Archive pour la catégorie 'Commentaires d’actualité & humeurs'

2018-30. Condamné à mort…

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Communiqué

de l’Union des Cercles Légitimistes de France et de la Confrérie Royale

17 avril 2018

« Mon fils a été condamné à mort »

« Mon fils a été condamné à mort. Il s’appelle Vincent Lambert, il est père d’une petite fille, il vit, et n’a commis aucun crime. Et pourtant, ce lundi 9 avril 2018, en France, un médecin m’a annoncé que dans dix jours commencerait la lente et longue agonie de mon enfant, qui va mourir de faim et de soif. »

« Mon fils n’a pas mérité d’être affamé et déshydraté. Qui oserait, à cet égard, parler de « mourir dans la dignité » ? »

Madame Viviane Lambert s’oppose à l’arrêt de la nutrition et de l’hydratation de son fils handicapé, décidé par le CHU de Reims. Dans une tribune au Figaro, elle en a appelé directement à Emmanuel Macron.
Comme le lui permet la loi de la république, le CHU de Reims, pour la quatrième fois, s’est prononcé pour un arrêt des traitements de Vincent Lambert, à savoir l’arrêt de son alimentation et de son hydratation. Dans trois jours, le malade ne sera plus alimenté et donc condamné à mort.
Vincent est devenu l’otage malgré lui d’un combat pour la vie. Il est devenu l’emblème d’un enjeu de société.

« Vincent n’est pas en fin de vie. Il n’est pas malade. Il ne souffre pas. […] n’est pas dans le coma, il n’est pas branché. Ce n’est pas une machine qui maintient mon fils en vie. Il respire sans assistance. Il se réveille le matin, et s’endort le soir.[…] Alors qu’il avait perdu le réflexe de déglutition, il l’a retrouvé.
[…] Lors de la procédure collégiale, vingt-quatre spécialistes ont adressé un courrier à l’hôpital de Reims pour indiquer que Vincent Lambert n’est pas en situation d’obstination déraisonnable. S’il faut qu’il meure, ce n’est pas pour sa dignité : c’est par volonté euthanasique. Vincent va être sacrifié pour faire un exemple. Mon fils doit être un cas d’école.
Comme les 1700 personnes porteuses du même handicap que lui, Vincent aurait donc dû être placé dans un service spécialisé pour personnes cérébrolésées. […] Plusieurs établissements qui accueillent des personnes victimes de graves accidents de la route sont prêts à l’accueillir. »

Tuer l’innocent est très grave. Le cinquième commandement de Dieu est formel : « Tu ne tueras point ». L’euthanasie directe est un crime.

Certes l’individu est une partie qui doit coopérer au bien du tout, mais d’un autre côté, il transcende ce tout par sa dignité de personne et sa destinée éternelle ! Dès lors la société ne peut « se débarrasser des inutiles » sans sombrer dans le totalitarisme qui fait du « tout » le seul absolu.

« C’est pourquoi le médecin méprisera toute suggestion qui lui sera faite de détruire la vie, si frêle et si humainement inutile que cette vie puisse paraître » (déclaration de Pie XII aux médecins chirurgiens, le 13 février 1945).

Nous ne pouvons rester passifs devant une telle décision létale qui, si elle est exécutée, sera suivie, demain, de l’euthanasie de milliers d’autres Vincent Lambert.

Redoublons d’efforts pour rendre à la France le régime qui a fait sa dignité et sa grandeur car il est le seul qui prenne totalement en compte l’ordre naturel voulu par le Créateur et l’ordre  surnaturel établi depuis l’accomplissement du mystère de la Rédemption et qui, de ce fait, puisse assurer la dignité et la grandeur de toute personne humaine.

« Pour la monarchie traditionnelle, gouverner, c’est s’appuyer sur les vertus de la France, c’est développer tous ses nobles instincts, c’est travailler sans relâche à lui donner ce qui fait les nations grandes et respectées, c’est vouloir qu’elle soit la première par la foi, par la puissance et par l’honneur » - Henri V, Comte de Chambord (1820/1883).

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2018-24. Vœux de Pâques 2018.

Χριστός Ανέστη !
Αληθώς Ανέστη !

Surrexit Dominus vere !

Le Seigneur est vraiment ressuscité !

CORNELISZ VAN OOSTSANEN, Jacob 1507

L’apparition à Sainte Marie-Magdeleine au matin de Pâques
(Jakob Cornelisz van Oostanen – 1507)

* * *

Saint Jour de Pâques 1er avril 2018,
à La Garde-Freinet.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Certains d’entre vous le savent déjà, mon papa-moine et moi-même n’avons pas passé la Semaine Sainte au Mesnil-Marie, mais, avec un petit groupe d’amis, nous sommes depuis le samedi de la Passion 24 mars en terre provençale et nous avons vécu toute cette semaine la plus importante de l’année chrétienne au rythme des offices célébrés dans le cadre du Monastère Saint-Benoît de La Garde-Freinet, avec la liturgie selon le Missel Romain de 1953, c’est-à-dire avec les rites antérieurs à la réforme survenue sous le pontificat de Pie XII.

J’ai à ma disposition aujourd’hui plusieurs centaines de photographies prises au cours de ces cérémonies tous les jours de cette Semaine Sainte, et dans les prochains jours je vous pourrai faire des comptes-rendus plus détaillés de ces moments non seulement très spirituels mais véritablement historiques, puisque c’est la première fois depuis 1955 que Rome a permis à plusieurs communautés et paroisses traditionnelles à travers le monde de reprendre cette liturgie plus que millénaire et donc véritablement traditionnelle.

Mais en cette fin d’après-midi, je viens vers vous aujourd’hui uniquement pour vous souhaiter de belles, joyeuses et saintes Pâques pendant les cinquante jours où la Sainte Eglise va maintenant exulter dans la contemplation de la glorieuse Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Et puis je souhaite aussi vous annoncer que demain matin, lundi de Pâques 2 avril, sur la route du retour en Vivarais, nous ferons halte à la basilique royale de Sainte Marie-Magdeleine, à Saint-Maximin, où nous aurons une Sainte Messe solennelle dans la crypte devant le reliquaire du chef de celle qui, au matin de Pâques, fut la première – après Notre-Dame – à être gratifiée de l’apparition de Jésus ressuscité, et fut alors promue par Lui « apôtre des Apôtres ».

Vous pouvez dès à présent être assurés que nous porterons toutes les intentions de nos amis et bienfaiteurs auprès de Sainte Marie-Magdeleine, et que nous la prierons pour qu’elle vous accorde à tous et à chacun des grâces d’amour toujours plus grand et de ferveur toujours plus intense dans votre relation personnelle vivante avec le divin Coeur de Jésus !

Patte de chat Lully.

Joyeuses Pâques

2018-20. Le cas controversé du pape Honorius 1er.

En complément de notre publication intitulée « Un peut peut-il tomber dans l’hérésie ? », et parce que le cas du pape Honorius 1er y était brièvement évoqué, voici, pour tous ceux qui souhaitent en savoir davantage,  un texte du professeur Roberto de Mattei, qui explicite de manière claire mais sans simplisme ce qu’il en fut alors.

la Navicella mosaïque d'après Giotto Vatican

La « Navicella »
mosaïque du narthex de la basilique vaticane d’après Giotto

Honorius Ier : le cas controversé d’un pape hérétique

Source > Correspondance européenne

 Le cas du pape Honorius est l’un des plus controversés de l’histoire de l’Eglise. Comme l’observe à juste titre l’historien de l’Eglise Emile Amann, dans le long article qu’il consacre à la Question d’Honorius dans le Dictionnaire de Théologie Catholique (vol. VII, coll. 96-132), il faut traiter le problème de façon dépassionnée et avec la « sereine impartialité que doit l’histoire aux actes du passé » (col. 96).

Au cœur du pontificat du pape Honorius qui régna de 625 à 638, il y eut la question du monothélisme, dernière des grandes hérésies christologiques. Afin de plaire à l’empereur byzantin Héraclius, désireux d’assurer la paix religieuse au sein de son royaume, le patriarche de Constantinople Sergius chercha un compromis entre l’orthodoxie catholique, selon laquelle il y a en Jésus-Christ deux natures en une seule personne, et l’hérésie monophysite qui attribuait au Christ une seule personne et une seule nature. Ce compromis donna naissance à une nouvelle hérésie, le monothélisme, selon lequel la double nature du Christ était mue dans son action par une unique opération et une unique volonté. Il s’agissait d’un semi-monophysisme, mais la vérité est entière ou n’est pas, et une hérésie modérée n’en reste pas moins une hérésie. Le patriarche de Jérusalem Sophronius fut de ceux qui intervinrent avec le plus de force pour dénoncer cette nouvelle doctrine qui rendait vaine l’humanité du Christ et menait au monophysisme, condamné par le Concile de Chalcédoine (451).

Sergius écrivit au pape Honorius pour lui demander qu’« à l’avenir il ne soit permis à personne d’affirmer qu’il y a deux opérations dans le Christ notre Dieu » et obtenir ainsi son appui contre Sophronius. Honorius accéda malheureusement à sa demande. Dans une lettre adressée à Sergius, il affirma que «la volonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ était seulement une, du fait que notre nature humaine a été assumée par la divinité» et invita Sophronius au silence. La correspondance entre Sergius et Honorius est conservée dans les actes du VIème Concile œcuménique (Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima Collectio, vol. XI, coll. 529-554) et a été rééditée en latin, grec et français par Arthur Loth (La cause d’Honorius. Documents originaux avec traduction, notes et conclusion, Victor Palmé, Paris 1870 et en grec et allemand par Georg Kreuzer, Die Honoriusfrage im Mittelalter und in der Neuzeit, Anton Hiersemann, Stuttgart 1975). 

Fort de l’appui du pape, Héraclius publia en 638 un formulaire doctrinal appelé Echtesis (“Exposition”) dans lequel il imposait la nouvelle théorie de l’unique volonté divine comme religion officielle. Pendant quarante ans, le monothélisme triompha dans l’Empire byzantin. Le plus fervent défenseur de la foi fut à cette époque le moine Maxime, dit le Confesseur, qui prit part à un Synode convoqué au Latran (649) par le pape Martin Ier (649-655) pour condamner le monothélisme. Le pape et Maxime furent tous deux contraints de s’exiler. Maxime, pour avoir refusé de souscrire aux doctrines monothélites, eut la langue et la main droite coupées. Sophronius, Maxime et Martin sont aujourd’hui vénérés comme saints par l’Eglise pour leur résistance tenace à l’hérésie monothélite. 

La foi catholique fut finalement restaurée par le IIIème Concile de Constantinople, VIème Concile œcuménique de l’Eglise, qui fut réunit le 7 novembre 680 en présence de l’empereur Constantin IV et des représentants du nouveau pape Agathon (678-681). Le Concile condamna le monothélisme et jeta l’anathème sur tous ceux qui avaient promu et favorisé l’hérésie, incluant dans la condamnation le pape Honorius.

Lors de la XIIIème session, qui se tint le 28 mars 681, les Pères conciliaires, après avoir proclamé qu’ils voulaient excommunier Sergius, Cyr d’Alexandrie, Pyrrhus, Paul et Pierre, tous patriarches de Constantinople, et l’évêque Théodore de Pharan, affirment : « Avec eux nous sommes d’avis de bannir de la sainte Église de Dieu et d’anathématiser également Honorius, jadis pape de l’ancienne Rome, car nous avons trouvé dans les lettres envoyées par lui à Sergius qu’il a suivi en tout l’opinion de celui-ci et qu’il a sanctionné ses enseignements impies » (Mansi, XI, col. 556). 

Le 9 août 681, à la fin de la XVIème session, furent réitérés les anathèmes contre tous les hérétiques et les fauteurs d’hérésie, y compris Honorius : « Sergio haeretico anathemaCyro haeretico anathema, Honorio haeretico anathema, Pyrro, haeretico anathema » (Mansi, XI, col. 622). Dans le décret dogmatique de la XVIIIème session, le 16 septembre, il est dit que « comme celui qui dès l’origine fut l’inventeur de la malice et qui, se servant du serpent, introduisit la mort venimeuse dans la nature humaine, ne resta pas inactif, ainsi aujourd’hui encore, ayant trouvé les instruments adaptés à sa propre volonté : nous voulons dire Théodore, qui fut évêque de Pharan ; Sergius, Pyrrhus, Paul, Pierre, qui furent prélats de cette ville impériale ; et encore Honorius qui fut pape de l’ancienne Rome (…); ayant trouvé, donc, les instruments adaptés, il ne cessa, à travers eux, de susciter dans le corps de l’Eglise les scandales de l’erreur ; et par des expressions inédites répandit parmi le peuple fidèle l’hérésie d’une seule volonté et d’une seule opération en deux natures d’une (personne) de la sainte Trinité, du Christ, notre vrai Dieu, en harmonie avec la fausse doctrine des impies Apollinaire, Sévère et Témiste » (Mansi, XI, coll. 636-637).

Les originaux des actes du Concile, souscrits par 174 Pères et par l’empereur, furent envoyés aux cinq sièges patriarcaux, avec une attention particulière pour celui de Rome. Mais, comme saint Agathon mourut le 10 janvier 681, les actes du Concile, après plus de 19 mois de siège vacant, furent ratifiés par son successeur Léon II (682-683). Dans la lettre envoyée le 7 mai 683 à l’empereur Constantin IV, le pape écrivait : « nous anathémisons ceux qui inventèrent cette nouvelle erreur, c’est-à-dire Théodore de Pharan, Cyrus d’Alexandrie, Sergius, Pyrrhus, Paul et Pierre de l’Eglise de Constantinople ainsi qu’Honorius qui ne s’efforça pas de maintenir pure cette Eglise apostolique dans la doctrine de la tradition apostolique, mais a permis par une exécrable trahison que cette Eglise sans tâche fut souillée » (Mansi, XI, col. 733).

La même année, le pape Léon donne ordre que les actes traduits en latin soient souscrits par tous les évêques d’Occident et que les signatures soient conservées près de la tombe de saint Pierre. Comme le souligne l’éminent historien jésuite Hartmann Grisar, « on voulait par là l’acceptation universelle du sixième concile en Occident, et celle-ci, pour ce que l’on en sait, eut lieu sans difficulté » (Analecta romana, Desclée, Rome 1899, pp. 406-407).

La condamnation d’Honorius fut confirmée par les successeurs de Léon II, comme l’atteste le Liber diurnus romanorum pontificum, et par le septième (787) et le huitième (869-870) Concile œcuménique de l’Eglise (C. J. Hefele, Histoire des Conciles, Letouzey et Ané, Paris 1909, vol. III, pp. 520-521).

L’abbé Amann juge historiquement indéfendable la position de ceux qui, comme le cardinal Baronio, retiennent que les actes du VIèmeConcile auraient été altérés. Les légats romains étaient présents au concile : il serait difficile d’imaginer qu’ils puissent avoir été manipulés ou aient mal référé sur un point aussi important et délicat que la condamnation d’hérésie d’un Pontife romain. Faisant référence à ces théologiens tels que saint Robert Bellarmin, qui, pour sauver la mémoire d’Honorius, ont nié la présence d’erreurs explicites dans ses lettres, Amann souligne que ceux-ci soulevaient un problème plus important que celui qu’ils prétendaient résoudre, à savoir le problème de l’infaillibilité des actes d’un Concile présidé par un pape. En effet, si Honorius ne tomba pas dans l’erreur, ce sont les papes et le concile qui le condamnèrent qui se sont trompés. Les actes du VIème Concile œcuménique, approuvés par le pape et reçus par l’Eglise universelle, ont une portée définitoire bien plus forte que les lettres d’Honorius à Sergius. Pour sauvegarder l’infaillibilité il est préférable d’admettre la possibilité historique d’un pape hérétique plutôt que d’aller se briser contre les définitions dogmatiques et les anathèmes d’un Concile ratifié par le Pontife Romain. C’est une doctrine commune que la condamnation des écrits d’un auteur est infaillible, quand l’erreur est anathémisée avec la note d’hérésie, tandis que le Magistère ordinaire de l’Eglise n’est pas toujours et nécessairement infaillible.

Au cours du Concile Vatican I, la Députation de la Foi aborda le problème, exposant une série de règles de caractère général qui s’appliquent non seulement au cas d’Honorius, mais à tous les problèmes, passés et futurs qui peuvent se présenter. Il ne suffit pas que le pape se prononce sur une question de foi ou de mœurs qui concerne l’Eglise universelle, mais il est nécessaire que le décret du Pontife romain soit conçu de façon à apparaître comme un jugement solennel et définitif, avec l’intention d’obliger tous les fidèles à croire (Mansi, LII, coll. 1204-1232). Il existe donc des actes du Magistère pontifical ordinaire non infaillibles car privés du caractère définitoire nécessaire : quod ad formam seu modum attinet.

Les lettres du Pape Honorius sont dépourvues de ces caractéristiques. Elles sont indubitablement des actes du Magistère, mais dans le Magistère ordinaire non infaillible il peut y avoir des erreurs et même, dans des cas exceptionnels, des formulations hérétiques. Le pape peut tomber dans l’hérésie, mais il ne pourra jamais prononcer une hérésie ex cathedra. Dans le cas d’Honorius, comme l’observe le patrologue bénédictin Dom John Chapman OSB, on ne peut affirmer qu’il avait l’intention de formuler une sentence ex cathedra, définitive et obligatoire : «Honorius était faillible, était dans l’erreur, était un hérétique, précisément parce qu’il n’a pas, comme il aurait dû le faire, déclaré avec autorité la tradition pétrinienne de l’Eglise romaine » (The Condemnation of Pope Honorius (1907), Reprint Forgotten Books, London 2013, p. 110). Ses lettres à Sergius, bien que traitant de la foi, ne promulguent aucun anathème et ne remplissent pas les conditions requises par le dogme de l’infaillibilité. Promulgué par le Concile Vatican I, le principe de l’infaillibilité est sauf, contrairement à ce que pensaient les protestants et les gallicans. Et si Honorius fut anathémisé, expliqua le pape Hadrien II, au Synode romain de 869, « c’est pour la raison qu’Honorius avait été accusé d’hérésie, la seule cause pour laquelle il est permis aux inférieurs de résister à leurs supérieurs et de repousser leurs sentiments pervers » (Mansi, XVI, col. 126).

Se basant précisément sur ces paroles, le grand théologien dominicain Melchior Cano, après avoir examiné le cas d’Honorius, résume en ces termes la doctrine la plus sûre : «On ne doit pas nier que le Souverain Pontife puisse être hérétique, fait dont on peut offrir un ou deux exemples. Cependant qu’[un pape] dans son jugement sur la foi ait défini quelque chose contre la foi n’est pas démontrable, pas même par un seul exemple» (De Locis Theologicis, l. VI, tr. espagnole, BAC, Madrid 2006, p. 409).

Professeur Roberto de Mattei.

Honorius_I

Portrait en mosaïque du pape Honorius 1er
dans la longue frise des papes qui se déploie sur les architraves
à l’intérieur de la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs à Rome

2018-19. Un pape peut-il tomber dans l’hérésie ?

12 mars 2018,
Fête de Saint Grégoire 1er le Grand.

J’ai beaucoup lu, beaucoup réfléchi, beaucoup prié avant de finaliser le texte qui suit. Je n’ai rien inventé, j’ai approfondi des textes de théologiens que je crois sérieux, je me suis inspiré de leurs réflexions et remarques avant d’écrire moi-même, et j’ai tenu à me faire relire par un prêtre de confiance, à l’orthodoxie éprouvée, qui m’a fait l’honneur de m’écrire ces lignes :
« Rien d’hérétique ou même d’obscur dans votre exposé qui pourra aider certains à ne pas se crisper sur la dite infaillibilité pontificale servie à toutes les sauces. La position des modernes (note : c’est-à-dire des théologiens modernes [mais non pas modernistes] dont il sera question au paragraphe A du texte suivant) est aussi à expliquer par la crise de l’autorité à l’époque de la Renaissance, puis de l’hérésie protestante diabolisant la papauté, ce qui n’était point le cas au Moyen Age où hérésies et schismes ne manquèrent point mais où l’homme n’avait pas encore eu la prétention de se mettre au centre du monde sans l’aide de Dieu. Vous pouvez sans problème mettre votre texte en ligne… »
La date à laquelle je le publie ici, sur ce blogue du Maître-Chat Lully, n’est évidemment pas choisie au hasard puisque d’une part nous fêtons en ce jour le très grand pape et docteur de l’Eglise Saint Grégoire le Grand, et que d’autre part nous sommes à la veille du cinquième anniversaire de l’élection de « François » au Souverain Pontificat…

« Qui legit intelligat : que celui qui lit comprenne » (Matth. XXIV, 15).

Fr.Mx.M.

Arnolfo di Cambio St Pierre (Vatican)

Arnolfo di Cambio : Saint Pierre
(basilique de Saint-Pierre au Vatican)

Un pape peut-il tomber dans l’hérésie ?

A – Qui prétend que cela ne peut se faire ?

Le seul énoncé de cette question pourra scandaliser certains catholiques tant, à première vue, cela peut leur paraître absolument impossible.
Pour le plus grand nombre des théologiens catholiques de l’époque moderne (nota : par « époque moderne » il faut comprendre la période qui court depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours), la réponse négative à cette question prévaut, si bien que l’opinion commune aujourd’hui est que le pape ne peut pas devenir « hérétique formel et pertinace » (c’est-à-dire hérétique conscient et coupable), bien que l’on puisse envisager qu’il devienne « hérétique matériel », par ignorance non coupable ou en raison d’une simple erreur, et non en raison d’une mauvaise volonté.

Parmi les principaux partisans de cette thèse se trouvent le théologien hollandais Albert Pighi (1490-1542) (1), Saint Robert Bellarmin sj. (1542-1621) (2) et le Père François Suarez sj. (1548- 1617) (3).
Juste avant le premier concile du Vatican, cette opinion était soutenue par le canoniste français Marie-Dominique Bouix sj. (1808-1870) et, lors de ce concile, Monseigneur Zinelli, évêque de Trévise, rapporteur de la Députation de la foi, cita avec éloge cette opinion de Bellarmin et de Suarez : selon lui, il est probable que jamais le pape ne sera hérétique formel (4).
Au lendemain de Vatican I, le cardinal français Louis Billot sj. (1846-1931) (5) reprit cette même opinion. Le père Dublanchy sm. – auteur de l’article sur l’infaillibilité du pape dans le « Dictionnaire de théologie catholique » – ouvrage de référence s’il en est – l’adopte encore après lui (6). Enfin, sous Pie XII, le très classique ouvrage du Révérend Père Salaverri (7) mentionne cette question de l’hérésie personnelle du pape comme une matière à controverse théologique et présente comme probable l’opinion de Bellarmin et Suarez, louée par Monseigneur Zinelli.

En résumé, l’affirmation selon laquelle un pape ne peut devenir formellement hérétique est une opinion théologique, défendue par de très grands noms de la théologie. Cependant cette thèse n’a jamais fait l’objet d’une définition magistérielle, et ceux qui la défendent la qualifient de « probable » en admettant qu’elle est « matière à controverse ».

Tiare et clefs de Saint Pierre

B – Arguments des négateurs de cette possibilité.

Tous les défenseurs de cette « opinion théologique probable » la fondent invariablement sur deux arguments :

B1 – Une « convenance » : la promesse faite par Notre-Seigneur à Pierre « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères » (Luc XXII, 32) rendrait moralement nécessaire l’indéfectibilité personnelle dans la foi. Saint Robert Bellarmin fait observer que l’ordre établi par Dieu exige absolument que la personne privée du Souverain Pontife ne puisse pas tomber dans l’hérésie, pas même en perdant la foi de manière purement interne : « Car non seulement le pape ne doit pas et ne peut pas prêcher l’hérésie, mais il doit aussi toujours enseigner la vérité, et il est hors de doute qu’il le fera toujours, puisque le Seigneur lui a commandé de confirmer ses frères. Mais comment un pape hérétique pourra-t-il confirmer ses frères dans la foi, comment prêchera-t-il toujours la vraie foi ? Sans doute, Dieu reste capable d’arracher au cœur d’un hérétique la profession de la vraie foi, tout comme jadis il fit parler l’ânesse de Balaam. Mais il y aura là une violence, et non une action conforme à la divine providence, qui dispose tout avec suavité » (8).

B2 – Le second argument est la conséquence du premier : selon tous les partisans de cette thèse, dans toute l’histoire de l’Église, on ne peut trouver aucun pape qui aurait été formellement hérétique (9).

Tiare et clefs de Saint Pierre

C – Une opinion théologique tard venue qui n’a jamais fait l’unanimité.

Ainsi que nous l’avons fait remarquer au début, les théologiens qui défendent la « non probabilité » de la chute d’un pape dans l’hérésie appartiennent tous à l’époque moderne, c’est-à-dire qu’ils arrivent relativement tardivement dans l’histoire de l’Eglise.
A contrario, avant eux, c’est-à-dire tout au long du Moyen-Age, de nombreux théologiens catholiques ont communément admis qu’un pape peut tomber dans l’hérésie.

Cette idée se trouve par exemple au XIIe siècle dans le Décret de Gratien (10). Gratien y écrit que le pape ne peut être jugé par personne, sauf dans le cas où il s’écarterait de la foi (11). Ce texte a ensuite servi de base à toute la réflexion des canonistes médiévaux et servira de fondement à une opinion qui deviendra commune : « Les canonistes des XIIe et XIIIe siècles, connaissent et commentent le texte de Gratien. Tous admettent sans difficulté que le pape peut tomber dans l’hérésie comme dans toute autre faute grave ; ils se préoccupent seulement de rechercher pourquoi et dans quelles conditions il peut dans ce cas être jugé par l’Église » (12). Le grand Cajetan (1469-1534) soutient cette thèse.

Au XVIe siècle, Albert Pighi, cité au premier paragraphe, fut le premier à rompre une tradition théologique et canonique jusque-là unanime.
Remarquons toutefois  que même à l’époque moderne, cette opinion nouvelle introduite par Pighi ne fit absolument pas l’unanimité : il fut en effet rapidement réfuté par le Père Melchior Cano op. (1509-1560) (13), par le Père Dominique Banez op. (1528-1604) (14), puis par le Père Charles-René Billuart op. (1685- 1757) (15) et, au lendemain du premier concile du Vatican, par Aurelio Palmieri (1870-1926) (16).

Tiare et clefs de Saint Pierre

D – Des faits qui vont à l’encontre de la thèse moderne.

D1 - « Contra factum non fit argumentum : contre un fait il n’y a point d’arguties qui tiennent ». Les faits historiques sont là, et ils sont indéniables. Dans l’histoire de l’Église, il est certain qu’il y a eu des papes dont l’enseignement n’a pas été exempt d’erreur. Citons le pape Honorius 1er au VIIe siècle ; et le cas du pape Jean XXII au XIVe siècle :
- Le pape Honorius 1er (625-640) a été anathématisé par ses successeurs Saint Agathon (678-681) et Saint Léon II (682-684) à l’occasion du 3e concile de Constantinople (7 novembre 680 – 16 septembre 681), comme ayant soutenu l’hérésie appelée monothélite.
- Le pape Jean XXII (1244-1334), qui est – notons-le au passage – celui qui canonisa Saint Thomas d’Aquin, n’enseigna cependant pas moins à plusieurs reprises dans ses prédications, que les âmes des justes ne contemplent pas Dieu avant la résurrection des corps et que c’est seulement après celle-ci qu’elles auront la contemplation de l’essence divine, et il soutint aussi que les damnés n’iraient en enfer qu’après la résurrection des corps. Ses affirmations suscitèrent de grands remous, et il dut rédiger une bulle de négation de ces thèses avant sa mort.
Remarquons toutefois que dans l’un comme dans l’autre cas, historiens ecclésiastiques et théologiens, en fonction de leur degré d’ultramontanisme, ont tendance à présenter les faits de manière différente, atténuant ou relativisant parfois de manière très nette l’adhésion de ces pontifes à ces erreurs doctrinales.
Et puis, qui peut étabir indubitablement qu’ils furent « hérétiques formels et pertinaces » et pas seulement « hérétiques matériels »

D2 - « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères » (Luc XXII, 32) : l’argument de convenance sur lequel s’appuient les théologiens défendant comme improbable qu’un pape puisse tomber dans l’hérésie, en se fondant sur cette citation évangélique, n’est-il pas réfuté par le récit évangélique lui-même ? Malgré la prière de Notre-Seigneur, Pierre l’a trahi et renié. D’ailleurs, les paroles de Notre-Seigneur « et toi, quand tu seras converti », montrent à l’évidence que le Christ savait bien que Pierre faillirait, puisqu’il faudrait ensuite se relever de manière à pouvoir « confirmer ses frères ».
Par ailleurs si, depuis des siècles, dans sa liturgie, par les litanies des saints qu’elle entonne dans les circonstances les plus solennelles, la Sainte Eglise fait demander à ses fidèles : « Ut domnum apostolicum et omnes ecclesiasticos ordines in sancta religione conservare digneris : pour que Vous mainteniez dans Votre sainte religion le Souverain Pontife et tous les ordres de la hiérarchie ecclésiastique », c’est donc bien que, dans sa tradition la mieux établie (puisque la liturgie est l’un des organes de transmission de la Tradition), l’Eglise elle-même reconnaît que l’éventualité de l’errance hors de la doctrine authentique est un risque possible même pour le Souverain Pontife.

D3 – De nos jours, il n’est un secret pour personne que les propos ou écrits de certains papes contemporains ne laissent pas de poser de graves problèmes de conscience aux catholiques qui veulent demeurer strictement catholiques, tant il semble difficile de les trouver en accord avec le dogme clairement défini, ou en pleine conformité avec les condamnations explicites de leurs prédécesseurs.
Je ne veux pas gloser ici sur une situation dont tout observateur un peu sérieux et impartial ne peut que constater la réalité, mais à laquelle, en définitive, seules des décisions magistérielles futures pourront apporter des solutions…

Tiare et clefs de Saint Pierre

E – Pleinement catholique.

E1 – L’infaillibilité pontificale, qui est un dogme auquel tout catholique est tenu d’adhérer sans réserve s’il veut rester catholique, s’exerce dans des conditions très particulières et très clairement précisées.
En dehors de ces cas rigoureusement prévus par la définition dogmatique, le Souverain Pontife n’est évidemment pas une version catholique de la fameuse pythie de Delphes qui était supposée transmettre en toutes circonstances et sans erreur les réponses d’Apollon qui l’aurait prétendûment possédée au moment des transes où elle rendait ses oracles !
Tout ce que dit ou fait un pape n’est non seulement pas revêtu de l’infaillibilité, mais il y a en outre des degrés divers d’autorité dans ce qu’il peut dire ou accomplir. Si l’on ne doit jamais se départir du respect dû à sa fonction magistérielle et à sa personne elle-même, il faut néanmoins se garder de toute naïveté, et de toute forme de culte de la personnalité.

E2 – Le magistère pontifical, tout comme le magistère des évêques, a été établi par Dieu pour garantir la transmission pure et sans erreur de la Vérité révélée dans toute son intégralité, Vérité révélée confiée par Notre-Seigneur à Ses saints apôtres. En l’occurrence, tout comme aux saints apôtres eux-mêmes, aux évêques leurs successeurs est accordée par Dieu une assistance particulière pour conserver et transmettre la foi authentique ; mais cela ne signifie pas – comme pour Pierre au moment de son reniement – qu’ils sont toujours et immanquablement fidèles aux grâces liées à leur ministère. Le pape n’est pas une marionnette dont le Bon Dieu tire infailliblement les ficelles !
Tous les hiérarques de la Sainte Eglise peuvent, en fonction de critères divers que seul Dieu peut juger en toute justice, laisser interférer dans leurs propos ou actions, des éléments qui proviennent d’une pensée personnelle influencée par des doctrines étrangères à la Révélation divine et à l’orthodoxie de la foi, et qui peuvent fausser leur enseignement.

E3 – Ce dont il est ici question, c’est de l’hérésie formelle d’un pape – c’est-à-dire de l’hérésie consciente et coupable – et non de l’hérésie matérielle – c’est-à-dire non coupable et liée à une erreur non volontaire. C’est aussi dire que cette dernière possibilité – celle d’un pape hérétique sans le vouloir mais seulement parce qu’il est conditionné, par exemple, par une mauvaise formation théologique – est admise par tous les théologiens qui se sont interrogés à ce sujet.
Insistons donc seulement pour dire que Dieu seul peut juger des degrés de conscience, de connaissance ou d’ignorance, de volonté ou d’influence subie, de malice ou d’innocence qu’il peut y avoir en cela. Cela ne nous appartient pas !
En revanche il nous appartient de garder la foi catholique, en restant fidèles à l’enseignement du catéchisme catholique authentique, malgré les propos contraires que pourraient tenir certains prêtres, évêques, cardinaux ou même pontifes.
Dans les deux cas historiques cités en D : qui, sinon le seul Juge des reins et des coeurs, peut affirmer en toute certitude et justice que les papes Honorius 1er et Jean XXII ont été formellement dans l’erreur et non pas seulement matériellement, sans intention réellement perverse ?

E4 – De toute façon, l’opinion – puisque ce n’est qu’une opinion théologique – qui regarde comme improbable qu’un pape puisse jamais tomber dans l’hérésie, me sembe-t-elle improbable, et – au-delà – cela constitue même un impérieux motif obligeant tous les fidèles de la Sainte Eglise à prier avec une ferveur redoublée : « Ut domnum apostolicum et omnes ecclesiasticos ordines in sancta religione conservare digneris, Te rogamus audi nos : pour que Vous mainteniez dans Votre sainte religion le Souverain Pontife et tous les ordres de la hiérarchie ecclésiastique, nous Vous en supplions, écoutez-nous ! »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Notes :

(1). Auteur d’un traité sur l’Église hiérarchique – « Hierarchiæ ecclesiasticæ assertio » - où il examine la question du pape hérétique (Lib. IV, chap. 8).
(2). « De Romano Pontifice » (lib. IV, chap. 6-14).
(3). « De fide, disputatio«  10, sectio 6, § 11, in « Opera omnia », tome XII, p. 319.
(4). « Hæc Providentiæ supernaturali confisi, satis probabiliter existimamus nunquam eventura » (Mansi, tome 52, col. 1 109).
(5). Louis Billot, L’Église. II – Sa constitution intime, question 14, thèse 29, 2e partie, n° 940-949.
(6). Dublanchy, article « Infaillibilité du pape » dans Dictionnaire de théologie catholique, t. VII, 2e partie, col. 1716-1717.
(7). Joachim Salaverri, « De Ecclesia Christi », thèse 14, § 657.
(8). « De Romano Pontifice » (lib. IV, chap. 6).
(9). Ibidem, chap. 7-14.
(10). C’est le fameux passage du livre I, distinction 40, chapitre VI intitulé Si papa.
(11). «… cunctos ipse judicaturus a nemine est judicandus, nisi deprehendatur a fide devius. » Cette affirmation est attribuée à saint Boniface, archevêque de Mayence, et elle est citée sous son nom, avant Gratien, par le cardinal Deusdedit et par Yves de Chartres. cf. article de Dublanchy, dans le Dictionnaire de théologie catholique, col 1714-1715.
(12). Dublanchy, Ibidem, col 1 715.
(13). De locis theologicis, livre VI, chapitre VIII, § 21-23.
(14). Commentaire sur 2a2æ, q 1, art 10, folios 183-212 de l’édition de Venise de 1587.
(15). De fide, dissertatio 5, art 3, § 3, objection 2 ; De regulis fidei, dissertatio 4, art 8, § 2, objections 2 et 6 ; De incarnatione, dissertatio 9, art 2, § 2, objection 2.
(16). Tractatus de romano pontifice, thèse 32, scholion, p. 630-633

11 février 2013 - foudre sur la basilique Saint-Pierre

Le fameux impact de foudre qui s’est abattu sur le paratonnerre du faîte de la coupole de la basilique Saint-Pierre au Vatican
dans la soirée du 11 février 2013

On pourra lire aussi :
« Dix conseils pour survivre à un pape calamiteux et continuer à être catholique » > ici

2018-17. Entretien avec le Prieur de la Confrérie Royale.

Le site « Vexilla Galliae », en plein renouvellement après un changement de directeur de la publication, de contributeurs et d’esprit profond, a sollicité Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur en sa qualité de Prieur de la Confrérie Royale, pour un entretien, à l’occasion du prochain pèlerinage légitimiste  qu’elle organise auprès de Notre-Dame du Puy (cf. > ici).
Nous remercions Monsieur Loïc Baverel de nous avoir aimablement autorisés à reproduire cette « intervioue » sur les divers blogues de la Confrérie Royale et dans ces pages-ci, qui leur sont étroitement liées…

Bannière de la Confrérie Royale auprès de Notre-Dame du Puy

La bannière de la Confrérie Royale auprès de la Vierge Noire du Puy
lors du pèlerinage légitimiste à l’occasion du grand jubilé, en 2016.

Fleur de Lys

Entretien avec le Prieur de la Confrérie Royale


Source > Vexilla Galliae « Entretien avec le Prieur de la Confrérie Royale »

Pour la troisième année consécutive la Confrérie Royale organise un pèlerinage légitimiste au Puy-en-Velay. L’occasion pour nous de découvrir, ou de redécouvrir, la Confrérie Royale.
Entretien avec son Prieur, Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

VG – Bonjour Mon Frère, vous êtes le Prieur de la Confrérie Royale. En quelques mots, quel est son objet, son charisme propre ?


Fr.Mx.M.
La Confrérie Royale est née de la rencontre providentielle de prêtres et de religieux dont la vocation propre (je parle bien de vocation, c’est-à-dire d’appel divin authentifié par leurs conseillers spirituels respectifs) comporte une mission très spéciale de prière et de service spirituel de la France, en totale conformité avec les desseins particuliers de Dieu sur ce Royaume, et donc – en toute logique – de prière et de service spirituel de son Roi légitime, dans lequel s’incarnent les principes de la royauté capétienne traditionnelle.
Cette royauté traditionnelle, qui est parvenue à un degré d’équilibre et de perfection inégalé sous le règne du Grand Roi, nous en souhaitons ardemment la pleine restauration, car elle seule peut assurer l’avenir et la prospérité de la France, ainsi que le bonheur de ses peuples.
Or cette restauration ne se pourra faire qu’à la suite d’une conversion profonde et générale : en renvoyant à la célèbre formule de Sainte Jeanne d’Arc, je dirais que s’il convient que les hommes d’armes bataillent, il ne faut jamais oublier que c’est Dieu qui donne la victoire. Il est vain d’attendre de Dieu la victoire – et la conversion qui la précédera – si l’engagement militant en faveur de la royauté traditionnelle et les efforts de reconquête des intelligences, des cœurs et des âmes, ne sont pas soutenus par un vrai, profond et solide mouvement spirituel, qui attire sur le Royaume et sur son Souverain légitime toutes les grâces nécessaires à cette restauration.
Conscients que des fidèles laïcs peuvent eux aussi éprouver cet attrait surnaturel à prier spécialement pour le bien spirituel du Royaume et, au premier chef, pour l’Aîné des Capétiens, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, les fondateurs de la Confrérie Royale, laquelle s’adresse en priorité au clergé de France, ont également prévu que des fidèles puissent y être associés.
En résumé donc, l’objet propre de la Confrérie Royale est la prière pour la France et donc très spécialement pour le Prince, son Souverain légitime, dans lequel s’incarnent les principes de la royauté capétienne traditionnelle.


VG  - Quelle est la situation de la Confrérie vis-à-vis de l’Eglise ? Quel statut avez-vous ?


Fr.Mx.M.
Composée de prêtres, de religieux et de fidèles de la Sainte Eglise catholique romaine, la Confrérie Royale professe la foi catholique traditionnelle, et dans le cadre de ses activités et pèlerinages célèbre la liturgie latine traditionnelle. De ce fait, la Confrérie Royale est pleinement catholique.
Elle est pleinement catholique même si, pour l’heure, elle ne bénéficie pas d’une reconnaissance canonique particulière, qui n’est ni indispensable ni nécessaire pour exister et pour être catholique. En l’état actuel des choses, ce n’est pas le « label » qui fait la catholicité : on connaît des œuvres ou des mouvements qui bénéficient d’une reconnaissance officielle alors qu’ils sont des instruments de l’apostasie !
La Confrérie Royale est catholique parce qu’elle professe la foi catholique en communion avec tous les pasteurs légitimes de l’Eglise catholique. Le code de droit canonique promulgué en 1983 affirme : « Les fidèles ont la liberté de fonder et de diriger librement des associations ayant pour but la charité ou la piété, ou encore destinées à promouvoir la vocation chrétienne dans le monde, ainsi que de se réunir afin de poursuivre ensemble ces mêmes fins » (canon 215). Cela suffit pour le moment.
Vous savez, il ne faut pas de crispation juridique. Un canoniste qui travaillait au Vatican sous le pontificat de Benoît XVI, m’a dit un jour en substance : « En France, beaucoup de catholiques marchent sur la tête parce qu’ils veulent toujours avoir des autorisations avant de faire exister les choses. Mais ce n’est pas ainsi que le Saint-Esprit a agi dans l’Eglise : le Saint-Esprit suscite des fondateurs et des œuvres. C’est lorsqu’elles se développent que l’Eglise les observe, exerce son discernement et les authentifie, mais pas avant. Imaginez ce qui ce serait passé si Saint Benoît et Saint François, par exemple, avaient commencé par demander des autorisations : nous n’aurions jamais eu ni bénédictins ni franciscains ! Non ce n’est pas ainsi que le Saint-Esprit agit dans les fondations. Il faut d’abord vivre… »
Voilà pourquoi, pour l’heure, alors que la Confrérie Royale n’a que deux ans et demi d’existence, il ne faut pas – selon une expression de Saint Vincent de Paul – « enjamber sur les marches de la Providence ». La Confrérie Royale croît doucement, « en sagesse, en stature et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (cf. Luc II, 52) et c’est d’abord cela qui importe.


VG - La Confrérie Royale organise à l’Ascension son 3ème pèlerinage légitimiste au Puy-en-Velay. Comment cela est-il accueilli par les autorités diocésaines ?


Fr.Mx.M.
A l’occasion du grand jubilé de Notre-Dame du Puy, la Confrérie Royale – qui avait tout juste neuf mois – a en effet organisé, conjointement avec l’Union des Cercles Légitimistes de France, un pèlerinage au Puy-en-Velay, les 4 et 5 juin 2016. Ce pèlerinage, auquel Monseigneur le Prince Louis de Bourbon a alors adressé un message particulièrement chaleureux, a été l’occasion de très grandes grâces.
Ce pèlerinage officiellement légitimiste de 2016 a été accueilli avec bienveillance par les autorités diocésaines, Son Excellence Monseigneur Luc Crépy lui ayant accordé sa bénédiction.
Nous n’avions alors pas particulièrement envisagé une reconduction systématique de ce pèlerinage. Toutefois, en considération d’une part des liens historiques très spéciaux qui unissent le sanctuaire de Notre-Dame du Puy avec la royauté française, et d’autre part des fruits de grâce reçus au Puy-en-Velay, nous avons commencé à penser qu’il serait peut-être bon d’annualiser ce pèlerinage pour le Roi et la France.
Nous en avons donc entretenu le Recteur de la basilique-cathédrale du Puy, qui en a bien évidemment conféré avec Monseigneur l’Evêque, et nous en avons reçu une réponse très favorable. C’est donc en plein accord avec les autorités diocésaines que désormais tous les ans, les vendredi et samedi qui suivent la fête de l’Ascension, a lieu et aura lieu ce pèlerinage auprès de Notre-Dame du Puy, pour le Roi et la France.


VG - Comment un pèlerinage peut-il être légitimiste ? Que répondez-vous à ceux qui disent que c’est confondre la Foi et le politique ?


Fr.Mx.M.
Ah ! Cette pernicieuse accusation de confondre la Foi et le politique !!!
La Confrérie Royale est, je me répète, pleinement catholique, et en tant que telle elle adhère totalement aux condamnations de la « séparation de l’Eglise et de l’Etat » formulées et argumentées par le pape Saint Pie X. Nous n’adhérons en aucune manière au divorce (même « par consentement mutuel » !) entre l’Eglise et l’Etat : dans la saine compréhension des rapports entre ces deux domaines de compétence, il y a une distinction, non une séparation.
C’est ainsi qu’ont pensé et agi nos Souverains légitimes, depuis Clovis, en passant par Saint Charlemagne, Saint Louis, Philippe le Bel, Louis XIII et Louis XIV ; c’est aussi ainsi qu’ont pensé et agi les grands serviteurs de la Couronne et de la France tels le cardinal de Richelieu ; c’est enfin ainsi qu’ont aussi pensé et agi les saints de France, depuis Sainte Geneviève et Saint Remi, et, après eux, une longue litanie de saints dont il n’est pas possible d’énumérer ici tous les noms, mais dont émerge très spécialement Sainte Jeanne d’Arc et les glorieux martyrs de la grande révolution…
L’accusation de confusion entre la Foi et le politique n’émane que d’esprits viciés par les pseudo « lumières » et par le modernisme.
Alors, oui, un pèlerinage peut être légitimiste ! Parce que ce qui est légitimiste est ce qui est conforme à la loi : la sainte loi de Dieu d’abord, et ensuite les desseins providentiels de Dieu sur la France dont, en définitive, les lois fondamentales du Royaume terrestre ont été indubitablement suscitées par la divine Providence.
C’est aussi simple que cela ! Et nous n’allons pas renier ce que Dieu a fait en France depuis Clovis à travers treize siècles de royauté catholique, par complaisance envers la secte impie qui poursuit d’une même haine le trône et l’autel.


VG - Y a-t-il d’autres projets dans la besace de la Confrérie Royale ?


Fr.Mx.M.
Le but de la Confrérie Royale, je le redis, c’est la prière pour le Roi légitime et pour le Royaume de France. En conséquence, tous les projets de la Confrérie Royale consistent à obtenir du Roi du Ciel, toutes les grâces dont le Roi de la terre a besoin : grâces de lumière et de discernement, grâces de force et de prudence, grâces pour accomplir la mission qui lui est dévolue par sa naissance.
Les projets de la Confrérie Royale, ce sont aussi la croissance en ferveur et en vertu – et donc la sanctification – de ses membres : sanctification qui rejaillit immanquablement en fruits de grâce pour Monseigneur le Prince Louis, pour sa famille et pour la famille de ses peuples dans tout le Royaume.
A partir de là, la Confrérie Royale, en fonction des opportunités, des anniversaires historiques, des invitations qui lui sont adressées par les légitimistes de telle ou telle province pour telle ou telle occasion particulière, peut être présente, s’associer ou organiser des pèlerinages ou récollections.
Ces événements sont alors annoncés, en temps opportun, sur les deux blogues de la Confrérie Royale : « l’Ami de la Religion et du Roi » et « Confrérie Royale », ainsi que sur sa page Facebook. 


VG - Qui peut rejoindre la Confrérie Royale et à quoi s’engage-t-on lorsqu’on la rejoint ?


Fr.Mx.M.
Tout homme de bonne volonté professant la foi catholique et convaincu de la nécessité de la restauration de la monarchie traditionnelle peut devenir membre de la Confrérie Royale (des non-catholiques peuvent également y être associés nous le dirons plus loin).
Tous les membres de la Confrérie Royale s’engagent
1) à la triple récitation de l’angélus (matin, midi et soir) en conclusion duquel ils ajoutent l’oraison pour le Roi,
2) à sanctifier plus spécialement le 25 de chaque mois,
3) à être dans une communion de prière et de charité avec les autres membres de la Confrérie,
4) à prier pour la béatification des membres de la Famille Royale martyrisés par la révolution,
5) à restaurer, maintenir et promouvoir autant qu’il est en leur pouvoir les fêtes et traditions du Royaume…


Il existe diverses catégories de membres :
1) les membres pléniers, qui prononcent un vœu de consécration à la Couronne de France et dont de ce fait toutes les prières et la valeur de leurs bonnes actions sont offertes pour le Roi et la France ;
2) les membres simples, qui s’engagent à l’observance des pratiques propres de la Confrérie ;
3) les membres associés, qui n’appartiennent pas à l’Eglise catholique mais veulent toutefois s’unir en leur for intérieur à la Confrérie par la prière pour le Roi et la France.
Enfin il y a les sympathisants, qui sont proches de l’esprit de la Confrérie Royale et qui s’associent plus ou moins, selon leurs possibilités, à ses prières ou à ses manifestations.

Pour rejoindre la Confrérie Royale, il convient de nous contacter via l’un des deux blogues.

 Propos recueillis par Loïc Baverel

Rappel : pour les renseignements et les inscriptions au pèlerinage > ici

armoiries confrérie royale

Fleur de Lys

2018-16. De la « place des femmes dans l’Eglise ».

7 mars,
Fête de Saint Thomas d’Aquin ;
« Dies natalis » de la Vénérable Marie-Clotilde de France (cf. > ici).

Demain, à grand renfort de tintamarre médiatique, on va nous rappeler que le 8 mars est la « journée internationale des femmes » ou plus exactement « journée internationale du droit des femmes ».
Si, à cette occasion, il peut arriver que l’on entende quelques propos sensés et justes, il faut bien reconnaître qu’ils sont souvent emportés par un maëlstrom de contre-vérités, de stupidités, de lieux communs, de revendications agressives, de sexisme inversé, et de féminisme simpliste et primaire.

égalité des sexes

Le plus affligeant toutefois ne réside pas dans l’inconsistance des bavardages d’une société qui a perdu le sens des choses naturelles les plus élémentaires et qui tourne le dos à toute référence à l’ordre voulu par Dieu, mais bien dans les échos et commentaires que ces bavardages suscitent dans l’Eglise.

Et voilà des épiscopes, des prêtres, des religieux (normalement, en bon français, dire « des religieux » inclut les religieuses sans qu’il soit nécessaire de faire la répétition du mot dans sa forme féminine), des théologiens et des « spécialistes » plus ou moins autoproclamés, des concubines de prêtres regroupées en associations, ainsi que des « laïcs engagés » et des « permanents de la pastorale », qui vont lamentablement se mettre à la remorque de l’esprit du monde et s’en faire les perroquets.
Il ne m’appartient pas de dire si c’est par conviction réelle, par opportunisme, par simple bêtise, par manque de réflexion, ou juste par crainte de passer pour rétrograde. Ce sont généralement ceux qui appartiennent à cette dernière catégorie et qui n’ont d’autre opinion personnelle ferme que celle de vouloir être « modernes », qui se montrent les champions de la surenchère.
Bref ! Tous ces modernichons patentés ne vont pas louper l’occasion de réclamer que les femmes aient « plus de place dans l’Eglise »…

Or, bien que je ne fréquente guère les églises où se célèbre la nouvelle liturgie ainsi que leurs presbytères et autres locaux paroissiaux, je sais toutefois ce qu’il s’y passe.
En effet, l’écrasante majorité des personnes qui s’occupent de l’éveil à la foi et des catéchismes, qui assurent les permanences d’accueil paroissial, qui ouvrent les églises et qui y font le ménage, qui prennent en charge le travail de la sacristie, qui sont secrétaires paroissiales, qui visitent les malades, qui accompagnent les familles en deuil, qui préparent les funérailles, qui chantent dans les chorales, qui sont membres des équipes liturgiques… etc., …etc., et qui assistent aux offices, sont des femmes !
Je mets un peu à part les chapelles et paroisses dites « traditionnalistes » où les dames sont également très nombreuses et très actives, sauf bien sûr – et c’est normal – pour tout ce qui touche directement au service de l’autel.

Moi je crois plutôt qu’il serait temps et plus que temps de faire comprendre et de montrer que la religion n’est pas qu’une « affaire de bonnes femmes » (pour reprendre la très « délicate » et très « élégante » expression populaire).

Et je profiterai aussi de ce 8 mars pour saluer et féliciter toutes les femmes qui, elles, avec un véritable esprit surnaturel et dans la continuité des femmes dont le Saint Evangile nous dit qu’elles assistaient Notre-Seigneur Jésus-Christ pendant sa vie publique (cf. Luc VIII, 3), donnent de leur temps et de leur personne pour maintenir ce qu’elles peuvent des vestiges de la Chrétienté épars dans ce Royaume de France majoritairement apostat et irréligieux.

Patte de chat  Lully.

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2018-13. Du respect des grandeurs d’établissement.

Vous savez bien que, nous autres chats, sommes très attentifs à tout ce que font nos humains de compagnie et nous montrons toujours très vigilants dans l’observation de leur monde, de leurs manières de faire et de se comporter…
L’univers, principalement catholique et légitimiste, dans lequel la divine Providence m’a placé, s’il est relativement préservé n’en comporte pas moins ses fragilités et ses défaillances qui, pour la plupart du temps, sont dues aux influences de la décadence généralisée qui s’étale en ce siècle.
J’avais constaté en particulier, par des observations directes ou par les échos transmis par des personnes amies, combien certains légitimistes – dont l’attachement sincère et profond à la Légitimité ne peut être mis en doute – pouvaient parfois adopter un ton familier pour parler de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, notre Roi de jure
Si je suis absolument ennemi de toute forme de « culte de la personnalité » – ce que la saine révérence due au Souverain légitime n’est pas -, comme aussi de toute forme de politesse qui ne serait qu’un vernis de surface sans authenticité, je le suis tout autant des familiarités. J’aime en particulier à rappeler que, avant la funeste révolution, un sujet respectueux ne désignait même jamais son Souverain par un pronom : il était considéré comme irrespectueux de dire « je l’ai vu » mais il convenait de dire « j’ai vu le Roi » ou « j’ai vu Sa Majesté ». Les saints eux-mêmes ne dérogeaint pas à ces usages, ils s’en montraient au contraire les observateurs d’autant plus scrupuleux qu’ils voyaient toute la profonde réalité spirituelle qui s’y rattache.
Nous nous entretenions de cela avec mon papa-moine, et nous en avons également conféré avec notre excellent ami le Révérend Père Jean-François Thomas, qui partage nos sentiments, et comme il excelle à écrire les choses avec autant d’acuité quant au fond que d’élévation quant à la forme, je lui ai demandé s’il consentait à rédiger un article sur ce sujet.
Qu’il soit chat-leureusement remercié d’avoir accédé à ma demande et de s’en être acquitté avec autant de maestria !

Patte de chat Lully.

Fleur de lys

Louis XIII avec la France et la Navarre - Simon Vouet 1624

Louis XIII en majesté accompagné des figures allégoriques de la France et de la Navarre
(Simon Vouet – 1624)

Fleur de lys

Du respect des grandeurs d’établissement

Une des nombreuses destructions révolutionnaires, – présente aussi dans la Constitution américaine dont les pères maçons partageaient les mêmes convictions que les esprits des Lumières -, est celle de la politesse et du respect qui régissent les relations harmonieuses entre les êtres appartenant à différents groupes dans une même société. La révolution française imposa le tutoiement généralisé et pas seulement l’abandon des titres et des privilèges. Elle toucha ainsi au cœur ce que la langue française possédait de plus subtil et de plus raffiné. Certes, cette crise de folie où désormais tout le monde s’apostrophait par des « citoyen » et des « citoyenne » s’apaisa avec la naissance du premier Empire et surtout l’avènement de la Restauration, mais les peuples de France en demeurèrent profondément marqués, à jamais.

La vague révolutionnaire de mai 1968 reprit les mêmes slogans, les « camarades » remplaçant les « citoyens ». Le désir de faire table rase de toute autorité naturelle ou d’établissement fut identique à celui qui anima les sans-culottes. Depuis cette époque, l’usage du tutoiement universel s’imposa de nouveau, dans toutes les couches sociales, y compris dans l’Eglise où le bas et le haut clergé découvrit soudain les vertus d’une familiarité égalitaire, symptôme de la crise d’autorité qui rongeait le corps tout entier.

Notre héritage est donc lourd et débilitant en ce domaine. Nous avons oublié depuis bien longtemps la sage distinction pascalienne entre grandeurs naturelles et grandeurs d’établissement qu’il serait bien utile de se remémorer :

« Il y a dans le monde deux sortes de grandeurs ; car il y a des grandeurs d’établissement et des grandeurs naturelles. Les grandeurs d’établissement dépendent de la volonté des hommes, qui ont cru avec raison devoir honorer certains états et y attacher certains respects. Les dignités et la noblesse sont de ce genre. En un pays on honore les nobles, en l’autre les roturiers, en celui-ci les aînés, en cet autre les cadets. Pour quoi cela? Parce qu’il a plu aux hommes. La chose était indifférente avant l’établissement: après l’établissement elle devient juste, parce qu’il est injuste de la troubler
Les grandeurs naturelles sont celles qui sont indépendantes de la fantaisie des hommes, parce qu’elles consistent dans des qualités réelles et effectives de l’âme ou du corps, qui rendent l’une ou l’autre plus estimable, comme les sciences, la lumière de l’esprit, la vertu, la santé, la force.
Nous devons quelque chose à l’une et à l’autre de ces grandeurs; mais comme elles sont d’une nature différente, nous leur devons aussi différents respects.
Aux grandeurs d’établissement, nous leur devons des respects d’établissement, c’est-à-dire certaines cérémonies extérieures qui doivent être néanmoins accompagnées, selon la raison, d’une reconnaissance intérieure de la justice de cet ordre, mais qui ne nous font pas concevoir quelque qualité réelle en ceux que nous honorons de cette sorte. Il faut parler aux rois à genoux; il faut se tenir debout dans la chambre des princes. C’est une sottise et une bassesse d’esprit que de leur refuser ces devoirs 
» (Deuxième Discours sur la condition des grands).

Refuser de reconnaître et de respecter les grandeurs d’établissement est donc se condamner à négliger les grandeurs naturelles qui peuvent être présentes en un même homme. Rayer de la carte le respect dû à l’autorité selon son rang est se précipiter dans le chaos et le désordre de relations humaines où tous nagent dans un identique marigot.

Pourquoi donc rappeler ce qui semble couler de source ? Tout simplement parce que nous sommes tous touchés par cette habitude de familiarité dévastatrice, y compris au sein des chapelles catholiques traditionalistes et des Français légitimistes. La goujaterie et le laisser-aller dans les moindres rapports humains sont aujourd’hui monnaie courante. L’enfance et la jeunesse, qui reçoivent peu d’éducation en ce domaine, ne sont pas les seuls à souffrir de cette maladie transmise par leurs parents et par leurs familles. Comment nous adressons-nous à nos aînés, à ceux qui sont revêtus de quelque autorité humaine ou divine ? Que transmettons-nous à ceux qui dépendent de notre exemple et de notre enseignement ? De quelle façon parlons-nous des personnes auxquelles nous avons des devoirs de reconnaissance de grandeurs d’établissement, indépendamment de leurs qualités et de leurs vertus personnelles ? Il est par exemple préférable de parler de tout pape régnant comme du « Saint Père » ou du « Souverain Pontife ». Cette marque de respect n’est point lâcheté ou refus de reconnaître les limites humaines de tel ou tel de ces successeurs de Pierre. Elle permet au contraire, dans un second temps, de réfléchir calmement, sans passion et sans vulgarité, à ce qui mérite analyse ou désaccord.

En ce qui regarde notre manière de parler, en privé ou en public, du Prince légitime dont la république a confisqué le trône, le bilan n’est pas plus glorieux. Pourtant son nom est prononcé par le prêtre dans le Canon de la messe, au sein du silence sacré, après celui du Pape régnant et de l’évêque du lieu. Il est le roi que Dieu nous donne, et cette mission dépasse ses péchés personnels et ses manquements. Ce choix divin mérite respect, en toute occasion, et ne permet aucune familiarité, fût-elle enturbannée du prétexte d’un attachement affectueux. Le Roi n’est appelé par son prénom que dans la liturgie de l’Eglise car tous les baptisés sont égaux dans le cœur de Dieu et qu’elle parle alors au nom du Christ, comme le Christ lui-même s’adressant à ses apôtres par leurs prénoms.
Nous n’avons aucun droit, sous le couvert d’une amitié, d’une proximité, d’une affection, de déroger à ce principe régulant les grandeurs d’établissement.
Parler de « Louis », à plus forte raison de « Loulou », en public ou même dans un cercle restreint, est non seulement de très mauvais goût mais reflète à quel point l’influence de la révolution, qui avait fait du Roi un « Capet », a miné notre bon sens, notre respect des grandeurs et de l’autorité.

La paysannerie française du XVIII° siècle, – usage qui s’est poursuivi d’ailleurs très longtemps dans nos campagnes -, possédait une politesse royale lorsqu’il s’agissait de montrer le respect entre les générations : non seulement les enfants vouvoyaient leurs parents, mais les parents vouvoyaient leurs enfants. Cette noble distance permettait aux plus pauvres de garder la dignité dont ils étaient revêtus comme d’autres Christ.
Les apôtres n’appelèrent jamais Notre Seigneur par son nom, mais toujours par des titres révélant son autorité hors du commun. Dans les humbles tâches partagées par le Christ avec ses disciples, comme lorsqu’ils remontaient les filets ensemble, le Maître demeurait tel et la crainte respectueuse habitait ces futurs pêcheurs d’hommes.

Notre Roi terrestre, même s’il n’est pas couronné et ne siège pas sur son trône, mérite le respect qui lui est dû car il a été choisi par Dieu lui-même. Seul Dieu et son Eglise s’adressent à lui en l’appelant Louis. Puissions-nous retrouver, dans toute sa simplicité et sa pureté, cette politesse française exquise et mesurée qui fit la réputation de notre royaume pendant plusieurs siècles. Elle est un signe, certes très terrestre mais inspiré par le Ciel, de notre attachement à l’autorité de Dieu.

Père Jean-François Thomas s.j.
II° dimanche de Carême
25 février 2018

Fleur de lys

2018-11. Nous avons lu et nous avons aimé : « Un Pape dans la tourmente – Pie VI, de Rome à Valence ».

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Serge Stolf Pie VI éditions Delatour

Quatrième de couverture :

« Pie VI est le dernier pape du XVIIIe siècle, mort en 1799 en déportation à Valence, dans la Drôme. Son long pontificat a été marqué par la montée grandissante de la philosophie des Lumières dans son offensive antichrétienne et antiromaine, et par la Révolution française qui bouleversa les rapports anciennement établis entre monarchie et Eglise.
L’année 2017 marque le tricentenaire de la naissance de ce pape italien et fournit l’occasion à la présente biographie d’évoquer la personnalité d’un homme confronté à la tourmente où risqua d’être emportée la papauté.
Cet ouvrage restitue les grands moments de cet affrontement idéologique et politique qui met en jeu une conception nouvelle de la liberté et des rapports entre le pouvoir laïque et l’Eglise.

Serge Stolf est professeur émérite de l’Université Grenoble Alpes. Ses travaux portent principalement sur l’humanisme italient et latin à la Renaissance. Ses thèmes de recherche sont orientés vers l’éthique humaniste, et les liens entre culture profane et culture chrétienne. Il est l’auteur d’une biographie sur le pape Pie II qui a été primée par l’Académie française, Les lettres et la tiare : E.S. Piccolomini, un humaniste au XVe siècle. »

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Commentaires de Lully :

C’est avec un immense intérêt que nous avons appris la publication de cet ouvrage, et c’est avec un plaisir encore plus grand que nous en avons fait une lecture attentive en notre Mesnil-Marie.
D’abord parce qu’il est bien écrit.
Et ensuite parce qu’en à peine 160 pages ce livre donne une idée exacte de la personnalité du pape Pie VI et des luttes qu’il eut à soutenir : le ton est juste, précis ; la présentation des faits est rigoureuse ; de très intéressantes citations  de textes majeurs aujourd’hui malheureusement méconnus (voire totalement ignorés) apportent au récit une grande richesse, et donnent envie d’approfondir ces enseignements de Pie VI relatifs à la révolution.
Le récit des derniers jours du « ci-devant pape » (!!!) sont sobres, sans exaltation romantique, ils ne donnent que plus de force à la réalité profonde de ce drame.
Cela nous a donné le goût d’en lire davantage et c’est ainsi que, nous avons eu la bonne fortune de trouver chez un bouquiniste une édition ancienne de l’ « Histoire de l’enlèvement et de la captivité de Pie VI », de l’abbé Baldassari. C’est en résumant les récits de ce dernier, certaines indications données par Monsieur Serge Stolf dans l’ouvrage que nous présentons ici, complétés par des précisions que nous sommes allés chercher dans des ouvrages généraux d’histoire de l’Eglise et de la papauté, que nous avons pu vous présenter le récit du départ de Rome de Pie VI captif publié > ici.

Nous espérons très fermement, en 2019, pouvoir commémorer comme il convient le 220ème anniversaire de la mort de Pie VI à Valence, survenue le 29 août 1799.

« Un Pape dans la tourmente – Pie VI, de Rome à Valence »
est publié aux éditions Delatour, et peut être commandé en ligne > ici

armoiries de Pie VI

2018-7. Réponse faite à un « anarcho-syndicaliste stalinien autonome »…

Jeudi 1er février 2018,
Fête du Bienheureux Guillaume Repin et de ses 98 compagnons martyrs (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Ignace d’Antioche, évêque et martyr ;
Mémoire de Saint Sigebert III, roi d’Austrasie et martyr.

Angers - Apocalypse - cavaliers exterminateurs

Angers, tenture de l’Apocalypse : les myriades de cavaliers exterminateurs.

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Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Sur la page Facebook de la Confrérie Royale, à l’occasion de la publication faite par l’un des administrateurs d’un document sur la crise de l’Eglise en France – crise très grave à n’en pas douter – , un monsieur a publié ce commentaire : « Il nous aura fallu plusieurs siècles, mais ça y est, la fin de l’Eglise ! Enfin ! »

Pour les naïfs ou les utopistes qui s’imagineraient encore que l’Eglise du Christ peut être dans des relations fraternelles avec « le monde » (dans la plénitude du sens évangélique du terme), ce genre de réflexions et de remarques peu amènes est, à mon avis, toujours bénéfique : il faut espérer qu’elles pourront un jour dessiller les yeux de ces pigeons, et qu’elles les feront revenir de leurs illusions de « joie et d’espoir » godiches (en latin : gaudium et spes !).

La Sainte Eglise, déjà en la Personne divine de son Fondateur – Notre-Seigneur Jésus-Christ – , en ses colonnes – les Saints Apôtres -, et en ses enfants jusqu’à la consommation des siècles qui verra le moment de la victoire finale sur l’Antéchrist, sera en butte aux contradictions, oppositions et persécutions du monde.
Notre-Seigneur nous l’a assuré ; et Notre-Seigneur ne peut ni Se tromper ni nous tromper.

Mais si le Seigneur Jésus nous a infailliblement promis des persécutions, Il nous a tout aussi infailliblement prédit la victoire finale de Son Eglise : « Non praevalebunt ! Les portes de l’enfer ne l’emporteront pas sur elle… » (cf. Matth. XVI, 18).

Notre espérance ultime se fonde donc sur la parole infaillible de Notre-Seigneur, en dépit de tous les constats décourageants que nous pouvons faire sur l’état présent de l’Eglise, sur la médiocrité et la décadence généralisées du clergé, sur l’apostasie pratique (et probablement inconsciente) d’une écrasante majorité de ceux qui se prétendent catholiques, sur les ravages du modernisme, sur la persécution larvée menée par les instances politiques à l’encontre des restes de Chrétienté qui subsistent en Occident… etc.

Ni optimistes ni pessimistes, nous sommes des réalistes, et des réalistes chrétiens : cela nous garantit tout à la fois du découragement et de l’illusion béate. 
Du découragement, parce que nous savons que Dieu aura le dernier mot.
De l’illusion béate, parce que – ainsi que l’affirmait magnifiquement Gustave Thibon« (…) la vertu d’espérance (…) n’a rien à voir avec cet optimisme aveugle et béat qui se voile les yeux devant le mal et s’imagine que, quoi qu’il arrive, tout ira fatalement de mieux en mieux ; elle consiste plutôt à ne jamais se décourager ni perdre pied, quelles que soient l’épaisseur du mal et la gravité du péril » (voir le texte complet > ici).

Mais il est temps que je vous laisse prendre connaissance de l’échange avec cet « anarcho-syndicaliste stalinien autonome » (sic) venu sur la page Facebook de la Confrérie Royale et de la réponse qui lui fut faite par mon papa-moine.

pattes de chatLully.

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Angers - Apocalypse - Ange annonçant la chute de Babylone

Angers, tenture de l’Apocalypse : un ange annonce la chute de Babylone.

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 Réponse faite à un « anarcho-syndicaliste stalinien autonome » :

- Il nous aura fallu plusieurs siècles mais ça y est, la fin de l’Eglise ! Enfin !

- « Il NOUS aura fallu ». « Nous » ? Qui est-ce « nous » ?

- Les anarcho-syndicalistes stalinistes autonomes.

- Bah, vous n’existez pas depuis très longtemps, moins de deux-cents ans… L’Eglise a vingt siècles d’existence. Les empereurs romains pendant trois siècles, Julien l’Apostat, les divers hérétiques tout au long des siècles, les massacres et les guerres, les mahométans, les protestants, les philosophes et encyclopédistes du XVIIIème siècle, les francs-maçons, les révolutionnaires de 1789, Napoléon, les bolcheviks, les anarchistes, les nazis, les maoïstes, les khmers, les syndicalistes stalinistes – autonomes ou pas – , … etc. … etc., j’en passe des fêlés du ciboulot et des gros méchants qui avaient une puissance, militaire ou politique, inouïe, sans compter les hommes d’Eglise pervertis eux-mêmes : tous ceux-là n’y sont jamais arrivés !
N’ayez pas la prétention d’être à vous seuls aussi efficaces que vingt siècles d’ennemis acharnés réunis : ce serait un peu trop présumer de vos forces réelles.
Que l’Eglise traverse aujourd’hui une crise, une crise grave : c’est un fait.
Qu’elle disparaisse totalement, cela ne sera pas !
Vous pourrez tuer des chrétiens, détruire des églises et des couvents, confisquer nos biens, nous envoyer en camps de concentration ou de rééducation, nous torturer, en faire apostasier certains, bombarder le Vatican et zigouiller un pape ou deux… etc.
L’Eglise subsistera !

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Angers - Apocalypse - Victoire de Saint Michel

Angers, tenture de l’Apocalypse : victoire de Saint Michel et de ses anges sur le dragon et les anges rebelles.

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