Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2014-96. « Arrête ! Le Coeur de Jésus est là ! »

17 octobre 2014 au soir,
fête de Sainte Marguerite-Marie.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous savez tous en quelle vénération nous tenons Sainte Marguerite-Marie (cf. > www), en notre Mesnil-Marie.
Après l’avoir fêtée aujourd’hui, après en avoir profité pour relire quelques textes la concernant et concernant la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus à laquelle Notre-Seigneur Lui-même l’a éduquée pour qu’elle la transmette à toute l’Eglise, j’ai demandé à Frère Maximilien-Marie une petite bande dessinée que je puisse vous adresser. 
Voilà qui est fait : il ne me reste plus qu’à vous saluer et à vous souhaiter de vivre toujours plus intensément de cette dévotion au Coeur adorable de Notre-Seigneur, qui est si féconde en grâces et en fruits de sanctification.

Lully.

Scapulaire Sacré-Coeur

Le Coeur de Jésus est là - BD

Scapulaire Sacré-Coeur

Voir aussi :
- « Je veux que tu me serves d’instrument… » - BD > www
- Les Promesses du Sacré-Coeur > www
- Salutations au Sacré-Coeur composées par Ste Marguerite-Marie > www

Publié dans:Bandes dessinées, Nos amis les Saints |on 17 octobre, 2014 |1 Commentaire »

A mon Ange Gardien

Poème composé par
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face.

La fête de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face - le 3 octobre – suit, dans le calendrier traditionnel, celle des Saints Anges Gardiens (2 octobre). Profitons-en donc pour lire (ou relire) ce poème composé par la carmélite de Lisieux et surtout pour prier notre bon ange avec les mêmes paroles que la sainte.
Ce poème (qui comme tous les poèmes de Sainte Thérèse a été composé pour être chanté sur une mélodie d’emprumpt) date de février 1897 : il ne reste alors à Soeur Thérèse qu’à peine huit mois de vie ; elle sait qu’elle est malade et qu’elle sera bientôt emportée par cette tuberculose qui l’épuise ; Thérèse est également plongée dans d’épaisses ténèbres spirituelles… tout ceci est en filigrane derrière ces vers qui donneraient pourtant au lecteur superficiel l’impression de couler d’une âme remplie de consolations et inondée des rayons d’une foi facile.

Peinture murale de l'oratoire carmel de Lisieux

Oratoire du Saint-Sacrement à l’intérieur de la clôture du Carmel de Lisieux :
les anges entourant le tabernacle.
Peinture murale de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face
(retouchée par la suite par Soeur Geneviève de la Sainte Face)

A mon Ange gardien.

Air : Par les chants les plus magnifiques.

Glorieux gardien de mon âme,
Toi qui brilles dans le beau ciel
Comme une douce et pure flamme.
Près du trône de l’Eternel ;
Tu viens pour moi sur cette terre,
Et m’éclairant de ta splendeur,
Bel Ange, tu deviens mon frère,
Mon ami, mon consolateur ! 

Connaissant ma grande faiblesse,
Tu me diriges par la main
Et je te vois, avec tendresse,
Oter la pierre du chemin.
Toujours ta douce voix m’invite
A ne regarder que les cieux ;
Plus tu me vois humble et petite,
Et plus ton front est radieux.

O toi qui traverses l’espace
Plus promptement que les éclairs,
Vole bien souvent à ma place
Auprès de ceux qui me sont chers ;
De ton aile sèche leurs larmes,
Chante combien Jésus est bon !
Chante que souffrir a des charmes,
Et tout bas murmure mon nom.

Je veux, pendant ma courte vie,
Sauver mes frères les pécheurs
O bel Ange de la patrie,
Donne-moi tes saintes ardeurs.
Je n’ai rien que mes sacrifices,
Et mon austère pauvreté ;
Unis à tes pures délices,
Offre-les à la Trinité. 

A toi, le royaume et la gloire,
Les richesses du Roi des rois.
A moi, le Pain du saint ciboire,
A moi, le trésor de la Croix.
Avec la Croix, avec l’Hostie,
Avec ton céleste secours,
J’attends en paix, de l’autre vie,
Le bonheur qui dure toujours !

angelot peint par Ste Thérèse de l'Enfant Jésus

Invocations aux neuf choeurs des Anges composées par Frère Maximilien-Marie > www

2014-95. Deux catéchèses de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI consacrées à Saint Jérôme.

2 octobre,
fête des Saints Anges Gardiens.

Dans la continuité de ce que je vous écrivais à l’occasion de la fête de Saint Jérôme (cf. > www), et parce que, en sus de la fête liturgique des Saints Anges, chaque 2 octobre nous ramène très spécialement la pieuse mémoire de Monsieur l’abbé Jean Carmignac, rappelé à Dieu le 2 octobre 1986, qui fut un grand savant et un véritable exégète catholique – homme de grande science et de non moins grande spiritualité – (voir les publications à son sujet, ici > www, ici > www et ici > www), en son honneur je veux aujourd’hui publier le texte de deux catéchèses que Sa Sainteté le Pape Benoît XVI avait consacrées à la belle et grande figure de Saint Jérôme, au cours des audiences générales des 7 et 14 novembre 2007.
C’est toujours un bonheur de relire et de méditer ces textes du grand Pape Benoît XVI, qui sont profonds et spirituels, d’une érudition sûre et solide, précis et rigoureux, toujours délicats et nuancés, véritablement nourrissants pour l’âme autant que pour l’intelligence…

Lionello Spada 1610 Saint Jérôme dans sa cellule

Saint Jérôme dans sa cellule – Lionello Spada (1610)

Résumé de la vie de de Saint Jérôme.
L’exemple que Saint Jérôme donne aux fidèles de tous les temps.

- Catéchèse du mercredi 7 novembre 2007 -

Chers frères et soeurs !

Nous porterons aujourd’hui notre attention sur saint Jérôme, un Père de l’Eglise qui a placé la Bible au centre de sa vie : il l’a traduite en langue latine, il l’a commentée dans ses œuvres, et il s’est surtout engagé à la vivre concrètement au cours de sa longue existence terrestre, malgré le célèbre caractère difficile et fougueux qu’il avait reçu de la nature.

Jérôme naquit à Stridon vers 347 dans une famille chrétienne, qui lui assura une formation soignée, l’envoyant également à Rome pour perfectionner ses études. Dès sa jeunesse, il ressentit l’attrait de la vie dans le monde (cf. Epître 22, 7), mais en lui prévalurent le désir et l’intérêt pour la religion chrétienne. Après avoir reçu le Baptême vers 366, il s’orienta vers la vie ascétique et, s’étant rendu à Aquilée, il s’inséra dans un groupe de fervents chrétiens, qu’il définit comme un « chœur de bienheureux » (Chron. ad ann. 374) réuni autour de l’Evêque Valérien. Il partit ensuite pour l’Orient et vécut en ermite dans le désert de Calcide, au sud d’Alep (cf. Epître 14, 10), se consacrant sérieusement aux études. Il perfectionna sa connaissance du grec, commença l’étude de l’hébreu (cf. Epître 125, 12), transcrivit des codex et des œuvres patristiques (cf. Epître 5, 2). La méditation, la solitude, le contact avec la Parole de Dieu firent mûrir sa sensibilité chrétienne. Il sentit de manière plus aiguë le poids de ses expériences de jeunesse (cf. Epître 22, 7), et il ressentit vivement l’opposition entre la mentalité païenne et la vie chrétienne : une opposition rendue célèbre par la « vision » dramatique et vivante, dont il nous a laissé le récit. Dans celle-ci, il lui sembla être flagellé devant Dieu, car  « cicéronien  et non chrétien » (cf. Epître 22, 30).

En 382, il partit s’installer à Rome : là, le Pape Damase, connaissant sa réputation d’ascète et sa compétence d’érudit, l’engagea comme secrétaire et conseiller ; il l’encouragea à entreprendre une nouvelle traduction latine des textes bibliques pour des raisons pastorales et culturelles. Quelques personnes de l’aristocratie romaine, en particulier des nobles dames comme Paola, Marcella, Asella, Lea et d’autres, souhaitant s’engager sur la voie de la perfection chrétienne et approfondir leur connaissance de la Parole de Dieu, le choisirent comme guide spirituel et maître dans l’approche méthodique des textes sacrés. Ces nobles dames apprirent également le grec et l’hébreu.

Après la mort du Pape Damase, Jérôme quitta Rome en 385 et entreprit un pèlerinage, tout d’abord en Terre Sainte, témoin silencieux de la vie terrestre du Christ, puis en Egypte, terre d’élection de nombreux moines (cf. Contra Rufinum 3, 22 ; Epître 108, 6-14). En 386, il s’arrêta à Bethléem, où, grâce à la générosité de la noble dame Paola, furent construits un monastère masculin, un monastère féminin et un hospice pour les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte, « pensant que Marie et Joseph n’avaient pas trouvé où faire halte » (Epître 108, 14). Il resta à Bethléem jusqu’à sa mort, en continuant à exercer une intense activité :  il commenta la Parole de Dieu ; défendit la foi, s’opposant avec vigueur à différentes hérésies ; il exhorta les moines à la perfection ; il enseigna la culture classique et chrétienne à de jeunes élèves ; il accueillit avec une âme pastorale les pèlerins qui visitaient la Terre Sainte. Il s’éteignit dans sa cellule, près de la grotte de la Nativité, le 30 septembre 419/420.

Sa grande culture littéraire et sa vaste érudition permirent à Jérôme la révision et la traduction de nombreux textes bibliques : un travail précieux pour l’Eglise latine et pour la culture occidentale. Sur la base des textes originaux en grec et en hébreu et grâce à la confrontation avec les versions précédentes, il effectua la révision des quatre Evangiles en langue latine, puis du Psautier et d’une grande partie de l’Ancien Testament. En tenant compte de l’original hébreu et grec, des Septante et de la version grecque classique de l’Ancien Testament remontant à l’époque pré-chrétienne, et des précédentes versions latines, Jérôme, ensuite assisté par d’autres collaborateurs, put offrir  une  meilleure traduction : elle constitue ce qu’on appelle la « Vulgate », le texte « officiel » de l’Eglise latine, qui a été reconnu comme tel par le Concile de Trente et qui, après la récente révision, demeure le texte « officiel » de l’Eglise de langue latine. Il est intéressant de souligner les critères auxquels ce grand bibliste s’est tenu dans son œuvre de traducteur. Il le révèle lui-même quand il affirme respecter jusqu’à l’ordre des mots dans les Saintes Ecritures, car dans celles-ci, dit-il, « l’ordre des mots est aussi un mystère » (Epître 57, 5), c’est-à-dire une révélation. Il réaffirme en outre la nécessité d’avoir recours aux textes originaux : « S’il devait surgir une discussion entre les Latins sur le Nouveau Testament, en raison des leçons discordantes des manuscrits, ayons recours à l’original, c’est-à-dire au texte grec, langue dans laquelle a été écrit le Nouveau Testament. De la même manière pour l’Ancien Testament, s’il existe des divergences entre les textes grecs et latins, nous devons faire appel au texte original, l’hébreu ; de manière à ce que nous puissions retrouver tout ce qui naît de la source dans les ruisseaux » (Epître 106, 2). En outre, Jérôme commenta également de nombreux textes bibliques. Il pensait que les commentaires devaient offrir de nombreuses opinions, « de manière à ce que le lecteur avisé, après avoir lu les différentes explications et après avoir connu de nombreuses opinions – à accepter ou à refuser -, juge celle qui était la plus crédible et, comme un expert en monnaies, refuse la fausse monnaie » (Contra Rufinum 1, 16).

Il réfuta avec énergie et vigueur les hérétiques qui contestaient la tradition et la foi de l’Eglise. Il démontra également l’importance et la validité de la littérature chrétienne, devenue une véritable culture désormais digne d’être comparée avec la littérature classique :  il le fit en composant le De viris illustribus, une œuvre dans laquelle Jérôme présente les biographies de plus d’une centaine d’auteurs chrétiens. Il écrivit également des biographies de moines, illustrant à côté d’autres itinéraires spirituels également l’idéal monastique ; en outre, il traduisit diverses œuvres d’auteurs grecs. Enfin, dans le fameux Epistolario, un chef-d’œuvre de la littérature latine, Jérôme apparaît avec ses caractéristiques d’homme cultivé, d’ascète et de guide des âmes.

Que pouvons-nous apprendre de saint Jérôme ?
Je pense en particulier ceci :  aimer la Parole de Dieu dans l’Ecriture Sainte. Saint Jérôme dit : « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ ». C’est pourquoi, il est très important que chaque chrétien vive en contact et en dialogue personnel avec la Parole de Dieu qui nous a été donnée dans l’Ecriture Sainte. Notre dialogue avec elle doit toujours revêtir deux dimensions : d’une part, il doit être un dialogue réellement personnel, car Dieu parle avec chacun de nous à travers l’Ecriture Sainte et possède un message pour chacun. Nous devons lire l’Ecriture Sainte non pas comme une parole du passé, mais comme une Parole de Dieu qui s’adresse également à nous et nous efforcer de comprendre ce que le Seigneur veut nous dire. Mais pour ne pas tomber dans l’individualisme, nous devons tenir compte du fait que la Parole de Dieu nous est donnée précisément pour construire la communion, pour nous unir dans la vérité de notre chemin vers Dieu. C’est pourquoi, tout en étant une Parole personnelle, elle est également une Parole qui construit une communauté, qui construit l’Eglise. Nous devons donc la lire en communion avec l’Eglise vivante. Le lieu privilégié de la lecture et de l’écoute de la Parole de Dieu est la liturgie, dans laquelle, en célébrant la parole et en rendant présent dans le Sacrement le Corps du Christ, nous réalisons la parole dans notre vie et la rendons présente parmi nous. Nous ne devons jamais  oublier  que  la Parole de Dieu transcende les temps. Les opinions humaines vont et viennent. Ce qui est très moderne aujourd’hui sera très vieux demain. La Parole de Dieu, au contraire, est une Parole de vie éternelle, elle porte en elle l’éternité, ce qui vaut pour toujours. En portant en nous la Parole de Dieu, nous portons donc en nous l’éternel, la vie éternelle.

Et ainsi, je conclus par une parole de saint Jérôme à saint Paulin de Nole. Dans celle-ci, le grand exégète exprime précisément cette réalité, c’est-à-dire que dans la Parole de Dieu, nous recevons l’éternité, la vie éternelle. Saint Jérôme dit : « Cherchons à apprendre sur la terre les vérités dont la consistance persistera également au ciel » (Epître 53, 10).

Bernardino Mei 1557-60 vision de Saint Jérôme

« Tu es cicéronien et non chrétien !  » : Vision de Saint Jérôme – Bernardino Mei (1557-1560)

L’extraordinaire richesse et variété des enseignements de Saint Jérôme.

- Catéchèse du mercredi 14 novembre 2007 -

Chers frères et sœurs,

Nous poursuivons aujourd’hui la présentation de la figure de saint Jérôme. Comme nous l’avons dit mercredi dernier, il consacra sa vie à l’étude de la Bible, au point d’être reconnu par l’un de mes prédécesseurs, le Pape Benoît XV, comme « docteur éminent dans l’interprétation des Saintes Ecritures ». Jérôme soulignait la joie et l’importance de se familiariser avec les textes bibliques :  « Ne te semble-t-il pas habiter – déjà ici, sur terre – dans le royaume des cieux, lorsqu’on vit parmi ces textes, lorsqu’on les médite, lorsqu’on ne connaît ni ne recherche rien d’autre ? » (Epître 53, 10). En réalité, dialoguer avec Dieu, avec sa Parole, est dans un certain sens une présence du Ciel, c’est-à-dire une présence de Dieu. S’approcher des textes bibliques, surtout du Nouveau Testament, est essentiel pour le croyant, car « ignorer l’Ecriture, c’est ignorer le Christ ». C’est à lui qu’appartient cette phrase célèbre, également citée par le concile Vatican II dans la Constitution Dei Verbum (n. 25).

Réellement « amoureux » de la Parole de Dieu, il se demandait : « Comment pourrait-on vivre sans la science des Ecritures, à travers lesquelles on apprend à connaître le Christ lui-même, qui est la vie des croyants » (Epître 30, 7). La Bible, instrument « avec lequel Dieu parle chaque jour aux fidèles » (Epître 133, 13), devient ainsi un encouragement et la source de la vie chrétienne pour toutes les situations et pour chaque personne. Lire l’Ecriture signifie converser avec Dieu : « Si tu pries – écrit-il à une noble jeune fille de Rome - , tu parles avec l’Epoux ; si tu lis, c’est Lui qui te parle » (Epître 22, 25). L’étude et la méditation de l’Ecriture rendent l’homme sage et serein (cf. In Eph., prol.). Assurément, pour pénétrer toujours plus profondément la Parole de Dieu, une application constante et progressive est nécessaire. Jérôme recommandait ainsi au prêtre Népotien : « Lis avec une grande fréquence les divines Ecritures ; ou mieux, que le Livre Saint reste toujours entre tes mains. Apprends-là ce que tu dois enseigner » (Epître 52, 7). Il donnait les conseils suivants à la matrone romaine Leta pour l’éducation chrétienne de sa fille : « Assure-toi qu’elle étudie chaque jour un passage de l’Ecriture… Qu’à la prière elle fasse suivre la lecture, et à la lecture la prière… Au lieu des bijoux et des vêtements de soie, qu’elle aime les Livres divins » (Epître 107, 9-12). Avec la méditation et la science des Ecritures se « conserve l’équilibre de l’âme » (Ad Eph., prol.). Seul un profond esprit de prière et l’assistance de l’Esprit Saint peuvent  nous  introduire à la compréhension de la Bible : « Dans l’interprétation des Saintes Ecritures, nous avons toujours besoin de l’assistance de l’Esprit Saint » (In Mich. 1, 10, 15).

Un amour passionné pour les Ecritures imprégna donc toute la vie de Jérôme, un amour qu’il chercha toujours à susciter également chez les fidèles. Il recommandait à l’une de ses filles spirituelles : « Aime l’Ecriture Sainte et la sagesse t’aimera ; aime-la tendrement, et celle-ci te préservera ; honore-la et tu recevras ses caresses. Qu’elle soit pour toi comme tes colliers et tes boucles d’oreille » (Epître 130, 20). Et encore :  « Aime la science de l’Ecriture, et tu n’aimeras pas les vices de la chair » (Epître 125, 11).

Pour Jérôme, un critère de méthode fondamental dans l’interprétation des Ecritures était l’harmonie avec le magistère de l’Eglise. Nous ne pouvons jamais lire l’Ecriture seuls. Nous trouvons trop de portes fermées et nous glissons facilement dans l’erreur. La Bible a été écrite par le Peuple de Dieu et pour le Peuple de Dieu, sous l’inspiration de l’Esprit Saint. Ce n’est que dans cette communion avec le Peuple de Dieu que nous pouvons réellement entrer avec le « nous » au centre de la vérité que Dieu lui-même veut nous dire. Pour lui, une interprétation authentique de la Bible devait toujours être en harmonieuse concordance avec la foi de l’Eglise catholique. Il ne s’agit pas d’une exigence imposée à ce Livre de l’extérieur ; le Livre est précisément la voix du Peuple de Dieu en pèlerinage et ce n’est que dans la foi de ce Peuple que nous sommes, pour ainsi dire, dans la juste tonalité pour comprendre l’Ecriture Sainte. Il admonestait donc :  « Reste fermement attaché à la doctrine traditionnelle qui t’a été enseignée, afin que tu puisses exhorter selon la saine doctrine et réfuter ceux qui la contredisent » (Epître 52, 7). En particulier, étant donné que Jésus-Christ a fondé son Eglise sur Pierre, chaque chrétien – concluait-il – doit être en communion « avec la Chaire de saint Pierre. Je sais que sur cette pierre l’Eglise est édifiée » (Epître 15, 2). Par conséquent, et de façon directe, il déclarait : « Je suis avec quiconque est uni à la Chaire de saint Pierre » (Epître 16).

Jérôme ne néglige pas, bien sûr, l’aspect éthique. Il rappelle au contraire souvent le devoir d’accorder sa propre vie avec la Parole divine et ce n’est qu’en la vivant que nous trouvons également la capacité de la comprendre. Cette cohérence est indispensable pour chaque chrétien, et en particulier pour le prédicateur, afin que ses actions, si elles étaient discordantes par rapport au discours, ne le mettent pas dans l’embarras. Ainsi exhorte-t-il le prêtre Népotien :  « Que tes actions ne démentent pas tes paroles, afin que, lorsque tu prêches à l’église, il n’arrive pas que quelqu’un commente en son for intérieur :  « Pourquoi n’agis-tu pas précisément ainsi ? » Cela est vraiment plaisant de voir ce maître qui, le ventre plein, disserte sur le jeûne; même un voleur peut blâmer l’avarice; mais chez le prêtre du Christ, l’esprit et la parole doivent s’accorder » (Epître 52, 7). Dans une autre lettre, Jérôme réaffirme : « Même si elle possède une doctrine splendide, la personne qui se sent condamnée par sa propre conscience se sent honteuse » (Epître 127, 4). Toujours sur le thème de la cohérence, il observe : l’Evangile doit se traduire par des attitudes de charité véritable, car en chaque être humain, la Personne même du Christ est présente. En s’adressant, par exemple, au prêtre Paulin (qui devint ensuite Evêque de Nole et saint), Jérôme le conseillait ainsi : « Le véritable temple du Christ est l’âme du fidèle:  orne-le, ce sanctuaire, embellis-le, dépose en lui tes offrandes et reçois le Christ. Dans quel but revêtir les murs de pierres précieuses, si le Christ meurt de faim dans la personne d’un pauvre ? » (Epître 58, 7). Jérôme concrétise :  il faut « vêtir le Christ chez les pauvres, lui rendre visite chez les personnes qui souffrent, le nourrir chez les affamés, le loger chez les sans-abris » (Epître 130, 14). L’amour pour le Christ, nourri par l’étude et la méditation, nous fait surmonter chaque difficulté : « Aimons nous aussi Jésus-Christ, recherchons toujours l’union avec lui : alors, même ce qui est difficile nous semblera facile » (Epître 22, 40).

Jérôme, défini par Prospère d’Aquitaine comme un « modèle de conduite et maître du genre humain » (Carmen de ingratis, 57), nous a également laissé un enseignement riche et varié sur l’ascétisme chrétien. Il rappelle qu’un courageux engagement vers la perfection demande une vigilance constante, de fréquentes mortifications, toutefois avec modération et prudence, un travail intellectuel ou manuel assidu pour éviter l’oisiveté (cf. Epîtres 125, 11 et 130, 15), et surtout l’obéissance à Dieu : « Rien… ne plaît autant à Dieu que l’obéissance…, qui est la plus excellente et l’unique vertu » (Hom. de oboedientia : CCL 78, 552). La pratique des pèlerinages peut également appartenir au chemin ascétique. Jérôme donna en particulier une impulsion à ceux en Terre Sainte, où les pèlerins étaient accueillis et logés dans des édifices élevés à côté du monastère de Bethléem, grâce à la générosité de la noble dame Paule, fille spirituelle de Jérôme (cf. Epître 108, 14).

Enfin, on ne peut pas oublier la contribution apportée par Jérôme dans le domaine de la pédagogie chrétienne (cf. Epîtres 107 et 128). Il se propose de former « une âme qui doit devenir le temple du Seigneur » (Epître 107, 4), une « pierre très précieuse » aux yeux de Dieu (Epître 107, 13). Avec une profonde intuition, il conseille de la préserver du mal et des occasions de pécher, d’exclure les amitiés équivoques ou débauchées (cf. Epître 107, 4 et 8-9 ; cf. également Epître 128, 3-4). Il exhorte surtout les parents pour qu’ils créent un environnement  serein  et joyeux autour des enfants, pour qu’ils les incitent à l’étude et au travail, également par la louange et l’émulation (cf. Epîtres 107, 4 et 128, 1), qu’ils les encouragent à surmonter les difficultés, qu’ils favorisent entre eux les bonnes habitudes et qu’ils les préservent d’en prendre de mauvaises car – et il cite là une phrase de Publilius Syrus entendue à l’école – « difficilement tu réussiras à te corriger de ces choses dont tu prends tranquillement l’habitude » (Epître 107, 8). Les parents sont les principaux éducateurs des enfants, les premiers maîtres de vie. Avec une grande clarté, Jérôme, s’adressant à la mère d’une jeune fille et mentionnant ensuite le père, admoneste, comme exprimant une exigence fondamentale de chaque créature humaine qui commence son existence : « Qu’elle trouve en toi sa maîtresse, et que sa jeunesse inexpérimentée regarde vers toi avec émerveillement. Que ni en toi, ni en son père elle ne voie jamais d’attitudes qui la conduisent au péché, si elles devaient être imitées. Rappelez-vous que… vous pouvez davantage l’éduquer par l’exemple que par la parole » (Epître 107, 9). Parmi les principales intuitions de Jérôme comme pédagogue, on doit souligner l’importance attribuée à une éducation saine et complète dès la prime enfance, la responsabilité particulière reconnue aux parents, l’urgence d’une sérieuse formation morale et religieuse, l’exigence de l’étude pour une formation humaine plus complète. En outre, un aspect assez négligé à l’époque antique, mais considéré comme vital par notre auteur, est la promotion de la femme, à laquelle il reconnaît le droit à une formation complète : humaine, scolaire, religieuse, professionnelle. Et nous voyons précisément aujourd’hui que l’éducation de la personnalité dans son intégralité, l’éducation à la responsabilité devant Dieu et devant l’homme, est la véritable condition de tout progrès, de toute paix, de toute réconciliation et d’exclusion de la violence. L’éducation devant Dieu et devant l’homme : c’est l’Ecriture Sainte qui nous indique la direction de l’éducation et ainsi, du véritable humanisme.

Nous ne pouvons pas conclure ces rapides annotations sur cet éminent Père de l’Eglise sans mentionner la contribution efficace qu’il apporta à la préservation d’éléments positifs et valables des antiques cultures juive, grecque et romaine au sein de la civilisation chrétienne naissante. Jérôme a reconnu et assimilé les valeurs artistiques, la richesse des sentiments et l’harmonie des images présentes chez les classiques, qui éduquent le cœur et l’imagination à de nobles sentiments. Il a en particulier placé au centre de sa vie et de son activité la Parole de Dieu, qui indique à l’homme les chemins de la vie, et lui révèle les secrets de la sainteté. Nous ne pouvons que lui être profondément reconnaissants pour tout cela, précisément dans le monde d’aujourd’hui.

Simon Vouet 1622-25 Saint Jérôme et l'ange

Saint Jérôme et l’ange – Simon Vouet (1622-1625)

2014-94. Réflexions félines – septembre 2014 : où, à l’occasion de la fête de Saint Jérôme, on revient sur le problème des traductions de la Sainte Ecriture lues à la Sainte Messe.

Mardi 30 septembre 2014,
fête de Saint Jérôme.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce dernier jour du mois de septembre, nous fêtons Saint Jérôme, célèbre – entre autres – pour avoir mené à bien une remarquable version des Saintes Ecritures en langue latine : la Vulgate ; aussi ces habituelles réflexions mensuelles s’attacheront-elles aujourd’hui aux traductions scripturaires…

Domenico Ghirlandaio St Jérôme 1480

Saint Jérôme dans sa cellule (Domenico Ghirlandaio, fresque 1480)

- Du travail de Saint Jérôme :

On sait à quel point Saint Jérôme fut scrupuleux et précis pour donner à l’Eglise latine un version qui rende le plus exactement possible le sens des textes sacrés qu’il traduisait de l’hébreu, de l’araméen ou du grec, à partir des meilleurs manuscrits antiques – la plupart ont aujourd’hui disparu – dont il pouvait disposer.

Ce n’est que lorsqu’est advenue la période où la foi et la doctrine ont été mises à mal que le sérieux du travail de Saint Jérôme a été mis en doute.
En prétendant que le moine érudit « traduisait trop vite », puis en jetant le doute sur les manuscrits sur lesquels il travaillait, on a peu à peu insinué que le texte de la Vulgate n’était pas vraiment fiable ; par contre coup, on a ainsi répandu l’idée que l’Eglise latine fondait sa croyance sur des interprétations contestables des textes bibliques.

Pour moi, j’insiste 1) pour affirmer que Saint Jérôme dépassait en connaissance des langues anciennes bien des exégètes et traducteurs des temps modernes, et 2) pour rappeler qu’il avait à sa disposition des manuscrits des textes bibliques qui ont aujourd’hui disparu (en totalité ou en partie) et qui étaient beaucoup plus sûrs que les prétendus « manuscrits originaux » dont se réclament la plupart des traductions modernes.
En effet, ces prétendus « manuscrits originaux » sont postérieurs de plusieurs siècles aux manuscrits anciens auxquels Saint Jérôme avait accès et, par ailleurs, on peut affirmer de manière certaine que – à partir de la fin du premier siècle – les Juifs ont « trafiqué » certains textes de l’Ancien Testament qui témoignaient d’une façon trop évidente en faveur de Notre-Seigneur Jésus-Chris, de manière à ce qu’ils ne puissent plus servir d’arguments bibliques en faveur de la foi chrétienne.

De cela, Saint Jérôme témoigne dans une lettre à Sainte Marcelle que Frère Maximilien-Marie a déjà citée dans les souvenirs de ses conversations avec Monsieur l’abbé Jean Carmignac (on les retrouvera ici > www).
Sainte Marcelle, s’étant plainte auprès de Saint Jérôme de ne pas avoir eu de lettre de lui depuis longtemps, en reçut en effet cette explication :

« Quel est donc ce travail si important et si nécessair, me direz-vous, qui ne vous permet pas le plaisir d’une causerie épistolaire ? C’est la confrontation de la version d’Aquila avec le texte hébreu, étude dont je m’occupe depuis longtemps, pour voir si la Synagogue n’aurait pas fait à l’original, en haine du Christ, quelque changement ; et, je ne craindrai pas d’en faire l’aveu à une amie comme vous, j’ai trouvé là bien des choses capables de corroborer notre foi ! » 
La « version d’Aquila » dont parle Saint Jérôme dans ce passage, est une traduction de la Bible hébraïque en grec, réalisée par Aquila de Sinope et publiée vers l’an 138 de notre ère. Ce texte grec de la Bible connut un grand succès auprès des Juifs de langue grecque au point qu’il supplanta le texte des Septante (traduction en grec datant du IIIe siècle avant Jésus-Christ, et qui était considérée comme inspirée), parce que justement Aquila avait traduit en favorisant des interprétations défavorables au christianisme. Ce texte d’Aquila influença même les textes hébreux postérieurs, qui se trouvèrent ainsi détournés du sens qu’ils avaient eu jusque là ; les traductions grecques antérieures et les manuscrits hébreux plus anciens en témoignent, ainsi que Saint Jérôme put le vérifier, et les textes hébreux ou araméens retrouvés à Qumrân au XXe siècle en apportent une nouvelle preuve.

Lectionnaire en français pour le missel de 1962

Lectionnaire en langue française utilisé de manière habituelle et générale
dans les églises où est célébrée la liturgie selon le missel de 1962.

- Des traductions liturgiques de la Sainte Ecriture en langue française 

Cela m’amène à parler des traductions de la Sainte Ecriture lues en langue française au cours de la Sainte Messe.

Notez bien que je ne parle pas ici du lectionnaire français de la liturgie réformée issue du second concile du Vatican (ce que l’on appelle « missel de Paul VI »),
premièrement parce que c’est une liturgie que nous ne pratiquons pas au Mesnil-Marie et avec laquelle nous ne nous voulons pas nous compromettre,
et secondement parce que, s’il fallait s’en occuper, il faudrait alors écrire non seulement de longues pages mais plusieurs volumes, en raison des graves problèmes soulevés par les traductions pitoyables que l’on y trouve.
On dépasserait alors largement les limites imposées par ce modeste blogue.

Je veux parler ici des traductions utilisées pour la lecture en français des textes bibliques du missel de 1962 (dit « de Jean XXIII »), pratiqué dans toutes les chapelles où l’on célèbre « la messe de Saint Pie V ».
Ces traductions sont contenues dans un lectionnaire (dont j’ai placé ci-dessus une photographie montrant la couverture et la page de garde) qui a été publié en 1964.
La publication de ce lectionnaire se situait déjà dans les perspectives d’application des directives de la constitution « Sacrosanctum concilium » du second concile du Vatican (promulguée le 3 décembre 1963), afin de permettre la proclamation au peuple des épîtres et Evangiles en langue française.

Si son ordonnance est conforme à l’édition du missel de 1962, si les traductions que contient ce lectionnaire sont dites « approuvées par les épiscopats d’Afrique Equatoriale-Cameroun, Afrique du Nord, Afrique Occidentale, Belgique, Canada, Congo, France, Luxembourg, Madagascar, Rwanda et Burundi, Suisse » (texte figurant sur la page de garde), et si cette publication a été approuvée depuis Rome, le 1er novembre 1964, par Son Excellence Monseigneur René Boudon, évêque de Mende – au nom de l’Association épiscopale liturgique de France – , les traductions qu’il contient sont néanmoins pour nous la source d’une grande perplexité et de fréquents agacements.
Je constate aussi que rien, dans la « note sur le contenu de ce lectionnaire » qui figure en tête de l’ouvrage, ne permet d’ailleurs de savoir d’où proviennent les traductions proposées dans ce livre, ce qui ne peut qu’accroître notre suspicion.

En effet, ce n’est pas parce qu’il contient la traduction française des textes bibliques pour la liturgie antérieure aux réformes promulguées par le second concile du Vatican, ni parce qu’il a vu le jour avant le grand bazar auquel on assistera dans les églises à partir de 1965, que les traductions qu’il propose sont nécessairement irréprochables.
Lorsque ce lectionnaire fut publié, en 1964, le ver était dans le fruit depuis de nombreuses années et il avait, sans faire de bruit et sans qu’on s’en rende vraiment compte, déjà bien contribué à pourrir le catholicisme.

Ce même Monseigneur Boudon, qui approuva la publication de ce lectionnaire français en 1964, a présidé pendant des lustres la commission épiscopale française chargée de la liturgie (commission qui portera plusieurs noms successifs) et, tout au long des années qui ont suivi le second concile du Vatican, c’est lui qui au nom de l’épiscopat français a signé à tour de bras – et sans aucun état d’âme semble-t-il – des autorisations de mise en service de traductions françaises officielles pour le moins surprenantes (doux euphémisme !) et de textes pour la nouvelle liturgie dont l’orthodoxie est carrément douteuse !
Monseigneur Boudon, à la messe duquel Frère Maximilien-Marie se souvient d’avoir un jour assisté dans son enfance – messe des plus fantaisiste et « approximative » au demeurant – était sans nul doute un « progressiste » convaincu. Il ne l’est pas devenu du jour au lendemain « après le concile », juste au moment de l’entrée en vigueur du missel de Paul VI. La facilité avec laquelle il a autorisé des publications pour la liturgie réformée dont la qualité littéraire et doctrinale laisse fort à désirer, donne à penser que, déjà en 1964, il n’était pas très regardant sur la qualité des traductions de la Sainte Ecriture publiées avec sa bénédiction. 

Il m’apparaît donc tout à fait inquiétant, et même dommageable, que l’on utilise – apparemment sans sourciller – , dans les chapelles où est pratiquée la liturgie traditionnelle, un lectionnaire dont les traductions des textes bibliques en langue française exigeraient une sérieuse révision, d’abord pour les mettre en stricte conformité avec le texte de la Vulgate contenu par le missel latin, et ensuite pour leur donner une qualité littéraire qui n’existe pas à l’heure actuelle.

J’ai conscience que cela représente un gros travail pour réviser ces traductions inexactes, voire tendancieuses, ainsi que de nombreuses difficultés pratiques. Cela n’en est pas moins nécessaire.
L’article 6 du motu proprio « Summorum Pontificum » de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI précisait que « dans les Messes célébrées selon le Missel du B. Jean XXIII avec le peuple, les lectures peuvent aussi être proclamées en langue vernaculaire, en utilisant des éditions reconnues par le Siège apostolique ».

De fait, le lectionnaire français de 1964 ne constitue pas une « édition reconnue par le Siège apostolique » : il n’est qu’une édition autorisée (et non promulguée de manière impérative) par les épiscopats francophones de 1964.
En l’occurrence, et en l’absence d’édition française « reconnue par le Siège apostolique », il semble donc tout à fait légitime que l’on puisse utiliser, pour la proclamation des lectures en langue française, d’autres traductions plus conformes au texte de la Vulgate que celles contenues dans ce « Lectionnaire Français pour tous les jours selon le Missel Romain » publié en 1964.

pattes de chatLully.

Domenico Ghirlandaio St Jérôme détail

Domenico Ghirlandaio – 1480 : détail sur le visage et les mains de la fresque de Saint Jérôme.

2014-92. De la Bienheureuse Françoise Mézière, vierge et martyre, modèle des enseignants catholiques.

Mercredi 17 septembre 2014,
fête de Sainte Hildegarde de Bingen (cf. > www).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Pour achever mes publications relatives à la rentrée scolaire, à rebours des modes prétendûment pédagogiques, je voudrais aujourd’hui vous présenter la figure d’une authentique enseignante catholique – une sainte pédagogue – , qui est en même temps une héroïque martyre : la bienheureuse Françoise Mézière.
Je l’ai déjà évoquée, en janvier 2014 (ici > www), lorsque j’ai parlé des bienheureux martyrs de Laval ; mais je n’avais alors fait que citer son nom, alors qu’aujourd’hui je voudrais vous donner davantage de détails sur sa vie exemplaire, qui fait d’elle un modèle toujours actuel pour tous les enseignants catholiques.

Statue de la Bse Françoise Mézières - église de Mézangers

Statue de la bienheureuse Françoise Mézière dans l’église de Mézangers.

A – Origines, vocation et formation :

Françoise Mézière est née à Mézangers, dans le Bas-Maine (au nord de Sainte-Suzanne), le 25 août 1745, et fut baptisée le jour même.

Son père, René Mézière, excellent chrétien, était fermier pour l’abbaye d’Evron (bénédictins). Veuf de sa première épouse, dont il a déjà eu six enfants, il se remarie à la fin de l’année 1749 : Françoise est alors âgée de quatre ans et demi.
Sa deuxième épouse lui donne trois autres enfants, puis meurt à son tour en 1754, peu de temps après la mort de la sœur aînée de Françoise.
En 1758, René Mézière se marie une troisième fois.
Par tous ces décès successifs vécus dans la foi de l’Eglise, Françoise comprend très tôt que le sens véritable de la vie terrestre, c’est la préparation de l’éternité, et, en conséquence, elle perçoit toute l’importance du rôle des éducateurs pour les âmes appelées au salut.

En 1768, Françoise Mézière a 23 ans. Elle quitte la maison familiale pour aller se former à la grande et belle tache de maîtresse d’école.

En ces temps-là, se développait largement en Bas-Maine – comme en beaucoup d’autres provinces du Royaume – l’oeuvre dite des « petites écoles ».
A Evron, depuis 1720, une de ces institutions existait, grâce à la générosité de l’abbé des Bénédictins et au zèle du curé local. Cette oeuvre était dirigée par des femmes consacrées, vivant en communauté et organisées sur le modèle des « Filles de la Charité » fondées par Saint Vincent de Paul. Ces Soeurs s’occupaient aussi d’un office de charité : à la fois dispensaire où l’on venait recevoir des soins, hospice pour l’accueil de vieillards nécessiteux, orphelinat, centre à partir duquel les Soeurs partaient en visites pour prodiguer des soins et distribuer des vivres… etc.
C’est auprès de ces Soeurs, que Françoise reçut, pendant deux ans, une formation adéquate à sa double mission de maîtresse d’école et de « Soeur de charité ».

Il convient ici de préciser quelque chose qui a son importance : avant la grande révolution, et selon les règles canoniques  en vigueur, seules étaient appelées « religieuses » les femmes qui prononçaient les voeux solennels de religion, et qui de ce fait devaient nécessairement vivre en clôture stricte.
Celles qui, lors même qu’elles vivaient en communauté (mais sans clôture pour pouvoir se dévouer au soin des miséreux et des malades et tenir des écoles), ne prononçaient que des voeux simples ; elles portaient une sorte d’habit religieux et étaient appelées « Soeurs ».
Les femmes qui ne vivaient pas en communauté mais restaient dans une forme de célibat consacré (avec parfois des voeux privés prononcés dans les mains de leur confesseur), qui avaient reçu la charge d’une école de village, qui se dévouaient à l’entretien de l’église et aux visites de charité dans une paroisse, portaient également une sorte d’uniforme religieux et étaient elles-aussi appelées « Soeurs ».
Françoise fera partie de cette dernière catégorie : c’est ce qui explique que, sans être religieuse à strictement parler, elle sera couramment appelée Soeur Françoise

Evron la basilique et les bâtiments abbatiaux

Evron : la basilique et les bâtiments abbatiaux.
C’est ici que les Soeurs de la Charité d’Evron, établies sous la protection de l’abbé, formeront Françoise Mézière à sa mission de maîtresse d’école et de « Soeur de charité ».

B – Françoise, maîtresse d’école à Saint-Léger :

Une cousine de la troisième épouse de René Mézière, Marguerite Coutelle, dirigeait depuis 1752 l’école-dispensaire de la paroisse de Saint-Léger (à l’ouest de Sainte-Suzanne). Elle y avait été appelée en 1752 par un prêtre aussi généreux que zélé pour « apprendre à lire et à écrire gratuitement aux jeunes filles de la paroisse, de leur faire réciter tous les jours la prière et leur enseigner le catéchisme le mercredi et le samedi ».
En 1770, Françoise, qui a achevé sa formation à Evron, est appelée comme auxiliaire de la Soeur Coutelle, déjà âgée. Françoise fera la classe, visitera les malades et s’occupera en partie de la sacristie : c’est à elle que revient l’entretien des linges d’église et ornements, ainsi que la préparation des autels pour les Messes.

La Soeur Coutelle meurt en 1772 et Françoise devient alors l’institutrice titulaire de Saint-Léger.

De 1770 à 1789, pendant dix-neuf années donc, Françoise Mézière a vécu les jours les plus tranquilles et les plus heureux de son existence : une existence où ne manquent certes pas les jours d’épreuve et de deuil, mais qui se déroule dans le bonheur profond du dévouement humble, fidèle et discret, toute donnée à Dieu et aux autres… 

Françoise est soutenue par le ministère de bons prêtres, fervents, instruits, sages et zélés.
Lorsqu’elle arrive à Saint-léger, en 1770, le vicaire est l’abbé Ripault : nommé curé de Gesvres en 1776, ce prêtre intrépide refusera les serments imposés par la révolution : durant toute la Terreur et jusqu’au Concordat, il exercera son ministère clandestin avec beaucoup de succès.
En remplacement de l’abbé Ripault, les paroissiens de Saint-Léger voient arriver un jeune prêtre, l’abbé René Morin, doté d’un jugement très lucide, d’un grand esprit d’initiative et surtout une âme vraiment surnaturelle. L’abbé Morin est un apôtre de la dévotion au Coeur Sacré de Jésus.
Et en 1777, le curé nommé à Saint-Léger est l’abbé Jacques Gigant, cousin de Françoise Mézière.

église de Saint-Léger

Eglise de Saint-Léger (état actuel)

C – Les débuts de la révolution :

1789 ouvre pour l’Eglise catholique non une période de paix et d’espérances, mais une ère de grandes inquiétudes et d’angoisses, puis de cruelles persécutions.
Heureusement, comme nous l’avons vu, la cure de Saint-Léger est tenue par des prêtres d’une solide formation doctrinale et d’une piété exemplaire, auxquels Soeur Françoise peut faire pleinement confiance.

Dès le temps de la parution des « cahiers de doléances » du clergé, l’abbé Gigant, curé, et l’abbé Morin, son vicaire, vont donner la preuve de leur sagacité et de leur clairvoyance et mettre en garde leurs paroissiens contre les nouveautés et les pièges qu’elles présentent pour la religion.
La « prise » de la Bastille et les premiers troubles dans les campagnes vont bientôt confirmer leurs inquiétudes et leur causer de sévères alarmes. 
Françoise Mézière partage leurs analyse de la situation et leurs craintes.

Le décret du 2 novembre 1789 qui met les biens ecclésiastiques « à disposition de la nation », la concerne directement : en effet, l’école et le dispensaire de Saint-Léger ne pouvaient subsister que parce qu’ils étaient dotés des revenus de petites propriétés qui vont se retrouver dans la liste des biens nationaux.
Puis vient la « constitution civile du clergé », avec son fatal serment, que ni le curé ni le vicaire de Saint-Léger n’accepteront.
Et voici que, le 14 avril 1791, l’obligation du serment est étendue aux maîtres et maîtresses d’école. S’ils s’y refusent, ils se voient signigier l’interdiction d’enseigner et perdent leur traitement.
Soeur Françoise Mézière n’hésite pourtant pas un instant : entre la trahison et l’indigence, sa conscience ne lui permet pas de choisir ! Mais, interdite d’enseignement, du moins pourra-t-elle continuer son ministère d’infirmière et de garde-malade.

Vers la fin de juillet 1791, l’abbé Gigant et l’abbé Morin sont informés par les autorités départementales qu’un curé assermenté a été nommé pour Saint-Léger, et qu’ils seront contraints de quitter et l’église et la cure.
Toutefois les paroissiens sont fermement attachés à leurs bons prêtres et ne veulent pas les voir partir. La municipalité, composée de braves gens, fait bloc avec les fidèles et le fait savoir à Bouvet, le procureur commissaire du district. Bouvet répond que la loi doit être observée et que le curé constitutionnel Heurtebise, appelé par la voix du peuple et donc par la voix de Dieu, se rendra sans délai dans la paroisse. La municipalité réplique que le corps électoral n’est pas la voix du peuple et encore moins la voix de Dieu !
Le procureur commissaire toutefois fait savoir que l’abbé Gigant et l’abbé Morin doivent abandonner immédiatement la cure et quitter la paroisse, et que le curé constitutionnel arrivera le 28 août.

Intérieur de l'église de Saint-Léger

Intérieur de l’église de Saint-Léger (état actuel).

D – Commencement des troubles à Saint-léger :

Le curé constitutionnel Heurtebise se présente en effet le 28 août, mais la municipalité refuse de l’accueillir et le prêtre jureur se trouve en face d’une foule indignée et hostile. Il rebrousse chemin…
Mais l
e dimanche suivant, 4 septembre, il réapparaît. Cette fois il a pris soin de se faire accompagner par cinquante gardes nationaux en armes. Il prend officiellement possession de l’église et de la cure. Il fait garder cette dernière par un officier avec douze soldats car il sent bien qu’il est en butte à l’hostilité de toute la paroisse.

Nous pouvons imaginer sans peine l’angoisse et la douleur de la pauvre Soeur Françoise, demeurée à Saint-Léger sans ses conseillers spirituels, lorsqu’elle fut témoin de scènes semblables.

Très rapidement des « incidents » se produisent.
Un dimanche, le vieux sacristain se moque publiquement de l’intrus ; il est aussitôt arrêté et conduit en prison.
Quelques semaines plus tard, un fermier appelé Le Villain, se présente au curé constitutionnel, qui tient les registres d’état civil pour lui demander d’inscrire son fils né le 14 octobre. Le curé n’accepte qu’à condition de baptiser d’abord l’enfant. Le fermier refuse et s’en va. L’intrus, dans le but d’insister, lui envoie des ouvriers qui travaillent pour lui. Le fermier lui répond « qu’il sait bien comment se comporter ». Dénoncé, il est déféré devant le tribunal de Sainte-Suzanne qui, le 19 octobre, le condamne à la prison.
Les catholiques de Saint-Léger sont à bout : le soir même, de nombreux coups de fusil viennent éclater sous les fenêtres de la cure. Le matin suivant, l’intrus, tremblant de peur, s’enfuit à Evron avec ses treize gardiens.

L’abbé Gigant et son vicaire, pasteurs légitimes, reviennent alors dans leur paroisse en novembre 1791 et vont y célèbrer publiquement les fonctions religieuses jusqu’à la Semaine Sainte 1792.
Alors que la situation du Royaume dégénère de jour en jour et que la révolution se fait de plus en plus violemment anticatholique, c’est un réconfort pour Soeur Françoise et pour ces paroissiens solidement ancrés dans leur convictions religieuses de continuer à bénéficier des sacrements et des enseignements forts de leurs bons prêtres.
Néanmoins, comme l’avenir s’annonce encore plus obscur que le présent, d
e toutes parts autour d’Evron, à Saint-Léger comme dans toutes les paroisses environnantes, avec grande prudence, on prépare des cachettes dans lesquelles les prêtres persécutés pourront se réfugier. Cette région de bocage s’y prête d’ailleurs à merveille. L’hiver passe en ces préparatifs. Nous voici au printemps de 1792.

Eglise de Saint-Léger le maître-autel

Eglise de Saint-Léger : le rétable du maître-autel (état actuel).
L’abbé Morin, vicaire au moment de la révolution, était un ardent promotteur du culte du Sacré-Coeur.

E – La persécution ouverte :

Le lundi de la Passion 26 mars 1792, un décret du directoire de la Mayenne prescrit aux prêtres non-jureurs des paroisses qui ont été pourvues d’un curé assermenté de se rendre sans délai à LavaI pour y être internés.
Cette mesure visait donc en particulier le curé et le vicaire de Saint-Léger (même si l’intrus avait été obligé de fuir), mais ils n’avaient évidemment aucune intention de s’y conformer.

Le Lundi Saint 2 avril 1792, une grande manifestation fut organisée à Evron, demandant que les bons prêtres ne soient pas écartés de leurs paroisses. Saint-Léger fut l’une des paroisses représentée par le plus grand nombre de manifestants. Mais la manifestation (expression pourtant de la volonté du peuple) eut pour résultat de renforcer la haine et la détermination des révolutionnaires : rester à Saint-Léger devint alors trop risqué pour les abbés Gigant et Morin qui craignirent d’exposer leurs fidèles à de dures représailles. Aussi, le Jeudi Saint, partirent-ils pour Laval.
Ils pensaient d’une part que, de toute manière, les occasions ne manqueraient pas pour faire parvenir ordres et paroles de réconfort à leurs paroissiens les plus fervents, et en premier lieu à leur zélée Soeur de charité, et d’autre part que les sacrements pourraient continuer à être administrés par les prêtres déjà cachés dans la paroisse ou dans les environs.

Soeur Françoise commence alors un intense ministère d’agent de liaison entre les réfractaires cachés et les fidèles qui demandent les secours de la religion.

Au mois de juillet 1792, Françoise est sommée de prêter le serment dit de liberté-égalité sous peine de devoir abandonner la maison d’école qu’elle habite encore. Elle s’y refuse et trouve à se loger dans une ferme (la Baillée). Eloignée du centre du village, il lui sera ainsi plus facile de se soustraire aux regards indiscrets car sa tâche exige de plus en plus de perspicacité et de prudence.

A la fin d’août, elle apprend que les abbés Gigant et Morin ont pu embarquer pour Jersey…
Cependant une autre nouvelle lui parvient bientôt qui la remplit de joie : l’abbé Morin – officiellement embarqué pour Jersey – se cache en réalité en plein centre-ville de Laval, où il se cache chez les demoiselles Ducléré.
Alors, entre la courageuse Soeur de charité et son directeur spirituel s’établit une correspondance, dont il reste des traces. Quand, le 19 janvier 1793, on perquisitionne au domicile des demoiselles Ducléré pour y chercher l’abbé Morin, lequel put fuir à temps, les policiers mirent la main sur « quelques morceaux de papier, lesquels, selon le rapport des policiers, semblent contenir un poison aristocratique et fournir les nouvelles au sujet du dit prêtre ».

L’une des note de l’abbé Morin, en date du 26 septembre, dit : « La demoiselle Mézière m’a envoyé quelques lignes. Elle me dit qu’elle est inquiète, qu’elle n’a plus d’appointements pour payer sa pension et le cidre qu’elle a pris à l’auberge, qu’elle doit tout payer et qu’elle n’a plus d’argent… Je suis allé me recommander à l’abbé Coinon afin qu’il me fasse le plaisir de m’avancer la demi pension fixée, pour la fête de la Toussaint, devant confier à mademoiselle Mézière de quoi payer sa pension et le cidre qu’elle a pris à l’auberge (…). Mademoiselle Mézière m’a remis le reçu. Elle a reçu 118 sous que je lui ai donnés ». On voit donc que le généreux prêtre pourvoyait aux besoins de l’héroïque Soeur de charité de Saint-Léger.

L’entière année de 1793 se passe pour Françoise Mézière dans l’exercice d’un zèle et d’une charité pleins de dangers, mais riches de mérites.

Les oeuvres de charité - église de Saint-Léger

« La charité du Christ nous presse » : tableau ancien de l’église de Saint-Léger
représentant les oeuvres de miséricorde.

F – L’arrestation :

Vers la fin de décembre 1793, les épaves misérables de la Grande Armée catholique et royale de Vendée, refluent du Mans vers Laval.
Les colonnes républicaines les poursuivent implacablement ; la route est encombrée de cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants. Des rescapés, s’éloignant des routes principales, cherchent refuge dans les bois.
Durant la seconde moitié de janvier, on signale à Françoise Mézière la présence de pauvres soldats errants et affamés. La courageuse chrétienne en accueille sept dans une première cabane et deux autres dans une seconde. L’un de ces derniers était blessé ; elle soigne les plaies du blessé et donne à manger à tous.
Mais les deux pauvres rescapés du second refuge sont découverts par les révolutionnaires et emmenés à Evron le 2 février.
A la suite de cela, Soeur Françoise est arrêtée à la ferme de la Baillée, dans la nuit du 4 au 5 février, et elle aussi conduite à Evron.
Puis, au cours de cette même journée du 5 février 1794, dans une charrette entourée de gardes à cheval, les trois prisonniers sont conduits à Laval.

Le procureur commissaire Bouvet fait parvenir à l’accusateur public le rapport suivant : « La garde nationale d’Evron a arrêté deux brigands de Vendée réfugiés dans les bois de Livet. Le jour suivant, je les ai fait comparaître devant le directoire pour leur poser quelques questions. Ces deux scélérats ont déclaré que la nommée Mézière, espèce de soeur de charité de la commune de Saint-Léger, venait les visiter dans le lieu où ils s’étaient réfugiés, qu’elle leur portait leurs moyens de subsistance et qu’elle les avait soignés d’une blessure reçue durant la route vers Le Mans. Un de ces monstres a ajouté que la jeune Mézière avait dit connaître aussi la cabane dans laquelle étaient cachés leurs sept autres compagnons. Après de telles déclarations, j’ai remis au commandant de la gendarmerie nationale de cette ville un réquisitoire pour faire arrêter la dite soeur Mézière, ce qui a été fait cette nuit-là. Ce matin-là, je l’ai fait comparaître devant les deux brigands, lesquels ont persisté dans leur déclaration qu’ils m’avaient faite le jour précédent. Je t’envoie ces trois individus pour que tu puisses en faire le procès et demander pour eux la juste punition de leurs méfaits ».

Ce document exige quelques observations.
Il est certes possible que Bouvet ait arraché aux Vendéens déprimés, errants depuis plusieurs mois, le nom de leur bienfaitrice. Mais on peut aussi se demander si cet acte d’ingratitude est bien réel.
Le révolutionnaire Bouvet peut avoir menti (le mensonge n’est-il pas une pratique courante chez cet espèce de personnage ?). On peut légitimement penser qu’il a voulu officiellement attribuer aux rescapés Vendéens une dénonciation qui proviendrait d’une autre personne, peut-être de Saint-Léger même : un informateur qu’il n’aurait pas voulu signaler…

De toute manière Bouvet était bien informé sur tout ce qui avait trait à Saint-Léger.
Rappelons-nous que dès 1791 il était bien au fait de la résistance de cette paroisse aux lois religieuses édictées par la révolution (voir supra).
Du reste, Bouvet était notaire : les actes de fondation et de dotation de l’école de Saint-Léger avaient été enregistrés dans son propre cabinet. Probablement avait-il aussi vendu lui-même, comme biens nationaux, les petites propriétés desquelles provenaient les ressources de la Soeur de Saint-Léger.
Enfin, le 14 avril 1793, Bouvet avait encore fait arrêter, à Evron, un séminariste, précisément dans la maison d’une tante de Françoise Mézière.

signature Françoise Mézière

Signature de la Bienheureuse Françoise Mézière

G – le procès, le martyre et la gloire :

Sitôt arrivé à Laval, ce 5 février, Françoise Mézière comparaît devant le tribunal qui, quinze jours auparavant, a envoyé à la guillotine les quatorze prêtres de la « Patience » (cf. > www). La Soeur ne doute pas un instant du sort qui l’attend.

Nous ne possédons pas son interrogatoire : les demandes qui lui furent adressées et les réponses qu’elle donna furent recueillies dans trois registres qui ont « mystérieusement » disparu aussitôt après le 9 thermidor. Toutefois le texte du jugement qui condamne à mort soeur Françoise avec quatre autres personnes nous a été conservé. Voici en ce qui concerne Françoise Mézière :
« Françoise Mézière, soeur de la charité de la commune de Saint-Léger, district d’Evron, arrêtée et accusée d’avoir nourri pendant neuf jours deux brigands réfugiés dans une cabane ; d’avoir soigné religieusement les blessures de l’un d’eux et de lui avoir apporté tous les secours dont elle était capable, secours qu’elle avait refusé à d’intrépides volontaires ; de ne pas vouloir révéler en outre une autre cabane en laquelle, comme tout semble l’affirmer, sont cachés sept autres brigands ; d’avoir observé le plus grand silence à ce sujet envers la municipalité ; d’avoir refusé de prêter serment de fidélité aux lois de la patrie ; d’avoir des milliers de fois, comme une autre vipère de l’espèce sacerdotale, vomi outrageusement des invectives contre le système républicain… »

On appéciera la teneur et la phraséologie de cette condamnation : ils montrent bien que si Soeur Françoise est envoyée à la mort, c’est parce qu’elle est restée fidèle à l’Eglise – à sa discipline et à sa foi – , et parce qu’elle a continué à servir Dieu qu’elle aimait plus que tout et plus que sa propre vie.
Les expressions « soigné religieusement » et « vipère de la race sacerdotale » sont suffisamment éloquentes : c’est bien la haine de Dieu et de Son Eglise qui a inspiré un tel jugement !

A l’audition de la sentence, Françoise Mézière ne dissimula pas sa joie. Elle fit une révérence à ses juges et les remercia de lui procurer le bonheur d’aller retrouver Dieu au ciel. A cela, un des misérables juges répliqua par ce blasphème : « Puisque tu vas voir ton bon Dieu, présente lui mes félicitations ! »

Le jugement fut immédiatement exécuté. En cette fin de journée du 5 février 1794, Soeur Françoise gravit d’un pas résolu les marches de la guillotine.

Françoise Mézière a été béatifiée par Sa Sainteté le Pape Pie XII, le 19 juin 1955, en même temps que les autres « martyrs de Laval » et elle est fêtée liturgiquement en même temps qu’eux. Toutefois, localement – dans sa paroisse natale de Mézangers ou bien à Saint-Léger qui fut la paroisse où s’exerça son zèle admirable – elle peut-être fêtée individuellement à la date du 5 février.

« Bienheureuse Françoise Mézière,
parfaite disciple de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans ce Ciel où vous vivez pour toujours dans la gloire auprès de Lui, intercèdez pour nous !

Vous vous êtes dévouée corps et âme pour l’éducation chrétienne des enfants : obtenez-nous à chacun des grâces pour faire connaître et aimer le divin Sauveur, Son Eglise et Ses enseignements de Vérité !
Vous avez servi les pauvres, les malades et les nécessiteux à travers toutes les oeuvres de miséricorde, physiques et spirituelles : obtenez-nous à chacun des grâces pour nous dépenser généreusement au service de ces petits qui sont Vos et nos frères !
Vous êtes restée inébranlabement fidèle dans les épreuves et la persécution : obtenez-nous la grâce de ne jamais renier notre divin Roi, et – s’il le faut un jour – de donner notre vie pour Lui ! Ainsi soit-il !

Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour nous !
Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour nos écoles catholiques !
Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour les éducateurs chrétiens !
Bienheureuse Françoise Mézière, priez pour notre France qui n’en finit pas d’être dévastée et entraînée sur les chemins de l’apostasie par l’esprit et les conséquences de la sinistre révolution ! »

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

Bse Françoise Mézières - statue de l'église de Mézangers (détail)

La Bienheureuse Françoise Mézière
(détail de la statue de l’église de Mézangers)

N.B. : Je remercie d’une manière très spéciale notre ami Romain, auquel nous devons les photographies qui illustrent cet article, puisque, habitant lui-même le Bas-Maine, à ma demande, il s’est rendu à Mézangers et à Saint-Léger afin d’y réaliser ces clichés.

patte de chat Lully.

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 17 septembre, 2014 |2 Commentaires »

2014-88. De la « sainte ceinture de Notre-Dame de Consolation ».

Samedi après la fête de Saint Augustin :
Fête de Notre-Dame de Consolation.

Chez les Augustiniens, nous avons au calendrier liturgique une fête particulière de la Très Sainte Vierge Marie qui est célébrée le samedi qui suit la fête de notre glorieux Père Saint Augustin et qui honore la Mère de Dieu sous le vocable de Notre-Dame de Consolation.

Je m’interrogeais sur l’origine de cette fête et sur le sens de ce titre donné à la Madone : j’ai fait une recherche sur Internet et n’y ai rien trouvé de satisfaisant, si ce n’est qu’il existe un certain nombre de chapelles et d’églises placées sous le vocable de Notre-Dame de Consolation, et que, souvent, ces églises ou chapelles, avaient été celles de couvents de moines de Saint Augustin ou de confréries liées à l’Ordre Augustinien.
Mes interrogations s’amplifièrent encore lorsque je lus que, sur certains tableaux encore présents dans ces églises ou chapelles, la Vierge était parfois appelée « Vierge de la Ceinture » ou encore « Notre-Dame de la Ceinture et de la Consolation »

Je suis donc allé interroger Frère Maximilien-Marie qui, au lieu de me donner une explication orale, m’a alors remis cette feuille, qui a répondu à toutes mes questions et que je m’empresse donc aussi de vous communiquer…

Lully.

ceinture gif

Ceinture de ND de Consolation B.D. - Copie

Blason de l'Ordre de Saint Augustin

Toutes les bandes dessinées de Frère Maximilien-Marie > www

2014-87. Nul génie n’a contribué autant que saint Augustin à faire connaître aux hommes la vérité : parmi les noms d’ici-bas, il n’en est point qu’une bouche humaine doive prononcer avec plus d’admiration et d’amour !

28 août, fête de notre glorieux Père Saint Augustin :

En cette fête de notre glorieux Père Saint Augustin, permettez-moi, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, de vous inviter à lire un beau texte qui résume avec un lyrisme plein d’amour tout ce qui constitue  le génie, les mérites et la gloire du plus grand de tous les Docteurs de l’Occident.
Ce texte est extrait du dernier chapitre et forme la conclusion de l’ « Histoire de Saint Augustin » publiée au XIXe siècle par l’historien J.J. Poujoulat.

Claudio Coello triomphe de St Augustin - 1664 (Madrid - Prado)

Le triomphe de Saint Augustin
(Claudio Coello, 1664 – musée du Prado, Madrid)

Le génie, les mérites et la gloire de Saint Augustin :

Avant saint Augustin il y avait des vérités chrétiennes qui sollicitaient de plus vives lumières, les doctrines de l’Eglise catholique n’avaient pas reçu toutes leurs preuves, tout leur développement ; saint Augustin a creusé plus de choses religieuses qu’aucun autre Père, a mis au grand jour tous les dogmes chrétiens plus qu’on ne l’avait fait jusque-là, et l’Eglise lui doit un corps complet d’enseignements. Il est monté dans les hauteurs du dogme catholique avec une puissance dont on ne cessera jamais de s’étonner. Saint Athanase avait admirablement établi la divinité de Jésus-Christ contre l’arianisme ; il avait établi aussi le Dieu en trois personnes, mais cette dernière partie de la théologie catholique avait besoin d’un travail nouveau ; le traité de la Trinité par saint Augustin fut un beau complément. Le manichéisme dénaturait l’essence divine et dénaturait l’homme ; saint Augustin fit comprendre à tous que le mal n’est pas une substance, mais la défaillance du bien, que la création est bonne, que tout ce qui existe est bon, que le mal est l’œuvre de la volonté humaine et non pas l’oeuvre de Dieu : il rendit à l’homme sa liberté, sa grandeur morale, et à Dieu son unité et sa bonté. Le pélagianisme, en plaçant l’homme si haut, en le représentant si fort, sapait les fondements du christianisme : la Rédemption devenait inutile. Saint Hilaire, saint Grégoire de Nazianze, saint Basile, saint Jean Chrysostome, saint Ambroise avaient enseigné, d’après les livres sacrés, le dogme de la déchéance primitive et l’impuissance de l’homme à accomplir, par sa seule force, les bonnes oeuvres ; mais Pélage, Célestius et Julien ne s’étaient pas encore montrés ; la Providence réservait à saint Augustin l’honneur d’approfondir plus que personne ces grandes questions, et de tracer d’une main ferme les limites où finit l’homme, où Dieu commence. Enfin, dans ses combats contre le donatisme, l’évêque d’Hippone a condamné et convaincu d’erreur toute communion qui se sépare de l’Eglise universelle.

C’est ainsi que le docteur africain a, non pas fondé la foi catholique, car le fondateur c’est un Dieu fait homme, et, avant saint Augustin, l’Eglise avait ses dogmes, mais c’est ainsi que, disciple de saint Paul et son interprète sublime, il a donné à la foi divine ce que nous appellerons son complément humain. Saint Augustin, c’est le génie de l’Occident formulant avec une entière netteté les doctrines, dégageant les dogmes de tout le vague des imaginations orientales, établissant dans leur plus lumineuse précision les magnifiques réalités du christianisme. Le plan providentiel a donné une grande place à l’influence du génie occidental pour le développement et le progrès de la foi chrétienne ; les destinées religieuses de Rome sont là pour l’attester. La théologie catholique a donc pour représentant principal saint Augustin, et comme il n’a jamais rien inventé en matière religieuse et qu’il a toujours procédé avec les témoignages de l’Ecriture, le protestantisme et le jansénisme ne sont pas plus sortis des écrits de l’évêque d’Hippone qu’ils ne sont sortis de la Bible et de l’Evangile. Luther et Jansénius dénaturaient saint Augustin, mais ne le suivaient pas (…).
La plupart des Pères de l’Eglise, travaillant selon le besoin des temps où ils ont vécu, ont soutenu telle ou telle lutte de manière à ne pas dépasser les limites de certaines questions. Une autre tâche fut imposée à saint Augustin ; il eut à combattre toutes sortes d’hérésies, et l’on peut dire avec Bossuet que l’évêque d’Hippone « est le seul des anciens que la divine Providence a déterminé, par l’occasion des disputes qui se sont offertes de son temps, à nous donner tout un corps de théologie, qui devait être le fruit de sa lecture profonde et continuelle des livres sacrés » (Bossuet, in « Défense de la Tradition et des saints Pères », liv. IV. Chap. 16).

Si le docteur africain est le premier des théologiens, il demeure aussi le premier des philosophes chrétiens. On ne nous citera pas une donnée féconde, une vue haute, une notion philosophique de quelque portée, qui n’ait son expression ou son germe dans les écrits de saint Augustin. (…)
Il y a des gens aujourd’hui qui, le plus sérieusement du monde, aspirent à l’alliance de la philosophie et de la religion comme à une grande nouveauté chez les hommes. Ils oublient que cette alliance a été faite et signée par les plus fiers génies dans les premiers siècles chrétiens. Ils ne savent pas avec quelle constante autorité saint Augustin a fait marcher la philosophie à côté de la religion (…)
L’union de la raison et de la foi, voilà la plus belle manière de croire. Personne, plus que saint Augustin, n’a réservé les droits de la raison et ne l’a introduite dans les conseils de l’âme pour monter aux régions de la foi. Il a défendu les droits de la conscience humaine, et, par lui, l’homme est devenu son premier point de départ dans sa course vers les vérités invisibles. Notre dix-septième siècle, ce siècle de tant de génie, de raison et de foi, savait ce que valait saint Augustin ; il professait pour l’évêque d’Hippone une admiration sans bornes.

A ne voir dans saint Augustin que l’homme ami des hommes, vous lui reconnaîtrez encore un indéfinissable empire sur les âmes. Du fond de ce siècle en travail de destinées nouvelles, du milieu d’immenses ruines et de l’agitation des peuples, sort une voix douce comme la compassion, tendre comme l’amour, résignée comme l’espérance en Dieu. Elle apporte un baume à toutes les souffrances, du calme à tous les orages, le pardon à tout coeur qui se repent, et c’est elle surtout qui soupire dans l’exil de la vie et chante la patrie absente. On entend l’âme humaine gémir et aussi éclater d’une façon magnifique par la bouche de celui qui en avait senti toutes les infirmités et compris toute la gloire. Cette voix suave charmait nos monastères du Moyen Age qui transcrivirent avec une prédilection marquée les oeuvres immortelles de l’évêque d’Hippone ; elle nous charme encore, nous, hommes du monde, livrés à toute l’activité humaine. Augustin est l’homme de tous les siècles par le sentiment.

Cette voix, partie d’Afrique, dont le retentissement fut si magnifique et si universel, nous instruit et nous touche dans un livre qui ne porte pas le nom d’Augustin, mais qui évidemment est né de l’influence de son génie : ce livre est l’Imitation de Jésus-Christ. L’humilité profonde à l’aide de laquelle on s’élève aux plus grands mystères, cet amour de la vérité qui impose silence à toute créature et ne veut entendre que Dieu lui-même, la manière de lire utilement les saintes Ecritures, le peu de confiance qu’on doit mettre dans l’homme, l’oubli de soi et la charité pour tous, les ravissements de la paix intérieure et d’une bonne conscience, les joies de la solitude et du silence, le détachement des biens visibles et la patience dans les maux, les élans du coeur vers la beauté éternelle et immuable, la tendre et sublime causerie de l’âme avec son Dieu , tout ce qu’il y a de doux, de profond et de consolateur dans cet ouvrage qui n’a pas d’auteur connu, comme si le ciel eût voulu le disputer à la terre, toute cette délicieuse étude des plus secrètes ressources chrétiennes est remplie de l’âme de saint Augustin. Quand je lis l’Imitation de Jésus-Christ, il me semble que c’est Augustin qui me parle.

(…) Le genre humain, placé dans les temps comme une sorte de mer vivante, apparaît calme ou troublé, selon la paix ou les orages de l’âme humaine, et le passage des siècles s’accomplit avec un retentissement monotone : chaque siècle apporte son éclat, qu’il emprunte au génie et à la vertu, et sur l’océan des âges ces rayonnements de l’intelligence ou du coeur se succèdent vite. Les mêmes révolutions et le même fracas se renouvellent chez les hommes sous des noms divers ; les empires n’ont qu’un même bruit pour s’écrouler, et le genre humain marchera de ce pas jusqu’au bout. La monotonie de ce spectacle serait peu digne de notre âme, nous aurions le droit de le prendre en dégoût, si de temps en temps le doigt de Dieu ne se révélait dans ces page, si au fond des, événements la vérité ne faisait pas toujours son oeuvre, et surtout si la vie de l’homme n’était pas un acheminement à des destinées immortelles. Aussi notre reconnaissance doit monter avec ardeur et énergie vers les intelligences supérieures qui, instruites par la divine parole, nous ont fait voir la raison et le but de notre course sur la terre. Nul génie (nous ne parlons pas des auteurs sacrés) n’a contribué autant que saint Augustin à faire connaître aux hommes la vérité : parmi les noms d’ici-bas, il n’en est point qu’une bouche humaine doive prononcer avec plus d’admiration et d’amour !

Jean-Joseph François Poujoulat (1808-1880)
conclusion de l’ « Histoire de Saint Augustin » (ed. Mame – 1875)

Claudio Coello triomphe de St Augustin - détail

Voir aussi les cinq catéchèses du mercredi
consacrées par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI à la figure de Saint Augustin :
- 1ère partie > www
- 2ème & 3ème partie > www
- 4ème & 5ème partie > www

2014-86. De la Sainte Epine du Puy-en-Velay.

26 août,
dans le diocèse du Puy, la fête de la Susception de la Sainte Epine.

Ziziphus spina-christi - branche

Branche de « ziziphus spina Christi » :
ce sont de telles branches épineuses qui furent utilisées par les soldats de Pilate
pour la couronne de dérision qu’ils tressèrent à l’intention de Notre-Seigneur.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Au lendemain de la fête de Saint Louis, le 26 août donc, le calendrier liturgique propre du diocèse du Puy-en-Velay (diocèse voisin dans lequel Frère Maximilien-Marie doit se rendre pour assister à la Sainte Messe selon le rite latin traditionnel) indique la célébration d’une « fête de la Susception de la Sainte Epine » : le mot « susception » est directement calqué sur le mot latin « susceptio » qui désigne l’action de recevoir.

Il y a en effet 775 ans cette année, au mois d’août 1239, Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis IX de France, âgé de 25 ans, accueillait la prestigieuse relique de la Sainte Couronne d’Epines de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
J’ai bien l’intention de vous reparler de cette insigne relique de la Passion, mais pour l’heure je ne vais vous entretenir que de ce qui touche à la Sainte Epine de la cathédrale du Puy.

Vitrail de Saint Louis avec la Sainte Couronne d'épines

Sans m’étendre donc sur les circonstances de son acquisition, c’est le 10 août 1239, que Saint Louis, accompagné de la cour, vint à Villeneuve-l’Archevêque pour y rencontrer les deux dominicains revenant de Venise et rapportant avec eux – dans une caissette d’argent scellée aux armes du Doge et du Basileus – la Sainte Couronne d’Epines.
Devant la foule agenouillée, la prestigieuse relique fut extraite de la caissette et déposée dans le reliquaire commandé par le Roi aux meilleurs orfèvres parisiens.

Le lendemain, 11 août 1239, le Roi Louis et son frère Charles d’Anjou, pieds nus et en chemise, transportèrent eux-mêmes ce reliquaire au cours de la grandiose procession qui franchit les cinq à six lieues séparant Villeneuve-l’Archevêque de la cathédrale de Sens où la Sainte Couronne demeura presque une semaine.
De Sens, elle fut acheminée en bateau jusqu’à Paris, où elle arriva le 18 août : après sa présentation aux fidèles de la capitale, elle fut ensuite déposée de manière provisoire dans la chapelle palatine Saint-Nicolas, en attendant que soit édifiée la Sainte Chapelle.

Saint Louis portant le reliquaire de la  sainte Couronne d'Epines

Saint Louis et son frère Charles d’Anjou
transportant le reliquaire de la Sainte Couronne d’Epines, le 11 août 1239.

Parmi les prélats qui accompagnaient le Roi à Villeneuve-l’Archevêque et à Sens ces 10 et 11 août 1239, se trouvait Bernard de Montaigu (+ 1248), évêque du Puy.

On connaît la fervente dévotion que nourrissait Saint Louis pour Notre-Dame du Puy.
L’amour du saint Roi pour ce sanctuaire et l’amitié qui le liait à Bernard de Montaigu inspirèrent donc au Souverain de détacher de la Sainte Couronne (qui outre l’anneau de joncs tressés que l’on peut voir aujourd’hui à Notre-Dame de Paris, conservait alors encore quelques branches épineuses), une épine d’environ deux centimètres pour en faire présent à l’antique sanctuaire vellave.

Ce don et l’authenticité de la relique furent attestés par certificat manuscrit du Roi, rédigé en latin, et dont voici la traduction :
« Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France, au doyen et au chapitre du Puy, salut et affection. Par la teneur des présentes, Nous vous signifions que le jour même où Nous avons reçu de Constantinople la Sainte Couronne d’Epines, qui fut mise sur la tête vénérable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, au temps de Sa Passion, Nous avons détaché une épine de cette Couronne et l’avons octroyée à notre cher fidèle B., votre évêque, comme un gage d’estime pour votre église, où le culte de la Bienheureuse Vierge Marie est en si grand honneur. Fait à Sens, au mois d’août, l’an du Seigneur 1239. »

Sainte Epine donnée par Saint Louis à Bernard de Montaigu avec le certificat manuscrit du Roi

La Sainte Epine donnée par Saint Louis à Bernard de Montaigu, évêque du Puy,
et le certificat manuscrit du Roi.

Cette Sainte Epine fut donc conservée et vénérée à la cathédrale du Puy jusqu’à la grande révolution.

Lorsque les impies profanèrent et pillèrent le sanctuaire, un certain abbé Borie, parvint à leur soustraire la précieuse relique avec son certificat.
L’abbé Borie se cacha ensuite dans le Forez ; puis, lorsque la persécution et les troubles prirent fin, il légua la Sainte Epine à l’église Notre-Dame, du quartier de Chavanelle, à Saint-Etienne, où elle demeura plus d’un siècle.

La cathédrale du Puy, elle, a réussi, au cours du XIXe siècle, à obtenir un autre relique de la Sainte Couronne d’Epines - de la taille d’une écharde – , fragment présenté dans un reliquaire que l’on peut aujourd’hui voir exposé au trésor.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, un somptueux reliquaire fut réalisé par la maison Armand-Calliat, de Lyon, pour renfermer la Sainte Epine venue du Puy et son royal certificat.
Ce reliquaire a été classé Monument Historique en 1977.
Il est conçu comme une monstrance présentant le manuscrit de Saint Louis, au-dessus duquel, dans une élégante mandorle, est exposée l’ampoule de cristal de roche dans laquelle est enfermée la Sainte Epine.

Je ne dispose – malheureusement ! – pas d’un très bon cliché de ce reliquaire…

Reliquaire de la Sainte Epine - église Sainte-Marie à Saint-Etienne

Le reliquaire Armand-Calliat (classé MH)
de la Sainte Epine donnée par Saint Louis à la cathédrale du Puy.

Après des années passées dans l’ombre en l’église Notre-Dame de Chavanelle, et après restauration, ce reliquaire a été déposé au cours de l’année 2012 – si mes renseignements sont exacts – dans l’église Sainte-Marie, toujours à Saint-Etienne (7, rue Elise Gervais).

Cette église Sainte-Marie (inscrite aux Monuments Historiques en 1994) est ainsi dénommée parce qu’elle est édifiée à l’emplacement du monastère de la Visitation-Sainte-Marie, fermé à la révolution.
La chapelle des Visitandines, devenue église paroissiale au début du XIXe siècle, a subi divers agrandissements, avant d’être totalement réédifiée dans la seconde moitié du XIXe siècle dans un style dit néo-byzantin (l’architecte Etienne Boisson s’étant inspiré de la basilique Saint-Marc de Venise).
C’est au centre de la « chapelle du Magnificat » de cette église Sainte-Marie, que la relique de la Sainte Epine offerte par Saint Louis à la cathédrale du Puy est désormais exposée, protégée par une vitrine haute sécurité.

On notera au passage que c’est dans cette même chapelle que se trouve une fameuse « descente de Croix » peinte par Théodore Chassériau en 1856 (classée MH en 1933), qui représente, dans une curieuse théâtralisation romantique, la Mère des Douleurs retirant la Couronne d’Epines de la tête de son divin Fils.

Descente de Croix de T. Chassériau - église Sainte-Marie à Saint-Etienne

Descente de Croix par Théodrore Chassériau (1856)
Saint-Etienne, église Sainte-Marie.

2014-85. De la bienheureuse mort du Roi Saint Louis.

Lundi 25 août 2014,
fête de Saint Louis IX, Roi de France.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

De manière habituelle, la fête de ce jour est célébrée avec une ferveur toute particulière en notre Mesnil-Marie, vous vous en doutez bien ; mais elle l’est plus encore en cette année 2014 où nous avons commémoré, le 25 avril dernier, le huitième centenaire de la naissance et du baptême du Roi Saint Louis (cf. > www).

Ce que nous célébrons le 25 août, toutefois, ce n’est plus l’anniversaire de la naissance terrestre, mais c’est le dies natalis : le jour de la naissance au Ciel, le jour de la naissance à la gloire éternelle, du Roi qui est depuis lors le protecteur et le modèle de nos Rois – le protecteur et le modèle de l’actuel descendant et héritier de tous nos Rois, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon.

Et en ce jour, plutôt qu’un brillant panégyrique, j’ai résolu de vous faire le récit tout simple de la mort de Saint Louis.
Cette mort de Saint Louis nous est connue de manière assez précise par les narrations et chroniques laissées les témoins oculaires ; ces précieux témoignages sur les derniers instants du souverain sont sans fioritures ni sentimentalisme, et ils sont aussi pleins de riches enseignements pour nous.

Lully.     

St Louis recevant le saint viatique - Charles Meynier

Saint Louis recevant le saint viatique
Charles Meynier – 1817 – chapelle du Grand Trianon

L’armée de la neuvième croisade avait débarqué le 18 juillet 1270 sur les côtes qui sont actuellement celles de la Tunisie : une dizaine de jours plus tard elle commença à être décimée par l’épidémie.
On a parlé de peste, mais il faut bien comprendre que, à cette époque, le mot peste désignait d’une manière générale toute forme de maladie contagieuse et mortelle et non pas - comme beaucoup le comprennent aujourd’hui - la seule maladie causée par le bacille yersinia pestis.

Comme son fils Jean-Tristan, qui en mourut dès le 3 août, et comme un certain nombre de ses conseillers, le Roi Louis fut atteint par la dysenterie : les témoins parlent d’un « flux de ventre » accompagné de fièvre. Il dut s’aliter, s’affaiblissant de plus en plus.
Il souhaitait continuer à réciter les heures canoniales, spécialement les matines, mais dut assez rapidement y renoncer.

L’un de ses biographes raconte qu’il ne se troubla et ne s’effraya nullement : « Il adora la conduite de Dieu sur lui, il Le remercia de ces adversités, qu’il regardait comme des instruments de sa prédestination, et il s’abandonna entre Ses mains pour toutes les dispositions de Sa Providence. Dans le plus fort de sa maladie, il répétait souvent cette prière : Faites-nous la grâce, Seigneur, de mépriser tellement les prospérités de ce monde, que nous n’en redoutions point les adversités. »
En face de son lit, il avait fait installer une grande croix, afin d’être de l’avoir toujours présente à son regard, et pour que cette vue le réconforte et l’encourage.

On lui donna les derniers sacrements. Pendant les prières de l’extrême-onction, pleinement conscient, il s’associait et répondait aux prières, mais il était si faible que l’on pouvait à peine percevoir ses paroles.
Ensuite, pour l’arrivée du prêtre portant le saint viatique, il voulut sortir de son lit et se prosterner devant la Sainte Hostie, mais il n’en eut pas la force. Il dut se résoudre à demeurer sur son lit, agenouillé en étant soutenu par ses proches, pour recevoir la sainte communion.
Après cela, il resta quatre jours sans voix, mais sans cependant perdre connaissance : il reconnaîssait les gens qui s’approchaient de lui et leur manifestait son amitié.

Le 24 août, la fin s’annonce. Louis se confesse une dernière fois au dominicain Geoffroy de Beaulieu, son confesseur habituel, et reçoit encore la sainte communion.
A sa demande, il a été couché sur un lit de cendres. Ceux qui l’entourent récitent les prières des agonisants.
On entend le roi prononcer à voix basse : « Jérusalem ! Jérusalem !» Etait-ce le nom de la cité terrestre – lieu saint de la Passion et de la Résurrection de Notre-Seigneur – qu’il avait voulu délivrer du joug des infidèles qu’il invoquait, ou bien entrevoyait-il déjà la Cité Céleste dans laquelle son âme pure allait être introduite ?

Il somnole toute la nuit, ne sort de sa torpeur que vers midi, ce lundi 25 août, mais c’est pour entrer en agonie.
Geoffroy de Beaulieu reste à son chevet, et c’est lui qui nous rapporte les dernières paroles du saint Roi, paroles qui reprennent celles de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Pater, in manus tuas commendo spiritum meum : Père, entre vos mains je remets mon esprit. »
Puis il ajoute cet extrait du verset 8 du psaume V : « Introibo in domum tuam, adorabo ad templum sanctum tuum : J’entrerai dans votre demeure, j’adorerai dans votre saint temple. »
On est à la neuvième heure du jour (environ 15 h selon notre manière actuelle de compter) lorsqu’il rend son dernier souffle ; c’est l’heure à laquelle Notre-Seigneur a Lui aussi rendu l’esprit. Tous les contemporains en ont été spécialement impressionnés.

Jean de Joinville, qui n’était pas présent puisque ne participant pas à la croisade, rapporte les propos que lui ont tenus des témoins oculaires de la mort du roi :
« Bien qu’il fût assiégé corporellement par les angoisses de nombreuses souffrances, en esprit il s’élevait cependant dans l’espérance de la récompense désirée. La nuit précédente, on l’avait entendu dire, en français : « Nous irons à Jérusalem. » (…) Il dit aussi : « Seigneur, c’est assez : j’ai combattu jusqu’ici, j’ai travaillé jusqu’à présent à votre service de toutes mes forces, j’ai servi tant que j’ai pu votre peuple et votre royaume, que vous m’avez confié ; maintenant, je vous prie, je vous supplie : soyez, Seigneur, sanctificateur de leurs âmes et gardien de leurs corps. Je les remets à votre pitié. (…) Et il mit ses mains sur sa poitrine, et en regardant vers le ciel rendit à notre Créateur son esprit en cette heure même que le fils de Dieu mourut pour le salut du monde en la Croix. »

Après sa mort, Thibaud, son gendre, écrivit au cardinal Eudes de Châteauroux, qui avait été légat du pape lors de la huitième croisade : « Nous pouvons témoigner que jamais, en toute notre vie, nous n’avons vu fin si sainte ni si dévote, chez un homme du siècle ni chez un homme de religion. »

Reliquaire de Saint Louis au Mesnil-Marie

Reliquaire de Saint Louis au Mesnil-Marie

Voir aussi :
- Prières et litanies en l’honneur de Saint Louis > www
- Enseignements de Saint Louis à son fils le prince Philippe > www

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