Archive pour la catégorie 'Nos amis les Saints'

2015-42. Où au jour du cinquième centenaire de la naissance de Sainte Thérèse de Jésus il est rappelé, par son exemple, qu’on n’entre dans les voies de l’amour de Dieu et de la sainteté qu’en passant par la porte de la Passion du Verbe Incarné.

Samedi de la Passion 28 mars 2015,
Fête de Saint Jean de Capistran
Cinquième centenaire de la naissance de Sainte Thérèse de Jésus.

Statue de Sainte Thérèse par Gregorio Fernandez - 1625

Sainte Thérèse de Jésus, réformatrice du Carmel et « mère des spirituels »
(oeuvre de Gregorio Fernandez – 1625)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

A la veille d’entrer dans la Grande Semaine, l’attention de notre âme est aujourd’hui retenue par un anniversaire qui intéresse au premier chef non seulement l’Ordre du Carmel réformé, non seulement le Royaume d’Espagne et non seulement la ville d’Avila, mais tous ceux qui veulent « voir Dieu » et vivre avec Lui une vie d’amour et d’intimité féconde : 28 mars 1515 – 28 mars 2015, c’est aujourd’hui l’exact cinquième centenaire de la naissance de Teresa Sanchez de Cepeda Davila y Ahumada, religieuse carmélite, réformatrice de son Ordre, fondatrice de monastères, maîtresse de vie spirituelle, et pour l’éternité Sainte Thérèse de Jésus (plus communément appelée Sainte Thérèse d’Avila).

J’ose espérer que tous nos amis ont déjà lu l’autobiographie de Sainte Thérèse (on peut même la lire « en ligne » en totalité).
Il n’y a rien de mieux, en effet, que d’aller puiser à la source même, plutôt que dans des récits de tiers – aussi remarquables soient-ils – : ce cinquième centenaire est l’occasion propice pour lire et relire les textes sortis de la plume de la Grande Thérèse, et je me garderai bien d’en faire ici le résumé !

Néanmoins, comme nous sommes aujourd’hui le samedi de la Passion et que nous entrons ce soir dans la célébration des souffrances rédemptrices de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je rappelerai seulement qu’il a fallu attendre l’année 1555 - l’année de son quarantième anniversaire donc – pour que Soeur Thérèse de Ahumada, comme l’on disait couramment alors dans son monastère de l’Incarnation, se convertisse vraiment à une vie fervente, entre dans les voies de l’oraison et de la véritable union à Dieu.

Sainte Thérèse aux pieds du Christ à la colonne - Gregorio Fernandez

La « conversion » de Sainte Thérèse devant une représentation du Christ à la colonne, en 1555
(oeuvre de Gregorio Fernandez)

Après avoir raconté sans fard qu’elle était sa vie de tiédeur et ses résistances à la grâce, Sainte Thérèse commence le chapitre IX de son autobiographie par ces lignes :
« Mon âme fatiguée aspirait au repos, mais de tristes habitudes ne lui permettaient pas d’en jouir. Or, il arriva un jour qu’entrant dans un oratoire, j’aperçus une image de Jésus-Christ couvert de plaies, qui se trouvait là pour être exposée dans une fête prochaine. Elle était si touchante, c’était une représentation si vive de ce que Notre-Seigneur endura pour nous, qu’en voyant le divin Maître dans cet état, je me sentis profondément bouleversée. Au souvenir de l’ingratitude dont j’avais payé tant d’amour, je fus saisie d’une si grande douleur qu’il me semblait sentir mon cœur se fendre. Je tombai à genoux près de mon Sauveur, en versant un torrent de larmes, et je le suppliai de me fortifier enfin de telle sorte que je ne l’offense plus désormais. »

Après cet événement déterminant, la carmélite s’attacha à méditer sur les mystères de la vie de notre divin Rédempteur, elle précise que la contemplation de la Sainte Agonie de Gethsémani lui fut spécialement profitable : « Je méditais avec prédilection sa prière au jardin des Olives. Là, je me plaisais à lui tenir compagnie. Je considérais la sueur et la tristesse qu’il avait endurées en ce lieu. »

Notons bien cette constante que l’on retrouve dans la vie de très nombreux saints : la contemplation de la douloureuse Passion de Jésus, la méditation assidue de la Passion du Sauveur, l’approfondissement jamais épuisé des mystères sacrés de la Passion de Notre-Seigneur sont essentiels à la connaissance de l’amour de Jésus-Christ et au progrès dans la vie spirituelle.

Nul besoin d’en dire beaucoup plus.
En ces célébrations de la Semaine Sainte, puissiez-vous, chers Amis, à l’exemple de Sainte Thérèse de Jésus, entrer vous aussi toujours plus avant dans les voies de l’amour de Dieu et de la sainteté, en passant avec ferveur et générosité par la seule véritable porte de la vie spirituelle, la seule véritable porte de la vie nouvelle, la seule véritable porte de la vie éternelle : la bienheureuse Passion du Verbe Incarné.

Lully.

Christ à la colonne, détail - Gregorio Fernandez

Christ à la colonne, détail
(oeuvre de Gregorio Fernandez – couvent d’Avila)

2015-40. De Saint Joseph et Sainte Thérèse de Jésus.

Avila - carmel St Joseph - statue de St Joseph au centre du retable de l'église

Avila, carmel Saint Joseph : statue de Saint Joseph au centre du retable du maître-autel.

Jeudi 19 mars 2015,
fête de Saint Joseph.

Pour l’Ordre du Carmel réformé, cette année 2015 est une année jubilaire : le 28 mars 2015 marque en effet le cinquième centenaire de la naissance de Sainte Thérèse de Jésus, la grande réformatrice de l’Ordre du Carmel.
En cette fête de Saint Joseph, il est bon de rappeler le rôle très important joué par Sainte Thèrèse de Jésus dans la propagation du culte de ce très grand saint, car, jusqu’au XVIe siècle, il n’avait pas eu de grande extension ni de véritable popularité.
Les écrits de la « Madre », lorsqu’ils seront publiés et diffusés à travers toute la Chrétienté, contribueront énormément à inciter les fidèles à recourir à Saint Joseph : au chapitre VI de son autobiographie, en effet, Sainte Thérèse évoque quelques unes des grâces qu’elle a obtenues par son intercession, depuis sa guérison physique – alors qu’elle était clouée au lit depuis trois années – , la fondation du premier monastère réformé – placé justement par la volonté expresse de Notre-Seigneur sous le vocable de Saint Joseph – , les grâces de vie intérieure et d’oraison qu’il accorde à ses dévôts, mais aussi des aides remarquables dans certaines nécessités temporelles.

Laissons donc la parole à Sainte Thérèse (nota : c’est nous qui mettons en caractères gras les phrases les plus remarquables de la sainte réformatrice)

Saint Joseph protecteur du carmel réformé - Joaquín Gutiérrez - Collection privée, Bogotá

Saint Joseph protecteur du Carmel réformé et guide de Sainte Thérèse de Jésus
(tableau de Joaquin Gutiérrez, XVIIIe siècle – collection privée, Bogota)

« Je pris pour avocat et patron le glorieux Saint Joseph et je me recommandai instamment à lui. J’ai vu bien clairement que c’est lui, mon père et mon protecteur qui m’a guérie de cette infirmité, comme il m’a tirée également de dangers très grands où il s’agissait de mon honneur et du salut de mon âme. Son assistance m’a procuré plus de bien que je ne savais lui en demander.
Je ne me souviens pas de lui avoir jamais rien demandé, jusqu’à ce jour, qu’il ne me l’ait accordé. C’est une chose merveilleuse que les grâces insignes dont Dieu m’a favorisée, et les dangers tant du corps que de l’âme dont il m’a délivrée par la médiation de ce bienheureux Saint.

« Le Très-Haut donne seulement grâce aux autres saints pour nous secourir dans tel ou tel besoin. Mais le glorieux Saint Joseph, je le sais par expérience, étend son pouvoir à tous nos besoins. Notre Seigneur veut nous faire comprendre que, s’il a été soumis sur la terre à celui qu’il appelait son père, parce que c’était son gouverneur qui pouvait lui commander, il défère également au Ciel, à toutes ses suppliques.
Et c’est ce qu’ont vu comme moi par expérience, d’autres personnes auxquelles j’avais conseillé de se recommander à cet incomparable protecteur. A l’heure actuelle, elles sont nombreuses les âmes qui l’honorent et constatent de nouveau la vérité de ce que j’avance.

« Il m’a toujours exaucée au-delà de mes prières et de mes espérances (…).
Je faisais célébrer sa fête avec toute la solennité dont j’étais capable (…).
Je voudrais porter tout le monde à la dévotion envers ce glorieux Saint tant j’ai d’expérience de son crédit auprès de Dieu. Je n’ai jamais vu personne lui être vraiment dévoué et l’honorer d’un culte spécial sans avancer dans la vertu, car il favorise singulièrement les progrès spirituels des âmes qui se recommandent à lui. Depuis plusieurs années, ce me semble, je lui demande une grâce le jour de sa fête, et je l’ai toujours obtenue. Lorsque ma supplique est quelque peu de travers, il la redresse pour le plus grand bien de mon âme (…).
Je demande, pour l’amour de Dieu, à celui qui ne me croirait pas d’en faire l’épreuve. Il verrait, par sa propre expérience, combien il est avantageux de se recommander à ce glorieux patriarche et d’avoir pour lui une dévotion spéciale. »

Avila - carmel Saint Joseph - statue de Saint Joseph sur la façade de l'église

Avila, carmel Saint Joseph : statue de Saint Joseph sur la façade principale de l’église conventuelle.

« Les âmes d’oraison, en particulier, lui doivent un culte tout filial. Je ne sais d’ailleurs comment on pourrait penser à la Reine des Anges et à toutes les souffrances qu’elle a endurées en compagnie de l’Enfant Jésus, sans remercier Saint Joseph de les avoir si bien aidés alors, l’un et l’autre.
Que celui qui n’a pas de maître pour lui enseigner l’oraison prenne ce glorieux Saint pour guide, et il ne risquera pas de s’égarer (…).
Il m’a bien montré ce qu’il est, puisque, grâce à lui, j’ai pu enfin me lever, marcher et être délivrée de ma paralysie. »

A propos des travaux de construction du premier monastère du Carmel réformé, à Avila : le carmel Saint Joseph :
« Un jour, me trouvant dans la nécessité, ne sachant que devenir, ni comment payer quelques ouvriers, Saint Joseph, mon véritable Père et soutien, m’apparut. Il me fit comprendre que l’argent ne me manquerait pas et que je devais passer le marché avec les ouvriers. Je lui obéis sans avoir le moindre denier, et le Seigneur pourvut à tout d’une manière qui parut digne d’admiration. »

Sainte Thérèse en bergère, tableau de Joaquin Gutiérrez - carmel de Bogota

Sainte Thérèse de Jésus en bergère
(tableau de Joaquin Gutiérrez, XVIIIe siècle – carmel de Bogota)

Et puis il y a cette fameuse histoire, que beaucoup d’entre vous connaissent déjà sans doute, mais elle en dit long sur la confiance de Sainte Thérèse de Jésus en Saint Joseph, au point que ce dernier se manifesta de manière éclatante.
L’anecdote eut lieu à l’occasion de l’un de ces voyages de la « Madre » pour la fondation d’un nouveau monastère.
Partie de Valladolid en direction de Veas, en Andalousie, celle que Marcelle Auclair a magnifiquement surnommée « la dame errante de Dieu », voyageait avec un essaim de carmélites, dans un lourd chariot bâché tiré par des mules.
Ce jour-là, d
ans les défilés de la Sierra Morena, les conducteurs s’égarèrent, s’engagèrent sur une mauvaise piste – de plus en plus étroite – et, bientôt le chariot se trouva en grand danger de verser dans le précipice : « Prions, mes filles ! dit Thérèse. Demandons à Dieu, par l’intercession de Saint Joseph,  de nous délivrer de ce péril ».

A l’instant même, on entendit, venant du ravin, une voix d’homme qui criait avec force aux muletiers : « Arrêtez ! Arrêtez ! Vous êtes perdus si vous avancez… »
Les conducteurs ne voyaient pas l’homme qui leur intimait cet ordre, mais ils interrogèrent : « Comment faire ? Il est impossible de faire demi-tour en raison de l’étroitesse du chemin… »
La voix reprit : « Reculez tout doucement. Vous ne craignez rien. A cent tours de roue en arrière vous retrouverez le bon chemin… »

On le retrouva en effet, dissimulé par un éboulement facilement déblayé.
Un valet des charretiers courut à la recherche de l’homme qui les avait sauvés, tandis que les autres scrutaient le ravin pour l’apercevoir : tous tenaient à le remercier… Mais on ne trouva personne.
A l’intérieur du chariot, radieuse, Mère Thérèse de Jésus déclarait à ses soeurs avec un grand sourire : 
« Vraiment,  je ne sais pourquoi nous laissons chercher ces bonnes gens, car c’est la voix de Saint Joseph que nous avons entendue, et ils ne le trouveront pas… »

Sainte Thérèse d'Avila priant Saint Joseph

Sainte Thérèse de Jésus priant Saint Joseph.

On trouvera aussi dans les pages de ce blogue
- une proposition de neuvaine pour préparer la fête de St Joseph > www ;
- les salutations de Saint Jean Eudes à Saint Joseph > www ;
- une prière à Saint Joseph de Bon Espoir > www ;
- le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle »  > www .
Plus plaisamment, vous pourrez aussi vous reporter aux deux petites B.D. consacrées à Saint Joseph :
« Saint Joseph et le placage », ici > w
ww ,
et « Ite ad Ioseph ! », ici > www .

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 18 mars, 2015 |1 Commentaire »

Le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle ».

Saint Joseph Protecteur de la Ste Eglise

Saint Joseph, protecteur de la Sainte Eglise, priez pour nous !

10 mars.

C’est aujourd’hui que commence la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Joseph (cf. > ici), chers Amis.
Sans plus de discours, je tiens seulement à publier, pour les personnes que cela pourrait intéresser, un cantique en l’honneur de Saint Joseph que nous aimons beaucoup en notre Mesnil-Marie.
Il reprend une mélodie de Nicolas Clérambault adaptée par Monseigneur Joseph Besnier, et – à la lecture de ce nom vous devez vous en douter – ce cantique est extrait du fameux « Manuel de chants du chanoine Besnier », dont j’ai déjà eu l’occasion de parler dans ces pages.

Bonne et fervente neuvaine à tous !

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Cantique Saint Joseph ô pur modèle - Clérambault

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On trouvera aussi dans les pages de ce blogue
- une proposition de neuvaine pour préparer la fête de St Joseph > www ;
- les salutations de Saint Jean Eudes à Saint Joseph > www ;
- une prière à Saint Joseph de Bon Espoir > www ;
Plus plaisamment, vous pourrez aussi vous reporter aux deux petites B.D. consacrées à Saint Joseph :
« Saint Joseph et le placage », ici > www,
et « Ite ad Ioseph ! », ici > www .

2015-38. De la vénérable Marie-Clotilde de France, reine de Sardaigne.

7 mars.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Au Mesnil-Marie, toujours vigilants aux dates et aux anniversaires, nous sommes particulièrement unis, par le coeur et par la prière, aux cérémonies qui se célèbrent à Naples dans l’église Santa Catarina a Chiaia, tous les 7 mars, et qui ont été précédées par un triduum solennel.

Peut-être allez-vous m’interroger : « Qu’y a-t-il dans cette église Santa Catarina a Chiaia qui vous paraisse si important pour qu’à quelque 1300 km de là vous teniez à vous y unir d’une manière très spéciale ? »

C’est que dans cette église, dans une chapelle latérale située du côté de l’épître, se trouve, entourée d’une grande vénération, la tombe d’une Fille de France – petite-fille de Sa Majesté le Roi Louis XV, soeur de Leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, épouse de Sa Majesté le Roi Charles-Emmanuel IV de Sardaigne – la vénérable Marie-Clotilde de France, dont on espère la béatification.
Les cérémonies de ce jour et le triduum qui les précèdent sont justement célébrés pour demander à Dieu la glorification de Sa servante.

Naples - église Santa Catarina a Chiaia - tombe de la Vénérable Marie-Clotilde de France

Naples, église Santa Catarina a Chiaia : tombe de la vénérable Marie-Clotilde de France.

Marie Adélaïde Clotilde Xavière de France, dite Madame Clotilde, est née au palais de Versailles, le 23 septembre 1759.
Elle est la onzième des treize enfants (dont huit morts-nés, morts dans leur premier âge ou pendant l’enfance) issus du second mariage de Louis Ferdinand (1729-1765), Dauphin de France, avec Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767).

Selon l’usage, ondoyée à la naissance, elle est officiellement baptisée deux ans plus tard, le 19 octobre 1761, c’est-à-dire le lendemain du baptême des futurs Louis XVI et Louis XVIII, et le même jour que le futur Charles X.
Elle a pour parrain son frère : Louis-Auguste, duc de Berry, futur Louis XVI ; et pour marraine sa tante, Madame Louise, future Mère Thérèse de Saint-Augustin, carmélite à Saint-Denis (cf. > Princesse et carmélite).

Madame Clotilde était très liée à sa soeur – Élisabeth Philippine Marie Hélène de France, dite Madame Élisabeth – , née quatre ans et demi après elle.
Comme toute la fratrie, Madame Clotilde fut placée sous l’autorité de Marie-Louise de Rohan, gouvernante des Enfants de France, communément appelée Madame de Marsan. Mais alors que l’éducation de Madame Elisabeth, jugée « rebelle », fut laissée à une sous-gouvernante – Madame de Mackau – , Madame Clotilde, docile et studieuse, fut totalement prise en charge par Madame de Marsan qui entendait lui donner une éducation complète, telle qu’aux garçons, chose assez inouïe à l’époque.

Marie-Clotilde était âgée de 6 ans à la mort de son père et de sept ans et demi à la mort de sa mère.

D’un physique assez ingrat, Madame Clotilde souffrit des méchancetés de la cour qui l’avait surnommée « Gros Madame », en raison de son embonpoint.
On disait d’elle qu’elle était passive, apathique, insensible…

Madame Clotilde à l'âge de 12 ou 13 ans - attribué à François-Hubert Drouais (musée de Versailles)

Madame Clotilde à l’âge de 12 ou 13 ans
portrait attribué à François-Hubert Drouais
(musée national des châteaux de Versailles et Trianon)

Le 6 septembre 1775, à Chambéry, ancienne capitale des ducs souverains de Savoie, Marie-Clotilde de France, à peine âgée de seize ans, épouse Charles-Emmanuel de Savoie, fils aîné de Sa Majesté le Roi Victor-Amédée III de Sardaigne, duc de Savoie et prince souverain de Piémont.

Les liens entre les Bourbons et la Maison de Savoie sont alors très forts : tout d’abord, la mère de Charles-Emmanuel est elle-même une arrière-petite-fille de Louis XIV, puisque fille de Philippe V d’Espagne ; ensuite, deux des soeurs de Charles-Emmanuel ont déjà épousé deux des frères de Marie-Clotilde : Marie-Josèphe-Louise de Savoie, Louis-Stanislas-Xavier de France, comte de Provence, en 1771 ; et Marie-Thérèse de Savoie, Charles-Philippe de France, comte d’Artois, en 1773.
Enfin, Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan, dite la Princesse de Lamballe, veuve de Louis-Alexandre de Bourbon, sera – on s’en souvient – l’indéfectible amie de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette, jusqu’à la fin tragique que l’on sait.

Si le mariage de Madame Clotilde avec le prince héritier de Piémont-Sardaigne a été dicté par la politique, il n’en deviendra pas moins un authentique « mariage d’amour » : Charles-Emmanuel, né le 24 mai 1751, a huit ans et demi de plus que sa jeune épouse ; il va aimer tendrement et choyer Marie-Clotilde, qui va pleinement s’épanouir et perdra son embonpoint.
Animés par une piété sincère et profonde, Charles-Emmanuel et Marie-Clotilde fondent leur union sur la foi chrétienne : c’est elle qui leur donne la force de porter avec abandon et sérénité l’épreuve de la stérilité, et qui les porte à une grande maturité spirituelle, au point que, en 1794, ils embrasseront tous les deux la règle du tiers-ordre de Saint Dominique.

Depuis Turin, Marie-Clotilde et Charles-Emmanuel observent avec une grande inquiétude l’évolution politique du Royaume de France : évolution qui se transforme en révolution.
Dès l’été 1789, ils accueillent à Turin le comte d’Artois et sa famille, qui sont parmi les premiers à prendre le chemin de l’exil. Dans les premiers mois de 1791, ce sont Mesdames Victoire et Adélaïde, seules survivantes des filles de Louis XV, qui font escale à la cour de Savoie avant de s’aller établir à Rome.

Les procès iniques et l’assassinat des Souverains français plongeront la cour de Savoie dans une douloureuse stupeur.

armes Reine Clotilde de Sardaigne

Armes de Marie-Clotilde de France, reine de Sardaigne.

Les terroristes parisiens avaient déclaré la guerre à tous les souverains d’Europe et ils déchaînèrent particulièrement la fureur de leurs troupes barbares sur  la Savoie, le comté de Nice et le Piémont.
Après quatre années de guerre soutenues avec vaillance, les troupes du roi Victor-Amédée III furent finalement défaites par le Buonaparte : à la suite de l’armistice de Cherasco, signé le 28 avril 1796, le royaume de Piémont-Sardaigne, contraint de se retirer de la première coalition, dut céder à la France la Savoie, le comté de Nice ainsi que quelques places fortes, et laisser les troupes françaises circuler librement en Piémont.
Cinq mois plus tard (16 octobre 1796), Victor-Amédée III s’éteignait, laissant la couronne à Charles-Emmanuel.

Charles-Emmanuel IV, roi de Piémont-Sardaigne, s’efforça dans un premier temps d’adoucir le traitement du Piémont, en temporisant avec la république ; mais en 1798 le Directoire ordonna l’occupation militaire du Piémont, et la famille de Savoie dut fuir : d’abord à Parme, puis à Florence, ensuite en Sardaigne…
Enfin, en 1799, toujours en fuite devant la révolution mais ne cessant cependant jamais leurs tentatives pour soulager leurs peuples et chasser l’envahisseur, le roi Charles-Emmanuel IV et la reine Clotilde s’établirent à Naples.
Ils fréquentaient assidument l’église Sainte Catherine (Santa Catarina a Chiaia), l’église des tertiaires. Leur vie de prière et de charité était remarquable, car ils consacraient beaucoup de temps aux nécessiteux.

Ils se rendirent à Rome pour les cérémonies de la Semaine Sainte de 1801, occasion de rencontrer le pape Pie VII (ce dernier avait été élu à Venise à la mi-mars 1800 et n’avait pu entrer à Rome que le 3 juillet de la même année), mais ils durent quitter précipitamment la Ville Sainte et rentrer à Naples, ayant été avertis juste à temps des ordres donnés par le Consulat pour les faire enlever.

La reine Marie-Clotilde succomba à la fièvre typhoïde, le 7 mars 1802, à Naples. Elle n’avait pas atteint son quarante-troisième anniversaire.
La souveraine fut inhumée dans l’église Santa Catarina a Chiaia et aussitôt sa tombe devint le centre d’un intense mouvement de ferveur populaire…

Jean-Pierre Franque tombe de la reine Marie-Clotilde acquis par Louis XVIII en 1818 -musée des Ursulines à Macon

La tombe de la reine Marie-Clotilde
(tableau de Jean-Pierre Franque, acquis en 1818 par Louis XVIII pour la collection royale,
aujourd’hui au « Musée des Ursulines » à Macon)

Dès que ses sujets apprirent la mort de leur reine, ils commencèrent à l’invoquer comme « l’ange gardien du Piémont ».
Six ans plus tard, seulement, le pape Pie VII la déclara « vénérable » (10 avril 1808) et autorisa les démarches en vue de sa béatification.

Plusieurs fois retardé – principalement en raison des agitations politiques des XIXe et XXe siècles (et aussi du fait des infiltrations révolutionnaires dans l’Eglise, qui entravent considérablement l’élévation des souverains aux honneurs des autels quand ils ont été des adversaires de l’esprit révolutionnaire) – , le décret proclamant l’héroïcité des vertus de la vénérable Marie-Clotilde de France a été signé par le pape Jean-Paul II le 11 février 1982.

Il est curieux de constater que les Français connaissent finalement moins bien que les Piémontais et les Napolitains cette Fille de France, d’une grande sainteté : il n’existe pas de biographie récente en langue française, et il faut déployer des trésors de patience et de persévérance pour mettre la main sur les ouvrages anciens.

Après la mort de son épouse, le roi Charles-Emmanuel IV abdiqua en faveur de son frère puiné, Victor-Emmanuel 1er. En 1807, à la mort du cardinal-duc d’York, dernier des Stuart, il fut néanmoins reconnu par les Jacobites comme l’héritier de la succession légitime aux trônes d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, sous le nom de Charles IV.

Mais Charles-Emmanuel avait bel et bien dit adieu au monde et, après le rétablissement de la Compagnie de Jésus (1814), il entra le 11 février 1815 au noviciat des jésuites, à Rome, âgé de 64 ans. Il fut admis à la profession des voeux simples, et mourut saintement le 6 octobre 1819.
Il a été inhumé, revêtu de la soutane noire, dans l’église de Saint-André au Quirinal, où sa tombe n’est signalée que par une croix de Savoie – blanche sur fond rouge – gravée dans le marbre, avec cette seule mention : Charles-Emmanuel de Savoie, fils de la Sainte Église Catholique Apostolique et Romaine.
Sans doute mériterait-il lui aussi qu’on s’intéresse à sa cause et que l’on  instruise un procès en béatification…

La Vénérable Marie-Clotilde de France en habit de tertiaire

Prière pour demander des grâces
par l’intercession de la vénérable Clotilde de France, reine de Sardaigne
(traduite par nos soins)

O Dieu, qui, dans votre infinie bonté, donnez la gloire aux âmes qui ont observé votre sainte loi jusqu’au sacrifice, en se conformant à votre Fils bien-aimé crucifié, accueillez l’humble prière que j’élève vers Vous avec foi.
Vous qui êtes admirable dans vos saints et qui les placez comme des lampes allumées sur le chemin enténébré de l’homme, accordez-moi la grâce dont j’ai tant besoin, par les mérites de la vénérable Marie-Clotilde.
Ses vertus, sa vie profondément chrétienne, sa force héroïque dans les souffrances, sa totale conformité à votre volonté dans les événements pénibles qui ont endolori sa brève existence, ont reçu leur juste récompense dans votre Royaume éternel ; qu’elles soient également glorifiées dans votre Eglise en recevant les honneurs des autels.
Accordez-moi, avec l’aide de votre grâce, d’imiter ses vertus, maintenant que Vous l’avez placée près de nous comme modèle, et daignez me rendre digne de sa céleste protection.

Ainsi soit-il !

Trois « Gloria Patri » en l’honneur de la Très Sainte Trinité.

(avec approbation ecclésiastique)

Les personnes qui reçoivent des grâces par l’intercession de la vénérable Marie-Clotilde de France sont priées de le faire connaître au Recteur de l’église Santa Catarina a Chiaia – via S. Catarina a Chiaia, 76 – 80121 Napoli (Italie).

2015-37. Où le Maître-Chat, à l’occasion de la fête du Saint-Suaire de Notre-Seigneur, rappelle les liens qui unissent Saint François de Sales à cette précieuse relique.

Vendredi de la deuxième semaine de carême.

Ensevelissement du Christ et développement du Saint Suaire - fresque des frères della Rovere

L’ensevelissement du Christ & anges montrant le Saint Suaire
fresque des frères G.B. et G.M. della Rovere

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le vendredi de la deuxième semaine de carême, dans le propre des anciens calendriers d’un grand nombre de diocèses et de congrégations religieuses, est marqué comme le jour propre de la fête du Saint Suaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Aussi voudrais-je profiter de cette occasion pour vous parler – ou rappeler pour certains qui le savent déjà – qu’il existe des liens particuliers entre cette exceptionnelle relique et Saint François de Sales, si important dans la spiritualité vécue au Mesnil-Marie.

A – L’ostension du Saint Suaire à Annecy le 21 juillet 1566 :

Au printemps de l’an de grâce 1566, à Saint-Maur des Fossés, Jacques de Savoie, duc de Genevois et de Nemours (qui inspira à Madame de Lafayette le personnage de Monsieur de Nemours dans « la Princesse de Clèves »), avait épousé Anne d’Este, veuve de François 1er de Lorraine, deuxième duc de Guise.
Le mercredi 17 juillet suivant, Annecy – « la bonne ville de Nessy » comme l’on disait alors – , pavoisait et faisait fête pour l’arrivée de ses suzerains : fanfares, sonneries de cloches, foule joyeuse et chatoyante, oriflammes à la croix de Savoie flottant au vent, guirlandes de verdure, draperies et tapisseries tendues aux façades… Le somptueux cortège des nouveaux époux et de leur suite – dans laquelle on voyait les cardinaux de Lorraine et de Guise, parents de l’époux défunt d’Anne d’Este – , entrant dans la cité, se dirigea immédiatement vers l’église Notre-Dame de Liesse (l’actuelle église Notre-Dame de Liesse d’Annecy a été reconstruite au milieu du XIXe siècle : l’édifice précédent avait été gravement endommagé par les révolutionnaires, seul le clocher – mutilé – subsiste de la collégiale qui vit ces festivités de 1566) : « C’est qu’en ce jour-là, la collégiale d’Annecy possédait un trésor inestimable. Pour satisfaire à la dévotion d’Anne d’Este, Son Altesse Sérénissime Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, de qui, depuis un an, Jacques de Nemours tenait son apanage – le comté de Genevois, les baronnies de Faucigny et de Beaufort – avait permis que fût apporté de Chambéry à Notre-Dame de Liesse le suaire dans lequel, suivant une pieuse tradition, fut enveloppé le corps de Notre-Seigneur. Le cortège passerait donc par l’église avant de monter au château. Et bien des gens poussés par leur dévotion avaient fait le voyage principalement pour vénérer la précieuse relique » (Mgr. Francis Trochu, in « Saint François de Sales », tome 1, pp.20-21).
« Le grand reliquaire où se trouve enfermé le linceul de Notre-Seigneur était placé, à l’entrée du sanctuaire, sur le jubé de la collégiale. Notre-Dame d’Annecy possédait alors un choeur assez vaste pour recevoir les souverains et leur suite. Le temps pressant un peu, ce matin-là on vénéra rapidement, sans la voir, la très insigne relique ; l’ostension solennelle en serait faite le dimanche suivant » (ibid. p.22).

Ostension du Saint Suaire à la fin du XVIe siècle

Gravure de la fin du XVIe siècle montrant une ostension du Saint Suaire par un grand nombre d’évêques.

Dans le cortège de la noblesse savoisienne qui accompagnait Jacques de Savoie-Nemours et Anne d’Este, se trouvaient François de Boisy, seigneur de Sales, châtelain de Thorens, gentilhomme d’une quarantaine d’années, et sa toute jeune épouse (une quinzaine d’années environ) née Françoise de Sionnaz.

Redonnons la parole à Monseigneur Trochu :
« Le dimanche 21 juillet, l’affluence dans Annecy dépassa toute prévision (…). Aussitôt après leur messe, les cardinaux de Lorraine et de Guise, aidés par les évêques présents, déplièrent le linge sacré, le montrèrent à la foule, puis le laissèrent pendre de toute sa longueur le long du jubé. Ainsi pourrait-on contempler à loisir la double effigie laissée dans le suaire par le corps du Sauveur flagellé et crucifié.
« M. et Mme de Boisy, s’étant rendus de bonne heure à l’église collégiale, avaient pu trouver place dans la balustrade de la chapelle de Notre-Dame de Grâce, contre un pilier. Comme beaucoup d’âmes ferventes, la petite châtelaine était venue principalement pour vénérer ce très saint et précieux linge. A sa vue, elle fut saisie d’une émotion indicible.
« Elle se prosterna aux côtés de son pieux mari, lui-même agenouillé. Les sentiments secrets de leurs deux coeurs, ils se les étaient communiqués l’un à l’autre : ils désiraient une postérité, mais qui demeurât inviolablement catholique : à neuf lieues seulement de leur demeure sévissait l’hérésie protestante ; ce Calvin, dont la poigne rude et froide avait fait de Genève la citadelle de la Réforme était en terre depuis deux années seulement, et il semblait se survivre, car l’audace de Genève n’en était guère diminuée : le village de Thorens ne serait-il pas englobé bientôt dans sa conquête ? Contre cette menace le seigneur de Boisy, les doigts crispés, implorait le secours céleste.
« Mais la jeune épouse, tout en contemplant avec une compassion mouillée de larmes les traits sanglants du Sauveur, allait plus loin dans sa prière : avec une instante ferveur, elle demandait à Dieu de lui donner un fils, et que ce fils, particulièrement béni, se consacrât au service des autels. Nouvelle Anne, elle offrait d’avance au Seigneur ce nouveau Samuel » (ibid. pp.22-23).

plaque commémorative ND de Liesse Annecy

Sur la façade de l’actuelle église Notre-Dame de Liesse d’Annecy, une inscription lapidaire rappelle la prière de Madame de Boisy le 21 juillet 1566, ainsi qu’un autre événement de la vie de Saint François de Sales : l’intervention d’une colombe qui reposa sur lui au cours d’une cérémonie pontificale.

Au cours du carême suivant, Madame de Boisy connut qu’elle allait être mère, et treize mois jour pour jour après le voeu qu’elle avait intérieurement prononcé devant le Saint Suaire, dans la soirée du jeudi 21 août 1567, elle mit au monde, prématurément, un petit garçon « de bonne complexion » mais si « délicat et tendre » que l’on craignit d’abord pour sa vie.
Huit jours plus tard, le 28 août 1567 – jour de la fête de Saint Augustin, ce qui constituait une joie particulière pour le saint – , l’enfant fut baptisé dans l’église Saint-Maurice de Thorens et reçut les prénoms de François-Bonaventure ; sur les registres de catholicité toutefois, il ne fut pas nommé de Boisy, comme son père, mais de Sales, ainsi que ses ancêtres.

On sait de quelle manière, par la suite, la prière de Madame de Boisy fut magnifiquement exaucée, et quelle lumière fut et demeure, pour toute la Sainte Eglise, l’enfant dont la naissance fut demandée lors de cette ostension annécienne du 21 juillet 1566.

Armoiries de Saint François de Sales

Armoiries de Saint François de Sales.
Saint François de Sales a conservé dans son blason épiscopal les armes de sa famille qui sont :
« d’azur à deux fasces d’or vuidées de gueules, au croissant montant d’or en chef, et deux étoiles de même, l’une au milieu et l’autre en pointe ».
La devise de la famille de Sales est « Ny plus ny moins », le saint en adoptera une traduction latine : « non excidet ».

B – L’ostension du Saint-Suaire à Turin, le 4 mai 1613 :

En septembre 1578, le Saint Suaire quitta définitivement la sainte chapelle de Chambéry, pour être déposé à Turin, ville dont les ducs souverains de Savoie avaient fait leur capitale depuis 1562 : n’oublions pas que la relique appartenait à la Maison de Savoie (jusqu’en 1983, date où le roi Humbert II en a fait don au Saint-Siège).

Quelque quarante-sept ans après l’ostension annécienne, Saint François de Sales, âgé de 45 ans et demi, prince-évêque de Genève depuis dix ans et demi, de retour d’une série de pèlerinages en Italie, vint à Turin à l’occasion de la fête du Saint Suaire du 4 mai 1613 : en effet, de 1578 et jusqu’en 1720, les ostensions ont été annuelles à la date des 4 et 5 mai.
Ces présentations à la foule, massée à l’extérieur sur une place, se faisaient depuis un balcon ou une tribune d’apparat construite pour l’occasion.

Je laisse encore une fois la parole à Monseigneur Trochu :
« De nombreux évêques s’étaient réunis à Turin pour cette « fête solennelle du très saint Suaire » ; une foule innombrable venue de tout le Piémont, avait envahi la cathédrale Saint-Jean-Baptiste et ses parvis. Arrivé dans la capitale probablement l’avant-veille, Mgr de Sales fut grandement étonné quand on lui vint apprendre que Son Altesse le désignait pour prendre la parole à la cérémonie, puis pour exposer la relique aux regards de la foule.
« Aux premiers jours de mai, comme l’a noté Charles-Auguste (note : Charles-Auguste de Sales, neveu et biographe du saint, prince-évêque de Genève de 1645 à 1660) « les chaleurs sont déjà extrêmes en ces quartiers-là ». Monseigneur de Genève, que son discours avait fait transpirer grandement, gravit l’escalier monumental qui accède au reliquaire ; ensuite avec le prince-cardinal Maurice de Savoie et quelques évêques, il se mit à déplier la longue pièce de lin où se voient les empreintes du corps crucifié. « Or, il arriva qu’en penchant la tête, quelques gouttes, tant de son front que de ses larmes » (récit de Charles-Auguste de Sales) roulèrent par hasard « dedans le saint Suaire même ».
« Ma très chère Mère, écrira-t-il un an plus tard jour pour jour à sainte Jeanne de Chantal, le prince-cardinal crut se fâcher de quoi ma sueur dégouttait sur le saint Suaire de mon Sauveur ; mais il me vint au coeur de lui dire que Notre-Seigneur n’était pas si délicat, et qu’Il n’avait point répandu de sueur ni de sang que pour les mêler avec les nôtres, afin de leur donner le prix de la vie éternelle »
(Mgr Francis Trochu, in « Saint François de Sales », tome 2, p.573).

Antonio Tempesta, Ostension du 4 mai 1613 à Turin - Bibliothèque royale de Turin

L’ostension du Saint Suaire du 4 mai 1613, à Turin, à laquelle prit part Saint François de Sales
(gravure d’Antonio Tempesta – bibliothèque royale de Turin)

C – Hymne liturgique en l’honneur du Saint Suaire :

Voici, pour terminer ce rappel historique et hagiographique, l’hymne liturgique en l’honneur du Saint Suaire qui se trouve dans le bréviaire de Frère Maximilien-Marie, pour ce vendredi de la deuxième semaine de carême.
Je vous en donne tout d’abord une traduction :
(1) Célébrons tous la gloire du Linceul sacré : honorons par des hymnes joyeux et par de pieux hommages les témoignages irréfragables de notre salut (2) que rappelle ce Linceul, que l’on doit vénérer à jamais, orné qu’il est par des empreintes glorieuses, en caractères de sang, reçues lorsque il recueillit, enveloppé, le Corps de Jésus descendu de la croix. (3) Il rappelle les douleurs cruelles que le Christ, Rédempteur du genre humain, prenant en pitié la chute d’Adam, a souffertes en détruisant la mort. (4) Cette image montre le côté ouvert par le fer, les paumes et les pieds percés de clous, les membres lacérés par les fouets, et la couronne d’épines enfoncée sur la tête. (5) Qui pourrait pieusement considérer l’oeil sec et sans avoir le coeur brisé ces représentations vives et sensibles d’un mort ignominieuse ? (6) O Christ, puisque nos péchés seuls ont été la cause de tant de souffrances, notre vie Vous est due : et, cette vie même, nous Vous l’avons donnée. (7) Qu’à Vous soient la gloire et la puissance, ô Fils qui rachetez le monde par votre Sang, et qui règnez avec le Père Très Haut et l’Esprit Saint. Ainsi soit-il !

Et voici maintenant l’hymne latine :

Gloriam sacrae celebremus omnes
Sindonis : laetis recolamus hymnis,
Et piis votis monumenta nostrae
Certa salutis,

Quae refert semper veneranda Sindon,
Sanguine impressis decorata signis,
Dum cruce ex alta tullit involutum
Corpus Iesu.

 Reddit haes caevos animo dolores,
Quos tulit, casum miseratus Adae,
Christus humani generis Redemptor,
Morte perempta.

Saucium ferro latus, atque palmas
Et pedes clavis, lacerata flagris
Membra, et infixam capiti coronam
Monstrat imago.

Quis pius siccis oculis, et absque
Intimi cordis gemitu notata
Vivaque indignae simulacra mortis
Cernere possit ?

Nostra cum solum tibi, Christe, culpa
Causa tantorum fuerit malorum,
Nostra debetur tibi vita : vitam
Dedimus ipsam.

Sit tibi, Fili, decus atque virtus,
Qui tuo mundum redimis cruore,
Quique cum summo Genitore, et almo
Flamine regnas.
Amen.

Sainte Trinité avec le Saint Suaire

Neuvaine à Saint François-Xavier, dite « neuvaine de la grâce », du 4 au 12 mars.

Parmi les neuvaines les plus populairesde la tradition catholique, il en est une qui a mérité le surnom de « neuvaine de la grâce » tant les bénédictions et bienfaits divins ont répondu aux prières de ceux qui l’ont pratiquée.
C’est une neuvaine de prières adressées à Saint François-Xavier, le célèbre missionnaire jésuite du XVIe siècle, compagnon de Saint Ignace de Loyola, apôtre des Indes et de l’Extrême-Orient, céleste protecteur des missions catholiques.
La fête liturgique de Saint François-Xavier est célébrée le 3 décembre, toutefois cette neuvaine – qui peut bien sûr être faite en tout temps – se pratique spécialement du 4 au 12 mars, parce que ce sont les dates qui ont été indiquées par le Saint lui-même. Le 12 mars est, en effet, la date anniversaire de la canonisation de Saint François-Xavier (en 1622, en même temps que Saint Ignace de Loyola, Sainte Thérèse d’Avila, Saint Philippe Néri et Saint Isidore le laboureur).

Nicolas Poussin miracle de Saint François-Xavier

Nicolas Poussin (1594-1665) :
Saint François-Xavier ressuscitant la fille d’un habitant de Cangoxima (Japon).
Commandée en 1641 pour le maître-autel de la chapelle du noviciat des Jésuites du faubourg Saint-Germain, à Paris, cette toile fut acquise par Louis XV en 1763, lors de la suppression de la Compagnie,
et se trouve aujourd’hui au musée du Louvre.

Origine de la neuvaine :

En décembre 1633, à Naples, un jeune jésuite, le Père Marcello Mastrilli, qui attendait de partir pour la mission du Japon (l’une des plus périlleuses à l’époque, en raison d’une persécution particulièrement féroce), fut victime d’un grave accident : gravement blessé à la tête par la chute d’un objet lourd, il était entre la vie et la mort, lorsque saint François-Xavier lui apparut et l’invita à renouveler son vœu de partir en mission. Le saint ajouté : « Tous ceux qui imploreront mon aide chaque jour, pendant neuf jours consécutifs, du 4 au 12 mars, et recevront dignement les sacrements de pénitence et d’Eucharistie connaîtront ma protection et peuvent espérer avec pleine assurance obtenir de Dieu toute grâce demandée pour le bien de leur âme et la gloire de Dieu ».
La vision disparut. Le Père Mastrilli était parfaitement guéri.
Peu de temps après, il fut envoyé pour la mission du Japon, où il reçut la grâce du martyre (
17 octobre 1637).

D’abord pratiquée à Naples, dans le collège des jésuites où le miracle s’était produit, la neuvaine se répandit rapidement dans le royaume, dans toute l’Italie, à Rome puis dans toute la Chrétienté, en raison des abondants fruits de grâce qu’elle obtenait.
Elle fut encouragée par plusieurs Souverains Pontifes qui l’enrichirent de précieuses indulgences.

Poussin -Miracle de saint François-Xavier - détail 1

Nicolas Poussin : le miracle de Saint François-Xavier – détail.

Prière de la neuvaine :

Saint très aimable et plein de charité, Saint François-Xavier, j’adore respectueusement avec vous la Majesté Divine, et parce que je me complais singulièrement dans la pensée des dons éminents de grâce qu’Elle vous a départis pendant votre vie, et de gloire après votre mort, je Lui en rends les plus ferventes actions de grâces, et je vous supplie, de tout mon cœur, de m’obtenir par votre puissante intercession la grâce si importante pour moi de vivre et de mourir saintement ; je vous supplie de m’obtenir aussi… (ici on mentionne la grâce spirituelle ou temporelle que l’on désire obtenir)
Mais, si ce que je vous demande n’est point selon la Gloire de Dieu et le plus grand bien de mon âme, obtenez-moi ce qu’il y a de plus conforme à l’un et à l’autre.

Ainsi soit-il.

Il est coutume d’ajouter aussi :
V. : Priez pour nous, Saint François-Xavier.
R. : Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

O Dieu qui, par la prédication et les miracles de Saint François-Xavier, avez réuni à Votre Eglise les nations des Indes, accordez-nous, nous Vous en supplions, que, vénérant ses glorieux mérites, nous imitions aussi l’exemple de ses vertus, nous Vous le demandons par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Ainsi soit-il !

On ajoute enfin 5 Pater noster, 5 Ave Maria et 5 Gloria Patri.

Poussin - Miracle de saint François-Xavier détail 2

Nicolas Poussin : miracle de Saint François-Xavier – détail

Texte latin :

Novemdiales preces a gratia nuncupatæ in honorem Sancti Francisci Xaverii, Indiarum Apostoli (dicendæ a die iv ad diem xii mensis martii)

O valde amabilis et caritate plene, sancte Francisce Xaveri, tecum Maiestatem divinam reverenter adoro ; et quoniam summopere gaudeo, de singularibus gratiæ donis, quæ ipsa tibi contulit in hac vita, et gloriæ post mortem, Ei máximas ago gratias, teque toto cordis affectu deprecor, ut efficaci tua intercessione præcipuam mihi gratiam velis obtinere sanctam vitam agendi sancteque moriendi. Insuper te rogo, ut mihi impetres … (hic exprimatur gratia sive spiritualis sive temporalis imploranda). Si vero id, quod a te suppliciter peto, ad Dei gloriam et ad maius bonum animæ meæ minime confert, tu, quæso, mihi impetres quod utrique est utilius. Amen.

Pater, Ave et Gloria (quinquies)

V. Ora pro nobis, sancte Francisce Xaveri.
R. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

Oremus. Deus, qui Indiarum gentes beati Francisci prædicatione et miraculis Ecclesiæ tuæ aggregare voluisti : concede propitius ; ut, cuius gloriosa merita veneramur, virtutum quoque imitemur exempla. Per Christum Dominum nostrum. R. Amen.

Frise maniériste

Publié dans:Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 4 mars, 2015 |2 Commentaires »

2015-36. Du sanctuaire Saint Joseph de Bon Espoir, à Espaly-Saint-Marcel.

Lundi 2 mars 2015.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En ce 2 mars, au Mesnil-Marie, entre autres commémoraisons, nous nous souvenons du martyre – malheureusement bien oublié par notre diocèse de Viviers – d’une quarantaine d’ecclésiastiques qui, le 2 mars 1573, furent massacrés de la plus horrible manière par les huguenots, en haine de la foi et de l’église catholiques, à Villeneuve-de-Berg, où ils étaient réunis en synode.
Nous rappelons aussi le martyre, pendant la grande révolution, de l’abbé Pierre Montagne, prêtre du diocèse de Viviers guillotiné à Paris le 2 mars 1794.

Mais ce dont je veux vous entretenir aujourd’hui, c’est du mois de Saint Joseph, qui a commencé hier.

Saint Joseph

Bien sûr, nous ne prions pas Saint Joseph uniquement pendant le mois de mars : c’est en tous temps que nous recourrons à son intercession.
De plus, comme je vous l’avais expliqué dans ma chronique de l’été 2009 (> ici), sa statue se trouve dans une niche au pied de l’escalier qui monte à notre oratoire : ainsi, à chaque fois que nous passons devant, nous tournons notre coeur vers Saint Joseph et nous l’invoquons.

Mais puisque la piété chrétienne lui a particulièrement dédié le mois de mars, nous n’omettons pas, tout au long de ce mois, de nous recommander à lui davantage encore, et de lui recommander plus instamment les intentions qui nous sont confiées.
C’est pour cela que, hier dimanche 1er mars, après la Sainte Messe, notre Frère Maximilien-Marie a tenu, avant de rentrer au Mesnil-Marie, à faire une halte au sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir, à Espaly-Saint-Marcel : il ne s’agissait pas de faire un très « grand » et long pélerinage, mais juste de prendre le temps de monter jusqu’à la grotte-chapelle pour y déposer symboliquement, aux pieds de la statue de Saint Joseph qui a choisi ce lieu pour y répandre d’abondantes grâces, tant de soucis, de peines, de souffrances, de maladies, d’inquiétudes, d’espérances, de projets, de familles… etc. pour lesquels on sollicite nos pauvres prières.

Saint Joseph de Bon Espoir - Espaly-Saint-Marcel

Vue générale du sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir, à Espaly-Saint-Marcel.

Comme cette année 2015 marque le cent-soixantième anniversaire du commencement de la dévotion à Saint Joseph en ce lieu, laissez-moi vous conter cette histoire.

Espaly-Saint-Marcel, est une commune qui touche celle du Puy-en-Velay : ce n’était d’ailleurs à l’origine qu’un faubourg de la ville.
En 1855, deux dentellières de ce village trouvent une image de Saint Joseph. Elles la déposent dans une anfractuosité du rocher volcanique où avait été érigé au Moyen-Age un château, totalement détruit depuis.

A partir de ce moment, les pieuses femmes de cette humble paroisse prennent l’habitude de venir devant ce rustique oratoire pour confier à Saint Joseph leurs intentions : on y vient en groupe, on s’y retrouve pour réciter ensemble le chapelet et chanter des cantiques…
Puis on y revient pour dire « merci » parce que, de toute évidence, Saint Joseph aime qu’on le prie en ce lieu puisqu’il exauce les prières qu’on y vient lui adresser.

Alors, une modeste construction de planches est édifiée en avant de l’anfractuosité où est exposée l’image de Saint Joseph.

A partir de 1865 (il y a donc cent-cinquante ans cette année), voyant les fruits de grâce de ce minuscule pélerinage qui s’est implanté tout doucement – mais solidement – depuis dix ans, un vicaire zélé, l’abbé Fontanille, lequel est lui-même depuis sa plus tendre enfance un fervent dévôt de Saint Joseph, décide de s’investir totalement dans le développement et la promotion du culte de Saint Joseph sur ce rocher.
En remplacement de la cabane de planches et de l’anfractuosité où a été déposée la première image de Saint Joseph, on creuse dans la roche une grotte-chapelle, avec un autel et une « vraie » statue de Saint Joseph en bois doré. C’est la grotte-étable de Bethléem qui est ainsi évoquée, et – à travers elle – tout le rôle de Saint Joseph dans l’économie du mystère de l’Incarnation.

Espaly-Saint-Marcel -grotte-chapelle de Saint Joseph - état ancien

La grotte-chapelle dans son état ancien.
On remarque l’autel de marbre et la table de communion, les statues, les très nombreux ex-voto et le chemin de croix :
tout cela a disparu aujourd’hui ainsi que le montre la photo suivante, prise ce 1er mars 2015…

Espaly-Saint-Marcel - grotte chapelle état au 1er mars 2015

Et puisque les voeux de ceux qui grimpent jusque là pour lui confier, dans la prière, leurs espérances, sont si bien exaucés, le vocable de Saint Joseph de Bon Espoir va s’imposer.
C’est ce vocable qui explique aussi que, sur la satue de la grotte-chapelle, Saint Joseph tient une ancre, qui, dans la symbolique chrétienne traditionnelle, représente l’espérance.

Statue de Saint Joseph de Bon Espoir

Statue de Saint Joseph de Bon Espoir, dans la grotte-chapelle.

La grotte-chapelle, bientôt trop petite pour contenir les fidèles qui affluent, sera agrandie.
Puis, sur le sommet du rocher, l’abbé Fontanille, décide de faire ériger une statue monumentale de Saint Joseph qui fera en quelque sorte le pendant de la statue monumentale de Notre-Dame de France érigée au Puy sur le rocher Corneille, au-dessus de la cathédrale.

Achevée et bénite lors d’une cérémonie solennelle le 11 avril 1910, la statue – en ciment armé – est l’oeuvre d’un frère jésuite : elle représente Saint Joseph tenant l’Enfant Jésus debout sur son établi, tandis que, de sa main droite, il montre le ciel.

Espaly-Saint-Marcel - statue monumentale de Saint Joseph

Sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir : la statue monumentale en 2015 ;
et ci-dessous une carte postale montrant une vue d’ensemble avant la construction de la grande église.

Espaly-Saint-Marcel sanctuaire de Saint Joseph et statue monumentale avant la construction de la basilique

Ensuite (1918), l’abbé Fontanille fera construire une grande église, accolée au rocher.
L’architecture de ce nouveau sanctuaire a voulu évoquer l’ancien château médiéval qui s’élevait ici avant le XVIIe siècle : on ne peut pas dire que ce soit une merveille d’élégance et de bon goût religieux, mais du moins cet édifice présente-t-il l’avantage très pratico-pratique de contenir un assez grand nombre de pélerins aux jours de fête.
Depuis son parvis, on découvre un splendide panorama de la ville du Puy et de ses remarquables sanctuaires : la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation, la statue de Notre-Dame de France (cf. > www) et la chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe.

panorama du Puy-en-Velay depuis le parvis du sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir

Panorama du Puy-en-Velay contemplé ce 1er mars 2015 depuis le parvis du sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir.

Bon et fervent mois de Saint Joseph, chers amis : nous nous retrouvons par la prière auprès de lui, comme auprès de Notre-Dame de Compassion et du Sacré-Coeur de Jésus

Lully.

frise avec lys naturel

Prière à Saint Joseph de Bon espoir
(diffusée par le sanctuaire)

Saint Joseph, vous avez été choisi par Dieu pour être l’époux de Marie, mère virginale du verbe fait chair. En Jésus vous avez contemplé le don du Père. Vous vous êtes mis à l’école du Sauveur, tout en veillant à sa subsistance et à son éducation dans un climat de respect, de prière et d’amour.
Par votre travail humble et persévérant, vous avez servi, avec la joie du coeur donné, ceux que l’unique Père des cieux vous avait confiés.
Modèle parfait de l’autorité paternelle, nous vous prions pour que nos familles dans l’amour et la prière glorifient toujours mieux la Trinité divine, notamment en étant source de réconciliation et d’espérance à l’égard de ceux qui sont blessés dans leur coeur par des divisions ou par des séparations douloureuses.
Glorieux Saint Joseph que nous aimons à invoquer sous le vocable de Saint Joseph de Bon Espoir, nous vous prions aussi pour l’Eglise, la famille universelle des enfants du Père. Vous êtes son protecteur et gardien. Veuillez lui obtenir la grâce d’une unité de plus en plus forte dans la charité.
Nous vous confions à nouveau nos familles de la terre, afin que par la sainteté exemplaire de leurs membres, elles contribuent à l’expansion du Royaume de Dieu parmi les hommes et au salut de toute l’humanité.

Ainsi soit-il !

frise avec lys naturel

Prières pour le mois de Saint Joseph > www
Salutations de Saint Jean Eudes à Saint Joseph > www
Neuvaine du 10 au 18 mars pour préparer la fête de Saint Joseph > www
BD – Allez à Joseph > www
BD – Saint Joseph et le placage > www

2015-22. Où, à l’occasion de la fête de Saint Polycarpe, le Maître-Chat évoque les liens du diocèse de Viviers avec cet illustre martyr, grâce à Saint Andéol.

Lundi soir 26 janvier 2015,
fête de Saint Polycarpe, évêque et martyr.

Martyre de Saint Polycarpe

Le martyre de Saint Polycarpe (fresque byzantine)

« (…) Abandonnons la vanité des foules et les enseignements mensongers
pour revenir à la parole qui nous a été transmise dès le commencement (…) »
- épître de Saint Polycarpe de Smyrne aux Philippiens, § 7 -

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En ce 26 janvier, la fête de Saint Polycarpe me fournit l’occasion de vous parler un peu du diocèse de Viviers, sur le territoire duquel est implanté notre Mesnil-Marie.

Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, né vers l’an 70 de notre ère, avait connu l’apôtre et évangéliste Saint Jean : l’opinion commune est même que c’est à son intention que fut dictée à Saint Jean, dans les révélations qu’il reçut, la lettre à « l’ange de l’Eglise de Smyrne » (cf. Apoc. II, 8-11).
C’est toujours avec un grand profit spirituel que l’on relit le seul texte de Saint Polycarpe qui nous soit parvenu – son épître aux Philippiens (par exemple > ici) – ou encore le récit de son martyre, écrit par un contemporain (cf. > ici).

Nous le vénérons à un titre particulier parce que c’est lui qui missionna dans les Gaules non seulement les premiers pasteurs de l’Eglise de Lyon, les saints Pothin et Irénée, mais également celui que de très antiques traditions nous disent avoir été le premier évangélisateur du territoire qui deviendra le Vivarais : Saint Andéol.
Ainsi, par Saint Andéol et Saint Polycarpe, l’Eglise diocésaine de Viviers peut-elle être, en quelque manière, directement rattachée à l’apôtre et évangéliste Saint Jean, le « disciple que Jésus aimait » (Joan. XIII, 23), qui reposa sur la poitrine de Notre-Seigneur à la dernière Cène, qui l’accompagna jusqu’à la Croix et contempla le Sacré-Coeur transpercé, puis qui « prit chez lui » (Joan. XIX, 27) la Très Sainte Vierge Marie.

Saint Andéol n’était pas prêtre, mais seulement sous-diacre. Il évangélisa la vallée du Rhône et les provinces méridionales de la Gaule romaine pendant une quarantaine d’années.
C’est au moment du passage de l’empereur Septime-Sévère, alors en route vers la Bretagne (actuelle Grande-Bretagne), qu’il fut pris et martyrisé, le 1er mai 208.
La ville de Bergoïata, où il fut supplicié et mis à mort, deviendra par la suite Bourg-Saint-Andéol.

Statue de Saint Andéol façade de l'église de Bourg-Saint-Andéol

Statue de Saint Andéol sur la façade XVIIe siècle de l’église de Bourg-Saint-Andéol :
le saint est représenté avec la tunique du sous-diacre et avec le glaive de son martyre enfoncé dans le crâne.

La Bienheureuse Tullia qui avait recueilli son corps, le cacha dans un sarcophage antique, dont l’un des côtés fut re-sculpté par la suite, en accord avec le précieux dépôt qu’il renfermait.
Ce sarcophage se trouve toujours dans l’actuelle église du Bourg-Saint-Andéol.

Il ne contient malheureusement plus les reliques du saint martyr : si elles avaient heureusement échappé aux destructions et profanations des huguenots, elles furent malheureusement livrées aux flammes par la fureur révolutionnaire… Mais le sarcophage, considéré comme étant lui-même une relique, fut pendant très longtemps mis à l’honneur sous le maître-autel.
Lorsque ce dernier fut détruit à son tour, lors de la révolution liturgique post-concilaire, le sarcophage qui avait été tellement vénéré par des générations de fidèles, fut relégué dans une chapelle latérale, n’étant plus désormais présenté que comme une curiosité archéologique.

Maître-autel avec le sarcophage de Saint Andéol (église de Bourg-Saint-Andéol autrefois)

Le sarcophage de Saint Andéol placé à l’honneur sous la table du maître-autel de l’église de Bourg-Saint-Andéol
(avant les « aménagements » post-concilaires). 

C’est au milieu du IXème siècle, que le tombeau de Saint Andéol, enfoui dans une crypte, qui avait été elle-même ensevelie lors des invasions et des bouleversements du haut Moyen-Age, fut redécouvert par Bernoin, évêque de Viviers.
Bernoin, après avoir prié et jeûné pour demander à Dieu la grâce de retrouver les précieuses reliques de Saint Andéol, vit en songe Saint Polycarpe lui-même, et c’est selon les indications données par ce dernier qu’il retrouva l’emplacement de la crypte antique renfermant le sarcophage du martyr.

L’évêque Bernoin et ses successeurs promurent le culte de Saint Andéol dont ils firent un élément d’unification de leur diocèse et – il faut bien le dire aussi – , en un temps où le diocèse de Viviers, quoique théoriquement dépendant du Saint Empire Romain Germanique (jusqu’en 1308), devenait un comté ecclésiastique quasi indépendant, ce fut un moyen de renforcer le prestige et le pouvoir temporel des comtes-évêques de Viviers.

Aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, les comtes-évêques résidèrent d’ailleurs principalement au Bourg-Saint-Andéol (dans un extraordinaire palais épiscopal qui fait aujourd’hui l’objet d’une remarquable restauration), tout près du tombeau de Saint Andéol, plutôt qu’en leur cité épiscopale.

Sarcophage de Saint Andéol

Le sarcophage de Saint Andéol, dans l’église du Bourg-Saint-Andéol (face paléochrétienne)

Notre diocèse de Viviers, si peu reluisant de nos jours, possède, vous en avez ici une fois de plus un petit aperçu, mes chers Amis, une histoire fort riche, puisque ses origines antiques le rattachent directement aux temps apostoliques.
Nous en sommes particulièrement – et très légitimement – fiers.

Néanmoins, et j’avais déjà eu l’occasion de l’évoquer en 2011 dans les pages de ce blogue en publiant une étude parue dans « Paix liturgique », c’est un diocèse actuellement sinistré : profondément et tragiquement sinistré par le modernisme (cf. > www).
Quatre ans plus tard, les choses ne se sont pas améliorées : les prêtres continuent de mourir et ne sont pas remplacés (il n’y aura sans doute pas d’ordination de prêtre diocésain avant de nombreuses années), les églises continuent à se vider, le nombre des baptêmes poursuit son déclin, la foi catholique n’est plus vraiment enseignée et la plupart des fidèles professe une vague croyance aux contours imprécis, les gens meurent sans les derniers sacrements, la célébration de la messe pour les funérailles tend à diminuer… etc.

La situation d’aujourd’hui n’est finalement guère plus brillante qu’au début du XVIIe siècle lorsque Monseigneur Louis François de la Baume de Suze – coadjuteur en 1618, puis comte-évêque en titre de 1621 à 1690 – prit la charge d’un diocèse matériellement et spirituellement exsangue (on dit qu’il y avait alors moins de vingt curés en exercice et que plus de 75% des églises étaient en ruines) : mais il était animé d’un zèle ardent pour la rechristianisation du Vivarais, et il sut faire appel à des forces saines et vives pour cet immense labeur, spécialement à Saint Jean-François Régis (cf. > www). C’est d’ailleurs dans son palais épiscopal de Bourg-Saint-Andéol que Monseigneur de la Baume de Suze accueillit le Père Régis et lui confia le diocèse de Viviers comme terre de mission où il fallait quasi tout reprendre à zéro…

Statue de Saint Andéol sur la façade de l'église de Bourg-Saint-Andéol - détail

Statue de Saint Andéol sur la façade de l’église de Bourg-Saint-Andéol – détail.

Dans deux mois exactement, le siège épiscopal de Viviers se trouvera normalement vacant, puisque son actuel occupant, Monseigneur François Blondel, arrivera ce 24 mars 2015 à l’âge de soixante-quinze ans, âge auquel il doit, selon les règles canoniques en vigueur, présenter au Saint-Siège la renonciation à sa charge.

Depuis longtemps déjà, Frère Maximilien-Marie prie et supplie pour demander à Dieu un évêque selon Son Coeur : un évêque qui soit un véritable docteur de la foi catholique la plus authentique ; un évêque qui soit un pasteur à l’image du Bon Pasteur, avec une inlassable sollicitude pour le salut des âmes à lui confiées ; un évêque qui soit un véritable père, pas tant par la manière dont il se fera appeler que par les délicatesses de la charité avec laquelle il entourera les fidèles ; un évêque qui soit un digne successeur des saints Apôtres par son zèle inlassable et par sa force d’âme ; un évêque dont la ferveur spirituelle soit exemplaire et communicative ; un évêque qui soit moins un administrateur qu’un missionnaire ; un évêque dont l’ardeur ne se laisse pas entraver par la pesanteur des cadavres accumulés par quelque cinquante années de modernisme mortifère.

Nous prions donc et supplions Saint Polycarpe et Saint Andéol - avec Saint Vincent, céleste protecteur de notre cathédrale (cf. > www) – qui se dépensèrent sans compter et ne craignirent pas de verser leur sang pour la vérité de l’Evangile, afin qu’ils intercèdent puissamment pour ce diocèse de Viviers et lui obtiennent la grâce d’une véritable résurrection : selon les termes de la citation que j’ai mise en exergue de cette humble chronique, en abandonnant les enseignements mensongers et en revenant à la parole qui lui a été transmise dès le commencement…

patte de chat Lully.

palmes

Neuvaine aux Saints Rois Mages.

- du  28  décembre au  5  janvier -

Enfant Jésus Etoile

Pour ceux qui désirent préparer la fête de l’Epiphanie par une neuvaine, il convient de la commencer le 28 décembre, de sorte qu’elle s’achèvera le 5 janvier, pour les premières vêpres de l’Epiphanie.

Bien sûr, l’objet principal de la fête de l’Epiphanie est Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, manifesté (c’est le sens du mot grec « Epiphanie ») de manière éclatante comme Rédempteur de l’humanité.
Malgré les prodiges dont elle fut entourée, en effet, Sa naissance est restée relativement discrète. La venue des Rois d’Orient va la révéler à Jérusalem, à la cour d’Hérode et dans les cercles sacerdotaux.
En outre, l’Epiphanie n’est pas uniquement la célébration de la venue des Rois Mages : la liturgie « fusionne » en une unique célébration la manifestation du Christ aux païens (les Mages), la manifestation du Christ à Israël lors du baptême par Jean, ainsi que la manifestation du Christ à Ses propres disciples à Cana.

Néanmoins, si ce sont bien trois miracles que nous célébrons en ce jour (cf. antienne à Magnificat des Vêpres de l’Epiphanie), l’arrivée des Mages occupe une place de choix dans la liturgie, aussi bien que dans la culture populaire.
Il faut bien dire que ces personnages sont fascinants : pas seulement d’une manière « folklorique » et superficielle, mais dans toute la profondeur de la plus authentique spiritualité.

De très nombreux saints ont nourri une grande dévotion envers les Saints Rois Mages ; des confréries existèrent jadis en leur honneur ; et l’on sait que la ville de Cologne a construit pour conserver leurs reliques une cathédrale remarquable, où les saints corps sont déposés dans une châsse qui constitue la plus exceptionnelle de toutes les pièces d’orfévrerie produites par le Moyen-Age et vers laquelle convergent toujours de nombreux et fervents pèlerins.
Pour ne citer qu’elle, la Bienheureuse Marie du divin Coeur (Droste zu Vischering), mystique de tout premier ordre, a pu témoigner qu’elle a obtenu par leur intercession des grâces signalées.

Il n’est donc ni incongru ni déraisonnable de préparer son âme à la fête de l’Epiphanie par une neuvaine aux Saints Rois Mages.
Au Mesnil-Marie, nous y pensons chaque année. Mais parce qu’il existe peu de textes de prières satisfaisants en l’honneur des Saints Rois Mages - auxquels nous conservons les noms que leur a attribués une tradition pluriséculaire (même s’il n’est pas rigoureusement certain que ce furent leurs prénoms « historiques », car, en définitive, cela est sans aucune importance) – , j’ai demandé à Frère Maximilien-Marie d’en composer une, et c’est cette dernière que je vous propose ci-dessous.

Lully.

etoile019.gif

Leonaert Bramer 1638-40 la quête des mages musée de la New-York Historical Society

Leonaert Bramer – Le voyage des Mages (oeuvre de 1638-40,  conservée à la New-York Historical Society) :
on remarquera que l’artiste a bien représenté – conformément à la Tradition – que l’ « astre » qui a conduit les Mages n’était pas une étoile ou une comète, mais en réalité une lumière miraculeuse portée par un ange
(cf. lien en bas de cette page).

Prière pour demander des grâces
par l’intercession
des Saints Rois Mages Gaspard, Melchior et Balthazar :

Saints Mages d’Orient qui, bien que n’appartenant pas par la naissance au peuple de la Promesse, aviez connaissance des anciennes prophéties annonçant l’Astre qui se lèverait en Jacob, vous dont les âmes brûlaient de saints désirs dans l’espérance de voir se lever cette étoile miraculeuse, nous vous en prions, quelque épaisses que soient les ténèbres du monde qui nous entoure et quelque ardues que soient les difficultés que nous rencontrons, obtenez-nous de ne jamais céder aux tentations du découragement mais de tenir toujours une indéfectible confiance et une invincible espérance, pour avancer sans faiblir à la lumière des promesses de Dieu…

Pater noster… ; Ave, Maria… ; Gloria Patri…
Saint Gaspard, Saint Melchior et Saint Balthazar,
priez pour nous !

Saints Rois d’Orient, qui avez obéi sans hésitation et sans retard à l’invitation de l’Astre miraculeux, qui avez obéi sans hésitation et sans retard aux oracles des Saintes Ecritures lorsqu’ils vous furent révélés, puis qui avez obéi sans hésitation et sans retard aux ordres divins que l’ange vous manifestait en songe, quand bien même tous les arguments de la raison humaine vous pouvaient crier que cela était insensé, nous vous en prions, quelque virulentes que puissent être les oppositions qui s’élèvent de toutes parts contre la foi chrétienne divinement révélée, obtenez-nous de demeurer toujours fermes et forts dans cette foi, et de marcher sans défaillance dans les voies de la fidélité, inébranlables jusqu’au martyre si Dieu nous fait la très grande grâce de nous y appeler.

Pater noster… ; Ave, Maria… ; Gloria Patri…
Saint Gaspard, Saint Melchior et Saint Balthazar,
priez pour nous !

Très Saints Rois Mages, qui, en dépit de toutes les apparences contraires, avez reconnu le puissant Roi des rois dans ce Nouveau-né vulnérable et pauvre que vous présentait Sa Mère, avez adoré votre Dieu dans les abaissements inouïs de Son Incarnation, et avez confessé qu’Il serait l’unique Rédempteur et l’universel Sauveur par les souffrances de Sa Passion, nous vous en prions, malgré nos propres faiblesses et nos péchés, obtenez-nous à nous aussi ce très ardent amour qui a embrasé vos cœurs lorsque vous vous êtes prosternés devant l’Enfant Jésus, de sorte que, ouvrant nous aussi les trésors de nos cœurs, nous Lui offrions à tout moment et en toutes occasions l’or d’une authentique charité, l’encens d’une prière continue et la myrrhe d’une généreuse pénitence.

Pater noster… ; Ave, Maria… ; Gloria Patri…
Saint Gaspard, Saint Melchior et Saint Balthazar,
priez pour nous !

On peut ensuite confier à l’intercession des Saints Rois Mages, en silence, des intentions plus particulières (grâces personnelles, malades, personnes en souffrance, personnes éloignées de Dieu, pécheurs endurcis, mourants, défunts de nos famille… etc.)

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

Leonaert Bramer 1628-30 l'adoration des Mages - musée de Détroit

Leonaert Bramer – l’adoration des Mages (oeuvre de 1628-30, conservée à Détroit)

Et à propos de l’Etoile miraculeuse qui a conduit les Mages  voir ici > www

etoile019.gif

Publié dans:Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 28 décembre, 2014 |3 Commentaires »
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