Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2022-100. Les ennemis de Dieu sont ceux qui s’opposent à Son empire, non par leur nature mais par leurs vices ; et ce n’est point à Dieu qu’ils nuisent, mais à eux-mêmes.

28 septembre,
Fête de Saint Wenceslas, duc de Bohème et martyr ;
Anniversaire de la sainte mort du Père Ange de Joyeuse (cf. > ici) ;
Dernier jour de la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Michel (cf. > ici).

   En cette veille de la fête de Saint Michel archange, et pour en conclure la neuvaine préparatoire, nous vous invitons à lire et méditer sur ces trois petits chapitres de « La Cité de Dieu », l’œuvre majeure de notre Bienheureux Père Saint Augustin, dans lesquels le Docteur de la Grâce explique qu’il n’existe pas deux natures angéliques, l’une bonne et l’autre mauvaise, mais que, pour les anges comme pour les hommes, la malice est une conséquence de la volonté, la conséquence d’un choix, la conséquence du vice qui s’oppose au Bien souverain.

La chute des anges rebelles - Charles le Brun 1670

La chute des anges rebelles
(Charles Le Brun, vers 1670)

frise

La nature des anges, bons et mauvais, est une ;
aucune essence n’est contraire à Dieu par nature,
et les ennemis de Dieu ne le sont que par leur volonté propre :

Chapitre 1er :

   Avant de parler de la création de l’homme, avant de montrer les deux cités se formant parmi les êtres raisonnables et mortels, comme on les a vues, dans le livre précédent, se former parmi les anges, il me reste encore quelques mots à dire pour faire comprendre que la société des anges avec les hommes n’a rien d’impossible, de sorte qu’il n’y a pas quatre cités, quatre sociétés, deux pour les anges et autant pour les hommes, mais deux cités en tout, l’une pour les bons, l’autre pour les méchants, anges ou hommes, peu importe.

   Que les inclinations contraires des bons et des mauvais anges proviennent, non de la différence de leur nature et de leur principe, puisqu’ils sont les uns et les autres l’œuvre de Dieu, auteur et créateur excellent de toutes les substances, mais de la diversité de leurs désirs et de leur volonté, c’est ce qu’il n’est pas permis de révoquer en doute. Tandis que les uns, attachés au bien qui leur est commun à tous, lequel n’est autre que Dieu même, se maintiennent dans Sa vérité, dans Son éternité, dans Sa charité, les autres, trop charmés de leur propre puissance, comme s’ils étaient à eux-mêmes leur propre bien, de la hauteur du Bien suprême et universel, source unique de la béatitude, sont tombés dans leur bien particulier, et, remplaçant par une élévation fastueuse la gloire éminente de l’éternité, par une vanité pleine d’astuce la solide vérité, par l’esprit de faction qui divise, la charité qui unit, ils sont devenus superbes, fallacieux, rongés d’envie.
Quelle est donc la cause de la béatitude des premiers ? leur union avec Dieu ; et celle, au contraire, de la misère des autres ? leur séparation de Dieu.
Si donc il faut répondre à ceux qui demandent pourquoi les uns sont heureux : c’est qu’ils sont unis à Dieu, et à ceux qui veulent savoir pourquoi les autres sont malheureux : c’est qu’ils sont séparés de Dieu, il s’ensuit qu’il n’y a pour la créature raisonnable ou intelligente d’autre bien ni d’autre source de béatitude que Dieu seul. Ainsi donc, quoique toute créature ne puisse être heureuse (car une bête, une pierre, du bois et autres objets semblables sont incapables de félicité), celle qui le peut, ne le peut point par elle-même, étant créée de rien, mais par Celui qui l’a créée. Le même objet, dont la possession la rend heureuse, par son absence la fait misérable ; au lieu que l’être qui est heureux, non par un autre, mais par soi, ne peut être malheureux, parce qu’il ne peut être absent de soi.

   Nous disons donc qu’il n’y a de bien entièrement immuable que Dieu seul dans Son unité, Sa vérité et Sa béatitude, et quant à Ses créatures, qu’elles sont bonnes parce qu’elles viennent de Lui, mais muables, parce qu’elles ont été tirées, non de Sa substance, mais du néant.
Si donc aucune d’elles ne peut jamais être souverainement bonne, puisque Dieu est infiniment au-dessus, elles sont pourtant très-bonnes, quoique muables, ces créatures choisies qui peuvent trouver la béatitude dans leur union avec le Bien immuable, Lequel est si essentiellement leur bien, que sans Lui elles ne sauraient être que misérables.
Et il ne faut pas conclure de là que le reste des créatures répandues dans cet immense univers, ne pouvant pas être misérables, en soient meilleures pour cela ; car on ne dit pas que les autres membres de notre corps soient plus nobles que les yeux, sous prétexte qu’ils ne peuvent devenir aveugles ; mais tout comme la nature sensible est meilleure, lors même qu’elle souffre, que la pierre qui ne peut souffrir en aucune façon, ainsi la nature raisonnable l’emporte, quoique misérable, sur celle qui est privée de raison ou de sentiment et qui est à cause de cela incapable de misère. S’il en va de la sorte, puisque cette créature a un tel degré d’excellence que sa mutabilité ne l’empêche pas de trouver la béatitude dans son union avec le souverain Bien, et puisqu’elle ne peut ni combler son indigence qu’en étant souverainement heureuse, ni être heureuse que par Dieu, il faut conclure que, pour elle, ne pas s’unir à Dieu, c’est un vice. Or, tout vice nuit à la nature et par conséquent lui est contraire.
Dès lors la créature qui ne s’unit pas à Dieu diffère de celle qui s’unit à Lui non par nature, mais par vice. Et ce vice même marque la grandeur et la dignité de sa nature, le vice étant blâmable et odieux par cela même qu’il déshonore la nature.
Lorsqu’on dit que la cécité est le vice des yeux, on témoigne que la vue leur est naturelle, et lorsqu’on dit que la surdité est le vice des oreilles, on affirme que l’ouïe appartient à leur nature ; de même donc, lorsqu’on dit que le vice de la créature angélique est de ne pas être unie à Dieu, on déclare qu’il est de sa nature de lui être unie.
Quelle gloire plus haute que d’être uni à Dieu de telle sorte qu’on vive pour Lui, qu’on n’ait de sagesse et de joie que par Lui, et qu’on possède un si grand bien sans que la mort, l’erreur et la souffrance puissent nous Le ravir !
Comment élever sa pensée à ce comble de béatitude, et qui trouvera des paroles pour l’exprimer dignement ?
Ainsi, tout vice étant nuisible à la nature, le vice même des mauvais anges, qui les tient séparés de Dieu, fait éclater l’excellence de leur nature, à qui rien ne peut nuire que de ne pas s’attacher à Dieu.

Chapitre 2 :

   J’ai dit tout cela de peur qu’on ne se persuade, quand je parle des anges prévaricateurs, qu’ils ont pu avoir une autre nature que celle des bons anges, la tenant d’un autre principe et n’ayant point Dieu pour auteur. Or, il sera d’autant plus aisé de se défendre de cette erreur impie (note : c’est l’erreur des manichéens) que l’on comprendra mieux ce que Dieu dit par la bouche d’un ange, quand Il envoya Moïse vers les enfants d’Israël : « Je suis Celui qui suis » (Exod. III, 14). Dieu, en effet, étant l’essence souveraine, c’est-à-dire étant souverainement et par conséquent étant immuable, quand Il a créé les choses de rien, Il leur a donné l’être, à la vérité, mais non l’être suprême qui est le sien ; Il leur a donné l’être, dis-je, aux unes plus, aux autres moins, et c’est ainsi qu’Il a établi des degrés dans les natures des essences.
De même que du mot sapere s’est formé sapientia, ainsi du mot esse on a tiré essentia, mot nouveau en latin, dont les anciens auteurs ne se sont pas servis (note : Quintilien cite - Instit., lib. II, cap. 15, § 2, et lib. III, cap. 6, § 23 – le philosophe stoïcien Papinius Fabianus Plautus comme s’étant servi des mots ens et essentia), mais qui est entré dans l’usage pour que nous eussions un terme correspondant à l’ousia des Grecs. il suit de là qu’aucune nature n’est contraire à cette nature souveraine qui a fait être tout ce qui est, aucune, dis-je, excepté celle qui n’est pas. Car le non-être est le contraire de l’être. Et, par conséquent, il n’y a point d’essence qui soit contraire à Dieu, c’est-à-dire à l’essence suprême, principe de toutes les essences, quelles qu’elles soient.

Chapitre 3 :

   L’Ecriture appelle ennemis de Dieu ceux qui s’opposent à Son empire, non par leur nature, mais par leurs vices ; or, ce n’est point à Dieu qu’ils nuisent, mais à eux-mêmes. Car ils sont Ses ennemis par la volonté de Lui résister, non par le pouvoir d’y réussir. Dieu, en effet, est immuable et par conséquent inaccessible à toute dégradation.
Ainsi donc le vice qui fait qu’on résiste à Dieu est un mal, non pour Dieu, mais pour ceux qu’on appelle Ses ennemis. Et pourquoi cela, sinon parce que ce vice corrompt en eux un bien, savoir le bien de leur nature ?
Ce n’est donc pas la nature, mais le vice qui est contraire à Dieu. Ce qui est mal, en effet, est contraire au bien. Or, qui niera que Dieu ne soit le souverain bien ? Le vice est donc contraire à Dieu, comme le mal au bien. Cette nature, que le vice a corrompue, est aussi un bien sans doute, et, par conséquent, le vice est absolument contraire à ce bien ; mais voici la différence : s’il est contraire à Dieu, c’est seulement comme mal, tandis qu’il est contraire doublement à la nature corrompue, comme mal et comme chose nuisible. Le mal, en effet, ne peut nuire à Dieu ; il n’atteint que les natures muables et corruptibles, dont la bonté est encore attestée par leurs vices mêmes ; car si elles n’étaient pas bonnes, leurs vices ne pourraient leur être nuisibles. Comment leur nuisent-ils, en effet ? n’est-ce pas en leur ôtant leur intégrité, leur beauté, leur santé, leur vertu, en un mot tous ces biens de la nature que le vice a coutume de détruire ou de diminuer ? Supposez qu’elles ne renfermassent aucun bien, alors le vice, ne leur ôtant rien, ne leur nuirait pas, et partant, il ne serait plus un vice ; car il est de l’essence du vice d’être nuisible. D’où il suit que le vice, bien qu’il ne puisse nuire au bien immuable, ne peut nuire cependant qu’à ce qui renferme quelque bien, le vice ne pouvant être qu’où il nuit. Dans ce sens, on peut dire encore qu’il est également impossible au vice d’être dans le souverain bien et d’être ailleurs que dans un bien. Il n’y a donc que le bien qui puisse être seul quelque part ; le mal, en soi, n’existe pas. En effet, ces natures mêmes qui ont été corrompues par le vice d’une mauvaise volonté elles sont mauvaises, à la vérité, en tant que corrompues, mais, en tant que natures, elles sont bonnes. Et quand une de ces natures corrompues est punie, outre ce qu’elle renferme de bien, en tant que nature, il y a encore en elle cela de bien qu’elle n’est pas impunie (note : c’est la doctrine de Platon, particulièrement développée dans le Gorgias). La punition est juste, en effet, et tout ce qui est juste est un bien. Nul ne porte la peine des vices naturels, mais seulement des volontaires, car le vice même, qui par le progrès de l’habitude est devenu comme naturel, a son principe dans la volonté. Il est entendu que nous ne parlons en ce moment que des vices de cette créature raisonnable où brille la lumière intelligible qui fait discerner le juste et l’injuste.

Saint Augustin, in « la Cité de Dieu » Livre XII, chapitres 1, 2 & 3.

Saint Michel gif

2022-99. Simplicité et virilité : les grandes oubliées de notre époque ?

armoiries confrérie royale

Lettre mensuelle aux membres et amis de la Confrérie Royale

25 septembre 2022 – XVIe dimanche après la Pentecôte

Crucifixion - Van Dyck 1630 - Eglise St Michel Gand

Christ en Croix, Anthony van Dyck, 1630
[église Saint-Michel - Gand]

Simplicité et virilité : les grandes oubliées de notre époque ?

Chers amis,

   Quelle époque que la nôtre ! Nous sommes assaillis par des titres médiatiques tous plus horribles les uns que les autres : ici des meurtres, là une guerre, là bas des profanations d’églises ou des sacrilèges commis par des « catholiques » clercs ou laïcs, comment ne pas être tentés de laisser tomber. « Laisse tomber, cela ne sert à rien de te battre, » nous dit le Malin, « je suis partout et j’ai déjà gagné ! Laisse-toi porter un instant par les plaisirs qu’offre ce monde moderne ! ». Sans désirer peindre un lugubre tableau de notre société, il ne faut pas faire l’autruche en ignorant la réalité des choses : notre monde court à sa perte. « Si Mon peuple ne veut pas se soumettre, Je suis forcée de laisser aller le bras de Mon Fils. Il est si lourd et si pesant que Je ne puis le retenir. Depuis si longtemps que Je souffre pour vous autres ; si Je veux que Mon Fils ne vous abandonne pas, Je suis chargée de Le prier sans cesse et vous n’en faites pas cas. Vous aurez beau prier, beau faire, vous ne pourrez récompenser la peine que J’ai prise pour vous! J’ai donné six jours pour travailler, Je Me suis réservé le septième et on ne veut pas Me l’accorder ; c’est cela qui appesantit tant le bras de Mon Fils. Aussi ceux qui mènent les charrettes ne savent plus jurer sans y mettre le nom de Mon Fils : ce sont ces deux choses qui appesantissent tant Son bras (1) .» Ces paroles de la Vierge Marie à La Salette doivent nous faire réfléchir. Quels sont les problèmes profonds de notre époque postmoderne ? Comment y contribuons-nous ? Que faisons-nous pour prier et apaiser ce Fils dont le bras se fait si lourd ?

   Notre monde actuel se complaît dans les plaisirs. Plus précisément, nous et nos contemporains sommes esclaves de nos appétits sensibles. C’est-à-dire que nous suivons nos attraits pour telle chose ou telle autre qui nous procurera un plaisir : écouter une musique peu édifiante, regarder un film qui contient des blasphèmes, grignoter un morceau alors que nous savons que cela est mauvais pour notre santé… Dans notre vie quotidienne, les exemples surabondent. « Qu’à cela ne tienne, ce n’est pas grave ! Ce n’est pas peccamineux ! » Peut-être pas en effet. Pourtant, se livrer ainsi à nos appétits nous fait courir un grand danger : celui de la féminisation. Le Père Chad Ripperger (2) explique, dans une de ses nombreuses conférences, que, particulièrement de nos jours, nous devons tous, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, être virils. Qu’est ce que cela veut dire ? L’analyse de ce qu’est la virilité nous fournit la réponse. La virilité, qui est, normalement, le propre des hommes, permet à ces derniers d’être moins prompts à suivre les aléas des sentiments et des émotions. Elle donne également cette force qui est spécifique à l’homme. Lorsque nous imaginons un homme viril, nous imaginons plutôt un bûcheron canadien que sa pilosité faciale hirsute fait ressembler à un ours, plutôt qu’à un aristocrate anglais buvant du thé. L’homme viril est celui qui, conjointement avec une force physique certaine, dispose d’une certaine force d’esprit. Il fait ce qui est bien même si cela lui coûte. Toute femme dispose aussi de cette virilité intellectuelle, cette force mentale qui aide la volonté à faire ce qui est bon. Dans une conférence donnée à Lyon sur la virilité intellectuelle, le professeur Léon Ollé-Laprune (3) cite saint Thomas d’Aquin, le Docteur Commun, en ces termes : « la créature raisonnable a ce privilège d’avoir une sorte d’empire sur elle-même : elle est maîtresse d’elle-même. » Le professeur poursuit plus loin : « Voir clair, juger et conclure, ce sont, Messieurs, les qualités qui nous manquent le plus ; en d’autres termes, la virilité intellectuelle est d’autant plus souhaitable dans le temps présent que dans le temps présent elle manque davantage. Mais j’ajoute immédiatement que jamais elle ne fut plus nécessaire, et en voici la raison : Il y a des époques paisibles, tranquilles, qu’on pourrait dire assises : le dix-septième siècle, dans sa seconde moitié, pourrait, de loin du moins, en fournir un exemple. Alors, Messieurs, on peut se laisser vivre, alors on peut se dire que ceux qui ont l’autorité sont chargés de nous faire vivre, mais, dans le temps où nous sommes, il faut faire ses affaires soi-même. (4) » Cette conférence est toujours d’actualité. Tous, hommes, femmes, adolescents, nous devons acquérir cette virilité intellectuelle qui est une première étape nécessaire avant de pouvoir avancer dans la voie de la vertu.

   La vertu de virilité est primordiale, et, pour illustrer ses propos, le Père Ripperger prend en exemple la musique moderne. Certaines musiques élèvent l’âme ; le chant sacré par exemple. D’autres font ressortir nos instincts les plus basiques en faisant monter notre adrénaline. D’autres encore provoquent des émotions. Platon disait justement : « Si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler sa musique ». La musique nous donnant un plaisir particulier lors de l’écoute, notre corps demandera toujours plus de musique. Nous connaissons tous (avons été ou sommes toujours), l’exemple de l’adolescent qui ne peut pas vivre sans ses écouteurs dans les oreilles. Lui supprimer sa musique est une violence telle qu’il se révolte. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est devenu dépendant du plaisir que lui procure sa musique. Il est « drogué » à la musique. La conséquence la plus grave en est une diminution de la volonté mais également de la virilité intellectuelle. Notre adolescent se féminise en fin de compte car il n’est plus capable de poser librement le choix du bon mais ne peut fonctionner que par son ressenti physique, ou plus exactement, psychique.

   Nous pouvons directement relier la perte de la virilité à un certain nombre de problèmes sociétaux. Si plus personne ne possède la virilité nécessaire pour tenir les lois morales, les interdits moraux sont levés de manière à pouvoir satisfaire les sens selon ses désirs. On commence par la « libération » sexuelle des années 70, pour en arriver aujourd’hui aux abominations de la théorie du genre et toutes ses conséquences chez les jeunes. La recherche du plaisir est telle que le moyen d’obtenir ce plaisir n’importe plus.  S’il faut tuer ou faire des actes contre nature, cela n’importe pas car la volonté et la virilité ne peuvent plus guider l’âme perdue vers le bien.

   La recherche du plaisir et la perte de la virilité entrainent un embourgeoisement matériel et spirituel ; la mortification prend la porte et le confort s’installe en maître partout et dans tous les aspects de nos vies. La simplicité n’a plus sa place, notamment à la table de notre maison. Elle est remplacée par une sorte de paresse qui nous entraîne à rechercher le luxe et l’inutile au lieu du nécessaire et du fonctionnel. Nous sommes déconnectés du réel et ne voyons plus les problèmes autour de nous. Nous finissons dans une sorte d’introspection perpétuelle par ne regarder que notre propre petite personne, que finalement, nous ne trouvons pas si médiocre que cela. Et la réforme de notre cœur devient de plus en plus compliquée car nous n’avons plus de volonté et sommes aveuglés par notre propre confort.

   Nous pouvons aisément constater qu’aujourd’hui l’esprit de mortification a disparu, tant au sein du clergé que chez les fidèles. Il est bien loin le temps du général de Sonis et des exercices de mortification corporelle. De nos jours même jeûner ou se priver ne serait-ce que de grignoter ou de boire trop d’alcool est vu comme un sacrifice trop important. Regardons dans nos maisons, nos chambres, analysons ce que nous avons en votre possession : combien de ces choses sont réellement utiles ? Nous avons tous besoin de retrouver cette virilité intellectuelle et nous avons tous besoin de sortir de nos vies confortables.

   La simplicité passe par le détachement matériel à la fois de manière intellectuelle mais également concrète. Un mobilier simple, une table simplement dressée, des repas simples (ce qui n’est pas synonyme de mauvais) sont des choses vers lesquelles nous devons tendre. Il nous faut sortir de notre confort.

   Virilité et simplicité : voici deux vertus qui, souvent oubliées, sont pourtant primordiales et doivent constituer un socle sur lequel nous bâtissons notre vie spirituelle. Dieu est simple, nous devons l’être aussi. Dieu est viril, Il ne change pas Ses humeurs. Nous devons également être virils pour, en fin de compte, devenir véritablement libres et détachés des choses d’ici bas et nous attacher aux choses d’en haut, tout en ayant les pieds fermement sur terre.

   Nous qui prions spécialement pour le relèvement de notre patrie, nous ne pouvons pas être médiocres : « Je connais tes œuvres : tu n’es ni froid ni chaud. Plût à Dieu que tu fusses froid ou chaud ! Aussi, parce que tu es tiède et que tu n’es ni froid ni chaud je vais te vomir de ma bouche (5) ». Nous ne pouvons être des catholiques tièdes in genere, mais encore plus, il nous faut être des catholiques brûlants ! Comment voulons nous que nos prières soient efficaces si nous ne faisons pas pénitence ? « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence !Je ne vous promets pas de vous rendre heureux en ce monde, mais en l’autre » disait la Sainte Vierge à Sainte Bernadette. Ces paroles sont encore plus d’actualité de nos jours. Nous devons faire pénitence pour nos propres péchés mais également pour aider notre Mère du Ciel à retenir le courroux de son Fils.

   Alors prenons des résolutions fermes, soyons des catholiques réellement virils et réellement simples, de la simplicité de Dieu. Nous serons alors libres de nous consacrer pleinement à faire rayonner Sa gloire dans le monde. Courage ! Soyez tous assurés de mes prières pour chacun d’entre vous,

In Corde Christi,

Abbé Pierre-Alexandre Pie

Apparition de La Salette, détail d'un vitrail de l'église de Massiac (diocèse de Saint-Flour)

Apparition de Notre Dame de la Salette
détail d’un vitrail de l’église de Massiac (diocèse de Saint-Flour)

Notes :
1 – Début du discours de Notre-Dame à La Salette, le 19 septembre 1846
2 – Fondateur de la Société de la Mère de Douleurs, exorciste et Docteur en Philosophie
3 – 25 juillet 1839 – 13 février 1898, philosophe catholique et professeur
4 – Léon Ollé-Laprune, De la virilité intellectuelle, 20 août 1896, Facultés catholiques de Lyon, Unions de la Paix sociale, à lire > ici
5 – Apocalypse de Saint Jean, 3, 15-16.

2022-98. Le « Stabat Mater pour des religieuses » de Marc-Antoine Charpentier.

22 septembre,
L’octave des Sept-Douleurs de Notre-Dame ;
Mémoire de Saint Maurice et de ses compagnons, martyrs ;
Mémoire de Saint Thomas de Villeneuve, évêque et confesseur.

Notre-Dame des Sept-Douleurs

   Le Refuge Notre-Dame de Compassion, de par son vocable, célèbre à deux reprises sa « fête patronale » principale : une première fois le Vendredi de la Passion, où l’on fait la commémoraison solennelle de la Compassion de la Bienheureuse Vierge Marie, et une seconde fois le 15 septembre, puisque, depuis les réformes liturgiques du pape Saint Pie X, la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs, originellement célébrée le troisième dimanche de septembre, a été finalement fixée au lendemain de la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix.
   Cette fête du 15 septembre est donc pour nous une « fête double de première classe avec octave commune » (selon les rubriques traditionnelles qui sont les nôtres, c’est-à-dire antérieures à toutes les réformes qui se sont succédées depuis le règne du Vénérable Pie XII), et en conséquence le 22 septembre est chez nous le jour octave des Sept-Douleurs de Notre-Dame, où l’on reprend l’office et la Messe du 15 septembre sous le rit « double majeur », avec évidemment la sublime séquence « Stabat Mater », dont la composition est communément attribuée au franciscain Jacopone da Todi (+ 1306).

   En conclusion de cette magnifique semaine d’approfondissement du mystère de la compassion de la Très Sainte Mère de Dieu, permettez-moi de vous proposer d’écouter (ou de réécouter si vous le connaissez déjà, car il me semble que l’on ne s’en lasse jamais) le « Stabat Mater pour des religieuses » [H15], composé par Marc-Antoine Charpentier (1643-1704).
Si l’on ne possède aujourd’hui pas de certitude absolue sur les circonstances de la composition de ce « Stabat », il semble toutefois très probable – en raison de son style – qu’il appartienne au groupe d’œuvres composées pour le couvent de Port-Royal de Paris. C’est une pièce d’une simplicité sublime qui porte une pure et poignante ferveur propice à soutenir la méditation et la contemplation des souffrances de Notre-Dame au pied de la Croix.

   Voici deux enregistrements tous deux réalisés dans la Chapelle Royale de Versailles avec « le Concert des Nations » et « la Capella Reial de Catalunya » sous la direction de l’incomparable Jordi Savall : deux enregistrements qui présentent de petites différences (l’un des deux a été réalisé lors d’un concert public), mais qui sont l’un comme l’autre absolument admirables, à mon sens, sans que je les puisse mettre en concurrence et départager.

   Le Bienheureux Innocent XI, par un bref apostolique de 1681, confirmé par un rescrit du Bienheureux Pie IX le 18 juin 1876, a accordé 100 jours d’indulgence aux fidèles qui honorerons les douleurs de la Très Sainte Vierge Marie en priant et méditant au moyen du « Stabat Mater ».

Pour écouter ces deux enregistrements, faire un clic droit sur les images ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet ».

Image de prévisualisation YouTube

Coeur douloureux et immaculé de Marie

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Coeur douloureux et immaculé de Marie

Autres « Stabat Mater » proposés dans ce blogue :
- Zoltan Kodaly > ici
- Jean-Baptiste Pergolèse (deux versions) > ici 

2022-97. Le renouveau de la France passera par le retour des Lys.

Mercredi 21 septembre 2022,
Fête de Saint Matthieu, apôtre et évangéliste (cf. > ici, et > ici) ;
230ème anniversaire de la proclamation, par dol et forfaiture, de la 1ère république (cf. > ici).

   La joie de la fête de l’apôtre Saint Matthieu – belle et grande fête d’un très grand et très admirable apôtre de Notre-Seigneur – est toutefois toujours un peu voilée de tristesse en raison de l’anniversaire historique attaché à cette date : le 21 septembre 1792, comme nous le rappelons ci-dessus (aller sur le lien proposé), au mépris de toute démocratie – dont elle prétend pourtant tirer sa force et sa « légitimité » – et des convictions plus que générales des Français, la Royauté française était déclarée abolie et la république proclamée…
Avec la république, la France allait s’enfoncer dans l’horreur et le chaos, la corruption et la barbarie, pour ensuite sombrer dans la dictature d’un petit caporal bouffi d’orgueil !

   A l’occasion de ce deux-cent-trentième anniversaire cependant, en guise de remède au « spleen » politique et d’antidote à la désespérance, nous avons un réel plaisir à vous proposer la lecture d’un texte paru au mois de juin dernier dans la revue publiée par le Cercle royal des enfants de France : ce sont les réponses données par Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX aux questions posées par l’un des responsables du Cercle sus-nommé.
Voilà donc de quoi réfléchir, avec l’occasion de se dire que nous pouvons avoir la certitude que la « gueuse » périra de ce qui l’a fait naître  : le mensonge et la forfaiture, le crime et le terrorisme, la corruption et la barbarie, l’abrutissement et le sacrilège…
Les paroles fortes et sereines de l’Aîné des descendants de Hugues Capet, de Saint Louis, d’Henri IV et de Louis XIV, nous invitent à agir, à être « missionnaires » de la Légitimité, à saisir toutes les occasions et à être les acteurs d’une véritable restauration royale.

PS : Nous nous autorisons à reproduire en caractères gras les phrases qui nous semblent les plus importantes de cet entretien.

Couverture de la revue du cercle royal des enfants de France - juin 2022

Couverture de la revue de juin 2022 publiée par le Cercle Royal des Enfants de France
dans lequel est paru l’entretien reproduit ci-dessous

frise fleurs de lys

1. Que pensez-vous de l’avenir de la France avec la réélection de Emmanuel Macron en tant que président ?

   Je ne polémique pas avec l’actuel président de la république qui comme tous ses prédécesseurs passera…
Je suis plus intéressé par l’avenir de la France qui, elle, a vocation de durer. Je dois dire que je suis inquiet de ce qui se passe depuis des décennies dans la terre des Lys.
Comme nous le montre l’histoire, la France a été une terre de progrès, de culture, de civilisation ; un pays non seulement prospère et puissant mais, encore plus, regardé par de nombreux autres comme un modèle.
Pourtant, actuellement, nous voyons l’œuvre des siècles détruite. Pour une large part c’est le fait d’institutions inadaptées car elles ne permettent aux meilleurs de donner toute leur puissance au service de la collectivité. Où sont les Colbert, les Sully, les Michel de l’Hospital ? Pareillement elles appauvrissent des populations toujours plus nombreuses. La France a progressivement été déclassée, ce qui a des conséquences sur sa souveraineté et son moral. Or c’est contre cet esprit d’abandon qu’il faut réagir et, malheureusement les gouvernements actuels sont incapables de le faire puisque les institutions ne sont plus à même de répondre aux besoins. Bâties sur des idées fausses, minées par le scepticisme et le relativisme elles ne peuvent répondre aux interrogations du monde d’aujourd’hui. D’ailleurs depuis des décennies les gouvernements ont promis des réformes mais ils n’ont rien fait car c’est le système qui est mauvais.

2. Que pensez-vous de l’Union Européenne, trouvez-vous qu’elle remplit son rôle, ou va-t-elle trop loin ?

   Vous faites bien de poser la question en termes d’Union Européenne car c’est là où le bât blesse.
Un Capétien ne peut être que pour l’Europe, qui a été le creuset de la civilisation occidentale, à laquelle le monde entier doit tant. L’Europe a toujours eu le souci de transmettre sur les cinq continents ses valeurs inspirées par sa foi chrétienne et l’héritage gréco-romain.
Qu’a-t-telle à transmettre actuellement si ce n’est des idéologies délétères ? Avec l’Union européenne ce qui était un projet de civilisation rayonnant sur le monde, est devenu un mauvais modèle économique et financier technocratique menant à une mondialisation dangereuse puisqu’ordonnée à rien d’autres que l’esprit de profits à court terme.
Afin que l’Europe puisse de nouveau être un modèle et non un pion plus ou moins malmené dans un concert des nations toujours plus instable et dangereux, la France doit reprendre conscience de sa vocation d’éducatrice des nations.

3. Avez-vous l’impression que les Français désirent un roi ?

   Cela ne peut-être une question d’impression.
Le Roi sous-entend une volonté de partager un destin commun, un grand dessein dans lequel tous se retrouvent, heureuse alchimie entre les désirs individuels et la volonté de garantir ce que les anciens appelaient la chose publique. Les Français n’ont jamais totalement oublié le roi. Les dix siècles de royauté demeurent comme une sorte d’âge d’or auquel ils peuvent se référer ne serait-ce qu’en matière de patrimoine. Ce qui est « royal » par nature est « beau et glorieux ».
Sur un autre plan voyez aussi combien les Français regardent avec envie vers les princes étrangers que ce soit les Windsor ou les Grimaldi. Plus de Français ont suivi le Jubilé des 70 ans de règne de la Reine Elisabeth II que la cérémonie du second quinquennat de M. Macron.
Mais d’un certain sentiment en faveur de la royauté il conviendrait de passer à une volonté.

4. Avez-vous une impression que la civilisation européenne sombre dans un déclin profond à un point où toutes les valeurs qui l’ont bâtie ont été oubliées ? Quelle serait votre alternative face à ce déclin ?

   Comment ne pas voir qu’il y a un certain déclin européen ?
Il y a des causes extérieures, par exemple la poussée des pays émergents qui sont de nouveaux concurrents notamment économiques ; mais encore plus il y a des causes morales, une sorte de démission née d’une perte de confiance.

L’Europe rejette ses racines historiques, religieuses et civilisationnelles, comme si elle avait honte d’elle-même et de ce qu’elle a réussi par le passé et qui a fait sa grandeur. Elle semble oublier qu’elle a été le lieu de tous les progrès tant matériels que culturels. Elle a été l’espace où ont pu s’épanouir tous les arts. L’Europe peut être fière d’elle -même.
Quand elle abandonne sa mission, le monde retrouve les désordres : l’esclavage renait, comme la piraterie et tous les trafics ; les obscurantismes de tous ordres s’épanouissent, et donc l’insécurité pour tous.
Les périls extérieurs sont autant le fruit des démissions internes que des volontés hégémoniques de nos ennemis.
Quand la France et l’Europe montraient leur puissance et leur détermination elles n’ont pas été attaquées. C’est une des leçons que Louis XIV donnait au Dauphin. Elle n’a pas perdu de son actualité.

   Pour stopper le déclin il faut que l’Europe retrouve confiance en elle et revienne a plus de sens du réel, c’est-à-dire tire un trait sur les fausses idées et les idéologies. Les dernières crises, économiques, sociales et sanitaires, montrent nos fragilités en des domaines toujours plus larges et pourtant vitaux pour notre pays. Cette dépendance accompagne le déclin. Il faut en tirer les conséquences et savoir renouer avec une action politique réaliste permettant de retrouver les voies de la croissance et du développement équilibré.

5. Que pensez-vous de la place de la jeunesse dans le royalisme actuel ? Les encouragez-vous à poursuivre des actions tel que ce journal, du militantisme (collage d’affiche…) ou d’autres actions ?

   Les jeunes sont toujours l’avenir. Cela est vrai pour les familles comme pour les Etats. Cela est vrai aussi, bien évidemment, pour le royalisme. Que serait-il s’il n’était que prôné par les anciens ? Tout au plus une nostalgie pour un monde révolu du passé.
Or le royalisme, comme cela l’a toujours été du temps des Rois de France, doit être avant tout vision d’avenir, d’espoir pour demain. Chaque règne nouveau apportait un peu plus au royaume. Dans les premiers siècles, assurer l’essor territorial ; ensuite créer des structures politiques et administratives performantes avec une fonction publique dévouée au service de l’Etat, enfin assumer et garantir la souveraineté.
Actuellement la société est si malade que sa renaissance incite à revenir aux formes qui ont fait leur preuve et non aux utopies.
Je ne peux qu’encourager les jeunes, à la fois dans leur activité d’approfondissement des connaissances pour pouvoir défendre leurs idées, et de militantisme, car les jeunes ont besoin d’action. Ainsi je soutiens les jeunes qui s’engagent dans les actions diverses pour contribuer au bien commun.

6. Certains jeunes ne comprennent pas pourquoi vous n’habitez pas en France ? Est-ce une question de principe ? ou pratique ? Pouvez-vous nous en parler ?

   Il n’y a aucune raison de ne pas en parler.
Je vis avec ma famille à Madrid. Même si les chefs des maisons ayant régné sur la France ne sont plus astreints à l’exil, comme ce fut le cas jusqu’au milieu des années 1950, il me semble qu’actuellement, je suis plus libre en étant hors des frontières. Cela me permet de n’être le jeu d’aucune pression et d’avoir le recul nécessaire sur les grandes interrogations de la société comme le déclassement qui atteint une part toujours plus grande de la population.
N’oublions pas que la France, en ce début du XXIème siècle, voit le nombre de ses pauvres augmenter. Des territoires entiers sont déclarés par les autorités elles-mêmes comme des zones de non droit ; pendant que d’autres territoires, dits périphériques, se trouvent abandonnés par les services publics les plus élémentaires ; quant à des pans entiers de ce qui était encore il y a peu le fleuron de la France, l’éducation, la justice, le système de santé, se voient peu à peu empêchés de bien remplir leur mission. L’Armée tient encore par le souci d’abnégations de tous, mais pour combien de temps ?
Ce sont sur ces problèmes structurels beaucoup plus que conjoncturels qu’il appartient d’avoir des réponses et donc d’avoir du recul.
Je sais, qu’heureusement, nombreux sont ceux qui commencent à y réfléchir et je ne peux que les encourager…
D’autre part, s’il faut vous rassurer sur le quotidien, je viens fréquemment en France. Je souligne que les distances sont abolies, et, même hors des frontières, je ne me sens pas loin de la France et des Français dont je ne suis séparé que par une heure et demie d’avion. Les liaisons sont permanentes avec mes collaborateurs, et aussi avec l’information par le biais des réseaux sociaux.

7. Quelle forme aurait la Monarchie future ?

   Elle ne pourrait avoir que la forme de son temps comme ce fut toujours le cas. Du Xème au XIXème siècle la royauté a connu des formes diverses. Celle de Saint Louis n’est pas celle de Louis XIV, celle de François 1er la même que celle d’Henri IV.
Il en serait de même aujourd’hui ou demain.
La monarchie restaurée dans un souci de bien commun retrouvé devra assurer leur place aux corps intermédiaires pour une bonne représentativité de tous. C’est sur ce point que notre régime malgré son emploi permanent du mot démocratie, n’assume plus ses devoirs, d’où la crise sociale permanente du fait de tous ceux qui se trouvent exclus. C’est de cela que le taux d’abstention à toutes les élections témoigne.
La royauté nous a appris que la société doit être un corps social vivant dans lequel chacun est à sa place, du plus humble jusqu’au Roi, qui est sa clef de voûte. C’est vers cela qu’il faut tendre en redonnant leur place à tous les corps intermédiaires, le premier étant bien évidemment la famille.

8. Voulez-vous rajouter un point important que nous n’aurions pas abordé ?

    Ne perdez pas espoir et gardez à l’esprit que c’est par l’engagement de tous que la France trouvera la voie de son renouveau.

9. Que voulez-vous dire aux jeunes qui vont vous lire ?

   L’avenir est entre leurs mains. Ils doivent apprendre et travailler en ce sens de manière ensuite à remplir leur devoir d’Etat visant au bien commun de tous, et à leur épanouissement personnel et familial.
Il faut qu’ils gardent espoir pour le renouveau de la France qui passera par le retour des Lys et qu’ils s’engagent, chacun à leur place, dans cette voie du renouveau.

Source > ici

Grandes armes de France

2022-96. Pour bien commencer la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Michel Archange.

20 septembre,
Fête de Saint Eustache et de ses compagnons, martyrs ;
Vigile de Saint Matthieu ;
Anniversaire de la prise de Rome par les Piémontais en 1870 (cf. > ici) ;
Premier jour de la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Michel (cf. > ici).

   Afin de mieux entrer dans la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Michel, nous vous proposons de lire, relire et méditer ce beau texte de Monsieur l’Abbé Gabriel Eyquin, membre zélé de la Confrérie Royale, qui l’avait rédigé en guise de lettre mensuelle pour le 25 septembre 2018.

Archange Saint Michel

Saint Michel et le Royaume des Lys :

   Dans quelques jours nous célébrerons la fête de saint Michel et de tous les saints Anges, dont il est le Chef ou Archange.

Deuxième Séraphin à la création des Anges, il en devint le premier à la révolte de Lucifer, dont l’orgueilleuse rébellion suscita chez lui ce cri d’indignation : « Qui est comme Dieu », en hébreu Mi kha el ? Qui prétend s’égaler à Dieu ?

Premier Ange, il est le « grand Prince », comme l’appelle le saint prophète Daniel, le « Prince de la Milice des Anges », dit un répons de la liturgie, le Chevalier des droits de Dieu, et le principal ennemi du diable, selon saint Bruno. Son rôle dans l’histoire du salut et dans celle de l’Eglise est incommensurable (très souvent mentionné dans la Sainte Ecriture sans être nommé, selon les Pères).

Il fut le « Prince d’Israël », selon saint Daniel, l’Ange gardien du Peuple élu de l’Ancien Testament. Premier des Anges, seul il pouvait être désigné par Dieu comme l’Ange gardien de l’Humanité de Jésus, « afin, dit le Psaume XC du saint Roi David, de le garder en toutes ses Voies ». Il devint logiquement dans le Nouveau Testament l’Ange gardien de la Sainte Eglise, nouvel Israël, d’après saint Chrysostome. Il convenait qu’il devînt l’Ange gardien de la France, qui est la nouvelle « tribu de Juda », selon le Pape Grégoire IX ; et il vint préparer sa mission en consacrant avec les saints Anges la cathédrale Notre-Dame du Puy, future protectrice du Royaume, le 11 juillet 225.

Le Puy-en-Velay

Le Puy-en-Velay : la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation est aussi appelée « chambre angélique »
parce qu’elle fut consacrée par le ministère des saints anges le 11 juillet 225.

I. Le Patron du Royaume.

   Aux aurores du Royaume saint Michel apparut au saint Roi Clovis 1er le Grand à la bataille de Tolbiac en 496 pour répondre à son appel au secours au « Dieu de Clothilde », il lui prédit la victoire en vertu de la Croix et réduisit l’armée ennemie à la merci de Clovis.
Après la bataille Clovis, par reconnaissance (grande vertu royale envers Dieu), lui consacra sa personne et son Royaume. C’est donc chronologiquement le premier saint Patron de la France, il est « le Patron et Prince de l’empire des Gaules », selon les termes de saint Charlemagne.

   Saint Michel compléta son intervention en servant de ministre au Saint-Esprit pour apporter, sous la forme d’une Colombe (qui manifestait la troisième Personne de la Très-Sainte Trinité comme au Baptême du Sauveur), la Sainte Ampoule au sacre de Clovis à la Noël 496 à Rheims, comme le dit une antienne du sacre du Roi de France : « par le ministère d’un Ange ».
Et tous les Rois des trois Races tinrent saint Michel en grand honneur ; saint Charlemagne le mit sur son étendard et fit de sa fête du 29 septembre une fête d’obligation en 813 (jusqu’au concordat de 1801 !).

St  Michel au péril de la mer

II. Le bastion de Saint Michel.

   Pour rendre sa protection perpétuellement visible, saint Michel apparut le 16 octobre 708 à saint Aubert, évêque d’Avranches, pour lui demander « que l’on bâtît une église sous son patronage au sommet du mont Tombe », dit l’office du 16 octobre. Pour vaincre les doutes de l’évêque, à la troisième apparition il lui pressa le crâne avec son doigt sur le côté gauche et y fit un trou, ce qui convainquit l’évêque et son chapitre de la réalité de l’apparition, comme on peut encore le voir sur le crâne du saint en l’église des Saints Gervais et Protais d’Avranches.
L’Archange prenait matériellement possession du Royaume en y plaçant son Trône terrestre.

   Averti, le Roi Childebert III le juste « voulut s’y rendre en pèlerinage », selon le même office, suivi au cours des siècles par nombre de ses successeurs. Le mont Saint-Michel-au-Péril-de-la-Mer, dont l’église primitive (toujours subsistante sous l’actuelle) fut consacrée par Notre-Seigneur Lui-même en présence de saint Michel le 16 octobre 709, est, aux confins de la Normandie et de la Bretagne, face aux tempêtes de l’océan (figure des tempêtes du monde et des démons), le bastion du Prince des Anges face au prince de ce monde pour la protection du Royaume, et l’un des pèlerinages les plus fréquentés de la France et de la Chrétienté : « Immensi tremor oceani » (la terreur de l’immense océan), selon la devise de l’ordre de Saint-Michel.

III. La protection du Royaume.

   Dans l’une de ces plus graves tempêtes, alors que la moitié du pays était envahie, le Mont soutint vaillamment un siège de trente-cinq ans (1415-1450), malgré l’abbé, passé à l’ennemi, mais grâce à ses moines, à sa petite garnison et à ses habitants, restés fidèles à saint Michel, car, « tant que dura la monarchie, dit dom Guéranger, l’Archange ne souffrit pas qu’une autre bannière que celle du Roi Très-Chrétien flottât jamais près de la sienne sur ses remparts » (comme au Puy fit Notre-Dame).

   L’Archange apparut alors en 1425 à une vierge de treize ans, sainte Jehanne d’Arc, à Domremy, en Barrois mouvant, et peu à peu il lui « raconta la pitié du Royaume de France et comment elle devait aller au secours du Roi ».
Lui-même avait reçu mission de la Reine du Puy pour son jubilé de 1429, et il envoya la jeune Pucelle délivrer la ville d’Orléans le 8 mai (en la fête de son apparition au mont Gargan), puis mener sacrer le Roi Charles VII le Victorieux à Rheims le 17 juillet (pendant l’octave de la Dédicace de la cathédrale Notre-Dame du Puy par saint Michel et les saints Anges).
La sainte avait envoyé sa mère et les soldats de son escorte gagner le jubilé anicien à sa place et prier l’Archange en l’abbatiale Saint-Michel d’Aiguilhe (consacrée sur son mont le 18 juillet 961) pour le succès de sa mission. Elle-même plaça saint Michel et saint Gabriel sur son étendard. Et à son martyre saint Michel vint prendre sa belle âme.

Chapelle Saint-Michel d'Aiguilhe

Chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe (Le Puy-en-Velay)

   En reconnaissance (vertu royale envers Dieu), le Roi Louis XI le Prudent fonda le 1er août 1469 l’ « Ordre et aimable Compagnie de Monsieur saint Michel » en « commémoration et honneur de Monsieur saint Michel Archange, premier Chevalier ».
C’est le plus ancien ordre royal actuellement subsistant, et pour ce motif son collier se trouve au plus près de l’écu royal.
Monseigneur le Duc d’Anjou, Chef et Souverain Grand-Maître, et trois chevaliers (dont deux des Ordres du Roi) continuent cette tradition des vertus chevaleresques à l’image du grand Archange et de la fidélité royale sous la protection de l’Ange gardien du Royaume.

IV. La fidélité de saint Michel.

   Pendant les périls des guerres de Religion, lors du sacre du Roi Henri IV le Grand à Chartres le 27 février 1594, un jeune enfant vêtu de blanc et resplendissant de lumière demeura auprès du Roi pendant toute la cérémonie comme sainte Jehanne d’Arc au sacre de Charles VII, puis disparut, et l’on pensa que c’était saint Michel (qui avait laissé une trace de pied d’enfant au mont Gargan) : l’Archange était donc toujours fidèle pour protéger le Royaume et « sauver le Roi » (selon le Psaume XIX de saint David).
Pensons à prier saint Michel pour le salut du Roi et du Royaume.

Statue d'argent de Saint Michel dans l'église paroissiale du Mont-Saint-Michel

Statue de Sainte Michel, recouverte d’argent,
sur l’autel de l’archiconfrérie dans l’église paroissiale du Mont-Saint-Michel

   Pendant les périls de la Fronde, la Reine Mère Anne d’Autriche, au nom de son fils le Roi Louis XIV le Grand, se tourna vers l’Ange gardien du Royaume et décida en 1652 de consacrer le premier mardi de chaque mois (on honore chaque mardi les saints Anges depuis saint Alcuin au VIIIème siècle) à saint Michel, et d’y faire célébrer une messe en son honneur pour la protection du Royaume, selon la grande tradition royale de la dévotion à saint Michel (cf. > ici).
Nous pourrions faire célébrer cette messe mensuelle en l’honneur de saint Michel pour le Roi et pour le Royaume.

   Saint Michel apparut en 1751 à la bienheureuse Antoinette d’Astonac, carmélite portugaise (dans un pays capétien), pour lui demander de répandre le chapelet de saint Michel et des neuf chœurs des Anges : quatre Pater en l’honneur de saint Michel, de saint Gabriel, de saint Rapahël et de notre Ange gardien, puis trois Pater et trois Ave en l’honneur de chacun des neuf chœurs des Anges suivis à chaque fois d’une salutation au chœur concerné.
Ce pourrait être une de nos dévotions chaque premier mardi du mois auprès du Chef et des membres de la Milice angélique (munie d’indulgences par le bienheureux Pape Pie IX) pour le Roi et pour le Royaume.

   En 1758 les neuf évêques de Bretagne (comme les neuf chœurs des Anges) instituèrent à la date du 5 janvier, veille de la fête de la Royauté de Jésus-Christ et des saints Rois Mages, une fête en « l’honneur des saints Anges gardiens du Roi et du Royaume », ce dernier étant saint Michel.
Même hors de Bretagne ce pourrait être une grande fête en l’honneur de saint Michel et du saint Ange gardien de Louis XX (certainement un grand Ange pour le Roi Très-Chrétien).

Statue de l'archange au sommet de la flèche du Mont Saint-Michel

Statue de l’Archange au sommet de la flèche de l’église abbatiale du Mont Saint-Michel

   Pendant la première Guerre Mondiale Paris fut épargné grâce à un vœu de son archevêque à saint Michel, ce pour quoi il construisit une nouvelle église à saint Michel aux Batignolles. Et l’Archange manifesta encore sa fidèle protection du pays en arrêtant la seconde Guerre Mondiale le 8 mai 1945, en sa fête.
Pensons à célébrer les fêtes du saint Ange gardien du Royaume (8 mai : Apparition au mont Gargan en 490 ; 29 décembre : Dédicace du mont Gargan par saint Michel en 493 et fête principale de l’Ordre de Saint-Michel ; 16 octobre : Apparition en 708 et Dédicace par le Sauveur en 709 du mont Tombe ; et 5 janvier : fête du saint Ange gardien du Royaume).
Rappelons-nous que dans les graves périls et tempêtes actuelles c’est saint Michel, Chevalier du Cœur immaculé de Marie et de la Reine du Puy, qui donnera la victoire ; et qu’il nous dit, selon la poésie de sainte Thérèse de Lisieux :

« Je suis Michel, le gardien de la France,
Grand général au royaume des cieux ».

Soixante-deux villes et villages de France, sans compter les hameaux (et combien de sanctuaires et de chapelles d’églises !) lui sont consacrés.

Rappelons-nous qu’ « il est spécialement chargé par le Seigneur de nous assister au moment de la mort », selon saint Alphonse, et qu’il est invoqué dans la prière de la recommandation des mourants. Il « vient, dit saint Thomas, au secours des chrétiens, non seulement à l’heure terrible de la mort, mais au jugement particulier », et « Dieu lui a donné, dit saint Bonaventure, de faire pencher la balance en faveur de ses dévoués serviteurs » : « Prévôt du paradis », selon une antienne, il « introduit les âmes dans la sainte lumière » du ciel, selon la messe des Défunts.
Puisse-t-il en être ainsi de notre Roi, de notre Reine, de nos petits Princes et Princesse, du plus grand nombre de Français, et de nous-mêmes.
Ainsi soit-il.

+ Abbé Gabriel Eyquin.

Prières à Saint Michel que l’on trouvera dans les pages de ce blogue :

- Neuvaine du 20 au 28 septembre pour préparer la fête de Saint Michel > ici ;
- Prières pour demander l’assistance de Saint Michel > ici ;
- Prières et litanies en l’honneur de Saint Michel > ici ;
- Prière pour solliciter le secours de l’archistratège Saint Michel > ici ;
- Consécration de la France à Saint Michel > ici ;
- Prière de la Vénérable Thérèse de Saint Augustin (Madame Louise de France) pour la conservation du Royaume > ici.

Combat de St Michel et des anges.

2022-95. Les morts spirituels.

15ème dimanche après la Pentecôte :
Péricope évangélique : Luc, VII, 11-15.

Sermon XCVIII
de
notre Bienheureux Père Saint Augustin
sur
l’Evangile de la résurrection du fils de la veuve de Naïm

Sacristie de la cathédrale Saint-Louis Versailles - résurrection du fils de la veuve de Naïm - Jean Jouvenet (1708)

Jean Jouvenet : résurrection du fils de la veuve de Naïm (1708)
[sacristie de la cathédrale Saint-Louis, Versailles]

Résumé : Tous les miracles de Notre-Seigneur ont un sens caché que tous malheureusement ne comprennent pas, et si de toutes les nombreuses résurrections qu’Il a opérées durant le cours de Sa vie il n’est fait mention que de trois dans l’Évangile, c’est parce que ces trois résurrections sont une image de la résurrection spirituelle de tous les pécheurs.
Quelques-uns en effet n’ont fait que consentir intérieurement au péché ; d’autres ont uni l’action extérieure au consentement ; d’autres enfin sont écrasés sous le poids des habitudes coupables. Les premiers sont représentés par la fille du chef de la synagogue, que Jésus ressuscita dans la chambre même où elle venait d’expirer ; les seconds par le fils de la veuve de Naïm, qui était déjà sorti de sa demeure et que l’on portait en terre ; les troisièmes enfin, par Lazare, déjà couvert de la pierre sépulcrale, et enseveli depuis quatre jours. Ces quatre jours signifient les quatre degrés par lesquels on descend dans le tombeau des habitudes coupables.

   §1. Les miracles de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ font des impressions, mais des impressions bien diverses, sur tous ceux qui en entendent le récit et qui y ajoutent foi. Les uns s’étonnent de ces prodiges corporels, mais sans y voir rien de plus grand ; d’autres, au contraire, contemplent avec plus d’admiration encore dans les âmes les merveilles qu’ils voient se produire dans les corps. Le Seigneur ne dit-Il pas Lui-même : « De même que le Père réveille les morts et leur rend la vie ; ainsi le Fils donne la vie à qui Il veut » (Jean V, 21) ? Ce n’est pas que le Fils ressuscite des morts que ne ressuscite point le Père ; le Père et le Fils ressuscitent les mêmes puisque le Père fait tout par le Fils ; mais c’est pour le chrétien une preuve indubitable qu’aujourd’hui encore Il ressuscite des morts. Mais, hélas ! si chacun a des yeux pour voir des morts ressusciter à la manière dont est ressuscité le fils de la veuve dont il vient d’être question dans l’Evangile, il n’y a pour voir les résurrections du cœur que ceux dont le cœur est ressuscité déjà. Il est plus grand de ressusciter pour vivre toujours, que de ressusciter pour mourir de nouveau.

   §2. Si la résurrection de ce jeune homme comble de joie la veuve, sa mère ; notre mère la Sainte Eglise se réjouit aussi en voyant chaque jour des hommes ressusciter spirituellement. L’un était mort de corps ; les autres l’étaient d’esprit. On pleurait visiblement la mort visible du premier ; on ne s’occupait, on ne s’apercevait même pas de la mort invisible des derniers. Mais quelqu’un connaissait ces morts, Il s’occupa d’eux ; et heureusement, Celui qui seul les connaissait, pouvait les rappeler à la vie. Si en effet le Seigneur n’était venu pour ressusciter ces morts, l’Apôtre ne dirait pas : « Lève-toi, ô toi qui dors ; lève-toi d’entre les morts et le Christ t’éclairera » (Eph. V, 14).
Quand tu entends ces mots : « Lève-toi, ô toi qui dors », tu te figures simplement un homme endormi ; mais ces autres mots : « Lève-toi d’entre les morts », doivent te faire entendre qu’il est réellement question d’un mort. Des morts, même ordinaires, ne dit-on pas qu’il dorment ? Oui, pour Celui qui peut les ranimer ils ne sont qu’endormis. Un mort est pour toi un mort, car il ne s’éveille point quoique tu fasses pour le secouer, pour le pincer, pour le mettre en pièces. Mais pour le Christ qui lui dit : « Lève-toi », ce jeune homme était simplement endormi, puisqu’il se leva aussitôt. Nul n’éveille aussi facilement un homme dans son lit, que le Christ ne tire un mort du tombeau.

   §3. L’Ecriture ne nous parle que de trois morts visibles ressuscités par le Christ.
Il est certain qu’il a ressuscité par milliers des morts invisibles ; mais qui sait combien Il en a ressuscités de visibles ? Car tout ce qu’il a fait n’est pas écrit. « Jésus a fait beaucoup d’autres choses, dit Jean en termes formels ; si elles étaient écrites, je ne pense pas que le monde entier pût contenir les livres qu’il faudrait composer » (Jean XXI, 27). Il est donc sûr que le Sauveur a ressuscité beaucoup d’autres morts ; mais ce n’est pas sans motif qu’il n’est fait mention que de trois.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, en effet, voulait qu’on vît encore un sens spirituel dans ce qu’Il faisait sur les corps. Il ne faisait pas des miracles pour faire des miracles ; Il prétendait que, admirables à l’oeil, Ses œuvres fussent une instruction pour l’esprit. Un homme voit des caractères sur un livre magnifiquement écrit, mais il ne sait lire ; il loue l’adresse du copiste, il admire la beauté des traits, mais il en ignore la destination et le sens ; ses yeux s’extasient ainsi devant ce que ne comprend pas son esprit. Un autre au contraire admire et comprend, car il ne voit pas seulement ce que tous peuvent voir ; il sait lire encore, ce que ne sait le premier qui n’a point appris. Ainsi parmi les témoins des miracles du Christ, il y en eut qui ne saisissaient point ce qu’ils signifiaient, ce qu’ils révélaient en quelque sorte à l’intelligence ; ceux-là ne les admiraient que comme des faits extérieurs ; mais il y en eut d’autres qui en comprenaient le sens tout en les admirant, et c’est à ceux-ci que nous devons ressembler dans l’école du Sauveur.
Si l’on dit en effet qu’Il a fait des miracles pour faire des miracles, on peut avancer également qu’en cherchant à cueillir des figues sur le figuier, il ignorait que ce n’en était pas la saison. L’Evangéliste dit positivement que ce n’était pas le moment des figues ; le Sauveur toutefois en cherchait sur cet arbre pour apaiser Sa faim. Mais quoi ! le Christ ignorait-Il ce que savait un paysan ? Le Créateur de ces arbres méconnaissait-Il ce que savait le jardinier ? Il faut donc reconnaître qu’en cherchant des fruits sur cet arbre pour apaiser Sa faim, Il voulait faire entendre qu’Il avait faim d’autre chose et qu’Il cherchait une autre espèce de fruits. On Le vit de plus maudire ce figuier qu’Il trouva couvert de feuilles mais sans aucun fruit, et cet arbre se dessécha. Or comment avait-il démérité en ne portant pas de fruits ? (cf. Matth. XXI, 18-19). Quel crime peut commettre un arbre en demeurant stérile ? Ah ! c’est qu’il est des hommes dont la stérilité est volontaire, et la volonté les rendant féconds, ils sont coupables de ne pas l’être. Tels étaient les Juifs ; arbres chargés de feuilles et dénués de fruits, ils se vantaient de posséder la loi sans en faire les oeuvres.
J’ai voulu prouver, par ces développements, que Jésus-Christ Notre-Seigneur faisait des miracles pour nous instruire ; Il ne les donnait pas seulement comme des œuvres merveilleuses, magnifiques et divines, Il voulait encore nous donner par eux quelques leçons.

   §4. Qu’a-t-Il donc prétendu nous enseigner par les trois morts qu’Il a ressuscités ?
Il a ressuscité d’abord la fille du prince de synagogue qui Le priait de venir la délivrer de sa maladie. Or, lorsqu’Il y allait, on vint annoncer qu’elle était morte, et comme pour Lui épargner des fatigues désormais inutiles on disait au père : « Ta fille est morte, pourquoi tourmenter encore le Maître ? » Mais le Sauveur poursuivit Sa route : « Ne crains pas, dit-Il au père, crois seulement ». Il arriva à la maison, et trouvant déjà tout préparé pour 
l’accomplissement du devoir des funérailles : «Ne pleurez pas, dit-Il, car cette jeune fille n’est pas morte, elle dort ». Il disait vrai : cette fille était endormie, mais pour Celui-là seulement qui pouvait l’éveiller. Il l’éveilla et la rendit pleine de vie à ses parents (Marc, V, 22-43).
Il ressuscita aussi ce jeune homme, fils de veuve, qui nous a donné occasion de faire à votre charité ces réflexions, que le Sauveur Lui-même daigne nous inspirer. On vient de vous rappeler comment eut lieu cette résurrection. Le Sauveur approchait d’une ville : Il rencontra un convoi qui emportait un mort, et on était déjà sorti de la porte. Touché de compassion à la vue des larmes que répandait cette pauvre mère, déjà veuve et privée maintenant de son fils unique, Il fit ce que vous savez : « Jeune homme, dit-Il, Je te le commande, lève-toi ». Ce mort se leva, il se mit à parler, et Jésus le rendit à sa mère.
Il ressuscita enfin Lazare, dans le tombeau même. Les disciples savaient Lazare malade, et comme Jésus S’entretenait avec eux et qu’Il aimait Lazare : « Lazare, notre ami, dort », dit-il. Mais eux, considérant que le sommeil serait bon au malade : « Seigneur, répliquèrent-ils, s’il dort, il est guéri ».
« Je vous le déclare, reprit alors le Sauveur plus clairement, Lazare, notre ami, est mort » (Jean XI, 11-44). Ces deux expressions sont justes : Pour vous il est mort, et pour moi il est seulement endormi.

   §5. Ces trois mots désignent trois espèces de pécheurs, ressuscités par le Christ, maintenant encore.
La fille du chef de Synagogue était restée dans la maison de son père, elle n’en avait pas encore été tirée ni emportée publiquement, C’est dans l’intérieur de la demeure qu’elle fut ressuscitée et rendue vivante à ses parents.
Quant au jeune homme, il n’était plus dans sa maison, et pourtant il n’était pas encore dans le tombeau ; il avait quitté le foyer, mais il n’était pas encore déposé dans la terre ; et la même puissance qui avait ressuscité la jeune fille encore sur son lit, ressuscita ce jeune homme qu’on avait sorti du sien, sans l’avoir encore inhumé.
Une troisième chose restait à faire, c’était de ressusciter un mort dans le tombeau : Jésus fit ce miracle sur Lazare.
Venons à l’application.
Il y a des hommes qui ont le péché dans le cœur, quoiqu’il ne paraisse pas encore dans leur conduite. Ainsi quelqu’un ressent un mouvement de convoitise, et comme le Seigneur dit Lui-même : « Quiconque aura 
regardé une femme pour la convoiter, a déjà commis l’adultère dans son cœur » (Matth. V, 28) ; quoique le corps ne l’ait pas approché, dès que le cœur consent au crime, il est mort ; mais ce mort reste encore dans sa demeure, et on ne l’a point emporté. Or, il arrive quelquefois, nous le savons et plusieurs l’expérimentent chaque jour, que ce mort soit frappé en entendant la parole de Dieu, comme si le Seigneur lui disait en personne « Lève-toi ». Il condamne alors le consentement qu’il a donné au mal, et ne respire plus que salut et justice. C’est le mort qui ressuscite dans sa demeure, c’est un cœur qui recouvre la vie dans le sanctuaire de sa conscience, et cette résurrection de l’âme qui s’opère en secret, se produit en quelque sorte au foyer domestique.
Il en est d’autres qui après avoir consenti au mal l’accomplissent. Ne dirait-on pas qu’ils emportent un mort, et qu’ils montrent en public ce qui était dans le secret ? Faut-il, toutefois, désespérer d’eux ? Mais ce jeune homme n’a-t-il pas aussi entendu cette parole : « Lève-toi, je te le commande » ? N’a-t-il pas, lui aussi, été rendu à sa mère ? C’est ainsi que même après avoir commis le crime, on ressuscite à la voix du Christ, on revient à la vie, lorsqu’on se laisse toucher et ébranler par la parole de vérité. On a pu faire un pas de plus vers l’abîme, mais on ne saurait périr éternellement.
Il en est enfin qui, en taisant le mal, s’enchaînent dans des habitudes perverses ; ces habitudes ne leur laissent déjà plus voir la malice de leurs actes ; ils justifient le mal qu’ils font, et s’irritent quand on les reprend, comme ces Sodomites qui répondaient au juste censeur de leurs dispositions trop perverses : « Tu es venu chercher ici un asile, et non pas nous donner des lois » (Gen. XIX, 9). Tel était donc le honteux empire de la coutume, que la débauche leur paraissait vertu et qu’en la leur interdisant on était plutôt blâmé qu’en s’y abandonnant. Ceux qui sont ainsi accablés sous le poids de la coutume, sont déjà comme inhumés ; il y a plus, mes frères, on peut même dire d’eux, comme de Lazare, que déjà ils sentent mauvais. La pierre qui pèse sur le sépulcre est comme la tyrannie, de l’habitude qui pèse sur l’âme, sans lui permettre, ni de se relever, ni de respirer.

   §6. Il est dit de Lazare : « C’est un mort de quatre jours ». C’est que réellement il y a comme quatre degrés qui conduisent l’âme à cette affreuse habitude dont je vous entretiens.
Le premier est comme un sentiment de plaisir qu’éprouve le cœur ; le second est le consentement ; l’action, le troisième ; et l’habitude enfin, 
le quatrième. De fait, il est des hommes qui rejettent si vigoureusement les pensées mauvaises qui se présentent à leur esprit, qu’ils n’y sentent aucune délectation. Il en est qui y goûtent du plaisir, mais sans consentement : ce n’est pas encore la mort, c’en est toutefois comme le commencement. Mais si au plaisir vient se joindre le consentement, on est coupable. Après avoir consenti au mal, on le commet ; puis le péché devient habitude ; on est alors comme dans un état désespéré, on est « un mort de quatre jours, sentant déjà mauvais ». C’est alors que vient le Seigneur. Tout Lui est facile, mais Il veut te faire sentir combien pour toi la résurrection est difficile. Il frémit en Lui-même, Il montre combien il faut de cris et de reproches pour ébranler une habitude invétérée. A Sa voix, néanmoins, se rompent les chaînes de la tyrannie, les puissances de l’enfer tremblent, Lazare revient à la vie. Le Seigneur, en effet, délivre de l’habitude perverse les morts même de quatre jours. Quand le Christ voulait le ressusciter, Lazare après ses quatre jours était-il pour Lui autre chose qu’un homme endormi ?
Mais que dit-Il ? Considérez les circonstances de cette résurrection.
Lazare sortit vivant du tombeau, mais sans pouvoir marcher. « Défiez-le, dit alors le Seigneur à Ses disciples, et laissez-le aller ». Ainsi le Sauveur ressuscita ce mort, et les disciples rompirent ses liens. Reconnaissez donc que la Majesté divine se réserve quelque chose dans cette résurrection. On est plongé dans une mauvaise habitude et la parole de vérité adresse de sévères reproches. Mais combien ne les entendent pas ! Qui donc agit intérieurement dans ceux qui les entendent ? Qui leur souffle la vie dans l’âme ? Qui les délivre de cette mort secrète et leur donne cette secrète vie ? N’est-il par vrai qu’après les reproches et les réprimandes le pécheur est livré à ses pensées et qu’il commence à se dire combien est malheureuse la vie qu’il mène, combien est déplorable l’habitude perverse qui le tyrannise ? C’est alors que honteux de lui-même il entreprend de changer de conduite. N’est-il pas alors ressuscité ? Il a recouvré la vie, puisque ses désordres lui déplaisent. Mais avec ce commencement de vie nouvelle, il ne saurait marcher ; il est retenu par les liens de ses fautes et il a besoin qu’on le délie et qu’on le laisse aller. C’est la fonction dont le Sauveur a chargé Ses disciples en leur disant : « Ce que vous délierez sur la terre, sera aussi délié dans le ciel » (Matth. XVIII, 18).

   §7. Ces réflexions, mes bien-aimés, doivent porter ceux qui ont la vie à l’entretenir en eux, et ceux qui ne l’ont pas à la recouvrer.
Le péché n’est-il que conçu dans le coeur sans s’être encore révélé par aucun acte ? Qu’on se repente, qu’on redresse ses idées. O mort, lève-toi dans le sanctuaire de la conscience.
A-t-on accompli déjà un dessein mauvais ? On ne doit pas désespérer non plus. Si le mort n’est pas ressuscité dans sa demeure, qu’il ressuscite quand il est sorti. Qu’il se repente de ses actes et recouvre au plus tôt la vie. O mort, ne descends pas dans les profondeurs du tombeau, ne te laisse pas recouvrir par la 
pierre sépulcrale de l’habitude.
Mais n’ai-je pas devant moi un malheureux déjà chargé de la froide et dure pierre, déjà accablé sous le poids de l’accoutumance, mort de quatre jours qui exhale l’infection ? Que lui non plus ne désespère pas. O mort, tu es enseveli bien bas, mais le Christ est grand. Il sait de Sa voix puissante entrouvrir les pierres tumulaires, rendre par Lui-même la vie intérieure aux morts et les faire délier par Ses disciples. O morts, faites donc pénitence, car en ressuscitant après quatre jours, Lazare ne conserva plus rien de l’infection première.
Ainsi donc, vivez, vous qui vivez, et vous qui êtes morts, quelle que soit celle de ces trois classes de morts où vous vous reconnaissiez, empressez-vous de ressusciter au plus tôt !

Jean Jouvenet - résurrection de Lazare (1706) - musée du Louvre

Jean Jouvenet : la résurrection de Lazare (1706)
[musée du Louvre]

2022-94. « Les catholiques vous regardent comme le réparateur de la foi ancienne, et tous les hérétiques vous détestent. »

4 septembre,
L’octave de notre Bienheureux Père Saint Augustin (double majeur) ;
Mémoire de Sainte Rosalie la Palermitaine, vierge, née du sang de France ;
Anniversaire du rappel à Dieu de la Vénérable Anne-Marie de Jésus Crucifié (cf. > ici).

   Au jour octave de Saint Augustin, nous vous proposons un texte court mais d’une grande densité qui constitue l’un des plus beaux parmi les éloges de notre Bienheureux Père, puisqu’il est de la plume de Saint Jérôme lui-même : ce grand défenseur de la vérité que fut le moine pugnace de Bethléem, rendant hommage à cet autre indéfectible défenseur de la vérité que fut le Docteur d’Hippone, pouvions-nous rêver mieux ?

Statue de Saint Augustin - oratoire du Mesnil-Marie

Statue de Saint Augustin dans l’oratoire du Mesnil-Marie

frise

Lettre de Saint Jérôme de Stridon, prêtre,
à
notre Bienheureux Père Saint Augustin
(en l’an 418)

   « J’ai toujours eu pour votre béatitude le respect qui lui est dû, me faisant un plaisir et un devoir d’aimer et de respecter une personne dont le cœur est la demeure de Jésus-Christ.
Mais aujourd’hui ces sentiments d’estime et de vénération que j’ai pour vous sont devenus encore plus vifs qu’ils n’étaient (si néanmoins cela est possible), de telle sorte que je ne puis être un moment sans parler de vous, et sans faire l’éloge de votre zèle et de la fermeté avec laquelle vous vous êtes opposé aux pernicieux desseins des ennemis de l’Eglise. Vous avez mieux aimé, autant qu’il a été en votre pouvoir, vous sauver seul du milieu de Sodome que de demeurer avec ceux qui périssaient, et de vous voir enveloppé dans leur ruine.
Fasse le ciel que ce beau zèle que vous avez pour les intérêts de Jésus-Christ, ne se refroidisse jamais !
Tout Rome vous applaudit. Les catholiques vous regardent comme le réparateur de la foi ancienne, et ce qui relève encore davantage votre gloire, tous les hérétiques vous détestent.
Ils ne me haïssent pas moins, et s’ils n’ont pas le pouvoir de nous tuer l’un et l’autre, ils en ont du moins la volonté.
Je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ qu’il vous conserve, et je conjure votre béatitude de ne me point oublier ».

frise

Saint Augustin - canivet XIXe siècle

2022-93. Méditation sur l’Evangile de la guérison des dix lépreux (treizième dimanche après la Pentecôte).

13ème dimanche après la Pentecôte.

Méditation sur l’Evangile de la guérison des dix lépreux

(Luc. XVII, 11-19)

Guérison des dix lépreux - détail la supplication

   Présence de Dieu :
« O Jésus Sauveur, j’ai besoin de Vous ! Guérissez-moi ! Ayez pitié de moi ! »

   Méditation :

1 – Dans le cycle des dimanches qui suivent la Pentecôte, l’Eglise continue à nous montrer, tantôt sous un aspect, tantôt sous un autre, l’œuvre miséricordieuse de Jésus envers nos âmes.
Il y a quinze jours, elle nous la montrait esquissée dans la guérison du sourd-muet ; dimanche dernier, dans l’acte miséricordieux du bon Samaritain, et aujourd’hui, dans la scène émouvante des dix lépreux guéris par le Seigneur.
De cette manière, l’Eglise veut nous empêcher de nous endormir, de perdre la conscience de notre misère et du besoin immense que nous avons continuellement de l’œuvre rédemptrice de Jésus. En même temps, elle veut nous faire sentir que cette œuvre est toujours en acte, que nous vivons sous son influence chaque jour et à chaque moment.
Le passage évangélique choisi pour la Messe de ce jour, a une efficacité toute particulière pour mettre en évidence l’aspect central de la Rédemption : la guérison de nos âmes de la lèpre du péché.
Dès l’antiquité, la lèpre a été considérée comme la figure la plus propre à nous donner une idée de la laideur du péché. Il serait difficile, en effet, d’imaginer quelque chose de plus horrible, de plus rebutant. Et cependant, alors que la lèpre du corps est réellement redoutée, quelle indifférence, quelle désinvolture, même parmi les chrétiens, envers la lèpre de l’âme. Comme nous sommes éloignés de ce sentiment profond et réaliste qui animait les saints à l’égard de l’offense de Dieu.
« Oh ! s’exclame Sainte Thérèse d’Avila, comme nous comprenons mal que le péché est une guerre ouverte, une guerre de tous nos sens et de toutes les puissances de notre âme, contre Dieu ! Celui qui est le plus puissant est celui qui ourdit les plus noires trahisons contre son souverain Roi » (Exclamations XIV).
Un des fruits de l’Evangile d’aujourd’hui, est précisément celui de réveiller en nous l’horreur du péché, d’exciter dans nos âmes un repentir vif et efficace pour les fautes commises, et un sentiment d’humilité profonde dans l’aveu de notre misère.
Allons nous aussi, avec les dix lépreux, à la rencontre du Seigneur, et crions : « Jésus, Maître, ayez pitié de nous ! »

Guérison des dix lépreux

2 – Dans l’Evangile, nous trouvons aussi les remèdes au péché.
Avant tout, une humilité sincère qui reconnaît sa misère personnelle ; mais l’humilité ne suffit pas, il faut qu’elle soit accompagnée d’un recours confiant à Dieu.
Conscients de leur état pitoyable, les pauvres lépreux ont mis leur confiance en Jésus en Lui adressant leur invocation pleine de foi : ce fut le premier pas vers la guérison. Certaines âmes pleurent leurs misères, s’en affligent, mais n’en guérissent pas, parce qu’elles ne savent pas recourir en toute confiance à Jésus, l’unique Médecin capable de les guérir. Les péchés commis les retiennent, elles n’osent presque pas approcher de Lui, ni se confier en Sa miséricorde. Ces âmes n’ont pas encore compris que c’est précisément parce que nous sommes pécheurs que nous devons aller à Jésus et que « ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin mais les malades » (Luc. V, 31).
Le divin Maître n’a pas guéri directement les lépreux, mais les a renvoyés aux prêtres : « Allez vous montrer aux prêtres ». Ils ont obéi sans discuter, sans douter et, « comme ils y allaient, les voilà guéris ». Jésus agit de même à notre égard : c’est toujours Lui qui guérit, mais ordinairement, Il veut le faire par l’intermédiaire de Ses ministres.
Certaines âmes n’ont pas suffisamment foi dans la parole et l’œuvre du ministre de Dieu, elles ne croient pas assez à l’efficacité des sacrements, de l’absolution sacramentelle et vivent, dès lors, dans de continuelles angoisses.
Lorsqu’une âme a exposé avec sincérité l’état de sa conscience, c’est-à-dire qu’elle n’a eu aucune intention de tromper, elle doit demeurer en paix et s’en remettre pleinement au jugement du prêtre. En ce cas, douter de la parole du ministre de Dieu, de l’absolution reçue, c’est douter de Jésus Lui-même, car c’est Lui qui a décidé d’agir en nous moyennant Son représentant.
Des dix lépreux guéris, un seul a senti le devoir de revenir pour exprimer sa reconnaissance au Seigneur. « Heureuse l’âme, commente Saint Bernard, qui se tourne vers Dieu à chaque don de Sa grâce, vers Celui qui répond à notre gratitude pour les bienfaits reçus, par de nouveaux bienfaits. Ce qui nous empêche d’avancer dans la vie chrétienne, c’est l’ingratitude, car Dieu estime comme perdu ce que nous recevons sans reconnaissance, et Il S’abstient de nous accorder de nouvelles grâces ».

Guérison des dix lépreux - détail la reconnaissance

   Colloque :

« O Seigneur, Médecin des âmes, guérissez-moi, afin que je reconnaisse Vos dons, ô Santé de mon âme, et Vous remercie de tout mon cœur, des bienfaits dont Vous m’avez nourri dès ma jeunesse et continuerez à me nourrir jusque dans un âge avancé. Dans Votre bonté, ne m’abandonnez pas, je Vous prie. Vous m’avez créé lorsque je n’existais pas ; Vous avez voulu me racheter lorsque je périssais et étais mort ; Vous êtes descendu jusqu’à la mort et avez assumé la mortalité ; Roi, Vous êtes venu au serviteur pour le racheter et Vous Vous êtes donné Vous-même, afin que je vive ; Vous avez subi et vaincu la mort, et en Vous humiliant, Vous m’avez rétabli.
Je périssais, j’étais éloigné, plongé dans le péché ; Vous êtes venu à moi pour me racheter. Vous m’avez tant aimé que Vous avez donné Votre Sang pour moi. Vous m’avez aimé, Seigneur, plus que Vous-même, puisque Vous avez voulu mourir pour moi. A un prix si élevé Vous m’avez ramené de l’exil, délivré de la servitude, retiré du supplice, appelé de Votre Nom, marqué de Votre Sang, afin que Votre souvenir fût toujours auprès de moi et qu’Il ne Se retirât jamais de mon cœur Celui qui pour mon amour ne S’est pas retiré de la croix. Vous m’avez oint de cette huile avec laquelle Vous avez été oint, afin que par Vous, ô Christ, je sois appelé chrétien. Votre grâce et Votre miséricorde m’ont ainsi toujours devancé. Souvent, Vous m’avez délivré de dangers graves et nombreux, ô mon Libérateur ; lorsque j’errais, Vous m’avez reconduit sur la voie droite ; quand je gisais dans l’ignorance, Vous m’avez enseigné ; corrigé, quand je péchais ; consolé quand j’étais triste ; réconforté quand je désespérais ; relevé quand je tombais ; soutenu lorsque j’étais sur pied ; guidé lorsque je cheminais ; reçu quand je suis venu ; gardé quand je dormais ; exaucé quand je Vous invoquais » (Saint Augustin). 

Guérison des dix lépreux - détail le Christ médecin des âmes et des corps

Voir aussi :
- La lèpre est la figure des fausses doctrines > ici

2022-92. Soyons des Mousquetaires spirituels !

Mercredi 24 août 2022,
139ème anniversaire de la sainte mort de Henri V, « Comte de Chambord ».

Domine salvum fac Regem - fresque au dessus de l'orgue de la chapelle royale à Versailles

« Domine, salvum fac Regem ! »
au-dessus de l’orgue à la voûte de l’abside de la Chapelle Royale de Versailles

Blason de la Confrérie Royale

2015 – 25 août – 2022

septième anniversaire de la fondation
de la
Confrérie Royale

Bien chers membres et amis de la Confrérie Royale,

   Ce 25 août 2022 marque donc le septième anniversaire de la fondation de notre si chère Confrérie Royale : l’usage associe au septième anniversaire des personnes l’expression d’ « âge de raison », et j’espère qu’il en est bien ainsi pour cette Confrérie dont les membres s’engagent solennellement, et certains par un vœu – ce qui est loin d’être anodin – à prier quotidiennement, et plusieurs fois par jour, pour notre Roi légitime, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX.

   Qu’il me soit permis, en ma qualité de cofondateur de la Confrérie (mais ce titre de « cofondateur » n’est pas un motif d’orgueil, car nous avons bien conscience que nous avons été mus et poussés par une inspiration et une détermination qui ne sont pas de notre fait, mais nous poussent à n’être toujours davantage que d’humbles et dociles instruments entre les mains de la divine Providence), de vous renvoyer à l’annonce que j’en avais faite dans le modeste « Blogue du Mesnil-Marie » le 25 août 2015, et de vous inviter avec une certaine insistance à relire la présentation de Monsieur l’Abbé Louis de Saint-Taurin qui y était publiée et qui a marqué le commencement de cette aventure (voir > ici).
   Il est important que nous revenions souvent aux fondamentaux de ce qui nous anime et que nous en ravivions la ferveur et l’enthousiasme des débuts !
   Il est important que nous nous efforcions de lutter, de toutes les manières possibles, contre les habitudes qui ont tendance à se transformer en ronronnements affadis et en routines mortifères !
   Il ne serait pas superflu qu’à l’occasion de ce septième anniversaire de notre fondation, chacun des membres de la Confrérie, dans son cœur, en présence de Dieu Trois Fois Saint, en présence de notre très douce Mère et Reine – Notre-Dame de l’Assomption -, et en présence des Saints protecteurs de la France, renouvelle son engagement, et prie pour qu’en lui le sel ne s’affadisse pas, afin de ne pas mériter d’être jeté dehors et foulé aux pieds par les passants (cf. Matth. V, 13).

   Je reviens maintenant sur le mot principal qui se trouve dans l’expressions « âge de raison » : notre attachement à la Monarchie capétienne traditionnelle de droit divin, et à Celui qui aujourd’hui en incarne les Principes, c’est-à-dire l’Aîné des Capétiens, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, n’est pas un attachement de sensiblerie ni de sentiment ; il est fondé dans des faits solides, attestés par l’histoire la plus certaine, et dans une logique rationnelle imparable qui découle de ces événements, qui ne sont pas de fumeuses légendes.

   Quels sont ces événements ?
-         C’est la fondation de la Royauté franque indissociablement unie à la foi catholique romaine, en la personne de Clovis, entouré de saints et de circonstances où il est impossible de ne pas voir le doigt de Dieu : Sainte Geneviève et Sainte Clotilde, Saint Remi et Saint Vaast, la miraculeuse victoire de Tolbiac et le don surnaturel du Chrême céleste apporté par une colombe qui n’était pas de la terre, pour ne citer que les principaux.
-         C’est la manière dont Dieu a suscité tout au long de l’histoire des deux premières races de nos Rois, des nuées de saints, dont la prière et les sacrifices ont, malgré les infidélités et les péchés malheureusement liés à nos vies humaines grevées par l’héritage d’Adam, enraciné en profondeur la foi chrétienne et sa pratique assidue dans ce Royaume des Lys.
-         C’est enfin l’aboutissement et la plénitude apportées par les Capétiens qui ont fait de la Royauté franque la plus achevée, la plus équilibrée, la plus sage et la plus rayonnante de toutes les monarchies, montrée en exemple et soutenue par les exhortations des plus grands hommes de Dieu.
-         C’est la geste johannique qui vint, en un temps de crise et de désarroi profond, faire briller au sommet du firmament les principes de la Légitimité, leur conférant un éclat incomparable pour la suite des siècles !
-         C’est aussi, a contrario, l’acharnement de tout ce qu’il y a d’impie et de révolté contre l’ordre divin pour détruire cette Monarchie capétienne de droit divin dont la fondation n’appartient pas aux hommes mais à Dieu : la révolution, par ses principes, par ses hommes, par ses actes, et par ce qu’elle a mis en œuvre depuis la fin du XVIIIème siècle et jusqu’à ces jours que nous vivons, prouve de manière évidente combien cette Royauté qu’elle abhorre est de Dieu ! Car ce que la révolution a combattu, en 1789 et en 1830, et depuis à travers toutes les institutions républicaines, ce ne sont pas les imperfections inhérentes à toute société terrestre, mais bien ce que la Monarchie traditionnelle de droit divin avait de plus pur et de plus saint, pour y substituer les faux principes de l’ange révolté et de ses suppôts !

   Les légitimistes d’aujourd’hui ne sont pas des irréalistes perdus dans d’évanescentes rêveries, ne sont pas d’inconsistants nostalgiques des perruques poudrées et des chaises à porteurs, ne sont pas d’inconséquents déconnectés du monde où la Providence a permis qu’ils naquissent : leurs convictions sont enracinées dans ce qu’il y a de plus raisonnable au regard de l’histoire et du plan de Dieu, leur action est ce qui est aujourd’hui de plus conforme à la raison quand on veut bien se donner la peine d’être pleinement cohérent.

   Puisse la lumière immarcescible de cette raison divine et royale non seulement habiter en nous, mais rayonner à travers nous, par notre vie de cohérence totale avec les principes de la Royauté traditionnelle auxquels nous adhérons de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit !

   Nous sommes indubitablement à une heure grave, très grave, pour la France, pour l’Eglise, pour l’humanité tout entière.
C’est l’heure de la puissance des ténèbres.
C’est l’heure où les forces du mal sont coalisées dans un assaut peut-être jamais vu encore dans l’histoire humaine pour achever le triomphe de la révolution.
C’est l’heure où ceux qui veulent être du côté de Dieu et de Sa loi, du côté de Ses desseins de salut, du côté de Ses projets miséricordieusement grandioses sur la France à travers l’institution et la conservation de sa Royauté sacrée, ne doivent pas s’assoupir, mais redoubler de générosité et de zèle, redoubler de ferveur et de don d’eux-mêmes, redoubler de vigilance et d’ardeur au combat !

   Il se trouve que cette année 2022 est aussi celle du quatrième centenaire de la création, par SM le Roi Louis XIII, de la Compagnie des Mousquetaires du Roi.
Je ne vais pas entreprendre ici une histoire, même résumée, de ce que fut ce corps d’élite. Nous essaierons toutefois de nous extraire des fantaisies romanesques par lesquelles le génial Alexandre Dumas a conféré une aura légendaire à ces soldats, en prenant malheureusement des libertés coupables avec l’histoire, pour nous attacher à la réalité :

-         Les Mousquetaires étaient un corps d’élite : nous devons aspirer à l’être nous aussi !
-         Les Mousquetaires étaient prioritairement au service de la Personne auguste du Souverain : nous devons l’être aussi !
-         Les Mousquetaires étaient réputés pour leur intrépidité, leur vaillance, leur courage : nous devons l’être aussi !
-         Les Mousquetaires ne se ménageaient pas : nous ne le devons pas non plus !
-         Les Mousquetaires se sont distingués en de nombreuses batailles : distinguons-nous aujourd’hui dans les batailles qu’il faut soutenir pour Dieu et pour le Roi !
-         Les Mousquetaires étaient des hommes au mérite reconnu : que nos exemples de fidélité et d’exactitude dans l’accomplissement de nos devoirs de bons et authentiques catholiques, et de loyaux sujets de Sa Majesté soient notre meilleure recommandation !

   Oui, chers membres de la Confrérie Royale, soyons aujourd’hui, et chaque jour, ces Mousquetaires spirituels qui luttent par la prière, la pratique fervente des sacrements et l’usage assidu des sacramentaux que la Sainte Eglise met à notre disposition, et qui tiennent à distance de la Personne aimée de notre Souverain légitime, tout ce qui cherche à Lui nuire et à entraver Son action.

Domine, salvum fac Regem nostrum Ludovicum !
Domine, salvum fac Regem,
et exaudi nos in die qua invocaverimus Te !

   Je vous souhaite à tous un joyeux et saint anniversaire, puisque nous sommes les membres du corps spirituel de la Confrérie Royale,

Vôtre, in Corde Iesu & Mariae.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Mousquetaires du Roi

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