Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2025-193. Condamnation des « lois laïques » par l’assemblée des Cardinaux et Archevêques de France.

   Oui, vous avez bien lu : « Condamnation des lois laïques par l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France » ; mais c’était en… 1925 !

   Ce texte est intéressant à plus d’un titre : d’un point de vue historique, certes, mais aussi et surtout parce qu’il rappelle des principes véritablement catholiques qui n’ont plus rien à voir avec les insipides verbiages sociaux-circonstantiels « pondus » par les actuels hiérarques de l’Eglise de France, qui donnent l’impression d’être totalement ignorants de ces principes.

   En raison même de ces principes affirmés clairement, ce texte est intemporel.
On regrette toutefois…
1) premièrement – et ce n’est pas anodin ! – que les armes surnaturelles ne sont pas mentionnées parmi les moyens de lute contre le laïcisme ;
2) et secondement que dans les paragraphes III-2 et III-3, perce déjà une espèce d’utopisme ou de naïveté quant à l’efficacité des démarches avec des personnes et un système qui sont – par le fait même qu’ils deviennent des « élus de la république » et nonobstant leur « bonne volonté » – les prisonniers d’une idéologie fondamentalement anti-chrétienne.

Vitrail du Christ-Roi - blogue

Déclaration de l’Assemblée

des Cardinaux et Archevêques de France

sur les lois dites de laïcité

et sur les mesures à prendre pour les combattre

I. Injustice des lois de laïcité :

   1. Les lois de laïcité sont injustes d’abord parce qu’elles sont contraires aux droits formels de Dieu. Elles procèdent de l’athéisme et y conduisent dans l’ordre individuel, familial, social, politique, national, international. Elles supposent la méconnaissance totale de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de son Evangile. Elles tendent à substituer au vrai Dieu des idoles (la liberté, la solidarité, l’humanité, la science, etc.) ; à déchristianiser toutes les vies et toutes les institutions. Ceux qui en ont inauguré le règne, ceux qui l’ont affermi, étendu, imposé, n’ont pas eu d’autre but. De ce fait, elles sont l’œuvre de l’impiété, qui est l’expression de la plus coupable des injustices, comme la religion catholique est l’expression de la plus haute justice.

   2. Elles sont injustes ensuite, parce qu’elles sont contraires à nos intérêts temporels et spirituels. Qu’on les examine, il n’en est pas une qui ne nous atteigne à la fois dans nos biens terrestres et dans nos biens surnaturels. La loi scolaire enlève aux parents la liberté qui leur appartient, les oblige à payer deux impôts : l’un pour l’enseignement officiel, l’autre pour l’enseignement chrétien ; en même temps, elle trompe l’intelligence des enfants, elle pervertit leur volonté, elle fausse leur conscience. La loi de Séparation nous dépouille des propriétés qui nous étaient nécessaires et apporte mille entraves à notre ministère sacerdotal, sans compter qu’elle entraîne la rupture officielle, publique, scandaleuse de la société avec l’Eglise, la religion et Dieu. La loi du divorce sépare les époux, donne naissance à des procès retentissants qui humilient et déclassent les familles, divise et attriste l’enfant, rend les mariages ou partiellement ou entièrement stériles, et de plus elle autorise juridiquement l’adultère. La laïcisation des hôpitaux prive les malades de ces soins dévoués et désintéressés que la religion seule inspire, des consolations surnaturelles qui adouciraient leurs souffrances, et les expose à mourir sans sacrements.

   On pourrait développer ces considérations à l’infini, y ajouter et montrer que le laïcisme, dans toutes les sphères, est fatal au bien privé et public.

   Dès lors, les lois de laïcité ne sont pas des lois. Elles n’ont de loi que le nom, un nom usurpé ; elles ne sont que des corruptions de la loi, des violences plutôt que des lois, dit Saint Thomas : Magis sunt violentiae quam leges [Ia, IIae, q. 96, art. IV. Traduction : « des lois de cette sorte sont des violences plutôt que des lois »]. Ne nous nuiraient-elles que dans l’ordre temporel, en soi, elles ne nous obligeraient pas en conscience, tales leges (scil. leges contrariae bono humano), non obligant in foro conscientiae [ibid. Traduction : « de telles lois (c’est-à-dire contraires au bien humain), n’obligent pas en conscience »]Mais comme les lois de laïcité attentent aux droits de Dieu, comme elles nous atteignent dans nos intérêts spirituels ; comme, après avoir ruiné les principes essentiels sur lesquels repose la société, elles sont ennemies de la vraie religion qui nous ordonne de reconnaître et d’adorer, dans tous les domaines, Dieu et son Christ, d’adhérer à leur enseignement, de nous soumettre à leurs commandements, de sauver à tout prix nos âmes, il ne nous est pas permis de leur obéir, nous avons le droit et le devoir de les combattre et d’en exiger, par tous les moyens honnêtes, l’abrogationLeges posunt esse injuste per contrarietatem ad bonum divinum, sicut leges tyrannicae inducentes ad idolatriam vel ad quodcumque aliud quod sit centra legem divinam : et tales leges nullo modo licet observare, quia sicut dicitur, Act. IV, « Obedire oportet Deo magis quam hominibus » [ibid. Traduction : « Les lois peuvent être injustes par leur opposition au bien divin ; telles sont les lois tyranniques qui poussent à l’idolâtrie ou à toute autre conduite opposée à la loi divine : il n’est jamais permis d’observer de telles lois car, « il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes » (Ac. 5, 29)].

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II. Mesures à prendre pour combattre les lois de laïcité :

   Deux tactiques. La première consisterait à ne pas heurter de front les législateurs laïcs ; à essayer de les apaiser et d’obtenir qu’après avoir appliqué leurs lois dans un esprit de modération, ils finissent par les laisser tomber en désuétude. Il est possible qu’avec certains hommes investis du pouvoir et moins mal disposés, cette méthode ait quelque chance de succès. On citerait des cas dans l’Histoire où elle a réussi. De plus, elle aurait l’avantage de ne point exaspérer les adversaires et de ne point provoquer de leur part des mesures d’autant plus redoutables qu’elles seront inspirées par un sentiment plus irrité. Cependant, cette tactique présente plusieurs inconvénients graves.

   1 – Elle laisse les lois debout. A supposer qu’un ministère ou plusieurs ministères n’en usent qu’avec bienveillance, ou cessent d’en user contre les catholiques, il dépendra d’un nouveau gouvernement de les tirer de l’oubli, de leur rendre leur vigueur et leur efficacité. Danger qui n’est pas imaginaire, car de notre temps le pouvoir passe continuellement d’un parti relativement tolérant à un parti extrême. Il suffit que le premier se soit montré un peu conciliant pour que le second, par réaction, ne garde à notre endroit aucun ménagement. Depuis des années, nous assistons à ce flux et à ce reflux de la persécution religieuse qui, au fond, s’est toujours aggravée. Elle habitue les esprits, fussent-ils sincèrement catholiques, à regarder comme justes, comme compatibles avec la religion les lois de laïcité ; elle favorise ces hommes qui, oscillant perpétuellement entre le laïcisme et le catholicisme, sont prêts à toutes les concessions pour gagner des voix à droite et à gauche, pour entrer dans un ministère, et, n’essayant que d’atténuer quelques effets du laïcisme, en laissent subsister le principe, et en pratique lui sacrifient à peu près complètement le catholicisme. On dira qu’une attitude de conciliation nous a valu quelques faveurs particulières. Petits avantages quand on songe à l’immense courant d’erreur qui envahit les âmes et les entraîne à l’apostasie ! Petits avantages qui nous enchainent et nous empêchent de réagir contre nos adversaires !

   2 – Les plus malfaisantes de ces lois continuent à agir, quelles que soient les intentions des ministères successifs. Au moment des accalmies apparentes auxquelles nous avons eu trop de confiance, les écoles athées fonctionnaient sans arrêt ; on préparait des dossiers contre les Ordres religieux, et l’attribution des biens ecclésiastiques se poursuit sournoisement et surement.

3 – Cette politique encourage nos adversaires, qui, comptant sur notre résignation et notre passivité, se livrent chaque jour à de nouveaux attentats contre l’Église. En somme, les lois de laïcité se sont multipliées au point de réduire chaque jour davantage la reconnaissance du domaine divin sur nous et le champ de nos droits et de nos libertés. Ces pensées frapperont singulièrement quiconque se rappellera la série des lois dont nous sommes les victimes, quiconque invoquera le témoignage de l’histoire pendant le dernier demi-siècle.

   C’est pourquoi la majorité des catholiques vraiment attachés à leur foi demande qu’on adopte une attitude plus militante et plus énergique. Elle demande que, sur tous les terrains, dans toutes les régions du pays, on déclare ouvertement et unanimement la guerre au laïcisme et à ses principes jusqu’à l’abolition des lois iniques qui en émanent ; que, pour réussir, on se serve de toutes les armes légitimes.

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III. Moyens à employer :

   Ces moyens peuvent se ramener à trois : 1. Action sur l’opinion ; 2. Action sur les législateurs ; 3. Action sur le gouvernement.

III-1. Action sur l’opinion. 

   L’action sur l’opinion s’exercera par la propagande de la vérité ; par la dénonciation des préjugés qui égarent le peuple en l’aveuglant ; par les démonstrations extérieures.

   a) La propagande sera féconde si elle est persévérante ; si, tous d’accord, les catholiques font retentir partout la même note de réprobation contre les injustices de la législation : neutralité (mensongère d’ailleurs et impossible), et laïcité de l’enseignement, école unique, divorce, spoliation du clergé, ostracisme des Congrégations, athéisme de l’Etat et des institutions domestiques, sociales, charitables, politiques, si les Lettres épiscopales, les Semaines religieuses, les Bulletins paroissiaux, les revues, la presse, les affiches, les conférences, les catéchismes, donnent le même son de cloche.

   Après avoir montré que les individus, les familles, les nations doivent à Dieu et à Notre-Seigneur un culte officiel, intérieur, extérieur ; une soumission de l’intelligence, de la volonté, de l’activité, il sera et nécessaire de faire ressortir les avantages temporels qu’apporte dans tous les ordres la religion catholique, les maux sans nombre que causent, à cet égard, les lois de laïcité. Par exemple, la foi en une autre vie et en un Juge suprême, l’éducation et la morale chrétiennes, la doctrine évangélique du mariage et de son indissolubilité sont les ennemies du fléau de la dépopulation ; l’incrédulité, l’école laïque, le divorce en sont les complices. Aucune loi n’est aussi favorable à l’éducation des jeunes esprits et des jeunes cœurs que la loi chrétienne, tandis que la science et la morale ont gravement perdu en brisant avec l’Eglise.

   L’application des lois de laïcité a couté à la France des milliards qui auraient pu être épargnés, servir au soulagement des malheureux, accroître la richesse et les réserves du pays, lui assurer au dehors un prestige grandissant. Malgré ces dépenses ruineuses, les malades, les orphelins, les pauvres, les vieillards n’en ont été que plus mal soignés. Que sont devenues, sous le régime du laïcisme, l’impartialité des tribunaux, la liberté des individus, des familles, des officiers, des magistrats, des instituteurs, des fonctionnaires, des mourants ; la participation de meilleurs citoyens aux emplois publics, la justice commutative ou distributive, les relations des classes, l’unité, la paix intérieure, la conscience professionnelle, etc. ? Léon XIII revenait souvent à ces considérations qui émeuvent la multitude.

   b) Il faudrait encore confondre les préjugés qui égarent le peuple en l’aveuglant. En voici quelques-uns :

  • La loi, juste ou injuste, est la loi ; on est tenu de lui obéir.
  • Les lois de laïcité sont intangibles (alors que les autres peuvent être changées et que les Parlements passent leur vie à les changer).
  • Attaquer les lois laïques, c’est attaquer la République (comme si la législation et la Constitution n’étaient pas distinctes ; comme si les républicains les moins suspects n’attaquaient pas les lois qu’ils ont eux-mêmes votées, et jusqu’à la Constitution dont ils sont les auteurs. La vérité est que les catholiques devront toujours combattre le laïcisme quel que soit le régime – régime monarchique ou républicain – qui l’aura mis en vigueur).
  • Il faut séparer la religion et la politique. (Il ne faut pas les séparer, il faut les distinguer et les concilier.)
  • La religion est affaire privée. (La religion est affaire privée, affaire domestique, affaire publique. La société comme l’individu, doit au vrai Dieu des adorations et un culte).
  • La religion n’a rien à voir dans la politique. (La religion laisse à chacun la liberté d’être républicain, royaliste, impérialiste, parce que ces diverses formes de gouvernement sont conciliables avec elle ; elle ne lui laisse pas la liberté d’être socialiste, communiste ou anarchiste, car ces trois sectes sont condamnées par la raison et par l’Eglise. A moins de circonstances particulières, les catholiques sont tenus de servir loyalement les gouvernements de fait aussi longtemps que ceux-ci travaillent au bien temporel et spirituel de leurs sujets ; ils ne leur est pas permis de prêter leur concours aux mesures injustes ou impies que prennent les gouvernements ; ils sont obligés de se rappeler que la politique, étant une partie de la morale, est soumise, comme la morale, à la raison, à la religion, à Dieu. C’est d’une façon analogue qu’il convient de réfuter les autres préjugés répandus dans la population.)

   A cette action sur l’opinion par la propagande se rattache la question des publicistes et des conférenciers. Il est très désirable que ceux-ci soient formés et préparés sérieusement ; qu’ils ne se contentent pas de formules universelles, generalia non movent, de phraséologies vagues et vides, mais qu’ils fassent preuve de précision, de compétence, de force, de clarté ; qu’en particulier ils étudient les traités de la foi, de l’Eglise et de l’Etat.

   c) Action sur l’opinion par les manifestations extérieures. En cet ordre, la prudence nous prescrit de procéder suivant ses préceptes, d’éviter la témérité, de prendre toutes les précautions nécessaires. Mais il est sûr que les manifestations extérieures, bien préparées, impressionneront la foule en lui donnant l’idée, qu’elle n’a pas, de notre nombre, de notre unité, de notre puissance et de la volonté inébranlable où nous sommes, de revendiquer nos droits jusqu’à la victoire. « L’opinion, disait dernièrement un de nos cardinaux, se prononce pour ceux qui se battent bien ». Elle abandonne ceux qui s’abandonnent eux-même.

nika

III-2. Action sur les législateurs. 

   Cette action peut aboutir à quelques résultats heureux.

  • a) Par des pétitions envoyées aux députés, aux sénateurs de chaque département. Il conviendrait que ces pétitions vinssent de tous les groupements : groupements de pères de famille, d’anciens combattants, de Jeunesse catholique, de cheminots, de veuves de guerre ; des Ligues féminines catholiques, des personnalités les plus considérables de la banque, de l’industrie, du commerce, etc. Ces pétitions seraient adressées à tous les parlementaires, sans exception, et si un ministre appartenait à la contrée, on aurait soin de lui faire tenir ces protestations et ces réclamations.
  • b) Des personnages considérables voudraient qu’on allât plus loin et que l’on donnât à tous les catholiques la consigne de refuser leurs voix aux candidats qui ne seraient pas en théorie et en pratique, les adversaires du laïcisme et des œuvres neutres. Dans l’esprit de ces hommes graves, la théorie du moindre mal, poussée au-delà des bornes, nous a valu des échecs et des malheurs de plus en plus irréparables que nous aurions pu conjurer, au moins en partie, par une attitude plus ferme.

nika

III-3. Action sur le gouvernement.

   Ce qui remue l’opinion et les Chambres atteint déjà le gouvernement, mais il faut l’aborder directement. Socialistes, communistes, fonctionnaires, ouvriers, commerçants nous donnent l’exemple. Quand une loi ou un décret leur déplaît ou leur nuit, ils n’estiment pas suffisante les interpellations de leurs représentants à la Chambre ou au Sénat, ils s’adressent eux-mêmes au pouvoir. Ils se rendent en masse aux portes des mairies, des préfectures, des ministères ; ils envoient aux titulaires de l’autorité des protestations, des délégations, des ultimatums ; ils multiplient les démarches voire les grèves ; ils assiègent et ils harcèlent le gouvernement qui a, presque toujours, finit par céder à leurs instances. Pourquoi, autant que nous le permettent notre morale, notre dignité, notre amour de la paix, fondée sur la justice et la charité, ne les imiterions-nous pas, afin d’effacer de notre code les lois qui, suivant l’énergique parole d’un de nos évêques, nous mènent « du laïcisme au paganisme » ?

   Assurément l’œuvre est immense et difficile, mais le propre de la vertu de force est d’affronter les obstacles et de braver le danger. De plus, nous disposons de troupes dont le nombre et le courage égalent au moins le nombre et le courage des autres groupements, car une multitude de chrétiens, à compter seulement ceux qui sont fervents et agissants, sont impatients d’engager la lutte. Nos cadres – paroisses, diocèses, provinces ecclésiastiques, – sont préparés.

   Ce qui a trop manqué jusqu’ici aux catholiques, c’est l’unité, la concentration, l’harmonie, l’organisation des efforts. N’auront-ils pas assez d’abnégation pour former un corps compact qui travaillera avec ensemble sous la direction de leurs supérieurs hiérarchiques ? On dira que cette attitude nous expose à des retours offensifs et impitoyables de nos adversaires. Ce n’est pas certain ; en tout cas, à quelles calamités ne nous expose pas l’attitude contraire ? Quel avenir nous attend si, satisfaits d’une légère et artificielle détente, nous nous endormons ? Jamais peut-être, depuis cinquante ans, l’heure n’a paru aussi propice ; à la laisser passer sans en profiter, il semble bien que nous trahissions la Providence.

Paris, le 10 mars 1925

Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France.

Ave Christus Rex - blogue

2025-188. « Cette défaite valait mieux pour la France que la victoire elle-même ! »

2 décembre,
Dans l’Ordre de Saint Augustin, la fête du Bienheureux Jean de Ruysbroeck (cf. > ici et > ici) ;
Mémoire de Sainte Bibiane, vierge et martyre ;
En Avent, mémoire de la férie de l’Avent ;
Anniversaire de la bataille de Loigny (cf. aussi ici).

La charge des Zouaves à Loigny - 2 décembre 1870 - blogue

Loigny, le 2 décembre 1870, la charge des Zouaves Pontificaux
autour de la bannière du Sacré-Cœur.

Sacré-Coeur

Votre drapeau vous a conduits au martyre ;

il lui reste de vous conduire à la victoire.

       En juin 1873, à Paray-le-Monial, à l’occasion de la fête du Sacré-Cœur de Jésus, eut lieu un grand pélerinage national auquel participèrent un grand nombre de députés français.
Le Révérend Père Célestin Joseph Félix (1810-1891), de la Compagnie de Jésus, célèbre prédicateur de ce temps (il assura les Conférences de Carême à Notre-Dame de Paris de 1853 à 1870), y prit la parole, en présence de la bannière du Sacré-Cœur – qui avait été hissée par les Zouaves Pontificaux sur le champ de bataille de Loigny – et nous reproduisons ci-dessous un extrait de ce remarquable sermon. 

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       « Que n’ai-je le temps de vous dire l’histoire de ce drapeau miraculeux ? Drapeau désormais historique que nous voyons ici avec une religieuse émotion, couvert ou plutôt embelli par le sang de nos braves, et que nous avons vu ce matin couvert de vos baisers et embelli de vos larmes, environné qu’il était, entre l’autel du Sacré-Cœur et la châsse de sa bienheureuse confidente, d’un culte religieux et patriotique : drapeau catholique et français qui nous demeurera désormais comme un signe d’espérance, et comme la légende vénérée du courage et du dévouement poussé jusqu’au martyre.
Dessiné sur un lit de mort par la main défaillante d’un chrétien de noble race [Note : le marquis de Montagu], puis, exécuté par les angéliques mains des filles de la Visitation, au lieu même où le Sacré-Cœur a révélé son doux mystère, offert ensuite, comme un pieux talisman, au chef à jamais illustre de nos Zouaves Pontificaux devenus les défenseurs les plus héroïques de la France, ce drapeau du Sacré-Cœur, à l’une de nos heures les plus fécondes en désastres pour la patrie, fut déployé sur un champ de bataille ; horrible champ de bataille déjà inondé de notre sang, et d’où la victoire s’enfuyait de partout, à travers les morts jonchant la terre de leurs cadavres, et les vivants donnant de tous côtés le spectacle d’une déroute à peu près universelle ; situation humainement désespérante, qui ne laissait plus à choisir qu’entre la fuite ou la mort !…

   C’est dans ce champ de carnage à nul autre pareil, c’est devant cette foudre du canon grondant de toutes parts, et faisant de tous côtés pleuvoir les funérailles comme la grêle en un moment d’orage, oui, c’est à cette heure et sur ce théâtre que l’immortel drapeau fut déployé.

   Oh ! Les voyez-vous d’ici ces Volontaires victimes de la patrie, à genoux devant la bannière du sacrifice, demandant au Sacré-Cœur l’une de ces deux choses, les seules dignes de leur ambition, la victoire ou le martyre ?
Entendez-vous la voix d’un général illustre [Note : le Général de Sonis], survivant mutilé de ses compagnons d’armes, grand débris de ce grand désastre que j’aperçois d’ici sous les plis de ce drapeau sanglant, l’entendez-vous s’écrier en remettant aux mains d’un de ces braves ce drapeau du martyre : « En avant ; Vive Pie IX ; Vive la France ! »
Et tous ces héros, électrisés par cette parole, les voyez-vous qui se précipitent dans cette tempête de feu, en s’écriant à leur tour : « Vive Pie IX ! Vive la France ! En avant !… »

   O frères héroïques, magnanimes soldats de la Papauté captive et de la Patrie en deuil, en marchant à la mort sous ce drapeau qui porte les saintes reliques de votre sang, ah ! vous avez montré dans une éclatante lumière ce que la France peut attendre de vous à l’heure de ses grands désastres !
Champs de Loigny et de Patay à jamais illustrés par nos malheurs et par notre héroïsme, vous l’avez vu flotter ce drapeau si glorieux dans la défaite ; et vous avez vu comment, sous cette bannière symbole d’amour, de sacrifice et d’immolation, ces nobles fils de la France savaient mourir pour elle !

   Alors, en effet, dans cette lutte inégale, où, sans un miracle, il n’y avait plus de place que pour le sacrifice et la mort, que n’a-t-on pas vu ?
Fils de l’Eglise et de la France, quel spectacle vous avez donné, en cette heure solennelle, à la patrie étonnée et à ses ennemis plus étonnés encore !
Spectacle inouï, même dans l’histoire de nos dévouements patriotiques et de nos héroïsmes militaires : ces nobles Fils de la France courant à une mort certaine, portant dans leur main le drapeau du martyre déjà couvert de leur sang ; chacun d’eux passant la mort à ses frères d’armes en leur passant le drapeau ; tous tombant les uns après les autres, dans la plus belle fleur de leur vie ; et les regards tournés encore vers l’ennemi, redisant de leur dernier soupir leur cri héroïque : «Vive Pie IX, vive la France, vive le Sacré-Cœur ! »
Jamais vit-on, dites-moi, sur nos champs de bataille quelque chose de pareil ?

   Matériellement ils n’ont pas vaincu ; ils ne pouvaient vaincre.
Au lieu de la victoire Dieu leur avait prédestiné le martyre dans la défaite ; mais cette défaite valait mieux pour la France que la victoire elle-même.
Car cette défaite, s’il est permis de la nommer ainsi, c’était un exploit plein d’honneur, c’était une gloire dans le désastre ; et ce martyre volontaire d’une jeunesse française dévouée jusqu’au sacrifice de la vie, c’était un triomphe plein d’espérance ; car ce sang versé, le plus pur et le meilleur sang de la France, c’était une rançon de la Patrie, bien autrement rassurante pour notre avenir que la rançon de nos milliards.
Ah ! Ces tombes de nos héros morts sous le drapeau du Sacré-Cœur, prophétisent ; et jusque dans leur silence, elles disent à tous ceux qui savent entendre cette grande voix du sang, ce que la France peut attendre un jour de tels soldats, conduits par de tels chefs et sous un tel drapeau, à la défense d’une telle patrie !
Glorieux survivants de cette hécatombe immortelle, vous qui portez ici sur des fronts purs et fiers le reflet de cette gloire qui brille sur la tombe de vos frères morts ; vous surtout qui portez dans des membres mutilés le témoignage d’un héroïsme qui perce malgré vous à travers le voile de votre chrétienne humilité, c’est à vous surtout que j’en appelle !
Ah ! Ce spectacle grandiose, cette bravoure magnanime, cet héroïsme à nul autre pareil, vous seuls pourriez nous les peindre dans toute leur vérité sublime. Ce qui se passait dans ces nobles cœurs, à l’heure de leur sanglante immolation, vous seuls pouvez bien le savoir et le dire ; car, ce qu’ils sentaient vous le sentiez ; ce qu’ils voulaient vous le vouliez ; ce qu’ils cherchaient vous le cherchiez avec une ardeur et une bravoure pareilles : la victoire ou la mort, le salut de la France par le sacrifice de votre vie !…

   Honneur et gloire à vous ; la France vous bénit ; la France vous applaudit ; la France vous remercie : avec vos frères morts, vous êtes sa gloire, et vous êtes son espérance.
Oui, fiers, avec vous et comme vous, de ce passé qui vous illustre, nous sommes confiants dans l’avenir qu’il nous prépare. Si mes pressentiments et mes espérances ne me trompent, j’ose le proclamer tout haut, votre rôle n’est pas fini. Votre drapeau vous a conduits au martyre ; il lui reste de vous conduire à la victoire.
Ah ! Ce drapeau décoré par votre Sang, gardez-le bien, gardez-le pour nos heures décisives. Je ne sais quoi me dit qu’un jour ce drapeau sera déployé sur d’autres champs de bataille ; et j’entends comme une voix qui crie du fond de mon âme et de cette fête : Un jour vous sauverez la France sous le drapeau du Sacré-Cœur !…
Vous avez glorieusement inauguré le mouvement national qui emporte aujourd’hui la France vers le Sacré-Cœur [Note : le commencement des travaux de la Basilique du Vœu national au Sacré-Cœur, sur la colline de Montmartre], en déployant sur les champs de bataille ce drapeau du sacrifice ; au Sacré-Cœur il appartient de nous sauver par vous, sous cette bannière désormais devenue pour nous le drapeau du salut !  »

Rd. Père Célestin Joseph Félix s.j.
In : « La France Devant le Sacré-Cœur – discours prononcé à Paray-le-Monial, le 20 Juin 1873″.

Bannière de Loigny - blogue

2025-185. Quand l’amour de notre belle langue française se transforme en un acte authentique de résistance.

   Le texte qui suit constitue la lettre mensuelle de la Confrérie Royale à ses membres et amis, en date du 25 novembre 2025, mais elle dépasse largement ce cadre et pourra, nous l’espérons, être utile à tous ceux qui aiment la France et la veulent mieux aimer…

Laurent de La Hyre - allégorie de la Grammaire

Laurent de La Hyre (1606-1656) : allégorie de la Grammaire (1650)
[Galerie nationale, Londres]   

«L’orthographe est quelque chose d’aussi intrinsèque à la France que son langage, que son histoire : elle a évolué dans le même mystère. 
Je ne sais quel atavisme, lorsque j’avais huit ans, m’empêchait de me tromper sur des mots difficiles comme « abbaye » ou « chanfrein ».
A qui profitera une réforme simplificatrice de l’orthographe ? Evidemment aux ignorants.
Mais qu’importe que les ignorants fassent des fautes ? Ils en ont toujours fait et on ne leur coupe pas la tête pour cela.»

Jean Dutourd

Très chers amis,

   Me pardonnerez-vous si je vous viens aujourd’hui entretenir d’un sujet qui, à première vue, n’est pas dans une thématique de piété ou de spiritualité, et ne semble pas davantage une question légitimiste ?

   A première vue, ai-je écrit.
Car, à première vue, dire que je vous vais parler d’orthographe et de grammaire pourra surprendre, voire faire hausser les épaules. D’aucuns pourraient penser : nous prend-il pour des élèves d’école primaire ?

   A première vue…
Car, en réalité, c’est de l’amour de la France – notre si chère France – que je vous veux entretenir.
Et je ne doute pas que vous aimiez la France : « La France, le plus beau royaume après celui du Ciel » (Hugo Grotius).

   Je ne peux même pas une seconde imaginer que vous puissiez ne pas être profondément épris de cette France si merveilleusement gratifiée par Dieu dans sa géographie comme dans son histoire, si prodigieusement comblée des attentions de la divine Providence qui la fit naître dans les eaux du baptistère de Reims en unissant la foi catholique et la royauté franque.

   Pour un cœur profondément chrétien et français, l’amour véritable de la France n’a rien de commun avec quelque forme que ce soit de complaisance orgueilleuse et malsaine : il est humble reconnaissance des dons de Dieu ; il n’a rien – absolument rien – de commun avec des chimères « nationalistes » et suprémacistes : il est une simple acceptation des mystérieux desseins divins, avec le rappel d’exigences particulières dans un service plus rigoureux.

   Et c’est dans cette perspective là qu’il nous faut parler de notre langue française ; notre belle, notre merveilleuse langue française !

   Complexe, subtile, exigeante – et parfois déroutante – dans ses règles. Complexe, subtil, exigeant et merveilleux outil de la réflexion et de la pensée !
C’est d’ailleurs bien en raison du fait qu’elle est un merveilleux outil de la réflexion et de la pensée que la langue française est si attaquée, si décriée, et fait l’objet d’outrages peut-être sans précédent de nos jours.
C’est ainsi qu’un certain nombre de ceux qui sont, en principe, chargés de l’enseigner et d’en transmettre les bons usages se contentent, sans enthousiasme, d’en entériner des formes décadentes, tandis que nombre de ceux qui, aux plus hauts postes de la société, devraient œuvrer pour sa préservation et son développement, conspirent à son avilissement et à son abâtardissement.

   La langue française est une part non négligeable de la France.
Comment prétendre aimer la France sans se battre pour sa langue ? C’est une question de cohérence.
Et il n’y a rien de petit et d’insignifiant dans ce combat.

   Tu aimes la France, dis-tu ? Alors pourquoi te contentes-tu de formes défectueuses et fautives quand tu te sers de sa belle et noble langue ?
Tu aimes la France ? Alors pourquoi négliges-tu les règles exactes de son orthographe et de sa prodigieuse grammaire ?
Tu aimes la France ? Montre-le, chaque jour en ne sacrifiant pas sur l’autel du laisser-aller et de la vulgarité la précise et subtile concordance des temps ou l’utilisation des temps critiqués comme « désuets ».
Tu aimes la France ? Ne collabore pas avec les ennemis de son génie en négligeant toi aussi d’utiliser le « ne » de la forme négative : « Je NE sais pas » au lieu de l’affligeantissime « J’sais pas », « je NE l’ai pas vu » en place du flemmardissime « j’l’ai pas vu »… etc.
Ce sont les détails qui font la perfection.
Ce sont ces toutes petites choses qui témoignent de la grandeur et de la vérité d’un amour.

   Tout ceux qui veulent aimer la France en vérité devraient toujours avoir sous la main quelque bon vieux livre de grammaire et un dictionnaire (pas un de ces dictionnaires que, d’année en année, on prostitue davantage au goût du jour afin d’accompagner la décadence…).
Tous ceux qui veulent aimer la France en vérité devraient avoir le goût de se plonger au moins une fois par semaine dans sa grammaire ou son dictionnaire, à titre gratuit, juste pour le plaisir de réviser une règle un peu oubliée, d’approfondir une subtilité d’usage, de découvrir quelque beau mot qui fait pleinement partie de la richesse de notre patrimoine et ne voudrait pas être relégué dans les oubliettes…

   Sans doute vous regardera-t-on – avec ironie ou agacement – comme une sorte d’original, comme un phénomène, comme un snob peut-être ou un dandy.
Qu’importe ! Vous éprouverez en définitive, avec une véritable joie intérieure, l’intense et délicieux bonheur d’être, sur ce point là aussi, un authentique résistant luttant selon sa mesure contre l’universel avilissement de la langue et de la pensée.

La restauration de la pensée, des mœurs sociales et de la politique ne passe-t-elle pas nécessairement aussi par cela ?

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Saint Jean-Baptiste de la Salle

Saint Jean-Baptiste de La Salle montrant une classe à un ecclésiastique

2025-178. 10 novembre 496 : date traditionnellement admise pour avoir été celle de la bataille de Tolbiac.

10 novembre,
Fête de Saint Georges du Velay, évêque et confesseur (cf. > ici) ;
Date traditionnellement reçue comme celle de la bataille de Tolbiac : 10 novembre 496.

Vœu de Clovis à la bataille de Tolbiac Joseph-Paul Blanc 1880 - basilique de Ste Geneviève Paris

Joseph-Paul Blanc (1846-1904) :
Vœu de Clovis à la bataille de Tolbiac (1880)
[Paris, Basilique royale de Sainte Geneviève, spoliée et profanée en "Panthéon"]

Fleur de lys et lauriers - blogue vignette

   Selon une tradition qui repose pour l’essentiel sur l’Histoire des Francs, écrite par Saint Grégoire de Tours (538-594) reprise (et parfois complétée) par la Chronique de Frédégaire (vers 660), tradition qui a été popularisée dans l’enseignement depuis le XIXème siècle et toute la première moitié du XXème, c’est quinze ans après son accession au trône, donc en 496, que Clovis 1er le Grand, roi des Francs saliens, ayant reçu un appel à l’aide de son homologue roi des Francs rhénans menacé par les Alamans, remporta la victoire de Tolbiac (en latin : Tolbiacum, aujourd’hui Zülpich, en Rhénanie, proche de Cologne), au 4ème jour des ides de novembre, c’est-à-dire le 10 novembre selon notre façon courante de nommer les dates.

   Nous n’ignorons pas que, depuis le dernier quart du XIXème siècle, des historiens – laïcs ou ecclésiastiques – ont remis en question cette date de l’année 496 attribuée à la conversion et au baptême de Clovis, pour les repousser tantôt en 498, tantôt en 501, tantôt encore en 506 voire en 508…
Ils invoquent différents éléments, parfois communs, parfois divergents, afin d’arriver à des conclusions sur lesquelles ils s’opposent parfois âprement l’un à l’autre. La seule chose qui leur soit commune, en définitive, c’est leur détermination « pour en finir avec la bataille de Tolbiac, prétendu lieu du Vœu de Clovis », comme le titrait, au printemps 2025, l’article de l’un de ces historiens qui se croient contestataires alors même qu’ils sont devenus des hyper-conformistes dans leur opposition à l’histoire sainte de notre France catholique et royale.
J’en ai même trouvé qui sont arrivés à contester que le lieu du baptême de Clovis fût le baptistère de Reims, et le situent à Tours !

Fleur de lys et lauriers - blogue vignette

   Pour nous, loin de ces montagnes d’arguties, nous nous contenterons de recopier très humblement ici la traduction du texte même de Saint Grégoire de Tours, puisque nous trouvons tout simplement avec lui en présence du plus ancien récit de cet événement, celui qui en est donc le plus proche.

   Après avoir fait le récit du mariage de Clovis avec Clotilde et raconté comment la naissance de leurs premiers fils fut marquée par des tensions entre les deux époux, voici en quels termes Saint Grégoire de Tours rapporte la bataille de Tolbiac et la conversion du Roi suivie de celle de ses guerriers : 

   « (…) La reine ne cessait de supplier le roi de reconnaître le vrai Dieu et d’abandonner les idoles ; mais rien ne put l’y décider, jusqu’à ce qu’une guerre s’étant engagée avec les Alamans, il fut forcé, par la nécessité, de confesser ce qu’il avait jusque-là voulu nier.

   Il arriva que les deux armées se battant avec un grand acharnement, celle de Clovis commençait à être taillée en pièces ; ce que voyant, Clovis éleva les mains vers le ciel, et le cœur touché et fondant en larmes, il dit : « Jésus-Christ, que Clotilde affirme être Fils du Dieu vivant, qui, dit-on, donnes du secours à ceux qui sont en danger, et accordes la victoire à ceux qui espèrent en toi, j’invoque avec dévotion la gloire de ton secours : si tu m’accordes la victoire sur mes ennemis, et que je fasse l’épreuve de cette puissance dont le peuple, consacré à ton nom, dit avoir relu tant de preuves, je croirai en toi, et me ferai baptiser en ton nom ; car j’ai invoqué mes dieux, et, comme je l’éprouve, ils se sont éloignés de mon secours ; ce qui me fait croire qu’ils ne possèdent aucun pouvoir, puisqu’ils ne secourent pas ceux qui les servent. Je t’invoque donc, je désire croire en toi ; seulement que j’échappe à mes ennemis ».

   Comme il disait ces paroles, les Allemands, tournant le dos, commencèrent à se mettre en déroute ; et voyant que leur roi était mort, ils se rendirent à Clovis, en lui disant : « Nous te supplions de ne pas faire périr notre peuple, car nous sommes à toi. Clovis, ayant arrêté le carnage et soumis le peuple rentra en paix dans son royaume, et raconta à la reine comment il avait obtenu la victoire en invoquant le nom du Christ ».

   Alors la reine manda en secret Saint Remi, évêque de Reims, le priant de faire pénétrer dans le coeur du roi la parole du salut.
Le pontife, ayant fait venir Clovis, commença à l’engager secrètement à croire au vrai Dieu, Créateur du ciel et de la terre, et à abandonner ses idoles qui n’étaient d’aucun secours, ni pour elles-mêmes, ni pour les autres.
Clovis lui dit : « Très saint père, je t’écouterai volontiers ; mais il reste une chose, c’est que le peuple qui m’obéit ne veut pas abandonner ses dieux ; j’irai à eux et je leur parlerai d’après tes paroles ».

   Lorsqu’il eut assemblé ses sujets, avant qu’il eût parlé, et par l’intervention de la puissance de Dieu, tout le peuple s’écria unanimement : « Pieux roi, nous rejetons les dieux mortels, et nous sommes prêts à obéir au Dieu immortel que prêche Saint Remi ».

   On apporta cette nouvelle à l’évêque qui, transporté d’une grande joie, ordonna de préparer les fonts sacrés… »

Saint Grégoire de Tours, in « Histoire des Francs », livre 2. 

Vœu de Clovis à Tolbiac détail - blogue

2025-177. Evénement : la « Messe du Sacre de Charles X » va être chantée à l’église Saint-Eugène dans le cadre liturgique le 23 novembre 2025.

Affiche Messe du 23 novembre 2025 à Saint-Eugène

   En cette année du bicentenaire du Sacre de Charles X, à l’occasion de la solennité de Sainte Cécile, vierge et martyre, céleste patronne des musiciens et des chanteurs, la Schola Sainte-Cécile, qui déploie les fastes incomparables de ses programmes musicaux à la paroisseSaint-Eugène & Sainte-Cécile de Paris (4 bis rue Sainte-Cécile, Paris IX), interprêtera dans le cadre liturgique la sublime « Messe pour le Sacre de Charles X » de Luigi Cherubini.

   Il est rarissime de pouvoir prier, dans la liturgie pour laquelle elle a été composée, avec une œuvre de cette envergure. Nous recommandons donc chaleureusement à ceux de nos lecteurs qui se trouveront à Paris, ou dans ses environs, le dimanche 23 novembre 2025, à se rendre pour la Sainte Messe dominicale célébrée à 11 heures, à l’église Saint-Eugène.

   Et pour ceux qui ne peuvent s’y rendre, il faut également savoir que cette Sainte Messe sera retransmise en direct sur la chaîne YouTube Ite Missa Est > lien.

Reconstitution de la couronne de Charles X

2025-176. « Continuons à entretenir le souvenir de nos Rois, et cultivons la mémoire de ces souverains… »

6 novembre,
Fête de Saint Léonard de Noblat (cf. ici) ;
Anniversaire de la mort de SMTC le Roi Charles X (cf. > ici).

Armes de France & Navarre

       En ce jour anniversaire de la mort de son prédécesseur SMTC le Roi Charles X, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux le message suivant, qui établit un lien pertinent avec l’actualité politique de la France en même temps qu’il rend un hommage des plus judicieux à la pieuse mémoire d’un très grand Souverain injustement calomnié.

Charles X en costume de Sacre - détail

       Aujourd’hui nous commémorons la mort de mon aïeul Charles X, dernier Roi de France à avoir effectivement régné.
En cette année du bicentenaire de son sacre, si bien mis en valeur par le Mobilier national, il me semblait important de rendre hommage à la mémoire de ce monarque qui fut remarqué, loin des caricatures, par son esprit chevaleresque, sa grandeur d’âme, et sa bonté envers les Français.
Son départ en 1830 fut avant tout une preuve manifeste de son amour des Français, dont il refusa de répandre le sang.

   A l’heure où certains s’agrippent désespérément au pouvoir, préférant prolonger les malheurs de notre pays, le message n’est pas anodin.

   Enfin, je souhaite également saluer la fidélité et la constance des Franciscains qui veillent sur sa dépouille en Slovénie, à Gorizia.
Dans ce petit Saint-Denis de l’exil, là où sont également inhumés les membres de la famille royale partis avec le vieux Roi, c’est toute une partie de notre histoire qui repose aux confins de l’Europe.
Ces sépultures, si loin de notre patrie, sont porteuses de sens. Elles symbolisent l’absence de la monarchie en France, et la douloureuse déchirure qui a été provoquée dans notre pays par la séparation d’un peuple avec la famille qui avait tant fait pour lui et qui l’avait profondément aimé.

   Continuons à entretenir le souvenir de nos Rois, et cultivons la mémoire de ces souverains qui, malgré leurs imperfections, surent toujours cultiver ce qui manque le plus à nos politiciens : le lien charnel et affectif qu’ils entretenaient avec la France et les Français.

>>> Voir aussi la publication et la prise de parole de Monseigneur le duc d’Anjou à l’occasion de son pèlerinage sur la tombe de Charles X au couvent franciscain de la Castagnavizza (Kostanjevica), le 18 février 2017 > ici

Louis XX en prière devant le tombeau de Charles X

Louis XX en prière devant le tombeau de Charles X
dans la crypte du couvent de la Castagnavizza.

2025-171. Dans la situation catastrophique du monde présent, la solution ne passera que par l’agenouillement de l’intelligence dévoyée devant son Créateur.

25 octobre,
Journée particulière de prières et d’offrandes pro Rege et Francia, pour les membres de la Confrérie Royale.

       Voici le texte de la lettre mensuelle à l’intention des membres et sympathisants de la Confrérie Royale envoyée à l’occasion du 25 octobre 2025, dans le contexte si particulier de la déliquescence des pseudo institutions de la cinquième république et de la crise politique et sociale qui en résulte, pour la France, tandis que partout ailleurs aussi dans le monde, la décadence s’accélère…

Rudolf von Alt - ruines d'une église

Rudolf, chevalier von Alt (1812-1905) : ruines d’une église (1849)

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Le royaume divisé

       En temps de crise, lorsque le monde tangue et glisse vers l’abîme qui l’a toujours attiré, il est bon de se souvenir qu’un chrétien croit, à juste titre, que la terre, comme le ciel, est soumise à la volonté divine.

   Or, bien souvent, y compris ceux qui se disent les plus fidèles à la foi considèrent qu’il existe des exceptions à cette règle, non point quelques-unes, mais un nombre considérable et infini. Tel est l’héritage des Encyclopédistes qui a touché tous les esprits, même ceux qui s’en défendent, et, avant eux, de la Renaissance, époque qui a tout dissocié.

   Lorsque l’unité est cassée et que l’intelligence préfère le multiple, le signal d’alarme est tiré et l’odeur de soufre s’engouffre par la brèche. Un poème de Paul Verlaine met le doigt sur l’éclatement mortel :

   « “Le seul savant c’est encore Moïse !” / Ainsi disais-je et pensais-je autrefois, / Et quand j’y pense encore et, sans surprise / Me le redis avec la même voix, / Ma conviction, que tous les problèmes / Étalés en vain à mon œil naïf / N’ont point mise à mal, séducteurs suprêmes, / T’affirme à nouveau, dogme primitif. / La doctrine profane et l’art profane / Ont quelque bon, mais s’ils agissent seuls, / C’est comme des spectres sous des linceuls. / La Genèse est claire, elle est diaphane, / Et par elle je crois avec ardeur / En Dieu, mon fauteur et mon créateur. » (Poèmes divers, Acte de foi)

   A partir de Moïse, et ensuite grâce à l’Incarnation et à la plénitude de la Révélation, le dogme est un et toute connaissance s’attache à lui. La plénitude fut sans doute atteinte au moyen âge, avec des synthèses comme celle de saint Thomas d’Aquin. Ensuite tout s’effiloche, non pas brutalement mais presque silencieusement, chaque égratignure passant presque inaperçue sur le moment.
La vieille synthèse héritée de Dieu fut alors divisée, comme ces propriétés dont les héritiers s’opposent et se déchirent, comme ces appartements nobles et bourgeois morcelés par les bolcheviks y installant plusieurs familles séparées par des cloisons.
Ainsi les sciences se séparèrent-elles peu à peu du tronc commun.

   Avec le Christ, la science s’était attachée à la Croix qui est dressée entre le ciel et la terre, et elle remplissait sa mission en décrivant les relations entre la matière et l’esprit. Saint Ignace d’Antioche parlait de la science comme élevant

« jusqu’au faîte, par la machine de Jésus-Christ qui est sa Croix, avec le Saint-Esprit pour câble, les pierres du temple destinées à l’édifice que construit Dieu le Père. » (Lettre aux Ephésiens)

   La science devenue folle, folle d’elle-même et de sa puissance qui semble illimitée, n’édifie plus, au sens de construire et au sens d’attirer les intelligences vers le haut.

   Un homme comme Ernest Hello, bien méconnu aujourd’hui mais qui influença tant les écrivains de Dieu au XIXe et XXe siècles, alerta sur cette chaîne brisée, en vain. Le saint Curé d’Ars avait regardé Hello comme ayant reçu de Dieu le génie par ce souci de reconstituer l’unité perdue. Stanislas Fumet dit de lui, magnifiquement :

   « Il (Hello) voit. Il voit que tout s’enchaîne, que tout fait à tout “l’aumône du rayonnement”. Il constate que, dans les sphères hautes et basses, tout n’est qu’un entretien varié de Celui dont on parlait à Jérusalem depuis que ces ténèbres inexplicables étaient descendues sur la terre dans la journée du Vendredi. Il regarde et il admire. Il entend le bruit des grandes eaux qui se répondent. Il se mêle en tremblant au concert des cataractes. » (Ernest Hello ou Le Drame de la Lumière)

   Ce renouvellement de la vision de l’homme sur la Création est plus que jamais nécessaire puisque la science, désormais autonome de tout lien avec la surnature, conduit l’humanité, à une vitesse de plus en plus incontrôlable, vers des points de non-retour qui mettent en péril, non seulement sa survie, mais surtout son âme.

   Un homme comme Monseigneur Robert Hugh Benson, en 1907, avait vu clair, dans son roman dystopique The Lord of the World, en prophétisant toutes les dérives actuelles, avant même Aldous Huxley et George Orwell. Il souligne ceci à propos de ce nouveau monde qui s’est émancipé de toute dépendance :

   « C’était un monde d’où Dieu s’était retiré, mais en le laissant dans un état de profonde satisfaction de soi-même, dans un état dépourvu d’esprit comme de crainte, mais admirablement pourvu de toutes les conditions du bien-être. » (Le Maître du Monde)

   Dans une préface à son ouvrage, ce prêtre catholique converti de l’anglicanisme précise que son écrit est 

« une parabole, illustrant la crise religieuse qui, suivant toute vraisemblance, se produira dans un siècle, ou même plus tôt encore, si les lignes de nos controverses d’aujourd’hui se trouvent prolongées indéfiniment  [...] car celles-ci ne peuvent manquer d’aboutir à la formation de deux camps opposés, le camp du Catholicisme et le camp de l’Humanitarisme, et l’opposition de ces deux camps, à son tour, ne peut manquer de prendre la forme d’une lutte légale, avec menace d’effusion de sang pour le parti vaincu. »

   Hello, Benson, C.S Lewis, Chesterton, Bloy, Bernanos, Claudel, et bien d’autres, sont de ces apôtres, critiqués et méprisés pour leur « catholicisme effréné », qui ont crié que l’Evénement de la Rédemption était triomphant et qu’il était la clef de l’unité entre tous les domaines de la réalité désormais séparés par le péché d’orgueil.

   Nous nous rendons bien compte, dans la situation catastrophique du monde présent, que la solution ne passera que par l’agenouillement de l’intelligence dévoyée devant son Créateur. A chacun d’apporter sa petite contribution, sa pierre, pour l’édification de cette restauration de tout grâce à la « machine » de Notre-Seigneur.

P. Jean-François Thomas s.j.

7 octobre 2025 – Notre Dame du Très Saint Rosaire

La Croix et lys - le Puy 2019

2025-170. Etes-vous un conservateur ou bien un contre-révolutionnaire ?

23 octobre,
Octave de l’apparition de Saint Michel au Mont Tombe (cf. > ici) ;
Chez les Ermites de Saint Augustin, mémoire du Bienheureux Jean le Bon de Mantoue (cf. > ici) ;
Mémoire de la Bienheureuse Marie-Clotilde de Saint-François-Borgia et ses dix compagnes, ursulines de Valenciennes, vierges et martyres (cf. > ici) :

Mémoire de Saint Antoine-Marie Claret, évêque et confesseur.

Vignette Lys - blogue

   Nous reproduisons ci-dessous dans son intégralité le texte d’un éditorial publié en mars 2017 dans l’un des bulletins paroissiaux d’une chapelle de la FSSPX : il nous semble en effet exprimer des réflexions fort utiles et précieuses à méditer et, ensuite, à mettre en pratique dans tous les domaines de sa vie personnelle (vie spirituelle, vie religieuse, vie sociale, vie familiale, vie associative, vie politique… etc.), si on veut être véritablement cohérent.

serpent et pomme

« (…) Le monde est divisé depuis le péché de Lucifer
entre ceux qui acceptent l’autorité de Dieu et ceux qui la refusent… »

Conservateur = corrupteur

Source > ici

       « C’est une forme de modestie louable que de ne pas vouloir être excentrique…»
Les conservateurs ont des qualités, on ne peut le nier. Ils ont celle d’un certain courage, puisqu’il leur faut sans cesse s’opposer aux progressistes. Mais nous ne voulons pas ici juger de leurs intentions, ni dire en quoi ils sont excusables. Nous voulons seulement manifester le danger que courent, et font courir, les conservateurs. Non pas ceux qui cherchent la vérité et qui s’arrêtent − un temps trompé − aux seules apparences de la vérité, mais les conservateurs qui tiennent à le rester.

   
   «… Mais cette modestie est devenue impossible à pratiquer aujourd’hui ! »
Selon les faux-penseurs vrais-menteurs, le monde serait divisé en droite et gauche, conservateurs et progressistes.
C’est faux. Le monde est divisé depuis le péché de Lucifer entre ceux qui acceptent l’autorité de Dieu et ceux qui la refusent.

   
   Ceux qui acceptent l’autorité divine sont appelés contre-révolutionnaires mais ils forment ce qui a pour vrai titre : la « Tradition ». Les hommes de Tradition acceptent ce qui est transmis par les anciens parce que reçu de Dieu.
Les révolutionnaires refusent toute transmission parce qu’ils refusent de recevoir une quelconque loi.

   
   Ceux qui refusent l’autorité sont les révolutionnaires. Les progressistes sont de francs révolutionnaires : ils refusent la Tradition, et cherchent toujours et sans cesse du nouveau.
   
   Les conservateurs ne sont pas de la Tradition : ils ne cherchent pas à transmettre ce qui est divin mais à conserver un pauvre état humain.
Les conservateurs conservent un état présent. Le conservateur alimentaire maintient la viande dans un état intermédiaire entre la vie et la moisissure. L’apparence est appétissante, mais cache des principes morbides.
L’homme conservateur souhaite maintenir le monde dans un état apparent plaisant… et dans un état réel de révolution.

   
   Objectivement le conservateur est – bien souvent à son corps défendant –, un hypocrite révolutionnaire. Il conserve à la révolution une apparence sortable. Il en est le meilleur allié, nolens volens.
   
   Le conservateur est le meilleur ennemi de la Tradition. Le meilleur parce que le plus proche quant aux apparences.
Combien sont trompés ? « C’est la même messe… » Oui, mais ce n’est pas la même doctrine !
Les schismatiques aussi célèbrent la même messe. Le conservateur est ennemi de la Tradition parce que les principes du conservateur sont ceux du révolutionnaire, la logique et l’honneur en moins.

   
   Pour réduire un homme de Tradition à un conservateur, le révolutionnaire adopte une tactique très habile en disant simplement : «Venez sous mon toit, je vous laisse libre». Le révolutionnaire baisse les armes, mais n’abandonne aucunement le terrain. De quelle liberté parlons-nous ? Le révolutionnaire entend la liberté comme une indépendance de Dieu. Généreusement, il propose la liberté à la Tradition, la même liberté qu’il réclame pour toutes les erreurs, la liberté de Satan.
Si l’homme de Tradition entre dans le cercle de la liberté révolutionnaire, il sort de l’adhésion à la vérité de Dieu, l’ayant réduite à une simple opinion humaine. Il gardera longtemps peut- être les apparences de la Tradition, mais il aura accepté dans son cœur le poison de la révolution : c’est un conservateur de plus.

   
   Le conservateur a voulu sauver deux choses : les apparences et son honneur.
Malheureusement l’honneur ne se conserve pas à la sauvette. Il demande à être servi avec noblesse, franchise et force. Le conservateur espère servir en restant sortable, en étant acceptable par ceux qu’il cherche à sauver. Faux honneur, vraie trahison : pour être accepté par le révolutionnaire, qui honnit la Tradition, il a fallu cacher celle-ci. Belle noblesse, belle franchise, belle force !
La Tradition est comme une plante : à l’ombre, elle crève, doucement, insensiblement.
La Tradition transmet quelque chose. Cachée, coupée de sa source, elle n’est plus Tradition. La peau est restée, l’outre s’est vidée.

   
   Le conservateur peut s’écrier :
« Tout est sauf, fors l’honneur et la vérité ! »

Abbé Etienne de Blois, FSSPX
publié dans « Le Petit Eudiste », mars 2017.

Veritas blogue

2025-168. La nef de Sainte Ursule du trésor de la cathédrale de Reims.

21 octobre,
Fête de Sainte Ursule et de ses compagnes, vierges et martyres (cf. > ici, > ici et encore > ici) ;
Mémoire du 6ème jour dans l’octave de St Michel ;
Mémoire du Bienheureux Charles 1er de Habsbourg, empereur d’Autriche et roi apostolique de Hongrie (+ 1er avril 1922) ;
Mémoire de Saint Hilarion de Gaza, abbé et confesseur ;
Anniversaire de la naissance de Sa Majesté la Reine Marie-Marguerite (21 octobre 1983).

Jean Bourdichon  Anne de Bretagne avec ses saintes patronnes

Jean Bourdichon (1457-1521) :
portrait d’Anne, Duchesse de Bretagne et Reine de France,

en prière avec ses saintes patronnes
(de gauche à droite : Sainte Anne, Sainte Ursule et Sainte Hélène)
["Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne" 1503-1508, Paris Bibliothèque Nationale]

Blason d'Anne de Bretagne

Blason d’Anne de Bretagne (1476-1514)

       Les nefs – ou plus exactement nefs de table – sont des pièces d’orfèvrerie en forme de navires (d’où leur nom) appartenant à l’art de la table à la fin du Moyen-Age et au début de la Renaissance : disposées à côté d’une personnalité importante, elles pouvaient servir de coffret de rangement aux effets personnels de leur propriétaire (épices [tels que la canelle ou le safran], serviette [à l’époque elles mesurent environ 1 m²], couverts [couteau ou tranchoir : la fourchette n’a pas encore fait son apparition], voire « épreuves » [ainsi sont nommées les préparations qui servent à l’essai des mets pour y déceler le poison, lesquelles consistaient en « cornes de licorne », langues de serpent ou en pierres dures] et antidotes ; ou qui peuvent n’avoir qu’une fonction uniquement décorative.

   La Nef de Sainte Ursule, conservée et exposée aujourd’hui au Palais du Tau, à Reims, est originellement l’une de ces pièces décoratives à usage profane, qui fut offerte à Sa Majesté la Reine Anne de Bretagne le 26 novembre 1500 par la ville de Tours, lorsqu’elle y fit une entrée solennelle avec son époux le Roi Louis XII : les deux souverains revenaient d’un voyage en Bretagne et se rendaient au château de Blois, récemment restauré, pour y passer l’hiver.

   En 1505, la pieuse souveraine demanda à l’orfèvre blésois Henri Duzen de transformer cette nef de table en reliquaire : c’est alors que les statuettes des matelots et soldats qui se trouvaient sur le pont du navire furent (à l’exception d’un soldat et d’un matelot) remplacées par celles de Sainte Ursule et de quelques unes de ses compagnes, et qu’une dédicace fût gravée sur l’un des côtés de l’œuvre en lettres capitales :

« De Saincte Ursulle et des XI mil Vierges » (sic).

   En revanche, nous n’avons pas réussi à savoir si effectivement une relique avait été déposée à l’intérieur de cette nef, passée d’une destination profane à une destination sacrée, devenant réellement un reliquaire, ou si elle était seulement devenue un objet de dévotion comme le sont les statues et les tableaux.

   Sa Majesté la Reine Anne de Bretagne, ainsi qu’en témoigne les détails de son portrait que nous avons tenu à placer en tête de cet article, avait de fait une grande dévotion pour Sainte Ursule, qu’elle honorait comme l’une de ses célestes protectrices : la transformation de cette nef de table en objet cultuel en fait foi.   

Nef de Sainte Ursule du côté de l'inscription d'Anne de Bretagne

   Le précieux reliquaire demeura dans les collections royales jusqu’à ce que, à l’occasion de son Sacre, le 13 février 1575, Sa Majesté le Roi Henri III l’offrît au trésor de la cathédrale de Reims, après avoir fait graver une autre longue inscription sur le socle :

« Henricus III Galliarum Poloniarumque Rex hanc Deiparae Virgini naviculam ut res Gallica diutuernis jactata seditionum fluctibus ope divina tandem conterretur in tranquillum more majorum inauguratus posuit anno MCDLXXIIII« 

que l’on peut traduire de la sorte : 

« Henri III roi des Gaules et de Pologne, en l’année 1574, dédia ce petit navire à la Vierge Mère de Dieu à fin que l’Etat français longtemps balloté par les flots de la sédition puisse enfin, par le secours divin, être maintenu dans la tranquillité conformément aux traditions de ses ancêtres« .

Nef de Sainte Ursule du côté de l'inscription d'Henri III

  La nef fut à nouveau modifiée au XVIIe siècle : cinq statuettes avaient disparu au cours des troubles occasionnés par les sectateurs de Calvin (une description de 1623 en témoigne). En 1632, Sa Majesté le Roi Louis XIII demanda alors expressément au Chapitre cathédral qu’elles fussent remplacées.

   La grande révolution – Dieu merci ! – ne détruisit pas ce chef d’œuvre, se contentant de déposer au musée de Reims.
La nef ne fut restituée au trésor de la cathédrale qu’en 1846.
Classée Monument historique le 28 septembre 1896, elle appartient toujours au trésor de la cathédrale, en dépôt au Palais du Tau.
Malgré les restaurations et modifications subséquentes que nous venons de résumer, la nef de Sainte Ursule est le seul objet d’orfèvrerie spécifiquement exécuté pour Anne de Bretagne de son vivant qui subsiste de nos jours.

Nef de Sainte Ursule - Reims Palais du Tau

Description :

   La nef de Sainte Ursule est un objet de dimensions relativement importantes : d’une longueur de 28 cm, sa largeur est de 16,5 cm, et sa hauteur de 46 cm.
Elle est constituée d’une coque en cornaline – calcédoine de couleur rouge orangé, originaire du Brésil ou des Indes – ; le reste est en vermeil (argent recouvert d’une pellicule d’or).

   C’est un navire ponté avec son mât gréé, son château à trois tourelles de poupe, ses deux tourelles de proue – sans oublier une ancre en vermeil.
A l’avant se dresse une figure de dragon en argent blanc ; en son centre se trouve un mât sur lequel la voile est roulée, surmonté d’une hune et d’une bannière. Au sommet du mât un petit étendard remplace aujourd’hui une figure de la Victoire.
Elle repose sur un socle hexagonal en argent doré portant inscriptions et blasons ; sous la nef, sont figurés l’onde et le rocher en émail translucide sur argent.

   De l’équipage d’origine, ainsi,que nous l’avons dit plus haut, subsistent un matelot et un soldat en armure tous deux en argent doré ; les autres statuettes, en argent émaillé, figurent onze vierges aux cheveux longs et grands manteaux dans une attitude de prière, entourant une Sainte Ursule en or émaillé, couronnée et richement habillée d’une robe bleue à surcot, et d’un manteau rouge et or doublé d’hermine, ce qui n’est pas sans rappeler la vêture de la Sainte Hélène qui accompagne également Anne de Bretagne dans la miniature de Jean Bourdichon.

   La Sainte Ursule de la nef, à l’image de celle de l’enluminure, devait tenir en sa main droite l’étendard breton et la flèche de son martyre, éléments aujourd’hui disparus.

Nef de Sainte Ursule - détail Sainte Ursule

Nef de Sainte Ursule - détail

   Voici donc l’un des plus précieux chefs-d’œuvre ayant appartenu à la Couronne de France, aujourd’hui subsistant, qui témoigne magnifiquement de la dévotion de la Reine Anne de Bretagne pour l’héroïque vierge martyre, Sainte Ursule et pour les Onze milles vierges ses compagnes, dont nous ne cessons de déplorer que le culte, jadis si populaire au Royaume de France, soit tellement oublié et négligé en nos temps d’amnésie et d’impiété.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

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