Archive pour la catégorie 'Commentaires d’actualité & humeurs'

2018-86. Où, à l’occasion de la translation du corps de Sainte Thérèse Couderc, le Maître-Chat Lully publie quelques photographies qui sont plus éloquentes que de longs discours…

Samedi 22 septembre 2018 ;
Octave de Notre-Dame des Sept-Douleurs ;
Commémoraison du samedi des Quatre-Temps d’automne ;
Commémoraison de Saint Maurice et de ses compagnons, martyrs ;
Commémoraison de Saint Thomas de Villeneuve, évêque et confesseur.

A La Louvesc, jour de la translation du corps de Sainte Thérèse Couderc.

Sainte Thérèse Couderc

Corps incorrompu de Sainte Thérèse Couderc à La Louvesc.

frise

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de la vie (cf. > ici) d’une très grande sainte native du diocèse de Viviers pour laquelle nous avons une très grande vénération : Sainte Thérèse Couderc, fondatrice de la congrégation des sœurs de Notre-Dame de la retraite au Cénacle (que l’on appelle couramment « sœurs du Cénacle »), dont la fête liturgique est célébrée au jour anniversaire de sa naissance au Ciel, le 26 septembre.

Je vous ai également raconté (cf. > ici) de quelle manière, le mardi 12 juillet 2016, nous avions appris avec une douloureuse stupéfaction la fermeture et la vente programmée de la maison-mère historique des religieuses du Cénacle à La Louvesc.
La publication que j’avais alors faite pour annoncer cette triste nouvelle avait suscité de nombreuses réactions : réactions navrées ou indignées de beaucoup de fidèles, et même – je le dis avec désolation mais Dieu m’est témoin que c’est la stricte vérité – démentis mensongers donnés à cette nouvelle par certaines religieuses essayant de calmer l’émotion suscitée par mon article. Sans doute avaient-elles oublié le contenu et le sens du huitième commandement de Dieu, puisque la décision de fermer et de vendre ce couvent qui est le lieu de leur fondation était déjà fermement prise…

Autel avec la châsse de Sainte Thérèse Couderc - carte postale postérieure à la canonisation

Carte postale réalisée après la canonisation de Sainte Thérèse Couderc (1970)
et montrant l’autel érigé au-dessus de la châsse contenant le corps incorrompu de la sainte
dans la chapelle des religieuses du Cénacle à La Louvesc.

Il y eut des mois d’incertitude.
Les villageois de La Louvesc eux-mêmes ignoraient ce qu’allait devenir le corps d’une sainte à laquelle ils sont très attachés. Certains nous écrivaient pour nous demander si nous avions des informations à ce sujet, car du côté des religieuses ou du clergé local ce fut longtemps « silence radio ».
Des bruits contradictoires couraient, dont nous ne pouvions savoir s’ils étaient rumeurs et bobards, ou bien s’ils avaient quelque fondement de vérité.
Enfin, nous apprîmes de manière certaine, au cours de l’hiver dernier, que le corps de Sainte Thérèse Couderc serait transféré dans la basilique de Saint Jean-François Régis, à quelques centaines de mètres du couvent déserté.
Ce nous fut un véritable soulagement de savoir que « notre » chère Sainte reterait à La Louvesc et que nous pourrions continuer à nous recueillir devant sa châsse vénérée.

Le transfert des reliques d’un saint, surtout lorsqu’il s’agit d’un corps entier, porte le nom de translation.
La translation solennelle d’un corps saint, usage qui remonte à la plus haute antiquité, et qui parfois donne l’occasion à l’institutution d’une fête liturgique supplémentaire en l’honneur de ce saint, obéit normalement à certaines règles canoniques et liturgiques précises. Cela fait partie des cérémonies traditionnellement les plus importantes – qui exige la présence d’au moins un évêque – ; c’est aussi l’une des moins fréquentes de nos jours .

Or c’est aujourd’hui, samedi 22 septembre 2018, en début d’après-midi, que va avoir lieu la translation du corps de Sainte Thérèse Couderc depuis la chapelle du Cénacle, jusqu’à la basilique de La Louvesc.
Frère Maximilien-Marie avait prévu de s’y rendre mais il en a été empêché, alors j’ai demandé à des amis qui s’y trouvent de prendre de nombreuses photographies pour me les communiquer ensuite.

Cour intérieure de la maison de fondation du Cénacle avec façade de la chapelle

Cour intérieure de la maison-mère historique des sœurs du Cénacle à La Louvesc et façade de la chapelle :
sur le linteau de la porte d’entrée de la maison est gravée la date de 1837
c’est-à-dire 10 ans après le commencement de la congrégation.

A l’heure actuelle, j’ignore si le couvent est déjà vendu et j’ignore donc aussi ce que deviendront ces grands bâtiments, le parc, et surtout la chapelle, dont il y a tout lieu de craindre qu’elle sera désacralisée, hélas !

Avant même la cérémonie de translation, j’ai résolu de vous montrer, à l’aide de clichés anciens que j’ai collectionnés (et tels qu’il y en a déjà deux ci-dessus), l’évolution de cette chapelle : une évolution tout-à-fait révélatrice.

Voici tout d’abord un ancien cliché montrant les grands bâtiments du Cénacle, avec la chapelle (signalée par une flèche rouge) et le parc, sur la droite du couvent.

Bâtiments du Cénacle et chapelle extérieurs

Et maintenant une vue de l’intérieur de la chapelle telle qu’elle se rpésentait dans la première moitié du XXème siècle.
Tout est en place. Tout y est catholique : le maître-autel, la table de communion, la grille du chœur des religieuses (du côté de l’Evangile), les lustres, les statues, les stations du chemin de Croix.
Il y a même un drapeau tricolore (peut-être marqué du Sacré-Coeur !).
Remarquez, en avant du sanctuaire, de chaque côté de la nef, deux grandes fenêtres en plein cintre…

Chapelle du Cénacle dans la première moitié du XXe siècle

Et ci-dessous une photographie prise dans cette même chapelle au soir du 4 novembre 1951, jour où fut célébrée à Rome la béatification de Mère Thérèse Couderc par Sa Sainteté le pape Pie XII.

On voit la profusion de décoration et de luminaires avec laquelle les religieuses d’alors ont orné le sanctuaire pour cette circonstance.
Cela permet aussi de distinguer certains détails du maître-autel.

Chapelle du Cénacle soir de la béatification de Mère Thérèse Couderc 1951

Après cette béatification, des travaux furent réalisés dans la chapelle.
Le corps incorrompu de la Bienheureuse Thérèse Couderc fut exposé à la vénération des fidèles dans une châsse placée sous un autel de marbre sombre qui fut édifié dans un renfoncement pratiqué sur le côté droit de la nef, là où se trouvait auparavant une grande fenêtre (je vous la signalias ci-dessus) qui fut transformée en oculus.
C’est ce que montre la photographie suivante :

chapelle du cénacle après béatification 1951

Au dessus de cet autel, fut apposée une grande plaque de marbre dont l’inscription latine rappelle les grandes dates de la vie de la nouvelle bienheureuse et mentionne sa béatification :

Plaque de marbre au-dessus de l'autel après béatification

Sainte Thérèse Couderc fut canonisée le 10 mai 1970.
C’était après le second concile du Vatican, et la nouvelle messe était entrée en vigueur depuis moins de six mois. Toutefois les chambardements liturgiques avaient commencé à se faire jour depuis 1965.

Dans le diocèse de Viviers, Son Excellence Monseigneur Alfred Couderc (né en 1882, évêque de Viviers en 1937 et décédé le 25 février 1968), qui était relativement conservateur, avait autorisé que l’on remplaçât les anciens maîtres-autels à la condition que les autels qu’on édifirait à leur place afin qu’on puisse y célébrer la messe « face au peuple », soient néanmoins conçus pour qu’on continue à y célébrer de manière traditionnelle. C’est ce qui explique que, sur la photo suivante, si l’ancien maître-autel a disparu l’autel qui l’a remplacé – et qui est encore un autel en pierre – garde le tabernacle en son centre (sur ce cliché pris lors d’une exposition du Très Saint-Sacrement l’ostensoir est posé sur le tabernacle).

On remarque par ailleurs que des statues, les stations du chemin de Croix et la table de communion ont disparu.
L’autel sous lequel se trouve la châsse de Sainte Thérèse Couderc conserve sa nappe, sa croix et ses chandeliers.

Chapelle du Cénacle après la canonisation 1970

La chapelle va ensuite, au cours des quatre décennies et demi qui ont suivi, être « relouquée » de diverses manières.

L’autel que l’on aperçoit ci-dessus va être d’abord remplacé par un cube, toujours en pierre, tandis que le tabernacle sera relégué sur le côté.
Puis, à cet autel cubique va succéder… une ancienne table ronde de salle à manger aux pieds tournés (!!!), qui a elle-même cédé la place à une espèce de « meuble » circulaire, en bois, qui fera des allées et venues : tantôt dans le sanctuaire et tantôt dans la nef (avec les chaises des fidèles en rond tout autour) au gré de l’inventivité des bricoleurs de la liturgie…

chapelle du cénacle années 2000

Quand à l’autel de Sainte Thérèse Couderc il sera dépouillé de sa nappe, de ses chandeliers et de sa croix.

autel de Sainte Thérèse Couderc dépouillé

Puis la grande plaque de marbre gravée (sur laquelle avait été rajoutée la mention de la canonisation en 1970) a été recouverte de ce que je peux difficilement qualifier d’un autre mot que « barbouillage ».
Sans doute son inscription en langue latine semblait-elle totalement anachronique à ceux qui se sont rendus coupables de cette œuvre d’ « art conceptuel » sur laquelle on peut toutefois lire le mot « Bonté », en référence à l’une des expériences mystiques de Sainte Thérèse.
Je n’hésite pas à le dire : pour ce qui me concerne, j’ai bien du mal à retrouver l’expérience mystique et les leçons spirituelles de Sainte Thérèse Couderc dans cette figuration absconse…

Au Cénacle, la chapelle Thérèse Couderc

Voilà donc, en attendant que je puisse vous montrer le lieu de la basilique où a été transféré le corps de Sainte Thérèse Couderc, ce que je vous pouvais montrer de l’évolution symptomatique de la chapelle où ce corps incorrompu a reposé jusqu’à ce jour, chapelle de ce qui fut la maison-mère de la congrégation qu’elle fonda en 1827 ; congrégation – est-il besoin de le préciser ? – qui est aujourd’hui en pleine régression et décadence, en attendant son extinction qui semble inéluctable, puisque totalement ravagée par le modernisme, lequel est inexorablement stérile.

pattes de chatLully.

Voir le splendide texte de Sainte Thérèse Couderc intitulé « Se livrer » > ici
Et sa prière à la Très Sainte Trinité > ici

2018-80. « Louis XVIII n’eut pas de plus incommode sujet, ni ses meilleurs ministres de collègue plus dangereux. »

1768 – 4 septembre – 2018

à propos du
250ème anniversaire de la naissance
de
François-René de Chateaubriand

François-René, vicomte de Chateaubriand, est né à Saint-Malo le 4 septembre 1768 : cela fait donc 250 ans.
Il s’est éteint à Paris dans sa 80ème année le 4 juillet 1848 : cela fait 170 ans.
Personnage complexe, Chateaubriand, qui fut parfois un assez bon serviteur de la Royauté, eut le génie de certaines phrases dont nous ne pouvons qu’admirer la justesse. Je pense par exemple à celle-ci que j’aime beaucoup : « Le trône de Saint Louis sans la religion de Saint Louis est une supposition absurde ». De là à faire du vicomte un authentique légitimiste et un grand serviteur du trône et de l’autel, il y a un précipice que je me garderai bien de franchir.
Chateaubriand fut un romantique.
Et son romantisme gâche sa pensée politique autant que sa pensée religieuse.
Si l’on ne peut nier l’influence qu’exerça son « Génie du Christianisme » sur le regain d’intérêt pour la religion catholique après la déchristianisation révolutionnaire, on doit toutefois déplorer que son argumentation se résume finalement preque uniquement en ceci : c’est vrai parce que c’est beau.
Ce sentimentalisme et ce subjectivisme – alliés à un « complexe d’excellence » démesuré – se retrouvent dans la manière dont il servira les Bourbons : s’alliant tantôt aux « ultras » tantôt aux libéraux, au gré de la rumination de ses amertumes et de ses rancœurs, il n’a pas su fonder sa pensée et son action politique sur les principes de la monarchie traditionnelle ni s’y soumettre. Si le littérateur déploie des pages admirables, ces apparences font qu’il n’en est parfois que plus dangereux. Ainsi que l’a écrit Charles Maurras : « Il est lamentable que des monarchistes puissent écrire le nom de Chateaubriand auprès de ceux de Maistre et de Bonald ».
Ce pourquoi, lors même que je ne suis pas maurrassien – loin s’en faut -, je n’hésite cependant pas aujourd’hui à publier ci-dessous l’analyse, impitoyable de juste lucidité, que Maurras a donnée de Chateaubriand dans son essai « Trois idées politiques ».
Je le fais pour donner à réfléchir à ceux qui, aujourd’hui, se prétendent légitimistes mais sombrent dans les mêmes abîmes d’incohérence que Chateaubriand et qui, en définitive, au lieu de s’en tenir à une exigeante formation, par l’étude approfondie des principes objectifs et un travail rigoureux de la pensée, en restent toujours, dans leur attachement à la Royauté, à un subjectivisme plus ou moins passéiste, romantique et sentimental, et s’illusionnent facilement ; car, alors, en prétendant servir l’idée royale et la Tradition monarchique – parfois avec beaucoup de sincérité d’ailleurs -, ils servent surtout leurs rêves, leurs ambitions et leurs propres fantasmes…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Voir aussi ce que nous avions publié à son sujet > ici

Chateaubriand vers 1828 - Pierre-Louis Delaval

François-René, vicomte de Chateaubriand
vers 1828
par Pierre-Louis Delaval

Chateaubriand ou l’anarchie.

« J’admire surtout l’égarement de la vieille France. Ce Régime ancien dont elle garde la religion, l’État français d’avant dix-sept cent quatre-vingt-neuf, était monarchique, hiérarchique, syndicaliste et communautaire ; tout individu y vivait soutenu et discipliné ; Chateaubriand fut des premiers après Jean-Jacques qui firent admettre et aimer un personnage isolé et comme perclus dans l’orgueil et l’ennui de sa liberté.

La vieille France avait ses constitutions propres, nées des races et des sols qui la composaient. Les voyages de Chateaubriand aux pays anglais marquent, avec ceux de Voltaire et de Montesquieu, les dates mémorables de l’anglomanie constitutionnelle ; il ne guérit jamais de son premier goût pour les plagiats du système britannique, libéralisme, gouvernement parlementaire et régime de cabinet.

La vieille France avait l’esprit classique, juridique, philosophique, plus sensible aux rapports des choses qu’aux choses mêmes, et, jusque dans les récits les plus libertins, ses écrivains se rangeaient à la présidence de la raison ; comme les Athéniens du Ve siècle, cette race arrivée à la perfection du génie humain avait, selon une élégante expression de M. Boutmy (note : Émile Boutmy, 1835-1906, fondateur en 1872 de l’École libre des sciences politiques, qu’il dirigera jusqu’à sa mort), réussi à substituer « le procédé logique » au « procédé intuitif » qu’elle laissait aux animaux et aux barbares ; Chateaubriand désorganisa ce génie abstrait en y faisant prévaloir l’imagination, en communiquant au langage, aux mots, une couleur de sensualité, un goût de chair, une complaisance dans le physique, où personne ne s’était risqué avant lui. En même temps, il révélait l’art romantique des peuples du nord de l’Europe. Quoiqu’il ait plus tard déploré l’influence contre nature que ces peuples sans maturité acquirent chez nous, il en est le premier auteur.

La vieille France professait ce catholicisme traditionnel qui, composant les visions juives, le sentiment chrétien et la discipline reçue du monde hellénique et romain, porte avec soi l’ordre naturel de l’humanité ; Chateaubriand a négligé cette forte substance de la doctrine. De la prétendue Renaissance qu’on le loue d’avoir provoqué datent ces « pantalonnades théologiques », ce manque de sérieux dans l’apologétique, qui faisaient rire les maîtres d’Ernest Renan. Examinée de près, elle diffère seulement par le lustre du pittoresque et les appels au sens du déisme sentimental propagé par les Allemands et les Suisses du salon Necker. On a nommé Chateaubriand un « épicurien catholique », mais il n’est point cela du tout. Je le dirais plus volontiers un protestant honteux vêtu de la pourpre de Rome. Il a contribué presque autant que Lammenais, son compatriote, à notre anarchie religieuse.

Si enfin le Génie du Christianisme lui donne l’attitude d’un farouche adversaire de la Révolution, de fait, il en a été le grand obligé.

Lorsque, ayant pris congé des sauvages de l’Amérique, François-René de Chateaubriand retrouva sa patrie, elle était couverte de ruines qui l’émurent profondément. Ses premières ébullitions furent, il est vrai, pour maudire dans un Essai (note : L’Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes, considérées dans leurs rapports avec la Révolution française, en 1797) fameux ce qui venait d’ainsi périr. Peu à peu toutefois, l’imagination historique reprenant le dessus, il aima, mortes et gisantes, des institutions qu’il avait fuies jusqu’au désert, quand elles florissaient. Il leur donna, non point des pleurs, mais des pages si grandement et si pathétiquement éplorées que leur son éveilla, par la suite, ses propres larmes.

Il les versa de bonne foi. Cette sincérité allait même jusqu’à l’atroce. Cet artiste mit au concert de ses flûtes funèbres une condition secrète, mais invariable : il exigeait que sa plainte fût soutenue, sa tristesse nourrie de solides calamités, de malheurs consommés et définitifs, et de chutes sans espoir de relèvement. Sa sympathie, son éloquence, se détournait des infortunes incomplètes. Il fallait que son sujet fût frappé au cœur. Mais qu’une des victimes, roulée, cousue, chantée par lui dans le « linceul de pourpre », fit quelque mouvement, ce n’était plus de jeu ; ressuscitant, elles le désobligeaient pour toujours.

Quand donc la monarchie française eut le mauvais goût de renaître, elle fut bien reçue ! Après les premiers compliments, faits en haine de Bonaparte et qu’un bon gentilhomme ne refusait pas à son prince, Chateaubriand punit, du mieux qu’il le put faire, ce démenti impertinent que la Restauration infligeait à ses Requiem. Louis XVIII n’eut pas de plus incommode sujet, ni ses meilleurs ministres de collègue plus dangereux.

Enfin 1830 éclate, le délivre. Voilà notre homme sur une ruine nouvelle. Tous les devoirs de loyalisme deviennent aussitôt faciles et même agréables. Il intrigue, voyage, publie des déclarations. « Madame, votre fils est mon roi ! » La mort de Napoléon II lui donne un grand coup d’espérance ; si le duc de Bordeaux, lui aussi… ? Mais le duc de Bordeaux grandit. Cette douceur est refusée à M. de Chateaubriand de chanter le grand air au service du dernier roi ; il se console en regardant le dernier trône mis en morceaux.

La monarchie légitime a cessé de vivre, tel est le sujet ordinaire de ses méditations ; l’évidence de cette vérité provisoire lui rend la sécurité ; mais toutefois, de temps à autre, il se transporte à la sépulture royale, lève le drap et palpe les beaux membres inanimés. Pour les mieux préserver de reviviscences possibles, cet ancien soldat de Condé les accable de bénédictions acérées et d’éloges perfides, pareils à des coups de stylet.

Ceci est littéral. À ses façons de craindre la démagogie, le socialisme, la République européenne, on se rend compte qu’il les appelle de tous ses vœux. Prévoir certains fléaux, les prévoir en public, de ce ton sarcastique, amer et dégagé, équivaut à les préparer.

Assurément, ce noble esprit, si supérieur à l’intelligence des Hugo, des Michelet et des autres romantiques, ne se figurait pas de nouveau régime sans quelque horreur. Mais il aimait l’horreur ; je voudrais oser dire qu’il y goûtait, à la manière de Néron et de Sade, la joie de se faire un peu mal, associée à des plaisirs plus pénétrants.

Son goût des malheurs historiques fut bien servi jusqu’à la fin. Il mourut dans les délices du désespoir ; le canon des journées de juin s’éteignait à peine. Il avait entendu la fusillade de février. Le nécrologue des théocraties et des monarchies, qui tenait un registre des empereurs, des papes, des rois et des grands personnages saisis devant lui par la disgrâce ou la mort, n’entonna point le cantique de Siméon sans avoir mis sur ses tablettes l’exil des Orléans et la chute de Lamartine.

Race de naufrageurs et de faiseurs d’épaves, oiseau rapace et solitaire, Chateaubriand n’a jamais cherché, dans la mort et dans le passé, le transmissible, le fécond, le traditionnel, l’éternel ; mais le passé, comme passé, et la mort, comme mort, furent ses uniques plaisirs. Loin de rien conserver, il fit au besoin des dégâts, afin de se donner de plus sûrs motifs de regrets. En toutes choses, il ne vit que leur force de l’émouvoir, c’est-à-dire lui-même. À la cour, dans les camps, dans les charges publiques comme dans ses livres, il est lui, et il n’est que lui, ermite de Combourg, solitaire de la Floride. Il se soumettait l’univers. Cet idole des modernes conservateurs nous incarne surtout le génie des Révolutions. Il l’incarne bien plus que Michelet peut-être. On le fêterait en sabots, affublé de la carmagnole et cocarde rouge au bonnet. »

Charles Maurras,
in « Trois idées politiques » (1898) – chap.1

En fin d’ouvrage, Charles Maurras a ajouté plusieurs notes développées dont il me semble aussi important de reproduire la quatrième :

Note IV -  Chateaubriand et les idées révolutionnaires.

Louis XVIII n’eut pas de plus incommode sujet, ni ses meilleurs ministres de collègue plus dangereux.

M. André Maurel a publié, à la librairie de la Revue blanche, un intéressant et profitable Essai sur Chateaubriand, écrit d’ailleurs avec un enthousiasme qui n’admet point de réserve.
Malgré d’extrêmes divergences dans l’appréciation, nous nous accordons, M. Maurel et moi, sur plus d’un point de fait. J’extrais du livre les textes suivants qui sont relatifs au héros. Page 158 : « Il a désiré le pouvoir et, dès qu’il le tient, il s’ennuie. » (C’est qu’il voulait non s’en servir pour le service d’une idée mais pour en jouir, assez noblement il est vrai.) Page 173 : « À vrai dire, l’opposition était l’atmosphère de ce passionné. » (Parce que c’est là que la personnalité politique se donne commodément et impunément carrière.) Page 205 : « La liberté !… Il la proclamait seule féconde. » (Il fut, en effet, toute sa vie un libéral, ou, ce qui revient au même, un anarchiste. Je ne suis pas de ceux qui font de vaines différences entre les idées de Jules Simon et celles de Ravachol ; ces deux esprits ne connurent que des désaccords de méthode.)
Dans son analyse des écrits politiques, M. André Maurel fait ressortit que Chateaubriand demeura toujours attaché aux idées de la Révolution. Il est donc lamentable que des monarchistes puissent écrire le nom de Chateaubriand auprès de ceux de Maistre et de Bonald.
Au contraire de ces deux philosophes royalistes, ce qu’il voulait, c’était les idées de la Révolution sans les hommes et les choses de la Révolution. Il opinait de conserver la doctrine et de biffer l’histoire. Or, ceci ne se biffe pas et cela ne se peut garder dans une tête saine. Les idées de la Révolution sont proprement ce qui a empêché le mouvement révolutionnaire d’enfanter un ordre viable ; l’association du Tiers État aux privilèges du clergé et de la noblesse, la vente, le transfert, le partage des propriétés, les nouveautés agraires, la formation d’une noblesse impériale, l’avènement des grandes familles jacobines, voilà des événements naturels et, en quelque sorte, physiques, qui, doux ou violents, accomplis sous l’orage ou sous le beau temps, se sont accomplis. Je les nomme des faits. Ces faits pouvaient fort bien aboutir à reconstituer la France comme fut reconstituée l’Angleterre de 1688 ; il suffisait qu’on oubliât des principes mortels. Les effets de ces mouvements une fois consolidés et ces faits une fois acquis, l’œuvre de la nature eût bientôt tout concilié, raffermi et guéri. Mais les principes révolutionnaires, défendus et rafraîchis de génération en génération (n’avons-nous pas encore une Société des Droits de l’Homme et du citoyen ?) ont toujours entravé l’œuvre naturelle de la Révolution. Ils nous tiennent tous en suspens, dans le sentiment du provisoire, la fièvre de l’attente et l’appétit du changement. Il y eut un ancien régime. Il n’y a pas encore de régime nouveau ; il n’y a qu’un état d’esprit tendant à empêcher ce régime de naître.
M. André Maurel exagère d’ailleurs les qualités et même, je crois bien, le rôle politiques de Chateaubriand. En fermant son Essai, il convient de relire les lettres du grand homme à Mme de Duras, avec les réponses de celle-ci. Cette correspondance est un antidote assuré contre tous les panégyriques.

2018-77. Lettre du Prieur de la Confrérie Royale à l’occasion de la Saint-Louis et du troisième anniversaire de la fondation de ladite Confrérie.

« A fructibus eorum cognoscetis eos »
(Matth. VII, 16)
« Vous les reconnaîtrez à leurs fruits »

Saint Louis - vitrail

Chers Membres et Amis de la Confrérie Royale,

Cette fête de Saint Louis, plus encore que tous les autres « 25 du mois » – pourtant déjà spécialement consacrés à davantage de prière pour notre Souverain légitime, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX -, nous invite à redoubler de ferveur : « Domine, salvum fac Regem nostrum Ludovicum : Seigneur, sauvez notre Roi Louis ! ».
Cette fête de Saint Louis, modèle de tous les Rois chrétiens, nous stimule à être toujours plus dévoués à la prière pour le Roi Très Chrétien.
Cette fête de Saint Louis, céleste patron de notre Prince Louis ainsi que de Monseigneur le Dauphin, et protecteur particulier des Capétiens, exige de nous que nous nous montrions toujours plus généreux et exigeants dans l’accomplissement de ce à quoi nous nous sommes engagés en devenant membres de cette Confrérie.
Nous ne sommes pas entrés dans cette milice spirituelle – car c’en est une – par mondanité, mais pour mener un combat, au service du Roi de la terre lieu-tenant du Roi du Ciel, par les armes de la prière et de la pénitence.

Quitte à passer pour un radoteur et un rabat-joie, mon devoir de Prieur est de vous le rappeler, à temps et à contretemps.
Mon devoir de Prieur m’impose d’insister, aujourd’hui et demain, et jusqu’au bout de mes forces, sur le fait que, pour fléchir le Ciel et en faire descendre d’abondantes grâces sur le Royaume des Lys et son Souverain légitime, il est nécessaire et indispensable, d’ajouter à nos prières des sacrifices et des mortifications volontaires.
Ayez en mémoire que Saint Louis non seulement donnait la première place à Dieu, par la prière, dans ses journées, mais qu’en outre il était assidu et constant dans la pénitence, portant haire et cilice, pratiquant rigoureusement le jeûne et se faisant donner la discipline.

fleur de lys gif2

Chers Amis, en ce 25 août 2018, notre humble Confrérie Royale célèbre le troisième anniversaire de sa fondation : cette journée est donc aussi marquée par une profonde action de grâces.
Action de grâces pour son développement : développement qui s’effectue – lentement mais sûrement – par une croissance continue en effectifs et en audience, mais surtout par la croissance spirituelle de chacun des membres. Nombreux, en effet, sont ceux qui peuvent témoigner que les engagements qu’ils ont pris en entrant dans cette Confrérie sont une force et un puissant stimulant pour leur vie chrétienne tout entière, en même temps qu’ils sont source d’épanouissement et de joie.
Les fondateurs de cette Confrérie Royale sont eux-mêmes émerveillés, même s’il ne s’agit pas de choses spectaculaires, par la manière dont la divine Providence qui s’est servie d’eux comme de pauvres instruments, conduit les choses, bien au-delà de ce qu’ils pouvaient concevoir ou imaginer quand, le 25 août 2015, ils ont annoncé cette fondation.

Mais nous savons et n’oublions jamais que marcher à la suite de Notre-Seigneur Jésus-Christ signifie, immanquablement, d’embrasser Sa Croix et d’avoir part à Ses opprobres. S’il n’en était pas ainsi d’ailleurs, nous pourrions – et même devrions – douter de la vérité surnaturelle de l’œuvre entreprise.
Nous ne pouvons donc pas nous étonner du fait que la Confrérie Royale soit tantôt méprisée, tantôt combattue, tantôt calomniée : cela est déjà une réalité, et, compte-tenu des enjeux pour lesquels elle a été créée, il faut être certain que cela n’ira pas en diminuant.

fleur de lys gif2

Méprisée, combattue, calomniée : la Confrérie Royale doit bien sûr s’y attendre de la part des ennemis de la Royauté traditionnelle et de toutes les valeurs humaines et spirituelles dont elle est la synthèse. Ces dignes héritiers des sans-culottes et des septembriseurs ont au moins le mérite d’être cohérents avec les idées perverses dont ils se sont faits les serviteurs.
Jusqu’à présent, certes, ils ne nous ont pas maltraités physiquement, pas jetés en prison, pas torturés, pas envoyés à la guillotine. Cela viendra peut-être un jour, et nous devons non seulement nous préparer à cela (car la persécution viendra peut-être plus rapidement qu’on ne l’imagine) mais nous devons avoir le désir de rendre le témoignage suprême du sang versé « pour Dieu et pour le Roi ».
Néanmoins, il est déjà arrivé que nous recevions des insultes et faisions l’objet d’agressions verbales, avec toutes les « délicatesses de langage » dont les personnes grossières dans leur mentalité et dans leurs mœurs sont évidemment capables. Mais de cela nous ne nous formalisons pas trop ; il n’y a là rien que de très conforme à la logique des « deux cités » décrites par Saint Augustin : « Deux amours ont donc bâti deux cités, l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité de la terre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité de Dieu ».

Méprisée, combattue, calomniée, la Confrérie Royale l’est aussi par de sincères serviteurs de Dieu : fidèles de la Sainte Eglise catholique qui ne sont pourtant pas des apostats, prêtres ou religieux qui ne sont pourtant pas des clercs dévoyés, prélats réputés pour leur soutien aux valeurs traditionnelles, royalistes défendant les principes d’une monarchie chrétienne, voire même légitimistes affichés et « engagés »… etc.
Faut-il s’en étonner ? Certainement pas !
C’est par ceux dont Il a dit qu’ils siégeaient dans la chaire de Moïse et qu’il fallait pratiquer ce qu’ils enseignaient (mais pas imiter leur conduite) que Notre-Seigneur Jésus-Christ a été attaqué de la manière la plus virulente, plus que par les impies et les païens auxquels ils finiront par Le livrer.

Les catholiques – et plus encore les clercs – qui calomnient et colportent des mensonges sur la Confrérie Royale auront à en rendre compte au tribunal de Dieu, parce qu’ils enfreignent gravement le 8ème précepte du décalogue dont ils sont supposés faire une application exemplaire. Quant à nous, nous avons mieux à faire que de nous justifier nous-mêmes (cf. Rom. VIII, 33).

fleur de lys gif2

La seule réponse qu’il est en notre devoir et pouvoir de donner, est celle d’une toujours plus grande fidélité aux exigences auxquelles nous nous sommes librement et volontairement engagés, afin d’obtenir le maximum de grâces au Roi que nous avons l’honneur de servir et, à travers lui, à la France.
Notre-Seigneur a donné un critère de discernement infaillible au moyen duquel toute âme de bonne volonté est capable de se faire une opinion objective et solide : « A fructibus eorum cognoscetis eos : vous les reconnaîtrez à leurs fruits ! » (Matth. VII, 16).

Je terminerai donc par quelques questions auxquelles je n’apporterai pas moi-même de réponse : la Confrérie Royale porte-t-elle ses adhérents à mieux aimer et servir Dieu, oui ou non ? La Confrérie Royale est-elle un « club » mondain et superficiel, oui ou non ? La Confrérie Royale diffuse-t-elle des idées contraires aux desseins de Dieu sur la France, oui ou non ? La Confrérie Royale pose-t-elle des obstacles à une authentique restauration de la monarchie traditionnelle, oui ou non ? Les pèlerinages et manifestations organisés par la Confrérie Royale portent-ils des fruits de grâce et de vie spirituelle, oui ou non ?

Ainsi donc : « Si cette entreprise ou cette œuvre est des hommes, elle se dissipera ; mais si elle est de Dieu, vous ne pourrez la détruire, et peut-être que vous vous trouveriez à combattre contre Dieu même ! » (Act. V, 38-39).

Votre très humble et très dévoué,
in Corde Iesu & Mariae.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur,
Prieur.
Blason Frère Maximilien-Marie

2018-75. « La monarchie véritable, la monarchie traditionnelle, appuyée sur le droit héréditaire… »

24 août,
Fête de Saint Barthélémy, apôtre.
Anniversaire du rappel à Dieu de SMTC le Roi Henri V (+ 24 août 1883).

Henri, comte de Chambord de jure Henri V

SMTC le Roi Henri V dit le Comte de Chambord

A l’occasion de l’anniversaire de la mort de SMTC le Roi Henri V, communément appelé du titre de Comte de Chambord qu’il porta en exil, il n’est jamais inutile de se replonger dans la lecture de certains de ses écrits ; ils sont toujours d’une pénétrante sagacité et d’une profonde sagesse, parce que sa pensée est toujours restée ferme dans les principes et donc, de ce fait, a toujours gardé le recul nécessaire : le recul que donne une doctrine royale traditionnelle multiséculaire sans compromission avec l’esprit du temps.
Au-delà de quelques éléments très circonstanciés, la lettre suivante, adressée à l’un de ses amis en date du 15 novembre 1869, est riche de lumières et d’enseignements qui restent d’une pertinence et d’une actualité absolues en ce début du XXIème siècle.

Loin du portrait du Prince borné et lointain, déconnecté de la réalité de son pays, que dressent à loisir les ouvrages d’histoire, ainsi que les langues éhontément perfides des royalistes libéraux qui auraient consenti à toutes les prostitutions des principes pour obtenir une « royauté à l’anglaise » ou bien à la « sauce Orléans », on voit bien ici combien Henri V était lucide et nourrissait une pensée claire, nuancée, inspirée par l’authentique tradition vivante de la Couronne des Lys.

Nous mettons donc volontairement en valeur – en caractères gras – certaines phrases ou expressions de cette missive qui nous paraissent particulièrement importantes, et nous nous permettons de la compléter par quelques notes dans le but de lui conférer plus de clarté et d’en faire mieux ressortir toute l’importance prophétique…

Armes de France gif

Henri V
Lettre du 15 novembre 1869

« Vous savez mieux que tout autre, mon cher ami, si la pensée de la France, la passion de son bonheur et de sa gloire, le désir de lui voir reprendre dans le monde la place que la Providence lui a assignée, font l’objet de mes constantes et bien vives préoccupations.
J’ai toujours respecté mon pays dans les essais qu’il a voulu tenter. On a même pu s’étonner de la persistance d’une réserve dont je ne dois compte qu’à Dieu ou à ma conscience. Mais si les amertumes prolongées de l’exil pouvaient avoir un adoucissement, je le trouverais dans la certitude de n’avoir pas manqué à la résolution que j’avais prise envers moi-même de ne pas aggraver les embarras et les périls de la France.
Cependant l’honneur et le devoir me recommandaient de la prémunir contre de funestes entraînements. Je n’hésitais pas, vous vous le rappelez, à protester contre les prétentions d’un pouvoir qui, uniquement basé sur le prestige d’un nom glorieux, croyait au lendemain d’une crise violente, le moment propice pour s’imposer aux destinées du pays (note 1).
Vous voulez la monarchie, disais-je alors aux Français, vous avez reconnu qu’elle seule peut vous rendre, sous un Gouvernement régulier et stable, cette sécurité de tous les droits, cette garantie de tous les intérêts, cet accord permanent d’une autorité forte et d’une sage liberté, qui fondent et assurent le bonheur des nations (note 2), ne vous livrez pas à des illusions qui, tôt ou tard, vous seraient fatales (note 3). Ce nouvel empire qu’on vous propose (note 4) ne saurait être cette monarchie tempérée et durable dont vous attendez tous ces biens…
La monarchie véritable, la monarchie traditionnelle, appuyée sur le droit héréditaire et consacrée par le temps, peut seule vous remettre en possession de ces précieux avantages
Le génie et la gloire de Napoléon n’ont pu suffire à fonder rien de stable ; son nom et son souvenir y suffiraient bien moins encore. Les dix-sept années qui viennent de s’écouler depuis que je faisais entendre ces paroles à mon pays n’ont-elles pas justifié mes prévisions et mes conseils ?
La France et la société tout entière sont menacées de nouvelles commotions : aujourd’hui, comme il y a dix-sept ans, je suis convaincu et j’affirme que la monarchie héréditaire est l’unique port de salut, où, après tant d’orages, la France pourra retrouver enfin le repos et le bonheur (note 5). – Poursuivre en dehors de cette monarchie la réalisation des réformes légitimes que demandent avec raison tant d’esprits éclairés, chercher la stabilité dans les combinaisons de l’arbitraire et du hasard (note 6), bannir le droit chrétien de la société, baser sur des expédients l’alliance féconde de l’autorité et de la liberté (note 7), c’est courir au devant de déceptions certaines.
La France réclame à bon droit les garanties du Gouvernement représentatif (note 8), honnêtement, loyalement pratiqué, avec toutes les libertés et tout le contrôle nécessaires. Elle désire une sage décentralisation administrative (note 9), et une protection efficace contre les abus d’autorité.
Un Gouvernement qui fait de l’honnêteté et de la probité politique la règle invariable de sa conduite (note 10), loin de redouter ces garanties et cette protection, doit, au contraire, les rechercher sans cesse. – Ceux qui envahissent le pouvoir (note 11), sont impuissants à tenir les promesses dont ils leurrent les peuples (note 12), après chaque crise sociale, parce qu’ils sont condamnés à faire appel à leurs passions au lieu de s’appuyer sur leurs vertus (note 13). – Berryer l’a dit admirablement : « Pour eux, gouverner ce n’est plus éclairer et diriger la pensée publique, quelle qu’elle soit ; il suffit de savoir la flatter, ou la mépriser, ou l’éteindre » (note 14).
Pour la monarchie traditionnelle, gouverner, c’est s’appuyer sur les vertus de la France, c’est développer tous ses nobles instincts, c’est travailler sans relâche à lui donner ce qui fait les nations grandes et respectées ; c’est vouloir qu’elle soit la première par la foi, par la puissance et par l’honneur (note 15).
Puisse-t-il venir ce jour si longtemps attendu où je pourrai enfin servir mon pays ! Dieu sait avec quel bonheur je donnerais ma vie pour le sauver (note 16).
Ayons donc confiance, mon cher ami, et ne cessons pas de travailler dans ce noble but. A la justice et au droit appartient toujours la dernière victoire (note 17).
Comptez plus que jamais sur mon affection. » 

Notes :
1 – Le Prince rappelle ici les mises en garde qu’il a adressées aux Français lors de l’élection de Louis-Napoléon Buonaparte comme président de la 2ème république puis lors du référendum qui a transformé cette dernière en 2nd en-pire. Le « prestige d’un nom glorieux » renvoie évidemment à l’aura mythologique qui a été placée sur l’épopée du petit général Corse.
2 -  « (…) un Gouvernement régulier et stable, cette sécurité de tous les droits, cette garantie de tous les intérêts, cet accord permanent d’une autorité forte et d’une sage liberté, qui fondent et assurent le bonheur des nations (…) » : Le Prince résume ici excellement ce que sont les qualités objectives de la royauté capétienne traditionnelle.
3 – Illusions fatales : on admire ici la lucidité prémonitoire du Prince, plusieurs mois avant le désastre militaire et politique dans lequel s’effondrera l’en-pire en carton-pâte de Louis-Napoléon.
4 – « Nouvel empire qu’on vous propose » : après une période très autoritaire, Louis-Napoléon avait fait mine de donner un nouveau visage, plus libéral, à son système politique.
5 – Là encore les événements postérieurs ont donné raison à Henri V : depuis l’effondrement du 2nd en-pire, la France, tournant le dos à la royauté traditionnelle, n’a jamais connu de période pérenne de véritable stabilité gouvernementale.
6 – « les combinaisons de l’arbitraire et du hasard » : voici une excellente définition du système électoral et prétendûment démocratique.
7 – « le droit chrétien » que le Prince place au premier rang des nécessités politiques peut seul garantir, unifier et harmoniser ces deux éléments : l’exercice de l’autorité et la préservation des véritables libertés individuelles et sociales (cf. la conférence de Gustave Thibon sur la véritable liberté publiée à partir d’ > ici).
8 – « Gouvernement représentatif » : le système électoral et les chambres, auxquels nous ont « habitués » les républiques successives, ne sont pas la seule – en encore moins la meilleure – manière d’avoir une véritable « représentation ». Les corps intermédiaires conformes à l’ordre naturel et conformes au principe de subsidiarité assurent une authentique forme de « représentation ». Il est en effet bien plus approprié à la nature de l’homme et de sa vie en société d’œuvrer à les restaurer dans leur plénitude, si l’on veut restaurer un état qui soit tout à la fois fort, et rigoureusement respectueux des libertés naturelles.
9 – « décentralisation administrative » : tandis que les républiques successives n’ont cessé de durcir la centralisation, et que lorsqu’elles parlent de « décentralisation », elles n’établissent en réalité qu’une « subsidiarité inversée » !
10 – « Un Gouvernement qui fait de l’honnêteté et de la probité politique la règle invariable de sa conduite » : quel contraste avec « la république des affaires », qui cumule les scandales et la corruption !!!
11 – « Ceux qui envahissent le pouvoir » : le Prince ne donne-t-il pas ici une excellente définition des « z’élus de la république » ?
12 – « les promesses dont ils leurrent les peuples » : c’est bien connu, « les promesses n’engagent que ceux qui y croient » (citation célèbre et révélatrice du « système représentatif » actuel).
13 – « ils sont condamnés à faire appel à leurs passions au lieu de s’appuyer sur leurs vertus » : là encore Henri V dépeint en quelques mots bien frappés la sinistre réalité dont les politiciens mênent les campagnes électorales.
14 – La citation de Berryer n’est-elle pas prophétique ? On croirait lire ici la description de ce qui se passe aujourd’hui, sous la 5ème république, dans le Royaume de France occupé.
15 – Dans la monarchie capétienne traditionnelle, c’est l’Eglise qui est le premier Ordre de l’Etat : la royauté traditionnelle est catholique, et cette catholicité, outre qu’elle permet le développement d’une société vertueuse, permet une large diffusion des grâces de Dieu dans l’ordre temporel autant que dans l’ordre spirituel.
16 – « Je donnerais ma vie pour la sauver » : phrase qui montre la réalité de ce qu’est le Roi de France. Epoux mystique de la France (lors du Sacre il reçoit un anneau qui est tout-à-fait analogue à l’alliance passée au doigt des époux et qui symbolise l’alliance spirituelle et morale entre sa Personne sacrée et le Royaume). Ainsi le Roi donne sa vie pour le Royaume, comme l’époux donne sa vie pour son épouse. A l’inverse la majorité des politiciens républicains semble avoir pour devise : « Je vendrais la France pour sauver mes intérêts personnels » !
17 – « A la justice et au droit appartient toujours la dernière victoire » : cette affirmation pleine d’espérance surnaturelle et de foi est aussi celle qui anime et sous-tend tout l’engagement d’un véritable légitimiste. Elle est du même ordre que la confiance inébranlable dans les paroles de Notre-Seigneur assurant que, malgré toutes les attaques, les périodes de crise et de décadence, les portes de l’enfer ne prévaudront finalement pas contre Son Eglise Sainte.

fleur de lys

Articles connexes :
– Actualité du Comte de Chambord > ici
– Evocation du Comte de Chambord par Louis XX en 2015 > ici
– Bref exposé des lois fondamentales du Royaume de France > ici
– Pèlerinage de Louis XX au couvent de la Castagnavizza > ici
– Pourquoi les Princes de la branche aînée des Bourbons n’habitent-ils pas en France ? > ici

2018-74. De Simone Weil ; du témoignage que lui a rendu Gustave Thibon ; et de son baptême in articulo mortis.

1943 – 24 août – 2018

75ème anniversaire de la mort
de
Simone Weil

Simone Weil

Simone Adolphine Weil est née à Paris le 3 février 1909.
Son père, Bernard Weil est issue d’une famille israélite d’origine alsacienne installée à Paris depuis plusieurs générations.  Sa mère, Salomea, était née dans l’empire russe. Trois ans avant Simone, était né un garçon, André, qui sera l’un des plus célèbres mathématiciens du XXe siècle (mort à Princeton, aux Etats-Unis, en 1998).
Bernard Weil étant chirurgien militaire, sa famille le suivra dans ses diverses affectations au cours de la première guerre mondiale. Simone n’a reçu aucune éducation religieuse. Elle écrira plus tard : « J’ai été élevée par mes parents et par mon frère dans un agnosticisme complet ».
A l’âge de 16 ans, au mois de juin 1925, elle est reçue au baccalauréat de philosophie. Après trois ans de classes préparatoires au Lycée Henri IV, où elle suit les cours du philosophe Alain, elle entre à 19 ans (1928) à l’Ecole normale supérieure. Reçue à l’agrégation de philosophie à 22 ans (1931) elle commence alors à enseigner dans divers lycées de province, en particulier au Puy-en-Velay où elle va prendre fait et cause pour les ouvriers en grève et soutenir le mouvement syndicaliste marxiste, ce qui causera un scandale.
Au cours de l’été 1932, elle se rend en Allemagne pour étudier la montée en puissance du mouvement national-socialiste qu’elle analyse avec une grande lucidité. Pendant l’année universitaire 1934-1935, elle abandonne l’enseignement pour embrasser la condition ouvrière : travail à la chaîne, conditions de travail avilissantes, rebuffades, faim, épuisement… Elle en gardera des maux de tête qui ne la quitteront plus. Elle reprend l’enseignement, prend une part active aux grèves de 1936, puis – malgré un pacifisme déterminé – s’engage un temps aux côtés des « rouges » au début de la guerre civile en Espagne. Rien de tout cela ne le prédestinait à se rapprocher du christianisme, tout au contraire !

Pourtant, dès l’automne 1935, en voyage au Portugal, elle est bouleversée par les chants « d’une tristesse déchirante » d’une procession de femmes et elle en retire « la certitude que le christianisme est par excellence la religion des esclaves » (sic) et qu’elle ne peut pas faire autrement que d’y adhérer !
En 1937, alors qu’elle s’est rendue à Assise, dans la chapelle de la Portioncule (Notre-Dame des Anges), elle est saisie par « quelque chose de plus grand que moi » qui la contraint à se mettre à genoux pour la première fois de sa vie.
Enfin, pour la Semaine Sainte 1938, elle va suivre tous les offices à l’abbaye de Solesmes, découvrant la Passion du Christ qui entre en elle à travers la beauté des paroles et des chants de la liturgie. Peu de temps après, elle vit une véritable expérience mystique qu’elle décrit sans fioriture par ces mots :  « Le Christ lui-même est descendu et m’a prise ».
Elle prend alors contact avec des prêtres, des religieux, qu’elle interroge. Elle étudie aussi les autres religions, découvre et approfondit Saint Jean de la Croix et Saint Thomas d’Aquin…
Un dominicain de Marseille, le Rd. Père Joseph-Marie Perrin (1905-2002) devient l’un de ses interlocuteurs privilégiés et va jouer un rôle essentiel dans sa maturation spirituelle. C’est lui qui, en juin 1941, envoie un courrier à Gustave Thibon pour lui demander d’accueillir Simone au Mas de Libian, à Saint-Marcel d’Ardèche.

En effet, en juin 1940, la famille Weil a fui la capitale et a trouvé refuge à Marseille : c’est à ce moment que Simone a pris contact avec le Rd. Père Perrin pour l’interroger sur le dogme catholique, qui, d’une certaine manière, la rebute autant qu’il l’attire.
La demande du Père Perrin à Thibon n’enthousiasme pas ce dernier qui a raconté :
« La première rencontre s’est produite au carmel d’Avignon, dont j’étais l’ami à l’époque. Je lui ai donné rendez-vous pour discuter de son séjour chez moi, car le Père Perrin, un excellent ami, m’avait écrit au printemps de 1941 : « J’ai dans mon bureau une jeune fille israélite, agrégée de philosophie et militante d’extrême gauche, qui désirerait faire un  séjour à la campagne et participer aux travaux agricoles ». Elle était alors exclue de l’enseignement par les lois d’exception qui sévissaient à l’époque. Inutile de vous dire que je fus d’abord un peu alarmé à la pensée de garder quelqu’un chez moi pendant des semaines et peut-être des mois, mais, je ne sais pourquoi, pour obliger un ami, parce que les Juifs étaient repoussés ou persécutés à ce moment-là, j’ai cru devoir accepter et nous nous sommes donné rendez-vous à Avignon. Là, nous nous sommes mis d’accord sur les conditions de son séjour et, quelques jours après, elle est arrivée « avec armes et bagages », comme elle disait, à l’autobus du soir » (in « Entretiens avec Christian Chabanis » p.111).
Dans d’autres circonstances, notre cher Gustave racontait, non sans humour, que dès le premier coup d’œil lors de cette première rencontre, il avait été en quelque sorte choqué par le peu de soin que Simone accordait à sa tenue vestimentaire : « Mon Dieu, qu’elle était mal fagotée ! », nous disait-il avec une expression inimitable !!!
Il continue : « C’est ici que je l’ai accueillie. Elle a passé plusieurs semaines, participant aux travaux agricoles qu’elle faisait de son mieux, mais trouvant toujours qu’elle était trop bien traitée. Une très grande amitié s’est nouée entre nous immédiatement. Elle a demandé ensuite à travailler dans une équipe d’agriculteurs où elle serait inconnue, où elle pourrait partager le sort des travailleurs anonymes, car elle avait l’idée très ancrée – et c’était un des leitmotive de son existence – que pour connaître le réel dans son âpreté, dans sa crudité, il faut n’avoir aucun de ces « rembourrages » qui sont fournis par les titres, les diplômes, les amitiés, la fortune, etc., qui amortissent le choc de la dure nécessité, et par conséquent se trouver au plus bas de l’échelle sociale, de façon à recevoir toute la pesanteur de ce monde ; pour cela, être ouvrier anonyme lui paraissait la condition la plus favorable. C’est précisément ce qu’elle a fait. Mais, pendant le séjour de quelques semaines qu’elle a fait chez moi, je ne dirai pas que ce fut une rencontre, mais la rencontre. Nous parlions tout à l’heure de la communication : eh bien, je crois avoir éprouvé avec elle la communication intérieure à l’état pur. On m’a souvent reproché de majorer l’œuvre de Simone Weil par amitié. C’est exactement le contraire qui s’est produit. Au début, je n’ai éprouvé aucune espèce d’amitié, j’ai plutôt senti, je ne dirai pas de la répulsion – le mot serait beaucoup trop fort -, mais un manque alarmant de sympathie. L’amitié est venue ensuite de la révélation de la grandeur : je n’ai donc rien eu à majorer. J’ai été en quelque sorte vaincu malgré moi par la pureté de cette âme, par la qualité de cet esprit » (« Entretiens avec Christian Chabanis » pp.112-113).

De prime abord, tout semble les opposer. Par leurs tempéraments aussi bien que par leur milieu respectif, leur manière de penser et de réagir. Là encore, Gustave Thibon avait quelques anecdotes qu’il résume ainsi : « Nous passions une partie de notre temps à nous disputer ». Mais il ajoute aussitôt : « Mais c’était en quelque sorte des disputes transparentes, car – et c’est un grand témoignage en faveur de la sainteté d’un être – je n’ai jamais observé chez elle, quelles que soient la divergence des opinions et la vivacité de la discussion, la moindre réaction d’un moi blessé, la moindre trace de susceptibilité. Elle affirmait fortement ses convictions, mais ignorait totalement la vanité littéraire » (« Entretiens avec Christian Chabanis » p.114).
Dans la préface à « La Pesanteur et la Grâce », le premier livre de Simone Weil dont il assurera la publication (1947),  Gustave Thibon affirme qu’il n’a jamais éprouvé chez aucun être la sensation d’un contact aussi tangible avec le surnaturel – une approche d’une évidence telle qu’il ne put s’y dérober -, et qu’il a réalisé avec elle la plus haute amitié de sa vie d’esprit.
En effet, lorsqu’elle quitte le Mas de Libian pour retourner à Marseille, à l’automne 1941, Simone laisse à Gustave ses cahiers, l’invitant à en publier la substance sous son nom à lui : « La main qui tient la plume avec le corps et l’âme qui y sont attachés sont des infinitésimaux de nième importance » lui écrit-elle en les lui confiant.
Thibon n’en fera rien : il fera un choix dans ces cahiers de manière à les rendre accessibles à un large public. De la sorte, « La Pesanteur et la Grâce » fut un succès et acquit une très grande audience, révélant une mystique de premier ordre.
Gustave Thibon, évoquant d’abord pour beaucoup d’auteurs qui ont publié des choses sublimes « le contraste décevant entre leurs œuvres où se jouent les reflets du ciel et la vanité de leur vie privée, captive des passions terrestres », ajoute : « Simone Weil fut un pur témoin – un être en qui le génie de l’expression s’unissait à une orientation inconditionnelle et permanente vers la perfection intérieure. Son œuvre écrite est la traduction fidèle de son âme ; rien dans son style de vie et dans sa conduite envers le prochain ne démentait son message. Je n’ai jamais connu d’être plus transparent, j’entends plus docile à la pénétration de la lumière (…). Simone Weil était de ces êtres prédestinés qui, selon le mot de l’Apôtre, vivent « comme s’ils voyaient l’invisible ». Et qui dit lumière dit vérité. La soif, l’exigence de vérité était la passion centrale de Simone Weil (…) » (in « Ils sculptent en nous le silence » pp. 199-200).
Un peu plus loin, il ajoute :
« Vraie devant Dieu, Simone Weil était véridique dans tous ses rapports avec les hommes. Aucune trace chez elle de ces combinaisons teintées de demi-mensonges qui sont l’étoffe de la plupart des bonnes relations sociales. Elle disait toute sa pensée à tout le monde, sans le moindre souci de déplaire, si durs que soient pour le prochain les effets de cette abrupte franchise. Un seul exemple : je lui avais donné à lire un de mes manuscrits. Et voici son jugement : « J’ai trouvé, dans tout ce que vous avez écrit, quatre ou cinq formules à peu près satisfaisantes ». Et elle ajoutait, consciente de la susceptibilité des écrivains : « Je suis presque certaine que cette sincérité me coûtera votre amitié, mais que vaudrait une amitié mêlée de mensonge ? » Cette absence totale de diplomatie lui valut d’ailleurs de solides inimitiés. Son conctact excluait toute demi-mesure : on n’avait le choix devant elle qu’entre l’éblouissement et le refus.
Et de cet être pur émanait une vertu purificatrice. On sentait, en sa présence, l’inconsistance des alliages trop humains de la vie religieuse. Après Saint Jean de la Croix qu’elle admirait sans réserve, elle affirmait que le cheminement de l’âme vers Dieu ne doit se confondre avec aucun état d’âme, positif ou négatif, et qu’il consiste au contraire dans une orientation permanente ves le « Bien pur et impossible » sans égard aux circonstances extérieures ou intérieures. Ainsi l’aiguille aimantée de la boussole marque invariablement le nord quelle que soit la température ambiante. L’accès au divin exige le dépassement de tout l’humain… »
(ibid. pp. 201-202).

C’est à Saint-Marcel d’Ardèche que Simone entreprend la lecture intégrale du Nouveau Testament. Toutefois, à ce moment-là, elle n’hésite pas à dire au Rd. Père Perrin que, bien que conquise par l’Amour du Christ, elle ne pense pas être appelée au baptême… Quelque chose lui manque encore qui ne s’accomplira que dans les ultimes jours de sa vie terrestre.

A la mi-mai 1942, la famille Weil s’embarque pour les Etats-Unis d’Amérique. Mais aussitôt arrivée à New-York, Simone est rongée par l’inquiétude intérieure que lui procure une situation qu’elle juge trop confortable en des temps où tant d’hommes vivent l’angoisse, la détresse, la misère, l’incertitude du lendemain, la terreur des horreurs liées à cette guerre : elle reprend donc le bâteau pour la Grande-Bretagne où elle arrive en novembre 1942. Elle s’engage activement dans la résistance mais, rapidement déçue par ce qu’elle constate auprès de Charles de Gaulle et dans son entourage, elle démissionne. Sa santé est gravement altérée par toutes les privations qu’elle s’impose et on découvre qu’elle est rongée par la tuberculose.
Le 15 avril 1943, Simone Weil est admise au Middlesex Hospital de Londres, puis transférée le 17 août au sanatorium d’Ashford, dans le Kent. C’est là qu’elle rend le dernier soupir, lors d’une crise cardiaque, le 24 août 1943, âgée de 34 ans et demi.
Elle est enterrée au cimetière catholique d’Ashford.

La plupart des notices biographiques qui lui sont consacrées affirment qu’elle est morte sans baptême.
Mais le Rd. Père Perrin et Georges Hourdin sont catégoriques, après avoir reçu le témoignage de Simone Deitz, une juive convertie au catholicisme, amie de Simone Weil présente à son chevet lors de ses derniers jours : Simone Weil a demandé à Simone Deitz de la baptiser, in articulo mortis.
Ce témoignage semble avoir été ignoré de Gustave Thibon.
Il n’y a toutefois aucune raison de douter des affirmations de Simone Deitz, et c’est donc revêtue de la robe immaculée des néophytes que l’âme de Simone Weil, au terme d’une vie aux rebondissements multiples et d’un cheminement spirituel tout-à-fait surprenant, s’est présentée aux portes du paradis ce 24 août 1943.

C’est à Thibon que nous empruntons la conclusion de cette modeste contribution au 75ème anniversaire du rappel à Dieu de cette femme d’exception : « Je tiens Simone Weil pour le plus grand auteur spirituel de notre époque. Ce qui m’alarme, c’est que notre époque ait accordé une plus large audience au message d’un Teilhard de Chardin qu’à celui d’une Simone Weil. Notre époque, a dit Debidour, avait à choisir entre le symptôme et le remède de son mal : elle a choisi le symptôme. Le diagnostic est exact » (in « Entretiens avec Christian Chabanis », p.115).

Tombe de Simone Weil - Ashford (Kent)

Tombe de Simone Weil
cimetière catholique d’Ashford (Kent)

2018-66. « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! »

9 août,
Fête de Saint Jean-Marie Vianney, confesseur (cf. > ici) ;
Mémoire de Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, vierge et martyre (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Romain, martyr ;
Mémoire de la vigile de Saint Laurent ;
225ème anniversaire du commencement du siège de Lyon par les troupes de la Convention (9 août 1793).

Siège de Lyon août-octobre 1793

Le siège de Lyon par les troupes envoyées par la Convention
9 août – 9 octobre 1793

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

A partir du 9 août 1793, la ville de Lyon, en révolte ouverte contre la Convention depuis la fin du mois de mai, fut assiégée par une armée de quelque 65.000 hommes. Les défenseurs de la ville, eux, sont estimés à moins de 10.000 combattants.
Le siège lui-même, qui allait durer exactement deux mois, puisque la reddition eut lieu le 9 octobre 1793, fit un nombre inconnu de victimes (tuées au combat ou victimes de la faim et de la misère).
La répression impitoyable qui suivit, elle, dirigée principalement par Collot-d’Herbois et Fouché, fut l’occasion du massacre de presque 2.000 personnes : quelques unes furent guillotinées (mais cela était jugé trop long et trop coûteux), une centaine d’entre elles fut fusillée (mais cela aussi n’allait pas assez vite) et la très grande majorité fut l’objet de mitraillades collectives dans la plaine des Brotteaux.

On connaît le fameux décret de la Convention en date du 12 octobre 1793, voté à l’instigation de Barère : « Lyon perdra son nom, elle sera appelée Ville-Affranchie. Elle sera détruite. Tout ce qui fut habité par le riche sera démoli, il ne restera que la maison du pauvre, les habitations des patriotes égarés ou proscrits, les édifices spécialement employés à l’industrie et les monuments consacrés à l’humanité et à l’instruction publique. Il sera élevé sur les ruines de Lyon une colonne qui attestera à la postérité les crimes et la punition des royalistes de cette ville avec cette inscription : « Lyon fit la guerre à la liberté ; Lyon n’est plus. » »
C’est en effet une chose bien connue : « La pitié n’est pas révolutionnaire » (Westermann) !

Crypte de la chapelle expiatoire des Brotteaux

Crypte de la chapelle expiatoire des Brotteaux (Lyon)
dans laquelle sont conservés une partie des ossements des victimes de la répression du soulèvement de la ville contre la Convention

Mais je ne veux pas aujourd’hui m’étendre davantage sur cet épisode – qui nécessiterait à lui seul des pages et des pages d’études – : ce rappel n’est pour moi que l’occasion, le tremplin, pour quelques réflexions plus générales, et toujours très actuelles.

Au temps de la grande révolution, c’est au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité que l’on a commis des milliers et des milliers d’assassinats et que l’on a justifié des actes d’une barbarie qui dépasse tout ce que l’on peut imaginer. Et cela a continué bien au-delà des limites officielles de ladite révolution, puisque – c’est une évidence pour qui veut bien y réfléchir (voir par exemple > ici) – la révolution a continué bien au-delà, s’est étendue, s’est diversifiée, a opéré des changements d’apparence (mais non de substance)…
La révolution se perpétue et dure encore.

La révolution poursuit ses incommensurables ravages, dans l’ordre temporel… et dans la Sainte Eglise elle-même.
Oh ! Bien sûr, à l’intérieur de l’Eglise, il n’existe pas – au sens physique et matériel – de guillotine, de fusillades, de mitraillades, d’exécutions sommaires, de tribunaux d’exception, de comités de salut public, de loi des suspects, d’obligation de prêter les serments révolutionnaires, de déportations ou de camps de concentration…
Mais ils existent au sens psychologique et spirituel, et ce terrorisme-là n’est pas moins criminel et n’est pas moins dévastateur.

Ossuaire de la crypte de la chapelle expiatoire des Brotteaux - détail

Ossuaire de la crypte de la chapelle expiatoire des Brotteaux – détail.

Si, officiellement, un certain nombre de dispositions et de lois émanant du Saint-Siège Apostolique – notamment les mesures en faveur de la célébration de la Sainte Messe latine traditionnelle – garantissent les droits des fidèles ; si des évêques, encore trop rares, se démarquent de la « ligne du parti » (pardon, de l’inertie d’un consensus épiscopal figé par les toujours très prégnantes idéologies ecclésiastiques qui se sont imposées à l’occasion du concile vaticandeux) ; il n’en demeure pas moins toutefois que, mis à part en quelques oasis où l’on respire un air plus catholique, le terrorisme révolutionnaire ecclésiastique persiste, subsiste, se maintient, et prolonge son action mortifère.

A l’intérieur de la Sainte Eglise comme en politique, les libéraux ne l’ont jamais été que de nom et, en vérité je vous le dis, ils sont de très proches parents de Saint-Just (quelle sinistre ironie qu’un tel patronyme pour un tel personnage !) lorsqu’il  martelait : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! ».

Malheureusement, les exemples actuels ne manquent pas pour illustrer mon propos.
Ils sont encore très nombreux, au Royaume de France, les prêtres et les fidèles qui, tout simplement parce qu’ils tentent de restaurer, parce qu’ils demandent, ou seulement parce qu’ils désirent l’enseignement d’une doctrine authentiquement catholique, la célébration des sacrements de manière authentiquement catholique, la transmission d’une spiritualité authentiquement catholique, sont méprisés, brimés, marginalisés, critiqués, suspectés, ignorés, rejetés, persécutés, exécutés dans leur réputation, guillotinés dans leurs moyens d’action, fusillés dans leurs initiatives, mitraillés dans leur aspirations et achevés sans ménagement à coups de crosse (car lorsque ce n’est plus celle des fusils de la liberté, il reste toujours celle des évêques).
Quant aux qualificatifs de « fanatiques », « aristocrates », « liberticides » ou « brigands » qui fleurissaient dans la bouche ou sous la plume des terroristes de 1793, ils existent toujours remis au goût du jour avec toutes les déclinaisons d’acception que l’on peut trouver pour « rétrogrades » et « intégristes », sans oublier, sous l’actuel pontificat, le terme « pharisien » par lequel il faut entendre le reproche d’être tout simplement et véritablement catholique dans sa doctrine et dans ses mœurs !

11 février 2013 - foudre sur la basilique Saint-Pierre

La spectaculaire photographie prise sur la place Saint-Pierre au Vatican le 11 février 2013

La révolution continue dans la Sainte Eglise, et malgré certaines tentatives pour en limiter la progression et les dégats, menées par exemple par Sa Sainteté le pape Benoît XVI et par quelques autres prélats qui ont vraiment pris la mesure de la gravité et des enjeux des combats présents, elle étend son œuvre de dévastation et de mort, orchestrée par ces modernes Saint-Just ecclésiastiques qui grenouillent à la Curie, dans les diocèses, dans les séminaires et dans les paroisses, et qui s’acharnent toujours, parfois sous des apparences conservatrices, à pratiquer et enseigner une exégèse, une liturgie, une doctrine et une morale polluées par tout ce que Grégoire XVI, le Bienheureux Pie IX et Saint Pie X ont fermement condamné.
Oui, ces Saint-Just-là sont toujours en place, et ils veulent substituer la fausse « liberté » révolutionnaire à la véritable liberté des enfants de Dieu, pleinement accordée à la Révélation divine (cf. conférence de Gustave Thibon publiée à partir d’ > ici).

Mais contre ceux qui s’opposent à la liberté surnaturelle des authentiques et fidèles croyants, la liberté surnaturelle de ceux auxquels il a été donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu, qui ne sont point nés du sang ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu (cf. Johan. I 12-13), il y aura toujours des Vendées immatérielles et des chouanneries spirituelles, héroïques dans leurs combats malgré tous les moyens colossaux et acharnés mis en œuvre afin de les détruire, pour faire triompher dans l’invisible le Sacré-Coeur et la glorieuse Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ !

pattes de chatLully.

Scapulaire Sacré-Coeur

2018-53. Lettre du Prieur de la Confrérie Royale à l’occasion du centième anniversaire du martyre de la famille impériale russe, le 17 juillet 1918.

1918 – 17 juillet – 2018

Icône sainte famille impériale russe

Icône de la sainte famille impériale russe martyre

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, vers le petit matin, dans la cave de la maison Ipatiev à Ekaterinbourg, petite ville de l’Oural, Leurs Majestés Impériales le Tsar Nicolas II Aleksandrovitch et la Tsarine Alexandra Feodorovna, ainsi que leurs cinq enfants : les grandes duchesses Olga, Tatiana, Maria et Anastasia et le Tsarévitch Alexis furent horriblement massacrés, puis leurs corps furent jetés dans une fosse à quelque deux kilomètres de là.

Il n’est point dans mon intention de relater les détails de cette abominable boucherie, ni même de rappeler les circonstances qui ont conduit à la chute de l’empire des Romanov.

Je veux en revanche insister sur le fait que, selon les paroles de Notre-Dame de Fatima quelques mois plus tôt, l’écroulement de cet empire russe chrétien, allait permettre que la Russie répandrait ses erreurs dans le monde provoquant guerres et persécutions.

A la suite de la famille impériale martyre, des centaines de milliers de moines, de moniales, de fidèles adultes et enfants, en Russie puis dans tous les pays où le communisme triomphant exporta ses doctrines abominables, derrière les rideaux de fer ou de bambou et sur tous les continents, ont subi le martyre sanglant en raison de leur fidélité au Christ.

Je veux en revanche insister sur le fait que les deux révolutions russes (1905 et 1917), ne sont que les filles et les épigones de l’abominable révolution de 1789, et que les bourreaux de 1917 et des décennies suivantes ne sont que les successeurs et continuateurs de ceux qui ont conduit à l’échafaud Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette, Madame Elisabeth, les Bienheureuses Martyres d’Orange, les Bienheureuses Ursulines de Valenciennes, les Bienheureuses Filles de la Charité d’Arras, les Bienheureuses Carmélites de Compiègne (dont la fête liturgique se trouve justement en ce 17 juillet – cf. > ici), et tant de milliers d’autres connus ou anonymes ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont fait mourir à petit feu emmuré Sa Majesté le Roi Louis XVII, ou confiné plusieurs milliers de religieux et de prêtres dans les pontons des navires-mouroirs de Rochefort ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont fusillé et percé de baïonnettes les Bienheureux Martyrs d’Angers et d’Avrillé, les milliers de défenseurs de Lyon s’insurgeant contre la Convention ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont brûlé vifs les villageois et les tout petits enfants des Lucs sur Boulogne et les habitants de nombreux bourgs de nos bocages et de nos campagnes ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont égorgé avec une liesse satanique les détenus des prisons et des hôpitaux de Paris en septembre 1792, ou organisé des noyades en série dans des mises en scène aussi cruelles qu’impudiques… etc. …etc.

Je veux en revanche insister sur le fait que les millions de victimes des deux guerres mondiales du XXe siècle, ainsi que des guerres liées aux combats d’ « unification nationale » au XIXe siècle (par exemple pour l’Italie et l’Allemagne), ou des guerres dites d’indépendance au XXe siècle, comme encore les millions de victimes de toutes les idéologies qui découlent des divers avatars du nationalisme (dont les plus célèbres sont le fascisme et le national socialisme hitlérien) – ce nationalisme vers lequel lorgnent pourtant certains catholiques qui, ce faisant, croient être contre-révolutionnaires ! -, toutes, absolument toutes, sont en fait des victimes de la révolution dite française continuée, exportée, diversifiée, démultipliée, à la manière des têtes sans cesse renaissantes d’une hydre sortie de l’enfer.

Je pourrai développer cette sanglante et sinistre litanie sur des pages et des pages encore…

La nuit prochaine, nuit de l’exact centième anniversaire du martyre de la famille impériale russe, le Patriarche orthodoxe Cyrille de Moscou conduira une imposante procession sur 21 km – oui, vous avez bien lu : sur 21 km ! – à Ekaterinbourg.

Certes, je ne suis pas orthodoxe et je ne méconnais ni ne minimise les obstacles doctrinaux qui empêchent l’unité et la pleine communion entre orthodoxes et catholiques, néanmoins je ne peux que souscrire et reprendre à mon propre compte et pour le compte de toute la Confrérie Royale cette déclaration du Patriarche Cyrille : « Lavés par le sang de nos martyrs nous devons devenir un autre peuple qui ne permettra jamais plus d’outrager ses valeurs sacrées, de se refuser à Dieu » ; et l’on voudrait qu’aujourd’hui en Occident et dans l’Eglise catholique romaine des évêques aient des convictions suffisantes et assez de courage pour tenir le même langage au sujet de la révolution de 1789 et de toutes ses continuations : pour tenir le même langage lorsqu’ils sont interrogés par nos médias pourris, pour tenir le même langage en face des politiques marionnettes des loges, pour tenir le même langage surtout dans nos églises et nos cathédrales dévastées par la crise moderniste en face de fidèles qui, dans leur écrasante majorité, ne professent plus que des bribes de la foi authentique révélée par Notre-Seigneur !

Mon Dieu, donnez-nous des évêques et des prêtres capables de prêcher la pénitence et l’expiation au sujet de la satanique révolution, et, ce faisant, entraînant les âmes vers une authentique conversion des intelligences, une authentique conversion des cœurs et une authentique conversion des mœurs pour que la pureté et l’intégralité de la foi divine soit restaurée non seulement dans les âmes mais dans la société tout entière !

Le but de la révolution en effet, en 1789 comme en 1917, a été de détruire les monarchies chrétiennes, remparts de l’Eglise et de la foi, ce pourquoi la seule véritable et nécessaire contre-révolution se fonde sur la conversion profonde des individus, des institutions et des sociétés pour restaurer dans leur pureté et leur splendeur spirituelle des Rois et des Princes authentiquement chrétiens, participant de toute leur légitimité et de toute leur volonté aux desseins rédempteurs et sanctificateurs de Dieu, dans l’ordre social et politique qui leur a été départi par la divine Providence.

J’ai cru nécessaire de le rappeler avec force à l’occasion du centième anniversaire du massacre de Leurs Majestés Impériales le Tsar Nicolas II Aleksandrovitch, la Tsarine Alexandra Feodorovna, et leurs cinq enfants, authentiques martyrs comme la famille royale française lors de la grande révolution, parce que c’est en haine de la royauté chrétienne dont ils incarnaient les principes (malgré leurs faiblesses personnelles), en haine du Droit Divin, et donc en haine du Christ Notre-Seigneur, qu’ils ont été mis à mort.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur,
Prieur.

Blason Frère Maximilien-Marie

2018-51. Où le Maître-Chat croit utile de rappeler certaines choses…

Lundi soir 9 juillet 2018,
Fête des Bienheureuses Martyres d’Orange (cf. > ici) ;
Mémoire de Sainte Véronique Giuliani.

Lully et Sainte Philomène

* * * * * * *

Gif moine

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous avons reçu de nombreux messages, mon papa-moine et moi-même : messages manifestant sans nul doute beaucoup d’amitié et de sollicitude, mais exprimant des inquiétudes ou de simples interrogations parce que nos publications sur le blogue s’étaient faites plus rares ces dernières semaines.

En tout premier lieu, je veux donc vous remercier pour tout ce que cela manifeste de touchant attachement et de fidélité ; mais en second lieu, il me faut aussi vous rappeler que ma vie, et encore moins celle de Frère Maximilien-Marie, n’a pas pour objectif premier et obligatoire de publier des textes sur ce blogue, même si nous avons conscience (sinon nous ne nous y serions pas tenus depuis maintenant plus de dix ans !) qu’il peut faire un peu de bien aux âmes, aux intelligences et aux cœurs.

Toutefois, quelqu’importance que cette activité de publication puisse revêtir tandis qu’au contraire qu’elle apparaît à certains comme un passe-temps d’oisifs), je me dois aussi de faire prendre conscience que Frère Maximilien-Marie est d’abord et avant-tout un moine qui se doit à la prière, laquelle occupe au minimum cinq heures de sa journée (bréviaire, lectio divina, oraison).
Je devrais plutôt dire de sa nuit, car c’est essentillement sur les heures de la nuit qu’il prend ce temps. A ces heures de prière à strictement parler il convient d’ajouter des temps de lecture et d’étude.

Et puis il y a les tyranniques tâches du quotidien qui sont celles du ménage, de la lessive, du rangement, des travaux, de la cuisine, du poulailler, de l’entretien du Mesnil-Marie, des courses… etc. … etc.

Et il y a toutes les activités en relation avec l’extérieur :
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie est correspondant local de presse pour notre village, et que les relations avec quantité de personnes (car il est très intégré à la vie de la commune et se trouve sollicité par les villageois pour tous les événements locaux) d’une part, la rédaction des articles, et le contact avec les cadres de l’hebdomadaire d’autre part, cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie possède le don de « couper le feu », et que l’accueil ou le contact avec les personnes brûlées, et les prières particulières à leur intention, cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie reçoit énormément de visites ou d’appels téléphoniques, et que, même s’il s’efforce de ne leur accorder que des créneaux limités, cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie siège aux conseils d’administration – voire comités de lecture – de plusieurs associations liées à la culture, à la défense et la promotion du patrimoine, ou à la protection paysagère, et que cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie est président d’une association promouvant la randonnée sur le territoire de trois villages et qu’à ce titre il est en relation fréquente avec les municipalités, ainsi qu’avec les instances de la communauté de communes, les offices de tourisme et d’autres associations, et que cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie est souvent amené à se déplacer pour des démarches administratives, et que cela lui prend du temps ?
- savez-vous qu’il y a des tas de personnes qui, dès qu’elles ont un doute sur une question historique, un point de liturgie, une difficulté exégétique, un problème dogmatique, un détail artistique… etc. …etc., recourent à Frère Maximilien-Marie, et que cela lui prend du temps ?
- savez-vous que de plus en plus de personnes veulent demander les avis, conseils ou prières de Frère Maximilien-Marie, pour ce qui concerne leur propre vie spirituelle, et que cela lui prend du temps ?
- savez-vous que le total des messages ou courriels reçus par Frère Maximilien-Marie quotidiennement dépasse la centaine, et que déjà seulement les lire – alors ne parlons pas des réponses souvent impossibles ou tardives parce qu’elles nécessiteraient le travail de deux secrétaires (qu’il n’a pas), cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie est président – ou plus exactement – sénéchal du Cercle Légitimiste du Vivarais et que la préparation des réunions de formation et des autres activités du Cercle, cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie est Prieur de la Confrérie Royale, et que toute la marche de la dite confrérie, son développement, les attaques dont elle est la cible, la coordination avec les mouvements légitimistes authentiques… etc., cela lui prend du temps ?
- savez-vous que Frère Maximilien-Marie a la colonne vertébrale complètement abîmée par l’arthrose et que lui sont prescrites des séances régulières de kinésithérapie, et que cela lui prend du temps ? savez-vous enfin qu’il lui serait nécessaire de faire au minimun une heure de marche chaque jour, mais qu’il n’arrive généralement pas, en raison de tout le reste, à faire une heure de marche par semaine ?

Ajoutez enfin à cela que ces jours-ci la maman de Frère Maximilien-Marie est hospitalisée : à la suite d’une chute, elle souffre d’une double fracture du crâne et d’un hématome cérébral. Les visites à l’hôpital (aller-retour = trois heures et demi de trajet) et la préparation d’un transfert pour un séjour en maison de convalescence à la fin de son hospitalisation, sont des causes supplémentaires de soucis et de fatigues.

Ainsi donc, de grâce, que les lecteurs de ce modeste blogue, veuillent bien ne pas réagir uniquement par rapport à l’intérêt personnel qu’ils nous font l’honneur d’éprouver à recevoir dans leur boite aux lettres électronique des messages fréquents, voire quotidiens : si je ne publie rien, ce n’est pas parce que je les snobe ou que je n’aurai rien à leur dire, c’est seulement que je ne peux décemment pas demander à mon moine-secrétaire, qui n’a plus le temps, de faire davantage et de dormir encore moins qu’il ne le fait !

Pour clore ce sujet, je veux remercier plubliquement et très chat-leureusement ici certains membres des cercles légitimistes du Dauphiné et du Vivarais qui ont généreusement résolu de donner de leur temps et de leur personne à notre Frère, en venant une journée par mois au Mesnil-Marie pour l’aider dans les travaux d’entretien et d’aménagement, toujours nécessaires. 

Gif moine

Nous avons fêté, dans l’allégresse du coeur et l’action de grâces à la divine Providence, le dixième anniversaire de notre arrivée à Saint-Martial : c’était le 30 juin 2008, et c’était le jour de la fête de Saint Martial ! J’eusse souhaité publier quelques réflexions particulières pour marquer cet anniversaire, mais, pressé par les circonstances, je ne l’ai pas pu, aussi vous renvoie-je à ce que j’ai publié à ce sujet en 2014 (cf. > ici).

pattes de chatLully.

2018-50. « Ce que certains détruisent, d’autres le restaurent… »

Deux allocutions
de
Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou,
de jure  Sa Majesté le Roi Louis XX
prononcées à Paris le vendredi 6 juillet 2018
à l’occasion
d’une journée commémorant le
deuxième centenaire du rétablissement de la statue d’Henri IV au Pont-Neuf

Armes de France & Navarre

En 1605, la ville de Paris pour remercier Sa Majesté le Roi Henri IV de tous ses bienfaits et en particulier des travaux d’urbanisme accomplis par lui dans ce quartier (aménagement de la Place Royale – aujourd’hui Place Dauphine -, achèvement du Pont-Neuf et percement de la rue Dauphine) commanda une statue équestre du Roi qui fut achevée et inaugurée seulement après sa mort, en 1614.
Cette première statue fut mise à bas et fondue par l’impiété et le vandalisme révolutionnaires. Cependant dès le 3 mai 1814, jour de l’entrée triomphale de Sa Majesté le Roi Louis XVIII dans Paris, une statue provisoire avait été placée en ce lieu avec cette dédicace : « Le retour de Louis fait revivre Henri »
Le 25 août 1818, en la fête de Saint Louis, ce provisoire prenait fin et l’on inaugura, dans une grande liesse populaire, une nouvelle statue de bronze du premier Roi Bourbon sur le Pont-Neuf, portant une dédicace latine qui se traduit ainsi : « La statue révérée du très illustre roi Henri le Grand, qui avait été un père pour son peuple, fut jetée à bas, à l’indignation de la France, au cours de la révolution. Après le retour souhaité de Louis XVIII, des citoyens issus de tous les ordres se cotisèrent et la rétablirent, ainsi que l’inscription honorifique détruite en même temps que la statue, qu’ils firent graver de nouveau dans la pierre. Fait le 25 août 1818. »
Le 25 août 2018 marquera donc l’exact deuxième centenaire du rétablissement de la statue d’Henri IV au Pont-Neuf.
Devançant cette date, ce vendredi 6 juillet 2018, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, aîné de tous les descendants d’Henri IV, et de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, est venu à Paris pour y présider une cérémonie commémorative, et assister à deux conférences à caractère historique données dans un cercle restreint.

Vous trouverez ci-dessous l’essentiel du texte des deux allocutions prononcées par notre Souverain légitime en ces circonstances.

Et voir aussi le poème de Victor Hugo :
« Ode sur le rétablissement de la statue de Henri IV », publié > ici.

Statue d'Henri IV au Pont-Neuf

« Ce que certains détruisent, d’autres le restaurent… »

(allocution au Pont-Neuf devant la statue d’Henri IV)

« (…) Cette cérémonie du bicentenaire du rétablissement de la statue du Roi Henri IV sur le Pont Neuf m’amène à plusieurs réflexions : La première sur l’acte lui-même, dont  deux enseignements se dégagent, la seconde sur le roi Henri IV.

Lorsque les révolutionnaires en 1792, mirent bas la statue de celui qui, jusqu’alors, était considéré comme le bon roi Henri IV, sans doute ne pensaient-ils pas que leur geste, vingt-cinq ans après, serait effacé par celui de Louis XVIII qui rétablit devant une foule nombreuse la statue, à son emplacement, c’est-à-dire au cœur de Paris.

Ce geste prouvait la fidélité du Roi et de la Ville de Paris qui avait commandé la statue en 1605, mais surtout ce rétablissement rappelait qu’en politique tout est possible. Ce que certains détruisent, d’autres le restaurent dès lors qu’ils ont foi en ce qu’ils font et en leur mission. N’est-ce pas là quelque chose de toujours actuel.

Les parisiens et le Roi Louis XVIII voulaient honorer l’œuvre d’Henri IV,  l’homme de la paix rétablie après trente ans de guerre civile et aussi l’homme de la pacification des cœurs. L’image d’Henri IV n’a jamais été ternie par les aléas de l’histoire et en 1610 lors de sa mort, en 1614 lors de l’érection de la première statue, en 1818 lors de son rétablissement comme aujourd’hui, il demeure le roi préféré des Français (…).

Mais cette cérémonie est l’occasion d’évoquer un autre aspect de la personnalité du Roi. Nous sommes aujourd’hui  avec  l’Amicale régimentaire qui maintient le souvenir et la tradition du Royal Navarre, devenu en 1790 le 5ème Régiment d’Infanterie. Cette unité dont Henri de Navarre fut le premier Colonel, a combattu sur tous les champs de bataille, durant plus de quatre siècles, prouvant que la France transcende les aléas de la politique (…).

Ainsi le Roi apparait là sous son autre facette. Grand dans la Paix il le fut aussi dans la guerre. Chef vaillant et audacieux il savait que la paix et la sécurité des peuples ne s’obtiennent que si l’on maintient la garde haute. Pas de faiblesse pour les ennemis car sinon c’est le peuple qui  souffre !

C’est par là aussi que le roi est grand et le demeure dans la mémoire collective.

La gerbe que nous allons déposer au pied de sa statue est, ainsi, triplement symbolique : elle honore le roi, elle rend hommage à son héritier direct le roi Louis XVIII, elle permet de se souvenir que notre avenir s’écrit à travers la mémoire collective d’un peuple qui en honorant ses grands hommes et leurs vertus,  témoigne de son espoir pour demain.

Merci de m’avoir écouté. »

lys.gif

Henri IV : grand dans la paix comme dans la guerre !

(allocution avant les conférences)

« (…) Après la belle et émouvante commémoration de ce matin sur le Pont-Neuf (…), nous voici réunis toujours autour de la grande figure d’Henri IV pour entendre deux conférences (…).

Elles vont éclairer deux aspects de la personnalité du grand Roi : d’un côté l’homme des premiers grands travaux parisiens et, de l’autre, le chef militaire qui a su réconcilier des troupes qui durant trente ans avaient combattu les unes contre les autres. Il est intéressant de noter que ces deux actions participaient chacune à leur manière, à rétablir la paix et la concorde entre tous les Français, ce qui était son vrai programme politique. Il fallait oublier trente ans de guerres civiles avec tous les drames que cela avait suscité. Cela passait par la prospérité à retrouver, mais aussi par une paix des cœurs à obtenir.

Cette dernière n’est-elle pas la plus difficile à réaliser après tant de maux endurés qui pouvaient sembler indélébiles !  L’Armée et l’engagement des siens pouvant aller jusqu’au sacrifice de leur vie,  est, plus facilement que tout autre institution, le creuset de ces grandes réconciliations. La France l’a observé à plusieurs reprises, mais sans doute est-ce Henri IV qui, le premier, l’a compris et l’a mis en pratique. La communication du Professeur Hervé Drévillon va donc, pour nous tous, être d’un grand intérêt et je le remercie d’avoir bien voulu être des nôtres aujourd’hui.

Mes remerciements vont aussi au Professeur Jean-Pierre Babelon. Nous nous connaissons depuis de longues années et, cher professeur, vous êtes celui qui m’a permis de suivre et de comprendre la question de l’authentification de la tête d’Henri IV. Elle ne fait plus de doute désormais. Je vous en remercie et j’espère que la dépouille royale retrouvera la place qui lui revient.

Aujourd’hui vous allez parler du rôle du Roi vis-à-vis de Paris. Vous avez consacré de nombreux travaux à cette question. Si le roi avait fait la paix, il voulait aussi que cela se voit en donnant à Paris, très éprouvé par la guerre, du confort, de la sécurité et de la beauté.

Ce matin nous étions sur le Pont-Neuf, à côté de la Place Dauphine, des lieux encore témoins de son travail d’urbaniste. Ces lieux existent en fait dans tout Paris marquée par l’œuvre du Roi. Il a le premier créé la tradition des souverains soucieux de leur capitale.

Le bicentenaire du rétablissement de la statue d’Henri IV qui avait été abattue par les révolutionnaires est ainsi l’occasion, une nouvelle fois, d’honorer la mémoire du Roi qui demeure, dans la conscience collective, le plus aimé par les Français pour avoir été grand dans la Paix comme dans la guerre ; dans le combat comme dans le pardon, sachant réconcilier et faire l’unité pour le bien commun.

Une œuvre se juge par les fruits qu’elle porte. Celle d’Henri IV en est un bel exemple.

Merci à vous tous, Messieurs les Universitaires et vous les organisateurs, de nous donner l’occasion, en cette journée commémorative de celle de 1818, de nous le rappeler. Puisse cet exemple inspirer les uns et les autres et continuer à servir de modèle. Commémorer sert à faire mémoire des grandes actions pour inspirer le présent.

Henri IV demeure un roi d’hier comme de demain !

Merci. »

Détail de la statue équestre d'Henri IV au Pont-Neuf

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 6 juillet, 2018 |3 Commentaires »
12345...27

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi