Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2021-48. « Le temps n’appartient qu’à Dieu, mais la fidélité et l’espérance appartiennent aux hommes. »

Allocution de
Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
duc d’Anjou,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX

le 18 septembre 2021

à l’occasion de la présentation de la 6ème édition
de

« L’état présent de la Maison de Bourbon »

Monseigneur le duc d'Anjou et Madame - 18 septembre 2021

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon et Madame
devant le siège de l’Ordre de Malte à Paris
où a eu lieu la présentation de la 6ème édition de « L’état présent de la Maison de Bourbon »

fleur de lys gif2

Chers Parents,
Chers Amis,

Nous voici réunis à l’occasion de la parution de la 6e édition de l’État Présent de la Maison de Bourbon, moment important que nous aurions tous aimé vivre avec celui qui, durant tant d’années, fut le maître d’œuvre de cet ouvrage : notre cher baron Pinoteau.

Je suis donc particulièrement heureux que sa famille soit bien représentée aujourd’hui à cette cérémonie qui suit l’émouvante messe de Requiem de ce matin. Ainsi, j’ai l’occasion de rappeler publiquement tout ce que leur père, grand-père, arrière-grand-père a apporté à notre famille. La Maison de Bourbon lui doit en effet beaucoup et notamment les chefs de Maison, puisqu’avant de m’apporter son aide si précieuse, Hervé Pinoteau avait déjà été au service de mon père et de mon grand-père, tant comme secrétaire que comme chancelier, c’est-à-dire à la fois pour le quotidien et le pérenne.

Leur évocation amène à cet ouvrage, cet État présent de la Maison de Bourbon « pour servir de suite à l’Almanach royal de 1830 », dont nous sommes heureux de présenter officiellement la nouvelle édition. Mon grand-père, le prince Jacques-Henri a beaucoup fait pour que la première édition paraisse en 1975. L’idée en était venue à son propre père lorsqu’il devînt en 1936 l’aîné des Bourbons, avec tous les droits et devoirs que confère cette aînesse, notamment vis-à-vis de la France. La généalogie n’est pas toujours facile à comprendre et, sans doute, mon arrière-grand-père avait-il été habitué à se considérer davantage comme le descendant de la reine Isabelle II que comme celui de son époux, le prince François. Mais le royaume de France et le royaume d’Espagne ne suivent pas les mêmes règles de dévolution. Ainsi, c’est bien par l’intermédiaire de ce prince cadet de Charles IV que l’aînesse lui est revenue, après l’extinction des premiers rameaux de la branche aînée. Une grande aventure pouvait commencer dans laquelle Hervé Pinoteau a mis toute son énergie et son érudition. Au-delà du droit, il y a en effet le faire savoir, le faire connaître, tâche essentielle menée depuis des années et jusqu’à aujourd’hui par les éditions successives.

Il était prévu de faire paraître cette édition en 2020, année du bicentenaire du Comte de Chambord, qui vit l’extinction du rameau aîné issu de Louis XIV. Date hautement symbolique puisqu’elle permettait de saisir toute l’importance des Lois fondamentales. « Le mort saisit le vif » selon un bel adage venu de la nuit des temps et qu’Hervé Pinoteau, en fidèle et érudit chancelier, savait rappeler chaque fois que cela était nécessaire pour soutenir la cause de la Légitimité.

Les cinq éditions précédentes montrent combien il est important de faire le point régulièrement sur cette auguste Maison de Bourbon qui est aussi celle de France, chaque tige et rameau vivant sa propre histoire à travers naissances, mariages et décès. D’année en année les évolutions sont notables, d’où la nécessité des mises à jour régulières pour savoir qui est dynaste selon les lois fondamentales et dans quel ordre. Certains pourraient dire que cela paraît bien inactuel dans un monde qui, parfois, semble avoir oublié les vertus de la Royauté.

Pourtant, de génération en génération, il y a toujours une petite et vaillante cohorte qui maintient le flambeau, persuadée que le salut et le destin du pays en dépendent, et qui a besoin de savoir pour espérer.

Le temps n’appartient qu’à Dieu, mais la fidélité et l’espérance appartiennent aux hommes.

Ainsi, j’ai à cœur de féliciter ceux qui les aident à maintenir la flamme. Ce sont bien sûr tous les auteurs et collaborateurs de l’État Présent, d’abord dirigés par Hervé Pinoteau et désormais regroupés derrière Christian Papet-Vauban qui a repris la flamme, lui aussi avec érudition, rigueur et une belle ténacité. Il a su réunir des contributeurs de qualité, Benoît van Hille et Xavier d’Andeville que je tiens à remercier tout spécialement. Que tous sachent combien le Chef de Maison apprécie leur dévouement. Mais je ne peux pas oublier, non plus, le préfacier de cette édition, le Professeur Jean Barbey, lui aussi un fidèle parmi les fidèles, qui a mis depuis les années 1980 sa science du droit au service de ma famille. Il a donné pour cette édition des pages très éclairantes pour hier comme pour demain.

Enfin, je veux remercier l’éditeur, Patrice de La Perrière qui assume la tâche de la confection, et de la diffusion depuis la première édition. La qualité d’une œuvre se reconnait en particulier sur la durée. Merci à tous.

Mes derniers mots s’adressent enfin à tous les membres de ma famille, la grande famille des Bourbons. Certains sont présents physiquement, d’autres par le cœur et la pensée. J’ai reçu en effet des messages sympathiques de ceux qui ne peuvent être là ce soir. Je pense notamment à notre cousin le duc de Parme. En évoquant son nom qu’il me soit permis aussi de rappeler la mémoire de sa tante, la princesse Cécile qui est décédée le 2 septembre. Je pense aussi au duc de Séville qui a d’abord répondu qu’il serait là et qu’un empêchement inopiné a éloigné de nous ce soir. Je pense à tous, heureux d’être le Chef de la Maison capétienne qui partout garde à cœur de renforcer ses liens et de maintenir toujours vivant le souvenir de ce qu’elle représente pour tous les pays sur lesquels elle a régné.

Merci à tous et prenons rendez-vous pour la septième édition. À bientôt.

Louis, duc d’Anjou
Le 18 septembre 2021

grandes armes de France

2021-47. « Un tel rapprochement n’est pas pour augmenter le prestige déjà médiocre de cette monarchie sans gloire, née dans le bourbier libéral de 1830 et prédestinée à s’éteindre sans honneur dans le cloaque économique de 1848.»

19 septembre,
Anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de La Salette.

Si Léon Bloy n’était pas un légitimiste – loin s’en faut !!! -, il n’était pas non plus – encore bien moins !!! – un orléaniste.
Dans son livre « Celle qui pleure », où il livre ses interprétations (parfois très hasardeuses) de l’apparition de Notre-Dame à La Salette, il s’est au passage livré, dans le chapitre IV, à un véritable pamphlet anti-louisphilippard qui ne manque ni d’esprit ni de saveur.
Aussi, malgré la gravité du sujet, nous semble-t-il assez plaisant de recopier ici l’intégralité de ce chapitre dont nombre de saillies constituent une présentation de la « monarchie de juillet » et de son roi-maçon d’une implacable lucidité. 

Louis-Philippe - photographie

Photographie de Louis-Philippe « roi des Français »

Louis-Philippe, le 19 septembre 1846.

« Il est environ deux heures et demie. Le Roi, la Reine, leurs Altesses Royales, Mme la Princesse Adélaïde, Mgr le Duc et Mme la Duchesse de Nemours, le Prince Philippe de Wurtemberg et le Comte d’Eu, accompagnés de M. le ministre de l’Instruction publique, de MM. les généraux de Chabannes, de Lagrange, de Ressigny, de M. le colonel Dumas et de plusieurs officiers d’ordonnance, sortent pour faire une promenade dans le parc. Après la promenade, Leurs Majestés et Leurs Altesses rentrent au château vers cinq heures pour dîner, en attendant les illuminations du soir.»
C’est ainsi qu’un correspondant plein de diligence, dans une dépêche datée de la Ferté-Vidame, annonce au Moniteur universel l’événement le plus considérable de la journée du 19 septembre 1846.

Je suis, par bonheur, en état de rappeler cet événement à l’univers qui paraît l’avoir oublié. À la distance de plus de soixante ans, il n’est pas sans intérêt de contempler, par l’imagination ou la mémoire, cette promenade du roi de Juillet accompagné de son engeance dans un honnête parc, en vue de prendre de l’appétit pour le dîner et de se préparer, par le naïf spectacle de la nature, aux magnificences municipales de l’illumination du soir.

Ce divertissement historique, mis en regard de l’autre Promenade Royale qui s’accomplissait au même instant sur la montagne de la Salette, est, je crois, de nature à saisir fortement la pensée. Le contraste vraiment biblique d’un tel rapprochement n’est pas pour augmenter le prestige déjà médiocre de cette monarchie sans gloire, née dans le bourbier libéral de 1830 et prédestinée à s’éteindre sans honneur dans le cloaque économique de 1848. Il serait curieux de savoir ce qui se passait dans l’âme du Roi Citoyen au moment même où la Souveraine des Cieux, tout en pleurs, se manifestait à deux enfants sur un point inconnu de cette belle France polluée et mourante sous l’abjecte domination de ce thaumaturge d’avilissement.

Il fallait sous les platanes ou les marronniers, rêvant ou parlant des grandes choses d’un règne de seize ans et des résultats magnifiques d’une administration exempte de ce fanatisme d’honneur qui paralysait autrefois l’essor généreux du libéralisme révolutionnaire. Tout venait à souhait, au dehors comme à l’intérieur. Par un amendement resté célèbre dans les fastes parlementaires, le comte de Morny prétendait que les grands Corps de l’État étaient satisfaits. Dieu et le Pape étaient convenablement outragés, l’infâme jésuitisme allait enfin rendre le dernier soupir et le pays légal n’avait pas d’autres vœux à former que de voir s’éterniser, dans une aussi bienfaisante dynastie, les félicités inespérées de cet adorable gouvernement. On allait enfin épouser l’Espagne, on allait devenir immense. À l’exemple de Charles-Quint et de Napoléon, le patriarche de l’Orléanisme pouvait aspirer à la domination universelle. La ventrée de la lice avait, d’ailleurs, suffisamment grandi et Leurs Altesses caracolaient assez noblement autour de Sa Majesté dans la brise automnale de cette sereine journée de septembre. Le roi des Français pouvait dire comme le prophète de la terre de Hus : « Je mourrai dans le lit que je me suis fait et je multiplierai mes jours comme le palmier ; je suis comme un arbre dont la racine s’étend le long des eaux et la rosée descendra sur mes branches. Ma gloire se renouvellera de jour en jour et mon arc se fortifiera dans ma main.»

À deux cents lieues, la Mère de Dieu pleure amèrement sur son peuple. Si Leurs Majestés et Leurs Altesses pouvaient, un instant, consentir à prendre l’attitude qui leur convient, c’est-à-dire à se vautrer sur le sol et qu’ils approchassent de la terre leurs oreilles jusqu’à ce jour inattentives, peut-être que cette créature humble et fidèle leur transmettrait quelque étrange bruit lointain de menaces et sanglots qui les ferait pâlir. Peut-être aussi que le dîner serait alors sans ivresse et l’illumination sans espérance…

Pendant que l’Orléanisme se congratule dans la vesprée, les deux pâtres choisis pour représenter toutes les majestés triomphantes ou déchues, vivantes ou défuntes, se sont approchés de leur Reine. C’est à ce moment que la Mère douloureuse élève la voix par-dessus le murmure indistinct de l’hymne des Glaives chanté autour d’Elle dans dix mille églises :

Si mon peuple ne veut pas se soumettre, Je suis forcée de laisser aller le Bras de mon Fils…

Léon Bloy, « Celle qui pleure » – chap. IV

Notre-Dame de la Salette - la conversation

2021-46. « On aurait dit une maman que ses enfants auraient battue et qui se serait ensauvée dans la montagne pour pleurer à son aise… »

1846 – 19 septembre – 2021

Méditation au jour du
175ème anniversaire
de l’apparition de la Très Sainte Mère de Dieu
sur la sainte montagne de La Salette

frise

Notre-Dame de La Salette 1

« Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle. Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de Le prier sans cesse… »

C’est par ces mots que la Très Sainte Mère de Dieu – et notre Mère – a commencé à s’adresser aux deux jeunes bergers.

« N’ayez pas peur !… Une grande nouvelle ». On ne peut s’empêcher de penser aux paroles avec lesquelles quelques 1846 années auparavant l’ange s’était adressé aux bergers dans la nuit sainte de Bethléem : « Ne craignez point, car voici que je vous apporte la bonne nouvelle d’une grande joie pour tout le peuple : Nolite timere, ecce enim evangelizo vobis gaudium magnum, quod erit omni populo ! » (Luc. II, 10). Ce peuple auquel encore, en conclusion de son apparition, la Vierge pure et sainte demandera avec insistance que l’on transmette ses paroles : « Eh bien, mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple ! Allons, mes enfants, faites-le bien passer à tout mon peuple ! ».

Dans cette fascinante manifestation de la Mère de miséricorde – Mater misericordiae – du samedi 19 septembre 1846, au moment où la Sainte Eglise catholique s’apprêtait à entrer dans la fête solennelle de ses Sept-Douleurs (car en ce temps-là la fête des Sept-Douleurs de Notre-Dame était célébrée non pas le 15 septembre mais au troisième dimanche de septembre), il y a les paroles, certes si importantes (on les trouve en intégralité > ici) qu’on n’en finit jamais de les relire, de les approfondir et de les méditer, mais il y a aussi ce que les mots ne peuvent traduire et qui parle bien plus haut que toutes les paroles : il y a les larmes de Notre-Dame. Ces larmes appartiennent pleinement à l’essence de l’apparition, sont une part essentielle de la grande nouvelle que la Mère de Dieu est venue annoncer ici, ne doivent ni ne peuvent en aucune manière être retranchées de ce qu’il convient et qu’il est nécessaire de faire passer à tout son peuple.

Notre-Dame de La Salette 2

Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! La grande nouvelle que la Très Sainte Mère de Dieu vient rappeler à deux enfants dans la grandiose et silencieuse solitude des sommets, est d’abord celle de sa Compassion : « Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! » La remarque de Maximin pour décrire l’impression produite par la vision de cette femme en larmes, assise, le visage enfoui dans ses mains, a quelque chose de poignant, quelque chose de bouleversant qui nous émeut au plus profond des entrailles : « On aurait dit une maman que ses enfants auraient battue et qui se serait ensauvée dans la montagne pour pleurer à son aise… » Voici la maman qui nous a été donnée pour Mère au pied de la Croix ! Voici la maman que, nous, enfants misérables avons battue ! Voici la maman que nos méchancetés ont poussée à s’« ensauver » dans la montagne pour qu’elle y puisse donner libre cours à ses larmes, avec pour uniques témoins la pureté des cimes et la naïveté de deux enfants qui gardaient leurs vaches ! « Depuis le temps que je souffre pour vous autres !… Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir.«  Celle qui a reçu pour nous – pour chacun d’entre nous – des entrailles maternelles par l’action efficace des paroles de son divin Fils mourant, s’est « ensauvée » loin de tout pour laisser éclater son chagrin de mère : « Mon peuple ne veut pas se soumettre » et je n’en puis plus, je suis à bout de force tant le bras du juste Juge, que je m’emploie à retenir encore, est fort et pesant…  « … Je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! »

Notre-Dame de La Salette 3

Accepter d’être établie Mère des hommes, pour lesquels le Sauveur S’immolait, c’était accepter d’assumer un rôle de médiation entre LE Fils, que la mystérieuse opération du Saint-Esprit avait façonné de sa chair virginale, et les enfants pécheurs en faveur desquels le Fils unique répandait jusqu’à la dernière goutte de Son Sang Précieux. Accepter d’être établie Mère des hommes, c’était accepter d’être établie continuelle intercessrice, jusqu’à la fin des temps, pour que ceux qui « ne feraient pas cas » des grâces de la rédemption et du salut finissent par se laisser toucher et reçoivent miséricorde, pour que ce peuple à elle confié veuille enfin « se soumettre » et n’encoure plus les châtiments réservés aux rebelles, aux infidèles et aux ingrats.

En devenant Mère des hommes, elle les a laissés entrer dans sa vie jusqu’à avoir un lien intime et viscéral avec eux, jusqu’à devenir responsable et à se porter garante d’eux, jusqu’à accepter le poids de leurs errements et de leurs résistances à la grâce, jusqu’à accepter de ne plus être en repos tant qu’ils s’égareront dans les chemins de l’insoumission à la sainte loi de Dieu, jusqu’à s’épuiser en quelque sorte dans la prière et dans les larmes pour obtenir leur retour  : « Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de Le prier sans cesse… ».

C’est ainsi que la Très Sainte Mère de Dieu toujours Vierge accomplit continûment son devoir de maternelle intercession pour le monde, son devoir de maternelle intercession pour chacun de nous. Sa vie terrestre fut pénible et semée de douleurs, mais l’obédience d’intercession pour le monde qui lui échoit encore dans sa vie glorieuse est elle aussi lourde d’angoisses et de peines : « Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! » Nouvelle Esther intercédant « sans cesse » devant le Trône divin, elle offre ses larmes pour les péchés de l’humanité qui méprise les grâces de salut et de sainteté acquises au prix fort par son divin Fils : « Je suis chargée de Le prier sans cesse… ».

Notre-Dame de La Salette 4

A La Salette, la Mère de Dieu toute sainte et immaculée vient nous montrer ses larmes, qui plaident notre cause devant la Majesté du juste Juge. A La Salette, la Toute Sainte Médiatrice que le Christ Sauveur nous a donnée pour Mère, se manifeste comme la perpétuelle suppliante intercédant pour notre salut. A La Salette, notre Mère miséricordieuse, apparaît comme la veilleuse qui jamais ne s’éteint dans la pénombre du sanctuaire et dont la flamme obstinée porte symboliquement devant la divine Présence du tabernacle la prière des cœurs fervents. A La Salette, la Vierge de Compassion nous crie par les larmes qui baignent son visage, qu’elle ne se résout jamais à « laisser aller le bras de son Fils » et que, malgré le poids accablant de la justice méritée par notre opiniâtreté dans le mal, elle s’entête plus encore à « prier sans cesse » pour que ce Fils « ne nous abandonne pas » !   

La principale raison des larmes de notre Sainte Mère et Reine réside dans nos résistances à la grâce : c’est elle, cette résistance à la grâce pourtant toujours offerte, qui nourrit notre insubordination aux lois et préceptes divins, c’est elle qui engraisse notre paresse pour la prière, c’est elle qui produit nos manques de générosité dans la pratique de la pénitence, c’est elle qui engendre nos chutes charnelles, c’est elle qui endort notre foi, c’est elle qui fournit des armes aux démons qui nous assaillent, c’est elle qui nous paralyse dans les voies du relèvement et de la guérison… Puisse le souvenir des larmes de Marie dissiper nos tiédeurs, réveiller notre ferveur !

Notre-Dame de La Salette 5

Nous devrons tous un jour rendre compte à son divin Fils des larmes que nous avons fait jaillir des yeux de Sa Très Sainte Mère ! Au dernier jugement, devant toute la cour céleste, devant tous les anges et tous les démons, devant tous les élus et tous les damnés, nous devrons répondre de chacune des larmes que nos infidélités ont tiré du Cœur de la Mère de toute Compassion. Serons-nous alors dans la honte et la confusion pour l’avoir attristée par l’indignité de nos comportements et parce que nous aurons tenu en échec ses chagrins maternels et ses larmes ? Alors qu’en tant de prières nous lui répétons « Réjouissez-vous », en réalité nous ne lui donnons pas assez de raisons de se réjouir !

Ne contristons plus la Toute Sainte ! Efforçons-nous de tarir la source de ses larmes et de répondre pleinement aux espérances de son amour maternel qui ne veut jamais désespérer de notre conversion, de notre amendement, de notre redressement, de notre pleine adhésion à la grâce… Et lorsque montent les flots agités de la tentation, tournons-nous de tout notre cœur vers Notre-Dame de La Salette et souvenons-nous de ses larmes ; souvenons-nous de ses soupirs maternels : « Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle. Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de Le prier sans cesse… »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur
19 septembre 2021

frise

Tous les textes de ce blogue où il est question de Notre-Dame de La Salette >>>
– Texte intégral du message et des « secrets » > ici
– Quelques considérations générales > ici
– Prière de Mélanie pour les temps de calamité > ici
– Texte de Gustave Thibon pour le centenaire de l’apparition > ici
– La Salette et la réforme liturgique > ici
« Les plaies de la France pansées par Marie » > ici
– Prières à Notre-Dame de La Salette > ici

2021-45. Nous nous permettons encore une fois de tendre la main…

Dimanche 12 septembre 2021,
16ème dimanche après la Pentecôte ;
Anniversaire de la victoire de Vienne en 1683 (cf. > ici et > ici).

Main tendue

Parce que les moines qui vivent sous la Règle de Saint Augustin sont des « moines mendiants » (comme le sont aussi les religieux des diverses congrégations de la famille franciscaine et les Dominicains, les Carmes et les Servites de Marie, les Trinitaires et les Mercédaires… etc.), et parce que de nos jours le porte-à-porte se fait aussi dans les « rues » du monde d’internet et à travers les « avenues » ouvertes par les réseaux sociaux, je me permets une nouvelle fois à travers ce message de tendre la main vers vous, nos amis fidèles et bienfaiteurs – réguliers ou occasionnels -, pour solliciter votre générosité.
Le mois de septembre est déjà bien entamé, et je dois penser
- 1) à faire rentrer du bois de chauffage : vous savez que le Mesnil-Marie est situé en moyenne montagne dans une région au climat rude, où le poêle reste allumé sept à huit mois. Pour information, le stère de bûches de hêtre de 50 cm est à 65 € [et nous nous réjouissons d'avoir un fournisseur qui n'augmente pas ses tarifs cette année !] et en période froide nous brûlons environ 2,5 stères par mois ;
- 2) renouveler la provision de veilleuses pour le Saint-Sacrement (un carton de 20 veilleuses d’une durée de 9 jours coûte presque 80 €) ;
- 3) faire livrer aussi, avant la période où la circulation sera plus délicate, les cierges nécessaires pour l’autel, ainsi que les veilleuses votives qui sont allumées devant les images ou les reliques des saints au jour de leur fête, les charbons pour l’encensoir et tout ce qui est nécessaire pour la liturgie jusqu’au printemps [car les livraisons sont plus difficiles en période hivernale]… etc. ;
- 4) à faire poser des « pneus hiver » sur notre « Duster » avant la Toussaint ;
- 5) sans compter évidemment les frais « ordinaires » et réguliers que sont les factures d’électricité, l’entretien des véhicules, l’abonnement internet et le téléphone, le « toner » pour l’imprimante, la taxe foncière, les assurances, l’entretien du Mesnil-Marie et de ses abords lorsqu’il faut faire appel à un élagueur ou un débroussailleur… etc.
Tous ces frais sont payés par le compte du Refuge Notre-Dame de Compassion, qui peut recevoir des dons en espèces, par chèques ou par virements bancaires (voir > ici). 

Les frais ordinaires de ma vie personnelle (c’est-à-dire la nourriture, le carburant, les médicaments, le vêtement, les livres pour mes études…) ne sont pas pris en charge par l’association Refuge Notre-Dame de Compassion, mais sont réglés grâce aux aumônes qui me sont remises à cette intention, et je préfère que ces aumônes soient – autant que possible – en espèces.

Que ces lignes me soient enfin l’occasion d’adresser de très chaleureux remerciements à tous ceux qui, déjà, de manières diverses, mais en particulier par leur générosité pécunière, permettent la vie et le rayonnement du Refuge Notre-Dame de Compassion, au service de Notre-Seigneur et de Notre-Dame.
Nous prions quotidiennement pour nos bienfaiteurs et nous faisons régulièrement célébrer des Saintes Messes à leur intention.

Chat noir et blanc merci

Publié dans:Annonces & Nouvelles, Chronique de Lully |on 11 septembre, 2021 |1 Commentaire »

2021-44. Les caractéristiques de l’âme chrétienne.

16ème dimanche après la Pentecôte :
Epître : Eph. III, 13-21 ; Evangile : Luc. XIV, 1-11.

Benozzo Gozzoli - Saint Augustin étudiant avec ses disciples

Saint Augustin et ses premiers moines étudiant
(détail d’une fresque de Benozzo Gozzoli dans l’église Sant’Agostino de San-Giminiano)

Les caractéristiques de l’âme chrétienne :
méditation sur les textes de la Sainte Ecriture
de la Messe du 16ème dimanche après la Pentecôte

Présence de Dieu :
« Faites, ô Seigneur, que mon âme soit bien enracinée dans la charité et l’humilité ».

frise

Méditation :

1 – L’épître que nous lisons aujourd’hui à la Messe, est un des plus beaux passages des lettres de Saint Paul. Nous y trouvons le fameux conseil de l’Apôtre aux Ephésiens qui, dans ses trois parties, résume toute la substance de la vie intérieure.
« Que le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ… vous donne… d’être puissamment affermis, par Son Esprit, en vue de la croissance de votre homme intérieur » (Eph. III, 16). L’homme intérieur, est l’esprit humain régénéré par la grâce, c’est l’homme spirituel qui a renoncé aux plaisirs des sens et à tout ce qui est matériel. Cet homme se trouve en chacun de nous et doit être fort pour pouvoir soutenir la lutte contre l’homme animal qui, malheureusement, vit encore en nous, tant que , tant que nous sommes sur cette terre, et tente de nous entraîner vers ce qui est bas. L’Apôtre demande avec raison cette force à l’Esprit-Saint, parce que la force de notre vertu est insuffisante si elle n’est corroborée par celle que le Saint-Esprit répand en nous au moyen de Ses dons.
« Que le Christ habite en vos cœurs par la foi » (Eph. III, 17). Le Christ, avec le Père et le Saint-Esprit, habite déjà dans l’âme en état de grâce, mais Sa présence peut devenir toujours plus « profonde », et dans la mesure même de sa profondeur, l’âme sera pénétrée de la divine charité, au point d’être vraiment « enracinée » dans la charité et « fondée » sur elle. Voulons-nous croître dans l’amour ? Tenons-nous en contact avec la source de l’amour, avec Dieu vivant dans notre âme.
« Que vous puissiez saisir… la charité du Christ qui défie toute connaissance » (Eph. III, 18-19). Le point culminant de la vie spirituelle, c’est de comprendre autant qu’il est possible à des créatures, le mystère de l’amour de Dieu. Le christianisme est tout amour : nous sommes chrétiens dans la mesure où nous vivons dans l’amour, et comprenons l’amour de Dieu.
Cependant, ce mystère nous laisse toujours un peu incrédules, un peu sceptiques. Oh ! si nous pouvions voir, comme les bienheureux, comment Dieu est charité et ne veut que la charité ; que la voie pour aller à Lui est celle de l’amour ; que la souffrance, la mortification, l’humilité, ne sont que des moyens pour arriver à l’amour parfait, pour correspondre à l’amour de Dieu-Charité ! Alors, nous serions vraiment « remplis de toute la plénitude de Dieu » (Eph. III, 19).

guérison de l'hydropique - mosaïque Santa Maria Nuova Monreale

La guérison de l’hydropique
(détail d’une mosaïque dans la cathédrale Santa Maria Nuova de Monreale – Sicile)

2 – Saint Paul nous a exhortés, dans l’épître, à être enracinés dans l’amour. Dans l’Evangile, Jésus nous exhorte à être enracinés dans l’amour et l’humilité.
Malgré la désapprobation tacite des pharisiens, fruit de l’étroitesse de leur esprit et de leur cœur, Jésus guérit, un jour de sabbat, un pauvre hydropique, et nous enseigne une fois de plus la grande importance de l’amour du prochain. C’est en vain que nous croirions être enracinés dans l’amour de Dieu, si nous ne l’étions également dans celui du prochain. Comment peut-on s’imaginer qu’un acte de charité fraternelle soit en opposition avec la loi de la sanctification de la fête ? Telles sont les aberrations auxquelles on arrive lorsqu’on prétend aimer Dieu en veillant uniquement à ses propres intérêts, sans aucune pensée pour les nécessités d’autrui. Ce n’est pas là du christianisme, mais du pharisaïsme, destructeur de la charité.
Pour être enraciné dans l’amour, il faut l’être également dans l’humilité, car l’humble est seul capable d’aimer vraiment Dieu et le prochain. L’Evangile nous donne donc une leçon d’humilité, en condamnant la chasse aux honneurs. Il ne faut pas croire qu’il s’agisse seulement d’honneurs matériels, il faut entendre aussi : honneurs moraux, c’est-à-dire ces places que notre orgueil tend à occuper dans l’estime et la considération d’autrui.
C’est un fait humiliant de constater comment notre « moi » veut toujours occuper une place supérieure à celle qui lui revient, et cela à notre confusion, car « quiconque s’élèvera sera abaissé » (Luc. XIV, 11).
« Mettons-nous à la dernière place, dit Saint Bernard. Il n’y a pas de dommage à nous humilier et nous croire inférieurs à ce que nous sommes en réalité. Mais le danger est terrible et le mal très grand si nous voulons nous élever, même d’un seul pouce, au-dessus de ce que nous sommes, et nous préférer, ne fut-ce qu’à un seul homme. Il n’est pas dangereux de se pencher un peu trop pour passer par une porte trop basse, mais il sera très périlleux de s’élever à un seul doigt de plus que la hauteur de la traverse, parce qu’on se heurte et se blesse la tête. De même, il ne faut pas craindre de nous humilier trop, mais avoir en horreur le plus petit sentiment de présomption ».
Demandons dès lors au Seigneur, comme l’ont fait les saints, de nous envoyer une humiliation chaque fois que notre orgueil tentera de nous élever au-dessus des autres. Ce sera le moyen le plus sûr pour nous enraciner dans l’humilité. Nous le serons alors aussi dans la charité et possèderons, de cette manière, les deux caractéristiques fondamentales de l’âme chrétienne.

Benozzo Gozzoli - adoration des anges - Chapelle du Palais Medici Riccardi à Florence

Adoration des anges
(détail d’une fresque  de Benozzo Gozzoli dans la chapelle du Palais Medici-Riccardi à Florence)

Colloque :

« Augmentez, Seigneur, ma foi en Votre amour, afin que je puisse Vous dire en toute vérité : « Nous, nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru » (1a Joan. IV, 16). C’est là le grand acte de notre foi, c’est le moyen de rendre à notre Dieu amour pour amour ; c’est là « le secret caché au cœur du Père » (Coloss. I, 26) que nous pénétrons enfin et toute notre âme tressaille…» (Sainte Elisabeth de la Trinité).
O Seigneur, rendez-moi capable de croire à Votre amour excessif pour moi. Je ne m’arrêterai plus, alors, aux goûts, aux sentiments, peu m’importera de Vous sentir ou non, de recevoir de Vous la joie ou la douleur : je croirai à Votre amour et cela suffit.
« Faites, ô Dieu, que mon âme pénètre dans votre profondeur, et y demeure enracinée et fondée dans l’amour.
« O Seigneur, lorsque je considère en moi-même Votre immensité, Votre fidélité, Vos preuves d’amour, Vos bienfaits, et qu’ensuite je me regarde moi-même et vois mes crimes, je ne puis que me tourner vers mon âme dans un profond sentiment de mépris ; toutefois ce mépris ne m’abaisse pas autant que je le voudrais.
« O Seigneur, plongez-moi dans l’humilité ! Il me semble qu’ainsi je serai plongée en Vous car, en vivant en Vous, Vérité même, il est impossible de ne pas connaître son néant. L’âme humble est le récipient de choix et l’amphore capable de recevoir Votre grâce, et en elle seule Vous la versez. Faites donc, ô Seigneur, que je sois humble et comprenne que l’humble ne Vous élèvera jamais assez et ne s’abaissera jamais assez lui-même » (Sainte Elisabeth de la Trinité).

Rd. Père Gabriel de Sainte-Marie-Madeleine,
in « Intimité divine », vol. 2 pp.404-407

St-Esprit & Ste Bible

2021-43. Message de Sa Majesté le Roi Louis XX à l’occasion de la fête de Saint Louis 2021.

Mercredi 25 août 2021.

En cette fête de Saint Louis, son ancêtre et son saint patron, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, a adressé le message suivant à tous les Français :

Aigues-Mortes statue de Saint Louis

Statue de Saint Louis à Aigues-Mortes

Chers Français,

Je ressens de plus en plus l’expression d’une inquiétude profonde à l’égard de notre nation, de nos vies et de nos problèmes quotidiens, générée par une situation de crise, dont les racines sont profondes. Cette inquiétude s’accroît alimentée par une succession d’évènements que le pays semble subir et qui ne trouvent que des solutions partielles et qui interpellent notre société.

La crise concerne tous les secteurs, affectant davantage les plus faibles.

Cette crise de caractère religieux, social, juridique, économique et philosophique qui affecte de nombreux Français, nécessite des solutions durables et équitables.

La situation des plus humbles ne s’améliore pas et la fracture des territoires demeure. Il y a là une source d’injustice et d’exacerbation des divisions entre tous, comme si la division et la confrontation étaient la marque d’une nouvelle société ; alors que la concorde et l’unité sont les seuls moyens pour trouver une solution de justice.

La crise de confiance s’est accentuée actuellement par la persistance de la crise sanitaire et ses conséquences. Devant la gravité de la situation, les solutions proposées sont techniques, uniformes et rapides, reposant sur une sorte de certitude acquise, implacable et incontournable, contre laquelle personne ne peut exprimer ses inquiétudes, alors qu’il aurait fallu y répondre avec transparence, sans pouvoir laisser penser que le bien public puisse cacher d’autres intérêts.

Nous sommes tous concernés face à l’avenir, avec le sentiment apparemment de plus en plus partagé que notre société est confrontée à des enjeux de fond, qui ne sont pas nouveaux, et aux effets plus rapides que par le passé.

Ce sentiment est renforcé par les dangers, que chacun ressent, d’une situation internationale de moins en moins prévisible, voire dangereuse. Les risques grandissent de possibles conflits susceptibles de menacer notre pays, notre société, notre forme de vie et nos valeurs sociales et politiques ; la plus grande faiblesse est celle de ne pas savoir ce que l’on défend.

Face à toutes ces questions, les interrogations et les doutes augmentent. La culture de l’oubli contribue, elle aussi, au dérèglement social. En effet, la culture, la connaissance partagée, le lien moral et éthique véhiculé par une langue commune est d’abord ce qui unit et non ce qui oppose. Les menées actuelles sont absolument contraires à l’esprit d’unité du corps social défendu durant des siècles qui a permis tant de succès et de progrès à notre société.

Ainsi, il nous faut revenir aux fondements de la société française et de son identité : la justice, le bien commun, la souveraineté, la volonté de sacrifice, le discernement et l’esprit critique, la nécessité de croire à la communauté et à la générosité avec une plus grande cohésion sociale. En se référant à eux, nos institutions retrouveront leur finalité, celle d’unifier la France et de l’aider à se dépasser. Pour sortir de cette phase négative comme la France en a déjà connue et qu’elle a toujours surmontée, il s’agit de retrouver notre esprit de cohésion et notre attachement à nos valeurs pour que la France reste la France.

Je souhaite ainsi rendre hommage à tous ceux qui agissent et assument leur devoir d’état, malgré toutes les difficultés qu’ils rencontrent dans leurs vies quotidiennes.

Je pense spécialement aux jeunes couples qui s’engagent dans ce sens, en s’attachant à accomplir avec enthousiasme, au prix de difficultés souvent considérables, leur rôle de transmission vis-à-vis de leurs enfants.

Je pense aux personnels de santé, tellement surchargés en ce moment, confrontés de plus en plus à des problèmes éthiques touchant à la vie, et qui, de ce point de vue, s’emploient à résister à des pratiques contre-nature, dans la pleine conscience de leur devoir.

Mais je pense aussi à tous ceux, entrepreneurs, militaires, professionnels divers qui œuvrent déjà, chacun à sa place, pour que notre pays s’affirme fier de lui-même, soucieux et attentif à mettre en valeur le plein héritage de son histoire pour bâtir son avenir.

Nous devons donc nous attacher à nous retrouver tous unis dans un souci de succès, de générosité et de cohésion sociale, en nous fondant sur l’expérience de la France. Tel est ce que peuvent nous apprendre nos quinze siècles de civilisation. Tel est ce qu’il faut redonner comme espoir à nous tous.

Puisse ce message vous aider et vous encourager à aller de l’avant ! Gardons l’espoir de ceux qui s’engagent, œuvrons pour le bien commun, renforçons notre communauté et les liens qui nous unissent pour affronter les difficultés présentes.

Que le souvenir de Saint Louis, fêté en ce jour, et toute la gloire de la France nous aident ainsi à trouver des modèles pour l’avenir en apportant la paix et la justice entre tous les Français.

grandes armes de France

2021-42. De l’esprit chevaleresque.

Mercredi 25 août 2021,
Fête de Saint Louis, roi de France (cf. > ici, > ici, et encore > ici) ;
6ème anniversaire de la fondation de la Confrérie Royale (cf. > ici).

chevalier

De l’esprit chevaleresque

Lettre mensuelle à l’adresse de la Confrérie Royale
- 25 août 2021 -

 Chers Amis et Sympathisants de la Confrérie royale,

Dans l’histoire, chaque époque de crise a engendré des héros. En termes spirituels : ce sont les épreuves qui façonnent les saints. Les indécis, eux, sont des anti-héros. J’assimile les mous aux tièdes que « Dieu vomit » (Apoc. III, 15). Il y a en effet concordance entre notre foi et notre action. À foi petite, petite action. « Nous périssons par la médiocrité », lançait le général de Lamoricière, commandant des zouaves pontificaux.

L’effort est l’une des grandes lois de la vie chrétienne ici-bas, il est la marche en avant de l’amour. Qu’on songe aux funestes atermoiements du velléitaire Charles VII, qu’essaiera de secouer la bouillonnante Jeanne d’Arc, à qui il tardait « comme à une femme enceinte d’enfanter »1. Voilà l’attitude des saints : agir quand il est temps. Il nous faut redécouvrir et cultiver le courage et la droiture, qualités d’âme qui faisaient l’honneur de nos ancêtres. La bonne volonté est contagieuse, et l’audace conquérante. C’est bien en ce sens que, selon les paroles-mêmes de Notre-Seigneur, « ce sont les violents qui s’emparent du Royaume des Cieux » (Mt XI, 12).

Les âmes généreuses ont le désir de faire quelque chose de grand dans l’ordre de la charité, de l’apostolat, de la sainteté pour, comme sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, « ne pas être une sainte à moitié ». Mais très vite ces grands désirs se trouvent confrontés à des obstacles de toutes sortes : difficultés extérieures, découragement, inconstance… Tout de suite apparaît la loi de la réussite : les meilleures résolutions ne peuvent aboutir sans effort, ce que vos prêtres vous assènent à chaque nouvelle entrée en Carême.

L’une des institutions qui ont fait la gloire du « Moyen Âge », avec l’Université et les corporations, c’est la chevalerie. La première concernait les intellectuels, la deuxième les travailleurs, la troisième allait impliquer l’élite militaire et politique de la société. Mais l’intrépidité et la bravoure ont besoin, pour devenir vertueuses, d’être orientées vers une cause juste avec des moyens proportionnés. Ce fut le génie de l’Église de permettre de canaliser l’énergie des hommes braves en la mettant au service de Dieu. L’institution, purement militaire, remontait historiquement aux anciennes coutumes des peuples germains venus envahir l’empire romain aux IVe et Ve siècles. L’Église va alors christianiser la chevalerie en enseignant au chevalier à tourner sa force au profit de la justice et de la protection des plus faibles.

Pas plus que le Christ n’est venu abolir la souffrance, l’Église n’a pas abrogé la guerre : c’est d’ailleurs impossible du fait de la loi du péché originel et de ses conséquences qui frappe toute l’humanité. Mais elle a réussi le défi d’humaniser la guerre, de la limiter (par la « Trêve de Dieu », notamment). Elle a su faire naître dans le cœur de ces hommes sauvages et brutaux qu’étaient les conquérants barbares, des sentiments et des vertus chrétiens : le sens de l’honneur et de la fidélité, la justice, l’horreur du mensonge, la compassion pour les faibles.

 heaume pour évêque

Reproduction de heaume médiéval pour évêque-soldat…
non homologué par la C.E.F. !

 Vivre de l’esprit chevaleresque

Aujourd’hui, je ne dis pas qu’il faut reprendre l’armure et monter à cheval, quoique saint Paul nous ait avertis de revêtir « toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté » en portant « la vérité pour ceinture, la cuirasse de la justice, pour chaussure le zèle que donne l’Évangile, le bouclier de la foi, le casque du salut et l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu » (Éph. VI, 13-17). Il ne s’agit pas de nous affubler en Godefroy le Hardi, comte de Montmirail, ni en son « fidèle escuyer » Jacquouille la Fripouille, les « Visiteurs » tombés malgré eux au XXe siècle… mais de renouer avec la noble tradition chevaleresque française et son code d’honneur, immortalisés par nos chansons de geste où la vaillance le dispute à la courtoisie. Nous sommes les héritiers d’une civilisation fondée sur les valeurs de la prudhommie et de la bonhomie.

Et les combats ne manquent pas. Face aux attaques de tous côtés, il faut des guerriers avisés et bien préparés. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, nous sommes plongés dans l’arène, où il nous faut « tenir ferme contre les artifices du diable » (Éph. VI, 10). Que ce soit la crise sanitaire (lors de sa première allocution, M. Macron nous a avertis trois fois d’un air grave : « C’est la guerre ! ») ou plus récemment encore la guerre liturgique rallumée, nous devons lutter contre le mal sous toutes ses formes, qu’il prenne l’apparence d’un pangolin ou d’une « Eucharistie festive » dans la forme (très) ordinaire. L’Ennemi est polymorphe mais la tactique est toujours la même.

Sur le plan surnaturel, nous avons à mener le combat spirituel, comme sur le plan naturel nous avons à défendre notre pays de ses (et donc de nos) ennemis. Sans doute, depuis la période « Peace and love » qui a suivi les deux grandes guerres, l’on s’est focalisé, dans l’Église, sur l’ennemi intérieur – et ce désordre, cette résistance au bien, ce penchant au mal est bien réel dans notre âme – au détriment des ennemis extérieurs, qu’il serait trop long d’énumérer ici. Sachons déceler où se glisse le mal, dans la foi (l’erreur) comme dans les mœurs (le péché) ; la traque est de tous les instants car « votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer » (I Pet. V, 8).

Les grands modèles

La chevalerie nous a laissé de grands noms et de beaux exemples : Roland le Preux, Godefroy de Bouillon, le connétable du Guesclin (« le Dogue noir de Brocéliande »), Bayard, même Jeanne d’Arc, jusqu’au premier généralissime de l’armée catholique et royale : Cathelineau (« le Saint de l’Anjou »). Pétris des vertus évangéliques, ils eurent à cœur d’humaniser la guerre, lorsque celle-ci se révélait indispensable. Tous les dommages collatéraux : détruire, brûler, piller, molester les pauvres gens… constituent des crimes de reître dont un noble chevalier aurait honte de se souiller. De même le combat doit demeurer sur le champ de bataille, il faut épargner tout ce qui est en dehors : femmes, enfants et cités.

Les preux chevaliers nous donnèrent les Croisades dont nous n’avons pas à rougir car elles furent une guerre défensive pour protéger les chrétiens menacés ou violentés, et libérer les territoires envahis par les mahométans comme l’Espagne ou la Terre Sainte. Cette campagne armée n’a rien à voir avec la « Guerre sainte » des musulmans qui veulent conquérir de force le monde entier pour le soumettre à l’islam en établissant la charia. Plus proches de nous, les guerres de Vendée de 1793 constituent une héroïque page du livre de la chevalerie chrétienne.

Vitrail de Saint Louis avec la Sainte Couronne d'épines

Saint Louis

Aujourd’hui, nous célébrons le roi des chevaliers, celui qui a agi en toute circonstance, comme nous le dit le Bréviaire romain, cum prudentia et pietate. Selon saint Thomas d’Aquin, la vertu de prudence (au service de la justice) est la vertu propre du gouvernant 2. « Saint Louis, estime Fustel de Coulanges, a montré que l’on gouverne par les principes les plus simples, par le bon sens, par la droiture de l’esprit et par la droiture de cœur »3. En lui se réalise « l’apogée de l’équilibre entre le souci du monde visible et du monde invisible ; la plus parfaite synthèse de la sagesse politique et du sens de l’au-delà »4.

Tel Salomon qui ne demanda comme grâce que d’être empli de « sagesse et d’intelligence afin de juger le peuple sur lequel [Dieu l’a] fait régner » (II Chr. I, 11), Louis IX n’eut de hantise que d’agir toujours et partout en « prud’homme », selon ce qu’il confia à son ami Robert de Sorbon : « Maître Robert, je voudrais bien avoir le renom de prud’homme, mais que je le fusse. Quant à tout le reste, je vous l’abandonne »5. Comme l’a écrit Me Trémolet de Villers, « Les saints sont d’utilité publique. Il faut des hommes forts qui soient des doux, des hommes humbles qui soient fiers, des hommes intelligents qui aient du cœur, des hommes prudents : au sens plein du mot, S. Louis roi de France »6.

Bayard au combat

Bayard7

Les mères sont championnes pour inculquer l’esprit chrétien : qu’on songe à Blanche de Castille avec le futur Louis IX. Celle de Bayard lui donna ce triple précepte, qui constitue un véritable code de l’esprit chevaleresque :

« Autant qu’une mère puisse commander à son enfant, je vous commande trois choses. Si vous le faites, soyez assuré que vous vivrez triomphalement en ce monde : la première, c’est qu’avant tout, vous aimiez, craigniez et serviez Dieu. La seconde, c’est que vous soyez doux et courtois à tous les gentilshommes, humble et serviable à tous gens. Fuyez l’envie car c’est un vilain vice. Soyez loyal en faits et dits ; tenez votre parole. La troisième, c’est que des biens que Dieu vous donnera, vous soyez charitable aux pauvres nécessiteux, car donner pour l’amour de Lui n’appauvrit jamais personne. »8

Fort de cet enseignement, la « fleur de la chevalerie » put être glorifiée par Bayard, qui allie respect des lois de la guerre et défense du bon droit. Surnommé à juste titre « le loyal serviteur » et « le chevalier sans peur et sans reproche », il servit fidèlement trois rois successifs (Charles VIII, Louis XII et François Ier) avec la constante bravoure qui l’a rendu justement célèbre.

Sainte Jeanne d'Arc à Orléans (vitrail)

Jehanne la Pucelle

Pour plagier le Prologue de saint Jean (Jn I, 6), « Fuit puella missa a Deo cui nomen erat Johanna » : il y eut une jeune femme envoyée par Dieu, dont le nom était Jeanne. La mission éminemment politique de « la sainte du temporel » (Cal Daniélou), qui était de « rétablir la France et le sang royal »9, dérange au plus haut point parce que Jeanne n’est pas pacifiste mais remarquablement guerrière : « Nous n’aurons la paix qu’au bout de la lance », prévenait-elle.

Dotée d’une maison militaire digne d’un véritable chef de guerre (un intendant, deux pages, deux hérauts) et armée d’une bannière et d’un étendard peints de représentations religieuses, cette jeune fille de 17 ans, « le plus beau des chevaliers » selon Mgr Touchet, va mener de victoire en victoire l’armée fidèle à son roi. Agissant toujours hardiment, le mot d’ordre qu’elle donnait à Charles VII, elle le répète aujourd’hui encore à Louis XX : « Marchez résolument, ne doutez pas, soyez homme et vous reconquerrez votre royaume ! ». La Pucelle était convaincue qu’une fois le roi sacré, « la puissance des adversaires diminuerait toujours, et qu’ils ne pourraient finalement nuire ni à lui ni au royaume »10. C’est à notre tour notre conviction profonde, qui récitons trois fois par jour l’Angélus à cette pieuse intention.

Les encouragements de Jehanne sont véhéments, fusant comme le trait d’une flèche, tant au combat qu’au procès (lequel fut une vraie joute oratoire). « Je croyais aux paroles de la Pucelle, témoigne l’un de ses compagnons d’armes ; j’étais tout enflammé par ses paroles et par son amour de Dieu »11. Ses paroles chaudes, formulées à l’impératif marquant l’obligation de l’action avec les adverbes de l’entrain, constituent selon l’un de ses hagiographes « la Bible de France », qui considère encore que certes « ses Voix l’inspirent, mais que l’inspire aussi et que parle en elle l’âme de la France qui prend conscience, en elle, de son existence, de son originalité, de sa mission »12.

À ses yeux, pureté et victoire vont de pair : « C’est le péché qui fait perdre la guerre », assure-t-elle. Son intuition est confirmée par l’oraison super populum que nous lisons le vendredi après les Cendres : « Protégez, Seigneur, votre peuple, et dans votre clémence, purifiez-le de tout péché, car aucune adversité ne peut lui être nuisible si aucune iniquité ne domine sur lui »13.

Comme avec notre Libératrice, l’itinéraire que nous avons à mener sera à la fois militaire et spirituel, politique et religieux. Depuis le jour béni de sa Confirmation, le chrétien est fait soldat du Christ. Le Français, lui, doit encore se sentir chevalier de Son lieutenant ici-bas. « Le Français est le soldat de la cause de Dieu, laquelle suivant les temps prend divers visages et peut être défendue par la parole (on pense aux Dominicains 14) autant que par l’épée. La France ne grandit que si elle est fidèle à sa vocation et elle déchoit quand elle y manque » (Mgr Calvet 15).

*

Tous ces grands exemples nous rappellent que, s’il convient parfois de supporter avec patience les persécutions, bien des fois aussi les vertus de charité, de justice et de force – vertus chrétiennes par excellence – nous font un devoir de résister courageusement face à la violence des ennemis du Christ.

Et les chevalières, me demanderez-vous ? Mesdames, vous n’êtes aucunement exclues de ces recommandations, ces lignes vous concernent aussi. L’Ancien Testament regorge d’exploits de « femmes fortes » telles Esther, Judith et Yaël. La chevalerie est un esprit qui exalte la virilité de l’âme. Le latin, dans son génie concentrateur, réunit d’ailleurs ensemble dans une même étymologie « l’homme », « la force » et « la vertu » : vir/virtus. Cette qualité n’est pourtant pas réservée aux seuls hommes, et Jehanne ne doit pas rester une exception dans l’histoire de France. Pour les ragaillardir dans la voie du combat spirituel, la grande sainte Thérèse ne disait-elle pas à ses sœurs carmélites : « Mes filles, soyez des hommes ! » ?

chevalier_lis

L’esprit chevaleresque

La mère de Bayard ne commandait pas la bravoure à son fils : ce fut faire injure à un preux ; elle commande la foi en Dieu, la loyauté, la courtoisie, la libéralité, la défense de la veuve et de l’orphelin… Toutes sont les qualités qui accompagnent la bravoure et lui donnent son prix en chrétienté.

Tout vrai chevalier est dans la réalisation de cet idéal. Dans sa courtoisie comme dans sa bravoure, le preux se distingue par son intrépidité au combat, son service fidèle et loyal, sa droiture d’esprit, sa noblesse de cœur. Une famille comtale de Toscane a pour devise cette admirable définition : « Seule la vertu est la vraie noblesse ». Mistral, le poète provençal, avait quant à lui adopté cette devise chevaleresque : « Plus fier que les fiers et plus humble que les humbles ».

L’historien Léon Gautier a reconstitué ainsi les 10 Commandements de la chevalerie en vigueur au sein de la Chrétienté 16 :

1) Tu croiras à tout ce qu’enseigne l’Église et observeras tous ses commandements ;

2) Tu protègeras l’Église ;

3) Tu auras le respect de toutes les faiblesses et t’en constitueras le défenseur ;

4) Tu aimeras le pays où tu es né ;

5) Tu ne reculeras jamais devant l’ennemi ;

6) Tu combattras les infidèles avec acharnement ;

7) Tu rempliras tes devoirs féodaux, à moins qu’ils ne soient contraires à la Loi divine ;

8) Tu ne mentiras pas et seras fidèle à la parole donnée ;

9) Tu seras libéral et généreux ;

10) Tu seras, partout et toujours, le champion du droit et du bien contre l’injustice et le mal.

*

Le Baptême de Clovis (Versailles - cathédrale St Louis)

L’engagement

Mais porter une chevalière à l’annulaire ne suffit pas pour vivre en véritable chevalier. Force est de constater parmi les jeunes d’aujourd’hui l’inconstance, la perte du sens de la parole et de l’engagement. La nouvelle forme de chevalerie que représente le scoutisme (et les louveteaux de petits pages) suffira-t-elle pour cultiver chez l’enfant une âme ardente et un cœur généreux ?

La vie est une aventure, et il faut de l’esprit chevaleresque pour s’y lancer. Il faut de l’esprit chevaleresque pour vouloir suivre le Christ aujourd’hui ; le jeune homme riche de l’Évangile n’en avait pas assez et « partit tout triste » malgré le regard d’amour qu’avait posé sur lui Jésus (cf. Mt XIX, 22). Beaucoup aujourd’hui préfèrent le suivre lui, ce jeune homme riche, repu d’opulence matérielle, plutôt que Notre-Seigneur, qui nous promet des richesses d’un autre ordre mais qui n’ont pas de prix, et ce dès ici-bas. Quand on n’a plus le sens de la parole donnée, comment croire en la Parole divine ?

Il faut de l’esprit chevaleresque pour entamer une formation professionnelle aujourd’hui. Les caisses d’intérim sont certainement plus commodes, qui offrent aux jeunes gens des « jobs » flexibles, comme les forfaits téléphoniques « sans engagement ». Il est loin le temps où le savoir artisanal ou judiciaire se transmettait de père en fils, générant de véritables dynasties d’une même profession familiale, faisant la force des corporations.

Il faut de l’esprit chevaleresque pour se lancer dans l’aventure du mariage aujourd’hui. « L’amour libre » permet d’éviter la trop moralisante fidélité, et puis cela permet d’accepter la vie de couple seulement pour les bons moments, en évacuant les pires. Or c’est par le désintéressement et par le renoncement volontaire que se prouve le véritable amour. L’engagement des époux devant Dieu ne consiste pas à Le prendre comme simple témoin de leur amour mutuel, mais comme acteur, par Sa grâce, de l’amour total et fidèle de l’un pour l’autre, à l’image de Jésus aimant l’Église jusqu’à donner Sa vie pour elle.

Il faut de l’esprit chevaleresque pour défendre l’identité chrétienne de la France aujourd’hui, pour combattre les institutions maçonniques en place et, comme sainte Jeanne d’Arc, établir le règne de Jésus-Christ en rétablissant le roi de France légitime.

Comme adultes chrétiens, il nous faut prendre nos engagements au sérieux et relever le défi. « La vie est un devoir : accomplis-le », insistait sainte Teresa de Calcutta. « Se trouver obligé » : voilà bien ce qui répugne aux nouvelles générations, lesquelles fuient tant la vie consacrée que le mariage. Or, la vie chrétienne est en elle-même une alliance sacrée puisqu’elle repose sur l’engagement aux promesses du saint baptême.

Ce que découvre la psychologie moderne, la religion nous l’a enseigné depuis les origines : est fiable et responsable une personne qui construit sa vie en fonction des choix qu’elle fait et des valeurs qu’elle adopte, et conduit sa vie en s’appuyant sur les principes qui la guident. Avec l’adoubement, lors duquel le chevalier prononce son triple serment envers Dieu, son roi et sa patrie, cérémonie précédée d’une veillée d’armes, un lien indissoluble se constitue qui va responsabiliser le promettant et sacraliser son engagement au service du roi 17.

 Envoi en mission

Envoi en mission

Laisserons-nous se déliter la France davantage en simples spectateurs ? Comme l’estimait un pape du Ve siècle : « C’est approuver l’erreur que de ne pas y résister ; c’est étouffer la vérité que de ne pas la défendre. Quiconque cesse de s’opposer à un forfait manifeste peut être regardé comme un complice secret » (Félix III). Alors ne soyons pas les complices de la destruction temporelle et spirituelle du Royaume des lys.

À la fin de chaque messe, le prêtre vous dit, à vous les laïcs : « Ite Missa est », que traduit trop mollement notre « Allez, la messe est dite ». Il faut plutôt y voir un véritable envoi en mission. Après la contemplation, l’action. Pour transposer la devise de l’Ordre dominicain : Contemplata aliis tradere (« transmettre aux autres le fruit de ce que l’on a contemplé »), j’oserais dire : Contemplata gerere (« mettre en action ce que l’on a contemplé »), en prenant gerere/gesta au sens de « hauts faits, exploits héroïques », qui donnera la fameuse expression « Gesta Dei per Francos ».

Ces paroles du pape saint Pie X, qu’il adressait aux Français juste après la funeste séparation de l’Église et de l’État qu’il condamne, résonnent encore à nos oreilles et dans nos cœurs : « C’est de toute votre âme, vous le sentez bien, qu’il vous faut défendre cette foi. Mais ne vous y méprenez pas : travail et efforts seraient inutiles si vous tentiez de repousser les assauts qu’on vous livrera sans être fortement unis. Abdiquez tous les germes de désunion, s’il en existait parmi vous. Et faites le nécessaire pour que, dans la pensée comme dans l’action, votre union soit aussi ferme qu’elle doit l’être parmi des hommes qui combattent pour la même cause, surtout quand cette cause est de celles au triomphe de laquelle chacun doit volontiers sacrifier quelque chose de ses propres opinions »18. La clef de la réussite dans un combat, c’est l’union, que l’on appelle au sens surnaturel : la charité, qui édifie et qui conquiert. Au contraire, « tout royaume divisé contre lui-même ne peut subsister » (Mc III, 24).

Qu’on se souvienne enfin de ces paroles prophétiques du Cardinal Pie : « Quand Jésus-Christ ne règne pas par les bienfaits attachés à sa présence, il règne par toutes les calamités inséparables de son absence »19. L’actualité brûlante ne cesse de nous décliner les cruels effets du rejet de Dieu de la société. Face à ce sinistre spectacle, ne pas réagir serait devenir complice d’un tel système pervers. Chers Amis, il est encore temps de renverser le cours de l’histoire (jamais de fatalité chez le chrétien !) : devenez les hérauts de la royauté du Christ en vous constituant chevaliers de « notre sire le roi » par votre consécration renouvelée de le servir et de prier à son intention. C’est la fidélité de notre engagement qui élèvera le monde et nos âmes.

R.P. Clément de Sainte-Thérèse

chevalier

Notes et références :

1 Déposition de Dame Catherine Le Royer au « Procès de réhabilitation » de Jeanne d’Arc.

2 Cf. S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, IIa-IIæ, q. 50, a. 1.

3 Numa-Denis Fustel de Coulanges, art. « S. Louis et le prestige de la royauté » in Leçons à l’Impératrice, Dominique Martin Morin, 1970, p. 39.

4 Marie-Madeleine Martin, revue Lecture & Tradition n° 22, mars 1970, p. 1.

5 Cité in Marcel de Corte, Traité sur la Prudence, Bouère, Dominique Martin Morin, 1974, à l’introduction.

6 Me Jacques Trémolet de Villers, Les Fleurs d’Ulysse, Dominique Martin Morin, 1996, p. 42.

7 La gravure de Bayard est extraite du site kontrekulture.com où elle est vendue.

8 D’après Guy Chastel, Bayard, Lanore, 1937, p. 22.

9 Témoignage de son ami d’enfance Jean Waterin au « Procès de réhabilitation ».

10 Déposition de Messire Jean de Dunois, le « Bâtard d’Orléans ».

11 Déposition de Messire Jean de Novelompont.

12 Mgr Jean Calvet, Témoins de la conscience française, Alsatia, 1943, p. 23.

13 « Tuére, Dómine, pópulum tuum et ab ómnibus peccátis cleménter emúnda : quia nulla ei nocébit advérsitas, si nulla ei dominétur iníquitas. »

14 En passant, signalons que nous fêtions le 6 août dernier le 8ème centenaire de la mort de S. Dominique.

15 Mgr Jean Calvet, Témoins de la conscience française, Alsatia, 1943, p. 20.

16 Cf. Léon Gautier, La chevalerie, Paris, V. Palmé, 1884.

17 Cf. Martin Aurell (coll.), Le sacré et la parole – Le serment au Moyen Âge, Garnier, coll. « Rencontres » n° 378, série « Civilisation médiévale » n° 34, 2018.

18 S. Pie X, encyclique Vehementer nos, 11 février 1906, dernier § : « Appel aux Catholiques de France ».

19 Cal Louis-Édouard Pie, discours à Chartres du 11 avril 1858, in Œuvres épiscopales, t. I, p. 84.

2021-41. « Saint Bernard nous rappelle que sans une profonde foi en Dieu alimentée par la prière et par la contemplation, par un rapport intime avec le Seigneur, nos réflexions sur les mystères divins risquent de devenir un vain exercice intellectuel, et perdent leur crédibilité. »

20 août,
Fête de Saint Bernard de Clairvaux, abbé, confesseur et docteur de l’Eglise ;
Mémoire de Saint Philibert, abbé et confesseur ;
Anniversaire de la mort de Saint Pie X (cf. > ici).

Nous poursuivons notre connaissance des Saints Docteurs de l’Eglise au moyen des présentations qu’en a faites Sa Sainteté le Pape Benoît XVI lors des catéchèses dispensées à l’occasion des audiences générales. Voici donc la présentation qu’il a donnée de Saint Bernard de Clairvaux.

Alessandro Tiarini (1577-1668) - Saint Bernard de Clairvaux

Alessandro Tiarini (1577-1668) : Saint Bernard de Clairvaux

« Saint Bernard nous rappelle que sans une profonde foi en Dieu alimentée par la prière et par la contemplation, par un rapport intime avec le Seigneur, nos réflexions sur les mystères divins risquent de devenir un vain exercice intellectuel, et perdent leur crédibilité. »

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
lors de l’audience générale
du mercredi 21 octobre 2009

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui je voudrais parler de saint Bernard de Clairvaux, appelé le dernier des Pères de l’Eglise, car au XIIème siècle, il a encore une fois souligné et rendue présente la grande théologie des Pères.

Nous ne connaissons pas en détail les années de son enfance ; nous savons cependant qu’il naquit en 1090 à Fontaines en France, dans une famille nombreuse et assez aisée. Dans son adolescence, il se consacra à l’étude de ce que l’on appelle les arts libéraux – en particulier de la grammaire, de la rhétorique et de la dialectique – à l’école des chanoines de l’église de Saint-Vorles, à Châtillon-sur-Seine et il mûrit lentement la décision d’entrer dans la vie religieuse. Vers vingt ans, il entra à Cîteaux, une fondation monastique nouvelle, plus souple par rapport aux anciens et vénérables monastères de l’époque et, dans le même temps, plus rigoureuse dans la pratique des conseils évangéliques. Quelques années plus tard, en 1115, Bernard fut envoyé par saint Etienne Harding, troisième abbé de Cîteaux, pour fonder le monastère de Clairvaux. C’est là que le jeune abbé (il n’avait que vingt-cinq ans) put affiner sa propre conception de la vie monastique, et s’engager à la traduire dans la pratique. En regardant la discipline des autres monastères, Bernard rappela avec fermeté la nécessité d’une vie sobre et mesurée, à table comme dans l’habillement et dans les édifices monastiques, recommandant de soutenir et de prendre soin des pauvres. Entre temps, la communauté de Clairvaux devenait toujours plus nombreuse et multipliait ses fondations.

Au cours de ces mêmes années, avant 1130, Bernard commença une longue correspondance avec de nombreuses personnes, aussi bien importantes que de conditions sociales modestes. Aux multiples Lettres de cette période, il faut ajouter les nombreux Sermons, ainsi que les Sentences et les Traités. C’est toujours à cette époque que remonte la grande amitié de Bernard avec Guillaume, abbé de Saint-Thierry, et avec Guillaume de Champeaux, des figures parmi les plus importantes du XIIème siècle.
A partir de 1130, il commença à s’occuper de nombreuses et graves questions du Saint-Siège et de l’Eglise. C’est pour cette raison qu’il dut sortir toujours plus souvent de son monastère, et parfois hors de France. Il fonda également quelques monastères féminins, et engagea une vive correspondance avec Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, dont j’ai parlé mercredi dernier. Il dirigea surtout ses écrits polémiques contre Abélard, le grand penseur qui a lancé une nouvelle manière de faire de la théologie en introduisant en particulier la méthode dialectique-philosophique dans la construction de la pensée théologique. Un autre front sur lequel Bernard a lutté était l’hérésie des Cathares, qui méprisaient la matière et le corps humain, méprisant en conséquence le Créateur.
En revanche, il sentit le devoir de prendre la défense des Juifs, en condamnant les vagues d’antisémitisme toujours plus diffuses. C’est pour ce dernier aspect de son action apostolique que, quelques dizaines d’années plus tard, Ephraïm, rabbin de Bonn, adressa un vibrant hommage à Bernard.
Au cours de cette même période, le saint abbé rédigea ses œuvres les plus fameuses, comme les très célèbres Sermons sur le Cantique des Cantiques. Au cours des dernières années de sa vie – sa mort survint en 1153 – Bernard dut limiter les voyages, sans pourtant les interrompre complètement. Il en profita pour revoir définitivement l’ensemble des Lettres, des Sermons, et des Traités.
Un ouvrage assez singulier, qu’il termina précisément en cette période, en 1145, quand un de ses élèves Bernardo Pignatelli, fut élu pape sous le nom d’Eugène III, mérite d’être mentionné. En cette circonstance, Bernard, en qualité de père spirituel, écrivit à son fils spirituel le texte De Consideratione, qui contient un enseignement en vue d’être un bon pape. Dans ce livre, qui demeure une lecture intéressante pour les papes de tous les temps, Bernard n’indique pas seulement comment bien faire le pape, mais présente également une profonde vision des mystères de l’Eglise et du mystère du Christ, qui se résout, à la fin, dans la contemplation du mystère de Dieu un et trine : « On devrait encore poursuivre la recherche de ce Dieu, qui n’est pas encore assez recherché », écrit le saint abbé : « mais on peut peut-être mieux le chercher et le trouver plus facilement avec la prière qu’avec la discussion. Nous mettons alors ici un terme au livre, mais non à la recherche » (xiv, 32 : PL 182, 808), à être en chemin vers Dieu.

Je voudrais à présent m’arrêter sur deux aspects centraux de la riche doctrine de Bernard : elles concernent Jésus-Christ et la Très Sainte Vierge Marie, Sa Mère. Sa sollicitude à l’égard de la participation intime et vitale du chrétien à l’amour de Dieu en Jésus-Christ n’apporte pas d’orientations nouvelles dans le statut scientifique de la théologie. Mais, de manière plus décidée que jamais, l’abbé de Clairvaux configure le théologien au contemplatif et au mystique. Seul Jésus – insiste Bernard face aux raisonnements dialectiques complexes de son temps – seul Jésus est « miel à la bouche, cantique à l’oreille, joie dans le cœur (mel in ore, in aure melos, in corde iubilum)« . C’est précisément de là que vient le titre, que lui attribue la tradition, de Doctor mellifluus :  sa louange de Jésus-Christ, en effet, « coule comme le miel ».
Dans les batailles exténuantes entre nominalistes et réalistes – deux courants philosophiques de l’époque – dans ces batailles, l’Abbé de Clairvaux ne se lasse pas de répéter qu’il n’y a qu’un nom qui compte, celui de Jésus le Nazaréen. « Aride est toute nourriture de l’âme », confesse-t-il, « si elle n’est pas baignée de cette huile ; insipide, si elle n’est pas agrémentée de ce sel. Ce que tu écris n’a aucun goût pour moi, si je n’y ai pas lu Jésus ». Et il conclut : « Lorsque tu discutes ou que tu parles, rien n’a de saveur pour moi, si je n’ai pas entendu résonner le nom de Jésus » (Sermones in Cantica Canticorum xv, 6 : PL 183, 847). En effet, pour Bernard, la véritable connaissance de Dieu consiste dans l’expérience personnelle et profonde de Jésus-Christ et de Son amour. Et cela, chers frères et sœurs, vaut pour chaque chrétien : la foi est avant tout une rencontre personnelle, intime avec Jésus, et doit faire l’expérience de Sa proximité, de Son amitié, de Son amour, et ce n’est qu’ainsi que l’on apprend à Le connaître toujours plus, à L’aimer et Le suivre toujours plus. Que cela puisse advenir pour chacun de nous !

Dans un autre célèbre Sermon le dimanche entre l’octave de l’Assomption, le saint Abbé décrit en termes passionnés l’intime participation de Marie au sacrifice rédempteur du Fils. « O sainte Mère, – s’exclame-t-il – vraiment, une épée a transpercé ton âme !… La violence de la douleur a transpercé à tel point ton âme que nous pouvons t’appeler à juste titre plus que martyr, car en toi, la participation à la Passion du Fils dépassa de loin dans l’intensité les souffrances physiques du martyre » (14 : PL 183-437-438). Bernard n’a aucun doute : « per Mariam ad Iesum », à travers Marie, nous sommes conduits à Jésus. Il atteste avec clarté l’obéissance de Marie à Jésus, selon les fondements de la mariologie traditionnelle. Mais le corps du Sermon documente également la place privilégiée de la Vierge dans l’économie de salut, à la suite de la participation très particulière de la Mère (compassio) au sacrifice du Fils. Ce n’est pas par hasard qu’un siècle et demi après la mort de Bernard, Dante Alighieri, dans le dernier cantique de la Divine Comédie, placera sur les lèvres du « Doctor mellifluus » la sublime prière à Marie : « Vierge Mère, fille de ton Fils, / humble et élevée plus qu’aucune autre créature / terme fixe d’un éternel conseil,… » (Paradis 33, vv. 1ss).

Ces réflexions, caractéristiques d’un amoureux de Jésus et de Marie comme saint Bernard, interpellent aujourd’hui encore de façon salutaire non seulement les théologiens, mais tous les croyants.
On prétend parfois résoudre les questions fondamentales sur Dieu, sur l’homme et sur le monde à travers les seules forces de la raison. Saint Bernard, au contraire, solidement ancré dans la Bible, et dans les Pères de l’Eglise, nous rappelle que sans une profonde foi en Dieu alimentée par la prière et par la contemplation, par un rapport intime avec le Seigneur, nos réflexions sur les mystères divins risquent de devenir un vain exercice intellectuel, et perdent leur crédibilité. La théologie renvoie à la « science des saints », à leur intuition des mystères du Dieu vivant, à leur sagesse, don de l’Esprit Saint, qui deviennent un point de référence de la pensée théologique. Avec Bernard de Clairvaux, nous aussi nous devons reconnaître que l’homme cherche mieux et trouve plus facilement Dieu « avec la prière qu’avec la discussion ». A la fin, la figure la plus authentique du théologien et de toute évangélisation demeure celle de l’apôtre Jean, qui a appuyé sa tête sur le Cœur du Maître.

Je voudrais conclure ces réflexions sur saint Bernard par les invocations à Marie, que nous lisons dans une belle homélie. « Dans les dangers, les difficultés, les incertitudes – dit-il – pense à Marie, invoque Marie. Qu’elle ne se détache jamais de tes lèvres, qu’elle ne se détache jamais de ton cœur ; et afin que tu puisses obtenir l’aide de sa prière, n’oublie jamais l’exemple de sa vie. Si tu la suis, tu ne te tromperas pas de chemin ; si tu la pries, tu ne désespéreras pas ; si tu penses à elle, tu ne peux pas te tromper. Si elle te soutient, tu ne tombes pas ; si elle te protège, tu n’as rien à craindre ; si elle te guide, tu ne te fatigues pas ; si elle t’est propice, tu arriveras à destination… » (Hom. II super « Missus est », 17:  PL 183, 70-71).

Voir aussi le sermon de Saint Bernard sur la prière publié > ici

Esteban Murillo - lactation de Saint Bernard

Bartolomé Esteban Murillo (1617 – 1682) : lactation de Saint Bernard

2021-40. De Sainte Radegonde, Reine des Francs, dont on célèbre la fête le 13 août.

13 août,
Fête de Sainte Radegonde, Reine des Francs et veuve ;
Mémoire des Saints Cassien et Hippolyte, martyrs ;
Mémoire de Saint Jean Berchmans, confesseur.

Sainte Radégonde vitrail de l'église Saint-Laon de Thouars - détail

Sainte Radegonde
(vitrail de l’église Saint-Laon de Thouars – détail)

Avec Sainte Clotilde, Sainte Bathilde (cf. > ici), Sainte Hildegarde de Vintzgau (cf. > ici) et Sainte Jeanne de France (cf. > ici), Sainte Radegonde est l’une des cinq reines de France élevées sur les autels.
Sa fête liturgique est célébrée le 13 août, anniversaire du jour de sa sainte mort, et nous allons ci-dessous résumer sa vie, pleine de rebondissements.

En tout premier lieu, pour comprendre la vie de Sainte Radegonde, il convient de donner un bref rappel historique : Clotaire, qui força Radegonde à l’épouser, est Clotaire Ier (vers 498 – 561) – roi des Francs à Soissons (511 – 561) -, l’un des trois fils de Clovis Ier et de Sainte Clotilde qui succéda à son père.
A la mort de Clovis (en 511), son royaume avait été divisé entre ses quatre fils : Clotaire avait reçu les pays situés entre la Marne et la Meuse (royaume de Soissons) ; à la mort de son frère Clodomir (en 524), il s’en attribua une grande partie des territoires (royaume d’Orléans), puis à la mort de son frère Childebert Ier (en 558), il prit possession du royaume de Paris.
Clotaire fut tantôt rival tantôt allié de son demi-frère Thierry Ier (ou Théodoric), autre fils de Clovis, né d’une épouse de second rang avant que Clovis n’eût épousé Sainte Clotilde. 

partage du royaume de Clovis

Partage du royaume de Clovis entre ses quatre fils

Dans l’année 529, Clotaire, roi de Soissons, s’était joint à son frère Thierry, roi de Reims, qui marchait contre les Thuringiens, peuple de la confédération saxonne.
Les Thuringiens furent défaits dans plusieurs batailles ; leur pays, ravagé par le fer et le feu, devint tributaire des Francs, et les deux rois vainqueurs se partagèrent le butin et les prisonniers. Dans le lot de Clotaire se trouvaient deux enfants de race royale, le fils et la fille de Berthaire, l’avant-dernier roi des Thuringiens.

La jeune fille, nommée Radegonde (Radegundis, ce qui signifie « femme de conseil » en langue germanique), avait à peine dix ans, et Clotaire avait vingt ans de plus qu’elle.
Ses larmes et sa beauté naissante touchèrent le coeur de Clotaire, qui l’emmena dans les Gaules et la plaça dans une de ses maisons royales : le domaine d’Athies, sur la Somme. Là, par les soins de Clotaire qui avait formé le dessein de la prendre pour épouse, elle reçut des plus excellents maîtres une éducation conforme au rang qu’elle devait occuper un jour.
Elle fut instruite dans la religion chrétienne par Saint Médard, évêque de Noyon, reçut de ses mains le saint baptême et puisa dans ses enseignements les principes de la foi la plus vive et la plus sincère.
En même temps elle étudiait, avec une merveilleuse intelligence, les lettres romaines et les ouvrages des Pères de l’Église.
En lisant les Saintes Écriture et les vies des saints, elle pleurait et souhaitait le martyre : ce n’était pas sans terreur, en effet, qu’elle voyait approcher le moment d’appartenir comme femme au roi dont elle était la captive et qui avait causé tous les malheurs de sa famille.

Sainte Radegonde - vitrail de la basilique St-Martin de Tours détail

Sainte Radegonde
(vitrail de l’église Saint-Martin de Tours – détail)

Radegonde, résignée à la volonté de Dieu, accomplit le douloureux sacrifice qui lui était imposé ; elle épousa Clotaire et devint reine.
Cependant la puissance et les richesses n’avaient rien qui séduisissent son âme, toute occupée de Dieu. Le temps dont elle pouvait disposer après l’accomplissement des devoirs que lui imposait sa condition, elle le consacrait à des œuvres de charité ou d’austérité chrétienne : elle se dévouait personnellement au service des pauvres et des malades ; la maison royale d’Athies où elle avait été élevée et qu’elle avait reçue en présent de noces, devint un hospice pour les femmes indigentes, et l’une des plus douces occupations de la reine était de s’y rendre pour remplir l’office d’infirmière dans ses détails les plus rebutants ; elle jeûnait fréquemment et, quoique assise à la table somptueuse du roi son époux, elle se faisait servir les mets les plus simples : des légumes et des fruits secs composaient toute sa nourriture ; souvent, la nuit, elle se levait pour s’agenouiller dans son oratoire et offrir à Dieu ses larmes et ses prières.

Dans le secret de son âme, Radegonde aspirait de tous ses vœux à la vie du cloître. Les obstacles étaient grands entre les aspirations de son cœur et la réalisation de cette vocation de plus en plus impérieuse : six années se passèrent avant qu’elle osât les affronter.
Un dernier malheur de famille lui donna ce courage. Son frère, qui avait grandi à la cour de Clotaire, comme otage de la nation thuringienne, fut mis à mort par l’ordre de ce prince. Dès que Radegonde apprit cet horrible meurtre, elle demanda à Clotaire l’autorisation de se retirer dans un monastère, et, ayant obtenu l’assentiment du roi, elle se rendit à Noyon, auprès de Saint Médard.
Elle trouva le saint évêque dans son église, officiant à l’autel, et s’approchant de lui, elle lui déclara : « J’ai renoncé au trône pour embrasser la vie religieuse, et je viens te supplier de me consacrer à Dieu ».
L’évêque répondit : « L’homme ne peut séparer ce que Dieu a uni ».
Comme elle insistait, il demanda le temps de réfléchir. Mais alors, les seigneurs et les guerriers francs que Clotaire avait chargés d’escorter la reine, craignant que ce prince ne se repentit d’avoir donné son consentement à une séparation irrévocable, proférèrent contre Saint Médard des paroles menaçantes, disant qu’il n’avait pas le droit d’enlever au roi une femme qu’il avait solennellement épousée. Les plus furieux osèrent mettre la main sur lui et l’entraîner des degrés de l’autel dans la nef de l’église.
Pendant ce tumulte, Radegonde, qui avait cherché un refuge dans la sacristie, jeta, par une inspiration soudaine, un costume de religieuse sur ses vêtements royaux, rentra dans l’église, et s’avançant vers Saint Médard, qui était revenu dans le sanctuaire : « Si tu tardes davantage à me consacrer, dit-elle, si tu crains plus les hommes que Dieu, tu auras à rendre compte au Pasteur souverain qui te redemandera l’âme de sa brebis ». Ces paroles imposèrent le respect aux seigneurs francs, et Saint Médard, y voyant un ordre du ciel, n’hésita plus ; il se leva, imposa les mains sur Radegonde et lui conféra le titre de « diaconesse », quoiqu’elle n’eût pas l’âge requis pour l’obtenir. Ce « diaconat » conféré aux femmes à cette époque n’était en aucune manière comparable au degré du sacerdoce qui porte le même nom, mais il s’agissait d’une espèce de consécration religieuse qui mettait les femmes qui en étaient revêtues dans la dépendance de l’Église pour laquelle elles accomplissaient des services tout en menant une vie de prière plus particulière.

Saint Médard consacrant Sainte Radegonde à Dieu

Saint Médard consacrant Sainte Radegonde à Dieu

La première pensée de Radegonde, après avoir été ainsi consacrée Dieu, fut de se dépouiller de tout ce qu’elle portait sur elle de joyaux et d’objets précieux. Elle couvrit l’autel de ses ornements de tête, de ses bracelets, de ses agrafes de pierreries, de ses franges de robes tissées de fils d’or et de pourpre. Elle brisa de sa propre main sa riche ceinture d’or, en disant : « Je la donne aux pauvres ».
Libre enfin, elle se rendit à Poitiers, où elle fonda un monastère de femmes qu’elle plaça sous l’invocation de la Très Sainte Vierge Marie et dans lequel elle établit la règle de Saint Césaire d’Arles.
L’étude des lettres figurait au premier rang des occupations imposées à la communauté ; on devait y consacrer deux heures par jour, et le reste du temps était donné aux exercices religieux, à la lecture des livres saints et à des ouvrages de femmes.
Les religieuses les plus instruites s’occupaient à transcrire des livres pour en multiplier les copies.

Après avoir ainsi tracé la voie et donné l’impulsion, Radegonde abdiqua toute suprématie, et fit élire comme abbesse, Agnès, jeune fille dont elle avait surveillé l’éducation.
Volontairement descendue au rang de simple religieuse elle faisait sa semaine de cuisine, balayait à son tour la maison, portait de l’eau et du bois comme les autres ; mais malgré cette apparence d’égalité, elle était auréolée par le prestige de sa naissance royale, par son titre de fondatrice, ainsi et surtout que par l’ascendant de son savoir et de ses vertus.
C’était elle qui donnait les justes interprétations de la règle ; c’était elle qui raffermissait par des exhortations de tous les jours les âmes chancelantes ; c’était elle qui expliquait, pour ses jeunes compagnes, les texte de l’Écriture Sainte.

Sainte Radegonde reçoit la relique de la Sainte Croix à Poitiers

Sainte Radegonde reçoit à Poitiers la relique de la Sainte Croix

L’empereur d’Orient, Justin II, ayant envoyé à Radegonde un morceau de la vraie croix, la réception de cette précieuse relique se fit avec toute la pompe des plus importantes de toutes les cérémonies religieuses, et l’on entendit alors pour la première fois le Vexilla regis prodeunt : l’hymne célèbre en l’honneur de la Sainte Croix, que Saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers et ami de la reine, composa pour cette solennité.
Ce fut aussi à dater de ce jour que le monastère prit le nom de Sainte-Croix.

Relique de la Sainte Croix de l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers

Relique de la Sainte Croix
envoyée par le Basileus Justin II à Sainte Radegonde
et toujours conservée à l’abbaye Sainte-Croix de Poitiers

Dans les dernières années de sa vie, Radegonde redoubla ses austérités. « Celui, dit Saint Venance Fortunat, qui pourrait retracer ses travaux, sa charité pour les pauvres, ses rigueurs pour elle-même, celui-là prouverait qu’elle fut à la fois martyr et confesseur ».

Sainte Radegonde mourut le 13 août de l’an 587, âgée d’environ 67 ans.
Ses funérailles furent célébrées par Saint Grégoire, évêque de Tours, au milieu d’un immense concours de peuple, et, suivant sa volonté dernière, elle fut inhumée dans l’église de Notre-Dame hors des Murs, qu’elle avait fait construire, et qui porte aujourd’hui le nom d’église Sainte-Radegonde.

Tombeau de Sainte Radegonde -crypte de l'église Sainte-Radegonde de Poitiers

Sarcophage de Sainte Radegonde
dans la crypte de l’église Sainte-Radegonde de Poitiers

12345...117

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi