2014-99. Miséricorde : se méfier des contrefaçons !
30 octobre ,
Fête de Sainte Hélène d’Anjou, Reine de Serbie puis moniale.
Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,
Bien que je ne fusse point né à l’époque où elle était largement diffusée à la radio ou à la télévision, je connais cette célèbre réclame de soda au gingembre qui ressemblait à de l’alcool, était doré comme de l’alcool mais n’était pas de l’alcool.
Ce slogan publicitaire a eu un tel impact que, depuis lors, le nom propre de cette marque sert à qualifier une chose qui n’a que les apparences et non les qualités réelles de ce qu’elle prétend ou semble être.
Dans l’Eglise – et dans le domaine spirituel qui est le sien -, de nos jours, on trouve aussi (et plus fréquemment qu’on ne le pourrait penser au premier abord) des produits de substitution qui ont l’apparence, la couleur ou même le goût d’authentiques valeurs chrétiennes, mais n’en sont que de fallacieuses contrefaçons.
S’il ne s’agissait pas de choses dont les conséquences peuvent être dramatiques pour l’éternité, on pourrait se contenter d’en sourire ; mais ce n’est justement pas le cas : voilà pourquoi, en continuant de partager avec vous des réflexions que j’ai commencées à publier le dix-neuvième dimanche après la Pentecôte (cf. > « Mettez-vous en colère et ne péchez pas ! ») puis, le 28 octobre, à l’occasion de la fête des Saints Apôtres Simon et Jude (cf. > « Apostolicité et Tradition »), je voudrais vous entretenir aujourd’hui de cette contrefaçon de miséricorde – une « miséricorde Canada dry » – qui dénature aujourd’hui le message évangélique authentique, qui conduit à une perversion profonde des consciences, et qui détourne l’action de la Sainte Eglise de la finalité qui lui a été définie par son divin Fondateur, Notre-Seigneur Jésus-Christ !
Le fils prodigue, recevant la part d’héritage qu’il réclamait, s’apprête à quitter la maison paternelle
- tableau de Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682) -
En effet, l’une des tactiques de perversion utilisée par les destructeurs du catholicisme consiste dans un premier temps à protester haut et fort qu’ils ne veulent, bien évidemment et en aucune manière, toucher au dogme ni à la doctrine morale traditionnelle – auxquels ils assurent porter les plus grands respect et attention -, mais tout aussitôt, avec l’air le plus inoffensif du monde, ils ajoutent que par « sollicitude pastorale » et « au nom de la miséricorde », il convient toutefois d’avoir le cœur charitablement ouvert aux difficultés, aux situations de détresses ou aux souffrances des hommes de notre temps, et donc, pour cela, qu’il faut assouplir une pratique qui, sinon, ne peut permettre aux hommes d’éviter l’écueil du découragement et les dissuade de se rapprocher de l’Eglise…
Si l’on peut, à l’appui de ces lénifiantes assurances, apporter quelque « témoignage » qui, par l’exposé d’un cas particulier bouleversant, va remuer son auditoire jusqu’aux entrailles, le mettre au bord des larmes au moyen de quelques vibrantes formulations, et l’amener inconsciemment à culpabiliser en lui suggérant que ce serait un cruel manque de charité que de se refuser à tant de bons sentiments humains, on peut dire que la partie est gagnée.
Toute la manipulation a joué sur l’émotionnel et, sans qu’ils soient jamais théoriquement remis en question ou raisonnablement contrecarrés, les principes et les fondements doctrinaux ont été purement et simplement évacués une bonne fois pour toutes, au profit d’une pratique qui leur est opposée et qui va rapidement s’imposer de manière normative.
Toutes les situations morales non conformes à la loi divine qui, je n’en disconviens pas, sont très souvent lourdes d’un grand poids de souffrances – souffrances dues à des blessures, à des échecs, à des « erreurs de parcours » ou à des expériences très douloureuses -, même lorsqu’elles sont très largement répandues, n’en demeurent pas moins des comportements déviants.
Elles ne peuvent ni ne doivent en aucune façon être considérées comme normales, et encore moins comme normatives.
Rien ne peut ni ne doit être préféré à la sainte loi de Dieu !
Un véritable chrétien ne peut préférer l’amour de sa famille, de son conjoint, de ses enfants à l’amour de Dieu et à l’obéissance à Ses lois.
Un véritable chrétien ne peut cesser d’appeler péché un comportement non conforme à la loi de Dieu, parce que tel ou tel membre de sa famille le commet.
L’Eglise ne peut cesser de dénoncer le mal au prétexte qu’il y a de moins en moins de monde à obéir aux commandements de Dieu.
Sinon, il y a infidélité et trahison.
Je sais très bien que cela n’est pas facile ; je sais très bien que cela peut parfois être crucifiant ; mais c’est bien justement là que se vérifie si l’on aime Dieu en vérité : car aimer en vérité, ce n’est pas ressentir de grands élans et de douces impulsions romantiques, mais c’est être capable de grands sacrifices pour l’être aimé.
Si tu veux savoir comment tu aimes, pose-toi cette seule question : « Que suis-je capable de sacrifier pour celui que je prétends aimer ? »
Si tu es capable de sacrifier beaucoup de ce qui t’es cher, de ce à quoi tu tiens très profondément, alors tu aimes beaucoup.
Mais si tu n’es pas capable de sacrifier même de petites choses auxquelles tu es attaché, alors tu n’aimes pas vraiment, quels que soient les « sentiments » que tu éprouves : le « senti » ment !
La prétendue miséricorde et la pseudo sollicitude pastorale qui tendent à faire accepter les comportements moraux non conformes à la loi divine ne sont que des compromissions avec l’esprit et les mœurs du temps, compromissions inspirées par les faiblesses d’un sentimentalisme purement humain !
Les débauches du fils prodigue
- tableau de Gerrit van Honthorst (1590 – 1656) -
A la femme adultère dont Il a empêché la lapidation, Notre-Seigneur a dit : « Va, et désormais ne pèche plus ! ».
Cela signifie bien qu’Il qualifie son comportement de péché et qu’il ne l’approuve pas, puisqu’Il lui donne l’ordre de ne plus le réitérer de manière délibérée.
Le pardon est accordé généreusement et surabondamment à ceux qui, reconnaissant leur faute, la regrettent et s’efforcent de n’y plus retomber.
La miséricorde véritable se fonde sur la dénonciation et l’éloignement du péché.
Tandis que les faux disciples de Jésus-Christ, quant à eux, disent : « Va, je ne te condamne pas, car « qui suis-je pour juger ? ». Ce que tu fais n’est certes pas exactement conforme à la loi divine telle qu’on l’a enseignée pendant des siècles, et telle qu’idéalement tu devrais la pratiquer, mais qu’importe, après tout, puisque tu dis que tu aimes cet homme ! Continue donc à « faire l’amour » avec lui, évite seulement de te faire à nouveau prendre par les pharisiens… Dieu t’aime comme tu es… »
Bien sûr que Dieu aime les hommes « tels qu’ils sont », avec leurs très grandes faiblesses, mais cela ne signifie pas qu’Il veut qu’ils restent dans leur misère morale.
Il ne les aime pas pour les maintenir dans leur péché, mais tout au contraire pour les en retirer et empêcher qu’ils n’y retombent.
La miséricorde de Dieu n’enferme pas les hommes dans des comportements déviants, elle n’est pas là pour bénir la pratique du péché, elle n’a pas pour but de les laisser croupir dans la fange de leurs fautes, elle agit pour les relever, les racheter et les sanctifier en les ramenant dans l’observance des lois divines !
La miséricorde de Dieu agit pour nous guérir du péché et pour nous en préserver à l’avenir, non pour nous permettre de nous y installer confortablement.
Dieu est plein de compassion pour la faiblesse des hommes pécheurs, mais Il n’a point de complaisance envers le péché : Sa miséricorde est infinie, mais elle ne peut cependant s’exercer envers celui qui s’obstine dans le mépris de Sa loi et de Ses préceptes.
C’est pourquoi nous devons bien comprendre que même les châtiments exemplaires dont Dieu a usé dans l’histoire du salut étaient en réalité l’exercice de Son infinie miséricorde, lors même qu’à vues simplement humaines ils nous semblent terribles et cruels.
L’expulsion de nos premiers parents du paradis terrestre fut une miséricorde.
La réprobation de Caïn fut une miséricorde.
Le déluge fut une miséricorde.
La destruction de Sodome et Gomorrhe fut une miséricorde… etc.
Par ces châtiments exemplaires, en effet, Dieu – par miséricorde – mettait un frein à la contagion du péché, voulait susciter le repentir et la pénitence dans les cœurs coupables et, ce faisant, leur accordait la possibilité d’être pardonnés et sauvés.
Car la miséricorde divine n’est pas une assurance de tranquillité et de prospérité pour la vie d’ici-bas ; elle intervient pour convertir, pour provoquer une contrition salutaire, pour communiquer la grâce, pour faciliter aux hommes l’abandon de leur conduite mauvaise, pour fortifier leurs pas dans les voies du Seigneur et pour que, à la fin de leur vie, ils puissent échapper à l’enfer et entrer dans la béatitude céleste.
L’une des plus belles paraboles par laquelle Notre-Seigneur nous a dépeint la miséricorde de Dieu, est celle de l’enfant prodigue.
Mais prenons bien conscience que si le père du fils prodigue avait mis en pratique la prétendue miséricorde et la pseudo pastorale de nos actuels chantres de la modernité, il n’aurait pas attendu dans l’angoisse et la douleur du cœur le retour de son fils, il n’aurait pas couru au-devant de lui pour le relever et l’embrasser, il n’aurait pas ordonné un festin pour fêter son retour, il ne se serait pas réjoui et n’aurait pas voulu que tous se réjouissent de sa conversion.
Puisque, alors, il aurait trouvé acceptable et légitime l’éloignement, la prodigalité et la vie de débauche de son fils, il n’en aurait pas souffert, il n’aurait pas veillé dans l’espérance, il n’aurait pas supplié le Ciel pour obtenir ce retour !
Si le père de l’enfant prodigue eût été un de nos théologiens modernistes, il eût peut-être déclaré : « Ce n’est pas vraiment que cela me plaise, mais je dois bien m’en faire une raison : les choses sont ainsi et, de toute façon, Dieu aime mon fils tel qu’il est. D’ailleurs tous les jeunes font ainsi à notre époque ; je dois donc cesser de nommer prodigalité et débauche son comportement car qui suis-je pour juger ? »
Mais cela ce n’est pas l’Evangile !
Le fils prodique rentre en lui-même et ouvre son âme au repentir
- tableau de Salvatore Rosa (1615-1673) -
Pour savoir ce qu’est en vérité la miséricorde et pour la mettre en pratique, la Sainte Eglise – la véritable Eglise, l’Eglise fondée sur les enseignements irréformables de Notre-Seigneur Jésus-Christ transmis par les Saints Apôtres et par la Tradition – n’a tout de même pas attendu un certain pontificat !
La Sainte Eglise est experte en miséricorde, dans son enseignement doctrinal et moral traditionnel aussi bien que dans la manière traditionnelle qu’elle a de dispenser les sacrements et de se prononcer sur ceux qui peuvent y avoir accès.
La Sainte Eglise, notre Mère, est experte en miséricorde lorsqu’elle dénonce le péché, lorsqu’elle affirme que ce ne sont pas les choix de l’homme qui constituent la loi morale, lorsqu’elle proclame les commandements de Dieu comme norme universelle, lorsqu’elle fustige le laxisme et le relativisme, lorsqu’elle refuse de considérer comme équivalents tous les comportements sexuels, lorsqu’elle prêche la conversion et la pénitence, lorsqu’elle avertit les pécheurs qu’ils risquent la damnation éternelle, lorsqu’elle enseigne les exigences de la pureté de l’âme et du corps, lorsqu’elle énonce les conditions d’accès à la sainte communion… etc.
La Sainte Eglise est experte en miséricorde dans l’exemple que donnent tant de ses saints dont je ne citerai qu’un seul exemple : Saint Jean-Marie Vianney, le saint curé d’Ars, véritable martyr du confessionnal, si miséricordieux envers les pécheurs alors qu’il était sans complaisance envers le péché.
La fausse miséricorde qui n’appelle pas péché le péché, qui ferme les yeux sur sa malice, qui l’absout sans qu’il y ait ni regret ni demande de pardon ni ferme propos de l’éviter à l’avenir, n’est ni plus ni moins qu’un encouragement au péché, n’est ni plus ni moins qu’une forme de complicité morale qui porte la responsabilité de l’offense faite à Dieu et qui au tribunal divin partagera la culpabilité et le châtiment du péché.
Cette pseudo miséricorde, en effet, ne demande aucun effort de conversion, aucun changement de mentalité et de conduite, mais excuse tous les comportements en s’aveuglant volontairement sur leur malice.
Cette prétendue miséricorde relègue Dieu et Sa Loi au second plan, pour déclarer intouchables et inattaquables tous les errements humains.
Et au lieu d’offrir aux âmes des pécheurs la grâce qui les sauve, la « miséricorde Canada dry » les enfonce dans leur péché, anesthésie leur conscience, déroule sous leurs pas un tapis confortable pour marcher sur la voie spacieuse de la perdition, et leur ouvre finalement largement la porte de l’enfer.
Lully.
Le retour du fils prodigue
- tableau de Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682) -





















