2024-9. Nous avons découvert avec émotion « La Messe de la Famille Royale aux Tuileries en 1791 », tableau d’Hubert Robert.
11 janvier 2024,
6ème jour dans l’octave de l’Epiphanie ;
Mémoire de Saint Hygin, pape et martyr.

Dix jours avant le triste anniversaire du martyre de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XVI, je vous invite à porter votre attention sur une toile du peintre Hubert Robert (1733-1808) qui a été acquise, grâce à un mécénat, par le Château de Versailles dans les derniers jours de l’année 2022, après avoir été classée « œuvre d’intérêt patrimonial majeur » en novembre 2019.
Ce tableau, jugé remarquable pour ses qualités esthétiques et sa richesse iconographique, revêt une véritable importance historique.
Il est aussi lourd d’une profonde émotion pour tous les fidèles de notre Royauté et pour ceux qui sont touchés par les malheurs de la Famille Royale pendant la grande révolution.
Cette œuvre est intitulée « La Messe de la Famille Royale aux Tuileries », mais il en existe (dans une collection particulière) une copie d’époque qui porte un titre plus précis : « Messe de la Pentecôte 1791 à la galerie de Diane ». Elle constitue un authentique document historique, précis et rigoureux, qui n’a pas d’équivalent. Une précision qui laisse à penser que le peintre a pu assister à cet office (la proximité de l’artiste avec le Roi l’eût pu permettre en effet : il avait reçu plusieurs commandes royales, conçu les nouveaux bains d’Apollon dans les jardins de Versailles, participé à l’élaboration du Hameau de la Reine et de la Laiterie de Rambouillet…).
Hubert Robert (1733-1808) :
« Messe de la Famille Royale aux Tuileries en 1791″.
L’œuvre, une huile sur toile, est de dimensions réduites : H. 37,8 ; L. 46 cm.
Elle est désormais exposée dans les Galeries historiques de l’aile nord du Château de Versailles.
Après l’arrestation de la Famille Royale, à Varennes dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, et son retour aux Tuileries, la chapelle du château lui fut interdite, et la Sainte Messe quotidienne ne fut plus célébrée que dans la Galerie de Diane, que nous voyons ici ornée de tapisseries des Gobelins représentant les conquêtes de Louis XIV, tissées d’après des peintures de François-Adam van der Meulen.
Il semblerait néanmoins que la célébration de la Messe dans la dite galerie se fit aussi, au moins de manière occasionnelle, avant ces tragiques événements. Si le titre, plus complet, de la copie du tableau faisant référence à la Pentecôte 1791 correspond bien à la réalité, c’en serait une confirmation puisque, en 1791, la fête de la Pentecôte était le dimanche 12 juin, donc huit jours avant la tentative d’évasion de la Famille Royale.
Les commentateurs actuels arguent en faveur de l’exactitude de cette titulature du fait que la chasuble du célébrant est rouge. Mais cela ne constitue pas une preuve absolue : il ne faut pas oublier, en effet, d’une part que la couleur rouge, dans le rit parisien alors en vigueur, est utilisée pour tous les dimanches après la Pentecôte ; d’autre part que la Famille Royale assiste à la Sainte Messe tous les jours ; et enfin qu’il y a de nombreuses autres rubriques qui prescrivent la couleur rouge pour la Messe.
Il y a une sorte de contraste émouvant entre la grandeur et la gloire du Grand Roi représentées par les tapisseries, d’une part, et cette Famille Royale, agenouillée sur ses prie-Dieu, en vêtements relativement sobres, d’autre part.
De la même façon, la ferveur des Souverains et de leurs proches, montrés dans une humble attitude et paraissant très concentrés sur leurs livres d’heures, dénote avec la solennité d’un décor dans lequel ils semblent presque perdus, tant il donne l’impression de les écraser par ses proportions.
C’est bien ce qui contribue à la charge dramatique de cette œuvre, qui présente, en un saisissant raccourci, l’évocation de la gloire de l’antique monarchie et l’imminence de son engloutissement dans l’horreur : la figure d’un officier de la Garde nationale debout, et arborant la cocarde tricolore sur son tricorne, sur la droite, est un rappel sobre, mais éloquent, de la situation terrible de cette Famille Royale, déjà captive, même si elle réside encore dans un palais.
Il est assez aisé de reconnaître, au premier rang sur les prie-Dieu, et de gauche à droite, représentés de trois-quarts dos, Madame Elisabeth, sœur du Roi, le Dauphin Louis-Charles, futur Louis XVII, Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette, Sa Majesté le Roi Louis XVI (à son attitude on peut deviner sa myopie), et enfin la Princesse Marie-Thérèse Charlotte, dite Madame Royale.
Les autres personnages sont un peu plus difficiles à identifier, mais la connaissance de ceux qui demeuraient encore dans l’intimité de la Famille Royale permet de penser que, à droite de Madame Royale, en retrait, à genoux sur le tapis et appuyée sur un tabouret, nous devons avoir Marie-Louise-Thérèse de Savoie, princesse de Lamballe, surintendante de la Maison de la Reine ; que le personnage debout à côté d’elle, portant le bâton recouvert de velours noir à bout et pomme d’ivoire, insigne de sa fonction, ne peut-être qu’Henri-Evrard, marquis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies.
La dame agenouillée à l’extrémité droite pourrait être Geneviève de Gramont, marquise d’Ossun, première dame d’honneur de la Reine.
Enfin les trois femmes qui sont représentées complètement à gauche, derrière le Dauphin, sont très probablement Louise-Elisabeth de Croÿ d’Havré, marquise de Tourzel, gouvernante des Enfants de France, avec sa fille Pauline, et Marie-Angélique de Fitte de Soucy, baronne de Mackau, sous-gouvernante des Enfants de France.
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Brève histoire du tableau :
Il semblerait que Madame du Barry en fut la propriétaire dès 1791, et il figure dans l’inventaire établi lors de la saisie de ses biens en 1793. En 1797, le Directoire le céda à un des créanciers de l’Etat pour s’acquitter d’une dette. Il passa ensuite dans les collections de plusieurs particuliers, dont enfin des Rothschild, avant d’être racheté en 2022 par le Château de Versailles.

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Belle acquisition du Château de Versailles d’un émouvant morceau d’histoire de France !
Belle acquisition du Château de Versailles nous permettant d’apprécier cette œuvre d’Hubert Robert.
Merci de nous avoir offert cet émouvant tableau « La Messe de la Famille Royale aux Tuileries ».