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2022-99. Simplicité et virilité : les grandes oubliées de notre époque ?

armoiries confrérie royale

Lettre mensuelle aux membres et amis de la Confrérie Royale

25 septembre 2022 – XVIe dimanche après la Pentecôte

Crucifixion - Van Dyck 1630 - Eglise St Michel Gand

Christ en Croix, Anthony van Dyck, 1630
[église Saint-Michel - Gand]

Simplicité et virilité : les grandes oubliées de notre époque ?

Chers amis,

   Quelle époque que la nôtre ! Nous sommes assaillis par des titres médiatiques tous plus horribles les uns que les autres : ici des meurtres, là une guerre, là bas des profanations d’églises ou des sacrilèges commis par des « catholiques » clercs ou laïcs, comment ne pas être tentés de laisser tomber. « Laisse tomber, cela ne sert à rien de te battre, » nous dit le Malin, « je suis partout et j’ai déjà gagné ! Laisse-toi porter un instant par les plaisirs qu’offre ce monde moderne ! ». Sans désirer peindre un lugubre tableau de notre société, il ne faut pas faire l’autruche en ignorant la réalité des choses : notre monde court à sa perte. « Si Mon peuple ne veut pas se soumettre, Je suis forcée de laisser aller le bras de Mon Fils. Il est si lourd et si pesant que Je ne puis le retenir. Depuis si longtemps que Je souffre pour vous autres ; si Je veux que Mon Fils ne vous abandonne pas, Je suis chargée de Le prier sans cesse et vous n’en faites pas cas. Vous aurez beau prier, beau faire, vous ne pourrez récompenser la peine que J’ai prise pour vous! J’ai donné six jours pour travailler, Je Me suis réservé le septième et on ne veut pas Me l’accorder ; c’est cela qui appesantit tant le bras de Mon Fils. Aussi ceux qui mènent les charrettes ne savent plus jurer sans y mettre le nom de Mon Fils : ce sont ces deux choses qui appesantissent tant Son bras (1) .» Ces paroles de la Vierge Marie à La Salette doivent nous faire réfléchir. Quels sont les problèmes profonds de notre époque postmoderne ? Comment y contribuons-nous ? Que faisons-nous pour prier et apaiser ce Fils dont le bras se fait si lourd ?

   Notre monde actuel se complaît dans les plaisirs. Plus précisément, nous et nos contemporains sommes esclaves de nos appétits sensibles. C’est-à-dire que nous suivons nos attraits pour telle chose ou telle autre qui nous procurera un plaisir : écouter une musique peu édifiante, regarder un film qui contient des blasphèmes, grignoter un morceau alors que nous savons que cela est mauvais pour notre santé… Dans notre vie quotidienne, les exemples surabondent. « Qu’à cela ne tienne, ce n’est pas grave ! Ce n’est pas peccamineux ! » Peut-être pas en effet. Pourtant, se livrer ainsi à nos appétits nous fait courir un grand danger : celui de la féminisation. Le Père Chad Ripperger (2) explique, dans une de ses nombreuses conférences, que, particulièrement de nos jours, nous devons tous, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, être virils. Qu’est ce que cela veut dire ? L’analyse de ce qu’est la virilité nous fournit la réponse. La virilité, qui est, normalement, le propre des hommes, permet à ces derniers d’être moins prompts à suivre les aléas des sentiments et des émotions. Elle donne également cette force qui est spécifique à l’homme. Lorsque nous imaginons un homme viril, nous imaginons plutôt un bûcheron canadien que sa pilosité faciale hirsute fait ressembler à un ours, plutôt qu’à un aristocrate anglais buvant du thé. L’homme viril est celui qui, conjointement avec une force physique certaine, dispose d’une certaine force d’esprit. Il fait ce qui est bien même si cela lui coûte. Toute femme dispose aussi de cette virilité intellectuelle, cette force mentale qui aide la volonté à faire ce qui est bon. Dans une conférence donnée à Lyon sur la virilité intellectuelle, le professeur Léon Ollé-Laprune (3) cite saint Thomas d’Aquin, le Docteur Commun, en ces termes : « la créature raisonnable a ce privilège d’avoir une sorte d’empire sur elle-même : elle est maîtresse d’elle-même. » Le professeur poursuit plus loin : « Voir clair, juger et conclure, ce sont, Messieurs, les qualités qui nous manquent le plus ; en d’autres termes, la virilité intellectuelle est d’autant plus souhaitable dans le temps présent que dans le temps présent elle manque davantage. Mais j’ajoute immédiatement que jamais elle ne fut plus nécessaire, et en voici la raison : Il y a des époques paisibles, tranquilles, qu’on pourrait dire assises : le dix-septième siècle, dans sa seconde moitié, pourrait, de loin du moins, en fournir un exemple. Alors, Messieurs, on peut se laisser vivre, alors on peut se dire que ceux qui ont l’autorité sont chargés de nous faire vivre, mais, dans le temps où nous sommes, il faut faire ses affaires soi-même. (4) » Cette conférence est toujours d’actualité. Tous, hommes, femmes, adolescents, nous devons acquérir cette virilité intellectuelle qui est une première étape nécessaire avant de pouvoir avancer dans la voie de la vertu.

   La vertu de virilité est primordiale, et, pour illustrer ses propos, le Père Ripperger prend en exemple la musique moderne. Certaines musiques élèvent l’âme ; le chant sacré par exemple. D’autres font ressortir nos instincts les plus basiques en faisant monter notre adrénaline. D’autres encore provoquent des émotions. Platon disait justement : « Si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler sa musique ». La musique nous donnant un plaisir particulier lors de l’écoute, notre corps demandera toujours plus de musique. Nous connaissons tous (avons été ou sommes toujours), l’exemple de l’adolescent qui ne peut pas vivre sans ses écouteurs dans les oreilles. Lui supprimer sa musique est une violence telle qu’il se révolte. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est devenu dépendant du plaisir que lui procure sa musique. Il est « drogué » à la musique. La conséquence la plus grave en est une diminution de la volonté mais également de la virilité intellectuelle. Notre adolescent se féminise en fin de compte car il n’est plus capable de poser librement le choix du bon mais ne peut fonctionner que par son ressenti physique, ou plus exactement, psychique.

   Nous pouvons directement relier la perte de la virilité à un certain nombre de problèmes sociétaux. Si plus personne ne possède la virilité nécessaire pour tenir les lois morales, les interdits moraux sont levés de manière à pouvoir satisfaire les sens selon ses désirs. On commence par la « libération » sexuelle des années 70, pour en arriver aujourd’hui aux abominations de la théorie du genre et toutes ses conséquences chez les jeunes. La recherche du plaisir est telle que le moyen d’obtenir ce plaisir n’importe plus.  S’il faut tuer ou faire des actes contre nature, cela n’importe pas car la volonté et la virilité ne peuvent plus guider l’âme perdue vers le bien.

   La recherche du plaisir et la perte de la virilité entrainent un embourgeoisement matériel et spirituel ; la mortification prend la porte et le confort s’installe en maître partout et dans tous les aspects de nos vies. La simplicité n’a plus sa place, notamment à la table de notre maison. Elle est remplacée par une sorte de paresse qui nous entraîne à rechercher le luxe et l’inutile au lieu du nécessaire et du fonctionnel. Nous sommes déconnectés du réel et ne voyons plus les problèmes autour de nous. Nous finissons dans une sorte d’introspection perpétuelle par ne regarder que notre propre petite personne, que finalement, nous ne trouvons pas si médiocre que cela. Et la réforme de notre cœur devient de plus en plus compliquée car nous n’avons plus de volonté et sommes aveuglés par notre propre confort.

   Nous pouvons aisément constater qu’aujourd’hui l’esprit de mortification a disparu, tant au sein du clergé que chez les fidèles. Il est bien loin le temps du général de Sonis et des exercices de mortification corporelle. De nos jours même jeûner ou se priver ne serait-ce que de grignoter ou de boire trop d’alcool est vu comme un sacrifice trop important. Regardons dans nos maisons, nos chambres, analysons ce que nous avons en votre possession : combien de ces choses sont réellement utiles ? Nous avons tous besoin de retrouver cette virilité intellectuelle et nous avons tous besoin de sortir de nos vies confortables.

   La simplicité passe par le détachement matériel à la fois de manière intellectuelle mais également concrète. Un mobilier simple, une table simplement dressée, des repas simples (ce qui n’est pas synonyme de mauvais) sont des choses vers lesquelles nous devons tendre. Il nous faut sortir de notre confort.

   Virilité et simplicité : voici deux vertus qui, souvent oubliées, sont pourtant primordiales et doivent constituer un socle sur lequel nous bâtissons notre vie spirituelle. Dieu est simple, nous devons l’être aussi. Dieu est viril, Il ne change pas Ses humeurs. Nous devons également être virils pour, en fin de compte, devenir véritablement libres et détachés des choses d’ici bas et nous attacher aux choses d’en haut, tout en ayant les pieds fermement sur terre.

   Nous qui prions spécialement pour le relèvement de notre patrie, nous ne pouvons pas être médiocres : « Je connais tes œuvres : tu n’es ni froid ni chaud. Plût à Dieu que tu fusses froid ou chaud ! Aussi, parce que tu es tiède et que tu n’es ni froid ni chaud je vais te vomir de ma bouche (5) ». Nous ne pouvons être des catholiques tièdes in genere, mais encore plus, il nous faut être des catholiques brûlants ! Comment voulons nous que nos prières soient efficaces si nous ne faisons pas pénitence ? « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence !Je ne vous promets pas de vous rendre heureux en ce monde, mais en l’autre » disait la Sainte Vierge à Sainte Bernadette. Ces paroles sont encore plus d’actualité de nos jours. Nous devons faire pénitence pour nos propres péchés mais également pour aider notre Mère du Ciel à retenir le courroux de son Fils.

   Alors prenons des résolutions fermes, soyons des catholiques réellement virils et réellement simples, de la simplicité de Dieu. Nous serons alors libres de nous consacrer pleinement à faire rayonner Sa gloire dans le monde. Courage ! Soyez tous assurés de mes prières pour chacun d’entre vous,

In Corde Christi,

Abbé Pierre-Alexandre Pie

Apparition de La Salette, détail d'un vitrail de l'église de Massiac (diocèse de Saint-Flour)

Apparition de Notre Dame de la Salette
détail d’un vitrail de l’église de Massiac (diocèse de Saint-Flour)

Notes :
1 – Début du discours de Notre-Dame à La Salette, le 19 septembre 1846
2 – Fondateur de la Société de la Mère de Douleurs, exorciste et Docteur en Philosophie
3 – 25 juillet 1839 – 13 février 1898, philosophe catholique et professeur
4 – Léon Ollé-Laprune, De la virilité intellectuelle, 20 août 1896, Facultés catholiques de Lyon, Unions de la Paix sociale, à lire > ici
5 – Apocalypse de Saint Jean, 3, 15-16.

2022-97. Le renouveau de la France passera par le retour des Lys.

Mercredi 21 septembre 2022,
Fête de Saint Matthieu, apôtre et évangéliste (cf. > ici, et > ici) ;
230ème anniversaire de la proclamation, par dol et forfaiture, de la 1ère république (cf. > ici).

   La joie de la fête de l’apôtre Saint Matthieu – belle et grande fête d’un très grand et très admirable apôtre de Notre-Seigneur – est toutefois toujours un peu voilée de tristesse en raison de l’anniversaire historique attaché à cette date : le 21 septembre 1792, comme nous le rappelons ci-dessus (aller sur le lien proposé), au mépris de toute démocratie – dont elle prétend pourtant tirer sa force et sa « légitimité » – et des convictions plus que générales des Français, la Royauté française était déclarée abolie et la république proclamée…
Avec la république, la France allait s’enfoncer dans l’horreur et le chaos, la corruption et la barbarie, pour ensuite sombrer dans la dictature d’un petit caporal bouffi d’orgueil !

   A l’occasion de ce deux-cent-trentième anniversaire cependant, en guise de remède au « spleen » politique et d’antidote à la désespérance, nous avons un réel plaisir à vous proposer la lecture d’un texte paru au mois de juin dernier dans la revue publiée par le Cercle royal des enfants de France : ce sont les réponses données par Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX aux questions posées par l’un des responsables du Cercle sus-nommé.
Voilà donc de quoi réfléchir, avec l’occasion de se dire que nous pouvons avoir la certitude que la « gueuse » périra de ce qui l’a fait naître  : le mensonge et la forfaiture, le crime et le terrorisme, la corruption et la barbarie, l’abrutissement et le sacrilège…
Les paroles fortes et sereines de l’Aîné des descendants de Hugues Capet, de Saint Louis, d’Henri IV et de Louis XIV, nous invitent à agir, à être « missionnaires » de la Légitimité, à saisir toutes les occasions et à être les acteurs d’une véritable restauration royale.

PS : Nous nous autorisons à reproduire en caractères gras les phrases qui nous semblent les plus importantes de cet entretien.

Couverture de la revue du cercle royal des enfants de France - juin 2022

Couverture de la revue de juin 2022 publiée par le Cercle Royal des Enfants de France
dans lequel est paru l’entretien reproduit ci-dessous

frise fleurs de lys

1. Que pensez-vous de l’avenir de la France avec la réélection de Emmanuel Macron en tant que président ?

   Je ne polémique pas avec l’actuel président de la république qui comme tous ses prédécesseurs passera…
Je suis plus intéressé par l’avenir de la France qui, elle, a vocation de durer. Je dois dire que je suis inquiet de ce qui se passe depuis des décennies dans la terre des Lys.
Comme nous le montre l’histoire, la France a été une terre de progrès, de culture, de civilisation ; un pays non seulement prospère et puissant mais, encore plus, regardé par de nombreux autres comme un modèle.
Pourtant, actuellement, nous voyons l’œuvre des siècles détruite. Pour une large part c’est le fait d’institutions inadaptées car elles ne permettent aux meilleurs de donner toute leur puissance au service de la collectivité. Où sont les Colbert, les Sully, les Michel de l’Hospital ? Pareillement elles appauvrissent des populations toujours plus nombreuses. La France a progressivement été déclassée, ce qui a des conséquences sur sa souveraineté et son moral. Or c’est contre cet esprit d’abandon qu’il faut réagir et, malheureusement les gouvernements actuels sont incapables de le faire puisque les institutions ne sont plus à même de répondre aux besoins. Bâties sur des idées fausses, minées par le scepticisme et le relativisme elles ne peuvent répondre aux interrogations du monde d’aujourd’hui. D’ailleurs depuis des décennies les gouvernements ont promis des réformes mais ils n’ont rien fait car c’est le système qui est mauvais.

2. Que pensez-vous de l’Union Européenne, trouvez-vous qu’elle remplit son rôle, ou va-t-elle trop loin ?

   Vous faites bien de poser la question en termes d’Union Européenne car c’est là où le bât blesse.
Un Capétien ne peut être que pour l’Europe, qui a été le creuset de la civilisation occidentale, à laquelle le monde entier doit tant. L’Europe a toujours eu le souci de transmettre sur les cinq continents ses valeurs inspirées par sa foi chrétienne et l’héritage gréco-romain.
Qu’a-t-telle à transmettre actuellement si ce n’est des idéologies délétères ? Avec l’Union européenne ce qui était un projet de civilisation rayonnant sur le monde, est devenu un mauvais modèle économique et financier technocratique menant à une mondialisation dangereuse puisqu’ordonnée à rien d’autres que l’esprit de profits à court terme.
Afin que l’Europe puisse de nouveau être un modèle et non un pion plus ou moins malmené dans un concert des nations toujours plus instable et dangereux, la France doit reprendre conscience de sa vocation d’éducatrice des nations.

3. Avez-vous l’impression que les Français désirent un roi ?

   Cela ne peut-être une question d’impression.
Le Roi sous-entend une volonté de partager un destin commun, un grand dessein dans lequel tous se retrouvent, heureuse alchimie entre les désirs individuels et la volonté de garantir ce que les anciens appelaient la chose publique. Les Français n’ont jamais totalement oublié le roi. Les dix siècles de royauté demeurent comme une sorte d’âge d’or auquel ils peuvent se référer ne serait-ce qu’en matière de patrimoine. Ce qui est « royal » par nature est « beau et glorieux ».
Sur un autre plan voyez aussi combien les Français regardent avec envie vers les princes étrangers que ce soit les Windsor ou les Grimaldi. Plus de Français ont suivi le Jubilé des 70 ans de règne de la Reine Elisabeth II que la cérémonie du second quinquennat de M. Macron.
Mais d’un certain sentiment en faveur de la royauté il conviendrait de passer à une volonté.

4. Avez-vous une impression que la civilisation européenne sombre dans un déclin profond à un point où toutes les valeurs qui l’ont bâtie ont été oubliées ? Quelle serait votre alternative face à ce déclin ?

   Comment ne pas voir qu’il y a un certain déclin européen ?
Il y a des causes extérieures, par exemple la poussée des pays émergents qui sont de nouveaux concurrents notamment économiques ; mais encore plus il y a des causes morales, une sorte de démission née d’une perte de confiance.

L’Europe rejette ses racines historiques, religieuses et civilisationnelles, comme si elle avait honte d’elle-même et de ce qu’elle a réussi par le passé et qui a fait sa grandeur. Elle semble oublier qu’elle a été le lieu de tous les progrès tant matériels que culturels. Elle a été l’espace où ont pu s’épanouir tous les arts. L’Europe peut être fière d’elle -même.
Quand elle abandonne sa mission, le monde retrouve les désordres : l’esclavage renait, comme la piraterie et tous les trafics ; les obscurantismes de tous ordres s’épanouissent, et donc l’insécurité pour tous.
Les périls extérieurs sont autant le fruit des démissions internes que des volontés hégémoniques de nos ennemis.
Quand la France et l’Europe montraient leur puissance et leur détermination elles n’ont pas été attaquées. C’est une des leçons que Louis XIV donnait au Dauphin. Elle n’a pas perdu de son actualité.

   Pour stopper le déclin il faut que l’Europe retrouve confiance en elle et revienne a plus de sens du réel, c’est-à-dire tire un trait sur les fausses idées et les idéologies. Les dernières crises, économiques, sociales et sanitaires, montrent nos fragilités en des domaines toujours plus larges et pourtant vitaux pour notre pays. Cette dépendance accompagne le déclin. Il faut en tirer les conséquences et savoir renouer avec une action politique réaliste permettant de retrouver les voies de la croissance et du développement équilibré.

5. Que pensez-vous de la place de la jeunesse dans le royalisme actuel ? Les encouragez-vous à poursuivre des actions tel que ce journal, du militantisme (collage d’affiche…) ou d’autres actions ?

   Les jeunes sont toujours l’avenir. Cela est vrai pour les familles comme pour les Etats. Cela est vrai aussi, bien évidemment, pour le royalisme. Que serait-il s’il n’était que prôné par les anciens ? Tout au plus une nostalgie pour un monde révolu du passé.
Or le royalisme, comme cela l’a toujours été du temps des Rois de France, doit être avant tout vision d’avenir, d’espoir pour demain. Chaque règne nouveau apportait un peu plus au royaume. Dans les premiers siècles, assurer l’essor territorial ; ensuite créer des structures politiques et administratives performantes avec une fonction publique dévouée au service de l’Etat, enfin assumer et garantir la souveraineté.
Actuellement la société est si malade que sa renaissance incite à revenir aux formes qui ont fait leur preuve et non aux utopies.
Je ne peux qu’encourager les jeunes, à la fois dans leur activité d’approfondissement des connaissances pour pouvoir défendre leurs idées, et de militantisme, car les jeunes ont besoin d’action. Ainsi je soutiens les jeunes qui s’engagent dans les actions diverses pour contribuer au bien commun.

6. Certains jeunes ne comprennent pas pourquoi vous n’habitez pas en France ? Est-ce une question de principe ? ou pratique ? Pouvez-vous nous en parler ?

   Il n’y a aucune raison de ne pas en parler.
Je vis avec ma famille à Madrid. Même si les chefs des maisons ayant régné sur la France ne sont plus astreints à l’exil, comme ce fut le cas jusqu’au milieu des années 1950, il me semble qu’actuellement, je suis plus libre en étant hors des frontières. Cela me permet de n’être le jeu d’aucune pression et d’avoir le recul nécessaire sur les grandes interrogations de la société comme le déclassement qui atteint une part toujours plus grande de la population.
N’oublions pas que la France, en ce début du XXIème siècle, voit le nombre de ses pauvres augmenter. Des territoires entiers sont déclarés par les autorités elles-mêmes comme des zones de non droit ; pendant que d’autres territoires, dits périphériques, se trouvent abandonnés par les services publics les plus élémentaires ; quant à des pans entiers de ce qui était encore il y a peu le fleuron de la France, l’éducation, la justice, le système de santé, se voient peu à peu empêchés de bien remplir leur mission. L’Armée tient encore par le souci d’abnégations de tous, mais pour combien de temps ?
Ce sont sur ces problèmes structurels beaucoup plus que conjoncturels qu’il appartient d’avoir des réponses et donc d’avoir du recul.
Je sais, qu’heureusement, nombreux sont ceux qui commencent à y réfléchir et je ne peux que les encourager…
D’autre part, s’il faut vous rassurer sur le quotidien, je viens fréquemment en France. Je souligne que les distances sont abolies, et, même hors des frontières, je ne me sens pas loin de la France et des Français dont je ne suis séparé que par une heure et demie d’avion. Les liaisons sont permanentes avec mes collaborateurs, et aussi avec l’information par le biais des réseaux sociaux.

7. Quelle forme aurait la Monarchie future ?

   Elle ne pourrait avoir que la forme de son temps comme ce fut toujours le cas. Du Xème au XIXème siècle la royauté a connu des formes diverses. Celle de Saint Louis n’est pas celle de Louis XIV, celle de François 1er la même que celle d’Henri IV.
Il en serait de même aujourd’hui ou demain.
La monarchie restaurée dans un souci de bien commun retrouvé devra assurer leur place aux corps intermédiaires pour une bonne représentativité de tous. C’est sur ce point que notre régime malgré son emploi permanent du mot démocratie, n’assume plus ses devoirs, d’où la crise sociale permanente du fait de tous ceux qui se trouvent exclus. C’est de cela que le taux d’abstention à toutes les élections témoigne.
La royauté nous a appris que la société doit être un corps social vivant dans lequel chacun est à sa place, du plus humble jusqu’au Roi, qui est sa clef de voûte. C’est vers cela qu’il faut tendre en redonnant leur place à tous les corps intermédiaires, le premier étant bien évidemment la famille.

8. Voulez-vous rajouter un point important que nous n’aurions pas abordé ?

    Ne perdez pas espoir et gardez à l’esprit que c’est par l’engagement de tous que la France trouvera la voie de son renouveau.

9. Que voulez-vous dire aux jeunes qui vont vous lire ?

   L’avenir est entre leurs mains. Ils doivent apprendre et travailler en ce sens de manière ensuite à remplir leur devoir d’Etat visant au bien commun de tous, et à leur épanouissement personnel et familial.
Il faut qu’ils gardent espoir pour le renouveau de la France qui passera par le retour des Lys et qu’ils s’engagent, chacun à leur place, dans cette voie du renouveau.

Source > ici

Grandes armes de France

2022-88. Une pensée réconfortante en regard des menaces de tous ordres auxquelles notre pays semble devoir faire face…

15 août 2022,
Fête de l’Assomption de Notre-Dame,
Fête patronale du Royaume de France.

   Un peu avant le milieu de la matinée de cette fête de l’Assomption, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux un court message à l’adresse de ses sujets, à l’occasion de la fête patronale du Royaume.
   Encore une fois, à travers quelques phrases lourdes de sens, Sa Majesté nous livre des éléments de méditation et d’action importants, si on ne se contente pas d’une lecture superficielle.

Champaigne - Vœu de Louis XIII - musée des beaux-arts Caen

Le vœu de Louis XIII
(Philippe de Champaigne – musée des beaux-arts de Caen)

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   En consacrant la France à la Vierge Marie, le 10 février 1638, et en formulant le vœu que cette consécration soit renouvelée, le 15 août de chaque année, mon aïeul, Louis XIII, a placé notre pays dans une situation de dévotion religieuse qui perdure au-delà des aléas de l’histoire.

   Tant que continueront à se dérouler dans notre pays, les messes, cérémonies, et processions qui marquent le 15 août, cette bienveillance divine continuera d’être manifestée à l’égard de la France, pour tous ceux qui se reconnaissent en elle.

   Cette pensée réconfortante ne doit-elle pas être présente tout particulièrement en ce moment de notre histoire, en regard des menaces de tous ordres auxquelles notre pays semble devoir faire face ?

Trois lys blancs

2022-87. « Plutôt que de se plaindre de l’inculture d’aujourd’hui, faisons nôtre la vraie culture du beau, du vrai et du juste. »

Lundi 8 août 2022,
Au diocèse de Viviers, la fête de Saint Venance, évêque et confesseur ;
Mémoire des Saints Cyriaque, diacre, Large et Smaragde, et leurs compagnons, martyrs ;
Anniversaire du rappel à Dieu du Rd. Père Jean Charles-Roux (cf. > ici et > ici).

Armes de France & Navarre

   Alors que l’Université Saint Louis s’est achevée vendredi dernier, 5 août, le Secrétariat du Prince a rendu public ce matin le message particulier que Monseigneur le prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a adressé à ses participants, qui en avaient bien évidemment reçu la primeur en temps opportun.
Au-delà des participants eux-mêmes, ce message manifeste l’estime de Sa Majesté pour le travail de formation accompli par l’Union des Cercles Légitimistes de France, en même temps qu’il constitue, à l’adresse de toutes les personnes qui sont conscientes de la très grave crise actuelle, un chaleureux encouragement à travailler à se former dans la Vérité des principes spirituels et politiques, culturels et historiques, qui permettent de lutter efficacement contre les poisons révolutionnaires…

Louis XX (2)

Chers Amis de l’Université Saint-Louis,

Vous voilà réunis pour une semaine de travail au moment où beaucoup se reposent. Vous sacrifiez un peu de votre temps pour apprendre et comprendre. Vous êtes des sentinelles de la pensée. Soyez en remerciés. Votre démarche mérite non seulement tous mes encouragements mais encore plus toutes mes félicitations.

Celles-ci s’adressent aussi aux organisateurs de l’Université Saint-Louis qui préparent avec une grande attention chaque session annuelle. Réaliser chaque été, depuis plus de vingt ans maintenant, cette université est un grand succès de l’Union des Cercles Légitimistes de France et montre sa constance et sa rigueur dans le travail.

Dans une époque qui n’ose plus réfléchir de peur d’être confrontée à sa vacuité, vous osez, vous, relever le défi de la culture contre l’inculture ambiante ; le défi de la Vérité, contre l’erreur.

Celle-ci est partout présente : les informations sont tronquées et orientées, la connaissance historique objective bafouée, les faits cachés ou travestis au nom des idéologies perverses du moment, l’une chassant l’autre.

Heureux ceux qui peuvent maintenir des îlots de science et de savoir. Vous en faites partie et ainsi vous préparez le renouveau de demain. Par vos travaux et le sérieux avec lequel ils sont menés, vous écrivez l’avenir.

Le thème que vous avez choisi cette année, les religions politiques, est tout à fait à propos. En effet les fausses religions idéologiques sont avant tout politiques, il faudrait dire même politiciennes, car elles ne servent trop souvent que des intérêts très éloignés du bien commun. Fausses religions aussi parce qu’elles travestissent et s’attaquent au fait religieux et notamment à la religion catholique. Ces religions politiques, fausses par nature, sont le fondement de toutes les idéologies les plus pernicieuses dont nombres d’entre elles, au XXe siècle notamment, ont abouti aux totalitarismes les plus inhumains. Ces religions politiques mènent la plupart du temps à la mort qu’elle soit extermination, génocide, euthanasie, dévalorisation de la nature humaine. Cela dure depuis plus de deux siècles, depuis la complète inversion des valeurs qu’a été la Révolution française quand la vérité est devenu une variable ; quand le relativisme a envahi toutes les sphères de la pensée ; quand la transcendance a cessé de guider la politique.

Heureusement il y a toujours des êtres pour résister. Vous en êtes ! Tel est l’honneur de votre Université Saint Louis.

Je souhaite un plein succès à cette session 2022. Ne vous découragez pas. Formez-vous et ensuite soyez assez forts pour reconquérir par l’intelligence, la société qui manque cruellement de vraies valeurs et aussi du recul de la Sainte Religion puisque sans les enseignements du décalogue il est bien vain de vouloir établir une société politique juste.

Tel est notre devoir à tous. Plutôt que de se plaindre de l’inculture d’aujourd’hui, faisons nôtre la vraie culture du beau, du vrai et du juste. Celle de la culture française de toujours. La culture des quinze siècles d’histoire légués par tous mes aïeux dont la France peut être fière et que nous avons tous le devoir de transmettre.

Que Saint Louis vous assiste.

Louis de Bourbon
Duc d’Anjou

Nota bene :
Pour télécharger les Cahiers de l’Université d’été Saint Louis 2022 > ici.

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2022.73. Quelques réflexions sur le thème de la vocation (4ème partie) : des délais et résistances que d’aucuns opposent parfois aux appels de la grâce…

Mardi 21 juin 2022 ;
Fête de Saint Louis de Gonzague, confesseur, céleste protecteur des jeunes gens (cf. iciici et ici).

Je dédie très spécialement cet article à mes amis, religieux et prêtres,
qui ont soutenu des combats pour leur vocation,

et aux séminaristes dont j’ai la joie et l’honneur d’accompagner la formation.

La vocation de Saint Louis de Gonzague - Le Guerchin 1650

La vocation de Saint Louis de Gonzague – Le Guerchin (1650)

Bien chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   La fête de Saint Louis de Gonzague me paraît particulièrement idoine à poursuivre les réflexions concernant la vocation initiées à la fin août 2020 (cf. ici).

   Saint Louis de Gonzague (1568-1591), en effet, dut soutenir de rudes combats pour avoir la liberté de répondre à l’appel intérieur à une vie tout entière donnée à Dieu : fils aîné de Ferdinand 1er de Gonzague, seigneur puis marquis de Castiglione delle Stiviere, sa carrière, dans le monde et dans l’armée était en quelque sorte toute tracée sans qu’il ait son mot à dire dans l’affaire.
Mais l’appel de Dieu et de l’Eglise était venu déjouer les projets humains, et l’adolescent devra affronter les colères homériques de son père et livrer bataille pendant des années pour enfin pouvoir, après autorisation de Sa Majesté l’Empereur, renoncer à ses droits héréditaires et, avec les bénédictions de son père et de Sa Sainteté le Pape Sixte Quint, entrer au noviciat de la Compagnie de Jésus, à l’âge de 17 ans et demi.

   De nos jours, comme alors, il ne manquerait pas de voix, même parmi les gens très pieux et fervents (puisque Ferdinand 1er de Gonzague envoya à son fils des religieux exemplaires et haut placés pour tenter de le dissuader d’entrer en religion), qui conseilleraient au jeune homme d’attendre, de faire montre de davantage de prudence, de passer des diplômes ou d’acheter des brevets militaires afin d’être assuré d’une situation dans le siècle pour le cas où « ça ne marcherait pas ».
En écrivant ces lignes, j’ai à l’esprit une multitude d’exemples de parents, de prêtres, d’éducateurs, voire d’évêques, qui, sous couvert de sagesse et de prudence, ont tenté – et parfois réussi – à éloigner un jeune homme ou une jeune fille de la prompte obéissance à l’appel de Dieu, appel pourtant soutenu et authentifié par des conseillers spirituels sagaces.

   Et je ne passerai pas sous silence les chantages affectifs dont certains parents sont capables pour détourner un enfant de sa vocation religieuse ou sacerdotale : tantôt on fait valoir qu’on aurait souhaité que ce fils ou cette fille se montrât reconnaissant envers ses parents des efforts et des frais qu’ils ont consentis pour ses études et on affirme qu’ils sont donc en droit d’avoir une sorte de « retour » par l’acquisition d’une bonne situation professionnelle et sociale ; tantôt on se lamente sur le fait que cet enfant ne donnera pas à ses parents la joie d’avoir des petits enfants à chérir ; tantôt encore on objecte que, quand viendra la vieillesse, on aura besoin de son soutien et de sa présence et que le quatrième commandement de Dieu lui impose donc de ne pas les « abandonner » en entrant en religion… etc.
Cette sentimentalité familiale est l’un des plus pernicieux des arguments du démon pour contrer une vocation, car de tels parents sont alors de véritables instruments du démon et les alliés de ses manœuvres, couvrant des apparences de la charité leur propre manque de générosité, leur défaut d’esprit surnaturel et – disons-le tout de go – les manigances de leur égoïsme et de leur sensiblerie, pour faire avorter la vocation de leur enfant.

   La responsabilité des parents et des clercs qui contrent une véritable vocation est énorme, et ils devront rendre compte au redoutable tribunal de Dieu des délais que, par leur faute, l’intéressé aura mis à réaliser sa vocation, ou même de son abandon s’ils réussissent effectivement à en détourner leur enfant !
Et le jeune homme ou la jeune fille qui a clairement entendu l’appel divin et qui a été assuré par son confesseur ou ses conseillers spirituels de l’authenticité de sa vocation, commet lui aussi une faute en n’y répondant pas promptement, en y opposant des délais inspirés par une prudence tout humaine ; il ou elle s’expose même à perdre sa vocation, puis à s’engager dans des voies professionnelles et familiales pour lesquelles il ou elle n’était pas véritablement fait avec, pour conséquence, le risque de ne pas s’y épanouir spirituellement…
Qu’on pense à ce « jeune homme riche » de l’Evangile (Matth. XIX, 16-26), qui s’en alla tout triste parce qu’il ne fut pas assez fort dans sa détermination et pas assez généreux dans son abnégation, car les « grands biens » qui étaient les siens – et qui le possédaient au point de lui faire renoncer à répondre à l’appel à un état de vie supérieur – peuvent ne pas être uniquement pécuniers, mais aussi consister en situation confortable, en satisfaction à demeurer dans son milieu familial ou social, en études, en recherche des honneurs ou des diplômes, en attachements sentimentaux… etc.

   Si le Saint-Esprit a inspiré à l’Evangéliste de noter la chose pour qu’elle nous fût transmise, c’est pour que cela serve d’avertissement à tous les appelés par le Christ qui, soit par amour du monde et de ses biens, soit par faiblesse sentimentale familiale, soit par peur du sacrifice, soit par refus des exigences d’un don total, ne répondront finalement pas à l’appel amoureux de Notre-Seigneur : c’est le ratatinement de leur vie spirituelle qu’ils risquent, quand ce n’est pas sa perte totale.
Plusieurs auteurs spirituels et maîtres de la vie religieuse et sacerdotale n’ont pas hésité à écrire que celui qui ne répond pas à une authentique vocation risque fort de se damner, à moins d’une compensation héroïque par la pénitence et l’expiation.
Ce n’est pas pour rien que, il y a quelques semaines, j’ai insisté sur les « saints manqués » (cf. ici).

   Voilà pourquoi, après avoir évoqué il y a quelques mois (cf. ici), ces véritables avortoirs de vocations que peuvent être certains séminaires ou maisons religieuses dévoyés par le modernisme, je n’hésite pas aujourd’hui à dénoncer les « interruptions volontaires de vocations » - les IVV, pour calquer la terminologie à la mode -, dont se rendent coupables certains appelés, par faiblesse, par lâcheté, par manque d’amour de Dieu et de confiance en Sa grâce toute puissante…
Ce que l’avortement est à la vie d’un enfant conçu, ces comportements de refus le sont de la même façon pour la vie spirituelle et la sainteté d’une âme.
C’est un don de vie qui est réduit à néant.
C’est une fécondité spirituelle que l’on étouffe dans l’œuf et dont on ne peut, avec notre seule intelligence humaine, calculer toutes les conséquences. Mais Dieu, Lui, le peut !

   Toute vocation, religieuse ou sacerdotale, en effet, est porteuse de fécondité : un prêtre ou un religieux fidèles engendrent des âmes à la vie surnaturelle, obtiennent des conversions, entraînent des esprits vers les sommets de la vie spirituelle, leur permettent des développements de grâce et de vertu qui leur auraient été impossibles sans les prières, les sacrifices, l’abnégation, la persévérance, et l’apostolat de ces appelés qui ont répondu généreusement à l’appel du Christ et de Son Eglise !
Toute vocation avortée peut donc aussi entraîner des pertes immenses pour le Royaume de Dieu, pour le salut et la sanctification des âmes

   Lorsque Dieu appelle une âme à une vocation d’excellence, dans le sacerdoce ou la vie religieuse, c’est pour l’associer plus étroitement à Sa propre mission de Sauveur et de Sanctificateur, et c’est la marque d’une ingratitude incommensurable et d’une véritable goujaterie que de Lui répondre : « Seigneur, je Vous suivrai, mais plus tard, quand je me serai assuré une petite vie bien confortable, quand j’aurai fait passer le service de ma petite personne et de ses intérêts personnels avant ceux de Votre Règne… »
Qui, lorsqu’il est appelé à une haute carrière dans le service de l’un des puissants de cette terre, ose lui répondre de cette manière ? Et c’est pourtant – hélas ! – ce type de réponse que reçoit le Roi des rois et Seigneur des seigneurs !

Et l’on voudrait nous faire croire que ce que tout homme « raisonnable » et « sensé » selon la sagesse de ce monde taxerait de pure folie quand il s’agit des princes de la terre, deviendrait « prudence » et « sagesse » quand il s’agit du service de Dieu ? 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

 Le triomphe de Saint Louis de Gonzague - détail - retable de l'autel où sont conservées ses reliques église Saint Ignace Rome

« Le triomphe de Saint Louis de Gonzague »
par Pierre Le Gros (1698)
détail du retable de marbre de l’autel où se trouve le sarcophage contenant les reliques du jeune saint
dans l’église Saint-Ignace, à Rome.

 

2022-72. « La charité ne pourrait-elle inspirer la restauration de l’unité dans la vérité unique ? »

- 19 juin -

Anniversaire du rappel à Dieu
de

Michel de Grosourdy, marquis de Saint-Pierre
dit
Michel de Saint Pierre
(1916 – 1987)

Michel de Grosourdy de Saint-Pierre dit Michel de Saint Pierre

Michel de Grosourdy marquis de Saint-Pierre, dit Michel de Saint Pierre (1916-1987)

frise

   Ceux qui, comme moi, ont connu la période de « l’après concile » et ont été les témoins consternés de l’espèce de tourbillon qui a tout emporté sous l’effet du vent de folie qui souffla dans les presbytères, sacristies, séminaires, maisons religieuses et évêchés, se souviennent nécessairement aussi de la noble figure de Michel de Saint Pierre, écrivain de renom, qui plaça justement sa renommée au service de la foi catholique dans cette crise sans précédent, et qui, avec autant de fermeté que de pondération, engagea sa plume alerte dans la défense de la Tradition de l’Eglise.
Pour tous les humbles fidèles du rang, et en particulier pour les jeunes gens que nous étions alors, les textes et les prises de paroles de l’écrivain furent tout à la fois un réconfort et un stimulant.

   Lorsque, le 22 juillet 1976, fut rendue publique la sanction décidée par Paul VI contre Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre pour avoir procédé à des ordinations sacerdotales dans et pour le rite latin traditionnel malgré l’opposition romaine, il se produisit alors une sorte d’onde de choc qui permit à de nombreux fidèles de commencer à prendre conscience du drame de l’autodémolition de l’Eglise, à laquelle ils assistaient, avec douleur, depuis une quinzaine d’années déjà.
   Certains d’entre eux s’étaient déjà posé beaucoup de questions et avaient commencé à réagir ; des prêtres continuaient à célébrer la Sainte Messe latine traditionnelle de manière plus ou moins confidentielle – dans des lieux improbables parfois puisque leurs églises ou chapelles leur étaient interdites -; des mouvements s’organisaient de manière plus ou moins structurée ; et les langues se déliaient…
   Nous n’avions évidemment pas alors le recul qui est aujourd’hui le nôtre, et, dans l’ensemble, nous espérions que le Souverain Pontife et les autorités romaines, animés d’une véritable « bonne volonté » et d’une « sincère bienveillance » envers la liturgie traditionnelle et les fidèles qui lui étaient attachés, voudraient ouvrir les yeux et mettre fin au flot destructeur. A la vérité, nous n’imaginions pas, nous ne pouvions pas imaginer – c’était naïveté sans doute -, que ceux qui se présentaient comme nos pères dans la foi donneraient des pierres aux enfants qui leur demandaient du pain… Voilà pourquoi, lorsque le 9 août 1976, des intellectuels français entrainés par Michel de Saint Pierre publièrent une lettre ouverte au pape Paul VI en faveur de Monseigneur Lefebvre et de la Messe traditionnelle, dans l’ensemble, nous espérions un apaisement, dans la charité et la vérité.
Las ! Nous avons bien vu depuis combien cette espérance filiale était illusoire.

   Il reste que cette lettre des intellectuels français à l’adresse de Paul VI reste un document historique important pour l’histoire des combats de la Tradition catholique, et que, même si aujourd’hui nous ne pouvons plus souscrire entièrement à certaines de ses affirmations, il nous semble important de la relire : l’anniversaire de la mort de Michel de Saint Pierre nous en fournit une juste occasion.
Et pourquoi cet anniversaire ne nous redonnerait-il pas le goût de nous replonger dans l’œuvre engagée, et par certains côtés prophétiques, de cet écrivain à la foi exemplaire ?

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur 

frise

Très Saint-Père,

   Les sanctions qui viennent d’être prises contre Mgr Lefebvre et son séminaire d’Ecône ont créé une grande émotion en France. Bien au-delà des traditionalistes proprement dits, c’est la foule immense des catholiques français qui se sont sentis touchés.
Depuis des années, ils s’inquiètent de l’évolution de leur religion. Ils ne disent rien, n’ayant aucune qualité pour parler. Simplement, ils s’éloignent. C’est le cardinal Marty lui-même qui nous a récemment révélé que, de 1962 à 1975, la pratique dominicale avait baissé de 54 % dans les paroisses parisiennes. Pourquoi ? Parce que les fidèles ne reconnaissaient plus leur religion dans certaine liturgie et certaine pastorale nouvelles.
Ils ne la reconnaissent pas davantage dans le catéchisme qu’on enseigne maintenant à leurs enfants, dans le mépris de la morale élémentaire, dans les hérésies professées par des théologiens écoutés, dans la politisation de l’Evangile.

   Ils avaient accueilli le Concile avec joie parce qu’ils y avaient vu l’annonce d’un rajeunissement, une certaine souplesse apportée à des structures et à des règles que le temps avait peu à peu durcies, un accueil plus fraternel à tous ceux qui cherchent la vérité et la justice sans avoir encore le bénéfice du grand héritage de l’Eglise. Mais ce qui est advenu n’a pas répondu à leur attente. Ils ont l’impression désormais d’assister au sac de Rome. N’est-ce pas vous-même, très Saint-Père, qui avez parlé de l’autodémolition de l’Eglise? Le fait est qu’en France cette autodestruction bat son plein — et nous en sommes les témoins.

   De Mgr Lefebvre et du séminaire d’Ecône, ces catholiques du rang connaissaient fort peu de chose. Mais ce qu’ils en apprenaient peu à peu par les journaux, la radio et la télévision leur était plutôt sympathique. Mgr Lefebvre avait passé le plus clair de sa vie dans une activité de missionnaire, il avait été délégué apostolique en Afrique. Votre prédécesseur, le Pape Jean XXIII, qui l’estimait beaucoup et l’aimait bien, l’avait nommé membre de la Commission centrale de préparation du Concile. Il avait formé des générations de séminaristes ; parmi les prêtres issus de ses séminaires, quatre sont devenus évêques et c’est vous-même qui aviez fait cardinal l’un d’entre eux, Mgr Thiandoum. Comment un tel évêque qui, toute sa vie, a servi l’Eglise de manière insigne pourrait-il y être soudainement un étranger ? N’est-il pas plutôt l’évêque dont Vatican II semble avoir tracé le portrait : un évêque fort dans la foi, orienté vers la mission, ouvert au monde à évangéliser ? Désolé de la ruine des séminaires français et convaincu que les vocations ne manquaient pas chez les jeunes, il a ouvert un séminaire qui, strictement fidèle aux normes mêmes de Vatican II et de la Congrégation de l’éducation catholique, proposait à ceux qui voulaient y entrer une vie de prière, d’étude et de discipline. Aussitôt les candidatures ont afflué et le séminaire s’est rempli. La très grande majorité de ces catholiques du rang dont nous parlons savent aujourd’hui tout cela.

   L’unité de l’Eglise est l’argument que nous voyons partout mis en avant pour justifier les mesures sévères prises contre Ecône. Mais, très Saint-Père, que le petit noyau d’Ecône soit écrasé, et la division s’aggrave encore ! Car la division n’est pas entre Mgr Lefebvre et les autres évêques français. Elle est au sein même de l’Eglise hiérarchique. Il existe actuellement autant de rites, autant de pratiques, autant d’opinions qu’il y a d’églises, de prêtres, de communautés, de groupes et de groupuscules. C’est le pullulement de ces petits schismes intérieurs, c’est cette prolifération de religions particulières qui est la marque de l’Eglise de France car nous ne parlons que pour la France. Et la désobéissance à Rome, au Pape, au Concile éclate dans tout ce qui concerne la liturgie, le sacerdoce, la formation des séminaristes et la foi elle-même. D’étranges messes — parfois œcuméniques —, et qui n’ont rien à voir avec la messe de Paul VI, sont célébrées un peu partout dans la plus parfaite impunité. Toute « célébration eucharistique » serait-elle permise sauf la messe traditionnelle ? Toute église pourrait-elle être ouverte aux musulmans, aux israélites, aux bouddhistes et fermée aux seuls prêtres en soutane ? Tout dialogue serait-il bienvenu avec les francs-maçons, les communistes, les athées et condamnable avec les traditionalistes ? La hiérarchie, en France, tiendrait-elle davantage à imposer un certain esprit nouveau qu’à annoncer et à défendre les vérités de la foi ?

   Voilà, très Saint-Père, ce que finit par se demander le peuple chrétien de la base, que nous évoquons ici. Chaque jour nous apporte les échos — de plus en plus forts, de plus en plus nombreux — de sa stupeur et de son angoisse. C’est pourquoi nous nous tournons vers vous, car vers qui un catholique se tournerait-il, sinon vers le Pape, successeur de Pierre, Vicaire de Jésus-Christ ? Nous déposons à vos pieds notre supplique. Quelle supplique ? Celle de l’amour et du pardon. C’est plutôt une plainte, un gémissement que nous espérons faire monter jusqu’à vous. Nous ne sommes pas versés dans le Droit canonique et nous ne doutons pas que des condamnations romaines aient des assises juridiques. Mais justement le juridique, le légalisme, le formalisme nous semblaient avoir été bannis, dans ce qu’ils peuvent avoir d’excessif, par Vatican II. Ce très grave procès fait à Mgr Lefebvre et à son séminaire ne pourrait-il être reconsidéré ? L’amour que vous éprouvez pour le peuple chrétien de France ne pourrait-il l’emporter sur une rigueur qui, frappant le plus notoire de nos défenseurs de la Tradition, achèverait de traumatiser irrémédiablement ce peuple ? La charité ne pourrait-elle inspirer la restauration de l’unité dans la vérité unique ? Il nous semble même que la messe traditionnelle et le sacerdoce de toujours seraient susceptibles de trouver leur place dans la consolidation et l’extension d’une Eglise qui n’a jamais cessé de garder ses dogmes et ses formes essentielles, à travers ses adaptations successives aux vicissitudes de l’Histoire. Que deviendrait une Eglise sans prêtres et sans messe ?

   C’est par cet acte de confiance, très Saint-Père, que nous voulons témoigner de notre fidélité au Pontife romain, sûrs que nous sommes d’être entendus par le Père de tous les catholiques, détenteur des pouvoirs qui lui ont été remis dès l’origine par le Fondateur pour conduire l’Eglise jusqu’à la fin des siècles.

Michel de Saint Pierre, président du Mouvement « Credo »
Michel Droit,
Louis Salleron,
Jean Dutourd,
Henri Sauguet, 
Colonel Remy, 
Michel Siry, 
Gustave Thibon.

Salle Wagram - haut lieu du combat pour la Messe traditionnelle

La Salle Wagram, un haut lieu emblématique de la résistance à la destruction de la Messe latine traditionnelle,
puisque celle-ci y fut célébrée régulièrement les dimanches, avant la restitution au culte de l’église Saint Nicolas du Chardonnet.

2022-68. Les « saints manqués ».

 Mercredi des Quatre-Temps de Pentecôte.

   « Qu’on étudie la vie des « saints manqués », je veux dire prêtres, religieux et simples fidèles, fervents et zélés, pieux et dévoués, mais qui cependant n’ont pas été des saints tout court : on constatera que ce qui a manqué, ce n’est ni une vie intérieure profonde, ni un sincère et vif amour de Dieu et des âmes, mais une certaine plénitude dans le renoncement.
Aimer Dieu, Le louer, se dévouer, se fatiguer, se tuer même à Son service, autant de choses qui attirent les âmes généreuses, mais mourir totalement à soi, obscurément, dans le silence intime de l’âme, se déprendre, se laisser détacher à fond de tout ce qui n’est pas Dieu, voilà l’holocauste secret devant lequel reculent la plupart des âmes, le point exact où leur chemin bifurque entre une vie fervente et une vie de haute sainteté ».
          Rd. Père Joseph de Guibert sj.,
in « Dictionnaire de spiritualité », article abnégation col. 106.

Le Tintoret - Vierge à l'Enfant avec les Saints Augustin Catherine Marc et Jean-Baptiste -musée des beaux arts Lyon

Le Tintoret : la Vierge à l’Enfant avec les Saints Augustin, Catherine d’Alexandrie, Marc l’Evangéliste et Jean-Baptiste
(vers 1545-1550)

Musée des Beaux-Arts de Lyon

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Beaucoup d’entre vous aiment à lire des biographies de saints ; et ils ont bien raison !
Souvenons-nous que c’est la lecture de la vie des saints, d’abord résignée et presque forcée, puisque c’était le seul ouvrage qui se trouvât au château de Loyola et qu’en conséquence il n’avait que cela pour meubler les longues journées de sa convalescence, qui fit rentrer Saint Ignace en lui-même et lui fit désirer d’embrasser à son tour les voies de la sainteté.
Ainsi que le chante la préface des saints (au propre de la plupart des diocèses de France), Dieu nous octroie dans leur fréquentation un exemple – et conversatione exemplum -, dans la communion avec eux une communauté – et communione consortium -,  dans leur intercession un secours – et intercessione subsidium – ; « afin que, enveloppés d’une telle nuée de témoins, par la patience nous courrions au combat qui nous est proposé et recevions avec eux l’impérissable couronne de gloire : ut tantam habentem impositam nubem testium, per patientiam curramus ad propositum nobis certamen, et cum eis percipiamus immarcescibilem gloriae coronam ».

   Lorsque j’étais jeune religieux, outre les vies des saints, je me suis très rapidement passionné pour les écrits des saints, en particulier les grands maîtres de la vie spirituelle, ainsi que les études sur leurs enseignements et leur spiritualité.
C’est ainsi que j’avais souvent recours au « Dictionnaire de Spiritualité. Ascétique et mystique. Doctrine et histoire », œuvre monumentale qui avait commencé à paraître en 1932 et n’était alors pas encore achevée (elle ne le sera qu’en 1995).
Je me permets au passage de faire remarquer que, bien évidemment, une publication de cette importance (environ 60.000 pages), réalisée sur plus de six décennies, si elle était pleinement catholique au départ, se ressent – d’année en année et de volume en volume – de l’évolution moderniste et progressiste qui s’est fait jour dans la Sainte Eglise et y a occasionné tant de sinistres : c’est donc in fine une œuvre tout-à-fait inégale dans laquelle on trouve des études absolument passionnantes qui côtoient des articles absolument détestables. Tout dépend des auteurs et contributeurs, de leur mentalité et de leur degré de contamination par l’hérésie. Fermons la parenthèse.
Le Révérend Père Joseph de Guibert (1877-1942), jésuite d’une haute et profonde spiritualité, théologien solide et auteur passionnant, a enrichi les premiers fascicules du « Dictionnaire de Spiritualité » de plusieurs articles remarquables : tout particulièrement celui intitulé « abnégation » : j’étais novice lorsque je le découvris ; je l’ai lu et relu ; je m’en suis même alors servi comme base de mes méditations et oraisons pendant plusieurs semaines. C’est de lui qu’est extraite la citation que j’ai placée ci-dessus : une citation que j’avais alors copiée dans mes carnets personnels, et que j’ai souvent reprise et méditée pendant mes plus de quarante années de vie religieuse, surtout lorsque je me trouvais à un tournant important ou à une étape décisive.

   Que me disaient, que me disent encore ces lignes percutantes ?
Qu’il ne suffit pas d’avoir une authentique vie intérieure, qu’il ne suffit pas d’être animé par un sincère et réel amour de Dieu et du salut des âmes, qu’il ne suffit pas d’être fervent et zélé, d’être pieux et dévoué, pour arriver à la sainteté.
En nos temps de confusion théologique et spirituelle, où le sentimentalisme et l’affectivité priment sur la raison et l’objectivité des faits, il est si fréquent d’entendre dire – à la mort d’une personne ou à ses funérailles par exemple -  qu’il était un saint, simplement parce que c’était une plutôt bonne personne, avec des qualités humaines réelles, certes.
Mais ce n’est pas cela la sainteté.
Relisons-le ; redisons-le ; insistons : il ne suffit pas d’avoir une authentique vie intérieure, il ne suffit pas d’être animé par un sincère et réel amour de Dieu et du salut des âmes, il ne suffit pas d’être fervent et zélé, d’être pieux et dévoué, pour être un saint.
Si on en reste là, on ne sera jamais qu’un « saint manqué ».

   A l’occasion d’un premier samedi du mois, j’ai entendu, à la fin de la récitation d’un rosaire entier, la très pieuse personne qui avait dirigé la prière réciter une adresse à Dieu – dont je n’ai malheureusement pas retrouvé le texte exact – qui Lui demandait que nous puissions vivre notre vie chrétienne « sans héroïsme ».
Cela m’a laissé dans une grande perplexité. Je crois comprendre que ce qui était demandé était, en définitive, une conversion de la société qui ferait en sorte que les fidèles n’auraient pas à ramer constamment à contrecourant au prix d’efforts continus – et souvent épuisants – pour vivre en conformité avec la foi… Mais « sans héroïsme » ?

   De manière traditionnelle (je ne suis pas certain que cela soit toujours le cas de nos jours), lorsque il y a un procès canonique en vue de la béatification d’une personne, on passe par le menu sa vie et ses œuvres pour savoir si elle a exercé les vertus chrétiennes à un degré héroïque. Le premier degré de reconnaissance qu’une personne pourra être éventuellement béatifié est de ce fait appelé « Décret de reconnaissance de l’héroïcité des vertus », et il est promulgué lorsqu’on a pu répondre en tous points par l’affirmative à cette question : « A-t-on la certitude sur l’héroïcité des vertus théologales de Foi, d’Espérance et de Charité envers Dieu et le prochain, ainsi que sur les vertus cardinales de Prudence, de Justice, de Force et de Tempérance et celles qui s’y rattachent, dans le cas et pour l’effet dont il s’agit ? ».
Sans héroïsme, donc, on aura peut-être de « bonnes » et « pieuses » personnes, mais on n’aura pas de saints.
Juste des « saints manqués » !
« Qu’on étudie la vie des « saints manqués », je veux dire prêtres, religieux et simples fidèles, fervents et zélés, pieux et dévoués, mais qui cependant n’ont pas été des saints tout court : on constatera que ce qui a manqué, ce n’est ni une vie intérieure profonde, ni un sincère et vif amour de Dieu et des âmes, mais une certaine plénitude dans le renoncement.
Aimer Dieu, Le louer, se dévouer, se fatiguer, se tuer même à Son service, autant de choses qui attirent les âmes généreuses, mais mourir totalement à soi, obscurément, dans le silence intime de l’âme, se déprendre, se laisser détacher à fond de tout ce qui n’est pas Dieu, voilà l’holocauste secret devant lequel reculent la plupart des âmes, le point exact où leur chemin bifurque entre une vie fervente et une vie de haute sainteté ».

   La citation du Révérend Père de Guibert nous secoue, nous aiguillonne, nous provoque à un sérieux examen : aspiré-je seulement à une honnête piété et ferveur, ou bien nourris-je l’ambition d’être véritablement un saint ?
La sainteté est ce que Dieu veut pour nous : « La volonté de Dieu, c’est votre sanctification : haec est enim voluntas Dei, sanctificatio vestra » (1 Thess. IV, 3) ; « De même que Celui qui vous a appelés est saint, soyez saints vous aussi dans toute votre conduite, car il est écrit : ‘Vous serez saints parce que Moi Je suis saint’ : secundum eum qui vocavit vos, sanctum, et ipsi in omni conversatione sancti sitis, quoniam scriptum est : Sancti eritis, quoniam ego sanctus sum » (1 Petr. I, 15-16).
Suis-je donc vraiment en plein accord avec la sainte volonté de Dieu ?
Placé-je cette volonté de devenir un saint – et de ne pas rester au stade de « saint manqué »- en tête de mes projets et résolutions de vie ?
Ou bien la sainteté arrive-t-elle derrière mes projets personnels de carrière, derrière mes goûts personnels, après mes ambitions terrestres, un peu comme une option, c’est-à-dire plutôt secondaire, voire facultative ?

   La plénitude des cinquante jours explose en cette rayonnante octave de pourpre et d’or où – après avoir imploré pendant neuf jours le renouvellement et l’amplification de la divine effusion accomplie lors de la première Pentecôte – nous nous extasions dans la répétition des supplications de l’ardente séquence : « Lava quod est sordidum, riga quod est aridum, sana quod est saucium, flecte quod est rigidum, fove quod est frigidum, rege quod est devium : lavez ce qui est souillé, irriguez ce qui est aride, guérissez ce qui est blessé, assouplissez ce qui est raide, réchauffez ce qui est froid, redressez ce qui est tordu… » (séquence de Pentecôte). Cette imploration quotidienne en ces jours n’est-elle pas bienvenue pour nous secouer, pour nous porter à une reviviscence héroïque de nos vies trop facilement ankylosées par le poids de nos routines et de nos ambitions ratatinées aux horizons terrestres ?

Que veux-tu être : un « saint manqué », ou un vrai saint ?

« Mentes nostras, quǽsumus, Dómine, Paráclitus, qui a te procédit, illúminet, et indúcat in omnem, sicut tuus promísit Fílius, veritátem : nous Vous le demandons, Seigneur, que le Paraclet, qui procède de Vous, illumine nos esprits, et, ainsi que l’a promis Votre fils, qu’Il nous conduise dans la pleine vérité » (première collecte du mercredi des Quatre-Temps de Pentecôte). 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Vitrail Saint-Esprit Basilique Vaticane

2022-62. Il y aura toujours un avenir pour la monarchie, car le monde a faim et soif de vraie justice, de vraie morale !

Vendredi 13 mai 2022,
Fête de Saint Robert Bellarmin, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise (cf. > ici).

Trois lys blancs

Ce vendredi, dans les premières heures de la matinée, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux le texte suivant qui, au-delà de l’aspect très circonstanciel des paroles qu’il retransmet, délivre une fois encore une grande leçon de Légitimité et manifeste tout-à-la-fois Ses droits pérennes à la Couronne de France et l’actualité de l’institution monarchique [nota : Nous nous permettons de retranscrire en caractères gras les passages les plus importants de cette prise de parole] :

J’étais présent jeudi dernier à New-York à la soirée de soutien de la Versailles Foundation, dirigée par notre chère Barbara de Portago.
Voici un extrait de mon discours :

« Je suis le Chef de la Maison de Bourbon, mais je n’habite pas un palais et je ne porte pas de couronne.
De par ma naissance, je suis l’héritier de la tradition monarchique française, fondée sur les Lois Fondamentales du Royaume.
Ces lois de succession des Rois de France désignent, génération après génération, l’héritier de la couronne : premier-né, mâle et de confession catholique.

Selon ces Lois, la monarchie est indisponible, et ni le Roi, ni aucun conseil ne peut abdiquer, ni nommer son successeur.
Ainsi, une continuité est donnée à la monarchie, résumée par l’expression française : « Le Roi est mort, Vive Le Roi ».

La monarchie française est l’oeuvre de mes ancêtres, elle a été façonnée par tous les Rois qui se sont succédé depuis Hugues Capet au Xème siècle, jusqu’à Charles X au XIXème siècle, sans interruption en passant par Saint Louis, Henri IV, Louis XIV et Louis XVI (qui a tant contribué à l’indépendance des États-Unis d’Amérique en 1787).

Bel héritage, aujourd’hui plus moral que matériel, qui me confère, des devoirs de tradition et de charité :
- Je participe à de nombreuses manifestations commémoratives en France et à l’étranger, liées à la mémoire de l’œuvre des Rois de France, mes ancêtres.
- Je témoigne des valeurs qui ont fait la France antique, telles que : la justice à l’image de Saint Louis, la paix sociale et la richesse du peuple avec Henri IV, la beauté et la culture magnifiées par Louis XIV.

Je ne peux pas conclure sans aborder la question qui préoccupe tout le monde. Y a-t-il un avenir pour la monarchie ? Il y en aura toujours, car le monde a faim et soif de vraie justice, de vraie morale. Nous avons tous besoin de références claires.
Un tel patrimoine commun, partagé par toute la société civile, qui m’amène aujourd’hui à vous encourager, à faire vivre Versailles, et surtout à vous remercier de votre générosité, qui contribue à la splendeur d’un des plus beaux lieux du monde. »

Le Roi et la Reine à la soirée de la Versailles Foundation New-York 12 mai 2022

Leurs Majestés à la soirée de la Versailles Foundation à New-York

Trois lys blancs

2022-59. Message de Sa Majesté le Roi à l’occasion de la solennité et fête nationale de Sainte Jeanne d’Arc.

Dimanche 8 mai 2022, 2ème dimanche de mai :
Solennité liturgique et fête nationale de Sainte Jeanne d’Arc ;
Commémoraison de l’apparition de Saint Michel au Mont Gargan ;
Commémoraison de Marie, Médiatrice de toutes grâces ;
Commémoraison du 3ème dimanche après Pâques.

Armes de France & Navarre

   Quelques minutes après 7 h du matin (heure officielle), en ce deuxième dimanche de mai, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux le message suivant, qui a été très rapidement relayé des centaines de fois et chaleureusement commenté par les fidèles sujets de Sa Majesté.
Encore une fois, en quelques mots, notre Souverain légitime nous renvoie à l’essentiel et nous oriente vers les points de réflexion et d’action vers laquelle Il souhaite voir les Français accentuer leurs efforts :

    »En ce jour de la fête de Jeanne d’Arc et du patriotisme, pensons à la Sainte et à la France. Après le terrible premier conflit mondial, Jeanne a été reconnue comme le symbole de l’amour et du dévouement que les Français peuvent et doivent porter à leur Patrie.
Les siècles et les années passent, Sainte Jeanne d’Arc demeure le modèle de la lutte sans cesse recommencée, pour la souveraineté et l’identité si nécessaires pour l’unité d’un Etat.

   Que Sainte Jeanne d’Arc continue à protéger la France ».

Statue Sainte Jeanne d'Arc Reims

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