2011-3. Les voies de la délivrance.

«L’homme qui veut trouver la grâce
doit toujours, soit dans la joie, soit dans la tristesse,
tenir ma croix de bois immobile devant ses yeux.»

A l’occasion de la fête de la Bienheureuse Angèle de Foligno (voir ici > ici, le texte de la catéchèse que lui a consacrée notre Saint-Père le Pape Benoît XVI, et signalons aussi que Saint François de Sales cite à plusieurs reprises le livre des révélations de Sainte Angèle), relisons et méditons ce passage bouleversant que l’on trouve au chapitre 35ème du livre de ses révélations :

2011-3. Les voies de la délivrance. dans Nos amis les Saints bangeladafoligno3

Un autre jour j’étais en prière. Je méditais avec une douleur profonde, absolument intérieure, sur la Passion. Je cherchais à mesurer, à peser mes crimes, puisque leur rédemption n’a pas coûté au Fils de Dieu seulement des prières ou seulement des larmes, mais la mort et cette mort ! Je tâchais de calculer ce que peut peser la damnation, puisque, pour soulever ce poids, il n’a fallu ni la mort d’un ange, ni celle d’un archange, mais celle du vrai Dieu ! Et je me plongeais dans la pensée de l’enfer et de ses tourments immenses, et de sa misère infinie, et de ses tortures innombrables! Puis je tâchais de peser mon ingratitude. Pour le bienfait sans nom ni mesure, qu’est-ce que j’apporte en retour? le péché. Le péché quotidien, l’oubli de la résurrection, le refus de coopérer. La miséricorde de Dieu contemplée dans un abîme, dans l’autre mon injustice et ma démence, tout cela me conduisit à une espèce de sagesse. Dans cet état, j’eus la révélation des péchés de toute espèce, et des tortures, et des supplices dont la Passion de Jésus nous a sauvés. J’étais dans la foule ; mais telle fut la lumière de cette vision épouvantable, que ce fut à peine si je, pus m’empêcher de rugir au milieu des hommes. J’eus l’apparition du Christ crucifié. Il me montra comment il avait été suspendu à la croix, et comment l’homme qui se perd est sans excuse à jamais. Car le salut exige de l’homme ce que le médecin exige du malade ; il faut avouer son mal, et exécuter l’ordonnance. Il n’y a pas de dépense à faire pour le traitement. Il n’y a qu’à se montrer au médecin, faire les choses prescrites, et se garder des choses défendues.

Mon âme eut alors l’intelligence de l’antidote qui réside dans le sang du Christ. L’antidote se distribue gratis, et n’exige qu’une disposition. Alors tous mes péchés furent étalés devant mon âme, et je reconnus dans chacun de mes membres une infirmité spirituelle.

Grünewald-détail dans Prier avec nous

Alors, conformément à ce que je venais d’apprendre, je m’efforçai d’étaler devant Dieu toutes les misères de mon âme et de mon corps, et je criai : O Seigneur, mon Dieu, qui tenez dans vos mains ma guérison éternelle, puisque vous avez promis de me guérir si seulement j’étale devant vos yeux mes plaies, Seigneur, puisque je suis l’infirmité même ; puisqu’il n’y a pas en moi un atome qui ne soit une infection et une pourriture, du fond de mon abîme, j’étale devant vos yeux mes misères une à une et tous les péchés de tous mes membres, et toutes les plaies de mon âme, et toutes les plaies de mon corps. Alors, je comptai, je désignai chaque misère, et je dis : Seigneur miséricordieux, qui tenez dans vos mains ma guérison, regardez ma tête : je l’ai couverte mille fois des insignes de l’orgueil ; j’ai donné à mes cheveux, en les tordant, des formes contre nature ; et, disant cela, je ne dis pas tout. Seigneur, regardez mes misérables yeux, pleins d’impudicité et injectés d’envie, …etc.

Je continuais à accuser chacun de mes membres et à raconter leur lamentable histoire.

Jésus écouta tout avec une grande patience, et répondit avec une grande joie. Il montra pour chaque chose le remède dans sa main et l’ordre qui présidait à la rédemption, et je vis sa compassion immense pour mon âme, et il disait : «Ma fille, ne crains ni ne désespère. Quand tu serais infectée de toutes les putréfactions, et morte de toutes les morts, je suis puissant pour te guérir, si tu veux appliquer sur ton âme et sur ton corps ce que je te donnerai. Tu m’as longuement détaillé les infirmités spirituelles de ta tête, tu t’es lamentée au fond de moi. Les attentats que tu as commis, dans tes parures, par les couleurs contre nature que tu as données à tes joues et les torsions contre nature que tu as données à tes cheveux, toute ta fierté honteuse, tout ton orgueil, toute la vaine gloire avec laquelle tu t’es montrée devant les hommes et contre Dieu, toutes ces misères pour lesquelles il te semble qu’une honte éternelle t’attend en enfer, dans l’endroit du lac le plus profond, tout cela est expié! J’ai satisfait, j’ai porté ta pénitence, j’ai souffert horriblement. Pour toutes ces peintures et ces onguents, qui ont déshonoré ta tête, la mienne fut tirée par la barbe, dépouillée de cheveux, percée d’épines, frappée à coups de roseau, ensanglantée, moquée, méprisée, méprisée jusqu’au couronnement!

« Tu te peignais les joues pour les montrer à des hommes malheureux et mendier leurs faveurs ; sois tranquille ; ma face a été couverte par les crachats de ces misérables ; elle a été déformée et gonflée de leurs soufflets ; elle a été cachée sous un voile honteux. Tu t’es servie de tes yeux pour regarder en vain, pour regarder ce qui nuit, pour te réjouir contre Dieu ; mais les miens ont été voilés, ils ont été noyés dans mes larmes d’abord, et dans mon sang ensuite. Le sang qui coulait de ma tête les aveuglait.

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« Pour les crimes de tes oreilles, qui ont entendu l’inutile et le mauvais, et qui ont pris plaisir dans les paroles nuisibles, j’ai fait l’épouvantable pénitence qui a fait pénétrer en moi une tristesse abondante et immense. J’ai entendu les fausses accusations, les paroles dénigrantes, les insultes, les malédictions, les moqueries, les rires, les blasphèmes, la sentence de mort portée par le juge inique, et les pleurs de ma mère! J’ai entendu sa compassion. Tu as connu les plaisirs de la gourmandise, et tu as même abusé des choses qu’on boit ; mais j’ai eu la bouche desséchée par la faim, la soif et le jeûne. On m’a présenté le fiel et le vinaigre. Tu as médit, tu as calomnié, tu t’es moquée, tu as blasphémé, tu as menti, et menti jusqu’au parjure. Ce n’est pas tout. Tu as fait autre chose ; mais j’ai gardé le silence devant les juges et les faux témoins, et mes lèvres closes ne m’ont pas excusé. Mais j’ai toujours annoncé la vérité, et prié Dieu de tout mon coeur pour mes bourreaux. Ton odorat n’est pas pur ; tu te souviens de certains plaisirs dus à de certains parfums ; mais j’ai senti l’odeur infecte des crachats ; je les ai supportés sur ma face, sur mes yeux, sur mes narines.

«Ton cou s’est agité par les mouvements de la colère et de la concupiscence, et de l’orgueil souviens-toi qu’il s’est dressé contre Dieu. Mais le mien a été frappé et meurtri par les soufflets. Pour les péchés de tes épaules, les miennes ont porté la croix. Pour les péchés de tes mains et de tes bras, qui ont fait ce que tu sais bien, mes mains ont été percées de gros clous, fixées au bois, et j’étais suspendu par elles, et elles supportaient mon corps. Pour les péchés de ton coeur, où se sont déchaînées la haine, l’envie et la tristesse, de ton coeur possédé par la concupiscence et par l’amour mauvais, le mien a été percé d’un coup de lance, et c’est de ma blessure qu’a coulé ton remède, l’eau pour éteindre le mauvais feu, le sang pour la rédemption des colères et la rédemption des tristesses. Pour les péchés de tes pieds, pour les danses inutiles, pour leurs marches lascives, pour leurs courses vaines, les miens, qu’on aurait pu attacher seulement, ont été percés et cloués à la croix. Au lieu de tes chaussures à jour, élégamment façonnées, ils ont été couverts de sang. Le sang sortait de leurs blessures, le sang de tout le corps tombait sur eux.

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Pour les péchés de tout ton corps, pour toute ta sensualité dans la veille et dans le sommeil, j’ai été cloué à la croix, frappé horriblement, tiraillé à la façon d’une peau, et étendu sur la croix. J’ai été mouillé des pieds à la tête par la sueur de sang, qui a coulé jusqu’à terre ; j’ai été serré très fortement contre le bois très dur, souffrant d’atroces tortures, criant, soupirant, pleurant, gémissant et je suis mort dans mon gémissement, tué par ces tigres! Pour la rédemption de tes parures vaines, choisies et portées sans but, j’ai été nu sur la croix. Ces misérables se disputaient ma robe et mes vêtements ; ils les jouaient sous mes yeux. Nu comme je suis sorti du sein de la Vierge, livré à l’air, au froid, au vent, aux regards des hommes et des femmes, au haut d’une croix, pour être mieux vu, mieux moqué, mieux déshonoré, j’ai été étendu et étalé.

« Pour tes richesses mal acquises, que tu as retenues ou dépensées, j’ai porté la pauvreté, sans palais, sans maison, sans abri pour naître ni pour vivre, ni pour mourir, et je n’aurais pas eu de sépulcre, et j’aurai été livré aux chiens et aux oiseaux de proie, si quelqu’un par pitié pour ma grande misère, ne m’eût donné place dans un sépulcre à lui. J’ai dépensé pour les pécheurs mon sang et ma vie, et je n’ai rien gardé pour moi. La pauvreté m’a tenu compagnie dans la vie et dans la mort. »

Le Christ parle ainsi, et parce que mon âme avait reçu la délectation des péchés du corps, je vis les douleurs de toute nature portées par l’âme du Christ, je les vis dans leur diversité et dans leur horreur. Je vis son âme torturée par la passion de son corps, par la douleur de sa mère, par notre refus d’adorer, par notre refus de compatir.

Et il ajouta :
« Tu ne trouveras ni péché ni maladie de l’âme, dont je n’aie porté la peine et offert le remède. A cause des immenses douleurs que vos âmes misérables devaient subir en enfer, j’ai voulu être torturé pleinement et totalement. Ne t’afflige donc pas ; mais tiens-moi compagnie dans la douleur, dans l’opprobre et dans la pauvreté.

«Marie-Magdeleine était malade, elle fit ce que j’ai dit et désira sa délivrance, et elle fut délivrée de tout, parce qu’elle l’avait désiré. Celui qui le désirerait comme elle serait délivré comme elle.

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Le Crucifié ajouta :
«Quand mes fils, abandonnant mon royaume, se sont faits enfants du diable, s’ils reviennent au Père, le Père a une grande joie et leur fait sentir la délectation supérieure. Le Père a une telle joie, qu’il leur donne une certaine délectation qu’il ne donne pas aux vierges fidèles. Ceci vient de l’immense amour qu’il a pour eux, et de l’immense miséricorde qu’excite la vue de leur misère. Ceci vient encore de ce que le pécheur, devant la majesté et la clémence du Seigneur, se reconnaît digne de l’enfer. C’est pourquoi plus grand l’homme aura été dans le péché, plus grand il pourra être aussi dans l’autre abîme. »

Et il ajouta :
« L’homme qui veut trouver la grâce doit toujours, soit dans la joie, soit dans la tristesse, tenir ma croix de bois immobile devant ses yeux».

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Voir aussi le texte « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée » > ici

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3 Commentaires Commenter.

  1. le 7 janvier 2011 à 16 h 27 min Luciani écrit:

    « Tu t’es lamentée au fond de moi » : divine expression!

  2. le 5 janvier 2011 à 13 h 57 min Abbé Jean-Louis écrit:

    C’est tous les jours que nous devons nous convertir!
    Seule la Croix du Christ nous obtient cette conversion.
    Merci, cher Frère, pour ce beau texte qui peut nous y aider.
    Qu’il reste en ma mémoire!
    Bonne et sainte Année 2011.

  3. le 4 janvier 2011 à 10 h 39 min Sophie écrit:

    Terrible vision, rudes paroles en ce doux temps de Noël, mais le chemin est escarpé, merci (Bienheureuse Angèle et Frère Max) de nous rappeler la Croix sous la Crèche !

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