Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2014-88. De la « sainte ceinture de Notre-Dame de Consolation ».

Samedi après la fête de Saint Augustin :
Fête de Notre-Dame de Consolation.

Chez les Augustiniens, nous avons au calendrier liturgique une fête particulière de la Très Sainte Vierge Marie qui est célébrée le samedi qui suit la fête de notre glorieux Père Saint Augustin et qui honore la Mère de Dieu sous le vocable de Notre-Dame de Consolation.

Je m’interrogeais sur l’origine de cette fête et sur le sens de ce titre donné à la Madone : j’ai fait une recherche sur Internet et n’y ai rien trouvé de satisfaisant, si ce n’est qu’il existe un certain nombre de chapelles et d’églises placées sous le vocable de Notre-Dame de Consolation, et que, souvent, ces églises ou chapelles, avaient été celles de couvents de moines de Saint Augustin ou de confréries liées à l’Ordre Augustinien.
Mes interrogations s’amplifièrent encore lorsque je lus que, sur certains tableaux encore présents dans ces églises ou chapelles, la Vierge était parfois appelée « Vierge de la Ceinture » ou encore « Notre-Dame de la Ceinture et de la Consolation »

Je suis donc allé interroger Frère Maximilien-Marie qui, au lieu de me donner une explication orale, m’a alors remis cette feuille, qui a répondu à toutes mes questions et que je m’empresse donc aussi de vous communiquer…

Lully.

ceinture gif

Ceinture de ND de Consolation B.D. - Copie

Blason de l'Ordre de Saint Augustin

Toutes les bandes dessinées de Frère Maximilien-Marie > www

2014-87. Nul génie n’a contribué autant que saint Augustin à faire connaître aux hommes la vérité : parmi les noms d’ici-bas, il n’en est point qu’une bouche humaine doive prononcer avec plus d’admiration et d’amour !

28 août, fête de notre glorieux Père Saint Augustin :

En cette fête de notre glorieux Père Saint Augustin, permettez-moi, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, de vous inviter à lire un beau texte qui résume avec un lyrisme plein d’amour tout ce qui constitue  le génie, les mérites et la gloire du plus grand de tous les Docteurs de l’Occident.
Ce texte est extrait du dernier chapitre et forme la conclusion de l’ « Histoire de Saint Augustin » publiée au XIXe siècle par l’historien J.J. Poujoulat.

Claudio Coello triomphe de St Augustin - 1664 (Madrid - Prado)

Le triomphe de Saint Augustin
(Claudio Coello, 1664 – musée du Prado, Madrid)

Le génie, les mérites et la gloire de Saint Augustin :

Avant saint Augustin il y avait des vérités chrétiennes qui sollicitaient de plus vives lumières, les doctrines de l’Eglise catholique n’avaient pas reçu toutes leurs preuves, tout leur développement ; saint Augustin a creusé plus de choses religieuses qu’aucun autre Père, a mis au grand jour tous les dogmes chrétiens plus qu’on ne l’avait fait jusque-là, et l’Eglise lui doit un corps complet d’enseignements. Il est monté dans les hauteurs du dogme catholique avec une puissance dont on ne cessera jamais de s’étonner. Saint Athanase avait admirablement établi la divinité de Jésus-Christ contre l’arianisme ; il avait établi aussi le Dieu en trois personnes, mais cette dernière partie de la théologie catholique avait besoin d’un travail nouveau ; le traité de la Trinité par saint Augustin fut un beau complément. Le manichéisme dénaturait l’essence divine et dénaturait l’homme ; saint Augustin fit comprendre à tous que le mal n’est pas une substance, mais la défaillance du bien, que la création est bonne, que tout ce qui existe est bon, que le mal est l’œuvre de la volonté humaine et non pas l’oeuvre de Dieu : il rendit à l’homme sa liberté, sa grandeur morale, et à Dieu son unité et sa bonté. Le pélagianisme, en plaçant l’homme si haut, en le représentant si fort, sapait les fondements du christianisme : la Rédemption devenait inutile. Saint Hilaire, saint Grégoire de Nazianze, saint Basile, saint Jean Chrysostome, saint Ambroise avaient enseigné, d’après les livres sacrés, le dogme de la déchéance primitive et l’impuissance de l’homme à accomplir, par sa seule force, les bonnes oeuvres ; mais Pélage, Célestius et Julien ne s’étaient pas encore montrés ; la Providence réservait à saint Augustin l’honneur d’approfondir plus que personne ces grandes questions, et de tracer d’une main ferme les limites où finit l’homme, où Dieu commence. Enfin, dans ses combats contre le donatisme, l’évêque d’Hippone a condamné et convaincu d’erreur toute communion qui se sépare de l’Eglise universelle.

C’est ainsi que le docteur africain a, non pas fondé la foi catholique, car le fondateur c’est un Dieu fait homme, et, avant saint Augustin, l’Eglise avait ses dogmes, mais c’est ainsi que, disciple de saint Paul et son interprète sublime, il a donné à la foi divine ce que nous appellerons son complément humain. Saint Augustin, c’est le génie de l’Occident formulant avec une entière netteté les doctrines, dégageant les dogmes de tout le vague des imaginations orientales, établissant dans leur plus lumineuse précision les magnifiques réalités du christianisme. Le plan providentiel a donné une grande place à l’influence du génie occidental pour le développement et le progrès de la foi chrétienne ; les destinées religieuses de Rome sont là pour l’attester. La théologie catholique a donc pour représentant principal saint Augustin, et comme il n’a jamais rien inventé en matière religieuse et qu’il a toujours procédé avec les témoignages de l’Ecriture, le protestantisme et le jansénisme ne sont pas plus sortis des écrits de l’évêque d’Hippone qu’ils ne sont sortis de la Bible et de l’Evangile. Luther et Jansénius dénaturaient saint Augustin, mais ne le suivaient pas (…).
La plupart des Pères de l’Eglise, travaillant selon le besoin des temps où ils ont vécu, ont soutenu telle ou telle lutte de manière à ne pas dépasser les limites de certaines questions. Une autre tâche fut imposée à saint Augustin ; il eut à combattre toutes sortes d’hérésies, et l’on peut dire avec Bossuet que l’évêque d’Hippone « est le seul des anciens que la divine Providence a déterminé, par l’occasion des disputes qui se sont offertes de son temps, à nous donner tout un corps de théologie, qui devait être le fruit de sa lecture profonde et continuelle des livres sacrés » (Bossuet, in « Défense de la Tradition et des saints Pères », liv. IV. Chap. 16).

Si le docteur africain est le premier des théologiens, il demeure aussi le premier des philosophes chrétiens. On ne nous citera pas une donnée féconde, une vue haute, une notion philosophique de quelque portée, qui n’ait son expression ou son germe dans les écrits de saint Augustin. (…)
Il y a des gens aujourd’hui qui, le plus sérieusement du monde, aspirent à l’alliance de la philosophie et de la religion comme à une grande nouveauté chez les hommes. Ils oublient que cette alliance a été faite et signée par les plus fiers génies dans les premiers siècles chrétiens. Ils ne savent pas avec quelle constante autorité saint Augustin a fait marcher la philosophie à côté de la religion (…)
L’union de la raison et de la foi, voilà la plus belle manière de croire. Personne, plus que saint Augustin, n’a réservé les droits de la raison et ne l’a introduite dans les conseils de l’âme pour monter aux régions de la foi. Il a défendu les droits de la conscience humaine, et, par lui, l’homme est devenu son premier point de départ dans sa course vers les vérités invisibles. Notre dix-septième siècle, ce siècle de tant de génie, de raison et de foi, savait ce que valait saint Augustin ; il professait pour l’évêque d’Hippone une admiration sans bornes.

A ne voir dans saint Augustin que l’homme ami des hommes, vous lui reconnaîtrez encore un indéfinissable empire sur les âmes. Du fond de ce siècle en travail de destinées nouvelles, du milieu d’immenses ruines et de l’agitation des peuples, sort une voix douce comme la compassion, tendre comme l’amour, résignée comme l’espérance en Dieu. Elle apporte un baume à toutes les souffrances, du calme à tous les orages, le pardon à tout coeur qui se repent, et c’est elle surtout qui soupire dans l’exil de la vie et chante la patrie absente. On entend l’âme humaine gémir et aussi éclater d’une façon magnifique par la bouche de celui qui en avait senti toutes les infirmités et compris toute la gloire. Cette voix suave charmait nos monastères du Moyen Age qui transcrivirent avec une prédilection marquée les oeuvres immortelles de l’évêque d’Hippone ; elle nous charme encore, nous, hommes du monde, livrés à toute l’activité humaine. Augustin est l’homme de tous les siècles par le sentiment.

Cette voix, partie d’Afrique, dont le retentissement fut si magnifique et si universel, nous instruit et nous touche dans un livre qui ne porte pas le nom d’Augustin, mais qui évidemment est né de l’influence de son génie : ce livre est l’Imitation de Jésus-Christ. L’humilité profonde à l’aide de laquelle on s’élève aux plus grands mystères, cet amour de la vérité qui impose silence à toute créature et ne veut entendre que Dieu lui-même, la manière de lire utilement les saintes Ecritures, le peu de confiance qu’on doit mettre dans l’homme, l’oubli de soi et la charité pour tous, les ravissements de la paix intérieure et d’une bonne conscience, les joies de la solitude et du silence, le détachement des biens visibles et la patience dans les maux, les élans du coeur vers la beauté éternelle et immuable, la tendre et sublime causerie de l’âme avec son Dieu , tout ce qu’il y a de doux, de profond et de consolateur dans cet ouvrage qui n’a pas d’auteur connu, comme si le ciel eût voulu le disputer à la terre, toute cette délicieuse étude des plus secrètes ressources chrétiennes est remplie de l’âme de saint Augustin. Quand je lis l’Imitation de Jésus-Christ, il me semble que c’est Augustin qui me parle.

(…) Le genre humain, placé dans les temps comme une sorte de mer vivante, apparaît calme ou troublé, selon la paix ou les orages de l’âme humaine, et le passage des siècles s’accomplit avec un retentissement monotone : chaque siècle apporte son éclat, qu’il emprunte au génie et à la vertu, et sur l’océan des âges ces rayonnements de l’intelligence ou du coeur se succèdent vite. Les mêmes révolutions et le même fracas se renouvellent chez les hommes sous des noms divers ; les empires n’ont qu’un même bruit pour s’écrouler, et le genre humain marchera de ce pas jusqu’au bout. La monotonie de ce spectacle serait peu digne de notre âme, nous aurions le droit de le prendre en dégoût, si de temps en temps le doigt de Dieu ne se révélait dans ces page, si au fond des, événements la vérité ne faisait pas toujours son oeuvre, et surtout si la vie de l’homme n’était pas un acheminement à des destinées immortelles. Aussi notre reconnaissance doit monter avec ardeur et énergie vers les intelligences supérieures qui, instruites par la divine parole, nous ont fait voir la raison et le but de notre course sur la terre. Nul génie (nous ne parlons pas des auteurs sacrés) n’a contribué autant que saint Augustin à faire connaître aux hommes la vérité : parmi les noms d’ici-bas, il n’en est point qu’une bouche humaine doive prononcer avec plus d’admiration et d’amour !

Jean-Joseph François Poujoulat (1808-1880)
conclusion de l’ « Histoire de Saint Augustin » (ed. Mame – 1875)

Claudio Coello triomphe de St Augustin - détail

Voir aussi les cinq catéchèses du mercredi
consacrées par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI à la figure de Saint Augustin :
- 1ère partie > www
- 2ème & 3ème partie > www
- 4ème & 5ème partie > www

2014-86. De la Sainte Epine du Puy-en-Velay.

26 août,
dans le diocèse du Puy, la fête de la Susception de la Sainte Epine.

Ziziphus spina-christi - branche

Branche de « ziziphus spina Christi » :
ce sont de telles branches épineuses qui furent utilisées par les soldats de Pilate
pour la couronne de dérision qu’ils tressèrent à l’intention de Notre-Seigneur.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Au lendemain de la fête de Saint Louis, le 26 août donc, le calendrier liturgique propre du diocèse du Puy-en-Velay (diocèse voisin dans lequel Frère Maximilien-Marie doit se rendre pour assister à la Sainte Messe selon le rite latin traditionnel) indique la célébration d’une « fête de la Susception de la Sainte Epine » : le mot « susception » est directement calqué sur le mot latin « susceptio » qui désigne l’action de recevoir.

Il y a en effet 775 ans cette année, au mois d’août 1239, Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis IX de France, âgé de 25 ans, accueillait la prestigieuse relique de la Sainte Couronne d’Epines de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
J’ai bien l’intention de vous reparler de cette insigne relique de la Passion, mais pour l’heure je ne vais vous entretenir que de ce qui touche à la Sainte Epine de la cathédrale du Puy.

Vitrail de Saint Louis avec la Sainte Couronne d'épines

Sans m’étendre donc sur les circonstances de son acquisition, c’est le 10 août 1239, que Saint Louis, accompagné de la cour, vint à Villeneuve-l’Archevêque pour y rencontrer les deux dominicains revenant de Venise et rapportant avec eux – dans une caissette d’argent scellée aux armes du Doge et du Basileus – la Sainte Couronne d’Epines.
Devant la foule agenouillée, la prestigieuse relique fut extraite de la caissette et déposée dans le reliquaire commandé par le Roi aux meilleurs orfèvres parisiens.

Le lendemain, 11 août 1239, le Roi Louis et son frère Charles d’Anjou, pieds nus et en chemise, transportèrent eux-mêmes ce reliquaire au cours de la grandiose procession qui franchit les cinq à six lieues séparant Villeneuve-l’Archevêque de la cathédrale de Sens où la Sainte Couronne demeura presque une semaine.
De Sens, elle fut acheminée en bateau jusqu’à Paris, où elle arriva le 18 août : après sa présentation aux fidèles de la capitale, elle fut ensuite déposée de manière provisoire dans la chapelle palatine Saint-Nicolas, en attendant que soit édifiée la Sainte Chapelle.

Saint Louis portant le reliquaire de la  sainte Couronne d'Epines

Saint Louis et son frère Charles d’Anjou
transportant le reliquaire de la Sainte Couronne d’Epines, le 11 août 1239.

Parmi les prélats qui accompagnaient le Roi à Villeneuve-l’Archevêque et à Sens ces 10 et 11 août 1239, se trouvait Bernard de Montaigu (+ 1248), évêque du Puy.

On connaît la fervente dévotion que nourrissait Saint Louis pour Notre-Dame du Puy.
L’amour du saint Roi pour ce sanctuaire et l’amitié qui le liait à Bernard de Montaigu inspirèrent donc au Souverain de détacher de la Sainte Couronne (qui outre l’anneau de joncs tressés que l’on peut voir aujourd’hui à Notre-Dame de Paris, conservait alors encore quelques branches épineuses), une épine d’environ deux centimètres pour en faire présent à l’antique sanctuaire vellave.

Ce don et l’authenticité de la relique furent attestés par certificat manuscrit du Roi, rédigé en latin, et dont voici la traduction :
« Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France, au doyen et au chapitre du Puy, salut et affection. Par la teneur des présentes, Nous vous signifions que le jour même où Nous avons reçu de Constantinople la Sainte Couronne d’Epines, qui fut mise sur la tête vénérable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, au temps de Sa Passion, Nous avons détaché une épine de cette Couronne et l’avons octroyée à notre cher fidèle B., votre évêque, comme un gage d’estime pour votre église, où le culte de la Bienheureuse Vierge Marie est en si grand honneur. Fait à Sens, au mois d’août, l’an du Seigneur 1239. »

Sainte Epine donnée par Saint Louis à Bernard de Montaigu avec le certificat manuscrit du Roi

La Sainte Epine donnée par Saint Louis à Bernard de Montaigu, évêque du Puy,
et le certificat manuscrit du Roi.

Cette Sainte Epine fut donc conservée et vénérée à la cathédrale du Puy jusqu’à la grande révolution.

Lorsque les impies profanèrent et pillèrent le sanctuaire, un certain abbé Borie, parvint à leur soustraire la précieuse relique avec son certificat.
L’abbé Borie se cacha ensuite dans le Forez ; puis, lorsque la persécution et les troubles prirent fin, il légua la Sainte Epine à l’église Notre-Dame, du quartier de Chavanelle, à Saint-Etienne, où elle demeura plus d’un siècle.

La cathédrale du Puy, elle, a réussi, au cours du XIXe siècle, à obtenir un autre relique de la Sainte Couronne d’Epines - de la taille d’une écharde – , fragment présenté dans un reliquaire que l’on peut aujourd’hui voir exposé au trésor.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, un somptueux reliquaire fut réalisé par la maison Armand-Calliat, de Lyon, pour renfermer la Sainte Epine venue du Puy et son royal certificat.
Ce reliquaire a été classé Monument Historique en 1977.
Il est conçu comme une monstrance présentant le manuscrit de Saint Louis, au-dessus duquel, dans une élégante mandorle, est exposée l’ampoule de cristal de roche dans laquelle est enfermée la Sainte Epine.

Je ne dispose – malheureusement ! – pas d’un très bon cliché de ce reliquaire…

Reliquaire de la Sainte Epine - église Sainte-Marie à Saint-Etienne

Le reliquaire Armand-Calliat (classé MH)
de la Sainte Epine donnée par Saint Louis à la cathédrale du Puy.

Après des années passées dans l’ombre en l’église Notre-Dame de Chavanelle, et après restauration, ce reliquaire a été déposé au cours de l’année 2012 – si mes renseignements sont exacts – dans l’église Sainte-Marie, toujours à Saint-Etienne (7, rue Elise Gervais).

Cette église Sainte-Marie (inscrite aux Monuments Historiques en 1994) est ainsi dénommée parce qu’elle est édifiée à l’emplacement du monastère de la Visitation-Sainte-Marie, fermé à la révolution.
La chapelle des Visitandines, devenue église paroissiale au début du XIXe siècle, a subi divers agrandissements, avant d’être totalement réédifiée dans la seconde moitié du XIXe siècle dans un style dit néo-byzantin (l’architecte Etienne Boisson s’étant inspiré de la basilique Saint-Marc de Venise).
C’est au centre de la « chapelle du Magnificat » de cette église Sainte-Marie, que la relique de la Sainte Epine offerte par Saint Louis à la cathédrale du Puy est désormais exposée, protégée par une vitrine haute sécurité.

On notera au passage que c’est dans cette même chapelle que se trouve une fameuse « descente de Croix » peinte par Théodore Chassériau en 1856 (classée MH en 1933), qui représente, dans une curieuse théâtralisation romantique, la Mère des Douleurs retirant la Couronne d’Epines de la tête de son divin Fils.

Descente de Croix de T. Chassériau - église Sainte-Marie à Saint-Etienne

Descente de Croix par Théodrore Chassériau (1856)
Saint-Etienne, église Sainte-Marie.

2014-85. De la bienheureuse mort du Roi Saint Louis.

Lundi 25 août 2014,
fête de Saint Louis IX, Roi de France.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

De manière habituelle, la fête de ce jour est célébrée avec une ferveur toute particulière en notre Mesnil-Marie, vous vous en doutez bien ; mais elle l’est plus encore en cette année 2014 où nous avons commémoré, le 25 avril dernier, le huitième centenaire de la naissance et du baptême du Roi Saint Louis (cf. > www).

Ce que nous célébrons le 25 août, toutefois, ce n’est plus l’anniversaire de la naissance terrestre, mais c’est le dies natalis : le jour de la naissance au Ciel, le jour de la naissance à la gloire éternelle, du Roi qui est depuis lors le protecteur et le modèle de nos Rois – le protecteur et le modèle de l’actuel descendant et héritier de tous nos Rois, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon.

Et en ce jour, plutôt qu’un brillant panégyrique, j’ai résolu de vous faire le récit tout simple de la mort de Saint Louis.
Cette mort de Saint Louis nous est connue de manière assez précise par les narrations et chroniques laissées les témoins oculaires ; ces précieux témoignages sur les derniers instants du souverain sont sans fioritures ni sentimentalisme, et ils sont aussi pleins de riches enseignements pour nous.

Lully.     

St Louis recevant le saint viatique - Charles Meynier

Saint Louis recevant le saint viatique
Charles Meynier – 1817 – chapelle du Grand Trianon

L’armée de la neuvième croisade avait débarqué le 18 juillet 1270 sur les côtes qui sont actuellement celles de la Tunisie : une dizaine de jours plus tard elle commença à être décimée par l’épidémie.
On a parlé de peste, mais il faut bien comprendre que, à cette époque, le mot peste désignait d’une manière générale toute forme de maladie contagieuse et mortelle et non pas - comme beaucoup le comprennent aujourd’hui - la seule maladie causée par le bacille yersinia pestis.

Comme son fils Jean-Tristan, qui en mourut dès le 3 août, et comme un certain nombre de ses conseillers, le Roi Louis fut atteint par la dysenterie : les témoins parlent d’un « flux de ventre » accompagné de fièvre. Il dut s’aliter, s’affaiblissant de plus en plus.
Il souhaitait continuer à réciter les heures canoniales, spécialement les matines, mais dut assez rapidement y renoncer.

L’un de ses biographes raconte qu’il ne se troubla et ne s’effraya nullement : « Il adora la conduite de Dieu sur lui, il Le remercia de ces adversités, qu’il regardait comme des instruments de sa prédestination, et il s’abandonna entre Ses mains pour toutes les dispositions de Sa Providence. Dans le plus fort de sa maladie, il répétait souvent cette prière : Faites-nous la grâce, Seigneur, de mépriser tellement les prospérités de ce monde, que nous n’en redoutions point les adversités. »
En face de son lit, il avait fait installer une grande croix, afin d’être de l’avoir toujours présente à son regard, et pour que cette vue le réconforte et l’encourage.

On lui donna les derniers sacrements. Pendant les prières de l’extrême-onction, pleinement conscient, il s’associait et répondait aux prières, mais il était si faible que l’on pouvait à peine percevoir ses paroles.
Ensuite, pour l’arrivée du prêtre portant le saint viatique, il voulut sortir de son lit et se prosterner devant la Sainte Hostie, mais il n’en eut pas la force. Il dut se résoudre à demeurer sur son lit, agenouillé en étant soutenu par ses proches, pour recevoir la sainte communion.
Après cela, il resta quatre jours sans voix, mais sans cependant perdre connaissance : il reconnaîssait les gens qui s’approchaient de lui et leur manifestait son amitié.

Le 24 août, la fin s’annonce. Louis se confesse une dernière fois au dominicain Geoffroy de Beaulieu, son confesseur habituel, et reçoit encore la sainte communion.
A sa demande, il a été couché sur un lit de cendres. Ceux qui l’entourent récitent les prières des agonisants.
On entend le roi prononcer à voix basse : « Jérusalem ! Jérusalem !» Etait-ce le nom de la cité terrestre – lieu saint de la Passion et de la Résurrection de Notre-Seigneur – qu’il avait voulu délivrer du joug des infidèles qu’il invoquait, ou bien entrevoyait-il déjà la Cité Céleste dans laquelle son âme pure allait être introduite ?

Il somnole toute la nuit, ne sort de sa torpeur que vers midi, ce lundi 25 août, mais c’est pour entrer en agonie.
Geoffroy de Beaulieu reste à son chevet, et c’est lui qui nous rapporte les dernières paroles du saint Roi, paroles qui reprennent celles de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Pater, in manus tuas commendo spiritum meum : Père, entre vos mains je remets mon esprit. »
Puis il ajoute cet extrait du verset 8 du psaume V : « Introibo in domum tuam, adorabo ad templum sanctum tuum : J’entrerai dans votre demeure, j’adorerai dans votre saint temple. »
On est à la neuvième heure du jour (environ 15 h selon notre manière actuelle de compter) lorsqu’il rend son dernier souffle ; c’est l’heure à laquelle Notre-Seigneur a Lui aussi rendu l’esprit. Tous les contemporains en ont été spécialement impressionnés.

Jean de Joinville, qui n’était pas présent puisque ne participant pas à la croisade, rapporte les propos que lui ont tenus des témoins oculaires de la mort du roi :
« Bien qu’il fût assiégé corporellement par les angoisses de nombreuses souffrances, en esprit il s’élevait cependant dans l’espérance de la récompense désirée. La nuit précédente, on l’avait entendu dire, en français : « Nous irons à Jérusalem. » (…) Il dit aussi : « Seigneur, c’est assez : j’ai combattu jusqu’ici, j’ai travaillé jusqu’à présent à votre service de toutes mes forces, j’ai servi tant que j’ai pu votre peuple et votre royaume, que vous m’avez confié ; maintenant, je vous prie, je vous supplie : soyez, Seigneur, sanctificateur de leurs âmes et gardien de leurs corps. Je les remets à votre pitié. (…) Et il mit ses mains sur sa poitrine, et en regardant vers le ciel rendit à notre Créateur son esprit en cette heure même que le fils de Dieu mourut pour le salut du monde en la Croix. »

Après sa mort, Thibaud, son gendre, écrivit au cardinal Eudes de Châteauroux, qui avait été légat du pape lors de la huitième croisade : « Nous pouvons témoigner que jamais, en toute notre vie, nous n’avons vu fin si sainte ni si dévote, chez un homme du siècle ni chez un homme de religion. »

Reliquaire de Saint Louis au Mesnil-Marie

Reliquaire de Saint Louis au Mesnil-Marie

Voir aussi :
- Prières et litanies en l’honneur de Saint Louis > www
- Enseignements de Saint Louis à son fils le prince Philippe > www

2014-83. Le Coeur de Marie, rempli d’amour pour Dieu et de charité pour nous.

Extraits du « Coeur admirable de la Mère de Dieu »
et quelques autres écrits
de Saint Jean Eudes

vitrail du Coeur de Marie

Entre les fêtes de la Vierge Marie, celle de son Coeur est comme le cœur et la reine des autres, parce que le cœur est le siège de l’amour et de la charité. Quel est le sujet de cette solennité ? C’est le Coeur de la Fille unique et bien-aimée du Père Eternel ; c’est le Coeur de la Mère de Dieu ; c’est le Coeur de l’Epouse du Saint-Esprit ; c’est le Coeur de la Mère très bonne de tous les fidèles. C’est un Coeur tout embrasé d’amour envers Dieu, tout enflammé de charité pour nous.

Il est tout amour pour Dieu, car il n’a jamais rien aimé que Dieu seul, et ce que Dieu voulait qu’il aimât en Lui et pour Lui. Il est tout amour parce que la bienheureuse Vierge a toujours aimé Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces. Il est tout amour parce que, non seulement elle a toujours voulu tout ce que Dieu voulait, et n’a jamais rien voulu de ce qu’Il ne voulait pas, mais encore parce qu’elle a toujours mis toute sa joie en la très aimable volonté de Dieu.

Il est tout amour pour nous. Elle nous aime du même amour dont elle aime Dieu, car c’est Dieu qu’elle regarde et aime en nous. Et elle nous aime du même amour dont elle aime l’Homme-Dieu, qui est son Fils Jésus, car elle sait qu’Il est notre chef et que nous sommes Ses membres, et par conséquent que nous ne sommes qu’un avec Lui, comme les membres ne sont qu’un avec leur chef. C’est pourquoi elle nous regarde et nous aime en quelque sorte comme son Fils et comme ses propres enfants, qui portent cette glorieuse qualité pour deux raisons. En premier lieu, parce qu’étant Mère du chef, elle est par conséquent Mère des membres. En second lieu, parce que notre Sauveur, en la Croix, nous a donnés à Sa Mère en qualité d’enfants. Il nous l’a donnée, non seulement en qualité de Reine et de Souveraine, mais en la qualité la plus avantageuse pour nous qui puisse s’imaginer, c’est-à-dire en qualité de Mère, en disant à chacun de nous ce qu’Il dit à Son disciple bien-aimé : « Voilà votre Mère ». Et Il nous donne à elle, non pas seulement en qualité de serviteurs ou d’esclaves, ce qui serait un grand honneur pour nous, mais en qualité d’enfants : « Voilà votre fils », lui dit-Il, parlant de chacun de nous, en la personne de saint Jean, comme s’Il lui disait : « Voilà tous Mes membres que Je vous donne pour être vos enfants ; Je les mets en Ma place, afin que vous les regardiez comme Moi-même, et que vous les aimiez du même amour dont vous M’aimez ; aimez-les aussi comme Je les aime ».

O Mère de Jésus, vous nous regardez et nous aimez comme vos enfants, et comme les frères de votre Fils Jésus, et du même cœur, et vous nous aimez et aimerez éternellement du même amour de Mère dont vous L’aimez !

C’est pourquoi, dans toutes vos affaires, nécessités, perplexités et afflictions, ayez recours à ce Coeur de notre très charitable Mère. C’est un Coeur qui veille toujours sur nous et sur les plus petites choses qui nous touchent. C’est un Coeur si plein de bonté, de douceur, de miséricorde et de libéralité, que jamais aucun de ceux qui l’ont invoqué avec humilité et confiance, ne s’en est retourné sans consolation. C’est un Coeur très généreux, très fort et très puissant pour combattre nos ennemis, pour repousser et anéantir tout ce qui nous est contraire, pour obtenir de Dieu tout ce qu’il Lui demande, et pour nous combler de toutes sortes de biens.

Coeur de Marie Refuge de l'âme fidèle - détail

Litanies du Saint Coeur de Marie > www.
B.D. sur le Coeur de Marie > www.

2014-82. 20 août 1914 : Saint Pie X rend son âme à Dieu.

Saint Pie X sur son lit de mort

Saint Pie X sur son lit de mort 

Eté 1914 : le déclenchement des hostilités déchire le coeur du pape Pie X.
Le saint Pontife, qui a célébré le 2 juin précédent son soixante-dix-neuvième anniversaire, affaibli par une bronchite, est plus que tout accablé par ce qu’il pressent de cette guerre. L’auguste malade passe littéralement ses jours et ses nuits à prier, demandant à Dieu le retour de la paix ; il s’épuise rapidement. 

Le 19 août 1914, le Prélat Sacriste lui administre les derniers sacrements, qu’il reçoit avec beaucoup de piété : le pape Sarto avait déjà perdu l’usage de la parole, mais gardait toute sa lucidité et comprenait tout.
Dans la nuit du 19 au 20 août, une heure et quart après minuit, le saint Pape rendit son âme à Dieu.

La dépouille mortelle de Pie X, revêtue des ornements pontificaux, fut d’abord exposée dans la Salle du Trône, puis transportée dans la Basilique Vaticane pour être exposée dans la chapelle du Très Saint-Sacrement.
Les funérailles furent célébrées le 23 août.

Dépouille de Saint Pie X exposée dans la Basilique Vaticane

Exposition de la dépouille de Saint Pie X dans la chapelle du Très Saint-Sacrement de la Basilique Vaticane.

Le premier procès en vue de la canonisation du pape Pie X fut introduit le 14 février 1923 et dura jusqu’en 1931. Douze ans plus tard, deux guérisons de cancers ayant été reconnues miraculeuses, le pape Pie XII ouvrit le second procès, qui aboutit, au matin du 3 juin 1951, à la cérémonie de béatification, puis – deux nouveaux miracles ayant été authentifiés – à la canonisation, le samedi 29 mai 1954.
Cette année 2014 marque donc tout à la fois le centenaire de la mort et le soixantième anniversaire de la canonisation de Saint Pie X.

Pour cette canonisation – qui était la première d’un pape depuis celle de Saint Pie V, en 1712 – , l’affluence s’annonçait telle qu’il fallut prévoir la cérémonie à l’extérieur de la Basilique Saint-Pierre, ce qui était tout à fait inhabituel en 1954, et le trône papal fut dressé devant la porte centrale de la basilique.
Le rite solennel de la canonisation eut lieu le samedi 29 mai 1954, en fin d’après-midi. Il n’était – évidemment – pas inclus dans une Messe et culminait par la proclamation de la formule solennelle :
« En l’honneur de la Sainte et Indivisible Trinité, pour l’exaltation de la foi catholique et pour l’accroissement de la religion chrétienne, par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul et la Nôtre,  après une mûre délibération et ayant souvent imploré le secours divin, de l’avis de nos vénérables frères les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, les Patriarches, Archevêques et Evêques présents dans la ville, Nous décrétons et définissons Saint et Nous inscrivons au catalogue des Saints le bienheureux Pie X, confesseur ».

Après le chant du Te Deum, la châsse de Saint Pie X fut exposée devant l’autel papal, autel sur lequel il avait célébré la messe, au-dessus de la tombe de Saint Pierre.
Le lendemain, dimanche 30 mai, Son Eminence le cardinal Tisserant célébra la messe de la Chapelle Papale, Pie XII assistant au trône.

Il nous a paru judicieux de publier ci-dessous le discours que prononça Sa Sainteté le pape Pie XII à l’occasion de cette canonisation : tandis que nous rappelons le centenaire de la mort de Saint Pie X, un tel texte mérite d’être lu, relu, approfondi et médité, spécialement dans les circonstances présentes de l’Eglise et de la société…
Je ne pense pas qu’il y ait de plus bel hommage que celui rendu à ce saint Pontife par un autre saint Pontife.

   Lully.    

Pie XII cérémonie de canonisation de St Pie X 29 mai 1954

Sa Sainteté le Pape Pie XII à genoux pendant le Veni Creator
du rite de la canonisation de Saint Pie X,
sur le parvis de la basilique Vaticane, le soir du samedi 29 mai 1954

Armoiries de Pie XII

Discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie XII
le 29 mai 1954
lors de la
canonisation de Saint Pie X :

« Cette heure d’éclatant triomphe que Dieu, qui élève les humbles, a préparée et comme hâtée, pour sceller l’ascension merveilleuse de son fidèle serviteur Pie X à la gloire suprême des autels, comble Notre âme d’une joie à laquelle, Vénérables Frères et chers fils, vous participez largement par votre présence.
Nous rendons donc de ferventes actions de grâces à la divine bonté pour Nous avoir permis de vivre cet événement extraordinaire, d’autant plus que, pour la première fois peut-être dans l’histoire de l’Eglise, la canonisation formelle d’un Pape est proclamée par Celui qui eut jadis le privilège d’être à son service dans la Curie Romaine.

Date heureuse et mémorable, non seulement pour Nous qui la comptons parmi les jours fastes de Notre Pontificat, auquel la Providence avait cependant réservé tant de douleurs et de sollicitudes, mais aussi pour l’Eglise entière qui, groupée spirituellement autour de Nous, exulte à l’unisson d’une vive émotion religieuse.

Le nom si cher de Pie X traverse en ce soir radieux toute la terre, d’un pôle à l’autre, scandé par les voix les plus diverses ; il suscite partout des pensées de céleste bonté, des élans puissants de foi, de pureté, de piété eucharistique, et résonne comme un témoignage éternel de la présence féconde du Christ dans son Eglise. Par un retour généreux, en exaltant son serviteur, Dieu atteste la sainteté éminente, par laquelle plus encore que par son office suprême, Pie X fut pendant sa vie le champion illustre de l’Eglise et se trouve par là aujourd’hui le Saint que la Providence présente à notre époque.

Or, Nous désirons que vous contempliez précisément dans cette lumière la figure gigantesque et douce du Saint Pontife, pour que, une fois l’ombre descendue sur cette journée mémorable et rentrées dans le silence les voix de l’immense Hosanna, le rite solennel de sa canonisation reste une bénédiction pour vos âmes et pour le monde un gage de salut.

§1 – Pie X fut d’abord préoccupé de rendre l’Eglise plus accessible, notamment en formulant le Droit Canon.

Le programme de son Pontificat fut annoncé solennellement par lui dès la première Encyclique (« E Supremi » du 4 octobre 1903) où il déclarait que son but unique était d’ « instaurare omnia in Christo » (Eph. I, 10), c’est-à-dire de récapituler, de ramener tout à l’unité dans le Christ.
Mais quelle est la voie qui nous ouvre l’accès à Jésus-Christ ? se demandait-il, en regardant avec amour les âmes perdues et hésitantes de son temps. La réponse, valable hier comme aujourd’hui et dans les siècles à venir, est : l’Eglise !
Ce fut donc son premier souci, poursuivi incessamment jusqu’à sa mort, de rendre l’Eglise toujours plus concrètement apte et ouverte au cheminement des hommes vers Jésus-Christ.
A cette fin, il conçut l’entreprise hardie de renouveler le corps des lois ecclésiastiques de manière à donner à l’organisme entier de l’Eglise un fonctionnement plus régulier, une sûreté et une promptitude de mouvements plus grandes, comme le demandait un monde extérieur imprégné d’un dynamisme et d’une complexité croissants. Il est bien vrai que cette entreprise, définie par lui-même, « une oeuvre assurément difficile » était digne de son sens pratique éminent et de la vigueur de son caractère ; cependant il ne semble pas que la seule considération de son tempérament donne le dernier motif de la difficile entreprise.
La source profonde de l’oeuvre législative de Pie X est à chercher surtout dans sa sainteté personnelle, dans sa persuasion intime que la réalité de Dieu perçue par lui dans une incessante communion de vie, est l’origine et le fondement de tout ordre, de toute justice, de tout droit dans le monde. Là où est Dieu, régnent l’ordre, la justice et le droit ; et, vice versa, tout ordre juste protégé par le droit, manifeste la présence de Dieu. Mais quelle institution sur la terre devait manifester plus éminemment que l’Eglise, corps mystique du Christ même, cette relation féconde entre Dieu et le droit ? Dieu bénit largement l’oeuvre du Bienheureux Pontife, si bien que le Code de droit canon restera à jamais le grand monument de son Pontificat et qu’on pourra le considérer lui-même comme le Saint providentiel du temps présent.

Puisse cet esprit de justice, dont Pie X fut un exemple et un modèle pour le monde contemporain pénétrer les salles de Conférences des Etats où l’on discute de très graves problèmes, concernant la famille humaine, en particulier la manière de bannir pour toujours la crainte de cataclysmes terribles et d’assurer aux peuples une ère durable de tranquillité et de paix.

§2 – Pie X fut aussi un intrépide défenseur de la foi.

Pie X se révèle aussi champion convaincu de l’Eglise et Saint providentiel de nos temps dans la seconde entreprise qui distingue son oeuvre et ressembla, par ses épisodes parfois dramatiques, à la lutte engagée par un géant pour la défense d’un trésor inestimable : l’unité intérieure de l’Eglise dans son fondement intime : la foi.

Déjà depuis son enfance, la Providence divine avait préparé son élu dans son humble famille, édifiée sur l’autorité, les bonnes moeurs et sur la foi elle-même vécue scrupuleusement. Sans doute tout autre Pontife, en vertu de la grâce d’état, aurait combattu et rejeté les assauts destinés à frapper l’Eglise à la base.
Il faut cependant reconnaître que la lucidité et la fermeté avec lesquelles Pie X conduisit la lutte victorieuse contre les erreurs du modernisme, attestent à quel degré héroïque la vertu de foi brûlait dans son coeur de saint. Uniquement soucieux de garder intact l’héritage de Dieu au troupeau qui lui était confié, le grand Pontife ne connut de faiblesse en face de quiconque, quelle que fût sa dignité ou son autorité, pas d’hésitations devant des doctrines séduisantes mais fausses, dans l’Eglise et au dehors, ni aucune crainte de s’attirer des offenses personnelles et de voir méconnaître injustement la pureté de ses intentions. Il eut la conscience claire de lutter pour la cause la plus sainte de Dieu et des âmes.
A la lettre, se vérifièrent en lui les paroles du Seigneur à l’Apôtre Pierre : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point, et toi… confirme tes frères » (Luc XXII, 32). La promesse et l’ordre du Christ suscitèrent encore une fois, dans la fermeté indéfectible d’un de ses Vicaires, la trempe indomptable d’un athlète.

Il est juste que l’Eglise, en lui décernant à cette heure la gloire suprême à l’endroit même où depuis des siècles brille sans se ternir celle de Pierre et en confondant ainsi l’un et l’autre dans une seule apothéose, chante à Pie X sa reconnaissance et invoque en même temps son intercession pour se voir épargner de nouvelles luttes du même genre.
Mais ce dont il s’agissait précisément alors, c’est-à-dire la conservation de l’union intime de la foi et de la science, est un bien si grand pour toute l’humanité que cette seconde grande oeuvre du Pontife est, elle aussi, d’une importance telle qu’elle dépasse largement les frontières du monde catholique.

Lorsque, comme le modernisme, on sépare, en les opposant, la foi et la science dans leur source et leur objet, on provoque entres ces deux domaines vitaux, une scission tellement funeste que « la mort l’est à peine plus ». On l’a vu en pratique : au tournant du siècle, on a vu l’homme divisé au fond de lui-même, et gardant cependant encore l’illusion de conserver son unité dans une apparence fragile d’harmonie et de bonheur basés sur un progrès purement humain, se briser pour ainsi dire sous le poids d’une réalité bien différente.

Le regard vigilant de Pie X vit s’approcher cette catastrophe spirituelle du monde moderne, cette déception spécialement amère dans les milieux cultivés. Il comprit qu’une foi apparente de ce genre, c’est-à-dire une foi qui au lieu de se fonder sur Dieu révélateur s’enracine dans un terrain purement humain, se dissoudrait pour beaucoup dans l’athéisme ; il perçut également le destin fatal d’une science qui, à l’encontre de la nature et par une limitation volontaire, s’interdisait de marcher vers le Vrai et le Bien absolus et ne laissait ainsi à l’homme sans Dieu, devant l’invincible obscurité où gisait pour lui tout l’être, que l’attitude de l’angoisse ou de l’arrogance.

Le Saint opposa à un tel mal le seul moyen de salut possible et réel : la vérité catholique, biblique, de la foi acceptée comme « un hommage raisonnable » (Rom. XII, 1) rendu à Dieu et à sa révélation. Coordonnant ainsi foi et science, la première en tant qu’extension surnaturelle et parfois confirmation de la seconde, et la seconde comme voie d’accès à la première, il rendit au chrétien l’unité et la paix de l’esprit, conditions imprescriptibles de la vie.

Si beaucoup aujourd’hui se tournent à nouveau vers cette vérité, poussés vers elle en quelque sorte par l’impression de vide et l’angoisse de leur abandon, et s’ils ont ainsi le bonheur de pouvoir la trouver fermement possédée par l’Eglise, ils doivent en être reconnaissants à l’action clairvoyante de Pie X. C’est à lui en effet que revient le mérite d’avoir préservé la vérité de l’erreur, soit chez ceux qui jouissent de toute sa lumière, c’est-à-dire les croyants, soit chez ceux qui la cherchent sincèrement. Pour les autres, sa fermeté envers l’erreur peut encore demeurer un scandale ; en réalité, c’est un service d’une extrême charité, rendu par un Saint, en tant que Chef de l’Eglise, à toute l’humanité.

§3 – Pie X vécut uni à Dieu, principalement dans l’Eucharistie.

La sainteté, qui se révèle comme inspiratrice et comme guide des entreprises de Pie X que Nous venons de rappeler, brille encore plus immédiatement dans ses actions quotidiennes. C’est en lui-même d’abord qu’il réalisa, avant de le réaliser dans les autres, le programme qu’il s’était fixé : tout rassembler, tout ramener à l’unité dans le Christ.
Comme humble curé, comme évêque, comme Souverain Pontife, il fut toujours persuadé que la sainteté à laquelle Dieu le destinait était la sainteté sacerdotale. Quelle sainteté peut en effet plaire davantage à Dieu de la part d’un prêtre de la Loi nouvelle, sinon celle qui convient à un représentant du Prêtre Suprême et Eternel, Jésus-Christ, Lui qui laissa à l’Eglise le souvenir continuel, le renouvellement perpétuel du sacrifice de la Croix dans la Sainte Messe, jusqu’à ce qu’il vienne pour le jugement final (1
 Cor. XI, 24-26) ; Lui qui par le sacrement de l’Eucharistie se donna Lui-même en nourriture aux âmes : « Qui mange de ce pain vivra éternellement » ? (Joan. VI, 58).

Prêtre avant tout dans le ministère eucharistique, voilà le portrait le plus fidèle du saint Pie X.
Servir comme prêtre le mystère de l’Eucharistie et accomplir le commandement du Seigneur : « Faites ceci en mémoire de moi » (Luc. XXII, 19), ce fut sa vie. Du jour de son ordination, jusqu’à sa mort comme Pontife, il ne connut pas d’autre sentier possible pour arriver à l’amour héroïque de Dieu et pour payer généreusement de retour le Rédempteur du monde qui par le moyen de l’Eucharistie « a épanché en quelque sorte les richesses de son amour divin pour les hommes » (Conc. Trente. Session XIII, chap. 2).
Une des preuves les plus significatives de sa conscience sacerdotale fut l’ardeur avec laquelle il s’efforça de renouveler la dignité du culte et spécialement de vaincre les préjugés d’une pratique erronée, en promouvant résolument la fréquentation même quotidienne de la table du Seigneur par les fidèles, et en y conduisant sans hésiter les enfants, qu’il souleva en quelque sorte dans ses bras pour les offrir aux embrassements du Dieu caché sur les autels ; par là l’Epouse du Christ vit s’épanouir un nouveau printemps de vie eucharistique.

Grâce à la vision profonde qu’il avait de l’Eglise comme société, Pie X reconnut dans l’Eucharistie le pouvoir d’alimenter substantiellement sa vie intime et de l’élever bien haut au-dessus de toutes les autres associations humaines. L’Eucharistie seule, en qui Dieu se donne à l’homme, peut fonder une vie de société digne de ses membres, cimentée par l’amour avant de l’êtrs par l’autorité, riche en oeuvres et tendant au perfectionnement des individus, c’est-à-dire « une vie cachée en Dieu avec le Christ ».

Exemple providentiel pour le monde moderne dans lequel la société terrestre devenue toujours plus une sorte d’énigme à elle-même cherche avec anxiété une solution pour se redonner une âme ! Qu’il regarde donc comme un modèle l’Eglise réunie autour de ses autels. Là, dans le mystère eucharistique, l’homme découvre et reconnaît réellement son passé, son présent et son avenir comme une unité dans le Christ. Conscient et fort de cette solidarité avec le Christ et avec ses propres frères, chaque membre de l’une et de l’autre société, celle de la terre et celle du monde surnaturel, sera en état de puiser à l’autel la vie intérieure de dignité personnelle et de valeur personnelle, qui est actuellement sur le point d’être submergée par le caractère technique et l’organisation excessive de toute l’existence, du travail et même des loisirs. Dans l’Eglise seule, semble répéter le Saint Pontife, et par elle dans l’Eucharistie, qui est « une vie cachée avec le Christ en Dieu », se trouvent le secret et la source de rénovation de la vie sociale.

De là vient la grave responsabilité de ceux à qui il incombe en tant que ministres de l’autel, d’ouvrir aux âmes la source salvifique de l’Eucharistie.
En vérité, l’action que peut déployer un prêtre pour le salut du monde moderne revêt de multiples formes, mais l’une d’elles est sans aucun doute la plus digne, la plus efficace et la plus durable dans ses effets : se faire dispensateur de l’Eucharistie après s’en être soi-même abondamment nourri. Son oeuvre ne serait plus sacerdotale si, fût-ce même par zèle des âmes, il faisait passer au second rang sa vocation eucharistique.
Que les prêtres conforment leurs pensées à la sagesse inspirée de Pie X et orientent avec confiance dans la lumière de l’Eucharistie toute leur activité personnelle et apostolique. De même, que les religieux et les religieuses, qui vivent avec Jésus sous le même toit et se nourrissent chaque jour de sa chair, considèrent comme une règle sûre ce que le saint Pontife déclare dans une circonstance importante, à savoir que les liens qui les unissent à Dieu par le moyen des voeux et de la vie communautaire ne doivent être sacrifiés à aucun service du prochain, si légitime soit-il.

L’âme doit plonger ses racines dans l’Eucharistie pour en tirer la sève surnaturelle de la vie intérieure, qui n’est pas seulement un bien fondamental des coeurs consacrés au Seigneur, mais aussi une nécessité pour tout chrétien, car Dieu l’appelle à faire son salut. Sans la vie intérieure, toute activité, si précieuse soit-elle, se dévalue en action presque mécanique, et ne peut avoir l’efficacité propre d’une opération vitale.
Eucharistie et vie intérieure : voici la prédication suprême et la plus générale que Pie X adresse en cette heure, du sommet de la gloire, à toutes les âmes. En tant qu’apôtre de la vie intérieure il se situe, à l’âge de la machine, de la technique, de l’organisation, comme le saint et le guide des hommes d’aujourd’hui.

Prière conclusive :

Oui, ô Saint Pie X, gloire du Sacerdoce et honneur du Peuple chrétien ; — Toi en qui l’humilité parut fraterniser avec la grandeur, l’austérité avec la mansuétude, la piété simple avec la doctrine profonde ; Toi, Pontife de l’Eucharistie et du catéchisme, de la foi intègre et de la fermeté impavide ; tourne ton regard vers la Sainte Eglise, que Tu as tant aimée et à laquelle Tu as donné le meilleur des trésors que la divine Bonté, d’une main prodigue, avait déposés dans ton âme ; obtiens-lui l’intégrité et la constance au milieu des difficultés et des persécutions de notre temps ; soulève cette pauvre humanité, aux douleurs de qui Tu as tellement pris part qu’elles finirent par arrêter les battements de Ton grand coeur ; fais que la paix triomphe dans ce monde agité, la paix qui doit être harmonie entre les nations, accord fraternel et collaboration sincère entre les classes sociales, amour et charité entre les hommes, afin que de la sorte les angoisses qui épuisèrent Ta vie apostolique se transforment grâce à Ton intercession, en une réalité de bonheur, à la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui avec le Père et le Saint-Esprit vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il ! »

Exposition de la chasse de St Pie X devant le maître autel de St Pierre après la canonisation

Exposition de la chasse de Saint Pie X devant l’autel de la confession de Saint-Pierre
après la cérémonie de canonisation, le 29 mai 1954

Armoiries de Saint Pie X

Voir aussi :
Prophétie et prière de Saint Pie X pour la France > www

« De ce trône de gloire où vous êtes assise, ne dédaignez pas d’abaisser encore sur nous vos regards… »

Prière à la Très Sainte Vierge
pour
la fête de sa glorieuse Assomption :

14 août, vigile de l’Assomption,
et mémoire de Saint Maximilien-Marie Kolbe, prêtre martyr.

Vous trouverez ci-dessous, chers Amis, le texte d’une très belle prière que l’un de nos amis vient de porter à ma connaissance et qui m’a véritablement ravi : elle est extraite du « Diurnal ou Office Complet – latin et français – pour les laïques, à l’usage du diocèse de Bayeux, imprimé par ordre de Mgr. Ch.-Fr. Duperrier, évêque de Bayeux », publié en 1825.
Cette prière fait suite aux prières prescrites pour la procession du renouvellement du Voeu de Louis XIII (sensiblement les mêmes que ce qui a été publié ici > www), et elle me semble toujours pertinente et conforme aux nécessités actuelles de notre pays

Ingres : le voeu de Louis XIII

Ingres : le Voeu de Louis XIII

O Marie, ô la plus pure, la plus sainte et la plus auguste de toutes les créatures ! de ce trône de gloire où vous êtes assise, ne dédaignez pas d’abaisser encore sur nous vos regards. Du milieu des concerts de louange que forment en votre honneur les esprits célestes dont vous êtes la Reine, souvenez-vous encore de ces pauvres exilés dont vous êtes la Mère.

Après nous être réjouis avec toute l’Eglise de votre triomphe, nous venons avec toute la France nous prosterner à vos pieds, nous consacrer à vous de nouveau, et vous conjurer de renouveler aussi l’adoption que vous avez faite de chacun de nous. Il nous semble en ce moment entendre notre divin Sauveur nous adresser cette consolante parole : « Enfants, voilà votre Mère! »
O mon Dieu ! nous la recevons avec action de grâces cette Mère si bonne, si tendre, si compatissante et si digne d’être aimée. Nous lui jurons un amour vraiment filial.
Mais vous aussi, Vierge Sainte, entendez votre Fils qui vous dit : « Femme, voilà vos enfants ! »
O Marie ! recevez-nous pour votre famille, aimez-nous, protégez-nous, comblez-nous de bienfaits.

Hélas ! nous ne méritons plus, nous n’avons jamais mérité votre protection. Mais quelque ingrats, quelque criminels que nous ayons été et que nous soyons encore, pouvez-vous oublier que vous êtes Mère, que vous nous avez enfantés dans la douleur, que vous avez sacrifié pour nous ce que vous aviez de plus cher, Jésus-Christ votre Fils bien-aimé ?
Faites donc éclater encore en faveur de ce Royaume les miracles de grâce et de miséricorde dont la piété de nos pères fut récompensée par votre intercession.
Obtenez-nous de les mériter comme eux, en marchant sur leurs traces dans la simplicité de la foi, dans l’attachement inviolable à l’Eglise, dans la soumission parfaite aux Pasteurs légitimes, dans l’éloignement absolu de toute nouveauté de doctrine, dans l’horreur du péché, dans l’union des coeurs, dans la paix et les saintes douceurs de la charité.
Ramenez à Dieu ceux qui l’ont oublié, convertissez à la Religion ceux qui la combattent, fortifiez dans les voies droites ceux qui sont demeurés fidèles.
Rendez-nous une nation sainte et un peuple choisi. Donnez au Roi la sagesse, aux dépositaires de son autorité l’intelligence et la justice, au peuple l’obéissance aux lois et l’amour pour son Prince, afin que la France soit toujours le Royaume Très Chrétien, et l’heureux apanage du Fils Aîné de l’Eglise.

Misérable pécheur, je n’oserais pas vous adresser ma prière : mais je m’unis à tant d’âmes ferventes qui redoublent aujourd’hui de dévotion pour vous, et qui se consacrent à votre Saint Coeur avec un zèle tout nouveau.
O Mère de miséricorde ! ô Refuge des pécheurs ! ne rejettez pas mon offrande. Je veux aussi désormais être tout à vous. Je vous consacre aujourd’hui ma vie et tout ce qui est en moi. Je vous consacre mes parents et mes amis. Je vous consacre mes biens, mon industrie, mes travaux. 
Je ne vous demande qu’une chose : c’est que vous me preniez sous votre protection ; alors je ne craindrai rien, ni du côté de mes péchés, parce que vous m’obtiendrez le remède aux maux qu’ils m’ont causé ; ni du côté des démons, puisque vous êtes plus puissante que tout l’enfer ; ni du côté de mon Juge, parce qu’une seule de vos prières suffit pour l’apaiser.

Ainsi soit-il !

Armes de France

Autres prières ou textes accordés à la fête du 15 août :
1 – Textes traditionnels
pour la procession du renouvellement du Voeu de Louis XIII > www

2 – Lettre apostolique du Pape Pie XI
proclamant N.D. de l’Assomption patronne principale de la France > www

3 – Célèbre prière de l’abbé H. Perreyve :
« Vierge Sainte, au milieu de vos jours glorieux… » > www

4 – Prière à N.D. de l’Assomption composée par le vénérable Pie XII > www
5 – Paraphrase du Salve Regina composée par Saint Bonaventure > www

2014-81. Rappel à Dieu du Révérend Père Jean Charles-Roux.

Un nouveau deuil pour la famille légitimiste.

Nous avons appris hier soir, 8 août, le rappel à Dieu, à Rome, du Révérend Père Jean Charles-Roux : né le 12 décembre 1914, il était donc dans sa centième année.

Rd Père Jean Charles-Roux

Fils aîné du diplomate, homme d’affaires et historien François Charles-Roux, le Père Jean Charles-Roux était le frère de la redoutable Edmonde Charles-Roux (et donc le beau-frère de Gaston Defferre !) et de Cyprienne Charles-Roux, devenue par son mariage Princesse Marcello del Drago.
Il avait lui-même embrassé la carrière diplomatique avant d’entrer dans les ordres : son choix s’était alors porté sur l‘Institut de la Charité (dit des Pères Rosminiens), ce qui avait provoqué l’ire de son père qui avait vu dans cette voie un obstacle aux dignités ecclésiastiques ; il avait alors fallu l’intervention de Sa Sainteté le Pape Pie XII pour que l’ambassadeur de France près le Saint-Siège accepte la vocation de son fils.
Le Père Jean Charles-Roux avait été ordonné prêtre en 1954, dans sa quarantième année.

Une grande partie de son ministère s’est déroulée à Londres, dans l’église des Pères Rosminiens – où il a toujours célébré la Sainte Messe latine traditionnelle – , avant de se retirer à Rome auprès de sa soeur Cyprienne.
Il racontait lui-même avec beaucoup d’humour (un des traits particuliers de son caractère) que lorsque la nouvelle messe avait été imposée, il l’avait « essayée » mais s’était promptement rendu compte de l’indigence du nouveau rite : « J’ai donc écrit au pape Paul, que j’avais connu quand il était cardinal Montini, et dit : Saint-Père, soit vous me permettez de célébrer l’ancienne messe, soit je quitte la prêtrise et j’épouse la première jolie fille que je rencontre. »

Homme d’une immense culture, d’un raffinement exquis, d’un humour toujours très subtil – même s’il était parfois un peu décapant – , d’une charité sacerdotale exemplaire, il fut non seulement fidèle à la Sainte Messe traditionnelle (et l’on se souvient que c’est lui qui la célébrait quasi tous les jours dans les studios du tournage du film de Mel Gibson « La Passion du Christ »), mais il fut également fidèle à la légitimité dynastique : nous nous souvenons tous de sa silhouette fine et racée, de son sourire et de son extrême affabilité, lorsqu’il venait à Paris ou à Saint-Denys pour les cérémonies religieuses en l’honneur du Roi-martyr, de la Reine Marie-Antoinette, ou pour la Messe de fondation des Invalides…

Le Père Charles-Roux est l’auteur d’un ouvrage émouvant intitulé « Louis XVII – la mère et l’enfant martyrs », publié en janvier 2007 aux éditions du Cerf, dont voici la dédicace :
« Ces pages sont dédiées à la mémoire, sainte et sacrée, de Marie-Antoinette d’Autriche, de France et de Navarre, en tant que Reine mère, selon le Cœur Immaculé de Marie ; et toujours, en les palais comme en les prisons, à l’image de ces lys, inscrits en trinité dans les armes de France, et proposés par Jésus en modèle de beauté ! 
Ainsi qu’au Sang de France, très particulièrement en ces princes prometteurs à avoir souffert et expiré enfants, tels le Duc de Valois, fils d’Henriette d’Angleterre, Duchesse d’Orléans, et le Duc de Bourgogne, frère aîné de Louis XVI, et le Dauphin Louis Joseph, fils aîné des souverains martyrs, et, jusqu’en notre siècle, le Prince François de France, Duc de Bourbon, frère aîné de Louis XX ! 
À ce Sang, en effet, qui pour refléter en son cours le destin et la mission d’un peuple et d’une nation, incite si intensément à se demander avec Novalis : « Wer kann sagen daß er das Blut versteht ? » (*)
À ce Sang, qui est pour le peuple français celui choisi par Jésus, afin d’être, en aval de Son Incarnation, l’équivalent de ce qu’avait été en amont celui de David pour le Peuple élu ; c’est-à-dire le flot qui, par communion avec le Sang de la Personne même du Rédempteur, entraîne les destins des États et des populations, à affluer en la sereine vallée aux « vertes pâtures », entre « les collines éternelles » du Royaume des cieux. » 

Que le Roi du Ciel lui accorde la récompense qu’Il a promise pour Ses bons et fidèles serviteurs !

frise lys

(*) traduction : « Qui peut dire qu’il comprend le sang ? » (in  Geistliche Lieder (1798) VII Hymne ici)

Publié dans:Memento, Prier avec nous, Vexilla Regis |on 9 août, 2014 |2 Commentaires »

2014-79. Ces petits riens qui changent tout…

Il y a quelques semaines, je vous ai parlé de ce recueil des « Paillettes d’or » que nous possédons dans la bibliothèque du Mesnil-Marie, et dont je vous ai déjà retranscris un texte spirituel (ici > les malcontents).
En cette fête de la Transfiguration, voici un autre beau texte extrait des « Paillettes d’or », simple et profond, portant, sous le couvert d’une petite leçon de grammaire, une leçon spirituelle à méditer…

Lully.

Leçon de grammaire à l'école des chats

Une leçon de grammaire :

Voyez donc comme un préfixe, cette menue syllabe qui se place au gré de l’écrivain à la tête d’un mot, le modifie, le transforme, lui donne des allures ou plus délicates, ou plus fines, ou plus extravagantes.
On nous donnait un jour à définir et à transformer le mot

Figurer

Figurer, c’est habituellement remplir une place uniquement pour ne pas la laisser vide, et rester là comme une tapisserie tout le temps d’une séance, d’une représentation, d’une réception.
Figurer, c’est quelquefois se poser dans un salon, une réunion, même dans la rue, comme ces figures de cire placées devant un magasin de modes et qui rient aux passants de ce rire perpétuel qu’un seul mot peut définir rire béat.
Figurer, c’est tout naïvement et sans arrière pensée dire : Regardez-moi.

chat au livre

Faites précéder ce verbe, un peu raide de sa nature, d’un petit monosyllabe charmant appelé pronom personnel, le charme, les délices, l’amour de l’égoïste – et vous aurez cet autre verbe qui toujours sur les lèvres amène un sourire de bonheur :

Se figurer

Autant figurer est raide, béat, nul, autant se figurer est gracieux, attrayant, fécond en douces et intarissables illusions.
Se figurer ! mais ne voyez-vous pas surgir dans votre imagination tout un monde de satisfactions, de vanités, d’applaudissements, de jalousies procuréces, d’adulations méritées.
Se figurer ! C’est se sentir, se croire, se savoir quelqu’unquelqu’un d’important, quelqu’un de nécessaire – quelqu’un qui tient une place dans le monde et dont la disparition laisserait un vide immense.
Se figurer ! C’est ce sentir et se savoir quelque chosequelque chose qui compte dans l’atmosphère de la politique ou de la littérature – quelque chose qu’on est forcé d’admirer.
O charmant effet d’un petit pronom personnel.

chat professeur

Voulez-vous au verbe se figurer ajouter le petit préfixe ? Voilà subitement une transformation étonnante et troublante :

Se défigurer !

Se défigurer, c’st tout simplement s’enlaidir.
Oh ! non pas, certes, aux yeux de celui qui s’ajoute ces petits riens dont nous allons parler, croyant par là s’embellir – mais aux yeux du public, heureux d’avoir un but à ses fines moqueries, à ses pointes piquantes et acérées et à ses réflexions malignes.
Voyez-le donc, lui qui se figure valoir davantage par sa pose magistrale – par son accent emprunté aux régions hyperboréennes – par la coupe, la couleur, l’agencement excentrique de ses vêtements, par le balancement qui accompagne chacun de ses pas, par le choix de locutions bizarres dont il ornemente son langage – comme avec tous ces préfixes ajoutés à sa personne il a su se défigurer.

chat bon élève

Encore ! mais, cette fois, ce n’est pas des yeux du corps qu’il faut regarder, c’est des yeux de l’âme.
Au mot se figurer ajoutez la syllabe trans et, devant vous, resplendira cette ravissante image :

Se transfigurer

Se transfigurer, c’est se diviniser. – C’est rayonner par les yeux, par le sourire, par l’éclat du visage, par la parole, par le maintien, par l’être tout entier, c’est rayonner la divine personne de Jésus-Christ, résidant dans l’âme par la grâce qu’il y a apportée.
Vous êtes transfigurée, jeune fille, qui, venant à la Table Sainte, apportez aux vôtres le dévouement de votre coeur, les grâces de votre visage et l’activité de vos mains, n’ayant qu’une pensée : Etre utile.
Vous êtes transfiguré, jeune homme, qui, obéissant à la voix intérieure qui vous pousse, n’avez qu’un but : faire votre devoir et le faire sans défaillances, prêt à lutter toujours et partout.
Vous êtes transfigurée, mère chrétienne, qui partout où vous êtes, rayonnez sans vous en douter, la paix, la joie, le sacrifice.

chat professeur

Au point de vue moral, le préfixe est la collection des petits riens que, dans la vie de tous les jours, on ajoute à son caractère, comme le préfixe grammatical est la collection des petits mots ajoutés au langage ordinaire.
Les petits riens et les petits mots ont une puissance étonnante pour modifier le sens des phrases et la valeur de la conduite.
Un sourire sur les lèvres en accueillant quelqu’un – une parole aimable, un mot qui flatte, qui rassure, qui ranime – préfixe qui transfigure le visage, le caractère, le coeur.
Un geste d’ennui à une demande importune, un mouvement d’impatience, une parole vive, emportée – préfixe qui défigure le visage, le caractère, el coeur.
Le mot moi revenant à chaque phrase et prononcé avec un certain air de satisfaction : préfixe qui fait poser, et donne cet air béat que nous avons admiré sur les figures de cire des magasins de mode.

chat au livre

Prenons garde aux petits riens !

Chat gif en marche

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