Archive pour la catégorie 'Prier avec nous'

2015-47. Où le Maître-Chat Lully donne le compte-rendu d’un petit pélerinage au pays natal de Saint Bénézet à l’occasion de sa fête.

Jeudi soir 16 avril 2015,
fête de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > ici).

Jean Laurent - Saint Bénézet, pâtre burzétin - 1996

Saint Bénézet, le pâtre Burzétin fondateur du pont d’Avignon,
opuscule publié par Jean Laurent en  1996.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je vous ai expliqué qui est Saint Bénézet (ici > www), et vous avez pu lire au passage qu’il est natif de ce diocèse de Viviers dans lequel est établi notre Mesnil-Marie.

Mardi dernier, 14 avril, jour de la fête liturgique de Saint Bénézet, Frère Maximilien-Marie a réalisé un souhait qui l’habitait depuis longtemps : se rendre en pélerinage au lieu où est né ce saint que nous aimons beaucoup, c’est-à-dire au hameau du Villard, sur la paroisse de Burzet, à 8 ou 9 lieues d’ici.

Le village de Burzet est célèbre pour son chemin de croix du Vendredi Saint, pour lequel, comme dans les mistères médiévaux, les habitants sont costumés pour une représentation sacrée qui aide les fidèles à entrer dans la méditation de la Passion de Notre-Seigneur. J’avais déjà eu l’occasion de vous en parler (voir ici).

Burzet - église Saint André vue depuis le calvaire

Burzet, l’église Saint-André (XVe siècle),  vue depuis le calvaire.

La divine Providence, dans son admirable disposition des choses, a fait que Frère Maximilien-Marie a rencontré, à l’église Saint-André – où il s’est rendu en premier lieu – , Monsieur Jean Laurent, qui a publié en 1996 un opuscule fort bien fait résumant l’histoire de Saint Bénézet et de son culte, dont il a offert un exemplaire à notre Frère (cf. photographie du tout début de ce compte-rendu).

L’église Saint-André a été rebâtie au XVe siècle ; elle n’est donc pas celle qu’a connue Saint Bénézet.
Toutefois, ayant été reconstruite au même emplacement que la précédente, il est néanmoins permis de dire que c’est dans ce lieu que Saint Bénézet reçut la grâce du saint baptême.

Quand on rentre dans l’édifice, relativement austère, on est aussitôt attiré par le sanctuaire et son élégant retable.

Burzet église Saint-André, le sanctuaire et le rétable du 19e siècle

Le sanctuaire de l’église Saint-André de Burzet avec son rétable.

En 1794, l’église de Burzet avait été entièrement dépouillée de son mobilier (un précieux rétable du XVIIIe siècle disparut alors).
Le rétable actuel, de style classique, fut commandé en 1810 par un curé zélé, l’abbé Riffard : le tableau central représente l’apôtre Saint André, titulaire de l’église ; il est encadré par deux niches dans lesquelles se trouvent, du côté de l’Evangile Saint Jean-François Régis – apôtre du Vivarais et du Velay (voir > ici) – , et du côté de l’épître Saint Bénézet.

Eglise de Burzet, rétable - statue de Saint Bénézet

Statue de Saint Bénézet – rétable de l’église de Burzet (XIXe siècle)

Le jeune Burzétin est représenté en berger, dans un costume du XVIIIe siècle, une houlette à la main.
L’expression donnée au visage de cette statue est empreinte d’une douceur tout angélique.

Eglise de Burzet, rétable - statue de Saint Bénézet - détail

En dessous de cette statue, une sculpture en bas relief représente la rencontre de Saint Bénézet avec l’ange qui le guida jusqu’au Rhône et l’instruisit de sa mission.

Eglise de Burzet, détail du rétable -  Saint Bénézet rencontre l'ange

Monsieur Laurent étant le gardien des clefs de l’église, il a eu l’extrême obligeance d’inviter Frère Maximilien-Marie à la sacristie, dans laquelle sont conservées d’une part une statue de Saint Bénézet du XVIIIe siècle, vraisemblablement taillée par un imagier local et qui a échappé au vandalisme de 1794…

Eglise de Burzet - statue de Saint Bénézet du XVIIIe s.

… et d’autre part une chasse renfermant deux reliquaires :
- l’un est un médaillon comme on en confectionna beaucoup au XIXe siècle,
- l’autre a été réalisé dans un coffret de cristal semblable à une boite à bijoux, et renferme la tête d’un os de la jambe de Saint Bénézet.

Vous connaissez tous, chers Amis, la dévotion de notre Frère envers les saintes reliques, et vous pouvez donc sans peine imaginer la ferveur et l’émotion avec lesquelles il vénéra ce précieux ossement !!!

Eglise de Burzet relique de Saint Bénézet

L’église Saint-André de Burzet possède encore deux autres éléments liés au culte de Saint Bénézet :

1) un vitrail, posé au milieu du XXe siècle, où l’on peut reconnaître - en haut, le jeune berger sur lequel repose la colombe symbolisant le Saint Esprit, agenouillé face à l’ange qui fut son guide ; - au centre, Saint Bénézet et ses compagnons en train de construire le pont ; - et en bas, la mort de Saint Bénézet.

Eglise de Burzet vitrail Saint Bénézet XXe siècle

2) une statue taillée dans la pierre en 1996 par un monsieur natif de Burzet dont la carrière professionnelle s’exerça en Avignon et qui, de ce fait, se sentait encore plus spécialement lié à Saint Bénézet

Eglise de Burzet statue de Saint Bénézet 1996

… Pour cette statue, on sent que le sculpteur s’est inspiré des traits du visage de la statue du XVIIIe siècle ; il a aussi voulu, par l’agneau et le chien, évoquer l’enfance pastorale du jeune saint, tandis que la construction du pont et l’oeuvre des Frères Pontifes sont symbolisées par le chapiteau du premier plan et le pilier de l’arrière plan.

Monsieur Jean Laurent a ensuite fort obligeamment accompagné Frère Maximilien-Marie jusqu’au hameau du Villard, à quelque trois kilomètres du village.

En cette radieuse et chaude après-midi de printemps, le hameau était splendide. A travers les arbres, on aperçoit la chapelle édifiée à partir de 1727 en avant des maisons.

Burzet - le Villard et sa chapelle

Burzet : le hameau du Villard et sa chapelle aperçus depuis la route en contrebas.

Pillée par les révolutionnaires, la chapelle du Villard fut restaurée et agrandie au XIXe siècle, puis fit l’objet d’une nouvelle restauration intérieure en 1970.

Burzet - hameau du Villard, la chapelle

La chapelle du Villard, extérieur.

Burzet - chapelle du Villard porte d'entrée

Chapelle du Villard, porche.

Burzet, chapelle du Villard - intérieur

Chapelle du Villard, intérieur.

Ayant échappé au vandalisme sacrilège des patriotes, la chapelle conserve un tableau sculpté dans un panneau de noyer qui fut offert en 1729 par Son Excellence Monseigneur François Renaud de Villeneuve Forcalqueiret, évêque de Vivers de 1723 à 1748. Cette oeuvre représente Saint Bénézet gardant son troupeau lorsque Dieu se communique à lui.

Burzet, chapelle du Villard - tableau offert en 1729 par Mgr de Villeneuve

Vocation de Saint Bénézet :
tableau sculpté en bas-relief, offert en 1729 par Mgr de Villeneuve.

La maison natale de Saint Bénézet est l’une des plus anciennes du hameau, au sommet duquel elle se trouve : elle ne se visite pas et nécessiterait une restauration.

Burzet, le Villard - maison natale de Saint Bénézet

Il ne faut pas quitter le Villard sans saluer Monsieur René Chabaud, dont la maison est voisine de la chapelle : le rayonnement de cet homme a beaucoup touché Frère Maximilien-Marie.
Marchant avec peine, appuyé sur deux cannes, Monsieur Chabaud est le gardien de la chapelle dont il vient, avec une exemplaire fidélité, tous les matins ouvrir la porte et revient la fermer à clef tous les soirs.
Notre Frère a été touché par son accueil souriant et par la conversation qu’il a eu avec lui.

Monsieur René Chabaud fidèle gardien de la chapelle de Saint Bénézet

Le fidèle gardien de la chapelle de Saint Bénézet au Villard.

Après cette pieuse visite au Villard, Monsieur Laurent et Frère Maximilien-Marie, redescendant dans la vallée, se sont rendus, sur la départemantale 26, jusqu’au lieu dit Lamadès.
Là, sur le bord de la route, se trouve une pierre sculptée sur laquelle, à une date très récente, a été fixée une croix en fer.
Cette pierre est dite « pierre de Saint Bénézet » et garde le souvenir de son départ : ce serait à cet endroit qu’il aurait rencontré l’ange, caché sous les apparences d’un pélerin, qui devait le conduire jusqu’au Rhône.

Lamadès - la pierre de Saint Bénézet au bord de la route

Lamadès : la « pierre de Saint Bénézet »
- ci-dessus, dans son site ;
- et ci-dessous, gros plan sur l’inscription gravée. 

Lamadès - la pierre de Saint Bénézet gros plan

Voilà, bien chers Amis, le compte-rendu détaillé de ce pélerinage : soyez certains que, dans son coeur, Frère Maximilien-Marie emportait toutes les intentions qui lui sont confiées et qu’il a recommandées à l’intercession de Saint Bénézet : puisse aujourd’hui celui auquel Dieu demanda jadis de construire un pont sur le Rhône, établir de nouveaux ponts de grâces et de bénédictions pour nous relier en toutes circonstances à Notre-Seigneur, le Roi du Ciel !

Lully.

Burzet, hameau du Villard, campanile de la chapelle Saint Bénézet

Campanile de la chapelle du Villard sur fond de nature vivaroise au printemps.

2015-46. De Saint Benoît du Pont, couramment appelé Saint Bénézet, dont nous célébrons la fête le 14 avril.

Reconstitution numérique en 3 D du Pont Saint Bénézet, tel qu’il pouvait se présenter au milieu du XVIe siècle :

Image de prévisualisation YouTube

16 avril,
fête de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > ici)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Si je vous parle du pont d’Avignon, vous allez probablement immédiatement penser à la célèbre chanson enfantine… et peut-être même vous mettre à la fredonner de façon spontanée.
Mais le « grand public » sait-il que le nom propre de ce pont fameux entre tous est « Pont Saint Bénézet » ?
Et combien savent encore qui est ce Saint Bénézet qui a donné son nom à ce pont ?
C’est ce que je me propose de vous expliquer maintenant, avant de vous emmener – un peu plus tard – en pélerinage sur les lieux de sa naissance.

Sur le pont d'Avignon refrain

La célèbre chanson « Sur le Pont d’Avignon » remonterait au XVe siècle
mais elle a connu un regain de popularité depuis le milieu du XIXe siècle.

Bénézet est un diminutif provençal du prénom latin Benedictus, en francais Benoît.
Dans les livres liturgiques, Saint Bénézet est donc officiellement appelé tantôt « Saint Benoît le jeune » ou « le petit » (en latin : Benedictus junior), en rapport avec sa petite taille et son jeune âge – nuances exprimées par la forme provençale – , tantôt « Saint Benoît du Pont » (en latin : Benedictus de Ponte), ce qui est bien sûr le rappel de l’oeuvre pour laquelle Dieu le suscita.

Selon toute vraisemblance, son patronyme était Chautard.
Il naquit au hameau du Villard, paroisse de Burzet, au diocèse de Viviers, dans la seconde moitié du XIIe siècle (d’aucuns disent en 1165, d’autres entre 1154 et 1159).
Tous les textes néanmoins sont unanimes pour situer en l’an 1177 son arrivée en Avignon.

Les sources de l’histoire de Saint Bénézet sont des plus fiables. Elles se trouvent principalement
- 1) dans deux chartes, de 1180 et 1181, donc rédigées du vivant du jeune saint ;
- 2) dans une charte de 1185 (année qui suivit sa mort), qui nous est parvenue à travers une copie authentique qui en fut réalisée au XIVe siècle ;
- 3) dans la chronique de Robert d’Auxerre (+ 1212), commencée en 1190 ;
- 4) dans une « légende » du début du XIIIe siècle, en langue provençale : le mot légende ne doit pas être entendu au sens de « récit fantaisiste sans consistance historique », mais compris dans son sens latin le plus strict : « ce qui doit être lu ». Ainsi la « légende de Saint Bénézet » est-elle bien un texte historique (on pourrait dire une version officielle) destiné à faire connaître l’oeuvre de Saint Bénézet et de ses continuateurs.

Lithographie fin XIXe s - Pont Saint Bénézet vu du rocher des Doms

Le Pont Saint Bénézet vu depuis le rocher des Doms – lithographie de la fin du XIXe siècle..

Sans qu’il ne nous soit rien révélé sur la vie du jeune homme depuis sa naissance, les récits les plus anciens nous racontent d’emblée sa vocation.
Alors que le jeune homme était en train de garder les brebis, il entendit distinctement des paroles qui s’adressaient à lui, sans voir cependant qui lui parlait.
Voici une traduction de ce que rapporte la « légende » en provençal : 

- Bénézet, mon fils, entends la voix de Jésus-Christ.
- Qui êtes-vous, Seigneur, qui me parlez ? J’entends votre voix mais ne vous vois pas.
- Ecoute donc, Bénézet, et n’aie point peur. Je suis Jésus-Christ qui, par une seule parole, ai créé le ciel, la terre et la mer et tout ce qu’ils renferment.
- Seigneur, que voulez-vous que je fasse ?
- Je veux que tu quittes les brebis que tu gardes, car tu me feras un pont sur le fleuve Rhône.
- Seigneur, je ne sais où est le Rhône et je n’ose abandonner les brebis de ma mère !
- Ne t’ai-je pas dit de croire ? Viens donc hardiment, car je ferai surveiller tes brebis et je te donnerai un compagnon qui te conduira jusqu’au Rhône. 

L’injonction divine se serait renouvelée à trois reprises avant que Bénézet ne se mette en route.

Comme le lui avait assuré la voix divine, il rencontra bientôt un homme vêtu comme un pélerin qui s’offrit à lui comme compagnon de route. Il s’agissait en réalité, comme pour le jeune Tobie dans l’Ancien Testament, d’un ange qui avait revêtu une apparence humaine.
L’ange conduisit Bénézet jusqu’au Rhône : Bénézet fut d’abord effrayé par la taille du fleuve et se demandait comment il serait possible de mener à bien une telle mission. Mais son céleste compagnon lui prodigua des conseils pour arriver jusqu’en Avignon et pour ce qu’il devrait y accomplir.

Statue reliquaire de Saint Bénézet - Avignon

Statue reliquaire de Saint Bénézet, Avignon :
elle représente le jeune homme portant une énorme pierre (voir ci-dessous).

Bénézet, entré dans la cité d’Avignon, alla trouver l’Evêque qui était en train de prêcher au peuple ; il lui dit à haute voix : « Ecoutez-moi et comprenez-moi, car Jésus-Christ m’a envoyé vers vous afin que je fasse un pont sur le Rhône » (texte traduit de la « légende » provençale).

En entendant ces paroles, l’évêque pensa avoir affaire à un insensé et perturbateur de l’ordre public ; il fit donc appel au prévot (ou viguier), devant lequel Bénézet maintint ses allégations :  « Mon Seigneur Jésus-Christ m’a envoyé en cette cité afin que je fasse un pont sur le Rhône ». 
Le viguier lui répondit : 
« C’est toi, si chétif personnage et qui ne possède rien, qui déclare que tu feras un pont où Dieu, ni Saint Pierre, ni Saint Paul, ni encore Charlemagne, ni aucun autre n’a pu le faire ? Ce serait merveilleux.
Attends ! je sais qu’un pont est fait de pierres et de chaux : je te donnerai une pierre que j’ai dans mon palais et, si tu peux la remuer et la porter, je croirais que tu pourras faire le pont ».

Bénézet, mettant sa confiance en Notre-Seigneur, retourna vers l’évêque et lui dit qu’il le ferait aisément.
L’Evêque dit : « Allons donc, et voyons les merveilles que tu nous promets ! » 
Il partit avec l’évêque, et le peuple avec eux ; et Bénézet prit seul la pierre que trente hommes n’auraient pu déplacer, aussi légèrement que s’il se fût agi d’un caillou, et il la mit au lieu où le pont a son pied. 
Les gens voyant cela crièrent au miracle et disaient que grand et puissant est Notre-Seigneur dans ses œuvres.  Et alors le viguier fut le premier à le nommer Saint Bénézet, lui baisant les mains et les pieds, et lui offrit trois cents sous, et dans ce lieu lui furent donnés cinq mille sous.
Maintenant vous avez entendu de quelle manière, frères, le pont fut commencé afin que vous tiriez profit de ce grand bienfait.
Et Dieu fit nombre de miracles en ce jour : par lui, il rendit la vue, fit entendre les sourds et marcher les paralytiques
 (texte traduit de la « légende » provençale).

Les deux chapelles superposées dédiées à Saint Bénézet et à Saint Nicolas

Avignon, Pont Saint Bénézet : les deux chapelles superposées.
La chapelle inférieure est dédiée à Saint Bénézet et la chapelle supérieure à Saint Nicolas.

Des compagnons, les « Frères de l’oeuvre du pont » ou « Frères pontifes », rejoignirent Bénézet. Après la mort de Bénézet, ce sont eux qui achevèrent la construction du pont (1188).

A côté du chantier, Bénézet avait acquis une maison qui, en sus d’être le lieu où ces pieux laïcs menaient une forme de vie commune, partagée entre les exercices de piété, le travail et la mendicité – car il fallait recueillir des aumônes pour la construction – , était ouverte à l’accueil des pélerins et au soin des malades.

Bénézet rendit son âme à Dieu le 14 avril 1184, entouré d’une immense vénération populaire, une vénération principalement due aux miracles de guérison qu’il accomplissait.
Les diverses enquêtes ecclésiastiques menées après sa mort citent un grand nombre de témoins directs attestant de ses dons de thaumaturge.

Son corps fut d’abord enseveli dans la chapelle construite sur le pont même : la chapelle Saint Bénézet (par la suite, le pont sera exhaussé et cette chapelle se retrouva en contrebas : on édifia au-dessus une deuxième chapelle, dédiée à Saint Nicolas, si bien que la chapelle Saint Bénézet en devint en quelque sorte la crypte).
En 1331, sans qu’il s’agisse à proprement parler d’une « canonisation » au sens moderne du mot, le pape Jean XXII, officialisa le culte qui était rendu à Saint Bénézet depuis sa mort, et que ses prédécesseurs avaient accepté, en composant pour lui un office liturgique propre et en fixant sa fête au 14 avril.

Le corps de Saint Bénézet fut retiré de la chapelle du pont au XVIIe siècle, à la suite d’une série de crues exceptionnelles qui avaient fait craindre pour la sécurité du lieu, et il fut déposé dans l’église du couvent des Célestins : à cette occasion, on constata que ce corps était incorrompu et exhalait une odeur suave.

Lors de la détestable révolution, malheureusement, la tombe fut violée et les restes de Saint Bénézet furent horriblement profanés. Une partie cependant put ensuite être récupérée, mise en lieu sûr, puis finalement déposée dans la collégiale Saint-Didier d’Avignon.
En 1849, l’archevêque d’Avignon procéda à une nouvelle reconnaissance des reliques de Saint Bénézet : il en donna une partie au diocèse de Viviers, où ces reliques furent distribuées entre la cathédrale, le grand séminaire et sa paroisse natale de Burzet.

L’examen des ossements montre qu’il devait avoir entre 25 et 30 ans au moment de sa mort, et qu’il mesurait environ 1,60 m.

Tombeau de Saint Bénézet dans la collégiale Saint-Didier - Avignon

Actuel tombeau de Saint Bénézet dans la collégiale Saint-Didier, en Avignon.

A suivre : petit pélerinage à la maison natale de Saint Bénézet > ici

2015-43. Si vous aimez Jésus, vous aimerez Sa croix.

Lundi Saint 30 mars 2015.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ceux qui connaissent bien Frère Maximilien-Marie ne seront nullement étonnés si je leur dis que notre Frère a rassemblé une assez importante collection d’ « images pieuses », parmi lesquelles se trouvent quelques très beaux canivets.
Parmi ceux-ci, il y en a un que j’avais mis en réserve à votre intention pour ce commencement de la Semaine Sainte : vous trouverez ci-dessous les reproductions du recto et du verso.
Comme les textes qui y sont imprimés sont inspirés de « L’Imitation de la Sainte Vierge » (*), je vous recopie aussi, en dessous le chapitre complet auquel ces citations renvoient.

« Ô ma mère, le motif qui m’animera désormais et me consolera dans toutes mes souffrances, sera de penser que je porte ma croix avec Jésus et pour Jésus… »

Lully.

(*) L’ « Imitation de la Sainte Vierge sur le modèle de l’Imitation de Jésus-Christ » est un petit ouvrage de spiritualité paru au XIXe siècle sans nom d’auteur et qui connut une assez grande diffusion dans les milieux fervents jusque dans le premier tiers du XXe siècle : je n’ai pas trouvé trace de réimpression après 1935.

canivet Vierge des Douleurs

canivet verso

Que celui qui aime Jésus doit monter avec Jésus au Calvaire,
et y souffrir avec Lui.

(Imitation de la Sainte Vierge – Livre III, chapitre 1)

Marie :

Jésus monte au Calvaire. Venez, mon fils ; Il nous invite à y monter avec Lui. Si vous L’aimez vous ne L’abandonnerez pas.
Notre amour pour Jésus serait-il digne de Lui, si nous Le délaissions dans Ses douleurs, et lorsque tous les homme Le méconnaissent et L’outragent ?
Nous ne pouvons Lui donner aucun secours ; mais du moins nous prendrons part à Ses souffrances en mêlant nos larmes avec Son Sang, et nous Lui donnerons la consolation de voir que nous sommes prêts à souffrir pour Son amour tout ce qu’Il ordonnera.

Le serviteur :

Mais, Vierge généreuse, ne saurait-on témoigner son amour à Jésus que dans les souffrances ? Ne le peut-on dans le calme et la paix ?

Marie :

Mon fils, dans le calme et la paix, il est facile de donner des témoignages de cet amour ; mais on ne peut bien juger de sa solidité que dans un temps d’orage.
Jésus a dit : Celui qui ne porte pas sa croix et ne Me suit pas, ne saurait être Mon disciple.
Vous devez donc mettre au nombre des jours heureux ceux où vous avez des occasions d’endurer quelque chose pour l’amour de Lui.
Bien des chrétiens n’aiment guère le divin Bienfaiteur qu’à cause de Ses bienfaits, et ressemblent aux amis de la terre, qui n’aiment point gratuitement.
Ils disent qu’ils aiment Jésus de tout leur coeur ; cependant ils n’ont pas le courage de veiller seulement une heure avec Lui dans le jardin de Son agonie.
Ils protestent qu’ils Le suivront partout, même à la mort ; mais la crainte des souffrances affaiblit bientôt en eux l’amour, et ils ne suivent plus Jésus que de loin.
Pour vous, mon fils, si vous aimez Jésus, vous aimerez Sa croix ; et, si vous L’aimez de tout votre coeur, vous embrasserez de tout votre coeur les différentes croix qu’Il vous enverra.
Celui qu’il ne faut pas forcer, comme Simon de Cyrène, à porter la croix de Jésus, et qui participe volontiers à l’amertume du fiel qui Lui fut présenté sur le Calvaire, celui-là aime Jésus véritablement.
Le feu de la tribulation éprouve l’or de l’amour ; il le purifie, il le perfectionne.
Jésus a vécu dans les larmes. Devez-vous vous attendre, et pourriez-vous vous résoudre à vivre dans les délices ?
Un véritable chrétien est un homme formé sur Jésus souffrant, mourant et mort en croix.
Vous Le trouvez si aimable quand vous pensez aux souffrances qu’Il a endurées pour votre amour ; ah ! combien ne devez-vous pas aimer ce qui Le rend un si digne objet de vos affections, ces souffrances même dont Il ne vous fait part que parce qu’Il vous aime !
Des hommes rachetés par la croix doivent regarder la croix comme leur partage et leur gloire.
Jésus n’est entré dans Sa gloire que par la voie des souffrances. Il n’y a pas eu pour moi une voie différente, ni pour les Saints. Il faut que vous y marchiez, si vous voulez parvenir au même terme.

Le serviteur :

Ô Vierge, mère d’un Dieu, si vous avez enduré tant de souffrances, si vous en avez conçu tant d’estime, c’est que vous aimiez Dieu plus que tous les martyrs, plus que tous les Saints ensemble.
Aidez-moi par votre intercession à vaincre ma délicatesse, ma sensibilité, l’horreur naturelle que j’ai de la croix, afin que mon coeur, mon esprit et tout ce qui est en moi prouve à mon Dieu que je L’aime.
Vous avez été la vierge la plus sainte et néanmoins la plus affligée. Je consens de participer à vos souffrances, pourvu que je participe à votre amour.
Faites que j’aime la croix de Jésus, que je mette mes délices dans la croix, afin qu’à ma mort Jésus en croix soit ma force et ma consolation.

Marie :

Comment, en effet, pourrez-vous à la mort embrasser avec confiance le crucifix, si vous avez vécu en ennemi de la croix ?
A la mort, bien loin d’être fâché d’avoir souvent été sur la croix, on voudrait y avoir été toujours, parce que’on aurait eu continuellement l’avantage de ressembler à Jésus par où Il veut surtout qu’on Lui soit conforme.
Mon fils, si, exposé aux mépris, aux mauvais traitements, aux sanglantes persécutions, vous les enduriez avec soumission, avec patience, avec constance, je verrais en vous une ravissante image de Jésus.

Le serviteur :

Ô ma mère, le motif qui m’animera désormais et me consolera dans toutes mes souffrances, sera de penser que je porte ma croix avec Jésus et pour Jésus ; mais en même temps quel avantage pour moi que celui de penser que mon état et mes dispositions m’attireront d’une manière spéciale votre protection et votre amour !

Blason du Refuge Notre-Dame de Compassion

2015-42. Où au jour du cinquième centenaire de la naissance de Sainte Thérèse de Jésus il est rappelé, par son exemple, qu’on n’entre dans les voies de l’amour de Dieu et de la sainteté qu’en passant par la porte de la Passion du Verbe Incarné.

Samedi de la Passion 28 mars 2015,
Fête de Saint Jean de Capistran
Cinquième centenaire de la naissance de Sainte Thérèse de Jésus.

Statue de Sainte Thérèse par Gregorio Fernandez - 1625

Sainte Thérèse de Jésus, réformatrice du Carmel et « mère des spirituels »
(oeuvre de Gregorio Fernandez – 1625)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

A la veille d’entrer dans la Grande Semaine, l’attention de notre âme est aujourd’hui retenue par un anniversaire qui intéresse au premier chef non seulement l’Ordre du Carmel réformé, non seulement le Royaume d’Espagne et non seulement la ville d’Avila, mais tous ceux qui veulent « voir Dieu » et vivre avec Lui une vie d’amour et d’intimité féconde : 28 mars 1515 – 28 mars 2015, c’est aujourd’hui l’exact cinquième centenaire de la naissance de Teresa Sanchez de Cepeda Davila y Ahumada, religieuse carmélite, réformatrice de son Ordre, fondatrice de monastères, maîtresse de vie spirituelle, et pour l’éternité Sainte Thérèse de Jésus (plus communément appelée Sainte Thérèse d’Avila).

J’ose espérer que tous nos amis ont déjà lu l’autobiographie de Sainte Thérèse (on peut même la lire « en ligne » en totalité).
Il n’y a rien de mieux, en effet, que d’aller puiser à la source même, plutôt que dans des récits de tiers – aussi remarquables soient-ils – : ce cinquième centenaire est l’occasion propice pour lire et relire les textes sortis de la plume de la Grande Thérèse, et je me garderai bien d’en faire ici le résumé !

Néanmoins, comme nous sommes aujourd’hui le samedi de la Passion et que nous entrons ce soir dans la célébration des souffrances rédemptrices de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je rappelerai seulement qu’il a fallu attendre l’année 1555 - l’année de son quarantième anniversaire donc – pour que Soeur Thérèse de Ahumada, comme l’on disait couramment alors dans son monastère de l’Incarnation, se convertisse vraiment à une vie fervente, entre dans les voies de l’oraison et de la véritable union à Dieu.

Sainte Thérèse aux pieds du Christ à la colonne - Gregorio Fernandez

La « conversion » de Sainte Thérèse devant une représentation du Christ à la colonne, en 1555
(oeuvre de Gregorio Fernandez)

Après avoir raconté sans fard qu’elle était sa vie de tiédeur et ses résistances à la grâce, Sainte Thérèse commence le chapitre IX de son autobiographie par ces lignes :
« Mon âme fatiguée aspirait au repos, mais de tristes habitudes ne lui permettaient pas d’en jouir. Or, il arriva un jour qu’entrant dans un oratoire, j’aperçus une image de Jésus-Christ couvert de plaies, qui se trouvait là pour être exposée dans une fête prochaine. Elle était si touchante, c’était une représentation si vive de ce que Notre-Seigneur endura pour nous, qu’en voyant le divin Maître dans cet état, je me sentis profondément bouleversée. Au souvenir de l’ingratitude dont j’avais payé tant d’amour, je fus saisie d’une si grande douleur qu’il me semblait sentir mon cœur se fendre. Je tombai à genoux près de mon Sauveur, en versant un torrent de larmes, et je le suppliai de me fortifier enfin de telle sorte que je ne l’offense plus désormais. »

Après cet événement déterminant, la carmélite s’attacha à méditer sur les mystères de la vie de notre divin Rédempteur, elle précise que la contemplation de la Sainte Agonie de Gethsémani lui fut spécialement profitable : « Je méditais avec prédilection sa prière au jardin des Olives. Là, je me plaisais à lui tenir compagnie. Je considérais la sueur et la tristesse qu’il avait endurées en ce lieu. »

Notons bien cette constante que l’on retrouve dans la vie de très nombreux saints : la contemplation de la douloureuse Passion de Jésus, la méditation assidue de la Passion du Sauveur, l’approfondissement jamais épuisé des mystères sacrés de la Passion de Notre-Seigneur sont essentiels à la connaissance de l’amour de Jésus-Christ et au progrès dans la vie spirituelle.

Nul besoin d’en dire beaucoup plus.
En ces célébrations de la Semaine Sainte, puissiez-vous, chers Amis, à l’exemple de Sainte Thérèse de Jésus, entrer vous aussi toujours plus avant dans les voies de l’amour de Dieu et de la sainteté, en passant avec ferveur et générosité par la seule véritable porte de la vie spirituelle, la seule véritable porte de la vie nouvelle, la seule véritable porte de la vie éternelle : la bienheureuse Passion du Verbe Incarné.

Lully.

Christ à la colonne, détail - Gregorio Fernandez

Christ à la colonne, détail
(oeuvre de Gregorio Fernandez – couvent d’Avila)

2015-41. « Crucifiée dans son amour pour Jésus, et crucifiée avec Lui par son amour pour nous ! »

Vendredi de la Passion,
Commémoraison solennelle de la compassion de Notre-Dame.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce vendredi dans la semaine de la Passion a été consacré, depuis de très nombreux siècles, à honorer les douleurs de la Très Sainte Vierge Marie, et à célébrer liturgiquement sa compassion.

Historiquement c’est la première, et donc en un sens la plus importante, des deux fêtes de Notre-Dame des Douleurs célébrées au calendrier liturgique traditionnel. Celle que l’on trouve actuellement fixée au 15 septembre est, en effet, d’institution récente.
Aussi ne peut-on qu’être étonné par le fait que ceux qui, à partir du milieu du XXe siècle, ont prétendu réaliser un travail de « restauration de la liturgie » se sont employés à minimiser (jusqu’à faire la disparaître totalement dans le calendrier liturgique de la réforme consécutive au second concile du Vatican) la fête de la compassion de la Vierge célébrée le vendredi de la Passion.

Au Refuge Notre-Dame de Compassion, nous maintenons bien sûr cette célébration, la considérant comme l’une de nos fêtes patronales.

A cette occasion, je veux proposer à votre réflexion un très bel extrait d’un ouvrage qu’il est aujourd’hui devenu assez difficile – voire quasi impossible – de trouver : « Mater Dolorosa », du Révérend Père Augustin-Marie Lépicier (1880-1963) de l’Ordre des Servites de Marie, livre publié en 1948.
Chacune des phrases, chacun des mots de ce texte doivent être approfondis, longuement médités, lentement assimilés et compris avec le coeur de notre âme.

Nota bene : les phrases ou extraits de phrases qui sont en caractères gras dans le texte ci-dessous, l’ont été mis par nous, parce qu’ils nous semblaient particulièrement importants.

Statue de N.D. de Compassion du Mesnil-Marie

Notre-Dame de Compassion
(Piéta de taille naturelle conservée au Mesnil-Marie)

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« Crucifiée dans son amour pour Jésus, et crucifiée avec Lui par son amour pour nous ! »

Quiconque a tant soit peut médité « le mystère de Marie » n’ignore rien de la tragique réalité de la souffrance dans sa vie – de la cause et des sources de ses souffrances – de l’immensité de cet océan d’amertume dont les flots inondèrent son âme. Il sait que depuis le Fiat de l’Annonciation auquel devait faire écho le Fiat du Calvaire, la vie de la Mère du Rédempteur fut surtout une suite de jours dont l’angoisse enveloppa de brumes ses heures les plus heureuses.
Ne devait-il pas en être ainsi ? La Toute Sainte, Celle que les générations proclameront bienheureuse ne devait-Elle pas être plongée dans l’abîme de toutes les afflictions ?
Car la sainteté est faite d’amour et le degré de sainteté est en proportion du degré d’amour pour Dieu. Or, ici-bas, la mesure de notre amour pour Dieu c’est la somme de souffrances que nous endurons par amour pour Lui.

Puisque Marie fut prédestinée, en tant que Mère du Verbe Incarné, à aimer Dieu comme jamais créature ne pourra L’aimer, il fallait, dans son amour pour Celui qui devait, par Sa Passion et par Sa Croix, sauver le monde, qu’Elle endurât une somme de souffrances supérieure à celle de toutes les créatures.
Aussi la dévotion à ses douleurs est-elle la « reine des dévotions envers Marie », comme l’assure le Père Faber : elle est à la base de ses grandeurs, le témoignage de son amour et de sa sainteté.

Quand on pense à tout cela, on se demande comment ils se fait que la dévotion aux Douleurs de Marie n’est pas mieux comprise et davantage pratiquée dans le monde foncièrement chrétien, voire dans le monde sacerdotal ; qu’elle n’occupe pas l’une des premières places dans les associations mariales et que, dans la plupart des ouvrages de mariologie, l’on en fassse, trop souvent, si peu mention…
« Enfermons-nous donc dans le jardin secret des Douleurs de Marie. C’est un des plus chers paradis de Dieu » (Père Faber).

Mais avant d’aller plus loin, répondons à une objection qui se présente peut-être, naturellement, à l’esprit de beaucoup : ne devons-nous pas croire que les joies de Marie compensèrent largement ses Douleurs ?
Tout d’abord, qui pénétrera assez intimement dans le mystère de Marie pour les départager et établir dans quelles proportions les joies contrebalancèrent ses souffrances ?
Certes, l’amour de Dieu est le suprême bonheur et, dès ici-bas, depuis Saint Paul (cf. 2 Cor. VII, 4), que de saints n’ont pas laissé échapper le cri de leur surabondante allégresse au milieu de leurs tribulations ?

Remarquons toutefois qu’entre Marie et les saints la distance est immense. Car la cause principale des souffrances de la Mère des Douleurs fut précisément Celui qui était aussi l’objet de son incomparable amour – Celui dont Elle était, d’une façon ineffable, la Mère et l’Epouse, comme Elle en était la sublime rachetée – , tandis que les saints mettaient leur joie dans la souffrance, par imitation et en esprit d’amoureuse immolation pour le Christ qui S’était immolé par amour pour eux.
Ensuite, si la présence de Jésus, depuis la Crèche jusqu’à ce qu’Il la quittât pour sauver Ses frères, fut pour Sa divine Mère une source de fréquentes joies, elle Lui fut aussi source de douleurs qui assombrissaient singulièrement ses instants de bonheur. Car, en ces moments, son âme profonde ne pouvait oublier le souvenir des douleurs passées et la certitude de plus grandes douleurs à venir.
Enfin, graduellement, tandis qu’Elle voyait sous ses yeux grandir l’Agneau pour le sacrifice, la souffrance s’implantait en son âme d’une façon de plus en plus permanente, ne lui laissant guère, surtout au cours de la douloureuse Passion, pendant et après la mort effroyable de son Fils et de son Dieu, que l’ineffable, mais aussi bien amère jouissance de réaliser dans son coeur tout ce que réalisait dans Son corps comme dans Son âme sainte le Divin Rédempteur.

Joie toute surnaturelle qui se nourrit de larmes et de souffrances : joie faite d’admiration pour le courage de son Divin Fils ; joie aussi dans l’union du martyre de Jésus à son propre martyre – du partage de Son immolation expiatrice, pour venger l’honneur dû à Dieu et réhabiliter, par son courage maternel, joint à celui du Christ, toute l’humanité.

Marie est heureuse, enfin, car c’est dans cette union de ses souffrances avec celles de Jésus, qu’Elle devient, au pied de la Croix, la Mère de tous les rachetés.
C’est ainsi qu’il faut entendre certains auteurs qui nous assurent que Marie, au pied de la Croix, connut plus grande joie qu’aux jours de l’Annonciation et de Noël. N’offrit-Elle pas de grand coeur, et même « avec joie », comme l’asssure Sainte Mechtilde, « son Fils bien-aimé à l’immolation pour le salut du monde » ?

D’autre part, nouvelle Eve du nouvel Adam, Elle devait être aussi, dans son amour sublime pour son divin Fils comme pour l’humanité qu’Elle enfantait à la grâce, par son offrande et son sacrifice, la Mère des Douleurs de l’Homme des Douleurs, Sa Co-Rédemptrice dans l’oeuvre de la Rédemption.

Elle fut donc doublement Mater Dolorosa : crucifiée dans son amour pour Jésus, et crucifiée avec Lui par son amour pour nous !

Rd.P. Augustin-Marie Lépicier, « Mater Dolorosa » p.2 et suivantes.

Statue de N.D. de Compassion du Mesnil-Marie - détail

Pour honorer Notre-Dame de Compassion :
-  « Ave, Maria » à la Vierge de Compassion > www
- Méditations de Monsieur Olier sur « Marie au Calvaire » à partir d’ici > www
- Neuvaine à Notre-Dame des Douleurs > www
- Chapelet des Sept Douleurs > www
- Confiante suppication à Notre-Dame de Compassion > www
- Prières de St Alphonse pour honorer les Sept Douleurs de Notre-Dame > www

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Les sept offrandes du Précieux Sang de Jésus-Christ au Père Eternel.

Vendredi de la quatrième semaine de carême,
Commémoraison solennelle du Très Précieux Sang de Notre-Seigneur.

Déjà, dans les pages de ce blogue, on peut trouver (cf. > ici) les litanies du Précieux Sang de Notre-Seigneur et une supplique au Père Eternel par l’invocation des mérites du Précieux Sang.
Comme nous l’expliquions alors en introduction, si, dans le Missel traditionnel, il existe une fête très solennelle du Précieux Sang à la date du 1er juillet, les anciens calendriers propres de plusieurs diocèses et congrégations religieuses font aussi des commémoraisons particulières de certains mystères ou de certaines reliques de la Passion lors des vendredis du carême, et il existe donc une autre célébration du Précieux Sang de Notre-Seigneur au vendredi de la quatrième semaine de carême.

Le retour de cette date nous est donc l’occasion de publier, ci-dessous, une belle prière que l’on trouve dans quelques vieux ouvrages de dévotion ou dans le manuel de l’archiconfrérie du Précieux Sang.

Elévation du Calice

Ceci est le Calice de Mon Sang, le Sang de l’Alliance nouvelle et éternelle
- mystère de foi -
qui sera répandu pour vous et pour beaucoup en rémission des péchés.

Première offrande :

Père éternel et tout-puissant, je Vous offre les mérites du Précieux Sang de Jésus-Christ, Votre Fils bien-aimé et mon divin Rédempteur, pour la propagation et l’exaltation de notre mère la sainte Eglise, pour la conservation et la prospérité de son chef visible, le souverain Pontife, pour les cardinaux, les évêques, les pasteurs d’âmes, et pour tous les ministres du sanctuaire.

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit… etc.

Louanges et action de grâces éternelles
à Jésus qui nous a sauvés par Son Sang !

Deuxième offrande :

Père éternel et tout-puissant, je Vous offre les mérites du Précieux Sang de Jésus-Christ, Votre Fils bien-aimé et mon divin Rédempteur, pour la conservation de la paix et de la concorde entre les rois et princes catholiques, pour l’humiliation des ennemis de la sainte foi, et pour la félicité du peuple chrétien.

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit… etc.

Louanges et action de grâces éternelles
à Jésus qui nous a sauvés par Son Sang !

Troisième offrande :

Père éternel et tout-puissant, je Vous offre les mérites du Précieux Sang de Jésus-Christ, Votre Fils bien-aimé et mon divin Rédempteur, pour le retour des incrédules à la lumière de la foi, pour l’extirpation des hérésies et pour la conversion des pauvres pécheurs.

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit… etc.

Louanges et action de grâces éternelles
à Jésus qui nous a sauvés par Son Sang !

Quatrième offrande :

Père éternel et tout-puissant, je Vous offre les mérites du Précieux Sang de Jésus-Christ, Votre Fils bien-aimé et mon divin Rédempteur, pour mes parents, pour mes amis et pour mes ennemis, pour les indigents et pour les malades, pour tous ceux qui souffrent, et aussi pour tous ceux qui se confient en mes pauvres prières et dont Vous connaissez les besoins…

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit… etc.

Louanges et action de grâces éternelles
à Jésus qui nous a sauvés par Son Sang !


Cinquième offrande :

Père éternel et tout-puissant, je Vous offre les mérites du Précieux Sang de Jésus-Christ, Votre Fils bien-aimé et mon divin Rédempteur, pour tous ceux qui vont mourir aujourd’hui : daignez les arracher aux peines de l’enfer, abréger leur séjour au Purgatoire, et les admettre au plus tôt à la jouissance de Votre gloire.

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit… etc.

Louanges et action de grâces éternelles
à Jésus qui nous a sauvés par Son Sang !

Sixième offrande :

Père éternel et tout-puissant, je Vous offre les mérites du Précieux Sang de Jésus-Christ, Votre Fils bien-aimé et mon divin Rédempteur, pour tous ceux qui ont au coeur une fervente et sincère dévotion envers un si grand trésor, pour tous ceux qui me sont unis dans l’adoration et la vénération de ce Sang adorable, et pour ceux qui propagent cette sainte dévotion.

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit… etc.

Louanges et action de grâces éternelles
à Jésus qui nous a sauvés par Son Sang !

Septième offrande :

Père éternel et tout-puissant, je Vous offre les mérites du Précieux Sang de Jésus-Christ, Votre Fils bien-aimé et mon divin Rédempteur, pour tous mes propres besoins spirituels et temporels, pour le soulagement des âmes du Purgatoire, spécialement celles qui ont été dévotes à ce Sang adorable, ainsi qu’aux douleurs et souffrances de la Très Sainte Vierge Marie, notre Mère.

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit… etc.

Louanges et action de grâces éternelles
à Jésus qui nous a sauvés par Son Sang !

Prière conclusive :

Dieu éternel et tout-puissant qui avez constitué Votre Fils unique, Rédempteur du monde, et avez voulu être apaisé par Son Sang, accordez-nous, nous Vous en prions, que, vénérant le prix de notre salut et étant, par lui, protégés sur la terre contre les périls de cette vie, nous recueillions la récompense éternelle dans le Ciel.
Nous Vous le demandons par ce même Jésus-Christ, Votre Fils, Notre-Seigneur, qui vit et règne avec Vous et le Saint-Esprit, un seul Dieu, pour les siècles des siècles.

Ainsi-soit-il !

Calice & Sacré-Coeur

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous |on 20 mars, 2015 |3 Commentaires »

Le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle ».

Saint Joseph Protecteur de la Ste Eglise

Saint Joseph, protecteur de la Sainte Eglise, priez pour nous !

10 mars.

C’est aujourd’hui que commence la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Joseph (cf. > ici), chers Amis.
Sans plus de discours, je tiens seulement à publier, pour les personnes que cela pourrait intéresser, un cantique en l’honneur de Saint Joseph que nous aimons beaucoup en notre Mesnil-Marie.
Il reprend une mélodie de Nicolas Clérambault adaptée par Monseigneur Joseph Besnier, et – à la lecture de ce nom vous devez vous en douter – ce cantique est extrait du fameux « Manuel de chants du chanoine Besnier », dont j’ai déjà eu l’occasion de parler dans ces pages.

Bonne et fervente neuvaine à tous !

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Cantique Saint Joseph ô pur modèle - Clérambault

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On trouvera aussi dans les pages de ce blogue
- une proposition de neuvaine pour préparer la fête de St Joseph > www ;
- les salutations de Saint Jean Eudes à Saint Joseph > www ;
- une prière à Saint Joseph de Bon Espoir > www ;
Plus plaisamment, vous pourrez aussi vous reporter aux deux petites B.D. consacrées à Saint Joseph :
« Saint Joseph et le placage », ici > www,
et « Ite ad Ioseph ! », ici > www .

2015-38. De la vénérable Marie-Clotilde de France, reine de Sardaigne.

7 mars.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Au Mesnil-Marie, toujours vigilants aux dates et aux anniversaires, nous sommes particulièrement unis, par le coeur et par la prière, aux cérémonies qui se célèbrent à Naples dans l’église Santa Catarina a Chiaia, tous les 7 mars, et qui ont été précédées par un triduum solennel.

Peut-être allez-vous m’interroger : « Qu’y a-t-il dans cette église Santa Catarina a Chiaia qui vous paraisse si important pour qu’à quelque 1300 km de là vous teniez à vous y unir d’une manière très spéciale ? »

C’est que dans cette église, dans une chapelle latérale située du côté de l’épître, se trouve, entourée d’une grande vénération, la tombe d’une Fille de France – petite-fille de Sa Majesté le Roi Louis XV, soeur de Leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, épouse de Sa Majesté le Roi Charles-Emmanuel IV de Sardaigne – la vénérable Marie-Clotilde de France, dont on espère la béatification.
Les cérémonies de ce jour et le triduum qui les précèdent sont justement célébrés pour demander à Dieu la glorification de Sa servante.

Naples - église Santa Catarina a Chiaia - tombe de la Vénérable Marie-Clotilde de France

Naples, église Santa Catarina a Chiaia : tombe de la vénérable Marie-Clotilde de France.

Marie Adélaïde Clotilde Xavière de France, dite Madame Clotilde, est née au palais de Versailles, le 23 septembre 1759.
Elle est la onzième des treize enfants (dont huit morts-nés, morts dans leur premier âge ou pendant l’enfance) issus du second mariage de Louis Ferdinand (1729-1765), Dauphin de France, avec Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767).

Selon l’usage, ondoyée à la naissance, elle est officiellement baptisée deux ans plus tard, le 19 octobre 1761, c’est-à-dire le lendemain du baptême des futurs Louis XVI et Louis XVIII, et le même jour que le futur Charles X.
Elle a pour parrain son frère : Louis-Auguste, duc de Berry, futur Louis XVI ; et pour marraine sa tante, Madame Louise, future Mère Thérèse de Saint-Augustin, carmélite à Saint-Denis (cf. > Princesse et carmélite).

Madame Clotilde était très liée à sa soeur – Élisabeth Philippine Marie Hélène de France, dite Madame Élisabeth – , née quatre ans et demi après elle.
Comme toute la fratrie, Madame Clotilde fut placée sous l’autorité de Marie-Louise de Rohan, gouvernante des Enfants de France, communément appelée Madame de Marsan. Mais alors que l’éducation de Madame Elisabeth, jugée « rebelle », fut laissée à une sous-gouvernante – Madame de Mackau – , Madame Clotilde, docile et studieuse, fut totalement prise en charge par Madame de Marsan qui entendait lui donner une éducation complète, telle qu’aux garçons, chose assez inouïe à l’époque.

Marie-Clotilde était âgée de 6 ans à la mort de son père et de sept ans et demi à la mort de sa mère.

D’un physique assez ingrat, Madame Clotilde souffrit des méchancetés de la cour qui l’avait surnommée « Gros Madame », en raison de son embonpoint.
On disait d’elle qu’elle était passive, apathique, insensible…

Madame Clotilde à l'âge de 12 ou 13 ans - attribué à François-Hubert Drouais (musée de Versailles)

Madame Clotilde à l’âge de 12 ou 13 ans
portrait attribué à François-Hubert Drouais
(musée national des châteaux de Versailles et Trianon)

Le 6 septembre 1775, à Chambéry, ancienne capitale des ducs souverains de Savoie, Marie-Clotilde de France, à peine âgée de seize ans, épouse Charles-Emmanuel de Savoie, fils aîné de Sa Majesté le Roi Victor-Amédée III de Sardaigne, duc de Savoie et prince souverain de Piémont.

Les liens entre les Bourbons et la Maison de Savoie sont alors très forts : tout d’abord, la mère de Charles-Emmanuel est elle-même une arrière-petite-fille de Louis XIV, puisque fille de Philippe V d’Espagne ; ensuite, deux des soeurs de Charles-Emmanuel ont déjà épousé deux des frères de Marie-Clotilde : Marie-Josèphe-Louise de Savoie, Louis-Stanislas-Xavier de France, comte de Provence, en 1771 ; et Marie-Thérèse de Savoie, Charles-Philippe de France, comte d’Artois, en 1773.
Enfin, Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan, dite la Princesse de Lamballe, veuve de Louis-Alexandre de Bourbon, sera – on s’en souvient – l’indéfectible amie de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette, jusqu’à la fin tragique que l’on sait.

Si le mariage de Madame Clotilde avec le prince héritier de Piémont-Sardaigne a été dicté par la politique, il n’en deviendra pas moins un authentique « mariage d’amour » : Charles-Emmanuel, né le 24 mai 1751, a huit ans et demi de plus que sa jeune épouse ; il va aimer tendrement et choyer Marie-Clotilde, qui va pleinement s’épanouir et perdra son embonpoint.
Animés par une piété sincère et profonde, Charles-Emmanuel et Marie-Clotilde fondent leur union sur la foi chrétienne : c’est elle qui leur donne la force de porter avec abandon et sérénité l’épreuve de la stérilité, et qui les porte à une grande maturité spirituelle, au point que, en 1794, ils embrasseront tous les deux la règle du tiers-ordre de Saint Dominique.

Depuis Turin, Marie-Clotilde et Charles-Emmanuel observent avec une grande inquiétude l’évolution politique du Royaume de France : évolution qui se transforme en révolution.
Dès l’été 1789, ils accueillent à Turin le comte d’Artois et sa famille, qui sont parmi les premiers à prendre le chemin de l’exil. Dans les premiers mois de 1791, ce sont Mesdames Victoire et Adélaïde, seules survivantes des filles de Louis XV, qui font escale à la cour de Savoie avant de s’aller établir à Rome.

Les procès iniques et l’assassinat des Souverains français plongeront la cour de Savoie dans une douloureuse stupeur.

armes Reine Clotilde de Sardaigne

Armes de Marie-Clotilde de France, reine de Sardaigne.

Les terroristes parisiens avaient déclaré la guerre à tous les souverains d’Europe et ils déchaînèrent particulièrement la fureur de leurs troupes barbares sur  la Savoie, le comté de Nice et le Piémont.
Après quatre années de guerre soutenues avec vaillance, les troupes du roi Victor-Amédée III furent finalement défaites par le Buonaparte : à la suite de l’armistice de Cherasco, signé le 28 avril 1796, le royaume de Piémont-Sardaigne, contraint de se retirer de la première coalition, dut céder à la France la Savoie, le comté de Nice ainsi que quelques places fortes, et laisser les troupes françaises circuler librement en Piémont.
Cinq mois plus tard (16 octobre 1796), Victor-Amédée III s’éteignait, laissant la couronne à Charles-Emmanuel.

Charles-Emmanuel IV, roi de Piémont-Sardaigne, s’efforça dans un premier temps d’adoucir le traitement du Piémont, en temporisant avec la république ; mais en 1798 le Directoire ordonna l’occupation militaire du Piémont, et la famille de Savoie dut fuir : d’abord à Parme, puis à Florence, ensuite en Sardaigne…
Enfin, en 1799, toujours en fuite devant la révolution mais ne cessant cependant jamais leurs tentatives pour soulager leurs peuples et chasser l’envahisseur, le roi Charles-Emmanuel IV et la reine Clotilde s’établirent à Naples.
Ils fréquentaient assidument l’église Sainte Catherine (Santa Catarina a Chiaia), l’église des tertiaires. Leur vie de prière et de charité était remarquable, car ils consacraient beaucoup de temps aux nécessiteux.

Ils se rendirent à Rome pour les cérémonies de la Semaine Sainte de 1801, occasion de rencontrer le pape Pie VII (ce dernier avait été élu à Venise à la mi-mars 1800 et n’avait pu entrer à Rome que le 3 juillet de la même année), mais ils durent quitter précipitamment la Ville Sainte et rentrer à Naples, ayant été avertis juste à temps des ordres donnés par le Consulat pour les faire enlever.

La reine Marie-Clotilde succomba à la fièvre typhoïde, le 7 mars 1802, à Naples. Elle n’avait pas atteint son quarante-troisième anniversaire.
La souveraine fut inhumée dans l’église Santa Catarina a Chiaia et aussitôt sa tombe devint le centre d’un intense mouvement de ferveur populaire…

Jean-Pierre Franque tombe de la reine Marie-Clotilde acquis par Louis XVIII en 1818 -musée des Ursulines à Macon

La tombe de la reine Marie-Clotilde
(tableau de Jean-Pierre Franque, acquis en 1818 par Louis XVIII pour la collection royale,
aujourd’hui au « Musée des Ursulines » à Macon)

Dès que ses sujets apprirent la mort de leur reine, ils commencèrent à l’invoquer comme « l’ange gardien du Piémont ».
Six ans plus tard, seulement, le pape Pie VII la déclara « vénérable » (10 avril 1808) et autorisa les démarches en vue de sa béatification.

Plusieurs fois retardé – principalement en raison des agitations politiques des XIXe et XXe siècles (et aussi du fait des infiltrations révolutionnaires dans l’Eglise, qui entravent considérablement l’élévation des souverains aux honneurs des autels quand ils ont été des adversaires de l’esprit révolutionnaire) – , le décret proclamant l’héroïcité des vertus de la vénérable Marie-Clotilde de France a été signé par le pape Jean-Paul II le 11 février 1982.

Il est curieux de constater que les Français connaissent finalement moins bien que les Piémontais et les Napolitains cette Fille de France, d’une grande sainteté : il n’existe pas de biographie récente en langue française, et il faut déployer des trésors de patience et de persévérance pour mettre la main sur les ouvrages anciens.

Après la mort de son épouse, le roi Charles-Emmanuel IV abdiqua en faveur de son frère puiné, Victor-Emmanuel 1er. En 1807, à la mort du cardinal-duc d’York, dernier des Stuart, il fut néanmoins reconnu par les Jacobites comme l’héritier de la succession légitime aux trônes d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, sous le nom de Charles IV.

Mais Charles-Emmanuel avait bel et bien dit adieu au monde et, après le rétablissement de la Compagnie de Jésus (1814), il entra le 11 février 1815 au noviciat des jésuites, à Rome, âgé de 64 ans. Il fut admis à la profession des voeux simples, et mourut saintement le 6 octobre 1819.
Il a été inhumé, revêtu de la soutane noire, dans l’église de Saint-André au Quirinal, où sa tombe n’est signalée que par une croix de Savoie – blanche sur fond rouge – gravée dans le marbre, avec cette seule mention : Charles-Emmanuel de Savoie, fils de la Sainte Église Catholique Apostolique et Romaine.
Sans doute mériterait-il lui aussi qu’on s’intéresse à sa cause et que l’on  instruise un procès en béatification…

La Vénérable Marie-Clotilde de France en habit de tertiaire

Prière pour demander des grâces
par l’intercession de la vénérable Clotilde de France, reine de Sardaigne
(traduite par nos soins)

O Dieu, qui, dans votre infinie bonté, donnez la gloire aux âmes qui ont observé votre sainte loi jusqu’au sacrifice, en se conformant à votre Fils bien-aimé crucifié, accueillez l’humble prière que j’élève vers Vous avec foi.
Vous qui êtes admirable dans vos saints et qui les placez comme des lampes allumées sur le chemin enténébré de l’homme, accordez-moi la grâce dont j’ai tant besoin, par les mérites de la vénérable Marie-Clotilde.
Ses vertus, sa vie profondément chrétienne, sa force héroïque dans les souffrances, sa totale conformité à votre volonté dans les événements pénibles qui ont endolori sa brève existence, ont reçu leur juste récompense dans votre Royaume éternel ; qu’elles soient également glorifiées dans votre Eglise en recevant les honneurs des autels.
Accordez-moi, avec l’aide de votre grâce, d’imiter ses vertus, maintenant que Vous l’avez placée près de nous comme modèle, et daignez me rendre digne de sa céleste protection.

Ainsi soit-il !

Trois « Gloria Patri » en l’honneur de la Très Sainte Trinité.

(avec approbation ecclésiastique)

Les personnes qui reçoivent des grâces par l’intercession de la vénérable Marie-Clotilde de France sont priées de le faire connaître au Recteur de l’église Santa Catarina a Chiaia – via S. Catarina a Chiaia, 76 – 80121 Napoli (Italie).

2015-37. Où le Maître-Chat, à l’occasion de la fête du Saint-Suaire de Notre-Seigneur, rappelle les liens qui unissent Saint François de Sales à cette précieuse relique.

Vendredi de la deuxième semaine de carême.

Ensevelissement du Christ et développement du Saint Suaire - fresque des frères della Rovere

L’ensevelissement du Christ & anges montrant le Saint Suaire
fresque des frères G.B. et G.M. della Rovere

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le vendredi de la deuxième semaine de carême, dans le propre des anciens calendriers d’un grand nombre de diocèses et de congrégations religieuses, est marqué comme le jour propre de la fête du Saint Suaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Aussi voudrais-je profiter de cette occasion pour vous parler – ou rappeler pour certains qui le savent déjà – qu’il existe des liens particuliers entre cette exceptionnelle relique et Saint François de Sales, si important dans la spiritualité vécue au Mesnil-Marie.

A – L’ostension du Saint Suaire à Annecy le 21 juillet 1566 :

Au printemps de l’an de grâce 1566, à Saint-Maur des Fossés, Jacques de Savoie, duc de Genevois et de Nemours (qui inspira à Madame de Lafayette le personnage de Monsieur de Nemours dans « la Princesse de Clèves »), avait épousé Anne d’Este, veuve de François 1er de Lorraine, deuxième duc de Guise.
Le mercredi 17 juillet suivant, Annecy – « la bonne ville de Nessy » comme l’on disait alors – , pavoisait et faisait fête pour l’arrivée de ses suzerains : fanfares, sonneries de cloches, foule joyeuse et chatoyante, oriflammes à la croix de Savoie flottant au vent, guirlandes de verdure, draperies et tapisseries tendues aux façades… Le somptueux cortège des nouveaux époux et de leur suite – dans laquelle on voyait les cardinaux de Lorraine et de Guise, parents de l’époux défunt d’Anne d’Este – , entrant dans la cité, se dirigea immédiatement vers l’église Notre-Dame de Liesse (l’actuelle église Notre-Dame de Liesse d’Annecy a été reconstruite au milieu du XIXe siècle : l’édifice précédent avait été gravement endommagé par les révolutionnaires, seul le clocher – mutilé – subsiste de la collégiale qui vit ces festivités de 1566) : « C’est qu’en ce jour-là, la collégiale d’Annecy possédait un trésor inestimable. Pour satisfaire à la dévotion d’Anne d’Este, Son Altesse Sérénissime Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, de qui, depuis un an, Jacques de Nemours tenait son apanage – le comté de Genevois, les baronnies de Faucigny et de Beaufort – avait permis que fût apporté de Chambéry à Notre-Dame de Liesse le suaire dans lequel, suivant une pieuse tradition, fut enveloppé le corps de Notre-Seigneur. Le cortège passerait donc par l’église avant de monter au château. Et bien des gens poussés par leur dévotion avaient fait le voyage principalement pour vénérer la précieuse relique » (Mgr. Francis Trochu, in « Saint François de Sales », tome 1, pp.20-21).
« Le grand reliquaire où se trouve enfermé le linceul de Notre-Seigneur était placé, à l’entrée du sanctuaire, sur le jubé de la collégiale. Notre-Dame d’Annecy possédait alors un choeur assez vaste pour recevoir les souverains et leur suite. Le temps pressant un peu, ce matin-là on vénéra rapidement, sans la voir, la très insigne relique ; l’ostension solennelle en serait faite le dimanche suivant » (ibid. p.22).

Ostension du Saint Suaire à la fin du XVIe siècle

Gravure de la fin du XVIe siècle montrant une ostension du Saint Suaire par un grand nombre d’évêques.

Dans le cortège de la noblesse savoisienne qui accompagnait Jacques de Savoie-Nemours et Anne d’Este, se trouvaient François de Boisy, seigneur de Sales, châtelain de Thorens, gentilhomme d’une quarantaine d’années, et sa toute jeune épouse (une quinzaine d’années environ) née Françoise de Sionnaz.

Redonnons la parole à Monseigneur Trochu :
« Le dimanche 21 juillet, l’affluence dans Annecy dépassa toute prévision (…). Aussitôt après leur messe, les cardinaux de Lorraine et de Guise, aidés par les évêques présents, déplièrent le linge sacré, le montrèrent à la foule, puis le laissèrent pendre de toute sa longueur le long du jubé. Ainsi pourrait-on contempler à loisir la double effigie laissée dans le suaire par le corps du Sauveur flagellé et crucifié.
« M. et Mme de Boisy, s’étant rendus de bonne heure à l’église collégiale, avaient pu trouver place dans la balustrade de la chapelle de Notre-Dame de Grâce, contre un pilier. Comme beaucoup d’âmes ferventes, la petite châtelaine était venue principalement pour vénérer ce très saint et précieux linge. A sa vue, elle fut saisie d’une émotion indicible.
« Elle se prosterna aux côtés de son pieux mari, lui-même agenouillé. Les sentiments secrets de leurs deux coeurs, ils se les étaient communiqués l’un à l’autre : ils désiraient une postérité, mais qui demeurât inviolablement catholique : à neuf lieues seulement de leur demeure sévissait l’hérésie protestante ; ce Calvin, dont la poigne rude et froide avait fait de Genève la citadelle de la Réforme était en terre depuis deux années seulement, et il semblait se survivre, car l’audace de Genève n’en était guère diminuée : le village de Thorens ne serait-il pas englobé bientôt dans sa conquête ? Contre cette menace le seigneur de Boisy, les doigts crispés, implorait le secours céleste.
« Mais la jeune épouse, tout en contemplant avec une compassion mouillée de larmes les traits sanglants du Sauveur, allait plus loin dans sa prière : avec une instante ferveur, elle demandait à Dieu de lui donner un fils, et que ce fils, particulièrement béni, se consacrât au service des autels. Nouvelle Anne, elle offrait d’avance au Seigneur ce nouveau Samuel » (ibid. pp.22-23).

plaque commémorative ND de Liesse Annecy

Sur la façade de l’actuelle église Notre-Dame de Liesse d’Annecy, une inscription lapidaire rappelle la prière de Madame de Boisy le 21 juillet 1566, ainsi qu’un autre événement de la vie de Saint François de Sales : l’intervention d’une colombe qui reposa sur lui au cours d’une cérémonie pontificale.

Au cours du carême suivant, Madame de Boisy connut qu’elle allait être mère, et treize mois jour pour jour après le voeu qu’elle avait intérieurement prononcé devant le Saint Suaire, dans la soirée du jeudi 21 août 1567, elle mit au monde, prématurément, un petit garçon « de bonne complexion » mais si « délicat et tendre » que l’on craignit d’abord pour sa vie.
Huit jours plus tard, le 28 août 1567 – jour de la fête de Saint Augustin, ce qui constituait une joie particulière pour le saint – , l’enfant fut baptisé dans l’église Saint-Maurice de Thorens et reçut les prénoms de François-Bonaventure ; sur les registres de catholicité toutefois, il ne fut pas nommé de Boisy, comme son père, mais de Sales, ainsi que ses ancêtres.

On sait de quelle manière, par la suite, la prière de Madame de Boisy fut magnifiquement exaucée, et quelle lumière fut et demeure, pour toute la Sainte Eglise, l’enfant dont la naissance fut demandée lors de cette ostension annécienne du 21 juillet 1566.

Armoiries de Saint François de Sales

Armoiries de Saint François de Sales.
Saint François de Sales a conservé dans son blason épiscopal les armes de sa famille qui sont :
« d’azur à deux fasces d’or vuidées de gueules, au croissant montant d’or en chef, et deux étoiles de même, l’une au milieu et l’autre en pointe ».
La devise de la famille de Sales est « Ny plus ny moins », le saint en adoptera une traduction latine : « non excidet ».

B – L’ostension du Saint-Suaire à Turin, le 4 mai 1613 :

En septembre 1578, le Saint Suaire quitta définitivement la sainte chapelle de Chambéry, pour être déposé à Turin, ville dont les ducs souverains de Savoie avaient fait leur capitale depuis 1562 : n’oublions pas que la relique appartenait à la Maison de Savoie (jusqu’en 1983, date où le roi Humbert II en a fait don au Saint-Siège).

Quelque quarante-sept ans après l’ostension annécienne, Saint François de Sales, âgé de 45 ans et demi, prince-évêque de Genève depuis dix ans et demi, de retour d’une série de pèlerinages en Italie, vint à Turin à l’occasion de la fête du Saint Suaire du 4 mai 1613 : en effet, de 1578 et jusqu’en 1720, les ostensions ont été annuelles à la date des 4 et 5 mai.
Ces présentations à la foule, massée à l’extérieur sur une place, se faisaient depuis un balcon ou une tribune d’apparat construite pour l’occasion.

Je laisse encore une fois la parole à Monseigneur Trochu :
« De nombreux évêques s’étaient réunis à Turin pour cette « fête solennelle du très saint Suaire » ; une foule innombrable venue de tout le Piémont, avait envahi la cathédrale Saint-Jean-Baptiste et ses parvis. Arrivé dans la capitale probablement l’avant-veille, Mgr de Sales fut grandement étonné quand on lui vint apprendre que Son Altesse le désignait pour prendre la parole à la cérémonie, puis pour exposer la relique aux regards de la foule.
« Aux premiers jours de mai, comme l’a noté Charles-Auguste (note : Charles-Auguste de Sales, neveu et biographe du saint, prince-évêque de Genève de 1645 à 1660) « les chaleurs sont déjà extrêmes en ces quartiers-là ». Monseigneur de Genève, que son discours avait fait transpirer grandement, gravit l’escalier monumental qui accède au reliquaire ; ensuite avec le prince-cardinal Maurice de Savoie et quelques évêques, il se mit à déplier la longue pièce de lin où se voient les empreintes du corps crucifié. « Or, il arriva qu’en penchant la tête, quelques gouttes, tant de son front que de ses larmes » (récit de Charles-Auguste de Sales) roulèrent par hasard « dedans le saint Suaire même ».
« Ma très chère Mère, écrira-t-il un an plus tard jour pour jour à sainte Jeanne de Chantal, le prince-cardinal crut se fâcher de quoi ma sueur dégouttait sur le saint Suaire de mon Sauveur ; mais il me vint au coeur de lui dire que Notre-Seigneur n’était pas si délicat, et qu’Il n’avait point répandu de sueur ni de sang que pour les mêler avec les nôtres, afin de leur donner le prix de la vie éternelle »
(Mgr Francis Trochu, in « Saint François de Sales », tome 2, p.573).

Antonio Tempesta, Ostension du 4 mai 1613 à Turin - Bibliothèque royale de Turin

L’ostension du Saint Suaire du 4 mai 1613, à Turin, à laquelle prit part Saint François de Sales
(gravure d’Antonio Tempesta – bibliothèque royale de Turin)

C – Hymne liturgique en l’honneur du Saint Suaire :

Voici, pour terminer ce rappel historique et hagiographique, l’hymne liturgique en l’honneur du Saint Suaire qui se trouve dans le bréviaire de Frère Maximilien-Marie, pour ce vendredi de la deuxième semaine de carême.
Je vous en donne tout d’abord une traduction :
(1) Célébrons tous la gloire du Linceul sacré : honorons par des hymnes joyeux et par de pieux hommages les témoignages irréfragables de notre salut (2) que rappelle ce Linceul, que l’on doit vénérer à jamais, orné qu’il est par des empreintes glorieuses, en caractères de sang, reçues lorsque il recueillit, enveloppé, le Corps de Jésus descendu de la croix. (3) Il rappelle les douleurs cruelles que le Christ, Rédempteur du genre humain, prenant en pitié la chute d’Adam, a souffertes en détruisant la mort. (4) Cette image montre le côté ouvert par le fer, les paumes et les pieds percés de clous, les membres lacérés par les fouets, et la couronne d’épines enfoncée sur la tête. (5) Qui pourrait pieusement considérer l’oeil sec et sans avoir le coeur brisé ces représentations vives et sensibles d’un mort ignominieuse ? (6) O Christ, puisque nos péchés seuls ont été la cause de tant de souffrances, notre vie Vous est due : et, cette vie même, nous Vous l’avons donnée. (7) Qu’à Vous soient la gloire et la puissance, ô Fils qui rachetez le monde par votre Sang, et qui règnez avec le Père Très Haut et l’Esprit Saint. Ainsi soit-il !

Et voici maintenant l’hymne latine :

Gloriam sacrae celebremus omnes
Sindonis : laetis recolamus hymnis,
Et piis votis monumenta nostrae
Certa salutis,

Quae refert semper veneranda Sindon,
Sanguine impressis decorata signis,
Dum cruce ex alta tullit involutum
Corpus Iesu.

 Reddit haes caevos animo dolores,
Quos tulit, casum miseratus Adae,
Christus humani generis Redemptor,
Morte perempta.

Saucium ferro latus, atque palmas
Et pedes clavis, lacerata flagris
Membra, et infixam capiti coronam
Monstrat imago.

Quis pius siccis oculis, et absque
Intimi cordis gemitu notata
Vivaque indignae simulacra mortis
Cernere possit ?

Nostra cum solum tibi, Christe, culpa
Causa tantorum fuerit malorum,
Nostra debetur tibi vita : vitam
Dedimus ipsam.

Sit tibi, Fili, decus atque virtus,
Qui tuo mundum redimis cruore,
Quique cum summo Genitore, et almo
Flamine regnas.
Amen.

Sainte Trinité avec le Saint Suaire

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