Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2021-70. Du drapeau de la révolution qui ne peut en aucune manière être le nôtre.

27 novembre,
Fête de la manifestation de la médaille miraculeuse (cf. > ici) ;
Mémoire de Sainte Catherine Labouré, vierge (cf. > ici) ;
Anniversaire de la mort de SM le Roi Clovis 1er le Grand (27 novembre 511 – cf. > ici) ;
Anniversaire de la mort de SM la Reine Blanche de Castille (27 novembre 1252).

Vœu de Clovis à la bataille de Tolbiac Joseph-Paul Blanc 1880 - basilique de Ste Geneviève Paris

« Ô Jésus-Christ, que Clotilde affirme Fils du Dieu Vivant,
Toi qui donnes du secours à ceux qui sont en danger,
et accordes la victoire à ceux qui espèrent en Toi,

je sollicite avec dévotion la gloire de Ton assistance :
si Tu m’accordes la victoire sur ces ennemis,
et si j’expérimente la vertu miraculeuse que le peuple voué à Ton Nom déclare avoir prouvé qu’elle venait de Toi,
je croirai en Toi, et me ferai baptiser en Ton Nom ».

Vœu de Clovis à la bataille de Tolbiac
(peinture murale de Joseph-Paul Blanc à la basilique de Sainte Geneviève – profanée en « panthéon »- à Paris)

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A l’occasion de l’anniversaire de la mort de Clovis ce 27 novembre, et dans la continuité tant du texte du Rd Père Thomas publié ce 25 novembre (cf. > ici) que de celui relatif à la légende du blason fleurdelysé de nos Rois que nous avions publié en 2015 (cf. > ici) , je vous invite à lire mes réflexions au sujet du drapeau de la révolution :

Il y a quelques jours de cela, certains se sont émus et sont montés au créneau, sur les réseaux sociaux, après que la presse a révélé que le locataire (qui d’ailleurs ne paye pas de loyer) de l’hôtel d’Evreux, rebaptisé « palais de l’Elysée », a fait modifier la teinte bleue du « drapeau de la république ». Tout un chacun a pu apprendre à cette occasion que Monsieur Valéry Giscard, dit d’Estaing, avait, en son temps, éclairci cette teinte bleue pour la rendre identique à celle du drapeau européen : qui s’en souvenait ?
Bref ! Monsieur Emmanuel Macron, lui, a voulu revenir à la couleur « d’origine » : celle de la grande révolution. 

Je ne sais pas (parce que je ne perds pas de temps à les lire) quelles ont été les réactions dans les milieux républicains. C’est d’ailleurs sans intérêt.

En revanche, j’ai assisté de loin à des joutes assez surréalistes dans des espaces où s’expriment des royalistes légitimistes.
Surréalistes, parce que des personnes, qui se prétendent monarchistes et se déclarent en faveur de Monseigneur le Duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, ont exprimé à cette occasion une forme d’attachement à peine croyable pour le drapeau tricolore.
Quelle que soit la nuance de son bleu, ce drapeau est dans son essence le drapeau de la révolution, le drapeau de l’opposition farouche et fanatique à la monarchie capétienne traditionnelle, à la royauté de droit divin, à la Couronne des Lys.

L’argument principal de ceux qui manifestent un attachement quasi viscéral au drapeau tricolore réside dans le fait que nos ancêtres qui, pendant deux siècles, se sont battus pour la France, voire sont morts pour elle, l’ont fait sous ses couleurs.
Certains semblent même vouloir reprendre les accents de Lamartine, lors de cet épisode magnifié jadis par les livres scolaires de la troisième république, où, pendant la révolution parisienne de 1848, il avait défendu le drapeau tricolore contre le drapeau rouge que voulaient imposer certains : « Conservons avec respect, citoyens, le drapeau tricolore qui a fait le tour du monde avec la République et l’Europe, avec nos libertés et nos gloires ! » Mon vieil instituteur de « la laïque » avait des trémolos à la Malraux dans la voix et presque des larmes dans les yeux lorsqu’il nous lisait cela, quand j’étais au Cours Moyen.

Certes, nous devons un immense respect à ceux qui ont combattu et qui sont tombés pour la défense de la Patrie, nous avons le devoir (qui découle du quatrième commandement de Dieu) de garder avec reconnaissance la mémoire de leurs sacrifices et de leur héroïsme, mais il ne faut pas exagérer non plus : si, par la force des choses, ils combattaient sous ce drapeau, le nombre de ceux qui combattaient vraiment pour lui est très minoritaire, malgré l’endoctrinement républicain qui a toujours œuvré pour que l’on confondît la « patrie réelle » avec le système républicain.
L’écrasante majorité de nos ancêtres s’est battue pour la France, pour la terre – au sens le plus physique et réaliste – que nous tenons de nos pères, pour la défense de leurs foyers et de leurs familles, pour la liberté et la prospérité des leurs.
Mais bien peu l’ont fait par idéologie et pour une abstraction politique.
Alors oui, pendant environ deux siècles, des Français se sont battus, certains jusqu’à la mort, sous ce drapeau, mais pendant bien davantage de siècles auparavant nos ancêtres ont combattu pour la France sous d’autres étendards.
Pourquoi ne faudrait-il se souvenir que de ces couleurs-là et les sacraliser au nom du sang versé sous elles, pour les opposer, au point de les enfouir à jamais dans les oubliettes de la mémoire, aux drapeaux de notre Royauté multiséculaire ?
L’argument – d’ordre essentiellement affectif et sentimental en définitive – tiré de l’honneur rendu aux héros français tombés au champ d’honneur pendant les guerres de la république n’en est pas un.
Il faut d’ailleurs se souvenir que de toutes les guerres survenues depuis la grande révolution, la France seule n’en a jamais gagné qu’une : la conquête de la Barbarie, terres qui allaient devenir l’Algérie, qui fut menée sous le drapeau blanc.
Toutes les autres guerres, à commencer par cette grande guerre contre tous les pays d’Europe qui va de 1792 à 1815 (car ce n’est qu’une unique guerre initiée par les tribuns de l’instauration de la Terreur, et continuée par le Buonaparte, qui a vu certes quelques batailles remarquables sur le plan stratégique au point qu’on les a nommées « victoires », mais qui n’en furent pas véritablement puisqu’elles ne faisaient que provoquer le rebondissement des hostilités), oui TOUTES, n’ont jamais pu être gagnées par la France seule : les victoires françaises des XIXème et XXème siècles n’ont pu avoir lieu qu’avec le soutien ou le secours de puissances extérieures.
Voilà bien de quoi relativiser la gloire prétendument attachée au drapeau de la révolution !

Fidèles aux recommandations du Comte de Chambord – notre cher Henri V -, les Légitimistes s’attachent aux principes davantage qu’aux frissons épidermiques d’un romantisme qui fait vibrer de manière sentimentale, quand cela lui convient, la fibre patriotique.
Ils ne peuvent considérer que le drapeau de la Terreur et de la révolution a gagné des « lettres de noblesse » (il ne manquerait plus que cela !) du seul fait que le sang français a été répandu sous lui, et bien souvent à cause de lui, puisque les principes de la révolution qu’il représente ont été les ennemis de la paix de l’Europe et du monde. Il n’est pour s’en convaincre qu’à se souvenir que Georges Clémenceau a refusé, par pure idéologie, toutes les propositions de paix qui furent faites à la France en 1917, au mépris absolu des souffrances et du sang des jeunes Français ; ce n’était en effet pas la paix qu’il recherchait, mais l’anéantissement de la dernière grande puissance catholique en Europe : l’empire des Habsbourg.
Le drapeau tricolore sera toujours le drapeau de la révolution : le drapeau de la révolution devenue institution dans la république, le drapeau de la haine de l’ordre social chrétien, le drapeau du rejet du droit divin, le drapeau qui incarne les « droits » de l’homme qui conteste les droits et les lois de Dieu.

C’est ce drapeau tricolore qui, d’abord sous forme de cocarde, a signifié, dès le lendemain de la prétendue « prise » de la Bastille, l’affaiblissement et la prise en otage du pouvoir royal ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à la sacrilège messe de la fête de la fédération ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à la spoliation des biens de l’Eglise puis aux milliers de sacrilèges perpétrés contre la Sainte Eucharistie et aux innombrables profanations et destructions des saintes reliques, des statues les plus vénérables de la Très Sainte Mère de Dieu et des saints ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé au procès du Roi sacré, à ses humiliations et à son assassinat ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à des milliers d’exécutions de bons Français fidèles à Dieu et au Roi dans tout le Royaume ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé aux abominations du procès et de l’assassinat de la Reine ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à l’abrutissement du petit Roi martyr dans les horreurs de sa claustration avilissante ; c’est ce drapeau tricolore  qui a présidé à l’écrasement de la Vendée dans le sang, et qui a présidé à la mort ou aux exécutions de nos véritables héros : Cathelineau, La Rochejaquelein, d’Elbée, Charrette, Stofflet et tous les autres ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à la persécution contre le pape, à l’enlèvement, à l’emprisonnement et aux funérailles civiles de Pie VI, aux destructions d’églises dans la Ville Eternelle, puis à la captivité de Pie VII et aux persécutions contre le Sacré Collège ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé au pillage des œuvres d’art dans toute l’Europe et au-delà ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé aux près de quinze années de la tyrannie sanguinaire de l’ogre corse qui a dévoré la jeunesse de France ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à la perfide usurpation orléaneuse de 1830 ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé aux expulsions des congrégations religieuses et à la laïcisation de l’enseignement, puis à l’apostasie officielle de la France et à la spoliation des édifices du culte ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à l’envoi au casse-pipe des jeunes hommes de nos campagnes qui ne s’en sont jamais relevées ; ce sont ces trois couleurs qui ont protégé et couvert de honteuses transactions financières occultes et de sordides alliances au profit de la finance internationale… etc.
La liste ne peut être exhaustive, et elle s’allongera toujours tant que ce drapeau tricolore, symbole de la révolution et de ses principes, flottera.

Alors qu’est donc la pseudo gloire des champs de bataille d’un pays abâtardi par la révolution, au regard de tant de méfaits et d’horreurs ?
Nous avons, nous, la chape de Saint Martin, l’oriflamme de Saint-Denis, l’étendard de Charlemagne, la bannière fleurdelysée de Bouvines, les fanions portant les blasons de nos provinces, les enseignes des corps constitués dans un régime d’ordre et de droit, le pavillon de Saint Louis, l’étendard de Jeanne la Pucelle, le pennon de Messire Duguesclin, le panache blanc d’Henri IV, les enseignes des grands maréchaux de Louis XIV, le guidon de Louis XV à Fontenoy, les bannières paroissiales des Vendéens, le drapeau blanc d’Henri V, et – au dessus de tous – la Sainte Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ dont le Roi de France est le lieu-tenant au Royaume des Lys : « In hoc signo vinces » !  

grandes armes de France

2021-69. Choisir un étendard.

Jeudi 25 novembre 2021,
Fête de Sainte Catherine d’Alexandrie, vierge et martyre.

Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois en redoublant de prières, en offrant avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices du devoir d’état, les peines et les joies de ce jour, en travaillant plus méticuleusement à sa sanctification, lorsque cela est possible en assistant à la Sainte Messe et en offrant la sainte communion à l’intention du Roi, ou encore en accomplissant quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire offert à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.
La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Son but est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et approfondissements toujours nécessaires.
Les amis du Refuge Notre-Dame de Compassion (s’ils ne sont pas déjà – ou pas encore – membres de la Confrérie Royale), trouveront eux aussi de grandes richesses et forces spirituelles à lire et méditer ces lettres mensuelles.

Baciccio, Triomphe du Nom de Jésus - Rome, église du Gesù

Giovan Battista Gaulli dit il Baciccio (1639-1709) :
Le triomphe du Saint Nom de Jésus
(Rome, voûte de l’église du Gesù)

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Choisir un étendard

Il ne faut pas se tromper de combat. L’homme est naturellement un guerrier lorsqu’il s’agit d’opérer des choix essentiels pour son existence. Lorsqu’il s’engage dans une ornière, le chemin emprunté est souvent irréversible, sauf à se laisser pétrir vraiment par la grâce de Dieu et à se convertir, à rectifier la trajectoire. Il n’empêche que les options signées alors que nous forgeons notre personnalité durant notre jeunesse, influent de façon irrémédiables, même s’il n’existe aucune fatalité. Par orgueil, par entêtement, nous préférons plus que de coutume de poursuivre sur une voie sans issue plutôt que de reconnaître nos torts et la faillite de notre discernement premier.

                                               En 1951, paraissait un roman, rédigé par un prisonnier politique, Lucien Rebatet, condamné à mort à la Libération, puis gracié et emprisonné jusqu’en 1952, Les Deux Étendards. L’auteur, admirateur de Nietzsche, se définissant comme un « fasciste esthétique », était profondément anticatholique. Il écrira d’ailleurs des horreurs sur le Christ et les chrétiens, ensemble avec Pierre-Antoine Cousteau, dans le Dialogue de vaincus. Aussi est-il étonnant de découvrir sous sa plume ce livre inspiré des Exercices spirituels de saint Ignace, tout particulièrement de cette méditation sur les deux étendards, les deux règnes qui s’affrontent dans le monde. Peut-être parce que ce contempteur de la vérité demeura tout de même torturé par ce qu’il rejetait de toutes ses forces : «Je ne retournerai jamais à l’Église, l’Église avec un grand E. Je n’en ai peut-être jamais été… Mais n’est-il pas possible de rester “du Christ” ? » En tout cas, cela signifie bien que même les ennemis les plus acharnés ne peuvent éviter de choisir en toute connaissance de cause. Prétendre ensuite l’inverse afin de se dédouaner de ses responsabilités dans le mal est un pur mensonge qui ne trompe même pas son auteur.

                                               Notre époque regorge de Rebatet, en moins brillants, en plus paresseux et surtout en plus lâches, mais les deux étendards flottent toujours sous nos yeux et personne ne peut les ignorer. Il suffit que quelques disciples sortent du lot pour que les oppositions les plus violentes s’effritent. Rebatet lui-même avouait dans ce livre hors du commun : « Est-il interdit d’imaginer qu’il existe parmi nous au moins un catholique du temps des cathédrales, que sa foi pourrait encore lancer dans une étonnante expédition spirituelle ? » Nos contemporains ne sont pas, pour la plupart, des païens d’origine. Ils ont plutôt suivi, volontairement ou la subissant passivement, une « déconversion ».

                                               Saint Ignace de Loyola, évidemment dans un contexte historique et religieux fort différent du nôtre, avait connu cette « déconversion », au moins cet attiédissement de la foi à cause de la mondanité, de l’ambition humaine et de l’attachement aux plaisirs terrestres. Le tissu chrétien de sa famille, de son pays, n’avait pas suffi à l’éclairer durant sa jeunesse, pas vraiment débauchée, mais frivole et superficielle, toute occupée à une carrière humaine et à une gloire personnelle. Aussi va-t-il poser, comme fondation d’un possible retournement du cœur, ce qu’il nomme le « principe et fondement » où il affirme : « L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur, et par là sauver son âme.  Les autres choses sur la surface de la terre sont créées pour l’homme, pour l’aider à poursuivre la fin pour laquelle il est créé. » ( Exercices spirituels, 23). Cependant, malgré cette finalité inscrite dans la nature de l’homme, beaucoup se détournent de Dieu et préfèrent servir un autre monarque. Saint Ignace, possédant l’intelligence de ce qu’est l’homme, commence par camper un roi humain dont l’autorité légitime serait telle qu’elle attirerait à elle «  tous les chefs chrétiens et tous leurs hommes » (Seconde semaine, 92). Ce roi temporel a existé plusieurs fois au cours de l’histoire. Pensons à un saint Louis de France dont le rayonnement couvrit toute l’Europe. Il est facile et enthousiasmant de servir un tel souverain : « Considérer comment doivent répondre à un roi si généreux et si humain les sujets fidèles, et aussi combien celui qui n’accepterait pas la requête d’un tel roi mériterait d’être blâmé par tout le monde et tenu pour lâche chevalier. » (Seconde semaine, 94). Cet idéal spirituel, celui de la chevalerie et de l’honneur, s’il est louable ne suffit point puisqu’il n’est encore que restreint au monde terrestre. Déjà, certains sont en perte de vitesse et refusent de mettre leur épée sous le sceptre d’un roi revêtu de tant de qualités. Il faut aller plus loin et plus haut, et regarder maintenant le Roi des rois, le Christ notre Seigneur. Son appel est encore plus exigeant : « […] Combien est-ce une chose qui mérite plus d’attention encore que de voir le Christ notre Seigneur, Roi éternel, et devant lui tout l’univers qu’il appelle, en même temps que chacun en particulier, en disant : “Ma volonté est de conquérir le monde entier et tous les ennemis, et d’entrer ainsi dans la gloire de mon Père. Pour cela, celui qui voudra venir avec moi doit peiner avec moi, afin que, me suivant dans la souffrance, il me suive aussi dans la gloire. » (Seconde semaine, 95). La suite du roi temporel réclamait de l’héroïsme. Celle du Roi éternel exige la sainteté, vocation de tout chrétien. La couronne promise n’est point de roses ou de lauriers mais d’épines, comme celle de Notre Seigneur. Les rangs de l’armée s’éclaircissent singulièrement à l’annonce de cette ascèse.

                                               Ce n’est pas tout. Une offrande de tout l’être, par imitation de Jésus-Christ, doit être ratifiée, ceci selon l’état de vie propre à chacun : « Je veux et je désire, et c’est ma détermination réfléchie, pourvu que ce soit votre plus grand service et votre plus grande louange, vous imiter en endurant toutes les injustices et tous les mépris, et toute pauvreté, aussi bien effective que spirituelle, si votre très sainte Majesté veut me choisir et m’admettre à cette vie et à cet état. » (Seconde semaine, 98). Tout est donc en place pour choisir librement, en pleine conscience, l’étendard sous lequel nous désirons combattre durant toute notre vie. Le quatrième jour de la seconde semaine des Exercices est justement consacré à cette méditation essentielle, celle des « deux étendards : « L’un, celui du Christ, notre souverain capitaine et Seigneur ; l’autre, celui de Lucifer, mortel ennemi de notre nature humaine. » (136). La composition de lieu est centrale car il est nécessaire que tous les sens prennent part à cet exercice spirituel. Face à face, le Christ et Satan, pas d’autre choix possible, inutile de tergiverser car l’hésitation ne peut durer indéfiniment : ce sera oui ou non, blanc ou noir, pas les deux à la fois, pas les deux en alternance. Le but est de demander à y voir clair : « Ici, demander la connaissance des tromperies du mauvais chef et le secours pour m’en garder, ainsi que la connaissance de la vraie vie qu’enseigne le souverain et vrai capitaine, et la grâce pour l’imiter. » (139). Par expérience, nous savons que nous sommes des esprits mélangés et que nous penchons tantôt vers le bien, tantôt vers le mal, que le bon grain et l’ivraie sont mêlés dans notre cœur d’artichaut. Il est possible de sortir de ce dilemme. Les saints sont bien là comme des preuves vivantes de cette possibilité. Saint Ignace lui-même a commencé à retourner plus radicalement vers le Christ durant sa convalescence de blessé de guerre dans le château familial en lisant la vie des saints, notamment dans La Légende dorée de Jacques de Voragine et en ayant le désir d’imiter saint François d’Assise, saint Dominique et beaucoup d’autres hérauts de Dieu. Cet attrait n’était pas encore vraiment pur et désintéressé mais il fut comme l’étincelle.

                                               Il fallut plus pour qu’Inigo devînt saint Ignace, il fallut la confrontation entre l’esprit du mal et le Bien absolu : « Imaginer le chef de tous les ennemis, dans ce vaste camp de Babylone, comme assis dans une sorte de grande chaire de feu et de fumée, avec un aspect horrible et terrifiant. » (327) Et ensuite : « Considérer comment le Christ notre Seigneur se tient en un vaste camp dans la région de Jérusalem, en humble place, beau et gracieux. » (144) Le Malin envoie ses hommes pour, par trois échelons : la convoitise des richesses, le vain honneur du monde et l’orgueil immense, conduire les âmes dans tous les autres filets du vice. Notre Seigneur invite à aider tous les hommes en les invitant à la pauvreté matérielle et spirituelle, aux humiliations et aux mépris, et à l’humilité, trois portes ouvrant sur toutes les autres vertus (142 et 146).

                                               Saint Ignace avait vécu dans sa chair et dans son âme l’écartèlement entre le monde et le ciel. Il savait que l’homme n’attend de Dieu généralement qu’un étendard mondain, très humain, trop humain, au ras des pâquerettes. Fyodor Dostoïevsky, dans Les Frères Karamazoff, met en scène un Grand Inquisiteur, – jésuite, ce qui est un comble historique -, condamnant de nouveau à mort le Christ revenu parmi les siens. Tout se joue autour d’un étendard : « Et il en sera ainsi jusqu’à la fin du monde, et lorsque les dieux auront disparu de la terre, ce sera la même chose : l’humanité se prosternera devant des idoles. Tu savais, Tu ne pouvais ignorer ce secret fondamental de la nature humaine, mais Tu as repoussé le drapeau qu’on Te mettait dans la main et qui seul T’aurait assuré sans conteste l’hommage de tous les hommes, — le drapeau du pain terrestre. Tu l’as repoussé au nom de la liberté et du pain céleste. Regarde ce que Tu as fait ensuite. Et encore toujours au nom de la liberté ! Il n’y a pas, Te dis-je, de souci plus douloureux pour l’homme que de trouver à qui déléguer au plus tôt ce don de la liberté avec lequel vient au monde cette malheureuse créature. Mais celui-là seulement s’empare de la liberté des hommes, qui tranquillise leur conscience. Le pain Te fournissait un drapeau incontestable. Devant celui qui lui donnera le pain, l’homme s’inclinera, parce qu’il n’y a rien de plus indiscutable que le pain ; mais si en même temps quelqu’un, en dehors de Toi, s’empare de la conscience humaine, — oh, alors l’homme abandonnera même Ton pain pour suivre celui qui séduira sa conscience. »

                                               L’étendard du pain a pris bien d’autres formes depuis deux siècles. Dostoïevsky l’avait clairement pressenti. Le Grand Inquisiteur se croit pur et il condamnera le Christ pour sauver le monde selon ce qu’il a conçu, pour le bien des hommes, dit-il : « Sache que je ne Te crains pas. Sache que moi aussi j’ai été dans le désert, que moi aussi je me suis nourri de sauterelles et de racines, que moi aussi j’ai béni la liberté donnée par Toi aux hommes, et que je me préparais à être compté au nombre de Tes élus, au nombre des puissants et des forts. Mais je me suis réveillé de ce rêve et je n’ai pas voulu me mettre au service d’une folie. Je suis allé me joindre au groupe de ceux qui ont corrigé Ton œuvre. J’ai quitté les fiers et suis revenu vers les humbles pour faire le bonheur de ces humbles. Ce que je Te dis se réalisera et notre empire s’élèvera. Je Te le répète, demain Tu verras, sur un signe de moi, ce troupeau obéissant apporter des charbons brûlants au bûcher sur lequel je Te ferai périr parce que Tu es venu nous déranger. Si en effet quelqu’un a mérité plus que personne notre bûcher, c’est Toi. Demain je Te brûlerai. Dixi. »

                                               Nous avons choisi notre étendard, celui du roi temporel choisi par Dieu et celui du Roi éternel. La tentation est récurrente de regarder vers Babylone, tout en se croyant à Jérusalem ; Par petits pas, par des concessions minuscules, il nous arrive de préférer la chaire de feu et de fumée, d’autant plus en ces temps où nulle voix n’enseigne plus, dans la chaire de vérité, que Notre Seigneur doit être servi le premier.

                                                           P. Jean-François Thomas s.j.
                                                           25 octobre 2021
                                                           SS. Chrysanthe et Darie

Luca Signorelli, Les Damnés - Orvieto, cathédrale, chapelle San Brizio

Luca Signorelli (c. 1450 – 1523) :
les damnés
(cathédrale d’Orvieto, chapelle San Brizio)

2021-67. « De plus en plus de personnes se rendent compte que le modèle actuel de société est à bout puisqu’il ne sert plus l’homme. »

19 novembre 2021.

Ceux qui reprochent à Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, ne pas être présent en France et de ne pas s’investir dans la vie publique, montrent à l’évidence soit qu’ils sont totalement ignorants soit qu’ils sont de mauvaise foi, puisque Sa Majesté vient régulièrement en France, communique par des messages (que nous diffusons ici à notre modeste mesure) à la teneur aussi riche que dense, rencontre des personnes engagées dans la société pour les écouter et encourager les initiatives qui peuvent contribuer au bien commun.
A ce sujet, il faut signaler en particulier que le Prince Louis de Bourbon encourage la « Nuit du Bien Commun », organisation co-fondée en 2017 à Paris par Stanislas Billot de Lochner, Pierre-Edouard Stérin et Thibault Farrenq, dans le but de soutenir ceux, nombreux, qui œuvrent pour le bien commun, mais auxquels, jusqu’à présent manquait un lieu, un rendez-vous, permettant à des projets et à des donateurs de se rencontrer.
La notion de bien commun est fondamentale en saine politique. Elle a été essentielle dans la politique de nos Rois, et la république des affaires a, là encore, opéré un détournement en ne parlant plus que d’ « intérêt général ».
Ce lundi 15 novembre, Monseigneur le Duc d’Anjou était présent à l’Olympia où a eu lieu la 5ème édition de la « Nuit du Bien Commun », qu’il avait lui-même annoncée deux semaines auparavant par un éditorial rappelant des questions de fond dans l’hebdomadaire « Valeurs Actuelles ».

Louis XX à la Nuit du Bien Commun 15 novembre 2021

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX,
le lundi 15 novembre 2021 lors de la « Nuit du Bien Commun », à Paris

Voici le texte de l’éditorial signé par Monseigneur le Prince Louis de Bourbon publié dans le n°4432 de l’hebdomadaire « Valeurs Actuelles »  (du 4 novembre 2021) p.12 :

Le bien commun,
marque d’une société ordonnée à des fins supérieures

Perdu de vue par un Etat devenu distributeur de droits, le Bien commun est redécouvert par les structures élémentaires de la société, qui le remettent au cœur du monde de demain.

Comme le beau, le juste ou le vrai, le bien faisait partie de l’armature fondatrice de notre société, héritage de 15 siècles de message chrétien. Dans la sphère publique on parlait plus couramment de bien public ou commun, parangon de la chose publique ou Res publica résultant d’une longue tradition politique qui reposait sur l’Etat garant des intérêts supérieurs de tous. L’homme doit y tendre tout autant que l’Etat, du moins est-ce ainsi que je le ressens comme descendant de Saint Louis. Cette volonté, autant individuelle que collective, de se transcender par le don et la gratuité, donne du sens à la vie privée et à la pratique publique.

La France a pu, ainsi, développer son modèle social, le roi étant dès les premiers capétiens, le garant de ce bien commun, de ce bien public qui a permis à la Couronne puis à l’Etat de conserver longtemps sa qualité d’arbitre des passions. L’actuelle crise des institutions a fait vaciller cette notion de bien commun au profit d’intérêts privés plus ou moins puissants et contradictoires. Ce qu’on croyait immuable comme découlant d’un droit naturel jusqu’alors évident pour tous, peu à peu s’est délité. L’action publique détachée de la finalité du bien commun qui permet de souder la nation, n’assure plus le consensus social nécessaire à la communauté de destin.

Notre société post-moderne est celle de l’individualisme sans frein qui conduit à laisser les plus humbles sur le bord de la route. Au bien commun et au service, la société, trop souvent, s’est mise à préférer la revendication de droits inspirés par des minorités. Des droits, sur tout et pour tout : au logement, à la santé, à l’enfant voire au sexe ; droits économiques, civiques, droits sociaux etc. Cette accumulation crée autant de dérèglements, car ces droits n’ont plus, pour les équilibrer, les devoirs que la finalité du bien public garantissait. Le lien social s’est distendu et la redistribution par l’Etat, l’impôt et les privilèges sectoriels ne peuvent y suffire.

Comme dans toutes les crises, par une subsidiarité bien comprise, le bien commun est désormais réhabilité par la sphère privée. C’est dans le cercle des familles et d’entrepreneurs sachant aller hors des sentiers battus que le retour de la recherche du Bien commun apparait désormais comme essentiel pour que la société puisse retrouver du sens et se réinscrire dans des perspectives d’un futur collectif et partagé. Le bien commun a l’avantage de pouvoir être exercé par tous. Riches et pauvres, enfants ou adultes sont sur ce point à égalité. Mû par ce souci, chacun peut agir en donnant un peu plus que ce qu’il reçoit, en partageant se part de gratuité. Pour les plus riches c’est l’occasion de rappeler que la propriété est plus une fonction qu’une richesse. Plus un service qu’un privilège. Que l’avoir ne peut remplacer l’être.

Tendre au Bien commun est le fait d’une société ordonnée à des fins supérieures et qui dépasse l’égoïsme de la satisfaction individuelle. La société à laquelle aspirent tous ceux qui ne se retrouvent plus dans celle qui leur est actuellement offerte. Sans lui l’édifie social est ébranlé. Il est, en effet, le premier lien entre les hommes qui permet à chacun de recevoir et de donner jusqu’au sacrifice s’il le faut. Cela était naturel pour nos aïeux. Le bien commun habitait « ceux de 14 », honorés cette semaine, comme il anime toujours nos soldats qui veillent pour nous, dans des opérations souvent lointaines. Sans le sens du bien commun que serait le devoir ? Ces exemples signifient qu’au-delà de la démission qui frappe un grand nombre, il y a le sursaut d’autres. Voilà ce qui compte !

Heureusement, le souci du bien commun anime les meilleurs, ne fussent-ils encore qu’une petite cohorte. Je suis admiratif des expériences dont on me fait part, d’initiatives comme celle de la Nuit du Bien Commun (cf. > ici). Là c’est une Fondation, ici un fonds de dotation, là encore, des actions ponctuelles. Autant de projets au service du Bien commun. De plus en plus de personnes se rendent compte que le modèle actuel de société est à bout puisqu’il ne sert plus l’homme. Face à tant de vacuité et de perversions des idées et parfois même des institutions, des principes supérieurs sont redécouverts non seulement pour eux-mêmes mais encore plus parce qu’ils sont reconnus comme fondamentaux. Sans eux, la vie commune est impossible. Ce sont la défense de la vie de la conception aux derniers jours, la primauté de la famille naturelle et du respect de son devoir d’éduquer les enfants.

Le Bien commun ainsi est progressivement réaffirmé et redevient l’objectif de ceux qui sont les pionniers lucides du monde d’après. Tel est ce dont témoignent les dossiers qui seront présentés lors de la Nuit du Bien commun dont la majorité porte sur la famille, la formation et l’accompagnement à la personne. Ils méritent tous d’être aidés. Ainsi, le bien commun redevient un puissant levier du dynamisme social dont a tant besoin la France d’aujourd’hui pour préparer celle de demain.

Louis,
Duc d’Anjou

grandes armes de France

2021-59. « L’erreur dominante, le crime capital depuis deux siècles, c’est l’apostasie des nations. »

Dernier dimanche d’octobre,
Fête du Christ Roi de l’univers.

Homélie du Révérend Père Clément de Sainte-Thérèse prononcée en la fête du Christ-Roi, dimanche 31 octobre 2021.
Nous sommes particulièrement heureux de publier cette homélie (et nous remercions le Révérend Père de nous avoir autorisés à la publier dans les pages de ce blogue) qui prouve qu’il y a en France des prêtres nourris de la doctrine du Cardinal Pie, et qui en nourrissent aussi l’esprit et le cœur de leurs auditeurs dans leur prédication.

Christ Roi

Adorabunt eum omnes reges terræ (Ps 71, 11) : « Tous les rois de la terre l’adoreront », prophétise le Psaume 71e. Cette adoration est due à Notre-Seigneur parce que sa royauté est d’une suréminence qui dépasse toutes les royautés d’ici-bas. Et il n’est pas un des prophètes, pas un des évangélistes et pas un des apôtres qui ne lui revendique ce titre.

N’était-il encore qu’au berceau que déjà les Mages cherchaient le roi des Juifs : Ubi est qui natus est, rex Judaerum ? Jésus est sur le point de mourir, que Pilate lui demande : Ergo rex es tu ? Rex sum ego, répond Jésus « et je suis né pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37). Cette réponse est faite avec un tel accent d’autorité que Pilate, malgré toutes les protestations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par un écriteau public et solennel.

Oui, Pilate, tu peux écrire les paroles que Dieu te dicte et dont tu ne comprends pas le mystère. Quoique beaucoup lui refusent ce titre : « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous ! » (Lc 19, 14), garde-toi de changer ce qui est déjà écrit de toute éternité dans les cieux. Que tes ordres soient irrévocables, parce qu’ils sont en exécution d’un décret immuable du Tout-Puissant.

Et tu fais bien de proclamer la royauté de Jésus dans les langues principales, afin que tous aient accès à cette vérité ! Que la royauté de Jésus-Christ soit promulguée en hébreu, qui est la langue du peuple de Dieu ; en grec, qui est la langue des docteurs et des philosophes ; en latin, qui est la langue de l’empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques.

Titulus crucis reconstitution à partir de la partie originale conservée à Ste-Croix en Jérusalem

Reconstitution du « Titulus Crucis »
(on appelle « Titulus Crucis » le panonceau que Pilate fit placer sur la Croix
au-dessus de la tête de Notre-Seigneur et portant le motif de Sa condamnation)
à partir de la partie subsistante vénérée
dans la basilique de Sainte-Croix en Jérusalem à Rome.

Cette royauté suprême, le Ressuscité la proclamera encore lui-même auprès de ses apôtres, avant de remonter au ciel : « Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre » (Mt 28, 18) ; et d’ajouter : « Allez donc et enseignez toutes les Nations ». Remarquez ici que le Christ ne dit pas : « Enseignez tous les hommes », « tous les individus », « toutes les familles », mais bien « toutes les Nations ». Il ne dit pas seulement : « Baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, donnez une sépulture religieuse aux morts ». Sans doute, la mission qu’il leur confère comprend tout cela, mais encore elle a un caractère public et social, car Jésus-Christ est le roi non seulement des hommes en particulier, mais des peuples et des nations en totalité : au-dessus des individus il y a les États, et ce sont les nations que doivent encore baptiser les Apôtres, « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».

Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les nations et vers leurs chefs pour leur reprocher leurs apostasies et leurs crimes, ainsi le Christ envoie ses apôtres et ses prêtres vers les peuples, vers les empires, vers les souverains et les législateurs pour enseigner à tous sa doctrine et sa loi évangéliques. Notre devoir comme prêtres, à la suite de S. Paul, est de porter le Nom de Jésus-Christ devant les nations et les rois.

C’est bien la mission officielle de prêcher son règne social que Notre-Seigneur donne à ses Apôtres ; bien plus, il veut que ce règne soit proclamé par tous les fidèles. C’est ainsi qu’il le fera demander chaque jour par tout chrétien dans la prière du Pater. C’est en effet dans la prière que le Maître nous a enseignée qu’il faut rechercher tout le programme et tout l’esprit du christianisme. « Vous prierez donc ainsi », dit Jésus : Sic ergo vos orabitis. Comme le traduisait l’éminent exégète abbé Carmignac : « Notre Père des Cieux, que, sur la terre comme au ciel, votre Nom soit glorifié, votre règne arrive, votre volonté soit accomplie ».

Ces trois demandes se résument et se condensent en une seule : celle du règne public et social, car le saint Nom de Dieu ne peut être glorifié pleinement et totalement s’il n’est reconnu publiquement et unanimement ; la volonté divine n’est pas faite sur la terre comme au ciel si elle n’est pas accomplie publiquement et socialement.

Le chrétien n’est donc pas un être qui s’isole, qui fuit le monde d’ici-bas pour ne se soucier aucunement des affaires temporelles. Le chrétien est tout le contraire de cela : c’est un homme public et social par excellence ; son surnom l’indique : il est catholique, ce qui signifie universel. Il n’est donc pas de chrétien digne de ce nom qui ne s’emploie activement et de toutes ses forces, à procurer ce règne temporel de Dieu et à renverser ce qui lui fait obstacle, à lutter contre l’évangile social de l’État antichrétien qu’est la Déclaration des droits de l’homme, laquelle n’est autre chose que la négation formelle des droits de Dieu.

Ascension -Giovanni Bernardino Azzolino

« Allez ! Enseignez toutes les nations ! »
L’Ascension, par Giovanni Bernardino Azzolino (1598-1645)

Les nations sont voulues de Dieu et chacune a sa propre vocation. C’est pourquoi les nations en tant que nations, les peuples en tant que peuples sont tenus au même titre que les particuliers de s’assimiler et de professer les principes de la vérité chrétienne et de rendre un hommage public et national à Dieu et à son Christ.

L’erreur dominante, le crime capital depuis deux siècles, c’est l’apostasie des nations. On veut bien d’un Christ Rédempteur, d’un Prêtre sacrificateur et sanctificateur, mais d’un Christ Roi, on en tremble, on y soupçonne l’empiètement, l’usurpation de puissance, une confusion d’attributions et de compétence. C’est la réaction instinctive du roi Hérode : la peur de perdre son trône. Mais le pape Pie XI, en instituant cette fête liturgique, avait bien averti que tous les périls et tous les maux d’une société découlent de ses erreurs et de ses crimes.

Les conséquences funestes de cette apostasie générale, ce sont la ruine des âmes, la perte de la foi, l’éloignement de la religion et l’infiltration du naturalisme, doctrine qui fait abstraction de la Révélation et qui prétend que les seules forces de la raison et de la nature suffisent pour conduire l’homme et la société à sa perfection ; voici les conséquences pour les individus. Et pour la société elle-même : la décadence morale, qui s’exprime par l’injustice, le sensualisme égoïste et l’orgueil effréné. Partout où Jésus-Christ ne règne pas, il y a désordre et décadence.

« Le Christ ne règne pas si son Église n’est pas la maîtresse, disait Bossuet, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ, à sa doctrine, à sa loi un hommage national ». Soyons donc les propagateurs de ce règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui veut régner par son amour, comme le chante la Préface d’aujourd’hui : « un règne de vie et de vérité, un règne de grâce et de sainteté, un règne de justice, d’amour et de paix ».

Ainsi soit-il.

Christ Roi

2021-58. La statue du Christ-Roi érigée aux Houches, face au Mont-Blanc.

O Christ-Roi qui nous apportez la paix,
soumettez l’âme des impies
et rassemblez dans l’unique bercail
ceux qui s’égarent loin de Vous.

(hymne des vêpres du Christ-Roi)

Les Houches - statue du Christ-Roi dans son cadre naturel face au Mont Blanc

La vallée de Chamonix est l’écrin d’une statue monumentale du Christ-Roi.
Erigée face au Mont-Blanc, au-dessus d’un hameau nommé « Le Coupeau », dans la paroisse des Houches:

par sa taille, elle est la deuxième plus haute statue de France,
et elle a été classée « monument historique » le 10 mars 2020 .

A 1265 m d’altitude, dressée sur un bloc rocheux d’une cinquantaine de mètres et surplombant d’environ 200 m le fond de la vallée, faisant face au Mont-Blanc, au-dessus du hameau du Coupeau, sur la paroisse des Houches (vallée de Chamonix), a été érigée une statue monumentale du Christ-Roi.

Lorsque est publiée l’encyclique « Quas primas » (cf. > ici), le 11 décembre 1925, la paroisse des Houches a pour curé l’abbé Claude-Marie Delassiat.
Sept ans après la fin de la « grande guerre », dans un contexte politique et social inquiétant, qui verra l’arrivée au pouvoir d’idéologies antichrétiennes avec lesquelles, quinze ans plus tard, le monde basculera à nouveau dans des chaos d’une violence inouïe, l’abbé Delassiat a l’idée de concrétiser dans une statue colossale les idéaux exprimés par l’encyclique de Pie XI : la paix dans le monde par l’extension du règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ. « Pax Christi in regno Christi – la paix du Christ dans le règne du Christ », c’était d’ailleurs la devise pontificale de Pie XI.
En outre, ce dernier, avant d’être élevé au Souverain Pontificat, avait aimé pratiquer l’alpinisme, et, lorsqu’il avait fait l’ascension du Mont-Blanc en 1890, avait logé aux Houches.

L’abbé Delassiat expose son  projet à l’évêque d’Annecy, Son Excellence Révérendissime Monseigneur Florent du Bois de La Villerabel, qui approuve et bénit l’initiative. Les autorités vaticanes, informées à leur tour, encouragent elles aussi le prêtre zélé, qui commence alors à faire connaître le projet et à quêter pour sa réalisation.
Le sculpteur Georges Serraz (1883-1964), d’origine savoyarde, est pressenti pour cette statue : il accepte. 

Annonce du projet de la statue dans "L'Illustration"

Annonce du projet de la statue monumentale dans « L’Illustration :
on le voit, le dessin qui figure dans cette annonce ne correspond pas exactement à la statue qui sera réalisée. 

détail de l'annonce du projet dans l'Illustration

En trois années, l’abbé Delassiat réunit la somme nécessaire.

En lien avec le sculpteur, l’architecte Viggo Féveille, installé à Chamonix, supervisera les travaux.
Ce sera une statue en béton armé, matériau devenu à la mode depuis la fin de la première guerre mondiale, de 25 m de haut et pèsera 500 tonnes.
Après « l’art nouveau », tout en circonvolutions, l’entre-deux-guerres est la période d’efflorescence de « l’art déco » plus stylisé, jouant beaucoup sur la symétrie et la simplification graphique d’une forme de classicisme : la statue du Christ-Roi est conçue dans cette esthétique « moderne ».

La première pierre est posée en août 1933.
La construction, dans un lieu qui n’est desservi par aucune route carrossable, fait figure de prouesse. Ainsi, pour le socle de la statue, les blocs de béton ont-ils été découpés en tranches et réassemblés sur place.
Pour la statue elle-même, la tête, le buste, les bras sont préalablement réalisés en terre. Sur cette première réalisation on coule du plâtre, de manière à obtenir des moules que l’on apporte sur place et dans lesquels le béton est coulé. Certains détails sont ensuite travaillés directement sur le béton frais par le sculpteur.

Après à peine une année de travaux la statue est solennellement bénite par Monseigneur du Bois de La Villerabel le 19 août 1934 en présence de plus de 3000 pèlerins.

Statue du Christ-Roi aux Houches en 1934

La main droite du Christ est étendue dans un geste de bénédiction protectrice.
Avec la main gauche, Il serre contre Son corps une sorte de bâton pastoral surmonté d’une croix au centre de laquelle figurent les lettres grecques alpha et oméga, indiquant que le Christ est le commencement et la fin de toutes choses.
Sur le devant du socle le mot « PAX » (paix) figure en grandes lettres visibles de loin.

Le diadème cache une plateforme une sorte de terrasse de laquelle le point de vue est saisissant. On y accède par un escalier tournant de 84 marches situé à l’intérieur de la statue.       

Statue monumentale du Christ-Roi aux Houches - détail

A l’intérieur du socle est aménagée une chapelle, de style « art déco » évidemment.
La baie vitrée qui remplace le retable permet au prêtre de célébrer face au massif du Mont-Blanc.
On y trouve les statues de Notre-Dame Reine de la Paix et de Saint Joseph, ainsi qu’un buste de Pie XI. Ce sont aussi des œuvres de Georges Serraz.

Chapelle aménagée à l'intérieur du socle de la statue du Christ-Roi

J’ai retrouvé une photo montrant une Messe solennelle avec assistance prélatice, en présence de nombreux fidèles, au pied de la statue, mais je n’ai pas la certitude qu’il s’agisse de la cérémonie de bénédiction.

Messe solennelle au pied de la statue du Christ-Roi

A proximité de la statue a été édifié un petit bâtiment à l’intérieur duquel, en 1947, a été installée une cloche de note Do#3-2, coulée par les fonderies Paccard, d’Annecy. Elle pèse deux tonnes. C’est la plus grande cloche de la vallée de Chamonix, et sa situation géographique très particulière, fait qu’on peut l’entendre très loin dans la vallée.
Elle sonne les trois angélus quotidiens ainsi que les offices qui sont célébrés en été. 

Blogue 8

Dominant le fond de la vallée de quelque 200 m, la position de la statue du Christ-Roi des Houches contribue à amplifier son effet de grandeur, et, malgré notre période d’antichristianisme de plus en plus virulent, continue à délivrer son message : la seule paix durable sera celle qui naîtra de l’établissement du règne du Christ déjà sur cette terre, et donc du renoncement aux idéologies laïcistes. 

Les Houches - statue monumentale du Christ-Roi

Le 10 mars 2020, la statue a été classée « monument historique », et je me permets de vous signaler une petite vidéo qui a été enregistrée à cette occasion (faire un clic droit sur l’icône ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet ») :

Image de prévisualisation YouTube

Couronne

2021-54. Testament de Sa Majesté la Reine Marie-Thérèse de France.

19 octobre,
Fête de Saint Théofrède de Carméri, abbé et martyr (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Pierre d’Alcantara, confesseur ;
Mémoire de la Bienheureuse Agnès de Jésus (cf. > ici et > ici) ;
Anniversaire de la mort de S.M. la Reine Marie-Thérèse de France.

Marie-Thérèse-Charlotte de France - Antoine-Jean Gros 1816

Marie-Thérèse-Charlotte de France (1778-1851),
Fille de France,
- « Madame Royale » à sa naissance (19 décembre 1778) ;
- SAR Madame la duchesse d’Angoulême, à partir de son mariage (9 juin 1799) ;
- Madame la Dauphine de France, à la mort de SMTC le Roi Louis XVIII (16 septembre 1824) ;
- SM la Reine Marie-Thérèse, à la mort de SMTC le Roi Charles X (6 novembre 1836) ;
portant en exil le titre de comtesse de Marnes.

Sa Majesté la Reine Marie-Thérèse de France, née Marie-Thérèse-Charlotte de France, fille de leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine, est pieusement décédée en exil, en son château de Frohsdorf, proche de Vienne en Autriche, le dimanche 19 octobre 1851 à 11 h et quart du matin.
C’est, selon le diagnostic des médecins qui l’ont soignée dans sa dernière et courte maladie, une pleuro-pneumonie qui l’a emportée, à l’âge de 72 ans et 10 mois.

La nouvelle de sa mort arriva à Paris le mercredi 22 octobre et y suscita une grande émotion, et pas uniquement dans les milieux légitimistes, car, ainsi que l’écrit Hélène Becquet (note) : « Celle qui incarnait la royauté persécutée par les révolutions meurt sur sa terre d’exil et avec elle tout un pan de l’histoire de la royauté semble disparaître ».
Pendant des semaines, les cérémonies religieuses vont se succéder : des services funèbres seront célébrés dans plus d’une centaine de villes, et dans plus d’une vingtaine d’entre elles l’évêque lui-même pontifiera. Le Midi de la France se distinguera particulièrement par le nombre et la ferveur des hommages publics à sa pieuse mémoire.
Même le « prince-président », Louis-Napoléon Bonaparte (il est vrai aussi que, préparant son coup d’état, Louis-Napoléon se ménage l’appui des catholiques et de tout ce qu’il y a de « conservateur » en France), assiste à Saint-Cloud à une Messe de Requiem célébrée pour celle qui est tout à la fois fille, sœur, nièce, épouse et tante de Rois : leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVII, Louis XVIII, Charles X, Louis XIX et Henri V.

château de Frohsdorf (près de Vienne)

Le château de Frosdorf, près de Vienne :
acheté en 1839 par le duc de Blacas pour le compte du « comte et de la comtesse de Marnes »
c’est-à-dire pour Leurs Majestés le Roi Louis XIX et la Reine Marie-Thérèse ;
à la mort de cette dernière le château devient la propriété de la « comtesse de Chambord »,
épouse de SM le Roi Henri V 
qui y décédera lui-même le 24 août 1883.

On trouvera ci-dessous le texte complet du testament de cette pieuse Reine dont le règne (6 novembre 1836 – 3 juin 1844) se passa tout entier en terre d’exil.
Malgré le caractère un peu fastidieux du détail des legs qu’elle veut voir accomplis après sa mort, nous avons tenu à publier l’intégralité de ce testament car au-delà des détails de cette liste, nous devrons admirer en ces dispositions la ferme volonté de cette édifiante Princesse de ne voir aucun de ses fidèles amis et serviteurs rester sans récompense ni témoignage de sa sincère reconnaissance.
On sera surtout profondément édifié des sentiments d’humilité, de soumission à Dieu, de pardon et de foi dont ces lignes témoignent.

Nous nous souviendrons surtout que la Dauphine puis Reine de France, sera la principale éducatrice de son neveu, Henri, duc de Bordeaux puis comte de Chambord, et que c’est principalement d’elle que notre grand et cher Henri V tient sa parfaite éducation politique, sans contamination avec les faux principes de la révolution et du libéralisme. En définitive, le « testament politique » de la Reine Marie-Thérèse se trouve tout entier dans la fermeté héroïque et dans la défense courageuse des principes traditionnels de la royauté, que maintiendra contre vents et marées le très avisé et très sage Henri V.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Crypte renfermant les tombes royales au couvent de la Castagnevizza

Le « Saint-Denis de l’exil » : crypte renfermant les tombes de leurs Majestés Charles X,
Louis XIX et Marie Thérèse de France, Henri V et Marie-Thérèse d’Autriche-Este,
et de la Princesse Louise d’Artois duchesse souveraine, puis régente, de Parme.
La tombe de la Reine Marie-Thérèse de France est la première à droite en entrant.

frise lys

 Testament de Sa Majesté la Reine Marie-Thérèse de France :
(l’original se trouve aux archives de Vienne – Autriche)

Au nom de la Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit.

Je me soumets en tout aux volontés de la Providence, je ne crains pas la mort et malgré mon peu de mérites, je m’en rapporte entièrement à la miséricorde infinie de Dieu, lui demandant toutefois le temps et la grâce de recevoir les derniers sacrements de l’Eglise, avec la piété la plus fervente.
Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine dans laquelle j’ai vécu aussi fidèlement qu’il m’a été possible et à qui je dois toutes les consolations de ma vie.

A l’exemple de mes parents, je pardonne de tout mon cœur et sans exception à tous ceux qui ont pu me nuire et m’offenser, demandant sincèrement à Dieu d’étendre sur eux Sa miséricorde, aussi bien que sur moi-même, et le suppliant de m’accorder le pardon de mes fautes.
Je remercie tous les Français qui sont restés attachés à ma famille et à moi, des preuves de dévouement qu’ils nous ont données, des peines qu’ils ont subies à cause de nous.
Je prie Dieu de répandre Ses bénédictions sur la France que j’ai toujours aimée au milieu même de mes plus amères afflictions.

Je remercie l’empereur d’Autriche de l’asile qu’il a accordé à ma famille et à moi dans ses Etats. Je suis reconnaissante des preuves d’intérêt et d’amitié que j’ai reçues de la famille impériale, surtout dans des circonstances bien douloureuses, et des sentiments que m’ont manifestés plusieurs personnes dans ce pays, particulièrement les habitants de Gorice [sic].

Ayant toujours considéré mon neveu Henri et ma nièce Louise comme mes enfants, je leur donne ma bénédiction maternelle, ils ont eu le bonheur d’être élevés dans les principes de notre sainte religion, qu’ils soient toujours les dignes descendants de Saint Louis. Puisse mon neveu consacrer ses heureuses facultés à l’accomplissement des grands devoirs que sa position lui impose. Puisse-t-il ne s’écarter jamais des voies de la modération, de la Justice et de la Vérité.

J’institue mon neveu Henri, comte de Chambord, pour mon héritier universel.

Je nomme le duc de Blacas, le comte de Montbel, le comte de Bouillé et le baron Billot pour mes exécuteurs testamentaires.

Je donne et lègue à ma nièce Thérèse, archiduchesse d’Autriche, comtesse de Chambord, ma terre de Frohsdorf en Basse-Autriche.

Ma cassette contenant mes diamants, perles et bijoux et l’étui de ceux qu’elle renferme et ceux déposés au Trésor impérial à Vienne, ainsi que mes papiers d’affaire, sera remise à mes exécuteurs testamentaires après ma mort.
Mes diamants et perles seront partagés également par tiers entre mon neveu Henri, comte de Chambord, mes deux nièces Thérèse, comtesse de Chambord, et Louise, duchesse de Parme.

Je lègue à la comtesse Marie-Anne Ezterhazy, un rang de perles en souvenir de mon amitié pour sa mère et pour elle. Ces perles seront prélevées sur ma cassette par mes exécuteurs testamentaires avant le partage ci-dessus.

Je veux être enterrée à Gorice [sic] dans le caveau des Franciscains près de mon mari et de son père. Il ne sera pas célébré de service solennel, des messes seront dites pour le salut de mon âme.

Je défends qu’on procède à l’autopsie de mon corps.

Je lègue une somme de vingt-cinq mille francs à faire dire des messes de mort à mon intention. Je lègue aux pauvres une somme égale de vingt-trois mille francs. Mes exécuteurs testamentaires règleront l’emploi de ces deux sommes.

Je lègue le grand portrait de mon neveu peint à Rome à sa sœur et le grand portrait de celle-ci à sa mère qui le l’a donné.

Je laisse à Mme la duchesse de Blacas douairière mon petit crucifix en or qui est indulgencié.
Je laisse à Mme la duchesse d’Escars mon album peint par elle et les dames de la Maison de mon mari.
Je lègue au comte Charles O’Hegerty mon écuyer une somme de cinquante mille francs une fois payée.
Je lègue à la comtesse Caroline de Choiseul qui a été près de moi une somme annuelle de trois mille francs.
Je lègue au baron Théodore Charlet, qui m’a bien servie pendant de nombreuses années, une somme de cent mille francs, ma petite argenterie et la pendule qui est dans mon salon que je lui avais donnée.
Je lègue à Mlle Sophronie Bougon la continuation de trois mille francs de pension annuelle que je lui ai accordée à la mort de son père.
Je lègue à Marie et Henri de Sainte-Preuve, les deux enfants de Mme de Sainte-Preuve, ma première femme, la somme de cent mille francs à chacun dont leur mère aura la jouissance.
Je lègue à Mme de Sainte-Preuve toute ma garde-robe ainsi que les bijoux en or, en corail et pierre noire qui sont dans ma cassette.

Je veux que toutes les feuilles, papiers et livres écrits de ma main qui sont dans ma cassette ou dans mes tables soient brûlés par mes exécuteurs testamentaires.

Je lègue à Mme Narcisse Le Roux, ma seconde femme, une somme de vingt mille francs réversible à ses enfants.
Je lègue à Patinote et Louis Le Lièvre, mes deux valets de chambre, à chacun une somme de vingt mille francs.
Je donne à Tom Ford une somme de vingt mille francs y compris les douze mille francs dont je lui fais la rente depuis son mariage.
Je donne à mes deux cochers André et Joseph une année de gages.

Mes chevaux et mes voitures seront vendus et le produit de cette vente sera partagé entre Narcisse Le Roux et mes deux gens d’écurie.

Fait et entièrement écrit de ma main en mon château de Frohsdorf le 1er juillet 1851
Marie-Thérèse-Charlotte de France, comtesse de Marnes.

testament de SM la Reine Marie-Thérèse de France

Image diffusée après la mort de la Reine Marie-Thérèse
sur laquelle figurent les phrases les plus emblématiques de son testament

frise lys

Note :
Hélène Becquet « Marie-Thérèse de France – l’orpheline du Temple » – éd. Perrin 2012.

2021-49. Prière à Saint Michel de la Vénérable Thérèse de Saint Augustin, dans le siècle Louise de France, fille de S.M. le Roi Louis XV, pour la conservation du Royaume de France.

Statue d'argent de Saint Michel dans l'église paroissiale du Mont-Saint-Michel

Statue de Saint Michel

dans l’église paroissiale du Mont-Saint-Michel

Glorieux Archange ! Que votre fidélité et votre soumission aux ordres de Dieu attachent si constamment au maintien de sa gloire et aux intérêts des hommes, employez, en ma faveur, ce crédit inséparable du bonheur dont vous jouissez.

Portez au trône du Saint des Saints tous les vœux que je confie aujourd’hui à votre puissante protection.

Ayez égard aux besoins d’un Royaume dont vous avez été si longtemps le patron spécial, et qui depuis n’a été dévoué à votre Reine, que pour vous accroître, par votre médiation auprès d’elle, nos ressources et notre défense.

Bannissez, écartez de nos contrées tout ce que le dérèglement des mœurs, l’hérésie et l’impiété s’efforcent d’y répandre de contagieux.

Vainqueur des attentats de Lucifer contre la majesté du Très-Haut, ne permettez pas qu’il triomphe de votre héritage et qu’il l’enlève au Rédempteur qui l’a conquis au prix de Son Sang.

Chargé, enfin, de présenter nos âmes au Tribunal de Dieu, dans l’instant de notre mort, remplissez, en faveur de la mienne, un ministère de charité pour toute ma vie, et de sauvegarde pour l’instant qui la terminera.

Ainsi soit-il !

Mont Saint-Michel

2021-48. « Le temps n’appartient qu’à Dieu, mais la fidélité et l’espérance appartiennent aux hommes. »

Allocution de
Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
duc d’Anjou,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX

le 18 septembre 2021

à l’occasion de la présentation de la 6ème édition
de

« L’état présent de la Maison de Bourbon »

Monseigneur le duc d'Anjou et Madame - 18 septembre 2021

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon et Madame
devant le siège de l’Ordre de Malte à Paris
où a eu lieu la présentation de la 6ème édition de « L’état présent de la Maison de Bourbon »

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Chers Parents,
Chers Amis,

Nous voici réunis à l’occasion de la parution de la 6e édition de l’État Présent de la Maison de Bourbon, moment important que nous aurions tous aimé vivre avec celui qui, durant tant d’années, fut le maître d’œuvre de cet ouvrage : notre cher baron Pinoteau.

Je suis donc particulièrement heureux que sa famille soit bien représentée aujourd’hui à cette cérémonie qui suit l’émouvante messe de Requiem de ce matin. Ainsi, j’ai l’occasion de rappeler publiquement tout ce que leur père, grand-père, arrière-grand-père a apporté à notre famille. La Maison de Bourbon lui doit en effet beaucoup et notamment les chefs de Maison, puisqu’avant de m’apporter son aide si précieuse, Hervé Pinoteau avait déjà été au service de mon père et de mon grand-père, tant comme secrétaire que comme chancelier, c’est-à-dire à la fois pour le quotidien et le pérenne.

Leur évocation amène à cet ouvrage, cet État présent de la Maison de Bourbon « pour servir de suite à l’Almanach royal de 1830 », dont nous sommes heureux de présenter officiellement la nouvelle édition. Mon grand-père, le prince Jacques-Henri a beaucoup fait pour que la première édition paraisse en 1975. L’idée en était venue à son propre père lorsqu’il devînt en 1936 l’aîné des Bourbons, avec tous les droits et devoirs que confère cette aînesse, notamment vis-à-vis de la France. La généalogie n’est pas toujours facile à comprendre et, sans doute, mon arrière-grand-père avait-il été habitué à se considérer davantage comme le descendant de la reine Isabelle II que comme celui de son époux, le prince François. Mais le royaume de France et le royaume d’Espagne ne suivent pas les mêmes règles de dévolution. Ainsi, c’est bien par l’intermédiaire de ce prince cadet de Charles IV que l’aînesse lui est revenue, après l’extinction des premiers rameaux de la branche aînée. Une grande aventure pouvait commencer dans laquelle Hervé Pinoteau a mis toute son énergie et son érudition. Au-delà du droit, il y a en effet le faire savoir, le faire connaître, tâche essentielle menée depuis des années et jusqu’à aujourd’hui par les éditions successives.

Il était prévu de faire paraître cette édition en 2020, année du bicentenaire du Comte de Chambord, qui vit l’extinction du rameau aîné issu de Louis XIV. Date hautement symbolique puisqu’elle permettait de saisir toute l’importance des Lois fondamentales. « Le mort saisit le vif » selon un bel adage venu de la nuit des temps et qu’Hervé Pinoteau, en fidèle et érudit chancelier, savait rappeler chaque fois que cela était nécessaire pour soutenir la cause de la Légitimité.

Les cinq éditions précédentes montrent combien il est important de faire le point régulièrement sur cette auguste Maison de Bourbon qui est aussi celle de France, chaque tige et rameau vivant sa propre histoire à travers naissances, mariages et décès. D’année en année les évolutions sont notables, d’où la nécessité des mises à jour régulières pour savoir qui est dynaste selon les lois fondamentales et dans quel ordre. Certains pourraient dire que cela paraît bien inactuel dans un monde qui, parfois, semble avoir oublié les vertus de la Royauté.

Pourtant, de génération en génération, il y a toujours une petite et vaillante cohorte qui maintient le flambeau, persuadée que le salut et le destin du pays en dépendent, et qui a besoin de savoir pour espérer.

Le temps n’appartient qu’à Dieu, mais la fidélité et l’espérance appartiennent aux hommes.

Ainsi, j’ai à cœur de féliciter ceux qui les aident à maintenir la flamme. Ce sont bien sûr tous les auteurs et collaborateurs de l’État Présent, d’abord dirigés par Hervé Pinoteau et désormais regroupés derrière Christian Papet-Vauban qui a repris la flamme, lui aussi avec érudition, rigueur et une belle ténacité. Il a su réunir des contributeurs de qualité, Benoît van Hille et Xavier d’Andeville que je tiens à remercier tout spécialement. Que tous sachent combien le Chef de Maison apprécie leur dévouement. Mais je ne peux pas oublier, non plus, le préfacier de cette édition, le Professeur Jean Barbey, lui aussi un fidèle parmi les fidèles, qui a mis depuis les années 1980 sa science du droit au service de ma famille. Il a donné pour cette édition des pages très éclairantes pour hier comme pour demain.

Enfin, je veux remercier l’éditeur, Patrice de La Perrière qui assume la tâche de la confection, et de la diffusion depuis la première édition. La qualité d’une œuvre se reconnait en particulier sur la durée. Merci à tous.

Mes derniers mots s’adressent enfin à tous les membres de ma famille, la grande famille des Bourbons. Certains sont présents physiquement, d’autres par le cœur et la pensée. J’ai reçu en effet des messages sympathiques de ceux qui ne peuvent être là ce soir. Je pense notamment à notre cousin le duc de Parme. En évoquant son nom qu’il me soit permis aussi de rappeler la mémoire de sa tante, la princesse Cécile qui est décédée le 2 septembre. Je pense aussi au duc de Séville qui a d’abord répondu qu’il serait là et qu’un empêchement inopiné a éloigné de nous ce soir. Je pense à tous, heureux d’être le Chef de la Maison capétienne qui partout garde à cœur de renforcer ses liens et de maintenir toujours vivant le souvenir de ce qu’elle représente pour tous les pays sur lesquels elle a régné.

Merci à tous et prenons rendez-vous pour la septième édition. À bientôt.

Louis, duc d’Anjou
Le 18 septembre 2021

grandes armes de France

2021-47. « Un tel rapprochement n’est pas pour augmenter le prestige déjà médiocre de cette monarchie sans gloire, née dans le bourbier libéral de 1830 et prédestinée à s’éteindre sans honneur dans le cloaque économique de 1848.»

19 septembre,
Anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de La Salette.

Si Léon Bloy n’était pas un légitimiste – loin s’en faut !!! -, il n’était pas non plus – encore bien moins !!! – un orléaniste.
Dans son livre « Celle qui pleure », où il livre ses interprétations (parfois très hasardeuses) de l’apparition de Notre-Dame à La Salette, il s’est au passage livré, dans le chapitre IV, à un véritable pamphlet anti-louisphilippard qui ne manque ni d’esprit ni de saveur.
Aussi, malgré la gravité du sujet, nous semble-t-il assez plaisant de recopier ici l’intégralité de ce chapitre dont nombre de saillies constituent une présentation de la « monarchie de juillet » et de son roi-maçon d’une implacable lucidité. 

Louis-Philippe - photographie

Photographie de Louis-Philippe « roi des Français »

Louis-Philippe, le 19 septembre 1846.

« Il est environ deux heures et demie. Le Roi, la Reine, leurs Altesses Royales, Mme la Princesse Adélaïde, Mgr le Duc et Mme la Duchesse de Nemours, le Prince Philippe de Wurtemberg et le Comte d’Eu, accompagnés de M. le ministre de l’Instruction publique, de MM. les généraux de Chabannes, de Lagrange, de Ressigny, de M. le colonel Dumas et de plusieurs officiers d’ordonnance, sortent pour faire une promenade dans le parc. Après la promenade, Leurs Majestés et Leurs Altesses rentrent au château vers cinq heures pour dîner, en attendant les illuminations du soir.»
C’est ainsi qu’un correspondant plein de diligence, dans une dépêche datée de la Ferté-Vidame, annonce au Moniteur universel l’événement le plus considérable de la journée du 19 septembre 1846.

Je suis, par bonheur, en état de rappeler cet événement à l’univers qui paraît l’avoir oublié. À la distance de plus de soixante ans, il n’est pas sans intérêt de contempler, par l’imagination ou la mémoire, cette promenade du roi de Juillet accompagné de son engeance dans un honnête parc, en vue de prendre de l’appétit pour le dîner et de se préparer, par le naïf spectacle de la nature, aux magnificences municipales de l’illumination du soir.

Ce divertissement historique, mis en regard de l’autre Promenade Royale qui s’accomplissait au même instant sur la montagne de la Salette, est, je crois, de nature à saisir fortement la pensée. Le contraste vraiment biblique d’un tel rapprochement n’est pas pour augmenter le prestige déjà médiocre de cette monarchie sans gloire, née dans le bourbier libéral de 1830 et prédestinée à s’éteindre sans honneur dans le cloaque économique de 1848. Il serait curieux de savoir ce qui se passait dans l’âme du Roi Citoyen au moment même où la Souveraine des Cieux, tout en pleurs, se manifestait à deux enfants sur un point inconnu de cette belle France polluée et mourante sous l’abjecte domination de ce thaumaturge d’avilissement.

Il fallait sous les platanes ou les marronniers, rêvant ou parlant des grandes choses d’un règne de seize ans et des résultats magnifiques d’une administration exempte de ce fanatisme d’honneur qui paralysait autrefois l’essor généreux du libéralisme révolutionnaire. Tout venait à souhait, au dehors comme à l’intérieur. Par un amendement resté célèbre dans les fastes parlementaires, le comte de Morny prétendait que les grands Corps de l’État étaient satisfaits. Dieu et le Pape étaient convenablement outragés, l’infâme jésuitisme allait enfin rendre le dernier soupir et le pays légal n’avait pas d’autres vœux à former que de voir s’éterniser, dans une aussi bienfaisante dynastie, les félicités inespérées de cet adorable gouvernement. On allait enfin épouser l’Espagne, on allait devenir immense. À l’exemple de Charles-Quint et de Napoléon, le patriarche de l’Orléanisme pouvait aspirer à la domination universelle. La ventrée de la lice avait, d’ailleurs, suffisamment grandi et Leurs Altesses caracolaient assez noblement autour de Sa Majesté dans la brise automnale de cette sereine journée de septembre. Le roi des Français pouvait dire comme le prophète de la terre de Hus : « Je mourrai dans le lit que je me suis fait et je multiplierai mes jours comme le palmier ; je suis comme un arbre dont la racine s’étend le long des eaux et la rosée descendra sur mes branches. Ma gloire se renouvellera de jour en jour et mon arc se fortifiera dans ma main.»

À deux cents lieues, la Mère de Dieu pleure amèrement sur son peuple. Si Leurs Majestés et Leurs Altesses pouvaient, un instant, consentir à prendre l’attitude qui leur convient, c’est-à-dire à se vautrer sur le sol et qu’ils approchassent de la terre leurs oreilles jusqu’à ce jour inattentives, peut-être que cette créature humble et fidèle leur transmettrait quelque étrange bruit lointain de menaces et sanglots qui les ferait pâlir. Peut-être aussi que le dîner serait alors sans ivresse et l’illumination sans espérance…

Pendant que l’Orléanisme se congratule dans la vesprée, les deux pâtres choisis pour représenter toutes les majestés triomphantes ou déchues, vivantes ou défuntes, se sont approchés de leur Reine. C’est à ce moment que la Mère douloureuse élève la voix par-dessus le murmure indistinct de l’hymne des Glaives chanté autour d’Elle dans dix mille églises :

Si mon peuple ne veut pas se soumettre, Je suis forcée de laisser aller le Bras de mon Fils…

Léon Bloy, « Celle qui pleure » – chap. IV

Notre-Dame de la Salette - la conversation

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