Archive pour la catégorie 'Commentaires d’actualité & humeurs'

2024-90. Message de Sa Majesté à l’occasion du cinquième anniversaire de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

2019 – 15 avril – 2024

Message de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
duc d’Anjou,

de jure Sa Majesté le Roi Louis XX

cinq ans jour pour jour après l’incendie de
la Cathédrale Notre-Dame de Paris

frise fleurs de lys

Incendie de Notre-Dame de Paris 19 avril 2019

Ce lundi 15 avril, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX a publié sur les réseaux sociaux le message suivant :

     15 avril 2019-15 avril 2024 : 5e anniversaire de l’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris.
L’objectif de la réouverture pour la fin de l’année semble désormais tenu.                       
Chantier de Notre-Dame de Paris - avril 2024
Devant l’ampleur du chantier comment ne pas s’extasier ?
Beau miracle permis par ceux totalement investis dans leur tâche, maîtrisant leur art et leurs pratiques.
Chantier de Notre-Dame de Paris - chevet
Puisse la France renaître elle aussi si vite alors qu’elle est si meurtrie de tant et tant de maux qui l’assaillent à l’intérieur comme à l’extérieur…
Ce chantier du siècle, montre une nouvelle fois que les Français savent quand il le faut, renouer avec le don d’eux-mêmes et le courage quand il s’agit de la France et de sa grandeur.

Louis, duc d’Anjou.

chantier de Notre-Dame de Paris - fin des charpentes du chevet

frise fleurs de lys

2024-88. Où, pour le deux-millième article de ce blogue, Son Altesse Félinissime le Prince Tolbiac livre aux amis du Mesnil-Marie une clef infaillible de réussite.

Samedi 13 avril 2024,
Fête de Sainte Ide de Lorraine, veuve (cf. > ici et > ici) ;
Mémoire de Saint Justin de Naplouse, martyr (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Herménégilde, martyr.

Tolbiac écrivant - blogue

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Frère Maximilien-Marie m’a dit ce matin : « Hier soir, a été publié sur le blogue le mil-neuf-cent-quatre-vingt dix-neuvième article ! Ne voudrais-tu pas prendre en charge la rédaction du deux-millième ? »
Je ne pouvais me soustraire à cette sollicitation. Je ne voulais toutefois pas vous rédiger quelque longue missive, amis lecteurs, mais plutôt vous adresser seulement quelques lignes fortes qui vous soient utiles chaque jour et jusqu’à la fin de vos jours… J’avais ma petite idée en tête, ayant moi-même été très marqué par une très belle citation que mon papa-moine a retranscrite dans ses carnets de notes personnelles (auxquels je suis le seul à avoir l’autorisation d’accéder) en juin 1991.

   Il s’agit de quelques phrases de feu le général Yves Béchu (1932-1990), nommé gouverneur militaire de Lyon en 1989 et emporté prématurément par une crise cardiaque dans les premiers jours de mai 1990. Je suis convaincu que vous  en apprécierez la teneur et qu’elle vous sera très profitable : goûtez ces mots comme on savoure un met de choix, mais surtout assimilez-en la riche substance pour la faire passer dans votre âme et en vivre profondément…

pattes de chat Tolbiac.

   « Rappelez vous que la foi n’est pas l’absence de doutes, mais la capacité de les surmonter quand ils vous assaillent.
Que le dynamisme n’est pas l’absence d’abattement, mais la faculté de mobiliser son énergie alors même qu’on se sent épuisé.
Que le courage n’est pas d’ignorer la peur, mais de vouloir la surmonter quand elle vous étreint.
Que le succès n’est pas l’absence d’échecs, mais de savoir les reconnaître pour pouvoir les surpasser. »

Chevalier s'élançant

2024-66. Faire ses Pâques.

Premier dimanche de la Passion.

Pierre Antoine Novelli - le sacrement de pénitence - blogue

Pierre Antoine Novelli (1729-1804) : le sacrement de pénitence

   Les troisième et quatrième commandements de l’Eglise (dans leur formulation traditionnelle – cf. > ici) stipulent :

3. Tous tes péchés confesseras,
à tout le moins une fois l’an.

4. Ton Créateur tu recevras,
au moins à Pâques humblement.

   Il n’est jamais inutile de rappeler que la Sainte Eglise notre Mère fait à tous ses fidèles l’obligation de communier au moins une fois dans l’année, à l’occasion de la fête de Pâques, et, en vue de cette communion pascale, de s’y bien préparer par une confession sérieuse, complète et détaillée.
Le manquement à ces préceptes constitue donc en soi un péché grave.
Ce qui est résumé dans les deux préceptes rimés cités ci-dessus se trouve rappelé, évidemment, dans le Code de Droit canonique et le catéchisme.

Vignette Agneau pascal - blogue

   L’Eglise a toujours accordé une très grande importance à la communion pascale, précédée d’un bonne confession, et, jusqu’à une date relativement récente, les fidèles devaient accomplir cette communion pascale dans leur paroisse (raison pour laquelle, par exemple, lorsque le Roi et sa famille résidaient à Versailles, ils se rendaient à la paroisse Notre-Dame, leur paroisse, pour faire leur communion pascale, même s’ils assistaient quotidiennement à la Sainte Messe à la chapelle royale ; sous la Restauration, la famille royale, qui résidait aux Tuileries, s’acquittait du devoir pascal dans l’église paroissiale, qui était Saint-Germain-l’Auxerrois).
Les curés avaient la charge de veiller à ce que tous leurs paroissiens s’acquittassent de leur devoir pascal ; ils tenaient souvent une sorte de « comptabilité » des fidèles qui s’y conformaient et de ceux qui « ne faisaient pas leurs Pâques » ; ils devaient en rendre compte à Monseigneur l’Evêque. Heureux et légitimement fier, le prêtre qui pouvait dire au Chef du diocèse : « Monseigneur, cette année, tous mes paroissiens ont fait leurs Pâques ! ».

   Le refus de se soumettre aux préceptes de la confession annuelle et de la communion pascale, constitue, dans les faits, une espèce d’apostasie pratique, puisque c’est un refus en acte de se conformer à ce que la Sainte Eglise nous demande au nom et par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, un refus pratique d’adhérer à la foi divinement révélée.

   Pour la communion pascale, l’Eglise demande aux fidèles de s’y conformer entre le premier dimanche de la Passion et le dimanche du Bon Pasteur (c’est à dire qu’elle donne un mois pour s’en acquitter : deux semaines avant et deux semaine après Pâques).
Les malades qui ne peuvent pas se rendre à la messe peuvent faire leur communion pascale (en faisant venir chez eux leur prêtre pour qu’il les confesse et communie) jusqu’à la fête de la Sainte Trinité.
S’il est, bien sûr, préférable que la communion pascale soit accomplie le Saint Jour de Pâques, il ressort néanmoins du temps accordé par l’Eglise pour s’en acquitter qu’il n’est pas rigoureusement prescrit que cette communion soit faite à la Messe pascale : on voit, par exemple, sous la Restauration, la famille royale aller « faire ses Pâques » à Saint-Germain l’Auxerrois le mardi ou le mercredi saints (ce qui ne les dispensait évidemment pas d’assister aux offices du Triduum Sacré et du Saint Jour de Pâques dans la chapelle des Tuileries).

Vignette Agneau pascal - blogue

   Bien sûr, l’obligation de se confesser et de communier au moins à Pâques, peut paraître « étonnante » aux fidèles qui ne manquent pas la messe dominicale, qui se confessent et communient très régulièrement, avec une véritable ferveur ; toutefois, il faut se souvenir que ce n’est pas le cas (malheureusement !) d’une majorité de catholiques, et que, par ces commandements, dans sa miséricordieuse sollicitude pour les âmes, notre Mère la Sainte Eglise, offre aux moins fervents de ses enfants la possibilité de garder un lien sacramentel, un lien de grâce et de vie surnaturelle, avec notre divin Rédempteur.
Mais trop nombreux – hélas ! -, sont les baptisés qui négligent cette démarche. 

   Evidemment, ceux qui font leurs Pâques ne doivent pas se contenter de ce devoir minimum : c’est chaque dimanche, en effet, qu’un catholique véritable assiste à la Sainte Messe, et que, si possible, il y communie au Pain de Vie, nourriture indispensable de l’âme : « Si vous ne mangez pas Ma chair et ne buvez pas Mon sang, vous n’aurez pas la vie en vous » (Jean VI, 54).

   Mais, en France en particulier, 1) la raréfaction dramatique du clergé et 2) l’état de déshérence dans lequel se trouvent les paroisses rurales, 3) les conséquences d’un enseignement du catéchisme qui a été, depuis au moins cinq décennies, réduit à une espèce de vague morale très horizontale de type humanitariste, sans solide apprentissage des commandements et des préceptes, et enfin 4) la négligence de beaucoup de prêtres, dans leur prédication, à rappeler la doctrine avec ses conséquences pratiques, ont grandement contribué à la perte de conscience de l’importance de la communion pascale et de la confession qui la doit précéder.

Vignette Agneau pascal - blogue

   On constate aussi que les personnes qui négligent de confesser régulièrement leurs péchés à un prêtre sont nombreuses à l’heure actuelle ; c’est une attitude qui inquiète beaucoup les pasteurs authentiquement zélés et consciencieux, puisque par ailleurs beaucoup de ces personnes vont néanmoins communier sans, semble-t-il, se demander si elles en sont dignes.
Si déjà une communion reçue dans une âme en état de grâce, mais insuffisamment purifiée et fortifiée par les grâces propres au sacrement de pénitence, risque d’être bien peu enrichissante sur le plan spirituel, il importe d’autant plus d’insister sur le fait qu’une communion reçue dans une âme en état de péché mortel – c’est-à-dire en état de séparation avec Dieu -, est non seulement totalement infructueuse mais qu’elle constitue au premier chef un péché très grave, un sacrilège.
Alors, ainsi que nous en avertit Saint Paul : « quiconque mange et boit indignement, mange et boit sa propre condamnation, ne discernant pas le Corps du Seigneur » (1 Cor. XI, 29).

   Dans la situation présente, il n’est donc pas inutile non plus de rappeler avec vigueur que celui qui a conscience d’avoir commis un péché mortel ne doit pas recevoir la sainte communion – même s’il éprouve une grande contrition – sans avoir au préalable reçu l’absolution sacramentelle, et, qu’en outre ce n’est pas parce qu’on n’a pas conscience d’avoir commis un ou des péchés mortels qu’on n’en a pas commis !

   Chacun a le grave devoir d’éclairer sa conscience en lisant le catéchisme, et en questionnant un prêtre sûr, sinon, on s’arrange une petite « religion-self-service », à sa convenance, qui n’a plus rien à voir avec la véritable Religion révélée par Notre-Seigneur Jésus-Christ !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur. 

Pierre Antoine Novelli - la sainte communion - blogue

Pierre Antoine Novelli (1729-1804) : la sainte communion

2024-62. Ne faites pas de votre relation avec Dieu une relation de trafic !

Quatrième semaine de Carême.

Hans Memling jeune homme en prière - 1475

Hans Memling (vers 1435-1494) : jeune homme en prière (vers 1475)
[National Gallery, Londres]

     Il y a – malheureusement ! – beaucoup de personnes qui, lorsqu’elles veulent « entrer en relation » avec Dieu, et il y a beaucoup – beaucoup trop – de fidèles qui, lorsqu’ils veulent entretenir, développer et intensifier leur relation avec Dieu, agissent exactement comme s’ils établissaient une relation commerciale avec Lui.
Est-ce en pleine conscience, ou  bien cela est-il inconscient ? Ce n’est pas à moi de le dire.
Cependant leur vie religieuse, consciemment ou inconsciemment, pourrait se résumer à ceci : « Voici ce que je suis prêt à faire… , voilà jusqu’où je suis prêt à aller… , et Vous, mon Dieu, que me donnerez-Vous en échange ? »

   Et il peut arriver que, à plus ou moins longue échéance,  cette « relation commerciale » prenne un goût amer : « Regardez donc tout ce que j’ai fait pour Vous ! Voyez toute la peine que j’ai prise pour Vous ! Considérez tout le temps que je Vous ai consacré… et Vous, Vous n’avez pas répondu à mes attentes… Je n’ai pas l’impression que Vous ayez vraiment fait quelque chose pour moi… »
C’est tout juste si on ne dit pas à Dieu : « Dites donc, depuis le temps que je vous verse des acomptes – quotidiennement, hebdomadairement, mensuellement… -, Vous ne pensez pas que maintenant il est grand temps que Vous pensiez à me faire livraison de ma commande ? »

Vignette - mains jointes - blogue

   Dans une relation de type commercial, chacun recherche son intérêt.
Le vendeur se dessaisit d’un objet ou d’une prestation, mais il ne le fait pas pour rien : il cherche à en retirer le profit maximal.
Et le client consent à payer, parfois même assez cher, mais à la condition d’obtenir ce qu’il convoite.

   Celui qui prie en pensant qu’il fait à Dieu une offre, en lui accordant du temps, en lui accordant un moment de sa vie ou même une part de lui-même, avec le même processus mental que l’on « offre » une somme d’argent, dans l’attente d’une contrepartie divine, ne fait rien d’autre que de se comporter en « honnête commerçant » ou en « honnête acheteur » : donnant, donnant… au juste prix !

   Il arrive aussi que l’on va demander quelque chose à Dieu, en se disant : « Houlala ! quel prix va-t-Il me faire payer ce bienfait, cette grâce, cette faveur que je lui demande ? ». Et l’on craint la « facture » qu’Il va nous demander de Lui régler !

Quentin Massysm - le prêteur et sa femme - 1514 - blogue

Quentin Metsys (1466-1530) : le prêteur et sa femme (1514)
[musée du Louvre, Paris]

   Mais Dieu, Lui, n’est pas un « bon commerçant ».
Il n’est même pas commerçant du tout !

   « Jésus trouva dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis, de colombes, ainsi que les changeurs assis sur leurs sièges. Se faisant un fouet avec des cordes, Il les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs, envoya promener la monnaie des changeurs et renversa leurs tables. Et aux marchands Il dit : « Enlevez cela d’ici ; ne faites pas de la demeure de Mon Père une maison de trafic ! » [Jean II 14-16 – Evangile du lundi de la quatrième semaine de Carême].

Jan Sanders van Hemessen -Le Christ chassant les vendeurs du temple - blogue

Jan Sanders van Hemessen (vers 1500 – vers 1566) :
le Christ chassant les vendeurs et les changeurs du Temple (1556)
[musée des beaux-arts de Nancy]

   Dieu, Lui, veut donner.
Comprenons-nous bien le sens du verbe donner ?

   Tout ce que Dieu fait, Il le fait par pure gratuité, et avec surabondance : l’existence qu’Il donne gratuitement, toutes les beautés et merveilles de Sa création qu’Il met à notre disposition gratuitement, et surtout, dans l’ordre surnaturel, la vie de la grâce qu’Il nous communique par le saint baptême puis par les sacrements…

   Ai-je une véritable et vive conscience de la générosité de Dieu ?
De quelle « monnaie » d’échange disposé-je pour « acheter » les dons de Dieu ?
Y aurait-il donc, dans les biens que je considère comme miens, et en moi-même aussi, quelque chose qui en réalité me soit propre, que je n’ai pas reçu de Lui, et dont je puisse me servir comme d’une « monnaie » d’échange dont je pourrai ensuite  faire une « somme » proportionnée à ce qu’Il m’a donné et qu’Il me donne ?
Inconsciemment pourtant, je ne cesse pas de vouloir « faire du commerce » avec Dieu. Pour chacun de Ses dons, je garde l’arrière-pensée de la « somme » que je dois Lui verser en échange…

Vignette - mains jointes - blogue

   Pour être dans une relation avec Dieu qui soit juste et véritable, vivante et personnelle, il me faut absolument cesser de vouloir Lui « acheter » des choses, de vouloir Lui « vendre » des choses, de vouloir L’ acheter, Lui et ses dons ! 

   La prière n’est pas une monnaie.
Même si nous passons beaucoup de temps en prière, Dieu ne nous doit rien et ne nous devra jamais rien !
Même si nous avons l’impression d’avoir fait « ce qu’il fallait » – au moment où il le fallait qui plus est -, d’avoir récité la « bonne formule », d’être allé en pèlerinage « au bon endroit », d’avoir accompli le « bon rite », Dieu ne nous doit rien et ne nous devra jamais rien !

   Rajoute autant de formules que tu veux à tes prières, récite une dizaine de chapelet en plus… etc. ; mais ne t’imagine surtout pas qu’avec cela tu pourras mettre la main sur Dieu, qu’avec cela tu pourras avoir un quelconque droit sur Lui et sur Ses dons, qu’avec cela tu pourras L’ « obliger » à faire quelque chose en ta faveur.

Vignette - mains jointes - blogue

   Alors, vas-tu laisser tomber parce que je te dis aujourd’hui qu’on ne peut pas acheter Dieu par des pratiques de piété, par la prière (personnelle ou liturgique) ?

   Considères-tu donc que Dieu est une sorte de distributeur automatique, ou un commerçant derrière le comptoir d’une boutique : la boutique église, un peu différente des autres en raison de son architecture et de son aménagement intérieur, mais fonctionnant néanmoins en tout comme toutes les autres boutiques ?

   Ne te méprends pas sur mes propos, je n’ai pas dit que les rites et la prière étaient inutiles ; je ne t’ai pas dit de cesser la pratique religieuse ni les exercices de piété. Je veux juste te faire comprendre que tout cela n’a pas de sens dans une démarche – plus ou moins consciente – de type commercial.
En revanche, cela prend tout son sens et toute sa valeur si tu penses que ce sont là des moyens d’union à Dieu. Une union dont la cause autant que la finalité est l’amour.

L’union à Dieu doit être une union d’amour, une relation amoureuse. Elle repose sur le don, sur la gratuité, et sur la pleine et entière liberté.
La relation marchande n’est fondée ni sur le don, ni sur la gratuité, ni sur la liberté.

   Dieu, en effet, te propose beaucoup plus et beaucoup mieux, infiniment plus et infiniment mieux, qu’une relation marchande !!!

Tolbiac.

Regard d'amour avec Jésus - blogue

2024-61. Le 12 mars, on fête également Saint Maximilien de Théveste, un martyr de 21 ans.

12 mars,
Fête de Saint Grégoire 1er le Grand, pape et docteur de l’Eglise (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Syméon le Nouveau Théologien (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Maximilien de Théveste, martyr ;
Mémoire de la férie de Carême ;
Anniversaire du couronnement du Vénérable Pie XII (cf. > ici).

   Note : Le Saint Maximilien qui figure au 12 mars dans le martyrologe n’est pas directement le saint patron de mon papa-moine, puisque le sien est Saint Maximilien-Marie Kolbe qu’on fête le 14 août (cf. > ici), toutefois nous ne manquons pas d’honorer avec une ferveur particulière ce jeune et intrépide martyr qui donne aux catholiques de ce temps un magnifique modèle de comportement en face des modernes dioclétiens qui affirment que la loi morale et la religion ne saurait primer sur la loi civile ni prévaloir sur les « valeurs » de la république.

Tolbiac.

Saint Maximilien de Théveste - blogue

Sancte Maximiliane, ora pro nobis !

palmes

       Le 12 mars 295, à Théveste, en Numidie [aujourd’hui Tébessa, en Algérie], sous le consulat de Tuscus et d’Anulin, fut amené à comparaître devant le proconsul d’Afrique Dion Cassius, le vétéran Fabius Victor avec son fils Maximilien (Maximilianus).
Le père était préposé à la levée des nouvelles recrues pour les armées impériales, et Maximilien, son fils, déclarait qu’en sa qualité de chrétien, il ne lui était pas permis de servir comme soldat.

   Vainement Dion Cassius insista, le jeune homme répondait, invariablement : « Je ne serai point soldat, je ne combattrai pas pour le siècle, je suis le soldat de mon Dieu ! » Et encore : « Je ne reçois point de marque du siècle ; si l’on m’impose le signe de l’empereur, je le briserai, car il est pour moi sans valeur. Je suis chrétien ; il ne m’est pas permis de porter au cou la bulle de plomb, moi qui porte déjà le signe sacré du Christ, Fils du Dieu vivant. C’est Lui que nous servons, nous tous chrétiens ; c’est Lui que nous suivons, car Il est le Prince de la vie, l’auteur du Salut ».

   Finalement, le proconsul fit effacer sur les tablettes le nom de Maximilien, et il ajouta : « Puisque, d’une âme insoumise, tu as refusé le service militaire, tu encourras la sentence de mort qui servira d’exemple aux autres ».
« Grâces en soient rendues à Dieu ! », répondit Maximilien.

   Pourquoi Maximilien refusait-il, au nom de sa foi, de porter l’uniforme militaire et le jugeait-il incompatible avec le service de Notre-Seigneur ?
C’est parce que dans le contexte précis de cette fin du troisième siècle, où régnait le terrible empereur Dioclétien, ce tyran avait décidé, pour consolider le civisme et renforcer la cohésion des troupes, de restaurer le vieux paganisme romain et de supprimer les religions « inassimilables », au premier rang desquels se trouvait le christianise contre lequel il prit des mesures particulièrement coercitives : destruction des églises, confiscation des livres saints, emprisonnement des évêques.. etc. La « grande persécution » fit des milliers et des milliers de martyrs.
Accepter de porter au cou la bulle de plomb marquée du signe de l’empereur, c’était nécessairement participer au culte de Rome et de l’empereur, consentir à l’adoration des faux dieux, participer aux sacrifices idolâtres. Voilà pourquoi Maximilien opposa si fermement la « marque du siècle », le « signe de l’empereur », la « bulle de plomb », au « Signe sacré du Christ », peut-être déjà la Croix, qu’il portait autour du cou .

   Ce jeune homme, né en 273,  était âgé de vingt et un ans, trois mois et dix-huit jours lorsqu’il consomma son martyre.
Comme on le conduisait au supplice, il dit aux chrétiens qui l’entouraient : « Frères bien-aimés, de toutes vos forces et de toute l’ardeur de vos désirs, hâtez-vous afin d’obtenir de voir Dieu et de mériter une semblable couronne ».
Ensuite, le visage tout rayonnant de joie, il ajouta en se tournant vers son père : « Donne au soldat qui va me frapper le vêtement neuf que tu m’avais préparé pour la milice. Que les fruits de cette bonne oeuvre se multiplient pour toi au centuple, et que je puisse bientôt te recevoir au ciel. Tous deux, nous nous glorifierons dans le Seigneur ».

   Il fut aussitôt décapité.
Une matrone, nommée Pompéiana, obtint du juge le corps du martyr. Elle le plaça sur une litière et le transporta à Carthage, où il fut enterré sous un monticule auprès du grand pontife martyr : Saint Cyprien.  

   Treize jours après, Pompéiana mourut à son tout et fut ensevelie dans le même lieu.
Quant à Victor, père de Maximilien, il rentra plein de joie dans sa maison, remerciant Dieu de lui avoir permis d’envoyer un tel présent au ciel. Il ne devait pas tarder à le suivre.

   Les Actes de la passion de Saint Maximilien de Théveste sont l’un des documents historiques les plus solides dont on dispose sur la grande persécution de la fin du IIIe siècle en Afrique du nord. 

palmes

2024-57. Où, à l’occasion du deuxième anniversaire de Son Altesse Félinissime le Prince Tolbiac, on rappelle comment le chevalier de Mérancourt fut sauvé par les chats de Son Eminence le Cardinal-ministre.

Dimanche de Laetare 10 mars 2024,
Deuxième anniversaire de la naissance de Son Altesse Félinissime le Prince Tolbiac
(on peut revoir la chronique de son premier anniversaire > ici).

vignette Tolbiac et souris - blogue

       Mon papa-moine, à l’occasion de mon deuxième anniversaire, a voulu me parler d’un très important personnage de l’histoire de notre France, pour lequel il a une immense admiration : Armand-Jean du Plessis, cardinal-duc de Richelieu, principal ministre de Sa Majesté le Roi Louis XIII, très grand serviteur de la Couronne, et – à ce titre sans doute – détesté de beaucoup et fort injustement calomnié.

   Son Eminence aimait les chats et fut sans nul doute un précurseur en « félinophilie ». Je n’en fais pas un secret : je tiens pour absolument certain qu’un homme qui aime les chats ne saurait être un mauvais homme. Or le grand cardinal-ministre eut jusqu’à quatorze chats !!!

   Le cardinal de Richelieu passe pour avoir été l’un des premiers à la Cour, sinon le premier, à nous avoir donné autant d’importance. Sans doute avait-il compris combien nous pouvons être, par notre seule présence et nos exemples, de précieux auxiliaires d’une saine politique et gestion de l’Etat.
Il y avait certes un côté pragmatique à la chose : nous autres, chats, si efficaces dans la lutte contre les petits rongeurs, sommes comme les anges gardiens d’une bibliothèque, d’une garde-robe, d’une sacristie, et, bien sûr, des celliers et de vos réserves de nourriture ; sans compter que le judicieux artisan de l’entrée de la France dans la période moderne avait bien compris que nous serions de précieux auxiliaires de la marine royale : sans chats à bord, un navire est en grand danger, parce que les rats, outre les dégâts qu’ils peuvent commettre dans une cambuse, sont également friands du suif avec lequel on graissait les cordages, et qu’ils peuvent ronger le bois dont les vaisseaux étaient faits…

    Bref ! Pour m’inspirer un aussi grand amour que le sien pour le cardinal de Richelieu, mon papa-moine m’a lu une belle histoire, celle de la grâce qui fut accordée au chevalier de Mérancourt, magnifiquement rapportée par un écrivain bien oublié aujourd’hui, Monsieur Sonolet. Pour le cas où vous ne la connaîtriez point déjà, je vous la recopie ci-dessous.

pattes de chat Tolbiac.

Richelieu et ses chats - blogue

 Charles Édouard Delort (1841-1895) : la distraction de Richelieu (avant 1865)
[Detroit Institute of Arts]

       « Mistigri, veux-tu laisser Raton tranquille ? Et toi, Cyrus, je vais t’aider à déranger mes papiers. »
Après avoir consacré plusieurs heures aux affaires de l’Etat, le cardinal de Richelieu se délasse un instant en regardant jouer ses chats favoris. Dans le cabinet de travail aux boiseries sévères, ils sont là, quatre effrontés, qui se poursuivent, se roulent, bondissent sur les meubles, grimpent, sans le moindre respect, sur la table de travail.
C’est tout juste si Blanchette, la mère, a plus de réserve et de dignité. Mais on croirait vraiment qu’il coule du vif-argent sous le pelage soyeux et doux de ses trois petits : Raton, Mistigri et Cyrus. Que de sauts, de cabrioles, de folles gambades ! Et le plus remuant, le plus turbulent, le plus hardi de la bande, c’est ce Mistigri dont les yeux semblent des émeraudes toujours en mouvement et qui vous a des moustaches hérissées et insolentes comme celles d’un jeune mousquetaire.
Le cardinal de Richelieu raffole des chats. Il goûte un véritable plaisir à suivre leurs mouvements gracieux, leurs gestes câlins. A le voir sourire avec bonhomie devant les jeux de Blanchette et de ses petits, on aurait peine à  reconnaître le ministre puissante et redouté dont les terribles édits font trembler la France.

   Ah ! il n’est pas tendre, le grand cardinal. En ce moment, ce sont les duellistes qu’il poursuit tout spécialement de ses rigueurs. Il a prescrit que quiconque croiserait le fer serait immédiatement puni de mort. Déjà, le comte de Montmorency-Bouteville et plusieurs autres seigneurs des premières familles du royaume ont payé de leur tête leur désobéissance.
Justement, un laquais vient d’introduire dans le cabinet de travail le grand juge chargé de poursuivre les coupables : l’impitoyable Laubardemont.
« Quoi de nouveau, monsieur le grand juge ? » demande Richelieu.
- Eminence, répond Laubardemont, un jeune téméraire se permet encore de nous braver. On vient d’arrêter le chevalier de Mérancourt au moment où il provoquait un autre gentilhomme et où il voulait le forcer à se battre en plein Paris.
Le cardinal détourne ses yeux des débats capricieux de ses quatre chats. Sa figure longue et pâle prend une expression de dure et froide résolution.
« Eh bien, fait-il d’une voix sourde, le chevalier de Mérancourt mourra comme les autres. »
Impassible, Laubardemont continue :
« Sa fiancée a supplié qu’on l’introduise auprès de Votre Emincence. Elle veut se jeter à vos pieds et vous demander la grâce du coupable. Suivant vos instructions, je lui ai fait répondre que vous ne pouviez la recevoir.
- Vous avez bien fait, monsieur le grand juge. Quel âge a le chevalier de Mérancourt ?
- Vingt ans.
- Vingt ans ! Et à la veille de se marier. Quelle folie a donc poussé ce malheureux ? N’importe, il faut que la loi s’accomplisse.
Laubardemont tend au ministre un rouleau de parchemin d’où pend un large cachet rouge :

« Eminence, voici la sentence. Il n’y manque que votre signature.
Le cardinal a pris la feuille. Il a trempé sa plume dans l’encrier, mais, au moment de signer, on dirait qu’il se consulte, qu’il hésite. C’est qu’il se sent quelque trouble à envoyer à l’échafaud un enfant de vingt ans. Pour la première fois, peut-être, un éclair de pitié a pénétré dans cette âme de bronze.
« Monsieur le grand juge, dit-il à Laubardemont surpris, voulez-vous me laisser cette sentence ? Avant de signer, je veux réfléchir un peu au cas de ce jeune fou. Revenez dans une demi-heure. Je serai au Conseil du Roi, mais vous trouverez votre parchemin sur cette table. S’il porte ma signature, le chevalier de Mérancourt devra être exécuté dès demain, au petit jour. Dans le cas contraire, vous attendrez mes ordres. »

   Laubardemont s’est retiré. L’inflexible ministre demeure seul, pensif, au fond de son grand fauteuil. Mistigri ronronne sur ses genoux, tout en mordillant de ses petites dents pointues les boutons de son camail rouge. Blanchette fait tranquillement sa toilette sur le tapis et, fatigués de leurs exercices, Raton et Cyrus se sont pelotonnés l’un contre l’autre pour dormir.
Une demi-heure s’écoule. Le cardinal tortille toujours sa plume entre ses doigts maigres. Va-t-il signer ? Va-t-il faire grâce ? A la fin, c’est la raison politique qui l’emporte. D’une main ferme, il appose son nom au bas de la sentence. Puis, après avoir mis 
doucement Mistigri sur le fauteuil, l’allure calme et paisible, il se rend au Conseil du Roi.
Pauvre petit chevalier de Mérancourt !

   Oh ! Mistigri ne reste pas longtemps sur le fauteuil. Il semble plus vif, plus espiègle, plus fou que jamais. Ses petits yeux d’émeraude brillent avec l’air de dire :
« Maintenant que nous sommes seuls, il s’agit de nous en donner. »
A toute vitesse, il court donner l’assaut à Raton et à Cyrus qu’il réveille en sursaut. Puis il s’en prend spécialement au pacifique Raton. Il le charge, le roule, le culbute, lui mordille les oreilles. Fort peu disposé à cette gymnastique, Raton cherche partout un refuge.
Il saute sur le fauteuil, puis sur la table qu’encombrent les papiers du cardinal. Mais, d’un bond, l’acharné Mistigri y rejoint le fuyard. Fatalité ! Dans cet élan impétueux, il renverse l’encrier du cardinal. Et voilà qu’un flot d’encre se répand, noircissant les papiers, mouillant les pattes blanches de Mistigri qui s’arrête tout surpris, mais point du tout affecté de la catastrophe.

   Le lendemain, en arrivant à son cabinet de travail, le cardinal de Richelieu était de fort mauvaise humeur.
Ce n’était pas à cause de l’accident causé par Mistigri, car les laquais l’avaient réparé tant bien que mal, et le sévère ministre ne s’aperçut de rien tout d’abord. Mais il regrettait amèrement sa décision de la veille. Il venait  d’apprendre que le chevalier de Mérancourt était un jeune homme plein de vaillance qui avait déjà fait ses preuves sur le champ de bataille. Et puis il était si jeune !
« Ah ! murmurait-il en caressant Mistigri qui faisait le gros dos sur le bras du fauteuil, je n’aurais pas dû la donner si vite cette signature. Hélas ! pourquoi est-il trop tard ! »
A ce moment même, on annonça M. de Laubardemont.
« Eh bien, monsieur le grand juge, demanda le cardinal avec un accès de tristesse dans la voix, le chevalier de Mérancourt à dû mourir en brave ? »
Une expression de profonde stupéfaction se peignit sur les traits de Laubardemont :
« Mourir ? Mais, Eminence, à l’heure qu’il est le chevalier de Mérancourt est aussi vivant que vous et moi.
- Vivant ! Dieu soit loué ! Mais comment se peut-il ?
- Je me suis conformé aux ordres de Votre Eminence. Voyez vous-même. Il n’y a pas trace de signature sur la sentence. »
Ce disant, le grand juge présenta au cardinal la feuille de parchemin de la veille. Mais ce fut en vain que celui-ci y chercha sa signature. Impossible de la trouver. Elle avait disparu dans une large tache d’encre que
 couvrait tout un coin de la feuille et qui était due à la turbulence maladroite de ce polisson de Mistigri.

   Richelieu resta un moment sans mot dire, intrigué, pris de soupçon.
« Cette tache, se demandait-il, qui l’a faite ? »
Tandis qu’il s’interrogeait de la sorte, il sentit un poids inaccoutumé au bout de son grand cordon du Saint-Esprit. C’était l’irrespectueux Mistigri qui s’y cramponnait de toute la force de ses griffes, en faisant résonner le plus bruyant des ronrons.
Tout de suite, son maître remarqua en lui quelque chose d’anormal :
« Ah ! çà, où as-tu mis tes pattes, Mistigri ? »
Puis, après avoir examiné de plus près les petites pattes tachées de noir :
« Mais c’est de l’encre, ma parole. Ah ! je comprends tout maintenant. »
Sa longue main blanche se plongea, caressante, dans la fourrure soyeuse du petit chat et, d’une voix émue, il murmura :
« Ah ! Mistigri, Mistigri, si tu savais la joie que tu me causes ! »
Se tournant alors vers Laubardemont :
« Monsieur le grand juge, nous nous contenterons d’envoyer quelque temps ce petit Mérancourt dans ses terres. Il pourra s’y marier tout à son aise et y méditer aussi sur les inconvénients qu’il y a à mettre flamberge au vent. »
Il chercha encore sous sa main le poil douillet et fin de Mistigri. Mais déjà celui-ci avait entamé une grande partie autour de la chambre avec Blanchette, Raton et Cyrus. Le cardinal les suivit un instant d’un regard affectueux, puis il conclut avec un bon sourire :
« Et voilà comment un tout petit chat peut sauver la vie d’un gentilhomme. Ah ! monsieur le grand juge, ceci nous prouve que la Providence se sert parfois des plus petits pour apprendre aux grands la clémence. »

Louis Sonolet (1872-1928)

Prédiction d'une grande carrière ecclésiastique

2024-45. L’État totalitaire et antireligieux qui exige une Église qui affaiblit la loi de Dieu, en l’adaptant au goût des volontés humaines…

20 février.

Claves Petri - blogue

Très chers Amis,

   En triant des notes, j’en ai retrouvé une sur laquelle j’avais griffonné des citations du Vénérable Pie XII relevées à l’occasion d’une lecture, et leur teneur m’a poussé à rechercher l’intégralité du texte qui est un discours daté du dimanche 20 février 1949, prononcé devant la foule des fidèles de Rome réunis sur la Place Saint-Pierre. Ce discours ne se trouve qu’en langue italienne sur le site du Saint-Siège, vous en trouverez ci-dessous une traduction.

   Ce 20 février 1949, Sa Sainteté le Pape Pie XII protestait solennellement contre la condamnation inique qui venait de frapper, au terme d’un procès ignoble, le Vénérable Joseph cardinal Mindszenty, archevêque métropolitain d’Esztergom et primat de Hongrie (1892-1975). C’était un temps de persécutions terribles pour les catholiques dans tous les pays d’Europe et d’Asie tombés sous le joug communiste.

   Au-delà des circonstances historiques de cette courageuse prise de parole du « Pasteur Angélique », nous trouvons dans ce texte des phrases remarquables (nous nous sommes permis d’en mettre certaines en caractères gras) qui sont absolument intemporelles… et qui se trouvent aussi particulièrement adaptées à nos temps où, sous une autre forme que la persécution qui sévissait en 1949, des formes totalitaires de l’Etat, soutenu par une opinion désormais majoritaire – chez nous, en France, en particulier ! – habilement manipulée, s’acharnent à faire passer pour coupables et méprisables la foi et l’Eglise catholiques.

   Mais il y a pis encore.
Ce 20 février 1949, le peuple romain avait interrompu par de vibrants et énergiques « No ! » le discours de Pie XII, dont les questions présentaient des situations qui paraissaient alors impossibles et impensables, ces mêmes questions, lues aujourd’hui, nous permettent de prendre la mesure de la décadence inouïe dans laquelle s’enlisent l’Eglise et la société : un Pontife romain, fort et fidèle, qui poseraient aujourd’hui les mêmes questions entendrait-il la foule répondre un « Non » unanime et vigoureux ? Les situations morales les plus évidemment contraires aux commandements de Dieu sont considérées comme quasi normales, ou du moins devant être tolérées, par une majorité de prétendus catholiques (en dehors des églises et chapelles traditionnelles) ; tandis que les hiérarques eux-mêmes, jusqu’à des degrés très élevés de la hiérarchie – je l’écris dans les larmes et l’effroi ! -, se comportent comme les représentants de commerce d’« une Église qui affaiblit la loi de Dieu, en l’adaptant au goût des volontés humaines, alors qu’elle devrait la proclamer et la défendre » !

Parce, Domine ! Parce populo tuo !
ne in aeternum irascaris nobis !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

Sa Sainteté le pape Pie XII - blogue

Romains! Fils et filles bien-aimés !

   Une fois de plus, en une heure grave et douloureuse, le peuple fidèle de la Ville éternelle a afflué vers son évêque et Père.
Une fois de plus, cette superbe colonnade semble pouvoir difficilement étreindre de ses bras gigantesques les foules qui, comme des vagues mues par une force irrésistible, se sont pressées au seuil de la basilique vaticane, pour assister à la Messe d’expiation, au point central de tout le monde catholique, et pour répandre les sentiments dont leurs âmes débordent.

   La condamnation infligée, au milieu de la condamnation unanime du monde civilisé, sur les bords du Danube, à un éminent cardinal de la Sainte Église romaine, a soulevé sur les bords du Tibre un cri d’indignation digne de la ville.
Mais le fait qu’un régime hostile à la religion ait frappé cette fois un prince de l’Église, vénéré par l’immense majorité de son peuple, n’est pas un cas isolé ; c’est l’un des maillons de la longue chaîne de persécutions que certains États dictatoriaux mènent contre la doctrine et la vie chrétiennes.
Une caractéristique bien connue des persécuteurs de tous les temps est que, non contents de tuer physiquement leurs victimes, ils veulent aussi les rendre méprisables et haineuses pour la patrie et la société.

   Qui ne se souvient des protomartyrs romains, dont parle Tacite (Annal. 15, 44), immolés sous Néron et représentés comme des incendiaires, des malfaiteurs abominables, des ennemis du genre humain ?
Les persécuteurs modernes se montrent des disciples dociles de cette école peu glorieuse.
Ils copient, pour ainsi dire, leurs maîtres et leurs modèles, s’ils ne les surpassent pas en grossièreté, habiles qu’ils sont dans l’art d’utiliser les progrès les plus récents de la science et de la technique dans le but de dominer et d’asservir le peuple, tels qu’ils n’auraient pas été concevables autrefois.

   Romains ! L’Église du Christ suit le chemin tracé pour elle par le divin Rédempteur. C’est éternel ; elle sait qu’elle ne peut périr, que les tempêtes les plus violentes ne pourront pas la submerger. Elle ne mendie pas de faveurs ; les menaces et les malheurs des puissances terrestres ne l’effraient pas. Elle ne se mêle pas de questions purement politiques ou économiques, et ne se soucie pas non plus de contester l’utilité ou le mal de l’une ou l’autre forme de gouvernement. Elle désire toujours, dans la mesure où cela dépend d’elle, avoir la paix avec tous (cf. Rom. XII, 18), elle donne à César ce qui lui revient de droit, mais elle ne peut ni trahir ni abandonner ce qui est à Dieu.

   On sait maintenant ce que l’État totalitaire et antireligieux exige et attend de vous comme prix de sa tolérance ou de sa reconnaissance problématique. C’est-à-dire qu’il voudrait une Église qui se tait quand elle devrait parler ; une Église qui affaiblit la loi de Dieu, en l’adaptant au goût des volontés humaines, alors qu’elle devrait la proclamer et la défendre avec tant d’importance ; une Église qui se détache du fondement inébranlable sur lequel le Christ l’a bâtie, pour s’étendre confortablement sur le sable mouvant des opinions du jour ou pour s’abandonner au courant qui passe ; une Église qui ne résiste pas à l’oppression des consciences et qui ne protège pas les droits légitimes et les justes libertés du peuple ; une Église qui, avec une servilité inconvenante, reste enfermée entre les quatre murs du temple, oublieuse du mandat divin reçu du Christ : Allez à la croisée des chemins (Matth. XXII, 9) ; instruisez toutes les nations (Matth. XXVIII, 19).

   Fils et filles bien-aimés ! Héritiers spirituels d’une légion innombrable de confesseurs et de martyrs ! Est-ce là l’Église que vous vénérez et aimez ? Reconnaîtriez-vous dans une telle Église les traits du visage de votre Mère ? Pouvez-vous imaginer un successeur du premier Pierre qui se plierait à de telles exigences ?

   Le Pape a des promesses divines ; même dans sa faiblesse humaine, il est invincible et inébranlable ; Proclamateur de la vérité et de la justice, principe de l’unité de l’Église, sa voix dénonce les erreurs, l’idolâtrie et les superstitions, condamne les iniquités et fait aimer la charité et la vertu.
Peut-il donc garder le silence, lorsque, dans une nation, les Églises qui lui sont unies sont arrachées par la violence ou par la ruse au centre de la chrétienté, à Rome, lorsque tous les évêques gréco-catholiques sont emprisonnés parce qu’ils refusent d’apostasier leur foi, que les prêtres et les fidèles sont persécutés et arrêtés parce qu’ils refusent de se séparer de leur véritable Mère l’Église ?
Le Pape peut-il garder le silence quand le droit d’éduquer ses enfants est retiré aux parents par un régime minoritaire qui veut les éloigner du Christ ?
Le Pape peut-il garder le silence lorsqu’un État, dépassant les limites de sa compétence, s’arroge le pouvoir de supprimer des diocèses, de déposer des évêques, de bouleverser l’organisation ecclésiastique et de la réduire au-dessous des exigences minimales pour le soin efficace des âmes ?
Le Pape peut-il garder le silence lorsqu’il s’agit de punir d’emprisonnement un prêtre coupable de ne pas vouloir violer le plus sacré et le plus inviolable des secrets, le secret de la confession sacramentelle ?
S’agit-il d’une ingérence illégitime dans les pouvoirs politiques de l’État ? Qui pourrait honnêtement dire cela ? Vos exclamations ont déjà donné la réponse à ces questions et à bien d’autres semblables.

   Que le Seigneur Dieu, fils et filles bien-aimés, récompense votre fidélité. Puisse-t-Il vous donner de la force dans les luttes présentes et futures. Qu’Il vous rende vigilants contre les coups de Ses ennemis et les vôtres. Qu’Il éclaire de Sa lumière l’esprit de ceux dont les yeux sont encore fermés à la vérité. Puisse-t-Il accorder à tant de cœurs, encore loin de Lui aujourd’hui, la grâce d’un retour sincère à cette foi et à ces sentiments fraternels dont la négation menace la paix de l’humanité.

   Et maintenant, que Notre Bénédiction apostolique descende largement, paternellement et affectueusement sur vous tous, sur la Cité et sur le monde.

Sa Sainteté le Pape Pie XII,
discours aux fidèles de Rome réunis sur la Place Saint-Pierre,
le dimanche 20 février 1949
in « Discours et messages radiophoniques du Pape Pie XII », tome X, dixième année de pontificat pp. 389 – 391

(Typographie polyglotte du Vatican)

Pie XII face à la foule de la place Saint-Pierre - blogue

2024-43. Quelques graves avertissements de l’Abbé Huvelin à propos de la tiédeur.

Lundi de la 1ère semaine de Carême.

croix et couronne d'épines - vignette

       Voici d’autres extraits des entretiens spirituels de Carême que l’abbé Henri Huvelin (1830-1910) donna lors de la récollection du 11 mars 1885, à la paroisse Saint-Eugène de Paris, dont nous avons déjà publié une citation il y a peu (cf. > ici).

   Dans les passages que nous publions ci-dessous, l’abbé Huvelin délivre de judicieux avertissements afin de nous mettre en garde contre la tiédeur, cette maladie de l’âme qu’il qualifie de « la plus redoutable des menaces ».
Six jours seulement après le mercredi des Cendres, ces mises en garde ne sont pas inutiles tant
 nos résolutions manquent souvent de constance, et tant nos habitudes, la routine reviennent si vite paralyser nos desseins de générosité et de ferveur.
Faisons donc grands cas des avertissements de ce grand connaisseur des âmes, dont l’œil était si exercé à débusquer les menaces de la vie spirituelle… 
 

Tiédeur - blogue

La tiédeur

 1) La plus grande des menaces : la tiédeur.

   « La tiédeur… Bien petit mot pour la plus redoutable des menaces et pour un état particulièrement dangereux [...].
La tiédeur est l’état de l’âme qui se laisse aller au péché véniel, à l’infidélité [...] mais qui néanmoins reste tranquille tout en résistant à Dieu.
Des âmes arrivent au confessionnal avec le poids de fautes très lourdes [...] mais elles ont la volonté de sortir de cette mauvaise voie. D’autres âmes ont, en apparence, moins à se reprocher. Aussi facilement que de l’eau, elles boivent ce qu’il leur plaît de nommer ‘fautes vénielles’. A force de résister à la Grâce, celle-ci ne devient plus qu’un petit souffle imperceptible. Voilà justement l’état dangereux : celui dont on ne souffre pas ! [...]

   L’âme tiède n’ira pas jusqu’au péché mortel, elle s’arrêtera ; mais elle se complait dans les infidélités et demeure dans cet état parce que, avant tout, elle craint de se gêner.
Par petitesse, mauvaise volonté ou lâcheté, absence d’ambition ou d’idée de grandeur, elle s’habitue à sa médiocrité… Elle méprisera ou négligera ce qu’elle traite de ‘petites choses’, comme si elle se plaçait au-dessus d’elles ; mais ces choses ‘petites’ forment l’ensemble des mérites de la vie ! [...]

   De telles âmes ne s’inquiètent pas. Elles voient le mal qu’elles n’ont pas commis, mais ignorent celui qu’elles font et se targuent de n’être jamais tombées dans la faute mortelle. Elles ne cherchent pas à sortir de leur dangereuse quiétude.
Leur acte de contrition est aussi machinal que leur confession. Elles n’ont aucun regret et ne prennent aucune résolution [...].
Il y a là quelque chose d’infiniment douloureux. Je ne parle de ce mal qu’avec la plus profonde tristesse. »

croix et couronne d'épines - vignette

 2) Les causes de la tiédeur :

    « La tiédeur provient de différentes causes :
… de la lâcheté d’une âme qui redoute plus l’effort et la peine que la déplaisance à Dieu.
… d’une disposition à se disperser.
On vit hors de chez soi. On recherche de tristes ressources dans les choses, parce que la pensée de Dieu est pénible et que l’on veut y échapper [...].

   On recherche certaines familiarités, certaines conversations frivoles. On perd le goût de la piété, on évite les personnes pieuses. On traite de haut certains devoirs comme s’ils étaient à l’usage des enfants et non à celui d’une âme qui commence à grandir [...].

   En un mot, la tiédeur vient du besoin de s’affranchir de ce qui commence à ennuyer, d’un travail trop lourd… Oui, l’âme tiède fuit la gêne, essaie de se faire une vie plus facile [...]. Elle s’enferme dans une existence sans gêne.
L’Evangile, ce n’est pas cela ! Dieu merci ! Le sentier est plus rude, mais aussi l’horizon plus étendu ! »

croix et couronne d'épines - vignette

 3) Débusquer sa propre tiédeur :

 « La tiédeur se reconnaît facilement. J’entends tous les jours : ‘Ma prière m’ennuie. Je ne la fais plus’. Voilà une âme tiède ! [...]

   Si Jésus passait [...] et disait : ‘Que voulez-vous que Je fasse ?’ Cette âme ne saurait que répondre. Au moment de prier elle subit l’ennuyeuse nécessité de la prière quotidienne et ne sait rien dire à Dieu. Voilà bien la tiédeur ! [...]

   Une âme me dirait : ‘J’essaie, je me reprends à plusieurs fois… quand je renonce à prier je suis triste de n’avoir rien su, rien pu dire’ ; alors ce ne serait plus de la tiédeur : le simple regret qui exprime une douleur serait le commencement d’une excellente prière ! [...]

   D’autres affirment : ‘Je n’ai rien fait que de très petites fautes’. [...] Elles comptent pour rien les résistances à la Grâce et toute la multitude des fautes d’omission, l’absence de tout effort, de toute pensée… Elles oublient les petites émotions malsaines recherchées, l’entraînement des sens auquel elles ont obéi… les pensées auxquelles elles n’ont pas résisté.
Elles ont joué aux abords du mal et, parce qu’elles n’ont pas été jusqu’au bout, elles comptent pour rien ce qu’elles ont fait ! [...]

   Certaines vies ne comptent aucun acte bienveillant, salutaire ; aucune gêne de soi-même : ces âmes-là ignorent la bonté… et elles jugent n’avoir rien fait de répréhensible parce qu’elles n’ont pas fait directement un grand mal ! [...]

   Les âmes qui vivent de pensées futiles, d’entrainement, de laisser-aller, perdent tant d’occasions de faire le bien ! Elles refusent si souvent la Grâce de Dieu [...].
Le seul moyen de les réveiller de cette torpeur sera la chute qui fait du bruit, entraînant tant de choses avec elles.
Dieu peut permettre cette chute humiliante pour réveiller l’âme qui s’endort, plutôt que de la laisser aller dans ses illusions. »

(Récollection prêchée à la paroisse  Saint-Eugène le 11 mars 1885)

La contrition - blogue

« Faites-moi miséricorde, ô Jésus, et ramenez mon cœur à Vous
dans la contrition et la ferveur ! »

2024-34. Où une question somme toute anodine entraîne un long développement : « De gustibus et coloribus non est disputandum ».

Des goûts et des couleurs on ne dispute pas
(mais on en peut sereinement discuter)

7 février 2024,
Fête des Bienheureux Jacques et Guillaume, martyrs (cf. > ici) ;
Mémoire du Bienheureux Pie IX, pape et confesseur (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Romuald, abbé et confesseur ;
Mémoire de la Bienheureuse Marie de la Providence, vierge.

Tolbiac au clavier - blogue

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Vous avez été plusieurs, depuis un peu plus de deux mois, à poser une question récurrente à mon papa-moine, à l’occasion de messages ou de commentaires, et Frère Maximilien-Marie n’a jusqu’ici répondu qu’à une seule des personnes qui l’interrogeaient à ce sujet, me semble-t-il…
Cette question, formulée de diverses manières, demande avec quelque insistance parfois : « d’où proviennent donc ces magnifiques images qui illustrent vos articles sur Jésus et les saints ? »
Cette question, c’est moi qui vais aujourd’hui y répondre, mais pas sans avoir rappelé ou précisé certaines choses…

Tolbiac au clin d'œil - blogue

A -  De gustibus et coloribus…  

   Vous l’avez compris depuis bien longtemps, Amis lecteurs, Frère Maximilien-Marie aime illustrer les publications du blogue avec des reproductions de tableaux ou d’œuvres d’art, des photographies ou dessins, adaptés au sujet traité dans l’article, ou le complétant d’une certaine manière. Ce faisant, il a d’ailleurs énormément approfondi ses études d’histoire de l’art ainsi que la connaissance des œuvres picturales, comme aussi d’ailleurs ses talents de photographe (dans les premières années de ce blogue, il ne possédait qu’un tout petit appareil photo  numérique de poche de qualité fort médiocre, et maintenant – grâce à un cadeau – il utilise un appareil photo « Canon Reflex » de qualité professionnelle qui permet des prises de vue beaucoup plus précises et belles).

   Evidemment, il choisit les illustrations en fonction du sujet traité… et de ses goûts.
Et là, je puis vous garantir que vous ne trouverez pas chez nous de reproductions de tableaux dits abstraits, non figuratifs ou produits de « l’art conceptuel »… etc.
Peut-être, très occasionnellement et comme par exception, des œuvres de la période romantique, mais probablement jamais d’œuvres impressionnistes ou issues des mouvements postérieurs de la peinture : exception faite peut-être de certains tableaux de l’inclassable Salvador Dali…

   Car, à la vérité, Frère Maximilien-Marie est, en peinture comme en architecture et en musique, essentiellement – et plus que viscéralement – attaché aux deux siècles qui suivent le saint concile de Trente : le maniérisme, l’âge baroque par dessus tout, le classicisme français, et un peu (à doses homéopathiques) le néo-classicisme ou l’académisme du XIXème siècle.
Pour l’art comme pour la politique, mon papa-moine, dont j’ai entièrement adopté les goûts et la pensée, est un religieux d’Ancien Régime« totalement assumé et décomplexé » comme on dit de nos jours.

   En outre, il ne renie en aucune manière son engouement, dans le domaine des représentations religieuses, pour les images de dévotion de « style italien » ou « sulpicien » au charme désuet qui l’ont toujours fasciné, et lui ont parlé au cœur depuis sa petite enfance : ces images que l’on a tellement critiquées depuis « l’après-guerre » (j’ai lu des articles de la fin des « années 40 » et des « années 50 » – sans parler de la période conciliaire ! – de la revue d’études liturgiques « La Maison-Dieu » qui me donnent vraiment envie de mordre et de griffer tellement je les trouve bêtes et méchants !).

   Vous serez peut-être scandalisés si je vous dites que les fresques du Bienheureux Giovanni da Fiesole, dit Fra Angelico, dont on lui a vanté le talent et l’ « art spirituel » usque ad nauseam lors de ses études d’iconographie religieuse (et qu’il a visitées pendant des heures au Couvent Saint-Marc de Florence), le laissent de marbre ; ou que l’art religieux du quatrocento et même de la première moitié du cinquecento ne lui « parlent » absolument pas.
De la même façon, le style de certains artistes du XXème siècle – profondément catholiques au demeurant -, fort prisés par certains prêtres ou religieux « tradis », n’éveille en nous (« nous », parce que je parle pour Frère Maximilien-Marie et pour moi) aucun écho, aucune élévation spirituelle, aucun élan de l’âme.

Rien !
Strictement rien !

   En matière de sensibilité artistique religieuse il y a autant de cas que de personnes ; et il y a – Dieu merci ! – une grande et légitime liberté.
Certaines âmes sont « portées » par le béton de la chapelle du couvent Sainte-Marie de La Tourette, l’église Notre-Dame de Royan ou la cathédrale de Brasilia : grand bien leur fasse ! Pour nous, ces édifices sont archidéprimantissimes et psychologiquement oppressants, tandis que nous nous trouvons en vérité spirituellement transportés dans les églises baroques et rococos d’Italie, de Bavière ou d’Autriche.

   A un pilier droit et sobre, nous préfèrerons toujours une colonne torse, surchargée de détails ornementaux : le premier nous est aussi rébarbatif que l’énoncé d’un problème mathématique, la seconde nous enthousiasme et nous remplit d’une joie vivifiante, sorte d’avant-goût du paradis.

basilique Saint-Alexandre et Saint-Théodore de l'abbaye d'Ottobeuren

Basilique Saint-Alexandre et Saint-Théodore de l’abbaye d’Ottobeuren (Bavière)

B – In omnibus caritas…

   Je ne partirai pas en croisade contre ceux qui goûtent la peinture religieuse de Fra Angelico ou de Giotto, de Maurice Denis ou de Pierre Puvis de Chavannes, ou qui s’émerveillent devant les sculptures d’Henri Charlier : simplement je ne les comprends pas – car c’est pour moi de l’ordre d’une totale incompréhension, comme si l’on me parlait une langue inconnue -, mais je puis entendre que cela corresponde à quelque chose d’important pour eux et je le respecte.
Je ne leur demande point de communier à mon enthousiasme pour les toiles du Caravage, de Simon Vouet ou de Pierre de Cortone, celles de Charles Le Brun, Hyacinthe Rigaud ou Pierre Mignard, ni d’éprouver les tressaillements d’esprit et d’âme qui sont les miens dans la contemplation de la sculpture du Bernin : j’attends juste – s’ils ne les comprennent pas – qu’ils acceptent que l’art baroque est profondément accordé à mon tempérament spirituel, et qu’ils le respectent.

   Ce blogue étant celui du Mesnil-Marie, dont le moine et le chat sont l’un comme l’autre baroquissimes jusqu’à la moëlle, il ne faut point s’attendre à y trouver autre chose que des illustrations qui leur conviennent à l’un comme à l’autre.
S’il y a certains de nos lecteurs auxquels elles ne plaisent pas, mais qui, par ailleurs, apprécient nos textes, ils n’ont qu’une seule chose à faire : ne pas regarder ces images et continuer leur lecture sans y prêter attention.
De notre côté, cela ne changera pas : si toutefois vous aviez encore quelque illusion à ce sujet, je vous puis assurer que c’est absolument en vain.

   Un vieil adage augustinien répète (et c’est grande sagesse) : « In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas : dans les choses essentielles (celles qui touchent à la doctrine révélée, au dogme et à la morale), il faut l’unité ; dans les domaines pour lesquels diverses manières de penser sont légitimes, liberté ; mais en toutes choses, il faut conserver la charité ».
La perception artistique, la manière dont les divers tempéraments psychologiques appréhendent les œuvres d’art, ou la façon qu’a tel ou tel de percevoir l’esthétique de ce tableau ou de cette sculpture (sauf évidemment dans le cas d’œuvres blasphématoires, obscènes ou impies) sont de l’ordre de ces « in dubiis » où la liberté est pleinement légitime… mais où la charité n’est pas facultative.

   Nous vivons, malheureusement, dans un monde où des questions de pure sensibilité (je ne parle pas des questions doctrinales ou morales, ni des sujets qui leurs sont connexes) sont la source d’innombrables soupçons négatifs et querelles, qui s’enveniment et s’exacerbent pour arriver à des ruptures d’une radicalité inouïes : la mentalité qui tend, à tout propos et sans relâche, à « chercher des poux sur la tête d’un chauve » n’est pas, en définitive, un signe de bonne santé psychologique et spirituelle.

Tolbiac avec Saint Augustin

C – J’en reviens maintenant à la question initiale…

   Après ces réflexions qui nous ont entraînés bien loin dans les profondeurs de l’âme humaine, je puis maintenant revenir à la question initiale : d’où proviennent donc nos illustrations ?

   C’est très simple : lorsque ni Frère Maximilien-Marie ni moi-même ne trouvons d’images conformes à ce que nous recherchons et aimons, pour illustrer nos textes – soit parce qu’il n’en existe pas soit parce que celles qui existent ne nous plaisent vraiment pas -, nous les créons, tout simplement !
Désormais certaines fonctionnalités informatiques, liées à ce que l’on nomme très improprement « intelligence artificielle » (en effet, l’intelligence est et sera toujours et uniquement du côté de l’homme : la machine, elle, ne fera jamais que mettre en œuvre ce pourquoi l’intelligence humaine l’a programmée en lui permettant d’effectuer à grande vitesse des inventaires et des associations), sont des outils de création d’images.

   Nous ne dessinons pas ni ne peignons sur un écran d’ordinateur : nous nous contentons de demander à l’outil informatique ce que nous souhaitons, en écrivant des phrases, qui précisent le style que nous souhaitons (par exemple : une fresque dans le style de Raphaël, une sculpture gothique en bois, une gravure en taille douce, un tableau baroque de style flamand ou une enluminure de livre d’heures du XVème siècle… etc.) et le sujet (par exemple un évêque en ornements baroques ou une vierge martyre de l’époque paléochrétienne, en précisant les attributs [livre, auréole, fleurs...], la couleur de ses cheveux ou de ses yeux… etc) : les propositions rendues par l’application correspondent à nos souhaits… ou pas.
Il faut trier, recommencer, approfondir la connaissance des ressorts sur lesquels il faut appuyer pour approcher au mieux du résultat espéré.
Il faut de la patience, comme, en définitive, lorsqu’on dessine ou peint.

   Parfois, des détails incongrus apparaissent, parce que la très bête « intelligence artificielle », qui dispose, pour inspirer son travail, de milliers de détails recensés et inventoriés dans des milliers d’œuvres d’art déjà existantes dont elle a les références en ses banques de données, ne fera pas les bonnes associations, ne comprendra pas exactement la description qu’on lui a donnée, n’a pas la subtilité ni la sensibilité que nous attendons d’elle.

   Mais d’autres fois, c’est plutôt satisfaisant ; même si ce n’est jamais vraiment parfait.
Nous sélectionnons finalement, puis publions les images qui nous plaisent et qui, à notre sens et selon nos goûts, peuvent contribuer à attirer l’attention de l’œil et de l’âme vers ces saints oubliés, méconnus, peu invoqués, qui ont contribué à la première évangélisation de notre beau Royaume ou qui sont issus de nos chères dynasties royales, mais pour lesquels l’iconographie est terriblement indigente.
Il est fréquent, en effet, qu’il n’existe pas – ou plus – de portraits de ces saints ou que le peu qui existe ne soit pas très esthétique.
Une très authentique miniature du XIVème siècle n’est pas forcément une réussite artistique ; et je connais des tempera sur bois de l’école siennoise qui coûtent des fortunes sur le marché de l’art, mais aussi sur lesquelles la Mère de Dieu louche ou est affublée d’un goître !
Entre une fresque du XIIIème siècle sur laquelle un saint a autant d’expression qu’un poisson rouge après 999 tours dans son bocal, et un  portrait – imaginaire certes – réalisé grâce à l’ « intelligence artificielle » mais correspondant à ce que nous souhaitons en matière de dévotion, d’expression et de symbolique, nous n’hésitons pas et nous choisissons la seconde !

   Plusieurs de nos amis, prêtres, religieux et même authentiques artistes, nous ont félicité pour ces réalisations : comme je crois qu’ils sont de véritables amis, nous ne les soupçonnons pas de vile flagornerie à notre endroit.
Et nos œuvres, habituellement nous les signons. Pour moi : « Tolbiac fecit », et pour Frère Maximilien-Marie « Fr. Mx.M.  fecit », puisqu’elles deviennent véritablement nos œuvres propres.

   Pour mon papa-moine, qui souffre depuis des mois et des mois de névralgies dans la main droite, qui éprouve de grandes souffrances pour écrire, et qui ne peut plus dessiner, alors que pour lui le dessin et l’illustration ont toujours été une quasi nécessité, la découverte de cet outil – qui n’est et ne restera jamais qu’un simple outil – a été un véritable soulagement de l’esprit, puisque, quoique différemment, il lui est ainsi possible de continuer une production picturale.

   Il est possible que certains autres de nos lecteurs ne nous disent pas qu’ils n’aiment pas nos illustrations parce qu’ils les trouvent trop « sulpiciennes », « sucrées », « baroques », « de goût italien » : nous les remercions de leur charitable patience à notre endroit, et les invitons – pourquoi pas ? – à travailler eux-mêmes à réaliser des images conformes à leur piété et à leurs goûts, pour éventuellement les porter à notre connaissance. Nous en serons honorés : « in omnibus caritas » !

   Voilà, j’espère avoir répondu aux interrogations qui nous ont été adressées, mes bien chers Amis…
Restons chat-leureusement unis dans l’amour de la Beauté et Bonté suprême qui est Dieu Lui-même, Lequel nous a donné des sensibilités différentes pour que nous Le goûtions tous et chacun d’une manière unique.

pattes de chat Tolbiac

Moine peintre - blogue

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