Archive pour la catégorie 'Chronique de Lully'

2018-86. Où, à l’occasion de la translation du corps de Sainte Thérèse Couderc, le Maître-Chat Lully publie quelques photographies qui sont plus éloquentes que de longs discours…

Samedi 22 septembre 2018 ;
Octave de Notre-Dame des Sept-Douleurs ;
Commémoraison du samedi des Quatre-Temps d’automne ;
Commémoraison de Saint Maurice et de ses compagnons, martyrs ;
Commémoraison de Saint Thomas de Villeneuve, évêque et confesseur.

A La Louvesc, jour de la translation du corps de Sainte Thérèse Couderc.

Sainte Thérèse Couderc

Corps incorrompu de Sainte Thérèse Couderc à La Louvesc.

frise

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de la vie (cf. > ici) d’une très grande sainte native du diocèse de Viviers pour laquelle nous avons une très grande vénération : Sainte Thérèse Couderc, fondatrice de la congrégation des sœurs de Notre-Dame de la retraite au Cénacle (que l’on appelle couramment « sœurs du Cénacle »), dont la fête liturgique est célébrée au jour anniversaire de sa naissance au Ciel, le 26 septembre.

Je vous ai également raconté (cf. > ici) de quelle manière, le mardi 12 juillet 2016, nous avions appris avec une douloureuse stupéfaction la fermeture et la vente programmée de la maison-mère historique des religieuses du Cénacle à La Louvesc.
La publication que j’avais alors faite pour annoncer cette triste nouvelle avait suscité de nombreuses réactions : réactions navrées ou indignées de beaucoup de fidèles, et même – je le dis avec désolation mais Dieu m’est témoin que c’est la stricte vérité – démentis mensongers donnés à cette nouvelle par certaines religieuses essayant de calmer l’émotion suscitée par mon article. Sans doute avaient-elles oublié le contenu et le sens du huitième commandement de Dieu, puisque la décision de fermer et de vendre ce couvent qui est le lieu de leur fondation était déjà fermement prise…

Autel avec la châsse de Sainte Thérèse Couderc - carte postale postérieure à la canonisation

Carte postale réalisée après la canonisation de Sainte Thérèse Couderc (1970)
et montrant l’autel érigé au-dessus de la châsse contenant le corps incorrompu de la sainte
dans la chapelle des religieuses du Cénacle à La Louvesc.

Il y eut des mois d’incertitude.
Les villageois de La Louvesc eux-mêmes ignoraient ce qu’allait devenir le corps d’une sainte à laquelle ils sont très attachés. Certains nous écrivaient pour nous demander si nous avions des informations à ce sujet, car du côté des religieuses ou du clergé local ce fut longtemps « silence radio ».
Des bruits contradictoires couraient, dont nous ne pouvions savoir s’ils étaient rumeurs et bobards, ou bien s’ils avaient quelque fondement de vérité.
Enfin, nous apprîmes de manière certaine, au cours de l’hiver dernier, que le corps de Sainte Thérèse Couderc serait transféré dans la basilique de Saint Jean-François Régis, à quelques centaines de mètres du couvent déserté.
Ce nous fut un véritable soulagement de savoir que « notre » chère Sainte reterait à La Louvesc et que nous pourrions continuer à nous recueillir devant sa châsse vénérée.

Le transfert des reliques d’un saint, surtout lorsqu’il s’agit d’un corps entier, porte le nom de translation.
La translation solennelle d’un corps saint, usage qui remonte à la plus haute antiquité, et qui parfois donne l’occasion à l’institutution d’une fête liturgique supplémentaire en l’honneur de ce saint, obéit normalement à certaines règles canoniques et liturgiques précises. Cela fait partie des cérémonies traditionnellement les plus importantes – qui exige la présence d’au moins un évêque – ; c’est aussi l’une des moins fréquentes de nos jours .

Or c’est aujourd’hui, samedi 22 septembre 2018, en début d’après-midi, que va avoir lieu la translation du corps de Sainte Thérèse Couderc depuis la chapelle du Cénacle, jusqu’à la basilique de La Louvesc.
Frère Maximilien-Marie avait prévu de s’y rendre mais il en a été empêché, alors j’ai demandé à des amis qui s’y trouvent de prendre de nombreuses photographies pour me les communiquer ensuite.

Cour intérieure de la maison de fondation du Cénacle avec façade de la chapelle

Cour intérieure de la maison-mère historique des sœurs du Cénacle à La Louvesc et façade de la chapelle :
sur le linteau de la porte d’entrée de la maison est gravée la date de 1837
c’est-à-dire 10 ans après le commencement de la congrégation.

A l’heure actuelle, j’ignore si le couvent est déjà vendu et j’ignore donc aussi ce que deviendront ces grands bâtiments, le parc, et surtout la chapelle, dont il y a tout lieu de craindre qu’elle sera désacralisée, hélas !

Avant même la cérémonie de translation, j’ai résolu de vous montrer, à l’aide de clichés anciens que j’ai collectionnés (et tels qu’il y en a déjà deux ci-dessus), l’évolution de cette chapelle : une évolution tout-à-fait révélatrice.

Voici tout d’abord un ancien cliché montrant les grands bâtiments du Cénacle, avec la chapelle (signalée par une flèche rouge) et le parc, sur la droite du couvent.

Bâtiments du Cénacle et chapelle extérieurs

Et maintenant une vue de l’intérieur de la chapelle telle qu’elle se rpésentait dans la première moitié du XXème siècle.
Tout est en place. Tout y est catholique : le maître-autel, la table de communion, la grille du chœur des religieuses (du côté de l’Evangile), les lustres, les statues, les stations du chemin de Croix.
Il y a même un drapeau tricolore (peut-être marqué du Sacré-Coeur !).
Remarquez, en avant du sanctuaire, de chaque côté de la nef, deux grandes fenêtres en plein cintre…

Chapelle du Cénacle dans la première moitié du XXe siècle

Et ci-dessous une photographie prise dans cette même chapelle au soir du 4 novembre 1951, jour où fut célébrée à Rome la béatification de Mère Thérèse Couderc par Sa Sainteté le pape Pie XII.

On voit la profusion de décoration et de luminaires avec laquelle les religieuses d’alors ont orné le sanctuaire pour cette circonstance.
Cela permet aussi de distinguer certains détails du maître-autel.

Chapelle du Cénacle soir de la béatification de Mère Thérèse Couderc 1951

Après cette béatification, des travaux furent réalisés dans la chapelle.
Le corps incorrompu de la Bienheureuse Thérèse Couderc fut exposé à la vénération des fidèles dans une châsse placée sous un autel de marbre sombre qui fut édifié dans un renfoncement pratiqué sur le côté droit de la nef, là où se trouvait auparavant une grande fenêtre (je vous la signalias ci-dessus) qui fut transformée en oculus.
C’est ce que montre la photographie suivante :

chapelle du cénacle après béatification 1951

Au dessus de cet autel, fut apposée une grande plaque de marbre dont l’inscription latine rappelle les grandes dates de la vie de la nouvelle bienheureuse et mentionne sa béatification :

Plaque de marbre au-dessus de l'autel après béatification

Sainte Thérèse Couderc fut canonisée le 10 mai 1970.
C’était après le second concile du Vatican, et la nouvelle messe était entrée en vigueur depuis moins de six mois. Toutefois les chambardements liturgiques avaient commencé à se faire jour depuis 1965.

Dans le diocèse de Viviers, Son Excellence Monseigneur Alfred Couderc (né en 1882, évêque de Viviers en 1937 et décédé le 25 février 1968), qui était relativement conservateur, avait autorisé que l’on remplaçât les anciens maîtres-autels à la condition que les autels qu’on édifirait à leur place afin qu’on puisse y célébrer la messe « face au peuple », soient néanmoins conçus pour qu’on continue à y célébrer de manière traditionnelle. C’est ce qui explique que, sur la photo suivante, si l’ancien maître-autel a disparu l’autel qui l’a remplacé – et qui est encore un autel en pierre – garde le tabernacle en son centre (sur ce cliché pris lors d’une exposition du Très Saint-Sacrement l’ostensoir est posé sur le tabernacle).

On remarque par ailleurs que des statues, les stations du chemin de Croix et la table de communion ont disparu.
L’autel sous lequel se trouve la châsse de Sainte Thérèse Couderc conserve sa nappe, sa croix et ses chandeliers.

Chapelle du Cénacle après la canonisation 1970

La chapelle va ensuite, au cours des quatre décennies et demi qui ont suivi, être « relouquée » de diverses manières.

L’autel que l’on aperçoit ci-dessus va être d’abord remplacé par un cube, toujours en pierre, tandis que le tabernacle sera relégué sur le côté.
Puis, à cet autel cubique va succéder… une ancienne table ronde de salle à manger aux pieds tournés (!!!), qui a elle-même cédé la place à une espèce de « meuble » circulaire, en bois, qui fera des allées et venues : tantôt dans le sanctuaire et tantôt dans la nef (avec les chaises des fidèles en rond tout autour) au gré de l’inventivité des bricoleurs de la liturgie…

chapelle du cénacle années 2000

Quand à l’autel de Sainte Thérèse Couderc il sera dépouillé de sa nappe, de ses chandeliers et de sa croix.

autel de Sainte Thérèse Couderc dépouillé

Puis la grande plaque de marbre gravée (sur laquelle avait été rajoutée la mention de la canonisation en 1970) a été recouverte de ce que je peux difficilement qualifier d’un autre mot que « barbouillage ».
Sans doute son inscription en langue latine semblait-elle totalement anachronique à ceux qui se sont rendus coupables de cette œuvre d’ « art conceptuel » sur laquelle on peut toutefois lire le mot « Bonté », en référence à l’une des expériences mystiques de Sainte Thérèse.
Je n’hésite pas à le dire : pour ce qui me concerne, j’ai bien du mal à retrouver l’expérience mystique et les leçons spirituelles de Sainte Thérèse Couderc dans cette figuration absconse…

Au Cénacle, la chapelle Thérèse Couderc

Voilà donc, en attendant que je puisse vous montrer le lieu de la basilique où a été transféré le corps de Sainte Thérèse Couderc, ce que je vous pouvais montrer de l’évolution symptomatique de la chapelle où ce corps incorrompu a reposé jusqu’à ce jour, chapelle de ce qui fut la maison-mère de la congrégation qu’elle fonda en 1827 ; congrégation – est-il besoin de le préciser ? – qui est aujourd’hui en pleine régression et décadence, en attendant son extinction qui semble inéluctable, puisque totalement ravagée par le modernisme, lequel est inexorablement stérile.

pattes de chatLully.

Voir le splendide texte de Sainte Thérèse Couderc intitulé « Se livrer » > ici
Et sa prière à la Très Sainte Trinité > ici

2018-85. Entretiens spirituels donnés lors de la fête de Notre-Dame de Compassion au Mesnil-Marie.

Jeudi 20 septembre 2018,
Fête de Saint Eustache et de ses compagnons, martyrs ;
Vigile de Saint Matthieu, apôtre ;
Mémoire du 6ème jour dans l’octave de Notre-Dame des Douleurs.

Pieta - oratoire du Mesnil-Marie

Piéta dans l’oratoire du Mesnil-Marie
(Note : cette statue est en bois polychrome : elle a fait l’objet d’un très mauvais travail de peinture en 1911,
mais cette peinture écaillée en plusieurs endroits semble révéler une polychromie beaucoup plus ancienne
et nous sommes portés à la dater de la fin du XVIIIème siècle ou du premier quart du XIXème)

frise avec lys naturel

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Lorsque nous annonçâmes la journée de récollection du samedi 15 septembre dernier, en notre Mesnil-Marie, à l’occasion de la fête patronale du Refuge Notre-Dame de Compassion (cf. > ici), quelques uns d’entre vous nous ont exprimé leur regret de ne pouvoir y participer, soit en raison d’obligations diverses déjà contractées, soit en raison de soucis de santé, soit encore tout simplement en raison de l’éloignement géographique.
Une dizaine de personnes avaient pu nous rejoindre, et l’une de nos fidèles amies a enregistré les deux communications que Frère Maximilien-Marie a données ce jour-là, si bien que, disposant désormais de ces enregistrements nous sommes en mesure de les adresser à ceux qui souhaiteraient les écouter.

La première intervention, celle du matin, intitulée « Importance et actualité du culte des Douleurs de la Mère de Dieu », dure presque 1 h et 10 mn. Partant du Saint Evangile – en redressant au passage quelques erreurs modernes – Frère Maximilien-Marie peint à grands traits une fresque du développement continu du culte de la Mère des Douleurs, demandé à plusieurs reprises par la Très Sainte Vierge Marie en plusieurs apparitions authentifiées par l’Eglise, et évoque les principales pratiques de cette dévotion.
La seconde communication, celle de l’après-midi, intitulée « Vie chrétienne et souffrance », dure un peu plus de 50 mn, et notre Frère y rappelle avec la grande Tradition spirituelle combien il ne peut pas y avoir de vie chrétienne authentique sans  l’union à la Croix de Notre-Seigneur, source de grandes souffrances certes mais plus encore source de joie surnaturelle et de fécondité spirituelle.
Dans l’une et l’autre, Frère Maximilien-Marie s’adresse à son auditoire avec beaucoup de simplicité, comme dans des entretiens familiers.

Si vous souhaitez donc avoir accès à ces enregistrements, il suffit de nous écrire > ici, et de nous les demander : nous vous ferons alors parvenir par courriel * (wetransfer) un lien de téléchargement valable quelques jours. Vous pourrez alors télécharger un fichier « zippé », dont il vous faudra ensuite extraire les deux fichiers audio contenant ces deux communications que vous pourrez alors écouter à votre guise…

* Nota bene :
Lorsque vous écrivez votre adresse électronique dans le formulaire de contact, assurez vous de le faire sans faute. Il nous arrive fréquemment de ne pouvoir répondre à des messages qui nous sont adressés parce que des erreurs ont été commises dans la retranscription.

Coeur de Marie aux sept glaives

2018-84. Louis XX, ferme défenseur de la famille traditionnelle.

Discours
de

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
duc d’Anjou,
de jure SMTC le Roi Louis XX,
prononcé le vendredi 14 septembre 2018
à Chisinau (Moldavie)
à l’occasion du
12ème congrès mondial de la famille

Famille royale

Belle scène de vie de famille prise sur le vif :
Monseigneur le Prince Louis et la Princesse Marie-Marguerite
tiennent beaucoup à vivre avec leurs enfants une authentique vie de famille simple
imprégnée des valeurs traditionnelles

Du 14 au 16 septembre, à Chisinau, en Moldavie, s’est déroulé le 12ème congrès mondial de la famille, en présence de nombreuses personnalités tant de la société civile que du monde ecclésiastique.
SAR Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure SMTC le Roi Louis XX, y était invité à prendre la parole. 

Grâce au site de l’UCLF, nous avons eu connaissance de la traduction de ce discours que notre Souverain légitime a prononcé en anglais (pour ceux qui entendent cette langue, le site de l’UCLF permet aussi d’accéder à la vidéo de ce discours > ici, ainsi qu’à la vidéo de la rencontre de Monseigneur avec le Président de la république Moldave > ici).

Déjà, après l’annonce de la grossesse de la Princesse Marie-Marguerite (cf. > ici) puis après la précision donnée par le Secrétariat de Monseigneur le duc d’Anjou en France que l’enfant attendu est un troisième garçon, le site « Boulevard Voltaire » (quel nom abominable !) avait présenté la Famille Royale comme un modèle (voir > ici).
Le discours du Prince, dont nous reproduisons ci-dessous la traduction, est donc manifestement une preuve supplémentaire de son investissement ferme et courageux dans la défense de la famille traditionnelle.
C’est en même temps un démenti cinglant aux affirmations perfides d’un certain journaliste et écrivain – lequel, du haut d’une apparence noble usurpée, se donnerait volontiers comme l’interprète autorisé de la pensée du Prince -, qui affirmait il y a quelques mois que la prise de position de Monseigneur le duc d’Anjou contre le « mariage pour tous », lui avait été en quelque sorte imposée par une faction de type intégriste mais ne correspondait pas à sa pensée véritable !

Armes de France

Monsieur le Président,
Votre Sainteté, Eminence,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

Tout d’abord soyez remerciés de me donner l’occasion d’intervenir sur le sujet de la famille, à l’ouverture de ce colloque international. Ce sujet m’est cher ainsi qu’à mon épouse. Nous vivons, en effet, dans nos sociétés occidentales, un moment crucial quant au rôle et à la place accordés à l’institution familiale, confrontée à de nombreux assauts. En dressant un état des lieux et en appelant au renouveau qui s’impose, ce congrès international, placé sous la présidence du Président de Moldavie et sous le patronage du Patriarche Kyril, et du Cardinal Parolin marquera donc une étape.

Il faut connaître les manières de résister face aux attaques auxquelles la famille traditionnelle est confrontée. Elles sont multiples : accueil d’une famille nombreuse, prière, action politique, sociale ou juridique, et toujours attention et vigilance permanentes. Il n’est pas exagéré de dire que les familles, dans bien des pays, doivent s’affirmer en résistant aux nombreuses mesures insidieuses qui cherchent à les affaiblir. Des congrès comme celui-ci contribuent à cet esprit de résistance, en facilitant les échanges et les partages de connaissances. Ensemble, il est plus facile de discerner les enjeux et les risques et de réfléchir aux moyens de remédier à cette situation qui, si elle devait continuer, n’amènerait qu’à la ruine de la société, voire à celle de la Civilisation.

La question de la défense de la famille est d’une extrême gravité tant elle touche à l’essentiel. La famille par la transmission naturelle de génération en génération, est intrinsèquement liée à la vie, et l’attaquer mène à des attitudes mortifères. L’une ne peut aller sans l’autre, même si, de nos jours, certains voudraient nous égarer dans d’autres voies telles que la théorie du genre ou les méthodes contre-nature comme la gestation pour autrui, que l’on réduit souvent à ses initiales, GPA, cherchant à cacher l’horreur de la pratique que les mots évoquent. L’avenir ne se trouve pas là. Bien au contraire ! Nier la famille naturelle, c’est nier la vie. Les orateurs vont nous le rappeler.

Parlant en ouverture de ce congrès il m’appartient de poser les problèmes tels que je les vois, et cela sous trois aspects : comme chef de la Maison de Bourbon et successeur des rois de France ; comme chef de famille, comme personne engagée dans la vie sociale.

Tout d’abord en tant que Chef de la Maison de Bourbon, je me trouve héritier d’une famille qui a régné durant plus de 800 ans en France et qui, surtout, comme tous les historiens le reconnaissent, a fait d’un petit domaine un état puissant et rayonnant en Europe et au-delà.

Cette œuvre a été possible parce qu’elle fut celle d’une famille, la famille royale, Ainsi, les lois fondamentales du royaume, la Constitution de l’époque, qui ont permis son développement, étaient à l’origine une loi de famille. Pour le plus grand bien collectif, ces lois organisaient la transmission du pouvoir royal de mâle en mâle par ordre de primogéniture. Elles garantissaient ainsi la stabilité du pouvoir et assuraient une dynastie nationale. Tel est le « miracle capétien ». Loi de famille mais tout autant loi sociale puisqu’elle était basée sur un ordre et qu’il en résultait des hiérarchies naturelles entre les personnes. Si toutes n’avaient pas les mêmes devoirs, toutes devaient concourir au Bien commun. L’aîné des mâles avait le devoir d’assurer la permanence de l’Etat, rôle principal de la fonction royale, mais les autres membres de la famille y concouraient que ce soit en étant héritier de droit, fonction du Dauphin ; en assumant la régence en cas de minorité du titulaire légitime, rôle souvent des mères ou des oncles ; ou en acceptant différentes fonctions pour les princes et princesses pourvus de charges de pouvoir… Cette manière de concevoir le pouvoir des dynasties n’est pas révolue. Dans les familles royales qui subsistent en Europe, dès leur plus jeune âge, les enfants et petits-enfants, les frères et sœurs participent à la fonction royale. Comment ne pas exprimer mieux, par cette pratique, combien le roi et sa famille sont au service de la société.

Au-delà, le roi, Chef de famille, symbolisait aussi l’unité de la société en étant le modèle de toutes les familles. Le lien qui unissait les Français entre eux était, avant tout, un lien de famille allant du plus humble jusqu’au roi. Ainsi loin d’être un objet de droit, chaque français était avant tout un sujet, c’est à dire une personne aux droits inaliénables. Ce lien entre le corps social et la tête manque actuellement. Ce lien organique est peut-être l’élément le plus important que la dynastie, la famille royale, a pu apporter. Ces principes furent compris, vécus et admis dès le grand Louis IX dont l’Eglise a fait un saint à la fin du XIIIe siècle. Ils n’ont pas varié durant des siècles car ils donnaient du sens à la vie en société, cette dernière étant bien plus qu’un ensemble d’individus tenus par des lois et de règlements mais une réelle communauté engagée par un même destin collectif. Voilà pourquoi la France ne fut pas seulement une réussite politique interne, mais avant tout un modèle de civilisation à partager. Et je le dis même pour aujourd’hui alors que notre pays semble parfois oublieux de ses grands principes, au point d’en renier certains, mais, voyez-vous, la force des principes est qu’ils demeurent contre vents et marées. Alors je préfère dire qu’ils sont en sommeil ! Comme l’exprimait déjà le Comte de Chambord, la France, peut renouer, du jour au lendemain avec ce qui demeure la force de la civilisation dont elle est porteuse qui repose sur le bien commun. Fruit du double héritage gréco-romain et chrétien, il passe par le statut donné à l’être humain qui trouve d’abord à s’épanouir au sein de la famille.

Mais je voudrais venir aussi à un second point, si le Chef de la Maison de Bourbon incarne, la famille royale et ses valeurs, il est aussi un chef de famille comme vous tous. Cette famille je la ressens dans mon être, au plus profond de moi. Cette famille ce sont ceux qui m’ont précédé et à qui je dois d’être ce que je suis. Voyez-vous, il n’y a pas un jour où je ne pense à mes aïeux qui m’ont légué une histoire qui parfois me dépasse ; où je ne pense à mon frère trop tôt perdu, à mon Père, mort alors que j’étais trop jeune, à mes grands-parents, à ma chère Grand-Mère décédée il y a quelques mois. D’eux tous, je suis redevable de ce que je suis, petit maillon d’une chaîne immense. Il est absurde de vouloir croire que l’on serait des individus orphelins qui auraient tout à redécouvrir ou à attendre de l’Etat. Bien évidemment si cela s’applique à ceux qui nous ont précédés, cela est encore plus vrai pour ceux qui sont actuellement à mes côtés, chaque jour, chaque instant. Que serais-je sans ma femme, sans mes chers enfants et parmi eux j’inclue le quatrième qui est annoncé pour dans quelques mois, mais qui est déjà une personne au sein de notre famille. Cet aspect spirituel, est au cœur de la famille et fait partie de son mystère. La famille est une entité en elle-même, exactement comme le couple est plus que le mari et la femme. Ainsi s’attaquer à la famille, c’est ruiner l’équilibre naturel, c’est rompre la chaîne des générations qui va des origines du monde à ce qui sera sa fin. Cette dimension de la famille est essentielle et la remettre en cause revient à attaquer les plus grands fondements de la société humaine. Il nous appartient de la défendre, à nous parents.

Nous sommes responsables de cette cellule sociale, lieu de la vraie solidarité et rempart contre la précarité et l’isolement. Cette défense de la famille passe par celle de la vie, de sa conception à la mort naturelle et, au-delà, par le respect dû aux morts qui ne doivent pas devenir des enjeux de pouvoir; elle passe par la transmission des valeurs et notamment par l’éducation qui ne peut se limiter à l’instruction.

Voilà ce qu’il convient d’affirmer et surtout d’assumer malgré les embûches de législations souvent hostiles. Ceux qui attaquent la famille naturelle savent ce qu’ils font. Par la famille ils cherchent à atteindre la société toute entière et ses fondements. C’est ainsi que naissent les totalitarismes. Ce danger est actuel. Malheureusement !

Voyez-vous, et ce sera mon troisième point qui porte sur le rôle social de chacun d’entre nous. Il repose sur l’expérience de l’histoire et sur l’actualité récente. Lorsque certains cherchent à rompre le pacte social, s’ils combattent dans un premier temps ceux qui s’y opposent par les idées ou par les armes, très vite et toujours ils cherchent à briser les familles. Pensons à la Vendée où femmes et enfants étaient tués encore plus que les combattants eux-mêmes et de façons atroces ; souvenons-nous des Arméniens et des politiques génocidaires qui ont suivi et qui, sur bien des points du globe continuent; comme nous l’avons vu il y a encore peu, pour les chrétiens d’Orient. Chaque fois, sous le règne des totalitarismes rouge, brun et maintenant vert, les familles sont inquiétées pour ce qu’elles représentent, chaque fois il y a des séparations forcées, l’emprise sur les enfants pour en faire des enfant-soldats, et des mises en esclavages pour les filles et les femmes. Sur ce point les familles royales ont payé leur écot. Rappelons Louis XVI assassinés avec femme, fils et sœur ; Nicolas II avec femme et enfants.

Cela montre combien la famille malgré toute sa fragilité demeure pour certains l’ennemi principal. Il est donc du devoir de tous et notamment de ceux qui aspirent à des fonctions religieuses, sociales, politiques mais aussi culturelles, de défendre la famille, c’est-à-dire la vie.

Ainsi, pour terminer, après avoir rappelé le lien entre famille royale, famille naturelle et famille sociale, je ferai une proposition : pourquoi ne pas proposer à l’Unesco d’inscrire au patrimoine mondial, le modèle de la famille naturelle traditionnelle, un père, une mère, des enfants, modèle ayant fait largement ses preuves. Voilà qui insufflerait une réelle dynamique à l’institution familiale en en faisant un modèle aux valeurs irremplaçables pour demain ?

Merci de m’avoir écouté et que saint Louis, mon aïeul, le roi aux onze enfants, protège nos familles.

Prince Louis de Bourbon, Duc d’Anjou
Chisinau (Moldavie)
Vendredi 14 septembre 2018

Trois lys blancs

2018-83. Où le Maître-Chat vous invite à une petite visite dans la « Principauté monastique du Mesnil-Marie ».

Jeudi 13 septembre 2018,
Vigile de l’Exaltation de la Sainte Croix et de Notre-Dame des Sept-Douleurs.

Lully - 12 septembre 2018

« Suivez-moi ! Je vais vous servir de guide… »

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Hier, à l’occasion de la fête du Saint Nom de Marie (cf. > ici et > ici), j’ai demandé à Frère Maximilien-Marie de profiter de ce que la journée était radieuse pour réaliser une vidéo avec laquelle je pourrai permettre à tous mes amis lecteurs qui ne sont pas encore venus nous rendre visite au Mesnil-Marie, de visualiser, encore mieux que par des photographies, dans quel cadre merveilleux nous vivons et de mieux comprendre la disposition des lieux de ce que, entre nous, nous nous plaisons à appeler la « Principauté monastique du Mesnil-Marie ».
En effet, toutes proportions gardées bien sûr, il nous plaît d’établir quelque analogie entre notre manière de vivre et celle des moines de la Sainte Montagne : le Mont Athos.

Ainsi, sur la mini-vidéo que vous allez trouver ci-dessous, en partant des bords de l’Eysse – la rivière qui borde nos terres -, en remontant vers le hameau à travers notre prairie – portés par la musique de Mozart – et en saluant au passage nos sœurs les poules, vous aurez une vue de la façade sud de notre Mesnil-Marie, construit à même le rocher en surplomb de la route.
Vous apercevrez, à main gauche de cette façade, la terrasse Saint-Constantin, ainsi dénommée en l’honneur du premier empereur romain chrétien, sur laquelle a été érigée et bénite il y a cinq ans (le 14 septembre 2013) la grande Croix jubilaire marquant le dix-septième centenaire de l’Edit de Milan (cf. > ici).
Ensuite, vous gravirez avec nous le chemin escarpé qui passe sous les noyers, pour atteindre la passerelle (Frère Maximilien-Marie eût préféré que ce fût un pont-levis !) qui enjambe le ruisseau et permet de prendre pied sur la terrasse Saint-Charlemagne.
Vous vous avancerez jusqu’aux pieds de la statue de la Vierge à l’Enfant (arrivée le 8 décembre 2009 cf. > ici) après laquelle un petit dénivelé donne accès à la terrasse Saint-Louis, juste devant l’entrée principale de la maison. C’est sous l’auvent de cette terrasse que, ces jours-ci, Frère Maximilien-Marie range, avec uné méticulosité de joueur de Tétris, des stères de bûches qui alimenteront le poêle pendant la saison froide. Ce que vous apercevez ici correspond à environ la moitié de ce qui nous est nécessaire pour « passer l’hiver », puisque ici il nous faut chauffer les maisons pendant au moins sept mois…

Pour visionner ce petit film, faites un clic droit sur l’image ci-dessous puis « ouvrir le lien dans un nouvel onglet » (je vous recommande en outre de la regarder en mode plein écran).

Image de prévisualisation YouTube

J’achève ces lignes en vous signalant que ce samedi 8 septembre Frère Maximilien-Marie a célébré le 38ème anniversaire de son entrée dans la vie religieuse ; le 4 septembre, c’était le 35ème anniversaire de ses premiers vœux ; et le 24 septembre prochain ce sera le 29ème anniversaire de sa profession perpétuelle.
Vous le voyez, ce mois de septembre au Mesnil-Marie est rythmé par de très riches moments de ferveur spirituelle et de grâces.
Merci de vous unir à nous par l’amitié et la prière.

Lully.

Blason du Refuge Notre-Dame de Compassion

Publié dans:Chronique de Lully |on 13 septembre, 2018 |6 Commentaires »

2018-82. Messe vénitienne pour la naissance du Dauphin de France Louis-Dieudonné.

1638 – 5 septembre – 2018

Contribution
au
380ème anniversaire de la naissance

de
Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIV

Armes de France & Navarre

« J’ai été appelé par Monseigneur de La Houssaye, ambassadeur de Votre Majesté, pour l’assister dans la célébration de la naissance du Grand Dauphin, célébrée en la basilique San Giorgio. Ce service, pour lequel j’ai été honoré d’être publiquement recommandé par ce gentilhomme, m’enhardit de Vous dédicacer ces œuvres musicales sacrées afin que je puisse immortaliser mon obligeance et me faire connaître en ce Royaume de France comme l’un des serviteurs de Votre Majesté ».
Ainsi s’exprime Giovanni Rovetta à l’adresse de SMTC le Roi Louis XIII dans l’épître dédicatoire qui préface cette messe composée pour les festivités vénitiennes commandées par l’ambassadeur de France auprès de la Sérénissime, en novembre 1638, afin de célébrer la naissance du Dauphin tant attendu : Louis-Dieudonné.
Les célébrations religieuses eurent lieu à la basilique San Giorgio, ainsi que le précise Rovetta lui-même ci-dessus : il y eut une somptueuse procession de gondoles, une grand’messe et des vêpres solennelles – c’est la partie religieuse -, mais également un banquet et des combats de taureaux organisés sur la place Saint-Marc… etc.
Le compositeur Giovanni Rovetta (né probablement en 1596) est un prêtre dont toute la carrière se fit à la basilique Saint-Marc, en tant que choriste, instrumentiste, basse, vice-maître de Monteverdi, puis successeur de ce dernier au prestigieux poste de maestro di capella depuis 1644 jusqu’à sa mort (survenue le 23 octobre 1668). Il exerça aussi conjointement en tant que maestro di musica dans diverses institutions vénitiennes et comme organiste. Lorsque l’ambassadeur de France à Venise le choisit pour composer la messe et les vêpres des festivités organisées à Venise en l’honneur de la naissance du Dauphin Louis-Dieudonné, Rovetta était donc alors assistant de Monteverdi.
Les chroniques de l’époque nous rapportent qu’il lui fut ordonné d’engager le plus de chanteurs et d’instrumentistes possible afin de donner le maximum de majesté et de solennité à ces compositions de circonstance.

Canaletto - Venise basilique San Giorgio

Venise : l’île et la basilique san Giorgo, par Canaletto.

On peut trouver aujourd’hui les enregistrements des Vêpres solennelles vénitiennes pour la naissance de Louis XIV (chez Harmonia Mundi Classique – 2001) interprétées par le Cantus Cölln sous la direction de Konrad Junghänel ; ainsi que la Messe pour la naissance de Louis XIV, interprétée par le Galilei Consort sous la direction de Benjamin Chénier (chez Alpha – 2016). Ce dernier enregistrement fut réalisé dans la chapelle royale de Versailles.
En réalité, la partition intégrale de la messe de Rovetta ne nous est pas parvenue, il ne nous en reste que le Kyrie, le Gloria et le Credo.
Les autres pièces que l’on trouve sur cet enregistrement, afin de donner le programme d’une célébration solennelle complète avec toutes ses parties, instrumentales et vocales, sont extraits des œuvres d’autres compositeurs vénitiens contemporains, comme par exemple cette toccata qui me conduit aux portes de l’extase (faire un clic droit sur l’image ci-dessous puis « ouvrir le lien dans un nouvel onglet ») :

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Après cette somptueuse introduction, je vous laisse découvrir par vous-même les trois pièces qui nous sont parvenues de la Messe pour la naissance de Louis XIV de Giovanni Rovetta.

1) Le Kyrie (faire un clic droit sur l’image, puis « ouvrir le lien dans un nouvel onglet ») :

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2) Le Gloria (faire un clic droit sur l’image, puis « ouvrir le lien dans un nouvel onglet ») :

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3) Le Credo (faire un clic droit sur l’image, puis « ouvrir le lien dans un nouvel onglet ») :

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Vous le voyez, ce n’est pas parce que je me prénomme Lully que je ne goûte que la musique versaillaise !
J’espère qu’en cet anniversaire de la naissance de celui qui, plus que tout autre, mérite d’être nommé « le Grand Roi », vous apprécierez aussi ces pièces magnifiques et qu’elles vous serviront pour élever vos âmes à Dieu, afin de Lui rendre grâce d’avoir donné à la France un tel Souverain.

Lully.

Voir aussi :
De l’anniversaire de la naissance de Louis XIV et de son prétendu refus d’obtempérer aux demandes du Sacré-Coeur > ici

Louis XIV enfant

Publié dans:Chronique de Lully, Memento, Vexilla Regis |on 4 septembre, 2018 |1 Commentaire »

2018-81. De la Révérende Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié, qui joua un rôle fondamental dans la consécration du Royaume de France à Notre-Dame.

1653 – 4 septembre – 2018

365ème anniversaire du rappel à Dieu
de la
Réverende Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié
née Anne de Goulaine

frise avec lys naturel

De la même manière que l’événement fondateur qu’est le Baptême de Clovis – en lequel se fait la naissance du Royaume de France – est entouré d’une pléiade de très grands saints, ainsi aussi cet autre événement majeur de notre histoire qu’est la consécration du Royaume à Notre-Dame par SMTC le Roi Louis XIII (cf. > ici) est lui aussi entouré d’une constellation de très grandes âmes, dont la plupart ne sont malheureusement pas assez connues aujourd’hui. 
Nous aurons l’occasion de parler prochainement plus en détail du Révérend Père Joseph de Paris, capucin, né François Le Clerc du Tremblay, un personnage-clef pour le règne de Louis XIII, mais en ce 4 septembre 2018, à l’occasion de l’exact 365ème anniversaire de son rappel à Dieu, le 4 septembre 1653, il faut prioritairement évoquer la figure de l’une de ses filles spirituelles, la Révérende Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié, née Anne de Goulaine. Elle est en effet une mystique de tout premier ordre et son influence fut déterminante dans la maturation du Vœu de Louis XIII.

Rde Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié - Anne de Goulaine

La Révérende Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié avec son ange gardien

Anne de Goulaine naquit le 20 septembre 1599, au château de Poulmic, édifié sur la presqu’île de Crozon (il n’en reste rien aujourd’hui).
Elle était la troisième fille de Messire Jean de Goulaine, seigneur et baron du Faoüet, cadet du marquis de Goulaine, et de Madame Anne de Ploeuc, sœur du marquis de Tymeur.
Dès son plus jeune âge, Anne fut favorisée de grâces extraordinaires, en particulier la compagnie visible de son saint ange gardien, mais également préscience et lecture dans les âmes…
A plusieurs reprises, elle fut miraculeusement soulagée dans ses maladies et consolée par la visite des saints. En contre partie de ces faveurs célestes, elle subit aussi de manière extraordinaire des vexations et attaques diaboliques.

Ses deux sœurs ainées étant entrées dans la congrégation des Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire que venaient de fonder le Révérend Père Joseph de Paris (du Tremblay) et la Révérende Mère Antoinette de Sainte-Scholastique (née Antoinette d’Orléans-Longueville), ses parents résolurent de la marier. Mais Anne aspirait elle aussi depuis sa plus tendre enfance à la consécration totale et sa détermination inflexible, opposée au dessein de ses parents, fut à l’origine de longues années d’affrontements et de souffrances, chacun campant fermement sur ses positions.

A la mort de son père, qui rend son âme à Dieu revenu à des dispositions plus conformes aux desseins du Ciel sur sa fille, Anne ne peut toutefois pas encore réaliser sa vocation. Si sa mère a renoncé à la marier et lui laisse donner libre cours à sa dévotion, elle est cependant malade et c’est à Anne qu’incombent les responsabilités de gestion et d’administration des domaines familiaux et les devoirs mondains y afférant.
Elle passe alors la plus grande partie de ses nuits en oraison et emploie tout le temps libre que lui laisse sa charge à visiter et soigner les pauvres et les malades du voisinage.
Les vexations et sévices diaboliques s’intensifient, mais les grâces divines augmentent elles aussi : à plusieurs reprises elle est favorisée de visions de Notre-Seigneur ou de Notre-Dame.

Enfin, en 1629, une communauté de Bénédictines du Calvaire s’étant établie à Morlaix – communauté dont l’une de ses sœurs est sous-prieure -, et Madame de Goulaine ayant cédé, Anne peut réaliser sa vocation et entrer au couvent. Cela se fait donc le 4 août 1629 : Anne est âgée de 29 ans et un peu plus de dix mois, âge très avancé pour une entrée en religion à cette époque.
Ayant accompli le postulat canonique, qui est alors de trois mois, elle est admise à la vêture le 4 novembre 1629 et reçoit, en même temps que le saint 
habit, le nom de Sœur Anne-Marie de Jésus Crucifié.

Pendant son noviciat, Sœur Anne-Marie continue à être favorisée de grâces extraordinaires et à être terriblement attaquée par le démon. Ses supérieures la feront passer par de rigoureuses épreuves pour s’assurer que les voies de la jeune religieuse sont bien de Dieu. Mais force est de constater que « ce trait puissant qui la possédait et l’attirait à la conversation céleste, ne l’empêchait pas d’agir extérieurement et de vaquer aux œuvres de charité et d’obéissance et d’assister à toutes les observances ».
Le Vendredi Saint 29 mars 1630, à midi, en présence de toute la communauté assemblée, Sœur Anne-Marie reçoit les sacrés stigmates. Par la suite, tous les vendredis, ces plaies seront revivifiées.

Normalement, elle eût dû prononcer ses vœux solennels un an après sa prise d’habit, donc en novembre 1630 ; mais informés des phénomènes mystiques hors du commun dont était gratifiée la novice, les supérieurs de Paris avaient exprimé le désir d’examiner eux-mêmes la jeune religieuse avant de l’admettre à la profession solennelle. Finalement, le voyage à Paris ne put avoir lieu comme initialement prévu et la supérieure de Morlaix fut autorisée à recevoir les vœux de Sœur Anne-Marie, à condition que, sitôt après, cette dernière partirait pour la capitale.
Cette profession solennelle eut lieu le 27 juin 1631, qui était cette année-là le vendredi après l’octave de la fête du Très Saint-Sacrement, c’est-à-dire le jour que quelques années plus tard  Notre-Seigneur Lui-même désignera pour qu’y soit célébrée la fête de Son Sacré-Coeur.
Lors de cette profession, dont on peut deviner avec quelle ferveur Sœur Anne-Marie s’y prépara et l’accomplit, eut lieu un nouveau prodige : alors qu’elle venait de prononcer ses vœux devant le Saint-Sacrement exposé, un rayon sortit de la Sainte Hostie et vint se poser dans un cœur qu’elle avait dessiné au-dessous de sa signature, sur l’acte manuscrit de sa profession, y laissant une petite goutte de Sang que l’on peut encore voir aujourd’hui, puisque ce document est conservé (archives du ministère des Affaires étrangères).

Conformément aux ordres reçus, Sœur Anne-Marie de Jésus-Crucifié fut alors envoyée à Paris où elle arriva à la fin du mois d’août et où elle restera jusqu’à la fin de sa vie, c’est-à-dire pendant 22 ans.
Le couvent dans lequel elle a vécu, en bordure du Marais, est aujourd’hui détruit, son souvenir ne subsiste que par le nom d’un boulevard et d’une station de métro : « Filles du Calvaire ».
Le Révérend Père Joseph de Paris (du Tremblay) ne la ménagera pas, tout en étant absolument convaincu du caractère surnaturel divin des voies mystiques dans lesquelles elle avance : mais il est de son devoir de la prémunir contre toute espèce d’illusion, manque d’humilité, complaisance en soi-même et contre tout mouvement de vénération indiscrète. Sous sa direction ferme, Mère Anne-Marie continue à croître dans une union à Dieu toujours plus intense, en humilité et en charité, dans une vie immolée et souffrante, jusqu’au moment de sa sainte mort, survenue le lundi 4 septembre 1653, à quelques jours de son 54ème anniversaire.

Vœu de Louis XIII - Simon Vouet

Vœu de Louis XIII
par Simon Vouet (vers 1633)
Mairie de Neuilly-Saint-Front (Picardie)

Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié et le Vœu de Louis XIII :

Le Révérend Père Joseph de Paris fut surnommé, on s’en souvient, l’ « Eminence grise » : « grise » en raison de la couleur de sa bure délavée de capucin ; « Eminence » en raison du rôle très important qu’il joua auprès du Roi Louis XIII aux côtés de Son Eminence Armand du Plessis cardinal de Richelieu, dont il fut le principal et très sage conseiller.
Les Bénédictines du Calvaire, et tout spécialement celles de Paris qui avaient de fréquents contacts avec leur fondateur, le Père Joseph, étaient donc particulièrement sollicitées pour soutenir de leurs prières et de leurs sacrifices la Personne du Roi, lui obtenir toutes les grâces nécessaires dans l’accomplissement de sa charge, et seconder dans l’invisible la politique du Roi Très Chrétien.
Or les années 1635-1636 furent particulièrement critiques pour le Royaume.

Décidés à dégager la France de l’étau dans lequel la tient dangereusement la Maison de Habsbourg, le Roi et le Cardinal lui ont déclaré la guerre. Si les débuts de la campagne ont été ponctués par de brillants succès, les revers se produisent bientôt et les Espagnols envahissent les provinces septentrionales du Royaume, s’approchant dangereusement de Paris.
Déjà, depuis le début la décennie, l’idée d’un vœu du Souverain à la Vierge s’était fait jour et revenait de manière récurrente : malgré la paix d’Alais (1629) – véritable terme des guerres civiles dites « de religion » – on pouvait craindre à tout moment un sursaut de trahison des sectateurs de la religion prétendue réformée, toujours prompts à s’allier avec les ennemis du Royaume. Un Royaume dont l’avenir était incertain du fait de l’absence d’héritier…
Les ferventes supplications de tous les couvents du Royaume sont instamment sollicitées. Le Roi écrit aux évêques pour qu’ils prescrivent et instituent dans tous les diocèses des prières publiques solennelles.

Après la prise de Corbie (15 août 1636), les Espagnols arrivent aux portes de Compiègne : la route de Paris leur est ouverte.
Le Roi qui a imploré d’une manière particulière le secours de la Sainte Mère de Dieu et qui, en gage de ce recours particulier à sa protection, a offert une lampe d’argent à Notre-Dame de Paris, reçoit alors communication des révélations particulières qui ont été accordées par Notre-Seigneur Jésus-Christ à Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié.
La moniale assure que Corbie va être reprise mais surtout elle fait porter à la connaissance du pieux monarque les grands desseins de Notre-Seigneur : « Je l’aime et l’aimerai s’il Me veut donner son cœur. Pour cela il faut qu’il M’aime plus qu’il ne fait… Il n’est pas né pour lui- même, mais pour Moi et son peuple (…). Je veux aussi qu’il fasse honorer Ma Mère en son royaume en la manière que Je lui ferai connaître. Je rendrai son royaume par l’intercession de ma Mère la plus heureuse patrie qui soit sous le ciel ».
Et c’est alors que tout semblait désespéré, alors que le Roi se murait dans sa mélancolie, alors que le Cardinal – devenu l’objet des huées de la foule – semblait perdre confiance en lui-même, alors que des trahisons se tramaient dans l’armée, alors que les Parisiens commençaient à s’enfuir en direction de Chartres ou d’Orléans, qu’un sursaut d’énergie, de patriotisme et de courage se produit : en quelques jours une armée de plus de quarante mille hommes est levée avec laquelle, ayant déjoué de nouveaux complots contre sa personne et évincé les chefs incapables, le Cardinal – présent lui-même à l’armée – reconquiert Corbie le 10 novembre de cette même année 1636, conformément aux prophéties de la religieuse.

L’année 1636 s’achève sur des succès militaires et dans l’action de grâces à Dieu.
Louis XIII et le Cardinal savent désormais que l’offrande d’un luminaire d’argent – fut-il somptueux – à Notre-Dame de Paris n’est point suffisant. Plusieurs témoignages nous assurent que Louis XIII consacre de manière privée sa Personne et son Royaume à Notre-Dame dans les premiers mois de l’année 1637 : mais cela non plus n’est pas suffisant.
On conserve, en date d’octobre 1637, plusieurs brouillons sur lesquels on voit, raturé et corrigé de la main du Cardinal, un projet de prières publiques pour la consécration du Royaume à la Vierge, et des lettres patentes que Sa Majesté présente finalement au Parlement au mois de décembre 1637 : lettres patentes par lesquelles, en vertu de son autorité souveraine, il déclare se mettre personnellement, lui et son royaume, sous la protection de la Très Sainte Vierge Marie.

La suite, on la connaît : le 10 février 1638 le Roi signe et promulgue l’Edit de Saint-Germain et c’est à Abbeville, où il se trouve au milieu de ses armées, que le 15 août 1638 il accomplira lui-même les cérémonies qu’il a prescrites dans tout le Royaume à perpétuité, et que nous nous faisons encore aujourd’hui un honneur et un devoir d’accomplir fidèlement tous les 15 août.

La Révérende Mère Anne-Marie de Jésus-Crucifié va demeurer encore 15 ans sur cette terre après que sa « mission publique » a été conduite à sa réalisation : 15 années vécues encore dans d’extraordinaires voies de souffrance et d’amour ; 15 ans, c’est d’ailleurs aussi le temps que Notre-Dame est restée sur cette terre après l’Ascension de son divin Fils dans l’attente de Le rejoindre.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Abraham Bosse voeu de Louis XIII

Le Vœu de Louis XIII (gravure d’Abraham Bosse) 

2018-80. « Louis XVIII n’eut pas de plus incommode sujet, ni ses meilleurs ministres de collègue plus dangereux. »

1768 – 4 septembre – 2018

à propos du
250ème anniversaire de la naissance
de
François-René de Chateaubriand

François-René, vicomte de Chateaubriand, est né à Saint-Malo le 4 septembre 1768 : cela fait donc 250 ans.
Il s’est éteint à Paris dans sa 80ème année le 4 juillet 1848 : cela fait 170 ans.
Personnage complexe, Chateaubriand, qui fut parfois un assez bon serviteur de la Royauté, eut le génie de certaines phrases dont nous ne pouvons qu’admirer la justesse. Je pense par exemple à celle-ci que j’aime beaucoup : « Le trône de Saint Louis sans la religion de Saint Louis est une supposition absurde ». De là à faire du vicomte un authentique légitimiste et un grand serviteur du trône et de l’autel, il y a un précipice que je me garderai bien de franchir.
Chateaubriand fut un romantique.
Et son romantisme gâche sa pensée politique autant que sa pensée religieuse.
Si l’on ne peut nier l’influence qu’exerça son « Génie du Christianisme » sur le regain d’intérêt pour la religion catholique après la déchristianisation révolutionnaire, on doit toutefois déplorer que son argumentation se résume finalement preque uniquement en ceci : c’est vrai parce que c’est beau.
Ce sentimentalisme et ce subjectivisme – alliés à un « complexe d’excellence » démesuré – se retrouvent dans la manière dont il servira les Bourbons : s’alliant tantôt aux « ultras » tantôt aux libéraux, au gré de la rumination de ses amertumes et de ses rancœurs, il n’a pas su fonder sa pensée et son action politique sur les principes de la monarchie traditionnelle ni s’y soumettre. Si le littérateur déploie des pages admirables, ces apparences font qu’il n’en est parfois que plus dangereux. Ainsi que l’a écrit Charles Maurras : « Il est lamentable que des monarchistes puissent écrire le nom de Chateaubriand auprès de ceux de Maistre et de Bonald ».
Ce pourquoi, lors même que je ne suis pas maurrassien – loin s’en faut -, je n’hésite cependant pas aujourd’hui à publier ci-dessous l’analyse, impitoyable de juste lucidité, que Maurras a donnée de Chateaubriand dans son essai « Trois idées politiques ».
Je le fais pour donner à réfléchir à ceux qui, aujourd’hui, se prétendent légitimistes mais sombrent dans les mêmes abîmes d’incohérence que Chateaubriand et qui, en définitive, au lieu de s’en tenir à une exigeante formation, par l’étude approfondie des principes objectifs et un travail rigoureux de la pensée, en restent toujours, dans leur attachement à la Royauté, à un subjectivisme plus ou moins passéiste, romantique et sentimental, et s’illusionnent facilement ; car, alors, en prétendant servir l’idée royale et la Tradition monarchique – parfois avec beaucoup de sincérité d’ailleurs -, ils servent surtout leurs rêves, leurs ambitions et leurs propres fantasmes…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Voir aussi ce que nous avions publié à son sujet > ici

Chateaubriand vers 1828 - Pierre-Louis Delaval

François-René, vicomte de Chateaubriand
vers 1828
par Pierre-Louis Delaval

Chateaubriand ou l’anarchie.

« J’admire surtout l’égarement de la vieille France. Ce Régime ancien dont elle garde la religion, l’État français d’avant dix-sept cent quatre-vingt-neuf, était monarchique, hiérarchique, syndicaliste et communautaire ; tout individu y vivait soutenu et discipliné ; Chateaubriand fut des premiers après Jean-Jacques qui firent admettre et aimer un personnage isolé et comme perclus dans l’orgueil et l’ennui de sa liberté.

La vieille France avait ses constitutions propres, nées des races et des sols qui la composaient. Les voyages de Chateaubriand aux pays anglais marquent, avec ceux de Voltaire et de Montesquieu, les dates mémorables de l’anglomanie constitutionnelle ; il ne guérit jamais de son premier goût pour les plagiats du système britannique, libéralisme, gouvernement parlementaire et régime de cabinet.

La vieille France avait l’esprit classique, juridique, philosophique, plus sensible aux rapports des choses qu’aux choses mêmes, et, jusque dans les récits les plus libertins, ses écrivains se rangeaient à la présidence de la raison ; comme les Athéniens du Ve siècle, cette race arrivée à la perfection du génie humain avait, selon une élégante expression de M. Boutmy (note : Émile Boutmy, 1835-1906, fondateur en 1872 de l’École libre des sciences politiques, qu’il dirigera jusqu’à sa mort), réussi à substituer « le procédé logique » au « procédé intuitif » qu’elle laissait aux animaux et aux barbares ; Chateaubriand désorganisa ce génie abstrait en y faisant prévaloir l’imagination, en communiquant au langage, aux mots, une couleur de sensualité, un goût de chair, une complaisance dans le physique, où personne ne s’était risqué avant lui. En même temps, il révélait l’art romantique des peuples du nord de l’Europe. Quoiqu’il ait plus tard déploré l’influence contre nature que ces peuples sans maturité acquirent chez nous, il en est le premier auteur.

La vieille France professait ce catholicisme traditionnel qui, composant les visions juives, le sentiment chrétien et la discipline reçue du monde hellénique et romain, porte avec soi l’ordre naturel de l’humanité ; Chateaubriand a négligé cette forte substance de la doctrine. De la prétendue Renaissance qu’on le loue d’avoir provoqué datent ces « pantalonnades théologiques », ce manque de sérieux dans l’apologétique, qui faisaient rire les maîtres d’Ernest Renan. Examinée de près, elle diffère seulement par le lustre du pittoresque et les appels au sens du déisme sentimental propagé par les Allemands et les Suisses du salon Necker. On a nommé Chateaubriand un « épicurien catholique », mais il n’est point cela du tout. Je le dirais plus volontiers un protestant honteux vêtu de la pourpre de Rome. Il a contribué presque autant que Lammenais, son compatriote, à notre anarchie religieuse.

Si enfin le Génie du Christianisme lui donne l’attitude d’un farouche adversaire de la Révolution, de fait, il en a été le grand obligé.

Lorsque, ayant pris congé des sauvages de l’Amérique, François-René de Chateaubriand retrouva sa patrie, elle était couverte de ruines qui l’émurent profondément. Ses premières ébullitions furent, il est vrai, pour maudire dans un Essai (note : L’Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes, considérées dans leurs rapports avec la Révolution française, en 1797) fameux ce qui venait d’ainsi périr. Peu à peu toutefois, l’imagination historique reprenant le dessus, il aima, mortes et gisantes, des institutions qu’il avait fuies jusqu’au désert, quand elles florissaient. Il leur donna, non point des pleurs, mais des pages si grandement et si pathétiquement éplorées que leur son éveilla, par la suite, ses propres larmes.

Il les versa de bonne foi. Cette sincérité allait même jusqu’à l’atroce. Cet artiste mit au concert de ses flûtes funèbres une condition secrète, mais invariable : il exigeait que sa plainte fût soutenue, sa tristesse nourrie de solides calamités, de malheurs consommés et définitifs, et de chutes sans espoir de relèvement. Sa sympathie, son éloquence, se détournait des infortunes incomplètes. Il fallait que son sujet fût frappé au cœur. Mais qu’une des victimes, roulée, cousue, chantée par lui dans le « linceul de pourpre », fit quelque mouvement, ce n’était plus de jeu ; ressuscitant, elles le désobligeaient pour toujours.

Quand donc la monarchie française eut le mauvais goût de renaître, elle fut bien reçue ! Après les premiers compliments, faits en haine de Bonaparte et qu’un bon gentilhomme ne refusait pas à son prince, Chateaubriand punit, du mieux qu’il le put faire, ce démenti impertinent que la Restauration infligeait à ses Requiem. Louis XVIII n’eut pas de plus incommode sujet, ni ses meilleurs ministres de collègue plus dangereux.

Enfin 1830 éclate, le délivre. Voilà notre homme sur une ruine nouvelle. Tous les devoirs de loyalisme deviennent aussitôt faciles et même agréables. Il intrigue, voyage, publie des déclarations. « Madame, votre fils est mon roi ! » La mort de Napoléon II lui donne un grand coup d’espérance ; si le duc de Bordeaux, lui aussi… ? Mais le duc de Bordeaux grandit. Cette douceur est refusée à M. de Chateaubriand de chanter le grand air au service du dernier roi ; il se console en regardant le dernier trône mis en morceaux.

La monarchie légitime a cessé de vivre, tel est le sujet ordinaire de ses méditations ; l’évidence de cette vérité provisoire lui rend la sécurité ; mais toutefois, de temps à autre, il se transporte à la sépulture royale, lève le drap et palpe les beaux membres inanimés. Pour les mieux préserver de reviviscences possibles, cet ancien soldat de Condé les accable de bénédictions acérées et d’éloges perfides, pareils à des coups de stylet.

Ceci est littéral. À ses façons de craindre la démagogie, le socialisme, la République européenne, on se rend compte qu’il les appelle de tous ses vœux. Prévoir certains fléaux, les prévoir en public, de ce ton sarcastique, amer et dégagé, équivaut à les préparer.

Assurément, ce noble esprit, si supérieur à l’intelligence des Hugo, des Michelet et des autres romantiques, ne se figurait pas de nouveau régime sans quelque horreur. Mais il aimait l’horreur ; je voudrais oser dire qu’il y goûtait, à la manière de Néron et de Sade, la joie de se faire un peu mal, associée à des plaisirs plus pénétrants.

Son goût des malheurs historiques fut bien servi jusqu’à la fin. Il mourut dans les délices du désespoir ; le canon des journées de juin s’éteignait à peine. Il avait entendu la fusillade de février. Le nécrologue des théocraties et des monarchies, qui tenait un registre des empereurs, des papes, des rois et des grands personnages saisis devant lui par la disgrâce ou la mort, n’entonna point le cantique de Siméon sans avoir mis sur ses tablettes l’exil des Orléans et la chute de Lamartine.

Race de naufrageurs et de faiseurs d’épaves, oiseau rapace et solitaire, Chateaubriand n’a jamais cherché, dans la mort et dans le passé, le transmissible, le fécond, le traditionnel, l’éternel ; mais le passé, comme passé, et la mort, comme mort, furent ses uniques plaisirs. Loin de rien conserver, il fit au besoin des dégâts, afin de se donner de plus sûrs motifs de regrets. En toutes choses, il ne vit que leur force de l’émouvoir, c’est-à-dire lui-même. À la cour, dans les camps, dans les charges publiques comme dans ses livres, il est lui, et il n’est que lui, ermite de Combourg, solitaire de la Floride. Il se soumettait l’univers. Cet idole des modernes conservateurs nous incarne surtout le génie des Révolutions. Il l’incarne bien plus que Michelet peut-être. On le fêterait en sabots, affublé de la carmagnole et cocarde rouge au bonnet. »

Charles Maurras,
in « Trois idées politiques » (1898) – chap.1

En fin d’ouvrage, Charles Maurras a ajouté plusieurs notes développées dont il me semble aussi important de reproduire la quatrième :

Note IV -  Chateaubriand et les idées révolutionnaires.

Louis XVIII n’eut pas de plus incommode sujet, ni ses meilleurs ministres de collègue plus dangereux.

M. André Maurel a publié, à la librairie de la Revue blanche, un intéressant et profitable Essai sur Chateaubriand, écrit d’ailleurs avec un enthousiasme qui n’admet point de réserve.
Malgré d’extrêmes divergences dans l’appréciation, nous nous accordons, M. Maurel et moi, sur plus d’un point de fait. J’extrais du livre les textes suivants qui sont relatifs au héros. Page 158 : « Il a désiré le pouvoir et, dès qu’il le tient, il s’ennuie. » (C’est qu’il voulait non s’en servir pour le service d’une idée mais pour en jouir, assez noblement il est vrai.) Page 173 : « À vrai dire, l’opposition était l’atmosphère de ce passionné. » (Parce que c’est là que la personnalité politique se donne commodément et impunément carrière.) Page 205 : « La liberté !… Il la proclamait seule féconde. » (Il fut, en effet, toute sa vie un libéral, ou, ce qui revient au même, un anarchiste. Je ne suis pas de ceux qui font de vaines différences entre les idées de Jules Simon et celles de Ravachol ; ces deux esprits ne connurent que des désaccords de méthode.)
Dans son analyse des écrits politiques, M. André Maurel fait ressortit que Chateaubriand demeura toujours attaché aux idées de la Révolution. Il est donc lamentable que des monarchistes puissent écrire le nom de Chateaubriand auprès de ceux de Maistre et de Bonald.
Au contraire de ces deux philosophes royalistes, ce qu’il voulait, c’était les idées de la Révolution sans les hommes et les choses de la Révolution. Il opinait de conserver la doctrine et de biffer l’histoire. Or, ceci ne se biffe pas et cela ne se peut garder dans une tête saine. Les idées de la Révolution sont proprement ce qui a empêché le mouvement révolutionnaire d’enfanter un ordre viable ; l’association du Tiers État aux privilèges du clergé et de la noblesse, la vente, le transfert, le partage des propriétés, les nouveautés agraires, la formation d’une noblesse impériale, l’avènement des grandes familles jacobines, voilà des événements naturels et, en quelque sorte, physiques, qui, doux ou violents, accomplis sous l’orage ou sous le beau temps, se sont accomplis. Je les nomme des faits. Ces faits pouvaient fort bien aboutir à reconstituer la France comme fut reconstituée l’Angleterre de 1688 ; il suffisait qu’on oubliât des principes mortels. Les effets de ces mouvements une fois consolidés et ces faits une fois acquis, l’œuvre de la nature eût bientôt tout concilié, raffermi et guéri. Mais les principes révolutionnaires, défendus et rafraîchis de génération en génération (n’avons-nous pas encore une Société des Droits de l’Homme et du citoyen ?) ont toujours entravé l’œuvre naturelle de la Révolution. Ils nous tiennent tous en suspens, dans le sentiment du provisoire, la fièvre de l’attente et l’appétit du changement. Il y eut un ancien régime. Il n’y a pas encore de régime nouveau ; il n’y a qu’un état d’esprit tendant à empêcher ce régime de naître.
M. André Maurel exagère d’ailleurs les qualités et même, je crois bien, le rôle politiques de Chateaubriand. En fermant son Essai, il convient de relire les lettres du grand homme à Mme de Duras, avec les réponses de celle-ci. Cette correspondance est un antidote assuré contre tous les panégyriques.

2018-79. Chronique du Mesnil-Marie pour le mois d’août 2018.

Samedi 1er septembre 2018 ;
Dans l’Ordre de Saint-Augustin la fête de Notre-Dame de Consolation (cf. > ici) ;
Commémoraison de Saint Gilles, abbé et confesseur ;
Commémoraison du 5ème jour dans l’octave de Saint Augustin ;
Anniversaire du rappel à Dieu de SMTC le Roi Louis XIV (cf. > ici).

Lully été 2018

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce mois d’août, me semble-t-il, a passé à une vitesse véritablement renversante : j’en ai presque le vertige !
Comme les années précédentes, c’est une période où un certain nombre de nos amis profitent des vacances et des longues journées pour nous rendre visite : je vous ai parlé du petit séjour que Jean-Baptiste, filleul de Frère Maximilien-Marie, a passé chez nous (cf. > ici), et du passage de notre amie « M. aux doigts de fée » qui nous a rapporté la parure bleu ciel restaurée de l’Enfant Jésus de Prague (cf. > ici) ; mais vous êtes plusieurs autres a être passés par notre Mesnil-Marie. Certains le découvrant pour la première fois, et auxquels notre Frère prend alors plaisir de donner un rapide aperçu de nos hautes Boutières en les conduisant en quelques lieux emblématiques des environs ; certains y revenant à l’occasion d’une traversée de la France. Et je ne parle pas de ceux qui viennent pour quelques heures de visite, afin de s’entretenir de spiritualité, d’histoire locale ou de patrimoine, avec notre Frère : toutes choses dont je ne peux bien évidemment pas rendre compte par le détail.

Et puis, bien sûr, il y a la traditionnelle fête de notre chère Sainte Philomène, le 11 août, patronne du Mesnil-Marie en second, et donc célébrée chez nous sous le rit double de 2ème classe.
Pour la circonstance, de fidèle amis nous avaient prêté une tente de réception d’une trentaine de mètres carrés qui avait été dressée sur la terrasse Saint-Charlemagne.
Cela me donne au passage l’occasion de remercier publiquement et très chat-leureusement ceux qui sont venus nous aider pour son montage et son démontage.

Tente de réception sur la terrasse Saint-Charlemagne

Tente de réception sur la terrasse Saint-Charlemagne

Bien sûr, nous lui avions ajouté une petite touche de « déco » très personnelle…

Tente de réception sur la terrasse Saint-Charlemagne

Et pour ce qui me concerne, j’ai beaucoup apprécié cette structure sous laquelle je pouvais me mettre à l’abri des ardeurs du soleil ou des gouttes des orages.

Lully sous la tente de réception

Cette grande tente a permis d’avoir un bel espace – très « convivial » pour reprendre un mot devenu très à la mode et repris à toutes les sauces – pour les déjeuners de la fête de Sainte Philomène, le 11 août, ainsi que pour celui de la fête de Saint Louis, le 25 août.
En effet, même si nous n’avions pas de très grandes foules lors de ces deux journées, il n’eût pas été possible de faire tenir tout le monde sur la terrasse Saint-Louis qui se trouve juste devant la maison.

Pour ces deux journées, riches de ferveur et d’amitié, je puis assurer que ceux qui sont venus jusqu’ici, en sont repartis avec des forces spirituelles renouvelées.
Nous ne pouvons pas douter – car nous en recevons régulièrement des témoignages – que Sainte Philomène se plaît à accorder des grâces à ceux qui viennent la prier et lui confier leurs intentions dans notre oratoire ; et nous voyons aussi de plus en plus que notre humble Mesnil-Marie fait figure de lieu de « port spirituel » pour de nombreuses âmes…
C’est la raison pour laquelle après le « mini-pèlerinage » de Sainte Philomène et après cette « réco-royco » de la fête de Saint Louis (cf. > ici) notre Frère Maximilien-Marie n’a pas hésité a programmer une nouvelle journée de prière et de spiritualité à la mi-septembre pour la fête de Notre-Dame de Compassion (cf. > ici), notre principale fête patronale.

Sainte Messe pour la fête de Sainte Philomène

Sainte Messe de la fête de Sainte Philomène, le 11 août 2018

Mais le sommet liturgique du mois d’août est bien évidemment la fête de l’Assomption de Notre-Dame, glorification suprême de la Sainte Mère de Dieu et fête patronale du Royaume de France.
Le 14 août au soir, Frère Maximilien-Marie se trouvait à la procession aux flambeaux au Puy. Cette montée vers la « chambre angélique » à la tombée de la nuit est toujours empreinte d’une grande ferveur…

Procession aux flambeaux - Le Puy-en-Velay 14 août 2018

… et l’entrée dans la cathédrale où l’on arrive juste aux pieds de la Vierge Noire, descendue du ciborium du maître-autel où elle se trouve habituellement, est un moment d’une grande intensité.

Vierge Noire, cathédrale du Puy - 14 août 2018

Le mercredi 15 août, en revanche, notre Frère s’est rendu à la Sainte Messe à la tellement aimée chapelle Notre-Dame de la Rose, à Montélimar.
A l’issue de la Messe, fut célébrée la procession du Vœu de Louis XIII, pour laquelle Frère Maximilien-Marie avait apporté la relique du Saint Voile de Notre-Dame que nous avons le bonheur de posséder au Mesnil-Marie.
La relique fut portée dans la procession avec la statue de la Madone, et beaucoup de fidèles qui ont ensuite vénéré la sainte relique en ont exprimé leur grande joie et leur émotion spirituelles.

Reliquaire du Voile de la Vierge - 15 août 2018

Je n’entrerai pas dans le détail des divers vernissages et conférences auxquels Frère Maximilien-Marie a aussi assisté, tant en raison de ses « obligations » liées à ses investissements associatifs ou journalistiques, que par intérêt pour les sujets traités ou les œuvres présentées.
Je ne vous montrerai pas non plus la photographie qui a été prise de lui, posant en compagnie de « Miss Ardèche », à l’occasion de la fête du village !!!

Je mentionnerai en revanche le passage de nos chers amis Messieurs les Chanoines de l’Ordre de Saint-Remi (cf. > ici) qui nous ont fait l’honneur et l’immense joie de célébrer chez nous la fête de notre Bienheureux Père Saint Augustin.
C’est la première fois que nous avions la joie d’avoir ici-même une Sainte Messe le 28 août, et nous l’avons chantée du mieux que nous l’avons pu.

Statue de Saint Augustin - oratoire du Mesnil-Marie

Statue de notre Bienheureux Père Saint Augustin
dans l’oratoire du Mesnil-Marie

La veille au soir, à leur arrivée, l’un des chanoines avait célébré, à notre demande, une Sainte Messe de Requiem, à l’intention de tous nos parents, amis et bienfaiteurs défunts.

Nous ignorions encore à ce moment-là (nous ne l’apprîmes que le 30) que l’une de nos amies et bienfaitrices, la Révérende Mère Benjamine, de la Congrégation des Sœurs de Sainte-Marie de l’Assomption, avait rendu la veille sa belle âme à Dieu, alors qu’elle avait fêté à la fin du mois de juillet ses 98 ans et qu’elle était dans la 79ème année de sa profession religieuse.
Elle a été inhumée le 29 août, au lendemain de la fête de Saint Augustin sous la Règle duquel elle a vécu.

C’est Mère Benjamine qui nous a donné la grande Piéta, de grandeur naturelle, qui se trouve au Mesnil-Marie, et pour laquelle nous souhaitons construire une chapelle, ainsi que la Piéta de taille plus petite mais en bois massif qui est placée du côté de l’Evangile dans notre oratoire. Nous devons également à Mère Benjamine le don de la statue de Sainte Philomène, de plusieurs très beaux ornements et de divers objets liturgiques.
Nous la confions à vos bonnes prières, afin que Notre-Seigneur accueille au plus tôt dans Sa gloire celle qui L’a servi avec une très grande générosité et piété pendant plus de huit décennies.

Lully au pied de la Croix - 29 août 2018

J’achèverai cette chronique en vous signalant que, pour la première fois, le total des visites mensuelles sur ce modeste blogue a atteint la somme de 45.000 lors de ce mois d’août !

Et je vous encourage à vous unir à nous pour la neuvaine du 6 au 14 septembre pour préparer la fête de Notre-Dame de Compassion : voir > ici

Lully.

Et n’oubliez pas :
- Récollection du samedi 15 septembre, voir > ici
- Pour aider le Refuge Notre-Dame de Compassion  > ici

Coeur de Marie aux sept glaives

2018-78. Samedi 15 septembre : Journée de prière et de récollection au Mesnil-Marie, à l’occasion de la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs.

Statue de N.D. de Compassion du Mesnil-Marie

A l’occasion de sa fête patronale principale,

le Refuge Notre-Dame de Compassion

vous propose

une journée de prière et de récollection

au Mesnil-Marie

le samedi 15 septembre 2018

Programme de la journée :

- 10 h  (précises) : Sainte Messe chantée (rite latin traditionnel évidemment).
11 h 30 : 1er enseignement : « Importance et actualité du culte des Douleurs de la Mère de Dieu »
- 13 h : repas tiré du sac
- 14 h 30 : 2nd enseignement : « Vie chrétienne et souffrance »
16 h : chapelet des Sept-Douleurs de Notre-Dame et salut du Très Saint-Sacrement

Inscription nécessaire  (par courriel ou par téléphone) ou bien > ici

Blason du Refuge Notre-Dame de Compassion

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