Archive pour la catégorie 'Prier avec nous'

2021-71. Quelques réflexions à cœur ouvert sur le thème de la vocation (2ème partie), où l’on évoque les scandales provoqués par les mauvaises mœurs de certains ecclésiastiques.

30 novembre 2021,
Fête de Saint André le Protoclite, apôtre et martyr.

appel de St Pierre et St André

Appel définitif des Saints André et Simon-Pierre

Veníte post me, et fáciam vos fíeri piscatóres hóminum.
Venez à Ma suite, et Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. 

Il y a déjà de longs mois (cf. > ici), j’avais publié une première série de réflexions relatives à la question de la vocation – sacerdotale ou religieuse -, dans lesquelles j’avais insisté sur la distinction entre « l’attrait spirituel personnel » pour un état de vie particulier, et « la vocation » à strictement parler.
J’ai conscience que cette distinction présente des subtilités qui, malheureusement, échappent à bien des personnes, même dans la Sainte Eglise, et même parmi les clercs eux-mêmes, tant la formation reçue par une majorité de prêtres (et même d’évêques, puisque ceux-ci sont choisis parmi les prêtres) dans les séminaires autres que ceux qui ont gardé l’enseignement traditionnel, est d’une affligeantissime indigence intellectuelle et spirituelle.
Cela étant dit, je vous invite à lire ou à relire ce que j’écrivais alors et à y bien réfléchir (cf. > ici).

Les scandales liés aux problèmes de mœurs de certains membres du clergé catholique, qui ont été encore récemment mis en évidence, soit pour ce qui concerne les affaires de pédocriminalité, comme on les nomme aujourd’hui, soit pour ce qui concerne la révélation de relations amoureuses et sexuelles de tel ou tel ecclésiastique avec quelque autre « adulte consentant », font rarement, sauf là encore dans des organes de presse liés au mouvement traditionnel, l’objet d’analyses de fond.
L’attitude adoptée officiellement par la conférence des évêques et par la conférence des religieux manque singulièrement et de bon sens et d’esprit surnaturel.
Derrière les discours et les actes supposés exprimer une forme d’amende honorable et de pénitence, posés ces dernières semaines, on n’a pas du tout l’impression que se trouvent les véritables remises en question nécessaires, qui ne sont pas et ne pourront jamais être celles préconisées par un rapport présidé par un ami des Loges maçonniques (et grassement financé par les catholiques naïfs qui donnent encore au « denier de l’Eglise »), ni celles de ces pitoyables féministes modernichones auxquelles les médias se plaisent à donner audience alors qu’elles ne représentent pas grand chose, sinon leurs frustrations, la pauvreté de leur formation intellectuelle et spirituelle, leur manque de foi et leur fatuité.

A propos de l’attitude officielle de NN.SS. les Evêques définie lors de leur dernière assemblée plénière à Lourdes, au début de ce mois de novembre 2021, permettez-moi de vous livrer les réflexions que j’ai écrites « à chaud » après cette lamentable prise de parole de Son Excellence Monseigneur l’archevêque de Reims qui a reconnu une « responsabilité institutionnelle » dans les crimes et horreurs perpétrés par les clercs pédérastes :
« Qu’est ce donc qu’une « responsabilité institutionnelle » ???
Pour ce qui me concerne je ne reconnais en aucune manière que c’est l’Eglise qui est « responsable » !
Les coupables et les responsables sont certains prêtres, certains évêques, certains laïcs grenouillant dans le milieu ecclésiastique qui ont été infidèles aux exigences de leur vocation, ont commis des abus, se sont livrés à des choses condamnées par les commandements de Dieu (les 6ème et 9ème en particulier, puis le 8ème et le 5ème), se sont montrés complaisants envers les coupables ou complices en les couvrant ; mais il n’y a aucune « responsabilité institutionnelle » !
L’Eglise est sainte malgré les pécheurs qui la composent ici-bas.
L’Eglise est maîtresse de sainteté : elle enseigne la sainteté et en montre les voies.
L’Eglise est éducatrice des vertus, de la chasteté, de la pureté.
Les responsables sont des « hommes d’Eglise » qui ont été beaucoup trop « hommes d’Eglise » pour être de véritables « hommes de Dieu » !
L’Eglise est blessée et souillée par ces brebis et pasteurs galeux ; elle est leur victime : la victime de leurs turpitudes et de leurs silences, mais elle ne porte aucune responsabilité !»

Je ne veux en aucune manière minimiser ou édulcorer l’importance et la gravité des faits avérés.
Je le ferai d’autant moins qu’à titre personnel j’ai un certain nombre de cas précis et circonstanciés sur lesquels je peux apporter des témoignages aussi accablants qu’écœurants.
Ils ne prouvent qu’une chose : la faute personnelle de tel ou tel prêtre, religieux ou évêque, non une faute « institutionnelle » ou un vice inhérent à l’institution.
Ces ecclésiastiques qui ont fauté – tant ceux qui ont commis des actes abominables avec des enfants ou adolescents, et ceux qui ont péché contre les 6ème et 9ème commandements de Dieu avec des adultes, que leurs supérieurs qui ont fermé les yeux, refusé de se rendre à l’évidence, et ont couvert ces horreurs -, l’ont fait non pas par la faute de « l’institution », mais malgré elle et à l’encontre de ses enseignements et de ses pratiques traditionnelles.

Quel rapport avec la vocation me direz-vous ?
Quel rapport ont ces commentaires de notre sordide actualité avec le mystère de l’appel divin dont vous prétendez nous entretenir ?

Eh bien, justement, je veux ici rappeler que l’enfant, l’adolescent, le jeune homme, et parfois même l’homme mûr qui éprouvent dans leur âme l’attrait du sacerdoce ou de la vie religieuse, puis dont la vocation est ensuite confirmée par l’Eglise dans l’appel aux saints ordres ou la profession religieuse, ne sont pas des appelés à la perversion sexuelle ni à une double vie ni à la dissimulation des vices.
Il en est de même pour la jeune fille ou la femme qui sont appelées à la vie religieuse : elles n’ont pas vocation à devenir des chipies, maniaques et retorses, aigries et acariâtres !
Je me souviens avec un certain effroi de cette religieuse à laquelle on avait demandé comment elle avait « eu la vocation » et dont la réponse avait été : « Bah ! Que voulez-vous, je n’étais ni désirable ni désirée… » Vous imaginez sans peine ce que pouvait être le rayonnement d’une telle sœur.

On n’entre pas dans la voie du sacerdoce ou dans la vie religieuse par frustration, par dépit amoureux, parce qu’on ne sait pas trop quoi faire d’autre dans la vie, parce qu’on est moche (« ni désirable ni désirée » !!!) ou parce qu’on n’a pas envie d’être dérangé par un conjoint et des mioches !

L’attrait du sacerdoce ou de la vie religieuse et la vocation sont prioritairement une question de relation personnelle avec le Christ Jésus Notre-Seigneur, relation qui est d’abord et par essence de l’ordre de l’amour.
On peut véritablement dire que la réponse à l’appel du divin Rédempteur est fondamentalement, essentiellement, prioritairement, une réponse amoureuse.
De ce point de vue-là on peut établir une analogie entre la relation amoureuse qui va lier l’un à l’autre un jeune homme et une jeune fille au point de les faire s’engager l’un envers l’autre de manière forte et pérenne pour la construction d’un foyer, et la relation entre une âme et le Christ qui suscite la vocation.
Sauf que l’on ne se trouve plus ici à un niveau humain et naturel, mais que cette union amoureuse appartient à un ordre purement surnaturel, pour une participation plus grande au salut et à la sanctification des âmes, dans une forme véritable de maternité et de paternité spirituelles.

L’épître (Rom. X, 10-18) et l’Evangile (Matth. IV, 18-22) de cette fête de Saint André le Protoclite (c’est-à-dire le premier appelé, puisqu’en effet il est le premier des apôtres à avoir entendu l’appel personnel de Notre-Seigneur et y avoir répondu), doivent être lus avec un regard contemplatif posé avec admiration et gratitude sur l’amour particulier du Christ notre Sauveur et Maître envers une âme particulière ; une âme qui, touchée par cet amour, s’ouvre et se livre à lui de façon entière et définitive pour épouser le Christ de manière exclusive, et pour se donner entièrement à l’œuvre rédemptrice et sanctificatrice de cet Epoux divin.
Et cela s’accomplit dans et par l’Eglise, institution fondée par le Christ Lui-même, institution établie dans la sainteté, et non structure de péché et de dépravation.

Une première conclusion s’impose au terme de ces réflexions, qui sont loin d’être exhaustives et appellent bien d’autres développements : si des prêtres et des religieux trahissent les engagements solennels, garantis et sanctifiés par l’Eglise, qu’ils ont prononcés au pied des autels, leur faute est en tous points analogue à l’adultère, mais d’une manière infiniment plus grave puisqu’elle est du domaine du sacrilège, et qu’à ce titre elle doit être jugée et sanctionnée avec toute la rigueur qui revient aux sacrilèges.

Ma deuxième conclusion, pour aujourd’hui du moins, est qu’il convient avec la plus extrême vigilance, que les parents, éducateurs, responsables ecclésiastiques, formateurs, conseillers et directeurs spirituels, qui ont affaire avec des personnes manifestant les signes d’une vocation – qu’elle soit sacerdotale ou religieuse -, s’assurent que non seulement elles en aient les aptitudes physiques, morales et intellectuelles, mais en outre qu’elles soient véritablement mues par l’amour de Notre-Seigneur, un amour surnaturel profond, ce qui n’a rien avoir avec une « pieuse » sentimentalité, et qui soit capable de sacrifices puisque l’amour du Christ Notre-Seigneur ne peut aller sans le renoncement à soi et l’embrassement de Sa Sainte Croix.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

à suivre…

Carlo Dolci, martyre de Saint André - 1646 - Palazzo Pitti Florence

 « O bonne croix, qui as tiré ta gloire des membres du Seigneur !
Croix, longtemps désirée, ardemment aimée, cherchée sans relâche,
et enfin préparée à mes ardents désirs,
retire-moi d’entre les hommes, et rends-moi à mon Maître,
afin que par toi me reçoive Celui qui par toi m’a racheté. »
(paroles de Saint André à la vue de la croix de son supplice)

Carlo Dolci : martyre de Saint André (1646)
Palazzo Pitti – Florence

nika

2021-69. Choisir un étendard.

Jeudi 25 novembre 2021,
Fête de Sainte Catherine d’Alexandrie, vierge et martyre.

Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois en redoublant de prières, en offrant avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices du devoir d’état, les peines et les joies de ce jour, en travaillant plus méticuleusement à sa sanctification, lorsque cela est possible en assistant à la Sainte Messe et en offrant la sainte communion à l’intention du Roi, ou encore en accomplissant quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire offert à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.
La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Son but est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et approfondissements toujours nécessaires.
Les amis du Refuge Notre-Dame de Compassion (s’ils ne sont pas déjà – ou pas encore – membres de la Confrérie Royale), trouveront eux aussi de grandes richesses et forces spirituelles à lire et méditer ces lettres mensuelles.

Baciccio, Triomphe du Nom de Jésus - Rome, église du Gesù

Giovan Battista Gaulli dit il Baciccio (1639-1709) :
Le triomphe du Saint Nom de Jésus
(Rome, voûte de l’église du Gesù)

fleur de lys gif2

Choisir un étendard

Il ne faut pas se tromper de combat. L’homme est naturellement un guerrier lorsqu’il s’agit d’opérer des choix essentiels pour son existence. Lorsqu’il s’engage dans une ornière, le chemin emprunté est souvent irréversible, sauf à se laisser pétrir vraiment par la grâce de Dieu et à se convertir, à rectifier la trajectoire. Il n’empêche que les options signées alors que nous forgeons notre personnalité durant notre jeunesse, influent de façon irrémédiables, même s’il n’existe aucune fatalité. Par orgueil, par entêtement, nous préférons plus que de coutume de poursuivre sur une voie sans issue plutôt que de reconnaître nos torts et la faillite de notre discernement premier.

                                               En 1951, paraissait un roman, rédigé par un prisonnier politique, Lucien Rebatet, condamné à mort à la Libération, puis gracié et emprisonné jusqu’en 1952, Les Deux Étendards. L’auteur, admirateur de Nietzsche, se définissant comme un « fasciste esthétique », était profondément anticatholique. Il écrira d’ailleurs des horreurs sur le Christ et les chrétiens, ensemble avec Pierre-Antoine Cousteau, dans le Dialogue de vaincus. Aussi est-il étonnant de découvrir sous sa plume ce livre inspiré des Exercices spirituels de saint Ignace, tout particulièrement de cette méditation sur les deux étendards, les deux règnes qui s’affrontent dans le monde. Peut-être parce que ce contempteur de la vérité demeura tout de même torturé par ce qu’il rejetait de toutes ses forces : «Je ne retournerai jamais à l’Église, l’Église avec un grand E. Je n’en ai peut-être jamais été… Mais n’est-il pas possible de rester “du Christ” ? » En tout cas, cela signifie bien que même les ennemis les plus acharnés ne peuvent éviter de choisir en toute connaissance de cause. Prétendre ensuite l’inverse afin de se dédouaner de ses responsabilités dans le mal est un pur mensonge qui ne trompe même pas son auteur.

                                               Notre époque regorge de Rebatet, en moins brillants, en plus paresseux et surtout en plus lâches, mais les deux étendards flottent toujours sous nos yeux et personne ne peut les ignorer. Il suffit que quelques disciples sortent du lot pour que les oppositions les plus violentes s’effritent. Rebatet lui-même avouait dans ce livre hors du commun : « Est-il interdit d’imaginer qu’il existe parmi nous au moins un catholique du temps des cathédrales, que sa foi pourrait encore lancer dans une étonnante expédition spirituelle ? » Nos contemporains ne sont pas, pour la plupart, des païens d’origine. Ils ont plutôt suivi, volontairement ou la subissant passivement, une « déconversion ».

                                               Saint Ignace de Loyola, évidemment dans un contexte historique et religieux fort différent du nôtre, avait connu cette « déconversion », au moins cet attiédissement de la foi à cause de la mondanité, de l’ambition humaine et de l’attachement aux plaisirs terrestres. Le tissu chrétien de sa famille, de son pays, n’avait pas suffi à l’éclairer durant sa jeunesse, pas vraiment débauchée, mais frivole et superficielle, toute occupée à une carrière humaine et à une gloire personnelle. Aussi va-t-il poser, comme fondation d’un possible retournement du cœur, ce qu’il nomme le « principe et fondement » où il affirme : « L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur, et par là sauver son âme.  Les autres choses sur la surface de la terre sont créées pour l’homme, pour l’aider à poursuivre la fin pour laquelle il est créé. » ( Exercices spirituels, 23). Cependant, malgré cette finalité inscrite dans la nature de l’homme, beaucoup se détournent de Dieu et préfèrent servir un autre monarque. Saint Ignace, possédant l’intelligence de ce qu’est l’homme, commence par camper un roi humain dont l’autorité légitime serait telle qu’elle attirerait à elle «  tous les chefs chrétiens et tous leurs hommes » (Seconde semaine, 92). Ce roi temporel a existé plusieurs fois au cours de l’histoire. Pensons à un saint Louis de France dont le rayonnement couvrit toute l’Europe. Il est facile et enthousiasmant de servir un tel souverain : « Considérer comment doivent répondre à un roi si généreux et si humain les sujets fidèles, et aussi combien celui qui n’accepterait pas la requête d’un tel roi mériterait d’être blâmé par tout le monde et tenu pour lâche chevalier. » (Seconde semaine, 94). Cet idéal spirituel, celui de la chevalerie et de l’honneur, s’il est louable ne suffit point puisqu’il n’est encore que restreint au monde terrestre. Déjà, certains sont en perte de vitesse et refusent de mettre leur épée sous le sceptre d’un roi revêtu de tant de qualités. Il faut aller plus loin et plus haut, et regarder maintenant le Roi des rois, le Christ notre Seigneur. Son appel est encore plus exigeant : « […] Combien est-ce une chose qui mérite plus d’attention encore que de voir le Christ notre Seigneur, Roi éternel, et devant lui tout l’univers qu’il appelle, en même temps que chacun en particulier, en disant : “Ma volonté est de conquérir le monde entier et tous les ennemis, et d’entrer ainsi dans la gloire de mon Père. Pour cela, celui qui voudra venir avec moi doit peiner avec moi, afin que, me suivant dans la souffrance, il me suive aussi dans la gloire. » (Seconde semaine, 95). La suite du roi temporel réclamait de l’héroïsme. Celle du Roi éternel exige la sainteté, vocation de tout chrétien. La couronne promise n’est point de roses ou de lauriers mais d’épines, comme celle de Notre Seigneur. Les rangs de l’armée s’éclaircissent singulièrement à l’annonce de cette ascèse.

                                               Ce n’est pas tout. Une offrande de tout l’être, par imitation de Jésus-Christ, doit être ratifiée, ceci selon l’état de vie propre à chacun : « Je veux et je désire, et c’est ma détermination réfléchie, pourvu que ce soit votre plus grand service et votre plus grande louange, vous imiter en endurant toutes les injustices et tous les mépris, et toute pauvreté, aussi bien effective que spirituelle, si votre très sainte Majesté veut me choisir et m’admettre à cette vie et à cet état. » (Seconde semaine, 98). Tout est donc en place pour choisir librement, en pleine conscience, l’étendard sous lequel nous désirons combattre durant toute notre vie. Le quatrième jour de la seconde semaine des Exercices est justement consacré à cette méditation essentielle, celle des « deux étendards : « L’un, celui du Christ, notre souverain capitaine et Seigneur ; l’autre, celui de Lucifer, mortel ennemi de notre nature humaine. » (136). La composition de lieu est centrale car il est nécessaire que tous les sens prennent part à cet exercice spirituel. Face à face, le Christ et Satan, pas d’autre choix possible, inutile de tergiverser car l’hésitation ne peut durer indéfiniment : ce sera oui ou non, blanc ou noir, pas les deux à la fois, pas les deux en alternance. Le but est de demander à y voir clair : « Ici, demander la connaissance des tromperies du mauvais chef et le secours pour m’en garder, ainsi que la connaissance de la vraie vie qu’enseigne le souverain et vrai capitaine, et la grâce pour l’imiter. » (139). Par expérience, nous savons que nous sommes des esprits mélangés et que nous penchons tantôt vers le bien, tantôt vers le mal, que le bon grain et l’ivraie sont mêlés dans notre cœur d’artichaut. Il est possible de sortir de ce dilemme. Les saints sont bien là comme des preuves vivantes de cette possibilité. Saint Ignace lui-même a commencé à retourner plus radicalement vers le Christ durant sa convalescence de blessé de guerre dans le château familial en lisant la vie des saints, notamment dans La Légende dorée de Jacques de Voragine et en ayant le désir d’imiter saint François d’Assise, saint Dominique et beaucoup d’autres hérauts de Dieu. Cet attrait n’était pas encore vraiment pur et désintéressé mais il fut comme l’étincelle.

                                               Il fallut plus pour qu’Inigo devînt saint Ignace, il fallut la confrontation entre l’esprit du mal et le Bien absolu : « Imaginer le chef de tous les ennemis, dans ce vaste camp de Babylone, comme assis dans une sorte de grande chaire de feu et de fumée, avec un aspect horrible et terrifiant. » (327) Et ensuite : « Considérer comment le Christ notre Seigneur se tient en un vaste camp dans la région de Jérusalem, en humble place, beau et gracieux. » (144) Le Malin envoie ses hommes pour, par trois échelons : la convoitise des richesses, le vain honneur du monde et l’orgueil immense, conduire les âmes dans tous les autres filets du vice. Notre Seigneur invite à aider tous les hommes en les invitant à la pauvreté matérielle et spirituelle, aux humiliations et aux mépris, et à l’humilité, trois portes ouvrant sur toutes les autres vertus (142 et 146).

                                               Saint Ignace avait vécu dans sa chair et dans son âme l’écartèlement entre le monde et le ciel. Il savait que l’homme n’attend de Dieu généralement qu’un étendard mondain, très humain, trop humain, au ras des pâquerettes. Fyodor Dostoïevsky, dans Les Frères Karamazoff, met en scène un Grand Inquisiteur, – jésuite, ce qui est un comble historique -, condamnant de nouveau à mort le Christ revenu parmi les siens. Tout se joue autour d’un étendard : « Et il en sera ainsi jusqu’à la fin du monde, et lorsque les dieux auront disparu de la terre, ce sera la même chose : l’humanité se prosternera devant des idoles. Tu savais, Tu ne pouvais ignorer ce secret fondamental de la nature humaine, mais Tu as repoussé le drapeau qu’on Te mettait dans la main et qui seul T’aurait assuré sans conteste l’hommage de tous les hommes, — le drapeau du pain terrestre. Tu l’as repoussé au nom de la liberté et du pain céleste. Regarde ce que Tu as fait ensuite. Et encore toujours au nom de la liberté ! Il n’y a pas, Te dis-je, de souci plus douloureux pour l’homme que de trouver à qui déléguer au plus tôt ce don de la liberté avec lequel vient au monde cette malheureuse créature. Mais celui-là seulement s’empare de la liberté des hommes, qui tranquillise leur conscience. Le pain Te fournissait un drapeau incontestable. Devant celui qui lui donnera le pain, l’homme s’inclinera, parce qu’il n’y a rien de plus indiscutable que le pain ; mais si en même temps quelqu’un, en dehors de Toi, s’empare de la conscience humaine, — oh, alors l’homme abandonnera même Ton pain pour suivre celui qui séduira sa conscience. »

                                               L’étendard du pain a pris bien d’autres formes depuis deux siècles. Dostoïevsky l’avait clairement pressenti. Le Grand Inquisiteur se croit pur et il condamnera le Christ pour sauver le monde selon ce qu’il a conçu, pour le bien des hommes, dit-il : « Sache que je ne Te crains pas. Sache que moi aussi j’ai été dans le désert, que moi aussi je me suis nourri de sauterelles et de racines, que moi aussi j’ai béni la liberté donnée par Toi aux hommes, et que je me préparais à être compté au nombre de Tes élus, au nombre des puissants et des forts. Mais je me suis réveillé de ce rêve et je n’ai pas voulu me mettre au service d’une folie. Je suis allé me joindre au groupe de ceux qui ont corrigé Ton œuvre. J’ai quitté les fiers et suis revenu vers les humbles pour faire le bonheur de ces humbles. Ce que je Te dis se réalisera et notre empire s’élèvera. Je Te le répète, demain Tu verras, sur un signe de moi, ce troupeau obéissant apporter des charbons brûlants au bûcher sur lequel je Te ferai périr parce que Tu es venu nous déranger. Si en effet quelqu’un a mérité plus que personne notre bûcher, c’est Toi. Demain je Te brûlerai. Dixi. »

                                               Nous avons choisi notre étendard, celui du roi temporel choisi par Dieu et celui du Roi éternel. La tentation est récurrente de regarder vers Babylone, tout en se croyant à Jérusalem ; Par petits pas, par des concessions minuscules, il nous arrive de préférer la chaire de feu et de fumée, d’autant plus en ces temps où nulle voix n’enseigne plus, dans la chaire de vérité, que Notre Seigneur doit être servi le premier.

                                                           P. Jean-François Thomas s.j.
                                                           25 octobre 2021
                                                           SS. Chrysanthe et Darie

Luca Signorelli, Les Damnés - Orvieto, cathédrale, chapelle San Brizio

Luca Signorelli (c. 1450 – 1523) :
les damnés
(cathédrale d’Orvieto, chapelle San Brizio)

Louange de Saint Albert le Grand à la Très Sainte Mère de Dieu : « Sainte Marie, Flambeau du ciel et de la terre ».

Monogramme Marie 2

Apparition de la Très Sainte Vierge Marie à Saint Albert le Grand - Vicente Salvador Gomez

Vicente Salvador Gomez (1637-1700) :
Apparition de la Très Sainte Vierge Marie à Saint Albert le Grand.

Sainte Marie, Flambeau du ciel et de la terre, comme votre nom l’indique ; de cette terre que vous avez éclairée sur les mystères de votre Fils, Verbe du Père éternel, mystères cachés en Dieu dès le commencement ; vous qui avez illuminé la lumière des anges mêmes, accordez-moi une intelligence lumineuse, des conceptions justes, un esprit fort, une science sûre, une foi solide avec une parole correspondante, qui procure la grâce à mes auditeurs ; c’est-à-dire une parole qui serve à l’affermissement de la foi, à l’édification de la sainte Église et à l’honneur du Nom sacré de votre Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ, une parole qui ne cesse de publier vos louanges et d’annoncer vos miséricordes.

Qu’elle redise, cette parole, ô Marie, que vous ne cessez point d’accabler des dons de votre miséricorde un pécheur aussi indigne que moi, et de manifester par sa bouche les prodiges de votre toute-puissance !

Soyez bénie, ô humanité de mon Sauveur, qui avez été unie à la divinité dans le sein d’une mère vierge !
Soyez bénie, ô sublime et éternelle Divinité, qui avez voulu descendre jusqu’à nous sous l’enveloppe de notre chair !
Soyez bénie à jamais, Vous qui avez été unie à une chair virginale par la vertu de l’Esprit-Saint !

Je vous salue, vous aussi, ô Marie, vous en qui la plénitude de la Divinité a fait sa demeure !
Je vous salue, ô vous en qui habita la plénitude de l’esprit-Saint !
Que soit bénie également la très pure humanité du Fils qui, sacrée par le Père, est sortie de vous !
Je vous salue, virginité sans tache, élevée maintenant au-dessus de tous les chœurs des anges.

Réjouissez-vous, Reine du monde, d’avoir été jugée digne de devenir le temple de la très pure humanité du Christ !
Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, Vierge des vierges, dont la très-pure chair servit à l’union de la divinité avec cette sainte humanité !
Réjouissez-vous, Reine des cieux, dont le très-chaste sein procura une digne demeure à cette sainte humanité !
Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, ô Épouse des saints patriarches, qui avez été jugée digne de nourrir et d’allaiter sur votre chaste sein cette sainte humanité.

Je vous salue, virginité féconde et à jamais bénie, qui nous avez rendus dignes d’obtenir le fruit de la vie et les joies du salut éternel.

Ainsi soit-il.

Monogramme Marie 2

2021-63. Méditation sur les paraboles du grain de sénevé et du levain enfoui dans la pâte (6ème dimanche après l’Epiphanie).

6ème dimanche après l’Epiphanie.

La péricope évangélique de la parabole du grain de sénevé suivie de celle du levain dans la pâte, se trouve, en fonction des années, tantôt à un dimanche du mois de février, lorsque la fête de Pâques arrive à la fin avril et qu’en conséquence le dimanche de la Septuagésime arrive au plus tard qu’il soit possible dans le cycle liturgique, tantôt (et en fait la plupart du temps) en novembre, une semaine avant le 24ème et dernier dimanche après la Pentecôte qui clôt le cycle liturgique dominical.
Voici les méditations du Révérend Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, carme déchaux, pour ce dimanche.

Sinapis - le sénevé moutarde des champs

le sénevé ou moutarde des champs

Présence de Dieu : 
Que Votre règne arrive sur toute la terre, Seigneur, et dans mon cœur !

Méditation :

1 – La parabole du grain de sénevé émerge aujourd’hui des textes de la Messe. Elle est très brève, mais très lourde de sens : « Le Royaume des Cieux est comparable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est bien la plus petite de toutes les graines, mais, quand il a poussé, c’est la plus grande des plantes potagères, qui devient un arbre, au point que les oiseaux du ciel viennent s’abriter dans ses branches » (Matth. XIII, 31-32).
Rien de plus petit, de plus humble que le « Royaume des Cieux », c’est-à-dire l’Eglise à ses origines : Jésus, son Chef et Fondateur, naît dans une étable. Il vit pendant trente ans dans la boutique d’un artisan, et pendant les trois années que dure Son œuvre, Il prêche aux pauvres gens une doctrine si simple que tous, même les illettrés, peuvent la comprendre. Quand Jésus quitte la terre, l’Eglise est constituée par un petit groupe de douze hommes, rassemblés autour d’une humble femme, Marie ; mais ce premier noyau possède une force vitale si puissante, qu’en peu d’années il se répand dans tous les pays du vaste empire romain. Ce minuscule grain de sénevé, semé dans le cœur d’une Vierge-Mère et de douze pauvres pêcheurs devient peu à peu, à travers les siècles, un arbre gigantesque qui étend ses rameaux dans toutes les régions du globe et à l’ombre duquel se réfugient des gens de toute langue et de toute nation.
L’Eglise n’est pas seulement une société d’hommes, mais d’hommes qui ont pour Chef Jésus, le Fils de Dieu ; l’Eglise est le Christ total, c’est-à-dire Jésus plus Ses fidèles incorporés à Lui et formant avec Lui un corps unique. L’Eglise est le Corps mystique du Christ dont chaque baptisé est un membre.
Aimer l’Eglise, c’est aimer Jésus ; travailler à la diffusion de l’Eglise, c’est travailler à l’accroissement du Corps mystique du Christ, afin que le nombre de Ses membres soit complet et que chaque membre coopère à sa splendeur. La brève invocation : « Adveniat regnum tuum », résume tout cela, et le demande au Père.
Faisons au moins de tout cœur le peu que nous pouvons pour la diffusion de l’Eglise.
Coopérons nous aussi par notre pauvre travail – vrai grain de sénevé – au développement de cet arbre merveilleux dans lequel tous les hommes doivent trouver salut et repos.

pinson des arbres

2 – Outre le développement du Royaume de Dieu dans le monde, la parabole du grain de sénevé nous fait penser encore au développement de ce Royaume dans notre cœur. Jésus n’a-t-il pas dit : « Le Royaume de Dieu est parmi vous » (Luc. XVII, 21) ? En nous aussi, ce Royaume merveilleux a débuté par un petit germe, celui de la grâce : grâce sanctifiante, semée en nous par Dieu au saint Baptême ; grâce actuelle des bonnes inspirations, de la parole divine « semen est verbum Dei » (Luc. VIII, 11), que Jésus, le céleste Semeur, a jetée à pleines mains dans nos âmes.
Cette petite semence a germé lentement, elle a jeté des racines toujours plus profondes, elle a grandi en pénétrant progressivement tout notre esprit, jusqu’à ce qu’elle nous ait conquis entièrement à Dieu, jusqu’à ce que nous ayons senti le besoin de dire : Seigneur, tout ce que j’ai, tout ce que je suis est Vôtre ; je me donne à Vous tout entier. Je veux être Votre Royaume.
Etre totalement Royaume de Dieu, de manière qu’Il soit l’unique Souverain et Dominateur de notre cœur et qu’en nous il n’existe rien qui ne Lui appartienne ou ne soit soumis à Son gouvernement, tel est l’idéal de l’âme qui aime Dieu d’un amour total.
Mais comment arriver au plein développement de ce Royaume de Dieu parmi nous ?
La deuxième parabole de l’Evangile de ce jour nous l’apprend : « Le Royaume des Cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout ait levé » (Matth. XIII, 33). Voilà une autre image, très belle, du travail que la grâce doit accomplir dans notre âme : la grâce a été mise en nous comme un levain qui doit augmenter peu à peu jusqu’à imprégner toute notre personnalité et la diviniser totalement. La grâce, divin levain, nous a été donnée pour guérir, élever, sanctifier notre être avec toutes ses puissances et facultés ; lorsqu’elle aura conduit ce travail à terme, nous serons entièrement Royaume de Dieu.
Réfléchissons encore au grand problème de notre correspondance à la grâce. Cette semence divine, ce levain surnaturel en nous ; qui pourra l’empêcher de devenir un arbre gigantesque, capable d’abriter d’autres âmes, qui pourra empêcher le levain de fermenter toute la masse, si nous enlevons tous les obstacles qui s’opposent à son développement, si nous secondons tous ses mouvements, toutes ses exigences ?
« Adveniat regnum tuum ! » Oui, demandons aussi l’avènement total du Royaume de Dieu dans nos cœurs. 

pétrissage du pain

Colloque :

« Seigneur, mon Dieu, qui m’avez créé à Votre image et à Votre ressemblance, accordez-moi cette grâce dont Vous m’avez fait comprendre l’importance et la nécessité, afin que je puisse vaincre, avec son secours, la nature corrompue qui m’entraîne au péché et à la perdition. Je sens dans ma chair la tendance au péché, qui s’oppose à la loi de mon esprit et qui me tient captif dans les chaînes de la sensualité. Je ne puis résister à sa tyrannie, Seigneur, si Votre grâce ne me soutient, si elle ne communique son ardeur à mon âme.
Ah ! Seigneur, je ne puis rien faire sans la grâce, mais avec son secours, je suis capable de tout.
O grâce vraiment céleste, sans laquelle toutes les qualités de la nature sont de nulle valeur ! O grâce très sainte, qui faites riches en vertus ceux qui sont pauvres en esprit, qui rendez humbles de cœur ceux qui sont comblés de richesses, venez en moi ; remplissez aujourd’hui mon âme de célestes consolations, afin que je ne tombe pas en défaillance, accablé de lassitude et de sécheresse.
Faites, Seigneur, que je trouve grâce devant Vous : Votre grâce seule me suffit, quand je n’obtiendrais rien de tout ce que la nature désire. Quand je serais exposé aux tentations et aux tribulations, je ne craindrai rien tant que Votre grâce ne m’abandonnera pas. Elle est ma force, mon secours et mon conseil, elle est plus puissante que tous mes ennemis, elle a plus de sagesse que tous les sages ensemble.
Faites donc, mon Dieu, que Votre grâce me prévienne et m’accompagne toujours, qu’elle me rende sans cesse attentif à la pratique des bonnes œuvres, par Jésus-Christ Votre Fils. Ainsi soit-il ! » (Imitation de Jésus-Christ, III, 55).

Rd Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, ocd.
In « Intimité divine – méditations sur la vie intérieure pour tous les jours de l’année »
Tome II pp. 642-646

Cierge dans la pénombre

2021-61. De Saint Théodore d’Amasée, sauroctone et mégalomartyr.

9 novembre,
Fête de la dédicace de l’archibasilique du Très Saint Sauveur au Latran (9 novembre 324) ;
Mémoire de Saint Théodore, martyr ;
Mémoire de Sainte Elisabeth de la Trinité, vierge (cf. > ici).

palmes

Le 9 novembre, à la fête de la dédicace de l’archibasilique du Très Saint Sauveur – cathédrale de Rome, « mère et maîtresse de toutes les Eglises de l’univers » selon l’expression gravée sur les pierres de sa façade -, le calendrier romain ajoute la mémoire liturgique de Saint Théodore, martyr.
La date de la fête de ce saint au calendrier romain est semble-t-il celle de la dédicace de l’église romaine qui lui est dédiée : l’église Saint-Théodore-au-Palatin (San-Teodoro-al-Palatino), ainsi dénommée parce qu’elle est construite au pied du versant occidental du Palatin, au bord de la voie qui relie le forum au Cirque Maxime.
Cette église remonte au VIème siècle. Le vocable de Saint Théodore lui a été attribué dès son origine. Le pape Jean Paul II en a concédé l’usage à la communauté gréco-byzantine de Rome. Au calendrier byzantin, Saint Théodore est fêté le 17 février.

Saint Théodore au Palatin - Rome

Rome, église Saint-Théodore-au-Palatin
(San-Teodoro-al-Palatino)

Ce saint, malheureusement un peu oublié de nos jours en Occident, est du nombre des mégalomartyrs (le titre de mégalomartyr est attribué à des saints laïcs martyrisés avant 313) et des sauroctones (c’est-à-dire des tueurs de dragons). Il ne faut pas le confondre avec un autre mégalomartyr homonyme : Saint Théodore le Stratilate.
On l’appelle aussi Saint Théodore Tiron (qui signifie « nouveau soldat ») ou Saint Théodore le Conscrit, ou encore Saint Théodore le jeune, ou enfin Saint Théodore d’Amasée

Certains pensent qu’il était originaire de la ville d’Amasée dans le Pont (aujourd’hui Amasya en Turquie), d’autres que c’est le lieu où il subit le martyre.
Chrétien depuis son enfance et engagé dans l’armée romaine, où il semble qu’il était officier, il était resté assez discret sur sa foi, non par lâcheté mais seulement parce que les circonstances ne lui avaient pas permis d’en être le valeureux confesseur, jusqu’au moment où la grande persécution de Dioclétien et Maximien Hercule (303 – 311) va lui fournir l’occasion de rendre le témoignage suprême de la fidélité et de l’amour envers le Christ Notre-Seigneur.

Alors que son corps de troupe était cantonné près de la ville d’Euchaïta (dans ce qui était alors l’Hélénéopont : il semble qu’Euchaïta se trouvait là où aujourd’hui se situe le village de Beyözü), il apprit que les habitants de la région étaient terrorisés par un redoutable dragon qui se cachait dans la forêt. Discernant que c’était là l’épreuve par laquelle Dieu devait lui montrer si le moment de s’offrir au martyre était arrivé, il s’enfonça hardiment dans la forêt et parvint jusqu’à un village qui avait été abandonné par ses habitants. Seule une noble princesse chrétienne, Eusébie, était demeurée sur place. Elle lui indiqua où se trouvait le repaire du monstre.
S’armant du signe de la Croix, Théodore se précipita vers la bête qui mugissait en crachant des flammes, et il l’abattit d’un coup de lance à la tête.

Saint Théodore Icône du monastère de Chrysoskalitissa en Crète - 1880

Icône (XIXème siècle) de Saint Théodore d’Amasée
au monastère de Chrysoskalitissa (Crète)

Désormais persuadé que, par la Grâce de Dieu, il pourrait vaincre aussi le dragon spirituel, le diable, de même qu’il avait abattu le monstre visible, Théodore regagna son campement, sans craindre de se révéler chrétien.
Alors que le commandant de la troupe avait ordonné d’offrir un sacrifice aux dieux de l’empire, Théodore resta dans sa tente. On vint le chercher, en le pressant de prendre part, lui aussi, au sacrifice. Mais il répondit : « Je suis Chrétien, c’est le Christ seul que j’adore. C’est Lui le Roi que je sers, et c’est à Lui seul que je veux offrir un sacrifice ! »
Après l’avoir pressé de questions insidieuses, on le laissa pour passer à l’interrogatoire d’autres chrétiens.
Enflammé d’un zèle divin, Théodore encourageait ses compagnons à se montrer jusqu’à la fin dignes du Christ qui les avait enrôlés dans son armée céleste. La nuit venue, voulant bien manifester à quel point il abominait l’idolâtrie, il se rendit jusqu’au temple de Cybèle – que les païens vénéraient comme la mère des dieux -, et il y mit le feu.
Un des serviteurs du temple surprit le Saint et le conduisit auprès du gouverneur Publius.

N’opposant aucune résistance, Théodore répondit calmement aux questions du gouverneur, en lui montrant qu’il était bien absurde de considérer comme dieu une pièce de bois inanimée qui, en un instant, avait été réduite en cendres.
Publius le menaça des pires tortures. Le Saint lui répliqua : « Tes menaces ne m’effraient pas, car la puissance du Christ sera pour moi joie et allégresse dans les tourments ».
Grinçant les dents de rage, le gouverneur le fit jeter dans un sombre cachot sans nourriture. Mais cette nuit-là, Notre-Seigneur Jésus-Christ apparut à Théodore, pour le consoler et lui promettre que Sa grâce serait pour Son vaillant serviteur à la fois nourriture, joie et protection. Ainsi réconforté, le vaillant soldat du Christ passait son temps à chanter des hymnes, accompagné par des Anges, de sorte que ses geôliers crurent que d’autres chrétiens l’avaient rejoint dans cette cellule, pourtant bien verrouillée.
Par la suite, comme on voulait lui apporter un peu de pain et d’eau, il refusa toute réfection, disant que le Christ lui avait promis une nourriture céleste.

Emmené à nouveau devant le gouverneur, on lui proposa d’être élevé à la dignité de grand prêtre des idoles s’il renonçait à sa foi chrétienne ; ce dont le Saint se moqua, assurant qu’il était prêt à se laisser couper en morceaux pour l’amour du Christ.
On le suspendit alors la tête en bas et les bourreaux s’épuisèrent à lui déchirer le corps avec des crochets de fer sans obtenir qu’il reniât son Sauveur. Devant cette résistance indomptable, le gouverneur, craignant que d’autres ne suivissent son exemple, donna finalement l’ordre de le brûler vif.

Lorsqu’il parvint près du bûcher, Théodore se dévêtit et, après avoir adressé une fervente prière à Dieu pour la confirmation des autres confesseurs, il se livra lui-même au feu. Mais, comme si elles voulaient lui rendre hommage, les flammes l’entourèrent sans le toucher, en formant autour de son corps une sorte d’arc de triomphe, et c’est en rendant grâce que Saint Théodore remit alors son âme à Dieu.

Saint Théodore martyre - enluminure du ménologe de Basile II

Martyre de Saint Théodore
(enluminure du ménologe de Basile II – bibliothèque apostolique vaticane)

La pieuse Eusébie réussit à se faire attribuer son corps. Elle l’embauma et l’ensevelit dans sa propre maison, à Euchaïta. Après la fin des persécutions, elle fit construire une église sur son tombeau, et les miracles qui s’y produisirent attiraient la foule des pèlerins qui y trouvaient la guérison de l’âme et du corps.

En 361, Julien l’Apostat, qui essayait par tous les moyens de restaurer les usages païens, au moment de la première semaine du grand carême donna au préfet de Constantinople l’ordre de faire asperger toutes les denrées exposées au marché avec du sang des victimes immolées aux idoles, de sorte qu’il ne soit possible à aucun habitant d’échapper à la souillure de l’idolâtrie.
Mais le Seigneur n’abandonna pas son peuple choisi : Il envoya Son serviteur et glorieux martyr Théodore, qui apparut en vision au Patriarche Eudoxe (360-364) pour lui dévoiler la machination du tyran et lui demander d’ordonner aux chrétiens de ne pas acheter les aliments présentés au marché ; Saint Théodore conseilla en revanche qu’ils préparassent des colyves – c’est-à-dire des grains de blé bouillis – pour leur nourriture.
C’est ainsi que, grâce à l’intervention du Saint martyr Théodore, les fidèles se gardèrent purs de la souillure de l’idolâtrie. Depuis l’Eglise Byzantine commémore chaque année ce miracle, le premier samedi du grand carême, afin d’enseigner aux fidèles que le jeûne et la tempérance ont le pouvoir de purifier toutes les souillures du péché.

Saint Théodore accomplit quantité d’autres miracles pour ceux qui recouraient à lui avec foi et qui persévéraient en prières dans son église. Parmi ces prodiges, on raconte ainsi qu’un jour, il apparut, brillant de gloire, sur son cheval blanc et pour ramener à une pauvre veuve son fils unique qui avait été emmené captif par les mahométans ; on lui attribue également la protection et la vie sauve de navigateurs pris dans des tempêtes, la découverte de voleurs, le recouvrement de personnes perdues… etc., montrant que, de soldat de l’armée terrestre, il était devenu protecteur céleste du peuple chrétien.

« O Dieu, qui nous donnez la glorieuse profession de foi de votre bienheureux Martyr Théodore, comme appui et protection, accordez-nous la grâce de profiter de ses exemples, et d’être soutenus de ses prières ».

(collecte du missel romain pour la mémoire de Saint Théodore)

Saint Théodore d'Amasée

Saint Théodore d’Amasée

palmes

2021-60. Que signifie « prier aux intentions du Souverain Pontife » lorsqu’il s’agit d’obtenir une indulgence plénière ?

Inscriptin lapidaire indulgence plénière

C’est une question récurrente qui nous est posée : « Lorsque, pour l’obtention d’indulgence il nous est demandé de « prier aux intentions du Souverain Pontife », de quoi s’agit-il exactement ? »

Qu’il soit bien clair que nous n’allons pas ici développer la doctrine catholique des indulgences, ce qui demanderait un long cours de théologie. Nous rappelons simplement que l’indulgence n’est pas le pardon du péché (qui est donné au moyen du sacrement de pénitence à celui qui a un regret sincère de ses fautes, ainsi que par quelques autres moyens tels que certains sacramentaux pour les péchés véniels… etc.), mais que l’indulgence permet la réparation de certaines conséquences de ces péchés qui nous ont été pardonnés, conséquences que l’on appelle « les peines temporelles dues au péché », parce qu’aucun pénitent n’est totalement quitte en sortant du confessionnal lors même qu’il a reçu la sainte absolution. 

Les indulgences sont dites partielles ou plénières selon qu’elles libèrent en partie ou totalement de la peine temporelle due pour les péchés.
Pour obtenir une indulgence de manière générale et habituelle, il faut obligatoirement :

- être baptisé catholique ;
- ne pas être excommunié (et donc exclu de la communion de l’Eglise, par nous-mêmes ou par une sanction de l’Eglise) ;
- être en état de grâce ;
- avoir l’intention explicite d’obtenir cette indulgence ou ces indulgences : toutefois, une intention formelle générale au début de la journée (par exemple lors de la prière du matin : « Mon Dieu, je désire obtenir au cours de cette journée toutes les indulgences que Votre Sainte Eglise a attachées aux prières et actions que j’y accomplirai ») ;
- accomplir les œuvres prescrites par l’Eglise et dans la forme prescrite par elle (telle prière, telle démarche, telle action).

L’indulgence plénière ne peut être obtenue qu’une seule fois par jour (sauf le jour de sa mort où l’on peut en obtenir deux !).
Les indulgences partielles peuvent être obtenues à plusieurs reprises dans une journée, sans limitation.

Pour gagner une indulgence plénière les conditions générales sont :

  • être en état de grâce, comme déjà dit ci-dessus ;
  • refuser tout attachement au péché (même véniel) ;
  • accomplir l’œuvre prescrite dans le temps prescrit (si cette œuvre est attachée à un jour particulier) ;
  • confession sacramentelle (dans les huit jours avant ou après l’indulgence demandée) ;
  • avoir communié (de préférence le jour-même) ;
  • prier aux intentions du Souverain Pontife (en récitant au moins un Pater, un Ave Maria et un Credo).

« Prier aux intentions du Souverain Pontife » ne consiste pas à prier pour la personne du Pape (même si tous les fidèles ont le devoir de prier pour leurs pasteurs légitimes), ce qui serait prier à l’intention du Souverain Pontife et non prier à ses intentions. Il ne s’agit pas non plus de prier aux intentions subjectives ou plus personnelles du Pontife régnant : celles-ci sont incluses dans ce que l’on appelle « les intentions du Souverain Pontife » énumérées ci-après, dans la mesure où les intentions subjectives du Pape sont conformes à sa mission divine.

Ces intentions sont récapitulées, en six titres principaux qui résument les objectifs assignés à la mission du Pape, chef visible de l’Eglise, par Notre-Seigneur Jésus-Christ son divin Fondateur :

  1. l’exaltation de la Sainte Église catholique ;
  2. la propagation de la Foi ;
  3. l’extirpation de l’hérésie ;
  4. la conversion des pécheurs ;
  5. la paix et la concorde entre les princes chrétiens ;
  6. les autres besoins de la Chrétienté.

armoiries Saint-Siège

2021-59. « L’erreur dominante, le crime capital depuis deux siècles, c’est l’apostasie des nations. »

Dernier dimanche d’octobre,
Fête du Christ Roi de l’univers.

Homélie du Révérend Père Clément de Sainte-Thérèse prononcée en la fête du Christ-Roi, dimanche 31 octobre 2021.
Nous sommes particulièrement heureux de publier cette homélie (et nous remercions le Révérend Père de nous avoir autorisés à la publier dans les pages de ce blogue) qui prouve qu’il y a en France des prêtres nourris de la doctrine du Cardinal Pie, et qui en nourrissent aussi l’esprit et le cœur de leurs auditeurs dans leur prédication.

Christ Roi

Adorabunt eum omnes reges terræ (Ps 71, 11) : « Tous les rois de la terre l’adoreront », prophétise le Psaume 71e. Cette adoration est due à Notre-Seigneur parce que sa royauté est d’une suréminence qui dépasse toutes les royautés d’ici-bas. Et il n’est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et pas un des apôtres qui ne lui revendique ce titre.

N’était-il encore qu’au berceau que déjà les Mages cherchaient le roi des Juifs : Ubi est qui natus est, rex Judaerum ? Jésus est sur le point de mourir, que Pilate lui demande : Ergo rex es tu ? Rex sum ego, répond Jésus « et je suis né pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37). Cette réponse est faite avec un tel accent d’autorité que Pilate, malgré toutes les protestations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par un écriteau public et solennel.

Oui, Pilate, tu peux écrire les paroles que Dieu te dicte et dont tu ne comprends pas le mystère. Quoique beaucoup lui refusent ce titre : « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous ! » (Lc 19, 14), garde-toi de changer ce qui est déjà écrit de toute éternité dans les cieux. Que tes ordres soient irrévocables, parce qu’ils sont en exécution d’un décret immuable du Tout-Puissant.

Et tu fais bien de proclamer la royauté de Jésus dans les langues principales, afin que tous aient accès à cette vérité ! Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en hébreu, qui est la langue du peuple de Dieu ; en grec, qui est la langue des docteurs et des philosophes ; en latin, qui est la langue de l’empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques.

Titulus crucis reconstitution à partir de la partie originale conservée à Ste-Croix en Jérusalem

Reconstitution du « Titulus Crucis »
(on appelle « Titulus Crucis » le panonceau que Pilate fit placer sur la Croix
au-dessus de la tête de Notre-Seigneur et portant le motif de Sa condamnation)
à partir de la partie subsistante vénérée
dans la basilique de Sainte-Croix en Jérusalem à Rome.

Cette royauté suprême, le Ressuscité la proclamera encore lui-même auprès de ses apôtres, avant de remonter au ciel : « Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre » (Mt 28, 18) ; et d’ajouter : « Allez donc et enseignez toutes les Nations ». Remarquez ici que le Christ ne dit pas : « Enseignez tous les hommes », « tous les individus », « toutes les familles », mais bien « toutes les Nations ». Il ne dit pas seulement : « Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez une sépulture religieuse aux morts ». Sans doute, la mission qu’il leur confère comprend tout cela, mais encore elle a un caractère public et social, car Jésus-Christ est le roi non seulement des hommes en particulier, mais des peuples et des nations en totalité : au-dessus des individus il y a les États, et ce sont les nations que doivent encore baptiser les Apôtres, « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».

Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie ses apôtres et ses prêtres vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous sa doctrine et sa loi évangéliques. Notre devoir comme prêtres, à la suite de S. Paul, est de porter le Nom de Jésus-Christ devant les nations et les rois.

C’est bien la mission officielle de prêcher son règne social que Notre-Seigneur donne à ses Apôtres ; bien plus, il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. C’est ainsi qu’il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. C’est en effet dans la prière que le Maître nous a enseignée qu’il faut rechercher tout le programme et tout l’esprit du christianisme. « Vous prierez donc ainsi », dit Jésus : Sic ergo vos orabitis. Comme le traduisait l’éminent exégète abbé Carmignac : « Notre Père des Cieux, que, sur la terre comme au ciel, votre Nom soit glorifié, votre règne arrive, votre volonté soit accomplie ».

Ces trois demandes se résument et se condensent en une seule : celle du règne public et social, car le saint Nom de Dieu ne peut être glorifié pleinement et totalement s’il n’est reconnu publiquement et unanimement ; la volonté divine n’est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n’est pas accomplie publiquement et socialement.

Le chrétien n’est donc pas un être qui s’isole, qui fuit le monde d’ici-bas pour ne se soucier aucunement des affaires temporelles. Le chrétien est tout le contraire de cela : c’est un homme public et social par excellence ; son surnom l’indique : il est catholique, ce qui signifie universel. Il n’est donc pas de chrétien digne de ce nom qui ne s’emploie activement et de toutes ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle, à lutter contre l’évangile social de l’État antichrétien qu’est la Déclaration des droits de l’homme, laquelle n’est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu.

Ascension -Giovanni Bernardino Azzolino

« Allez ! Enseignez toutes les nations ! »
L’Ascension, par Giovanni Bernardino Azzolino (1598-1645)

Les nations sont voulues de Dieu et chacune a sa propre vocation. C’est pourquoi les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers de s’assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne et de rendre un hommage public et national à Dieu et à son Christ.

L’erreur dominante, le crime capital depuis deux siècles, c’est l’apostasie des nations. On veut bien d’un Christ Rédempteur, d’un Prêtre sacrificateur et sanctificateur, mais d’un Christ Roi, on en tremble, on y soupçonne l’empiètement, l’usurpation de puissance, une confusion d’attributions et de compétence. C’est la réaction instinctive du roi Hérode : la peur de perdre son trône. Mais le pape Pie XI, en instituant cette fête liturgique, avait bien averti que tous les périls et tous les maux d’une société découlent de ses erreurs et de ses crimes.

Les conséquences funestes de cette apostasie générale, ce sont la ruine des âmes, la perte de la foi, l’éloignement de la religion et l’infiltration du naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l’homme et la société à sa perfection ; voici les conséquences pour les individus. Et pour la société elle-même : la décadence morale, qui s’exprime par l’injustice, le sensualisme égoïste et l’orgueil effréné. Partout où Jésus-Christ ne règne pas, il y a désordre et décadence.

« Le Christ ne règne pas si son Église n’est pas la maîtresse, disait Bossuet, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi un hommage national ». Soyons donc les propagateurs de ce règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui veut régner par son amour, comme le chante la Préface d’aujourd’hui : « un règne de vie et de vérité, un règne de grâce et de sainteté, un règne de justice, d’amour et de paix ».

Ainsi soit-il.

Christ Roi

Prière de Sa Sainteté le Pape Pie XII pour les vocations sacerdotales.

Sa Sainteté le Pape Pie XII en prière

O Jésus, qui dans la tendresse de Votre divin Cœur, avez lancé le premier cri de pitié pour la pauvre humanité soupirant après un guide qui la conduise, à travers les sentiers difficiles du monde, vers la lumière et la vie ; ô Seigneur, qui faites de Vos anges un vent impétueux et de Vos ministres des flammes ardentes (Ps. CIII, 4), envoyez à ce peuple qui est et qui veut être Vôtre, des prêtres nombreux, revêtez-les de justice, afin que Vos saints soient dans l’allégresse (Ps. CXXXI, 9).
Vous qui connaissez tous les cœurs, désignez les élus à qui Vous voulez confier un si sublime mystère de vérité et d’amour. Tu Domine qui corda nosti omnium, ostende quos elegeris ex his [note 2] (Act. I, 24).
Eclairez leur esprit, afin qu’ils comprennent l’inestimable grâce de Votre appel divin ; fortifiez leur volonté, afin qu’ils ne se laissent pas vaincre par le relâchement et le plaisir, qu’ils ne s’abandonnent pas à la torpeur des vains amusements, qu’ils ne s’enlisent pas dans les bas-fonds enténébrés par les vapeurs de la cupidité humaine, qu’ils ne tremblent pas devant le sacrifice, mais qu’ils déploient leurs ailes et prennent leur vol, comme l’aigle royal, vers les hauteurs sereines et éblouissantes de Votre sacerdoce éternel.

Révélez à leurs parents combien il est grand et incomparablement beau de Vous donner leurs propres fils, et accordez-leur la force de surmonter les intérêts et les affections qui s’y opposent.
Inspirez aux âmes généreuses un désir efficace de venir en aide, d’une main charitable, à ceux de Vos élus que la pauvreté empêche de suivre Votre voix ; donnez à leurs éducateurs les lumières nécessaires pour cultiver dans leurs jeunes cœurs la plante délicate de la vocation, jusqu’au jour où ils pourront, ardents et purs, monter à votre saint autel.

Et alors, ô Jésus, qu’à leur tour, ils soient de vrais anges pour Votre peuple ; anges de pureté, qui préfèrent Votre divin amour à tout amour humain, même tendre et saint ; anges de charité, qui renoncent à la douceur d’une famille terrestre, pour s’en créer une autre plus grande, dont ils seront les pères et les pasteurs, et dans laquelle les petits, les malheureux, les fatigués, les délaissés, seront l’objet de leur prédilection ; anges de lumière, par qui la foi en Vous resplendisse, comme l’étoile du matin, dans les intelligences humaines ; anges de sacrifice, qui se consument pour le bien de leurs frères, comme une flamme d’holocauste ; anges de conseil et de réconfort, qui les consolent dans la douleur, les soutiennent dans le combat, et leur montrent, à l’heure angoissante du doute, la voie lumineuse de la vertu et du devoir ; anges de grâce, qui purifient et soulagent les âmes et les unissent à Vous en leur distribuant le Pain de Vie ; anges de paix, qui, au moment du dernier soupir, leur fassent goûter, à Vous désirer et à Vous aimer, une indicible douceur, et leur ouvrent, dans le ravissement extatique de Votre baiser divin, les portes du Ciel, où Vous êtes lumière et joie infinie des cœurs, dans les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

Sa Sainteté le pape Pie XII bénissant de jeunes enfants

Notes :

1 – En réalité, lorsqu’il prononça cette prière le Vénérable Pie XII n’était encore que le cardinal Eugenio Pacelli, Secrétaire d’Etat du Pape Pie XI. Il s’agit de la péroraison du discours prononcé en italien à Rome le 26 avril 1931 à l’église de Saint-Ignace, à l’occasion de la canonisation de Saint Robert Bellarmin.

2. Traduction : « Vous, Seigneur, qui connaissez le cœur de tous, montrez ceux de ceux-là que vous avez choisis ». Le cardinal Pacelli a légèrement adapté le texte de la citation.

Armoiries de Pie XII

2021-53. «(…) Ces esprits de malice contre qui il nous est commandé de lutter (…)»

21ème dimanche après la Pentecôte.

ténèbres

Le sermon CCXXII de Saint Augustin est un court sermon prononcé pendant la Sainte Nuit Pascale : il y commente les paroles de Saint Paul qui nous sont données à méditer dans l’épître du 21ème dimanche après la Pentecôte, à propos des esprits de ténèbres. On peut résumer le propos de notre Bienheureux Père Saint Augustin de la sorte : En dissipant les ténèbres de cette nuit où nous veillons solennellement pour prier, rappelons-nous que nous devons lutter contre les esprits de ténèbres qui cherchent constamment à nous nuire.

* * * * *

Quoique la solennité même de cette sainte nuit vous excite à veiller et à prier, mes bien-aimés, nous ne devons pas moins sérieusement vous adresser la parole ; c’est à la voix du pasteur d’éveiller le troupeau sacré pour le mettre en garde contre les bêtes nocturnes, contre les puissances ennemies et jalouses, contre les esprits de ténèbres : « Nous n’avons pas, dit l’Apôtre, à lutter contre la chair et le sang », en d’autres termes, contre des hommes faibles et revêtus d’un corps mortel : « mais contre les princes, les puissances et les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans le ciel » (Ephés. VI, 12).

N’en concluez pas que le démon et ses anges, désignés par ces expressions de l’Apôtre, gouvernent le monde dont il est écrit : « Et le monde a été fait par lui » (Jean I, 10). Car, après les avoir nommés les dominateurs du monde, lui-même a craint qu’on ne comprît ici le monde désigné tant de fois dans l’Ecriture sous les noms du ciel et de la terre, et comme pour s’expliquer il a ajouté aussitôt : « de ténèbres », autrement : d’infidèles.
Aussi dit-il à ceux qui dès lors étaient devenus fidèles : « Autrefois vous étiez ténèbres, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur » (Eph. V, 3). Si donc ces esprits de malice sont dans le ciel, ce n’est pas dans le ciel où brillent les astres qui y sont placés avec tant d’ordre et où demeurent les anges, mais dans la sombre habitation de cette basse atmosphère où s’épaississent les nuages, et dont il est écrit : « Il couvre le ciel de nuées » (Ps. CXLVI, 8). Là aussi volent les oiseaux, et on les appelle : « Les oiseaux du ciel » (Ps. XLIX, 11). C’est donc dans ce ciel inférieur et non point dans la sereine tranquillité du ciel supérieur qu’habitent ces esprits de malice contre qui il nous est commandé de lutter, pour mériter, après avoir vaincu les mauvais anges, d’être associés au bonheur éternel des bons anges. Voilà pourquoi, en parlant ailleurs de l’empire ténébreux du diable, le même Apôtre dit : « Selon l’esprit de ce monde, selon le prince des puissances de l’air, lequel agit maintenant dans les enfants de la défiance » (Eph. II, 2). Par conséquent, l’esprit de ce monde ne signifie autre chose que les dominateurs du monde ; et de même que l’Apôtre indique ce qu’il entend par l’esprit de ce monde en ajoutant : « Les fils de la défiance », ainsi explique-t-il aussi sa pensée en mettant : « De ténèbres ». A ces mots également : « Le prince des puissances de l’air », il oppose ceux-ci : « Dans le ciel ».

Grâces donc au Seigneur notre Dieu qui nous a délivrés de cette puissance de ténèbres et qui nous a transférés dans le royaume du Fils de son amour (cf. Colos. I, 12, 13). Mais une fois séparés de ces ténèbres par la lumière de l’Evangile, et rachetés de cette tyrannie au prix d’un sang divin, veillez et priez pour ne succomber pas à la tentation (cf. Matt. XV, 41). Vous qui avez la foi agissant par la charité (cf. Gal. V, 6), de votre cœur a été expulsé le prince de ce monde (cf. Jean, XII, 31) ; mais il rôde au dehors, comme un lion rugissant, cherchant quelqu’un à dévorer (cf. I Pierre V, 3). Peu lui importe par où il entre ; ne lui laissez donc aucune ouverture, et pour vous défendre, faites demeurer en vous Celui qui l’a expulsé en souffrant pour vous. Quand il vous dirigeait, « vous étiez ténèbres; mais vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur ; vivez comme des enfants de lumière » (Eph. V, 8) ; en garde contre les ténèbres et les puissances de ténèbres, veillez au sein de la lumière où vous venez de naître ; et du sein de cette lumière qui est comme votre mère, implorez le Père des lumières.

Combat de St Michel et des anges.

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