Archive pour la catégorie 'Textes spirituels'

2024-52. Place particulière et unique de Saint Joseph auprès du Sacré-Cœur de Jésus (premier vendredi du mois de mars).

Premier vendredi du mois de mars.

Vignette Sacré-Cœur entouré de palmes - blogue

       Par le mot prédestination, on peut dire que l’on désigne ce regard de connaissance et d’amour que Dieu, depuis le belvédère de l’éternité (hors de toute temporalité), pose sur l’immense panorama de Ses créatures immergées dans la continuité des siècles, comme une sorte de premier acte dans l’appel à l’existence qu’Il leur lance, parmi la multitude des êtres possibles, avec l’assignation d’une destinée particulière entre toutes les destinées possibles.

   Dans ce choix, et avant tout, Dieu prévoit l’organisation de l’ensemble : « En un commencement était le Verbe… Et le Verbe S’est fait chair… » (prologue de l’Evangile de Saint Jean).
A l’origine de Sa création, Dieu contemple amoureusement le Premier-Né de toutes créatures, Son Fils unique, non pas seulement dans l’engendrement des perpétuelles éternités, mais aussi dans Sa venue dans la chair qui Lui vaudra une innombrable lignée de fils adoptifs : les rachetés, sauvés par le Sang du Verbe incarné, assimilés à Lui, intégrés à Son Corps Mystique, le « Christ total » selon la géniale expression de notre Bienheureux Père Saint Augustin.

   Ce « Christ total » est le premier objet de la prédestination dans le dessein du Père Créateur : « Tout a été créé en Lui et par Lui » (Col. I, 16). Dans cette vue d’ensemble créatrice, le chef d’œuvre existe déjà avec ses éléments : le Corps Mystique est organisé avec tous ses membres : le Christ Jésus Notre-Seigneur étant la Tête.

   Et puisque, de toute éternité, le Sauveur et Seigneur Jésus-Christ devait être un enfant, ce Fils de l’homme a nécessairement auprès de Lui une Mère.
Et à leurs côtés, il convenait aussi, de toute éternité, qu’il y eût un homme qui remplît auprès de Lui et auprès d’Elle le rôle du père et de l’époux : Saint Joseph.
De la même manière que le Verbe qui S’incarnerait a possédé la divine Sagesse au commencement de Ses voies (cf. Prov. VIII, 22), ainsi a-t-Il aussi possédé Marie, ainsi a-t-Il aussi possédé Saint Joseph.
Il l’a pensé, Il l’a voulu, Il l’a créé, Il l’a établi, Il l’a intronisé pour qu’il présidât à l’aurore des voies humaines du Verbe incarné.
Et comme le Verbe Eternel a un Cœur, le Sacré-Cœur, symbole expressif et naturel de Son amour, symbole de Son Amour de Sauveur, Dieu en pensant, voulant, et créant Saint Joseph, lui a, en même temps, assigné une place particulière et unique auprès du divin Cœur de Jésus.

Saint Joseph - blogue

   D’une manière assez naturelle et habituelle, les traits du visage d’un enfant rappellent ceux de son père, et il n’est pas rare non plus que son tempérament hérite de quelque chose des particularités intellectuelles et morales de ce père.
Mais lorsque celui auquel est assigné le rôle de père est Saint Joseph et que le fils est Notre-Seigneur Jésus-Christ, alors c’est celui qui a été choisi pour remplir cette place du père qui ressemble au fils – le Fils Premier-né de toutes créatures -, dans Lequel « il a plu au Père que toute plénitude habitât » (Col. I, 19) : le Saint des saints, prototype de toutes les perfections humaines et modèle de toute sainteté (cf. 1 Petr. I, 15-16).
Il appert donc, en toute logique divine, que le cœur de Saint Joseph est, après celui de Notre-Dame, celui qui est le plus proche du Cœur de Jésus, celui qui ressemble le plus au Sacré-Cœur du Fils de Dieu incarné.

   Saint Bernardin de Sienne rappelle avec raison que Dieu a coutume de proportionner les grâces qu’Il accorde à Ses créatures aux fonctions auxquelles Il les appelle. Il est donc tout à la fois aisé et vertigineusement indicible – tant cela dépasse nos capacités de compréhension – de se représenter, au moins d’une manière générale, quelles furent les prévenances et grâces du Père éternel envers Saint Joseph, élu au ministère d’époux de la Très Sainte Mère de Dieu et de père adoptif du Rédempteur.
Vivant pendant trois décennies dans une union et une intimité croissantes et sans pareilles avec Jésus et Marie, Saint Joseph a, de toute évidence, atteint une plénitude de communion avec le Cœur adorable de Notre-Seigneur. Physiquement, dans les jours de sa vie ici-bas et à un degré infiniment supérieur à ce qui fut mystiquement donné à Sainte Gertrude d’Helfta (cf. > ici), il lui a été donné d’éprouver « d’ineffables délices en percevant les pulsations du Sacré-Cœur ».

   Puisse donc le mois de Saint Joseph, en nous faisant honorer et prier Saint Joseph avec une dévotion accrue, nous permettre dans le même temps, par son intercession et à l’exemple de son cœur très pur, d’entrer dans une intimité et communion toujours plus grandes avec le divin Cœur de Jésus !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur       

dévotion à Saint Joseph - blogue

Chemin de Croix avec des textes de Mère Yvonne-Aimée de Jésus, chanoinesse hospitalière de Saint-Augustin.

       Voici encore une proposition de texte pour méditer le Chemin de la Croix, que ce soit les vendredis « ordinaires » pendant l’année ou ceux du Carême.

   Les textes qui sont proposés ici à la méditation pour chaque station, sont de la plume de la Très Révérende Mère Yvonne-Aimée de Jésus (1901-1951), souvent appelée Mère Yvonne-Aimée de Malestroit, puisque c’est au couvent de l’Immaculée Conception des Chanoinesses régulières hospitalières de Saint Augustin de cette petite ville de Bretagne qu’elle vécut sa vie religieuse.

   Ce sont des textes courts, de deux ou trois phrases concises, extraits des notes spirituelles de cette grande mystique : c’est ce qui explique le tutoiement, qui n’est nullement dérangeant dans une prière personnelle pleine d’affection pour Notre-Seigneur, mais qu’il nous paraît préférable de transformer en vouvoiement si l’on se sert de ces textes pour un exercice en commun. En outre, la brièveté des textes lus à chaque station doit, nous semble-t-il, être suivi d’un temps de silence et d’intériorité relativement important avant d’enchaîner avec les prières vocales conclusives de la station.

Le Portement de Croix - Raphaël

Raffaello Sanzio da Urbino, dit Raphaël (1483-1520) : le portement de Croix
[musée du Prado, Madrid]

Prières à réciter à chaque station :

- Avant chaque station :

V. Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons.
R. Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

- A la fin de chaque station :

Pater Noster. Ave Maria. Gloria Patri.
V. Ayez pitié de nous, Seigneur.
R.
 Ayez pitié de nous.

V. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles reposent en paix.
R.
 Ainsi soit-il.

Couronne et Crucifix - blogue

Première station : Jésus est condamné à mort.

   « Tu montes ce calvaire de douleur pour me rendre la vie. Je veux suivre généreusement Tes traces sanglantes, ô mon Sauveur. Je veux réparer pour moi et pour les pécheurs et, avec Toi, sauver des âmes ».

Couronne et Crucifix - blogue

Deuxième station : Jésus est chargé de Sa croix.

   « Comme Tu presses amoureusement la croix sur Ton Cœur. Oh ! Mon Maître adoré, donne-moi une croix pour m’immoler avec Toi, une croix de réparation ».

Couronne et Crucifix - blogue

Troisième station : Jésus tombe une première fois.

   « Tu soutiens le monde, Puissance de mon Dieu, et Tu défailles sous Ta croix : elle est si lourde. J’ai contribué à l’alourdir, ô mon Bien-Aimé. Je veux redoubler d’amour et ne cesser de me mortifier, prier, peiner pour ceux qui offensent Ton saint nom ».

Couronne et Crucifix - blogue

Quatrième station : Jésus rencontre Sa Très Sainte Mère.

   « Ô Mère de mon Jésus qui pleures sur moi et sur ceux qui ont offensé ton Divin Fils, je veux répondre au cri de ta douleur, expier, réparer toute ma vie ».

Couronne et Crucifix - blogue

Cinquième station :  Simon de Cyrène aide Jésus à porter Sa croix.

   « Ô mon Jésus, écrasé sous Ta croix, je veux T’aider aussi à la porter, j’y trouverai tant de charme que rien ne pourra plus m’en détacher. La croix avec Toi, c’est le Paradis ».

Couronne et Crucifix - blogue

Sixième station : Sainte Véronique essuie le visage de Jésus.

   « Imprime, rayonne sur mon âme Ta Face adorable, ô mon Sauveur Bien-Aimé. Cette Face que les Anges ont peine à reconnaître, tant les crachats, la poussière, la sueur, le sang, la couvrent. Ô Face adorable de mon Dieu, de mon Père, de mon Roi, de mon Époux, de mon Ami, sers-Toi de moi pour Te faire adorer et aimer par toutes les âmes ».

Couronne et Crucifix - blogue

Septième station : Jésus tombe pour la deuxième fois.

   « Par la vertu de cette deuxième chute, ô mon pauvre Bien-Aimé, soutiens mon courage dans la réparation et l’expiation constante de mes infidélités. Sans Toi, je ne puis rien et je pourrais tomber : je suis toute faiblesse ».

Couronne et Crucifix - blogue

Huitième station : Jésus exhorte les femmes de Jérusalem qui Le suivent.

   « Avec toutes les âmes réparatrices, je pleure sur Toi, plus encore sur les pauvres âmes que ne peut vaincre l’excès de Ton Amour, de Tes souffrances. Je veux essuyer Tes larmes, ces larmes amères qui voilent et gonflent Tes beaux yeux. Oh, comme Toi, je voudrais pleurer des larmes de sang, avec Toi ! »

Couronne et Crucifix - blogue

Neuvième station : Jésus tombe une troisième fois.

   « Ô, mon Bien-Aimé, tant de souffrances seraient-elles perdues pour moi ? Ô Amour de mon Dieu, triomphe de mon ingratitude, de ma lâcheté, donne-moi de marcher résolument à Ta suite. Je veux devenir un Jésus crucifié ».

Couronne et Crucifix - blogue

Dixième station : Jésus est dépouillé de Ses vêtements.

   « Ô mon Adorable Sauveur, aide-moi à crucifier ma chair, à me dépouiller moi-même de mon orgueil, de mes lâches négligences, de ma mollesse, de tous mes défauts, d’arracher tout avec violence, dussé-je y mettre tout le sang de mon cœur ».

Couronne et Crucifix - blogue

Onzième station : Jésus est cloué sur la Croix.

   « Ô plaies d’Amour de mon Bien-Aimé ! Je veux Te les cicatriser, puis offrir comme Toi mes mains et mes pieds pour la réparation. Ô Divin Roi de mon cœur, je T’offre tout moi-même pour être, avec Toi, clouée à la croix ».

Couronne et Crucifix - blogue

Douzième station : Jésus meurt sur la Croix.

   « Ô mon Divin crucifié, Ah ! Prends mon cœur. Ton beau regard est éteint. Tes larmes sont restées figées pour me redire mon ingratitude et Ton amour. Tes lèvres ne souriront plus. Le fiel est Ton dernier breuvage. Oh ! Le plus fidèle des amis, le plus tendre Père, le plus aimable Maître, je T’aime ! Je T’aime. Prends mon âme, prends mon corps, mon cœur. Le Tien a cessé de battre : c’est qu’il m’a donné tout ce qu’il avait d’amour. Ame pour âme, cœur pour cœur, vie pour vie. Cloue-moi à la croix, que j’y demeure toujours pour T’aimer ».

Couronne et Crucifix - blogue

Treizième station : Jésus, descendu de la Croix, est remis à Sa Très Sainte Mère.

   « Ô Marie, Mère Bien-Aimée, qui viens de recueillir le dernier soupir de ton Divin Fils, imprime en moi les traits de ton Jésus crucifié. Donne-moi cette divine ressemblance qui sera ma joie, mon salut. Fais que je sois du petit nombre des fervents qui assistèrent avec toi à la mort du Roi, mais – non jamais ! – des tièdes qui ne Le peuvent suivre jusqu’à la Croix. Ô mon Bien-Aimé, je T’en conjure, consume du feu de Ton amour mon âme, les âmes religieuses et sacerdotales, les âmes de tous ceux que j’aime, toutes les âmes ».

Couronne et Crucifix - blogue

Quatorzième station : Jésus est déposé dans le tombeau.

   « Tu T’es humilié, ô Verbe éternel, Dieu Grand, Dieu Tout, Dieu d’Amour, jusqu’aux ténèbres de ce froid et silencieux tombeau. Tombeau glorieux, Porte du ciel : c’est la fin des souffrances, le commencement de la félicité. Oh ! Souffrir avec Toi, mon Bien-Aimé, pour régner avec Toi. La voie du sacrifice s’arrête au tombeau, et, au-delà, c’est la récompense éternelle : c’est Toi pour toujours, mon unique Amour ».

P. de Champaigne  - le Christ mort

Philippe de Champaigne (1602-1674) : le Christ au tombeau
[musée du Louvre]

2024-51. De la châsse en laquelle sont conservées les reliques de notre Bienheureux Père Saint Augustin, à Pavie.

28 février (le 29 les années bissextiles),
Fête de la seconde translation de notre Bienheureux Père Saint Augustin.

Symboles de l'Ordre de Saint Augustin - blogue

       L’histoire des reliques de notre Bienheureux Père Saint Augustin est assez mouvementée, au point qu’on pourrait presque dire que c’est un véritable feuilleton à rebondissements multiples (aujourd’hui on préfère dire une « série », mais je reste fidèle à un terme bien français), et je compte bien vous la narrer un jour.
Dans l’Ordre de Saint Augustin, on célèbre à la date du 28 février la fête de la seconde translation de notre Père Saint Augustin : « Translatio secunda S.P.N. Augustini », qui eut lieu en l’an 722 et fut le fait de Luitprand roi des Lombards d’Italie de 712 à 744.
Ce souverain sage et pieux fut l’instrument de la Providence pour que les reliques du grand Docteur de la grâce fussent préservées de la profanation ou de la destruction (les deux eussent été possibles) lorsque les sectateurs de Mahomet envahirent la Sardaigne, où elles avaient été apportées par Saint Fulgence de Ruspe et Saint Eugène de Carthage (cf. > ici). Mais, je vous le promets, j’y reviendrai de manière plus détaillée.

   Depuis l’année 722 donc (mis à part les presque deux siècles pendant lesquels les Augustins durent trouver refuge à Milan), les reliques de Saint Augustin se trouvent à Pavie, dans la basilique Saint-Pierre au Ciel d’Or (San  Pietro in Ciel d’oro). La châsse dans laquelle elles sont renfermées est elle-même, depuis 1900, placée sous la table de l’autel majeur de la basilique, au-dessus duquel est placé l’extraordinaire tombeau de marbre blanc réalisé en 1362-1365 par le sculpteur pisan Giovanni di Balduccio (1300-1349), et qui, en italien, est appelé « l’Arca » : l’Arche.

Autel majeur et arche de Saint Augustin à Pavie

L’autel majeur de la basilique Saint-Pierre au Ciel d’or, à Pavie,
sur lequel est placé le tombeau gothique – l’Arche – de marbre blanc sculpté au XIVème siècle :
en revanche, la châsse contenant les ossements de Saint Augustin
est placée, elle, derrière la grille dorée que l’on voit sur le devant de l’autel.

   Habituellement, à deux reprises dans l’année, la châsse est extraite de l’autel, pour être exposée, afin que les fidèles puissent prier et méditer devant les restes sacrés de notre Bienheureux Père en s’en trouvant plus près : il leur est même loisible de toucher la châsse et de la vénérer par un baiser. C’est le 24 avril, pour l’anniversaire du baptême de Saint Augustin, et le 28 août, jour de sa fête principale, à l’anniversaire de sa mort.

sortie de la châsse de Saint Augustin

Ouverture de l’autel pour en extraire la châsse de Saint Augustin

Vénération des reliques de Saint Augustin

Vénération des reliques de Saint Augustin

   Les ossements que renferme la châsse ont fait l’objet d’un examen scientifique en 1884, après que le pape Léon XIII en a donné l’autorisation : les médecins et experts ont pu compter 225 fragments de différentes tailles, qui sont des os ou parties des os de toutes les parties du corps, parmi lesquels 21 fragments du crâne.

   Les saintes reliques sont placés à l’intérieur d’une urne de cristal et de bronze doré, commandée en 1883 par Son Excellence Monseigneur Luigi Tosi, évêque de Pavie, et embellie en 1884 par son successeur, Monseigneur Agostino Riboldi.

   Sur la face antérieure de cette urne, sont figurées les insignes épiscopales (croix pastorale, crosse et mitre), sous lesquelles est écrit « Ossa S. Augustini Episcopi et Doctoris : osssements de Saint Augustin évêque et docteur ». Sur la face arrière (cf. photo ci-dessus), sous le symbole éminemment augustinien du cœur blessé, est écrit : « In Dei amore et animarum consumptum : Consumé par l’amour de Dieu et des âmes ».

Urne de cristal en laquelle sont placées les reliques de Saint Augustin

L’urne de cristal et bronze doré de 1883-1884 dans laquelle se trouvent les restes sacrés de Saint Augustin

   L’urne de cristal et de bronze doré, en dehors des périodes d’exposition des saintes reliques, est insérée à l’intérieur du coffre d’argent d’origine : un précieux artefact de l’orfèvrerie lombarde du VIIIème siècle, commandé par le roi Liutprand lorsque, en 722, il fit translater le corps de Saint Augustin à Pavie.
Les quatre côtés sont ornés de quatre croix en feuilles d’or, décorées de rosaces et de la figure de Notre-Seigneur Jésus-Christ en leur centre.

Coffre d'argent du Roi Luitprand ouvert

Coffre reliquaire du Roi Luitprand ouvert et fermé

coffre d'argent du Roi Luitprend fermé

   Personnellement, je garde un souvenir ému, ébloui et rempli d’une joie profonde et toute surnaturelle de mon passage à la basilique de San Pietro in Ciel d’oro, à Pavie, le mercredi saint 17 avril 2109, jour depuis lequel j’ai le bonheur de porter sur moi une relique (de troisième ordre, certes, mais une véritable relique néanmoins) de mon Bienheureux Père. Grâces en soient rendues à Dieu !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur       

Pèlerinage à Pavie mercredi saint 17 avril 2019

2024-50. 28 février 1794 : le massacre du Petit Luc (Les Lucs-sur-Boulogne).

- 28 février 1794 -

Vignette Sacré-Cœur entouré de palmes - blogue

Chapelle Notre-Dame du Petit Luc - blogue

La chapelle Notre-Dame du Petit Luc
érigée au XIXème siècle à l’emplacement du chœur de l’église du Petit-Luc
où fut perpétrée la part la plus importante du massacre du 28 février 1794

       L’abominable événement que nous commémorons en ce jour fait figure de symbole et, en quelque manière, il synthétise, à lui seul et en un seul lieu, toute l’horreur des « colonnes infernales » en Vendée, et de l’impitoyable répression organisée, voire systématisée, des hommes de la révolution contre le peuple d’une manière générale.
Il représente de la sorte une espèce de prototype de tous les massacres de populations civiles perpétrés au nom des idéologies totalitaires qui se succèdent depuis la grande révolution en laquelle elles trouvent toutes leur origine, qu’elles soient dites « de droite » ou « de gauche ». 

  Cet horrible massacre – accompli au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, des droits de l’homme, et de ces « valeurs de la république » dont on nous rebat les oreilles – est parfaitement documenté, à la différence – malheureusement ! – de nombreux autres événements du même type, puisque il est très loin d’être un cas unique. J’insiste : non seulement en Vendée, mais sur toute la terre de France, et même au-delà puisque les « idéaux révolutionnaires » colportés dans toute l’Europe par le Buonaparte et ses troupes, y produisirent les mêmes effets, les mêmes atrocités.

Vitrail des Lucs sur Boulogne - détail 1

   On le sait, en janvier 1794, le Comité de salut public avait accordé au général Turreau l’autorisation de faire parcourir le territoire de la Vendée militaire par douze colonnes mobiles chargées de tout mettre à feu et à sang sur leur passage, même si, à cette date, les débris de la grande Armée catholique et royale de l’Ouest avaient été anéantis à Savenay. Mais le seul fait que le peuple catholique de ces provinces ait osé se révolter, au nom de sa foi persécutée, constituait un crime impardonnable aux yeux des fanatiques de l’ « ordre nouveau » fondé sur l’idéologie des « Lumières » - ces prétendues lumières allumées au feu de l’enfer puisqu’elles refusaient celles de la Révélation chrétienne et ne pouvaient tolérer qu’on affirmât le primat de la Loi divine sur les lois de la république !
S’opposer à la bienfaisante régénération révolutionnaire c’était (et demeure de nos jours) s’exclure  des cadres de la nation et de la liberté, cesser d’être un citoyen, et n’être plus qu’une forme de sous-homme, d’animal nuisible à éradiquer.
La logique révolutionnaire, aujourd’hui comme hier, est « sanitaire » ; elle est « hygiénique » ; elle ne fait que « nettoyer » le corps social de dangereux parasites. La manière de penser des « grands esprits » de la révolution est identique à celle des nazis ou des bolcheviques, et les incendiaires d’Oradour-sur-Glane ne sont en définitive que les petits frères des soldats de la révolution…

   Lorsque donc le 28 février 1794, deux colonnes placées sous les ordres du général Cordelier longent l’une la rive droite et l’autre la rive gauche de la Boulogne, fusillant hommes et bêtes, incendiant fermes isolées et hameaux, pillant, torturant et violant, ils ne font somme toute qu’une opération de « routine » révolutionnaire pour le bien de la nation.
Lorsqu’elles approchent des paroisses du Grand Luc et du Petit Luc (ce sont alors deux paroisses distinctes : la commune des Lucs-sur-Boulogne est le résultat de la fusion des deux), elles ont déjà des centaines et des centaines de morts et de crimes qui les recommandent à la reconnaissance de la nation.

Vitrail des Lucs sur Boulogne - martyre de l'abbé Voyneau

   Plus de cinq-cents fidèles des paroisses du Grand Luc et du Petit Luc (on ne parle jamais des Lucs, au pluriel, avant la révolution), absolument sans défense, ont couru chercher refuge aux pieds de la Très Sainte Vierge, dans l’église Notre-Dame du Petit Luc.
Se souvenant que le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis, l’abbé Louis-Michel Voyneau, curé septuagénaire du Petit Luc, réfractaire dont la tête est mise à prix, s’avance alors au-devant des  Bleus offrant sa vie pour obtenir que ses paroissiens soient épargnés. Mais « la pitié n’est pas révolutionnaire »
Il est longuement torturé : en particulier on lui tranche les doigts qui ont reçu l’onction sacrée pour tenir la Sainte Hostie, pour absoudre et pour bénir ; on lui tranche la langue, dont la parole annonçait l’Evangile, enseignait les préceptes divins, faisait descendre le Bon Dieu sur l’autel ; enfin, à coups de sabre, on lui ouvre la poitrine pour en arracher le cœur…

   Son héroïque sacrifice ne sauvera toutefois pas son troupeau.
Cordelier et ses soudards montent jusqu’à l’église Notre-Dame, et, dans une lettre écrite par l’un des soldats au soir de cette journée : « Aujourd’hui journée fatigante, mais fructueuse. Pas de résistance. Nous avons pu décalotter à peu de frais toute une nichée de calotins. Nos colonnes ont progressé normalement ».
Rien n’a échappé au massacre, à balles et à coups de baïonnettes. Pas un survivant parmi ces centaines de vieillards, hommes, femmes et enfants, dont on retrouvera, avec leurs ossements, les insignes du fanatisme : croix, chapelets et scapulaires du Sacré-Cœur.
Pour terminer leur fructueuse besogne, les Bleus incendient l’église et tirent dessus au canon, pour être bien sûr que personne n’échappe au brasier. Ensuite, méticuleusement, ils écument toutes les maisons, tous les hameaux, toutes les fermes et métairies, battent les haies et massacrent encore et encore tout ce qu’ils peuvent trouver d’humains et d’animaux : la colonne a progressé normalement.

Vitrail des Lucs sur Boulogne - détail 2

   Quelques jours plus tard, le jeune curé du Grand Luc, l’abbé Charles-Vincent Barbedette, aumônier auprès des troupes du Chevalier de Charette, informé du massacre, revient dans sa paroisse et se rend sur les lieux : il se met en devoir de donner une sépulture aux 563 cadavres qu’il dénombre sur les lieux et dont il dresse une liste précise (on donne souvent le nom de 564, mais c’est parce qu’en fait l’abbé a mentionné deux fois la même personne), une liste qui nous est parvenue en grande partie.
En grande partie seulement car, aujourd’hui, un feuillet a été perdu et nous n’avons plus que 459 noms : ceux de 80 hommes et 127 femmes âgés de 10 à 49 ans, de 124 personnes de plus de 50 ans, et de 127 enfants de moins de 10 ans (« 110 tout petits enfants qui n’avaient pas l’âge de raison » écrit aussi l’Abbé). Le plus jeune avait 15 jours, le plus âgé 84 ans.
Des plaques de marbre, sur lesquelles ont été gravés tous ces noms, sont fixées sur les murs de la chapelle, construite dans la seconde moitié du XIXème siècle et qui occupe l’emplacement du chœur de l’église Notre-Dame du XIème siècle détruite ce 28 février 1794.

   Des démarches ont été entreprises, dans la première moitié du XXème siècle en vue d’une éventuelle béatification des « 110 tout petits enfants qui n’avaient pas l’âge de raison », ces « Saints Innocents de la Vendée martyre », massacrés ici uniquement en haine de la foi catholique, puisque on ne peut arguer de motifs politiques à la mise à mort d’enfants de moins de sept ans. Des âmes ardentes œuvrent de nous jour pour que soit relancée l’instruction de cette cause de béatification, un temps en sommeil, et, depuis plusieurs années déjà, un pèlerinage vers cette chapelle est maintenant organisé et se développe doucement, avec la bénédiction de Monseigneur l’Evêque de Luçon.

   Au jour anniversaire de leur martyre, prenons le temps de nous recueillir en méditant sur l’exemple que l’abbé Louis-Michel Voyneau et ses paroissiens donnent à nos temps : l’exemple qu’ils donnent à chacun de nous, catholiques qui souffrons aujourd’hui d’une autre forme de persécution, et demandons-leur de nous obtenir la grâce d’une totale cohérence et d’une absolue fidélité, quoi qu’il doive nous en coûter.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

PS : Feu le Maître-Chat Lully avait déjà évoqué ce massacre lors d’une chronique en 2014, vous pouvez retrouver ce texte > ici

Vignette Sacré-Cœur entouré de palmes - blogue

Prière pour demander leur béatification

       Seigneur Jésus, qui avez couronné de l’auréole des martyrs les petits enfants de Bethléem immolés à Votre place par Hérode, daignez nous accorder la Glorification des petits enfants des Lucs, victimes de l’impiété révolutionnaire.
N’est-ce pas en haine de Votre nom qu’ils furent eux aussi massacrés, nouveaux Saints Innocents de cette paroisse justement surnommée le Bethléem de la Vendée ?
Nous Vous supplions donc, ô Divin Ami des enfants, d’exaucer les prières que nous adressons à ces petits anges, afin que, bientôt, la Sainte Eglise puisse les donner pour modèles aux petits enfants de chez nous.
Nous Vous demandons encore, ô Jésus, que l’exemple de leur mort nous apprenne l’amour de Votre Sacré6Cœur et la vraie dévotion au Rosaire, et que leur céleste protection nous aide à montrer dans toutes les actes de notre vie une fidélité chrétienne digne de nos pères.

Ainsi soit-il.

Cœur Sacré de Jésus, ayez pitié de nous !
Notre-Dame du Petit-Luc, Reine des Martyrs, priez pour nous !

Imprimatur : Luçon, le 22 décembre 1961.  + A.M. Cazaux, Evêque de Luçon.

Image de dévotion 1961

Prières à Saint Gabriel dell’Addolorata :

Pour la biographie de Saint Gabriel dell’Addolorata > ici

Châsse de Saint Gabriel dell'Addolorata

 Châsse de Saint Gabriel dell’Addolorata :
ses reliques sont enfermées à l’intérieur du gisant
(basilique d’Isola del Gran Sasso)

       - O Seigneur, qui avez enseigné à Saint Gabriel dell’Addolorata à méditer assidûment sur les douleurs de Votre très douce Mère, et qui, par elle, l’avez élevé jusqu’aux plus hauts sommets de la sainteté, accordez-nous, par son intercession et son exemple, de vivre tellement uni à Votre Mère douloureuse que nous jouissions toujours de sa protection maternelle. O Vous qui, étant Dieu et vivez et régnez avec Dieu le Père, dans l’unité du Saint-Esprit, pour les siècles des siècles.

Ainsi soit-il !

Cœur de Marie avec le glaive - vignette blogue

       - O jeune et angélique Gabriel, qui, avec un ardent amour pour Jésus crucifié et une tendre compassion pour la Vierge Mère des Douleurs, vous êtes fait un miroir d’innocence et un modèle de toutes les vertus sur cette terre, nous nous tournons vers vous en toute confiance et implorons votre aide.

   Hélas ! combien de maux nous affligent, combien de dangers nous entourent, alors que de tous côtés s’élèvent des dangers, en particulier pour les jeunes, les exposant à perdre la foi et les mœurs.

   Vous qui avez toujours vécu d’une admirable vie de foi, et qui, même parmi les dangers du siècle, vous êtes gardé pur et libre, tournez vers nous votre regard compatissant et venez-nous en aide.

   Les grâces que vous accordez continuellement aux fidèles qui vous invoquent sont innombrables, et nous ne pouvons ni ne voulons douter de l’efficacité de votre patronage.

   Obtenez-nous enfin de Jésus Crucifié et de la Sainte Mère des Douleurs, des grâces d’abandon et de paix, afin de vivre toujours en bon chrétiens dans tous les événements de la vie actuelle, pour arriver un jour à être heureux avec vous dans la patrie céleste.

Ainsi soit-il.

Trois lys blancs

2024-49. De la Bienheureuse Julie de Certaldo, vierge de l’Ordre de Saint Augustin, qui vécut trente ans dans une stricte réclusion.

25 février (le 26 les années bissextiles),
Dans l’Ordre de Saint Augustin, fête de la Bienheureuse Julie de Certaldo, vierge ;
En France, fête de la Bienheureuse Isabelle de France, vierge.

Certaldo - vue actuelle - blogue

Certaldo, en Toscane (état actuel)

       A environ neuf lieues au sud-ouest de Florence, Certaldo est une très ancienne ville de Toscane, d’origine étrusque. C’est aussi la ville où l’on peut visiter la maison familiale de l’une des figures les plus importantes du paysage littéraire européen du XIVème siècle, le poète Boccace (Giovanni Boccacio 1313-1375) dont la tombe se trouve dans l’église des Saints Jacques et Philippe, église qui fut celle d’un couvent d’Ermites de Saint-Augustin jusqu’au XVIIIème siècle.

   Or, dans cette même église, se trouvent également les restes mortels de la céleste protectrice de la cité : la Bienheureuse Julie de Certaldo (Beata Giulia da Certaldo), qui est l’exacte contemporaine de Boccace, puisqu’elle est née en 1319 ou 1320, et qu’elle a rendu son âme à Dieu le 9 janvier 1367.
Toutefois les calendrier et bréviaire traditionnels de l’Ordre de Saint Augustin n’ont pas retenu le 9 janvier pour la fête liturgique de cette Bienheureuse tout-à-fait exceptionnelle, mais l’ont assignée au 25 février.

   La cité de Certaldo, elle, préfère fêter solennellement sa sainte patronne aux beaux jours : c’est donc le premier dimanche de septembre qu’est célébrée sa solennité, avec une procession au cours de laquelle « i Cavalieri di Beata Giulia : les Chevaliers de la Bienheureuse Julie » (de fondation relativement récente) portent sa châsse dans les rues de la vieille ville au milieu d’un assez grand concours de peuple, jusqu’à une grande église de la ville basse où elle fait l’objet d’une vénération solennelle jusqu’au mercredi, jour où la procession se reforme pour ramener la châsse dans son église des Saints Jacques et Philippe.

Certaldo - autel de la Bienheureuse Julie dans l'église des Saints Michel et Jacques - blogue

Autel de la Bienheureuse Julie au-dessus de la châsse dans laquelle est exposé son corps,
dans l’église des Saints Jacques et Philippe, à Certaldo

   On sait peu de choses sur l’enfance et la jeunesse de la Bienheureuse Julie : une tradition constante affirme qu’elle est issue de la famille della Rena, une famille de très ancienne noblesse originaire du duché de Ferrare qui avait essaimé dans la république de Florence, mais la branche dont est issue Julie était tombée dans la pauvreté, et était venue s’enfouir dans un hameau proche de Certaldo.
Orpheline de père et de mère assez tôt, Julie dut, vers l’âge de 18 ans, entrer au service d’une famille aisée de Florence avec laquelle elle était apparentée : les Tinolfi.

   C’est à Florence, que Julie, effrayée par les tentations et occasions de péché qu’une telle ville présentait en continu, se rapprocha des Ermites de Saint Augustin, dont le couvent du Saint-Esprit était un intense foyer de spiritualité et de ferveur : elle entra dans le tiers-ordre et y fit profession alors qu’elle était âgée d’à peine vingt ans. Revêtue de l’habit des professes Augustines séculières elle fut alors poussée à revenir à Certaldo pour embrasser une vie de prière et d’austérités radicale dans une réclusion stricte.

   Son arrivée à Certaldo cependant fut marquée par un prodige : le sauvetage d’un jeune garçon prisonnier d’un bâtiment en feu. Sans se laisser effrayer par l’incendie, Julie se précipita dans les flammes et ressortit indemne en portant l’enfant, lui aussi totalement sauf et sans brûlures.

   Ce fut le moyen que Dieu avait choisi pour la signaler à l’attention de ses concitoyens qui, apprenant à quelle vie l’appelait sa vocation propre, construisirent pour elle et selon ses indications, une cellule accolée à la sacristie de l’église des Saints Jacques et Philippe.
Cette cellule n’avait que deux ouvertures, munies de grilles : l’une donnait sur le sanctuaire de l’église et lui permettait de suivre les fonctions sacrées qui y étaient accomplies, et l’autre donnait à l’extérieur, aménagée comme une sorte de tour de monastère, pour recevoir la nourriture dont la piété populaire lui ferait l’aumône.

   Julie fit placer un crucifix sur le mur de cette cellule, et, une fois qu’elle y fut entrée, les maçons murèrent la porte, l’enfermant dans cet espace restreint pour le restant de ses jours.

Reconstitution de la cellule de recluse de la Bienheureuse Julie

Certaldo : les restes de la cellule de la Bienheureuse Julie.

   Pendant une trentaine d’années, la Bienheureuse Julie ne quitta jamais son petit « ermitage ». Pendant une trentaine d’années, elle y mena dans une héroïque persévérance cette vie de prière et d’ascèse à laquelle Dieu l’avait appelée. Une trentaine d’années ! On ne peut pas envisager que cela ait pu se faire autrement qu’avec le soutien de grâces mystiques particulières.

   Les Chartreux sont enfermés dans une maisonnette à laquelle est accolé un jardinet, qu’ils peuvent cultiver s’ils le souhaitent ; ils traversent le grand cloître pour se rendre à l’église ; ils ont une forme d’exercice physique lorsqu’ils coupent le bois avec lequel ils se chauffent ; et ils sont tenus à une promenade hebdomadaire en communauté. Les carmélites et autres moniales cloîtrées ont les arcades d’un cloître, un verger, un jardin depuis lesquels, même s’ils sont clos de hauts murs, elles peuvent contempler le ciel, et dans lesquels elles peuvent recevoir les caresses du vent et du soleil…

   Julie, pendant une trentaine d’années, n’eut rien de cela.
Confinée dans quelques mètres carrés, pendant une trentaine d’années elle ne put apercevoir le ciel qu’à travers l’espace restreint et grillagé du tour par lequel elle recevait quelque nourriture. Point d’exercice, point de promenade, point de jardinage…
Rien d’autre que quatre murs, avec un grand crucifix, et un plafond bas. Rien d’autre que deux petites ouvertures lui permettant d’entrevoir d’un côté le saint autel et, de l’autre, les silhouettes à contre jour de ceux qui lui faisaient la charité d’une pauvre pitance pour soutenir la vie d’un corps auquel ne fut, pendant une trentaine d’années, accordé que le strict minimum…
Quel équilibre psychologique et surnaturel cela ne révèle-t-il pas !

Bienheureuse Julie de Certaldo - blogue

   Dieu a gardé pour Lui, et pour Lui seul, jusqu’au jour du Jugement général où tout sera dévoilé à la claire vue de tous, les trente années de prière et de pénitence, et, sans nul doute aussi, de combats contre les tentations et les illusions diaboliques, de la vie de la Bienheureuse Julie : c’est le secret du Roi qu’il est bon de cacher (cf. Tobie XII, 7).

   Il est néanmoins un fait révélateur que la tradition nous a conservé, un fait en apparence anecdotique qui en dit cependant beaucoup sur l’intimité amoureuse qui unissait Julie à Notre-Seigneur Jésus-Christ, ainsi que sur les délicatesses avec lesquelles Il répondait à l’héroïsme et à la persévérante fidélité de Son épouse : aux bienfaiteurs qui lui venaient, par charité, apporter quelque nourriture, la Bienheureuse Julie, qui n’avait pas de jardin, offrait en retour, en toutes saisons, de magnifiques fleurs fraîches.

tableau de la mort de la Bienheureuse Julie

Tableau anonyme du XVIIe siècle, récemment restauré,
désormais exposé au-dessus de l’autel de la Bienheureuse Julie
dans l’église des Saints Jacques et Philippe à Certaldo,
et représentant la découverte du corps mort de la sainte recluse,
le 9 janvier 1367

   Le 9 janvier de l’an de grâce 1367 [d’autres parlent de 1370], sans qu’il y eût le moindre clocheron ou carillonneur, bedeau ou sacristain pour les mettre en branle, toutes les cloches de Certaldo se mirent à sonner en même temps forçant les habitants et les gens des hameaux proches à sortir de chez eux, se demandant ce qui se passait.
Point d’incendie, point de bande armée en vue, point de menace d’orage ou de tempête… : ils comprirent vite que c’était un signe surnaturel, et qu’il devait être en rapport avec la sainte recluse.

   Ils se précipitèrent donc vers l’ermitage, appelèrent la Sœur Julie, et, n’obtenant pas de réponse, entreprirent de pratiquer un trou dans la muraille.
Ils trouvèrent la Bienheureuse sans vie : son corps n’était pas affaissé mais demeurait à genoux devant son crucifix, et de son visage des rayons semblaient émaner.
Un vase de fleurs fraîches se trouvait à ses côtés.

   Autour de son corps exposé dans l’église, puis lors des funérailles, suivies par une multitude de fidèles, des miracles se produisirent. Elle fut inhumée dans l’église et, dès 1372, un autel fut érigé au-dessus de sa tombe.

   A de nombreuses reprises, jusqu’à nos jours, le recours officiel de la municipalité de Certaldo à la protection de la Bienheureuse Julie a éloigné de la ville les pestes et épidémies, et son invocation a conjuré les dangers météorologiques qui menaçaient les cultures.
Lorsque des pluies risquent de devenir dévastatrices ou que la grêle paraît imminente, l’usage est de sonner les cloches de l’église des Saints Jacques et Philippe, et, partout où le son de la cloche est entendu, les champs, les vergers et les jardins ne subissent aucun dommage.

Buste reliquaire de la Bienheureuse Julie 1652-53 - blogue

Buste reliquaire en argent de la Bienheureuse Julie
(œuvre de l’orfèvre florentin Paolo Laurentini en 1652-53) 

     Le culte immémorial et continu de la Bienheureuse Julie della Rena de Certaldo a été confirmé par le pape Pie VII le 18 mai 1819.

Châsse de la Bienheureuse Julie - blogue

Châsse de la Bienheureuse Julie della Rena
dans l’église des Saints Jacques et Philippe de Certaldo

2024-48. L’art de se gêner.

Lundi de la deuxième semaine de Carême.

Tolbiac machine à écrire - blogue

   Dimanche 25 février : lorsque Frère Maximilien-Marie revient de la Sainte Messe.

Fr. Mx.M. : Alors, mon Tolbiac, tout s’est-il bien passé pendant que j’étais à la Messe ?
Tolbiac : Oui, j’ai bien gardé la maison. Tout était parfaitement tranquille, ce qui m’a permis de méditer paisiblement.
Justement, dans le rayon des ouvrages de spiritualité, à gauche de ton bureau, j’ai découvert un petit livre rempli de textes relativement courts et de lecture assez facile qui donnent beaucoup à réfléchir. Il s’appelle « Paillettes d’or » et son sous-titre est « Cueillette de petits conseils pour la sanctification et le bonheur de la vie »
Fr. Mx.M. : Il porte bien son titre et son sous-titre, n’est-ce pas ?
Tolbiac : Oui ! Cela m’a vivement intéressé, et il y a un texte en particulier qu’il me plairait de reproduire sur le blogue, parce que je suis sûr qu’il pourrait être profitable à quelques âmes, au moins parmi nos lecteurs. Le voici… Qu’en penses-tu ?
Fr. Mx.M. : Ton Altesse a une fort judicieuse idée. D’autant qu’en ce saint temps de Carême, il n’est jamais inutile de diffuser des textes comme celui-ci, tout-à-fait expédient pour entretenir l’esprit de générosité et de sacrifice dans la vie quotidienne…

Tolbiac le 24 février 2024

« Alors, lisez et méditez, mes chers Amis ! Je vous assure que cela en vaut le coup… »

L’art de se gêner :

       « Il n’est pas inscrit dans la série des beaux-arts, l’art de se gêner.
Il est moins brillant, moins attrayant, il flatte moins que la peinture et la musique, mais comme il rend plus aimable, plus dévoué, plus aimé, plus utile, plus saint surtout !
Et puis, se gêner, n’est-ce pas une des nécessités de la vie ? Et n’est-ce pas parce qu’on n’a pas appris à se gêner qu’on souffre tant, qu’on se plaint de tout et de tous, et qu’on rend malheureux ceux qui nous aiment :

   Se gêner, c’est :
Se retirer un peu pour laisser la place à un autre ;
Se priver d’une fantaisie, désirée par un autre ;
Se taire sans affectation, pour laisser la parole à un autre ;
Supporter une contrariété pour l’épargner à un autre ;
Ne pas trop se plaindre pour ne pas importuner les autres ;
Accepter sans dépit une opinion opposée à la nôtre ;
Avoir, dans son âme, le désir permanent de faire plaisir aux autres ;
Se gêner, c’est essayer de mettre en pratique cette parole de Jésus-Christ : se renoncer, accepter en paix les petites croix de chaque jour, et les porter sans trop les montrer.
C’est devenir – sans que personne s’en aperçoive – cette petite hostie dont parle Saint Paul, hostie vivante, sainte, douce aux regards de Dieu.

   Soyez mon maître, ô Jésus, et apprenez-moi l’art de me gêner

in « Paillettes d’Or »
Douzième série (années 1901-1902-1903) – pp. 83-84,
chez Aubanel frères, imprimeurs de N.S.P. le Pape,
Avignon

ange montrant la croix

Publié dans:Chronique de Lully, Textes spirituels |on 25 février, 2024 |2 Commentaires »

2024-47. Les exemples du Bienheureux Noël Pinot (lettre mensuelle de la Confrérie Royale – février 2024).

Dimanche 25 février 2024,
Dans la Confrérie Royale, journée spéciale de prières et d’offrande
à l’intention de Sa Majesté le Roi Louis XX et pour la France.

Note :

   Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois de la manière suivante, en sus des 3 angélus quotidiens qu’ils offrent habituellement en y ajoutant l’oraison pour le Roi extraite du Missel romain. Chaque 25 du mois donc, ils redoublent de prières, et offrent avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices de leur devoir d’état ainsi que les peines et les joies de ce jour ; ils travaillent plus méticuleusement à leur sanctification ; et, lorsque cela leur est possible, ils assistent à la Sainte Messe et offrent la sainte communion à l’intention du Roi ; ou bien encore, ils accomplissent quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire, offerts à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.
La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Le but de cette lettre est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et des approfondissements, qui sont toujours nécessaires.

armoiries confrérie royale

Lettre mensuelle
aux membres et amis de la
Confrérie Royale

- 25 février 2024 -

Les exemples du Bienheureux Noël Pinot
(230ème anniversaire de son martyre)

Bien chers amis,

   Nous voici déjà au deuxième dimanche de la Sainte Quarantaine. Tempus fugit, dit l’adage. Le temps passe, et nous file entre les doigts. Nos résolutions du Carême sont-elles toujours tenues ? Changent-t-elles notre vie ? Nous rapprochent-elles toujours plus de Dieu dans cette relation que nous devons développer avec Lui ?

   Certains disent que la vie est une préparation à mourir. Dans un sens oui mais cette pensée mortifère n’est pas très réjouissante ! Si nous partons dans cette optique, notre vie ne sera qu’un – long – enchaînement de choses à faire ou à ne pas faire. Où est donc l’amour, la charité ?

   Certes, cette période du Carême est marquée par la pénitence et l’ascèse, mais nous ne sommes pas appelés à faire la grimace. Que Notre Seigneur ne puisse pas nous traiter d’hypocrites ! Avant de faire des pénitences exemplaires – et surtout de les tenir : cela ne sert à rien de prendre comme résolution de jeûner au pain et à l’eau devant les autres tous les jours de Carême pour se goinfrer de biscuits dans le secret ! – voyons comment nous pouvons couronner nos efforts par la charité.

Croix intercalaire typographie - blogue

   Laissez-moi vous conter l’histoire du Curé de Louroux-Beconnais. Les parents de familles nombreuses le savent bien, l’arrivée, bien que très réjouissante, d’un petit nouveau n’est pas toujours simple à organiser matériellement. Pourtant René et Claude Pinot accueillirent avec joie la naissance de Noël, le 19 décembre 1747. Dernier de seize enfants, Noël fut baptisé le lendemain. Son enfance est obscure mais nous savons que les vertus chrétiennes dont il faisait preuve, ainsi que sa piété exemplaire le désignèrent comme une âme d’élite de la Paroisse Saint Martin [1]. Le fils ainé de cette pieuse famille, René, fut ordonné prêtre en 1753. Ce fut lui qui enseigna les premiers rudiments de latin à son plus jeune frère. Noël fit ses études au Collège qui devint par la suite l’actuel Hôtel de Ville d’Angers. Entré au séminaire dès ses 18 ans, il fut ordonné prêtre en 1770, dès qu’il eut atteint l’âge canonique alors même que ses études n’étaient pas terminées. Il fut donc obligé de se rasseoir sur les bancs de l’école pour terminer sa Philosophie.

   Nommé par son évêque aumônier des Incurables d’Angers [2], notre jeune prêtre faisait, par ses œuvres, l’édification à la fois des fidèles et du clergé. Ce dernier, touché du zèle du jeune prêtre pour les âmes, mais également admiratif de sa science ecclésiastique, lui présageait une grande destinée. Notre Bienheureux se retrouve donc dans un premier ministère ingrat aux yeux du monde, un ministère auprès des mourants. Il n’y aucun honneur, rien de quoi se glorifier dans un tel apostolat. Pourtant n’est-ce pas un des plus beaux ministères aux yeux de Dieu ? Prier pour les agonisants et leur apporter un petit réconfort matériel, parfois seulement un sourire, n’est-ce pas plus méritoire que de siéger en une chaire de Théologie dans une Grande École parisienne ? La Charité passe par les actes quotidiens et avant de monter plus haut ou d’avancer dans ce Carême 2024, il nous est toujours bon de nous rappeler que les actes de miséricorde sont les plus prompts à exciter la Miséricorde de Dieu.

Messe clandestine du Bienheureux Noël Pinot

   Arrivant sur ses quarante ans, l’abbé Pinot fut présenté à Monseigneur de Vivier, évêque d’Angers, afin qu’il reprenne la cure de Louroux-Béconnais. La décision fut rapidement prise et, est-ce par un pressentiment mystérieux, le nouveau curé pris possession de sa cure le 14 septembre 1788 en la fête de l’Exaltation de la Sainte-Croix [3]. Pendant deux ans, l’abbé Pinot fit de cette paroisse, la plus grande en superficie du diocèse d’Angers, un havre de catholicité. Les pauvres y affluaient pour y recevoir les secours de l’âme et du corps tandis que le Curé, vivant frugalement, utilisait les revenus de la cure pour venir en aide aux indigents. 

   La Terreur n’avait pas encore trop troublé les pays de l’Ouest mais ses signes avant-coureurs étaient de plus en plus visibles. La Constitution Civile du Clergé, décrétée le 12 juillet 1790 et sanctionnée, à contrecœur et après six semaines de lutte, par Louis XVI le 24 août, sonnait le glas de l’Église Catholique en France. Les évêques seraient désormais élus [4], la Primauté du siège de Pierre n’était plus reconnue [5], les ordres religieux sont supprimés.

   L’évêque d’Angers, les curés et vicaires et tous les prêtres de la ville, reçurent le 31 décembre 1790 ordre de prêter le serment après la Grand-messe paroissiale. L’évêque, et son clergé à sa suite, refusant ce serment, furent déposés dès le 5 février 1791 [6].

   Permettez-nous une, rapide, parenthèse sur un point que soulève le refus de l’évêque et de son clergé à se séparer du Saint Père. Le Pape, le roc sur lequel l’Église est fondée, le Serviteur des Serviteurs de Dieu et son Office, semblent être malmenés depuis quelques temps. Cette crise, au lieu de nous mettre en colère ou bien de nous désespérer, bien que ce soient des réactions normales et humaines, peut nous permettre de réfléchir à l’épineuse question de l’ultramontanisme. Les Papes, l’Église en a vu de toutes les couleurs : des saints, des médiocres, des combattants mais également des mauvais. Pourtant ils furent tous couronnés du Souverain Pontificat et ceci même si leur règne fut catastrophique. Le Pape n’est pas un gourou, un prophète ou un super homme. Il est un homme, prêtre, évêque, pécheur, qui fut élu par un Conclave pour régir, un temps, la barque de Pierre qu’est l’Église ; mais parfois le capitaine du navire n’est pas un bon marin ! Nous entendons aujourd’hui des appellations : « antipape », « imposteur », « élection invalide »… etc. Le seul problème avec ces phrases est que le Pape, dès qu’il est accepté comme tel par tous les Cardinaux, ce qui est le cas, est le Pape. Si des Cardinaux avaient annoncé une fausse élection, il en serait autrement, mais ce n’est pas le cas. L’Église, notre Mère, peut souffrir d’un mauvais Pape. Eh bien souffrons avec elle et faisons des actes de pénitence, de charité pour le Pape, son successeur et toute l’Église. Est-ce que notre Bienheureux aurait prêté serment sous un mauvais Pape ? Non, jamais, car il était Catholique. Notre amour et attachement nous lient à l’Église et au Ministère pétrinien, et non pas forcément à la personne qui tient cet Office. Notre pire ennemi peut devenir notre chef hiérarchique, pourtant il peut faire du bon travail ; à l’inverse pour notre meilleur ami. Ne soyons pas trop prompts à juger à notre niveau, mais faisons ce qui est en notre pouvoir : prions, jeûnons et redoublons de sacrifices pour notre Sainte Mère l’Église.

 Maison dans laquelle fut pris le Bienheureux Noël Pinot

   Les regards des fidèles de la paroisse de Louroux-Béconnais se tournaient vers leur curé. Que ferait-il ? La date pour qu’il prête serment fut fixée au dimanche 20 février 1791. Après la Grand-messe, le curé ayant déposé ses ornements à la sacristie, refusa de prêter serment. Le maire lui fit dire qu’il était considéré comme démissionnaire et ne pouvait plus exercer de juridiction sur sa paroisse. Le curé répondit que la loi, pas plus que le maire, ne pouvaient lui retirer des pouvoirs qu’il tenait de Dieu et de l’Église, qu’il restait curé légitime de la paroisse, unique dépositaire de l’autorité pastorale, et que s’il ne pouvait rien contre la force, il ne soumettrait jamais sa conscience à des lois injustes et nulles devant Dieu. La semaine qui suivit se passa sans troubles, tout le monde attendait le dimanche suivant.

   Le dimanche 27 février, après la Grand’Messe dite par le curé Pinot, ce dernier monta en chaire. Voici le compte rendu du procès-verbal réalisé à cette occasion (fautes de français comprises !) :

« Le dimanche 27 février, le sieur Pinot étant monté en chaire avant le dernier évangile commença par annoncer au peuple que sans doute il allait être surpris de l’entendre parler sur les matières qu’il allait traiter, qu’il savait bien à quoi il s’exposait, mais que ni les tourments ni les échafauds n’étaient capables de l’arrêter ; qu’il le devait à sa conscience, au public qu’il devait instruire, et que le Dieu qu’il venait de recevoir lui commandait impérieusement de détourner le troupeau qui lui était confié des sentiers de l’erreur où il allait se précipiter. Tant que les lois que l’Assemblée nationale a faites, a-t-il dit, n’ont parlé que sur le temporel, j’ai été le premier à m’y soumettre ; c’est en raison de cela que j’ai fait une déclaration pour la contribution patriotique, que j’ai payé les impôts dont on m’a chargé. Mais aujourd’hui qu’elle veut mettre la main à l’encensoir, qu’elle attaque ouvertement les principes reconnus depuis tant de siècles par l’Église catholique, apostolique et romaine, mon silence serait un crime, je dois vous avertir, tout me commande de vous instruire. Vous voulez savoir ce qui m’empêche de prêter le serment ? C’est que je ne le puis en conscience, c’est qu’il contrarie la religion. Aussi tous les évêques de France n’ont-ils pas voulu s’y soumettre ; l’assemblée a détaché la France de notre chef visible qui est le Pape, de sorte qu’il portera le nom de chef des fidèles et n’aura aucune communication avec eux. Vous voyez que cela est évidemment contraire à notre religion. Dès votre plus tendre enfance, vous avez appris que l’Eglise frappait d’anathème le prêt à usure : aujourd’hui, un décret de l’Assemblée nationale l’autorise. Nous avons toujours considéré les vœux comme ce qu’il y a de plus sacré, et quiconque les eût ci-devant violés eût été traité d’impie et d’apostat ; cependant l’Assemblée nationale a jugé à propos de les dissoudre ; elle a dit : « Sortez, religieux et religieuses !» et les couvents où habitaient le recueillement et la sainteté se sont ouverts. Pour vous convaincre que nous ne pouvons prêter le serment sans manquer à notre religion et sans nous rendre indignes de notre saint ministère, c’est que moi qui vous parle, après avoir étudié tous les livres saints, après avoir consulté les gens les plus pieux et les plus attachés à notre religion, je verrais mon supplice préparé que je m’y refuserais car, ainsi que firent les premiers fidèles en se refusant aux lois injustes des rois du paganisme ; c’est ainsi que nous devons faire. Croyez que si plus des deux tiers du clergé de France, et notamment celui des grandes villes où il est plus instruit qu’ailleurs, s’est refusé au serment, ce n’est pas le regret qu’il a pour les choses d’ici-bas, mais la crainte qu’il a de perdre son âme. Rien ne m’empêchera d’être votre curé, et quand on m’arracherait de force, je le serais néanmoins ».

   Le curé fut coupé par le maire, mais put sortir de l’église et regagner son presbytère. Le vendredi 4 mars, la Garde Nationale venait l’arrêter. Placé en détention à Angers, son sort de prisonnier fut amélioré par rapport au commun bandit par crainte des représailles de la population. Vint la comparaison devant le Tribunal du Directoire. Les juges, troublés, manquèrent d’absoudre l’abbé Pinot et le condamnèrent seulement à passer deux ans éloigné de sa paroisse. Au lieu d’être relâché, notre Bienheureux fut transféré de prison. Jugé à nouveau, le premier jugement fut confirmé et Noël Pinot pu reprendre un apostolat loin de sa paroisse, mais secrètement. Pourtant son zèle pour les âmes faisait du bruit. Il était traqué jour et nuit par les autorités du Directoire afin qu’il cesse ses activités. Après deux ans, pendant que les guerres de Vendée donnaient du fil à retordre aux armées, le curé Pinot put rentrer dans sa paroisse, en juin 1793, où il fut accueilli en triomphe. Ce rayon de soleil fut de courte durée. A peine dix jours après son retour, il fut obligé de recommencer son apostolat secret, pendant huit mois, mais cette fois ci, dans sa paroisse.

Bx Noël Pinot

   Le 9 février 1794, l’abbé Pinot, reconnu par un ouvrier charpentier qu’il avait jadis assisté de ses aumônes, fut arrêté alors qu’il allait monter à l’Autel, et emmené à Angers. Jugé le 21 février, en ornements sacerdotaux, le Bienheureux est condamné à mort, le jugement devant être exécuté dans les vingt-quatre heures, c’est-à-dire dans la foulée. Noël Pinot fut conduit à l’échafaud en ornements tandis que ses juges l’accompagnaient afin de voir son sang couler. En montant les marches, le saint prêtre commença le Psaume 42 : Introibo ad altare Dei, les premiers mots de la Sainte Messe.

   C’était le 21 février 1794. Ainsi mourut à l’âge de quarante-huit ans, le ciel dans les yeux, la joie sur les lèvres et Dieu dans le cœur, l’abbé Noël Pinot, curé du Louroux-Béconnais, modèle des prêtres de son temps et de tous les temps, dont l’Église, en lui donnant l’onction sacerdotale, avait fait un vrai ministre de Jésus-Christ, et dont l’impiété révolutionnaire fit un confesseur de la foi, puis un martyr.

   Cet amour de l’Église, cet attachement viscéral à la romanité, qui est constitutif de l’Église Catholique Romaine, peut nous amener à endosser la pourpre, non pas cardinalice mais la pourpre du sang. Mourir pour l’Église, c’est mourir pour le Christ. Nous ne sommes pas tous appelés au martyre mais nous sommes tous appelés à la fidélité. Cette fidélité, dans les petites comme dans les grandes choses, est ce qui fera de nous des saints. Au début de ce Carême, nous voici avec un exemple, certes héroïque, mais palpable de sainteté par la fidélité.

   Méditons l’exemple de charité du Bienheureux Noël Pinot. Ses actes de charité et de pénitence furent couronnés par cette couronne impérissable du martyre. Puissions-nous au moins l’imiter dans sa charité envers notre prochain !

Fervent et saint Carême à tous,

+ G.                   


[1] Anatole de Ségur,  Une victime de la Constitution Civile du Clergé, Paris, Bray et Retaux, 1881, p. 17.
[2] Ibid., p. 18.
[3] Ibid., p. 21.
[4] « A compter du jour de la publication du présent décret, on ne connaîtra qu’une seule manière de pourvoir aux évêchés et aux cures, c’est à savoir, la forme des élections. ». Constitution Civile du Clergé, titre II « Nomination aux bénéfices ».
[5] « Le nouvel évêque ne pourra s’adresser au pape pour en obtenir aucune confirmation ; mais il lui écrira comme au chef visible de l’Eglise universelle, en témoignage de l’unité de foi et de la communion qu’il doit entretenir avec lui. ». Ibid., T II, art. 19.
[6] Op. cit., p. 26.

Martyre du Bx Noël Pinot

2024-46. La légende de la consécration miraculeuse de la Basilique royale de Saint-Denis par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

24 février,
Fête de Saint Mathias, apôtre ;
Anniversaire de la dédicace de la Basilique royale de Saint-Denis.

Martyre de Saint Denis et de ses compagnons - blogue

Le martyre de Saint Denis et de ses compagnons
(manuscrit de la vie de Saint Denis – XIIIe siècle)

       A la date du 24 février, Monseigneur Paul Guérin, dans « Les Petits Bollandistes », après avoir cité le martyrologe romain, mentionne cet ajout du martyrologe des Eglises des Gaules :

« A Saint-Denis, en France, la dédicace miraculeuse de l’église abbatiale, faite par Notre-Seigneur Jésus-Christ, prêtre éternel ».

   Bien évidemment, cette consécration miraculeuse est aujourd’hui qualifiée de légendaire, au sens de « fantaisiste » et de « sans aucune consistance historique », alors que, vous ne l’ignorez pas, je pense, le mot latin « legenda », d’où vient notre mot français légende, signifie originellement : « choses qui doivent être lues » (sous entendu, parce que cela est authentique).
« Legenda » servait, entre autres, à indiquer au clerc chargé de lire (dans les chapitres canoniaux ou monastères) le commencement des textes résumant la vie des saints pendant l’office divin le jour de leur fête, ou bien les récits plus étendus – lus par exemple au réfectoire – de ces vies où très souvent abondent les miracles, apparitions et autres événements prodigieux accomplis par Dieu, la Très Sainte Vierge, les Anges ou les Saints eux-mêmes.

   Or ce sont justement, et a priori, tous les faits miraculeux qui paraissent irrecevables aux incrédules, mécréants, rationalistes et ennemis de la foi de tout poil, pour lesquels tout ce qui n’est pas strictement conforme aux lois de la nature, et à leur scientisme d’esprit positiviste, n’existe pas, ne peut pas exister, et ne peut donc être que le fruit de l’affabulation, du mensonge, de la supercherie ou de l’illusion.
La conséquence en est qu’ils éliminent tout le surnaturel, ou qu’ils n’en parlent que pour s’en moquer (prétextant la naïve crédulité des fidèles et son exploitation par l’Eglise, dont il est évident pour eux qu’elle ne cherchait qu’à asservir les « masses populaires »).
Puis des clercs, influencés par l’esprit du monde, finissent eux-mêmes par en douter, par s’en gausser, ou par envoyer ces récits aux oubliettes.

   Ce faisant, ils n’ont même pas l’honnêteté de faire remarquer que ces « légendes » (au sens étymologique) expliquent pourquoi les foules se pressaient en tel endroit, pourquoi les pèlerins y accourraient – parfois de fort loin -, pourquoi la ferveur des fidèles s’y était attachée plus qu’à d’autres lieux.
Sans compter le fait qu’en persiflant ou taisant les dites « légendes », on perd les clefs de lecture et de compréhension d’un grand nombre de détails architecturaux ou artistiques, et même d’événements tout ce qu’il y a de plus historiques, qui n’ont existé que parce que la « légende » était fermement crue, entraînant par exemple des développements de monastères ou d’abbayes, et dans leur rayonnement des croissances économique ou des influences politiques… etc.

   Mais je ne veux pas m’éterniser en vains débats sur la réalité historique de ce qui suit : vains parce que, à mes yeux, il bien préférable d’y adhérer avec Saint Fulrad (cf. > ici) ou l’abbé Suger, avec des siècles de foi et des générations de croyants, avec nos Princes et nos Rois qui ont choisi de reposer ici, plutôt que de jouer au « chrétien rationnel » et me trouver en communion d’impiété avec les ennemis du Christ et de l’Eglise.
De toute façon, quoi qu’il en soit de l’authenticité historique factuelle, la réalité spirituelle, elle, est absolument véridique, et elle n’est pas moins historique.

Dagobert visitant le chantier de l'abbatiale de Saint-Denis - blogue

Le Roi Dagobert 1er visitant le chantier de l’abbatiale de Saint-Denis
(miniature des Grandes Chroniques de France – 1471 – Bibliothèque nationale de France)

   Bref ! Dans l’état actuel de nos connaissances, nous avons la certitude, documentée, que, au IXème siècle, la dédicace de l’abbatiale de Saint-Denis était célébrée à cette date du 24 février. Les documents écrits actuellement connus (car il ne faut jamais oublier que beaucoup ont disparu) parlant de la consécration de la basilique nécropole royale par Notre-Seigneur Lui-même sont plus tardifs : cela signifie-t-il que cette histoire a été inventée de toutes pièces tardivement ? En toute honnêteté et rigueur, rien n’autorise à l’affirmer. 

   Le célèbre Roi Dagobert 1er, dont le règne ne se résume pas à une chanson enfantine apparue à la veille de la grande révolution dans un esprit parodique antimonarchique et anticlérical, fit édifier une église abbatiale à la place du lieu de dévotion envers le premier évêque de Paris originellement voulu par Sainte Geneviève.
Les travaux débutèrent autour de l’année 632 et se seraient achevés en 635, raison pour laquelle la consécration de l’abbatiale fut fixée au jour de la fête de Saint Mathias, le 24 février 636.

   La « légende » (au sens étymologique) fut insérée, par ordre de Suger, en 1233, dans les Vita et actus beati Dyonisii, version officielle en latin de ce qu’il fallait croire au sujet de Saint Denis et de sa basilique.
Elle explique que, pendant la nuit qui précéda la dédicace solennelle de la nouvelle église, Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même descendit dans la basilique, accompagné par les saints apôtres Pierre et Paul, par les saints Denis, Rustique et Eleuthère, ainsi que par une multitude d’anges, et qu’Il accomplit Lui-même tous les rites de la consécration.
La foule avait été expulsée de l’église la veille au soir (il ne faut pas oublier qu’au Moyen-Age on ne fermait habituellement pas les églises la nuit et que, en de nombreux lieux de pèlerinage, les fidèles dormaient dans l’église : mais, en l’occurrence, les préparatifs de la cérémonie ne pouvaient le permettre). Toutefois un pauvre lépreux, qui craignait de ne pas être admis dans l’église le lendemain, s’était caché dans un recoin sombre : c’est ainsi qu’il fut témoin de cette dédicace nocturne miraculeuse.

le lépreux caché dans la basilique - blogue

   Cet homme pauvre et méprisé du fait de sa terrible maladie contempla avec émerveillement les lumières célestes qui illuminèrent la basilique, les ornements pontificaux dont Notre-Seigneur était revêtu, les aspersions et les onctions avec une huile céleste… etc.  

   Bien sûr, Notre-Seigneur connaissait la présence du pauvre lépreux dans l’église et, s’approchant de lui, Il lui enjoignit d’aller trouver le Roi et les évêques pour les avertir en Son nom qu’il n’était plus nécessaire de procéder à la dédicace de l’église, puisque Lui-même s’en était acquitté.
Le lépreux, saisi de crainte, voulut échapper à cette mission en arguant de sa maladie et de la « vilité » de sa personne. Mais alors le divin Sauveur S’approcha de lui et « prenant ce pauvre infecté par le haut de la tête, lui osta toute ceste peau couverte de lèpre, et la jeta contre la paroy, où elle demeura miraculeusement attachée, représentant le visage et face d’où elle était tirée, le malade demeurant sain et net, et sa peau aussi belle et nette que celle d’un jeune jouvenceau ».

   Au matin, celui qui avait été lépreux demanda à être conduit au Roi, car il avait un secret à lui communiquer. D’abord incrédule, Dagobert fut convaincu que le pauvre homme disait vrai à la vue du masque de lèpre ; il interdit donc aux évêques de procéder à une dédicace devenue inutile.

   Cette date de la première consécration de l’abbatiale était si importante que, lorsque Saint Fulrad (cf. > ici), dans la seconde moitié du VIIIème siècle, fit reconstruire, plus grande et plus somptueuse l’abbatiale de Saint-Denis, il tint à garder dans le nouvel édifice, certains des murs de l’église précédente, et qu’il voulut que sa dédicace fut célébrée à la même date : le 24 février. C’est donc le 24 février 775, et semble-t-il en présence de Saint Charlemagne, que fut célébrée cette seconde consécration de la basilique reconstruite et considérablement agrandie.

   Aux siècles suivants, dans l’ignorance du nom du lépreux, les gens l’appelèrent en latin Peregrinus, c’est-à-dire « l’Étranger », et, à cause du miracle dont il avait bénéficié, la voix populaire le canonisa, faisant de lui Saint Pérégrin.

   Cette magnifique « légende » porte en elle-même bien plus qu’un caractère anecdotique : elle marque une fois de plus, et de manière forte, les liens surnaturels extraordinaires et uniques qui unissent la Monarchie franque au catholicisme, et, au-delà de l’Eglise visible de la terre, à l’Ordre divin lui-même.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur 

Le Christ en majesté - heures de Charles d'Angoulème fin XVe siècle - blogue

Le Christ en majesté
(miniature des Grandes heures de Charles d’Angoulême – fin XVe siècle – Bibliothèque nationale de France)

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