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2016-37. A propos du film « la Résurrection du Christ ».

Des amis du Refuge Notre-Dame de Compassion ont souhaité inviter Frère Maximilien-Marie à les accompagner à une projection de « La Résurrection du Christ » : notre Frère – qui n’était pas entré dans un cinéma depuis de nombreuses années – , s’est très volontiers laissé entraîner, parce que, sans s’y être intéressé outre mesure, il avait eu des échos assez favorables au sujet de ce film.
A son retour, comme l’ont fait aussi plusieurs de ses amis, je l’ai interrogé…

Lully

La_Resurrection_du_Christ - film

Lully : Alors, que trouve-t-on dans ce film ?

Frère Maximilien-Marie :
En voici le résumé.
Au début du film, nous nous trouvons en présence d’un personnage qui marche seul dans un paysage désertique et fait halte chez un homme – Judéen ou Galiléen – qui lui offre l’hospitalité. Interrogé par son hôte qui, à sa bague (il ne porte plus l’uniforme), a reconnu un tribun romain, le voyageur va conter son histoire…

Tribun, bras droit de Pilate, Clavius est au service de l’ordre romain en Judée : sans état d’âme, et parce qu’il a de l’ambition et souhaite une carrière glorieuse, il réprime sans pitié toute tentative de soulèvement.
A l’issue d’une expédition contre des rebelles dans le désert de Judée, il revient à Jérusalem un jour que l’on comprend rapidement être le Vendredi Saint : Pilate lui ayant ordonné de faire abréger les souffrances de Jésus, Clavius se rend au lieu des exécutions et assiste donc aux derniers moments de la crucifixion ; c’est même lui qui donne l’ordre du coup de lance qui transperce le côté du Christ.
On assiste ensuite aux demandes des princes des prêtres concernant la garde du tombeau du supplicié. Le samedi, Clavius vérifie que son corps se trouve bien dans le sépulcre ; il en scelle la lourde pierre qui ferme l’entrée, et il y poste des gardes.

Quand, au matin du dimanche de Pâques, les princes des prêtres, eux-mêmes avertis par les gardes du tombeau effrayés qui sont allés leur raconter ce dont ils ont été témoins, viennent chez Pilate pour lui demander d’accréditer la version du vol du cadavre de Jésus par ses disciples afin de couper court à toute rumeur de résurrection, Clavius est chargé d’enquêter et de retrouver le corps.
Le tribun se met donc en devoir d’examiner les lieux, d’observer les indices, et surtout de trouver les disciples de Jésus et de les interroger.

Il lui apparaît très vite que les gardes du tombeau ont été payés par les princes des prêtres pour porter un faux témoignage.
Après quelques péripéties, il parvient à se faire amener Marie-Magdeleine et l’apôtre Barthélémy qui témoignent, à mots couverts, de la résurrection, chose qui lui semble évidemment absurde… jusqu’à ce que, lors d’une « descente » dans la maison où les apôtres sont réunis, il reconnaisse au milieu d’eux, vivant, celui dont il a vu le corps mort sur la croix.
En proie à un grand trouble, Clavius décide de suivre les disciples qui partent pour la Galilée : abandonnant l’armée, il devient donc un traître aux yeux de Pilate.
Les disciples l’accueillent au milieu d’eux, il les accompagne dans la pêche nocturne infructueuse sur le lac de Génésareth, est témoin de la pêche miraculeuse lorsque Jésus leur apparaît au petit matin, et peut même s’entretenir une partie de la nuit avec Jésus ; enfin il est témoin de l’Ascension.
Toutefois, alors qu’ils l’invitent à se joindre à eux, il refuse d’entrer dans le groupe des disciples et s’en va, le coeur transformé certes, mais solitaire.

Maintenant que nous connaissons l’histoire, peut-on avoir accès à vos impressions ?

Mes impressions… Il ne s’agit pas seulement d’impressions !
N’étant pas du tout cinéphile, je ne savais rien du réalisateur de ce film (d’ailleurs je n’en sais pas guère plus aujourd’hui), et je peux dire que – même après avoir vu le film – je ne sais toujours pas vraiment quelle a été son intention, car elle demeure pour moi absolument obscure : qu’a-t-il voulu faire ? quel message a-t-il voulu transmettre ? Quel est son degré de foi ou d’incroyance ? Je ne le sais pas.

Cela étant dit, je me rendais à cette projection avec un a-priori favorable.
Mais très rapidement, au fur et à mesure que le film se déroulait devant mes yeux, j’ai été gêné par des incohérences, de véritables infidélités au récit évangélique qui ne me paraissent pas anodines, des manquements – sont-ils délibérés ou procédent-ils de l’ignorance ? je ne peux le dire – importants à la Tradition reçue des Apôtres… etc.
Ce qui fait que, à la fin du film, malgré quelques très belles séquences et des prises de vue esthétiquement très réussies, c’est plutôt la déception qui prévalait en moi, parce que j’avais l’impression d’un ouvrage pour le moins inachevé, incomplet, voire frelaté

Des incohérences, dites-vous ?

Oui.
Quand un cinéaste veut produire un film qui possède une dimension historique, le spectateur est en droit d’attendre que la vérité historique soit rigoureusement respectée.

Or ce film accumule des incohérences à propos des moeurs et usages des Juifs.
Cela peut sembler des détails sans importance aux yeux de ceux qui ne savent pas, ou qui ne connaissent que très superficiellement les usages religieux du peuple Juif, mais ils sont véritablement choquants pour c
elui qui en est un peu instruit.
Je n’en donnerai pour exemple que deux :
a – le nom imprononçable de Dieu, que seul le grand prêtre sussurait une fois l’an dans le secret du Saint des Saints, est, dans ce film, prononcé un nombre incalculable de fois tant par des Juifs que par des païens romains.
b – les grands prêtres et membres du Sanhédrin, qui observaient de manière scrupuleuse les règles de pureté légale, et qui donc, surtout au moment de la grande fête de la Pâque, ne pouvaient entrer dans la demeure de l’occupant païen – comme l’a fort bien noté l’Evangéliste Saint Jean (XVIII, 28-29) – , ici entrent à plusieurs reprises jusque dans le bureau de Pilate. 

Une autre incohérence réside dans le fait que, au début du récit de Clavius, se trouve une scène de bataille entre les soldats romains qu’il commande et une troupe de rebelles dirigés par un certain Barabbas.
Même si l’on peut penser que Barabbas était un prénom porté par plusieurs hommes au temps de Notre-Seigneur, pour tout chrétien – ou même simplement pour tout homme cultivé – , le nom de Barabbas suggère immédiatement la figure du criminel qui se trouvait en prison à Jérusalem et que, le Vendredi Saint, Pilate fut contraint de libérer sous la pression de la foule stipendiée par les princes des prêtres. 

Tout laisse à penser que c’est cet homme-là que le réalisateur a voulu voir figurer dans le film, mais si c’est bien lui contre lequel Clavius combat dans le désert, c’est donc qu’il n’est pas en prison à Jérusalem pendant ce temps. La suite du film nous montre en effet le tribun rentrant à Jérusalem après qu’il a lui-même égorgé Barabbas, et nous apprenons alors que nous sommes le Vendredi Saint dans l’après-midi peu de temps avant la mort du Christ. Le film est donc incohérent avec les données de l’Evangile.

Je me répète : cela peut sembler des détails sans importance, mais à l’époque des faits ces détails ne l’étaient pas, et le spectateur est en droit d’attendre que la vérité historique soit rigoureusement respectée.

Et des infidélités aux textes évangéliques dont vous dites qu’elles ne sont pas anodines…

C’est également vrai.
Lorsque l’on veut parler d’un évènement, on consulte les sources (documents, monuments, témoignages) par lesquelles cet évènement nous est connu. 
Pour ce qui concerne la Résurrection du Christ, les sources documentaires se trouvent dans les Saints Evangiles et dans la Tradition reçue des Apôtres.
Indépendamment de la foi que l’on a ou que l’on n’a pas dans les récits évangéliques, la plus élementaire honnêteté, lorsqu’on veut représenter des scènes tirées de l’Evangile, consiste à les montrer telles qu’elles s’y trouvent décrites : en tronquer une partie et en modifier des éléments peut-il être qualifié autrement que par le mot infidélité ?

Ainsi l’apparition du Christ ressuscité dans le Cénacle le huitième jour après Pâques, apparition où l’incrédulité de l’apôtre Thomas se trouve confondue, est-elle totalement dénaturée et ne laisse-t-elle plus voir qu’un homme joyeux de se jeter dans les bras de son ami qu’il avait cru mort. Tous les détails du récit évangélique montrant la connaissance surnaturelle que le Christ ressuscité a des doutes de Thomas et des paroles précises qu’il avait prononcées pour manifester cette incrédulité, ont disparu.
La profession de foi de Thomas dans la divinité du Christ est tue. Quant aux plaies du Crucifié, plaies toujours vives et béantes selon l’Evangile puisqu’on peut y placer son doigt et sa main, elles sont ici cicatrisées et n’ont plus que l’apparence de croûtes.

De la même manière, lors de l’apparition au bord du lac de Génésareth, le dialogue entre Notre-Seigneur et Pierre se trouve singulièrement raccourci : le caractère réparateur de la triple confession exigée du chef des apôtres, et même la contrition de Pierre – explicitement mentionnée par l’Evangile – , se trouvent réduits à presque rien.
De même, l’affirmation de la primauté que lui confère alors Jésus est édulcorée.

J’ai aussi noté que le film fait une confusion complète entre les apôtres et les disciples, comme si les deux termes étaient absolument synonymes, alors que les choses sont bien claires dans l’Evangile : Notre-Seigneur était accompagné par un nombre assez important de disciples, puisque parmi ces disciples Il en désignera septante-deux auxquels Il confiera un jour une mission spéciale ; et parmi ces disciples, disctincts des septante-deux sus-mentionnés, Il choisit douze hommes auxquels Il donne Lui-même le nom d’apôtres.
Après la Résurrection, les Saints Evangiles montrent bien qu’il y a des apparitions qui n’ont lieu qu’en présence des apôtres et d’autres, comme au moment de l’Ascension, qui ont lieu en présence d’une grande foule de disciples.

Enfin, justement à propos de l’Ascension, d’une part le film place celle-ci en Galilée et non à Jérusalem comme l’atteste le récit des Actes des Apôtres ; et d’autre part, alors que le texte inspiré nous dit bien qu’ils le virent s’élever et qu’il y eut ensuite l’intervention de deux anges, le film fait disparaître Jésus – toujours les pieds sur terre – dans une espèce de soleil levant, et l’épisode s’achève par une pluie de plumes ou de flocons…
Notons aussi que le commandement de baptiser, fait par le Christ aux apôtres avant de remonter au Ciel, se trouve omis des paroles rapportées par le film.

Cela me paraît beaucoup, et comme, manifestement, le réalisateur est allé puiser dans l’Evangile, ces omissions ne me semblent pas du tout anodines, mais résultent sans aucun doute d’un parti pris délibéré.

Vous avez aussi parlé de manquements significatifs à la Tradition reçue des Apôtres.

Des manquements qui, à mes yeux, sont tout aussi graves que les infidélités aux textes évangéliques. En effet, la Tradition – avec un T majuscule – est l’un des deux canaux par lesquels Dieu a voulu que Sa Révélation nous parvienne.
Le second canal, ce sont les Saintes Ecritures.
Mais la Tradition est, d’une certaine manière, plus importante, puisque elle englobe les Saintes Ecritures et que celles-ci ne peuvent être lues et comprises qu’à la lumière de celle-là.
Je prends encore quelques exemples.

L’Evangile nous rapporte que la Crucifixion eut lieu dans un endroit appelé Golgotha, dont la Tradition nous dit que c’était une éminence : ici, elle est représentée dans une espèce de carrière, entre des falaises, au fond d’une vallée.
Le texte évangélique nous dit que Marie, Mère de Jésus, était debout au pied de la Croix, et toute la Tradition la montre digne, silencieuse, communiant en profondeur au mystère du salut qui s’accomplit : dans ce film, elle est représentée éloignée de la Croix, en arrière de la foule qui vocifère, et hurlant comme une femme au bord de la déraison.
La Tradition nous apprend que Marie-Magdeleine – que l’Evangile appelle « pêcheresse » – , n’était pas une prostituée mais une femme de la haute société adonnée à une luxueuse impureté : ici, elle est appelée « fille des rues », et presque tous les légionnaires romains lui sont passés sur le corps…
Bien pis, la caméra insiste sur un geste de Marie-Magdeleine debout derrière le Christ ressuscité : elle pose sa main sur l’épaule de Jésus, et la manière dont elle la presse dénote à la fois une grande intimité physique et une certaine forme de possession. N’est-ce pas à elle pourtant, selon l’Evangile, que, dans le jardin du matin de Pâques, Jésus a dit : « Noli me tangere – ne Me touche pas » ? Cette mise en scène n’est-elle pas une manière de suggérer que, comme le prétendent beaucoup de nos contemporains, Marie-Magdeleine aurait été la « compagne » de Jésus ?

Ces éléments me laissent à penser – je ne sais pas si c’est exact – que le réalisateur soit a délibérément négligé tout le contenu de la Tradition, soit a été empêché d’y avoir accès parce que la manière dont il a eu accès aux Evangiles s’est faite au travers d’une exégèse réductrice, – moderniste ou protestante, ce qui est à peu près la même chose – , coupée de la source vive de la Tradition.

Y a-t-il encore d’autres choses que vous souhaiteriez nous dire ?

Oui, il y a encore d’autres éléments qui m’ont déplu ou gêné.
L’apôtre Barthélémy, par exemple, fait figure d’un grand adolescent un peu simplet, à mi-chemin entre le ravi du village et le doux illuminé ; l’apôtre Pierre semble un rustre en proie à l’exaltation…
Une scène montre les apôtres assis en rond autour du feu de camp et se passant de mains en mains un morceau de pain qu’ils rompent en récitant le « Notre Père » (avec le blasphématoire « ne nous soumets pas à la tentation ») : on peut penser que le réalisateur, à travers cette « fraction du pain » a voulu représenter l’Eucharistie. Mais alors on est toujours dans cette représentation minimaliste et misérabiliste inspirée par le protestantisme, et qui a pollué la conscience d’un grand nombre de catholiques depuis trois générations…
Les rapports entre le Christ et ses disciples sont aussi présentés comme une sorte de joyeuse camaraderie : l’enseignement de Jésus qui transforme le monde, ainsi que le coeur du tribun Clavius, semble n’être plus qu’une grande fraternité universelle bornée aux horizons de ce monde-ci. Cela comblera sans doute d’aise les chrétiens-bisounours, cela me semble très gravement incomplet en ce qui concerne la substance surnaturelle de l’Evangile et sa doctrine de salut !

Je pourrais aussi dire que je n’ai pas du tout apprécié le choix de l’acteur représentant Notre-Seigneur. Je sais que cela est très subjectif, mais je l’ai trouvé sans finesse, sans noblesse, sans transcendance, sans expression, avec des sourires de publicité pour dentifrice.

Plus grave, si le Christ est montré envoyant Ses apôtres prêcher à travers le monde, on ne sait finalement pas ce qu’ils vont aller prêcher… si ce n’est peut-être, ainsi que je le disais ci-dessus, une fraternité universelle pour ce monde : les notions de salut éternel et de rédemption sont résolument absentes de ce film.

Enfin, si Clavius atteste qu’on ne peut rencontrer Jésus sans être transformé au plus profond de soi, il choisit néanmoins délibéremment de ne pas aller avec les apôtres, mais de faire sa route en solitaire : j’interprête cette image finale comme une manière d’insinuer que l’on serait libre de suivre intérieurement Jésus – un Jésus qui n’est perçu que d’une manière terrestre et subjective – , en restant totalement en dehors de l’Eglise.

ChiRho couronné

2016-30. La folle charité.

Samedi 23 avril 2016,
Fête de Saint Georges de Lydda.

Une fois de plus, nous devons au site « Benoît et moi » une remarquable publication à laquelle nous applaudissons de tout notre coeur. Et puisque notre amie Béatrice, qui a créé et anime ce site avec une sagacité acérée et un courage quotidien, nous en a donné l’autorisation, nous reprenons avec plaisir dans nos pages cet excellent texte de Juan-Manuel de Prada (auteur déjà cité et présenté > ici), traduit et annoté par Carlota.
Nous sommes d’autant plus heureux de ces très pertinentes remarques de Juan-Manuel de Prada que nous-mêmes, au Mesnil-Marie, avons relu tout dernièrement « Orthodoxie », l’ouvrage de Chesterton auquel il est ici fait référence, justement pour approfondir sa réflexion sur les « vertus chrétiennes devenues
folles »
, dans la perspective de publier quelque chose à ce sujet. Comme Juan-Manuel de Prada s’en est acquitté avec son brio coutumier, nous n’avons plus qu’à lui céder la parole…

pleurant

La folle charité.

Chesterton nous avait avertis que le mode moderne était envahi par les vieilles vertus chrétiennes devenues folles.
Et comment les vertus peuvent-elles devenir folles ? Elles deviennent folles quand elles sont isolées les unes des autres. Ainsi, par exemple, la charité chrétienne devient une folle vertu quand elle se sépare de la vérité, ou, dit d’une manière plus explicite, quand les œuvres de miséricorde corporelles s’opposent aux œuvres de miséricorde spirituelles.
Sur ce danger-là, Donoso Cortés nous avait déjà avertis, prophétisant qu’une Église qui se contenterait de s’occuper des besoins corporels des pauvres finirait pas être un instrument au service du monde qui, en même temps qu’il se montre soucieux de procurer du bien-être à ceux qui dépendent de lui, a comme préoccupation, à la base, de détruire leurs âmes.
Une Église qui serait vivement désirée pour les besoins matériels des hommes (en leur donnant le vivre et le couvert, par exemple) et ne se préoccuperait pas d’assurer le salut de leurs âmes immortelles, aurait cessé d’être l’Église, pour devenir un instrument du monde, un monde qui évidemment applaudirait à tout rompre cet activisme déboussolé.

Pour mieux comprendre les effets de cette folle charité que le monde applaudit, il convient d’avoir recours, plutôt qu’à certains théologiens grenouilles de bénitier (qui nous offriront une version sirupeuse de la charité complètement étrangère au sens extrême de cette vertu théologale), au film « Viridiana » (*), du bouffeur de curés Luis Buñuel, car les bouffeurs de curés sont toujours meilleurs théologiens que les grenouilles de bénitier. 

Dans le film de Buñuel, la protagoniste – Viridiana – se sentant coupable de la mort de son oncle, renonce à être religieuse cloîtrée et, à la place, elle décide d’accueillir chez elle un groupe de mendiants et de vagabonds à qui elle offre le vivre et le couvert (œuvres de miséricorde corporelles), en négligeant le salut de leurs âmes (œuvres de miséricorde spirituelles, qu’elle aurait peut-être assurées plus efficacement avec sa prière, dans la clôture de son couvent).
Inévitablement les mendiants et les vagabonds vont faire croire d’une manière pharisienne que la folle et activiste charité de Viridiana la sotte, les a rendus tout gentils, mais dès que l’opportunité leur est offerte, ils vont agresser et voler leur bienfaitrice ; et en même temps qu’ils commettront des vandalismes divers, ils en rajouteront en se moquant d’une manière sacrilège de sa foi, en improvisant un dîner orgiaque durant lequel ils parodieront la Dernière Cène. 

C’est le minimum que mérite celui qui fait de la charité un activisme déboussolé, en faisant entrer l’ennemi dans la maison.
Et encore avec Viridiana, dans sa culture de la folle charité, le péché d’exhibitionnisme n’est même pas commis, ce péché qui est aujourd’hui le décor préféré de la folle charité. Un exhibitionnisme qui est réalisé devant les caméras, dans une parodie choquante et sacrilège de ce que le Christ a prédit dans le Sermon de la Montagne : « Soyez attentif à ne pas faire votre justice devant les hommes pour qu’ils vous voient » ; « Quand tu donne une aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait la droite », etc. C’est que toute la prédication de Jésus est un combat sans trêve contre l’ostentation des vertus (qui, lorsqu’elles sont montrées, cessent de l’être en tant que telles) et contre ceux qui ont fait de leur ostentation pharisienne un modus vivendi.

L’authentique charité chrétienne regarde d’abord au salut de l’âme du nécessiteux ; et une fois celle-ci assurée, il s’occupe de ses besoins corporels. C’est ce que fait Saint Paul avec Onésime, l’esclave païen qu’il se charge d’abord de convertir au christianisme et de baptiser ; et qu’il envoie, une fois le salut de son âme assuré, à Philémon, pour qu’il l’accueille chez lui. 
Inverser ce processus (ou retarder sine die ce que Saint Paul s’est préoccupé de faire en premier lieu et sans retard) est une folle charité qu’évidemment le monde va applaudir à tout rompre.

Juan-Manuel de Prada.

Viridiana - le dîner des gueux

Le dîner des gueux dans le film « Viridiana ».

(*) Note de Carlota : « Viridiana » (1961) est le premier film que Luis Buñuel a tourné en Espagne, après son passage à Hollywood (1938-1941) puis son installation au Mexique, et avec dans la distribution des plus célèbres acteurs de l’Espagne franquiste, tant avant qu’après la sortie du film primé à Cannes et son interdiction en Espagne. Il s’agit d’une adaptation d’une œuvre du très prolifique romancier espagnol Benito Pérez Galdos (1843-1920), transposé au monde contemporain. La Jeune Viridiana (joué par l’actrice mexicaine Silvia Pinal), sur le point de devenir religieuse, doit rendre visite à son oncle (Fernando Rey) qui lui a payé ses études. Lors du séjour, l’oncle, impressionné par la ressemblance de sa nièce avec sa défunte épouse, l’endort et tente de la violer, mais finalement y renonce. Mais pour la garder avec lui, il lui fait croire qu’elle ne peut plus être religieuse car il l’a possédée pendant son sommeil, ce qui fait encore plus fuir sa nièce. L’oncle se suicide. La nièce qui se sent coupable, renonce à devenir religieuse et revient au domaine pour pratiquer la charité, en accueillant des gueux auxquels elle offre le vivre et le couvert mais ils l’attaquent et la volent. Survient alors Jorge (Francisco Rabal), le fils naturel de l’oncle qui prend en mains le domaine. L’histoire se termine par un ménage à trois suggéré entre la gouvernante, la nièce et son cousin jouant aux cartes.

pleurant

2016-28. « Le jour de mon anniversaire et de mon baptême, le 16 avril, la liturgie de l’Eglise a placé trois signes qui m’indiquent où conduit la route et qui m’aident à la trouver. »

Samedi 16 avril 2016,
Fête de Saint Benoît-Joseph Labre (cf. > ici),
Mémoire de Sainte Marie-Bernard Soubirous.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En sus des célébrations liturgiques de ce jour, il y a un anniversaire bien cher à notre coeur que nous ne devons ni oublier, ni passer sous silence : je veux parler du quatre-vingt-neuvième anniversaire de la naissance et du baptême de notre cher et vénéré Pape Benoît XVI.

Quatre-vingt-neuf ans accomplis ce 16 avril 2016 !
Cher, très cher Pape Benoît XVI
J’aimerais pouvoir m’agenouiller encore une fois devant vous, prendre vos mains, les baiser avec effusion, et les sentir encore une fois se poser sur ma tête…
J’aimerais pouvoir vous dire ceci :
« Très Saint Père,
vous commencez votre nonantième année sur cette terre.
Sans doute vous est-il permis de vous sentir fatigué et de sentir tout le poids de l’exil… mais - dans votre très douce compassion et votre paternelle sollicitude pour nous – , acceptez que la divine Providence vous laisse encore au milieu de nous, même si votre présence est si discrète…
Ne vous pressez pas de quitter cette vallée de larmes : nous avons encore tellement besoin de vous !
La Sainte Eglise a encore besoin de vous !
Dans le silence et la solitude priants qui sont les vôtres depuis trois ans, nos coeurs n’ont cessé de vous accompagner par une gratitude fervente, et de vous être proches, unis spirituellement dans la supplication et dans l’embrassement de la Croix…
Acceptez ces voeux fidèles, des voeux qui sont plus que jamais des prières : ad multos annos !… »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Benoît XVI le 31 mars 2016

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI pris en photo le 31 mars 2016
lorsqu’il a rencontré un groupe de pèlerins Ratisbonne.

Nous sommes plus que reconnaissants à notre amie Béatrice, qui dirige avec courage et avec une persévérante fidélité quotidienne le site Benoît et moi, d’avoir su, à l’occasion de ce 16 avril 2016, découvrir pour nous la faire découvrir à nous aussi une très belle homélie « privée » prononcée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI devant des cardinaux et des amis bavarois, en 2012, à l’occasion de son anniversaire.
Nous sommes d’autant plus touchés par les paroles que prononça alors le Saint Père que nous sommes nous-mêmes ici, au Mesnil-Marie, particulièrement dévots à Saint Benoît-Joseph Labre, à Sainte Marie-Bernard Soubirous et au mystère du Samedi Saint.

Publication originale sur Benoit et Moi > ici.

« Le jour de mon anniversaire et de mon baptême, le 16 avril,
la liturgie de l’Eglise a placé trois signes qui m’indiquent
où conduit la route et qui m’aident à la trouver. » 

Messieurs les cardinaux,
chers frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce,
chers frères et sœurs,

Le jour de mon anniversaire et de mon baptême, le 16 avril, la liturgie de l’Eglise a placé trois signes qui m’indiquent où conduit la route et qui m’aident à la trouver.
En premier lieu, il y a la mémoire de sainte Bernadette Soubirous, la voyante de Lourdes ; puis il y a l’un des saints les plus particuliers de l’histoire de l’Eglise, Benoît-Joseph Labre ; et puis surtout, il y a le fait que ce jour est toujours plongé dans le Mystère pascal, dans le Mystère de la Croix et de la Résurrection et l’année de ma naissance, il a été exprimé de façon particulière : c’était le Samedi Saint, le jour du silence de Dieu, de l’apparente absence, de la mort de Dieu, mais également le jour où l’on annonçait la Résurrection.

Bernadette Soubirous, la jeune fille simple du sud, des Pyrénées — nous la connaissons et l’aimons tous. Bernadette a grandi dans la France du siècle des Lumières du XIXe siècle, dans une pauvreté difficilement imaginable. La prison, qui avait été abandonnée car trop insalubre, devint à la fin — après quelques hésitations — la demeure de la famille, dans laquelle elle passa son enfance. Il n’y avait pas la possibilité de recevoir une formation scolaire, uniquement un peu de catéchisme pour la préparation à la première communion. Mais précisément cette jeune fille simple, qui était restée pure et droite dans son cœur, avait le cœur qui voyait, était capable de voir la Mère du Seigneur et en Elle le reflet de la beauté et de la bonté de Dieu. A cette enfant, Marie pouvait se montrer et à travers elle parler au siècle et au-delà même du siècle. Bernadette savait voir, avec un cœur pur et authentique. Et Marie lui indique la source : elle peut découvrir la source, l’eau vive, pure et incontaminée ; une eau qui est vie, une eau qui donne pureté et santé. Et à travers les siècles, désormais, cette eau vive est un signe qui vient de Marie, un signe qui indique où se trouvent les sources de la vie, où nous pouvons nous purifier, où nous trouvons ce qui est incontaminé. A notre époque, à laquelle nous voyons le monde si essoufflé et dans lequel se fait ressentir la nécessité de l’eau, de l’eau pure, ce signe est d’autant plus grand. De Marie, de la Mère du Seigneur, du cœur pur provient également l’eau pure, authentique, qui donne la vie, l’eau qui dans ce siècle — et dans les siècles à venir — nous purifie et nous guérit.

Je pense que nous pouvons considérer cette eau comme une image de la vérité que nous rencontrons dans la foi: la vérité non pas simulée, mais incontaminée. En effet, pour pouvoir vivre, pour pouvoir devenir purs, nous avons besoin qu’existe en nous la nostalgie de la vie pure, de la vérité non déformée, de ce qui n’est pas contaminé par la corruption, d’être des hommes sans tâche. Voilà que ce jour, cette petite sainte, a toujours été pour moi un signe qui m’a indiqué d’où provient l’eau vive dont nous avons besoin — l’eau qui nous purifie et nous donne la vie — et un signe de ce que nous devrions être : avec tout le savoir et toutes les capacités, qui sont pourtant nécessaires, nous ne devons pas perdre le cœur simple, le regard simple du cœur, capable de voir l’essentiel, et nous devons toujours prier le Seigneur afin que nous conservions en nous l’humilité qui permet au cœur de demeurer clairvoyant — de voir ce qui est simple et essentiel, la beauté et la bonté de Dieu — et de trouver ainsi la source dont provient l’eau qui donne la vie et purifie.

Ensuite, il y a Benoît-Joseph Labre, le pieux pèlerin mendiant du XVIIIe siècle qui, après plusieurs tentatives inutiles, trouve finalement sa vocation de partir en pèlerinage comme mendiant — sans rien, sans aucun soutien et en ne gardant rien pour lui de ce qu’il recevait, si ce n’est ce dont il avait strictement besoin — , partir en pèlerinage à travers toute l’Europe, dans tous les sanctuaires de l’Europe, de l’Espagne jusqu’à la Pologne, et de l’Allemagne jusqu’à la Sicile : un saint vraiment européen ! Nous pouvons également dire : un saint un peu particulier qui, en mendiant, vagabonde d’un sanctuaire à l’autre et ne veut rien faire d’autre que prier et, avec cela, rendre témoignage à ce qui compte dans cette vie : Dieu. Il ne représente bien sûr pas un exemple à diffuser, mais il est un indicateur, un doigt tendu vers l’essentiel. Il nous montre que Dieu suffit à lui seul ; qu’au-delà de ce qu’il peut y avoir dans ce monde, au-delà de nos nécessités et de nos capacités, ce qui compte, l’essentiel est de connaître Dieu. Lui seul suffit. Et ce « seulement Dieu », il nous l’indique de manière dramatique. Et dans le même temps, cette vie réellement européenne qui, de sanctuaire en sanctuaire, embrasse tout le continent européen, rend évident que celui qui s’ouvre à Dieu, ne se retire pas du monde et des hommes, mais trouve au contraire des frères, car Dieu fait tomber les frontières, Dieu seul peut éliminer les frontières car grâce à Lui nous sommes tous frères, nous faisons partie les uns des autres; il nous montre que l’unicité de Dieu signifie, à la fois, la fraternité et la réconciliation des hommes, l’élimination des frontières qui nous unit et nous guérit. Ainsi, c’est un saint de la paix, précisément dans la mesure où c’est un saint sans aucune exigence, qui meurt pauvre de tout et qui est pourtant béni par chaque chose.

Et enfin, il y a le Mystère pascal. 
Le jour même où je suis né, grâce à la bienveillance de mes parents, je suis aussi rené par l’eau et par l’Esprit, comme nous venons de l’entendre dans l’Evangile. 
En premier lieu, il y a le don de la vie que mes parents m’ont fait à une époque très difficile, et pour lequel je dois les remercier. Mais il n’est pas évident que la vie de l’homme soit un don en soi. Peut-elle vraiment être un beau don ? Savons-nous ce qui pèse sur l’homme à cette époque sombre qui s’ouvre à lui — également à l’époque plus lumineuse qui pourra venir ? Pouvons-nous prévoir quelles difficultés, quels événements terribles il affrontera ? Est-il juste de donner la vie ainsi, simplement ? Cela est-il responsable ou trop incertain ? Il s’agit d’un don problématique, s’il reste tel quel. La vie biologique en soi est un don, et pourtant elle est entourée par une profonde question. Elle ne devient un vrai don que si, avec celle-ci, on peut donner une promesse qui est plus forte que toute mésaventure qui peut nous menacer, si celle-ci est plongée dans une force qui garantit que cela est un bien d’être homme, que pour cette personne, tout ce que l’avenir apporte est un bien. Ainsi, à la naissance doit être associée la renaissance, la certitude que, en vérité, c’est un bien d’être là, car la promesse est plus forte que les menaces. Tel est le sens de la renaissance de l’eau et de l’Esprit : être plongés dans la promesse que Dieu seul peut faire : c’est un bien que tu sois là, et tu peux en être certain, quoi qu’il arrive. J’ai pu vivre de cette certitude, rené de l’eau et de l’esprit. Nicodème demande au Seigneur : « Un vieux peut-il renaître ? ». Or, la renaissance nous est donnée dans le baptême, mais nous devons sans cesse croître dans celle-ci, nous devons toujours à nouveau nous laisser plonger par Dieu dans sa promesse, pour être vraiment renés dans la nouvelle grande famille de Dieu qui est plus forte que toutes les faiblesses et que toutes les puissances négatives qui nous menacent. C’est pourquoi aujourd’hui est un jour de grande action de grâces.

Le jour où j’ai été baptisé, comme je l’ai dit, c’était le Samedi Saint. On avait encore l’usage à cette époque d’anticiper la Veillée pascale dans la matinée, qui serait encore suivie par l’obscurité du Samedi Saint, sans l’Alléluia. Il me semble que ce singulier paradoxe, cette singulière anticipation de la lumière en un jour obscur, peut presque convenir comme image de l’histoire de notre époque. D’un côté, il y a encore le silence de Dieu et son absence, mais dans la Résurrection du Christ, il y a déjà l’anticipation du « oui » de Dieu, et en s’appuyant sur cette anticipation nous vivons et, à travers le silence de Dieu, nous entendons ses paroles, et à travers l’obscurité de son absence nous entrevoyons sa lumière. L’anticipation de la Résurrection à mi-chemin d’une histoire qui se développe est la force qui nous indique la route et nous aide à aller de l’avant.

Nous rendons grâce au bon Dieu parce qu’il nous a donné cette lumière et nous le prions afin qu’elle puisse demeurer toujours. Et en ce jour, j’ai de bonnes raisons de Lui rendre grâce ainsi qu’à tous ceux qui, toujours à nouveau, m’ont fait percevoir la présence du Seigneur, qui m’ont accompagné afin que je ne perde pas la lumière.

Je me trouve dans la dernière partie du parcours de ma vie et je ne sais pas ce qui m’attend. Je sais, toutefois, que la lumière de Dieu est là, qu’Il est ressuscité, que sa lumière est plus forte que toute obscurité ; que la bonté de Dieu est plus forte que tous les maux de ce monde. Et cela m’aide à avancer avec assurance. Cela nous aide à aller de l’avant, et en cette heure, je remercie de tout cœur ceux qui m’ont constamment fait percevoir le « oui » de Dieu à travers leur foi.

Enfin — cardinal doyen (note : il s’agissait de Monsieur le cardinal Sodano) — un remerciement chaleureux pour vos paroles d’amitié fraternelle, pour toute la collaboration de ces années. Et un grand merci à tous les collaborateurs des 30 années que j’ai passées à Rome, qui m’ont aidé à porter le poids de ma responsabilité. Merci. 

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

2016-27. « Amoris laetitia » : quinze questions très simples.

Vendredi 15 avril 2016.

Loup déguisé en brebis

« Gardez-vous des faux prophètes qui viennent à vous sous des vêtements de brebis,
tandis qu’au-dedans ce sont des loups ravisseurs » (Matth. VII, 15).

frise

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

L’une de nos amies a envoyé un message privé à mon papa-moine en lui demandant : « Maître-Chat ne va-t-il donc rien publier au sujet de la récente exhortation apostolique qui fait couler tant d’encre et de salive ? »
A la vérité, il me semble que ce que j’ai publié le 7 octobre dernier (voir > ici) contenait déjà tout ce que je pourrais avoir à dire à ce sujet.
Mais, si certains de mes lecteurs considéraient que cela n’est pas suffisant, je vais les inviter à se poser quinze questions très simples auxquelles il convient d’apporter aussi des réponses très simples – aussi simples que oui ou non - : il n’y a là rien qui s’apparente à une énigme échevelée, il suffit simplement aux fidèles de l’Eglise catholique de faire appel, dans le même temps, au plus élémentaire bon sens et à l’enseignement du catéchisme.

1) La Sainte Bible contient-elle de manière infaillible et sans erreur la Parole de Dieu, oui ou non ?

2) Dieu, qui a inspiré les paroles de la Sainte Ecriture, peut-Il Se tromper et peut-Il nous tromper, oui ou non ?

3) Dieu a-t-Il donné le décalogue à Moïse, oui ou non ?

4) Le décalogue a-t-il été aboli par Jésus, oui ou non ?

5) L’observance des préceptes du décalogue est-elle une obligation pour ceux qui adhèrent à la Révélation de Dieu et aux enseignements de Notre-Seigneur Jésus-Christ, oui ou non ?

6) Lorsque Dieu donne des commandements aux hommes, est-ce en vue de leur procurer le salut et le bonheur éternel, oui ou non ?

7) La désobéissance pleinement libre et responsable aux préceptes du décalogue constitue-t-elle un péché, oui ou non ?

8) Les péchés contre les commandements de Dieu peuvent-ils conduire les âmes en enfer si elles ne modifient pas leur conduite et n’en font pas pénitence, oui ou non ?

9) Ce qui a été interdit par Dieu dans les commandements qu’Il a donnés à Moïse peut-il être modifié en fonction des modes humaines ou des changements de mentalité des sociétés, oui ou non ?

10) Un être humain, même lorsqu’il est un « représentant de Dieu » (religieux, catéchiste, prêtre, évêque, ou même pape), a-t-il le pouvoir de changer ce que Dieu a ordonné ou défendu dans le décalogue, oui ou non ?

11) Un « représentant de Dieu » doit-il être suivi par les fidèles lorsqu’il use de sa position pour modifier la compréhension et l’interprétation des commandements de Dieu, oui ou non ?

12) En particulier, le non-respect des sixième et neuvième commandements de Dieu, constitue-t-il toujours un péché, oui ou non ?

13) Le péché, c’est-à-dire la désobéissance grave, pleinement libre et responsable aux commandements de Dieu, permet-il – s’il n’a pas été confessé et pardonné – de recevoir sans sacrilège la Sainte Eucharistie, oui ou non ?

14) Un homme d’Eglise qui accomplit véritablement sa mission en pleine conformité avec les commandements divins, a-t-il le droit de proposer à des âmes qui ne vivent pas dans l’obéissance aux commandements de Dieu de participer à la Sainte Eucharistie, oui ou non ?

15) Comment prouve-t-on à Dieu qu’on L’aime ?
Est-ce en ne tenant pas compte dans sa vie – et en particulier dans sa vie morale, affective et sexuelle – de ce qu’Il a prescrit ? Ou bien n’est-ce pas plutôt en obéissant à Ses commandements ?

frise

Voilà…
Chacun de ceux qui veulent aimer Dieu et accomplir Sa volonté peut, le plus sereinement du monde, entrer en lui-même pour réfléchir à ces quinze questions.
Chacun des catholiques qui a une conscience droite, correctement formée, et qui connaît le véritable catéchisme, possède en lui-même les éléments pour y répondre…

Pour un disciple fidèle de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il n’existe pas de véritable « joie de l’amour » en dehors de l’obéissance aux commandements de Dieu.
C’est la mesure de l’obéissance à Dieu qui est la mesure de l’amour de Dieu : « Car l’amour de Dieu, c’est que nous gardions Ses commandements » (1 Jn. V, 3a).
Tout ce qui prétend être de l’amour, mais qui n’est pas en conformité avec les commandements de Dieu n’est donc en vérité qu’illusion diabolique et germe de perdition éternelle.

Point n’est besoin de discutailler à l’infini ni d’écrire des centaines de pages sur « la joie de l’amour », s’il s’agit en réalité – à travers mille et un sophismes d’ordre purement humain – , de porter atteinte à la force des commandements de Dieu, de détruire l’obligation faite à tous de vivre dans la soumission aux commandements de Dieu, de déformer les consciences pour ce qui touche au péché, et de favoriser des comportements contraires à la pratique rigoureuse des commandements de Dieu.

Matthieu V, 37 : « Que votre langage soit : Oui, oui ; non, non ; car ce qui est en plus, vient du mal. Quod autem his abundantius est, a malo est ».

Galates I, 9 : « Comme nous l’avons déjà dit, ainsi je le répète : si quelqu’un vous annonce un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! Anathema sit ! ».

Lully.

frise

2016-25. « C’est une amère confession que la mienne…

…plus douloureuse qu’elle ne peut sembler,
mais elle a le mérite d’être sincère ».

- Pablo Picasso - 

Séance de portrait - carte ancienne

La séance de portrait (carte postale des années 1920)


Vendredi 8 avril 2016.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je me suis rendu compte qu’il y a fort longtemps que je ne vous ai pas adressé mes petites « Réflexions félines et citations », comme j’étais accoutumé à le faire selon un rythme à peu près mensuel.

Ce n’est pourtant pas que je n’ai rien à dire, ni de commentaire à faire.
C’est peut-être même, au contraire, parce que je prends note de beaucoup de choses – parfois trop de choses – et qu’ensuite je ne me donne pas le temps de remettre ces notes en forme et de les rédiger de manière plus léchée (pour un chat, il n’est pas de perfection concevable sans de longs et minutieux léchages) : en effet, vous autres, nos humains de compagnie, nous êtes la source de perpétuelles et profondes réflexions et interrogations…

Cela dit, je me contenterai d’une seule citation aujourd’hui.
Une citation de Picasso.
Car il se trouve que, entre autres anniversaires, le 8 avril est celui de la mort de Pablo Picasso, survenue le 8 avril 1973.

C’est une évidence pour tous ceux qui me connaissent : je ne suis pas fan – mais alors pas du tout, du tout, du tout – de l’homme Picasso, ni de sa vie, ni de ses idées, ni de son « art ».
Cet homme et son oeuvre me sont d’autant plus incompréhensibles que j’ai vu des photographies sur lesquelles il était en compagnie de chats : mais un véritable ami des chats peut-il avoir des idées aussi tordues et faire des choses aussi laides ?
Je me demande quel chat sensé, ayant pleinement conscience de toutes les grâces et beautés que le Créateur a placées en lui – le grand Léonard de Vinci n’affirmait-il pas à notre sujet : « Le plus petit des félins est un pur chef d’oeuvre » ? – , se reconnaîtrait dans ces monstrueuses caricatures par lesquelles Picasso a prétendu représenter des chats ?
Et quel chat normalement constitué serait mis en appétit par une souris dessinée par Picasso

Et bien pourtant, oui, vous m’avez bien lu, c’est une citation de ce personnage que je veux porter à votre connaissance.
Mais quelle citation !
Elle est extraite d’un ouvrage intitulé « Mystère de l’Art Sacré », qui fut publié en 1957 par feu le Révérend Père René Paroissin, des Missions Etrangères de Paris (il faudra d’ailleurs qu’un jour je vous parle de ce très excellent prêtre qui fut l’un des conseillers spirituels de notre cher Frère Maximilien-Marie).

Donc au chapitre XVI de « Mystère de l’Art Sacré », intitulé « Querelle », le Révérend Père Paroissin écrit :  » (…) Restent, en marge du sacré, les mythes de Picasso : son cubisme exacerbé et ses déformations destructrices. – Le grand écrivain italien, Giovanni Papini, a rapporté un jugement sans indulgence du peintre sur son art et qui est un triste aveu de mystification mercantile » (p. 192).
C’est aussitôt après, qu’ouvrant les guillemets, le Père Paroissin a reproduit cette « amère confession » du peintre, rapportée par G. Papini, et qui avait été publiée dans le quotidien « La Croix » du 26 avril 1952.
La voici donc (je mets en caractères gras les passages les plus remarquables) :

« Du moment que l’art n’est plus l’aliment qui nourrit les meilleurs, l’artiste peut exercer son talent en toutes les tentatives de nouvelles formules, en tous les caprices de la fantaisie, en tous les expédients du charlatanisme intellectuel.
Dans l’art, le peuple ne cherche plus consolation et exaltation ; mais les raffinés, les riches, les oisifs, les distillateurs de quintessence cherchent le nouveau, l’étrange, l’original, l’extravagant, le scandaleux.
Et moi-même, depuis le cubisme et au-delà, j’ai contenté ces maîtres et ces critiques, avec toutes les bizarreries changeantes qui me sont passées en tête, et moins ils les comprenaient et plus ils m’admiraient.

A force de m’amuser à tous ces jeux, à toutes ces fariboles, à tous ces casses-têtes, rébus et arabesques,  je suis devenu célèbre et très rapidement.
Et la célébrité signifie pour un peintre ventes, gains, fortune, richesse.
Et aujourd’hui, comme vous savez,  je suis célèbre,  je suis riche.

Mais quand je suis seul à seul avec moi-même, je n’ai pas le courage de me considérer comme un artiste, dans le sens grand et antique du mot.
Ce furent de grands peintres que Giotto, le Titien, Rembrant et Goya : je suis seulement un « amuseur public », qui a compris son temps et a épuisé le mieux qu’il a pu l’imbécilité, la vanité, la cupidité de ses contemporains.

C’est une amère confession que la mienne, plus douloureuse qu’elle ne peut sembler, mais elle a le mérite d’être sincère ».

Il me semble que cela se passe de tout autre commentaire.
Ce pourquoi je ne rajoute rien et vous laisse méditer…

Patte de chatLully.

Lully 15 mars 2016

2016-19. De quelques réflexions pertinentes – mais qui paraîtront sans doute bien impertinentes à certains quand elles ne sont que de bon sens – au sujet de la récente réforme du rite du Mandatum dans la « forme ordinaire » du missel romain…

Mardi Saint 22 mars 2016,
329e anniversaire de la mort de Jean-Baptiste Lully (+ 22 mars 1687).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le 21 janvier dernier (je n’en ai pas parlé à ce moment-là parce que, vous le savez bien, chaque 21 janvier, nous avons des choses bien plus importantes et graves qui nous occupent l’esprit), la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, à la suite d’une demande expresse et insistante du pape François qui, dans la pratique, avait déjà lui-même contrevenu aux règles jusqu’alors en vigueur, a publié un décret réformant le  rite du Mandatum – ou lavement des pieds – pratiqué dans la liturgie du Jeudi Saint.

Faut-il le préciser ? La Congrégation Romaine en charge de la liturgie, par ce décret, modifie les rubriques du seul missel romain dit « de Paul VI » entré en vigueur au premier dimanche de l’Avent 1969, appelé parfois « forme ordinaire du rite romain ».
Il ne s’applique en aucune manière à la « forme extraordinaire du rite romain », c’est-à-dire à la messe dite – selon un raccourci pratique mais relativement inexact - « de Saint Pie V », en réalité le missel de 1962 utilisé dans les églises, chapelles et communautés faisant usage de la liturgie latine traditionnelle.
Ouf !…

Puisque le Refuge Notre-Dame de Compassion est attaché de manière exclusive à la pratique du rite romain antiquior, nous ne sommes donc pas directement concernés par les innovations introduites par ce décret.
Il m’est néanmoins loisible d’avoir quelque opinion à ce sujet, et – depuis deux mois – je m’étais bien promis de vous faire part, en temps opportun, de certaines de mes réflexions (pas toutes : j’en garde encore quelques unes en mon for interne).

Mandatum -  Eglise de Brushford, Somerset

Le Mandatum, ou lavement des pieds
(vitrail de l’église de Brushford, dans le comté du Somerset – Angleterre)

Dans la tradition liturgique depuis les origines, le lavement des pieds (en latin : lotio pedum) – rite institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même le Jeudi Saint, après l’institution de la Sainte Eucharistie et du sacerdoce – , est reproduit par l’Eglise chaque année lors d’une cérémonie sacrée, communément appelée Mandatum.
Le nom de Mandatum, mot latin qui signifie « commandement », donné à cette action liturgique se rapporte aux paroles mêmes de Notre-Seigneur (cf. Jean XIII, 34) qui sont reprises par l’antienne chantée au commencement du rite : « Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres, de la même manière que Je vous ai aimés, dit le Seigneur… »

Dans son « Dictionnaire pratique de liturgie romaine », le Chanoine Robert Lesage écrit :
« De tous temps, les Prélats, les Princes, les Rois et les Saints ont imité l’exemple du Christ. En France, depuis Robert le Pieux, les rois lavèrent ainsi les pieds de douze pauvres, qu’ils servaient ensuite à table, accompagnés des Princes du sang et des grands Officiers de la couronne (note *).
La coutume se conserva longtemps dans les cours chrétiennes, même protestantes. En 1907, l’Empereur d’Autriche le fit encore à douze vieillards dont la somme totale des années était de mille ans. En 1909, l’antique cérémonie, qui est célébrée chaque année dans la cathédrale de Westminster, fut rehaussée par la présence de la Reine d’Angleterre et de l’Impératrice douairière de Russie.
A Rome, il y avait autrefois deux lotiones pedum : le matin, le Pape lavait les pieds à douze Sous-Diacres, le soir à treize pauvres. Le diacre Jean nous rapporte un épisode de la vie du Pape S. Grégoire, qui vit un jour un treizième jeune homme, que personne n’avait vu entrer, s’adjoindre aux douze pauvres. Il déclara être un Ange envoyé du ciel pour montrer à Grégoire combien son geste était considéré par le Christ comme fait à Lui-même. Le savant Benoît XIV (De Festis D.N.J.C., liv. I, c. VI, n. 57) et de nombreux liturgistes ont expliqué le nombre treize par ce récit merveilleux. Mais d’autres auteurs ont donné des explications différentes : le treizième pauvre représenterait le Christ Lui-même (Sarnelli) auquel l’Eglise lave les pieds comme l’avait fait Marie dans la maison du Pharisien, ou bien S. Paul (Orlendi), ou bien encore le propriétaire du cénacle (Frescobaldi) qui aurait été joint aux Apôtres le Jeudi Saint.
Tout cela pour justifier la coutume existant en de nombreux endroits, et à Rome même, de laver les pieds à treize personnes. Le missel romain ne dit rien du nombre de ceux qui sont convoqués, mais le Cérémonial des Evêques (liv. II, c. XXIV, nn. 2, 3, 4) mentionne à plusieurs reprises le nombre de treize, tout en laissant la liberté relative à la qualité de ces personnes : pauvres, Chanoines ou autres. Dans la plupart des lieux, d’ailleurs, on les nomme « Apôtres » (…) ».

Je précise que le Chanoine Robert Lesage publia l’ouvrage sus-cité en 1952, c’est-à-dire peu de temps avant les réformes de la liturgie de la Semaine Sainte opérées sous le pontificat du Pape Pie XII, réformes dont le maître d’oeuvre fut – horresco referens – le catastrophique Monseigneur Annibale Bugnini.
Depuis l’Antiquité et jusqu’en 1955, le Mandatum était un rite pratiqué en dehors de la Sainte Messe. La réforme bugniniesque l’a intégré à la Messe du Jeudi Saint, au mépris de toute tradition et de toute cohérence.
Je profite donc de ce rappel pour vous encourager vivement à vous plonger dans les très remarquables études critiques qu’a publiées notre ami Henri Adam de Villiers au sujet de cette regrettable réforme dite « de Pie XII », sur le blogue « Liturgia » (introduction générale > ici, et pour ce qui concerne le Jeudi Saint et le Mandatum > ici).

Mandatum -  Brushford, Somerset - détail 1

Ainsi que cela ressort des lignes citées ci-dessus rappelant brièvement quelques éléments historiques au sujet du Mandatum, depuis toujours les personnes qui ont été choisies pour participer à ce rite – qu’il s’agisse d’ecclésiastiques ou de laïcs – ont représenté de manière symbolique les Apôtres.

Comme, d’une part, les Apôtres étaient des personnes de sexe masculin, et comme aussi, d’autre part, la tradition liturgique continue a réservé aux seules personnes de sexe masculin de tenir un rôle dans une action liturgique, il n’a jamais été question que le Mandatum fut pratiqué avec des femmes, des jeunes filles ou des fillettes, depuis les origines de l’Eglise et jusqu’à nos jours.

Jusqu’à nos jours…
C’est-à-dire jusqu’à une époque où s’affirment sans vergogne l’ignorance crasse de la doctrine divinement révélée et des traditions liturgiques antiques les mieux assurées, la confusion des esprits, les remises en question systématiques des usages les plus vénérables, les revendications des furies féministes, les modes ecclésiastiques à la remorque des idéologies ambiantes, et que sais-je encore.

C’est bien peu de chose que de dire que le sens originel du rite du lavement des pieds se trouve aujourd’hui édulcoré et dévoyé - comme d’ailleurs beaucoup d’autres éléments de la liturgie, dans la « forme ordinaire du rite romain ».
De sa compréhension mystique, héritée des Apôtres eux-mêmes et transmise par l’authentique Tradition des Pères, on est passé à une interprétation très humaine de type philanthropique et sociologique – voire socialiste – qui n’a vraiment plus grand chose de surnaturel ! 

Ainsi, selon les nouvelles directives définies par le décret de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, ceux qui sont choisis pour recevoir le lavement des pieds doivent-ils désormais être « un groupe de fidèles qui représente la diversité et l’unité de chaque portion du peuple de Dieu » (sic).
On trouve également en filigrane, derrière ce genre d’affirmation, cette pitoyable autocélébration de l’assemblée, caractéristique de la liturgie postconciliaire, qu’avait naguère dénoncée un certain cardinal Ratzinger.

Cette énième réforme du missel réformé, imposée par le pape François, à travers les termes employés par le décret du Saint-Siège qui ouvre donc le rite du lavement des pieds à des personnes de sexe féminin, laisse entendre que ces dernières doivent être catholiques (c’est du moins le sens traditionnel des mots « fidèles » et « peuple de Dieu »).
Mais on notera que le même pape François est déjà allé lui-même bien au-delà, puisque il a lavé les pieds de personnes non-catholiques : des infidèles (c’est-à-dire étymologiquement des personnes qui n’ont pas la foi), en particulier des mahométans et mahométanes…

Mandatum -  Brushford, Somerset - détail 2

Cette manière de faire n’est pas nouvelle, puisque ce fut le cas déjà bien avant la fin du second concile du Vatican : les modernistes de tout poil n’ont jamais attendu que les réformes – ou pseudo réformes – soient mises en oeuvre par les autorités compétentes pour s’engager dans des innovations aventureuses… jusqu’au scandale.

Dans la « forme ordinaire du rite romain », les prêtres progressistes et leurs sinistres équipes liturgiques – dont les membres semblent spécialement choisis en fonction d’une ignorance proportionnelle à leur capacité de tout oser (et là je renvoie à un fameux dialogue de Michel Audiard à propos de ceux qui osent tout : « … c’est même à ça qu’on les reconnaît ! ») – ,  ont déjà largement « exercé leur créativité » pour mettre en oeuvre avec une application toute particulière ce qui était interdit. Ils n’ont donc pas attendu le décret du Saint-Siège publié en janvier dernier pour transformer le rite du lavement des pieds en énumération à la Prévert où les ratons-laveurs se retrouvent fort opportunément à leur place.
Le Père Bergoglio lui-même, jésuite, puis évêque et cardinal, était notoirement connu pour les « libertés » et « l’audace » de ses « célébrations eucharistiques ».
Il m’est arrivé de regarder la vidéo de l’une d’elles, qui avait lieu dans un stade pour une assemblée d’enfants : cela s’apparentait davantage à ces « shows » qu’organisent les prédicateurs évangélistes sud-américains qu’à la Sainte Messe catholique. Je précise que je n’ai pas pu aller jusqu’au bout de la dite vidéo, car c’était pour moi un spectacle insoutenablement douloureux qui m’a fait verser des larmes bien amères.

Qu’on me permette ici une question à l’adresse des inconditionnels de l’admission des femmes au lavement des pieds : avez-vous bien pensé, avant la cérémonie, à certains détails très pratico-pratiques ?
Je m’explique : dans nos contrées occidentales, lorsqu’un homme est choisi pour participer au Mandatum, il n’a habituellement qu’à retirer sa chaussure et sa chaussette et à remonter légèrement le bas de son pantalon. C’est relativement simple et sans conséquences.
Mais une femme – à moins de lui imposer de participer à la cérémonie habillée comme un homme, ce qui procède là encore d’un machisme d’autant plus insoutenable qu’il ne dit pas son nom et qu’il se cache insidieusement sous le prétexte de l’égalité des sexes – , si elle est vraiment féminine, qu’elle est en jupe et qu’elle porte un collant ou des bas (car il fait encore souvent frais sous nos latitudes au moment de la Semaine Sainte), devra-t-elle retrousser sa jupe pour retirer le-dit collant devant tout « le peuple de Dieu » rassemblé, avant de se faire laver le pied par le célébrant ? L’aura-t-on prévenue avant la cérémonie pour qu’elle prenne ses dispositions – car il ne conviendrait pas qu’elle soit prise au dépourvu, mais il faut qu’elle ait eu le temps de s’épiler les jambes et de se vernir les ongles – ? Ou bien faudra-t-il instituer, avant le début du rite, un déplacement liturgique de toutes les femmes désignées pour le lavement des pieds vers un recoin discret de l’église ou dans une sacristie, afin qu’elles y retirent, à l’abri des regards fraternels, les pièces de leur habillement qui ne permettraient pas d’atteindre directement leurs pieds droits ? Mais dans ce cas, ne faudrait-il pas les obliger de revenir déchaussées des deux pieds, car il serait plutôt cocasse de les voir arriver toutes ensemble claudiquant (surtout si le pied qui reste chaussé l’est d’un escarpin à talon aiguille) ?
Vous le savez, nous autres chats avons un sens pratique souvent beaucoup plus aiguisé que ces humains qui refont le monde, l’Eglise et la liturgie dans leurs bureaux de pseudo-intellectuels en étant coupés des réalités concrètes : si je me suis permis cette question et ses développements, c’est – bien évidemment – par pure charité…

Mandatum -  Brushford, Somerset - détail 3

Avec ces adaptations multiformes, dont on a l’impression qu’elles vont toujours dans le sens d’un mépris de la plus authentique tradition et d’une imitation des modes du monde, la liturgie issue du second concile du Vatican me fait l’effet d’un caillou roulant sur une pente : sa vitesse s’accélère au fur et à mesure qu’il descend vers l’abîme, entraînant avec lui tout ce qui n’est pas bien accroché et qui manque de racines.
De décadence en décadence, la « forme ordinaire » devient quasi profane, de plus en plus vulgaire, se délite dans son inconsistance même, et finira par disparaître.

Nous ne la regretterons pas.
Nous ne pleurerons pas sur elle.
Peut-être même faut-il souhaiter que sa disparition totale soit hâtée…

En attendant, ce prochain Jeudi Saint, que les modernichons s’éclatent autant qu’ils le peuvent en lavant tous les pieds de « la diversité » !

Je leur suggère d’ailleurs de ne pas se limiter à une unique parité hommes/femmes, qui ne rend plus du tout compte de l’entière diversité du « peuple de Dieu », mais qu’ils enrichissent avec encore plus de soin leurs sélections pour l’admission au lavement des pieds, s’ils ne veulent pas susciter de nouvelles ségrégations.
En effet, il ne conviendrait pas d’oublier les pieds des hermaphrodites et ceux des transexuels, ni d’ailleurs – pour lutter efficacement contre l’exclusion – les roues des fauteuils roulants des culs-de-jatte !
Qu’ils n’omettent pas non plus les pieds de ces « migrants » interstellaires que sont les petit
s-hommes-verts (et les petites-femmes-vertes, bien sûr) s’il y en a qui ont stationné leur soucoupe volante sur les platanes de la place de l’église…

Pour nous, je le redis, nous ne nous sentons absolument pas concernés par toutes ces innovations dont, selon une savoureuse expression argotique qu’utilise parfois mon papa-moine, nous nous tamponnons le coquillard… avec une patte d’aligator femelle.

pattes de chatLully

Note * : voir, dans ce même blogue, l’article que j’ai publié le 28 mars 2013 : « Le dernier Jeudi Saint de la monarchie très chrétienne » > ici.

2016-15. Dix conseils pour survivre à un pape calamiteux et continuer à être catholique.

L’article dont je vais publier un important extrait ci-dessous a été découvert par notre amie Béatrice sur un blogue hispanophone nommé « Con mi lupa » (c’est à dire : « avec ma loupe »), blogue qui scrute l’actualité et la commente, souvent de manière anticonformiste. Il a pour auteur un universitaire, Francisco José Soler Gil, né en 1969, qui a suivi des études de physique et de philosophie et qui, après la publication d’un livre sur la mythologie matérialiste construite aujourd’hui autour de la science, est considéré comme un « philosophe de la science ». 
Ceux qui lisent l’espagnol pourront, s’ils le désirent, se reporter au texte original ici
Pour moi, qui ne suis pas hispanisant, c’est grâce à la traduction française publiée par Béatrice le 29 octobre 2014, sur son toujours excellent site « Benoit et moi », que j’en ai pris connaissance.
J’avais alors particulièrement apprécié la teneur de cet article, et je l’avais « gardé sous le coude » en vue d’une publication ultérieure. Les réflexions que j’ai publiées précédemment (cf. > ici) à l’occasion de la fête de la Chaire de Saint Pierre, ont leur continuité logique dans la partie la plus essentielle de cet article qui est celle que j’ai retranscrite ci-dessous.

Nous remercions chaleureusement Béatrice qui a osé cette publication en langue française et qui nous autorise si aimablement à reprendre les publications de « Benoît et moi » dans ce blogue, ainsi qu’à son amie Carlota qui a assuré la traduction de ce texte.

François Boucher-St Pierre tentant de marcher sur les eaux-1766

Saint Pierre s’enfonçant dans les eaux du lac de Tibériade
(François Boucher – 1766)

Dix conseils pour survivre à un pape calamiteux
et continuer à être catholique :

* * *

« (…) La question est : alors que peut-on faire en des temps de Pape calamiteux ? Quelle attitude convient-il d’adopter en de tels temps ? Eh bien, puisque dernièrement sont devenues à la mode les listes de conseil pour le bonheur, pour contrôler son cholestérol, pour être plus positifs, pour cesser de fumer et pour maigrir, je vais me permettre, moi aussi, de proposer au lecteur, une série de conseils, pour survivre à un Pape calamiteux sans cesser de rester catholique. Pas question de dire non plus qu’il s’agit d’une liste exhaustive. Mais elle peut être utile, de toute façon.

Commençons donc :

1 – Garder son calme :
Au moment d’un naufrage, la tendance à l’hystérie est très humaine, mais n’aide pas à résoudre la moindre chose. Donc du calme. Ce n’est en effet que dans le calme que doivent se prendre des décisions convenant à chaque cas, et éviter de dire et de faire des choses que l’on aura par la suite à regretter.

2 – Lire de bons livres d’histoire sur l’Église et la papauté :
Habitués à une suite de grands Papes, le vécu d’un pontificat calamiteux peut se révéler traumatisant, si l’on n’arrive pas à le replacer dans son contexte. Lire de bons traités d’histoire de l’Église et d’histoire de la papauté aide à mieux donner sa valeur à la situation présente. Surtout parce que dans ces livres nous sont montrés d’autres cas, nombreux, par malheur ou parce que la nature humaine est ainsi, où les eaux des fontaines, à Rome, ont coulé bien troubles. L’Église souffre de faiblesses de ce genre, mais ne coule pas à cause d’elles. C’est arrivé ainsi dans le passé, et c’est ainsi que nous pouvons nous attendre à ce que cela arrive aussi dans le présent et dans l’avenir.

3 – Ne pas céder aux discours apocalyptiques :
En endurant les malheurs d’un pontificat calamiteux, certains les prennent comme des indices de l’imminence de la fin des temps. C’est une idée qui jaillit dans de telles circonstances : des textes apocalyptiques, motivés par des maux similaires, on peut les lire aussi chez les auteurs médiévaux. Mais précisément ce fait devrait nous servir d’avertissement. Cela n’a pas beaucoup de sens d’interpréter chaque orage comme si c’était déjà la dernière tribulation. La fin des temps arrivera quand elle devra arriver, et ce n’est pas à nous de vérifier le jour et l’heure. Ce qui nous revient, c’est de mener le combat de notre époque ; mais la vision globale revient à un Autre.

4 – Ne pas rester silencieux, ni regarder d’un autre côté :
Durant un pontificat calamiteux, le défaut opposé à celui d’adopter l’attitude du prophète de l’apocalypse consiste dans la minimisation des événements, le silence face aux abus, et de regarder d’un autre côté. Certains justifient cette attitude en ayant recours à l’image des bons fils qui recouvrent la nudité de Noé. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas moyen de remettre dans la bonne direction la route d’un navire si l’on ne dénonce qu’elle a dévié. D’ailleurs l’Écriture a pour cela un exemple qui correspond beaucoup plus au cas que celui de Noé : les durs mais justes et loyaux reproches de l’apôtre Paul au souverain pontife Pierre, quand ce dernier s’est laissé emporté par le regard des hommes. Cette scène des Actes des Apôtres est là pour que nous apprenions à distinguer la loyauté du silence complice. L’Église n’est pas un parti dans lequel le président doit recevoir toujours des applaudissements inconditionnels. Le Pape n’est pas le leader d’une secte mais un serviteur de l’Évangile et de l’Église ; un serviteur libre et humain, qui, en tant que tel, peut dans certaines occasions adopter des décisions ou des attitudes répréhensibles. Et les décisions et attitudes répréhensibles doivent être réprimées.

5 – Ne pas généraliser :
Le mauvais exemple (de lâcheté, de carriérisme, etc.) de quelques évêques ou cardinaux durant un pontificat calamiteux, ne doit pas nous amener à disqualifier d’une manière systématique les évêques, les cardinaux et le clergé dans son ensemble. Chacun d’entre eux est responsable de ses paroles et de ses actes ainsi que de ses omissions. Mais la structure hiérarchique de l’Église a été instituée par son Fondateur, et pour cela elle doit être respectée, malgré toutes les critiques. On ne doit pas non plus étendre la protestation à l’encontre d’un Pape calamiteux à tous ses faits et dires. Ne doivent être contestés que ceux pour lesquels la doctrine séculaire de l’Église est déviée, ou ceux où est marqué un changement de direction qui peut compromettre des aspects de la doctrine même. Et le jugement porté sur ces points ne doit pas s’appuyer sur des dires, des opinions ou des goûts particuliers : l’enseignement de l’Église est résumé dans son catéchisme. La réprobation doit porter sur les points où un Pape s’écarte du catéchisme. Pour les autres, non.

6 – Ne pas collaborer avec des initiatives à la plus grande gloire du souverain pontife calamiteux :
Si un Pape calamiteux demande de l’aide pour s’occuper de choses bonnes, il doit être écouté. Mais on ne doit pas seconder d’autres initiatives comme peuvent être, par exemple, des rencontres de foules qui servent à le montrer comme un souverain pontife populaire. Dans le cas d’un Pape calamiteux, les acclamations abondent. Donc soutenu par elles, il pourrait se sentir épaulé pour faire dévier encore plus la route du navire de l’Église. Cela ne vaut pas de dire, par conséquent, que l’on n’applaudit pas le souverain pontife, mais Pierre. En effet, le résultat est que cet applaudissement sera employé à ses fins, non en faveur de Pierre, mais du souverain pontife calamiteux.

7 – Ne pas suivre les instructions du Pape là où il y a déviation par rapport au legs de l’Église :
Si un Pape enseigne des doctrines ou essaie d’imposer des pratiques qui ne correspondent pas à l’enseignement pérenne de l’Église, dont la synthèse est le catéchisme, il ne doit pas être secondé et obéi dans son dessein. Cela veut dire, par exemple, que les prêtres et les évêques ont l’obligation d’insister sur la doctrine et la pratique traditionnelles, enracinées dans le dépôt de la foi, même au prix de s’exposer à des sanctions. De même les laïcs doivent insister en enseignant la doctrine et les pratiques traditionnelles dans leur domaine d’influence. En aucun cas, ni par obéissance aveugle, ni par peur des représailles, il n’est acceptable de contribuer à l’extension de l’hétérodoxie ou de l’hétéropraxis (ndt : doctrines ou pratiques non conformes).

8 – Ne pas soutenir économiquement des diocèses qui collaborent :
Si un Pape enseigne des doctrines ou essaie d’imposer des pratiques qui ne correspondent pas à l’enseignement pérenne de l’Église, dont la synthèse est le catéchisme, les pasteurs des diocèses devraient servir de mur d’arrêt. Mais l’histoire montre que les évêques ne réagissent pas toujours avec suffisamment d’énergie face à ces dangers. Plus encore, parfois ils secondent même, pour un quelconque motif, les desseins du souverain pontife calamiteux. Le chrétien laïc qui réside dans un diocèse régi par un pasteur qui est ainsi, doit retirer son soutien économique à son Eglise locale, tant que persiste la situation irrégulière. Évidemment, ce qui vient d’être exposé ne s’applique pas aux aides qui sont directement destinées à des fins caritatives, mais aux autres. Et cela vaut aussi pour tout autre type de collaboration, par exemple sous forme de volontariat ou de charge institutionnelle.

9 – Ne soutenir aucun schisme :
Face à un Pape calamiteux, peut surgir la tentation d’une rupture radicale. On doit résister à cette tentation. Un catholique a le devoir d’essayer de minimiser, au sein de l’Église, les effets négatifs d’un mauvais pontificat, mais sans briser l’Église ni rompre avec l’Église. Cela veut dire que si, par exemple, sa résistance à adopter des thèses déterminées ou des pratiques déterminées, fait tomber sur lui la peine d’excommunication, il ne doit pas pour cela encourager un nouveau schisme ou soutenir un de ceux déjà existant. Il faut en tant que catholique, rester patient, en toute circonstance.

10 – Prier :
La permanence et le salut de l’Église ne dépendent pas en dernière instance de nous, mais de Celui qui l’a voulue et l’a fondée pour notre bien. Dans les moments de naufrage, il faut prier, prier et encore prier, pour que le Maître se réveille et calme la tempête. Ce conseil a été mis en dernier, non pas parce qu’il est le moindre, mais au contraire le plus important de tous. Car, finalement, tout se réduit au fait que nous croyons vraiment que l’Église est soutenue par Dieu, qui l’aime et qui ne la laissera pas être détruite. Prions donc, pour la conversion des souverains pontifes néfastes, et pour qu’aux pontificats calamiteux succèdent des pontificats de restauration et de paix. Beaucoup de branches sèches auront été brisées durant l’orage mais celles qui seront restées unies au Christ, refleuriront. Plaise à Dieu que l’on puisse dire la même chose de nous ! »

Francisco José Soler Gil

François Boucher-St Pierre tentant de marcher sur les eaux-1766-détail

2016-14. Elles ne prévaudront pas, mais cela ne signifie pas qu’elles ne feront pas tout pour l’emporter et qu’elles ne remporteront pas certaines batailles.

Clefs de St Pierre

Et portae inferi non praevalebunt adversus eam.
Et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle.

(Matth. XVI. 18)

Lundi 22 février 2016 ;
Fête de la Chaire de Saint Pierre à Antioche ;
Mémoire de Sainte Marguerite de Cortone.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

A l’occasion de cette fête de la Chaire de Saint Pierre, je voudrais partager avec vous quelques réflexions qui me tiennent particulièrement à coeur, sur lesquelles je médite depuis fort longtemps, et que j’estime désormais assez mûres pour vous les livrer.

Comme l’a fort bien exprimé S. Exc. Mgr. Athanasius Schneider il y a quelques semaines dans un entretien que, une fois de plus, l’excellent site « Benoit et moi » de notre amie Béatrice a eu le mérite de rendre accessible aux lecteurs francophones (cf. > ici), beaucoup de catholiques d’aujourd’hui ont hérité d’une espèce de mentalité « papolâtrique » qui n’a rien à voir avec la véritable et saine compréhension de ce qu’est le magistère du pape, ni avec la juste obéissance et la filiale révérence dues au Souverain Pontife.
Monseigneur Schneider s’exprimait ainsi :
« Si un Pape disait à l’Eglise entière de faire quelque chose qui endommage directement une vérité divine immuable ou un commandement divin, tout catholique aurait le droit de le corriger, dans une forme dûment respectueuse, mu par la révérence et l’amour pour l’office sacré, et la personne du Pape. L’Église n’est pas une propriété privée du Pape (…). Le Pape n’est que le Vicaire, pas le successeur du Christ (…). Je crois qu’à une époque où une grande partie des détenteurs de l’office du Magistère sont négligents dans leur devoir sacré, l’Esprit-Saint appelle aujourd’hui, en particulier les fidèles, à intervenir et à défendre courageusement la foi catholique, avec un authentique « sentire cum ecclesia »… »

St Pierre -détail d'un vitrail de C.E. Kempé - église St-Jacques Hunstanworth, comté de Durham

L’Apôtre Saint Pierre – détail d’un vitrail de C.E. Kempe (1837-1907)
dans l’église Saint Jacques de Hunstanworth, comté de Durham – Angleterre.

L’objection habituelle que l’on s’attire dès que l’on émet quelques réserves en face de certains comportements ou déclarations d’un pape est bien souvent du type de celle-ci : « Mais le Pape a été désigné par le Saint-Esprit ! »

Ainsi donc, à partir du moment où le Pape serait désigné par le Saint-Esprit, tout ce qu’il ferait et dirait, en toutes circonstances, se trouverait marqué d’un sceau d’absolue infaillibilité ?
C’est ce que semblent croire les « papolâtres ».
Et ce n’est pourtant pas ce à quoi la foi catholique nous demande d’adhérer.
Ces catholiques ignorants – car de telles affirmations procèdent bien de l’ignorance – feraient bien d’approfondir d’une part leur catéchisme, mais d’autre part aussi l’histoire de l’Eglise.

L’histoire objective (je ne me réfère évidemment pas à des récits calomnieux) ne manque pas de papes – de vrais papes qui, selon la foi catholique, bénéficiaient donc d’une assistance spéciale du Saint-Esprit et du privilège de l’infaillibilité – dont les déclarations ou les actes ont manqué tantôt de prudence, tantôt de la plus élémentaire vertu (qu’on pense à ces papes authentiques – car ce ne sont pas des antipapes – du temps de la « pornocratie pontificale », au Xe siècle), tantôt même d’orthodoxie dans leur enseignement ordinaire (je donnerai pour seul exemple le pape Jean XXII qui soutint, en chaire, que les âmes des justes ne bénéficieraient de la vision divine qu’après le jugement dernier ; mais Jean XXII, qui par ailleurs a aussi posé des actes parfaitement conformes à l’orthodoxie, n’est pas le seul à avoir « frôlé » l’hérésie) !

L’ « infaillibilité pontificale » – dogme auquel, comme catholique, j’adhère pleinement – ne couvre en aucune manière des faits ou des propos qui ne sont que l’expression d’une pensée personnelle (même dans des questions religieuses) ; et l’assistance du Saint-Esprit promise aux successeurs de Pierre ne concerne en aucune manière la promulgation de doctrines nouvelles ou des innovations contraires à la Tradition des Pères, mais elle s’exerce pour que les papes puissent garder inébranlablement, enseigner fidèlement, et défendre sans faiblir la Révélation confiée aux Apôtres (ce que l’on appelle le dépôt de la foi).

Ce n’est pas parce qu’un homme est pape, et qu’il reçoit de Dieu des grâces exceptionnelles – je n’en doute pas – , qu’il n’y a plus en lui aucune possibilité d’errer.
Un pape garde ses facultés humaines. Un pape garde sa liberté humaine. Et un pape peut très bien – comme vous et moi – mésuser de sa liberté, ne pas correspondre aux grâces qui lui sont données par Dieu, et leur être infidèle.
Si, du côté de Dieu, la grâce est toujours donnée à l’homme en proportion des responsabilités qui lui sont confiées, du côté de l’homme il n’y a pas toujours la correspondance à la grâce, permettant à celle-ci d’être pleinement efficace.
Si depuis tant de siècles, dans les circonstances les plus graves, la Sainte Eglise, dans sa Tradition inspirée, nous fait demander : « Ut domum Apostolicum et omnes ecclesiasticos ordines in sancta religione conservare digneris, Te rogamus, audi nos ! Pour qu’il Vous plaise de conserver dans la sainte religion le Souverain Pontife et tous les ordres ecclésiastiques, nous Vous en supplions, écoutez nous ! » (litanies des saints), n’est-ce pas justement parce qu’il y a et qu’il y aura toujours un risque d’égarement, même au plus haut de sa hiérarchie ?
Ce n’est pas non plus pour rien que, aux âges de foi, dans ces fameuses et spectaculaires danses macabres ou grandes fresques du Jugement dernier, étaient représentés, au milieu de toutes les autres catégories de fidèles, des prélats et des papes, dans la farandole que les démons entraînent vers l’enfer…

Il n’y a donc rien d’irrévérencieux à rappeler que le pape n’est pas une espèce de marionnette sans caractère ni volonté propres, dont le Saint-Esprit tirerait les ficelles et qui ne ferait strictement que ce que le « divin marionnettiste » voudrait, et seulement comme il le voudrait.

- Alors, le Saint-Esprit n’intervient donc pas directement pour l’élection du pape ?
A cette question, un certain cardinal Ratzinger avait répondu (en 1997) : « Je ne dirais pas que c’est l’Esprit Saint qui choisit dans chaque cas le pape, étant donné qu’il y a trop de preuves qui vont à l’encontre de cela ; il y a trop de papes pour lesquels ce n’est pas du tout évident que c’est l’Esprit Saint qui les aurait choisis (…). Mais comme un bon éducateur, Il nous laisse un grand espace, une grande liberté, sans nous abandonner totalement. Le rôle du Saint-Esprit devrait être entendu dans un sens plus souple que le fait d’imposer le candidat pour lequel on doit voter. Probablement la seule assurance qu’Il nous donne est que cette affaire ne peut être totalement catastrophique…»

Pas « totalement catastrophique ».
L’expression utilisée par celui qui était alors préfet de l’ex-Saint-Office est des plus intéressantes.
Déjà au Ve siècle, Saint Vincent de Lérins avait écrit sans ambiguïté : « Certains papes le Seigneur les donne, d’autres Il les tolère, d’autres encore Il les inflige ».
Nous croyons fermement que Dieu conduit Son Eglise, qu’Il la garde, qu’Il la protège, qu’Il ne laissera pas les portes de l’enfer prévaloir contre elle.
Cela ne signifie pourtant pas qu’Il ne permet pas parfois à l’enfer et à la malice humaine de « marquer des points », voire d’avoir l’impression de remporter d’importantes batailles.

Celui qui conduit l’Eglise, qui la garde, qui la protège et qui ne laissera pas l’enfer prévaloir contre elle, est aussi Celui qui avait annoncé à de multiples endroits des Ecritures inspirées que le Messie serait victorieux, que Ses ennemis seraient mis comme un escabeau sous Ses pieds, qu’Il leur fracasserait les dents et anéantirait leur puissance. Et certes il en a bien été ainsi ; toutefois, au moment de Sa douloureuse Passion, les dits ennemis avaient le sentiment, sinon la certitude, que c’étaient eux les vainqueurs, tandis qu’aux yeux des Apôtres les Ecritures ne donnaient pas l’impression de s’accomplir !

Notre-Seigneur nous a bien prévenus : les disciples ne sont pas au-dessus du Maître. Et l’Eglise – composée des disciples de Jésus-Christ – n’est pas non plus au-dessus de Son divin Epoux.

Nous croyons fermement que les portes de l’enfer ne prévaudront pas et que l’Eglise sera victorieuse.
Mais cela ne signifie pas que les portes de l’enfer ne mèneront pas des assauts, qu’elles ne feront pas tout pour l’emporter, et que, ponctuellement, elles ne remporteront pas certaines batailles.

La foi confiante et sereine dans la victoire de l’Eglise ne dispense pas de rester lucide.
La foi confiante et sereine dans la victoire finale de l’Eglise, autorise justement à dire, lorsqu’un membre de la hiérarchie, profitant de sa position, s’autorise à diffuser des opinions purement personnelles – surtout si elles ne sont pas conformes à l’enseignement des Saintes Ecritures et de la Tradition – qu’un catholique n’est pas tenu de le suivre dans cette voie.
Agir autrement serait se comporter comme si les portes de l’enfer l’avaient définitivement emporté et qu’il n’y avait plus rien à faire.

Nous sommes aussi fermement convaincus – parce que c’est la grande leçon de la Croix – que Dieu peut triompher au moment même où Ses ennemis s’imaginent que ce sont eux qui sont les vainqueurs, et qu’Il peut faire contribuer à Sa victoire ce par quoi Ses ennemis pensaient avoir triomphé de Lui.
Nous avons la ferme confiance qu’à travers des voies mystérieuses qui échappent à nos logiques et manières de faire humaines, la divine Providence fait tout concourir au bien de ceux qui aiment Dieu« Scimus autem quoniam diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum ! » (Rom. VIII, 28) – et que, malgré les éclipses passagères et en dépit de toutes les apparences, « les portes de l’enfer ne prévaudront pas » (Matth. XVI, 18).

Qu’il puisse y avoir des papes calamiteux, l’histoire de l’Eglise est là pour nous le prouver : « contra factum non datur argumentum : contre un fait il n’existe pas d’argument », nous dit le vieil adage juridique.
Ces papes calamiteux ont passé ; l’Eglise, elle, malgré tout, est restée.

Qu’il puisse y avoir encore des papes calamiteux, il serait totalement présomptueux de le nier.
Nous estimerions-nous meilleurs chrétiens que ceux des siècles passés pour avoir l’outrecuidance de penser que, en nos temps « modernes et éclairés », les papes catastrophiques appartiendraient à un passé lointain et définitivement révolu ?

L’Eglise, malgré les crises, malgré les persécutions suscitées par ses ennemis, malgré les trahisons et les défections dans les rangs de ses fidèles, malgré les péchés de ses membres, depuis le bas jusqu’au plus haut de sa hiérarchie, se relève et marche ves la victoire finale, et c’est cela qui importe.
A côté de ses authentiques bons chrétiens et de ses saints, la Sainte Eglise de Dieu a eu et aura encore, et jusqu’à la fin des temps, de très lamentables pasteurs : des évêques et des papes médiocres, des évêques et des papes indignes, des évêques et des papes gravement pécheurs, des évêques et des papes calamiteux.
Mais, même s’ils font du mal – beaucoup de mal parfois – , nous ne cessons toutefois pas de croire et d’affirmer bien haut qu’aucun d’entre eux ne pourra arriver à détruire totalement l’Eglise.

Des évêques, des cardinaux, des papes peuvent, à certains moments, ternir – et de manière tout à fait scandaleuse – , le rayonnement divin de l’Eglise, obscurcir temporairement sa lumière de vérité et sembler la mettre à la remorque des tristes modes humaines : je ne nie pas que cela soit douloureux, très douloureux, pour les vrais fidèles témoins de ce triste spectacle, mais au-delà du scandale et de la souffrance demeure la certitude absolue que le mal ne l’emportera pas : non praevalebunt ! (Matth. XVI, 18).

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

à suivre :
« Dix conseils pour survivre à un pape calamiteux et continuer à être catholique » > ici

Clefs de St Pierre

2016-13. L’allocution consistoriale « Gravissimum » du 21 février 1906.

Samedi des Quatre-Temps de printemps 20 février 2016 ;
Anniversaire de l’exécution d’Andreas Hofer (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il semblerait que, en France, les catholiques sont désormais tellement habitués à la loi du 9 décembre 1905, dite loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, qu’ils n’en voient plus du tout la malice, ni la grave offense à Dieu et à Ses droits qu’elle représente.
De nos jours, il y a même des prêtres, des évêques et des cardinaux, qui invoquent cette loi inique, conçue dans les loges maçonniques en vue d’affaiblir l’Eglise, dans le but de revendiquer « une saine laïcité » ! Ils me font penser à des dindes qui manifesteraient contre toute modification du menu traditionnel de Noël.

A l’occasion de son cent-dixième anniversaire, j’ai donc résolu aujourd’hui de publier ci-dessous le texte complet de l’allocution consistoriale « Gravissimum » (21 février 1906) par laquelle le Pape Saint Pie X, dix jours après l’encyclique « Vehementer nos » (11 février 1906), a élévé de solennelles protestations contre la loi du 9 décembre 1905 : rien ne vous empêche, bien sûr, de vous plonger (ou replonger) dans le texte de l’encyclique (voir la note 2 en bas de page), mais le texte de l’allocution reproduit ci-dessous en constitue une sorte de résumé, plus facile à lire et à retenir.
On notera que c’est véritablement en vertu de son autorité apostolique que Saint Pie X s’est exprimé, ce qui signifie que cette condamnation requiert un assentiment entier de la part des fidèles de la Sainte Eglise.

Que Dieu nous fasse miséricorde, qu’Il aie pitié de la France, et qu’Il nous donne la grâce de travailler à sa conversion et à son relèvement !

Lully.

Avertissement : Les notes explicatives, tout comme la retranscription de certains passages en caractères gras, sont de notre fait.

Tiare et clefs de Saint Pierre

Saint Pie X

Allocution Gravissimum
prononcée au consistoire du 21 février 1906
par le Pape Saint Pie X.

Vénérables Frères,

Ayant à remplir un acte très grave de Notre charge apostolique, Nous vous avons aujourd’hui convoqués.

Nombreuses sont les amertumes et les injustices infligées chaque jour, dans cette tempête désastreuse, à l’Église et à Nous, qui, malgré notre indignité, la gouvernons comme vicaire de Jésus-Christ. Mais Nous souvenant néanmoins de la patience de ce même Jésus-Christ et confiant dans Ses promesses certaines, Nous Nous efforçons de supporter l’adversité avec mansuétude ; afin que, comme Lui, Nous marchions dans l’espérance de la gloire des fils de Dieu.
Mais l’offense infligée naguère (1) à l’Église et à Nous est si grave et si violente que Nous ne pouvons la passer sous silence, et, le voudrions-Nous, Nous ne pourrions la taire sans manquer à notre devoir.

Rappel du droit et des faits

Vous devinez, Vénérables Frères, que Nous voulons parler de cette loi absolument inique, ourdie pour la ruine du catholicisme, qui vient d’être promulguée en France en vue de la séparation de l’État d’avec l’Église.

Notre récente Encyclique adressée aux évêques, au clergé et au peuple français (2) a montré pleinement combien cette loi est odieuse et contraire aux droits de Dieu et de l’Église. Mais pour ne négliger en aucun point Notre charge apostolique, Nous Nous proposons de préciser et de confirmer solennellement, en votre présence auguste, ce que Nous avons dit.

En effet, pouvons-Nous ne pas réprouver cette loi, lorsque son titre même montre sa malice et la condamne ?
Il s’agit, Vénérables Frères, de séparer violemment l’État de l’Église. Donc, telle qu’elle est, elle tend au mépris du Dieu éternel et Très-Haut, puisqu’elle affirme qu’aucun culte ne Lui est dû par l’État. Or, Dieu n’est pas seulement le Seigneur et le Maître des hommes considérés individuellement, mais Il L’est aussi des nations et des États ; il faut donc que ces nations et ceux qui les gouvernent Le reconnaissent, Le respectent et Le vénèrent publiquement.

Si l’oubli de ce devoir et ce divorce sont partout injurieux pour la majesté divine, ils sont en France une ingratitude plus grande et un malheur plus funeste.

Car si l’on considère en toute vérité l’ancienne gloire de la France, on reconnaîtra qu’elle lui vient en majeure partie, et de beaucoup, de la religion et de l’union constante avec le Saint-Siège, qui en découlait. De plus, cette union de l’Église et de l’État était sanctionnée en France par un pacte solennel (3).

Or, ce qui ne se ferait pour aucun État, si petit qu’il fût, on l’a fait pour le Siège apostolique, dont l’autorité et l’importance sont si grandes dans le monde.

En effet, au mépris de tout devoir d’urbanité, contrairement au droit des gens et aux règles des États, ce pacte, si solennel et si légitime, a été déchiré sans aucune déclaration préalable de la volonté de le rompre, par le fait d’une des parties seulement, sans égard à la foi jurée.

Et maintenant, si nous examinons la teneur même de la loi, qui ne voit que le fait de sa proposition détruit la constitution même par laquelle Jésus-Christ a façonné l’Église qu’Il a acquise par Son sang ?

Ainsi, on n’y trouve aucune mention du Pontife Romain ni des évêques. Au contraire, toute l’administration et toute la surveillance du culte public sont remises à des associations de citoyens (4) auxquelles seules, dans tout le domaine religieux, la république reconnaît des droits civils. Et si quelque contestation s’élève entre elles, ce n’est pas par les évêques ni par Nous que le litige sera jugé et tranché, mais par le Conseil d’État.

Après l’adoption de cette loi, ce qu’il faut penser, Vénérables Frères, de la liberté de l’Église, Nous l’avons exposé plus amplement dans la Lettre Encyclique rappelée plus haut (2).

Mais ici Nous dirons en résumé que, d’un côté, les évêques ne peuvent plus régir le peuple chrétien dans la pleine souveraineté de leur charge, de l’autre, on enlève au peuple chrétien le droit très sacré de professer librement sa religion ; enfin, l’action de l’Église sur la société est affaiblie sur de nombreux points ou tout fait entravée.

Or, cette violation des droits et cette diminution de liberté s’aggravent encore de ce fait que l’Église, par le seul pouvoir de la loi, au mépris de la justice et nonobstant la foi des traités, est troublée dans la légitime possession de son patrimoine.

Quant à la République, elle se délie de toute obligation de subvenir aux dépenses annuelles de la religion, dépenses que, par une convention, elle avait prises à sa charge en compensation de la spoliation officielle (5).

Condamnation sans appel

Après vous avoir fait, en raison de l’importance du sujet, ces communications, Nous rappelant les devoirs de la charge apostolique par laquelle Nous sommes tenu de protéger et de défendre par tous les moyens les droits sacrés de l’Église, Nous prononçons solennellement en votre auguste assemblée Notre sentence sur cette loi.

En vertu de la suprême autorité dont Nous jouissons comme tenant la place du Christ sur la terre, Nous la condamnons et réprouvons comme injurieuse au Dieu très bon et très grand, contraire à la divine constitution de l’Église, favorisant le schisme, hostile à Notre autorité et à celle des pasteurs légitimes, spoliatrice des biens de l’Église, opposée au droit des gens, ennemie du Siège apostolique et de Nous-même, très funeste aux évêques, au clergé et aux catholiques de France ; Nous prononçons et Nous déclarons que cette loi n’aura jamais et en aucun cas aucune valeur contre les droits perpétuels de l’Église.

Paternelle sympathie

Et maintenant, Notre cœur se tourne vers la nation française ; avec elle, Nous sommes affligé ; avec elle, Nous pleurons. Que personne ne pense que Notre amour pour elle s’est refroidi parce que Nous avons été si amèrement traité. Nous songeons avec douleur à ces Congrégations privées de leurs biens et de leur patrie (6). Nous voyons avec une paternelle inquiétude des multitudes d’adolescents réclamant une éducation chrétienne. Nous avons devant les yeux les évêques, Nos Frères, et les prêtres jetés au milieu des tribulations et exposés à des maux plus graves encore. Nous chérissons les fidèles opprimés sous cette loi ; Nous les embrassons d’un cœur paternel et plein d’amour.

L’audace et l’iniquité des méchants ne pourront jamais effacer les mérites acquis par la France, durant le cours des siècles, envers l’Église. Notre espoir est que ces mérites s’accroîtront encore quand les temps seront redevenus paisibles. C’est pourquoi Nous exhortons Nos Fils chéris à ne pas se décourager ni se laisser abattre par les épreuves et les difficultés des temps. Qu’ils veillent, fermes dans la foi ; qu’ils agissent virilement, se rappelant la devise de leurs ancêtres : Christus amat Francos (7). Le Siège apostolique sera toujours près d’eux, ne laissant jamais la Fille aînée de l’Église réclamer inutilement les secours de sa sollicitude et de sa charité.

Armoiries de Saint Pie X

Notes :
1) La loi dite de séparation de l’Eglise et de l’Etat a été votée le 9 décembre 1905, soit deux mois et demi avant cette allocution.
2) L’encyclique « Vehementer nos », datée du 11 février 1906 (10 jours avant ce discours devant l’ensemble des cardinaux). On en trouvera le texte complet > ici.
3) Le « pacte de Reims », au baptême de Clovis, qui a fait naître la France de l’union sacrée de la Royauté franque avec le catholicisme.
4) La loi du 9 décembre 1905 ordonne la création d’association cultuelles, régies par des laïcs, auxquelles sera dévolue l’administration des biens des Eglises.
5) La loi de 1905 abolit le traitement versé par l’Etat aux ministres du Culte : or ce « salaire » des prêtres par l’Etat, en France, avait été établi au moment du concordat de 1801 pour compenser le vol – car c’en était un – des biens du clergé, lors de la grande révolution. En 1801, l’Eglise avait donc accepté de ne pas réclamer la restitution des biens qui lui avaient été volés, et qui avaient assuré jusqu’à la révolution la subsistance des ecclésiastiques et le fonctionnement des oeuvres éducatives et caritatives de l’Eglise de France, contre la promesse de voir ses ministres payés par l’Etat. La loi de 1905 renouvelle donc en quelque manière le vol perpétré à la révolution.
6) Depuis 1880 et jusqu’à cette loi du 9 décembre 1905, la troisième république n’a cessé de persécuter l’Eglise catholique par une surenchère de lois visant à limiter par tous les moyens l’influence de l’Eglise dans la société : en particulier par des lois de plus en plus sévères contre les congrégations religieuses qui contraignirent un grand nombre de religieux, spoliés de leurs couvents, à prendre la route de l’exil.
7) Christus amat Francos : le Christ aime les Francs (prologue de la Loi salique).

Tiare et clefs de Saint Pierre

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