Note préliminaire :
Le texte qui suit est celui d’un sermon qui fut prononcé le jour de l’Ascension 29 mai 2025 à l’occasion de l’une des Saintes Messes célébrées au cours du pèlerinage annuel de la Confrérie Royale au Puy. Il nous a semblé que les rappels qui s’y trouvent méritaient d’être en « possession » de tous les membres et amis de la Confrérie Royale, et, bien plus largement, de tous les Légitimistes, de tous les catholiques, de tous les Français auxquels on tente de faire perdre la mémoire de leur « histoire sainte », voilà pourquoi nous publions ce texte en guise de lettre mensuelle pour ce 25 mai 2026.

Angers, « Tapisserie de l’Apocalypse » (2ème moitié du XIVème siècle) :
le combat de Saint Michel et de ses anges contre les anges rebelles.
« Quis ut Deus ? Qui est comme Dieu ? »
dit Saint Michel à Lucifer révolté.
Que pouvait désirer Saint Michel, le grand archange et stratège de Dieu, le deuxième des Séraphins avant d’en devenir le premier lors de la chute de Lucifer dans l’enfer ? Dans son humilité, dont il avait fait preuve en acceptant d’adorer la sainte Humanité assumée par la Divinité du Sauveur, il ne désirait qu’une chose : servir Dieu (le contraire de l’orgueil de Lucifer), tant il est vrai que le devoir de chacun est de servir.
Mais Dieu avait Ses vues sur lui. Sans parler de ses nombreuses actions dans l’Ancien et le Nouveau Testament, le Seigneur fit de lui l’ange gardien d’Israël: le prophète Saint Daniel (Dan. X) le dit « prince d’Israël », Saint Denys l’Aréopagite l’appelle « guide sacré des Juifs », et Saint Daniel de nouveau (Dan. XII) dit qu’il « se tient en faveur des Fils du peuple d’Israël ».
Il devint lors de l’Incarnation l’Ange gardien du Sauveur « afin de Le garder en toutes ses voies », dit le Psaume (Ps. XC).
Après la promulgation du Nouveau Testament, il fut l’Ange gardien de la Sainte Eglise, le nouvel Israël, comme le dit Saint Chrysostome, et ce fut lui qui montra le Labarum à l’Empereur Saint Constantin.
Il prit possession du mont Gargan le 8 mai 490 et en consacra lui-même la grotte le 29 septembre 493.

La statue de marbre de Saint Michel
vénérée dans la grotte-sanctuaire du mont Gargan.
Mais Dieu voulait qu’il devint aussi l’Ange gardien du saint Royaume de France, la nouvelle tribu de Juda du nouvel Israël, comme le dit le Pape Grégoire IX.
Lorsqu’à la bataille de Tolbiac en 496 le saint Roi Clovis invoqua le Dieu de Clothilde, l’Archange apparut au Roi pour lui prédire la victoire en vertu de la Croix et assista victorieusement le Roi dans la bataille. Après celle-ci le Roi, reconnaissant, lui consacra sa personne et son Royaume. Il est chronologiquement le plus ancien des patrons du Royaume.
Tout don à Dieu est définitif, et Dieu est fidèle. Aussi, lors du sacre de ce Roi à Rheims à la Noël suivante, il fut l’instrument du Saint-Esprit pour apporter la sainte Ampoule, selon une antienne du sacre.
Pour manifester à perpétuité son patronnage et sa garde, il apparut le 16 octobre 708 à Saint Aubert, évêque d’Avranches, pendant son sommeil, lui notifiant sa volonté que l’on bâtit une église sous son patronnage au sommet du mnt Tombe. Saint Aubert se crut l’objet d’une illusion. A la troisième apparition, l’Archange lui pressa le front avec son doigt et y laissa une empreinte que l’on voit encore sur le côté gauche de son crâne en l’église Saint-Gervais d’Avranches, qui est l’église principale de la ville depuis la destruction de la cathédrale par la révolution.

Relique du Chef de Saint Aubert.
Malgré la difficulté du lieu due à la montagne et à la mer, l’église fut construite et des reliques furent apportées du mont Gargan. Et le jour prévu pour la dédicace le 16 octobre 709, ce fut Notre-Seigneur Lui-même qui en fit la cérémonie.
Cette petite église sert aujourd’hui de crypte à l’actuelle abbatiale.
Ayant appris l’apparition de Saint Michel, le Roi Childebert III le juste voulut s’y rendre en pèlerinage. Au moins dix-sept Rois y vinrent prier l’Archange.
Comme le dit une hymne, « à ce sanctuaire le Français aime à venir chercher le secours dans le danger ; il y accourt dans l’allégresse pour accomplir ses vœux et rendre grâces à Dieu ».
Ce fut l’un des pèlerinages les plus fréquentés de la Chrétienté.
Plusieurs Rois, comme Saint Charlemagne ou Charles VII, placèrent Saint Michel sur leur étendard. Et l’ancienne chapelledu palais royal de la Cité à Paris était dédiée à Saint Michel, de là la fontaine de la rive gauche avec la grande statue de l’Archange au-delà du pont du même nom.

Statue en bronze de Saint Michel
dominant la Fontaine Saint-Michel, à Paris.
Au Puy même, le chanoine Truan édifia sur le mont Aiguilhe et fit consacrer le 18 juillet 961 une église à Saint Michel, avec trois ou quatre moines résidant à côté sur la cime, et dont l’abbé était membre du chapitre cathédral.
Saint Michel répondit à la dévotion des Français. Alors que les moines, les habitants et les soldats du Mont-Saint-Michel résistaient à un siège de près de quarante ans, alors que le Roi Charles VII venait supplier humblement Notre-Dame du Puy à plusieurs reprises, Notre-Dame du Puy envoya Saint Michel à une petite bergère de douze ans, pour l’envoyer sauver la France, en l’année 1424.
Bien formée par l’Archange, Sainte Jeanne d’Arc partit à 17 ans à l’approche du jubilé du Puy trouver le roi à Chinon en 1429. Ce fut Saint Michel qui, en compagnie de Sainte Jeanne, apporta une couronne au Roi. La sainte plaça Saint Michel et Saint Gabriel sur son étendard, et l’Annonciation de Notre-Dame du Puy sur son pennon ; et, assistée de Saint Michel, elle délivra Orléans le 8 mai 1429 en la fête de l’Archange, puis mena sacrer le Roi à Rheims le 17 juillet 1429, pendant l’octave de Notre-Dame du Puy.
Sa mission achevée, elle périt en martyre et Saint Michel vint prendre sa belle âme.
Ce fut en reconnaissance que le Roi Louis XI fonda le 1er août 1469 « l’Ordre et aimable Compagnie de Monsieur Saint Michel » en « commémoration et honneur de Monsieur Saint Michel Archange, premier Chevalier », dont, par la grâce de nos Rois, il reste encore quelques membres.

Jean Fouquet (vers 1420 – vers 1480) :
Louis XI présidant le chapitre de l’Ordre de Saint Michel
(manuscrit des statuts de l’Ordre de Saint Michel – Bibliothèque nationale de France).
En 1594, lors de l’entrée d’Henri IV à Paris, il apparut en petit enfant éclatant de blancheur aux côtés du Roi pendant la Messe à la cathédrale.
En 1758 les évêques de Bretagne instituèrent à la date du 5 janvier, veille de l’Epiphanie, une fête en « l’honneur des Saints Anges gardiens du Roi et du Royaume », ce dernier étant Saint Michel.
Après les reniements révolutionnaires (et l’expulsion des moines du Mont), Saint Michel n’abandonna pas son cher Royaume.
Les évêques de France essayèrent de compenser l’absence du Roi en consacrant leurs diocèses à Saint Michel le 19 mai 1912 (Nota bene : on trouve le texte de cette consécration > ici).
A la première guerre mondiale l’archevêque de Paris fit le vœu de construire une église en l’honneur de Saint Michel si la guerre épargnait la capitale. L’église fut construite aux Batignolles dans les villages de Paris.

Sur le pignon de la façade de l’église Saint-Michel-des-Batignolles,
la statue dorée de l’Archange s’inspire de celle qui se trouve
au sommet de la flèche de l’abbatiale du Mont-Saint-Michel.
Et ce fut encore le grand Archange qui arrêta la seconde guerre moniale le 8 mai 1945, en sa fête. Sans doute interviendra-t-il pour la future délivrance de notre pays.
Il serait trop long de citer ses nombreuses interventions bénéfiques jusqu’au 15 août 1900 à Pékin ou en 1916 à Fatima, sans compter sa protection au moment du Jugment divin lors de la mort de chacun de nous.
A la cathédrale angélique du Puy une fresque du XIème siècle le représente sur 5 mètres 55 de haut dans la tribune du transept septentrional, car il était à la tête des Anges apparus deux fois avec la Sainte Vierge, et à la tête des Anges qui consacrèrent la cathédrale le 11 juillet 225.
Prions donc l’Archistratège de Dieu pour la Sainte Eglise, pour le saint Royaume, pour le Roi, pour nous-mêmes, et pour notre pèlerinage.
Comme le dit une antienne, « Archange Michel, venez au secours du peuple de Dieu ». Ainsi soit-il.
+ Abbé G.E.

Basilique-cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation, au Puy-en-Velay :
fresque de Saint Michel (XIème siècle) à la tribune du transept nord.