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2015-22. Où, à l’occasion de la fête de Saint Polycarpe, le Maître-Chat évoque les liens du diocèse de Viviers avec cet illustre martyr, grâce à Saint Andéol.

Lundi soir 26 janvier 2015,
fête de Saint Polycarpe, évêque et martyr.

Martyre de Saint Polycarpe

Le martyre de Saint Polycarpe (fresque byzantine)

« (…) Abandonnons la vanité des foules et les enseignements mensongers
pour revenir à la parole qui nous a été transmise dès le commencement (…) »
- épître de Saint Polycarpe de Smyrne aux Philippiens, § 7 -

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En ce 26 janvier, la fête de Saint Polycarpe me fournit l’occasion de vous parler un peu du diocèse de Viviers, sur le territoire duquel est implanté notre Mesnil-Marie.

Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, né vers l’an 70 de notre ère, avait connu l’apôtre et évangéliste Saint Jean : l’opinion commune est même que c’est à son intention que fut dictée à Saint Jean, dans les révélations qu’il reçut, la lettre à « l’ange de l’Eglise de Smyrne » (cf. Apoc. II, 8-11).
C’est toujours avec un grand profit spirituel que l’on relit le seul texte de Saint Polycarpe qui nous soit parvenu – son épître aux Philippiens (par exemple > ici) – ou encore le récit de son martyre, écrit par un contemporain (cf. > ici).

Nous le vénérons à un titre particulier parce que c’est lui qui missionna dans les Gaules non seulement les premiers pasteurs de l’Eglise de Lyon, les saints Pothin et Irénée, mais également celui que de très antiques traditions nous disent avoir été le premier évangélisateur du territoire qui deviendra le Vivarais : Saint Andéol.
Ainsi, par Saint Andéol et Saint Polycarpe, l’Eglise diocésaine de Viviers peut-elle être, en quelque manière, directement rattachée à l’apôtre et évangéliste Saint Jean, le « disciple que Jésus aimait » (Joan. XIII, 23), qui reposa sur la poitrine de Notre-Seigneur à la dernière Cène, qui l’accompagna jusqu’à la Croix et contempla le Sacré-Coeur transpercé, puis qui « prit chez lui » (Joan. XIX, 27) la Très Sainte Vierge Marie.

Saint Andéol n’était pas prêtre, mais seulement sous-diacre. Il évangélisa la vallée du Rhône et les provinces méridionales de la Gaule romaine pendant une quarantaine d’années.
C’est au moment du passage de l’empereur Septime-Sévère, alors en route vers la Bretagne (actuelle Grande-Bretagne), qu’il fut pris et martyrisé, le 1er mai 208.
La ville de Bergoïata, où il fut supplicié et mis à mort, deviendra par la suite Bourg-Saint-Andéol.

Statue de Saint Andéol façade de l'église de Bourg-Saint-Andéol

Statue de Saint Andéol sur la façade XVIIe siècle de l’église de Bourg-Saint-Andéol :
le saint est représenté avec la tunique du sous-diacre et avec le glaive de son martyre enfoncé dans le crâne.

La Bienheureuse Tullia qui avait recueilli son corps, le cacha dans un sarcophage antique, dont l’un des côtés fut re-sculpté par la suite, en accord avec le précieux dépôt qu’il renfermait.
Ce sarcophage se trouve toujours dans l’actuelle église du Bourg-Saint-Andéol.

Il ne contient malheureusement plus les reliques du saint martyr, dont la plus grande partie fut profanée et détruite au XVIe siècle par les huguenots, mais ce sarcophage, considéré comme une relique, fut pendant très longtemps mis à l’honneur sous le maître-autel.
Lorsque ce dernier fut détruit à son tour, lors de la révolution liturgique post-concilaire, le sarcophage qui avait été tellement vénéré par des générations de fidèles, fut relégué dans une chapelle latérale, n’étant plus désormais présenté que comme une curiosité archéologique.

Maître-autel avec le sarcophage de Saint Andéol (église de Bourg-Saint-Andéol autrefois)

Le sarcophage de Saint Andéol placé à l’honneur sous la table du maître-autel de l’église de Bourg-Saint-Andéol
(avant les « aménagements » post-concilaires). 

C’est au milieu du IXème siècle, que le tombeau de Saint Andéol, enfoui dans une crypte, qui avait été elle-même ensevelie lors des invasions et des bouleversements du haut Moyen-Age, fut redécouvert par Bernoin, évêque de Viviers.
Bernoin, après avoir prié et jeûné pour demander à Dieu la grâce de retrouver les précieuses reliques de Saint Andéol, vit en songe Saint Polycarpe lui-même, et c’est selon les indications données par ce dernier qu’il retrouva l’emplacement de la crypte antique renfermant le sarcophage du martyr.

L’évêque Bernoin et ses successeurs promurent le culte de Saint Andéol dont ils firent un élément d’unification de leur diocèse et – il faut bien le dire aussi – , en un temps où le diocèse de Viviers, quoique théoriquement dépendant du Saint Empire Romain Germanique (jusqu’en 1308), devenait un comté ecclésiastique quasi indépendant, ce fut un moyen de renforcer le prestige et le pouvoir temporel des comtes-évêques de Viviers.

Aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, les comtes-évêques résidèrent d’ailleurs principalement au Bourg-Saint-Andéol (dans un extraordinaire palais épiscopal qui fait aujourd’hui l’objet d’une remarquable restauration), tout près du tombeau de Saint Andéol, plutôt qu’en leur cité épiscopale.

Sarcophage de Saint Andéol

Le sarcophage de Saint Andéol, dans l’église du Bourg-Saint-Andéol (face paléochrétienne)

Notre diocèse de Viviers, si peu reluisant de nos jours, possède, vous en avez ici une fois de plus un petit aperçu, mes chers Amis, une histoire fort riche, puisque ses origines antiques le rattachent directement aux temps apostoliques.
Nous en sommes particulièrement – et très légitimement – fiers.

Néanmoins, et j’avais déjà eu l’occasion de l’évoquer en 2011 dans les pages de ce blogue en publiant une étude parue dans « Paix liturgique », c’est un diocèse actuellement sinistré : profondément et tragiquement sinistré par le modernisme (cf. > www).
Quatre ans plus tard, les choses ne se sont pas améliorées : les prêtres continuent de mourir et ne sont pas remplacés (il n’y aura sans doute pas d’ordination de prêtre diocésain avant de nombreuses années), les églises continuent à se vider, le nombre des baptêmes poursuit son déclin, la foi catholique n’est plus vraiment enseignée et la plupart des fidèles professe une vague croyance aux contours imprécis, les gens meurent sans les derniers sacrements, la célébration de la messe pour les funérailles tend à diminuer… etc.

La situation d’aujourd’hui n’est finalement guère plus brillante qu’au début du XVIIe siècle lorsque Monseigneur Louis François de la Baume de Suze – coadjuteur en 1618, puis comte-évêque en titre de 1621 à 1690 – prit la charge d’un diocèse matériellement et spirituellement exsangue (on dit qu’il y avait alors moins de vingt curés en exercice et que plus de 75% des églises étaient en ruines) : mais il était animé d’un zèle ardent pour la rechristianisation du Vivarais, et il sut faire appel à des forces saines et vives pour cet immense labeur, spécialement à Saint Jean-François Régis (cf. > www). C’est d’ailleurs dans son palais épiscopal de Bourg-Saint-Andéol que Monseigneur de la Baume de Suze accueillit le Père Régis et lui confia le diocèse de Viviers comme terre de mission où il fallait quasi tout reprendre à zéro…

Statue de Saint Andéol sur la façade de l'église de Bourg-Saint-Andéol - détail

Statue de Saint Andéol sur la façade de l’église de Bourg-Saint-Andéol – détail.

Dans deux mois exactement, le siège épiscopal de Viviers se trouvera normalement vacant, puisque son actuel occupant, Monseigneur François Blondel, arrivera ce 24 mars 2015 à l’âge de soixante-quinze ans, âge auquel il doit, selon les règles canoniques en vigueur, présenter au Saint-Siège la renonciation à sa charge.

Depuis longtemps déjà, Frère Maximilien-Marie prie et supplie pour demander à Dieu un évêque selon Son Coeur : un évêque qui soit un véritable docteur de la foi catholique la plus authentique ; un évêque qui soit un pasteur à l’image du Bon Pasteur, avec une inlassable sollicitude pour le salut des âmes à lui confiées ; un évêque qui soit un véritable père, pas tant par la manière dont il se fera appeler que par les délicatesses de la charité avec laquelle il entourera les fidèles ; un évêque qui soit un digne successeur des saints Apôtres par son zèle inlassable et par sa force d’âme ; un évêque dont la ferveur spirituelle soit exemplaire et communicative ; un évêque qui soit moins un administrateur qu’un missionnaire ; un évêque dont l’ardeur ne se laisse pas entraver par la pesanteur des cadavres accumulés par quelque cinquante années de modernisme mortifère.

Nous prions donc et supplions Saint Polycarpe et Saint Andéol - avec Saint Vincent, céleste protecteur de notre cathédrale (cf. > www) – qui se dépensèrent sans compter et ne craignirent pas de verser leur sang pour la vérité de l’Evangile, afin qu’ils intercèdent puissamment pour ce diocèse de Viviers et lui obtiennent la grâce d’une véritable résurrection : selon les termes de la citation que j’ai mise en exergue de cette humble chronique, en abandonnant les enseignements mensongers et en revenant à la parole qui lui a été transmise dès le commencement…

patte de chat Lully.

palmes

2015-21. « Valeurs de la république » ???

Samedi soir 24 janvier 2015,
fête de Saint Timothée, évêque et martyr.

« Viendra un temps où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine ;
mais au gré de leurs passions et l’oreille leur démangeant,
ils se donneront des maîtres à foison et détourneront leur ouïe de la vérité
pour se tourner vers des fables… »
(2 Tim. IV, 3-4)

Les chats ont-ils droit à la « liberté d’expression », ou bien – comme tant d’autres – cette formule n’est-elle qu’un leurre pour ne permettre qu’aux ennemis de la Vérité et du Bien de vomir leurs insanités ?
Depuis des jours et des jours, j’entends des êtres malfaisants ou inconsistants, avec des trémolos attendrissants dans la voix, surfer sur la vague de l’émotion et de l’indignation des peuples pour chanter sur tous les tons les « valeurs de la république ».

Lao-Tseu disait que « lorsque le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt ».
Eh bien, pour ce qui me concerne, je dois être bien plus qu’un idiot parce que non seulement je regarde le doigt qui veut me faire regarder la lune, mais j’ai également tendance à observer à qui appartient le doigt de celui qui veut me faire regarder la lune, à me demander quelles peuvent bien être les raisons pour lesquelles il tient tant à ce que je regarde la lune, et enfin – ce faisant – de quelle autre chose il voudrait que je détourne mon regard pendant que je regarderai la lune… etc.

En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis incontestablement bien pis qu’un idiot !
Alors, comme aux faibles d’esprit on condescend à laisser dire ce que l’on ne permettrait pas à des personnes sensées, je vous invite à regarder le doigt avec moi… 

Patte de chat Lully.        

BD - Valeur de la république détail 2

Valeurs de la république - BD

lys 2

BD - Valeur de la république détail 1

Voir aussi :
- Lucifer, ange tutélaire de la république maçonnique > www
- 21 septembre 1792 : rappel de quelques vérités > www

2015-17. Yvette Guilbert : « Le voyage à Bethléem ».

Mardi 20 janvier 2015.

Yvette Guilbert par Toulouse-Lautrec

Yvette Guilbert, portrait par Henri de Toulouse-Lautrec.

Le nom d’Yvette Guilbert dit-il encore quelque chose à quelques uns d’entre vous, chers lecteurs ? Je l’espère !
Peut-être quelque Tartuffe trouvera-t-il incongru que je la cite aujourd’hui dans les pages de mon blogue, car – chanteuse et actrice – elle ne fut sans doute pas une sainte ni un pilier d’église (quoique je dispose de fort peu de renseignements sur sa vie), mais ce fut une grande dame de la chanson française : en nos temps de médiocrité et d’inculture, je ne dédaigne pas de rappeler, quand l’occasion s’en présente, ces personnes qui ont marqué la vie et la culture des générations qui nous ont précédés.
Cela nous aide aussi à prendre un peu de recul par rapport à la tristesse des temps présents…

Si donc j’évoque aujourd’hui Yvette Guilbert, c’est parce que ce 20 janvier 2015 marque le cent-cinquantième anniversaire de sa naissance : le 20 janvier 1865.

Yvette Guilbert ne fut pas que l’interprête de « Je suis pocharde »« Madame Arthur » et autres chansons légères : il en est une, dans son répertoire, qui est particulièrement poignante et qu’elle interprêta avec une intensité dramatique qui, aujourd’hui encore, ne nous laisse pas indifférents, avec son égrenage impitoyable des heures tandis que la Vierge Marie approche de son terme et, qu’avec Saint Joseph, elle voit se fermer l’une après l’autre les portes des hôtelleries : cette chanson s’intitule « Le voyage à Bethléem ».
Nous sommes encore – jusqu’au 2 février – dans le temps de la crèche, c’est pourquoi je ne résiste pas au plaisir de vous en recopier ci-dessous et les paroles et l’enregistrement.
Vous reconnaîtrez bien sûr la mélodie de l’un de nos plus anciens noël populaire : « Or nous dites, Marie », qui remonte au moins au XVe siècle et dont le thème a été souvent repris par les compositeurs et organistes de l’époque baroque.

Le mystère d’un Dieu rejeté, méconnu, qui se heurte à des coeurs fermés n’est pas le « privilège » des seuls habitants de Bethléem aux jours d’Hérode le Grand : il se répète cruellement à toutes les générations ; il se répète cruellement sous nos yeux, aujourd’hui même, et chez nous… 

En dépit donc des apparences, cette évocation du cent-cinquantième anniversaire de la naissance d’Yvette Guilbert, n’a rien d’une publication frivole : des ténèbres spirituelles étendent sur notre société crépusculaire une chape de désespérance et de malheurs bien plus noire que les ailes du plus noir corbeau, pendant que les portes des coeurs continuent à se fermer devant Jésus, l’unique Rédempteur, le seul capable de rendre à ce monde sa jeunesse et sa joie…
Puisse-t-Il, du moins, fortifier et soutenir par Sa grâce ceux qui veulent Lui rester fidèles, et renouveler à tout moment dans leurs coeurs la joie et l’espérance invincibles qui sont les conséquences de Son Incarnation : « Il est né le divin Enfant : sonnez, hautbois, résonnez souvent ! »

Lully.

Guirlande de sapin - gif

Nous voici dans la ville
Où naquit autrefois
Le roi le plus habile,
David, le Roi des Rois.
- « Allons, chère Marie,
Devers cet horloger :
C’est une hôtellerie,
Nous y pourrons loger. »
Il est six heures !

- « Mon cher monsieur, de grâce,
N’auriez-vous point chez vous
Quelque petite place,
Quelque chambre pour nous ? »
- « Vous perdez votre peine ;
Vous venez un peu tard :
Ma maison est trop pleine,
Cherchez quelqu’autre part ! »
Il est sept heures !

- « Passant à l’autre rue,
Laquelle est vis-à-vis,
Tout devant notre vue
J’aperçois un logis… »
- « Joseph, ton bras, de grâce,
Je ne puis plus marcher,
Je me trouve si lasse… »
- « Il faut pourtant chercher ! »
Il est huit heures !

- « Patron des « Trois Couronnes »
Auriez-vous logement
Chez vous pour deux personnes :
Quelque trou seulement ? »
- « J’ai noble compagnie
Dont j’aurai du profit.
Je hais la pauvrerie :
Allez-vous en d’ici ! »

- « Monsieur, je vous en prie
Pour l’amour du Bon Dieu,
Dans votre hôtellerie
Que nous ayons un lieu. »
- « Cherchez votre retraite
Autre part, charpentier !
Ma maison n’est point faite
Pour des gens de métier. »
Il est neuf heures !

- « Madame du « Cheval rouge »
De grâce logez-nous
Dans quelque petit bouge,
Dans quelque coin chez vous. »
- « Mais je n’ai point de place ;
Je suis couchée sans drap
Ce soir sur la paillasse,
Sans autre matelas. »

- « Oh ! Madame l’hôtesse, »
Crie la Vierge à genoux,
« Pitié pour ma détresse :
Recevez-moi chez vous ! »
- « Excusez ma pensée, madame,
Je ne la puis cacher :
Vous êtes avancée, madame,
Et prête d’accoucher… »
Il est onze heures !

Dans l’état déplorable
Où Joseph est réduit,
Il découvre une étable
Malgré la sombre nuit :
C’est la seule retraite
Offerte à son espoir,
Ainsi que le prophète
Avait su le prévoir.
Il est minuit !

Il est minuit !

Il est né le divin enfant :
Sonnez, hautbois ! résonnez, musettes !
Il est né le divin enfant :
Sonnez, hautbois ! résonnez souvent !
Depuis plus de quatre mille ans,
L’avaient annoncé les prophètes.
Il est né le petit enfant :
Jouez, hautbois, résonnez souvent !

Il est né le divin enfant :
Sonnez, hautbois ! résonnez musettes !
Il est né le divin enfant :
Sonnez, hautbois, résonnez souvent !
Noël ! Noël ! Noël ! Noël !

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Guirlande de sapin - gif

2015-11. Au Ciel, il n’y a pas de « malgré-nous »…

Jeudi 15 janvier 2015,
fête de Saint Paul, premier ermite.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je pense que la plupart d’entre vous savent qui l’on désigne sous l’expression de « malgré-nous » ; toutefois, pour le cas où quelques uns l’ignoreraient, je vais le redire : on désigne par cette expression de « malgré-nous » les Français d’Alsace et de Moselle qui, considérés par les autorités du troisième Reich comme Allemands, furent enrolés de force dans l’armée allemande au cours de la seconde guerre mondiale et furent contraints à combattre malgré eux avec les ennemis de la France.
Qu’on me permette aujourd’hui de reprendre la même expression pour vous entretenir de la question du salut éternel et du Ciel.

En nos temps de confusion et d’approximation, où l’émotion et le sentiment se substituent si souvent à la raison, et se substituent même aux vérités révélées dans l’esprit de certains chrétiens, il me paraît en effet important de rappeler que la chanson idiote de Monsieur Polnareff « on ira tous au paradis » non seulement n’est pas un dogme, mais qu’elle est aussi absolument contraire à l’enseignement de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Non ! tous les hommes n’iront pas au Paradis.
Car personne ne va au Ciel malgré lui.
Au Ciel, il n’y a pas de « malgré-nous » !

En conformité avec l’enseignement des Saintes Ecritures, les chrétiens doivent – c’est évident ! – avoir le désir du salut de tous, parce que c’est la volonté même de Dieu : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée II, 4).
Mais ce n’est pas parce que Dieu voudrait qu’il en soit ainsi qu’il en est ainsi dans les faits.
Et ce n’est pas parce que les chrétiens doivent eux aussi en avoir le désir ardent qu’ils doivent pour autant prendre leurs désirs pour la réalité.

Le Bon Dieu a fait aux hommes le don de la liberté, et Il respecte cette liberté qu’Il a donnée aux hommes, même lorsque ces hommes choisissent de se détourner de Lui…
Ce n’est pas parce qu’Il voudrait n’en perdre aucun, qu’il n’y a pas de damnés : Dieu n’impose pas Son salut à des personnes qui n’en veulent pas.

Personne ne va au Ciel malgré lui.
Au Ciel, il n’y a pas de « malgré-nous ».

Nous savons, bien sûr, qu’il y a un Saint Bon Larron. Et parce que Notre-Seigneur a promis à celui qui se tournait vers Lui in extremis en implorant Sa miséricorde qu’il serait avec Lui en paradis, nous espérons qu’à d’autres âmes, touchées par la grâce à la dernière seconde, seront aussi ouvertes les portes du salut.
Parce que le saint curé d’Ars a pu, divinement éclairé, affirmer à l’épouse d’un suicidé, tourmentée par la crainte que son mari ne fût damné, qu’entre le pont et l’eau il avait eu le temps de se repentir et de demander pardon, nous prions ardemment pour que la miséricorde du Coeur de Jésus se fraye un chemin dans le coeur de ceux qui franchissent le seuil terrible et mystérieux de la mort.
Parce que le Saint Evangile nous rapporte qu’il y aura des « ouvriers de la onzième heure », nous avons une ferme confiance dans la puissance infinie de la miséricorde du Maître de la vigne.
Mais tout cela nous montre aussi que la miséricorde de Dieu ne peut se déployer que si l’homme s’ouvre à elle et se repent de ses voies mauvaises.
C’est pour cela qu’il ne peut pas y avoir et qu’il n’y a pas au Ciel de « malgré-nous ».

Ceux qui auront refusé d’aimer et de servir Dieu, ceux qui auront méprisé le salut qu’Il leur offrait, s’ils ne se sont pas convertis, ne seront pas sauvés malgré eux, n’iront pas au Ciel malgré eux !

Un vrai chrétien a le devoir pressant de prier pour le salut des âmes ; un vrai chrétien a le devoir impérieux d’offrir des sacrifices et des pénitences unis à la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour obtenir la conversion et le salut des âmes ; un vrai chrétien doit témoigner de l’Evangile du salut par les exemples de sa vie – plus encore que par des paroles – afin d’inspirer à ceux qui le voient vivre le désir de connaître et d’aimer Dieu, afin de Lui gagner des âmes…
Mais un vrai chrétien est aussi sans illusion : l’enfer existe, l’enfer n’est pas vide, et il y a des hommes qui le préfèrent et qui en font le choix libre et responsable.

De quelque bonne volonté et de quelque zèle qu’ils soient animés pour le salut des âmes – de toutes les âmes – , les chrétiens ne peuvent néanmoins pas décider du salut de ces âmes à leur place : on n’impose pas le salut à des personnes qui n’en veulent pas !
Au Ciel, il n’y a pas de « malgré-nous » !

Pour aller au Ciel, il faut avoir un minimum d’amour de Dieu.
Et comment manifeste-t-on son amour pour Dieu ? En observant Ses commandements : « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : Seigneur ! Seigneur ! qui entreront dans le Royaume des cieux ; mais celui qui fait la volonté de Mon Père qui est aux cieux, celui-là entrera dans le Royaume des cieux » (Matth. VII, 21).

Celui donc qui, ayant eu la connaissance de la volonté de Dieu, n’en aura pas tenu compte ; celui qui aura agi dans sa vie en la tenant pour nulle, comme si elle n’existait pas ; celui qui l’aura méprisée ; celui qui se sera moqué des commandements de vie et des voies du salut révélés par Dieu, s’il ne se convertit pas et ne demande pas pardon, ne peut accéder au salut :  « Celui qui ne croira pas sera condamné » (Marc XVI, 16 b).
Au Ciel, il n’y a pas de « malgré-nous » !

C’est donc faire preuve d’une forme de faux zèle particulièrement contraire à l’enseignement des Saintes Ecritures, et c’est manquer totalement de respect pour la liberté d’autrui que de vouloir – à tout prix et à n’importe quel prix – envoyer pour l’éternité tenir compagnie au Bon Dieu et à ses saints, des personnes qui ont librement choisi ici-bas de ne pas L’aimer !

Oui, lorsque des personnes qui, sur cette terre, n’avaient absolument pas du tout envie d’aimer Dieu et de Le servir, passent de vie à trépas, il n’appartient à personne ici-bas de décréter de son propre chef que ces personnes sont allées au Ciel !
Pourquoi ces chrétiens-là – fussent-ils prêtres ou évêques – ne veulent-ils pas respecter la liberté de ces personnes et voudraient-ils leur infliger de passer toute leur éternité avec le Bon Dieu qu’elles avaient librement choisi de ne pas aimer et de ne pas servir ?

Que ceux qui prétendent servir Dieu se gardent donc bien de dire, si Dieu ne le fait pas Lui-même savoir (par une révélation spéciale ou par un acte solennel du magistère de Son Eglise) que tel ou tel est au Ciel ou qu’il est en enfer…
Cela, c’est le mystère de Dieu : et, sur ce point en particulier, Dieu ne nous doit rien.
Dire « tel homme est au ciel » ou « tel autre est en enfer », si Dieu ne l’a pas Lui-même fait savoir, c’est se placer au-dessus de Dieu et présumer gravement de Ses jugements insondables qui n’appartiennent qu’à Lui.

Lully.

Publications connexes :
– Le petit nombre des sauvés (Saint Augustin) > www
- Sermon de Saint Augustin sur le bon Larron > www
- Au sujet de l’enfer : « Personne n’en est jamais revenu… » > www
– Bande dessinée « les autruches » > www

H. Memling triptyque du jugement dernier

Hans Memling : triptyque du jugement

2015-10. Métaphysique des voeux (6ème partie).

6ème partie :
Le problème serait-il insoluble ?
Peut-on « souhaiter la bonne année » en vérité ?

frise

Lully au parapluie rouge

Mercredi 14 janvier 2015,
Fête de Saint Hilaire de Poitiers
(cf. la catéchèse que Sa Sainteté le Pape Benoît XVI lui a consacrée > www).

Nous avons achevé hier l’octave de l’Epiphanie, et ce jour – 14 janvier dans le calendrier grégorien – se trouve être le 1er janvier selon le calendrier julien : quelle bonne occasion de continuer nos questionnements et réflexions dans cette « métaphysique des voeux » à laquelle je vous ai invités depuis une dizaine de jours !

Nous l’avons vu, même si la formule est bien séduisante, souhaiter à quelqu’un « le meilleur » peut avoir des conséquences, insoupçonnées au premier abord, qui pourraient se révéler en réalité tout autre chose que le meilleur, tant pour cette personne elle-même que pour un certain nombre d’autres par contre-coup.

Souhaiter à quelqu’un que tous ses projets se réalisent peut également être dangereux : je ne peux pas être certain, en effet, que tous ses projets soient honnêtes et bons !

Alors présenterai-je mes voeux en disant : « Je vous souhaite une bonne année mais, ce faisant,  je souhaite que seuls vos projets généreux, bons et honnêtes se réalisent » ?
Ce pourrait être amusant, en effet, parce que mon interlocuteur ferait probablement une drôle de bouille ; mais il se demanderait sans aucun doute si je ne suis pas en train de le soupçonner de nourrir quelque projet malveillant, et il pourrait finalement assez mal le prendre, puis me faire la tête pour toute l’année à venir (au moins).

D’ailleurs qui détermine ce qui est généreux, bon et honnête ?
En l’occurrence, c’est la conscience (ou peut-être simplement l’habitude) de celui qui formule les voeux : nos voeux sont dépendants de notre conception personnelle du bien et du mal.
Du coup cela ne revient-il pas à dire à l’autre – je l’avais déjà évoqué – : « Je vous présente mes meilleurs voeux, c’est-à-dire que je souhaite que ma propre vision du bien s’accomplisse dans votre vie » ? Bien sûr, c’est comme si l’on disait : « Je vous souhaite que mes voeux soient exaucés », ou bien : « Bonne année : que tous mes projets vous concernant se réalisent » !

Cela sonne de curieuse manière, je n’en disconviens pas, et je ne suis pas du tout sûr que celui auquel je m’adresse en ces termes en éprouve beaucoup de plaisir.

Bon ! Alors cherchons un compromis : « Bonne année ! Je souhaite que tu souhaites les mêmes choses que moi, de sorte que je puisse te souhaiter – sans arrière-pensée et du plus profond du coeur – que tous tes souhaits, ainsi conformes aux miens, puissent s’accomplir ! »
Pourquoi me dites-vous que c’est trop compliqué ?
Ceci vous conviendrait-il davantage : « Je te souhaite de vouloir ce que je veux qui est la seule façon pour moi de souhaiter que tes voeux se réalisent… » ?
Ah ! Cela ne vous semble pas très élégant et manifester surtout de l’égocentrisme… Cependant n’est-ce pas tellement proche de la réalité cachée ?

Si, en outre, on veut souhaiter « le meilleur » à un grand nombre de personnes, on arrive fatalement aussi à un grand nombre de situations conflictuelles.
En effet, on ne peut pas, sans contradiction, souhaiter à tout le monde la réalisation de tous ses voeux puisque ce qui est bon pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre, et puisque, même à de très petites échelles, la société humaine est tissée d’une incroyable complexité de compétitions, rivalités, intérêts divergents, aspirations contraires… etc.

Problème insoluble ?
Que faire ? Que dire ?
Ne pourrait-on pas, malgré tout, imaginer que tous les hommes s’accordent sur des vœux, désirables par tous et bons pour tous ?
Cela pourrait donner quelque chose comme : « Je te souhaite que tes souhaits humanistes, universels et valables pour le bien de tous les êtres humains, se réalisent ».

Je ne sais pas si, pour ce qui vous concerne, vous vous voyez prononcer de semblables formules aux personnes que vous rencontrez dans la rue au matin des premiers jours de l’année, sur le marché ou en arrivant au bureau…
Non seulement cela fait un peu pompeux ; mais en outre cela peut donner l’impression que l’on veut donner des leçons.

Et puis, c’est tout de même bien vague : qu’est-ce qui, dans les faits, est universellement souhaitable ?

Beaucoup diraient spontanément que ce n’est quand même pas difficile à trouver : la paix internationale ; la fin de tous les conflits sociaux ; la cessation des famines ; la sortie de la crise économique ; la solution au chômage ; la justice universelle ; la résolution des épidémies ; l’équilibre écologique… etc.

Ben, voyons !
Si c’était vraiment facile, comment donc se fait-il que ce ne soit pas encore réalisé ?
Des années et des années se sont succédées, constituant des siècles et des millénaires : chacune a commencé par un jour de l’an ; chacune a apporté son sympathique cortège de vœux ; chacune a vu l’envoi d’une multitude de jolies cartes avec de belles paroles de ce style ; chacune a eu droit à sa ribambelle de « meilleurs voeux »
Et pas seulement des voeux privés : des voeux officiels, émis de la manière la plus sérieuse et la plus solennelle à tous les échelons de l’Etat…
Et aussi des voeux très officiels entre Etats, présentés par des services diplomatiques, cabinets ministériels et autres services d’ambassades tous plus sérieux, tous plus sincères, tous plus urbains les uns que les autres. De chefs d’Etat à chefs d’Etat, de Présidents à Rois, d’Altesses à Chanceliers, de Sérénissimes à Excellences, de directeurs à commandants, de Saintetés à Béatitudes… Tous ces vœux ! Exprimés en un langage si beau, en un discours porteur de tant de promesses, en une langue se référant à tant de valeurs humanistes : une langue faite d’un bois tellement pourri que tout cela n’est plus qu’insignifiance !
Un vrai feu d’artifice mondial de fumée : « Vanité des vanités, disait l’Ecclésiaste ; vanité des vanités, et tout est vanité » (Eccl. I, 2).

Nous découragerons-nous ?
Allons ! Essayons encore…
En prenant du recul (ou de l’altitude), n’est-il pas envisageable de dire : « je vous souhaite une année de réflexion et de questionnement » ?
Cela vous semble trop pédant ?
Alors plutôt peut-être : « Je vous souhaite les vrais accomplissements de ce qu’il y a de plus spirituel dans vos vies » ?
Ah ! Vous trouvez que ça fait trop « curé »…
Certes en entendant de tels voeux, votre voisine de palier risque 1) de se demander si vous n’êtes pas entré dans une secte et 2) d’oublier de vous tendre la boite de chocolats qu’elle avait pourtant dans les mains  !

« Je vous souhaite une année d’intensité en tout ce que vous entreprendrez… »
Trop « marketing » !…
« Que cette année soit pleine de beauté profonde et d’expériences d’authenticité… »
Un peu « new age »…
Et ceci : « Que l’aventure soit au rendez-vous de chacun des jours de cette nouvelle année » ?
Oui, je sais, ce n’est peut-être pas le plus adapté pour vos vieux oncles et tantes perclus de rhumatismes qui ne se sentent plus l’âme et l’entrain d’Indiana Jones…

Que faut-il faire alors ?
Se contenter du très très très usé : « Bonne année ! Bonne santé ! » ?
Mais certaines personnes peuvent se révéler très dangereuses en bonne santé : un menteur – pour ne prendre qu’un seul exemple – répand ses mensonges avec bien plus d’assurance et de force de persuasion quand il est au mieux de sa forme !
C’est là toute la problématique du « bon couteau » soulevée par Platon. Un « bon couteau » est celui qui coupe bien, voire très bien. Néanmoins, dans la main d’un assassin, quel est vraiment le « bon couteau » : celui qui coupe ou bien celui qui ne coupe pas – à savoir un mauvais, voire très mauvais couteau – ?

Alors ? S’abstenir de présenter ses vœux ?
Passer son tour et attendre l’année prochaine ?

Mais le problème se représentera tel quel dans un an… et il faudra bien recommencer, tout comme l’année recommence.
Année nouvelle et nouvelle avalanche de vœux pieux sans effets réels ?
Problème sans solution ?
Laisserons-nous tomber ?

Non ! Il doit tout de même bien exister un moyen d’offrir des voeux qui soient vraiment positifs, ni trop vagues ni trop étroits, ni trop généraux ni banals, ni pédants ni cucul la praline !!!

pattes de chatLully.

(à suivre)

bonne année chats

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 14 janvier, 2015 |1 Commentaire »

2015-9. Liberté de pensée, liberté d’expression…

Je suis Lully !

Patte de chat

Parce qu’un unique chat qui prend du recul
et qui réfléchit dans le silence,
sera toujours infiniment au-dessus
d’une foule de moutons de Panurge qui bêlent !

Patte de chat

Lully Hebdo

lys2.gif

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 12 janvier, 2015 |9 Commentaires »

2015-8. Métaphysique des voeux (5ème partie).

5ème partie :
Souhaiter du bien… Oui, mais de quel bien s’agit-il ?
Le bien tel que je le conçois ?
Le bien tel que l’autre le conçoit ?
Ou un bien véritablement objectif ?

frise

Jeudi 8 janvier 2015.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

J’avais bien prévu que les précédents paragraphes de ma « métaphysique des voeux » laisseraient indifférent un grand nombre de lecteurs (ou de « renonçants-à-lire ») qui ne verraient dans mes questions que les vaines arguties d’un chat qu’ils jugent trop oisif, mais j’étais loin d’imaginer que, chez certaines autres personnes, mes réflexions susciteraient des réactions si vives que ces personnes en arriveraient alors à éprouver le besoin de se justifier.
Faut-il en conclure que j’ai posé la griffe sur un endroit particulièrement sensible ?

Nonobstant l’indifférence des uns et les susceptibilités des autres, j’irai jusqu’au bout de mon questionnement, quelque dérangeant qu’il puisse paraître.
Je pense même d’autant plus devoir le poursuivre qu’il peut davantage bousculer et déranger.

Maître-Chat Lully 6 janvier 2015

- « Je vous assure, cher Lully, que lorsque j’adresse mes voeux à quelqu’un, ils sont sincères ! »

- Certes ! Mais même lorsqu’ils sont « sincères », les vœux n’en sont pas moins ambigus.

D’abord parce que la sincérité des sentiments ou des convictions d’une personne n’est absolument pas l’assurance que ces sentiments et ces convictions sont justes et bons.
Dans l’usage courant, l’adjectif sincère semble chargé d’une valeur morale, puisqu’il sert à exprimer « ce qui est réellement pensé ou senti ». Mais Don José était vraiment « sincère » dans son amour pour Carmen et c’est justement cela qui l’a poussé à la poignarder !
Je prendrai même un exemple extrême : Hitler, de toute évidence, était absolument « sincère » dans la profession de ses théories politiques et sociales ; cela ne les rend pas bonnes pour autant !
On peut être « sincère » et monstrueux : l’actualité nous en fournit tous les jours de tristes exemples. La sincérité est subjective ; ce qui est pensé ou exprimé par la personne « sincère » n’est pas, par le fait même de cette « sincérité », rendu conforme au bien véritable, à la vérité et à la justice !
Des vœux, aussi « sincères » qu’ils puissent être, n’en sont donc pas pour autant exemptés de certaines illusions ou de l’erreur.

- « Je forme des vœux pour que TU… », ou bien «  Je VOUS souhaite… »

Si l’on est bien attentif à ces formules, le voeu n’est pas seulement l’expression d’un désir ; c’est plus complexe que l’apparence ne veut bien le laisser paraître.

Un vœu est ce que l’on déclare souhaiter pour autrui. Ce n’est pas seulement « je souhaite » mais c’est « je TE souhaite… ».
Le vœu exprime des souhaits que l’on peut qualifier de « transitifs ». Souhaits transitifs, c’est-à-dire qu’ils expriment que le sujet prend la personne à laquelle il s’adresse comme objet de ses souhaits. On ne souhaite pas seulement à quelqu’un d’autre, mais on souhaite pour quelqu’un d’autre : lorsque je TE souhaite, cela signifie que, d’une certaine manière, MA propre volonté se substitue à la tienne pour exprimer le bien qu’il ME semble à MOI être désirable pour toi.
Cela peut arriver au point que certains, dans leur assurance de savoir quasi mieux que leur interlocuteur ce qui est bon pour lui, souhaitent
A LA PLACE de l’autre ou en son nom.
Je pense à tel parent, tel éducateur, tel responsable… etc. qui, à l’occasion de la nouvelle année – et parce qu’ils estiment que leur enfant, leur élève ou leur subordonné ne correspond pas à ce qu’ils pensent « être en droit d’en attendre » – , diront : « je te souhaite de te ressaisir », « je te souhaite d’être meilleur en ceci ou en cela », voire « je te souhaite de prendre ton travail au sérieux » …etc. Cette forme de vœu est supposée faire réagir l’autre, « pour son bien », mais elle est très humiliante en raison de tout le jugement négatif dont elle est chargée !

Le vœu, dans la conscience de celui qui le formule, exprime le désir de voir se réaliser « le meilleur » pour l’autre.
Vous me direz peut-être que cela correspond à la définition de l’amitié posée par Aristote : l’ami désire du bien à son ami en vue de cet ami même (Ethique à Nicomaque, livre VIII, ch. 9 et 10).
A priori les vœux entre des personnes unies par l’amour ou l’amitié sont chargés de cette volonté du « meilleur » pour l’autre.

J’ai bien écrit « a priori » parce que, en réalité, dans les faits, comment puis-je être certain que ce qui ME – c’est-à-dire à moi qui le lui souhaite – semble « le meilleur » pour mon ami, soit vraiment bien et bon pour lui, soit ce qui objectivement puisse lui arriver de mieux, soit en vérité « le meilleur » ?

Ce « bien », ce « mieux », ce « meilleur », est-ce d’après moi ou d’après lui ?
Est-ce : « je souhaite que ce qui ME semble le meilleur pour toi se réalise, même si tu ne l’envisages pas de la même manière que moi, voire malgré toi » ? Ou bien : « je souhaite que ce qui TE semble le meilleur s’accomplisse, même si cela ne me paraît pas, à moi qui te le souhaite, ce qui te conviendrait le mieux » ?

Et même si je forme des vœux pour que les désirs, projets, volontés de l’autre se réalisent d’une manière totalement indépendante de mon propre ressenti au sujet de ces désirs, projets et volontés, comment puis-je être absolument certain que mon interlocuteur veut des bonnes choses, ne veut que des bonnes choses, ne poursuit que de louables desseins, est irréprochable dans les projets qu’il entreprend ?

Même si ma vision de ce qui semble « le meilleur » pour mon ami coïncide parfaitement à ce qui lui semble aussi « le meilleur », nous restons malgré tout dans une perception subjective du bien souhaité : pouvons-nous être certains que ce soit aussi objectivement « le meilleur » ?

Il y a, en effet, des cas où ce qui semble le meilleur pour un individu donné peut être une catastrophe pour un ou plusieurs autres.
Prenons encore un exemple : si je te souhaite une promotion au travail, cela semble sans doute le meilleur pour toi parce que cela améliorera ton quotidien et celui de ta famille. Mais si cette promotion fait que, du même coup, l’un de tes collègues – plus méritant que toi ou plus ancien dans la boite – ne bénéficie pas d’une augmentation de salaire et que cela nuise à sa vie de famille ou aux études de ses enfants, puis-je être certain que je t’ai vraiment souhaité « le meilleur » ? ou si cette amélioration de ton salaire fait que tu vas profiter de cette aisance matérielle pour acheter des choses nuisibles à ta santé – physique ou morale – et progressivement détruire ton foyer, t’aurais-je vraiment souhaité « le meilleur » lorsque je t’aurais souhaité cette réussite professionnelle ?

Allons plus loin encore : présenter des vœux de réussite à un candidat – qui est mon ami – à un poste politique, semblera peut-être le meilleur pour lui, qui verra sa carrière décoller, mais si ce succès aux élections a pour conséquence une gestion désastreuse (même sans mauvaise volonté) du bien public, ce qui semblait le meilleur pour lui sera loin d’être le meilleur pour la collectivité !

Et si je connais deux personnes, pour lesquelles j’ai une estime égale en raison de leur heureux caractère et de leurs réelles qualités, qui se présentent l’une contre l’autre à la même élection, ce « meilleur » que je souhaite à l’un au début de l’année sera-t-il l’éviction de son concurrent auquel je présente également mes « meilleurs voeux » ?

On pourrait multiplier les exemples à l’infini…

Les questions que je pose sont donc celles-ci : les vœux ne seraient-ils pas une façon de suggérer ou d’imposer à l’autre ma propre vision du bien ? Et qu’est-ce qui me garantit que le bien que je souhaite à la personne pour laquelle j’ai de l’estime, ou le bien que lui-même souhaite sont finalement un véritable bien, dans l’absolu et pour tous, et dans toutes leurs conséquences ?

Patte de chat Lully.

(à suivre > ici)

carte de voeux vintage avec chats dans la neige

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 8 janvier, 2015 |4 Commentaires »

2015-6. Métaphysique des voeux (4ème partie)

4ème partie :
Les chats et les philosophes ont vraiment l’art de poser des questions qui dérangent…

frise

Lully le vigilant

Lully, le vigilant poseur de questions dérangeantes.

Dimanche 4 janvier 2015,
Fête du Très Saint Nom de Jésus
[si ce n’était pas un dimanche on célèbrerait la fête de Sainte Angèle de Foligno – cf. > www].

Les approfondissements que je publie ici, je le sais, demandent un certain effort d’attention, de concentration et de réflexion à mes lecteurs ; ils peuvent faire penser à certains que je coupe les cheveux de puce en quatre ; ils risquent aussi d’être mal compris par d’autres, comme en témoignent quelques messages que j’ai reçus, me disant en résumé : « Ainsi donc, Lully, vous êtes contre les vœux du nouvel an ? »

Dois-je donc préciser que je ne suis pas « contre les vœux du nouvel an », mais que j’ai essayé d’engager une « démarche métaphysique » à leur sujet.
La métaphysique est une partie de la philosophie qui recherche les causes, les premiers principes de l’univers, de la nature, de la connaissance, des actions humaines… etc. Elle s’efforce d’aller au-delà des apparences pour tenter de trouver et de comprendre la réalité cachée.

En publiant ici mes propres réflexions, inspirées par mes observations du monde des hommes, je sais très bien que je peux déranger ceux qui préfèrent justement ne pas se poser de questions et suivre le mouvement sans état d’âme, puisque « tout le monde fait comme ça », puisque « c’est la tradition », et puisque « il ne faut pas se singulariser », …etc.
Or justement les chats et les philosophes n’aiment pas, ne savent pas « faire comme tout le monde » juste pour « faire comme tout le monde » ou « parce que c’est la tradition » s’ils n’ont pas compris les raisons de cette tradition. Ils aiment comprendre le « pourquoi ? » et les « pour quoi ? » de leurs actes.
En cela ils sont plutôt du genre « poil à gratter » ; ils dérangent ; ils suscitent des démangeaisons intellectuelles ou spirituelles.
Ont-ils tort toutefois d’estimer que celui qui ne réfléchit pas au sens des gestes qu’il pose n’est pas un homme mais un mouton de Panurge ?
Les chats et les philosophes ont aussi la certitude qu’un usage vénérable gagne toujours à être mieux compris, et qu’une tradition tire toujours un grand profit à être pratiquée avec intelligence.

« Meilleurs voeux ! », « Bonne année et bonne santé ! », « Que cette année te soit favorable, à toi et à tous les tiens ! », « Je te souhaite ce qu’il y a de meilleur ! »« Je souhaite que tous vos projets se réalisent ! », « Que cette nouvelle année permette l’accomplissement de vos plus chers désirs ! »,  … etc.
Les formules sont multiples, et, comme je l’écrivais en tout début de la première partie de ces réflexions, elles sont un moyen évident de resserrer certains liens qui, sinon, auraient tendance à se distendre : les voeux de « bonne année » permettent de renouer des contacts, ils témoignent d’une forme de sollicitude, ils constituent aussi un moyen de dire à celui auquel on les adresse : « Même si je ne donne pas toujours de mes nouvelles, tu comptes toujours pour moi et j’espère que toi non plus tu ne m’as pas oublié… »

Tout cela est vrai, mais en l’énonçant je n’ai toutefois pas répondu à la question fondamentale : j’ai énuméré une partie des motifs ou des effets de ces voeux, je n’ai toujours pas dit ce qu’ils sont.

Que sont fondamentalement « les vœux de nouvel an » ?
Quel est leur sens profond ? 

« Je présente mes voeux à mes proches et à ceux que j’aime pour leur témoigner de mon affection ».
- Je l’entends bien, et je ne remets pas en cause la sincérité de votre amitié ou la profondeur de votre affection. Mais il existe de nombreux autres moyens de manifester son attention, sa sollicitude et son affection à quelqu’un, alors pourquoi choisir justement le voeu ? On peut témoigner de son amitié par des gestes ; certains regards parfois en disent bien plus long que les paroles.

Serait-ce donc que le fait de formuler quelque chose de bon, sous forme de souhait ou de voeu, ajouterait quelque chose de plus à l’affection ?
Ou bien, n’y aurait-il pas l’idée, plus ou moins consciente, que cette formulation peut influer sur le cours des événements à venir ?
Est-ce que le fait d’énoncer un voeu peut éloigner le mal de la personne pour laquelle on le prononce ?
Est-ce que que le fait de souhaiter du bien à quelqu’un fera que ce bien se produira ?
Ne sommes-nous pas alors dans une sorte de démarche « magique » ? Le voeu serait-il une formule de conjuration de ce que les anciens romains nommaient le « fatum » : la fatalité, le destin ?

Les mots humains influraient-ils donc sur les évènements à venir ?
La formulation d’un vœu peut-elle changer quelque chose au devenir de la personne pour laquelle on le profère ?
Si je crois que cela peut avoir une influence, je suis cohérent en émettant des voeux ; mais si, comme me l’a écrit quelqu’un, « on sait bien que ça ne change pas grand chose », même si « c’est malgré tout agréable à entendre », pourquoi formulerai-je des voeux en sachant pertinemment qu’ils sont inefficaces et n’auront aucun effet positif en faveur de ceux que j’aime ?
N’est-ce pas alors pratiquer une forme de tromperie ou de mensonge ?
Si celui pour lequel je prononce des voeux est lui aussi convaincu que « ça ne change pas grand chose, mais c’est toujours agréable à entendre », quelle utilité y a-t-il à cette formulation de voeux qui ressemble à un jeu de dupes dont personne n’est dupe, puisque ni l’émetteur ni le récepteur n’y croient ?

S’il s’agit juste de faire entendre quelque chose d’« agréable », pourquoi alors choisir le moyen du voeu, dont on est certain qu’il « ne changera rien » ?
On pourrait plutôt, dans ce cas, formuler un tas d’autres choses tout aussi « agréables à entendre », comme le sont par exemple : « J’aime votre compagnie », ou « Je te trouve très beau », ou encore « Ton intelligence me ravit », ou bien « Je trouve que vous êtes une personne exceptionnelle », ou tout simplement « Je vous aime ».
Les idées ne manquent pas en ce domaine : quand on partage quelque chose de fort et de beau avec quelqu’un on n’a pas vraiment besoin de « voeux » pour lui manifester son affection, sa tendresse, sa sollicitude, on dipose d’un tas de mots, d’expressions, de gestes et d’attitudes pour le lui signifier…

C’est pourquoi, j’en reviens toujours à mes questions : pourquoi le voeu ? à quoi sert-il vraiment ?
Je le confesse : en vous titillant de la sorte, pour vous obliger à réfléchir et à vous interroger sur votre coutume des voeux du nouvel an, je joue un peu de la même manière que je le fais lorsque j’ai attrapé une souris…

pattes de chatLully.

(à suivre, ici > 5ème partie)

chat et souris de noël

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 4 janvier, 2015 |5 Commentaires »

2015-5. Métaphysique des voeux (3ème partie).

3ème partie :
De nouveaux rites pour conjurer la peur ou l’angoisse
suscitées par la perspective du cycle inconnu qui commence…

frise

Maître-Chat Lully au divan

Maître-Chat Lully scrutateur et analyste des agirs humains.

Samedi 3 janvier 2015,
fête de Sainte Geneviève (cf. > www).

Je concluais la deuxième partie de mes réflexions (ici > www) en évoquant l’instant fugace où la jonction de deux cycles rend plus présents à la conscience le passé et l’avenir.
Or il se trouve que pour certains, cette quasi obligation de réfléchir suscitée par cet instant produit une espèce de peur, voire d’angoisse.

Dans notre société sécularisée, dans ce monde devenu anti-chrétien dont les meneurs nient, combattent et veulent effacer jusqu’au souvenir des racines chrétiennes de notre civilisation, la période des célébrations de la Nativité du Sauveur a été renommée « fêtes de fin d’année ».
Le laïcisme militant, au travers des expressions qu’il impose, révèle quelque chose de bien profond.

Pour la Chrétienté vivante, Noël portait en ses deux syllabes l’évocation de la vie nouvelle accueillie et reçue, révélée et communiquée, car le mot Noël vient du mot latin « natalis » qui veut dire « naissance » : la naissance du Verbe de Dieu incarné venu nous arracher à la mort spirituelle.

Pour la Chrétienté vivante, le chiffre huit porte en lui une notion de plénitude et d’accomplissement.
C’est pourquoi, aux siècles de foi, la fête de Noël durait bien concrètement huit jours : l’octave de la Nativité. Un octave qui n’était pas seulement célébré par des moines coupés du peuple par les murs épais de leurs cloîtres et de leurs abbayes, mais célébré par toute la société civile et dans toutes les couches de la population.
Quand arrivait le huitième jour après la naissance de l’Enfant, jour où Il avait été circoncis en application des rites de la Loi de Moïse, la plénitude du mystère de cette naissance était révélée : ce n’est pas simplement d’une joie naturelle que nous réjouit cette naissance, c’est parce qu’elle est le prélude nécessaire à notre Rédemption et en constitue en quelque sorte les arrhes.
Le sang versé par le Fils de Dieu incarné lors de Sa Circoncision annonce celui qu’Il répandra en abondance dans Sa Passion : dès le huitième jour, en Se soumettant aux rites de la Loi judaïque et en recevant le nom de Jésus – qui signifie « Dieu sauve » – , au moment-même où sont répandues les premières gouttes de Son sang, la clef de compréhension de tout le mystère du Salut de l’humanité nous est livrée.
Sans nul doute est-ce la raison profonde, la raison théologique, qui a fait que l’Eglise a préféré que l’année commençât au jour où s’accomplit l’Octave de la Nativité plutôt qu’au jour de Noël, au jour de la Circoncision plutôt qu’au jour de la Naissance : nous sommes désormais dans le temps de la Rédemption, le temps où notre rachat a été accompli par le Sang versé ; nous sommes dans le temps de la grâce.
Voilà pourquoi encore, aux siècles de foi, l’année était appelée « an de grâce » ou « an du salut ». Le calendrier hérité de la Chrétienté vivante est profondément théologique : on comprend sans peine que la révolution anti-chrétienne ait voulu l’abolir.
Mais aujourd’hui qui s’en souvient encore ?
Même les clercs de nos temps de décadence, aveuglés par le naturalisme, ont perdu la compréhension du mystère du huitième jour après la naissance, et ne veulent plus de la fête de la Circoncision au 1er janvier !

J’ai fait, semble-t-il, une longue digression, mais en réalité ce n’en est pas une ; ce développement était nécessaire pour comprendre en vérité le sens de ce que je vous écrivais lorsque, ci-dessus, j’évoquais les changements sémantiques accomplis par la sécularisation et le laïcisme.

On ne veut plus parler des « fêtes de la Nativité » ; on veut Noël sans la Naissance du Fils de Dieu ; on veut substituer des « fêtes de fin d’année » aux fêtes par lesquelles l’Eglise célèbre le commencement de l’oeuvre rédemptrice : à la célébration du commencement du Salut, le monde oppose celle de la fin de l’année.
A la Naissance salvatrice présentée par l’Eglise, le monde oppose la vision de la mort que figure toute fin de cycle.
Oui, le changement du nom de cette période révèle quelque chose de bien profond !

Aux âges de foi, aux temps de la Chrétienté vivante, quand arrivaient les dernières heures de l’année les fidèles prenaient du temps pour le recueillement et la prière : ils demandaient à Dieu pardon pour les fautes qu’ils avaient commises durant l’année écoulée, et ils Le remerciaient des grâces qu’Il leur avait octroyées dans le même temps, afin d’entrer avec un coeur renouvelé dans le nouvel an et de poursuivre le travail de leur sanctification, en marche vers le Royaume des Cieux.
Pas d’excitation ni de vacarme, mais l’intériorité et la sérénité de l’authentique vie spirituelle, dans la tranquille simplicité du rapport de l’enfant à son père.
La fête extérieure, car on ne boudait pas la fête, n’était que le débordement du trop plein de l’âme ; elle en gardait la sobriété et la mesure ; elle n’avait pas besoin de recourir à des artifices, ni à une surabondance de subterfuges superficiels et de biens de consommation.

L’éviction de la foi et la lutte contre les mœurs chrétiennes s’accompagnent d’un retour aux usages païens.
A la tranquille espérance chrétienne reviennent se substituer les incertitudes et les angoisses existentielles des vieux paganismes.

Le rite néo-païen qui consiste à attendre l’heure de minuit, à la jonction du 31 décembre et du 1er janvier, afin de se souhaiter, à ce moment précis, une « bonne année », en se congratulant, s’embrassant, se témoignant de l’affection et en manifestant bruyamment une chaleur humaine sensible, ne peut-il pas être perçu comme une manière de conjurer la peur de l’inconnu ?
Toute année nouvelle, en effet, à l’instant précis où elle s’ouvre ne donne-t-elle pas à celui dont le coeur n’est pas habité par l’espérance chrétienne l’impression d’un abîme vertigineux ? Une sorte de grand vide qu’il faut vite combler – d’une manière ou d’une autre – pour échapper à l’inquiétude qu’il fait naître.

Les danses étourdissantes, les bruyantes accolades, les boissons et l’ivresse dont elles sont la cause, l’abondance des mets et la satiété qu’elle engendre, la joie que l’on s’impose de manifester au risque de forcer la note, ne constituent-ils pas eux aussi des sortes de rites destinés à masquer pendant un moment quelque réalité à laquelle on voudrait échapper ?

Les pétards et les feux d’artifice ne sont-ils pas les formes contemporaines de ces feux purificateurs dont les sociétés les plus archaïques avaient déjà l’usage, et n’évoquent-ils pas le vacarme des anciennes lupercales, saturnales ou bacchanales dont les codes, venus du fond des âges, procédaient tout à la fois de rites de protection, de rites de purification, de rites de fécondité, de rites permettant pour un laps de temps l’exutoire de tout l’incontrôlable qui couve dans le cœur de l’homme, et finalement de l’appel à quelque chose de nouveau, craint et désiré en même temps ?

Et les vœux dans tout cela ?
Quel est leur rôle ? De quoi procèdent-ils ?
Ne sont-ils qu’une sympathique coutume sociale, où sont-ils les révélateurs d’autre chose ?
Si, pour enfin me pencher sur la « métaphysique des voeux » j’ai dû longuement m’attarder – au risque de donner l’impression de m’y perdre – sur le contexte dans lequel ils sont émis, je ne les oublie pas : ils feront bien l’objet de la suite de mon propos.

Lully.

(à suivre, ici > www)

fête de fin d'année

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs |on 3 janvier, 2015 |1 Commentaire »
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