Archive pour la catégorie 'Prier avec nous'

2021-44. Les caractéristiques de l’âme chrétienne.

16ème dimanche après la Pentecôte :
Epître : Eph. III, 13-21 ; Evangile : Luc. XIV, 1-11.

Benozzo Gozzoli - Saint Augustin étudiant avec ses disciples

Saint Augustin et ses premiers moines étudiant
(détail d’une fresque de Benozzo Gozzoli dans l’église Sant’Agostino de San-Giminiano)

Les caractéristiques de l’âme chrétienne :
méditation sur les textes de la Sainte Ecriture
de la Messe du 16ème dimanche après la Pentecôte

Présence de Dieu :
« Faites, ô Seigneur, que mon âme soit bien enracinée dans la charité et l’humilité ».

frise

Méditation :

1 – L’épître que nous lisons aujourd’hui à la Messe, est un des plus beaux passages des lettres de Saint Paul. Nous y trouvons le fameux conseil de l’Apôtre aux Ephésiens qui, dans ses trois parties, résume toute la substance de la vie intérieure.
« Que le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ… vous donne… d’être puissamment affermis, par Son Esprit, en vue de la croissance de votre homme intérieur » (Eph. III, 16). L’homme intérieur, est l’esprit humain régénéré par la grâce, c’est l’homme spirituel qui a renoncé aux plaisirs des sens et à tout ce qui est matériel. Cet homme se trouve en chacun de nous et doit être fort pour pouvoir soutenir la lutte contre l’homme animal qui, malheureusement, vit encore en nous, tant que , tant que nous sommes sur cette terre, et tente de nous entraîner vers ce qui est bas. L’Apôtre demande avec raison cette force à l’Esprit-Saint, parce que la force de notre vertu est insuffisante si elle n’est corroborée par celle que le Saint-Esprit répand en nous au moyen de Ses dons.
« Que le Christ habite en vos cœurs par la foi » (Eph. III, 17). Le Christ, avec le Père et le Saint-Esprit, habite déjà dans l’âme en état de grâce, mais Sa présence peut devenir toujours plus « profonde », et dans la mesure même de sa profondeur, l’âme sera pénétrée de la divine charité, au point d’être vraiment « enracinée » dans la charité et « fondée » sur elle. Voulons-nous croître dans l’amour ? Tenons-nous en contact avec la source de l’amour, avec Dieu vivant dans notre âme.
« Que vous puissiez saisir… la charité du Christ qui défie toute connaissance » (Eph. III, 18-19). Le point culminant de la vie spirituelle, c’est de comprendre autant qu’il est possible à des créatures, le mystère de l’amour de Dieu. Le christianisme est tout amour : nous sommes chrétiens dans la mesure où nous vivons dans l’amour, et comprenons l’amour de Dieu.
Cependant, ce mystère nous laisse toujours un peu incrédules, un peu sceptiques. Oh ! si nous pouvions voir, comme les bienheureux, comment Dieu est charité et ne veut que la charité ; que la voie pour aller à Lui est celle de l’amour ; que la souffrance, la mortification, l’humilité, ne sont que des moyens pour arriver à l’amour parfait, pour correspondre à l’amour de Dieu-Charité ! Alors, nous serions vraiment « remplis de toute la plénitude de Dieu » (Eph. III, 19).

guérison de l'hydropique - mosaïque Santa Maria Nuova Monreale

La guérison de l’hydropique
(détail d’une mosaïque dans la cathédrale Santa Maria Nuova de Monreale – Sicile)

2 – Saint Paul nous a exhortés, dans l’épître, à être enracinés dans l’amour. Dans l’Evangile, Jésus nous exhorte à être enracinés dans l’amour et l’humilité.
Malgré la désapprobation tacite des pharisiens, fruit de l’étroitesse de leur esprit et de leur cœur, Jésus guérit, un jour de sabbat, un pauvre hydropique, et nous enseigne une fois de plus la grande importance de l’amour du prochain. C’est en vain que nous croirions être enracinés dans l’amour de Dieu, si nous ne l’étions également dans celui du prochain. Comment peut-on s’imaginer qu’un acte de charité fraternelle soit en opposition avec la loi de la sanctification de la fête ? Telles sont les aberrations auxquelles on arrive lorsqu’on prétend aimer Dieu en veillant uniquement à ses propres intérêts, sans aucune pensée pour les nécessités d’autrui. Ce n’est pas là du christianisme, mais du pharisaïsme, destructeur de la charité.
Pour être enraciné dans l’amour, il faut l’être également dans l’humilité, car l’humble est seul capable d’aimer vraiment Dieu et le prochain. L’Evangile nous donne donc une leçon d’humilité, en condamnant la chasse aux honneurs. Il ne faut pas croire qu’il s’agisse seulement d’honneurs matériels, il faut entendre aussi : honneurs moraux, c’est-à-dire ces places que notre orgueil tend à occuper dans l’estime et la considération d’autrui.
C’est un fait humiliant de constater comment notre « moi » veut toujours occuper une place supérieure à celle qui lui revient, et cela à notre confusion, car « quiconque s’élèvera sera abaissé » (Luc. XIV, 11).
« Mettons-nous à la dernière place, dit Saint Bernard. Il n’y a pas de dommage à nous humilier et nous croire inférieurs à ce que nous sommes en réalité. Mais le danger est terrible et le mal très grand si nous voulons nous élever, même d’un seul pouce, au-dessus de ce que nous sommes, et nous préférer, ne fut-ce qu’à un seul homme. Il n’est pas dangereux de se pencher un peu trop pour passer par une porte trop basse, mais il sera très périlleux de s’élever à un seul doigt de plus que la hauteur de la traverse, parce qu’on se heurte et se blesse la tête. De même, il ne faut pas craindre de nous humilier trop, mais avoir en horreur le plus petit sentiment de présomption ».
Demandons dès lors au Seigneur, comme l’ont fait les saints, de nous envoyer une humiliation chaque fois que notre orgueil tentera de nous élever au-dessus des autres. Ce sera le moyen le plus sûr pour nous enraciner dans l’humilité. Nous le serons alors aussi dans la charité et possèderons, de cette manière, les deux caractéristiques fondamentales de l’âme chrétienne.

Benozzo Gozzoli - adoration des anges - Chapelle du Palais Medici Riccardi à Florence

Adoration des anges
(détail d’une fresque  de Benozzo Gozzoli dans la chapelle du Palais Medici-Riccardi à Florence)

Colloque :

« Augmentez, Seigneur, ma foi en Votre amour, afin que je puisse Vous dire en toute vérité : « Nous, nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru » (1a Joan. IV, 16). C’est là le grand acte de notre foi, c’est le moyen de rendre à notre Dieu amour pour amour ; c’est là « le secret caché au cœur du Père » (Coloss. I, 26) que nous pénétrons enfin et toute notre âme tressaille…» (Sainte Elisabeth de la Trinité).
O Seigneur, rendez-moi capable de croire à Votre amour excessif pour moi. Je ne m’arrêterai plus, alors, aux goûts, aux sentiments, peu m’importera de Vous sentir ou non, de recevoir de Vous la joie ou la douleur : je croirai à Votre amour et cela suffit.
« Faites, ô Dieu, que mon âme pénètre dans votre profondeur, et y demeure enracinée et fondée dans l’amour.
« O Seigneur, lorsque je considère en moi-même Votre immensité, Votre fidélité, Vos preuves d’amour, Vos bienfaits, et qu’ensuite je me regarde moi-même et vois mes crimes, je ne puis que me tourner vers mon âme dans un profond sentiment de mépris ; toutefois ce mépris ne m’abaisse pas autant que je le voudrais.
« O Seigneur, plongez-moi dans l’humilité ! Il me semble qu’ainsi je serai plongée en Vous car, en vivant en Vous, Vérité même, il est impossible de ne pas connaître son néant. L’âme humble est le récipient de choix et l’amphore capable de recevoir Votre grâce, et en elle seule Vous la versez. Faites donc, ô Seigneur, que je sois humble et comprenne que l’humble ne Vous élèvera jamais assez et ne s’abaissera jamais assez lui-même » (Sainte Elisabeth de la Trinité).

Rd. Père Gabriel de Sainte-Marie-Madeleine,
in « Intimité divine », vol. 2 pp.404-407

St-Esprit & Ste Bible

2021-42. De l’esprit chevaleresque.

Mercredi 25 août 2021,
Fête de Saint Louis, roi de France (cf. > ici, > ici, et encore > ici) ;
6ème anniversaire de la fondation de la Confrérie Royale (cf. > ici).

chevalier

De l’esprit chevaleresque

Lettre mensuelle à l’adresse de la Confrérie Royale
- 25 août 2021 -

 Chers Amis et Sympathisants de la Confrérie royale,

Dans l’histoire, chaque époque de crise a engendré des héros. En termes spirituels : ce sont les épreuves qui façonnent les saints. Les indécis, eux, sont des anti-héros. J’assimile les mous aux tièdes que « Dieu vomit » (Apoc. III, 15). Il y a en effet concordance entre notre foi et notre action. À foi petite, petite action. « Nous périssons par la médiocrité », lançait le général de Lamoricière, commandant des zouaves pontificaux.

L’effort est l’une des grandes lois de la vie chrétienne ici-bas, il est la marche en avant de l’amour. Qu’on songe aux funestes atermoiements du velléitaire Charles VII, qu’essaiera de secouer la bouillonnante Jeanne d’Arc, à qui il tardait « comme à une femme enceinte d’enfanter »1. Voilà l’attitude des saints : agir quand il est temps. Il nous faut redécouvrir et cultiver le courage et la droiture, qualités d’âme qui faisaient l’honneur de nos ancêtres. La bonne volonté est contagieuse, et l’audace conquérante. C’est bien en ce sens que, selon les paroles-mêmes de Notre-Seigneur, « ce sont les violents qui s’emparent du Royaume des Cieux » (Mt XI, 12).

Les âmes généreuses ont le désir de faire quelque chose de grand dans l’ordre de la charité, de l’apostolat, de la sainteté pour, comme sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, « ne pas être une sainte à moitié ». Mais très vite ces grands désirs se trouvent confrontés à des obstacles de toutes sortes : difficultés extérieures, découragement, inconstance… Tout de suite apparaît la loi de la réussite : les meilleures résolutions ne peuvent aboutir sans effort, ce que vos prêtres vous assènent à chaque nouvelle entrée en Carême.

L’une des institutions qui ont fait la gloire du « Moyen Âge », avec l’Université et les corporations, c’est la chevalerie. La première concernait les intellectuels, la deuxième les travailleurs, la troisième allait impliquer l’élite militaire et politique de la société. Mais l’intrépidité et la bravoure ont besoin, pour devenir vertueuses, d’être orientées vers une cause juste avec des moyens proportionnés. Ce fut le génie de l’Église de permettre de canaliser l’énergie des hommes braves en la mettant au service de Dieu. L’institution, purement militaire, remontait historiquement aux anciennes coutumes des peuples germains venus envahir l’empire romain aux IVe et Ve siècles. L’Église va alors christianiser la chevalerie en enseignant au chevalier à tourner sa force au profit de la justice et de la protection des plus faibles.

Pas plus que le Christ n’est venu abolir la souffrance, l’Église n’a pas abrogé la guerre : c’est d’ailleurs impossible du fait de la loi du péché originel et de ses conséquences qui frappe toute l’humanité. Mais elle a réussi le défi d’humaniser la guerre, de la limiter (par la « Trêve de Dieu », notamment). Elle a su faire naître dans le cœur de ces hommes sauvages et brutaux qu’étaient les conquérants barbares, des sentiments et des vertus chrétiens : le sens de l’honneur et de la fidélité, la justice, l’horreur du mensonge, la compassion pour les faibles.

 heaume pour évêque

Reproduction de heaume médiéval pour évêque-soldat…
non homologué par la C.E.F. !

 Vivre de l’esprit chevaleresque

Aujourd’hui, je ne dis pas qu’il faut reprendre l’armure et monter à cheval, quoique saint Paul nous ait avertis de revêtir « toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté » en portant « la vérité pour ceinture, la cuirasse de la justice, pour chaussure le zèle que donne l’Évangile, le bouclier de la foi, le casque du salut et l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu » (Éph. VI, 13-17). Il ne s’agit pas de nous affubler en Godefroy le Hardi, comte de Montmirail, ni en son « fidèle escuyer » Jacquouille la Fripouille, les « Visiteurs » tombés malgré eux au XXe siècle… mais de renouer avec la noble tradition chevaleresque française et son code d’honneur, immortalisés par nos chansons de geste où la vaillance le dispute à la courtoisie. Nous sommes les héritiers d’une civilisation fondée sur les valeurs de la prudhommie et de la bonhomie.

Et les combats ne manquent pas. Face aux attaques de tous côtés, il faut des guerriers avisés et bien préparés. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, nous sommes plongés dans l’arène, où il nous faut « tenir ferme contre les artifices du diable » (Éph. VI, 10). Que ce soit la crise sanitaire (lors de sa première allocution, M. Macron nous a avertis trois fois d’un air grave : « C’est la guerre ! ») ou plus récemment encore la guerre liturgique rallumée, nous devons lutter contre le mal sous toutes ses formes, qu’il prenne l’apparence d’un pangolin ou d’une « Eucharistie festive » dans la forme (très) ordinaire. L’Ennemi est polymorphe mais la tactique est toujours la même.

Sur le plan surnaturel, nous avons à mener le combat spirituel, comme sur le plan naturel nous avons à défendre notre pays de ses (et donc de nos) ennemis. Sans doute, depuis la période « Peace and love » qui a suivi les deux grandes guerres, l’on s’est focalisé, dans l’Église, sur l’ennemi intérieur – et ce désordre, cette résistance au bien, ce penchant au mal est bien réel dans notre âme – au détriment des ennemis extérieurs, qu’il serait trop long d’énumérer ici. Sachons déceler où se glisse le mal, dans la foi (l’erreur) comme dans les mœurs (le péché) ; la traque est de tous les instants car « votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer » (I Pet. V, 8).

Les grands modèles

La chevalerie nous a laissé de grands noms et de beaux exemples : Roland le Preux, Godefroy de Bouillon, le connétable du Guesclin (« le Dogue noir de Brocéliande »), Bayard, même Jeanne d’Arc, jusqu’au premier généralissime de l’armée catholique et royale : Cathelineau (« le Saint de l’Anjou »). Pétris des vertus évangéliques, ils eurent à cœur d’humaniser la guerre, lorsque celle-ci se révélait indispensable. Tous les dommages collatéraux : détruire, brûler, piller, molester les pauvres gens… constituent des crimes de reître dont un noble chevalier aurait honte de se souiller. De même le combat doit demeurer sur le champ de bataille, il faut épargner tout ce qui est en dehors : femmes, enfants et cités.

Les preux chevaliers nous donnèrent les Croisades dont nous n’avons pas à rougir car elles furent une guerre défensive pour protéger les chrétiens menacés ou violentés, et libérer les territoires envahis par les mahométans comme l’Espagne ou la Terre Sainte. Cette campagne armée n’a rien à voir avec la « Guerre sainte » des musulmans qui veulent conquérir de force le monde entier pour le soumettre à l’islam en établissant la charia. Plus proches de nous, les guerres de Vendée de 1793 constituent une héroïque page du livre de la chevalerie chrétienne.

Vitrail de Saint Louis avec la Sainte Couronne d'épines

Saint Louis

Aujourd’hui, nous célébrons le roi des chevaliers, celui qui a agi en toute circonstance, comme nous le dit le Bréviaire romain, cum prudentia et pietate. Selon saint Thomas d’Aquin, la vertu de prudence (au service de la justice) est la vertu propre du gouvernant 2. « Saint Louis, estime Fustel de Coulanges, a montré que l’on gouverne par les principes les plus simples, par le bon sens, par la droiture de l’esprit et par la droiture de cœur »3. En lui se réalise « l’apogée de l’équilibre entre le souci du monde visible et du monde invisible ; la plus parfaite synthèse de la sagesse politique et du sens de l’au-delà »4.

Tel Salomon qui ne demanda comme grâce que d’être empli de « sagesse et d’intelligence afin de juger le peuple sur lequel [Dieu l’a] fait régner » (II Chr. I, 11), Louis IX n’eut de hantise que d’agir toujours et partout en « prud’homme », selon ce qu’il confia à son ami Robert de Sorbon : « Maître Robert, je voudrais bien avoir le renom de prud’homme, mais que je le fusse. Quant à tout le reste, je vous l’abandonne »5. Comme l’a écrit Me Trémolet de Villers, « Les saints sont d’utilité publique. Il faut des hommes forts qui soient des doux, des hommes humbles qui soient fiers, des hommes intelligents qui aient du cœur, des hommes prudents : au sens plein du mot, S. Louis roi de France »6.

Bayard au combat

Bayard7

Les mères sont championnes pour inculquer l’esprit chrétien : qu’on songe à Blanche de Castille avec le futur Louis IX. Celle de Bayard lui donna ce triple précepte, qui constitue un véritable code de l’esprit chevaleresque :

« Autant qu’une mère puisse commander à son enfant, je vous commande trois choses. Si vous le faites, soyez assuré que vous vivrez triomphalement en ce monde : la première, c’est qu’avant tout, vous aimiez, craigniez et serviez Dieu. La seconde, c’est que vous soyez doux et courtois à tous les gentilshommes, humble et serviable à tous gens. Fuyez l’envie car c’est un vilain vice. Soyez loyal en faits et dits ; tenez votre parole. La troisième, c’est que des biens que Dieu vous donnera, vous soyez charitable aux pauvres nécessiteux, car donner pour l’amour de Lui n’appauvrit jamais personne. »8

Fort de cet enseignement, la « fleur de la chevalerie » put être glorifiée par Bayard, qui allie respect des lois de la guerre et défense du bon droit. Surnommé à juste titre « le loyal serviteur » et « le chevalier sans peur et sans reproche », il servit fidèlement trois rois successifs (Charles VIII, Louis XII et François Ier) avec la constante bravoure qui l’a rendu justement célèbre.

Sainte Jeanne d'Arc à Orléans (vitrail)

Jehanne la Pucelle

Pour plagier le Prologue de saint Jean (Jn I, 6), « Fuit puella missa a Deo cui nomen erat Johanna » : il y eut une jeune femme envoyée par Dieu, dont le nom était Jeanne. La mission éminemment politique de « la sainte du temporel » (Cal Daniélou), qui était de « rétablir la France et le sang royal »9, dérange au plus haut point parce que Jeanne n’est pas pacifiste mais remarquablement guerrière : « Nous n’aurons la paix qu’au bout de la lance », prévenait-elle.

Dotée d’une maison militaire digne d’un véritable chef de guerre (un intendant, deux pages, deux hérauts) et armée d’une bannière et d’un étendard peints de représentations religieuses, cette jeune fille de 17 ans, « le plus beau des chevaliers » selon Mgr Touchet, va mener de victoire en victoire l’armée fidèle à son roi. Agissant toujours hardiment, le mot d’ordre qu’elle donnait à Charles VII, elle le répète aujourd’hui encore à Louis XX : « Marchez résolument, ne doutez pas, soyez homme et vous reconquerrez votre royaume ! ». La Pucelle était convaincue qu’une fois le roi sacré, « la puissance des adversaires diminuerait toujours, et qu’ils ne pourraient finalement nuire ni à lui ni au royaume »10. C’est à notre tour notre conviction profonde, qui récitons trois fois par jour l’Angélus à cette pieuse intention.

Les encouragements de Jehanne sont véhéments, fusant comme le trait d’une flèche, tant au combat qu’au procès (lequel fut une vraie joute oratoire). « Je croyais aux paroles de la Pucelle, témoigne l’un de ses compagnons d’armes ; j’étais tout enflammé par ses paroles et par son amour de Dieu »11. Ses paroles chaudes, formulées à l’impératif marquant l’obligation de l’action avec les adverbes de l’entrain, constituent selon l’un de ses hagiographes « la Bible de France », qui considère encore que certes « ses Voix l’inspirent, mais que l’inspire aussi et que parle en elle l’âme de la France qui prend conscience, en elle, de son existence, de son originalité, de sa mission »12.

À ses yeux, pureté et victoire vont de pair : « C’est le péché qui fait perdre la guerre », assure-t-elle. Son intuition est confirmée par l’oraison super populum que nous lisons le vendredi après les Cendres : « Protégez, Seigneur, votre peuple, et dans votre clémence, purifiez-le de tout péché, car aucune adversité ne peut lui être nuisible si aucune iniquité ne domine sur lui »13.

Comme avec notre Libératrice, l’itinéraire que nous avons à mener sera à la fois militaire et spirituel, politique et religieux. Depuis le jour béni de sa Confirmation, le chrétien est fait soldat du Christ. Le Français, lui, doit encore se sentir chevalier de Son lieutenant ici-bas. « Le Français est le soldat de la cause de Dieu, laquelle suivant les temps prend divers visages et peut être défendue par la parole (on pense aux Dominicains 14) autant que par l’épée. La France ne grandit que si elle est fidèle à sa vocation et elle déchoit quand elle y manque » (Mgr Calvet 15).

*

Tous ces grands exemples nous rappellent que, s’il convient parfois de supporter avec patience les persécutions, bien des fois aussi les vertus de charité, de justice et de force – vertus chrétiennes par excellence – nous font un devoir de résister courageusement face à la violence des ennemis du Christ.

Et les chevalières, me demanderez-vous ? Mesdames, vous n’êtes aucunement exclues de ces recommandations, ces lignes vous concernent aussi. L’Ancien Testament regorge d’exploits de « femmes fortes » telles Esther, Judith et Yaël. La chevalerie est un esprit qui exalte la virilité de l’âme. Le latin, dans son génie concentrateur, réunit d’ailleurs ensemble dans une même étymologie « l’homme », « la force » et « la vertu » : vir/virtus. Cette qualité n’est pourtant pas réservée aux seuls hommes, et Jehanne ne doit pas rester une exception dans l’histoire de France. Pour les ragaillardir dans la voie du combat spirituel, la grande sainte Thérèse ne disait-elle pas à ses sœurs carmélites : « Mes filles, soyez des hommes ! » ?

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L’esprit chevaleresque

La mère de Bayard ne commandait pas la bravoure à son fils : ce fut faire injure à un preux ; elle commande la foi en Dieu, la loyauté, la courtoisie, la libéralité, la défense de la veuve et de l’orphelin… Toutes sont les qualités qui accompagnent la bravoure et lui donnent son prix en chrétienté.

Tout vrai chevalier est dans la réalisation de cet idéal. Dans sa courtoisie comme dans sa bravoure, le preux se distingue par son intrépidité au combat, son service fidèle et loyal, sa droiture d’esprit, sa noblesse de cœur. Une famille comtale de Toscane a pour devise cette admirable définition : « Seule la vertu est la vraie noblesse ». Mistral, le poète provençal, avait quant à lui adopté cette devise chevaleresque : « Plus fier que les fiers et plus humble que les humbles ».

L’historien Léon Gautier a reconstitué ainsi les 10 Commandements de la chevalerie en vigueur au sein de la Chrétienté 16 :

1) Tu croiras à tout ce qu’enseigne l’Église et observeras tous ses commandements ;

2) Tu protègeras l’Église ;

3) Tu auras le respect de toutes les faiblesses et t’en constitueras le défenseur ;

4) Tu aimeras le pays où tu es né ;

5) Tu ne reculeras jamais devant l’ennemi ;

6) Tu combattras les infidèles avec acharnement ;

7) Tu rempliras tes devoirs féodaux, à moins qu’ils ne soient contraires à la Loi divine ;

8) Tu ne mentiras pas et seras fidèle à la parole donnée ;

9) Tu seras libéral et généreux ;

10) Tu seras, partout et toujours, le champion du droit et du bien contre l’injustice et le mal.

*

Le Baptême de Clovis (Versailles - cathédrale St Louis)

L’engagement

Mais porter une chevalière à l’annulaire ne suffit pas pour vivre en véritable chevalier. Force est de constater parmi les jeunes d’aujourd’hui l’inconstance, la perte du sens de la parole et de l’engagement. La nouvelle forme de chevalerie que représente le scoutisme (et les louveteaux de petits pages) suffira-t-elle pour cultiver chez l’enfant une âme ardente et un cœur généreux ?

La vie est une aventure, et il faut de l’esprit chevaleresque pour s’y lancer. Il faut de l’esprit chevaleresque pour vouloir suivre le Christ aujourd’hui ; le jeune homme riche de l’Évangile n’en avait pas assez et « partit tout triste » malgré le regard d’amour qu’avait posé sur lui Jésus (cf. Mt XIX, 22). Beaucoup aujourd’hui préfèrent le suivre lui, ce jeune homme riche, repu d’opulence matérielle, plutôt que Notre-Seigneur, qui nous promet des richesses d’un autre ordre mais qui n’ont pas de prix, et ce dès ici-bas. Quand on n’a plus le sens de la parole donnée, comment croire en la Parole divine ?

Il faut de l’esprit chevaleresque pour entamer une formation professionnelle aujourd’hui. Les caisses d’intérim sont certainement plus commodes, qui offrent aux jeunes gens des « jobs » flexibles, comme les forfaits téléphoniques « sans engagement ». Il est loin le temps où le savoir artisanal ou judiciaire se transmettait de père en fils, générant de véritables dynasties d’une même profession familiale, faisant la force des corporations.

Il faut de l’esprit chevaleresque pour se lancer dans l’aventure du mariage aujourd’hui. « L’amour libre » permet d’éviter la trop moralisante fidélité, et puis cela permet d’accepter la vie de couple seulement pour les bons moments, en évacuant les pires. Or c’est par le désintéressement et par le renoncement volontaire que se prouve le véritable amour. L’engagement des époux devant Dieu ne consiste pas à Le prendre comme simple témoin de leur amour mutuel, mais comme acteur, par Sa grâce, de l’amour total et fidèle de l’un pour l’autre, à l’image de Jésus aimant l’Église jusqu’à donner Sa vie pour elle.

Il faut de l’esprit chevaleresque pour défendre l’identité chrétienne de la France aujourd’hui, pour combattre les institutions maçonniques en place et, comme sainte Jeanne d’Arc, établir le règne de Jésus-Christ en rétablissant le roi de France légitime.

Comme adultes chrétiens, il nous faut prendre nos engagements au sérieux et relever le défi. « La vie est un devoir : accomplis-le », insistait sainte Teresa de Calcutta. « Se trouver obligé » : voilà bien ce qui répugne aux nouvelles générations, lesquelles fuient tant la vie consacrée que le mariage. Or, la vie chrétienne est en elle-même une alliance sacrée puisqu’elle repose sur l’engagement aux promesses du saint baptême.

Ce que découvre la psychologie moderne, la religion nous l’a enseigné depuis les origines : est fiable et responsable une personne qui construit sa vie en fonction des choix qu’elle fait et des valeurs qu’elle adopte, et conduit sa vie en s’appuyant sur les principes qui la guident. Avec l’adoubement, lors duquel le chevalier prononce son triple serment envers Dieu, son roi et sa patrie, cérémonie précédée d’une veillée d’armes, un lien indissoluble se constitue qui va responsabiliser le promettant et sacraliser son engagement au service du roi 17.

 Envoi en mission

Envoi en mission

Laisserons-nous se déliter la France davantage en simples spectateurs ? Comme l’estimait un pape du Ve siècle : « C’est approuver l’erreur que de ne pas y résister ; c’est étouffer la vérité que de ne pas la défendre. Quiconque cesse de s’opposer à un forfait manifeste peut être regardé comme un complice secret » (Félix III). Alors ne soyons pas les complices de la destruction temporelle et spirituelle du Royaume des lys.

À la fin de chaque messe, le prêtre vous dit, à vous les laïcs : « Ite Missa est », que traduit trop mollement notre « Allez, la messe est dite ». Il faut plutôt y voir un véritable envoi en mission. Après la contemplation, l’action. Pour transposer la devise de l’Ordre dominicain : Contemplata aliis tradere (« transmettre aux autres le fruit de ce que l’on a contemplé »), j’oserais dire : Contemplata gerere (« mettre en action ce que l’on a contemplé »), en prenant gerere/gesta au sens de « hauts faits, exploits héroïques », qui donnera la fameuse expression « Gesta Dei per Francos ».

Ces paroles du pape saint Pie X, qu’il adressait aux Français juste après la funeste séparation de l’Église et de l’État qu’il condamne, résonnent encore à nos oreilles et dans nos cœurs : « C’est de toute votre âme, vous le sentez bien, qu’il vous faut défendre cette foi. Mais ne vous y méprenez pas : travail et efforts seraient inutiles si vous tentiez de repousser les assauts qu’on vous livrera sans être fortement unis. Abdiquez tous les germes de désunion, s’il en existait parmi vous. Et faites le nécessaire pour que, dans la pensée comme dans l’action, votre union soit aussi ferme qu’elle doit l’être parmi des hommes qui combattent pour la même cause, surtout quand cette cause est de celles au triomphe de laquelle chacun doit volontiers sacrifier quelque chose de ses propres opinions »18. La clef de la réussite dans un combat, c’est l’union, que l’on appelle au sens surnaturel : la charité, qui édifie et qui conquiert. Au contraire, « tout royaume divisé contre lui-même ne peut subsister » (Mc III, 24).

Qu’on se souvienne enfin de ces paroles prophétiques du Cardinal Pie : « Quand Jésus-Christ ne règne pas par les bienfaits attachés à sa présence, il règne par toutes les calamités inséparables de son absence »19. L’actualité brûlante ne cesse de nous décliner les cruels effets du rejet de Dieu de la société. Face à ce sinistre spectacle, ne pas réagir serait devenir complice d’un tel système pervers. Chers Amis, il est encore temps de renverser le cours de l’histoire (jamais de fatalité chez le chrétien !) : devenez les hérauts de la royauté du Christ en vous constituant chevaliers de « notre sire le roi » par votre consécration renouvelée de le servir et de prier à son intention. C’est la fidélité de notre engagement qui élèvera le monde et nos âmes.

R.P. Clément de Sainte-Thérèse

chevalier

Notes et références :

1 Déposition de Dame Catherine Le Royer au « Procès de réhabilitation » de Jeanne d’Arc.

2 Cf. S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, IIa-IIæ, q. 50, a. 1.

3 Numa-Denis Fustel de Coulanges, art. « S. Louis et le prestige de la royauté » in Leçons à l’Impératrice, Dominique Martin Morin, 1970, p. 39.

4 Marie-Madeleine Martin, revue Lecture & Tradition n° 22, mars 1970, p. 1.

5 Cité in Marcel de Corte, Traité sur la Prudence, Bouère, Dominique Martin Morin, 1974, à l’introduction.

6 Me Jacques Trémolet de Villers, Les Fleurs d’Ulysse, Dominique Martin Morin, 1996, p. 42.

7 La gravure de Bayard est extraite du site kontrekulture.com où elle est vendue.

8 D’après Guy Chastel, Bayard, Lanore, 1937, p. 22.

9 Témoignage de son ami d’enfance Jean Waterin au « Procès de réhabilitation ».

10 Déposition de Messire Jean de Dunois, le « Bâtard d’Orléans ».

11 Déposition de Messire Jean de Novelompont.

12 Mgr Jean Calvet, Témoins de la conscience française, Alsatia, 1943, p. 23.

13 « Tuére, Dómine, pópulum tuum et ab ómnibus peccátis cleménter emúnda : quia nulla ei nocébit advérsitas, si nulla ei dominétur iníquitas. »

14 En passant, signalons que nous fêtions le 6 août dernier le 8ème centenaire de la mort de S. Dominique.

15 Mgr Jean Calvet, Témoins de la conscience française, Alsatia, 1943, p. 20.

16 Cf. Léon Gautier, La chevalerie, Paris, V. Palmé, 1884.

17 Cf. Martin Aurell (coll.), Le sacré et la parole – Le serment au Moyen Âge, Garnier, coll. « Rencontres » n° 378, série « Civilisation médiévale » n° 34, 2018.

18 S. Pie X, encyclique Vehementer nos, 11 février 1906, dernier § : « Appel aux Catholiques de France ».

19 Cal Louis-Édouard Pie, discours à Chartres du 11 avril 1858, in Œuvres épiscopales, t. I, p. 84.

2021-39. Message de Sa Majesté après l’assassinat du Rd Père Olivier Maire.

Mardi 10 août 2021.

Après l’assassinat du Révérend Père Olivier Maire à Saint-Laurent-sur-Sèvre, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié le message suivant, témoignant de son union de prières avec les catholiques de France :

Candles

L’assassinat du Père Olivier Maire est d’une cruauté innommable, le Supérieur Provincial des Missionnaires Montfortains a rejoint le Père hier. Assassiné par l’incendiaire de la cathédrale de Nantes qu’il hébergeait, sa charité et sa bonté lui ont coûté sa vie ici-bas.

Je m’incline avec respect devant la dépouille de ce prêtre et assure de mes prières l’ensemble des catholiques de France.

Louis de Bourbon, duc d’Anjou.

Armes de France pour le deuil

2021-37. Solennité de la Saint-Louis au Puy-en-Velay avec la Confrérie Royale.

Pèlerinage
au Puy-en-Velay
pour la
Solennité de Saint Louis

- du 27 au 29 août 2021 -

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Le sixième pèlerinage annuel de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay, pour le Roi et la France, a – en cette année 2021 comme en 2020 – été empêché à sa date normale, qui est celle des jours suivants l’Ascension, en raison des difficultés liées au contexte social et ecclésiastique, conséquent à « l’épidémie » de Covid-19…

Néanmoins, comme en 2020, la Confrérie Royale tient à marquer la présence annuelle de ses représentants – de son ambassade pourrait-on dire – dans la sainte cité mariale du Puy.
Ainsi, comme en 2020, a-t-elle l’opportunité d’organiser un petit rassemblement (places limitées) au Puy les 27 et 29 août prochains, afin d’y célébrer la solennité de Saint Louis, céleste protecteur de la confrérie, saint patron de notre Roi légitime et de Monseigneur le Dauphin.

L’arrivée peut se faire dès le vendredi 27 en fin d’après-midi (une Messe basse sera célébrée à 18 h ce jour-là pour les pèlerins qui souhaiteraient y assister), mais il est aussi possible de n’arriver que pour le samedi 28 au matin (de bonne heure : pour la première conférence).
Comme d’habitude pendant ces journées des pèlerinages de la Confrérie Royale, il y aura évidemment des Saintes Messes solennelles, des temps de prière, ainsi que des visites et des conférences.
Le programme détaillé en sera communiqué en son temps aux pèlerins inscrits.

Les personnes qui souhaiteraient profiter de ce pèlerinage pour faire leur entrée dans la Confrérie Royale sont priées de se signaler auprès de ses responsables sans retard.
Ni le laisser-passer ni la vaccination ou les certificats de tests ne sont requis pour l’accès au lieu d’hébergement et aux édifices cultuels.

Les organisateurs invitent les personnes qui viendraient au Puy-en-Velay en automobile et qui disposeraient de places à se faire connaître, de manière à organiser des covoiturages.
Pour les autre modalités pratiques, et le bulletin d’inscription, veuillez vous reporter au site internet de la Confrérie Royale > ici.

Les organisateurs ont bien conscience que cette annonce, ainsi que les délais pour l’inscription (le plus rapidement possible et de toute façon avant le 20 août) sont assez courts, mais dans le contexte actuel, avec des confirmations qui ne sont arrivées que ces jours derniers, il ne leur était pas possible, d’en publier l’annonce plus tôt.

Merci pour votre compréhension
et pour vos réponses les plus promptes possibles !

Messe à l'autel de la Vierge Noire 2019

Sainte Messe solennelle à l’autel de la Vierge Noire
dans l’insigne basilique-cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation du Puy-en-Velay
lors du pèlerinage de la Confrérie Royale en 2019

2021-38. Nous devons retremper notre courage et notre espérance, sans nous départir d’une constante sérénité intérieure, malgré les combats !

Triomphe de la foi Vincenzo Meucci - détail)

Le triomphe de la foi
fresque de Vincenzo Meucci (1747), au palais Corsini, à Rome.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

C’était hier, 8 août, le septième anniversaire du rappel à Dieu – dans sa centième année – du Révérend Père Jean Charles-Roux (+ 8 août 2014), prêtre remarquable par sa personnalité – originale et très attachante -, et par sa fidélité : fidélité à la Sainte Messe de son ordination et fidélité à son Souverain légitime, puisqu’il fut en même temps une figure éminente de la Légitimité et de la résistance à la réforme liturgique consécutive au concile vaticandeux.

J’ai rapporté au moment de l’annonce de sa mort (cf. > ici), cette anecdote célèbre autant que savoureuse : « (…) lorsque la nouvelle messe avait été imposée, il l’avait « essayée » mais s’était promptement rendu compte de l’indigence du nouveau rite : « J’ai donc écrit au pape Paul, que j’avais connu quand il était cardinal Montini, et dit : Saint-Père, soit vous me permettez de célébrer l’ancienne messe, soit je quitte la prêtrise et j’épouse la première jolie fille que je rencontre. »

Ce cher Père disait même : « Quand on m’a dit qu’il fallait désormais célébrer selon un nouveau rite, loyalement, par obéissance, j’ai essayé. Oui, j’ai loyalement essayé : j’ai essayé en anglais, en italien, en français, et même en latin ! Et je me suis dit que cela n’était vraiment pas possible : nous étions par trop loin de la Messe catholique qui avait fait pendant des siècles la force de l’Eglise et qui avait sanctifié tant de générations de fidèles ! » C’est alors qu’il avait écrit au pape Montini avec ce trait d’humoristique chantage rapporté ci-dessus.
J’écris : « humoristique chantage », mais j’eusse aussi pu écrire « chantage d’une cruelle lucidité », car, en pleine débâcle postconciliaire, qui voyait des prêtres et des religieux défroquer par milliers, le Révérend Père Charles-Roux mettait le doigt là où cela faisait mal : Paul VI, qui signa des centaines et des centaines de « réductions à l’état laïc », exprimait sa désolation devant toutes ces désertions, bien qu’il n’en tirât pas les conclusions qui se fussent logiquement imposées et qu’il refusât toujours de nommer par leur nom véritable la cause de ces innombrables naufrages et apostasies.

Ce n’étaient pas quelques « fumées de satan » qui s’étaient introduites dans l’Eglise par « quelques fissures », c’est le modernisme mortifère qui, à l’occasion du concile vaticandeux et de la réforme liturgique, s’était engouffré à pleins flots dans la Maison de Dieu, dévastant tout sur son passage, et cela parce que les portes lui en avaient été grandes ouvertes !

L’aveuglement des chefs, leur obstination à refuser l’évidence, ainsi que l’entêtement à maintenir une direction dont on constate chaque jour les conséquences désastreuses restent un profond mystère : Dieu seul est juge des cœurs et des responsabilités, mais on ne peut penser que cela soit exempt de faute !

Bref ! Dans le contexte de ces jours d’été 2021, consécutifs au sinistre brigandage bergoglien honteusement daté du jour de la fête de Notre-Dame du Mont Carmel, le rappel de la figure du Révérend Père Jean Charles-Roux et de la manière dont il avait obtenu de Paul VI la permission de continuer à célébrer la Sainte Messe latine traditionnelle, faisait dire à l’un de mes amis « cum grano salis » : « Vous savez ce qu’il vous reste à faire… » Cela m’a aussitôt porté à lui répondre que, au contraire de son geignard mais inefficace prédécesseur, l’actuel occupant du siège pontifical, lui, serait capable de répondre aux prêtres qui s’adresseraient à lui de la même manière que le Père Charles-Roux : « Mais oui, prenez femme et ne nous cassez plus les pieds avec la Messe ancienne ! », puisqu’il est explicite qu’il en veut l’éradication absolue et qu’il cherche par tous les moyens à chasser de l’Eglise ceux qui ne voudraient pas se plier aux diktats de sa solution finale.

C’est la première fois que j’aborde la question de l’oukase bergoglien dans les pages de ce blogue.
Certains m’ont déjà fait part de leur étonnement de ce silence que j’ai gardé jusqu’ici…
Au risque de choquer, je vous dirai tout simplement que je ne veux pas m’étendre sur ce que je considère comme une espèce de non-événement.
Ce serait une véritable perte de temps que de lui accorder trop d’importance !

Nous ne nous étonnons en effet pas du tout des mesures de persécutions contre la Sainte Messe latine traditionnelle édictées le 16 juillet dernier, puisque nous nous y attendions et nous y préparions depuis le moment même de la parution de « François » à la loggia de la basilique vaticane au soir du 13 mars 2013.
Si nous devions nous étonner de quelque chose, c’est plutôt du fait qu’il a attendu plus de huit années pour enfin cracher tout le venin de sa méchanceté et exprimer sa détestation de la Tradition liturgique pleinement catholique.

« Que ferons-nous ? » me demandent certains, avec inquiétude.
Mais c’est très simple : nous continuerons à résister et à maintenir, quoi qu’il doive nous en coûter !

J’ai connu, dans mon adolescence, les célébrations clandestines de la Sainte Messe latine, alors réputée « interdite ».
Il n’y avait alors pas de « fraternités » ou « instituts » qui existassent pour la célébrer : nous n’avions que de bons vieux prêtres, plus ou moins persécutés par leurs évêques, qui tenaient bon et qui la célébraient, malgré toutes les pressions et condamnations, dans des chapelles de fortune aménagées dans des maisons particulières, ou parfois dans de véritables chapelles, dans des châteaux ou de grandes demeures.
Nous avons tenu bon, alors.
Nous tiendrons bon, encore et toujours.

Dans ces « années soixante-dix » du précédent siècle, l’Eglise « officielle », en France, malgré les dégâts déjà nombreux occasionnés par les suites du concile vaticandeux, pouvait encore faire illusion et donner l’impression de quelque force… Mais aujourd’hui ? Ce n’est vraiment plus le cas avec des diocèses croupions et des paroisses en pleine déconfiture.
Que pouvons-nous véritablement craindre de ces évêques qui, pour la plupart, sont devenus complètement transparents pour la société, dont le discours est habituellement d’une telle insipidité qu’il n’a pas le pouvoir de mobiliser les quelques fidèles qui leur restent, qui continuent à fermer des séminaires, qui voient l’effondrement constant de la courbe des ordinations pour le clergé diocésain, qui sont aux prises avec des difficultés financières abyssales… etc.

La vitalité n’appartient pas au modernisme, même s’il occupe pour un peu de temps encore la place, dans les structures et dans la liturgie de l’Eglise.
Sa mort est inéluctable, ce n’est qu’une question d’années (même si elles nous semblent longues parfois).
Ce n’est qu’une question de patience !
Même s’il ne faut jamais oublier que le mot patience dérive du verbe « pâtir »…

Les papes passent, comme tout le reste.
François a 85 ans. Sa santé n’est pas bonne. Il n’est pas éternel. Il passera donc lui aussi comme ont passé ceux qui avant lui ont voulu, s’opposer à la reconquête catholique qu’opère, envers et contre tout, la Sainte Messe traditionnelle, laquelle est investie d’une puissance divine contre laquelle tous les hommes qui l’ont voulu abolir se sont finalement brisés…

Nous, nous savons, par expérience – par une expérience quotidienne -, où se trouvent la vitalité et la fécondité.
Et elles ne se trouvent pas dans les institutions vérolées par le concile vaticandeux !

Les belles figures des prêtres qui ont incarné la résistance immédiatement postconciliaire au modernisme, comme le Révérend Père Jean Charles-Roux que nous avons évoqué ci-dessus, mais aussi – sans vouloir ni pouvoir être exhaustif dans mon énumération -, Monseigneur François Ducaud-Bourget, l’abbé Louis Coache, l’abbé Vincent Serralda, l’abbé Bryan Houghton, le Révérend Père Michel André, le chanoine Porta, l’abbé Michel de Fommervault, l’abbé Quentin Montgomery-Wright, l’abbé Philippe Sulmont… et tant d’autres, sans oublier bien sûr Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre, sont là comme de magnifiques exemples auprès desquels nous devons retremper notre courage et notre espérance, sans nous départir d’une constante sérénité intérieure, malgré les combats : la Sainte Messe latine traditionnelle vaincra, comme elle a déjà triomphé dans les siècles passés !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Pierre Le Gros, dit le jeune - la religion terrassant l'hérésie et la haine - Rome, Gesù

La Religion terrassant l’hérésie et la haine
par Pierre Le Gros, dit le jeune, dans l’église du Gesù, à Rome.

2021-34. Trois jours de marche vers Sainte Philomène du 8 au 10 août 2021.

Lundi 28 juin 2021,
Fête de Saint Irénée de Lyon, évêque et martyr ;
Vigile des Saints Apôtres Pierre et Paul ;
5ème jour dans l’octave de Saint Jean-Baptiste.

compostelle-pelerins-costume

A l’initiative de l’un de nos amis, fervent dévot de Sainte Philomène, il y aura un pèlerinage à pied qui viendra au Mesnil-Marie à l’occasion de la fête de Sainte Philomène, célébrée le mercredi 11 août.

Le point de départ sera près de La Voulte-sur-Rhône, le dimanche 8 août en début d’après-midi : cela constitue donc deux jours et demi de marche pour environ 65 km (par les sentiers de randonnée et chemins, essentiellement).
Ce pèlerinage aura lieu quel que soit le nombre de pèlerins.
Il est aussi possible de ne faire qu’une partie du parcours (par exemple la dernière journée, environ 18 km, entre Le Cheylard et le Mesnil-Marie).
Afin de définir et de peaufiner tous les détails pratiques de ce pèlerinage, nous demandons aux personnes qui seraient éventuellement intéressées de se faire connaître dans les plus brefs délais, au moyen de cette messagerie > ici.

nouvelle présentation châsse Sainte Philomène

Gisant et relique de Sainte Philomène au Mesnil-Marie

palmes

Publié dans:Annonces & Nouvelles, Chronique de Lully, Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 28 juin, 2021 |Commentaires fermés

2021-33. Il nous revient de rester toujours fidèles à la Sainte Doctrine et aux Traditions de notre Mère l’Église.

Vendredi 25 juin 2021,
Fête de Saint Prosper d’Aquitaine, confesseur ;
Mémoire de Saint Guillaume, abbé ;
2ème jour dans l’octave de Saint Jean-Baptiste ;
Anniversaire de l’exécution de Georges Cadoudal (cf. > ici).

Lettre mensuelle
aux
membres et amis de la Confrérie Royale

25 juin 2021

Rappel :

Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois en redoublant de prières, en offrant avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices du devoir d’état, les peines et les joies de ce jour, en travaillant plus méticuleusement à sa sanctification, lorsque cela est possible en assistant à la Sainte Messe et en offrant la sainte communion à l’intention du Roi, ou encore en accomplissant quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire offert à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.
La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Son but est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et approfondissements toujours nécessaires.

Blason de la Confrérie Royale

Bien chers amis,
                           

Notre époque peut être qualifiée « d’opinioniste », si vous m’excusez ce néologisme. Tous et chacun ont leur opinion sur ce qu’ils pensent être vrai, juste, beau, sans avoir aucune connaissance dans le domaine sur lequel ils ont une opinion. Telle personne dira : « Selon moi,… » avec une suite de phrases qui sera certainement d’une nullité incroyable et/ou extrême. Ce fléau sociétal n’est qu’un refus de l’autorité légitime ainsi qu’une énième tentative d’imposer un égalitarisme dont personne ne veut (sauf, selon moi, les féministes et autres lgbtqxyz). Ce fléau, Paul VI l’a bien annoncé au monde, est aussi entré dans l’Eglise. Nous avons maintenant des théologiens, ou plutôt des théologiennes, parfois autoproclamés avec seulement un mémoire de théologie… Pensons à Anne Soupa qui candidata pour devenir la première Primate des Gaules.
A-t-elle une maîtrise de la théologie inégalée ? Peut-être est-elle une nouvelle Doctoresse de l’Église, la première Mère de l’Église ? Que nenni ! Elle voulait juste devenir archevêque parce que la femme n’a, selon elle et d’autres “grandes » théologiennes, pas assez de place dans l’Église et qu’elles sont dénigrées… Malheureusement l’ancienne future Primate des Gaules n’est pas la seule à vouloir appliquer son « selon moi » à la doctrine divine de l’Église. « L’Église qui est en Allemagne » et son « chemin synodal » (plutôt « chemin vers le schisme ») demande que l’Église change la morale, jugée dérangeante…  Voila où mènent les opinions de gens incultes, non formés et qui refusent le développement de la théologie depuis la scholastique (et même avant) jusqu’au Concile des années 60… Comme disait le maître Bernard de Chartres 
: « Sumus nani gigantum humeris insidentes », nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants. Et lorsque les nains se piquent d’être des géants, ceux qui demeurent contents de rester “perchés” sur les épaules des géants se voient qualifiés de fous et d’arriérés par ces géants autoproclamés. Oh humour quand tu nous tiens !

Saint Prosper d'Aquitaine

Vitrail de Saint Prosper dans l’église Sainte Clotilde de Paris

Nous fêtons aujourd’hui Saint Prosper d’Aquitaine (pardon de Nouvelle Aquitaine selon les nouvelles régions gouvernementales), céleste patron des poètes. Quel rapport avec Anne Soupa et notre société « opinioniste » vous vois-je penser. Laissez-moi vous conter brièvement la vie de Saint Prosper. Né en Aquitaine vers 390, notre saint fit ses études à Bordeaux où à Marseille (que chacun se fasse sa propre opinion !), correspondit avec Saint Augustin, alla à Rome et devint secrétaire ou notaire sous le Pape Léon Ier. . Il devint un grand défenseur de Saint Augustin, alors que ledit Père de l’Église était en controverse avec les Pélagiens sur les questions de la Grâce. Après une vie passée à défendre la Foi catholique « orthodoxe », notre Saint quitta ce monde vers 463. Un bon prêtre me direz-vous. Et bien non. Un excellent laïc, et même un mari ayant compris que le plus important dans la vie n’était pas d’avoir des opinions forgées de son côté, mais de devenir un saint. Il écrivait à sa femme : « Relève-moi si je tombe, reprends-toi quand je te signale quelque faute. Qu’il ne nous suffise point d’être un seul corps, soyons aussi une seule âme». Sûrement devenu veuf, il termina sa vie comme moine à Marseille. Voici un véritable exemple d’un Confesseur, d’un nain devenu géant à son tour. Voici l’exemple d’un véritable théologien. La cléricature ne fait ni le théologien, ni le bon théologien. En revanche l’amour inconditionné donné à Dieu oui.

L’amour qu’eut Saint Prosper pour la Sainte Doctrine de l’Église ne plut pas à ceux qui, sciemment ou non, la combattaient. Déjà défaits par Saint Augustin, ils voulurent réduire Saint Prosper au silence en le calomniant. Étant le refuge ordinaire de ceux qui, bien que n’ayant pas la vérité, ont néanmoins l’orgueil de vouloir paraître triompher, cette tactique est toujours d’actualité… Saint Prosper, prévenu par un de ses amis, put détruire toutes ces calomnies et alla plus loin en écrivant son Poème contre les Ingrats, c’est-à-dire contre ceux qui ne reconnaissent pas la nécessité et la gratuité de la grâce de Dieu. (Littérature, Doctrine et rétablissement de la vérité ; du trois en un !).
Saint Prosper ne recueillit ici bas que persécutions comme récompense de ses travaux. Pourtant son zèle brûla toujours jusqu’à sa mort. Le fruit de ses travaux ne lui apporta aucune gloire terrestre, même de nos jours où il est totalement oublié. Sans lui pourtant, la si sublime doctrine augustinienne n’aurait peut-être pas eu autant d’impact. Le dénigrement sur la terre et parfois l’oubli : voila le sort réservé, selon une vision purement naturaliste, aux défenseurs de la Doctrine et de la Vérité. Mais une couronne de gloire ne vaut-elle pas plus qu’une reconnaissance terrestre ? L’exemple de notre Saint vient s’ajouter aux nombreux autres, à la tête desquels se trouve le grand Saint Athanase. Qu’est devenu le Pape Libère qui le condamna jadis pour avoir défendu la vraie foi en désobéissant à Rome ? Une mémoire oubliée. Il en sera de même pour tous ceux qui s’opposent à l’avènement du Règne de Notre Seigneur.

Saint Athanase piétine Arius qui demande le silence

Saint Athanase défenseur de la Doctrine

A notre petit niveau, il nous revient de rester toujours fidèles à la Sainte Doctrine et aux Traditions de notre Mère l’Église. Nous ne pouvons être médiocres. Cela implique concrètement que, contrairement à nombre d’autoproclamés grands « défenseurs » de la liturgie, doctrine ou discipline multiséculaires de l’Église, nous devons faire le choix de ne pas trier quelles parties garder et quelles parties nous voulons laisser de côté. Le Christ nous demande d’être des saints, et de grands saints ! Pour cela la médiocrité n’est pas la bienvenue. Comme Saint Prosper, nous devons défendre l’Église ainsi que notre Royaume, que nous aimons, avec une authentique virilité (ou féminité pour ces dames !), en prenant garde de ne pas tomber dans les pièges de l’« opinionisme » contemporain.

Puisque nous sommes dans le sujet de l’Église et de la défense des Traditions de notre bonne Mère, profitons de ces prochains jours pour prier particulièrement pour elle, pour que le Vicaire du Christ remplisse ses fonctions et affermisse ses frères dans la Foi. Saint Paul nous avait déjà prévenu : « prêche la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, menace, exhorte, avec une entière patience et toujours en instruisant, car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine ; mais ils se donneront une foule de docteurs, suivant leurs convoitises et avides de ce qui peut chatouiller leurs oreilles ;  ils les fermeront à la vérité pour les ouvrir à des fables. » (2 Timothée 4, 2-5.). L’Apôtre Pierre, premier Pape que nous fêtons dans quelques jours, ne peut qu’être sensible aux prières pour son successeur. Prions donc pour l’Église, le Pape, les évêques et tout le clergé. Prions pour une véritable recherche de la sainteté. Prions car comme disait la Sainte Vierge à Pontmain : « Priez mes enfants ! Mon Fils se laisse toucher ! ».

Saint Pierre

Saint Pierre en ornements pontificaux
(vitrail de l’église Notre-Dame de Blou)

Excellente fête des Saints Apôtres à tous !

In Corde Christi,

Abbé Pierre-Marie Pie

Tiare et clefs de Saint Pierre

2021-29. Le 15 juin, nous fêtons Saint Guy, Saint Modeste et Sainte Crescence.

15 juin,
Fête des Saints Guy, Modeste et Crescence, martyrs.

Le martyrologe romain fait mention de plusieurs saints qui portent le prénom latin de Vitus, qui est traduit en français par Guy.
Au mois de juin, on en trouve deux à trois jours d’intervalle : le plus ancien, fêté le 15 juin en même temps que le couple qui l’a élevé et qui subit avec lui le martyre, est un jeune martyr de 12 ou 13 ans, très populaire aux âges de foi, dont le culte s’est répandu dans toute l’Europe et qui figure au nombre des Quatorze Saints Auxiliateurs (ou Auxiliaires) ; le second, fêté le 12 juin, est le Bienheureux Guy de Cortone (1185-1245), prêtre franciscain qui passa la plus grande partie de sa vie dans une grotte proche de Cortone.

Par un de ces « curieux » tours de passe-passe tels que les modernistes en commirent un grand nombre à l’occasion des réformes liturgiques successives du XXe siècle, le très célèbre et vénéré Saint Guy du 15 juin, dont la vie et le martyre, remplis de miracles éclatants, contrariaient les préjugés rationalistes des pseudo réformateurs, fut éliminé des calendriers français modernes (ce n’est pas le cas en Sicile par exemple ou dans les Pouilles où sa fête donne toujours lieu à de grandes festivités) ; toutefois, comme le prénom Guy était populaire et très répandu, on fit sortir de la pénombre du culte très local où il était confiné, le Bienheureux Guy de Cortone du 12 juin, afin de le substituer au jeune martyr que nombre de prêtres progressistes reléguèrent parmi les « saints légendaires » sans authenticité historique.
Or il me semble que l’acharnement des modernistes à « faire passer à la trappe » les saints thaumaturges populaires, est une raison plus qu’amplement suffisante pour que nous nous intéressions à eux, et pour que nous nous attachions à entretenir leur culte et la ferveur envers eux !

Saint Guy Saint Modeste et Sainte Crescence - tableau de Mattia de Mare 1753 à Ostuno

Saint Guy entre Saint Modeste et Sainte Crescence
(tableau de Mattia de Mare – 1753 – dans l’église San Vito à Ostuni dans les Pouilles)

Nous ne pouvons pas, dans le format réduit des publications de ce blogue, donner ici toute la vie de Saint Guy en détail ; ceux que cela intéresserait la trouveront par exemple > ici (Vie écrite par le Rd Père Samuel de Chiaramonte, capucin, en italien, mais que ceux qui ne lisent pas l’italien pourront néanmoins aisément lire avec l’aide d’un traducteur automatique, malgré les imperfections dont ces logiciels sont coutumiers).

Né en Sicile vers 290, dans la ville qui se nomme aujourd’hui Mazara del Vallo, Vitus (Guy) était issu d’une famille noble et riche. Son prénom est dérivé de « vita », la vie.
Son père était païen, mais sa mère chrétienne ; elle mourut cependant peu de temps après la naissance de Vitus et son père confia l’enfant à une nourrice et gouvernante nommée Crescence dont l’époux, Modeste, allait faire office de précepteur.
Modeste et Crescence étaient de fervents chrétiens et, tout en prenant soin de Vitus, ils lui enseignèrent aussi la foi chrétienne que l’enfant embrassa avec  enthousiasme si bien que, à sa demande, ils le firent baptiser.
Lorsque son père apprit qu’il avait été baptisé à son insu, il entra dans une violente colère et, sur les conseils d’un juge nommé Valérien, il fit battre Vitus de coups de verges. Non seulement le supplice n’entama pas la résolution du jeune adolescent, mais il n’en proclama sa foi qu’avec davantage de détermination, et Dieu fit à cette occasion quelques miracles éclatants.
Cependant, comme son père réfléchissait à des moyens plus radicaux pour le faire apostasier, averti par un ange, Vitus rejoignit le couple qui le considérait comme un fils adoptif : ils s’enfuient alors de la ville, prirent le bateau et gagnèrent la Lucanie (aujourd’hui la Basilicate, province d’Italie méridionale).

Le jeune Vitus accomplissait toute sorte de miracles et sa renommée se répandit de plus en plus, si bien qu’elle parvint jusqu’aux oreilles de l’empereur Dioclétien, qui le fit venir à Rome – avec Crescence et Modeste - pour guérir son fils possédé par un mauvais esprit. Vitus expulsa le démon, et Dioclétien – qui avait déclenché la plus sanglante des persécutions contre les chrétiens – fit pression sur eux pour qu’ils abandonnassent la vraie foi et sacrifiassent aux idoles.

Vitus, Modeste et Crescence résistèrent à toutes ses sollicitations, promesses et menaces, si bien que Dioclétien, ulcéré, les fit emprisonner, puis soumettre à divers supplices pour les faire apostasier.
Ainsi furent-ils placés dans une chaudière de poix brûlante, mais eux – tels les trois jeunes hébreux dans la fournaise de Nabuchodonosor – ne furent point indisposés et chantaient des hymnes de louange ; ils furent alors présentés à un lion affamé, mais celui-ci se coucha devant eux et leur lécha les pieds. Et comme ce prodige enthousiasmait les assistants et risquait de les gagner à la foi chrétienne, Dioclétien ordonna de les suspendre à un chevalet, instrument de torture sur lequel les corps étaient étirés jusqu’à entraîner la rupture des jointures et des os. Libérés par de nouveaux prodiges, et bien qu’ils fussent très affaiblis par les derniers supplices subis, Vitus, Modeste et Crescence furent conduits par des anges jusqu’au bord du fleuve Sélé, où ils rendirent leurs âmes à leur Créateur : c’était le 15 juin probablement de l’an 303.

Saint Guy Saint Modeste et Sainte Crescence dans la chadière de poix brûlante

Les Saints Guy, Modeste et Crescence dans la chaudière de poix
(on aperçoit Dioclétien, vêtu comme un grand seigneur du XVe siècle, assistant au supplice depuis une espèce de loggia)

Les corps des martyrs furent discrètement ensevelis sur ces rives du Sélé où ils étaient trépassés. Mais au VIIe siècle Vitus apparut à une pieuse femme de Salerne prénommée Florence (Fiorenza) qui, navigant sur le Sélé, s’y trouva en grand danger de sombrer. Sauvée du naufrage, elle décida d’offrir une sépulture plus importante à l’adolescent martyr et à ses compagnons. C’est ainsi que les trois saints corps furent transportés à Polignano a Mare, près de Bari, dans les Pouilles. L’église qui fut édifiée en 672 en l’honneur des trois martyrs fut par la suite confiée aux bénédictins : ce n’est plus une abbaye de nos jours, mais des parties importantes des reliques de Saint Vitus s’y trouvent toujours.
En effet, au cours des siècles, en raison même des grands miracles accomplis par l’intercession de Saint Vitus, et de la diffusion très large de son culte, des reliques furent distribuées dans toute la Chrétienté : l’abbaye royale de Saint-Denys en reçut sous Pépin le Bref, par exemple, et à partir de Saint-Denys, il y eut encore des transferts de parcelles de ses ossements vers des sanctuaires de Germanie ou d’Europe du nord.
Le chef (c’est-à-dire le crâne) de Saint Guy fut transféré à Prague où la cathédrale lui est dédiée : c’est ainsi que Saint Vitus (Guy) est devenu l’un des célestes protecteurs du royaume de Bohème.

L’intercession de Saint Vitus fut particulièrement efficace contre cette maladie infectieuse du système nerveux que l’on appelle chorée et qui, dans le langage populaire, a été appelée « danse de Saint Guy ».
Saint Guy est également invoqué contre l’épilepsie, la léthargie, les crampes, la rage et les morsures de chiens ou de serpents, l’énurésie, les convulsions et les troubles nerveux en général, ainsi que pour obtenir la grâce de faire une bonne confession.

Statue de Saint Guy portée en procession à Mazara

Statue reliquaire de Saint Guy portée en procession le jour de sa fête à Mazara, sa ville natale.

Prière en l’honneur de Saint Guy :

O glorieux martyr, Saint Guy, par votre héroïque fidélité et votre brûlant amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, obtenez-nous, nous vous en supplions, toutes les vertus nécessaires pour rester nous aussi inébranlablement fidèles à la vraie foi en face des dangers du monde, de ses attraits et de ses menaces.
Vous qui avez guéri d’innombrables malades, montrez-vous encore aujourd’hui compatissant envers ceux qui souffrent, tout spécialement ceux qui sont atteints par des maladies des nerfs et ceux qui sont tourmentés par des convulsions.
Enseignez-nous la grâce d’être attentifs aux inspirations de nos anges gardiens, et de marcher sans découragement, malgré toutes les épreuves, dans les voies de la perfection évangélique.

Ainsi soit-il.

palmes

2021-27. De la Messe votive à Saint Michel des premier mardi des mois « pour la sécurité et la prospérité de l’Église et de l’État ».

28 mai,
Fête de Saint Bernard de Menthon, abbé de l’Ordre de Saint Augustin et confesseur ;
Mémoire de Saint Augustin de Cantorbéry, évêque et confesseur ;
Anniversaire de la naissance de Mgr le Dauphin Louis, et de son frère Alphonse, duc de Berry (cf. > ici) ;
Anniversaire du massacre de Bédoin (cf. > ici).

église de Saint-Vaast-La Hougue - vitrail de l'apparition à Saint Aubert

L’apparition de l’archange Saint Michel à Saint Aubert d’Avranches
(vitrail de l’église de Saint-Vaast-La Hougue – Cotentin)

Nous sommes très reconnaissants envers Monsieur l’Abbé Louis de Saint-Taurin d’avoir bien voulu rédiger à l’intention de ce blogue une synthèse concernant la dévotion des premier mardi de chaque mois en l’honneur de Saint Michel, protecteur de la France.

En tout temps troublé, la France put toujours compter sur la protection du grand Archange saint Michel.

Dès la construction d’une église sur le Mont-Tombe, Childebert III (683-711) inaugura la longue liste de nos rois qui se rendirent en pèlerinage « au péril de la mer ».
Saint Charlemagne avait fait inscrire, en 802 dit-on, sur ses étendards : « Saint Michel patron et prince de l’Empire des Gaules ».
En 1212 eut lieu au Mont Saint-Michel une croisade de multitudes d’enfants, et donc appelée des Pastoureaux de France.
Sauvé in extremis d’un grave accident, Charles VII fonda en 1423 une messe d’action de grâces en l’honneur de saint Michel. Dès l’année suivante, sainte Jeanne d’Arc entendait l’Archange lui dire : « Je suis Michel protecteur de la France », et elle recevait ses premières leçons surnaturelles la préparant à sa grande mission de salut pour « le saint Royaume », le Mont Saint-Michel et Vaucouleurs constituant les deux bastions de résistance à l’invasion angloise dans le Nord du Royaume.
Le fils de Charles VII, Louis XI, fonda le 1er août 1469 l’Ordre de Saint Michel, dont le collier entoure les armes de France.

En ce milieu du XVIIe siècle, les tout débuts du règne de Louis le Grand furent marqués par les troubles de la Fronde.
Anne d’Autriche (1601-1666) assurait alors auprès de son jeune fils les destinées du Royaume, secondée par le Premier ministre, le cardinal Jules Mazarin (1602-1661). Bien que Louis XIV ait atteint la majorité légale à ses treize ans, le 5 septembre 1651, il avait ce jour-là annoncé solennellement à sa mère :
« Madame, je vous remercie du soin qu’il vous a plu de prendre de mon éducation et de l’administration de mon royaume. Je vous prie de continuer à me donner vos bons avis, et je désire qu’après moi vous soyez le chef de mon Conseil ».

Philippe de Champaigne - Louis XIV renouvellant le voeu de Louis XIII

Philippe de Champaigne : le jeune Louis XIV renouvelant le vœu de Louis XIII

Pour pallier à la révolte princière qui atteint à Paris son paroxysme à l’été 1652, la Reine régente, fit mander à « Monsieur Olier », l’abbé Jean-Jacques Olier de Verneuil (1608-1657), curé de la paroisse Saint-Sulpice depuis dix ans, de requérir l’aide du Ciel pour faire cesser la guerre civile ravageant le Royaume. Cette paroisse relevait non de la juridiction du Sieur Archevêque de Paris1 mais du Révérendissime Abbé de Saint-Germain-des-Prés2.
Le serviteur de Dieu, figure fondamentale de l’École française de spiritualité3, suggéra la résolution suivante que prononça la Reine :
« Abîmée dans mon néant et prosternée aux pieds de votre auguste et sacrée Majesté, honteuse dans la vue de mes péchés de paraître devant vous, ô mon Dieu, je reconnais la juste vengeance de votre sainte colère, irritée contre moi et contre mon État ; et je me présente toutefois devant vous, au souvenir des saintes paroles que vous dîtes autrefois à un prophète, au sujet d’un Roi pécheur, mais pénitent : J’aurai pitié de lui, et lui pardonnerai, à cause que je le vois humilié en ma présence. En cette confiance, ô mon Dieu, j’ose vous faire vœu d’ériger un autel à votre gloire sous le titre de saint Michel et de tous les anges et sous leur intercession y faire célébrer, tous les premier mardi des mois, le très saint sacrifice de la Messe, afin d’obtenir la paix de l’Église et de l’État ». 

La souveraine acheva par cette supplique à l’Archange, que rapporte « Monsieur Faillon » (1799-1870), prêtre sulpicien et historien du XIXe siècle et biographe de l’abbé Olier :
«  Glorieux saint Michel je me soumets à vous avec toute ma Cour, mon État et ma famille, afin de vivre sous votre sainte protection ; et je me renouvelle, autant qu’il est en moi, dans la piété de tous mes prédécesseurs, qui vous ont toujours regardé comme leur défenseur particulier. Donc, par l’amour que vous avez pour cet État, assujettissez-le tout à Dieu et à ceux qui le représentent » 4.

Anonyme vers 1645 - Anne d'Autriche avec le jeune Louis XIV et son frère puiné

La Reine régente Anne d’Autriche avec le jeune Louis XIV et son frère puiné
(anonyme, vers 1645)

L’on ne sait exactement où Anne d’Autriche fit ériger un autel au Prince des Anges pour y faire célébrer solennellement, tous les premier mardi des mois, le saint sacrifice de la Messe. Mais la paix revint promptement, le Roi fit son entrée triomphale dans sa capitale le 21 octobre et la France put alors connaître la stabilité et le rayonnement du « Siècle de Louis XIV ».

Les fondations de Messes furent assurées jusqu’à la Révolution de 1789. Il fallut attendre le milieu du XXe siècle pour que la France renouât avec cette belle tradition de la « Messe de saint Michel pour la France ».
En 1943 en effet, en pleine Seconde Guerre mondiale, l’abbé Constant Paulet, ressentant la nécessité d’un sursaut salutaire, lançait la parution du journal « Terre et Foi », y prônant la « maintenance chrétienne et terrienne de la France » et organisant une croisade de messes « pour la France et pour la paix ».
En 1948 il fit sortir de l’oubli la messe du premier mardi en l’honneur de saint Michel et reçut l’imprimatur. En 1956, une vingtaine d’Evêques  l’encouragèrent. Le 15 juin 1962, le pape Jean XXIII accorda sa bénédiction.

Depuis 1988, les Compagnons de Saint Michel Archange – dont feu l’abbé Christian-Philippe Chanut fut l’aumônier comme Chapelain Prieur –, s’efforcent de faire revivre la spiritualité michaëlique à la suite de l’abbé Paulet ; ils ont relevé cette vénérable tradition de la Messe mensuelle «  afin d’obtenir la paix à l’Église et à l’État » et s’efforcent de la faire connaître et de la diffuser.

Il s’agit de célébrer, si les règles liturgiques le permettent, la Messe votive de saint Michel (soit celle du 29 septembre, soit celle du 8 mai en Temps pascal), en offrant surtout l’intention de la Messe pour la France. Et retenant que nos prêtres ne vivent pas que d’amour et d’eau fraîche, n’oublions pas de faire l’aumône d’offrandes de Messe. Le Bon Dieu, qui aime la France, nous le rendra au centuple !

Saint Michel - Paris fontaine Saint-Michel

Statue de l’archange Saint Michel dominant la fontaine éponyme à Paris

P.S. : Note d’accord… qui rassurera ceux d’entre vous qui auront bondi à la lecture du titre et de certaines graphies dans le corps de l’article…
Doit-on mettre la marque du pluriel aux jours de la semaine ? Oui car lundi, mardi etc. sont des noms communs soumis aux mêmes règles d’accord que les autres noms communs. On écrit : tous les lundis et tous les dimanches.
Suivi par une description de temps (semaine, mois), il faut compter le nombre de ces jours dans cet intervalle de temps. Une semaine n’ayant qu’un seul lundi, l’on écrit: les lundi de chaque semaine. Quant au mois, l’on dira les premier et troisième lundis de chaque mois. Premier et troisième sont au singulier puisqu’il n’y a qu’un premier et un troisième dans un mois. Mais les deux, ensemble, sont un pluriel. Tous les lundi et mardi de chaque semaine signifie : chaque lundi et chaque mardi de chaque semaine. Lundi et mardi ne peuvent pas être au pluriel puisqu’il n’y en a qu’un par semaine, mais ensemble, ils forment un pluriel (tous les).
Dans le même ordre d’idées, l’on écrit : tous les dimanches matin et le mardi soir de chaque semaine. Dans le premier cas, matin est au singulier car il n’y a qu’un seul matin dans une journée par contre il y a plusieurs dimanches. Dans le deuxième cas, il n’y a qu’un seul mardi dans la semaine d’où le singulier et il n’y a toujours qu’un seul soir dans un mardi 5.
L’on écrit donc à juste titre : Désormais, je ferai dire – et j’y assisterai dévotement – une Messe de saint Michel pour la France tous les premier mardi des mois…

Abbé Louis de Saint-Taurin

* * * * * * *

Notes :
1 Les évêques de Paris devinrent archevêques en 1622. Ils relevaient jusque là de l’archevêché métropolitain de Sens.
2 Cette abbaye jouissait de l’exemption et dépendait donc directement du Siège Apostolique, ce qui constituait un titre d’indépendance en plein Paris.
3 Selon le concept forgé par Henri Brémont dans son Histoire littéraire du sentiment religieux (t. III, 1929).
4Faillon (abbé Étienne-Michel) : Vie de Monsieur Olier ; Éd. Poussielgue, Frères, Paris, (1841) 1873, t. II, pp.535-536.
5Source : https://leconjugueur.lefigaro.fr/frplurieljour.php.

Mont Saint-Michel au couchant

 

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