31 janvier,
Fête de la Bse Marie-Christine de Savoie, Reine des Deux-Siciles (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Véron de Lembecq, confesseur (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Jean Bosco, confesseur.

Basilique de Notre-Dame Auxiliatrice (Turin), chapelle du Sacré-Cœur :
tableau représentant le songe de Saint Jean Bosco appelé « songe des deux colonnes ».
Parmi les moyens dont Dieu Se sert pour faire connaître aux hommes Ses desseins, il y a les songes.
Gardons-nous bien de confondre les rêves et les songes : les rêves appartiennent au fonctionnement naturel de l’âme (et pas seulement de l’âme humaine, puisque les animaux aussi rêvent), tandis que les songes sont un mode surnaturel de communication de Dieu avec l’âme humaine pendant le sommeil corporel.
L’interprétation des rêves est du domaine de la science – très relative – humaine (psychologie, psychiatrie… etc.), tandis que l’interprétation des songes est donnée par Dieu soit à la personne-même qui en est favorisée soit à un prophète (comme on le voit par exemple avec le prophète Daniel qui interprète le songe de Nabuchodonosor).
Dans l’Ancien Testament, Dieu S’est communiqué par des songes aux saints patriarches Jacob et Joseph d’une façon très spéciale. Dans le Nouveau Testament, Saint Joseph et les Saints Rois Mages en sont gratifiés.
Tout au long de l’histoire de l’Eglise, certains saints ont eux aussi bénéficié de songes : commes les visions spirituelles et les apparitions, cela fait partie des « grâces mystiques » par lesquelles s’opèrent les « révélations privées », au sujet desquelles il convient toujours d’observer la plus grande prudence.
A l’époque moderne, Saint Jean Bosco (1815-1888) est connu pour certains de ses songes. Le plus célèbre d’entre eux est sans doute celui qu’on appelle le « songe des deux colonnes », qu’il raconta lui-même aux quelque cinq-cents garçons qui fréquentaient alors son œuvre, au soir du 30 mai 1862 (la date est certaine), en disant que ce songe lui avait été donné « il y a quelques jours ».

Saint Jean Bosco (1815-1888)
Voici la traduction très exacte du récit de Saint Jean Bosco racontant ce songe aux enfants et adolescents qui se trouvaient à l’Oratoire :
« (…) Imaginez-vous avec moi au bord de la mer, ou plutôt, sur un rocher isolé, ne voyant d’autre étendue de terre que celle qui se trouve sous vos pieds. Sur cette vaste surface d’eau, vous voyez une multitude innombrable de navires prêts au combat, dont les proues sont terminées par un éperon de fer acéré comme une flèche, qui, où qu’il soit poussé, blesse et transperce tout. Ces navires sont armés de canons, chargés de fusils, d’autres armes de toutes sortes, de matières incendiaires, et même de livres , et ils avancent vers un navire bien plus grand et plus haut que tous les autres, cherchant à le frapper avec son éperon, à l’incendier ou à lui causer tous les dommages possibles.
Ce majestueux navire est escorté par de nombreuses petites embarcations qui reçoivent ses ordres et exécutent des manœuvres pour se défendre contre les flottes ennemies. Le vent leur est contraire et la mer agitée semble favoriser l’ennemi.
Au milieu de l’immensité de la mer, deux colonnes robustes et très hautes émergent des flots, non loin l’une de l’autre. Au-dessus de l’une se trouve la statue de la Vierge Immaculée, à laquelle est suspendue une grande pancarte portant l’inscription : « Auxilium Christianorum ». Sur l’autre, beaucoup plus haute et plus imposante, se trouve une hostie de taille proportionnelle à la colonne, et en dessous une autre pancarte portant l’inscription : « Salus credentium ».
Le commandant suprême du grand navire, le pape, voyant la fureur des ennemis et la détresse de ses fidèles, décide de réunir les pilotes des navires secondaires en conseil afin de décider de la marche à suivre. Tous les pilotes embarquent et se rassemblent autour du pape. Ils tiennent l’assemblée, mais comme le vent et la tempête redoublent de violence, ils sont renvoyés à la barre de leurs propres navires.
Après un bref calme, Le pape rassemble une seconde fois les pilotes autour de lui, tandis que le navire du capitaine poursuit sa route. Mais la terrible tempête se lève à nouveau.
Le pape se tient à la barre et concentre tous ses efforts pour diriger le navire entre les deux colonnes, au sommet desquelles pendent de nombreuses ancres et de grands crochets reliés à des chaînes.
Les navires ennemis se jettent tous sur elle, usant de tous les moyens pour l’arrêter et la couler. Certains tentent de jeter à bord les écrits, les livres et les substances incendiaires qu’ils contiennent ; d’autres utilisent canons, fusils et évents : les combats s’intensifient. Les proues ennemies la frappent violemment, mais leurs efforts sont vains. Ils recommencent en vain, gaspillant leurs forces et leurs munitions : le grand navire poursuit sa route, sûr et confiant. Parfois, frappé par des coups formidables, il subit une large et profonde brèche dans sa coque, mais aussitôt, un souffle d’air s’engouffre par les deux piliers, les fuites se referment et les trous sont colmatés.
Pendant ce temps, les canons des assaillants explosent, les fusils, toutes les autres armes et les évents sont brisés ; de nombreux navires sont détruits et sombrent dans la mer. Alors, les ennemis furieux se battent à mains nues, à coups de poing, en proférant blasphèmes et malédictions.
Alors, voici que le Pape, grièvement blessé, s’effondre. Aussitôt, ceux qui l’accompagnent accourent à son secours et le relèvent. Le Pape est frappé une seconde fois, retombe et meurt.
Un cri de victoire et de joie retentit parmi les ennemis ; une jubilation indescriptible se fait sentir sur leurs navires. Mais à peine le Pontife meurt-il qu’un autre Pape prend sa place. Les pilotes réunis l’ont élu si soudainement que la nouvelle de la mort du Pape arrive en même temps que celle de l’élection de son successeur. Les adversaires commencent à perdre courage.
Le nouveau Pape, déjouant et surmontant tous les obstacles, guide le navire jusqu’aux deux colonnes et, s’étant positionné entre elles, l’amarre, à l’aide d’une chaîne suspendue à la proue, à une ancre de la colonne où se trouve l’Hostie. Puis, avec une autre petite chaîne suspendue à la poupe, il l’amarre, du côté opposé, à une autre ancre de la colonne où est placée la Vierge Immaculée.
Alors se produit un grand bouleversement. Tous les navires qui, jusqu’alors, avaient combattu celui sur lequel était assis le Pape, fuient, se dispersent, s’entrechoquent et s’écrasent les uns contre les autres. Certains coulent et tentent d’en couler d’autres. Quelques petites embarcations qui avaient vaillamment combattu le Pape sont les premières à venir s’amarrer à ces colonnes.
De nombreux autres navires, qui, ayant battu en retraite par crainte du combat, se trouvent au loin, observent prudemment, jusqu’à ce que l’épave de tous les navires naufragés, ayant disparu dans les tourbillons de la mer, rament avec grand effort vers ces deux colonnes, où, arrivés, ils s’attachent aux crochets qui y pendent et là ils demeurent calmes et en sécurité, avec le navire principal sur lequel est assis le Pape.
Un grand calme règne sur la mer ».

A ce moment-là, Don Bosco se tourna vers son collaborateur (et futur successeur), Don Rua, et lui demanda : « Que pensez-vous de cette histoire ? »
Don Rua répondit : « Il me semble que le navire du Pape est l’Eglise, dont il est le Chef : les navires sont les hommes, la mer est ce monde. Ceux qui défendent le grand navire sont les justes, dévoués au Saint-Siège ; les autres sont ses ennemis, qui, par tous les moyens, tentent de le détruire. Les deux piliers du salut me semblent être la dévotion à la Vierge Marie et au Très Saint Sacrement de l’Eucharistie ».
Le Bienheureux Michel Rua ne parla pas du Pape déchu et mort, et Saint Jean Bosco garda également le silence à ce sujet, ajoutant seulement :
« Vous avez raison. Il suffit de corriger une expression. Les navires des ennemis sont les persécutions. De très graves troubles se préparent pour l’Eglise. Ce qui s’est passé jusqu’à présent n’est presque rien comparé à ce qui va arriver. Ses ennemis sont représentés par les navires qui tentent de couler, s’ils y parviennent, le navire amiral. Il ne nous reste que deux moyens de nous sauver dans un tel chaos : la dévotion à la Vierge Marie et communier fréquemment, en utilisant tous les moyens et en faisant de notre mieux pour les pratiquer et les faire pratiquer partout et par tous… »
On le voit – sans qu’il soit besoin de gloser davantage -, ce songe n’est pas celui des « trois blancheurs » : cette expression n’a jamais été utilisée par Saint Jean Bosco, par ses successeurs et par les éditeurs de ses textes, qui, en revanche, l’ont toujours nommé « songe des deux colonnes ».
Il ne constitue pas un exposé symbolique des critères de catholicité, mais il est une prophétie concernant l’avenir de l’Eglise : Saint Jean Bosco est formel : « Ce qui s’est passé jusqu’à présent n’est presque rien comparé à ce qui va arriver » !
Et « ce qui s’est passé jusqu’à présent » (donc jusqu’en mai 1862), ce sont les conséquences de la révolution française, exportée dans toute l’Europe – et spécialement en Italie – par les troupes du Directoire, du Consulat et de l’Empire : l’équilibre politique multiséculaire a été déstabilisé ; les Français ont emmené à deux reprises les papes en captivité (Pie VI puis Pie VII) ; les ferments d’impiété ont germé et se sont répandus ; le Bienheureux Pie IX a été chassé de Rome par une révolution qui a proclamé à Rome une éphémère république ; et désormais, le royaume de Piémont-Sardaigne soutenu par les sectes maçonniques, est engagé dans la spoliation des Etats Pontificaux, laquelle sera consommée le 20 septembre 1870.
La fin des Etats Pontificaux et du pouvoir temporel des Papes, n’était elle-même qu’une étape dans une vaste entreprise de perversion interne de l’Eglise contre laquelle le Bienheureux Pie IX (encyclique « Quanta cura » et catalogue des idées condamnées intitulé « Syllabus ») et Saint Pie X (tous les textes destinés à dénoncer et contrer le modernisme) opposèrent des barrages, qui retardèrent précisément d’un siècle (1862-1962) la catastrophe entrevue par Saint Jean Bosco.
Le « songe des deux colonnes » est une prophétie des menaces qui pesaient dès cette époque sur l’Eglise catholique romaine, et qui allaient se déployer et s’amplifier jusqu’à nos jours ; ainsi qu’une leçon forte sur les remèdes à cette crise majeure dont nous sommes encore aujourd’hui les témoins attristés.

Bienheureux Alfred Ildefonse Schuster (1880-1954)
Le 13 septembre 1953, à l’occasion de la Messe pontificale de clôture du Congrés eucharistique national de Turin, où il était légat pontifical, le Bienheureux Alfred Ildefonse Schuster (1880-1954), cardinal-archevêque de Milan, dans sa prédication, insista sur l’actualité de ce songe, disant notamment :
« En cette heure solennelle, dans le Turin eucharistique de Cottolengo et Don Bosco, une vision prophétique me revient à l’esprit, celle que le fondateur du Temple de Marie Auxiliatrice fit à ses disciples en mai 1862. Il lui sembla voir la flotte de l’Eglise ballottée par les vagues d’une terrible tempête ; à tel point qu’à un certain moment, le commandant suprême du navire amiral – Pie IX – convoqua un concile des hiérarques des navires plus petits.
Malheureusement, la tempête, qui rugissait de plus en plus menaçante, interrompit le concile du Vatican en son milieu » (Il est à noter que Don Bosco avait annoncé ces événements huit ans avant qu’ils ne se produisissent). Durant ces années tumultueuses, les Grands Hiérarques eux-mêmes furent soumis à l’épreuve à deux reprises. Lors de la troisième apparition, deux colonnes commencèrent à émerger de l’océan déchaîné, surmontées des symboles de l’Eucharistie et de la Vierge Immaculée.
A cette apparition, le nouveau Pontife, le bienheureux Pie X, prit son courage à deux mains et, à l’aide d’une solide chaîne, attacha le navire du Capitaine Pierre à ces deux piliers inébranlables, puis jeta l’ancre à la mer. Alors, les embarcations plus petites se mirent à ramer avec force pour se rassembler autour du navire du Pape et ainsi éviter le naufrage.
L’histoire a confirmé la prophétie du Voyant. Le début du pontificat de Pie X, avec l’ancre sur ses armoiries, coïncida précisément avec le cinquantième jubilé de la proclamation dogmatique de l’Immaculée Conception de Marie, et fut célébré dans tout le monde catholique. Nous, les plus âgés, nous souvenons tous du 8 décembre 1904, lorsque le Pontife, en la basilique Saint-Pierre, orna le front de l’Immaculée Conception d’une précieuse couronne de pierres précieuses, consacrant à la Mère toute la famille que Jésus crucifié lui avait confiée.
Conduire les enfants innocents et les malades à la Table eucharistique devint également une part du programme du généreux Pontife, qui souhaitait restaurer le monde entier dans le Christ. Ainsi, durant le pontificat de Pie X, il n’y eut pas de guerre, et il gagna le titre de Pontife pacifique de l’Eucharistie.
Depuis lors, la situation internationale ne s’est guère améliorée. Ainsi, l’expérience de trois quarts de siècle nous confirme que le navire du pêcheur, en pleine tempête, ne peut espérer le salut qu’en s’ancrant aux deux colonnes de l’Eucharistie et de Marie Auxiliatrice, apparues en songe à Don Bosco ».
(Texte paru en italien dans « L’Italia », 13 septembre 1953).
Le même saint cardinal Schuster dit un jour à un salésien : « J’ai vu la reproduction de la vision des deux colonnes. Dites à vos supérieurs de la faire reproduire sur des estampes et des cartes postales, et de la diffuser dans tout le monde catholique, car cette vision de Don Bosco est d’une grande actualité aujourd’hui : l’Eglise et le peuple chrétien seront sauvés par ces deux dévotions : l’Eucharistie et Marie Auxiliatrice ».
