2014-51. « C’est seulement quand tous les recours aux moyens humains seront épuisés et que tout semblera perdu que le Sacré-Coeur interviendra. »

Vendredi 23 mai 2014,
fête de Saint Didier, archevêque de Vienne et martyr,
et fête de Sainte Jeanne-Antide Thouret.

la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre vers la fin du XIXe siècle

La basilique du Sacré-Coeur à Montmartre au tout début du XXe siècle :
les travaux de la basilique ne sont pas achevés mais le funiculaire – installé en 1900 – est en service.
On remarquera surtout la représentation du Sacré-Coeur aux bras étendus qui figure sur cette carte,
elle correspond à l’image demandée par Notre-Seigneur à Madame Royer. 

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il n’est pas dans mon habitude de citer ou de promouvoir des faits d’ordre mystique (apparitions, révélations, prophéties… ) ou les personnes qui sont supposées avoir bénéficié de ces phénomènes, lorsqu’ils ne sont pas dûment authentifiés par la Sainte Eglise.
Je veux néanmoins évoquer aujourd’hui la figure exceptionnelle de Madame Edith Royer, et je le ferai en fait sans enfreindre en rien la règle énoncée ci-dessus puisque, même si cette sainte personne n’a pas été béatifiée ou canonisée (alors que d’autres personnes dont les exemples semblent bien plus contestables l’ont été !), de son vivant même, ses voies mystiques ont toujours fait l’objet d’une vivilante attention de la part des autorités ecclésiastiques (prêtres théologiens et évêques) et considérées par elles comme authentiques.

Aperçu biographique :

Née  le 14 juin 1841 dans une famille de la bonne société catholique bourguignonne, Edith Challan-Belval fut attirée dès son enfance par la vie religieuse et la pénitence.
Contrainte au mariage par sa famille, elle devient en 1860 Madame Charles Royer, et mettra au monde quatre filles.
Tout en accomplissant ses devoirs d’épouse et de mère, et remplissant son rôle dans la société, elle est appelée par Notre-Seigneur à une vie de très grandes mortifications et d’intense union à Dieu.
A partir de la guerre en 1870, elle est favorisée de visions prophétiques : Notre-Seigneur insiste sur le culte dû à Son divin Coeur, et rappelle énergiquement que la dévotion au Sacré-Coeur n’est qu’un leurre si elle n’est pas animée par l’esprit de réparation et la pénitence. Il fait d’elle la continuatrice de Sainte Marguerite-Marie et lui confie la mission de créer une « Association de Prière et de Pénitence en union avec le Sacré Cœur pour le triomphe de l’Eglise et le salut des nations ».
Les voies mystiques de Madame Royer sont alors étudiées par les autorités religieuses et agréées : l’ « Association de Prière et de Pénitence » est créée, érigée canoniquement à Montmartre, et devient tout d’abord le troisième degré de l’Archiconfrérie du Vœu National ; elle en est séparée quelques années plus tard pour être élevée à la dignité d’Archiconfrérie Universelle en 1894 par le pape Léon XIII.

Devenue veuve, Madame Royer espèrera toujours réaliser son désir de vie religieuse contemplative, mais elle en sera empêchée par la maladie.
Jusqu’à la fin de sa vie elle sera favorisée de grâces mystiques exceptionnelles et, en particulier, elle annoncera et décrira les malheurs de la guerre de 1914, mais aussi les évènements qui la suivront.
Elle rendit son âme à Dieu, il y a quatre-vingt-dix ans, le 3 avril 1924 dans sa quatre-vingt-troisième année.

Madame Edith Royer

Madame Edith Royer (1841-1924) 

1914 – 24 mai – 2014

Le 24 mai 1914 – il y a donc précisément cent ans – , Madame Royer, qui était malade, reçut la visite d’un prêtre qui partait prêcher à Paray-le-Monial.
Elle lui confia une prophétie (dont vous trouverez le texte ci-dessous, en italique et de couleur marron), en lui demandant d’en faire connaître la teneur aux personnes devant lesquelles il devrait prendre la parole, ce qu’il fit effectivement, suscitant un grand émoi dans son auditoire.

Si la situation était alors tendue en Europe, peu de personnes pensaient à l’imminence de la guerre : l’attentat perpétré à Saréjo contre l’archiduc-héritier François-Ferdinand de Habsbourg aurait lieu un mois et quatre jours plus tard (28 juin 1914), et c’est lui qui – par le jeu des alliances – mettrait en route l’engrenage fatal de la guerre européenne puis mondiale.

Les « sillons profonds remplis de sang » décrits par Madame Royer, font immédiatement penser à la guerre des tranchées, que nul ne pouvait envisager en mai 1914 ; « le ciel plein de combats » annonce évidemment les premiers combats aériens que nul n’imaginait alors ; « les églises détruites et les cathédrales dévastées » font surgir sous nos yeux ces terribles photographies des villages de Picardie ou d’Artois ou des cathédrales de Reims  et d’Arras bombardés…
Mais surtout, nous retiendrons ce que Madame Royer laisse entrevoir de la situation du monde et de la France après la « grande guerre » : la fausse paix fragilement construite par une diplomatie à courtes-vues et la prédominance de sauvages intérêts économiques et financiers qui mettront l’équilibre du monde en péril, la décadence des moeurs, le déclin de la France, l’échec de toutes les solutions humaines et la guerre civile psychologique que se livrent les partis et les hommes politiques incapables, qui peut-être finira par s’exprimer dans des faits dramatiques… mais, malgré tout, Madame Royer annonce aussi des perspectives
1) de conversion par le recours au Coeur de Jésus, et
2) de relèvement grâce à un « Elu de Dieu » que, dans d’autres confidences, elle désignera expressément comme un Roi.
Voici donc le texte de cette prophétie :

« (…) La guerre est proche. J’ai vu dans mon oraison le sol de la France labouré de sillons profonds, remplis de sang, le ciel plein de combats, nos campagnes ravagées, nos églises détruites et nos cathédrales, elles-mêmes, dévastées.
La paix qui suivra cette guerre sera une fausse paix. La lutte continuera sous des formes diplomatiques, sociales, économiques, financières.
Le monde croulera dans l’impiété, l’impureté, le complet oubli de Dieu et courra ainsi à son châtiment.
Les Français iront jusqu’aux confins du désespoir. Ils ne reprendront courage que contre eux-mêmes. Une à une, les solutions proposées pour porter remède à leurs maux échoueront.
C’est seulement quand tous les recours aux moyens humains seront épuisés et que tout semblera perdu que le Sacré-Coeur interviendra.
Alors apparaîtra l’Elu de Dieu, et la France ne pourra nier qu’elle devra au Sacré-Coeur seul son salut ! »

Sacré-Coeur

« Cœur de Jésus, ayez pitié de nous, pardonnez-nous, sauvez-nous ! »

(invocation inspirée à Madame Royer)

Sacré-Coeur aux bras étendus - Madame Royer

Le Sacré-Coeur aux bras étendus :
Notre-Seigneur a dit à Madame Royer qu’Il voulait qu’Il soit représenté ainsi.

2014-7. Les plaies de la France pansées par Marie.

les plaies de la France pansées par Marie

« Les plaies de la France pansées par Marie »

C’est l’intitulé d’une image pieuse que j’ai trouvée dans la collection de Frère Maximilien-Marie. Elle date du milieu du dix-neuvième siècle.

Au premier plan, on y voit la France, figurée par une femme allongée sur un lit d’épis de blé pourrissant et de ronces : son front est ceint d’épines, des larmes coulent de ses joues, son coeur est blessée. De sa main droite, on la voit égrener un chapelet, et ses yeux sont fixés sur la croix qu’elle tient dans la main gauche. Autour de cette croix un phylactère permet de lire ces mots : « Unica spes : unique espérance ».
Le linge qui la recouvre à demi, quand on l’observe attentivement, est en fait un drapeau blanc fleurdelysé.

plaies de la France pansées par Marie détail 1

Derrière elle, se tient la Très Sainte Vierge Marie qui la serre contre son Coeur maternel.
Dans chaque main, Marie tient un linge sur lequel figure une inscription : avec celui qu’elle a dans la main gauche – Fides : la foi – , elle panse les plaies de la tête, et avec celui qu’elle a dans la main droite – Caritas : la charité – , elle soigne le coeur de la France.

plaies de la France pansées par Marie détail 2

Marie pleure ; son regard implorant est tourné vers le Calice du Saint-Sacrifice qui reçoit les gouttes du Précieux Sang découlant des plaies du Sacré-Coeur qui le surmonte.
En arc de cercle au dessus de l’auréole qui nimbe le Coeur de Jésus, est écrit : « Amour à Mon Vicaire »
Deux faisceaux lumineux descendants encadrent le Calice : dans l’un est écrit « Observation du dimanche » et dans l’autre « Détestation du blasphème ». On reconnaît là deux points essentiels du message public délivré par la Très Sainte Vierge Marie lors de l’apparition du 19 septembre 1846 à La Salette.
Avec l’inscription qui se trouve au-dessus, on a des indications précieuses pour la datation de cette image : la diffusion du message de La Salette et la révolution romaine de 1848 qui contraignit le Bienheureux Pie IX à l’exil. Ce dernier évènement est en quelque sorte confirmé par un autre détail : la tiare déposée au pied de la Croix sur une sorte d’autel, juste au-dessous du Calice.

plaies de la France pansées par Marie détail 3

Sur le côté droit, partant d’une nuée sombre, on voit un éclair vengeur  qui, zébrant le ciel, tombe sur la terre à l’endroit où est écrit « France ».
Le message est explicite là encore : ce sont les menaces de châtiments qui risquent de frapper la France, infidèle aux lois divines, infidèle à sa vocation, infidèle à sa mission.

plaies de la France pansées par Marie détail 4

La France est blessée : sa tête, siège de la pensée, est certes blessée par les épines de cette couronne, symbole de l’orgueil de la révolte intellectuelle contre Dieu et contre Son Règne ; son coeur, symbole de ses affections, est certes lui aussi grièvement blessé parce qu’il s’est attaché à d’autres amours qu’à celles qui sont justes et saintes… Toutefois, une flamme ténue s’en échappe encore : tout n’est donc pas irrémédiablement perdu !

La légende de cette image nous délivre une leçon d’espérance.
C’est sans nul doute à Marie, Vierge de Compassion et « toute puissance suppliante » – ainsi que l’on appelée les saints – , qu’il faut attribuer ces mots (dont la formulation semble inspirée par la manière dont elle a intercédé à Cana : « ils n’ont plus de vin ») : « Son coeur bat encore » !
En dessous, la phrase : « J’ai péché, Seigneur… et j’ai fait le mal devant Vous ! » , est l’aveu de la France, contrite et humiliée. C’est la confession de son péché, qui reprend les expressions du « Miserere » (Psaume L), lequel développe l’aveu de David reconnaissant son adultère et son crime (3 Rois XII, 13).

plaies de la France pansées par Marie détail 5

Tant qu’il y aura un peu de flamme dans son coeur, et tant que ce coeur pourra être touché par la grâce du repentir, la France, en se recommandant à l’intercession de la Vierge Marie, sa Reine, aura le droit d’espérer dans sa guérison et dans son relèvement.

Mais si la France néglige la prière et la pénitence, si elle continue à contrevenir aux saintes lois de Dieu, si elle ne s’amende pas et ne convertit pas ses institutions et ses lois, non ! elle ne pourra se soustraire aux châtiments mérités, et devra alors tout craindre de la justice divine !

La leçon est de toujours à toujours.
La leçon est actuelle.
La leçon est d’une brûlante actualité…

Lully.                           

frise avec lys naturel

Ô Marie conçue sans péché, notre bonne Mère qui avez voulu que nous Vous invoquions sous le vocable, si consolant à nos cœurs, de Reine de France, voyez prosternés à Vos pieds vos Sujets malheureux.
Ayez pitié de nous : soyez notre Avocate auprès de Votre divin Fils, notre Roi bien aimé.
Nous savons que nous l’avons grandement offensé, outragé même, que nous avons méprisé Ses Commandements, foulé aux pieds les Saintes Lois de Son Eglise ; mais nous savons aussi, ô aimable Souveraine, que Vous êtes toute puissante sur le Cœur de ce Roi d’Amour qui ne demande Lui-même qu’à pardonner ; obtenez nous donc cette paix, nationale et individuelle, tant désirée de tous, pour la plus grande gloire de Votre cher Fils.

Ainsi soit il.

frise avec lys naturel

2013-87. Quelques citations et quelques réflexions du Maître-Chat Lully – novembre 2013.

Samedi 30 novembre 2013,
Fête de Saint André, apôtre.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Selon mon habitude, je termine ce mois en partageant avec vous quelques citations ou quelques unes des réflexions que m’a inspirées l’actualité au cours des dernières semaines.

Adoration de l'Agneau

Jan van Eyck : l’Agneau entouré des anges et des saints
(triptyque de l’Agneau mystique – Gand)

Le mois de novembre commence avec la fête de la Toussaint, que nous triplons en quelque sorte, ou plus exactement que nous amplifions ensuite à deux reprises, puisque nous avons célébré – le 3 novembre – la fête de tous les saints du diocèse de Viviers, puis – le 13 novembre – la fête de tous les saints de l’Ordre de Saint Augustin.

Il est arrivé assez souvent que l’on entende des prêtres – ou des évêques – dire de manière sentencieuse que le second concile du Vatican aurait fait prendre conscience que la sainteté n’était pas réservée aux prêtres et aux religieux (sic) et que – entre autres « nouveautés » – « le » concile avait enfin (re-sic) lancé un appel universel à la sainteté !

Voilà bien encore une de ces absurdités dont les modernistes sont coutumiers : s’ils avaient un minimum de connaissances historiques, un chouilla de culture, en sus d’un tout petit peu de piété, ils seraient contraints de se rendre à l’évidence : cet appel à la sainteté adressé à toutes les catégories de fidèles, l’Eglise l’a toujours fait entendre ; l’Eglise l’a toujours mis en avant !
Pour s’en bien persuader, il suffit, par exemple, – comme nous le faisons avec la récitation de l’office divin dans sa forme traditionnelle – de lire quotidiennement le martyrologe ; il suffit encore de se nourrir spirituellement de la vie des saints ; il suffit aussi de se laisser instruire par les écrits des Pères de l’Eglise, ainsi que par les exhortations que les pontifes et les conciles des âges passés ont adressées aux fidèles ; il suffit enfin  - et par dessus tout – de méditer quotidiennement sur le Saint Evangile et sur les épîtres des Saints Apôtres…
Je ne vois donc vraiment pas où se trouverait cette prétendue « nouveauté » apportée par « le » concile !

2 novembre au Mesnil-Marie

L’oratoire du Mesnil-Marie, le 2 novembre.

Novembre, c’est aussi un mois que la dévotion des fidèles tourne particulièrement vers la prière pour les défunts. C’est en raison, bien sûr, de la commémoraison solennelle des trépassés, le 2 novembre.

Je suis véritablement plus que perplexe devant cette mode actuelle qui, dès qu’il y a des victimes d’une catastrophe naturelle, d’un accident, d’un drame, d’une maladie… bref, de la mort, ne fait plus parler que d’ « hommages » aux défunts.
A tel point que désormais les cérémonies religieuses de funérailles sont qualifiées de « messes en hommage ».

Malheureusement, la réforme issue du second concile du Vatican a porté atteinte à la Foi, au point que, par exemple, les oraisons de la liturgie du 2 novembre ne présentent plus à Dieu des prières pour que les âmes des défunts soient libérées des peines consécutives à leurs fautes, mais demandent seulement : « Fais grandir notre foi (celle des vivants donc) en ton Fils ressuscité des morts, pour que soit plus vive aussi notre espérance en la résurrection de tous nos frères défunts » (c’est l’oraison que l’on trouve dans la version française de la « liturgie des heures » pour le 2 novembre).
A n’en pas douter, c’est une conception protestante qui a prévalu ici, à l’encontre de la Foi catholique traditionnelle !

Cette négation factuelle du Purgatoire et des purifications nécessaires – qui peuvent être très longues – avant l’admission dans le Royaume céleste, se retrouve dans nombre de célébrations des funérailles : les messes d’enterrement (ou les pseudo-liturgies qui les remplacent) ne sont plus d’insistantes prières pour le repos de l’âme du disparu, mais des célébrations dans lesquelles l’affect et la sentimentalité prédominent sur la prière et la Foi.
Facilement, on y entend dire que le défunt est déjà « ressuscité », ou bien qu’il a été « accueilli à bras ouverts à la table de Dieu », ou encore qu’il est « entré dans la maison du Père »… etc.
Bref ! on fait de ces funérailles des espèces de béatification… au rabais.

Car c’est cela une béatification : l’affirmation par l’Eglise qu’un homme est au Ciel. Mais cette affirmation ne peut pas se faire sans preuves, preuves que l’on recherche et que l’on vérifie au cours d’une enquête, normalement longue et minutieuse (le procès en béatification).

Il est absolument illusoire et mensonger, au moment des funérailles, de dire et de répéter qu’un défunt est déjà au Ciel (ou formules équivalentes).
Sans doute cela est-il fait parce que l’on souhaite consoler des familles et des amis dans le deuil, mais ce faisant on manque cruellement d’authentique charité : si en effet l’on dit qu’un défunt est allé au Ciel, ses parents et ses connaissances ne verront pas la nécessité de prier pour le repos de son âme, ni de faire célébrer des messes de suffrage pour que l’âme du trépassé soit purifiée des conséquences de ses fautes. De fait donc, par la faute de ceux qui ont affirmé que les défunts sont rapidement introduits dans la béatitude du Paradis, leurs âmes restent-elles plus longtemps en Purgatoire !

Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI et Monseigneur Domenico Bartolucci

Monseigneur Domenico Bartolucci en 2006 avec Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
(Monseigneur Bartolucci sera élevé à la dignité cardinalice en 2010)

Le 11 novembre, nous avons appris avec émotion la mort de Son Eminence Révérendissime le Cardinal Domenico Bartolucci.
In illo tempore, j’avais publié (cf. > ici) la traduction française de l’entretien que Monseigneur Bartolucci (il n’avait pas encore été créé cardinal) avait accordé à deux journalistes italiens ; c’était en 2009.
Cela fait toujours du bien de relire ses paroles, car il  ne pratiquait pas la langue de bois, ni ne se perdait en circonvolutions diplomatiques lorsqu’il s’agissait de dénoncer le massacre liturgique opéré « depuis le concile ».

A celui qui proclamait alors qu’il avait toujours célébré la Sainte Messe latine traditionnelle et qu’il aurait bien des difficultés à célébrer la messe du rite moderne puisqu’il ne l’avait jamais dite, a été faite cette ultime insulte : avoir une messe de funérailles selon le nouvel ordo… Horresco referens !
J’en ai éprouvé une très grande peine, mais je suis certain que ceux qui lui ont joué ce mauvais tour devront l’expier (si ce n’est pas en ce monde, ce sera dans l’autre) et, ainsi qu’on le dit familièrement, ne l’emporteront pas en paradis.

On lira avec intérêt, sur l’excellent site « Benoît et moi », ce qui a été publié à l’occasion du rappel à Dieu de Son Eminence le Cardinal Bartolucci, cf. > ici.

Etrennes socialistes

Les étrennes radicales-socialistes (caricature par A. Lemot, publiée dans « le Pèlerin » – début XXe s.)
Un travailleur croule sous le poids des scandales et charges que lui imposent les politiciens de gauche.
Sur les paquets dont il est chargé on peut lire : confiscations, Zola, expulsions, vols, liberté morte, retraites, impôts nouveaux, grèves, déficit, anti militarisme, écoles sans Dieu… etc.

Sous le dessin on lit : « Espérons, brave travailleur, que cette année tu ne te plaindras pas ! Tu en as de belles étrennes… et ce n’est pas fini ! »

Lorsque je suis – toujours avec un certain recul – l’actualité politique et sociale de notre France, j’ai l’impression que l’histoire se renouvelle et ramène, comme cycliquement, le même type d’événements.
Qui pourrait s’en étonner ? L
es mêmes causes ne produisent-elles pas toujours les mêmes effets ?

A la tête de ce pays dont, aujourd’hui, tous les structures et rouages de gouvernement ont été élaborés, voulus et imposés par les loges, nous avons véritablement, cachés sous les oripeaux de leurs proclamations émues des « valeurs de la république », ni plus ni moins que des idéologues intégristes et nostalgiques : intégristes de l’anti-catholicisme, intégristes du Grand Orient, nostalgiques du club des Jacobins, nostalgiques de la sanglante Commune de Paris, nostalgiques du « petit père Combes » et de Ferdinand Buisson…
Et ce que ce système a produit, à chaque fois, c’est l’oppression – voire la terreur – , la guerre, la misère – matérielle, psychologique et spirituelle – , la famine, le brigandage, l’injustice…

Il y aura fort à faire pour relever de telles ruines… et sans doute n’avons-nous pas encore tout vu !

Tant qu’il n’y aura pas conversion et pénitence, il sera vain d’espérer dans un « changement ».
La conversion des cœurs doit nécessairement entraîner la conversion des mentalités et des structures : les structures de la société, et les structures de l’Etat.

« Qu’on ne s’y trompe pas : plus un peuple a été bercé d’illusions et plongé dans la vie facile, plus l’élite doit mener une vie austère et sacrifiée, ainsi seulement elle pourra désarmer l’envie, susciter la confiance et amorcer par son exemple une nouvelle discipline et un relèvement des moeurs. C’est par la tête que les sociétés tombent malades et c’est aussi par la tête qu’elles guérissent » (Gustave Thibon). 

Gallia pœnitens

Gallia poenitens : la France pénitente.

« La France, Ma France, n’a pas encore atteint le fond de l’abîme ; elle n’est qu’au début de ses humiliations : il lui faudra encore descendre plus bas, être davantage humiliée, aller encore plus loin, bien plus loin, dans cette voie des outrages et de l’affliction amère où elle marche depuis plus de deux siècles…
C’est l’orgueil qui l’a conduite dans cette voie ; c’est l’orgueil qui la conduit encore ; et son orgueil n’aura de guérison que dans les plus extrêmes humiliations, au point qu’on la croira tout à fait anéantie.
Tant qu’elle n’aura pas fait pénitence, tant qu’elle n’aura pas tout expié, il n’y aura point de salut pour elle, et la porte de l’espérance lui demeurera obstinément fermée.
Tant que vous vous confierez en des moyens humains, vous récolterez l’amertume, la ruine et l’humiliation, roulant d’abîmes en abîmes.
Tant que vous ne vous confierez pas, et uniquement, en Mon Cœur et dans les moyens surnaturels qu’Il vous a tant de fois recommandés, vous aurez beau vous agiter, vous aurez beau dire et beau faire, vous continuerez à vous enfoncer.
Tant que vous ne serez pas revenus à Mon Cœur de toute l’énergie de votre volonté convertie, vous vous enfoncerez encore.
Il n’y a que la pénitence, encore et encore la pénitence, encore et toujours la pénitence, une pénitence inspirée par l’amour et par une contrition absolue, qui sortira la France de l’abîme.
Mais pour l’heure, et pour longtemps encore, il vous faudra gémir sous le pouvoir des ténèbres… »

Le Sacré-Coeur de Jésus

Et nous voici tout à la fois au dernier jour de novembre et au dernier jour de l’année liturgique : ce soir, en effet, commence le saint temps de l’Avent (cf. > ici) ; ce soir recommence le cycle sacré de la célébration des mystères de notre salut par lequel sont sanctifiées nos années terrestres : nous allons une nouvelle fois revivre les événements du Saint Evangile, non comme des anniversaires historiques, mais par une actualisation des grâces divines qu’ils nous ont values.
A vous tous donc, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, bonne, fervente et sainte nouvelle année liturgique, dans la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ !

Patte de chat Lully.

Chatons voeux nouvelle année liturgique

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2013-67. De l’anniversaire de la naissance de Louis XIV et de son prétendu refus d’obtempérer aux demandes du Sacré-Coeur.

Jeudi 5 septembre 2013,
375ème anniversaire de la naissance de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIV.

2013-67. De l'anniversaire de la naissance de Louis XIV et de son prétendu refus d'obtempérer aux demandes du Sacré-Coeur. dans Memento louis-xiv-enfant

Louis-Dieudonné, Dauphin de France, futur Louis XIV
(anonyme, vers 1640)

Le 5 septembre 1638, à Saint-Germain en Laye, naquit Louis-Dieudonné, Dauphin de France – fils de Leurs Majestés Très Chrétiennes le Roi Louis XIII et la Reine Anne d’Autriche – , futur Louis XIV le Grand.
Tous nos amis savent en quelle vénération nous tenons celui qui, pour toujours, demeure le Roi Soleil. Aussi, en notre Mesnil-Marie, ce trois-cent-soixante-quinzième anniversaire nous est une occasion toute particulière d’allégresse et d’action de grâces.

En septembre 1638, ce fut une explosion de joie par tout le Royaume lorsque cette naissance tant espérée advint enfin.
En témoigne cette « Chanson à danser sur la naissance de Louis-Dieudonné » dont vous pouvez ici entendre un bref enregistrement :

Faire un clic droit sur l’image ci-dessous, puis « ouvrir le lien dans un nouvel onglet »

Image de prévisualisation YouTube

Voici l’intégralité des paroles de ce chant populaire qui décrit en particulier les réjouissances auxquelles se livrèrent les Parisiens en liesse :

1
Nous avons un Dauphin,
Le bonheur de la France !
Rions, buvons sans fin
A l’heureuse naissance :
Car Dieu nous l’a donné
Par, par, par l’entremise
Des prélats de tout l’Église.
On lui verra la barbe grise !


Lorsque ce Dieudonné 
Aura pris sa croissance, 
Il sera couronné 
Le plus grand Roy de France. 
L’Espagne, l’Empereur et l’Italie 
Le Crovate et l’Roy d’Hongrie 
En mourront tous de peur et d’envie.


La ville de Paris 
Se montra non pareille 
En festins et en ris ;
Le monde y fit merveille. 
Chacun de s’enyvrer faisoit grande gloire 
A sa santé, à sa mémoire 
Aussi bien maître Jean que Grégoire.


Au milieu du ruisseau 
Estoit la nappe mise :
Et qui buvoit de l’eau 
Estoit mis en chemise !
Ce n’estoit rien que jeux, 
Feux et lanternes ;
On couchoit dedans les tavernes ;
Et si j’n’ dis vray que l’on me berne.


Ce qui fut bien plaisant 
Fut Monsieur la Raillière :
Ce brave partisan
Fit faire une barrière 
De douze ou quinze muids 
Où tout le monde 
S’alloit abreuver à la ronde 
Et s’amusoit à tirer la bonde.

6
Monsieur de Benjamin,
Des escuyers la Source,
Fit planter un dauphin
Au milieu de sa course
Ou six vingts caveliers,
Avec la lance,
Lui faisoient tous la révérence
Et puis alloient brider la potence.


Au milieu du Pont Neuf 
Près du cheval de bronze, 
Depuis huit jusqu’à neuf, 
Depuis dix jusqu’à onze, 
On fit un si grand feu 
Qu’on eut grande peine 
A sauver la Samaritaine 
Et d’empêcher de brûler la Seyne !

8
Le feu fut merveilleux
Dans la place de Grève,
Et quasi jusqu’au cieux
La machine s’élève ;
Minerve y paroît de belle taille,
Vestue d’une cotte de maille
Qui mestoit tout son monde en bataille.


Enfin tout notre espoir 
Estoit que notre Reine 
Quelque jour nous fit voir 
Sa couche souveraine ;
Nous donnant un Dauphin par bon présage 
Il est beau, il est bon et sage 
Il fera des merveilles en son âge !

gabriel-blanchard-allegorie-de-la-naissance-de-louis-dieudonne 1638 dans Vexilla Regis

Allégorie de la naissance du Dauphin Louis-Dieudonné
(tableau de Gabriel Blanchard) 

Mais je veux surtout profiter de cet anniversaire pour répondre à une remarque qui m’est très souvent objectée – la plupart du temps par de fervents catholiques – au sujet du Grand Roi : « N’a-t-il donc pas refusé d’exécuter les demandes du Sacré-Coeur qui lui avaient été transmises par Sainte Marguerite-Marie ? »

Je ne vais pas développer ici la teneur de ces demandes du Sacré-Coeur, ni évoquer les éventuelles difficultés que peut soulever ce message ; je veux uniquement m’occuper de savoir s’il est vrai que Sa Majesté le Roi Louis XIV y aurait opposé un refus.

sacre-coeur 1689

Dans la lettre numéro 100 - lettre qui ne porte pas de date mais qui fut écrite après le 17 juin 1689 – , après lui avoir décrit les grâces que la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus fera pleuvoir sur l’Ordre de la Visitation, Sainte Marguerite-Marie confie ceci à la Révérende Mère de Saumaise, supérieure du monastère de Dijon : « Et voici les paroles que j’entendis au sujet de notre Roi : Fais savoir au Fils aîné de Mon Sacré-Coeur, que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de Ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle… », suivent alors les fameuses demandes à l’intention du Souverain (in « Vie et oeuvres de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque » – 3ème édition, par Monseigneur Gauthey, tome deuxième, p. 436).

La question qui se pose d’emblée est celle-ci : comment une religieuse assujettie à la clôture très stricte d’un humble monastère dans une toute petite cité bourguignonne, religieuse qui n’a pas de parenté dans la très haute noblesse, qui ne cultive pas de relations à la Cour, et qui n’entretient pas de correspondance avec quelque prélat en vue, pourra-t-elle transmettre son message céleste à celui que Notre-Seigneur Lui-même n’appelle pas seulement le « Fils aîné de la Sainte Eglise » mais le « Fils aîné de Son Sacré-Coeur » ?
Sainte Marguerite-Marie, que l’étude de l’ensemble des lettres à la Révérende Mère de Saumaise montre pressée de voir aboutir cette mission, a sans nul doute instamment prié et demandé à Notre-Seigneur comment il conviendrait de faire pour toucher le Roi Soleil. 

Dans la lettre 107 – daté du 28 août 1689 et toujours adressée à la Révérende Mère de Saumaise – ,  on peut voir que la Sainte a reçu une réponse à ses interrogations, et elle en fait part à sa correspondante : « (…) Dieu a choisi le Révérend Père de La Chaise pour l’exécution de ce dessein (…) » (ibid. p. 455).

rd.p.-francois-daix-de-la-chaise-sj 375e anniversaire de la naissance

Le Rd. Père François d’Aix de La Chaise (1624-1709)
confesseur de Sa Majesté le Roi Louis XIV pendant trente quatre ans.

On comprend très bien que le confesseur de Sa Majesté  est un personnage clef pour emporter l’adhésion du Roi sur un sujet qui touche à la religion : la lettre 107, qui est assez longue, développe que « ce sera donc à lui de faire réussir la chose » (ibid.) et que pour atteindre le Père de La Chaise, la Révérende Mère de Saumaise n’a qu’à faire passer cette solennelle lettre 107 (je la qualifie de « solennelle » parce que l’on voit bien que Sainte Marguerite-Marie l’a rédigée non plus pour la seule Mère de Saumaise mais pour que celle-ci puisse la communiquer : le ton et le style y sont soignés, graves et presque emphatiques) à la Supérieure du monastère de la Visitation de Chaillot : en effet, ce monastère reçoit régulièrement le Père de La Chaise comme confesseur des moniales.

On ne peut guère imaginer que la Révérende Mère de Saumaise, entièrement gagnée à la cause, se soit abstenue d’obtempérer aux indications « tactiques » suggérées par les inspirations de Sainte Marguerite-Marie, mais à partir de cette fin d’août 1689, nous n’avons plus de documents qui nous permettraient d’affirmer quoi que ce soit.

La copie de cette lettre 107 de Sainte Marguerite-Marie est-elle parvenue à la Supérieure de Chaillot et, dans l’affirmative, cette Supérieure l’a-t-elle bien remise au Père de La Chaise ? 
S’il a bien eu en mains les demandes du Sacré-Coeur à l’adresse de son royal pénitent, le Père de La Chaise a-t-il été convaincu de leur authenticité surnaturelle ?
S’il a été au courant du message et convaincu de son authenticité, le Père de La Chaise l’a-t-il bien retransmis à Sa Majesté ? 
Toutes ces questions n’ont pas de réponse.
Nous n’avons aucun document, aucun témoignage, aucune preuve historique, ni même aucune ombre de preuve : Rien, strictement rien ne nous permet d’affirmer que le Grand Roi a été mis au courant de ce message ; de même que rien, strictement rien ne peut nous permettre d’affirmer qu’il ne l’a pas été.

En l’absence de toute preuve, de tout document, de tout indice, il est donc absolument impossible – et véritablement injuste – d’affirmer de manière catégorique que Sa Majesté le Roi Louis XIV aurait refusé d’obtempérer aux demandes du Sacré-Coeur !

En outre, il faut bien se garder de pécher par anachronisme : aux catholiques fervents du XXIe siècle il est bien facile d’avoir confiance dans les révélations de Sainte Marguerite-Marie, puisque cette dernière a été béatifiée par Pie IX, canonisée par Benoît XV, et que le culte du Sacré-Coeur – tel qu’il a été demandé par Notre-Seigneur par l’intermédiaire de la sainte Visitandine – a été pleinement authentifiée par l’Eglise.
Mais en 1689, ni le Père de La Chaise, ni Sa Majesté le Roi Louis XIV n’avaient ces garanties. En admettant que l’un et l’autre aient connu la lettre 107 de la Soeur Marguerite-Marie Alacoque – car, redisons-le, nous sommes là dans le royaume des « si » – , qu’est-ce qui leur permettait d’être certains de la vérité des voies mystiques de la moniale et de l’authenticité surnaturelle de ces demandes ?

Gardons nous donc soigneusement de tout jugement téméraire en cette affaire ; acceptons humblement de ne pas connaître ce qu’il est réellement advenu, à ce moment-là, des demandes du Christ-Roi adressées au « Fils aîné de Son Sacré-Coeur », après que la Révérende Mère de Saumaise ait reçu de Sainte Marguerite-Marie la mission de transmettre sa lettre au monastère de Chaillot…

Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’un siècle plus tard, le message avait fini par être connu de la famille royale, et que l’infortuné Louis XVI, en position plus que critique, tentera alors de répondre aux demandes du Coeur de Jésus (voir le texte de son voeu > ici), mais, pour reprendre les termes mêmes de Notre-Seigneur dans une communication à Soeur Lucie, il était alors « bien tard » (*)

Lully. 

frise-lys 5 septembre

(*) Soeur Lucie, dans une lettre à son évêque datée du 29 août 1931 (dite lettre de Rianjo), transcrit ces paroles de Notre-Seigneur : « Ils n’ont pas voulu écouter ma demande. Comme le roi de France, ils s’en repentiront, et ils le feront, mais ce sera bien tard… »

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 4 septembre, 2013 |3 Commentaires »

2013-56. Du joug de Jésus-Christ, doux et humble de cœur.

Sermon de notre glorieux Père Saint Augustin
sur ces paroles du Saint Evangile :
« Mon joug est doux et mon fardeau léger »

Vendredi 21 juin 2013,
fête de Saint Louis de Gonzague (cf. > ici).

A la suite des textes que j’ai précédemment livrés à vos réflexion et méditation au cours de ce mois du Sacré-Coeur, voici le texte d’une prédication de notre bienheureux Père Saint Augustin commentant le seul passage de l’Evangile dans lequel Notre-Seigneur Jésus-Christ parle Lui-même de Son Sacré-Cœur : Matthieu XI, 28-30.
On y verra à quel point les révélations reçues par la sainte Visitandine de Paray-le-Monial sont dans la pleine continuité de la tradition patristique.

2013-56. Du joug de Jésus-Christ, doux et humble de cœur. dans De liturgia sacre-coeur-de-jesus

§1 – Notre-Seigneur dit que Son joug est doux et cependant bien des choses donnent l’impression que, lorsqu’on se met à la suite de Jésus-Christ, on subit les épreuves et la peine. L’Ecriture elle-même annonce des tribulations pour les disciples du Seigneur.

Plusieurs s’étonnent, mes frères, d’entendre dire par le Seigneur : « Venez à Moi, vous tous qui fatiguez et qui êtes chargés, et Je vous soulagerai. Prenez mon joug sur vous et apprenez de Moi que Je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes ; car mon joug est doux et mon fardeau léger » (Matth. XI, 28-30).
Ceux qui sans frémir se sont courbés sous ce joug et qui ont avec une docilité parfaite présenté leurs épaules à ce fardeau, leur semblent tourmentés et éprouvés par tant de difficultés dans ce siècle, qu’ils les considèrent comme étant appelés, non pas du travail au repos, mais du repos au travail, l’Apôtre disant lui-même : « Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ souffriront persécution » (2 Tim. III, 12).
Comment donc, s’écrie-t-on, le joug du Seigneur serait-il doux et Son fardeau léger, puisque porter ce joug et ce fardeau n’est autre chose que de vivre pieusement en Jésus-Christ ? Comment aussi le Sauveur dit-Il : « Venez à Moi, vous tous qui fatiguez et qui êtes chargés, et Je vous soulagerai ? » Ne devrait-Il pas dire au contraire : Vous qui êtes en repos, venez travailler ? Ainsi trouva-t-Il en repos les ouvriers qu’Il loua et qu’Il envoya à Sa vigne pour y porter le poids de la chaleur (Matt. XX, 3-7). 

sacre-coeur Coeur de Jésus dans Lectures & relectures

§2 – Exemples de Saint Paul : le joug du Christ lui a valu de nombreuses souffrances et persécutions, mais le Saint-Esprit lui enseignait que la perspective du bonheur de la vie future est un puissant contrepoids aux peines d’ici-bas.

Et sous ce joug si doux, sous ce fardeau si léger, l’Apôtre nous dit encore : « Montrons-nous en toutes choses comme des ministres de Dieu par une grande patience dans les tribulations, dans les nécessités, dans les angoisses, sous les coups » (2 Cor. VI, 4). Ailleurs encore, dans la même épître : « Cinq fois j’ai reçu des Juifs quarante coups de fouet moins un ; j’ai été trois fois déchiré de verges, lapidé une fois ; trois fois j’ai fait naufrage, j’ai été un jour et une nuit au fond de la mer » (1 Cor. XI, 24-25). Combien d’autres dangers encore, qu’il est facile d’énumérer mais que l’on ne saurait affronter qu’avec l’aide de l’Esprit-Saint!
L’Apôtre ressentait donc souvent et abondamment les travaux et les angoisses dont il parle : mais il était sans aucun doute soutenu par l’Esprit de Dieu ; et pendant que l’homme extérieur s’usait, cet Esprit renouvelait l’homme intérieur de jour en jour, il le comblait de saintes délices, lui faisait goûter ainsi le repos de l’âme ; et l’espoir du bonheur futur aplanissait toutes les aspérités de la vie, et relevait toutes les pesanteurs. Voilà comment le joug du Christ devenait doux et son fardeau léger. Paul allait même, jusqu’à nommer « tribulation légère » toutes ces afflictions et toutes ces extrémités dont on ne saurait entendre le récit sans frémir.
Ah ! son œil intérieur saisissait parfaitement à quel prix on doit acheter, dans te temps, cette vie future où l’on est exempt des éternelles souffrances des impies, et où l’on jouit sans inquiétude de l’éternelle félicité des justes.

sacre-coeur doux et humble de coeur dans Nos amis les Saints

§3 – Saint Augustin fait ressortir que l’on voit partout des hommes se livrer avec un certain bonheur aux plus rudes travaux afin d’atteindre des satisfactions terrestres qu’ils se sont fixées et la jouissance qui en résultera pour eux.

On se laisse tailler et brûler les chairs afin d’échapper, par ces douleurs aiguës, à d’autres douleurs qui ne sont pas éternelles, mais qui viennent d’un mal dont la durée se prolonge un peu plus. Dans l’espoir incertain d’obtenir un court et languissant repos sur la fin de ses jours, le soldat use sa vie au milieu des guerres les plus horribles ; exposé à passer plus d’années dans l’agitation et la fatigue que dans la paix et le repos. A quelles tempêtes, à quels écueils, à quelles affreuses et redoutables colères du ciel et de la mer ne s’exposent pas, les négociants pour acquérir de volages richesses, des richesses d’où s’échapperont plus de dangers et de tempêtes qu’il n’en a fallu braver pour les acquérir ? A quelles chaleurs, à quels frimas, à quels périls ne s’exposent pas les chasseurs ? Chevaux, fossés, précipices, fleuves et bêtes sauvages, tout est pour eux plein de dangers. Comme ils souffrent la faim et la soif, comme ils se contentent des aliments les plus vils et de la plus insuffisante quantité, quand il s’agit de s’emparer d’un animal, dont parfois, malgré tout ce qu’ils endurent, la chair ne saurait être offerte sur leurs tables ! Il faut même le reconnaître, s’il leur arrive de prendre un sanglier ou un cerf, la pensée de l’avoir pris les flatte plus que le plaisir de le manger. A quels tourments et à quels coups ne sont pas exposés chaque jour les plus tendres enfants ? A combien de veilles, à combien de dures abstinences on les condamne, dans les écoles, non pour les former à la sagesse, mais pour les préparer aux vaines richesses et aux vains honneurs, pour leur enseigner le calcul et les lettres, pour leur apprendre les détours trompeurs de l’éloquence !

sacre-coeur fardeau léger

§4 – Ce qui fait que certains portent allègrement les épreuves tandis que d’autres s’en trouvent accablés, c’est l’amour. Les uns souffrent facilement parce qu’ils aiment, et les autres difficilement parce qu’ils n’aiment pas. Ainsi aussi est-ce l’amour qui rend doux le joug de Jésus-Christ et son fardeau léger.

Observons-le néanmoins : quand on n’aime pas on trouve tout cela difficile, et la difficulté disparaît quand on aime ; car l’amour rend léger, il ne laisse presque pas sentir ce qui est en soi lourd et accablant.
Quelle fermeté donc, et quelle facilité bien plus grandes ne donne pas la charité pour faire en vue de l’éternelle béatitude ce que fait la concupiscence en vue de la misère présente ! Avec quelle aisance on endure toutes les peines temporelles pour échapper aux éternels châtiments et parvenir à l’éternel repos ! Ce n’est pas sans motif que ce Vase d’élection s’écriait avec de si vifs transports : « Les souffrances de ce temps ne sont point comparables à la gloire future qui sera révélée en nous » (Rom. VIII, 18).
Voilà ce qui rend ce joug doux et ce fardeau léger. S’il en coûte au petit nombre de le prendre sur leurs épaules, l’amour le fait supporter à tous aisément. « A cause des paroles de vos lèvres, dit le Psalmiste, j’ai gardé de dures voies » (Ps. XVI, 4). Mais ce qui est dur en soi, s’adoucit par l’amour.
Aussi admirez la sage économie de la bonté divine. Elle veut qu’affranchi de la loi et déchargé par la grâce du poids de ces innombrables observantes qui faisaient du joug divin un joug réellement lourd, quoiqu’il dût être tel pour les opiniâtres qui le portaient alors, l’homme intérieur qui se renouvelle de jour en jour (2 Cor. IV, 16), trouve allégées par la joie intérieure, par la facilité de pratiquer la foi pure, l’espérance qui soutient et la sainte charité, toutes les vexations produites contre l’homme extérieur par le prince rebelle qui a été mis dehors. Rien ne pèse moins à la bonne volonté que cette volonté même, et Dieu s’en contente.
Quelles que soient donc les persécutions du monde, c’est avec une incontestable vérité que les Anges s’écrièrent après la naissance temporelle du Seigneur : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté ! », car l’Enfant nouveau-né n’apportait qu’un joug doux et un fardeau léger ; d’ailleurs, comme s’exprime l’Apôtre : « Dieu est fidèle, Il ne souffre pas que nous soyons  tentés au dessus de nos forces ; mais Il nous fait tirer profit de la tentation même, afin que nous puissions persévérer » (1 Cor. X, 13).

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2013-54. « Règne à jamais » : cantique en l’honneur du Sacré-Coeur de Jésus, notre Roi.

En ce mois du Sacré-Coeur, dans la continuité de mes publications de la semaine dernière et en préparation de quelques autres, dans les prochains jours, je veux publier aujourd’hui à votre intention un cantique en l’honneur du Sacré-Coeur de Jésus.

Il s’agit d’un cantique populaire que nous aimons beaucoup au Mesnil-Marie : la mélodie de Praetorius sur lequel il a été composé est facile à mémoriser, et elle est, à ce qu’il me semble, utilisée aussi pour d’autres compositions.
Les paroles que l’on trouve ci-dessous sont d’un certain chanoine G. Mignot, dont nous ignorons tout par ailleurs.
Ce cantique a été publié dans le « Recueil de Cantiques Populaires » (21e édition – 1948) du chanoine Joseph Besnier, maître de chapelle de la cathédrale de Nantes. 

Pour la petite histoire, je note que cet « ouvrage honoré des félicitations et de la bénédiction de Sa Sainteté Pie XII » (sic) s’ouvre par une lettre des plus élogieuses à l’entête de la Secrétairerie d’Etat de Sa Sainteté, datée du 2 janvier 1948, et signée de… J.B. Montini, substitut.
Qui pouvait alors imaginer que, vingt ans plus tard, le même Montini, devenu pape Paul VI, oeuvrerait à envoyer aux oubliettes liturgiques tout le travail du bon chanoine Besnier, spécialement en faveur du chant grégorien ?

Qui bene cantat bis orat, disait notre glorieux Père Saint Augustin : qui bien chante, deux fois prie !
Prions pour la France !
Prions et supplions le divin Coeur de Jésus, pour le Royaume des lys !
Prions et invoquons la miséricorde du Sacré-Coeur en chantant avec ferveur… 

2013-54. Lully.      

regne-a-jamais cantiques dans Vexilla Regis

1 – Règne à jamais, Coeur glorieux,
Dans tous les temps, dans tous les lieux,
Sur terre comme dans les Cieux !

Refrain :   O Coeur Sacré, sois notre Roi :
                    Nous voulons vivre sous Ta loi,
                    Nous n’aimerons jamais que Toi ! 

2 – Règne à jamais sur nos foyers :
Sur eux, toujours, reviens veiller ;
Avec foi, nous saurons prier !

3 – Aux peuples tremblants dans leur foi 
Il faut un Chef, il faut un Roi :
Ce Roi, Sauveur Jésus, c’est Toi !

4 – Depuis qu’à Reims, aux temps jadis,
Tu baptisas le fier Clovis
Tu dois régner sur nous, ses fils ! 

5 – Règne, ô Jésus, sur tous les coeurs,
Sur Tes amis, sur les pécheurs,
Sur les brebis et les pasteurs !

coeur-de-jesus-sauvez-la-france- chanoine Joseph Besnier

Publié dans:Prier avec nous, Vexilla Regis |on 11 juin, 2013 |4 Commentaires »

2013-53. L’Evangéliste ne dit pas que le côté du Sauveur a été blessé, mais qu’il a été ouvert.

du cent-vingtième traité de notre glorieux Père Saint Augustin
sur l’Evangile de Saint Jean

à propos du côté ouvert de Notre-Seigneur Jésus-Christ
(Johan. XIX, 31-37) 

2013-53. L'Evangéliste ne dit pas que le côté du Sauveur a été blessé, mais qu'il a été ouvert. dans De liturgia creation-deve-mosaique-palerme

La création d’Eve – mosaïque de Palerme

* * *

Résumé : Saint Augustin commente les versets de l’Evangile selon Saint Jean racontant de quelle manière le côté du Sauveur a été transpercé : il attire notre attention sur le verbe précis choisi par l’Evangéliste, et montre – à partir de là – que l’arche de Noé et le récit de la création d’Eve étaient des prophéties en acte annonçant ce qui s’est passé à la mort du Sauveur ainsi que les fruits spirituels de cette mort.  Notre foi se trouve confortée par l’accomplissement des Ecritures en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

sacre-coeur-gif arche de Noé dans Lectures & relectures

§ 1. Tout ce que le Sauveur prévoyait comme devant avoir lieu avant Sa mort, ayant été accompli, Il rendit l’esprit au moment choisi par Lui. L’Evangéliste nous raconte ce qui arriva ensuite ; voici son récit : « Les Juifs, parce que c’était la veille du sabbat, afin que les corps ne demeurassent point sur la croix le jour du sabbat (car le sabbat était un jour très-solennel), prièrent Pilate de faire rompre les jambes aux criminels et de les enlever ». D’enlever non pas les jambes, mais les criminels, à qui l’on brisait les jambes pour les faire mourir et les détacher de la croix : on agissait ainsi, afin de ne point prolonger le supplice des crucifiés, et de ne point attrister par le spectacle de leurs tourments un grand jour de fête.

§ 2. « Les soldats vinrent donc et rompirent les jambes de ceux qu’on avait crucifiés avec Lui ; et, s’approchant de Jésus, quand ils virent qu’Il était déjà mort, ils ne Lui rompirent pas les jambes, mais un des soldats Lui ouvrit le côté d’un coup de lance ; et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau ».
L’Evangéliste se sert d’une expression choisie à dessein : il ne dit pas qu’on a frappé ou blessé le côté du Sauveur, ou qu’on a fait quelque autre chose semblable ; mais : « on l’a ouvert ».
Effectivement, la porte de la, vie devait s’ouvrir à l’endroit où ont pris naissance les Sacrements de l’Eglise ; sans lesquels il est impossible d’arriver à la vie, qui est la seule véritable. Ce sang a été répandu pour la rémission des péchés ; cette eau est un salutaire liquide, car elle nous sert de bain et de breuvage.
Dieu annonçait d’avance cet événement (Gen. VI, 16), en donnant à Noé l’ordre d’ouvrir, au flanc de l’arche, une porte par laquelle devaient entrer les animaux destinés à ne point périr sous les eaux du déluge ; ces animaux préfiguraient l’Eglise.
Voilà encore pourquoi la première femme a été tirée du côté d’Adam, pendant qu’il dormait (Gen. II, 22) ; voilà pourquoi elle a reçu le nom de vie et de mère des vivants (note : c’est la signification du nom d’Eve ; cf. Gen. III, 20). Même avant l’incalculable mal de sa prévarication, elle a été ainsi l’annonce d’un bien infini. Le second Adam, Jésus-Christ, ayant baissé la tête, S’est endormi sur la croix, pour qu’une épouse Lui fût donnée, et, pendant Son sommeil, cette épouse est sortie de Son côté.
O mort, qui fait revivre les morts ! Y a-t-il rien de plus pur que ce sang ? Quoi de meilleur pour guérir nos plaies ?

§ 3. « Et celui qui l’a vu a rendu témoignage, et son témoignage est véritable, et il sait qu’il dit vrai, afin que vous aussi vous croyiez ».
Jean ne dit pas : Afin que vous aussi, vous sachiez ; mais : « afin que vous croyiez » ; car celui qui a vu, sait, et celui qui n’a pas vu, doit croire à son témoignage. Le propre de la foi est plutôt de croire que de voir. Qu’est-ce, en effet, que croire une chose, sinon y conformer sa foi ?
« Car cela a été fait pour accomplir ces paroles de l’Ecriture : Vous ne briserez aucun de ses os. L’Ecriture dit encore : Ils verront quel est Celui qu’ils ont percé ». Il tire des Ecritures deux témoignages à l’appui des différents faits dont il raconte l’accomplissement. Il avait dit : « Et s’étant approchés de Jésus, ils virent qu’Il était déjà mort, et ils ne Lui rompirent point les jambes ». A ce passage se rapporte le témoignage suivant : « Vous ne briserez aucun de ses os » . Voilà l’ordre donné à tous ceux qui, sous l’ancienne loi, devaient célébrer la Pâque par l’immolation de l’agneau ; cette immolation était l’ombre antécédente de la Passion du Sauveur. C’est pourquoi « Jésus-Christ, notre Agneau pascal, a été immolé » (1
 Cor. V, 7). Le prophète Isaïe avait dit d’avance à Son sujet : « Il a été conduit à la mort comme une brebis » (Isaïe LIII, 7). De même encore l’Evangéliste avait ajouté : « Mais l’un des soldats ouvrit Son côté d’un coup de lance ». A cela se rapporte l’autre témoignage : « Ils verront quel est Celui qu’ils ont percé ». Voilà la promesse de la venue du Christ avec le même corps que celui avec lequel il a été crucifié. (…)

mont-st-odile-crucifixion-dapres-herrade-de-landsberg-hortus-deliciarum Coeur de Jésus

Monastère du Mont-Sainte-Odile (Alsace) – peinture murale de la Crucifixion
reproduisant une miniature du « Hortus deliciarum » de l’abbesse Herrade de Landsberg (XIIe siècle) 

2012-76. « Ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi… »

Mardi 6 novembre 2012.

Mon très cher Lully,

En corollaire de ce que je t’ai écrit hier (cf. > ici), je voudrais aujourd’hui te montrer une photographie : elle a été prise dans l’après-midi de ce 5 novembre 2012, et elle représente l’autel de la chapelle du Sacré-Cœur de Jésus, dans l’église Saint-Martin de Vals-les-Bains où j’ai été baptisé.

Cette chapelle du Sacré-Cœur est également la chapelle où se trouvent les fonts baptismaux : c’est donc aux pieds du Sacré-Cœur que j’ai reçu le don précieux de la régénération et la vie de la grâce.
Pour moi, qui suis tout dévoué au mystère de ce Sacré-Cœur, qui me dépense pour faire connaître les demandes qu’Il a adressées à toute l’Eglise par l’intermédiaire de Sainte Marguerite-Marie (cf. > ici) et qui souhaite ardemment susciter des réponses toujours plus généreuses à Ses appels, ce m’est un vrai bonheur spirituel de penser que j’ai été fait enfant de Dieu le Père, en étant incorporé au Christ, Son Fils incarné, par la puissance du Saint-Esprit, devant l’autel du Sacré-Cœur, surmonté d’un vitrail représentant l’apparition à Sainte Marguerite-Marie.

Je trouve tout particulièrement éloquent le lien qui est établi par la disposition de ces lieux : l’eau sainte du Baptême est celle qui a jailli, avec le Sang rédempteur, du Cœur de Notre-Seigneur ouvert par la lance du centurion (cf. Johan. XIX, 34) ; cela est en pleine et parfaite conformité avec les commentaires des Pères de l’Eglise.

Mais Je te laisse voir cette photographie…

2012-76.

N’es-tu pas, comme moi, cher Lully, frappé par l’impression d’abandon et par la saleté de cet autel ?

Si cela m’eût été possible, je me fusse précipité pour ôter ces horribles toiles d’araignées chargées de poussière noire, mais cette chapelle est fermée par une grille qu’il m’était impossible de franchir (et qui ne doit pas souvent être ouverte : il est probable que les baptêmes soient célébrés dans le sanctuaire au dessus d’un grand saladier ou d’une bassine à confiture!).
Tu remarqueras aussi que, contrairement aux règles du respect dû aux autels, celui-ci – comme d’ailleurs la plupart des autres dans cette église – n’est recouvert ni d’une nappe ni d’un tapis protecteur mais de ce qui, de loin, m’a semblé être une espèce de « placoplâtre » !!!

Je n’ai pu m’empêcher de penser aussitôt aux plaintes de Notre-Seigneur Jésus-Christ retranscrites par Sainte Marguerite-Marie :

- « Voilà l’état où me réduit mon peuple choisi que j’avais destiné pour apaiser ma justice et il me persécute secrètement… » (in « Mémoire composé par ordre de la Mère de Saumaise » § 36).

- « (…) Il me découvrit les merveilles inexplicables de son pur amour, et jusqu’à quel excès il l’avait porté, d’aimer les hommes, dont il ne recevait que des ingratitudes et méconnaissances. « Ce qui m’est beaucoup plus sensible, me dit-il, que tout ce que j’ai souffert en ma passion ; d’autant que s’ils me rendaient quelque retour d’amour j’estimerais peu tout ce que j’ai fait pour eux, et voudrais, s’ils se pouvait, en faire encore davantage ; mais ils n’ont que des froideurs et du rebut pour tous mes empressements à leur faire du bien… »  (in « Autobiographie » § 56).

- «  Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi… » (in « Autobiographie » § 92).

J’ai aussi repensé à la phrase du Saint Curé d’Ars : « Le sacerdoce, c’est l’amour du Cœur de Jésus », ainsi qu’à la dixième des promesses du Sacré-Cœur : « Je donnerai aux prêtres (sous entendu : qui pratiqueront cette dévotion envers le divin Cœur de Jésus) le talent de toucher les cœurs les plus endurcis » (cf. > ici).
A contrario, cela laisse entendre qu’un prêtre qui n’a pas de dévotion envers le Sacré-Cœur, qui n’a pas un fervent amour du Cœur de Jésus, sera un bien piètre apôtre et n’aura guère de talent pour toucher les cœurs…
Si l’état de cette chapelle et de cet autel est représentatif de la ferveur et de la dévotion du clergé local, on ne doit pas s’étonner de constater que ses lieux de culte se vident et que les fidèles soient de moins en moins nombreux !

Je conclurai ces quelques réflexions par cette citation de Maurice Barrès : « Devant ces églises, ça et là, à demi-désertes, à demi-écroulées, je me surprends à méditer la grande vérité, le mot décisif : les églises de France ont besoin de saints ! » (in « La grande pitié des églises de France »).

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

sacrec15 abandon dans Commentaires d'actualité & humeurs

Bande dessinée
« Je veux que tu me serves d’instrument pour attirer des coeurs à mon amour » > ici

2012-70. In hoc signo vinces !

2012-70. In hoc signo vinces ! dans De liturgia labarum-4

ἐν τούτῳ νίκα

     Les heureuses dispositions du calendrier font que, chaque année, le dernier dimanche d’octobre, jour établi pour la fête du Christ Roi (cf. > ici) se trouve de ce fait très proche (il arrive même parfois que ces deux dates coïncident) de l’anniversaire de la victoire de Constantin sur Maxence au Pont Milvius, le 28 octobre de l’an 312.

Flavius Valerius Aurelius Constantinus, que nous appelons communément Constantin, est le fils de Constance, surnommé Chlore (c’est-à-dire « au teint pâle »), et d’Hélène, future sainte.
Né en 272, il a été proclamé trente-quatrième empereur de Rome, à York, par les troupes de son père à la mort de ce dernier, le 25 juillet 306.

L’empire est alors dans une période de troubles en raison des divisions et querelles sans fin engendrées par le délitement de la tétrarchie.
Constantin reconquiert la péninsule italienne contre son rival Maxence : l’engagement décisif a lieu sur la via Flaminia, à une dizaine de kilomètre au nord-est de Rome, au lieu dit des Saxa Rubra (les roches rouges) en avant d’un pont de pierre qui enjambe le Tibre, le Pont Milvius.

L’armée de Maxence est défaite, et Maxence lui-même meurt noyé dans le Tibre.

Constantin, fils d’une chrétienne, inclinait déjà vers le monothéisme depuis plusieurs mois. Il assurera avoir eu une vision, en plein midi, suivie d’un songe nocturne : la vision lui montrait une croix lumineuse au dessus du soleil avec l’inscription « ἐν τούτῳ νίκα – in hoc signo vinces » (par ce signe tu vaincras) et le songe lui enjoignait de mettre le signe divin sur les boucliers de ses soldats et sur les enseignes de son armée. 
Lactance, apologiste chrétien et rhéteur, écrit : « Il fit marquer la lettre X traversée d’un trait recourbé à son sommet, c’est à dire le monogramme du Christ ». C’est la superposition des deux lettres grecques X (chi) et P (rhô) : les deux premières lettres du mot Christos, écrit en grec.

chi-rho 28 octobre 312 dans Lectures & relectures

Si les historiens modernes, lobotomisés par le rationalisme et l’esprit des prétendues lumières, remettent en doute la vision et le songe de Constantin, ils le font en opposition avec une tradition unanime et continue de l’Orient comme de l’Occident.
L’apposition du Xhi-Rho sur les insignes impériaux est de toute façon absolument certaine et la victoire sur Maxence ne peut être mise en doute, pas plus qu’on ne peut remettre en question la conséquence directe de cette victoire : la pleine liberté de culte donnée aux chrétiens qui avaient jusque là été les cibles des persécutions du pouvoir impérial.
Quelques mois plus tard, en effet, sera promulgué l’Edit de Milan (avril-juin 313), qui permettra à l’Eglise de sortir des catacombes et qui sonnera le glas du paganisme à l’agonie.

Oui, ce 28 octobre 312 est l’une des grandes dates de notre histoire, l’une de ces dates qui a changé le cours de l’histoire.
En 2012 et 2013, le dix-septième centenaire de la victoire du Pont Milvius et de l’Edit de Milan eût dû être marqué par des réjouissances publiques et solennelles, des Etats eux-mêmes, et à combien plus forte raison dans la Sainte Eglise !
Mais nous ne sommes plus dans des Etats chrétiens, et à l’intérieur de l’Eglise romaine elle-même voilà déjà plusieurs décennies que des voix influentes – lorsqu’elles ne sont pas carrément encouragées par les hiérarques soucieux de plaire au monde et à ses modes antichrétiennes – appellent à se démarquer de l’héritage constantinien, alors que nous eussions été en droit d’espérer que l’année 2013 - comme cela avait été le cas en 1913 – vît la promulgation conjointe, par les Eglises de Rome et de Constantinople, d’un jubilé constantinien.

constantin-dans-la-bataille-du-pont-milvius-raphael Annum sacrum dans Memento

Raphaël : Constantin dans la bataille du Pont Milvius
(détail de la grande fresque représentant la bataille dans les « Stanze Vaticane »)

Vous trouverez, ci-après (> ici) le texte même d’Eusèbe de Césarée relatant ces évènements, dont Eusèbe affirme qu’il tient le récit de la bouche même de Constantin.
J’ai choisi de le publier intégralement parce que justement la plupart des historiens l’évoquent sans même le citer, du fait qu’ils ne lui accordent que peu de crédibilité, pour des raisons essentiellement idéologiques.

Pour l’heure, rapprochant cet anniversaire avec la célébration proche de la fête du Christ Roi, je ne peux omettre de citer le Pape Léon XIII qui écrivait en 1899, dans l’encyclique « Annum sacrum », par laquelle il prescrivit pour toute l’Eglise la récitation de l’acte de consécration du genre humain au Sacré-Cœur, dont le texte doit désormais être repris en cette fête du Christ Roi (cf. > ici) :

« A l’époque où l’Eglise, toute proche encore de ses origines, était accablée sous le joug des Césars, un jeune empereur aperçut dans le ciel une croix qui annonçait et qui préparait une magnifique et prochaine victoire. Aujourd’hui, voici qu’un autre emblème béni et divin s’offre à nos yeux. C’est le Cœur très sacré de Jésus, sur lequel se dresse la Croix et qui brille d’un magnifique éclat au milieu des flammes. En lui nous devons placer toutes nos espérances ; nous devons lui demander et attendre de lui le salut des hommes. »

Aussi, malgré la tristesse des temps dans lesquels nous vivons, nos cœurs sont-ils soulevés par une joyeuse espérance en nous souvenant des paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même à Sainte Marguerite-Marie : « Ne crains rien, Je règnerai malgré Mes ennemis et tous ceux qui voudront s’y opposer. [...] Il règnera ce divin Cœur, malgré ceux qui voudront s’y opposer. Satan demeurera confus avec tous ses adhérents » !

Lully.

nika Christ-Roi dans Nos amis les Saints

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