Archive pour octobre, 2013

2013-79. Réflexions félines et citations – octobre 2013.

Mercredi 30 octobre 2013.

2013-79. Réflexions félines et citations - octobre 2013. dans Chronique de Lully mont-mezenc-dans-la-lumiere-dautomne

A proximité du Mesnil-Marie : le Mont Mézenc, dans la lumière d’une fin d’après midi d’octobre.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Vous trouverez ci-dessous quelques unes des réflexions que l’actualité m’a inspirées au cours du mois d’octobre qui s’achève, ainsi que quelques citations pertinentes (ou judicieusement impertinentes) qu’il ma semblé intéressant de partager avec vous…

* * * * * * *

- Mardi 1er octobre : Nous commençons ce mois, riche de très belles fêtes, en célébrant Saint Remi.

   On ne peut évoquer la figure de Saint Remi sans se souvenir du rôle qu’il joua dans la conversion du peuple Franc et du Roi Clovis.
Au constat de l’actuel délire négationniste qui obscurcit l’intelligence de ceux qui président aux destinées de la France, et parce que le combat que nous menons est volontiers catalogué, par ceux qui nous dénigrent, comme une forme de passéisme, il me paraît judicieux d’apporter en réponse cette citation de notre cher Gustave Thibon : « La tradition et l’avenir. – Laudator temporis acti ? Que m’importe donc le passé en tant que passé ? Ne voyez-vous pas que lorsque je pleure sur la rupture d’une tradition, c’est surtout à l’avenir que je pense ? Quand je vois se pourrir une racine, j’ai pitié des fleurs qui demain sécheront, faute de sève ».
(in « Notre regard qui manque à la lumière » – § le temps et l’éternité).

ribalta-st-francois-console-par-la-musique-dun-ange bien-pensance dans Commentaires d'actualité & humeurs

Francisco Ribalta : Saint François consolé par la musique d’un ange (1620)

- Vendredi 4 octobre : fête de Saint François d’Assise

   Utiliser la figure du Petit Pauvre d’Assise à des fins idéologiques, et notamment s’abriter derrière lui pour dépouiller les églises et la liturgie, est un singulier détournement de la vérité.
Dans son testament, en effet, Saint François écrit :
«Je veux que ce Très Saint Sacrement soit par-dessus tout honoré, vénéré, et que l’endroit où on le garde soit précieusement orné » (Test. 11).
Dans les quelques lettres de lui qui sont parvenues jusqu’à nous, Saint François insiste auprès des fidèles, des religieux et des clercs pour que le Saint-Sacrifice soit célébré de la manière la plus digne, et pour que l’on n’hésite pas à recourir aux ornements les plus riches pour entourer et glorifier la Sainte Eucharistie
« la pauvreté s’arrête au pied de l’autel »!

   Ici me revient en mémoire la réflexion de l’un de nos amis, orthodoxe, réflexion que je fais absolument mienne : « Comment, sous prétexte de réforme de l’Eglise ou de réforme de la vie religieuse, a-t-on pu vouloir dépouiller les églises et ôter au culte divin l’écrin de richesses qui lui est naturellement dû ? C’est, sans aucun doute, aller contre toute la sainte Tradition héritée des Apôtres et des Pères ! »

suc-de-sara-dans-la-lumiere-dautomne culte divin

A proximité du Mesnil-Marie : le Suc de Sara, dans la lumière d’une fin d’après midi d’octobre.

- Dimanche 6 octobre : solennité du Très Saint Rosaire & lundi 7 octobre : fête de Notre-Dame du Rosaire.

   Le même ami qui a dessiné le blason du Refuge Notre-Dame de Compassion, nous offre un drapeau fait sur son modèle, et il est dûment bénit après la Sainte Messe. 
Cet étendard, illustrant en langage héraldique ce qu’est le Refuge Notre-Dame de Compassion (cf. > ici), flotte joyeusement sur notre Mesnil-Marie en cette fête qui célèbre une prestigieuse victoire sur les ennemis de la Chrétienté, obtenue par l’intercession de la Madone, grâce aux ferventes supplications des dévots du Rosaire.
Alors je n’ai pu m’empêcher de penser à l’exhortation du saint prophète Jérémie : « Levate signum in Sion, confortamini, nolite stare : élevez un étendard en Sion, soyez fortifiés, ne vous arrêtez pas ! » (Jer. IV, 6a) ; et j’en ai été grandement consolé et rempli d’espérance !

blason_refuge-ndc Edith Piaf

jeudi 10 octobre :  C’est le cinquantième anniversaire de la mort d’Edith Piaf.

   Au Mesnil-Marie, nous avons relu l’ouvrage de Jacqueline Cartier et Hugues Vassal intitulé : « Edith et Thérèse – la sainte et la pécheresse ». C’est un livre que je recommande parce qu’il est bien propre à nous faire réfléchir sur l’incommensurable miséricorde de Notre-Seigneur et sur le mystère de la communion de saints.
Mais ici je veux seulement vous livrer ce témoignage rendu par Danielle Bonel, la secrétaire d’Edith Piaf, entre les bras de laquelle la chanteuse rendit son dernier soupir le 10 octobre 1963 : « Jusqu’à son dernier soupir, ayant vécu dans son intimité, je peux témoigner de sa foi en Dieu et de son amour infini pour Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, qu’elle priait chaque jour avec dévotion. Elle n’avait pas eu d’instruction religieuse, mais depuis son enfance elle vouait à Thérèse un véritable culte ; elle trouvait en elle la grande soeur pleine de tendresse et de compassion, capable de tout comprendre et de tout pardonner. Ses prières devant les statuettes et images du Carmel qui ne la quittaient jamais l’aidaient à surmonter ses souffrances ».

mont-gerbier-de-joncs-dans-la-lumiere-dautomne étendard

A proximité du Mesnil-Marie : le Mont Gerbier de Joncs – au pied duquel la Loire prend sa source – , dans la lumière d’une fin d’après midi d’octobre.

- Dimanche 13 octobre :

   Je suis très étonné par les réflexions de ces catholiques qui – au sujet de telle personnalité religieuse – se réjouissent et s’enflamment en faisant état des foules qui se pressent et qui acclament bruyamment, des non catholiques et des personnes habituellement promptes à critiquer la religion qui manifestent leur enthousiasme, des médias qui ne dissimulent pas leurs opinions favorables… etc.
L’engouement des foules manifeste-t-il un véritable progrès de l’Eglise ? Ces démonstrations populaires en tout identiques à celles qu’on retrouve auprès des hommes politiques, des acteurs ou des chanteuses servent-elles l’Evangile ? Est-ce vraiment un bon signe que d’être aimé des médias ?…

… je pense justement à cet avertissement si clair que l’on peut lire dans le Saint Evangile : « Malheur à vous quand les hommes vous loueront, car c’est ainsi que leurs pères ont agi avec les faux prophètes ! » (Luc VI, 26).

coeurvendeen faux prophètes

- Mercredi 9 octobre

   Le deux-cent-vingtième anniversaire de la reddition de Lyon, après un siège de deux mois. La ville sera dès lors livrée à la fureur vengeresse de la Convention : destructions, pillage, guillotine, fusillades, mitraillades collectives…

- Mercredi 16 octobre :

   Le deux-cent-vingtième anniversaire de l’assassinat de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette, et de la profanation des sépultures royales dans la basilique de Saint-Denys.

- Vendredi 18 octobre :

   Le deux-cent vingtième anniversaire de la mort héroïque de Monsieur de Bonchamps (j’en ai parlé > ici) et le deux-cent-quinzième anniversaire de l’exécution de Monsieur de Surville (j’en parlerai bientôt).

- Mercredi 23 octobre :

   La fête des Bienheureuses Ursulines de Valenciennes, martyrisées par la révolution en haine de la foi catholique (cf. > ici)…
Pendant ces quelques jours, nous ne cessons de faire mémoire de ces horreurs et de ces abominations sans nom par lesquelles on a cherché à mettre à mort la France chrétienne. 

   Et pendant ces mêmes quelques jours d’octobre 2013, à propos d’une famille de hors-la-loi, la bien-pensance s’exhibe avec tout son débordement de bons sentiments, de vibratos indignés dans la voix, de mains sur le coeur et de larmes à l’œil, de militantisme de bisounours humanitaires et fraternels…
Cette bien-pensance : les héritiers, les admirateurs, les continuateurs de ceux qui ont envoyé à la guillotine, à la fusillade, à la noyade, à la déportation, à la torture, dans les camps de concentration ou de « rééducation » – j’en passe et des meilleures – des millions d’innocents…

   Ah, non ! Pardon ! Ce n’étaient pas des innocents ! Il est impossible qu’ils aient pu être innocents ! De même qu’il est impossible que ceux qui ne partagent pas l’idéologie révolutionnaire soient aujourd’hui innocents !
L’innocence est la propriété exclusive des adeptes de la révolution : ils peuvent mentir, mais c’est innocemment ; ils peuvent voler, mais c’est innocemment ; ils peuvent tuer, mais c’est innocemment ; ils peuvent piller, mais c’est innocemment ; ils peuvent massacrer, mais c’est innocemment ; ils peuvent être hors-la-loi – en dehors de toutes les lois naturelles, de toutes les lois civiles, de toutes les lois morales, de toutes les lois divines -, mais c’est toujours innocemment !

lac-de-saint-martial-dans-la-lumiere-dautomne France

A proximité du Mesnil-Marie : le lac de Saint-Martial, dans la lumière d’une fin d’après midi d’octobre.

- Mardi 29  octobre :

   Je me réjouis, bien sûr, que quatre des otages français qui étaient retenus en Afrique soient libérés, mais je ne peux pas m’empêcher de penser à ces millions de français qui sont retenus en otages sur leur propre sol par un système politique impie et criminel commandé par la Franc-Maçonnerie ; et je ne cesse d’espérer le jour où ils seront, eux aussi, libérés !

160206538249 Gustave Thibon

   Ne l’oubliez pas, chers Amis : le mois de novembre que nous allons commencer est particulièrement dédié à la prière pour les défunts (cf. > ici & ici).
Mais dès à présent, Frère Maximilien-Marie et moi-même, nous vous souhaitons une belle et fervente fête de la Toussaint : que la contemplation de l’éternité bienheureuse dans laquelle vivent les saints et au sein de laquelle ils nous entraînent, soit une consolation dans les épreuves de cette vie, et une force dans les combats qu’il nous faut soutenir ici-bas !

Lully. 

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Pour aider à la vie et aux activités du Refuge Notre-Dame de Compassion > ici

Litanies de Notre-Dame des Victoires :

(pour la récitation privée)

       Comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire (cf. > ici), en rappelant les origines historiques de ce célèbre sanctuaire parisien, la fête de Notre-Dame des Victoires (qu’il faut distinguer de la fête patronale de l’archiconfrérie du Coeur immaculé de Marie refuge des pécheurs, célébrée le 16 janvier) se célèbre le quatrième samedi d’octobre.
Nous venons de retrouver, sur une ancienne image de dévotion, des litanies de Notre-Dame des Victoires, approuvées pour la dévotion privée (c’est-à-dire qu’elles ne peuvent pas être récitée au cours d’une cérémonie liturgique, contrairement aux litanies de la Sainte Vierge dites de Lorette), et nous en recopions avec plaisir le texte à l’intention de nos amis, dont  un grand nombre sont de fervents dévots de la Très Sainte Vierge honorée sous ce vocable.

   Ces litanies ont l’originalité de nous faire méditer, dans leur première partie, sur tous les événements de la vie de Notre-Dame, compris comme des épisodes triomphants de la grâce, lors même qu’ils peuvent apparaître au premier abord comme des moments de contradiction et d’épreuve ; puis dans un second temps de mettre en valeur le caractère universel de la médiation triomphante de notre Sainte Mère céleste, en faisant ressortir sa maternité spirituelle sur tous les élus de Dieu…

Litanies de Notre-Dame des Victoires : dans Chronique de Lully notre-dame-des-victoires

Seigneur, ayez pitié de nous (bis).
Jésus-Christ, ayez pitié de nous (bis).
Seigneur, ayez pitié de nous (bis).

Jésus-Christ, écoutez-nous (bis).
Jésus-Christ, exaucez-nous (bis).

Père Céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils Rédempteur du monde qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Notre-Dame des Victoires, priez pour nous.
Notre-Dame des Victoires, triomphante Fille du Père, priez pour nous.
Notre-Dame des Victoires, triomphante Mère du Fils, priez…
Notre-Dame des Victoires, triomphante Épouse du Saint Esprit,
Notre-Dame des Victoires, triomphante élue de la Très Sainte Trinité,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans votre conception immaculée,
Notre-Dame des Victoires, triomphant en écrasant la tête du serpent,
Notre-Dame des Victoires, triomphant de l’héritage d’Adam,
Notre-Dame des Victoires, triomphant sur tous nos ennemis,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans l’ambassade de l’Ange Gabriel,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans vos épousailles avec saint Joseph,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans la Crèche de Bethléem,
Notre-Dame des Victoires, triomphant au cours de la fuite en Égypte,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans votre exil,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans Votre humble logement de Nazareth,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans le recouvrement de l’Enfant divin au Temple,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans la vie terrestre de Notre Seigneur,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans Sa Passion et dans Sa Mort,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans Sa victorieuse Résurrection,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans Sa glorieuse Ascension,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans la venue de l’Esprit-Saint Paraclet,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans vos Douleurs,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans vos allégresses,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans votre accession à la céleste Jérusalem,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans la béatitude éternelle,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par les anges qui sont restés fidèles,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par les grâces données aux justes,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par les annonces des Prophètes,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par l’espérance sans faille des Patriarches,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par le zèle des Apôtres,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par la lumière des Evangélistes,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par la constance des Martyrs,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par la sagesse des Docteurs,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par l’héroïsme des Confesseurs,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par la pureté des Vierges,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans votre intercession toute-puissante,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans tous vos nombreux vocables,
Notre-Dame des Victoires qui intercédez pour nous maintenant et à l’heure de notre mort,

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V./ : Priez pour nous, ô Notre Dame des Victoires,
R./ : Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prions :

Dieu Éternel et Tout-Puissant, qui, par la maternité virginale de la Bienheureuse Vierge Marie, avez offert au genre humain les trésors du salut éternel, accordez-nous, nous Vous en supplions, de sentir qu’intervient en notre faveur Celle qui nous permit d’accueillir l’Auteur de la Vie, Jésus-Christ, Votre Fils, qui,avec Vous, vit et règne dans l’unité du Saint Esprit, un seul Dieu pour les siècles et les siècles.

Ainsi soit-il !

Louis XIII présente à Marie les plans de N.D. des Victoires

2013-78. « Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations ».

       Nous approchons de la fête du Christ-Roi, célébrée bien sûr le dernier dimanche d’octobre selon le calendrier catholique traditionnel (voir > ici).
Dans cette perspective, il m’a paru important de vous inviter à méditer sur quelques courts passages particulièrement forts de l’ouvrage du Rd. Père Théotime de Saint-Just intitulé « La Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ, d’après le Cardinal Pie » (1923 – réédité par les éditions de Chiré en 1988).

   A défaut de pouvoir recopier ci-dessous la totalité du chapitre deux, de la section deux de la deuxième partie de cet ouvrage, en voici quelques lignes qui me paraissent d’une effrayante actualité, et ne peuvent que nous stimuler à prier – dans une ferveur décuplée – avec les paroles embrasées de l’acte de consécration du genre humain au Sacré-Coeur du Christ-Roi prescrit pour la récitation publique en cette fête (cf. > ici) :

   « Beaucoup ne vous ont jamais connu, beaucoup ont méprisé vos commandements et vous ont renié. Miséricordieux Jésus, ayez pitié des uns et des autres et ramenez-les tous à votre Sacré Cœur ! »

2013-78. « Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations ». dans Chronique de Lully christ-roi

Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations !

       Guidés par le grand évêque de Poitiers, considérons les périls et les maux occasionnés à la société elle-même, par son refus de reconnaître les droits de Jésus-Christ sur elle.

   Dieu a fait de la loi du talion la grande loi de l’histoire. C’est là un principe que nous rappelle constamment Mgr Pie :

   « La grande loi, nous dit-il, la loi ordinaire de la Providence dans le gouvernement des peuples, c’est la loi du talion. Comme les nations font à Dieu, Dieu fait aux nations ».

   La société moderne ignore Dieu, Jésus-Christ, l’Eglise.

   « Eh bien ! conclut-il, nous ne craignons pas de le dire : à un tel ordre de choses, partout où il existera, Dieu répondra par cette peine du talion qui est une des grandes lois du gouvernement de sa Providence. Le pouvoir qui comme tel, ignore Dieu, sera comme tel ignoré de Dieu… Or, être ignoré de Dieu, c’est le comble du malheur, c’est l’abandon et le rejet le plus absolu ».

   Et encore :

   « Œil pour œil, dent pour dent, quand il s’agit des nations qui ne doivent point revivre pour recevoir le châtiment dans l’autre monde, cette loi du talion finit toujours par s’accomplir sur la terre. Quiconque me confessera devant les hommes, dit le Seigneur, je lui rendrai témoignage pour témoignage, mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai à la face du ciel et de la terre ».

   Ainsi, pour Mgr Pie, Dieu use de très justes représailles contre la société rebelle à son Fils Roi.
Quelles ont été et quelles sont encore ces représailles? (…) L’évêque de Poitiers a étudié tout particulièrement les conséquences terribles de l’apostasie de notre patrie et il nous a montré que cette grande nation, rejetant la royauté de Jésus-Christ, avait attiré sur elle les plus grands malheurs et introduit dans son organisme social tous les germes de la mort et de la décomposition.

   Tous les fléaux qui se sont abattus sur nous depuis la grande révolution (…) ont été la punition de cette apostasie (…).
Les fléaux, première représaille de la justice divine, mais ils sont transitoires. A une apostasie qui devient permanente, Dieu veut répondre par un châtiment permanent.
Ce châtiment, plus terrible que les fléaux, c’est la décadence morale de la société. (…) Mgr Pie établit, par des arguments irrésistibles, que toute société qui rejette Dieu ne tarde pas à tomber dans la plus profonde décadence morale. Ecoutons-le :

   « (…) Tout s’en va, tout dépérit. Cela encore vous étonne ; il eût été facile de le prévoir…
Car la législation qui fait profession de neutralité et d’abstention concernant l’existence de Dieu, sur quel fondement établira-t-elle sa propre autorité ?
En me permettant de ne pas reconnaître Dieu, ne m’autorise-t-elle pas à la méconnaître elle-même ?
Nous n’avons pas voulu, me dites-vous, mettre le dogme dans la loi.
Et moi je vous réponds : si le dogme de l’existence de Dieu ne se trouve plus dans la loi, la raison de la loi ne se trouve plus dans la loi, et la loi n’est qu’un mot, elle n’est qu’une chimère ».

cardinal-edouard-pie apostasie dans De liturgia

Monseigneur Pie, évêque de Poitiers, futur cardinal.

Prière et litanies en l’honneur de la Bienheureuse Agnès de Jésus :

     Au Mesnil-Marie, où nous avons la joie de posséder l’une de ses reliques, nous avons une vénération particulière pour la Bienheureuse Agnès de Jésus (Galand), souvent appelée Agnès de Langeac, dont la fête se célèbre le 19 octobre.
Je vous avais résumé sa vie dès les premières pages de ce blogue (cf. > ici). Voici aujourd’hui une prière pour obtenir des grâces par son intercession, ainsi que des litanies en son honneur (approuvées pour la récitation privée en juin 1934).

Prière et litanies en l'honneur de la Bienheureuse Agnès de Jésus : dans Chronique de Lully frise-avec-lys-naturel-300x40

Prière pour demander une grâce
par l’intercession de la Bienheureuse Agnès de Jésus :

   Seigneur Jésus-Christ, qui avez accordé à la Bienheureuse Agnès d’accomplir en toutes choses Votre sainte volonté, de chercher en toutes circonstances Votre gloire, et de se livrer entièrement à Votre amour pour travailler au salut des âmes, nous Vous supplions, par son intercession, de nous accorder la grâce de …….., si elle peut contribuer à la glorification de Votre Saint Nom et être utile à notre bien véritable.

   O Bienheureuse Agnès de Jésus, nous ne pouvons douter de votre compassion pour nous : priez donc, nous vous le demandons humblement, pour nous obtenir par dessus tout, d’être toujours fidèles à Notre-Seigneur et chaque jour plus généreux dans son service.

Ainsi soit-il !

agneslangeacph1 19 octobre dans De liturgia

Litanies de la Bienheureuse Agnès de Jésus :

Seigneur, ayez pitié de nous (bis).
Jésus-Christ, ayez pitié de nous (bis).
Seigneur, ayez pitié de nous (bis). 

Jésus-Christ, écoutez-nous (bis).
Jésus-Christ, exaucez-nous (bis).

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous.
Sainte Vierge des Vierges, priez pour nous.

Bienheureuse Agnès, chef d’oeuvre et prodige de la grâce, priez pour nous.
Bienheureuse Agnès, sanctuaire de toutes les vertus, priez…
Bienheureuse Agnès, trésor des dons du Saint Esprit,
Bienheureuse Agnès, vase de perfection,
Bienheureuse Agnès, fidèle épouse de l’Agneau Céleste,
Bienheureuse Agnès, vivante image de Jésus Crucifié,
Bienheureuse Agnès, amante passionnée de l’eucharistie,
Bienheureuse Agnès, esclave bien-aimée de la très sainte Vierge,
Bienheureuse Agnès, sœur et amie des anges,
Bienheureuse Agnès, vraie fille de Saint Dominique,
Bienheureuse Agnès, parfaite imitatrice de Sainte Catherine de Sienne,
Bienheureuse Agnès, séraphin d’amour,
Bienheureuse Agnès, admirable contemplative,
Bienheureuse Agnès, exemple de prière continuelle,
Bienheureuse Agnès, fleur de piété et de modestie,
Bienheureuse Agnès, vierge innocente,
Bienheureuse Agnès, lys de pureté,
Bienheureuse Agnès, colombe de simplicité,
Bienheureuse Agnès, abîme d’humilité,
Bienheureuse Agnès, rose de patience,
Bienheureuse Agnès, modèle de pénitence et de mortification,
Bienheureuse Agnès, victime avide de souffrances et de sacrifices,
Bienheureuse Agnès, encens de suave odeur devant Dieu,
Bienheureuse Agnès, foyer de Charité,
Bienheureuse Agnès, ange de douceur,
Bienheureuse Agnès, apôtre altéré du Salut des âmes,
Bienheureuse Agnès, mère et providence des pauvres,
Bienheureuse Agnès, lumière de la vie religieuse,
Bienheureuse Agnès, miroir d’obéissance,
Bienheureuse Agnès, gardienne scrupuleuse de la Règle,
Bienheureuse Agnès, prieure très prudente,
Bienheureuse Agnès, précurseur et prophète de l’oeuvre des séminaires,
Bienheureuse Agnès, confidente des secrets du Paradis,

Agneau de Dieu, qui enlevez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui enlevez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui enlevez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V./ Priez pour nous, Bienheureuse Agnès de Jésus,
R./ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prions :

     Seigneur, qui avez daigné faire de la Bienheureuse Agnès de Jésus une merveille de grâce, accordez-nous par ses mérites et son intercession, de pratiquer, selon son exemple, de solides et généreuses vertus, et de croître de plus en plus dans Votre doux Amour. Nous Vous le demandons par Jésus-Christ, Votre Fils et Notre-Seigneur qui vit et règne avec Vous dans l’unité du Saint-Esprit pour les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

frise-avec-lys-naturel Bienheureuse Agnès de Jésus dans Nos amis les Saints

2013-77. In memoriam : Charles-Melchior Artus, marquis de Bonchamps.

- 18 octobre 1793 -

Anniversaire de la mort
de
Charles-Melchior Artus de Bonchamps 

2013-77. In memoriam : Charles-Melchior Artus, marquis de Bonchamps. dans Chronique de Lully charles-melchior-artus-marquis-de-bonchamps

« J’ai servi mon Dieu, mon Roi, ma Patrie. J’ai su pardonner. »

   Charles-Melchior Artus, marquis de Bonchamps, est né le 10 Mai 1760 au château du Crucifix (aujourd’hui détruit, seul un calvaire en marque le lieu), à Juvardeil, paroisse angevine de la partie orientale du Segréen, sur la rive droite de la Sarthe.

   A l’âge de 16 ans, il s’engage dans le régiment d’Aquitaine : à 22 ans (1782), il est lieutenant et combat en Inde contre les Anglais, dans le régiment du Bailli de Suffren ; à 27 ans (1787), il est capitaine de grenadiers.
En 1789, il épouse Marie Renée Marguerite de Scépeaux. Comme il est en désaccord avec les idées de la révolution, il se retire des cadres de l’armée et, avec sa jeune épouse, vient s’installer dans les Mauges, en son château de la Baronnière, sur la paroisse de La Chapelle-Saint-Florent, au sud du Marillais, à une lieue environ de Saint-Florent-le-Vieil.
Néanmoins, un peu plus tard il reprend du service et, le 10 Août 1792, il participe à la défense des Tuileries (cf. > ici) : à cette occasion, il sauve la vie de Henri de La Rochejaquelein.

bonchamps-blason 18 octobre dans Lectures & relectures

Armoiries de la famille Artus de Bonchamps :
De gueules à deux triangles vidés d’or entrelacés en forme d’étoile

   Au lendemain de l’insurrection qui éclate à Saint-Florent-le-Vieil le 12 mars 1793, lorsque les paysans décident de se choisir un chef, ils viennent – comme tout naturellement – chercher Bonchamps : dans un premier temps celui-ci refuse, car il ne croit pas aux chances de ce soulèvement ; puis il prend la tête de ces hommes dont il fera les meilleurs soldats de l’insurrection, surnommés « les Bonchamps ».
Avec eux, le 3 mai, il s’empare de Bressuire et se dirige ensuite – avec La Rochejaquelein - vers Thouars, qu’ils emportent le 5 : ils gracient les prisonniers et libèrent également le général républicain Quétineau, auquel ils proposent de rester avec eux en tant que prisonnier sur parole ; Quétineau refuse, ne voulant pas passer pour traître, ce qui ne l’empêchera pas d’être jugé, condamné à mort et exécuté par les siens.
Le 25 mai, Bonchamps et ses hommes partent à l’assaut de Fontenay tenue par 4.000 bleus. Bonchamps est blessé par un hussard à qui il vient de faire grâce : malgré les exemples de leur chef, ses soldats, furieux, massacreront une soixantaine de bleus pour ne pas laisser échapper le coupable ! Fontenay est prise, mais Bonchamps doit aller se reposer au château de Laubedière, à La Gaubretière.
Le 12 juin 1793, il est présent à Saumur où, avec les autres chefs vendéens, il élit Jacques Cathelineau (cf. > ici) comme premier généralissime de la grande Armée Catholique et Royale.

   Devant le Conseil, il ne cessera de défendre son plan qui consiste à traverser la Loire pour soulever l’Anjou, la Bretagne et la Normandie. Cependant, c’est le plan de Cathelineau qui est retenu : s’emparer de Nantes.
A la tête de 7.000 hommes, Bonchamps s’empare de Varades, d’Ancenis et de Oudon avant d’attaquer Nantes, le 29 Juin, par la route d’Angers, dans le faubourg de Saint Donatien.
Malgré de lourdes pertes, l’armée avance jusqu’à la cathédrale Saint Pierre, au cœur de la ville. Toutefois, n’ayant aucune nouvelle des troupes de Charette ni de celles de Cathelineau, il recule vers Ancenis : en fait, Cathelineau a été mortellement blessé, et l’Armée Catholique et Royale doit se replier.

coeurvendeen 18 octobre 1793 dans Memento

   Blessé à Châtillon, le 5 juillet, lors de la victoire sur les troupes commandées par Westermann, Bonchamps est transporté au château de Jallais : il ne peut participer au conseil qui, le 19 juillet, élit Maurice de Gigost d’Elbée (cf. > ici) comme nouveau généralissime ; Cathelineau en effet a rendu son âme à Dieu le 14 juillet.
Sans illusion, d’Elbée confie à Poirier de Beauvais : « Je ne suis pas à ma place ; il est un autre homme qu’on aurait dû faire généralissime et toutes nos affaires eussent prospéré !… Il faut être obéi, et je ne le suis pas. C’est là, n’en doutez pas, le vrai motif pour lequel on n’a pas nommé Monsieur de Bonchamps. On est convaincu qu’il est plus militaire que je ne le suis, mais aussi qu’il a plus de fermeté, et qu’avec moi l’on fera ce que l’on voudra, parce qu’on suppose que je n’irai point sévir contre des gens qui marquent par leur naissance, leurs propriétés et leur influence. Oui, si Monsieur de Bonchamps était à ma place tout irait bien ; dans ce cas, je me ferais honneur d’être son aide de camp ».
Bonchamps, le bras en écharpe, se rend le 17 septembre à Cholet, où les chefs vendéens sont rassemblés. Ils décident d’anéantir l’armée de Mayence de Kléber, à Torfou : Charette et Lescure doivent attaquer d’un côté, pendant que d’Elbée et Bonchamps prennent l’autre flanc.
Bonchamps attaque trois fois de suite les troupes de Kléber, mais la diversion de Charette et Lescure n’a pas lieu, et il est repoussé trois fois, sans toutefois être mis en déroute. Les généraux vendéens ont tout de même l’avantage mais ils attendaient un succès plus complet.

coeurvendeen Bonchamps dans Vexilla Regis

   D’Elbée et Bonchamps viennent ensuite attaquer Westermann à Châtillon, le 10 octobre, pour lui barrer la route de Cholet. Les paysans vendéens ne peuvent lutter avantageusement dans la nuit : la petite ville dans laquelle s’entassent 30.000 royalistes tombe aux mains de 1.500 républicains.

   Bleus et Blancs se retrouvent à Cholet le 17 Octobre 1793 : c’est l’une des plus grandes bataille de la guerre de Vendée. La Rochejaquelein conduit la droite de l’armée vendéenne, Stofflet et Marigny arrivent à gauche,  d’Elbée et Bonchamps attaquent au centre.
Craignant l’issue du combat, Bonchamps donne l’ordre à Autichamps et à Talmond de prendre Varades, en vue de permettre à l’Armée Catholique et Royale de traverser la Loire, en cas de déroute.

   La division de La Rochejaquelein fonce en tête et s’empare de la forêt de Cholet. D’Elbée et Bonchamps attaquent la brigade de Marceau : ils écrasent les premiers rangs, puis le combat se stabilise ; nul n’avance ni ne recule.
La Rochejaquelein commence à faiblir tandis que, à gauche, dans le bois Grolleau, Stofflet et Marigny n’arrivent pas à prendre le dessus. La bataille est indécise. 
Haxo harcelle la division de La Rochejaquelein qui finit par se disloquer. Et c’est le carnage !
L’armée républicaine poursuit les Royalistes épuisés. Le massacre ne s’arrête qu’à la nuit tombée. Bonchamps et d’Elbée ont été mortellement blessés.
Bonchamps est frappé au moment où il prend connaissance d’un message d’Autichamp et de Talmond qui annonce la prise de Varades.
La Vendée est en flammes ; une foule immense se rue vers la Loire… vers ce qu’elle pense être son salut.
Le passage du fleuve commence à l’aide d’une vingtaine de barques le 18 Octobre 1793.

bonchamps-blesse-passe-la-loire-apres-la-2e-bataille-de-cholet Charles-Melchior Artus de Bonchamps

Bonchamps, mortellement blessé, est transporté dans une barque sur la rive droite de la Loire
après la défaite du 17 octobre 1793 à Cholet (vitrail de l’église du Pin en Mauges) ;
c’est au cours de ce transport qu’il dit au prêtre qui l’assiste :
« J’ai servi mon Dieu, mon Roi, ma Patrie. J’ai su pardonner ».

   A Saint-Florent-Le-Vieil, sont détenus cinq mille prisonniers républicains dans l’abbatiale et dans le parc.
Que faut-il en faire ? L’avis général est de les fusiller ; toutefois, prisonniers depuis plusieurs mois, ils ne sont pas la cause des massacres actuels.

Bonchamps est mis au courant de la délibération du conseil de guerre, et il envoie demander la grâce des prisonniers.
Il n’est d’ailleurs pas le seul : Lescure agonisant ne veut pas non plus du massacre, et les habitants de Saint-Florent refusent que leur ville soit associée à cette tuerie. Les dernières volontés de Bonchamps seront déterminantes. Voici le récit qu’en a laissé son épouse :

   « Monsieur de Bonchamps, après sa blessure, a été transporté à Saint-Florent, où se trouvent 5 000 prisonniers renfermés dans l’église. La religion avait jusqu’alors préservé les Vendéens de représailles sanguinaires ; mais lorsqu’on leur annonça que mon infortuné mari était blessé mortellement, leur fureur égala leur désespoir ; ils jurèrent la mort des prisonniers.
Monsieur de Bonchamps avait été porté chez Monsieur Duval, dans le bas de la ville. Tous les officiers de son armée se rangèrent à genoux autour du matelas sur lequel il était étendu, attendant avec anxiété la décision du chirurgien. Mais la blessure ne laissait aucune espérance ; monsieur de Bonchamps le reconnut à la sombre tristesse qui régnait sur toutes les figures. Il chercha à calmer la douleur de ses officiers, demanda avec instance que ses derniers ordres fussent exécutés, et aussitôt il prescrivit que l’on donnât la vie aux prisonniers ; puis se tournant, vers d’Autichamp, il ajouta : « Mon ami, c’est sûrement le dernier ordre que je vous donnerai, laissez-moi l’assurance qu’il sera exécuté ».
En effet, cet ordre, donné sur son lit de mort, produisit tout l’effet qu’on en devait attendre ; à peine fut-il connu des soldats que de toutes parts ils s’écrièrent : « Grâce ! Grâce ! Bonchamps l’ordonne ! ». Et les prisonniers furent sauvés
. »

grace-aux-prisonniers-bonchamps-mourant Charles-Melchior de Bonchamps

« Grâce ! Grâce ! Bonchamps l’ordonne ! »
(vitrail de l’église du Pin en Mauges).

   Au hameau de La Meilleraie, Bonchamps rendit son dernier soupir ce 18 octobre 1793 vers 23h : comme Notre-Seigneur Jésus-Christ il était âgé de trente-trois ans et demi et, comme Lui, il avait, en mourant, fait entendre des paroles de pardon et de miséricorde.

   Au cours de la nuit, il fut enterré dans le cimetière de Varades, tout fut fait pour que sa sépulture demeure inconnue des républicains.
Certains récits prétendent que malgré ces précautions, les bleus le déterrèrent et envoyèrent sa tête à Paris. Cette version des faits n’est pas recevable, nous le verrons plus tard.

   Le 19 Octobre 1793, Merlin de Thionville écrivit au Comité de Salut Public : « D’Elbée est blessé à mort. Bonchamps n’a plus que quelques heures à vivre. Ces lâches ennemis de la Nation ont, à ce qui se dit ici, épargné plus de quatre mille des nôtres qu’ils tenaient prisonniers. Le fait est vrai, car je le tiens de la bouche même de plusieurs d’entre eux. Quelques-uns se laissaient toucher par ce trait d’incroyable hypocrisie. Je les ai pérorés, et ils ont bientôt compris qu’ils ne devaient aucune reconnaissance aux Brigands… Des hommes libres acceptant la vie de la main des esclaves ! Ce n’est pas révolutionnaire… N’en parlez pas même à la Convention. Les Brigands n’ont pas le temps d’écrire ou de faire des journaux. Cela s’oubliera comme tant d’autres choses… ».

   Toutefois, beaucoup des prisonniers républicains de Saint-Florent qui eurent la vie sauve grâce au pardon de Bonchamps n’ont pas oublié. Pierre Haudaudine, révolutionnaire nantais qui était du nombre, recueille le 14 Octobre 1794 de nombreuses signatures de ses anciens compagnons : « Nous soussignés, habitants de Nantes, déclarons et attestons sur l’honneur qu’ayant fait partie des prisonniers républicains qui se trouvèrent, le 18 Octobre 1793, entassés, au nombre de cinq mille cinq cents environ, à Saint-Florent-le-Vieil, où notre délivrance eut lieu le lendemain par l’armée républicaine, nous ne dûmes notre salut, à cette fatale époque, qu’au caractère noble et généreux de M. de Bonchamps, l’un des généraux de l’armée vendéenne, qui peu d’instant avant sa mort, parvint par ses exhortations, à contenir la fureur de ses troupes, et leur fit même la défense la plus vigoureuse d’attenter à la vie des prisonniers, dont le sacrifice paraissait résolu. »

   Madame de Bonchamps et sa fille, condamnées à mort par le tribunal militaire du Mans, furent sauvées par cette intervention du révolutionnaire nantais.

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Tombeau de Bonchamps dans l’abbatiale de Saint-Florent-le-Vieil, oeuvre de David d’Angers.

   Parmi les soldats républicains sauvés par le pardon de Bonchamps à l’agonie, se trouvait aussi le père de Pierre-Jean David, plus connu sous le nom de David d’Angers.
A la Restauration, Madame de Bonchamps fit exhumer les restes de son époux : en 1817, la tombe du cimetière de Varades fut ouverte et la dépouille du général fut d’abord transférée dans une chapelle du cimetière de La Chapelle Saint-Florent. Mais, huit ans plus tard, le 18 juin 1825, un nouveau transfert, solennel, eut lieu, lorsque le magnifique mausolée ciselé par le talent et la reconnaissance de Pierre-Jean David fut achevé dans l’église abbatiale de Saint-Florent-le-Vieil.
La reconnaissance des ossements du général-marquis de Bonchamps mentionne alors la présence de son crâne, ce qui infirme donc la légende de la décapitation de sa dépouille et de l’envoi de sa tête à la Convention.

fleur-de-lys héros chrétien

   « J’ai servi mon Dieu, mon Roi, ma Patrie. J’ai su pardonner ». Le témoignage que s’est rendu à lui-même le héros mourant était juste, et il demeure pour chacun de nous un splendide exemple : servir les causes justes, jusqu’au don le plus total ; savoir se battre pour elles avec toute notre énergie ; mais ne jamais pour autant laisser de place à la haine et à la vengeance à l’intérieur de nos âmes.

statue-de-bonchamps-par-david-dangers marquis de Bonchamps

2013-76. « Le caractère ferme et résolu dont cette princesse était éminemment douée ne lui permit jamais de plier aux circonstances même les plus difficiles ».

- 16 octobre -

Anniversaire de l’exécution
de

Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette.

   Indépendamment des fêtes liturgiques qui illustrent ce jour, le 16 octobre ramène le triste anniversaire de l’exécution de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette.
Après avoir publié la dernière lettre de l’infortunée souveraine, improprement appelée « testament » (cf. > ici) ainsi que la photographie des toutes dernières lignes qu’elle traça sur la page de garde de son livre d’heures (cf. > ici), nous voulons faire connaître une oraison funèbre publiée en 1814, œuvre d’un certain F. Roullion-Petit dont nous confessons ne rien connaître par ailleurs.
Si cette œuvre présente d’évidentes imperfections d’ordre historique – mais qui pouvait alors connaître avec précision ces détails que d’actuels chercheurs commencent seulement à mettre en valeur ? – , elle n’en est pas moins remarquable par le style (tant de prêtres actuellement sont incapables de parler et d’écrire correctement notre belle langue !) et par les sentiments qui l’animent.
Afin d’en faciliter la lecture nous avons modernisé l’orthographe, mais avons scrupuleusement conservé la ponctuation de l’opuscule que nous avons eu en mains.
Nous avons été spécialement sensibles aux dernières lignes de cette oraison funèbre qui, même en dehors du contexte de la Restauration et de la dédicace à Madame la duchesse d’Angoulême – l’unique survivante de l’horrible tour du Temple – , peuvent encore aujourd’hui exprimer nos plus chères espérances pour la France à travers le rétablissement providentiel des Lys et des légitimes héritiers de la Couronne. A cette belle péroraison pouvons-nous dire autre chose qu’un vibrant « ainsi soit-il » ?
« Dieu tout puissant, Vous seul pouvez opérer cet éclatant phénomène ; Vous seul pouvez recueillir et rétablir sur leur sol natal ces rameaux épars et dispersés ; Vous seul pouvez assurer un abri tutélaire à cette fleur tendre et délicate, échappée, comme par miracle, aux secousses les plus violentes des vents les plus impétueux : sauvée sous l’égide de Votre divine bonté, elle offrira un jour le spectacle le plus touchant et le plus admirable ; elle paraîtra au milieu de ce peuple naguère livré aux plus funestes égarements : sa présence sera celle de l’ange consolateur ; devant elle marcheront la paix, la concorde et le bonheur. Avec quel ravissement tout un peuple, ivre d’amour, de joie et d’espérance, contemplera cette heureuse production sur laquelle la nature s’est plu à verser ses dons les plus riches, et la Providence ses faveurs les plus signalées et les plus extraordinaires. »

2013-76. « Le caractère ferme et résolu dont cette princesse était éminemment douée ne lui permit jamais de plier aux circonstances même les plus difficiles ». dans Chronique de Lully frise-lys-300x40

vitrail-de-lexecution-de-s.m.-la-reine-marie-antoinette-eglise-de-la-boissiere-de-montaigu 16 octobre dans Lectures & relectures

Vitrail représentant l’exécution de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette
(église de La Boissière de Montaigu – Vendée) 

Oraison funèbre
de
Marie-Antoinette,
archiduchesse d’Autriche,
fille de l’Impératrice-Reine Marie-Thérèse,
femme de Louis XVI

dédiée à Son Altesse Royale Madame,
Duchesse d’Angoulême

par F. Rouillion-Petit,
ancien professeur d’éloquence et de philosophie.

Paris
1814

   Il est des âmes privilégiées à qui la nature semble avoir départi des forces surnaturelles qui les élèvent au-dessus de tous les événements, en leur inspirant, au milieu des plus grands périls, cette courageuse fermeté que rien ne peut ébranler. Ces caractères augustes, bien faits pour exciter l’étonnement et l’admiration, n’empruntent leur éclat, ni de la fortune, ni de la grandeur : il semble au contraire que c’est dans les épreuves de la plus cruelle adversité qu’ils puisent leur force et leur résistance ; et que plus les obstacles se multiplient et les dangers s’accroissent ; plus leur volonté se roidit, plus leur caractère se raffermit. Horace s’était dignement pénétré de l’énergie de ces sortes de caractères, lorsque parlant de l’homme, fort et robuste, il dit, pour peindre d’un seul trait, ce courage inébranlable, qui n’est susceptible d’aucune crainte ; que l’univers entier s’écroulerait vainement sous ses pieds, on le verrait calme et paisible au milieu de cette épouvantable catastrophe.
Ces êtres d’une espèce rare et extraordinaire semblent commander par eux-mêmes le respect et l’admiration. Tant est grand et irrésistible l’ascendant d’un noble caractère, le pouvoir d’une vertu qui ne se laisse ni séduire ni intimider ! Un pareil spectacle est imposant, et mérite bien sans doute de fixer les regards des faibles mortels. Mais si à cette admirable qualité viennent se joindre la pompe des grandeurs, l’éclat du rang, la splendeur des dignités, une origine des plus illustres, de quelle vive émotion, de quels transports de respect et d’enthousiasme ne sommes-nous pas pénétrés, en contemplant l’auguste victime qui, livrée aux traits de la plus affreuse persécution, en butte à tous les outrages de l’infortune et de la calamité, voyant se ramasser sur sa tête toutes sortes d’orages et de tempêtes, aperçoit autour d’elle les éclats de la foudre ; et après avoir vu périr de la manière la plus épouvantable tout ce qui l’intéresse, tout ce qui l’attache à l’existence, est-elle même frappée du coup funeste ; et tombe victime courageuse des coups terribles auxquels la fragilité humaine ne peut se soustraire ; sans que sa vertu découvre la moindre faiblesse, sans que son courage se démente un seul instant.
Tel est le spectacle intéressant que nous présente Marie-Antoinette, Reine de France, dans cette lutte pénible et douloureuse, où la révolte aux prises avec l’autorité, après avoir déchiré la monarchie par lambeaux, porta ses mains criminelles, sur les dépositaires de la puissance souveraine ; et se souilla du sang de ces victimes illustres, qui méritèrent à tant de titres les respects et l’admiration du monde entier.

   Digne fille de Marie-Thérèse, dès l’aurore de sa vie, tout annonçait dans cette princesse une âme grande et fière. A peine âgée de quinze ans, elle fut mariée à Louis XVI, et fut reçue en France, comme un ange consolateur qui devait faire oublier les malheurs du long règne de Louis XV. Elle parut au milieu du peuple le plus aimant de la terre sous le cortège des grâces et de la beauté : au port le plus majestueux, aux yeux les plus beaux et les plus expressifs, à la taille la plus élégante et la plus noble, elle joignait un esprit vif, une humeur enjouée, un caractère ferme et décidé, un ton de grandeur et de fierté même, qui décélait l’éclat et la majesté du rang, et qui semblait annoncer l’auguste fille des Césars. Des fêtes et des réjouissances célébrèrent cette glorieuse union que tous les français accueillirent avec les transports de l’enthousiasme : un accident funeste qu’une sage prévoyance aurait dû prévoir et empêcher, couvrit d’un crêpe funèbre des jours consacrés à la joie et aux plus douces réjouissances ; et sembla préluder à ce long tissu de peines et de souffrances, dont l’auguste couple devait être enveloppé.
Ainsi dès le début d’une navigation, s’il survient dans le bâtiment quelqu’accident funeste, la tristesse s’empare de tout l’équipage, qui dès lors calcule et prévoit en quelque sorte tous les périls attachés à sa périlleuse entreprise.
L’événement pénible qui avait attristé tous les coeurs développa l’âme sensible et généreuse de Marie-Antoinette. On la vit, avec autant d’attendrissement que de reconnaissance, partager avec son époux le soin douloureux de secourir et consoler les familles infortunées, qu’une circonstance malheureuse avait condamnées aux larmes et à la douleur. Tout annonçait dans la jeune princesse une âme grande et généreuse ; et le peuple se plaisait à la contempler comme le digne objet qui devait fixer ses plus chères espérances. Fatiguées de ce tableau journalier de relâchement et de licence, dont les derniers temps du règne de Louis XV présentaient l’affligeant spectacle, la cour et la ville voyaient avec ravissement la jeune dauphine offrir le modèle des moeurs pures et innocentes et de la beauté embellie par la décence : ses grâces, son esprit, son amabilité enchantaient tout le monde, et la rendaient chaque jour plus chère aux français ; les tracasseries que lui faisait éprouver la favorite, ne faisaient qu’ajouter au vif intérêt dont elle était l’objet.
Forte de la tendresse de l’attachement de son auguste époux, elle supporta avec calme et dignité des dégoûts, qui ne pouvant être que passagers et de peu de durée, ne firent qu’effleurer son âme sensible et fière. Occupée uniquement du bonheur de Louis XVI, elle oubliait les torts injustes du vieux monarque ; et les écarts d’une créature, vile à ses yeux, ne devaient point altérer la douce sérénité de son coeur.
Le temps, ce destructeur impitoyable, qui, dans sa marche constante et rapide, entraîne indifféremment le monarque et les sujets, devait changer cet ordre de choses ; et en arrachant les jeunes époux à une dépendance pénible devait aussi leur faire parcourir le cercle douloureux des vicissitudes les plus accablantes. A peine assis sur le trône de ses pères, Louis XVI vit s’entr’ouvrir sous ses pas un abîme profond qui dut l’effrayer et l’intimider. Dans la circonstance difficile où il se trouva placé, Marie-Antoinette lui traça plus d’une fois la marche qu’il devait suivre, et lui offrit souvent des conseils, où brillèrent à la fois sa pénétration, sa politique et son courage ; et l’histoire, en peignant ces temps désastreux, prouvera sans doute, que, si Marie-Antoinette avait tenu les rènes de l’état, elles n’eussent point flotté incertaines dans ses mains ; que la révolte et la violation des principes eussent été comprimés dès leur origine ; qu’un prince du sang n’aurait pas offert impunément l’exemple scandaleux d’un perturbateur et d’un factieux qui poussa l’oubli de ses devoirs les plus sacrés, au point de venir jusques sur les marches du trône, prêt à l’ensanglanter et à s’y assoir ; et si la fortune injuste et capricieuse eût trahi son noble courage et sa ferme intrépidité, elle aurait su du moins par un courageux dévouement tracer aux têtes couronnées un exemple illustre et mémorable.

   Le caractère ferme et résolu dont cette princesse était éminemment douée ne lui permit jamais de plier aux circonstances même les plus difficiles : courageuse au point de braver les plus grands périls et de vouloir maîtriser les événements par le seul ascendant d’une volonté inflexible, elle dédaigna trop peut-être cet art mensonger d’une politique prévoyante qui sait composer avec la nécessité, en ménageant ou caressant même des passions dangereuses : l’esprit de condescendance ne pouvait dans elle s’allier avec cette marche fixe et régulière que lui traçait son grand caractère : aussi, nous ne craignons pas de l’avouer, cette volonté poussée quelquefois en quelque sorte jusqu’à l’opiniâtreté put compromettre sans doute les intérêts de la monarchie, tandis qu’en s’écartant momentanément de la règle austère des principes, il eut été possible, facile même de produire les plus heureux changements : en effet, si l’on transporte sa pensée vers ces temps orageux qui nous offrirent les premiers actes du drame révolutionnaire, qui pourrait disconvenir que les hommes influents qui dirigeaient la révolution et sapaient chaque jour le trône jusqu’aux fondements, pouvaient être accessibles aux faveurs de la cour, et se laisser influencer par les chatouillements de l’ambition ? N’est-on pas persuadé, convaincu, que des talents fameux qui mettaient impitoyablement la monarchie en lambeaux, auraient certainement changé de rôle, si la Reine par l’inflexibilité de ses principes, n’eût empêché les résultats d’une politique commandée impérieusement par la nécessité la plus rigoureuse. Mirabeau, le célèbre Mirabeau, eût sans contredit cessé d’être l’orateur du peuple, dès le moment où il serait devenu le ministre de Louis XVI ; et ce colosse révolutionnaire, après avoir ébranlé la monarchie, et l’avoir poussée jusques sur le pendant de l’abîme, aurait pu la rétablir peut-être dans toute sa force et sa splendeur, si Marie-Antoinette dirigée par des principes immuables qui ne lui permettaient point de capituler avec les ennemis de la couronne, ne s’était opposée à ce qu’il fût appelé au ministère.
Ainsi le chêne majestueux, dédaignant la souplesse du roseau, n’incline point sa tête superbe sous les coups redoublés des vents les plus impétueux ; et le roi des forêts sera déchiré, déraciné, plutôt que de se courber devant les plus fiers ouragans.

   Cependant les événements se pressent de plus en plus ; ils s’accumulent avec une rapidité effrayante ; chaque jour on voit arracher une colonne du temple monarchique ; chaque jour avilie, dégradée, la royauté semble pencher vers sa ruine : au milieu des outrages sans nombre et de toute espèce dont la cour est sans cesse abreuvée, tout semble ployer sous la force irrésistible des circonstances ; tout cède à l’empire tumultueux des passions déchaînées ; et dans cette lutte trop inégale, où la force et la fureur sont aux prises avec la douceur et la bonté d’un monarque, qui semble assurer le triomphe de ses ennemis par la tendresse inépuisable qui le porte à ménager ses sujets, Marie-Antoinette toujours ferme et résolue, fait seule tête à l’orage qu’elle semble braver avec un noble dédain ; son caractère se déploie toujours avec cette noble assurance, avec cette imposante majesté qui fait plus d’une fois frémir ses ennemis, et qui commandent le respect et l’admiration de la postérité. Quelle noble fierté ne montre-t-elle point, lorsqu’on vient l’insulter jusques dans son palais ! Que de fermeté, que de grandeur d’âme, lorsque des hordes nombreuses cherchent à l’effrayer de leurs horribles menaces !
Entourée de son auguste famille, elle semble protéger de la force de sa grande âme la faiblesse de ces rejettons illustres, qui dans des temps plus heureux, feraient la gloire et l’ornement de la France.
A quelles pénibles souffrances dut être livré le coeur généreux d’une mère sensible, au milieu de cette troupe de forcenés, qui foulant aux pieds la majesté du pouvoir souverain, brisant en quelque sorte la dignité du trône, venait insulter ses maîtres jusques dans leur asile sacré ! De quelle grandeur d’âme ne fallait-il pas être doué pour en imposer à ces furieux livrés aux débordements des passions les plus féroces ? Qu’on se rappelle le caractère magnanime que déployé la Reine, dans ces terribles circonstances : plusieurs fois elle traversa ces dangereux attroupements composés d’individus capables de se porter aux derniers excès, aux plus sanglants outrages ; et toujours on la vit, le front calme et serein, déployant cette majestueuse dignité, qui semblait dire aux rebelles : Je ne vous crains point ; et malgré vos fureurs, je vous forcerai à respecter votre souveraine. Tel est l’ascendant irrésistible d’un caractère ferme et résolut, qu’il arrête comme par enchantement, les flots tumultueux des passions les plus furieuses et les plus acharnées ! Telle était l’égide protectrice qui préserva si souvent la princesse des plus grands périls, et l’arracha comme par miracle aux fureurs de la multitude. Ce noble élan d’un caractère si magnanime ne se démentit pas un seul instant : ce n’était point chez la Reine de ces éclairs passagers qui brillent de loin en loin, pour disparaître ensuite, et se cacher dans l’ombre et les ténèbres : cette flamme sublime jetta constamment la lumière la plus vive et la plus soutenue : et dans les conjonctures les plus difficiles, dans ces moments redoutables, où  tous les esprits étaient épouvantés, Marie-Antoinette conserva son courage, et ne se laissa point intimider par les dangers même les plus graves et les plus imminents. Funeste et cruelle journée du dix août, tu fis briller dans tout son éclat ce caractère grand et magnanime : tu nous montras la Reine disposée à braver et les fureurs du peuple et les foudres de la guerre ; prête à affronter la mort, et à rallier autour du trône par son courage et sa noble intrépidité ses appuis et ses défenseurs. Quelle scène imposante et terrible ! De nombreux bataillons investissaient toutes les avenues du château des Tuileries : la cour, entourée d’une faible garde et de quelques serviteurs fidèles qui, à la vue du péril, s’étaient ralliés autour du monarque, ne pouvait opposer qu’une poignée d’hommes à une armée immense : le mouvement d’une artillerie formidable, les cris de rage et de fureur d’une partie des assaillants, un tel spectacle était bien fait sans doute pour intimider le courage le plus intrépide. Cependant à la vue des ces préparatifs menaçants, bien loin de s’effrayer, la digne fille de Marie-Thérèse sentit en quelque sorte sa grande âme se développer : inaccessible à la faiblesse et à la crainte, elle ne vit point la chance meurtrière des combats ; elle ne calcula point les dangers d’une défense presque impossible ; elle ne connut, elle n’éprouva qu’un seul sentiment, celui de vaincre, ou de s’ensevelir sous les décombres de la monarchie. Dans cette circonstance urgente et décisive, elle se présente à Louis XVI, un pistolet à la main.
« Le moment est venu, lui dit-elle, où vous devez prouver que vous êtes digne de régner : on menace votre couronne ; vous devez la défendre : paraissez à la tête de vos gardes ; montrez-vous disposé à repousser la force par la force ; et tout rentrera dans l’ordre : le temps presse, ajouta-t-elle, tout est perdu, si vous ne prenez de suite le seul parti qui vous prescrivent les circonstances : ne croyez pas que ce peuple qui vous brave, parce qu’il vous croit faible, vous respectera davantage, lorsqu’il vous aura vaincu et enchaîné : craignez les effets de sa fureur ; craignez-les, et pour vous et pour votre famille ».

   Le vertueux monarque était capable sans doute d’écouter et de suivre les nobles inspirations du courage : mais sa douceur et sa bonté ne lui permirent pas de supporter la pensée de voir couler sous ses yeux le sang de ses sujets, quelque coupables qu’ils fussent. Le doigt de l’Eternel avait marqué ce moment redoutable pour celui de la chute de la monarchie, soit pour offrir à la terre un exemple mémorable de la fragilité des grandeurs terrestres, soit pour faire connaître aux nations à quels terribles fléaux elles s’exposent, en brisant de leurs coupables mains l’égide tutélaire d’un pouvoir paternel et protecteur, qui peut seul opposer un mur d’airain, soit aux sanglantes factions, soit au féroce despotisme.
Les décrets terribles sont accomplis ; l’arbre majestueux qui avait jeté de profondes racines sur le sol de la France, à laquelle il offrait un abri bienfaisant, a succombé sous la hache meurtrière des partis : la bannière de la révolte a usurpé sa place, après avoir dispersé ses utiles rameaux : bientôt elle couvrira ce sol infortuné de ruines et de cadavres ; et cette terre si féconde, devenue stérile, ne sera plus arrosée que de sang et de larmes : bientôt l’ordre des temps, la saison des âges seront invertis ; et la faux meurtrière de la mort frappera impitoyablement cette vive et brillante jeunesse qui, par une destruction anticipée, laissera sans consolation la vieillesse triste et délaissée, et sans appui, cet âge faible et tendre, qui appelera vainement ses protecteurs naturels.

   Mais suivons l’auguste famille dans l’indigne demeure qu’on lui a fixée : contemplons la dignité souveraine déchue de ses prérogatives et de ses droits, pour être précipitée du faîte des grandeurs dans l’abîme profond de la plus cruelle adversité. L’héritier de soixante-sept monarques est arraché de son palais, pour être enfermé dans la tour du Temple : son illustre compagne, la fille des Césars, a été dépouillée de ce rang élevé, où sa naissance et ses qualités personnelles l’avaient également appelée, pour être mise dans les fers. Ces tendres rejetons, l’espoir de l’état, le gage de la prospérité publique, qui ont à peine salué l’aurore de leur existence, voeint tout-à-coup s’éclipser la grandeur de leur rang, disparaître les hommages qu’ils étaient appelés par leur illustre naissance à recueillir : ainsi, la rose printannière, après s’être épanouie sous la douce influence de l’astre lumineux, perd tout-à-coup son éclat et sa fraîcheur, que lui a ravis le souffle empoisonné d’un vent brûlant. Désormais c’est à l’école du malheur, c’est sous le poids des plus cruelles tribulations, sous les yeux des infortunés auteurs de leurs jours, que les Enfants de France vont faire le dur et pénible apprentissage de la royauté. Tristes et fâcheuses vicissitudes des grandeurs d’ici-bas, et qui nous prouvent bien toute la fragilité ou plutôt le néant des dignités humaines. O vous qui connaissez les douces émotions du sentiment ! vous que les vices du siècle n’ont point dégradés, corrompus, portez vos regards sur ce touchant spectacle, qui doit exciter à la fois votre attendrissement et votre admiration. Marie-Antoinette n’est plus cette princesse auguste qui, assise sur un trône puissant, déploya toujours ces qualités sublimes qui rendront sa mémoire chère à la postérité : elle n’est plus cette Reine adorée, qui embellissait le trône par ses vertus et par cette dignité majestueuse qui frappait et attirait tous les regards : c’est une victime touchante des caprices injustes de la fortune ; c’est une mère de famille qui concentre ses nobles occupations sur les dignes objets de sa tendresse ; c’st là que ses regards ainsi que sa pensée se portent continuellement : avec quelle généreuse sollicitude ne veille-t-elle pas sur sout ce qui peut intéresser leur existence. Son coeur souffre, sa grande âme est souvent attérée ; mais ses souffrances personnelles ne sont comptées pour rien dans les larmes amères qu’elle est forcée de répandre. Si ses yeux versent souvent des pleurs, c’est en les portant sur cet époux vertueux, si digne d’amour et de respect : si son coeur se gonfle de chagrin, c’est lorsque sa pensée se fixe sur ces jeunes et intéressantes victimes dont elle pressent la douloureuse destinée : ses alarmes sont souvent cruelles et terribles, parce que le sentiment qui les produit est aussi vif que profond. Qui pourra consoler cette intéressante famille au milieu de tant et de si pénibles tribulations ? La vertu peut-elle donc supporter de si fortes épreuves ? L’auguste fille du ciel, cette vierge pure et respectable qui sait si bien alléger les maux des mortels infortunés, tristes jouets de la perversité humaine, a pu seule créer ces sublimes consolations qui soutiennent avec tant de force et de sécurité les victimes illustres précipitées dans un abîme de souffrance. Ce noble caractère que la nature a départi à la Reine, puise surtout dans les principes sacrés d’une religion révérée, ses forces et sa constance ; et si, vaincue, prête à succomber sous le poids excessif des tourments qui s’accroissent chaque jour, cette princesse sent quelquefois son courage s’affaiblir et sa force l’abandonner, bientôt cet ange de paix, de doucer et de bonté, que les liens du sang ont associée à ses malheurs, lui présente ces pensées sublimes et entraînantes qui élèvent l’âme jusqu’au Créateur suprême, et effacent, en quelque sorte, jusqu’aux sentiments des plus horribles souffrances. Sans doute il fallait la réunion et le secours d’un si puissant auxiliaire, pour pouvoir supporter un sort qui excède les forces humaines. Qu’on se peigne cette Reine illustre en butte à tous les outrages, à toutes les tracasseries, inquiète sur le sort qu’on prépare à son auguste époux, effrayée des traitements cruels qu’on lui fait souffrir, privée fréquemment de toute consolation par la séparation brusque et douloureuse de tout ce qu’elle a de plus cher au monde, ne prévoyant que trop la destinée inévitable qui l’entraîne, et à laquelle aucune puissance ne saurait la soustraire : obligée souvent de dissimuler sa tendresse pour ne pas offrir à ses persécuteurs de nouveaux moyens de torturer son coeur : forcée tant de fois à dévorer seule et en silence sa douleur : privée à la fois de ses douces et touchantes consolations et ne pouvant épancher son âme, entourée de ses bourreaux qui épiaient jusqu’aux plus douces affections de la nature, pour les étoufer ou les punir, par un raffinement de persécution et de cruauté. Dieu ! quelle fermeté a pu supporter tant de souffrances ; et quelle âme a pu résister à tant de secousses ! Cependant l’événement le plus cruel ne s’est point encore appesanti sur elle ; ils sont dans les fers ; ils souffrent tous les tourments ; mais ils vivent tous encore ; et une séparation éternelle n’a point frappé du coup le plus funeste l’auguste victime : hélas ! le plus cruel sacrifice est résolu : Marie-Antoinette a pu survivre à la perte du trône ; mais comment survivra-t-elle à la perte de cet époux qui ne vécut, qui ne respira que pour elle, et qui lui donna tant de marques de son amour ? Clartés célestes, couvrez-vous des ombres de la nuit ! ô terre, séjour de crimes et de larmes, couvre-toi d’un crêpe funêbre ! le meilleur des Rois a péri victime de son amour pour son peuple ! Puissance divine, vous seule avez pu soutenir jusqu’à ce jour le courage surnaturel de cette princesse digne d’un sort aussi heureux qu’il est cruel : vous seule pouvez l’empêcher de succomber sous le poids de sa douleur : vous seule pouvez lui montrer qu’il est des devoirs auxquels on doit se sacrifier : inspirée par cette tendresse inépuisable qui l’attache si fortement à ces augustes orphelins qui réclament jusqu’aux dernières étincelles de son amour, l’infortunée Reine va supporter encore l’accablant fardeau de la vie, pour boire, hélas ! jusqu’à la dernière goutte, la liqueur dégoûtante qu’elle doit prendre dans le calice de la douleur. Ainsi, elle était réservée à souffrir tous les genres de supplice qui pouvaient froisser et tourmenter sa grande âme.
Bientôt elle arrivera au terme de ses malheurs et de ses souffrances : bientôt elle partagera le sort funeste de son vertueux époux. Tendresse maternelle, à quels cruels tourments serez-vous livrée ! quel affreux avenir ! Laisser sur cette terre sanglante, dans les fers et la captivité ces chers orphelins, seuls, sans appui, au milieu de leurs ennemis les plus implacables, quel coeur ne serait brisé, anéanti, à cette triste et accablante pensée ? En vain la force et la raison cherchent à éloigner cette affreuse image ; le cri perçant de la nature, l’accent touchant de l’amour maternel viennent frapper à chaque instant l’imagination effrayée de la princesse. Ils n’auront plus d’appui, ils n’auront plus de consolation : tout leur sera ravi ; l’espérance elle-même, qui se plaît à verser sur les plus cruelles blessures un baume vivifiant et consolateur, l’espérance s’enfuira épouvantée ; et désertera ce triste séjour où le crime compte ses victimes, pour les précipiter dans le gouffre de l’éternité. Dieu ! quel sort affreux ! et ce sont là les tristes préludes du sacrifice que le crime et la fureur doivent ordonner.

   C’en est fait ; la catastrophe approche : l’âme oppressée sous le poids accablant des tourments les plus horribles, l’esprit affaissé, anéanti, l’infortunée mère a dit un éternel adieu à ses tristes et malheureux enfants. Pour la dernière fois, elle connaît les étreintes de la tendresse, d’une tendresse, hélas ! bien douloureuse ! Princesse adorable, ange de douceur et de bonté, vertueuse Elisabeth, c’est sur vous seule désormais que doit porter tout le fardeau de la douleur ; c’est à vous qu’est confiée le précieux dépôt : c’est vous qui devez présider aux destinées de ces tristes orphelins, de ces intéressantes victimes. Ah ! sans doute, vous étez bien digne de cette honorable confiance, et le sort de ces précieux enfants du malheur ne pouvait être confié à des mains plus pures : mais, hélas ! pouviez-vous échapper à la fureur des factions ? vos vertus touchantes et sublimes n’étaient-elles pas un titre suffisant à la proscription et à la mort ? Cette douloureuse pensée n’avait point échappé aux tristes pressentiments de la Reine, et cette cruelle conviction dut ajouter un grand poids à l’amertume de ses chagrins.

   Mais quittons ce tableau déchirant, et suivons l’infortunée Marie-Antoinette au lieu redoutable où l’on doit décider de son sort. Contemplons cette scène terrible où l’auguste princesse déploya plus que jamais ce caractère sublime qui attache autant qu’il étonne : voyez avec quel calme, avec quelle dignité elle répond à ses accusateurs ; avec quelle présence d’esprit elle repousse leurs odieuses calomnies ; avec quel art elle évite, dans ses réponses, tout ce qui pourrait compromettre quelques serviteurs fidèles. Elle écarte avec une sagacité qui ferait honneur au plus habile légiste, toutes les questions insidieuses qui tendaient à envelopper d’autres infortunés dans sa disgrâce. Qui pourrait lire les pièces de ce célèbre procès, sans être pénétré d’admiration pour le caractère magnanime et les talents supérieurs que la Reine déploya dans ces terribles circonstances ? Le trouble et l’inquiétude ne la dominèrent pas un seul instant ; et ses réponses, faites avec autant de justesse que de précision, durent exciter un étonnement universel. Mais ce qui frappe, ce qui transporte, ce qui ravit, c’est cette réponse sublime, admirable, extraordinaire que lui dictèrent à la fois son coeur et son génie, lorsqu’on eut la coupable audace de lui faire l’interpellation la plus monstrueuse : « Je demande, s’écria-t-elle avec l’accent d’une noble et généreuse indignation, s’il est dans cette enceinte une seule mère de famille qui n’ait pas frémi, en entendant prononcer une pareille infamie. »
Mais que pouvaient les talents et le courage, ou même la vertu, contre ce courant destructeur, qui, dans ses affreux ravages, devait épouvanter la terre et les siècles futurs de ses horribles fureurs ? L’épouse de Louis XVI était destinée, comme lui, à recevoir la palme du martyre.
Augustes Enfants de France, que deviendrez-vous ? Nobles et intéressantes victimes, qui pourra désormais alléger vos souffrances, vous consoler dans vos douleurs ? qui pourra essuyer ces tristes larmes que votre cruelle destinée va vous forcer chaque jour à répandre ? qui cicatrisera ces plaies sanglantes qui, chaque jour, vont s’agrandir ? Hélas ! la dernière consolation, le dernier appui qui vous restent, vont vous être inhumainement ravis : vous ne verrez plus autour de vous que la destruction, le carnage et la mort. Quelle puissance protectrice pourra donc vous arracher de cet odieux séjour ? Que deviendra l’héritage de vos pères ? quel sera votre sort ? abandonnés de la nature entière, jetés au milieu des hommes, comme un voyageur au milieu d’une île déserte, vous serez les tristes jouets du sort le plus rigoureux. Passions affreuses, factions sanglantes ; dévorerez-vous jusqu’au dernier rejeton de l’illustre famille ? Est-ce donc ainsi que sera foulée, brisée, anéantie la fleur des lys à qui la France doit tant de siècles de jouissances, de bonheur et de gloire ? Déjà cette plante majestueuse se courbe languissamment ; un bouton précieux de cette auguste tige va se flétrir et disparaître sans retour : son existence a été mutilée par le souffle impur du plus cruel Aquilon. Qui protégera et sauvera les précieux restes qui échapperont à la faux meurtrière ? Dieu tout puissant, vous seul pouvez opérer cet éclatant phénomène ; vous seul pouvez recueillir et rétablir sur leur sol natal ces rameaux épars et dispersés ; vous seul pouvez assurer un abri tutélaire à cette fleur tendre et délicate, échappée, comme par miracle, aux secousses les plus violentes des vents les plus impétueux : sauvée sous l’égide de votre divine bonté, elle offrira un jour le spectacle le plus touchant et le plus admirable ; elle paraîtra au milieu de ce peuple naguère livré aux plus funestes égarements : sa présence sera celle de l’ange consolateur ; devant elle marcheront la paix, la concorde et le bonheur. Avec quel ravissement tout un peuple, ivre d’amour, de joie et d’espérance, contemplera cette heureuse production sur laquelle la nature s’est plu à verser ses dons les plus riches, et la Providence ses faveurs les plus signalées et les plus extraordinaires.

monogramme-de-la-reine-192x300 duchesse d'Angoulème dans Memento

La dernière lettre de Sa Majesté la Reine > ici
Fac-similé des dernières lignes écrites de sa main > ici

frise-lys-300x40 exécution de la Reine dans Vexilla Regis

2013-75. Eglise catholique : la fin et les moyens.

par le professeur Roberto de Mattei

2013-75. Eglise catholique : la fin et les moyens. dans Chronique de Lully robertodemattei

   Forts de l’autorisation que nous en a donnée le professeur Roberto de Mattei, nous reproduisons ici un texte qu’il a publié le 1er octobre de cette année 2013 dans la version française de « Correspondance Européenne » (cf. > ici).
Dans l’actuel état de confusion où se trouve l’Eglise, confusion développée et entretenue par des déclarations et des attitudes qui nous blessent profondément dans notre conscience catholique et dans notre attachement au Saint Siège Apostolique, il est bon de se rappeler de manière sereine et objective les solides principes sur lesquels se fonde l’obéissance surnaturelle authentique.
Je vous laisse donc lire, relire et méditer sur cet excellent texte.

Lully.                                       

60pxemblemofthepapacysesvg conseils spirituels pour la crise de l'Eglise dans Commentaires d'actualité & humeurs

   Dans le monde déséquilibré dans lequel nous vivons, bien des erreurs de comportement naissent de la confusion des idées et des concepts. L’une des principales équivoques concerne le rapport entre la fin et les moyens des actes humains. Nous avons eu la possibilité d’expliquer pourquoi, pour un catholique, la fin, aussi bonne soit-elle, ne justifie jamais l’emploi de moyens illicites pour y parvenir (cf. CE 270/01 du 20 juillet 2013). Il n’est pas possible d’accomplir le mal pour obtenir un bien. Le respect de la loi morale doit être absolu et ne peut tolérer d’exceptions. Il existe cependant un autre principe fondamental de la vie chrétienne : celui selon lequel les moyens, aussi nobles et élevés soient-ils, ne prévalent jamais sur la fin, mais doivent toujours être subordonnés à cette dernière. Dans le cas contraire, on assisterait à une inversion de valeurs entre la fin et les moyens.

   Les fins des actions humaines peuvent être multiples et les moyens permettant de les atteindre encore plus nombreux. Il existe cependant une fin ultime dont nous dépendons tous. Cette fin est Dieu, cause première et fin ultime de tout ce qui existe, dont tout dérive et auquel tout revient : « alpha et oméga, premier et dernier, commencement et fin » comme l’indique l’Apocalypse (XXII, 13). La gloire de Dieu est la seule fin de toutes choses ainsi que leur seul bien.

   Le Père François Pollien (1853-1936) rappelle que le Ciel et la terre, les Anges et les hommes, l’Église et la société, la grâce et les sacrements, les animaux et les plantes, l’activité et la force des êtres, les événements historiques et cosmiques, en tant que créatures doivent être considérés comme des instruments et seulement en tant que tels, moyens en vue de notre fin : la gloire de Dieu à laquelle est liée notre bonheur (« La vie intérieure simplifiée et ramenée à son fondement », Beauchesne, 1933). Ceci vaut pour toute créature, la plus élevée soit-elle.

   La personne même du Pape, en tant que Vicaire du Christ, est la plus noble des créatures mais elle est un instrument et non une fin en soi. C’est en tant que telle qu’elle doit être utilisée si nous ne voulons pas renverser le rapport entre les moyens et la fin.

   Il est important de le souligner à une époque où il existe, surtout parmi les catholiques les plus fervents, une grande confusion à cet égard. Le catéchisme nous enseigne qu’il faut obéir au Pape parce que l’obéissance est une vertu morale qui nous lie à la volonté du supérieur et, parmi toutes les autorités sur la terre, il n’en existe de plus haute que celle du Pape. Mais l’obéissance au Pape est aussi un instrument et non une fin en soi.

   L’obéissance au sein de l’Église comporte pour le sujet le devoir d’accomplir non pas la volonté du supérieur mais uniquement celle de Dieu. C’est pourquoi l’obéissance n’est jamais aveugle ou inconditionnée. Elle a ses limites dans la Volonté de Dieu qui s’exprime au travers de la loi naturelle et divine et de la Tradition de l’Église, dont le Pape est le gardien et non le créateur.

   La tendance aujourd’hui si largement répandue de considérer comme infaillible toute parole et tout comportement du Pape, naît d’une mentalité historiciste et immanentiste, qui recherche le divin chez les hommes et dans l’histoire et est incapable de juger les hommes et l’histoire à la lumière de cette loi divine et naturelle qui est le reflet direct de Dieu.

   L’Église du Christ qui transcende l’histoire est remplacée par l’église moderniste qui vit immergée dans l’histoire. Au Magistère pérenne vient se substituer le magistère « vivant », exprimé par un enseignement pastoral, évocatoire et allusif qui se transforme chaque jour et a sa regula fidei dans le sujet de l’autorité et non pas dans l’objet de la vérité transmise.

   Ceux qui utilisent vis-à-vis du Pape des paroles sarcastiques ou irrévérentes se trompent. Mais le respect dû au Vicaire du Christ ne s’adresse par à l’homme mais à Celui qu’il représente. À l’homme, au docteur privé, il est même possible, dans des cas exceptionnels, de résister. Les fidèles catholiques se sont glorifiés d’être « papolâtres » ou « papistes », titres qui leur avaient été attribués de manière méprisante par les ennemis de l’Église. Mais aucun vrai catholique n’est jamais tombé dans la « papolâtrie » qui consiste à diviniser le Vicaire du Christ au point de le substituer au Christ Lui-même.

   La papolâtrie exprime la confusion entre les moyens et la fin et constitue une attitude psychologique reposant sur une erreur doctrinale.

   Le théologien passionniste Enrico Zoffoli (1915-1996), dans un essai intitulé « Potere e obbedienza nella Chiesa » (Segno, 1996), nous rappelle que Pierre, premier Vicaire du Christ, manqua à son devoir, sinon en trahissant la vérité, du moins en permettant que les fidèles puissent demeurer dans le doute et la confusion jusqu’à ce que saint Paul ose le reprendre publiquement (Gal. II, 11) parce que le devoir de « marcher droit selon la vérité de l’Évangile » (Gal. II, 14) prévaut sur l’autre, consistant à obéir et à se taire.

   L’autorité humaine cesse – en ce qui concerne son exercice – lorsqu’elle outrepasse ses limites et offense la vérité ou ne la défend pas comme cela serait nécessaire et dans la mesure nécessaire afin qu’elle ne soit pas trahie. « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Act. V, 29), avait déclaré saint Pierre lui-même devant le Sanhédrin de Jérusalem. À propos du comportement de saint Pierre, saint Thomas, lui aussi, en accord avec saint Augustin, considère qu’il ne faut jamais renoncer à la vérité par crainte d’un scandale : « Veritas numquam dimittenda est propter timorem scandali » (S. Thom. super epistolam B. Pauli ad Galatas II, 11-14, lect. 3, n. 80).

   Il est possible de pécher par excès contre l’obéissance, en obéissant dans les choses illicites, ou par défaut, en désobéissant dans les choses licites. Face à un ordre injuste, si l’ordre lèse seulement notre personne, il est possible de se comporter héroïquement en obéissant. Mais si l’ordre lèse la loi divine et naturelle, ou le bien commun, l’héroïsme se manifeste dans la résistance : obéir deviendrait alors un simple servilisme.

   Il ne faut pas avoir peur à cet égard. Le père Enrico Zoffoli rappelle qu’aucune censure – même pontificale – n’a de valeur si elle est fondé sur des motifs objectivement faux ou si elle ne concerne pas le domaine de la foi et des mœurs (« Potere e obbedienza », p. 50). En effet, selon le Droit canonique, « Nul ne sera puni à moins que la violation externe de la loi ou du précepte ne lui soit gravement imputable du fait de son dol ou de sa faute » (Can.1321 § 1).

   Le critère selon lequel le fidèle peut résister à un ordre injuste de la suprême autorité ecclésiastique ne se fonde pas sur le libre examen, qui affirme par principe l’indépendance de la raison humaine par rapport à toute autorité, mais sur le sensus fidei commun à tout baptisé, c’est-à-dire sur cette foi qui fait de tout catholique un homme libre dans le service de la Vérité.

   Si un Pape voulait, par exemple, imposer la prière commune avec les musulmans, abroger le Rite romain antique, introduire le mariage des prêtres, il serait nécessaire d’opposer une résistance respectueuse mais ferme. Le sensus fidei s’opposerait à cela mais plus forte serait l’opposition, plus elle devrait être accompagnée d’un amour renouvelé envers la Papauté, l’Église et son Fondateur, Jésus Christ.

   Entre Dieu et les créatures, il existe une cascade inépuisable de médiations, c’est-à-dire de moyens au travers desquels les créatures peuvent plus facilement parvenir à leur fin. Après Jésus Christ, Fils de Dieu et Dieu Lui-même, à Qui tout est configuré, il existe une seule médiation parfaite, celle de la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, co-rédemptrice et Médiatrice de toutes les grâces, conçue sans péché originel et immune en cela de toute erreur et de tout péché. Notre Dame, Fille élue du Père, Mère du Fils, Épouse du Saint-Esprit, est considérée par les théologiens comme un « complementum Trinitatis » depuis toute éternité. Elle et Elle seule, après Jésus Christ, est la Médiatrice parfaite.

   Aux heures de doute, de confusion, d’obscurité, le chrétien lève les yeux vers la fin et s’abandonne avec confiance au moyen par excellence, le seul toujours infaillible, pour parvenir au but : la Très Sainte Vierge Marie, Celle qui, seule, la nuit du Samedi Saint, ne vacilla pas et, alors que les Apôtres s’enfuyaient, prit sur Elle la foi de l’Église naissante.

Roberto de Mattei.

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