Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

Deux prières à Saint Pie X composées par le Vénérable Pie XII.

A l’occasion de la fête de >Saint Pie X, ce 3 septembre, invoquons-le avec le texte de deux prières qui furent composées par le Vénérable Pie XII.
La première est la péroraison du discours prononcé par le Pape Pacelli à l’occasion de la béatification de son prédécesseur (3 juin 1951) et la seconde la péroraison du discours de la canonisation (29 mai 1954).
On remarquera à quel point les termes de ces prières s’accordent aux besoins urgents de l’Eglise en ce début du XXIème siècle.

Saint Pie X

Saint Pie X

O bienheureux Pontife, fidèle serviteur de ton Seigneur, humble et sûr disciple du divin Maître, dans la douleur et dans la joie, dans les fatigues et dans les sollicitudes, Pasteur expérimenté du troupeau du Christ, tourne ton regard vers nous (…).
Ardus sont les temps où nous vivons, durs les efforts qu’ils exigent de nous. L’Epouse du Christ, autrefois confiée à tes soins, se trouve de nouveau dans de graves angoisses. Ses fils sont menacés d’innombrables périls dans leur âme et dans leur corps. L’esprit du monde, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Beaucoup deviennent ses victimes. Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas. Ils ferment leurs regards à la lumière de l’éternelle vérité, ils écoutent les voix des sirènes qui murmurent des messages trompeurs.
Toi qui fus ici-bas grand inspirateur et guide du peuple de Dieu, sois notre aide et notre intercesseur, et celui de tous ceux qui se proclament disciples du Christ.
Toi dont le coeur se brisa quand tu vis le monde se précipiter en une lutte sanglante, secours l’humanité, secours la chrétienté, actuellement exposée à de semblables épreuves : obtiens de la miséricorde divine le don d’une paix durable et, comme prémices de celle-ci, le retour des esprits à ce sentiment de véritable fraternité, qui seul peut ramener parmi les hommes et les nations la justice et la concorde voulues par Dieu.

Ainsi soit-il.

Armoiries de Saint Pie X

O Saint Pie X, gloire du sacerdoce, splendeur et honneur du peuple chrétien ; toi en qui parut l’humanité fraternisant avec la grandeur, l’austérité avec la mansuétude, la piété simple avec la profonde doctrine ; toi, le Pontife de l’Eucharistie et du catéchisme, de la foi intègre et de la fermeté impavide, tourne ton regard vers la Sainte Eglise que tu as tant aimée et à laquelle tu as donné le meilleur des trésors que la divine Bonté, d’une main prodigue, avait déposés en ton âme.
Obtiens-lui la sécurité et la constance au milieu des difficultés et des persécutions de notre temps, soulève cette pauvre humanité, dont les douleurs t’affligèrent tellement qu’elles finirent par arrêter les battements de ton grand coeur.
Fais qu’en ce monde agité triomphe cette paix qui doit être harmonie entre les nations, accord fraternel et collaboration sincère entre les classes sociales, amour et charité entre les hommes, de telles sorte que les angoisses qui consumèrent ta vie apostolique se transforment, grâce à ton intercession, en une réalité de bonheur, à la gloire de Notre-seigneur Jésus-Christ qui, avec le Père et le Saint-Esprit, vit et règne dans les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

Exposition de la chasse de St Pie X devant le maître autel de St Pierre après la canonisation

Exposition de la chasse de Saint Pie X devant le maître-autel de la basilique de Saint-Pierre au Vatican après la canonisation (29 mai 1954)

Voir ou revoir aussi :
- Prophétie et prière de Saint Pie X pour la France > ici.
- Centenaire de la mort de Saint Pie X et soixantième anniversaire de sa canonisation > ici.

2015-80. Où le Maître-Chat raconte comment au Mesnil-Marie nous avons pieusement commémoré le troisième centenaire de la mort du Grand Roi.

1715 – 1er septembre – 2015

frise lys deuil

Célébration au Mesnil-Marie
du
troisième centenaire du rappel à Dieu
de
Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIV

Mardi 2 septembre 2015,
Fête des Bienheureux Martyrs de Septembre 1792 (cf. > ici).

La gloire de Louis XIV triomphe du temps (détail) - Baldassare Franceschini

Baldassare Franceschini, dit « il Volterrano » : la gloire de Louis XIV triomphe du temps (détail)
Palais de Versailles

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il s’agissait pour nous d’un véritable devoir de piété filiale que de marquer aussi bien que nous le pouvions en notre Mesnil-Marie, le troisième centenaire du rappel à Dieu de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIV (cf. > ici) ; car si, en plusieurs endroits, cet anniversaire est commémoré par des manifestations culturelles et patrimoniales (concerts, émissions, conférences, expositions …etc.), nous tenions pour notre part à lui donner sa dimension chrétienne et pleinement spirituelle, celle qui est exprimée par exemple dans cet extrait de la fameuse « Oraison funèbre de Louis le Grand, Roi de France, prononcée dans la Sainte Chapelle de Paris », par le Père Jean-Baptiste Massillon :
« Retournez donc dans le sein de Dieu d’où vous étiez sortie, âme héroïque et chrétienne ! Votre cœur est déjà là où est votre trésor. Brisez ces faibles liens de votre mortalité, qui prolongent vos désirs et qui retardent votre espérance. Le jour de notre deuil est le jour de votre gloire et de vos triomphes. Que les Anges tutélaires de la France viennent au-devant de vous pour vous conduire avec pompe sur le trône qui vous est destiné dans le Ciel, à côté des saints rois vos ancêtres, de Charlemagne et de Saint Louis ».

On peut dire que la divine Providence s’était vraiment investie Elle-même dans cette entreprise puisqu’Elle avait tout disposé et facilité à cet effet : un prêtre ami disponible, heureux de  venir célébrer une Sainte Messe de requiem à cette intention ; des amis proches – ou moins proches – qui entraient dans les mêmes dispositions que nous ; le matériel et les ornements liturgiques que Frère Maximilien-Marie a patiemment récupérés, nettoyés, cousus, voire faits restaurer parfois, et qui – quoique modestement – permettaient d’assurer un véritable office funèbre selon les règles traditionnelles…

Lully veille à l'exacte préparation de la cérémonie

Lorsqu’on se nomme Lully, on se doit d’inspecter avec une scrupuleuse exactitude que tout soit parfaitement bien préparé avant la cérémonie célébrée à la pieuse mémoire du Grand Roi
(car si j’ai été appelé Lully c’est, de manière sous-jacente en hommage à l’action culturelle du Roi Soleil).

Ce mardi 1er septembre 2015, ce furent donc une bonne vingtaine de personnes qui remplissaient notre oratoire, autour du catafalque dressé pour la circonstance : de nombreux amis, tenus éloignés par leurs obligations, leur santé ou la distance nous étaient aussi unis par l’amitié et la prière.

« (…) Le Roi est mort ce matin, à huit heures un quart et demi, et il a rendu l’âme sans aucun effort, comme une chandelle qui s’éteint… », a écrit Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, dans son « Mémoire sur ce qui s’est passé dans la chambre du Roi pendant sa maladie ».
« Huit heures un quart et demi », c’est huit heures vingt-trois, selon – bien évidemment – l’heure solaire de Versailles.
Compte-tenu du décalage avec le cycle naturel établi par l’heure officielle actuellement en vigueur, en commençant la Sainte Messe à dix heures trente, nous étions à peu de choses près, à trois siècles de distance, à l’heure où, le dernier soupir du Souverain ayant été constaté, les ecclésiastiques présents dans sa chambre ont entonné l’antienne : « Subvenite, sancti Dei, occurrite, angeli Domini : Venez à son aide, ô saints de Dieu ; venez à sa rencontre, ô anges du Seigneur : recevez son âme et portez-la en présence du Très-Haut ! Que le Christ qui vous a appelé vous reçoive, et que les anges vous conduisent dans le sein d’Abraham… Donnez-lui, ô Seigneur, le repos éternel, et que la lumière sans déclin brille pour lui… » 

L’heure aussi où, à trois siècles de distance, le duc de Bouillon, grand chambellan, a crié depuis le balcon de la chambre du Roi : « Le Roi Louis XIV est mort » puis, par trois fois, « Vive le Roi Louis XV ! »

2-la Messe de Requiem va commencer

La Sainte Messe va commencer…

La Messe fut très fervente et recueillie. L’arrivée, vraiment providentielle, d’un jeune homme habitué à servir la Messe a dégagé Frère Maximilien-Marie d’avoir à assurer le service de l’autel en même temps que le chant.

3-Pendant la Sainte Messe

Avant la collecte.

La tout-à-la-fois sobre et somptueuse liturgie traditionnelle des défunts nous a portés pendant près d’une heure et demi dans un univers intemporel : celui de la communion avec Dieu et, par conséquence aussi, de la communion avec tous ceux qui, vivants de Sa grâce, sont entrés dans Sa lumière et Son repos

Prie-Dieu pour la Sainte Communion

Le prie-Dieu servant pour la Sainte Communion, drapé d’un tissu noir damassé de fils d’argent
et recouvert d’un napperon fleurdelysé.

4-à la Sainte Communion

Puis ce fut l’absoute : « Délivrez, nous Vous en supplions, Seigneur, l’âme de Votre serviteur le Roi Louis de tous les liens de ses péchés, afin que dans la gloire de sa résurrection, elle jouisse de la vie, ressuscitée parmi Vos saints et Vos élus… »

5-à l'absoute

Encensement du catafalque après l’aspersion d’eau bénite :

6-encensement du catafalque à l'absoute

Après la Sainte Messe, Monsieur l’Abbé a procédé à la bénédiction d’un vitrail réalisé par notre Frère Maximilien-Marie à l’occasion de ce troisième centenaire (c’est son premier : il n’est pas parfait mais il est néanmoins d’un bel effet à la petite fenêtre du pignon Est du Mesnil-Marie, juste au-dessous du campanile) :

Vitrail du 3e centenaire réalisé par Frère Maximilien-Marie

Une petite inscription lui sera ajoutée pour en exprimer tout le sens : « Ad maximan Regi regum gloriam, ad Galliae Liliorum exaltationem, ad piam Ludovici Magni memoriam : pour la très grande gloire du Roi des rois, pour l’exaltation des Lys de France, pour la pieuse mémoire de Louis le Grand »

Si quelques uns de nos amis ont dû repartir après la Messe, ils furent aussi une quinzaine à rester au Mesnil-Marie pour un pique-nique – le temps, souvent menaçant pourtant, n’en a pas empêché le bon déroulement – où ont abondé les échanges confiants et joyeux.

A travers une cérémonie telle que celle que nous avons vécue ici hier, cérémonie qui n’est en rien une manifestation folklorique nostalgique stérile, mais dans laquelle s’exprime toute une vivante et forte espérance, c’est, enracinés dans le terreau fécond de la Tradition monarchique chrétienne, un regard confiant et fort que nous portons vers l’avenir, quels que sombres qu’apparaissent les nuages qui s’amoncellent à l’horizon de l’humanité, de la France et de l’Eglise.

En évoquant la figure du Monarque inégalé que Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, dans les messages confiés à Sainte Marguerite-Marie en 1689, n’a pas hésité à appeler « le fils ainé de Mon Sacré-Coeur » (cf. > ici), et non pas seulement « le fils aîné de la Sainte Eglise » selon son titre traditionnel, (cf. > ici), nous proclamons avec assurance notre confiance dans les promesses divines accordées à la France et à sa Royauté fondée sur le pacte de Reims, transmises avec tant de force par tant de saints tout au long des siècles (cf. par exemple, la prophétie de Saint Pie X > ici), et c’est le coeur gonflé d’espérance surnaturelle que nous crions à notre tour avec une immense ferveur : « Le Roi est mort. Vive le Roi ! ».

Lully.

Le Roi est mort. Vive le Roi !

Le Roi est mort. Vive le Roi !

frise lys deuil

2015-79. A ceux qui cherchent le Royaume de Dieu rien ne manque.

A l’occasion du quatorzième dimanche après la Pentecôte - appelé quelquefois « dimanche de la divine Providence », mais parfois aussi « dimanche des deux maîtres » - il est bon de lire ou de relire, le commentaire que notre glorieux Père Saint Augustin donne de la péricope évangélique de ce jour (Matth. VI, 24-33) dans son « Explication du sermon sur la montagne ».

Après avoir expliqué le sens exact de la recherche du Royaume de Dieu et de sa justice, ainsi que de l’abandon confiant à la divine Providence, en écartant quelques fausses interprétations, Saint Augustin apporte à l’appui de son interprétation par des exemples tirés de la vie même de Notre-Seigneur, de la vie de la première communauté de Jérusalem et des Apôtres, en particulier Saint Paul. Il termine en examinant le cas où les serviteurs de Dieu viendraient à manquer des biens nécessaires à leur vie et explique que ce n’est pas infidélité de Dieu à Ses promesses mais que Sa Providence peut aussi s’exercer en cela pour notre purification et notre guérison.

Augustin enseignant - B. Gozzoli

Saint Augustin enseignant (Benozzo Gozzoli)

A ceux qui cherchent le Royaume de Dieu rien ne manque.

Saint Augustin : « Explication du sermon sur la montagne »
(au chapitre XVII, § 56, 57 & 58)

« (…) Quand nous cherchons premièrement le royaume de Dieu et sa justice, c’est-à-dire quand nous les mettons au dessus de tout le reste au point de ne chercher dans tout le reste qu’un moyen de les obtenir, alors nous ne devons pas craindre de manquer de ce qui est nécessaire en cette vie pour parvenir au Royaume de Dieu. Car plus haut le Seigneur a dit : « Votre Père sait que vous en avez besoin ».
Aussi, après avoir dit : « Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice », Il n’ajoute point : cherchez ensuite ces choses, bien qu’elles soient nécessaires ; mais Il dit : « Et toutes ces choses vous seront données par surcroît », c’est-à-dire vous arriveront, si vous les cherchez sans vous en mettre en peine, pourvu qu’en les cherchant vous ne vous détourniez point du but ; que vous ne vous proposiez point deux fins, d’abord le Royaume de Dieu pour lui-même et ensuite ces choses nécessaires, mais que vous cherchiez celles-ci en vue de celui-là : dans ce cas, elles ne vous feront point défaut.
La raison en est que vous ne pouvez servir deux maîtres. Or c’est servir deux maîtres que de chercher le Royaume de Dieu comme un grand bien, puis ces objets temporels. On ne peut avoir l’oeil simple, ni servir Dieu comme seul maître, si on ne rapporte tout le reste, même le nécessaire, à ce but unique, c’est-à-dire au Royaume de Dieu.
Mais comme tout soldat reçoit une ration et une solde, ainsi tous ceux qui évangélisent reçoivent la nourriture et le vêtement. Seulement tous les soldats ne se battent pas pour le salut de la république ; il en est qui ont en vue leur salaire. Ainsi tous les ministres de Dieu ne se proposent par le salut de l’Eglise : il en est qui cherchent les avantages temporels, comme qui dirait leur ration et leur solde ; ou même se proposent les deux buts à la fois. Mais on l’a dit plus haut : « Vous ne pouvez pas servir deux maîtres ».
Nous devons donc faire du bien à tous avec un coeur simple, seulement en vue du Royaume de Dieu, et non pour nous procurer des avantages temporels soit uniquement, soit conjointement avec le Royaume de Dieu : avantages que le Seigneur renferme sous le nom de lendemain, quand Il nous dit : « Ne soyez point inquiets du lendemain ». Car ce mot n’a d’application que dans le temps, où l’avenir succède au passé.
Par conséquent, quand nous faisons quelque chose de bien, ne songeons point aux choses du temps, mais à celles de l’éternité ; alors l’oeuvre sera bonne et parfaite. « En effet, continue le Seigneur, le jour de demain sera inquiet pour lui-même », c’est-à-dire prenez votre nourriture, votre boisson, votre vêtement quand il faudra, quand la nécessité s’en fera sentir. Car tout se trouvera là, puisque notre Père sait que nous en avons besoin. « A chaque jour, dit le Seigneur, suffit son mal », c’est-à-dire il suffit que la nécessité vous force à user de ces choses (…). 

Cependant il faut bien prendre garde ici d’accuser de désobéissance au divin précepte et d’inquiétude pour le lendemain, un serviteur de Dieu que nous voyons attentif à se pourvoir des choses nécessaires, ou pour lui ou pour ceux dont le soin lui est confié. Car le Seigneur lui-même, servi par les anges (Matt. IV, 16), a daigné, pour l’exemple, pour que personne ne se scandalise de voir un de ses serviteurs se procurer les choses nécessaires, a daigné, dis-je, avoir une bourse avec de l’argent, pour fournir aux besoins de la vie ; bourse dont Judas, qui le trahit, fut tout à la fois le gardien et le voleur, comme cela est écrit (Jean, XII, 6).
Et l’Apôtre Paul aussi pourrait passer pour avoir eu souci du lendemain, lui qui écrit : « Quant aux aumônes que l’on recueille pour les saints, faites, vous aussi, comme je l’ai réglé pour les églises de Galatie. Qu’au premier jour de la semaine, chacun de vous mette à part chez lui et serre ce qui lui plaira, afin que ce ne soit pas quand je viendrai que les collectes se fassent. Lorsque je serai présent, j’enverrai ceux que vous aurez désignés par vos lettres, porter vos charités à Jérusalem. Que si la chose mérite que j’y aille moi-même, ils viendront avec moi. Or je viendrai chez vous lorsque j’aurai traversé la Macédoine ; car je passerai par la Macédoine. Peut-être m’arrêterai-je chez vous et y passerai-je même l’hiver, afin que vous me conduisiez partout ou j’irai. Car ce n’est pas seulement en passant que je veux vous voir cette fois ; j’espère demeurer quelque temps avec vous, si le Seigneur le permet. Je demeurerai à Ephèse jusqu’à la Pentecôte » (1 Cor. XVI, 1-8).
Nous lisons également dans les Actes des Apôtres qu’on s’était procuré des vivres dans l’attente d’une famine prochaine : « Or, en ces jours-là, des prophètes vinrent de Jérusalem à Antioche, et il y eut une grande joie. Et quand nous fûmes assemblés, l’un d’eux, nommé Agabus, se levant, annonçait, par l’Esprit-Saint, qu’il y aurait 
une grande famine dans tout l’univers ; laquelle, en effet, arriva sous Claude César. Et les disciples résolurent d’envoyer, chacun suivant ce qu’il possédait, des aumônes aux frères qui habitaient dans la Judée. Ce qu’ils firent en effet, les envoyant aux anciens parles mains de Barnabé et de Saul » (Act. XI, 27-30).
Or, lorsque Paul se mit en mer, les provisions qu’on lui offrit paraissent avoir été bien au de là du besoin d’un seul jour (Act. XXVIII, 10).
Quant à ce passage d’une de ses épîtres : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus, mais plutôt qu’il s’occupe en travaillant de ses mains à ce qui est bon, pour avoir de quoi donner à qui est dans le besoin » (Eph. IV, 25) ; ceux qui le comprennent mal croient y voir une contradiction avec le précepte du Seigneur : « Regardez les oiseaux du ciel ; ils ne sèment ni ne moissonnent ni n’amassent dans des greniers », et encore : « Voyez les lis des champs, comme ils croissent ; ils ne travaillent ni ne filent » ; tandis que l’Apôtre veut qu’on travaille de ses mains pour avoir de quoi donner aux autres. Et lorsque, parlant de lui-même, il dit qu’il a travaillé de ses mains pour n’être à charge à personne (1 Thess. II. 9 & 2 Thess. III, 8) ; et qu’on écrit de lui qu’il s’était joint à Aquila pour travailler avec lui et gagner sa vie (Act. XVIII, 2-3), il ne semble pas qu’il ait imité les oiseaux du ciel ni les lis des champs. Mais par ces passages des Ecritures et beaucoup d’autres du même genre on voit assez que Notre-Seigneur ne désapprouve pas celui qui se procure ces ressources par des moyens humains, mais seulement le ministre de Dieu qui travaille en vue d’obtenir des avantages temporels et non le Royaume de Dieu.

Donc tout le commandement se réduit à cette règle : Qu’on s’occupe du Royaume de Dieu même en se pourvoyant des choses matérielles, et qu’on ne songe point aux choses matérielles lorsqu’on combat pour le Royaume de Dieu.
Par là, quand même ces ressources nous feraient défaut, ce que Dieu permet souvent pour nous exercer, non-seulement notre résolution n’en serait point ébranlée, mais elle n’en serait qu’éprouvée et affermie. « Car, dit l’Apôtre, nous nous glorifions dans les tribulations, sachant que la tribulation produit la patience ; la patience, la pureté ; et la pureté l’espérance. Or l’espérance ne confond point, parce que la charité est répandue en nos coeurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné » (Rom. V, 3-5). Or, parmi les tribulations 
et les souffrances qu’il passe en revue, Paul ne mentionne pas seulement les prisons, les naufrages et les autres épreuves de ce genre, mais aussi la faim et la soif, le froid et la nudité (II Cor. XI, 23-27).
Ne nous figurons pas toutefois en lisant cela, que le Seigneur ait manqué à Ses promesses, parce que, en cherchant le Royaume de Dieu et sa ,justice, l’Apôtre a souffert la faim, la soif et la nudité, bien qu’on nous ait dit : « Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît ». Le Médecin à qui nous nous sommes confiés sans réserve, de qui nous tenons les promesses de la vie présente et de la vie future, sait quand Il doit, dans notre intérêt, nous accorder ou nous retirer ces ressources, Lui qui nous gouverne et nous dirige en cette vie à travers les consolations et les épreuves, pour nous établir solidement ensuite dans le repos éternel (…).

Lys du Mesnil-Marie

« Regardez les lys des champs… Salomon lui-même dans toute sa gloire n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. »

2015-78. L’hymne « Magne Pater Augustine » pour la fête de Saint Augustin.

28 août,
la fête de notre Bienheureux Père Saint Augustin.

Sacré-Coeur gif

En cette fête de notre glorieux Père Saint Augustin, je veux livrer à votre méditation et à votre louange l’hymne latine traditionnelle propre à tous les religieux vivant sous la Règle de Saint Augustin : dont je vous ai aussi préparé une traduction en langue française.

Saint Augustin avec la Vierge et l'Enfant Jésus lui transverbérant le coeur - musée des beaux arts Séville

Le Saint Enfant Jésus, tenu par la Très Sainte Vierge Marie,
transverbérant le coeur de Saint Augustin
(musée des Beaux-Arts, Séville)

Magne Pater Augustine,
preces nostras suscipe.
et per eas Conditori
nos unire sátage,
atque rege gregem tuum
summum decus Proesulum.

Amatorem paupertatis
te collaudant páuperes :
assertorem veritatis
amant veri judices :
frangis nobis favos mellis,
de scripturis disserens.

Quae obscura prius erant,
nobis plana faciens ;
tu de verbis Salvatoris
dulcem panem cónficis,
et propinas potum vitae
de psalmorum néctare.

Tu de vita monachorum
sanctam scribis regulam,
quam qui amant, et sequuntur,
viam tenent regiam,
atque tuo sancto ductu
redeunt ad patriam.

Regi regum salus, vita,
Decus et imperium,
Trinitati laus et honor
sit per omne saeculum,
quae concives nos adscribat
supernorum civium.

Amen.

 


O notre illustre Père Augustin,
accueillez nos prières.
Par elles, à notre Créateur
employez-vous à nous unir,
et dirigez votre troupeau,
ô vous la gloire de l’épiscopat.      

C’est l’amant de la pauvreté
qu’en vous fêtent les pauvres :
c’est le défenseur de la vérité
que chérissent les juges véritables :
Vous rompez pour nous des rayons de miel
en commentant les Ecritures.

Les passages auparavant obscurs,
vous les aplanissez pour nous ;
Vous, avec les paroles du Sauveur,
vous pétrissez un pain savoureux,
et vous composez un breuvage de vie
avec le nectar des psaumes.

Pour la conduite de vos moines,
vous rédigez une règle sainte,
par laquelle ceux qui l’aiment et la suivent
tiennent une voie royale,
et, sous votre sainte direction,
ils regagnent la Patrie.

Au Roi des rois, salut, vie,
gloire et empire ;
Qu’à la Trinité louange et honneur
soit pour tous les siècles,
qu’Elle daigne nous inscrire au nombre
des citoyens de la Cité d’en-haut.

Ainsi soit-il !

 

St Augustin avec la Vierge et l'Enfant Jésus - Séville (détail)

Sacré-Coeur gif

A lire, à relire et à méditer :
- Les cinq catéchèses du Saint-Père Benoît XVI consacrées à Saint Augustin en  2008, à partir d’ici > www
– La catéchèse du Saint Père Benoît XVI du 25 août 2010 sur Saint Augustin > www
– L’homélie consacrée aux « trois conversions de Saint Augustin » prononcée par le Saint-Père Benoît XVI lors de son pélerinage à Pavie en avril 2012 > www
– L’importance de la part monastique dans la vie de Saint Augustin > www
– Prière pour la conversion de ses moeurs, attribuée à Saint Augustin > www
– Le génie, les mérites et la gloire de Saint Augustin (Poujoulat) > www
- La Règle de notre Bienheureux Père Saint Augustin > www

2015-77. D’un important communiqué que nous répercutons à l’occasion de cette fête de Saint Louis de l’an de grâce 2015.

Mardi 25 août 2015,
Fête de Saint Louis, Roi de France.

Bien chers Amis,

Nous attribuons la plus haute importance à ce qui suit – les publications des deux jours précédents en constituaient une forme de préparation (cf. > ici et > ici) – et nous vous demandons de lui accorder la plus grande attention.
Après l’avoir lu très lentement devant Dieu, après avoir prié et réfléchi
1) d’une part vous y donnerez la réponse que vous dictera votre coeur,
2) et d’autre part, si vous en comprenez l’importance et communiez à l’esprit qui l’anime, vous aurez à coeur de le faire suivre, avec la prudence et le discernement qui conviennent, à toutes les personnes qui vous sembleront pouvoir partager et vivre les mêmes aspirations.

A – La divine Providence a permis que se rencontrent plusieurs ecclésiastiques – prêtres et religieux – qui se sont fraternellement ouverts les uns aux autres des inspirations constantes, véritablement constitutives de leur consécration au service du Christ et de l’Eglise, à se dévouer d’une manière particulière à la France et à son souverain légitime : Monseigneur Louis de Bourbon, duc d’Anjou, aîné des Capétiens, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX.
Ces quelques ecclésiastiques ont l’intime conviction qu’ils ne sont pas les seuls : ils se proposent donc de réunir les prêtres, séminaristes et religieux qui ont au coeur le même idéal en un mouvement spirituel, un peu comme les confréries de jadis ou comme une sorte de « chapitre », spécialement dédié à la prière pour le Prince, pour sa personne et pour la mission qui lui incombe.
A cet effet, ces prêtres et religieux pourront trouver dans le texte publié ci-dessous la réunion de précieux éléments spirituels et liturgiques suggérant de quelle manière concrète, dès à présent, ils peuvent s’associer à ce mouvement de prière et agir de la plus haute et de la plus « efficace » manière qui soit possible ici-bas pour le service de cette cause.
Par ailleurs, si ces prêtres, séminaristes et religieux, ne souhaitent pas seulement un mouvement spirituel informel, mais bien la constitution d’une espèce de « confrérie » ou de « chapitre » qui leur permette de se soutenir et de s’encourager mutuellement dans ce zèle et cette ferveur, qu’ils n’hésitent pas à se mettre en relation avec nous.
Une adresse électronique est active pour tout contact (demandes de renseignements, demandes d’adhésion, … etc.) > confrerie.royale@gmail.com

B – Nous avons également conscience que les fidèles laïcs peuvent eux aussi vivre profondément de cet esprit.
Tous les légitimistes conscients que l’engagement militant pour la royauté traditionnelle et les efforts divers auxquels ils participent ne pourront porter du fruit que s’ils sont portés par un vrai et profond courant spirituel, peuvent donc être « associés » ou « affiliés », selon des modalités particulières, à cette « confrérie ».
Que les fidèles qui désirent cet engagement se fassent eux aussi connaître (ibid. > confrerie.royale@gmail.com).

Les idées qui président à ce mouvement sont simples et claires, même si – dans l’état actuel des choses – les configurations pratiques d’organisation ne sont pas toutes précisées ; néanmoins, en cette fête de la Saint Louis et en l’année du troisième centenaire de la mort du Grand Roi, il nous a semblé important d’en publier l’annonce et de faire de ce 25 août 2015 le jour, à la portée hautement symbolique, de sa création.

Je vous laisse maintenant prendre connaissance de l’excellent texte préparé par notre ami, Monsieur l’abbé Louis de Saint-Taurin. 

Puisse le Ciel nous être en aide !

Lully.

Simon Vouet - St Louis recevant du Christ la Ste Couronne d'épines

Simon Vouet : Saint Louis recevant du Christ la Sainte Couronne d’épines.

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En cette heure tragique de l’histoire humaine…

« En cette heure tragique de l’histoire humaine » (Pie XII), le premier Ordre du Royaume se doit de montrer l’exemple, éclairant et confortant le peuple chrétien. En effet, infidèle à sa mission et à l’ordre voulu par Dieu, la France s’enfonce toujours davantage dans la décadence, la crise et l’enfer d’une vie sans Dieu.

Le Clergé catholique, de par le Sacrement de l’Ordre qu’il a reçu malgré son indignité, a un rôle essentiel à mener dans le plan de restauration de l’ordre divin, de réévangélisation de la France et de l’Occident, en remplissant pleinement son rôle d’intermédiaire, de médiateur entre Dieu et la France, confiée au Fils aîné de Son Église.

Depuis quelques décennies foisonnent en notre Patrie de belles initiatives en faveur de la France catholique : des neuvaines de prières ou Messes, au tout récent carillonnement des cloches (à la valeur exorciste) en faveur des Chrétiens d’Orient persécutés.

Mais puisque la mission sacrée de la France passe par la restauration de son roi légitime, « fils aîné [du] Sacré-Cœur », ses ministres sacrés se doivent de renouveler et appliquer les protestations de fidélité de leurs ancêtres à leurs souverains, régulièrement affirmées lors des Assemblées du Clergé d’Ancien Régime et au serment de fidélité prêté à chaque investiture de bénéfice ecclésiastique.

La première mission des ministres du Très-Haut étant d’assurer le Culte divin, prière publique de l’Épouse du Christ, c’est en la prière liturgique qu’évêques, prêtres, diacres, sous-diacres, séminaristes et religieux doivent concentrer le meilleur de leurs efforts.

Pendant près de mille cinq cents ans, le Clergé de France a offert le Très-Saint-Sacrifice de la Messe pour le salut de ses souverains, la prospérité de la France et la fidélité de celle-ci à Dieu et à l’Église.
La célébration de la Messe pro Rege et Francia (individuelle, en triduum ou neuvaine) est donc le plus grand service que peuvent rendre les prêtres ; une tradition remontant à Anne d’Autriche et Monsieur Olier y consacre d’ailleurs le premier mardi de chaque mois par la célébration de la Messe votive de saint Michel.

L’offrande de l’Office divin à l’intention de la France et du lieutenant du Christ, lors de la récitation du bréviaire ou lors du chant des Heures, est le second service du Clergé ; diacres et sous-diacres, religieux et religieuses s’y associent aux prêtres.

La sainte Liturgie regorge de richesses que le Clergé se doit de connaître voire redécouvrir, et surtout répandre et dispenser, à travers les :

invocations : acclamations carolingiennes, strophe pour la France à l’O Salutaris Hostia après la double élévation, prière pour le Roi après le dernier évangile de toutes les Messes et surtout de la grand’Messe dominicale (cf. Belgique et Royaume-Uni), prières fériales intercédant pour le Roi dans la « forme extraordinaire du rite romain », prière pour le Roi au Canon de la Messe après la mention de l’évêque diocésain, au Præconium paschale le Samedi Saint, aux Litanies des Saints et comme oraison votive (note 1) (collecte/secrète/postcommunion) comme le prévoit le Missel romain (Orationes diversæ), ainsi qu’aux Saluts du Très-Saint-Sacrement devant le trône du Roi des rois, ou comme prière spéciale, peut-être juste après l’angélus : verset Domine salvum fac Regem (Ps. XIX, 10) chanté trois fois, puis Gloria Patri et verset et oraison pour le Roi (note 1).

bénédictions : drapeaux et objets de dévotion fleurdelysés, bannière de sainte Jeanne d’Arc, vœux privés de prière voire de consécration à la France.

processions d’action de grâces (comme celle du Vœu de Charles VII le 12 août pour le Recouvrement de la Normandie), de consécration (comme celle du Vœu de Louis XIII le 15 août), ainsi que de pénitence.

solennisation des fêtes des saints rois et reines de France, en premier lieu desquelles la Saint-Louis le 25 août ; de leurs anniversaires (800e anniversaire de la naissance de S. Louis et 12e centenaire de la mort de S. Charlemagne en 2014, tricentenaire de la mort de Louis XIV en 2015, etc.)

pèlerinages auprès de nos protecteurs (S. Michel,  Ste Thérèse, S. Curé d’Ars), aux tombeaux de nos rois (Saint-Denis) ou des Apôtres de la France (S. Remi, S. Martin).

fidélité aux demandes du Seigneur, comme la prière pour la France révélée au Rédemptoriste Marcel Vân (1928-1959), dont la cause de béatification est en cours, afin que chaque Français la récite quotidiennement : « Seigneur Jésus, ayez pitié de la France, daignez l’étreindre dans Votre amour et lui en montrer toute Votre tendresse. Faites que, remplie d’amour pour Vous, elle contribue à Vous faire aimer de toutes les nations de la terre. Ô amour de Jésus, nous prenons ici l’engagement de Vous rester à jamais fidèles et de travailler d’un cœur ardent à répandre Votre règne dans tout l’univers. Ainsi soit-il ».

association de prières (confréries cléricales, etc.) selon le commandement du Seigneur : « Si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par Mon Père Qui est dans les Cieux. Car là où deux ou trois sont réunis en Mon Nom, Je Suis au milieu d’eux » (Matth. XVIII, 19-20), et « Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira ; car quiconque demande, reçoit ; celui qui cherche, trouve ; et l’on ouvre à celui qui frappe » ((Matth. VII, 7-8).

Que tout clerc soit bien convaincu que ces prières liturgiques sont toutes-puissantes sur le Cœur de Dieu, d’un Dieu Qui a toujours montré en France Son soutien à la légitimité, comme le manifeste plus que tout l’épopée de sainte Jeanne d’Arc, envoyée restaurer Charles VII (malgré sa pusillanimité puis ses infidélités postérieures) face à un roi anglais pourtant catholique… Et n’oublions pas que contrairement aux autres pays, la fidélité des régnicoles en France n’est pas nostalgique, puisqu’à la mort d’un roi, un autre lui succède automatiquement : merveille des Lois Fondamentales !

Que le Clergé se souvienne bien que ce sont ses évêques qui, « en nom Dieu », ont confirmé et affermi les trois dynasties ayant régné sur la France. Les gouvernements passent, nous ne le savons que trop. Si Dieu nous exauce demain, il faudra que Son Clergé soit apte à encourager et soutenir le grand mouvement de régénération et rechristianisation de la société et de ses institutions. Aussi le Christ doit-Il nous trouver en état de veille…

Le Clergé doit faire de la mission de la France et de la restauration du Prince promis et espéré, le sujet de ses panégyriques, de ses sermons, de ses conférences, de ses exhortations, de ses discussions, rallumant le feu de la fidélité chez le peuple français, qui attend de vrais et courageux pasteurs. Que les prêtres incitent tout particulièrement les familles et surtout les enfants à prier quotidiennement pour le Roi, multipliant invocations, neuvaines et sacrifices. Père des familles, le roi est en effet le principal garant de la protection de l’institution sacrée de la famille.

Qu’ecclésiastiques, religieux et laïques multiplient et approfondissent l’enseignement de la Chrétienté et de l’Histoire de la France catholique. Qu’ils fassent eux-mêmes de la prière pro Rege et Francia le refrain de leurs oraisons jaculatoires, méditant sans cesse sur l’épanouissement admirable et la contribution au salut de nos ancêtres de la Royauté très-chrétienne en France.

« Demandez et vous recevrez » : la culpabilité des « orants » sera grande lorsque viendra l’Époux, s’Il ne les trouve pas vigilants. Qu’Il n’ait pas à reprocher à Son Clergé de ne Lui avoir pas demandé de toutes ses forces, naturelles comme surnaturelles, la restauration de la Chrétienté : « La civilisation n’est plus à inventer, ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la Civilisation chrétienne, c’est la Cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété : omnia instaurare in Christo » (S. Pie X : Lettre Notre charge apostolique aux évêques de France sur le Sillon, du 25 août 1910).

Et puisque la valeur de nos actes repose sur la vertu de charité, c’est avec une grande amitié surnaturelle que les ecclésiastiques et religieux se doivent unir pour cette sublime mission, avec humilité et magnanimité, avec une âme d’enfants de Dieu, une espérance et confiance à déplacer les montagnes, en bannissant tout esprit de supériorité, de jalousie et d’acédie, et bénissant avec bienveillance et reconnaissance toute initiative en faveur du Beau, du Bien et du Vrai, en faveur de la Légitimité, pour une France catholique revigorée.

Afin d’approfondir et développer ces quelques lignes, nous recommandons à MM. les ecclésiastiques la lecture des très riches ouvrages de M. Alexandre Maral parus ces dernières années, en particulier La Chapelle royale de Versailles sous Louis XIV, cérémonial, liturgie et musique (Wavre, Mardaga, 2002).
A la demande de saint Pie X, qu’ils fassent leurs les testaments de S. Remi, Charlemagne et S. Louis, et les œuvres du grand cardinal Pie. Qu’ils récitent et méditent enfin cette prière des Francs :
« Dieu Tout-puissant et Éternel, Qui pour servir d’instrument à Votre divine volonté dans le monde, et pour le triomphe et la défense de Votre Sainte Église, avez établi l’empire des Francs, éclairez toujours et partout leurs fils de Vos divines lumières, afin qu’ils voient ce qu’ils doivent faire pour établir Votre règne dans le monde et que, persévérant dans la charité et dans la force, ils réalisent ce qu’ils auront vu devoir faire. Ainsi soit-il ».

Abbé Louis de Saint-Taurin.               

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Note 1 : Prière pour le Roi à la Messe :
En France, la prière pour le Roi était, avant la Révolution, prévue à la Messe comme suit :

« V/ Domine salvum fac Regem. R/ Et exaudi nos in die qua invocaverimus Te » juste après l’antienne de communion, puis oraison pour le Roi après la dernière postcommunion sous la même conclusion :
« Quaesumus, omnipotens Deus, ut famulus Tuus N. Rex noster, qui Tua misericordia suscepit regni gubernacula, virtutum etiam omnium percipiat incrementa quibus decenter ornatus est, et vitiorum monstra devitare, hostes superare (note 2) et ad Te, Qui via, veritas et vita es, gratiosus valeat pervenire. Per Dominum nostrum… »
Sous le bienheureux pape Pie IX, la S. C. des Rites confirma cet ordre liturgique, mais pour Napoléon III.

Note 2 : Ces mots Hostes superare n’apparaissent pas dans la prière pour les rois (pro Rege) du Missel romain, mais appartiennent bien à la prière pour le Roi de France et sont nécessaires !

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Publié dans:De liturgia, Prier avec nous, Vexilla Regis |on 25 août, 2015 |6 Commentaires »

2015-74. « La lèpre est la figure de la fausse doctrine ».

Les explications de
notre glorieux Père Saint Augustin
sur
l’Evangile de la guérison des dix lépreux (Luc XVII, 11-19)

que nous entendons au
treizième dimanche après la Pentecôte (1).

Guérison des dix lépreux - Codex Aureus of Echternach v.1030 musée national allemand Nuremberg

La guérison des dix lépreux
Codex Aureus d’Echternach, vers 1030 – Musée national allemand de Nuremberg

A – Saint Augustin circonscrit et précise les questions qui se posent à l’intelligence du lecteur à propos de cette péricope évangélique :

On peut, à propos des dix lépreux que le Seigneur guérit, en leur disant : « Allez vous montrer aux prêtres », poser un grand nombre de questions qui présentent un intérêt véritable.
Je ne parle pas seulement de la signification attachée au nombre dix, et de cette circonstance particulière qu’il n’y en eut qu’un seul pour rendre grâces : car ce sont là des questions libres, et qui même n’étant pas approfondies, ne retardent que peu ou point l’attention des lecteurs ; mais ce qu’il est le plus important de savoir, c’est le motif pour lequel Il les envoya aux prêtres, pour qu’ils fussent guéris en y allant.
On ne voit pas, en effet, parmi tous ceux qui Lui durent la guérison corporelle, qu’Il en ait envoyé aux prêtres d’autres que des lépreux. Déjà, c’était à un lépreux, guéri par Sa bonté, qu’Il avait dit : « Va te montrer au prêtre, et offre pour toi le sacrifice ordonné par Moïse, afin que cela leur serve de témoignage » (Luc V 13-14).
Ensuite quelle guérison spirituelle peut-on supposer dans ceux à qui Il fait un reproche de leur ingratitude ? Car il est facile de voir qu’un homme peut n’être pas affligé de la lèpre corporelle, sans avoir pour cela un bon coeur ; mais quand on veut approfondir la signification de ce miracle, on se demande avec émotion. comment on peut dire d’un ingrat qu’il est guéri.

Guérison des dix lépreux détail 1

B – La lèpre est la figure symbolique des fausses doctrines religieuses :

Voyons donc de quoi la lèpre elle-même est la figure.
L’Evangile ne dit pas de ceux qui en ont été délivrés, qu’ils sont guéris, mais purifiés.
La lèpre est en effet un défaut de couleur, et non la privation de la santé ou de l’intégrité des nerfs et des membres. Il est donc permis de voir dans les lépreux le symbole de ces hommes qui, n’ayant pas la science de la vraie foi, professent ouvertement les divers enseignements contradictoires de l’erreur. Car ils ne voilent pas même leur inhabileté, mais ils font tous leurs efforts pour produire l’erreur au grand jour et mettent à son service toute la pompe de leurs discours.
Or, il n’est pas de fausse doctrine qui ne renferme quelque mélange de vérité. Les vérités qui apparaissent dans la discussion ou la conversation d’un homme, mélangées sans aucun ordre avec l’erreur, comme des taches sur un corps, représentent donc la lèpre, qui couvre et macule le corps de l’homme de couleurs vraies et de couleurs fausses.
Or, il faut que l’Église évite de tels hommes, afin, s’il est possible, qu’ils, élèvent du plus loin qu’ils sont un grand cri vers le Christ, comme les dix lépreux, qui s’arrêtèrent loin de Lui, et élevèrent la voix, disant : « Jésus, notre précepteur, ayez pitié de nous ! ».
Ce nom qu’ils donnent au Sauveur, et qu’aucun malade, que je sache, n’a employé pour Lui demander la guérison du corps, me donne assez lieu de croire que la lèpre est la figure de la fausse doctrine, que le bon Maître guérit.

Guérison des dix lépreux détail 2

C –  Le sacerdoce judaïque était la figure du sacerdoce chrétien et Notre-Seigneur voulait ainsi montrer que c’est l’Eglise, dont les prêtres sont les représentants, qui est l’autorité voulue par Lui pour authentifier la doctrine de vérité :

Quant au sacerdoce judaïque, il n’est presque pas de fidèles qui ne sache qu’il était le type du futur et royal sacerdoce qui est dans l’Église, et qui consacre tous ceux qui appartiennent au corps du Christ, le véritable chef et le premier de tous les prêtres.
Aujourd’hui, en effet, ils ont tous en partage l’onction, qui était alors le privilège exclusif du sacerdoce et de la royauté ; et quand saint Pierre, écrivant au peuple chrétien, lui donne le nom de « sacerdoce royal » (1 
Pierre, II, 9), il proclame par là que ce double nom convenait au peuple, à qui était réservée cette onction.
Ainsi, pour les défauts de santé de l’âme, et en quelque sorte de ses membres et de ses sens, le Seigneur les guérit et les corrige par Lui-même intérieurement dans la conscience et dans l’esprit ; mais à l’Église il appartient proprement, soit de pénétrer les âmes de sa doctrine par les Sacrements, soit de les catéchiser par des discours publics ou des lectures, où l’on découvre en quelque sorte la couleur de la vérité et de la sincérité, parce qu’elle est à la portée de tous, et parfaitement mise en évidence, car cela se fait, non dans le secret des pensées, mais par des manifestations extérieures.
Aussi même après avoir entendu ces paroles du Seigneur : « Pourquoi me persécutes-tu ? » et : « Je suis ce Jésus, que tu persécutes », Paul fut-il envoyé vers Ananie, pour recevoir, du sacerdoce établi dans l’Église, le mystère de la doctrine de la foi, et être reconnu comme un véritable docteur (
Act. IX, 4-19). Ce n’est pas que le Seigneur ne puisse tout faire par Lui-même : car, même dans l’Église, quel autre que Lui fait toutes ces choses ? Mais il arrive ainsi que par cette approbation et communication réciproque de la vraie doctrine, observée dans la prédicationde la parole et dans la confection des Sacrements, la société de fidèles conserve aux yeux de tous le cachet de l’unité dans la vérité.
Ce que dit le même Apôtre, trouve bien encore ici sa place : « Quatorze ans après, je montai à Jérusalem avec Barnabé, ayant pris aussi Tite avec moi. Or, j’y allai suivant une révélation ; et de peur de courir ou d’avoir couru en vain, j’exposai à ceux de cette Eglise, et en particulier à ceux qui étaient les plus considérables, l’Evangile que je prêche parmi les Gentils ». Et un peu plus loin : « Ceux, dit-il, qui étaient reconnus.comme les colonnes de l’Eglise, Jacques, Pierre et Jean, ayant reconnu la grâce qui m’avait été communiquée, nous donnèrent la main, à Barnabé et à moi, en signe d’union » (
Gal. II, 1, 2, 9 ). Cette entente des Apôtres faisait voir l’unité de leur doctrine, dont toute divergence était exclue.
A ce propos, l’Apôtre donne encore aux Corinthiens cet avis salutaire : « Je vous conjure, mes frères, leur dit-il, par le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de faire en sorte que vous n’ayez tous qu’un même langage » (
I Cor. I, 10 ).
Quoique Corneille eût appris d’un Ange que ses aumônes avaient été reçues et ses prières agréées, cependant pour conserver l’unité de la doctrine et des sacrements, il reçoit lui aussi l’ordre d’envoyer vers Pierre ; c’est comme si on lui avait dit, à lui et aux siens : « Allez, et montrez-vous aux prêtres ». Et ils furent, eux aussi, guéris en faisant cette démarche. Car déjà Pierre était venu vers eux ; mais comme ils n’avaient pas encore reçu le sacrement de Baptême, ils ne s’étaient pas encore présentés spirituellement aux prêtres ; et cependant leur guérison avait été rendue manifeste par la descente du Saint-Esprit et par le don des langues (
Act, X, 44).

Guérison des dix lépreux détail 3

D – Le sens symblique des nombres neuf et dix dans ce réci :.

Les choses étant ainsi, il est facile de voir qu’on peut suivre dans la société de l’Eglise la pure et véritable doctrine, expliquer tout suivant là règle de la foi catholique, distinguer la créature du Créateur, et montrer par là qu’on a échappé à cette sorte de lèpre qui est le mensonge avec ses variétés ; et cependant qu’on peut aussi être ingrat envers le Seigneur Dieu, à qui l’on doit d’en être préservé, parce qu’on ne veut pas abaisser son propre orgueil dans l’humilité de l’action de grâces, et qu’on devient alors semblable à ces hommes dont parle l’Apôtre : « Qui, ayant connu Dieu, ne l’ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâces » (Rom. I, 21). En disant qu’ils ont connu Dieu, l’Apôtre montre, il est vrai, qu’ils ont été guéris de la lèpre, mais néanmoins il leur reproche aussitôt leur ingratitude.
Aussi de tels hommes demeureront dans le nombre neuf, à raison de leur imperfection. Car ajoutez un à neuf, et l’image de l’unité est parfaite ; il y a là quelque chose de si complet, que les nombres ne vont pas plus loin, à moins qu’on ne revienne à un ; et cette règle doit être observée jusqu’à l’infini. Neuf veut donc un, pour former avec lui dix, symbole de l’unité ; et pour garder l’unité, un n’a pas besoin de neuf.
Aussi de même que les neuf lépreux qui n’ont pas rendu grâces furent réprouvés pour leur conduite, et exclus du concert de l’unité ; ainsi celui qui fut le seul pour témoigner sa reconnaissance, a été loué et approuvé comme un type frappant de l’unité de l’Eglise.
Et comme ceux-là étaient des Juifs, ils ont été déclarés déchus par leur orgueil du Royaume des cieux, où l’unité se conserve dans les conditions les plus parfaites ; quant à celui-ci, qui était samaritain, c’est-à-dire gardien fidèle, attribuant à son bienfaiteur ce qu’il tenait de Lui, et chantant en quelque sorte ce verset du psalmiste : « Je garderai ma force auprès de vous » (
Ps. XVIII, 10), il s’est soumis au Roi par sa reconnaissance, et par son humble dévouement il a conservé le privilège de l’unité.

Guérison des dix lépreux détail 5

(1) : Saint Augustin, « Questions sur les Evangiles », livre second : « Questions sur l’Evangile selon Saint Luc », § XL ; les divisions et les sous-titres du texte sont de notre chef, afin d’en faciliter la lecture et la compréhension.

Publié dans:De liturgia, Textes spirituels |on 22 août, 2015 |Pas de commentaires »

2015-73. Plus encore que dans sa chair, c’est dans son Coeur que Marie a porté le Christ et qu’elle Le porte pour l’éternité.

Extraits du « Coeur admirable de la Mère de Dieu »
de Saint Jean Eudes

Profitons de la fête du Coeur immaculé de Marie, au jour octave de sa glorieuse Assomption, pour contempler ce Coeur, et pour approfondir son admirable mystère sous la conduite de l’un des plus éminents maîtres spirituels de l’ « Ecole française » : Saint Jean Eudes.

le très saint et immaculé Coeur de Marie

Plus encore que dans sa chair, c’est dans son Coeur que Marie a porté le Christ et qu’elle Le porte pour l’éternité.

« Un témoignage de la dévotion particulière de Saint Augustin envers la Mère de Dieu, et qui contient une mention honorable de son saint Coeur, est marqué dans ces paroles tirées du livre qu’il a fait de la sainte Virginité : « La divine maternité n’aurait servi de rien à Marie, si elle n’avait porté Jésus-Christ plus heureusement dans son Coeur que dans sa chair ».
C’est ici l’un des plus dignes éloges qui se puissent donner au Coeur de la Reine du ciel, puisqu’il est préféré, en ces paroles de Saint Augustin, au sein béni de cette divine Mère. Et certes ce n’est pas sans raison.
Premièrement, parce que cette Vierge incomparable a conçu le Fils de Dieu dans son Coeur virginal, avant de Le concevoir en sa chair.
Secondement, parce qu’elle L’a conçu dans son sein, s’en étant rendue digne pour L’avoir conçu premièrement dans son Coeur.
Troisièmement, parce qu’elle ne L’a porté dans son sein que durant neuf mois seulement ; mais elle L’a porté dans son Coeur dès le premier moment de sa vie, et elle L’y portera éternellement.
Quatrièmement, parce qu’elle L’a porté plus dignement, plus saintement dans son Coeur que dans sa chair. Car ce Coeur est un ciel vivant, dans lequel le Roi du ciel et de la terre est aimé plus ardemment et glorifié plus parfaitement que dans le ciel.
Cinquièmement, parce que la Mère du Sauveur ne L’a porté dans son sein, que lorsqu’Il était encore dans un état passible et mortel, et dans les faiblesses de Son enfance ; mais elle Le portera à toute éternité dans son Coeur, glorieux, impassible et immortel.
C’est pourquoi Saint Augustin a bien raison de dire qu’elle L’a porté plus heureusement et plus excellement dans son Coeur que dans sa chair. »

frise avec lys naturel

Voir aussi :
- « Le Coeur de Marie, rempli d’amour pour Dieu et de charité pour nous » (St Jean Eudes) > ici
- « La nouvelle Arche » (B.D.) > ici
- Consécration du genre humain au Coeur immaculé de Marie (Pie XII) > ici
- Litanies du Saint Coeur de Marie > ici

2015-72. « …pleine de paix à la volonté de mon Dieu, à laquelle je ne voudrais pas contredire d’un seul clin d’oeil. »

21 août,
fête de Sainte Jeanne-Françoise Frémiot de Chantal.

Vray portrait de la Rde Mère de Chantal

« Vray portrait de la Révérende Mère de Chantal »
(gravure publiée dans l’ouvrage intitulé : « Les Epistres spirituelles de la Mère Jeanne-Françoise Frémiot, baronne de Chantal, fondatrice et première supérieure de l’Ordre de la Visitation Saincte-Marie » – 1644)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous connaissez les liens spirituels qui nous unissent à l’Ordre de la Visitation (cf. > www) : vous concevez donc sans peine combien aujourd’hui cette fête de Sainte Jeanne-Françoise de Chantal nous est chère.
Dans le même temps, nous nous souvenons que le 21 août est le jour anniversaire de la naissance de Saint François de Sales, en l’an 1567.
Aussi, à l’occasion de cette fête et de cet anniversaire, permettez-moi de vous donner à méditer une très belle lettre de Sainte Jeanne de Chantal que nous avons lue ce matin, Frère Maximilien-Marie et moi, dans un gros volume publié en 1644 que nous avons le bonheur de posséder dans la bibliothèque du Mesnil-Marie.
Cette lettre émouvante est la réponse que, au début de l’année 1623, la sainte fondatrice adressa à son frère puiné, Monseigneur André Frémiot (1573-1641), archevêque de Bourges, qui lui avait écrit une lettre de condoléances à l’annonce de la mort de Saint François de Sales (survenue à Lyon le 28 décembre 1622).
Je la retranscris en la mettant en conformité avec les usages de l’orthographe et de la ponctuation actuels, pour une plus grande commodité de lecture, mais je ne résiste toutefois pas à la tentation de vous en montrer la graphie originelle par le cliché ci-dessous.
On remarquera que, quoique s’adressant à son frère, plus jeune qu’elle, Sainte Jeanne de Chantal ne se permet néanmoins aucune familiarité, et que la confiance et l’affection fraternelles qu’elle éprouve pour lui ne constituent cependant pas à ses yeux un motif d’oubli que ce frère est revêtu de la dignité épiscopale : quel bel exemple pour nos temps de confusion et de laisser-aller général…

Je vous souhaite une bonne lecture, et – plus encore – d’entrer dans les admirables sentiments dont cette lettre témoigne.

Lully.

Ste Jeanne de Chantal lettre sur la mort de St François de Sales

à Monseigneur
l’Archevêque de Bourges,
son frère.

Elle lui répond dans la douleur où elle était, à l’occasion du trépas du Bienheureux François de Sales.

Monseigneur,
vous voulez savoir que fait mon coeur en cette occasion, hélas ! il a, ce me semble, adoré Dieu, au profond silence de la très dure angoisse. Certes il n’avait jamais ressenti amertume si grande, ni mon pauvre esprit reçu une secousse si pesante ; ma douleur est plus grande que je saurais jamais dire, et (il) me semble que toutes choses se ruent pour accroître mes ennuis et me porter au regret.
Il me reste pour toute consolation de savoir que c’est mon Dieu qui a fait, ou permis, que ce coup ait été fait ; mais, hélas ! que mon coeur est faible pour supporter ce pesant fardeau ; et qu’il a bien besoin de force.

Oui, mon Dieu ! Vous aviez prêté cette belle âme au monde, maintenant Vous l’avez retirée : Votre Saint Nom soit béni ! Je ne sais point d’autre cantique que celui-là : le Nom de mon Seigneur soit béni !
Mon très cher Père, et mon très cher frère, mon âme est pleine d’amertume, mais aussi pleine de paix à la volonté de mon Dieu, à laquelle je ne voudrais pas contredire d’un seul clin d’oeil ; non, je vous assure, mon très cher Père !
Donc, il Lui a plu de nous ôter ce grand flambeau de ce misérable monde pour le faire luire en Son Royaume (comme nous croyons assurément) : Son Saint Nom soit béni !
Il m’a châtiée comme je méritais : car vraiment je suis trop misérable pour jouir d’un si grand bien, et d’un contentement tel qu’était celui que j’avais de voir mon âme entre les mains d’un si grand homme, vraiment homme de Dieu. Je pense que cette Bonté suprême ne veut plus que j’aie de plaisir sur la terre, et je n’y en veux plus avoir aussi que celui d’aspirer après le bonheur de voir mon très cher Père dans le sein de Son éternelle bonté.
Je veux bien pourtant demeurer dans cet exil, oui, mon très cher frère ! oui, véritablement, ce m’est un exil bien dur, l’exil de cette misérable vie, mais j’y veux demeurer, dis-je, autant que la souveraine Providence le voudra, Lui remettant le soin de disposer de moi selon Son bon plaisir.
Je me recommande à vos saints sacrifices, et cette petite famille (note 1) qui est toute en douleur, laquelle fait son petit gémissement avec tant de douceur et de résignation que j’en suis toute consolée. Nous en partirons bientôt pour retourner en notre pauvre petite demeure d’Annecy, là où ma douleur se renouvellera en voyant nos très chères soeurs.
Dieu soit béni de tout ! Vive Sa volonté ! Vive Son bon plaisir ! Je soulage bien mon pauvre coeur de vous parler de la sorte, et béni soit mon Dieu qui me donne encore cette consolation.
Je vous remercie de votre charitable lettre ; croyez que vous avez bien gagné les oeuvres de miséricorde, car elle m’a fait grand bien, et à vos chères filles (note 2) de recevoir vos nouvelles. Continuez-nous cette sainte affection, s’il vous plaît, et vous assurez, mon très cher Père, que nous vous porterons toujours en notre souvenir devant Dieu : car c’est de coeur que nous sommes vos petites filles, et moi spécialement, qui, comme la plus nécessiteuse de toutes, me confie en votre paternelle affection.

Je suis en l’amour du Sauveur, Monseigneur, votre très humble, très obéissante, et indigne fille et servante en Notre-Seigneur,

Soeur Jeanne-Françoise Frémiot.

Note 1 : Sainte Jeanne de Chantal se trouvait à Lyon. La « petite famille » dont elle parle est la communauté de la Visitation Sainte-Marie de Bellecour.
Note 2 : « vos chères filles » et, à la phrase suivante, « vos petites filles » : Sainte Chantal désigne ainsi les religieuses de la Visitation qui ont des sentiments d’humble révérence filiale envers le prélat qui est leur père dans la foi.

Les Epistres de la Mère de Chantal

2015-71. Compte-rendu photographique des cérémonies du 15 août 2015 à l’église de Ceyssac.

Lundi soir 17 août 2015,
dans l’Ordre de Saint Augustin la fête de Sainte Claire de la Croix.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous avons reçu aujourd’hui une assez grande quantité de photographies qui ont été prises ce 15 août dernier à l’occasion de la Sainte Messe de l’Assomption et de la procession du Voeu de Louis XIII, dans notre petite paroisse de rite latin traditionnel qui se réunit dans l’église du village de Ceyssac, à côté du Puy-en-Velay.

Beaucoup d’entre vous le savent déjà – mais comme j’ai toujours de nouveaux lecteurs je me dois de le préciser à leur intention – , le Refuge Notre-Dame de Compassion est implanté dans le diocèse de Viviers où les dispositions des papes Jean-Paul II et Benoît XVI en faveur des fidèles attachés à la Messe latine traditionnelle ne reçoivent pas d’application régulière (cf. > ici) : nous rejoignons donc de manière habituelle la communauté traditionnelle à laquelle feu Monseigneur Henri Brincard, évêque du Puy, avait attribué cette église du village de Ceyssac.

Frère Maximilien-Marie apporte tout le concours qu’il lui est possible de donner à la vie paroissiale, et, lorsque cela est possible, nous sommes heureux de faire profiter à la liturgie et à la ferveur de toute notre communauté les reliques ou ornements que nous conservons au Mesnil-Marie.
Ainsi, traditionnellement, pour la Sainte Messe du 15 août, notre Frère emporte-t-il à Ceyssac notre précieux ornement de l’Assomption :

Ornement de l'Assomption 1 détail

Broderie centrale sur le dos de la chasuble du Mesnil-Marie pour la fête de l’Assomption.

Le 14 août, vigile de l’Assomption (et mémoire de Saint Maximilien-Marie Kolbe, cf. > ici), le grand ménage de l’église avait été mené à bien et tout avait été soigneusement préparé.

En ce matin du 15 août, le sanctuaire de notre modeste église était donc resplendissant : nous en avons d’autant plus conscience que lorsque notre communauté a pris possession de cette église, elle était très loin d’être aussi belle !
C’est là que nous pouvons apprécier le chemin parcouru en nous souvenant du temps qu’il a fallu pour nettoyer, décaper, remettre en ordre, réparer ce qui était détérioré (par les outrages du temps ou par ceux des sinistres années post-concilaires), retrouver ce qui avait été mis aux oubliettes, remplacer ce qui avait disparu. Une paroissienne habile et dévouée a confectionné les conopées et les parements du sanctuaire, taillé les nappes qui manquaient ; nous avons « recollé » le maître-autel qui avait été stupidement coupé en deux ; nous avons replacé dans le ciborium la reproduction de la fameuse Vierge Noire du Puy avec laquelle le village de Ceyssac a un lien privilégié (cf. note en bas de page) et nous lui avons remis sa couronne sur la tête ; nous avons décollé une moquette infame et misérable qui recouvrait les dalles du sanctuaire… etc.

Ceyssac 15 août 2015 1 - le sanctuaire

Comme je vous l’écrivais en commençant, nous avons donc reçu ce jour d’hui une abondante série de photographies prises à l’occasion de ce 15 août.
Je ne peux pas toutes les publier et j’ai dû opérer une sélection (cela fait parfois un peu mal au coeur de devoir choisir !). Celles qui suivent, me semble-t-il, vous donneront un aperçu de l’ensemble de la cérémonie : Messe et procession.
Vous comprendrez aussi que, pour des raisons de discrétion, j’ai parfois dû flouter des visages…

Voici par exemple une photographie prise pendant le chant de la préface :

Ceyssac 15 août 2015 2 - à la préface

Puis deux beaux clichés réalisés lors de l’élévation du Corps adorable de Notre-Seigneur et de Son Très Précieux Sang :

Ceyssac 15 août 2015 3 - à l'élévation du Corps du Christ

Ceyssac 15 août 2015 4 - à l'élévation du Précieux Sang

Ci-dessous, une vue générale de la nombreuse assistance. Photographie réalisée lors des purifications, alors que les fidèles sont en action de grâces silencieuse :

Ceyssac 15 août 2015 5 - l'assistance vue du fond de l'église

Certains fidèles d’ailleurs n’avaient pas trouvé place dans l’église et ont suivi la Sainte Messe depuis le parvis avec une édifiante ferveur :

Ceyssac 15 août 2015 6 - des fidèles qui ont suivi la Messe sur le parvis

Afin de permettre aux fidèles qui le souhaitent de participer à la procession de la Vierge Noire, qui se déroule dans les rues du Puy l’après-midi, nous accomplissons la procession du Voeu de Louis XIII immédiatement après la Messe.
Lors de cette procession, la statue de la Madone est portée sur un brancard fleuri, sur lequel est également placé un reliquaire – apporté du Mesnil-Marie - dans lequel est renfermé un fragment du Voile de la Très Sainte Vierge Marie (Voile que portait Notre-Dame lors de l’Annonciation, offert par l’impératrice Irène de Constantinople au Bienheureux Charlemagne, puis donné par Charles le Chauve à la cathédrale de Chartes).
Au chant des litanies de la Sainte Vierge, les fidèles, suivant la croix de procession, sortent de l’église, puis viennent le brancard et enfin Monsieur l’Abbé.

Ceyssac 15 août 2015 7 - procession sortie de la Vierge

La procession descend vers la place du village dont elle fera le tour.

Après le chant des litanies, ce sont des cantiques populaires en français qui sont repris avec flamme.

Ceyssac 15 août 2015 8 - procession dans le village

La statue de la Madone et le reliquaire pendant la procession :

Ceyssac 15 août 2015 9 - le brancard avec la Vierge et le reliquaire

Détail du reliquaire :

Ceyssac 15 août 2015 10 - le reliquaire du Voile de la Vierge

Au retour dans l’église, le brancard de procession est déposé dans le sanctuaire.
C’est alors qu’est lu le texte complet de l’Edit de Saint-Germain, publié le 10 février 1638, par lequel Sa Majesté le Roi Louis XIII a consacré sa personne, sa couronne et le royaume de France tout entier à la Très Sainte Vierge Marie, ordonnant que désormais cette consécration soit renouvelée tous les ans, à l’occasion de la fête de l’Assomption.

Ornement de l'Assomption 2 détail

Chasuble de l’Assomption du Mesnil-Marie (détail de la Madone)

Après le chant du « Sub tuum praesidium » et les oraisons d’usage renouvelant cette consécration, la cérémonie s’est achevée sur un vibrant « Salve Regina », la très populaire antienne du Puy - antiphona de Podio - que, ce soir,  je me permets de paraphraser ainsi :

« Nous vous saluons, ô Reine de la France,
Mère de miséricorde, qui êtes la vie, et la douce espérance de ce Royaume à la dérive !
Vers vous, le peuple français dans la détresse crie,
vous suppliant de faire cesser son errance pécheresse :

Vers vous, les Français, gémissant et pleurant sur l’apostasie officielle de ce pays,
élèvent les soupirs de leurs âmes endolories !
O v
ous à qui ce Royaume a été solennellement consacré,
soyez son inlassable avocate auprès du divin Juge :
Fléchissez Son Coeur et obtenez de Lui les grâces d’une conversion profonde et générale,
afin que cette France, pénitente et reconnaissante,
retrouvant la fidélité aux grâces de sa vocation,

chante à la face de toutes les nations la gloire du Christ-Roi,
et votre toute puissante intercession :
ô clémente, ô toute bonne, ô douce Vierge Marie ! »

Lully.

Ornement de l'Assomption 3 détail

Chasuble de l’Assomption du Mesnil-Marie (détail d’une broderie).

Note : Selon la tradition, c’est à « la dame de Ceyssac » que la Très Sainte Vierge Marie est apparue, lorsque, pour la seconde fois, elle s’est manifestée au Puy, enjoignant de lui dédier un sanctuaire sur le Mont Anis et opérant, pour preuve de son intervention céleste, des guérisons miraculeuses.

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