Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2017-50. Où l’on reparle des ecclésiastiques martyrisés par les huguenots à Lamastre le 3 mai 1587 et de la chapelle des Saints Os.

1587 – 3 mai – 2017

Lamastre : quartier de Macheville

Ancienne carte postale montrant le quartier de Macheville à Lamastre
tel qu’il était au début du XXe siècle

Mercredi 3 mai 2017.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parce que ce 3 mai 2017 marque l’exact 430ème anniversaire de cet évènement à la fois tragique et glorieux, je voudrais aujourd’hui évoquer à nouveau avec vous le martyre de sept ecclésiastiques catholiques (prêtres et religieux), perpétré par les fanatiques huguenots à Lamastre le 3 mai 1587.
J’avais déjà eu l’occasion de vous parler de ces martyrs il y a quatre ans (cf. > ici). Permettez-moi donc de reprendre en partie ce que j’écrivais alors :

« Lamastre – en occitan La Mastra – est aujourd’hui une commune d’environ 2500 habitants, formée en 1790 par la réunion de trois petites communautés d’Ancien Régime, dans cette partie du Haut Vivarais qui appartenait alors à l’ancien diocèse de Valence.
Sur un éperon rocheux qui domine la bourgade, se trouve le quartier de Macheville – qui était l’une de ces trois communautés historiques – serré autour de l’église catholique et des bâtiments de l’ancien prieuré bénédictin.
A côté du cimetière et mitoyenne de l’église, existe une petite chapelle du XVIIe siècle, couramment appelée « Chapelle des Saints Os » : une tradition orale constante et un mouvement de vénération populaire très vif parmi les paroissiens sous l’Ancien Régime, rapportaient qu’en ce lieu avaient été ensevelis sept prêtres et religieux martyrisés par les huguenots.

Chapelle des Saints Os au chevet de l'église de Macheville à Lamastre

Chapelle des Saints Os au chevet de l’église de Macheville à Lamastre

« En 1863, un court texte manuscrit fut découvert venant confirmer cette tradition, précisant la date du massacre – le 3 mai 1587 – et son auteur : le capitaine protestant Jacques de Chambaud (dont nous avons eu l’occasion d’évoquer la figure à propos du pèlerinage de Notre-Dame de Pradelles > ici).
Voici le texte de cette notice, mise en français moderne et publiée par l’Abbé Mollier dans son ouvrage « Saints et pieux personnages du Vivarais » (ouvrage publié en 1895 avec l’approbation de Son Excellence Monseigneur Bonnet, évêque de Viviers – tome 2) :

« Bientôt, après avoir saccagé la ville de Desaignes, tous les brigands et le capitaine Chambaud se mirent en chemin pour le bourg de La Mastre, où se trouvaient bon nombre des leurs et avaient grande puissance dans le château. Il y avait dans ce pays quelques catholiques qui s’étaient cachés dans les murailles du prieuré.
Or, comme ce jour il se faisait toutes les années une procession jusqu’en un lieu où était une chapelle et une Vierge miraculeuse, le prieur de l’endroit nommé P. de La Gruterie et le sieur Gaspard de La Roche, prêtre de ce même lieu, et un bon nombre de prêtres et de fidèles réfugiés dans le prieuré, allèrent pieusement et avec ferveur, sans armes que croix et bannière, obtenir la clémence de Dieu.
Les massacreurs aperçurent les fidèles catholiques, qui priaient comme sans crainte, et se précipitèrent avec fureur sur eux sans défense, car les gens s’étaient enfuis dans les champs. Ils firent passer plusieurs fois leurs chevaux sur leurs corps, puis les jetèrent dans le ravin après en avoir occis les têtes qu’ils jetèrent du bas des murailles dans l’intérieur du prieuré. » 

Or j’ai quelques éléments nouveaux à ajouter aujourd’hui…

Reproduction naïve du tableau des martyrs de Lamastre

Petite reproduction naïve du  grand tableau des martyrs du 3 mai 1587
qui se trouvait jadis dans la chapelle des Saints Os à Lamastre

En effet, au cours de l’été 2016, Frère Maximilien-Marie a eu l’occasion de se rendre à Lamastre et, grâce à l’amicale bienveillance du prêtre alors en charge de la paroisse, il a pu accéder à l’intérieur de la dite « Chapelle des Saints Os » habituellement fermée parce qu’elle ne sert plus guère que comme annexe de rangement de la sacristie avec laquelle elle communique.

Le grand tableau représentant les sept ecclésiastiques martyrs que les anciens textes mentionnent et qui dataient selon toute vraisemblance du début du XVIIème siècle, lors de la construction de cette chapelle, ne s’y trouve plus.
Au presbytère cependant s’en trouve une reproduction naïve d’environ 30 cm x 25 cm, dont la photographie se trouve ci-dessus.

Soulevant une grande trappe pratiquée dans le plancher de la chapelle, Monsieur le Curé permit à Frère Maximilien-Marie de descendre dans la crypte où, après les fouilles pratiquée en 1863 par le curé de l’époque consécutivement à la découverte de la notre manuscrite sus-citée, furent déposés, dans un châsse en bois sur le devant de laquelle sont pratiquées cinq ouvertures vitrées, les sept crânes et les principaux ossements que l’on découvrit alors.

Châsse en bois dans la crypte de la chapelle des saints os

La châsse en bois renfermant les crânes et les principaux ossements des martyrs du 3 mai 1587
dans la crypte de la chapelle des Saints Os à Lamastre

Cette modeste châsse maintenue à environ 1,20 m au-dessus du sol par des barres de fer.
Au-dessous, on voit une sorte de trou qui montre que le niveau de cette crypte n’est pas le plus bas : il y a en effet au-dessous une sorte de cavité ou de caveau grossièrement maçonné qui est le lieu de la sépulture des martyrs, retrouvé lors des fouilles de 1863.

Trou dans le sol de la crypte de la chapelle des saints os

Dans le sol de la crypte de la chapelle des Saints Os de Lamastre
au pied de la châsse de bois renfermant les principaux ossements des martyrs du 3 mai 1587
un trou permet de deviner le niveau inférieur où les corps ont été découverts

Voici donc les quelques compléments et illustrations que je pouvais apporter à l’histoire des saints martyrs de Lamastre, en ce jour du 430ème anniversaire de leur martyre.
Je reprends aujourd’hui en guise de conclusion les paroles que Monseigneur Joseph Guibert (ancien évêque de Viviers, alors archevêque de Tours et futur cardinal-archevêque de Paris) écrivait en 1863 au curé de Lamastre qui avait dirigé ces fouilles et fait recuillir les « Saints Os » dans cette châsse : « Les catholiques doivent trouver dans ce fait historique un nouveau motif de fidélité à notre sainte religion pour laquelle leurs ancêtres savaient mourir. Les protestants eux-mêmes pourraient recueillir d’utiles leçons de ces découvertres. Prions Dieu qu’il les éclaire et qu’il les touche ».

Lully.

Martyrs Lamastre 3 mai 1587

Reliquaire en buis renfermant des parcelles d’ossements des martyrs du 3 mai 1587 à Lamastre
conservé dans l’oratoire du Mesnil-Marie

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints |on 3 mai, 2017 |3 Commentaires »

2017-43. « La puissance de souffrir est en nous la même que la puissance d’aimer. »

Agnus Dei

Le mystère de la Croix ne se comprend bien que dans la lumière de Pâques : ce pourquoi au cours de la liturgie du Vendredi Saint, après le dévoilement solennel de la Croix et le chant des Impropères, l’Eglise chante cette antienne : « Crucem Tuam adoramus, Domine, et sanctam resurrectionem Tuam laudamus et glorificamus… Nous adorons Votre Croix, ô Seigneur, et nous louons et glorifions Votre sainte résurrection ! »
Et la joie de Pâques n’évacue pas le mystère de la Croix, bien au contraire : elle le magnifie et le transfigure pour le faire rayonner glorieusement sur le monde.

En cette octave de Pâques, nous avons donc choisi de proposer à votre méditation ce texte remarquable et splendide du Bienheureux Vladimir Ghika – un des auteurs spirituels particulièrement aimé, lu et approfondi en notre Mesnil-Marie – que nous trouvons propre à apporter courage et consolation à tous ceux qui peinent et souffrent en ce bas monde, et que nous dédions à tous nos amis aux prises avec les diverses et multiples formes de la souffrance.

Crucifix chapelle Rome

La Croix rayonnante de l’Homme des Douleurs
(crucifix exposé dans une chapelle proche de la place Saint Sylvestre, à Rome)

Le mystère de la Souffrance :

« Souffrir, c’est ressentir en soi une privation et une limite. Privation de ce qu’on aime, limite apportée à ce qu’on aime. On souffre à proportion de son amour. La puissance de souffrir est en nous la même que la puissance d’aimer. C’est en quelque sorte son ombre ardente et terrible – une ombre de sa taille, sauf quand le soir allonge les ombres. Une ombre révélatrice, qui nous dénonce. Elle suit, sans les jamais quitter, toutes nos aspirations, depuis l’amour obscur et inconscient que l’homme éprouve pour la plénitude, si restreinte, de son être propre, jusqu’à l’amour lumineux et désintéressé qu’il peut ressentir pour l’Être parfait, pour le Dieu infini.

Souffrir, c’est être blessé en l’un des mille amours qui nous composent. C’est éprouver une privation et une limite, soit dans les biens qu’on a possédés, soit dans ceux dont on a besoin, soit dans ceux que l’on désire. La souffrance peut affecter ainsi un de nos amours dans le passé, le présent ou l’avenir. Et par là, de même que l’amour qui lui donne naissance, elle lèse notre personnalité et la déborde. La souffrance est de la sorte une réalité, forte comme nous-même, une réalité adverse qui est en nous et qui est contre nous ; elle marque un arrêt plus ou moins complet d’une de ces motions du monde qui nous font être. C’est une négation, mais avant tout, une négation réelle. Le stoïcisme seul a voulu se donner le luxe de mettre en doute cette réalité, pour mieux en triompher dans la pratique. Il l’a fait au moyen d’un paradoxe de volonté, tout en phrases, sans rien changer à l’éternelle vérité des choses.

Il y a donc là une affreuse certitude, éprouvée par chacun, mais aussi, en même temps, une sorte de monstrueuse anomalie, que chacun reconnaît, tout comme cette réalité indéniable. La souffrance paraît une étrangère haineuse dans l’harmonie générale d’un univers d’ordre et de bonté où chaque être semble tendre par nature à se pleinement accomplir.

Aussi notre raison, dès qu’elle examine le problème de la douleur, ne peut la concevoir que comme restitution d’un équilibre perdu, ou comme attente d’un équilibre à retrouver ; dans le premier cas, châtiment d’un mal, châtiment qui rétablit pour ainsi dire un ordre moral interrompu ; dans le second, crédit méritoire sur une autre vie, qui, pour des âmes immortelles, constitue le seul état définitif, après une courte épreuve. La balance des maux et des fautes, des peines et des culpabilités, étant manifestement inégale et irrégulière en ce monde, l’un et l’autre cas ne représentent pour notre intelligence qu’un fragment de réponse à l’énigme, celle-ci destinée à ne se résoudre pleinement que grâce à l’intervention d’une « inconnue » certaine, les mystères d’un autre monde où se réalise la Justice.

Jusqu’où s’étend ici-bas cette double compensation ? On ne peut le savoir. Le secret en demeure pour la raison entre les mains d’un Dieu qu’elle a le pouvoir, et le devoir, d’affirmer, de prouver, de proclamer, sans assez arriver à Lui, sans pénétrer l’abîme de ses desseins.

Notre intelligence naturelle nous montre donc, dès le premier abord, le sens de la souffrance dans l’ordre moral, dans l’autre vie que cet ordre moral exige si impérieusement, dans la Sagesse et la Bonté de Dieu.
Elle nous montre ceci avec force, mais avec toutes les défaillances pratiques d’une lumière dont l’emploi dépend de nous, dont les ressources sont bornées, – avec toutes les ténébreuses angoisses d’une vie où l’entrecroisement de mille influences vient gêner le libre exercice de notre jugement.

Et quand même elle serait pleine, puissante et calme, cette raison, on sent que sa seule réponse à un problème comme celui de la douleur, aurait quelque chose de froid, d’incomplet, d’inefficace ; on sent que cette réponse tomberait bien à côté de nous. Que peut un raisonnement à une blessure d’amour ? Quel bien profond peut-il lui faire, et n’est-elle pas digne aussi d’être illuminée par autre chose qu’un pâle reflet d’intelligence créée ? Nous savons que la raison n’a pas tort, mais nous savons que nos larmes ont un peu raison, puisqu’elles ont raison de nous-mêmes.

Le problème se résout là plus loin que l’envol de notre pensée. Celui qui peut nous le rendre clair (et bienfaisant, comme toute chose connue) c’est et c’est seulement notre Dieu qui, suivant la parole de saint Jean, est plus grand que notre coeur. Il a tenu à l’éclairer d’une admirable clarté. Sans lui, sans sa grâce d’ailleurs, sur ce point, notre raison même chancelle, et, insuffisamment soutenue, ne va pas jusqu’au bout de ses propres conceptions : nous avons vu et nous savons qu’elle peut porter les vérités essentielles qui jettent un premier jour sur le sens de la douleur. Mais la raison d’un incroyant n’est pas, en pratique, une raison complète et vivante dans son propre domaine. Il y a toujours une angoisse, une incertitude, une misère inquiète dans les pensées de l’incrédule. «In cogitationibus impii interrogatio est… » Et plutôt que de voir dans la raison la confirmation partielle, mais forte, et l’attente suppliante de la foi, il rétrograde en deçà de l’usage normal de ses facultés; il écarte Dieu, l’immortalité de l’âme, l’autre monde toutes choses qu’il redoute – (données fournies pourtant aussi bien par la science que par la foi), et se prépare ainsi pour ici-bas une vie diminuée d’essor, pour cet autre monde qu’il n’a pas, même humainement, le droit de méconnaître, des souffrances sans nom et sans fin.

Le chrétien, lui, complète et illumine, avec le secours de Dieu, sa connaissance naturelle de la douleur. La souffrance ne cesse pas, pour lui, d’exister, en théorie comme en pratique. Au contraire, elle existe pour lui plus que pour aucun autre ; il la sent d’abord, il la sent plus que n’importe qui, car son âme est plus pure et par conséquent moins distraite, moins arrachée par mille objets divers à cette douleur ; il la connaît, il la comprend, avec tout le mystère d’enveloppement et de possession contenu en ce mot « comprendre » ; il en multiplie les sujets ; il doit manier et conduire cette chose terrible, aller jusqu’à l’aimer, jusqu’à la chercher, quand elle est noble et belle et qu’elle le jette plus vite en Dieu.

C’est qu’il a pour tout faire la grande lumière et la grande force de la Révélation. Le chrétien sait, le chrétien croit, et il vit de cette science et de cette foi. Nous allons suivre la chaîne lumineuse de vérités qui l’entraîne et l’éclaire en même temps, et voir ce que devient la souffrance dans la clarté de Dieu, dans le plan des divines cohésions, en passant par ces anneaux qui se tiennent: le péché originel, la rédemption, l’oeuvre du salut, le monde du bonheur éternel.

Même ainsi, même avec tous les secours de la foi, le mystère d’une chose aussi profonde (profonde comme l’énigme du mal) suivi en tenant une chaîne dont les deux bouts sont au ciel, ne saurait être pleinement éclairci dès à présent : sa complète compréhension est réservée à ce monde où il nous est dit qu’il n’y aura plus de larmes dans des yeux qui verront Dieu face à face. Et là même, comme pour en perpétuer non seulement le sens mais le caractère secret, il en demeurera encore une trace étrange, – pour Dieu seul : les cinq plaies ineffaçables de Notre-Seigneur, – dernier héritage et seul souvenir de l’infinité de la faute, lavée dans l’infinité de la douleur par l’infinité de l’amour.

Mais si, sur la terre, il doit toujours subsister dans la souffrance quelque mystère pour le chrétien, c’est un mystère comme ceux de sa religion, fait pour augmenter sa foi, son espérance, son amour, ses mérites ; un de ces mystères admirables et féconds, pleins de leçons plus hautes que tous les enseignements des choses. – Intermédiaire entre les mystères de la nature, qui nous débordent par leur nombre et leur complexité, mais qui ne sont pas, par eux-mêmes, au-dessus de notre portée – et les mystères de la religion, qui nous dépassent essentiellement, l’ordre des mystères de la souffrance constitue comme un état à côté de la nature et une préparation au monde surnaturel. C’est d’ailleurs l’ordre choisi par l’Homme-Dieu pour faire passer l’humanité d’un monde à l’autre. Il y a dans la douleur quelque chose de l’essence mystérieuse du sacrement.
Elle est comme un
sacrement de néant, le sacrement des « absences réelles », une sorte de sacrement à rebours … Dieu porté par le vide… »

Bienheureux Vladimir Ghika,
in « Entretiens spirituels » – Beauchesne, 1961 pp. 61-66

Bx Vladimir Ghika

Le Bienheureux Vladimir Ghika (1873-1954)

2017-40. « Cherchez à comprendre tout ce que le cœur de Marie ressentait de tendresse, d’amour, de compassion, à chaque parole qui sortait des lèvres de Jésus-Christ… »

Anne-Eugénie Milleret de Brou, née le 26 août 1817 dans une famille aisée éloignée de la pratique religieuse, fut convertie à l’âge de 19 ans et fonda à l’âge de 22 ans (1839), sous la Règle de Saint-Augustin, les Religieuses de l’Assomption, vouée à l’éducation et à l’adoration du Très Saint-Sacrement.
Devenue Mère Marie-Eugénie de Jésus, elle présida aux développements de sa fondation. Elle se plaça en 1841 sous la direction spirituelle du Vénérable Emmanuel d’Alzon, vicaire général du diocèse de Nîmes, qui fondera un peu plus tard la congrégation des Augustins de l’Assomption (Assomptionnistes). Ses dernières années furent marquées par les atteintes de la paralysie. Elle rendit son âme à Dieu le 10 mars 1898, dans sa 81e année.
Béatifiée en 1975, elle a été canonisée par S.S. le Pape Benoît XVI en 2007.
Voici un extrait des instructions que Sainte Marie-Eugénie de Jésus donna à ses religieuses pour les inviter à méditer et à approfondir les Sept Paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la Croix.

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Eglise Sts Simon et Barthélémy Laval Québec - Vitrail compassion

« Voici votre Mère ! »
(vitrail de l’église des Saints Simon et Barthélémy, à Laval – Québec)

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Instruction pour aider à
la méditation des
Sept Paroles de Jésus en Croix :

Il n’est pas possible de se mettre au pied de la Croix de Notre-Seigneur, sans se laisser pénétrer des dernières paroles qu’Il a prononcées. Quand on est auprès d’un lit d’agonie, quand on fait cette dernière veille auprès des personnes qui nous sont chères, comme on conserve dans son cœur les dernières paroles prononcées ! Combien plus, quand ce sont les paroles mêmes de Notre-Seigneur !

Les trois premières disent surtout l’infinie bonté de Notre-Seigneur. Le voilà entouré d’outrages, au milieu des souffrances les plus horribles. Il est cloué sur la croix, Il va mourir dans l’agonie la plus cruelle, et Il est tout occupé des autres, Il ne dit que des paroles d’excuse et de consolation. La première de toutes est celle-ci : Père pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font [Lc 23, 34].

Notre-Seigneur nous avait déjà enseigné à dire dans le Pater : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés [Mt 6, 12]. Il semble que ce soit là une vertu élémentaire, puisque tout chrétien est obligé de la pratiquer. Eh bien, ce n’est pas une vertu qu’on trouve pleine, entière, complète dans toutes les âmes chrétiennes. On trouve souvent une trace, un souvenir de ce qui a blessé, de ce qui a été pénible. C’est ce que Notre-Seigneur veut détruire en vous, quand Il dit : Père, pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Il disait cela de Ses ennemis les plus cruels, de pécheurs endurcis et qui ne se convertiraient pas. Cette parole s’appliquait à Pilate, à Judas qui peut-être n’avait pas encore terminé sa triste vie, à Hérode, à ceux qui sont évidemment morts dans l’impénitence finale, comme elle s’appliquait à ceux qui étaient au pied de la croix et se sont convertis. Père, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.
Je désire que, par cette parole, vous appreniez à entrer dans l’intérieur du Cœur de Notre-Seigneur. Il n’est qu’amour, miséricorde, et, vis-à-vis de toutes les injures, de tout le mal qu’on Lui fait, ne répond que par des désirs de salut.

La deuxième parole est pour le larron. Notre-Seigneur donne là, pour tous les pécheurs pénitents, une consolation suprême.
Tout pécheur pénitent qui souffre avec Jésus-Christ, qui unit ses souffrances à celles de Jésus-Christ, – car il faut souffrir pour réparer et être pardonné – entend cette parole : Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis [Lc 23, 43]. C’est celle qu’Il adresse à ce grand pécheur qui a recours à Lui.

Tout de suite après, Il S’est occupé de chacun de nous, de vous, de moi, en s’occupant de la très Sainte Vierge. Femme, lui dit-Il, voici ton fils [Jn 19, 26] ; puis, s’adressant à nous, à chacun de nous : Fils, voici ta mère.

À ce moment-là, Il nous a donné ce qu’Il avait de plus précieux, ce qui, en quelque état que nous soyons, doit assurer notre salut. Il nous a donné une mère dans la très Sainte Vierge. Elle, qui avait un si grand sacrifice à faire, nous a acceptés. Notre-Seigneur savait bien qu’Il donnait à la Sainte Vierge des fils indignes d’elle. En effet, dit saint Bernard, quel changement ! Le serviteur à la place du maître, le fils de Zébédée à la place du Fils de Dieu, la créature à la place de Jésus [Sermon sur les 12 étoiles, 2e nocturne de la fête de Notre-Dame des Sept Douleurs] – et non seulement une créature comme saint Jean, mais une créature comme vous.

Les autres paroles de Notre-Seigneur s’adressent toutes à Dieu.

Notre-Seigneur avait parlé aux hommes dans la miséricorde et la bonté. Puis Se retournant vers Son Père, Il Lui dit : J’ai soif ! [Jn 19, 28] Cette parole est la plus mystérieuse de toutes. Sans doute, Notre-Seigneur avait extrêmement soif, et la dernière dérision de Ses ennemis fut de Lui offrir le fiel et le vinaigre ; mais aussi Il avait soif des âmes et Il disait à Dieu : « Accordez-Moi des âmes ; je vous donne pour elles Mon sang et Mes douleurs. » C’est dans ce sens-là qu’Il dit cette parole : Sitio, qui a été l’objet de la méditation de tant d’âmes.

Puis Il dit : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-Vous abandonné ? [Mt 27, 46] Cette parole nous fait pénétrer dans l’intérieur des douleurs de Notre-Seigneur. À ce moment-là ce n’étaient pas seulement les douleurs de l’agonie, mais les douleurs de l’âme que Jésus acceptait et exprimait ainsi. Il était là couvert de nos péchés, frappé par Dieu ; Il était là comme un lépreux, devenu un objet d’abomination, Lui qui était le Fils bien-aimé du Père et l’objet de toutes les complaisances divines. Son âme passait par des angoisses que des âmes saintes ont partagées, quoique de loin. Cette parole, échangée entre Jésus-Christ et Dieu, nous fait voir de quel prix Il a payé nos âmes.

Puis Il dit : Tout est consommé [Jn 19, 30]. J’ai payé pour les âmes, j’ai fait tout ce que Vous demandiez, j’ai accompli tout ce que Vous aviez fixé pour moi. Tout est consommé.

Enfin Sa dernière parole fut celle-ci : En Vos mains, Seigneur, Je remets Mon esprit [Lc 23, 46]. Vous répétez tous les jours cette parole à l’office de Complies. L’Église l’a adoptée pour la prière du soir. Tous les soirs, il faut remettre son âme entre les mains de Dieu, comme si on ne devait plus se réveiller, s’unissant à Notre-Seigneur disant Sa dernière parole : En Vos mains, Seigneur, je remets mon esprit !

Chacune de ces paroles de Notre-Seigneur a été gravée dans le cœur de la très Sainte Vierge. Elle se tenait debout au pied de la croix. 

On représente quelquefois Marie, le cœur percé de sept glaives, et on peut dire que ces sept paroles ont été autant de glaives d’amour.
Certainement elle connaissait Jésus-Christ mieux que nous ne Le connaissons. Cependant, ces dernières paroles si pleines de miséricorde, de pardon, d’indulgence envers le pécheur, si pleines de la bonté de Dieu, ont comme percé le cœur de la très Sainte Vierge, d’amour et de compassion.

Mettez-vous beaucoup au pied de la croix avec elle, regardez Jésus avec elle et comme elle. Cherchez à comprendre tout ce que le cœur de Marie ressentait de tendresse, d’amour, de compassion, à chaque parole qui sortait des lèvres de Jésus-Christ, et enfin à cette dernière qui marque la consommation du sacrifice : En Vos mains, Seigneur, Je remets Mon esprit !

Sainte Marie-Eugénie de Jésus
Extraits d’une instruction donnée au chapitre, 8 avril 1881.

Eglise Sts Simon et Barthélémy Laval Québec - Vitrail Compassion (détail)

« Voici votre Mère ! »
(détail du vitrail de l’église des Saints Simon et Barthélémy, à Laval – Québec)

2017-35. Du Bienheureux Pierre Vigne et du « Grand Voyage » de Boucieu-le-Roi.

« Lisons et étudions avec soin et persévérance le livre des livres,
le livre que Dieu a composé
dans la plénitude d’un amour ardent pour nous,
le livre écrit non pas avec de l’encre mais avec Son Sang,
non sur du papier mais sur Son propre Corps couvert de plaies. »

Bienheureux Pierre Vigne

Bx Pierre Vigne

Le Bienheureux Pierre Vigne (1670-1740)
Fondateur du « Grand Voyage » de Boucieu-le-Roi
& de la congrégation des Soeurs du Saint-Sacrement

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il faut que je profite de ce Temps de la Passion pour vous entretenir d’une très belle figure de sainteté de notre diocèse de Viviers, le Bienheureux Pierre Vigne, dont la fête est célébrée le 8 juillet - c’est-à-dire pour son « dies natalis » : cette formule latine qui signifie « jour de la naissance », désigne de fait le jour de la naissance au Ciel, qui est le jour de sa mort, survenue le 8 juillet 1740 - , et les photos que vous pourrez voir dans la suite de cet article ont été prises le 8 juillet 2016, lorsque Frère Maximilien-Marie et l’un de ses amis se sont rendus en pèlerinage à Boucieu-le-Roi.

Lully.

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Pierre Vigne est né à Privas, le 20 août 1670, dans une famille de commerçants aisés : très tôt, il a manifesté une vive intelligence et a acquis une instruction bien au-dessus de la moyenne.
Selon une tradition solidement établie, mais aujourd’hui contestée par certains historiens, bien qu’ayant été baptisé dans l’Eglise catholique, le jeune Pierre aurait été un temps séduit par les erreurs des huguenots et, vers l’âge de 20 ans, aurait décidé de se rendre à Genève en vue de devenir pasteur : c’est alors que, croisant un prêtre qui portait le Saint-Sacrement et refusant de manifester le moindre respect pour ce qui était à ses yeux une idolâtrie de papistes, son cheval se cabra, le fit tomber à terre – comme jadis Saül à l’approche de Damas – puis l’animal s’inclina devant la Sainte Eucharistie. Pierre, touché par la grâce, non seulement abandonna son dessein hérétique mais au lieu de faire route vers Genève s’en fut trouver Monseigneur l’évêque de Viviers et demanda à entrer au séminaire pour s’y préparer au sacerdoce !

conversion de Pierre Vigne

Conversion de Pierre Vigne, terrassé devant le Très Saint Sacrement qu’un prêtre portait à un mourant
(tableau exposé au Musée Pierre Vigne à Boucieu-le-Roi)

Pierre Vigne est ordonné prêtre aux Quatre-Temps d’automne, le 18 septembre 1694, et presque aussitôt envoyé comme vicaire à Saint-Agrève, dans le nord du Vivarais : il demeure à ce poste jusqu’en 1700.
Le 27 mai 1700, il part pour Lyon, où il demande à entrer au séminaire des « prêtres de la mission » (appelés aussi Lazaristes) fondés par Saint Vincent de Paul pour les missions populaires 75 ans plus tôt.
En 1702, après ses voeux, il est nommé au sanctuaire de Valfleury, près de Saint-Chamond : il y a là une communauté lazariste qui rayonne en missions nombreuses dans les campagnes environnantes. A la fin de l’année 1704, on l’envoie à Béziers, toujours pour être employé aux missions paroissiales. 

En 1706, nouveau changement de vie : il quitte les Lazaristes et rentre dans sa famille à Privas. Il reprend là ses activités de missionnaire des campagnes : sa prédication et son zèle sont tellement appréciés qu’on voudrait le nommer à la cure de Privas, mais il refuse : il préfère rester missionnaire itinérant, ayant une prédilection pour les pauvres gens des campagnes.
Son grand modèle est Saint Jean-François Régis, l’apôtre du Vivarais et du Velay, mort d’épuisement à La Louvesc le 31 décembre 1640 après avoir multiplié les conversions et les retours à la ferveur.

On a retrouvé dans les écrits du Bienheureux Pierre Vigne la liste des lieux où il prêcha dans les diocèses de Lyon, Toulouse, Montpellier, Rodez, Le Puy, Grenoble, Vienne, Digne, Gap, Die et surtout Valence et Viviers : plus de 180 localités (dans certaines il est revenu plusieurs fois).

Bx Pierre Vigne 2

Les pôles de la spiritualité du Bienheureux Pierre Vigne sont avant tout la Passion, la Messe et le culte du Très Saint-Sacrement ; ce sont aussi les pôles de sa prédication : le Père Pierre Vigne fait aimer Jésus, mort par amour pour nous afin de nous sauver, dont l’oeuvre de rédemption et d’amour accomplie au Calvaire se perpétue à la Messe, cette Sainte Messe catholique, où l’on fait mémoire et actualise les mystères de la Bienheureuse Passion de Notre-Seigneur, Sa Résurrection du séjour des morts et Sa glorieuse Ascension dans les cieux, en offrant à la Majesté divine la Victime parfaite, la Victime sainte, la Victime sans tache, Pain saint de la vie éternelle et Calice du salut perpétuel (cf. prière « Unde et memores » du Canon romain).
Pour cela il faut inlassablement faire mieux connaître Jésus, vrai Dieu et vrai homme, et mettre davantage les âmes en communion vivante avec Lui par la grâce : de ce fait, le ministère de la confession occupe une part importante de l’apostolat du Père Vigne.
Tellement importante que, dans ses déplacements à pied à travers la campagne, il porte son confessional avec lui, toujours prêt à y accueillir les pauvres pécheurs et à leur ouvrir tout grand les réserves de la miséricorde divine…

Bx Pierre Vigne 3

« Si on connaissait bien ce qu’est ce grand Dieu, hélas ! qui ne tremblerait de crainte et ne serait pénétré de regret de l’avoir si souvent offensé ? » a-t-il écrit dans son journal.
Encore et encore, il ramène les âmes à Dieu en les mettant en face de l’amour de ce Dieu qui est allé jusqu’à des extrémités inouïes.
Le repentir profond et l’amour durable sont suscités dans les coeurs par une meilleure connaissance et la méditation de la Passion de Jésus : « Il vous a donné tout Son sang, ne Lui donnerez-vous pas au moins des larmes ? »

Bx Pierre Vigne 4

A Boucieu-le-Roi, dans le petit musée qui lui est consacré on conserve ce fameux confessionnal que le Père Vigne transportait sur son dos dans ses courses apostoliques, et à l’intérieur duquel les flots de la grâce ont coulé, réconciliant les pécheurs, consolant les affligés, stimulant ceux qui peinent dans le chemin de la fidélité chrétienne, soutenant les efforts de ceux qui titubent, portant les bons à davantage de ferveur encore…

Confessionnal portatif du Bx Pierre Vigne

Confessional portatif du Bienheureux Pierre Vigne :
sous le siège du confesseur se trouve une espèce de tiroir dans lequel il rangeait des objets de culte, sorte de « chapelle portative » ; ainsi, même dans les églises ou chapelles les plus mal équipées avait-il toujours tout ce qui lui était nécessaire pour une digne célébration de la Sainte Messe et des sacrements.

Comme Saint Paul, le Bienheureux Pierre Vigne prêche la science de Jésus-Christ, Messie crucifié : « Lisons et étudions avec soin et persévérance le livre des livres, le livre que Dieu a composé dans la plénitude d’un amour ardent pour nous, le livre écrit non pas avec de l’encre mais avec Son Sang, non sur du papier mais sur Son propre Corps couvert de plaies. »

« Et comme il sait que l’amour appelle l’amour, non content de commenter à ses auditeurs ce livre de la science suprême, il l’ouvrira sous leurs yeux : son oeuvre la plus chère sera, à la fin de la mission, de planter la Croix du Christ, plus éloquente que des paroles.
« Il a laissé dans les lieux où il a prêché une trentaine de Calvaires ou Chemins de Croix dont quelques-uns sont encore fréquentés à l’heure actuelle… » (Thérèse Ardouin, in « Pierre Vigne », éd. Visages du Vivarais – 1966, p.37).
Des Chemins de Croix que l’on peut qualifier de monumentaux : grande Croix érigée sur une colline ou un sommet dominant avec, pour y parvenir, des stations ou chapelles échelonnées le long du sentier que l’on gravit en priant, se souvenant du détail de tous les épisodes de la Passion et les méditant.

Bien loin du « résumé » que constituent les quatorze stations sous forme de tableaux alignés sur les murs intérieurs de nos églises, ces grands Chemins de Croix dont le Père Vigne favorise l’implantation possèdent entre trente et quarante stations. C’est le cas du célèbre Chemin de Croix de Burzet (déjà évoqué dans ce blogue > ici), et surtout celui de Boucieu-le-Roi, celui qui lui tint le plus à coeur.

Bx Pierre Vigne 5

Au coeur de la vallée du Doux, entre Tournon-sur-Rhône et Lamastre, regroupé autour de la colline où se dressait jadis une maison forte, Boucieu-le-Roi est un village de caractère au passé historique fort riche : siège d’une cour royale de justice, ou bailliage, depuis le règne de Philippe le Bel jusqu’au temps de François 1er, le village connut une activité intense aux XIVe et XVe siècles.
Pillé et en partie détruit lors de la guerre de Cent Ans, mais plus encore du fait des exactions des huguenots, le village s’assoupit ensuite.

Au début de l’année 1712, le Père Pierre Vigne y vient pour la première fois et la configuration du village et de ses environs évoque pour lui de manière frappante celle de Jérusalem et de ses alentours : non qu’il se soit rendu en Palestine, mais seulement en raison des descriptions qu’il a pu en lire, tout spécialement dans l’ « Histoire et Voyage de la Terre Sainte » du franciscain Jacques Goujon, ancien supérieur du couvent du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Dans cet ouvrage les lieux de la Passion sont décrits de manière très minutieuse, au point de noter les distances qui se trouvent entre eux.

Impressioné par les « conformités » de Boucieu-le-Roi avec les représentations qu’il a pu se faire à partir de tous les détails du livre du docte franciscain, Pierre Vigne projette aussitôt sur ce coin de terre vivaroise son rêve d’établir un Chemin de Croix qui reproduise le plus exactement possible la disposition des lieux où s’accomplit le mystère de notre Rédemption, de telle sorte qu’en suivant ici de station en station les étapes de la Bienheureuse Passion, le pèlerin parcourra exactement, au pas près, les mêmes distances qui se trouvent à Jérusalem entre les divers sites où s’accomplit le drame divin !

Boucieu-le-Roi vue générale

Boucieu-le-Roi : vue générale du village dans son état actuel.
On distingue l’église, avec son clocher carré trapu, au milieu des maisons villageoises ;
on remarque surtout, à l’emplacement de l’ancien château, en position dominante, la « Maison Pierre Vigne »,
couvent des religieuses du Saint-Sacrement, où se trouve le Calvaire et donc l’aboutissement des stations du « Grand Voyage » établi ici par le Bienheureux Pierre Vigne.

Sur le promontoire où se dresse le château, le Père Vigne a repéré un emplacement libre : endroit idéal pour dresser, entre les croix des deux larrons, celle du bien-aimé Sauveur. Là bas, « du côté de l’orient », il y a une montagne qui figurera parfaitement le Mont des Oliviers, d’autant que dans le vallon qui se trouve au pied coule un ruisseau qu’il baptise aussitôt le Cédron. Dès qu’on franchit le ruisseau, on trouve un terrain « qui a la longueur du Jardin des Oliviers » et près duquel un « rocher creusé » deviendra la grotte de la Sainte Agonie… etc.
Et le Père n’en finit pas de détailler – redisons-le, au pas près, car toutes les stations seront disposées selon les indications de distance précisées par le Père Goujon dans son livre  - les « conformités de Boucieu-le-Roi avec les Saints Lieux de Jérusalem ».

En moins de neuf mois (à partir de la fin de l’année 1712), avec l’aide des habitants et le soutien de quelques généreux donateurs, le Bienheureux Pierre Vigne fait aménager un immense Chemin de Croix de trente stations – autant que de jours dans un mois – en même temps qu’il rédige et fait éditer à Lyon les deux tomes d’un livre intitulé « Méditations pour chaque jour du mois, tirées du plus beau livre que Dieu nous ait donné et qui est Jésus-Christ souffrant et mourant sur la Croix ». L’ouvrage contient enfin des stations « surnuméraires » – au nombre de neuf – , qui vont depuis la mise au tombeau jusqu’à la Pentecôte, et qui font que ce Chemin de Croix recouvre la totalité du mystère pascal.

L’itinéraire, à partir de l’église de Boucieu-le-Roi, dans les rues du village et dans ses environs court sur une superficie de quelque deux-cents hectares, suivant un tracé complexe qui se croise lui-même ici ou là.
A partir de l’institution de la Sainte Eucharistie, en passant par les épisodes de l’Agonie à Gethsémani, de l’arrestation, des diverses phases du procès – avec ses allées et venues entre la salle du Sanhédrin, le palais de Caïphe, celui d’Hérode et, le prétoire de Pilate – , de la condamnation et des étapes de la montée au Golgotha, le pèlerin avance dans un cheminement spirituel auquel le Bienheureux Pierre Vigne donne lui-même le nom de « Voyage du Calvaire », ou « Grand Voyage ».

Station du Grand Voyage

Entièrement ruiné par les « patriotes » lors de la grande révolution, le Chemin de Croix de Boucieu-le-Roi (renommé alors Boucieu-le-Doux) fut rétabli dans la seconde moitié du XIXe siècle, puis dut être restauré après la Grande Guerre et à nouveau en 1965 : à cette date, les chapelles des stations furent ornées des sculptures que l’on peut y voir aujourd’hui, oeuvres du peintre et sculpteur Dante Donzelli (1909-1990).

Station

Dès le moment où il a entrepris l’édification de ce grand Chemin de Croix qui marque à tout jamais le village de Boucieu-le-Roi d’une profonde empreinte surnaturelle, le Bienheureux Pierre Vigne s’est soucié de trouver et de former des personnes qui pourraient accompagner les pèlerins sur cet itinéraire de méditation et de prière, les aidant ainsi à entrer dans le mystère le plus grand et le plus élevé qui soit : celui d’un Dieu qui S’est incarné dans le but de racheter Sa créature déchue au moyen des souffrances de Sa Passion, dans un acte d’amour infini qui appelle l’amour en retour.

Les témoignages de l’époque nous montrent que l’établissement de ce « Grand Voyage » attira rapidement les foules de toutes les paroisses avoisinantes… et de plus loin.
Certains écrits citent les voeux que prononcent les fidèles dans le temps de l’épreuve ou de la maladie : on promet à Dieu, s’Il exauce les prières qu’on Lui adresse, d’aller faire le pèlerinage du Calvaire à Boucieu-le-Roi, en action de grâces…
Et Les miracles ont lieu : des guérisons et des conversions qui étendent la renommée de l’oeuvre du Père Vigne et contribuent à intensifier la ferveur.

Sculpture station

Détail de l’une des sculptures de Dante Donzelli
dans la station évoquant la rencontre de Jésus avec Sa Très Sainte Mère lors de la montée au Calvaire.

Calvaire de Boucieu-le-Roi

Le Calvaire, au sommet de la colline qui domine Boucieu-le-Roi, à côté de la chapelle du couvent des religieuses du Saint-Sacrement : c’est le point culminant du « Grand Voyage ».

« Voici le royal trône où Jésus voulait être :
Ses pieds y sont cloués comme aussi chaque main.
Voilà le saint autel qui soutient ce grand prêtre :
Quel malheur si pour nous Il sacrifie en vain ! »

Bienheureux Pierre Vigne,
extrait des « Considérations sur les souffrances et la mort de Jésus ».

Bx Pierre Vigne 6

Le « Voyage du Calvaire » est destiné prioritairement aux petites gens qui, pour le plus grand nombre en ce début du XVIIIe siècle, sont peu capables de lire, le Père Pierre Vigne souhaite donc des personnes dévouées et disponibles formées à accompagner les pèlerins, à leur expliquer les stations et à les faire prier tout le long de ce Chemin de Croix.

Dès 1714 une jeune femme vient à Boucieu-le-Roi se mettre à disposition du Père pour ce service : elle s’installe au village, où elle fait aussi l’école aux enfants.
Cette première accompagnatrice ne persévère pas mais, avant son départ, d’autres jeunes filles et veuves sont venues se placer sous la direction du Père Vigne : elles sont finalement sept auxquelles il donne le saint habit et remet la Croix, le 30 novembre 1715, dans l’église de Boucieu-le-Roi.
Une nouvelle congrégation religieuse vient de naître.

Les soeurs se relaient tout au long du jour devant le Saint-Sacrement ; matin et soir, elles font de pieuses lectures aux fidèles dans l’église ; elles accompagnent les pèlerins dans le « Voyage du calvaire » ; elles instruisent les enfants et visitent les malades.

Les « Soeurs du Calvaire et de l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement », maintenant simplement nommées « Soeurs du Saint-Sacrement », sont aujourd’hui présentes dans cinq pays d’Europe, au Brésil et en Afrique du Sud.

Retour du corps du Bx Pierre Vigne

Après une période presque entièrement consacrée à Boucieu-le-Roi, à son « Grand Voyage » et à la fondation des religieuses, en 1722, le Bienheureux Pierre Vigne repart sur les routes pour des missions qui le mènent parfois fort loin.

L’hiver 1739-1740 est éprouvant pour sa santé : il est dans sa 70ème année et sent ses forces décliner au point que, alors qu’il doit partir prêcher une mission à Rencurel, dans le Vercors, il demande à recevoir l’extrême onction avant de s’y rendre !

Il arrive à Rencurel le 12 juin, prêche et confesse jusqu’au 24 juin. Il est alors totalement épuisé et doit s’aliter. Il envoie un exprès mander « ses chères filles de Boucieu ».
La Supérieure et l’une des premières soeurs se mettent aussitôt en chemin, espérant le sauver par leurs soins et leur prières. En vain.
Aux deux religieuses désolées il fit ses dernières recommandations puis « celui qui n’avait vécu que pour son Dieu ne s’occupa plus que du bonheur d’aller se réunir à Lui dans le séjour de la gloire ».

« La fièvre était si violente qu’elle lui ôtait la respiration ; mais lui revivait les souffrances du Sauveur du monde : prié de boire un remède très amer, il l’accepta avec soumission en souvenir du fiel qui fut donné à Jésus en Croix.
Le souci des âmes le poursuivait jusque dans son agonie ; il murmurait, torturé par la soif : « Ah ! Seigneur ! Si je pouvais prêcher encore, je ferais bien sentir au peuple, par l’expérience que j’en fais moi-même, combien était ardente la soif qu’éprouva Jésus-Christ lorsqu’Il expira pour le salut des hommes ».
La Supérieure de Boucieu, qui était auprès de lui, lui passa, sur sa demande, le crucifix qu’il portait toujours avec lui dans ses missions. Il le contempla avec amour, le baisa, le pressa sur son coeur.
C’était la fin : « ayant ouvert les yeux, il aperçoit Jésus et Sa Sainte Mère et, prononçant ces noms sacrés, il rend son âme entre leurs mains » (Thérèse Ardouin, citant un document contemporain relatant la mort du Père, in « Pierre Vigne », éd. Visages du Vivarais – 1966, p.113).

C’était le 8 juillet 1740 vers les 4 h de l’après-midi, c’était un vendredi, et c’était un siècle après la mort de Saint Jean-François Régis qui avait toujours été pour lui un modèle.

Tombe du Bx Pierre Vigne

Tombe du Bienheureux Pierre Vigne,
au pied de l’autel de la Sainte Vierge, dans l’église de Boucieu-le-Roi.

Accompagné par une foule fervente et émue, son corps fut ramené à Boucieu-le-Roi pour y être inhumé dans l’église.

Bx Pierre Vigne 7

Le Bienheureux Pierre Vigne demeure pour toutes les générations de fidèles
un modèle de zèle pour faire connaître et aimer la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ,
une vivante invitation à lire et étudier assidument, inlassablement,
« (…) avec soin et persévérance le livre des livres,
le livre que Dieu a composé dans la plénitude d’un amour ardent pour nous,
le livre écrit non pas avec de l’encre mais avec Son Sang,
non sur du papier mais sur Son propre Corps couvert de plaies. »

nika

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 5 avril, 2017 |4 Commentaires »

2017-26. De l’exposition consacrée à Saint Louis au coeur du Kremlin et de quelques réflexions qu’elle suscite.

Mercredi 15 mars 2017,
Fête de Sainte Louise de Marillac, fondatrice des Filles de la Charité,
Mémoire de Saint Longin, centurion qui ouvrit le côté sacré de NSJC,
Mémoire du mercredi de la 2e semaine de Carême.

Statue de Saint Louis

Statue de Saint Louis en bois polychrome (vers 1300)
provenant de la Sainte Chapelle [appartenant aujourd'hui aux collections du Musée de Cluny] 

fleur de lys gif2

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Outre les célébrations liturgiques de ce jour et le 175e anniversaire de la mort de Luigi Cherubini dont je vous ai entretenus ce matin (cf. > ici), ce 15 mars 2017 marque le centième anniversaire de l’abdication de Sa Majesté Impériale le Tsar Nicolas II.

Nicolas II captif à Tsarkoié-Selo en 1917

Sa Majesté le Tsar Nicolas II
captif à Tsarkoié-Sélo en 1917

C’est en effet le 15 mars 1917 (2 mars selon le calendrier julien) que l’infortuné Nicolas II, Tsar de toutes les Russies, sous la pression des généraux et des représentants de la Douma, abdiqua. D’abord en faveur de son fils le Tsarévitch Alexis, âgé de 12 ans et malade, puis – se reprenant – en faveur de son frère puiné le Grand Duc Michel Alexandrovitch Romanov, lequel, devenu le Tsar Michel II pendant un jour, au vu de la situation et sous la pression d’Alexandre Kerensky, renonça à son tour au trône le 16 mars 1917 (3 mars selon le calendrier julien).

Après un peu plus de trois siècles de règne, la dynastie des Romanov était engloutie par la révolution et, huit mois plus tard, avec la « révolution d’octobre » (7 novembre 1917), la Sainte Russie allait sombrer dans l’une des plus sanglantes et des plus longues persécutions anti-chrétiennes de l’histoire.
Comme le déclarera la Très Sainte Vierge Marie à Fatima, quatre mois après cette abdication de Nicolas II et quatre mois avant la prise de pouvoir par les bolcheviques, la Russie allait répandre « ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église » (deuxième partie du « secret » donné aux enfants le 13 juillet 1917). 

Révolution russe destruction d'une église

Destruction d’une église lors de la révolution bolchevique de 1917

Or voici que cent ans quasi jour pour jour après l’abdication du Tsar Nicolas II (faut-il parler des « hasards du calendrier » ?), vient d’être inaugurée, au Kremlin même, une exposition des plus remarquables intitulée « Saint Louis et les reliques de la Sainte Chapelle », en partie reprise de l’exposition présentée par le Centre des Monuments Nationaux à la Conciergerie, d’octobre 2014 à janvier 2015, à partir de ses propres collections et de celles du Louvre, de la Bibliothèque Nationale, des Archives Nationales et du Musée de Cluny.

L’exposition met en valeur le contexte et la richesse de la création artistique au temps de Saint Louis, sur les chantiers extraordinaires conduits sous son règne, et tout spécialement celui de la Sainte Chapelle.
Les panneaux de vitraux de la Sainte Chapelle démontés au cours de la restauration du XIXème, et présentés lors de l’exposition parisienne après restauration, sont parmi les pièces centrales de cette exposition.
L’évangéliaire de Saint Louis, objet particulièrement précieux représentatif de la maitrise des orfèvres français de cette période, habituellement conservé à la Bibliothèque Nationale, se trouve également parmi les trésors présentés.
Un choix de sculptures reflétant la structure de la Sainte Chapelle, des manuscrits enluminés et quelques autres chefs d’oeuvres d’orfèvrerie du XIIIème siècle – au total septante pièces prestigieuses – sont également exposés au vieux palais des Patriarches, dans l’enceinte du Kremlin, pendant trois mois entiers (mars, avril & mai 2017).

Comme le souligne l’ambassade de France en Russie « un grand nombre des objets présentés pour cette exposition n’est jamais sorti de France et il s’agit donc d’une grande première ».

Le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg a lui aussi pris part à l’exposition, en prêtant de magnifiques émaux de Limoges et des pièces en ivoire des XIIIe et XIVe siècles issus de ses collections.

Enluminure Saint Louis

« La valeur sacrée des objets que nous présentons est évidente pour les croyants. Les représentants des autres confessions, les athées et les agnostiques s’intéresseront à l’aspect historique et artistique de ces reliquaires. Nous ne pouvons pas affirmer qu’ils contenaient des objets réellement liés à Jésus-Christ, mais ce dont nous sommes certains, c’est qu’ils ont été vénérés durant plusieurs siècles. Et, ne serait-ce que pour cette raison, ils méritent notre intérêt et notre respect » a déclaré Olga Dmitrieva, directrice adjointe des musées du Kremlin et commissaire de l’exposition.

couronne reliquaire de St Louis

Couronne reliquaire de Saint Louis (1260-1280) :
elle contenait des ossements des apôtres et du bois de la Sainte Croix ;
Saint Louis l’a tenue entre ses mains, puis l’a offerte au couvent des Dominicains de Liège
 [collections du Musée du Louvre].

« Le peuple de France a été très heureux de voir les reliques du Christ arriver sur le sol français. Les gens y ont vu une bénédiction, un signe de distinction. Ils se sont sentis investis d’une mission suprême et se sont persuadés que, désormais, le Ciel leur était particulièrement bienveillant », a encore ajouté Olga Dmitrieva.

De nos jours, il faut le signaler, des cars de pèlerins russes font chaque mois l’aller-retour jusqu’à Paris afin qu’ils puissent prendre part à la vénération de la Sainte Couronne d’Epines, les premiers vendredis de chaque mois (et aussi tous les vendredis de Carême), à Notre-Dame de Paris.

Si la Sainte Couronne d’Epines ne pouvait, bien évidemment, pas faire partie des pièces de l’exposition, elle est tout particulièrement évoquée à travers le reliquaire de 1806, prêtée par le Trésor de la Cathédrale.

Reliquaire de la Sainte Couronne d'Epines de 1806

Reliquaire de la Couronne d’épines, réalisé en 1806 par Pascal Lemaître
lorsque la précieuse relique a été rendue à l’Eglise et transférée à Notre-Dame de Paris.

En effet, le reliquaire originel avait été détruit pendant la révolution
et la sainte relique – heureusement sauvée de la destruction – avait finalement été déposée à la Bibliothèque nationale comme un objet de curiosité.

Saint Louis, on s’en souvient, avait acquis la Sainte Couronne d’Epines du dernier empereur latin de Constantinople, Baudouin II de Courtenay, ainsi qu’une vingtaine d’autres précieuses reliques de la Passion du Christ, telles que le fer de la Sainte Lance et un morceau de la Sainte Éponge (reliques qui ont disparu à la révolution), pour une somme équivalant alors au budget triennal du Royaume de France, soit 135 000 livres.

La construction de la Sainte Chapelle – reliquaire architectural édifié spécialement pour accueillir ces trésors – lui a coûté bien moins : 40 000 livres, c’est-à-dire le budget de l’Etat d’une année seulement.

De telles dépenses étaient pleinement justifiées.
Outre la création pour elle d’un chef-d’œuvre absolu de l’art gothique, en la plaçant au coeur du Palais, au centre du siège du pouvoir royal, Saint Louis a fait de la Sainte Couronne d’Epines le palladium de la monarchie capétienne, élevant le Royaume de France à un rang inégalé au-dessus de tous les autres pays européens, accroissant considérablement et durablement son prestige, et asseyant son autorité spirituelle pour plusieurs siècles.

Grâce à cette formidable acquisition, Saint Louis est indubitablement devenu le chef de file du monde chrétien, et il a allumé dans l’âme de son peuple une flamme sacrée pérenne qui, malgré les siècles d’impiété et de perte de la foi, continue de brûler au coeur du petit reste qui vit encore des idéaux de la royauté capétienne traditionnelle, royauté sacrée, royauté de droit divin.

Evangéliaire de Saint Louis

Evangéliaire de Saint Louis
[Collections de la Bibliothèque Nationale]

Au-delà des motifs artistiques qui président à cette exposition, c’est aujourd’hui encore ce prestige inégalé de la royauté et des valeurs chrétiennes incarnées par Saint Louis qui – même de manière inconsciente –  y attire des centaines de Russes chaque jour.

Au-delà des tensions politiques entretenues par les idéologies dont les chefs d’Etat sont les trop zélés serviteurs, et qui empoisonnent aujourd’hui la vie de leurs peuples, une telle exposition revêt un caractère que je n’hésite pas à qualifier de prophétique.
Car même si la France et la Russie sont l’une et l’autre encore bien empêtrées dans les liens qu’elles ont hérités des révolutions de 1789 et de 1917, nous pouvons – et même nous devons – espérer leur conversion profonde, condition de leur authentique relèvement, condition de la restauration pleine et entière de leur gloire par le rétablissement plein et entier de leurs monarchies traditionnelles respectives.

C’est une espérance toute surnaturelle, certes, c’est-à-dire qui est fondée sur la foi, fondée sur les promesses divines dont les grâces du passé sont les signes certains, dont les grâces du passé sont le gage des grâces à venir.
Dans cette espérance, ne cessons pas de prier et d’offrir à Dieu des sacrifices généreux, unis aux mérites infinis de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.  

Orante

Prière pour demander à Dieu des grâces par l’intercession de Sa servante Zita de Bourbon-Parme afin d’obtenir sa béatification.

14 mars
dies natalis de la servante de Dieu

Zita de Bourbon-Parme,

épouse du Bienheureux Charles 1er de Habsbourg-Lorraine,
Impératrice d’Autriche,
Reine de Hongrie et Reine de Bohème,
Princesse de Parme.

* * * * * * *

L’ouverture du procès diocésain en vue de la béatification de la servante de Dieu Zita de Bourbon-Parme a eu lieu le 10 décembre 2009 dans le diocèse du Mans, diocèse dans lequel est sise l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, dont l’impératrice et reine était oblate et où elle fit de fréquents séjours.
Voici la prière pour demander des grâces par son intercession en vue de la béatification espérée.

* * * * * * *

Vénérable Zita de Bourbon-Parme

Prière
pour demander à Dieu des grâces
par l’intercession de Sa servante
Zita de Bourbon-Parme
afin d’obtenir sa béatification :

Dieu, notre Père, Vous avez racheté le monde par l’abaissement de Votre Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Lui qui était roi, S’est fait serviteur et a donné Sa vie pour la multitude. C’est pourquoi Vous L’avez exalté.

Daignez maintenant accorder à Votre Servante Zita, impératrice et reine, d’être élevée sur les autels de Votre Église.
En elle, Vous nous donnez un exemple admirable de foi et d’espérance face aux épreuves, ainsi qu’une confiance inébranlable en Votre divine Providence.

Nous Vous prions pour qu’avec son époux, le Bienheureux Empereur Charles, Zita devienne, pour les couples, un modèle d’amour et de fidélité conjugale et, pour les familles, un maître d’éducation chrétienne. Que pour tous, elle puisse être un exemple de service et d’amour du prochain, elle qui, en toutes circonstances, sut élargir son cœur à tous, spécialement aux plus pauvres.

Par son intercession, exaucez notre prière (formuler ici la grâce que l’on demande).
Nous Vous le demandons par Jésus, le Christ, Notre-Seigneur.

Ainsi soit-il.

 Pater noster, 3 Ave Maria, Gloria Patri.

Imprimatur :
+ Yves Le Saux, évêque du Mans
9 juillet 2009.

Site de l’association pour la béatification de l’impératrice et reine Zita de Bourbon-Parme > ici.

2017-19. Où Saint Claude de La Colombière nous alimente en conseils spirituels contre les tentations de découragement.

15 février,
Fête de Saint Claude de La Colombière.

Saint Claude de La Colombière

Saint Claude de La Colombière (1641-1682) :
« Mon fidèle serviteur et parfait ami » a dit de lui Notre-Seigneur à Sainte Marguerite-Marie.

Sacré-Coeur gif

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

J’ai déjà eu l’occasion de vous entretenir de Saint Claude de La Colombière (cf. > ici), prêtre ô combien admirable de la Compagnie de Jésus, que le Sacré-Coeur Lui-même désigna à Sainte Marguerite-Marie comme Son « fidèle serviteur et parfait ami », et qui fut d’un si précieux secours spirituel à la sainte Visitandine.

En cette année 2017, nous commémorons en même temps le 335e anniversaire de sa mort (+ 15 février 1682) et le 25e anniversaire de sa canonisation (31 mai 1992).

C’est un saint dont les écrits spirituels sont une mine inépuisable pour les âmes en quête de perfection : on y trouve à chaque page d’admirables conseils, tout à la fois stimulants et consolants.
Frère Maximilien-Marie, qui s’en est longuement nourri lorsqu’il était jeune religieux, en a recopié plusieurs pages dans ses propres carnets de notes spirituelles, et je n’ai eu qu’à m’y plonger pour en extraire quelques uns qui me semblent particulièrement propres à vous encourager et vous aider vous aussi dans votre vie spirituelle, où la tentation du découragement est la plus redoutable que l’on puisse affronter.
Je vous laisse donc les découvrir, approfondir et méditer.

Lully.

Sacré-Coeur gif

- « De tous les péchés qui se présenteront à mon esprit, [...] je ferai comme un bloc que je jetterai aux pieds de notre Sauveur, pour être consumé par le feu de Sa miséricorde ; plus le nombre en sera grand, plus ils me paraîtront énormes, d’autant plus volontiers les Lui offrirai-je à consumer, parce que ce que je lui demanderai sera d’autant plus digne d’elle. »

- « La plus faible de toutes les créatures n’a pas plus de sujet de désespoir que la plus forte, parce que notre confiance est en Dieu, qui est également fort pour les forts et pour les faibles. »

- « C’est à Dieu à détruire nos passions, Il le fera quand il Lui plaira ; mais c’est à moi à les réprimer et à les empêcher d’éclater et de m’entraîner au mal. »

- « Il faudrait être dans un perpétuel chagrin s’il fallait se chagriner de toutes les fautes qu’on fait ; on doit se contenter de s’en humilier devant Dieu et d’accepter les mortifications qu’elles vous causent. »

- « Si j’étais en votre place, voici comment je me consolerais : je dirais à Dieu avec confiance :
Seigneur, voici une âme qui est au monde pour exercer Votre admirable miséricorde, et pour la faire éclater en présence du ciel et de la terre. Les autres Vous glorifient en faisant voir quelle est la force de Votre grâce, par leur fidélité et leur constance, combien Vous êtes doux et libéral envers ceux qui Vous sont fidèles. Pour moi, je Vous glorifierai en faisant connaître combien Vous êtes bon envers les pécheurs et que Votre miséricorde est au-dessus de toute malice, que rien n’est capable de l’épuiser, que nulle rechute, quelque honteuse et criminelle qu’elle soit, ne doit porter un pécheur au désespoir du pardon. Je Vous ai grièvement offensé, ô mon aimable Rédempteur ; mais ce serait bien encore pis si je Vous faisais cet horrible outrage de penser que Vous n’êtes pas assez bon pour me pardonner. »

- « Je ne sais ce que vous voulez dire avec votre désespoir : on dirait que vous n’avez jamais entendu parler de Dieu ni de Sa miséricorde infinie. Je ne puis plus vous pardonner ces sentiments ; je vous prie d’en prendre l’horreur que vous devez et vous souvenir que tout le mal que vous avez fait n’est rien en comparaison de celui que vous faites en manquant de confiance ; espérez donc jusqu’au bout, je vous le commande par tout le pouvoir que vous m’avez donné sur vous-même (note *) : si vous m’obéissez sur ce point, je vous réponds de votre conversion. »

Note * : On l’aura compris, Saint Claude de La Colombière s’adresse ici à une âme qui lui a demandé d’être son directeur spirituel.

Sacré-Coeur gif

Et on pourra redire avec fruit l’acte d’offrande au Sacré-Coeur de Saint Claude > ici 

2017-7. Quelques réflexions pour comprendre ce que fut en réalité la mort de Sa Majesté le Roi Louis XVI. Articles à lire, relire, approfondir et méditer à l’occasion du 21 janvier.

Statue de Louis XVI - Chapelle Expiatoire

« Fils de Saint Louis, montez au Ciel ! »
(paroles attribuées à l’abbé Edgeworth de Firmont au moment de l’exécution du Roi)

Chaque année, la date du 21 janvier ramène l’anniversaire, terrible et magnifique, de l’assassinat de Sa Majesté le Roi Louis XVI.

Terrible !

- Terrible, parce que la date du 21 janvier 1793 n’est pas seulement celle de la mort injuste d’un homme bon et innocent (des hommes bons et innocents meurent chaque jour depuis les origines de l’humanité, et il en mourra encore chaque jour jusqu’à la fin des temps), comme s’il s’agissait uniquement d’une simple « bavure » – regrettable mais finalement anecdotique – liée aux déchaînement de passions ponctuelles, aujourd’hui dépassées.

- Terrible, parce que le régicide du 21 janvier 1793 doit être compris comme un événement majeur de l’histoire, non seulement de la France, mais de toute l’ancienne Chrétienté, mais de toute l’humanité.

- Terrible, parce que le 21 janvier 1793 est une date-clef pour comprendre les enjeux profonds d’une révolution qui avait commencé bien avant le 14 juillet 1789 et qui se continue et se perpétue avec un impitoyable déroulement logique.

- Terrible, parce que l’exécution de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XVI fut, dans sa réalité profonde, une sorte de sacrifice humain – prélude à des milliers d’autres – offert à Satan par les ennemis du Règne de Dieu, à fin de sceller dans le sang d’une victime innocente, pure et pieuse, la construction d’une « société nouvelle », tournant le dos aux desseins de Dieu et s’opposant radicalement aux plans du Rédempteur sur le monde.

- Terrible, parce que tant que les faux principes qui ont conduit à l’accomplissement sordide de cette liturgie sacrificielle impie célébrée le 21 janvier 1793 sur la « place de la révolution », présideront aux destinées de la France et empoisonneront les consciences individuelles autant que les pseudo institutions qui constituent les rouages de son fonctionnement aujourd’hui, la France ne pourra en aucune manière se relever mais dégringolera d’abîmes en abîmes, entraînant dans sa chute une grande partie de l’humanité.

Bosio statue de Louis XVI à la chapelle expiatoire - détail

François-Joseph Bosio (1768-1845) : détail de la statue de Louis XVI à la Chapelle Expiatoire.

Magnifique !

- Magnifique, parce que, en face d’un déferlement de haine et de l’exacerbation des plus basses passions déchaînées, Sa Majesté le Roi Louis XVI, qui, par bien des côtés était un enfant de son siècle – et donc plus ou moins consciemment imprégné par les idées des pseudo « Lumières » – , a opéré une admirable croissance dans l’ordre de la grâce, jusqu’à parvenir non seulement à sa pleine stature de chrétien sur un plan personnel, mais jusqu’à atteindre sa pleine dimension de Roi Très Chrétien.

- Magnifique, parce que, par l’acceptation libre et responsable du sacrifice de sa vie, ce Souverain profondément attaché à la foi catholique et resté ferme pour la défendre, est arrivé à une authentique conformation au Christ Sauveur en Sa douloreuse Passion : offrant sa vie, pardonnant à ses bourreaux, priant pour que ce crime ne leur soit point imputé, suppliant pour que sa propre mort – sacrilège – ne fasse pas le malheur des peuples sur lesquels la divine Providence l’avait établi roi.

- Magnifique, parce que que nous croyons que Louis est un authentique martyr et que son sacrifice a déjà été, et sera encore, fécond dans l’ordre de la grâce, tant pour ses successeurs que pour le Royaume de France et pour la Sainte Eglise tout entière.

- Magnifique, parce que loin de nous enfermer dans une mélancolie passéiste, le souvenir de ce 21 janvier 1793, revivifié d’année en année, solennellement commémoré et religieusement célébré, entretient et nourrit en nous la formidable espérance d’une résurrection authentique de la monarchie sacrée, d’une reviviscence de la royauté capétienne de droit divin, d’une pleine restauration de la Légitimité, et d’un entier triomphe de la Couronne des Lys sur toutes les puissances infernales auxquelles la révolution a livré la France et le monde

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.  

Bosio statue de Louis XVI à la chapelle expiatoire - détail 2

Articles à lire, relire, approfondir et méditer à l’occasion du 21 janvier :

1) Les dernières heures de Sa Majesté le Roi Louis XVI > ici
2) Le testament de Louis XVI > ici
3) « Louis XVI aux Français », complainte > ici
4) Allocution consistoriale du pape Pie VI sur le martyre de Louis XVI > ici
5) Oraison funèbre de Louis XVI prononcée devant le pape Pie VI > ici
6) Oraison funèbre de Louis XVI prononcée à la basilique Saint-Denys, le 21 janvier 2016, par le Rd. Père Augustin Pic, op. > ici
7) Messe de Requiem composée par Cherubini à la mémoire de Louis XVI > ici
8) Maximes et pensées de Sa Majesté le Roi Louis XVI > ici
9) Voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus > ici
10) La sainte icône représentant Leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVII, la Reine Marie-Antoinette et Madame Elisabeth, exposée dans l’oratoire du Mesnil-Marie > ici

Icône des martyrs royaux filigranée 421x600

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 20 janvier, 2017 |3 Commentaires »

2017-4. « Afin de lui inspirer une humilité salutaire, le Sauveur abandonna Pierre pour un temps. »

Premier sermon
de

notre glorieux Père Saint Augustin
sur
la chute de Pierre.

* * * * * * *

Rombouts Theodor - le reniement de Pierre

Theodor Rombouts (Anvers 1597 – Anvers 1637) :
le reniement de Pierre ["Liechtenstein Museum", Vienne (Autriche)]

A l’occasion de la fête de la Chaire de Saint Pierre à Rome, je livre à votre réflexion et méditation ce premier sermon de notre glorieux Père Saint Augustin sur la chute de Pierre : je le tiens en réserve depuis le printemps 2013 – « Qui potest capere capiat » – et crois utile aux âmes et aux intelligences de le publier finalement en ce jour.
Utile pour chacune de nos âmes qui, toujours exposées aux dangers que leur fait courir leur propre fragilité ont toujours davantage besoin, comme le Prince des Apôtres lui-même, de s’humilier pour se mieux relever ; utile aussi pour être moins exposés aux scandales et conserver au mieux la sérénité intérieure dans les difficiles circonstances actuelles de la vie de la Sainte Eglise…

* * * * * * *

« Afin de lui inspirer une humilité salutaire,
le Sauveur abandonna Pierre pour un temps. »

§ 1. La présomption de Pierre. 

De Saint Pierre, vous connaissez la sublime profession de foi au sujet de la divinité de Jésus-Christ ; vous savez aussi que, à la voix d’une servante, il renie Celui qu’il avait adoré.
Pour confondre sa présomption, le Sauveur lui avait dit : « Tu me renieras » (Matth. XXVI, 75) ; plus tard aussi, pour affermir son amour, Jésus-Christ lui posa cette question : « M’aimes-tu ? ». C’est donc au moment même où Saint Pierre chancelait dans sa foi, qu’il présuma le plus de ses propres forces.

Le Psalmiste avait depuis longtemps formulé ce reproche : « Ceux qui mettent leur confiance dans leur vertu » (Ps. XLVIII, 7). Pierre méritait donc qu’on lui fît l’application de ces autres paroles : « J’ai dit dans mon abondance : jamais je ne me laisserai ébranler » (Ps. XXIX, 7). Dans son abondance, il avait dit au Sauveur : « Je suis avec Vous jusqu’à la mort » (Luc XXII, 33) ; dans son abondance, il avait dit : « Jamais je ne me laisserai ébranler ».

Toutefois Jésus-Christ, en Sa qualité de suprême Médecin, savait mieux que le malade lui-même ce que réclamait sa maladie. Ce que font les médecins dans les maladies du corps, Jésus-Christ peut le faire dans les maladies de l’âme.
Qu’importe, après tout, au malade, que le médecin lui rende toujours raison du traitement qu’il lui applique ? Le malade peut connaître les souffrances qu’il supporte ; mais quand il s’agit de décider si la maladie est dangereuse, d’en connaître les causes, et de juger de l’efficacité des remèdes, c’est l’oeuvre propre du médecin qui, après avoir examiné le corps, reste libre de communiquer à son malade les raisons du traitement qu’il lui applique.

Quand donc le Seigneur dit à Pierre : « Tu Me renieras trois fois », Il prouvait à Pierre qu’Il avait sondé son coeur.
Or, les prévisions du médecin se réalisèrent, et la présomption du malade se trouva confondue.

§ 2. Sa chute fut salutaire à Pierre parce qu’elle le fit entrer dans la voie de l’humilité.

Continuons à étudier dans le même psaume les révélations que nous fait le Saint-Esprit.
Après avoir dit : « Dans mon abondance, je ne me laisserai jamais ébranler », le Psalmiste, se reprochant d’avoir ainsi présumé de ses propres forces, s’empresse d’ajouter : « Seigneur, par l’effet de Votre volonté, Vous avez ajouté la force à ma beauté ; Vous avez détourné Votre face, et je suis tombé dans le trouble et la confusion » (Ps. XXIX, 8).
Que dit-il ?
Ce que j’avais ne venait que de Vous, et je croyais ne le tenir que de moi ; « mais Vous avez détourné Votre face » ; Vous avez repris ce que Vous m’aviez donné et « je suis tombé dans le trouble et la confusion » ; en Vous retirant de moi, Vous m’avez montré ce que je suis par moi-même.

Ainsi donc, afin de lui inspirer une humilité salutaire, le Sauveur abandonna Pierre pour un temps.
Jésus le regarda ensuite, et Pierre versa des larmes amères, comme parle l’Evangile ; c’est ainsi que s’accomplit la prédiction du Sauveur.

Que lisons-nous ? « Le Seigneur regarda Pierre, et celui-ci se souvint » (Luc XXII, 61).
Si Jésus-Christ ne l’eût pas regardé, Pierre aurait tout oublié. « Le Seigneur regarda Pierre, et celui-ci se souvint que Jésus lui avait dit : avant que le coq chante, vous Me renierez trois fois, et, étant sorti, il pleura amèrement » (Ibid. 62).
Pour laver le crime de son reniement, Pierre avait donc besoin du baptême des larmes. Mais ce baptême lui-même il n’aurait pu l’avoir si Dieu ne lui en avait fait la grâce.

Rombouts Theodor - reniement détail

Theodor Rombouts : le reniement de Pierre (détail)

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