Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2016-57. Du saint prophète Elie insurpassable modèle des adorateurs du vrai Dieu.

20 juillet,
Fête du saint prophète Elie.

A la date du 20 juillet, le martyrologe romain fait mention du saint prophète Elie : sa fête ne figure pas au calendrier de l’Eglise universelle, mais seulement au calendrier particulier de certains lieux et congrégations, dont l’Ordre du Carmel qui reconnaît en lui son fondateur.

Au Mesnil-Marie aussi, nous célébrons aujourd’hui l’office de Saint Elie : nous vénérons en lui l’une des plus parfaites figures de chercheur de Dieu, l’une des plus parfaites figures de totale consécration au service du Très Haut, l’une des plus parfaites figures de la vie religieuse alliant contemplation et action.

En appelant Elie, Dieu a en quelque sorte appelé et béni en même temps – à travers tous les âges et jusqu’à la consommation des siècles – la foule de ceux qui, épris de l’absolu divin, ne souffrent ni médiocrité, ni compromis, ni demi-mesure.
Tantôt retiré du monde et absorbé dans une intime conversation avec Dieu, tantôt en première ligne des combats qu’il faut soutenir pour la vraie foi, il reste pour toutes les générations de croyants un exemple à imiter : exemple de zèle et d’ardeur, exemple de soif d’absolu, exemple d’intégrité et de force morale – malgré l’expérience de ses propres faiblesses et la tentation du découragement – , mais aussi exemple de douce humanité et de compassion authentique (car l’humanité et la compassion ne sont ni la faiblesse ni la compromission).
Voilà pourquoi il m’apparaît comme très important de souvent lire, relire, approfondir et méditer la « geste d’Elie » dans les chapîtres XVII à XXI du troisième livre des Rois (selon la Vulgate ; il est appelé premier livre des Rois dans la majorité des éditions modernes de la Sainte Bible) car, au-delà des contingences temporelles des faits rapportés, nous y trouvons tant de lumières pour notre propre conduite aujourd’hui…

C’est la raison pour laquelle j’ai particulièrement aimé le tableau reproduit ci-dessous : s’il ne s’agit que d’une toile somme toute assez ordinaire du XIXe siècle, néanmoins en quelque manière elle illustre la permanence de la figure du prophète Elie dans l’histoire de l’Eglise, par le geste protecteur de sa main gauche étendue en direction de la silhouette de la basilique Saint-Pierre du Vatican, symbole de l’Eglise contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront point.
Le glaive ardent que tient toujours le saint prophète – glaive avec lequel il égorgea les quatre-cent-cinquante faux prophètes de Baal sur le Mont Carmel – et le cadavre de l’Antéchrist gisant à ses pieds, nous rappellent que des combats comparables à celui d’Elie - qui doit revenir avec Enoch dans le temps de la grande tribulation finale – font toujours l’actualité de l’Eglise et la feront jusqu’à la fin des temps, cette dernière étant évoquée dans le haut du tableau par les anges sonnant de la trompette.

Le prophète St Elie - huile sur toile Italie XIXe s

Le prophète Saint Elie, huile sur toile du XIXe siècle
Diocèse de Melfi – Rapolla – Venosa (Basilicate – Italie)

Merveilleux Saint Elie !
Comme vous fûtes heureux de ne pas avoir vécu à la fin du XXe siècle et en ce début du XXIe siècle !
Car si vous fûtes persécuté par le perfide Achab et l’idolâtre Jézabel, il vous fut toutefois loisible d’affirmer et de proclamer haut et fort à la face d’Israël qu’il n’y a pas d’autre Dieu que le Seigneur qui S’est révélé à Moïse – et qui S’est depuis pleinement et définitivement révélé en Notre-Seigneur Jésus-Christ, Son Verbe incarné – et que les autres « dieux » n’en sont pas.
Point de déclaration « Dignitatis humanae » qui soit alors venue troubler la compréhension de la Vérité et jeter de l’ombre sur la Révélation divine, introduire le relativisme, et insinuer que l’on doive mettre sur un même pied l’authentique religion et les croyances mêlées d’erreurs !

Bienheureux Saint Elie !
Pourchassé par la vindicte des païens adorateurs de démons, vous ne fûtes néanmoins pas puni par les représentants officiels du vrai Dieu, ainsi que cela arrive aujourd’hui à des prêtres fidèles au sein de l’Eglise catholique, lorsqu’ils rappellent qu’il n’y a qu’une seule authentique Révélation de Dieu et qu’en dehors d’elle, et après Notre-Seigneur Jésus-Christ, il n’y a pas eu de vrai prophète mandaté par Dieu pour fonder une autre religion !

Glorieux Saint Elie !
Ni le pseudo oecuménisme ni le « dialogue inter-religieux », ne sont venus mettre des entraves à cette proclamation sans concession de la Vérité divine, que vous avez énergiquement accomplie en paroles et en actes quoi qu’il dut vous en coûter ! 
Vous vous êtes « levé comme un feu et votre parole brûla comme une torche ardente » (cf. Eccli. XLVIII, 1) et nul n’osa plus en face de vous, parce que vous agissiez pour le salut éternel des âmes des fils d’Israël, se faire l’apologue des doctrines d’erreur et de la fausse tolérance qui précipite les âmes en enfer…

Intercédez donc aujourd’hui pour nous, et donnez-nous, comme à votre disciple Saint Elisée, d’avoir quelque part à votre esprit. Ainsi soit-il !

Blason du Carmel

Blason de l’Ordre du Carmel
surmonté du bras de Saint Elie brandissant le glaive ardent
et portant pour devise sa parole :
« Zelo zelatus sum pro Domino Deo exercituum :
je suis embrasé d’un zèle ardent pour le Seigneur Dieu des armées » (3 Reg. XIX, 14).

2016-56. « Depuis que je suis sur la terre, je n’ai vu mourir personne plus chrétiennement. »

19 juillet,
Fête de Saint Vincent de Paul.

Je profite de ce que ce jour est celui de la fête de Saint Vincent de Paul pour publier ci-dessous la lettre que le saint écrivit au Révérend Père Codoing, supérieur de la communauté des Lazaristes de Rome, le 15 mai 1643, c’est-à-dire le lendemain de la mort de Sa Majesté le Roi Louis XIII à laquelle il avait assisté, ayant veillé le Souverain mourant pendant ses trois derniers jours.
Voici donc le témoignage d’un saint sur la sainte mort d’un Roi qui a justement mérité son titre de Très Chrétien.

Lully.

Saint Vincent de Paul assistant Louis XIII en son agonie - vitrail de l'église Saint-Séverin à Paris

Saint Vincent de Paul assistant le Roi Louis XIII dans son agonie
(vitrail de l’église Saint-Séverin, Paris)

« Depuis que je suis sur la terre, je n’ai vu mourir personne plus chrétiennement. »

15 mai 1643.

Monsieur,

Il a plu hier à Dieu de disposer de notre bon Roi, le jour auquel il avait commencé à l’être, il y a trente-trois-ans (note 1). Sa Majesté désira que j’assistasse à sa mort avec nosseigneurs de Lisieux (note 2) et de Meaux, son premier aumônier (note 3) et le Révérend Père Dinet, son confesseur (note 4). Depuis que je suis sur la terre, je n’ai vu mourir personne plus chrétiennement. Il y a environ quinze jours qu’il me fit recommander d’aller le voir ; et pour ce qu’il se porta mieux, le lendemain je m’en revins. Il me fit redemander il y a trois jours, pendant lesquels Notre-Seigneur m’a fait la grâce d’être auprès de lui. Je n’ai jamais vu plus d’élévation à Dieu, plus de tranquillité, plus d’appréhensions des moindres atomes qui paraissent péché, plus de bonté ni plus de jugement en une personne en cet état.
Avant-hier, les médecins l’ayant vu assoupi et les yeux tournés, appréhendèrent qu’il ne dût passer et le dirent au Père confesseur, qui l’éveilla tout aussitôt et lui dit que les médecins estimaient que le temps était venu, auquel il fallait faire la recommandation de son âme à Dieu. Au même instant, cet esprit plein de celui de Dieu embrassa tendrement et longtemps ce bon Père et le remercia de la bonne nouvelle qu’il lui donnait ; et incontinent après, levant les yeux et les bras au ciel, il dit le Te Deum laudamus et l’acheva avec tant de ferveur, que le seul ressouvenir m’attendrit tant à l’heure que je vous parle. Et pour ce que la cloche m’appelle qui m’empêche de vous en dire davantage, je finis en le recommandant à vos prières et à celles de la Compagnie.

Vincent Depaul            
prêtre indigne de Saint-Lazare.

Saint Vincent de Paul assisant Louis XIII en son agonie - détail

Note 1 : Le règne de Louis XIII a commencé le 14 mai 1610, au moment de l’assassinat de son père Henri IV et s’est achevé trente-trois ans plus tard, comme le fait remarquer Saint Vincent de Paul, le 14 mai 1643.
Note 2 : L’évêque de Lisieux était Monseigneur Philippe Cospéan – ou Cospéau, ou encore Cospeaux – (1571-1646). D’abord évêque d’Aire-sur-l’Adour (1607), c’est lui qui prononça l’éloge funèbre d’Henri IV à Notre-Dame de Paris lors des funérailles du Souverain ; il fut ensuite transféré à l’évêché de Nantes (1622), et enfin à celui de Lisieux (1636).
Note 3 : Monseigneur Dominique Séguier (+ 1659), frère du chancelier de France Pierre Séguier, doyen de Notre-Dame de Paris et nommé alors premier aumônier du Roi, il est alors archevêque in partibus de Corinthe ; en 1631, Louis XIII le nomma à l’évêché d’Auxerre, puis en 1637 le fit transférer à Meaux. Il était réputé pour sa charité envers les nécessiteux.
Note 4 : Le Rd. Père Jacques Dinet, de la Compagnie de Jésus, qui avait été professeur de René Descartes au collège de La Flèche devint confesseur du Roi le 18 mars 1643 ; il était proche de Mazarin.

lys 2

2016-53. Où, à l’occasion d’un pèlerinage à La Louvesc, nous avons appris une très triste nouvelle.

Mercredi 13 juillet 2016,
fête de Saint Anaclet, pape et martyr.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Comme j’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans ce blogue, vous savez que le village de La Louvesc est bien cher à notre coeur.
Frère Maximilien-Marie s’y rend au moins une fois par an en pèlerinage (cf. par exemple > ici), auprès des reliques de deux très grands saints que nous aimons beaucoup : Saint Jean-François Régis (cf. > ici) et Sainte Thérèse Couderc (cf. > ici).

Hier, mardi 12 juillet, notre Frère a profité du passage de l’un de nos amis qui ne connaissait pas ces deux saints pour les lui faire découvrir « in situ ».
D’une certaine manière, c’était un jour idéal pour cette démarche spirituelle : au-dessus de 800 m d’altitude, le brouillard régnait quasi partout, souvent accompagné d’une petite pluie froide.
Avec de telles conditions météorologiques et un horizon obstinément bouché, point de hordes de touristes superficiels et bruyants, trop court vêtus ou débraillés.
Tant pis pour le panorama, et tant mieux pour l’atmosphère de recueillement ! 

Basilique de La Louvesc 12 juillet 2016

La basilique de La Louvesc enveloppée de brouillard ce 12 juillet 2016 :
à une trentaine de mètres de la façade principale, on distinguait à peine les croix au sommet des deux flèches !

Frère Maximilien-Marie et notre ami ont donc visité le diorama de Georges Serraz présentant la vie de Saint Jean-François Régis.
Ils y étaient seuls.

Ils se sont ensuite recueillis dans la « chapelle mortuaire », au lieu même où, le 31 décembre 1640, quelques minutes avant la minuit, les cieux se sont ouverts et où Notre-Seigneur et Notre-Dame sont venus recueillir l’âme de Saint Régis.
Ils y étaient seuls.

Puis ils sont allés prier à la basilique, devant la châsse renfermant les reliques du saint père (nota : depuis l’époque de ses missions sur les hauts plateaux du Vivarais et du Velay et jusqu’à nos jours, quand les catholiques de ces terres d’en-haut parlent du saint père, il ne s’agit pas du pape, mais de Saint Jean-François Régis qui a si profondément et si durablement marqué le pays par sa parole et ses exemples).
Là, ils ont dû voir défiler à peine une quinzaine de personnes.

Comme à chaque fois, Frère Maximilien-Marie a fait brûler une veilleuse devant la châsse : sa petite flamme matérialisant toutes les intentions qui nous sont recommandées et qu’il a confiées à l’intercession du bon Saint Régis.

Châsse de Saint Jean-François Régis

Châsse renfermant la plus grande partie des reliques de Saint Jean-François Régis

En revanche, nos pèlerins ne se sont pas rendus à l’exposition, annoncée à grand renfort de tracts et d’affiches, consacrée au Père Pierre Teilhard de Chardin.
Il n’est point nécessaire, je pense, que je vous en détaille les raisons.
Pour moi, je ne cesse pas de m’étonner de la manière avec laquelle des personnes embarquées sur un navire qui prend l’eau de toutes parts semblent déployer toutes leurs énergies à en agrandir les fissures et percer encore des trous dans la coque, comme pour en accélérer l’engloutissement… et leur propre noyade. Cela me paraît défier toute espèce de raison.

Mais bien sûr, nos deux pèlerins se sont rendus à la chapelle du Cénacle pour prier devant la châsse où est exposé le corps de Sainte Thérèse Couderc.

Châsse de Sainte Thérèse Couderc

Corps incorrompu de Sainte Thérèse Couderc dans la chapelle du Cénacle à La Louvesc

Frère Maximilien-Marie a été fasciné par Sainte Thérèse Couderc déjà quand il avait cinq ou six ans. Lorsqu’il était étudiant à Lyon, il est allé souvent se recueillir dans sa chambre mortuaire au Cénacle de Fourvière. A l’âge de 17 ans, il a lu, approfondi et médité plusieurs ouvrages fouillés (ceux de l’abbé André Combes ou de la Rde Mère Jeanne Dehin par exemple) sur la spiritualité de la sainte fondatrice du Cénacle : ce sont des liens intimes et très anciens qui le lient à cette remarquable figure de sainteté vivaroise, et c’est donc toujours avec une ferveur toute particulière qu’il se rend près de sa dépouille mortelle incorrompue, exposée dans la chapelle du Cénacle de La Louvesc dans l’attente de la résurrection.

Mais hier, en ce Cénacle de La Louvesc, notre Frère a été douloureusement frappé au coeur.
A la sortie de la chapelle, il a été abordé par une religieuse (il a su que c’était une religieuse parce qu’elle arborait un badge sinon rien dans sa tenue n’eût permis de le deviner), fort aimable au demeurant, qui lui a demandé d’où il venait et s’il connaissait déjà Sainte Thérèse. La conversation s’est donc engagée, jusqu’à ce que :

La soeur : « Vous savez que cette maison va fermer ? »
Fr.Mx.M. (interloqué) : « Non… mais… comment… ??? » 
La soeur : « Elle est vendue. C’est déjà fait. »
Fr.Mx.M. (abasourdi) : « Mon Dieu ! Mais… et la chapelle ? »
La soeur : « Vendue aussi. »
Fr.Mx.M. (atterré) : « Mais qu’est ce que tout cela va devenir ? »
La soeur : « Nous ne le savons pas. »
Fr.Mx.M. (d’une voix blanche) : « Et la châsse de Sainte Thérèse ? »
La soeur : « Nous ne savons pas… »
Là, Frère Maximilien-Marie a eu « une fuite aux yeux » ; il avait du mal à parler tant il avait la gorge nouée et parce que c’était comme si la « burle » s’était mise à souffler à l’intérieur de sa tête.
S’en sont néanmoins suivies quelques autres paroles : Frère Maximilien-Marie avait l’impression de s’entendre parler et d’entendre la religieuse répondre très loin, comme dans un rêve.
La soeur lui a dit que les reliques de Sainte Thérèse appartiennent en définitive à l’Eglise et que c’est l’Eglise qui en disposera. Avec un petit sourire complice elle lui a même demandé s’il ne voulait pas les emporter au Mesnil-Marie, ce à quoi, même s’il sait bien que c’est irréalisable, notre Frère a répondu qu’il les y prendrait avec empressement…

Moi, qui suis resté auprés de lui la nuit dernière, je puis témoigner qu’il a mal dormi et qu’il a pleuré – et encore ce matin – en repensant à la fermeture et à la vente de cette maison où Sainte Thérèse Couderc a fondé la congrégation du Cénacle.

Une fois de plus, et au fond du fond c’est bien cela qui est le plus douloureux et le plus affligeant, nous constatons, à travers la décadence et l’extinction d’oeuvres admirables que le Saint-Esprit avait suscitées dans la Sainte Eglise par la vie et l’action des saints, combien le modernisme est stérile et mortifère.

Depuis la fin du concile vaticandeux, les ruines s’accumulent et la désolation s’étend inexorablement : après avoir abandonné tout le trésor doctrinal et spirituel de l’authentique Tradition, c’est tout le patrimoine temporel des paroisses, des congrégations, des diocèses, qui est peu à peu dilapidé, vendu… et profané.
Car ramener à un usage profane des biens qui avaient été acquis, établis et développés, bénits et sanctifiés, pour le service et la gloire de la divine Majesté, c’est à proprement parler accomplir une profanation.
Un coeur profondément religieux ne peut qu’être douloureusement meurtri à ce constat.

Ce que la grande révolution n’avait pas pu mener totalement à sa fin – et seulement en recourrant à la terreur et aux plus extrêmes violences – , ce sont finalement les enfants de l’Eglise gangrenée par le modernisme, qui le mênent tout doucement – d’une manière « soft » - à son entier accomplissement depuis un demi-siècle.
Ils le font tantôt avec une espèce de résignation, tantôt avec une béate irresponsabilité, souvent en se gargarisant de pseudo motifs spirituels faussement évangéliques.

Que l’on ne m’objecte pas que mes propos sont empreints de matérialisme et d’attachement aux biens de ce monde : la Sainte Eglise, figure du Royaume éternel et porte par laquelle il faut passer pour y accéder, est néanmoins établie en ce monde.
En ce monde où pour vivre, croître, se développer, rayonner et travailler pour le Royaume des Cieux, il est indispensable de recourir à des moyens matériels : les tâches spirituelles ont besoin du support des biens terrestres.
Pour mener à bien la mission qui lui a été confiée par son divin Fondateur, l’Eglise doit user des biens de ce monde, dans l’esprit de la première Béatitude bien sûr, mais aussi avec le soin et la diligence du bon intendant fidèle ou du serviteur industrieux auquel ont été confiés les cinq talents d’argent, décrits par Notre-Seigneur en Ses paraboles.

Ainsi, lorsque nous sommes affligés et que nous versons des larmes sur la dilapidation des biens de l’Eglise et des congrégations, c’est sur la disparition progressive de la Chrétienté que nous pleurons ; c’est sur la destruction – qui apparaît parfois comme inexorable, bien que nous ne cessions pas d’être animés par l’espérance et la foi surnaturelles – de tout ce qu’avaient merveilleusement construit et patiemment édifié les longs siècles de civilisation chrétienne qui nous ont précédés ; c’est parce qu’ « il y a grande pitié au Royaume de France » et que ces abandons et pertes du patrimoine religieux ne sont que le signe et le symbole de la trahison des clercs et de la perte des âmes

Saint Jean-François Régis, Sainte Thérèse Couderc, priez pour nous !
Secourez-nous en ces temps si douloureux !
Obtenez-nous quelque part à la force des consolations divines !

Venez-nous en aide et gardez-nous inébranlables dans la foi,
dans l’espérance et dans la charité !
Ainsi soit-il. 

Lully.

Sainte Thérèse Couderc

2016-50. Du 30 juin, jour de la fête de Saint Martial et anniversaire de notre installation pérenne en ce village qui porte son nom.

Jeudi soir 30 juin 2016
Fête de Saint Martial, apôtre de l’Aquitaine,
et céleste protecteur de notre paroisse.

30 juin 2016 à la tombée du jour

Le campanile du Mesnil-Marie à la tombée du jour ce 30 juin 2016

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il ne m’est pas possible de laisser passer complètement ce jour sans revenir vers vous pour partager l’action de grâces qui monte de nos coeurs, au Mesnil-Marie, en cette soirée du 30 juin.

C’est qu’en effet, il y a huit ans exactement, au soir du 30 juin 2008, Frère Maximilien-Marie arrivait ici depuis le Vexin français (cf. > ici), au volant d’un dernier camion de déménagement.
Pendant les quatre mois précédents, il avait effectué de nombreux allers et retours entre le Vexin et le Vivarais afin de préparer ici l’installation du Refuge Notre-Dame de Compassion : si vous vous reportez à mes chroniques des mois de mars, avril, mai et juin de l’année 2008, vous y retrouverez les récits de toutes ces péripéties…

Le 30 juin est donc l’anniversaire de notre implantation stable et pérenne en ces lieux, et nous faisons monter vers Dieu de très vifs et fervents remerciements pour la manière dont Sa Providence a conduit et dirigé toutes choses : « Deus, cujus Providentia in sui dispositione non fallitur : ô Dieu, dont la Providence ne faillit jamais en ses dispositions » proclame l’oraison du septième dimanche après la Pentecôte, oraison très particulièrement aimée et souvent répétée par Frère Maximilien-Marie.

L’une de ces admirables dispositions de la Providence ne réside-t-elle pas dans le fait que le 30 juin est justement le jour de la fête de Saint Martial ?
Ainsi donc, les circonstances extérieures qui imposaient à Frère Maximilien-Marie de rendre à cette date du 30 juin les clefs de la propriété que nous occupions auparavant dans le Vexin, faisaient-elles, du même coup, que l’installation permanente du Refuge Notre-Dame de Compassion dans un hameau de ce village, placé sous le vocable et la céleste protection de Saint Martial, s’accomplissait au soir de sa fête : prodigieuse coïncidence en laquelle nous ne voyons pas un hasard, mais un merveilleux « clin-Dieu » !

Saint-Martial et son lac - 30 juin 2016

Le village de Saint-Martial en Boutières se mirant dans son lac, ce 30 juin 2016.

Depuis, nous avons appris à mieux connaître et à mieux aimer ce saint dont, je dois bien l’avouer, nous ne savions pas grand chose à notre arrivée.

Quelle joie de découvrir les magnifiques traditions anciennes à son sujet !
Saint Martial est en effet cet enfant que Notre-Seigneur Jésus-Christ donna à Ses disciples comme modèle à imiter pour entrer dans le Royaume des Cieux (cf. Matth. XVIII, 1-5) ; il est ce jeune garçon qui, lors de la première multiplication des pains présenta à Jésus les cinq pains d’orge et les deux poissons (cf. Johan. VI, 9) ; attaché particulièrement à Saint Pierre, dont il était parent, il fut ordonné prêtre puis consacré évêque par lui et missionné dans les Gaules dont il évangélisa la grande province romaine d’Aquitaine (note 1), fondant le siège épiscopal de Limoges ; c’est lui aussi qui, après la première apparition de la Sainte Vierge au Puy, assura à Saint Georges, premier évêque du Velay, que c’était bien la Sainte Mère de Dieu qui  s’était manifestée et y apporta comme relique l’une des sandales de Notre-Dame…

Bien sûr, depuis une bonne centaine d’années, les rationalistes et les démolisseurs de tout poil se sont acharnés à démolir ces anciennes traditions, et ils ont repoussé au IIIe siècle l’existence de Saint Martial, au sujet duquel finalement on ne saurait quasi plus rien du tout !

Saint-Martial l'église - 30 juin 2016

L’église de Saint-Martial.

Avec de nombreux papes et avec quelques conciles sérieux des siècles passés, nous maintenons les traditions anciennes relatives à Saint Martial et à son apostolicité.

Nous le prions pour qu’il continue à protéger ce village et ses habitants, placés sous sa protection depuis près de dix-sept siècles (note 2).
Frère Maximilien-Marie a pris l’habitude de l’invoquer (avec l’ange gardien de la paroisse) à chaque fois que, s’étant absenté, il rentre dans les limites historiques du territoire de cette paroisse de Saint-Martial.

Nous déplorons au plus haut point le fait que, en raison de la raréfaction catastrophique des vocations de prêtres diocésains, la suppression de toutes les anciennes paroisses (fondues dans de « nouvelles paroisses » inhumaines, parce que surdimensionnées et artificielles) ait, de fait, entraîné l’abandon de la célébration des fêtes patronales et la désaffection envers ces saints dont le culte villageois avait contribué à façonner l’identité des communautés humaines naturelles, historiques et spirituelles.

Saint-Martial intérieur de l'église - 30 juin 2016

Intérieur de l’église de Saint-Martial.

Comme, traditionnellement, une indulgence plénière est concédée par la Sainte Eglise à celui qui accomplit une pieuse visite dans une église paroissiale au jour de la fête de son titulaire, notre Frère Maximilien-Marie n’a pas manqué de se rendre au village, cet après-midi, pour aller se recueillir dans l’église…

L’église actuelle de Saint-Martial est un édifice néo-roman du XIXe siècle sans grand caractère : la vétusté de l’ancienne église, très dégradée après la grande révolution, et l’accroissement de la population de la paroisse aux XVIIIe et XIXe siècles avaient alors rendu nécessaire la construction d’un édifice plus vaste.
Bien trop vaste aujourd’hui : juchée dans le fond de l’abside, la grande statue de Saint Martial, en pierre blanche, haute d’environ trois mètres, n’y est plus guère l’objet d’une dévotion empressée, et, sauf à l’occasion des funérailles et d’un dimanche par mois, son auguste dextre levée ne bénit plus guère qu’une grand’ nef vide !

Statue de Saint Martial

Statue de Saint Martial, en pierre de Saint-Paul-Trois-Châteaux, haute d’environ 3 m,
dans le fond du sanctuaire de l’église de Saint-Martial en Boutières.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, à l’occasion de ce 30 juin, fête de Saint Martial et huitième anniversaire de notre arrivée en ces terres commises à sa garde et protection, n’était-il pas juste et bon que j’évoque avec vous la figure et la sainteté de ce très grand saint, égal aux Apôtres, et que je vous emmène virtuellement en cette église de notre paroisse territoriale qui lui est dédiée ?
Je me suis rendu compte, en effet, que je ne l’avais encore jamais fait, et j’espère que le grand Saint Martial ne m’en tiendra pas rigueur…

Patte de chat  Lully.

Saint-Martial le 30 juin 2016

Le village de Saint-Martial tel qu’il se découvre à la vue quand on arrive par l’est.

Note 1 : l’ancienne province romaine d’Aquitaine, nommée Gaule Aquitaine, est l’une des trois divisions de la Gaule romaine (les deux autres étant la Gaule Lyonnaise et la Gaule Belgique) : au nord elle s’étendait jusqu’à la Loire, englobant donc le Poitou, l’Aunis, la Saintonge, l’Angoumois, le Limousin, le Berry, le Bourbonnais, l’Auvergne, le Velay, la Guyenne, la Gascogne et le Béarn… et même, pendant un temps, le territoire de l’Helvie qui correspond à peu près à la superficie de l’actuel département de l’Ardèche.

Note 2 : Avec le docte Paul Camus (1874-1939), historien incomparable de Saint-Martial depuis les périodes les plus reculées jusqu’au XIXe siècle, on peut penser qu’il y eut ici dès le IIIe siècle un oratoire chrétien dédié à Saint Martial qui devint vers le VIe siècle le noyau autour duquel se constitua la paroisse de Saint-Martial en Boutières.

2016-48. Par leur trépas glorieux, ces deux Apôtres ont prouvé combien la mort des saints est précieuse devant Dieu.

29 juin,
Fête des Saints Apôtres Pierre et Paul.

La Sainte Eglise notre mère exulte aujourd’hui dans la célébration liturgique des Saints Apôtres Pierre et Paul, colonnes de l’Eglise de Rome où, selon la Tradition, ils ont versé leur sang le même jour de la même année, lors de la persécution déclanchée par Néron.
Profitons-en pou rappeler que la fête des Saints Apôtres Pierre et Paul est une fête de précepte, qui doit normalement être chômée et où l’assistance à la Messe est obligatoire (cf. > ici) : dans les pays tels que la France depuis la grande révolution, où ce jour n’est plus férié, la solennité doit en être reportée au dimanche suivant.

On trouve dans les oeuvres de notre glorieux Père Saint Augustin plusieurs sermons prononcés à l’occasion de cette fête. En voici un qui, quoique très court, n’en est néanmoins pas moins propre à alimenter nos méditations et notre action de grâces en ce jour.

Giuseppe Cesari 1608-09 vierge à l'enfant avec les sts Pierre et Paul

Giuseppe Cesari : les Saints Pierre et Paul entourant la Vierge à l’Enfant
(huile sur toile, 1608-1609)

« Par leur trépas glorieux, ces deux Apôtres ont prouvé combien la mort des saints est précieuse devant Dieu. »

Sermon de notre bienheureux Père Saint Augustin
sur
le martyre des Saints Apôtres Pierre et Paul.

§ 1. L’Eglise célèbre en une même fête les deux Apôtres Pierre et Paul : leurs vocations étaient différentes, mais ils ont été les serviteurs de la même foi.

Avec la grâce de Dieu, nous célébrons aujourd’hui le martyre de saint Pierre et de saint Paul ; le monde entier solennise aujourd’hui leur mémoire, les unissant dans les mêmes cantiques, comme ils ont été unis par une même foi et couronnés par un même triomphe.
C’est la fête de Paul ; et, tous le proclament, c’est aussi la fête de Pierre. Comment garder le silence sur Pierre, quand on se rappelle avec quelle fermeté il a refoulé la rage de Simon le Magicien, lui a enseigné la saine doctrine et a confondu son orgueil (note) ?
Par leur trépas glorieux, ces deux Apôtres ont prouvé combien la mort des saints est précieuse devant Dieu.
Paul est un vase d’élection, Pierre tient les clefs de la maison du Seigneur ; l’un était pêcheur, l’autre a été persécuteur. Paul a été frappé d’aveuglement, afin de mieux voir ; Pierre a renié, afin de croire. Paul, embrassant la foi de Jésus-Christ après la résurrection de l’Eglise, s’est montré le disciple d’autant plus glorieux de la vérité, qu’il avait été plus obstiné dans son erreur. Pierre pêcheur n’a pas déposé ses filets, mais les a changés, parce qu’honoré le premier du sacerdoce, il préféra désormais les sources à la mer, et chercha les poissons, non pas pour les détruire, mais pour les purifier.
Tous deux furent heureux dans l’administration de la doctrine, mais la mort les confirma dans un bonheur plus grand encore. Sur la-terre, la gloire n’est qu’en désir ; au ciel, elle a toute sa réalité. Sur la terre, les tribulations se succèdent, la mort met les saints en possession de la véritable grandeur.
La voix de ces Apôtres se fait entendre jusqu’aux confins de la terre. Partout s’élève en leur faveur un concert de louanges ; partout la voix des fidèles redit la magnificence de leur triomphe.

§ 2. Sens mystique du martyre des deux Apôtres.

Comment appeler morts des hommes dont la foi est un principe de vie et de résurrection pour le monde entier ?
Pour arriver au glorieux séjour de l’éternelle lumière, que personne n’hésite à se confier en toute assurance à la direction de ces illustres docteurs ; à leur suite, la conquête du ciel n’est plus impossible. Paul est là pour seconder nos efforts, et Pierre pour ouvrir les portes de l’éternel séjour.
Du reste, il ne peut que nous être utile de rappeler le glorieux martyre de ces Apôtres. Paul fut décapité, Pierre fut crucifié la tête en bas. Ce genre de mort est plein de mystère.
Il convenait que Paul eût la tête tranchée, parce qu’il est pour les Gentils le chef ou la tête de la foi. Pierre avait reconnu que Jésus-Christ est la tête de l’homme, et comme Jésus-Christ était alors assis dans sa gloire, Pierre lui présenta d’abord sa tête, que les pieds devaient suivre, afin que dans ce nouveau genre de martyre, pendant que les pieds et les mains étaient enchaînés, la tête pût prier et prendre le chemin du ciel. Je ne suis pas digne, disait Pierre, d’être crucifié comme mon Seigneur. Par ce langage il ne refusait pas le martyre, mais il craignait de s’approprier le genre de mort du Sauveur, et ne se trouvait digne que de honte et de châtiment.
Bienheureux Pierre, quand nous vous voyons suspendu à la croix, combien vous l’emportez à nos yeux sur le Magicien aspirant à prendre son vol dans les airs (note) ! Il ne s’élève que pour tomber plus profondément, tandis que vous n’inclinez votre tête vers la terre que pour posséder le ciel après votre mort, par la grâce de Jésus-Christ qui vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Tiare et clefs de Saint Pierre

Note :
Saint Augustin fait ici allusion à la très ancienne tradition, bien connue des chrétiens des premiers siècles et du Moyen-Age mais bien oubliée aujourd’hui, qui nous rapporte que Simon le Magicien – personnage que l’on trouve dans les Actes des Apôtres (VIII, 4-25) – est venu à Rome et que, possédé par le diable, il a tenté de séduire les foules par des prodiges pour les détourner de la prédication des Apôtres. Il s’est notamment élevé dans les airs, mais, à la prière de Saint Pierre a été précipité à terre. C’est de lui que vient le nom « simonie » qui désigne le péché consistant à monnayer les charges ecclésiastiques et à faire du commerce avec des choses bénites ou consacrées. 

2016-46. « Il n’est si élevé en gloire que parce qu’il a mené une vie intérieure. »

21 juin, fête de Saint Louis de Gonzague.

Ceux qui connaissent bien notre Frère Maximilien-Marie savent qu’en sus de Saint Maximilien-Marie Kolbe, il a pour célestes protecteurs de sa vie religieuse Saint Louis de Gonzague et Saint Gabriel dell’Addolorata : si l’on devait énoncer son nom complet de vie religieuse, il faudrait donc dire « Frère Maximilien-Marie Gabriel Gonzague du Sacré-Coeur », mais il faut bien reconnaître que ce serait un peu long… surtout pour l’appeler en cas d’urgence ou d’incendie !

Bien évidemment, chaque 21 juin est – vous le comprenez – un jour de particulières allégresse et ferveur en notre Mesnil-Marie. Dans notre oratoire, une veilleuse est allumée devant les reliques de Saint Louis de Gonzague, et aux prières habituelles nous ajoutons quelques exercices spécifiques en l’honneur de ce très grand saint.

J’ai décidé aujourd’hui de publier ci-dessous à votre intention la traduction en français d’un texte remarquable, transcrivant une vision de Sainte Marie-Madeleine de Pazzi qui eut lieu le 4 avril 1600, soit à peine neuf ans après la mort de Saint Louis de Gonzague (21 juin 1591).
C’est une traduction bien imparfaite, comme toute traduction : le texte original est en effet en dialecte florentin du XVIIe siècle et possède une saveur intraduisible.
Néanmoins il n’est pas inutile de savoir qu’à peine neuf ans après sa mort à Rome, Dieu a tenu à montrer à cette carmélite florentine l’incommensurable gloire de ce saint de 23 ans et à lui faire savoir ce qui était la cause d’une si grande gloire : sa vie intérieure.

J’ai illustré ce court texte avec des photographies prises par Frère Maximilien-Marie dans la chapelle de Saint Claude de La Colombière, à Paray-le-Monial, puisque, en effet, l’une des absidioles y est dédiée à Saint Louis de Gonzague et que son programme iconographique y conjugue la mosaïque et le vitrail pour représenter cette vision de Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi et la gloire du jeune saint. 

Lully.                  

Vision de Ste Marie-Madeleine de Pazzi - chapelle de La Colombière

« Qu’elle est grande la gloire de Louis, fils d’Ignace ! »
Vision de Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi
mosaïque et vitrail de la chapelle de La Colombière à Paray-le-Monial.

frise avec lys naturel

« Oh, quelle gloire est la gloire de Louis, fils d’Ignace ! 
Je ne l’aurais jamais cru si mon Jésus ne me l’avait fait voir !
Je n’aurais jamais imaginé qu’il y eût autant de gloire dans le Ciel que j’en vois dans Louis !

Je voudrais pouvoir parcourir tout l’univers et dire que Louis, fils d’Ignace, est un grand saint !
Et je voudrais faire connaître sa gloire à tout le monde, afin que Dieu en fût glorifié !

Il n’est si élevé en gloire que parce qu’il a mené une vie intérieure.
Qui pourrait apprécier le mérite et la vertu de la vie intérieure ?
Non ! Il n’y aura jamais aucune comparaison à faire entre les actes intérieurs et les extérieurs…

Louis fut un martyr inconnu : quiconque Vous aime, ô mon Dieu, Vous connaît si grand, si infiniment aimable !
Quel martyre ne fut-ce pas pour lui de voir qu’il ne pouvait Vous aimer autant qu’il désirait Vous aimer ; de voir que Vous n’étiez pas connu de toutes Vos créatures ; que Vous n’étiez pas aimé ; qu’au contraire Vous en étiez offensé !

Oh ! Combien Louis aima-t-il sur la terre ! Et maintenant, dans le Ciel, il jouit de Dieu dans une grande plénitude d’amour… »

Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi, in « Probatione », parte seconda.

Vitrail de St Louis de Gonzague -chapelle de La Colombière

Vitrail de Saint Louis de Gonzague
chapelle de La Colombière à Paray-le-Monial.

Voir aussi :
- « Saint Louis de Gonzague et la garde des sens » : BD et prière > ici
- Prière « O Domina mea » attribuée à Saint Louis de Gonzague > ici

2016-45. D’une délicate attention du Ciel dont a bénéficié l’un des participants au pèlerinage légitimiste au Puy-en-Velay…

Le mardi 7 juin dernier, l’un des participants au pèlerinage légitimiste au Puy-en-Velay, devait être opéré d’un glaucome dûment diagnostiqué, mais ce matin-là, lorsque le chirurgien a procédé aux ultimes examens préparatoires à l’intervention, il a constaté que l’opération n’était plus nécessaire et il l’a tout bonnement annulée…

En publiant le témoignage qui suit, nous n’entendons bien évidemment pas nous substituer au diagnostic des médecins ni au jugement de l’Eglise. Voilà pourquoi nous nous garderons d’utiliser le mot « miracle » puisque, pour l’heure, personne ne peut dire si cette notable amélioration constatée (au point, redisons-le, d’avoir eu pour effet immédiat l’annulation d’une intervention chirurgicale) est entière et définitive.
Toutefois, comme le disait l’ange Raphaël à Tobie, s’ « il est bon de cacher le secret du roi (…), révéler et publier les oeuvres de Dieu est une chose honorable » (Tob. XII, 7), car nous ne pouvons pas douter que c’est ici l’oeuvre de Dieu – par la médiation de Ses saints – , et nous ne voudrions pas manquer à notre devoir de reconnaissance envers le Dieu des miséricordes, sous le prétexte d’une prudence trop humaine.

Pierre des fièvres & chapelle du Crucifix

Cathédrale du Puy-en-Velay : la pierre des fièvres, dans la chapelle du Saint Crucifix.
C’est cette pierre qui fut désignée à deux reprises par la Sainte Mère de Dieu, aux origines du sanctuaire du Puy, comme lieu des guérisons qu’elle voulait accorder.

Laissons la parole à notre pèlerin qui, pour l’heure, entend rester dans l’ombre mais a consenti à nous écrire son témoignage :

« – MES YEUX : historique.

Vers le 22 avril 2015, je souffre de démangeaisons devenant brûlantes, avec l’impression de sable dans les yeux. Les paupières rougissent, enflent, s’infectent : le pharmacien consulté me donne une pommade  antibiotique…

30 avril 2015, je suis aux urgences du centre ophtalmologique de I.S. Diagnostic : inflammation aiguë avec chalazion ; on me prescrit une autre pommade antibiotique - anti inflamatoire, des lavages avec du sérum, des gouttes lubrifiantes.
Dans les jours qui suivent, les symptômes diminuent mais les paupières résistent en partie aux soins.

Je consulte trois ophtalmologistes : deux internes exerçant à ce cabinet médical pour les urgences à I.S., puis, le 27 mai 2015, un médecin à M…
Les internes ont  fait le bon diagnostic : blépharite aiguë infectée. 

Juillet 2015 : la même pommade antibiotique m’est prescrite par le généraliste, cette fois, en raison d’un orgelet énorme et d’une inflammation.

En septembre, de nouveau je souffre, je revois un interne qui renouvelle une ordonnance suivant un protocole classique : lavages avec sérum, compresses chaudes une fois par jour et massage des paupières, suivi d’application d’un gel stérile, gouttes lubrifiantes. 

5 octobre 2015. Consultation – prévue depuis six mois – avec le « patron », ophtalmologiste et chirurgien : toujours l’inflammation… C’est un médecin peu bavard : il me prescrit pour trois mois un antibiotique par voie buccale, en alternant trois jours par mois avec des gouttes oculaires et un autre antibiotique, et toujours le lavage avec du sérum, des compresses chaudes suivies d’un massage des paupières (glandes meibomius), le nettoyage avec un gel stérile et des gouttes lubrifiantes plusieurs fois par jour. Cela tous les jours.
Traitement « de routine » prescrit pour six mois, sauf que les antibiotiques sont au degré maximum.
Ma vie est rythmée par ces soins.  J’ai une surveillance régulière par le spécialiste.

Ce même 5 octobre 2015, on a même évoqué la pose de bouchons… 
Je réfléchis et m’interroge : « Jusqu’à quand mes yeux vont ils m’ennuyer ? Jusqu’à quand ces douleurs (jusqu’à ressentir l’impression que les yeux vont sortir de l’orbite), ces brûlures, ces démangeaisons intolérables ? »  
Pour conduire ou lire, c’est parfois difficile.  

Mars 2016 : contrôle. 
Le docteur est mécontent car l’inflammation a diminué, mais persiste. Il m’informe, avec insistance, que le traitement est très long : pathologie chronique avec des hauts et des bas. La prescription est à peu près la même, mais ce jour là : « Vos paupières sont correctes, mais vous avez encore des manifestations inflammatoires, alors j’ajoute « Ikervis » (ciclosporine), prévu pour les cas rebelles. En plus, soyez prudent les jours de vent… »

Un an de douleurs, de démangeaisons intolérables, de brûlures, d’impression de grains de sable, de traitement contraignant, avec en plus un nouveau diagnostic : glaucome !

Le spécialiste me dit : « Attention ! Lorsque vous prendrez des médicaments vous êtes concerné par les contre indications se référant au  glaucome : c’est pour vous ! » 

Ensuite, sortant une maquette, il m’explique que le liquide aqueux de l’oeil, subissant des pressions, déforme la cornée :   »Pour éviter les effets irréversibles (c’est-à-dire la cécité), je vais percer la cornée d’un trou microscopique à cet endroit précis, au moyen d’un rayon laser, pour permettre au liquide en trop de s’échapper et d’arriver dans la partie visible de vos yeux et d’être évacué ».

Je reste paralysé, sans défense. Cependant je l’interroge pour savoir si cette intervention sera unique et où ? 
- Cela se fait en une fois. 
Comme je me dirige vers la porte, il me demande de prendre rendez vous après avoir donné des instructions à la secrétaire.

Je suis ressorti très étourdi par cette consultation. 

Je réfléchis : laser = brûlure…
Impuissant, je patiente jusqu’au 7 juin, date qui a été fixée afin de me permettre de me rendre au pèlerinage légitimiste au Puy. 

Et je m’en remets au Seigneur.

Ce 7 juin je me rends donc au centre pour l’opération. 
Je passe plusieurs examens préparatoires. Puis le médecin scrute longuement les croquis, l’échographie, avec les résultats, et me dit :  »L’examen est bon ; il n’y a pas de tension ; je n’interviens pas. C’est bon ! » 
Un éclair me traverse : « Ça, c’est la Sainte Vierge ! Merci, Vierge Marie ! »

Le médecin ajoute :  »Cependant vous resterez sous surveillance pendant trois ans avec une consultation annuelle. D’ici là votre cataracte – légère – aura évolué, et peut-être aurai-je à intervenir si des modifications survenaient (glaucome). Pour l’instant, pas de problème ».

Je repars avec le sempiternel traitement quotidien pour les paupières, qui est un autre problème, indépendant du glaucome disparu.

Je suis libéré, échappant à une intervention délicate aux suites longtemps douloureuses.

En m’allongeant sur la pierre noire (note 1), samedi, j’ai dit intérieurement et avec confiance : « Sainte Vierge Marie : libérez mon corps et mon esprit de tous les maux qui m’envahissent et entravent ma vie ».   

Ce 7 juin au matin devant le médecin, j’ai immédiatement remercié mentalement la Vierge Marie. Est-ce elle ? Avec  le petit Roi Louis XVII intercédant aussi pour moi ? Je le prie souvent, à la messe et en privé. Après la bénédiction de l’icône (note 2), je l’ai embrassée justement là où est le petit Louis XVII, au coin en bas à gauche…

Je réalise peu à peu que je suis passé à travers une épreuve délicate qui m’inquiétait. Alors louons la Sainte Trinité, Marie, Joseph, St Michel, mon ange gardien : tous évoqués dans mes oraisons : le monde céleste. 
Rendons grâce : ALLELUIA ! »

icône des martyrs de la famille royale détail : Louis XVII dans son cachot

Sainte icône des martyrs de la famille royale, détail : Louis XVII dans son cachot.

Note 1 : il s’agit de la « pierre des fièvres », dans la cathédrale du Puy, sur laquelle lors des apparitions qui ont fondé le pèlerinage à Notre-Dame du Puy, la Sainte Mère de Dieu a opéré des guérisons miraculeuses.

Note 2 : l’icône représentant les martyrs de la famille royale (LL.MM. les Rois Louis XVI, Louis XVII et la Reine Marie-Antoinette, ainsi que Madame Elisabeth) qui a été présentée et bénite lors de la conclusion du pèlerinage légitimiste, le dimanche 5 juin : icône réalisée afin de « relancer » la cause de béatification de nos martyrs royaux et déposée dans l’oratoire du Mesnil-Marie (lire plus en détail ici).

Monogramme Marie 2

2016-43. De la sainte icône des martyrs de la famille royale désormais exposée dans l’oratoire du Mesnil-Marie.

Mercredi 8 juin 2016,
221e anniversaire du rappel à Dieu de S.M. le Roi Louis XVII (cf. > ici).

Armes de France gif

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

C’est très intentionnellement que j’ai choisi cette date du 8 juin pour vous dévoiler, après que Frère Maximilien-Marie l’a lui-même dévoilée dimanche dernier aux participants du pèlerinage jubilaire de la Légitimité au Puy-en-Velay (cf. > ici), une icône que nous avons commandée à une artiste, Madame Olga Platonova, iconographe originaire de Saint-Petersbourg, professeur d’iconographie à la paroisse orthodoxe russe de la Présentation de Marie (rue Olivier de Serre, Paris XVe).

Pour vous en parler, il faut que je revienne deux ou trois ans en arrière.
Romain, l’un de nos amis, et Frère Maximilien-Marie s’étaient demandé à plusieurs reprises comment il serait possible de relancer la cause de béatification des membres de la famille royale mis à mort pendant la grande révolution : Leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVII et la Reine Marie-Antoinette, ainsi que Madame Elisabeth, soeur du Roi. En effet, si diverses tentatives ont existé au cours des XIXe et XXe siècles, elles n’ont jusqu’ici pas abouti.

Il est bien certain que c’est principalement en haine de la foi catholique, en haine de l’Eglise catholique et en haine des desseins de Dieu sur la France, que le Roi Louis XVI, la Reine Marie-Antoinette et Madame Elisabeth ont été envoyés à la guillotine, et que le Roi Louis XVII a été condamné à des sévices physiques et psychologiques innommables, puis à une mort lente dans la plus dégradante des réclusions.
Mais il est tout aussi certain que, d’une part, ni la république, ni la maçonnerie – qui en est la pseudo religion officielle – ne souhaitent cette glorification qui mettrait davantage en lumière leurs actions diaboliques ; et que, d’autre part, un épiscopat d’une désolante inconsistance, continûment empêtré dans ses compromissions avec un régime impie, n’a ni la capacité spirituelle et intellectuelle ni la volonté d’entreprendre les démarches en vue de leurs béatifications, au contraire de l’Eglise russe qui a élevé sur les autels la famille impériale massacrée en 1917.

Nous en sommes donc arrivés à formuler ce raisonnement :
1 – puisque nous avons les plus solides raisons de penser que Leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVII, la Reine Marie-Antoinette et Madame Elisabeth sont au Ciel, rien ne nous empêche de les invoquer pour obtenir des grâces par leur intercession (sans que cela prenne les formes d’un « culte public » tel que défini par le droit canonique) ;
2 – puisque en guise de preuve qu’ils sont au Ciel, l’Eglise demande toujours des grâces et des miracles par l’intercession des « serviteurs de Dieu », rien ne s’oppose à ce que l’on diffuse une prière pour demander l’intercession de nos martyrs royaux ;
3 – puisque, dans l’état actuel des choses, nous ne pouvons pas attendre de la timorée hiérarchie de l’Eglise, leur béatification, ce doivent être les grâces et les miracles obtenus par les fidèles qui doivent en quelque manière « forcer » cette hiérarchie à sortir de sa langueur ;
4 – il nous faut donc diffuser une image permettant de matérialiser – si l’on peut dire – ou de concentrer ces prières et supplications ; toutefois ni les portraits de cour réalisés de leur vivant, ni les représentations plus ou moins romantiques postérieures à la révolution ne conviennent à une saine démarche religieuse : il serait donc opportun de proposer une représentation strictement religieuse et spirituelle qui mette en valeur leur martyre ;
5 – une icône, comme les russes en ont fait réaliser pour la famille impériale martyre, possède toutes les caractéristiques voulues pour cette expression spirituelle et permettrait la mise en évidence de la mise à mort en haine de la religion ; en sus, outre le fait que les icônes sont de plus en plus comprises et vénérées par la piété latine, cette représentation facilitera aussi la dévotion des fidèles des rites orientaux dont un très grand nombre – en France mais pas uniquement – sont royalistes et légitimistes…

Après quelques tâtonnements, grâce à une religieuse orthodoxe sympathisante de la Confrérie Royale, nous avons été mis en relation avec Madame Olga Platonova qui a parfaitement compris notre dessein et y a adhéré de toute son âme et de tout son talent.
Madame Platonova a travaillé pendant plusieurs mois – mettant en oeuvre les canons de l’iconographie sacrée – , et notre Frère Maximilien-Marie, dans le même temps, économisait sou par sou afin de pouvoir la rétribuer en toute justice.

Enfin, grâce à une amie proche qui devait se rendre à Paris et se l’est vue remettre par Madame Platonova, l’icône est arrivée au Mesnil-Marie le dimanche de la Sainte Trinité 22 mai 2016.
Frère Maximilien-Marie l’a déposée dans l’oratoire, mais elle y est restée voilée tant qu’elle n’était pas bénite : c’est ce dernier dimanche, 5 juin 2016, que, après avoir été dévoilée aux participants du pèlerinage jubilaire légitimiste au Puy, elle a reçu cette bénédiction.

Icône des martyrs royaux filigranée 421x600

Comme je l’ai expliqué plus haut, ce sont les canons de la représentation sacrée dans les Eglises d’Orient qui ont présidé à la réalisation de cette icône : loin des portraits de cour et des figurations réalistes ou sentimentalo-romantiques, l’icône exprime une réalité spirituelle et montre symboliquement les serviteurs de Dieu dans leur éternité de gloire. En cela, elle tire celui qui la contemple et qui prie devant elle hors des contingences terrestres pour l’amener à un contact spirituel avec les saints.
Sur cette icône, Leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVII et la Reine Marie-Antoinette sont donc figurés portant les insignes canoniques de leur royauté (avec le manteau fleurdelysé propre à la royauté française), et Madame Elisabeth est représentée en princesse de sang royal : leur appartenance à une race royale particulièrement favorisée des dons divins subsiste dans l’éternité, spiritualisée.
Chacun d’un porte à la main une croix, symbole de leur martyre qui les a unis d’une manière spéciale au Christ, Roi des martyrs.

En arrière-plan sont peints les lieux de leur chemin de croix : les Tuileries, le donjon du Temple et la Conciergerie, tandis que dans les angles sont évoquées les scènes de leurs morts.
Leurs noms sont écrits en toutes lettres : Louis-Auguste Roi de France, Louis-Charles Roi de France, Marie-Antoinette Reine de France, Elisabeth-Philippine Fille de France.

J’espère pouvoir très bientôt vous proposer des reproductions imprimées de cette sainte icône de nos martyrs royaux ainsi que la prière destinée à demander des grâces par leur intercession, mais il me semblait important de pouvoir déjà vous la présenter en ce jour, marqué par un si poignant anniversaire (cf. > ici).

Lully.

Trois lys blancs

2016-40. Déposition de frère Jean Pasquerel au procès de Jeanne d’Arc.

30 mai,
Fête de Sainte Jeanne d’Arc.

Nous avons déjà publié dans les pages de ce blogue les témoignages de Jean Massieu sur la mort de Sainte Jeanne d’Arc (cf. > ici) et des dominicains qui assistèrent Jeanne en son supplice (cf. > ici). Voici aujourd’hui la déposition de Frère Jean Pasquerel, de l’Ordre des Ermites de Saint-Augustin, lorsqu’il fut interrogé par les juges de Jeanne lors du procès de Rouen, à la fin du mois de février 1431.
Frère Jean Pasquerel entendit parler de Jeanne alors qu’il s’était rendu au Grand Pardon du Puy-en-Velay, le Vendredi-Saint 25 mars 1429, jubilé auquel participait également Isabelle Romée, mère de Jeanne. Tout ce que l’on sait de lui est contenu dans cette déposition au procès : il était « lecteur » – c’est-à-dire professeur – au couvent des Ermites de Saint-Augustin de Tours et se mit au service de Jeanne qui fit de lui son aumônier et confesseur.

Maurice Denis - Communion de Jeanne d'Arc avant le combat

Maurice Denis (1870-1943) : Sainte Jeanne d’Arc communiant avant le combat

Déposition de frère Jean Pasquerel, ermite de Saint-Augustin et aumônier de Jeanne, à son procès :

J’étais au Puy (note 1), où se trouvait la mère de Jeanne, ainsi que quelques-uns de ceux qui l’avaient menée au roi quand j’ouïs parler pour la première fois de Jeanne et de sa venue à la cour. Ces gens, ayant fait connaissance avec moi, me dirent : « Il faut venir avec nous près de Jeanne. Nous ne vous laisserons que quand nous vous aurons conduit auprès d’elle ». Je vins donc avec eux à Chinon, puis à Tours.

J’étais précisément lecteur dans un couvent de cette ville. A Tours, Jeanne demeurait pour lors au logis de Jean Dupuy, bourgeois de la ville. Nous l’y rencontrâmes. Mes compagnons lui dirent : « Jeanne, nous vous avons amené ce bon Père. Quand vous le connaîtrez bien, vous l’aimerez bien ». Jeanne leur répondit : « Le bon Père me rend bien contente. J’ai déjà entendu parler de lui et dès demain je me veux confesser à lui ». Le lendemain je l’ouïs en confession, et je chantai la messe devant elle. Depuis cette heure, j’ai toujours suivi Jeanne et n’ai cessé d’être son chapelain jusqu’à Compiègne.

On m’a dit que quand Jeanne vint au roi, elle fut, à deux reprises, visitée par des femmes. On voulait savoir ce qu’il en était d’elle, si elle était homme ou femme, déshonorée ou vierge. Elle fut trouvée femme, mais vierge et pucelle. Elle fut notamment visitée, paraît-il, par la dame de Gaucourt et par la dame de Trèves.

Au moment où Jeanne entrait au château de Chinon pour aller parler au roi, un cavalier se mit à dire : « N’est-ce pas là la Pucelle ? Jarnidieu ! si je l’avais une nuit, je ne la rendrais pas telle que je l’aurais prise. —Ha ! lui dit Jeanne, en nom Dieu, tu Le renies et tu es si près de la mort ! »
Moins d’une heure après, cet homme tomba dans l’eau et se noya. Je tiens ce fait de la bouche de Jeanne et de plusieurs autres personnes qui déclaraient avoir été présentes.

Le seigneur comte de Vendôme introduisit Jeanne dans la chambre du roi. Le roi l’apercevant lui demanda son nom. Elle dit : « Gentil dauphin, j’ai nom Jeanne la Pucelle, et vous mande le Roi des cieux par moi que vous serez sacré et couronné à Reims, et que vous serez le lieutenant du Roi des cieux qui est roi de France ».
Après beaucoup de questions du roi, Jeanne reprit : « Je te dis de la part de Messire que tu es vrai héritier de France et fils du roi, et Il m’envoie à toi pour te conduire à Reims afin que tu y reçoives ton couronnement et ton sacre, si tu en as la volonté ».
A la suite de cet entretien, le roi dit à son entourage que Jeanne lui avait parlé de certaines choses secrètes que nul ne savait ni ne pouvait savoir hormis Dieu, et qu’ainsi il avait bien confiance en elle.
Tout ce que je viens de dire je le tiens de Jeanne, car je ne fus témoin de rien.

Jeanne me disait qu’elle était vexée de tant d’interrogatoires ; qu’on l’empêchait de faire sa besogne, qu’elle était impatiente d’agir, qu’il en était temps.

Elle avait demandé aux messagers de son Seigneur — son Seigneur c’était Dieu — ce qu’elle devait faire. Ils lui dirent de prendre l’étendard. Elle se fit donc faire un étendard où était représenté notre Sauveur assis en jugement sur les nuées du ciel, et où figurait un ange, tenant en ses mains une fleur de lis que le Sauveur bénissait. J’étais à Tours quand cet étendard y fut bénit.

Jeanne était très dévote envers Dieu et la bienheureuse Marie. Elle se confessait presque chaque jour et communiait fréquemment. Quand elle était en un lieu où il y avait un couvent de mendiants, elle me disait de lui remémorer les jours où les petits enfants des mendiants (note 2) recevaient le sacrement de l’Eucharistie, pour qu’elle communiât avec eux. Et c’était son plaisir de communier avec les petits enfants des mendiants. Quand elle se confessait, elle pleurait.

Ayant quitté Tours pour aller à Orléans, nous fûmes à Blois deux ou trois jours environ, attendant les vivres qu’on y chargeait sur les bateaux.
A Blois, Jeanne me dit de faire faire une bannière autour de laquelle se rassembleraient les prêtres et d’y faire peindre l’image de Notre-Seigneur crucifié. La bannière une fois terminée, Jeanne, chaque jour, matin et soir, me faisait convoquer tous les prêtres. Ceux-ci, réunis, chantaient des antiennes et des hymnes en l’honneur de la bienheureuse Marie.
Jeanne était avec eux. Elle ne permettait à aucun homme d’armes d’y être s’il ne s’était confessé le jour même, et elle les avisait tous de se confesser pour venir à la réunion, vu que tous les prêtres qui en étaient se tenaient prêts à recevoir tout pénitent de bonne volonté.
Le jour où on quitta Blois pour aller à Orléans, Jeanne fit rassembler tous les prêtres. La bannière en tête, ils ouvrirent la marche. Les hommes d’armes suivaient. Le cortège sortit de la ville, par le côté de la Sologne, en chantant : Veni creator Spiritus, et plusieurs autres antiennes.

Ce Jour-là et le lendemain on coucha dans les champs.
Le troisième jour, on arriva en vue d’Orléans. Les gens d’armes du roi, qui menaient un convoi de vivres, s’avancèrent jusque dans le voisinage de l’ennemi, si bien que Français et Anglais pouvaient, avec leurs yeux, se dévisager mutuellement. Mais la rivière était en ce moment si basse que les bateaux ne pouvaient monter ni venir jusques à la rive où étaient les Anglais. Heureusement, comme par un coup soudain, une crue d’eau se fit. Les bateaux purent aborder. Jeanne y entra avec des hommes d’armes et pénétra dans Orléans.

Pour moi, sur l’ordre de Jeanne, je retournai à Blois avec les prêtres et la bannière.
Peu de jours après, à la suite d’une quantité d’hommes d’armes, je vins à Orléans, par la Beauce, avec la bannière et les prêtres, sans aucun empêchement. Jeanne vint à notre rencontre et nous entrâmes tous ensemble dans la ville. Il n’y eut pas de résistance : nous fîmes entrer le convoi sous les yeux mêmes des Anglais. C’était merveilleux.
Les Anglais étaient en grande puissance et en grande multitude, excellemment armés et prêts au combat ; ils voyaient bien que ces gens du roi faisaient maigre figure vis-à-vis d’eux. Ils nous voyaient, ils entendaient chanter nos prêtres au milieu desquels je me trouvais portant la bannière. Eh bien ! ils demeurèrent tous impassibles et n’attaquèrent ni les clercs ni les hommes d’armes.
A peine étions-nous à Orléans que, pressés par Jeanne, les hommes d’armes sortirent de la ville pour aller attaquer les Anglais et donner l’assaut à la bastille Saint-Loup.
Ce jour-là, d’autres prêtres et moi, nous rendîmes après dîner, au logis de Jeanne. Au moment où nous arrivions, nous l’entendîmes qui criait : « Ou sont ceux qui me doivent armer ? Le sang de nos gens coule à terre ». Ayant été armée, elle sortit précipitamment et courut à la bastille Saint-Loup où avait lieu l’attaque. En route, Jeanne rencontra plusieurs blessés ; elle en eut très grande douleur. Peu après, elle marcha avec les autres à l’assaut et fit si bien que, violemment et par force, la bastille fut prise. Ceux qui s’y trouvaient furent faits prisonniers.
Je me rappelle que cet assaut eut lieu la veille de l’Ascension. Il y eut là force Anglais mis à mort. Jeanne s’en affligeait beaucoup, parce que, disait-elle, ces pauvres gens avaient été tués sans confession ; et elle les plaignait fort.
Sur place elle se confessa à moi. En même temps elle me prescrivit d’avertir publiquement tous les hommes d’armes de confesser leurs péchés et de rendre grâces à Dieu de la victoire obtenue ; sinon, elle ne les aiderait plus et même ne resterait pas en leur compagnie.

Ce même jour, veille de l’Ascension, Jeanne dit que dans cinq jours le siège d’Orléans serait levé et qu’il ne resterait plus un seul Anglais devant la ville. Or tel fut l’événement.

Ainsi, comme je l’ai dit, nous prîmes ce jour-là la bastille de Saint-Loup. Elle renfermait plus de cent hommes d’élite et bien armés. Il n’y en eut pas un qui ne fût tué ou pris.
Le soir de ce jour, étant en mon logis, Jeanne me dit que le lendemain, qui était le jour de l’Ascension de Notre-Seigneur, elle s’abstiendrait de guerroyer et de s’armer par révérence de cette fête solennelle ; et que ce jour-là elle voulait se confesser et communier. Ce qu’elle fit.
Elle ordonna que nul ne sortît le lendemain de la ville et allât attaquer ou faire assaut, qu’il ne se fût préalablement confessé.
Elle dit encore qu’on veillât que les femmes dissolues ne fissent partie de sa suite, car, à cause de leurs péchés, Dieu permettrait qu’on eût le dessous.

C’est en ce jour de l’Ascension que Jeanne écrivait aux Anglais retranchés en leurs bastilles en cette manière (5 mai 1429) :
« Vous, hommes d’Angleterre, qui n’avez aucun droit en ce royaume de France, le Roi des cieux vous mande et ordonne par moi Jehanne la Pucelle, que vous quittiez vos bastilles et retourniez en vos pays. Sinon je ferai de vous un tel hahu (note 3) qu’il y en aura perpétuelle mémoire. Voilà ce que je vous écris pour la troisième et dernière fois, et je ne vous écrirai plus ». Ainsi signé : « JHÉSUS MARIA, Jehanne la Pucelle ».
« Je vous aurais envoyé mes lettres plus honnêtement ; mais vous retenez mes hérauts ; vous avez retenu mon héraut Guyenne. Veuillez me le renvoyer et je vous renverrai quelques-uns de vos gens qui ont été pris à la bastille Saint-Loup ; car ils ne sont pas tous morts ».
La lettre écrite, Jeanne prit une flèche, attacha au bout la missive avec un fil et ordonna à un archer de la lancer aux Anglais en criant : « Lisez, ce sont nouvelles». La flèche arriva aux Anglais avec la lettre. Ils lurent la lettre, puis ils se mirent à crier avec très, grandes clameurs : « Ce sont nouvelles de la putain des Armagnacs ».
A ces mots Jeanne se mit à soupirer et à pleurer beaucoup, invoquant le Roi des cieux à son aide. Bientôt elle fut consolée, parce que, disait-elle, elle avait eu des nouvelles de son Seigneur.

Le soir, après souper, Jeanne me dit qu’il faudrait le lendemain me lever plus tôt que je n’avais fait le jour de l’Ascension et que je la confesserais de très grand matin.
En conséquence, le lendemain vendredi, je me levai dès la pointe du jour ; je confessai Jeanne et je chantai la messe devant elle et tous ses, gens. Puis, elle et les hommes d’armes allèrent à l’attaque, qui dura du matin jusqu’au soir.
Ce jour-là, la bastille des Augustins fut prise après un grand assaut.
Jeanne, qui avait l’habitude de jeûner tous les vendredis, ne le put cette fois parce qu’elle avait, eu trop à faire. Ainsi elle soupa. Elle venait d’achever son repas lorsque vint à elle un noble et vaillant capitaine dont je ne me rappelle pas le nom. Il dit à Jeanne : « Les capitaines ont tenu leur conseil. Ils ont reconnu qu’on était bien peu de Français, eu égard au nombre des Anglais, et que c’était par une grande grâce de Dieu qu’ils avaient obtenu quelques avantages. La ville étant pleine de vivres, nous pouvons tenir en attendant le secours du roi. Dès lors le conseil ne trouve pas expédient que les hommes d’armes fassent demain une sortie ». Jeanne répondit : « Vous avez été à votre conseil ; j’ai été au mien. Or, croyez que le conseil de mon Seigneur s’accomplira et tiendra et que le vôtre périra ». Et s’adressant à moi qui étais près d’elle : « Levez-vous demain de très grand matin, encore plus, que vous ne l’avez fait aujourd’hui, et agissez le mieux que vous pourrez. Il faudra vous tenir toujours près de moi, car demain j’aurai fort à faire et plus ample besogne que je n’ai jamais eue. Et il sortira demain du sang de mon corps au-dessus du sein ».
Donc, le lendemain samedi, dès la première heure, je me levai et célébrai la messe. Puis Jeanne alla à l’assaut de la bataille du Pont où était l’Anglais Clasdas (Glasdale).
L’assaut dura depuis le matin jusqu’au coucher du soleil sans interruption. A cet assaut, l’après-dîner, Jeanne, comme elle l’avait prédit, fut frappée d’une flèche au-dessus du sein. Quand elle se sentit blessée, elle craignit et pleura, et puis fut consolée, comme elle disait.
Quelques hommes d’armes la voyant ainsi blessée voulurent la charmer. Mais elle refusa, et dit : « J’aimerais mieux mourir que de faire chose que je susse être un péché ou contraire à la volonté de Dieu. Je sais, bien que je dois mourir un jour ; mais je ne sais ni quand, ni où, ni comment, ni à quelle heure. S’il peut être apporté remède à ma blessure sans péché, je veux bien être guérie ».
On appliqua sur la blessure de l’huile d’olive dans du lard ; et ce pansement fait, Jeanne se confessa à moi en pleurant et se lamentant. Ensuite, elle retourna derechef à l’assaut, en criant : « Clasdas, Clasdas, ren-ti, ren-ti au Roi des cieux ! Tu m’as appelée putain ; j’ai grand’pitié de ton âme et de celle des tiens ».
A cet instant, Clasdas, armé de la tête aux pieds, tomba dans le fleuve de la Loire et fut noyé, Jeanne, émue de pitié, se mit à pleurer fortement pour l’âme de Clasdas et des autres, noyés là en grand nombre.

J’ai souvent ouï Jeanne assurer qu’il n’y avait dans son fait qu’un pur ministère ; et quand on lui disait : « Mais rien de tel ne s’est vu comme ce qui se voit en votre fait : en aucun livre on ne lit telles choses », elle répondait : « Mon Seigneur a un livre dans lequel onques nul clerc n’a lu, tant soit-il parfait en cléricature ».

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Note 1 : Frère Jean Pasquerel s’était rendu au Puy-en-Velay pour le Grand Pardon du Vendredi-Saint 25 mars 1429 (pour le Jubilé du Puy, voir > ici).
Note 2 : « les petits enfants des mendiants » : les enfants catéchisés par les religieux mendiants.
Note 3 : « un tel hahu » ou « un tel hahaye » : le mot est difficilement lisible dans les minutes du procès… et s’il s’agit bien de « hahu » ou de « hahaye », on ne connaît pas ce mot, si bien que beaucoup de ceux qui reproduisent cette lettre de Jeanne prennent le parti d’omettre cette phrase. S’agit-il d’une espèce d’onomatopée ? S’agit-il d’un mot dialectal plus ou moins déformé ? De toute façon, on comprend très bien l’idée que Jeanne a voulu exprimer…

Blason de Sainte Jeanne d'Arc

Lire aussi :
- « A Jeanne d’Arc » : cantique du Père Donceur et prière pour la France > ici
- Jeanne d’Arc, sainte de la Légitimité dynastique > ici

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