Archive pour août, 2026

2026-169. Le dilemme entre la préservation de l’intégrité sans équivoque de la foi catholique et la reconnaissance canonique par le Pape.

Lundi 17 août 2026.

   En ce jour, la journaliste Diane Montagna a publié sur son site (voir la version anglaise > ici) la première prise de parole publique de Son Excellence Monseigneur Athanasius Schneider depuis la cérémonie des Sacres à Ecône, le 1er juillet dernier.

   C’est un texte important, avec lequel, au Refuge Notre-Dame de Compassion, nous sommes pleinement en accord, et dans lequel nous nous sommes permis de souligner certains passages qui nous paraissent très spécialement importants.

Son Excellence Monseigneur Athanasius Schneider - 1

Son Excellence Monseigneur Athanasius Schneider,
évêque auxiliaire d’Astana
[nous nous posons, malheureusement, la question suivante :
« Jusques à quand le Saint-Siège tolèrera sa liberté de parole ? »]

frise

Le dilemme entre la préservation de l’intégrité sans équivoque de la foi catholique 
et la reconnaissance canonique par le Pape :

       Il est utile de rappeler un épisode historique où un grand saint fut confronté au dilemme suivant : choisir entre préserver l’intégrité sans équivoque de la foi catholique et obtenir la reconnaissance canonique du pape. Ce saint était un Père de l’Église du IVème siècle : Saint Athanase d’Alexandrie. En 357, le pape Libère, après avoir signé une formule de foi ambiguë (omettant le terme doctrinal crucial « consubstantiel »), ordonna à Saint Athanase d’entrer en communion avec des évêques ariens et semi-ariens — des évêques avec lesquels le pape lui-même, sous la pression de l’empereur, était malheureusement entré en communion. Saint Athanase refusa d’obéir au pape ; en conséquence, ce dernier, selon le témoignage de Saint Hilaire de Poitiers et d’autres sources historiques, l’excommunia, l’accusant de troubler la paix de l’Église. Bien qu’excommunié par le pape, Saint Athanase continua de gouverner son diocèse d’Alexandrie et fit même preuve de compréhension à l’égard de la conduite regrettable du pape Libère. Toutefois, le pape Saint Damase, successeur de Libère, remercia Saint Athanase et le consulta au sujet des affaires des évêques d’Orient. Le pape Libère fut le premier pape à ne pas être canonisé, tandis qu’Athanase fut non seulement canonisé, mais aussi proclamé Docteur de l’Église.

   Aujourd’hui, Saint Athanase serait considéré comme un schismatique selon la définition du « schisme » figurant dans l’actuel Code de droit canonique, puisqu’il refusa d’être en communion avec des membres de l’Église (des évêques hérétiques et semi-hérétiques) qui étaient canoniquement reconnus et donc soumis au pape.

   Les consécrations épiscopales effectuées à Écône par la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) le 1er juillet 2026 illustrent également ce dilemme rare : devoir choisir entre préserver l’intégrité sans équivoque de la foi catholique telle qu’elle a été enseignée par le Magistère au fil des siècles, et obtenir une reconnaissance canonique de la part du pape. Ce dilemme transparaît dans les conditions assorties à la reconnaissance canonique de la FSSPX par le pape : celle-ci doit accepter certaines ambiguïtés doctrinales récemment introduites (telles qu’elles apparaissent dans certains enseignements non définitifs du concile pastoral Vatican II ainsi que dans certaines affirmations et certains actes du Magistère post-conciliaire), et par ailleurs reconnaître non seulement la validité, mais aussi la justesse (la légitimité) du rite de la nouvelle Messe — en dépit de son imprécision doctrinale et rituelle, qui marque une rupture manifeste avec le rite romain traditionnel.

   En abordant cette question complexe, il est essentiel de garder une perspective mesurée, de clarifier la terminologie et de ne jamais perdre de vue le but véritable et ultime de l’Église ainsi que sa grande Tradition ; car cette Tradition remonte bien au-delà des siècles ou des décennies les plus récents. Ce faisant, il convient également de prendre en compte des situations analogues survenues lors des grandes crises de l’histoire de l’Église.

   Au cours des siècles passés, deux évolutions malsaines sont apparues au sein de l’Église, conduisant à une vision restreinte de la réalité : la tendance à conférer un caractère quasi absolu à l’aspect juridique — le légalisme — et celle d’absolutiser la personne du pape ainsi que l’obéissance qui lui est due — le papalisme. Le légalisme (l’attachement rigide à la lettre de la loi) et le papalisme (une obéissance indifférenciée et quasi absolue au pape) ont fini par primer sur l’exigence d’éviter toute ambiguïté en matière de foi et de liturgie. Or, lors de chaque grande crise doctrinale de l’histoire de l’Église, la règle d’or consistait à éviter toute ambiguïté doctrinale ; ce fut le cas pour le pape Honorius Ier, dont les lettres doctrinalement ambiguës — émises dans le cadre de son Magistère ordinaire — furent fermement condamnées par ses successeurs et par trois conciles œcuméniques, en dépit des tentatives de son deuxième successeur, le pape Jean IV, d’établir une forme d’herméneutique de la continuité.

   De nos jours, il est largement soutenu au sein de l’Église qu’aucun conflit de conscience ne peut surgir entre l’obéissance au pape et la préservation de la pureté sans équivoque de la foi. En fin de compte, cela revient à accorder une telle valeur à l’obéissance au pape que l’on juge préférable d’accepter des ambiguïtés concernant la foi et les rites liturgiques plutôt que d’agir à l’encontre d’un ordre papal — même si cet ordre est d’origine purement humaine et potentiellement erroné. Par ailleurs, une conception étroite de la communion — qu’il s’agisse de la communion avec le pape ou avec l’Église — a également vu le jour. L’obéissance au pape est perçue comme indissociable de la communion avec l’Église. Une telle approche risque d’élever l’obéissance au pape au même rang que l’obéissance à la révélation divine.

   Il convient également de distinguer le droit positif — c’est-à-dire les normes disciplinaires édictées par l’autorité humaine de l’Église — de la Loi divine, c’est-à-dire les vérités de foi révélées par Dieu. Nul ne peut contredire la Loi divine tout en demeurant catholique. Toutefois, dans des circonstances véritablement extraordinaires et rares, un catholique peut être tenu en conscience d’agir à l’encontre du droit positif, précisément afin de demeurer fidèles sans compromis à la Loi divine.

   Les concepts mêmes de « schisme » et de « soumission » n’ont pas encore été pleinement clarifiés quant à leur application concrète et pratique. Le Code de droit canonique (canon 751) définit le schisme comme « le refus de soumission au Souverain Pontife ou de communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis ». En fait, une conception très restrictive du « schisme » et de la « soumission » a émergé dans l’histoire récente de l’Église, selon laquelle la désobéissance matérielle au pape — quelle que soit l’intention — est pratiquement assimilée à un schisme formel.

   Il faut aussi garder à l’esprit la notion d’état de schisme formel, qui désigne le rejet, par principe, de l’autorité papale par l’établissement d’une hiérarchie séparée — comme ce fut le cas pour l’Église orthodoxe grecque en 1054, puis pour les nombreux et divers groupes sédévacantistes jusqu’à nos jours. Toutefois, on ne saurait parler d’état de schisme formel tant que subsistent la foi surnaturelle au dogme de la primauté et de l’infaillibilité papales, ainsi que le désir de vivre dans une soumission concrète à l’autorité papale — même si, en raison d’une crise extraordinaire au sein de l’Église, cela ne peut, pour l’heure, être pleinement réalisé. Une telle crise extraordinaire de l’Église peut entraîner un obscurcissement ou une suspension temporaire de la mission principale du ministère papal, à savoir défendre et proclamer, sans ambiguïté, l’intégrité de la foi et de la liturgie catholiques.

   Il en va de même pour le concept d’être « en communion » avec le pape. Pendant une très longue période, les ordinations épiscopales ont eu lieu sans l’intervention directe du pape, et les Églises particulières ainsi que les évêques exprimaient leur communion avec lui de diverses manières. Ce n’est que plus tard dans l’histoire de l’Église que les papes ont exigé que toute ordination épiscopale s’effectuât avec un mandat pontifical. Pourtant, même après cette évolution, le droit canonique ne considérait pas les ordinations épiscopales illicites — c’est-à-dire celles accomplies contre la volonté du pape — comme des offenses à l’unité de l’Église, comme des actes intrinsèquement schismatiques ou comme des actes intrinsèquement mauvais. Aujourd’hui encore, le Code de droit canonique en vigueur classe les ordinations épiscopales illicites parmi les délits concernant la célébration des sacrements ou les qualifie d’actes d’usurpation de fonction.

   En réalité, la norme exigeant un mandat pontifical pour les consécrations épiscopales relève du droit positif, et non du droit divin. Sinon, cette norme aurait été observée tout au long de l’histoire de l’Église, toujours, partout et par tous, sans exception. Certes, un mandat pontifical pour les consécrations épiscopales est ordinairement nécessaire ; il a été sagement institué pour mieux garantir la soumission hiérarchique de l’épiscopat au pape.

   Le caractère extraordinaire de la crise actuelle de l’Église se manifeste, dans le cas présent, par le fait qu’une communauté dont la caractéristique essentielle est le désir d’être fidèle au pape — ce que revendique la Fraternité Saint-Pie X — se trouve confrontée à un choix tragique : soit obéir au pape, et se voir ainsi contrainte d’accepter des aspects incertains et imprécis de la doctrine et de la liturgie ; soit désobéir au pape sur une question d’une extrême gravité, telle que la consécration d’évêques, dans l’unique intention de préserver les moyens de transmettre la foi et la liturgie dans leur pleine intégrité — au service des âmes, de l’Église tout entière, y compris de la papauté elle-même.

   Il ne faut pas non plus négliger l’ampleur de la crise actuelle de l’Église, mais plutôt l’examiner avec honnêteté en remontant jusqu’à ses racines mêmes. Ces racines résident dans certaines affirmations doctrinales vagues et ambiguës du concile Vatican II dont les conséquences, au cours des soixante dernières années, ont semé la confusion, comme le relativisme doctrinal découlant de l’enseignement et de la pratique de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux, lesquels ont contribué à ébranler le caractère unique de Jésus-Christ et de Son Église comme seule voie de salut. En outre, certaines lacunes doctrinales et rituelles de la réforme liturgique, avec ses tendances protestantisantes, ont occulté la nature sacrificielle centrale de la messe et sa dimension christocentrique.

   Saint John Henry Newman a fait cette observation remarquable et opportune :

   « Les évêques, lorsqu’ils n’enseignent pas de manière formelle [ex cathedra], peuvent se tromper, comme nous voyons qu’ils l’ont fait au IVème siècle. Le pape Libère a pu signer une formule eusébienne [arienne] à Sirmium, tout comme la masse des évêques à Ariminum [Rimini] ou ailleurs, et pourtant, malgré cette erreur, ils pouvaient demeurer infaillibles dans leurs décisions ex cathedra » (Arians of the Fourth Century, Londres 1876, p. 464).

Ce que l’évêque de Ratisbonne, Mgr Rudolf Graber, affirmait il y a plus de cinquante ans caractérise encore davantage la situation actuelle de l’Église :

   « Ce qui s’est passé il y a plus de 1600 ans se répète aujourd’hui, mais avec deux ou trois différences : Alexandrie représente aujourd’hui l’Église universelle tout entière, dont la stabilité est ébranlée, et ce qui fut entrepris à l’époque par la force physique et la cruauté se transpose désormais sur un autre plan. L’exil est remplacé par le bannissement dans le silence de l’indifférence, et la mise à mort par la diffamation » (Athanasius und die Kirche unserer Zeit, Abensberg 1973, p. 23).

   La FSSPX est pratiquement la seule communauté au sein de l’Église aujourd’hui à attirer ouvertement l’attention sur les ambiguïtés doctrinales manifestes présentes dans certaines déclarations conciliaires et dans le rite de la nouvelle Messe, réclamant des clarifications sans équivoque et, si nécessaire, des amendements, conformément au Magistère constant de l’Église. L’« herméneutique de la continuité » ou la « réforme dans la continuité » — une approche en soi valable et utile — peut aussi devenir une sorte de « carcan » qui ne fait que couvrir, de manière « cosmétique », les blessures causées par les ambiguïtés et la confusion doctrinales et liturgiques. En effet, le Saint-Siège exige une forme de raisonnement circulaire : tout serait en ordre, pour peu que l’on fournisse des efforts intellectuels suffisamment soutenus.

   En réalité, par son insistance inlassable sur la clarté en matière de doctrine et de liturgie, la FSSPX rend un immense service à l’Église tout entière — un service d’une portée historique. Si le Saint-Siège prenait au sérieux cette position de la FSSPX — et reconnaissait, par ailleurs, les ambiguïtés objectives de certaines déclarations du concile Vatican II et du rite de la nouvelle Messe —, cela marquerait le début de la fin du projet moderniste au sein de l’Église, projet qui a pourtant vu le jour il y a plus d’un siècle.

   La crise actuelle entre le Saint-Siège et la FSSPX peut également être illustrée par la parabole suivante : un incendie se déclare dans une grande demeure. Le chef des pompiers n’autorise que l’usage de nouvelles méthodes d’extinction, bien que celles-ci se soient révélées moins efficaces que les méthodes et outils traditionnels éprouvés. Un groupe de pompiers passe outre cet ordre, continue d’employer les méthodes éprouvées et recrute même de nouveaux pompiers — le tout en dépit de l’interdiction du chef — ; de fait, l’incendie est maîtrisé en de nombreux endroits. Pourtant, ces pompiers sont qualifiés de désobéissants et de schismatiques, et sont sanctionnés pour cela.

   Pour filer la métaphore : le chef des pompiers n’admet désormais dans ses rangs que les pompiers qui reconnaissent les nouvelles méthodes et se conforment au nouveau règlement de la caserne. Toutefois, face à l’ampleur de l’incendie, à la lutte acharnée pour le contenir et à l’inefficacité des méthodes officielles, d’autres intervenants agissent avec abnégation — bravant l’interdiction du chef — en apportant leurs compétences, leurs connaissances et leur bonne volonté ; ils contribuent finalement à sauver la maison même que le chef peinait à protéger.

   Le temps passe, la conjoncture évolue et un nouveau chef prend la relève ; il reconnaît les conséquences fâcheuses des nouvelles méthodes de lutte contre l’incendie. Non seulement il autorise à nouveau le recours aux anciennes méthodes éprouvées, mais il en devient lui-même un ardent défenseur. Il reconnaît également la contribution des pompiers qui, jadis, avaient été incompris, sévèrement sanctionnés, mis au ban et exclus comme des rebelles, et il les réintègre dans les rangs. En fin de compte, une fois ce grand bouleversement passé, ce qui avait été condamné comme un acte de désobéissance et de rébellion s’est révélé être un acte d’engagement désintéressé.

   L’histoire dira un jour si les paroles suivantes de saint Augustin s’appliquent à la situation actuelle concernant la FSSPX :

   « Souvent aussi la divine providence permet que, victimes des agitations séditieuses excitées par les hommes sensuels, des justes même soient exclus de l’assemblée des chrétiens. S’ils endurent patiemment ces outrages et ces injustices, sans vouloir troubler la paix de l’Eglise par les nouveautés du schisme ou de l’hérésie, ils montrent à tous avec quel dévouement véritable, quel amour sincère l’homme doit servir son Dieu. Ces chrétiens dévoués ont dessein de rentrer au port, quand le calme aura succédé à la tempête. S’ils ne le peuvent, soit parce que l’orage continue à gronder, soit parce qu’ils craignent que leur retour n’entretienne la tempête ou n’en excite de plus terrible, ils préfèrent pourvoir au salut des agitateurs qui les ont chassés: et sans réunir des assemblées secrètes, ils soutiennent jusqu’à la mort et confirment par leur témoignage la foi qu’ils savent prêchée dans l’Eglise catholique. Celui qui voit leurs secrets combats sait en secret couronner leur victoire. Cette situation semble rare dans l’Eglise, mais elle n’est pas sans exemple, elle se présente même plus fréquemment qu’on ne pourrait le croire. Ainsi tous les hommes et toutes leurs actions servent à l’accomplissement des desseins de la divine providence pour la sanctification des âmes et l’édification du peuple de Dieu » (De vera religione, 6, 11).

   Ce que saint Athanase écrivit à ses frères évêques du monde entier, en pleine crise de foi exceptionnelle, s’applique également à notre époque :

   « Les canons et les décrets de l’Église n’ont pas été établis aujourd’hui ; ils nous ont été transmis, avec droiture et fermeté, par nos pères. La foi, elle non plus, n’a pas vu le jour à notre époque ; elle nous est parvenue du Seigneur par l’intermédiaire de ses disciples. Afin donc que les ordonnances conservées dans les Églises depuis les temps anciens jusqu’à nos jours ne se perdent pas à notre époque, et pour que le dépôt qui nous a été confié ne nous soit pas redemandé, réveillez-vous, frères — vous qui êtes les intendants des mystères de Dieu —, en voyant ces derniers désormais saisis par des étrangers » (Ep. encyclica, 1).

   Dieu, dans Sa Providence, écrit droit même avec des lignes qui, d’un point de vue purement juridique, semblent tortueuses. Puisse-t-Il hâter la venue de ce jour. Soyons dans la joie au milieu de la tribulation et disons : je crois en l’invincibilité de l’Église et de la papauté, et je crois que le Saint-Siège brillera de nouveau un jour comme la chaire de vérité aux yeux du monde entier.

Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana.

Saint Athanase fresque de la voûte de l'église Santa Maria sopra Minerva Rome

Saint Athanase d’Alexandrie
(fresque de l’église « de la Minerve » à Rome).

2026-168. De Saint Carloman, fils de Charles Martel et moine au Mont-Cassin.

17 août,
Fête de Sainte Claire de la Croix, vierge et abbesse de l’Ordre de Saint Augustin ;
Mémoire de Saint Carloman, maire du Palais puis moine, confesseur ;
Mémoire de Saint Hyacinthe, confesseur ;
Mémoire de Sainte Jeanne de la Croix (Delanoue), vierge ;
Mémoire du 3ème jour dans l’octave de l’Assomption ;
Mémoire de l’octave de Saint Laurent ;
Anniversaire du rappel à Dieu de Monsieur l’Abbé Christian-Philippe Chanut, Grand Aumônier de France (+ 17 août 2013 – cf. > ici).

Saint Carloman - Blogue

       Nous avons trouvé ce récit, sans nom d’auteur, au sujet de Saint Carloman, prince carlovingien (il serait plus exact de parler d’arnulfien, puisque nous nous trouvons avant Saint Charlemagne) dont la fête est célébrée le 17 août, et nous le reproduisons ci-dessous après y avoir apporté quelques très légères corrections de style :

       Au nombre des religieux qui ont sanctifié l’abbaye du Mont-Cassin, les martyrologes comptent un humble moine du nom de Carloman.
Ce moine dont les hagiographes font à peine mention, appartient cependant à la famille carlovingienne et a joué un grand rôle dans notre histoire, mais son humilité qui, sa vie durant, lui a fait mépriser les dignités de la terre, semble après sa mort l’avoir dérobé aux hommages des hommes, et il a fallu toutes les recherches et toute la science de Mabillon et d’autres auteurs bénédictins pour lui rendre le titre de saint qui lui avait été contesté.

   Fils de Charles-Martel, frère aîné de Pépin le Bref, Carloman fut élevé à la cour d’Austrasie au milieu des honneurs dont les princes sont entourés. Appelé à prendre en main les rênes du gouvernement, il fut dès son adolescence envoyé dans les camps, et il se distingua à côté des preux qui avaient défait les Saxons et repoussé l’invasion d’Abd-el-Rahman. De nombreux faits d’armes attirèrent sur le jeune guerrier l’attention générale, et, à la mort de Charles-Martel, Carloman était jugé digne de partager le pouvoir avec son frère Pépin le Bref.

Charles Martel divise le royaume entre Pépin et Carloman - Grandes Chroniques de France

Charles Martel divise le royaume entre ses fils Carloman et Pépin
[Grandes Chroniques de France, par le Maître de Fauvel, XIVème s. - Bibliothèque Nationale].

   L’héritage qu’avait légué Charles-Martel était glorieux, mais difficile à défendre. A l’Est les Allemands toujours en armes renouvelaient chaque année leurs incursions sur le territoire franc, et parfois s’avançaient jusqu’au cœur de l’Austrasie ; au Midi, les Sarrasins n’aspiraient qu’à venger la grande défaite de Poitiers et, maîtres de Narbonne, menaçaient à chaque instant la sécurité de nos frontières ; enfin le duc d’Aquitaine jaloux de la suprématie de la race carlovingienne, essayait de susciter des compétiteurs contre les fils de Charles Martel et entretenait à l’intérieur du pays une agitation qui pouvait devenir redoutable.

   Sans se laisser effrayer par tous ces ennemis, les deux princes, concentrant rapidement leurs forces, marchèrent sur l’Aquitaine – le principal foyer de la rébellion -, battirent le vieux duc Hunald aux environs de Bourges, et emportèrent d’assaut la ville de Loches ; puis se retournant vers le Rhin, repoussèrent les Allemands, et les contraignirent à remettre entre leurs mains, comme gage de soumission, de nombreux otages.

   Ces brillantes campagnes n’avaient pas empêché Carloman de s’occuper de l’administration du royaume. A l’époque de son avènement, Saint Boniface, l’apôtre de l’Allemagne, était venu le trouver, et, lui présentant les rescrits pontificaux, l’avait conjuré de mettre un terme aux désordres qui affligeaient l’Eglise des Gaules. Touché par la parole du saint, Carloman, qui, si nous nous en rapportons au témoignage de l’hagiographe, n’avait eu jusque-là que des idées assez vagues sur la religion, ne tarda pas à être complètement transformé, et dès ce moment il prit la résolution de n’exercer l’autorité dont il était investi que pour assurer partout le service de Dieu et faire respecter les lois de l’Eglise.

bataille de chevaliers francs contre des chevaliers allamans

   La situation était déplorable.
Durant les troubles qui avaient éclaté à la fin du règne précédent, des soldats s’étaient installés de force sur les sièges épiscopaux, et avaient forcé le clergé à prendre les armes sous prétexte de payer la dette du sang à la patrie. Le nombre des prêtres-soldats était donc considérable, et au milieu des camps le clergé avait perdu ce caractère de sainteté qui convient à son ministère.
Carloman comprit qu’on ne pouvait remédier au mal que par des mesures promptes et énergiques. Sur sa demande une assemblée synodale fut réunie, et dans un capitulaire solennel, le duc d’Austrasie interdit aux prêtres et aux clercs de suivre les armées. Il n’exceptait de cette mesure que ceux que l’on avait désignés pour porter les reliques et distribuer les sacrements.

   Après avoir signé cet acte fameux où étaient posées les bases de la régénération spirituelle de la Germanie et des Gaules, le duc d’Austrasie reprit les armes pour combattre les Allemands qui renouvelaient leurs incursions sur les frontières. La victoire fut complète. Enveloppés par une habile manœuvre, les Germains, vaincus avant d’avoir pu engager le combat, furent obligés de s’en remettre à la générosité du vainqueur.
Ce brillant succès assurait pour de longues années la sécurité du royaume, et Carloman, qui depuis quelque temps déjà songeait à se retirer du monde, crut que le moment était venu d’accomplir son dessein.

   Après avoir annoncé sa résolution à son frère Pépin, le duc d’Austrasie fit l’abdication solennelle de ses Etats, et partit pour Rome, accompagné d’un grand nombre de ses optimates.
Le cortège prit la direction de la Suisse et s’arrêta quelques jours au monastère de Saint-Gall. Malgré la grande renommée dont elle jouissait dans toute l’Europe, cette abbaye était réduite à la plus extrême pauvreté. Témoin des vertus des religieux et des miracles sans nombre qui s’accomplissaient au tombeau du saint, le prince songea un instant à subvenir par une importante donation à l’indigence du monastère. Déjà toutes les dispositions étaient prises et l’acte allait être signé, lorsque Carloman se rappelant qu’il n’était plus lui aussi qu’un pauvre de Jésus-Christ, s’écria : « J’ai renoncé aux biens que je possédais en Austrasie ; il ne m’est plus permis d’en disposer ». Et le pauvre volontaire, se faisant mendiant pour ses frères, les pauvres de Saint-Gall, envoya une supplique à Pépin le Bref, le priant d’octroyer une largesse royale à la vieille abbaye.

tonsure de Carloman

   Arrivé à Rome, le prince, après avoir déposé à la confession des apôtres les riches offrandes qu’il avait emportées avec lui, fit couper sa chevelure et reçut l’habit monastique des mains du bienheureux pape Zacharie. Plusieurs de ses compagnons de voyage imitèrent son exemple, et Carloman se trouva bientôt à la tête d’une nombreuse communauté. Avec l’aide de ses frères, le prince moine releva, au mont Soracte, l’ancien monastère de Saint Sylvestre, ruiné par les Lombards, et, pendant quelques temps, il put goûter, à l’abri des sollicitudes du monde, le repos de la vie contemplative.

   Les religieux du mont Soracte ne devaient pas jouir longtemps des douceurs de la solitude. A cette époque de foi, les pèlerinages à Rome étaient fréquents, et les leudes francs, qui venaient déposer leurs offrandes à la confession des Apôtres, ne manquaient jamais d’aller rendre hommage à l’humble moine dont ils étaient fiers d’admirer les vertus. Attirés par le prestige de la sainteté, les nobles visiteurs accoururent en grand nombre au monastère de Saint Sylvestre, et la retraite du mont Soracte ne tarda pas à devenir comme la succursale de la cour d’Austrasie. Mais Carloman n’avait pas renoncé aux dignités et aux honneurs de la terre, pour retrouver au fond du cloître les sollicitudes du pouvoir, aussi sur le conseil de juges, prit-il la résolution de se soustraire à cette affluence importune.

   Une nuit donc, prenant le bâton de pèlerin, il quitta le couvent à l’insu des frères. Un comte franc, qui, après l’avoir accompagné dans toutes ses expéditions avait, à son exemple, embrassé la vie religieuse, était seul dans le secret de cette évasion. Les fugitifs n’emportaient que la misérable tunique qui leur couvrait le corps. Pauvres à la suite du Christ, ils arrivèrent au Mont-Cassin et, selon l’usage, frappant humblement à la porte, demandèrent le père abbé.
Optat, le successeur du bienheureux Pétronax, gouvernait en ce moment le monastère. A sa vue, Carloman se prosterne la face contre terre : « Je suis, s’écrie-t-il, un pécheur souillé de tous les crimes. Mes mains ont versé le sang et tué bien des hommes. J’implore miséricorde et vous demande une place dans votre monastère pour y faire pénitence ».
A son accent, Optat comprit qu’il était étranger : « De quel pays, de quelle nation êtes-vous », lui demanda-t-il.
« Je suis né au pays des Francs et me suis volontairement exilé sur la terre. Mon unique but est de ne point perdre la patrie céleste ».

Carloman accueilli au Mont-Cassin avec son compagnon

   Au huitième siècle, la foi accomplissait de véritables miracles au milieu de ces populations à demi barbares, qui n’avaient pas encore eu le temps de se polir au contact de la civilisation romaine. Aussi voyait-on à chaque instant d’héroïques pénitents venir expier dans les couvents ou dans les déserts une vie qui n’avait été marquée jusque là que par des brigandages et des crimes.
Emu de compassion par l’aspect pauvre et misérable des deux inconnus, l’abbé crut n’avoir devant lui que deux malfaiteurs vulgaires. Toutefois, voulant éprouver la sincérité de leur conversion, il les admit dans la communauté et leur donna un emploi à la cuisine.

   Le prince franc, heureux de pouvoir offrir à Dieu ce nouveau sacrifice, accepta avec joie ces humiliantes fonctions, mais par manque d’habitude, il s’en acquitta fort mal.
Le frère lai, préposé au gouvernement de la cuisine, s’indigna contre cet aide par trop inexpérimenté et, dans son emportement, s’oublia jusqu’à lui donner un soufflet.
« Que Dieu et Carloman vous pardonnent », se contenta de répondre l’offensé.
Témoin de cette scène de brutalité, le comte franc ne put mépriser son indignation. Saisissant un pilon qui servait à concasser le pain : « Méchant serviteur, s’écria-t-il d’une voix vibrante de colère, que ni Dieu ni Carloman ne te pardonnent », et de toute sa force il en déchargea un grand coup sur les épaules du cuisinier.
On accourut au bruit.
Le coupable pris en flagrant délit fut selon l’usage enfermé dans la cellule de pénitence jusqu’à ce qu’on eût statué sur sa faute.

moines se disputant à la cuisine

L’émotion fut grande parmi les frères. On s’indignait contre l’étranger qui répondait par de telles violences à l’hospitalité qu’on avait bien voulu lui donner.
Le lendemain tous les religieux furent réunis à la salle conventuelle et l’abbé fit amener l’accusé au milieu de cette importante assemblée : « Pourquoi, lui demanda-t-il d’une voix sévère, avez-vous porté le trouble dans toute la communauté en levant la main sur un frère ministre ? »
« Parce que, répondit le comte, je voyais le plus méchant des serviteurs frapper le meilleur des hommes, le plus grand des princes qui soit sur terre ».
« Quel est le prince dont vous parlez : cet homme dont la noblesse et la vertu dépassent ce qu’il y a de meilleur et de plus grand ici-bas ? »
Se tournant alors vers Carloman : « Le voilà, répondit l’accusé. Ce religieux dont vous ne connaissez pas l’origine, c’est Carloman qui régnait naguère sur la nation des Francs. Par amour pour Jésus-Christ, il a quitté un royaume et la gloire du monde. D’un si haut rang, il s’est humilié non pas seulement jusqu’à remplir les offices les plus vils, mais jusqu’à supporter les outrages d’un cuisinier ».

   A ces mots, ajoute le chroniqueur auquel nous avons emprunté ce dialogue, les religieux quittent leurs sièges et, venant se prosterner devant le prince méconnu, le prient d’excuser leur ignorance.
En vain Carloman s’agenouille-t-il à son tour, les suppliant de ne pas faire attention aux paroles qu’ils viennent d’entendre ; il lui faut avouer sa royale origine et accepter leurs témoignages de respect et d’admiration.
L’humilité de Carloman triompha encore de cette nouvelle épreuve. En vain les religieux le pressèrent-ils d’accepter une des charges importantes de l’abbaye : il demeura inébranlable, et, grâce à son insistance, obtint de garder au milieu des frères la place obscure qui lui avait été assignée.

   L’abbé, cependant, ne voulut plus l’exploser aux mésaventures de la cuisine et lui confia la garde du troupeau.
Pendant de longues années on vit le prince qui avait gouverné l’Etat le plus puisant de l’Europe, veiller avec sollicitude sur les brebis qu’il menait paître dans les champs.

Carloman employé à la garde du troupeau

   Un jour, comme un pauvre petit agneau, fatigué par la longueur de la route, suivait en boitant le troupeau, le bon pasteur, plein de compassion, le prit sur ses épaules et revint au monastère, chargé de ce précieux fardeau. L’iconographie a immortalisé, dans des compositions pleines de naïveté, cet épisode de la vie du saint, et notre gravure, en retraçant cette scène touchante, représente le véritable agneau, qui, entouré d’un limbe lumineux, vient jeter un regard plein de complaisance sur l’humble moine qui triomphe des répugnances de la nature pour remplir tous les devoirs du bon pasteur.

   Un autre jour, le saint était assailli au milieu de la campagne par une troupe de brigands. A la vue de ces hommes qui viennent l’épée à la main, fondre sur le troupeau, son ardeur guerrière se réveille et il s’élance, prêt à soutenir un combat inégal. Mais, saisi tout à coup d’une inspiration soudaine : « Mes amis, s’écrie-t-il, vous n’enlèverez aucune de ces brebis, car elles sont placées sous ma garde. Cependant, si vous désirez avoir une victime, tournez votre fureur contre Carloman ».
Les brigands croyant voir devant eux un insensé, acceptent cette étrange proposition, ils laissent le troupeau paître paisiblement dans la prairie, mais se jetant sur le berger, ils l’accablent de coups, le dépouillent d’une partie de ses vêtements et le laissent harassé et demi-nu sur la place.
De retour au couvent, le saint va trouver l’abbé et lui rend compte de sa conduite. Optat, voulant éprouver sa patience, lui adresse des reproches publics et le traite d’insensé ; Carloman, qui, par sa présence d’esprit, a su en se dévouant, conserver le troupeau, accepte joyeusement ces reproches immérités et après avoir demandé une pénitence, retourne aux pâturages, laissant tous les frères dans l’admiration d’une si admirable humilité.

Saint Carloman attaqué par des brigands

   Ces exemples d’humilité et d’abnégation remplissaient de joie les anges du ciel qui se préparaient à rendre au prince dépouillé une couronne plus belle que celle qu’il avait laissée à son frère Pépin le Bref.
Carloman mourut vers 775, pendant un voyage diplomatique qu’il avait entrepris en France d’après les ordres de ses supérieurs.
Ses reliques, un instant déposées à Vienne, furent transportées au Mont-Cassin, où elles sont demeurées longtemps à la vénération des fidèles.

pèlerins priant devant les reliques de Saint Carloman

2026-167. Message de Sa Majesté le Roi à l’occasion de la fête de l’Assomption 2026.

Samedi 15 août 2026,
Assomption de Notre-Dame.

   Au début de l’après-midi de ce samedi 15 août, fête de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, fête patronale de la France, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a publié sur les réseaux sociaux, la photographie et le message suivants :

Notre-Dame de France - le Puy

       En ce 15 août, nous célébrons l’Assomption de la Vierge Marie.

   Depuis des siècles, cette fête occupe une place particulière dans le cœur des Français. Elle nous rappelle aussi combien la foi chrétienne a profondément façonné notre histoire et notre identité.
   En cette journée de fête et de prière, ayons une pensée pour la France, pour ses familles et pour tous ceux qui la servent avec dévouement.
   Que Notre Dame de l’Assomption veille sur notre pays.

Bonne fête de l’Assomption à tous.

Armes de France & Navarre

2026-166. Prière du Bienheureux Marc d’Aviano avant la bataille de Vienne, le 12 septembre 1683.

       Avertissement :
Nous déconseillons de la manière la plus ferme aux adeptes des théories de « Nostra aetate », de la fraternité universelle, de l’inclusion et de la « synodalité », de lire la prière du Bienheureux Marc d’Aviano qui se trouve ci-dessous, car elle risquerait de leur provoquer des accidents vasculaires cérébraux, apoplexies et autres suffocations mortelles, tant ce texte est aux antipodes des errements actuels de la pensée religieuse dominante… Nous déclinons toute responsabilité sur les effets que produirait cette lecture s’ils décidaient de passer outre notre avertissement et voulaient découvrir la véritable doctrine catholique traditionnelle et l’expression de la ferveur des saints authentiques.

frise

Prière du Bienheureux Marc d’Aviano

qui fut lue aux troupes chrétiennes

à la fin de la Messe célébrée au matin de la bataille de Vienne

le 12 septembre 1683 :

Messe du Bienheureux Marc d'Aviano servie par Jean III Sobieski

Messe du Bienheureux Marc d’Aviano servie par Jean III Sobieski
le matin du 12 septembre 1683
avant l’engagement de la bataille de Kahlenberg (Vienne).

       O grand Dieu des armées, regardez-nous prosternés ici aux pieds de Votre Majesté pour implorer Votre pardon pour nos offenses.

   Nous savons bien que nous avons mérité que les infidèles prennent les armes contre nous, car les iniquités que nous commettons chaque jour contre Votre bonté ont justement provoqué Votre colère.

   O grand Dieu, nous Vous demandons pardon du fond du cœur ; nous avons le péché en horreur, car Vous l’abhorrez ; nous sommes affligés d’avoir souvent irrité Votre souveraine Bonté.

   Par amour pour Vous, nous préférerions mille fois mourir plutôt que de commettre le moindre acte qui Vous déplaise.

   Secourez-nous par Votre grâce, ô Seigneur, et ne permettez pas que nous, Vos serviteurs, rompions l’alliance que nous avons conclue avec Vous seul.

   Ayez donc pitié de nous ; ayez pitié de Votre Eglise, contre laquelle la fureur et la puissance des infidèles se déchaînent déjà.

   Bien que ce soit par notre propre faute qu’ils aient envahi ces belles terres chrétiennes, et que tous les maux qui nous accablent ne soient que la conséquence de notre perversité, soyez-nous néanmoins propice, ô bon Dieu, et ne méprisez pas l’œuvre de Vos mains. Souvenez-vous que, pour nous arracher à la servitude de Satan, Vous avez donné tout Votre précieux Sang.

   Permettrez-Vous qu’il soit foulé aux pieds par ces chiens ?

   Permettrez-Vous que la foi — cette perle magnifique que Vous avez cherchée avec tant de zèle et rachetée au prix de tant de souffrances — soit jetée devant ces pourceaux ?

   N’oubliez pas, ô Seigneur, que si Vous permettez aux infidèles de triompher de nous, ils blasphèmeront Votre saint Nom et bafoueront Votre Puissance, répétant mille fois : « Où est leur Dieu, ce Dieu qui n’a pu les délivrer de nos mains ? »

   Ne permettez pas, ô Seigneur, que l’on puisse dire que Vous as laissé libre cours à la fureur des loups au moment même où nous Vous invoquions dans notre misérable angoisse.

   Venez à notre secours, ô grand Dieu des batailles ! Si Vous êtes avec nous, les armées des infidèles ne sauraient nous nuire.

   Dispersez ceux qui ont cherché la guerre ! Quant à nous, nous ne désirons rien tant que d’être en paix avec Vous, avec nous-mêmes et avec notre prochain.

   Affermissez par Votre grâce Votre serviteur et notre Empereur Léopold ; fortifiez l’esprit du roi de Pologne, du duc de Lorraine, des ducs de Bavière et de Saxe, ainsi que de cette noble armée chrétienne qui s’apprête à combattre pour l’honneur de Votre Nom et pour la défense et la propagation de Votre sainte Foi. Accordez aux princes et aux chefs de l’armée l’audace de Josué, le dessein de David, la fortune de Jephté, la constance de Joab et la puissance de Salomon — tous, Vos soldats — afin que, encouragés par Votre faveur, fortifiés par Votre Esprit et rendus invincibles par la puissance de Votre bras, ils puissent détruire et anéantir les ennemis communs du nom chrétien, démontrant au monde entier qu’ils ont reçu de Vous la puissance que Vous avez jadis manifestée chez ces grands chefs.

   Accordez, Seigneur, que tout concoure à Votre gloire et à Votre honneur, ainsi qu’au salut de nos âmes.

   Je Vous le demande, Seigneur, au nom de Vos soldats.

   Regardez leur foi : ils croient en Vous, ils attendent tout de Vous et ils Vous aiment sincèrement de tout leur cœur.

   Je le demande aussi par cette sainte bénédiction que je vais leur donner en Votre Nom, espérant — par les mérites de Votre Précieux Sang, en qui j’ai mis toute ma confiance — que Vous exaucerez ma prière.

   Si ma mort pouvait servir ou contribuer à leur obtenir Votre faveur, alors je Vous l’offre ici et maintenant, ô mon Dieu, comme une offrande agréable ; et si je dois mourir, j’en serai content.

   Délivrez donc l’armée chrétienne des maux qui la menacent ; retenez le bras de Votre colère suspendu au-dessus de nous ; et faites comprendre à nos ennemis qu’il n’y a de Dieu que Vous, et que Vous seul avez le pouvoir d’accorder ou de refuser la victoire et le triomphe, selon Votre bon plaisir.

   A l’exemple de Moïse, j’étends les bras pour bénir Vos soldats ; soutenez-les et fortifiez-les par Votre Puissance, pour la ruine de Vos ennemis et des nôtres, et pour la gloire de Votre Nom.

Ainsi soit-il !

Le Bienheureux Marc d'Aviano à la bataille de Vienne

Tableau naïf représentant le Bienheureux Marc d’Aviano
encourageant les troupes chrétiennes contre l’armée ottomane.

2026-165. Du Bienheureux Marc d’Aviano « sauveur de l’Europe chrétienne », que l’on fête le 13 août.

13 août,
Fête de Sainte Radegonde, Reine des Francs et veuve (cf. > ici) ;
Dans l’Ordre de Saint Augustin, mémoire de Saint Simplicien, évêque et confesseur (cf. > ici) ;
Mémoire des Saints Cassien et Hippolyte, martyrs ;
Mémoire de Saint Jean Berchmans, confesseur ;
Mémoire du Bienheureux Marc d’Aviano, confesseur ;
Honteux anniversaire de l’emprisonnement du Roi et de sa famille au Temple (13 août 1792).

Portrait du Bienheureux Marc d'Aviano vendu à Paris de son vivant

Portrait du Bienheureux Marc d’Aviano qui était vendu à Paris de son vivant !

       Le Bienheureux Marc d’Aviano, prêtre capucin, est entré dans l’histoire comme le moine qui a magnifiquement soutenu les troupes catholiques et les a divinement encouragées dans la défense de Vienne, contre l’assaut des troupes mahométanes en 1683.

* * * * * * * 

   Né Charles-Dominique (Carlo-Domenico) Cristofori le 17 novembre 1631 à Aviano (cité qui se trouvait alors dans le territoire de la république de Venise), il était le troisième d’une fratrie de onze enfants ; ses parents, personnes dignes et distinguées soucieuses de son éducation, après lui avoir donné un précepteur pour sa première formation, le placèrent ensuite, à l’âge de 12 ans, au Collège jésuite de Gorizia.

   A l’âge de 16 ans, le jeune homme fugua… avec le dessein de se rendre en Turquie pour y convertir les sectateurs de Mahomet à Jésus-Christ !
Après deux jours de marche, affamé, épuisé, il dut renoncer à ce projet et alla frapper à la porte du couvent des Capucins de Koper (ville de la côte adriatique, de nos jours en Slovénie), en demandant à y entrer ; mais on le renvoya chez lui.
L’année suivante, le 21 novembre 1648, il fut admis chez les Capucins de Conegliano (Vénétie) où il reçut le nom de Marc.
Il fut ordonné prêtre le 18 septembre 1655, et, dès lors, il fut employé de manière presque exclusive au ministère de la prédication.

Gravure représentant la prédication enflammée du Bienheureux Marc d'Aviano

   En 1670, ses supérieurs le nommèrent gardien (c’est-à-dire supérieur) du couvent de Belluno (Vénétie), et, quelques années plus tard, de celui d’Oderzo (Vénétie), mais ces responsabilités lui pesaient et il demanda à ses supérieurs d’en être relevé afin de pouvoir se consacrer davantage à la solitude et à la prière : cela lui fut accordé, et il fut envoyé au couvent de Padoue.
Toutefois, si on accédait à sa demande pour le décharger de fonctions “hiérarchiques” on lui confia de plus en plus celle de la prédication dans laquelle il excellait ; d’autant plus que, à partir de 1676, Dieu accompagna sa parole persuasive et embrasée du don de guérison.

   Le premier miracle eut lieu le 18 septembre 1676 : une religieuse paralysée depuis 13 ans fut subitement guérie après l’avoir entendu prêcher ! Ce n’était qu’un début, si bien que sa renommée franchit rapidement les frontières de la Vénétie, des Etats voisins, et de l’Italie même, puisque les évêques des Etats du Saint-Empire demandèrent à ses supérieurs de l’envoyer chez eux.
Sa renommée crût alors de manière phénoménale : là, où sa prédication était annoncée, c’étaient des foules innombrables qui accouraient pour s’entendre appeler énergiquement à la conversion et à la pénitence, à travers des sermons de feu prononcés en italien – au milieu desquels Marc utilisait quelques mots d’allemand – qui avaient sur des auditeurs (pourtant ne comprenant pas ou peu l’italien) des effets surnaturels inouïs ; effets que renforçaient d’innombrables guérisons.

   A Anvers, Augsbourg, Cologne, Mayence, Salzbourg, Worms… etc., il prêchait en plein air, sur les plus grandes places, ou bien dans les vastes terrains situés en dehors des remparts, parce que les plus grandes églises n’avaient pas la capacité de contenir les foules qui foulaient l’entendre.
On cherchait à l’approcher, à le toucher, à arracher des parcelles de sa bure pour s’en faire des reliques. Les évêques et les princes ne s’adressaient plus seulement à ses supérieurs mais carrément au pape pour qu’on l’envoie dans les pays dont ils avaient la charge.
En 1680, alors qu’il prêchait en Bavière, au Tyrol et en Autriche, l’empereur Léopold Ier de Habsbourg le demanda pour qu’il lui fût donné comme conseiller particulier à Vienne !

Rencontre du Bienheureux Marc d'Aviano et de Léopold Ier de Habsbourg

Représentation naïve de la rencontre du Bienheureux Marc d’Aviano avec Léopold Ier de Habsbourg.

   Depuis la prise de Constantinople, le 29 mai 1453 (cf. > ici, en E), les Turcs ont toujours regardé vers l’Europe : le 22 juillet 1456 à Belgrade, ou le 7 octobre 1571 à Lépante, leurs tentatives avaient reçu des coups de frein miraculeux, mais qui n’avaient cependant nullement réduits à néant leurs projets de conquête : la partie occidentale de l’Ukraine, la Moldavie, la Valachie, la Transylvanie, étaient tour à tour tombées sous le joug ottoman.
Au printemps 1683, le grand vizir Kara Mustafa, généralissime du sultan Mahomet IV, marcha sur l’Occident, dont Vienne était le verrou, à la tête d’une armée de plus de 150 000 hommes.

   L’empereur Léopold Ier confia le commandement de l’armée impériale au duc Charles V de Lorraine, qui reçut le secours du prince Eugène de Savoie-Carignan (qui s’était brouillé avec la Cour de France), ainsi que de troupes envoyées par les souverains de Bavière, Saxe, Souabe, Franconie, et, surtout, du roi de Pologne Jean III Sobieski à la tête de son armée.
La situation était alors critique puisque, depuis le 14 juillet 1683, Vienne était assiégée.

   De son côté, le pape Innocent XI avait nommé le Père Marc d’Aviano comme légat pontifical, avec mission d’œuvrer spécialement à la concorde et à l’unité des princes chrétiens – toujours trop prompts à se quereller entre eux et à faire passer leurs susceptibilités et autres questions de préséance avant l’intérêt général – puis d’assister l’armée de cette sainte ligue.
Il devait exhorter les troupes elles-mêmes pour leur communiquer sa flamme, raviver les convictions chrétiennes des combattants et les inciter à demander ardemment l’aide de Dieu, par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie.

   C’est ainsi que la présence du Père Marc d’Aviano rétablit l’unité dans cette coalition de la dernière chance (car si Vienne fût tombée, la route de Rome eût été ouverte pour les Ottomans qui ne faisaient pas mystère de leur volonté de se soumettre la capitale du monde catholique), et fut un élément essentiel de cette victoire de Vienne – dite aussi bataille de Kahlenberg – du 12 septembre 1683, dont nous avons déjà longuement parlé > ici.
Comme nous l’avons déjà écrit dans ce texte auquel nous vous renvoyons, le “cappucinno” (Kapuziner, en allemand), cette boisson devenue si populaire, doit son nom à la couleur de la bure de notre bienheureux capucin : le Père Marc d’Aviano, salué du titre de « sauveur de l’Europe ».

12 sep 1683 Victoire de Jean III Sobiesky à Vienne - Jan Mateiuko - Salle Sobiesky Vatican

Jean III Sobieski à la bataille de Kahlenberg
(derrière lui, sur un cheval, est représenté le Bienheureux Marc d’Aviano).

   Son prestige et sa détermination, ainsi que la confiance du Bienheureux Innocent XI, le poussèrent à poursuivre cette mission initiée à Vienne : ainsi, véritable et vivant porte-étendard de la Chrétienté contre le péril ottoman, fut-il appelé à conseiller, rassembler et organiser les princes et soldats chrétiens, pour permettre d’autres défaites retentissantes pour l’expansion de l’Islam en Europe, avec les batailles de Budapest (1684-1686), de Neuhäusel (1685), de Mohacz (1687), de Belgrade (1688); et finalement la paix de Karlowitz (1689).

   Après cette période de guerres, le Père Marc dut reprendre ses tournées de prédication : le moine des champs de batailles, livra d’autres âpres combats contre le péché, sans relâche, et porta-t-il le feu de la purification et de l’amour divin au plus intime d’innombrables consciences.

   En 1699 – alors qu’il arrivait à l’âge de 68 ans -, il était un homme usé. D’autant plus usé que son corps était rongé par une tumeur… Le pape Innocent XII lui confia une nouvelle mission à Vienne : “je n’en peux plus, mais le pape l’ordonne”, dit-il simplement.
Le 25 juillet, il dut s’aliter.
Informé, l’empereur Léopold Ier accourut à son chevet pour le soigner. Mais il était trop tard pour espérer une guérison. 

Léopold Ier de Habsbourg

Léopold Ier de Habsbourg vers 1672
(portrait réalisé par Benjamin von Block [16231-1690], détail).

   Le 2 août, l’empereur et le roi des Romains (futur Joseph Ier), accompagnés de leurs épouses et de toute la famille impériale, vinrent lui rendre visite au couvent.
Les médecins les plus compétents de la cour avaient été chargés de lui prodiguer tous les soins possibles. En vain.
Les personnalités les plus illustres de Vienne – princes et cardinaux – affluaient à son chevet, pour mendie
r encore quelques précieux conseils.

   Le nonce apostolique, à l’immense consolation du malade, vint en personne lui apporter la bénédiction apostolique d’Innocent XII. Le 12 août, il reçut les derniers sacrements avec une grande dévotion et renouvela ses vœux.
Le lendemain, jeudi 13 août 1699, il rendit son âme à Dieu.

   Après des funérailles solennelles, il fut inhumé dans l’une des cryptes du couvent des Capucins de Vienne, juste au-dessus de la célèbre crypte où reposent les Habsbourg. En 1803, au moment où les troupes de la révolution française menacèrent Vienne, son corps fut même transféré dans la crypte impériale.
Désormais, il a été remonté dans la chapelle de la Piéta, dans l’église des Capucins.
Depuis le XVIIème siècle, plusieurs archiducs de la Maison d’Autriche ont reçu au baptême le prénom de Marc (Markus), perpétuant par ce patronage le lien particulier qui avait uni le saint capucin à l’empereur Léopold.

   C’est le pape Saint Pie X qui, avant son accession au trône de Saint Pierre, en sa qualité de patriarche de Venise, avait initié le procès diocésain en vue de sa béatification, en 1901, puis qui, après son élévation au Souverain Pontificat, en 1912, soutint l’introduction de sa cause dans sa phase romaine.
Cette béatification a finalement été célébrée le 27 avril 2003.

On trouvera la prière (très incorrecte) écrite par le Bienheureux Marc d’Aviano, qui fut lue à l’issue de la messe du 12 septembre 1683 au matin avant le commencement de la bataille > ici.

Tombe actuelle du Bienheureux Marc d'Aviano

Eglise des Capucins, à Vienne : chapelle de la Piéta,
devant l’autel de laquelle on vénère désormais la tombe du
Bienheureux Marc d’Aviano.

2026-164. « O Marie, notre Reine, nous périssons ! »

12 août,
Fête de Sainte Claire d’Assise, vierge (cf. > ici & > ici) ;
Anniversaire de la mort de Philippe de Champaigne (+ 12 août 1674 – cf. > ici) ;
Septième jour de la neuvaine préparatoire à la fête de l’Assomption de Notre-Dame, principale fête patronale du Royaume de France (cf. > ici).

Monogramme de Marie couronné - vignette

       Parmi les petits trésors contenus dans les collections de Frère Maximilien-Marie, il y a le canivet dont nous publions ci-dessous la reproduction ; canivet sur lequel des inscriptions manuscrites (que - en raison de leur caractère très personnel – nous avons préféré couper : ce pourquoi la reproduction du verso, ci-dessous, ne comporte pas la bordure de « dentelle »), nous permettent d’affirmer qu’elle a été imprimée [chez Charles Letaille, éditeur au 15 rue Garancière, à Paris] avant 1874.
Outre le fait que la dentelle de papier est absolument intacte, on admire le dessin et la finesse de la gravure de cette image pieuse : on s’unit surtout à l’élan de ferveur, de dévotion et de supplication qui sous-tend la publication de ce canivet, et que plus de 150 ans plus tard, nous faisons également nôtre dans ces jours de préparation spirituelle à la grande et belle fête patronale du Royaume des Lys.

Tolbiac.

Canivet Notre-Dame de France - Letaille - blogue

Canivet Notre-Dame de France - texte du verso

« Montrez à Jésus la foi de Clovis, le zèle de Charlemagne,
la piété de Saint Louis, la consécration de Louis XIII,
le vœu du roi martyr à Son Cœur sacré !…»

Monogramme de Marie couronné - vignette

2026-163. “Gustave Thibon : un certain regard”.

Gustave Thibon un certain regard

       C’est une magnifique surprise qui nous a été faite il y a quelques jours : la découverte de la mise en ligne, sur une célèbre chaîne de vidéos, des enregistrements – réalisés en 1975 au Mas de Libian par Christian Chabanis et Gérard Guillaume -, d’entretiens avec le « paysan philosophe », qui seront ensuite publiés justement sous le titre d’ « Entretiens avec Christian Chabanis » [éd. Fayard - 1975].

   Tous ceux qui ont connu Gustave Thibon, qui l’ont entendu en conférence, qui l’ont rencontré ou qui encore lui ont rendu visite – ces visites inoubliables à Saint-Marcel d’Ardèche -, retrouveront donc ici – avec un immense bonheur et beaucoup d’émotion, je n’en doute pas – la voix, la diction, la phraséologie et l’accent inimitables de celui qui nous a tant marqués, qui nous a tant apporté, qui nous a tant donné.

   Cet enregistrement est long : deux heures et treize minutes ! Mais il y a ici réunis trois entretiens nettement distincts, et il est aisé – sinon recommandé – de savourer par séquences, ce précieux document, afin justement d’en tirer le meilleur profit spirituel.

A écouter et à méditer longuement, en cliquant > ici.

Monogramme de Gustave Thibon - blogue

Et pour retrouver la liste de toutes nos publications consacrées à Gustave Thibon, cliquer > ici

2026-162. L’apparition de Notre-Dame de Grâces à Cotignac, le 10 août 1519.

10 août,
Fête de Saint Laurent, diacre et martyr (cf. > ici) ;
Anniversaire du martyre de Sainte Philomène, puis de l’arrivée de ses reliques à Mugnano del Cardinale (cf. > ici) ;
Anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de Grâces à Cotignac, le 10 août 1519 ;
Cinquième jour de la neuvaine préparatoire à la fête de l’Assomption (cf. > ici & > ici).

Apparition de Notre-Dame de Grâces à Jean de la Baume - blogue

       Lundi 10 août 1519 : en cette fête de Saint Laurent de Rome, diacre et martyr, un bûcheron nommé Jean de la Baume – qu’on appelle aussi parfois Jean de la Saque -, gravit le mont Verdaille qui surplombe le gros bourg de Cotignac. Il a 22 ans et il est seul dans ce bois de chênes verts où il a décidé de travailler aujourd’hui. Toutefois, avant de se mettre à l’ouvrage, le jeune homme se signe et récite une prière…
C’est alors qu’une nuée lui apparaît, au milieu de laquelle se trouve, debout, la Très Sainte Vierge Marie portant dans ses bras son divin Fils ; ils sont accompagnés de l’archange Saint Michel, de Saint Bernard et de Sainte Marguerite d’Antioche.

   L’auguste Mère de Dieu s’adresse alors à Jean à peu près en ces termes :

   « Siou la Viergé Mario. Vaï diré ei capelan et ei Consé dé Coutigna, de mi basti, eici, une capello souto lou Voucablé dé Nostro Damo deï Gracis, et que li vingoun in proucessioum per recubré leï doun que vouali espandi : Je suis la Vierge Marie. Allez dire au clergé et aux consuls de Cotignac de me bâtir ici-même une église, sous le vocable de Notre-Dame de Grâces, et qu’on vienne en procession pour recevoir les dons que je veux y répandre. »

   La vision disparaît. Jean – qui sans doute n’a guère envie qu’on le prenne pour un illuminé – garde pour lui le message.

   Le lendemain, mardi 11 août, il revient au même endroit pour achever sa coupe. L’apparition se reproduit, et il reçoit de nouveau le même message. Il se précipite alors au village pour annoncer ce qu’il a vu et entendu.

   Jean est un bon garçon, pieux et sérieux : sans doute est-ce la raison pour laquelle son témoignage est bien reçu, tant par le bon peuple fidèle que par les prêtres et consuls de la paroisse.
Le 14 septembre suivant, en la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix, à l’issue d’une grande procession à laquelle prend part toute la paroisse – clergé et consuls en tête -, qui s’est rendue au lieu de l’apparition, où le terrain a été apprêté et où les fondations ont commencé à être creusées, se déroule la cérémonie de la bénédiction de la première pierre de la chapelle demandée.

   Les travaux furent certainement accomplis avec diligence, puisque les archives nous apprennent que le pape Léon X, au mois de mars 1521, accordait diverses indulgences aux pèlerins qui viendraient en ce sanctuaire, auquel l’évêque attribue des chapelains pour y assurer messes, confessions et accueil des pèlerins.
C’est le signe indubitable que, même si l’on ne garde pas de traces d’une enquête canonique telle qu’on en diligenterait de nos jours, l’apparition est crue authentique et digne de foi par les autorités religieuses, et que la dévotion à Notre-Dame de Grâces de Cotignac est grandement encouragée.

   En ce 10 août, que nos cœurs soient pleins et débordants de reconnaissance pour cette céleste visite, très simple et cependant très riche, de notre Mère céleste, entourée de saints choisis par elle, et approfondissons avec ferveur les signes et les paroles qu’elle nous a donnés à tous, à travers le pieux bûcheron Jean de la Baume :

   Allez dire au clergé et aux consuls de Cotignac de me bâtir ici-même une église, sous le vocable de Notre-Dame de Grâces, et qu’on vienne en procession pour recevoir les dons que je veux y répandre.

Tableau de Notre-Dame de Grâces - Cotignac

Tableau de Notre-Dame de Grâces
(sanctuaire de Cotignac).

2026-161. De Saint Laurent, archidiacre et martyr, que l’on fête le 10 août.

10 août,
Fête de Saint Laurent, diacre et martyr ;
Anniversaire du martyre de Sainte Philomène, puis de l’arrivée de ses reliques à Mugnano del Cardinale (cf. > ici) ;
Cinquième jour de la neuvaine préparatoire à la fête de l’Assomption (cf. > ici & > ici).

Saint Laurent archidiacre et martyr - blogue

       Saint Laurent, diacre et martyr, dit aussi Saint Laurent de Rome, serait né en 225 – ou aux environs de cette date – dans la ville d’Huesca en Espagne. Ses parents, Orence et Patience, chrétiens convaincus, l’envoyèrent tout jeune à Saragosse pour y suivre des études de théologie : il eut ainsi comme professeur le philosophe grec devenu prêtre Xyste, futur pape Xyste II (ou Sixte II).
Lorsque celui-ci fut élu
 au Souverain Pontificat, le 30 août 257, Laurent le suivit à Rome où il fut ordonné diacre. Saint Xyste II fit même de lui l’archidiacre du diocèse de Rome, c’est-à-dire qu’il était en quelque manière le premier des diacres de la Ville, fonction qui le faisait non seulement participer à la vie liturgique pontificale, mais l’amenait en particulier à gérer les biens de l’Eglise.

Ordination diaconale de Saint Laurent - Fra Angelico

Saint Laurent est ordonné diacre par Saint Sixte II
[Fra Angelico, détail d'une fresque de la Chapelle Nicoline, Cité du Vatican].

   En 257, l’empereur Valérien déclencha la huitième persécution générale de l’Empire romain (années 257-258) : le culte chrétien fut proscrit et ordre fut donné aux clercs de sacrifier aux idoles. En 258 la persécution se durcit encore, et les clercs refusant de sacrifier furent déclarés immédiatement passibles de mort.

   Le 6 août, le pape Saint Sixte II fut surpris par des soldats dans la catacombe de Prétextat, où, malgré l’interdiction, il avait réuni des chrétiens pour la célébration des saints mystères.
Saint Sixte fut mis à mort avec quatre de ses diacres (Januarius, Vincentius, Magnus, Stephanus) : certains pensent qu’il furent mis à mort ce 6 août alors que d’autres avancent qu’ils n’auraient été martyrisés que le lendemain après avoir comparu ; deux autres diacres (Félicissimus et Agapitus) furent martyrisés au cimetière de Prétextat.
Le septième diacre, Laurent, aurait été pris en même temps que les autres ou peu après, et fut mis à part.

   Selon la tradition, alors qu’il voyait Saint Sixte être emmené pour être exécuté, il se serait adressé à lui en disant : «  Où allez-vous mon Père sans votre fils ? Où allez-vous Saint Pontife sans votre diacre ? » Et Saint Sixte l’aurait alors “rassuré” en lui prophétisant sa mort trois jours plus tard, dans des épreuves bien plus pénibles qu’une simple décapitation : « Je ne vous abandonne point, mon fils ; une épreuve plus pénible et une victoire plus glorieuse vous sont réservées ; vous me suivrez dans trois jours ».

Saint Sixte confie à Saint laurent les trésors de l'Eglise - Chapelle Nicoline Vatican

Saint Sixte confie à Saint Laurent les trésors de l’Eglise
[Fra Angelico, détail d'une fresque de la Chapelle Nicoline, Cité du Vatican].

   De fait, le préfet de Rome (Dacianus) avait momentanément épargné le saint diacre dans le but de se faire livrer les trésors de l’Eglise.
Saint Laurent promit de les lui apporter, mais, suivant les ordres de Saint Sixte II, il vendit tout ce qu’il put monnayer et en distribua le prix aux pauvres et aux orphelins. Ce sont ensuite ces derniers qu’il présenta au préfet en disant : « Voici les seuls trésors de l’Eglise ; et s’y ajoutent les perles et les pierres précieuses qui sont les vierges et les veuves consacrées à Dieu ».
Alors, furieux, le Préfet ordonna de le dénuder, de le faire déchirer à coups de fouet, puis de l’étendre sur un gril où les charbons ardents placés en-dessous devaient lentement consumer ses chairs.

   Il faut, avant de parler plus en détail du martyre de Saint Laurent, mentionner aussi que, là encore selon la tradition, Saint Laurent aurait protégé le Saint Calice de la Cène, qui se trouvait alors à Rome, en le remettant à un légionnaire originaire d’Espagne – en lequel il avait pleine confiance -, pour qu’il l’emmenât à Huesca et l’y remît à ses parents.
C’est ainsi que, après quelques pérégrinations, le Saint Calice de la Cène se trouve aujourd’hui conservé dans la cathédrale de Valence (Valencia).

Le Saint Calice de la Cène présentation actuelle cathédrale de Valencia - blogue

Le Saint Calice de la Cène
(seule la coupe est d’origine, et elle a été plus tard disposée dans cette actuelle présentation)
envoyé par Saint Laurent en Espagne, à ses parents, afin de le soustraire à la profanation
et aujourd’hui conservé dans la cathédrale de Valence (Valencia).

   Un certain nombre d’historiens contemporains conteste que Saint Laurent ait été soumis au supplice du gril et de la lente brûlure – circonstance qui est cependant attestée par une tradition unanime et immémoriale -, et ils prétendent qu’il aurait été décapité comme Saint Sixte II et ses compagnons.
Nous nous contentons simplement de signaler cette contestation sans lui attribuer d’autre valeur que celle de la démangeaison d’entendre des nouveautés prophétisée par Saint Paul (2 Tim. IV, 1-8).

   Mentionnons aussi que, ayant été confié à la garde d’un centenier prénommé Hippolyte, qui l’enferma dans un sous-sol de sa demeure, Laurent s’y trouva compagnon de captivité d’un certain Lucillus, aveugle.
Saint Laurent réconforta son codétenu, l’encouragea, lui parla de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le convertit, et, utilisant une source d’eau qui sourdait dans ce sous-sol, le baptisa. Avec le baptême, Lucillus recouvra la vue et le centurion Hippolyte n’ayant pu que constater le prodige, en même temps qu’il était frappé par la sérénité et la douceur des prisonniers, fut touché par la grâce de Dieu et demanda à son tour le baptême, que Saint Laurent lui administra.
Par la suite, Hippolyte, subit lui aussi le martyre : attaché à la queue de chevaux, il fut traîné sur les pierres et à travers les ronces qui le déchiquetèrent jusqu’à la mort.

martyre de Saint Laurent - Fra Angelico

Martyre de Saint Laurent
[Fra Angelico, détail d'une fresque de la Chapelle Nicoline, Cité du Vatican].

   Condamné donc à être brûlé vif en étant grillé lentement, Saint Laurent  subit son martyre sans plainte, priant pour l’Eglise de Rome jusqu’à son dernier soupir.
Pendant ce supplice, la tradition – exprimée en particulier par les textes de la liturgie – lui prête les paroles suivantes à l’adresse de son bourreau  : « Voici, misérable, que tu as rôti un côté ; retourne maintenant et mange ».
C’est vraisemblablement pour ces paroles qu’il est considéré comme un personnage à l’esprit particulièrement subtil et fin.
Saint Laurent rendit son âme à Dieu le 10 août de l’an 258, à l’âge de 33 ans.

   Sur les lieux de ces événements, trois églises furent érigées : San-Lorenzo-in-Fonte (au lieu de son emprisonnement, dont le nom évoque la source avec l’eau de laquelle il baptisa Lucillus et Hippolyte), San-Lorenzo-in-Panisperna (au lieu de son martyre) et San-Lorenzo-al-Verano, basilique appelée aussi San-Lorenzo-fuori-le-mura - Saint-Laurent-hors-les murs – sur la Voie Tiburtine, qui est le lieu de sa sépulture.
Historiquement, cependant, il y a eu quelque trente églises (dont il ne reste plus que sept) dédiées à Saint Laurent à Rome même, ville dont il est le saint co-patron très aimé du peuple.

Basilique de Saint-Laurent-hors-les-murs - tombe des Saints Etienne et Laurent - blogue

Basilique de Saint-Laurent-hors-les-murs :
sous le maître-autel, la confession où l’on vénère la tombe de Saint Laurent.

   Son culte s’est diffusé dans toute la Chrétienté, et, avec Saint Etienne, ils sont fréquemment invoqués ensemble (comme nous l’avons vu > ici, leurs corps ont d’ailleurs été réunis dans le même tombeau).
A la fin du IVème siècle, Saint Ambroise de Milan et Prudence lui ont consacré des hymnes. Il est représenté tantôt 
subissant son martyre, ou bien debout, portant la dalmatique des diacres, avec son gril et la palme du martyre, ou encore avec le Saint Calice, ou bien tenant une bourse ou des pièces d’or.

   Saint Laurent, en raison de son supplice sur le gril a été choisi comme saint patron par les cuisiniers et les rôtisseurs (!!!), mais il est aussi celui des libraires et des pauvres, et il est, après Sainte Barbe, l’un des saints patrons des pompiers.
On l’invoque aussi, évidemment, pour la guérison des brûlures.

   La nuit de la fête de Saint Laurent étant providentiellement liée au phénomène des étoiles filantes (les Perséides), ces dernières ont parfois été considérées comme un symbole des larmes versées par le saint dans les tortures qu’il endura, et d’autres fois elles sont interprétées comme un symbole des charbons ardents sur lesquels il consomma son martyre.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Martyre de Saint Laurent - Pierre Lehoux 1874 - Musée d'Orsay

Pierre Lehoux (1844-1896) : le martyre de Saint Laurent (1874)
[Musée d'Orsay, Paris].

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