Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2015-64. La révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle caractérisée par la haine de la religion chrétienne.

Dimanche 14 juin 2015,
Dimanche dans l’octave du Sacré-Coeur, 3e après la Pentecôte.
Anniversaire du massacre des catholiques et des capucins de Nîmes en 1790.

Clergé malmené

Ecclésiastiques malmenés et chassés (gravure de l’époque révolutionnaire)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous le savez bien, au Mesnil-Marie nous essayons de n’oublier aucun des anniversaires de nos grands héros chrétiens et français et de ceux qui ont été martyrisés ou sacrifiés sur l’autel de l’idéologie révolutionnaire.

Ainsi, en ce 14 juin, nous nous souvenons avec émotion et piété des catholiques et des capucins de Nîmes qui ont été massacrés en haine de la foi catholique et de la fidélité à la monarchie traditionnelle, par les révolutionnaires huguenots les 13 et 14 juin 1790 : je vous ai longuement raconté ces faits (et je vous renvoie à cette publication > ici).
Des faits qui ne doivent pas tomber dans l’oubli, et ce d’autant plus que la plupart des livres d’histoire ou bien les cèlent ou bien les édulcorent et les minimisent. C’est ainsi que ce massacre de plusieurs centaines de catholiques, onze mois seulement après la « prise » de la Bastille et un mois tout juste avant la fête de la fédération (en une période où l’on voudrait nous faire croire que la terreur n’avait pas commencé et que la « nation unanime » communiait dans l’enthousiasme aux idées nouvelles) est officiellement pudiquement appelé « bagarre de Nîmes », comme s’il s’agissait d’un banal fait divers entre quelques individus avinés à la sortie d’un bistrot !

Au risque de passer pour importun, j’insiste, chaque fois qu’il m’en est donné l’occasion, et je répète et répèterai encore pour dire que l’essence de la révolution française – et par conséquent de la république qui en est le fruit – c’est l’antichristianisme.

Dans la bibliothèque du Mesnil-Marie, nous avons un ouvrage qui date un peu, dans la mesure où il avait été rédigé et publié pour anticiper ce fameux bicentenaire de la révolution de 1789 que la république mitterrandienne s’apprêtait à célébrer, afin de prémunir contre les contre-vérités qui n’allaient pas manquer de nous être ressassées à cette occasion.
Ce livre a été écrit par le Rd. Père Yves-Marie Salem-Carrière et s’intitule : « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi ». Il présente de manière succincte un ensemble de faits tus, oubliés ou minimisés prouvant l’antichristianisme viscéral de la révolution et rappelle – comme le titre l’indique – les divers mouvements de résistance qui s’y opposèrent en Languedoc.

Cet ouvrage est préfacé par notre cher Gustave Thibon.
Au-delà des caractères circonstanciels liés à l’auteur, à l’ouvrage lui-même et au contexte de sa parution, Gustave Thibon, de sa plume aiguisée, a bien su mettre en évidence (qui d’ailleurs pourrait en douter ?) les caractéristiques de la révolution.

Comme l’ouvrage du Rd. Père Salem-Carrière est aujourd’hui difficile à trouver, à l’occasion du triste anniversaire du massacre des catholiques et des capucins de Nîmes, j’ai donc résolu de recopier ci-dessous à votre intention, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, le texte de cette préface de notre cher Gustave !

Lully.

Le Pape Pie VI caricaturé en âne (détail d'une gravure révolutionnaire de 1790)

Le Pape Pie VI caricaturé en âne, détail d’une estampe révolutionnaire de 1790

La Révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle,
caractérisée avant tout par la haine de la religion chrétienne.

 * * *

« Je tiens à souligner l’importance de ce travail du P. Salem sur les causes et les effets de la fièvre révolutionnaire dans notre province du Languedoc.
Son livre est convaincant, non seulement par les idées qu’il défend mais par les faits qu’il rapporte. Car, si l’on peut discuter sans fin sur les idées, on ne peut pas récuser les faits. « Vous connaîtrez l’arbre à ses fruits », dit l’Evangile.

La conclusion que tire le P. Salem de cet exposé de tant d’horreurs mêlées à tant d’héroïsmes est que la Révolution française ne fut pas une révolution de type politique et social comme tant d’autres au long de l’histoire, mais une révolution d’essence métaphysique et spirituelle, caractérisée avant tout par la haine de la religion chrétienne et de ses institutions.

Il ne s’agit pas d’idéaliser la société de l’Ancien Régime. Il y avait certes des abus à supprimer et des réformes à accomplir et l’Eglise même, au cours des âges, n’a jamais cessé de se réformer pour mieux adapter ses structures temporelles à son modèle éternel.

Or il apparaît clairement ici que le vœu profond des organisateurs de la Révolution ne fut pas de corriger les imperfections de ces vieilles institutions qui reposaient toutes sur un fondement religieux mais de renverser ce fondement même, c’est-à-dire de substituer le culte de l’homme au culte divin. Quitte, ensuite, car tout idolâtrie se retourne contre elle-même, à fouler aux pieds ces fameux droits de l’homme si hautement proclamés en mettant la terreur au service du délire idéologique.

Il suffit pour faire éclater cette contradiction entre les principes et leurs conséquences de juxtaposer les trois grands mots de la devise républicaine et leur interprétation par les ouvriers de la terreur.
Liberté ? Oui mais « pas de liberté pour les ennemis de la liberté », c’est-à-dire pour tous ceux qui ne partagent pas la nouvelle conception de la liberté.
Egalité ? Oui encore, mais imposée par la violence : « l’égalité ou la mort ».
Fraternité ? Mais toujours le même refrain : « Sois mon frère ou je te tue ».

Et toutes ces atrocités sont barbouillées d’inepties grandiloquentes où le grotesque s’allie au tragique. On en trouvera ici maints exemples puisés dans les discours ou dans les faits, dont le plus drôle est celui du coq au cocorico séditieux jugé et exécuté en bonne et due forme (voir la note * en bas de page).

Mais ce sombre tableau garde un côté lumineux : celui où sont relatés la vigueur de la résistance populaire à l’influence idéologique et l’héroïsme de tant de prêtres et de fidèles qui préférèrent la mort à l’apostasie.

Cela dit, nous célébrerons nous aussi le bicentenaire de la Révolution mais celui de ses victimes et de ses martyrs et non celui de ses auteurs et de ses bourreaux. »

Gustave Thibon.
Préface du livre du Rd Père Yves-Marie Salem-Carrière, lazariste,
intitulé « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi »
(ed. Dominique Martin Morin – 1989).

Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi - R.P. Salem-Carrière

Note * : Les catholiques fidèles poussaient fréquemment le cri de « cocorico » en présence des prêtres jureurs : c’était une manière de leur rappeler le reniement de Saint Pierre et de les inciter à la conversion.
En conséquence, le « cocorico » était fort mal perçu par les sans-culottes. Le Rd. Père Salem-Carrière rapporte donc qu’à Montpellier, le 5 décembre 1791, lors des funérailles d’un « patriote », lorsque le curé constitutionnel parut, un puissant « cocorico » retentit à une fenêtre. Voici la suite telle qu’elle est racontée dans son livre :

« Les gardes nationaux montèrent au deuxième étage chez mademoiselle Sauvaire, vendeuse de faïence, saisirent un coq en cage sur la fenêtre et amenèrent la fille avec eux au tribunal correctionnel.
Le juge l’interrogea :
- Vous avez dressé le coq pour vous moquer des prêtres assermentés.
- C’est un cadeau, répondit-elle, je l’ai mis en cage parce que étant très maigre je voulais l’engraisser.
- Oui, mais ce n’est pas un animal à mettre en cage sur une fenêtre.
- Si je l’avais laissé libre dans mon magasin de faïence il aurait tout cassé.
Ainsi se déroula le dialogue « patriotique » et le jugement suit la logique révolutionnaire. La fille est condamnée à deux jours de prison et à une amende.
Et le coq ?
Le juge propose de l’offrir à l’hôpital. Non pas, estime le tribunal, les malades qui absorberaient son bouillon pourraient devenir aristocrates ou monarchistes.
« Qu’on le décapite, crie un assistant, puisqu’il a chanté en nous insultant. »
Aussitôt un garde saisit son sabre et décapite l’animal… »

(in « Terreur révolutionnaire et résistance catholique dans le Midi » p. 54).

Coq sur un canon (époque révolutionnaire)

Coq sur un canon
(peinture sur faïence – époque révolutionnaire)

2015-63. Coeur de Jésus, sauvez la France, ne l’abandonnez pas !

Jeudi soir 11 juin 2015,
Après les premières vêpres de la fête du Sacré-Coeur de Jésus.

Sacré-Coeur gif

C’est une autre image ancienne – trouvée dans les « trésors » de Frère Maximilien-Marie –  que je veux vous présenter à l’occasion de la fête du Sacré-Coeur de Jésus, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion.

Elle n’est pas en excellent état : elle porte les stigmates de ses cent-quarante-trois ans, ayant été souvent manipulée, puisqu’elle était utilisée comme marque-page dans un ouvrage de dévotion qui a beaucoup servi.
Elle porte la date du 7 juin 1872, qui fut, cette année-là, le vendredi de la fête du Sacré-Coeur.
Au-dessus de cette date, sur un globe bleuté, est inscrit le nom « France » : le quatrain – en alexandrins faciles – qui est imprimé en dessous explicite l’image (voir infra).

Rappelons le contexte très précis de ces années politiquement et religieusement agitées :

1) – En France, la guerre franco-prussienne, déclarée le 19 juillet 1870, a eu pour conséquences l’effondrement du second empire (4 septembre 1870), puis Paris assiégée, l’enchaînement des défaites militaires, l’occupation d’une grande partie du territoire, la proclamation de l’empire allemand dans la galerie des glaces du palais de Versailles (18 janvier 1871), l’armistice (26 janvier 1871), la cession de l’Alsace et de la Lorraine, les atrocités de la Commune insurrectionnelle de Paris (18 mars – 28 mai 1871), les espérances d’une restauration monarchique…

2) – Dans le domaine spirituel, outre l’interruption du concile du Vatican dès la déclaration de guerre puis la spoliation de Rome par les troupes italiennes (voir > ici), en France même ces tragiques événements on vu le lancement du « Voeu national » par deux députés – Messieurs Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury – , soutenus par Monseigneur Pie (il n’est pas encore cardinal), la célèbre bataille de Loigny (2 décembre 1870), l’apparition de Pontmain (17 janvier 1871, voir > ici). Secouée en outre par les pillages d’église, profanations et exécutions de religieux lors de la Commune (voir > ici), l’Eglise de France connaît un sursaut spirituel : les évêques, les prêtres et les fidèles se tournent vers le Coeur de Jésus.
C’est le temps où est composé le fameux cantique « Pitié, mon Dieu ! » : un an plus tard, en juin 1873, un nombre important de députés fera le pélerinage de Paray-le-Monial et, le 24 juillet 1873, l’assemblée nationale votera l’utilité publique de la construction de l’église votive du Sacré-Coeur au sommet de la colline de Montmartre

Ce sont tous ces faits qu’il convient d’avoir à la mémoire en regardant cette image et en lisant les invocations qui y sont imprimées.

Oui, nous nous consacrons à son coeur !

Image pour la fête du Sacré-Coeur 7 juin 1872

Texte imprimé au recto (je conserve la graphie d’origine) :

Vois à tes pieds la France catholique
Se vouant à ton Coeur, réclamant tes bienfaits :
Daigne lui pardonner son offence (sic) publique.
Coeur sacré, donne-lui l’espérance et la paix.

et au verso on peut lire :

Sauvez la France, ne l’abandonnez pas !
Nous vous la consacrons, cette France chérie.
Son titre glorieux, royaume de Marie,
A des droits tout puissants sur votre coeur si bon.
Grâce, grâce, mon Dieu ! pitié pour sa misère !
Seigneur, pour apaiser votre juste colère,
Vos enfants à genoux implorent son pardon.

Sacré-Coeur gif

Mais, si le contexte socio-politique n’est pas vraiment le même, ces textes sont-ils pour autant totalement « dépassés », sans rapport avec les nécessités actuelles de notre pays ?
Qui oserait soutenir qu’aujourd’hui la « France officielle » ne multiplie pas les offenses publiques envers la sainte loi de Dieu, et ne blesse pas le divin Coeur de Jésus ?
La France n’a-t-elle pas besoin de revenir au Sacré-Coeur, d’implorer Son pardon et Ses grâces, de retrouver l’espérance et la paix ?

Aussi est-il bien nécessaire de reprendre souvent et avec ferveur ces invocations qui furent celles de nos pères :

Coeur de Jésus, sauvez la France !
Coeur de Jésus, n’abandonnez pas Votre France !
Coeur de Jésus, faites miséricorde à Votre France !

Sacré-Coeur gif

Voir aussi :
- les plaies de la France pansées par Marie > ici
- le Voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus > ici
- la prophétie et la prière de Saint Pie X pour la France > ici

2015-62. De la très humble femme par laquelle Dieu a voulu donner à Son Eglise la victoire sur Napoléon.

Mardi 9 juin 2015,
Mardi dans l’octave du Très Saint-Sacrement,
Commémoraison des Saints Prime et Félicien, martyrs,
Commémoraison de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parmi les saints pour lesquels nous nourissons une spéciale dévotion au Mesnil-Marie, se trouve la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi.

Née en mai 1769 à Sienne, Anne-Marie Giannetti est l’exacte contemporaine de Napoléon Bonaparte qui naît le 15 août de cette même année à Ajaccio.
A la suite de revers de fortune, les parents d’Anne-Marie s’installent à Rome : la vie de la famille est pauvre, parfois proche de la misère.

Au soir du mercredi saint 16 avril 1783, Anne-Marie est du nombre de ces enfants et adolescents de la Ville Eternelle qui, mus par le seul Saint-Esprit, au moment de la mort de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > www et aussi > www), sans qu’ils en eussent été avertis de manière naturelle, sont sortis de leurs maisons pour crier dans les rues : « E morto il santo : le saint est mort ! »
C’est d’ailleurs la maman d’Anne-Marie qui fut choisie pour faire la toilette funèbre du saint pélerin : Anne-Marie l’accompagnait ; elle connaissait de vue, comme tout le petit peuple de Rome, le saint mendiant français, mais lors de sa mort on peut dire que l’adolescente – elle a alors quatorze ans – a compris beaucoup de choses spirituelles dont elle restera profondément marquée pour le restant de ses jours.

Gisant St Benoît-Joseph Labre à Ste Marie des Monts

Tombe de Saint Benoît-Joseph Labre, à Rome, dans l’église de Saint-Martin des Monts.

Anne-Marie dut bientôt se louer comme domestique et, pour préserver sa vertu, elle épouse Dominique Taïgi, « homme de peine » du palais Chigi.
Ce mariage n’a rien à voir avec les clichés de la passion sentimentale et du romantisme : ce sera pourtant un véritable mariage d’amour, bâti sur un profond respect mutuel et, par dessus tout, sur les valeurs chrétiennes.

Dominique Taïgi est sans nul doute un brave homme, honnête, droit et courageux ; toutefois il est aussi un véritable rustre par ses manières, et par sa propension à piquer de violentes colères.
Anne-Marie sera toujours d’une inaltérable patience avec lui, de même qu’avec ses parents, aigris et grincheux, qu’elle soigne. Elle ne fera jamais rien sans la permission de son époux ; de son côté, celui-ci acceptera aussi – sans bien la comprendre puisque cela dépasse tout ce qu’il pourrait imaginer – l’aventure spirituelle de son épouse, et il ne s’opposera pas à la grâce de Dieu.
Dominique et Anne-Marie donneront la vie à sept enfants, mais ils auront le chagrin d’en perdre trois en bas âge.

Mère attentive à l’éducation de ses enfants, femme d’intérieur dont le logement modeste est toujours propre, Anne-Marie fait la cuisine, coud les vêtements de toute la maisonnée, tient les comptes…
Rien ne distingue sa vie de celle de toutes les mères des familles pauvres qui l’entourent, sinon le rayonnement d’une joie et d’une ferveur peu communes et une sérénité inaltérable, quelles que soient les épreuves traversées.
Dominique témoignera : « Elle parlait de Dieu sans devenir ennuyeuse comme le sont beaucoup de dévotes ! »

A la vie d’apparence très ordinaire d’Anne-Marie, se superpose une vie chrétienne exemplaire : elle est tertiaire trinitaire, participe aux réunions de sa confrérie, assiste quotidiennement à la Sainte Messe, et se soumet à une direction spirituelle exigeante… Et Dieu la submerge d’un véritable océan de grâces mystiques : Dieu fait à tout moment irruption dans sa vie, qu’elle soit à l’église ou dans sa cuisine, en pleine lessive ou en train de converser avec un Monsignore, qu’elle soit à table avec les siens ou allongée aux côtés de Dominique qui dort du sommeil du juste. Elle, avec familiarité, demande au Très-Haut : « Laissez-moi, Seigneur, je suis mère de famille. »

La grâce mystique spéciale qui caractérise Anne-Marie est que, pendant plus de quarante années, elle a en permanence auprès d’elle (qui est seule à le voir) un globe lumineux, comme un petit soleil, à l’intérieur duquel, sous une grande couronne d’épines, elle contemple la divine Sagesse. En regardant dans ce « soleil », elle peut connaître tout ce qui se passe dans le monde et dans l’Eglise, tous les événements – passés, présents et futurs – , ainsi que l’état de la conscience et les pensées secrètes de chacun.
Ce don de prophétie et de prescience lui amenait beaucoup de monde, de simples fidèles comme des Princes de l’Eglise, venant lui demander conseil, et que, toute sa vie, elle a reçus avec une infinie patience et sollicitude.
En cela s’est accompli ce que Notre-Seigneur lui fit un jour connaître dans son action de grâces après la Sainte Communion : « Je te destine à convertir des âmes et à consoler toutes les catégories de personnes : prêtres, frères, moines, prélats, cardinaux, et même Mon Vicaire ».

la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi

La Bienheureuse Anne-Marie Taïgi

C’est que notre Bienheureuse vit dans une période de l’Eglise et de l’Europe durant laquelle, en sus des « habituels » problèmes que peuvent avoir les fidèles pour bien conduire leur vie selon les voies de Dieu, les épreuves vont se multiplier : c’est la fin du siècle des prétendues « lumières » – siècle de la création et du développement de la Franc-Maçonnerie et de quelques autres sectes pseudo-spiritualistes antichrétiennes – , cette période est celle qui voit en France le déchaînement de la révolution avec ses attaques contre la Sainte Eglise Romaine.

Après avoir dépouillé l’Eglise de France de ses biens et tenté de la séparer de Rome, après avoir pillé les sanctuaires et fermé les maisons religieuses, après avoir multiplié les sacrilèges et les profanations, après avoir déporté ou massacré des milliers d’ecclésiastiques et de catholiques fidèles, la révolution « française » a voulu exporter ses théories blasphématoires et s’est lancée à la conquête de l’Europe : pour cela, l’enfer a finalement misé sur le génie orgueilleux et dévoyé d’un tacticien militaire qui est, comme je l’écrivais en commençant, l’exact contemporain d’Anne-Marie : Napoléon Bonaparte.

C’est lui, Bonaparte, qui par le traité de Tolentino (19 février 1797) imposé au Pape Pie VI, porte atteinte à l’intégrité des Etats de l’Eglise et ordonne le pillage de leurs oeuvres d’art ; bientôt après, la « république romaine » est proclamée ; Pie VI, emmené captif par les troupes françaises, meurt d’épuisement à Valence (29 août 1799) où on lui fait des funérailles civiles !
C’est lui, Bonaparte, qui impose au Saint-Siège un concordat (15 juillet 1801) qui, s’il permet le rétablissement du culte catholique en France, n’en tend pas moins à faire de l’Eglise de France la servante de ses ambitions et de son pouvoir.
C’est lui, Napoléon, qui ne voulant pas seulement soumettre l’Eglise de France à son implaccable volonté mais l’Eglise catholique tout entière, persécute odieusement le Pape Pie VII, annexe les Etats de l’Eglise, fait enlever et emprisonner le Souverain Pontife, puis déchaîne sa colère contre les cardinaux et les évêques fidèles…

Anne-Marie voit et sait toutes ces choses.
Elle a demandé à Dieu la signification de cette terrible permission par laquelle ce Napoléon a pu s’emparer – par d’épouvantables tueries et un amoncellement de ruines – d’un continent tout entier, et porter atteinte, d’une façon aussi barbare, à tout droit humain et divin.
Et Anne-Marie a reçu de Dieu cette réponse : 
« A cette fin, J’ai mandaté Napoléon. Il était le ministre de Mes fureurs ; il devait punir les iniquités des impies, humilier les orgueilleux. Un impie a détruit d’autres impies ».
Les choses sont donc bien claires : dans le plan de la divine Sagesse, l’impie Napoléon a été une espèce de « fléau de Dieu » pour que la révolution soit punie par ce qu’elle avait elle-même enfanté !

Le geai dépouillé de ses plumes empruntées caricature de Napoléon

Caricature inspirée de la fable de La Fontaine : « Le geai paré des plumes du paon ».
L’oiseau prétentieux a la tête de Napoléon ; des aigles – symboles des puissances souveraines d’Europe – lui arrachent les plumes qu’il avait volées pour paraître plus grand (ces plumes sont l’Espagne, la Bohême, la Pologne).

Le 9 juin 1815 - lors même que les puissances alliées poursuivaient Napoléon de leurs armées – , s’achevait le Congrès de Vienne, qui, vaille que vaille, redonnait une stabilité à l’Europe sur la base du principe de légitimité.
Neuf jours plus tard, le 18 juin 1815, à Waterloo, la folle tentative de Napoléon pour reprendre les rênes de la France et du monde allait recevoir la fin qu’elle méritait. 

Mais, en vérité, la victoire n’appartient ni aux congressistes de Vienne, ni aux Souverains alliés, ni à Wellington : elle est à Anne-Marie Taïgi.  
Car, loin des affrontements diplomatiques, loin des champs de bataille, loin des coulisses des palais, loin des intrigues politiques et loin de toute l’agitation du monde, la divine Sagesse avait aussi confié à l’épouse exemplaire de l’ « homme de peine » du palais Chigi, à la modeste mère de famille des quartiers populaires de Rome, à l’humble tertiaire priante et pénitente, la mission d’opposer un contrepoids, par sa vie fervente et mortifiée, aux ambitions démesurées et au plan orgueilleux du Bonaparte.
La fin de l’usurpation, la fin de vingt-trois années de guerres européennes ininterrompues commencées par la révolution et poursuivies par l’empire (1792-1815), la fin de la persécution de l’Eglise, la fin de la spoliation des Etats de l’Eglise, la fin de l’emprisonnement du Pape, c’est Anne-Marie qui les a obtenues par ses prières et ses pénitences.

Reconnue pour la sagesse de ses conseils et la justesse de ses prémonitions, Anne-Marie, après 1815, continuera, comme si de rien n’était, à mener sa vie humble et exemplaire, de mère de famille, puis de grand’mère.
Après Pie VII, elle continuera semblablement à soutenir Léon XII, Pie VIII et Grégoire XVI et leurs combats contre l’esprit de la révolution et les sociétés secrètes.
Je ne peux résumer ici tout ce que sa vie comporte de faits prodigieux, d’exemples admirables, ni toutes les prophéties – certaines très précises – qu’elle a transmises, concernant l’avenir du monde et de l’Eglise : cela demande des livres entiers.

Corps de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi, église Saint-Chrysogone

Corps de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi – Basilique Saint-Chrysogone au Transtévère, Rome.

Anne-Marie Taïgi rendit son âme à son Créateur à l’aube du vendredi 9 juin 1837, après trois heures d’agonie.
Elle était âgée de soixante-huit ans et vingt jours.

Déclarée « vénérable » par le Bienheureux Pie IX, elle a été béatifiée par Benoît XV le 30 mai 1920.
Son corps repose dans l’église Saint-Chrysogone au Transtévère (basilique desservie par les Pères Trinitaires, puisqu’elle était tertiaire de leur Ordre) : c’est là qu’il y a dix ans, notre Frère Maximilien-Marie a obtenu des religieux une relique de cette très humble femme par laquelle Dieu a voulu donner à Son Eglise la victoire sur Napoléon.

En ce 9 juin 2015, deuxième centenaire de la conclusion du Congrès de Vienne, et à quelques jours du bicentenaire de la victoire de Waterloo (18 juin), je considérais qu’il était de mon devoir de vous donner ici à propos de ces événements, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, un éclairage différent de celui de l’histoire officielle…

Lully.

Reliquaire de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi - Refuge ND de Compassion

Médaillon reliquaire de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi, au Mesnil-Marie.

2015-61. « Ils m’ont jeté vivant sous des murs funéraires… »

1795 – 8 juin – 2015

Deux-cent-vingtième anniversaire
du rappel à Dieu
de

Sa Majesté le Roi Louis XVII

frise lys deuil

Ce 8 juin 2015 marque le deux-cent-vingtième anniversaire de la mort, dans les épouvantables conditions que l’on sait, de « l’Enfant du Temple », Sa Majesté le Roi Louis XVII.

Foin des délires obsessionnels survivantistes ! Le petit Roi est bien mort dans l’horrible prison, âgé de dix ans deux mois et douze jours, et son règne – du sinistre 21 janvier 1793 à ce 8 juin 1795 – a été de deux ans quatre mois et dix-huits jours : un règne qui s’est tout entier écoulé entre les murs lugubres de ce donjon, dans les mauvais traitements, dans le broiement de ses plus chères aspirations, dans la déréliction, dans la maladie et l’agonie du coeur et de l’esprit avant de connaître, épuisé, l’agonie du corps.

Enfant martyr, la république qui a voulu pour lui un tel sort tombe sous le coup de la malédiction contenue dans les paroles du Christ : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits d’entre Mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait ! » (cf. Matth. XXV, 40 b).
Roi martyr, dont le sceptre, le manteau et la couronne ne furent ici-bas que de dérision et d’opprobre, comme ceux dont Jésus-Christ, Roi des rois, fut affublé par la soldatesque en Sa douloureuse Passion.

Sans doute, sans aucun doute, le sort atroce réservé à cet enfant-roi entrait-il surnaturellement dans un plan divin d’expiation et de rédemption qui échappe à toute logique humaine, et qui a mis en réserve pour la France – au jour où pénitente et dévouée : Gallia poenitens et devota, elle reviendra, par un même mouvement de conversion, à son Dieu et à sa vocation – des trésors de grâce.
Mais aujourd’hui, tout cela est enveloppé par le secret divin.

Pour l’heure, afin de marquer cet anniversaire, que nous célébrons avec des sentiments de foi et d’espérance, je veux vous livrer le poème intitulé « Louis XVII » que Victor Hugo a publié au livre premier de son recueil « Odes et ballades ».
On se souviendra de ce fait que si ce génie de la poésie française a malheureusement fini en républicain apostat (« je refuse la prière de toutes les Eglises »), il avait été à ses débuts un ardent légitimiste…

Ce long poème, qui met en scène l’entrée au paradis du petit Roi-martyr, contient plus d’un passage admirable et le regretté Révérend Père Jean Charles-Roux (cf. > ici) avait voulu qu’il conclut son très beau livre – que nous ne pouvons que chaleureusement recommander – intitulé : Louis XVII – la Mère et l’Enfant martyrs (ed. du Cerf – 2007).

Lully.

frise lys deuil

Louis XVII
(Victor Hugo, in « Odes et Ballades » -  Livre 1er, ode V)
* * *
Louis XVII mourant
I
En ce temps-là, du ciel les portes d’or s’ouvrirent ;
Du Saint des Saints ému les feux se découvrirent ;
Tous les cieux un moment brillèrent dévoilés ;
Et les élus voyaient, lumineuses phalanges,
Venir une jeune âme entre de jeunes anges
Sous les portiques étoilés.
C’était un bel enfant qui fuyait de la terre ;
Son œil bleu du malheur portait le signe austère ;
Ses blonds cheveux flottaient sur ses traits pâlissants ;
Et les vierges du ciel, avec des chants de fête,
Aux palmes du martyre unissaient sur sa tête
La couronne des innocents.
II
On entendit des voix qui disaient dans la nue :
- « Jeune ange, Dieu sourit à ta gloire ingénue ;
Viens, rentre dans ses bras pour ne plus en sortir ;
Et vous, qui du Très-Haut racontez les louanges,
Séraphins, prophètes, archanges,
Courbez-vous, c’est un roi ; chantez, c’est un martyr ! »
- « Où donc ai-je régné ? demandait la jeune ombre.
Je suis un prisonnier, je ne suis point un roi.
Hier je m’endormis au fond d’une tour sombre.
Où donc ai-je régné ? Seigneur, dites-le moi.
Hélas ! mon père est mort d’une mort bien amère ;
Ses bourreaux, ô mon Dieu, m’ont abreuvé de fiel ;
Je suis un orphelin ; je viens chercher ma mère,
Qu’en mes rêves j’ai vue au ciel. »
Les anges répondaient : – « Ton Sauveur te réclame.
Ton Dieu d’un monde impie a rappelé ton âme.
Fuis la terre insensée où l’on brise la croix.
Où jusque dans la mort descend le régicide,
Où le meurtre, d’horreurs avide,
Fouille dans les tombeaux pour y chercher des rois. »
- « Quoi ! de ma lente vie ai-je achevé le reste ?
Disait-il ; tous mes maux, les ai-je enfin soufferts ?
Est-il vrai qu’un geôlier, de ce rêve céleste,
Ne viendra pas demain m’éveiller dans mes fers ?
Captif, de mes tourments cherchant la fin prochaine.
J’ai prié : Dieu veut-il enfin me secourir ?
Oh ! n’est-ce pas un songe ? a-t-il brisé ma chaîne ?
Ai-je eu le bonheur de mourir ?
« Car vous ne savez point quelle était ma misère !
Chaque jour dans ma vie amenait des malheurs ;
Et, lorsque je pleurais, je n’avais pas de mère
Pour chanter à mes cris, pour sourire à mes pleurs.
D’un châtiment sans fin languissante victime,
De ma tige arraché comme un tendre arbrisseau,
J’étais proscrit bien jeune, et j’ignorais quel crime
J’avais commis dans mon berceau.
« Et pourtant, écoutez : bien loin dans ma mémoire,
J’ai d’heureux souvenirs avant ces temps d’effroi ;
J’entendais en dormant des bruits confus de gloire,
Et des peuples joyeux veillaient autour de moi.
Un jour tout disparut dans un sombre mystère ;
Je vis fuir l’avenir à mes destins promis ;
Je n’étais qu’un enfant, faible et seul sur la terre,
Hélas ! et j’eus des ennemis !
« Ils m’ont jeté vivant sous des murs funéraires ;
Mes yeux voués aux pleurs n’ont plus vu le soleil ;
Mais vous que je retrouve, anges du ciel, mes frères,
Vous m’avez visité souvent dans mon sommeil.
Mes jours se sont flétris dans leurs mains meurtrières,
Seigneur, mais les méchants sont toujours malheureux ;
Oh ! ne soyez pas sourd comme eux à mes prières,
Car je viens vous prier pour eux. »
Et les anges chantaient : – « L’arche à toi se dévoile,
Suis-nous ; sur ton beau front nous mettrons une étoile.
Prends les ailes d’azur des chérubins vermeils ;
Tu viendras avec nous bercer l’enfant qui pleure,
Ou, dans leur brûlante demeure,
D’un souffle lumineux rajeunir les soleils ! »
III
Soudain le chœur cessa, les élus écoutèrent ;
Il baissa son regard par les larmes terni ;
Au fond des cieux muets les mondes s’arrêtèrent,
Et l’éternelle voix parla dans l’infini :
« O roi ! je t’ai gardé loin des grandeurs humaines.
Tu t’es réfugié du trône dans les chaînes.
Va, mon fils, bénis tes revers.
Tu n’as point su des rois l’esclavage suprême,
Ton front du moins n’est pas meurtri du diadème,
Si tes bras sont meurtris de fers.
« Enfant, tu t’es courbé sous le poids de la vie ;
Et la terre, pourtant, d’espérance et d’envie
Avait entouré ton berceau !
Viens, ton Seigneur lui-même eut ses douleurs divines,
Et mon Fils comme toi, roi couronné d’épines,
Porta le sceptre de roseau. »
                                                                                    (décembre 1822)

Ecce Homo par Philippe de Champaigne

2015-59. In memoriam : Louis du Vergier de La Rochejaquelein.

1815 – 4 juin – 2015

Louis du Vergier de la Rochejaquelein par Pierre-Narcisse Guérin

Portrait de Louis du Vergier de la Rochejaquelein par Pierre-Narcisse Guérin.

Jeudi 4 juin 2015,
Fête du Très Saint-Sacrement (cf. > ici et suivants).

La très grande fête de ce jour, qui remplit nos coeurs d’une fervente allégresse, ne nous fait néanmoins pas oublier le deuxième centenaire de la mort de Louis du Vergier de La Rochejaquelein, tué au combat le 4 juin 1815.

Scapulaire Sacré-Coeur

Henri Louis Auguste du Vergier, marquis de La Rochejaquelein (1749-1802) et son épouse, Constance de Caumont d’Ade (1749-1798) furent les parents de sept enfants, parmi lesquels trois garçons prénommés respectivement Henri (1772-1794) – le justement célèbre « Monsieur Henri », deuxième généralissime de la Grande Armée Catholique et Royale – , Louis (1777-1815) dont nous rappellerons aujourd’hui la geste, et Auguste (1784-1868), surnommé « le balafré », que nous avons cité en évoquant Jacques-Joseph de Cathelineau (cf. > ici).
Ces trois fils rivalisèrent de vaillance et de courage pour la défense du trône et de l’autel.

Louis du Vergier de La Rochejaquelein est donc né à Saint-Aubin de Baubigné le 30 novembre 1777 : il n’a que douze ans quand éclate la révolution, et il accompagne ses parents lorsque ceux-ci prennent la route de l’exil.
A l’âge de quatorze ans, il s’engage dans un régiment impérial, celui du comte
Maximilien Antoine Charles Baillet de Latour, pour combattre contre les armées de la révolution ; mais après une brève campagne seulement (1792), il rejoint ses parents en Angleterre afin de partir avec eux pour Saint-Domingue où son père possède une plantation.
Mais Saint-Domingue est en insurrection : Louis s’engage alors dans un régiment anglais de la Jamaïque et participe au débarquement à Saint-Domingue.
Il sert pendant cinq ans dans l’armée anglaise.

En 1798, Louis démissionne puis rentre en Angleterre avec le dessein de rejoindre les Chouans. Mais arrive l’amnistie de 1801 : il peut rentrer en France.

Le 1er mars 1802, il épouse la veuve de son cousin Louis-Marie de Lescure (cf. > ici), Victoire de Donnissan (elle devient donc marquise de La Rochejaquelein, nom sous lequel elle est le plus connue et sous lequel sont publiés ses fameux Mémoires).
Louis ne se rallie pas à l’empire, il vit la plupart du temps dans le Bordelais, et s’engage dans une organisation royaliste secrète, les « Chevaliers de la Foi » qui travaillent dans l’ombre au rétablissement du pouvoir légitime.
A Bordeaux, le 12 mars 1814, Louis joue un rôle important dans la libération de la ville et dans la proclamation de la souveraineté de Louis XVIII, événement qui aura un grand retentissement dans tout le royaume et balaiera en bonne partie les préventions des alliés contre le rétablissement des Bourbons .

La Restauration traite Louis de La Rochejaquelein avec une faveur particulière : il est nommé maréchal de camp et capitaine commandant des grenadiers de la Maison du Roi.
En mars 1815, lorsque le Bonaparte félon manque à sa parole, s’enfuit de l’île d’Elbe, parvient à rallier à sa personne des officiers et des troupes parjures, et que Louis XVIII trahi est contraint de reprendre le chemin de l’exil, Louis l’accompagne à Gand.
Il passe ensuite en Angleterre et de là s’embarque pour les côtes vendéennes : il porte avec lui un drapeau de la Grande Armée Catholique et Royale de 1793.
Une partie de la Vendée se soulève à nouveau : sur place, à la tête du mouvement, se trouvent son jeune frère Auguste de La Rochejaquelein, Charles
de Charette de La Contrie, Pierre Constant de Suzannet, Charles Sapinaud de la Rairie, Charles-Marie de Beaumont d’Autichamp
Mais ce soulèvement, pourtant fort de plusieurs dizaines de milliers d’hommes, est compromis par des mésententes entre les chefs.

Au début juin 1815, Louis de La Rochejaquelein est à Croix-de-Vie, dirigeant des manœuvres de débarquement d’armes et de munitions.
Le 4 juin au matin, on apprend que le général Estève, bonapartiste, à la tête de quinze-cents hommes, s’avance vers Le Périer, venant de Riez.
Louis et Auguste de La Rochejaquelein ont avec eux environ douze-cents hommes et vont tenter de lui barrer la route.

Les soldats du général Estève sont trois fois repoussés et contraints de reculer jusque dans l’ancienne île de Riez, qui n’est plus qu’une plaine sablonneuse de peu d’étendue ; ils se trouvent pourtant dans une meilleure situation pour combattre : derrière eux ils ont la ferme des Mathes qui va donner son nom au combat de cette célèbre journée, et devant eux, entre la route et la plaine, les deux La Rochejaquelein.
Estève feint de battre en retraite afin d’attirer l’ennemi en terrain découvert. Les paysans vendéens abandonnent leurs abris pour les poursuivre, et se jettent en avant dans la direction de la ferme des Mathes ; mais ils s’arrêtent bientôt à la vue de l’infanterie, qui ayant fait volte-face, les attend rangée en bon ordre.
Le combat est acharné.
Lorsqu’un premier officier vendéen est tué, ses hommes se replient en désordre vers le Marais. Ce mouvement entraîne les autres paysans : c’est le commencement de la déroute.

Pour les rallier, Louis de La Rochejaquelein, monte sur un petit tertre : sa taille athlétique, sa capote bleue et son chapeau à panaches de plumes blanches le font reconnaître de loin : du milieu des rangs ennemis on entend crier : « Tirez à la capote bleue ! »… et le brave La Rochejaquelein tombe, percé de vingt balles, entre les bras d’un paysan nommé Crochet, qui reçoit son dernier soupir.
Dans le même temps, Auguste de La Rochejaquelein, lui-même dangereusement blessé, est jeté à bas de son cheval ; ses hommes l’emportent loin du champ de bataille, pendant que le gros des maraîchins, outrés de colère, repoussent le général Estève, lui tuent quatre cents hommes et le font reculer.
Ce double malheur anéantit néanmoins les dernières espérances des royalistes.

La Croix des Mathes - avant les aménagements

La Croix des Mathes, sur le site de la bataille du 4 juin 1815 (avant les récents aménagements),
marque l’endroit où fut rapidement enseveli Louis de La Rochejaquelein :
la petite stèle en arrière précise l’endroit où il rendit le dernier soupir.

Louis de La Rochejaquelein fut enseveli à l’endroit même où il était tombé.
Le lendemain, survint Mademoiselle de La Rochejaquelein, sa sœur : avec une énergie toute virile, apprenant les difficultés dans lesquelles il se trouvait, elle avait rassemblé quelque quatre mille hommes et, à leur tête, venait pour prendre part au combat.
Elle n’ariva que pour apprendre la fatale nouvelle.
C’est p
ar ses soins qu’une pierre surmontée d’une croix fut élevée à la place où avait été déposé provisoirement, le corps du général vendéen ; elle y fit graver cette inscription que l’on y voit encore : Sous ce tertre fut ici couvert de terre Louis de La Rochejaquelein.
Derrière, une pierre surmontée d’une fleur de lys marque l’endroit où il fut blessé à mort et rendit son dernier soupir dans les bras du brave Crochet.

La mort de La Rochejaquelein acheva de désorganiser l’insurrection.
Les combattants étaient découragés, et bien des chefs, mêmes s’ils s’efforçaient de cacher leurs sentiments, ne l’étaient pas moins…
Quinze jours plus tard, la victoire de Waterloo mett
ait un terme définitif aux délires napoléoniens et le Roi était de retour.

Si le corps de Louis de La Rochejaquelein fut ramené en février 1816 à Saint-Aubin de Baubigné, où il repose dans l’église auprès des siens, le lieu de sa mort héroïque fut acheté par la famille de La Rochejaquelein, pour que soit préservé ce lieu saint. Ses descendants en sont toujours les propriétaires aujourd’hui.

En 1994, la commune de Saint-Hilaire-de-Riez a passé une convention avec les héritiers qui ont autorisé des aménagements du site et la création d’un espace d’information.
Cette année, pour le bicentenaire du combat des Mathes et de la mort de Louis de La Rochejaquelein, la municipalité et l’association du Souvenir Vendéen ont fait procéder à une restauration de ce site historique, restauration qui sera inaugurée le 13 juin prochain.

Chapelle funéraire des La Rochejaquelein dans l'église de Saint Aubin de Baubigné

Eglise de Saint-Aubin de Baubigné, chapelle funéraire de la famille de La Rochejaquelein,
où sont ensevelis Henri, Louis et Auguste de La Rochejaquelein,
ainsi que l’épouse de Louis, Victoire de Donissan, auteur des fameux Mémoires.

Scapulaire Sacré-Coeur

2015-58. Les « petites phrases » de l’héritier du Grand Roi.

Mercredi 3 juin 2015,
fête de Sainte Clotilde, reine des Francs,
et anniversaire du rappel à Dieu de S.M. le Roi Louis XIX (3 juin 1844).

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Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Sans doute le savez-vous, et d’ailleurs la « niouzelaiteur » de notre site l’avait-elle annoncé (cf. > ici), nos Souverains légitimes, Monseigneur le duc d’Anjoude jure Louis XX – et son épouse la Princesse Marie-Marguerite, ont effectué une visite officielle en Bretagne les 29, 30 et 31 mai derniers.

S’il n’était pas possible à notre Frère de s’y rendre, vous vous doutez bien néanmoins que nous accompagnions  ce voyage de nos Princes par la pensée et la prière, en union avec de nombreux amis qui s’y trouvaient, et en particulier avec les représentants de l’Union des Cercles Légitimistes de France (UCLF) et de l’Institut de la Maison de Bourbon (IMB).
En confidence (mais une telle joie peut-elle vraiment demeurer confidentielle ?), je peux aussi vous révéler que Frère Maximilien-Marie a reçu ce jour d’hui même par la poste, une carte envoyée de Sainte-Anne d’Auray portant deux « simples » signatures - « Louis » et « Marie-Marguerite » – , carte qui, vous l’imaginez sans peine, a ému notre Frère jusqu’aux larmes…

Les visites officielles du descendant direct de Saint Louis, d’Henri IV et de Louis XIV, sont ponctuées par des entretiens ou discours auxquels il convient de porter la plus grande attention.
En effet, même si – circonstances obligent – le Prince doit user de quelque diplomatie avec les représentants du régime d’occupation qui sévit malheureusement en France, ses prises de parole  ne sont néanmoins pas anodines et elles sont émaillées de « petites phrases » précieuses qui sonnent à nos oreilles comme de véritables mots d’ordre :
« que celui qui a des oreilles pour entendre entende » (cf. Matth. XI, 15)…

Je ne vais donc pas reproduire ici l’intégralité des discours de notre Prince : on peut déjà les retrouver sur quelques uns de nos sites amis, et en particulier ici > Visite de Louis XX en Bretagne, mais je vais en extraire ces « petites phrases » qui m’ont paru d’une importance remarquable parce que, à travers leur heureuse formulation, souvent concise, ce sont de vraies lignes directrices de pensée et d’action que Monseigneur le Prince Louis vient de laisser à ses fidèles ; certaines constituent d’ailleurs de beaux et purs slogans que nous pouvons mettre en exergue à notre combat légitimiste.

A ces discours officiels, il ne faut pas omettre d’adjoindre le texte de l’entretien exclusif que Monseigneur le Prince Louis avait accordé au « Télégramme » le 29 mai et dont on retrouvera l’intégralité ici > L’héritier des Rois en visite en Bretagne.
Les réponses de notre Prince aux questions des journalistes sont à bien des égards remarquables, aussi convient-il de les lire avec attention et de bien les méditer.
Comme pour les discours, j’en extrais les mots d’ordre qui m’ont le plus touché.

Vivent nos Princes !
Vive le Roi Louis XX !
Vive la Reine Marie-Marguerite !

Lully.

Le Prince Louis et la Princesse Marie-Marguerite à l'issue de la Messe à Sainte-Anne d'Auray dimanche 31 mai 2015

Monseigneur le Prince Louis et son épouse la Princesse Marie-Marguerite
à l’issue de la Messe célébrée dans la basilique de Sainte-Anne d’Auray,
le dimanche 31 mai 2015.

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Les « petites phrases » de l’héritier du Grand Roi :

Dans l’entretien accordé au « Télégramme » :

- « Je suis le seul héritier des rois qui ont régné sur notre pays, de Clovis à Charles X. »

- « On ne peut être le descendant direct d’une dynastie dont la destinée se confond avec l’Histoire de France sans se sentir investi d’une mission. »

- « Il me semble que par rapport aux souverains passés, j’ai aussi le devoir de montrer que leur œuvre se poursuit et que les principes qui ont fait que ce régime a tenu 800 ans, ont toujours leur place : la justice, le respect du droit naturel, l’harmonie sociale. »

- « Face à un pouvoir qui ne défend plus l’ordre naturel, comme héritier de la dynastie capétienne, je demeure le garant des valeurs morales. »

Dans le discours prononcé lors de la réception par la municipalité de Lorient au musée de la Compagnie des Indes Orientales :

- « La grandeur des politiques se perçoit aux fruits qu’elles portent sur le moment et dans la durée. »

Lors du dîner offert à Vannes le samedi 30 mai :

- « La royauté, en effet, n’a pas à être une nostalgie mais, au contraire, doit aider à préparer l’avenir. C’est ainsi que nous sommes dignes de l’héritage reçu. »

- « Tradition et modernité. Il me semble que depuis que je suis devenu chef de la Maison Capétienne, héritier des rois de France, c’est le message que je veux faire passer. Les traditions sont peu de choses lorsqu’elles ne sont que conservatisme. Elles sont beaucoup lorsqu’elles permettent d’ouvrir sur le présent et le progrès. Elles sont peu lorsqu’elles ne sont que regrets du passé. Elles sont beaucoup, en étant espoir et encouragement à la jeunesse et à l’innovation. »

- « L’unité est gage de succès.
Doivent s’unir et se conforter toutes les associations, les bonnes volontés publiques et privées, les autorités religieuses et civiles, les forces vives de l’économie et des sciences, les chercheurs et les enseignants. »

- « Nous sommes des héritiers mais nous ne devons pas cacher notre trésor. Nous devons au contraire le faire fructifier. Tel est notre devoir. Nous avons un héritage à transmettre. Nous devons faire vivre et croître ce que nous avons reçu, par respect pour ceux qui nous ont précédés et pour préparer l’avenir de nos enfants. »

Dans le discours prononcé au Champ des Martyrs de Brec’h :

- « Le souvenir du passé doit nous aider à affronter les malheurs des temps présents. Nous ne devons pas avoir peur de nous engager pour nos familles et nos enfants. En étant les gardiens de la tradition, nous sommes les précurseurs du monde meilleur que nous souhaitons à nos héritiers. »

- « La religion catholique nous enseigne que le sang des martyrs est le terreau dans lequel s’ensemence l’avenir. »

- « En restant fidèles au sacrifice des anciens, nous sommes aussi les artisans de l’avenir ! »

Dans le discours prononcé devant le monument édifié en l’honneur du Comte de Chambord :

- « Le Comte de Chambord n’était pas un homme du passé. Ses écrits montrent combien il avait le sens des événements et comme il voyait les problèmes de son temps. »

- « Ne pas rester figés sur la nostalgie d’un monde passé mais créer le monde de demain sur les principes de la tradition. »

- « Il s’agit de prolonger la mission de progrès qui a toujours été celle de la royauté française. »

- « Etre ouvert à son temps, ce n’est pas en accepter benoîtement les dérives et les propositions contre nature. »

- « Redonner du sens à la vie. Être des porteurs d’espoir. Ré-enchanter la société, tel est notre devoir. Il s’impose à l’égard de notre pays et à tous les Français. N’ayons pas peur ! Ne soyons pas découragés ! »

- « Le Comte de Chambord fut aussi l’homme des combats qui paraissent impossibles. Il n’est pas remonté sur le trône de ses ancêtres mais il a conservé intact le principe de la royauté sans l’affadir, ni le compromettre.
Il nous appartient de continuer son œuvre de fidélité et d’espoir, et de lui rendre l’hommage qui lui revient. »

- « Nous sommes les veilleurs de la mémoire, en charge de transmettre des valeurs dans lesquelles nos enfants puiseront pour continuer à écrire l’histoire de France. »

Grandes armes de France

Publié dans:Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 3 juin, 2015 |7 Commentaires »

2015-57. Témoignages des dominicains qui assistèrent Jeanne d’Arc en son supplice.

Chaque 30 mai ramène la fête de notre si chère et incomparable Sainte Jeanne d’Arc, au jour anniversaire de son supplice, le 30 mai 1431, sur la place du Vieux-Marché, à Rouen.
Aujourd’hui, lisons ou relisons les dépositions que les trois religieux de l’Ordre de Saint Dominique présents à ses derniers moments firent lors de la cinquante-sixième session de son procès, tenue après son exécution.

Nota bene : Nous avons nous-mêmes pris la liberté d’écrire en caractères gras certains passages ou citations qui nous paraissaient plus importants.

Supplice de Ste Jeanne d'Arc, vitrail de l'église ND des Vertus à Aubervilliers

Supplice de Sainte Jeanne d’Arc
(détail d’un vitrail de l’église Notre-Dame des Vertus à Aubervilliers)

Déposition de frère Jean Toutmouillé, frère prêcheur :

Le jour où Jeanne fut brûlée, je me trouvai dès le matin en la prison avec frère Martin Ladvenu que l’évêque de Beauvais lui avait envoyé pour l’induire à vraie pénitence et l’entendre en confession ; ce que ledit Ladvenu fit bien soigneusement et charitablement.

Quand il annonça à Jeanne la sentence des juges et qu’elle ouït la dure et cruelle mort qui l’attendait, elle cria douloureusement et piteusement, se tira et arracha les cheveux :
« Hélas, me traite-t-on ainsi horriblement et cruellement qu’il faille que mon corps net et entier qui ne fut jamais corrompu soit aujourd’hui consumé et réduit en cendres ! Ah ! ah ! j’aimerais mieux être décapitée sept fois que d’être ainsi brûlée. Hélas si j’eusse été en la prison ecclésiastique à laquelle je m’étais soumise et que j’eusse été gardée par les gens d’Eglise, non pas par mes ennemis et adversaires, il ne me fût pas si misérablement arrivé malheur. Oh ! j’en appelle devant Dieu, le grand juge, des grands torts et ingravances qu’on me fait ».
Et elle se plaignait merveilleusement des oppressions et violences qu’on lui avait faites.

Après ces plaintes survint l’évêque de Beauvais auquel elle dit incontinent : « Evêque, je meurs par vous ».
Il commença à lui faire des remontrances, disant : « Ah ! Jeanne, prenez tout en patience, vous mourez pour ce que vous n’avez pas tenu ce que vous aviez promis et que vous êtes retournée à votre premier maléfice ».
Et la pauvre Pucelle lui répondit :
« Hélas ! si vous m’eussiez mise aux prisons de cour d’Eglise et rendue entre les mains de concierges ecclésiastiques compétents et convenables, ceci ne fût pas advenu. C’est pourquoi j’en appelle de vous devant Dieu ».
Pour lors je sortis et n’ouïs plus rien.

La dernière communion de Sainte Jeanne d'Arc

Frère Martin Ladvenu communie Jeanne dans sa prison
(basilique de Donremy)

Déposition de frère Martin Ladvenu, frère prêcheur :

La Pucelle me révéla qu’après son abjuration, on l’avait tourmentée violemment en la prison, molestée et battue, et qu’un lord anglais avait tenté de la violer. Elle disait publiquement et elle me dit à moi que c’était la cause pour laquelle elle avait repris l’habit d’homme.

Avec la permission des juges, avant le prononcé de la sentence, j’entendis Jeanne en confession et je lui administrai le corps de Notre-Seigneur. Elle le reçut avec grande dévotion et beaucoup de larmes. Son émotion était telle que je ne saurais l’exprimer.

Le matin de ce jour qui était un mercredi, tandis que j’étais avec Jeanne pour la préparer au salut, l’évêque de Beauvais et quelques chanoines de Rouen entrèrent. Quand elle vit l’évêque, Jeanne lui dit : « Vous êtes cause de ma mort, vous m’aviez promis de me mettre aux mains de l’Eglise et vous m’avez remise aux mains de mes pires ennemis ».
Près de sa fin elle disait encore à l’évêque :
« Hélas ! je meurs par vous, car si vous m’eussiez donnée à garder aux prisons d’Eglise, je ne serais pas ici ».

Au lieu de procéder régulièrement, on s’en tint à la sentence épiscopale et il n’y eut pas de sentence laïque. C’est là un fait dont je suis certain, car je ne quittai pas Jeanne depuis sa sortie du château jusqu’au moment où elle rendit l’esprit. Après qu’elle eut été abandonnée par l’Eglise au bras séculier, deux sergents anglais la contraignirent de descendre de l’échafaud, la menèrent au lieu de l’exécution et la livrèrent au bourreau. Pourtant le bailli et la cour séculière étaient présents, assis sur un échafaud. Mais, je le répète, il n’y eut pas de condamnation portée par eux.

Le bourreau disait : « Jamais l’exécution d’aucun criminel ne m’a donné tant de crainte que l’exécution de cette pucelle ; d’abord à cause de sa réputation et du grand bruit fait autour d’elle, puis à cause de la manière cruelle dont elle a été liée et affichée ». De fait les Anglais avaient fait faire un haut échafaud en plâtre, et au dire du bourreau, il ne la pouvait bonnement ni facilement expédier, ayant peine à atteindre jusqu’à elle. De tout cela il était fort marri et il avait grande compassion de la façon atroce dont on faisait mourir Jeanne.

Je puis attester la grande et admirable contrition de Jeanne, sa continuelle confession et repentance. Elle prononçait toujours le nom de Jésus et elle invoquait dévotement l’aide des saints et saintes du paradis.

Jusqu’à sa dernière heure, comme toujours, Jeanne affirma et maintint que ses voix étaient de Dieu, que tout ce qu’elle avait fait elle l’avait fait par ordre de Dieu, et qu’elle ne croyait pas avoir été trompée par ses voix ; enfin que ses révélations étaient de Dieu.

Le supplice de Sainte Jeanne d'Arc à Rouen

Supplice de Sainte Jeanne d’Arc à Rouen le 30 mai 1431
(basilique de Donremy)

Déposition de frère Isambard de la Pierre, frère prêcheur :

A son dernier jour, Jeanne se confessa et communia. La sentence ecclésiastique fut ensuite prononcée. Ayant assisté à tout le dénouement du procès, j’ai bien et clairement vu qu’il n’y eut pas de sentence portée par le juge séculier. Celui-ci était à son siège, mais il ne formula pas de conclusion. L’attente avait été longue. A la fin du sermon, les gens du roi d’Angleterre emmenèrent Jeanne et la livrèrent au bourreau pour être brûlée. Le juge se borna à dire au bourreau, sans autre sentence : « Fais ton office ! »

Frère Martin Ladvenu et moi suivîmes Jeanne et restâmes avec elle jusqu’aux derniers moments. Sa fin fut admirable tant elle montra grande contrition et belle repentance. Elle disait des paroles si piteuses, dévotes et chrétiennes que la multitude des assistants pleurait à chaudes larmes. Le cardinal d’Angleterre et plusieurs autres Anglais ne purent se tenir de pleurer ; l’évêque de Beauvais, même lui, versa quelques pleurs.

Comme j’étais près d’elle, la pauvre pucelle me supplia humblement d’aller à l’église prochaine et de lui apporter la croix pour la tenir élevée tout droit devant ses yeux jusqu’au pas de la mort, afin que la croix où Dieu pendit, fût, elle vivante, continuellement devant sa vue.

C’était bien une vraie et bonne chrétienne. Au milieu des flammes, elle ne s’interrompit pas de confesser à haute voix le saint nom de Jésus, implorant et invoquant l’aide des saints du paradis. En même temps elle disait qu’elle n’était ni hérétique, ni schismatique comme le portait l’écriteau. Elle m’avait prié de descendre avec la croix, une fois le feu allumé, et de la lui faire voir toujours. Ainsi je fis.
A sa fin, inclinant la tête et rendant l’esprit, Jeanne prononça encore avec force le nom de Jésus. Ainsi signifiait-elle qu’elle était fervente en la foi de Dieu, comme nous lisons que le firent saint Ignace d’Antioche et plusieurs autres martyrs. Les assistants pleuraient.

Un soldat anglais qui la haïssait mortellement avait juré qu’il mettrait de sa propre main un fagot au bûcher de Jeanne. Il le fit. Mais à ce moment, qui était celui où Jeanne expirait, il l’entendit crier le nom de Jésus. Il demeura terrifié et comme foudroyé. Ses camarades l’emmenèrent dans une taverne près du Vieux-Marché pour le ragaillardir en le faisant boire. L’après-midi, le même Anglais confessa en ma présence à un frère prêcheur de son pays, qui me répéta ses paroles, qu’il avait gravement erré, qu’il se repentait bien de ce qu’il avait fait contre Jeanne, qu’il la réputait maintenant bonne et brave pucelle ; car au moment où elle rendait l’esprit dans les flammes il avait pensé voir sortir une colombe blanche volant du côté de la France.

Le même jour, l’après-midi, peu de temps après l’exécution, le bourreau vint au couvent des frères prêcheurs trouver frère Martin Ladvenu et moi. Il était tout frappé et ému d’une merveilleuse repentance et angoissante contrition. Dans son désespoir il redoutait de ne jamais obtenir de Dieu indulgence et pardon pour ce qu’il avait fait à cette sainte femme : « Je crains fort d’être, damné, nous disait-il, car j’ai brûlé une sainte ».

Ce même bourreau disait et affirmait que nonobstant l’huile, le soufre et le charbon qu’il avait appliqués contre les entrailles et le coeur de Jeanne, il n’avait pu venir à bout de consumer et réduire en cendres ni les entrailles ni le coeur. Il en était très perplexe, comme d’un miracle évident.

Statue de Sainte Jeanne d'Arc au soir tombant

Vous pourrez lire aussi :
Dans les pages de ce blogue vous trouverez d’autres publications au sujet de Sainte Jeanne d’Arc 
- « Le coeur de Jeanne était resté intact et plein de sang » : déposition de l’huissier > www
- Jeanne d’Arc, sainte de la légitimité dynastique > www
- Prière à Jeanne d’Arc pour la France et cantique du Père Doncoeur > www
- Extrait de l’Eloge de Jeanne d’Arc, par Mgr Pie > www

2015-56. Où le Maître-Chat vous livre une fois de plus ses convictions profondes et réflexions, à l’occasion du cent-nonantième anniversaire du Sacre de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Charles X.

1825 – 29 mai – 2015

Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Charles X

Vendredi des Quatre-Temps de Pentecôte 29 mai 2015.

Depuis ce matin, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, en notre Mesnil-Marie résonnent les puissantes harmonies de la Messe Solennelle en la majeur pour choeur et orchestre composée par Luigi Cherubini pour le Sacre de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Charles X.
C’est en effet aujourd’hui l’exact cent-nonantième anniversaire de cette cérémonie, qui fut donc célébrée à Reims le dimanche 29 mai 1825.

Permettez-moi, à cette occasion, de vous faire une fois de plus part de quelques unes de mes réflexions :

A) Tout d’abord au sujet de cette Messe Solennelle pour le Sacre de Charles X composée par Cherubini :
Il s’agit incontestablement d’une oeuvre « romantique », et ceux qui me connaissent savent bien (je ne m’appelle pas Lully pour rien !) que je ne prise habituellement pas beaucoup le romantisme.
Néanmoins Berlioz – qui n’aimait guère Cherubini en tant qu’homme – a porté sur sa musique un jugement qui mérite d’être cité, puisqu’il estimait qu’elle « jaillissait des profondeurs de la méditation chrétienne et respirait l’amour divin ».
Le Credo de cette Messe, tout spécialement, force l’adhésion par sa puissance.

Je n’ai pas trouvé d’enregistrement disponible sur Internet que je puisse vous proposer ici, chers Amis. Cette Messe a été enregistrée par le Philamornia Orchestra & Chorus sous la direction de Riccardo Muti, grand « cherubinien » s’il en est, et je ne puis que vous encourager à vous la procurer ou à l’écouter si cela vous est possible.

Sacre de Charles X 29 mai 1825

Le Sacre de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Charles X par François Gérard.

B) Cet anniversaire est pour nous en demi-teinte :
- d’une part, en effet, il nous remplit d’une nostalgie voilée de tristesse, lorsque nous pensons que ce fut le dernier Sacre à avoir été célébré en notre France, et que, depuis 1830, celle-ci est en quelque sorte orpheline…
- mais d’autre part ce rappel historique nous remplit d’une douce et ferme espérance.
Puisque ce 29 mai 1825 refermait quasi miraculeusement – pour quelques trop courtes années, certes ! – l’horrible parenthèse de la révolution et de l’empire, en renouant l’alliance séculaire entre le Ciel et la France, scellée dans les fonts baptismaux de Reims (que romprait à nouveau la révolution de 1830, la « monarchie de juillet » et les régimes suivants), nous espérons, d’une manière toute surnaturelle, le temps béni de la conversion de la France et de son retour à ses anciennes et saintes traditions, et, dans cette espérance, nous renouvelons avec ferveur nos engagements de coeur et d’âme pour Dieu et pour le Roi légitime.

Scapulaire Sacré-Coeur

C) Je vais bientôt revenir vers vous pour porter à votre connaissance des récits contemporains relatant le Sacre de Charles X.
En attendant, je vous invite à lire ou à relire ce que j’ai publié en novembre 2008  au sujet de la Sainte Ampoule du Sacre des Rois de France :
- 1ère partie : des origines à la révolution > ici
- 2ème partie : de la révolution à nos jours > ici
J’ai illustré ces articles avec des clichés montrant ce qui a subsisté des Regalia (c’est-à-dire des objets à forte valeur symbolique et sacrée qui étaient utilisés pour le Sacre de nos Rois) : quelques uns avaient échappé aux destructions et profanations révolutionnaires, et d’autres durent être refaits après la révolution, justement à l’occasion du Sacre de Charles X.

Reconstitution de la couronne de Charles X

Reconstitution de la couronne de Charles X

D) Notons au passage que la couronne de Charles X – chef-d’oeuvre de l’orfèvre Evrard Bapst (1771-1842) – , dépouillée des pierres diamants et saphirs de la Couronne qui l’ornaient, mais malgré tout conservée dans les caves du ministère des finances, fut sacrifiée sur l’autel du sectarisme laïc et républicain de la fin du XIXe siècle.
En effet, plutôt que d’être restituée au fils d’Evrard Bapst qui souhaitait la racheter, elle fut volontairement brisée, lors de la célèbre vente des diamants de la Couronne, organisée en 1887 par la troisième république sous l’impulsion de Jules Grévy, afin que disparaisse spectaculairement ce symbole de la monarchie et pour briser avec elle tout espoir de restauration…
Les « valeurs de la république » ne sont décidemment pas les nôtres, puisque nous ne pouvons que constater (je n’interprête pas, je me contente de laisser la parole aux faits) que la république française est ontologiquement liée au mépris des racines et des gloires de la vraie France, à la barbarie, au vandalisme, à la destruction et à la laideur ! 

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Guillaume du Faÿ : lamentation sur la Sainte Mère Eglise Constantinopolitaine

E) Ma dernière réflexion enfin est liée à un autre anniversaire, infiniment triste et absolument désolant : le 29 mai 1453, Constantinople – la ville de Saint Constantin le Grand, la capitale de ce qui subsistait de l’Empire Romain chrétien – tombait sous les assauts des païens mahométans.
Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire (cf. > ici), je voudrais que cet anniversaire soit à perpétuité célébré par une journée de deuil européen ; il me semble que ce serait en effet salutaire pour la santé mentale du vieux continent et pour sa survie !

De nos jours, ouvertement et sans vergogne, sous nos yeux, la république maçonnique unit ses noirs desseins destructeurs à ceux de cette fausse religion afin de faire barrage au christianisme et à ses forces de vie, naturelle et surnaturelle.
Nous gardons fermement au coeur la certitude que, finalement, « les portes de l’enfer ne prévaudront pas » : ni contre la Sainte Eglise, ni contre la France dont la divine Providence a voulu qu’elle fût le porte-glaive, par sa monarchie légitime traditionnelle.

Bien sûr, en attendant la victoire finale dont nous sommes pourtant certains, nous voyons s’accumuler les dégâts, immenses et dramatiques : dégâts matériels et économiques, dégâts familiaux et sociaux, dégâts politiques et culturels, dégâts psychologiques et spirituels, jusqu’à la perte éternelle de très nombreuses âmes…
Cependant notre foi et notre espérance parlent plus haut et plus fort que toutes ces voix qui nous porteraient au découragement et, animés par une ardente charité, nous proclamons sans hésitation et sans relâche que le divin Coeur de Jésus sera vainqueur et qu’Il régnera !

Lully.

Lully défenseur de la couronne

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 29 mai, 2015 |5 Commentaires »

2015-55. In memoriam : Jacques-Joseph de Cathelineau, le Saint de la Garde de Charles X.

Mercredi des Quatre-Temps de Pentecôte 27 mai 2015,
Commémoraisons de Saint Bède le Vénérable et de Saint Jean 1er,
Anniversaire de l’assassinat de Jacques-Joseph de Cathelineau (27 mai 1832).

Détail d'un vitrail de la Pentecôte

Détail d’un ancien vitrail représentant la Pentecôte.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Comme elle est belle, dans son flamboiement de rouge et d’or, notre liturgie catholique traditionnelle de la Pentecôte !
Si nous avons, avec une ardente ferveur, préparé la fête de la Pentecôte par une neuvaine de prière, l’octave qui, tout au long de cette semaine, prolonge la fête, nous donne d’approfondir – on n’a jamais fini de le faire – la connaissance des sept Dons du Saint-Esprit et de leur rôle dans notre vie chrétienne.

Ces dons sont manifestes dans la vie des saints, puisqu’ils se sont montrés particulièrement dociles à l’action du Saint-Esprit ; aussi les exemples qu’ils nous ont laissés nous stimulent-ils et nous entraînent-ils sans cesse.
Ainsi, ces jours derniers, bien que justement la célébration de l’octave ne nous permît que d’en faire la commémoraison, nous avons été heureux des fêtes de deux saints qui nous sont particulièrement chers :
- tout d’abord, lundi, Sainte Madeleine-Sophie Barat, dont ce 25 mais 2015 marquait le cent-cinquantième anniversaire du bienheureux trépas, le 25 mai 1865, et dont nous aimons à répéter la belle prière au Sacré-Coeur (on la trouvera ici).
- et hier, mardi, Saint Philippe Néri : ce 26 mai était aussi le quatre-cent-vingtième anniversaire de son rappel à Dieu (26 mai 1595). Nous aurons l’occasion de reparler de lui, puisque le 21 juillet prochain sera le cinquième centenaire de sa naissance (21 juillet 1515).

Mais en ce 27 mai, c’est d’un autre de nos « saints de prédilection » que je désire vous entretenir : bien que non canonisé par l’Eglise, déjà de son vivant le surnom de « saint » lui était donné par ses contemporains ; et si nous ne pouvons pas lui attribuer un culte public, rien ne s’oppose à ce que nous le vénérions dans nos coeurs, et à ce que nous nous recommandions à ses prières…

Jacques Joseph de Cathelineau par Girodet

Jacques-Joseph de Cathelineau, portrait par Girodet.

Né au Pin-en-Mauges le 28 mars 1787, Jacques-Joseph était le huitième des onze enfants du « Saint d’Anjou », Jacques Cathelineau (voir > ici) et de son épouse, Louise Godin : il fut leur seul fils (un premier garçon, également prénommé Jacques leur était né en 1785 mais il n’avait vécu que seize jours).

Jacques-Joseph avait donc tout juste six ans lorsque le 12 mars 1793 son père prit la tête des hommes de sa paroisse et partit en chantant le « Vexilla Regis » pour combattre la république impie et sacrilège.
On sait que le premier généralissime de la Grande Armée Catholique et Royale succomba à ses blessures quatre mois plus tard, le 14 juillet 1793 : on imagine sans peine ce que furent alors les difficultés et les épreuves de sa mère, veuve avec cinq enfants survivants en bas-âge, dans une Vendée ravagée par les colonnes infernales…

La veuve de Louis-Marie de Lescure (cf. > ici) et future marquise de La Rochejaquelein, Victoire de Donissan, prit le jeune Jacques-Joseph sous sa protection.
A l’âge de vingt-et-un ans, il épousa en 1808, à La Jubaudière, Marie-Catherine Coiffard.

Sept ans plus tard, les Cent Jours lui donnèrent l’occasion de faire ses premières armes aux côtés d’Auguste de La Rochejaquelein et de Charles-Marie de Beaumont d’Autichamp.

En 1816, Sa Majesté le Roi Louis XVIII demanda à plusieurs artistes des portraits en pied des généraux qui avaient combattu pour la cause royale pendant la grande révolution. La série devait bien évidemment comprendre un portrait de Jacques Cathelineau qui fut commandé à Anne-Louis Girodet de Roucy-Trioson (1767-1824).
Girodet commença donc par portraiturer Jacques-Joseph, car ceux qui avaient connu son père, le généralissime, certifiaient qu’il en était le portrait vivant.
Le tableau reproduit ci-dessus fut achevé en 1822 : Jacques-Joseph, lorsqu’il posa pour l’artiste, avait donc presque le même âge que son père en 1793.
On est frappé par la vie, l’intériorité, la pure ardeur et le caractère que dégage cette oeuvre.

Jacques-Joseph fut anobli par une ordonnance du 14 mars 1816 suivie de la délivrance de lettres patentes le 15 novembre 1817, avec règlement d’armoiries et adjonction d’une particule au patronyme, en considération des mérites de son père.

Armoiries famille de Cathelineau

Armoiries de la famille de Cathelineau :
d’azur à l’étendard d’argent chargé d’un cœur de gueules sommé d’une croix du mesme ;
devise : « Dieu et le Roi ».

Jacques-Joseph suivit les glorieux et saints exemples de son père : si ce dernier avait mérité d’être surnommé « le Saint d’Anjou », lui-même, que Sa Majesté le Roi Charles X avait élevé en grade dans sa garde personnelle, mérita bientôt par ses vertus et sa piété d’être surnommé à la Cour : « le Saint de la Garde ».

Après la révolution de juillet 1830, il se retira.
Mais en 1832, lorsque Madame la duchesse de Berry tenta de soulever l’Ouest et de reformer la Grande Armée Catholique et Royale, en vue de renverser Louis-Philippe, on le retrouve comme commandant aux côtés d’Auguste de La Rochejaquelein et de Charles de Charette de La Contrie, sous la lieutenance-générale de Charles-Marie de Beaumont d’Autichamp.

Las ! on sait comment le soulèvement tourna court.
Avant même la date prévue pour le déclanchement des opérations, Jacques-Joseph de Cathelineau fut repéré et pris en chasse par les gens d’arme de Louis-Philippe.
Caché au manoir de la Chaperonnière, sur la paroisse de Jallais, avec deux autres légitimistes – Messieurs de Civrac et Moricet – , c’est là qu’il fut sommairement exécuté, le dimanche 27 mai 1832.

Château de la Chaperonnière (Jallais)

Le château de la Chaperonnière (Jallais)

Voici le récit de ses derniers moments :
« Du fond de sa cachette, Cathelineau entend les menaces qui sont faites au métayer Guinhut que l’on avait attaché à l’appui d’une poutre du grenier. On amasse de la paille sous ses pieds et on lui dit qu’on va le faire brûler s’il ne veut pas découvrir la cachette. Le brave Guinhut se tait : on le frappe à coups de crosse de fusil ; il se tait encore ; alors on pousse la cruauté jusqu’à lui enfoncer le canon d’un fusil dans la bouche et à lui faire cracher le sang. Guinhut reste muet. Un horrible concert de blasphèmes et d’injures retentit à ses oreilles : « Chouans ! Brigands ! Restes de 93 ! » criaient les soldats, « il faut les assommer tous ! Si tu ne dis rien, on le fusille. »
Durant ce vacarme, au milieu duquel se font entendre des cris de mort contre le fidèle et héroïque père Guinhut, Cathelineau n’y tient plus ; pour le sauver, il soulève la trappe de la cachette et s’écrie : « Nous nous rendons ! »
Le lieutenant Régnier saisit aussitôt le fusil d’un de ses soldats et tire sur lui presque à bout portant. Cathelineau tombe mort.
Son corps ensanglanté fut déposé dans une charrette et conduit à Cholet où, pendant la nuit, il resta exposé le long du mur de la prison…»

Le lendemain, lundi 28 mai 1832, il fut inhumé au cimetière de Saint-Pierre.
Vingt-six ans plus tard, le 5 octobre 1858, son fils Henri, fit exhumer ses restes pour les transférer à Saint-Florent le Vieil, où ils furent ensevelis auprès de ceux de son père, dans la chapelle Saint-Charles, où ils reposent désormais côte-à-côte, dans l’attente de la résurrection bienheureuse.

Tombe des Cathelineau - chapelle Saint-Charles à Saint-Florent le Vieil

Tombeaux du Généralissime Jacques Cathelineau (1759-1793)
et de son fils Jacques-Joseph de Cathelineau (1787-1832)
dans la chapelle Saint-Charles, à Saint-Florent le Vieil.

Achevons le récit d’aujourd’hui par une anecdote qui illustre comment « le Saint de la Garde de Charles X » avait admirablement su transmettre à son fils les valeurs chrétiennes qui sont la force de la fidélité légitimiste et méritent que l’on combatte jusqu’à se sacrifier soi-même.

Henri de Cathelineau était âgé de dix-neuf ans à la mort de Jacques-Joseph : traqué par les soldats de l’usurpateur du trône, il dut fuir, se cacher, errer…
Un matin, dans un champ, il se retrouva ayant à sa portée le lieutenant homicide en position de faiblesse. Dans un premier mouvement, il le mit en joue ; mais, abaissant presque aussitôt son arme, il lui cria : « Au nom du Bon Dieu, je te pardonne, assassin de mon père ! »

Une telle marque de force morale, de crainte des jugements de Dieu, de piété véritable, de sagesse, n’est-ce point là l’oeuvre irréfutable des dons du Saint-Esprit dans une âme ?

Lully.

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