Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

Prière pour demander des grâces par l’intercession de Saint Léopold de Castelnuovo :

30 juillet,
fête de Saint Léopold de Castelnuovo.

Dans ma chronique du 30 juillet 2013, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, je vous ai déjà parlé de Saint Léopold de Castelnuovo (né Bogdan Mandic) et de la vénération que nous avons au Mesnil-Marie pour cet admirable fils de Saint François d’Assise (cf. > www), que je ne puis que vous exhorter à vénérer vous aussi, à aimer et à invoquer avec ferveur.

Voici donc une prière pour demander à Dieu des grâces par son intercession :

Saint Léopold confessant

O Dieu Tout Puissant, qui avez enrichi Saint Léopold de l’abondance de vos grâces, accordez-nous, par son intercession, de vivre dans l’abandon confiant à Votre sainte volonté, dans la ferme espérance en Vos promesses, et dans l’attention amoureuse à Votre présence.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu, qui manifestez Votre toute puissance, surtout dans la miséricorde et le pardon, et qui avez voulu que Saint Léopold fut Votre témoin fidèle très spécialement dans le ministère du sacrement de pénitence, accordez-nous, par ses mérites, d’avoir un grand amour pour ce sacrement et d’y recourir avec les dispositions du coeur qui permettront à la grandeur de Votre amour de se déployer pleinement en nous.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu notre Père, qui, en Votre Fils mort et ressuscité, avez sanctifié notre douleur, et qui avez voulu que Saint Léopold fut pour les âmes affligées une paternelle présence de consolation, par son intercession, nous Vous le demandons humblement, répandez dans nos coeurs la force dont nous avons besoin pour tenir bon dans les épreuves, et la générosité pour les offrir en union avec Jésus pour la rédemption et la sanctification de nos frères.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu, Unité dans la Trinité, Source et modèle de l’unité que Vous désirez pour tous ceux qui croient en Vous et qui invoquent Votre Saint Nom, par l’intercession de Saint Léopold, qui a tant prié et offert « pour qu’ils soient un et que le monde croie en Celui que Vous avez envoyé », remplissez-nous de Votre Esprit d’unité et de paix, afin que nous sachions prier et nous sacrifier pour la parfaite unité de tous ceux qui croient en Vous.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu, qui avez voulu que la Bienheureuse Vierge Marie, la Mère très sainte de Votre Verbe Incarné, devienne aussi la Mère de l’Eglise, et qui avez réjoui la vie de Saint Léopold d’une si tendre dévotion envers cette Vierge admirable, par son intercession et ses mérites, accordez-nous à nous aussi la grâce d’un amour filial envers elle et d’une indéfectible confiance en sa toute puissante bonté maternelle.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

O Dieu, notre Roi de gloire et notre Père infiniment aimant, nous confions à Votre Coeur tous nos espoirs et tous nos besoins, toutes nos intentions et toutes celles pour lesquelles nous devons Vous supplier (…) ; à la prière de Saint Léopold, daignez répondre favorablement à nos demandes, si elles sont conformes à vos insondables et très sages desseins, et gardez-nous fidèles, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il !

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit…

(Prière composée par Frère Maximilien-Marie en s’inspirant d’une prière en langue italienne)

Relique de St Léopold

Publié dans:Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 29 juillet, 2014 |Pas de commentaires »

2014-74. A la louange et à la gloire de Saint Antoine de Padoue.

Mardi 29 juillet 2014,
fête de Sainte Marthe.

Au Mesnil-Marie, nous aimons beaucoup Saint Antoine de Padoue, dont la statue en terre-cuite se trouve à l’entrée de notre oratoire.

Cela peut sembler puéril à un certain nombre d’ecclésiastiques et de fidèles, auxquels bien souvent une forme d’intellectualisme a plus ou moins stérilisé l’action du don de piété dans leur âme, mais à chaque fois que nous égarons quelque chose ou même que nous avons besoin de trouver rapidement un objet, voire une personne, dont – sans être à proprement parler perdus – nous ne savons pas où il se trouve, nous invoquons Saint Antoine de Padoue… et nous ne sommes jamais déçus !
Alors, il y a en permanence devant sa statue un chandelier, avec un très grand cierge que Frère Maximilien-Marie allume lorsqu’il l’appelle au secours, et lorsque, ensuite, il veut le remercier de l’aide qu’il en a obtenue.

Statue de St Antoine de Padoue au Mesnil-Marie

Statue de Saint Antoine de Padoue au Mesnil-Marie.

Ce que je vais vous raconter est, certes, purement anecdotique, mais n’en est pas moins rigoureusement authentique.

Que ceux qui s’estiment trop élevés en spiritualité et en théologie pour perdre leur temps à de « pieux infantilismes » s’abstiennent de poursuivre leur lecture, car je ne voudrais pas avoir leurs crises d’apoplexie sur la conscience.
Mais que ceux qui vivent dans la simplicité du coeur les enseignements du sermon sur la montagne, et qui sont persuadés que le Bon Dieu et Ses saints – dans leur immense sollicitude pour nous – ne dédaignent pas de nous écouter et de nous accorder de petits clins-Dieu (parfois malicieux), afin de nous encourager et de nous soutenir dans notre vie chrétienne, veuillent bien continuer à me lire ; et qu’ensuite, avec moi, ils rendent joyeusement grâces à Dieu et au bon Saint Antoine !

frise avec lys naturel

Après une telle entrée en matière, venons en aux faits.

Samedi dernier, 26 juillet, dans l’après-midi, Frère Maximilien-Marie s’est rendu au Puy-en-Velay : en l’absence de Monsieur l’Abbé et de notre dévouée sacristaine, il devait aller renouveler les bouquets de l’autel, préparer tout ce qui pouvait l’être pour la Sainte Messe du lendemain, et il a également voulu en profiter pour aller chiner à « Emmaüs » et faire des courses.

Comme cela est l’usage entre voisins et amis des environs, il avait téléphoné à un couple d’amis qui vivent avec leurs deux jeunes enfants dans un hameau proche, pour leur demander s’ils avaient besoin qu’il leur ramenât quelque chose.
Effectivement la jeune maman, était tout heureuse de cette proposition et lui avait confié sa liste de courses.
Le soir, en revenant, notre Frère s’est donc arrêté chez ces amis pour leur remettre les denrées qu’il avait rapportées, et ceux-ci l’on fait assoir quelques instants pendant qu’ils se préparaient à le rembourser.

Frère Maximilien-Marie, qui est non seulement affecté depuis l’âge de 12 ans par une assez forte myopie mais qui doit en outre, depuis quelque temps, retirer ses bésicles pour lire de près les petits caractères, a donc enlevé ses lunettes pour lire la note rapportée du magasin. C’est alors que – cataschtroumpf ! – la vis qui tenait la branche droite des dites binocles s’est échappée, bien décidée à faire une partie de cligne-musette…
Notre Frère était bien ennuyé puisque, sans cette vis, il lui est difficile de faire tenir ses lunettes sur son nez, et s’il ne peut pas les porter dans l’exacte bonne position que requièrent des verres dits progressifs (ce qui n’a rien à voir avec le progressisme), il se trouve fort gêné pour se déplacer, et à plus forte raison pour conduire.

Certes, en attendant la réouverture de l’opticien le mardi qui suivrait, il était toujours envisageable de bricoler une réparation de fortune en « bidouillant » une épingle ou quelque morceau de solide fil à coudre, mais – disons-le – notre Frère était assez contrarié et préférait retrouver la fugitive afin de la faire rentrer dans le droit chemin, c’est-à-dire dans son pas de vis assurant le maintien de la branche sur les bésicles.
Le voilà donc à quatre pattes, le nez collé au sol. Ses amis étaient l’un et l’autre en semblable position, essayant en outre d’empêcher leurs deux jeunes enfants – qui devaient trouver fort amusant de voir les adultes en telle posture et auraient bien voulu participer à ce qu’ils croyaient être un jeu – de piétiner le terrain d’investigation, dont nul ne pouvait dire jusqu’où s’étendaient les limites.

Frère Maximilien-Marie, convaincu qu’il serait plus facile de trouver une épingle dans une meule de foin qu’une vis aussi minuscule sur un parquet (car il faut savoir qu’il s’agissait d’un vrai parquet à lattes, « à l’ancienne »), s’est alors écrié tout fort :

« Saint Antoine de Padoue,
plein de compassion pour nous

et qui retrouvez tout
jusque dans les plus p’tits trous,
rendez-nous ce qui n’est pas à vous ! » (*)

Dans l’instant même qui suivit cette invocation, il a posé sa main sur le sol et… il a senti la vis sous son majeur droit !!!
Il a donc aussitôt continué tout haut : « Merci, Saint Antoine de Padoue ! »
Nos amis, qui ne sont pas catholiques, en étaient complètement ébahis et se sont écriés : « Mais c’est une vraie formule magique !… »

frise avec lys naturel

Comme je vous l’écrivais en commençant, ceci n’est qu’une anecdote. Cependant j’ai tenu à vous la rapporter parce qu’elle me paraît riche d’une très grande et forte leçon.
En effet, à mes yeux (et chacun sait que les chats ont un regard d’une acuité très aiguisée), elle illustre parfaitement que pour ceux qui vivent d’une foi véritable, d’une foi vivante qui imprègne tout leur quotidien, d’une foi simplement évangélique qui ne se triture pas les méninges pour savoir si les mille choses insignifiantes dont leur vie est remplie chaque jour sont réellement dignes de « l’attention » de Dieu, mais qui sont convaincus – non de manière intellectuelle mais dans la spontanéité de leur agir – que Celui-ci est un Père attentif et aimant dont l’infinie compassion ne répugne à rien pour venir en aide et pour réjouir Ses enfants chéris ; pour ceux-là, oui ! Dieu et Ses saints se plaisent à parsemer leur vie des preuves de la plus délicate sollicitude, jusqu’en de très petits détails…
Et la vie au Mesnil-Marie en est un constant témoignage.

Gloire et louange à Dieu, qui est admirable dans Ses saints !
Gloire et louange à Dieu et à Ses saints,
remplis de douce compassion pour nous !

Gloire et louange à Saint Antoine de Padoue !

Patte de chatLully.

(*) Nota : Il existe une autre version de cette invocation enfantine bâtie comme une comptine, mais je ne saurais la recommander puisqu’elle traite le bon Saint Antoine par des qualificatifs pour le moins désobligeants…

On trouvera ici une prière « très efficace » à Saint Antoine de Padoue
qui a été composée par notre Frère Maximilien-Marie > www

Publié dans:Chronique de Lully, Nos amis les Saints |on 29 juillet, 2014 |3 Commentaires »

2014-69. Les malcontents.

Dans la bibliothèque du Mesnil-Marie, j’ai trouvé un petit volume qui ne paie pas de mine mais qui recèle de véritables petits trésors de spiritualité évangélique : il s’intitule « Paillettes d’or »  et porte pour sous-titre « Cueillette de petits conseils pour la sanctification et le bonheur de la vie » (malheureusement, nous ne possédons que le tome III de cette compilation dans lequel sont rassemblées les publications périodiques des années 1892 à 1903).
J’ai particulièrement apprécié le texte suivant et j’ai pensé que plusieurs d’entre vous pourraient également y être sensibles, voire y trouver une utilité ou même une forme d’encouragement ; ce pourquoi j’ai résolu de vous le recopier (la graphie – majuscules, italiques – et la ponctuation en ont été scrupuleusement respectées).

Lully

schtroumpf grognon

Les malcontents

Il y en a partout.
Il y en a toujours eu.
Il y en aura toujours.
C’est, pour les familles, une épine en permanence, qui, si elle ne déchire qu’à fleur de peau, n’en est pas moins douloureuse à supporter.

schtroumpf grognon bis

Le premier malcontent a été un Ange, et c’est là-haut, au Paradis que, le premier, il a laissé s’exhaler de son coeur orgueilleux ce quelque chose d’inquiet, de boudeur, d’accusateur, de sourdement révolté qui forme la base même du mécontentement.
Comment, dans le coeur d’un ange, et au milieu de cette intimité de vie avec le bon Dieu qui devait pourtant être si douce et si bonne, a pu se former et se développer cette triste et déplorable maladie du caractère et du coeur ? Je ne le sais pas.
Ce que je sais, c’est que l’Ange chassé du Paradis a laissé tomber sur la terre, en secouant ses ailes, une semence d’irritabilité, de malaise, de murmures, de bizarreries qui, s’éparpillant, est venue se cacher pour y germer dans les plus intimes replis du coeur.

Aussi voyez :
Pas de réunions d’hommes d’affaires, d’indifférents, et même de joyeux et gais convives.
Pas de familles les plus aimantes et les plus intimes, – pas de cercles formés par l’amitié la plus dévouée dans lesquels il n’y ait un ou plusieurs mécontents.
Pas de journée, peut-être, dans laquelle chacun de nous ne se sente aiguilloné par le besoin d’être et de se montrer mécontent.
On dirait que le mécontentement est une partie essentielle de notre existence, et on a pu écrire avec un semblant de paradoxe, qu’on est mécontent le soir quand on n’a pas été pendant le jour un peu mécontent.

schtroumpf grognon ter

Triste choses pourtant que cet état de l’âme, du coeur, du caractère qui se plaint de tout et de tous.
Qui se plaint de ce qu’on lui dit et de ce qu’on ne lui dit pas, – de ce qu’on lui fait et de ce qu’on ne lui fait pas.
Le mécontent se plaint, et il ne sait jamais formuler le motif de sa plainte.
Il trouve à redire à tout, et il ne sait jamais indiquer le point spécial de sa critique.
Il a besoin de tout et il ne sait pas dire ce qui lui manque. – Ce qu’on lui offre ne lui va pas ; – ce qu’on lui donne n’est pas ce qu’il lui faut ; – ce qu’on lui propose n’est pas ce qui lui convient.
Il se plaint qu’on ne l’aime pas, et il repousse toute affection parce qu’il ne la voit pas assez franche.
Il se plaint qu’on ne fait pas attention à lui, et il ne veut pas des prévenances qu’on essaie de lui faire parce qu’il les juge ou hypocrites ou intéressées.

schtroumpf grognon bis

Et il reste maussade, susceptible, jaloux, soupçonneux.
Et il boude, il s’irrite, il contredit, il se met dans son coin.
C’est un frelon dans une ruche qu’il trouble par son bourdonnement et qu’il désorganise par son incessante mobilité.
C’est un buisson épineux qui pique ou déchire tous ceux qu’il approche et éloigne de lui ses amis les plus dévoués.
Dans les heures où il peut rencontrer un confident, – un malcontent comme lui, écoutez-le :
« On n’a point d’égards pour lui, – on n’a point de bonté, point de délicatesse, point de reconnaissance.
« Lui, on l’oublie, et on donne les faveurs aux autres, – lui, on le laisse, on le dédaigne, on le repousse et pourtant, il est si dévoué, il a tant fait, il a tant mérité.
« Lui, on prend à tâche de le contrarier ; il n’a jamais ce qu’il demande et comme il le demande. »

schtroumpf grognon ter

Pauvre, pauvre malcontent ! que de mal tu te fais et que de mal tu fais aux autres !
Quelle vie triste et inutile tu passes, et tu imposes aux tiens !
Et tu pourrais si facilement être heureux et faire des heureux, – si facilement aimer et être aimé !
Un peu plus de bonhomie dans tes relations de famille et d’amitié. Sois donc persuadé qu’on t’aime et qu’on t’apprécie ; ne le vois-tu pas ?
Un peu plus de prières, humbles, simples, confiantes. Pense que Dieu veut que tu rendes heureux ceux qui t’entourent. C’est un devoir rigoureux que ce devoir, et sa violation entraîne la violation d’une foule d’autres devoirs.
Le mécontentement habituel nous met sur le chemin qui éloigne du ciel.

(in Paillettes d’or - recueil complet années 1892 à 1903 – Tome III pp. 22-25)

schtroumpf grognon quatro

Publié dans:Lectures & relectures, Textes spirituels |on 12 juillet, 2014 |1 Commentaire »

2014-65. De quelques célébrations ou anniversaires liés à la date du 30 juin.

Lundi 30 juin 2014,
fête de Saint Martial.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Alors que dans le calendrier de l’Eglise universelle cette date du 30 juin est marquée par la commémoraison de Saint Paul (selon le missel traditionnel bien sûr), alors que l’Eglise diocésaine de Viviers célèbre en ce jour la fête de Saint Ostian - orthographié aussi Ostien ou Hostien – , un saint prêtre qui eut un apostolat missionnaire dans les campagnes des diocèses de Viviers et du Puy au VIe siècle et qui est le patron principal de la cité épiscopale de Viviers, pour nous ce jour est celui de la fête de Saint Martial, titulaire de notre église paroissiale depuis plus de mille ans et céleste protecteur du village sur le territoire duquel est sis notre Mesnil-Marie : c’est donc chez nous une fête de première classe !

Cette fête liturgique se double d’un anniversaire. En effet, la divine Providence – puisqu’il n’y a eu en cela aucun calcul humain – a disposé les choses de telle sorte que, il y a six ans (le 30 juin 2008), achevant nos déménagements, c‘est le jour de la fête de Saint Martial que le Refuge Notre-Dame de Compassion a été établi de manière stable en ce village de Saint-Martial : admirable clin-Dieu !

Vitrail de Saint Martial à la cathédrale Saint-Etienne de Sens

Saint Martial
(vitrail de la cathédrale Saint-Etienne de Sens)

Le culte de Saint Martial fut jadis extrêmement développé dans les Gaules et dans la France médiévale, au point que Jean XIX, pape de 1024 à 1032, avait élevé sa fête au même rang que celles des Apôtres.
L’Aquitaine et le Limousin vénèrent Saint Martial comme leur premier évangélisateur ; et, à Limoges même dont il fut le premier évêque, son tombeau devint un lieu de pèlerinage au-dessus duquel fut ensuite élevée une célèbre abbaye, qui constituait une étape sur l’un des chemins de Compostelle. Cette abbaye était également un foyer culturel et artistique de tout premier ordre.

La légende a fait de Saint Martial le petit enfant que Notre-Seigneur avait donné en exemple aux Apôtres (cf. Matth. XVIII, 3) ainsi que le jeune garçon qui avait avec lui les cinq pains d’orge et les deux poissons que Jésus multiplia dans le désert (cf. Jean VI, 5-14).
Devenu adulte et ordonné prêtre puis évêque par Saint Pierre lui-même, il aurait été missionné par ce dernier pour évangéliser les Gaules, accomplissant de grands miracles – notamment une résurrection grâce au bâton que lui avait remis le Prince des Apôtres – et de nombreuses conversions : cette légende fut en particulier merveilleusement illustrée par les fresques commandées par le pape Clément VI (qui était limousin) à Matteo Giovanetti, en 1344-1345, pour la chapelle Saint-Martial du palais des Papes, en Avignon.
L’apostolicité de Saint Martial, âprement défendue par les moines de l’abbaye Saint-Martial de Limoges à partir du IXe siècle (et par laquelle s’explique en grande partie la popularité et le rayonnement de son culte), est néanmoins difficilement soutenable de nos jours, même si elle fut encore affirmée par la Sacrée Congrégation des Rites en 1845.
Actuellement, historiens et hagiographes voient plutôt en Saint Martial l’un des sept évêques dont parle Saint Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs, qui avaient été envoyés dans les Gaules par le pape au milieu du IIIe siècle.

Les fouilles archéologiques réalisées dans la seconde moitié du XXe siècle à l’emplacement de l’abbaye de Saint-Martial ont permis d’en retrouver la crypte ainsi que le sarcophage qui avait contenu le corps du saint évêque, et elles confirment plutôt que Saint Martial aurait vécu dans la seconde moitié du IIIe siècle et au tout début du IVe.

Quoi qu’il en soit, nous sommes très heureux d’avoir pour céleste protecteur du territoire sur lequel est implanté notre Mesnil-Marie l’un des premiers évangélisateurs de ce qui deviendra la France, et un saint dont le culte fut à la source d’un intense mouvement culturel et artistique.

Inscription lapidaire du tombeau de St Martial au musée des beaux arts de Limoges

« Martialis Apotolus Christi : Martial Apôtre du Christ »
Inscription lapidaire du tombeau de Saint Martial,
exposée au Musée des Beaux-Arts de Limoges.

En ce même jour, nous commémorons la pieuse mémoire d’un saint prêtre natif de cette paroisse de Saint-Martial, qui fut un confesseur de la foi pendant la grande révolution à laquelle il survécut, et qui rendit son âme à Dieu le 30 juin 1837 : voici le texte complet de la notice nécrologique que nous avons découverte à son sujet dans « l’Ami de la Religion et du Roi » (année 1837 – cf. > www) et dont nous conservons la savoureuse graphie originelle :

« M. François Régis Venard aumônier des religieuses de Sainte Claire à Lyon est mort le 30 juin à l’âge de 87 ans. Né en 1750 à Saint Martial, diocèse de Viviers, il étoit aumônier à l’Hôtel-Dieu de Lyon au commencement de la révolution. Il rendit des services pendant le siège en 1793 et, après la prise de la ville, il erra dans les campagnes du Beaujolois prenant toute sorte de déguisemens et portant ainsi les secours de son ministère. Il échappa à tous les périls par son adresse et surtout par la protection de la providence et il en racontoit des traits touchans. Après le concordat il occupa successivement deux cures dans l’arrondissement où il avoit été caché. On le redemanda ensuite à l’Hôtel-Dieu, et il n’en est sorti que pour diriger les religieuses de Sainte Claire. C’étoit un prêtre estimable, doux, pieux, modeste qui méritoit d’avoir des amis par la franchise de son caractère et la sûreté de son commerce. »

Nous tenons beaucoup à maintenir la mémoire de ces courageux ecclésiastiques, martyrs ou confesseurs de la foi, dont nous retrouvons les traces ou les mentions lors de nos études et recherches historiques en lien avec ce petit pays où nous vivons, et qui sont malheureusement tombés dans l’oubli des générations actuelles.
Nous sommes convaincus que même s’ils ne font pas l’objet d’enquêtes canoniques et de cérémonies de béatification, ils sont néanmoins grands et glorieux aux yeux du Souverain Seigneur (peut-être même plus grands et glorieux que certains « saints » récemment élevés sur les autels !) et que – au jour du grand jugement et pour l’éternité – ayant été éprouvés comme l’or au milieu de la fournaise, et reçus comme une hostie d’holocauste, ils brilleront comme des étincelles dans un lieu planté de roseaux (cf. Sag. III, 5-7). 

L’exemple et l’intercession des saints, l’exemple et l’intercession des héros chrétiens demeurent pour nous, dès maintenant et pour les grandes épreuves à venir, une lumière et une force dans cette crise terrible qui désole et ravage la Sainte Eglise, envahie par l’esprit du monde, gangrenée par les idées de la révolution, et pervertie par le venin du modernisme… jusqu’à son autorité suprême.

pattes de chatLully.

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 30 juin, 2014 |1 Commentaire »

2014-64. « Paul est là pour seconder nos efforts, et Pierre pour ouvrir les portes de l’éternel séjour. »

François Perrier les adieux de Saint Pierre et Saint Paul - 1647-50 musée de Rennes

François Perrier, dit Le Bourguignon : St Pierre et St Paul se disant au revoir en partant pour le martyre
(1647-1650 , musée de Rennes)

Sermon de
notre glorieux Père Saint Augustin

sur
le martyre des Saints Apôtres Pierre et Paul :

§ 1. Contraste entre la vocation de saint Pierre et celle de saint Paul.

Avec la grâce de Dieu, nous célébrons aujourd’hui le martyre de saint Pierre et de saint Paul ; le monde entier solennise aujourd’hui leur mémoire, les unissant dans les mêmes cantiques, comme ils ont été unis par une même foi et couronnés par un même triomphe. C’est la fête de Paul ; et, tous le proclament, c’est aussi la fête de Pierre. Comment garder le silence sur Pierre, quand on se rappelle avec quelle fermeté il a refoulé la rage de Simon le Magicien, lui a enseigné la saine doctrine et a confondu son orgueil ? Par leur trépas glorieux, ces deux Apôtres ont prouvé combien la mort des saints est précieuse devant Dieu. Paul est un vase d’élection, Pierre tient les clefs de la maison du Seigneur ; l’un était pêcheur, l’autre a été persécuteur. Paul a été frappé d’aveuglement, afin de mieux voir ; Pierre a renié, afin de croire. Paul, embrassant la foi de Jésus-Christ après la résurrection de l’Eglise, s’est montré le disciple d’autant plus glorieux de la vérité, qu’il avait été plus obstiné dans son erreur. Pierre pêcheur n’a pas déposé ses filets, mais les a changés, parce qu’honoré le premier du sacerdoce, il préféra désormais les sources à la mer, et chercha les poissons, non pas pour les détruire, mais pour les purifier. Tous deux furent heureux dans l’administration de la doctrine, mais la mort les confirma dans un bonheur plus grand encore. Sur la-terre, la gloire n’est qu’en désir ; au ciel, elle a toute sa réalité. Sur la terre, les tribulations se succèdent, la mort met les saints en possession de la véritable grandeur. La voix de ces Apôtres se fait entendre jusqu’aux confins de la terre. Partout s’élève en leur faveur un concert de louanges ; partout la voix des fidèles redit la magnificence de leur triomphe.

§ 2. Interprétation mystique des circonstances de leur martyre.

Comment appeler morts des hommes dont la foi est un principe de vie et de résurrection pour le monde entier ? Pour arriver au glorieux séjour de l’éternelle lumière, que personne n’hésite à se confier en toute assurance à la direction de ces illustres docteurs ; à leur suite la conquête du ciel n’est plus impossible. Paul est là pour seconder nos efforts, et Pierre pour ouvrir les portes de l’éternel séjour. Du reste, il ne peut que nous être utile de rappeler le glorieux martyre de ces Apôtres. Paul fut décapité, Pierre fut crucifié la tête en bas. Ce genre de mort est plein de mystère. Il convenait que Paul eût la tête tranchée, parce qu’il est pour les Gentils le chef ou la tête de la foi. Pierre avait reconnu que Jésus-Christ est la tête de l’homme, et comme Jésus-Christ était alors assis dans sa gloire, Pierre lui présenta d’abord sa tête, que les pieds devaient suivre, afin que dans ce nouveau genre de martyre, pendant que les pieds et les mains étaient enchaînés, la tête pût prier et prendre le chemin du ciel. Je ne suis pas digne, disait Pierre, d’être crucifié comme mon Seigneur. Par ce langage il ne refusait pas le martyre, mais il craignait de s’approprier le genre de mort du Sauveur, et ne se trouvait digne que de honte et de châtiment. Bienheureux Pierre, quand nous vous voyons suspendu à la croix, combien vous l’emportez à nos yeux sur le Magicien aspirant à prendre son vol dans les airs ! Il ne s’élève que pour tomber plus profondément, tandis que vous n’inclinez votre tête vers la terre que pour posséder le ciel après votre mort, par la grâce de Jésus-Christ qui vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Tiare et clefs

Deux prières de Sainte Marguerite-Marie au Sacré-Coeur de Jésus :

Vitrail de la chapelle du Sacré-Coeur église de Bagnères de Luchon

Vitrail de la chapelle du Sacré-Coeur dans l’église de Bagnères de Luchon

« O Coeur divin, qui nous avez montré sur la Croix l’excès de votre amour et de votre miséricorde en Vous laissant ouvrir pour donner une entrée aux nôtres, recevez-les donc maintenant en les attirant par les liens de votre ardente charité, pour les consommer par la véhémence de votre amour.

O Coeur très libéral, soyez tout notre trésor et notre seule suffisance.
O Coeur très aimant et très désirable, apprenez-nous à Vous aimer et à ne désirer que Vous.
O Coeur très favorable et qui prenez tant de plaisir de nous faire du bien, faites-moi celui d’acquitter ma dette envers la divine justice.
Je suis insolvable, payez pour moi. Réparez les maux que j’ai faits, par les biens que Vous avez faits.
Et afin que je Vous doive tout, recevez-moi, ô Coeur charitable, à l’heure redoutable de ma mort.
Cachez mon âme de la divine colère, que j’ai souvent irritée.
Paraissez et répondez pour moi ; car je n’ai rien fait qui ne me condamne à un supplice éternel, si Vous ne me justifiez.

Hélas ! Ne souffrez pas que je sois privée de Vous aimer éternellement.
Je languis du désir d’être unie à Vous, de Vous posséder et m’abîmer dans Vous, pour ne plus vivre que de Vous qui êtes ma demeure pour toujours.

C’est en Vous, ô Coeur tout aimable, que je veux aimer, agir et souffrir.
Consommez donc en moi tout ce qu’il y a de moi-même ; et mettez en place ce qui est de Vous et me transformez en Vous.
Que je ne vive que de Vous et pour Vous. Soyez donc ma vie, mon amour et mon tout. Amen. »

(in « Vie et oeuvres de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque », 1915. T.2 p.790)

Vitrail du Sacré-Coeur église de Bagnères de Luchon - détail 1

« O Coeur embrasé et vivant d’amour ! ô sanctuaire de la Divinité, temple de la majesté souveraine, autel de la divine charité, Coeur qui brûlez d’amour et pour Dieu et pour moi, je Vous adore, je Vous aime, je me fonds d’amour et de respect devant Vous !
Je m’unis à vos saintes dispositions ; je veux, oui je veux et brûler de vos feux et vivre de votre vie.
Que j’ai de joie de Vous voir heureux et content ! Que je prends part à vos grâces, à vos douleurs et à votre gloire, et que de bon coeur je voudrais mourir et souffrir, plutôt que de Vous déplaire !
O mon coeur, il ne faut plus agir que par les mouvements du Coeur sacré de Jésus ; il faut expirer en silence devant Lui à tout ce qui est humain et naturel.

O Coeur divin, je m’unis à Vous et me perds en Vous. Je ne veux plus vivre que de Vous, par Vous et pour Vous.
Ainsi tout mon emploi sera de demeurer en silence et en respect, anéantie devant Vous comme une lampe ardente qui se consomme devant le Saint Sacrement.
Aimer, souffrir et mourir ! Amen. »

(ibid. p.807)

Vitrail du Sacré-Coeur église de Bagnères de Luchon - détail 2

Autres prières au Sacré-Coeur publiées dans ce blogue :
- neuvaine de confiance > www
- prière de Sainte Madeleine-Sophie Barat > www
- « Souvenez-Vous » au Sacré-Coeur > www
- acte d’offrande de Saint Claude de La Colombière > www
- prière d’union en forme de litanies > www
- consécration au Coeur de Jésus > www
- salutations au Coeur de Jésus par Sainte Marguerite-Marie > www
- prière au Coeur Eucharistique de NSJC > www
- cantiques au Sacré-Coeur > www

2014-62. Pourquoi un « bon chrétien » opposerait-il l’assistance à la messe à la pratique de la charité ?

Jeudi 26 juin 2014,
Octave de la fête du Saint-Sacrement
et veille de la fête du Sacré-Coeur.

Simon Vouet la Charité (vers 1640 - Louvre)

La Charité, allégorie peinte par Simon Vouet (vers 1640)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

L’un de ses amis a fait parvenir à Frère Maximilien-Marie un article de « Témoignage chrétien » dans lequel Madame Christine Pedotti, qui est la rédactrice en chef de la sus-dite revue, prétend que « le bon chrétien ne va pas à la messe, il accueille les immigrés ».
Cet ami écrivait : « (…) sur le fond, cette question entre ceux qui adorent Dieu et assistent à tous les offices mais ne manifestent jamais cet amour aux hommes (à tous les hommes), et ceux qui sont des pratiquants plus ou moins réguliers mais s’investissent concrètement envers leur prochain, m’interpelle depuis longtemps. Je serais heureux de recueillir votre avis personnel sur ce « fragile équilibre » qui, me semble-t-il, ne va pas de soi et pour lequel j’en appelle souvent au discernement de l’Esprit-Saint ».

L’une de mes premières réactions, en lisant l’affirmation de Madame Pedotti, eût plutôt été de type polémique ad hominem (en l’occurence ad feminam !) et de demander à cette dame – qui jouit, je crois, d’un assez bon niveau de vie – combien d’immigrés elle accueille de manière habituelle – voire permanente – dans sa propre maison et à sa table (et même si elle l’a déjà fait).
Ensuite, j’eusse eu envie de lui poser la question : « Vous arrive-t-il souvent, chère Madame, d’être empêchée de vous rendre à la messe le dimanche dans votre paroisse, parce que justement dans le quartier où vous habitez il y a, ce matin-là précisément et exactement à l’heure où l’office va commencer, un afflux soudain d’immigrés ? »

Nous nous trouvons ici, une fois encore, devant une manière singulièrement réductrice – simpliste et provocante, selon l’habitude de ces « intellectuels » progressouillards et modernichonsde mettre en complète opposition la pratique religieuse et les oeuvres de bienfaisance.

Il m’a donc semblé judicieux de vous recopier ci-dessous, chers Amis, les éléments de réponse et de réflexion donnés par notre Frère à son ami.
Les voici…

1) Pourquoi la « pratique religieuse » et ce qu’on appelait jadis les « oeuvres de miséricorde » s’excluraient elles l’une l’autre ?

2) Les commandements de Dieu ne sont pas exclusifs l’un de l’autre : celui qui aime Dieu doit mettre en oeuvre TOUS Ses commandements.
Celui qui n’en pratique que certains (selons des critères de sélection absolument subjectifs) n’aime pas Dieu en vérité puisqu’il place sa volonté personnelle et ses choix au-dessus de la volonté de Dieu clairement exprimée : « Or ce qui nous assure que nous Le connaissons, c’est si nous gardons Ses commandements. Celui qui dit Le connaître et ne garde pas Ses commandements est un menteur et la vérité n’est pas en lui » (1 Jean II, 3-4).

3) Or le premier de tous les commandements nous demande d’aimer Dieu par dessus tout – et donc avant les hommes – et ensuite, en conséquence de notre amour pour Dieu, il nous est demandé d’aimer notre prochain pour l’amour de Dieu.
Le troisième précepte du décalogue, avant les commandements relatifs au prochain, nous prescrit aussi de sanctifier le jour du Seigneur ; et la Sainte Eglise, par l’autorité du Saint-Esprit, a précisé la chose en nous expliquant que la sanctification du dimanche nous impose d’assister à la Sainte Messe ce jour-là (premier commandement de l’Eglise).
Quant à nos devoirs de charité envers nos frères, tels qu’ils sont en particulier présentés par Notre-Seigneur Jésus-Christ dans Son fameux enseignement à propos du jugement dernier (« J’avais faim et vous M’avez donné à manger, soif et vous M’avez donné à boire ; J’étais nu et vous M’avez vêtu, étranger et vous M’avez accueilli… etc. » – cf. Matthieu XXV, 31-46), je n’ai point lu dans le Saint Evangile qu’ils nous dispensaient de mettre en oeuvre les trois premiers préceptes du décalogue.

4) La force de pratiquer la charité envers les hommes, par les oeuvres de miséricorde, où la puisons-nous, sinon en Dieu ?
Et qu’est ce qui nous permet de recevoir la force, les grâces et la vie même de Dieu sinon les sacrements, qui nous sont dispensés dans la liturgie de l’Eglise ?

5) Disons-le clairement, ceux qui opposent les choses les unes aux autres ont généralement abandonné au moins une partie de la vérité révélée :
– soit ces progressistes, dont « Témoignage chrétien » est l’organe fossile, qui ne croient ni à la grâce, ni à la vie surnaturelle, ni aux sacrements, pour lesquels la messe consiste en un « partage fraternel » et en une « célébration de leur vécu », mais qui n’ont plus rien de catholique (leur pseudo religion n’étant qu’un horizontalisme borné)…
– soit des « tradis » momifiés, pour lesquels toute la religion se concentre uniquement dans l’assistance très formelle à des cérémonies et dans des idées conservatrices dont la charité concrète est absente, ce qui n’est pas davantage catholique…
La vie de prière ne peut en aucune manière être une façon de se « débarrasser » des oeuvres de miséricorde, tout comme le soin donné aux autres ne peut en aucune manière être une façon de se « débarrasser » du devoir prioritaire de rendre un culte à Dieu et de sanctifier le dimanche !

6) In medio stat virtus !
Il y a une troisième voie, et – Dieu merci ! – nous connaissons des catholiques qui s’efforcent d’avancer par elle ; nous connaissons des fidèles qui vivent (en s’appliquant de leur mieux, malgré leurs faiblesses et leurs péchés, dont ils sont conscients mais contre lesquels ils luttent) en cherchant à observer TOUS les commandements sans faire de sélection entre eux : ceux qui prescrivent comment il convient d’aimer et d’honorer Dieu, et ceux qui prescrivent comment on met en oeuvre la charité envers nos frères, pour l’amour de Dieu !

7) Si les oeuvres de bienfaisance ne sont pas alimentées par la foi et par la vie surnaturelle, que l’on puise dans les sacrements, elles ne procèdent pas de la véritable charité : elles ne sont que des actions humaines sans AUCUN MERITE SURNATUREL.
Et si la foi et la pratique religieuse sont sans effets concrets envers notre prochain, par la pratique de ce que la tradition chrétienne nomme « les oeuvres de miséricorde », elles tombent sous le coup de la condamnation sans appel formulée par Saint Jacques dans son épître : « Que servira-t-il, mes frères, que quelqu’un dise qu’il a la foi, s’il n’a point les oeuvres ? Est-ce que la foi pourra le sauver ? Si un de vos frères ou une de vos soeurs sont nus, et s’ils manquent de la nourriture de chaque jour, et qu’un de vous leur dise : « Allez en paix, réchauffez-vous et rassasiez-vous ! » sans leur donner ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela leur servira-t-il ? Ainsi la foi, si elle n’a pas les oeuvres, est morte en elle-même » (Jac. II, 14-17).

8) Il faut insister sur le fait que le chrétien n’aime pas son prochain pour lui-même, mais bien pour l’amour de Dieu.
Celui qui aime les autres pour eux-mêmes n’est pas chrétien, il reste à un niveau simplement naturel, alors que Dieu nous demande d’aimer les autres pour l’amour de Lui, c’est-à-dire vraiment surnaturellement.

9) Il y a, à propos de ces divers degrés dans la manière d’aimer, une confusion totale aujourd’hui, d’où l’idée fort répandue que « faire du bien aux autres » (voire « ne pas lui faire de mal ») serait suffisant pour ouvrir à tout mécréant les portes du paradis : c’est faux et archi-faux !
Les oeuvres de bienfaisance, pour être revêtues de mérite surnaturel, doivent être inspirées et accomplies pour l’amour de Dieu et sous la motion de Sa grâce.

10) Les oeuvres de miséricorde sont tout à la fois spirituelles et corporelles, elles s’imposent à TOUS les fidèles.
Rappelons donc ce que l’on appelle les oeuvres de miséricorde.

Les oeuvres de miséricorde spirituelles sont :

Enseigner l’ignorant.
Conseiller celui qui en a besoin.
Corriger l’égaré.
Pardonner les injures.
Consoler celui qui est triste.
Souffrir avec patience les adversités et les faiblesses du prochain.
Prier Dieu pour les vivants et pour les morts.

Et les oeuvres de miséricorde corporelles sont :

Visiter le malade.
Donner à manger à celui qui a faim.
Donner à boire à celui qui a soif.
Secourir le captif.
Vêtir celui qui est sans vêtement.
Accueillir le pèlerin.
Enterrer les morts.

Je terminerai enfin en rappelant que – par définition – le prochain est celui qui se trouve proche de nous, celui que nous côtoyons physiquement : alors que beaucoup d’ « intellectuels » de la tendance de Madame Pedotti ont souvent une conception assez abstraite et idéaliste de « prochains » dont ils sont très éloignés, qu’ils ne rencontrent jamais, et avec lesquels ils n’ont pas de contacts réels.
Bien sûr, le catholique, parce que ce mot signifie « universel », n’est pas dispensé de se préoccuper des misères (réelles) qui se trouvent ailleurs, en de très nombreux endroits de la planète – hélas ! – , mais il est toujours bon d’insister sur le fait que Dieu nous demande d’agir en priorité là où nous nous trouvons, plutôt que là où nous ne sommes pas

pattes de chat Lully.

Sacré-Coeur gif

2014-61. Constitution Apostolique « Transiturus » par laquelle le pape Urbain IV étendit la Fête-Dieu à l’Eglise universelle.

Au terme de notre présentation historique rappelant les origines de la Fête-Dieu (cf. > www & www), voici le texte de la Constitution Apostolique Transiturus (son titre complet est « Transiturus de hoc mundo »), datée du 11 août 1264, par laquelle le pape Urbain IV étendit la célébration de la fête du Très Saint-Sacrement à l’Eglise universelle.

Il m’a semblé important d’en donner ici le texte complet pour deux raisons :
1 – à ma connaissance, on ne le trouve pas dans sa traduction française sur Internet ;
2 – c’est un texte absolument admirable par la force de la doctrine et l’élévation de sa spiritualité : tous les catholiques ont intérêt à le connaître par eux-mêmes, et ils peuvent y puiser une authentique et solide nourriture pour leur vie intérieure.

Cette bulle reprend et développe les idées que Robert de Thourotte avait déjà exprimées en 1246 dans son mandement instituant la Fête-Dieu dans son diocèse de Liège (cf. > www) : affirmation solennelle de la doctrine authentique de l’Eglise, développement du culte eucharistique, augmentation de la foi et des autres vertus dans l’âme des fidèles, réparation pour les manques de respect commis envers la Sainte Eucharistie…

Puisse cette lecture, cette méditation, chers Amis, vous stimuler à plus d’amour et de ferveur envers Notre-Seigneur réellement présent dans le Très Saint-Sacrement !

Lully

Urbain IV portrait conservé à l'évêché de Verdun

Sa Sainteté le pape Urbain IV
(portrait conservé à l’évêché de Verdun, car Jacques Pantaléon a été évêque de Verdun, puis patriarche de Jérusalem avant d’être élevé au Souverain Pontificat)

Urbain, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à nos vénérables frères les patriarches, archevêques, évêques, et autres prélats de l’Eglise.

Lorsque Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ fut sur le point de quitter le monde pour retourner à Son Père, la veille de Sa Passion après avoir achevé la Cène légale, Il institua le souverain, le magnifique Sacrement de Son Corps et de Son Sang, donnant Son Corps en nourriture et Son Sang en breuvage, selon qu’il est écrit : « Toutes les fois que nous mangeons ce Pain et que nous buvons ce Calice, nous annonçons la mort du Seigneur ». Il dit aussi en même temps à Ses apôtres : « Faites ceci en mémoire de Moi », désirant que ce grand et vénérable Sacrement fût le principal et le plus insigne mémorial de l’amour infini qu’Il nous avait toujours porté.

Certes, ce mémorial est admirable, étonnant, plein de délices et de suavité ; il est d’un si haut prix qu’il n’y a rien qui lui soit comparable. C’est en lui que les miracles ont été renouvelés, et que Dieu a fait paraître de nouveaux prodiges. C’est en lui que l’on trouve toute délectation et toute ardeur, et que l’on goûte combien le Seigneur est doux. C’est en lui que l’on reçoit les secours nécessaires pour mériter la vie et le salut éternel.
Par ce mémorial si délectable, si salutaire, si sacré, nous nous remettons continuellement devant les yeux le mystère de notre Rédemption ; nous nous retirons du mal ; nous nous fortifions dans le bien ; nous recevons de jour en jour de nouveaux accroissements de grâce et de vertu. Qui peut douter que nous ne profitions beaucoup par la présence corporelle de notre divin Sauveur, dont nous jouissons en ce Sacrement qui nous conduit dans les voies du Ciel.

En effet, les autres mystères que l’Eglise célèbre, nous les adorons en esprit et en vérité ; mais nous ne jouissons pas de leur présence véritable. Il n’y a que dans le mémorial de l’Eucharistie, où Jésus-Christ est réellement présent et qu’Il demeure en propre substance avec nous. Lorsqu’Il monta au Ciel, Il dit à Ses apôtres et à Ses disciples : « Voilà que Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles ». C’était leur promettre qu’Il ne les priverait pas même de Sa présence corporelle. O très digne mémorial, qui ne doit jamais être interrompu, dans lequel nous célébrons la mort de notre propre mort, la destruction de notre propre destruction ! Il nous rappelle comme Celui qui est véritablement l’Arbre de Vie, attaché à l’arbre de la Croix fait germer le fruit du salut !

Cette glorieuse commémoration remplit les fidèles  d’une allégresse salutaire, et répandant la joie dans leur coeur, leur fait verser des larmes de dévotion. Nous triomphons par le souvenir de notre délivrance ; et en nous souvenant de la mort de Jésus-Christ qui nous a rachetés, nous ne pouvons nous abstenir de pleurer. En cette rencontre, la suavité de la joie se mêle à l’effusion des larmes ; car nous nous réjouissons en pleurant, et nous pleurons de tendresse en nous réjouissant, parce que notre coeur, nageant dans les délices, par la mémoire d’un si grand bienfait se dissout par les yeux en une douce rosée.
O abîme de l’amour divin ! ô surabondance de la miséricorde divine ! ô merveilleux excès de la libéralité de Dieu ! Non content de nous avoir constitués les maîtres des biens de la terre, Il a soumis encore à notre domaine toutes les créatures ; Il a même relevé notre nature par le ministèe des anges, puisque les esprits célestes assistent, en qualité de gardiens et de conducteurs, les prédestinés à la possession de l’héritage éternel. Après de si éclatants témoignages de Sa munificence, Il a voulu nous donner des preuves plus excessives de Sa charité, en Se donnant Lui-même par une faveur sans égale. Il n’est pas même demeuré dans ces termes ; excédant toute plénitude de donation et toute mesure d’amour, Il S’est fait Lui-même notre nourriture et notre breuvage. O singulière et admirable profusion, où le Donateur passe en don, et où la chose donnée est la même que Celui qui donne. Quelle prodigalité plus démesurée que de se donner soi-même tout entier !

Au reste, Dieu S’est livré pour être notre nourriture afin que l’homme qui, en mangeant s’était précipité dans la mort, en mangeant aussi fût rétabli dans la vie. Le fruit mortel de l’ancien arbre l’avait fait tomber ; le fruit vivifiant de l’arbre nouveau l’a relevé. Au premier arbre pendait l’hameçon de la mort, du second arbre est sorti l’aliment de la vie. Celui qui a goûté du premier en a été blessé ; celui qui a goûté du second en a été guéri. Le manger a fermé la plaie que le manger avait ouverte. Considérez donc que le remède a été tiré d’où le mal avait pris naissance. En effet, il est écrit de l’ancien aliment : « Le jour où vous en mangerez, vous mourrez de mort ». Nous lisons au contraire du nouveau : « Si quelqu’un mange de ce Pain, il vivra éternellement ». O manger substantiel qui rassasie pleinement, qui nourrit véritablement, qui engraisse souverainement, non le corps, mais le coeur ; non la chair, mais l’âme ; non l’homme animal, mais l’homme de l’esprit ! L’homme qui avait besoin, pour la réfection de son âme, d’une nourriture spirituelle, a été pourvu par une pieuse disposition de notre miséricordieux Sauveur du plus noble et du plus efficace aliment qu’il y eût au monde.

Il convenait à la grandeur et à la libéralité de Dieu que Son Verbe Eternel, qui est naturellement la nourriture de la créature intelligente, s’étant fait chair se donnât par cette chair à la créature raisonnable composée de chair et d’os et subsistante dans un corps ; car il est écrit : « L’homme a mangé le Pain des Anges ». C’est pourquoi le Seigneur a dit : « Ma chair est véritablement une nourriture ». Ce Pain céleste Se mange, mais Il ne subit aucune altération, parce qu’Il ne Se transforme pas en celui qui Le mange ; si au contraire, on Le reçoit dignement, on a le bonheur de se changer en Lui. O Sacrement par excellence, digne de vénération et de respect ! O don divin qu’il faut souverainement glorifier, louer et préconiser ! O mystère adorable que nous devons honorer de toute l’étendue de nos affections, à qui nous devons rendre tous les devoirs d’une dévotion sincère, et dont nous ne devons jamais perdre le souvenir ! O très noble mémorial qui doit être imprimé dans le plus profond de nos entrailles, fortement gravé dans notre esprit, diligemment conservé dans notre coeur, médité et célébré par tous avec autant d’assiduité que d’amour !

Oui, nous devons en faire une commémoration continuelle, afin de n’oublier jamais Celui dont nous savons qu’Il est le mémorial ; car certes, on met difficilement en oubli le bienfaiteur dont on a souvent le bienfait sous les yeux. Aussi, quoique ce Sacrement soit toujours renouvelé dans un grand nombre de Messes, avons-Nous jugé convenable, surtout pour confondre la perfidie et l’extravagance des hérétiques, qu’on en fît tous les ans au moins une fois une mémoire plus célèbre et plus solennelle ; vu principalement que le Jeudi Saint, jour où Notre-Seigneur l’a institué, l’Eglise universelle, tout occupée à réconcilier les pénitents, à accomplir le lavement des pieds, à faire d’autres semblables cérémonies, ne peut pleinement vaquer à la célébration d’un si grand mystère.
D’ailleurs elle observe cette conduite à l’égard des saints qu’elle honore dans le cours de l’année. Quoiqu’elle fasse souvent mémoire de ces amis de Dieu dans les Litanies, dans le sacrifice de la Messe et dans d’autres offices liturgiques, elle ne laisse pas néanmoins d’en célébrer plus solennellement la naissance dans le Ciel, en certains jours qu’elle leur consacre, et d’établir des fêtes particulières en leur honneur. En outre, parce qu’on comment souvent des fautes en ces solennités par négligence, par faiblesse ou par dissipation, cette bonne Mère a encore assigné un jour à la gloir de tous les saints, afin de réparer, par des devoirs communs, ces manquements inhérents à la faiblesse humaine.

Si l’Eglise en use ainsi à l’égard des saints, à plus forte raison a-t-elle sujet de le faire à l’égard du Sacrement qui est la couronne des saints et la source de toute sainteté. C’est donc à juste titre qu’elle Lui dédierait une solennité spéciale, afin qu’à son occasion on réparât avec une grande ferveur ce qu’on pourrait avoir manqué dans la célébration ordinaire de la sainte Messe, et que les fidèles, aux approches de cette fête, reconnussent par un examen sérieux du passé, leurs irrévérences envers ce mystère, pour en faire amende honorable avec humilité d’esprit et pureté de coeur.

En outre, à l’époque ou Nous étions constitué en moindre dignité, Nous avons eu connaissance de la révélation reçue par quelques personnes pieuses qu’un jour cette fête serait célébrée par toute l’Eglise.

Par conséquent, pour l’affermissement et l’exaltation de la foi catholique, Nous avons cru avec raison devoir ordonner une commémoration annuelle de ce grand Sacrement. Nous assignons à cette fin un jour déterminé que Nous voulons être le jeudi après l’octave de la Pentecôte. Qu’en ce jour donc les fidèles s’assemblent dans les temples avec un grand concours et une ferveur extraordinaire, que le clergé et le peuple témoignent leur bonheur par des cantiques de louanges ; que tous chantent des hymnes sacrées, non seulement en esprit et dans le fond de leur coeur, mais aussi des lèvres et de bouche. Que la foi s’épanche en bénédictions, que l’espérance bondisse de joie, que la charité trésaille d’allégresse ! Que la dévotion jubile, que les âmes pures se réjouissent et que l’assemblée des saints soit remplie d’une douceur spirituelle ! Que chacun vienne avec une prompte obéissance, avec une volonté pleine d’affection, et accomplisse saintement ses bons désirs par la célébration de cette grande fête ! Dieu veuille que les coeurs des fidèles s’enflamment d’une telle ardeur que, par leurs pratiques de piété, ils croissent en mérites aux yeux de l’aimable Jésus, qui S’est livré pour prix de leur rançon et qui Se présente pour être leur nourriture en cette vie et leur récompense en l’autre.
C’est pourquoi, Nous vous avertissons et Nous vous exhortons en Notre-Seigneur, Nous vous commandons très étroitement par cette constitution apostolique, en vertu de la sainte obéissance et pour la rémission de vos péchés, Nous vous enjoignons de célébrer tous les ans, dévotement et avec solennité, cette excellente et glorieuse fête, le jeudi assigné ci-dessus.  Nous vous prescrivons de la faire diligemment célébrer dans toutes les églises de vos villes et de vos diocèses. De plus Nous vous ordonnons d’exhorter vos diocésains tant par vous-mêmes que par d’autres, le dimanche qui précède la susdite fête, de se disposer saintement à cette solennité, par une sincère confession, par l’aumône, par la prière et par d’autres bonnes oeuvres, afin qu’ils puissent participer en ce jour à ce précieux et auguste Sacrement, et par ce moyen, recevoir un accroissement de grâce.

Pour animer les fidèles par des dons spirituels à la célébration de cette grande fête, confiant en la miséricorde de Dieu et appuyé sur l’autorité des bienheureux apôtres Pierre et Paul, Nous accordons cent jours d’indulgence à tous ceux qui, vraiment contrits et confessés, assiteront ce jour-là aux Matines et à la Messe, aux premières et aux secondes Vêpres, et quarante jours à tous ceux qui se trouveront à Prime, à Tierce, à Sexte, à None ou aux Complies. Enfin à ceux qui seront présents, durant quelques uns des jours de l’Octave, à tous ces offices, Nous accordons, pour chaque jour de leur assistance, cent jours d’indulgence.

Donné à Rome, le 11 août de l’année 1264, la troisième année de notre pontificat.

Urbain P.P. IV

Armoiries Urbain IV

Armoiries d’Urbain IV :
Écartelé en 1 et 4 d’azur à la fleur de lys d’or
et en 2 et 3 d’argent à la rose de gueules.

2014-60. Du 750e anniversaire de l’institution de la Fête-Dieu par le pape Urbain IV.

Nous avons vu quelles furent les origines de la Fête du Saint-Sacrement en rappelant ce que furent la vie de Sainte Julienne du Mont-Cornillon et la mission qui lui avait été confiée pour l’Eglise (ici > www) ; nous avons aussi expliqué de quelle manière la Fête-Dieu fut célébrée à Liège pour la première fois en 1246 (ici > www).
Il nous reste maintenant à rappeler comment elle fut instituée pour l’Eglise universelle, en 1264, il y a 750 ans.

Sainte Julienne du Mont Cornillon & Urbain IV

L’institution de la fête du Saint-Sacrement par Urbain IV
(note : la composition de ce tableau est davantage allégorique qu’historique car
Jacques Pantaléon n’était pas encore pape lorsqu’il a rencontré Sainte Julienne du Mont-Cornillon
et cette dernière était morte lorsqu’il institua la fête du Saint-Sacrement en 1264 ;
de même, les monstrances en forme de soleil n’existaient pas encore au XIIIe s. )

A – L’action des légats pontificaux à Liège :

Alors que Sainte Julienne était en exil du fait des événements que nous avons rapportés dans sa biographie, à l’automne 1251 (c’est-à-dire vingt ans après avoir été consulté avec d’autres théologiens au sujet des visions de la prieure de Cornillon et de l’opportunité d’une fête spéciale en l’honneur du Très Saint-Sacrement), Hugues de Saint-Cher revint à Liège, non plus comme provincial des dominicains mais comme légat apostolique du pape Innocent IV, revêtu de la pourpre cardinalice.
Eve de Saint-Martin usa de toute son influence sur les chanoines de la collégiale Saint-Martin pour qu’ils portassent à la connaissance du cardinal-légat le mandement du prince-évêque Robert de Thourotte (cf > www).
Hugues de Saint-Cher non seulement  approuva les dispositions du prince-évêque défunt, mais il tint à célébrer lui-même à Saint-Martin la fête du Saint-Sacrement qui suivit, encouragea toutes les églises de Liège à faire de même, puis, quelque temps après, concéda des indulgences aux fidèles qui assisteraient à l’office canonial du Saint-Sacrement.
Enfin, le 29 décembre 1252, par un décret solennel (c’est le document dont nous publions ci-dessous la photographie), il rendit la fête du Saint-Sacrement obligatoire dans toute l’étendue de sa légation qui comprenait, outre la Principauté de Liège, une grande partie des états de Germanie, la Bohème, la Dacie, la Moravie… etc.

La mission d’Hugues de Saint-Cher prit fin en 1253, et les opposants à la fête du Saint-Sacrement prétendirent que les dispositions qu’il avait prises en sa faveur cessaient avec le temps de sa légation, mais son successeur, le cardinal Pierre Capocci, légat a latere en Allemagne, Danemark, Suède, Poméranie et Pologne, confirma le 30 novembre 1254 le diplôme d’Hugues de Saint-Cher.

Ainsi, malgré de nombreuses et tenaces oppositions, la fête du Saint-Sacrement gagnait-elle du terrain et s’implantait-elle.
Depuis son exil, grâce aux courriers échangés avec Jean de Lausanne et Eve de Saint-Martin, Sainte Julienne du Mont-Cornillon voyait-elle aboutir peu à peu la mission que le Ciel lui avait confiée.

Parchemin d'institution de la Fête-Dieu Hugues de St-Cher 12 déc 1252 -Liège Musée du GrandCurtius

Parchemin du décret promulgué le 29 décembre 1252 par Hugues de Saint-Cher, cardinal de  Sainte-Sabine, légat apostolique, rendant la fête du Saint-Sacrement obligatoire dans toute l’étendue de sa légation
(conservé à Liège au musée Grand Curtius).

B – Jacques Pantaléon devient le pape Urbain IV – le miracle de Bolsena et l’institution de la fête du Saint-Sacrement pour toute l’Eglise :

Jacques Pantaléon, né à Troyes (Champagne) vers 1195, prêtre docteur en théologie, fut appelé à Liège en qualité d’archidiacre ; lui aussi avait été du nombre des théologiens consultés au sujet des voies extraordinaires de Sainte Julienne du Mont-Cornillon.
Promu évêque de Verdun en 1253, puis nommé patriarche de Jérusalem en 1255, il est élu au souverain pontificat le 29 août 1261, et prend le nom d’Urbain IV.

A l’automne 1262, Urbain IV s’était établi à Orvieto, dans le sud de l’Ombrie. Or, au mois de décembre 1563, se produisit le fameux miracle eucharistique de Bolsena : alors qu’il était violemment tenté contre la foi en la transubstantiation, un prêtre qui célébrait la messe dans la basilique de Sainte-Christine, avait vu sortir de la Sainte Hostie du sang en abondance, au point que le corporal, les nappes d’autel et le marbre même en furent imprégnés (je ne m’étends pas davantage sur ce miracle, étant donné que j’en ai longuement parlé ici > www).
Urbain IV fit venir à Orvieto le corporal miraculeux (où il est toujours conservé, voir photo ci-dessous) : la prieure de Cornillon, dont il avait approuvé les voies mystiques, était morte depuis cinq années, le cardinal Hugues de Saint-Cher venait de rentrer de sa légation à Liège et il avait pu l’informer des dispositions qu’il avait prises en faveur de la fête du Saint-Sacrement, avant de mourirà son tour, à Orvieto le 19 mars 1263…
Jacques Pantaléon devenu pape pouvait-il oublier les paroles prophétiques de Julienne : « C’est la volonté de Dieu que la fête du Saint-Sacrement soit célébrée dans le monde entier » ? Certainement pas puisqu’il écrira lui-même dans la bulle Transiturus : « En outre, à l’époque où Nous étions constitué en moindre dignité, Nous avons eu connaissance de la révélation reçue par quelques personnes pieuses qu’un jour cette fête serait célébrée par toute l’Eglise ».

Le 11 août 1264, il signa donc la Constitution Apostolique Transiturus qui ordonnait la célébration de la fête du Saint-Sacrement dans toute l’Eglise, assignant pour cette célébration le jeudi après l’octave de la Pentecôte (nota : la fête de la Sainte Trinité n’était pas encore inscrite au calendrier de l’Eglise universelle pour le dimanche après la Pentecôte – voir plus loin).
Urbain IV demanda aux deux plus illustres théologiens de ce temps – Saint Bonaventure et Saint Thomas d’Aquin - de lui présenter chacun un office composé pour cette solennité. On connaît l’anecdote selon laquelle les deux saints docteurs s’étaient rendus au jour fixé par Sa Sainteté pour l’examen de leurs oeuvres : Saint Thomas fut invité à lire le premier et ses compositions firent l’admiration de tous, si bien que, lorsque Saint Bonaventure fut à son tour prié de lire ce qu’il avait écrit, il entrouvrit son manteau pour montrer ses feuillets déchirés en petits morceaux disant : « Très Saint Père, en écoutant frère Thomas j’ai cru entendre le Saint-Esprit… Comment opposer mon hyumble travail à celui-là ? Voici d’ailleurs tout ce qu’il m’en reste… ».
C’est ainsi que l’office liturgique de la fête du Très Saint-Sacrement, depuis 750 ans, est celui qui a été composé par Saint Thomas d’Aquin.

Orvieto corporal du miracle

Orvieto : le corporal miraculeux de Bolsena.

C – Achèvement de la mission de Sainte Eve de Saint-Martin :

Urbain IV se souvint de ce que la nouvelle fête devait aux saintes âmes suscitées par Dieu à Liège. Il avait été informé de la mort de Sainte Julienne, mais il savait qu’Eve vivait encore dans sa recluserie accolée à la collégiale Saint-Martin.
Aussi dépécha-t-il à Liège un délégué chargé d’apporter en mains propres à Eve un exemplaire de la bulle Transiturus, avec un cahier contenant les textes de l’office liturgique du Saint-Sacrement composé par Saint Thomas, et une lettre personnelle du Pontife – datée du 8 septembre 1264 - dans laquelle il lui disait notamment, faisant allusion à toutes ses prières et actions en vue d’obtenir la fête du Saint-Sacrement dans toute l’Eglise : « (…) Réjouissez-vous parce que le Dieu tout-puissant a donné à votre coeur l’accomplissement de ses désirs et que l’abondance de la grâce céleste ne vous a pas frustrée de ce que demandaient vos lèvres… ».

Moins d’un mois plus tard, le 2 octobre 1264, le pape Urbain IV rendait son âme à Dieu.

Eve arrivait elle aussi au terme de sa mission. Tout porte à croire que c’est elle qui a dicté la précieuse biographie de son amie Julienne rédigée avant 1264 et approuvée par le chanoine Jean de Lausanne qui mourut avant Eve ; c’est par ce texte, écrit moins de quatre ans après la mort de Julienne, que nous sont connus nombre de faits précis dont seule une âme très proche de la sainte prieure du Mont-Cornillon pouvait être au courant.

Nous ignorons la date exacte à laquelle Eve de Saint-Martin rendit son âme à Dieu « en la logette de son reclusoir », comme le dit la chronique. C’était probablement en 1265 ou 1266.
Nous savons que le chapitre de la collégiale Saint-Martin fit célébrer pour elle des funérailles solennelles et décida de l’ensevelir dans l’église même, faisant ériger sur sa tombe un somptueux monument de marbre et d’albâtre.

La réputation de sainteté de la recluse a traversé les siècles, ainsi que la vénération de ses restes, et son culte a été confirmé par l’Eglise. La fête de Sainte Eve de Saint-Martin, appelée aussi Eve de Liège, est célébrée le 14 mars.

image néo-gothique représentant Sainte Eve de Saint-Martin

Sainte Eve de Saint-Martin
(image néo-gothique du début du XXe s)

D – Le concile de Vienne et le pape Jean XXII parachèvent l’institution de la Fête-Dieu :

Robert de Thourotte, Sainte Isabelle de Huy, le prieur Jean de Cornillon, Sainte Julienne du Mont-Cornillon, Hugues de Saint-Cher, Jean de Lausanne, Urbain IV, et enfin Sainte Eve de Saint-Martin… les voici tous retournés à Dieu, et cependant l’oeuvre n’est pas achevée.

Les états italiens et la ville de Rome en particulier étant dans de grands troubles en raison des luttes entre les Guelfes et les Gibelins, la Constitution Apostolique d’Urbain IV restait lettre morte en beaucoup d’endroits.
En cette deuxième moitié du XIIIe siècle, l’Eglise romaine fut dans une période de grande instabilité et de turbulences – internes et externes – , accrues par la briéveté du règne du plus grand nombre des papes qui se succèdent alors (*), jusqu’à ce que la nécessité les contraignît à s’établir dans le Comtat Venaissin qui appartenait à l’Eglise depuis 1229.

Le pape Clément V, couronné à Lyon en novembre 1305, établit donc la cour pontificale dans le Comtat Venaissin. C’est lui qui, pressé par le Roi de France Philippe IV le Bel de terminer l’affaire des Templiers, réunit le quinzième concile oecuménique de l’Eglise, à Vienne (en Dauphiné), d’octobre 1311 à mai 1312.
Au cours du concile de Vienne, qui ne traita pas seulement de la suppression de l’Ordre du Temple, Clément V confirma solennellement la bulle Transiturus donnée par Urbain IV, et les pères conciliaires ordonnèrent la célébration de la fête du Saint-Sacrement dans toute l’Eglise.

Clément V mourut le 2 avril 1214. Il revint à son successeur, Jean XXII, de publier tous les décrets du concile de Vienne puis de les annexer au Corpus juris canonici (on nomme ainsi l’ensemble des textes législatifs regroupés depuis le milieu du XIIe siècle jusqu’au XVIe siècle et qui restera en vigueur jusqu’en 1917) sous le nom de Constitutiones Clementinae ou Clémentines, en 1317.
L’année suivante (1318), il ordonna que la fête du Saint-Sacrement soit désormais célébrée avec octave et que, pour que la gloire de la Très Sainte Eucharistie soit manifestée même aux incroyants, on la portât dans une procession solennelle à travers les rues des cités et jusque dans les campagnes.
C’est ce même Jean XXII qui approuva également la fête de la Sainte Trinité, déjà célébrée dans un grand nombre de calendriers particuliers, mais qui n’avait pas encore été acceptée officiellement dans la liturgie romaine.

Dès lors, le culte eucharistique va connaître un prodigieux accroissement et susciter d’admirables élans de ferveur et d’amour.
Les monstrances (ancètres de nos ostensoirs) vont se généraliser : on ne portera pas seulement en procession le Saint-Sacrement enfermé dans un ciboire, mais on voudra qu’Il soit visible, et qu’en voyant la Sainte Hostie les coeurs se dilatent dans des élans surnaturels.
Les processions susciteront jusque dans les plus humbles villages des élans de créativité artistique pour que les rues elles-mêmes chantent la gloire de Celui qui est le Pain de Vie : façades pavoisées, reposoirs grandioses, rues jonchées de fleurs ou même transformées en somptueux tapis éphémères réalisés avec des pétales ou des sciures colorées… etc.
La paramentique déploiera une splendeur incomparable pour que les ministres sacrés escortant Jésus-Eucharistie illustrent par leurs vêtements la gloire et les fastes spirituels du Grand Roi voilé par la frêle et humble apparence…

* * * * *

En guise de conclusion :

L’épouvantable crise spirituelle, doctrinale et liturgique qui s’est déclarée au milieu du XXe siècle a porté un coup fatal à ces merveilles, et là où se sont maintenues et se maintiennent encore, en France, les processions de la Fête-Dieu, elles sont bien ternes en comparaison de ce qui fut jadis accompli !
Le modernisme, triomphant à l’occasion et à la suite du second concile du Vatican, a bien montré ce qu’il est : dévastateur, desséchant et stérile !
Si, ça et là, on voit la reprise de processions abandonnées depuis plusieurs décennies, et si on se rend compte que, ponctuellement, des prêtres (jeunes pour la plupart, ou du moins qui se démarquent de la « génération concilaire ») remettent à l’honneur le culte eucharistique, force est de constater que c’est parce qu‘ils vont puiser dans les eaux vives de la Tradition anté-conciliaire et non dans la pastorale qui s’est tyranniquement  imposée « au nom du concile ».

Que Sainte Julienne du Mont-Cornillon, Sainte Isabelle de Huy et Sainte Eve de Saint-Martin, depuis ce Ciel où elles contemplent sans voile Celui que nous voyons ici-bas caché sous les Espèces Eucharistiques, intercèdent puissamment aujourd’hui pour l’Eglise, et continuent avec fruit la mission qu’elles ont commencé au XIIIe siècle : faire fêter partout avec grande solennité le Très Saint-Sacrement, afin qu’Il soit toujours plus et mieux adoré, glorifié et aimé !

Lully.

Pour approfondir encore :
Texte de la bulle Transiturus de Sa Sainteté le Pape Urbain IV > www

Basilique Saint-Martin de Liège fresque Adolphe Tassin  institution de la Fête-Dieu

Liège, basilique Saint-Martin, peinture murale d’Adolphe Tassin (fin XIXe s.)
représentant l’institution de la Fête-Dieu ; 
en partant de la gauche :
- la mort de Sainte Julienne le 5 avril 1258 ;
- Urbain IV, avec à gauche St Thomas d’Aquin et à droite St Bonaventure, institue la Fête-Dieu en 1254 ;
- on apporte à Sainte Eve de la part d’Urbain IV la bulle d’institution de la Fête-Dieu et l’office du Saint-Sacrement ;
- Jean XXII institue la procession du Saint-Sacrement pour la Fête-Dieu.

* * * * *

(*) Note : pour mémoire, voici la durée de règne des pontifes qui se succédèrent sur le trône de Saint Pierre après Urbain IV et jusqu’à Jean XXII.
– Clément IV trois ans et demi ; à sa mort, l’Eglise resta sans pape pendant trois années, les cardinaux ne parvenant pas à se mettre d’accord jusqu’à ce que, à Viterbe, on les enfermât et les mît au pain sec et à l’eau (c’est l’origine de l’institution du conclave).
– Le Bienheureux Grégoire X, élu en décembre 1271, régna quatre ans. Le bienheureux Innocent V ne dura que cinq mois ; Adrien V qui suivit et qui n’était que diacre lorsqu’il fut élu n’eut même pas le temps d’être ordonné prêtre ni consacré évêque : il mourut moins d’un mois après son élection. Jean XXI ne régna que huit mois. Nicolas III eut un pontificat d’un peu plus de trois ans et demi, Martin IV de quatre ans et un mois, Honorius IV de deux ans, et Nicolas IV de quatre ans et un mois et demi. Saint Pierre Célestin V abdiqua au bout de cinq mois. Boniface VIII régna sept ans : quelle longévité ! Mais Benoît XI seulement neuf mois ; Clément V enfin, premier pape à s’établir dans le Comtat Venaissin, eut un règne d’un peu plus de neuf ans.

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