Archive pour la catégorie 'Commentaires d’actualité & humeurs'

2016-57. Du saint prophète Elie insurpassable modèle des adorateurs du vrai Dieu.

20 juillet,
Fête du saint prophète Elie.

A la date du 20 juillet, le martyrologe romain fait mention du saint prophète Elie : sa fête ne figure pas au calendrier de l’Eglise universelle, mais seulement au calendrier particulier de certains lieux et congrégations, dont l’Ordre du Carmel qui reconnaît en lui son fondateur.

Au Mesnil-Marie aussi, nous célébrons aujourd’hui l’office de Saint Elie : nous vénérons en lui l’une des plus parfaites figures de chercheur de Dieu, l’une des plus parfaites figures de totale consécration au service du Très Haut, l’une des plus parfaites figures de la vie religieuse alliant contemplation et action.

En appelant Elie, Dieu a en quelque sorte appelé et béni en même temps – à travers tous les âges et jusqu’à la consommation des siècles – la foule de ceux qui, épris de l’absolu divin, ne souffrent ni médiocrité, ni compromis, ni demi-mesure.
Tantôt retiré du monde et absorbé dans une intime conversation avec Dieu, tantôt en première ligne des combats qu’il faut soutenir pour la vraie foi, il reste pour toutes les générations de croyants un exemple à imiter : exemple de zèle et d’ardeur, exemple de soif d’absolu, exemple d’intégrité et de force morale – malgré l’expérience de ses propres faiblesses et la tentation du découragement – , mais aussi exemple de douce humanité et de compassion authentique (car l’humanité et la compassion ne sont ni la faiblesse ni la compromission).
Voilà pourquoi il m’apparaît comme très important de souvent lire, relire, approfondir et méditer la « geste d’Elie » dans les chapîtres XVII à XXI du troisième livre des Rois (selon la Vulgate ; il est appelé premier livre des Rois dans la majorité des éditions modernes de la Sainte Bible) car, au-delà des contingences temporelles des faits rapportés, nous y trouvons tant de lumières pour notre propre conduite aujourd’hui…

C’est la raison pour laquelle j’ai particulièrement aimé le tableau reproduit ci-dessous : s’il ne s’agit que d’une toile somme toute assez ordinaire du XIXe siècle, néanmoins en quelque manière elle illustre la permanence de la figure du prophète Elie dans l’histoire de l’Eglise, par le geste protecteur de sa main gauche étendue en direction de la silhouette de la basilique Saint-Pierre du Vatican, symbole de l’Eglise contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront point.
Le glaive ardent que tient toujours le saint prophète – glaive avec lequel il égorgea les quatre-cent-cinquante faux prophètes de Baal sur le Mont Carmel – et le cadavre de l’Antéchrist gisant à ses pieds, nous rappellent que des combats comparables à celui d’Elie - qui doit revenir avec Enoch dans le temps de la grande tribulation finale – font toujours l’actualité de l’Eglise et la feront jusqu’à la fin des temps, cette dernière étant évoquée dans le haut du tableau par les anges sonnant de la trompette.

Le prophète St Elie - huile sur toile Italie XIXe s

Le prophète Saint Elie, huile sur toile du XIXe siècle
Diocèse de Melfi – Rapolla – Venosa (Basilicate – Italie)

Merveilleux Saint Elie !
Comme vous fûtes heureux de ne pas avoir vécu à la fin du XXe siècle et en ce début du XXIe siècle !
Car si vous fûtes persécuté par le perfide Achab et l’idolâtre Jézabel, il vous fut toutefois loisible d’affirmer et de proclamer haut et fort à la face d’Israël qu’il n’y a pas d’autre Dieu que le Seigneur qui S’est révélé à Moïse – et qui S’est depuis pleinement et définitivement révélé en Notre-Seigneur Jésus-Christ, Son Verbe incarné – et que les autres « dieux » n’en sont pas.
Point de déclaration « Dignitatis humanae » qui soit alors venue troubler la compréhension de la Vérité et jeter de l’ombre sur la Révélation divine, introduire le relativisme, et insinuer que l’on doive mettre sur un même pied l’authentique religion et les croyances mêlées d’erreurs !

Bienheureux Saint Elie !
Pourchassé par la vindicte des païens adorateurs de démons, vous ne fûtes néanmoins pas puni par les représentants officiels du vrai Dieu, ainsi que cela arrive aujourd’hui à des prêtres fidèles au sein de l’Eglise catholique, lorsqu’ils rappellent qu’il n’y a qu’une seule authentique Révélation de Dieu et qu’en dehors d’elle, et après Notre-Seigneur Jésus-Christ, il n’y a pas eu de vrai prophète mandaté par Dieu pour fonder une autre religion !

Glorieux Saint Elie !
Ni le pseudo oecuménisme ni le « dialogue inter-religieux », ne sont venus mettre des entraves à cette proclamation sans concession de la Vérité divine, que vous avez énergiquement accomplie en paroles et en actes quoi qu’il dut vous en coûter ! 
Vous vous êtes « levé comme un feu et votre parole brûla comme une torche ardente » (cf. Eccli. XLVIII, 1) et nul n’osa plus en face de vous, parce que vous agissiez pour le salut éternel des âmes des fils d’Israël, se faire l’apologue des doctrines d’erreur et de la fausse tolérance qui précipite les âmes en enfer…

Intercédez donc aujourd’hui pour nous, et donnez-nous, comme à votre disciple Saint Elisée, d’avoir quelque part à votre esprit. Ainsi soit-il !

Blason du Carmel

Blason de l’Ordre du Carmel
surmonté du bras de Saint Elie brandissant le glaive ardent
et portant pour devise sa parole :
« Zelo zelatus sum pro Domino Deo exercituum :
je suis embrasé d’un zèle ardent pour le Seigneur Dieu des armées » (3 Reg. XIX, 14).

2016-55. Anthropophagie canoniale ?

Rions un peu…

Si vous pensiez qu’un chanoine était un ecclésiastique d’âge respectable trottinant doucettement dans les vieilles rues de nos quartiers cathédraux de province pour aller psalmodier l’office divin plusieurs fois le jour dans son antique stalle, et revenir du même pas de sénateur jusqu’en son logis afin de s’y adonner à quelque inoffensif travail d’érudition, vous pourriez bien être surpris par ce que certains textes à destination des touristes et amateurs du patrimoine suggèrent parfois, sans s’en rendre compte…

chanoine au choeur

Paisible chanoine récitant son bréviaire…

L’autre soir, alors qu’il était en train de relire attentivement une notice qu’on lui a envoyée afin qu’il fasse part de ses éventuelles corrections ou suggestions, j’ai vu Frère Maximilien-Marie s’esclaffer soudain jusqu’à en avoir les larmes aux yeux.
Je me suis donc approché pour m’enquérir de ce dont il s’agissait.

Le texte soumis à son avis est une rapide présentation de la vieille ville de Viviers, notre belle et antique cité épiscopale (cf. > ici).
Or, il y était écrit que la « rue du Fournas » tient son nom du fait qu’il s’y trouvait jadis un four banal, et que – je cite -
« c’est là que les Chanoines y faisaient cuire leur pain ainsi que les habitants du quartier » !!!

Nous n’épiloguerons pas sur la présence tout-à-fait inutile et inélégante de l’adverbe « y » ; mais, avec notre Frère, nous pourrons à notre tour rire de cette construction de phrase maladroite qui suggère finalement que les chanoines du très vénérable chapitre cathédral de Viviers s’adonnaient à l’anthropophagie, ce qui m’a fait m’écrier : « Espérons du-moins que ce n’était ni en carême ni en quelque autre jour d’abstinence ! »

pattes de chat Lully

chats riant gif

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 18 juillet, 2016 |3 Commentaires »

2016-54. De l’homme d’honneur dans la médiocrité de ce temps.

Dimanche soir 17 juillet 2016,
Anniversaire du sacre de S.M. le Roi Charles VII grâce à Sainte Jeanne d’Arc ;
Anniversaire du martyre des Bienheureuses Carmélites de Compiègne (cf. > ici).

Le 23 juin dernier, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, je vous présentais l’ouvrage du Rd. Père Jean-François Thomas intitulé « Les mangeurs de cendres » et je vous en livrais une citation remarquable (voir > ici). Certains m’ont écrit qu’à la suite de ma publication ils avaient commandé cet ouvrage, car ce que j’avais publié leur mettait l’eau à la bouche – au sens spirituel bien sûr – , ce dont je me réjouis.
Nous-mêmes, au Mesnil-Marie, nous avançons notre lecture lentement, car ce qui est écrit par le Rd. Père Thomas doit être médité et longuement approfondi.
Ce soir, je ne résiste pas au plaisir de vous en citer un nouveau passage, que Frère Maximilien-Marie a quasi « ruminé » cet après-midi dans la sérénité de notre oratoire, et que je vous invite à « ruminer » vous aussi…

Lully.

frise

Rembrant - le cavalier polonais

Rembrandt Harmenszoon van Rijn : le cavalier polonais (1657)

Opter pour l’honneur, contre l’opportunisme et l’hédonisme :

« L’homme d’honneur, héros ou saint, souffre de la médiocrité ambiante, plus que nul autre ne peut en faire l’expérience. Mais cela ne le conduit pas au désespoir. Il n’essaie pas de défier cette médiocrité. Il ne la combat qu’en se jetant à corps perdu dans l’exercice de la charité. Pas celle qui s’affiche, succédané de vraie charité, sur les écrans de télévision ou dans les pages glacées des magazines, mais celle qui ne fait pas de bruit. L’homme d’honneur n’arrache rien et ne se fait pas justicier. Il comble au contraire de trésors invisibles ce qui se complaît dans le médiocre. Il n’est pas un réformateur. Saint François d’Assise n’est pas Martin Luther. Le réformateur est l’homme de la désespérance. Son souci de purification est tel qu’il détruit et brise tout ce qu’il touche et que son destin est généralement tragique à cause de cette inflexibilité. Le désespoir n’est pas forcément un péché contre l’esprit ou une déliquescence lente de l’âme. S’il n’est que le signe passager d’une souffrance face aux ténèbres, il ne fait pas courir de danger car il finit par être résorbé, grâce à la foi indéracinable, dans le sein de Dieu. S’il est la marque d’une désespérance de fond vis-à-vis de l’Eglise et de Dieu, il aboutit à rejeter même l’homme ou bien à ne plus le considérer que comme une pièce récalcitrante qu’il faut faire plier par tous les moyens afin de l’intégrer dans une mécanique vue comme parfaite.
L’homme d’honneur n’est jamais corrompu par la médiocrité, alors que celui qui se pose en juge, subissant la fascination du mal, sera peu à peu transformé, défiguré par l’objet de sa haine. Certes, la douce pitié de Dieu cache toujours quelque stratagème insurpassable pour sauver même ce qui risque de se précipiter tête première vers l’enfer. L’homme d’honneur ne se jette jamais dans la révolte et ne laisse pas son coeur être entraîné par l’amertume.
Quant à la caractéristique de l’homme d’honneur chrétien, elle tient dans la priorité accordée au Royaume de Dieu, un homme capable, idéalement, de consacrer une part égale de sa vie à l’action et à la pensée alliée à la contemplation. Un tel équilibre est rare. L’époque contemporaine n’est pas avare en hommes d’actions, tout au moins en hommes qui en donnent l’apparence, qui bougent, qui voyagent, qui remuent et font remuer les choses, des choses… Elle est plus pingre en ce qui concerne la réflexion et la contemplation car elle ne les favorise point, ayant horreur de ce qui permet de juger, de discerner, de prendre du recul, d’admirer, de s’étonner. Elle rabote et piétine les esprits qui feraient preuve d’indépendance et de liberté. Il s’agit d’un vertige universel, qui nous saisit tous, dans une plus ou moins large mesure. Mais nous sommes libres de nous y soustraire si nous optons pour l’honneur, contre l’opportunisme et l’hédonisme. Il subsiste dans le monde des franges d’humanité où l’effort pour connaître et aimer n’est point mort, franges qui sont et seront de précieuses réserves, les dernières sans doute, pour répondre à l’agression contre les esprits et l’Esprit.
Ces hommes d’honneur sont les ultimes témoins au sein du bouleversement universel et de la folie scientiste. (…) »

Rd. Père Jean-François Thomas, sj.
in « Les mangeurs de Cendres » pp. 68-70

frise

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 17 juillet, 2016 |1 Commentaire »

2016-53. Où, à l’occasion d’un pèlerinage à La Louvesc, nous avons appris une très triste nouvelle.

Mercredi 13 juillet 2016,
fête de Saint Anaclet, pape et martyr.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Comme j’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans ce blogue, vous savez que le village de La Louvesc est bien cher à notre coeur.
Frère Maximilien-Marie s’y rend au moins une fois par an en pèlerinage (cf. par exemple > ici), auprès des reliques de deux très grands saints que nous aimons beaucoup : Saint Jean-François Régis (cf. > ici) et Sainte Thérèse Couderc (cf. > ici).

Hier, mardi 12 juillet, notre Frère a profité du passage de l’un de nos amis qui ne connaissait pas ces deux saints pour les lui faire découvrir « in situ ».
D’une certaine manière, c’était un jour idéal pour cette démarche spirituelle : au-dessus de 800 m d’altitude, le brouillard régnait quasi partout, souvent accompagné d’une petite pluie froide.
Avec de telles conditions météorologiques et un horizon obstinément bouché, point de hordes de touristes superficiels et bruyants, trop court vêtus ou débraillés.
Tant pis pour le panorama, et tant mieux pour l’atmosphère de recueillement ! 

Basilique de La Louvesc 12 juillet 2016

La basilique de La Louvesc enveloppée de brouillard ce 12 juillet 2016 :
à une trentaine de mètres de la façade principale, on distinguait à peine les croix au sommet des deux flèches !

Frère Maximilien-Marie et notre ami ont donc visité le diorama de Georges Serraz présentant la vie de Saint Jean-François Régis.
Ils y étaient seuls.

Ils se sont ensuite recueillis dans la « chapelle mortuaire », au lieu même où, le 31 décembre 1640, quelques minutes avant la minuit, les cieux se sont ouverts et où Notre-Seigneur et Notre-Dame sont venus recueillir l’âme de Saint Régis.
Ils y étaient seuls.

Puis ils sont allés prier à la basilique, devant la châsse renfermant les reliques du saint père (nota : depuis l’époque de ses missions sur les hauts plateaux du Vivarais et du Velay et jusqu’à nos jours, quand les catholiques de ces terres d’en-haut parlent du saint père, il ne s’agit pas du pape, mais de Saint Jean-François Régis qui a si profondément et si durablement marqué le pays par sa parole et ses exemples).
Là, ils ont dû voir défiler à peine une quinzaine de personnes.

Comme à chaque fois, Frère Maximilien-Marie a fait brûler une veilleuse devant la châsse : sa petite flamme matérialisant toutes les intentions qui nous sont recommandées et qu’il a confiées à l’intercession du bon Saint Régis.

Châsse de Saint Jean-François Régis

Châsse renfermant la plus grande partie des reliques de Saint Jean-François Régis

En revanche, nos pèlerins ne se sont pas rendus à l’exposition, annoncée à grand renfort de tracts et d’affiches, consacrée au Père Pierre Teilhard de Chardin.
Il n’est point nécessaire, je pense, que je vous en détaille les raisons.
Pour moi, je ne cesse pas de m’étonner de la manière avec laquelle des personnes embarquées sur un navire qui prend l’eau de toutes parts semblent déployer toutes leurs énergies à en agrandir les fissures et percer encore des trous dans la coque, comme pour en accélérer l’engloutissement… et leur propre noyade. Cela me paraît défier toute espèce de raison.

Mais bien sûr, nos deux pèlerins se sont rendus à la chapelle du Cénacle pour prier devant la châsse où est exposé le corps de Sainte Thérèse Couderc.

Châsse de Sainte Thérèse Couderc

Corps incorrompu de Sainte Thérèse Couderc dans la chapelle du Cénacle à La Louvesc

Frère Maximilien-Marie a été fasciné par Sainte Thérèse Couderc déjà quand il avait cinq ou six ans. Lorsqu’il était étudiant à Lyon, il est allé souvent se recueillir dans sa chambre mortuaire au Cénacle de Fourvière. A l’âge de 17 ans, il a lu, approfondi et médité plusieurs ouvrages fouillés (ceux de l’abbé André Combes ou de la Rde Mère Jeanne Dehin par exemple) sur la spiritualité de la sainte fondatrice du Cénacle : ce sont des liens intimes et très anciens qui le lient à cette remarquable figure de sainteté vivaroise, et c’est donc toujours avec une ferveur toute particulière qu’il se rend près de sa dépouille mortelle incorrompue, exposée dans la chapelle du Cénacle de La Louvesc dans l’attente de la résurrection.

Mais hier, en ce Cénacle de La Louvesc, notre Frère a été douloureusement frappé au coeur.
A la sortie de la chapelle, il a été abordé par une religieuse (il a su que c’était une religieuse parce qu’elle arborait un badge sinon rien dans sa tenue n’eût permis de le deviner), fort aimable au demeurant, qui lui a demandé d’où il venait et s’il connaissait déjà Sainte Thérèse. La conversation s’est donc engagée, jusqu’à ce que :

La soeur : « Vous savez que cette maison va fermer ? »
Fr.Mx.M. (interloqué) : « Non… mais… comment… ??? » 
La soeur : « Elle est vendue. C’est déjà fait. »
Fr.Mx.M. (abasourdi) : « Mon Dieu ! Mais… et la chapelle ? »
La soeur : « Vendue aussi. »
Fr.Mx.M. (atterré) : « Mais qu’est ce que tout cela va devenir ? »
La soeur : « Nous ne le savons pas. »
Fr.Mx.M. (d’une voix blanche) : « Et la châsse de Sainte Thérèse ? »
La soeur : « Nous ne savons pas… »
Là, Frère Maximilien-Marie a eu « une fuite aux yeux » ; il avait du mal à parler tant il avait la gorge nouée et parce que c’était comme si la « burle » s’était mise à souffler à l’intérieur de sa tête.
S’en sont néanmoins suivies quelques autres paroles : Frère Maximilien-Marie avait l’impression de s’entendre parler et d’entendre la religieuse répondre très loin, comme dans un rêve.
La soeur lui a dit que les reliques de Sainte Thérèse appartiennent en définitive à l’Eglise et que c’est l’Eglise qui en disposera. Avec un petit sourire complice elle lui a même demandé s’il ne voulait pas les emporter au Mesnil-Marie, ce à quoi, même s’il sait bien que c’est irréalisable, notre Frère a répondu qu’il les y prendrait avec empressement…

Moi, qui suis resté auprés de lui la nuit dernière, je puis témoigner qu’il a mal dormi et qu’il a pleuré – et encore ce matin – en repensant à la fermeture et à la vente de cette maison où Sainte Thérèse Couderc a fondé la congrégation du Cénacle.

Une fois de plus, et au fond du fond c’est bien cela qui est le plus douloureux et le plus affligeant, nous constatons, à travers la décadence et l’extinction d’oeuvres admirables que le Saint-Esprit avait suscitées dans la Sainte Eglise par la vie et l’action des saints, combien le modernisme est stérile et mortifère.

Depuis la fin du concile vaticandeux, les ruines s’accumulent et la désolation s’étend inexorablement : après avoir abandonné tout le trésor doctrinal et spirituel de l’authentique Tradition, c’est tout le patrimoine temporel des paroisses, des congrégations, des diocèses, qui est peu à peu dilapidé, vendu… et profané.
Car ramener à un usage profane des biens qui avaient été acquis, établis et développés, bénits et sanctifiés, pour le service et la gloire de la divine Majesté, c’est à proprement parler accomplir une profanation.
Un coeur profondément religieux ne peut qu’être douloureusement meurtri à ce constat.

Ce que la grande révolution n’avait pas pu mener totalement à sa fin – et seulement en recourrant à la terreur et aux plus extrêmes violences – , ce sont finalement les enfants de l’Eglise gangrenée par le modernisme, qui le mênent tout doucement – d’une manière « soft » - à son entier accomplissement depuis un demi-siècle.
Ils le font tantôt avec une espèce de résignation, tantôt avec une béate irresponsabilité, souvent en se gargarisant de pseudo motifs spirituels faussement évangéliques.

Que l’on ne m’objecte pas que mes propos sont empreints de matérialisme et d’attachement aux biens de ce monde : la Sainte Eglise, figure du Royaume éternel et porte par laquelle il faut passer pour y accéder, est néanmoins établie en ce monde.
En ce monde où pour vivre, croître, se développer, rayonner et travailler pour le Royaume des Cieux, il est indispensable de recourir à des moyens matériels : les tâches spirituelles ont besoin du support des biens terrestres.
Pour mener à bien la mission qui lui a été confiée par son divin Fondateur, l’Eglise doit user des biens de ce monde, dans l’esprit de la première Béatitude bien sûr, mais aussi avec le soin et la diligence du bon intendant fidèle ou du serviteur industrieux auquel ont été confiés les cinq talents d’argent, décrits par Notre-Seigneur en Ses paraboles.

Ainsi, lorsque nous sommes affligés et que nous versons des larmes sur la dilapidation des biens de l’Eglise et des congrégations, c’est sur la disparition progressive de la Chrétienté que nous pleurons ; c’est sur la destruction – qui apparaît parfois comme inexorable, bien que nous ne cessions pas d’être animés par l’espérance et la foi surnaturelles – de tout ce qu’avaient merveilleusement construit et patiemment édifié les longs siècles de civilisation chrétienne qui nous ont précédés ; c’est parce qu’ « il y a grande pitié au Royaume de France » et que ces abandons et pertes du patrimoine religieux ne sont que le signe et le symbole de la trahison des clercs et de la perte des âmes

Saint Jean-François Régis, Sainte Thérèse Couderc, priez pour nous !
Secourez-nous en ces temps si douloureux !
Obtenez-nous quelque part à la force des consolations divines !

Venez-nous en aide et gardez-nous inébranlables dans la foi,
dans l’espérance et dans la charité !
Ainsi soit-il. 

Lully.

Sainte Thérèse Couderc

2016-52. Conseils spirituels d’un « maillot jaune ».

Mardi 12 juillet 2016,
Anniversaire de l’assassinat du comte de Saillans (cf. > ici)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce n’est pas du triste anniversaire de ce jour que je veux vous entretenir, mais, puisque la treizième étape du Tour de France 2016 va se dérouler en nos contrées vivaroises, je vais profiter de cette occasion pour porter à votre connaissance une citation qui m’a été communiqué par l’un de nos bons amis, que je remercie au passage.

Si je vous donne le nom d’Edouard Louis Joseph baron Merckx vous aurez peut-être quelques hésitations, mais si je dis Eddy Merckx vous vous écrirez : « Ah oui ! Bien sûr… »
Eh bien ! c’est de ce talentueux sportif, cinq fois vainqueur du Tour de France, qu’est la citation suivante : si – tout comme moi – vous n’avez qu’un intérêt très limité pour le cyclisme (et pour le sport en général), vous ne devez néanmoins pas vous désintéresser des conseils donnés par ce « maillot jaune » qui, comme Saint Paul dans l’épître du dimanche de la Septuagésime, utilise la métaphore de la compétition sportive pour nous encourager de quelques bons conseils spirituels pour notre sanctification.

pattes de chatLully.

cycliste gif

Eddy Merckx tour de France 1969

Eddy Merckx sur le Tour de France en 1969

« Puis-je vous prier de dire à vos élèves que le cyclisme ne réussit pas à tout le monde, qu’il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus, qu’il faut beaucoup de volonté pour arriver à un résultat, tout comme pour les études ; qu’il faut ne jamais se décourager. 
Puisque vous êtes leur père spirituel, veuillez leur dire qu’il en est de même pour le salut de leur âme, que la prière est un peu le contrôle de ravitaillement où l’on reprend des forces pour reprendre la route, que la communion procure la force de vivre et de conserver sa place dans le peloton.
Je suis très croyant et la foi me soutient dans les moments les plus durs de la compétition. Dites-leur de s’approcher de la Sainte Vierge, de lui offrir leurs succès d’études en ce mois de mai, comme je l’ai toujours fait depuis ma tendre jeunesse. »

Eddy Merckx,
lettre à l’aumônier d’un collège catholique de Bilbao
(citée dans la revue « France Catholique-Ecclésia » n°1149 du 20.9.74)

chat en tricycle

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 12 juillet, 2016 |2 Commentaires »

2016-49. C’est désormais certain : des extra-terrestres interviennent dans la direction de l’Union Européenne…

Mercredi soir 29 juin 2016.

« (…) J’ai vu et entendu et écouté plusieurs des dirigeants d’AUTRES PLANETES… » a déclaré le plus sérieusement du monde le président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker dans un discours au sujet du « Brexit », et je vous invite à vous assurer par vous-mêmes que je n’affabule pas…

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Si on en juge par l’impassibilité des auditeurs que l’on distingue derrière lui, de tels propos n’ont suscité, parmi les « eurodéputés », aucun étonnement, aucune surprise, pas la moindre hilarité, ni même quelque soupçon d’incrédulité.

Faut-il en conclure que tous sont au courant depuis longtemps de ces échanges inter-planétaires – voire inter-galactiques – qui président aux décisions des instances de l’Union Européenne ?

Peut-être les « eurodéputés » eux-mêmes dans leur ensemble sont-ils habituellement en lien avec les extra-terrestres ?

Ou peut-être encore qu’ils sont en réalité tous des « aliènes ».
Aliénés, on s’en doutait déjà un peu.
Mais « aliènes », voilà que nous avons désormais un témoignage de première importance en faveur de cette présomption…

pattes de chatLully.

Film Et Extra Terrestrial

2016-44. Du sage, de la lune et du doigt : actualisation d’un proverbe chinois…

Samedi 11 juin 2016,
Fête de Saint Barnabé, apôtre.

« Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt… »

Actualisation :

Quand le légitimiste montre l’ensemble cohérent – dans l’ordre naturel et dans l’ordre surnaturel conjugués en une totale harmonie – des Lois Fondamentales du Royaume et des dispositions providentielles (et même miraculeuses) qui ont fait la France depuis la Noël 496 jusqu’au 26 août 1789 (1), cet ensemble parfaitement cohérent de la raison et de la foi qui a présidé à la constitution et à la grandeur de la France, eh bien, de la même manière que cela est dénoncé dans le proverbe chinois, l’imbécile lui, ignorant le Principe, regarde la seule personne du Prince (la plupart du temps avec la lunette déformante et très réductrice de son ignorance) pour déchaîner la petitesse de sa mesquinerie… (2)

Louis XX 4 juin 2016

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
aîné des Capétiens,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX
(photo prise à l’occasion de la première communion de sa fille, la Princesse Eugénie, le 4 juin 2016)

(1) Plus que la date du 14 juillet 1789, nous retenons celle du 26 août 1789 comme représentative de la révolution et de l’apostasie de la France : c’est en effet à ce jour que fut adoptée par la pseudo assemblée constituante le texte de la « déclaration des droits de l’homme et du citoyen » qui renverse totalement l’ordre – naturel et surnaturel – voulu par Dieu en proclamant que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation, nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément » (article 3), ce qui constitue un blasphème et s’oppose directement aux enseignements des Saintes Ecritures.

(2) Ce très court article que je mets en ligne aujourd’hui est le 950e de mon blogue : il m’est l’occasion de redire brièvement que rien n’oblige ceux qui ne sont pas d’accord avec ce que j’exprime en ces pages de venir le lire : ma ligne politique est clairement définie depuis toujours, et les vieux râleurs professionels, rabâcheurs de griefs anti-légitimistes, mystico-dingo-survivantistes ou mystico-dingo-providentialistes, feraient mieux d’aller déverser leur bile malade en d’autres lieux…

pattes de chatLully.

lys.gif

2016-37. A propos du film « la Résurrection du Christ ».

Des amis du Refuge Notre-Dame de Compassion ont souhaité inviter Frère Maximilien-Marie à les accompagner à une projection de « La Résurrection du Christ » : notre Frère – qui n’était pas entré dans un cinéma depuis de nombreuses années – , s’est très volontiers laissé entraîner, parce que, sans s’y être intéressé outre mesure, il avait eu des échos assez favorables au sujet de ce film.
A son retour, comme l’ont fait aussi plusieurs de ses amis, je l’ai interrogé…

Lully

La_Resurrection_du_Christ - film

Lully : Alors, que trouve-t-on dans ce film ?

Frère Maximilien-Marie :
En voici le résumé.
Au début du film, nous nous trouvons en présence d’un personnage qui marche seul dans un paysage désertique et fait halte chez un homme – Judéen ou Galiléen – qui lui offre l’hospitalité. Interrogé par son hôte qui, à sa bague (il ne porte plus l’uniforme), a reconnu un tribun romain, le voyageur va conter son histoire…

Tribun, bras droit de Pilate, Clavius est au service de l’ordre romain en Judée : sans état d’âme, et parce qu’il a de l’ambition et souhaite une carrière glorieuse, il réprime sans pitié toute tentative de soulèvement.
A l’issue d’une expédition contre des rebelles dans le désert de Judée, il revient à Jérusalem un jour que l’on comprend rapidement être le Vendredi Saint : Pilate lui ayant ordonné de faire abréger les souffrances de Jésus, Clavius se rend au lieu des exécutions et assiste donc aux derniers moments de la crucifixion ; c’est même lui qui donne l’ordre du coup de lance qui transperce le côté du Christ.
On assiste ensuite aux demandes des princes des prêtres concernant la garde du tombeau du supplicié. Le samedi, Clavius vérifie que son corps se trouve bien dans le sépulcre ; il en scelle la lourde pierre qui ferme l’entrée, et il y poste des gardes.

Quand, au matin du dimanche de Pâques, les princes des prêtres, eux-mêmes avertis par les gardes du tombeau effrayés qui sont allés leur raconter ce dont ils ont été témoins, viennent chez Pilate pour lui demander d’accréditer la version du vol du cadavre de Jésus par ses disciples afin de couper court à toute rumeur de résurrection, Clavius est chargé d’enquêter et de retrouver le corps.
Le tribun se met donc en devoir d’examiner les lieux, d’observer les indices, et surtout de trouver les disciples de Jésus et de les interroger.

Il lui apparaît très vite que les gardes du tombeau ont été payés par les princes des prêtres pour porter un faux témoignage.
Après quelques péripéties, il parvient à se faire amener Marie-Magdeleine et l’apôtre Barthélémy qui témoignent, à mots couverts, de la résurrection, chose qui lui semble évidemment absurde… jusqu’à ce que, lors d’une « descente » dans la maison où les apôtres sont réunis, il reconnaisse au milieu d’eux, vivant, celui dont il a vu le corps mort sur la croix.
En proie à un grand trouble, Clavius décide de suivre les disciples qui partent pour la Galilée : abandonnant l’armée, il devient donc un traître aux yeux de Pilate.
Les disciples l’accueillent au milieu d’eux, il les accompagne dans la pêche nocturne infructueuse sur le lac de Génésareth, est témoin de la pêche miraculeuse lorsque Jésus leur apparaît au petit matin, et peut même s’entretenir une partie de la nuit avec Jésus ; enfin il est témoin de l’Ascension.
Toutefois, alors qu’ils l’invitent à se joindre à eux, il refuse d’entrer dans le groupe des disciples et s’en va, le coeur transformé certes, mais solitaire.

Maintenant que nous connaissons l’histoire, peut-on avoir accès à vos impressions ?

Mes impressions… Il ne s’agit pas seulement d’impressions !
N’étant pas du tout cinéphile, je ne savais rien du réalisateur de ce film (d’ailleurs je n’en sais pas guère plus aujourd’hui), et je peux dire que – même après avoir vu le film – je ne sais toujours pas vraiment quelle a été son intention, car elle demeure pour moi absolument obscure : qu’a-t-il voulu faire ? quel message a-t-il voulu transmettre ? Quel est son degré de foi ou d’incroyance ? Je ne le sais pas.

Cela étant dit, je me rendais à cette projection avec un a-priori favorable.
Mais très rapidement, au fur et à mesure que le film se déroulait devant mes yeux, j’ai été gêné par des incohérences, de véritables infidélités au récit évangélique qui ne me paraissent pas anodines, des manquements – sont-ils délibérés ou procédent-ils de l’ignorance ? je ne peux le dire – importants à la Tradition reçue des Apôtres… etc.
Ce qui fait que, à la fin du film, malgré quelques très belles séquences et des prises de vue esthétiquement très réussies, c’est plutôt la déception qui prévalait en moi, parce que j’avais l’impression d’un ouvrage pour le moins inachevé, incomplet, voire frelaté

Des incohérences, dites-vous ?

Oui.
Quand un cinéaste veut produire un film qui possède une dimension historique, le spectateur est en droit d’attendre que la vérité historique soit rigoureusement respectée.

Or ce film accumule des incohérences à propos des moeurs et usages des Juifs.
Cela peut sembler des détails sans importance aux yeux de ceux qui ne savent pas, ou qui ne connaissent que très superficiellement les usages religieux du peuple Juif, mais ils sont véritablement choquants pour c
elui qui en est un peu instruit.
Je n’en donnerai pour exemple que deux :
a – le nom imprononçable de Dieu, que seul le grand prêtre sussurait une fois l’an dans le secret du Saint des Saints, est, dans ce film, prononcé un nombre incalculable de fois tant par des Juifs que par des païens romains.
b – les grands prêtres et membres du Sanhédrin, qui observaient de manière scrupuleuse les règles de pureté légale, et qui donc, surtout au moment de la grande fête de la Pâque, ne pouvaient entrer dans la demeure de l’occupant païen – comme l’a fort bien noté l’Evangéliste Saint Jean (XVIII, 28-29) – , ici entrent à plusieurs reprises jusque dans le bureau de Pilate. 

Une autre incohérence réside dans le fait que, au début du récit de Clavius, se trouve une scène de bataille entre les soldats romains qu’il commande et une troupe de rebelles dirigés par un certain Barabbas.
Même si l’on peut penser que Barabbas était un prénom porté par plusieurs hommes au temps de Notre-Seigneur, pour tout chrétien – ou même simplement pour tout homme cultivé – , le nom de Barabbas suggère immédiatement la figure du criminel qui se trouvait en prison à Jérusalem et que, le Vendredi Saint, Pilate fut contraint de libérer sous la pression de la foule stipendiée par les princes des prêtres. 

Tout laisse à penser que c’est cet homme-là que le réalisateur a voulu voir figurer dans le film, mais si c’est bien lui contre lequel Clavius combat dans le désert, c’est donc qu’il n’est pas en prison à Jérusalem pendant ce temps. La suite du film nous montre en effet le tribun rentrant à Jérusalem après qu’il a lui-même égorgé Barabbas, et nous apprenons alors que nous sommes le Vendredi Saint dans l’après-midi peu de temps avant la mort du Christ. Le film est donc incohérent avec les données de l’Evangile.

Je me répète : cela peut sembler des détails sans importance, mais à l’époque des faits ces détails ne l’étaient pas, et le spectateur est en droit d’attendre que la vérité historique soit rigoureusement respectée.

Et des infidélités aux textes évangéliques dont vous dites qu’elles ne sont pas anodines…

C’est également vrai.
Lorsque l’on veut parler d’un évènement, on consulte les sources (documents, monuments, témoignages) par lesquelles cet évènement nous est connu. 
Pour ce qui concerne la Résurrection du Christ, les sources documentaires se trouvent dans les Saints Evangiles et dans la Tradition reçue des Apôtres.
Indépendamment de la foi que l’on a ou que l’on n’a pas dans les récits évangéliques, la plus élementaire honnêteté, lorsqu’on veut représenter des scènes tirées de l’Evangile, consiste à les montrer telles qu’elles s’y trouvent décrites : en tronquer une partie et en modifier des éléments peut-il être qualifié autrement que par le mot infidélité ?

Ainsi l’apparition du Christ ressuscité dans le Cénacle le huitième jour après Pâques, apparition où l’incrédulité de l’apôtre Thomas se trouve confondue, est-elle totalement dénaturée et ne laisse-t-elle plus voir qu’un homme joyeux de se jeter dans les bras de son ami qu’il avait cru mort. Tous les détails du récit évangélique montrant la connaissance surnaturelle que le Christ ressuscité a des doutes de Thomas et des paroles précises qu’il avait prononcées pour manifester cette incrédulité, ont disparu.
La profession de foi de Thomas dans la divinité du Christ est tue. Quant aux plaies du Crucifié, plaies toujours vives et béantes selon l’Evangile puisqu’on peut y placer son doigt et sa main, elles sont ici cicatrisées et n’ont plus que l’apparence de croûtes.

De la même manière, lors de l’apparition au bord du lac de Génésareth, le dialogue entre Notre-Seigneur et Pierre se trouve singulièrement raccourci : le caractère réparateur de la triple confession exigée du chef des apôtres, et même la contrition de Pierre – explicitement mentionnée par l’Evangile – , se trouvent réduits à presque rien.
De même, l’affirmation de la primauté que lui confère alors Jésus est édulcorée.

J’ai aussi noté que le film fait une confusion complète entre les apôtres et les disciples, comme si les deux termes étaient absolument synonymes, alors que les choses sont bien claires dans l’Evangile : Notre-Seigneur était accompagné par un nombre assez important de disciples, puisque parmi ces disciples Il en désignera septante-deux auxquels Il confiera un jour une mission spéciale ; et parmi ces disciples, disctincts des septante-deux sus-mentionnés, Il choisit douze hommes auxquels Il donne Lui-même le nom d’apôtres.
Après la Résurrection, les Saints Evangiles montrent bien qu’il y a des apparitions qui n’ont lieu qu’en présence des apôtres et d’autres, comme au moment de l’Ascension, qui ont lieu en présence d’une grande foule de disciples.

Enfin, justement à propos de l’Ascension, d’une part le film place celle-ci en Galilée et non à Jérusalem comme l’atteste le récit des Actes des Apôtres ; et d’autre part, alors que le texte inspiré nous dit bien qu’ils le virent s’élever et qu’il y eut ensuite l’intervention de deux anges, le film fait disparaître Jésus – toujours les pieds sur terre – dans une espèce de soleil levant, et l’épisode s’achève par une pluie de plumes ou de flocons…
Notons aussi que le commandement de baptiser, fait par le Christ aux apôtres avant de remonter au Ciel, se trouve omis des paroles rapportées par le film.

Cela me paraît beaucoup, et comme, manifestement, le réalisateur est allé puiser dans l’Evangile, ces omissions ne me semblent pas du tout anodines, mais résultent sans aucun doute d’un parti pris délibéré.

Vous avez aussi parlé de manquements significatifs à la Tradition reçue des Apôtres.

Des manquements qui, à mes yeux, sont tout aussi graves que les infidélités aux textes évangéliques. En effet, la Tradition – avec un T majuscule – est l’un des deux canaux par lesquels Dieu a voulu que Sa Révélation nous parvienne.
Le second canal, ce sont les Saintes Ecritures.
Mais la Tradition est, d’une certaine manière, plus importante, puisque elle englobe les Saintes Ecritures et que celles-ci ne peuvent être lues et comprises qu’à la lumière de celle-là.
Je prends encore quelques exemples.

L’Evangile nous rapporte que la Crucifixion eut lieu dans un endroit appelé Golgotha, dont la Tradition nous dit que c’était une éminence : ici, elle est représentée dans une espèce de carrière, entre des falaises, au fond d’une vallée.
Le texte évangélique nous dit que Marie, Mère de Jésus, était debout au pied de la Croix, et toute la Tradition la montre digne, silencieuse, communiant en profondeur au mystère du salut qui s’accomplit : dans ce film, elle est représentée éloignée de la Croix, en arrière de la foule qui vocifère, et hurlant comme une femme au bord de la déraison.
La Tradition nous apprend que Marie-Magdeleine – que l’Evangile appelle « pêcheresse » – , n’était pas une prostituée mais une femme de la haute société adonnée à une luxueuse impureté : ici, elle est appelée « fille des rues », et presque tous les légionnaires romains lui sont passés sur le corps…
Bien pis, la caméra insiste sur un geste de Marie-Magdeleine debout derrière le Christ ressuscité : elle pose sa main sur l’épaule de Jésus, et la manière dont elle la presse dénote à la fois une grande intimité physique et une certaine forme de possession. N’est-ce pas à elle pourtant, selon l’Evangile, que, dans le jardin du matin de Pâques, Jésus a dit : « Noli me tangere – ne Me touche pas » ? Cette mise en scène n’est-elle pas une manière de suggérer que, comme le prétendent beaucoup de nos contemporains, Marie-Magdeleine aurait été la « compagne » de Jésus ?

Ces éléments me laissent à penser – je ne sais pas si c’est exact – que le réalisateur soit a délibérément négligé tout le contenu de la Tradition, soit a été empêché d’y avoir accès parce que la manière dont il a eu accès aux Evangiles s’est faite au travers d’une exégèse réductrice, – moderniste ou protestante, ce qui est à peu près la même chose – , coupée de la source vive de la Tradition.

Y a-t-il encore d’autres choses que vous souhaiteriez nous dire ?

Oui, il y a encore d’autres éléments qui m’ont déplu ou gêné.
L’apôtre Barthélémy, par exemple, fait figure d’un grand adolescent un peu simplet, à mi-chemin entre le ravi du village et le doux illuminé ; l’apôtre Pierre semble un rustre en proie à l’exaltation…
Une scène montre les apôtres assis en rond autour du feu de camp et se passant de mains en mains un morceau de pain qu’ils rompent en récitant le « Notre Père » (avec le blasphématoire « ne nous soumets pas à la tentation ») : on peut penser que le réalisateur, à travers cette « fraction du pain » a voulu représenter l’Eucharistie. Mais alors on est toujours dans cette représentation minimaliste et misérabiliste inspirée par le protestantisme, et qui a pollué la conscience d’un grand nombre de catholiques depuis trois générations…
Les rapports entre le Christ et ses disciples sont aussi présentés comme une sorte de joyeuse camaraderie : l’enseignement de Jésus qui transforme le monde, ainsi que le coeur du tribun Clavius, semble n’être plus qu’une grande fraternité universelle bornée aux horizons de ce monde-ci. Cela comblera sans doute d’aise les chrétiens-bisounours, cela me semble très gravement incomplet en ce qui concerne la substance surnaturelle de l’Evangile et sa doctrine de salut !

Je pourrais aussi dire que je n’ai pas du tout apprécié le choix de l’acteur représentant Notre-Seigneur. Je sais que cela est très subjectif, mais je l’ai trouvé sans finesse, sans noblesse, sans transcendance, sans expression, avec des sourires de publicité pour dentifrice.

Plus grave, si le Christ est montré envoyant Ses apôtres prêcher à travers le monde, on ne sait finalement pas ce qu’ils vont aller prêcher… si ce n’est peut-être, ainsi que je le disais ci-dessus, une fraternité universelle pour ce monde : les notions de salut éternel et de rédemption sont résolument absentes de ce film.

Enfin, si Clavius atteste qu’on ne peut rencontrer Jésus sans être transformé au plus profond de soi, il choisit néanmoins délibéremment de ne pas aller avec les apôtres, mais de faire sa route en solitaire : j’interprête cette image finale comme une manière d’insinuer que l’on serait libre de suivre intérieurement Jésus – un Jésus qui n’est perçu que d’une manière terrestre et subjective – , en restant totalement en dehors de l’Eglise.

ChiRho couronné

2016-30. La folle charité.

Samedi 23 avril 2016,
Fête de Saint Georges de Lydda.

Une fois de plus, nous devons au site « Benoît et moi » une remarquable publication à laquelle nous applaudissons de tout notre coeur. Et puisque notre amie Béatrice, qui a créé et anime ce site avec une sagacité acérée et un courage quotidien, nous en a donné l’autorisation, nous reprenons avec plaisir dans nos pages cet excellent texte de Juan-Manuel de Prada (auteur déjà cité et présenté > ici), traduit et annoté par Carlota.
Nous sommes d’autant plus heureux de ces très pertinentes remarques de Juan-Manuel de Prada que nous-mêmes, au Mesnil-Marie, avons relu tout dernièrement « Orthodoxie », l’ouvrage de Chesterton auquel il est ici fait référence, justement pour approfondir sa réflexion sur les « vertus chrétiennes devenues
folles »
, dans la perspective de publier quelque chose à ce sujet. Comme Juan-Manuel de Prada s’en est acquitté avec son brio coutumier, nous n’avons plus qu’à lui céder la parole…

pleurant

La folle charité.

Chesterton nous avait avertis que le mode moderne était envahi par les vieilles vertus chrétiennes devenues folles.
Et comment les vertus peuvent-elles devenir folles ? Elles deviennent folles quand elles sont isolées les unes des autres. Ainsi, par exemple, la charité chrétienne devient une folle vertu quand elle se sépare de la vérité, ou, dit d’une manière plus explicite, quand les œuvres de miséricorde corporelles s’opposent aux œuvres de miséricorde spirituelles.
Sur ce danger-là, Donoso Cortés nous avait déjà avertis, prophétisant qu’une Église qui se contenterait de s’occuper des besoins corporels des pauvres finirait pas être un instrument au service du monde qui, en même temps qu’il se montre soucieux de procurer du bien-être à ceux qui dépendent de lui, a comme préoccupation, à la base, de détruire leurs âmes.
Une Église qui serait vivement désirée pour les besoins matériels des hommes (en leur donnant le vivre et le couvert, par exemple) et ne se préoccuperait pas d’assurer le salut de leurs âmes immortelles, aurait cessé d’être l’Église, pour devenir un instrument du monde, un monde qui évidemment applaudirait à tout rompre cet activisme déboussolé.

Pour mieux comprendre les effets de cette folle charité que le monde applaudit, il convient d’avoir recours, plutôt qu’à certains théologiens grenouilles de bénitier (qui nous offriront une version sirupeuse de la charité complètement étrangère au sens extrême de cette vertu théologale), au film « Viridiana » (*), du bouffeur de curés Luis Buñuel, car les bouffeurs de curés sont toujours meilleurs théologiens que les grenouilles de bénitier. 

Dans le film de Buñuel, la protagoniste – Viridiana – se sentant coupable de la mort de son oncle, renonce à être religieuse cloîtrée et, à la place, elle décide d’accueillir chez elle un groupe de mendiants et de vagabonds à qui elle offre le vivre et le couvert (œuvres de miséricorde corporelles), en négligeant le salut de leurs âmes (œuvres de miséricorde spirituelles, qu’elle aurait peut-être assurées plus efficacement avec sa prière, dans la clôture de son couvent).
Inévitablement les mendiants et les vagabonds vont faire croire d’une manière pharisienne que la folle et activiste charité de Viridiana la sotte, les a rendus tout gentils, mais dès que l’opportunité leur est offerte, ils vont agresser et voler leur bienfaitrice ; et en même temps qu’ils commettront des vandalismes divers, ils en rajouteront en se moquant d’une manière sacrilège de sa foi, en improvisant un dîner orgiaque durant lequel ils parodieront la Dernière Cène. 

C’est le minimum que mérite celui qui fait de la charité un activisme déboussolé, en faisant entrer l’ennemi dans la maison.
Et encore avec Viridiana, dans sa culture de la folle charité, le péché d’exhibitionnisme n’est même pas commis, ce péché qui est aujourd’hui le décor préféré de la folle charité. Un exhibitionnisme qui est réalisé devant les caméras, dans une parodie choquante et sacrilège de ce que le Christ a prédit dans le Sermon de la Montagne : « Soyez attentif à ne pas faire votre justice devant les hommes pour qu’ils vous voient » ; « Quand tu donne une aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait la droite », etc. C’est que toute la prédication de Jésus est un combat sans trêve contre l’ostentation des vertus (qui, lorsqu’elles sont montrées, cessent de l’être en tant que telles) et contre ceux qui ont fait de leur ostentation pharisienne un modus vivendi.

L’authentique charité chrétienne regarde d’abord au salut de l’âme du nécessiteux ; et une fois celle-ci assurée, il s’occupe de ses besoins corporels. C’est ce que fait Saint Paul avec Onésime, l’esclave païen qu’il se charge d’abord de convertir au christianisme et de baptiser ; et qu’il envoie, une fois le salut de son âme assuré, à Philémon, pour qu’il l’accueille chez lui. 
Inverser ce processus (ou retarder sine die ce que Saint Paul s’est préoccupé de faire en premier lieu et sans retard) est une folle charité qu’évidemment le monde va applaudir à tout rompre.

Juan-Manuel de Prada.

Viridiana - le dîner des gueux

Le dîner des gueux dans le film « Viridiana ».

(*) Note de Carlota : « Viridiana » (1961) est le premier film que Luis Buñuel a tourné en Espagne, après son passage à Hollywood (1938-1941) puis son installation au Mexique, et avec dans la distribution des plus célèbres acteurs de l’Espagne franquiste, tant avant qu’après la sortie du film primé à Cannes et son interdiction en Espagne. Il s’agit d’une adaptation d’une œuvre du très prolifique romancier espagnol Benito Pérez Galdos (1843-1920), transposé au monde contemporain. La Jeune Viridiana (joué par l’actrice mexicaine Silvia Pinal), sur le point de devenir religieuse, doit rendre visite à son oncle (Fernando Rey) qui lui a payé ses études. Lors du séjour, l’oncle, impressionné par la ressemblance de sa nièce avec sa défunte épouse, l’endort et tente de la violer, mais finalement y renonce. Mais pour la garder avec lui, il lui fait croire qu’elle ne peut plus être religieuse car il l’a possédée pendant son sommeil, ce qui fait encore plus fuir sa nièce. L’oncle se suicide. La nièce qui se sent coupable, renonce à devenir religieuse et revient au domaine pour pratiquer la charité, en accueillant des gueux auxquels elle offre le vivre et le couvert mais ils l’attaquent et la volent. Survient alors Jorge (Francisco Rabal), le fils naturel de l’oncle qui prend en mains le domaine. L’histoire se termine par un ménage à trois suggéré entre la gouvernante, la nièce et son cousin jouant aux cartes.

pleurant

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