Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2013-45. «Il Vous est impossible de ne pas me faire miséricorde, car la miséricorde Vous est consubstantielle!»

Sermon de Saint Augustin
sous forme d’une prière embrassée au Saint-Esprit

2013-45. «Il Vous est impossible de ne pas me faire miséricorde, car la miséricorde Vous est consubstantielle!» dans De liturgia champaigne-st-augustin-detail-300x224

Philippe de Champaigne : Saint Augustin (détail) 

(la division du texte et les titres donnés aux paragraphes sont de notre fait)

§1. Invocation initiale au Saint-Esprit :

Esprit-Saint, mon Dieu, j’éprouve le désir de parler de Vous, et, néanmoins, je crains pour moi de le faire, car je ne trouve en moi rien qui me le permette.
Pourrais-je, en effet, dire autre chose que ce que Vous m’inspirerez? Pourrai-je prononcer un seul mot, si Vous ne venez en moi pour Vous substituer à moi et Vous parler de Vous-même?
Donnez-Vous donc à moi pour commencer, ô généreux Bienfaiteur, ô Don parfait ; car, quant à Vous, Vous m’appartenez ; rien ne peut m’appartenir, je ne puis m’appartenir moi-même, si je ne Vous possède d’abord. Soyez à moi, et ainsi serai-je à moi, et aussi à Vous : si je ne Vous possède pas, rien ne m’appartiendra. Près de qui aurai-je le droit de Vous posséder? Près de personne, si ce n’est près de Vous.
Il faut donc que Vous Vous donniez à moi, afin que je puisse faire auprès de Vous votre acquisition. Prévenez-moi donc, préparez mon âme à Vous recevoir, et quand Vous y serez entré, parlez-Vous pour moi et écoutez-Vous en moi. Ecoutez-Vous en mon lieu et place, ô Vous qui êtes si bienveillant! Ecoutez une bonne fois, et ne Vous irritez pas. Voyez de quel esprit s’inspirent mes paroles pour moi, je l’ignore, mais je sais pertinemment que, dépourvu de votre assistance, je ne puis rien dire.

§2. Merveilles accomplies par le Saint-Esprit dans l’histoire du salut :

Je m’en souviens : il Vous a suffi jadis de toucher un homme adultère et assassin pour en faire le psalmiste ; Vous avez délivré l’innocente Suzanne ; vos regards se sont abaissés sur une femme possédée par sept démons, sur Magdeleine, et la charité surabondante dont Vous l’avez remplie en a fait l’apôtre des Apôtres ; le larron a été visité par Vous, pendant qu’il était en croix, et, le même jour, Vous l’avez placé dans le ciel pour l’y faire jouir de la gloire du Christ.
Sous votre influence, l’apostat a versé des larmes de repentir, et Vous l’avez préparé à recevoir le souverain pontificat. N’est-ce point à votre appel que le publicain est devenu un évangéliste? N’avez-Vous point terrassé le persécuteur, et, quand il s’est relevé, n’était-il point devenu un docteur hors ligne?
N’êtes-Vous pas venu du ciel pour visiter les Juifs orgueilleux, et en les voyant consumés par les ardeurs de la plus audacieuse doctrine, ne les avez-Vous pas délaissés?
Dieu de sainteté, quand je réfléchis à ce que Vous avez inspiré à tous ces personnages, je me sens encouragé, par leur exemple, à Vous parler ainsi, et je sais, à n’en pas douter un instant, que Vous m’avez appris à Vous répondre de la sorte : voilà aussi pourquoi je soupire vers Vous et me jette dans vos bras.
Ecoutez-moi, Bonté sans limites, et que votre misérable créature n’encoure point votre indignation. Si mes crimes surpassent, par leur nombre, les crimes de tous ces personnages qui me rappellent vos miséricordes, votre indulgence dépasse de beaucoup en étendue ma culpabilité ; car n’est-elle pas infinie? Il lui est facile de pardonner un péché! Ne lui est-il pas aussi aisé d’en pardonner des centaines de mille?

§3. Invocation ardente à l’Esprit-Saint dont la miséricorde éclate
à travers même l’exercice de la justice divine :

A l’un il a suffi d’un seul péché mortel pour se voir réservé à la damnation, quand il est sorti de ce monde : avec des milliers de fautes, un autre a été réservé par Dieu, comme étant prédestiné à la vie.
Qu’y a-t-il en cela, ô très-doux Esprit? C’est que, d’un côté, se manifeste votre miséricorde, et, de l’autre, votre justice. Ces deux hommes, bien différents l’un de l’autre, se trouvent également destinés après une multitude de crimes énormes et pour la fin du monde, celui-ci à entrer dans la vie, celui-là à tomber dans d’affreux tourments. Qu’en conclure, ô Dieu plein de bonté? C’est qu’en tout cela votre miséricorde sans bornes reste toujours égale à elle-même, bien que Vous agissiez diversement.
Le petit nombre des péchés ne donne pas plus la certitude d’arriver à la vie éternelle, que la grandeur et la multiplicité des fautes ne doit donner lieu au désespoir.
Mais parce que votre miséricorde est préférable à toutes les vies, je l’invoque, je la désire, il m’est doux de m’y attacher. Donnez-Vous à moi par son intermédiaire, et donnez-la moi par Vous : que je la possède en Vous, et qu’elle Vous serve de chemin pour venir en moi. C’est elle qui m’inspire le confiant courage de Vous parler ; elle rend mon âme supérieure à elle-même : en la possédant je Vous possède.
Je ne demande donc rien que Vous, car Vous êtes le Docteur et la Science, le Médecin et le Remède, Vous voyez l’état des âmes et Vous les préparez : Vous êtes l’Amour et l’Amant, la Vie et le Conservateur de la vie.
Que dire de plus? Vous êtes tout ce qu’on peut appeler bon!
Car si nous ne sommes point anéantis, c’est l’effet de votre indulgence : elle seule nous soutient en nous attendant ; elle seule nous conserve en ne nous condamnant pas, nous rappelle sans nous faire de reproches, nous renvoie sans nous juger, nous accorde la grâce sans nous la reprendre, et nous sauve par sa persévérance.

§4. Exhortation à soi-même pour une très grande confiance :

Ame pécheresse, ô mon âme, lève-toi donc! redresse-toi! sois attentive à ces consolantes paroles! ne refuse pas un secours qui peut t’aider si puissamment à te réformer!
Remarque-le bien : pour ta restauration, cette Personne divine est la seule qui te soit nécessaire. Lève-toi donc tout entière, ô mon âme! et, puisqu’en cette Personne seule se trouve ton salut, consacre-Lui toutes tes forces, prépare-toi à Lui servir de demeure ; reçois-La, afin qu’Elle te reçoive à son tour.

§5.  Ardents soupirs adressés à l’Esprit Réparateur et Sanctificateur :

Venez donc, ô très-doux Esprit! étendez votre doigt, aidez-moi à me lever.
Que ce saint doigt s’approche de moi, m’attire vers Vous, se pose sur mes plaies et les guérisse. Qu’il fasse disparaître l’enflure de mon orgueil ; qu’il ôte la pourriture de ma colère ; qu’il arrête en moi les ravages du poison de l’envie ; qu’il en retranche la chair morte de la nonchalance ; qu’il y calme la douleur de la cupidité et de l’avarice ; qu’il en ôte la superfluité de la gourmandise, et y remplace l’infection de la luxure par les parfums odorants de la plus parfaite continence.
Puisse-t-il me toucher, ce doigt qui fait couler sur les blessures le vin, l’huile et la myrrhe la plus pure! Puisse-t-il me toucher, ô Dieu plein de bonté!
Alors disparaîtra toute ma corruption, alors je reviendrai à ma primitive innocence, et quand Vous viendrez habiter en moi, qui ne suis maintenant qu’un sac déchiré, Vous y trouverez une demeure en bon état, fondée sur la vérité de la foi, bâtie sur la certitude de l’espérance et parachevée avec une charité ardente.
Bien que nous ne Vous désirions pas depuis longtemps, venez, Hôte aimable! oui, venez! Demeurez avec nous, car si Vous n’y restez pas, il se fera tard, et le jour baissera (Luc XXIV, 29). Frappez et ouvrez! car si Vous ouvrez la porte, personne ne la fermera : entrez et fermez-la derrière Vous, et personne ne l’ouvrira (Apoc. III, 7). Tout ce que Vous possédez est en paix (Luc XI, 21), et, sans Vous, il n’y a point de paix possible, Vous, le Repos des travailleurs, la Paix des combattants, le Plaisir de ceux qui souffrent, la Consolation des malades, le Rafraîchissement de ceux que la chaleur accable, la Joie des affligés, la Lumière des aveugles, le Guide de ceux qui doutent, le Courage des timides…
Car personne ne goûte la tranquillité, s’il ne travaille pour Vous : celui-là seul jouit de la paix, qui combat pour Vous. Souffrir pour Vous, c’est le comble du bonheur ; pleurer pour Vous, c’est la suprême consolation. Quand mon âme gémit pour Vous, alors, à vrai dire, elle se livre au vice et aux plaisirs. Ineffable Bonté, Vous ne pouvez souffrir qu’on souffre, qu’on pleure ou qu’on travaille à cause de Vous ; car, au même moment commencent le travail et le repos, le combat et la paix, la peine et le bonheur. Etre en Vous, c’est être dans l’éternelle félicité.

§6. Contrition et componction appelant le pardon et la grâce du salut :

O mon Bien-Aimé, touchez donc, oui, touchez mon âme! cette âme que Vous avez créée et choisie pour votre demeure au jour de mon baptême.
Mille fois, hélas! vous avez été honteusement et injurieusement chassé de cette maison qui Vous appartenait en propre, et voilà que votre misérable hôtesse Vous rappelle à grands cris ; car c’est pour elle le plus grand des malheurs de se trouver privée de Vous.
Revenez, ô Esprit bon, prenez pitié de cette séditieuse qui Vous a chassé de chez elle. Maintenant, ah! maintenant, elle se rappelle vivement tout le bonheur qu’elle éprouvait à se trouver auprès de Vous. Tous les biens lui étaient venus à cause de Vous (Sag. 
VII, 11) ; sitôt que Vous Vous êtes retiré d’elle, ses ennemis l’ont dépouillée ; ils ont emporté avec eux tous les trésors que Vous lui aviez apportés, et, non contents de l’appauvrir, ils l’ont accablée de coups et de blessures et laissée presque morte (Luc X, 30).
Revenez donc, Seigneur bien-aimé! descendez à nouveau dans votre maison, avant que votre hôtesse insensée rende le dernier soupir.
Aujourd’hui je vois, aujourd’hui je sens combien je suis malheureuse en vivant séparée de Vous : je rougis et tombe dans une confusion extrême de ce que Vous Vous êtes éloigné de moi ; mais les inénarrables faiblesses dont votre absence a été pour moi le principe me forcent à Vous rappeler : Précieux Gardien, venez dans la maison de votre misérable Marthe, et gardez-la dans la vérité, « pour qu’elle ne s’endorme pas un jour dans la mort et que son ennemi ne dise point : J’ai prévalu contre elle » (
Ps. XII, 5).
Mes oppresseurs triompheront si je suis ébranlée (
Ps. XII, 6). Mais, avec votre secours, j’espérerai dans votre miséricorde, je m’y attacherai, j’y mettrai ma confiance : en elle sera la part de mon héritage, et, ainsi, je ne craindrai pas ce que peut contre moi un homme mortel (Ps. LV, 5).
Il Vous est impossible de ne pas me faire miséricorde, car la miséricorde Vous est consubstantielle.
Voyez ma pauvreté, voyez mes pressants besoins, et prenez pitié de moi selon votre infinie grandeur, et non selon mes iniquités. Daigne votre commisération montrer qu’elle est au-dessus de toutes vos oeuvres (Ps. CXLIV. 9). Que la malice du péché ne prévale pas sur la grandeur de votre bonté. C’est par indulgence que Vous dites : « Je ne veux pas la mort du pécheur, mais Je veux qu’il se convertisse et qu’il vive » (Ezéch. XXXIII, 11). Car Vous voulez la miséricorde et non le sacrifice (Matth. IX, 13).
Très-généreux Bienfaiteur, étendez votre droite, cette sainte main qui n’est jamais vide, qui ne sait point refuser, qui ne cesse de donner à l’indigent : étendez donc, aimable Bienfaiteur, étendez cette main toute pleine de vos dons : c’est la main des pauvres. Donnez à votre pauvre, ou plutôt à la pauvreté elle-même, ces armes ou ces trésors qui enrichissent l’indigent sans lui laisser rien à craindre.

§7. Invocation finale pleine d’une douce confiance :

Achevez, Seigneur, ce que votre bras a commencé (Ps. LXVII, 29). Car, je le vois, si Vous nous sauvez, c’est, non pas à cause des oeuvres de justice que nous avons faites, mais par votre miséricorde (Tit. III, 5). Donc, très-sainte Communication, accordez-moi le don de piété, dont le propre est d’inspirer la douceur, comme aussi de conserver et de rendre celui à qui il a été départi libre de toute attache aux biens de la terre ; ainsi pourrons-nous dire avec l’Apôtre Pierre : « Voilà que nous avons tout abandonné et que nous Vous avons suivi » (Matth. XIX, 27). Dès lors que nous aurons renoncé à ce qui est de ce monde passager, votre esprit secourable nous conduira dans la voie droite (Ps. CXLII, 10), jusqu’à la terre des vivants, et par l’affectueuse piété qu’il nous inspirera, il nous introduira dans ce séjour où nous pourrons éternellement jouir de Vous pendant la suite sans fin des siècles des siècles.

Ainsi soit-il!

vitrail-saint-esprit-basilique-vaticane Esprit-Saint dans Lectures & relectures

Vitrail du Saint-Esprit au centre de la gloire du Bernin (basilique vaticane)

voir aussi la prière au Saint-Esprit
extraite des oeuvres de Saint Augustin publiée ici > www

2013-40. «Benoît Labre, c’est la contre-révolution en personne!»

16 avril, fête de Saint Benoît-Joseph Labre.

Nous avons vu ce qu’avaient été les derniers jours et la mort de Saint Benoît-Joseph Labre (ici > www). Voici maintenant quelques éléments de réflexion et de méditation, mettant en évidence les leçons que sa vie et ses exemples donnent aux fidèles d’aujourd’hui.

A la suite de la béatification du saint pèlerin et mendiant, célébrée à Rome le 20 mai 1860 par le Bienheureux Pie IX devant quelque 40000 fidèles, le diocèse d’Arras, Boulogne et Saint-Omer organisa un triduum solennel : le jour de la clôture de ces fêtes de béatification, le 18 juillet 1860, Monseigneur Louis-Edouard Pie, évêque de Poitiers et futur cardinal, prononça un splendide panégyrique qui occupe presque quarante pages à la fin du troisième volume de ses oeuvres complètes.

Il ne nous est bien sûr pas possible de reproduire ici cette magnifique oeuvre oratoire dans sa totalité ; toutefois je ne peux résister à la tentation d’en copier quelques morceaux choisis, extraits de la seconde partie de ce panégyrique, parce que – plus d’un siècle et demi après l’époque où ils furent prononcés dans la chaire de la cathédrale d’Arras et peut-être plus encore qu’alors – ils restent d’une saisissante actualité, au point qu’on pourrait dire que ce sont des paroles véritablement prophétiques.
En les lisant, il vous sera aisé d’établir des liens avec les circonstances actuelles de l’Eglise, du monde et de la France…

2013-40. «Benoît Labre, c'est la contre-révolution en personne!» dans Nos amis les Saints cardinal-edouard-pie

S.Exc. Mgr. Louis-Edouard Pie, évêque de Poitiers

« A ne considérer que toute une grande portion de l’humanité contemporaine, on pourrait dire, mes Frères, que le détrônement de la chose chrétienne est un fait accompli ; que la face du monde est changée, renouvelée ; que le christianisme a disparu sans retour, qu’il est vaincu, enterré, remplacé. Le christianisme, c’est l’édifice de la grâce s’élevant sur les ruines de la nature.
Or, le monde moderne, c’est la nature reprenant fastueusement ce qu’elle appelle ses droits, étalant hautement ses titres, dilatant sans réserve ses moyens d’action et de jouissance. Concupiscence de la chair, concupiscence des yeux, orgueil de la vie : voilà la triple puissance que le christianisme entend briser. Or, le monde moderne a cassé ce triple anathème ; et, des trois choses renversées par le Christ, il a fait la triple colonne du temple de l’humanité émancipée, le trépied de la chaire où elle trône et d’où elle rend ses oracles. Prêtez l’oreille à ses enseignements, et vous reconnaîtrez qu’elle a ses dogmes, sa morale, son culte, ses sacrements, ses béatitudes, son ciel, son enfer, qui forment l’exacte contre-partie de tout le système chrétien.
Il est vrai, dans ce temple nouveau, tout n’est pas encore harmonie. Au sein de ce vaste naturalisme, il reste des dissensions, des guerres intestines. En face du sensualisme repu qui jouit et qui veut conserver, se dresse le sensualisme affamé qui conspire et qui veut partager. Au-dessus du sensualisme abaissé qui s’arrête et se complaît dans la jouissance animale, s’élève le sensualisme raisonné qui veut devenir une doctrine et prétend à la dignité de l’idée. Conservatorisme donc et communisme ou socialisme ; spiritualisme et matérialisme ; libéralisme et despotisme ; déisme même et athéisme : tout cela, comme on le voit, forme un concert assez discordant, et présente la religion moderne sous des noms et des aspects assez divers. Mais enfin toutes ces nuances savent se rapprocher et se fondre ; toutes ces lignes aboutissent dans un cadre commun, toutes ces diversités se relient dans un même symbole, se rencontrent dans un même programme, à savoir, la supplantation de l’élément révélé par l’élément humain, la substitution des droits de l’homme aux droits du Christ et de Son Eglise, le triomphe du naturalisme sur le christianisme.
Aussi trouve-t-on de toutes parts le même patois sur toutes les lèvres, la même fièvre dans toutes les âmes. Civilisation, progrès, conquêtes de l’humanité ; industrie, spéculation, agiotage ; émancipation de l’esprit ou de la chair, sécularisation de la loi et du pouvoir : que sais-je? complétez un peu cette énumération, et vous aurez tout le bagage de mots, d’idées et d’aspirations qui font un homme de ce temps, véritable antipode de tout ce qui constitue la doctrine, la morale et la discipline chrétienne.
Or, mes Frères, à cette génération qui ne connaît, ne sert et n’adore que la nature, voici que la Providence vient opposer un phénomène inattendu. C’est un homme qui foule aux pieds tous les dons, tous les droits, tous les avantages même les plus légitimes de la nature, et qui embrasse volontairement et par vertu le genre de vie le plus opposé à la nature ; c’est un homme qui, prenant les préceptes et les conseils de l’Evangile pour la règle unique de son esprit et de ses actions, abandonne sa famille, son patrimoine, traite son corps en ennemi, épouse la pauvreté, l’abjection, le mépris, et ne vit ici-bas que pour Dieu ; c’est un homme qui immole complètement le sens humain et la prudence de la chair pour n’obéir qu’à la sagesse surnaturelle ; un homme qui prise si haut la virginale intégrité de la foi, la pureté de l’orthodoxie, qu’il ne peut supporter la rencontre d’un hérétique, et qu’il n’hésite point à tripler la fatigue d’un voyage pour éviter de mettre le pied sur une terre protestante. Et cet homme, que notre siècle serait si enclin à ne pas regarder, à dédaigner, à insulter, voici que, bon gré mal gré, notre siècle est obligé à lui prêter son attention. Car enfin, Dieu S’est encore réservé des moyens de Se faire entendre ; Sa voix a des accents qui dominent toujours tous les bruits de la terre (…).
C’est un principe de la science que les contraires sont guéris par les contraires. Tout était contesté dans le code moral de Jésus-Christ : voici ce code observé dans sa dernière rigueur. L’Evangile était déclaré absurde, impossible : le voici pratiqué au pied de la lettre. Le remède est proportionné au mal, la résistance à l’attaque. Seigneur tout-puissant, cette fois encore vous aurez choisi ce qu’il y a de plus faible pour confondre ce qu’il y a de plus fort (1 Cor. I,27). Le naturalisme, comme un fleuve qui a brisé toutes ses digues, allait engloutir la terre. Un humble serviteur de Dieu s’est levé pour repousser le torrent dévastateur. Benoît Labre a planté sur le sol son bâton de pèlerin ; et le flot s’est arrêté, et le naturalisme a fait un pas en arrière. »

(Oeuvres de Monseigneur l’Evêque de Poitiers – Tome III – pp. 663-666) 

st-benoit-joseph 18 juillet 1860 dans Vexilla Regis

Saint Benoît-Joseph pèlerin
(tableau de l’église d’Erin – Artois)

« (…) Le saint français de la seconde moitié du XVIIIe siècle sera issu des rangs de cette petite bourgeoisie, de cette condition moyenne, qui allait opérer la plus grande révolution qu’ait jamais vue  le monde. Mais sa carrière aura été à l’inverse de toutes les idées, de toutes les aspirations, de tous les entraînements de sa caste. Laissez-moi le dire ainsi : Benoît Labre, c’est le révolutionnaire retourné, c’est la contre-révolution en personne, c’est l’homme du XVIIIe et du XIXe au rebours. Aussi, ne le cherchez point parmi les philosophes ou les encyclopédistes, point parmi les constituants ou les conventionnels, point parmi les présidents de district ni parmi les patriotes renommés. Non, à l’heure où s’ouvriront les états généraux qui préluderont au renversement de la monarchie, à l’heure où la plus ancienne dynastie du monde descendra les marches du trône et gravira celles de l’échafaud, Benoît-Joseph, par une mort prématurée et par les prodiges accomplis autour de sa tombe ou dus à son invocation, aura déjà commencé à monter les degrés de l’autel sur lequel il doit être publiquement honoré au siècle suivant. Et les siens, durant les jours de la tempête, protégés par son souvenir et par leurs traditions héréditaires, figureront au dehors parmi les émigrés et les confesseurs de la foi, au dedans parmi les suspects et les recéleurs de prêtres.»

(ibid. p. 668)

amettes-maison-natale-calvaire béatification

Amettes : le grand calvaire érigé au sommet de la prairie devant la maison natale de Saint Benoît-Joseph

« Benoît Labre, ai-je dit, est une grande leçon donnée à un monde qui n’est plus chrétien. Oui, car la nature, aux yeux du monde actuel, est quelque chose de saint et sacré. Notre siècle s’indigne à l’idée que nous soyons dans un état de dégradation et de péché où la vie de la nature doive être refrénée, doive être circonscrite, doive être immolée, pour faire place à la vie de la grâce ; il va jusqu’à considérer comme un outrage au Créateur, comme un attentat et une insulte à Sa sagesse, la répression des sens, la mortification de la chair, la circoncision de l’esprit et du coeur, le retranchement du bien-être et des douceurs de la vie ; la première condition qu’il entend faire à la religion, c’est qu’elle restera compatible avec le plein usage de ce qu’il nomme les droits de la nature. Or, notre siècle aura beau faire et beau dire, la parole de Jésus-Christ restera dans toute sa force : « Si votre main ou votre pied vous est un sujet de scandale et une occasion de péché, coupez-les et jetez-les loin de vous ; car il vaut mieux pour vous d’entrer dans la vie manchot ou boiteux, que d’avoir deux mains ou deux pieds et d’être précipité dans le feu éternel. Et si votre oeil droit vous tend des pièges, arrachez-le et jetez-le loin de vous : car il vaut mieux pour vous qu’un de vos membres périsse, que si tout votre corps était jeté dans l’enfer » (Matth. V, 28-30 & XVIII, 8-9).
Ainsi a fait notre Bienheureux. Il ne s’est pas littéralement mutilé : il savait que telle n’est pas la signification de la sentence évangélique. mais tout ce qui, dans la vie naturelle, aurait pu le souiller, le pervertir, l’énerver, l’amoindrir, il l’a résolument abandonné et sacrifié. Il a su acheter la vie future aux dépens de la vie présente. C’est ainsi, par exemple, qu’aux dangers de la séduction que ses charmes naturels pouvaient faire naître, il n’hésita point à opposer ces dehors qui vous révoltent (…). Et, en pourvoyant ainsi à son propre salut, il a sciemment réagi contre une société sybarite, il a expié et réparé le sensualisme qui débordait dès lors dans le monde et jusque dans l’Eglise. Car, malgré son humilité, Benoît Labre a eu la conscience de son rôle ; il a compris qu’il était une victime, un contrepoids, et qu’il serait une leçon. C’est ce sentiment qui faisait sa force, comme il constitue sa vraie grandeur (…).

L’exemple de Benoît-Joseph est donc grandement opportun pour un monde qui avait cessé d’être chrétien. J’ai dit aussi, et je finis par là, qu’il vient à propos pour un monde qui ne l’est plus assez.
Beaucoup d’hommes de ce temps, mes Frères, non-seulement ne connaissent et ne pratiquent plus qu’un christianisme très imparfait, mais s’érigent en oracles et en docteurs pour canoniser ce christianisme appauvri.
A les en croire, l’Eglise chrétienne n’est plus et ne peut plus être qu’un grand institut mitigé, où la première intégrité de la règle ne saurait jamais renaître ; où les esprits les plus sages et les plus pratiques seront désormais les plus condescendants, ceux qui sauront faire la part du temps, et sacrifier quelque chose de l’antique dépôt dans le but de sauver le reste. Dans ce christianisme attempéré, les anciennes et larges thèses de la foi se laissent modestement mesurer les ailes au compas de la philosophie ; l’antique folie de la Croix se dissout, s’évapore, et, pour ainsi parler, se volatilise dans je ne sais quel creuset. Le droit public des âges chrétiens s’efface avec respect devant les grands principes, les principes réputés immortels de l’ère moderne ; et, quand il ne désavoue pas son origine et son passé, il confesse du moins la légitimité de sa défaite et proclame la supériorité de son vainqueur. La morale évangélique elle-même se prête à des complaisances, à des accomodements ; elle se laisse tirer, allonger en divers sens, à la façon de ces trames élastiques si usitées dans l’industrie actuelle. Enfin la discipline est sommée de retirer peu à peu toutes ses prescriptions gênantes pour la nature ; et volontiers on laisse entrevoir un progrès de la loi d’amour et de liberté dans l’abaissement de la loi d’expiation et de pénitence. Que sais-je, mes Frères? il y a ainsi toute une synthèse de théologie rajeunie, tout un évangile de nouvelle fabrique. Jugez si ces théories sont accueillies, si l’amolissement intellectuel et moral des âmes s’accomode de cette atténuation des doctrines et des pratiques, si la tendance naturaliste et semi-pélagienne de notre temps déguste et savoure avec plaisir ce christianisme édulcoré (…).

Mes Frères, ce que Jésus-Christ a fait par Lui-même, ce qu’Il a fait par Sa doctrine et par Sa vie, Il continue de le faire dans Son Eglise par la doctrine et par la vie de Ses saints. Un saint, à lui tout seul, fait reculer toute la génération contemporaine, il a raison contre tous, et il reste maître du terrain (…). Oui, un saint replace une vérité dans tout son jour, il la remet en crédit, il la venge, il la ressuscite, il la popularise.
Théophantes de je ne sais quelle nouvelle ère chrétienne, faites de la théologie de transaction et d’accommodement ; montrez-nous votre Eglise réformée ou transformée ; tracez-nous le programme d’un nouveau régime religieux ; acclamez comme une forme perfectionnée du progrès chrétien les axiomes et les principes que Rome repousse ; donnez des armes à ses adversaires et aux vôtres en caressant des utopies tout à fait analogues à celles dont ils poursuivent l’application ; mettez-vous en quête d’un second Charlemagne dont la gloire sera d’avoir assujetti l’Eglise aux exigences de l’idée moderne, comme ce fut la gloire du premier d’avoir organisé la société laïque en conformité avec l’idée chrétienne, alors toute puissante ; jetez vos sarcasmes ingénieux aux défenseurs d’une orthodoxie arriérée ; enfin, lancez-vous dans mille témérités de mots, d’idées et de systèmes. La Providence, qui vous voit faire et qui vous entend dire, nous envoie au même instant un chrétien de la plus dure trempe et du plus rude calibre ; un chrétien de la vieille espèce, qui immole toute la sagesse humaine devant la folie de la Croix, qui bâtit le règne de la grâce sur les débris de la nature, qui soumet son intelligence sans réserve à l’autorité de la foi et de l’Eglise, qui dit solennellement anathème à l’esprit du monde, à ses pompes et à ses oeuvres. Et tandis que cet homme fait ainsi revivre dans sa personne toute la première austérité de la croyance, toute la première vigueur de la pratique chrétienne, le Ciel vient mettre sur sa tête la sanction du miracle, l’Eglise vient y mettre la sanction de son culte.
Tous vos raisonnements, toutes vos susceptibilités, tous vos ménagements et vos compromis viendront échouer là (…).
Tant pis pour les programmes de conciliation, pour les théories d’économie religieuse et sociale dont le cadre ne comporterait pas une existence comme celle de notre Bienheureux. C’est par des coups de cette portée que Dieu sauve intégralement dans le monde Son esprit, Sa vérité, Sa loi ; c’est ainsi qu’Il fait acte conservatoire, qu’Il empêche et arrête la prescription. Force reste à l’Evangile et à la Croix de Jésus-Christ (…)».

(Ibid. pp. 675-680)

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Portrait de Saint Benoît-Joseph au-dessus de l’autel de la chapelle aménagée dans la chambre où il mourut dans la maison du boucher Zaccarelli (via dei Serpenti)

« Benoît Labre est un saint, il a été un héros, il a été presque un martyr, il est un thaumaturge. Mais, dans le plan d’En-Haut, il est en outre un docteur. Il l’est à notre profit à tous.
Est-ce que, même chez les âmes chrétiennes, même dans les ministres du sanctuaire, l’estime de la pénitence, la pratique de la pénitence, l’esprit de la pénitence n’aurait pas faibli dans ces derniers temps?
Est-ce que les privations, les veilles, les jeûnes volontaires ne seraient pas sortis des habitudes de ceux-là même qui veulent servir Dieu et sauver leur âme?
Est-ce que l’efficacité même des sacrements ne serait pas souvent compromise par l’absence de la vertu de pénitence?
Est-ce que l’enfer ne se peuplerait pas de nos immortifications?
Notre Bienheureux n’a-t-il pas dit que le manque de contrition et de satisfaction y fait descendre à toute heure les âmes par milliers, comme tombent les flocons de neige dans un jour d’hiver?
Merci, ô Bienheureux Benoît, merci de vos instructions, merci de vos exemples qui resteront pour nous des leçons (…).

Merci pour nous donc. Merci aussi pour l’Eglise. O Sainte Eglise de Dieu, on avait dit que vous étiez trop affaiblie pour produire des chrétiens comme ceux d’autrefois, pour refaire des ascètes comme ceux du désert, on vous croyait réduite à ne plus donner que des avortons. Vous voici revenue à votre première puissance, vous n’avez rien perdu de votre énergique fécondité, vous savez encore enfanter des pénitents dignes de vos plus belles années.
O Seigneur Jésus, dans ce visage amaigri de notre Benoît-Joseph, dans ces joues hâves et creuses, sur ce front couvert de rides prématurées, ce que j’aime et ce que je vénère avec transport, c’est le visage de Votre Eglise, qui ne vieillit point, elle, qui n’a ni taches ni rides, et qui sait retrouver jusqu’à la fin d’admirables retours de jeunesse et de virilité (…). » 

(Ibid. pp. 680-681)

cesare-tiazzi-buste-de-benoit-joseph-labre-realise-en-1784 Monseigneur Pie

Cesare Tiazzi : buste de Benoît-Joseph Labre réalisé en 1784 (année qui suivit sa mort)
d’après les descriptions de ceux qui l’avaient connu à la fin de sa vie.

2013-39. 16 avril 1783 – 16 avril 2013 : deux-cent-trentième anniversaire de la mort de Saint Benoît-Joseph Labre.

Mardi 16 avril 2013,
Fête de Saint Benoît-Joseph Labre
et 230ème anniversaire de sa mort.

Contrairement à ce que certains voudraient laisser penser, la Sainte Eglise Catholique Romaine n’a pas attendu l’année 2013 pour magnifier l’esprit de pauvreté – objet de la première des béatitudes – , pour recommander à tous ses enfants de vivre l’authentique pauvreté évangélique (qui n’a rien à voir avec certains prétendus dépouillements, très ostentatoires), et pour être attentive à soulager, selon ses possibilités, les pauvretés spirituelles et matérielles.

Chaque 16 avril, c’est toujours avec une très grande joie spirituelle et ferveur que nous fêtons Saint Benoît-Joseph Labre, le saint pèlerin, le saint mendiant, dont la vie et les exemples sont le très exact antidote de l’esprit et des moeurs de ces pseudo Lumières qui ont enténébré tant d’hommes et de sociétés depuis trois siècles.

Cette année 2013 marquant le deux-cent-trentième anniversaire de la mort de Saint Benoît-Joseph, il m’a paru opportun de vous résumer ci-dessous le récit de cette mort, telle qu’elle nous a été rapportée par les contemporains.

Lully.    

2013-39. 16 avril 1783 - 16 avril 2013 : deux-cent-trentième anniversaire de la mort de Saint Benoît-Joseph Labre. dans De liturgia cavallucci-st-benoit-joseph-labre

Portrait authentique de Saint Benoît-Joseph Labre, par Antonio Cavallucci

Le dimanche des Rameaux 13 avril 1783, comme il en avait l’habitude, Benoît-Joseph, après s’être confessé, fit ses Pâques à la basilique patriarcale Sainte-Marie-Majeure.
Après une longue action de grâces, il se rendit à Sainte-Praxède pour entendre une autre Messe.

Ce même jour, dans l’après-midi, une femme qui le connaissait le rencontra à Sainte-Croix-en-Jérusalem ; effrayée et attristée de son état de santé, elle lui dit d’un ton compatissant : «Vous êtes bien mal, Benoît, vous vous en allez?» Le serviteur de Dieu, levant un peu la tête et croisant les mains, lui répondit par deux fois : «A la volonté de Dieu!» Il paraissait réjoui de cette question, lui dont la prière favorite était : «Appelez-moi, Jésus! Appelez-moi, afin que je vous voie!»

Le lundi saint 14 avril, le Bienheureux se traîna de grand matin à Sainte-Marie-des-Monts, car il eût souhaité expirer sous les yeux de la Madone miraculeuse que l’on vénère dans cette basilique à laquelle il était particulièrement attaché. Il passa la matinée en prière mais, vaincu par la faiblesse, il se vit obligé de sortir, laissant son bréviaire et son chapelet. S’en apercevant, un prêtre, l’abbé Mélis, lui rapporta ces objets et l’exhorta à se laisser conduire à l’hôpital, où il serait bien accueilli. Ce n’était pas la première fois que ce conseil lui était donné, mais Benoît avait toujours décliné cette offre charitable car il n’eût plus eu alors la liberté d’exercer ses pénitences, ni de faire ses visites accoutumées aux sanctuaires qu’il chérissait.
Rassemblant ses maigres forces, Benoît se rendit à Saint-Ignace où il avait résolu de faire la sainte communion. Le prêtre, Don Luigi Balducci, qui s’apprêtait à célébrer, fut frappé à la vue de ce pauvre mendiant qui priait à la balustrade avec une ferveur extraordinaire ; il ne pouvait en détourner son regard. On vint alors lui demander de consacrer une petite hostie en plus de celle du célébrant : « Ah! se dit-il, si elle était réservée à ce saint pauvre…»
Il le communia, en effet, et avoua que jamais il n’avait célébré la Messe avec plus de ferveur et de joie. La piété du saint était communicative.

Mardi saint 15 avril, malgré une faiblesse excessive, Benoît Joseph se mit en route, selon son habitude. Pris de syncope, il tomba à l’entrée de l’église du Pascolo ; on eût dit qu’il allait rendre l’âme. Il se releva pourtant et se dirigea vers Sainte-Praxède et, avant d’y entrer, il acheta une mesure de vinaigre qu’il but avidement, faisant aux gens de la maison stupéfaits cette réponse : «Il y a quelqu’un qui en a bu avant moi, et qui, dans cette semaine, a souffert bien plus que moi pour l’amour et le salut des hommes».
Le soir, sur les quatre heures, Benoît revint à Sainte-Marie-des-Monts. Ne tenant plus debout, il dut s’allonger sur les marches pour attendre que l’on ouvrit les portes (en effet à Rome beaucoup d’églises sont fermées depuis midi ou 13h jusque vers 16h).
Le boucher Zaccarelli, qui avait beaucoup d’amitié pour Benoît et qui passait par là, lui offrit un cordial. Benoît, pouvant à peine parler, remercia d’un signe de tête mais n’accepta pas.

Le mercredi saint 16 avril, Benoît revint, mais à grand peine, vers cette église Sainte-Marie des-Monts qu’il affectionnait tant. Il y entendit la Messe, suivant avec émotion le récit de la Passion selon Saint Luc. Les assistants dirent qu’il donnait l’impression de ressentir si vivement les poignantes douleurs du Christ qu’ils avaient craint de le voir expirer avant la fin du Saint Sacrifice.
A la fin de la Messe en effet, il fut comme suffoqué. La respiration lui manquant, il se traîna dans la rue pour éviter un complet évanouissement. Un groupe de fidèles se forma autour de lui. Chacun s’offrait à le soulager, à le recevoir dans sa maison ; quelqu’un proposa de le conduire à l’hôpital.
Benoît demeurait en silence, se recommandant à Dieu. Le boucher Zaccarelli, qui venait de faire ses Pâques à l’église paroissiale de Saint-Sauveur, s’arrêta, reconnut son pauvre ami, et hasarda : «Benoît, vous êtes bien mal, il faut vous soigner ; voulez-vous venir chez moi?» Le moribond, entendant cette voix amie, leva les yeux et dit : «Chez vous? — Oui, chez moi. — Dans votre maison? je veux bien!»
Le charitable boucher appela le plus jeune de ses fils et un compagnon de celui-ci ; ils soutinrent Benoît et l’emmenèrent dans sa demeure qui était toute proche. Mais en y arrivant, un autre obstacle se présenta, l’escalier était trop étroit pour laisser passage à trois hommes de front. Le fils du boucher chargea donc le moribond sur ses épaules. Il le déposa sur un siège, à l’étage, dans la première chambre, dans laquelle se trouvait la femme Zaccarelli, alitée depuis un mois : «Mon pauvre Benoît, s’écria-t-elle, comme vous êtes malade!»

Puis on le fit passer dans la seconde pièce et on voulut le faire mettre au lit. Après une certaine résistance, Benoît-Joseph y consentit, mais à condition qu’il n’y serait pas déshabillé. Il fallut respecter ce désir.
Le bon Zaccarelli s’occupa alors de procurer à son hôte agonisant les soins spirituels et corporels dont il avait besoin. En l’absence de son confesseur habituel, on fit appeler le Père Piccilli. Ce religieux, admirateur du saint pauvre n’avait pas craint de faire, en chaire, l’éloge du «nouvel Alexis» qui bientôt, avait-il dit, «irait faire ses Pâques en paradis».
Le Père Piccilli, en arrivant auprès du malade, lui demanda : «Mon cher Benoît, voulez-vous quelque chose? — Rien, rien, répondit le malade, sans ouvrir les yeux. — Y a-t-il longtemps que vous n’avez communié? — Peu, peu». Ce furent les dernières paroles du moribond.
Son pouls était irrégulier, à peine sensible, sa bouche fermée et les dents serrées, les yeux clos et immobiles, la sueur lui inondait le visage, tandis que les parties inférieures se refroidissaient peu à peu. Tout espoir de lui donner le saint Viatique étant perdu, on ne put que lui administrer l’Extrême-Onction. Plusieurs fois, on lui présenta le Crucifix à baiser, et chaque fois l’on vit s’entr’ouvrir ses paupières et regarder avec ferveur Jésus crucifié.
A partir de deux heures de l’après-midi, Benoit ne donna plus signe d’intelligence des choses sensibles.

La maison des Zaccarelli s’emplissait de monde ; un religieux silence régnait dans l’assemblée, interrompu seulement par la récitation des Litanies des Saints et des autres prières des agonisants. Enfin à huit heures du soir, au moment où l’assistance prononçait l’invocation : «Sainte Marie, priez pour lui», le visage du pauvre pèlerin devint livide et il rendit paisiblement son âme à Dieu sans le moindre râle.

Le prêtre qui se tenait auprès de lui lui ferma la bouche et les yeux. Or à peine Benoît-Joseph venait-il d’expirer, que toutes les cloches de la ville se mirent à sonner : c’était l’heure qui avait été décrétée par le Pape Pie VI pour appeler les fidèles à réciter trois fois le Salve Regina afin d’obtenir la puissante protection de Marie en faveur du Saint-Siège. Cette coïncidence apparut comme providentielle à tous ceux qui se trouvaient là : comme si Dieu avait voulu anticiper la proclamation de la sainteté de Benoît par Son Eglise.
On raconte. à ce sujet qu’un certain Rinaldi, plein d’admiration pour Benoît Labre, avait dit plusieurs fois : «Celui-ci, quand il mourra, fera sonner toutes les cloches!» Or ce soir-là, lorsqu’il les entendit et bien qu’il fût point du nombre de ceux qui étaient présents auprès du mourant, il s’écria : «Il n’y a pas autre chose, Benoît est mort!»
D’autre part, au même instant encore, à la voix retentissante des cloches vinrent s’unir celles d’une troupe d’enfant qui, mus par une inspirations surnaturelle, sortirent des maisons  et parcoururent les rues de Rome en criant : «E morto, il santo : le saint est mort! Le saint est mort!»

gisant-st-benoit-joseph-labre-a-ste-marie-des-monts 16 avril dans Nos amis les Saints

Gisant de Saint Benoît-Joseph Labre, recouvrant son tombeau
(basilique de Sainte-Marie des Monts – Rome)

Saint Benoît-Joseph Labre
(jour de la canonisation)

Comme l’Église est bonne en ce siècle de haine,
D’orgueil et d’avarice et de tous les péchés,
D’exalter aujourd’hui le caché des cachés,
Le doux entre les doux à l’ignorance humaine

Et le mortifié sans pair que la Foi mène,
Saignant de pénitence et blanc d’extase, chez
Les peuples et les saints, qui, tous sens détachés,
Fit de la Pauvreté son épouse et sa reine,

Comme un autre Alexis, comme un autre François,
Et fut le Pauvre affreux, angélique, à la fois
Pratiquant la douceur, l’horreur de l’Évangile !

Et pour ainsi montrer au monde qu’il a tort
Et que les pieds crus d’or et d’argent sont d’argile,
Comme l’Église est tendre et que Jésus est fort !

Paul Verlaine ( in « Souvenirs » – 1881)

relique-st-benoit-joseph-labre 1783

Médaillon renfermant une parcelle des ossements de Saint Benoît-Joseph Labre
(oratoire du Mesnil-Marie)

On trouvera ici un résumé de la vie de Saint Benoît-Joseph Labre,
ainsi que les litanies composées en son honneur et quelques autres prières > www

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints |on 15 avril, 2013 |2 Commentaires »

Dans le silence du matin…

Lundi matin 15 avril 2013.

Même si, dans notre haut pays, nous ne sommes pas encore à l’abri de quelques épisodes de neige ou de gel (il nous est arrivé de voir les sommets dont nous sommes entourés saupoudrés de blancs flocons un 20 juin!), la seconde moitié de ce mois d’avril s’ouvre sur des jours radieux et enchanteurs.
Ce matin, au lever du soleil, alors que nous étions véritablement saisis par la beauté de la création qui nous enveloppe, Frère Maximilien-Marie chantonnait un cantique d’Henri Colas qu’il avait appris à l’école maternelle, avec les bonnes religieuses de la Présentation de Marie. Il en est certainement parmi vous qui le connaissent aussi et qui, peut-être, auront plaisir à en relire les paroles, à défaut de pouvoir vous en communiquer aussi un enregistrement.
En ces jours où l’agitation et le trouble montent de toutes parts, n’est-il pas « vraiment juste, nécessaire, équitable et salutaire » de faire nôtres souvent les paroles du troisième couplet de ce cantique?

Lully.

Dans le silence du matin... dans Prier avec nous jonquilles-du-mesnil-marie-15-avril-2013

Jonquilles au pied du Mesnil-Marie – 15 avril 2013

Dans le silence du matin,
Ô Jésus, descends dans mon âme,
Sois mon compagnon de chemin :
Mon cœur ardemment Te réclame.
N’es-Tu donc pas le grand ami
Dont le souvenir me réveille,
Tandis que je dors à demi,
Que mon esprit encor’ sommeille.

Comme à Ton humble laboureur,
En mes mains remets la charrue,
Guide mes pas, ô doux Sauveur
Dans la terre encore si nue.
Pour que mon soc creuse profond,
Donne-moi Ta force divine ;
Pour que mon labeur soit fécond,
Que Ton regard vers moi s’incline.

Pour convaincre les incroyants,
Malheureux que l’erreur enchaîne,
Inspire-moi les cris puissants
De l’amour plus fort que la haine ;
Si les obstacles sont nombreux,
Si l’ennemi trouble ma route,
Oh! loin de détourner les yeux,
Viens écarter de moi le doute. 

Si la fatigue me surprend :
Par pitié, pour ma main qui tremble,
Viens à moi, je suis Ton enfant :
Nous travaillerons mieux ensemble.
Jusqu’au soir, reste près de moi ;
Puis, quand du repos viendra l’heure,
Je m’endormirai près de Toi,
Et Tu garderas ma demeure.

Henri Colas (éditions Arc-en-ciel – 1946)

dans-le-silence-du-matin cantique dans Prier avec nous

Publié dans:Prier avec nous |on 15 avril, 2013 |1 Commentaire »

2013- 35. «Alléluia n’appartient ni aux hérétiques, ni aux schismatiques, ni à aucun des adversaires de l’unité de l’Eglise…»

Sermon de Saint Augustin
sur
l’Alléluia

En ce Samedi Saint, nous nous préparons à célébrer la Vigile Pascale et à ré-entendre le chant de l’Alléluia, auquel nous avions dit adieu aux premières vêpres du dimanche de la Septuagésime (cf > www).
Je vous propose justement de méditer sur le sens de ce petit mot, avec un sermon que notre glorieux Père Saint Augustin lui a entièrement consacré.

Je vous souhaite à tous une sainte et fervente Nuit Pascale! 

Lully.    

2013- 35. «Alléluia n'appartient ni aux hérétiques, ni aux schismatiques, ni à aucun des adversaires de l'unité de l'Eglise...» dans De liturgia alleluia-pascal-1

§ 1. Significations du mot hébreu « Alléluia » :

Le mot hébreu qui retentit sans cesse dans l’Eglise, c’est-à-dire l’Alléluia, nous invite mes bien-aimés, à louer Dieu et à confesser la vraie foi.
Dans notre langue, ce mot hébreu, Alléluia, signifie : « Chantez les louanges de Celui qui est » ; ou bien : « O Dieu, bénissez-nous tous ensemble comme ne faisant qu’un », ou plutôt : « Louez le Seigneur ».
Autant de choses nécessaires à notre salut et à notre foi.

alleluia-pascal-2 Alléluia dans De liturgia

§ 2. Les motifs de notre louange à Dieu :

Nous devons chanter les louanges de celui qui est, ou parce que nous avons nous-mêmes chanté, ou parce que nos ancêtres ont longtemps chanté les louanges de ceux qui ne sont pas, c’est-à-dire des dieux des nations et des idoles.
Mais puisque nous sommes venus à la foi et à la connaissance du vrai Dieu, nous avons commencé à louer Celui qui est, ou, en d’autres termes, le Dieu tout-puissant, qui a créé le ciel et la terre, qui nous a tirés nous-mêmes du néant ; et qui a parlé à Moïse en ces termes : «Tu diras aux enfants d’Israël : Celui qui est m’a envoyé vers vous» (
Exod. III, 14). C’est le Dieu qui a toujours été, qui n’a jamais eu de commencement, qui demeure éternellement et n’aura jamais de fin.
A Lui appartient, de droit et en toute justice, l’expression de nos hommages ; car ce que nous sommes, notre vie même, est l’effet, non pas de notre volonté ou de notre puissance, mais de Sa bonté toute miséricordieuse.
Ce Dieu infini et bienfaisant, qui a été et qui est toujours, doit donc recevoir de nous des louanges dignes de Lui et proportionnées à Sa grandeur : oui, nous devons Le proclamer éternel, tout-puissant, immense, auteur du monde, sauveur de l’univers ; oui, nous devons le dire hautement : Il a tant aimé les hommes, qu’Il est allé jusqu’à livrer Son Fils pour leur salut ; car nous lisons ces paroles dans l’Evangile : «Dieu a tant aimé le monde, qu’Il a donné Son Fils unique, afin que ceux qui croient en Lui ne périssent pas, mais qu’ils aient la vie éternelle » (
Jean, III, 16).

alleluia-pascal-2 louange à Dieu

§ 3. L’Alléluia appartient en propre à ceux qui sont dans l’unité de la Foi, et non aux hérétiques et schismatiques :

Alléluia signifie donc : « Chantez à Celui qui est » ; il signifie encore : « Louez le Seigneur », ou bien : « O Dieu, bénissez-nous tous ensemble, comme ne faisant qu’un ».
Pour peu que nous y soyons attentifs, il nous est facile de remarquer combien ce sens est d’accord avec notre foi et notre salut. Nous prions, quand nous disons : « Alléluia, que le Seigneur nous bénisse tous ensemble comme ne faisant qu’un ».
Si, tous ensemble, nous ne faisons qu’un par la foi, la paix, la concorde, l’unanimité de sentiments, nous pouvons louer le Seigneur d’une manière digne de Lui ; nous méritons qu’Il nous bénisse tous ensemble. Car voici ce qui est écrit : « Qu’il est bon, qu’il est doux, pour des frères, d’habiter ensemble» (
Ps. CXXXIII, 1). Et encore : « C’est Lui qui fait habiter plusieurs dans une seule maison » (Ps. LXVII, 7).
Le Seigneur nous comble donc de Ses bénédictions, si, tous ensemble, nous ne faisons qu’un, c’est-à-dire si nous demeurons dans l’unité de foi, dans la concorde et la paix, dans les affectueux sentiments de la charité, selon le conseil et les avertissements de l’Apôtre : «Je vous en conjure», dit-il, «ayez tous une même manière de voir : ne souffrez point de divisions parmi vous, mais soyez tous parfaitement unis ensemble dans le même esprit et les mêmes sentiments» (1 Cor. I, 10
).
Si l’on rencontre parmi nous de la discorde, des déchirements, des dissensions, nous ne sommes pas dignes des bénédictions d’en haut ; et nous ne pouvons louer Dieu d’une manière digne de Lui, tant que nous persévérons en d’aussi mauvais sentiments. Alors pouvons-nous répondre avec confiance, dans la langue de nos pères : « Alléluia », c’est-à-dire, « ô Dieu, bénissez-nous tous ensemble comme ne faisant qu’un »? Pouvons-nous mériter d’être bénis de Dieu tous ensemble et chanter dignement Ses louanges?
Evidemment non!
Le droit de répondre : Alléluia, n’appartient donc ni aux hérétiques, ni aux schismatiques, ni à aucun des adversaires de l’unité de l’Eglise, parce qu’ils ne se trouvent pas tous ensemble, comme  ne faisant qu’un dans le sein de l’Eglise. Notre-Seigneur lui-même le déclare dans l’Evangile ; voici Ses paroles : «Celui qui n’est pas avec Moi est contre Moi ; et celui qui n’amasse pas avec Moi dissipe» (Luc, XI, 23).
Le propre du Christ est de former un seul tout ; celui du diable est de diviser et de disperser. Celui qui aime l’unité de l’Eglise suit le Christ, et celui qui se complaît dans la division marche sur les traces du diable, parce que le diable est l’auteur de la division ; c’est pourquoi Salomon a dit : «Il y a temps pour diviser et temps pour unir» (Eccle. III, 5
).
Depuis longtemps le diable nous a divisés ; mais, plus tard, viendra le temps où le Christ nous réunira de nouveau. Aussi devons-nous éviter et fuir la discorde, puisque nous savons que le diable en est l’auteur, comme nous devons nous attacher à la paix et à l’unité de l’Eglise ; c’est ainsi que nous pourrons répondre dignement et avec justice, Alléluia, c’est-à-dire : « Louez le Seigneur » ; ou bien : « O Dieu, bénissez-nous tous comme ne faisant qu’un ».

alleluia-pascal-2 Saint Augustin

§ 4. C’est dans l’unité de la Sainte Eglise qu’est la louange parfaite et que la bénédiction divine est donnée ; exhortation à l’unité dans la foi :

Voyez quelle grâce ce sens nous signale! Chacun de nous répond en son particulier : Alléluia ; par là nous sollicitons une bénédiction commune à tous, afin que chacun de nous ait sa part dans la bénédiction accordée à l’ensemble. Nous formons tous, en effet, un seul corps, le corps de l’Eglise ; c’est pourquoi nous devons tous n’avoir qu’une voix et qu’une âme : C’est-à-dire, nous devons tous nous unir dans la même foi, la même espérance, la même charité pour louer Dieu ; voilà aussi pourquoi Dieu daigne recevoir les hommages des justes et refuse ceux des impies et des pécheurs : Il accepte ceux des catholiques et repousse ceux des hérétiques : Il se montre sensible à ceux des fidèles, et insensible à ceux des infidèles.
Agissons donc, conduisons-nous de manière à être dignes de louer Dieu et de voir s’appliquer à nous cette parole du Prophète : «Enfants, louez le Seigneur : louez Son saint Nom» (Ps. CXII, 1
). Nous nous rendrons réellement à cette invitation, si nous obéissons avec fidélité, et en toutes choses, à la volonté de Dieu et à Ses préceptes, moyennant la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la gloire et l’honneur pendant les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Traduction et division du texte de MM. les abbés Bardot et Aubert ;
sous-titres de Frère Maximilien-Marie.

jan-van-eyck-anges-au-lutrin sermon

Jan van Eyck – retable de l’Agneau Mystique (Gand) détail :
Anges chanteurs au lutrin

Publié dans:De liturgia, Textes spirituels |on 30 mars, 2013 |Pas de commentaires »

2013-33. « Alors que le monde fuit la souffrance, nous pouvons l’étreindre. »

Mercredi Saint au soir.

A la veille d’entrer dans le Triduum Sacré, je livre à votre méditation quelques lignes de l’abbé Bryan Houghton (voir sa biographie ici > www).
Ce texte a été écrit (en anglais) en 1969 : à cette époque, l’abbé Houghton était encore pour quelques mois curé de Bury St Edmunds (sa démission sera à la fin du mois de novembre de cette année-là, lors de l’entrée en vigueur du nouvel Ordo Missae), et un journal de Norwich – l’Eastern Daily Press – lui demandait un article mensuel intitulé « Point de vue catholique romain ».
Ces réflexions sur la souffrance et la Croix semblent toutes simples, mais contiennent une grande profondeur et une très juste hauteur de vue, dans le style qui était propre à l’abbé Houghton.

Vivez un saint et fervent Triduum !

2013-33.

Le Dieu Crucifié

Le seul vrai problème que pose la création telle qu’elle est, c’est celui de la souffrance.
Je me souviens d’un jour où j’ai baptisé une petite fille qui respira deux heures et mourut : elle était le premier-né d’une mère qui avait déjà eu quatre fausses couches. Que d’espoirs disparaissaient avec elle!
Quelques heures plus tard, j’administrais l’extrême-onction à un homme de moins de cinquante ans, qui laissait une famille nombreuse avec deux jeunes enfants. Il avait passé en agonie les trois derniers mois de sa vie.
Le seul cas où l’euthanasie soulagerait vraiment la souffrance serait celui où l’on anéantirait l’espèce humaine, car la souffrance est le lot commun de l’humanité. Toute religion, toute philosophie qui ne prend pas la souffrance en compte est évidemment inadéquate.
Si les hommes doivent tous souffrir à des degrés divers, il ne fait aucun doute que leur noblesse de caractère dépend presque exclusivement de la noblesse avec laquelle ils portent leurs souffrances. On a raison de mépriser ceux qui se plaignent des plus petites insatisfactions. On a raison de vénérer les martyrs.
Les causes de la souffrance sont claires. Il y a l’insatisfaction, mais qui est parfaitement satisfait? Et il y a l’imperfection, mais qui ou quoi peut être dit parfait? Dieu seul ne souffre pas, car Lui seul est toute perfection et toute puissance.
De là, ce caractère vraiment absurde de toutes les religions autres que le christianisme : les créatures y sont plus nobles que leur Créateur. Dans toutes ces religions, Dieu se tourne éternellement les pouces dans une béatitude inaccessible, tandis que les pauvres humains doivent souffrir noblement. Leur Dieu sarcastique s’y moque de larves héroïques. Une telle absurdité est impossible. De telles religions ne peuvent être que fausses.
La chose que tout le monde sait du christianisme, c’est qu’on y adore un Dieu crucifié. Rien de moins! Et c’est son vrai titre à être la vraie religion. Non seulement Dieu n’attend pas de nous que nous subissions ce qu’Il n’a pas l’intention de subir, mais Il n’a permis la souffrance que dans la perspective, prévue de toute éternité, de Sa propre souffrance. Il ne pouvait pas souffrir comme Dieu. C’est pourquoi Il s’est fait homme.
Lorsque nous tournerons nos regards vers la Croix pendant la Semaine Sainte, souvenons-nous qu’elle est la justification de notre religion. La souffrance, pierre d’achoppement de ce monde, ne peut être évacuée de nos vies. Elle peut être éclairée – seulement éclairée – par un Dieu souffrant. Nous pouvons prier aussi pour demander la grâce de porter noblement nos propres souffrances. Nous pouvons même prier, mais cela, c’est la sainteté, pour demander de souffrir. Alors que le monde fuit la souffrance, nous pouvons l’étreindre. Embrassez-vous quelquefois un Crucifix? Non? Eh bien, faites-le!
Les chrétiens de toutes confessions ont en commun la foi au Dieu crucifié. Hélas, bien des choses les divisent! Mais au centre de la Croix, nous nous rencontrons tous.

Bryan Houghton, in « Prêtre rejeté » 
(édition revue et augmentée 2005 – pp. 275-276)
Editions Dominique Martin Morin – Poitiers (France)

nika

N’oubliez pas la Neuvaine préparatoire à fête de la Miséricorde Divine,
du Vendredi Saint au Samedi in Albis > www.

2013-32. Passion, Résurrection et triomphe final de Jésus-Christ en Son Eglise.

par Monseigneur Louis-Gaston de Ségur.

2013-32. Passion, Résurrection et triomphe final de Jésus-Christ en Son Eglise. dans Lectures & relectures mgr-de-segur

Monseigneur Louis-Gaston de Ségur (1820-1881)

Louis-Gaston de Ségur, descendant d’une très ancienne famille de la noblesse française et fils de la célèbre comtesse – née Sophie Rostopchine – , est né à Paris le 15 avril 1820.
Après des études de droit et une courte carrière diplomatique, passé d’une relative indifférence religieuse à une vie de fervente dévotion, il entre au séminaire de Saint-Sulpice : il est ordonné prêtre par S. Exc. Monseigneur Affre, le 17 décembre 1847.
Avec quelques prêtres qui sont, comme lui, épris de pauvreté et dévorés de zèle pour le salut des plus humbles et des délaissés, il exerce d’abord son apostolat envers ce que l’on appelle aujourd’hui « les milieux défavorisés ». Il s’y épuise et tombe malade.
Lorsqu’il est rétabli, le « prince-président », Louis-Napoléon Bonaparte, le nomme auditeur de Rote pour la France ; en cette qualité, il séjourne à Rome à partir de 1852.
Le Bienheureux Pie IX l’apprécie grandement.

En 1854, âgé de 34 ans, il perd définitivement la vue. Cela le décide, en 1856, à renoncer à son poste et à rentrer en France. Le Bienheureux Pie IX lui confère la dignité de protonotaire apostolique. 
Désormais, et jusqu’à la fin de sa vie, depuis son appartement du n° 39 de la rue du Bac, il exerce un apostolat très actif consacré à la sanctification du clergé (il fonde l’Oeuvre de Saint François de Sales), à l’évangélisation des milieux les plus pauvres, à l’assistance charitable, et à cette suprême charité qu’est la direction spirituelle.
Il compose et dicte de nombreux ouvrages qui font un bien immense (opuscules, instructions, traités de spiritualité, d’apologétique, de doctrine, qui avec autant de fermeté que d’onction corrigent et combattent les erreurs modernes…).
« (…) Ce qui me frappe et ce qui saisit toutes les âmes de bonne foi, c’est l’enchaînement et la puissance de votre argumentation, la sûreté de votre doctrine, l’évidence de vos démonstrations », lui écrit le Comte de Chambord en 1871, ajoutant au sujet de sa publication sur la Souveraineté Royale : « Je voudrais, dans l’intérêt de la vérité de notre chère et malheureuse France, que ce livre fût dans toutes les mains »
Monseigneur de Ségur combat autant qu’il le peut l’esprit de la révolution et la maçonnerie.

Il rend sa belle âme à Dieu, le 9 juin 1881, âgé de soixante et un ans et deux mois, dans son appartement de la rue du Bac.

En ces jours de la Passion de Notre-Seigneur, il nous a paru opportun de reproduire ci-dessous le texte, en quelque sorte prophétique, dans lequel ce saint prélat réunissant et résumant les prophéties de la Sainte Ecriture sur la fin des temps, a établi une sorte de parallèle entre la Passion de Notre-Seigneur et les épreuves finales de la Sainte Eglise. 

antonio-ciseri-ecce-homo-1891 Antéchrist dans Vexilla Regis

Ecce Homo – Antonio Ciseri 1891.

* * *

De la Passion, de la Résurrection
et du triomphe final de Jésus-Christ en Son Eglise

Jésus-Christ et l’Église forment un tout indivisible. Le sort de l’un, c’est le sort de l’autre ; et de même que là où est la tête, là également doit se trouver le corps, de même les mystères qui se sont accomplis en Jésus-Christ durant Sa vie terrestre et mortelle doivent se parachever en Son Église durant sa vie militante d’ici-bas.
Jésus-Christ a eu Sa Passion et Son crucifiement : l’Église doit avoir, elle aussi, et sa Passion, et son crucifiement final.
Jésus-Christ est ressuscité et a triomphé miraculeusement de la mort : l’Église ressuscitera, elle aussi, et triomphera de Satan et du monde, par le plus grand et le plus prodigieux de tous les miracles : celui de la résurrection instantanée de tous les élus, au moment même où Notre-Seigneur Jésus-Christ, entrouvrant les cieux, en redescendra plein de gloire avec Sa sainte Mère et tous Ses Anges.
Enfin, Jésus-Christ, Chef de l’Église, est monté corporellement au ciel le jour de l’Ascension : à son tour, l’Église ressuscitée et triomphante montera au ciel avec Jésus, pour jouir avec Lui, dans le sein de Dieu, de la béatitude éternelle.
Nous ne connaissons d’une manière certaine « ni le jour ni l’heure » (Matth. XXV, 13) où se passeront ces grandes choses.

Ce que nous savons, d’une manière générale mais infaillible, parce que cela est révélé de Dieu, c’est que « la consommation viendra lorsque l’Évangile aura été prêché dans le monde entier, à la face de tous les peuples » (Ibid. XXIV, 14).
Ce que nous savons, c’est qu’avant ces suprêmes et épouvantables secousses qui constitueront la Passion de l’Église et le règne de l’Antéchrist, il y aura, dit saint Paul, l’apostasie (2 Thess. II, 3), l’apostasie générale ou quasi-générale de la foi de la sainte Église Romaine (Cornelius a Lapide).
Enfin, ce que nous savons, c’est qu’à cette redoutable époque le caractère général de la maladie des âmes sera « l’affaiblissement universel de la foi et le refroidissement de l’amour divin, par suite de la surabondance des iniquités » (Matth. XXIV, 12).

Les Apôtres ayant demandé un jour à Notre-Seigneur à quels signes les fidèles pourraient reconnaître l’approche des derniers temps, Il leur répondit : d’abord qu’il y aurait de grandes séductions, et que beaucoup de faux docteurs, beaucoup de semeurs de fausses doctrines rempliraient le monde d’erreurs et en séduiraient un grand nombre (Matth. XXIV, 10-11) ; puis, qu’il y aurait de grandes guerres et qu’on n’entendrait parler que de combats ; que les peuples se jetteraient les uns sur les autres, et que les royaumes s’élèveraient contre les royaumes (Ibid. 6-7) ; qu’il y aurait de tous côtés des fléaux extraordinaires, des maladies contagieuses, des pestes, des famines, et de grandes tremblements de terre (Ibid. 7). « Et tout cela, ajouta le Sauveur, ce ne sera encore que le commencement des douleurs » (Ibid. 8).

Satan et tous les démons en seront la cause. Sachant qu’il ne leur reste plus que peu de temps, ils redoubleront de fureur contre la sainte Église ; ils feront un dernier effort pour l’anéantir, pour détruire la foi et toute l’œuvre de Dieu. La rage de leur chute ébranlera la nature (Apoc. XII, 9-12), dont les éléments, comme nous l’avons dit, resteront jusqu’à la fin sous les influences malfaisantes des mauvais esprits.
Alors commencera la plus terrible persécution que l’Église ait jamais connue ; digne pendant des atroces souffrances que son divin Chef eut à souffrir en Son corps très-sacré, à partir de la trahison de Judas.

Dans l’Église aussi il y aura des trahisons scandaleuses, de lamentables et immenses défections ; devant l’astuce des persécuteurs et l’horreur des supplices, beaucoup tomberont, même des prêtres, même des évêques ; « les étoiles des cieux tomberont », dit l’Évangile. Et les catholiques fidèles seront haïs de tous, à cause de cette fidélité même (Matth. XXIV, 5-9).

Alors celui que Saint Paul appelle « l’homme du péché et le fils de perdition » (2 Thess. II, 3), l’Antéchrist, commencera son règne satanique et dominera tout l’univers.

Il sera investi de la puissance et de la malice de Satan (Apoc. XIII, 2). Il se fera passer pour le Christ, pour le Fils de Dieu ; il se fera adorer comme Dieu, et sa religion, qui ne sera autre chose que le culte de Satan et des sens, s’élèvera sur les ruines de l’Église et sur les débris de toutes les fausses religions qui couvriront alors la terre (2 Thess. II, 4).
L’Antéchrist sera une sorte de César universel, qui étendra son empire sur tous les rois, sur tous les peuples de la terre ; ce sera une infâme parodie du royaume universel de Jésus-Christ.
Satan lui suscitera un grand-prêtre, parodie sacrilège du Pape ; et ce grand-prêtre fera prêcher et adorer l’Antéchrist par toute la terre. Par la vertu de Satan, il fera de grands prodiges, jusqu’à faire descendre le feu du ciel en présence des hommes ; et, au moyen de ces prestiges, il séduira l’univers. Il fera adorer, sous peine de mort, l’image de l’Antéchrist ; et cette image paraîtra vivre et parler ; également sous peine de mort, il commandera que tous, sans exception, portent au front ou sur la main droite le signe de la bête, c’est-à-dire le caractère de l’Antéchrist. Quiconque ne portera point ce signe, ne pourra ni vendre ni acheter quoique ce soit (Apoc. XIII, 11-17). Autour des images de l’Antéchrist, les prestiges de Satan seront tels, que presque tout le monde les prendra pour de vrais miracles ; et les élus eux-mêmes auraient pu être séduits à la longue ; mais, à cause d’eux, le Seigneur abrégera ces jours (Matth. XXIV, 22-24).
« L’abomination de la désolation régnera dans le lieu saint » (Ibid. 15) pendant « trois ans et demi, pendant quarante-deux mois » (Apoc. XIII, 5), correspondant aux quarante-deux heures qui se sont écoulées, comme nous l’avons dit déjà, depuis le commencement des ténèbres du crucifiement de Jésus, le Vendredi-Saint, jusqu’à l’heure de la résurrection, le dimanche de Pâques, au lever du soleil.

Quoique toujours visible et composée de ses éléments essentiels, l’Église sera pendant tout ce temps-là comme crucifiée, comme morte et ensevelie.
Il sera donné à l’Antéchrist de vaincre les serviteurs de Dieu, et de faire plier sous son joug tous les peuples, et toutes les nations de la terre ; et, sauf un petit nombre d’élus, tous les habitants de la terre l’adoreront, en même temps qu’ils adoreront Satan, auteur de sa puissance (Ibid. 7, 8, 4).
Si jadis le féroce Dioclétien a pu croire un instant qu’il avait définitivement détruit le nom chrétien, que sera-ce en ces temps-là, dont ceux de Dioclétien de Néron n’ont été qu’un pâle symbole? L’Antéchrist proclamera orgueilleusement la déchéance du christianisme, et Satan, maître du monde, se croira un instant vainqueur.

Mais en ces temps-là, comme nous l’apprennent et l’Écriture et la Tradition, s’élèveront contre l’Antéchrist « les deux grands témoins » (Ibid. XI, 3) de Jésus-Christ, réservés pour ces derniers jours, à savoir le Patriarche Hénoch et le Prophète Élie, qui ne sont pas morts, comme l’enseigne expressément l’Écriture.
Ils viendront prêcher les voies du Seigneur. Ils prêcheront Jésus-Christ et le règne de Dieu pendant douze cent soixante jours, c’est-à-dire pendant la durée presque entière du règne de l’Antéchrist. La vertu de Dieu les protégera et les gardera. Ils auront le pouvoir de fermer le ciel et d’arrêter la pluie pendant tout le temps de leur mission. Ils auront le pouvoir de changer les eaux en sang et de frapper la terre de toutes sortes de plaies (Ibid. 3-6). Ils feront des miracles sans nombres, semblables à ceux de Moïse et d’Aaron, lorsque ceux-ci combattirent en Égypte l’impie Pharaon et préparèrent la délivrance du peuple de Dieu. Comme Moïse et Aaron, les deux témoins de Jésus-Christ ébranleront l’empire et le prestige du Maudit.
Celui-ci néanmoins parviendra à s’emparer d’eux, et ils subiront le martyre, « là où leur Seigneur a été crucifié » (Apoc. XI, 8), c’est-à-dire à Jérusalem ; ou bien peut-être à Rome, où le dernier Pape aura été crucifié par l’Antéchrist, suivant une tradition immémoriale.
Après trois jours et demi, les deux grands précurseurs du Roi de gloire ressusciteront à la face de tout le peuple ; et ils monteront au ciel, sur une nuée, pendant qu’un terrible tremblement de terre jettera partout l’épouvante (Ibid. 11-13).
Pour relever sa puissance, l’Antéchrist, singeant la triomphale ascension du Fils de Dieu et des deux grands Prophètes, tentera, lui aussi, de monter au ciel, en présence de l’élite de ses adeptes.
Et c’est alors que Notre-Seigneur Jésus-Christ, « semblable à la foudre qui de l’orient à l’occident déchire le ciel, apparaîtra tout à coup sur les nuées, dans toute la majesté de Sa puissance » (Matth. XXIV, 27-30), frappant de Son souffle et l’Antéchrist (2 Thess. II, 8) et Satan et les pécheurs. Tout ceci est prédit en termes formels (1 Thess. IV, 15).

Comme nous l’avons dit, l’Archange Michel, le Prince de la milice céleste, fera retentir toute la terre du cri de triomphe qui ressuscitera tous les élus (Matth. XXIV, 31). Ce sera le « Consummatum est » de l’Église militante, entrant pour toujours dans la joie du Seigneur.
Cette « voix de l’Archange » sera accompagnée d’une combustion universelle, qui purifiera et renouvellera toutes les créatures profanées par Satan, par le monde et par les pécheurs. La foi nous apprend, en effet, qu’au dernier jour, Jésus-Christ doit venir juger le monde par le feu (Rituel Romain). Ce feu vengeur et sanctificateur renouvellera la face de la terre et fera « une nouvelle terre et des nouveaux cieux » (Ps. CIII, 30 & Apoc. XXI, 1). Comme au Sinaï, comme au Cénacle, l’Esprit-Saint se manifestera ainsi par le feu, en ce jour redoutable entre tous.

Telle sera la fin terrible et glorieuse de l’Église militante ; telle sera, autant du moins que la lumière toujours un peu voilée des prophéties nous permet de l’entrevoir, telle sera la Passion de l’Église ; telle sera sa résurrection suivie de son triomphe.
Corps mystique du Fils de Dieu, elle aura suivi son divin Chef jusqu’au Calvaire, jusqu’au sépulcre, et par cette fidélité elle aura mérité de partager sa gloire à tout jamais.

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2013-31. Le Sang du Christ accorde, pour les siècles des siècles, le pardon à ceux qui se repentent.

Sermon de notre glorieux Père Saint Augustin
sur
la Passion du Sauveur et les deux larrons

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2013-31. Le Sang du Christ accorde, pour les siècles des siècles, le pardon à ceux qui se repentent. dans De liturgia titien-le-christ-et-le-bon-larron

Titien : le Christ et le bon larron

§ 1. Jésus, qui ne S’est pas défendu Lui-même, S’est suscité un avocat en la personne du larron repentant. Que s’est-il donc passé dans le coeur de ce brigand pour qu’il se convertisse sur la croix?

Le Seigneur Jésus était attaché à la croix, les Juifs blasphémaient, les princes ricanaient, et bien que le sang des victimes tombées sous ses coups ne fût pas encore desséché, le larron lui rendait hommage ; d’autres secouaient la tête en disant : « Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même! » (Matth. XXVII, 10).
Jésus ne répondait pas, et, tout en gardant le silence, Il punissait les méchants. Pour la honte des Juifs, le Sauveur ouvre la bouche à un homme qui doit plaider Sa cause ; cet homme n’est autre qu’un larron, crucifié comme Lui ; car deux larrons avaient été crucifiés avec Lui, l’un à Sa droite, l’autre à Sa gauche. Au milieu d’eux se trouvait le Sauveur. C’était comme une balance parfaitement équilibrée, dont un plateau élevait le larron fidèle, dont l’autre abaissait le larron incrédule qui l’insultait à Sa gauche. Celui de droite s’humilie profondément : il se reconnaît coupable au tribunal de sa conscience, il devient, sur la croix, son propre juge, et sa confession fait de lui un docteur. Voici sa première parole, elle s’adresse à l’autre brigand : « Ni toi, non plus, tu ne crains pas? » (
Luc, XXI,  I, 3).
Hé quoi, larron! tout à l’heure tu volais, et maintenant tu reconnais Dieu ; tout à l’heure tu étais un assassin, et maintenant tu crois au Christ?
Dis-nous donc, oui, dis-nous ce que tu as fait de mal ; dis-nous ce que tu as vu faire de bien au Sauveur?
Nous, nous avons tué des vivants, et, Lui, Il a rendu la vie aux morts ; nous, nous avons dérobé le bien d’autrui, et, Lui, Il a donné tous Ses trésors à l’univers ; et Il S’est fait pauvre pour me rendre riche.

Il discute avec l’autre larron : Jusqu’ici, dit-il, nous avons marché ensemble pour commettre le crime. Offre ta croix, on t’indiquera le chemin à suivre, si tu veux vivre avec moi. Après avoir été mon collègue dans la voie du crime, accompagne-moi jusqu’au séjour de la vie ; car cette croix, c’est l’arbre de vie. David a dit en l’un de ses psaumes : « Dieu connaît les sentiers du juste, et la voie de l’impie conduit à la mort » (Ps. I, 6).

titien-le-christ-et-le-bon-larron-detail-3 bon larron dans Lectures & relectures

§ 2. La prière du larron manifeste qu’il a été illuminé par la foi. La réponse du Christ va bien au-delà de ce que le larron a demandé dans sa prière.

Après sa confession, il se tourne vers Jésus : « Seigneur, Lui dit-il, souvenez-Vous de moi, lorsque Vous serez arrivé en Votre Royaume! » (Ps. XXIII, 42).
Je ne savais comment dire au larron : Pour que le Christ se souvienne de toi, quel bien as-tu fait? A quelles bonnes oeuvres as-tu employé ton temps? Tu n’as fait que du mal aux autres, tu as versé le sang de ton prochain, et tu oses dire « Souvenez-vous de moi! »
Larron, tu es devenu le compagnon de ton Maître, réponds donc : J’ai reconnu mon Maître, au milieu des ignominies de mon supplice ; aussi ai-je le droit d’attendre de Lui une récompense. Qu’Il soit cloué à une croix, peu m’importe! je n’en crois pas moins que Sa demeure, que le trône de Sa justice est dans le Ciel.
« Seigneur, dit-il, souvenez-Vous de moi, lorsque Vous serez arrivé en Votre Royaume!»
Le Christ n’avait ouvert la bouche ni en présence de Pilate, ni devant les princes des prêtres : de Ses lèvres si pures n’était tombé aucun mot de réponse à l’adresse de Ses ennemis, parce que leurs questions n’étaient pas dictées par la droiture.
Et voilà qu’Il parle au larron sans Se faire attendre, parce que celui-ci Le prie avec simplicité : « En vérité, en vérité, Je te le dis : aujourd’hui même tu seras avec Moi dans le paradis » (
Luc, XXIII, 13).
Hé quoi, larron? tu as demandé une faveur pour l’avenir, et tu l’as obtenue pour le jour même! Tu dis : « Lorsque Vous arriverez en Votre Royaume », et, pas plus tard qu’aujourd’hui, Il te donne une place au paradis!

titien-le-christ-et-le-bon-larron-detail-1 conversion dans Nos amis les Saints

§ 3. De quelle manière le larron a reçu la grâce du saint baptême.

Mais comment expliquer ceci? Le Christ promet la vie au larron, et le larron n’a pas encore reçu la grâce? Le Seigneur dit en son saint Evangile : « Quiconque ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit-Saint ne peut entrer dans le Royaume des cieux » (Jean, III, 5). Et le temps ne permet pas de baptiser le larron.
Dans sa miséricorde, le Rédempteur imagine à cela un remède.
Un soldat s’approche ; d’un coup de lance, il ouvre le côté du Christ, et de cette plaie « s’échappent du sang et de l’eau » (
Jean XIX, 31) qui rejaillissent sur les membres du larron.
L’apôtre Paul a dit ceci : « Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de l’aspersion de ce Sang qui parle plus haut que celui d’Abel » (
Hébr. XII, 22-24). Pourquoi le Sang du Christ parle-t-il plus haut que celui d’Abel? Parce que le sang d’Abel accuse un parricide, tandis que celui du Christ innocente l’homicide et accorde, pour les siècles des siècles, le pardon à ceux qui se repentent. Ainsi soit-il!

titien-le-christ-et-le-bon-larron-detail pardon

2013-30. Chronique du Mesnil-Marie du 1er au 22 mars 2013

Vendredi de la Passion 22 mars 2013,
Commémoraison solennelle de la Compassion de Notre-Dame.

2013-30. Chronique du Mesnil-Marie du 1er au 22 mars 2013 dans Chronique de Lully coeur-aux-7-glaives

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

D’un point de vue historique, cette commémoraison solennelle de le Compassion de la Très Sainte Vierge Marie est plus ancienne et plus importante que la fête du 15 septembre. Pour le Refuge Notre-Dame de Compassion elle est capitale, et nous ne pouvons que déplorer le fait que les réformes liturgiques successives, au long du XXe siècle, en aient amoindri la célébration.

Au Mesnil-Marie, nous célébrons ce jour, qui n’est pas à proprement parler celui d’une fête – puisque il est empreint de douleur -, dans un grand recueillement, dans la contemplation silencieuse du Coeur de notre Mère céleste transpercé par les sept glaives symboliques, dans la méditation du Stabat Mater et du chapelet des Sept Douleurs.

Vendredi de la Passion et commémoraison solennelle de la Compassion de Notre-Dame : c’est dire aussi que nous sommes aux portes de la Grande Semaine, la Semaine Sainte.
Voilà pourquoi j’anticipe aujourd’hui mon habituelle chronique mensuelle.

* * * * * * *

Vous êtes nombreux à nous demander des nouvelles de la maman de Frère Maximilien-Marie, et nous vous remercions de votre sollicitude.
Un certain nombre d’entre vous le savent en effet, elle a été opérée le mardi 5 mars pour le remplacement d’une prothèse de la hanche.
L’opération, qui s’annonçait délicate – nous le savions – et qui a duré presque six heures et demi, a failli « mal tourner » en raison d’importantes variations de tension et d’une brusque chute de la température corporelle ; mais les médecins et leurs assistants se sont montrés particulièrement efficaces et ont conjuré le danger.
Après dix jours de clinique, elle a rejoint un centre de rééducation fonctionnelle pour un séjour de six semaines : Frère Maximilien-Marie est allé l’y installer et il lui rend des visites régulières ; elle récupère progressivement et a un très bon moral.

animauxchats00130 autel dans Commentaires d'actualité & humeurs

Parmi les travaux réalisés au Mesnil-Marie en mars, il y a eu la réalisation d’un marchepied pour l’autel de notre oratoire.
Ceux qui ont suivi depuis le début les progrès de notre installation se souviennent que nous avons en projet l’achèvement des travaux de la Crypte Sainte Philomène, dans laquelle il reste encore de nombreuses choses à réaliser.
En attendant nous avons un oratoire provisoire (et nous avons conscience que le provisoire peut durer encore plusieurs années!), où, jusqu’ici, l’autel était posé à même le plancher… ce qui ne convient pas : le sens même du mot autel indique qu’il doit être surélevé (cf. > www).
Un de nos amis, Nicolas, qui a de réels talents de menuisier et possède un très bon outillage, s’est offert pour réaliser cette surélévation et il est venu y travailler toute une après-midi. Frère Maximilien-Marie lui servait d’apprenti, et moi – bien sûr – je surveillais attentivement les travaux.
C’est ainsi qu’ils ont confectionné et mis en place ce marchepied. Que Nicolas soit chat-leureusement remercié!
Dans les jours qui ont suivi, Frère Maximilien-Marie a ensuite minutieusement travaillé pour lui donner une teinte accordée au bois de noyer de l’autel, puis il a soigneusement ciré l’ensemble. Il ne reste maintenant qu’à acheter – lorsque nous le pourrons – des tapis appropriés.

autel-de-loratoire-avec-son-marchepied chronique dans De Maria numquam satis

Ces derniers temps encore, Frère Maximilien-Marie a participé activement à des réunions en lien avec le développement de la vie associative et culturelle dans laquelle vous savez qu’il est très investi.

Il a également profité des quelques beaux jours que nous avons eus pour commencer le nettoyage du jardin : chez nous, il est vraiment encore beaucoup trop tôt pour semer et planter, en revanche on peut commencer à enlever les végétaux secs, à tailler ceux qui vont reprendre leur croissance, et à apprêter le terrain.
Si dans le sud du Vivarais le printemps fait sentir son arrivée, dans notre jardin il ne faut pas espérer voir fleurir les jonquilles et les narcisses avant la mi-avril…

Je suis heureux, toutefois, de vous offrir – photographiquement parlant – notre premier perce-neige :

premier-perce-neige Compassion de Notre-Dame

A l’approche de la date officielle du printemps, nous avons été aux prises avec une offensive hivernale assez spectaculaire : dimanche 17 mars, un fort vent de sud, qui déversait des pluies abondantes en plaine, nous a ramené la neige.
Ici même, nous n’en avons pas eu en très grosse quantité, mais dès que l’on commençait à prendre seulement quelques dizaines de mètres d’altitude, elle s’accumulait en couches épaisses et rendait la circulation bien difficile.
Ce premier dimanche de la Passion donc, Frère Maximilien-Marie n’a pas franchi le Mézenc mais s’est rendu à la Chapelle Notre-Dame de la Rose, à Montélimar, pour la Sainte Messe.

Sur les sommets et hauts plateaux qui nous environnent cette neige tient encore. Voici la photo prise hier, jeudi 21 mars, par notre Frère, lorsqu’il a traversé le village de Lachamp-Raphaël – plus haut village d’Ardèche (1350 m) – alors qu’il se rendait plus au sud pour y chercher les branches d’olivier qui seront bénites et portées en procession dimanche prochain.
Sur ce cliché, la personne que l’on aperçoit en train de marcher sur la route n’est pas un enfant, mais un homme d’assez haute taille!

lachamp-raphael-21-mars-2013 élection Pape François

Il n’empêche, nous avons tout de même marqué l’arrivée du printemps, mercredi 20 mars au soir, à l’occasion de notre Veillée Culture & Patrimoine mensuelle : notre amie Jacqueline, animatrice culturelle et conteuse, était justement descendue des hauts plateaux pour nous réjouir avec des contes de la nature et de la montagne. Un très grand merci à elle!
Les participants à la veillée était ravis de ce beau moment de poésie et de tendresse, de fantaisie et d’humour qui nous a tous plongés dans l’ambiance des veillées d’autrefois au coin du feu, au cours desquelles se transmettait le riche patrimoine oral de nos pays.

feu-gif marchepied

La vie du Mesnil-Marie, ces dernières semaines, a bien évidemment aussi été profondément accordée à la vie de l’Eglise Catholique.
Nous avons suivi avec une grande attention les préparatifs du conclave, prié à l’intention des cardinaux et suivi en direct – grâce à la TV Vaticane qui diffuse sur Internet – la parution de la fumée blanche annonçant l’élection du Pape François.

Sur cette dernière, je ne veux pas m’étendre ici en commentaires : n’étant pas prophète, je ne suis pas en mesure de vous dire ce que sera ce pontificat qui vient de commencer.
Je ne parlerai pas de « joie » ou d’ « enthousiasme » comme un certain nombre se croient obligés de le faire par mimétisme (?), pour surenchérir sur l’engouement médiatique (?) – qui sera de bien courte durée, n’en doutons pas – ou pour d’autres raisons qui nous échappent : ce sont là des critères humains superficiels sans rapport avec la réalité de la fonction pontificale et peu appropriés au mystère de l’Eglise.
Je me contenterai de vous dire que nous avons accueilli l’annonce de l’élection du Cardinal Bergoglio au Souverain Pontificat dans les seules foi et espérance surnaturelles, en comptant uniquement sur les grâces d’état de sa fonction de successeur de Saint Pierre, en priant pour qu’il soit désormais pleinement réceptif aux lumières du Saint-Esprit, et en suppliant instamment pour qu’il n’inflige pas à l’Eglise des idées personnelles, conséquences de la décadence théologique et spirituelle qui afflige le corps ecclésiastique – et l’Ordre des Jésuites en particulier – depuis un demi-siècle, et dont il est en quelque sorte l’héritier.

Il ne faut jamais cesser de prier pour l’Eglise, pour son chef visible… Et il ne faut jamais cesser d’ajouter aux prières des pénitences et des sacrifices.

* * * * * * *

Avant de terminer, je dois ajouter que ma publication concernant l’expression « fille aînée de l’Eglise » (cf. > www) m’a valu – comme je m’en doutais – de très nombreux et abondants remarques et commentaires, exprimant souvent de la surprise ou des réserves.
Plutôt que de les laisser en simples « commentaires » – qui eussent été très répétitifs – en dessous de mon texte, je les ai recueillis afin d’en dresser une espèce de compendium et d’y apporter – prochainement – les réponses qui leur sont appropriées : c’est la raison pour laquelle ceux qui me les ont envoyés ne les voient pas pour le moment. Je les remercie de leur patience.

En vous quittant, je vous invite, à écouter, dans le recueillement du coeur, une version peu connue du célèbre Stabat Mater de Jean-Baptiste Pergolèse : c’est celle dite « du manuscrit des Menus Plaisirs du Roy », transcrite pour choeur à l’usage de la chapelle royale de Versailles.

Bonne et surtout fervente Semaine Sainte : accompagnons avec générosité notre divin Rédempteur dans les jours de Sa souffrance pour avoir part à la joie de son triomphe pascal !

patteschats mars 2013Lully

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Pour soutenir et aider le Refuge Notre-Dame de Compassion > www

2013-28. Quelles seront les dispositions du prochain Pape à l’égard de la Sainte Messe latine traditionnelle?

Mercredi 13 mars 2013.

2013-28. Quelles seront les dispositions du prochain Pape à l'égard de la Sainte Messe latine traditionnelle? dans Commentaires d'actualité & humeurs cheminee-chapelle-sixtine

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Tandis que les regards de toute la Chrétienté – et les objectifs des journalistes – sont rivés sur ce bout de tuyau de poêle qui dépasse de la toiture de la Chapelle Sixtine, dans l’attente de cette fumée blanche qui annoncera à la Ville et au monde l’avènement d’un nouveau Pontife Romain, beaucoup de questions taraudent les coeurs des fidèles, beaucoup d’interrogations concernant l’avenir de l’Eglise fusent dans tous les sens…

L’un de nos jeunes amis me faisait remarquer ce matin, non sans raison, que le prochain Pape serait peut-être (mais nous sommes bien dans un pur « peut-être ») un prêtre qui n’a jamais célébré la Sainte Messe Latine traditionnelle, et la remarque de cet ami était sous-tendue d’inquiétude…

Voici le développement de la réponse que lui a adressée Frère Maximilien-Marie :

« Au point où nous en sommes, nous ne pouvons que nous jeter dans une prière instante au Saint-Esprit et dans l’abandon à la Divine Providence…

La célébration – ou pas – selon le rite antiquior n’est pas absolument déterminante à mes yeux.
Je m’explique :

- Nous avons eu plusieurs milliers d’évêques qui ont célébré pendant des années la Sainte Messe traditionnelle : ils avaient été ordonnés prêtres puis consacrés évêques dans le rite traditionnel, et cela ne les a pas empêchés de déclencher des catastrophes à partir de l’année 1962 et pendant plusieurs décennies…

- Nous avons eu un Pape, qui n’a jamais célébré QUE la Messe traditionnelle, un Pape dont le nom reste attaché au missel dans lequel sont célébrées aujourd’hui toutes les Messes traditionnelles, et dont le nom – malgré une béatification qui me paraît pour le moins hasardeuse – reste aussi lié à nombre de choses au moins surprenantes sinon franchement scandaleuses…
Un Pape qui,  malgré les apparences « conservatrices » de son pontificat et des documents tels que la Constitution Apostolique Veterum Sapientia (cf. > www), a déclenché – volontairement ou par pure inconscience? – un véritable séisme dans l’Eglise…

- Après quoi nous eûmes deux Papes, l’un italien et l’autre polonais, qui avaient bien connu la Messe traditionnelle, avaient été éduqués en elle et par elle, ordonnés pour elle, et qui n’ont manifesté pour elle aucun amour ; qui n’ont témoigné d’aucune vraie sollicitude pour les prêtres et les fidèles qui lui restaient attachés, bien au contraire…

- Nous avons eu ensuite un Pontife qui passait pour un théologien progressiste au temps où, jeune prêtre, il assista aux travaux du concile, mais qui a sincèrement aimé le rite antiquior lorsqu’il l’a redécouvert, et qui a fait davantage pour que justice soit rendue à cet ancien rite, que d’autres qui passaient pour plus conservateurs que lui …

- Et puis nous avons aujourd’hui des tas de personnes qui, comme beaucoup de nos jeunes amis – mais pas comme moi qui suis un dinosaure! – , n’ont jamais connu la Messe traditionnelle dans le temps où elle était LA MESSE de toute l’Eglise, célébrée dans toutes les paroisses de rite latin sur toute la surface du globe, et qui la découvrent, en deviennent « accros », ne peuvent plus vivre leur vie chrétienne et sacramentelle que par elle… etc., alors qu’ils n’avaient pas été éduqués en elle et par elle, alors qu’ils avaient subi en guise de « formation » les désastreuses « catéchèses » et misérables « célébrations » des dernières décennies du XXe siècle.

- Nous devons aussi penser que, selon toute vraisemblance, le prochain Pape n’aura pas participé au concile V2 (V2 = comme les engins destructeurs que le troisième Reich envoyait sur les îles britanniques), et qu’il aura peut-être une approche différente de tous les pontifes que nous avons eus depuis 1963.
Ce recul peut donc déterminer une nouvelle manière d’appréhender « le concile » qui pourrait être salutaire (… ou pas).

- Ainsi devons-nous également espérer que, même si jusqu’à présent il n’a pas manifesté d’intérêt particulier pour la liturgie traditionnelle, le futur Souverain Pontife s’ouvre à tout ce qu’elle représente au service de la Foi et de la vitalité catholique, et oeuvre en sa faveur… et nous devons prier instamment pour cela.

- Nous sommes dans l’incertitude sur tous ces points et sur tant d’autres!!!
Ce qu’il nous faut obtenir, ce que nous devons obtenir par nos prières et nos sacrifices, par une ardente invocation du Saint Esprit, à laquelle nous devons associer nos JEUNES, c’est un Pape rempli de vraie foi, un Pape qui soit avant toute autre chose un homme de prière et d’enracinement en Dieu… en ayant la certitude que la toute puissante grâce de Dieu peut faire le reste!

- Pensez vous que Dieu avait abandonné Son Eglise quand la puissante famille des Tusculani faisait placer sur le trône de Saint Pierre un adolescent sans vocation et dépravé? Quand un Alexandre VI fut élu au Souverain Pontificat, probablement après avoir acheté le vote de ses pairs?
Sans doute eût-il été à bien des égards davantage souhaitable que fussent élus des hommes intègres dans leurs moeurs et remplis des lumières de la divine Sagesse… Mais le pontificat d’Alexandre VI – qui réjouit tant les détracteurs de l’Eglise Catholique et alimente toujours les fantasmes des esprits avides de scandales –  a-t-il été plus dommageable à la Sainte Eglise que celui du sinistre Paul VI, aux moeurs réputées intègres mais dont la conscience et l’action furent si souvent dévoyées par l’esprit de la démocratie chrétienne et empoisonnées par ses complexes vis à vis de tout acte d’autorité (sauf quand il s’agissait de s’opposer à Monseigneur Lefèbvre et à la célébration de l’ancienne Messe)?

Il n’y a qu’une seule chose à dire : PRIONS!
Et à la prière ajoutons JEUNES et SACRIFICES… »

Aussi vous renvoie-je encore une fois à la supplication pour le conclave adressée à Marie, Mère de l’Eglise, publiée ici il y a quelques jours > www.

Lully.

tiarepie9 conclave dans De liturgia

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