Archive pour la catégorie 'Commentaires d’actualité & humeurs'

2021-71. Quelques réflexions à cœur ouvert sur le thème de la vocation (2ème partie), où l’on évoque les scandales provoqués par les mauvaises mœurs de certains ecclésiastiques.

30 novembre 2021,
Fête de Saint André le Protoclite, apôtre et martyr.

appel de St Pierre et St André

Appel définitif des Saints André et Simon-Pierre

Veníte post me, et fáciam vos fíeri piscatóres hóminum.
Venez à Ma suite, et Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. 

Il y a déjà de longs mois (cf. > ici), j’avais publié une première série de réflexions relatives à la question de la vocation – sacerdotale ou religieuse -, dans lesquelles j’avais insisté sur la distinction entre « l’attrait spirituel personnel » pour un état de vie particulier, et « la vocation » à strictement parler.
J’ai conscience que cette distinction présente des subtilités qui, malheureusement, échappent à bien des personnes, même dans la Sainte Eglise, et même parmi les clercs eux-mêmes, tant la formation reçue par une majorité de prêtres (et même d’évêques, puisque ceux-ci sont choisis parmi les prêtres) dans les séminaires autres que ceux qui ont gardé l’enseignement traditionnel, est d’une affligeantissime indigence intellectuelle et spirituelle.
Cela étant dit, je vous invite à lire ou à relire ce que j’écrivais alors et à y bien réfléchir (cf. > ici).

Les scandales liés aux problèmes de mœurs de certains membres du clergé catholique, qui ont été encore récemment mis en évidence, soit pour ce qui concerne les affaires de pédocriminalité, comme on les nomme aujourd’hui, soit pour ce qui concerne la révélation de relations amoureuses et sexuelles de tel ou tel ecclésiastique avec quelque autre « adulte consentant », font rarement, sauf là encore dans des organes de presse liés au mouvement traditionnel, l’objet d’analyses de fond.
L’attitude adoptée officiellement par la conférence des évêques et par la conférence des religieux manque singulièrement et de bon sens et d’esprit surnaturel.
Derrière les discours et les actes supposés exprimer une forme d’amende honorable et de pénitence, posés ces dernières semaines, on n’a pas du tout l’impression que se trouvent les véritables remises en question nécessaires, qui ne sont pas et ne pourront jamais être celles préconisées par un rapport présidé par un ami des Loges maçonniques (et grassement financé par les catholiques naïfs qui donnent encore au « denier de l’Eglise »), ni celles de ces pitoyables féministes modernichones auxquelles les médias se plaisent à donner audience alors qu’elles ne représentent pas grand chose, sinon leurs frustrations, la pauvreté de leur formation intellectuelle et spirituelle, leur manque de foi et leur fatuité.

A propos de l’attitude officielle de NN.SS. les Evêques définie lors de leur dernière assemblée plénière à Lourdes, au début de ce mois de novembre 2021, permettez-moi de vous livrer les réflexions que j’ai écrites « à chaud » après cette lamentable prise de parole de Son Excellence Monseigneur l’archevêque de Reims qui a reconnu une « responsabilité institutionnelle » dans les crimes et horreurs perpétrés par les clercs pédérastes :
« Qu’est ce donc qu’une « responsabilité institutionnelle » ???
Pour ce qui me concerne je ne reconnais en aucune manière que c’est l’Eglise qui est « responsable » !
Les coupables et les responsables sont certains prêtres, certains évêques, certains laïcs grenouillant dans le milieu ecclésiastique qui ont été infidèles aux exigences de leur vocation, ont commis des abus, se sont livrés à des choses condamnées par les commandements de Dieu (les 6ème et 9ème en particulier, puis le 8ème et le 5ème), se sont montrés complaisants envers les coupables ou complices en les couvrant ; mais il n’y a aucune « responsabilité institutionnelle » !
L’Eglise est sainte malgré les pécheurs qui la composent ici-bas.
L’Eglise est maîtresse de sainteté : elle enseigne la sainteté et en montre les voies.
L’Eglise est éducatrice des vertus, de la chasteté, de la pureté.
Les responsables sont des « hommes d’Eglise » qui ont été beaucoup trop « hommes d’Eglise » pour être de véritables « hommes de Dieu » !
L’Eglise est blessée et souillée par ces brebis et pasteurs galeux ; elle est leur victime : la victime de leurs turpitudes et de leurs silences, mais elle ne porte aucune responsabilité !»

Je ne veux en aucune manière minimiser ou édulcorer l’importance et la gravité des faits avérés.
Je le ferai d’autant moins qu’à titre personnel j’ai un certain nombre de cas précis et circonstanciés sur lesquels je peux apporter des témoignages aussi accablants qu’écœurants.
Ils ne prouvent qu’une chose : la faute personnelle de tel ou tel prêtre, religieux ou évêque, non une faute « institutionnelle » ou un vice inhérent à l’institution.
Ces ecclésiastiques qui ont fauté – tant ceux qui ont commis des actes abominables avec des enfants ou adolescents, et ceux qui ont péché contre les 6ème et 9ème commandements de Dieu avec des adultes, que leurs supérieurs qui ont fermé les yeux, refusé de se rendre à l’évidence, et ont couvert ces horreurs -, l’ont fait non pas par la faute de « l’institution », mais malgré elle et à l’encontre de ses enseignements et de ses pratiques traditionnelles.

Quel rapport avec la vocation me direz-vous ?
Quel rapport ont ces commentaires de notre sordide actualité avec le mystère de l’appel divin dont vous prétendez nous entretenir ?

Eh bien, justement, je veux ici rappeler que l’enfant, l’adolescent, le jeune homme, et parfois même l’homme mûr qui éprouvent dans leur âme l’attrait du sacerdoce ou de la vie religieuse, puis dont la vocation est ensuite confirmée par l’Eglise dans l’appel aux saints ordres ou la profession religieuse, ne sont pas des appelés à la perversion sexuelle ni à une double vie ni à la dissimulation des vices.
Il en est de même pour la jeune fille ou la femme qui sont appelées à la vie religieuse : elles n’ont pas vocation à devenir des chipies, maniaques et retorses, aigries et acariâtres !
Je me souviens avec un certain effroi de cette religieuse à laquelle on avait demandé comment elle avait « eu la vocation » et dont la réponse avait été : « Bah ! Que voulez-vous, je n’étais ni désirable ni désirée… » Vous imaginez sans peine ce que pouvait être le rayonnement d’une telle sœur.

On n’entre pas dans la voie du sacerdoce ou dans la vie religieuse par frustration, par dépit amoureux, parce qu’on ne sait pas trop quoi faire d’autre dans la vie, parce qu’on est moche (« ni désirable ni désirée » !!!) ou parce qu’on n’a pas envie d’être dérangé par un conjoint et des mioches !

L’attrait du sacerdoce ou de la vie religieuse et la vocation sont prioritairement une question de relation personnelle avec le Christ Jésus Notre-Seigneur, relation qui est d’abord et par essence de l’ordre de l’amour.
On peut véritablement dire que la réponse à l’appel du divin Rédempteur est fondamentalement, essentiellement, prioritairement, une réponse amoureuse.
De ce point de vue-là on peut établir une analogie entre la relation amoureuse qui va lier l’un à l’autre un jeune homme et une jeune fille au point de les faire s’engager l’un envers l’autre de manière forte et pérenne pour la construction d’un foyer, et la relation entre une âme et le Christ qui suscite la vocation.
Sauf que l’on ne se trouve plus ici à un niveau humain et naturel, mais que cette union amoureuse appartient à un ordre purement surnaturel, pour une participation plus grande au salut et à la sanctification des âmes, dans une forme véritable de maternité et de paternité spirituelles.

L’épître (Rom. X, 10-18) et l’Evangile (Matth. IV, 18-22) de cette fête de Saint André le Protoclite (c’est-à-dire le premier appelé, puisqu’en effet il est le premier des apôtres à avoir entendu l’appel personnel de Notre-Seigneur et y avoir répondu), doivent être lus avec un regard contemplatif posé avec admiration et gratitude sur l’amour particulier du Christ notre Sauveur et Maître envers une âme particulière ; une âme qui, touchée par cet amour, s’ouvre et se livre à lui de façon entière et définitive pour épouser le Christ de manière exclusive, et pour se donner entièrement à l’œuvre rédemptrice et sanctificatrice de cet Epoux divin.
Et cela s’accomplit dans et par l’Eglise, institution fondée par le Christ Lui-même, institution établie dans la sainteté, et non structure de péché et de dépravation.

Une première conclusion s’impose au terme de ces réflexions, qui sont loin d’être exhaustives et appellent bien d’autres développements : si des prêtres et des religieux trahissent les engagements solennels, garantis et sanctifiés par l’Eglise, qu’ils ont prononcés au pied des autels, leur faute est en tous points analogue à l’adultère, mais d’une manière infiniment plus grave puisqu’elle est du domaine du sacrilège, et qu’à ce titre elle doit être jugée et sanctionnée avec toute la rigueur qui revient aux sacrilèges.

Ma deuxième conclusion, pour aujourd’hui du moins, est qu’il convient avec la plus extrême vigilance, que les parents, éducateurs, responsables ecclésiastiques, formateurs, conseillers et directeurs spirituels, qui ont affaire avec des personnes manifestant les signes d’une vocation – qu’elle soit sacerdotale ou religieuse -, s’assurent que non seulement elles en aient les aptitudes physiques, morales et intellectuelles, mais en outre qu’elles soient véritablement mues par l’amour de Notre-Seigneur, un amour surnaturel profond, ce qui n’a rien avoir avec une « pieuse » sentimentalité, et qui soit capable de sacrifices puisque l’amour du Christ Notre-Seigneur ne peut aller sans le renoncement à soi et l’embrassement de Sa Sainte Croix.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

à suivre…

Carlo Dolci, martyre de Saint André - 1646 - Palazzo Pitti Florence

 « O bonne croix, qui as tiré ta gloire des membres du Seigneur !
Croix, longtemps désirée, ardemment aimée, cherchée sans relâche,
et enfin préparée à mes ardents désirs,
retire-moi d’entre les hommes, et rends-moi à mon Maître,
afin que par toi me reçoive Celui qui par toi m’a racheté. »
(paroles de Saint André à la vue de la croix de son supplice)

Carlo Dolci : martyre de Saint André (1646)
Palazzo Pitti – Florence

nika

2021-70. Du drapeau de la révolution qui ne peut en aucune manière être le nôtre.

27 novembre,
Fête de la manifestation de la médaille miraculeuse (cf. > ici) ;
Mémoire de Sainte Catherine Labouré, vierge (cf. > ici) ;
Anniversaire de la mort de SM le Roi Clovis 1er le Grand (27 novembre 511 – cf. > ici) ;
Anniversaire de la mort de SM la Reine Blanche de Castille (27 novembre 1252).

Vœu de Clovis à la bataille de Tolbiac Joseph-Paul Blanc 1880 - basilique de Ste Geneviève Paris

« Ô Jésus-Christ, que Clotilde affirme Fils du Dieu Vivant,
Toi qui donnes du secours à ceux qui sont en danger,
et accordes la victoire à ceux qui espèrent en Toi,

je sollicite avec dévotion la gloire de Ton assistance :
si Tu m’accordes la victoire sur ces ennemis,
et si j’expérimente la vertu miraculeuse que le peuple voué à Ton Nom déclare avoir prouvé qu’elle venait de Toi,
je croirai en Toi, et me ferai baptiser en Ton Nom ».

Vœu de Clovis à la bataille de Tolbiac
(peinture murale de Joseph-Paul Blanc à la basilique de Sainte Geneviève – profanée en « panthéon »- à Paris)

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A l’occasion de l’anniversaire de la mort de Clovis ce 27 novembre, et dans la continuité tant du texte du Rd Père Thomas publié ce 25 novembre (cf. > ici) que de celui relatif à la légende du blason fleurdelysé de nos Rois que nous avions publié en 2015 (cf. > ici) , je vous invite à lire mes réflexions au sujet du drapeau de la révolution :

Il y a quelques jours de cela, certains se sont émus et sont montés au créneau, sur les réseaux sociaux, après que la presse a révélé que le locataire (qui d’ailleurs ne paye pas de loyer) de l’hôtel d’Evreux, rebaptisé « palais de l’Elysée », a fait modifier la teinte bleue du « drapeau de la république ». Tout un chacun a pu apprendre à cette occasion que Monsieur Valéry Giscard, dit d’Estaing, avait, en son temps, éclairci cette teinte bleue pour la rendre identique à celle du drapeau européen : qui s’en souvenait ?
Bref ! Monsieur Emmanuel Macron, lui, a voulu revenir à la couleur « d’origine » : celle de la grande révolution. 

Je ne sais pas (parce que je ne perds pas de temps à les lire) quelles ont été les réactions dans les milieux républicains. C’est d’ailleurs sans intérêt.

En revanche, j’ai assisté de loin à des joutes assez surréalistes dans des espaces où s’expriment des royalistes légitimistes.
Surréalistes, parce que des personnes, qui se prétendent monarchistes et se déclarent en faveur de Monseigneur le Duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, ont exprimé à cette occasion une forme d’attachement à peine croyable pour le drapeau tricolore.
Quelle que soit la nuance de son bleu, ce drapeau est dans son essence le drapeau de la révolution, le drapeau de l’opposition farouche et fanatique à la monarchie capétienne traditionnelle, à la royauté de droit divin, à la Couronne des Lys.

L’argument principal de ceux qui manifestent un attachement quasi viscéral au drapeau tricolore réside dans le fait que nos ancêtres qui, pendant deux siècles, se sont battus pour la France, voire sont morts pour elle, l’ont fait sous ses couleurs.
Certains semblent même vouloir reprendre les accents de Lamartine, lors de cet épisode magnifié jadis par les livres scolaires de la troisième république, où, pendant la révolution parisienne de 1848, il avait défendu le drapeau tricolore contre le drapeau rouge que voulaient imposer certains : « Conservons avec respect, citoyens, le drapeau tricolore qui a fait le tour du monde avec la République et l’Europe, avec nos libertés et nos gloires ! » Mon vieil instituteur de « la laïque » avait des trémolos à la Malraux dans la voix et presque des larmes dans les yeux lorsqu’il nous lisait cela, quand j’étais au Cours Moyen.

Certes, nous devons un immense respect à ceux qui ont combattu et qui sont tombés pour la défense de la Patrie, nous avons le devoir (qui découle du quatrième commandement de Dieu) de garder avec reconnaissance la mémoire de leurs sacrifices et de leur héroïsme, mais il ne faut pas exagérer non plus : si, par la force des choses, ils combattaient sous ce drapeau, le nombre de ceux qui combattaient vraiment pour lui est très minoritaire, malgré l’endoctrinement républicain qui a toujours œuvré pour que l’on confondît la « patrie réelle » avec le système républicain.
L’écrasante majorité de nos ancêtres s’est battue pour la France, pour la terre – au sens le plus physique et réaliste – que nous tenons de nos pères, pour la défense de leurs foyers et de leurs familles, pour la liberté et la prospérité des leurs.
Mais bien peu l’ont fait par idéologie et pour une abstraction politique.
Alors oui, pendant environ deux siècles, des Français se sont battus, certains jusqu’à la mort, sous ce drapeau, mais pendant bien davantage de siècles auparavant nos ancêtres ont combattu pour la France sous d’autres étendards.
Pourquoi ne faudrait-il se souvenir que de ces couleurs-là et les sacraliser au nom du sang versé sous elles, pour les opposer, au point de les enfouir à jamais dans les oubliettes de la mémoire, aux drapeaux de notre Royauté multiséculaire ?
L’argument – d’ordre essentiellement affectif et sentimental en définitive – tiré de l’honneur rendu aux héros français tombés au champ d’honneur pendant les guerres de la république n’en est pas un.
Il faut d’ailleurs se souvenir que de toutes les guerres survenues depuis la grande révolution, la France seule n’en a jamais gagné qu’une : la conquête de la Barbarie, terres qui allaient devenir l’Algérie, qui fut menée sous le drapeau blanc.
Toutes les autres guerres, à commencer par cette grande guerre contre tous les pays d’Europe qui va de 1792 à 1815 (car ce n’est qu’une unique guerre initiée par les tribuns de l’instauration de la Terreur, et continuée par le Buonaparte, qui a vu certes quelques batailles remarquables sur le plan stratégique au point qu’on les a nommées « victoires », mais qui n’en furent pas véritablement puisqu’elles ne faisaient que provoquer le rebondissement des hostilités), oui TOUTES, n’ont jamais pu être gagnées par la France seule : les victoires françaises des XIXème et XXème siècles n’ont pu avoir lieu qu’avec le soutien ou le secours de puissances extérieures.
Voilà bien de quoi relativiser la gloire prétendument attachée au drapeau de la révolution !

Fidèles aux recommandations du Comte de Chambord – notre cher Henri V -, les Légitimistes s’attachent aux principes davantage qu’aux frissons épidermiques d’un romantisme qui fait vibrer de manière sentimentale, quand cela lui convient, la fibre patriotique.
Ils ne peuvent considérer que le drapeau de la Terreur et de la révolution a gagné des « lettres de noblesse » (il ne manquerait plus que cela !) du seul fait que le sang français a été répandu sous lui, et bien souvent à cause de lui, puisque les principes de la révolution qu’il représente ont été les ennemis de la paix de l’Europe et du monde. Il n’est pour s’en convaincre qu’à se souvenir que Georges Clémenceau a refusé, par pure idéologie, toutes les propositions de paix qui furent faites à la France en 1917, au mépris absolu des souffrances et du sang des jeunes Français ; ce n’était en effet pas la paix qu’il recherchait, mais l’anéantissement de la dernière grande puissance catholique en Europe : l’empire des Habsbourg.
Le drapeau tricolore sera toujours le drapeau de la révolution : le drapeau de la révolution devenue institution dans la république, le drapeau de la haine de l’ordre social chrétien, le drapeau du rejet du droit divin, le drapeau qui incarne les « droits » de l’homme qui conteste les droits et les lois de Dieu.

C’est ce drapeau tricolore qui, d’abord sous forme de cocarde, a signifié, dès le lendemain de la prétendue « prise » de la Bastille, l’affaiblissement et la prise en otage du pouvoir royal ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à la sacrilège messe de la fête de la fédération ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à la spoliation des biens de l’Eglise puis aux milliers de sacrilèges perpétrés contre la Sainte Eucharistie et aux innombrables profanations et destructions des saintes reliques, des statues les plus vénérables de la Très Sainte Mère de Dieu et des saints ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé au procès du Roi sacré, à ses humiliations et à son assassinat ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à des milliers d’exécutions de bons Français fidèles à Dieu et au Roi dans tout le Royaume ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé aux abominations du procès et de l’assassinat de la Reine ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à l’abrutissement du petit Roi martyr dans les horreurs de sa claustration avilissante ; c’est ce drapeau tricolore  qui a présidé à l’écrasement de la Vendée dans le sang, et qui a présidé à la mort ou aux exécutions de nos véritables héros : Cathelineau, La Rochejaquelein, d’Elbée, Charrette, Stofflet et tous les autres ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à la persécution contre le pape, à l’enlèvement, à l’emprisonnement et aux funérailles civiles de Pie VI, aux destructions d’églises dans la Ville Eternelle, puis à la captivité de Pie VII et aux persécutions contre le Sacré Collège ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé au pillage des œuvres d’art dans toute l’Europe et au-delà ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé aux près de quinze années de la tyrannie sanguinaire de l’ogre corse qui a dévoré la jeunesse de France ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à la perfide usurpation orléaneuse de 1830 ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé aux expulsions des congrégations religieuses et à la laïcisation de l’enseignement, puis à l’apostasie officielle de la France et à la spoliation des édifices du culte ; c’est ce drapeau tricolore qui a présidé à l’envoi au casse-pipe des jeunes hommes de nos campagnes qui ne s’en sont jamais relevées ; ce sont ces trois couleurs qui ont protégé et couvert de honteuses transactions financières occultes et de sordides alliances au profit de la finance internationale… etc.
La liste ne peut être exhaustive, et elle s’allongera toujours tant que ce drapeau tricolore, symbole de la révolution et de ses principes, flottera.

Alors qu’est donc la pseudo gloire des champs de bataille d’un pays abâtardi par la révolution, au regard de tant de méfaits et d’horreurs ?
Nous avons, nous, la chape de Saint Martin, l’oriflamme de Saint-Denis, l’étendard de Charlemagne, la bannière fleurdelysée de Bouvines, les fanions portant les blasons de nos provinces, les enseignes des corps constitués dans un régime d’ordre et de droit, le pavillon de Saint Louis, l’étendard de Jeanne la Pucelle, le pennon de Messire Duguesclin, le panache blanc d’Henri IV, les enseignes des grands maréchaux de Louis XIV, le guidon de Louis XV à Fontenoy, les bannières paroissiales des Vendéens, le drapeau blanc d’Henri V, et – au dessus de tous – la Sainte Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ dont le Roi de France est le lieu-tenant au Royaume des Lys : « In hoc signo vinces » !  

grandes armes de France

2021-69. Choisir un étendard.

Jeudi 25 novembre 2021,
Fête de Sainte Catherine d’Alexandrie, vierge et martyre.

Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois en redoublant de prières, en offrant avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices du devoir d’état, les peines et les joies de ce jour, en travaillant plus méticuleusement à sa sanctification, lorsque cela est possible en assistant à la Sainte Messe et en offrant la sainte communion à l’intention du Roi, ou encore en accomplissant quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire offert à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.
La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Son but est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et approfondissements toujours nécessaires.
Les amis du Refuge Notre-Dame de Compassion (s’ils ne sont pas déjà – ou pas encore – membres de la Confrérie Royale), trouveront eux aussi de grandes richesses et forces spirituelles à lire et méditer ces lettres mensuelles.

Baciccio, Triomphe du Nom de Jésus - Rome, église du Gesù

Giovan Battista Gaulli dit il Baciccio (1639-1709) :
Le triomphe du Saint Nom de Jésus
(Rome, voûte de l’église du Gesù)

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Choisir un étendard

Il ne faut pas se tromper de combat. L’homme est naturellement un guerrier lorsqu’il s’agit d’opérer des choix essentiels pour son existence. Lorsqu’il s’engage dans une ornière, le chemin emprunté est souvent irréversible, sauf à se laisser pétrir vraiment par la grâce de Dieu et à se convertir, à rectifier la trajectoire. Il n’empêche que les options signées alors que nous forgeons notre personnalité durant notre jeunesse, influent de façon irrémédiables, même s’il n’existe aucune fatalité. Par orgueil, par entêtement, nous préférons plus que de coutume de poursuivre sur une voie sans issue plutôt que de reconnaître nos torts et la faillite de notre discernement premier.

                                               En 1951, paraissait un roman, rédigé par un prisonnier politique, Lucien Rebatet, condamné à mort à la Libération, puis gracié et emprisonné jusqu’en 1952, Les Deux Étendards. L’auteur, admirateur de Nietzsche, se définissant comme un « fasciste esthétique », était profondément anticatholique. Il écrira d’ailleurs des horreurs sur le Christ et les chrétiens, ensemble avec Pierre-Antoine Cousteau, dans le Dialogue de vaincus. Aussi est-il étonnant de découvrir sous sa plume ce livre inspiré des Exercices spirituels de saint Ignace, tout particulièrement de cette méditation sur les deux étendards, les deux règnes qui s’affrontent dans le monde. Peut-être parce que ce contempteur de la vérité demeura tout de même torturé par ce qu’il rejetait de toutes ses forces : «Je ne retournerai jamais à l’Église, l’Église avec un grand E. Je n’en ai peut-être jamais été… Mais n’est-il pas possible de rester “du Christ” ? » En tout cas, cela signifie bien que même les ennemis les plus acharnés ne peuvent éviter de choisir en toute connaissance de cause. Prétendre ensuite l’inverse afin de se dédouaner de ses responsabilités dans le mal est un pur mensonge qui ne trompe même pas son auteur.

                                               Notre époque regorge de Rebatet, en moins brillants, en plus paresseux et surtout en plus lâches, mais les deux étendards flottent toujours sous nos yeux et personne ne peut les ignorer. Il suffit que quelques disciples sortent du lot pour que les oppositions les plus violentes s’effritent. Rebatet lui-même avouait dans ce livre hors du commun : « Est-il interdit d’imaginer qu’il existe parmi nous au moins un catholique du temps des cathédrales, que sa foi pourrait encore lancer dans une étonnante expédition spirituelle ? » Nos contemporains ne sont pas, pour la plupart, des païens d’origine. Ils ont plutôt suivi, volontairement ou la subissant passivement, une « déconversion ».

                                               Saint Ignace de Loyola, évidemment dans un contexte historique et religieux fort différent du nôtre, avait connu cette « déconversion », au moins cet attiédissement de la foi à cause de la mondanité, de l’ambition humaine et de l’attachement aux plaisirs terrestres. Le tissu chrétien de sa famille, de son pays, n’avait pas suffi à l’éclairer durant sa jeunesse, pas vraiment débauchée, mais frivole et superficielle, toute occupée à une carrière humaine et à une gloire personnelle. Aussi va-t-il poser, comme fondation d’un possible retournement du cœur, ce qu’il nomme le « principe et fondement » où il affirme : « L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur, et par là sauver son âme.  Les autres choses sur la surface de la terre sont créées pour l’homme, pour l’aider à poursuivre la fin pour laquelle il est créé. » ( Exercices spirituels, 23). Cependant, malgré cette finalité inscrite dans la nature de l’homme, beaucoup se détournent de Dieu et préfèrent servir un autre monarque. Saint Ignace, possédant l’intelligence de ce qu’est l’homme, commence par camper un roi humain dont l’autorité légitime serait telle qu’elle attirerait à elle «  tous les chefs chrétiens et tous leurs hommes » (Seconde semaine, 92). Ce roi temporel a existé plusieurs fois au cours de l’histoire. Pensons à un saint Louis de France dont le rayonnement couvrit toute l’Europe. Il est facile et enthousiasmant de servir un tel souverain : « Considérer comment doivent répondre à un roi si généreux et si humain les sujets fidèles, et aussi combien celui qui n’accepterait pas la requête d’un tel roi mériterait d’être blâmé par tout le monde et tenu pour lâche chevalier. » (Seconde semaine, 94). Cet idéal spirituel, celui de la chevalerie et de l’honneur, s’il est louable ne suffit point puisqu’il n’est encore que restreint au monde terrestre. Déjà, certains sont en perte de vitesse et refusent de mettre leur épée sous le sceptre d’un roi revêtu de tant de qualités. Il faut aller plus loin et plus haut, et regarder maintenant le Roi des rois, le Christ notre Seigneur. Son appel est encore plus exigeant : « […] Combien est-ce une chose qui mérite plus d’attention encore que de voir le Christ notre Seigneur, Roi éternel, et devant lui tout l’univers qu’il appelle, en même temps que chacun en particulier, en disant : “Ma volonté est de conquérir le monde entier et tous les ennemis, et d’entrer ainsi dans la gloire de mon Père. Pour cela, celui qui voudra venir avec moi doit peiner avec moi, afin que, me suivant dans la souffrance, il me suive aussi dans la gloire. » (Seconde semaine, 95). La suite du roi temporel réclamait de l’héroïsme. Celle du Roi éternel exige la sainteté, vocation de tout chrétien. La couronne promise n’est point de roses ou de lauriers mais d’épines, comme celle de Notre Seigneur. Les rangs de l’armée s’éclaircissent singulièrement à l’annonce de cette ascèse.

                                               Ce n’est pas tout. Une offrande de tout l’être, par imitation de Jésus-Christ, doit être ratifiée, ceci selon l’état de vie propre à chacun : « Je veux et je désire, et c’est ma détermination réfléchie, pourvu que ce soit votre plus grand service et votre plus grande louange, vous imiter en endurant toutes les injustices et tous les mépris, et toute pauvreté, aussi bien effective que spirituelle, si votre très sainte Majesté veut me choisir et m’admettre à cette vie et à cet état. » (Seconde semaine, 98). Tout est donc en place pour choisir librement, en pleine conscience, l’étendard sous lequel nous désirons combattre durant toute notre vie. Le quatrième jour de la seconde semaine des Exercices est justement consacré à cette méditation essentielle, celle des « deux étendards : « L’un, celui du Christ, notre souverain capitaine et Seigneur ; l’autre, celui de Lucifer, mortel ennemi de notre nature humaine. » (136). La composition de lieu est centrale car il est nécessaire que tous les sens prennent part à cet exercice spirituel. Face à face, le Christ et Satan, pas d’autre choix possible, inutile de tergiverser car l’hésitation ne peut durer indéfiniment : ce sera oui ou non, blanc ou noir, pas les deux à la fois, pas les deux en alternance. Le but est de demander à y voir clair : « Ici, demander la connaissance des tromperies du mauvais chef et le secours pour m’en garder, ainsi que la connaissance de la vraie vie qu’enseigne le souverain et vrai capitaine, et la grâce pour l’imiter. » (139). Par expérience, nous savons que nous sommes des esprits mélangés et que nous penchons tantôt vers le bien, tantôt vers le mal, que le bon grain et l’ivraie sont mêlés dans notre cœur d’artichaut. Il est possible de sortir de ce dilemme. Les saints sont bien là comme des preuves vivantes de cette possibilité. Saint Ignace lui-même a commencé à retourner plus radicalement vers le Christ durant sa convalescence de blessé de guerre dans le château familial en lisant la vie des saints, notamment dans La Légende dorée de Jacques de Voragine et en ayant le désir d’imiter saint François d’Assise, saint Dominique et beaucoup d’autres hérauts de Dieu. Cet attrait n’était pas encore vraiment pur et désintéressé mais il fut comme l’étincelle.

                                               Il fallut plus pour qu’Inigo devînt saint Ignace, il fallut la confrontation entre l’esprit du mal et le Bien absolu : « Imaginer le chef de tous les ennemis, dans ce vaste camp de Babylone, comme assis dans une sorte de grande chaire de feu et de fumée, avec un aspect horrible et terrifiant. » (327) Et ensuite : « Considérer comment le Christ notre Seigneur se tient en un vaste camp dans la région de Jérusalem, en humble place, beau et gracieux. » (144) Le Malin envoie ses hommes pour, par trois échelons : la convoitise des richesses, le vain honneur du monde et l’orgueil immense, conduire les âmes dans tous les autres filets du vice. Notre Seigneur invite à aider tous les hommes en les invitant à la pauvreté matérielle et spirituelle, aux humiliations et aux mépris, et à l’humilité, trois portes ouvrant sur toutes les autres vertus (142 et 146).

                                               Saint Ignace avait vécu dans sa chair et dans son âme l’écartèlement entre le monde et le ciel. Il savait que l’homme n’attend de Dieu généralement qu’un étendard mondain, très humain, trop humain, au ras des pâquerettes. Fyodor Dostoïevsky, dans Les Frères Karamazoff, met en scène un Grand Inquisiteur, – jésuite, ce qui est un comble historique -, condamnant de nouveau à mort le Christ revenu parmi les siens. Tout se joue autour d’un étendard : « Et il en sera ainsi jusqu’à la fin du monde, et lorsque les dieux auront disparu de la terre, ce sera la même chose : l’humanité se prosternera devant des idoles. Tu savais, Tu ne pouvais ignorer ce secret fondamental de la nature humaine, mais Tu as repoussé le drapeau qu’on Te mettait dans la main et qui seul T’aurait assuré sans conteste l’hommage de tous les hommes, — le drapeau du pain terrestre. Tu l’as repoussé au nom de la liberté et du pain céleste. Regarde ce que Tu as fait ensuite. Et encore toujours au nom de la liberté ! Il n’y a pas, Te dis-je, de souci plus douloureux pour l’homme que de trouver à qui déléguer au plus tôt ce don de la liberté avec lequel vient au monde cette malheureuse créature. Mais celui-là seulement s’empare de la liberté des hommes, qui tranquillise leur conscience. Le pain Te fournissait un drapeau incontestable. Devant celui qui lui donnera le pain, l’homme s’inclinera, parce qu’il n’y a rien de plus indiscutable que le pain ; mais si en même temps quelqu’un, en dehors de Toi, s’empare de la conscience humaine, — oh, alors l’homme abandonnera même Ton pain pour suivre celui qui séduira sa conscience. »

                                               L’étendard du pain a pris bien d’autres formes depuis deux siècles. Dostoïevsky l’avait clairement pressenti. Le Grand Inquisiteur se croit pur et il condamnera le Christ pour sauver le monde selon ce qu’il a conçu, pour le bien des hommes, dit-il : « Sache que je ne Te crains pas. Sache que moi aussi j’ai été dans le désert, que moi aussi je me suis nourri de sauterelles et de racines, que moi aussi j’ai béni la liberté donnée par Toi aux hommes, et que je me préparais à être compté au nombre de Tes élus, au nombre des puissants et des forts. Mais je me suis réveillé de ce rêve et je n’ai pas voulu me mettre au service d’une folie. Je suis allé me joindre au groupe de ceux qui ont corrigé Ton œuvre. J’ai quitté les fiers et suis revenu vers les humbles pour faire le bonheur de ces humbles. Ce que je Te dis se réalisera et notre empire s’élèvera. Je Te le répète, demain Tu verras, sur un signe de moi, ce troupeau obéissant apporter des charbons brûlants au bûcher sur lequel je Te ferai périr parce que Tu es venu nous déranger. Si en effet quelqu’un a mérité plus que personne notre bûcher, c’est Toi. Demain je Te brûlerai. Dixi. »

                                               Nous avons choisi notre étendard, celui du roi temporel choisi par Dieu et celui du Roi éternel. La tentation est récurrente de regarder vers Babylone, tout en se croyant à Jérusalem ; Par petits pas, par des concessions minuscules, il nous arrive de préférer la chaire de feu et de fumée, d’autant plus en ces temps où nulle voix n’enseigne plus, dans la chaire de vérité, que Notre Seigneur doit être servi le premier.

                                                           P. Jean-François Thomas s.j.
                                                           25 octobre 2021
                                                           SS. Chrysanthe et Darie

Luca Signorelli, Les Damnés - Orvieto, cathédrale, chapelle San Brizio

Luca Signorelli (c. 1450 – 1523) :
les damnés
(cathédrale d’Orvieto, chapelle San Brizio)

2021-68. « Pour étouffer par avance toute révolte… »

Les lignes qui suivent sont connues et souvent reprises en ces jours-ci sur les réseaux sociaux.
Il est vrai que si elles ont été publiées en 1956 par le philosophe juif allemand Günther Anders, dans son ouvrage « L’obsolescence de l’homme », soixante-cinq ans plus tard elles donnent l’impression d’avoir été écrites sous une inspiration prophétique.
Il nous a paru bon de les reprendre également dans les pages de ce blogue tant la réalité qu’elles décrivent – notre réalité politique aujourd’hui – fait ressortir la sagesse et la clairvoyance des messages de notre Souverain légitime.

Mains de prisonnier

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut surtout pas s’y prendre de manière violente.
Les méthodes archaïques comme celles d’Hitler sont nettement dépassées.
Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées (…).

Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique le niveau et la qualité de l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle.
Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations matérielles, médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste (…), que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.
Surtout pas de philosophie.

Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements abrutissant, flattant toujours l’émotionnel, l’instinctif.
On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique.

Il est bon avec un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de s’interroger, penser, réfléchir.

On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme anesthésiant social, il n’y a rien de mieux.

En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité, de la consommation deviennent le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté.

Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur (qu’il faudra entretenir) sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions matérielles nécessaires au bonheur.
L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un produit, un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau.
Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité, son esprit critique est bon socialement, ce qui risquerait de l’éveiller doit être combattu, ridiculisé, étouffé…

Toute doctrine remettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels.

On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir. »

Günther Anders
« L’obsolescence de l’homme » – 1956

boulet de prisonnier

2021-67. « De plus en plus de personnes se rendent compte que le modèle actuel de société est à bout puisqu’il ne sert plus l’homme. »

19 novembre 2021.

Ceux qui reprochent à Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, ne pas être présent en France et de ne pas s’investir dans la vie publique, montrent à l’évidence soit qu’ils sont totalement ignorants soit qu’ils sont de mauvaise foi, puisque Sa Majesté vient régulièrement en France, communique par des messages (que nous diffusons ici à notre modeste mesure) à la teneur aussi riche que dense, rencontre des personnes engagées dans la société pour les écouter et encourager les initiatives qui peuvent contribuer au bien commun.
A ce sujet, il faut signaler en particulier que le Prince Louis de Bourbon encourage la « Nuit du Bien Commun », organisation co-fondée en 2017 à Paris par Stanislas Billot de Lochner, Pierre-Edouard Stérin et Thibault Farrenq, dans le but de soutenir ceux, nombreux, qui œuvrent pour le bien commun, mais auxquels, jusqu’à présent manquait un lieu, un rendez-vous, permettant à des projets et à des donateurs de se rencontrer.
La notion de bien commun est fondamentale en saine politique. Elle a été essentielle dans la politique de nos Rois, et la république des affaires a, là encore, opéré un détournement en ne parlant plus que d’ « intérêt général ».
Ce lundi 15 novembre, Monseigneur le Duc d’Anjou était présent à l’Olympia où a eu lieu la 5ème édition de la « Nuit du Bien Commun », qu’il avait lui-même annoncée deux semaines auparavant par un éditorial rappelant des questions de fond dans l’hebdomadaire « Valeurs Actuelles ».

Louis XX à la Nuit du Bien Commun 15 novembre 2021

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX,
le lundi 15 novembre 2021 lors de la « Nuit du Bien Commun », à Paris

Voici le texte de l’éditorial signé par Monseigneur le Prince Louis de Bourbon publié dans le n°4432 de l’hebdomadaire « Valeurs Actuelles »  (du 4 novembre 2021) p.12 :

Le bien commun,
marque d’une société ordonnée à des fins supérieures

Perdu de vue par un Etat devenu distributeur de droits, le Bien commun est redécouvert par les structures élémentaires de la société, qui le remettent au cœur du monde de demain.

Comme le beau, le juste ou le vrai, le bien faisait partie de l’armature fondatrice de notre société, héritage de 15 siècles de message chrétien. Dans la sphère publique on parlait plus couramment de bien public ou commun, parangon de la chose publique ou Res publica résultant d’une longue tradition politique qui reposait sur l’Etat garant des intérêts supérieurs de tous. L’homme doit y tendre tout autant que l’Etat, du moins est-ce ainsi que je le ressens comme descendant de Saint Louis. Cette volonté, autant individuelle que collective, de se transcender par le don et la gratuité, donne du sens à la vie privée et à la pratique publique.

La France a pu, ainsi, développer son modèle social, le roi étant dès les premiers capétiens, le garant de ce bien commun, de ce bien public qui a permis à la Couronne puis à l’Etat de conserver longtemps sa qualité d’arbitre des passions. L’actuelle crise des institutions a fait vaciller cette notion de bien commun au profit d’intérêts privés plus ou moins puissants et contradictoires. Ce qu’on croyait immuable comme découlant d’un droit naturel jusqu’alors évident pour tous, peu à peu s’est délité. L’action publique détachée de la finalité du bien commun qui permet de souder la nation, n’assure plus le consensus social nécessaire à la communauté de destin.

Notre société post-moderne est celle de l’individualisme sans frein qui conduit à laisser les plus humbles sur le bord de la route. Au bien commun et au service, la société, trop souvent, s’est mise à préférer la revendication de droits inspirés par des minorités. Des droits, sur tout et pour tout : au logement, à la santé, à l’enfant voire au sexe ; droits économiques, civiques, droits sociaux etc. Cette accumulation crée autant de dérèglements, car ces droits n’ont plus, pour les équilibrer, les devoirs que la finalité du bien public garantissait. Le lien social s’est distendu et la redistribution par l’Etat, l’impôt et les privilèges sectoriels ne peuvent y suffire.

Comme dans toutes les crises, par une subsidiarité bien comprise, le bien commun est désormais réhabilité par la sphère privée. C’est dans le cercle des familles et d’entrepreneurs sachant aller hors des sentiers battus que le retour de la recherche du Bien commun apparait désormais comme essentiel pour que la société puisse retrouver du sens et se réinscrire dans des perspectives d’un futur collectif et partagé. Le bien commun a l’avantage de pouvoir être exercé par tous. Riches et pauvres, enfants ou adultes sont sur ce point à égalité. Mû par ce souci, chacun peut agir en donnant un peu plus que ce qu’il reçoit, en partageant se part de gratuité. Pour les plus riches c’est l’occasion de rappeler que la propriété est plus une fonction qu’une richesse. Plus un service qu’un privilège. Que l’avoir ne peut remplacer l’être.

Tendre au Bien commun est le fait d’une société ordonnée à des fins supérieures et qui dépasse l’égoïsme de la satisfaction individuelle. La société à laquelle aspirent tous ceux qui ne se retrouvent plus dans celle qui leur est actuellement offerte. Sans lui l’édifie social est ébranlé. Il est, en effet, le premier lien entre les hommes qui permet à chacun de recevoir et de donner jusqu’au sacrifice s’il le faut. Cela était naturel pour nos aïeux. Le bien commun habitait « ceux de 14 », honorés cette semaine, comme il anime toujours nos soldats qui veillent pour nous, dans des opérations souvent lointaines. Sans le sens du bien commun que serait le devoir ? Ces exemples signifient qu’au-delà de la démission qui frappe un grand nombre, il y a le sursaut d’autres. Voilà ce qui compte !

Heureusement, le souci du bien commun anime les meilleurs, ne fussent-ils encore qu’une petite cohorte. Je suis admiratif des expériences dont on me fait part, d’initiatives comme celle de la Nuit du Bien Commun (cf. > ici). Là c’est une Fondation, ici un fonds de dotation, là encore, des actions ponctuelles. Autant de projets au service du Bien commun. De plus en plus de personnes se rendent compte que le modèle actuel de société est à bout puisqu’il ne sert plus l’homme. Face à tant de vacuité et de perversions des idées et parfois même des institutions, des principes supérieurs sont redécouverts non seulement pour eux-mêmes mais encore plus parce qu’ils sont reconnus comme fondamentaux. Sans eux, la vie commune est impossible. Ce sont la défense de la vie de la conception aux derniers jours, la primauté de la famille naturelle et du respect de son devoir d’éduquer les enfants.

Le Bien commun ainsi est progressivement réaffirmé et redevient l’objectif de ceux qui sont les pionniers lucides du monde d’après. Tel est ce dont témoignent les dossiers qui seront présentés lors de la Nuit du Bien commun dont la majorité porte sur la famille, la formation et l’accompagnement à la personne. Ils méritent tous d’être aidés. Ainsi, le bien commun redevient un puissant levier du dynamisme social dont a tant besoin la France d’aujourd’hui pour préparer celle de demain.

Louis,
Duc d’Anjou

grandes armes de France

2021-66. « Je descendis donc la rive droite du Rhône jusqu’au premier olivier… »

19 novembre,
Anniversaire du rappel à Dieu de Monsieur l’Abbé Bryan Houghton ;
Fête de Sainte Elisabeth de Hongrie, reine et veuve.

abbé Bryan Houghton

Monsieur l’Abbé Bryan Houghton (2 avril 1911 – 19 novembre 1992)

frise

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous savez quelle admiration nous entretenons pour ces bons prêtres qui dès la fin du concile vaticandeux et les débuts de la réforme liturgique qui l’a suivi, sont entrés en résistance et ont maintenu, envers et contre tout, la Sainte Messe latine traditionnelle, dans des conditions souvent très éprouvantes, au plan psychologique comme au niveau matériel.
En cette année 2021 particulièrement, avec le « motu sordido » (nous avons adopté le jeu de mots de l’un de nos amis, car il est évident que l’on ne peut accorder à ce document le bénéfice d’aucune propreté morale, d’aucune honnêteté intellectuelle et encore moins le lier à quelque charité ou sollicitude pastorale) publié le 16 juillet dernier, l’exemple de ces prêtres « résistants », courageux et inébranlables, est plus que jamais d’actualité !
Dans les pages de ce blogue, nous avons déjà fait mention à plusieurs reprises de feu Monsieur l’Abbé Bryan Houghton (cf. en particulier > ici, et > ici) et reproduit certains de ses textes (cf. > ici, > ici et > ici) ; nous voulons aujourd’hui vous rappeler ce passage, tout à la fois dramatique et désopilant, dans lequel il a raconté les circonstances de son arrivée à Viviers et la manière dont il obtint de célébrer la sainte Messe traditionnelle au maître-autel de la cathédrale tous les jours de semaine.

Putti - maître-autel de la cathédrale de Viviers

Angelots : détail du maître-autel de la cathédrale Saint-Vincent de Viviers

On se souvient que l’abbé Houghton avait envoyé à son évêque une lettre de démission de sa charge de curé qui prenait effet, de manière tout-à-fait significative, le jour où entrait en vigueur la « nouvelle messe », c’est-à-dire au premier dimanche de l’Avent 1969 :

« (…) Je partirai le samedi 29 novembre 1969, à minuit.
Pour tout dire, le 20 octobre, la commission du cher vieux cardinal Lercaro publia une « instruction » qui précisait que la messe ancienne pouvait être dite : par les prêtres retirés, ou par les prêtres âgés, et sine populo c’est-à-dire sans assistance (…). Je n’avais que cinquante-huit ans, mais mon gâtisme était assez avancé pour que je souhaite dire l’ancienne messe (…).
Donc, je prenais ma retraite. Mais on ne prend pas sa retraite dans l’abstrait. Il faut se caser quelque part. Il m’était impossible de rester en Angleterre car une querelle n’aurait pas attendu l’autre : avec les évêques, avec le clergé, les réformateurs, les traditionalistes – avec tout un chacun. Non, il fallait quitter l’Angleterre et m’installer à l’étranger où tout le monde sait que les Anglais sont des handicapés mentaux, ce qui me vaudrait d’être traité avec douceur.
On m’offrait un asile merveilleux en Toscane – mais c’était bien loin. Quoi qu’il arrive, je suis Anglais : je devais pouvoir retourner au pays de temps à autre. D’un autre côté, il aurait été absurde de ne pas profiter du Midi. Je décidais de m’installer à la frontière nord du Midi. Oui, mais qu’est-ce qui marque cette frontière ? Oh, c’est très simple : les oliviers.

Je descendis donc la rive droite du Rhône jusqu’au premier olivier.
Le premier, à Lafarge, était passablement rachitique. Je m’arrêtais à la ville suivante, Viviers.
J’avais sur moi un chèque de banque : l’après-midi même, j’achetai une maison dans la Grand’Rue. En matière de vitesse pure, le notaire n’avait jamais rien vu de semblable.

Viviers : la cathédrale Saint-Vincent au coeur de la "ville-haute"

Viviers : la « ville haute » ou « château » qui enferme la cathédrale Saint-Vincent dans un ensemble fortifié
où l’on trouve les anciennes maisons des chanoines et les restes du palais épiscopal médiéval.

Mon acquisition de la Grand’Rue était une jolie vieille maison construite au XVe siècle, restaurée au XVIIIe.
Je la repris de fond en comble : toiture, chauffage central, salle de bains, adoucisseur d’eau, etc. Mais, je dois le reconnaître, la Grand’Rue était plutôt misérable. Je savais lequel de mes voisins avait battu sa femme avant d’aller se coucher. Cela ne me dérangeait pas. Après tout, ma vie était finie. J’étais inutile – je ne pouvais pas être un de ces sacrés curés. Rien d’étonnant à ce que j’habite un bas quartier. Je savais que mes amis anglais ne s’en inquiéteraient pas, en grande partie par ignorance, et je ne pensais pas que mes amis français ne se préoccuperaient guère de ce que je devenais (…). Je dois avouer que j’avais mal jugé les Français. Ils furent d’une extraordinaire fidélité. Pas un ne manqua à l’appel. Les uns après les autres, ils explorèrent avec une certaine surprise, ma Rue-des-taudis. Mme de B… n’était jamais allée dans un endroit pareil. Elle repartir vers sa voiture et demanda à son chauffeur de l’accompagner jusque chez moi. Par égard pour eux, l’année suivante, j’achetai ma merveilleuse demeure au « château ».

Viviers est une charmante petite ville de trois-mille-six-cents habitants, faubourgs compris. Elle a été la capitale du Vivarais, province du Saint-Empire romain jusque vers 1306 où elle devint terre du Royaume. Elle possède le plus vieux sans doute des ghettos de France, car les Juifs n’avaient pas droit de cité en France, alors qu’ils l’avaient dans l’Empire. Parmi les conditions du rattachement, il y avait le maintien du ghetto. C’est aujourd’hui la rue de la Chèvrerie – probablement une corruption de Juiverie ! Elle est bordée d’un grand nombre de maisons du XIIIe siècle .
Dans l’ensemble, la ville est restée dans le piteux état où elle se trouvait à la fin des guerres de Religion dont elle souffrit beaucoup  [note du blogue du Maître-Chat : la vieille ville de Viviers a fait, depuis plusieurs années maintenant, l’objet d’une importante campagne de réhabilitation et est devenue un quartier sauvegardé qui enchante les visiteurs]. Il y a cependant quelques très belles constructions du XVIIIe dues à l’infatigable Jean-Baptiste Franque, le grand architecte d’Avignon qui fut ville papale et se donna les attributs d’une petite métropole. Viviers est ville épiscopale depuis le Ve siècle. L’évêché, dessiné par Franque, est devenu l’hôtel de ville. L’évêque est installé dans un autre édifice de Franque, l’hôtel de Roqueplane, plus petit mais peut-être plus réussi encore. Ces deux bâtiments sont au niveau de la vieille ville. Du haut de son rocher, le « château » la domine. Il enferme la cathédrale et son campanile, seize maisons anciennes, un horrible couvent moderne et une magnifique terrasse où se dressait la forteresse défensive jusqu’à ce que les guerres de Religion l’endommagent et que le cardinal de Richelieu la fasse raser (…).

Aussitôt arrivé à Viviers, je téléphonai à l’évêque. Je découvris un homme doué d’une forte personnalité, vif, intelligent, agréable. Il ferait un évêque parfait s’il avait une once de religion. J’entends par là le « théocentrisme » – la piété. Il est résolument anthropocentriste et progressiste. Il est évêque de Viviers depuis 1964, soit plus de vingt-cinq ans [note du blogue du Maître-Chat : il s’agissait alors de Monseigneur Jean Hermil, qui partit en retraite en novembre 1992]. Vers 1950, l’évêque de Viviers ordonnait une vingtaine de prêtres par an : dix pour son diocèse et dix pour d’autres diocèses ou des ordres religieux. Quand il est arrivé, il devait encore ordonner une dizaine de prêtres pour le diocèse. Je crois qu’il n’y a eu aucune ordination en 1970, pour la première fois depuis 1792. C’est arrivé plusieurs fois depuis. Il y a, au moment où j’écris, deux étudiants au grand séminaire, dont l’un n’ira pas jusqu’au bout. C’est réellement tragique. En 1770, la construction d’un énorme bâtiment s’achevait : un grand séminaire pour trois-cents étudiants. Il abritait encore deux douzaines de séminaristes quand je suis arrivé en 1969. Il est désormais loué à qui désire disposer de locaux assez vastes : animateurs de sessions de formation, synodes protestants, rassemblements musulmans, et ainsi de suite.

Cathédrale de Viviers - sanctuaire

Viviers, vue d’ensemble de la cathédrale Saint-Vincent
avant les dégradations récentes perpétrées pour célébrer la liturgie réformée postconciliaire
(voir notre article du printemps 2017 >
ici).

 J’ai dit que la cathédrale est à l’intérieur du château. Même au Moyen-Age, Viviers était une assez petite ville. La cathédrale est à sa mesure. On construisit au XIIe siècle l’édifice roman typique avec nef et bas-côtés. Vers 1500, le chœur fut remanié et prit la forme d’une grande abside sans bas-côtés. Il est remarquable par les nervures flamboyantes de sa voûte et sa décoration Renaissance. Au cours des guerres de Religion, la nef fut partiellement détruite. La paix revenue, comme il n’y avait pas d’argent pour la réparer, on se contenta de couvrir d’un toit de bois la nef très abaissée et les bas-côtés. Au XVIIIe siècle enfin, on put trouver l’argent et l’homme idoine, l’inévitable Franque. Sa restauration supprima les bas-côtés, ce qui donna la même largeur à la nef et au chœur, et lança trois arcs triomphaux pour soutenir la toiture. Le résultat est enchanteur : les trois grandes arcades conduisent à une salle de bal flamboyante. Le chœur est orné de stalles majestueuses qui entourent un magnifique maître-autel. Dans sa partie authentique (la moitié inférieure), il est en marbre incrusté et porte tous les signes d’un travail de Savone, mais un archiviste m’a certifié qu’il avait été payé à Marseille. Je suppose donc qu’une entreprise de Marseille avait embauché des ouvriers de Savone. C’est une œuvre splendide. J’y célèbre quotidiennement la messe en semaine.

Quand j’arrivais à Viviers en 1969, il y avait encore un chapitre à la cathédrale et les chanoines disaient l’office avant et après la messe capitulaire. Tout le monde, évêque compris, était terrorisé par le doyen Chaussinand, âgé de quatre-vingt-douze ans, qui avait pour gouvernante sa sœur, elle-même âgée de quatre-vingt-seize. L’évêque me permit de dire une messe privée à la cathédrale pourvu que le doyen donne son accord. Je m’adressai donc au doyen et pris mon air le plus gracieux pour lui demander les clés de la sacristie. « Certainement pas ! Je ne vous connais ni d’Eve ni d’Adam. Le fait que vous soyez prêtre ne vous empêche pas d’être un bandit ou un voleur. Si vous voulez dire la messe, vous la direz au maître-autel puisque ce salaud d’évêque a fait enlever tous les autres – sans la permission du chapitre – sauf celui de la chapelle de la Vierge pour la messe capitulaire. Vous devrez être là quand j’ouvre la sacristie, à huit heures moins le quart. Vous devrez l’avoir quittée à neuf, quand je la ferme ». J’obéis avec déférence à ce personnage décidé.
Le 18 juillet 1970, pour la fête de Saint Camille de Lellis, suivant l’ancien calendrier, je dis la messe en ornements blancs. J’enlevais mes ornements lorsque le doyen fit son apparition :
- Pourquoi avez-vous pris les ornements blancs ? Vous ne saviez donc pas qu’il fallait mettre les verts aujourd’hui ?
- Non. J’ai dit la messe de Saint Camille.
- Quoi ? Vous avez dit la messe de Saint Camille ? Mais alors, vous êtes un homme pieux et honnête ! Je vous donne les clés de la sacristie. Vous pouvez dire la messe quand vous voudrez. Je suis Camille Chaussinand.
Quel autre qualificatif donner à cet arrangement que celui de providentiel ?

Le doyen mourut quelques mois plus tard. L’évêque se dépêcha de supprimer le chapitre. Je suis donc, en semaine, le seul prêtre à dire la messe à la cathédrale. Ce faisant, je ne puis m’empêcher d’évoquer la piété séculaire qui me permet de célébrer les mystères sacrés dans un cadre aussi beau.
Il est ainsi une cathédrale française où la seule messe dite en semaine est la messe ancienne.

Bryan Houghton, « Prêtre rejeté » 1ère édition 1990
2ème édition augmentée 2005
pp. 103-110

Cathédrale de Viviers : le maître-autel

Cathédrale Saint-Vincent de Viviers : le maître-autel où célébrait Monsieur l’Abbé Houghton
(depuis plusieurs années maintenant, malheureusement, ce splendide autel a été exécré:
le « tombeau » contenant les saintes reliques a été fracturé. Il est en l’état actuel impropre à la célébration de la sainte messe).

2021-56. Usquequo Domine ?

Lettre du 25 octobre 2021

aux membres et amis de la Confrérie Royale

Usquequo Domine ?[1]

 

« Comment ne pas penser au “cloaque d’impureté” dont parlait Notre-Dame, d’autant plus insupportable à regarder que les criminels sont précisément ceux qui, par leur consécration, devraient être l’image-même du Christ ? ».

Guillaume de Thieulloy


La Salette : statue de la Vierge en pleurs.

En la Saint-Louis 2020, nous déplorions qu’il y ait « grande pitié au clergé de France ! ». Que peut-on dire une année après, en ce 175e anniversaire du message de Notre-Dame à La Salette ?

« De grands troubles arriveront, dans l’Eglise, et partout. Puis, après [cela], notre Saint-Père le pape sera persécuté. Son successeur sera un pontife que personne [n'] attend. […] Tout ce que je vous dis là arrivera dans l’autre siècle, [au] plus tard aux deux mille ans » (Maximin). « Le monde content de ne manquer de rien recommencera ses désordres, abandonnera Dieu, et se livrera à ses passions criminelles. [Parmi] les ministres de Dieu, et les Epouses de Jésus-Christ, il y en a qui se livreront au désordre, et c’est ce qu’il y aura de [plus] terrible. Enfin, un enfer règnera sur la terre » (Mélanie).

            Ce mardi 5 octobre a été publié le rapport[2] de 2500 pages de la C.I.A.S.E. (Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Eglise), présidé par un Socialiste ancien président des dîners de la Grande Loge de France[3] et vice-président du Conseil d’État qui eut l’honneur d’annoncer sa bénédiction à la condamnation à mort de Vincent Lambert, et secondé par une féministe d’extrême-gauche[4] (pardon pour le pléonasme).

Selon Mgr Éric de Moulins-Beaufort : « Ce travail de vérité était nécessaire, nous [les évêques de France] l’accueillons comme un bienfait (sic) »[5]. Monsieur Maugendre le corrige avec brio : « Ce travail de trente-deux mois, mené par vingt-et-un commissaires, demandé et financé (coût : 3 M € – vous lisez bien : trois millions d’euros : 3 000 000 €, merci aux généreux donateurs du Denier de l’Église ! – par la Conférence des Evêques de France est un véritable réquisitoire contre l’Eglise, parfaitement mis en scène par la diatribe introductive de François Devaux, une des victimes du père Preynat, interpellant son auditoire composé d’évêques, de prêtres, de religieuses, etc. : « Vous êtes une honte pour notre humanité (…) Vous devez payer pour tous ces crimes[6] (…) Vous taire »[7].

En l’occurrence, les têtes mitrées seraient bien inspirées de retenir la leçon, plutôt que d’oser affirmer comme Mgr Christian Nourrichard[8] : « Toute l’Église en porte la responsabilité collective, ce qui me fait honte »[9] (sic !). Il serait plus juste de dire que toute l’Église a honte d’épiscopes plaçant de manière irresponsable et criminelle à des postes de responsabilité des prédateurs connus. En condamnant celui qui scandalise un seul de ces petits qui croient en Lui (Matth. XVIII, 6), Notre-Seigneur n’exempte aucunement (bien au contraire) le scandaleux de sa responsabilité (« il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît au cou une grosse meule de moulin, et qu’on le jetât dans la mer », Luc. XVII, 2 : il ne s’agit pas de tout le troupeau de pourceaux de Matth. VIII, 32) : celle-ci n’est pas noyée dans la responsabilité collective de la société, dans le grand tout qui n’est rien… L’on retrouve le maître-mot des politiques : « responsable mais pas coupable »…

Au passage, afin de détendre un instant l’atmosphère, merci de prier pour que le « diocèse » jumelé au sien[10] quitte l’état de viduité et vacance…[11]

diocèse anglican de Salisbury

« Karen », Mme l’évêquesse administrateuse du « diocèse » anglican de Salisbury
jumelé à celui ( « catholique ») d’Évreux.

Guillaume de Thieulloy lui rétorquait d’avance :

« Certains réclament que toute l’Église soit, en quelque sorte, solidairement responsable de ces turpitudes. Mais c’est tout simplement hors de question. Je trouvais déjà assez choquant que notre denier du culte finance cette commission dont nous savions par avance qu’elle nous condamnerait en bloc […]. Alors n’imaginez pas que nous donnions un kopeck pour tenter de combler ce tonneau des Danaïdes que va être la tentative d’indemnisation des victimes. Nous donnons pour faire vivre nos saints prêtres, non pas pour exonérer de leurs responsabilités les s******** ! »[12].

Selon un confrère curé, « Le péché majeur qu’il faudrait dénoncer n’est ni un phénomène abominable mais statistiquement mineur déguisé en épidémie générale, ni le cléricalisme, c’est la pratique désormais sacralisée de la repentance sur le dos du voisin. On y ajoutera l’oubli, plus que suspect, l’amnésie que l’on peine à croire inconsciente, vis-à-vis des comportements qui ont réellement et généralement portés préjudice à l’Église au cours de ces années. Dans la vieille morale d’autrefois, cela s’appelait le ‘mensonge par omission’ »[13].

« Les fausses bonnes intentions, la dégoulinade de la commisération et de la compassion, la coulpe battue sur la poitrine des anciens ressemblent à un vaste simulacre. Écœurant, car qui va payer concrètement les pots cassés de l’incurie passée ? Le petit peuple chrétien et le bas clergé, qui vont éponger la honte au quotidien, les quolibets et les outrages. Ceux-là même que l’on a sommé pendant des décennies de changer de liturgie, de morale, de catéchisme, de sacerdoce. Bien calfeutrés dans les beaux quartiers, les grands-prêtres et le sanhédrin n’en verront rien, drapés dans leur bonne conscience ravalée à neuf par leurs faux aveux.

Quitte à être sanctionné et stigmatisé encore, nous pouvons prophétiser ce que seront les conséquences globales d’une campagne qui détourne des causes réelles des problèmes. Le soupçon systématique porté sur le clergé de base finira de faire écrouler nos communautés et d’assécher les vocations. Quant à la frénésie de dénonciation qui saisit les autorités au moindre début de soupçon jeté sur les clercs, avant même le début du commencement d’une vérification, elle prolongera l’épidémie de suicides qui touche aujourd’hui le clergé français »[14]. 

Le pitoyable document « fait à Courtalain le 31 août 2021 »[15] par les supérieurs des communautés ex-Ecclesia Dei adflicta et néo-Traditionis custodes s’appuie sur Amoris laetitia et Lumen Gentium, et craignant pour les inévitables futures Visites apostoliques, demande un médiateur empreint d’humanité. Les « Instituts signataires », se sentant « soupçonnés, mis en marge, bannis », réaffirment leur fidélité à François et leur « adhésion au magistère (y compris à celui de Vatican II et à ce qui suit) », « comme le prouvent les nombreuses études et thèses de doctorat faites par plusieurs d’entre nous depuis 33 ans ».

Il aura fallu ce motu proprio pour que nos courageux clercs ‘identitaires’, qui assuraient qu’ils « ne lâchaient rien » (du Concile ? des compromissions ?), fassent amende honorable :

« Des fautes ont-elles été commises ? Nous sommes prêts, comme l’est tout chrétien, à demander pardon si quelques excès de langage ou de la défiance vis-à-vis de l’autorité ont pu s’introduire chez tel ou tel de nos membres. Nous sommes prêts à nous convertir si l’esprit de parti ou l’orgueil a pollué nos cœurs. Nous supplions que s’ouvre un dialogue humain, personnel, plein de confiance, loin des idéologies ou de la froideur des décrets administratifs. Nous voudrions pouvoir rencontrer une personne qui sera pour nous le visage de la Maternité de l’Eglise. Nous voudrions pouvoir lui raconter la souffrance, les drames, la tristesse de tant de fidèles. […] 

Nous sommes désireux de confier les drames que nous vivons à un cœur de père. Nous avons besoin d’écoute et de bienveillance et non de condamnation sans dialogue préalable. Le jugement sévère crée un sentiment d’injustice et produit les rancœurs. La patience adoucit les cœurs. Nous avons besoin de temps.

On entend parler aujourd’hui de visites apostoliques disciplinaires pour nos Instituts. Nous demandons des rencontres fraternelles où nous puissions expliquer qui nous sommes et les raisons de notre attachement à certaines formes liturgiques. Nous désirons avant tout un dialogue vraiment humain et miséricordieux : ‘Sois patient envers moi !’. […]

Avec confiance, nous nous tournons tout d’abord vers les évêques de France afin qu’un vrai dialogue soit ouvert et que soit désigné un médiateur qui soit pour nous le visage humain de ce dialogue »[16].

Contrastant avec eux, l’abbé Laguérie appelle un chat, un chat dans son adresse aux évêques de France et de Navarre qui mérite d’être lue[17].

De même, de manière moins colérique mais bien profonde, un curé de campagne s’indigne :

« Quelle fut l’attitude générale des autorités, pendant les années 1965-2000, vis-à-vis des pervers, des déviants et des pécheurs publics ? Officiellement, c’est de n’avoir rien fait. C’est ce qu’on leur reproche aujourd’hui. À quelques rares exceptions près. Mais la question n’est pas là. Elle est : pourquoi ? Pas par complicité avec le mal, généralement, mais par soumission à l’ ‘air du temps’, par lâcheté, par conformisme social, par relativisme. ‘Interdit d’interdire’ était devenu le fondement du comportement des autorités en matière de gouvernement. Il fallait être ‘ouvert’, ‘tolérant’, ‘accueillant’. Le droit canonique et les règles, imparfaits mais largement suffisant pour faire le ménage si l’on avait voulu, étaient inutilisés parce que : ‘ringards’, ‘dépassés’, ‘intégristes’, ‘fermés’. ‘Tolérance et ouverture’, que de crimes n’a-t-on pas couvert en leur nom ! »[18].

Monsieur Maugendre analyse :

« L’Église en Occident est immergée dans une société qui, déjà avant mai 68, avait fait de la satisfaction des désirs et des pulsions de chacun sa règle fondamentale. Il s’agit de jouir sans entraves en rejetant toutes les normes. Nous vivons dans une société profondément érotisée, les films X de Canal plus n’ayant été que l’aboutissement logique de l’exaltation des sens amorcée au cinéma par des personnalités comme Brigitte Bardot ou Roger Vadim. Si le désir est roi et sa satisfaction la règle suprême, les plus faibles sont condamnés à subir la loi des plus forts, nonobstant les grandes déclarations sur les droits de l’homme. Est-il bien cohérent de laisser libre cours à la pornographie sur les réseaux sociaux, ou ailleurs, et après venir se plaindre que des adultes passent à l’acte ?  Quelle est cette société dans laquelle 10% des personnes majeures affirment avoir été agressées sexuellement avant leurs 18 ans ? »[19].    

« Même si ne sont mis en cause que 2,5% des prêtres le discrédit de l’institution est considérable et sera certainement durable. Après la révélation d’événements analogues l’Église d’Irlande ne s’est pas remise du séisme. Cet automne les vingt-six diocèses irlandais ont vu se présenter quatre candidats ! La crédibilité de l’Église et la simple justice exigent le châtiment des coupables, l’accompagnement et la réparation vis-à-vis des victimes mais aussi la mise en œuvre de décisions courageuses pour que de telles horreurs ne se reproduisent pas.

            Cependant, la liberté de l’Eglise va être entravée car la pression médiatique, politique et sociale sera importante pour que soient transcrites dans le droit de l’Eglise les préconisations du rapport Sauvé. L’heure approche où ce sont les pouvoirs publics qui, au nom de la lutte contre les abus sexuels, ou pour d’autres raisons, interviendront directement dans le fonctionnement de l’Église. Mgr de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des Evêques de France, a fait part de sa honte, de son effroi, demandé pardon. Il en appelle à une nécessaire purification. En fait, c’est à une véritable réforme intellectuelle et morale, profonde et intégrale, que nous convient ces tragiques événements. Analogue à celle de la Contre-réforme catholique, au lendemain de la crise protestante. Une réforme fondée sur l’exigence, le sacrifice, le sens de Dieu et du péché, la primauté de la contemplation, etc. Une réforme radicale car on ne résout pas les problèmes avec le mode de pensée qui les a engendrés. Or le rapport Sauvé ne fait que des préconisations juridiques et institutionnelles en appelant même à la puissance publique. Les appels à une sensibilisation des séminaristes à ces difficultés risquent de passer à côté de l’essentiel, par manque de connaissances sur l’identité-même du prêtre »[20].

            « Exposer, aujourd’hui, les véritables plaies de l’‘Église de France’ : l’amateurisme en fait de gestion des ressources humaines, le carriérisme des personnalités les plus alignées, la désinvolture dans le dialogue avec les personnes et les communautés, les carences de la formation sacerdotale et diaconale, la réticence à annoncer clairement la doctrine catholique ? Ce n’est visiblement pas à l’ordre du jour… »[21].

Et le comble est la convocation du président de la Conférence des Évêques de France par le ministre de l’Intérieur[22]. L’archevêque de Reims avait tout de même réagi à la recommandation scandaleuse de la commission Sauvé d’imposer le viol du secret de confession : « Le secret de la confession s’impose à nous et s’imposera à nous et, en ce sens-là, il est plus fort que les lois de la République parce qu’il ouvre un espace de parole, libre, qui se fait devant Dieu »[23].

« Il n’y a rien de plus fort que les lois de la République. Ça tient en une phrase et c’est très clair »[24] a aussitôt lancé en guise de menace Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, à destination des ex-préfets violets, aujourd’hui fonctionnaires bénévoles et pourtant zélés. Léon XIII l’avait appris à nos dépens, et les supérieurs Traditionis custodes également bientôt : ramper devant les ennemis de l’Église n’a toujours fait qu’exacerber l’audace des méchants. C’est une morale qu’il nous faut tous retenir.

Les fidèles de ces communautés dans le diocèse de Nantes viennent d’en faire les frais :

« Pour les mariages, baptêmes et enterrements, même si vous désirez l’église de votre village d’enfance, vous n’y aurez pas droit parce que vous ne serez pas un paroissien de cette église. Pour les écoles, Monseigneur Percerou a eu des phrases très inquiétantes. En effet, […] il a posé la question de savoir s’il était normal que des enfants soient élevés dans le seul rite tridentin. Sa réponse murmurée était qu’il ne le croyait pas. Enfin, nous sommes effondrés par les menaces claires contre les instituts traditionnels. « Ils devront choisir » ils devront décider s’ils restent dans l’Église… »[25].

« Les livres liturgiques promulgués par les Saints Pontifes Paul VI et Jean Paul II, conformément aux décrets du Concile Vatican II, sont – selon François – la seule expression de la lex orandi du Rite romain » (1er article du motu proprio)[26], alors que Mgr Gamber expliquait : « la nouvelle liturgie est un ritus modernus et non plus un ritus romanus » au sens traditionnel (il faudrait plutôt dire latin) : si un Catholique ne se reconnaît aucunement dans ce nouveau rite romain, comme le P. Joseph Gelineau qui écrivait lui-même : « Non seulement les paroles, les mélodies et certains gestes sont différents mais, à dire la vérité, il s’agit d’une liturgie différente de la messe. Ceci doit être dit sans ambiguïté : le rite romain tel que nous l’avons connu n’existe plus : il est détruit », et Cristiana de Magistris : « [la liturgie de Paul VI] – comme cela a largement été démontré – a de loin outrepassé les prescriptions conciliaires, créant une liturgie ex novo, se trouvant en complète discontinuité non seulement avec la tradition présente dans le Missel de Saint Pie V mais aussi avec la volonté même des Pères conciliaires »[27] et « cette Liturgie faite ‘sans contact avec la réalité’ (Cardinal Ratzinger) ne peut plus être considérée comme partie du Rite romain »[28], la question à poser est alors : les pasteurs de ce rite néo-romain sont-ils les propres pasteurs de ce Catholique vétéro-romain ?

M. de Lassus interroge : « Et quel est le statut de l’ancien rite ? Ceux qui l’utilisent encore ont-ils perdu la qualité de catholique ? »[29].

« Deux Églises ? […] Aujourd’hui l’Usus antiquior ne peut plus être lex orandi ; l’Église a donc changé, au moins sous certains aspects. C’est ce que constatait en son temps Mgr Bennelli qui parlait de l’ ‘Église conciliaire’. Mais s’il existe une Église conciliaire, il existe nécessairement une ‘Église non conciliaire’. Car tout comme le désordre n’est concevable que par rapport à un ordre, une ‘Église conciliaire’ ne peut se concevoir que par rapport à une ‘Église non conciliaire’. Y aurait-il deux Églises ? Le concept choquerait plus d’un théologien. Jésus-Christ n’a fondé qu’une seule et unique Église qui se maintient grâce à la succession apostolique. Pourtant des révélations privées récentes ont parlé de deux Églises. Dans les années 1960, saint Padre Pio dit un jour avec tristesse à Don Amorth : ‘Vous savez, Gabriele ? Satan s’est introduit au sein de l’Église et, dans très peu de temps, il arrivera à gouverner une fausse Église’. Certes, Padre Pio ne parle pas d’ ‘Église conciliaire’, mais de ‘fausse Église’. Quoi qu’il en soit, il eut la révélation qu’à court terme nous verrions la naissance d’une fausse Église à côté de la vraie »[30].

Sans aller jusqu’à parler de fausse Église, peut-on se demander s’il n’existerait pas en droit une Église latine différente de celle inséparable du nouveau rite ? L’on pourrait penser que oui : les fidèles attachés à la liturgie latine devraient ne dépendre que d’évêques catholiques propres à ce rite et donc à l’Église rituelle correspondante, comme le veut la pratique de l’Église, et qui ne peut donc être l’Église latine prétendument réformée, de même que l’Église assermentée (et rapidement schismatique) différait sous la Révolution de l’Église insermentée ou réfractaire. Le « Concile » ou ses suites auraient donc fait naître une nouvelle Église rituelle : l’Église latine (entièrement, chose inouïe) « réformée », et qui a précisément voulu tout réviser (Sacrements, Sacramentaux, Code de droit canonique, usages, etc.) : « que, là où il en est besoin [?], on les révise entièrement avec prudence [NDLR : hum…] dans l’esprit d’une saine tradition [?!] et qu’on leur rende une nouvelle vigueur en accord avec les circonstances et les nécessités d’aujourd’hui »[31].

L’on peut donc s’interroger sur la valeur des paroles de Benoît XVI : « Il n’est pas convenable de parler de ces deux versions du Missel Romain comme s’il s’agissait de ‘deux Rites’. Il s’agit plutôt d’un double usage de l’unique et même Rite »[32]. François le contredit… mais également l’histoire réelle, car il est patent que les fidèles traditionnels ne se reconnaissent pas entièrement dans les formules, canons, etc. de cette Église rituelle latine prétendument réformée, puisque tout en conservant le même siège et les mêmes édifices, les Catholiques attachés au rite latin immémorial considèrent depuis 50 ans qu’on leur a changé leur religion[33].

« Le Missel réformé a été une catastrophe à tous les niveaux : liturgique, dogmatique et moral. Le résultat, évident aux yeux de tous, est qu’il a vidé les églises, les couvents et les séminaires. Ne pouvant l’imposer par la force de la tradition, qu’il ne véhicule pas, on cherche à l’imposer à coups de lois »[34]. En effet, déplorait Mgr Gamber : « Aujourd’hui, nous nous trouvons face aux ruines d’une Tradition presque bimillénaire », et la crise que nous souffrons est absolument unique. Cristiana de Magistris ajoute : « Que le Rite romain ne survive plus dans le Missel réformé de Paul VI, ce sont des liturgistes, amis et ennemis de la Tradition, qui le disent. Dès lors, le Missel réformé – comme l’affirme K. Gamber – mérite le titre de Missel modernus mais non pas de romanus ».

Ce qui est dit du missel, selon l’adage lex orandi, lex credendi, ne doit-il pas l’être également du rite lui-même, et donc de l’Église rituelle qu’est l’Église latine ? Pour Gamber : « Plus d’un auteur (Gaetano, Suarez) exprime l’opinion selon laquelle l’abolition du Rite traditionnel ne rentre pas dans les pouvoirs du Pape […] et qu’il n’est certainement pas du devoir du Siège apostolique de détruire un Rite de tradition apostolique mais que son devoir est de le maintenir et de le transmettre »[35] : or, puisque le but clairement poursuivi est l’extinction du rite romain traditionnel et l’intégration de ses fidèles au rite réformé, il existe pour tout corps vivant une loi imprescriptible : l’instinct de survie.

« Lorsque, le 3 avril 1969, Paul VI promulgua le Novus Ordo Missae, il pensait au fond qu’au bout de quelques années la messe traditionnelle ne serait plus qu’un souvenir. La rencontre de l’Église et du monde moderne […] prévoyait la disparition de tout l’héritage de l’Église ‘constantinienne’. Et l’ancien rite romain, restauré par saint Pie V en 1570, après la dévastation liturgique protestante, semblait destiné à disparaître. Jamais prévision ne fut plus démentie par les faits »[36].

Benoît XVI « rendit son plein droit d’existence à l’ancien rite romain (malheureusement appelé « forme extraordinaire ») qui, juridiquement, n’avait jamais été abrogé mais s’était trouvé, de fait, interdit pendant quarante ans »[37]. Il est une « immuable lex orandi qu’aucun pape jamais ne pourra abroger »[38].

« Le pape François n’a pas jugé nécessaire d’intervenir devant la déchirure de l’unité provoquée par les évêques allemands, souvent tombés dans l’hérésie au nom du concile Vatican II, mais il semble convaincu que les seules menaces contre l’unité de l’Église viennent de ceux qui ont posé des questions à propos de ce concile, comme des questions ont été posées, sans jamais avoir reçu de réponse, à propos d’Amoris Laetitia »[39].

De même, note en souriant M. de Lassus,
« C’est exactement l’inverse de ce qu’affirme Querida Amazonia qui, à propos de ‘la multiple richesse des dons et des charismes que l’Esprit répand dans la communauté’, dit : ‘L’Eucharistie, source et sommet, exige que cette richesse multiforme se développe’ (n° 92) et précise : ‘La diversité légitime ne nuit pas à la communion et à l’unité de l’Église, mais elle la manifeste et la sert, ce dont témoigne la pluralité des rites et des disciplines existants’ (n° 111). Pourquoi la diversité amazonienne ne nuit pas à l’unité mais au contraire la renforce, alors que la diversité au sein du rite romain lui nuirait ? De même, dans la déclaration d’Abou Dhabi, il est affirmé : ‘Le pluralisme et les diversités de religion [sic !], de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine’. Pourquoi la diversité des rites ne le serait pas ? ».

            Mais François a-t-il seulement lu… les textes du concile vaticandeux ?

« Obéissant fidèlement à la Tradition, le saint Concile déclare que la sainte Mère l’Église considère comme égaux en droit et en dignité tous les rites légitimement reconnus, et qu’elle veut, à l’avenir, les conserver et les favoriser de toutes manières »[40].

Et comment le rite propre et au moins semi-millénaire de la principale Église rituelle au sein de l’Église universelle – qui selon ledit concile « subsiste dans » l’Église catholique, tandis que nous l’affirmons persister dans cette même Église et lui être identifiée – pourrait-il ne plus être reconnu ? Quand bien même, Benoît XVI a affirmé que « ce Missel n’a jamais été juridiquement abrogé »[41], et François ne l’a pas canoniquement supprimé[42].

Mais avec un admirable à-propos :

« L’époque étant aux ‘mesures barrières’, le Motu proprio établit que le rite ancien n’a plus aucun droit de cité dans les églises paroissiales, et ce immédiatement, tant le risque de contagion semble devenu grand. La célébration de l’ancien rite ne pourra se faire que dans de rares lieux dûment certifiés par l’évêque. Ainsi, comme les lépreux autrefois, pour éviter toute contagion, les fidèles contaminés par l’Usus antiquior seront tenus soigneusement à l’écart des communautés paroissiales. […] Ceux-ci sont devenus en quelque sorte les lépreux de l’Église conciliaire »[43].

Il « manifeste son refus de la lex orandi traditionnelle et, implicitement, de la lex credendi exprimée par l’ancien rite. La paix que le motu proprio de Benoît XVI avait tenté d’assurer dans l’Eglise est finie et Josef Ratzinger, est condamné à assister, huit ans après sa renonciation au pontificat, à la guerre déclarée par son successeur, comme dans l’épilogue d’une tragédie grecque »[44].

Les années de « restauration » vécues sous Benoît XVI (mais entamées dès 2003) sont révolues, que personne ne se leurre plus. Aujourd’hui, les prêtres et fidèles refusant célébration comme concélébration de la liturgie prétendument réformée doivent se préparer spirituellement, psychologiquement et matériellement à ne plus pouvoir célébrer la liturgie latine traditionnelle dans les églises publiques.

« Nous-mêmes, qui avons la chance imméritée de connaître la messe tridentine et d’en bénéficier, nous possédons un trésor dont nous ne mesurons pas toujours toute la valeur […]. Quand quelque chose de précieux est attaqué ou méprisé, on en mesure mieux toute la valeur. Puisse ce ‘choc’ provoqué par la dureté des textes officiels du 16 juillet dernier, servir pour que notre attachement à la messe tridentine soit renouvelé, approfondi, redécouvert ; cette messe, notre messe, doit être réellement pour nous comme la perle de l’Évangile pour laquelle on renonce à tout, pour laquelle on est prêt à tout vendre. Celui qui n’est pas prêt à verser son sang pour cette messe n’est pas digne de la célébrer. Celui qui n’est pas prêt à renoncer à tout pour la garder n’est pas digne d’y assister »[45]. 

 « Douter du Concile, c’est […] finalement, douter du Saint-Esprit lui-même qui guide l’Église » écrivait François aux évêques le 16 juillet[46]. Le but affiché : « pourvoir au bien – mais puisque c’est pour votre bien, vous dit-on ! – de ceux qui sont enracinés dans la forme de célébration précédente et ont besoin de temps pour revenir au Rite romain promulgué par les saints Paul VI et Jean-Paul II »[47]. Comme le commente le Pr de Mattei, « pour atteindre cet objectif, il faut une patiente rééducation des récalcitrants »[48].

 Interrompu le 7 juillet 2007, le compte-à-rebours de destruction programmée du rite bimillénaire de l’Église latine (et non romaine, comme dit par la lettre apostolique) a été réactionné par François, avec la complicité active de nombreux évêques, même si c’est tout l’épiscopat qui est sommé d’agir, présenté comme étant à l’initiative : réconforté par saint Pie V lui-même (sic !)[49] – « Le motu proprio invoque donc l’autorité de qui le condamne »[50] (C. de Magistris) – et « Répondant à vos demandes, je prends la ferme décision – avec le secours de Votre sainte grâce ? – d’abroger toutes les normes, instructions, concessions et coutumes antérieures à ce Motu Proprio, et de conserver les livres liturgiques promulgués par les Saints Pontifes Paul VI et Jean-Paul II, conformément aux décrets du Concile Vatican II, comme la seule expression de la lex orandi du rite romain »[51]. Et ceux qui ne veulent pas y revenir, au nom du « pas de retour en arrière »… ? Et ceux qui ne l’ont jamais suivi ?

« Sur le plan du droit, la révocation de la liberté de chaque prêtre de célébrer selon les livres liturgiques antérieurs à la réforme de Paul VI est un acte manifestement illégitime. Le Summorum Pontificum de Benoît XVI a rappelé effectivement que le rite traditionnel n’a jamais été abrogé et que chaque prêtre a pleinement le droit de le célébrer où que ce soit dans le monde. Traditionis custodes interprète ce droit comme un privilège concédé comme tel par le Législateur Suprême. Ce modus procedendi est en tout cas tout à fait arbitraire parce que la licéité de la messe traditionnelle ne naît pas d’un privilège mais de la reconnaissance d’un droit subjectif de chaque fidèle, qu’il soit laïc, clerc ou religieux. Benoît XVI en fait n’a jamais rien « concédé » mais il n’a fait que reconnaître le droit d’utiliser le missel de 1962, ‘jamais abrogé’, et d’en recueillir les fruits spirituels. Le principe que reconnaît le document Summorum Pontificum est le caractère immuable de la bulle Quo primum de saint Pie V, du 14 juillet 1570 »[52].

Alors que nous avons célébré le 7 octobre dernier le 450e anniversaire de la victoire de Lépante, faut-il rappeler les paroles finales du même saint Pie V lors de l’extension universelle du Missel Romain, en date du 14 juillet 1570 ?

Les « prêtres de quelque nom qu’ils seront désignés, ou les religieux de n’importe quel ordre, ne peuvent être tenus de célébrer la messe autrement que nous l’avons fixée, et jamais et en aucun temps qui que ce soit ne pourra les contraindre et les forcer à laisser ce missel ou à abroger la présente instruction ou la modifier, mais qu’elle demeurera toujours en vigueur et valide, dans toute sa force […]. Qu’absolument personne, donc, ne puisse déroger à cette page qui exprime Notre permission, Notre décision, Notre ordonnance, Notre commandement, Notre précepte, Notre concession, Notre indult, Notre déclaration, Notre décret et Notre interdiction, ou n’ose témérairement aller à l’encontre de ses dispositions. Si cependant quelqu’un se permettait une telle altération, qu’il sache qu’il encourrait l’indignation de Dieu tout-puissant et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul » (bulle Quo primum tempore[53]).

Que ce ‘quelqu’un’ se le tienne pour dit, puisque selon Roberto de Mattei, il « a pour objectif de réprimer toute expression de fidélité à la liturgie traditionnelle. Mais il aura pour effet d’attiser une guerre qui, inévitablement, débouchera sur le triomphe de la Tradition de l’Église »[54].

« En bonne logique, l’ère de l’herméneutique de la continuité, avec ses équivoques, ses illusions et ses efforts impossibles, est drastiquement révolue, balayée d’un revers de manche »[55]. « Traditionis custodes prive du bien spirituel de la messe de toujours ceux qui ont un droit inaliénable à ce bien dont ils ont besoin pour persévérer dans la foi », et « confirme le processus de centralisation du pouvoir du pape François, en contradiction avec ses références récurrentes à la ‘synodalité’ dans l’Église »[56].

Le temps des ténèbres a commencé, et Notre Seigneur nous avertit : par la sainte liturgie immémoriale, par les Sacrements,

« La lumière est encore pour un peu de temps au milieu de vous. Marchez, pendant que vous avez la lumière, afin que les ténèbres ne vous surprennent point : celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va. Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous soyez des enfants de lumière. Jésus dit ces choses, puis il s’en alla, et se cacha loin d’eux » (Joann. XII, 35-36).

Que le souvenir des tristes événements vécus en France lors du premier confinement, avec la complicité et culpabilité actives du haut-clergé, et de trop de clercs (même parfois d’« instituts signataires »), soit pour nous le signe, le marqueur d’un avenir à préparer dès maintenant :

  • Le temps des catacombes commence, dont acte.
  • Le relèvement postérieur à la crise est à préparer dès aujourd’hui.

Formons-nous ; sanctifions-nous ; édifions en nous et autour de nous le Règne de Dieu.

            Pour finir, méditons les paroles adressées par Véronique Lévy à ses frères prêtres[57]. Que de belles choses prépare actuellement le Bon Dieu, comme la conversion de la sœur de l’un des représentants les plus autorisés du système antichrétien qui paraît triompher… comme un certain Vendredi de l’an 33. Une autre Véronique, autre Chrétienne venue du judaïsme, s’était déjà illustrée, courageusement, en femme virile, tandis que les Apôtres se comportaient – hormis saint Jean – en traîtreuses femmelettes, premier épisode évangélique de la collégialité.

Symboliquement, la descendance apostolique de Judas est si nombreuse… Que saint Jean se hâte donc de réveiller dans le corps épiscopal les grâces de fidélité et de courage qui en firent le seul Apôtre digne parmi tout le Collège apostolique, à l’heure décisive du Sacrifice du Christ.

Voici que notre sainte Mère l’Église revit la Passion, en cette époque où il nous est mystérieusement donné de vivre. Cela fut moultes fois prédit, prophétisé, et une analyse spirituelle et surnaturelle ne peut aujourd’hui que le confirmer.

Dictature ecclésiale doublée d’une dictature étatique en marche : que faut-il pour que le Clergé ouvre les yeux ? Et se contentera-t-il de mouvements de paupières ?

A perfidia Cleri, libera nos Domine.
Deus meus, dona nobis viri ut sacerdotes.
Deus meus, dona nobis sancti viri ut sacerdotes.
Deus meus, dona nobis multi sanctique viri ut sacerdotes [58].

Abbé Louis de Saint-Taurin +

Notes:

[1] « Jusqu’où Seigneur ? » (Ps. XII).

[2] Nous savons ce qu’il faut penser des rapports comme des experts autoproclamés : Le blog de Jeanne Smits: La face cachée de l’histoire de “Traditionis custodes”

[6] Et non faire payer les fidèles !

[8] https://laportelatine.org/actualites/communiques/peut-on-esperer-une-reaction-de-rome-leveque-devreux-participe-a-une-ordination-de-femmes; https://laportelatine.org/actualites/publications/clovis-fideliter/le-diocese-devreux-est-il-catholique-par-come-previgny

[24] Alors qu’il y a pourtant un contre-exemple criant : l’Union Européenne considère ses diktats comme supérieurs à la souveraineté des États membres, ce contre quoi lutte actuellement la Pologne.

[42] Benoît XVI précise encore : « La dernière version du Missale Romanum, antérieure au Concile, qui a été publiée sous l’autorité du Pape Jean XXIII en 1962 et qui a été utilisée durant le Concile, pourra en revanche être utilisée comme Forma extraordinaria de la Célébration liturgique », ce qui ne pouvait donc pas être le cas avant 2007…

[49] « La lettre de présentation du Motu proprio ajoute que sa démarche est comparable à celle ayant inspiré la bulle Quo primum tempore de saint Pie V. Il y a là une contre-vérité manifeste, car saint Pie V a éliminé le nouveau (à savoir tout ce qui avait moins de 200 ans) pour ne conserver que l’ancien (à savoir tout ce qui pouvait justifier d’un usage continu depuis au moins 200 ans), alors que Traditionis custodes élimine tout ce qui est ancien […] pour imposer que ce qui est nouveau (c’est-à-dire ce qui a été créé de toutes pièces il y a à peine 50 ans). Ainsi, en suivant les critères définis par saint Pie V, le nouvel Ordo Missae (NOM) aurait été interdit, puisqu’il ne peut justifier d’un usage continu depuis 200 ans » (M. de Lassus, Pourquoi la diversité amazonienne ne nuit pas à l’unité mais au contraire la renforce, alors que la diversité au sein du rite romain lui nuirait ? – Le Salon Beige).

[53] Quo primum tempore : la bulle qui rend libre à perpétuité la messe traditionnelle – Vive le Roy. Le cardinal Medina Estevez, qui vient de nous quitter (R.I.P.), soutint en tant que Préfet du Culte divin que ce document n’avait… aucune force contraignante !

[58] De la perfidie du Clergé, libérez-nous Seigneur.
Mon Dieu, donnez-nous des prêtres virils.
Mon Dieu, donnez-nous de saints prêtres virils.
Mon Dieu, donnez-nous beaucoup de saints prêtres virils.

2021-46. « On aurait dit une maman que ses enfants auraient battue et qui se serait ensauvée dans la montagne pour pleurer à son aise… »

1846 – 19 septembre – 2021

Méditation au jour du
175ème anniversaire
de l’apparition de la Très Sainte Mère de Dieu
sur la sainte montagne de La Salette

frise

Notre-Dame de La Salette 1

« Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle. Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de Le prier sans cesse… »

C’est par ces mots que la Très Sainte Mère de Dieu – et notre Mère – a commencé à s’adresser aux deux jeunes bergers.

« N’ayez pas peur !… Une grande nouvelle ». On ne peut s’empêcher de penser aux paroles avec lesquelles quelques 1846 années auparavant l’ange s’était adressé aux bergers dans la nuit sainte de Bethléem : « Ne craignez point, car voici que je vous apporte la bonne nouvelle d’une grande joie pour tout le peuple : Nolite timere, ecce enim evangelizo vobis gaudium magnum, quod erit omni populo ! » (Luc. II, 10). Ce peuple auquel encore, en conclusion de son apparition, la Vierge pure et sainte demandera avec insistance que l’on transmette ses paroles : « Eh bien, mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple ! Allons, mes enfants, faites-le bien passer à tout mon peuple ! ».

Dans cette fascinante manifestation de la Mère de miséricorde – Mater misericordiae – du samedi 19 septembre 1846, au moment où la Sainte Eglise catholique s’apprêtait à entrer dans la fête solennelle de ses Sept-Douleurs (car en ce temps-là la fête des Sept-Douleurs de Notre-Dame était célébrée non pas le 15 septembre mais au troisième dimanche de septembre), il y a les paroles, certes si importantes (on les trouve en intégralité > ici) qu’on n’en finit jamais de les relire, de les approfondir et de les méditer, mais il y a aussi ce que les mots ne peuvent traduire et qui parle bien plus haut que toutes les paroles : il y a les larmes de Notre-Dame. Ces larmes appartiennent pleinement à l’essence de l’apparition, sont une part essentielle de la grande nouvelle que la Mère de Dieu est venue annoncer ici, ne doivent ni ne peuvent en aucune manière être retranchées de ce qu’il convient et qu’il est nécessaire de faire passer à tout son peuple.

Notre-Dame de La Salette 2

Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! La grande nouvelle que la Très Sainte Mère de Dieu vient rappeler à deux enfants dans la grandiose et silencieuse solitude des sommets, est d’abord celle de sa Compassion : « Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! » La remarque de Maximin pour décrire l’impression produite par la vision de cette femme en larmes, assise, le visage enfoui dans ses mains, a quelque chose de poignant, quelque chose de bouleversant qui nous émeut au plus profond des entrailles : « On aurait dit une maman que ses enfants auraient battue et qui se serait ensauvée dans la montagne pour pleurer à son aise… » Voici la maman qui nous a été donnée pour Mère au pied de la Croix ! Voici la maman que, nous, enfants misérables avons battue ! Voici la maman que nos méchancetés ont poussée à s’« ensauver » dans la montagne pour qu’elle y puisse donner libre cours à ses larmes, avec pour uniques témoins la pureté des cimes et la naïveté de deux enfants qui gardaient leurs vaches ! « Depuis le temps que je souffre pour vous autres !… Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir.«  Celle qui a reçu pour nous – pour chacun d’entre nous – des entrailles maternelles par l’action efficace des paroles de son divin Fils mourant, s’est « ensauvée » loin de tout pour laisser éclater son chagrin de mère : « Mon peuple ne veut pas se soumettre » et je n’en puis plus, je suis à bout de force tant le bras du juste Juge, que je m’emploie à retenir encore, est fort et pesant…  « … Je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! »

Notre-Dame de La Salette 3

Accepter d’être établie Mère des hommes, pour lesquels le Sauveur S’immolait, c’était accepter d’assumer un rôle de médiation entre LE Fils, que la mystérieuse opération du Saint-Esprit avait façonné de sa chair virginale, et les enfants pécheurs en faveur desquels le Fils unique répandait jusqu’à la dernière goutte de Son Sang Précieux. Accepter d’être établie Mère des hommes, c’était accepter d’être établie continuelle intercessrice, jusqu’à la fin des temps, pour que ceux qui « ne feraient pas cas » des grâces de la rédemption et du salut finissent par se laisser toucher et reçoivent miséricorde, pour que ce peuple à elle confié veuille enfin « se soumettre » et n’encoure plus les châtiments réservés aux rebelles, aux infidèles et aux ingrats.

En devenant Mère des hommes, elle les a laissés entrer dans sa vie jusqu’à avoir un lien intime et viscéral avec eux, jusqu’à devenir responsable et à se porter garante d’eux, jusqu’à accepter le poids de leurs errements et de leurs résistances à la grâce, jusqu’à accepter de ne plus être en repos tant qu’ils s’égareront dans les chemins de l’insoumission à la sainte loi de Dieu, jusqu’à s’épuiser en quelque sorte dans la prière et dans les larmes pour obtenir leur retour  : « Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de Le prier sans cesse… ».

C’est ainsi que la Très Sainte Mère de Dieu toujours Vierge accomplit continûment son devoir de maternelle intercession pour le monde, son devoir de maternelle intercession pour chacun de nous. Sa vie terrestre fut pénible et semée de douleurs, mais l’obédience d’intercession pour le monde qui lui échoit encore dans sa vie glorieuse est elle aussi lourde d’angoisses et de peines : « Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! » Nouvelle Esther intercédant « sans cesse » devant le Trône divin, elle offre ses larmes pour les péchés de l’humanité qui méprise les grâces de salut et de sainteté acquises au prix fort par son divin Fils : « Je suis chargée de Le prier sans cesse… ».

Notre-Dame de La Salette 4

A La Salette, la Mère de Dieu toute sainte et immaculée vient nous montrer ses larmes, qui plaident notre cause devant la Majesté du juste Juge. A La Salette, la Toute Sainte Médiatrice que le Christ Sauveur nous a donnée pour Mère, se manifeste comme la perpétuelle suppliante intercédant pour notre salut. A La Salette, notre Mère miséricordieuse, apparaît comme la veilleuse qui jamais ne s’éteint dans la pénombre du sanctuaire et dont la flamme obstinée porte symboliquement devant la divine Présence du tabernacle la prière des cœurs fervents. A La Salette, la Vierge de Compassion nous crie par les larmes qui baignent son visage, qu’elle ne se résout jamais à « laisser aller le bras de son Fils » et que, malgré le poids accablant de la justice méritée par notre opiniâtreté dans le mal, elle s’entête plus encore à « prier sans cesse » pour que ce Fils « ne nous abandonne pas » !   

La principale raison des larmes de notre Sainte Mère et Reine réside dans nos résistances à la grâce : c’est elle, cette résistance à la grâce pourtant toujours offerte, qui nourrit notre insubordination aux lois et préceptes divins, c’est elle qui engraisse notre paresse pour la prière, c’est elle qui produit nos manques de générosité dans la pratique de la pénitence, c’est elle qui engendre nos chutes charnelles, c’est elle qui endort notre foi, c’est elle qui fournit des armes aux démons qui nous assaillent, c’est elle qui nous paralyse dans les voies du relèvement et de la guérison… Puisse le souvenir des larmes de Marie dissiper nos tiédeurs, réveiller notre ferveur !

Notre-Dame de La Salette 5

Nous devrons tous un jour rendre compte à son divin Fils des larmes que nous avons fait jaillir des yeux de Sa Très Sainte Mère ! Au dernier jugement, devant toute la cour céleste, devant tous les anges et tous les démons, devant tous les élus et tous les damnés, nous devrons répondre de chacune des larmes que nos infidélités ont tiré du Cœur de la Mère de toute Compassion. Serons-nous alors dans la honte et la confusion pour l’avoir attristée par l’indignité de nos comportements et parce que nous aurons tenu en échec ses chagrins maternels et ses larmes ? Alors qu’en tant de prières nous lui répétons « Réjouissez-vous », en réalité nous ne lui donnons pas assez de raisons de se réjouir !

Ne contristons plus la Toute Sainte ! Efforçons-nous de tarir la source de ses larmes et de répondre pleinement aux espérances de son amour maternel qui ne veut jamais désespérer de notre conversion, de notre amendement, de notre redressement, de notre pleine adhésion à la grâce… Et lorsque montent les flots agités de la tentation, tournons-nous de tout notre cœur vers Notre-Dame de La Salette et souvenons-nous de ses larmes ; souvenons-nous de ses soupirs maternels : « Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle. Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis plus le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de Le prier sans cesse… »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur
19 septembre 2021

frise

Tous les textes de ce blogue où il est question de Notre-Dame de La Salette >>>
– Texte intégral du message et des « secrets » > ici
– Quelques considérations générales > ici
– Prière de Mélanie pour les temps de calamité > ici
– Texte de Gustave Thibon pour le centenaire de l’apparition > ici
– La Salette et la réforme liturgique > ici
« Les plaies de la France pansées par Marie » > ici
– Prières à Notre-Dame de La Salette > ici

2021-43. Message de Sa Majesté le Roi Louis XX à l’occasion de la fête de Saint Louis 2021.

Mercredi 25 août 2021.

En cette fête de Saint Louis, son ancêtre et son saint patron, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, a adressé le message suivant à tous les Français :

Aigues-Mortes statue de Saint Louis

Statue de Saint Louis à Aigues-Mortes

Chers Français,

Je ressens de plus en plus l’expression d’une inquiétude profonde à l’égard de notre nation, de nos vies et de nos problèmes quotidiens, générée par une situation de crise, dont les racines sont profondes. Cette inquiétude s’accroît alimentée par une succession d’évènements que le pays semble subir et qui ne trouvent que des solutions partielles et qui interpellent notre société.

La crise concerne tous les secteurs, affectant davantage les plus faibles.

Cette crise de caractère religieux, social, juridique, économique et philosophique qui affecte de nombreux Français, nécessite des solutions durables et équitables.

La situation des plus humbles ne s’améliore pas et la fracture des territoires demeure. Il y a là une source d’injustice et d’exacerbation des divisions entre tous, comme si la division et la confrontation étaient la marque d’une nouvelle société ; alors que la concorde et l’unité sont les seuls moyens pour trouver une solution de justice.

La crise de confiance s’est accentuée actuellement par la persistance de la crise sanitaire et ses conséquences. Devant la gravité de la situation, les solutions proposées sont techniques, uniformes et rapides, reposant sur une sorte de certitude acquise, implacable et incontournable, contre laquelle personne ne peut exprimer ses inquiétudes, alors qu’il aurait fallu y répondre avec transparence, sans pouvoir laisser penser que le bien public puisse cacher d’autres intérêts.

Nous sommes tous concernés face à l’avenir, avec le sentiment apparemment de plus en plus partagé que notre société est confrontée à des enjeux de fond, qui ne sont pas nouveaux, et aux effets plus rapides que par le passé.

Ce sentiment est renforcé par les dangers, que chacun ressent, d’une situation internationale de moins en moins prévisible, voire dangereuse. Les risques grandissent de possibles conflits susceptibles de menacer notre pays, notre société, notre forme de vie et nos valeurs sociales et politiques ; la plus grande faiblesse est celle de ne pas savoir ce que l’on défend.

Face à toutes ces questions, les interrogations et les doutes augmentent. La culture de l’oubli contribue, elle aussi, au dérèglement social. En effet, la culture, la connaissance partagée, le lien moral et éthique véhiculé par une langue commune est d’abord ce qui unit et non ce qui oppose. Les menées actuelles sont absolument contraires à l’esprit d’unité du corps social défendu durant des siècles qui a permis tant de succès et de progrès à notre société.

Ainsi, il nous faut revenir aux fondements de la société française et de son identité : la justice, le bien commun, la souveraineté, la volonté de sacrifice, le discernement et l’esprit critique, la nécessité de croire à la communauté et à la générosité avec une plus grande cohésion sociale. En se référant à eux, nos institutions retrouveront leur finalité, celle d’unifier la France et de l’aider à se dépasser. Pour sortir de cette phase négative comme la France en a déjà connue et qu’elle a toujours surmontée, il s’agit de retrouver notre esprit de cohésion et notre attachement à nos valeurs pour que la France reste la France.

Je souhaite ainsi rendre hommage à tous ceux qui agissent et assument leur devoir d’état, malgré toutes les difficultés qu’ils rencontrent dans leurs vies quotidiennes.

Je pense spécialement aux jeunes couples qui s’engagent dans ce sens, en s’attachant à accomplir avec enthousiasme, au prix de difficultés souvent considérables, leur rôle de transmission vis-à-vis de leurs enfants.

Je pense aux personnels de santé, tellement surchargés en ce moment, confrontés de plus en plus à des problèmes éthiques touchant à la vie, et qui, de ce point de vue, s’emploient à résister à des pratiques contre-nature, dans la pleine conscience de leur devoir.

Mais je pense aussi à tous ceux, entrepreneurs, militaires, professionnels divers qui œuvrent déjà, chacun à sa place, pour que notre pays s’affirme fier de lui-même, soucieux et attentif à mettre en valeur le plein héritage de son histoire pour bâtir son avenir.

Nous devons donc nous attacher à nous retrouver tous unis dans un souci de succès, de générosité et de cohésion sociale, en nous fondant sur l’expérience de la France. Tel est ce que peuvent nous apprendre nos quinze siècles de civilisation. Tel est ce qu’il faut redonner comme espoir à nous tous.

Puisse ce message vous aider et vous encourager à aller de l’avant ! Gardons l’espoir de ceux qui s’engagent, œuvrons pour le bien commun, renforçons notre communauté et les liens qui nous unissent pour affronter les difficultés présentes.

Que le souvenir de Saint Louis, fêté en ce jour, et toute la gloire de la France nous aident ainsi à trouver des modèles pour l’avenir en apportant la paix et la justice entre tous les Français.

grandes armes de France

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