Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2016-58. De la légitime défense des individus et des sociétés.

La justice n’est pas la vengeance. Et, comme l’écrit Saint Jacques  « La colère de l’homme n’accomplit point la justice de Dieu : ira enim viri justitiam Dei non operatur » (Jac. I, 20).
Cela ne signifie évidemment pas non plus qu’il faille être – ou même seulement paraître – faible en face de tout ce qui porte atteinte au droit et à la justice.
Il ne sera donc pas inutile de relire et de méditer sur l’enseignement de l’Eglise au sujet de la légitime défense  : celle des individus comme celle des sociétés…

Jean-Marc Nattier - la justice châtiant l'injustice

Jean-Marc Nattier : « la justice châtiant l’injustice » (1737)

La légitime défense

2263 - La défense légitime des personnes et des sociétés n’est pas une exception à l’interdit du meurtre de l’innocent que constitue l’homicide volontaire. « L’action de se défendre peut entraîner un double effet : l’un est la conservation de sa propre vie, l’autre la mort de l’agresseur … L’un seulement est voulu ; l’autre ne l’est pas » (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 64, 7).

2264 - L’amour envers soi-même demeure un principe fondamental de la moralité. Il est donc légitime de faire respecter son propre droit à la vie. Qui défend sa vie n’est pas coupable d’homicide même s’il est contraint de porter à son agresseur un coup mortel :
« Si pour se défendre on exerce une violence plus grande qu’il ne faut, ce sera illicite. Mais si l’on repousse la violence de façon mesurée, ce sera licite… Et il n’est pas nécessaire au salut que l’on omette cet acte de protection mesurée pour éviter de tuer l’autre ; car on est davantage tenu de veiller à sa propre vie qu’à celle d’autrui » (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 64, 7).

2265 - En plus d’un droit, la légitime défense peut être un devoir grave, pour qui est responsable de la vie d’autrui. La défense du bien commun exige que l’on mette l’injuste agresseur hors d’état de nuire. A ce titre, les détenteurs légitimes de l’autorité ont le droit de recourir même aux armes pour repousser les agresseurs de la communauté civile confiée à leur responsabilité.

2266 - L’effort fait par l’Etat pour empêcher la diffusion de comportements qui violent les droits de l’homme et les règles fondamentales du vivre ensemble civil, correspond à une exigence de la protection du bien commun. L’autorité publique légitime a le droit et le devoir d’infliger des peines proportionnelles à la gravité du délit. La peine a pour premier but de réparer le désordre introduit par la faute. Quand cette peine est volontairement acceptée par le coupable, elle a valeur d’expiation. La peine, en plus de protéger l’ordre public et la sécurité des personnes, a un but médicinal : elle doit, dans la mesure du possible, contribuer à l’amendement du coupable.

2267 - L’enseignement traditionnel de l’Eglise n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort, si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’êtres humains.

Mais si des moyens non sanglants suffisent à défendre et à protéger la sécurité des personnes contre l’agresseur, l’autorité s’en tiendra à ces moyens, parce que ceux-ci correspondent mieux aux conditions concrètes du bien commun et sont plus conformes à la dignité de la personne humaine.

Aujourd’hui, en effet, étant données les possibilités dont l’Etat dispose pour réprimer efficacement le crime en rendant incapable de nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement la possibilité de se repentir, les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable « sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants » (Evangelium vitae, n. 56).

in « Catéchisme de l’Église Catholique »,
Explication du 5e commandement de Dieu

Saint Michel gif

2016-56. « Depuis que je suis sur la terre, je n’ai vu mourir personne plus chrétiennement. »

19 juillet,
Fête de Saint Vincent de Paul.

Je profite de ce que ce jour est celui de la fête de Saint Vincent de Paul pour publier ci-dessous la lettre que le saint écrivit au Révérend Père Codoing, supérieur de la communauté des Lazaristes de Rome, le 15 mai 1643, c’est-à-dire le lendemain de la mort de Sa Majesté le Roi Louis XIII à laquelle il avait assisté, ayant veillé le Souverain mourant pendant ses trois derniers jours.
Voici donc le témoignage d’un saint sur la sainte mort d’un Roi qui a justement mérité son titre de Très Chrétien.

Lully.

Saint Vincent de Paul assistant Louis XIII en son agonie - vitrail de l'église Saint-Séverin à Paris

Saint Vincent de Paul assistant le Roi Louis XIII dans son agonie
(vitrail de l’église Saint-Séverin, Paris)

« Depuis que je suis sur la terre, je n’ai vu mourir personne plus chrétiennement. »

15 mai 1643.

Monsieur,

Il a plu hier à Dieu de disposer de notre bon Roi, le jour auquel il avait commencé à l’être, il y a trente-trois-ans (note 1). Sa Majesté désira que j’assistasse à sa mort avec nosseigneurs de Lisieux (note 2) et de Meaux, son premier aumônier (note 3) et le Révérend Père Dinet, son confesseur (note 4). Depuis que je suis sur la terre, je n’ai vu mourir personne plus chrétiennement. Il y a environ quinze jours qu’il me fit recommander d’aller le voir ; et pour ce qu’il se porta mieux, le lendemain je m’en revins. Il me fit redemander il y a trois jours, pendant lesquels Notre-Seigneur m’a fait la grâce d’être auprès de lui. Je n’ai jamais vu plus d’élévation à Dieu, plus de tranquillité, plus d’appréhensions des moindres atomes qui paraissent péché, plus de bonté ni plus de jugement en une personne en cet état.
Avant-hier, les médecins l’ayant vu assoupi et les yeux tournés, appréhendèrent qu’il ne dût passer et le dirent au Père confesseur, qui l’éveilla tout aussitôt et lui dit que les médecins estimaient que le temps était venu, auquel il fallait faire la recommandation de son âme à Dieu. Au même instant, cet esprit plein de celui de Dieu embrassa tendrement et longtemps ce bon Père et le remercia de la bonne nouvelle qu’il lui donnait ; et incontinent après, levant les yeux et les bras au ciel, il dit le Te Deum laudamus et l’acheva avec tant de ferveur, que le seul ressouvenir m’attendrit tant à l’heure que je vous parle. Et pour ce que la cloche m’appelle qui m’empêche de vous en dire davantage, je finis en le recommandant à vos prières et à celles de la Compagnie.

Vincent Depaul            
prêtre indigne de Saint-Lazare.

Saint Vincent de Paul assisant Louis XIII en son agonie - détail

Note 1 : Le règne de Louis XIII a commencé le 14 mai 1610, au moment de l’assassinat de son père Henri IV et s’est achevé trente-trois ans plus tard, comme le fait remarquer Saint Vincent de Paul, le 14 mai 1643.
Note 2 : L’évêque de Lisieux était Monseigneur Philippe Cospéan – ou Cospéau, ou encore Cospeaux – (1571-1646). D’abord évêque d’Aire-sur-l’Adour (1607), c’est lui qui prononça l’éloge funèbre d’Henri IV à Notre-Dame de Paris lors des funérailles du Souverain ; il fut ensuite transféré à l’évêché de Nantes (1622), et enfin à celui de Lisieux (1636).
Note 3 : Monseigneur Dominique Séguier (+ 1659), frère du chancelier de France Pierre Séguier, doyen de Notre-Dame de Paris et nommé alors premier aumônier du Roi, il est alors archevêque in partibus de Corinthe ; en 1631, Louis XIII le nomma à l’évêché d’Auxerre, puis en 1637 le fit transférer à Meaux. Il était réputé pour sa charité envers les nécessiteux.
Note 4 : Le Rd. Père Jacques Dinet, de la Compagnie de Jésus, qui avait été professeur de René Descartes au collège de La Flèche devint confesseur du Roi le 18 mars 1643 ; il était proche de Mazarin.

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2016-45. D’une délicate attention du Ciel dont a bénéficié l’un des participants au pèlerinage légitimiste au Puy-en-Velay…

Le mardi 7 juin dernier, l’un des participants au pèlerinage légitimiste au Puy-en-Velay, devait être opéré d’un glaucome dûment diagnostiqué, mais ce matin-là, lorsque le chirurgien a procédé aux ultimes examens préparatoires à l’intervention, il a constaté que l’opération n’était plus nécessaire et il l’a tout bonnement annulée…

En publiant le témoignage qui suit, nous n’entendons bien évidemment pas nous substituer au diagnostic des médecins ni au jugement de l’Eglise. Voilà pourquoi nous nous garderons d’utiliser le mot « miracle » puisque, pour l’heure, personne ne peut dire si cette notable amélioration constatée (au point, redisons-le, d’avoir eu pour effet immédiat l’annulation d’une intervention chirurgicale) est entière et définitive.
Toutefois, comme le disait l’ange Raphaël à Tobie, s’ « il est bon de cacher le secret du roi (…), révéler et publier les oeuvres de Dieu est une chose honorable » (Tob. XII, 7), car nous ne pouvons pas douter que c’est ici l’oeuvre de Dieu – par la médiation de Ses saints – , et nous ne voudrions pas manquer à notre devoir de reconnaissance envers le Dieu des miséricordes, sous le prétexte d’une prudence trop humaine.

Pierre des fièvres & chapelle du Crucifix

Cathédrale du Puy-en-Velay : la pierre des fièvres, dans la chapelle du Saint Crucifix.
C’est cette pierre qui fut désignée à deux reprises par la Sainte Mère de Dieu, aux origines du sanctuaire du Puy, comme lieu des guérisons qu’elle voulait accorder.

Laissons la parole à notre pèlerin qui, pour l’heure, entend rester dans l’ombre mais a consenti à nous écrire son témoignage :

« – MES YEUX : historique.

Vers le 22 avril 2015, je souffre de démangeaisons devenant brûlantes, avec l’impression de sable dans les yeux. Les paupières rougissent, enflent, s’infectent : le pharmacien consulté me donne une pommade  antibiotique…

30 avril 2015, je suis aux urgences du centre ophtalmologique de I.S. Diagnostic : inflammation aiguë avec chalazion ; on me prescrit une autre pommade antibiotique - anti inflamatoire, des lavages avec du sérum, des gouttes lubrifiantes.
Dans les jours qui suivent, les symptômes diminuent mais les paupières résistent en partie aux soins.

Je consulte trois ophtalmologistes : deux internes exerçant à ce cabinet médical pour les urgences à I.S., puis, le 27 mai 2015, un médecin à M…
Les internes ont  fait le bon diagnostic : blépharite aiguë infectée. 

Juillet 2015 : la même pommade antibiotique m’est prescrite par le généraliste, cette fois, en raison d’un orgelet énorme et d’une inflammation.

En septembre, de nouveau je souffre, je revois un interne qui renouvelle une ordonnance suivant un protocole classique : lavages avec sérum, compresses chaudes une fois par jour et massage des paupières, suivi d’application d’un gel stérile, gouttes lubrifiantes. 

5 octobre 2015. Consultation – prévue depuis six mois – avec le « patron », ophtalmologiste et chirurgien : toujours l’inflammation… C’est un médecin peu bavard : il me prescrit pour trois mois un antibiotique par voie buccale, en alternant trois jours par mois avec des gouttes oculaires et un autre antibiotique, et toujours le lavage avec du sérum, des compresses chaudes suivies d’un massage des paupières (glandes meibomius), le nettoyage avec un gel stérile et des gouttes lubrifiantes plusieurs fois par jour. Cela tous les jours.
Traitement « de routine » prescrit pour six mois, sauf que les antibiotiques sont au degré maximum.
Ma vie est rythmée par ces soins.  J’ai une surveillance régulière par le spécialiste.

Ce même 5 octobre 2015, on a même évoqué la pose de bouchons… 
Je réfléchis et m’interroge : « Jusqu’à quand mes yeux vont ils m’ennuyer ? Jusqu’à quand ces douleurs (jusqu’à ressentir l’impression que les yeux vont sortir de l’orbite), ces brûlures, ces démangeaisons intolérables ? »  
Pour conduire ou lire, c’est parfois difficile.  

Mars 2016 : contrôle. 
Le docteur est mécontent car l’inflammation a diminué, mais persiste. Il m’informe, avec insistance, que le traitement est très long : pathologie chronique avec des hauts et des bas. La prescription est à peu près la même, mais ce jour là : « Vos paupières sont correctes, mais vous avez encore des manifestations inflammatoires, alors j’ajoute « Ikervis » (ciclosporine), prévu pour les cas rebelles. En plus, soyez prudent les jours de vent… »

Un an de douleurs, de démangeaisons intolérables, de brûlures, d’impression de grains de sable, de traitement contraignant, avec en plus un nouveau diagnostic : glaucome !

Le spécialiste me dit : « Attention ! Lorsque vous prendrez des médicaments vous êtes concerné par les contre indications se référant au  glaucome : c’est pour vous ! » 

Ensuite, sortant une maquette, il m’explique que le liquide aqueux de l’oeil, subissant des pressions, déforme la cornée :   »Pour éviter les effets irréversibles (c’est-à-dire la cécité), je vais percer la cornée d’un trou microscopique à cet endroit précis, au moyen d’un rayon laser, pour permettre au liquide en trop de s’échapper et d’arriver dans la partie visible de vos yeux et d’être évacué ».

Je reste paralysé, sans défense. Cependant je l’interroge pour savoir si cette intervention sera unique et où ? 
- Cela se fait en une fois. 
Comme je me dirige vers la porte, il me demande de prendre rendez vous après avoir donné des instructions à la secrétaire.

Je suis ressorti très étourdi par cette consultation. 

Je réfléchis : laser = brûlure…
Impuissant, je patiente jusqu’au 7 juin, date qui a été fixée afin de me permettre de me rendre au pèlerinage légitimiste au Puy. 

Et je m’en remets au Seigneur.

Ce 7 juin je me rends donc au centre pour l’opération. 
Je passe plusieurs examens préparatoires. Puis le médecin scrute longuement les croquis, l’échographie, avec les résultats, et me dit :  »L’examen est bon ; il n’y a pas de tension ; je n’interviens pas. C’est bon ! » 
Un éclair me traverse : « Ça, c’est la Sainte Vierge ! Merci, Vierge Marie ! »

Le médecin ajoute :  »Cependant vous resterez sous surveillance pendant trois ans avec une consultation annuelle. D’ici là votre cataracte – légère – aura évolué, et peut-être aurai-je à intervenir si des modifications survenaient (glaucome). Pour l’instant, pas de problème ».

Je repars avec le sempiternel traitement quotidien pour les paupières, qui est un autre problème, indépendant du glaucome disparu.

Je suis libéré, échappant à une intervention délicate aux suites longtemps douloureuses.

En m’allongeant sur la pierre noire (note 1), samedi, j’ai dit intérieurement et avec confiance : « Sainte Vierge Marie : libérez mon corps et mon esprit de tous les maux qui m’envahissent et entravent ma vie ».   

Ce 7 juin au matin devant le médecin, j’ai immédiatement remercié mentalement la Vierge Marie. Est-ce elle ? Avec  le petit Roi Louis XVII intercédant aussi pour moi ? Je le prie souvent, à la messe et en privé. Après la bénédiction de l’icône (note 2), je l’ai embrassée justement là où est le petit Louis XVII, au coin en bas à gauche…

Je réalise peu à peu que je suis passé à travers une épreuve délicate qui m’inquiétait. Alors louons la Sainte Trinité, Marie, Joseph, St Michel, mon ange gardien : tous évoqués dans mes oraisons : le monde céleste. 
Rendons grâce : ALLELUIA ! »

icône des martyrs de la famille royale détail : Louis XVII dans son cachot

Sainte icône des martyrs de la famille royale, détail : Louis XVII dans son cachot.

Note 1 : il s’agit de la « pierre des fièvres », dans la cathédrale du Puy, sur laquelle lors des apparitions qui ont fondé le pèlerinage à Notre-Dame du Puy, la Sainte Mère de Dieu a opéré des guérisons miraculeuses.

Note 2 : l’icône représentant les martyrs de la famille royale (LL.MM. les Rois Louis XVI, Louis XVII et la Reine Marie-Antoinette, ainsi que Madame Elisabeth) qui a été présentée et bénite lors de la conclusion du pèlerinage légitimiste, le dimanche 5 juin : icône réalisée afin de « relancer » la cause de béatification de nos martyrs royaux et déposée dans l’oratoire du Mesnil-Marie (lire plus en détail ici).

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2016-44. Du sage, de la lune et du doigt : actualisation d’un proverbe chinois…

Samedi 11 juin 2016,
Fête de Saint Barnabé, apôtre.

« Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt… »

Actualisation :

Quand le légitimiste montre l’ensemble cohérent – dans l’ordre naturel et dans l’ordre surnaturel conjugués en une totale harmonie – des Lois Fondamentales du Royaume et des dispositions providentielles (et même miraculeuses) qui ont fait la France depuis la Noël 496 jusqu’au 26 août 1789 (1), cet ensemble parfaitement cohérent de la raison et de la foi qui a présidé à la constitution et à la grandeur de la France, eh bien, de la même manière que cela est dénoncé dans le proverbe chinois, l’imbécile lui, ignorant le Principe, regarde la seule personne du Prince (la plupart du temps avec la lunette déformante et très réductrice de son ignorance) pour déchaîner la petitesse de sa mesquinerie… (2)

Louis XX 4 juin 2016

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
aîné des Capétiens,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX
(photo prise à l’occasion de la première communion de sa fille, la Princesse Eugénie, le 4 juin 2016)

(1) Plus que la date du 14 juillet 1789, nous retenons celle du 26 août 1789 comme représentative de la révolution et de l’apostasie de la France : c’est en effet à ce jour que fut adoptée par la pseudo assemblée constituante le texte de la « déclaration des droits de l’homme et du citoyen » qui renverse totalement l’ordre – naturel et surnaturel – voulu par Dieu en proclamant que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation, nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément » (article 3), ce qui constitue un blasphème et s’oppose directement aux enseignements des Saintes Ecritures.

(2) Ce très court article que je mets en ligne aujourd’hui est le 950e de mon blogue : il m’est l’occasion de redire brièvement que rien n’oblige ceux qui ne sont pas d’accord avec ce que j’exprime en ces pages de venir le lire : ma ligne politique est clairement définie depuis toujours, et les vieux râleurs professionels, rabâcheurs de griefs anti-légitimistes, mystico-dingo-survivantistes ou mystico-dingo-providentialistes, feraient mieux d’aller déverser leur bile malade en d’autres lieux…

pattes de chatLully.

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2016-43. De la sainte icône des martyrs de la famille royale désormais exposée dans l’oratoire du Mesnil-Marie.

Mercredi 8 juin 2016,
221e anniversaire du rappel à Dieu de S.M. le Roi Louis XVII (cf. > ici).

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Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

C’est très intentionnellement que j’ai choisi cette date du 8 juin pour vous dévoiler, après que Frère Maximilien-Marie l’a lui-même dévoilée dimanche dernier aux participants du pèlerinage jubilaire de la Légitimité au Puy-en-Velay (cf. > ici), une icône que nous avons commandée à une artiste, Madame Olga Platonova, iconographe originaire de Saint-Petersbourg, professeur d’iconographie à la paroisse orthodoxe russe de la Présentation de Marie (rue Olivier de Serre, Paris XVe).

Pour vous en parler, il faut que je revienne deux ou trois ans en arrière.
Romain, l’un de nos amis, et Frère Maximilien-Marie s’étaient demandé à plusieurs reprises comment il serait possible de relancer la cause de béatification des membres de la famille royale mis à mort pendant la grande révolution : Leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVII et la Reine Marie-Antoinette, ainsi que Madame Elisabeth, soeur du Roi. En effet, si diverses tentatives ont existé au cours des XIXe et XXe siècles, elles n’ont jusqu’ici pas abouti.

Il est bien certain que c’est principalement en haine de la foi catholique, en haine de l’Eglise catholique et en haine des desseins de Dieu sur la France, que le Roi Louis XVI, la Reine Marie-Antoinette et Madame Elisabeth ont été envoyés à la guillotine, et que le Roi Louis XVII a été condamné à des sévices physiques et psychologiques innommables, puis à une mort lente dans la plus dégradante des réclusions.
Mais il est tout aussi certain que, d’une part, ni la république, ni la maçonnerie – qui en est la pseudo religion officielle – ne souhaitent cette glorification qui mettrait davantage en lumière leurs actions diaboliques ; et que, d’autre part, un épiscopat d’une désolante inconsistance, continûment empêtré dans ses compromissions avec un régime impie, n’a ni la capacité spirituelle et intellectuelle ni la volonté d’entreprendre les démarches en vue de leurs béatifications, au contraire de l’Eglise russe qui a élevé sur les autels la famille impériale massacrée en 1917.

Nous en sommes donc arrivés à formuler ce raisonnement :
1 – puisque nous avons les plus solides raisons de penser que Leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVII, la Reine Marie-Antoinette et Madame Elisabeth sont au Ciel, rien ne nous empêche de les invoquer pour obtenir des grâces par leur intercession (sans que cela prenne les formes d’un « culte public » tel que défini par le droit canonique) ;
2 – puisque en guise de preuve qu’ils sont au Ciel, l’Eglise demande toujours des grâces et des miracles par l’intercession des « serviteurs de Dieu », rien ne s’oppose à ce que l’on diffuse une prière pour demander l’intercession de nos martyrs royaux ;
3 – puisque, dans l’état actuel des choses, nous ne pouvons pas attendre de la timorée hiérarchie de l’Eglise, leur béatification, ce doivent être les grâces et les miracles obtenus par les fidèles qui doivent en quelque manière « forcer » cette hiérarchie à sortir de sa langueur ;
4 – il nous faut donc diffuser une image permettant de matérialiser – si l’on peut dire – ou de concentrer ces prières et supplications ; toutefois ni les portraits de cour réalisés de leur vivant, ni les représentations plus ou moins romantiques postérieures à la révolution ne conviennent à une saine démarche religieuse : il serait donc opportun de proposer une représentation strictement religieuse et spirituelle qui mette en valeur leur martyre ;
5 – une icône, comme les russes en ont fait réaliser pour la famille impériale martyre, possède toutes les caractéristiques voulues pour cette expression spirituelle et permettrait la mise en évidence de la mise à mort en haine de la religion ; en sus, outre le fait que les icônes sont de plus en plus comprises et vénérées par la piété latine, cette représentation facilitera aussi la dévotion des fidèles des rites orientaux dont un très grand nombre – en France mais pas uniquement – sont royalistes et légitimistes…

Après quelques tâtonnements, grâce à une religieuse orthodoxe sympathisante de la Confrérie Royale, nous avons été mis en relation avec Madame Olga Platonova qui a parfaitement compris notre dessein et y a adhéré de toute son âme et de tout son talent.
Madame Platonova a travaillé pendant plusieurs mois – mettant en oeuvre les canons de l’iconographie sacrée – , et notre Frère Maximilien-Marie, dans le même temps, économisait sou par sou afin de pouvoir la rétribuer en toute justice.

Enfin, grâce à une amie proche qui devait se rendre à Paris et se l’est vue remettre par Madame Platonova, l’icône est arrivée au Mesnil-Marie le dimanche de la Sainte Trinité 22 mai 2016.
Frère Maximilien-Marie l’a déposée dans l’oratoire, mais elle y est restée voilée tant qu’elle n’était pas bénite : c’est ce dernier dimanche, 5 juin 2016, que, après avoir été dévoilée aux participants du pèlerinage jubilaire légitimiste au Puy, elle a reçu cette bénédiction.

Icône des martyrs royaux filigranée 421x600

Comme je l’ai expliqué plus haut, ce sont les canons de la représentation sacrée dans les Eglises d’Orient qui ont présidé à la réalisation de cette icône : loin des portraits de cour et des figurations réalistes ou sentimentalo-romantiques, l’icône exprime une réalité spirituelle et montre symboliquement les serviteurs de Dieu dans leur éternité de gloire. En cela, elle tire celui qui la contemple et qui prie devant elle hors des contingences terrestres pour l’amener à un contact spirituel avec les saints.
Sur cette icône, Leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVII et la Reine Marie-Antoinette sont donc figurés portant les insignes canoniques de leur royauté (avec le manteau fleurdelysé propre à la royauté française), et Madame Elisabeth est représentée en princesse de sang royal : leur appartenance à une race royale particulièrement favorisée des dons divins subsiste dans l’éternité, spiritualisée.
Chacun d’un porte à la main une croix, symbole de leur martyre qui les a unis d’une manière spéciale au Christ, Roi des martyrs.

En arrière-plan sont peints les lieux de leur chemin de croix : les Tuileries, le donjon du Temple et la Conciergerie, tandis que dans les angles sont évoquées les scènes de leurs morts.
Leurs noms sont écrits en toutes lettres : Louis-Auguste Roi de France, Louis-Charles Roi de France, Marie-Antoinette Reine de France, Elisabeth-Philippine Fille de France.

J’espère pouvoir très bientôt vous proposer des reproductions imprimées de cette sainte icône de nos martyrs royaux ainsi que la prière destinée à demander des grâces par leur intercession, mais il me semblait important de pouvoir déjà vous la présenter en ce jour, marqué par un si poignant anniversaire (cf. > ici).

Lully.

Trois lys blancs

2016-42. « Redonner à la France et le sens de sa grandeur, et l’esprit de sa mission civilisatrice ».

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Nous avons l’immense joie de vous transmettre le message particulier que Monseigneur le Prince Louis de Bourbonde jure Sa Majesté le Roi Louis XX, a adressé aux pèlerins de l’Union des Cercles Légitimistes de France et de la Confrérie Royale présents au Puy-en-Velay , ces 4 et 5 juin, à l’occasion du Grand Pardon de cette année 2016.

Le message, envoyé par le Secrétariat du Prince au Président de l’UCLF a été lu par ce dernier au groupe des pèlerins avant que ceux-ci ne commencent leur démarche jubilaire, ce qui était bien propre à stimuler la ferveur de leur prière.
Au-delà de ceux qui étaient présents ce jour d’hui au Puy-en-Velay, ce message touche aussi tous ceux qui, étant empêchés d’être physiquement présents, nous étaient unis par la prière.

Nous nous sommes autorisés à mettre en caractères gras quelques passages qui nous paraissent particulièrement importants et qui nous semblent une invitation à approfondir toujours davantage notre connaissance aimante de notre histoire royale et des principes de la royauté létitime, la monarchie de droit divin.
Nous relevons aussi avec bonheur la conviction finale exprimée par notre Souverain légitime : la prière, aujourd’hui comme jadis, est un moyen très important – et même essentiel – pour travailler au bien temporel et spirituel de notre France…

Pèlerinage légitimiste au Puy - message du Prince 4 juin 2016

Message de Monseigneur le duc d’Anjou
au Président de l’UCLF
à l’occasion du pèlerinage jubilaire au Puy-en-Velay

(4 et 5 juin 2016)

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Chers Amis,

Vous m’aviez invité à votre pèlerinage jubilaire au Puy et je vous en remercie. A défaut de pouvoir être présent parmi vous, je suis là par la pensée et mes prières accompagnent tous ceux qui accomplissent ce geste immémorial de dévotion.

En cette année 2016, alors qu’un tel Jubilé ne se reproduira que dans 141 ans, je mesure toute l’importance de cet acte.

Je la mesure d’autant plus que pour tous mes prédécesseurs, les Rois de France au souvenir desquels votre association est si attachée, venir ici, au Puy, a toujours été la marque d’un renouveau profitable à tout le royaume.

La venue de Charles VII, par exemple, implorant le secours de Notre-Dame pour sauver son royaume, demeure en ce sens un symbole marquant. Il est encore plus parlant en cette année où la présence de Jeanne d’Arc est si manifeste. Elle-même envoya sa mère la représenter au jubilé de 1429, convaincue que sa mission de renaissance du pays, alors, presque tout abandonné aux mains étrangères, passait par l’intercession miraculeuse de la Vierge du Puy.

Or ce renouveau n’est-il pas toujours d’actualité dans notre société si déchirée et inquiète ? Un vieux monde né à la fin du XVIIIe siècle disparait et un monde nouveau retrouvant le sens de la transcendance et de l’unité est en train de se mettre en place. Le Saint-Père l’appelle de ses vœux dans tous ses récents écrits. Les jeunes y contribuent grandement par leur action et leur engagement pour une société redonnant au bien commun toute sa réalité. Beaucoup ont, justement, placé leur espérance dans le pèlerinage jubilaire du Puy.

Vous prierez durant le vôtre pour qu’un monde renaissant aux valeurs de la tradition de nos pères puisse redonner à la France et le sens de sa grandeur, et l’esprit de sa mission civilisatrice pour l’ensemble des nations et la puissance des grâces de son baptême.

Pour tout cela soyez remerciés.

Et que la ferveur de vos prières contribue à protéger la France.

Louis, duc d’Anjou.

Pèlerinage Légitimiste le Puy-en-Velay 4 juin 2016

Les pèlerins de l’UCLF et de la Confrérie Royale au sortir de la cathédrale Notre-Dame du Puy
après le parcours jubilaire

2016-41. Hymne de foi et d’espérance pour la Restauration du Roi légitime.

Fête du Sacré-Coeur de Jésus 2016.

Il y a quelques jours, alors qu’il s’affairait dans les préparatifs du pèlerinage légitimiste organisé à l’occasion du Grand Pardon du Puy-en-Velay (cf. > ici), Frère Maximilien-Marie me faisait part de ses regrets au sujet du fait qu’il n’existe pas de véritable hymne royaliste conforme aux principes de la Légitimité.
Il me disait : « Ce qui fut considéré comme l’hymne quasi officiel de la Restauration, en 1814, c’est-à-dire « le retour des Princes français à Paris » (cf. > ici), a des paroles trop circonstanciées impropres pour exprimer les convictions et l’espérance des légitimistes d’aujourd’hui (cf. > ici), mais par ailleurs la mélodie reprise du très populaire « Vive Henri IV » est vraiment splendide – au point que de très grands musiciens tels que Rossini, Lizst ou Tchaïkovsky n’ont pas hésité à la mettre en valeur dans leurs compositions – , et elle est chargée de magnifiques souvenirs historiques… Cependant les paroles originelles de « Vive Henri IV » ne sont pas très convenables pour exprimer le sérieux de nos convictions… »
Je lui ai donc répondu : « Eh bien, la solution toute simple qui, d’évidence, s’impose à toi, c’est de composer de nouvelles paroles sur la mélodie traditionnelle ! »
Tout en continuant de travailler, notre Frère s’est mis à fredonner, et j’ai remarqué que, de temps en temps, il s’arrêtait pour griffoner à la hâte des bouts de phrase sur les petits bouts de brouillon dont il est toujours entouré…
Et le lendemain, il m’a demandé de lui donner mon avis à propos de six couplets qu’il avait retranscrits bien au propre, en me disant : « J’ai très intentionnellement conservé quelques citations – que tu reconnaîtras aisément – empruntées aux couplets de « Vive Henri IV » et au « Retour des Princes français à Paris », afin de constituer une sorte de rappel historique et de placer mon modeste travail dans cette continuité de la tradition de fidélité aux Bourbons. De la même manière, j’ai gardé le caractère populaire des versions précédentes : il ne s’agit pas à proprement parler de versification classique ni de rimes ; ce sont plutôt des assonances. Les diérèses qu’il faut faire sur le prénom Louis et le mot alliance s’inscrivent dans ce même souci de continuité et d’évocation historiques… »
J’ai donné mon nihil obstat à la composition de Frère Maximilien-Marie et, à la veille du pèlerinage légitimiste au Puy, où il pourra être chanté par les fidèles présents, j’ai voulu en faire ici la publication : ainsi peut-être quelques uns de mes lecteurs qui ne peuvent participer à ce rassemblement, pourront-ils s’y unir, non seulement par la prière, mais aussi par ce chant qui veut humblement contribuer à faire davantage connaître et aimer le combat de la légitimité

Lully.

grandes armes de France

Hommage filial à Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX.

Vivent nos Princes ! Vive, vive Louis !
Dans nos provinces aussi bien qu’à Paris
Que les Lys évincent le règne des impies !

Au diable guerres, rancunes et partis !
Comme nos pères, sous un seul Chef unis,
Qu’à nouveau en France soit « Dieu premier servi » !

Que Dieu entende le cri des bons Français !
Que nos prières soient enfin exaucées
Et que sur nous règne le sang de Saint Louis.

Que l’espérance raffermisse nos cœurs :
Un jour en France reviendra le bonheur
Avec l’alliance de la Croix et des Lys !

Qu’à notre Prince longue vie soit donnée !
Que la couronne, avec l’onction sacrée,
Brillent sur sa tête : Vive, vive Louis !

Seigneur, de grâce, protégez notre Roi :
Soutenez-le, gardez-le dans Vos voies ;
Qu’en lui resplendissent et la Loi et le Droit !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur,
au Mesnil-Marie, le 1er juin 2016.

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Publié dans:Vexilla Regis |on 3 juin, 2016 |3 Commentaires »

2016-40. Déposition de frère Jean Pasquerel au procès de Jeanne d’Arc.

30 mai,
Fête de Sainte Jeanne d’Arc.

Nous avons déjà publié dans les pages de ce blogue les témoignages de Jean Massieu sur la mort de Sainte Jeanne d’Arc (cf. > ici) et des dominicains qui assistèrent Jeanne en son supplice (cf. > ici). Voici aujourd’hui la déposition de Frère Jean Pasquerel, de l’Ordre des Ermites de Saint-Augustin, lorsqu’il fut interrogé par les juges de Jeanne lors du procès de Rouen, à la fin du mois de février 1431.
Frère Jean Pasquerel entendit parler de Jeanne alors qu’il s’était rendu au Grand Pardon du Puy-en-Velay, le Vendredi-Saint 25 mars 1429, jubilé auquel participait également Isabelle Romée, mère de Jeanne. Tout ce que l’on sait de lui est contenu dans cette déposition au procès : il était « lecteur » – c’est-à-dire professeur – au couvent des Ermites de Saint-Augustin de Tours et se mit au service de Jeanne qui fit de lui son aumônier et confesseur.

Maurice Denis - Communion de Jeanne d'Arc avant le combat

Maurice Denis (1870-1943) : Sainte Jeanne d’Arc communiant avant le combat

Déposition de frère Jean Pasquerel, ermite de Saint-Augustin et aumônier de Jeanne, à son procès :

J’étais au Puy (note 1), où se trouvait la mère de Jeanne, ainsi que quelques-uns de ceux qui l’avaient menée au roi quand j’ouïs parler pour la première fois de Jeanne et de sa venue à la cour. Ces gens, ayant fait connaissance avec moi, me dirent : « Il faut venir avec nous près de Jeanne. Nous ne vous laisserons que quand nous vous aurons conduit auprès d’elle ». Je vins donc avec eux à Chinon, puis à Tours.

J’étais précisément lecteur dans un couvent de cette ville. A Tours, Jeanne demeurait pour lors au logis de Jean Dupuy, bourgeois de la ville. Nous l’y rencontrâmes. Mes compagnons lui dirent : « Jeanne, nous vous avons amené ce bon Père. Quand vous le connaîtrez bien, vous l’aimerez bien ». Jeanne leur répondit : « Le bon Père me rend bien contente. J’ai déjà entendu parler de lui et dès demain je me veux confesser à lui ». Le lendemain je l’ouïs en confession, et je chantai la messe devant elle. Depuis cette heure, j’ai toujours suivi Jeanne et n’ai cessé d’être son chapelain jusqu’à Compiègne.

On m’a dit que quand Jeanne vint au roi, elle fut, à deux reprises, visitée par des femmes. On voulait savoir ce qu’il en était d’elle, si elle était homme ou femme, déshonorée ou vierge. Elle fut trouvée femme, mais vierge et pucelle. Elle fut notamment visitée, paraît-il, par la dame de Gaucourt et par la dame de Trèves.

Au moment où Jeanne entrait au château de Chinon pour aller parler au roi, un cavalier se mit à dire : « N’est-ce pas là la Pucelle ? Jarnidieu ! si je l’avais une nuit, je ne la rendrais pas telle que je l’aurais prise. —Ha ! lui dit Jeanne, en nom Dieu, tu Le renies et tu es si près de la mort ! »
Moins d’une heure après, cet homme tomba dans l’eau et se noya. Je tiens ce fait de la bouche de Jeanne et de plusieurs autres personnes qui déclaraient avoir été présentes.

Le seigneur comte de Vendôme introduisit Jeanne dans la chambre du roi. Le roi l’apercevant lui demanda son nom. Elle dit : « Gentil dauphin, j’ai nom Jeanne la Pucelle, et vous mande le Roi des cieux par moi que vous serez sacré et couronné à Reims, et que vous serez le lieutenant du Roi des cieux qui est roi de France ».
Après beaucoup de questions du roi, Jeanne reprit : « Je te dis de la part de Messire que tu es vrai héritier de France et fils du roi, et Il m’envoie à toi pour te conduire à Reims afin que tu y reçoives ton couronnement et ton sacre, si tu en as la volonté ».
A la suite de cet entretien, le roi dit à son entourage que Jeanne lui avait parlé de certaines choses secrètes que nul ne savait ni ne pouvait savoir hormis Dieu, et qu’ainsi il avait bien confiance en elle.
Tout ce que je viens de dire je le tiens de Jeanne, car je ne fus témoin de rien.

Jeanne me disait qu’elle était vexée de tant d’interrogatoires ; qu’on l’empêchait de faire sa besogne, qu’elle était impatiente d’agir, qu’il en était temps.

Elle avait demandé aux messagers de son Seigneur — son Seigneur c’était Dieu — ce qu’elle devait faire. Ils lui dirent de prendre l’étendard. Elle se fit donc faire un étendard où était représenté notre Sauveur assis en jugement sur les nuées du ciel, et où figurait un ange, tenant en ses mains une fleur de lis que le Sauveur bénissait. J’étais à Tours quand cet étendard y fut bénit.

Jeanne était très dévote envers Dieu et la bienheureuse Marie. Elle se confessait presque chaque jour et communiait fréquemment. Quand elle était en un lieu où il y avait un couvent de mendiants, elle me disait de lui remémorer les jours où les petits enfants des mendiants (note 2) recevaient le sacrement de l’Eucharistie, pour qu’elle communiât avec eux. Et c’était son plaisir de communier avec les petits enfants des mendiants. Quand elle se confessait, elle pleurait.

Ayant quitté Tours pour aller à Orléans, nous fûmes à Blois deux ou trois jours environ, attendant les vivres qu’on y chargeait sur les bateaux.
A Blois, Jeanne me dit de faire faire une bannière autour de laquelle se rassembleraient les prêtres et d’y faire peindre l’image de Notre-Seigneur crucifié. La bannière une fois terminée, Jeanne, chaque jour, matin et soir, me faisait convoquer tous les prêtres. Ceux-ci, réunis, chantaient des antiennes et des hymnes en l’honneur de la bienheureuse Marie.
Jeanne était avec eux. Elle ne permettait à aucun homme d’armes d’y être s’il ne s’était confessé le jour même, et elle les avisait tous de se confesser pour venir à la réunion, vu que tous les prêtres qui en étaient se tenaient prêts à recevoir tout pénitent de bonne volonté.
Le jour où on quitta Blois pour aller à Orléans, Jeanne fit rassembler tous les prêtres. La bannière en tête, ils ouvrirent la marche. Les hommes d’armes suivaient. Le cortège sortit de la ville, par le côté de la Sologne, en chantant : Veni creator Spiritus, et plusieurs autres antiennes.

Ce Jour-là et le lendemain on coucha dans les champs.
Le troisième jour, on arriva en vue d’Orléans. Les gens d’armes du roi, qui menaient un convoi de vivres, s’avancèrent jusque dans le voisinage de l’ennemi, si bien que Français et Anglais pouvaient, avec leurs yeux, se dévisager mutuellement. Mais la rivière était en ce moment si basse que les bateaux ne pouvaient monter ni venir jusques à la rive où étaient les Anglais. Heureusement, comme par un coup soudain, une crue d’eau se fit. Les bateaux purent aborder. Jeanne y entra avec des hommes d’armes et pénétra dans Orléans.

Pour moi, sur l’ordre de Jeanne, je retournai à Blois avec les prêtres et la bannière.
Peu de jours après, à la suite d’une quantité d’hommes d’armes, je vins à Orléans, par la Beauce, avec la bannière et les prêtres, sans aucun empêchement. Jeanne vint à notre rencontre et nous entrâmes tous ensemble dans la ville. Il n’y eut pas de résistance : nous fîmes entrer le convoi sous les yeux mêmes des Anglais. C’était merveilleux.
Les Anglais étaient en grande puissance et en grande multitude, excellemment armés et prêts au combat ; ils voyaient bien que ces gens du roi faisaient maigre figure vis-à-vis d’eux. Ils nous voyaient, ils entendaient chanter nos prêtres au milieu desquels je me trouvais portant la bannière. Eh bien ! ils demeurèrent tous impassibles et n’attaquèrent ni les clercs ni les hommes d’armes.
A peine étions-nous à Orléans que, pressés par Jeanne, les hommes d’armes sortirent de la ville pour aller attaquer les Anglais et donner l’assaut à la bastille Saint-Loup.
Ce jour-là, d’autres prêtres et moi, nous rendîmes après dîner, au logis de Jeanne. Au moment où nous arrivions, nous l’entendîmes qui criait : « Ou sont ceux qui me doivent armer ? Le sang de nos gens coule à terre ». Ayant été armée, elle sortit précipitamment et courut à la bastille Saint-Loup où avait lieu l’attaque. En route, Jeanne rencontra plusieurs blessés ; elle en eut très grande douleur. Peu après, elle marcha avec les autres à l’assaut et fit si bien que, violemment et par force, la bastille fut prise. Ceux qui s’y trouvaient furent faits prisonniers.
Je me rappelle que cet assaut eut lieu la veille de l’Ascension. Il y eut là force Anglais mis à mort. Jeanne s’en affligeait beaucoup, parce que, disait-elle, ces pauvres gens avaient été tués sans confession ; et elle les plaignait fort.
Sur place elle se confessa à moi. En même temps elle me prescrivit d’avertir publiquement tous les hommes d’armes de confesser leurs péchés et de rendre grâces à Dieu de la victoire obtenue ; sinon, elle ne les aiderait plus et même ne resterait pas en leur compagnie.

Ce même jour, veille de l’Ascension, Jeanne dit que dans cinq jours le siège d’Orléans serait levé et qu’il ne resterait plus un seul Anglais devant la ville. Or tel fut l’événement.

Ainsi, comme je l’ai dit, nous prîmes ce jour-là la bastille de Saint-Loup. Elle renfermait plus de cent hommes d’élite et bien armés. Il n’y en eut pas un qui ne fût tué ou pris.
Le soir de ce jour, étant en mon logis, Jeanne me dit que le lendemain, qui était le jour de l’Ascension de Notre-Seigneur, elle s’abstiendrait de guerroyer et de s’armer par révérence de cette fête solennelle ; et que ce jour-là elle voulait se confesser et communier. Ce qu’elle fit.
Elle ordonna que nul ne sortît le lendemain de la ville et allât attaquer ou faire assaut, qu’il ne se fût préalablement confessé.
Elle dit encore qu’on veillât que les femmes dissolues ne fissent partie de sa suite, car, à cause de leurs péchés, Dieu permettrait qu’on eût le dessous.

C’est en ce jour de l’Ascension que Jeanne écrivait aux Anglais retranchés en leurs bastilles en cette manière (5 mai 1429) :
« Vous, hommes d’Angleterre, qui n’avez aucun droit en ce royaume de France, le Roi des cieux vous mande et ordonne par moi Jehanne la Pucelle, que vous quittiez vos bastilles et retourniez en vos pays. Sinon je ferai de vous un tel hahu (note 3) qu’il y en aura perpétuelle mémoire. Voilà ce que je vous écris pour la troisième et dernière fois, et je ne vous écrirai plus ». Ainsi signé : « JHÉSUS MARIA, Jehanne la Pucelle ».
« Je vous aurais envoyé mes lettres plus honnêtement ; mais vous retenez mes hérauts ; vous avez retenu mon héraut Guyenne. Veuillez me le renvoyer et je vous renverrai quelques-uns de vos gens qui ont été pris à la bastille Saint-Loup ; car ils ne sont pas tous morts ».
La lettre écrite, Jeanne prit une flèche, attacha au bout la missive avec un fil et ordonna à un archer de la lancer aux Anglais en criant : « Lisez, ce sont nouvelles». La flèche arriva aux Anglais avec la lettre. Ils lurent la lettre, puis ils se mirent à crier avec très, grandes clameurs : « Ce sont nouvelles de la putain des Armagnacs ».
A ces mots Jeanne se mit à soupirer et à pleurer beaucoup, invoquant le Roi des cieux à son aide. Bientôt elle fut consolée, parce que, disait-elle, elle avait eu des nouvelles de son Seigneur.

Le soir, après souper, Jeanne me dit qu’il faudrait le lendemain me lever plus tôt que je n’avais fait le jour de l’Ascension et que je la confesserais de très grand matin.
En conséquence, le lendemain vendredi, je me levai dès la pointe du jour ; je confessai Jeanne et je chantai la messe devant elle et tous ses, gens. Puis, elle et les hommes d’armes allèrent à l’attaque, qui dura du matin jusqu’au soir.
Ce jour-là, la bastille des Augustins fut prise après un grand assaut.
Jeanne, qui avait l’habitude de jeûner tous les vendredis, ne le put cette fois parce qu’elle avait, eu trop à faire. Ainsi elle soupa. Elle venait d’achever son repas lorsque vint à elle un noble et vaillant capitaine dont je ne me rappelle pas le nom. Il dit à Jeanne : « Les capitaines ont tenu leur conseil. Ils ont reconnu qu’on était bien peu de Français, eu égard au nombre des Anglais, et que c’était par une grande grâce de Dieu qu’ils avaient obtenu quelques avantages. La ville étant pleine de vivres, nous pouvons tenir en attendant le secours du roi. Dès lors le conseil ne trouve pas expédient que les hommes d’armes fassent demain une sortie ». Jeanne répondit : « Vous avez été à votre conseil ; j’ai été au mien. Or, croyez que le conseil de mon Seigneur s’accomplira et tiendra et que le vôtre périra ». Et s’adressant à moi qui étais près d’elle : « Levez-vous demain de très grand matin, encore plus, que vous ne l’avez fait aujourd’hui, et agissez le mieux que vous pourrez. Il faudra vous tenir toujours près de moi, car demain j’aurai fort à faire et plus ample besogne que je n’ai jamais eue. Et il sortira demain du sang de mon corps au-dessus du sein ».
Donc, le lendemain samedi, dès la première heure, je me levai et célébrai la messe. Puis Jeanne alla à l’assaut de la bataille du Pont où était l’Anglais Clasdas (Glasdale).
L’assaut dura depuis le matin jusqu’au coucher du soleil sans interruption. A cet assaut, l’après-dîner, Jeanne, comme elle l’avait prédit, fut frappée d’une flèche au-dessus du sein. Quand elle se sentit blessée, elle craignit et pleura, et puis fut consolée, comme elle disait.
Quelques hommes d’armes la voyant ainsi blessée voulurent la charmer. Mais elle refusa, et dit : « J’aimerais mieux mourir que de faire chose que je susse être un péché ou contraire à la volonté de Dieu. Je sais, bien que je dois mourir un jour ; mais je ne sais ni quand, ni où, ni comment, ni à quelle heure. S’il peut être apporté remède à ma blessure sans péché, je veux bien être guérie ».
On appliqua sur la blessure de l’huile d’olive dans du lard ; et ce pansement fait, Jeanne se confessa à moi en pleurant et se lamentant. Ensuite, elle retourna derechef à l’assaut, en criant : « Clasdas, Clasdas, ren-ti, ren-ti au Roi des cieux ! Tu m’as appelée putain ; j’ai grand’pitié de ton âme et de celle des tiens ».
A cet instant, Clasdas, armé de la tête aux pieds, tomba dans le fleuve de la Loire et fut noyé, Jeanne, émue de pitié, se mit à pleurer fortement pour l’âme de Clasdas et des autres, noyés là en grand nombre.

J’ai souvent ouï Jeanne assurer qu’il n’y avait dans son fait qu’un pur ministère ; et quand on lui disait : « Mais rien de tel ne s’est vu comme ce qui se voit en votre fait : en aucun livre on ne lit telles choses », elle répondait : « Mon Seigneur a un livre dans lequel onques nul clerc n’a lu, tant soit-il parfait en cléricature ».

lys.gif

Note 1 : Frère Jean Pasquerel s’était rendu au Puy-en-Velay pour le Grand Pardon du Vendredi-Saint 25 mars 1429 (pour le Jubilé du Puy, voir > ici).
Note 2 : « les petits enfants des mendiants » : les enfants catéchisés par les religieux mendiants.
Note 3 : « un tel hahu » ou « un tel hahaye » : le mot est difficilement lisible dans les minutes du procès… et s’il s’agit bien de « hahu » ou de « hahaye », on ne connaît pas ce mot, si bien que beaucoup de ceux qui reproduisent cette lettre de Jeanne prennent le parti d’omettre cette phrase. S’agit-il d’une espèce d’onomatopée ? S’agit-il d’un mot dialectal plus ou moins déformé ? De toute façon, on comprend très bien l’idée que Jeanne a voulu exprimer…

Blason de Sainte Jeanne d'Arc

Lire aussi :
- « A Jeanne d’Arc » : cantique du Père Donceur et prière pour la France > ici
- Jeanne d’Arc, sainte de la Légitimité dynastique > ici

2016-36. Que saint Louis et sainte Jeanne d’Arc protègent notre Patrie et lui rappellent sa mission.

Ce dimanche 8 mai 2016, en fin d’après-midi, Monseigneur le duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, s’est rendu à Poissy à l’occasion de la cérémonie marquant la restauration de la statue de son aïeul et céleste protecteur, Saint Louis : cette statue avait été gravement endommagée l’année dernière par un acte de vandalisme ; une souscription en a permis la restauration.

A cette occasion, qui coïncidait avec la fête nationale de Sainte Jeanne d’Arc, le Prince a prononcé les paroles suivantes :

Louis XX à Poissy 8 mai 2016

Monseigneur le duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX,
devant la statue restaurée de son aïeul qui est aussi son saint patron
Collégiale de Poissy, le 8 mai 2016.

Fleur de lys bleu

Déclaration de Monseigneur le Duc d’Anjou

le 8 mai 2016

 à l’occasion de la réinstallation de la statue restaurée de saint Louis

dans la Collégiale de Poissy :

 

J’ai souhaité être présent pour la réinstallation de la statue de saint Louis qui avait été brisée, l’année même où de nombreuses villes de France commémoraient la naissance de Louis IX, le saint Roi.

Le symbole était trop fort pour que ne soit pas perçu dans cet évènement quelque chose qui le dépasse. Qui nous dépasse !

Saint Louis, né en 1214, il y a donc maintenant un peu plus de huit siècles, demeure le modèle du bon gouvernant. Dans ses diverses actions, dans ses écrits, il a toujours montré que le devoir des rois était tout entier contenu dans le service qu’ils pouvaient assurer vis-à-vis de leurs sujets.

Cela s’est traduit en termes de justice qu’il réforma pour une meilleure adéquation entre la sentence et la faute ; de fiscalité qu’il voulut rendre plus juste et mieux ordonnée au bien commun ; de préoccupations sociales vis-à-vis des plus pauvres ou des malades.

Il ne nous appartiendra pas de rappeler ses mérites que le peuple a tout de suite reconnus au point de vouloir en faire un saint dans des délais très courts.

Au-delà de sa personne et de son action humaine, il y a en effet l’intercesseur entre les hommes et Dieu qui est honoré sur les autels de centaines de cathédrales, églises et chapelles placées sous son patronage.

Oui, ce saint est intimement lié à la France qu’il protège.

Il était donc important qu’il soit encore mieux vénéré dans cette église de Poissy où il fut baptisé et où sa statue a toute sa place. Celle-ci ne pouvait pas disparaître, fracassée par une main iconoclaste. Ainsi dès que j’ai su qu’elle avait été brisée alors que par deux fois, quelques semaines avant, elle avait accompagné ma démarche d’hommage à mon saint aïeul, j’ai demandé que soit mis en œuvre ce qui était possible pour replacer l’effigie de saint Louis dans son église.

L’Institut de la Maison de Bourbon, organisme culturel reconnu d’utilité publique, permet de répondre à de tels besoins et il a pu ouvrir une souscription à laquelle ses membres ont largement répondu, ainsi que ceux d’autres associations, elles aussi sollicitées. Je les remercie toutes.

Le mécénat est nécessaire dans un pays qui conserve de nombreux témoignages de son passé mais qui est confronté aussi, souvent, à leur triste état et même, parfois, malheureusement à leur abandon. Mais sans doute la création d’une nouvelle statue aurait-elle dû être envisagée sans le talent, la patience et tout l’art de Pierre-Charles Mouterde qui a su, parmi les centaines de débris épars, reconnaître chaque morceau et reconstituer l’œuvre. Ainsi cet objet de foi des générations passées continue, au présent, à soutenir la dévotion des fidèles. Beau symbole chrétien d’unité des générations qui ne forment qu’une famille. Symbolique forte, à l’image de celui qui fut autant un grand roi sur terre qu’un grand saint au ciel.

Remercions donc le Père Courtois, d’avoir pu organiser cette cérémonie. La date choisie, qui est celle de la fête nationale de Jeanne d’Arc, n’est pas un hasard. Elle permet de se rendre encore mieux compte qu’en France la foi et l’attachement aux valeurs chrétiennes sont les meilleurs fondements de la vie publique. Qu’à l’occasion de la restauration de la statue du souverain né et baptisé à Poissy, saint Louis et sainte Jeanne d’Arc protègent notre Patrie et lui rappellent sa mission.

 Louis, duc d’Anjou.

Grandes armes de France

Publié dans:Vexilla Regis |on 9 mai, 2016 |3 Commentaires »
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