Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2015-21. « Valeurs de la république » ???

Samedi soir 24 janvier 2015,
fête de Saint Timothée, évêque et martyr.

« Viendra un temps où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine ;
mais au gré de leurs passions et l’oreille leur démangeant,
ils se donneront des maîtres à foison et détourneront leur ouïe de la vérité
pour se tourner vers des fables… »
(2 Tim. IV, 3-4)

Les chats ont-ils droit à la « liberté d’expression », ou bien – comme tant d’autres – cette formule n’est-elle qu’un leurre pour ne permettre qu’aux ennemis de la Vérité et du Bien de vomir leurs insanités ?
Depuis des jours et des jours, j’entends des êtres malfaisants ou inconsistants, avec des trémolos attendrissants dans la voix, surfer sur la vague de l’émotion et de l’indignation des peuples pour chanter sur tous les tons les « valeurs de la république ».

Lao-Tseu disait que « lorsque le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt ».
Eh bien, pour ce qui me concerne, je dois être bien plus qu’un idiot parce que non seulement je regarde le doigt qui veut me faire regarder la lune, mais j’ai également tendance à observer à qui appartient le doigt de celui qui veut me faire regarder la lune, à me demander quelles peuvent bien être les raisons pour lesquelles il tient tant à ce que je regarde la lune, et enfin – ce faisant – de quelle autre chose il voudrait que je détourne mon regard pendant que je regarderai la lune… etc.

En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis incontestablement bien pis qu’un idiot !
Alors, comme aux faibles d’esprit on condescend à laisser dire ce que l’on ne permettrait pas à des personnes sensées, je vous invite à regarder le doigt avec moi… 

Patte de chat Lully.        

BD - Valeur de la république détail 2

Valeurs de la république - BD

lys 2

BD - Valeur de la république détail 1

Voir aussi :
- Lucifer, ange tutélaire de la république maçonnique > www
- 21 septembre 1792 : rappel de quelques vérités > www

2015-19. Deuxième centenaire des funérailles solennelles à Saint-Denis de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette.

1815 – 21 janvier – 2015

frise lys deuil

Voici la seconde partie du compte-rendu de la journée du 21 janvier 1815 publié par « L’Ami de la Religion et du Roi », relatant l’office solennel – véritable Messe de funérailles et pas seulement Messe de Requiem commémorative – célébré à la basilique nécropole royale de Saint-Denis.

Comme pour mes précédentes publications extraites de cet excellent périodique, j’ai scrupuleusement conservé la graphie, la ponctuation et les majuscules telles qu’elles se trouvent dans l’original. Comme précédemment aussi, j’ai seulement aéré le texte par les alinéas et sauts de texte qui s’accordent au sens, car, dans les feuillets de « L’Ami de la Religion et du Roi », il est extrèmement serré.
Ici encore, il m’a paru nécessaire, afin de faciliter au lecteur moderne la compréhension de certains usages ou la connaissance des personnages cités, d’ajouter une quinzaine de notes explicatives.

J’insisterai, afin de faire honte à nos contemporains qui s’agacent dès qu’une cérémonie religieuse excède une heure et quart – parce qu’elle leur paraît « interminable » - , pour rappeler les horaires de cette grande journée : les Princes avaient quitté les Tuileries à 8 h du matin ; la levée des corps chez Monsieur Descloseaux et le cortège jusqu’à Saint-Denis occupèrent toute la matinée, puisqu’il arriva à la porte de la basilique à midi ; après l’accueil des cercueils des Souverains martyrs à la porte et la formation du cortège pour entrer et prendre place dans la basilique, la Sainte Messe commença à 13 h 15 (cela signifie donc que Monseigneur de Caux, qui officia, était nécessairement à jeûn depuis minuit) ; avec l’éloge funèbre prononcé par Monseigneur de Boulogne et qui dura trois-quart d’heures, avec les cinq absoutes à la fin de la Messe, puis la descente dans les cryptes, cette cérémonie ne s’acheva qu’à 18h, selon le témoignage d’un contemporain que j’ai recueilli en un autre texte. Tout ceci, bien sûr, dans une basilique non chauffée par une journée glaciale de janvier !
En 1815 encore, semble-t-il, les Princes et les hommes d’Eglise n’en prenaient pas à leur aise avec les cérémonies du culte, qui sont les marques de l’honneur dû à Dieu, et ne se permettaient pas de les accomoder à leur convenance ou de les bâcler à simple fin de préserver leur petit confort…

Lully.

frise lys deuil

Sur le service funèbre à Saint-Denis
(in « L’Ami de la Religion et du Roi »)

2ème partie : la Messe solennelle de Requiem
et l’inhumation dans la nécropole royale.

A l’entrée de Saint-Denis, le clergé attendoit le convoi qui y est arrivé à midi. Le portail de l’église étoit tendu de noir. On y lisoit cette inscription tirée de la Genèse : Dormiam cum patribus meis, condasque in sepulcro majorum eorum (note 1).
Les cercueils, descendus du char funèbre, ont été placés, par MM. les gardes du corps de la compagnie écossoise, sur le sarcophage du catafalque. Autour se sont placés les Princes que nous avons nommés, les maréchaux, les ministres, le clergé de la grande aumônerie, les officiers de la maison du Roi, trois simples particuliers qui seuls ont eu le privilège de voir d’aussi près cette cérémonie, MM. Hue, Descloseaux et Desèze (note 2) ; de l’autre côté, les princesses, les pairs, les généraux, les ambassadeurs et les députés. Derrière, beaucoup de personnes en deuil.
M. de Vintimille, évêque de Carcassonne (note 3), a présenté le corps à la place de Mgr. le grand-aumônier (note 4), qui étoit indisposé ; M. de Caux, évêque d’Aire (note 5), a reçu le corps et a officié.
La messe a commencé à une heure un quart. Trois Princes et trois Princesses sont allés à l’offrande (note 6), savoir : MONSIEUR et les deux Princes ses fils (note 7) ; Madame la duchesse et Mademoiselle d’Orléans (note 8), et Madame la Princesse de Bourbon (note 9).

Après l’évangile, M. l’évêque de Troyes (note 10) est monté en chaire. La curiosité publique étoit puissamment excitée par le désir d’entendre cet orateur, et dans une telle circonstance. On savoit qu’il n’avait reçu que le 12 de ce mois la nouvelle du choix que S.M. avoit fait de lui pour prononcer le discours, et quelque idée que l’on eût de son talent, on ne pouvoit s’empêcher de craindre que l’excessive brièveté du temps ne lui eût pas permis de donner à son travail sa perfection accoutumée. Il n’avoit eu à peine que six jours pour composer son discours, puisqu’il avoit eu l’honneur de le lire, le 19, devant le Roi, dans le cabiner de S.M., qui avoit souhaité l’entendre. Au surplus, ces craintes ont dû être bientôt dissipées, et M. l’évêque de Troyes a montré que son talent savoit triompher des obstacles.
Quelques journaux ont essayé de donner une analyse de ce discours. Il nous a paru que ces extraits secs et mutilés étoient loin de rendre les pensées de l’orateur avec exactitude et ses expressions dans toute leur énergie, et nous avons mieux aimé nous borner à en citer deux passages, où nous espérons que ceux qui ont entendu M. l’évêque de Troyes, le retrouveront plus fidèlement représenté.

« Ah ! Il me semble le voir ici ce royal cœur se ranimer et palpiter encore au nom de ce peuple qui lui fut si cher. Il me semble voir sa poussière se réveiller sous ce drap mortuaire, et vous adresser du fond de son tombeau ces tendres et touchans reproches : O mon peuple, que vous ai-je fait, et en quoi vous ai-je été contraire ? Répondez-moi. Responde mihi (note 11). O vous qui fûtes constamment l’objet de mes travaux, vous dont on me disoit que j’étois aimé quand on vouloit me consoler dans mes peines ! Répondez-moi, que vous ai-je fait ? Quid feci tibi ? Quelle demande m’avez-vous faite, et que je ne vous ai pas accordée ? Quel vœu avez-vous formé pour votre bonheur, et auquel je n’aie pas souscris ? Quelle misère, et que je n’aie pas voulu soulager ? Quel abus, et que je n’aie pas voulu réformer ? Quel sacrifice, et que je ne me sois pas imposé ? Quel roi en a donc fait autant que moi ? Et dans vint ans n’ai-je pas répondu sur vous tous les bienfaits de plusieurs siècles ? Responde mihi. Mais que répondrons-nous, Messieurs, tandis qu’ici tout nous accuse, en même temps que tout le justifie ? Que répondre, tandis que l’évidence même dépose contre nous, que le règne des illusions s’est enfin dissipé, que le jour de la vérité nous éclaire tous maintenant, et que son innocence, montée jusqu’au ciel, retentit par toute la terre ? Ah ! C’est la douleur, ce sont les larmes, c’est le silence de la contemplation qu’il nous faut pour toute réponse. C’est un saisissement et de honte et d’effroi en voyant que le prix de tant de bienfaits, que la récompense de tant de vertus, et que la réponse à tant de sacrifices a été… un échafaud ! »

Nous regrettons de n’avoir pu saisir, avec la même fidélité, le morceau qui suit immédiatement, et où l’orateur, retournant en quelque sorte sa prosopopée, interroge à son tour le Prince lui-même d’une manière à la fois hardie et mesurée, et lui demande pourquoi par une noble et touchante erreur de sa grande âme, il crut toujours les autres aussi vertueux que lui-même, et ne se défia jamais que de lui, tandis qu’il ne devoit se défier que des autres.

Nous citerons encore ce second morceau :

« Saluons-le donc aujourd’hui Roi Martyr, puisqu’aussi bien les impies l’ont mis à mort, moins encore peut-être par haine pour la royauté que par haine pour sa religion et pour l’Eglise sainte dont il étoit le digne fils aîné ; ainsi que par sa constante résistance à souiller sa main, en scellant la proscription de ses ministres. Saluons le Roi Martyr, puisqu’aussi bien c’est de ce nom que l’appelle un grand et saint pontife… « O jour de triomphe pour Louis, s’écrit-il, à qui Dieu a donné et la patience dans les grandes infortunes, et la victoire sur l’échafaud ! Nous avons la ferme confiance qu’il a heureusement changé une couronne fragile et des lis qui se seroient bientôt flétris, en un diadème impérissable que les anges eux-mêmes ont tissu de lis immortels » (note 12). Ainsi s’exprimoit l’immortel Pie VI, lequel alors ne prévoyait pas encore qu’il seroit martyr lui-même, et qu’un destin à peu près semblable associeroit son nom à la gloire de ce monarque, objet de sa vénération ; belles et touchantes paroles, favorable présage de l’harmonie et de l’heureux accord qui va régner entre le successeur de l’un et le successeur de l’autre ; entre un Pie nouveau, honneur de la tiare, et un nouveau Louis, honneur de la couronne ; qui doivent resserrer plus que jamais les liens antiques et sacrés qui unissent l’Eglise de France et l’Eglise de Rome ; préparer par la restauration de l’épiscopat la restauration de l’Empire, et soutenir ainsi l’un par l’autre le trône de Saint Pierre et le trône de Saint Louis.
Mais s’il est permis de croire que le Monarque que nous pleurons n’a plus besoin de nos prières, il ne l’est pas moins de penser qu’il nous accorde déjà les siennes, et qu’il préside déjà du haut des cieux au destin de la France. Il n’est pas moins doux de penser qu’il va être accompli ce vœu sublime de son amour, cette dernière expression de son cœur : Je désire que mon sang fasse le bonheur de la France. Paroles admirables ! Est-ce un homme, est-ce un ange qui les a prononcées ? Ah ! Que ne peuvent-elles percer les voûtes de ce temple, voler jusqu’aux extrémités de l’univers, afin que l’univers répète jusqu’aux âges les plus reculés : Je désire que mon sang fasse le bonheur de la France. Oui, Prince magnanime autant qu’infortuné, votre mort le fera ce bonheur de la France, comme la mort de Jésus-Christ a procuré le salut du genre humain. Le sang du juste est monté jusqu’au ciel, non pour crier vengeance, comme celui d’Abel, mais pour crier grâce et miséricorde. Il nous couvrira comme d’un bouclier, il nous protégera, il s’interposera entre le ciel et nous. Il nous réconciliera avec Dieu, avec nos frères, avec nous-mêmes. Il éteindra toutes les haines et toutes les discordes. Il fertilisera cette terre de tant de crimes et de tant d’égarements, pour y faire germer les vertus de nos aïeux. Il ranimera cet esprit religieux qui fit toute leur gloire, il ressuscitera l’honneur antique, il renouvellera le sang françois en renouvelant le sang chrétien. Il scellera la nouvelle alliance qui vient d’unir le Roi et ses sujets, et les Lis qu’il arrosera relevant leur tige superbe, et plus belle et plus vigoureuse, brilleront d’un éclat immortel. »

Après ce discours, qui a duré trois quarts d’heure, et qui a été écouté avec un religieux silence, le célébrant a continué la messe.
Les absoutes (note 13) ont été faites par quatre évêques, et la dernière par le célébrant. On a transporté ensuite les corps dans les caveaux (note 14). Les Princes les y ont accompagnés un cierge à la main, et avec l’expression de la plus vive émotion.

Ainsi s’est terminée cette cérémonie imposante et mémorable. Tous ceux qui en ont été témoins ont été frappés de tout ce qu’elle avoit de majestueux et de touchant.
La décoration funèbre de ce grand édifice, la présence de ces précieuses dépouilles échappées aux ravages des temps et à la fureur des bourreaux, l’attitude religieuse des Princes qui présidoient à cet acte expiatoire, le deuil et le silence universels, toutes ces grandes images de la mort et de la religion, contribuoient à inspirer le recueillement. Jamais Roi n’étoit descendu dans la tombe en laissant de plus cruels souvenirs ; jamais Saint-Denis n’avoit vu de services funèbres qui laissassent dans l’âme une impression plus triste et plus profonds.

Le même jour, des services funèbres ont eu lieu dans toutes les églises de la capitale. Celui de la Métropole (note 15) a été surtout remarquable par sa pompe. Partout le concours et la piété des fidèles ont ajouté à l’intérêt de la cérémonie. »

Cercueils de Louis XVI et Marie-Antoinette à St-Denis état avant 1975

La crypte des Bourbons à Saint-Denis telle qu’elle se présentait jusqu’en 1975 :
les cercueils de tous les Princes de la Maison de Bourbon, conformément à la tradition observée pendant tout l’Ancien Régime, n’étaient pas enterrés, mais simplement posés sur des tréteaux ;
les deux cercueils signalés par des flèches jaunes sont ceux de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette, tels qu’ils furent ramenés du cimetière de la Madeleine et placés là le 21 janvier 1815.

* * *

Notes explicatives :

note 1 : « Dormiam cum patribus meis (…) condasque in sepulcro majorum eorum » Genèse 49, 30 : ce sont les paroles par lesquelles le patriarche Jacob mourant recommande à son fils Joseph de ramener son corps dans la terre promise pour l’ensevelir à Hébron avec Abraham et Isaac : « Je dormirai avec mes pères (…) et tu me placeras dans le sépulcre de mes ancêtres ».
note 2 : MM. Hue, Descloseaux et Desèze
François Hüe (1757 – 1819), huissier de la chambre de Louis XVI, choisit de suivre la famille royale au Temple, arrêté le 2 septembre 1792 il échappa aux massacres ; plus tard il accompagna Madame Royale à Vienne. En 1806, il avait publié ses Mémoires sur « Les dernières années de règne et de la vie de Louis XVI ». Louis XVIII le créa baron en 1814.
Louis Olivier Pierre Desclozeaux (1732 – 1816), voir la note 11 ici > www.
- Raymond Desèze, plus communément appelé Romain de Sèze (1748 – 1828), désigné par Louis XVI pour être adjoint à MM. Malesherbes et Tronchet, il prononça avec courage et conviction la défense du Roi devant la convention. En 1815, il est nommé président de la cour de cassation et élevé à la dignité de pair de France, fait comte en 1817.
note 3 : M. de Vintimille, évêque de Carcassonne – François-Marie Fortuné de Vintimille (1730 – 1822), des comtes de Marseille du Luc ; évêque de Carcassonne en 1788, refusa le serment schismatique et s’exila, refusa toujours la suppression de son diocèse par le concordat napoléonien et, en conséquence, refusa de démissioner.
note 4 : Mgr. le grand-aumônier : Monseigneur Alexandre Angélique de Talleyrand-Périgord, voir la note 5 ici > www.
note 5 : M. de Caux, évêque d’Aire : Monseigneur Sébastien Charles Philibert de Cahuzac de Caux, voir la note 6 ici > www.
note 6 : l’offrande – comme c’est un usage qui a malheureusement disparu ou presque (nous ne le déplorerons jamais assez !), il nous faut rappeler ce dont il s’agi(ssai)t : l’offrande est un rite hérité des anciens usages gallicans. Immédiatement après la lecture de l’antienne de l’Offertoire, le Célébrant, à l’entrée du sanctuaire, présente à baiser aux fidèles un crucifix ou un instrument de paix ; les fidèles déposent alors dans un plateau de cuivre leur offrande.
note 7 : Monsieur et les deux Princes ses fils : Charles-Philippe de France, comte d’Artois – futur Charles X – , et ses fils : Louis-Antoine, duc d’Angoulème, futur Louis XIX, et Charles-Ferdinand, duc de Berry qui sera assassiné le 14 février 1820.
note 8 : Madame la duchesse d’Orléans : Louise-Marie-Amélie de Bourbon-Siciles (1782 – 1866), épouse de Louis-Philippe d’Orléans, futur usurpateur du trône. Mademoiselle d’Orléans : Adélaïde d’Orléans (1777 – 1847), soeur puinée et confidente de Louis-Philippe.
note 9 : Madame la Princesse de Bourbon : Bathilde d’Orléans (1750 – 1822), soeur de « Philippe Egalité » et épouse de Louis VI Henri de Bourbon-Condé, mère de Louis-Antoine duc d’Enghien.
note 10 : M. l’évêque de Troyes : Monseigneur Etienne-Antoine de Boulogne ; voir la note 8 ici > www.
note 11 :   »O mon peuple, que vous ai-je fait, et en quoi vous ai-je été contraire ? Répondez-moi » : reproche du Christ à Son peuple, qui commence le chant des Impropères du Vendredi Saint, et qui dès avant le procès du Roi Louis XVI inspira une célèbre « complainte de Louis XVI aux Français », dont on trouvera l’historique, le texte et l’enregistrement ici > www.
note 12 : Allocution de Sa Sainteté le Pape Pie VI lors du consistoire du 11 juin 1793 ; on en trouvera le texte ici > www.
note 13 : Les absoutes – Selon l’usage, les Messes Solennelles des funérailles des Souverains Pontifes, cardinaux légats, évêques métropolitains, évêques diocésains, empereurs, rois, princes ou seigneur du lieu sont suivies de cinq absoutes données par cinq dignitaires ecclésiastiques ; la dernière absoute est donnée par le célébrant. La cérémonie des cinq absoutes ne se célèbre normalement qu’une seule fois pour un défunt et toujours en présence du corps – habituellement aux funérailles – : on voit par là que cette cérémonie du 21 janvier 1815, 22 ans après la mort du Roi, était donc considérée comme sa véritable cérémonie de funérailles.
note 14 : La crypte des Bourbons est située sous le choeur et le maître-autel de la basilique. Contrairement à leurs prédécesseurs, les Bourbons n’ont pas de tombeaux monumentaux à Saint-Denis, mais, comme expliqué dans la légende de la photographie ci-dessus, les cercueils des Souverains et Princes de la Maison de Bourbon sont simplement déposés sur des tréteaux dans la crypte qui leur est attribuée. Des travaux réalisés en 1975 ont changé cet ordre de choses et les cercueils des Bourbons ne sont désormais plus visibles, cachés par des plaques funéraires de marbre noir.
note 15 : La Métropole : il s’agit bien sûr de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

* * *

Médaille commémorative de la pompe funèbre du 21 janvier 1815

Avers et revers de la médaille commémorative de la pompe funèbre du 21 janvier 1815
(oeuvre d’Andrieu)

Avers : inscription « Ludovicus XVIII Rex Christianissimus » (Louis XVIII Roi Très Chrétien) – le Souverain est représenté de profil, tête et col nus, cheveux longs, rejetés en arrière et retombant librement en boucles sur les épaules, avec de légers favoris.

Revers : inscription « Ludovico decimo sexto a scelestis impie obtruncato Gallia liberata rediviva moerens hoc luctus monumentum consecrat » (la France délivrée, reconnaissante et désolée, consacre ce monument de deuil à Louis XVI décapité de façon impie), au-dessus d’un palme de martyr et d’une branche de cyprès entrecroisées.

frise lys deuil

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 21 janvier, 2015 |Pas de commentaires »

2015-18. Deuxième centenaire du transfert à Saint-Denis des restes de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette.

1815 – 21 janvier – 2015

frise lys deuil

Après avoir rapporté les textes contemporains rendant compte de l’exhumation des restes sacrés du Roi et de la Reine martyrs (cf. ici > www et suivants), en cet exact deuxième centenaire de leur transfert à la basilique nécropole royale de Saint-Denis, le 21 janvier 1815, vous trouverez ci-dessous la narration de cet évènement telle qu’elle a été publiée dans « L’Ami de la Religion et du Roi ».
Comme c’est un texte relativement long, il m’a semblé plus judicieux de vous le livrer en deux parties : la première, ci-dessous, fait une présentation générale puis décrit le convoi funèbre jusqu’à son arrivée à Saint-Denis (de 8 h à midi) ; la seconde, que je publierai demain, constitue le compte-rendu de la célébration religieuse à la basilique nécropole royale (de midi à 18 h).

Je me permets d’attirer votre attention très spécialement sur les deux premiers paragraphes : malgré les deux siècles qui nous séparent de leur rédaction, ils expriment parfaitement les sentiments qui sont aujourd’hui les nôtres au Mesnil-Marie.

Sa Majesté le Roi Louis XVIII, en raison de son état de santé, ne pouvait pas assister Elle-même à cette longue cérémonie.
Madame la duchesse d’Angoulème, Marie-Thérèse de France, fille des Souverains martyrs, n’y fut pas non plus présente, et on le comprend sans peine. D’après nos renseignements, elle s’était retirée à Saint-Cloud et c’est là qu’elle assista à une Messe de Requiem.

Lully.

frise lys deuil

Sur le service funèbre à Saint-Denis
(in « L’Ami de la Religion et du Roi »)

1ère partie : le convoi funèbre.

« Elle a donc été célébrée avec la solennité convenable, cette grande expiation que réclamoient, depuis si long-temps, et la majesté royale et notre propre honneur, cette expiation si désirée de toutes les âmes sensibles, et qui ne pouvoit déplaire qu’aux cœurs durs et barbares, cette expiation qui soulage la douleur d’une famille auguste, lave notre honte aux yeux des nations, et répare, autant qu’il est possible, le plus déplorable attentat. Il falloit que tout le peuple prit part à cette réparation afin d’effacer la tache de sa foiblesse. Il falloit que les chants de la religion retentissent partout où avoient éclaté les cris de la férocité. Il falloit que les images du deuil et du repentir fussent déployées là où le crime avoit trouvé des approbateurs et des apologistes. De tous les points de la France, il étoit parti de coupables adhésions ; il falloit que sur tous les points on décernât à la mémoire du juste d’éclatantes satisfactions qui réconciliassent avec nous et le ciel et les ombres royales, et l’Europe et la postérité.

C’étoit à Saint-Denis surtout que cette réparation devoit avoir un caractère plus imposant. Cette antique sépulture de nos rois n’en avoit point vu descendre dans ses tombeaux depuis quarante ans. Louis XVI étoit mort, et n’avoit point dormi avec ses pères, comme parle l’Ecriture, dans ces asiles où il étoit attendu. La même barbarie qui l’avoit arraché à ses sujets, l’avoit aussi séparé de ses aïeux, et on avoit craint de reconnoître ses droits en mêlant sa cendre à celle de tant de rois, ses prédécesseurs. Bien plus, l’attentat commis en sa personne fut le prélude d’un autre sacrilège. Ceux qui n’avoient pas respecté la majesté du trône, ne devoient pas épargner la sainteté des tombeaux. Ils n’avoient pu immoler qu’un Roi ; ils s’en vengèrent sur les dépouilles de tant de Rois qui n’étoient plus, et les arrachèrent outrageusement des caveaux où ils reposoient en paix. L’impiété, la licence et l’insulte comblèrent ainsi la mesure, et crurent avoir porté le dernier coup à la monarchie en dispersant la cendre des morts comme ils avoient versé le sang des vivans.

Hubert Robert - Violation des sépultures royales à Saint-Denis

Violation des sépultures royales à Saint-Denis – tableau de Hubert Robert (1733-1808)

Depuis ce temps, l’antique Basilique de Saint-Denis étoit vide, muette et abandonnée. Elle avoit tout perdu en perdant les Rois qu’elle avoit si long-temps recueillis dans son sein. La profanation qu’elle venoit d’essuyer, fut le présage de sa dégradation successive. Chaque jour ajoutoit à ses ruines. Sa toiture fut enlevée, ses vitraux brisés, tout son intérieur bouleversé. Ses voûtes mêmes s’entrouvrirent, et ceux qui passoient, il y a quelques années, auprès de ce bel édifice, ne pouvoient s’empêcher de gémir en le voyant déshonoré, détruit et livré aux oiseaux de proie, dont les cris seuls retentissoient dans son enceinte ; triste image de la monarchie détruite elle-même, et en proie à des monstres ravisseurs.

Tel étoit l’état de l’église Saint-Denis, lorsque celui qui vouloit s’entourer de toutes les prérogatives de la royauté (*), imagina de prendre possession des tombeaux de nos rois comme il avoit déjà pris possession de leur trône. Il crut relever sa dynastie en lui assignant pour sépulture celle qui avoit reçu tant de générations royales. Il ordonna la restauration de Saint-Denis, et la Providence permit qu’il travaillât pour ceux mêmes dont il avoit pris la place, et qu’il réparât à la fois et leurs palais et leurs tombeaux. Du reste les caveaux qu’il avoit marqués pour sa famille, n’y ont point vu descendre ces rois d’un jour. Aucun de cette prétendue dynastie n’a souillé de sa présence ces demeures funèbres, réservées à une race auguste ; et pour y placer Louis XVI avec honneur, on n’a point été obligé d’en retirer avec ignominie les restes d’un inconnu et les ossemens de l’étranger.

On avoit fait, depuis plusieurs jours, des dispositions dans l’église pour la translation des dépouilles mortelles du Roi et de la Reine. L’église entière étoit tendue de noir, et cette immense enceinte avoit été transformée en une chapelle ardente. D’innombrables bougies y remplaçoient la clarté du jour. Le catafalque, dressé dans la nef, étoit d’un effet imposant, et des stalles et banquettes avoient été préparées à droite et à gauche.

Transfert des cendres royales à Saint-Denis le 21 janvier 1815

Transfert des cendres royales à Saint-Denis le 21 janvier 1815 : le char funèbre
(gravure d’époque)

Le 21 janvier, à huit heures précises du matin, LL. AA. RR. MONSIEUR et les deux Princes ses fils sont partis des Tuileries pour se rendre au cimetière de la Madeleine. On a récité des prières, et placé les cercueils du Roi et de la Reine dans le char funèbre destiné à les transporter.
Le convoi s’est mis en marche par la rue d’Anjou, la rue Saint-Honoré, et les boulevards jusqu’à la porte Saint-Denis. Des troupes de ligne, des détachemens de la garde nationale, la maison du Roi, les voitures des personnes de la cour, toutes drapées de noir, précédoient celles des Princes du sang, savoir : MONSIEUR, Mgr. le duc d’Angoulème, Mgr. le duc de Berry, Mgr. le duc d’Orléans (**), Mgr. le Prince de Condé (***) ; et parmi les princesses, Mme la duchesse d’Orléans, Melle d’Orléans, et Mme la duchesse de Bourbon. Cinq héraults d’armes, à cheval, en grand costume et le crêpe au bras, étoient derrière la voiture des Princes.
Enfin venoit le char, sur lequel se fixoient tous les yeux. Il traversoit cette même route où, vingt deux-ans auparavant, l’infortuné Monarque avoit passé dans un appareil bien différent. Ce souvenir douloureux s’est présenté à tous les esprits, et ces deux époques si différentes ont probablement fait couler plus d’une larme.
Malgré la rigueur du froid, la foule étoit immense, et bordoit le boulevard. Nous devons dire que chacun paroissoit pénétré des sentimens qui convenoient à ce jour de deuil. Un silence profond régnoit partout, et sans doute beaucoup d’âmes pieuses faisoient monter leurs prières vers le ciel pour celui qui ne sut que souffrir et pardonner, et pour celle qui, comme lui, ne vouloit que le bonheur des François. »

(à suivre, ici > www)

Notes explicatives proposées par Lully :

(*) Il s’agit bien sûr de l’usurpateur Napoléon Bonaparte qui est ainsi désigné, et qui ne fut rien d’autre qu’un jacobin, voulant couronner la révolution en sa misérable personne.
(**) Louis-Philippe, duc d’Orléans depuis 1793, fils de « Philippe Egalité », futur usurpateur du trône en 1830.
(***) Louis VI Henri de Bourbon-Condé (1756-1830), neuvième et dernier prince de Condé, père de l’infortuné Louis-Antoine, duc d’Enghien, que Bonaparte avait fait fusiller dans les fossés de Vincennes.

Médaille commémorative du transfert à Saint-Denis 21 janvier 1815

Avers et revers de la médaille commémorative de la translation des cendres royales à Saint-Denis
(oeuvre d’Andrieu et Durand – musée monétaire)

Avers : inscription « Ludovicus XVIII Rex Christianissimus » (Louis XVIII Roi Très Chrétien) – le Souverain est représenté de profil, tête et col nus, cheveux longs, rejetés en arrière et retombant librement en boucles sur les épaules, avec de légers favoris.

Revers : inscription « Regiis monumentis tandem inlati » (transférés enfin à la sépulture royale) et « Rebus feliciter reparatis XXI Jan. MDCCCXV » (les choses heureusement réparées le 21 janvier 1815) – quatre chevaux traînent un sarcophage monté sur un char à quatre roues ; le sarcophage porte une plaque avec l’inscription sur quatre lignes « Cineres Lud. XVI et Mar. Anton. » (cendres de Louis XVI et de Marie-Antoinette) : à droite et à gauche de cette plaque sont figurées le sceptre et la main de justice croisés et surmontés de la couronne royale, et au-dessus de la plaque sont les trois fleurs de lys de France entre deux palmes, symboles du martyre.

frise lys deuil

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 20 janvier, 2015 |Pas de commentaires »

2015-16. La France a besoin de retrouver les sources de sa pensée, de ce qui a fait sa grandeur et sa force.

Grandes armes de France

Discours prononcé par Monseigneur le duc d’Anjou,

Chef de la Maison de Bourbon,

lors de la réception du samedi 17 janvier 2015 qui a suivi

la sainte messe célébrée à la mémoire de Louis XVI

et pour la France :

Cher Amis,

Nous voici réunis une nouvelle fois autour de la mémoire de Louis XVI. Remercions le Père Augustin Pic d’avoir su, avec la hauteur du théologien, éclairer pour nous les aspects les plus profonds de sa personnalité de roi et de chrétien et en tirer les leçons applicables à nos vies quotidiennes.

Nous nous retrouvons chaque année à l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat du roi, mais il n’est pas question pour autant de nous tourner simplement vers le passé avec nostalgie. Ceci serait contraire à la tradition royale que traduit la formule ancienne « le Roi est mort, vive le Roi ». Hymne à la vie, au progrès. Chaque roi, et Louis XVI en particulier s’est préoccupé de faire avancer la société, de l’adapter. Roi géographe, Louis XVI, a ouvert la France sur le monde ; épris de sciences humaines et politiques il avait compris que des réformes étaient nécessaires notamment en matière fiscale.

Voilà un roi qui n’aurait pas aimé notre société dont il est dit souvent qu’elle est bloquée, qu’elle est désenchantée notamment pour les plus jeunes.

La royauté était là pour ré-enchanter chaque génération. Saint Louis si commémoré l’an dernier, tant en France qu’à l’étranger a fait bouger les structures qui par nature ont toujours tendance à se scléroser. Il a réformé la justice, les impôts, renouvelé l’exercice de la charité, favorisé la paix et la diplomatie s’éloignant des guerres féodales. Ainsi, huit siècles après sa mort, le siècle de Saint-Louis est objet d’admiration.

Cette année nos regards et notre réflexion se porteront vers François Ier et Louis XIV. Deux autres symboles d’une monarchie active ayant oeuvré également pour les générations à venir.

Ces exemples éclairent notre mission. En commémorant, nous appréhendons les ressorts de l’action des rois et leurs effets. Or il me semble qu’il est très important d’avoir cette vision prospective pour notre temps si inquiet et qui a des raisons de l’être. Ce sentiment j’ai l’impression qu’il est partagé par beaucoup. Je l’ai ressenti lors de mes derniers déplacements à Paris mais aussi en province, à Bouvines à Aigues-Mortes ou encore dans le Missouri cet été. L’histoire et les commémorations servent de repères pour mieux guider notre action présente.

Ainsi lorsque je m’exprime sur tel ou tel événement du passé, bien évidemment j’honore une action d’hier d’autant plus que souvent elle s’est accompagnée du sacrifice de ceux qui y ont participé, mais chaque fois ma préoccupation est de savoir ce que cela apporte pour aujourd’hui, pour demain.

France qu’as-tu fait de ton histoire ?

Que peut-elle nous apprendre ?

Chacun peut voir la grande différence entre les façons de faire contemporaines et la politique des rois. Ils étaient animés par une vision du long terme. Voir loin pour bien gouverner c’est-à-dire toujours se poser la question « avec ce que je fais aujourd’hui, dans quelque domaine que ce soit, quelles seront les conséquences pour demain ? ». Notre société ne doit-elle pas s’interroger sur ses responsabilités et son rapport au temps ?

Ce souci du futur était associé à un profond sens de la justice, lié à ce don de l’Esprit Saint qui s’appelle la crainte de Dieu. De Saint-Louis à Louis XVI, tous les rois se sont posé la question des plus fragiles (les veuves, les orphelins, les enfants, les vieillards, les estropiés et les malades) et de leurs droits – de la naissance à la mort – afin qu’ils ne soient pas lésés. Ces questions ne sont-elles pas toujours d’actualité ? De cruelle actualité ?

Voilà à quoi servent les commémorations, à nous mettre en face des réalités du quotidien pour essayer de trouver des solutions. Le rappel des fondements de notre histoire peut nous y aider.

Voyez-vous si je tiens ces propos aujourd’hui, en cette période où il est traditionnel d’échanger des voeux c’est parce qu’il me semble que ce sont des voeux que nous pouvons tous formuler pour notre Chère France. Elle a besoin de retrouver les sources de sa pensée, de ce qui a fait sa grandeur et sa force : responsabilité dans l’action, justice pour tous, confiance, sens à donner à la société.

Avant moi, mes prédécesseurs, notamment mon grand-père et mon père, ont rappelé tout cela. Sans doute parlaient-ils trop tôt. Il me semble que ce langage est plus audible désormais. Le Saint-Père le tient. Les jeunes l’attendent. C’est à nous d’être les sentinelles de notre société et de lui apporter le fruit de l’expérience. A nous d’être des précurseurs. La récente actualité tragique nous y convie et comme le disait le Cardinal Vingt-Trois dimanche dernier « il ne faut jamais désespérer de la paix si l’on construit la justice ».

Ainsi je termine ces mots en vous demandant à tous de prendre aussi vos responsabilités dans tous les domaines où vous agissez, dans vos familles et dans la vie professionnelle ou associative. Nous ne courrons pas derrière une quelconque nostalgie mais nous souhaitons rendre notre monde meilleur. Tel est bien le message de dix siècles de monarchie. Toujours nous demander ce que la royauté pourrait apporter de neuf et de fort pour demain ! Tel est ma façon de voir.

Dans cet esprit, j’ai souhaité réorganiser les associations ayant pour objectif de mieux faire connaître l’histoire de la royauté française et de ses apports à la société. Il me semble qu’avec une seule association nous serons plus forts. Si l’autonomie des uns et des autres doit être préservée, l’unité dans la complémentarité est une nécessité. L’unité a toujours été au coeur de la pensée royale. Il fallait la retrouver.

J’ai aussi souhaité que les domaines de compétence soient mieux lisibles notamment vis-à-vis de l’extérieur. D’un côté avec l’Institut nous pouvons continuer la nécessaire oeuvre culturelle et d’approfondissement des connaissances; de l’autre avec mon secrétariat que j’ai voulu élargi, peut être menée une action plus ouverte, notamment sur les problèmes éthiques, sociaux et économiques auxquels la société est confrontée. Je continuerai ainsi mes déplacements en province et à l’étranger pour mieux comprendre les situations des uns et des autres et apporter le message d’espoir que peut représenter pour eux l’héritage de la monarchie française et des valeurs qu’elle véhicule.

J’espère tout au long de l’année vous retrouver nombreux, afin qu’ensemble, fidèles à la tradition nous sachions être des artisans du futur, voilà les voeux que je forme en ce début d’année, pour vous et vos familles et pour que la France, demeure fidèle à sa tradition de fille aînée de l’Eglise.

Merci de m’avoir écouté.

SAR Monseigneur le duc d'Anjou

S.A.R. le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, aîné des Capétiens.

Publié dans:Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |on 19 janvier, 2015 |2 Commentaires »

2015-15. « L’homme n’est pas libre dans la mesure où il ne dépend de rien ni de personne : il est libre dans l’exacte mesure où il dépend de ce qu’il aime… »

2001 – 19 janvier – 2015
Quatorzième anniversaire du rappel à Dieu
de
Gustave Thibon

Une fois encore, la date du 19 janvier ramène l’anniversaire du rappel à Dieu de ce « Maître ès intelligence & profondeur spirituelle » que fut notre grand, notre incomparable, notre unique et insurpassable Gustave Thibonnotre Gustave !

2001 – 2015 : quatorze ans que son âme a quitté cette terre pour – j’en ai la conviction intime – se laisser enfin embrasser par cette infinie et paisible Lumière à laquelle elle aspirait de toutes ses forces.
Quatorze ans ! Et cependant, je n’ai pas l’impression d’un éloignement ou d’une absence car Gustave Thibon m’est présent tous les jours.
Peut-être même plus proche de jour en jour.

Il ne m’est pas seulement présent par ses écrits : il est d’une certaine manière présent et vivant à l’intérieur de moi même, tant je lui dois, tant je ne serais pas aujourd’hui ce que je suis si je ne l’avais pas rencontré et s’il n’avait pas contribué à la formation et à l’épanouissement de mon intelligence et de ma spiritualité.

En ces jours-ci, ces jours de janvier 2015 d’une manière très particulière, comme il est bon et salutaire de prendre du recul pour regarder les événements contemporains avec Gustave Thibon !
En ces jours-ci, ces jours de janvier 2015, où le mot « liberté » sert une fois encore de miroir aux alouettes, pour faire tomber les peuples dans les filets de manipulations de grande envergure tendus par les suppôts de satan à l’oeuvre en ce monde, la lucidité de Thibon est un puissant antidote aux poisons distillés par les politiques et les médias.
Voilà pourquoi il m’a paru particulièrement adapté à ces jours, ces jours-ci, de marquer ce quatorzième anniversaire de la mort de Gustave Thibon en vous donnant à lire et à relire ces lignes publiées en 1943.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.    

frise avec lys naturel

G. Thibon

Dépendance et liberté.

« Les fausses mystiques qui dévorent l’âme moderne répugnent instinctivement à définir leur objet : c’est qu’elles pressentent que leur idole, une fois définie (c’est-à-dire ramenée à son humble mesure et à ses proportions relatives), ne pourra plus être adorée.

Il en est ainsi de la liberté. Depuis un siècle et demi, bien des hommes sont morts pour ce mot, qui n’ont jamais cherché à en préciser le sens. Tout au plus l’idée de liberté flottait-elle en eux comme un vague mirage d’indépendance absolue et de plénitude divine.

Allumons notre lanterne. Définir la liberté par l’indépendance recouvre une dangeureuse équivoque. Il n’existe pas pour l’homme d’indépendance absolue (un être fini qui ne dépendrait de rien serait un être séparé de tout, c’est-à-dire éliminé de l’existence). Mais il existe une dépendance morte qui l’opprime et une dépendance vivante qui l’épanouit.
La première de ces dépendances est servitude, la seconde est liberté.

Un forçat dépend de ses chaînes, un laboureur dépend de la terre et des saisons : ces deux expressions désignent des réalités bien différentes.
– Revenons aux comparaisons biologiques qui sont toujours les plus éclairantes. Qu’est-ce que « respirer librement » ? Serait-ce le fait de poumons absolument « indépendants » ? Tout au contraire : les poumons respirent d’autant plus librement qu’ils sont plus solidement, plus intimement liés aux autres organes du corps. Si ce lien se relâche, la respiration devient de moins en moins libre, et, à la limite, elle s’arrête. La liberté est fonction de la solidarité vitale.

Mais dans le monde des âmes, cette solidarité vitale porte un autre nom : elle s’appelle l’amour.
Suivant notre attitude à leur égard, les mêmes liens peuvent être acceptés comme des attaches vivantes ou repoussés comme des chaînes, les mêmes murs peuvent avoir la dureté oppressive de la prison ou la douceur intime du refuge. L’enfant studieux court librement à l’école, le vrai soldat s’adapte amoureusement à la discipline, les époux qui s’aiment s’épanouissent dans les « liens » du mariage. Mais l’école, la caserne et le ménage sont d’affreuses geôles pour l’écolier, le soldat ou les époux sans vocation.

L’homme n’est pas libre dans la mesure où il ne dépend de rien ni de personne : il est libre dans l’exacte mesure où il dépend de ce qu’il aime, et il est captif dans l’exacte mesure où il dépend de ce qu’il ne peut aimer.

Ainsi le problème de la liberté ne se pose pas en termes d’indépendance. Il se pose en termes d’amour. Notre puissance d’attachement détermine notre capacité de liberté. Si terrible que soit son destin, celui qui peut tout aimer est toujours parfaitement libre, et c’est dans ce sens qu’il est parlé de la liberté des saints.
A l’extrême opposé, ceux qui n’aiment rien ont beau briser des chaînes et faire des révolutions : ils restent toujours captifs. Tout au plus arrivent-ils à changer de servitude, comme un malade incurable qui se retourne sur son lit.

Est-ce à dire qu’on doive accepter indifférement toutes les contraintes et s’efforcer d’aimer tous les jougs ? Cette voie des saints ne saurait être proposée comme un idéal social. Tant que le mal et l’oppression seront de ce monde, il y aura des jougs et des chaînes à briser.
Mais ce travail révolutionnaire ne peut pas être une fin en soi : la rupture d’une attache morte doit aboutir à la consolidation d’un lien vivant.
Il ne s’agit pas d’investir chaque individu d’une indépendance illusoire : il s’agit de créer un climat où chaque individu puisse aimer les êtres et les choses dont il dépend. Si notre volonté d’indépendance n’est pas dominée et dirigée par ce désir d’unité, nous sommes mûrs pour la pire servitude.
Je le répète : l’homme n’a pas le choix entre la dépendance et l’indépendance ; il n’a le choix qu’entre l’esclavage qui étouffe et la communion qui délivre.
L’individualisme – nous ne l’avons que trop vu – n’est qu’un refuge provisoire ; nous ne sommes pas seuls ; nous ne pouvons pas nous abstraire les uns des autres, et, bien avant l’égalité suprême de la mort, le même destin nous emporte.
il dépend de nous seuls de faire ce destin commun favorable ou néfaste. Si nous ne vivons pas ensemble comme les organes d’un même corps, nous nous flétrirons et nous pourrirons ensemble comme ces feuilles sans sève, si indépendantes les unes des autres, si individualistes, mais que le même vent d’automne arrache et roule à son gré. Ou plutôt – car la France aussi ne peut pas s’abstraire du reste du monde – une force étrangère nous imposera du dehors cette unité que nous n’avons pas voulu créer du dedans.
L’alternative est claire : ou nous serons unis aujourd’hui dans le même amour ou courbés demain sous le même joug. »

« Retour au réel » - Première partie. § VI : « Dépendance et liberté » (pp. 157-161) - 1943.

frise avec lys naturel

Autres publications consacrées à Gustave Thibon dans les pages de ce blogue :
- « In memoriam : Gustave Thibon » (2008) > www
- « Gustave Thibon : dix ans déjà ! » (2011) > www
- « Eloignement et connaissance » (extrait de « Retour au réel ») > www
- Le message de ND de La Salette au monde paysan > www
- « Le goût de l’aliment éternel » > www
- « Libertés » (extrait de « Diagnostics ») > www
- « Eglise et politique » (in « Entretiens avec C. Chabanis ») > www
- Le sport dans la société moderne > www
- « Vertu c’espérance et optimisme » (in « l’Equilibre et l’harmonie ») www
- Critique de la « démocratie » (in « Entretiens avec C. Chabanis ») www
- Gustave Thibon : « La leçon du silence » > www

2015-14. Il y a deux-cents ans, à Paris, l’exhumation des restes de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette (3ème partie).

1815 – 19 janvier – 2015

Découverte et exhumation des corps de Leurs Majestés :

frise lys

Voici enfin la troisième et dernière partie de cette étude consacrée au bicentenaire de l’exhumation des restes sacrés de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette.
Nous retranscrivons ci-dessous dans leur intégralité les trois procès-verbaux officiels dressés à l’issue de chacun des trois jours qui permirent de retrouver, conformément aux déclarations des témoins, les précieuses reliques des corps de Leurs Majestés, puis de les placer dans des cercueils de plomb, scellés, en vue de leur transfert à la basilique nécropole royale de Saint-Denis.
On notera le soin du chancelier Dambray à faire fouiller largement aux alentours des deux tombes retrouvées, pour s’assurer qu’il n’y a pas de confusion possible avec les dépouilles d’autres suppliciés.
Comme pour les deux publications précédentes (cf. > ici et > ici), nous reproduisons scrupuleusement le texte tel qu’il est publié dans « L’Ami de la Religion et du Roi », ayant seulement pris la liberté d’espacer les paragraphes lorsque cela correspondait au sens du texte, ceci afin d’en faciliter la lecture.
Nous n’avons pas jugé bon cette fois d’ajouter de notes explicatives, puisque celles des deux précédentes publications ont dû maintenant familiariser nos lecteurs avec les personnages que l’on trouve ici cités.

Lully.

frise lys

Crypte de la Chapelle Expiatoire - autel à l'emplacement de la tombe du Roi

A l’emplacement de l’ancien cimetière de la Madeleine, dans la crypte de la Chapelle Expiatoire,
cet autel marque l’endroit précis où reposa pendant 22 ans le corps de Sa Majesté le Roi Louis XVI.

1 – Procès verbal de la découverte des restes de la Reine,
le 18 janvier 1815 :

Le 18 janvier 1815, nous Charles-Henri Dambray, chancelier de France, commandeur des ordres du Roi, accompagné de M. le comte de Blacas, ministre et secrétaire d’état au département de la maison du Roi, de M. le Bailly de Crussol, chevalier des ordres du Roi, pair de France, de M. de la Fare, évêque de Nanci, premier aumônier de S.A.R. Madame, duchesse d’Angoulême, et enfin de M. Philippe Distel, chirurgien de S.M., commissaires nommés avec nous par le Roi pour procéder à la recherche des restes précieux de LL. MM. Louis XVI, et de la Reine Marie-Antoinette, son auguste épouse ;
Nous sommes transportés, à huit heures du matin, à l’ancien cimetière de la Madeleine, rue d’Anjou-Saint-Honoré, n°. 48 ;
Entrés dans la maison attenante à laquelle le cimetière sert aujourd’hui de jardin, ladite maison occupée par le sieur Descloseaux, qui avoit acheté précédemment ledit cimetière, pour veiller lui-même à la conservation des restes précieux qui s’y trouvent déposés ; nous avons trouvé ledit sieur Descloseaux avec le sieur Danjou, son gendre, et plusieurs personnes de sa famille ; lesquels nous ont conduits dans l’ancien cimetière, et nous ont indiqué de nouveau la place où ledit sieur Danjou nous avoit déclaré qu’il croyoit pouvoir assurer que les corps de LL.MM. avoient été déposés, ainsi qu’il est constaté par l’information que nous avons faite le 22 mai dernier. Ayant ainsi reconnu de nouveau le côté du jardin où nous devions faire les recherches qui nous étoient prescrites, nous les avons commencées par celle du corps de S.M. la Reine, afin d’arriver plus sûrement à découvrir celui de S.M. Louis XVI, que nous avions lieu de croire placé plus près du mur du cimetière du côté de la rue d’Anjou.

Après avoir fait faire par des ouvriers, du nombre desquels se trouvoit un témoin de l’inhumation de la Reine, une découverte de terre de dix pieds de long sur cinq à six de largeur et cinq ou environ de profondeur, nous avons rencontré un lit de chaux de dix ou onze pouces d’épaisseur, que nous avons fait enlever avec beaucoup de précaution, et sous lequel nous avons trouvé l’empreinte bien distincte d’une bière de cinq pieds et demi ou environ de longueur, ladite empreinte tracée au milieu d’un lit épais de chaux, et le long de laquelle se trouvoient plusieurs débris de planches encore intacts. Nous avons trouvé dans cette bière un grand nombre d’ossemens que nous avons soigneusement recueillis ; il en manquoit cependant quelques-uns, qui sans doute, étoient déjà réduits en poussière ; mais nous avons trouvé la tête entière, et la position où elle étoit placée, indiquoit d’une manière incontestable qu’elle avoit été détachée du tronc. Nous avons trouvé également quelques débris de vêtemens, et notamment deux jarretières élastiques assez bien conservées, que nous avons retirées pour être portées à S.M., ainsi que deux débris du cercueil ; nous avons respectueusement placé le surplus dans une boîte que nous avons fait apporter en attendant le cercueil de plomb que nous avons commandé. Nous avons également mis à part et serré dans une autre boîte la terre et la chaux trouvée avec les ossemens, et qui doivent être renfermées dans le même cercueil.

Cette opération faite, nous avons fait couvrir de fortes planches la place où se trouvoit l’empreinte de la bière de S.M. la Reine, et nous avons procédé, à la recherche des restes de S.M. Louis XVI.

Suivant cet égard, les premières indications qui nous avoient été données, nous avons fait creuser entre la place où le corps de la Reine avoit été trouvé et le mur du cimetière sur la rue d’Anjou, une large ouverture de douze pieds de longueur et jusqu’à douze pieds de profondeur, sans rien rencontrer qui nous annonçât le lit de chaux indicatif de la sépulture du Roi. Nous avons par là même reconnu la nécessité de creuser un peu plus bas, et toujours dans la même direction ; mais l’approche de la nuit nous a déterminés à suspendre le travail et à l’ajourner jusqu’à demain.

Nous sommes, en conséquence, sortis du cimetière avec les ouvriers que nous y avons amenés ; nous avons soigneusement fermé la porte en en prenant les clefs, et, après avoir retiré les deux caisses susmentionnées, que nous avons portées dans le salon du sieur Descloseaux, après les avoir scellées d’un cachet aux armes de France ; lesdites caisses, recouvertes d’un drap mortuaire, ont été entourées de cierges, et plusieurs ecclésiastiques de la chapelle de S.M. sont arrivés pour réciter pendant la nuit, autour de ces précieux restes, les prières de l’église.

Le directeur-général de la police, que nous avons mandé, a été chargé de placer une garde à la porte et autour du cimetière, et nous avons ajourné à demain 19, à huit heures du matin, la suite des opérations, dont nous avons arrêté et signé le présent procès-verbal, qui l’a été également par le sieur Descloseaux, propriétaire du terrain, et par le sieur Danjou, son gendre.

Fait et clos à Paris les jour et an que dessus.

Le chancelier de France, signé, DAMBRAY ; BLACAS-D’AULPS, BAILLY DE CRUSSOL, A.-L.-H. DE LA FARE, évêque de Nanci ; DISTEL, DESCLOSEAUX, DANJOU.

frise lys

2 – Procès verbal de la découverte des restes du Roi,
le 19 janvier 1815 :

Le 19 janvier 1815, nous nous sommes de nouveau transportés au cimetière ci-dessus désigné, où nous sommes entrés à huit heures et demie du matin avec les ouvriers que nous avions mandés pour continuer les travaux commencés.

Lesdits ouvriers ont ouvert en notre présence une tranchée profonde de sept pieds un peu au-dessous de la tombe de S.M. la Reine, et plus près du mur, du côté de la rue d’Anjou. Nous avons découvert, à ladite profondeur, quelques terres mêlées de chaux et quelques minces débris de planches, indicatifs d’un cercueil de bois. Nous avons fait continuer la fouille avec plus de précaution ; mais au lieu de trouver un lit de chaux pure, comme autour du cercueil de la Reine, nous avons reconnu que la terre et la chaux avoient été mêlées à dessein, en telle sorte cependant que la chaux dominoit beaucoup ce mélange, mais n’avoit pas la même consistance que celle trouvée dans notre opération d’hier ; c’est au milieu de cette chaux et de cette terre que nous avons trouvé les ossemens d’un corps d’homme, dont plusieurs, presque entièrement corrodés, étoient près de tomber en poussière ; la tête étoit couverte de chaux, et elle se trouvoit placée au milieu de deux os de jambes, circonstance qui nous a paru d’autant remarquable, que cette situation étoit indiquée comme celle de la tête de Louis XVI dans l’information que nous avons faite le 22 mai dernier.

Nous avons recherché soigneusement s’il ne restoit aucune trace de vêtemens, sans pouvoir en découvrir, sans doute parce que la quantité de chaux étant beaucoup plus considérable avoit produit plus d’effet.

Nous avons recueilli tous les restes que nous avons pu recueillir dans ces amas confus de terre et de chaux, et nous les avons réunis dans un grand drap préparé à cet effet, ainsi que plusieurs morceaux encore entiers.

Quoique la place où ce corps avoit été découvert fût celle où plusieurs témoins oculaires de l’inhumation nous avoient déclaré que le corps de S.M. avoit été déposé, et que la situation de la tête ne nous laissât aucun doute sur le résultat de notre opération, nous n’avons pas laissé encore de faire enlever à vingt-cinq pieds de distance jusqu’à dix ou douze pieds de terre, pour chercher s’il n’existoit pas de lit complet de chaux qui nous indiquât une autre sépulture du Roi aussi positivement que celle de la Reine ; mais cette épreuve surabondante nous a convaincus plus complètement encore que nous étions en possession de ces restes précieux.

Nous les avons renfermés avec respect dans une grande boîte que nous avons ficelée et scellée d’un cachet aux armes de France ; nous avons ensuite apporté cette boîte dans le même salon où les restes de S.M. la Reine avoient été déposés hier, afin que les ecclésiastiques déjà rassemblés pussent continuer autour des deux corps les prières de l’église, jusqu’au moment qui sera fixé par le Roi pour leur placement dans des cercueils de plomb et le transport desdits cercueils à l’église royale de Saint-Denis.

De tout quoi nous avons rédigé et écrit le présent procès-verbal, qui a été signé par les mêmes commissaires et témoins que dans notre séance d’hier, et en outre par M. le duc de Duras, premier gentilhomme de la chambre de S.M., par M. le marquis de Dreux-Brézé, grand-maître des cérémonies de France, qui ont assisté à nos opérations d’aujourd’hui, et par M. l’abbé Dastros, vicaire-général de l’église de Paris, l’un des administrateurs du diocèse, le siège vacant, qui s’est réuni à nous pour la présente exhumation.

Fait et clos à Paris, rue d’Anjou, n°. 48, à quatre heures du soir, les jour et an que dessus.

Le chancelier de France, signé, DAMBRAY ; BLACAS-D’AULPS, BAILLY DE CRUSSOL, A.-L.-H. DE LA FARE, évêque de Nanci ; le duc de DURAS, le marquis de BREZÉ, l’abbé DASTROS, DESCLOSEAUX, DANJOU, DISTEL.

frise lys

3 – Procès-verbal de la déposition des restes de Leurs Majestés
dans des cercueils de plomb, le 20 janvier 1815 :

Le 20 janvier 1815, à deux heures après midi, nous nous sommes rendus, suivant les ordres du Roi, dans la maison du sieur Descloseaux, rue d’Anjou, n°. 48, où étant arrivés, nous avons trouvé réunis les mêmes commissaires qui avoient assisté à nos précédentes opérations, et les personnes que le droit de leurs charges ou l’ordre du Roi y avoient rassemblées, pour être présentes au placement dans des cercueils de plomb, des restes précieux de LL. MM. Louis XVI et de la Reine Marie-Antoinette, déposés dans un salon de ladite maison, dans des caisses ficelées et cachetées, savoir, les commissaires du Roi dont les noms suivent :
M. le comte de Blacas, grand-maître de la garde-robe du Roi, ministre et secrétaire-d’Etat au département de sa maison ;
M. le Bailly de Crussol, pair de France, chevalier des ordres du Roi ;
M. de la Fare, évêque de Nanci, premier aumônier de S.A.R. Madame, duchesse d’Angoulême ;
Et en outre, M. le duc de Duras, pair de France, premier gentilhomme de la chambre de S.M. ;
M. de Noailles, prince de Poix, pair de France, capitaine des gardes-du-corps de S.M. , ayant été de service au près de S. M. Louis XVI jusques et compris le 10 août 1792.
En présence desquelles personnes nous avons examiné les boîtes ci-dessus mentionnées, dont nous avons reconnu les cachets sains et entiers ; et après les avoir rompus, nous avons procédé à la translation des précieux restes, desdites boîtes, dans les cercueils de plomb préparés à cet effet.

Les dépouilles mortelles de S.M. Louis XVI ont été placées dans un grand cercueil, avec plusieurs morceaux de chaux qui avoient été trouvés entiers, et le long desquels paroissoient quelques vestiges des planches du cercueil de bois ; le cercueil de plomb a ensuite été recouvert et soudé par les plombiers que nous avions mandés, et sur le couvercle a été posée une plaque de vermeil doré, avec cette inscription :
Ici est le corps du très-haut, très-puissant et très-excellent Prince LOUIS, seizième du nom, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre.

La même opération a été faite, en présence des mêmes personnes, à l’égard des restes de S.M. la Reine Marie-Antoinette, et le cercueil qui les contient, pareillement recouvert et soudé par les mêmes plombiers, avec cette inscription :
Ici est le corps de très-haute, très-puissante et très-excellente Princesse, Marie-Antoinette-Joséphine-Jeanne de Lorraine, archiduchesse d’Autriche, épouse de très-haut, très-puissant et très-excellent Prince LOUIS, seizième du nom, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre.

Les deux cercueils ont ensuite été replacés sous le drap mortuaire, en attendant l’époque fixée par le Roi pour le transport à Saint-Denis des deux corps.

De tout quoi, nous avons fait et clos le présent procès-verbal qui a été signé avec nous par les personnes ci-dessus dénommées, ensemble par le sieur Descloseaux, propriétaire de la maison, et le sieur Danjou, son gendre.

A Paris, les jour et an que dessus.

Le Chancelier de France, signé DAMBRAY ; BLACAS-D’AULPS ; BAILLY DE CRUSSOL ; A.-L.-H. DE LA FARE, évêque de Nanci ; le duc de DURAS ; NOAILLES, prince de POIX ; DESCLOSEAUX ; DANJOU.

Certifié conforme à la minute déposée aux archives de la chancellerie de France.
Le secrétaire-général de la chancellerie de France et du sceau, membre de la Légion-d’Honneur.
Par ordre de Mgr. le chancelier.                                                   LE PICARD .

Médaille commémorative de l'exhumation les 18-19 et 20 janvier 1815

Avers et Revers de la médaille commémorative de l’exhumation des restes de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette (Oeuvre d’Andrieu – Musée monétaire)

Avers : inscription « Ludovicus XVIII Rex Christianissimus » (Louis XVIII Roi Très Chrétien) – le Souverain est représenté de profil, tête et col nus, cheveux longs, rejetés en arrière et retombant librement en boucles sur les épaules, avec de légers favoris.

Revers : inscription « Diebus XVIII. XIX et XXI Jan. MDCCCXV. Corpora Ludovici XVI et Mar.Ant. Aust. conjugis suae detecta defossa Regiis que atavorum sepulchris reddita pietas fraterna » (les 18, 19 et 21 janvier 1815, les corps de Louis XVI et Marie-Antoinette d’Autriche son épouse ont été découverts, exhumés et rendus à la sépulture de leurs ancêtres. Piété fraternelle).

frise lys

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 17 janvier, 2015 |Pas de commentaires »

2015-13. Il y a deux-cents ans, à Paris, l’exhumation des restes de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette (2ème partie).

1815 – 19 janvier – 2015

Enquête officielle préliminaire à l’exhumation :

frise lys

Samedi 17 janvier 2015,
Fête de Saint Antoine le Grand (cf. > www)
Anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de Pontmain (cf. > www)
En outre, ce 17 janvier 2015 marque le mille-six-cent-vingtième anniversaire du rappel à Dieu de l’empereur Saint Théodose Ier le Grand (+ 17 janvier 395), qui, par l’édit de Thessalonique, fit du christianisme la religion officielle de l’Empire.

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La publication que nous avons faite de l’article de « L’Ami de la Religion et du Roi » (ici > www), présentait un bon résumé des préparatifs de la translation à Saint-Denis des restes sacrés de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette qui eut lieu le 21 janvier 1815.

A l’intention toute particulière des amoureux d’histoire et des dévots fidèles de la Monarchie traditionnelle, je désire maintenant publier ci-dessous le document officiel qui termine l’enquête préparatoire à l’exhumation des deux augustes dépouilles : ils prouvent que la recherche de ces corps vénérables ne fut pas menée à la légère et que l’on fit tout, dans la mesure des moyens de l’époque, pour s’assurer de leur authenticité (car il s’est trouvé des personnes pour prétendre le contraire et affirmer que ce n’étaient pas les véritables restes de Leurs Majestés qui avaient été transférés à Saint-Denis).

Le document que je publie donc ci-dessous (en respectant la graphie de l’époque, la ponctuation et les majuscules du document original et même les « fantaisies » que l’on y trouve : par exemple « Madelaine » et « Madeleine »…) est important pour deux raisons essentielles :

1) il montre que c’est dès le moment de son arrivée à Paris que Sa Majesté le Roi Louis XVIII a souhaité que l’on retrouvât les restes du Roi et de la Reine martyrs.
Il faut bien se souvenir, en effet, que Louis XVIII est entré dans Paris le 3 mai 1814, que le gouvernement a été mis en place le 13 mai, que la Charte a été octroyée le 4 juin, et que la paix avec les Alliés (premier traité de Paris) a été signée le 30 mai : c’est donc dans un contexte politique des plus chargés que le Roi donne néanmoins des ordres formels pour que soit retrouvé et authentifié le lieu de la sépulture de Louis XVI et de Marie-Antoinette ; il y a là pour lui une sorte de priorité, alors que beaucoup d’autres eussent pu considérer qu’il ne s’agissait là que de préoccupations secondaires.

2) il témoigne que l’on fit diligence pour retrouver les survivants qui avaient été les témoins directs de ces inhumations qui avaient eu lieu vingt-et-un ans plus tôt.
Ces témoins furent interrogés séparément, et leur déposition fut faite sous la foi du serment : on voit très bien qu’en cela, le chancelier Dambray eut soin de mener à bien une enquête officielle qui ne laisserait pas de prise au doute.

Ces premières dépositions, définitivement enregistrées le 22 mai 1814, pour la conclusion de cette enquête préliminaire, furent suivies de presque huit mois de vérifications et de préparatifs pour l’exhumation, qui eut lieu les 18 et 19 janvier 1815, en présence de témoins qualifiés, comme nous le verrons dans nos prochains articles.
Comme pour ma publication d’hier (cf. > www), il m’a paru bon d’assortir le texte du document officiel de quelques notes apportant quelques précisions complémentaires.

 Lully.

frise lys

ancienne église de la Madeleine - Paris

Gravure reproduisant l’aspect de l’ancienne église de la Madeleine, à Paris,
dont le cimetière recueillit les corps de la plupart des Gardes Suisses massacrés le 10 août 1792
et les corps des quelque 1343 guillotinés sur l’ancienne place Louis XV (aujourd’hui dite « de la Concorde »)
dont ceux de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette. 

Information faite en exécution des ordres du Roi par M. le chancelier.

Le 22 mai 1814, pardevant moi Charles-Henri Dambray, chancelier de France (note 1), chargé par S.M. personnellement de constater les circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi l’inhumation de S.M. Louis XVI et de la Reine.
Ont comparu les témoins ci-après dénommés, que j’ai mandés, sur l’indication qui m’avoit été donnée de leurs noms par S.M.

1°. Le sieur François-Silvain Renard, ancien vicaire de la Madelaine, domicilié rue de Caumartin, n°. 12 (note 2), lequel, après serment de dire la vérité, a déposé ainsi qu’il suit :
« Le 20 janvier 1793, le pouvoir exécutif manda M. Picavez, curé de la paroisse de la Madelaine (note 3), pour le charger de l’exécution de ses ordres relativement aux obsèques de S.M. Louis XVI.
« M. Picavez, ne se sentant pas le courage nécessaire pour remplir une fonction aussi pénible et aussi douloureuse, prétexta une maladie, et m’engagea, comme son premier vicaire, à le remplacer, et à veiller, sous ma responsabilité, à la stricte exécution des ordres intimés par le pouvoir exécutif. Ma réponse fut d’abord un refus positif, fondé sur ce que personne n’avoit peut-être aimé Louis XVI plus que moi ; mais sur l’observation juste que M. Picavez me fit que ce double refus pourroit avoir des suites fâcheuses et incalculables pour nous deux, j’acceptai.
« En conséquence, le lendemain 21, après m’être assuré que les ordres prescrits par le pouvoir exécutif, et relatifs à la quantité de chaux ordonnée et à la profondeur de la fosse qui, autant que je puis me le rappeler, devoit être de dix à douze pieds, avoient été ponctuellement exécutés (note 4), j’attendis à la porte de l’église, accompagné de la croix et de feu M. l’abbé Damoreau, que l’on nous remit le corps de S.M. (note 5).
« Sur la demande que j’en fis, les membres du département et de la commune me répondirent que les ordres qu’ils avoient reçus leur prescrivoient de ne pas perdre de vue un seul instant le corps de S.M. Nous fûmes donc obligés, M. Damoreau et moi, de les accompagner jusqu’au cimetière, situé rue d’Anjou.
« Arrivés au cimetière, je fis faire le plus grand silence. On nous présenta le corps de S.M. Elle étoit vêtue d’un gilet de piqué blanc, d’une culotte de soie grise et les bas pareils. Nous psalmodiâmes les vêpres, et récitâmes toutes les prières usitées pour le service des morts ; et je dois dire la vérité, cette populace qui naguère faisoit retentir l’air de ses vociférations, entendit les prières faites pour le repos de l’âme de S.M. avec le silence le plus religieux.
« Avant de descendre dans la fosse le corps de S.M., mis à découvert dans la bière, il fut jeté au fond de ladite fosse, distante à dix pieds environ du mur, d’après les ordres du pouvoir exécutif, un lit de chaux vive. Le corps fut ensuite couvert d’un lit de chaux vive, d’un lit de terre, et le tout fortement battu et à plusieurs reprises.
« Nous nous retirâmes ensuite en silence après cette trop pénible cérémonie, et il fut, autant que je puis me le rappeler, dressé par M. le juge-de-paix un procès-verbal, qui fut signé des deux membres du département, et de deux de la commune (note 6). Je dressai aussi un acte mortuaire en rentrant en l’église, mais sur un simple registre, lequel fut enlevé par les membres du comité révolutionnaire lors de la clôture de cette église ».
Ce qui est tout ce que le témoin a dit savoir, et a signé après lecture faite. 

Signé : Renard.

2°. Le sieur Antoine Lamaignère, juge-de-paix du premier arrondissement de Paris, demeurant rue de la Concorde, n°. 8, lequel, après serment de dire la vérité, nous a dit :
« Qu’il n’avoit pas assisté à l’inhumation du Roi, mais qu’il s’est transporté sur les lieux au moment où le corps de S.M. étoit déjà couvert de chaux ; que la place qui aujourd’hui est conservée, dans le jardin du sieur Descloseaux, ancien avocat, est bien celle où le Roi a été inhumé », et a signé après lecture faite. 

Signé : Lamaignère.

3°. Le sieur Jean-Richard-Eve Vaudremont, greffier du juge-de-paix du Ier arrondissement, demeurant rue de la Concorde, n°. 8, après serment de dire la vérité, nous a dit :
« Qu’il avoit accompagné le juge-de-paix auquel il est attaché dans la visite qu’il a faite au cimetière de la Madeleine, rue d’Anjou, peu de temps après l’inhumation du Roi, et pendant qu’on recouvroit la fosse, et qu’il est en état d’attester que le corps de S.M. avoit été placé dans le même local qui se trouve aujourd’hui marqué par des saules pleureurs dans le jardin du sieur Descloseaux », et a signé après lecture faite. 

Signé : Vaudremont.

4°. Le sieur Dominique-Emmanuel Danjou, ancien avocat, domicilié rue d’Anjou, n°. 48 (note 7) , lequel, après serment de dire la vérité, nous a dit :
« Qu’il avoit été également témoin de l’inhumation du Roi Louis XVI et de S.M. La Reine ; qu’il les avoit vu descendre tous deux dans la fosse, dans des bières découvertes qui ont été chargées de chaux et de terre : que la tête du Roi, séparée du corps, étoit placée entre ses jambes ; qu’il n’avoit jamais perdu de vue une place devenue si précieuse, et qu’il regardoit comme sacrée, quand il a vu faire par son beau-père l’acquisition du terrain déjà enclos de murs qu’il a fait rehausser pour plus grande sûreté ; que le carré où se trouvent les corps de LL. MM. a été entouré par ses soins d’une charmille fermée ; qu’il y a été planté des saules pleureurs et des cyprès », et a signé après lecture faite. 

Signé : Danjou.

5°. M. Alexandre-Etienne-Hyppolite, baron de Baye, maréchal des camps et armées du Roi, lequel, après serment de dire la vérité, nous a dit :
« Qu’il avoit vu passer la voiture qui conduisoit au cimetière de la rue d’Anjou le corps de S.M. Le Roi ; mais qu’il n’avoit pas suivi l’inhumation ; a seulement entendu dire d’une manière positive que le corps de S.M. avoit été placé dans le local décoré depuis par les soins de M. Descloseaux ; qu’il a même connoissance qu’on a offert audit sieur Descloseaux un hôtel à Paris en échangé de ce précieux terrain, que ledit sieur Descloseaux a voulu conserver », et a signé après lecture faite.

 Signé : Baye.

Fait et clos à Paris, à l’hôtel de la chancellerie, le 22 mai 1814.

Signé : Dambray.

Certifié conforme par nous, secrétaire-général de la chancellerie et du sceau.

Le Picard.

(A suivre : les compte-rendus officiels des fouilles et de l’exhumation, ici > www)

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Notes explicatives : 

Note 1 :  Charles-Henri Dambray, chancelier de France, voir ici > www la note n° 10.

Note 2 : François-Sylvain Renard, ancien génovéfain, avait prêté le serment constitutionnel et avait été élu premier vicaire à l’église de la Madeleine ; par la suite il défroqua et se maria ; on le retrouve en 1797 tenant une librairie rue Caumartin. Il décéda le 23 août 1818.

Note 3 : Dominique Joseph Picavez, était né en 1757 à Cambrai ; on le trouve en 1790 premier vicaire à Saint-Philippe-du-Roule ; ayant prêté le serment constitutionnel, il fut élu curé de la Madeleine au début de l’année 1791 ; des dénonciations furent faites contre lui en juin 1793 et on perd alors sa trace ; on le retrouve desservant de Champignolles, dans le diocèse de Dijon (Côte-d’Or), où il décède le 8 juin 1823.

Note 4 : En effet, le conseil exécutif avait donné l’ordre suivant le 20 janvier 1793 : « Le corps de Louis Capet sera transféré dans le cimetière de la Madeleine, où il sera préparé une fosse à douze pieds de profondeur. » Douze pieds, c’était deux fois la profondeur réglementaire : il s’agissait là d’une précaution pour que les royalistes et autres « nostalgiques » soient dissuadés de venir creuser en catimini pour reprendre la dépouille royale.

Note 5 : Il semblerait que, selon ce qu’il laisse entendre ici, l’abbé Renard pensait devoir célébrer une messe de funérailles avant l’inhumation, mais que les commissaires s’y opposèrent, voulant que l’ensevelissement soit accompli au plus tôt.

Note 6 : Voici le texte de ce certificat d’inhumation :
« Le vingt-un janvier mil sept cent quatre-vingt-treize, l’an deux de la République française, Nous, soussignés, administrateurs du département de Paris, chargés de pouvoirs par le conseil général du département, en vertu des arrêtés du conseil exécutif provisoire de la République française,
De là, accompagnés des citoyens Renard et Damoureau, tous deux vicaires de la paroisse de Sainte-Madelaine, chargés par le citoyen curé de procéder à l’inhumation de Louis Capet, nous nous sommes rendus au lieu du cimetière de ladite paroisse, situé rue d’Anjou-Saint-Honoré, où étant, nous avons reconnu l’exécution des ordres par nous signifiés la veille au citoyen curé, en vertu de la commission que nous avions reçue du conseil général du département. Nous sommes transportés à neuf heures du matin en la demeure du citoyen Picavez, curé de Sainte-Madelaine, lequel ayant trouvé chez lui, nous lui avons demandé s’il avoit pourvu à l’exécution des mesures qui lui avoient été recommandées la veille par le conseil exécutif et par le département pour l’inhumation de Louis Capet. Il nous a répondu qu’il avoit exécuté de point en point ce qui lui avoit été ordonné par le conseil exécutif et par le département, et que le tout étoit à l’instant préparé.
Peu après a été déposé, dans ledit cimetière, en notre présence, par un détachement de gendarmerie à pied, le cadavre de Louis Capet, que nous avons reconnu entier, dans tous ses membres, la tête étant séparée du tronc. Nous avons remarqué que les cheveux du derrière de la tête étoient coupés, et que le cadavre étoit sans cravatte, sans habit et sans souliers. Du reste il étoit vêtu d’une chemise, d’une veste piquée en forme de gilet, d’une culotte de drap gris et d’une paire de bas de soie gris. Ainsi vêtu, il a été déposé dans une bière, laquelle a été descendue dans la fosse qui a été recouverte à l’instant.
Le tout a été disposé et exécuté d’une manière conforme aux ordres donnés par le conseil exécutif provisoire de la République française.
Et avons signé avec les citoyens Picavez, Renard et Damoureau, curé et vicaires de Sainte-Madelaine.
PICAVEZ, RENARD, DAMOUREAU, LEBLANC et DUBOIS. »

Note 7 : Dominique-Emmanuel Danjou est le gendre du sieur Descloseaux : domicilié rue d’Anjou, il a pu assister depuis chez lui, par les fenêtres de l’étage qui donnent sur le cimetière, à l’inhumation des corps de Leurs Majestés et en noter le lieu exact. 

Tombes du Roi et de la Reine cimetière de la Madeleine

Emplacement des tombes de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette
tels qu’ils se présente en 1814 après les aménagements du sieur Descloseaux.

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Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 17 janvier, 2015 |Pas de commentaires »

2015-12. Il y a deux-cents ans, à Paris, l’exhumation des restes de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette (1ère partie).

1815 – 19 janvier – 2015

16 janvier 2015,
fête du Coeur immaculé de Marie refuge des pécheurs (cf. > www).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Dans quelques jours, nous allons une fois de plus commémorer, à la date du 21 janvier, le terrible souvenir du martyre de Sa Majesté le Roi Louis XVI.
Cette année 2015 marque donc le deux-cent-vingt-deuxième anniversaire de cet épouvantable crime, mais elle est aussi l’exact deuxième centenaire de l’exhumation des dépouilles sacrées du Roi et de la Reine, qui eut lieu le jeudi 19 janvier 1815, en vue de leur transfert à la basilique-nécropole royale de Saint-Denis, le samedi 21 janvier 1815.

Je suis allé chercher dans une publication que nous aimons beaucoup en raison de son esprit de fidélité religieuse et monarchique - « L’Ami de la Religion et du Roi »  – , de janvier 1815, la relation des préparatifs de ces cérémonies, avec en particulier le compte-rendu de cette exhumation : je vous en recopie le texte intégral ci-dessous, en conservant scrupuleusement l’orthographe, la ponctuation et les majuscules telles qu’elles se trouvent dans l’exemplaire que j’ai sous les yeux. Néanmoins, pour en agrémenter la lecture, j’ai jugé bon d’aérer le texte par des alinéas et des espacements lorsque cela était conforme au sens (dans « L’Ami de la Religion et du Roi » le texte est en effet très serré).
Enfin, pour faciliter la compréhension, j’ai cru bon d’ajouter une douzaine de notes explicatives, car peut-être tous les usages ou les personnages mentionnés ne sont-ils pas familiers au lecteur d’aujourd’hui.

Lully.

L'Ami de la Religion et du Roi 1815

frise lys

Paris.

M. de Brezé, grand-maître des cérémonies ; M. l’abbé de Sambucy (note 1), maître des cérémonies de la chapelle du Roi ; MM. Des Entelles et de la Ferté, intendans des Menus, et M. Bellenger, architecte de MONSIEUR (note 2), se sont réunis, le 16 janvier, à Saint-Denis pour régler tout ce qui concerne la cérémonie du 21 janvier. M. de la Suze, maréchal-des-logis, s’y étoit aussi rendu, afin d’ordonner tous les préparatifs nécessaires dans la maison royale de la légion d’honneur, et pour la réception des Princes du sang, et des évêques qui iront à Saint-Denis.

Le 17, à midi, Mgr. l’évêque de Clermont (note 3), accompagné d’un des MM. les grands-vicaires de Paris, est parti pour Saint-Denis, afin de bénir l’église (note 4). Il a été assisté par le curé et le clergé de Saint-Denis et par les aumôniers de la maison d’éducation qui occupe l’abbaye.
Pour qu’un plus grand nombre de personnes puisse être témoin du plus touchant spectacle, on n’a pas fait à Saint-Denis une chapelle ardente (comme dans Notre-Dame), mais on a placé des gradins tendus de noir dans les entre-colonnements et derrière les colonnes. De toute part la vue percera sur le catafalque. Les Princes seront placés du côté de l’épître, à côté du catafalque, et presqu’en face de la chaire qui est contre le dernier pilier du côté de l’évangile. Les évêques seront placés dans le choeur, près de l’autel, du côté de l’épître.
Un grand nombre de pauvres iront au-devant du corps avec des torches, et portant, suivant l’usage, une pièce d’étoffe sur l’épaule. Mgr. le grand-aumônier (note 5) présentera le corps à la porte de la basilique de Saint-Denis. M. l’évêque d’Aire (note 6) sera chargé de recevoir le corps, qui, une fois reçu à la porte, sera porté par huit gardes-du-corps jusqu’au catafalque. Quatre aumôniers de Sa Majesté porteront les quatre coins du poêle (note 7).
M. l’évêque d’Aire (note 6) célébrera la messe. Après l’évangile, M. de Boulogne, évêque de Troyes (note 8), prononcera l’Oraison funèbre. Après la messe, les absoutes seront faites par quatre évêques qu’a désignés Mgr. Le grand-aumônier (note 5). La cinquième et dernière sera faite par ce prélat lui-même. L’enterrement, c’est-à-dire, le transport dans l’église souterraine, aura lieu immédiatement après la messe.

Voici les inscriptions :
Pour le ROI. Ici est le corps de très-haut, très-puissant, très-excellent Prince Louis XVI, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre.
Pour la REINE. Ici est le corps de très-haute, très-puissante, très-excellente Princesse Marie-Antoinette-Joséphine-Jeanne de Lorraine, archiduchesse d’Autriche, épouse de très-haut, très-puissant et très-excellent Prince Louis, seizième du nom, Roi de France et de Navarre.

Pour assister à cette cérémonie, les cours de justice et les tribunaux de Paris ne tiendront point d’audience. Le cortège partira à neuf heures. Les Princes l’accompagneront.

Le jeudi, 19, on a fait, par ordre du Roi, l’exhumation des corps du Roi et de la Reine dans l’ancien cimetière de la Madeleine.
Les commissaires nommés pour y assister étoient M. de la Fare, évêque de Nancy (note 9), représentant Mgr. le grand-aumônier (note 5), un aumônier du Roi, un des vicaires généraux de Paris, Mgr. Le chancelier de France (note 10), M. le comte de Blacas, M. le duc de Duras, M. le marquis de Brezé, M. d’André et un médecin du Roi.
La plupart des ossements du Roi ont été retrouvés. Le corps de la Reine étoit presque entier. Il y avoit même encore aux jambes des parties de bas très-reconnoissables et des jarretières.
Ces restes précieux ont été recueillis avec respect, et déposés dans des caisses qui ont été transportées dans une des pièces de la maison de M. Descloseaux (note 11). On y avoit dressé un autel et une chapelle ardente, et on y a récité l’office des morts. Le vendredi, des prêtres se sont succédés pour dire la messe dans ce lieu, et la foule s’y est portée sans interruption.
La translation du corps aura lieu le samedi. Nous rendrons un compte très-détaillé de cette cérémonie

Pendant que les voûtes de Saint-Denis, si longtemps muettes et profanées, retentiront des chants funèbres, toutes les églises de la capitale célébreront aussi des services d’expiation, et tous les fidèles pourront aller porter, devant les autels, le tribut de leurs larmes.
A saint-Sulpice, M. l’ancien archevêque d’Alby officiera (note 12). A Saint-Germain-l’Auxerrois, M. l’abbé le Tourneur prononce l’oraison funèbre de Louis XVI. M. l’abbé Jalabert la prononcera à Notre-Dame, où il y aura un service très-solennel ; M. l’abbé Bauzan fera le discours à Saint-Roch.

(A suivre, le document officiel de conclusion de l’enquête préliminaire à l’exhumation > ici)

frise lys

Notes explicatives :  

Note 1 : L’abbé de Sambucy – Gaston de Sambucy de Sorgue (1764 – 1834), aumônier de la Princesse de Lamballe ; pendant la grande révolution – en habits laïcs et caché dans la foule sur le parcours de la charette qui les emportait vers l’échafaud – , il accompagna spirituellement un grand nombre de condamnés (parmi lesquels Madame Elisabeth de France) auxquels il donnait la sainte absolution et l’indulgence plénière in articulo mortis. A la Restauration il fut aumônier de Monsieur, comte d’Artois (voir note 2 ci-dessous), puis sera grand-vicaire de l’archevêque de Reims.

Note 2 : MONSIEUR – il s’agit du frère du Roi Louis XVIII (et de feu le Roi Louis XVI), Charles-Philippe de France, comte d’Artois, futur Charles X. Il porte le titre de MONSIEUR depuis la mort de Louis XVII le 8 juin 1795.

Note 3 : Mgr. l’évêque de Clermont – Monseigneur Charles-Antoine-Henri Du Valk de Dampierre (1746 – 1833), évêque de Clermont de 1802 à 1833.

Note 4 : « …afin de bénir l’église » – La basilique de Saint-Denis ayant été profanée lors de la sinistre révolution, il était nécessaire d’en laver les souillures, afin de la rendre à nouveau apte à la célébration des cérémonies du culte, en procédant à une nouvelle bénédiction. On voit donc ici que, malgré le rétablissement du culte en France à la suite du concordat de 1801, la réconciliation de cette prestigieuse basilique ne fut pas accomplie avant ce 16 janvier 1815, et que le culte n’y avait donc pas repris jusqu’alors.

Note 5 : Mgr. le grand-aumônier – Monseigneur Alexandre Angélique de Talleyrand-Périgord (1736 – 1821), archevêque de Reims depuis 1777, grand-aumônier de France depuis 1814, il sera élévé à la pourpre cardinalice en juillet 1817 et deviendra archevêque de Paris en octobre 1817, il restera grand-aumônier de France jusqu’à sa mort.

Note 6 : Mgr. l’évêque d’Aire – Monseigneur Sébastien Charles Philibert de Cahuzac de Caux (1745 – 1817) : évêque d’Aire depuis 1783, il avait émigré et n’avait pas accepté de démissionner au moment du concordat malgré la suppression de l’évêché d’Aire (il ne le fera que quelques mois avant sa mort).

Note 7 : « …les quatre coins du poêle » – Il s’agit bien sûr du poêle funèbre : on appelle poêle (nom masculin) le grand drap noir, souvent orné de motifs d’argents, dont on recouvre le cercueil pendant les cérémonies funèbres ; traditionnellement il dispose, à chacun de ses quatre angles, d’un cordon terminé par un gland.
Pendant le transport du cercueil, depuis la levée du corps jusqu’à l’église, puis pendant le convoi au cimetière, les cordons du poêle sont tenus, selon les cas, par des membres de la famille, par des amis proches du défunt ou par des personnages de haut-rang ou des personnes que l’on veut particulièrement honorer. De là l’expression « tenir les cordons du poêle ».
Nous déplorons vivement la perte de cet usage multiséculaire non seulement dans les cérémonies funèbres célébrées dans les églises où se pratique le rite « ordinaire » (quand il y a encore un rite !!!), mais même dans beaucoup de chapelles traditionnelles…

Note 8 : M. de Boulogne, évêque de Troyes – Monseigneur Etienne-Antoine de Boulogne (1747 – 1825) : attaché à la paroisse de Saint-Germain-l’Auxerrois, puis vicaire général de Châlons-sur-Marne et prédicateur du Roi, réfractaire, ayant échappé à la mort (bien qu’arrêté à trois reprises) pendant la grande révolution, il adhéra au concordat de 1801, fut nommé grand-vicaire de Versailles et chapelain de « l’empereur », puis évêque de Troyes en 1809. Quoique ayant d’abord vu en Napoléon Ier « un nouveau Cyrus » (sic), il en subit les foudres pour avoir soutenu Sa Sainteté le Pape Pie VII : en 1811, au moment du concile de Paris, il fut enfermé dans le donjon de Vincennes, et plus tard exilé à Falaise. Il ne put recouvrer son siège épiscopal qu’au retour des Bourbons. En 1816, il publiera une « instruction pastorale sur l’amour et la fidélité que nous devons au roi et sur le rétablissement de la religion catholique en France »

Note 9 : M. de la Fare, évêque de Nancy - Anne-Louis-Henri de la Fare (1752 – 1829), petit-neveu du cardinal de Bernis et évêque de Nancy depuis 1787. Il émigra dès janvier 1791 et arriva à Vienne en 1792. A la mort de Louis XVII, le Roi Louis XVIII fit de lui son chargé d’affaires à la cour de Vienne. A la Restauration il fut premier aumônier de Madame la duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI, puis sera nommé archevêque de Sens et, enfin, sera élevé à la dignité de pair de France.

Note 10 : Mgr. Le chancelier de France - Charles-Henri Dambray (1760 – 1829), avocat général au Parlement de Paris en 1788 en remplacement d’Antoine-Louis Séguier, il passe la grande révolution en province (en résidence surveillée pendant la terreur) ; en contact avec les Bourbons pendant le temps de l’usurpation napoléonienne, en 1814, Sa Majesté le Roi Louis XVIII le nomme chancelier de France, garde des sceaux et président de la chambre des pairs, fonctions qu’il assumera jusqu’à la fin de ses jours.

Note 11 : M. Descloseaux - Louis Olivier Pierre Desclozeaux (1732 – 1816), avocat, riverain du cimetière de la Madeleine, achète le 14 prairial de l’an X (3 juin 1802) le terrain de ce cimetière désaffecté depuis mars 1794. Témoin discret des inhumations qui y furent faites, et ayant dressé la liste des 1343 personnes guillotinées de 1792 à 1794, il circonscrit l’endroit exact où reposaient les corps de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette, entoura le carré d’une charmille avec des saules pleureurs et des cyprès, dans le souci de sauvegarder les dépouilles du couple royal.

Note 12 : M. l’ancien archevêque d’Alby - François de Pierre de Bernis (1752-1823), neveu du fameux François-Joachim de Pierre, cardinal de Bernis, il est coadjuteur de son oncle depuis 1784 et lui succède donc comme archevêque d’Albi lorsqu’il meurt en 1794… Toutefois, Monseigneur François de Pierre de Bernis se trouve alors en émigration à la cour de Russie. L’archevêché d’Albi, supprimé par Napoléon, ne sera rétabli par Louis XVIII qu’en 1822 – c’est la raison pour laquelle, dans ce texte, Monseigneur de Pierre de Bernis est appelé « ancien archevêque d’Alby » – et, entre-temps (en 1819), il aura été nommé archevêque de Rouen.

frise lys

Textes & documents relatifs au martyre de Sa Majesté le Roi Louis XVI
que l’on trouvera également dans ce blogue :

- « Du martyre de Sa Majesté le Roi Louis XVI » : allocution consistoriale du pape Pie VI > www
– « Les dernières heures de Sa Majesté le Roi Louis XVI » > www
– Testament de Sa Majesté le Roi Louis XVI > www
– Voeu par lequel Louis XVI a dévoué sa Personne, sa famille et son royaume au Sacré-Coeur > www
– Maximes et pensées de Sa Majesté le Roi Louis XVI > www
– Messe de Requiem composée par Cherubini à la mémoire du Roi Louis XVI > www
– Complainte de Louis XVI aux Français > www
– Oraison funèbre de Louis XVI prononcée à Rome devant le pape Pie VI > www

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 16 janvier, 2015 |Pas de commentaires »

2014-109. Encyclique « Quanta cura » du 8 décembre 1864.

C’est à la date hautement symbolique du 8 décembre 1864 - pour le dixième anniversaire de la proclamation du dogme de la conception immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie donc – , que le Bienheureux Pie IX publia l’encyclique « Quanta cura ».

Le cent-cinquantième anniversaire de ce texte remarquable, qui condamne les principales erreurs modernes – issues pour la plupart de l’esprit des prétendues lumières et de la révolution française – , n’a pas été, à ma connaissance, marqué par des célébrations ou festivités particulières…
Il est vrai, qu’à Rome même, et jusqu’à de très hauts postes de la hiérarchie ecclésiastique, ce texte, qui exprime pourtant le magistère authentique de l’Eglise (ce qui n’est pas le cas des « intervioues » et de certaines prises de parole n’exprimant que des idées personnelles), semble être ignoré ou avoir été relégué aux oubliettes.

Voilà justement pourquoi, il m’a paru important – voire nécessaire – d’en publier ci-dessous le texte intégral.
Je sais très bien que certains de mes lecteurs habituels n’iront pas plus loin que ces quelques lignes d’introduction. Si toutefois quelques personnes, triomphant des tentations de la paresse spirituelle et intellectuelle, font preuve de véritable courage et, non seulement lisent, mais étudient vraiment en profondeur et assimilent les enseignements de cette encyclique, j’en serais plus qu’heureux !

Nota bene : Cette encyclique fut interdite de publication et de diffusion en France par un décret impérial du 1er janvier 1865. Il est vrai que le très libéral et allié des francs-maçons Napoléon III ne pouvait que se trouver indisposé par ces condamnations du naturalisme et des sociétés secrètes (entre autres erreurs).

le Bienheureux Pie IX

Lettre encyclique de Sa Sainteté le Pape Pie IX du 8 décembre 1864

 « Quanta cura »

À tous nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques, en grâce et communion avec le Siège Apostolique.

Pie IX, Pape.

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.

1 – Avec quel soin et quelle vigilance pastorale les Pontifes Romains Nos Prédécesseurs, ont rempli la mission à eux confiée par le Christ Seigneur lui-même en la personne du Bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, et ont ainsi accompli leur devoir de paître les agneaux et les brebis ! Sans jamais discontinuer, ont attentivement nourri tout le troupeau du Seigneur des paroles de la foi, ont imprégné de la doctrine de salut, écarté des pâturages empoisonnés, voilà ce dont tout le monde est convaincu et assuré, Vous surtout, Vénérables Frères. Oui vraiment Nos Prédécesseurs se montrèrent les défenseurs et les vengeurs de l’auguste religion catholique, de la vérité et de la justice : soucieux, avant tout, du salut des âmes, ils n’ont jamais rien eu de plus à coeur que de découvrir et de condamner par leurs très sages Lettres et Constitutions toutes les hérésies et les erreurs qui, contraires à notre Foi divine, à la doctrine de l’Église Catholique, à l’honnêteté des moeurs et au salut éternel des hommes, ont fréquemment soulevé de violentes tempêtes et lamentablement souillé l’Église et la Cité.

2 – C’est pourquoi Nos mêmes Prédécesseurs ont constamment opposé la fermeté Apostolique aux machinations criminelles d’hommes iniques, qui projettent l’écume de leurs désordres comme les vagues d’une mer en furie et promettent la liberté, eux, les esclaves de la corruption: ébranler les fondements de la religion catholique et de la société civile par leurs fausses opinions et les plus pernicieux écrits, faire disparaître toute trace de vertu et de justice, corrompre les âmes et les esprits, détourner des justes principes de la morale ceux qui ne sont pas sur leurs gardes, en particulier la jeunesse inexpérimentée, la dépraver pitoyablement, l’entraîner dans les pièges de l’erreur, et enfin l’arracher du sein de l’Église catholique, voilà le sens de tous leurs efforts.

3 – Vous êtes les premiers à savoir, Vénérables Frères, qu’à peine avions-Nous été élevé à cette chaire de Pierre, par un secret dessein de la Providence Divine et sans aucun mérite de Notre part, Nous avons vu pour la plus grande douleur de Notre âme une tempête vraiment effroyable soulevée par tant de doctrines perverses. Nous avons vu les maux les plus accablants, qu’on ne déplorera jamais assez et que tant d’erreurs ont attirés sur le peuple chrétien. C’est pour remplir les devoirs de Notre Ministère Apostolique et suivre les traces glorieuses de Nos Prédécesseurs que Nous avons élevé la voix. En plusieurs Encycliques déjà publiées, dans les Allocutions prononcées en consistoire et en d’autres Lettres Apostoliques, Nous avons condamné les principales erreurs de notre bien triste époque, fait appel à votre haute vigilance épiscopale, averti et encouragé tous Nos très chers fils de l’Église Catholique à fuir et redouter la contagion d’une peste si violente. Et en particulier, par Notre première Encyclique du 9 novembre 1846, à Vous adressée, et les deux allocutions prononcées en consistoire le 9 décembre 1854 et le 9 juin 1862, nous avons condamné ces monstruosités extraordinaires que sont les opinions, qui surtout de nos jours, dominent pour le plus grand dommage des âmes et au détriment de la société civile elle-même. Ces opinions s’opposent essentiellement, non seulement à l’Église catholique, à sa doctrine de salut et à ses droits vénérables, mais encore à l’éternelle loi naturelle gravée par Dieu dans tous les coeurs et à la droite raison. C’est d’elles que presque toutes les autres erreurs firent leur origine.

4 – Cependant, bien que nous n’ayons pas négligé de proscrire et de réprouver fréquemment les plus graves de ces erreurs, la cause de l’Église catholique et le salut des âmes que Dieu nous a confié, et le bien de la société humaine elle-même, réclament impérieusement que Nous lancions un nouvel appel à votre sollicitude pastorale pour terrasser d’autres idées fausses qui découlent de source de ces mêmes erreurs. Ces opinions trompeuses et perverses sont d’autant plus détestables qu’elles visent principalement à entraver et renverser cette puissance de salut que l’Église catholique, en vertu de la mission et du mandat reçu de son divin Auteur, doit exercer librement jusqu’à la consommation des siècles, non moins à l’égard des individus que des nations, des peuples et de leurs chefs. Elles cherchent à faire disparaître cette mutuelle alliance et cette concorde entre le Sacerdoce et l’Empire, qui s’est toujours avérée propice et salutaire à la Religion et à la société (Grégoire XVI, Encyclique Mirari Vos - 15 août 1832).

5 – Et de fait, vous le savez parfaitement, Vénérables Frères, il s’en trouve beaucoup aujourd’hui pour appliquer à la société civile le principe impie et absurde du « naturalisme », comme ils l’appellent, et pour oser enseigner que « le meilleur régime politique et le progrès de la vie civile exigent absolument que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la Religion que si elle n’existait pas, ou du moins sans faire aucune différence entre la vraie et les fausses religions ». Et contre la doctrine de la Sainte Écriture, de l’Église et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que : « la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n’est dans la mesure où la tranquillité publique le demande ». À partir de cette idée tout à fait fausse du gouvernement des sociétés, ils ne craignent pas de soutenir cette opinion erronée, funeste au maximum pour l’Église catholique et le salut des âmes, que Notre Prédécesseur Grégoire XVI, d’heureuse mémoire, qualifiait de « délire » (Grégoire XVI. Encyclique Mirari Vos) : « La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. Les citoyens ont droit à l’entière liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu’elles soient, par les moyens de la parole, de l’imprimé ou tout autre méthode sans que l’autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une limite ». Or, en donnant pour certitudes des opinions hasardeuses, ils ne pensent ni ne se rendent compte qu’ils prêchent « la liberté de perdition » (Saint Augustin, Lettre 105), et que « s’il est permis à toutes les convictions humaines de décider de tout librement, il n’en manquera jamais pour oser résister à la vérité et faire confiance au verbiage d’une sagesse toute humaine. On sait cependant combien la foi et la sagesse chrétienne doivent éviter cette vanité si dommageable, selon l’enseignement même de Notre-Seigneur Jésus-Christ » (Saint Léon, Lettre 164).

6 – Là où la religion a été mise à l’écart de la société civile, la doctrine et l’autorité de la révélation divine répudiées, la pure notion même de la justice et du droit humain s’obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la véritable justice et du droit légitime. D’où l’on voit clairement pourquoi certains, reléguant au dernier rang les plus sûrs principes de la saine raison, sans en tenir compte, osent proclamer que : « La volonté du peuple qui se manifeste par ce qu’on dit être l’opinion publique, ou autrement, constitue la loi suprême dégagée de tout droit divin et humain, et que dans l’ordre politique des faits accomplis, par cela même qu’ils sont accomplis, ont force de droit ». 

7 – Mais qui ne voit et ne sent parfaitement qu’une société dégagée des liens de la religion et de la vraie justice, ne peut plus se proposer aucun autre but que d’amasser et d’accumuler des richesses, ni suivre d’autre loi dans ses actes que l’indomptable désir de l’âme d’être esclave de ses propres passions et intérêts ? C’est pourquoi les hommes de cette espèce poursuivent d’une haine si cruelle les Familles Religieuses, en dépit des services rendus au prix des plus grands efforts à la religion chrétienne, à la société civile et à la culture ; ils déblatèrent contre elle en disant qu’elles n’ont aucune raison légitime d’exister, et c’est ainsi qu’ils applaudissent aux divagations des hérétiques. Or, comme l’enseignait en toute sagesse Notre Prédécesseur Pie VI d’heureuse mémoire : « l’abolition des réguliers blesse le droit de professer publiquement les conseils évangéliques, blesse un mode de vie recommandé dans l’Église comme conforme à la doctrine des Apôtres, blesse la mémoire de ces illustres fondateurs que nous vénérons sur les autels, et qui n’ont établi ces ordres que sous l’inspiration de Dieu » (Lettre au Cardinal de la Rochefoucault – 10 mars 1791).

8 – Et ils déclarent même dans leur impiété qu’il faut ôter aux citoyens et à l’Église la faculté « de fournir valablement des aumônes publiques par charité chrétienne », et abolir la loi « qui à des jours déterminés défend les oeuvres serviles pour vaquer au culte divin » sous le prétexte si fallacieux que « la faculté et la loi ci-dessus évoquées sont contraires aux principes de la bonne économie politique ».

9 – Et non contents de mettre la religion à l’écart de la société, ils veulent même l’écarter de la vie privée des familles. En effet, enseignant et professant la si funeste erreur du Communisme et du Socialisme, ils affirment que : « La société domestique ou la famille emprunte au seul droit civil toute sa raison d’être ; et qu’en conséquence c’est de la loi civile seule que découlent et dépendent tous les droits des parents sur les enfants, et d’abord le droit d’instruction et d’éducation ». Par ces opinions impies et ces machinations, ces hommes de mensonge veulent surtout aboutir à ce que la doctrine et le pouvoir de l’Église catholique qui apportent le salut, soient entièrement éliminés de l’instruction et de l’éducation de la jeunesse, et que l’âme tendre et malléable des jeunes soit infectée et déformée pitoyablement par toutes sortes d’erreurs perverses et par le vice. Oui, tous ceux qui ont mis leurs efforts à bouleverser l’ordre sacré et l’ordre public, à renverser l’ordre juste de la société, et à anéantir tous les droits divins et humains, ont toujours fait tendre leurs desseins criminels, leurs désirs et leurs oeuvres principalement à tromper et à dépraver la jeunesse qui ne s’y attend pas, comme Nous l’avons indiqué plus haut ; et ils ont mis tout leur espoir dans la corruption de cette jeunesse.

10 – Voilà pourquoi jamais ils ne cessent d’infliger toutes sortes de vexations indicibles à l’un et l’autre clergé d’où rejaillirent tant d’immenses bienfaits sur l’ordre religieux, civil et culturel, comme l’attestent avec éclat les plus sûrs monuments de l’histoire; voilà pourquoi ils déclarent que ce clergé même, en tant qu’ennemi du véritable et utile progrès de la science et de la civilisation, doit être écarté de toute charge et de tout rôle dans l’instruction et l’éducation de la jeunesse.

11 – Mais il en est d’autres qui, renouvelant les chimères extravagantes et tant de fois condamnées des novateurs, ont l’insigne impudence de soumettre à la discrétion de l’autorité civile l’autorité suprême attribuée par le Christ Notre Seigneur à l’Église et à ce Siège Apostolique, et de dénier à cette même Église et à ce Siège tous droits en ce qui regarde les affaires extérieures. Car ils n’ont aucunement honte d’affirmer que : « Les lois de l’Église n’obligent pas en conscience, à moins qu’elles ne soient promulguées par le pouvoir civil. – Les actes et les décrets des Pontifes Romains concernant la religion et l’Église ont besoin de la sanction et de l’approbation, ou au moins du consentement du pouvoir civil. – Les constitutions apostoliques qui condamnent les sociétés secrètes – qu’on y exige ou non le serment de garder le secret – et qui frappent d’anathème leurs adeptes et leurs défenseurs ne peuvent entrer en vigueur dans les pays où le gouvernement civil tolère ces sortes d’associations. – L’excommunication portée par le Concile de Trente et les Pontifes Romains contre ceux qui envahissent et usurpent les droits et possessions de l’Église, repose sur une confusion de l’ordre spirituel avec l’ordre civil et politique, et n’a pour but qu’un bien de ce monde. – L’Église ne doit rien décréter qui puisse lier la conscience des fidèles relativement à l’usage des biens temporels. Le droit ecclésiastique n’a pas compétence pour châtier de peines temporelles les violateurs de ses lois. – Il est conforme aux principes de la sacrée théologie et du droit public d’attribuer au gouvernement civil et de revendiquer pour lui la propriété des biens qui sont en possession de l’Église, des Familles Religieuses et autres associations pieuses ».

12 – Ils ne rougissent pas non plus de professer ouvertement et publiquement les formules et les principes hérétiques, d’où sortent tant d’opinions perverses et d’erreurs. Car ils répètent que « le pouvoir ecclésiastique n’est pas, de droit divin, distinct et indépendant du pouvoir civil, et qu’une telle distinction et indépendance ne peut être conservée sans que l’Église envahisse et usurpe les droits essentiels du pouvoir civil ».

13 – Et Nous ne pouvons passer sous silence l’audace de ceux qui, ne supportant pas la saine doctrine, prétendent que : « Quant à ces jugements et à ces décrets du Siège Apostolique dont l’objet regarde manifestement le bien général de l’Église, ses droits et sa discipline, on peut, du moment qu’ils ne touchent pas aux dogmes relatifs à la foi et aux moeurs, leur refuser l’assentiment et l’obéissance, sans péché et sans cesser en rien de professer le catholicisme ». À quel point cela est contraire au dogme catholique sur le plein pouvoir, divinement conféré par le Christ Notre Seigneur lui-même au Pontife Romain, de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle, il n’est personne qui ne le voie et qui ne le comprenne clairement et distinctement.

14 – Au milieu donc d’une telle perversité d’opinions corrompues, Nous souvenant de Notre charge Apostolique, dans notre plus vive sollicitude pour notre très sainte religion, pour la saine doctrine, et pour le salut des âmes à Nous confiées par Dieu, et pour le bien de la société humaine elle-même, Nous avons jugé bon d’élever à nouveau Notre Voix Apostolique. En conséquence, toutes et chacune des opinions déréglées et des doctrines rappelées en détail dans ces Lettres, Nous les réprouvons, proscrivons et condamnons de Notre Autorité Apostolique; et Nous voulons et ordonnons que tous les fils de l’Église catholique les tiennent absolument pour réprouvées, proscrites et condamnées.

15 – Et, en outre, vous savez très bien, Vénérables Frères, que de nos jours ceux qui haïssent toute vérité et toute justice, les ennemis acharnés de notre religion, au moyen de livres empoisonnés, de brochures et de journaux répandus par toute la terre, trompent les peuples, mentent perfidement, et diffusent toutes sortes d’autres doctrines impies. Vous n’ignorez pas non plus que, même à cette époque où nous sommes, on en trouve qui, mus et stimulés par l’esprit de Satan, en sont arrivés à cette impiété de nier Notre Seigneur et Maître Jésus-Christ, et ne craignent pas d’attaquer sa Divinité avec une insolence criminelle. Mais ici Nous ne pouvons, Vénérables Frères, que vous honorer à bon droit des plus grands éloges, vous qui n’avez jamais manqué, avec tout votre zèle, d’élever votre voix épiscopale contre tant d’impiété.

16 – C’est pourquoi, par Nos présentes Lettres, Nous nous adressons une fois de plus avec beaucoup d’affection à vous qui, appelés à partager Nos soucis, êtes au milieu des calamités qui nous touchent si virement. Notre consolation, Notre joie et Notre encouragement les plus grands: par la qualité de votre esprit religieux et de votre piété et aussi par cet amour, cette foi et cette déférence admirable avec lesquels, attachés à Nous et à ce Siège Apostolique dans la plus grande unité d’esprit, vous travaillez à remplir avec empressement et application votre très grave ministère épiscopal. Car Nous attendons de votre remarquable zèle pastoral que, prenant le glaive de l’esprit, qui est la parole de Dieu, et fortifiés dans la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, vous ayez la volonté de veiller chaque jour davantage avec une attention redoublée à ce que les fidèles confiés à vos soins « s’abstiennent des herbes nuisibles que Jésus-Christ ne cultive pas, parce qu’elles n’ont pas été plantées par son Père » (Saint Ignace martyr, à Philadelphe). Et ne cessez jamais d’inculquer à ces mêmes fidèles que tout vrai bonheur découle pour les hommes de notre sainte religion, de sa doctrine et de sa pratique, et qu’ « heureux est le peuple dont Dieu est le Seigneur » (Psaume 143). Enseignez que « l’autorité repose sur le fondement de la Foi Catholique » (Saint Célestin, Lettre 22 au Synode d’Éphèse) et qu’ « il n’y a rien de plus mortel, rien qui nous précipite autant dans le malheur, nous expose autant à tous les dangers, que de penser qu’il nous peut suffire d’avoir reçu le libre arbitre en naissant; sans avoir à rien demander de plus à Dieu ; c’est-à-dire, qu’oubliant notre Créateur, nous renions son pouvoir sur nous pour manifester notre liberté » (Saint Innocent I, Lettre 29 au Concile Épiscopal de Carthage). N’omettez pas non plus d’enseigner que « le pouvoir de gouverner est conféré non pour le seul gouvernement de ce monde, mais avant tout pour la protection de l’Église » (Saint Léon, Lettre 156) et que « rien ne peut être plus profitable et plus glorieux aux chefs d’États et aux Rois que ce que Notre Prédécesseur saint Félix, rempli de sagesse et de courage, écrivait à l’empereur Zénon : « Qu’ils laissent l’Église catholique se gouverner par ses propres lois, et ne permettent à personne de mettre obstacle à sa liberté… Il est certain qu’il leur est avantageux de s’appliquer, quand il s’agit de la cause de Dieu, et suivant l’ordre qu’Il a établi, à subordonner et non à préférer la volonté royale à celle des prêtres du Christ » » (Pie VII, encyclique Diu satis, 15 mai 1800).

17 – C’est toujours, Vénérables Frères, mais c’est maintenant plus que jamais, au milieu de telles calamités de l’Église et de la société civile, en présence d’une si vaste conspiration d’adversaires et d’un tel amas d’erreurs contre le catholicisme et le Siège Apostolique, qu’il est absolument nécessaire de nous adresser avec confiance au Trône de la grâce pour obtenir miséricorde et trouver la grâce d’une protection opportune.

À cette fin, Nous avons jugé bon de stimuler la piété de tous les fidèles pour qu’en union avec Nous, et avec vous, ils ne cessent de prier et supplier par les prières les plus ferventes et les plus humbles, le Père très clément des lumières et des miséricordes; qu’ils se réfugient toujours dans la plénitude de la foi auprès de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a rachetés à Dieu en son sang; qu’ils demandent avec une perpétuelle instance à son très doux Coeur, victime de sa très ardente charité envers nous, d’attirer tout à lui par les liens de son amour, et de faire que tous les hommes, enflammés de son très saint amour, marchent dignement selon son Coeur, agréables à Dieu en tout, portant des fruits en toutes sortes de bonnes oeuvres. Et, comme les prières des hommes sont indubitablement plus agréables à Dieu quand elles lui parviennent avec des coeurs purs de toute corruption, Nous avons pensé à ouvrir avec une libéralité apostolique aux fidèles chrétiens les célèbres trésors de l’Église dont la distribution Nous est confiée, afin que ces mêmes fidèles excités plus vivement à la vraie piété, et purifiés des taches de leurs péchés par le Sacrement de Pénitence, répandent avec plus de confiance leurs prières à Dieu et obtiennent sa miséricorde et sa grâce.

18 – En conséquence, par les présentes Lettres, en vertu de notre Autorité Apostolique, à tous et chacun des fidèles des deux sexes dans l’univers catholique, Nous accordons une Indulgence plénière en forme de Jubilé, à gagner durant toute l’année à venir 1865 et non au delà, dans l’espace d’un mois à désigner par vous, Vénérables Frères, et les autres Ordinaires légitimes des lieux, en la même manière et forme exactement que Nous l’avons accordée, au commencement de Notre suprême Pontificat, par Nos Lettres Apostoliques en forme de Bref du 20 novembre 1846, envoyée à tout votre Ordre épiscopal de l’univers, et commençant par ces mots : « Arcano Divinae Providentiae consilio » et avec tous les mêmes pouvoirs accordés par Nous dans ces Lettres. Nous voulons cependant que toutes les prescriptions contenues dans les susdites lettres soient observées, et que soient maintenues toutes les exceptions que Nous avons mentionnées. Nous accordons cela nonobstant toutes dispositions contraires, même celles qui seraient dignes d’une mention et d’une dérogation spéciales et individuelles. Et pour écarter tout doute et toute difficulté, Nous vous avons fait parvenir un exemplaire de ces Lettres.

19 – Prions, Vénérables Frères, « du fond du coeur et de toute notre âme la miséricorde de Dieu, parce qu’il a lui-même ajouté: Je n’éloignerai pas d’eux ma miséricorde. Demandons et nous recevrons, et si nous attendons et que nous tardions à recevoir à cause de la gravité de nos offenses, frappons; car à celui qui frappe on ouvrira, pourvu que nous frappions à la porte avec nos prières, nos gémissements et nos larmes, avec lesquels il faut insister et persévérer, et pourvu que notre prière soit unanime… que chacun prie Dieu non seulement pour lui-même mais pour tous ses frères, comme le Seigneur nous a enseigné à prier » (Saint Cyprien, Lettre 11). Et pour que Dieu exauce plus facilement Nos prières et Nos voeux, les vôtres et ceux de tous les fidèles, faisons participer en toute confiance auprès de lui l’Immaculée et très sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie qui a détruit toutes les hérésies dans le monde entier, et qui, Notre Mère très aimante à tous, « est toute suave… et pleine de miséricorde… se montre exorable à tous, très clémente à tous, compatit aux misères de tous avec la plus large affection » (Saint Bernard, Sermon sur les douze prérogatives de la Bienheureuse Vierge Marie d’après l’Apocalypse). Comme Reine, debout à la droite de Son Fils Unique, notre Seigneur Jésus-Christ, toute enveloppée dans un vêtement d’or, il n’y a rien qu’Elle ne puisse obtenir de Lui.

Demandons aussi les suffrages du Bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, de son Coapôtre Paul, et de tous les Saints du Ciel qui devenus amis de Dieu, sont parvenus au royaume céleste, possèdent la couronne et la palme, et sûrs de leur immortalité, sont soucieux de notre salut.

20 – Enfin, demandant pour vous à Dieu de toute Notre âme l’abondance de tous les dons célestes, Nous donnons du fond du coeur et avec amour, en gage de Notre particulière affection, la Bénédiction Apostolique à vous-mêmes, Vénérables Frères, et à tous les fidèles clercs et laïcs confiés à vos soins.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 8 décembre de l’année 1864, dixième depuis la Définition Dogmatique de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie Mère de Dieu. Et de Notre Pontificat la dix-neuvième.

PIE IX, PAPE

Armoiries de Pie IX

Publié dans:Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 9 décembre, 2014 |5 Commentaires »
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