Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2024-50. 28 février 1794 : le massacre du Petit Luc (Les Lucs-sur-Boulogne).

- 28 février 1794 -

Vignette Sacré-Cœur entouré de palmes - blogue

Chapelle Notre-Dame du Petit Luc - blogue

La chapelle Notre-Dame du Petit Luc
érigée au XIXème siècle à l’emplacement du chœur de l’église du Petit-Luc
où fut perpétrée la part la plus importante du massacre du 28 février 1794

       L’abominable événement que nous commémorons en ce jour fait figure de symbole et, en quelque manière, il synthétise, à lui seul et en un seul lieu, toute l’horreur des « colonnes infernales » en Vendée, et de l’impitoyable répression organisée, voire systématisée, des hommes de la révolution contre le peuple d’une manière générale.
Il représente de la sorte une espèce de prototype de tous les massacres de populations civiles perpétrés au nom des idéologies totalitaires qui se succèdent depuis la grande révolution en laquelle elles trouvent toutes leur origine, qu’elles soient dites « de droite » ou « de gauche ». 

  Cet horrible massacre – accompli au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, des droits de l’homme, et de ces « valeurs de la république » dont on nous rebat les oreilles – est parfaitement documenté, à la différence – malheureusement ! – de nombreux autres événements du même type, puisque il est très loin d’être un cas unique. J’insiste : non seulement en Vendée, mais sur toute la terre de France, et même au-delà puisque les « idéaux révolutionnaires » colportés dans toute l’Europe par le Buonaparte et ses troupes, y produisirent les mêmes effets, les mêmes atrocités.

Vitrail des Lucs sur Boulogne - détail 1

   On le sait, en janvier 1794, le Comité de salut public avait accordé au général Turreau l’autorisation de faire parcourir le territoire de la Vendée militaire par douze colonnes mobiles chargées de tout mettre à feu et à sang sur leur passage, même si, à cette date, les débris de la grande Armée catholique et royale de l’Ouest avaient été anéantis à Savenay. Mais le seul fait que le peuple catholique de ces provinces ait osé se révolter, au nom de sa foi persécutée, constituait un crime impardonnable aux yeux des fanatiques de l’ « ordre nouveau » fondé sur l’idéologie des « Lumières » - ces prétendues lumières allumées au feu de l’enfer puisqu’elles refusaient celles de la Révélation chrétienne et ne pouvaient tolérer qu’on affirmât le primat de la Loi divine sur les lois de la république !
S’opposer à la bienfaisante régénération révolutionnaire c’était (et demeure de nos jours) s’exclure  des cadres de la nation et de la liberté, cesser d’être un citoyen, et n’être plus qu’une forme de sous-homme, d’animal nuisible à éradiquer.
La logique révolutionnaire, aujourd’hui comme hier, est « sanitaire » ; elle est « hygiénique » ; elle ne fait que « nettoyer » le corps social de dangereux parasites. La manière de penser des « grands esprits » de la révolution est identique à celle des nazis ou des bolcheviques, et les incendiaires d’Oradour-sur-Glane ne sont en définitive que les petits frères des soldats de la révolution…

   Lorsque donc le 28 février 1794, deux colonnes placées sous les ordres du général Cordelier longent l’une la rive droite et l’autre la rive gauche de la Boulogne, fusillant hommes et bêtes, incendiant fermes isolées et hameaux, pillant, torturant et violant, ils ne font somme toute qu’une opération de « routine » révolutionnaire pour le bien de la nation.
Lorsqu’elles approchent des paroisses du Grand Luc et du Petit Luc (ce sont alors deux paroisses distinctes : la commune des Lucs-sur-Boulogne est le résultat de la fusion des deux), elles ont déjà des centaines et des centaines de morts et de crimes qui les recommandent à la reconnaissance de la nation.

Vitrail des Lucs sur Boulogne - martyre de l'abbé Voyneau

   Plus de cinq-cents fidèles des paroisses du Grand Luc et du Petit Luc (on ne parle jamais des Lucs, au pluriel, avant la révolution), absolument sans défense, ont couru chercher refuge aux pieds de la Très Sainte Vierge, dans l’église Notre-Dame du Petit Luc.
Se souvenant que le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis, l’abbé Louis-Michel Voyneau, curé septuagénaire du Petit Luc, réfractaire dont la tête est mise à prix, s’avance alors au-devant des  Bleus offrant sa vie pour obtenir que ses paroissiens soient épargnés. Mais « la pitié n’est pas révolutionnaire »
Il est longuement torturé : en particulier on lui tranche les doigts qui ont reçu l’onction sacrée pour tenir la Sainte Hostie, pour absoudre et pour bénir ; on lui tranche la langue, dont la parole annonçait l’Evangile, enseignait les préceptes divins, faisait descendre le Bon Dieu sur l’autel ; enfin, à coups de sabre, on lui ouvre la poitrine pour en arracher le cœur…

   Son héroïque sacrifice ne sauvera toutefois pas son troupeau.
Cordelier et ses soudards montent jusqu’à l’église Notre-Dame, et, dans une lettre écrite par l’un des soldats au soir de cette journée : « Aujourd’hui journée fatigante, mais fructueuse. Pas de résistance. Nous avons pu décalotter à peu de frais toute une nichée de calotins. Nos colonnes ont progressé normalement ».
Rien n’a échappé au massacre, à balles et à coups de baïonnettes. Pas un survivant parmi ces centaines de vieillards, hommes, femmes et enfants, dont on retrouvera, avec leurs ossements, les insignes du fanatisme : croix, chapelets et scapulaires du Sacré-Cœur.
Pour terminer leur fructueuse besogne, les Bleus incendient l’église et tirent dessus au canon, pour être bien sûr que personne n’échappe au brasier. Ensuite, méticuleusement, ils écument toutes les maisons, tous les hameaux, toutes les fermes et métairies, battent les haies et massacrent encore et encore tout ce qu’ils peuvent trouver d’humains et d’animaux : la colonne a progressé normalement.

Vitrail des Lucs sur Boulogne - détail 2

   Quelques jours plus tard, le jeune curé du Grand Luc, l’abbé Charles-Vincent Barbedette, aumônier auprès des troupes du Chevalier de Charette, informé du massacre, revient dans sa paroisse et se rend sur les lieux : il se met en devoir de donner une sépulture aux 563 cadavres qu’il dénombre sur les lieux et dont il dresse une liste précise (on donne souvent le nom de 564, mais c’est parce qu’en fait l’abbé a mentionné deux fois la même personne), une liste qui nous est parvenue en grande partie.
En grande partie seulement car, aujourd’hui, un feuillet a été perdu et nous n’avons plus que 459 noms : ceux de 80 hommes et 127 femmes âgés de 10 à 49 ans, de 124 personnes de plus de 50 ans, et de 127 enfants de moins de 10 ans (« 110 tout petits enfants qui n’avaient pas l’âge de raison » écrit aussi l’Abbé). Le plus jeune avait 15 jours, le plus âgé 84 ans.
Des plaques de marbre, sur lesquelles ont été gravés tous ces noms, sont fixées sur les murs de la chapelle, construite dans la seconde moitié du XIXème siècle et qui occupe l’emplacement du chœur de l’église Notre-Dame du XIème siècle détruite ce 28 février 1794.

   Des démarches ont été entreprises, dans la première moitié du XXème siècle en vue d’une éventuelle béatification des « 110 tout petits enfants qui n’avaient pas l’âge de raison », ces « Saints Innocents de la Vendée martyre », massacrés ici uniquement en haine de la foi catholique, puisque on ne peut arguer de motifs politiques à la mise à mort d’enfants de moins de sept ans. Des âmes ardentes œuvrent de nous jour pour que soit relancée l’instruction de cette cause de béatification, un temps en sommeil, et, depuis plusieurs années déjà, un pèlerinage vers cette chapelle est maintenant organisé et se développe doucement, avec la bénédiction de Monseigneur l’Evêque de Luçon.

   Au jour anniversaire de leur martyre, prenons le temps de nous recueillir en méditant sur l’exemple que l’abbé Louis-Michel Voyneau et ses paroissiens donnent à nos temps : l’exemple qu’ils donnent à chacun de nous, catholiques qui souffrons aujourd’hui d’une autre forme de persécution, et demandons-leur de nous obtenir la grâce d’une totale cohérence et d’une absolue fidélité, quoi qu’il doive nous en coûter.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

PS : Feu le Maître-Chat Lully avait déjà évoqué ce massacre lors d’une chronique en 2014, vous pouvez retrouver ce texte > ici

Vignette Sacré-Cœur entouré de palmes - blogue

Prière pour demander leur béatification

       Seigneur Jésus, qui avez couronné de l’auréole des martyrs les petits enfants de Bethléem immolés à Votre place par Hérode, daignez nous accorder la Glorification des petits enfants des Lucs, victimes de l’impiété révolutionnaire.
N’est-ce pas en haine de Votre nom qu’ils furent eux aussi massacrés, nouveaux Saints Innocents de cette paroisse justement surnommée le Bethléem de la Vendée ?
Nous Vous supplions donc, ô Divin Ami des enfants, d’exaucer les prières que nous adressons à ces petits anges, afin que, bientôt, la Sainte Eglise puisse les donner pour modèles aux petits enfants de chez nous.
Nous Vous demandons encore, ô Jésus, que l’exemple de leur mort nous apprenne l’amour de Votre Sacré6Cœur et la vraie dévotion au Rosaire, et que leur céleste protection nous aide à montrer dans toutes les actes de notre vie une fidélité chrétienne digne de nos pères.

Ainsi soit-il.

Cœur Sacré de Jésus, ayez pitié de nous !
Notre-Dame du Petit-Luc, Reine des Martyrs, priez pour nous !

Imprimatur : Luçon, le 22 décembre 1961.  + A.M. Cazaux, Evêque de Luçon.

Image de dévotion 1961

2024-47. Les exemples du Bienheureux Noël Pinot (lettre mensuelle de la Confrérie Royale – février 2024).

Dimanche 25 février 2024,
Dans la Confrérie Royale, journée spéciale de prières et d’offrande
à l’intention de Sa Majesté le Roi Louis XX et pour la France.

Note :

   Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois de la manière suivante, en sus des 3 angélus quotidiens qu’ils offrent habituellement en y ajoutant l’oraison pour le Roi extraite du Missel romain. Chaque 25 du mois donc, ils redoublent de prières, et offrent avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices de leur devoir d’état ainsi que les peines et les joies de ce jour ; ils travaillent plus méticuleusement à leur sanctification ; et, lorsque cela leur est possible, ils assistent à la Sainte Messe et offrent la sainte communion à l’intention du Roi ; ou bien encore, ils accomplissent quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire, offerts à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.
La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Le but de cette lettre est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et des approfondissements, qui sont toujours nécessaires.

armoiries confrérie royale

Lettre mensuelle
aux membres et amis de la
Confrérie Royale

- 25 février 2024 -

Les exemples du Bienheureux Noël Pinot
(230ème anniversaire de son martyre)

Bien chers amis,

   Nous voici déjà au deuxième dimanche de la Sainte Quarantaine. Tempus fugit, dit l’adage. Le temps passe, et nous file entre les doigts. Nos résolutions du Carême sont-elles toujours tenues ? Changent-t-elles notre vie ? Nous rapprochent-elles toujours plus de Dieu dans cette relation que nous devons développer avec Lui ?

   Certains disent que la vie est une préparation à mourir. Dans un sens oui mais cette pensée mortifère n’est pas très réjouissante ! Si nous partons dans cette optique, notre vie ne sera qu’un – long – enchaînement de choses à faire ou à ne pas faire. Où est donc l’amour, la charité ?

   Certes, cette période du Carême est marquée par la pénitence et l’ascèse, mais nous ne sommes pas appelés à faire la grimace. Que Notre Seigneur ne puisse pas nous traiter d’hypocrites ! Avant de faire des pénitences exemplaires – et surtout de les tenir : cela ne sert à rien de prendre comme résolution de jeûner au pain et à l’eau devant les autres tous les jours de Carême pour se goinfrer de biscuits dans le secret ! – voyons comment nous pouvons couronner nos efforts par la charité.

Croix intercalaire typographie - blogue

   Laissez-moi vous conter l’histoire du Curé de Louroux-Beconnais. Les parents de familles nombreuses le savent bien, l’arrivée, bien que très réjouissante, d’un petit nouveau n’est pas toujours simple à organiser matériellement. Pourtant René et Claude Pinot accueillirent avec joie la naissance de Noël, le 19 décembre 1747. Dernier de seize enfants, Noël fut baptisé le lendemain. Son enfance est obscure mais nous savons que les vertus chrétiennes dont il faisait preuve, ainsi que sa piété exemplaire le désignèrent comme une âme d’élite de la Paroisse Saint Martin [1]. Le fils ainé de cette pieuse famille, René, fut ordonné prêtre en 1753. Ce fut lui qui enseigna les premiers rudiments de latin à son plus jeune frère. Noël fit ses études au Collège qui devint par la suite l’actuel Hôtel de Ville d’Angers. Entré au séminaire dès ses 18 ans, il fut ordonné prêtre en 1770, dès qu’il eut atteint l’âge canonique alors même que ses études n’étaient pas terminées. Il fut donc obligé de se rasseoir sur les bancs de l’école pour terminer sa Philosophie.

   Nommé par son évêque aumônier des Incurables d’Angers [2], notre jeune prêtre faisait, par ses œuvres, l’édification à la fois des fidèles et du clergé. Ce dernier, touché du zèle du jeune prêtre pour les âmes, mais également admiratif de sa science ecclésiastique, lui présageait une grande destinée. Notre Bienheureux se retrouve donc dans un premier ministère ingrat aux yeux du monde, un ministère auprès des mourants. Il n’y aucun honneur, rien de quoi se glorifier dans un tel apostolat. Pourtant n’est-ce pas un des plus beaux ministères aux yeux de Dieu ? Prier pour les agonisants et leur apporter un petit réconfort matériel, parfois seulement un sourire, n’est-ce pas plus méritoire que de siéger en une chaire de Théologie dans une Grande École parisienne ? La Charité passe par les actes quotidiens et avant de monter plus haut ou d’avancer dans ce Carême 2024, il nous est toujours bon de nous rappeler que les actes de miséricorde sont les plus prompts à exciter la Miséricorde de Dieu.

Messe clandestine du Bienheureux Noël Pinot

   Arrivant sur ses quarante ans, l’abbé Pinot fut présenté à Monseigneur de Vivier, évêque d’Angers, afin qu’il reprenne la cure de Louroux-Béconnais. La décision fut rapidement prise et, est-ce par un pressentiment mystérieux, le nouveau curé pris possession de sa cure le 14 septembre 1788 en la fête de l’Exaltation de la Sainte-Croix [3]. Pendant deux ans, l’abbé Pinot fit de cette paroisse, la plus grande en superficie du diocèse d’Angers, un havre de catholicité. Les pauvres y affluaient pour y recevoir les secours de l’âme et du corps tandis que le Curé, vivant frugalement, utilisait les revenus de la cure pour venir en aide aux indigents. 

   La Terreur n’avait pas encore trop troublé les pays de l’Ouest mais ses signes avant-coureurs étaient de plus en plus visibles. La Constitution Civile du Clergé, décrétée le 12 juillet 1790 et sanctionnée, à contrecœur et après six semaines de lutte, par Louis XVI le 24 août, sonnait le glas de l’Église Catholique en France. Les évêques seraient désormais élus [4], la Primauté du siège de Pierre n’était plus reconnue [5], les ordres religieux sont supprimés.

   L’évêque d’Angers, les curés et vicaires et tous les prêtres de la ville, reçurent le 31 décembre 1790 ordre de prêter le serment après la Grand-messe paroissiale. L’évêque, et son clergé à sa suite, refusant ce serment, furent déposés dès le 5 février 1791 [6].

   Permettez-nous une, rapide, parenthèse sur un point que soulève le refus de l’évêque et de son clergé à se séparer du Saint Père. Le Pape, le roc sur lequel l’Église est fondée, le Serviteur des Serviteurs de Dieu et son Office, semblent être malmenés depuis quelques temps. Cette crise, au lieu de nous mettre en colère ou bien de nous désespérer, bien que ce soient des réactions normales et humaines, peut nous permettre de réfléchir à l’épineuse question de l’ultramontanisme. Les Papes, l’Église en a vu de toutes les couleurs : des saints, des médiocres, des combattants mais également des mauvais. Pourtant ils furent tous couronnés du Souverain Pontificat et ceci même si leur règne fut catastrophique. Le Pape n’est pas un gourou, un prophète ou un super homme. Il est un homme, prêtre, évêque, pécheur, qui fut élu par un Conclave pour régir, un temps, la barque de Pierre qu’est l’Église ; mais parfois le capitaine du navire n’est pas un bon marin ! Nous entendons aujourd’hui des appellations : « antipape », « imposteur », « élection invalide »… etc. Le seul problème avec ces phrases est que le Pape, dès qu’il est accepté comme tel par tous les Cardinaux, ce qui est le cas, est le Pape. Si des Cardinaux avaient annoncé une fausse élection, il en serait autrement, mais ce n’est pas le cas. L’Église, notre Mère, peut souffrir d’un mauvais Pape. Eh bien souffrons avec elle et faisons des actes de pénitence, de charité pour le Pape, son successeur et toute l’Église. Est-ce que notre Bienheureux aurait prêté serment sous un mauvais Pape ? Non, jamais, car il était Catholique. Notre amour et attachement nous lient à l’Église et au Ministère pétrinien, et non pas forcément à la personne qui tient cet Office. Notre pire ennemi peut devenir notre chef hiérarchique, pourtant il peut faire du bon travail ; à l’inverse pour notre meilleur ami. Ne soyons pas trop prompts à juger à notre niveau, mais faisons ce qui est en notre pouvoir : prions, jeûnons et redoublons de sacrifices pour notre Sainte Mère l’Église.

 Maison dans laquelle fut pris le Bienheureux Noël Pinot

   Les regards des fidèles de la paroisse de Louroux-Béconnais se tournaient vers leur curé. Que ferait-il ? La date pour qu’il prête serment fut fixée au dimanche 20 février 1791. Après la Grand-messe, le curé ayant déposé ses ornements à la sacristie, refusa de prêter serment. Le maire lui fit dire qu’il était considéré comme démissionnaire et ne pouvait plus exercer de juridiction sur sa paroisse. Le curé répondit que la loi, pas plus que le maire, ne pouvaient lui retirer des pouvoirs qu’il tenait de Dieu et de l’Église, qu’il restait curé légitime de la paroisse, unique dépositaire de l’autorité pastorale, et que s’il ne pouvait rien contre la force, il ne soumettrait jamais sa conscience à des lois injustes et nulles devant Dieu. La semaine qui suivit se passa sans troubles, tout le monde attendait le dimanche suivant.

   Le dimanche 27 février, après la Grand’Messe dite par le curé Pinot, ce dernier monta en chaire. Voici le compte rendu du procès-verbal réalisé à cette occasion (fautes de français comprises !) :

« Le dimanche 27 février, le sieur Pinot étant monté en chaire avant le dernier évangile commença par annoncer au peuple que sans doute il allait être surpris de l’entendre parler sur les matières qu’il allait traiter, qu’il savait bien à quoi il s’exposait, mais que ni les tourments ni les échafauds n’étaient capables de l’arrêter ; qu’il le devait à sa conscience, au public qu’il devait instruire, et que le Dieu qu’il venait de recevoir lui commandait impérieusement de détourner le troupeau qui lui était confié des sentiers de l’erreur où il allait se précipiter. Tant que les lois que l’Assemblée nationale a faites, a-t-il dit, n’ont parlé que sur le temporel, j’ai été le premier à m’y soumettre ; c’est en raison de cela que j’ai fait une déclaration pour la contribution patriotique, que j’ai payé les impôts dont on m’a chargé. Mais aujourd’hui qu’elle veut mettre la main à l’encensoir, qu’elle attaque ouvertement les principes reconnus depuis tant de siècles par l’Église catholique, apostolique et romaine, mon silence serait un crime, je dois vous avertir, tout me commande de vous instruire. Vous voulez savoir ce qui m’empêche de prêter le serment ? C’est que je ne le puis en conscience, c’est qu’il contrarie la religion. Aussi tous les évêques de France n’ont-ils pas voulu s’y soumettre ; l’assemblée a détaché la France de notre chef visible qui est le Pape, de sorte qu’il portera le nom de chef des fidèles et n’aura aucune communication avec eux. Vous voyez que cela est évidemment contraire à notre religion. Dès votre plus tendre enfance, vous avez appris que l’Eglise frappait d’anathème le prêt à usure : aujourd’hui, un décret de l’Assemblée nationale l’autorise. Nous avons toujours considéré les vœux comme ce qu’il y a de plus sacré, et quiconque les eût ci-devant violés eût été traité d’impie et d’apostat ; cependant l’Assemblée nationale a jugé à propos de les dissoudre ; elle a dit : « Sortez, religieux et religieuses !» et les couvents où habitaient le recueillement et la sainteté se sont ouverts. Pour vous convaincre que nous ne pouvons prêter le serment sans manquer à notre religion et sans nous rendre indignes de notre saint ministère, c’est que moi qui vous parle, après avoir étudié tous les livres saints, après avoir consulté les gens les plus pieux et les plus attachés à notre religion, je verrais mon supplice préparé que je m’y refuserais car, ainsi que firent les premiers fidèles en se refusant aux lois injustes des rois du paganisme ; c’est ainsi que nous devons faire. Croyez que si plus des deux tiers du clergé de France, et notamment celui des grandes villes où il est plus instruit qu’ailleurs, s’est refusé au serment, ce n’est pas le regret qu’il a pour les choses d’ici-bas, mais la crainte qu’il a de perdre son âme. Rien ne m’empêchera d’être votre curé, et quand on m’arracherait de force, je le serais néanmoins ».

   Le curé fut coupé par le maire, mais put sortir de l’église et regagner son presbytère. Le vendredi 4 mars, la Garde Nationale venait l’arrêter. Placé en détention à Angers, son sort de prisonnier fut amélioré par rapport au commun bandit par crainte des représailles de la population. Vint la comparaison devant le Tribunal du Directoire. Les juges, troublés, manquèrent d’absoudre l’abbé Pinot et le condamnèrent seulement à passer deux ans éloigné de sa paroisse. Au lieu d’être relâché, notre Bienheureux fut transféré de prison. Jugé à nouveau, le premier jugement fut confirmé et Noël Pinot pu reprendre un apostolat loin de sa paroisse, mais secrètement. Pourtant son zèle pour les âmes faisait du bruit. Il était traqué jour et nuit par les autorités du Directoire afin qu’il cesse ses activités. Après deux ans, pendant que les guerres de Vendée donnaient du fil à retordre aux armées, le curé Pinot put rentrer dans sa paroisse, en juin 1793, où il fut accueilli en triomphe. Ce rayon de soleil fut de courte durée. A peine dix jours après son retour, il fut obligé de recommencer son apostolat secret, pendant huit mois, mais cette fois ci, dans sa paroisse.

Bx Noël Pinot

   Le 9 février 1794, l’abbé Pinot, reconnu par un ouvrier charpentier qu’il avait jadis assisté de ses aumônes, fut arrêté alors qu’il allait monter à l’Autel, et emmené à Angers. Jugé le 21 février, en ornements sacerdotaux, le Bienheureux est condamné à mort, le jugement devant être exécuté dans les vingt-quatre heures, c’est-à-dire dans la foulée. Noël Pinot fut conduit à l’échafaud en ornements tandis que ses juges l’accompagnaient afin de voir son sang couler. En montant les marches, le saint prêtre commença le Psaume 42 : Introibo ad altare Dei, les premiers mots de la Sainte Messe.

   C’était le 21 février 1794. Ainsi mourut à l’âge de quarante-huit ans, le ciel dans les yeux, la joie sur les lèvres et Dieu dans le cœur, l’abbé Noël Pinot, curé du Louroux-Béconnais, modèle des prêtres de son temps et de tous les temps, dont l’Église, en lui donnant l’onction sacerdotale, avait fait un vrai ministre de Jésus-Christ, et dont l’impiété révolutionnaire fit un confesseur de la foi, puis un martyr.

   Cet amour de l’Église, cet attachement viscéral à la romanité, qui est constitutif de l’Église Catholique Romaine, peut nous amener à endosser la pourpre, non pas cardinalice mais la pourpre du sang. Mourir pour l’Église, c’est mourir pour le Christ. Nous ne sommes pas tous appelés au martyre mais nous sommes tous appelés à la fidélité. Cette fidélité, dans les petites comme dans les grandes choses, est ce qui fera de nous des saints. Au début de ce Carême, nous voici avec un exemple, certes héroïque, mais palpable de sainteté par la fidélité.

   Méditons l’exemple de charité du Bienheureux Noël Pinot. Ses actes de charité et de pénitence furent couronnés par cette couronne impérissable du martyre. Puissions-nous au moins l’imiter dans sa charité envers notre prochain !

Fervent et saint Carême à tous,

+ G.                   


[1] Anatole de Ségur,  Une victime de la Constitution Civile du Clergé, Paris, Bray et Retaux, 1881, p. 17.
[2] Ibid., p. 18.
[3] Ibid., p. 21.
[4] « A compter du jour de la publication du présent décret, on ne connaîtra qu’une seule manière de pourvoir aux évêchés et aux cures, c’est à savoir, la forme des élections. ». Constitution Civile du Clergé, titre II « Nomination aux bénéfices ».
[5] « Le nouvel évêque ne pourra s’adresser au pape pour en obtenir aucune confirmation ; mais il lui écrira comme au chef visible de l’Eglise universelle, en témoignage de l’unité de foi et de la communion qu’il doit entretenir avec lui. ». Ibid., T II, art. 19.
[6] Op. cit., p. 26.

Martyre du Bx Noël Pinot

2024-46. La légende de la consécration miraculeuse de la Basilique royale de Saint-Denis par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

24 février,
Fête de Saint Mathias, apôtre ;
Anniversaire de la dédicace de la Basilique royale de Saint-Denis.

Martyre de Saint Denis et de ses compagnons - blogue

Le martyre de Saint Denis et de ses compagnons
(manuscrit de la vie de Saint Denis – XIIIe siècle)

       A la date du 24 février, Monseigneur Paul Guérin, dans « Les Petits Bollandistes », après avoir cité le martyrologe romain, mentionne cet ajout du martyrologe des Eglises des Gaules :

« A Saint-Denis, en France, la dédicace miraculeuse de l’église abbatiale, faite par Notre-Seigneur Jésus-Christ, prêtre éternel ».

   Bien évidemment, cette consécration miraculeuse est aujourd’hui qualifiée de légendaire, au sens de « fantaisiste » et de « sans aucune consistance historique », alors que, vous ne l’ignorez pas, je pense, le mot latin « legenda », d’où vient notre mot français légende, signifie originellement : « choses qui doivent être lues » (sous entendu, parce que cela est authentique).
« Legenda » servait, entre autres, à indiquer au clerc chargé de lire (dans les chapitres canoniaux ou monastères) le commencement des textes résumant la vie des saints pendant l’office divin le jour de leur fête, ou bien les récits plus étendus – lus par exemple au réfectoire – de ces vies où très souvent abondent les miracles, apparitions et autres événements prodigieux accomplis par Dieu, la Très Sainte Vierge, les Anges ou les Saints eux-mêmes.

   Or ce sont justement, et a priori, tous les faits miraculeux qui paraissent irrecevables aux incrédules, mécréants, rationalistes et ennemis de la foi de tout poil, pour lesquels tout ce qui n’est pas strictement conforme aux lois de la nature, et à leur scientisme d’esprit positiviste, n’existe pas, ne peut pas exister, et ne peut donc être que le fruit de l’affabulation, du mensonge, de la supercherie ou de l’illusion.
La conséquence en est qu’ils éliminent tout le surnaturel, ou qu’ils n’en parlent que pour s’en moquer (prétextant la naïve crédulité des fidèles et son exploitation par l’Eglise, dont il est évident pour eux qu’elle ne cherchait qu’à asservir les « masses populaires »).
Puis des clercs, influencés par l’esprit du monde, finissent eux-mêmes par en douter, par s’en gausser, ou par envoyer ces récits aux oubliettes.

   Ce faisant, ils n’ont même pas l’honnêteté de faire remarquer que ces « légendes » (au sens étymologique) expliquent pourquoi les foules se pressaient en tel endroit, pourquoi les pèlerins y accourraient – parfois de fort loin -, pourquoi la ferveur des fidèles s’y était attachée plus qu’à d’autres lieux.
Sans compter le fait qu’en persiflant ou taisant les dites « légendes », on perd les clefs de lecture et de compréhension d’un grand nombre de détails architecturaux ou artistiques, et même d’événements tout ce qu’il y a de plus historiques, qui n’ont existé que parce que la « légende » était fermement crue, entraînant par exemple des développements de monastères ou d’abbayes, et dans leur rayonnement des croissances économique ou des influences politiques… etc.

   Mais je ne veux pas m’éterniser en vains débats sur la réalité historique de ce qui suit : vains parce que, à mes yeux, il bien préférable d’y adhérer avec Saint Fulrad (cf. > ici) ou l’abbé Suger, avec des siècles de foi et des générations de croyants, avec nos Princes et nos Rois qui ont choisi de reposer ici, plutôt que de jouer au « chrétien rationnel » et me trouver en communion d’impiété avec les ennemis du Christ et de l’Eglise.
De toute façon, quoi qu’il en soit de l’authenticité historique factuelle, la réalité spirituelle, elle, est absolument véridique, et elle n’est pas moins historique.

Dagobert visitant le chantier de l'abbatiale de Saint-Denis - blogue

Le Roi Dagobert 1er visitant le chantier de l’abbatiale de Saint-Denis
(miniature des Grandes Chroniques de France – 1471 – Bibliothèque nationale de France)

   Bref ! Dans l’état actuel de nos connaissances, nous avons la certitude, documentée, que, au IXème siècle, la dédicace de l’abbatiale de Saint-Denis était célébrée à cette date du 24 février. Les documents écrits actuellement connus (car il ne faut jamais oublier que beaucoup ont disparu) parlant de la consécration de la basilique nécropole royale par Notre-Seigneur Lui-même sont plus tardifs : cela signifie-t-il que cette histoire a été inventée de toutes pièces tardivement ? En toute honnêteté et rigueur, rien n’autorise à l’affirmer. 

   Le célèbre Roi Dagobert 1er, dont le règne ne se résume pas à une chanson enfantine apparue à la veille de la grande révolution dans un esprit parodique antimonarchique et anticlérical, fit édifier une église abbatiale à la place du lieu de dévotion envers le premier évêque de Paris originellement voulu par Sainte Geneviève.
Les travaux débutèrent autour de l’année 632 et se seraient achevés en 635, raison pour laquelle la consécration de l’abbatiale fut fixée au jour de la fête de Saint Mathias, le 24 février 636.

   La « légende » (au sens étymologique) fut insérée, par ordre de Suger, en 1233, dans les Vita et actus beati Dyonisii, version officielle en latin de ce qu’il fallait croire au sujet de Saint Denis et de sa basilique.
Elle explique que, pendant la nuit qui précéda la dédicace solennelle de la nouvelle église, Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même descendit dans la basilique, accompagné par les saints apôtres Pierre et Paul, par les saints Denis, Rustique et Eleuthère, ainsi que par une multitude d’anges, et qu’Il accomplit Lui-même tous les rites de la consécration.
La foule avait été expulsée de l’église la veille au soir (il ne faut pas oublier qu’au Moyen-Age on ne fermait habituellement pas les églises la nuit et que, en de nombreux lieux de pèlerinage, les fidèles dormaient dans l’église : mais, en l’occurrence, les préparatifs de la cérémonie ne pouvaient le permettre). Toutefois un pauvre lépreux, qui craignait de ne pas être admis dans l’église le lendemain, s’était caché dans un recoin sombre : c’est ainsi qu’il fut témoin de cette dédicace nocturne miraculeuse.

le lépreux caché dans la basilique - blogue

   Cet homme pauvre et méprisé du fait de sa terrible maladie contempla avec émerveillement les lumières célestes qui illuminèrent la basilique, les ornements pontificaux dont Notre-Seigneur était revêtu, les aspersions et les onctions avec une huile céleste… etc.  

   Bien sûr, Notre-Seigneur connaissait la présence du pauvre lépreux dans l’église et, s’approchant de lui, Il lui enjoignit d’aller trouver le Roi et les évêques pour les avertir en Son nom qu’il n’était plus nécessaire de procéder à la dédicace de l’église, puisque Lui-même s’en était acquitté.
Le lépreux, saisi de crainte, voulut échapper à cette mission en arguant de sa maladie et de la « vilité » de sa personne. Mais alors le divin Sauveur S’approcha de lui et « prenant ce pauvre infecté par le haut de la tête, lui osta toute ceste peau couverte de lèpre, et la jeta contre la paroy, où elle demeura miraculeusement attachée, représentant le visage et face d’où elle était tirée, le malade demeurant sain et net, et sa peau aussi belle et nette que celle d’un jeune jouvenceau ».

   Au matin, celui qui avait été lépreux demanda à être conduit au Roi, car il avait un secret à lui communiquer. D’abord incrédule, Dagobert fut convaincu que le pauvre homme disait vrai à la vue du masque de lèpre ; il interdit donc aux évêques de procéder à une dédicace devenue inutile.

   Cette date de la première consécration de l’abbatiale était si importante que, lorsque Saint Fulrad (cf. > ici), dans la seconde moitié du VIIIème siècle, fit reconstruire, plus grande et plus somptueuse l’abbatiale de Saint-Denis, il tint à garder dans le nouvel édifice, certains des murs de l’église précédente, et qu’il voulut que sa dédicace fut célébrée à la même date : le 24 février. C’est donc le 24 février 775, et semble-t-il en présence de Saint Charlemagne, que fut célébrée cette seconde consécration de la basilique reconstruite et considérablement agrandie.

   Aux siècles suivants, dans l’ignorance du nom du lépreux, les gens l’appelèrent en latin Peregrinus, c’est-à-dire « l’Étranger », et, à cause du miracle dont il avait bénéficié, la voix populaire le canonisa, faisant de lui Saint Pérégrin.

   Cette magnifique « légende » porte en elle-même bien plus qu’un caractère anecdotique : elle marque une fois de plus, et de manière forte, les liens surnaturels extraordinaires et uniques qui unissent la Monarchie franque au catholicisme, et, au-delà de l’Eglise visible de la terre, à l’Ordre divin lui-même.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur 

Le Christ en majesté - heures de Charles d'Angoulème fin XVe siècle - blogue

Le Christ en majesté
(miniature des Grandes heures de Charles d’Angoulême – fin XVe siècle – Bibliothèque nationale de France)

2024-44. De Saint Pépin de Landen, duc de Brabant, maire du palais, ancêtre des Carolingiens, dont on célèbre la fête le 21 février.

21 février,
Fête du Bienheureux Noël Pinot, prêtre et martyr (cf. > ici, > ici, et > ici) ;
Mémoire de Saint Pépin de Landen, premier duc de Brabant et confesseur.

       Nous poursuivons notre très édifiante étude des saints de notre famille royale en ses diverses branches, et dans son ascendance. C’est ainsi que le 21 février nous nous arrêtons à la belle figure de Saint Pépin de Landen, duc de Brabant, maire du Palais, ancêtre des Carolingiens, né aux alentours de l’an 580 et rappelé à Dieu en 640.

Gravure de 1620 représentant Saint Pépin de Landen premier duc de Brabant - blogue

Gravure de 1620 représentant Saint Pépin de Landen
premier duc de Brabant

       Ce saint duc était le fils du prince Carloman et de la princesse Emegarde.
Il fut maire du palais sous Clotaire II, Dagobert Ier et Sigebert II, Rois des Francs, et exerça cette grande charge, qui était peu différente de l’autorité royale, avec une rare prudence. Il ne se pouvait rien ajouter à sa fidélité pour son Roi, ni à son amour pour le peuple. Il embrassait, avec une constance invincible, les justes intérêts de l’un et de l’autre, sans souffrir que, pour favoriser le peuple, on fît tort aux droits du Roi ; ni que, sous prétexte des droits du Roi, l’on opprimât et accablât le peuple, parce qu’il préférait les volontés de Dieu à celles des hommes, et savait qu’Il défend de favoriser les puissants au préjudice des faibles. Ainsi, il rendait au peuple ce que la justice voulait qu’on lui rendît, et à César ce qui appartenait légitimement à César. Il n’en faut point de meilleure preuve que son désir d’avoir pour associé, dans sa conduite, saint Arnoul, évêque de Metz (voir sa vie > ici) ; il ne faisait rien sans son conseil, connaissant son éminente vertu et sa grande capacité dans le gouvernement de l’Etat. Après la mort de Saint Arnoul, il prit pour collègue, dans l’administration des affaires, un autre grand saint, Cunibert, archevêque de Cologne. On peut assez juger avec quelle ardeur il embrassait les choses justes, puisqu’il choisissait des hommes si excellents et si incorruptibles pour être les directeurs de ses conseils et les fidèles témoins de ses actions.

   Le Roi Clotaire II ne se contenta pas de mettre entre les mains de cet excellent prince la première charge de son Etat, en le faisant maire du palais : il l’honora aussi de toute sa confiance, et lui donna tout le pouvoir qu’un grand ministre peut espérer. Ayant résolu d’associer son fils Dagobert à une partie de sa puissance et de partager avec lui ses Etats, en le mettant, dès son vivant, en possession du royaume d’Austrasie, il choisit, parmi tous les grands de la cour, cet homme admirable pour lui confier entièrement la conduite de ce jeune prince, qui devait n’agir que d’après ce conseiller (622). Pépin s’acquitta si dignement de cette charge, qu’il n’oublia rien de ce qui pouvait imprimer dans l’esprit de Dagobert la crainte de Dieu et l’amour de la justice : il lui mettait souvent devant les yeux cette belle parole de l’Evangile : « Le trône d’un roi qui rend justice aux pauvres ne sera jamais ébranlé ». Ainsi, ce fut par sa prudence que Dagobert gouverna si bien et si heureusement, non seulement l’Austrasie, mais aussi tous les Etats que son père lui laissa en mourant. Son frère Caribert, et plusieurs grands les lui ayant disputés, cette faction fut bientôt dissipée par la valeur de Pépin, qui n’était pas moins généreux dans la guerre que juste et sage dans la paix ; et Dagobert, après s’être maintenu dans le droit qui lui appartenait, gagna de telle sorte le cœur de tous ses sujets par sa libéralité, sa justice, sa douceur et toutes les autres qualités dignes d’un grand roi, qu’il égala et surpassa même la réputation de ses plus illustres prédécesseurs ; son règne eût été des plus beaux, s’il eût toujours suivi les avis d’un si saint et si habile maître.

Saint Pépin de Landen sur le socle de la Statue de Saint Charlemagne à Liège - blogue

Statue de Saint Pépin de Landen
sur le socle de la statue équestre de Saint Charlemagne, à Liège

   Mais, comme rien n’est plus difficile que de conserver son esprit pur au milieu de la corruption du siècle, et son corps chaste au milieu des plaisirs qui accompagnent la prospérité et la souveraine puissance, ce Roi se plongea dans la volupté, et il eut recours à des moyens injustes pour satisfaire à ses dépenses folles et désordonnées. Saint Pépin, qui en eut le cœur tout percé de douleur, l’en reprit sévèrement, et lui reprocha son ingratitude envers Dieu.
Ce prince reçut d’abord si mal les avis de notre saint, qu’il pensa même à le faire mourir, étant poussé en cela par quelques grands de sa cour qui haïssaient Pépin et portaient envie à sa vertu. Mais Dieu, qui est le protecteur des justes, délivra Pépin de ce péril. Le Roi comprit enfin la justesse de ses remontrances et eut plus de vénération que jamais pour le mérite et la vertu d’un si grand ministre. Pour lui en donner une preuve non équivoque, il mit entre ses mains son fils Sigebert, qu’il envoya régner en Austrasie sous sa conduite (633). Ainsi Sigebert étant Roi de nom et Pépin gouvernant en effet le royaume, l’Austrasie se trouva délivrée des grandes incursions des Barbares qu’elles souffrait auparavant. Il les réprima, les resserra dans leurs pays ; et, après la mort de Dagobert, il eût mis Sigebert en possession de tous ses Etats, si son père ne l’eût obligé, dès son vivant, de se contenter de l’Austrasie et de laisser le royaume de France à Clovis, son puîné.

   Ce saint duc mourut le 21 février 640 au château de Landen, en Brabant ; l’affliction que toute l’Austrasie en conçut fut si extraordinaire, qu’elle ne le pleura pas moins que l’un de ses meilleurs rois : car sa vie était toute sainte, sa réputation sans tache, sa sagesse et sa conduite admirables ; et on pouvait le nommer, avec vérité, le protecteur des lois, le soutien des faibles, l’ennemi de la division, l’ornement de la cour, l’exemple des grands, le conducteur des rois et le père de la patrie. Son corps, qui fut d’abord déposé au lieu où il mourut, puis fut transféré au monastère de Nivelle.

généalogie simplifiée des ancêtres de Charlemagne - blogue

Généalogie simplifiée de l’ascendance de Saint Charlemagne

   Au reste, il faut prendre garde de ne le point confondre avec deux autres Pépin dont le nom est célèbre dans notre histoire : le premier, Pépin d’Héristal, aussi maire du palais et père de Charles Martel ; le second, Pépin le Bref, fils du même Charles Martel, et le premier de nos rois de la seconde race. Car Saint Pépin, dont nous parlons, est plus ancien que tous les deux, et fut l’aïeul de Pépin d’Héristal, par sa fille, Sainte Begge (voir sa vie > ici), qui, ayant épousé Ansegise, fils de saint Arnoul, lui donna ce fils pour le bien de la France et le soutien de cette grande et illustre monarchie.

   Il nous reste à remarquer que la maison de Saint Pépin n’était qu’une compagnie de Saints et de Saintes : car sa femme, nommée Itte, ou Ideburge, sœur de saint Modoald, archevêque de Trèves, après avoir vécu saintement dans le mariage, à l’exemple de son mari, ne s’occupa, quand elle fut veuve, qu’à pratiquer toutes sortes de bonnes oeuvres ; et elle reçut enfin, des mains de saint Amand, le voile sacré de religieuse dans le célèbre monastère de Nivelle, qu’elle avait elle-même fait bâtir. Elle y passa le reste de ses jours dans une si grande perfection, qu’elle offrait à toutes les religieuses qui y demeuraient un rare exemple de vertu.

   L’aînée de leurs filles, la grande et illustre sainte Gertrude (cf. > ici), abbesse de ce même monastère de Nivelle, fut si éminente en sainteté, qu’on peut la considérer comme une des plus belles lumières de la religion ; et sa sœur, Sainte Begge (cf. > ici), a l’honneur d’être l’heureuse tige d’où est sortie la seconde lignée des rois de France.

Monseigneur Paul Guérin,
in « Les Petits Bollandistes » Tome II, pp. 609-611

Saint Pépin de Landen et Sainte Itte - blogue

Saint Pépin de Landen et son épouse Sainte Itte

2024-40. De Saint Fulrad, abbé et confesseur : homme de confiance de Pépin le Bref et archi-chapelain de sa cour.

17 février,
Fête de Saint Fulrad, abbé et confesseur ;
En certains lieux, fête de la Fuite en Egypte (cf. > ici) ;
En Carême, mémoire de la férie.

   Addition au martyrologe romain pour les Eglises des Gaules :
17 février : « A Saint-Denis, en France, Saint Fulrad, abbé et archi-chapelain ou grand aumônier du roi Pépin, qui contribua beaucoup à l’avènement de la seconde race au trône de France. »

frise fleurs de lys

- Note préliminaire :

   Saint Fulrad (710-784) est resté quasi inconnu des manuels d’histoire de France pendant très longtemps alors que son rôle fut absolument déterminant dans l’histoire de l’Eglise, dans l’histoire de France, dans l’histoire de Pépin le Bref, dans le passage des Mérovingiens aux Pépinides – bientôt appelés Carolingiens -, dans la constitution des Etats Pontificaux… etc. Jusqu’au début du XXème siècle, seuls les lecteurs du martyrologe des Eglises des Gaules, des historiens ecclésiastiques et quelques érudits, connaissaient son nom et avaient une vision assez claire du rôle qu’il a joué, tant pour le service du trône et l’ordre politique, que pour l’abbaye de Saint-Denis et son rayonnement spirituel.

   Pour l’heure, voici ci-dessous la notice biographique que lui consacre Monseigneur Paul Guérin dans « Les Petits Bollandistes », à la fin du XIXe siècle. Mais il faut savoir que depuis une soixantaine d’années (seulement !) ce saint archi-chapelain de la cour de Pépin III a fait l’objet de recherches scientifiques qui ont permis la découverte d’éléments très intéressants qui viennent fort heureusement compléter nos connaissances à son sujet et sur ce qu’il a entrepris. Cela pourra faire l’objet de prochaines publications…   

Saint Fulrad archi-chapelain du Roi Pépin et abbé de Saint-Denis - blogue

frise fleurs de lys

       Aux vertus religieuses et monastiques dont il fut un magnifique exemple, saint Fulrad a joint des talents de diplomate et d’organisateur qui lui ont valu de jouer un grand rôle sous le règne glorieux de Pépin le Bref.
Son épitaphe, écrite en vers par Alcuin, met en relief ses mérites :

   « C’était, dit-elle, un prêtre excellent, un abbé digne de vénération, actif, mais aussi pieux de cœur et d’esprit, […] gloire de l’Eglise, empressé à toute bonne œuvre. Il a richement relevé cette demeure de Dieu, comme tu le vois, lecteur, et entouré d’un grand amour les reliques des Saints honorés dans cette église. Aussi croyons-nous qu’il est au ciel associé à ceux qu’il a tant aimés sur la terre. »

   La diplomatie de Fulrad, aussi bien, fut tout employée au service de la religion, à unir étroitement la France et l’Eglise, à fournir à celle-ci l’aide efficace de celle-là, à glorifier la patrie en lui faisant défendre la foi. Il appartenait à une famille illustre et puissante d’Alsace ; mais il ne se recommandait pas moins par sa science et sa sainteté. Ce sont des faits bien prouvés par la haute dignité d’archi-chapelain de la cour royale, avant lui confiée à des évêques et qu’il exerça n’étant encore que simple prêtre, et par la confiance du roi, qui lui ouvrit l’entrée de ses conseils.

   L’archi-chapelain, qu’on nommait encore custode du palais, ou archiprêtre de France, était à la tête de tout le clergé de la cour ; cette dignité remontait au fondateur de la monarchie, à Clovis lui-même, qui peut-être avait, en l’établissant, suivi l’exemple de Constantin le Grand. Et l’importance qu’on lui reconnaissait éclate par ceci qu’au nombre des chapelains de la seule cour mérovingienne on compte dix-huit saints.

Le dernier des Mérovingiens -Evariste Vital Luminais - blogue

Evariste Vital Luminais (1821-1896) : « le dernier des Mérovingiens »
[musée de Carcassone]

   Dès l’arrivée au pouvoir de Pépin le Bref, l’influence de Fulrad eut à s’exercer et se révéla puissante. Charles-Martel, en distribuant à ses guerriers, sans autre mérite de leur part que leur valeur militaire, les évêchés et les bénéfices ecclésiastiques, avait précipité la décadence du clergé, tant séculier que régulier, fort avancée du reste par les désordres des règnes précédents. Saint Boniface, encouragé par le pape saint Zacharie, entreprit de travailler à la réforme de l’Eglise franque ; Fulrad l’y aida de tout son pouvoir, auprès du roi et même auprès du pape. On voit, par exemple, que c’est grâce à lui que le Saint-Siège accorda l’honneur du pallium à Saint Abel, qui avait été nommé archevêque de Reims à la place du soudard Milon. Et plus tard, c’est à Fulrad que Boniface, au moment de partir pour la Frise, où l’attendait le martyre, recommandait ses œuvres, ses monastères, ses disciples, notamment son cher Lull, qu’il lui demandait de faire nommer comme son successeur sur le siège épiscopal de Mayence.

   En 751, le rôle de Fulrad allait s’élargir encore. Pépin, maire du palais depuis dix ans, gouvernait en fait le royaume sous le nom de l’incapable Childéric III. D’accord avec ses leudes, il songeait à poser sur sa tête la couronne, dont seul il faisait respecter les droits ; mais il désirait obtenir l’adhésion du pape. C’est Fulrad, avec Burchard de Wurtzbourg, qu’il envoya à Zacharie pour lui poser la question décisive : « A qui revient le titre de roi, à celui qui n’a que les vains attributs de la royauté, ou à celui qui en exerce effectivement le pouvoir ? – A ce dernier », répondit le pontife. Et Fulrad, en rapportant cette parole, détermina le changement de dynastie.

Couronnement de Pépin le Bref - François Dubois - blogue

François Dubois (1790-1871) : couronnement de Pépin le Bref par Etienne II à Saint-Denis
[musée de Versailles et Trianon] 

   Au printemps de 752, saint Boniface sacrait le nouveau roi aux acclamations de ses leudes. Deux ans ne s’écouleraient pas sans que cette consécration fût renouvelée avec plus de solennité, dans la basilique de Saint-Denis, par le pape lui-même. Zacharie était mort ; son successeur Étienne II, menacé par le roi des Lombards Aistulf, avait demandé le secours de la France et, sous la sauvegarde de ses ambassadeurs, était entré sur ses terres. Pour le recevoir avec honneur, Pépin envoya au-devant de lui, jusqu’à l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune en Valais, deux ambassadeurs ; et ce fut, avec le duc Rothard, l’archi-chapelain Fulrad. En leur compagnie, Étienne reprit sa route vers le roi ; il rencontra bientôt le fils aîné de Pépin, Charles, alors âgé de moins de douze ans, qui, entouré d’une troupe brillante d’antrustions, avait fait cent milles au-devant de l’auguste visiteur.

   Le roi lui-même, avec sa femme, ses autres enfants et toute la cour, vint l’attendre à trois milles de la résidence royale de Ponthion, près de Vitry-le-François. Dès qu’il l’aperçut, il descendit de cheval avec toute sa suite et se prosterna à terre ; puis, relevé, il marcha à pied à côté de la monture du pape, comme pour lui servir d’écuyer. Alors Étienne se mit à chanter à haute voix des hymnes à la gloire de Dieu, et c’est au milieu des saints cantiques que l’on pénétra dans le palais, le 6 janvier 754, en la fête de l’Épiphanie.

   Quand, acquiesçant à la demande du Souverain Pontife, le roi de France entreprit la guerre contre Aistulf, Fulrad faisait partie encore de l’armée qui franchit les Alpes et réduisit les troupes lombardes. Le traité de paix signé, la restitution des terres pontificales jurée par Aistulf, le pape prit le chemin de Rome ; il était accompagné de Hiéronyme, un des fils de Charles-Martel, et de l’archi-chapelain Fulrad. Mais le parjure lombard refusa de faire honneur à son serment et même, les soldats francs à peine éloignés, reprit contre l’Eglise ses hostilités.

   Quand ils revinrent en France, Hiéronyme et Fulrad étaient donc porteurs, d’une protestation du pape qui faisait prévoir un appel nouveau à la puissance protectrice de Pépin ; cet appel ne tarda pas en effet à être apporté au roi, d’abord par Villarius, l’évêque de Nomentum, puis par trois messagers, qui réussirent à s’échapper de Rome assiégée par Aistulf et réduite aux abois. Bientôt, répondant filialement au cri d’angoisse du pontife, les Francs repassaient les Alpes, rompaient de nouveau la résistance des Lombards, imposaient la paix. Cette fois, il fallut en exécuter les rigoureuses conditions.

La donation de Pépin le Bref à Etienne II - blogue

Donation de Pépin le Bref au Pape Étienne II (ou traité de Quierzy), en 754,
qui marque la création des États pontificaux :
c’est Saint Fulrad qui est représenté aux pieds du pape Etienne II en sa qualité d’ambassadeur de Pépin.

   Toujours honoré de la confiance royale, c’est Fulrad qui fut chargé d’entrer, au nom du souverain pontife, en possession des territoires et des villes récupérés. Ainsi eut-il l’honneur de travailler très directement à la fondation du pouvoir temporel des papes et à la constitution de leurs États (756). Et encore, après qu’Aistulf, en mourant cette année même d’un accident de chasse, eut semblé délivrer l’Église de Rome de ses graves soucis, une lettre d’Étienne au roi Pépin nous apprend que c’est « sous les auspices et par les soins de notre fils Fulrad, ton fidèle, que Desiderius (Didier), homme très doux, a été choisi pour roi des Lombards ». L’avenir montra que cet homme très doux, qui affectait pour obtenir l’appui du pape et de ses conseillers une feinte soumission et les plus équitables dispositions, n’était pas un ennemi moins redoutable que son prédécesseur. Mais qui l’eût pu prévoir à ce moment ? C’est alors sans doute que, en récompense de ses services, Fulrad obtint d’Étienne une grande faveur.

   Depuis plusieurs années sa piété l’avait poussé à fonder des monastères établis sur ses possessions patrimoniales : deux d’entre eux non loin de Schlestadt, un autre au diocèse de Metz et enfin celui de Saint-Varan en Alémanie. Pour tous et même pour ceux que plus tard pourrait encore établir le pieux chapelain, le pape concédait pleine et entière exemption de toute juridiction épiscopale, de tout pouvoir laïc, et lui donnait le droit, suspensif de toute exécution, d’appel au Saint-Siège. Il lui accorda encore, sa vie durant, la jouissance à Rome d’un hôpital situé près de la basilique de Saint-Pierre et d’une maison voisine du monastère de Saint-Martin. Fulrad était-il dès lors abbé de Saint-Denis ? Il ne le semble pas. Du moins c’est vers cette époque qu’il le devint, et c’est peut-être pour reconnaître avec éclat son habile dévouement que Pépin lui octroya cette dignité.

Donation de Pépin le Bref à l'abbaye de Saint-Denis en 768  - Archives Nationales - blogue

Charte de Pépin le Bref de 768 faisant des donations à l’abbaye de Saint-Denis
[Archives nationales]

   Il y avait certainement plusieurs années qu’il en était revêtu lorsque, en 768, le roi vint à mourir. Originaire d’Alsace, y possédant encore des biens considérables, l’abbé se trouvait sujet de Carloman, qui, par la mort de son père, hérita de l’Austrasie, de la Burgondie, de l’Alsace et de l’Alémanie. Ce prince lui continua la faveur de son père et la charge d’archi-chapelain, comme les papes lui gardaient l’amitié d’Étienne. Ainsi voyons-nous qu’il put obtenir d’Hadrien l’honneur du pallium pour l’évêque de Reims, Tilpin ou Turpin, qui avait été moine de Saint-Denis et fut le vaillant prélat célébré par la Chanson de Roland.

   Mais Carloman ne tarda pas à mourir. Agé de vingt ans, il expira à Samoncy le 4 décembre 771, laissant deux fils incapables de régner selon les principes du temps. Aussi ses fidèles eux-mêmes n’hésitèrent pas à reconnaître Charles comme seul roi. Dans cette occasion, Fulrad, l’abbé de Saint-Denis, avec les comtes Varin et Adalhard, fut le premier à se déclarer en sa faveur.

   Néanmoins, à partir de ce moment, il s’enfonce dans les ténèbres. Fut-il encore chapelain de Charlemagne ? Le fait reste douteux. On ne trouve plus, du moins, sa trace dans les événements glorieux du nouveau règne. Il est donc probable que, âgé, affaibli par ses travaux passés, l’abbé de Saint-Denis se confina dans les devoirs de sa charge et dans les exercices de la piété. Sa sainteté, déjà grande, se mûrit encore pendant les dernières années de sa vie. Enfin la mort vint le prendre pour la vie éternelle en 784. Il voulut être enseveli dans son monastère de Saint-Alexandre, dont il avait, ainsi que de ses autres fondations, fait le don à l’abbaye royale de Saint-Denis.

Monseigneur Paul Guérin,
in « Les Petits Bollandistes »

Saint Fulrad vitrail de l'église de Lièpvre (1911)

Saint Fulrad, vitrail de l’église de Lièpvre, en Alsace
(on remarque le voile attaché à la crosse qui manifeste que nous avons ici un abbé et non un évêque)
[vitrail réalisé par les maîtres verriers Ott, à Strasbourg, en 1911]

2024-38. Le 16 février est l’anniversaire du rappel à Dieu du Frère Fiacre de Sainte-Marguerite, Augustin déchaussé.

16 février,
Fête de Sainte Julienne de Nicomédie, vierge et mégalomartyre ;
En Carême, mémoire de la férie ;
Anniversaire de la mort du Frère Fiacre de Sainte Marguerite ;
Anniversaire du martyre de l’Abbé Claude de Bernard de Talode du Graïl (cf. > ici).

Vignette Lys - blogue

Bien chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       J’ai le ferme dessein de publier plusieurs articles concernant le Frère Fiacre de Sainte-Marguerite, gloire de l’Ordre de Saint Augustin en France, et exceptionnel soutien de la Couronne des Lys, au point qu’il a parfois été surnommé « le Prieur des Rois » en raison de la mission divine que la Providence lui assigna auprès de Leurs Majestés Très Chrétiennes les Rois Louis XIII et Louis XIV, et les Reines Anne et Marie-Thérèse d’Autriche.
Il faut avoir bien présent à l’esprit, en effet, que l’humble religieux – qui resta toute sa vie frère convers du couvent de Notre-Dame des Victoires (cf. > ici) à Paris, connu pour le rôle qu’il joua pour la naissance du Dauphin Louis-Dieudonné, futur Louis XIV, en 1637 et 1638, eût ensuite à remplir d’autres missions auprès de nos Princes, qui lui furent dictées par le Ciel, et ce jusqu’à sa mort qui survint le 16 février 1684.

   En, ce 16 février, jour anniversaire de son bienheureux trépas, j’ai justement résolu de commencer les publications que je lui consacrerai par le récit des derniers jours de ce très grand serviteur du trône et de l’autel, qui mériterait depuis bien longtemps d’être élevé sur les autels.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Frère Fiacre de Sainte-Marguerite portait en pied - blogue

Gravure publiée après la mort du Frère Fiacre de Sainte-Marguerite

Vignette Lys - blogue

« Le saint est mort ! »

       « (…) Le premier janvier 1684, l’humble frère écrit au Roi avec la tranquille audace de ceux qui possèdent la Vérité :

       « Sire,

   Le pauvre Frère Fiacre, religieux Augustin déchaussé des Petits Pères du couvent de Paris, supplie très humblement votre Sacrée Majesté de permettre à ses supérieurs de faire porter son cœur après son décès, en l’église des RR.PP. de l’Oratoire de Notre-Dame de Grâces, proche Cotignac en Provence pour être mis et posé dessous le marchepied de l’autel de la Sainte Vierge, en action de grâces de l’heureuse naissance de Votre Majesté, et je prierai Notre-Seigneur pour Elle en reconnaissance de cette faveur, s’il Lui plaît l’accorder à mes supérieurs. »

   La Dauphine (note : il s’agit de Marie Anne de Bavière, épouse de Monseigneur le Grand Dauphin) venait d’accoucher d’un second fils (note : Philippe de France duc d’Anjou, futur Roi  Philippe V d’Espagne, né le 19 décembre 1683 - cf. > ici) et réclamait le Frère Fiacre. L’hiver était extrêmement rigoureux (…). Frère Fiacre, n’écoutant que sa merveilleuse générosité, partit pour Versailles, resta une heure auprès de la Dauphine, salua le Roi qu’il aimait tant et rentra à Paris, le samedi 12 février 1684.

   Le 13, il demanda à faire une confession générale pour se préparer à bien mourir, il communia ; puis il se coucha. Ses frères inquiets allèrent chercher le médecin qui diagnostiqua une fluxion avec une grosse fièvre. Le lundi après une bien pénible nuit, Frère Fiacre demanda le viatique, que, par un suprême effort, il voulut recevoir dans sa cellule à genoux, la corde au cou, après avoir demandé pardon de ses offenses à toute la communauté assemblée. L’abbé de Vassé (note : Louis-François de Vassé, né en 1634, chanoine de la cathédrale Notre-Dame de Paris, directeur et visiteur des Carmélites, lié d’amitié avec les plus saints personnages de son temps ; il refusa à plusieurs reprises l’épiscopat), qui lui devait sa vocation, accourut lui demander une dernière fois sa bénédiction et remplir auprès de lui les devoirs de charité que Frère Fiacre avait si souvent remplis durant sa vie. Le Frère Fiacre indiqua où se trouvaient ses dernières volontés et en révéla déjà l’essentiel : le don qu’il avait fait de son cœur, et l’endroit qu’il avait choisi pour y attendre la résurrection. Le Prieur, plus timide, le trouva bien hardi, mais Frère Fiacre, déjà dans la paix et la certitude, lui assura que le Roi consentirait à tout. Le mardi, il reçut humblement l’extrême-onction et passa la journée en prières. Le mercredi matin on lui apporta les cendres et, vers midi, Frère Fiacre mourut sans agonie, « en priant comme un homme qui s’endort ».

Frère Fiacre de Sainte-Marguerite sur son lit de mort - blogue

Gravure publiée après la mort du Frère Fiacre de Sainte-Marguerite

   La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Les femmes s’accostaient dans la rue, pleurant et répétant sans cesse : le saint est mort !

   On avait exposé son corps dans le chœur de l’église de son couvent et, jour et nuit, les peintres se succédèrent à son chevet pour fixer ses traits. La foule défila sans arrêt, essayant de le toucher avec des chapelets ; on dut même fermer les grilles, car certains voulaient couper ses vêtements pour en faire des reliques.

   Le Mercure de février faisait paraître la note suivante :

   « La perte du vénérable Frère Fiacre de Sainte-Marguerite, du couvent des Augustins déchaussés, dits Petits Pères, a fait trop de bruit pour me permettre de la passer sous silence. Il est mort le 16 de ce mois âgé de 75 ans, après en avoir passé 53 dans la religion (note : c’est-à-dire dans la vie religieuse) avec un très grand exemple. Comme il était en réputation de sainteté, on a vu un concours extraordinaire de peuple à son enterrement. Tous ceux qui l’ont pratiqué, témoignent qu’il a été gratifié de plusieurs dons de Dieu et élevé dans un éminent degré d’oraison. Il a laissé quelques manuscrits cachetés avec prière de ne les ouvrir que dix ans après sa mort ».

   Et Frère Fiacre, que l’on avait mis dans un cercueil, ce « qui est inouï dans son Ordre » (note : parce que les Augustins, traditionnellement, étaient mis en terre ou déposés dans un caveau, simplement enveloppés d’un linceul), fut inhumé dans la crypte de l’église Notre-Dame des Victoires. [...] On croit que le cercueil inviolé est resté là depuis 1684… »

José Dupuis,
in « Frère Fiacre de Sainte-Marguerite, Prieur des Rois »
[éditions des Presses Modernes, au Palais-Royal Paris - 1939] pp. 122-126 

Basilique Notre-Dame des Victoires chœur et sanctuaire avant la réforme - blogue

Basilique Notre-Dame des Victoires (Paris)
ancienne église conventuelle des Augustins déchaussés, dits Petits Pères :

le chœur et le sanctuaire avant les modifications consécutives au concile vaticandeux.

Vignette Lys - blogue

2024-36. Messe de la Bienheureuse Vierge Marie du Vœu de Louis XIII (10 février).

10 février,
Fête de la Bienheureuse Vierge Marie du Vœu de Louis XIII ;
Anniversaire de l’Edit de Saint-Germain (10 février 1638 – cf. > ici) ;
Dans l’Ordre de Saint Augustin, mémoire de Saint Guillaume de Maleval ;
Mémoire de Sainte Scholastique, vierge.

Champaigne - Vœu de Louis XIII - musée des beaux-arts Caen

Philippe de Champaigne (1602-1674) : le Vœu de Louis XIII

Monogramme Marie 2

Fête de la Bienheureuse Vierge Marie

en mémoire du Vœu de Louis XIII

Introitus (Ps. XLIV) :

   Vultum tuum deprecabuntur omnes divites plebis : adducentur Regi virgines post eam : proximae ejus adducentur tibi in laetitia et exsultatione.
V./ Eructavit cor meum verbum bonum : dico ego opera mea Regi. Gloria Patri…

   Tous les riches du peuple imploreront votre regard. Après elle, des vierges seront amenées au Roi ; ses compagnes Vous seront présentées dans la joie et l’allégresse.
De mon cœur ont jailli des paroles exquises : je dédie mes œuvres au Roi. Gloire au Père…

Oratio :

   Deus qui sanctissimam Virginem Mariam, genitricem tuam, super choros angelorum exaltatam fidelibus tuis patronam providisti : oculis misericordiae Francorum respicere digneris imperium : quod tutelae ejusdem Virginis rex piissimus voto perpetuo commendavit : qui vivis et regans…

   O Dieu, qui, après avoir élevé au-dessus des chœurs des anges la Très Sainte Vierge Marie Votre Mère, l’avez donnée pour patronne à Vos fidèles, daignez jeter des regards de miséricorde sur le royaume des Francs, qu’un roi très pieux, par un vœu perpétuel, a placé sous la garde de cette même Vierge : ô Vous qui vivez et régnez…

Et on fait les mémoires prescrites.

Lectio libri Sapientiae (Eccli. XXIV 14-16) :

   Ab inítio et ante sǽcula creáta sum, et usque ad futúrum sǽculum non désinam, et in habitatióne sancta coram ipso ministrávi. Et sic in Sion firmáta sum, et in civitáte sanctificáta simíliter requiévi, et in Ierúsalem potéstas mea. Et radicávi in pópulo honorificáto, et in parte Dei mei heréditas illíus, et in plenitúdine sanctórum deténtio mea.

   J’ai été créée dès le commencement et avant les siècles, et je ne cesserai point d’être dans la suite des âges ; et j’ai exercé devant Lui mon ministère dans la maison sainte. J’ai été ainsi affermie dans Sion ; j’ai trouvé mon repos dans la cité sainte, et ma puissance est établie dans Jérusalem. J’ai pris racine au milieu du peuple glorifié, dont l’héritage est le partage de mon Dieu, et j’ai établi ma demeure dans l’assemblée des saints.

Graduale :

   Benedícta et venerábilis es, Virgo María : quæ sine tactu pudóris invénia es Mater Salvatóris.
V./ Virgo, Dei Génetrix, quem totus non capit orbis, in tua se clausit víscera factus homo.

   Vous êtes bénie et digne de vénération, Vierge Marie, qui avez été mère du Sauveur, sans que votre pureté ait subi d’atteinte.
Vierge, Mère de Dieu, Celui que tout l’univers ne peut contenir, s’est enfermé dans votre sein en se faisant homme.

   Alleluia. Alleluia.
Per te, Dei Genitrix, nobis est vita perdita data : quae de caelo suscepisti prolem, et mundo genuisti Salvatorem. Alleluia.

   Alléluia. Alléluia.
Par vous, ô Mère de Dieu, la vie perdue nous a été rendue : du ciel, vous avez reçu votre Enfant, et vous avez donné un Sauveur au monde. Alléluia.

Post Septuagesimam, ommissis Allelúia et versu sequenti, dicitur

   Regina mundi dignissima, Maria Virgo perpetua, intercede pro nostra pace et salute, quae genuisti Christum Dominum Salvatorem omnium.

   Très digne Reine du monde, ô Marie perpeétuellement vierge, intercédez pour que nous soient donnés la paix et le salut, vous qui avez enfanté le Christ Seigneur, Sauveur de tous.

+ Sequentia Sancti Evangelii secundum Lucam (I, 41-47) :

   In illo témpore : Repléta est Spíritu Sancto Elisabeth et exclamávit voce magna, et dixit : Benedícta tu inter mulíeres, et benedíctus fructus ventris tui. Et unde hoc mihi ut véniat mater Dómini mei ad me ? Ecce enim ut facta est vox salutatiónis tuæ in áuribus meis, exsultávit in gáudio infans in útero meo. Et beáta, quæ credidísti, quóniam perficiéntur ea, quæ dicta sunt tibi a Dómino. Et ait María : Magníficat ánima mea Dóminum ; et exsultávit spíritus meus in Deo salutári meo.

   En ce temps-là : Élisabeth fut remplie du Saint-Esprit et elle s’écria à haute voix, disant : « Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d’où m’est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car votre voix, lorsque vous m’avez saluée, n’a pas plus tôt frappé mes oreilles, que l’enfant a tressailli de joie dans mon sein. Heureuse vous qui avez cru ! Car elles seront accomplies les choses qui vous ont été dites de la part du Seigneur ! ». Et Marie dit : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon Sauveur ».

Credo.

Offertorium :

   Recordare, Virgo Mater, in conspectu Dei, ut loquaris pro nobis bona, et ut avertat indignationem suam a nobis.

   Souvenez-vous, Vierge Mère de Dieu, d’intercéder en notre faveur en présence du Seigneur, et de détourner de nous Sa colère.

Secreta :

   Deus, cui Francorum rex se suumque regnum consecravit : per hanc quam immolamus hostiam, et beatae Virginis Deiparae intercessionem, continuis regnum defende praesidiis. Per Dominum…

   O Dieu, auquel un roi des Francs a consacré sa personne et son royaume, par cette Hostie que nous Vous immolons, et par l’intercession de la Bienheureuse Vierge Mère de de Dieu, défendez ce royaume par des secours continus. Par Jésus-Christ…

Et on fait les mémoires prescrites.

Præfatio de B. Maria Virg. : Et te in Festivitate.

Communio :

   O gloriosa Genitrix, Virgo semper Maria quae Dominum omnium meruisti portare, et Regem angelorum sola virgo lactare : nostri, quaeso, pia memorare et pro nobis Christum deprecare.

   O Mère glorieuse, Marie toujours vierge, qui avez mérité de porter le Seigneur de tous, et qui, seule, avez allaité le Roi des anges : souvenez-vous de nous avec bonté, je vous en prie, et priez le Christ pour nous.

Postcommunio :

   Deus, qui nos non desinis sanctis reficere sacramentis : fac ut, cum beata Maria semper Virgine, aeterni gaudii simus participes : qui eam gentis nostrae patronam sincera pietate veneramur. Per dominum…

   O Dieu, qui ne cessez de nous fortifier par vos sacrements saints : faites que, avec la bienheureuse Marie toujours Vierge, nous soyons participant des joies éternelles, nous qui, avec une piété sincère, la vénérons comme patronne de notre nation. Par Jésus-Christ…

Et on fait les mémoires prescrites.

Statue d'argent de Notre-Dame offerte par Charles X - trésor de Notre-Dame de Paris - blogue

La statue d’argent de la Très Sainte Vierge Marie offerte par SMTC le Roi Charles X à Notre-Dame de Paris
pour la procession du 15 août en accomplissement du Vœu de Louis XIII

2024-33. Le 6 février, nous fêtons Saint Vaast, catéchiste de Clovis, évêque d’Arras et de Cambrai.

6 février,
Fête de Saint Vaast d’Arras, catéchiste de Clovis, évêque et confesseur ;
Mémoire de Saint Tite, disciple de Saint Paul, évêque et confesseur ;
Mémoire de Sainte Dorothée de Césarée, vierge et martyre.

Saint Vaast - blogue

- « Sanctus Vedastus » -
Son nom latin fut déformé au cours des siècles et forme deux prénoms :
1) Gaston ; et…
2) Vaast (parfois Waast) [le d est tombé ainsi que la terminaison, donnant Veast, puis Vaast où l'on ne prononce plus les deux consonnes finales] 

       Saint Vaast (selon la forme de son nom la plus couramment usitée de nos jours) est né aux alentours de l’année 453 aux confins du Limousin et du Périgord : le lieu de sa naissance, nommé « Leucus » dans la vie de Saint Vaast rédigée quelques décennies après sa mort, n’est pas identifié avec certitude. Un certain nombre d’historiens opte pour Châlus, d’autres pour Châtres, d’autres encore pour Trémolat… etc. Monseigneur Guérin, dans « les Petits Bollandistes », pensait qu’il s’agissait de Villac.
Selon toute vraisemblance il était issu d’une famille gallo-romaine aisée et catholique.
Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’ayant entendu un appel intérieur à une consécration à Dieu radicale, il quitta son pays et la maison de son père pour aller vivre la vie érémitique en Lorraine, dans les environs de Toul.
Lorsque, au bout de quelques années, sa présence fut connue et que ses vertus le signalèrent à l’attention des fidèles, l’évêque de Toul finit par l’agréger à son presbytérium.

   Au retour de sa victoire de Tolbiac (qui est maintenant la ville de Zülpich, dans le district de Cologne), le Roi Clovis 1er le Grand, qui s’était engagé solennellement envers le « Dieu de Clotilde » à recevoir le baptême, se dirigeait vers Reims pour demander à l’évêque Saint Remi de commencer son catéchuménat. Passant par Toul, la réputation de sainteté de Vaast parvint à ses oreilles : il entra en relation avec lui, et finit par lui demander de l’accompagner et de l’instruire dans la foi catholique.
Plusieurs miracles qu’accomplit l’ancien ermite confortèrent Clovis dans sa résolution et lui apportèrent de nouvelles preuves de la vérité de la foi chrétienne ; ces miracles contribuaient aussi à emporter l’adhésion des dignitaires et soldats qui accompagnaient le Roi des Francs.

Clovis catéchisé par Saint Vaast - blogue

Saint Vaast catéchisant le Roi Clovis pendant ses chevauchées

   Après le baptême-sacre de la sainte nuit de Noël 496, au cours duquel certaines traditions prétendent que Saint Vaast tenait la couronne du Roi Clovis, ce dernier recommanda chaleureusement son catéchiste au saint archevêque de Reims, qui avait d’ailleurs pu se faire lui-même une idée précise de sa valeur : il employa un temps Vaast comme missionnaire dans son propre diocèse, afin d’extirper les restes du paganisme des campagnes. Certains anciens documents, au sujet de cette période de sa vie, donnent à Vaast le titre d’archidiacre de Reims.

   « Après celle des archevêques, cette dignité était la plus importante. Les archidiacres, qu’on appelle les yeux des prélats, étaient chargés des visites paroissiales ; ils devaient s’assurer de l’entretien des ornements de l’autel, de la garde des titres confirmatifs des droits et des privilèges des églises, de la distribution des aumônes aux pauvres. A eux appartenaient l’installation des abbés et dignitaires ecclésiastiques, l’examen des clercs qui se disposaient à recevoir les ordres, l’explication des fêtes de l’année et de l’office divin, et surtout la visite des prisons à l’époque de certaines solennités. On voit quelle responsabilité s’attachait à ces fonctions ; aussi quelques auteurs n’hésitent point à donner aux archidiacres le nom de chorévêques. Nous n’oserions toutefois  affirmer que Vaast ait été revêtu de cette dignité ; mais ce fait n’aurait rien d’étonnant, car Remi l’appelait son vicaire : vicariae sollicitudinis cooperarius » (abbé Van Drival, in « Trésor sacré de la cathédrale d’Arras » p.58).

   Fort de l’appui royal et animé par un zèle toujours plus ardent pour le salut des âmes, Saint Remi créa de nouveaux évêchés dans les provinces encore majoritairement païennes : c’est ainsi qu’il érigea l’ancienne capitale des Atrébates (Nemetacum, aujourd’hui Arras) en évêché et qu’il consacra Vaast pour en être le premier évêque (année 499).
A la vérité, il y avait bien eu une première évangélisation ponctuelle de l’Artois, mais le passage des Vandales et des Alains en 406, puis la dévastation impitoyable causée par Attila en 450-451 n’avaient pas laissé grand chose de l’embryon de chrétienté arrageoise.

Saint Vaast arrive à Arras - blogue

Arrivée de Saint Vaast à Arras

   A son arrivée aux portes de la ville, Saint Vaast rencontra un aveugle et un boiteux : il les guérit l’un et l’autre. Ces miracles lui attirèrent évidemment l’attention favorable de la population, presque entièrement retournée au paganisme. Un vague souvenir de la foi chrétienne n’existait plus que dans les mémoires de quelques vieillards qui lui montrèrent, hors de la ville, l’emplacement de l’église où les fidèles se réunissaient jadis. Le lieu – des ruines envahies de ronces – était le repère de bêtes sauvages.
C’est ici que se passe l’épisode de l’ours féroce, qui sortit des ruines et que Vaast rendit doux comme un agneau : certains auteurs affirment qu’ensuite cet ours serait devenu son compagnon fidèle, « afin de montrer aux nations encore barbares la puissance du Dieu dont il annonçait la Parole, les inviter à se soumettre à Celui qui savait commander aux animaux les plus féroces et les rendre souples et soumis » (Mgr. Paul Guérin).

   On ne compte pas les miracles et prodiges qu’il accomplit dans ses labeurs apostoliques, auprès du petit peuple des campagnes comme auprès des nobles Francs qui, s’ils avaient embrassé sincèrement la foi chrétienne, avaient encore conservé bon nombre de superstitions ou héritages des mœurs païennes.
En 510, Saint Remi ajouta au champ d’évangélisation de Saint Vaast le Cambrésis, pays fort vaste : l’union des sièges épiscopaux d’Arras et de Cambrai durera longtemps, puisque ce n’est que vers la fin du XIème siècle que les diocèses furent séparés.
Des traditions solidement établies attestent que Saint Vaast œuvra également dans le Beauvaisis, au sud ouest, et dans la Morinie (actuel pays de Thérouanne et de Saint-Omer : Thérouanne ne sera érigé en évêché qu’au siècle suivant).

Saint Vaast évêque d'Arras et de Cambrai - blogue

Saint Vaast évêque à la fois d’Arras et de Cambrai

   Avant de rendre sa grande âme à Dieu (le 13 janvier 533), Saint Remi rédigea un testament, témoin de sa piété et de ses libéralités : l’église d’Arras y eut part et Vaast figure parmi ceux qui ont signé cet acte si important. Son nom, en effet, vient immédiatement après celui de Saint Remi, avec la formule suivante : « Ceux qu’a maudits mon père Remi, je les maudits ; ceux qu’il a bénis, je les bénis. J’ai assisté à la lecture de cet écrit, et j’y ai apposé ma signature ».

   Vaast, qui était âgé d’environ 80 ans au moment du trépas de Saint Remi, lui survécut encore sept années. Affaibli par l’âge et les fatigues de quarante années d’épiscopat, il fut pris par la fièvre.
Par une froide soirée du début février 540, une nuée lumineuse parut sortir de la maison dans laquelle habitait le saint prélat, s’élevant jusqu’aux cieux. Le phénomène dura deux heures et fut visible pour tous les Arrageois. Averti par ses serviteurs, Vaast compris que sa fin était désormais imminente : il réunit une dernière fois tous les membres de son clergé et leur adressa ses ultimes exhortations, puis se prépara à la mort par la réception des sacrements.

   Il s’endormit paisiblement dans le Seigneur le 6 février 540.
Plusieurs de ceux qui priaient à son chevet ont affirmé qu’au moment où il rendit le dernier soupir, ils ont entendu distinctement le chant des chœurs célestes qui conduisaient son âme en paradis.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Châsse de Saint-Vaast -  cathédrale d'Arras

Châsse de Saint Vaast, dans la cathédrale d’Arras

Prière à Monseigneur Saint Michel pour la sécurité et la prospérité de l’Eglise et de la France :

 Premier mardi du mois :

   Nous avons expliqué l’origine de cette dévotion et l’institution de la Messe des premier mardi de chaque mois due à la piété de Sa Majesté la Reine Anne d’Autriche (cf. > ici) : beaucoup de fidèles n’ont malheureusement pas la possibilité d’assister à une Sainte Messe ce jour-là et désirent néanmoins marquer, selon leur état, leur supplication à Monseigneur Saint Michel pour notre cher Royaume, en lequel il y a « grande pitié ». Nous proposons donc à ces personnes de réciter au moins cette prière (dont nous ne connaissons pas l’origine exacte mais fut publiée en 1906 avec la permission de l’archevêché de Paris).

Premier mardi du mois - dévotion à Saint Michel pour la France - blogue

   Seigneur, daignez Vous souvenir que dans les circonstances douloureuses de notre histoire, Vous avez fait de l’Archange Saint Michel l’instrument de Votre Miséricorde à notre égard.
Nous ne saurions l’oublier, alors que notre pays traverse des moments particulièrement difficiles. C’est pourquoi nous Vous supplions de conserver à notre patrie, la France, la protection dont Vous l’avez jadis entourée par le ministère de cet Archange vainqueur.

   Et vous, ô Saint Michel, Prince des Milices célestes, venez vers nous !
Tournez-vous vers nous, nous nous en supplions !

   Vous êtes l’Ange gardien de l’Eglise et de la France ; c’est vous qui avez inspiré et soutenu Sainte Jeanne d’Arc dans sa mission libératrice. Venez encore à notre secours : sauvez-nous !
Nous mettons nos personnes, nos familles, nos paroisses, la France entière, sous votre spéciale protection.
Nous en avons la ferme espérance : vous ne laisserez pas périr le peuple qui vous a été confié et qui en tant d’endroits, vous honore depuis des siècles, comme au Mont Saint-Michel.

Que Dieu suscite parmi nous des saints !
Par eux, ô Archange Saint Michel, faites triompher l’Eglise dans la lutte qu’elle soutient contre l’enfer déchaîné et, par la force du Saint Esprit, établissez le Règne du Christ sur nos cœurs, sur nos familles, sur l’Eglise et sur la France, afin que la Paix du Ciel y demeure à jamais. 

Ainsi soit-il !

(avec la permission de l’Ordinaire, Paris 30 juin 1906)

Saint Michel Archange, priez pour nous,
combattez avec et pour nous !
(x 3)

Autres prières à Saint Michel pour la France :
- Prière de consécration de la France à Saint Michel par les évêques de France en 1912 > ici
- Prière à Saint Michel composée par Madame Louise de France pour la conservation du Royaume > ici

Lys en vignette typographique - blogue

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