Archive pour janvier, 2011

2011-12. Très Saint-Père, nous Vous en supplions, fuyez « l’esprit d’Assise »!

Correspondance Européenne n° 229 du 31 janvier 2011

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Je viens de recevoir, ce 31 janvier au soir, le n°229 de « Correspondance Européenne« , publication du « Centro Lepanto« , et fort de l’autorisation que m’a donnée le professeur Roberto de Mattei, que je remercie encore très chaleureusement, je veux sans aucun retard répercuter sur ce blogue cette « lettre ouverte » à notre Saint-Père le Pape que viennent de publier des catholiques italiens «très reconnaissants», Le suppliant pour que ne soient pas renouvelées les confusions syncrétistes…

Assise 1986

 

Très Saint-Père, 

Nous sommes quelques catholiques très reconnaissants de l’œuvre accomplie par vous en tant que pasteur de l’Eglise universelle ces dernières années : reconnaissants pour votre grande estime pour la raison humaine, pour la concession du motu proprio Summorum Pontificum, pour votre relation fructueuse avec les Anglicans qui reviennent dans l’unité, et pour bien d’autres choses encore. 

Nous prenons l’audace de vous écrire après avoir entendu, précisément pendant le massacre de chrétiens coptes, votre intention de convoquer à Assise, pour le mois d’octobre, un grand rassemblement interreligieux, 25 années après « Assise 1986″. 

Nous nous souvenons tous de cet événement d’il y a si longtemps. Un événement médiatique comme peu d’autres, qui, indépendamment des intentions et des déclarations eut pour effet indéniable d’encourager dans le monde catholique l’indifférence et le relativisme religieux. 

C’est à partir de cet événement qu’apparaît dans le peuple chrétien l’idée que l’enseignement séculaire de l’Église, «une, sainte, catholique et apostolique», sur le caractère unique du Sauveur, était en quelque sorte relégué aux archives. 

Nous nous souvenons tous des représentants de toutes les religions réunis dans une église catholique, l’église Sainte Marie des Anges, avec un rameau d’olivier à la main : comme pour signifier que la paix ne passe pas par le Christ mais, indistinctement, par tous les fondateurs d’un credo quel qu’il soit (Mahomet, Bouddha, Confucius, Kali, le Christ…). 

Nous nous souvenons de la prière des musulmans à Assise, la ville d’un saint qui avait fait de la conversion des musulmans un de ses objectifs. 
Nous nous souvenons de la prière des animistes, de leur invocation aux esprits des éléments, et de celle d’autres croyants ou représentants de “religions athées” comme le jaïnisme. 

Ce “prier ensemble”, quel qu’en soit le but, qu’on le veuille ou non, a eu pour effet de faire croire à beaucoup que tous priaient “le même Dieu”, seulement avec des noms différents. Au contraire, les Écritures sont claires: «Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi» (premier commandement), «Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie: nul ne vient au Père que par Moi» (Joan. XIV, 6). 

Ceux qui écrivent ici ne contestent nullement le dialogue, avec chaque personne, quelle que soit sa religion. Nous vivons dans le monde et chaque jour nous parlons, discutons, aimons, même ceux qui ne sont pas chrétiens car ils peuvent être athées, dans le doute ou appartenir à d’autres religions. Mais cela ne nous empêche pas de croire que Dieu est venu sur la terre et s’est laissé tuer, pour nous enseigner justement le Chemin et la Vérité et pas seulement l’un des nombreux chemins et l’une des nombreuses croyances possibles. Le Christ est pour nous chrétiens, le Sauveur : l’unique Sauveur du monde. 

Nous nous rappelons donc avec consternation, revenant 25 années en arrière, les poulets décapités sur l’autel de Sainte-Claire selon des rituels tribaux et le sanctuaire de l’église Saint-Pierre profané par une statue de Bouddha placée sur l’autel, au-dessus des reliques du martyr Vittorino, tué 400 ans après Jésus-Christ pour témoigner de sa foi. 
Nous nous rappelons les prêtres catholiques qui se sont prêtés à des rites d’initiation d’autres religions : des scènes horribles car, si il est « stupide » de baptiser dans la foi catholique un adulte qui ne croit pas, il est tout aussi absurde qu’un prêtre catholique ait à subir un rituel dont il ne reconnaît pas la validité ou l’utilité. En faisant ainsi, on finit juste par faire passer une idée : que les rites, tous les rites, ne sont que des gestes humains vides de sens et sans effets. Que toutes les conceptions du divin se valent. Que toutes les morales qui émanent de toutes les religions, sont interchangeables. 

Voilà, cet “esprit d’Assise” sur lequel les médias et les secteurs les plus relativistes de l’Eglise ont brodé, jetant la confusion. Il nous semble étranger à l’Evangile et à l’Eglise du Christ, qui jamais, depuis deux mille ans, n’avait choisi d’agir ainsi. Nous aurions voulu réécrire alors ces observations ironiques d’un journaliste français : «En présence de tant de dieux, on croira plus facilement que tous se valent ou s’il y en a seulement un de vrai. Le parisien moqueur imitera ce collectionneur sceptique dont l’ami venait de faire tomber une idole d’une table : ‘Ah, malheureux, ce pourrait être le vrai Dieu’.» 

Nous trouvons donc un réconfort à nos perplexités dans de nombreuses déclarations de papes qui ont toujours condamné un tel “dialogue”. 
Un congrès de toutes les religions avait déjà été organisé, en effet, à Chicago en 1893 et à Paris en 1900. Mais le pape Léon XIII était intervenu pour interdire toute participation des catholiques. 

La même attitude fut celle de Pie XI, le pape qui condamna l’athéisme nazi et communiste, mais déplora dans le même temps la tentative d’unir les gens au nom d’un sentiment vague et indistinct, sans religion, sans le Christ. Dans son encyclique Mortalium animos (Epiphanie 1928), relativement aux congrès œcuméniques, le pape Pie XI affirmait: «Convaincus qu’il est très rare de rencontrer des hommes dépourvus de tout sens religieux, on les voit nourrir l’espoir qu’il serait possible d’amener sans difficulté les peuples, malgré leurs divergences, religieuses, à une entente fraternelle sur la profession de certaines doctrines considérées comme un fondement commun de vie spirituelle. C’est pourquoi, ils se mettent à tenir des congrès, des réunions, des conférences, fréquentés par un nombre appréciable d’auditeurs, et, à leurs discussions, ils invitent tous les hommes indistinctement, les infidèles de tout genre comme les fidèles du Christ, et même ceux qui, par malheur, se sont séparés du Christ ou qui, avec âpreté et obstination, nient la divinité de sa nature et de sa mission. 

De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être approuvées par les catholiques, puisqu’elles s’appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables, en ce sens que toutes également, bien que de manières différentes, manifestent et signifient le sentiment naturel et inné qui nous porte vers Dieu et nous pousse à reconnaître avec respect sa puissance. En vérité, les partisans de cette théorie s’égarent en pleine erreur, mais de plus, en pervertissant la notion de la vraie religion ils la répudient, et ils versent par étapes dans le naturalisme et l’athéisme». 

Avec le recul, nous pouvons dire que le pape Pie XI avait raison, même au niveau de la simple opportunité : quel a été, en fait, l’effet d’ “Assise 1986”, malgré les justes déclarations du Pape Jean-Paul II, visant à prévenir une telle interprétation? 

Quel est le message relancé par les organisateurs, les médias, et même de nombreux clercs modernistes, désireux de bouleverser la tradition de l’Église? 
Le message qui est passé auprès de beaucoup de chrétiens à travers les images qui sont toujours les plus évocatrices et à travers les journaux et la télévision est très clair : le relativisme religieux, qui est l’équivalent de l’athéisme. 

Si tous prient “ensemble”, ont conclu beaucoup, alors toutes les religions sont “égales”, mais si c’est le cas, cela signifie qu’aucune d’elles n’est vraie. 

À cette époque, vous, cardinal et préfet de la Congrégation de la Foi, avec le cardinal Giacomo Biffi, et avec plusieurs d’autres, avez été parmi ceux qui ont exprimé de sérieux doutes. Pour cette raison, dans les années suivantes, vous n’avez jamais participé aux répliques proposées chaque année par la Communauté de Sant’Egidio. 

En fait, comme vous l’avez écrit dans « Foi, Vérité et tolérance. Le Christianisme et les religions du monde », justement en critiquant l’œcuménisme indifférentiste, «il doit être clair pour les catholiques qu’il n’existe pas “les religions” en général, qu’il n’existe pas une idée commune de Dieu et une foi commune en lui, que la différence ne concerne pas uniquement la portée des images et des formes conceptuelles changeantes, mais les choix ultimes eux-mêmes». 

Vous êtes donc parfaitement en accord avec Léon XIII et Pie XI sur le danger de contribuer par des gestes comme ceux d’“Assise 1986” au syncrétisme et à l’indifférentisme religieux. Ce risque fut également mis en évidence par les Pères du Concile Vatican II, qui dans Unitatis Redintegratio, à propos de l’œcuménisme non avec les autres religions, mais avec les autres “chrétiens”, appela à la prudence: «Toutefois, la communication dans les choses sacrées ne devrait pas être considérée comme un moyen à utiliser sans distinction pour le rétablissement de l’unité chrétienne… »

Vous avez enseigné ces dernières années, sans être toujours compris même par des catholiques, que le dialogue a lieu et peut avoir lieu, non pas entre les différentes théologies, mais entre les différentes cultures, et non pas entre les religions, mais entre les hommes, à la lumière de ce qui nous distingue tous : la raison humaine. 
Et cela doit se faire sans recréer le Panthéon païen antique, sans que l’intégrité de la foi ne soit compromise par l’amour pour le compromis théologique, sans que la Révélation, qui n’est pas nôtre, ne soit modifiée par les hommes et les théologiens dans le but de concilier l’inconciliable, sans que le Christ, « signe de contradiction » ne soit mis sur le même plan que Bouddha ou Confucius qui d’ailleurs n’ont jamais dit qu’ils étaient Dieu.  

C’est pourquoi nous sommes ici pour vous exposer nos préoccupations. 

Nous craignons que, quoi que vous disiez, les télévisions, les journaux et de nombreux catholiques l’interpréteront à la lumière du passé et de l’indifférentisme en vigueur ; que, quoi que vous affirmiez, l’événement sera lu comme une continuation de la manipulation de la figure de François, transformé par les œcuménistes d’aujourd’hui, en un iréniste, un syncrétiste sans foi. C’est déjà le cas … 

Nous avons peur que quoi que vous direz, pour plus de clarté, les simples fidèles, que nous sommes aussi, partout dans le monde ne verront qu’un fait (et on ne lui montrera que cela, par exemple, à la télévision) : le Vicaire du Christ non seulement parlant, débattant, dialoguant avec les représentants des autres religions, mais aussi priant avec eux. Comme si la manière et le but de la prière étaient indifférents. 

Et beaucoup penseront à tort que l’Église a désormais capitulé et reconnaîtront, en accord avec la pensée du New Age, que prier le Christ, Allah, Bouddha, ou Manitou est la même chose. Que la polygamie animiste et islamique, les castes hindoues ou le spiritualisme animiste polythéiste peuvent aller avec la monogamie chrétienne, la loi de l’amour et du pardon et du Dieu Un et Trine. 

Mais comme vous l’avez aussi écrit dans l’ouvrage cité : «Avec l’indifférenciation entre les religions et l’idée qu’elles sont toutes certes discernables, mais malgré tout égales, on n’avance pas».

Très Saint-Père, nous croyons qu’avec un nouvel “Assise 1986”, aucun chrétien en terres d’Orient ne sera sauvé, ni en Chine communiste, ni en Corée du Nord ni au Pakistan ou en Irak… De nombreux fidèles, au contraire, ne comprendront pas pourquoi justement dans ces pays, il y en a encore qui meurent en martyrs pour ne pas renoncer à leur rencontre, non pas avec une religion, mais avec le Christ. Comme eux,  les Apôtres sont morts. 

En face de la persécution, il existe des voies politiques et diplomatiques, des dialogues personnels et d’Etat : c’est cette voie-là qu’il faut plutôt suivre, sans oublier Votre amour et Votre désir de paix pour tous les hommes. Mais cela doit se faire sans donner à ceux qui veulent semer la confusion et augmenter le relativisme religieux, antichambre de tous les relativismes, une occasion médiatique aussi appétissante que la réédition d’“Assise 1986”.

Avec une dévotion filiale.

Francesco Agnoli, Lorenzo Bertocchi, Roberto de Mattei, Corrado Gnerre, Alessandro Gnocchi, Camillo Langone, Mario Palmaro

2011-11. Rome : un très important colloque consacré au concile Vatican II.

Je suis extrêmement reconnaissant au Professeur Roberto de Mattei de m’avoir autorisé à reproduire dans ce blogue un très riche et très important compte-rendu  qui a été précédemment publié dans le N°228 de « Correspondance Européenne », publication du « Centro Lepanto ».

Ce compte-rendu concerne le colloque qui s’est tenu à Rome au mois de décembre 2010 et a été animé par des ecclésiastiques et des universitaires de premier plan ; le sujet en était :  «Le concile Vatican II et sa juste herméneutique à la lumière de la Tradition de l’Église».

J’espère de tout coeur, ainsi que le conclut ce texte que vous trouverez ci-dessous et auquel j’aimerais que l’on porte la plus profonde attention, que ce colloque fera tache d’huile. Ce colloque représente en effet un très important précédent à l’échelle de l’Eglise universelle et il autorise désormais de nouvelles approches de Vatican II et de ses conséquences.

Toutefois on ne peut pas encore dire qu’en France le tabou  a été brisé : les « néo-inquisitions » instituées par certaines instances ou autorités ecclésiastiques et les « fatwas » lancées par toute la nébuleuse progressiste et par ses groupes de pression, afin de protéger les interprétations  frauduleuses de ce concile imposées depuis plus de 45 ans, sont encore bien présentes, bien puissantes… et bien méchantes!

Cependant, avant de vous laisser à la lecture de ce texte, je forme le voeu que dorénavant, en France aussi, de la même manière que cela vient d’être fait à Rome, on puisse pratiquer des approches sainement critiques et vraiment pacifiées du second concile du Vatican, en conformité avec les enseignements et exemples de notre bien-aimé Pape Benoît XVI.

Frère Maximilien-Marie.

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

«Le concile Vatican II et sa juste herméneutique à la lumière de la Tradition de l’Église» a constitué l’objet d’un important colloque d’études organisé à Rome du 16 au 18 décembre par l’Institut des Frères Franciscains de l’Immaculée. Nous rapportons ici un compte rendu de ce colloque proposé par le prof. Fabrizio Cannone, qui en a suivi les travaux.

Le colloque sur le concile Vatican II, organisé à Rome du 16 au 18 décembre dernier par les Franciscains de l’Immaculée, constitue l’une des premières réponses à l’invitation au débat et à l’analyse critique sur Vatican II, adressée par Benoît XVI dans son fameux discours à la Curie Romaine, le 22 décembre 2005. Le débat s’est récemment ravivé, même dans la presse italienne, après la publication, au début de décembre 2010, de l’étude historico-systématique sur le concile réalisée par le professeur Roberto de Mattei (Il Concilio Vaticano II. Una storia mai scritta, Lindau, Turin 2010). Dans ce contexte, le congrès des Franciscains de l’Immaculée représente une excellente synthèse des recherches historiques et théologiques sur le concile, sur les herméneutiques qu’il a occasionnées, sur la valeur de ses documents et aussi sur ses points les moins clairs et les plus problématiques.

Les travaux ont été ouverts le 16 décembre par S.E. Mgr Luigi Negri, évêque de San Marino-Montefeltro, grand théologien et apologète, qui, dans son introduction, a expliqué les causes de la perte de l’identité chrétienne dans le contexte de la modernité occidentale. « L’homme que le concile rencontre – a dit Mgr Negri – porte sur ses épaules l’échec de la modernité ». Le prélat a fait remarquer que la culture chrétienne, à l’époque moderne, s’est d’abord heurtée à la culture séculière, puis s’est vue peu à peu absorbée par cette dernière, altérant ses caractéristiques spécifiques et se conformant aux lignes de pensée du rationalisme et de l’illuminisme. Le concile représentait une occasion propice pour recentrer la culture catholique sur la Tradition mais, à cause des oppositions, des luttes intestines, des lectures sécularisées et des applications errantes qui le minaient, il n’a pas pu jouer son rôle. Ainsi, dans la période post-conciliaire, ce n’est pas la foi et l’identité qui prévalurent mais la mise à jour et l’adaptation à la mentalité stérile du monde. Seul un retour à l’identité catholique pourra enrayer la crise historique de la foi qui sévit depuis quelques décennies.

Dans la même matinée, est intervenu Mgr Brunero Gherardini, grand représentant de l’école théologique romaine, auteur récent de deux livres d’une importance capitale, dédiés le premier au concile (Concile Œcuménique Vatican II. Un débat à ouvrir, tr. fr. Casa Mariana Editrice 2010) et le second au concept de Tradition, du point de vue de la théologie catholique (Quod et tradidi vobis. La Tradizione vita e giovinezza della Chiesa, Casa Mariana Editrice, 2010). « Le concile Vatican II – a affirmé Mgr Gherardini – ne fut pas un concile dogmatique et pas même disciplinaire, mais seulement un concile pastoral, et le sens authentique de ce caractère pastoral est encore vague ». Lorsqu’on parle du concile, il convient de distinguer quatre niveaux différents, dont chacun exprime le Magistère suprême mais avec une qualité théologique distincte. Énoncer ici la graduation suggérée par Mgr Gherardini signifierait en trahir l’extraordinaire exactitude théologique. C’est pourquoi nous nous limitons à signaler le fait que, selon cette exégèse, un seul de ces niveaux, correspondant au troisième, comporte une validité théologique incontestable, même si ce n’est que par reflet, déduite des définitions précédentes : ce niveau coïncide avec les citations importantes de la part du concile de doctrines déjà solennellement définies, traitant des thèmes de foi et de morale.

Les autres domaines du magistère conciliaire, en raison de leur nature pastorale, de leur nouveauté intrinsèque ou de leur contextualisation historique contingente, ne comportent en eux-mêmes pas d’infaillibilité, ni de caractère définitif ; ils exigent donc un certain hommage de l’intelligence, mais non « l’obéissance de la foi ». L’erreur d’un bon nombre de théologiens du post-concile consista précisément à dogmatiser un concile qui se voulait être pastoral, faisant de ce dernier tout autre chose que ce que celui qui l’avait convoqué s’était fixé.

Vatican II un débat à ouvrir

Dans la deuxième partie de la matinée, le prof. R.P. Rosario M. Sammarco FI a parlé de La formation permanente du clergé à la lumière de la Presbyterorum Ordinis, montrant comment cette juste indication conciliaire a pu s’égarer dans les méandres du post-concile marqué par l’évidente rupture d’avec la Tradition, rupture causée, comme le dirait Benoît XVI, par la “théologie moderne”. Le fait signalé par le théologien, de la disparition à partir des années 70 de la discussion des “cas de morale” est significatif : cette importante pratique conseillée par des saints comme Charles Borromée et qui s’est généralisée durant le XIXème siècle, devenant un point de référence pour les confesseurs et les pasteurs d’âmes, a soudainement disparu dans les années 70 et s’est même vue retirée du nouveau Code de 1983. Signe qu’une certaine discontinuité a eu lieu, selon une mesure différente, non seulement entre le pré-concile et le concile mais aussi entre le concile et le post-concile. Cependant le post-concile, en contredisant le concile – comme par exemple sur l’usage du latin liturgique recommandé par les assises mais rejeté dans les faits – n’a pas été une “génération spontanée” : il aurait plutôt été voulu et actualisé par les autorités compétentes, précisément sous l’influence d’une orientation anthropologique de la théologie et même de la religion.

Après le père Sammarco, le prof. Ignacio Andereggen, enseignant à la Grégorienne et philosophe catholique de haut rang, a tenu une leçon magistrale. Le professeur a défini l’essence philosophique de la modernité à partir de l’analyse de quatre auteurs fondamentaux : Descartes, Kant, Hegel et Freud. En chacun de ces auteurs, abstraction faite de toutes les différences qui les distinguent, on peut noter la présence d’un relativisme épistémologique qui fut le trait typique de la soi-disant “Renaissance” et, d’un autre côté, le refus de la tradition philosophique en tant que telle. Avec ces auteurs, on se retrouve toujours à un nouveau début : preuve que la philosophie moderne et contemporaine, en rejetant le patrimoine commun de la pensée de l’humanité, ne se base que sur elle-même. Le refus de la pensée scholastique et de la métaphysique en est également l’un des axes principaux. Dans quelle mesure cette pseudo-philosophie a-t-elle influencé le concile? Andereggen ne l’a pas précisé mais il est évident que plusieurs évêques et surtout plusieurs experts, spécialement ceux issus des milieux français (Chenu, Congar, etc.) et allemands (Rahner, Küng, etc.) en étaient imprégnés.

D’où l’insurrection, comme Maritain le signalait déjà en 1966, à seulement une année de la fermeture des travaux conciliaires, du “néo-modernisme” effectivement plus subtil et plus dangereux que l’ancien, aussi pour la raison qu’il est moins explicitement assumé et déclaré. Sans une vraie philosophie, a sagement expliqué Andereggen, il est impossible de pratiquer la théologie : et sans une théologie correcte la doctrine de la foi se corrompt.

Dans l’après-midi du même jour, le prof. Roberto de Mattei a montré dans sa relation que le concile Vatican II ne peut être présenté comme un évènement, naissant et mourant en l’espace de trois ans, sans en considérer les racines profondes et, de même, les conséquences considérables qu’il a entraînées dans l’Église. Le lien entre le concile et le post-concile, a affirmé le prof. Roberto de Mattei, n’est pas de nature doctrinale, soit entre les documents du concile et d’autres documents du post-concile. Il existe plutôt un rapport historique, étroit et indissociable, entre le concile, en tant qu’évènement se déroulant entre 1962 et 1965, et le post-concile, qui s’étale entre 1965 et 1978 et qui continue jusqu’à nos jours. Cette période, prise dans sa totalité, de 1965 à 1978, année de la mort de Paul VI, forme un unicum, une époque qu’on peut définir comme l’époque de la Révolution conciliaire, de même que les années entre 1789 et 1796, et peut-être jusqu’en 1815, ont constitué l’époque de la Révolution française.

La prétention de séparer le concile du post-concile, selon Roberto De Mattei, est aussi insoutenable que celle de séparer les textes conciliaires du contexte pastoral dans lequel ils ont été produits. Aucun historien sérieux, aucune personne de bon sens, ne saurait accepter cette séparation artificielle qui naît plus d’une prise de position que d’une évaluation sereine et objective des faits. « Aujourd’hui encore – a conclu l’historien romain – nous vivons les conséquences de la “Révolution conciliaire” qui a anticipé et accompagné celle de soixante-huit. Pourquoi vouloir le cacher ? L’Église, comme l’a affirmé Léon XIII, en ouvrant aux chercheurs les Archives Secrètes du Vatican, “ne doit pas craindre la vérité” ».

Professeur Roberto de Mattei

Le Professeur Roberto de Mattei.

L’historien français Yves Chiron, n’ayant pu faire le déplacement à Rome, a offert sa contribution par sa relation bien documentée, parlant notamment de la volonté de certains évêques et cardinaux sous Pie XI et Pie XII de convoquer un nouveau concile ou plutôt de compléter Vatican I, brutalement interrompu à cause de l’invasion de Rome en septembre 1870. Ces mêmes papes, bien qu’étant intéressés par ces propositions, les ont finalement rejetées afin d’éviter des dangers de fractionnement et de “démocratisation” de l’Assemblée délibérante. Les documents cités par Chiron concernant les thèmes à traiter dans l’éventuel Synode sont intéressants : ils étaient semblables à ceux proposés par la suite par la Curie Romaine sous Jean XXIII, dans les schémas préparatoires, lesquels furent rejetés en bloc (sauf le schéma sur la liturgie) au cours du débat en salle à cause de l’opposition manifestée par certains pères progressistes influents.

La journée du 17 décembre a été ouverte par une relation de nature historique sur Certains personnages, faits et influences au Concile Vatican II du prof. R.P. Paolo M. Siano FI, lequel a montré comment l’optimisme pastoral envers l’homme et envers le monde, suggéré par les textes conciliaires, fut utilisé par divers lobbies comme un levier pour conditionner le déroulement et la réception de Vatican II. L’auteur a également expliqué la cause de certains phénomènes de crise – doctrinale, spirituelle, liturgique et missionnaire – du post-concile : elles prennent leur source dans certaines idées et actions de différents pères et experts des assises conciliaires. Le père Siano a proposé au moins deux “remèdes” contre la crise : une mariologie “forte” – sur la ligne de la Tradition et du Magistère de l’Église : la Sainte Vierge est le “carrefour” des vérités de la foi – et une liturgie plus orientée (même visiblement) vers le Christ crucifié.

Ensuite, le prof. R.P. Giuseppe M. Fontanella FI a tenu une communication, concise mais dense, intitulée Perfectae caritatis et la vie religieuse. Où les expériences pastorales ont-elles conduit ? Selon le conférencier, le document conciliaire se situe sur la même ligne que le développement atteint par la théologie en matière de vie religieuse, mais plusieurs actualisations successives semblent avoir cédé à l’esprit de la sécularisation et de l’horizontalisme. Les religieux, selon cette optique, devraient diminuer les pratiques proprement religieuses et augmenter leur insertion dans le monde, s’éloignant ainsi de l’esprit des fondateurs. Une fois encore les chiffres parlent plus que les analyses extravagantes. Malgré la « vocation universelle à la sainteté » tant répétée, les instituts de perfection ont perdu une grande partie de leurs membres, surtout ceux ayant le plus innové par rapport à leurs coutumes et usages traditionnels.

Ensuite, S.E. Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire allemand de Karaganda au Kazakhstan, a tenu une conférence sur le sens pastoral du concile, montrant, à travers plusieurs citations, qu’il existe dans le concile un esprit théocentrique, apostolique, pénitentiel et missionnaire, et que la dimension missionnaire serait même pratiquement la note caractéristique du concile. Il est incontestable que Vatican II, lu dans cette optique, possède une grande quantité de beaux textes de spiritualité et de religiosité, de doctrine homogène, faisant corps avec la grande Tradition de l’Église. Le problème, selon le Prélat, se trouve dans la mauvaise interprétation de certains passages moins clairs : il est également évident que lorsqu’on parle d’interprétation, spécialement si comprise dans un sens universel et autoritaire, on ne peut pas faire référence à une école particulière, comme celle de Bologne, par exemple, mais on doit plutôt se référer aux commissions post-conciliaires et aux épiscopats mêmes. C’est donc sur ceux-ci que retombe la responsabilité de certaines lectures minimalistes et arbitraires. En tout cas, Mgr Schneider a courageusement demandé un nouveau Syllabus des erreurs apparues en matière d’interprétation du Concile : si ce Syllabus devait être publié un jour par la plus Haute Autorité, il fera certainement du bien à tous les catholiques.

Mgr. Athanasius Schneider

Monseigneur Athanasius Schneider

Une conférence d’une grande valeur théologique fut celle du R.P. Serafino M. Lanzetta, jeune théologien des Franciscains de l’Immaculée. Le père Lanzetta a fait un status quaestionis sur l’approche théologique de Vatican II, à travers l’analyse de la réception du concile par diverses écoles théologiques post-conciliaires. La conclusion qui en découle est que le concile, dont personne ne peut douter sincèrement de la rectitude d’intention, a favorisé les herméneutiques opposées du post-concile pour avoir abandonné, ou du moins négligé l’approche métaphysique des réalités de la foi et de la morale. Ce que le concile enseigne, il le fait en utilisant une forme descriptive et très souvent seulement allusive : ceci a permis aux novateurs d’extrapoler des conclusions théologiques aberrantes dont le Vatican II n’est pas responsable, sinon à cause d’un certain manque de clarté et de précision terminologique.

Il était, par exemple, impossible d’appliquer ces nombreuses herméneutiques en acte ainsi que les grilles interprétatives si variées, aux textes de Vatican I : si elles ont été appliquées avec une certaine facilité à Vatican II, cela est dû à un certain rejet du langage scholastique typique de la tradition théologique précédente, laquelle a été nommée, avec mépris, “livresque”. On a voulu la remplacer par le « ressourcement » (de Lubac), c’est-à-dire le retour aux Pères : mais les Pères, sur plusieurs points de la théologie et de la philosophie, en savent moins que nous, vu le progrès théologique réalisé dans la compréhension de la Révélation Divine immuable et l’apport décisif du Concile de Trente et de Vatican I en matière de dogmatique. Le retour aux Pères et à leurs formules, à la liturgie des origines et à l’Écriture cache bien souvent sous le parfum une odeur prononcée de biblicisme, de fidéisme et d’archéologisme : tout ce que le Pape Pie XII repoussait prophétiquement dans l’Humani generis (1950).

L’abbé Florian Kolfhaus, de la Secrétairerie d’État, a tenu une importante relation. Le théologien allemand a fait une critique “de l’intérieur” des documents conciliaires, en montrant que leur valeur magistérielle variée et différentiée correspond à leur majeure ou mineure autorité, laquelle se réduit quelques fois à un pur précepte disciplinaire. Le concile Vatican II a voulu être un concile pastoral, c’est-à-dire orienté vers les nécessités de son temps, tourné vers l’ordre de la pratique. Il n’a affirmé aucun nouveau dogme, aucun anathème solennel, et il a promulgué des catégories différentes de documents par rapport aux conciles précédents ; et malgré cela, Vatican II doit être compris dans la continuité ininterrompue du Magistère, puisqu’il a été un concile de l’Église légitime, œcuménique et doué de l’autorité relative. Certains de ses documents, c’est-à-dire les décrets et les déclarations, comme l’Unitatis Redintegratio sur l’œcuménisme, Nostra Aetate sur les religions non-chrétiennes et Dignitatis Humanae sur la liberté religieuse, a souligné l’abbé Kolfhaus, ne sont ni des documents définissant des vérités infaillibles, ni des textes disciplinaires présentant des normes concrètes. C’est en cela que réside la grande nouveauté de Vatican II : contrairement à tous les autres conciles, qui exposaient la doctrine ou la discipline, il transcende toutes ces catégories.

Il s’agit d’une exposition doctrinale, qui ne vise pas à donner de définitions ni à imposer de limites dans l’intention de combattre l’erreur, mais qui est tournée vers l’agir pratique conditionné par le temps. Le concile n’a proclamé aucun “nouveau” dogme et n’a révoqué aucune “vieille” doctrine, mais a plutôt fondé et promu une nouvelle praxis dans l’Église. La proposition de l’abbé Kolfhaus est de mieux préciser l’expression fuyante « magistère pastoral » par le « munus praedicandi » plus limité que le « munus determinandi ». Cela signifie : annonce de la doctrine, non pas définition doctrinale ; liée au temps et conforme au temps, non pas immuable et pas toujours égale ; qui oblige, mais n’est pas infaillible.

Le 18 décembre, dernier jour des travaux, S.E. Mgr Agostino Marchetto, parlant du Renouvellement à l’intérieur de la Tradition, a confirmé le caractère contradictoire des analyses de l’école progressiste de Bologne, avec Dossetti, Alberigo, Melloni, etc., niant également, concernant le rapport concile-post-concile, qu’on puisse parler d’un post hoc, propter hoc. Il reste à comprendre, comment il a donc été possible à une école théologique ultra-minoritaire de s’imposer presque partout, dans l’enseignement universitaire catholique, dans les facultés de théologie et d’histoire ecclésiastique, dans les revues les plus lues par les théologiens, dans la pensée des pasteurs et même des fidèles.

Le prof. R.P. Nicola Bux, pour sa part, a parlé de la disparition du ius divinum dans la liturgie : cette disparition date aussi de Vatican II et de l’immédiat post-concile. Le liturgiste de Bari a remarqué que la Sacrosanctum Concilium permettait une interprétation en conformité avec la tradition liturgique catholique, exprimée encore en 1963 par la Veterum Sapientia de Jean XXIII, mais dans les faits, les logiques de la désacralisation et de l’innovation ont prévalu. En effet, entre 1965 et le nouveau missel de 1970, des circulaires et des autorisations non seulement différentes mais même contradictoires ont été promulguées de la part de divers organes, comme la Congrégation pour la doctrine de la Foi et celle pour le Culte divin, entraînant un chaos liturgique dont l’Église entière ne s’est plus jamais remise.

Le prof. Bux a encouragé l’assistance à une double fidélité à la tradition liturgique, réhabilitée par le récent Motu proprio Summorum Pontificum, et à l’exemple du Souverain “Liturge” qui, peu à peu, est en train de remettre de l’ordre et du décor dans la célébration du Culte Divin.

Don Nicolas Bux

Don Nicolas Bux

Le néo-cardinal Velasio de Paolis, illustre canoniste, a conclu par de vibrantes paroles en défense du droit ecclésiastique, jugé même anti-évangélique dans les années du post-concile. La loi est source de liberté et de sécurité, par contre l’anomie (l’absence de loi ou d’une loi sûre) crée les malentendus, les injustices, les discordes et les ruptures. Lorsque le droit divin et canonique règnera de nouveau parmi les ecclésiastiques, la confusion générale actuelle s’atténuera et une nouvelle phase s’ouvrira pour l’Église.

Les travaux, sagement modérés, durant les trois jours, par le père Alessandro M. Apollonio FI, ont été clôturés par Mgr Gherardini, insistant sur le fait que le concile Vatican II n’a pas été un unicum, un “bloc dogmatique”, mais un concile pastoral. C’est donc sur le plan pastoral qu’il doit être situé et jugé, sans les exagérations herméneutiques qui imposent sa dogmatisation.

Cela fut le message de conclusion du colloque romain destiné certainement à faire tache d’huile, en raison du nombre et de la qualité des intervenants et des participants, parmi lesquels se distinguaient le cardinal Walter Brandmüller et le secrétaire de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, Mgr Guido Pozzo. Du reste, le cardinal Ratzinger lui-même déclarait, déjà en 1988, devant les évêques du Chili : « Le concile, en tant que tel, n’a défini aucun dogme et a voulu s’exprimer consciemment à un niveau inférieur, comme un concile purement pastoral ». Toutefois, c’est précisément ce “concile pastoral” – continuait le cardinal Ratzinger – qui est interprété «comme un super dogme, privant de sens tous les autres conciles».

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2011-10. Pour mieux connaître Saint François de Sales :

Trois bons livres du Père Gilles Jeanguenin.

La fête de Saint François de Sales, célébrée le 29 janvier selon le calendrier traditionnel, me fournit l’occasion de recommander à tous ceux qui désirent mieux connaître ce très grand saint, trois petits livres faciles de lecture et remplis de trésors spirituels. Ils sont tous les trois de la plume du Père Gilles Jeanguenin.

L’auteur :

Le père Gilles Jeanguenin est né en 1960 en Suisse. Après des études théologiques à l’Université de Fribourg, il a été ordonné prêtre à Aoste, en Italie. Nommé exorciste du diocèse d’Albenga-Imperia (Italie), il s’est spécialisé en démonologie et en psychopathologie clinique. Il s’occupe aussi d’accompagnement spirituel et psychologique ainsi que de la formation liturgique des diacres permanents. Oblat séculier de l’Ordre de Saint-Benoît, il est auteur de nombreux livres et publications religieuses (« Le Diable existe » – Salvator, 2003 – et « Les Anges existent » – Salvator, 2005).

Fioretti de Saint François de Sales (P. Gilles Jeanguenin)

- Fioretti de Saint François de Sales -

Présentation de l’éditeur :

Célèbres sont les fioretti de François d’Assise ou du pape Jean XXIII, mais la singulière personnalité de François de Sales n’avait encore jamais été présentée sous l’aspect de ces populaires récits hagiographiques communément appelés fioretti, «petites fleurs», de brefs récits de vie qui émeuvent ou étonnent, édifient ou élèvent la réflexion. 

Ce «bouquet de petites fleurs» invite à découvrir un homme et un saint dont le rayonnement fut exceptionnel. Par la finesse de son esprit et l’éclat de ses vertus, François de Sales (1567-1622) se distinguait des grands hommes de son temps. Il était emprunt d’une douceur et d’une bonté de cœur rares. 

Docteur de l’Église, il a grandement mérité le titre de «docteur de l’amour» : rares sont ceux qui surent aussi bien que lui accueillir les pauvres, les malades, toute personne en grande souffrance ; nul n’a autant que lui protégé et secouru les plus faibles. Par zèle et par amour des personnes, le bon évêque s’oubliait lui-même et se donnait jusqu’à l’épuisement de ses forces. 

Né au sein d’une famille aristocratique de Savoie, François de Sales consacra très tôt sa vie à Dieu et renonça à ses titres de noblesse. Ce grand prédicateur devint évêque de Genève et fonda l’ordre de la Visitation avec sainte Jeanne de Chantal. Il exerça une influence marquante dans l’Église comme auprès du pouvoir temporel de son temps. Homme d’écriture à la langue magnifique, il laissa une oeuvre littéraire et théologique de première importance. Il est le saint patron des journalistes et des écrivains.

Saint François de Sales : son combat contre le démon (P. Gilles Jeanguenin)

- Saint François de Sales : son combat contre le démon –

Présentation de l’éditeur :

François de Sales (1567-1622) est bien connu pour son zèle comme défenseur de la doctrine catholique et fondateur de l’Ordre de la Visitation. Cependant, on est loin de s’imaginer les luttes acharnées qu’il mena contre le Malin, et on ignore que le saint évêque de Genève fut aussi un exorciste éclairé par une vaste connaissance des phénomènes naturels et surnaturels. Il nous introduit dans son combat spirituel, qu’il conduit avec une rare maîtrise. Fin connaisseur du cœur de l’homme, il enseigna à ses dirigés l’art de résister à l’Ennemi et de déjouer ses ruses, en conservant la joie et la paix. Saint François « démédiévalise » le diable : il ne s’égare point en descriptions dantesques. Dans sa vie et dans ses écrits, on ne trouve pas trace d’exagération ou d’exaltation. Equilibre et discernement sont les notes caractéristiques d’une spiritualité mature, toute centrée sur l’amour de Dieu. Cet ouvrage, écrit par un exorciste, veut mettre en avant ce ministère de délivrance méconnu, que l’évêque de Genève exerça jusqu’à l’héroïsme et au don total de lui-même.

Guérir des blessures de l'âme avec Saint François de Sales (P. Gilles Jeanguenin)

- Guérir des blessures de l’âme avec Saint François de Sales –

Présentation de l’éditeur :

Malgré les progrès indéniables de la psychologie des profondeurs et de la médecine psychosomatique, l’homme ressent au plus profond de lui-même, et souvent de façon confuse, un traumatisme inaccessible à ces thérapies. Les principales causes de la souffrance de l’homme ne sont pas à rechercher dans son corps, ni même dans sa psyché, mais plutôt dans son âme : ce sont des maladies spirituelles.

Armoiries de Saint François de Sales

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI consacrée à St François de Sales > ici
Litanies de St François de Sales > ici

Litanies de Saint François de Sales:

Saint François de Sales

Seigneur, ayez pitié de nous. (bis)
Jésus-Christ, ayez pitié de nous. (bis)
Seigneur, ayez pitié de nous. (bis)

Jésus-Christ, écoutez-nous. (bis)
Jésus-Christ, exaucez-nous. (bis)

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Saint François de Sales, très digne pontife chéri de Dieu et des hommes, priez pour nous.
Saint François de Sales, fidèle disciple et imitateur de Jésus-Christ, priez pour nous.
Saint François de Sales, enfant bien-aimé de Marie, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui avez miraculeusement recouvré la paix et l’espérance par l’intercession de la Mère de Dieu, priez pour nous.
Saint François de Sales, guide et modèle de la vraie piété, priez pour nous.
Saint François de Sales, parfait exemple de prudence et de charité, dans la conduite des âmes, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui avez eu la science pour enseigner les hommes, et l’onction pour les toucher, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui avez su joindre la force pour corriger les vices et la douceur pour gagner les cœurs, priez pour nous.
Saint François de Sales, pasteur charitable qui avez exposé votre vie pour le salut de vos ouailles, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui étiez le soutien de la veuve et le père de l’orphelin, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui étiez le protecteur des pauvres et des opprimés, priez pour nous.
Saint François de Sales, dont l’extérieur bon et affable, grave et modeste, rappelait Jésus-Christ conversant parmi les hommes, priez pour nous.
Saint François de Sales, tout embrasé d’amour pour la croix du Sauveur, priez pour nous.
Saint François de Sales, vrai miroir de douceur et d’humilité, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui, par votre zèle et votre douceur, avez gagné à l’Eglise plus de soixante-dix mille hérétiques, priez pour nous.
Saint François de Sales, dont la patience et la sérénité n’ont jamais été altérées par les injures, les calomnies et les contradictions, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui voyiez en toutes choses le bon plaisir de Dieu, et qui mettiez votre bonheur à vous y conformer avec amour, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui avez pour principe de ne rien demander et de ne rien refuser, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui vous reposiez dans le sein de la divine Providence, comme un enfant dans les bras de sa mère, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui aviez pris pour devise ou mourir ou aimer, parce que la vie sans amour de Dieu vous semblait pire que la mort, priez pour nous.
Saint François de Sales, dont la vie, au milieu des plus grand travaux, était une oraison continuelle, priez pour nous.
Saint François de Sales, imitateur de la pureté des anges, priez pour nous.
Saint François de Sales, le plus dévot et le plus aimable des saints, priez pour nous.
Saint François de Sales, fondateur d’une congrégation des vierges destinée à répandre en tous lieux la bonne odeur de Jésus-Christ, priez pour nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur.

V. Priez pour nous, saint François de Sales.
R. Afin que nous travaillions comme vous à imiter Jésus doux et humble de cœur.

Prions :

Ô Dieu, qui pour l’édification et le salut des âmes, nous avez présenté dans saint François de Sales le modèle le plus parfait de la douceur et de la piété, mettez dans nos âmes toute l’onction de sa religieuse amabilité, toute l’ardeur de sa charité et toute la profondeur de son humilité, afin que nous puissions partager un jour sa gloire dans le Ciel, et vous aimer avec lui dans tous les siècles.  Ainsi soit-il.

Armoiries de Saint François de Sales

Quand Sa Sainteté le Pape Benoît XVI parlait de St François de Sales > ici
Quelques bons ouvrages pour mieux connaître St François de Sales > ici

2011-9. De l’ « autel »(???) contemporain de la cathédrale de Viviers.

Lundi 24 janvier 2011.

Bien chers Amis,

Dans ma publication de samedi dernier (cf. > www), j’ai évoqué la figure du martyr Saint Vincent, et je vous ai expliqué qu’il était le céleste protecteur de la cathédrale et du diocèse de Viviers.

Avec la souveraine liberté qui caractérise les chats, je m’autorise aujourd’hui à publier sur mon blogue des réflexions que j’ai recopiées sur le « mur » facebook de Frère Maximilien-Marie après qu’il a publié, il y a déjà quelques mois, des photos qu’il avait faites pour présenter à ses amis, la belle cathédrale Saint-Vincent de Viviers.

Parmi les trésors artistiques qu’elle renferme, il y a un splendide maître-autel du XVIIIème siècle, véritable merveille de marqueterie de marbre :

Maître-autel cathédrale Viviers

(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand format)

Tous les amis de Frère Maximilien-Marie qui ont commenté cette photographie se sont unanimement extasiés sur l’élégance et la finesse de cette oeuvre d’art, bien propre à magnifier le Saint-Sacrifice de la Messe.

Il n’en a pas été de même avec la photo suivante présentant l’ « autel contemporain » placé à une date récente juste devant le maître-autel présenté ci-dessus. Je me contente seulement de vous recopier en dessous de la photo quelques uns des commentaires qui se sont immédiatement multipliés, dès que Frère Maximilien-Marie l’eût publiée – quelques uns seulement, car il eût été fastidieux de reprendre toutes les exclamations de surprise ou d’horreur qui sont à peu près dans les mêmes termes -  :

2011-9. De l'

(nota : les dimensions de la plaque de verre servant de table sont d’environ 80 x 50cm)

Charlotte : « Mon Dieu, que c’est laid!!!!!!!!!!!!!! Il serait plus à sa place dans un restau simili branché-branchouille que dans une église… »

Pedro : « Mais ceci ressemble plus à un socle ou à un guéridon qu’à un autel… »

Jérôme : « Un tronc d’arbre mal équarri sur lequel on a planté un tout petit Sacré-Coeur! »

Charlotte : « Je ne m’en remets pas tellement c’est moche… »

Cécile : « Mon Dieu, ça dépasse l’entendement et le bon goût… Pauvre Sacré-Coeur !!! »

Nicolas :  « Ikea fait des autels maintenant??? Ils sont forts ces Suédois quand même… Ou alors c’est le syndicat des bûcherons locaux qui l’a offert… Ridicule! »

Charlotte : « Une question : A part y poser un bol avec des fraises tagada ou des chips pour l’apéro, il n’y a même pas de place sur ce… truc ??? »

Cécile : « Ça tombe bien, je cherchais une table moderne de ce genre pour mon ordinateur… Je reprends !!

Pierre-Antoine : « Absurde et insignifiant. A l’image du catholicisme moderniste : un vieux morceau de bois qui n’intéresse plus personne. »

Nicolas : « On dirait même un billot d’exécution qu’on a redressé sur un de ses côtés : on voit l’encoche pour positionner le cou des condamnés… Pourrait-on connaitre le prix de cette « affreuseté »? L’Eglise est donc tellement riche qu’elle puisse se permettre de gaspiller de l’argent?… »

Jérôme : « Justement, j’allais demander si les fidèles sont d’accord pour que l’argent qu’ils donnent au denier du culte serve à ça! »

Lorenzo : « Quelle horreur! Ce n’est même pas digne d’être ce que Don Camillo appelait « la tavola calda »… »

Sophie : « Il faut rire ou pleurer? »

Lorenzo : « Pleurer!… »

Cyrille : « Prier, prier, c’est mieux!… »

Thibault : « C’est un tapis de prière en dessous?… ils sont prévoyants! »

Nicolas : « Entre les expos d’art contemporain dans les appartements du Roi et ces horreurs répugnantes dans la maison de Dieu, on finit par penser que l’on vit vraiment une époque méprisable remplie de petits hommes qui parlent fort!!! Prions pour que ça cesse, mais un petit coup de mortier 81 mm devrait aider nos prières, je pense… »

Cyrille : « Ça va faire trop de bruit … et puis un mortier, ça ne se trouve pas au coin de la rue… lol »

Lorenzo : « Nicolas a une idée qui me plait : une belle volée de mortier de 81 serait très utile! Le grand cardinal Giuseppe Siri, le dernier cardinal de Pie XII,  a déclaré un jour : « Aujourd’hui, la société a le culte de la laideur, signe que la saison du mal a commencé! »

Julie : « Acheté un euro sur ebay ? »

Charlotte : « Le tapis? oui! »

Nicolas : « Excellent! D’un autre côté, on doit bien se douter que ce ne sont pas les Compagnons qui ont sculpté cet immondice… »

Cyrille : « Pas immondice, TAAAAABLE contemporaine! »

Nicolas : « Ah,oui! c’est vrai… Je n’arrive pas à m’y faire!!! Il faut que je relise les mémoires de Jack Lang et d’Aillagon!!! »

Julie : « Même chez But y’a des meubles plus beaux!!! »

Charlotte : « Heureusement pour ceux qui bossent chez But!!! »

Sophie : « Il y a un petit papier coincé sous le tronc mal dégrossi… Qu’est ce que c’est? une cale? ils n’ont pas été fichus de faire qu’il ne soit pas bancal? »

Cyrille : « Ils n’avaient peut-être pas le budget suffisant pour que le constructeur puisse finir le calage de cette table… »

Sophie : « Heureusement, Dieu est le Maître du Recyclage : le jour où il en aura marre de cette chooooose infâme : pfffffuit!!!!! »

Jérôme : « Au fait : j’ai trouvé des morceaux de troncs, des vieilles boites rongées par la rouille, des tessons de verre ou d’assiette… etc. Avec de pareilles merveilles je pourrais m’établir créateur de mobilier liturgique contemporain et peut-être que je ferais fortune en proposant mes créations aux évêques modernichons. »

Emma : « Excellents commentaires! Je me régale en vous lisant car passer de la superbe photo du maître-autel à la photo du « machin »… c’est vraiment choquant! »

* * * * * * *

Voilà ce que je voulais porter aujourd’hui à votre connaissance, mes chers Amis : pour moi, ce qui me réjouit en lisant ces commentaires, c’est d’abord le bons sens, l’humour et l’intelligence qui les animent ; mais je jubile ensuite aussi en pensant que ces réflexions pertinemment impertinentes émanent de jeunes adultes, de personnes nettement plus jeunes que les commanditaires de ce genre de prétendu « mobilier liturgique » lequel, il faut le souligner, n’est de toute façon pas en accord avec les textes publiés par le Saint-Siège, même pour la célébration de la messe selon le missel de Paul VI…!!!Tout ceci rejoint ce que j’avais déjà publié ici > www à propos des autels destinés au culte catholique.

A la veille de la clôture de la semaine de prières pour l’unité des chrétiens, redoublons encore de ferveur pour que, en priorité, à l’intérieur de notre Eglise catholique se réalise une véritable unité autour de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI et, pour cela, prions pour que l’hérésie moderniste, exprimée par tant de liturgies (ou de prétendues liturgies) fantaisistes, cesse de troubler les âmes, cesse d’égarer les intelligences, cesse aussi d’attenter au plus élémentaire bon goût…

Lully.

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

2011-8b. De Saint Vincent, invincible et victorieux martyr (2ème partie).

Deux sermons
de
notre Bienheureux Père Saint Augustin
pour la
fête de Saint Vincent.

     Après avoir résumé la vie et le martyre de Saint Vincent, puis évoqué la popularité de son culte (cf. > ici), nous pouvons méditer sur son exemple à l’aide des deux sermons que notre Bienheureux Père Saint Augustin a consacré au saint martyr.

Saint Vincent diacre et martyr

Premier sermon sur Saint Vincent martyr.

Analyse : – 1. Force de saint Vincent. – 2. La force d’un martyr vient de Dieu. – 3. C’est à Dieu qu’il faut la demander. – 4. Les souffrances passent, mais la gloire est éternelle.

   1. Jésus-Christ nous ordonne de célébrer solennellement l’héroïque et glorieux martyre de saint Vincent, et nous ne pouvons le prêcher avec indifférence. Nous avons médité ce qu’il a souffert, ce qui lui a été dit, ce qu’il a répondu, et tout cela a produit sous nos yeux un admirable spectacle : un juge inique, un bourreau cruel, un martyr invincible, la barbarie d’un côté, la piété de l’autre ; d’un côté la folie, de l’autre la victoire. En entendant la lecture des actes du martyr, nous avons senti la charité s’enflammer dans nos coeurs ; s’il eût été possible, nous aurions voulu recueillir et baiser avec respect ces membres en lambeaux, dont les souffrances nous frappaient d’étonnement et produisaient sur nous un attrait inexplicable, puisque nous ne voulions pas être crucifiés. Qui voudrait contempler un bourreau dépouillé de toute humanité, et déchargeant sa fureur sur un corps humain? Comment arrêter ses regards sur des membres disloqués, sur des ossements nus et brisés? Qui ne se détournerait de ce spectacle avec horreur? Et cependant, l’éclatante sainteté de notre martyr donnait à cette scène je ne sais quel reflet de beauté ; la force invincible avec laquelle il combattait pour la foi, pour l’espérance du siècle futur et pour la charité de Jésus-Christ faisait oublier l’horreur des tourments et des blessures et les revêtait d’une auréole de gloire et de triomphe.

   2. Un attrait bien différent séduisait, dans ce spectacle, le persécuteur et nous. Il applaudissait aux souffrances du martyr, et nous à la cause pour laquelle il souffrait ; il était heureux de le voir souffrir, et nous de voir pourquoi il souffrait ; il se complaisait dans les douleurs de sa victime, et nous dans sa vertu ; lui, dans ses blessures, et nous, dans sa couronne ; lui, dans la durée de ses souffrances, et nous, dans son énergie à les supporter ; lui, dans les torturés corporelles, et nous, dans la fermeté et la persévérance de sa foi. Si donc le persécuteur trouvait sa cruauté satisfaite, toujours est-il que la vérité prêchée par le martyr était pour lui un remords et un tourment ; de notre côté, si l’horreur des supplices nous glaçait d’horreur, du moins la mort de Vincent était pour nous une grande victoire. Il restait vainqueur, non pas en lui-même et par lui-même, mais en Celui et par Celui qui, du haut de sa croix, prête à tous son puissant secours et nous a laissé dans ses propres souffrances un exemple et un appui. En nous appelant à la récompense, il nous exhorte au combat, et il nous contemple dans la lutte afin de venir au secours de notre faiblesse. A son athlète il détermine l’œuvre à accomplir et propose la récompense à recevoir, afin de prêter son appui et d’empêcher toute défaillance. Qu’il prie donc simplement celui qui veut combattre simplement, triompher généreusement et régner heureusement.

   3. Nous avons entendu notre frère confessant la sainte doctrine et confondant son persécuteur par la constance et la véracité de ses réponses. Mais auparavant nous avons entendu le Seigneur s’écriant : « Ce n’est pas vous qui parlez, mais c’est l’Esprit de votre Père qui parle en vous (1)». Si donc saint Vincent a confondu ses adversaires, c’est parce qu’il a loué dans le Seigneur ses propres discours. Il savait dire : « Je louerai ma parole dans le Seigneur, je louerai mon discours dans le Seigneur ; j’espérerai dans le Seigneur, je ne craindrai pas ce que l’homme pourrait me faire (2)». Nous avons vu ce martyr supportant avec une admirable patience des tourments inouïs, mais il se tenait dans une complète dépendance à l’égard de Dieu. « Car c’est de Dieu que lui venait la patience (3)» ; toutefois, comme il connaissait notre fragilité humaine, comme il craignait toute défaillance qui aurait pu lui faire renier Jésus-Christ et combler de joie son persécuteur, il savait à qui il adressait ces belles paroles : « Mon Dieu, arrachez-moi de la main du pécheur, de la main de celui qui méprise votre loi et la foule indignement aux pieds ; car vous êtes ma patience (4)» . L’auteur de ces saints cantiques nous enseignait comment un chrétien doit demander d’être délivré des mains de ses ennemis ; ce n’est pas sans souffrir, mais en supportant patiemment toutes ses souffrances : « Arrachez-moi des mains du pécheur, des mains de celui qui méprise votre loi et la foule aux pieds». Si vous voulez savoir quelle délivrance il implore, écoutez ce qui suit : « Car vous êtes ma patience ». Toute souffrance est glorieuse quand elle est accompagnée de cette pieuse confession : « Afin que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur (5)». Que personne donc ne présume de son coeur, quand il proclame sa pensée ; que personne ne présume de ses forces, quand il subit la tentation ; car lorsque nos paroles sont dictées par la sagesse, cette sagesse ne nous vient que de Dieu, et c’est de Dieu aussi que nous vient la patience avec laquelle nous supportons nos souffrances. La volonté vient de nous ; mais du moment que Dieu nous appelle, nous sommes déterminés à vouloir. La prière est notre oeuvre ; mais nous ne savons pas ce que nous devons demander. C’est à nous de recevoir, mais que recevons-nous, si nous n’avons rien? C’est nous qui possédons, mais que possédons-nous, si nous ne recevons rien? Voilà pourquoi « celui qui se glorifie, doit se glorifier dans le Seigneur».

   4. C’est ainsi que le martyr saint Vincent a mérité d’être couronné par le Seigneur, car c’est dans le Seigneur qu’il a désiré d’être glorifié par la sagesse et la patience. Il est digne de vos plus grands éloges, il est digne de l’éternelle félicité dont l’espérance lui a fait mépriser toutes les menaces de son juge, tous les tourments de son bourreau. Ses souffrances sont passées, mais son bonheur n’aura point de fin. Ses membres furent brisés, ses entrailles déchirées ; il fut soumis aux tortures les plus horribles, aux souffrances les plus cruelles ; mais, alors même que le bourreau se fût montré plus barbare, Vincent se serait écrié:  » Les souffrances de cette vie ne sont rien en vue de la gloire éternelle qui nous attend au ciel « (6).

1. Matth. X, 20.
2. Ps. LV, 11.
3. Ps. LXI, 6. 
4. Ps. LXX, 4, 5. 
5. I Cor. I, 31.
6. Rom. VIII, 18.

Le corps de Saint Vincent défendu par un corbeau

Le corps de Saint Vincent défendu par un corbeau.

Second sermon sur Saint Vincent martyr.

Analyse : — 1. Courage de saint Vincent en présence de Dacianus. — 2. Saint Vincent, vivant et mort, reste vainqueur de Dacianus.

   1. Nous avons sous les yeux, mes frères, le plus ravissant, spectacle. Deux hommes combattent l’un contre l’autre, le bourreau et sa victime, Vincent, le serviteur de Dieu, et Dacianus, le fils du démon. Le persécuteur sévissait sur le corps du martyr, mais saint Vincent n’éprouvait aucune crainte, parce qu’il voyait Jésus-Christ combattre pour lui. Malgré la sentence qui le condamnait, il resta vainqueur, parce qu’il n’était point abandonné par Celui dont il confessait hautement la divinité. A toutes les questions qui lui furent posées, il n’hésita pas à répondre et accrut ainsi le courroux de son persécuteur. Il enflamma la haine de son bourreau, afin d’accroître la gloire de son propre martyre. Quelle crainte pouvait inspirer à saint Vincent ce lion furieux et rugissant, puisque cet illustre martyr restait étroitement uni « au Lion de la tribu de Juda(1) », de qui il tirait toute sa force et son courage? Revêtu des armes de Jésus-Christ, Vincent marchait invincible et s’écriait : Que mon adversaire engage la lutte avec moi, si la confiance ne lui fait pas défaut, et il reconnaîtra qu’il se lassera plus tôt de me faire souffrir que moi de supporter mes souffrances. Saint Vincent est envoyé en exil, et il médite sur la voie qui le conduira au ciel. On le livre à la mort, et il se réjouit d’une vie meilleure ; il est étendu sur le chevalet, et sa figure rayonne d’autant plus que son persécuteur s’acharne davantage à le faire souffrir. Il est en face de son juge ; mais pendant qu’il est debout devant son bourreau, il prie dans son coeur le souverain Juge des vivants et des morts et s’écrie : O antique ennemi du genre humain, pourquoi m’épargnerais-tu dans mes souffrances, toi qui as osé tenter mon Dieu, mais sans pouvoir le vaincre ; car tu es resté écrasé sous sa puissance, comme la bête fauve sous les coups du chasseur? Je ne crains, dit-il, aucun des supplices qu’il te plaira de m’infliger, et ce qui ranime mon courage, c’est de te voir prendre à mon égard des airs de pitié et de miséricorde. Démon, lève-toi dans ta fureur ; pour éprouver la foi et le courage d’une âme chrétienne, ce n’est pas trop de tous les tourments réunis.

   2. Dans sa fureur et sa colère, l’impie Dacianus s’écria : Celui-ci ne peut me vaincre ; pendant qu’il est encore vivant, qu’on lui inflige les tourments les plus cruels. O courage indomptable! O force d’âme invincible! Saint Vincent est torturé, broyé, flagellé, brûlé, et quand déjà son âme est allée recueillir la couronne, ses membres sont encore disloqués comme pour donner plus de prise à la souffrance. Vincent qui, chaque jour, rougissait de s’entendre appeler vaincu, semblait crier à son bourreau : Tu es resté maître du corps d’un martyr, mais voici qu’effrayé de te voir vaincu dans ton propre triomphe, tu es contraint d’avouer que ce cadavre lui-même te frappe d’une honteuse défaite. Ta cruauté criminelle, tu l’avouais toi-même, n’a fait que rehausser ma gloire. Maintenant que tu n’as plus entre les mains qu’un corps martyrisé, quel sera ton langage? Mes frères, écoutez ce que dit le bourreau : qu’on jette ce cadavre à la mer! Et comme si quelqu’un lui en eût demandé le motif : de crainte, dit-il, que nous n’ayons à rougir de combattre sans cause. O aveuglement de la fureur! cet impie, ce perfide, ce barbare Dacianus ne comprend donc pas que Celui qui peut rappeler une âme des enfers, peut également arracher à la mer le corps de son martyr. Du moins, dit-il, les flots cacheront sa victoire. Et comment donc cacheront-ils celui qu’ils reçoivent avec honneur? Ecoutez ce cri du Prophète : «La mer est à Dieu, c’est lui qui l’a faite, et ses mains ont jeté les fondements de la terre aride (2)». Poursuis, cruel démon ; tout élément, quel qu’il soit, fera certainement éclater la gloire de notre martyr et attestera ta honte et ta défaite. Voici que la mer a entendu, et toi tu restes sourd ; voici que le vent fait silence, et toi tu souffles la vengeance ; voici que les flots reçoivent avec une crainte respectueuse celui que les matelots leur jettent par tes ordres, et, dociles à l’action de la Providence, ils ramènent au port, avant même le retour de tes sicaires, ce corps précieux réservé aux honneurs de la sépulture. La mer jouit d’une tranquillité parfaite, et toi, cruel, tu restes en proie aux accès de ta fureur inique. Avoue donc l’impuissance de ta rage, puisque les flots eux-mêmes se chargent de rapporter ce cadavre. Puisqu’ils veulent pour lui la sépulture, que peut leur opposer ta sauvage férocité? La victime est échappée à sa misérable cruauté ; puisque Dacianus n’a pas voulu se souvenir de la puissance de Dieu, il ne lui reste plus qu’à pleurer sa honteuse perfidie. Il se flattait d’avoir trouvé un expédient infaillible, mais les flots lui ont refusé leur concours ; le malheureux n’a pas su assurer l’accomplissement de ses désirs ; ou bien, une leçon solennelle devait lui être donnée par la mer qui ne pouvait, contre les ordres de son Créateur, cacher dans ses flancs le corps du martyr. Quel délicieux spectacle de voir un martyr, combattant contre son bourreau, bravant toutes les tortures, terrassant son adversaire pendant sa vie et, après sa mort, rapporté par les flots au rivage. Quelle gloire rejaillit d’un tel martyre, dans lequel Jésus-Christ se plaît à entasser tant de merveilles! Quelle constance déploya saint Vincent! Quelle brillante couronne il s’acquit par sa victoire! N’en doutons pas, mes frères, Celui qui avait soutenu saint Pierre marchant sur les eaux, recueillit lui-même le corps de saint Vincent et l’empêcha de s’abîmer dans les flots. Il ne nous reste donc plus qu’à supplier saint Vincent d’intercéder en notre faveur auprès de Dieu et d’obtenir, par ses mérites, la glorification de l’Eglise de Jésus-Christ, à qui appartiennent l’honneur et la gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

1. Apoc. V, 5.
2. Ps. XCIV, 5.

Le corps de Saint Vincent jeté à la mer

Le corps de Saint Vincent jeté à la mer.

2011-8a. De Saint Vincent, invincible et victorieux martyr (1ère partie).

Vie, martyre et culte de Saint Vincent,
sa protection sur le Vivarais.

22 janvier,
Fête de Saint Vincent, diacre et martyr,
céleste protecteur de la cathédrale et du diocèse de Viviers.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Les dispositions de la divine Providence ont amené l’association Refuge Notre-Dame de Compassion à acquérir – pour qu’elle devienne son siège social – cette vieille ferme, à laquelle nous avons depuis donné le nom de Mesnil-Marie, sur le territoire du diocèse de Viviers, cité qui a donné son nom à la province du Vivarais.

   Ce diocèse et sa cathédrale ont Saint Vincent, diacre martyr, pour  patron principal. Voilà pourquoi, le 22 janvier, est chez nous un jour de très grande fête et – après avoir suivi l’office du bréviaire par dessus l’épaule de Frère Maximilien-Marie – j’ai décidé de me renseigner un peu plus sur ce saint qui figure au nombre de nos célestes protecteurs, puisque nous vivons sur un territoire qui lui est dédié.

2011-8a. De Saint Vincent, invincible et victorieux martyr (1ère partie). dans Chronique de Lully ph07vivierscopie

Viviers : la cathédrale Saint-Vincent émergeant de l’antique cité épiscopale fortifiée.

   Saint Vincent, originaire de Saragosse où il était diacre de l’évêque Valère, était le porte-parole de ce dernier qui souffrait d’un défaut d’élocution. Lors de la persécution ordonnée par Dioclétien et Maximien, ils furent arrêtés et emmenés à Valence (Valencia) par le procurateur Dacianus : Valère fut condamné à l’exil tandis que Vincent, qui avait courageusement et éloquemment défendu la foi chrétienne, fut condamné à plusieurs cruels supplices qu’il endura avec un invincible courage avant de rendre son âme à Dieu le 22 janvier de l’an 304 (en particulier, à un moment, il fut torturé sur une maie de pressoir, ce pourquoi les vignerons l’ont ensuite choisi pour saint patron).
Dacianus voulut livrer sa dépouille mortelle aux bêtes sauvages, mais un corbeau la défendit ; le procurateur ordonna alors qu’elle soit lestée d’une pierre et jetée à la mer, mais Dieu ramena son corps sur le rivage et Saint Vincent apparut à une pieuse veuve pour lui révéler l’endroit où il se trouvait : il fut enseveli à Valence et, après les persécutions, on  éleva une église sur son tombeau.

   A l’occasion de diverses translations de ses reliques, son culte se répandit très largement  et de très nombreuses églises ou communautés chrétiennes se placèrent sous son vocable ; Saint Augustin, Saint Léon le grand  et Saint Bernard – parmi les plus grands des docteurs de l’Eglise – lui ont consacré plusieurs sermons (*). Les prédicateurs, comme la liturgie latine propre à cette fête, jouent sans cesse sur les mots « vaincre », « vainqueur », « invincible » et « victoire », car le nom même de Vincent signifie : celui qui a vaincu.

Procession de Saint Vincent à Valencia

Valencia : procession de Saint Vincent.

   Saint Vincent est bien sûr très honoré à Valencia, lieu de son martyre et de sa sépulture, mais il est aussi le patron principal de la ville de Lisbonne où une part importante de ses reliques fut transférée.

   A l’occasion de son voyage apostolique au Portugal (11-14 mai 2010), notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a reçu – en cadeau de bienvenue – du cardinal José Policarpo, patriarche de Lisbonne, une relique de Saint Vincent, enfermée dans un reliquaire sur lequel est représenté le corbeau qui défendit le corps du martyr.
Pour le cardinal Policarpo, l’offrande de cette relique au Souverain Pontife était le signe de la détermination des catholiques de Lisbonne à servir et à rester fidèles, comme les chrétiens mozarabes sont  autrefois restés fidèles au milieu des tribulations. C’est en effet le premier roi, a ajouté le patriarche, qui a envoyé chercher les reliques du saint martyr de Saragosse pour qu’il enseigne aux chrétiens de Lisbonne comment « servir avec amour » et  pour qu’il leur communique le « courage de souffrir lorsque la fidélité le demandait ».

reliquaire du bras de Saint Vincent

Reliquaire du bras de Saint Vincent à Valencia.

   Pour ce qui concerne la France, le culte de Saint Vincent connut un essor à la suite de l’expédition que le roi Childebert 1er fit en 542 en Espagne et au cours de laquelle il s’empara de Saragosse. Il en ramena plusieurs reliques, dont un vêtement liturgique (certains parlent de dalmatique, d’autres d’étole) qui avait été à l’usage du saint martyr et pour lequel il fonda en 543 à Paris la basilique Saint-Vincent et Sainte-Croix. Cette église, associée dès l’origine à un monastère, fut en 558 le lieu de la sépulture de Childebert et ensuite de plusieurs autres mérovingiens. Le vocable de Saint Vincent finit par être supplanté par celui de Saint Germain, car l’évêque Germain de Paris y fut également inhumé et son culte très populaire fit que l’abbaye, dès le milieu du VIIIème siècle, ne fut plus appelée que Saint-Germain des Prés.

   Une autre abbaye célèbre fut fondée au Xème siècle sous le vocable de Saint-Vincent, à Metz, à la suite d’un transfert de reliques. L’abbaye fut spoliée et en partie détruite à la révolution, seule l’église abbatiale – en grande partie rebâtie au XVIIIème siècle – retrouva sa vocation religieuse au XIXème siècle. Dans la dernière partie du XXème siècle, en raison de travaux nécessaires, l’abbatiale fut fermée pendant plusieurs années et actuellement, malgré l’achèvement de ces travaux et bien que Pie XI en 1933 eût élevé cette église au rang de basilique, il n’est pas question d’y permettre la reprise du culte : Saint-Vincent de Metz n’est plus ouvert que pour des visites à caractère historique et architectural !

   Deux cathédrales françaises portent le nom de Saint Vincent : celle de Mâcon et celle de Viviers, comme je vous le disais en commençant, puisque c’est de là qu’est parti mon approfondissement de ce jour.

cathédrale Saint-Vincent vue d'avion

Viviers : la cathédrale Saint-Vincent, vue d’avion.

   Je ne vais pas vous raconter ici l’histoire de cette cathédrale qui, si elle n’est pas aussi célèbre que les grandes cathédrales gothiques du nord de la France, n’en possède pas moins un très riche passé et de véritables trésors.
Aujourd’hui je me contenterai de noter que c’est depuis le VIème siècle qu’elle est placée sous le vocable de Saint Vincent : or c’est justement au milieu du VIème siècle que Childebert 1er a ramené d’Espagne quelques reliques du saint martyr. Y aurait-il un lien entre les deux évènements ? Je n’ai pas encore tout étudié des livres consacrés à l’histoire locale que Frère Maximilien-Marie collectionne.
De toute façon, j’en ai assez écrit pour aujourd’hui et j’achève simplement en vous souhaitant d’avoir tous dans le coeur cette foi invincible dont Saint Vincent a donné l’exemple afin de parvenir comme lui à la victoire éternelle.

Lully.

Croix des chanoines de la cathédrale de Viviers

Croix des chanoines de la cathédrale de Viviers portant en son centre l’effigie de Saint Vincent.

(*) Pour lire les deux sermons de Saint Augustin pour la fête de Saint Vincent, cliquer > ici.

2011-7. Vœu par lequel Louis XVI a dévoué sa Personne, sa Famille et tout son Royaume, au Sacré-Cœur de Jésus.

Sa Majesté le Roy Louis XVI

       Le triste anniversaire du 21 janvier nous a déjà fourni l’occasion de publier la relation des dernières heures de Sa Majesté le Roy Louis XVI (cf. > ici), le texte de son testament (cf. > ici) et celui de l’allocution consistoriale de Sa Sainteté le Pape Pie VI affirmant de manière péremptoire que Louis XVI est à proprement parler un martyr (cf. > ici).

Nous voulons aujourd’hui publier ci-dessous le texte du Vœu de Louis XVI au Sacré-Cœur de Jésus.

   Quelques historiens en ont contesté l’authenticité.
Elle ne fait pour nous aucun doute
1) d’abord parce qu’elle a été attestée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même dans une apparition accordée, au moment de la Restauration, à Mère Marie de Jésus, une sainte religieuse – chanoinesse de Saint-Augustin au célèbre « Couvent des Oiseaux » – , dont les voies mystiques ont été en leur temps tenues pour véridiques par les autorités ecclésiastiques ;
2) ensuite parce que cette authenticité est également 
affirmée implicitement par Notre-Dame de Fatima lors d’une apparition à Sœur Lucie et consignée dans une lettre à son évêque en date du 29 août 1931.

   Nous devons au Bienheureux Père François-Louis Hébert, supérieur général des Eudistes et confesseur du Roy, la conservation de ce texte, qui avait été rédigé en deux exemplaires.
Selon toute vraisemblance, ce vœu du Roy martyr a été prononcé entre le printemps de l’année 1791 et la date butoir de la prise des Tuileries. Après le 10 août 1792 en effet, le Souverain ne reverra plus son confesseur puisque Sa Majesté sera détenue dans le sinistre donjon du Temple dans les conditions que l’on sait.
Le Révérend Père Hébert, lui aussi emprisonné, sera martyrisé aux Carmes le 2 septembre.
Avant le 12 août 1792, date de son arrestation, le Révérend Père Hébert avait eu soin de faire établir des copies du Vœu de Louis XVI et de les confier à d’autres personnes, si bien que dès la fin de l’année 1792 le texte en était connu et diffusé dans les milieux fervents et opposés à l’impiété révolutionnaire.
Ce n’est nullement un hasard si, dans toute les provinces du Royaume, les scapulaires représentant le Divin Cœur de Jésus furent arborées sur les poitrines de ceux qui se soulevèrent pour défendre le trône et l’autel.

Voir aussi :
Quelques précisions concernant le vœu de Louis XVI au Sacré-Cœur > ici.

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Vœu par lequel Sa Majesté le Roi Louis XVI
a dévoué sa Personne, sa Famille et tout son Royaume
au Sacré-Cœur de Jésus.

       Vous voyez, ô mon Dieu, toutes les plaies qui déchirent mon cœur, et la profondeur de l’abîme dans lequel je suis tombé. Des maux sans nombre m’environnent de toutes parts. A mes malheurs personnels et à ceux de ma famille, qui sont affreux, se joignent, pour accabler mon âme, ceux qui couvrent la face du royaume. Les cris de tous les infortunés, les gémissements de la religion opprimée retentissent à mes oreilles, et une voix intérieure m’avertit encore que peut-être votre justice me reproche toutes ces calamités, parce que, dans les jours de ma puissance, je n’ai pas réprimé la licence du peuple et l’irréligion, qui en sont les principales sources ; parce que j’ai fourni moi-même des armes à l’hérésie qui triomphe, en la favorisant par des lois qui ont doublé ses forces et lui ont donné l’audace de tout oser.

   Je n’aurai pas la témérité, ô mon Dieu, de me justifier devant vous ; mais vous savez que mon cœur a toujours été soumis à la foi et aux règles des mœurs ; mes fautes sont le fruit de ma faiblesse et semblent dignes de votre grande miséricorde. Vous avez pardonné au roi David, qui avait été cause que vos ennemis avaient blasphémé contre vous ; au roi Manassès, qui avait entraîné son peuple dans l’idolâtrie. Désarmé par leur pénitence, vous les avez rétablis l’un et l’autre sur le trône de Juda ; vous les avez fait régner avec paix et gloire. Seriez-vous inexorable aujourd’hui pour un fils de saint Louis, qui prend ces rois pénitents pour modèles, et qui, à leur exemple, désire réparer ses fautes et devenir un roi selon votre Cœur? Ô Jésus-Christ, divin Rédempteur de toutes nos iniquités, c’est dans votre Cœur adorable que je veux déposer les effusions de mon âme affligée. J’appelle à mon secours le tendre Cœur de Marie, mon auguste protectrice et ma mère, et l’assistance de saint Louis, mon patron et le plus illustre de mes aïeux.

   Ouvrez-vous, Cœur adorable, et par les mains si pures de mes puissants intercesseurs, recevez avec bonté le vœu satisfactoire que la confiance m’inspire et que je vous offre comme l’expression naïve des sentiments de mon cœur.

   Si, par un effet de la bonté infinie de Dieu, je recouvre ma liberté, ma couronne et ma puissance royale, je promets solennellement :

1° De révoquer le plus tôt possible toutes les lois qui me seront indiquées, soit par le pape, soit par quatre évêques choisis parmi les plus vertueux de mon royaume, comme contraires à la pureté et à l’intégrité de la foi, à la discipline et à la juridiction spirituelle de la sainte Eglise catholique, apostolique, romaine, et notamment la constitution civile du clergé ;

2° De rétablir sans délai tous les pasteurs légitimes et tous les bénéficiers institués par l’Eglise, dans les bénéfices dont ils ont été injustement dépouillés par les décrets d’une puissance incompétente, sauf à prendre les moyens canoniques pour supprimer les titres de bénéfices qui sont moins nécessaires, et pour en appliquer les biens et revenus aux besoins de l’Etat ;

3° De prendre, dans l’intervalle d’une année, tant auprès du pape qu’auprès des évêques de mon royaume, toutes les mesures nécessaires pour établir, suivant les formes canoniques, une fête solennelle en l’honneur du Sacré Cœur de Jésus, laquelle sera célébrée à perpétuité dans toute la France, le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement, et toujours suivie d’une procession générale, en réparation des outrages et des profanations commis dans nos saints temples, pendant le temps des troubles, par les schismatiques, les hérétiques et les mauvais chrétiens ;

4° D’aller moi-même en personne, sous trois mois à compter du jour de ma délivrance, dans l’église Notre-Dame de Paris, ou dans toute autre église principale du lieu où je me trouverai, et de prononcer, un jour de dimanche ou de fête, au pied du maître-autel, après l’offertoire de la messe, et entre les mains du célébrant, un acte solennel de consécration de ma personne, de ma famille et de mon royaume au Sacré Cœur de Jésus, avec promesse de donner à tous mes sujets l’exemple du culte et de la dévotion qui sont dus à ce Cœur adorable ;

5° D’ériger et de décorer à mes frais, dans l’église que je choisirai pour cela, dans le cours d’une année à compter du jour de ma délivrance, une chapelle ou un autel qui sera dédié au Sacré Cœur de Jésus, et qui servira de monument éternel de ma reconnaissance et de ma confiance sans bornes dans les mérites infinis et dans les trésors inépuisables de grâces qui sont renfermés dans ce Cœur sacré ;

6° Enfin, de renouveler tous les ans, au lieu où je me trouverai, le jour qu’on célébrera la fête du Sacré-Cœur, l’acte de consécration exprimé dans l’article quatrième, et d’assister à la procession générale qui suivra la messe de ce jour.

   Je ne puis aujourd’hui prononcer qu’en secret cet engagement, mais je le signerais de mon sang s’il le fallait, et le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrai le publier à haute voix dans le temple.

   Ô Cœur adorable de mon Sauveur ! Que j’oublie ma main droite et que je m’oublie moi-même, si jamais j’oublie vos bienfaits et mes promesses, et cesse de vous aimer et de mettre en vous ma confiance et toute ma consolation. Ainsi soit-il.

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2011-6. Gustave Thibon : dix ans déjà!…

2001 – 19 janvier – 2011

   Ce 19 janvier 2011 marque le dixième anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon. Dix ans déjà!…

Je peux dire sans exagération que, depuis que j’ai découvert Gustave Thibon – j’avais à peine 15 ans – et plus encore depuis ce 19 janvier 2001 où il est entré dans son éternité, je n’ai pas été un seul jour sans me nourrir de ses écrits, de sa pensée, des leçons que j’ai reçues de luiIl a été et il demeure toujours, pour tout mon itinéraire personnel – intellectuel et spirituel – ce que l’étoile miraculeuse a été pour les Mages : une divine lumière pour éclairer ma marche dans la nuit de ce monde!
Comme je voudrais pouvoir écrire avec une exacte justesse et justice tout ce que je dois à Gustave Thibon : parviendrai-je à le faire un jour?
Tout simplement, à l’occasion de ce dixième anniversaire, je me bornerai à écrire, à crier pour toute oreille qui voudra bien l’entendre, et à chanter en direction du Ciel un immense
« Merci! ».

En 1993, à la suite de la parution du livre d’entretiens recueillis par Danièle Masson  intitulé « Au soir de ma vie » (éd. Plon), Gustave Thibon avait reçu plusieurs personnes, parmi lesquelles des journalistes, et répondu à leurs questions. J’avais alors soigneusement pris note de ses réponses : c’est une partie de cet échange, recopié de mes cahiers personnels, que je vous retranscris ci-dessous.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.         

Gustave Thibon

- Quel est pour vous le comble de la misère ?

G.T. : Ne plus aimer, ne plus être aimé.

- Où aimeriez-vous vivre ?

G.T. : Là où je suis. « C’est d’âme qu’il faut changer, pas de lieu », disait Sénèque.

- Pour quelles fautes avez-vous le plus d’indulgence ?

G.T. : Celles commises par amour… Même si on se trompe sur le niveau et la qualité de cet amour. L’amour humain peut être sacré ou profané, il n’est jamais totalement profane.

- Votre rêve de bonheur ?

G.T. : Le bonheur ne se rêve pas. Il est partout à condition de tout accueillir comme don de Dieu.

- Votre passage d’Evangile préféré ?

G.T. : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ! » Ce cri me touche de très près aujourd’hui. Sur la Croix, Dieu désespère de Lui-même, et, si j’ose dire, meurt athée. Je crois avec Chesterton que « notre religion est la bonne car c’est la seule où Dieu à un moment a été athée ». Je suis amoureux de ce Christ en agonie, l’Homme des douleurs, Dieu devenu infiniment faible, Dieu abandonné de Dieu. Si j’avais été religieux, j’aurais choisi le nom de ‘frère X. de Gethsémani’.

Le passage de la femme adultère m’est également très cher. Dieu est à la fois l’exigence infinie et l’indulgence infinie. Il nous pardonnera ce que nous n’osons pas nous pardonner à nous-mêmes. Cet apologue oriental me touche beaucoup : le diable dit à Dieu : « Ce qui m’étonne chez Toi, c’est que les hommes ne font que pécher et Tu leur pardonnes sans cesse, alors que moi, je n’ai péché qu’une fois et Tu ne m’as jamais pardonné! » Et Dieu lui répond : « Mais toi, combien de fois m’as-tu demandé pardon ? »

- Comment définissez-vous l’enfer ?

G.T. : Comme Simone Weil : « Se croire au paradis par erreur ».

- Et la mort ?

G.T. : Comme Gabriel Marcel : « Le dépaysement absolu »… Un saut vertigineux que je m’interdis d’imaginer : il ne faut pas enlever sa virginité, dépuceler d’avance ce retour à la Patrie, puisque notre vie est un exil.

Nous serons stupéfaits quand nous verrons les lignes courbes par lesquelles Dieu a écrit droit, et à quel point le mal et le bien s’enchevêtrent. Je crois à la solidarité du bien et du mal, de l’ivraie et du bon grain. Il y a parfois des vertus qui perdent et des péchés qui sauvent, non par eux-mêmes, mais par rebondissement. Vient un moment où il faut se repentir de sa vertu comme on se repend de son péché.

- Le plus grand mal de notre époque ?

G.T. : Exiger du temps qu’il tienne les promesses de l’éternel. Simone Weil a tout dit : « Dieu et l’homme sont comme deux amants qui se sont trompés sur le lieu du rendez-vous : l’homme attend Dieu dans le temps, et Dieu attend l’homme dans l’éternité ».

- La vertu la plus nécessaire aujourd’hui ?

G.T. : La réaction contre le conformisme qui se cache sous le masque de la liberté… Ce que Gabriel Marcel appelait « le conformisme de l’aberrant ». Simone Weil disait : « Dieu t’a béni de naître à une époque où on a tout perdu ». Et où, par conséquent, on peut tout retrouver, plus personnellement, moins par pesanteur sociale.

Cette époque qui provoque les guerres les plus sanglantes au nom de la liberté constitue un scandale unique dans l’histoire. Etant donné le degré de moralité théorique du XXème siècle, de telles horreurs ne devraient pas être possibles. Notre temps est, plus que tout autre, le temps du pharisaïsme et de l’hypocrisie : c’est le règne des vérités chrétiennes devenues folles dont parle Chesterton.

- Votre principal sujet d’admiration ?

G.T. :  La faiblesse de Dieu… Voir à quel point Dieu est désarmé. Il fait dépendre le plus haut du plus bas. Le supérieur dépend de l’inférieur, mais la réciproque n’est pas vraie : « la rose a besoin du fumier, mais le fumier se passe fort bien de la rose ». Dieu a besoin de l’homme mais l’homme se passe fort bien de Dieu. Il s’est rendu esclave des causes secondes.

- Etat présent de votre esprit ?

G.T. : Celui d’une veilleuse éclairant des ruines. Cette veilleuse est ma conscience. Je me sens à la fois rejeté par le temps et indigne de l’éternité. Je n’ai pas la grâce de Simone Weil qui priait le Ciel de mourir gâteuse. On vieillit bien tant qu’on ne vieillit pas.

- Votre foi ?

G.T. : Du désespoir surmonté. Une foi éprouvée, qui n’est plus une armure mais une blessure. Je parie Dieu. « Il faut aimer Dieu comme s’il n’existait pas », soutenait Simone Weil. Je sens en moi ce combat entre le croyant en Dieu et le croyant en l’absence de Dieu. Mère Marie-Thérèse, une carmélite d’Avignon, disait : « Ce n’est pas la vertu que Dieu demande, c’est d’être trouvé pauvre ». Et pauvre même de nos certitudes et de nos vertus! Dieu a d’abord été pour moi Puissance et Loi ; puis Lumière et Amour ; enfin Absence et Nuit. C’est peut-être en cela qu’Il ressemble le plus à Lui-même. Il me devient chaque jour de moins en moins étranger et de plus en plus inconnu : je suis devenu un agnostique adorateur.

- Votre mot de la fin ?

G.T. : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains ! » 

J’aime aussi le dernier mot de la dernière lettre que j’ai reçue de mon amie Marie-Noël : « Je tombe de sommeil en Dieu ». Elle avait pourtant perdu le Dieu de son enfance et découvert une nuit sans étoiles. Au bout de ce « combat désespéré pour sauver Dieu », elle constatait que « Dieu n’est pas un lieu tranquille ».

* * * * * * *

NB. On trouvera > ici, des éléments de biographie de Gustave Thibon que nous avions publiés il y a trois ans.

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