Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2016-86. Sauvez Rome et la France, au nom du Sacré-Coeur !

3 décembre,
Fête de Saint François-Xavier.

Je vous rappelais hier, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, à l’occasion de l’anniversaire de la bataille de Loigny (2 décembre 1870), l’influence qu’elle avait exercé sur la genèse du Voeu National au Sacré-Coeur (cf. > ici), dont le cantique « Pitié, mon Dieu ! » fut l’expression.

J’en profite aujourd’hui pour compléter ce que je vous écrivais au sujet des afflictions de l’Eglise et des malheurs de la France - n’en déplaise à ces « idiots utiles » qui, dans la société civile mais plus encore dans l’Eglise, nous serinent que tout va bien - :
1 – si la spoliation des Etats de l’Eglise livrés aux exactions de la secte maçonnique fut alors un grand malheur, voir aujourd’hui l’Eglise livrée à la propagation de l’hérésie moderniste est un malheur encore plus grand ;
2 – si la captivité du Bienheureux Pie IX dans l’enceinte de la Cité Vaticane fut alors la cause d’une profonde tristesse pour tous les catholiques, la pusillanimité des pasteurs aux doctrines pour le moins floues ou hésitantes (quand elles ne sont pas carrément hétérodoxes) est aujourd’hui la cause d’une tristesse infiniment plus profonde pour les fidèles qui ont conservé la foi de la Tradition reçue des Apôtres ;
3 – si la défaite militaire de la France devant le rouleau compresseur prussien fut alors le motif d’une immense humiliation, la déroute sociale, intellectuelle, culturelle, morale et spirituelle de notre pays est aujourd’hui le motif d’une humiliation mille fois plus immense ;
4 – si l’invasion du territoire français par les troupes germaniques fut alors à l’origine d’une dramatique inquiétude, la collaboration des gouvernements successifs de la république à une invasion mahométane mortifère est aujourd’hui la raison pleinement justifiée d’une clairvoyante inquiétude à la perspective des drames que cette invasion engendrera immanquablement…

Mais si ces grands malheurs des années 1870 et 1871 furent aussi l’occasion d’un grand sursaut spirituel, à combien plus forte raison aujourd’hui les grands malheurs de la France et de l’Eglise doivent-ils entraîner une saine et sainte réaction surnaturelle par un authentique retour à Dieu : conversion ; pénitence et réparation ; recours fervent à ces puissants intercesseurs que sont les Saints de France ; instantes supplications adressées à la Très Sainte ViergeMarie, Reine de France ; et – par dessus tout – appels pressants au Sacré-Coeur.

Marseille basilique Sacré-Coeur vitrail du voeu national

Le Voeu National au Sacré-Coeur
(vitrail de la basilique du Sacré-Coeur à Marseille)

Voilà pourquoi Frère Maximilien-Marie a composé de nouvelles paroles, plus adaptées aux circonstances présentes, pour le cantique « Pitié, mon Dieu ! »

Notre Frère y a rétabli le refrain originel  : « Sauvez Rome et la France, au nom du Sacré-Coeur ! » (et non pas « Sauvez, sauvez la France… », puisque ce cantique avait été écrit dans le contexte de la spoliation des Etats Pontificaux et de l’écrasement de la France sous la botte prussienne), qui prend aujourd’hui un sens nouveau, encore plus exact, encore plus tragique, comme je le faisais remarquer ci-dessus.
Toutefois il en a réécrit les couplets afin de les faire davantage coller à l’actualité de l’Eglise et de notre malheureux pays.

Voici donc cette réactualisation de l’ancien cantique du Voeu National :

1- Pitié, mon Dieu ! car Votre Sainte Eglise
De toutes parts se trouve menacée ;
Jusqu’en son sein, il en est qui pactisent
Avec l’esprit de l’enfer déchaîné :

Refrain :  Dieu de clémence ! ô Dieu vainqueur !
                   Sauvez Rome et la France, au nom du Sacré-Coeur ! (bis)

2 – Pitié, mon Dieu ! apostate est la France :
Elle renie son Seigneur et son Roi !
Que Votre Amour brise sa résistance
Et la ramène à Votre sainte loi !

3 – Pitié, mon Dieu ! d’un horrible naufrage
La Chrétienté se trouve menacée.
Ressuscitez les glorieux lignages
De l’héroïsme et de la sainteté !

4 – Pitié, mon Dieu ! que ce monde coupable,
Abandonnant ses chemins dépravés,
Dans l’unité de l’amour véritable,
Par Votre Eglise, trouve enfin sa paix !

(paroles réécrites par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

le Voeu National - mosaïque de la basilique de Montmartre

Le Voeu National au Sacré-Coeur
(mosaïque de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre, Paris)

Prions et supplions, donc, en revenant au divin Coeur de Jésus dont la miséricorde et la puissance infinies peuvent seules endiguer le déferlement du mal…

Lully.

Autre cantique en l’honneur du Sacré-Coeur publié dans ce blogue :
- « Règne à jamais, Coeur glorieux ! » > ici

Sacré-Coeur gif

2016-85. Le divin Enfant réveillé par le cri de la France.

2 décembre,
Dans l’Ordre de Saint Augustin, la fête du Bienheureux Jan van Ruysbroeck ;
Anniversaire de la bataille de Loigny (2 décembre 1870).

Bannière des Zouaves Pontificaux à Loigny

La bannière de Loigny

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Hier, à l’occasion de la fête du Bienheureux Charles de Jésus (cf. > ici), je vous citais ces lettres de Son Excellence Monseigneur Bonnet qui confiait « l’Eglise affligée » (Ecclesia Dei afflicta) et « la France meurtrie » à l’intercession de son prêtre que des traîtres avaient assassiné quelques mois plus tôt.
C’est dans la continuité de ces préoccupations spirituelles pressantes – car l’Eglise est toujours, et peut-être bien plus qu’en 1917, affligée ; et la France est encore bien davantage meurtrie de nos jours, même si c’est d’une autre manière – , que je veux vous écrire en ce 2 décembre.

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler (par exemple > ici ou > ici) de la collection de canivets de Frère Maximilien-Marie.
Aujourd’hui, en voici un qui, tout en s’accordant merveilleusement à ce temps de l’Avent, qui nous fait tendre vers la Nativité du Verbe de Dieu incarné avec une ardeur renouvelée, s’inscrit admirablement et dans l’anniversaire de la célèbre bataille de Loigny, et dans notre sollicitude spirituelle pour cette France tant aimée où « il y a grande pitié ».

Cette image en taille-douce publiée chez Ch. Letaille (éditeur pontifical -rue Garancière, 5 – Paris) avec la référence PL. 26, s’intitule « Le divin Enfant réveillé par le cri de la France ».

En voici tout d’abord une vue générale :

Le divin Enfant réveillé par le cri de la France

L’en-tête porte cette inscription : « Je crois en Jésus-Christ né de la Vierge Marie » qui surmonte, dans une espèce de mandorle, une représentation de l’Enfant Jésus, couché sur la paille.

cri de la France détail 2

Les yeux du Saint Enfant Jésus sont légèrement inclinés vers le bas où, appuyés contre le bois de sa crèche, nous découvrons une branche de lys, un bourdon de pèlerin avec la gourde qui y est attachée, et une bannière dont la hampe se termine par une croix ouvragée ; sur le tissu blanc de cette bannière est écrit le nom « France ».

Les lys et le bourdon qui encadrent cette bannière blanche symbolisant la France, semblent évoquer le grand élan des pèlerinages nationaux issu de l’effondrement, de la défaite et des humiliations de 1870-1871, alors qu’on espérait une restauration royale, et que la France, pénitente et vouée (c’est-à-dire engagée par un voeu : « Gallia poenitens et devota », comme l’affirme l’inscription sous la grande mosaïque du sanctuaire à Montmartre), se tournait suppliante vers le divin Coeur de Jésus.

cri de la France détail 3

A l’arrière-plan, dans un double rayon qui descend de la représentation des deux Coeurs unis de Jésus et Marie qui sont figurés au sommet de la mandorle, on aperçoit la façade de la basilique de Saint-Pierre au Vatican, avec l’obélisque dressé au centre de la colonnade du Bernin.

La France pénitente et vouée au premier plan, le symbole de l’Eglise romaine à l’arrière-plan, ceci renvoie immanquablement au texte du Voeu National :
« En présence des malheurs qui désolent la France et des malheurs plus grands peut-être qui la menacent encore. En présence des attentats sacrilèges commis à Rome contre les droits de l’Eglise et du Saint Siège, et contre la personne sacrée du vicaire de Jésus Christ. Nous nous humilions devant Dieu, et réunissant dans notre amour l’Eglise et notre patrie, nous reconnaissons que nous avons été coupables et justement châtiés.
Et pour faire amende honorable de nos péchés et obtenir de l’infinie miséricorde du Sacré Cœur de Notre Seigneur Jésus Christ le pardon de nos fautes, ainsi que les secours extraordinaires qui peuvent seuls délivrer le Souverain Pontife de sa captivité et faire cesser les malheurs de la France nous promettons de contribuer à l’érection, à Paris, d’un sanctuaire dédié au Sacré Cœur de Jésus ».

N’oublions pas que la bataille de Loigny, le 2 décembre 1870, au cours de laquelle les Zouaves Pontificaux, rentrés de Rome et incorporés à l’armée française sous le commandement du général Gaston de Sonis, soutinrent héroïquement l’assaut des envahisseurs, eut alors un retentissement considérable.
Sur ce champ de bataille, avait été déployée la bannière du Sacré-Coeur (cf. photo en haut de page) brodée par les Visitandines de Paray-le-Monial et déposée sur le tombeau de Saint Martin à Tours avant d’être confiée au colonel-comte Athanase de Charette, et ce haut fait ne manqua pas d’inspirer les initiateurs du Voeu National, Messieurs Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury.

cri de la France détail 4

Le cartouche gravé au-dessous de cette représentation symbolique fait une allusion explicite au fameux cantique « Pitié, mon Dieu ! », dont le refrain originel suppliait : « Dieu de clémence, ô Dieu vainqueur, sauvez Rome et la France, au nom du Sacré-Coeur ! »

cri de la France détail 1

Le verso de cette émouvante image porte ce texte :

Venez, divin Messie, venez renaître au milieu de nous !
La France repentante vous appelle, la France vous tend les bras ;
recevez-la dans les vôtres…

Que les rayons de lumière et d’amour qui s’échappent du soleil ardent de votre divin Coeur, rendent la vue aux aveugles, réchauffent les âmes glacées dans le sommeil de l’oubli et de l’indifférence, ressuscitent nos morts à la grâce ;
et que tous, unis en UN, nous n’ayons plus qu’un seul désir, qu’un seul vouloir :

Le triomphe de l’Eglise,
le règne de Dieu sur la terre,
en attendant la réunion des élus dans la paix et la joie des cieux.

+

O Coeur très doux et très clément de Jésus,
daignez faire miséricorde à la France !

Nous vous le demandons par le Coeur très saint et immaculé de votre Bienheureuse Mère, à qui votre amour filial n’a jamais rien refusé !

+

Comme je vous l’écrivais en commençant, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, tout ceci demeure bien actuel et nous ne pouvons que le faire nôtre, et crier nous aussi ardemment vers le Ciel :

« O Coeur très doux et très clément de Jésus,
daignez faire miséricorde à la France ! »

Ainsi soit-il !

Lully.

Voir aussi :
« Les plaies de la France pansées par Marie » > ici
– La prophétie de Madame Royer sur la France > ici
« Coeur de Jésus, sauvez la France, ne l’abandonnez pas » > ici
« Sauvez Rome et la France, au nom du Sacré-Coeur » > ici

Coeur de Jésus, sauvez la France !

Publié dans:Memento, Prier avec nous, Vexilla Regis |on 2 décembre, 2016 |Pas de commentaires »

2016-82. « Je ne suis évidemment pas pour la république, donc je ne vais pas voter pour le président de la république ! »

Jeudi soir 17 novembre 2016,
Fête de Saint Grégoire de Tours, premier historien de la France chrétienne.

Baptême de Clovis

« [...] Le baptistère apprêté, des parfums sont répandus, des cierges odoriférants brillent ; tout le temple du baptistère est imprégné d’une odeur divine et Dieu y comble les assistants d’une telle grâce qu’ils se croient transportés au milieu des parfums du paradis. Ce fut le roi, qui, le premier, demanda à être baptisé par le pontife. Il s’avance, nouveau Constantin, vers la piscine, pour effacer la maladie d’une vielle lèpre et pour effacer avec une eau fraîche les sordides taches anciennement acquises. Lorsqu’il fut entré pour le baptême, le saint de Dieu l’interpella d’une voix éloquente en ces termes : « Dépose humblement tes colliers, ô Sicambre, adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré ». […] Ainsi donc, le roi, ayant confessé le Dieu tout puissant dans sa Trinité, fut baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit et oint du saint chrême avec le signe de la croix du Christ. Plus de trois mille hommes de son armée furent également baptisés »
(St Grégoire de Tours – Histoire des Francs).

Fleur de Lys

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La fête de Saint Grégoire de Tours (538 ou 539 – 594), qui sut mettre en lumière, dans son Histoire des Francs, l’action de la divine Providence dans la naissance de la France, par la conversion de Clovis et l’établissement de la première royauté catholique sur les ruines de l’empire romain d’Occident, me paraît un jour particulièrement indiqué pour reprendre dans les pages de ce blogue quelques publications déjà effectuées par Frère Maximilien-Marie sur sa « page » d’un célèbre réseau social, à la suite d’échanges qu’il a eus.
Ce faisant, Frère Maximilien-Marie aussi bien que moi-même avons parfaitement conscience que ce qui suit va indisposer plus d’une personne, va peut-être même en choquer ou scandaliser certaines, va nous valoir de nouvelles oppositions, des contradictions, ou même des inimitiés…

Parce qu’une fois de plus il sera ici question de politique (je renvoie ceux qui l’auraient oublié ou ceux qui ne le connaissent pas à ce texte publié en 2012 > « C’est justement parce qu’il est religieux que mon blogue est politique »).
Le sujet politique est toujours très « sensible ».
Il l’est davantage encore en ce moment ; et peut-être très spécialement en ces jours-ci où l’agitation politicienne et médiatique monte en intensité dans la perspective des élections pestilentielles de 2017 qui répandent déjà leurs effluves pernicieuses.

Il sera donc question de politique.
Sans détour. En stricte référence aux principes qui sont les nôtres.
D’ailleurs ce ne sont pas à proprement parler « nos » principes, ce sont surtout et avant toutes choses les principes qui ont présidé à la construction de la France chrétienne et royale : c’est la raison pour laquelle nous y adhérons ; c’est le motif pour lequel ils sont devenus nôtres.
Cohérence et fidélité.
Et pour ceux auxquels cela déplaît, je n’ai qu’une parole, reprise de Saint Paul : « Car est-ce des hommes ou de Dieu que je désire maintenant l’approbation ? Cherchai-je à plaire aux hommes ? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais point serviteur du Christ » (Gal. I, 10).

Fleur de Lys

A la fin du mois de septembre, Frère Maximilien-Marie a reçu dans sa boite aux lettres électronique une « Pétition pour l’union des droites – 2017″ accompagnée du message suivant : « Permettez moi de vous adresser cette pétition intéressante par sa proposition de rassemblement de la droite en cette période troublée. Il me semble qu’il faut l’encourager très vite car elle apporte une lueur d’espoir. Merci de la diffuser largement au plus grand nombre possible de vos contacts si vous la jugez pertinente… »

Poliment, mais sans détour, notre Frère a répondu : « (…) Je vais dire les choses de manière claire et sans fard : votre pétition ne m’intéresse pas. Je suis royaliste, légitimiste, et je ne me sens en aucune manière concerné par les partis politiques républicains, par la droite républicaine et par les élections républicaines, car je souhaite fondamentalement la disparition et des élections et des partis et de la république (…) »

Cette personne lui a alors écrit :« (…) Moi aussi je suis royaliste légitimiste, et j’espère le rétablissement de la royauté, mais que je sache, elle n’est malheureusement pas d’actualité de nos jours et il nous faut bien faire un choix qui soit le moins mauvais possible pour changer les lois liberticides et antichrétiennes votées par ce gouvernement impie (…) »

Voici donc maintenant la longue réponse de Frère Maximilien-Marie :
« Madame,
Puisque vous m’affirmez que vous êtes catholique, royaliste et légitimiste, permettez-moi de vous livrer ci-dessous quelques rappels :
1) Non, nous ne sommes absolument pas obligés de faire un choix parmi des candidats républicains.  Un « moindre mal » reste un mal, et la participation aux élections n’est en aucune manière le bon moyen pour faire évoluer la république dans « le bon sens » : c’est là un leurre absolu.
2) La restauration monarchique est, bien au contraire, à l’ordre du jour : ce qui ne signifie pas qu’elle se fera de manière rapide… C’est à Judas qu’il a été dit : « Ce que tu as à faire, fais-le vite ! »
3) La restauration monarchique est d’abord liée à la conversion des coeurs, des mentalités, des âmes… et au retour à une véritable société chrétienne : je ne sache pas que la construction d’une société chrétienne dépende des élections et de l’union des partis « de droite » – qui ne seront jamais que des partis révolutionnaires et des partis un peu moins à gauche que la gauche - ; en revanche elle dépend de la sanctification personnelle et de l’effort de chacun pour témoigner d’une vie chrétienne authentique et conquérante, afin de gagner des coeurs et des intelligences à la Vérité révélée et à l’Amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
4) Si l’on doit attendre du monde et de ses élections – à travers « le moindre mal » - l’établissement des conditions pour une restauration monarchique, autant attendre du diable la conversion des infidèles !!!
5) Quant aux « couleurs » (Note : cette pétition, sur fond de drapeau tricolore, s’intitulait « vos couleurs »), le bleu le blanc et le rouge ne sont pas mes couleurs et ne les seront jamais !
Ce sont en effet ces couleurs qui ont présidé à toutes les horreurs de la révolution : à tous les sacrilèges et profanations envers le Saint-Sacrement, les reliques, les édifices sacrés et les personnes consacrées à Dieu, à toutes les abominations perpétrées contre la famille royale – martyre de deux Rois (Louis XVI et Louis XVII) et de la Reine, de Madame Elisabeth, et de leurs proches – , à la destruction de tout ce que treize siècles de royauté chrétienne avaient édifié… ; et je n’attends pas d’une utopique union autour du drapeau tricolore, pris comme un symbole « rassembleur des droites », le moindre espoir ni salut pour la France ! »

Fleur de Lys

Frère Maximilien-Marie a ensuite ajouté aux réponses précédentes un texte plus fondamental, qu’il avait rédigé à l’intention des lecteurs de sa « page » sur le réseau social précédemment évoqué, et dans lequel il explique les raisons pour lesquelles il pratique l’abstention à toutes les élections républicaines (il n’est même inscrit sur les « listes électorales » qu’à fin d’être comptabilisé comme abstentionniste) :

1) le principe de base de toutes les élections républicaines est exposé dans l’article 3 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 qui stipule : « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. »
Cet article est un blasphème absolument contraire aux principes de la Foi : les saints Apôtres Pierre et Paul ont explicitement affirmé dans leurs épîtres que « Omnis potestas a Deo » : c’est de Dieu que vient tout pouvoir, toute autorité. C’est Dieu qui est la source de la souveraineté. En cela ils ne faisaient que reprendre ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ a Lui-même expliqué à Pilate : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur Moi s’il ne t’avait été donné d’En-Haut… »
Dans l’état actuel de la France, voter est une manière d’acquiescer au principe qui préside aux élections républicaines, et c’est donc aussi une manière de dénier à Dieu la source de la Souveraineté car selon le principe de cohérence « une même chose ne peut pas, en même temps et sous le même rapport, être et ne pas être dans un même sujet » (Aristote – Métaphysique, Livre gamma) : ou bien vous êtes catholique et vous reconnaissez que c’est Dieu et Dieu seul qui est la source de la souveraineté, ou bien vous votez selon le faux principe selon lequel c’est le suffrage populaire qui est est la source de la souveraineté.
On ne peut pas concilier l’un et l’autre sans se torpiller la conscience et l’intelligence, ni sans ruiner la cohérence entre les principes que l’on prétend suivre et les actes que l’on pose…

2) Objection 1 : « Mais sous l’Ancien Régime on votait… »
Réponse : Oui, on votait sous l’Ancien Régime. On votait même beaucoup. Mais le vote pratiqué alors ne reposait pas sur le faux principe énoncé dans l’article 3 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le vote était alors clairement conçu comme l’expression de l’avis de personnes responsables auxquelles on demandait de se prononcer sur des réalités pour lesquelles elles avaient grâce d’état (vg. les représentants des famille pour les questions ressortissant du conseil de paroisse et en rapport avec la communauté locale ; les membres des confréries laïques pour les décisions en rapport avec la vie de cette dernière, ceux qui avaient voix au chapitre dans les communautés religieuses, les responsables des corporations pour ce qui touchait aux intérêts de la corporation… etc.), et la plupart du temps après avoir solennellement invoqué les lumières du Saint-Esprit (par le chant du Veni Creator ou par la célébration de la Messe votive du Saint-Esprit), c’est-à-dire avec la conscience que les décisions prises devaient l’être avec les lumières de Dieu et en conformité avec Ses desseins.
Cela n’a vraiment rien à voir avec les élections républicaines, même si – à titre privé – vous faites une prière au Saint-Esprit avant d’aller urner pour exprimer une opinion à propos de choses dont vous êtes habituellement ignorant, ou incapable de dire exactement de quoi il retourne et pour quels enjeux…
N’oubliez pas que l’article 4 de la loi constitutionnelle du 14 août 1884 abroge les prières publiques qui jusqu’alors étaient prescrites dans les églises et les temples pour appeler les secours de Dieu sur les travaux des assemblées parlementaires : la république récuse absolument l’assistance du Saint-Esprit (parce que l’on sait bien quel est l’ « esprit » auquel elle demande ses « lumières » cf. > ici) !

3) Objection 2 : « Ceux qui ne votent pas n’ont pas à se plaindre ensuite lorsque ceux qui sont élus prennent des mesures qui leur déplaisent : s’ils avaient voté, ils auraient pu faire que cet élu ne le soit pas et que donc il ne fasse pas ces choses : en vous abstenant, vous avez une part de responsabilité dans les mauvaises choses que font ceux dont vous n’avez pas empêché l’élection… »
Réponse : cet argument est un pur sophisme…
Premièrement, parce qu’il n’est jamais permis d’utiliser un mauvais moyen pour faire triompher une bonne cause.
Deuxièmement parce que que ce sont justement ceux qui n’ont pas voté qui sont les seuls autorisés à protester.
Je m’explique : si vous acceptez de jouer à quelque jeu de société que ce soit (la pétanque, la belote, le Monopoly… etc) cela signifie que vous en acceptez par avance les règles et que, en jouant, vous vous y conformerez. Si les règles ne vous plaisent pas, il vaut mieux éviter de jouer à un jeu dont les règles vous indisposent…

Le « jeu démocratique » – ainsi qu’ils l’appellent eux-mêmes – a pour règle que c’est la loi du nombre (généralement la majorité des suffrages exprimés) qui décide du résultat de l’élection. Cela tout le monde le sait : donc, quand on va voter cela signifie tacitement que vous vous plierez au résultat des urnes, et que donc, même si celui-ci ne vous plaît pas parce qu’il n’est pas conforme à ce que vous avez exprimé dans votre vote, vous vous soumettrez à ce résultat.
C’est la règle que vous avez acceptée en allant urner… Si vous êtes « perdant », vous ne pouvez que vous soumettre et accepter le résultat quel qu’il soit… dans l’attente de la prochaine élection. Si vous râlez ou protestez contre le résultat de l’élection (loi du nombre) vous n’êtes pas cohérent, puisque le seul fait d’aller voter implique la soumission à cette loi du nombre.
Voter implique cette soumission ; et si vous acceptez le vote vous devez en accepter le résultat obtenu selon la règle acceptée au départ.
Ceux qui ont voté mais se placent dans « l’opposition » au résultat des urnes sont donc ceux qui ne doivent pas se plaindre quand la majorité élue prend des mesures ou fait voter des lois qui leur déplaisent : ils ont voté, ils ont accepté la règle, ils n’ont donc logiquement qu’à se taire ; pas les abstentionnistes ! Ceux-ci, au contraire, parce qu’ils n’ont pas accepté la règle du vote et la loi du nombre, sont en réalité les seuls à pouvoir critiquer le résultat des urnes, en pleine liberté, responsabilité et cohérence

4) Objection 3 : « Mais le catéchisme catholique vous fait une grave obligation morale d’aller voter ! »
Voire : « Si vous n’allez pas voter vous commettez un péché mortel » (cela m’a été dit dans ces termes-là par un prêtre, jadis !).

Réponse : ce pseudo « devoir civique » imposé par le catéchisme des évêques de France y a été introduit après la seconde guerre mondiale sous l’effet des théories de la « démocratie chrétienne » (horresco referens), et parce que les évêques qui ont introduit ce pseudo commandement moral avaient abandonné les principes éternels et la solidité de la doctrine. On ne trouve absolument pas mention de ce prétendu « devoir civique » dans le catéchisme de Saint Pie X.
Je ne me sens en aucune manière obligé par un pseudo commandement fondé sur de faux principes.

Fleur de Lys

Dans une émission télévisée en date du 23 octobre 1987, feu notre Prince Alphonse, de jure Sa Majesté le Roi Alphonse II de France (1936-1989), invité de Monsieur T. Ardisson, avait été interrogé : « Pour qui voteriez-vous aux prochaines élections présidentielles ? ». Avec un fin sourire, Monseigneur avait répondu : « Je ne suis évidemment pas pour la république, donc je ne vais pas voter pour le président de la république ! »
Réponse d’élémentaire bon sens… Mais on sait que le bon sens n’est pas la chose au monde la mieux partagée. 
Ce faisant, sans en avoir l’air, l’aîné des Capétiens nous donnait en quelques mots une forte leçon de cohérence et de fidélité : fidélité aux principes, et action pratique pleinement cohérente avec ce que l’on affirme professer. C’était déjà la ligne définie par le Comte de Chambord dans cette lettre de 1861 que nous avons déjà publiée (cf. > ici).

Pour Dieu et pour le Roi.

Patte de chatLully.

La Sainte Ampoule du Sacre de Charles X et son aiguillette

La sainte Ampoule du saint Chrême miraculeux du baptême-sacre de Clovis,
refaite pour le sacre de Charles X en 1825 (Reims, palais du Tau).

Publié dans:Vexilla Regis |on 17 novembre, 2016 |7 Commentaires »

2016-79. Parce que, à des degrés divers, nous sommes tous plus ou moins contaminés par l’esprit révolutionnaire actuellement régnant…

27 octobre.
Vigile des Saints Apôtres Simon et Jude.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Si j’ai tenu, lors de mes quatre précédentes publications (cf. > ici, > ici, > ici et > ici), à publier des extraits de l’ouvrage de Gustave Thibon intitulé « Diagnostics », c’est parce que, je l’ai dit et je le redis, cet ouvrage – qui n’est, malheureusement, pas l’un des plus connus ni des plus lus – contient des éléments précieux pour la compréhension de ce qui se déroule sous nos yeux, en ces jours mêmes, aussi bien dans la société civile que dans l’Eglise.

Qu’est ce, en effet, que cette république qui prétend « être la France » ?
Car c’est bien ce qui ressort de l’article premier de la constitution du 4 octobre 1958 qui proclame : « La France est une république… » Etrange aberration qui fait la confusion entre d’une part un pays physique – défini par la géographie et par l’histoire – , et d’autre part un régime politique, ce qui est une notion abstaite.
Je répète donc ma question : qu’est-ce donc que cette république ?
Eh bien, elle n’est rien d’autre que la continuation et l’institutionalisation de la révolution.
La république, c’est la révolution mise en acte chaque jour dans la vie sociale de la France.
Et pas seulement dans la vie sociale : c’est aussi la révolution mise en acte chaque jour dans la vie et dans la conscience de chacun des Français.
La révolution-république s’insinue en effet partout, et elle étend ses métastases dans l’intelligence, dans l’esprit, dans la conscience et dans le coeur de tous les individus, pour les façonner selon son idéologie, pompeusement attifée de « valeurs » qu’elle a dénaturées après les avoir volées à la Chrétienté.

On reconnaît sans peine en cela l’action du « singe de Dieu », l’action de celui qui est « menteur et homicide dès le commencement » (cf. Jean VIII, 44) : l’ange déchu, le premier révolutionnaire, qui a entraîné dans sa révolte le tiers des étoiles du ciel (cf. Apoc. XII, 4), et qui a séduit nos premiers parents, leur proposant d’être « comme des dieux » en les incitant à se faire eux-mêmes la norme et le critère du bien et du mal (cf. Gen. III, 5).
De tout ceci, je vous ai déjà en bonne partie entretenus, chers Amis, lorsque j’ai publié, en 2012, une petite étude intitulée « Lucifer, ange tutélaire de la république maçonnique » (cf. > ici).

Lucifer enchaïné - cathédrale de Liège - Guillaume Geefs 1848

Lucifer enchaïné
oeuvre de Guillaume Geefs (1848) à la cathédrale de Liège.

Les extraits de cette « Biologie des révolutions » que nous avons publiés ces jours précédents sont-ils autre chose que des réflexions de bon sens chrétien ?
Le problème vient précisément du fait que, de nos jours, le bon sens chrétien devient rare, même parmi les clercs.

Car, lorsque des évêques publient une indigeste réflexion sur le « sens du politique » en semblant pratiquement ignorer que, en saine théologie catholique, le principe de la souveraineté ne réside ni dans le peuple, ni dans la nation, ni dans un « contrat social », mais en Dieu seul – « Omnis potestas a Deo » (Rom. XIII, 1) – , et en faisant quasi abstraction des conséquences concrètes du péché originel dans la condition humaine, on ne peut évidemment plus parler de bon sens chrétien et encore moins d’enseignement authentiquement catholique : les métastases de l’idéologie révolutionnaire – fille du nominalisme, fille du protestantisme politique, fille du rousseauisme, fille du naturalisme, fille du relativisme, fille du modernisme, fille de l’abandon de la philosophia perrenis, fille de l’ignorance de la doctrine des Pères et Docteurs de l’Eglise… etc. – ont généralisé le cancer intellectuel et psychologique au point d’en faire un ralliement total aux doctrines des loges.

Il y a six ans, en novembre 2010, au terme d’une étude sur l’incompatibilité entre la franc-maçonnerie et l’Eglise, j’abordais la question des infiltrations maçonniques dans l’Eglise et j’écrivais : « (…) c’est une évidence qui n’a pas besoin d’être démontrée que beaucoup de catholiques – comme la plupart de nos contemporains – ont aujourd’hui admis les thèses relativistes, pour le dogme comme pour la morale, qui découlent des convictions maçonniques. C’est justement l’une des grandes victoires de la franc-maçonnerie, à la suite d’un important travail de sape de l’influence catholique et par une mainmise de plus en plus forte sur tout ce qui peut influencer le jugement des hommes, d’avoir réussi que ses idées soient devenues quasi générales dans la société occidentale, sans que les citoyens « de base » en aient conscience. » (voir > ici).
Je réaffirme aujourd’hui haut et fort ce que j’écrivais alors (et vous invite à vous reporter à l’intégralité de mon texte, ainsi qu’à la bande dessinée - réalisée en 2001 – que je publiais à sa suite, et à propos de laquelle j’insiste pour dire qu’elle ne comporte point d’outrance mais la seule et stricte vérité).

Voilà pourquoi, en conclusion des publications de tous ces jours, et en raison même des carences et lacunes que nous portons tous (parce que, à des degrés divers, nous sommes tous plus ou moins insidieusement contaminés par l’esprit révolutionnaire actuellement régnant), je voudrais vous encourager avec toute l’énergie dont je suis capable, mes chers Amis, à acquérir une solide formation politique fondamentale, une formation politique fondamentale authentiquement catholique, que vous chercheriez en vain dans la majorité des publications actuelles.
Il y a deux ouvrages qui me paraissent absolument fondamentaux et que je vous recommande par dessus tout :
- 1) l’opuscule de Saint Thomas d’Aquin intitulé « De regno » (ou « De regimine principum »), dont on peut trouver la traduction authentique  par exemple > ici.
- 2) et l’admirable ouvrage de notre grand Bossuet qui a pour titre « Politique tirée des propres paroles de l’Ecriture Sainte », qui est davantage qu’un opuscule mais dont la lecture persévérante constitue en vérité une cure de guérison intellectuelle et spirituelle (c’est un ouvrage qui a été réédité et qui coûte relativement cher, mais que l’on peut aussi lire « en ligne » ou télécharger dans une édition ancienne, par exemple > ici).

Les enjeux actuels, la véritable lutte contre-révolutionnaire libérée des mirages d’une prétendue « efficacité » immédiate, l’avenir et la résurrection de notre France catholique et royale et, à travers cela, le salut de nos âmes valent bien quelques efforts soutenus de formation, quelque ascétique que celà puisse sembler…

Patte de chatLully.

Saint Michel gif

2016-78. Ce qui blesse l’essence humaine ne peut pas servir le progrès humain (Gustave Thibon).

25 octobre,
Anniversaire de la victoire de Charles Martel à Poitiers (25 octobre 732).

fleur de lys

Voici encore quelques extraits du précieux chapitre de « Diagnostics » intitulé « Biologie des révolutions » publié par Gustave Thibon en 1942.
La pertinence et la profondeur de l’analyse de la genèse de l’esprit révolutionnaire sont aussi implaccables qu’elles sont lumineuses. Je l’écrivais déjà lors de la publication du précédent extrait (cf. > ici) mais j’insiste encore sur ce point : ces lignes véritablement prophétiques de Thibon éclairent d’une manière unique le présent de la société civile et religieuse, car elles mettent à nu les principes et les ressorts qui sont aux origines de notre actualité.

Caspar David Friedrich l'abbaye dans une forêt de chênes

Gaspard David Friedrich : l’abbaye dans une forêt de chênes (1809-1810)

Ce qui blesse l’essence humaine ne peut pas servir le progrès humain :

« On me reprochera peut-être de chercher trop bas dans l’homme les mobiles des révolutions et de ne pas assez tenir compte de l’idéalisme révolutionnaire. Quelles que soient la puissance et les capacités de métamorphose et de sublimation d’un sentiment comme l’envie (il y a un idéalisme et héroïsme de l’envieux), je ne prétends pas que cette passion entre seule en jeu dans la genèse psychologique des révolutions. L’esprit révolutionnaire est un complexe.  
(…) Quoi qu’il en soit, chacun m’accordera que tout vrai révolutionnaire est un homme que travaille l’impatience de détruire. Cet impératif : « Il faut tout changer ! » n’est pas devenu par hasard un slogan démocratique.
Le révolutionnaire croit à la possibilité d’une refonte de tout. « Détruisons tout cet édifice social impur, clame sa foi, dussions-nous, pour reconstruire, partir du néant ! »
- Hélas ! Dieu seul peut repartir du néant. Et Il ne le fait pas. Il préfère repartir chaque jour de la médiocrité et du mal humains. Nul n’est plus que Dieu lent à détruire ; Dieu se penche pour les sauver sur les moindres reliquats d’être et de vérité qui subsistent sous les scandales et les routines, ses mains sont avares du feu du ciel. Il est une chose à laquelle les chrétiens ne réfléchiront peut-être jamais assez ; un Dieu tout-puissant, créateur d’un monde si impur, n’a jamais détruit ni recréé ce monde !
Mais les hommes impuissants ne redoutent pas de détruire. La parabole de l’ivraie et du bon grain n’est jamais rentrée dans des oreilles révolutionnaires. Les moindres tares de l’autorité et de l’ordre sont, pour certains amants de l’humanité, prétexte à désirer un bouleversement universel. Il est amèrement instructif de les observer : au nom d’un scandale à supprimer, d’une injustice à réparer, ils n’hésitent pas à trancher les racines millénaires de la vie sociale ; ils provoquent un cancer pour guérir une égratignure ! A les voir s’agiter ainsi à rebrousse-nature, on se demande si leur prétention de tout reconstruire n’est pas simplement le voile et le passeport de je ne sais quelle volupté d’anéantir, d’une sorte de haine orgueilleuse et lâche de la condition humaine ?
Quand la mort a besoin d’un pseudonyme, elle choisit le mot de justice : la manière spécifiquement révolutionnaire de réaliser la justice, c’est de faire le vide dans les deux plateaux de la balance.
- Lorsque M. Georges Bernanos se console de la catastrophe espagnole en faisant observer que la nature, à mesure que s’élève chaque génération, détruit la génération précédente au lieu de la reformer, cette assimilation de la destruction humaine à la destruction cosmique nous cause quelque anxiété. Des démons habitent l’homme, qui n’habitent pas la nature. Il faut n’avoir jamais senti ce que l’homme porte en lui de malice et de folie pour comparer les bouleversements sociaux aux cycles biologiques. Ce que la nature tue est digne de mourir ; la mort chez elle est réglée par les exigences de la vie. Mais, dans les grandes crises humaines, la soif de détruire acquiert une espèce d’autonomie infernale et se dégage de toute autre finalité ; elle balaie simultanément ce qui est caduc et ce qui est sain ; la mort demande sa proie, non plus en tant que servante de la vie, mais en tant que reine du monde !
- Et puis, si les « révolutions » naturelles anéantissent les individus, elles respectent les espèces et laissent intactes les nécessités éternelles de la vie, tandis que les révolutions humaines s’attaquent surtout, à travers les personnes et les événements éphémères, aux fondements essentiels de l’existence et de l’ordre : plus que sur des êtres vivants, c’est sur la vie qu’elles s’acharnent ; derrière les hommes, elles mordent dans la nature de l’humanité. La destruction cosmique c’est, dans un fleuve, une vague qui pousse l’autre ; la destruction humaine, c’est l’empoisonnement de la source. La nature nie le passé pour assurer l’avenir ; elle sème les ruines comme un engrais. Mais la destruction révolutionnaire, en croyant nier le passé, nie en réalité la misère, les besoins éternels de l’homme. Et, par là, sa guerre conte le passé, au lieu de nourrir l’avenir, l’empoisonne. Ce qui blesse l’essence humaine ne peut pas servir le progrès humain… »

Gustave Thibon,
in « Diagnostics » (éd. de 1942 pp. 113-116)

A suivre…

Gaspard-David Friedrich détail

L’abbaye dans une forêt de chênes – détail.

Publié dans:Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 25 octobre, 2016 |1 Commentaire »

2016-77. La corruption des dirigeants intensifie et fait exploser la haine et l’envie du peuple, elle ne les crée pas de toutes pièces (Gustave Thibon).

21 octobre,
Fête de Saint Ursule et de ses compagnes, vierges et martyres ;
Mémoire de Saint Hilarion de Gaza, abbé ;
A Laon, fête de Sainte Céline, mère de Saint Remi ;
Dans l’empire d’Autriche et le royaume de Hongrie, fête du Bienheureux Charles de Habsbourg.

Poursuivons notre lecture (cf. les publications précédentes > ici et > ici) du chapître « Biologie des révolutions » publié par Gustave Thibon en 1942 dans « Diagnostics ».
La méditation de ces lignes, profondes et pénétrantes « comme un glaive à double tranchant » (cf. Heb. IV, 12), peut éclairer de sa fulgurance la compréhension de ce qui se passe aujourd’hui, sous nos yeux, non seulement dans la société civile mais aussi dans la Sainte Eglise, nous aidant à « discerner les pensées et les intentions du coeur » (ibid.)…

Mattia Bortoloni construction de la tour de Babel

Construction de la tour de Babel
Mattia Bortoloni, fresque de la Villa Cornaro à Piombiono Dese (1717-1718).

La corruption des dirigeants intensifie et fait exploser la haine et l’envie du peuple,
elle ne les crée pas de toutes pièces.

« L’histoire montre assez que les révolutions sont toujours précédées et conditionées par une carence, une « démission » marquées des élites dirigeantes. Le mal part d’en haut et contamine le peuple. On a déjà beaucoup souligné ce point de vue. A mon gré, il est juste mais insuffisant.
Il n’est pas vrai que la responsabilité première des révolutions remonte tout entière aux « péchés » de l’élite. Même sous les gouvernements les plus sains, il existe, dans l’âme des masses, une espèce de mentalité révolutionnaire latente. Il s’agit là d’un simple cas particulier de la grande loi qui veut que la matière résiste à la forme, l’inférieur au supérieur. Comme les sens, même chez l’homme le plus sain, conservent toujours un minimum d’indiscipline et d’excentricité à l’égard du gouvernement de l’esprit, de même il existe, à l’intérieur du corps social, une certaine opposition naturelle des masses à l’autorité. Et cette tension, d’ordre en quelque sorte métaphysique, se trouve aggravée et envenimée par la malice humaine. La corruption des dirigeants intensifie et fait exploser la haine et l’envie du peuple, elle ne les crée pas de toutes pièces ! Prétendre – conformément à la démolâtrie moderne – que les catastrophes sociales procèdent uniquement des fautes de l’autorité, que tout le mal vient d’en haut, c’est proclamer implicitement que tout ce qui est en bas est pur par essence, qu’il suffit d’être en bas pour être pur. Comme si les masses ne portaient en elles aucun désordre et ne pouvaient recevoir le mal que d’en haut ! Comme si l’autorité la plus saine ne devait pas, elle aussi, compter avec la révolte et l’envie ! Sans doute, le pharisaïsme du chef fouette la révolte du subordonné. Mais, à regarder de plus près, on constate qu’au fond le révolutionnaire a terriblement besoin du pharisien. Il est si heureux de trouver dans la corruption pharisaïque un prétexte pour poursuivre et blesser à mort une beauté et une grandeur qu’il envie sans les comprendre.
En réalité, le mal vient simultanément d’en haut et d’en bas, des chefs et du peuple. Les fils d’Adam ont ce triste privilège commun d’être cause première dans le mal. Je crois cependant à une responsabilité plus lourde des élites. Je m’explique. Si, dans toute unité, toute synthèse (biologique ou sociale), l’inférieur résiste dans une certaine mesure au supérieur, il est aussi foncièrement attiré par celui-ci. Ainsi pour le peuple : quelle que soit sa situation vis-à-vis de l’élite, il reste toujours soumis à son attraction. Si l’élite est saine, ce magnétisme qu’elle exerce sur le peuple corrige et surmonte dans l’ensemble les tendances anarchiques de ce dernier, et l’équilibre social subsiste. Mais si l’autorité est pourrie, la séduction qui émane d’elle gâte le peuple et, ce faisant, stimule en lui l’instinct anarchique, car toute corruption est, par nature, une révolte contre l’harmonie et l’unité. Alors, on assiste à ce monstrueux paradoxe, qui est comme le noeud psychologique des révolutions : l’influence du supérieur sur l’inférieur tournant à la ruine du tout ; on se trouve en face de peuples révoltés contre le pouvoir de leurs maîtres, mais envieux de leur corruption, et qui, ouverts à toutes les maladies de l’autorité, repoussent la nature de l’autorité. »

Gustave Thibon,
in « Diagnostics » (éd. de 1942, pp. 111-113).

Babel détail Mattia Bortoloni

Publié dans:Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 21 octobre, 2016 |1 Commentaire »

2016-76. Dans une révolution, ce n’est pas la vertu qui se venge, c’est le vice qui essaime (G. Thibon).

Jeudi 20 octobre 2016,
Fête de Saint Jean de Kenty,
Au couvent de la Trinité des Monts, à Rome, la fête de « Mater admirabilis » (cf. > ici et ici
).

Voici la suite des très pertinentes et judicieuses réflexions (cf. la première partie > ici) de Gustave Thibon dans le chapitre « Biologie des révolutions » de son ouvrage « Diagnostics » (Librairie de Médicis – 1942).

Tintoret le meurtre d'abel - Académie Venise

Le Tintoret : « le meurtre d’Abel » (1551-52 – Venise, gallerie de l’Académie)

Dans une révolution, ce n’est pas la vertu qui se venge,
c’est le vice qui essaime.

« La fonction normale des révolutions (j’allais dire leur fonction idéale, car, ici-bas, ce qui est réel n’est presque jamais normal !) consiste donc à purger et à assainir un ordre politique plus ou moins caduc et corrompu. Mais leurs résultats concrets et pratiques trahissent misérablement cette finalité supérieure. Il est historiquement acquis que les crises révolutionnaires (lesquelles devraient, en soi, provoquer dans la Cité une réaction salutaire, point de départ d’une nouvelle harmonie) finissent généralement très mal et cèdent la place en mourant à un régime plus impur que le régime qu’elles ont tué (…).
La fièvre révolutionnaire peut conduire à une santé plus parfaite. Mais à condition d’en guérir, – et d’en guérir complètement ! Or, les sociétés actuelles guérissent mal des révolutions : après la crise d’anarchie aiguë et le retour à une santé apparente, elles demeurent imprégnées du virus révolutionnaire ; l’infection s’installe en elle à l’état chronique et leur dernier état est pire que le premier. Ainsi pour la Révolution française. De Maistre voyait en elle avec raison un châtiment purificateur infligé par Dieu à des pouvoirs légitimes, mais dégénérés et pervertis. La crise passée, l’ancien régime devait se réveiller, rajeuni et fortifié. Seulement, cette saine ordination du mal a fait long feu. Après cent cinquante ans [note 1], les miasmes de 1789 continuent à corrompre le monde : la crise, grosse d’une résurrection, n’a enfanté que plus de marasme…
Cet avortement, au fond, n’a rien que de très logique. Les fruits des révolutions n’étonnent pas celui qui connaît la racine des révolutions. Voici un régime politique sain dans ses principes, mais corrompu dans ses représentants au pouvoir. En vertu même de la séparation des castes et de la rigueur de l’ordre établi, cette corruption reste en grande partie localisée dans les classes dirigeantes : elle est pour le peuple une source d’oppression plutôt que d’infection. Une révolution semble nécessaire pour assainir le régime. Fort bien. Mais ne raisonnons pas dans l’éther. Quelle fibre secrète les meneurs révolutionnaires devront-ils toucher et exploiter dans la conscience des peuples pour déclencher leur révolte destructrice ? La haine généreuse de la pourriture des gouvernants, la soif de la sainte justice sociale ? Allons donc ! Les hommes capables de détruire avec pureté sont rares comme le diamant.
L’éternel levain des révolutions, c’est la soif, chez l’opprimé, de partager la corruption de l’oppresseur, de goûter à ce fruit véreux que son envie et son ignorance nimbent de délices.
La qualité des mobiles révolutionnaires se reconnaît d’ailleurs aux résultats des révolutions (a fructibus eorum… [note 2]) : celles-ci ne réussissent qu’à propager dans l’ensemble du corps social, qu’à généraliser une corruption primitivement limitée en haut par les solides cloisons de la hiérarchie et de la discipline.
Amour, justice, vertu, – ces grandes choses n’existent pas ici dans leur densité, leur profondeur et leur réalisme ; elles servent surtout de pavillon et de masque. Dans une révolution, ce n’est pas la vertu qui se venge, c’est le vice qui essaime. Le résultat le plus clair de ces « colères sacrées des peuples », c’est la multiplication des convives au festin de la corruption. »

Gustave Thibon,
in « Diagnostics » (éd. de 1942 pp. 109-111).

à suivre > ici

[Note 1] : Il faut se souvenir que ces lignes ont été publiées en 1942.
[Note 2] : « A fructibus eorum cognoscetis eos » = Vous les reconnaîtrez à leurs fruits ; règle de discernement donnée par Notre-Seigneur Jésus-Christ en Matth. VII, 16.

La nuit du 4 août ou le délire patriotique

Publié dans:Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 20 octobre, 2016 |Pas de commentaires »

2016-75. La révolution, une maladie infectieuse (Gustave Thibon).

Mercredi 19 octobre 2016,
Fête de Saint Pierre d’Alcantara,
Mémoire de Saint Théofrède,
Mémoire de la Bienheureuse Agnès de Langeac (cf. > ici).

Eglise St-Etienne Bar-le-Duc - transi de René de Chalon Prince d'Orange

Eugène Delacroix : « la liberté guidant le peuple »

La révolution, une maladie infectieuse…

« On ne saurait mieux définir une révolution qu’en la comparant à une maladie infectieuse. Jacques Bainville a dit quelque part que le peuple français en commémorant la prise de la Bastille, ressemblait à un homme qui fêterait l’anniversaire du jour où il aurait pris la fièvre typhoïde.
La fièvre typhoïde, en soi, est un mal. Mais il advient qu’elle « purge » et rénove un organisme et prélude à une phase de santé plus pure et plus riche. Ainsi des révolutions : leur existence ne peut se justifier que par les réactions salutaires qu’elles provoquent parfois dans une organisation sociale qui les précède, qui les supporte et qui leur survit. Si les révolutions « font du bien », ce bien présupose l’ordre et la tradition qu’elles bouleversent : il se réalise dans cet ordre ancien, à la fois rétabli et rajeuni, c’est-à-dire après la convulsion révolutionnaire, laquelle, considérée isolément, reste un mal. C’est dire qu’une révolution ne porte des fruits positifs qu’en mourant – qu’en cédant la place au vieil équilibre qu’elle est venue rompre – tout comme une fièvre dont les effets purifiants ne se font sentir qu’après la mort de l’infection et le retour de l’organisme à son rythme normal. L’expression « bienfaits d’une révolution » implique à la fois la mort de cette révolution et la survie (au moins dans ce qu’il a de conforme aux exigences essentielles de la nature humaine) de l’état social que cette révolution a voulu tuer.
Il est au contraire inhérent à un certain messianisme moderne de croire en la primauté, en l’autosuffisance, en la bonté absolue de l’esprit révolutionnaire. Le pur homme de gauche est tout prêt à chercher les bases d’une politique durable et constructive dans des idéologies qui sont, par essence, destructives et dont l’influence doit, sous peine de mort, rester strictement transitoire. L’idolâtrie révolutionnaire consiste à vouloir éterniser, comme conforme au bien suprême de l’homme, un état de crise qui ne peut se justifier que par un prompt retour de l’organisme social à son mode naturel de nutrition et d’échanges.
La preuve est faite par les plus ruineuses expériences que les mythes qui président à la marche des révolutions (lutte et suppression des classes, dictature du prolétariat, etc.) ne possèdent aucune force organisatrice, aucune vertu positive. Si ces utopies, dévorantes par elles-mêmes, portent parfois accidentellement de bons fruits, c’est en luttant et en mourant au service de leurs contraires, au service des vérités qu’elles nient : une inégalité mieux comprise entre les hommes, le gouvernement d’une élite régénérée, etc. – Ainsi, la Révolution française, voire la Révolution russe, pourront être appelées fécondes le jour où toutes les toxines qu’elles ont introduites dans l’économie sociale auront été éliminées et où l’esprit élargi et purifié de « l’ancien régime » aura succédé aux séquelles épuisantes de ces fièvres.
Comme toute erreur, toute aberration, – comme le mal en général, une poussée révolutionnaire, un bond à l’extrême gauche peuvent avoir une vertu purgative. Mais non nutritive. Le vrai révolutionnaire, celui qui croit en la valeur constructive et conservatrice de l’idéal égalitaire et démagogique et qui veut fonder un ordre stable sur cet idéal, ressemble à un médecin qui rêverait d’assurer la santé de ses clients en les nourrissant uniquement – de purgatifs !
L’idéal de la « révolution permanente » prêché par Lénine et les premiers bolchéviks est parfaitement conforme à cette folie : suprême extrait de l’illusion démocratique, il implique la poursuite contradictoire d’un ordre qui, loin de succéder au désordre, en serait la consolidation et l’épanouissement. Renié par Staline et encensé par Gide, le mythe russe de la révolution permanente est le digne prolongement du mythe français des « immortels principes ». L’un et l’autre reposent sur la confusion de la fièvre et de la santé, et demandent à une maladie, camouflée en essence, de fournir les normes immuables, le fondement naturel de la vie de la Cité. »

Gustave Thibon,
in « Diagnostics » (éd. de 1942, pp. 106-109).

à suivre > ici

Transi de René de Chalon, Prince d'Orange - Bar-le-Duc

Nous prions nos aimables lecteurs de nous pardonner une erreur tout à fait involontaire :
l’oeuvre présentée en haut de cette page et ci-dessus de manière plus détaillée,
est en réalité le « transi » de René de Chalons, Prince d’Orange,
oeuvre de Ligier Richier (vers 1545-1547),
dans l’église Saint-Etienne de Bar-le-Duc :
l’extrême parenté avec le tableau de Delacroix suffit à expliquer notre méprise,
absolument involontaire, j’insiste pour le redire…

pattes de chatLully.

Publié dans:Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 19 octobre, 2016 |2 Commentaires »

2016-74. Le massacre de la Glacière, en Avignon.

17 octobre,
fête de Sainte Marguerite-Marie.

A la journée de recueillement qu’est tout 16 octobre, dans la pieuse mémoire de notre Souveraine martyrisée (cf. > ici, ou ici, ou encore ici et ici), succède aussitôt une autre journée de commémoraison de victimes de la satanique révolution : c’est en effet dans la terrible journée du 17 octobre 1791 que fut perpétré le massacre de la Glacière, en Avignon. En ce 17 octobre 2016, nous sommes donc à l’exact 225e anniversaire de l’horrible événement, qui a reçu son nom de l’une des tours du Palais des Papes : la tour de la Glacière (originellement tour des latrines), accolée à la tour de Trouillas, qui avait été aménagée en glacière au temps des vice-légats.

Tour de la Glacière sur le plan du palais des papes

Emplacement de la tour de la Glacière dans l’ensemble du Palais des Papes.

A – Le contexte :

Depuis la fin du XIIIe siècle, le Comtat Venaissin était propriété de la papauté.
Le pape Clément V, contraint par la situation de la ville de Rome, à trouver refuge en d’autres lieux, s’y installe en 1309. Ce n’est toutefois qu’en 1348 que le pape Clément VI acheta la ville d’Avignon à la reine Jeanne de Naples ; dès lors, tout en restant juridiquement deux réalités distinctes, les sorts de la ville d’Avignon et du Comtat furent liés.
Après le retour de la papauté à Rome, Avignon et le Comtat, demeurant Etats de l’Eglise, furent administrés par un gouverneur, la plupart du temps un grand personnage ecclésiastique qui avait le rang de vice-légat.

Au cours des siècles, les rois de France – dans les moments de crise aigües avec le Saint-Siège – annexèrent temporairement ou occupèrent le Comtat Venaissin ; ils avaient aussi imposé des droits de douane, parfois fort élevés entre les deux Etats.
Au début de la révolution, toute une partie de la population du Comtat, souvent une bourgeoisie marchande acquise aux idées nouvelles, dont le négoce se trouvait entravé par les droits de douane, était favorable au rattachement à la France. D’autres étaient hostiles à l’administration pontificale.
Le mouvement des idées qui agitait le Royaume de France ne s’arrêtait pas aux frontières du Comtat et d’Avignon : on vit bientôt se former deux partis : a) les « papistes », plutôt conservateurs, notables attachés à la religion et à l’administration pontificale ;  et b) les pro-révolutionnaires, acquis aux idées nouvelles, dans les rangs desquels pouvaient se côtoyer des paysans excédés par les droits de douane et les bourgeois libéraux cherchant à remplacer l’ancien système par des dispositions plus favorables au commerce et à la libre circulation des biens.

Il faudrait encore ajouter à cela 1) la vieille rivalité entre Carpentras – véritable capitale historique du Comtat – et Avignon, 2) puis les conséquences de la « grande peur » de l’été 1789 qui, ne s’arrêtant pas aux frontières, avait vu la création de milices bourgeoises, ainsi que 3) le contexte extrêmement tendu dans lequel se déroulèrent les élections municipales jusqu’à déclencher des rixes et des heurts… etc.
Bref ! L’année 1790 s’acheva dans la confusion civile et religieuse : les catholiques fervents étaient de plus en plus opposés au rattachement à la France, suspectée de devenir un royaume schismatique en raison de la constitution civile du clergé, dont la condamnation par le pape était annoncée, et ils furent profondément scandalisés par la décision du conseil municipal d’Avignon de confisquer l’argenterie des églises afin de la convertir en numéraire et subvenir aux besoins de la ville.

Matthieu Jouve, dit Jourdan coupe-tête

Matthieu Jouve, dit Jourdan coupe-tête

B – Matthieu Jouve, dit « Jourdan coupe-tête ».

Né le 5 octobre 1746 dans la paroisse de Saint-Jeures, en Velay, à une lieue et demi d’Yssingeaux, Matthieu Jouve mérite en toute justice d’être qualifié de monstre révolutionnaire.
On rapporte qu’il fut successivement apprenti maréchal-ferrant, garçon boucher, soldat, contrebandier (et pour ce fait condamné à mort par contumace à Valence).
Matthieu Jouve se cacha à Paris, sous le pseudonyme de Petit. Attaché un temps aux écuries du maréchal de Vaux, il semblerait qu’il fut même un temps au service du gouverneur de la Bastille. Au début de la révolution il aurait été cabaretier, profession en accord avec ses habitudes d’ivrognerie.

Plusieurs témoignages assurent que ce fut lui qui, lors du pitoyable 14 juillet 1789, égorgea l’infortuné marquis de Launay, son ancien maître. C’est de là que lui viendrait son surnom de « Jourdan coupe-tête ».
Un certain nombre de biographes le présente aussi comme l’un des meurtriers des gardes-du-corps massacrés à Versailles lors des journées d’octobre (toutefois d’autres prétendent que, dès cette époque, il exerçait comme voiturier en Avignon et dans les environs). 
Les troubles qui éclatèrent en cette ville, au mois d’avril 1791, à l’occasion du projet de réunion du Comtat Venaissin à la France, ayant donné lieu à la formation d’un corps de volontaires sous le nom d’armée de Vaucluse, Jourdan, qui ne savait ni lire ni écrire, et qui ne signait qu’au moyen d’une griffe, devint général en chef de cette troupe, après la mort du chevalier Patrix, assassiné par ses soldats. Sous ce nouveau chef, l’armée de Vaucluse mit tout à feu et à sang dans le Comtat, dévastant les moissons, incendiant les églises, les châteaux et n’épargnant pas les chaumières.
Comme, pour le massacre dont nous allons ensuite parler, il bénéficia d’un décret d’amnistie, il se serait ensuite établi dans le commerce de la garance.
De retour à Paris au début de l’année 1794, il reçut un accueil enthousiaste au club des Jacobins ; mais comme, peu après, il eut l’audace de faire arrêter le représentant Pélissié, envoyé dans le Midi par la Convention, il fut dénoncé et appelé à comparaître devant le tribunal révolutionnaire : il s’y présenta le 27 mai arborant sur la poitrine un grand portrait de Marat… qui ne le protégea pas, puisqu’il fut condamné et guillotiné le jour même.
Voilà donc le portrait du fameux « Jourdan coupe-tête », principal instigateur du massacre que nous commémorons.

Le massacre de la Glacière - gravure de 1844

C – Le massacre de la Glacière.

Comme nous l’avons vu ci-dessus, les remous révolutionnaires avaient eu leurs conséquences jusqu’en Avignon et dans le Comtat : entre les « papistes » (blancs) et les pro-Français (rouges) le climat était de plus en plus tendu, et le fut de plus en plus pendant toute l’année 1791 : la confiscation des biens de l’Eglise, la destitution de l’archevêque – réfractaire au serment constitutionnel – , l’expulsion manu militari des chanoines de la Métropole Notre-Dame des Doms, exacerbèrent l’opposition des catholiques fidèles.
Les pro-Français, travaillés en sous-main par les francs-maçons et par divers agents de la révolution installés dans le Comtat, dont « Jourdan coupe-tête », après avoir expulsé le vice-légat du pape et fait adopter la constitution française, décidèrent, lors d’une assemblée tenue dans l’église Saint-Laurent de Bédarrides le 18 août 1791, du rattachement à la France, au mépris des droits souverains du Saint-Siège.
Mise devant le fait accompli, l’assemblée Constituante proclama, le 14 septembre 1791, que les États d’Avignon et du Comtat faisaient désormais « partie intégrante de l’Empire français ».

Dans le même temps, un coup d’état militaire avait renversé la municipalité avignonnaise, jugée trop favorable aux « papistes », et les administrateurs confièrent le commandement du fort à « Jourdan coupe-tête ». La nouvelle municipalité décida la confiscation des cloches (il ne devait plus en rester qu’une seule par église) sous prétexte de récupérer leur métal pour fabriquer de la monnaie.
Les partisans de l’Etat pontifical et les catholiques fervents, de plus en plus scandalisés par l’anticatholicisme du mouvement révolutionnaire, firent placarder dans toute la ville d’Avignon, au matin du 16 octobre 1791, une affiche dénonçant le dépouillement des églises, la confiscation des cloches, et l’impiété de la « nouvelle patrie »…
En outre, le bruit courait qu’une statue de la Madone, dans l’église du couvent des Cordeliers, avait versé des larmes de sang. La foule s’y rendit, et cette chapelle devint le point de cristallisations des débats de plus en plus houleux entre « blancs » et « rouges ».
Le patriote Lescuyer, secrétaire-greffier de la municipalité, fut dépêché sur place : il voulut monter en chaire pour prendre la parole mais, pris à partie, il fut molesté et, dans la bagarre qui s’en suivit, alla cogner de la tête contre le piédestal d’une statue. Se relevant et tentant de fuir, il fut alors frappé d’un coup de bâton qui le laissa étendu au pied de l’autel.
« Jourdan coupe-tête », commandant du fort, et Duprat, commandant de la garde nationale, rassemblèrent leurs hommes, se rendirent à la chapelle des Cordeliers, y trouvèrent Lescuyer, baignant dans son sang mais vivant : avec des menaces de représailles,  ils le promenèrent à travers la ville ce qui l’acheva…
Leur volonté était d’arrêter tous ceux qui pouvaient avoir eu quelque part à l’agression, ou pouvaient être suspectés d’y avoir pris part.
On commença par prétendre instruire un procès, mais très rapidement tous se rangèrent à l’idée de mener une action « exemplaire » au cours de laquelle seraient directement exterminés tous les possibles suspects.

Au cours de la nuit du 16 au 17 octobre, une soixantaine de « suspects » fut arrêtée et emprisonnée dans les cachots qui avaient été aménagés dans l’ancien palais papal (certains auteurs avancent jusqu’au nombre de 73 personnes).
Le fils de Lescuyer, âgé de 16 ans, se présenta à la tête d’un groupe de jeunes gens et réclama le droit de venger lui-même la mort de son père : Jourdan et Duprat y consentirent et se retirèrent pour aller dîner dans une auberge des environs.

Les emprisonnés furent sortis de leurs cellules et exécutés les uns après les autres.
Ce fut un véritable massacre tant les exécuteurs, qui n’étaient pas de vrais bourreaux, n’avaient aucune habileté particulière à abréger les souffrances de leurs victimes.
Cette absence d’ordre augmenta d’ailleurs le nombre des victimes, puisque furent aussi massacrés d’autres prisonniers arrêtés pour d’autres faits bien avant la mort de Lescuyer.
Comme les cadavres s’amoncellaient, il fallut dégager le terrain : on pratiqua donc une ouverture dans la tour de la Glacière afin d’y jeter les corps.
Lorsqu’il ne resta que les prisonniers les plus populaires – les plus difficiles à tuer – , un détachement se rendit à l’auberge où soupaient Jourdan, Duprat et leurs amis, afin d’avoir leur avis. Jourdan approuva la poursuite du massacre.
Vers la fin de la nuit, alors qu’une odeur épouvantable commençait à se dégager de la Glacière, Jourdan donna l’ordre de recouvrir les cadavres avec de la chaux vive.

Deux jours plus tard, l’Assemblée générale des citoyens actifs décida que l’église des Cordeliers serait désormais fermée au culte et son clocher démoli : de fait, le clocher fut amputé de sa flèche et de son tambour mais, à ce moment, la démolition s’arrêta là.
Un mois plus tard, la municipalité ordonna l’ouverture d’une brèche au bas de la tour de la Glacière afin de retirer les restes de la soixantaine de cadavres qui s’y trouvaient. Leur extraction eut lieu du 14 au 16 novembre : le lendemain vingt caisses de restes humains furent convoyées vers le cimetière Saint-Roch.

L’affaire eut un certain retentissement. A Paris, l’ignoble Marat, dans « L’Ami du Peuple », jugea que « la mort de ces scélérats n’[était] que le juste châtiment de leurs infâmes machinations » et salua les « actes de justice que les patriotes d’Avignon [avaient] été forcés d’exercer pour leur salut »

Malgré les historiens officiels qui s’acharnent à vouloir faire croire que ces horreurs ne sont qu’un phénomène marginal lié aux péripéties du rattachement du Comtat et d’Avignon à la France, nous, nous ne pouvons pas ne pas y voir la manifestation de la réalité – terroriste par essence – de la satanique révolution, comme cela avait déjà été le cas les 13 et 14 juin 1790 à Nîmes (cf. > ici).

Lully.

Avignon, vestiges de l'église des Cordeliers - état actuel

Avignon, vestiges de l’église des Cordeliers :
en partie détruit au moment du massacre de la Glacière, l’édifice fut vendu après la révolution
et le couvent aussi bien que la chapelle furent livrés aux démolisseurs ;
il n’en subsiste aujourd’hui que la chapelle de l’abside et une partie du clocher.

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 17 octobre, 2016 |1 Commentaire »
12345...25

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi