Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2015-77. D’un important communiqué que nous répercutons à l’occasion de cette fête de Saint Louis de l’an de grâce 2015.

Mardi 25 août 2015,
Fête de Saint Louis, Roi de France.

Bien chers Amis,

Nous attribuons la plus haute importance à ce qui suit – les publications des deux jours précédents en constituaient une forme de préparation (cf. > ici et > ici) – et nous vous demandons de lui accorder la plus grande attention.
Après l’avoir lu très lentement devant Dieu, après avoir prié et réfléchi
1) d’une part vous y donnerez la réponse que vous dictera votre coeur,
2) et d’autre part, si vous en comprenez l’importance et communiez à l’esprit qui l’anime, vous aurez à coeur de le faire suivre, avec la prudence et le discernement qui conviennent, à toutes les personnes qui vous sembleront pouvoir partager et vivre les mêmes aspirations.

A – La divine Providence a permis que se rencontrent plusieurs ecclésiastiques – prêtres et religieux – qui se sont fraternellement ouverts les uns aux autres des inspirations constantes, véritablement constitutives de leur consécration au service du Christ et de l’Eglise, à se dévouer d’une manière particulière à la France et à son souverain légitime : Monseigneur Louis de Bourbon, duc d’Anjou, aîné des Capétiens, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX.
Ces quelques ecclésiastiques ont l’intime conviction qu’ils ne sont pas les seuls : ils se proposent donc de réunir les prêtres, séminaristes et religieux qui ont au coeur le même idéal en un mouvement spirituel, un peu comme les confréries de jadis ou comme une sorte de « chapitre », spécialement dédié à la prière pour le Prince, pour sa personne et pour la mission qui lui incombe.
A cet effet, ces prêtres et religieux pourront trouver dans le texte publié ci-dessous la réunion de précieux éléments spirituels et liturgiques suggérant de quelle manière concrète, dès à présent, ils peuvent s’associer à ce mouvement de prière et agir de la plus haute et de la plus « efficace » manière qui soit possible ici-bas pour le service de cette cause.
Par ailleurs, si ces prêtres, séminaristes et religieux, ne souhaitent pas seulement un mouvement spirituel informel, mais bien la constitution d’une espèce de « confrérie » ou de « chapitre » qui leur permette de se soutenir et de s’encourager mutuellement dans ce zèle et cette ferveur, qu’ils n’hésitent pas à se mettre en relation avec nous. Dans un premier temps au moins, et pour diverses raisons pratiques, le Refuge Notre-Dame de Compassion s’est offert pour servir de « boite aux lettres » – tant électronique que postale – à cette initiative > contact.

B – Nous avons également conscience que les fidèles laïcs peuvent eux aussi vivre profondément de cet esprit.
Tous les légitimistes conscients que l’engagement militant pour la royauté traditionnelle et les efforts divers auxquels ils participent ne pourront porter du fruit que s’ils sont portés par un vrai et profond courant spirituel, peuvent donc être « associés » ou « affiliés », selon des modalités particulières, à cette « confrérie ».
Que les fidèles qui désirent cet engagement se fassent eux aussi connaître (cf. supra).

Les idées qui président à ce mouvement sont simples et claires, même si – dans l’état actuel des choses – les configurations pratiques d’organisation ne sont pas toutes précisées ; néanmoins, en cette fête de la Saint Louis et en l’année du troisième centenaire de la mort du Grand Roi, il nous a semblé important d’en publier l’annonce et de faire de ce 25 août 2015 le jour, à la portée hautement symbolique, de sa création.

Je vous laisse maintenant prendre connaissance de l’excellent texte préparé par notre ami, Monsieur l’abbé Louis de Saint-Taurin. 

Puisse le Ciel nous être en aide !

Lully.

Simon Vouet - St Louis recevant du Christ la Ste Couronne d'épines

Simon Vouet : Saint Louis recevant du Christ la Sainte Couronne d’épines.

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En cette heure tragique de l’histoire humaine…

« En cette heure tragique de l’histoire humaine » (Pie XII), le premier Ordre du Royaume se doit de montrer l’exemple, éclairant et confortant le peuple chrétien. En effet, infidèle à sa mission et à l’ordre voulu par Dieu, la France s’enfonce toujours davantage dans la décadence, la crise et l’enfer d’une vie sans Dieu.

Le Clergé catholique, de par le Sacrement de l’Ordre qu’il a reçu malgré son indignité, a un rôle essentiel à mener dans le plan de restauration de l’ordre divin, de réévangélisation de la France et de l’Occident, en remplissant pleinement son rôle d’intermédiaire, de médiateur entre Dieu et la France, confiée au Fils aîné de Son Église.

Depuis quelques décennies foisonnent en notre Patrie de belles initiatives en faveur de la France catholique : des neuvaines de prières ou Messes, au tout récent carillonnement des cloches (à la valeur exorciste) en faveur des Chrétiens d’Orient persécutés.

Mais puisque la mission sacrée de la France passe par la restauration de son roi légitime, « fils aîné [du] Sacré-Cœur », ses ministres sacrés se doivent de renouveler et appliquer les protestations de fidélité de leurs ancêtres à leurs souverains, régulièrement affirmées lors des Assemblées du Clergé d’Ancien Régime et au serment de fidélité prêté à chaque investiture de bénéfice ecclésiastique.

La première mission des ministres du Très-Haut étant d’assurer le Culte divin, prière publique de l’Épouse du Christ, c’est en la prière liturgique qu’évêques, prêtres, diacres, sous-diacres, séminaristes et religieux doivent concentrer le meilleur de leurs efforts.

Pendant près de mille cinq cents ans, le Clergé de France a offert le Très-Saint-Sacrifice de la Messe pour le salut de ses souverains, la prospérité de la France et la fidélité de celle-ci à Dieu et à l’Église.
La célébration de la Messe pro Rege et Francia (individuelle, en triduum ou neuvaine) est donc le plus grand service que peuvent rendre les prêtres ; une tradition remontant à Anne d’Autriche et Monsieur Olier y consacre d’ailleurs le premier mardi de chaque mois par la célébration de la Messe votive de saint Michel.

L’offrande de l’Office divin à l’intention de la France et du lieutenant du Christ, lors de la récitation du bréviaire ou lors du chant des Heures, est le second service du Clergé ; diacres et sous-diacres, religieux et religieuses s’y associent aux prêtres.

La sainte Liturgie regorge de richesses que le Clergé se doit de connaître voire redécouvrir, et surtout répandre et dispenser, à travers les :

invocations : acclamations carolingiennes, strophe pour la France à l’O Salutaris Hostia après la double élévation, prière pour le Roi après le dernier évangile de toutes les Messes et surtout de la grand’Messe dominicale (cf. Belgique et Royaume-Uni), prières fériales intercédant pour le Roi dans la « forme extraordinaire du rite romain », prière pour le Roi au Canon de la Messe après la mention de l’évêque diocésain, au Præconium paschale le Samedi Saint, aux Litanies des Saints et comme oraison votive (note 1) (collecte/secrète/postcommunion) comme le prévoit le Missel romain (Orationes diversæ), ainsi qu’aux Saluts du Très-Saint-Sacrement devant le trône du Roi des rois, ou comme prière spéciale, peut-être juste après l’angélus : verset Domine salvum fac Regem (Ps. XIX, 10) chanté trois fois, puis Gloria Patri et verset et oraison pour le Roi (note 1).

bénédictions : drapeaux et objets de dévotion fleurdelysés, bannière de sainte Jeanne d’Arc, vœux privés de prière voire de consécration à la France.

processions d’action de grâces (comme celle du Vœu de Charles VII le 12 août pour le Recouvrement de la Normandie), de consécration (comme celle du Vœu de Louis XIII le 15 août), ainsi que de pénitence.

solennisation des fêtes des saints rois et reines de France, en premier lieu desquelles la Saint-Louis le 25 août ; de leurs anniversaires (800e anniversaire de la naissance de S. Louis et 12e centenaire de la mort de S. Charlemagne en 2014, tricentenaire de la mort de Louis XIV en 2015, etc.)

pèlerinages auprès de nos protecteurs (S. Michel,  Ste Thérèse, S. Curé d’Ars), aux tombeaux de nos rois (Saint-Denis) ou des Apôtres de la France (S. Remi, S. Martin).

fidélité aux demandes du Seigneur, comme la prière pour la France révélée au Rédemptoriste Marcel Vân (1928-1959), dont la cause de béatification est en cours, afin que chaque Français la récite quotidiennement : « Seigneur Jésus, ayez pitié de la France, daignez l’étreindre dans Votre amour et lui en montrer toute Votre tendresse. Faites que, remplie d’amour pour Vous, elle contribue à Vous faire aimer de toutes les nations de la terre. Ô amour de Jésus, nous prenons ici l’engagement de Vous rester à jamais fidèles et de travailler d’un cœur ardent à répandre Votre règne dans tout l’univers. Ainsi soit-il ».

association de prières (confréries cléricales, etc.) selon le commandement du Seigneur : « Si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par Mon Père Qui est dans les Cieux. Car là où deux ou trois sont réunis en Mon Nom, Je Suis au milieu d’eux » (Matth. XVIII, 19-20), et « Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira ; car quiconque demande, reçoit ; celui qui cherche, trouve ; et l’on ouvre à celui qui frappe » ((Matth. VII, 7-8).

Que tout clerc soit bien convaincu que ces prières liturgiques sont toutes-puissantes sur le Cœur de Dieu, d’un Dieu Qui a toujours montré en France Son soutien à la légitimité, comme le manifeste plus que tout l’épopée de sainte Jeanne d’Arc, envoyée restaurer Charles VII (malgré sa pusillanimité puis ses infidélités postérieures) face à un roi anglais pourtant catholique… Et n’oublions pas que contrairement aux autres pays, la fidélité des régnicoles en France n’est pas nostalgique, puisqu’à la mort d’un roi, un autre lui succède automatiquement : merveille des Lois Fondamentales !

Que le Clergé se souvienne bien que ce sont ses évêques qui, « en nom Dieu », ont confirmé et affermi les trois dynasties ayant régné sur la France. Les gouvernements passent, nous ne le savons que trop. Si Dieu nous exauce demain, il faudra que Son Clergé soit apte à encourager et soutenir le grand mouvement de régénération et rechristianisation de la société et de ses institutions. Aussi le Christ doit-Il nous trouver en état de veille…

Le Clergé doit faire de la mission de la France et de la restauration du Prince promis et espéré, le sujet de ses panégyriques, de ses sermons, de ses conférences, de ses exhortations, de ses discussions, rallumant le feu de la fidélité chez le peuple français, qui attend de vrais et courageux pasteurs. Que les prêtres incitent tout particulièrement les familles et surtout les enfants à prier quotidiennement pour le Roi, multipliant invocations, neuvaines et sacrifices. Père des familles, le roi est en effet le principal garant de la protection de l’institution sacrée de la famille.

Qu’ecclésiastiques, religieux et laïques multiplient et approfondissent l’enseignement de la Chrétienté et de l’Histoire de la France catholique. Qu’ils fassent eux-mêmes de la prière pro Rege et Francia le refrain de leurs oraisons jaculatoires, méditant sans cesse sur l’épanouissement admirable et la contribution au salut de nos ancêtres de la Royauté très-chrétienne en France.

« Demandez et vous recevrez » : la culpabilité des « orants » sera grande lorsque viendra l’Époux, s’Il ne les trouve pas vigilants. Qu’Il n’ait pas à reprocher à Son Clergé de ne Lui avoir pas demandé de toutes ses forces, naturelles comme surnaturelles, la restauration de la Chrétienté : « La civilisation n’est plus à inventer, ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la Civilisation chrétienne, c’est la Cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété : omnia instaurare in Christo » (S. Pie X : Lettre Notre charge apostolique aux évêques de France sur le Sillon, du 25 août 1910).

Et puisque la valeur de nos actes repose sur la vertu de charité, c’est avec une grande amitié surnaturelle que les ecclésiastiques et religieux se doivent unir pour cette sublime mission, avec humilité et magnanimité, avec une âme d’enfants de Dieu, une espérance et confiance à déplacer les montagnes, en bannissant tout esprit de supériorité, de jalousie et d’acédie, et bénissant avec bienveillance et reconnaissance toute initiative en faveur du Beau, du Bien et du Vrai, en faveur de la Légitimité, pour une France catholique revigorée.

Afin d’approfondir et développer ces quelques lignes, nous recommandons à MM. les ecclésiastiques la lecture des très riches ouvrages de M. Alexandre Maral parus ces dernières années, en particulier La Chapelle royale de Versailles sous Louis XIV, cérémonial, liturgie et musique (Wavre, Mardaga, 2002).
A la demande de saint Pie X, qu’ils fassent leurs les testaments de S. Remi, Charlemagne et S. Louis, et les œuvres du grand cardinal Pie. Qu’ils récitent et méditent enfin cette prière des Francs :
« Dieu Tout-puissant et Éternel, Qui pour servir d’instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Église, avez établi l’empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu’ils voient ce qu’ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu’ils auront vu devoir faire. Ainsi soit-il ».

Abbé Louis de Saint-Taurin.               

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Note 1 : Prière pour le Roi à la Messe :
En France, la prière pour le Roi était, avant la Révolution, prévue à la Messe comme suit :

« V/ Domine salvum fac Regem. R/ Et exaudi nos in die qua invocaverimus Te » juste après l’antienne de communion, puis oraison pour le Roi après la dernière postcommunion sous la même conclusion :
« Quaesumus, omnipotens Deus, ut famulus Tuus N. Rex noster, qui Tua misericordia suscepit regni gubernacula, virtutum etiam omnium percipiat incrementa quibus decenter ornatus est, et vitiorum monstra devitare, hostes superare (note 2) et ad Te, Qui via, veritas et vita es, gratiosus valeat pervenire. Per Dominum nostrum… »
Sous le bienheureux pape Pie IX, la S. C. des Rites confirma cet ordre liturgique, mais pour Napoléon III.

Note 2 : Ces mots Hostes superare n’apparaissent pas dans la prière pour les rois (pro Rege) du Missel romain, mais appartiennent bien à la prière pour le Roi de France et sont nécessaires !

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Publié dans:De liturgia, Prier avec nous, Vexilla Regis |on 25 août, 2015 |6 Commentaires »

2015-76. Bref exposé des Lois Fondamentales du Royaume de France.

Henri V - Comte de Chambord

Henri Charles Ferdinand Marie Dieudonné d’Artois, Duc de Bordeaux, Comte de Chambord,
de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Henri V
(29 septembre 1820 – 24 août 1883)

Le 24 août 1883 s’éteignit, en exil, Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Henri V de France, communément désigné par son « titre de courtoisie » : le Comte de Chambord.

Il est relativement fréquent de lire que ce Prince – dernier descendant légitime en ligne masculine directe de Leurs Majestés les Rois Louis XV et Charles X – est « mort sans héritier », et que sa disparition a « ouvert une querelle dynastique ».

S’il est exact que le Comte de Chambord est mort sans postérité, en revanche il est absolument faux de dire qu’il est « mort sans héritier » (ou plus exactement sans successeur) : en effet, comme lors des morts des derniers Rois Capétiens directs (Jean 1er le Posthume, Philippe V le Long et Charles IV le Bel) et des Rois Valois (Charles VIII, Louis XII, François II, Charles IX et Henri III) – tous décédés sans descendance mâle – , il y a toujours un successeur légitime pour la couronne de France : ce successeur est le plus proche parent mâle dynaste du Souverain défunt.
Ainsi, un arbre généalogique dûment établi suffit-il à trouver ce parent mâle dynaste : frère, oncle, ou cousin le plus proche.
Et les prétendues « querelles dynastiques » ne sont-elles jamais que l’expression des ambitieuses prétentions (la prétention n’est-elle pas le propre des prétendants ?) de Princes qui veulent nier ou occulter la réalité généalogique.

En ce 24 août 1883, le plus proche parent mâle dynaste du Comte de Chambord était son cousin Jean de Bourbon (1822-1887) dit Comte de Montizon, descendant direct de Louis XIV et désormais aîné des Capétiens.
Le testament du Comte de Chambord est d’ailleurs sans ambiguïté et, après le décès de son époux, la Comtesse de Chambord soutint les légitimistes français qui reconnurent Jean de Bourbon comme leur souverain de droit : Jean III de France. 

La qualité de dynaste est réglée par les lois successorales (lesquelles peuvent varier d’un royaume à l’autre).
En France, les règles de succession sont contenues dans ce que l’on appelle traditionnellement les « Lois fondamentales du Royaume de France » : ce sont des règles coutumières qui ont été précisées au cours des âges afin de résoudre des situations concrètes graves ; quoique non écrites, elles n’en ont pas moins de force et elles ont toujours été observées, assurant ainsi la continuité de l’Etat et garantissant au mieux l’ordre et la paix civile.
Bien qu’il soit aisé à quiconque veut bien s’en donner la peine, de retrouver l’énoncé et l’explication des « Lois fondamentales du Royaume », il m’a paru opportun, en cet anniversaire du rappel à Dieu de Monseigneur le Comte de Chambord, d’en publier un résumé dans ce blogue, tout en invitant mes lecteurs à se reporter à des études plus développées et approfondies (par exemple les publications de l’excellent site « Vive le Roy » géré par l’Union des Cercles Légitimistes de France > ici).

Lully.

Trône réalisé en 1873 pour le Comte de Chambord

Trône réalisé en 1873 pour Monseigneur le Comte de Chambord.

Lois Fondamentales du Royaume de France :

1) La succession à la Couronne est héréditaire de mâle en mâle par ordre de primogéniture :
En l’absence d’une descendance directe mâle du souverain défunt, la Couronne est dévolue, à l’infini, à l’aîné de la branche collatérale la plus proche (qui devient la nouvelle branche aînée).
Pourquoi la masculinité ?
Lors de la cérémonie du Sacre, le Roi de France est oint avec le Saint Chrême (les autres souverains chrétiens sacrés reçoivent leurs onctions avec une autre huile, bénite et non consacrée : seul le Roi de France a le privilège d’être oint avec le Saint Chrême, comme le sont les évêques). Le Sacre, qui n’est pas un simple couronnement, est un sacramental (il a même parfois été assimilé à un huitième sacrement) : il fait du Roi un lieu-tenant du Christ, parfois appelé « l’évêque du dehors ». En effet, si elle n’appartient pas à la hiérarchie de l’Eglise, toutefois la royauté sacrée propre à la France possède un caractère quasi-sacerdotal ; or seul les hommes peuvent être appelés au sacerdoce.
La règle de masculinité empêche non seulement la dévolution de la couronne à une femme, mais aussi à la descendance mâle d’une fille de souverain français : cela empêche que le Royaume de France ne passe sous la domination d’un souverain étranger ayant épousé une princesse française ou descendant d’une princesse française mariée à un souverain étranger.

2) La Couronne de France est indisponible :
Le Roi régnant ne peut en rien changer l’ordre de succession. Il ne peut ni abdiquer, ni exhéréder (c’est-à-dire exclure de la succession), ni faire renoncer à ses droits un Prince dynaste.
La succession royale n’est pas patrimoniale, mais elle est dite « statutaire ». Le statut coutumier du Royaume est hors de portée des volontés humaines : la volonté du Roi, comme celle de son successeur ou de tout autre successible.
Par conséquent, le Roi (de fait ou de droit) ne peut renoncer à la Couronne en abdiquant, ni limiter les prérogatives de ses successurs, ni porter atteinte à l’ordre de succession ; il n’a pas le pouvoir de faire renoncer à ses droits un successible, et les éventuelles « renonciations » sont donc, de plein droit, nulles.

En France, le Royaume n’est pas la propriété du souverain : celui-ci exerce une fonction – la fonction royale – qui le dépasse et dont il est en quelque sorte le serviteur plus que le maître.

3) La succession est instantanée : « Le Roi est mort, vive le Roi ! ».
Les ordonnances de Charles VI, en 1403 et 1407, règlent que le Roi est tel dès la mort de son prédécesseur, instantanément et quel que soit son âge, selon l’ancien adage juridique : « le mort saisit le vif ».
Le Sacre n’est pas constitutif de la royauté : ce n’est pas le Sacre qui fait le Roi, mais la force de la coutume. Le Sacre est seulement dit « déclaratif » : il consacre, par les prières et les onctions de l’Eglise, un Prince qui est déjà le Roi légitime et qui peut exercer sa royauté quand bien même il ne pourrait recevoir le Sacre.
Cette instantanéité de la succession fait dire que « en France, le Roi ne meurt jamais ».

4) La règle de catholicité :
« Fils aîné de la Sainte Eglise catholique romaine », le Roi de France doit être né d’un mariage catholique, et doit être lui-même de confession catholique.
Cela ne signifie toutefois pas que ses sujets aient l’obligation d’embrasser la foi catholique.

Grandes armes de France

Publié dans:Vexilla Regis |on 24 août, 2015 |2 Commentaires »

2015-75. Du cardinal François de Joyeuse, grand serviteur de la Sainte Eglise et de la Couronne de France.

1615 – 23 août – 2015

Quatrième centenaire du rappel à Dieu
de
Son Eminence Révérendissime le cardinal François de Joyeuse.

François cardinal de Joyeuse par Thierry Bellangé

François, cardinal de Joyeuse (portrait par Thierry Bellangé).

A chaque 23 août, il me plaît de rappeler la pieuse mémoire du cardinal François de Joyeuse.
Mais, en cette année 2015, comme ce dimanche 23 août marque très exactement le quatrième centenaire de son trépas, permettez-moi donc d’évoquer plus au long en votre aimable compagnie ce très grand serviteur de la Sainte Eglise et de la Couronne de France.

J’ai déjà eu le plaisir de présenter, dans les pages de ce blogue, la famille de Joyeuse, à propos du très fameux Père Ange de Joyeuse (1563-1608), qui fut successivement archi-mignon du Roi Henri III, gouverneur de provinces, religieux capucin dès son veuvage et prêtre, contraint de quitter son ordre pour prendre les armes et devenir le troisième duc de Joyeuse, lieutenant du Roi Henri IV pour le Languedoc, maréchal de France, puis à nouveau capucin (cf. > ici).
Cet extraordinaire Père Ange de Joyeuse, comme j’avais eu l’occasion de le préciser alors, était le troisième garçon d’une fratrie de sept. François - dont je vais aujourd’hui vous entretenir – était le deuxième des sept fils.

Il naquit à Carcassonne, en la fête de Saint Jean-Baptiste, le 24 juin 1562.
Son frère aîné, Anne de Joyeuse, étant destiné à la carrière militaire, François fut dès son enfance destiné à l’Eglise par ses très pieux et fervents parents.
Avec ses deux frères puinés, Henri (futur Père Ange) et Scipion, après ses études à Toulouse, il fut envoyé au très réputé Collège de Navarre, à Paris.
Il passera ensuite un doctorat in utroque jure (c’est-à-dire en droit civil et en droit ecclésiastique) à l’université d’Orléans.

Très appréciée de Sa Majesté le Roi Henri III, spécialement en raison de sa ferveur catholique et de son engagement contre les protestants, la famille de Joyeuse est comblée d’honneur : Anne est fait amiral, puis la vicomté de Joyeuse (en Vivarais) est élevée pour lui au rang de duché-pairie (1581) ; Henri devient grand-maître de la garde-robe du Roi ; Scipion, chevalier de Malte, est promu Grand Prieur de Toulouse ; quant à François, n’étant encore que diacre, il est élu, à l’âge de dix-neuf ans (1581) à l’archevêché de Narbonne, puis élevé au cardinalat (consistoire du 12 décembre 1583).

Armoiries du cardinal François de Joyeuse

Armoiries du cardinal François de Joyeuse.

François se rend à Rome : il n’y est pas encore pour le conclave qui élit Sixte Quint, le 24 avril 1585, mais c’est des mains de ce dernier qu’il reçoit son chapeau avec le titre de cardinal-prêtre de Saint-Sylvestre au Champ de Mars (San Silvestro in Capite), le 20 mai 1585.
Il reçoit la consécration épiscopale l’année suivante (1586 : il a 24 ans), puis, en 1587, il est nommé « cardinal protecteur des affaires de France en cour de Rome » (à ce titre, il représente les intérêts des sujets français établis à Rome, ainsi que les intérêts du Roi de France auprès du Saint-Siège), et son siège cardinalice est transféré à la Trinité-des-Monts.
L’année 1588 le voit promu commandeur de l’Ordre du Saint-Esprit (institué dix ans plus tôt par Henri III) et il est transféré à l’archevêché de Toulouse.

A la mort d’Henri III (2 août 1589), le cardinal de Joyeuse, avec son jeune frère Scipion (deuxième duc de Joyeuse, puisque l’aîné, Anne, est mort au combat en 1587), prend une part active aux combats de la Ligue, qui refuse l’accession d’un souverain non catholique au trône de France.
Période troublée et pleine de rebondissements qui ne l’empêche cependant pas de participer aux deux conclaves qui vont se succéder, à Rome, au cours des années 1591 et 1592 (élections d’Innocent IX puis de Clément VIII).
A la mort de Scipion (10 septembre 1592), avec le clergé, la noblesse et le peuple de Toulouse, François intervient auprès de son seul frère survivant, le Père Ange, pour qu’il sorte de chez les capucins et prenne la tête des armées de la Ligue en Languedoc : le cardinal de Joyeuse agit donc rapidement auprès du Pape pour que les voeux du Père Ange soient transférés dans l’Orde de Malte.
C’est ainsi que le Père Ange, par obéissance à ses supérieurs ecclésiastiques, redevient Henri, qu’il devient le troisième duc de Joyeuse, et qu’il troque la bure contre la cuirasse !

Mais le 25 juillet 1593, à Saint-Denis, Henri IV abjure solennellement le protestantisme : l’obstacle qui l’empêchait d’accéder au trône est levé, et François de Joyeuse se range sans tarder sous son obédience.
La mort du cardinal-archevêque de Reims, Nicolas de Pellevé (28 mars 1594), va faire de lui le principal prélat de l’Eglise de France. Transféré au siège cardinalice de Saint-Pierre aux Liens, il va maintenant s’employer à obtenir du Pape Clément VIII la levée des sanctions canoniques qui pèsent sur Henri IV : l’absolution du Roi par le Pape est enfin prononcée le 17 septembre 1595.
Le cardinal de Joyeuse a donc, dans son rôle et ses compétences de Prince de l’Eglise, joué un rôle prépondérant pour la pacification et la réunification du Royaume.
Henri IV le confirme alors dans sa mission de « protecteur des affaires de France en cour de Rome ».

En septembre 1598, le Roi Bourbon qui est dans sa quarante-cinquième année et qui n’a pas de descendance de Marguerite de Valois (épousée le 18 août 1572), lui demande d’oeuvrer pour obtenir du Saint-Siège la déclaration de nullité de ce mariage, contracté sous une contrainte certaine.
Une fois de plus la mission de François de Joyeuse est couronnée de succès : le 17 décembre 1599, le mariage avec Marguerite de Valois est déclaré nul par le Pape. Henri IV peut donc, en toute régularité canonique, contracter un véritable mariage (puisque le précédent n’en était donc pas un).
Le 9 décembre 1600, Marie de Médicis débarque à Marseille : le cardinal François de Joyeuse l’y attend et l’accueille. Il l’accompagne à Lyon, où les noces déjà célébrées par procuration font l’objet de nouvelles cérémonies (17 décembre 1600).
L’année suivante, la Reine Marie met au monde un fils, le futur Louis XIII : l’avenir de la royauté est assuré !
Ainsi, non content d’avoir joué un rôle prépondérant pour la pacification et la réunification du Royaume, le cardinal François de Joyeuse, toujours dans son rôle et ses compétences de Prince de l’Eglise, a-t-il également pris une part non négligeable à la pérennité de la dynastie des Bourbons.

Rubens sacre de Marie de Médicis

Pierre-Paul Rubens : sacre de Marie de Médicis à Saint-Denis, le 13 mai 1610.

En 1604, il est promu cardinal-évêque de Sabine et il est ensuite transféré à l’archevêché de Rouen. A Rome, il participe aux deux conclaves de l’année 1605 qui élisent Léon XI puis Paul V.
Ce dernier le choisit en 1607 pour une mission diplomatique délicate auprès de la république de Venise, sur laquelle le Pape avait jeté l’interdit : le cardinal de Joyeuse permettra la réconciliation de la Sérénissime avec le Saint-Siège.

Paul V fera encore de lui son légat aux cérémonies du baptême du futur Louis XIII (né le 27 septembre 1601, il a juste été ondoyé à la naissance et les cérémonies solennelles du baptême sont célébrées le 17 juillet 1606).
Son frère puiné, Henri, redevenu le Père Ange, meurt en odeur de sainteté le 28 septembre 1608, et François devient alors le quatrième duc de Joyeuse (lorsqu’il mourra, le duché échoira à sa nièce Henriette-Catherine, fille d’Henri, après laquelle il passera à la maison de Guise).

Le 13 mai 1610, à Saint-Denis, c’est lui qui préside la cérémonie du sacre de la Reine Marie (Marie de Médicis fut la dernière Reine de France à recevoir le sacre).
Le lendemain, 14 mai, le Bon Roi Henri était assassiné dans les circonstances que l’on sait.

Rubens sacre de Marie de Médicis - détail

Le cardinal de Joyeuse couronnant Marie de Médicis à Saint-Denis le 13 mai 1610
(détail du grand tableau de Rubens)

Cinq mois plus tard, le 17 octobre 1610, le cardinal François de Joyeuse célèbre le sacre du jeune Louis XIII dans  la cathédrale de Reims : en effet, l’archevêque de Reims Louis III de Guise n’a qu’une quinzaine d’années et, n’étant donc pas encore consacré, ne peut officier.
Quelques mois plus tard, le 17 août 1611, le Pape Paul V le nomme doyen du Sacré-Collège, titre auquel est traditionnellement attaché le titre de cardinal-évêque d’Ostie : pour la quatrième fois donc François de Joyeuse change de titulature cardinalice.

Il est âgé seulement de cinquante-et-un ans, mais il a déjà trente-deux ans de carrière ecclésiastique, trente-deux ans d’une vie des plus actives dans une période de l’histoire de l’Eglise et de la France particulièrement dense et tourmentée : en cette année 1613, le cardinal de Joyeuse subit une attaque cérébrale dont il va garder des séquelles.
Cela ne l’empêche pas toutefois de tenir encore une place prépondérante lors des Etats Généraux qui s’ouvrent à Paris le 27 octobre 1614, après un jeûne public de trois jours et une procession solennelle.
François de Joyeuse y préside la Chambre du Clergé, et son influence détermine l’adoption des décrets du Concile de Trente dans le Royaume.

C’est alors qu’il est à nouveau en route pour la Ville Eternelle que le cardinal François de Joyeuse est atteint par la dysenterie qui va l’emporter : il doit interrompre son voyage et s’arrêter au collège des Jésuites d’Avignon. C’est là qu’il rend son âme à Dieu, le 23 août 1615 : il était âgé de cinquante-trois ans et deux mois.
Son corps d’abord inhumé dans la chapelle du collège des Jésuites de Pontoise fut ensuite transporté dans la chapelle Saint-Louis du collège des Jésuites de Rouen (actuel lycée Corneille) ; son coeur est resté dans la chapelle du collège des Jésuites d’Avignon.

Ce très grand serviteur de la Sainte Eglise et de la Couronne de France ne méritait-il pas que l’on célébrât aujourd’hui sa pieuse mémoire et que l’on rappelât ses très méritoires actions pour l’honneur de l’une et de l’autre, et pour l’exaltation de l’une par l’autre ?

Lully.

Détail d'une gravure représentant sacre de Louis XIII (17 octobre 1610)

François cardinal de Joyeuse conférant les onctions du sacre au jeune Louis XIII, le 17 octobre 1610, à Reims
(détail d’une gravure légendée publiée après l’événement).

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 23 août, 2015 |1 Commentaire »

2015-64. La révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle caractérisée par la haine de la religion chrétienne.

Dimanche 14 juin 2015,
Dimanche dans l’octave du Sacré-Coeur, 3e après la Pentecôte.
Anniversaire du massacre des catholiques et des capucins de Nîmes en 1790.

Clergé malmené

Ecclésiastiques malmenés et chassés (gravure de l’époque révolutionnaire)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous le savez bien, au Mesnil-Marie nous essayons de n’oublier aucun des anniversaires de nos grands héros chrétiens et français et de ceux qui ont été martyrisés ou sacrifiés sur l’autel de l’idéologie révolutionnaire.

Ainsi, en ce 14 juin, nous nous souvenons avec émotion et piété des catholiques et des capucins de Nîmes qui ont été massacrés en haine de la foi catholique et de la fidélité à la monarchie traditionnelle, par les révolutionnaires huguenots les 13 et 14 juin 1790 : je vous ai longuement raconté ces faits (et je vous renvoie à cette publication > ici).
Des faits qui ne doivent pas tomber dans l’oubli, et ce d’autant plus que la plupart des livres d’histoire ou bien les cèlent ou bien les édulcorent et les minimisent. C’est ainsi que ce massacre de plusieurs centaines de catholiques, onze mois seulement après la « prise » de la Bastille et un mois tout juste avant la fête de la fédération (en une période où l’on voudrait nous faire croire que la terreur n’avait pas commencé et que la « nation unanime » communiait dans l’enthousiasme aux idées nouvelles) est officiellement pudiquement appelé « bagarre de Nîmes », comme s’il s’agissait d’un banal fait divers entre quelques individus avinés à la sortie d’un bistrot !

Au risque de passer pour importun, j’insiste, chaque fois qu’il m’en est donné l’occasion, et je répète et répèterai encore pour dire que l’essence de la révolution française – et par conséquent de la république qui en est le fruit – c’est l’antichristianisme.

Dans la bibliothèque du Mesnil-Marie, nous avons un ouvrage qui date un peu, dans la mesure où il avait été rédigé et publié pour anticiper ce fameux bicentenaire de la révolution de 1789 que la république mitterrandienne s’apprêtait à célébrer, afin de prémunir contre les contre-vérités qui n’allaient pas manquer de nous être ressassées à cette occasion.
Ce livre a été écrit par le Rd. Père Yves-Marie Salem-Carrière et s’intitule : « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi ». Il présente de manière succincte un ensemble de faits tus, oubliés ou minimisés prouvant l’antichristianisme viscéral de la révolution et rappelle – comme le titre l’indique – les divers mouvements de résistance qui s’y opposèrent en Languedoc.

Cet ouvrage est préfacé par notre cher Gustave Thibon.
Au-delà des caractères circonstanciels liés à l’auteur, à l’ouvrage lui-même et au contexte de sa parution, Gustave Thibon, de sa plume aiguisée, a bien su mettre en évidence (qui d’ailleurs pourrait en douter ?) les caractéristiques de la révolution.

Comme l’ouvrage du Rd. Père Salem-Carrière est aujourd’hui difficile à trouver, à l’occasion du triste anniversaire du massacre des catholiques et des capucins de Nîmes, j’ai donc résolu de recopier ci-dessous à votre intention, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, le texte de cette préface de notre cher Gustave !

Lully.

Le Pape Pie VI caricaturé en âne (détail d'une gravure révolutionnaire de 1790)

Le Pape Pie VI caricaturé en âne, détail d’une estampe révolutionnaire de 1790

La Révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle,
caractérisée avant tout par la haine de la religion chrétienne.

 * * *

« Je tiens à souligner l’importance de ce travail du P. Salem sur les causes et les effets de la fièvre révolutionnaire dans notre province du Languedoc.
Son livre est convaincant, non seulement par les idées qu’il défend mais par les faits qu’il rapporte. Car, si l’on peut discuter sans fin sur les idées, on ne peut pas récuser les faits. « Vous connaîtrez l’arbre à ses fruits », dit l’Evangile.

La conclusion que tire le P. Salem de cet exposé de tant d’horreurs mêlées à tant d’héroïsmes est que la Révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social comme tant d’autres au long de l’histoire, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle, caractérisée avant tout par la haine de la religion chrétienne et de ses institutions.

Il ne s’agit pas d’idéaliser la société de l’Ancien Régime. Il y avait certes des abus à supprimer et des réformes à accomplir et l’Eglise même, au cours des âges, n’a jamais cessé de se réformer pour mieux adapter ses structures temporelles à son modèle éternel.

Or il apparaît clairement ici que le vœu profond des organisateurs de la Révolution ne fut pas de corriger les imperfections de ces vieilles institutions qui reposaient toutes sur un fondement religieux mais de renverser ce fondement même, c’est-à-dire de substituer le culte de l’homme au culte divin. Quitte, ensuite, car tout idolâtrie se retourne contre elle-même, à fouler aux pieds ces fameux droits de l’homme si hautement proclamés en mettant la terreur au service du délire idéologique.

Il suffit pour faire éclater cette contradiction entre les principes et leurs conséquences de juxtaposer les trois grands mots de la devise républicaine et leur interprétation par les ouvriers de la terreur.
Liberté ? Oui mais « pas de liberté pour les ennemis de la liberté », c’est-à-dire pour tous ceux qui ne partagent pas la nouvelle conception de la liberté.
Egalité ? Oui encore, mais imposée par la violence : « l’égalité ou la mort ».
Fraternité ? Mais toujours le même refrain : « Sois mon frère ou je te tue ».

Et toutes ces atrocités sont barbouillées d’inepties grandiloquentes où le grotesque s’allie au tragique. On en trouvera ici maints exemples puisés dans les discours ou dans les faits, dont le plus drôle est celui du coq au cocorico séditieux jugé et exécuté en bonne et due forme (voir la note * en bas de page).

Mais ce sombre tableau garde un côté lumineux : celui où sont relatés la vigueur de la résistance populaire à l’influence idéologique et l’héroïsme de tant de prêtres et de fidèles qui préférèrent la mort à l’apostasie.

Cela dit, nous célébrerons nous aussi le bicentenaire de la Révolution mais celui de ses victimes et de ses martyrs et non celui de ses auteurs et de ses bourreaux. »

Gustave Thibon.
Préface du livre du Rd Père Yves-Marie Salem-Carrière, lazariste,
intitulé « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi »
(ed. Dominique Martin Morin – 1989).

Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi - R.P. Salem-Carrière

Note * : Les catholiques fidèles poussaient fréquemment le cri de « cocorico » en présence des prêtres jureurs : c’était une manière de leur rappeler le reniement de Saint Pierre et de les inciter à la conversion.
En conséquence, le « cocorico » était fort mal perçu par les sans-culottes. Le Rd. Père Salem-Carrière rapporte donc qu’à Montpellier, le 5 décembre 1791, lors des funérailles d’un « patriote », lorsque le curé constitutionnel parut, un puissant « cocorico » retentit à une fenêtre. Voici la suite telle qu’elle est racontée dans son livre :

« Les gardes nationaux montèrent au deuxième étage chez mademoiselle Sauvaire, vendeuse de faïence, saisirent un coq en cage sur la fenêtre et amenèrent la fille avec eux au tribunal correctionnel.
Le juge l’interrogea :
- Vous avez dressé le coq pour vous moquer des prêtres assermentés.
- C’est un cadeau, répondit-elle, je l’ai mis en cage parce que étant très maigre je voulais l’engraisser.
- Oui, mais ce n’est pas un animal à mettre en cage sur une fenêtre.
- Si je l’avais laissé libre dans mon magasin de faïence il aurait tout cassé.
Ainsi se déroula le dialogue « patriotique » et le jugement suit la logique révolutionnaire. La fille est condamnée à deux jours de prison et à une amende.
Et le coq ?
Le juge propose de l’offrir à l’hôpital. Non pas, estime le tribunal, les malades qui absorberaient son bouillon pourraient devenir aristocrates ou monarchistes.
« Qu’on le décapite, crie un assistant, puisqu’il a chanté en nous insultant. »
Aussitôt un garde saisit son sabre et décapite l’animal… »

(in « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi » p. 54).

Coq sur un canon (époque révolutionnaire)

Coq sur un canon
(peinture sur faïence – époque révolutionnaire)

2015-63. Coeur de Jésus, sauvez la France, ne l’abandonnez pas !

Jeudi soir 11 juin 2015,
Après les premières vêpres de la fête du Sacré-Coeur de Jésus.

Sacré-Coeur gif

C’est une autre image ancienne – trouvée dans les « trésors » de Frère Maximilien-Marie –  que je veux vous présenter à l’occasion de la fête du Sacré-Coeur de Jésus, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion.

Elle n’est pas en excellent état : elle porte les stigmates de ses cent-quarante-trois ans, ayant été souvent manipulée, puisqu’elle était utilisée comme marque-page dans un ouvrage de dévotion qui a beaucoup servi.
Elle porte la date du 7 juin 1872, qui fut, cette année-là, le vendredi de la fête du Sacré-Coeur.
Au-dessus de cette date, sur un globe bleuté, est inscrit le nom « France » : le quatrain – en alexandrins faciles – qui est imprimé en dessous explicite l’image (voir infra).

Rappelons le contexte très précis de ces années politiquement et religieusement agitées :

1) – En France, la guerre franco-prussienne, déclarée le 19 juillet 1870, a eu pour conséquences l’effondrement du second empire (4 septembre 1870), puis Paris assiégée, l’enchaînement des défaites militaires, l’occupation d’une grande partie du territoire, la proclamation de l’empire allemand dans la galerie des glaces du palais de Versailles (18 janvier 1871), l’armistice (26 janvier 1871), la cession de l’Alsace et de la Lorraine, les atrocités de la Commune insurrectionnelle de Paris (18 mars – 28 mai 1871), les espérances d’une restauration monarchique…

2) – Dans le domaine spirituel, outre l’interruption du concile du Vatican dès la déclaration de guerre puis la spoliation de Rome par les troupes italiennes (voir > ici), en France même ces tragiques événements on vu le lancement du « Voeu national » par deux députés – Messieurs Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury – , soutenus par Monseigneur Pie (il n’est pas encore cardinal), la célèbre bataille de Loigny (2 décembre 1870), l’apparition de Pontmain (17 janvier 1871, voir > ici). Secouée en outre par les pillages d’église, profanations et exécutions de religieux lors de la Commune (voir > ici), l’Eglise de France connaît un sursaut spirituel : les évêques, les prêtres et les fidèles se tournent vers le Coeur de Jésus.
C’est le temps où est composé le fameux cantique « Pitié, mon Dieu ! » : un an plus tard, en juin 1873, un nombre important de députés fera le pélerinage de Paray-le-Monial et, le 24 juillet 1873, l’assemblée nationale votera l’utilité publique de la construction de l’église votive du Sacré-Coeur au sommet de la colline de Montmartre

Ce sont tous ces faits qu’il convient d’avoir à la mémoire en regardant cette image et en lisant les invocations qui y sont imprimées.

Oui, nous nous consacrons à son coeur !

Image pour la fête du Sacré-Coeur 7 juin 1872

Texte imprimé au recto (je conserve la graphie d’origine) :

Vois à tes pieds la France catholique
Se vouant à ton Coeur, réclamant tes bienfaits :
Daigne lui pardonner son offence (sic) publique.
Coeur sacré, donne-lui l’espérance et la paix.

et au verso on peut lire :

Sauvez la France, ne l’abandonnez pas !
Nous vous la consacrons, cette France chérie.
Son titre glorieux, royaume de Marie,
A des droits tout puissants sur votre coeur si bon.
Grâce, grâce, mon Dieu ! pitié pour sa misère !
Seigneur, pour apaiser votre juste colère,
Vos enfants à genoux implorent son pardon.

Sacré-Coeur gif

Mais, si le contexte socio-politique n’est pas vraiment le même, ces textes sont-ils pour autant totalement « dépassés », sans rapport avec les nécessités actuelles de notre pays ?
Qui oserait soutenir qu’aujourd’hui la « France officielle » ne multiplie pas les offenses publiques envers la sainte loi de Dieu, et ne blesse pas le divin Coeur de Jésus ?
La France n’a-t-elle pas besoin de revenir au Sacré-Coeur, d’implorer Son pardon et Ses grâces, de retrouver l’espérance et la paix ?

Aussi est-il bien nécessaire de reprendre souvent et avec ferveur ces invocations qui furent celles de nos pères :

Coeur de Jésus, sauvez la France !
Coeur de Jésus, n’abandonnez pas Votre France !
Coeur de Jésus, faites miséricorde à Votre France !

Sacré-Coeur gif

Voir aussi :
- les plaies de la France pansées par Marie > ici
- le Voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus > ici
- la prophétie et la prière de Saint Pie X pour la France > ici

2015-62. De la très humble femme par laquelle Dieu a voulu donner à Son Eglise la victoire sur Napoléon.

Mardi 9 juin 2015,
Mardi dans l’octave du Très Saint-Sacrement,
Commémoraison des Saints Prime et Félicien, martyrs,
Commémoraison de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parmi les saints pour lesquels nous nourissons une spéciale dévotion au Mesnil-Marie, se trouve la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi.

Née en mai 1769 à Sienne, Anne-Marie Giannetti est l’exacte contemporaine de Napoléon Bonaparte qui naît le 15 août de cette même année à Ajaccio.
A la suite de revers de fortune, les parents d’Anne-Marie s’installent à Rome : la vie de la famille est pauvre, parfois proche de la misère.

Au soir du mercredi saint 16 avril 1783, Anne-Marie est du nombre de ces enfants et adolescents de la Ville Eternelle qui, mus par le seul Saint-Esprit, au moment de la mort de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > www et aussi > www), sans qu’ils en eussent été avertis de manière naturelle, sont sortis de leurs maisons pour crier dans les rues : « E morto il santo : le saint est mort ! »
C’est d’ailleurs la maman d’Anne-Marie qui fut choisie pour faire la toilette funèbre du saint pélerin : Anne-Marie l’accompagnait ; elle connaissait de vue, comme tout le petit peuple de Rome, le saint mendiant français, mais lors de sa mort on peut dire que l’adolescente – elle a alors quatorze ans – a compris beaucoup de choses spirituelles dont elle restera profondément marquée pour le restant de ses jours.

Gisant St Benoît-Joseph Labre à Ste Marie des Monts

Tombe de Saint Benoît-Joseph Labre, à Rome, dans l’église de Saint-Martin des Monts.

Anne-Marie dut bientôt se louer comme domestique et, pour préserver sa vertu, elle épouse Dominique Taïgi, « homme de peine » du palais Chigi.
Ce mariage n’a rien à voir avec les clichés de la passion sentimentale et du romantisme : ce sera pourtant un véritable mariage d’amour, bâti sur un profond respect mutuel et, par dessus tout, sur les valeurs chrétiennes.

Dominique Taïgi est sans nul doute un brave homme, honnête, droit et courageux ; toutefois il est aussi un véritable rustre par ses manières, et par sa propension à piquer de violentes colères.
Anne-Marie sera toujours d’une inaltérable patience avec lui, de même qu’avec ses parents, aigris et grincheux, qu’elle soigne. Elle ne fera jamais rien sans la permission de son époux ; de son côté, celui-ci acceptera aussi – sans bien la comprendre puisque cela dépasse tout ce qu’il pourrait imaginer – l’aventure spirituelle de son épouse, et il ne s’opposera pas à la grâce de Dieu.
Dominique et Anne-Marie donneront la vie à sept enfants, mais ils auront le chagrin d’en perdre trois en bas âge.

Mère attentive à l’éducation de ses enfants, femme d’intérieur dont le logement modeste est toujours propre, Anne-Marie fait la cuisine, coud les vêtements de toute la maisonnée, tient les comptes…
Rien ne distingue sa vie de celle de toutes les mères des familles pauvres qui l’entourent, sinon le rayonnement d’une joie et d’une ferveur peu communes et une sérénité inaltérable, quelles que soient les épreuves traversées.
Dominique témoignera : « Elle parlait de Dieu sans devenir ennuyeuse comme le sont beaucoup de dévotes ! »

A la vie d’apparence très ordinaire d’Anne-Marie, se superpose une vie chrétienne exemplaire : elle est tertiaire trinitaire, participe aux réunions de sa confrérie, assiste quotidiennement à la Sainte Messe, et se soumet à une direction spirituelle exigeante… Et Dieu la submerge d’un véritable océan de grâces mystiques : Dieu fait à tout moment irruption dans sa vie, qu’elle soit à l’église ou dans sa cuisine, en pleine lessive ou en train de converser avec un Monsignore, qu’elle soit à table avec les siens ou allongée aux côtés de Dominique qui dort du sommeil du juste. Elle, avec familiarité, demande au Très-Haut : « Laissez-moi, Seigneur, je suis mère de famille. »

La grâce mystique spéciale qui caractérise Anne-Marie est que, pendant plus de quarante années, elle a en permanence auprès d’elle (qui est seule à le voir) un globe lumineux, comme un petit soleil, à l’intérieur duquel, sous une grande couronne d’épines, elle contemple la divine Sagesse. En regardant dans ce « soleil », elle peut connaître tout ce qui se passe dans le monde et dans l’Eglise, tous les événements – passés, présents et futurs – , ainsi que l’état de la conscience et les pensées secrètes de chacun.
Ce don de prophétie et de prescience lui amenait beaucoup de monde, de simples fidèles comme des Princes de l’Eglise, venant lui demander conseil, et que, toute sa vie, elle a reçus avec une infinie patience et sollicitude.
En cela s’est accompli ce que Notre-Seigneur lui fit un jour connaître dans son action de grâces après la Sainte Communion : « Je te destine à convertir des âmes et à consoler toutes les catégories de personnes : prêtres, frères, moines, prélats, cardinaux, et même Mon Vicaire ».

la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi

La Bienheureuse Anne-Marie Taïgi

C’est que notre Bienheureuse vit dans une période de l’Eglise et de l’Europe durant laquelle, en sus des « habituels » problèmes que peuvent avoir les fidèles pour bien conduire leur vie selon les voies de Dieu, les épreuves vont se multiplier : c’est la fin du siècle des prétendues « lumières » – siècle de la création et du développement de la Franc-Maçonnerie et de quelques autres sectes pseudo-spiritualistes antichrétiennes – , cette période est celle qui voit en France le déchaînement de la révolution avec ses attaques contre la Sainte Eglise Romaine.

Après avoir dépouillé l’Eglise de France de ses biens et tenté de la séparer de Rome, après avoir pillé les sanctuaires et fermé les maisons religieuses, après avoir multiplié les sacrilèges et les profanations, après avoir déporté ou massacré des milliers d’ecclésiastiques et de catholiques fidèles, la révolution « française » a voulu exporter ses théories blasphématoires et s’est lancée à la conquête de l’Europe : pour cela, l’enfer a finalement misé sur le génie orgueilleux et dévoyé d’un tacticien militaire qui est, comme je l’écrivais en commençant, l’exact contemporain d’Anne-Marie : Napoléon Bonaparte.

C’est lui, Bonaparte, qui par le traité de Tolentino (19 février 1797) imposé au Pape Pie VI, porte atteinte à l’intégrité des Etats de l’Eglise et ordonne le pillage de leurs oeuvres d’art ; bientôt après, la « république romaine » est proclamée ; Pie VI, emmené captif par les troupes françaises, meurt d’épuisement à Valence (29 août 1799) où on lui fait des funérailles civiles !
C’est lui, Bonaparte, qui impose au Saint-Siège un concordat (15 juillet 1801) qui, s’il permet le rétablissement du culte catholique en France, n’en tend pas moins à faire de l’Eglise de France la servante de ses ambitions et de son pouvoir.
C’est lui, Napoléon, qui ne voulant pas seulement soumettre l’Eglise de France à son implaccable volonté mais l’Eglise catholique tout entière, persécute odieusement le Pape Pie VII, annexe les Etats de l’Eglise, fait enlever et emprisonner le Souverain Pontife, puis déchaîne sa colère contre les cardinaux et les évêques fidèles…

Anne-Marie voit et sait toutes ces choses.
Elle a demandé à Dieu la signification de cette terrible permission par laquelle ce Napoléon a pu s’emparer – par d’épouvantables tueries et un amoncellement de ruines – d’un continent tout entier, et porter atteinte, d’une façon aussi barbare, à tout droit humain et divin.
Et Anne-Marie a reçu de Dieu cette réponse : 
« A cette fin, J’ai mandaté Napoléon. Il était le ministre de Mes fureurs ; il devait punir les iniquités des impies, humilier les orgueilleux. Un impie a détruit d’autres impies ».
Les choses sont donc bien claires : dans le plan de la divine Sagesse, l’impie Napoléon a été une espèce de « fléau de Dieu » pour que la révolution soit punie par ce qu’elle avait elle-même enfanté !

Le geai dépouillé de ses plumes empruntées caricature de Napoléon

Caricature inspirée de la fable de La Fontaine : « Le geai paré des plumes du paon ».
L’oiseau prétentieux a la tête de Napoléon ; des aigles – symboles des puissances souveraines d’Europe – lui arrachent les plumes qu’il avait volées pour paraître plus grand (ces plumes sont l’Espagne, la Bohême, la Pologne).

Le 9 juin 1815 - lors même que les puissances alliées poursuivaient Napoléon de leurs armées – , s’achevait le Congrès de Vienne, qui, vaille que vaille, redonnait une stabilité à l’Europe sur la base du principe de légitimité.
Neuf jours plus tard, le 18 juin 1815, à Waterloo, la folle tentative de Napoléon pour reprendre les rênes de la France et du monde allait recevoir la fin qu’elle méritait. 

Mais, en vérité, la victoire n’appartient ni aux congressistes de Vienne, ni aux Souverains alliés, ni à Wellington : elle est à Anne-Marie Taïgi.  
Car, loin des affrontements diplomatiques, loin des champs de bataille, loin des coulisses des palais, loin des intrigues politiques et loin de toute l’agitation du monde, la divine Sagesse avait aussi confié à l’épouse exemplaire de l’ « homme de peine » du palais Chigi, à la modeste mère de famille des quartiers populaires de Rome, à l’humble tertiaire priante et pénitente, la mission d’opposer un contrepoids, par sa vie fervente et mortifiée, aux ambitions démesurées et au plan orgueilleux du Bonaparte.
La fin de l’usurpation, la fin de vingt-trois années de guerres européennes ininterrompues commencées par la révolution et poursuivies par l’empire (1792-1815), la fin de la persécution de l’Eglise, la fin de la spoliation des Etats de l’Eglise, la fin de l’emprisonnement du Pape, c’est Anne-Marie qui les a obtenues par ses prières et ses pénitences.

Reconnue pour la sagesse de ses conseils et la justesse de ses prémonitions, Anne-Marie, après 1815, continuera, comme si de rien n’était, à mener sa vie humble et exemplaire, de mère de famille, puis de grand’mère.
Après Pie VII, elle continuera semblablement à soutenir Léon XII, Pie VIII et Grégoire XVI et leurs combats contre l’esprit de la révolution et les sociétés secrètes.
Je ne peux résumer ici tout ce que sa vie comporte de faits prodigieux, d’exemples admirables, ni toutes les prophéties – certaines très précises – qu’elle a transmises, concernant l’avenir du monde et de l’Eglise : cela demande des livres entiers.

Corps de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi, église Saint-Chrysogone

Corps de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi – Basilique Saint-Chrysogone au Transtévère, Rome.

Anne-Marie Taïgi rendit son âme à son Créateur à l’aube du vendredi 9 juin 1837, après trois heures d’agonie.
Elle était âgée de soixante-huit ans et vingt jours.

Déclarée « vénérable » par le Bienheureux Pie IX, elle a été béatifiée par Benoît XV le 30 mai 1920.
Son corps repose dans l’église Saint-Chrysogone au Transtévère (basilique desservie par les Pères Trinitaires, puisqu’elle était tertiaire de leur Ordre) : c’est là qu’il y a dix ans, notre Frère Maximilien-Marie a obtenu des religieux une relique de cette très humble femme par laquelle Dieu a voulu donner à Son Eglise la victoire sur Napoléon.

En ce 9 juin 2015, deuxième centenaire de la conclusion du Congrès de Vienne, et à quelques jours du bicentenaire de la victoire de Waterloo (18 juin), je considérais qu’il était de mon devoir de vous donner ici à propos de ces événements, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, un éclairage différent de celui de l’histoire officielle…

Lully.

Reliquaire de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi - Refuge ND de Compassion

Médaillon reliquaire de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi, au Mesnil-Marie.

2015-61. « Ils m’ont jeté vivant sous des murs funéraires… »

1795 – 8 juin – 2015

Deux-cent-vingtième anniversaire
du rappel à Dieu
de

Sa Majesté le Roi Louis XVII

frise lys deuil

Ce 8 juin 2015 marque le deux-cent-vingtième anniversaire de la mort, dans les épouvantables conditions que l’on sait, de « l’Enfant du Temple », Sa Majesté le Roi Louis XVII.

Foin des délires obsessionnels survivantistes ! Le petit Roi est bien mort dans l’horrible prison, âgé de dix ans deux mois et douze jours, et son règne – du sinistre 21 janvier 1793 à ce 8 juin 1795 – a été de deux ans quatre mois et dix-huits jours : un règne qui s’est tout entier écoulé entre les murs lugubres de ce donjon, dans les mauvais traitements, dans le broiement de ses plus chères aspirations, dans la déréliction, dans la maladie et l’agonie du coeur et de l’esprit avant de connaître, épuisé, l’agonie du corps.

Enfant martyr, la république qui a voulu pour lui un tel sort tombe sous le coup de la malédiction contenue dans les paroles du Christ : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits d’entre Mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait ! » (cf. Matth. XXV, 40 b).
Roi martyr, dont le sceptre, le manteau et la couronne ne furent ici-bas que de dérision et d’opprobre, comme ceux dont Jésus-Christ, Roi des rois, fut affublé par la soldatesque en Sa douloureuse Passion.

Sans doute, sans aucun doute, le sort atroce réservé à cet enfant-roi entrait-il surnaturellement dans un plan divin d’expiation et de rédemption qui échappe à toute logique humaine, et qui a mis en réserve pour la France – au jour où pénitente et dévouée : Gallia poenitens et devota, elle reviendra, par un même mouvement de conversion, à son Dieu et à sa vocation – des trésors de grâce.
Mais aujourd’hui, tout cela est enveloppé par le secret divin.

Pour l’heure, afin de marquer cet anniversaire, que nous célébrons avec des sentiments de foi et d’espérance, je veux vous livrer le poème intitulé « Louis XVII » que Victor Hugo a publié au livre premier de son recueil « Odes et ballades ».
On se souviendra de ce fait que si ce génie de la poésie française a malheureusement fini en républicain apostat (« je refuse la prière de toutes les Eglises »), il avait été à ses débuts un ardent légitimiste…

Ce long poème, qui met en scène l’entrée au paradis du petit Roi-martyr, contient plus d’un passage admirable et le regretté Révérend Père Jean Charles-Roux (cf. > ici) avait voulu qu’il conclut son très beau livre – que nous ne pouvons que chaleureusement recommander – intitulé : Louis XVII – la Mère et l’Enfant martyrs (ed. du Cerf – 2007).

Lully.

frise lys deuil

Louis XVII
(Victor Hugo, in « Odes et Ballades » -  Livre 1er, ode V)
* * *
Louis XVII mourant
I
En ce temps-là, du ciel les portes d’or s’ouvrirent ;
Du Saint des Saints ému les feux se découvrirent ;
Tous les cieux un moment brillèrent dévoilés ;
Et les élus voyaient, lumineuses phalanges,
Venir une jeune âme entre de jeunes anges
Sous les portiques étoilés.
C’était un bel enfant qui fuyait de la terre ;
Son œil bleu du malheur portait le signe austère ;
Ses blonds cheveux flottaient sur ses traits pâlissants ;
Et les vierges du ciel, avec des chants de fête,
Aux palmes du martyre unissaient sur sa tête
La couronne des innocents.
II
On entendit des voix qui disaient dans la nue :
- « Jeune ange, Dieu sourit à ta gloire ingénue ;
Viens, rentre dans ses bras pour ne plus en sortir ;
Et vous, qui du Très-Haut racontez les louanges,
Séraphins, prophètes, archanges,
Courbez-vous, c’est un roi ; chantez, c’est un martyr ! »
- « Où donc ai-je régné ? demandait la jeune ombre.
Je suis un prisonnier, je ne suis point un roi.
Hier je m’endormis au fond d’une tour sombre.
Où donc ai-je régné ? Seigneur, dites-le moi.
Hélas ! mon père est mort d’une mort bien amère ;
Ses bourreaux, ô mon Dieu, m’ont abreuvé de fiel ;
Je suis un orphelin ; je viens chercher ma mère,
Qu’en mes rêves j’ai vue au ciel. »
Les anges répondaient : – « Ton Sauveur te réclame.
Ton Dieu d’un monde impie a rappelé ton âme.
Fuis la terre insensée où l’on brise la croix.
Où jusque dans la mort descend le régicide,
Où le meurtre, d’horreurs avide,
Fouille dans les tombeaux pour y chercher des rois. »
- « Quoi ! de ma lente vie ai-je achevé le reste ?
Disait-il ; tous mes maux, les ai-je enfin soufferts ?
Est-il vrai qu’un geôlier, de ce rêve céleste,
Ne viendra pas demain m’éveiller dans mes fers ?
Captif, de mes tourments cherchant la fin prochaine.
J’ai prié : Dieu veut-il enfin me secourir ?
Oh ! n’est-ce pas un songe ? a-t-il brisé ma chaîne ?
Ai-je eu le bonheur de mourir ?
« Car vous ne savez point quelle était ma misère !
Chaque jour dans ma vie amenait des malheurs ;
Et, lorsque je pleurais, je n’avais pas de mère
Pour chanter à mes cris, pour sourire à mes pleurs.
D’un châtiment sans fin languissante victime,
De ma tige arraché comme un tendre arbrisseau,
J’étais proscrit bien jeune, et j’ignorais quel crime
J’avais commis dans mon berceau.
« Et pourtant, écoutez : bien loin dans ma mémoire,
J’ai d’heureux souvenirs avant ces temps d’effroi ;
J’entendais en dormant des bruits confus de gloire,
Et des peuples joyeux veillaient autour de moi.
Un jour tout disparut dans un sombre mystère ;
Je vis fuir l’avenir à mes destins promis ;
Je n’étais qu’un enfant, faible et seul sur la terre,
Hélas ! et j’eus des ennemis !
« Ils m’ont jeté vivant sous des murs funéraires ;
Mes yeux voués aux pleurs n’ont plus vu le soleil ;
Mais vous que je retrouve, anges du ciel, mes frères,
Vous m’avez visité souvent dans mon sommeil.
Mes jours se sont flétris dans leurs mains meurtrières,
Seigneur, mais les méchants sont toujours malheureux ;
Oh ! ne soyez pas sourd comme eux à mes prières,
Car je viens vous prier pour eux. »
Et les anges chantaient : – « L’arche à toi se dévoile,
Suis-nous ; sur ton beau front nous mettrons une étoile.
Prends les ailes d’azur des chérubins vermeils ;
Tu viendras avec nous bercer l’enfant qui pleure,
Ou, dans leur brûlante demeure,
D’un souffle lumineux rajeunir les soleils ! »
III
Soudain le chœur cessa, les élus écoutèrent ;
Il baissa son regard par les larmes terni ;
Au fond des cieux muets les mondes s’arrêtèrent,
Et l’éternelle voix parla dans l’infini :
« O roi ! je t’ai gardé loin des grandeurs humaines.
Tu t’es réfugié du trône dans les chaînes.
Va, mon fils, bénis tes revers.
Tu n’as point su des rois l’esclavage suprême,
Ton front du moins n’est pas meurtri du diadème,
Si tes bras sont meurtris de fers.
« Enfant, tu t’es courbé sous le poids de la vie ;
Et la terre, pourtant, d’espérance et d’envie
Avait entouré ton berceau !
Viens, ton Seigneur lui-même eut ses douleurs divines,
Et mon Fils comme toi, roi couronné d’épines,
Porta le sceptre de roseau. »
                                                                                    (décembre 1822)

Ecce Homo par Philippe de Champaigne

2015-59. In memoriam : Louis du Vergier de La Rochejaquelein.

1815 – 4 juin – 2015

Louis du Vergier de la Rochejaquelein par Pierre-Narcisse Guérin

Portrait de Louis du Vergier de la Rochejaquelein par Pierre-Narcisse Guérin.

Jeudi 4 juin 2015,
Fête du Très Saint-Sacrement (cf. > ici et suivants).

La très grande fête de ce jour, qui remplit nos coeurs d’une fervente allégresse, ne nous fait néanmoins pas oublier le deuxième centenaire de la mort de Louis du Vergier de La Rochejaquelein, tué au combat le 4 juin 1815.

Scapulaire Sacré-Coeur

Henri Louis Auguste du Vergier, marquis de La Rochejaquelein (1749-1802) et son épouse, Constance de Caumont d’Ade (1749-1798) furent les parents de sept enfants, parmi lesquels trois garçons prénommés respectivement Henri (1772-1794) – le justement célèbre « Monsieur Henri », deuxième généralissime de la Grande Armée Catholique et Royale – , Louis (1777-1815) dont nous rappellerons aujourd’hui la geste, et Auguste (1784-1868), surnommé « le balafré », que nous avons cité en évoquant Jacques-Joseph de Cathelineau (cf. > ici).
Ces trois fils rivalisèrent de vaillance et de courage pour la défense du trône et de l’autel.

Louis du Vergier de La Rochejaquelein est donc né à Saint-Aubin de Baubigné le 30 novembre 1777 : il n’a que douze ans quand éclate la révolution, et il accompagne ses parents lorsque ceux-ci prennent la route de l’exil.
A l’âge de quatorze ans, il s’engage dans un régiment impérial, celui du comte
Maximilien Antoine Charles Baillet de Latour, pour combattre contre les armées de la révolution ; mais après une brève campagne seulement (1792), il rejoint ses parents en Angleterre afin de partir avec eux pour Saint-Domingue où son père possède une plantation.
Mais Saint-Domingue est en insurrection : Louis s’engage alors dans un régiment anglais de la Jamaïque et participe au débarquement à Saint-Domingue.
Il sert pendant cinq ans dans l’armée anglaise.

En 1798, Louis démissionne puis rentre en Angleterre avec le dessein de rejoindre les Chouans. Mais arrive l’amnistie de 1801 : il peut rentrer en France.

Le 1er mars 1802, il épouse la veuve de son cousin Louis-Marie de Lescure (cf. > ici), Victoire de Donnissan (elle devient donc marquise de La Rochejaquelein, nom sous lequel elle est le plus connue et sous lequel sont publiés ses fameux Mémoires).
Louis ne se rallie pas à l’empire, il vit la plupart du temps dans le Bordelais, et s’engage dans une organisation royaliste secrète, les « Chevaliers de la Foi » qui travaillent dans l’ombre au rétablissement du pouvoir légitime.
A Bordeaux, le 12 mars 1814, Louis joue un rôle important dans la libération de la ville et dans la proclamation de la souveraineté de Louis XVIII, événement qui aura un grand retentissement dans tout le royaume et balaiera en bonne partie les préventions des alliés contre le rétablissement des Bourbons .

La Restauration traite Louis de La Rochejaquelein avec une faveur particulière : il est nommé maréchal de camp et capitaine commandant des grenadiers de la Maison du Roi.
En mars 1815, lorsque le Bonaparte félon manque à sa parole, s’enfuit de l’île d’Elbe, parvient à rallier à sa personne des officiers et des troupes parjures, et que Louis XVIII trahi est contraint de reprendre le chemin de l’exil, Louis l’accompagne à Gand.
Il passe ensuite en Angleterre et de là s’embarque pour les côtes vendéennes : il porte avec lui un drapeau de la Grande Armée Catholique et Royale de 1793.
Une partie de la Vendée se soulève à nouveau : sur place, à la tête du mouvement, se trouvent son jeune frère Auguste de La Rochejaquelein, Charles
de Charette de La Contrie, Pierre Constant de Suzannet, Charles Sapinaud de la Rairie, Charles-Marie de Beaumont d’Autichamp
Mais ce soulèvement, pourtant fort de plusieurs dizaines de milliers d’hommes, est compromis par des mésententes entre les chefs.

Au début juin 1815, Louis de La Rochejaquelein est à Croix-de-Vie, dirigeant des manœuvres de débarquement d’armes et de munitions.
Le 4 juin au matin, on apprend que le général Estève, bonapartiste, à la tête de quinze-cents hommes, s’avance vers Le Périer, venant de Riez.
Louis et Auguste de La Rochejaquelein ont avec eux environ douze-cents hommes et vont tenter de lui barrer la route.

Les soldats du général Estève sont trois fois repoussés et contraints de reculer jusque dans l’ancienne île de Riez, qui n’est plus qu’une plaine sablonneuse de peu d’étendue ; ils se trouvent pourtant dans une meilleure situation pour combattre : derrière eux ils ont la ferme des Mathes qui va donner son nom au combat de cette célèbre journée, et devant eux, entre la route et la plaine, les deux La Rochejaquelein.
Estève feint de battre en retraite afin d’attirer l’ennemi en terrain découvert. Les paysans vendéens abandonnent leurs abris pour les poursuivre, et se jettent en avant dans la direction de la ferme des Mathes ; mais ils s’arrêtent bientôt à la vue de l’infanterie, qui ayant fait volte-face, les attend rangée en bon ordre.
Le combat est acharné.
Lorsqu’un premier officier vendéen est tué, ses hommes se replient en désordre vers le Marais. Ce mouvement entraîne les autres paysans : c’est le commencement de la déroute.

Pour les rallier, Louis de La Rochejaquelein, monte sur un petit tertre : sa taille athlétique, sa capote bleue et son chapeau à panaches de plumes blanches le font reconnaître de loin : du milieu des rangs ennemis on entend crier : « Tirez à la capote bleue ! »… et le brave La Rochejaquelein tombe, percé de vingt balles, entre les bras d’un paysan nommé Crochet, qui reçoit son dernier soupir.
Dans le même temps, Auguste de La Rochejaquelein, lui-même dangereusement blessé, est jeté à bas de son cheval ; ses hommes l’emportent loin du champ de bataille, pendant que le gros des maraîchins, outrés de colère, repoussent le général Estève, lui tuent quatre cents hommes et le font reculer.
Ce double malheur anéantit néanmoins les dernières espérances des royalistes.

La Croix des Mathes - avant les aménagements

La Croix des Mathes, sur le site de la bataille du 4 juin 1815 (avant les récents aménagements),
marque l’endroit où fut rapidement enseveli Louis de La Rochejaquelein :
la petite stèle en arrière précise l’endroit où il rendit le dernier soupir.

Louis de La Rochejaquelein fut enseveli à l’endroit même où il était tombé.
Le lendemain, survint Mademoiselle de La Rochejaquelein, sa sœur : avec une énergie toute virile, apprenant les difficultés dans lesquelles il se trouvait, elle avait rassemblé quelque quatre mille hommes et, à leur tête, venait pour prendre part au combat.
Elle n’ariva que pour apprendre la fatale nouvelle.
C’est p
ar ses soins qu’une pierre surmontée d’une croix fut élevée à la place où avait été déposé provisoirement, le corps du général vendéen ; elle y fit graver cette inscription que l’on y voit encore : Sous ce tertre fut ici couvert de terre Louis de La Rochejaquelein.
Derrière, une pierre surmontée d’une fleur de lys marque l’endroit où il fut blessé à mort et rendit son dernier soupir dans les bras du brave Crochet.

La mort de La Rochejaquelein acheva de désorganiser l’insurrection.
Les combattants étaient découragés, et bien des chefs, mêmes s’ils s’efforçaient de cacher leurs sentiments, ne l’étaient pas moins…
Quinze jours plus tard, la victoire de Waterloo mett
ait un terme définitif aux délires napoléoniens et le Roi était de retour.

Si le corps de Louis de La Rochejaquelein fut ramené en février 1816 à Saint-Aubin de Baubigné, où il repose dans l’église auprès des siens, le lieu de sa mort héroïque fut acheté par la famille de La Rochejaquelein, pour que soit préservé ce lieu saint. Ses descendants en sont toujours les propriétaires aujourd’hui.

En 1994, la commune de Saint-Hilaire-de-Riez a passé une convention avec les héritiers qui ont autorisé des aménagements du site et la création d’un espace d’information.
Cette année, pour le bicentenaire du combat des Mathes et de la mort de Louis de La Rochejaquelein, la municipalité et l’association du Souvenir Vendéen ont fait procéder à une restauration de ce site historique, restauration qui sera inaugurée le 13 juin prochain.

Chapelle funéraire des La Rochejaquelein dans l'église de Saint Aubin de Baubigné

Eglise de Saint-Aubin de Baubigné, chapelle funéraire de la famille de La Rochejaquelein,
où sont ensevelis Henri, Louis et Auguste de La Rochejaquelein,
ainsi que l’épouse de Louis, Victoire de Donissan, auteur des fameux Mémoires.

Scapulaire Sacré-Coeur

2015-58. Les « petites phrases » du successeur du Grand Roi.

Mercredi 3 juin 2015,
fête de Sainte Clotilde, reine des Francs,
et anniversaire du rappel à Dieu de S.M. le Roi Louis XIX (3 juin 1844).

lys 2

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Sans doute le savez-vous, et d’ailleurs la « niouzelaiteur » de notre site l’avait-elle annoncé (cf. > ici), nos Souverains légitimes, Monseigneur le duc d’Anjoude jure Louis XX – et son épouse la Princesse Marie-Marguerite, ont effectué une visite officielle en Bretagne les 29, 30 et 31 mai derniers.

S’il n’était pas possible à notre Frère de s’y rendre, vous vous doutez bien néanmoins que nous accompagnions  ce voyage de nos Princes par la pensée et la prière, en union avec de nombreux amis qui s’y trouvaient, et en particulier avec les représentants de l’Union des Cercles Légitimistes de France (UCLF) et de l’Institut de la Maison de Bourbon (IMB).
En confidence (mais une telle joie peut-elle vraiment demeurer confidentielle ?), je peux aussi vous révéler que Frère Maximilien-Marie a reçu ce jour d’hui même par la poste, une carte envoyée de Sainte-Anne d’Auray portant deux « simples » signatures - « Louis » et « Marie-Marguerite » – , carte qui, vous l’imaginez sans peine, a ému notre Frère jusqu’aux larmes…

Les visites officielles du descendant direct de Saint Louis, d’Henri IV et de Louis XIV, sont ponctuées par des entretiens ou discours auxquels il convient de porter la plus grande attention.
En effet, même si – circonstances obligent – le Prince doit user de quelque diplomatie avec les représentants du régime d’occupation qui sévit malheureusement en France, ses prises de parole  ne sont néanmoins pas anodines et elles sont émaillées de « petites phrases » précieuses qui sonnent à nos oreilles comme de véritables mots d’ordre :
« que celui qui a des oreilles pour entendre entende » (cf. Matth. XI, 15)…

Je ne vais donc pas reproduire ici l’intégralité des discours de notre Prince : on peut déjà les retrouver sur quelques uns de nos sites amis, et en particulier ici > Visite de Louis XX en Bretagne, mais je vais en extraire ces « petites phrases » qui m’ont paru d’une importance remarquable parce que, à travers leur heureuse formulation, souvent concise, ce sont de vraies lignes directrices de pensée et d’action que Monseigneur le Prince Louis vient de laisser à ses fidèles ; certaines constituent d’ailleurs de beaux et purs slogans que nous pouvons mettre en exergue à notre combat légitimiste.

A ces discours officiels, il ne faut pas omettre d’adjoindre le texte de l’entretien exclusif que Monseigneur le Prince Louis avait accordé au « Télégramme » le 29 mai et dont on retrouvera l’intégralité ici > L’héritier des Rois en visite en Bretagne.
Les réponses de notre Prince aux questions des journalistes sont à bien des égards remarquables, aussi convient-il de les lire avec attention et de bien les méditer.
Comme pour les discours, j’en extrais les mots d’ordre qui m’ont le plus touché.

Vivent nos Princes !
Vive le Roi Louis XX !
Vive la Reine Marie-Marguerite !

Lully.

Le Prince Louis et la Princesse Marie-Marguerite à l'issue de la Messe à Sainte-Anne d'Auray dimanche 31 mai 2015

Monseigneur le Prince Louis et son épouse la Princesse Marie-Marguerite
à l’issue de la Messe célébrée dans la basilique de Sainte-Anne d’Auray,
le dimanche 31 mai 2015.

lys 2

Les « petites phrases » de l’héritier du Grand Roi :

Dans l’entretien accordé au « Télégramme » :

- « Je suis le seul héritier des rois qui ont régné sur notre pays, de Clovis à Charles X. »

- « On ne peut être le descendant direct d’une dynastie dont la destinée se confond avec l’Histoire de France sans se sentir investi d’une mission. »

- « Il me semble que par rapport aux souverains passés, j’ai aussi le devoir de montrer que leur œuvre se poursuit et que les principes qui ont fait que ce régime a tenu 800 ans, ont toujours leur place : la justice, le respect du droit naturel, l’harmonie sociale. »

- « Face à un pouvoir qui ne défend plus l’ordre naturel, comme héritier de la dynastie capétienne, je demeure le garant des valeurs morales. »

Dans le discours prononcé lors de la réception par la municipalité de Lorient au musée de la Compagnie des Indes Orientales :

- « La grandeur des politiques se perçoit aux fruits qu’elles portent sur le moment et dans la durée. »

Lors du dîner offert à Vannes le samedi 30 mai :

- « La royauté, en effet, n’a pas à être une nostalgie mais, au contraire, doit aider à préparer l’avenir. C’est ainsi que nous sommes dignes de l’héritage reçu. »

- « Tradition et modernité. Il me semble que depuis que je suis devenu chef de la Maison Capétienne, héritier des rois de France, c’est le message que je veux faire passer. Les traditions sont peu de choses lorsqu’elles ne sont que conservatisme. Elles sont beaucoup lorsqu’elles permettent d’ouvrir sur le présent et le progrès. Elles sont peu lorsqu’elles ne sont que regrets du passé. Elles sont beaucoup, en étant espoir et encouragement à la jeunesse et à l’innovation. »

- « L’unité est gage de succès.
Doivent s’unir et se conforter toutes les associations, les bonnes volontés publiques et privées, les autorités religieuses et civiles, les forces vives de l’économie et des sciences, les chercheurs et les enseignants. »

- « Nous sommes des héritiers mais nous ne devons pas cacher notre trésor. Nous devons au contraire le faire fructifier. Tel est notre devoir. Nous avons un héritage à transmettre. Nous devons faire vivre et croître ce que nous avons reçu, par respect pour ceux qui nous ont précédés et pour préparer l’avenir de nos enfants. »

Dans le discours prononcé au Champ des Martyrs de Brec’h :

- « Le souvenir du passé doit nous aider à affronter les malheurs des temps présents. Nous ne devons pas avoir peur de nous engager pour nos familles et nos enfants. En étant les gardiens de la tradition, nous sommes les précurseurs du monde meilleur que nous souhaitons à nos héritiers. »

- « La religion catholique nous enseigne que le sang des martyrs est le terreau dans lequel s’ensemence l’avenir. »

- « En restant fidèles au sacrifice des anciens, nous sommes aussi les artisans de l’avenir ! »

Dans le discours prononcé devant le monument édifié en l’honneur du Comte de Chambord :

- « Le Comte de Chambord n’était pas un homme du passé. Ses écrits montrent combien il avait le sens des événements et comme il voyait les problèmes de son temps. »

- « Ne pas rester figés sur la nostalgie d’un monde passé mais créer le monde de demain sur les principes de la tradition. »

- « Il s’agit de prolonger la mission de progrès qui a toujours été celle de la royauté française. »

- « Etre ouvert à son temps, ce n’est pas en accepter benoîtement les dérives et les propositions contre nature. »

- « Redonner du sens à la vie. Être des porteurs d’espoir. Ré-enchanter la société, tel est notre devoir. Il s’impose à l’égard de notre pays et à tous les Français. N’ayons pas peur ! Ne soyons pas découragés ! »

- « Le Comte de Chambord fut aussi l’homme des combats qui paraissent impossibles. Il n’est pas remonté sur le trône de ses ancêtres mais il a conservé intact le principe de la royauté sans l’affadir, ni le compromettre.
Il nous appartient de continuer son œuvre de fidélité et d’espoir, et de lui rendre l’hommage qui lui revient. »

- « Nous sommes les veilleurs de la mémoire, en charge de transmettre des valeurs dans lesquelles nos enfants puiseront pour continuer à écrire l’histoire de France. »

Grandes armes de France

Publié dans:Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 3 juin, 2015 |7 Commentaires »
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