2014-97. « Mettez-vous en colère, et ne péchez pas !»

Dix-neuvième dimanche après la Pentecôte.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Je voudrais vous inviter à réfléchir sur ce que, dans l’épître du dix-neuvième dimanche après la Pentecôte, l’Eglise nous donne à entendre, à méditer et à approfondir en nous proposant cet extrait de ce que Saint Paul écrivait aux Ephésiens : Eph. IV, 23-28.

   Dans ce passage, en effet, il y a une chose qui m’a particulièrement frappé : au verset 26, Saint Paul cite le psaume IV (verset 5 a). En latin nous lisons : « Irascimini et nolite peccare », ce qui se traduit littéralement par : « Mettez vous en colère et ne péchez pas »

   Je ne comprends donc absolument pas pourquoi, le lectionnaire français (celui-là même dont je relevais les infidélités il y a quelques semaines > ici), traduit cette citation par : « Etes-vous en colère, ne péchez pas ».
Cette manière de traduire amoindrit considérablement la vigueur et la portée du texte sacré, revenant à lui faire dire quelque chose comme : « si par malheur il vous arrivait d’éprouver un mouvement de colère, hâtez-vous de vous calmer sans quoi vous tomberiez immanquablement dans le péché ».

   Mais à n’importe quel élève de classe de latin qui traduirait « Irascimini » – c’est-à-dire la deuxième personne du pluriel du présent de l’impératif du verbe « irascor » (se mettre en colère) – par : « Etes-vous en colère », un professeur mettrait – se devrait de mettre – une mauvaise note. 
Alors pourquoi faudrait-il accepter passivement cette mauvaise traduction du lectionnaire français ?

   Un impératif est un impératif !
Et l’impératif présent de « se mettre en colère », à la deuxième personne du pluriel, ne peut pas être autre chose que « Mettez-vous en colère ! », n’en déplaise à ceux qui souhaiteraient corriger ce que le Saint-Esprit, de manière infaillible, a inspiré au psalmiste d’écrire, à Saint Paul de mettre en valeur, et à la Sainte Eglise de nous rappeler à l’occasion du dix-neuvième dimanche après la Pentecôte.

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Mettez-vous en colère ?

   La colère a néanmoins fort mauvaise réputation : ne figure-t-elle pas au nombre des sept péchés capitaux ? ne constitue-t-elle pas une passion coupable, dévastatrice et répréhensible ?
Comment donc un texte inspiré pourrait-il donner l’ordre de se mettre en colère ?
Dieu peut-il vraiment, par un verbe à l’impératif, donner aux hommes la consigne de se mettre en colère ?

   Les bonnes âmes moralisatrices se hâtent donc d’atténuer le texte et, en le traduisant, de l’interpréter pour le rendre conforme à leurs conceptions des pieuses bienséances.
C’est comme si ces traducteurs disaient : « Cher Bon Dieu, il est évident que Vous ne pouvez pas avoir voulu dire ce que disent ces mots. Fort heureusement, nous sommes là pour corriger Vos expressions maladroites et inadéquates, et pour Vous montrer ce qu’il eût été davantage convenable d’inspirer au psalmiste pour qu’il l’écrivît… »

   Mais « qui a connu la pensée du Seigneur ? ou qui a été son conseiller ? » (Rom. XI, 34).

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   Les Saintes Ecritures, en de très nombreux passages, nous montrent, nous donnent en exemple, de saintes colères : colère de Jacob, colère de Moïse, colère de Job, colère d’Elie, colère de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même, et – par dessus-tout – la magnifique et puissante colère de Dieu !

   Si Dieu Lui-même Se met en colère, et si Dieu Lui-même a voulu que cela soit écrit afin que nous en soyons informés, c’est bien parce qu’il s’agit là de tout autre chose qu’un banal anthropomorphisme, c’est bien qu’il ne s’agit point là d’une passion désordonnée et coupable, c’est bien parce qu’il existe des colères qui ne sont pas des péchés !

   Si Dieu Lui-même a voulu que, dans le texte des psaumes qu’Il a inspiré, soit écrit textuellement « Mettez-vous en colère », c’est bien parce qu’on peut se mettre en colère sans circonvenir à Sa loi d’amour et de sainteté, c’est bien parce que nous pouvons nous aussi – comme Lui, et comme Ses saints – nous mettre en colère sans pécher ; et c’est d’ailleurs ce qu’affirme notre citation de départ : « Irascimini et nolite peccare : mettez-vous en colère et ne péchez pas » !

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Oui, il y a de bonnes colères !
Oui, il y a des colères qui sont salutaires !
Oui, il y a des colères qui sont divinement inspirées !
Oui, il y a des colères qui ne procèdent pas des mauvaises passions humaines !
Oui, il y a des colères qui sont parfaitement compatibles avec les plus hautes vertus et qui ne sont nullement en opposition avec la douceur, avec la mansuétude, avec la magnanimité, avec la longanimité, avec la patience, avec l’indulgence, avec la miséricorde, avec la sollicitude aimante pour le prochain, avec la plus exquise charité surnaturelle !
Oui, il y a de saintes colères : « Irascimini et nolite peccare : mettez-vous en colère, et ne péchez pas » !

Les saintes colères procèdent du courage de la vérité et des exigences d’un amour véritable, fort, et sans concession avec les compromissions humaines.
Les saintes colères sont tout le contraire de cette fausse conception de la charité que l’on habille aujourd’hui des noms très consensuels de « tolérance » et de « respect » (mais n’a en fait rien à voir avec la véritable tolérance et le véritable respect), au nom de laquelle on fabrique des chrétiens-bisounours qui se sentent coupables s’ils éprouvent le plus petit mouvement d’indignation lorsque leur foi est attaquée et lorsque la sainte loi de Dieu est bafouée, des prêtres sans force morale qui ne prêchent que le « vivre ensemble » des francs-maçons, des évêques émasculés qui baissent leur froc au moindre froncement de sourcil du gouvernement impie et persécuteur…
Les saintes colères ne sont pas inspirées par l’amour-propre, par l’orgueil et par toutes les autres faiblesses humaines, mais elles sont le fruit de cet « amour de Dieu jusqu’au mépris de soi » - pour reprendre la justement célèbre expression de notre glorieux Père Saint Augustin – sur lequel peut s’édifier de manière solide la Cité de Dieu.

Lully.

Concile, vous avez dit concile

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4 Commentaires Commenter.

  1. le 19 octobre 2025 à 7 h 01 min Abbé Jean-Louis D. écrit:

    Il est bon de rappeler qu’une colère peut être sainte.
    Depuis sa première publication le 24 octobre 2014, une dizaine d’années se sont écoulées où d’immenses injustices contre les droits de Dieu et les droits naturels qui régissent le comportement des hommes ne peuvent qu’éclater en grandes colères…
    Lorsque le prêtre entend en confession des pénitents s’auto-culpabiliser pour leurs colères, il peut les comprendre, mais il devra aussi redire « ne péchez pas », c’est à dire, que votre juste colère ne vous entraîne pas à des pensées de haine, de mépris des personnes et des mots répétés d’injures. Ce n’est certainement pas les pensées qui suivaient la sainte colère de Notre-Seigneur Jésus-Christ lorsqu’Il chassa les vendeurs du Temple. Là, le pardon doit-être demandé. A mon avis!

  2. le 16 mars 2015 à 9 h 54 min Anne-Laure écrit:

    Merci d’ avoir si bien expliqué la sainte colère si différente de la colère haineuse. Ca fait réfléchir dans ce monde si plein de confusion…

    Une fois je me suis mise en colère et je l’ai écrit dans le livre de prières de la paroisse…. Maintenant je sais que c’était justifié et que je pouvais le dire dans manquer de charité….

  3. le 24 octobre 2014 à 9 h 14 min Paulette L. écrit:

    Mon cher petit Minou, Lully, tu es vraiment quelqu’un de très bien.
    Continue…
    Je t’aime bien tu sais, mon petit Minou.

  4. le 24 octobre 2014 à 7 h 48 min Prunelle écrit:

    Bien dit !
    Mais dis-moi, Lully, on dirait que tes mots sont comme un doux prélude qui annoncent et préparent la venue d’une sainte et magistrale colère dont on ne peut s’empêcher de ressentir la forte pression à chaque ligne, et qui pointe même l’extrême bout de son nez en fin de texte !
    Oh, Lully ! je viens te dire qu’il y a de quoi se mettre en colère à la contemplation impuissante de la confusion qui précède l’effondrement de la Sainte Eglise de Jésus et de Marie, pour Laquelle Ils ont donné Leurs Vies et pour Leurs plus grande Douleur aujourd’hui.
    Mais tout cela a été prédit, et Jésus nous a rassurés à l’avance : « Les portes de l’enfer ne prévaudront jamais contre Mon Eglise. »
    Jésus est L’Église, c’est pourquoi Elle ne peut mourir. L’Esprit-Saint a annoncé par la plume de Paul aux Thessaloniciens (2, chapitre 2), que Dieu enverra une puissance d’égarement à ceux qui n’ont pas l’Amour de la Vérité, pour qu’ils croient au mensonge et soient condamnés. L’apostasie qui précède le Second Avènement de Jésus à été annoncée tant de fois qu’elle ne doit pas être une surprise aujourd’hui qu’elle se déroule sous nos yeux consternés. Elle vient comme une inondation (!) purificatrice pour L’Église qui doit aussi vivre Sa Passion : Daniel 9, 26-27 (entre autres).
    Il est juste de se mettre en colère, mais que nos cœurs ne craignent pas, car ces choses doivent arriver pour servir de témoignage éternel, à l’univers tout entier, quand à la réalité de la puissance destructrice du mensonge.
    Courage Lully, j’espère que tu as les pattes au sec. Je t’envoie un petit quelque chose pour te réconforter.
    ton amie Prunelle.

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