Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

Litanies et prières à Saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

Gisant de cire de St Louis-Marie - détail

Détail du gisant de cire de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
à Saint-Laurent-sur-Sèvvre (maison-mère des Filles de la Sagesse),
montrant le saint au moment de son dernier soupir.

frise

Litanies de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
(pour la récitation privée)

Seigneur, ayez pitié de nous (bis). 
Jésus-Christ, ayez pitié de nous (bis). 
Seigneur, ayez pitié de nous (bis). 

Jésus-Christ, écoutez-nous (bis). 
Jésus-Christ, exaucez-nous (bis).

Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous 
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous 
Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous 

Sainte Marie, priez pour nous. 
Médiatrice de toutes les grâces, priez pour nous. 
Reine des coeurs, priez pour nous. 

Saint Louis-Marie de Monfort, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, fidèle imitateur de Jésus-Christ, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, prédicateur éloquent de la Croix, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, chantre du Sacre-Coeur, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, dévot esclave de Jésus en Marie, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, apôtre du très saint Rosaire, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, homme d’oraison, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, prodige de mortification, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, amant passionné de la pauvreté, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, champion intrépide de la vérité, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, défenseur ardent de la foi catholique, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, zélateur infatigable de la gloire de Dieu et du salut des âmes, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, restaurateur des temples du Seigneur, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, père des pauvres, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, secours des infirmes et des malades, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, instituteur de l’enfance et de la jeunesse, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, fondateur de congrégation religieuses, priez pour nous. 
Saint Louis-Marie de Monfort, modèle des prêtres et des missionnaires, priez pour nous.

Obtenez-nous la véritable sagesse, saint Louis-Marie de Monfort. 
Obtenez-nous l’esprit de foi, saint Louis-Marie de Monfort. 
Obtenez-nous l’esprit de prière, saint Louis-Marie de Monfort. 
Obtenez-nous l’esprit d’humilité, saint Louis-Marie de Monfort. 
Obtenez-nous l’amour de la croix, saint Louis-Marie de Monfort. 
Obtenez-nous votre vraie dévotion à Marie, saint Louis-Marie de Monfort. 
Obtenez-nous votre amour pour l’Église, saint Louis-Marie de Monfort. 
Obtenez-nous votre dévouement au Vicaire de Jésus-Christ, saint Louis-Marie de Monfort. 
Obtenez-nous votre obéissance filiale au Pape infaillible, saint Louis-Marie de Monfort. 
Obtenez-nous votre courage dans les épreuves, saint Louis-Marie de Monfort. 
Obtenez-nous votre amour de la vie cachée, saint Louis-Marie de Monfort. 
Obtenez-nous votre zèle pour la conversion des pécheurs, saint Louis-Marie de Monfort. 
Obtenez-nous la persévérance dans le bien, saint Louis-Marie de Monfort. 
Obtenez-nous la grâce d’une bonne mort, saint Louis-Marie de Monfort. 
Obtenez-nous le règne de Jésus par Marie, saint Louis-Marie de Monfort.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur. 
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur. 
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V/. Saint Louis-Marie de Monfort 
R/. Intercédez pour nous.

Prions :

Ô Dieu, qui avez fait de saint Louis-Marie un prédicateur éminent du Règne de votre Fils unique, et par lui avez suscité dans votre Église une double famille religieuse ; daignez nous accorder, selon son enseignement et à son exemple, la grâce de servir toujours sous le joug suave de la bienheureuse Vierge Mère, ce même Fils bien-aimé qui vit et règne avec vous en l’unité du Saint-Esprit dans les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

Chapelet

Collecte de la messe propre de Saint Louis-Marie :

O Dieu, qui avez fait du Bienheureux Louis-Marie, Votre confesseur, le héraut merveilleux du mystère de la Croix et du très saint Rosaire, et donné par lui à l’Eglise une famille nouvelle : accordez-nous, grâce à ses mérites et à son intercession, d’arriver aux récompenses du salut éternel par la vie, la mort et la résurrection de Votre Fils unique. Nous Vous le demandons par le même Jésus-Christ, Votre Fils, qui vit et règne avec Vous dans l’unité du Saint-Esprit, pour les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

Deus, qui beatum Ludovicum-Mariam, confessorem tuum, Crucis mysterii et sanctissimi Rosarii praeconem exinium effecisti, ac nova per eum familia Ecclesiam fecundasti : ejus meritis et intercessione concede : ut per Unigeniti Filii tui vitam, mortem ac resurrectionem, salutis aeternae praemia consequamur. Per eumdem Dominum…

Amen.

Saint Louis-Marie

frise

Prière pour demander à Saint Louis-Marie
la grâce de la parfaite dévotion à la Sainte Vierge :

Saint Louis-Marie de Montfort, qui avez si admirablement enseigné, par votre vie autant que par vos écrits, de quelle manière il nous faut aimer la Bienheureuse Mère de Dieu, je vous demande humblement de m’assister par votre prière et par votre bienveillante intercession, pour que j’obtienne la grâce de vivre moi aussi, en esprit et en vérité, cette parfaite dévotion à la Sainte Vierge, de sorte qu’en lui étant totalement et pleinement consacré, je puisse être toujours plus totalement et plus pleinement à Jésus mon divin Sauveur.
Saint Louis-Marie de Montfort, qui avez si merveilleusement montré, par votre vie autant que par vos écrits, ce qu’est le véritable amour de la Croix, je vous demande humblement de m’assister par votre prière et par votre bienveillante intercession, pour que j’obtienne la grâce de renoncer à moi-même et d’embrasser généreusement la pauvreté, les humiliations et les douleurs de la Croix, en ne me dérobant jamais aux mille et un petits sacrifices quotidiens, de sorte qu’en portant fidèlement le joug de Jésus-Christ, je puisse oeuvrer, à Sa suite et selon mon humble mesure, au salut et à la sanctification des âmes.
Saint Louis-Marie de Montfort, qui avez si extraordinairement contribué, par votre vie autant que par vos écrits, à faire aimer la Sagesse Eternelle, le Verbe divin par qui tout a été créé, qui est venu en notre chair, qui a souffert la Passion et qui demeure mystérieusement au milieu de nous dans la Sainte Eucharistie, Jésus-Christ Notre-Seigneur, je vous demande humblement de m’assister par votre prière et par votre bienveillante intercession, pour que j’obtienne la grâce d’appartenir sans réserve au Christ Sagesse Eternelle, goûtant Son ineffable douceur et marchant dans la douceur de Ses voies, pour parvenir, au terme de cet exil, à Le posséder dans l’éternité bienheureuse.

Ainsi soit-il.

(Prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

A Jésus par Marie

A Jésus par Marie !

Publié dans:Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 27 avril, 2016 |2 Commentaires »

2016-33. Discours de Sa Sainteté le Pape Pie XII à l’occasion de la canonisation de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

1716 – 28 avril – 2016

Troisième centenaire de la mort
de

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort

Chapelet

A l’occasion du troisième centenaire de la mort de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, nous pouvons relire et méditer le discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie XII à l’adresse des pèlerins présents à Rome à l’occasion de la canonisation du grand missionnaire des provinces de l’Ouest de la France, qui avait été célébrée la veille, dimanche 20 juillet 1947 (note : en ce temps-là, le Souverain Pontife ne prêchait pas aux messes de canonisation, mais il s’adressait aux fidèles le lendemain lors d’une audience au cours de laquelle il mettait en lumière les exemples du nouveau saint).

Statue de Saint Louis-Marie basilique vaticane

Statue de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
dans la basilique vaticane.

Chapelet

Discours de
Sa Sainteté le Pape Pie XII
à l’adresse des pèlerins présents à Rome

à l’occasion de la canonisation de
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort

- 21 juillet 1947 -

Soyez les bienvenus, chers fils et chères filles, accourus en grand nombre pour assister à la glorification de Louis-Marie Grignion de Montfort, l’humble prêtre breton du siècle de Louis XIV, dont la courte vie, étonnamment laborieuse et féconde, mais singulièrement tourmentée, incomprise des uns, exaltée par les autres, l’a posé devant le monde « en signe de contradiction », « in signum, cui contradicetur » (Luc II, 34). Réformant, sans y penser, l’appréciation des contemporains, la postérité l’a rendu populaire, mais, par dessus encore le verdict des hommes, l’autorité suprême de l’Église vient de lui décerner les honneurs des saints.

Salut d’abord à vous, pèlerins de Bretagne et du littoral de l’Océan. Vous le revendiquez comme vôtre et il est vôtre en effet. Breton par sa naissance et par l’éducation de son adolescence, il est resté breton de cœur et de tempérament à Paris, dans le Poitou et en Vendée ; il le restera partout et jusqu’au bout, même dans ses cantiques de missionnaire, où par une pieuse industrie, — qui réussirait peut-être moins heureusement à une époque plus critique et volontiers gouailleuse, il adaptait des paroles religieuses aux airs populaires de son pays. Breton, il l’est par sa piété, sa vie très intérieure, sa sensibilité très vive, qu’une délicate réserve, non exempte de quelques scrupules de conscience, faisait prendre par des jeunes gens primesautiers, et par quelques-uns même de ses Supérieurs, pour gaucherie et singularité. Breton, il l’est par sa droiture inflexible, sa rude franchise, que certains esprits, plus complaisants, plus assouplis, trouvaient exagérée et taxaient avec humeur d’absolutisme et d’intransigeance.

C’est en l’épiant malicieusement à son insu, en le voyant et en l’entendant traiter avec les petits et les pauvres, enseigner les humbles et les ignorants, que plus d’un découvrit avec surprise, sous l’écorce un peu rugueuse d’une nature qu’il mortifiait et qu’il forgeait héroïquement, les trésors d’une riche intelligence, d’une inépuisable charité, d’une bonté délicate et tendre.

On a cru parfois pouvoir l’opposer à saint François de Sales, prouvant ainsi qu’on ne connaissait guère que superficiellement l’un et l’autre. Différents, certes, ils le sont, et voilà bien de quoi dissiper le préjugé qui porte à voir dans tous les saints autant d’exemplaires identiques d’un type de vertu, tous coulés dans un même moule ! Mais on semble ignorer complètement la lutte, par laquelle François de Sales avait adouci son caractère naturellement aigre, et l’exquise douceur avec laquelle Louis-Marie secourait et instruisait les humbles. D’ailleurs, l’amabilité enjouée de l’évêque de Genève ne l’a pas plus que l’austérité du missionnaire breton, mis à l’abri de la haine et des persécutions de la part des calvinistes et des jansénistes et, d’autre part, la rudesse fougueuse de l’un, aussi bien que la patience de l’autre au service de l’Église leur ont valu à tous les deux l’admiration et la dévotion des fidèles.

La caractéristique propre de Louis-Marie, et par où il est authentique breton, c’est sa ténacité persévérante à poursuivre le saint idéal, l’unique idéal de toute sa vie : gagner les hommes pour les donner à Dieu. À la poursuite de cet idéal, il a fait concourir toutes les ressources qu’il tenait de la nature et de la grâce, si bien qu’il fut en vérité sur tous les terrains — et avec quel succès ! — l’apôtre par excellence du Poitou, de la Bretagne et de la Vendée ; on a pu même écrire naguère, sans exagération, que « la Vendée de 1793 était l’œuvre de ses mains ».

Salut à vous, prêtres de tous les rangs et de tous les ministères de la hiérarchie ecclésiastique, qui portez tous sur le cœur ce souci, cette angoisse, cette « tribulation », dont parle saint Paul (2 Cor. I, 8) et qui est aujourd’hui, presque partout, le partage des prêtres dignes de leur beau nom de pasteurs d’âmes. Votre regard, comme celui de milliers de vos frères dans le sacerdoce, se lève avec fierté vers le nouveau saint et puise en son exemple confiance et entrain. Par la haute conscience qu’il avait de sa vocation sacerdotale et par son héroïque fidélité à y correspondre, il a fait voir au monde le vrai type — souvent si peu et si mal connu — du prêtre de Jésus Christ et ce qu’un tel prêtre est capable de réaliser pour la pure gloire de Dieu et pour le salut des âmes, pour le salut même de la société, dès lors qu’il y consacre sa vie tout entière, sans réserve, sans condition, sans ménagement, dans le plein esprit de l’Évangile. Regardez-le, ne vous laissez pas impressionner par des dehors peu flatteurs : il possède la seule beauté qui compte, la beauté d’une âme illuminée, embrasée par la charité ; il est pour vous un modèle éminent de vertu et de vie sacerdotale.

Salut à vous, membres des familles religieuses, dont Louis-Marie Grignion de Montfort a été le Fondateur et le Père. Vous n’étiez, de son vivant et lors de sa mort prématurée, qu’un imperceptible grain de froment, mais caché dans son cœur comme au sein d’une terre fertile, mais gonflé du suc nourricier de sa surhumaine abnégation, de ses mérites surabondants, de son exubérante sainteté. Et voici que la semence a germé, grandi, qu’elle s’est développée et propagée au loin, sans que le vent de la révolution l’ait desséchée, sans que les persécutions violentes ou les tracasseries légales aient pu l’étouffer.

Chers fils et chères filles, restez fidèles au précieux héritage que vous a légué ce grand saint ! Héritage magnifique, digne que vous continuiez, comme vous l’avez fait jusqu’à présent, à y dévouer, à y sacrifier sans compter vos forces et votre vie ! Montrez-vous les héritiers de son amour si tendre pour les humbles du plus petit peuple, de sa charité pour les pauvres, vous souvenant qu’il s’arrachait le pain de la bouche pour les nourrir, qu’il se dépouillait de ses vêtements pour couvrir leur nudité, les héritiers de sa sollicitude pour les enfants, privilégiés de son cœur, comme ils l’étaient du cœur de Jésus.

La charité ! voilà le grand, disons le seul secret des résultats surprenants de la vie si courte, si multiple et si mouvementée de Louis-Marie Grignion de Montfort : la charité ! voilà pour vous aussi, soyez-en intimement persuadés, la force, la lumière, la bénédiction de votre existence et de toute votre activité.

Salut enfin à vous aussi, pèlerins accourus de divers pays et apparemment bien différents entre vous, mais dont l’amour envers Marie fait l’unité, parce que, tous, vous voyez en celui que vous êtes venus honorer le guide qui vous amène à Marie et de Marie à Jésus. Tous les saints, assurément, ont été grands serviteurs de Marie et tous lui ont conduit les âmes ; il est incontestablement un de ceux qui ont travaillé le plus ardemment et le plus efficacement à la faire aimer et servir.

La Croix de Jésus, la Mère de Jésus, les deux pôles de sa vie personnelle et de son apostolat. Et voilà comment cette vie, en sa brièveté, fut pleine, comment cet apostolat, exercé en Vendée, en Poitou, en Bretagne durant à peine une douzaine d’années, se perpétue depuis déjà plus de deux siècles et s’étend sur bien des régions. C’est que la Sagesse, cette Sagesse à la conduite de laquelle il s’était livré, a fait fructifier ses labeurs, a couronné ses travaux que la mort n’avait qu’apparemment interrompus : « complevit labores illius » (Sag. X, 10). L’œuvre est toute de Dieu, mais elle porte aussi sur elle l’empreinte de celui qui en fut le fidèle coopérateur. Ce n’est que justice de la discerner.

Notre œil, presque ébloui par la splendeur de la lumière qui émane de la figure de notre Saint, a besoin, pour ainsi dire, d’en analyser le rayonnement. Il se pose d’abord sur les dons naturels, plus extérieurs, et il a la surprise de constater que la nature n’avait pas été vis-à-vis de lui aussi avare qu’il a pu sembler à première vue. Louis-Marie n’offrait pas, c’est vrai, le charme de traits agréables qui conquièrent soudain la sympathie, mais il jouissait — avantages en réalité bien plus appréciables — d’une vigueur corporelle qui lui permettait de supporter de grandes fatigues dans son ministère de missionnaire et de se livrer quand même à de rudes et très rudes pénitences. Sans s’amuser à éblouir son auditoire par les faciles artifices du bel esprit, par les fantasmagories d’une élégance recherchée et subtile, il savait mettre à la portée des plus simples le trésor d’une théologie solide et profonde — en quoi il excellait — et qu’il monnayait de manière à éclairer et convaincre les intelligences, à émouvoir les cœurs, à secouer les volontés avec une force de persuasion qui aboutissait aux courageuses et efficaces résolutions. Grâce à son tact, à la finesse de sa psychologie, il pouvait choisir et doser ce qui convenait à chacun, et s’il avait, par abnégation et pour être plus entièrement aux études et à la piété, renoncé aux beaux-arts, pour lesquels il avait beaucoup de goût et de remarquables dispositions, il avait gardé les richesses d’imagination et de sensibilité, dont son âme d’artiste savait user pour produire dans les esprits l’image du modèle divin. Toutes qualités humaines, sans doute, mais dont il s’aidait pour conduire les pécheurs au repentir, les justes à la sainteté, les errants à la vérité, conquérant à l’amour du Christ les cœurs desséchés par le souffle glacé et aride de l’égoïsme.

Incomparablement plus que sa propre activité humaine, il mettait en jeu le concours divin qu’il attirait par sa vie de prière. Toujours en mouvement, toujours en contact avec les hommes, il était en même temps toujours recueilli, toujours livré à l’intimité divine, luttant, pour ainsi dire, contre la justice sévère de Dieu pour obtenir de sa miséricorde les grâces victorieuses de l’obstination des plus endurcis ; il semblait, comme le patriarche en lutte contre l’ange, répéter sans cesse la prière irrésistible : « Je ne vous laisserai point que vous ne m’ayez béni » (Gen. XXXII, 27).

Il n’ignorait pas non plus que, sans la pénitence, l’abnégation, la mortification continuelle, la prière toute seule ne suffit pas à vaincre l’esprit du mal : « in oratione et ieiunio » (Marc IX, 29). Et notre missionnaire joignait aux fatigues des plus intrépides apôtres les saintes cruautés des plus austères ascètes. N’a-t-il pas observé presque à la lettre la consigne donnée par le Maître à ses envoyés : « N’emportez rien pour la voyage, ni bâton, ni pain, ni sac, ni argent, et n’ayez point deux tuniques » (Luc IX, 3) ? La seule soutane, usée et rapiécée, qu’il portait sur lui était si pauvre, que les mendiants qui le rencontraient se croyaient en devoir de l’assister de leurs aumônes.

Crucifié lui même, il était en droit de prêcher avec autorité le Christ crucifié (cf. 1 Cor. I, 23). Partout, envers et contre tous, il érigeait des Calvaires et il les réédifiait avec une indéfectible patience, lorsque l’esprit du siècle, inimicus crucis Christi (cf. Phil. III, 18), les avait fait abattre. Il traçait moins un programme de vie qu’il ne peignait son propre portrait dans sa lettre « aux Amis de la Croix» : « Un homme choisi de Dieu entre dix mille qui vivent selon les sens et la seule raison, pour être un homme tout divin, élevé au-dessus de la raison et tout opposé aux sens, par une vie et lumière de pure foi et un amour ardent pour la Croix ».

Le grand ressort de tout son ministère apostolique, son grand secret pour attirer les âmes et les donner à Jésus, c’est la dévotion à Marie. Sur elle il fonde toute son action : en elle est toute son assurance, et il ne pouvait trouver arme plus efficace à son époque. À l’austérité sans joie, à la sombre terreur, à l’orgueilleuse dépression du jansénisme, il oppose l’amour filial, confiant, ardent, expansif et effectif du dévot serviteur de Marie, envers celle qui est le refuge des pécheurs, la Mère de la divine Grâce, notre vie, notre douceur, notre espérance. Notre avocate aussi ; avocate qui placée entre Dieu et le pécheur est toute occupée à invoquer la clémence du juge pour fléchir sa justice, à toucher le cœur du coupable pour vaincre son obstination. Dans sa conviction et son expérience de ce rôle de Marie, le missionnaire déclarait avec sa pittoresque simplicité que « jamais pécheur ne lui a résisté, une fois qu’il lui a mis la main au collet avec son rosaire ».

Encore faut-il qu’il s’agisse d’une dévotion sincère et loyale. Et l’auteur du « Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge » distingue en traits précis celle-ci d’une fausse dévotion plus ou moins superstitieuse, qui s’autoriserait de quelques pratiques extérieures ou de quelques sentiments superficiels pour vivre à sa guise et demeurer dans le péché comptant sur une grâce miraculeuse de la dernière heure.

La vraie dévotion, celle de la tradition, celle de l’Église, celle, dirions-Nous, du bon sens chrétien et catholique, tend essentiellement vers l’union à Jésus, sous la conduite de Marie. Forme et pratique de cette dévotion peuvent varier suivant les temps, les lieux, les inclinations personnelles. Dans les limites de la doctrine saine et sûre, de l’orthodoxie et de la dignité du culte, l’Église laisse à ses enfants une juste marge de liberté. Elle a d’ailleurs conscience que la vraie et parfaite dévotion envers la Sainte Vierge n’est point tellement liée à ces modalités qu’aucune d’elles puisse en revendiquer le monopole.

Et voilà pourquoi, chers fils et chères filles, Nous souhaitons ardemment que, par dessus les manifestations variées de la piété envers la Mère de Dieu, Mère des hommes, vous puisiez tous, dans le trésor des écrits et des exemples de notre saint, ce qui a fait le fond de sa dévotion mariale : sa ferme conviction de la très puissante intercession de Marie, sa volonté résolue d’imiter autant que possible les vertus de la Vierge des vierges, l’ardeur véhémente de son amour pour elle et pour Jésus.

Avec l’intime confiance que la Reine des cœurs vous obtiendra de l’Auteur de tout bien cette triple faveur, Nous vous donnons en gage, à vous, à tous ceux qui vous sont chers, à tous ceux qui se recommandent du patronage de saint Louis-Marie Grignion de Montfort et qui l’invoquent en union avec vous, Notre Bénédiction apostolique.

Pius pp. XII

Armoiries de Pie XII

Gisant de Saint Louis-Marie à Saint Laurent sur Sèvre

Gisant de cire de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
Maison-mère des Filles de la Sagesse, à Saint-Laurent-sur-Sèvre

« Je mets ma confiance », cantique du Père de Montfort > ici
Prières et litanies à Saint Louis-Marie Grignion de Montfort > ici

Chapelet

2016-28. « Le jour de mon anniversaire et de mon baptême, le 16 avril, la liturgie de l’Eglise a placé trois signes qui m’indiquent où conduit la route et qui m’aident à la trouver. »

Samedi 16 avril 2016,
Fête de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > ici),
Mémoire de Sainte Marie-Bernard Soubirous.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En sus des célébrations liturgiques de ce jour, il y a un anniversaire bien cher à notre coeur que nous ne devons ni oublier, ni passer sous silence : je veux parler du quatre-vingt-neuvième anniversaire de la naissance et du baptême de notre cher et vénéré Pape Benoît XVI.

Quatre-vingt-neuf ans accomplis ce 16 avril 2016 !
Cher, très cher Pape Benoît XVI
J’aimerais pouvoir m’agenouiller encore une fois devant vous, prendre vos mains, les baiser avec effusion, et les sentir encore une fois se poser sur ma tête…
J’aimerais pouvoir vous dire ceci :
« Très Saint Père,
vous commencez votre nonantième année sur cette terre.
Sans doute vous est-il permis de vous sentir fatigué et de sentir tout le poids de l’exil… mais - dans votre très douce compassion et votre paternelle sollicitude pour nous – , acceptez que la divine Providence vous laisse encore au milieu de nous, même si votre présence est si discrète…
Ne vous pressez pas de quitter cette vallée de larmes : nous avons encore tellement besoin de vous !
La Sainte Eglise a encore besoin de vous !
Dans le silence et la solitude priants qui sont les vôtres depuis trois ans, nos coeurs n’ont cessé de vous accompagner par une gratitude fervente, et de vous être proches, unis spirituellement dans la supplication et dans l’embrassement de la Croix…
Acceptez ces voeux fidèles, des voeux qui sont plus que jamais des prières : ad multos annos !… »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Benoît XVI le 31 mars 2016

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI pris en photo le 31 mars 2016
lorsqu’il a rencontré un groupe de pèlerins Ratisbonne.

Nous sommes plus que reconnaissants à notre amie Béatrice, qui dirige avec courage et avec une persévérante fidélité quotidienne le site Benoît et moi, d’avoir su, à l’occasion de ce 16 avril 2016, découvrir pour nous la faire découvrir à nous aussi une très belle homélie « privée » prononcée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI devant des cardinaux et des amis bavarois, en 2012, à l’occasion de son anniversaire.
Nous sommes d’autant plus touchés par les paroles que prononça alors le Saint Père que nous sommes nous-mêmes ici, au Mesnil-Marie, particulièrement dévots à Saint Benoît-Joseph Labre, à Sainte Marie-Bernard Soubirous et au mystère du Samedi Saint.

Publication originale sur Benoit et Moi > ici.

« Le jour de mon anniversaire et de mon baptême, le 16 avril,
la liturgie de l’Eglise a placé trois signes qui m’indiquent
où conduit la route et qui m’aident à la trouver. » 

Messieurs les cardinaux,
chers frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,
chers frères et sœurs,

Le jour de mon anniversaire et de mon baptême, le 16 avril, la liturgie de l’Eglise a placé trois signes qui m’indiquent où conduit la route et qui m’aident à la trouver.
En premier lieu, il y a la mémoire de sainte Bernadette Soubirous, la voyante de Lourdes ; puis il y a l’un des saints les plus particuliers de l’histoire de l’Eglise, Benoît-Joseph Labre ; et puis surtout, il y a le fait que ce jour est toujours plongé dans le Mystère pascal, dans le Mystère de la Croix et de la Résurrection et l’année de ma naissance, il a été exprimé de façon particulière : c’était le Samedi Saint, le jour du silence de Dieu, de l’apparente absence, de la mort de Dieu, mais également le jour où l’on annonçait la Résurrection.

Bernadette Soubirous, la jeune fille simple du sud, des Pyrénées — nous la connaissons et l’aimons tous. Bernadette a grandi dans la France du siècle des Lumières du XIXe siècle, dans une pauvreté difficilement imaginable. La prison, qui avait été abandonnée car trop insalubre, devint à la fin — après quelques hésitations — la demeure de la famille, dans laquelle elle passa son enfance. Il n’y avait pas la possibilité de recevoir une formation scolaire, uniquement un peu de catéchisme pour la préparation à la première communion. Mais précisément cette jeune fille simple, qui était restée pure et droite dans son cœur, avait le cœur qui voyait, était capable de voir la Mère du Seigneur et en Elle le reflet de la beauté et de la bonté de Dieu. A cette enfant, Marie pouvait se montrer et à travers elle parler au siècle et au-delà même du siècle. Bernadette savait voir, avec un cœur pur et authentique. Et Marie lui indique la source : elle peut découvrir la source, l’eau vive, pure et incontaminée ; une eau qui est vie, une eau qui donne pureté et santé. Et à travers les siècles, désormais, cette eau vive est un signe qui vient de Marie, un signe qui indique où se trouvent les sources de la vie, où nous pouvons nous purifier, où nous trouvons ce qui est incontaminé. A notre époque, à laquelle nous voyons le monde si essoufflé et dans lequel se fait ressentir la nécessité de l’eau, de l’eau pure, ce signe est d’autant plus grand. De Marie, de la Mère du Seigneur, du cœur pur provient également l’eau pure, authentique, qui donne la vie, l’eau qui dans ce siècle — et dans les siècles à venir — nous purifie et nous guérit.

Je pense que nous pouvons considérer cette eau comme une image de la vérité que nous rencontrons dans la foi: la vérité non pas simulée, mais incontaminée. En effet, pour pouvoir vivre, pour pouvoir devenir purs, nous avons besoin qu’existe en nous la nostalgie de la vie pure, de la vérité non déformée, de ce qui n’est pas contaminé par la corruption, d’être des hommes sans tâche. Voilà que ce jour, cette petite sainte, a toujours été pour moi un signe qui m’a indiqué d’où provient l’eau vive dont nous avons besoin — l’eau qui nous purifie et nous donne la vie — et un signe de ce que nous devrions être : avec tout le savoir et toutes les capacités, qui sont pourtant nécessaires, nous ne devons pas perdre le cœur simple, le regard simple du cœur, capable de voir l’essentiel, et nous devons toujours prier le Seigneur afin que nous conservions en nous l’humilité qui permet au cœur de demeurer clairvoyant — de voir ce qui est simple et essentiel, la beauté et la bonté de Dieu — et de trouver ainsi la source dont provient l’eau qui donne la vie et purifie.

Ensuite, il y a Benoît-Joseph Labre, le pieux pèlerin mendiant du XVIIIe siècle qui, après plusieurs tentatives inutiles, trouve finalement sa vocation de partir en pèlerinage comme mendiant — sans rien, sans aucun soutien et en ne gardant rien pour lui de ce qu’il recevait, si ce n’est ce dont il avait strictement besoin — , partir en pèlerinage à travers toute l’Europe, dans tous les sanctuaires de l’Europe, de l’Espagne jusqu’à la Pologne, et de l’Allemagne jusqu’à la Sicile : un saint vraiment européen ! Nous pouvons également dire : un saint un peu particulier qui, en mendiant, vagabonde d’un sanctuaire à l’autre et ne veut rien faire d’autre que prier et, avec cela, rendre témoignage à ce qui compte dans cette vie : Dieu. Il ne représente bien sûr pas un exemple à diffuser, mais il est un indicateur, un doigt tendu vers l’essentiel. Il nous montre que Dieu suffit à lui seul ; qu’au-delà de ce qu’il peut y avoir dans ce monde, au-delà de nos nécessités et de nos capacités, ce qui compte, l’essentiel est de connaître Dieu. Lui seul suffit. Et ce « seulement Dieu », il nous l’indique de manière dramatique. Et dans le même temps, cette vie réellement européenne qui, de sanctuaire en sanctuaire, embrasse tout le continent européen, rend évident que celui qui s’ouvre à Dieu, ne se retire pas du monde et des hommes, mais trouve au contraire des frères, car Dieu fait tomber les frontières, Dieu seul peut éliminer les frontières car grâce à Lui nous sommes tous frères, nous faisons partie les uns des autres; il nous montre que l’unicité de Dieu signifie, à la fois, la fraternité et la réconciliation des hommes, l’élimination des frontières qui nous unit et nous guérit. Ainsi, c’est un saint de la paix, précisément dans la mesure où c’est un saint sans aucune exigence, qui meurt pauvre de tout et qui est pourtant béni par chaque chose.

Et enfin, il y a le Mystère pascal. 
Le jour même où je suis né, grâce à la bienveillance de mes parents, je suis aussi rené par l’eau et par l’Esprit, comme nous venons de l’entendre dans l’Evangile. 
En premier lieu, il y a le don de la vie que mes parents m’ont fait à une époque très difficile, et pour lequel je dois les remercier. Mais il n’est pas évident que la vie de l’homme soit un don en soi. Peut-elle vraiment être un beau don ? Savons-nous ce qui pèse sur l’homme à cette époque sombre qui s’ouvre à lui — également à l’époque plus lumineuse qui pourra venir ? Pouvons-nous prévoir quelles difficultés, quels événements terribles il affrontera ? Est-il juste de donner la vie ainsi, simplement ? Cela est-il responsable ou trop incertain ? Il s’agit d’un don problématique, s’il reste tel quel. La vie biologique en soi est un don, et pourtant elle est entourée par une profonde question. Elle ne devient un vrai don que si, avec celle-ci, on peut donner une promesse qui est plus forte que toute mésaventure qui peut nous menacer, si celle-ci est plongée dans une force qui garantit que cela est un bien d’être homme, que pour cette personne, tout ce que l’avenir apporte est un bien. Ainsi, à la naissance doit être associée la renaissance, la certitude que, en vérité, c’est un bien d’être là, car la promesse est plus forte que les menaces. Tel est le sens de la renaissance de l’eau et de l’Esprit : être plongés dans la promesse que Dieu seul peut faire : c’est un bien que tu sois là, et tu peux en être certain, quoi qu’il arrive. J’ai pu vivre de cette certitude, rené de l’eau et de l’esprit. Nicodème demande au Seigneur : « Un vieux peut-il renaître ? ». Or, la renaissance nous est donnée dans le baptême, mais nous devons sans cesse croître dans celle-ci, nous devons toujours à nouveau nous laisser plonger par Dieu dans sa promesse, pour être vraiment renés dans la nouvelle grande famille de Dieu qui est plus forte que toutes les faiblesses et que toutes les puissances négatives qui nous menacent. C’est pourquoi aujourd’hui est un jour de grande action de grâces.

Le jour où j’ai été baptisé, comme je l’ai dit, c’était le Samedi Saint. On avait encore l’usage à cette époque d’anticiper la Veillée pascale dans la matinée, qui serait encore suivie par l’obscurité du Samedi Saint, sans l’Alléluia. Il me semble que ce singulier paradoxe, cette singulière anticipation de la lumière en un jour obscur, peut presque convenir comme image de l’histoire de notre époque. D’un côté, il y a encore le silence de Dieu et son absence, mais dans la Résurrection du Christ, il y a déjà l’anticipation du « oui » de Dieu, et en s’appuyant sur cette anticipation nous vivons et, à travers le silence de Dieu, nous entendons ses paroles, et à travers l’obscurité de son absence nous entrevoyons sa lumière. L’anticipation de la Résurrection à mi-chemin d’une histoire qui se développe est la force qui nous indique la route et nous aide à aller de l’avant.

Nous rendons grâce au bon Dieu parce qu’il nous a donné cette lumière et nous le prions afin qu’elle puisse demeurer toujours. Et en ce jour, j’ai de bonnes raisons de Lui rendre grâce ainsi qu’à tous ceux qui, toujours à nouveau, m’ont fait percevoir la présence du Seigneur, qui m’ont accompagné afin que je ne perde pas la lumière.

Je me trouve dans la dernière partie du parcours de ma vie et je ne sais pas ce qui m’attend. Je sais, toutefois, que la lumière de Dieu est là, qu’Il est ressuscité, que sa lumière est plus forte que toute obscurité ; que la bonté de Dieu est plus forte que tous les maux de ce monde. Et cela m’aide à avancer avec assurance. Cela nous aide à aller de l’avant, et en cette heure, je remercie de tout cœur ceux qui m’ont constamment fait percevoir le « oui » de Dieu à travers leur foi.

Enfin — cardinal doyen (note : il s’agissait de Monsieur le cardinal Sodano) — un remerciement chaleureux pour vos paroles d’amitié fraternelle, pour toute la collaboration de ces années. Et un grand merci à tous les collaborateurs des 30 années que j’ai passées à Rome, qui m’ont aidé à porter le poids de ma responsabilité. Merci. 

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

Prière pour demander la glorification de l’abbé Antoine Crozier.

Le chanoine Antoine Crozier sur son lit de mort

- l’Abbé Antoine Crozier (1850-1916) sur son lit de mort -
prêtre de l’archidiocèse de Lyon, chanoine honoraire de la cathédrale de Belley,
remarquable conducteur d’âmes, stigmatisé,
rappelé à Dieu le 10 avril 1916.

Sainte Eucharistie

Prière pour demander à Dieu la glorification de Son fidèle serviteur l’abbé Antoine Crozier :

Dieu notre Père,
Vous appelez des hommes à tout quitter pour Vous suivre,
et Vous en faites des prêtres selon Votre Coeur.

Vous nous avez donné,
en la personne d’Antoine Crozier,
un prêtre admirable de fidélité,
apôtre de Votre miséricorde,
associé en sa chair à la Passion de Votre Fils.

Accordez-nous, par son intercession,
la grâce que nous Vous demandons (…).

Et faites qu’un jour l’Eglise proclame sa sainteté
pour le renouveau des vocations sacerdotales
et du peuple chrétien tout entier.

O Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.

(Prière approuvée par Son Eminence le Cardinal-archevêque de Lyon)

Merci de bien vouloir signaler tout grâce particulière
reçue par l’intercession de l’abbé Crozier,
à l’adresse suivante :

Paroisse de l’Immaculée Conception – Abbé Crozier
34, rue Servient. 69003 Lyon.

Sainte Eucharistie

On lira aussi avec profit dans les pages de ce blogue :
- Florilège de citations extraites de la correspondance spirituelle du Père Crozier > ici
- Le texte de son opuscule « Vivons pour le Bon Dieu » > ici
- Son Chemin de Croix pour la France > ici

2016-26. Où, à l’occasion du centenaire du rappel à Dieu du chanoine Antoine Crozier, le Maître-Chat Lully publie quelques citations méconnues de ce très grand maître spirituel.

Samedi 9 avril 2016.
Dans l’Ordre de Saint-Augustin, la fête de la translation de Sainte Monique.

Sacré-Coeur

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Dans les pages de ce blogue, j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer la très remarquable figure du chanoine Antoine Crozier (1850-1916), en publiant l’intégralité du texte de l’opuscule « Vivons pour le Bon Dieu » et de son « Chemin de Croix pour la France ».

Pour une évidente raison de facilité, on présente souvent le chanoine Crozier comme étant un prêtre lyonnais d’une très haute spiritualité, qui fut en étroite relation d’amitié spirituelle avec le Bienheureux Charles de Foucauld (1858-1916).
Mais il est tout aussi évident qu’on ne peut le « réduire » à cette seule amitié, et encore moins à le placer dans l’ombre du saint ermite saharien.

J’espère avoir un jour la possibilité de vous parler de manière plus exhaustive de sa vie, qui mérite bien d’être connue, d’autant qu’à l’heure actuelle les biographies les plus intéressantes – notamment celle du Révérend Père Maillet, mariste lyonnais, publiée en 1948 – sont quasi introuvables ! Néanmoins, de manière récurrente, dans des publications plus récentes concernant le Bienheureux Charles de Foucauld, ou au sujet des grandes figures lyonaises de spiritualité aux XIXe et XXe siècles, trouve-t-on la mention de plus en plus appuyée du chanoine Crozier et du rayonnement spirituel qu’il exerça, profondément et longtemps après sa mort, sur un très grand nombre d’âmes.
C’est ainsi aussi que nous avons eu la très grande joie et consolation de voir réédité, en avril 2010 (éditions P. Téqui), grâce au zèle diligent d’un ami prêtre, l’opuscule « Comment il faut aimer le Bon Dieu », précieux vademecum de vie chrétienne fervente, d’une stupéfiante simplicité autant que d’une permanente actualité, qui avait connu de très nombreuses éditions depuis sa première publication en 1882, mais qui avait été bien occulté depuis le triomphe apparent de la désertification spirituelle consécutive au second concile du Vatican.

Ce 10 avril 2016 est le jour exact du centenaire du rappel à Dieu du chanoine Antoine Crozier : accablé de souffrances, âgé de seulement de soixante-six ans et deux mois, il s’endormit dans le Seigneur le lundi de la Passion 10 avril 1916, à son domicile (rue du Doyenné, à l’ombre de la Primatiale Saint-Jean dans laquelle il avait reçu les sacrés stigmates de Notre-Seigneur seize ans plus tôt).

Pour marquer ce centenaire, j’ai décidé de vous offrir un petit florilège de citations tirées des lettres de direction sprituelle du chanoine Antoine Crozier.
Je vous en souhaite bonne lecture ; je vous souhaite surtout d’y puiser de grandes forces spirituelles et consolations.

Lully.

frise

Memento mortuaire du chanoine Antoine Crozier

Memento mortuaire du chanoine Antoine Crozier

frise

Petit florilège de citations tirées de la correspondance spirituelle
du
chanoine Antoine Crozier :

« Je crains toujours d’opposer à Notre-Seigneur des obstacles et des bornes.
Je crois voir et sentir que le don de mon coeur à Jésus n’a pas cette générosité, cette plénitude, cette universalité que l’amour d’un Dieu a bien le droit d’attendre et d’exiger…
Il faut un coeur donné, livré, pour donner à Jésus des âmes et des coeurs ! »

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« Ne nous laissons pas absorber par l’intensité et la continuité de la lutte intérieure et extérieure. Soyons toujours et quand même joyeux et dilatés… Dieu aime les âmes gaies.
Les âmes sont comme les plantes : il n’y a que celles qui sont largement épanouies qui reçoivent abondamment la rosée et le soleil, et produisent des fruits… 

Quel puissant apostolat que celui de la joie, de l’amabilité et de la sérénité ! »

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« Un simple acte d’universel abandon est une prière toute puissante sur le Coeur de Dieu.
Quelles grâces peut obtenir, pour l’Eglise et pour les âmes, une vie toute d’abandon et d’union à toutes les volontés de Dieu, à tous les desseins de Jésus ! »

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« Pour nous, perdre du temps, c’est perdre de l’amour et des âmes ! »

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« La prière la plus parfaite est celle de Jésus : Seigneur, que Votre volonté se fasse et non la mienne !
Ne nous lassons pas de la répéter dans les plus profondes ténèbres et les crises les plus aigües. »

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« Etre saint, c’est rude, cela coûte, il ne faut rien se passer…
La peine, la lutte, cela fait entrer le métier de la sainteté dans le corps : il faut absolument s’y mettre, et ce n’est pas fini. C’est immense, c’est pressé ! »

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« Je crois, j’adore, j’aime dans la nuit, sans voir les étoiles, ni ce qu’elles cachent. J’attends avec une ferme confiance la vision de la réalité qui, seule, me remplira, me rassasiera. 
Est-ce trop d’acheter par les sacrifices de ma foi, par les obscurités de mon pauvre esprit et par les angoisses de mon pauvre coeur, la vision et la possession des divines splendeurs ?
Du fond de nos ténèbres, nous pouvons toujours prier, aimer.
Oui, tout cela sans enthousiasme, mais avec le calme résolu, inébranlable d’une volonté qui ne sait ni se refuser ni se reprendre… »

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« La prière suprême, c’est le fiat de l’Agonie : Que Votre volonté se fasse et non la mienne !
Et le fiat de la mort : O Mon Père, Je remets Mon âme entre Vos mains ! »

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« S’abandonner, c’est plus que se donner ; c’est l’acte décisif de l’amour, de cet amour parfait qui n’aime absolument plus rien que le Bon Plaisir de Dieu. »

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« L’oeuvre des oeuvres, c’est la sanctification des âmes.
Cela doit nous faire comprendre combien nous devons être fidèles à la grâce, combien nous devons discerner les moindres souffles de l’Esprit d’Amour. »

Sacré-Coeur

Prière pour demander la glorification de l’Abbé A. Crozier > ici

Triomphez ! Triomphez, ô Jésus !

Prière du Vénérable Pie XII
à
Jésus Ressuscité

(Prière extraite du discours prononcé en italien le Saint Jour de Pâques 25 mars 1951. Encore une fois, nous ne pouvons pas ne pas être frappés par l’actualité de cette prière du « Pasteur angélique »…)

Passignano le Christ ressuscité

Domenico Cresti, dit Le Passignano : la Résurrection – détail (Pinacothèque Vaticane)

Afin que la joie pascale ne s’éteigne pas avec le déclin du jour, mais qu’elle se prolonge longtemps et qu’elle pénètre les coeurs plus fortement frappés par la tourmente qui bouleverse aujourd’hui le monde, que Votre bénédiction, ô Jésus, descende, pour apporter le renouveau et la paix sur ce peuple qui fait monter vers Vous, d’une voix unanime, un hymne de louange, de gratitude et d’imploration !

Bénissez, ô divin Rédempteur, la hiérarchie sacrée, les ministres du sanctuaire et les aspirants au sacerdoce, tous ceux qui renonçant au monde, se sont consacrés à Vous sous les formes les plus diverses de la vie religieuse.

Bénissez les troupes hardies de l’apostolat des laïques et ravivez en eux, dans la mesure la plus complète, le courage de professer la foi chrétienne, l’ardeur du zèle, la fermeté virile de la fidélité !

Bénissez les dirigeants des nations et inspirez-leur des desseins de justice et de paix, de fraternelle entente et d’aide réciproque, afin que libérés de toute soif de domination et de violence, les peuples puissent vivre et servir Dieu dans un travaill pacifique et une sereine tranquillité, et passer ainsi de la laborieuse journée terrestre à la béatitude de la céleste patrie !

Bénissez les familles dans le sein protecteur desquelles croissent les générations qui formeront l’Eglise de demain ! Bénissez et soutenez les jeunes gens et les jeunes filles, dont la pureté, la valeur, la joie spirituelle sont une des plus ferventes sollicitudes de votre Epouse immaculée !

Bénissez et réconfortez ceux que les plaisirs terrestres et les erreurs insidieuses ont atteints dans leurs sentiments et dans leurs pensées, dans leur conduite et dans leurs oeuvres, et, dans la confusion de la tiédeur, de l’indifférence, de l’éloignement de Dieu, aidez-les à retrouver la voie qui seule conduit à la Vérité et au salut !

Répandez Votre bénédiction sur tous ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme !
Suscitez en nombre toujours plus grand des âmes généreuses, prêtes à accourir partout où se fait entendre un cri, une plainte, un soupir, prêtes à consacrer leur esprit, leurs bras et leurs biens au soin de tant d’enfants abandonnés dans les rues, au soutien de tant de vieillards privés de tout secours, de tant de miséreux qui ont peine à vivre entre la nécessité et la maladie, de tant de réfugiés errant à la recherche d’une nouvelle patrie, de tant d’opprimés victimes des injustices humaines !
Donnez le courage à tous ceux qui gémissent dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les lieux d’exil et de souffrance, injustement peut-être !
Accroissez la fermeté de ceux qui pâtissent dans leur honneur, leur liberté et leur chair pour la défense de leur foi : exemples lumineux de fidélité à Vous, divin Triomphateur de l’enfer et de la mort !

Triomphez ! Triomphez, ô Jésus ! Que Votre règne arrive et s’étende ! Que Votre empire resplendisse sur la terre, mieux connu, mieux aimé, plus puissant, comme est infinie la puissance de Votre Sang divin, répandu pour la rédemption du monde entier !

Ainsi soit-il.

Armoiries de Pie XII

2016-23. La Messe fait progresser le Royaume du Christ ici-bas.

Samedi in Albis 2 avril 2016.

Dans le bulletin « Introibo » N° 171 (1er trimestre 2016) – bulletin de liaison et d’information de l’Association Sacerdotale Noël Pinot (cf. > ici) – ,  j’ai trouvé un texte intéressant que je tiens à reproduire ci-dessous.

Il a été écrit par le Rd. Père Jean Galot sj.
Né en 1919 à Ougrée, près de Liège (Royaume de Belgique), Jean Galot est entré en 1941 dans la Compagnie de Jésus ; docteur en théologie, il a enseigné la dogmatique à l’université catholique de Louvain (1953-1972), puis à l’université pontificale grégorienne, à Rome, ainsi que dans divers instituts ou séminaires à travers le monde. Il fut également consulteur de la Congrégation romaine pour le clergé et collaborateur régulier de la revue jésuite « Civiltà cattolica ». Il a été rappelé à Dieu en 2008.
Le Père Galot ne fait pas du tout figure de « conservateur » et encore moins de « traditionnaliste » ; je n’eusse donc pas du tout imaginé que je le citerai un jour… Toutefois, au-delà du style et des expressions un peu particuliers qui lui sont propres, j’ai été enchanté de découvrir sous sa plume une telle mise en valeur de l’importance primordiale de la Sainte Messe : une telle insistance est même plutôt rare chez les « conciliaires » !

A la fin de cet octave de Pâques, ne manquons donc pas l’occasion – à travers cette citation (dont j’ignore de quel ouvrage elle est extraite, « Introibo » ne le mentionnant pas) – de souligner avec insistance que la Sainte Messe est ce qu’il y a de plus grand, de plus important et de plus « efficace » pour le bien de l’humanité, puisque la Sainte Messe est l’actualisation du Saint Sacrifice du Calvaire et qu’il n’y a rien de plus grand, de plus important et de plus « efficace » pour le bien de l’humanité que le Sacrifice que Notre-Seigneur Jésus-Christ a offert de Lui-même sur la Croix.

Lully.

Sainte Eucharistie

R. van der Weyden retable des sept sacrements détail

Le Saint Sacrifice de la Croix et la Sainte Messe
détail du panneau central du rétable des sept sacrements (1445-1450)
oeuvre de Roger van der Weyden
(musée royal des beaux-arts, Anvers)

La Messe fait progresser le Royaume du Christ ici-bas.

« La Messe fait avancer l’emprise du Sauveur sur la communauté humaine, y implante plus largement Sa Présence. Elle réalise une venue immédiate du Sauveur, Sa venue sur l’autel ; et cette venue est en même temps une pénétration plus grande du Christ dans l’humanité. Lorsque le Christ vient sur l’autel, en vertu du Sacrifice par lequel Il S’offre de nouveau au Père, Il vient avec une énergie victorieuse qui poursuit l’Oeuvre de Rédemption. Venir, ce n’est pas seulement pour Lui descendre sur l’autel, mais pénétrer dans le milieu humain, agir dans les âmes. Le Christ qui vient par la Consécration étend par cette venue Son empire sur le monde.

La Messe fait donc progresser le Royaume du Christ ici-bas. Elle est même l’instrument le plus efficace de l’apostolat de l’Eglise. Elle précède toutes les activités apostoliques et est destinée à les animer. Elle les précède comme le Sacrifice du Calvaire précède l’instauration du Royaume. Tout le dynamisme apostolique de l’Eglise est le fruit du Sacrifice rédempteur, comme toute grâce d’ailleurs résulte de ce Sacrifice. En renouvelant le Sacrifice du Calvaire, la Messe fait de nouveau jaillir la source de l’apostolat. Elle détermine une venue invisible du Sauveur, offert pour les hommes, venue qui se traduira ensuite par l’expansion visible due aux activités apostoliques. C’est par le Sacrifice de la Messe que l’Eglise s’étend et marque sans cesse des progrès.

Si la Messe effectue la conquête du monde par le Christ qui vient, on doit donc la considérer dans une perspective dynamique. La Messe est un grand levier de l’histoire, son plus grand levier, car elle développe la christianisation de l’humanité, et pousse ainsi l’histoire humaine vers le stade final où la communauté humaine entièrement christianisée n’attendra plus que la manifestation glorieuse du triomphe du Christ.

Il y a des hommes qui apparaissent comme les artisans du progrès et de le l’expansion de l’humanité : grands explorateurs, grands conquérants, grands savants ou inventeurs, grands politiques, grands capitaines d’industrie. Ce sont eux qui semblent mener l’histoire humaine. L’aspect le plus fondamental de cette histoire, son aspect religieux, se signale également par la présence et l’action de grands apôtres, de grands pasteurs d’Eglise, de grands saints. Mais le progrès du christianisme, tout en se traduisant extérieurement par l’action de ces personnalités, s’acquiert d’abord dans l’ombre du sanctuaire, là où se célèbre la Messe. Les prêtres qui offrent le Sacrifice sont les artisans humbles mais efficaces de la venue du Christ, et les fidèles qui s’associent à l’offrande élargissent le champ de cette venue. C’est la Messe qui est, dans l’invisible, le plus grand moyen d’apostolat, l’acte le plus décisif d’une Eglise en continuelle expansion.

Si elle fait avancer l’Eglise, elle n’accroît pas seulement l’étendue de son influence ; elle ne cesse de donner plus de consistance et de profondeur à la sainteté du Corps Mystique, à sa charité et à son unité. Dans la Messe se refait et s’affermit l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Par le Sacrifice de l’autel, l’Eglise se conquiert davantage elle-même de manière à conquérir plus totalement le monde. »

R.P. Jean Galot, sj. (1919-2008)

R. van der Weyden retable des sept sacrements détail - Copie

Offrande au Père Eternel de la Passion de Son Fils bien-aimé.

Ste Trinité - peinture sur bois déb. XVIe s basil. St Hilaire Poitiers provenance abbaye de la Trinité

Le Père Eternel tenant en Ses bras le corps supplicié du Verbe incarné
(peinture sur bois du début du XVIe siècle, provenant de l’abbaye de la Trinité,
aujourd’hui conservé dans l’église Saint-Hilaire, Poitiers)

Offrande au Père Eternel de la Passion de Son Fils bien-aimé :

« Jetez les yeux, ô Père de miséricorde, sur Votre Fils, qui par l’excès d’une charité incompréhensible, a voulu souffrir pour moi tous les maux que la cruauté des hommes les plus inhumains et les plus détestables qui furent jamais, ont voulu Lui faire endurer !
Considérez, ô Roi plein de compassion et de clémence, quel est Celui qui souffre, et ressouvenez-Vous de celui pour qui Il souffre !
Celui qui souffre, ô souverain Seigneur, qui êtes l’innocence même, c’est Votre Fils bien-aimé, dans lequel Vous avez mis toute Votre affection, et que Vous avez néanmoins livré à la mort pour Votre esclave. C’est Celui qui étant l’auteur de la vie, et qui voulant Vous obéir jusques au dernier soupir, n’a pas craint de S’exposer au supplice cruel et horrible de la Croix.
Celui pour qui Il souffre, c’est Votre créature, c’est l’ouvrage de Vos mains, c’est Votre image.

Représentez-Vous, ô dispensateur redoutable et adorable du salut de tous les hommes, que ce Dieu souffrant est Celui-là même que Vous avez engendré de toute éternité par Votre puissance, et que Vous avez néanmoins voulu faire participer à mes faiblesses et à mes misères. C’est ce fruit précieux de Votre sein ; c’est ce Verbe éternel qui s’étant revêtu de ma chair, a voulu subir le châtiment que j’avais mérité, et souffrir le supplice le plus cruel et le plus infame qui fut jamais, pour m’acquiter pleinement envers Votre justice.

Mon Seigneur et mon Dieu, souffrez que je Vous conjure encore une fois de jeter les yeux sur l’ouvrage de Votre miséricorde, sur ce cher Fils étendu sur cette Croix, qui est l’objet le plus auguste et le plus charmant que Vous puissiez jamais regarder.
Considérez ces mains sacrées d’où le sang coule avec tant d’abondance, et pardonnez-moi les oeuvres criminelles des miennes.
Voyez ce côté adorable, où plutôt ce Coeur amoureux qu’une lance cruelle a ouvert, et fiates couler sur moi quelques gouttes de ce sang précieux et de cette eau mystérieuse qui en sont sortis : plongez-moi et renouvellez-moi dans cette fontaine salutaire.
Voyez ces pieds sacrés qui ne s’étant jamais engagés dans le voie spacieuse du péché, mais qui ayant toujours marché dans le chemin étroit de Votre loi, sont cloués d’une manière qui fait horreur. Conduisez mes pas dans la voie de Votre justice, et donnez-moi de l’éloignement pour toutes les routes égarées de l’erreur et du mensonge. 
Je Vous supplie, ô source éternelle de sainteté, par Celui-là même qui est le Saint des saints et mon Rédempteur, de me faire courir avec joie dans la voie de Vos commandments, afin que je puisse m’unir en esprit avec ce Sauveur adorable qui n’a point eu horreur de Se revêtir de ma chair, et de S’assujetir à ma mortalité.

Serait-il bien possible, ô Père très miséricordieux, que Vous puissiez consentir à détourner Vos yeux de dessus cette tête sacrée de Votre Fils que la mort fait pencher sur Son sein, ou plutôt que l’amour incline pour nous faire donner ce baiser amoureux qui est le signe de notre réconciliation ?
Regardez, très aimable Créateur, Son humanité sainte, et ayez pitié de mes misères, et regardez avec attendrissement l’ouvrage de Vos mains.
Cette poitrine dont la blancheur aurait terni celle des lis, a perdu son éclat : ce côté est tout rouge de Son sang ; ce ventre est tout desséché ; ces yeux si beaux sont étients ; ces lèvres vermeilles sont toutes livides ; ces bras qui étaient ouverts à tous les misérables sont roides et sans mouvement ; ces pieds, qui ont parcouru tant de villes et de campagnes et essuyé tant de fatigues pour chercher les pécheurs, sont percés et tout baignés des ruisseaux de sang qui en coulent ; et ces mains sacrées qui n’ont cessé de faire du bien à tout le monde, de répandre des bénédictions et de produire des miracles, sont cramponnées à un infame poteau et déchirées par de cruels clous et par la pesanteur du corps qu’elles soutiennent.

Regardez, ô Père très glorieux, ces membres tout disloqués et tout ensanglantés de Votre divin Fils, et écoutez les sentiments que Vous inspire Votre miséricorde en ma faveur, et pardonnez-moi mes infidélités et mes faiblesses.
Considérez les peines de cet Homme-Dieu, et tirez l’homme pécheur de celles que ses crimes lui ont méritées.
Jetez les yeux sur le supplice de mon Sauveur, et remettez les offenses qu’a commises celui qu’Il a daigné racheter.

C’est Lui, Seigneur, que Vous avez frappé pour les péchés de Votre peuple, quoi qu’Il fût votre Fils unique, et que Vous eussiez mis en Lui toute Votre affection ; et c’est Lui qui nonobstant Sa justice et Son innocence, a été mis au rang des criminels et des scélérats, afin de mettre ceux-ci au rang des innocents et des justes ! »

(« Manuel de Saint Augustin », chapitre VI)

Philippe de Champaigne : Sainte Face

2016-20. Le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère avant Sa Passion.

Mercredi Saint.

S’il y a une scène de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a été chère à la piété des fidèles, d’une manière très spéciale à la fin du Moyen-Age et jusqu’au XVIIe siècle, mais qui est bien souvent oubliée aujourd’hui, c’est celle des adieux de Jésus à Sa Mère avant la Passion.

Lorsque l’on parle des « Adieux du Christ à Sa Mère » ou du « Christ prenant congé de Sa Mère », il ne s’agit pas de la rencontre de Jésus et de Marie sur le chemin du Calvaire, scène absente des Saints Evangiles, mais rapportée par la Tradition, qui fait l’objet de la quatrième station du Chemin de la Croix.
Il ne s’agit pas davantage du moment où, déjà crucifié et avant de rendre le dernier soupir, Jésus a remis Saint Jean à Sa Mère et Sa Mère à Saint Jean, l’un et l’autre debouts au pied de Son gibet d’infamie, ainsi que cela nous est rapporté par le quatrième Evangile (Jean XIX, 26-27).

Selon une très antique tradition – car le fait ne se trouve pas non plus dans les Evangiles canoniques, mais il se trouve toutefois confirmé par les révélations dont furent gratifiés plusieurs grands mystiques (note 1) – , avant Sa Passion (le Mercredi Saint au soir où le Jeudi Saint au matin), Notre-Seigneur eut un entretien particulier avec Sa Sainte Mère : l’un et l’autre ayant pleinement conscience que désormais « Son heure » était maintenant venue (cf. Jean II, 4).

Evidemment, nous sommes bien loin des délires modernes et modernistes selon lesquels Jésus n’aurait pas su ce qui allait Lui arriver.
Non ! J’insiste fortement sur ce point : Jésus connaissait bien et dans tous les détails ce qui allait se passer ; Il le voulait (« C’est pour cette heure que Je suis venu » – Jean XII, 27 b), et Il S’avançait librement vers Sa douloureuse Passion.

De son côté, Notre-Dame aussi, depuis l’Annonciation, savait parfaitement – elle qui était remplie de la grâce du Saint-Esprit et qui connaissait très bien les prophéties par lesquelles Jérémie et Isaïe avaient annoncé les souffrances du Messie – à quels tourments et supplices son divin Fils était promis : lorsqu’elle a prononcé son « Fiat », elle l’a fait en pleine connaissance de tout ce à quoi cela l’engageait.
Il n’y a donc rien de plus normal à ce que, avant d’accomplir les mystères sacrés de notre rédemption, Notre-Seigneur ait voulu quelques instants d’intimité spirituelle avec Sa Très Sainte Mère, si parfaitement unie à Sa volonté et à Ses desseins salvateurs…

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - Tolède 1595

Le Greco : le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère (1595 – Tolède, musée de Santa Cruz)

La scène du Christ faisant Ses adieux à Sa Mère avant Sa Passion a été représentée par plusieurs artistes de renom : on pourrait citer pêle-mêle Albrecht Dürer, Cornelis Engelbrechtsz, l’Arétin, le Corrège, Albrecht Altdorfer, Bernhard Strigel,  Lorenzo Lotto, ou Federico Barocci.

Très souvent, ces peintres ont donné une dimension un peu spectaculaire, pathétique, à la représentation de ces adieux : c’est  la douleur naturelle à la perspective de la séparation et de la souffrance qui s’y exprime, parfois jusqu’aux larmes ou à l’évanouissement, comme un écho de la « pâmoison » de Notre-Dame au moment de la rencontre sur le chemin du Golgotha (note 2).

Tel n’est pas le cas du tableau de Domínikos Theotokópoulos (Δομήνικος Θεοτοκόπουλος : car pendant toute sa vie il signera ses œuvres de son nom complet en caractères grecs), plus connu sous son surnom de Le Greco (1541-1614), intitulé « Le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère », tableau conservé au musée Santa-Cruz de Tolède et daté de 1595.

Merveilleux tableau, rayonnant d’une profonde compréhension spirituelle du mystère qui se joue en cet instant !
Le Greco n’y a fait figurer que Jésus et Marie : point d’apôtres étonnés ou de disciples émus, point de Madeleine éplorée ou de saintes femmes larmoyantes.
Les visages du Christ et de Sa Mère sont d’une expressive beauté. Une beauté qui semble provenir du plus intime de leur être pour s’épanouir à l’extérieur. Une beauté surnaturelle.
L’intensité des regards – plongés l’un dans l’autre – est si éloquente qu’on comprend bien qu’ils n’ont pas besoin d’entrouvrir les lèvres pour communiquer et pour se comprendre.

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - détail les regards

Point de pathos romantique ni de gestuelle spectaculaire.
Les sentiments sont spiritualisés : le tableau ne laisse aucune place à la sentimentalité ni à la sensiblerie, mais il nous introduit dans une espèce de dialogue sans paroles qui n’en est pas moins d’une exceptionnelle qualité et profondeur d’échanges.

Dans le clair obscur du tableau, après les deux visages, les mains du Christ et de Sa Mère sont ce à quoi il importe de prêter une attention maximale.
De Sa main droite, le Christ fait un geste d’une sobre éloquence. L’index pointé vers le haut désigne-t-il le Ciel, la ville de Jérusalem ou bien encore la proche colline du Golgotha ?
De toute manière, il dit : « Mère, l’heure qui n’était pas encore venue lorsque nous étions à Cana, l’heure d’être totalement livré aux affaires de Mon Père et que mes trois jours d’absence à l’âge de douze ans préfiguraient, l’heure de l’immolation du véritable Agneau Pascal – Mon heure ! – est advenue… »
A la main droite du Christ, répond la main droite de la Vierge posée sur le haut de sa poitrine. A sa manière, elle dit : « Mon Enfant, n’est-ce pas pour cette heure que je Vous ai conçu en mon sein virginal par la seule action de l’Esprit de Dieu ? N’est-ce pas pour cette heure que je Vous ai porté pendant neuf mois, que je Vous ai mis au monde dans l’étable de Bethléem, que je Vous ai allaité et que j’ai veillé sur Votre petite enfance comme aucune mère ne l’a jamais fait ici-bas pour aucun des fils des hommes ? Je Vous ai accompagné jusqu’à cette heure pendant les années de Votre vie cachée et de Votre vie publique : jamais je ne me suis mise en travers de Votre chemin, pourtant souvent incompréhensible selon les manières humaines de penser et d’agir, et, quoi qu’il puisse en coûter à ma nature, à ma sensibilité et à mon coeur de mère, ce n’est pas aujourd’hui que je vais opposer la moindre réticence aux desseins de Dieu. Je suis la servante du Seigneur, que tout s’accomplisse selon Votre parole… »

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - détail les mains droites

Le nimbe lumineux qui entoure la tête de Jésus, qui n’est même pas une auréole mais un simple halo dans lequel est exquissée la forme de la Croix, peut signifier tout à la fois l’espèce d’effacement de la puissance divine du Christ dans Sa Passion et l’annonce du caractère glorieux de cette dernière.
La tête de Notre-Dame, elle, n’est pas nimbée, mais son contour est juste mis en valeur par une espèce de rayonnement discret dans lequel on peut voir signifiée la lumière indéfectible de la foi qui n’abandonnera jamais l’âme de Marie, même au plus fort de sa déréliction.

Comme dans les icônes de la « Mère de Dieu de la Passion », les manteaux sombres qui enveloppent le Christ et Sa Mère symbolisent la souffrance, la mort, l’humilité de leur humanité qui dérobait aux regards des humains la grandeur de leurs vertus et de leur sainteté, tandis que le rouge de leur tunique exprime tout à la fois l’ardeur de leur charité et le sang du martyre.

Enfin, il y a les deux mains gauches : la main du Christ dans laquelle on peut déjà deviner la crispation douloureuse que produira l’enfoncement du clou, et la main délicate de Marie qui soutient le poignet de son Fils comme pour dire mieux que ne le peuvent faire tous les mots de la terre : « Je serai là ! Je ne Vous suivrai jusqu’au bout, et Vous pourrez toujours puiser dans mon âme unie à la Vôtre, la compassion et la consolation que Vous refuseront alors les coeurs des hommes, ô mon divin Fils ! »
L’index gauche de la Mère de Dieu, pointé vers le bas, veut-il dire : « Votre sang ne sera pas répandu en vain sur cette terre : de cette divine semence lèveront jusqu’à la fin des temps des générations de rachetés et de saints » ? Ou bien constitue-t-il une sorte de signe à l’adresse de celui qui regarde le tableau pour lui dire : « Si bas que tu sois tombé, la Passion de mon Fils peut te relever » ?

Quant à l’index gauche de Jésus ne semble-t-il pas me dire personnellement ce que Saint Jean entendra dans quelques heures : « Voici ta mère » ?

Le Greco - le Christ faisant Ses adieux à Sa Mère - détail

Note 1 : Quand je parle de mystiques, je ne fais pas référence à de pseudo visionnaires qui ont publié des espèces de pieux romans fleuves dégoulinants de sentimentalisme, mais à des saints canonisés dont l’Eglise – sans toutefois obliger les fidèles à y adhérer – reçoit avec une respectueuse vénération les révélations privées : citons par exemple Sainte Gertrude de Helfta, Sainte Brigitte de Suède et Sainte Françoise Romaine, Sainte Angèle de Foligno et Sainte Thérèse d’Avila, Saint Denys l’Aréopagyte et Saint Bernard de Clairvaux, le Bienheureux Henri Suso et Saint Jean de la Croix… etc.

Note 2 : La « pâmoison » ou le « spasme » de Notre-Dame pendant la Passion (soit au moment de la rencontre avec son Fils pendant le chemin de la Croix, soit sur le Calvaire, ou soit enfin au moment de la déposition de Croix) ont été illustrés par de nombreuses représentations aux XVe et XVe siècles : cela permettait aux artistes (peintres ou sculpteurs) une certaine théâtralité dans la mise en scène des douleurs de la Vierge. Toutefois, l’Eglise est intervenue pour mettre fin à ce type de représentation. L’Evangile en effet ne dit pas que Marie s’est évanouie ou qu’elle a perdu connaissance, mais qu’elle était debout au pied de la Croix – « Stabat » (cf. Jean XIX, 25) - attitude exprimant une certaine fermeté dans son extrême douleur et une pleine conscience.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

nika

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