine aimait particulièrement ces moments de recueillement auprès de la châsse du saint fondateur, et elle avait un peu de peine de la laisser pour rentrer au « séminaire ».
Toutefois, dans la chapelle de la rue du Bac, Soeur Catherine fut, pendant trois jours consécutifs, favorisée de visions pendant lesquelles il lui fut donné de contempler le coeur de Saint Vincent de Paul (Nota bene : le reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul ne se trouvait alors pas à Paris dans la chapelle des soeurs, ainsi que nous l’avons vu > ici).

Voici ce qu’elle a écrit : 
« J’avais la consolation de voir son cœur au-dessus de la petite châsse où ses reliques sont exposées. Il m’apparut trois jours de suite d’une manière différente : blanc couleur de chair, et cela annonçait la paix, le calme, l’innocence et l’union. Puis, je l’ai vu couleur de feu, ce qui était le symbole de la charité qui s’allumera dans les cœurs. Il me semblait que la charité devait se renouveler et s’étendre jusqu’aux extrémités du monde. Enfin, il m’apparut rouge-noir, ce qui me mettait la tristesse dans le cœur. Il me venait des tristesses que j’avais peine à surmonter. Je ne savais ni pourquoi ni comment cette tristesse se portait sur le changement de gouvernement ». 
Une voix intérieure lui dit alors distinctement :
« Le cœur de Saint Vincent est profondément affligé des grands malheurs qui vont fondre sur la France ».
Le dernier jour de l’octave, elle voit le même cœur, d’un rouge vermeil, tandis que la voix intérieure lui explique : 
« Le cœur de Saint Vincent est un peu consolé, parce qu’il a obtenu de Dieu, par la médiation de Marie, que ses deux familles ne périraient pas au milieu de ces malheurs et que Dieu s’en servirait pour ranimer la foi ». Ses deux familles, ce sont les deux congrégations religieuses fondées par Saint Vincent de Paul : les Filles de la Charité et les Pères Lazaristes.

Ces grands malheurs qui vont fondre sur la France, ce sont en tout premier lieu la révolution – dite des « trois glorieuses » - qui va se déchaîner trois mois plus tard et remplacera la monarchie légitime par une royauté d’usurpation acquise aux idées maçonniques et soumise aux faux principes hérités de la révolution.
On le voit bien ici : Le Ciel n’est pas favorable aux révolutions ; Dieu et ses saints sont légitimistes, ils ne sont ni orléanistes ni républicains !

Cela fut confirmé le 6 juin suivant, dimanche de la Sainte Trinité, où Soeur Catherine fut gratifiée d’une nouvelle vision encore plus explicite : 
« Le jour de la Sainte Trinité, Notre-Seigneur m’apparut dans le Très Saint-Sacrement pendant la Sainte Messe, comme un roi, avec la croix sur sa poitrine. Au moment de l’Evangile, il m’a semblé que la croix et tous ses ornements royaux coulaient à terre sous ses pieds, et que Notre-Seigneur restait dépouillé. C’est là que j’ai eu les pensées les plus noires et les plus tristes, comprenant que le roi serait dépouillé de ses habits royaux et les dommages qui en résulteraient ».

Cette identification entre le Roi céleste, Notre-Seigneur Jésus-Christ et son lieu-tenant sur terre, le Roi Charles X, sacré à Reims, n’a guère besoin de commentaires !

Coeur de Saint Vincent de Paul

Coeur de Saint Vincent de Paul dans son reliquaire

Ces grands malheurs qui vont fondre sur la France, ces grands malheurs qui affligent profondément le coeur de Saint Vincent de Paul, ce sont ensuite les progrès de l’impiété.
En effet, les dommages qui résultent du rejet de la monarchie catholique traditionnelle, liée d’une manière unique et privilégiée à la foi et à l’Eglise catholiques, ce sont la cessation du régime privilégié du catholicisme au sein de l’Etat et de la protection des autorités civiles sur le culte catholique, sur les ecclésiastiques et les religieux catholiques, sur les oeuvres apostoliques et caritatives catholiques ; ce sont l’indifférentisme, qui met toutes les religions sur un pied d’égalité, et, en conséquence, la liberté laissée aux hérétiques et aux païens de répandre leurs croyances infestées d’erreur ; ce sont encore le développement de la maçonnerie et des doctrines politiques et économiques contraires à l’ordre social chrétien ; ce sont aussi les troubles sociaux, les idéologies qu’ils vont engendrer, ainsi que les guerres civiles et internationales qui en découleront et vont empoisonner toute la suite du XIXe siècle et tout le XXe siècle jusqu’aux jours d’hui.
De toutes ces choses, la Madone elle-même viendra parler à Soeur Catherine (cf. > ici), dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830, c’est à dire à l’occasion de la fête liturgique de Saint Vincent de Paul.   

Ces grands malheurs qui vont fondre sur la France, ces grands malheurs qui font que le coeur de Saint Vincent de Paul apparaît d’un rouge-noir inspirant une incoercible tristesse, ce sont l’apostasie de plus en plus affirmée des gouvernements successifs de la France, les lois anti-chrétiennes ou contraires à la loi naturelle, ce sont les infiltrations des idées de Rousseau et de la révolution dans l’esprit des ecclésiastiques eux-mêmes, ne rêvant plus dès lors que d’ « ouverture au monde », et abandonnant pour une illusoire et superficielle concorde terrestre les nécessaires combats pour la défense de l’unique Vérité révélée…

Que de sombres et tristes réalités prophétisées dans ce coeur de Saint Vincent de Paul apparaissant avec cette couleur rouge-noir pour montrer son affliction profonde à la vue des grands malheurs qui allaient fondre sur la France, en raison du changement de gouvernement, en raison de la chute de Charles X, en raison de la révolution, en raison du rejet de la monarchie légitime, en raison de l’usurpation orléaniste, puis en raison de l’établissement de la république !!!

Lully.

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul

Prière à Saint Vincent de Paul pour la Famille Royale
et pour la France :

Glorieux Saint Vincent de Paul, que la divine Providence a voulu si proche de trois de nos plus grands souverains : vous que le Bon Roi Henri se plaisait à rencontrer et à entendre ; vous qui avez assisté Louis XIII à ses derniers instants et avez aidé son âme à laisser une glorieuse couronne terrestre pour aller prendre possession de la couronne mille fois plus glorieuse de l’éternelle félicité ; vous dont les avis et conseils ont éclairé la minorité du règne de Louis XIV et préparé sa fécondité spirituelle ; souvenez-vous aujourd’hui de la descendance de ces grands souverains, et obtenez à Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, notre Roi légitime, toutes les grâces de sagesse, de prudence, de force et de courage qui sont nécessaires à la charge qui a été déposée sur ses épaules du fait de sa naissance et des Lois fondamentales du Royaume.
Du haut du Ciel, assistez-le, guidez-le et conseillez-le, comme vous fîtes jadis ici-bas pour ses glorieux ancêtres : que votre bienveillante intercession lui obtienne les bonnes inspirations pour toutes ses paroles et pour tous ses actes.

Glorieux Saint Vincent, qui fûtes le conseiller avisé de la Reine Anne, veillez sur la Princesse Marie-Marguerite et priez pour qu’elle soit toujours pour notre Prince Louis l’appui aimant, solide et dévoué, sur lequel il pourra toujours compter.

Glorieux Saint Vincent, qui aviez une prédilection spéciale pour les petits enfants, protégez les Enfants de France, et ayez un soin tout particulier de Monseigneur le Dauphin Louis.

Saint Vincent de Paul très compatissant, priez pour ce Royaume de France dont les grands malheurs empirent chaque jour et dont la descente vers l’abîme semble ne plus devoir s’arrêter…
Priez ! Oh, priez pour la France en si grand danger ! Priez pour qu’elle revienne de ses égarements et redevienne en vérité ce Royaume des Lys en tout conforme aux desseins mystérieux de la Providence !
Vous dont le coeur manifesta une si grande tristesse à la vue des maux qui allaient fondre sur la France, obtenez aujourd’hui aux Français les grâces de la conversion et de la pénitence, indispensables au relèvement et à la guérison de ce pays pour lequel vous vous êtes déjà tant dépensé !
Saint Vincent de Paul, modèle ardent de la plus pure charité, obtenez-nous à tous, Princes et sujets, de progresser sans cesse dans la connaissance et la pratique de l’amour de Dieu et du prochain, afin que votre et notre France revive et marche à nouveau dans les voies de la fidélité et de la sainteté, à votre suite, pour la plus grande gloire du Roi des Cieux.

Ainsi soit-il !

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

lys.gif

Voir aussi :
Lettre de Saint Vincent de Paul faisant le récit de la mort de Louis XIII > ici

 

2017-63. Brève histoire des reliques de Saint Vincent de Paul.

translation du corps de St Vincent de Paul 25 avril 1830

Dimanche 25 avril 1830 : translation solennelle du corps de Saint Vincent de Paul depuis Notre-Dame de Paris jusqu’à la chapelle des Lazaristes (95 rue de Sèvres).
Cette gravure représente l’arrivée de la procession à l’entrée de la chapelle des Lazaristes où le supérieur reçoit Monseigneur de Quelen, archevêque de Paris auquel on présente l’eau bénite.

Aussitôt après sa mort, survenue à Paris dans la nuit du 26 au 27 septembre 1660, le coeur de Vincent de Paul fut prélevé, embaumé et placé dans un reliquaire en argent offert par la célèbre duchesse d’Aiguillon, Marie-Madeleine de Vignerot (1604-1675), nièce du cardinal de Richelieu, présente à l’agonie de Monsieur Vincent (tout comme, entre autres, Armand de Bourbon, prince de Conti, et Jacques-Bénigne Bossuet, alors archidiacre de Metz).

Comme Vincent de Paul ne pouvait pas encore être honoré par un culte public, et alors que son corps était inhumé au milieu du choeur de l’église Saint-Lazare, ce reliquaire fut précieusement conservé à l’abri dans une armoire de la Maison Saint-Lazare.

Soixante-neuf ans plus tard, au mois de septembre 1729, à la suite de la béatification de Monsieur Vincent qui avait été célébrée à Rome le 13 août, son corps placé dans une châsse ainsi que le reliquaire de son coeur furent placés sur un autel de la chapelle : ils y restèrent soixante-deux ans.

pillage de la maison Saint-Lazare le 13 juillet 1789

Pillage de la Maison Saint-Lazare, à Paris, le 13 juillet 1789
(eau-forte de Duplessi-Bertaux)

Dans la nuit du dimanche 12 au lundi 13 juillet 1789 et presque toute cette journée du 13, la Maison Saint-Lazare fit l’objet d’un pillage et d’un saccage systématiques par les émeutiers parisiens, à la suite d’une rumeur prétendant que du blé et des armes y seraient cachés.

Seule l’église fut à peu près respectée, toutefois le supérieur général des Lazarises, Monsieur Cayla de La Garde, prit des précautions pour que les reliques de Saint Vincent de Paul (canonisé le 16 juin 1737) ne fussent point profanées. En particulier lorsque, à la fin de l’année 1792, la châsse d’argent fut emportée par les révolutionnaires, les ossements de Saint Vincent de Paul et les documents attestant de leur authenticité furent transférés dans une caisse de chêne, dûment scellée avant d’être cachée : cette caisse de chêne accomplira plusieurs déménagements, incognito, au milieu du Paris révolutionnaire jusqu’à être remise aux Filles de la Charité subsistantes lorsqu’on toléra qu’elles reformassent une communauté dédiée au soin des malades.
En 1806, les Filles de la Charité qui étaient alors en charge du précieux dépôt firent reconnaître et authentifier le coffre de chêne scellé, qui ne fut cependant pas ouvert. 

Au mois d’avril 1830, Monseigneur de Quelen, archevêque de Paris, ordonna la reconnaissance canonique solennelle des ossements de Saint Vincent de Paul.
Le coffre de chêne, emporté à l’archevêché, fut ouvert et son contenu fut reconnu pour authentique : outre le squelette du saint, presque entier (car quelques ossements d’un bras et d’une cuisse avaient été prélevés avant la révolution), le coffre renfermait divers objets, vêtements du saint, et surtout des documents permettant leur identification de manière indubitable.

Le squelette fut reconstitué par les chirurgiens de l’Hôtel-Dieu ; les ossements furent entourés d’étoupe et de tissus, tandis que le visage et les mains étaient reconstitués en cire. Le corps fut alors revêtu d’habits sacerdotaux et l’ensemble fut placé dans une lourde châsse d’argent qui fut transportée à Notre-Dame et y resta exposée toute la journée du samedi 24 avril.
Enfin, le dimanche 25 avril 1830, la châsse de Saint Vincent de Paul fit l’objet d’une translation solennelle depuis la cathédrale Notre-Dame jusqu’à la chapelle de la nouvelle maison des Lazaristes, 95 rue de Sèvres (l’enclos de Saint-Lazare ayant été vendu par lots et l’ancien couvent transformé en prison, les Lazaristes avaient dû, au début de la Restauration, construire un nouveau couvent).
A cette procession solennelle assistèrent de nombreux prélats et ecclésiastiques, des princes et des dignitaires civils, au milieu d’une grande ferveur populaire.

La châsse de Saint Vincent de Paul fut placée au-dessus de l’autel et elle n’a pas bougé depuis.
Deux escaliers situés de part et d’autre, à l’arrière du retable, permettent de monter jusqu’à elle. Chaque jour, nombreux sont les pèlerins qui gravissent ces marches afin de se rapprocher des reliques de ce saint si populaire et si compatissant aux misères humaines.

châsse de saint Vincent de Paul au-dessus de l'autel rue de Sèvres

Châsse de Saint Vincent de Paul au-dessus du maître-autel de la chapelle des Lazaristes
Paris, 95 rue de Sèvres

La châsse, oeuvre de l’orfèvre Jean-Baptiste-Claude Odiot, mesure 2,25 m de long, 65 cm de large et un peu plus d’1 m de hauteur en son milieu. Elle porte un groupe sculpté représentant Saint Vincent de Paul élevé au ciel entouré par quatre anges portant les symboles traditionnels de la foi, de l’espérance et de la charité.

Châsse de Saint Vincent de Paul

Châsse de Saint Vincent de Paul
contenant ses ossements : les mains et le visage sont une reconstitution de cire.

Notons au passage que le crucifix placé sur la poitrine de Saint Vincent de Paul, derrière ses mains jointes, est celui avec lequel il assista Sa Majesté le Roi Louis XIII lors de son agonie (cf. > ici).

Corps de Saint Vincent de Paul détail - le crucifix

Sur la poitrine de Saint Vincent de Paul, le crucifix avec lequel il assista Louis XIII à l’agonie.

Le coeur de Saint Vincent de Paul quant à lui connut d’autres péripéties.

Nous avons vu que, depuis la mort même de Monsieur Vincent, il était conservé dans un reliquaire à part : lors de la révolution, Monsieur Cayla de La Garde, supérieur général des Lazaristes, le confia à son assistant, Monsieur Siccardi, pour lui faire quitter la France.
Caché dans un livre dont le centre avait été évidé, le coeur de Saint Vincent de Paul fut emporté à Turin, capitale du Royaume de Sardaigne, où il demeura jusqu’au temps où le Piémont fut occupé par les troupes françaises puis annexé par la république et l’empire. C’est alors que le cardinal Fesh, archevêque de Lyon et demi-frère de Maria-Letizia Ramolino, obtint de faire venir la relique à Lyon.
Elle y arriva le 1er janvier 1805 et y resta jusqu’en 1947.

Cette année 1947 devait voir la canonisation de la Bienheureuse Catherine Labouré. Elle fut effectivement célébrée le dimanche 27 juillet 1947 par Sa Sainteté le Pape Pie XII.

C’est dans cette perspective que, le 15 février 1947, Sœur Blanchot, supérieure générale des Filles de la Charité, alla rencontrer Son Eminence le Cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, et lui exprima son désir : « Vous n’ignorez pas que le cœur de Saint Vincent est apparu plusieurs fois à Soeur Catherine Labouré, nous aimerions donc qu’il soit présent chez nous lors de la glorification de notre Sainte ».
Le cardinal Gerlier promit d’y réfléchir. Mais la mère générale avait besoin d’une réponse rapide, et celle-ci n’arrivait pas.
Impatiente, elle se décida à téléphoner (chose qui n’était pas très courante en 1947, surtout dans les maisons religieuses). Or la poste était en grève ; il était impossible de téléphoner, sauf pour urgence médicale.

Qu’à cela ne tienne : « Urgence du coeur », répondit avec assurance la supérieure à l’employé des Postes. Elle fut donc mise en relation téléphonique avec l’archevêché de Lyon… et reçut l’autorisation d’emporter la relique.

autel St Vincent -Chapelle-rue-du-Bac

Chapelle de la Médaille Miraculeuse, rue du Bac :
l’autel de Saint Vincent de Paul se trouve tout à droite.

Rentrée à Paris qu’elle avait quitté au moment de la grande révolution, la relique du coeur de Saint Vincent de Paul est donc depuis lors habituellement exposée au-dessus de l’autel dédié à Saint Vincent de Paul, dans la chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse, 140 rue du Bac, à Paris.

reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul rue du Bac

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul
exposé sur l’autel du saint dans la chapelle de la Médaille Miraculeuse.

Notons toutefois que cette année 2017 est célébrée comme celle du quatrième centenaire du charisme particulier des fondations vincentiennes : c’est en effet le 25 janvier 1617 que, dans la chaire de l’église de Folleville, en Picardie, Monsieur Vincent prononça un sermon demeuré célèbre parce qu’il est à l’origine du lancement de « l’oeuvre de la mission » pour le secours des pauvres et des malades.
Voilà pourquoi, depuis le 25 janvier 2017, le reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul est en voyage à travers toute la France puis voyagera dans le monde entier, afin que les cérémonies et les grâces accompagnant les déplacements de l’insigne relique de ce coeur qui fut si parfaitement rempli par l’amour de Dieu et du prochain, suscite de nouveaux élans de charité.

Lully.

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul en voyage en 2017

Le reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul en voyage,
à travers toute la France et dans le monde entier en 2017 :
protégé par un cylindre de verre et transporté en automobile grâce à un petit brancard,
il va à la rencontre des familles religieuses vincentiennes et des fidèles.

A suivre :
Le coeur de Saint Vincent de Paul et la France >

Publié dans:Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 18 juillet, 2017 |3 Commentaires »

2017-50. Où l’on reparle des ecclésiastiques martyrisés par les huguenots à Lamastre le 3 mai 1587 et de la chapelle des Saints Os.

1587 – 3 mai – 2017

Lamastre : quartier de Macheville

Ancienne carte postale montrant le quartier de Macheville à Lamastre
tel qu’il était au début du XXe siècle

Mercredi 3 mai 2017.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parce que ce 3 mai 2017 marque l’exact 430ème anniversaire de cet évènement à la fois tragique et glorieux, je voudrais aujourd’hui évoquer à nouveau avec vous le martyre de sept ecclésiastiques catholiques (prêtres et religieux), perpétré par les fanatiques huguenots à Lamastre le 3 mai 1587.
J’avais déjà eu l’occasion de vous parler de ces martyrs il y a quatre ans (cf. > ici). Permettez-moi donc de reprendre en partie ce que j’écrivais alors :

« Lamastre – en occitan La Mastra – est aujourd’hui une commune d’environ 2500 habitants, formée en 1790 par la réunion de trois petites communautés d’Ancien Régime, dans cette partie du Haut Vivarais qui appartenait alors à l’ancien diocèse de Valence.
Sur un éperon rocheux qui domine la bourgade, se trouve le quartier de Macheville – qui était l’une de ces trois communautés historiques – serré autour de l’église catholique et des bâtiments de l’ancien prieuré bénédictin.
A côté du cimetière et mitoyenne de l’église, existe une petite chapelle du XVIIe siècle, couramment appelée « Chapelle des Saints Os » : une tradition orale constante et un mouvement de vénération populaire très vif parmi les paroissiens sous l’Ancien Régime, rapportaient qu’en ce lieu avaient été ensevelis sept prêtres et religieux martyrisés par les huguenots.

Chapelle des Saints Os au chevet de l'église de Macheville à Lamastre

Chapelle des Saints Os au chevet de l’église de Macheville à Lamastre

« En 1863, un court texte manuscrit fut découvert venant confirmer cette tradition, précisant la date du massacre – le 3 mai 1587 – et son auteur : le capitaine protestant Jacques de Chambaud (dont nous avons eu l’occasion d’évoquer la figure à propos du pèlerinage de Notre-Dame de Pradelles > ici).
Voici le texte de cette notice, mise en français moderne et publiée par l’Abbé Mollier dans son ouvrage « Saints et pieux personnages du Vivarais » (ouvrage publié en 1895 avec l’approbation de Son Excellence Monseigneur Bonnet, évêque de Viviers – tome 2) :

« Bientôt, après avoir saccagé la ville de Desaignes, tous les brigands et le capitaine Chambaud se mirent en chemin pour le bourg de La Mastre, où se trouvaient bon nombre des leurs et avaient grande puissance dans le château. Il y avait dans ce pays quelques catholiques qui s’étaient cachés dans les murailles du prieuré.
Or, comme ce jour il se faisait toutes les années une procession jusqu’en un lieu où était une chapelle et une Vierge miraculeuse, le prieur de l’endroit nommé P. de La Gruterie et le sieur Gaspard de La Roche, prêtre de ce même lieu, et un bon nombre de prêtres et de fidèles réfugiés dans le prieuré, allèrent pieusement et avec ferveur, sans armes que croix et bannière, obtenir la clémence de Dieu.
Les massacreurs aperçurent les fidèles catholiques, qui priaient comme sans crainte, et se précipitèrent avec fureur sur eux sans défense, car les gens s’étaient enfuis dans les champs. Ils firent passer plusieurs fois leurs chevaux sur leurs corps, puis les jetèrent dans le ravin après en avoir occis les têtes qu’ils jetèrent du bas des murailles dans l’intérieur du prieuré. » 

Or j’ai quelques éléments nouveaux à ajouter aujourd’hui…

Reproduction naïve du tableau des martyrs de Lamastre

Petite reproduction naïve du  grand tableau des martyrs du 3 mai 1587
qui se trouvait jadis dans la chapelle des Saints Os à Lamastre

En effet, au cours de l’été 2016, Frère Maximilien-Marie a eu l’occasion de se rendre à Lamastre et, grâce à l’amicale bienveillance du prêtre alors en charge de la paroisse, il a pu accéder à l’intérieur de la dite « Chapelle des Saints Os » habituellement fermée parce qu’elle ne sert plus guère que comme annexe de rangement de la sacristie avec laquelle elle communique.

Le grand tableau représentant les sept ecclésiastiques martyrs que les anciens textes mentionnent et qui dataient selon toute vraisemblance du début du XVIIème siècle, lors de la construction de cette chapelle, ne s’y trouve plus.
Au presbytère cependant s’en trouve une reproduction naïve d’environ 30 cm x 25 cm, dont la photographie se trouve ci-dessus.

Soulevant une grande trappe pratiquée dans le plancher de la chapelle, Monsieur le Curé permit à Frère Maximilien-Marie de descendre dans la crypte où, après les fouilles pratiquée en 1863 par le curé de l’époque consécutivement à la découverte de la notre manuscrite sus-citée, furent déposés, dans un châsse en bois sur le devant de laquelle sont pratiquées cinq ouvertures vitrées, les sept crânes et les principaux ossements que l’on découvrit alors.

Châsse en bois dans la crypte de la chapelle des saints os

La châsse en bois renfermant les crânes et les principaux ossements des martyrs du 3 mai 1587
dans la crypte de la chapelle des Saints Os à Lamastre

Cette modeste châsse maintenue à environ 1,20 m au-dessus du sol par des barres de fer.
Au-dessous, on voit une sorte de trou qui montre que le niveau de cette crypte n’est pas le plus bas : il y a en effet au-dessous une sorte de cavité ou de caveau grossièrement maçonné qui est le lieu de la sépulture des martyrs, retrouvé lors des fouilles de 1863.

Trou dans le sol de la crypte de la chapelle des saints os

Dans le sol de la crypte de la chapelle des Saints Os de Lamastre
au pied de la châsse de bois renfermant les principaux ossements des martyrs du 3 mai 1587
un trou permet de deviner le niveau inférieur où les corps ont été découverts

Voici donc les quelques compléments et illustrations que je pouvais apporter à l’histoire des saints martyrs de Lamastre, en ce jour du 430ème anniversaire de leur martyre.
Je reprends aujourd’hui en guise de conclusion les paroles que Monseigneur Joseph Guibert (ancien évêque de Viviers, alors archevêque de Tours et futur cardinal-archevêque de Paris) écrivait en 1863 au curé de Lamastre qui avait dirigé ces fouilles et fait recuillir les « Saints Os » dans cette châsse : « Les catholiques doivent trouver dans ce fait historique un nouveau motif de fidélité à notre sainte religion pour laquelle leurs ancêtres savaient mourir. Les protestants eux-mêmes pourraient recueillir d’utiles leçons de ces découvertres. Prions Dieu qu’il les éclaire et qu’il les touche ».

Lully.

Martyrs Lamastre 3 mai 1587

Reliquaire en buis renfermant des parcelles d’ossements des martyrs du 3 mai 1587 à Lamastre
conservé dans l’oratoire du Mesnil-Marie

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints |on 3 mai, 2017 |3 Commentaires »

2017-43. « La puissance de souffrir est en nous la même que la puissance d’aimer. »

Agnus Dei

Le mystère de la Croix ne se comprend bien que dans la lumière de Pâques : ce pourquoi au cours de la liturgie du Vendredi Saint, après le dévoilement solennel de la Croix et le chant des Impropères, l’Eglise chante cette antienne : « Crucem Tuam adoramus, Domine, et sanctam resurrectionem Tuam laudamus et glorificamus… Nous adorons Votre Croix, ô Seigneur, et nous louons et glorifions Votre sainte résurrection ! »
Et la joie de Pâques n’évacue pas le mystère de la Croix, bien au contraire : elle le magnifie et le transfigure pour le faire rayonner glorieusement sur le monde.

En cette octave de Pâques, nous avons donc choisi de proposer à votre méditation ce texte remarquable et splendide du Bienheureux Vladimir Ghika – un des auteurs spirituels particulièrement aimé, lu et approfondi en notre Mesnil-Marie – que nous trouvons propre à apporter courage et consolation à tous ceux qui peinent et souffrent en ce bas monde, et que nous dédions à tous nos amis aux prises avec les diverses et multiples formes de la souffrance.

Crucifix chapelle Rome

La Croix rayonnante de l’Homme des Douleurs
(crucifix exposé dans une chapelle proche de la place Saint Sylvestre, à Rome)

Le mystère de la Souffrance :

« Souffrir, c’est ressentir en soi une privation et une limite. Privation de ce qu’on aime, limite apportée à ce qu’on aime. On souffre à proportion de son amour. La puissance de souffrir est en nous la même que la puissance d’aimer. C’est en quelque sorte son ombre ardente et terrible – une ombre de sa taille, sauf quand le soir allonge les ombres. Une ombre révélatrice, qui nous dénonce. Elle suit, sans les jamais quitter, toutes nos aspirations, depuis l’amour obscur et inconscient que l’homme éprouve pour la plénitude, si restreinte, de son être propre, jusqu’à l’amour lumineux et désintéressé qu’il peut ressentir pour l’Être parfait, pour le Dieu infini.

Souffrir, c’est être blessé en l’un des mille amours qui nous composent. C’est éprouver une privation et une limite, soit dans les biens qu’on a possédés, soit dans ceux dont on a besoin, soit dans ceux que l’on désire. La souffrance peut affecter ainsi un de nos amours dans le passé, le présent ou l’avenir. Et par là, de même que l’amour qui lui donne naissance, elle lèse notre personnalité et la déborde. La souffrance est de la sorte une réalité, forte comme nous-même, une réalité adverse qui est en nous et qui est contre nous ; elle marque un arrêt plus ou moins complet d’une de ces motions du monde qui nous font être. C’est une négation, mais avant tout, une négation réelle. Le stoïcisme seul a voulu se donner le luxe de mettre en doute cette réalité, pour mieux en triompher dans la pratique. Il l’a fait au moyen d’un paradoxe de volonté, tout en phrases, sans rien changer à l’éternelle vérité des choses.

Il y a donc là une affreuse certitude, éprouvée par chacun, mais aussi, en même temps, une sorte de monstrueuse anomalie, que chacun reconnaît, tout comme cette réalité indéniable. La souffrance paraît une étrangère haineuse dans l’harmonie générale d’un univers d’ordre et de bonté où chaque être semble tendre par nature à se pleinement accomplir.

Aussi notre raison, dès qu’elle examine le problème de la douleur, ne peut la concevoir que comme restitution d’un équilibre perdu, ou comme attente d’un équilibre à retrouver ; dans le premier cas, châtiment d’un mal, châtiment qui rétablit pour ainsi dire un ordre moral interrompu ; dans le second, crédit méritoire sur une autre vie, qui, pour des âmes immortelles, constitue le seul état définitif, après une courte épreuve. La balance des maux et des fautes, des peines et des culpabilités, étant manifestement inégale et irrégulière en ce monde, l’un et l’autre cas ne représentent pour notre intelligence qu’un fragment de réponse à l’énigme, celle-ci destinée à ne se résoudre pleinement que grâce à l’intervention d’une « inconnue » certaine, les mystères d’un autre monde où se réalise la Justice.

Jusqu’où s’étend ici-bas cette double compensation ? On ne peut le savoir. Le secret en demeure pour la raison entre les mains d’un Dieu qu’elle a le pouvoir, et le devoir, d’affirmer, de prouver, de proclamer, sans assez arriver à Lui, sans pénétrer l’abîme de ses desseins.

Notre intelligence naturelle nous montre donc, dès le premier abord, le sens de la souffrance dans l’ordre moral, dans l’autre vie que cet ordre moral exige si impérieusement, dans la Sagesse et la Bonté de Dieu.
Elle nous montre ceci avec force, mais avec toutes les défaillances pratiques d’une lumière dont l’emploi dépend de nous, dont les ressources sont bornées, – avec toutes les ténébreuses angoisses d’une vie où l’entrecroisement de mille influences vient gêner le libre exercice de notre jugement.

Et quand même elle serait pleine, puissante et calme, cette raison, on sent que sa seule réponse à un problème comme celui de la douleur, aurait quelque chose de froid, d’incomplet, d’inefficace ; on sent que cette réponse tomberait bien à côté de nous. Que peut un raisonnement à une blessure d’amour ? Quel bien profond peut-il lui faire, et n’est-elle pas digne aussi d’être illuminée par autre chose qu’un pâle reflet d’intelligence créée ? Nous savons que la raison n’a pas tort, mais nous savons que nos larmes ont un peu raison, puisqu’elles ont raison de nous-mêmes.

Le problème se résout là plus loin que l’envol de notre pensée. Celui qui peut nous le rendre clair (et bienfaisant, comme toute chose connue) c’est et c’est seulement notre Dieu qui, suivant la parole de saint Jean, est plus grand que notre coeur. Il a tenu à l’éclairer d’une admirable clarté. Sans lui, sans sa grâce d’ailleurs, sur ce point, notre raison même chancelle, et, insuffisamment soutenue, ne va pas jusqu’au bout de ses propres conceptions : nous avons vu et nous savons qu’elle peut porter les vérités essentielles qui jettent un premier jour sur le sens de la douleur. Mais la raison d’un incroyant n’est pas, en pratique, une raison complète et vivante dans son propre domaine. Il y a toujours une angoisse, une incertitude, une misère inquiète dans les pensées de l’incrédule. «In cogitationibus impii interrogatio est… » Et plutôt que de voir dans la raison la confirmation partielle, mais forte, et l’attente suppliante de la foi, il rétrograde en deçà de l’usage normal de ses facultés; il écarte Dieu, l’immortalité de l’âme, l’autre monde toutes choses qu’il redoute – (données fournies pourtant aussi bien par la science que par la foi), et se prépare ainsi pour ici-bas une vie diminuée d’essor, pour cet autre monde qu’il n’a pas, même humainement, le droit de méconnaître, des souffrances sans nom et sans fin.

Le chrétien, lui, complète et illumine, avec le secours de Dieu, sa connaissance naturelle de la douleur. La souffrance ne cesse pas, pour lui, d’exister, en théorie comme en pratique. Au contraire, elle existe pour lui plus que pour aucun autre ; il la sent d’abord, il la sent plus que n’importe qui, car son âme est plus pure et par conséquent moins distraite, moins arrachée par mille objets divers à cette douleur ; il la connaît, il la comprend, avec tout le mystère d’enveloppement et de possession contenu en ce mot « comprendre » ; il en multiplie les sujets ; il doit manier et conduire cette chose terrible, aller jusqu’à l’aimer, jusqu’à la chercher, quand elle est noble et belle et qu’elle le jette plus vite en Dieu.

C’est qu’il a pour tout faire la grande lumière et la grande force de la Révélation. Le chrétien sait, le chrétien croit, et il vit de cette science et de cette foi. Nous allons suivre la chaîne lumineuse de vérités qui l’entraîne et l’éclaire en même temps, et voir ce que devient la souffrance dans la clarté de Dieu, dans le plan des divines cohésions, en passant par ces anneaux qui se tiennent: le péché originel, la rédemption, l’oeuvre du salut, le monde du bonheur éternel.

Même ainsi, même avec tous les secours de la foi, le mystère d’une chose aussi profonde (profonde comme l’énigme du mal) suivi en tenant une chaîne dont les deux bouts sont au ciel, ne saurait être pleinement éclairci dès à présent : sa complète compréhension est réservée à ce monde où il nous est dit qu’il n’y aura plus de larmes dans des yeux qui verront Dieu face à face. Et là même, comme pour en perpétuer non seulement le sens mais le caractère secret, il en demeurera encore une trace étrange, – pour Dieu seul : les cinq plaies ineffaçables de Notre-Seigneur, – dernier héritage et seul souvenir de l’infinité de la faute, lavée dans l’infinité de la douleur par l’infinité de l’amour.

Mais si, sur la terre, il doit toujours subsister dans la souffrance quelque mystère pour le chrétien, c’est un mystère comme ceux de sa religion, fait pour augmenter sa foi, son espérance, son amour, ses mérites ; un de ces mystères admirables et féconds, pleins de leçons plus hautes que tous les enseignements des choses. – Intermédiaire entre les mystères de la nature, qui nous débordent par leur nombre et leur complexité, mais qui ne sont pas, par eux-mêmes, au-dessus de notre portée – et les mystères de la religion, qui nous dépassent essentiellement, l’ordre des mystères de la souffrance constitue comme un état à côté de la nature et une préparation au monde surnaturel. C’est d’ailleurs l’ordre choisi par l’Homme-Dieu pour faire passer l’humanité d’un monde à l’autre. Il y a dans la douleur quelque chose de l’essence mystérieuse du sacrement.
Elle est comme un
sacrement de néant, le sacrement des « absences réelles », une sorte de sacrement à rebours … Dieu porté par le vide… »

Bienheureux Vladimir Ghika,
in « Entretiens spirituels » – Beauchesne, 1961 pp. 61-66

Bx Vladimir Ghika

Le Bienheureux Vladimir Ghika (1873-1954)

2017-40. « Cherchez à comprendre tout ce que le cœur de Marie ressentait de tendresse, d’amour, de compassion, à chaque parole qui sortait des lèvres de Jésus-Christ… »

Anne-Eugénie Milleret de Brou, née le 26 août 1817 dans une famille aisée éloignée de la pratique religieuse, fut convertie à l’âge de 19 ans et fonda à l’âge de 22 ans (1839), sous la Règle de Saint-Augustin, les Religieuses de l’Assomption, vouée à l’éducation et à l’adoration du Très Saint-Sacrement.
Devenue Mère Marie-Eugénie de Jésus, elle présida aux développements de sa fondation. Elle se plaça en 1841 sous la direction spirituelle du Vénérable Emmanuel d’Alzon, vicaire général du diocèse de Nîmes, qui fondera un peu plus tard la congrégation des Augustins de l’Assomption (Assomptionnistes). Ses dernières années furent marquées par les atteintes de la paralysie. Elle rendit son âme à Dieu le 10 mars 1898, dans sa 81e année.
Béatifiée en 1975, elle a été canonisée par S.S. le Pape Benoît XVI en 2007.
Voici un extrait des instructions que Sainte Marie-Eugénie de Jésus donna à ses religieuses pour les inviter à méditer et à approfondir les Sept Paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la Croix.

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Eglise Sts Simon et Barthélémy Laval Québec - Vitrail compassion

« Voici votre Mère ! »
(vitrail de l’église des Saints Simon et Barthélémy, à Laval – Québec)

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Instruction pour aider à
la méditation des
Sept Paroles de Jésus en Croix :

Il n’est pas possible de se mettre au pied de la Croix de Notre-Seigneur, sans se laisser pénétrer des dernières paroles qu’Il a prononcées. Quand on est auprès d’un lit d’agonie, quand on fait cette dernière veille auprès des personnes qui nous sont chères, comme on conserve dans son cœur les dernières paroles prononcées ! Combien plus, quand ce sont les paroles mêmes de Notre-Seigneur !

Les trois premières disent surtout l’infinie bonté de Notre-Seigneur. Le voilà entouré d’outrages, au milieu des souffrances les plus horribles. Il est cloué sur la croix, Il va mourir dans l’agonie la plus cruelle, et Il est tout occupé des autres, Il ne dit que des paroles d’excuse et de consolation. La première de toutes est celle-ci : Père pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font [Lc 23, 34].

Notre-Seigneur nous avait déjà enseigné à dire dans le Pater : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés [Mt 6, 12]. Il semble que ce soit là une vertu élémentaire, puisque tout chrétien est obligé de la pratiquer. Eh bien, ce n’est pas une vertu qu’on trouve pleine, entière, complète dans toutes les âmes chrétiennes. On trouve souvent une trace, un souvenir de ce qui a blessé, de ce qui a été pénible. C’est ce que Notre-Seigneur veut détruire en vous, quand Il dit : Père, pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Il disait cela de Ses ennemis les plus cruels, de pécheurs endurcis et qui ne se convertiraient pas. Cette parole s’appliquait à Pilate, à Judas qui peut-être n’avait pas encore terminé sa triste vie, à Hérode, à ceux qui sont évidemment morts dans l’impénitence finale, comme elle s’appliquait à ceux qui étaient au pied de la croix et se sont convertis. Père, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.
Je désire que, par cette parole, vous appreniez à entrer dans l’intérieur du Cœur de Notre-Seigneur. Il n’est qu’amour, miséricorde, et, vis-à-vis de toutes les injures, de tout le mal qu’on Lui fait, ne répond que par des désirs de salut.

La deuxième parole est pour le larron. Notre-Seigneur donne là, pour tous les pécheurs pénitents, une consolation suprême.
Tout pécheur pénitent qui souffre avec Jésus-Christ, qui unit ses souffrances à celles de Jésus-Christ, – car il faut souffrir pour réparer et être pardonné – entend cette parole : Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis [Lc 23, 43]. C’est celle qu’Il adresse à ce grand pécheur qui a recours à Lui.

Tout de suite après, Il S’est occupé de chacun de nous, de vous, de moi, en s’occupant de la très Sainte Vierge. Femme, lui dit-Il, voici ton fils [Jn 19, 26] ; puis, s’adressant à nous, à chacun de nous : Fils, voici ta mère.

À ce moment-là, Il nous a donné ce qu’Il avait de plus précieux, ce qui, en quelque état que nous soyons, doit assurer notre salut. Il nous a donné une mère dans la très Sainte Vierge. Elle, qui avait un si grand sacrifice à faire, nous a acceptés. Notre-Seigneur savait bien qu’Il donnait à la Sainte Vierge des fils indignes d’elle. En effet, dit saint Bernard, quel changement ! Le serviteur à la place du maître, le fils de Zébédée à la place du Fils de Dieu, la créature à la place de Jésus [Sermon sur les 12 étoiles, 2e nocturne de la fête de Notre-Dame des Sept Douleurs] – et non seulement une créature comme saint Jean, mais une créature comme vous.

Les autres paroles de Notre-Seigneur s’adressent toutes à Dieu.

Notre-Seigneur avait parlé aux hommes dans la miséricorde et la bonté. Puis Se retournant vers Son Père, Il Lui dit : J’ai soif ! [Jn 19, 28] Cette parole est la plus mystérieuse de toutes. Sans doute, Notre-Seigneur avait extrêmement soif, et la dernière dérision de Ses ennemis fut de Lui offrir le fiel et le vinaigre ; mais aussi Il avait soif des âmes et Il disait à Dieu : « Accordez-Moi des âmes ; je vous donne pour elles Mon sang et Mes douleurs. » C’est dans ce sens-là qu’Il dit cette parole : Sitio, qui a été l’objet de la méditation de tant d’âmes.

Puis Il dit : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-Vous abandonné ? [Mt 27, 46] Cette parole nous fait pénétrer dans l’intérieur des douleurs de Notre-Seigneur. À ce moment-là ce n’étaient pas seulement les douleurs de l’agonie, mais les douleurs de l’âme que Jésus acceptait et exprimait ainsi. Il était là couvert de nos péchés, frappé par Dieu ; Il était là comme un lépreux, devenu un objet d’abomination, Lui qui était le Fils bien-aimé du Père et l’objet de toutes les complaisances divines. Son âme passait par des angoisses que des âmes saintes ont partagées, quoique de loin. Cette parole, échangée entre Jésus-Christ et Dieu, nous fait voir de quel prix Il a payé nos âmes.

Puis Il dit : Tout est consommé [Jn 19, 30]. J’ai payé pour les âmes, j’ai fait tout ce que Vous demandiez, j’ai accompli tout ce que Vous aviez fixé pour moi. Tout est consommé.

Enfin Sa dernière parole fut celle-ci : En Vos mains, Seigneur, Je remets Mon esprit [Lc 23, 46]. Vous répétez tous les jours cette parole à l’office de Complies. L’Église l’a adoptée pour la prière du soir. Tous les soirs, il faut remettre son âme entre les mains de Dieu, comme si on ne devait plus se réveiller, s’unissant à Notre-Seigneur disant Sa dernière parole : En Vos mains, Seigneur, je remets mon esprit !

Chacune de ces paroles de Notre-Seigneur a été gravée dans le cœur de la très Sainte Vierge. Elle se tenait debout au pied de la croix. 

On représente quelquefois Marie, le cœur percé de sept glaives, et on peut dire que ces sept paroles ont été autant de glaives d’amour.
Certainement elle connaissait Jésus-Christ mieux que nous ne Le connaissons. Cependant, ces dernières paroles si pleines de miséricorde, de pardon, d’indulgence envers le pécheur, si pleines de la bonté de Dieu, ont comme percé le cœur de la très Sainte Vierge, d’amour et de compassion.

Mettez-vous beaucoup au pied de la croix avec elle, regardez Jésus avec elle et comme elle. Cherchez à comprendre tout ce que le cœur de Marie ressentait de tendresse, d’amour, de compassion, à chaque parole qui sortait des lèvres de Jésus-Christ, et enfin à cette dernière qui marque la consommation du sacrifice : En Vos mains, Seigneur, Je remets Mon esprit !

Sainte Marie-Eugénie de Jésus
Extraits d’une instruction donnée au chapitre, 8 avril 1881.

Eglise Sts Simon et Barthélémy Laval Québec - Vitrail Compassion (détail)

« Voici votre Mère ! »
(détail du vitrail de l’église des Saints Simon et Barthélémy, à Laval – Québec)

2017-35. Du Bienheureux Pierre Vigne et du « Grand Voyage » de Boucieu-le-Roi.

« Lisons et étudions avec soin et persévérance le livre des livres,
le livre que Dieu a composé
dans la plénitude d’un amour ardent pour nous,
le livre écrit non pas avec de l’encre mais avec Son Sang,
non sur du papier mais sur Son propre Corps couvert de plaies. »

Bienheureux Pierre Vigne

Bx Pierre Vigne

Le Bienheureux Pierre Vigne (1670-1740)
Fondateur du « Grand Voyage » de Boucieu-le-Roi
& de la congrégation des Soeurs du Saint-Sacrement

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il faut que je profite de ce Temps de la Passion pour vous entretenir d’une très belle figure de sainteté de notre diocèse de Viviers, le Bienheureux Pierre Vigne, dont la fête est célébrée le 8 juillet - c’est-à-dire pour son « dies natalis » : cette formule latine qui signifie « jour de la naissance », désigne de fait le jour de la naissance au Ciel, qui est le jour de sa mort, survenue le 8 juillet 1740 - , et les photos que vous pourrez voir dans la suite de cet article ont été prises le 8 juillet 2016, lorsque Frère Maximilien-Marie et l’un de ses amis se sont rendus en pèlerinage à Boucieu-le-Roi.

Lully.

* * *

Pierre Vigne est né à Privas, le 20 août 1670, dans une famille de commerçants aisés : très tôt, il a manifesté une vive intelligence et a acquis une instruction bien au-dessus de la moyenne.
Selon une tradition solidement établie, mais aujourd’hui contestée par certains historiens, bien qu’ayant été baptisé dans l’Eglise catholique, le jeune Pierre aurait été un temps séduit par les erreurs des huguenots et, vers l’âge de 20 ans, aurait décidé de se rendre à Genève en vue de devenir pasteur : c’est alors que, croisant un prêtre qui portait le Saint-Sacrement et refusant de manifester le moindre respect pour ce qui était à ses yeux une idolâtrie de papistes, son cheval se cabra, le fit tomber à terre – comme jadis Saül à l’approche de Damas – puis l’animal s’inclina devant la Sainte Eucharistie. Pierre, touché par la grâce, non seulement abandonna son dessein hérétique mais au lieu de faire route vers Genève s’en fut trouver Monseigneur l’évêque de Viviers et demanda à entrer au séminaire pour s’y préparer au sacerdoce !

conversion de Pierre Vigne

Conversion de Pierre Vigne, terrassé devant le Très Saint Sacrement qu’un prêtre portait à un mourant
(tableau exposé au Musée Pierre Vigne à Boucieu-le-Roi)

Pierre Vigne est ordonné prêtre aux Quatre-Temps d’automne, le 18 septembre 1694, et presque aussitôt envoyé comme vicaire à Saint-Agrève, dans le nord du Vivarais : il demeure à ce poste jusqu’en 1700.
Le 27 mai 1700, il part pour Lyon, où il demande à entrer au séminaire des « prêtres de la mission » (appelés aussi Lazaristes) fondés par Saint Vincent de Paul pour les missions populaires 75 ans plus tôt.
En 1702, après ses voeux, il est nommé au sanctuaire de Valfleury, près de Saint-Chamond : il y a là une communauté lazariste qui rayonne en missions nombreuses dans les campagnes environnantes. A la fin de l’année 1704, on l’envoie à Béziers, toujours pour être employé aux missions paroissiales. 

En 1706, nouveau changement de vie : il quitte les Lazaristes et rentre dans sa famille à Privas. Il reprend là ses activités de missionnaire des campagnes : sa prédication et son zèle sont tellement appréciés qu’on voudrait le nommer à la cure de Privas, mais il refuse : il préfère rester missionnaire itinérant, ayant une prédilection pour les pauvres gens des campagnes.
Son grand modèle est Saint Jean-François Régis, l’apôtre du Vivarais et du Velay, mort d’épuisement à La Louvesc le 31 décembre 1640 après avoir multiplié les conversions et les retours à la ferveur.

On a retrouvé dans les écrits du Bienheureux Pierre Vigne la liste des lieux où il prêcha dans les diocèses de Lyon, Toulouse, Montpellier, Rodez, Le Puy, Grenoble, Vienne, Digne, Gap, Die et surtout Valence et Viviers : plus de 180 localités (dans certaines il est revenu plusieurs fois).

Bx Pierre Vigne 2

Les pôles de la spiritualité du Bienheureux Pierre Vigne sont avant tout la Passion, la Messe et le culte du Très Saint-Sacrement ; ce sont aussi les pôles de sa prédication : le Père Pierre Vigne fait aimer Jésus, mort par amour pour nous afin de nous sauver, dont l’oeuvre de rédemption et d’amour accomplie au Calvaire se perpétue à la Messe, cette Sainte Messe catholique, où l’on fait mémoire et actualise les mystères de la Bienheureuse Passion de Notre-Seigneur, Sa Résurrection du séjour des morts et Sa glorieuse Ascension dans les cieux, en offrant à la Majesté divine la Victime parfaite, la Victime sainte, la Victime sans tache, Pain saint de la vie éternelle et Calice du salut perpétuel (cf. prière « Unde et memores » du Canon romain).
Pour cela il faut inlassablement faire mieux connaître Jésus, vrai Dieu et vrai homme, et mettre davantage les âmes en communion vivante avec Lui par la grâce : de ce fait, le ministère de la confession occupe une part importante de l’apostolat du Père Vigne.
Tellement importante que, dans ses déplacements à pied à travers la campagne, il porte son confessional avec lui, toujours prêt à y accueillir les pauvres pécheurs et à leur ouvrir tout grand les réserves de la miséricorde divine…

Bx Pierre Vigne 3

« Si on connaissait bien ce qu’est ce grand Dieu, hélas ! qui ne tremblerait de crainte et ne serait pénétré de regret de l’avoir si souvent offensé ? » a-t-il écrit dans son journal.
Encore et encore, il ramène les âmes à Dieu en les mettant en face de l’amour de ce Dieu qui est allé jusqu’à des extrémités inouïes.
Le repentir profond et l’amour durable sont suscités dans les coeurs par une meilleure connaissance et la méditation de la Passion de Jésus : « Il vous a donné tout Son sang, ne Lui donnerez-vous pas au moins des larmes ? »

Bx Pierre Vigne 4

A Boucieu-le-Roi, dans le petit musée qui lui est consacré on conserve ce fameux confessionnal que le Père Vigne transportait sur son dos dans ses courses apostoliques, et à l’intérieur duquel les flots de la grâce ont coulé, réconciliant les pécheurs, consolant les affligés, stimulant ceux qui peinent dans le chemin de la fidélité chrétienne, soutenant les efforts de ceux qui titubent, portant les bons à davantage de ferveur encore…

Confessionnal portatif du Bx Pierre Vigne

Confessional portatif du Bienheureux Pierre Vigne :
sous le siège du confesseur se trouve une espèce de tiroir dans lequel il rangeait des objets de culte, sorte de « chapelle portative » ; ainsi, même dans les églises ou chapelles les plus mal équipées avait-il toujours tout ce qui lui était nécessaire pour une digne célébration de la Sainte Messe et des sacrements.

Comme Saint Paul, le Bienheureux Pierre Vigne prêche la science de Jésus-Christ, Messie crucifié : « Lisons et étudions avec soin et persévérance le livre des livres, le livre que Dieu a composé dans la plénitude d’un amour ardent pour nous, le livre écrit non pas avec de l’encre mais avec Son Sang, non sur du papier mais sur Son propre Corps couvert de plaies. »

« Et comme il sait que l’amour appelle l’amour, non content de commenter à ses auditeurs ce livre de la science suprême, il l’ouvrira sous leurs yeux : son oeuvre la plus chère sera, à la fin de la mission, de planter la Croix du Christ, plus éloquente que des paroles.
« Il a laissé dans les lieux où il a prêché une trentaine de Calvaires ou Chemins de Croix dont quelques-uns sont encore fréquentés à l’heure actuelle… » (Thérèse Ardouin, in « Pierre Vigne », éd. Visages du Vivarais – 1966, p.37).
Des Chemins de Croix que l’on peut qualifier de monumentaux : grande Croix érigée sur une colline ou un sommet dominant avec, pour y parvenir, des stations ou chapelles échelonnées le long du sentier que l’on gravit en priant, se souvenant du détail de tous les épisodes de la Passion et les méditant.

Bien loin du « résumé » que constituent les quatorze stations sous forme de tableaux alignés sur les murs intérieurs de nos églises, ces grands Chemins de Croix dont le Père Vigne favorise l’implantation possèdent entre trente et quarante stations. C’est le cas du célèbre Chemin de Croix de Burzet (déjà évoqué dans ce blogue > ici), et surtout celui de Boucieu-le-Roi, celui qui lui tint le plus à coeur.

Bx Pierre Vigne 5

Au coeur de la vallée du Doux, entre Tournon-sur-Rhône et Lamastre, regroupé autour de la colline où se dressait jadis une maison forte, Boucieu-le-Roi est un village de caractère au passé historique fort riche : siège d’une cour royale de justice, ou bailliage, depuis le règne de Philippe le Bel jusqu’au temps de François 1er, le village connut une activité intense aux XIVe et XVe siècles.
Pillé et en partie détruit lors de la guerre de Cent Ans, mais plus encore du fait des exactions des huguenots, le village s’assoupit ensuite.

Au début de l’année 1712, le Père Pierre Vigne y vient pour la première fois et la configuration du village et de ses environs évoque pour lui de manière frappante celle de Jérusalem et de ses alentours : non qu’il se soit rendu en Palestine, mais seulement en raison des descriptions qu’il a pu en lire, tout spécialement dans l’ « Histoire et Voyage de la Terre Sainte » du franciscain Jacques Goujon, ancien supérieur du couvent du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Dans cet ouvrage les lieux de la Passion sont décrits de manière très minutieuse, au point de noter les distances qui se trouvent entre eux.

Impressioné par les « conformités » de Boucieu-le-Roi avec les représentations qu’il a pu se faire à partir de tous les détails du livre du docte franciscain, Pierre Vigne projette aussitôt sur ce coin de terre vivaroise son rêve d’établir un Chemin de Croix qui reproduise le plus exactement possible la disposition des lieux où s’accomplit le mystère de notre Rédemption, de telle sorte qu’en suivant ici de station en station les étapes de la Bienheureuse Passion, le pèlerin parcourra exactement, au pas près, les mêmes distances qui se trouvent à Jérusalem entre les divers sites où s’accomplit le drame divin !

Boucieu-le-Roi vue générale

Boucieu-le-Roi : vue générale du village dans son état actuel.
On distingue l’église, avec son clocher carré trapu, au milieu des maisons villageoises ;
on remarque surtout, à l’emplacement de l’ancien château, en position dominante, la « Maison Pierre Vigne »,
couvent des religieuses du Saint-Sacrement, où se trouve le Calvaire et donc l’aboutissement des stations du « Grand Voyage » établi ici par le Bienheureux Pierre Vigne.

Sur le promontoire où se dresse le château, le Père Vigne a repéré un emplacement libre : endroit idéal pour dresser, entre les croix des deux larrons, celle du bien-aimé Sauveur. Là bas, « du côté de l’orient », il y a une montagne qui figurera parfaitement le Mont des Oliviers, d’autant que dans le vallon qui se trouve au pied coule un ruisseau qu’il baptise aussitôt le Cédron. Dès qu’on franchit le ruisseau, on trouve un terrain « qui a la longueur du Jardin des Oliviers » et près duquel un « rocher creusé » deviendra la grotte de la Sainte Agonie… etc.
Et le Père n’en finit pas de détailler – redisons-le, au pas près, car toutes les stations seront disposées selon les indications de distance précisées par le Père Goujon dans son livre  - les « conformités de Boucieu-le-Roi avec les Saints Lieux de Jérusalem ».

En moins de neuf mois (à partir de la fin de l’année 1712), avec l’aide des habitants et le soutien de quelques généreux donateurs, le Bienheureux Pierre Vigne fait aménager un immense Chemin de Croix de trente stations – autant que de jours dans un mois – en même temps qu’il rédige et fait éditer à Lyon les deux tomes d’un livre intitulé « Méditations pour chaque jour du mois, tirées du plus beau livre que Dieu nous ait donné et qui est Jésus-Christ souffrant et mourant sur la Croix ». L’ouvrage contient enfin des stations « surnuméraires » – au nombre de neuf – , qui vont depuis la mise au tombeau jusqu’à la Pentecôte, et qui font que ce Chemin de Croix recouvre la totalité du mystère pascal.

L’itinéraire, à partir de l’église de Boucieu-le-Roi, dans les rues du village et dans ses environs court sur une superficie de quelque deux-cents hectares, suivant un tracé complexe qui se croise lui-même ici ou là.
A partir de l’institution de la Sainte Eucharistie, en passant par les épisodes de l’Agonie à Gethsémani, de l’arrestation, des diverses phases du procès – avec ses allées et venues entre la salle du Sanhédrin, le palais de Caïphe, celui d’Hérode et, le prétoire de Pilate – , de la condamnation et des étapes de la montée au Golgotha, le pèlerin avance dans un cheminement spirituel auquel le Bienheureux Pierre Vigne donne lui-même le nom de « Voyage du Calvaire », ou « Grand Voyage ».

Station du Grand Voyage

Entièrement ruiné par les « patriotes » lors de la grande révolution, le Chemin de Croix de Boucieu-le-Roi (renommé alors Boucieu-le-Doux) fut rétabli dans la seconde moitié du XIXe siècle, puis dut être restauré après la Grande Guerre et à nouveau en 1965 : à cette date, les chapelles des stations furent ornées des sculptures que l’on peut y voir aujourd’hui, oeuvres du peintre et sculpteur Dante Donzelli (1909-1990).

Station

Dès le moment où il a entrepris l’édification de ce grand Chemin de Croix qui marque à tout jamais le village de Boucieu-le-Roi d’une profonde empreinte surnaturelle, le Bienheureux Pierre Vigne s’est soucié de trouver et de former des personnes qui pourraient accompagner les pèlerins sur cet itinéraire de méditation et de prière, les aidant ainsi à entrer dans le mystère le plus grand et le plus élevé qui soit : celui d’un Dieu qui S’est incarné dans le but de racheter Sa créature déchue au moyen des souffrances de Sa Passion, dans un acte d’amour infini qui appelle l’amour en retour.

Les témoignages de l’époque nous montrent que l’établissement de ce « Grand Voyage » attira rapidement les foules de toutes les paroisses avoisinantes… et de plus loin.
Certains écrits citent les voeux que prononcent les fidèles dans le temps de l’épreuve ou de la maladie : on promet à Dieu, s’Il exauce les prières qu’on Lui adresse, d’aller faire le pèlerinage du Calvaire à Boucieu-le-Roi, en action de grâces…
Et Les miracles ont lieu : des guérisons et des conversions qui étendent la renommée de l’oeuvre du Père Vigne et contribuent à intensifier la ferveur.

Sculpture station

Détail de l’une des sculptures de Dante Donzelli
dans la station évoquant la rencontre de Jésus avec Sa Très Sainte Mère lors de la montée au Calvaire.

Calvaire de Boucieu-le-Roi

Le Calvaire, au sommet de la colline qui domine Boucieu-le-Roi, à côté de la chapelle du couvent des religieuses du Saint-Sacrement : c’est le point culminant du « Grand Voyage ».

« Voici le royal trône où Jésus voulait être :
Ses pieds y sont cloués comme aussi chaque main.
Voilà le saint autel qui soutient ce grand prêtre :
Quel malheur si pour nous Il sacrifie en vain ! »

Bienheureux Pierre Vigne,
extrait des « Considérations sur les souffrances et la mort de Jésus ».

Bx Pierre Vigne 6

Le « Voyage du Calvaire » est destiné prioritairement aux petites gens qui, pour le plus grand nombre en ce début du XVIIIe siècle, sont peu capables de lire, le Père Pierre Vigne souhaite donc des personnes dévouées et disponibles formées à accompagner les pèlerins, à leur expliquer les stations et à les faire prier tout le long de ce Chemin de Croix.

Dès 1714 une jeune femme vient à Boucieu-le-Roi se mettre à disposition du Père pour ce service : elle s’installe au village, où elle fait aussi l’école aux enfants.
Cette première accompagnatrice ne persévère pas mais, avant son départ, d’autres jeunes filles et veuves sont venues se placer sous la direction du Père Vigne : elles sont finalement sept auxquelles il donne le saint habit et remet la Croix, le 30 novembre 1715, dans l’église de Boucieu-le-Roi.
Une nouvelle congrégation religieuse vient de naître.

Les soeurs se relaient tout au long du jour devant le Saint-Sacrement ; matin et soir, elles font de pieuses lectures aux fidèles dans l’église ; elles accompagnent les pèlerins dans le « Voyage du calvaire » ; elles instruisent les enfants et visitent les malades.

Les « Soeurs du Calvaire et de l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement », maintenant simplement nommées « Soeurs du Saint-Sacrement », sont aujourd’hui présentes dans cinq pays d’Europe, au Brésil et en Afrique du Sud.

Retour du corps du Bx Pierre Vigne

Après une période presque entièrement consacrée à Boucieu-le-Roi, à son « Grand Voyage » et à la fondation des religieuses, en 1722, le Bienheureux Pierre Vigne repart sur les routes pour des missions qui le mènent parfois fort loin.

L’hiver 1739-1740 est éprouvant pour sa santé : il est dans sa 70ème année et sent ses forces décliner au point que, alors qu’il doit partir prêcher une mission à Rencurel, dans le Vercors, il demande à recevoir l’extrême onction avant de s’y rendre !

Il arrive à Rencurel le 12 juin, prêche et confesse jusqu’au 24 juin. Il est alors totalement épuisé et doit s’aliter. Il envoie un exprès mander « ses chères filles de Boucieu ».
La Supérieure et l’une des premières soeurs se mettent aussitôt en chemin, espérant le sauver par leurs soins et leur prières. En vain.
Aux deux religieuses désolées il fit ses dernières recommandations puis « celui qui n’avait vécu que pour son Dieu ne s’occupa plus que du bonheur d’aller se réunir à Lui dans le séjour de la gloire ».

« La fièvre était si violente qu’elle lui ôtait la respiration ; mais lui revivait les souffrances du Sauveur du monde : prié de boire un remède très amer, il l’accepta avec soumission en souvenir du fiel qui fut donné à Jésus en Croix.
Le souci des âmes le poursuivait jusque dans son agonie ; il murmurait, torturé par la soif : « Ah ! Seigneur ! Si je pouvais prêcher encore, je ferais bien sentir au peuple, par l’expérience que j’en fais moi-même, combien était ardente la soif qu’éprouva Jésus-Christ lorsqu’Il expira pour le salut des hommes ».
La Supérieure de Boucieu, qui était auprès de lui, lui passa, sur sa demande, le crucifix qu’il portait toujours avec lui dans ses missions. Il le contempla avec amour, le baisa, le pressa sur son coeur.
C’était la fin : « ayant ouvert les yeux, il aperçoit Jésus et Sa Sainte Mère et, prononçant ces noms sacrés, il rend son âme entre leurs mains » (Thérèse Ardouin, citant un document contemporain relatant la mort du Père, in « Pierre Vigne », éd. Visages du Vivarais – 1966, p.113).

C’était le 8 juillet 1740 vers les 4 h de l’après-midi, c’était un vendredi, et c’était un siècle après la mort de Saint Jean-François Régis qui avait toujours été pour lui un modèle.

Tombe du Bx Pierre Vigne

Tombe du Bienheureux Pierre Vigne,
au pied de l’autel de la Sainte Vierge, dans l’église de Boucieu-le-Roi.

Accompagné par une foule fervente et émue, son corps fut ramené à Boucieu-le-Roi pour y être inhumé dans l’église.

Bx Pierre Vigne 7

Le Bienheureux Pierre Vigne demeure pour toutes les générations de fidèles
un modèle de zèle pour faire connaître et aimer la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ,
une vivante invitation à lire et étudier assidument, inlassablement,
« (…) avec soin et persévérance le livre des livres,
le livre que Dieu a composé dans la plénitude d’un amour ardent pour nous,
le livre écrit non pas avec de l’encre mais avec Son Sang,
non sur du papier mais sur Son propre Corps couvert de plaies. »

nika

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 5 avril, 2017 |4 Commentaires »

2017-26. De l’exposition consacrée à Saint Louis au coeur du Kremlin et de quelques réflexions qu’elle suscite.

Mercredi 15 mars 2017,
Fête de Sainte Louise de Marillac, fondatrice des Filles de la Charité,
Mémoire de Saint Longin, centurion qui ouvrit le côté sacré de NSJC,
Mémoire du mercredi de la 2e semaine de Carême.

Statue de Saint Louis

Statue de Saint Louis en bois polychrome (vers 1300)
provenant de la Sainte Chapelle [appartenant aujourd'hui aux collections du Musée de Cluny] 

fleur de lys gif2

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Outre les célébrations liturgiques de ce jour et le 175e anniversaire de la mort de Luigi Cherubini dont je vous ai entretenus ce matin (cf. > ici), ce 15 mars 2017 marque le centième anniversaire de l’abdication de Sa Majesté Impériale le Tsar Nicolas II.

Nicolas II captif à Tsarkoié-Selo en 1917

Sa Majesté le Tsar Nicolas II
captif à Tsarkoié-Sélo en 1917

C’est en effet le 15 mars 1917 (2 mars selon le calendrier julien) que l’infortuné Nicolas II, Tsar de toutes les Russies, sous la pression des généraux et des représentants de la Douma, abdiqua. D’abord en faveur de son fils le Tsarévitch Alexis, âgé de 12 ans et malade, puis – se reprenant – en faveur de son frère puiné le Grand Duc Michel Alexandrovitch Romanov, lequel, devenu le Tsar Michel II pendant un jour, au vu de la situation et sous la pression d’Alexandre Kerensky, renonça à son tour au trône le 16 mars 1917 (3 mars selon le calendrier julien).

Après un peu plus de trois siècles de règne, la dynastie des Romanov était engloutie par la révolution et, huit mois plus tard, avec la « révolution d’octobre » (7 novembre 1917), la Sainte Russie allait sombrer dans l’une des plus sanglantes et des plus longues persécutions anti-chrétiennes de l’histoire.
Comme le déclarera la Très Sainte Vierge Marie à Fatima, quatre mois après cette abdication de Nicolas II et quatre mois avant la prise de pouvoir par les bolcheviques, la Russie allait répandre « ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église » (deuxième partie du « secret » donné aux enfants le 13 juillet 1917). 

Révolution russe destruction d'une église

Destruction d’une église lors de la révolution bolchevique de 1917

Or voici que cent ans quasi jour pour jour après l’abdication du Tsar Nicolas II (faut-il parler des « hasards du calendrier » ?), vient d’être inaugurée, au Kremlin même, une exposition des plus remarquables intitulée « Saint Louis et les reliques de la Sainte Chapelle », en partie reprise de l’exposition présentée par le Centre des Monuments Nationaux à la Conciergerie, d’octobre 2014 à janvier 2015, à partir de ses propres collections et de celles du Louvre, de la Bibliothèque Nationale, des Archives Nationales et du Musée de Cluny.

L’exposition met en valeur le contexte et la richesse de la création artistique au temps de Saint Louis, sur les chantiers extraordinaires conduits sous son règne, et tout spécialement celui de la Sainte Chapelle.
Les panneaux de vitraux de la Sainte Chapelle démontés au cours de la restauration du XIXème, et présentés lors de l’exposition parisienne après restauration, sont parmi les pièces centrales de cette exposition.
L’évangéliaire de Saint Louis, objet particulièrement précieux représentatif de la maitrise des orfèvres français de cette période, habituellement conservé à la Bibliothèque Nationale, se trouve également parmi les trésors présentés.
Un choix de sculptures reflétant la structure de la Sainte Chapelle, des manuscrits enluminés et quelques autres chefs d’oeuvres d’orfèvrerie du XIIIème siècle – au total septante pièces prestigieuses – sont également exposés au vieux palais des Patriarches, dans l’enceinte du Kremlin, pendant trois mois entiers (mars, avril & mai 2017).

Comme le souligne l’ambassade de France en Russie « un grand nombre des objets présentés pour cette exposition n’est jamais sorti de France et il s’agit donc d’une grande première ».

Le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg a lui aussi pris part à l’exposition, en prêtant de magnifiques émaux de Limoges et des pièces en ivoire des XIIIe et XIVe siècles issus de ses collections.

Enluminure Saint Louis

« La valeur sacrée des objets que nous présentons est évidente pour les croyants. Les représentants des autres confessions, les athées et les agnostiques s’intéresseront à l’aspect historique et artistique de ces reliquaires. Nous ne pouvons pas affirmer qu’ils contenaient des objets réellement liés à Jésus-Christ, mais ce dont nous sommes certains, c’est qu’ils ont été vénérés durant plusieurs siècles. Et, ne serait-ce que pour cette raison, ils méritent notre intérêt et notre respect » a déclaré Olga Dmitrieva, directrice adjointe des musées du Kremlin et commissaire de l’exposition.

couronne reliquaire de St Louis

Couronne reliquaire de Saint Louis (1260-1280) :
elle contenait des ossements des apôtres et du bois de la Sainte Croix ;
Saint Louis l’a tenue entre ses mains, puis l’a offerte au couvent des Dominicains de Liège
 [collections du Musée du Louvre].

« Le peuple de France a été très heureux de voir les reliques du Christ arriver sur le sol français. Les gens y ont vu une bénédiction, un signe de distinction. Ils se sont sentis investis d’une mission suprême et se sont persuadés que, désormais, le Ciel leur était particulièrement bienveillant », a encore ajouté Olga Dmitrieva.

De nos jours, il faut le signaler, des cars de pèlerins russes font chaque mois l’aller-retour jusqu’à Paris afin qu’ils puissent prendre part à la vénération de la Sainte Couronne d’Epines, les premiers vendredis de chaque mois (et aussi tous les vendredis de Carême), à Notre-Dame de Paris.

Si la Sainte Couronne d’Epines ne pouvait, bien évidemment, pas faire partie des pièces de l’exposition, elle est tout particulièrement évoquée à travers le reliquaire de 1806, prêtée par le Trésor de la Cathédrale.

Reliquaire de la Sainte Couronne d'Epines de 1806

Reliquaire de la Couronne d’épines, réalisé en 1806 par Pascal Lemaître
lorsque la précieuse relique a été rendue à l’Eglise et transférée à Notre-Dame de Paris.

En effet, le reliquaire originel avait été détruit pendant la révolution
et la sainte relique – heureusement sauvée de la destruction – avait finalement été déposée à la Bibliothèque nationale comme un objet de curiosité.

Saint Louis, on s’en souvient, avait acquis la Sainte Couronne d’Epines du dernier empereur latin de Constantinople, Baudouin II de Courtenay, ainsi qu’une vingtaine d’autres précieuses reliques de la Passion du Christ, telles que le fer de la Sainte Lance et un morceau de la Sainte Éponge (reliques qui ont disparu à la révolution), pour une somme équivalant alors au budget triennal du Royaume de France, soit 135 000 livres.

La construction de la Sainte Chapelle – reliquaire architectural édifié spécialement pour accueillir ces trésors – lui a coûté bien moins : 40 000 livres, c’est-à-dire le budget de l’Etat d’une année seulement.

De telles dépenses étaient pleinement justifiées.
Outre la création pour elle d’un chef-d’œuvre absolu de l’art gothique, en la plaçant au coeur du Palais, au centre du siège du pouvoir royal, Saint Louis a fait de la Sainte Couronne d’Epines le palladium de la monarchie capétienne, élevant le Royaume de France à un rang inégalé au-dessus de tous les autres pays européens, accroissant considérablement et durablement son prestige, et asseyant son autorité spirituelle pour plusieurs siècles.

Grâce à cette formidable acquisition, Saint Louis est indubitablement devenu le chef de file du monde chrétien, et il a allumé dans l’âme de son peuple une flamme sacrée pérenne qui, malgré les siècles d’impiété et de perte de la foi, continue de brûler au coeur du petit reste qui vit encore des idéaux de la royauté capétienne traditionnelle, royauté sacrée, royauté de droit divin.

Evangéliaire de Saint Louis

Evangéliaire de Saint Louis
[Collections de la Bibliothèque Nationale]

Au-delà des motifs artistiques qui président à cette exposition, c’est aujourd’hui encore ce prestige inégalé de la royauté et des valeurs chrétiennes incarnées par Saint Louis qui – même de manière inconsciente –  y attire des centaines de Russes chaque jour.

Au-delà des tensions politiques entretenues par les idéologies dont les chefs d’Etat sont les trop zélés serviteurs, et qui empoisonnent aujourd’hui la vie de leurs peuples, une telle exposition revêt un caractère que je n’hésite pas à qualifier de prophétique.
Car même si la France et la Russie sont l’une et l’autre encore bien empêtrées dans les liens qu’elles ont hérités des révolutions de 1789 et de 1917, nous pouvons – et même nous devons – espérer leur conversion profonde, condition de leur authentique relèvement, condition de la restauration pleine et entière de leur gloire par le rétablissement plein et entier de leurs monarchies traditionnelles respectives.

C’est une espérance toute surnaturelle, certes, c’est-à-dire qui est fondée sur la foi, fondée sur les promesses divines dont les grâces du passé sont les signes certains, dont les grâces du passé sont le gage des grâces à venir.
Dans cette espérance, ne cessons pas de prier et d’offrir à Dieu des sacrifices généreux, unis aux mérites infinis de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.  

Orante

Prière pour demander à Dieu des grâces par l’intercession de Sa servante Zita de Bourbon-Parme afin d’obtenir sa béatification.

14 mars
dies natalis de la servante de Dieu

Zita de Bourbon-Parme,

épouse du Bienheureux Charles 1er de Habsbourg-Lorraine,
Impératrice d’Autriche,
Reine de Hongrie et Reine de Bohème,
Princesse de Parme.

* * * * * * *

L’ouverture du procès diocésain en vue de la béatification de la servante de Dieu Zita de Bourbon-Parme a eu lieu le 10 décembre 2009 dans le diocèse du Mans, diocèse dans lequel est sise l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, dont l’impératrice et reine était oblate et où elle fit de fréquents séjours.
Voici la prière pour demander des grâces par son intercession en vue de la béatification espérée.

* * * * * * *

Vénérable Zita de Bourbon-Parme

Prière
pour demander à Dieu des grâces
par l’intercession de Sa servante
Zita de Bourbon-Parme
afin d’obtenir sa béatification :

Dieu, notre Père, Vous avez racheté le monde par l’abaissement de Votre Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Lui qui était roi, S’est fait serviteur et a donné Sa vie pour la multitude. C’est pourquoi Vous L’avez exalté.

Daignez maintenant accorder à Votre Servante Zita, impératrice et reine, d’être élevée sur les autels de Votre Église.
En elle, Vous nous donnez un exemple admirable de foi et d’espérance face aux épreuves, ainsi qu’une confiance inébranlable en Votre divine Providence.

Nous Vous prions pour qu’avec son époux, le Bienheureux Empereur Charles, Zita devienne, pour les couples, un modèle d’amour et de fidélité conjugale et, pour les familles, un maître d’éducation chrétienne. Que pour tous, elle puisse être un exemple de service et d’amour du prochain, elle qui, en toutes circonstances, sut élargir son cœur à tous, spécialement aux plus pauvres.

Par son intercession, exaucez notre prière (formuler ici la grâce que l’on demande).
Nous Vous le demandons par Jésus, le Christ, Notre-Seigneur.

Ainsi soit-il.

 Pater noster, 3 Ave Maria, Gloria Patri.

Imprimatur :
+ Yves Le Saux, évêque du Mans
9 juillet 2009.

Site de l’association pour la béatification de l’impératrice et reine Zita de Bourbon-Parme > ici.

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