Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2015-69. Dominus flevit : le mystère des larmes de Jésus.

Vendredi 31 juillet 2015,
Fête de Saint Ignace de Loyola.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Avant que ne s’achève cette semaine qui suit le neuvième dimanche après la Pentecôte, dont l’Evangile nous a donné de contempler Notre-Seigneur Jésus-Christ pleurant sur Jérusalem (Luc XIX, 41-47), je veux laisser à votre réflexion et à votre méditation le texte de l’homélie prononcée dimanche dernier par Monsieur l’Abbé H. Vannier lors de la Sainte Messe, à l’intention des fidèles réunis dans l’église de Ceyssac.

Bonne lecture et bonne méditation à vous…

Lully. 

Flevit super illam - Enrique Simonet 1892

« Flevit super illam » – toile monumentale d’Enrique Simonet (1892 – musée de Malaga)

Le mystère des larmes de Jésus.

Homélie de Monsieur l’Abbé Henri Vannier
sur l’Evangile du IXe dimanche après la Pentecôte (Luc. XIX, 41-47).

Jésus a pleuré. Il pleure.
Contemplons Jésus pleurant. Cet Evangile a de quoi nous toucher. Comme ce spectacle inattendu est émouvant : le Fils de Dieu pleurant.
Adorons. Et recueillons ces larmes divines avec piété et vénération ; elles attirent notre amour, n’est-ce-pas : qui pourrait être insensible aux larmes du Christ !

Un mauvais esprit pourrait s’en choquer, en y voyant un signe de faiblesse.
Mais c’est bien le Fils de Dieu qui pleure, Lui dont l’humanité sainte est d’une absolue perfection, Dieu qui a pris un coeur foyer d’émotion et dont la sensibilité est d’une infinie délicatesse, aux frontières de son Esprit d’amour, le Fils de Dieu qui a voulu partager notre condition humaine ici-bas, dans cette vallée de larmes.

Jésus pleure avec ceux qui pleurent.
Mais là, pourquoi pleure-t-Il ?
Le Seigneur pense aux malheurs qui vont s’abattre sur Jérusalem à cause de l’infidélité des hommes. Car Jérusalem, c’est ce que le Père lui a confié et qui est l’objet de son amour et de sa miséricorde.

Jérusalem représente tout d’abord le Peuple élu, celui de la Promesse, cette nation que Dieu avait chérie tout au long de l’Ancien Testament, mais qui dans son ensemble, exceptés quelques justes ainsi que les plus humbles, a refusé de reconnaître le Christ comme le Messie, au temps du Salut : « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean I, 11).
Jésus pense donc aux calamités qui vont s’abattre en conséquence, la destruction de Jérusalem, la dispersion du peuple, mais aussi l’aveuglement et la dureté de coeur.
Certes, les dons de Dieu sont irréversibles, de sorte qu’Il leur garde son amour au point même de prévoir que ce peuple reviendra à Lui avant la fin de ce monde.

De façon plus générale, cette Jérusalem sur laquelle pleure le Seigneur, représente les pécheurs qui refusent sa grâce, la cité sans Dieu, là où l’amour de soi conduit à sa perte.
Souvenons-nous de la station sur le chemin du Calvaire où Jésus déclare aux femmes de Jérusalem : « Pleurez plutôt sur vous et sur vos enfants ».
En effet, la mort, la souffrance, la guerre, la violence, la haine sont le fruit du péché.
Mais Dieu aime l’homme qu’Il a créé. Il veut son bonheur, Il pleure son malheur. Il aime le pécheur qu’Il a sauvé sur la Croix. Le Fils de Dieu est venu en ce monde non pas pour juger mais pour guérir.
Certes Notre-Seigneur assume la souffrance de l’homme à laquelle Il a donné la vertu de la Rédemption, mais Il compatit et a pitié de nos épreuves.
Ouvrez l’Evangile : le Seigneur console, accomplit sans cesse des miracles de guérison, donne à manger à ceux qui ont faim, ressuscite.
Bien sûr, au-delà des biens et des joies d’ici-bas, sa mission essentielle consiste en le Salut et la vie éternelle. En pleurant, Il pense  donc à tous ceux qui refuseront sa grâce et qui se damneront. Car s’Il est infiniment bon et miséricordieux, Dieu est également parfaitement juste.

Nous pouvons comprendre ici que les larmes du Seigneur coulent de son Coeur Sacré plein d’amour, mais qu’elles ne sont pas l’effet d’une émotion égoïste ou d’une faiblesse sentimentale. Jésus pleure sur les malheurs dont les pécheurs sont eux-mêmes responsables et qu’ils causent par leur propre faute. Jésus déplore que l’amour ne soit pas aimé, que les ténêbres refusent la lumière, que la mort soit préférée à la vie.
Ces malheurs, Dieu ne les veut pas, ce sont les châtiments que les hommes se causent à eux-mêmes. Et si Dieu les permet, alors, Il veut s’en servir pour purifier, relever et restaurer, sachant par sa toute pouissance miséricordieuse tirer du mal un plus grand bien.
N’est-ce pas en souffrant que l’homme pécheur souvent revient à Dieu ?
Alors, les larmes se transforment en joie parce qu’il n’y a pas de plus grande joie dans le Ciel que celle du pécheur qui se convertit.

De tout cela, il ressort que les larmes du Seigneur ne sont pas des larmes de tristesse, mais des larmes de compassion. Elles ont une vertu salutaire : elles méritent et provoquent la conversion des pécheurs ; elles sont édifiantes ; elles arrosent nos coeurs pour les consoler et les guérir.

Cette Jérusalem sur laquelle pleure le Seigneur représente l’Eglise, son Epouse mystique bien-aimée, parce que celle-ci, pourtant l’objet de toutes ses bontés, est cependant, tout au long de son pélerinage ici-bas, la proie de tant de luttes et d’épreuves, mais aussi de péchés et d’infidélités qui blessent sa sainteté, éclipsent son rayonnement et apportent confusion même en son propre sein.
Ces hommes d’Eglise qui oublient ou trahissent leur mission au service du Salut, qui falsifient l’Evangile et la parole de Dieu, ceux qui pactisent avec le monde ennemi de Jésus-Christ ou qui ouvrent les portes du sanctuaire à l’abomination de la désolation…
Ces chrétiens qui abandonnent les promesses de leur baptême et les exigences de leur Foi, et qui laissent envahir leurs coeurs par les illusions et les vanités de ce monde.
Mais aussi ces chrétiens qui disent : « Seigneur ! Seigneur ! », mais dont la Foi ne sert à rien parce qu’ils ne pratiquent pas la charité.
Et ces chrétiens appelés à la sainteté et que Dieu comble de grâces mais qui ne vont pas jusqu’au bout de l’amour.

Jésus pleure sur l’Eglise, parce qu’elle est ce qu’Il a de plus cher et que l’infidélité de ses membres entraîne la perte de beaucoup d’âmes et l’apostasie désastreuse du monde !
Certes, Dieu est fidèle ; Il lui a promis qu’elle ne serait jamais abattue mais qu’au contraire elle sortirait toujours plus forte et plus belle en ses victoires assurées : « Je vis la Cité sainte, la nouvelle Jérusalem descendant du Ciel d’auprès de Dieu, parée comme une épouse et ornée pour son époux » (Apoc. XXI, 2).

Quant à nous, qui voyons Jésus pleurer, que pouvons-nous donc faire pour le consoler et lui sécher ses larmes ?

Flevit super illam (détail)

Publié dans:De liturgia, Textes spirituels |on 31 juillet, 2015 |2 Commentaires »

2015-67. « La voix apparaît la première, et bientôt le Verbe suivra ».

Sermon de
notre glorieux Père Saint Augustin
sur
la Nativité de Saint Jean-Baptiste.

Plusieurs sermons de notre glorieux Père Saint Augustin prononcés à l’occasion de la fête de la Nativité de Saint Jean-Baptiste nous ont été conservés. Voici le premier de tous.

Esteban Murillo -  Saint Jean-Baptiste enfant

Saint Jean-Baptiste enfant (Esteban Murillo, 1665, musée du Prado – Madrid)

La voix apparaît la première, et bientôt le Verbe suivra.

§ 1. Le Sauveur, précédé des prophètes, est venu dans le monde malgré satan qui a usurpé la souveraineté sur ce monde

Notre Roi, avant de naître d’une Vierge, S’était fait précéder de l’armée des Prophètes, afin que le monde, jusque-là révolté contre les édits de son Prince, acceptât enfin le joug de Dieu et ne pût envisager sans crainte l’arrivée de son Souverain Juge.
Mais le désespoir devint de l’audace, notre misérable humanité se mit en guerre ouverte contre Dieu, comme si elle ne dût avoir aucun juge de sa conduite, comme si elle n’eût aucun désir de se réconcilier avec son Créateur et qu’elle ne pût tenir aucun compte de ses ordres.
C’est alors que le Verbe, s’enveloppant dans un secret impénétrable, descendit des hauteurs du ciel et vint S’incarner dans l’obscurité la plus profonde.

§ 2. Saint Jean-Baptiste est le précurseur, préparant les âmes à la venue du Messie.

Mais auparavant, ce même Verbe avait envoyé pour Son précurseur, saint Jean, avec mission de préparer les âmes à la venue du Messie.
Ecoutez cette voix céleste, ce héraut terrible du grand Roi, cette trompette éclatante faisant retentir ces cris impétueux : « Je suis la voix de Celui qui crie dans le désert : Préparez la voie au Seigneur, rendez droits les sentiers de notre Dieu. Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées, les chemins courbes seront redressés, les sentiers escarpés seront aplanis, la gloire de Dieu apparaîtra, et toute chair verra le salut du Seigneur notre Dieu » (Luc III, 4- 6).
A la naissance de saint Jean, Jésus-Christ était encore caché dans le sein de sa Mère ; Marie tenait renfermés dans ses entrailles, parmi les lis et les roses, les membres invisibles du Dieu fait homme.
La voix apparaît la première, et bientôt le Verbe suivra. Saint Jean s’adresse donc aux hommes, il presse, il crie : Préparez le chemin au Seigneur, rendez droits les sentiers de notre Dieu. Arrachez des coeurs toute perversité, corrigez toutes ces perfidies tortueuses, aplanissez parles oeuvres de la simplicité et de la foi les collines anfractueuses de l’iniquité, et les erreurs levant audacieusement leur front orgueilleux. Dieu nous arrive ; Jésus-Christ approche ; accueillez présent Celui que vous avez méprisé absent. Quoique étant l’offensé, Dieu Se donne de lui-même, parce qu’il désire être apaisé !

§ 3. Saint Jean fut livré à une femme impudique.

Mais le Précurseur fut, de la part des hommes, l’objet d’une horrible cruauté et d’un profond mépris, à tel point que sa tête fut le prix des danses voluptueuses d’Hérodiade ; l’innocence du saint Précurseur devint l’enjeu d’un combat entre la passion et la fureur ; le roi, tout à coup aveuglé par la honteuse concupiscence qu’enflammaient à dessein les grâces impudiques d’une jeune danseuse, livre honteusement le sang innocent, non point à un guerrier armé, mais à une femme éhontée.

§ 4. Naissance miraculeuse de saint Jean.

Mais je m’aperçois, mes frères, qu’au lieu de vous parler de la naissance même de saint Jean, je vous entretiens déjà de sa mort. Je reviens donc à mon sujet, car je ne veux pas m’étendre outre mesure ni m’exposer à faire naître le dégoût et l’ennui. La lecture même de l’Evangile a été d’une certaine étendue ; sous peine donc de mériter à bon droit le reproche d’oisiveté, j’expliquerai le mystère qui nous est proposé, en l’exposant comme Dieu m’en fera la grâce.
Le père de saint Jean remplissait dans le temple les fonctions de son sacerdoce, lorsque l’ange Gabriel, fendant l’espace et traversant les airs, se présenta devant Zacharie tremblant de crainte et de respect. Mais au nom du Seigneur l’envoyé céleste le rassure et lui dit : « Ne craignez pas, Zacharie : voici que votre prière a été exaucée ; votre épouse Elisabeth vous donnera un fils à qui vous imposerez le nom de Jean : il sera grand et beaucoup se réjouiront à sa naissance » (Luc I, 13-14).
Or, Zacharie était déjà accablé de vieillesse ; il sentait ses membres ployer sous le poids de l’âge et son corps tourner à la dissolution. Son épouse gémissait de sa stérilité ; depuis longtemps la fleur de la jeunesse était en eux desséchée, et ils se croyaient impuissants à laisser des héritiers de leur nom. Mais tout est possible à Dieu : ces vieillards croient toucher aux limites de la vie, et soudain le fils qu’ils désirent depuis longtemps leur est donné. Toutefois Zacharie, accablé sous le poids de la vieillesse judaïque, refuse de croire à la parole de l’ange. Gabriel lui reproche cette incrédulité et, pour le punir, lui retire l’usage de la parole.

§ 5. Cette naissance est pour nous la source de la plus vive des joies.

Cependant les promesses du Seigneur s’accomplissent ; saint Jean met un terme à la stérilité de ses parents et, rendant à son père l’usage de la parole, annonce déjà par avance l’arrivée du souverain Juge.
Nous célébrons aujourd’hui l’anniversaire de cette naissance. Saint Jean naît, comme Dieu l’avait promis, et en naissant, il délie la langue de son père, afin que selon la parole prophétique de l’ange, cette naissance fût réellement une cause de joie pour plusieurs.
Prenons part à cette joie, mes frères, afin qu’après avoir reçu à coeur ouvert Jésus-Christ, le Souverain Juge, nous entourions de respect et de gratitude la naissance de Son précurseur.
Célébrons donc cette solennité, non pas en nous livrant aux honteux désordres des Gentils, mais en rendant à Dieu un culte simple et digne, et surtout en observant les règles de la chasteté chrétienne. Laissons aux temples païens leurs guirlandes et aux Gentils leurs folies et leurs danses voluptueuses ; c’est dans le Saint des saints que doit briller et se faire le concours de tous les fidèles.

feu gif

Un texte du Maître-Chat, écrit à l’occasion de la fête de la Nativité Saint Jean-Baptiste,
consacré au symbolisme liturgique de la fête du 24 juin > ici.

2015-65. Où Gustave Thibon, interrogé sur ses racines paysannes, citant Dante, expliquait que l’homme doit être enraciné pour parvenir à la contemplation des vérités éternelles.

Mardi 16 juin 2015,
fête de Saint Jean-François Régis (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parmi les commémorations remarquables de cette année 2015, il y a  le sept-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Dante.

C’est en effet au printemps de l’année 1265 (entre la mi-mai et la mi-juin : on n’en connaît pas la date exacte) qu’est né, à Florence, Durante degli Alighieri, couramment appelé Dante Alighieri.
Ecrivain et poète, il est considéré comme le « père de la langue italienne » et demeure à jamais l’un des plus grands poètes de la période médiévale, l’un des plus grands écrivains de la Chrétienté.
Il est également un homme politique qui prend une part active non seulement à l’administration de la ville de Florence, mais encore à la lutte armée, à la diplomatie, et aux mouvements d’idée de son temps.

Les célébrations du sept-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Dante ont été solennellement inaugurées au début du mois de mai par les autorités italiennes lors d’une cérémonie au Sénat au cours de laquelle l’acteur Roberto Benigni a lu le Chant XXXIII du « Paradis », celui qui marque la fin du voyage du poète et s’achève dans la contemplation de la splendeur divine.

Au passage, je ne peux m’empêcher d’imaginer – et de vous porter à imaginer – quel déchaînement de furieuse bêtise laïciste et quelles manifestations de l’intégrisme maçonnique déclancherait en France la lecture publique et officielle, au parlement, d’un texte poétique qui commence par magnifier la Très Sainte Vierge Marie et se termine de manière quasi extatique sur la louange de l’incommensurable lumière, beauté et sagesse de Dieu  (cf. > Parad. cant. XXXIII) !

Plusieurs centaines de cérémonies ou manifestations culturelles, célébrant Dante et son oeuvre, marqueront les prochains mois, non seulement en Italie, mais dans le monde entier.
J’encourage bien évidemment mes fidèles lecteurs et amis à profiter de cet anniversaire pour découvrir – s’ils ne la connaissent pas déjà – ou pour relire de manière méditative l’oeuvre majeure de l’Alighieri : la justement célèbre « Divine Comédie ».

Ma – très modeste – contribution à cet anniversaire, se bornera à faire paraître, ci-dessous, un texte – à ma connaissance non encore publié par écrit - (je l’ai moi-même retranscrit) de Gustave Thibon, : il est extrait d’un entretien qu’il avait accordé à la radio diocésaine de Viviers, quelques semaines après la publication de « Au soir de ma vie » (1993), et dont nous conservons précieusement l’enregistrement au Mesnil-Marie.
Interrogé sur ses origines paysannes, Gustave Thibon se saisit de l’occasion pour parler du nécessaire enracinement de l’homme, et c’est alors qu’il appuie son propos sur l’exemple et une citation de Dante, dont la lecture lui était familière.

Le style oral, le style de la conversation impromptue qui est celui de cet entretion, remettra immanquablement dans l’oreille de ceux qui ont eu le bonheur de l’entendre et d’échanger avec lui, les accents à la fois rocailleux et chantants, de Gustave Thibon.

Lully.

Domenico di Michelino - 1465 - Dante illuminant Florence par son oeuvre

Dante illuminant Florence par son oeuvre :
détail de « Dante et les trois royaumes », huile sur toile de Domenico di Michelino, 1465
(musée de l’Oeuvre du Duomo – Florence)

giglio

« L’homme a besoin de racines : de racines sur la terre qui lui permettent de fleurir dans le ciel… et d’avoir même des racines dans le ciel. »

* * * * * * *

« Paysan, eh bien, oui ! c’est l’homme du pays, l’homme de la terre, l’homme enraciné, l’homme d’un terroir, l’homme localisé en quelque sorte, c’est-à-dire l’homme qui a des racines.
Notez bien que les racines ne suffisent pas. Seulement, les fleurs, eh bien, naissent des racines en quelque sorte.
Il n’y a pas de belle floraison s’il n’y a pas d’enracinement. Alors je crois beaucoup, eh bien, aux racines terrestres qui sont nécessaires même pour l’épanouissement spirituel le plus universel.

A ce sujet je pourrai citer une anecdote : vous savez que Dante a été exilé de Florence à la fin de sa vie, dans ces querelles des gibelins et des guelfes qu’on a oubliées aujourd’hui. Il était donc exilé à Ravenne, et quelqu’un lui avait écrit : tu dois être bien malheureux loin de ta patrie. Et alors il a répondu un très beau mot, en latin d’ailleurs – je traduis - , il a répondu : « Les hautes vérités dans leur douceur suprême sont visibles sous tous les cieux » !
Alors moi je commenterai : elles sont visibles sous tous les cieux, mais elles ne poussent pas dans toutes les terres ! Et si Dante n’avait pas été un florentin, s’il n’avait pas été nourri de cette civilisation extraordinaire de Florence, il n’aurait pas pu voir les vérités suprêmes sous tous les cieux.

Je crois que c’est extrêmement important.
Regardez les grandes oeuvres du génie humain : les plus universelles, les plus admirées dans le monde entier, sont des œuvres enracinées.
« L’Illiade » est une œuvre très localisée : le conflit des Troyens, bon, ainsi de suite… « La Divine Comédie » de Dante est florentine jusqu’au dernier point : il y parle de toutes les familles de Florence. Le « Quichotte » de Cervantès : c’est localisé dans la Castille, et en même temps ça a une portée universelle. Le « Mireille » et le « Calendal » de Mistral sont des œuvres enracinées dans la Provence et qui prennent également une portée universelle…

Alors, l’homme a besoin de racines : de racines sur la terre qui lui permettent de fleurir dans le ciel… et d’avoir même des racines dans le ciel.
Platon parlait du double enracinement de l’homme qui est en même temps enraciné dans la terre et en même temps ouvert aux vérités célestes, qui viennent d’en-haut.
Je crois que cette union est absolument nécessaire.

Simone Weil a été très méchante pour les Américains – je m’empresse de dire Simone Weil la grande, la philosophe, pas la femme politique, n’est-ce pas ! – ; eh bien, (elle) disait en parlant des Américains - elle était en Amérique à la fin de sa vie – un peu sévèrement : « Ils sont impropres au surnaturel parce qu’ils n’ont pas assez d’enracinement terrestre ». Peut-être exagérait elle un peu, mais enfin il y a de ça, quoi !

C’est pourquoi je crois profondément à une vie qui est très près de la terre et qui permet de monter plus haut ! »

Gustave Thibon
réponse à Monsieur l’abbé Estieule qui l’interrogeait pour « Radio présence »
(entretien enregistré au Mas de Libian, à Saint-Marcel d’Ardèche, en 1993).

Miniature Divine Comédie Cod. It. IX. 276 1380-1400 - Bibliothèque Marciana, Venisee

Détail d’une miniature du manuscrit de la « Divine Comédie » des années 1380-1400
(Codex it. IX-276, Bibliothèque Marciana, Venise)

2015-63. Coeur de Jésus, sauvez la France, ne l’abandonnez pas !

Jeudi soir 11 juin 2015,
Après les premières vêpres de la fête du Sacré-Coeur de Jésus.

Sacré-Coeur gif

C’est une autre image ancienne – trouvée dans les « trésors » de Frère Maximilien-Marie –  que je veux vous présenter à l’occasion de la fête du Sacré-Coeur de Jésus, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion.

Elle n’est pas en excellent état : elle porte les stigmates de ses cent-quarante-trois ans, ayant été souvent manipulée, puisqu’elle était utilisée comme marque-page dans un ouvrage de dévotion qui a beaucoup servi.
Elle porte la date du 7 juin 1872, qui fut, cette année-là, le vendredi de la fête du Sacré-Coeur.
Au-dessus de cette date, sur un globe bleuté, est inscrit le nom « France » : le quatrain – en alexandrins faciles – qui est imprimé en dessous explicite l’image (voir infra).

Rappelons le contexte très précis de ces années politiquement et religieusement agitées :

1) – En France, la guerre franco-prussienne, déclarée le 19 juillet 1870, a eu pour conséquences l’effondrement du second empire (4 septembre 1870), puis Paris assiégée, l’enchaînement des défaites militaires, l’occupation d’une grande partie du territoire, la proclamation de l’empire allemand dans la galerie des glaces du palais de Versailles (18 janvier 1871), l’armistice (26 janvier 1871), la cession de l’Alsace et de la Lorraine, les atrocités de la Commune insurrectionnelle de Paris (18 mars – 28 mai 1871), les espérances d’une restauration monarchique…

2) – Dans le domaine spirituel, outre l’interruption du concile du Vatican dès la déclaration de guerre puis la spoliation de Rome par les troupes italiennes (voir > ici), en France même ces tragiques événements on vu le lancement du « Voeu national » par deux députés – Messieurs Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury – , soutenus par Monseigneur Pie (il n’est pas encore cardinal), la célèbre bataille de Loigny (2 décembre 1870), l’apparition de Pontmain (17 janvier 1871, voir > ici). Secouée en outre par les pillages d’église, profanations et exécutions de religieux lors de la Commune (voir > ici), l’Eglise de France connaît un sursaut spirituel : les évêques, les prêtres et les fidèles se tournent vers le Coeur de Jésus.
C’est le temps où est composé le fameux cantique « Pitié, mon Dieu ! » : un an plus tard, en juin 1873, un nombre important de députés fera le pélerinage de Paray-le-Monial et, le 24 juillet 1873, l’assemblée nationale votera l’utilité publique de la construction de l’église votive du Sacré-Coeur au sommet de la colline de Montmartre

Ce sont tous ces faits qu’il convient d’avoir à la mémoire en regardant cette image et en lisant les invocations qui y sont imprimées.

Oui, nous nous consacrons à son coeur !

Image pour la fête du Sacré-Coeur 7 juin 1872

Texte imprimé au recto (je conserve la graphie d’origine) :

Vois à tes pieds la France catholique
Se vouant à ton Coeur, réclamant tes bienfaits :
Daigne lui pardonner son offence (sic) publique.
Coeur sacré, donne-lui l’espérance et la paix.

et au verso on peut lire :

Sauvez la France, ne l’abandonnez pas !
Nous vous la consacrons, cette France chérie.
Son titre glorieux, royaume de Marie,
A des droits tout puissants sur votre coeur si bon.
Grâce, grâce, mon Dieu ! pitié pour sa misère !
Seigneur, pour apaiser votre juste colère,
Vos enfants à genoux implorent son pardon.

Sacré-Coeur gif

Mais, si le contexte socio-politique n’est pas vraiment le même, ces textes sont-ils pour autant totalement « dépassés », sans rapport avec les nécessités actuelles de notre pays ?
Qui oserait soutenir qu’aujourd’hui la « France officielle » ne multiplie pas les offenses publiques envers la sainte loi de Dieu, et ne blesse pas le divin Coeur de Jésus ?
La France n’a-t-elle pas besoin de revenir au Sacré-Coeur, d’implorer Son pardon et Ses grâces, de retrouver l’espérance et la paix ?

Aussi est-il bien nécessaire de reprendre souvent et avec ferveur ces invocations qui furent celles de nos pères :

Coeur de Jésus, sauvez la France !
Coeur de Jésus, n’abandonnez pas Votre France !
Coeur de Jésus, faites miséricorde à Votre France !

Sacré-Coeur gif

Voir aussi :
- les plaies de la France pansées par Marie > ici
- le Voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus > ici
- la prophétie et la prière de Saint Pie X pour la France > ici

2015-62. De la très humble femme par laquelle Dieu a voulu donner à Son Eglise la victoire sur Napoléon.

Mardi 9 juin 2015,
Mardi dans l’octave du Très Saint-Sacrement,
Commémoraison des Saints Prime et Félicien, martyrs,
Commémoraison de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Parmi les saints pour lesquels nous nourissons une spéciale dévotion au Mesnil-Marie, se trouve la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi.

Née en mai 1769 à Sienne, Anne-Marie Giannetti est l’exacte contemporaine de Napoléon Bonaparte qui naît le 15 août de cette même année à Ajaccio.
A la suite de revers de fortune, les parents d’Anne-Marie s’installent à Rome : la vie de la famille est pauvre, parfois proche de la misère.

Au soir du mercredi saint 16 avril 1783, Anne-Marie est du nombre de ces enfants et adolescents de la Ville Eternelle qui, mus par le seul Saint-Esprit, au moment de la mort de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > www et aussi > www), sans qu’ils en eussent été avertis de manière naturelle, sont sortis de leurs maisons pour crier dans les rues : « E morto il santo : le saint est mort ! »
C’est d’ailleurs la maman d’Anne-Marie qui fut choisie pour faire la toilette funèbre du saint pélerin : Anne-Marie l’accompagnait ; elle connaissait de vue, comme tout le petit peuple de Rome, le saint mendiant français, mais lors de sa mort on peut dire que l’adolescente – elle a alors quatorze ans – a compris beaucoup de choses spirituelles dont elle restera profondément marquée pour le restant de ses jours.

Gisant St Benoît-Joseph Labre à Ste Marie des Monts

Tombe de Saint Benoît-Joseph Labre, à Rome, dans l’église de Saint-Martin des Monts.

Anne-Marie dut bientôt se louer comme domestique et, pour préserver sa vertu, elle épouse Dominique Taïgi, « homme de peine » du palais Chigi.
Ce mariage n’a rien à voir avec les clichés de la passion sentimentale et du romantisme : ce sera pourtant un véritable mariage d’amour, bâti sur un profond respect mutuel et, par dessus tout, sur les valeurs chrétiennes.

Dominique Taïgi est sans nul doute un brave homme, honnête, droit et courageux ; toutefois il est aussi un véritable rustre par ses manières, et par sa propension à piquer de violentes colères.
Anne-Marie sera toujours d’une inaltérable patience avec lui, de même qu’avec ses parents, aigris et grincheux, qu’elle soigne. Elle ne fera jamais rien sans la permission de son époux ; de son côté, celui-ci acceptera aussi – sans bien la comprendre puisque cela dépasse tout ce qu’il pourrait imaginer – l’aventure spirituelle de son épouse, et il ne s’opposera pas à la grâce de Dieu.
Dominique et Anne-Marie donneront la vie à sept enfants, mais ils auront le chagrin d’en perdre trois en bas âge.

Mère attentive à l’éducation de ses enfants, femme d’intérieur dont le logement modeste est toujours propre, Anne-Marie fait la cuisine, coud les vêtements de toute la maisonnée, tient les comptes…
Rien ne distingue sa vie de celle de toutes les mères des familles pauvres qui l’entourent, sinon le rayonnement d’une joie et d’une ferveur peu communes et une sérénité inaltérable, quelles que soient les épreuves traversées.
Dominique témoignera : « Elle parlait de Dieu sans devenir ennuyeuse comme le sont beaucoup de dévotes ! »

A la vie d’apparence très ordinaire d’Anne-Marie, se superpose une vie chrétienne exemplaire : elle est tertiaire trinitaire, participe aux réunions de sa confrérie, assiste quotidiennement à la Sainte Messe, et se soumet à une direction spirituelle exigeante… Et Dieu la submerge d’un véritable océan de grâces mystiques : Dieu fait à tout moment irruption dans sa vie, qu’elle soit à l’église ou dans sa cuisine, en pleine lessive ou en train de converser avec un Monsignore, qu’elle soit à table avec les siens ou allongée aux côtés de Dominique qui dort du sommeil du juste. Elle, avec familiarité, demande au Très-Haut : « Laissez-moi, Seigneur, je suis mère de famille. »

La grâce mystique spéciale qui caractérise Anne-Marie est que, pendant plus de quarante années, elle a en permanence auprès d’elle (qui est seule à le voir) un globe lumineux, comme un petit soleil, à l’intérieur duquel, sous une grande couronne d’épines, elle contemple la divine Sagesse. En regardant dans ce « soleil », elle peut connaître tout ce qui se passe dans le monde et dans l’Eglise, tous les événements – passés, présents et futurs – , ainsi que l’état de la conscience et les pensées secrètes de chacun.
Ce don de prophétie et de prescience lui amenait beaucoup de monde, de simples fidèles comme des Princes de l’Eglise, venant lui demander conseil, et que, toute sa vie, elle a reçus avec une infinie patience et sollicitude.
En cela s’est accompli ce que Notre-Seigneur lui fit un jour connaître dans son action de grâces après la Sainte Communion : « Je te destine à convertir des âmes et à consoler toutes les catégories de personnes : prêtres, frères, moines, prélats, cardinaux, et même Mon Vicaire ».

la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi

La Bienheureuse Anne-Marie Taïgi

C’est que notre Bienheureuse vit dans une période de l’Eglise et de l’Europe durant laquelle, en sus des « habituels » problèmes que peuvent avoir les fidèles pour bien conduire leur vie selon les voies de Dieu, les épreuves vont se multiplier : c’est la fin du siècle des prétendues « lumières » – siècle de la création et du développement de la Franc-Maçonnerie et de quelques autres sectes pseudo-spiritualistes antichrétiennes – , cette période est celle qui voit en France le déchaînement de la révolution avec ses attaques contre la Sainte Eglise Romaine.

Après avoir dépouillé l’Eglise de France de ses biens et tenté de la séparer de Rome, après avoir pillé les sanctuaires et fermé les maisons religieuses, après avoir multiplié les sacrilèges et les profanations, après avoir déporté ou massacré des milliers d’ecclésiastiques et de catholiques fidèles, la révolution « française » a voulu exporter ses théories blasphématoires et s’est lancée à la conquête de l’Europe : pour cela, l’enfer a finalement misé sur le génie orgueilleux et dévoyé d’un tacticien militaire qui est, comme je l’écrivais en commençant, l’exact contemporain d’Anne-Marie : Napoléon Bonaparte.

C’est lui, Bonaparte, qui par le traité de Tolentino (19 février 1797) imposé au Pape Pie VI, porte atteinte à l’intégrité des Etats de l’Eglise et ordonne le pillage de leurs oeuvres d’art ; bientôt après, la « république romaine » est proclamée ; Pie VI, emmené captif par les troupes françaises, meurt d’épuisement à Valence (29 août 1799) où on lui fait des funérailles civiles !
C’est lui, Bonaparte, qui impose au Saint-Siège un concordat (15 juillet 1801) qui, s’il permet le rétablissement du culte catholique en France, n’en tend pas moins à faire de l’Eglise de France la servante de ses ambitions et de son pouvoir.
C’est lui, Napoléon, qui ne voulant pas seulement soumettre l’Eglise de France à son implaccable volonté mais l’Eglise catholique tout entière, persécute odieusement le Pape Pie VII, annexe les Etats de l’Eglise, fait enlever et emprisonner le Souverain Pontife, puis déchaîne sa colère contre les cardinaux et les évêques fidèles…

Anne-Marie voit et sait toutes ces choses.
Elle a demandé à Dieu la signification de cette terrible permission par laquelle ce Napoléon a pu s’emparer – par d’épouvantables tueries et un amoncellement de ruines – d’un continent tout entier, et porter atteinte, d’une façon aussi barbare, à tout droit humain et divin.
Et Anne-Marie a reçu de Dieu cette réponse : 
« A cette fin, J’ai mandaté Napoléon. Il était le ministre de Mes fureurs ; il devait punir les iniquités des impies, humilier les orgueilleux. Un impie a détruit d’autres impies ».
Les choses sont donc bien claires : dans le plan de la divine Sagesse, l’impie Napoléon a été une espèce de « fléau de Dieu » pour que la révolution soit punie par ce qu’elle avait elle-même enfanté !

Le geai dépouillé de ses plumes empruntées caricature de Napoléon

Caricature inspirée de la fable de La Fontaine : « Le geai paré des plumes du paon ».
L’oiseau prétentieux a la tête de Napoléon ; des aigles – symboles des puissances souveraines d’Europe – lui arrachent les plumes qu’il avait volées pour paraître plus grand (ces plumes sont l’Espagne, la Bohême, la Pologne).

Le 9 juin 1815 - lors même que les puissances alliées poursuivaient Napoléon de leurs armées – , s’achevait le Congrès de Vienne, qui, vaille que vaille, redonnait une stabilité à l’Europe sur la base du principe de légitimité.
Neuf jours plus tard, le 18 juin 1815, à Waterloo, la folle tentative de Napoléon pour reprendre les rênes de la France et du monde allait recevoir la fin qu’elle méritait. 

Mais, en vérité, la victoire n’appartient ni aux congressistes de Vienne, ni aux Souverains alliés, ni à Wellington : elle est à Anne-Marie Taïgi.  
Car, loin des affrontements diplomatiques, loin des champs de bataille, loin des coulisses des palais, loin des intrigues politiques et loin de toute l’agitation du monde, la divine Sagesse avait aussi confié à l’épouse exemplaire de l’ « homme de peine » du palais Chigi, à la modeste mère de famille des quartiers populaires de Rome, à l’humble tertiaire priante et pénitente, la mission d’opposer un contrepoids, par sa vie fervente et mortifiée, aux ambitions démesurées et au plan orgueilleux du Bonaparte.
La fin de l’usurpation, la fin de vingt-trois années de guerres européennes ininterrompues commencées par la révolution et poursuivies par l’empire (1792-1815), la fin de la persécution de l’Eglise, la fin de la spoliation des Etats de l’Eglise, la fin de l’emprisonnement du Pape, c’est Anne-Marie qui les a obtenues par ses prières et ses pénitences.

Reconnue pour la sagesse de ses conseils et la justesse de ses prémonitions, Anne-Marie, après 1815, continuera, comme si de rien n’était, à mener sa vie humble et exemplaire, de mère de famille, puis de grand’mère.
Après Pie VII, elle continuera semblablement à soutenir Léon XII, Pie VIII et Grégoire XVI et leurs combats contre l’esprit de la révolution et les sociétés secrètes.
Je ne peux résumer ici tout ce que sa vie comporte de faits prodigieux, d’exemples admirables, ni toutes les prophéties – certaines très précises – qu’elle a transmises, concernant l’avenir du monde et de l’Eglise : cela demande des livres entiers.

Corps de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi, église Saint-Chrysogone

Corps de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi – Basilique Saint-Chrysogone au Transtévère, Rome.

Anne-Marie Taïgi rendit son âme à son Créateur à l’aube du vendredi 9 juin 1837, après trois heures d’agonie.
Elle était âgée de soixante-huit ans et vingt jours.

Déclarée « vénérable » par le Bienheureux Pie IX, elle a été béatifiée par Benoît XV le 30 mai 1920.
Son corps repose dans l’église Saint-Chrysogone au Transtévère (basilique desservie par les Pères Trinitaires, puisqu’elle était tertiaire de leur Ordre) : c’est là qu’il y a dix ans, notre Frère Maximilien-Marie a obtenu des religieux une relique de cette très humble femme par laquelle Dieu a voulu donner à Son Eglise la victoire sur Napoléon.

En ce 9 juin 2015, deuxième centenaire de la conclusion du Congrès de Vienne, et à quelques jours du bicentenaire de la victoire de Waterloo (18 juin), je considérais qu’il était de mon devoir de vous donner ici à propos de ces événements, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, un éclairage différent de celui de l’histoire officielle…

Lully.

Reliquaire de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi - Refuge ND de Compassion

Médaillon reliquaire de la Bienheureuse Anne-Marie Taïgi, au Mesnil-Marie.

2015-61. « Ils m’ont jeté vivant sous des murs funéraires… »

1795 – 8 juin – 2015

Deux-cent-vingtième anniversaire
du rappel à Dieu
de

Sa Majesté le Roi Louis XVII

frise lys deuil

Ce 8 juin 2015 marque le deux-cent-vingtième anniversaire de la mort, dans les épouvantables conditions que l’on sait, de « l’Enfant du Temple », Sa Majesté le Roi Louis XVII.

Foin des délires obsessionnels survivantistes ! Le petit Roi est bien mort dans l’horrible prison, âgé de dix ans deux mois et douze jours, et son règne – du sinistre 21 janvier 1793 à ce 8 juin 1795 – a été de deux ans quatre mois et dix-huits jours : un règne qui s’est tout entier écoulé entre les murs lugubres de ce donjon, dans les mauvais traitements, dans le broiement de ses plus chères aspirations, dans la déréliction, dans la maladie et l’agonie du coeur et de l’esprit avant de connaître, épuisé, l’agonie du corps.

Enfant martyr, la république qui a voulu pour lui un tel sort tombe sous le coup de la malédiction contenue dans les paroles du Christ : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits d’entre Mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait ! » (cf. Matth. XXV, 40 b).
Roi martyr, dont le sceptre, le manteau et la couronne ne furent ici-bas que de dérision et d’opprobre, comme ceux dont Jésus-Christ, Roi des rois, fut affublé par la soldatesque en Sa douloureuse Passion.

Sans doute, sans aucun doute, le sort atroce réservé à cet enfant-roi entrait-il surnaturellement dans un plan divin d’expiation et de rédemption qui échappe à toute logique humaine, et qui a mis en réserve pour la France – au jour où pénitente et dévouée : Gallia poenitens et devota, elle reviendra, par un même mouvement de conversion, à son Dieu et à sa vocation – des trésors de grâce.
Mais aujourd’hui, tout cela est enveloppé par le secret divin.

Pour l’heure, afin de marquer cet anniversaire, que nous célébrons avec des sentiments de foi et d’espérance, je veux vous livrer le poème intitulé « Louis XVII » que Victor Hugo a publié au livre premier de son recueil « Odes et ballades ».
On se souviendra de ce fait que si ce génie de la poésie française a malheureusement fini en républicain apostat (« je refuse la prière de toutes les Eglises »), il avait été à ses débuts un ardent légitimiste…

Ce long poème, qui met en scène l’entrée au paradis du petit Roi-martyr, contient plus d’un passage admirable et le regretté Révérend Père Jean Charles-Roux (cf. > ici) avait voulu qu’il conclut son très beau livre – que nous ne pouvons que chaleureusement recommander – intitulé : Louis XVII – la Mère et l’Enfant martyrs (ed. du Cerf – 2007).

Lully.

frise lys deuil

Louis XVII
(Victor Hugo, in « Odes et Ballades » -  Livre 1er, ode V)
* * *
Louis XVII mourant
I
En ce temps-là, du ciel les portes d’or s’ouvrirent ;
Du Saint des Saints ému les feux se découvrirent ;
Tous les cieux un moment brillèrent dévoilés ;
Et les élus voyaient, lumineuses phalanges,
Venir une jeune âme entre de jeunes anges
Sous les portiques étoilés.
C’était un bel enfant qui fuyait de la terre ;
Son œil bleu du malheur portait le signe austère ;
Ses blonds cheveux flottaient sur ses traits pâlissants ;
Et les vierges du ciel, avec des chants de fête,
Aux palmes du martyre unissaient sur sa tête
La couronne des innocents.
II
On entendit des voix qui disaient dans la nue :
- « Jeune ange, Dieu sourit à ta gloire ingénue ;
Viens, rentre dans ses bras pour ne plus en sortir ;
Et vous, qui du Très-Haut racontez les louanges,
Séraphins, prophètes, archanges,
Courbez-vous, c’est un roi ; chantez, c’est un martyr ! »
- « Où donc ai-je régné ? demandait la jeune ombre.
Je suis un prisonnier, je ne suis point un roi.
Hier je m’endormis au fond d’une tour sombre.
Où donc ai-je régné ? Seigneur, dites-le moi.
Hélas ! mon père est mort d’une mort bien amère ;
Ses bourreaux, ô mon Dieu, m’ont abreuvé de fiel ;
Je suis un orphelin ; je viens chercher ma mère,
Qu’en mes rêves j’ai vue au ciel. »
Les anges répondaient : – « Ton Sauveur te réclame.
Ton Dieu d’un monde impie a rappelé ton âme.
Fuis la terre insensée où l’on brise la croix.
Où jusque dans la mort descend le régicide,
Où le meurtre, d’horreurs avide,
Fouille dans les tombeaux pour y chercher des rois. »
- « Quoi ! de ma lente vie ai-je achevé le reste ?
Disait-il ; tous mes maux, les ai-je enfin soufferts ?
Est-il vrai qu’un geôlier, de ce rêve céleste,
Ne viendra pas demain m’éveiller dans mes fers ?
Captif, de mes tourments cherchant la fin prochaine.
J’ai prié : Dieu veut-il enfin me secourir ?
Oh ! n’est-ce pas un songe ? a-t-il brisé ma chaîne ?
Ai-je eu le bonheur de mourir ?
« Car vous ne savez point quelle était ma misère !
Chaque jour dans ma vie amenait des malheurs ;
Et, lorsque je pleurais, je n’avais pas de mère
Pour chanter à mes cris, pour sourire à mes pleurs.
D’un châtiment sans fin languissante victime,
De ma tige arraché comme un tendre arbrisseau,
J’étais proscrit bien jeune, et j’ignorais quel crime
J’avais commis dans mon berceau.
« Et pourtant, écoutez : bien loin dans ma mémoire,
J’ai d’heureux souvenirs avant ces temps d’effroi ;
J’entendais en dormant des bruits confus de gloire,
Et des peuples joyeux veillaient autour de moi.
Un jour tout disparut dans un sombre mystère ;
Je vis fuir l’avenir à mes destins promis ;
Je n’étais qu’un enfant, faible et seul sur la terre,
Hélas ! et j’eus des ennemis !
« Ils m’ont jeté vivant sous des murs funéraires ;
Mes yeux voués aux pleurs n’ont plus vu le soleil ;
Mais vous que je retrouve, anges du ciel, mes frères,
Vous m’avez visité souvent dans mon sommeil.
Mes jours se sont flétris dans leurs mains meurtrières,
Seigneur, mais les méchants sont toujours malheureux ;
Oh ! ne soyez pas sourd comme eux à mes prières,
Car je viens vous prier pour eux. »
Et les anges chantaient : – « L’arche à toi se dévoile,
Suis-nous ; sur ton beau front nous mettrons une étoile.
Prends les ailes d’azur des chérubins vermeils ;
Tu viendras avec nous bercer l’enfant qui pleure,
Ou, dans leur brûlante demeure,
D’un souffle lumineux rajeunir les soleils ! »
III
Soudain le chœur cessa, les élus écoutèrent ;
Il baissa son regard par les larmes terni ;
Au fond des cieux muets les mondes s’arrêtèrent,
Et l’éternelle voix parla dans l’infini :
« O roi ! je t’ai gardé loin des grandeurs humaines.
Tu t’es réfugié du trône dans les chaînes.
Va, mon fils, bénis tes revers.
Tu n’as point su des rois l’esclavage suprême,
Ton front du moins n’est pas meurtri du diadème,
Si tes bras sont meurtris de fers.
« Enfant, tu t’es courbé sous le poids de la vie ;
Et la terre, pourtant, d’espérance et d’envie
Avait entouré ton berceau !
Viens, ton Seigneur lui-même eut ses douleurs divines,
Et mon Fils comme toi, roi couronné d’épines,
Porta le sceptre de roseau. »
                                                                                    (décembre 1822)

Ecce Homo par Philippe de Champaigne

2015-60. Le Pain des forts.

Samedi dans l’octave du Saint-Sacrement, 6 juin 2015.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

J’ai déjà eu l’occasion d’y faire allusion, Frère Maximilien-Marie a recueilli un certain nombre d’images pieuses anciennes.
Comme nous sommes à la veille de la solennité du Très Saint-Sacrement (puisqu’en France, depuis Bonaparte, le jeudi où cette fête doit normalement être célébrée n’est plus chômé), appelée aussi Fête-Dieu (cf. > ici et également ici), je voudrais donner en « aliment » à votre piété l’une de ces images qui se rapporte à la Très Sainte Eucharistie (* Note 1).
C’est une image de 6 x 12 cm, qui s’ouvre comme un petit livret : la première page représente, dans un vignette en taille douce, la dernière communion de Sainte Jeanne d’Arc, dans sa prison, avant d’aller au supplice.
La double page intérieure ne comporte que du texte : deux citations de Saint Pierre-Julien Eymard, une troisième de S. Coubé (le Rd Père Stephen Coubé, jésuite, né à Lyon en 1857 et mort à Paris en 1938), une quatrième du Général de Sonis, et enfin une courte oraison. 

Le choix que j’ai fait de cette image – l’illustration et la prière finale – est évidemment en rapport avec les textes que j’ai publiés à l’occasion de la fête de Sainte Jeanne d’Arc (cf. > ici). 

Puisse cette image de dévotion vous plaire autant qu’à moi !

Lully. 

Le Pain des forts image pieuse après 1920

- Où trouverons-nous le courage nécessaire pour surmonter les épreuves de la vie, sinon dans le Sacrement qui fait les forts, dans l’Hostie salutaire à laquelle nous adressons si souvent cette prière : Bella premunt hostilia : Da robur, fer auxilium (*Note 2).
C’est elle qui est la source de la sainteté, le préservatif des consciences, la nourriture qui soutient les martyrs jusqu’au triomphe, le ferment divin qui empêche les âmes de se corrompre.

Qu’ils sont abondants les secours que nous apporte Notre-Seigneur en venant, par la Sainte Communion, s’unir à nos âmes et les revêtir, avec la plénitude de la grâce, de sa force et de sa toute-puissance !
Il connaissait ce principe de force surhumaine, Saint Augustin, lorsqu’il disait : « Je suis en Dieu ! Qu’y a-t-il de plus fort ? » Heureux de la possession de Jésus, il ne craignait pas de dire au démon : Malheureux, le sang que tu as versé est ta perte, mais il est ma force et mon salut !
Et de fait, que peut craindre cette âme, qui, par la Communion, se trouve inséparablement unie à la puissance même de Jésus-Christ ?
Oui, que le monde et l’enfer se liguent contre le fidèle Communiant, que des armées entières viennent fondre sur lui, nous le verrons se rire de leurs vains efforts.
Revêtu, par la Sainte Communion, de la vertu de Dieu, nous l’entendrons défier toutes les puissances de pouvoir jamais le séparer de l’amour de Jésus-Christ.
Oui, allez à Jésus, allez à son Sacrement d’amour, vous qui désirez rester fidèles au service du Divin Maître : Il daignera vous armer contre votre faiblesse.
Usez de ce puissant levier de la bonne volonté ; que la grâce de l’Eucharistie dont vous êtes si souvent participants, en soit le solide point d’appui.

(P. Eymard)

* * *

- L’Eucharistie est le Pain des faibles et des forts, elle est nécesaire à ceux qui sont faibles et à ceux qui sont forts, parce qu’ils portent leur trésor dans des vases d’argile. Assurons-nous donc une garde, une escorte sûre, un viatique fortifiant : ce sera Jésus, notre Pain de vie, Jésus, le Pain des forts.

(P. Eymard)

* * *

- Comment l’Eucharistie qui, aux jours de persécution, était l’école de l’héroïsme, ne serait-elle pas dans la vie ordinaire, l’école de la virilité ?
Si donc vous voulez être puissants pour le bien, communiez, communiez avec ferveur, communiez souvent, communiez tous les jours.

(S. Coubé)

* * *

- La vraie force, la force indomptable est le partage du chrétien en qui Jésus-Christ est en permanence.

(Général de Sonis)

* * *

- Prière :

Par votre intercession, obtenez-nous, ô Sainte Jeanne d’Arc, votre amour pour l’Eucharistie, pour ce Pain des forts que vous avez reçu avec tant de piété pendant votre vie et au moment d’aller au supplice.

Le Pain des forts image pieuse après 1920 - détail

Notes :

(* Note 1) : Cette image a été imprimée et diffusée par la célèbre Maison Bouasse-Lebel (reprise par Lecène et Cie) dans la collection de laquelle elle porte le N° 464. Comme le texte imprimé parle de Jeanne d’Arc comme sainte, elle est donc – en toute logique – postérieure à la canonisation de celle-ci (16 mai 1920), mais comme d’autre part Pierre-Julien Eymard n’y est cité que comme le Père Eymard, on doit aussi en conclure qu’elle est antérieure à la béatification de ce dernier (12 juillet 1925). Nous avons ainsi une idée relativement précise de la date d’impression de cette image.

(* Note 2) : « Bella premunt hostilia : da robur, fer auxilium » – citation de la strophe « O Salutaris Hostia » de l’hymne des laudes du Saint-Sacrement composé par Saint Thomas d’Aquin. Traduction : « les armées ennemies nous poursuivent, donnez-nous la force, portez-nous secours. »

2015-59. In memoriam : Louis du Vergier de La Rochejaquelein.

1815 – 4 juin – 2015

Louis du Vergier de la Rochejaquelein par Pierre-Narcisse Guérin

Portrait de Louis du Vergier de la Rochejaquelein par Pierre-Narcisse Guérin.

Jeudi 4 juin 2015,
Fête du Très Saint-Sacrement (cf. > ici et suivants).

La très grande fête de ce jour, qui remplit nos coeurs d’une fervente allégresse, ne nous fait néanmoins pas oublier le deuxième centenaire de la mort de Louis du Vergier de La Rochejaquelein, tué au combat le 4 juin 1815.

Scapulaire Sacré-Coeur

Henri Louis Auguste du Vergier, marquis de La Rochejaquelein (1749-1802) et son épouse, Constance de Caumont d’Ade (1749-1798) furent les parents de sept enfants, parmi lesquels trois garçons prénommés respectivement Henri (1772-1794) – le justement célèbre « Monsieur Henri », deuxième généralissime de la Grande Armée Catholique et Royale – , Louis (1777-1815) dont nous rappellerons aujourd’hui la geste, et Auguste (1784-1868), surnommé « le balafré », que nous avons cité en évoquant Jacques-Joseph de Cathelineau (cf. > ici).
Ces trois fils rivalisèrent de vaillance et de courage pour la défense du trône et de l’autel.

Louis du Vergier de La Rochejaquelein est donc né à Saint-Aubin de Baubigné le 30 novembre 1777 : il n’a que douze ans quand éclate la révolution, et il accompagne ses parents lorsque ceux-ci prennent la route de l’exil.
A l’âge de quatorze ans, il s’engage dans un régiment impérial, celui du comte
Maximilien Antoine Charles Baillet de Latour, pour combattre contre les armées de la révolution ; mais après une brève campagne seulement (1792), il rejoint ses parents en Angleterre afin de partir avec eux pour Saint-Domingue où son père possède une plantation.
Mais Saint-Domingue est en insurrection : Louis s’engage alors dans un régiment anglais de la Jamaïque et participe au débarquement à Saint-Domingue.
Il sert pendant cinq ans dans l’armée anglaise.

En 1798, Louis démissionne puis rentre en Angleterre avec le dessein de rejoindre les Chouans. Mais arrive l’amnistie de 1801 : il peut rentrer en France.

Le 1er mars 1802, il épouse la veuve de son cousin Louis-Marie de Lescure (cf. > ici), Victoire de Donnissan (elle devient donc marquise de La Rochejaquelein, nom sous lequel elle est le plus connue et sous lequel sont publiés ses fameux Mémoires).
Louis ne se rallie pas à l’empire, il vit la plupart du temps dans le Bordelais, et s’engage dans une organisation royaliste secrète, les « Chevaliers de la Foi » qui travaillent dans l’ombre au rétablissement du pouvoir légitime.
A Bordeaux, le 12 mars 1814, Louis joue un rôle important dans la libération de la ville et dans la proclamation de la souveraineté de Louis XVIII, événement qui aura un grand retentissement dans tout le royaume et balaiera en bonne partie les préventions des alliés contre le rétablissement des Bourbons .

La Restauration traite Louis de La Rochejaquelein avec une faveur particulière : il est nommé maréchal de camp et capitaine commandant des grenadiers de la Maison du Roi.
En mars 1815, lorsque le Bonaparte félon manque à sa parole, s’enfuit de l’île d’Elbe, parvient à rallier à sa personne des officiers et des troupes parjures, et que Louis XVIII trahi est contraint de reprendre le chemin de l’exil, Louis l’accompagne à Gand.
Il passe ensuite en Angleterre et de là s’embarque pour les côtes vendéennes : il porte avec lui un drapeau de la Grande Armée Catholique et Royale de 1793.
Une partie de la Vendée se soulève à nouveau : sur place, à la tête du mouvement, se trouvent son jeune frère Auguste de La Rochejaquelein, Charles
de Charette de La Contrie, Pierre Constant de Suzannet, Charles Sapinaud de la Rairie, Charles-Marie de Beaumont d’Autichamp
Mais ce soulèvement, pourtant fort de plusieurs dizaines de milliers d’hommes, est compromis par des mésententes entre les chefs.

Au début juin 1815, Louis de La Rochejaquelein est à Croix-de-Vie, dirigeant des manœuvres de débarquement d’armes et de munitions.
Le 4 juin au matin, on apprend que le général Estève, bonapartiste, à la tête de quinze-cents hommes, s’avance vers Le Périer, venant de Riez.
Louis et Auguste de La Rochejaquelein ont avec eux environ douze-cents hommes et vont tenter de lui barrer la route.

Les soldats du général Estève sont trois fois repoussés et contraints de reculer jusque dans l’ancienne île de Riez, qui n’est plus qu’une plaine sablonneuse de peu d’étendue ; ils se trouvent pourtant dans une meilleure situation pour combattre : derrière eux ils ont la ferme des Mathes qui va donner son nom au combat de cette célèbre journée, et devant eux, entre la route et la plaine, les deux La Rochejaquelein.
Estève feint de battre en retraite afin d’attirer l’ennemi en terrain découvert. Les paysans vendéens abandonnent leurs abris pour les poursuivre, et se jettent en avant dans la direction de la ferme des Mathes ; mais ils s’arrêtent bientôt à la vue de l’infanterie, qui ayant fait volte-face, les attend rangée en bon ordre.
Le combat est acharné.
Lorsqu’un premier officier vendéen est tué, ses hommes se replient en désordre vers le Marais. Ce mouvement entraîne les autres paysans : c’est le commencement de la déroute.

Pour les rallier, Louis de La Rochejaquelein, monte sur un petit tertre : sa taille athlétique, sa capote bleue et son chapeau à panaches de plumes blanches le font reconnaître de loin : du milieu des rangs ennemis on entend crier : « Tirez à la capote bleue ! »… et le brave La Rochejaquelein tombe, percé de vingt balles, entre les bras d’un paysan nommé Crochet, qui reçoit son dernier soupir.
Dans le même temps, Auguste de La Rochejaquelein, lui-même dangereusement blessé, est jeté à bas de son cheval ; ses hommes l’emportent loin du champ de bataille, pendant que le gros des maraîchins, outrés de colère, repoussent le général Estève, lui tuent quatre cents hommes et le font reculer.
Ce double malheur anéantit néanmoins les dernières espérances des royalistes.

La Croix des Mathes - avant les aménagements

La Croix des Mathes, sur le site de la bataille du 4 juin 1815 (avant les récents aménagements),
marque l’endroit où fut rapidement enseveli Louis de La Rochejaquelein :
la petite stèle en arrière précise l’endroit où il rendit le dernier soupir.

Louis de La Rochejaquelein fut enseveli à l’endroit même où il était tombé.
Le lendemain, survint Mademoiselle de La Rochejaquelein, sa sœur : avec une énergie toute virile, apprenant les difficultés dans lesquelles il se trouvait, elle avait rassemblé quelque quatre mille hommes et, à leur tête, venait pour prendre part au combat.
Elle n’ariva que pour apprendre la fatale nouvelle.
C’est p
ar ses soins qu’une pierre surmontée d’une croix fut élevée à la place où avait été déposé provisoirement, le corps du général vendéen ; elle y fit graver cette inscription que l’on y voit encore : Sous ce tertre fut ici couvert de terre Louis de La Rochejaquelein.
Derrière, une pierre surmontée d’une fleur de lys marque l’endroit où il fut blessé à mort et rendit son dernier soupir dans les bras du brave Crochet.

La mort de La Rochejaquelein acheva de désorganiser l’insurrection.
Les combattants étaient découragés, et bien des chefs, mêmes s’ils s’efforçaient de cacher leurs sentiments, ne l’étaient pas moins…
Quinze jours plus tard, la victoire de Waterloo mett
ait un terme définitif aux délires napoléoniens et le Roi était de retour.

Si le corps de Louis de La Rochejaquelein fut ramené en février 1816 à Saint-Aubin de Baubigné, où il repose dans l’église auprès des siens, le lieu de sa mort héroïque fut acheté par la famille de La Rochejaquelein, pour que soit préservé ce lieu saint. Ses descendants en sont toujours les propriétaires aujourd’hui.

En 1994, la commune de Saint-Hilaire-de-Riez a passé une convention avec les héritiers qui ont autorisé des aménagements du site et la création d’un espace d’information.
Cette année, pour le bicentenaire du combat des Mathes et de la mort de Louis de La Rochejaquelein, la municipalité et l’association du Souvenir Vendéen ont fait procéder à une restauration de ce site historique, restauration qui sera inaugurée le 13 juin prochain.

Chapelle funéraire des La Rochejaquelein dans l'église de Saint Aubin de Baubigné

Eglise de Saint-Aubin de Baubigné, chapelle funéraire de la famille de La Rochejaquelein,
où sont ensevelis Henri, Louis et Auguste de La Rochejaquelein,
ainsi que l’épouse de Louis, Victoire de Donissan, auteur des fameux Mémoires.

Scapulaire Sacré-Coeur

2015-57. Témoignages des dominicains qui assistèrent Jeanne d’Arc en son supplice.

Chaque 30 mai ramène la fête de notre si chère et incomparable Sainte Jeanne d’Arc, au jour anniversaire de son supplice, le 30 mai 1431, sur la place du Vieux-Marché, à Rouen.
Aujourd’hui, lisons ou relisons les dépositions que les trois religieux de l’Ordre de Saint Dominique présents à ses derniers moments firent lors de la cinquante-sixième session de son procès, tenue après son exécution.

Nota bene : Nous avons nous-mêmes pris la liberté d’écrire en caractères gras certains passages ou citations qui nous paraissaient plus importants.

Supplice de Ste Jeanne d'Arc, vitrail de l'église ND des Vertus à Aubervilliers

Supplice de Sainte Jeanne d’Arc
(détail d’un vitrail de l’église Notre-Dame des Vertus à Aubervilliers)

Déposition de frère Jean Toutmouillé, frère prêcheur :

Le jour où Jeanne fut brûlée, je me trouvai dès le matin en la prison avec frère Martin Ladvenu que l’évêque de Beauvais lui avait envoyé pour l’induire à vraie pénitence et l’entendre en confession ; ce que ledit Ladvenu fit bien soigneusement et charitablement.

Quand il annonça à Jeanne la sentence des juges et qu’elle ouït la dure et cruelle mort qui l’attendait, elle cria douloureusement et piteusement, se tira et arracha les cheveux :
« Hélas, me traite-t-on ainsi horriblement et cruellement qu’il faille que mon corps net et entier qui ne fut jamais corrompu soit aujourd’hui consumé et réduit en cendres ! Ah ! ah ! j’aimerais mieux être décapitée sept fois que d’être ainsi brûlée. Hélas si j’eusse été en la prison ecclésiastique à laquelle je m’étais soumise et que j’eusse été gardée par les gens d’Eglise, non pas par mes ennemis et adversaires, il ne me fût pas si misérablement arrivé malheur. Oh ! j’en appelle devant Dieu, le grand juge, des grands torts et ingravances qu’on me fait ».
Et elle se plaignait merveilleusement des oppressions et violences qu’on lui avait faites.

Après ces plaintes survint l’évêque de Beauvais auquel elle dit incontinent : « Evêque, je meurs par vous ».
Il commença à lui faire des remontrances, disant : « Ah ! Jeanne, prenez tout en patience, vous mourez pour ce que vous n’avez pas tenu ce que vous aviez promis et que vous êtes retournée à votre premier maléfice ».
Et la pauvre Pucelle lui répondit :
« Hélas ! si vous m’eussiez mise aux prisons de cour d’Eglise et rendue entre les mains de concierges ecclésiastiques compétents et convenables, ceci ne fût pas advenu. C’est pourquoi j’en appelle de vous devant Dieu ».
Pour lors je sortis et n’ouïs plus rien.

La dernière communion de Sainte Jeanne d'Arc

Frère Martin Ladvenu communie Jeanne dans sa prison
(basilique de Donremy)

Déposition de frère Martin Ladvenu, frère prêcheur :

La Pucelle me révéla qu’après son abjuration, on l’avait tourmentée violemment en la prison, molestée et battue, et qu’un lord anglais avait tenté de la violer. Elle disait publiquement et elle me dit à moi que c’était la cause pour laquelle elle avait repris l’habit d’homme.

Avec la permission des juges, avant le prononcé de la sentence, j’entendis Jeanne en confession et je lui administrai le corps de Notre-Seigneur. Elle le reçut avec grande dévotion et beaucoup de larmes. Son émotion était telle que je ne saurais l’exprimer.

Le matin de ce jour qui était un mercredi, tandis que j’étais avec Jeanne pour la préparer au salut, l’évêque de Beauvais et quelques chanoines de Rouen entrèrent. Quand elle vit l’évêque, Jeanne lui dit : « Vous êtes cause de ma mort, vous m’aviez promis de me mettre aux mains de l’Eglise et vous m’avez remise aux mains de mes pires ennemis ».
Près de sa fin elle disait encore à l’évêque :
« Hélas ! je meurs par vous, car si vous m’eussiez donnée à garder aux prisons d’Eglise, je ne serais pas ici ».

Au lieu de procéder régulièrement, on s’en tint à la sentence épiscopale et il n’y eut pas de sentence laïque. C’est là un fait dont je suis certain, car je ne quittai pas Jeanne depuis sa sortie du château jusqu’au moment où elle rendit l’esprit. Après qu’elle eut été abandonnée par l’Eglise au bras séculier, deux sergents anglais la contraignirent de descendre de l’échafaud, la menèrent au lieu de l’exécution et la livrèrent au bourreau. Pourtant le bailli et la cour séculière étaient présents, assis sur un échafaud. Mais, je le répète, il n’y eut pas de condamnation portée par eux.

Le bourreau disait : « Jamais l’exécution d’aucun criminel ne m’a donné tant de crainte que l’exécution de cette pucelle ; d’abord à cause de sa réputation et du grand bruit fait autour d’elle, puis à cause de la manière cruelle dont elle a été liée et affichée ». De fait les Anglais avaient fait faire un haut échafaud en plâtre, et au dire du bourreau, il ne la pouvait bonnement ni facilement expédier, ayant peine à atteindre jusqu’à elle. De tout cela il était fort marri et il avait grande compassion de la façon atroce dont on faisait mourir Jeanne.

Je puis attester la grande et admirable contrition de Jeanne, sa continuelle confession et repentance. Elle prononçait toujours le nom de Jésus et elle invoquait dévotement l’aide des saints et saintes du paradis.

Jusqu’à sa dernière heure, comme toujours, Jeanne affirma et maintint que ses voix étaient de Dieu, que tout ce qu’elle avait fait elle l’avait fait par ordre de Dieu, et qu’elle ne croyait pas avoir été trompée par ses voix ; enfin que ses révélations étaient de Dieu.

Le supplice de Sainte Jeanne d'Arc à Rouen

Supplice de Sainte Jeanne d’Arc à Rouen le 30 mai 1431
(basilique de Donremy)

Déposition de frère Isambard de la Pierre, frère prêcheur :

A son dernier jour, Jeanne se confessa et communia. La sentence ecclésiastique fut ensuite prononcée. Ayant assisté à tout le dénouement du procès, j’ai bien et clairement vu qu’il n’y eut pas de sentence portée par le juge séculier. Celui-ci était à son siège, mais il ne formula pas de conclusion. L’attente avait été longue. A la fin du sermon, les gens du roi d’Angleterre emmenèrent Jeanne et la livrèrent au bourreau pour être brûlée. Le juge se borna à dire au bourreau, sans autre sentence : « Fais ton office ! »

Frère Martin Ladvenu et moi suivîmes Jeanne et restâmes avec elle jusqu’aux derniers moments. Sa fin fut admirable tant elle montra grande contrition et belle repentance. Elle disait des paroles si piteuses, dévotes et chrétiennes que la multitude des assistants pleurait à chaudes larmes. Le cardinal d’Angleterre et plusieurs autres Anglais ne purent se tenir de pleurer ; l’évêque de Beauvais, même lui, versa quelques pleurs.

Comme j’étais près d’elle, la pauvre pucelle me supplia humblement d’aller à l’église prochaine et de lui apporter la croix pour la tenir élevée tout droit devant ses yeux jusqu’au pas de la mort, afin que la croix où Dieu pendit, fût, elle vivante, continuellement devant sa vue.

C’était bien une vraie et bonne chrétienne. Au milieu des flammes, elle ne s’interrompit pas de confesser à haute voix le saint nom de Jésus, implorant et invoquant l’aide des saints du paradis. En même temps elle disait qu’elle n’était ni hérétique, ni schismatique comme le portait l’écriteau. Elle m’avait prié de descendre avec la croix, une fois le feu allumé, et de la lui faire voir toujours. Ainsi je fis.
A sa fin, inclinant la tête et rendant l’esprit, Jeanne prononça encore avec force le nom de Jésus. Ainsi signifiait-elle qu’elle était fervente en la foi de Dieu, comme nous lisons que le firent saint Ignace d’Antioche et plusieurs autres martyrs. Les assistants pleuraient.

Un soldat anglais qui la haïssait mortellement avait juré qu’il mettrait de sa propre main un fagot au bûcher de Jeanne. Il le fit. Mais à ce moment, qui était celui où Jeanne expirait, il l’entendit crier le nom de Jésus. Il demeura terrifié et comme foudroyé. Ses camarades l’emmenèrent dans une taverne près du Vieux-Marché pour le ragaillardir en le faisant boire. L’après-midi, le même Anglais confessa en ma présence à un frère prêcheur de son pays, qui me répéta ses paroles, qu’il avait gravement erré, qu’il se repentait bien de ce qu’il avait fait contre Jeanne, qu’il la réputait maintenant bonne et brave pucelle ; car au moment où elle rendait l’esprit dans les flammes il avait pensé voir sortir une colombe blanche volant du côté de la France.

Le même jour, l’après-midi, peu de temps après l’exécution, le bourreau vint au couvent des frères prêcheurs trouver frère Martin Ladvenu et moi. Il était tout frappé et ému d’une merveilleuse repentance et angoissante contrition. Dans son désespoir il redoutait de ne jamais obtenir de Dieu indulgence et pardon pour ce qu’il avait fait à cette sainte femme : « Je crains fort d’être, damné, nous disait-il, car j’ai brûlé une sainte ».

Ce même bourreau disait et affirmait que nonobstant l’huile, le soufre et le charbon qu’il avait appliqués contre les entrailles et le coeur de Jeanne, il n’avait pu venir à bout de consumer et réduire en cendres ni les entrailles ni le coeur. Il en était très perplexe, comme d’un miracle évident.

Statue de Sainte Jeanne d'Arc au soir tombant

Vous pourrez lire aussi :
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- « Le coeur de Jeanne était resté intact et plein de sang » : déposition de l’huissier > www
- Jeanne d’Arc, sainte de la légitimité dynastique > www
- Prière à Jeanne d’Arc pour la France et cantique du Père Doncoeur > www
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