13 janvier,
Octave de l’Epiphanie (cf. > ici et > ici) ;
Anniversaire de la mort de Saint Remi de Reims (cf. > ici) ;
Anniversaire de la mort de Saint Hilaire de Poitiers (cf. > ici).

Reims : abbaye et basilique Saint-Remi
La basilique Saint-Remi de Reims, où sont conservés le tombeau et les reliques de l’Apôtre des Francs, abrite un monument qui fut réalisé en 1610, œuvre du sculpteur Nicolas Jacques (né vers 1578 et mort en 1649, il appartenait à une famille réputée de sculpteurs rémois), sur une commande de Dom Jean-Remy Lespagnol, Grand Prieur de l’abbaye Saint-Remi (note : à partir de 1480, ce sont les archevêques de Reims qui sont les abbés de l’abbaye de Saint-Remi, dont l’administration et la direction habituelles reviennent au Grand Prieur ; Dom Jean-Remy Lespagnol, en cette qualité, sera celui qui apportera la Sainte Ampoule à la cathédrale pour le Sacre de Louis XIII le 17 octobre 1610).
Ce monument est dit « Retable des trois baptêmes », quoiqu’il ne soit qu’improprement un retable : en effet, ce monument n’a jamais été en retrait et élévation de la table d’un autel, bien qu’il se trouvât originellement dans le chœur.
Il fut placé dans le bras sud du transept lors des travaux de restauration de l’abbatiale en 1847.

Reims, basilique de Saint-Remi : le retable des trois baptêmes (1610)
L’œuvre porte encore les caractérisques de la fin de la Renaissance mais annonce aussi par certains détails l’âge baroque.
En bas, on trouve un soubassement relativement simple, où des décrochements mettent en évidence une plaque de marbre noir sur laquelle est gravée la dédicace : les deux parties en retrait sont ornées de guirlandes de fleurs et feuilles réunies par des rubans noués, typiques de la fin du maniérisme.
En architecture, ce soubassement porte un nom précis : il s’agit d’un stylobate, c’est-à-dire une sorte de piédestal long et continu, comportant des corniches et moulures servant de base à une rangée de colonnes. Ce stylobate donc porte effectivement quatre colonnes de marbre noir à chapiteaux composites, timbrés d’une tête d’ange souriante, qui supportent elles-mêmes un entablement.
Ces colonnes ménagent trois travées dans lesquelles sont placés trois blocs de calcaire, sculptés en haut-relief, qui étaient autrefois peints (on ne distinque plus aujourd’hui que les traces de leur polychromie).

Les trois baptêmes
Ce « retable » porte évidemment les stigmates d’une histoire mouvementée : le vandalisme révolutionnaire et les bombardements de la première guerre mondiale sont passés par là… Mais, même si certaines sculptures sont mutilées, on est finalement heureusement surpris en constatant que ce pourrait être bien plus catastrophique !
La scène du baptême de Notre-Seigneur par Saint Jean-Baptiste est placée au centre : cette scène est très souvent figurée comme ornement des baptistères ou chapelles des fonts baptismaux. Nous avons cependant précisé que tel n’était pas l’usage originel de ce retable qui se trouvait dans le chœur de l’abbatiale (d’une part une église abbatiale, qui n’est donc ni cathédrale ni église paroissiale, ne possède normalement pas de fonts baptismaux, et d’autre part ces derniers n’ont de toute manière pas leur place dans un chœur).
La représentation du baptême du Christ – la deuxième des trois Epiphanies que l’on célèbre lors de la fête de l’Epiphanie, le 6 janvier, et que l’on commémore plus spécialement encore le jour octave de cette fête – n’est ici que pour donner une clef de lecture des deux scènes historiques qui l’encadrent : le baptême de Constantin par Saint Sylvestre 1er, à main gauche pour celui qui regarde, et le baptême de Clovis par Saint Remi, à main droite donc.
Sur cette sculpture du Baptême de Notre-Seigneur, remarquons simplement que Saint Jean-Baptiste, en pied, debout sur le rivage est représenté imberbe, et que les deux personnages qui lui font face, sur l’autre rive, sont deux anges, dont l’un d’eux est aujourd’hui extrêmement endommagé.
Au centre de la scène, Jésus est immergé jusqu’à mi-mollets ; Il croise Ses bras sur Sa poitrine ; au-dessus de Lui la colombe, emblème du Saint-Esprit, déchire les nuées pour révéler qu’Il est la deuxième Personne de la Sainte-Trinité, venue en notre chair.
La gravure réalisée au XVIIIème siècle reproduisant ce monument, et conservée à la bibliothèque municipale Carnégie de Reims, nous montre les sculptures encore (presque) intactes.

Gravure du XVIIIème siècle conservée à la Bibliothèque Carnégie de Reims
Les baptêmes de Constantin, à main gauche, et de Clovis, à main droite, présentent une composition similaire à la scène du Baptême du divin Rédempteur : le personnage historique est à demi immergé dans une cuve baptismale, à l’intérieur d’un édicule de plan centré à entablement, supporté par des pilastres (Constantin), ou des arcades reposant sur des piliers carrés (Clovis).
Sur le panneau de gauche, des soldats et des clercs, en pied – certains portent des armes un autre un flambeau liturgique – entourent Constantin qui reçoit le baptême les bras croisés sur la poitrine.
Le pape Saint Sylvestre 1er, portant la tiare, a les deux mains élevées au-dessus de la tête de l’empereur : en l’état actuel la main droite, celle qui fait couler l’eau sur la tête du catéchumène, a disparu, tandis que, avec sa main gauche, il tient lui-même la hampe d’une croix à double traverse (une croix archiépiscopale donc : il eût été plus normal que ce fût une croix papale à triple traverse).

A droite, Clovis, les bras tendus vers l’avant, mains jointes appuyées sur le rebord de la cuve baptismale, vient d’être ondoyé et attend l’onction du Saint-Chrème, la tête légèrement tournée vers Saint Remi – debout à sa senestre – qui est accompagné de deux acolytes (l’un tenant la croix de procession, l’autre un flambeau liturgique) : Saint Remi lève la main droite pour recevoir la Sainte Ampoule apportée miraculeusement – dans son bec – par la colombe surgissant de nuées rayonnantes.
Sainte Clotilde, couronnée, assiste à la scène debout à dextre de son royal époux, accompagnée de deux femmes.

Nous l’avons dit, ce « retable » n’était pas destiné à orner un baptistère ou une chapelle de fonts baptismaux : sa signification n’est donc pas simplement d’illustrer le sacrement de baptême en donnant les exemples édifiants de célèbres baptisés. Cela va bien au-delà : ce qu’il montre au fidèle qui se place en face de lui n’est pas seulement théologique, mais également politique (au sens le plus noble de ce mot).
Le baptême de Notre-Seigneur, au début de Sa vie publique, manifeste le mystère de l’Incarnation ordonné au mystère de la Rédemption (par l’expiation des péchés dont le Christ, Agneau de Dieu, Se charge entièrement).
Ces mystères de l’Incarnation et de la Rédemption ont leurs prolongements dans la conversion des empires et des nations, au-dessus desquels le Christ Sauveur va établir Son règne, par des lieu-tenants : les princes chrétiens.
L’Incarnation se prolonge par la dimension temporelle de la Chrétienté, en laquelle le catholicisme imprègne et anime la société – la Sainte Eglise étant à la société ce que l’âme est au corps – afin de conduire le plus grand nombre d’âmes possible au salut.
Les princes chrétiens – qui ont été oints de l’onction royale afin de devenir des représentants du Christ Roi des nations – sont éminemment des figures christiques. Le don de la Sainte Ampoule miraculeuse lors du baptême de Clovis en apporte une preuve tangible, tandis que la guérison de la lèpre dont Constantin avait été atteint, purifié lorsqu’il fut baptisé par Saint Sylvestre, est le signe de la purification et de la sanctification des sociétés soumises à la loi divine sous le sceptre de souverains eux-mêmes soumis au Christ Sauveur.
L’organisation temporelle de la société en Chrétienté, appartient bien à la terre, mais elle est ordonnée à la vie éternelle et au salut des âmes : c’est pour cela que les princes chrétiens, établis pour gouverner l’ordre politique terrestre, sont des prolongements et des collaborateurs du Christ Rédempteur.
Voilà sans nul doute pourquoi, Dieu, dont la Providence ne se trompe jamais dans la manière dont elle dispose toutes choses (cf. collecte du septième dimanche après la Pentecôte), a très éloquemment voulu que le bienheureux trépas de celui qui, en baptisant le Roi Clovis 1er le Grand, est devenu le « baptiste » de la royauté franque tout entière, arrivât en l’octave de l’Epiphanie – fête des Rois -, où l’on rappelle particulièrement le Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.
