Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

« Je mets ma confiance, Vierge, en votre secours ».

- Cantique attribué à Saint Louis-Marie Grignon de Montfort -

1er février,
Fête du Bienheureux Guillaume Repin
et de ses 98 Bienheureux compagnons – prêtres, religieuses et laïcs – martyrs,
à Angers et à Avrillé, dans les premières semaines de l’année 1794.
Voir > ici, > ici et > ici.

La première édition de ce célèbre cantique se trouve, en 1749, dans un recueil de cantiques pour les missions publié à Lyon par les Jésuites. Une tradition très ancienne en attribue les paroles à Saint Louis-Marie Grignon de Montfort, sans que l’on puisse toutefois l’attester de manière irréfragable : on note que certaines expressions et les idées de ce chant sont plutôt favorables à cette attribution.
Plusieurs témoignages nous rapportent que les ecclésiastiques, religieuses et humbles fidèles massacrés dans les provinces de l’Ouest pendant la grande terreur chantaient ce cantique dans la charette qui les conduisait vers l’échafaud ou dans ces longues files qu’on emmenait à la fusillade.
En cette fête du Bienheureux Guillaume Repin et de ses compagnons, martyrs à Angers et à Avrillé, en complément des textes que j’ai déjà publiés à leur sujet (voir les liens ci-dessus), je veux publier ci-dessous les paroles de ce cantique, telles qu’elles figurent dans l’édition de référence des cantiques de Saint Louis-Marie Grignon de Montfort.

Martyrs d'Avrillé

Les Bienheureux Martyrs d’Avrillé fusillés au bord des fosses dans lesquels leurs corps vont être jetés
(détail d’un vitrail de la chapelle du Champ des Martyrs)

Je mets ma confiance.

Je mets ma confiance,
Vierge, en votre secours,
Servez-moi de défense,
Prenez soin de mes jours ;
Et quand ma dernière heure
Viendra fixer mon sort,
Obtenez que je meure
De la plus sainte mort.

Sainte Vierge Marie,
Asile des pécheurs,
Prenez part, je vous prie,
A mes justes frayeurs :
Vous êtes mon refuge,
Votre Fils est mon Roi,
Mais Il sera mon Juge,
Intercédez pour moi.

Ah ! Soyez-moi propice
Avant que de mourir,
Apaisez Sa justice,
Je crains de la subir ;
Mère pleine de zèle,
Protégez votre enfant,
Je vous serai fidèle
Jusqu’au dernier instant.

A dessein de vous plaire,
O Reine de mon coeur !
Je promets de rien faire
Qui blesse votre honneur :
Je veux que, par hommage,
Ceux qui me sont sujets,
En tous lieux, à tout âge,
Prennent vos intérêts.

Voyez couler mes larmes,
Mère du bel Amour ;
Finissez mes alarmes
Dans ce mortel séjour :
Venez rompre ma chaîne,
Pour m’approcher de vous,
Aimable Souveraine,
Que mon sort serait doux !

Vous êtes, Vierge Mère,
Après Dieu, mon support ;
Je sais qu’Il est mon Père,
Mais vous êtes mon fort :
Faites que dans la gloire,
Parmi les bienheureux,
Je chante la victoire
Du Monarque des cieux.

« Les Oeuvres du Bx de Montfort »
Ses cantiques avec notes par le R.P. F.Fradet smm, édition type
Librairie mariale – Pontchâteau 1932.

Enfin, voici un autre enregistrement que celui que j’avais déjà publié (tout en bas de page ici), puisque les paroles de ce cantique peuvent-être chantées sur deux mélodies différentes. Dans ma première publication, c’était la mélodie du très ancien noël populaire « Or nous dites Marie » ; ci-dessous voici la seconde version, interprétée par la Schola Sainte-Cécile, avec pour les couplets des paroles qui différent de celles du recueil de référence : le cantique a en effet connu un certain nombre de variantes au XIXe siècle, selon les recueils et leurs diverses éditions.

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Publié dans:Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 1 février, 2016 |Pas de commentaires »

2016-9. De Sainte Bathilde, Reine des Francs, que l’on fête le 30 janvier.

30 janvier,
Fête de Sainte Bathilde,
Mémoire de Sainte Martine,

Anniversaire de la mort de S.A.R. le Prince Alphonse de Bourbon (cf. > ici).

Il y a des saints que nous aimons tout particulièrement au Mesnil-Marie.
A ce propos, permettez-moi d’ouvrir ici une parenthèse anecdotique amusante : un jour, dans une conversation qui roulait sur l’histoire de l’Eglise et la sainteté, à plusieurs reprises Frère Maximilien-Marie s’était exclamé à la mention de certains noms de saints : « L’une de mes saintes préférées ! » ou encore : « Un de  mes saints de prédilection ! ». Le bon père dominicain qui était son interlocuteur finit par lui rétorquer, dans un soupir : « Dites-nous plutôt quels sont les saints que vous ne préférez pas… La liste sera plus courte ! »

Il y a donc, oui, des saints que nous aimons tout particulièrement au Mesnil-Marie.
Et Sainte Bathilde, dont le propre de France mentionne la fête à la date du 30 janvier, est de ce nombre.

Sainte Bathilde sur un vitrail de l'église Ste Radegonde à Poitiers

Sainte Bathilde représentée sur un vitrail de l’église Sainte Radegonde à Poitiers

Anglo-Saxonne de naissance (elle était probablement née en 626 mais d’autres avancent la date de 630), Bathilde avait été emmenée en captivité et vendue comme esclave alors qu’elle était à peine adolescente. Elle avait été achetée par Archambaud (ou Erchinoald), Maire du palais de Clovis II, Roi de Neustrie et de Bourgogne. Clovis II était fils du fameux Roi Dagobert 1er et il n’avait que quatre ans à la mort de son père, en 639. 

Bathilde gagna rapidement la faveur de tous, en raison de son charme, de sa beauté et de sa nature gracieuse et douce. Elle était aimée aussi bien de ses compagnes esclaves, envers lesquelles elle témoignait de nombreuses attentions telles que le nettoyage de leurs chaussures et de leurs vêtements, que de ses maîtres, si bien que lorsque Archambaud perdit son épouse, il résolut d’épouser la jeune esclave.
Bathilde, alarmée par cette perspective, se déguisa avec de vieux vêtements et des haillons, et se cacha le temps de se faire oublier.
Archambaud, p
ensant qu’elle s’était définitivement enfuie, épousa une autre femme. Lorsque Bathilde l’apprit, elle revint au palais pour reprendre son service, essuyant force moqueries parce qu’elle avait préféré la condition d’esclave à celle de princesse. 

Elle attira toutefois l’attention du Roi Clovis II qui était à peine plus âgé qu’elle (il était né en 625), et qui l’épousa : en 649, la jeune esclave devint donc Reine des Francs. 
Elle donna à Clovis II cinq enfants, dont trois fils qui furent Rois après lui : Clotaire III (Roi de Neustrie et de Bourgogne), Childéric II (Roi d’Austrasie puis de tous les Francs après la mort de Clotaire III) et Thierry III (Roi de Neustrie et de Bourgogne à la mort de Clotaire III, rapidement détroné par Childéric II, puis Roi de tous les Francs à la mort de Childéric II et de son cousin Dagobert II). 

Ste Bathilde statue dans les jardins du Palais du Luxembourg (Paris)

Sainte Bathilde : statue érigée dans les jardins du Palais du Luxembourg à Paris (détail).

A la mort de son époux (survenue le 31 octobre 657, alors qu’il n’avait que 22 ans), Bathilde fut nommée régente pour son fils aîné, Clotaire III, Roi de Neustrie, qui n’avait que cinq ans. 
Elle gouverna avec compétence et sagesse pendant huit ans, s’attachant à réformer les abus et à rendre son peuple heureux, ayant pour principaux conseillers Saint Éloi, évêque de Noyon, et Saint Ouen, évêque de Rouen.

N’oubliant jamais qu’elle avait été esclave, Bathilde usa en particulier de son pouvoir pour soulager ceux qui étaient en captivité. A cette époque, il n’était pas rare que les plus pauvres vendissent leurs propres enfants comme esclaves quand ils n’avaient plus de ressources. Bathilde réduisit les impôts, interdit l’achat d’esclaves chrétiens et la vente de sujets francs, et déclara que tout esclave qui mettait le pied dans le Royaume serait libre, dès cet instant. 

Bathilde soutint le travail de l’Eglise de tout son pouvoir, tant en ce qui concerne l’évangélisation de ses peuples que dans les oeuvres d’instruction et de charité. Elle lutta contre la simonie et favorisa la vie religieuse : elle fonda deux abbayes royales – celles de Corbie et de Chelles – et soutenait de ses largesses les abbayes royales de Saint-Denys et de Saint-Martin de Tours, les abbayes de Jumièges, de Saint-Wandrille, de Jouarre, de Luxeuil… etc. et nombre d’autres établissements ecclésiastiques et sanctuaires.
Elle fonda et dota des hospices, n’hésitant pas à vendre ses propres bijoux pour venir en aide aux nécessiteux.
Sous sa gouvernement enfin, des forêts furent défrichées afin de permettre l’extension des terres agricoles. 

Ste Bathilde près du lit mortuaire de St Eloi

Sainte Bathilde près du lit de mort de Saint Eloi (tableau du XVIIe siècle)

Quand son fils, Clotaire III, fut en âge de gouverner, Bathilde se retira à l’abbaye royale de Chelles, qu’elle avait fondée dans la vallée de la Marne. On raconte qu’elle eut par trois fois la vision de Saint Eloi, rappelé à Dieu peu de temps auparavant, qui lui enjoignait de quitter le siècle et de prendre le voile.
C’est de tout coeur qu’elle avait renoncé au monde et aux honneurs, aussi ne voulut-elle avoir aucun statut particulier dans la communauté, vivant l’humilité et la parfaite obéissance comme la dernière des moniales : « Il me semble que le plus grand bonheur qui me puisse arriver, c’est d’être foulée aux pieds de tout le monde », aurait-elle déclaré.

Elle mourut à Chelles le 30 janvier 680.
A l’heure de rendre le dernier soupir, elle déclara qu’elle voyait une échelle partant de l’autel de la Sainte Vierge et dressée jusqu’au ciel, et que, sur celle-ci, elle se voyait elle-même montant en compagnie des anges.

Elle fut inhumée à Chelles, et non à Saint-Denis auprès de son époux Clovis II.

Vénérée dès après sa mort, son culte fut promu par les abbesses de Chelles (nombre d’entre elles étaient de la famille royale), en particulier par Sainte Gisèle (+ 810), abbesse de Chelles, et soeur de Saint Charlemagne.
Quoique ses reliques eussent déjà fait l’objet d’une élévation (ce qui, à cette époque, correspondait à peu de choses près à ce que nous appelons aujourd’hui une canonisation), présidée par l’évêque de Paris, et de translations, Sainte Bathilde fut définitivement canonisée par le pape Nicolas II, au Xe siècle.
Ses reliques furent protégées par les habitants de Chelles lors des pillages et profanations révolutionnaires, et nous ont donc été conservées.

Leonhard Beck 1480-1552 vision de Ste Bathilde

Vision de Sainte Bathilde (gravure de Leonhard Beck – XVe siècle)

Oraison propre de la Messe de Sainte Bathilde :

O Dieu, qui avez enseigné à la Bienheureuse Bathilde à passer de tout son coeur de la grandeur du monde à l’humilité de la Croix, accordez-nous que, par son intercession et son exemple, nous apprenions à fouler aux pieds les délices périssables de la terre, et par l’embrassement de Votre Croix nous triomphions de tout ce qui nous est contraire.
O Vous qui vivez et régnez… etc.

Oraison de la fête de Ste Bathilde

2016-5. Abbé Edgeworth de Firmont : correspondance, récits, lettres inédites.

frise lys

Plutôt que de dire que « nous lisons », il est plus exact de dire que « nous étudions » en ce moment, au Mesnil-Marie, le gros volume (presque 600 pages), que le Révérend Père Pic o.p. - bien connu pour sa sûreté doctrinale, théologique et politique – a fait paraître aux éditions du Cerf en 2013.

Cet ouvrage est remarquable à plus d’un titre : d’une part il réunit tous les écrits actuellement connus sortis sous la plume de l’Abbé Edgeworth de Firmont, ce prêtre dont la mémoire reste à jamais bénie pour le ministère qu’il accomplit auprès de Sa Majesté le Roi Louis XVI les 20 et 21 janvier 1793 ; mais d’autre part, à travers une longue et rigoureuse introduction, puis par des notes précises, il nous permet d’entrer  de manière exacte dans l’univers de cet ecclésiastique et d’en saisir au mieux toute l’envergure et l’importance, qui ne se réduit pas à sa seule présence auprès du Roi-martyr à l’instant suprême.

Un ouvrage qui devrait figurer dans toutes les bibliothèques de ceux qui s’intéressent au vrai visage de la révolution et qui vénèrent la famille royale immolée.
Un ouvrage qui ne doit pas seulement être bien placé sur une étagère, mais qu’il convient de lire plus d’une fois, d’approfondir et même, en certains passages, de méditer assidûment afin de se bien pénétrer de toute sa richesse historique et spirituelle.

Edgeworth Pic

Abbé Edgeworth de Firmont : « Correspondance, récits, lettres inédites »
Edition établie, présentée et annotée par le Rd. Père Augustin Pic op
(Ed. du Cerf – 2013)

Quatrième de couverture :

Les brefs mémoires et la correspondance de l’abbé Edgeworth de Firmont, ultime confesseur de Louis XVI, ont été publiés presque huit ans après sa mort en 1807, sous la Restauration. L’essentiel en a été repris en Angleterre, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans une petite monographie traduite en France à l’occasion du bicentenaire de la Révolution. Ces textes et cette étude n’avaient toutefois donné lieu à aucune approche historique de fond. La découverte d’une trentaine de lettres manuscrites nous a donné l’occasion de reprendre l’ensemble de ces textes pour les faire mieux connaître.
On trouvera réunis ici les textes de 1815 et 1818, dont la Relation des derniers instants du Roi et ces lettres nouvelles sont aussi intéressantes sur la vie et l’esprit de leur auteur qu’utiles pour vérifier l’authenticité des pièces déjà publiées. L’introduction fait état des connaissances sur le personnage, par la mise en lumière de ses réseaux de relations et d’amitiés en France, en Irlande, en Angleterre et ailleurs, de son statut institutionnel dans l’Eglise de Paris pendant la crise révolutionnaire (historiquement douteux avant ces nouvelles lettres), de son lien à la famille royale aux Tuileries puis au Temple, de ses fonctions auprès de Louis XVIII émigré, de ses convictions sur le rapport du politique et du religieux, et de sa spiritualité.
Cette première étude sur un homme dont le souvenir qu’on en garde se réduit le plus souvent au célèbre « Fils de saint Louis, montez au ciel », qu’il ne se souvenait plus d’avoir prononcé un certain 21 janvier 1793, permet aussi d’entrevoir quelques personnalités, maintenant bien oubliées, du clergé contre-révolutionnaire.

Augustin Pic, dominicain, docteur en théologie de l’université de Strasbourg, est enseignant en spiritualité à l’université catholique de l’Ouest (Angers).

Abbé Henri Essex Edgeworth de Firmont

frise lys

Tous les textes relatifs à Sa Majesté le Roi Louis XVI et à son martyre
publiés dans les pages de ce blogue :
- Un récit des dernières heures du Souverain > ici
- Le testament de Louis XVI > ici

– Son voeu au Sacré-Coeur > ici
– Maximes et pensées de Louis XVI > ici
– La complainte « Louis XVI aux Français » > ici
– L’allocution consistoriale du Pape Pie VI sur le martyre de Louis XVI > ici
– L’oraison funèbre de Louis XVI prononcée à Rome devant le Pape > ici
– Le récit de l’exhumation des restes de Louis XVI et Marie-Antoinette en janvier 1815 – à partir d’ > ici
– Le transfert des dépouilles royales à Saint-Denis (21 janvier 1815) > ici
– Les funérailles solennelles des Souverains martyrs le 21 janvier 1815 > ici
– La Messe de Requiem composée par Cherubini à la mémoire de Louis XVI (20 janvier 1816) > ici

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 20 janvier, 2016 |1 Commentaire »

2016-4. La poussière transfigurée dansera dans ton soleil !

2001 – 19 janvier – 2016

Quinzième anniversaire du rappel à Dieu
de

Gustave Thibon.

frise

A l’occasion du quinzième anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon (19 janvier 2001), j’ai résolu de publier ci-dessous l’un de ses poèmes.

Cela surprendra peut-être plus d’un de mes lecteurs habituels : en effet, malgré le fait que deux recueils de poèmes figurent en bonne place dans ses bibliographies complètes, on a souvent tendance à oublier que Gustave Thibon était épris de poésie, qu’il goûtait fort les oeuvres d’un très grand nombre de poètes et qu’il connaissait par coeur une quantité prodigieuses de vers (et dans plusieurs langues).
Thibon est en vérité un orfèvre de la langue française. Les aphorismes qui constituent la majeure partie de son oeuvre sont ciselés comme de purs et fins joyaux ; ils témoignent au plus haut point d’une maîtrise parfaite des sons et du rythme des mots et des phrases, et de leur puissance évocatrice. N’est-ce pas là justement l’essence de la poésie ?
Dans la présentation qui figure sur la quatrième de couverture du recueil « Offrande du soir », publié en 1946 chez Lardanchet, on trouve ces deux phrases admirables : « (…) Le poète est celui qui crée de nouveaux rapports entre les choses et nous, qui nous les fait voir comme nous ne les avions jamais vues encore, dans une sorte de contact ineffable. Par son pouvoir de rayonnement, la poésie nous conduit à une plus vaste compréhension de nous-même et du monde et jusqu’au mystère de l’être»
Comme cette définition du poète et de son oeuvre correspond bien à la personne et aux écrits de Gustave Thibon !

Le poème « Deus omnium » est le quatrième de la deuxième partie de ce petit recueil : écrit en vers libres (comme d’ailleurs tous les poèmes qui y figurent), il n’a rien à voir avec le romantisme, le sentimentalisme ou la mièvrerie badine auxquels on assimile souvent la poésie. Nous nous trouvons ici dans une forme de poésie qui, si elle est intimiste, n’en est pas moins exactement métaphysique.
En moins d’une vingtaine de lignes, c’est une sorte d’expérience intérieure d’une rare densité qui est exprimée et qui, si elle devait faire l’objet d’explications et de commentaires requerrait plusieurs épais volumes : la vérité de l’homme y est mise en lumière, tandis que dans l’ombre se devine la vérité de Dieu.
Théologie apophatique faite poème !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

frise

Gustave Thibon

DEUS OMNIUM

Dans le coeur de l’homme, j’ai vu la fange et la corruption,
Et mon espoir en l’homme a pleuré, mais n’a pas fléchi :
La vie bourdonne au sein de la pourriture, une eau vierge dort dans la fange !
- Dans le coeur de l’homme, j’ai vu aussi la poussière,
Poussière de vice et de vertu, résidu neutre et stérile du bien et du mal…
Alors, j’ai tremblé pour l’homme,
L’image de l’homme a brouillé mon coeur comme une nausée.
- Attitudes, mensonges émoussés, sang tourné en salive, échanges solennels de fausse monnaie, prudence creuse en quête d’un ordre éteint – cette cendre s’amoncelle et monte, elle comble l’urne humaine ;
Là, aucune vie ne peut trouver sa pâture – pas même la mouche de l’ordure, pas même le ver du remords.
- Je ne crains pas la fange, je crains la poussière !
Allons ! La nausée n’est pas un verdict intégral. L’homme est injuste et fermé, traître au Oui suprême, idolâtre par omission, qui n’a pas surmonté son plus quotidien, son plus réfractaire hoquet.
La poussière aussi t’appartient, Seigneur, la poussière aussi chantera ta gloire !
Ton amour a des secrets qui fécondent même les entrailles absentes de la vanité !
- Un coup de balai de ta justice qui bouleverse l’ordre mort des poudreux atomes,
Puis un rayon de ta pitié sur la vitre humaine,
Et la poussière transfigurée dansera dans ton soleil !

Gustave Thibon, in « Offrande du Soir », éditions Lardanchet 1946, pp. 79-80.

Offrande du soir - Gustave Thibon 1946

frise

Autres publications consacrées à Gustave Thibon dans les pages de ce blogue :

- Courte présentation biographique de Gustave Thibon > www
– « Gustave Thibon : dix ans déjà ! » (2011) > www
– « Eloignement et connaissance » (extrait de « Retour au réel ») > www
– Le message de ND de La Salette au monde paysan > www
– « Le goût de l’aliment éternel » > www
– « Libertés » (extrait de « Diagnostics ») > www
- Eglise et politique : c’est l’absolu qui me donne la norme du relatif www
- Le sport dans la société moderne (in « L’Equilibre et l’harmonie ») www

–  Vertu d’espérance et optimisme (in « L’Equilibre et l’harmonie ») www
– Sur la démocratie et le suffrage universel www
– « Gustave Thibon – la leçon du silence » par Raphaël Debailiac www
– « Dépendance et liberté » (in « Retour au réel ») www
– « Quel avenir pour l’Occident ? » (R. Debailiac) www
– Sur la révolution française www
– « L’homme a besoin de racines » (retranscription d’un entretien radiophonique) www

2016-1. Où le Maître-Chat vous offre de pieuses étrennes pour la nouvelle année.

Samedi soir 2 janvier 2016,
Dans l’Ordre de Saint Augustin, la fête de Saint Fulgence de Ruspe,

Octave de Saint Etienne.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Après les voeux du jour de l’an que Frère Maximilien-Marie vous a adressés (cf. > ici), après la prière pour le commencement de l’année nouvelle que j’ai publiée hier (cf. > ici), d’une manière un peu plus plaisante j’ai résolu de vous offrir aujourd’hui des étrennes…
… Etrennes qui ne consisteront pas en une enveloppe contenant un billet d’euros, ni en boites de chocolats ou de marrons glacés, mais en un trésor bien plus précieux que l’or et en délices bien plus savoureux que les plus exquises gourmandises, car ce sont des étrennes d’ordre spirituel.

Depuis la Sainte Nuit de Noël, et pendant tout l’octave de la Nativité, nous n’avons rien eu à faire de mieux que de passer le plus de temps possible auprès de la Crèche, dans le recueillement et le silence.
Au jour de l’an, la fête de la Circoncision nous a redit de bien graves leçons au sujet de ce divin Enfant qui a été prénommé Jésus – Dieu sauve – , et, ce premier dimanche de janvier, la fête du Saint Nom de Jésus nous donne de méditer encore et d’approfondir l’inépuisable richesse des mystères contenus dans ces abaissements inouïs du Verbe de Dieu incarné…

Mes étrennes de ce soir, sont tout-à-fait dans cette ligne, même si elles revêtent un aspect d’apparence plus plaisante, voire attendrissante : ce sont cinq petites images de dévotion, éditées jadis par un monastère de carmélites à l’adresse des enfants, que j’ai extraites de la collection d’images pieuses anciennes de Frère Maximilien-Marie.

Le Fils de Dieu n’a pas dédaigné de se faire Lui-même petit enfant, alors vous ne prendrez sans doute point ombrage de ce que je vous considère tous comme des enfants en vous présentant ces images en guise d’étrennes.

J’ai d’ailleurs pensé qu’ils étaient bien heureux, les enfants de naguère, auxquels de très grandes leçons inspirées par la Foi, l’Espérance et la Charité, étaient données à travers de simples images, qui, si elles sont charmantes, n’enseignent cependant pas autre chose que les voies de la générosité, du renoncement, du sacrifice… etc., qui sont les voies de l’authentique vie chrétienne.

Mais j’arrête là mon « sermon » et je vous laisse méditer… et tirer les leçons pratiques pour chacune de vos vies, cachées dans mes modestes étrennes.

Lully.

Leçons de l'Enfant Jésus 1

Leçons de l'Enfant Jésus 2

Leçons de l'Enfant Jésus 3

Leçons de l'Enfant Jésus 4

Leçons de l'Enfant Jésus 5

Chatons de noël

Publié dans:Chronique de Lully, Textes spirituels |on 2 janvier, 2016 |5 Commentaires »

Invocations pour le début de l’année nouvelle :

« Benedices coronae anni benignitatis tuae ! »
(Ps. LXIV, 12 a)
Vous bénissez la couronne de l’année, objet de Votre bonté.

Pierre-Paul Rubens - anges musiciens

Pierre-Paul Rubens : anges musiciens.

Invocations pour le début de l’année nouvelle :

O Dieu, Père Eternel et Souverain, qui demeurez semblable à Vous-même, Vous dont les années ne passent point, accordez-nous de passer pieusement cette année nouvelle à Votre saint service.
Ne nous privez pas de ce qui nous est nécessaire pour la vie de l’âme et du corps, et faites que nous puissions, par notre zèle et notre piété, nous soumettre en toutes choses à Votre sainte volonté.
Bénissez, Seigneur, la couronne de cette année que nous accorde Votre bonté, afin que nos champs soient remplis d’abondance et que nous, qui cheminons dans une vallée de larmes, nous soyons habités de Votre douce paix.

O Verbe incréé, Créateur de l’univers, incommensurable et éternelle Sagesse, Alpha et Oméga de l’histoire et de ce monde, bénissez-nous avec une surabondante largesse quand nous venons humblement nous placer sous Votre toute-puissante et miséricordieuse protection, et que nous Vous demandons Vos grâces pour chacun des jours qui formeront la couronne de cette année qui commence.
Que Votre paix garde ce Royaume, garde nos cités et garde nos familles, par l’intercession de Votre Très Sainte Mère toujours vierge, par qui Vous êtes venu au milieu de nous à la plénitude des temps : sauvez nos âmes et préservez-les de toute souillure ; et par la vertu de Votre Sang rédempteur protégez-nous des attaques de l’ennemi.

Souverain Maître des siècles, Esprit Saint, divin Paraclet, par Lequel les temps et les années sont conduits vers leur terme, nous présentons à Votre bénigne Majesté la couronne de cette année nouvelle, afin que Votre suave munificence la remplisse chaque jour de Ses dons, par lesquels Vous nous aiderez à être fidèles aux préceptes de Notre-Seigneur Jésus-Christ et à marcher dans des voies qui Lui plaisent, à éviter le mal et à pratiquer le bien, puis, quand viendra notre heure, à remettre avec une humble confiance notre âmes entre Ses mains.

Ainsi soit-il !

couronne de Noël Meilleurs voeux

Et l’on pourra lire ou relire la « Métaphysique des voeux » publiée > ici

Publié dans:Prier avec nous |on 31 décembre, 2015 |4 Commentaires »

2015-108. Du huit-cent-cinquantième anniversaire de la canonisation de Saint Charlemagne et de la séquence « Urbs Aquensis » en son honneur.

1165 – 29 décembre – 2015

Charlemagne trésor d'aix la chapelle détail de la chasse 1215 orfèvre rhénan anonyme

Trésor de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle : le Bienheureux Charlemagne
(détail de l’un des reliquaires – bronze doré 1215)

C’est aujourd’hui, 29 décembre 2015, le huit-cent-cinquantième anniversaire de la cérémonie de canonisation du Bienheureux Charlemagne (rappelons qu’à cette époque on ne faisait pas encore de différence entre les « bienheureux » et les « saints »), qui fut célébrée à Aix-la-Chapelle le 29 décembre 1165.

Je n’ai aucune envie de redire ici ce que j’ai déjà eu l’occasion d’écrire à ce sujet le 28 janvier 2014 à l’occasion du douzième centenaire de la mort du grand Roi des Francs et Empereur (cf. > ici), même si quelques « catho-hyper-coincés » – qui s’estiment sans doute mieux inspirés que le pape Benoît XIV (1740-1758) qui trancha pourtant la question, au terme d’une polémique de plusieurs siècles – continuent à nous faire grief de conserver et de défendre le culte liturgique du Bienheureux Charlemagne.

Justement, dans un premier temps, la fête de la translation de Saint Charlemagne (on entend par translation l’acte de transporter des reliques d’un lieu à un autre, en l’occurrence il s’agissait ici de la cérémonie par laquelle on avait retiré ses restes de son tombeau pour les déposer dans une chasse et les exposer à la vénération des fidèles, le 29 décembre 1165) fut célébrée avec plus d’éclat que son dies natalis (le jour anniversaire de sa mort, c’est-à-dire le 28 janvier).
Ce n’est qu’après 1215 que la fête de Saint Charlemagne au 28 janvier supplanta en solennité l’anniversaire du 29 décembre.

C’est du temps où la principale fête du saint roi et empereur était donc celle du 29 décembre que date la séquence « Urbs Aquensis », dont je publie aujourd’hui, à l’occasion de ce huit-cent-cinquantième anniversaire, le texte latin et la traduction ci-dessous.

Cette pièce constitue l’un des plus anciens témoins qui soient parvenus jusqu’à nous de la liturgie de Saint Charlemagne.
D’Aix-la-Chapelle pour laquelle elle avait été composée, cette prose se répandit assez rapidement dans tout l’empire (parfois avec des adaptations : des villes qui avaient été elles aussi des résidences impériales substituant leur nom à celui d’Aix à la première ligne).
Abandonné au XIX ème siècle, l’usage de cette séquence a été rétabli à Aix-la-Chapelle en 1931 (on en trouvera la partition sur le site de la Schola Sainte-Cécile > ici).

Au temps de la guerre de cent ans, Sainte Jeanne d’Arc voyait Saint Louis et Saint Charlemagne à genoux devant le trône de Dieu, Le suppliant pour la France et pour son Roi légitime.
Ainsi donc de même, en nos temps troublés et malheureux, recourrons avec ferveur à l’intercession du saint empereur pour que Dieu délivre la France et l’Europe des grands maux dont elles sont menacées…

Lully.

Armoiries de Charlemagne

Urbs Aquensis, urbs regalis,
Regni sedes principalis,
Prima regni curia,

Regi regum pange laudes
Quae de magni regis gaudes
Caroli praesentia.

Iste coetus psallat laetus,
Psallat chorus hic sonorus
Vocali concordia.

At dum manus operatur
Bonum, quod cor meditatur,
Dulcis est psalmodia.

Hac in die duo festa
Magni regis magna gesta
Recolat Ecclesia.

Reges terrae et omnes populi
Omnes simul plaudant et singuli
Celebri laetitia.

 

Hic est Christi miles fortis
Et invictae dux cohortis
Decem sternit millia.

Terram purgat lolio
Atque metis gladio
Ex messe zizania.

Hic est magnus imperator,
Boni fructus bonus sator
Et prudens agricola.

Infideles hic convertit
Fana, deos, hic evertit
Et confregit idola.

Hic superbos domat reges,
Hic regnare santas leges
Fecit cum justitia.

Quam tuetur sine fine
Ut et justus, sed nec sine
Sit misericordia.

Oleo laetitiae unctus dono gratiae
Ceteris prae regibus, cum corona gloriae
Majestatis regiae, insignitur fascibus.

 

O Rex mundi triumphator,
Jesu Christi conregator,
Sit pro nobis exorator,
Sancte Pater Carole,

Emundati a peccatis,
Ut in regno claritatis
Nos, plebs tua, cum beatis
Caeli simus incolae.

Stella maris, ô Maria,
Mundi salus, vitae via,
Vacillantum rege gressus
Et ad Regem des accessus
In perenni gloria.

Christe, splendor Dei Patris,
Incorruptae Fili Matris,
Per hunc sanctum, cujus festa
Celebramus, nobis praesta
Sempiterna gaudia.

Amen.

Cité d’Aix, cité royale,
Siège principal de la royauté,
Palais préféré de nos princes,

du Roi des rois chante la louange,
en ce jour où tu te réjouis de la fête
du grand roi Charles.

Que notre chœur chante dans l’allégresse, que le clergé fasse entendre le mélodieux accord des voix.

Quand la main est occupée aux bonnes œuvres, ce que le cœur médite
est une douce psalmodie.

En ce double jour de fête,
que l’Église honore
la grande geste du grand roi.

Que les rois de la terre et tous les peuples applaudissent ensemble et fassent entendre un unique concert joyeux.

C’est ici le fort soldat du Christ,
et le chef de l’invincible cohorte
qui en renverse dix mille.

Il purge la terre de l’ivraie,
et de son glaive il affranchit la moisson
en extirpant l’ivraie.

C’est là le grand Empereur,
bon semeur d’une bonne semence
et prudent cultivateur.

Il convertit les infidèles,
il renverse temples et dieux,
et il brise les idoles.

Il dompte les rois superbes,
il fait régner les saintes lois
avec la justice.

Les yeux sans cesse fixés sur elle,
De sorte qu’en étant juste, il ne soit
Cependant pas sans miséricorde.

Il est sacré de l’huile de liesse, par un don de grâce, plus que tous les autres rois.
Avec la couronne de gloire, il reçoit les insignes de l’Impériale Majesté.

Ô Roi triomphateur du monde,
toi qui règnes avec Jésus-Christ,
sois pour nous un intercesseur,
ô Charles, notre père saint !

Afin que, purs de tout péché,
dans le royaume de la lumière,
nous, ton peuple, avec les bienheureux
Nous soyons habitants du Ciel.

Étoile de la mer, ô Marie,
salut du monde, voie de la vie,
dirige nos pas vacillants
et donne-nous accès auprès du Roi
dans la gloire sans fin.

Ô Christ, splendeur de Dieu le Père,
fils d’une Mère sans tache,
par ce Saint dont nous célébrons la fête, daigne nous accorder
l’éternelle joie.

Ainsi soit-il !

Aix-la-Chapelle, cathédrale

Aix-la-Chapelle : la cathédrale

2015-107. Où l’on évoque, au jour du centenaire de sa naissance, la figure d’Edith Piaf et ses liens privilégiés avec Sainte Thérèse de Lisieux.

Samedi des Quatre-Temps d’hiver 19 décembre 2015,
mémoire du Bienheureux Urbain V (cf. > ici),
centenaire de la naissance d’Edith Piaf.

Edith Piaf enfant

Edith toute petite fille

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je fais partie de ceux que sa voix émeut et chamboule jusqu’au plus intime de l’être – cela ne se contrôle pas, c’est physique – , je suis aussi du nombre de ceux que sa vie si chaotique touche profondément, et ce n’est pas en raison d’une frénésie « pipole ». Voilà pourquoi je ne veux pas laisser passer ce 19 décembre 2015 sans évoquer le centenaire de la naissance d’Edith Giovanna Gassion, née à Paris le 19 décembre 1915, mondialement connue sous son nom de scène : Edith Piaf.

Certaines bonnes âmes réprouveront peut-être mon attachement à cette « fille de rien », élevée dans une maison close, sans éducation religieuse, aux défauts si marqués, à la vie sentimentale si agitée et scandaleuse, et à laquelle l’Eglise refusera les funérailles ecclésiastiques (note *) : « J’ai péché… Mea culpa !… Que ceux qui n’ont jamais péché me jettent la première pierre ; que ceux qui n’ont jamais aimé me refusent une prière… » a-t-elle chanté dans « Mea culpa ».
Et finalement, même si la grâce de Dieu nous a préservés de semblables errements, n’en est-il pas pourtant ainsi aussi pour chacun d’entre nous ?

Tout à la fois ange et démon, Edith, même si elle n’a pas fait de déclarations ni de déballages intimes sur cet aspect encore largement ignoré de sa vie, était en dépit de tout animée par une profonde et sincère croyance : la foi des pauvres gens qui n’ont pas reçu d’instruction religieuse et auxquels la rue a servi d’école de vie.
Une foi authentique toutefois, qui ne se pose pas de questions théologiques mais croit en une vie éternelle au-delà de la mort et qui, dans l’ignorance pratique du Bon Dieu, de Sa Loi et de Ses sacrements, cherche cependant à aller vers Lui par l’intercession de Ses saints.
« Il n’est pas possible qu’une fois mort on ne soit vraiment que poussière… Il y a quelque chose qui nous échappe, que nous ne connaissons pas… Je crois en Dieu. Il serait trop injuste que ceux qui ont souffert sur cette terre ne trouvent la paix que réduits en poussière. Le Paradis viendra… après le Jugement dernier » dit-elle à son infirmière quelques jours avant de mourir. Et aussi : « Je n’ai pas peur de la mort. C’est une autre vie qui commence », et elle lui demande d’aller à l’église Sainte-Rita de Nice pour y faire brûler un cierge. L’infirmière objecte : « Mais, Edith, j’y suis allée la semaine dernière… » et s’attire cette réponse : « Retournes-y, deux cierges valent mieux qu’un ! »

La foi fruste d’Edith s’exprimait dans le culte des saints, et au plus haut point par la relation privilégiée qu’elle eut avec Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.
Ses proches en ont témoigné : Edith la colérique, Edith la jalouse, Edith la luxurieuse, et malgré tout Edith au coeur d’enfant vivait dans une proximité quotidienne et quasi physique avec la petite carmélite de Lisieux.

On le sait, à l’âge de six ans, devenue aveugle à cause d’une kératite aigüe, Edith fut guérie à la suite d’un pélerinage à Lisieux.
Je ne peux d’ailleurs m’empêcher de sourire en pensant à ce pèlerinage si peu conventionnel où l’on vit une mère maquerelle et ses « filles » – qui, même si elles avaient fait de gros efforts de tenue afin de paraître « respectables », ne pouvait pas passer inaperçues – venir s’agenouiller et prier sur la tombe de la bienheureuse, avec une petite fille portant un bandeau noir sur les yeux…
Depuis lors, Edith a toujours gardé un lien intime et profond avec la sainte carmélite : elle retournera souvent prier à Lisieux (y emmenant parfois ses amants !) ; tous les soirs, elle s’agenouillait pour prier devant l’image de Thérèse posée en évidence sur son chevet, lors même qu’il y avait un homme dans son lit ; il lui est arrivé de monter à genoux – incognito – les escaliers de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre, pour demander pardon à la sainte après une mauvaise action ; et plusieurs fois aussi il est arrivé à Edith de sentir un parfum de rose surnaturel, signe des grâces de Thérèse…
Chaque fois qu’elle entrait en scène, Edith se signait et embrassait la croix qu’elle portait toujours autour du cou.

« Edith et Thérèse, la Sainte et la Pécheresse » : Jacqueline Cartier et Hugues Vassal ont cosigné, il y a déjà plusieurs années, cet ouvrage qu’on ne peut lire (ou relire) sans émotion.
N
ous touchons là au mystère des âmes et à la stupéfiante manière dont le Bon Dieu peut établir des relations privilégiées entre certaines d’entre elles pour, malgré tout, communiquer Ses grâces et oeuvrer au salut des pécheurs.

Ici, je ne peux m’empêcher de vous rapporter, en guise de conclusion, cette admirable citation du chanoine Antoine Crozier, ce prêtre lyonnais stigmatisé que j’aime tant et qui fut l’ami intime du Bienheureux Charles de Foucauld (cf. > ici et ici) :
« De même qu’Il va prendre très loin, sur l’immensité des mers, les pluies qu’Il fait tomber dans nos champs, Dieu va prendre plus loin encore les grâces qu’Il nous donne. Et c’est ainsi que, dans le livre de nos vies, les plus belles pages sont souvent écrites par les mérites des autres, par les prières de quelque moine ou de quelque carmélite, immolés silencieusement au fond de leur cloître »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.       

Edith et Thérèse la sainte et la pécheresse

« Edith et Thérèse – la Sainte et la Pécheresse »
Jacqueline Cartier et Hugues Vassal (ed. Anne Carrière)

Note * : on remarquera toutefois que malgré le refus des funérailles à l’église (l’Osservatore Romano faisant remarquer qu’elle avait vécu en état de péché public), plusieurs ecclésiastiques furent présents au cimetière lors des obsèques d’Edith. Outre le curé de sa paroisse parisienne et le Rd Père Leclerc, dominicain et aumônier du monde des spectacles, fut aussi présent Monseigneur Martin, venu spécialement de Rome pour la circonstance, qui gardait à Edith une reconnaissance éternelle parce que, à Marseille, « elle l’avait sauvé du suicide et lui avait rendu la foi ».

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints |on 19 décembre, 2015 |8 Commentaires »

Prière du vénérable Pie XII à Marie, Mère immaculée.

Martino Altomonte - Budapest - Immaculée Conception (1719)

La Vierge immaculée – Martino Altomonte, Budapest (1719).

O Marie, Mère immaculée de Jésus et notre Mère, ravis par la splendeur de votre céleste beauté et pressés par les angoisses de ce temps, nous nous jetons dans vos bras, certains de trouver dans votre Coeur très aimant le repos de nos ferventes aspirations et le refuge assuré dans les tempêtes qui de toutes parts nous assaillent.

Nous sommes accablés sous nos fautes et succombons sous le poids d’infinies misères, et pourtant nous admirons et chantons l’incomparable richesse des dons sublimes dont Dieu vous a comblée plus que toute autre créature, depuis le premier instant de votre Conception jusqu’au jour où, élevée au Ciel, Il vous a couronnée Reine de l’univers.

O limpide Source de foi, abreuvez nos esprits des vérités éternelles !
O Lis odorant de toute sainteté, captivez nos coeurs par votre céleste parfum !
O Triomphatrice du mal et de la mort, inspirez-nous une profonde horreur pour le péché qui rend l’âme abominable à Dieu et esclave de l’enfer !

Ecoutez, ô Bien-Aimée de Dieu, le cri fervent qui s’élève de chaque coeur fidèle (…).
Penchez-vous sur nos plaies douloureuses.
Changez le coeur des méchants, séchez les larmes des affligés et des opprimés, réconfortez les pauvres et les petits, éteignez les haines, adoucissez la dureté des moeurs, gardez à la jeunesse sa fleur de pureté, protégez la Sainte Eglise, faites que tous les hommes ressentent l’attrait de la bonté chrétienne.
Qu’en votre nom, qui retentit harmonieusement dans les Cieux, les hommes se reconnaissent frères et les nations membres d’une seule famille, sur laquelle resplendisse le soleil d’une paix sincère et universelle.

Accueillez, ô très douce Mère, nos humbles prières, et obtenez-nous par-dessus tout de pouvoir un jour, partageant votre bonheur, redire devant votre trône, l’hymne qui monte aujourd’hui sur la terre autour de vos autels : « Vous êtes toute belle, ô Marie ! Vous êtes la gloire, la joie, l’honneur de notre peuple. »

Ainsi soit-il.

Armoiries de Pie XII

(prière composée en italien pour l’Année Mariale, le 21 novembre 1953)

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