Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2016-32. Ce qu’est le droit divin.

25 avril,
Anniversaire de la naissance et du baptême de Saint Louis (25 avril 1214),
Anniversaire de la naissance de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou (25 avril 1974).

En ce 25 avril, marqué par la célébration des anniversaires indiqués ci-dessus, vous imagninez sans peine, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, ce qu’est la ferveur de notre prières, en notre Mesnil-Marie.

Frère Maximilien-Marie a précisé, dans la lettre mensuelle qu’il a écrite pour cette occasion à l’intention des membres de la Confrérie Royale, en quoi consiste l’amour et la vénération que nous entretenons pour notre Roi de droit (on peut le lire > ici).
Pour ce qui me concerne, je tiens aujourd’hui, comme contribution à cet anniversaire royal, à reprendre ci-dessous un texte de Monseigneur Louis-Gaston de Ségur (1820-1881) qui explique de manière parfaitement claire ce qu’il faut comprendre par « monarchie de droit divin », expression tellement incomprise et critiquée de nos jours, alors que, comme vous le verrez, il n’y a rien de plus naturel.
Nous remercions le site ami « Vive le Roy », duquel nous l’avons repris, d’avoir publié ce texte bien nécessaire à l’intelligence des notions légitimes les plus élémentaires.

Lully.

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Louis XX (janvier 2016)

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, aîné des Capétiens,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX.

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Ce que c’est que le droit divin
dont on se moque avec tant de légèreté :

Il n’y a que l’ignorance qui s’en moque.
« Le droit divin », quand on sait ce que c’est, est la chose du monde la plus simple et la plus vénérable.
Ainsi que le mot l’indique, le « droit divin » c’est le droit de Dieu. Que Dieu, souverain Maître de toutes choses, ait le droit de diriger les sociétés et les peuples, cela est plus clair que le jour. Dieu n’est-il pas le Roi suprême de tous les rois et de tous les peuples, le Seigneur souverain et absolu de toutes les sociétés ? Son droit est au-dessus de tous les droits ; et tous les droits légitimes viennent de lui, comme toutes les gouttes d’eau d’un ruisseau viennent de la source.
Tout droit véritable est donc un droit divin, une communication du droit de Dieu.

En matière de souveraineté, cette communication, pour être réelle, n’a nullement besoin d’être surnaturelle ni miraculeuse : il n’est pas nécessaire que le bon Dieu apparaisse en personne ou envoie un Ange pour dire à un peuple : « Voici le Souverain que je te donne ; voici la race royale qui te gouvernera. »
Non, ce n’est pas ainsi que Dieu mène les sociétés et choisit les dépositaires de ses droits. Pour communiquer ses droits souverains sur tel ou tel peuple, le bon Dieu se sert de faits humains, parfaitement suffisants pour établir le droit divin : la naissance, par exemple, et le droit de succession ; ou bien encore une élection régulière.
Le droit à la couronne est, en effet, un véritable droit de propriété, qui s’acquiert comme toutes les propriétés : par naissance, par héritage, par conquête, par donation, enfin par prescription. La prescription a toujours la vertu de légitimer le titre primordial lorsqu’il est vicieux, de le confirmer lorsqu’il est légitime.
Oui, la couronne — je ne dis pas le royaume, mais la couronne, c’est-à-dire le droit de commander et de régner — est une propriété ; une propriété que nul n’a le droit de ravir à celui qui la possède en vertu d’un titre légitime, c’est-à-dire conforme à la loi de Dieu et aux traditions du pays.
Violer cette propriété royale, c’est voler ; et le vol est interdit par les lois divines et humaines.
En fait de souveraineté comme en fait de propriété, le droit humain est sanctionné par le droit divin, s’appuie sur lui, devient une seule et même chose avec lui : de telle sorte qu’il est à la fois humain et divin.

Remarquons-le d’ailleurs : le droit divin du Roi légitime n’est pas, comme on se l’imagine, un fait isolé dans la société.
La société repose sur une foule de faits humains donnant lieu au droit divin. C’est de droit divin que je possède ma maison, mon champ, et tous les fruits de mon travail ; c’est de droit divin que je possède ce dont je suis devenu le propriétaire légitime, à la suite et par l’effet de faits humains, de conventions purement humaines.
Il n’en est pas autrement du droit du Souverain légitime à sa couronne. Bien que ce droit résulte de faits humains, comme nous le disions tout à l’heure, il n’en est pas moins divin ; et dès lors on peut et on doit dire que c’est de droit divin qu’il possède sa couronne.
Or, il n’y a pas de droit contre le droit. Contre le droit à la fois humain et divin de la souveraineté légitime, il n’y a pas plus de droit qu’il n’y en a contre le droit à la fois humain et divin en vertu duquel tout propriétaire légitime possède ce qu’il possède.

De grâce, méditons bien ces choses. Elles sont, je le sais, un peu abstraites ; elles choquent les idées courantes, vulgarisées par la révolution ; mais elles sont vraies ; et aujourd’hui plus que jamais, il est indispensable de le bien comprendre.
En résumé, pour un Souverain quelconque, régner de « droit divin », c’est tout simplement régner légitimement, en vertu de droits légitimes ; c’est être le représentant légitime de Dieu pour le gouvernement d’une société, d’un peuple. De là cette formule célèbre, qui fait tant crier les impies et les ignorants : régner par la grâce de Dieu.

Donc, quand nous disons qu’Henri V (note *) est de « droit divin » le Roi de France, nous voulons dire que, d’après la loi de Dieu, et d’après les plus vénérables traditions de la France, le droit de ce Prince à la couronne repose sur des titres légitimes, inattaquables, et sur une prescription huit fois séculaire, qu’il est le dépositaire de l’autorité souveraine de Dieu, lequel est le Maître suprême du peuple français comme de tous les peuples ; qu’il est ainsi le Roi légitime à qui la France doit obéir, si elle veut faire la volonté de Dieu, si elle ne veut point se révolter contre le droit de Dieu.

Voilà ce que c’est que le « droit divin ».
Est-ce là, dites-moi, chose si étrange ?
Est-ce là surtout quelque chose d’absurde, de ridicule, d’intolérable comme l’affirment depuis cent ans nos petits bavards démocrates de la libre pensée et du journalisme ?
Du moment que l’on croit en Dieu et qu’on respecte le droit, le « droit divin » n’est-il pas au contraire une doctrine parfaitement raisonnable, la conséquence évidente des principes les plus certains ?

 Mgr de Ségur, in « Oeuvres » – Tolra, Paris, 1877, 2 série, tome VI, chap. III. 

Note * : Ce que Monseigneur de Ségur écrivait de Henri V en 1877, parce que c’était alors lui l’aîné des Capétiens, s’applique absolument de la même manière rigoureuse en 2016 à Monseigneur Louis de Bourbon, duc d’Anjou, actuel aîné des Capétiens.

Grandes armes de France

Publié dans:Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 25 avril, 2016 |3 Commentaires »

2016-31. Trésors versaillais dans la sacristie d’un village piémontais.

Quatrième dimanche après Pâques 24 avril 2016.

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Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Connaissez-vous Craveggia ?
Non ?
Moi non plus, je ne savais rien de ce village jusqu’à ce qu’un chat piémontais de mes amis me fasse parvenir un article du journal italien « La Stampa » (article disponible en italien dans sa version numérique > ici).
Cet article a retenu toute mon attention, et je l’ai porté à la connaissance de Frère Maximilien-Marie qui, s’il n’avait pas été assis et bien calé dans son fauteuil, serait probablement tombé à la renverse tant il en a été ému…

De quoi s’agit-il donc ?
Commençons dans l’ordre.

Craveggia est un village italien, dont la population est aujourd’hui inférieure à 800 habitants ; sis dans la vallée de Viggezzo, il appartient à la province de Verbano-Cusio-Ossola, dans le Piémont italien.
Craveggia est un village très pittoresque avec ses toitures traditionnelles en gneiss. 
Son église principale, dédiée aux Saints Jacques et Christophe (chiesa dei Santi Giacomo e Cristoforo), est un bel édifice du XVIIIe siècle : elle a été consacrée en 1770 et renferme de nombreuses oeuvres d’art.

Craveggia dans  la vallée de Viggezzo

Dans la vallée de Viggezzo, le village de Craveggia avec ses toitures traditionnelles en gneiss,
dominées par le clocher de l’église des Saints Jacques et Christophe.

Mais l’église des Saints Jacques et Christophe de Craveggia est aussi connue au-delà des Alpes pour son trésor.
Un trésor composé de nombreuses pièces liturgiques : vases sacrés, tableaux, reliquaires, parements d’autel, ornements sacerdotaux, statues… etc.
Or plusieurs pièces de ce trésor intéressent au plus haut point les Français, surtout s’ils sont passionnés d’histoire, encore plus s’ils ont gardé l’amour de leur monarchie sacrée, et davantage encore s’ils entretiennent et font vivre la pieuse mémoire de leurs souverains.

C’est qu’en effet, la sacristie de Craveggia renferme plusieurs pièces et ornements liturgiques qui proviennent – excusez du peu ! – de la chapelle royale de Versailles.
C’est cela qui a failli faire tomber à la renverse Frère Maximilien-Marie.

L’arrivée de ces pièces exceptionnelles est liée à l’histoire des émigrés de cette vallée du Piémont.
La légende rapporte qu’un jeune ramoneur originaire de la vallée de Viggezzo, qui travaillait dans les cheminées du palais du Louvre en 1612, découvrit un complot visant le jeune Louis XIII ; sa loyauté permit d’éventer la conjuration et valut, en contrepartie, une protection particulière des Bourbons sur les émigrés de la province d’Ossola venus travailler à Paris, et des conditions privilégiées pour leurs activités commerciales (ramoneurs, négociants de bois, parfumeurs… etc.).
Certains, venus pauvres du Piémont, se firent en France, à Paris ou à Versailles, des situations honorables, voire s’enrichirent, et, quoique éloignés géographiquement de leur pays d’origine, lui restaient proches par le coeur et par l’attachement à l’église de leur village : l’église des Saints Jacques et Christophe doit une bonne partie de sa splendeur à la pieuse et généreuse reconnaissance des ressortissants de Craveggia établis au loin.

La famille Mellerio – nom qui fut ensuite francisé en Meller – est originaire de Craveggia : venus en France comme colporteurs et marchands de rue en 1515, les Mellerio obtinrent de la Reine-régente Marie de Médicis, en 1613, le privilège d’exercer librement leurs activités de colporteurs sur toute l’étendue du Royaume de France sans être soumis aux statuts corporatifs.
Selon la tradition familiale, en 1777 le jeune Jean-Baptiste Mellerio avait placé son étal devant le château de Versailles, et l’attention de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette aurait été attirée par le petit coffre, en forme de marmotte, dans lequel l’adolescent présentait sa marchandise (petit coffre toujours précieusement gardé par les descendants) et lui aurait acheté quelques bijoux : « Le lien privilégié qui unit Mellerio à la plus charmante et la plus majestueuse des reines se tisse en 1777. Cette année-là, Jean-Baptiste Mellerio, petit orfèvre-joaillier italien de douze ans s’est installé avec quelques marchandises devant les grilles du château de Versailles. La Reine Marie-Antoinette, revenant de sa promenade, remarque ce singulier marchand et donne ordre à sa suite d’aller regarder ce qu’il propose. La table est arrangée avec soin et Jean-Baptiste fait valoir ses bijoux avec tant de persuasion que la dame d’honneur est séduite et acquiert quelques pièces. Rapidement, le jeune homme intéresse, se fait connaître, exécute avec promptitude et intelligence les petites commandes qu’on lui passe, et devient bientôt fournisseur de la Reine », affirment les archives familiales.
Les Mellerio feront fortune au XIXe siècle et deviendront les fournisseurs attitrés des cours successives. Joailliers des têtes couronnées, ils seront
 aussi les créateurs d’ornements prestigieux pour nos sanctuaires les plus illustres (couronnes des statues de l’archange Saint Michel, de Notre-Dame de Fourvière ou de Notre-Dame de Lourdes, orfévrerie sacrée pour la basilique de Montmartre…).

Une autre famille originaire de Craveggia, la famille Gallanty, est celle qui, au moment de la sinistre révolution, put acquérir – et donc sauver de la destruction – le drap funèbre du Roi Soleil : en velours noir, brodé d’or et d’argent, orné de six médaillons en tapisseries des Gobelins représentant des scènes de la Passion et de la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Drap funèbre de Louis XIV dans la sacristie de Craveggia

Dans l’un des tiroirs de la sacristie de Craveggia, le drap funèbre de Louis XIV.

D’après l’article de « La Stampa » les archives paroissiales, encore largement inexplorées, outre le certificat d’achat qui, lui, est bien connu et authentifié, conserveraient d’autres documents sur la manière dont les Gallanty purent se porter acquéreurs de ce trésor et le faire parvenir à Craveggia.
Des historiens de l’art et des spécialistes des tissus ont confirmé l’authenticié de cette pièce exceptionnelle.

Détail du drap funèbre de Louis XIV

Détail du drap funèbre de Louis XIV : l’un des médaillons en tapisserie des Gobelins.

Sans pouvoir tout détailler des pièces remarquables que renferme le trésor de Craveggia, et des objets précieux de la chapelle royale de Versailles sauvés de la profanation et de la destruction, il y en a toutefois une pour laquelle je veux faire une mention particulière.

Il s’agit d’un ornement réalisé dans un somptueux tissu de soie blanche brodé de fleurs, dont la tradition locale nous affirme qu’il a été confectionné dans le vêtement de mariage de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette : originellement long d’une vingtaine de mètres, ce manteau à traîne a été sauvagement tailladé par les stupides révolutionnaires ; les morceaux, pieusement récupérés par les émigrés de Craveggia et offerts à leur paroisse d’origine, ont donc été réutilisés pour réaliser cet ensemble liturgique…

Ornements liturgiques de la sacristie de Craveggia

Ornement liturgique réputé confectionné à partir du manteau de mariage de la Reine Marie-Antoinette.

Je connais plus d’un prêtre qui serait heureux de célébrer la Sainte Messe avec de tels ornements, non seulement pour leur beauté, mais surtout pour leur valeur historique et leur qualité de quasi reliques !

Pour moi – et je sais que c’est aussi le cas de mon papa-moine - j’ai été véritablement consolé d’apprendre que dans la sacristie d’un petit village d’une vallée reculée du Piémont, on conservait avec soin et vénération des pièces inestimables venues de Versailles, et que la silencieuse reconnaissance des familles de Craveggia libéralement accueillies par les Bourbons avait préservées du grand naufrage révolutionnaire.

pattes de chatLully.

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Publié dans:Chronique de Lully, Vexilla Regis |on 24 avril, 2016 |6 Commentaires »

2016-24. Une ostension qui permet de toucher jusqu’au plus profond du mystère de notre foi catholique et de notre histoire de France.

Allocution de Monseigneur Louis de Bourbon, duc d’Anjou,
à l’occasion de son pèlerinage à Argenteuil,
le vendredi 1er avril 2016,
pour l’ostension solennelle de la Sainte Tunique de Notre-Seigneur.

Grandes armes de France

Ce vendredi 1er avril 2016, Monseigneur le duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, était en pèlerinage à Argenteuil à l’occasion de l’ostension solennelle de la Sainte Tunique sans couture de Notre-Seigneur.

Une foule nombreuse s’est associée au pèlerinage du successeur de nos Rois et a assisté à la Messe pour la France célébrée par Son Excellence Monseigneur Luc Ravel, évêque aux armées françaises.

A l’occasion de ce pèlerinage, le Prince Louis de Bourbon a prononcé l’allocution suivante, dans laquelle nous nous permettons de mettre en caractères gras les passages qui nous semblent les plus importants :

Louis XX à Argenteuil le 1er avril 2016

Comme il est grand le Roi quand il est à genoux !
Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX,
ce vendredi 1er avril 2016,
dans la basilique Saint-Denys d’Argenteuil,
à l’occasion de l’ostension solennelle de la Sainte Tunique de Notre-Seigneur.

J’ai  souhaité, à l’occasion de cette ostension exceptionnelle, pouvoir vénérer à mon tour, la Sainte Tunique conservée dans la basilique d’Argenteuil. 

Depuis le recueil de cette insigne relique par Charlemagne qui l’a reçue de l’Impératrice Irène de Constantinople, nombreux furent les Rois de France, mes ancêtres,  qui vinrent l’honorer.
Les annales ont retenu notamment Louis VII dont le règne marque la première ostension dont on ait la trace ; Saint Louis dont la dévotion était si grande qu’il acquît les reliques de la Passion et fit construire pour elles la Sainte Chapelle ; François 1er sous le règne duquel eut lieu une grande procession réunissant la Couronne d’épines et  la Sainte Tunique.  Henri III et Louis XIII vinrent aussi s’y recueillir, ainsi qu’à la suite de Blanche de Castille, les Reines Catherine et Marie de Médicis et Anne d’Autriche.

Au-delà de l’importance de la Sainte Tunique, relique permettant aux fidèles de renforcer leur foi en offrant à leur vénération un objet qui les relie directement au  Christ, l’ostension suscite une communion comme peu d’évènements en produisent.
Publique, elle permet à tout un peuple de s’associer dans une même prière.
Il y a là un symbole très fort. Les ostensions permettaient à des dizaines de milliers, des centaines de milliers de Français, d’être réunis autour du Souverain pour un acte commun.

Cette année ce seront entre 250 000 et plus de un demi-million de personnes qui participeront à cette présentation solennelle.
Quel symbole pour notre époque ! 
Un des évènements majeurs de l’année sera religieux. Voilà qui remet bien des idées en place. Dans une société laïcisée dans laquelle certains voudraient n’attribuer à la religion qu’une dimension personnelle et individuelle, il est important de donner l’occasion d’exprimer leur foi et leurs convictions à de nombreux fidèles dans un esprit d’unité

Plusieurs Evêques et Cardinaux,  et il me plaît tout particulièrement à cette occasion de saluer Son Eminence le Cardinal Philippe Barbarin, Primat des Gaules,  se succèderont  durant ces deux semaines, pour  présider les cérémonies.
La présence de tous renforce le caractère universel de l’ostension de 2016.

Il me paraissait important, à la fois comme chrétien et comme héritier des Rois mes prédécesseurs, d’y participer, dans le même élan de partage avec le plus grand nombre, d’une foi commune dans laquelle la France puise son identité et sa grandeur.

La Messe du 1er avril est célébrée par son Excellence Monseigneur Luc Ravel, évêque aux Armées, aux intentions de la France.
Dans ma position d’héritier de la dynastie qui a fait la France, j’ai tenu à m’y associer, souhaitant ainsi continuer à inscrire cette ostension de 2016 dans une tradition plus que millénaire.

Je remercie tout particulièrement Son Excellence Monseigneur Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise, d’avoir pris l’initiative de permettre cette ostension exceptionnelle, pour les 150 ans de l’édification de la nouvelle basilique Saint-Denys, les 50 ans de la création du diocèse du Val d’Oise, et l’année de la Miséricorde. 

J’associe à mes remerciements l’ensemble des équipes paroissiales si dévouées.
Enfin j’adresse toutes mes félicitations au Père Cariot, recteur de la basilique, pour son rôle majeur dans l’organisation de ces cérémonies et la restauration exemplaire de la sainte relique.

Qu’en cette occasion qui nous permet de toucher jusqu’au plus profond du mystère de notre foi catholique et de notre histoire de France, Saint Louis et Saint Denis, intercèdent afin que la France poursuive sa mission, si essentielle pour toute l’humanité, de fille aînée de l’Eglise.

 Louis, duc d’Anjou.

La Sainte Tunique - Argenteuil 2016

La Sainte Tunique sans couture de Notre-Seigneur Jésus-Christ
Ostension solennelle dans la basilique Saint-Denys d’Argenteuil
25 mars – 10 avril 2016

Publié dans:Vexilla Regis |on 2 avril, 2016 |1 Commentaire »

2016-22. Procès-verbal de l’interrogatoire du chevalier François-Athanase de Charette de la Contrie, la veille de son exécution.

1796 – 29 mars – 2016

Accipe sanctum gladium, munus a Deo, quo deicies adversarios populi mei Israel :
Reçois le glaive saint, don de Dieu, avec lequel tu extermineras les ennemis de mon peuple Israël !
(2 Machab. XV, 16) 

F.A. de Charette - Vitrail de l'église de Beaupréau

François-Athanase de Charette de la Contrie
(détail d’un vitrail de l’église de Baupréau – Anjou)

Le récit des derniers instants du Chevalier de Charette est bien connu, aussi n’est-ce point lui que je vais rapporter ici.
Comme pour Jean-Nicolas Stofflet le 25 février dernier (cf. > ici), j’ai pris le parti de retranscrire dans son intégralité le procès-verbal de l’interrogatoire de François-Athanase de Charette de la Contrie, qui eut lieu le « 8 germinal an IV », c’est-à-dire le lundi 28 mars 1796, tel qu’il est publié dans le même ouvrage intitulé : « Correspondance secrète de Charette, Stofflet, Puisaye et autres… » (je renvoie aussi à la présentation de ce livre que j’ai déjà faite > ici).

Comme à mon accoutumée, je respecte l’orthographe et la ponctuation utilisées dans cette édition réalisée deux ans et demi après les faits.

incipit de l'interrogatoire de Charette

Interrogatoire prèté devant nous Pierre Perrin, rapporteur près le conseile militaire du 4° bataillon de l’Hérault, désigné par le général Dutilh, pour faire les fonctions de rapporteur dans le jugement du nommé CHARETTE, chef des brigands, détenu dans la maison d’arestation du Bouffay, à Nantes, ainsi qu’il suit :

Demande : Quel est votre nom, votre âge, vos qualités ?
Réponse : François-Athanase Charette de la Contrie, âgé de 33 ans, natif de Couffé, département de la Loire-Inférieure, lieutenant de vaisseau avant la révolution, et à présent lieutenant-général nommé par le roi Louis XVIII, et en dernier lieu, chef de l’armée royale de la Vendée.

D. Qui vous avoit nommé chef de l’armée royale de la Vendée ?
R. Louis XVIII.

D. Par quelle voie et à quelle époque avez-vous reçu cette nomination ?
R. Qu’il ne se rappelle précisément de l’époque ; mais qu’il croit que c’est depuis environ sept mois, par la voie de M. Lefevre, émigré, employé au service de l’Angleterre, et qu’au surplus on peut connoître précisément la date de ladite nomination au moyen des papiers qui ont été pris sur lui par le général Travot.

D. Vous étiez donc en relation avec Louis XVIII ?
R. Que c’est par le canal du comte d’Artois qu’il reçut ladite nomination, et qu’il n’avoit point de relation directe avec Louis XVIII.

D. Votre correspondance avec le comte d’Artois étoit-elle bien active ?
R. Non.

D. Quel étoit le but de cette correspondance ?
R. Que c’étoit pour lui faire connoître l’état de son armée.

D. Cette correspondance existoit-elle depuis long-temps ?
R. Elle existoit depuis environ 8 mois.

D. Avant l’époque où votre correspondance avec le comte d’Artois a commencé, à qui rendiez-vous compte de la situation de votre armée, et dans quel dessein faisiez-vous la guerre ?
R. Qu’il ne rendoit aucun compte à personne, et qu’il avoit en vue de procurer à la France un gouvernement monarchique.

D. Ne vous étiez-vous pas soumis aux lois de la république lors de la pacification qui eut lieu à Nantes ?
R. Que par le traité qu’il avoit fait avec les représentans du peuple, il s’étoit soumis aux lois de la république.

D. Pourquoi avez-vous ensuite repris les armes contre elle ?
R. Parce que la république avoit placé des postes dans l’intérieur du pays qui étoit sous ses ordres, et parce que les républicains avoient marché contre l’un de ses chefs de division, et enlevé un autre, ainsi que plusieurs commandans de paroisses.

D. Puisque vous vous étiez soumis aux lois de la république, et que vous étiez rentré sous l’obéissance de ses lois, vous ne deviez point vous formaliser de ce que le gouvernement républicain exerçoit sa surveillance dans le pays de la Vendée ?
R. Qu’il ne s’étoit soumis au gouvernement républicain qu’autant qu’il n’établiroit aucun poste dans l’intérieur de son armée, et qu’il lui laisseroit la surveillance du pays insurgé, comme chef de la garde territoriale qui devoit se former d’après le traité, et qu’il n’a rompu les engagemens que lorsque le gouvernement a eu rompu les siens envers lui.

D. N’avez-vous pas fait plusieurs prisonniers dans l’intervalle de la pacification, et ne les avez-vous pas fait ensuite fusiller ?
R. Que non, pendant la pacification ; mais qu’il en a fait au moment et après la déclaration de guerre.

D. Quels sont les moyens que vous avez pris pour débaucher les troupes républicaines ?
R. Qu’il n’en avoit pris aucun.

D. Pourquoi dans la proclamation que vous fites en recommençant la guerre, avez-vous taxé de mauvaise foi les représentans du peuple, que vous dites avoir traité avec vous, ainsi que le général Canclaux ?
R. Que c’est parce que les représentans du peuple Ruelle et quelques autres, ainsi que le général Canclaux, lui avoient fait entrevoir dans la conversation, au moment de la pacification, qu’un état de paix seroit plus favorable et conduiroit plutôt à ce but de son parti, ce qui n’ayant pas lieu, il s’est cru autorisé par la suite de les accuser de l’avoir trompé.

D. Aviez-vous quelques articles secrets, traités avec les représentans du peuple ?
R.  Qu’il n’en avoit point par écrit ; qu’il n’y avoit eu que des conjectures tirées de l’état du gouvernement, alors divisé, et que ces conjectures avoient d’autant plus de vraisemblance qu’elles étoient étayées de l’opinion d’hommes, revêtus de la confiance publique.

D. Pourquoi avez-vous cherché à persuader dans votre proclamation que les représentans du peuple vous avoient livré des armes et des munitions de guerre ?
R. Que c’est parce que le représentant Ruelle avoit fait délivrer des sabres à quelques uns de ses officiers, et parce qu’il lui étoit facile de se procurer des poudres, à Nantes, à raison du peu de surveillance qui y existoit alors.

D. Vous êtes-vous procuré une grande quantité de munitions à l’époque de la pacification ?
R. Qu’il s’est procuré à-peu-près quatre à cinq cents livres de poudre.

D. Quelles sont les personnes qui vous ont procuré, à Nantes, une si grande quantité de poudre ?
R. Qu’il ne sait point quelles sont les personnes qui lui procuroient cette poudre ; qu’il remettoit de l’argent à des individus de son armée qui lui rapportoient la poudre.

D. Dans quelle intention vous pourvoyiez-vous ainsi de munitions de guerre ?
R. Que c’étoit par prévoyance, et pour être en état de se défendre, dans le cas où il seroit obligé de reprendre les armes.

D. Quels sont les moyens que vous avez employés pour opérer, depuis la pacification, des rassemblemens nombreux dans la Vendée ?
R. Que c’est en mettant en pied son armée, et au moyen de sa proclamation.

D. N’avez-vous pas forcé, à main armée, les habitans paisibles à reprendre les armes ?
R. Que non.

D. N’avez-vous pas connoissance que quelqu’un de vos chefs de division ou officiers inférieurs, ayent employé des moyens violens contre ces habitans ?
R. Non.

D. Au nom de qui, pour qui, et dans quelles vues faisiez-vous ainsi la guerre à votre patrie ?
R. Au nom du roi, pour le roi, et pour la monarchie.

D. Comptiez-vous sur quelques factions puissantes dans le gouvernement, pour soutenir vos prétentions ?
R. Que non.

D. A qui rendiez-vous compte de vos opérations dans la Vendée ?
R. A personne.

D. N’y avez-vous pas exercé une autorité despotique ? N’avez-vous pas disposé arbitrairement des personnes et des propriétés, soit en levant des taxes sur les habitans, soit en faisant fusiller ceux qui ne se conformoient pas à vos ordres ?
R. Qu’il régissoit le pays avec douceur, qu’il ne levoit aucune taxe, et qu’il ne faisoit fusiller personne.

D. Etoit-ce en vertu des pouvoirs que vous avez dit vous avoir été conférés par Louis XVIII que vous régissiez ainsi le pays ?
R. Que c’étoit d’après l’autorité dont le roi l’avoit revêtu, et la confiance que les habitans avoient en lui.

D. Etiez-vous en correspondance avec les émigrés, descendus à l’île d’Yeu ?
R. Que non.

D. Avez-vous correspondu avec l’Angleterre, et avez-vous reçu de la part des Anglais, des moyens de secours pour continuer la guerre ?
R. Qu’il n’avoit point de correspondance directe avec le gouvernement anglais ; mais seulement avec le comte d’Artois, qui, à ce qu’il croit, étoit l’intermédiaire, et qu’il a reçu un convoi de munitions, en poudre, canons et fusils, qui fut débarqué sur la côte de Saint-Jean-de-Mont.

D. Etiez-vous en correspondance avec Stofflet ?
R. Rarement.

D. Quel étoit le but de votre correspondance ?
R. Que c’étoit de cimenter l’union entre eux.

D. Avez-vous quelquefois agi de concert avec lui depuis la pacification ?
R. Que non.

D. Aviez-vous quelques correspondances avec les Chouans ?
R. Qu’il n’avoit écrit que deux ou trois lettres à Scepeaux, dans le style honnête et familier.

D. Vos opérations militaires avoient-elles quelques corrélations avec celles des chouans ?
R. Que non.

D. Connoissiez-vous un centre d’autorité, qui réunit une domination commune sur vous et votre armée, sur celle de Stofflet, et sur celle des Chouans ?
R. Que non.

D. Aviez-vous quelques correspondances dans l’intérieur, en receviez-vous des moyens pour prolonger la guerre ?
R. Que non.

D. Quels étoient donc vos moyens pour continuer la guerre au moment où vous avez été pris ?
R. Qu’il n’avoit presque plus alors aucuns moyens, vu que les commandans de division s’étoient déjà rendus, et que ceux des paroisses rendoient les armes, ainsi que les soldats.

D. Quelle étoit l’organisation de l’armée que vous commandiez ?
R. Qu’elle étoit distribuée en 11 ou 12 divisions, et qu’il n’avoit d’officiers supérieurs dans son état-major, qu’un major général sans fonctions militaires, et deux approvisionneurs.

D. Quels étoient les chefs de division ?
R. MM. Fougaret, Guérin, Laroberie, Rézeau, Savin, Dabbaye, Lecouvreur, Dubois et Lemoine.

D. Aviez-vous des magasins de subsistances pour votre armée ?
R. Qu’il en avoit ; mais que les troupes républicaines s’en étoient emparées.

D. Aviez-vous des magasins d’armes et munitions de guerre ?
R. Que non.

D. Reste-t-il encore beaucoup de munitions et d’armes dans la Vendée ?
R. Qu’il n’en sait rien ; qu’on lui a pris tout ce qu’il avoit à l’entrepôt, et qu’il ignore les armes qui ont été rendues et celles qui restent au pouvoir des habitans.

D. Quel étoit l’esprit des habitans quelque temps avant votre arrestation ? Croyez-vous qu’ils fussent portés à continuer encore la guerre ?
R. Qu’il ne connoissoit pas l’esprit des habitans ; mais qu’il en avoit été abandonné.

D. N’avez-vous pas, depuis peu, donné des ordres au nom du roi, aux habitans de prendre les armes, sous peine d’être fusillés ?
R. Qu’il avoit fait cet ordre ; mais qu’il ne le rendit pas général.

D. Pourquoi après que vos rassemblemens furent dispersés par les troupes républicaines, et que les habitans vous eurent abandonné, n’avez-vous pas cherché à quitter le sol de la Vendée ?
R. Parce qu’il n’a pas voulu abandonner la cause qu’il soutenoit.

D. Avez-vous eu connoissance de l’assassinat commis sur le curé de la Rabatelière ?
R. Qu’il en a eu connoissance deux jours après qu’il a été commis ; mais qu’il l’a été à son insu.

D. Avez-vous quelques autres renseignemens à donner sur la guerre de la Vendée ?
R. Que non.

Lecture faite de son interrogatoire, a dit, que ses réponses contenoient vérité ; et néanmoins a rétracté la réponse faite à l’interrogat, portant : quels étoient les chefs de divisions ?

Julien Le Blant - Exécution du général de Charette

Le célèbre tableau de Julien Le Blant (1851-1936) représentant l’exécution du général de Charette
sur la place Viarme, à Nantes, le 29 mars 1796.

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 29 mars, 2016 |1 Commentaire »

2016-16. Procès-verbal de la comparution de Jean-Nicolas Stofflet devant la commission militaire qui l’a envoyé à la mort.

1796 – 25 février – 2016

* * *
220e anniversaire de l’exécution

de

Jean-Nicolas Stofflet

frise lys deuil

Jean-Nicolas Stofflet

C’est le 25 février 1796 vers 10 h du matin que Jean-Nicolas Stofflet fut fusillé à Angers, au Champ-de-Mars (aujourd’hui « jardin du Mail »), avec quatre compagnons d’armes.
J’ai déjà résumé la biographie de Stofflet dans les pages de ce blogue (voir > ici) et j’ai également publié le texte de la proclamation par laquelle il annonça la reprise des combats, à la fin de janvier 1796 (voir > ici).

Pour marquer le deux-cent-vingtième anniversaire de sa mort héroïque, je veux aujourd’hui publier le texte du procès-verbal de son interrogatoire devant la commission militaire qui l’a envoyé à la mort. Il est daté du « 5 ventôse an IV », c’est-à-dire du 24 février 1796, la veille de l’exécution.
Je le reproduis ci-dessous tel que je l’ai découvert dans l’ouvrage intitulé : « Correspondance secrète de Charette, Stofflet, Puisaye, et autres… ».

Ce livre, en deux tomes, a été publié à Paris, sans nom d’auteur chez F. Buisson – imprimeur libraire sis au n° 20 de la rue Haute-Feuille – , en « l’an VII de la république française » (note : l’an VII de la république va du 22 septembre 1798 au 22 septembre 1799) : sa parution a donc suivi de quelque deux années et demi seulement l’exécution de Stofflet.

Après avoir scanné l’incipit de cet interrogatoire, j’en ai recopié le texte complet en respectant l’orthographe et la ponctuation utilisées dans l’ouvrage.

A la lecture de ce procès-verbal, on est frappé finalement par l’insignifiance des questions posées : on a envie de dire que c’est une comparution de pure forme, puisque de toute manière, le verdict est connu d’avance et ne dépendra pas de cette comparution.

Lully.

frise lys deuil

Incipit de l'interrogatoire de Stofflet

Interrogé de ses noms, prénoms, âge, qualités et demeure ?
- A répondu s’appeler Nicolas Stofflet, âgé de 44 ans, natif de Luneville, département de la Meurthe, ci-devant province de Lorraine, d’aucun métier ; qu’il a servi pendant 18 ans, après lequel temps, il s’est retiré à Maulevrier, département de Maine-et-Loire.

Interrogé de ce qu’il faisoit au pays de Maulevrier ?
- A répondu, en qualité de garde-chasse, jusqu’à l’époque de la révolution, que depuis, il a fait la guerre, en prenant les armes contre la république jusqu’au moment que la pacification fut faite entre lui et les représentans du peuple.

Interrogé, si depuis la pacification faite avec les représentans, il n’a pas repris les armes contre la république, et s’il n’a pas, par une proclamation qui a la date d’environ un mois, engagé tous les royalistes et habitants du pays insurgé, à se réunir à lui pour marcher contre les républicains ?
- A répondu, qu’oui ; parce qu’on n’avoit pas tenu les conditions de la pacification, passée avec les représentans du peuple à Monglande (note *).

Interrogé au nom de qui il combattoit contre la république ?
- A répondu que c’étoit au nom du roi, c’est-à-dire, du premier homme qu’on auroit pu mettre sur le trône.

Interrogé s’il n’a pas provoqué la dissolution des armées républicaines, en faisant proposer aux chefs de cantonnemens ou garnisons, des appointemens considérables, s’ils vouloient passer au service du roi, sous le commandement de lui Stofflet ?
- A répondu que non ; d’ailleurs, ajoute-t-il, où voudriez-vous que j’aie pris de l’argent.

Interrogé en quelle qualité il commandoit dans les armées royales ?
- A répondu, en qualité de commandant, depuis le commencement.

Interrogé de nous dire les noms des principaux chefs qui servoient sous son commandement ?
- A répondu, qu’ils se nommoient Nicolas, de la commune de Cholet ; Nicolas Blin de Tousol ; Guichard, de Soloire.

Interrogé, si lorsqu’il a été arrêté dans la commune de la Poitevinière, il n’avoit pas le dessein, avec le rassemblement qu’il avoit ordonné, d’attaquer les postes, et sur lesquels il avoit jeté ses vues ?
- A répondu qu’oui ; et d’attaquer le poste qu’il auroit cru le plus foible ; et que le rassemblement qu’il avoit fait, pouvoit monter à 3 ou 400 hommes.

Interrogé, quelles fonctions remplissoit Bernier, ci-devant curé ?
- Celle de commissaire général, et que sa demeure habituelle étoit au Lavoir.

Interrogé où il prenoit ses munitions, s’il n’avoit pas des agens dans les villes environnantes le pays insurgé, ou dans celle qui sont au milieu du pays occupé par les troupes républicaines ?
- A répondu, qu’il les achetoit du premier venu, c’est-à-dire, des habitans du pays, qui s’en procuroient dans différens endroits ; qu’il n’avoit point d’agens dans les villes environnantes le pays insurgé ; que la poudre qu’il achetoit n’étoit point en cartouches.

Interrogé quelles fonctions remplissoient auprès de lui les cinq autres accusés ?
- A répondu qu’ils n’en remplissoient aucune, à l’exception de Moreau, qui étoit son domestique.

Interrogé combien il avoit de chevaux, et où ils étoient, quand lui accusé a été arrêté ?
- A répondu qu’ils étoient dans différentes métairies, et qu’il en avoit particulièrement deux dans la forêt de Vézin.

Interrogé s’il n’avoit pas une caisse militaire, et où elle étoit déposée ?
- A répondu qu’il n’en avoit point, parce qu’il ne soldoit point ses troupes.

Interrogé pourquoi, lorsqu’il a été arrêté, il s’est révolté contre la troupe, qui avoit été pour s’emparer de lui ?
- A répondu que c’étoit pour se faire tuer sur le champ.

Lecture à lui faite de l’interrogation, a dit ses réponses contenir vérité, et a signé avec nous et le citoyen Crolbo, que le conseil a choisi pour secrétaire.

Signé : STOFFLET, et CROLBO, secrétaire.

Signature de Stofflet

Note * : Monglande = mauvaise graphie de « Mont-Glonne », qui était le nom par lequel avait été rebaptisée la paroisse de Saint-Florent le Vieil pendant la période révolutionnaire. On se souvient que Stofflet avait refusé de signer le traité de pacification à La Jaunaye, le 17 février 1795. Il n’avait accepté cette pacification qu’à contre-coeur et plus tard : c’est à Saint-Florent le Vieil, le 2 mai 1795 qu’il avait finalement signé la paix.

frise lys deuil

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 24 février, 2016 |Pas de commentaires »

2016-13. L’allocution consistoriale « Gravissimum » du 21 février 1906.

Samedi des Quatre-Temps de printemps 20 février 2016 ;
Anniversaire de l’exécution d’Andreas Hofer (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il semblerait que, en France, les catholiques sont désormais tellement habitués à la loi du 9 décembre 1905, dite loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, qu’ils n’en voient plus du tout la malice, ni la grave offense à Dieu et à Ses droits qu’elle représente.
De nos jours, il y a même des prêtres, des évêques et des cardinaux, qui invoquent cette loi inique, conçue dans les loges maçonniques en vue d’affaiblir l’Eglise, dans le but de revendiquer « une saine laïcité » ! Ils me font penser à des dindes qui manifesteraient contre toute modification du menu traditionnel de Noël.

A l’occasion de son cent-dixième anniversaire, j’ai donc résolu aujourd’hui de publier ci-dessous le texte complet de l’allocution consistoriale « Gravissimum » (21 février 1906) par laquelle le Pape Saint Pie X, dix jours après l’encyclique « Vehementer nos » (11 février 1906), a élévé de solennelles protestations contre la loi du 9 décembre 1905 : rien ne vous empêche, bien sûr, de vous plonger (ou replonger) dans le texte de l’encyclique (voir la note 2 en bas de page), mais le texte de l’allocution reproduit ci-dessous en constitue une sorte de résumé, plus facile à lire et à retenir.
On notera que c’est véritablement en vertu de son autorité apostolique que Saint Pie X s’est exprimé, ce qui signifie que cette condamnation requiert un assentiment entier de la part des fidèles de la Sainte Eglise.

Que Dieu nous fasse miséricorde, qu’Il aie pitié de la France, et qu’Il nous donne la grâce de travailler à sa conversion et à son relèvement !

Lully.

Avertissement : Les notes explicatives, tout comme la retranscription de certains passages en caractères gras, sont de notre fait.

Tiare et clefs de Saint Pierre

Saint Pie X

Allocution Gravissimum
prononcée au consistoire du 21 février 1906
par le Pape Saint Pie X.

Vénérables Frères,

Ayant à remplir un acte très grave de Notre charge apostolique, Nous vous avons aujourd’hui convoqués.

Nombreuses sont les amertumes et les injustices infligées chaque jour, dans cette tempête désastreuse, à l’Église et à Nous, qui, malgré notre indignité, la gouvernons comme vicaire de Jésus-Christ. Mais Nous souvenant néanmoins de la patience de ce même Jésus-Christ et confiant dans Ses promesses certaines, Nous Nous efforçons de supporter l’adversité avec mansuétude ; afin que, comme Lui, Nous marchions dans l’espérance de la gloire des fils de Dieu.
Mais l’offense infligée naguère (1) à l’Église et à Nous est si grave et si violente que Nous ne pouvons la passer sous silence, et, le voudrions-Nous, Nous ne pourrions la taire sans manquer à notre devoir.

Rappel du droit et des faits

Vous devinez, Vénérables Frères, que Nous voulons parler de cette loi absolument inique, ourdie pour la ruine du catholicisme, qui vient d’être promulguée en France en vue de la séparation de l’État d’avec l’Église.

Notre récente Encyclique adressée aux évêques, au clergé et au peuple français (2) a montré pleinement combien cette loi est odieuse et contraire aux droits de Dieu et de l’Église. Mais pour ne négliger en aucun point Notre charge apostolique, Nous Nous proposons de préciser et de confirmer solennellement, en votre présence auguste, ce que Nous avons dit.

En effet, pouvons-Nous ne pas réprouver cette loi, lorsque son titre même montre sa malice et la condamne ?
Il s’agit, Vénérables Frères, de séparer violemment l’État de l’Église. Donc, telle qu’elle est, elle tend au mépris du Dieu éternel et Très-Haut, puisqu’elle affirme qu’aucun culte ne Lui est dû par l’État. Or, Dieu n’est pas seulement le Seigneur et le Maître des hommes considérés individuellement, mais Il L’est aussi des nations et des États ; il faut donc que ces nations et ceux qui les gouvernent Le reconnaissent, Le respectent et Le vénèrent publiquement.

Si l’oubli de ce devoir et ce divorce sont partout injurieux pour la majesté divine, ils sont en France une ingratitude plus grande et un malheur plus funeste.

Car si l’on considère en toute vérité l’ancienne gloire de la France, on reconnaîtra qu’elle lui vient en majeure partie, et de beaucoup, de la religion et de l’union constante avec le Saint-Siège, qui en découlait. De plus, cette union de l’Église et de l’État était sanctionnée en France par un pacte solennel (3).

Or, ce qui ne se ferait pour aucun État, si petit qu’il fût, on l’a fait pour le Siège apostolique, dont l’autorité et l’importance sont si grandes dans le monde.

En effet, au mépris de tout devoir d’urbanité, contrairement au droit des gens et aux règles des États, ce pacte, si solennel et si légitime, a été déchiré sans aucune déclaration préalable de la volonté de le rompre, par le fait d’une des parties seulement, sans égard à la foi jurée.

Et maintenant, si nous examinons la teneur même de la loi, qui ne voit que le fait de sa proposition détruit la constitution même par laquelle Jésus-Christ a façonné l’Église qu’Il a acquise par Son sang ?

Ainsi, on n’y trouve aucune mention du Pontife Romain ni des évêques. Au contraire, toute l’administration et toute la surveillance du culte public sont remises à des associations de citoyens (4) auxquelles seules, dans tout le domaine religieux, la république reconnaît des droits civils. Et si quelque contestation s’élève entre elles, ce n’est pas par les évêques ni par Nous que le litige sera jugé et tranché, mais par le Conseil d’État.

Après l’adoption de cette loi, ce qu’il faut penser, Vénérables Frères, de la liberté de l’Église, Nous l’avons exposé plus amplement dans la Lettre Encyclique rappelée plus haut (2).

Mais ici Nous dirons en résumé que, d’un côté, les évêques ne peuvent plus régir le peuple chrétien dans la pleine souveraineté de leur charge, de l’autre, on enlève au peuple chrétien le droit très sacré de professer librement sa religion ; enfin, l’action de l’Église sur la société est affaiblie sur de nombreux points ou tout fait entravée.

Or, cette violation des droits et cette diminution de liberté s’aggravent encore de ce fait que l’Église, par le seul pouvoir de la loi, au mépris de la justice et nonobstant la foi des traités, est troublée dans la légitime possession de son patrimoine.

Quant à la République, elle se délie de toute obligation de subvenir aux dépenses annuelles de la religion, dépenses que, par une convention, elle avait prises à sa charge en compensation de la spoliation officielle (5).

Condamnation sans appel

Après vous avoir fait, en raison de l’importance du sujet, ces communications, Nous rappelant les devoirs de la charge apostolique par laquelle Nous sommes tenu de protéger et de défendre par tous les moyens les droits sacrés de l’Église, Nous prononçons solennellement en votre auguste assemblée Notre sentence sur cette loi.

En vertu de la suprême autorité dont Nous jouissons comme tenant la place du Christ sur la terre, Nous la condamnons et réprouvons comme injurieuse au Dieu très bon et très grand, contraire à la divine constitution de l’Église, favorisant le schisme, hostile à Notre autorité et à celle des pasteurs légitimes, spoliatrice des biens de l’Église, opposée au droit des gens, ennemie du Siège apostolique et de Nous-même, très funeste aux évêques, au clergé et aux catholiques de France ; Nous prononçons et Nous déclarons que cette loi n’aura jamais et en aucun cas aucune valeur contre les droits perpétuels de l’Église.

Paternelle sympathie

Et maintenant, Notre cœur se tourne vers la nation française ; avec elle, Nous sommes affligé ; avec elle, Nous pleurons. Que personne ne pense que Notre amour pour elle s’est refroidi parce que Nous avons été si amèrement traité. Nous songeons avec douleur à ces Congrégations privées de leurs biens et de leur patrie (6). Nous voyons avec une paternelle inquiétude des multitudes d’adolescents réclamant une éducation chrétienne. Nous avons devant les yeux les évêques, Nos Frères, et les prêtres jetés au milieu des tribulations et exposés à des maux plus graves encore. Nous chérissons les fidèles opprimés sous cette loi ; Nous les embrassons d’un cœur paternel et plein d’amour.

L’audace et l’iniquité des méchants ne pourront jamais effacer les mérites acquis par la France, durant le cours des siècles, envers l’Église. Notre espoir est que ces mérites s’accroîtront encore quand les temps seront redevenus paisibles. C’est pourquoi Nous exhortons Nos Fils chéris à ne pas se décourager ni se laisser abattre par les épreuves et les difficultés des temps. Qu’ils veillent, fermes dans la foi ; qu’ils agissent virilement, se rappelant la devise de leurs ancêtres : Christus amat Francos (7). Le Siège apostolique sera toujours près d’eux, ne laissant jamais la Fille aînée de l’Église réclamer inutilement les secours de sa sollicitude et de sa charité.

Armoiries de Saint Pie X

Notes :
1) La loi dite de séparation de l’Eglise et de l’Etat a été votée le 9 décembre 1905, soit deux mois et demi avant cette allocution.
2) L’encyclique « Vehementer nos », datée du 11 février 1906 (10 jours avant ce discours devant l’ensemble des cardinaux). On en trouvera le texte complet > ici.
3) Le « pacte de Reims », au baptême de Clovis, qui a fait naître la France de l’union sacrée de la Royauté franque avec le catholicisme.
4) La loi du 9 décembre 1905 ordonne la création d’association cultuelles, régies par des laïcs, auxquelles sera dévolue l’administration des biens des Eglises.
5) La loi de 1905 abolit le traitement versé par l’Etat aux ministres du Culte : or ce « salaire » des prêtres par l’Etat, en France, avait été établi au moment du concordat de 1801 pour compenser le vol – car c’en était un – des biens du clergé, lors de la grande révolution. En 1801, l’Eglise avait donc accepté de ne pas réclamer la restitution des biens qui lui avaient été volés, et qui avaient assuré jusqu’à la révolution la subsistance des ecclésiastiques et le fonctionnement des oeuvres éducatives et caritatives de l’Eglise de France, contre la promesse de voir ses ministres payés par l’Etat. La loi de 1905 renouvelle donc en quelque manière le vol perpétré à la révolution.
6) Depuis 1880 et jusqu’à cette loi du 9 décembre 1905, la troisième république n’a cessé de persécuter l’Eglise catholique par une surenchère de lois visant à limiter par tous les moyens l’influence de l’Eglise dans la société : en particulier par des lois de plus en plus sévères contre les congrégations religieuses qui contraignirent un grand nombre de religieux, spoliés de leurs couvents, à prendre la route de l’exil.
7) Christus amat Francos : le Christ aime les Francs (prologue de la Loi salique).

Tiare et clefs de Saint Pierre

2016-11. Pèlerinage légitimiste pour le jubilé du Puy.

Jeudi 4 février 2016,
Fête de Sainte Jeanne de France (voir > ici).

Cette fête de l’une des plus attachantes figures de sainteté de la Maison Capétienne, est l’occasion providentielle d’annoncer le Pèlerinage Légitimiste programmé au Puy-en-Velay les samedi 4 et dimanche 5 juin prochains, pour le Jubilé du Puy : un pèlerinage de « Grand Pardon » aux pieds de Notre-Dame, organisé conjointement par la Confrérie Royale et par l’Union des Cercles Légitimistes de France, dans les pas de nos Rois, et auquel nous invitons tous les amis du Refuge Notre-Dame de Compassion à participer, bien sûr, afin d’implorer la miséricorde et le secours de Dieu sur chacun de nous et sur la France !

panorama du Puy-en-Velay depuis le parvis du sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir

Panorama de la ville du Puy-en-Velay depuis l’ouest.

lys 2

Pèlerinage jubilaire au Puy-en-Velay
de la
Confrérie Royale
et de l’
Union des Cercles Légitimistes de France

Samedi 4 & dimanche 5 juin 2016

1) Pourquoi un pèlerinage au Puy-en-Velay ?

Selon la tradition admise par l’Eglise et crue par tous jusqu’aux temps du rationalisme et de l’hyper-critique historique, l’origine du sanctuaire du Puy-en-Velay remonte au premier siècle de notre ère, au temps des premiers évangélisateurs envoyés dans les Gaules par Saint Pierre.

A l’époque de Saint Georges, premier évêque du Velay, la Très Sainte Vierge Marie apparut à une chrétienne très malade : elle lui enjoignit de se rendre sur le Mont Anis et de s’y coucher sur une grande pierre noire en forme d’autel, ce qu’elle fit. Sur cette pierre, la dame eut un songe et, selon les termes de l’ancienne chronique, entendit ces paroles : « Entre tous les lieux du monde, l’auguste Mère du Sauveur s’est choisie spécialement cet endroit pour y être servie et honorée jusqu’à la fin des siècles ; et afin que vous ne preniez pas ce que vous voyez pour un vain songe, sachez que la guérison que vous désirez vous est accordée. »
Saint Georges, averti par la femme effectivement guérie, vint au lieu du miracle et le trouva couvert d’une neige miraculeuse alors qu’on était au 11 juillet. Un cerf traça alors dans cette neige le périmètre d’un sanctuaire. Faute de moyens, Saint Georges ne put l’édifier mais il prit soin de faire planter sur ces limites dessinées par l’animal une haie d’aubépines.

Il fallut attendre le milieu du IVème siècle pour que les successeurs de Saint Georges puissent répondre à la demande de Notre-Dame et c’est une autre guérison miraculeuse qui en fut l’occasion : une chrétienne de Ceyssac – village proche du Puy – , paralysée, eut un songe dans lequel la Très Sainte Vierge lui demandait de se faire transporter sur le Mont Anis, à l’intérieur de l’enceinte sacrée délimitée jadis par Saint Georges, et de se faire déposer sur l’antique dalle noire. La dame de Ceyssac obtempéra et fut guérie à son tour. Elle eut alors, elle aussi, une manifestation de Notre-Dame entourée d’anges lui demandant d’aller trouver l’évêque, qui était Saint Vosy, et de lui demander la construction du sanctuaire que ses prédécesseurs n’avaient pu mener à bien.
Saint Vosy, comme autrefois Saint Georges, trouva lui aussi l’endroit couvert d’une neige miraculeuse : convaincu de l’authenticité des faits, il entreprit la construction du sanctuaire demandé par la Madone, puis d’y transporter son siège épiscopal.
Lorsque les travaux furent achevés et que vint le temps de procéder à la dédicace de cette nouvelle église, un nouveau miracle se produisit : ce furent les anges eux-mêmes qui en accomplirent les cérémonies de consécration, d’où le nom de « chambre angélique » qui fut donné à ce premier sanctuaire voulu par le Ciel (cet espace correspond aux deux travées orientales de l’actuelle cathédrale).

En résumé, donc, la cathédrale du Puy est le lieu de la plus ancienne apparition connue de la Très Sainte Vierge Marie sur le sol de France : c’est un lieu que Notre-Dame a explicitement voulu pour y répandre ses grâces, et cette cathédrale appartient au très petit nombre des sanctuaires qui, à travers toute la Chrétienté, ont été consacrés par les Anges (tout comme Einsiedeln en Suisse ou le Mont Gargan dans le sud de l’Italie).

Pierre des fièvres & chapelle du Crucifix

Cathédrale du Puy : dans la chapelle du Saint Crucifix se trouve la « pierre des fièvres » ;
c’est sur cette dalle de pierre basaltique que Notre-Dame a opéré les miracles
et c’est autour d’elle qu’elle a voulu voir se développer son pèlerinage.

2) Est-il raisonnable aujourd’hui de croire à ces histoires merveilleuses ?

Certes, l’Eglise ne vous oblige pas à y donner votre assentiment (comme elle n’oblige d’ailleurs personne à croire comme un « dogme de foi » les apparitions de la Vierge ou des Saints dont elle affirme cependant l’authenticité).
Mais cette tradition a été crue de manière unanime pendant des siècles, et en particulier aux âges où la foi était la plus florissante et la plus féconde. De très nombreux saints, des prélats, des papes, des souverains et des princes y ont cru, et c’est ce qui a motivé leur pèlerinage à Notre-Dame du Puy.
Cette tradition a commencé à être contestée et tenue pour une pieuse légende sans consistance à partir du « siècle des lumières ».
N’est-il pas préférable d’adhérer de toute notre âme à cette tradition, avec les saints, les Rois chrétiens et les Papes des siècles de foi, plutôt que de la mettre en doute avec les disciples de Voltaire ?

Façade de la cathédrale Notre-Dame de l'Annonciation

Façade de la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation du Puy-en-Velay
édifiée autour de la « pierre des fièvres » et consacrée par les Anges.

3) Pourquoi un jubilé au Puy ?

Depuis des siècles, la Sainte Eglise notre Mère accorde à ses fidèles la grâce d’un jubilé spécial célébré à la cathédrale du Puy chaque fois que le Vendredi-Saint coïncide avec le 25 mars : c’est-à-dire chaque fois que coïncident l’anniversaire de l’Incarnation et celui de la Rédemption.

Rappelons au passage que, en effet, selon la tradition la plus ancienne (et à rebours des calculs « modernes »), c’est à la date du vendredi 25 mars de l’an 33 de notre ère que Notre-Seigneur Jésus-Christ a souffert Sa Passion : en fait foi le martyrologe romain qui mentionne à la date du 25 mars le « dies natalis » (c’est-à-dire le jour de la mort, lequel a été le jour de sa naissance dans l’éternité bienheureuse) du Saint Bon Larron.

Les anciennes traditions nous apprennent que le premier des jubilés du Puy aurait eu lieu en l’an 992, ce qui en fait le plus ancien des jubilés de la Chrétienté après celui de Rome.

L’occurrence du 25 mars et du Vendredi-Saint peut se produire une ou deux fois par siècle, parfois trois.
Le dernier jubilé du Puy a été célébré en 2005. L’année 2016 est celle du 31 ème jubilé du Puy. Il faudra attendre ensuite l’année 2157 pour voir le 32 ème jubilé du Puy.
Jusqu’en 1524, les jubilés du Puy n’étaient célébrés que sur 24 h, dans la seule journée du Vendredi-Saint 25 mars.
En raison de l’affluence des pèlerins, les évêques du Puy obtinrent peu à peu du Saint-Siège une extension du jubilé sur une, puis sur deux semaines : ce fut le cas à partir du jubilé de 1622 et jusqu’au 29 ème jubilé, celui de 1932.
A l’occasion du 30 ème jubilé, en 2005, le Saint-Siège a accordé que le jubilé du Puy soit célébré à partir du 25 mars et jusqu’au 15 août. C’est aussi le cas en cette année 2016.
 

Statue de la Vierge Noire

Cathédrale du Puy : la statue de la Vierge Noire,
copie de celle qui a été brûlée le 8 juin 1794, couronnée au nom du Bx Pie IX le 8 juin 1856.

4) Quels liens unissent nos Rois à la cathédrale du Puy ?

Les catholiques du XXIème siècle ont un peu de peine à imaginer que le pèlerinage du Puy-en-Velay a été pendant des siècles au moins aussi important que ne l’est de nos jours le pèlerinage de Lourdes.
On n’exagère pourtant pas lorsqu’on affirme que la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation du Puy figure parmi les plus anciens et les plus illustres de nos « sanctuaires nationaux ».

Le pèlerinage du Bienheureux Charlemagne à la Vierge du Puy a été souvent cité, mais on ne peut cependant pas en apporter la preuve historique.
En revanche, depuis le Roi Raoul 1er (922-936) jusqu’à la fin de l’Ancien Régime l’historien peut attester d’une sollicitude particulière et continue de nos Souverains pour le sanctuaire du Puy, pour consolider le pouvoir de ses évêques, et pour octroyer des privilèges à la cité.

Une vingtaine de nos Rois est venue en pèlerinage au Puy : parmi les plus célèbres on peut citer Louis VII, Saint Louis, Charles VII, Louis XI, Charles VIII et François Ier. Le dernier en date fut Monseigneur le Prince Alphonse de Bourbon (+ 1989), de jure Alphonse II, le 15 août 1979.

Chaque fois qu’une souveraine se trouvait enceinte, des prières particulières étaient prescrites auprès de Notre-Dame du Puy, pour que la grossesse de la Reine et sa délivrance se passent bien.

Enfin, n’oublions pas que parmi la foule immense des pèlerins du 25 mars 1429, accourue pour implorer le secours divin sur ce Royaume où il y avait alors « grande pitié », se trouvait Isabelle Romée, mère de Sainte Jeanne d’Arc. Nous le savons par des témoignages irréfragables : en particulier celui du Frère Jean Paquerel, moine augustin, qui devint confesseur et aumônier de la Pucelle. C’est lors du jubilé du Puy qu’il rencontra Isabelle Romée : la nouvelle de l’entrevue de Jeanne avec Charles VII à Chinon (juste 20 jours auparavant : le 6 mars 1429) commençait à se répandre dans tout le Royaume. Les pèlerins interrogeaient fébrilement la pieuse mère de la jeune fille, étaient touchés par son récit, étaient gagnés par une espérance surnaturelle. Frère Jean Paquerel partit rejoindre l’héroïne, et il ne la quittera plus jusqu’au moment de sa captivité…

Il y aurait encore beaucoup à dire puisqu’il faudrait aussi raconter l’importance du Puy lors de la première croisade : le pape Urbain II y vint en pèlerin avant d’ouvrir le concile de Clermont et fit de l’évêque du Puy, Adhémar de Monteil, son légat au milieu des troupes chrétiennes.

Statue de St Louis

Cathédrale du Puy : statue de Saint Louis
(qui offrit au sanctuaire une épine de la Sainte Couronne, voir > ici)

5) Pourquoi irons-nous en pèlerinage au Puy les 4 et 5 juin prochains ?

« Les hommes d’armes combattront et Dieu donnera la victoire » affirmait Sainte Jeanne d’Arc.
Dans le combat spirituel et politique de notre temps, parfois bien plus terrible que celui des champs de bataille, nous ne pouvons pas lutter efficacement ni espérer vaincre sans attendre de Dieu et les forces et la victoire. Et pour que Dieu donne la victoire, il faut d’abord la Lui demander : prier, supplier, implorer…
Voilà pourquoi la Confrérie Royale et l’UCLF s’associent pour proposer à leurs membres, à leurs adhérents et à leurs sympathisants, de se retrouver au Puy-en-Velay les 4 et 5 juin prochains pour une démarche jubilaire commune.

Le pèlerinage jubilaire de la Confrérie Royale et de l’Union des Cercles Légitimistes de France doit être un moment privilégié de ferveur catholique et royale dans notre travail de reconquête spirituelle et politique du Royaume de France. Une reconquête qui passe nécessairement par l’effort de conversion et de sanctification – l’une et l’autre ne sont jamais achevées – de chacun de nous.
La grâce du jubilé, reçue au Puy, ne peut manquer d’être salutaire, stimulante et fortifiante, dans les combats qui nous attendent.

Statue de Ste Jeanne d'Arc

Cathédrale du Puy : statue de Sainte Jeanne d’Arc.

6) Que ferons nous au Puy-en-Velay les 4 et 5 juins prochains ?

Les détails du programme de ce pèlerinage sont encore à préciser, mais nous pouvons déjà en donner les grandes lignes :
- Rassemblement au début de l’après-midi du samedi 4 juin ; après un temps d’enseignement nous accomplirons ensemble le parcours jubilaire qui s’achèvera par la Sainte Messe (selon le rite latin traditionnel), célébrée à 19 h dans la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation.
Le dimanche 5 juin au matin, nous aurons la Sainte Messe de la solennité du Sacré-Coeur (normalement dans l’église de Ceyssac, village où eut lieu la seconde apparition de Notre-Dame en l’an 350), suivie d’une « procession du vœu de Louis XVI » (pour accomplir le vœu du Souverain captif, voir > ici).
Nous prévoyons aussi la possibilité de monter à la chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe (pour les personnes ayant de bonnes jambes), érigée au X ème siècle au sommet d’un neck volcanique, afin d’y placer la Confrérie Royale et l’UCLF sous la protection de l’archange victorieux.

Chapelle Saint-Michel d'Aiguilhe

La chapelle Saint-Michel édifiée au sommet du neck d’Aiguilhe au Xème siècle.

Note importante :

L’organisation matérielle du pèlerinage (transport, covoiturage, repas du samedi soir, logement au Puy ou dans les environs proches) est à mettre en oeuvre dans les provinces par chaque président de Cercle et par des bénévoles.
Le Cercle Légitimiste du Vivarais Abbé Claude Allier, qui est géographiquement le plus proche du Puy, se propose de faciliter cette organisation en répondant aux questions (notamment pour ce qui concerne les possibilités d’hébergement) : vivarais.legitimiste@gmail.com
Nous pensons pouvoir organiser un repas en commun pour le déjeuner du dimanche 5 juin, mais, afin de le prévoir, il nous faut déjà avoir une idée au moins approximative du nombre de participants (un acompte sera ensuite demandé pour les inscriptions à ce repas).

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Publié dans:Annonces & Nouvelles, Vexilla Regis |on 4 février, 2016 |2 Commentaires »

2016-9. De Sainte Bathilde, Reine des Francs, que l’on fête le 30 janvier.

30 janvier,
Fête de Sainte Bathilde,
Mémoire de Sainte Martine,

Anniversaire de la mort de S.A.R. le Prince Alphonse de Bourbon (cf. > ici).

Il y a des saints que nous aimons tout particulièrement au Mesnil-Marie.
A ce propos, permettez-moi d’ouvrir ici une parenthèse anecdotique amusante : un jour, dans une conversation qui roulait sur l’histoire de l’Eglise et la sainteté, à plusieurs reprises Frère Maximilien-Marie s’était exclamé à la mention de certains noms de saints : « L’une de mes saintes préférées ! » ou encore : « Un de  mes saints de prédilection ! ». Le bon père dominicain qui était son interlocuteur finit par lui rétorquer, dans un soupir : « Dites-nous plutôt quels sont les saints que vous ne préférez pas… La liste sera plus courte ! »

Il y a donc, oui, des saints que nous aimons tout particulièrement au Mesnil-Marie.
Et Sainte Bathilde, dont le propre de France mentionne la fête à la date du 30 janvier, est de ce nombre.

Sainte Bathilde sur un vitrail de l'église Ste Radegonde à Poitiers

Sainte Bathilde représentée sur un vitrail de l’église Sainte Radegonde à Poitiers

Anglo-Saxonne de naissance (elle était probablement née en 626 mais d’autres avancent la date de 630), Bathilde avait été emmenée en captivité et vendue comme esclave alors qu’elle était à peine adolescente. Elle avait été achetée par Archambaud (ou Erchinoald), Maire du palais de Clovis II, Roi de Neustrie et de Bourgogne. Clovis II était fils du fameux Roi Dagobert 1er et il n’avait que quatre ans à la mort de son père, en 639. 

Bathilde gagna rapidement la faveur de tous, en raison de son charme, de sa beauté et de sa nature gracieuse et douce. Elle était aimée aussi bien de ses compagnes esclaves, envers lesquelles elle témoignait de nombreuses attentions telles que le nettoyage de leurs chaussures et de leurs vêtements, que de ses maîtres, si bien que lorsque Archambaud perdit son épouse, il résolut d’épouser la jeune esclave.
Bathilde, alarmée par cette perspective, se déguisa avec de vieux vêtements et des haillons, et se cacha le temps de se faire oublier.
Archambaud, p
ensant qu’elle s’était définitivement enfuie, épousa une autre femme. Lorsque Bathilde l’apprit, elle revint au palais pour reprendre son service, essuyant force moqueries parce qu’elle avait préféré la condition d’esclave à celle de princesse. 

Elle attira toutefois l’attention du Roi Clovis II qui était à peine plus âgé qu’elle (il était né en 625), et qui l’épousa : en 649, la jeune esclave devint donc Reine des Francs. 
Elle donna à Clovis II cinq enfants, dont trois fils qui furent Rois après lui : Clotaire III (Roi de Neustrie et de Bourgogne), Childéric II (Roi d’Austrasie puis de tous les Francs après la mort de Clotaire III) et Thierry III (Roi de Neustrie et de Bourgogne à la mort de Clotaire III, rapidement détroné par Childéric II, puis Roi de tous les Francs à la mort de Childéric II et de son cousin Dagobert II). 

Ste Bathilde statue dans les jardins du Palais du Luxembourg (Paris)

Sainte Bathilde : statue érigée dans les jardins du Palais du Luxembourg à Paris (détail).

A la mort de son époux (survenue le 31 octobre 657, alors qu’il n’avait que 22 ans), Bathilde fut nommée régente pour son fils aîné, Clotaire III, Roi de Neustrie, qui n’avait que cinq ans. 
Elle gouverna avec compétence et sagesse pendant huit ans, s’attachant à réformer les abus et à rendre son peuple heureux, ayant pour principaux conseillers Saint Éloi, évêque de Noyon, et Saint Ouen, évêque de Rouen.

N’oubliant jamais qu’elle avait été esclave, Bathilde usa en particulier de son pouvoir pour soulager ceux qui étaient en captivité. A cette époque, il n’était pas rare que les plus pauvres vendissent leurs propres enfants comme esclaves quand ils n’avaient plus de ressources. Bathilde réduisit les impôts, interdit l’achat d’esclaves chrétiens et la vente de sujets francs, et déclara que tout esclave qui mettait le pied dans le Royaume serait libre, dès cet instant. 

Bathilde soutint le travail de l’Eglise de tout son pouvoir, tant en ce qui concerne l’évangélisation de ses peuples que dans les oeuvres d’instruction et de charité. Elle lutta contre la simonie et favorisa la vie religieuse : elle fonda deux abbayes royales – celles de Corbie et de Chelles – et soutenait de ses largesses les abbayes royales de Saint-Denys et de Saint-Martin de Tours, les abbayes de Jumièges, de Saint-Wandrille, de Jouarre, de Luxeuil… etc. et nombre d’autres établissements ecclésiastiques et sanctuaires.
Elle fonda et dota des hospices, n’hésitant pas à vendre ses propres bijoux pour venir en aide aux nécessiteux.
Sous sa gouvernement enfin, des forêts furent défrichées afin de permettre l’extension des terres agricoles. 

Ste Bathilde près du lit mortuaire de St Eloi

Sainte Bathilde près du lit de mort de Saint Eloi (tableau du XVIIe siècle)

Quand son fils, Clotaire III, fut en âge de gouverner, Bathilde se retira à l’abbaye royale de Chelles, qu’elle avait fondée dans la vallée de la Marne. On raconte qu’elle eut par trois fois la vision de Saint Eloi, rappelé à Dieu peu de temps auparavant, qui lui enjoignait de quitter le siècle et de prendre le voile.
C’est de tout coeur qu’elle avait renoncé au monde et aux honneurs, aussi ne voulut-elle avoir aucun statut particulier dans la communauté, vivant l’humilité et la parfaite obéissance comme la dernière des moniales : « Il me semble que le plus grand bonheur qui me puisse arriver, c’est d’être foulée aux pieds de tout le monde », aurait-elle déclaré.

Elle mourut à Chelles le 30 janvier 680.
A l’heure de rendre le dernier soupir, elle déclara qu’elle voyait une échelle partant de l’autel de la Sainte Vierge et dressée jusqu’au ciel, et que, sur celle-ci, elle se voyait elle-même montant en compagnie des anges.

Elle fut inhumée à Chelles, et non à Saint-Denis auprès de son époux Clovis II.

Vénérée dès après sa mort, son culte fut promu par les abbesses de Chelles (nombre d’entre elles étaient de la famille royale), en particulier par Sainte Gisèle (+ 810), abbesse de Chelles, et soeur de Saint Charlemagne.
Quoique ses reliques eussent déjà fait l’objet d’une élévation (ce qui, à cette époque, correspondait à peu de choses près à ce que nous appelons aujourd’hui une canonisation), présidée par l’évêque de Paris, et de translations, Sainte Bathilde fut définitivement canonisée par le pape Nicolas II, au Xe siècle.
Ses reliques furent protégées par les habitants de Chelles lors des pillages et profanations révolutionnaires, et nous ont donc été conservées.

Leonhard Beck 1480-1552 vision de Ste Bathilde

Vision de Sainte Bathilde (gravure de Leonhard Beck – XVe siècle)

Oraison propre de la Messe de Sainte Bathilde :

O Dieu, qui avez enseigné à la Bienheureuse Bathilde à passer de tout son coeur de la grandeur du monde à l’humilité de la Croix, accordez-nous que, par son intercession et son exemple, nous apprenions à fouler aux pieds les délices périssables de la terre, et par l’embrassement de Votre Croix nous triomphions de tout ce qui nous est contraire.
O Vous qui vivez et régnez… etc.

Oraison de la fête de Ste Bathilde

2016-8. L’idée de la Royauté est toujours nécessaire et vivante : en France, le Roi ne meurt jamais…

Voici le texte de l’allocution prononcée ce dimanche 24 janvier 2016 par Monseigneur Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Louis XX, après la Sainte Messe célébrée, selon la tradition, le dimanche le plus proche du 21 janvier, à la Chapelle Expiatoire, à Paris.

Nous nous sommes permis de mettre en caractères gras certains passages qui nous paraissent particulièrement importants.

Louis XX devant le cénotaphe de Louis XVI à la basilique Saint-Denys

Monseigneur le duc d’Anjou, de droit Louis XX,
devant le cénotaphe de Louis XVI à la basilique royale de Saint-Denys.

Chers Amis,

Nous voici réunis pour le 223ème anniversaire de l’assassinat du Roi Louis XVI au lendemain d’un procès dont le verdict était décidé d’avance. La France traversait alors des jours dramatiques et cette mort du monarque allait, malheureusement, être la première d’une longue liste.

Mais il me semble que se réunir plus de deux siècles après les évènements n’est pas anodin. Les exemples ne sont pas choses courantes. Ils le sont d’autant moins que cette Messe à laquelle nous venons d’assister, et pour laquelle je remercie les desservants, est loin d’être unique. Ce sont, en fait, des dizaines de Messes qui sont célébrées autour du 21 janvier. Cela dans toute la France et même à l’étranger (puisque la Belgique, la Suisse, les USA s’honorent de cérémonies d’hommage au Roi martyr). Ces cérémonies sont importantes et leur sens dépasse de beaucoup ce que peuvent être des commémorations. Seule la mort du Roi amène, chaque année, cet évènement à se renouveler. Les générations passent et cela continue. C’est au sens propre un évènement national et il n’est pas étonnant que, chaque année, alors que les médias ne sont pas très ouverts à la monarchie, il fasse l’objet de séquences à la télévision comme à la radio et d’articles dans la presse papier ou numérique.

Cela donne une autre dimension à cet acte. Nous ne commémorons pas seulement un évènement tragique. La mort du Roi est d’une autre nature.

Elle atteint, au plus profond, chacun d’entre nous, chacun d’entre vous. Non seulement parce que, comme je le disais en introduction, la justice a été sacrifiée aux passions humaines et partisanes, mais aussi parce qu’elle est contraire aux fondements mêmes de l’âme française.

Elle est destructrice. Elle a crée un vide dans nos vies, dans nos coeurs et dans nos familles comme dans la société. Ayant perdu son chef naturel, légitime, la société est déboussolée.
Or une société, un Etat, a besoin de savoir, comme un individu, d’où il vient et où il va. Sa quête est philosophique et spirituelle. La société ne peut pas se contenter d’errance, de vérité d’un jour, qui ne l’est plus le lendemain. Au contraire, elle a besoin de certitudes. Les jeunes encore plus. Les voir présents lors des cérémonies à la mémoire de Louis XVI confirme le besoin d’absolu et de vérité. Les jeunes n’aiment pas les idées fausses. S’ils sont prêts à se donner, ce n’est pas pour des chimères. C’est pour du vrai, du juste et du beau. C’est parce qu’ils ont la foi et que dans cette foi, ils puisent leur espérance.

Il faut donc voir l’assassinat du Roi qui nous réunit non pas seulement comme un tragique souvenir que nous serions quelques uns à partager, mais comme un appel à mieux réfléchir à ce que nous souhaitons pour l’avenir. Le Roi n’est pas mort pour rien. Son sacrifice, accepté et offert, a été celui de nombreux français ; son sacrifice, officialisé par un procès, acte dont on attend qu’il fasse ressortir la vérité, a marqué l’entrée de la France dans une spirale de déchristianisation et d’avènement du matérialisme et de l’individualisme dont nous voyons, actuellement, combien elle est dangereuse.

Le fait d’avoir exécuté le monarque a coupé ce lien filial si particulier, si fondamental, qui unissait le Roi et son peuple ; qui unissait le peuple à son histoire. C’est ce lien qu’évoquent ces commémorations annuelles. Ce désir de retrouver la filiation perdue.
Tous les grands pays, de la Grande Bretagne au Japon, de la Russie aux USA, vivent par et pour ce rapport au temps de leur histoire.

La France en s’en privant, continue à se mutiler et à se perdre.
Depuis près de deux siècles, les crises succèdent aux crises, dont certaines sanglantes, les républiques aux républiques. Cela ne change rien au vide dont un ministre, et pas des moindres, s’appuyant sur sa formation de philosophe, a reconnu l’existence il y a quelques mois !

Ainsi commémorer cet assassinat plus de 200 ans après qu’il a été commis, c’est affirmer que l’idée de la Royauté est toujours nécessaire et vivante. En France, le Roi ne meurt jamais selon l’adage. Il se perpétue.

C’est aux Français de lui redonner vie, de retrouver leur racines.
Mais ceci ne peut être simplement formel. La Royauté ce n’est pas une république couronnée. Elle est avant tout un ensemble de valeurs vécues et partagées, puisque ce sont d’elles que vient l’unité entre toutes les composantes du pays. Par le passé, ces valeurs étaient directement issues du baptême chrétien de Clovis. Actuellement elles sont à retrouver, à reconstruire et surtout pas à travestir par des slogans. La France, en renouant avec ce qui l’a animée tout au long de son histoire, pourra alors surmonter difficultés et épreuves et reprendre le cours de sa destinée.

Derrière le rejet de cet assassinat de Louis XVI se profile le besoin de redonner primauté à la vie, de la naissance à la mort ; la nécessité de redonner à la famille tous ses droits notamment dans l’éducation des enfants. Pensons à Louis XVI faisant faire, en prison des pages d’écritures à son fils et lui enseignant la géographie. Quel exemple !
Derrière le rejet de la mort du Roi apparait aussi le désir de retrouver la nécessaire souveraineté garante de toutes les libertés.

Tout cela ne peut rester de vains mots.  Ces réalités doivent vivre. Il appartient à nous tous de le faire dans nos métiers, nos professions, dans nos familles et nos activités. Beaucoup de jeunes l’ont compris. Leur voix sans doute ne s’entend pas encore suffisamment, mais comme ils sont l’avenir, les veilleurs qu’ils sont actuellement, deviendront rapidement les acteurs de demain.

Tels sont les voeux que je forme, en ce début d’année, pour vous tous ici présents et pour tous les Français. Pour la France.

Je les accompagne de remerciements. Merci à ceux qui m’ont envoyé leurs voeux ainsi qu’à ma famille ; merci à ceux qui ont participé à la cérémonie d’aujourd’hui, les desservants mais aussi à tous ceux qui ont contribué à son organisation et à sa tenue.

Puisse Saint Louis continuer à veiller sur la France et Saint Martin dont on commémore cette année le 1700ème anniversaire, continuer à l’inspirer. Merci.

Louis, duc d’Anjou

Grandes armes de France

Publié dans:Vexilla Regis |on 25 janvier, 2016 |2 Commentaires »
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