2021-10. Deuxième anniversaire de Monseigneur le Duc de Touraine.

Lundi 1er février 2021.

Ce 1er février, sur les réseaux sociaux, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, à l’occasion du deuxième anniversaire de la naissance (cf. > ici) de son troisième fils, Monseigneur le duc de Touraine, a publié la photographie suivante accompagnée de ces quelques lignes :

2 ans du Prince Henri de France

« Avec mon épouse Marie-Marguerite, nous souhaitons un joyeux anniversaire à notre fils Henri qui nous comble de joie depuis 2 ans.
Nous t’aimons et te souhaitons une belle journée d’anniversaire en ces temps difficiles. »

duc de Touraine

 

Publié dans : Chronique de Lully, Prier avec nous, Vexilla Regis | le 2 février, 2021 |1 Commentaire »

2021-9. « En puisant dans l’histoire, je peux proposer quelques réflexions pour préparer l’avenir et assurer la préservation même de notre pays.»

C’est devenu une habitude depuis quelques années : à un bref message de vœux au moment même de la nouvelle année (pour 2021 > ici), Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, ajoute, vers la fin du mois de janvier, un message plus long, sorte de « discours du Trône », dans lequel il tire quelques leçons de l’année écoulée et développe des points de réflexion et des orientations politiques capables de guider et d’éclairer notre réflexion et notre action pour l’année qui vient de commencer.
Cette année, Sa Majesté a choisi de diffuser son message le samedi 30 janvier, trente-deuxième anniversaire de la mort de son regretté père, le Roi Alphonse II, et de son propre avènement.
Ce message, enregistré aussi en vidéo (toujours disponible > ici) et diffusé à partir du bureau de Sa Majesté, porte de grandes leçons qu’il nous appartient maintenant d’approfondir et de méditer afin de nous en mieux pénétrer, de les faire nôtres, et d’y puiser l’inspiration de notre action en ce monde.

Louis XX - Vœux 2021

Message de Monseigneur Louis de Bourbon, Duc d’Anjou,

Chef de la Maison de Bourbon,

de jure Sa Majesté le Roi Louis XX,

- 30 janvier 2021 -

Alors que 2020 vient de s’achever dans un contexte marqué par de nombreuses incertitudes, la princesse Marie Marguerite et moi, en union avec nos quatre enfants, éprouvons d’autant plus le besoin d’adresser à vous-mêmes, vos familles et à ceux qui vous sont proches, nos vœux chaleureux de prospérité, de santé et de bonheur pour l’année qui s’ouvre.

Notre pays, par l’action d’un insidieux virus, a été confronté à la maladie, aux souffrances et au malheur qui a frappé de nombreuses familles. Nous savons aussi que de graves conséquences économiques et sociales accompagnent cette crise sanitaire, alors que notre pays se trouve affaibli après de nombreuses années d’imprévoyances et de choix risqués sur les plans économique, financier, industriel et scientifique, ayant contribué, année après année, à son amoindrissement.

La France paye cher, également, une crise de l’intelligence collective qui lui fait oublier sa nature et son identité ; une crise qui l’a conduite à favoriser dans les années récentes, avec le déni du spirituel, la promotion de l’individualisme, la perte des valeurs, l’absence d’une saine compréhension de la nature et de l’environnement, la course au profit immédiat, au lieu de s’attacher en premier lieu à la recherche du bien commun. Les conséquences de cette crise sont graves, particulièrement auprès des plus fragiles : personnes âgées, travailleurs précaires, jeunes. D’autant plus graves que le devenir du contexte international est lui aussi inquiétant, ne serait-ce qu’en raison des déséquilibres démographiques et de la montée des extrémismes, alimentés par le reniement de notre souveraineté bafouée par ceux mêmes qui devraient la garantir.

Mais il ne s’agit pas de baisser les bras ; il faut reconstruire. L’histoire de notre pays a montré à plusieurs reprises que la France est sortie renforcée par ses épreuves. Dans la présente crise, nombre d’entre vous ont déjà fait preuve d’initiative et d’adaptation, vis-à-vis de situations d’autant plus terribles qu’elles n’avaient pas été anticipées. Par votre bon sens, par votre abnégation, par votre courage, vous avez su réagir dans l’épreuve. Les actions d’entraide, la réaffirmation des solidarités familiales et, pour ceux qui le pouvaient, le retour vers un environnement plus humain, dessinent déjà un cadre pour des actions à engager en vue d’une nécessaire reconstruction. Comment ne pas saluer aussi les efforts des nombreux acteurs qui ont accepté avec courage de maintenir leurs activités, le dévouement exceptionnel des personnels de santé, l’action des forces de sécurité et des armées qui ont su, malgré leurs moyens comptés, relever tous les défis allant parfois jusqu’au sacrifice de leur vie ? L’ordre naturel et la subsidiarité ont montré leur puissance par rapport aux errements de ceux qui auraient dû prendre les mesures nécessaires. Vous avez pallié les négligences coupables.

Vous êtes nombreux à vous tourner vers moi et encore plus vers le principe que j’incarne, pour chercher comment œuvrer à la nécessaire reconstruction à laquelle la société aspire. Je suis conscient, vous le savez, de mon devoir de demeurer auprès de vous le témoin du passé glorieux de la France afin que ce dernier serve de repère.

Il ne m’appartient pas de donner un programme, mais, en puisant dans l’histoire, je peux, en ce début d’année, – et sans doute est-ce mon devoir d’héritier ? – proposer quelques réflexions pour préparer l’avenir et assurer la préservation même de notre pays.

Ma première réflexion porte sur la nécessité pour la France de renouer avec une identité dont elle doit être fière ; de renouer aussi avec le sens de la mission qui lui incombe tant vis à vis d’elle-même que du reste du monde. La France n’a nullement à se repentir de ce qu’elle a réalisé et apporté au monde au long de son histoire. Elle a formé longuement, grâce à des institutions faites d’équilibre et de pragmatisme, l’un des foyers majeurs de la civilisation occidentale. Notre pays a encore son rôle à jouer pour renouer avec la société d’équilibre dont le monde moderne, frappé par tant de crises et désastres, éprouve tant le besoin.

Il nous faut, en second lieu, rendre leur place au sacré et au spirituel ; c’est-à-dire à la nécessaire part de gratuité dans l’action humaine. Tel est bien le meilleur rempart à toutes les dérives des sociétés marchandes dont les ambitions sont uniquement matérielles. Sachons ainsi nous souvenir que, dans notre pays, si la société ancienne a pu être forte et porter des fruits, c’est justement parce qu’elle était à la fois profondément humaine et tout autant profondément religieuse. Pour notre civilisation, Dieu et César doivent, tous les deux, avoir leur place, distinctes, mais étroitement complémentaires, dans une relation d’équilibre ordonné. Quand le premier est exclu, comme le voudraient certains, le corps social entier est déséquilibré.

Enfin, il s’agit de rendre à l’homme sa dignité, de sa conception à sa mort. L’homme n’est ni une denrée, que l’on pourrait acheter pour son plaisir, ni un robot qu’il faudrait augmenter ou diminuer à la convenance de maîtres tout puissants. L’homme est fragile comme le nouveau-né de la crèche – symbole éternel –. Il doit être protégé et non instrumentalisé.

Voilà quelques pistes que je propose en ce début d’année, à ceux qui ont conscience de l’importance des années que nous vivons, afin qu’elles soient celles d’un renouveau tant espéré. J’offre tout particulièrement ces vœux aux jeunes ménages et à leurs enfants, à ces familles qui sont à l’image de celle que nous formons, mon épouse la Princesse Marie-Marguerite et moi-même, avec nos quatre enfants. C’est pour eux qu’il faut avoir la force que donne l’espérance afin que le siècle qui est le nôtre soit plus beau et plus humain que l‘ancien.

Pour 2021, que Notre Dame, saint Louis et sainte Jeanne d’Arc vous protègent, protègent vos familles, protègent vos proches et protègent la France.

Louis de Bourbon,
           Duc d’Anjou.

Grandes Armes de France

2021-8. « On ne transige pas avec une maladie : on en guérit ou on en meurt. »

Nous sommes infiniment reconnaissants à Monsieur l’Abbé Sébastien Dufour de nous avoir transmis et permis de publier ici le texte de sa très poignante et magnifique prédication de ce 21 janvier 2021, prononcée lors de la Sainte Messe de Requiem qu’il a célébrée en l’église Notre-Dame, à Valence.
Nous ne doutons pas qu’elle fera du bien à l’âme de beaucoup de nos lecteurs et qu’elle les fortifiera dans leur attachement à la Royauté traditionnelle et dans leur fidélité catholique et royale.

Valence - 21 janvier 2021

frise lys

On ne transige pas avec une maladie : on en guérit ou on en meurt.

L’exécution du Roi Louis XVI le 21 janvier 1793 est le symptôme le plus sensible de cette maladie mortelle qui s’est attaqué à tout le corps de notre pays, de l’Etat (en haut) jusqu’à la famille (en bas), je parle de la Révolution ; et la foi catholique, meilleure défense immunitaire contre cette maladie, ne protège plus qu’une minorité de Français.

Oui, la Révolution atteint tout le corps social jusqu’à la famille : éclatement de la famille ; destruction de l’autorité paternelle ; déchéance de la beauté maternelle ; profanation de la sainteté du lit conjugal ; disparition des traditions familiales ; vulgarité et corruption des enfants par l’impureté et l’ivresse ; infanticide de plus de 200 000 enfants chaque année par le crime odieux de l’avortement.

Tout ce que vit aujourd’hui la famille est déjà en germe dans la Révolution.

Car ce que vit aujourd’hui la famille, n’est-ce pas ce qui arriva d’une certaine manière à la famille royale de France ?

L’autorité du père fut abattue lorsque le Roi Louis XVI fut guillotiné.
Cette violence faite au père de la Patrie n’est d’ailleurs pas sans conséquence sur la religion, c’est-à-dire sur les rapports entre l’homme et ce Dieu trinitaire qui nous demande de l’appeler « Père ».
C’est ce dont témoigna le petit Dauphin lorsque sa mère, la Reine Marie-Antoinette vint le réveiller le jour du 21 janvier : « Mon enfant, il faut penser au Bon Dieu » ; « Maman, répondit le Dauphin, moi aussi, j’ai bien pensé au Bon Dieu, mais quand j’appelle la pensée du Bon Dieu, toujours l’image de mon père descend devant moi ».

La beauté de la figure maternelle est souillée en la personne de la Reine Marie-Antoinette qu’on insulta et calomnia sans mesure et, lors de son procès inique, qu’on accusa du pire des crimes que puisse commettre une mère à l’endroit de son enfant.
Finalement la Reine aussi sera guillotinée le 16 octobre 1793.

Après l’exécution de leur père et de leur mère, puis de leur sainte tante, Madame Elisabeth, le 10 mai 1794, les deux enfants royaux restent seuls, Marie-Thérèse n’a que 14 ans et le petit roi Louis XVII n’a que 8 ans.

Ce que l’on fit subir à cet enfant-roi résume toute l’ignominie de la Révolution.

Car que fit-on subir à cet enfant encombrant ?
Ne pouvant ni l’exiler, ni l’empoisonner, ni l’exécuter, on décide de « s’en défaire ».
Le procédé consistait à conduire à la mort, par un abrutissement lent, l’héritier du sang royal.
Le responsable des prisonniers affirme : « Je l’éloignerai de sa famille, pour lui faire perdre l’idée de son rang. »

Le 3 juillet 1793, le petit garçon déjà malade est arraché sans ménagement à l’amour de sa mère qui lui dit d’une voix douce : « Mon enfant, souvenez-vous de vos devoirs quand je ne serai plus auprès de vous pour vous les rappeler. N’oubliez jamais le bon Dieu qui vous met à l’épreuve, ni votre mère qui vous aime. Soyez sage, patient et honnête, et votre père vous bénira du haut du ciel. »

Ce petit Roi désormais solitaire est confié à la garde d’un cordonnier illettré appelé Simon et de sa femme, qui travaillent à sa dépravation morale : on lui apprend à jurer, à blasphémer, à renier son origine, on le coiffe du bonnet révolutionnaire, on l’abreuve d’alcool pour lui faire chanter la Carmagnole et lui faire dire des grossièretés.
Pour le faire obéir, Simon le gifle et le menace de la guillotine, menace qui, pour le fils de Louis XVI, n’a rien de théorique et qui le plonge dans une profonde terreur.

On empêche même le petit roi de prier.
Une nuit du mois de janvier, son geôlier le surprit les mains jointes et à genoux, priant Dieu.
Il se leva aussitôt et versa sur la tête de l’enfant une cruche remplie d’eau glacée : « Je t’apprendrai, lui dit-il, à faire tes patenôtres et à te lever la nuit comme un trappiste. »
Puis, s’armant de son soulier à gros clous, il frappa furieusement l’enfant.

Le 6 août, une ville s’était soulevée au cri de « vive le Roi Louis XVII ! », Simon se moqua du petit roi en annonçant : « Voici le Roi. Je m’en vais l’oindre, l’encenser et le couronner ! » ; et, joignant le geste à la parole, il l’oignit en lui renversant son verre sur la tête et en lui frottant cruellement les tempes, l’encensa en lui soufflant des bouffées de tabac au visage et le couronna en le coiffant du bonnet phrygien.
Devant la petite figure rouge de colère et de honte de Louis XVII, Simon demanda alors : « Que me ferais-tu, Capet, si tes amis te délivraient et si tu devenais Roi de France pour de vrai ? »
Et alors cet enfant imposa le silence et le respect à tout le monde en répondant : « Je vous pardonnerais ».

Malgré tout ce que Louis-Charles avait déjà subi, le pire n’arriva que le 19 janvier 1794, quand la Convention décida qu’elle avait assez perdu de temps avec le petit roi.
Commence alors la période de l’emmurement.

Le jeune roi, qui va sur ses neuf ans, est jeté au fond de sa chambre, dont on condamne porte et fenêtre.
Il vivra désormais dans cette pièce minuscule, où n’entre pas même la lumière.
La nourriture lui est passée à travers un guichet.L’enfant malade va vivre pendant six mois sans interruption au milieu des ordures, sans visite, ni lumière, ni livre, ni jouet pour se distraire.

Après la chute de Robespierre, le 27 juillet 1794, Barras se rend au Temple et découvre dans une chambre ténébreuse, un enfant de neuf ans, incapable de marcher, à demi enveloppé d’un linge crasseux et d’un pantalon en guenilles, et qui gisait, immobile sur un lit sale, le visage maigre et ravagé par la misère.
Sa tête et son cou étaient rongés par des plaies purulentes.
La vermine lui couvrait aussi tout le corps et la saleté collait ses beaux cheveux blonds qu’aurait du ceindre un jour la couronne de France.
Il était trop tard pour faire quoi que ce soit pour sauver l’enfant-roi qui disait : « Et pourtant, je n’ai fait de mal à personne ! ».

Dans la nuit du dimanche au lundi 8 juin 1795, l’enfant agonise. Au matin il prend la main de son gardien qui lui demande :
« J’espère que vous ne souffrez pas dans ce moment ?
- Oh, si ! je souffre encore, mais beaucoup moins : la musique est si belle !
- De quel côté entendez-vous cette musique ?
- De là-haut ! Est-ce que vous n’avez pas entendu ? Écoutez ! Écoutez ! »
Et l’enfant, d’un geste vif, indique le Ciel.
Puis, après quelques instants, l’enfant tressaille et s’écrie : « Au milieu de toutes les voix, j’ai reconnu celle de ma mère ! ».
Alors le petit roi rendit son âme angélique à Dieu et rejoignit le Ciel pour y retrouver et reformer sa royale famille.

Le « sang » qui abreuve le sillon de notre hymne national, c’est celui d’un roi et d’une reine innocents, c’est celui de tout un peuple persécuté pour sa foi et sa fidélité à l’Eglise Catholique.
C’est aussi celui d’un petit enfant martyr, victime d’une révolution qui prétendait instaurer la fraternité, enfant qui n’avait commis d’autre crime que celui d’être un descendant de saint Louis.

Clémenceau a dit : « La Révolution c’est un bloc ». Il a raison. Et c’est parce que c’est un bloc qui nous la rejetons en bloc.
Alors non, non, non, nous n’irons pas jouer le jeu de la république laïque et révolutionnaire car on ne transige pas avec une maladie : on en guérit ou on en meurt.

Icône des martyrs royaux filigranée 421x600

La sainte icône de la famille royale martyre
(explication > ici)

frise lys

2021-7. « Notre Dieu est un feu dévorant ! »

Lettre mensuelle aux membres et amis
de la
Confrérie Royale

- 25 janvier 2021 -

Blason de la Confrérie Royale

Rappel :

Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois en redoublant de prières, en offrant avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices du devoir d’état, les peines et les joies de ce jour, en travaillant plus méticuleusement à sa sanctification, lorsque cela est possible en assistant à la Sainte Messe et en offrant la sainte communion à l’intention du Roi, ou encore en accomplissant quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire offert à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.
La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Son but est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et approfondissements toujours nécessaires.
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« Ne vous laissez pas décourager par la froideur que vous voyez autour de vous ; il n’y a rien de si tranquille qu’un magasin à poudre une demi-seconde avant qu’il saute. Il ne faut que du feu ; et c’est nous qui l’avons. »

Extrait d’une lettre de Joseph de Maistre à Louis de Bonald.

 

Chers Membres et Amis de la Confrérie Royale, 

Contrairement aux années précédentes, même si j’ai eu l’occasion de présenter mes vœux de manière individuelle à plusieurs d’entre vous avec lesquels j’ai eu un contact personnel direct ou de manière épistolaire particulière, je n’ai pas encore pris le temps de le faire en ma qualité de Prieur de la Confrérie à l’ensemble de ses membres et sympathisants : voilà donc pourquoi, quoique m’étant acquitté de la lettre mensuelle, le 25 décembre dernier, je reprends « la plume » (électronique) pour vous rejoindre tous en cette fin janvier 2021 afin de vous adresser une fois encore des vœux de fervente et sainte année.

Nous n’avons guère d’illusions sur la réalité de la situation politique et sociale de notre pauvre Royaume de France, sur la réalité de la crise sanitaire et des mesures « liberticides » (pardonnez-moi cette expression issue de la grande révolution) dont elle est le prétexte, et sur la réalité des desseins poursuivis par les Pinocchio politiciens exécuteurs visibles des mesures décidées dans les officines secrètes qui veulent décider du sort des peuples et des individus par tous les moyens à leur disposition, au premier rang desquels figurent le crime et le mensonge.

Cela ne m’empêche pas, dans une espérance purement surnaturelle, qui n’a rien à voir avec les constats que nous pouvons mener de manière naturelle, de vous souhaiter une année la moins mauvaise possible, avec beaucoup de courage et de force morale pour affronter les épreuves qui se profilent, avec beaucoup de foi et de sérénité intérieure pour tenir bon contre les multiples vexations qui vont se multiplier contre les catholiques très spécialement, avec beaucoup de ferveur et de générosité pour étreindre la Croix et vous sanctifier envers et contre tout, tous les jours et chaque jour.

La sortie de la crise ne pourra se faire que « par le haut », c’est-à-dire par les moyens spirituels et surnaturels.

Sachez et soyez certains que, dans la solitude bénie de mon ermitage et dans le merveilleux silence de mon oratoire, votre Prieur (car je ne le suis que pour vous et le service de cette Confrérie Royale) pense à vous, prie pour vous, vous porte dans une sollicitude réelle et une affection toute spirituelle.

Ces choses étant dites, et parce que je veux insister à temps et à contretemps selon la recommandation de l’Apôtre (cf. 2 Tim. IV, 2), permettez-moi de vous « sermonner » une fois encore en rabâchant au sujet des dispositions qui doivent animer les membres de notre chère Confrérie.

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« Ne vous laissez pas décourager par la froideur que vous voyez autour de vous ; il n’y a rien de si tranquille qu’un magasin à poudre une demi-seconde avant qu’il saute. Il ne faut que du feu ; et c’est nous qui l’avons. » 

Plus terribles et plus redoutables que les rigueurs de l’hiver physique le plus éprouvant, sont les implacables morsures de la froideur spirituelle qui engourdit les âmes et les paralyse peu à peu, annihile leurs capacités de réaction et fait vertigineusement dégringoler toute leur ardeur.

Nous sommes tous menacés par le refroidissement, par simple contagion de la glaciation ambiante.
Nous sommes tous menacés d’être transformés en glaçons : immobiles et sans plus aucune ferveur.
Le monde entier s’alanguit dans le froid.
L’Eglise tout entière semble sombrer dans la torpeur qui précède la mort par le froid.
Les âmes par millions se laissent congeler, devenues de moins en moins ardentes à force de manquer d’amour, de manquer de générosité, de manquer de combativité…

C’est un constat.
Chacun de nous peut le faire.
Chacun de nous le voit dans son entourage et en souffre.

Alors, sombrerons-nous dans le fatalisme ?
Nous enfermerons-nous dans la résignation ?
Nous replierons-nous sur de stériles regrets ?
Nous laisserons-nous décourager par la froideur que nous voyons autour de nous ?

Mais non !
La lucidité ne se peut résoudre en regrets stériles et en lamentations sans effets !

« Notre Dieu en effet est un feu dévorant », nous redit Saint Paul (Hébreux XII, 29) en reprenant le Deutéronome (IV, 24) : « Etenim Deus noster ignis consumens est » !

Donc, « ne vous laissez pas décourager par la froideur que vous voyez autour de vous ; il n’y a rien de si tranquille qu’un magasin à poudre une demi-seconde avant qu’il saute. Il ne faut que du feu ; et c’est nous qui l’avons. »

Si vous êtes vraiment chrétien,
si vous vivez de la grâce de Dieu,
si vous êtes véritablement en communion de vie et d’amour avec ce Dieu qui, au saint baptême, a déposé en votre âme une part de Sa flamme dévorante, vous n’avez aucune – réellement AUCUNE ! – raison de céder aux tentations de découragement que suggère la froideur ambiante :« Ne vous laissez pas décourager par la froideur que vous voyez autour de vous… »

Si vous êtes vraiment chrétien,
si vous vivez de la grâce de Dieu,
si vous êtes véritablement en communion de vie et d’amour avec ce Dieu qui, au saint baptême, a déposé en votre âme une part de Sa flamme dévorante, vous êtes des porteurs de flamme, des porteurs de la flamme divine pour en brûler vous-mêmes et pour la communiquer.

Vous devez être des pyromanes : des communicateurs de la flamme divine, des propagateurs de ses ardeurs, des antidotes à la froideur qui stérilise le monde et l’Eglise : « Allez ! Et mettez tout en feu ! »

Aimez ! Laissez-vous embraser par le Saint Amour de Dieu !
Laissez-vous consumer par la divine flamme de la Charité éternelle et sans limite…

Mais pour qu’elle brûle et s’étende, il vous faut alimenter cette flamme, il vous faut la nourrir de combustibles propres à la faire danser ardemment, propre à la faire illuminer la nuit, propre à lui donner la capacité à faire fondre la glace…

Et quel est le meilleur de tous les combustibles ?
C’est le don de vous-mêmes !

Beaucoup de catholiques, quoi qu’ils en prétendent, ne sont pas véritablement donnés à Dieu.
Beaucoup de consacrés, beaucoup de religieux et beaucoup de prêtres – beaucoup trop – ne sont pas vraiment donnés à Dieu.
C’est tout juste s’ils se prêtent à Lui, plus ou moins entièrement…

Ces fidèles, ces consacrés gardent pour eux-mêmes quelque chose qu’ils n’ont pas vraiment livré à leur Souverain Seigneur, quelque chose dont ils répugnent à se dessaisir, quelque part d’eux-mêmes plus ou moins secrète à laquelle ils se cramponnent misérablement, et qu’ils ne veulent pas lâcher : et c’est pourquoi ils ne peuvent vraiment être livrés à la flamme divine, c’est pourquoi ils ne peuvent vraiment être embrasés, c’est pourquoi le feu est en eux hésitant et si peu communicatif.

Lorsque j’étais jeune religieux, j’ai été marqué à vie par quelques phrases du Révérend Père Joseph de Guibert, prêtre éminent de la Compagnie de Jésus, lues dans l’article « abnégation » du « Dictionnaire de spiritualité », que j’ai recopiées et très souvent relues en mes quarante années de vie religieuse. Je vous les livre ci-dessous :
« Qu’on étudie la vie des ‘saints manqués’, je veux dire prêtres, religieux et simples fidèles, fervents et zélés, pieux et dévoués, mais qui cependant n’ont pas été des saints tout court : on constatera que ce qui a manqué, ce n’est ni une vie intérieure profonde, ni un sincère et vif amour de Dieu et des âmes, mais une certaine plénitude dans le renoncement.
Aimer Dieu, Le louer, se dévouer, se fatiguer, se tuer même à Son service, autant de choses qui attirent les âmes généreuses, mais mourir totalement à soi, obscurément, dans le silence intime de l’âme, se déprendre, se laisser détacher à fond de tout ce qui n’est pas Dieu, voilà l’holocauste secret devant lequel reculent la plupart des âmes, le point exact où leur chemin bifurque entre une vie fervente et une vie de haute sainteté ».

Or, devant Dieu, en ma qualité de Prieur, je suis responsable de votre progression non pas simplement vers une « honnête moyenne » de piété et de ferveur, mais vers une véritable sainteté, de votre progression vers la plus haute sainteté que Dieu veut pour chacun d’entre vous, de votre progression vers la sainteté plénière à laquelle le Très Haut vous invite chacun de manière individuelle et très personnelle, Lui qui nous commande : « Soyez saints car Moi, le Seigneur, Je suis saint » (Lév. XIX, 2).

Que chacun s’examine donc sur les parts plus ou moins secrètes de lui-même qu’il refuse, plus ou moins consciemment de donner entièrement à Dieu.
Que chacun s’emploie donc à débusquer ces scories d’égoïsme qui ne peuvent permettre le plein épanouissement du feu divin, son rayonnement, son expansion.
Que chacun s’engage donc résolument dans la guerre continue contre ces freins intérieurs au don complet de soi qui entravent sa marche vers la sainteté que Dieu veut et ordonne.
Que chacun donc, sans complaisance, s’adonne à pourchasser les obstacles à la pleine action du Feu divin en lui. 

« Ne vous laissez pas décourager par la froideur que vous voyez autour de vous ; il n’y a rien de si tranquille qu’un magasin à poudre une demi-seconde avant qu’il saute. Il ne faut que du feu ; et c’est nous qui l’avons. »
Le monde, l’Eglise, la France sont ce magasin à poudre, encore très tranquille – parce que saisi par la froideur paralysante générale, et parce que ceux qui portent ou devraient porter la flamme pure, vivante et ardente, ne viennent pas le faire sauter, n’osent pas s’en approcher.

Pour qu’il soit changé en brasier, « il ne faut que du feu ».
Pour que la période de glaciation du monde, de l’Eglise et de la France arrive à son terme, « il ne faut que du feu ».
Membres de la Confrérie Royale : soyez ces porteurs de feu, soyez ces incendiaires !
Vous êtes membres de la Confrérie Royale pour être des pyromanes qui mettront fin à l’ère glaciaire qui, sinon, s’intensifiera encore et paralysera tout.
« Il ne faut que du feu ».

« Il ne faut que du feu ; et c’est nous qui l’avons. »
Oui, c’est nous qui l’avons !
Nous l’avons reçu au saint baptême. Et si nous avons eu le malheur de le laisser s’éteindre par le péché, courons au confessionnal afin d’y rallumer la flamme, afin qu’un souffle divin écarte les cendres froides accumulées et redonne vie au foyer de notre âme.

« Il ne faut que du feu ; et c’est nous qui l’avons. »
Nous l’avons reçu et le pouvons recevoir encore, et encore et toujours, dans le contact vivant et quotidien avec « notre Dieu (qui) est un Feu dévorant », au moyen de la prière : une prière non pas formaliste et routinière, mais une prière ardente qui soit un élan d’amour.

« Il ne faut que du feu ; et c’est nous qui l’avons. »
Nous l’avons reçu en outre par la compréhension de la vérité : en particulier pour ce qui concerne cette suprême charité sociale qui est la vraie politique accordée aux desseins de Dieu, Lequel souhaite que la Cité terrestre se bâtisse et s’organise sur le modèle de Sa Cité céleste.

« Il ne faut que du feu ; et c’est nous qui l’avons. »
Nous l’avons reçu : nourrissons-le, entretenons-le, rendons-le conquérant par le don entier et sans réserve de nous-mêmes.
Il n’existe pas de bois plus propre à entretenir le brasier de l’amour divin que le bois du sacrifice !

« Ne vous laissez pas décourager par la froideur que vous voyez autour de vous ; il n’y a rien de si tranquille qu’un magasin à poudre une demi-seconde avant qu’il saute. Il ne faut que du feu ; et c’est nous qui l’avons. » 

Je souhaite – je nous souhaite – que bientôt, très bientôt, nous nous trouvions à l’instant de cette demi-seconde qui décidera de l’explosion et de l’embrasement général.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,
Prieur.
Dimanche 24 janvier 2021,
troisième dimanche après l’Epiphanie.

feu de la Saint-Jean 6

2021-6. Deux clichés, une grande leçon.

Samedi 23 janvier 2021,
Fête des Epousailles de Notre-Dame avec Saint Joseph ;
Mémoire de Saint Barnard de Vienne ;
Mémoire de Sainte Emerentienne ;
Mémoire de Saint Raymond de Penyafort ;
2ème jour dans l’octave de Saint Vincent, diacre et martyr.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le dessin ou la photographie peuvent parfois en dire plus et de manière plus éloquente que de longs discours.
Dans le contexte des ferventes célébrations qui ont lieu chaque année à l’occasion du 21 janvier ou dans les jours à l’entour, permettez-moi de vous adresser deux simples images et leur commentaire laconique.

1

Note :
Ce splendide tableau de l’adoration des Rois n’a-t-il pas reçu une illustration et actualité nouvelles à travers la magnifique photo de famille avec laquelle Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, a voulu accompagner ses vœux du jour de l’an (cf. > ici) ?
Et, d’une manière plus argumentée et développée, je vous renvoie également à ce que feu le regretté Maître-Chat Lully a écrit sur le caractère sacré naturellement inhérent à la Royauté (cf. > ici), et à ce qu’il avait proposé comme formation politique solide dans une publication plus ancienne (cf. > ici), renvoyant en particulier au « De Regno » de Saint Thomas d’Aquin et à l’incomparable « Politique tirée des  propres paroles de l’Ecriture Sainte » de notre merveilleux Bossuet.

* * * * * * *

2

Note :
En complément de cette seconde photographie, je vous renvoie à ce que Monseigneur le Maître-Chat avait expliqué dans son article « Lucifer ange tutélaire de la république maçonnique » (cf. > ici), développé dans deux autres articles : « De la religion officielle de la république française » (cf. > ici) et « Quand les propos d’un ancien président du « Conseil constitutionnel » viennent confirmer les affirmations du Maître-Chat Lully » (cf. > ici). On pourra enfin compléter ces lectures par cette étude sur l’incompatibilité du catholicisme avec la franc-maçonnerie (cf. > ici et > ici) et sur les infiltrations maçonniques dans l’Eglise (cf. > ici).

La Croix et lys - le Puy 2019

2021-5. « Si chaque baptisé était habité par la foi d’un Louis XVI, la morgue républicaine se serait effacée depuis longtemps.»

Prédication du Révérend Père Jean-François Thomas s.j.
à la Messe solennelle de Requiem
célébrée à la pieuse mémoire de Sa Majesté le Roi Louis XVI

Eglise Saint-Eugène-Sainte-Cécile
Paris

jeudi 21 janvier 2021

frise lys deuil

Nous sommes encore une fois infiniment reconnaissants envers le Révérend Père Thomas qui nous a adressé le texte de la prédication qu’il a donnée en l’église Saint-Eugène & Sainte-Cécile de Paris à l’occasion de la Sainte Messe solennelle de Requiem qui a été célébrée ce jeudi 21 janvier 2021, à l’occasion du 228ème anniversaire du martyre de SMTC le Roi Louis XVI, et qui nous a autorisés à le publier dans les pages de ce blogue.

apothéose de louis XVI

L’apothéose de Louis XVI
(gravure de l’époque de la Restauration)

 Trois lys blancs

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Mes chers Frères,

Le ciel est bas et gris en ce Paris du 21 janvier 1793. La foule est dense tout au long du sinistre cortège amenant le fils de saint Louis à l’échafaud. Elle l’est encore plus autour de cette guillotine dont le couperet tombe avec un bruit sec et sifflant à 10h 10. Louis-Marie Prudhomme, cet imprimeur et éditeur jacobin du journal Les Révolutions de Paris (qui mourra de sa belle mort à Paris sous la Restauration), écrit, lyrique et prophétique : « Un citoyen monta sur la guillotine, et plongeant son bras nu dans le sang de Capet qui s’était amassé en grande abondance, il en prit des caillots plein la main et en aspergea par trois fois la foule des assistants qui se pressaient au pied de l’échafaud pour en recevoir chacun une goutte sur le front. – Frères, disait le citoyen en faisant son aspersion, frères, on nous a menacés que le sang de Louis Capet retomberait sur nos têtes ; eh bien ! qu’il y retombe. » Quelques dix-huit cents ans auparavant, des mots semblables avaient été prononcés, -tant les hommes sont toujours et partout de la même étoffe, sous le ciel de Jérusalem : « Pilate voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l’eau et se lava les mains devant le peuple, disant : Je suis innocent du sang de ce juste : voyez vous-mêmes. Et tout le peuple répondant, dit : Son sang sur nous et sur nos enfants !» (Matthieu, XXVII.24-25). Le sang que les prêtres du Temple répandaient sur les têtes lors des sacrifices était purificateur, comme le sera, éminemment et de façon définitive, le Sang du Maître crucifié par et pour le péché des hommes. Sur la place de la Révolution, ancienne place Louis XV, en ce matin d’hiver, la singerie et la parodie sacrilèges des sans-culottes imitant diaboliquement l’aspersion sainte et trinitaire avec le sang du Lieutenant du Christ vont prendre la France dans l’étau de son propre parjure. Oui, le sang versé est retombé sur nos têtes, et il ne cesse d’y couler, non point pour notre rachat puisque la république n’a jamais fait acte de repentir, – elle qui pourtant a souvent la repentance à la bouche lorsqu’il s’agit de dégrader un peu plus l’honneur flétri de notre pays, mais pour notre terrible destinée d’héritiers dépouillés et errants, vivant dans les guenilles spirituelles d’un faste perdu. « Le sang de Louis Capet est de l’eau bénite » dira un des enragés assistant à l’exécution tandis que la foule bat des mains. La terre de France, celle qui avait reçu l’eau du baptême de Clovis et de ses guerriers, celle qui avait été purifiée par le sang de tant de martyrs, a bu le sang du Roi et des victimes de la Révolution. Ce sang innocent ne crie pas vengeance car telle n’est pas l’attitude du témoin qui donne sa vie pour la foi. La punition est celle que s’inflige notre pays en refusant de courber la tête et de tourner le dos à ses erreurs et à ses crimes. Les révolutionnaires voulurent réduire à néant l’âme millénaire de la France en créant un monde nouveau, libéré de Dieu, mais ils ne réussirent qu’à instaurer des ténèbres qui ne cessent de s’épaissir puisque les « valeurs républicaines » sont le plus souvent des armes contre le droit naturel et la grâce surnaturelle.

Il est légitime de s’appliquer à retracer le martyre de Louis XVI, vraiment tué par haine du divin. L’Église, en France, n’a guère combattu, sauf exceptions, pour canoniser le Roi, la Reine, le malheureux Dauphin, Madame Élisabeth et tous ceux assassinés eux aussi comme symboles d’une société, certes pécheresse, mais vivant sous le regard de Dieu. Notre Roi pourtant, sans calcul ni affectation, imita dans son abaissement la Passion de Notre Seigneur. L’abbé Edgeworth, accompagnant le condamné jusqu’au dernier instant, rapporta comment Louis XVI, refusant d’avoir les mains liés, se laissa faire lorsque son ultime confesseur lui dit, dans les larmes et au milieu des roulements de tambours : «  Sire, dans ce nouvel outrage, je ne vois qu’un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être sa récompense. » Et le Roi de répondre, les yeux vers le ciel : « Assurément, il ne faut rien de moins que son exemple pour que je me soumette à un pareil affront. » Puis, s’adressant aux bourreaux : «  Faites ce que vous voudrez, je boirai le calice jusqu’à la lie. » Une telle attitude de noblesse, de courage et d’abandon à la divine volonté n’est pas une posture, et ses ennemis eux-mêmes ne s’y sont point trompés car les bougres étaient tout entiers pétris de farine chrétienne. Le procureur-syndic de la Commune Pierre Manuel, qui participa aussi aux massacres de juin et de septembre 1792, et qui se repentira par la suite, déclara, pour s’en lamenter, au journal La Révolution de 92 le 18 janvier 1793, trois jours donc avant l’exécution : « Si Louis XVI subit son jugement, comme il n’est plus possible d’en douter, la mort de Louis de Louis XVI sera la mort d’un saint. » Prudhomme, dans Les Révolutions de Paris, écrira de même : « Les prêtres et les dévotes qui déjà cherchent sur le calendrier une place à Louis XVI parmi les martyrs, ont fait un rapprochement de son exécution et de la Passion de leur Christ. » Hébert, dans l’épouvantable publication Le Père Duchesne, partagera une prédiction semblable : « Le pape va en faire un nouveau saint ; déjà les prêtres achètent ses dépouilles et en font des reliques ; déjà les vieilles dévotes racontent des miracles de ce nouveau saint. » Hélas, si les petites gens et le bas clergé ne se trompèrent point sur la conformité étonnante, presque un décalque, entre la mort du Roi et la Passion du Sauveur, la prophétie des révolutionnaires, qui eurent là une conviction unanime, ne trouva aucun écho à Rome, ni alors, ni par la suite, et le haut clergé de la Restauration ne montra guère d’enthousiasme à élever le Roi martyr sur les autels car sa mort soulignait trop les lâchetés, les abandons et les apostasies de cette époque tragique. Le bourreau Sanson semble avoir reçu plus de lumière surnaturelle lorsqu’il envoie une lettre au journal Le Thermidor, publiée le 22 février 1793 : «  Et pour rendre hommage à la vérité, il (le roi) a soutenu tout cela avec un sang-froid et une fermeté qui nous a tous étonnés. Je reste très convaincu qu’il avait puisé cette fermeté dans les principes de la religion dont personne plus que lui ne paraissait pénétré ni persuadé. » La voix des ennemis et des persécuteurs fait plus autorité que les panégyriques faciles pour affirmer et révéler la vérité. Tel fut le cri du centurion et des soldats gardant les condamnés du Golgotha lorsque Notre Seigneur expira : « Vraiment, celui-ci était le fils de Dieu. »

Par sa mort ignominieuse, Louis XVI scelle de façon glorieuse sa vocation de Lieutenant du Christ. Il n’est jamais aussi grand, – lui qui, contrairement à la légende entretenue y compris parmi les nobles de la Cour, ne fut jamais médiocre et petit, que lorsqu’il offre sa vie pour son Dieu et pour ses peuples. Lorsque le 2 septembre 1792, furent massacrés, au couvent des Carmes de la rue de Vaugirard, bien des prêtres et des religieux, dont le père général des Eudistes, Hébert qui était le confesseur de Louis XVI, les révolutionnaires trouvèrent sur tous les corps une image au double Cœur, Celui Sacré de Jésus et Celui Immaculé de Marie, et une prière à la Très Sainte Vierge « que les personnes pieuses sont invitées à réciter tous les jours pour le Roi. » Elle commence par ces mots : « Divine mère de mon Sauveur, qui, dans le temple de Jérusalem avez offert à Dieu le Père, Jésus-Christ son fils et le vôtre, je vous offre à vous-même notre roi bien-aimé Louis XVI. C’est l’héritier de Clovis, de sainte Clothilde, de Charlemagne, le fils de la pieuse Blanche de Castille, de saint Louis, de Louis XIII, de la vertueuse Marie de Pologne et du religieux prince Louis dauphin, que je vous présente. » Voici donc le roi présenté par ses sujets au Maître de tous, ceci dans un acte d’offrande qui ne peut conduire qu’au sacrifice suprême car, comme Jésus dans le temple des holocaustes, tout agneau doit finir égorgé. Sur l’échafaud, Louis XVI connaît le dernier rite de son sacre de Reims. Celui qui fut oint doit verser son sang, non point pour la malédiction des bourreaux mais pour le pardon de ceux qui ne savent ce qu’ils font. La garde révolutionnaire eut ordre de couvrir toute tentative de prise de parole du Roi près de la guillotine. Il parla cependant mais ne fut entendu que de quelques-uns, qui rapportèrent tous les mêmes paroles : « Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute, je pardonne à mes ennemis, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France. » Puis, plaçant la tête sous le couperet : « Je remets mon âme à Dieu. »

Le Roi a pardonné, comme Notre Seigneur a pardonné, mais nous sommes marqués comme Caïn car l’orgueil du régime politique dans lequel nous essayons de survivre n’a jamais voulu fléchir. Depuis plus de deux siècles, malgré quelques éclaircies trop brèves, la révolution philosophique et bourgeoise, a poursuivi ses méfaits, vidant peu à peu de sa substance l’âme de la France en légalisant tous les crimes, toutes les immoralités, en imposant sa marque sur tout être et sur toute chose. La république installée dans les palais royaux croit sans doute que son règne durera mille ans. Elle se trompe, car les colosses ont toujours des pieds d’argile. Elle n’est qu’une pauvresse face à l’héritage des siècles et ses géants sont lilliputiens comparés à nos ancêtres les plus humbles. Il est tentant de la moquer et de la mépriser, en rejetant sur elle toutes les causes de nos maux, mais nous ne devons pas oublier que nous participons de son jeu, ne serait-ce que par notre silence et notre inaction. Dédaigner ne suffit pas. Louis XVI a été roi jusqu’au bout, même dépouillé de ses titres, de son pouvoir, de sa liberté. Il le fut car d’abord chrétien. Georges Bernanos s’adressait ainsi aux Français durant la dernière guerre : « Le grand malheur de ce monde, la grande pitié de ce monde, ce n’est pas qu’il y ait des impies, mais que nous soyons des Chrétiens si médiocres, car je crains de plus en plus que ce soit nous qui perdions le monde, que ce soit nous qui attirions sur lui la foudre. »

Si chaque baptisé était habité par la foi d’un Louis XVI, la morgue républicaine se serait effacée depuis longtemps. Le Roi ne s’est pas contenté de demeurer sur la défensive. Il a vécu et parlé en lieutenant du Christ jusqu’à la fin. Ceux qui approchaient Notre Seigneur lui donnaient le titre de « Fils de David ». Louis XVI fut fils de saint Louis, et plus encore, fils du Christ après avoir été son serviteur et son lieutenant. À l’image de son Souverain, il s’humilia lui-même en se faisant obéissant jusqu’à la mort. Qu’il intercède pour nous, pauvres soldats toujours dans la tourmente et sous la mitraille.

 Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

P.Jean-François Thomas s.j.
Cœur Immaculé de Marie, Refuge des pécheurs, s. Marcel
16 janvier 2021

Pour revoir l’intégralité de la Messe solennelle de Requiem
célébrée ce jeudi 21 janvier 2021
en l’église Saint-Eugène & Sainte-Cécile à Paris,
faire un clic droit sur l’image ci-dessous,
puis « ouvrir dans un nouvel onglet »

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frise lys deuil

2021-4. « Que le pardon, donné par le Roi à ses bourreaux et à ses peuples sur l’échafaud, soit accordé à notre pauvre France contemporaine et qu’il lui permette de se convertir… »

Martyre de Louis XVI

Prône du Révérend Père Jean-François Thomas s.j.,
à l’occasion de la

Prière pour le roi Louis XVI

sur la Place Royale (de la Concorde),
à Paris,
ce 21 janvier 2021
à l’heure de la mort du Roi-martyr

Nous sommes très reconnaissants envers le Révérend Père Thomas de nous avoir communiqué et autorisé à reproduire le texte de cette exhortation prononcée sur le lieu même du martyre de SM le Roi Louis XVI.

frise lys deuil

 Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi-soit-il.

Ce qui se joua en ce sinistre jour du 21 janvier 1793 fut l’acte final d’une destruction programmée depuis l’éruption des dites Lumières. Comme l’a bien vu Honoré de Balzac, « le jour où on a coupé la tête du roi, on a coupé la tête de tous les pères de famille ». Une caricature représenta bientôt le bourreau brandissant la tête du roi martyr avec ces mots sacrilèges singeant la Parole divine : « Ecce Veto » (de l’horrible surnom donné à Louis XVI par les révolutionnaires). Cette exécution fut bien guidée par la haine de Dieu s’en prenant au Lieutenant du Christ dans ce royaume de France. Il faut se souvenir des paroles de saint Cyprien, à l’époque des martyrs : « Comment se fait-il que les Chrétiens soient jugés par des hérétiques, les hommes sains par des malades … les juges par des coupables, les prêtres par des sacrilèges ? »

Le pape Pie VI, lors du Consistoire secret qu’il tint le 11 juin 1793, déclara clairement : « Le principal reproche qu’on ait élevé contre lui (le Roi), portait sur l’inaltérable fermeté avec laquelle il refusa d’approuver et de sanctionner le décret de déportation des prêtres, et la lettre qu’il écrivit à l’Évêque de Clermont pour lui annoncer qu’il était bien résolu de rétablir en France, dès qu’il le pourrait, le culte catholique. Tout cela ne suffit-il pas pour qu’on puisse croire et soutenir, sans témérité, que Louis fut un martyr ? » Dans le même discours, le Souverain Pontife souligna la perversité de la Convention Nationale qui jugea son Roi : « [...] Après avoir aboli la monarchie, le meilleur des gouvernements, elle (la Convention nationale) avait transporté toute la puissance publique au peuple, qui ne se conduit ni par raison, ni par conseil, ne se forme sur aucun point des idées justes, apprécie peu de chose par la vérité et en évalue un grand nombre d’après l’opinion ; qui est toujours inconstant, facile à être trompé, entraîné à tous les excès, ingrat, arrogant, cruel… » Ce jugement pontifical s’applique toujours à notre société et à ses gouvernements successifs qui n’émirent jamais aucun acte de regret et de repentir. Ce Pape, persécuté lui aussi par la Révolution s’écrie, douloureux : « Ah ! France ! Ah ! France ! toi que nos prédécesseurs appelaient le miroir de la chrétienté et l’inébranlable appui de la foi, toi qui, par ton zèle pour la croyance chrétienne et par ta piété filiale envers le siège apostolique, ne marche pas à la suite des autres nations, mais les précède toutes, que tu Nous es contraire aujourd’hui ! De quel esprit d’hostilité tu parais animée contre la véritable religion ! »

En fait, lors de cet assassinat, le vrai peuple demeura terré dans ses foyers car l’âme française n’avait point péri, celle qui tremblait en entendant les furieux appeler sur eux et sur leurs enfants le sang du juste mis à mort. D’ailleurs lors du procès expéditif, une complainte, sur l’air du « Pauvre Jacques », circula, distribuée et chantée par des milliers de Parisiens angoissés et éplorés. En voici quelques extraits, bouleversants :

« O mon peuple ! que vous ai-je donc fait ?
J’aimais la vertu, la justice ;
Votre bonheur fut mon unique objet ;
Et vous me traînez au supplice ! (bis)

Français, Français, n’est-ce pas parmi vous
Que Louis reçut la naissance ?
Le même ciel nous a vu naître tous ;
J’étais enfant dans votre enfance.

O mon peuple, ai-je donc mérité
Tant de tourments et tant de peines !
Quand je vous ai donné la liberté,
Pourquoi me chargez vous de chaînes ? (bis)

Tout jeune, encor, tous les Français en moi
Voyaient leur appui tutélaire ;
Je n’étais pas encore votre Roi,
Et déjà j’étais votre père.
O mon peuple ! Que vous ai-je donc fait.. etc.

Si ma mort peut faire votre bonheur,
Prenez mes jours, je vous les donne.
Votre bon Roi, déplorant votre erreur,
Meurt innocent et vous pardonne.

O mon peuple ! recevez mes adieux ;
Soyez heureux, je meurs sans peine.
Puisse mon sang, en coulant sous vos yeux,
Dans vos cœurs éteindre la haine. (bis) »

Honorons en ce jour la mémoire de notre Roi, prions pour le repos de son âme si, d’aventure, il n’était point déjà dans le sein de Dieu, lui qui s’était consacré avec sa famille au Sacré Cœur de Jésus grâce à son confesseur, le Père Général des Eudistes François-Louis Hébert, béatifié puisque un des prêtres assassinés en septembre 1792 au couvent des Carmes. Le texte en est conservé, dans lequel le Roi promet de rétablir tout ce qui a déjà été entamé ou détruit dans la religion par la Révolution. Il se termine ainsi :
« 
Je ne puis aujourd’hui prononcer qu’en secret cet engagement, mais je le signerais de mon sang s’il le fallait, et le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrai le publier à haute voix dans le temple.
Ô Cœur adorable de mon Sauveur ! Que j’oublie ma main droite et que je m’oublie moi-même, si jamais j’oublie vos bienfaits et mes promesses, et cesse de vous aimer et de mettre en vous ma confiance et toute ma consolation. Ainsi soit-il. » 

Ecoutons ces vers profonds du grand poète catholique oublié, Armand Godoy, dans Ite Missa est :

« Ce n’est pas pour moi que je demande ta miséricorde.
Ce n’est pas pour moi : c’est pour les autres, pour mes pauvres frères.
J’attends à genoux que ta clémence, Agneau de Dieu, m’accorde
La fin de tous leurs désespoirs et de toutes leurs colères.

J’attends à genoux que le souffle infernal de la Discorde
Devienne azuré baiser de violettes printanières
Et que l’Angoisse aux voix multiples et l’Ennui monocorde
Se taisent à jamais sous le chant lumineux des rosaires.

J’attends à genoux que la sinistre et ténébreuse horde
Des crimes soit le clair essaim des caresses tutélaires.
J’attends à genoux que ta clémence, Agneau de Dieu, m’accorde

La fin de tous les tourments, la fin de toutes les misères.
Ce n’est pas pour moi que je demande ta miséricorde.
Ce n’est pas pour moi : c’est pour les autres, pour mes pauvres frères. »

Que le pardon, donné par le Roi à ses bourreaux et à ses peuples sur l’échafaud, soit accordé à notre pauvre France contemporaine et qu’il lui permette de se convertir, de revenir vers son Dieu et vers son Roi. Que la Très Sainte Vierge nous enveloppe tous dans son manteau de miséricorde en compagnie de tous les martyrs et de tous les saints de France au sein desquels Louis XVI veille sur nous.

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi-soit-il.

P. Jean-François Thomas s.j.
Sainte Agnès
21 janvier 2021

frise lys deuil

Nota bene :
On trouvera > ici, le texte de l’allocution consistoriale au cours de laquelle le pape Pie VI a affirmé sans équivoque le martyre de Louis XVI, et > ici le texte complet de la complainte sur le procès du Roi, l’une et l’autre évoquées par le Rd Père Thomas dans ce prône.

2021-3. Message de Sa Majesté le Roi Louis XX publié à l’heure même du martyre de Louis XVI.

Jeudi 21 janvier 2021.

frise lys deuil

Ce jeudi 21 janvier 2021, 228ème anniversaire du martyre de son prédécesseur le Roi Louis XVI, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX, à l’heure même où le couperet tomba pour consommer le sacrifice du Roi-martyr, a publié sur les réseaux sociaux le message suivant :

Merci à tous ceux qui en ce 21 janvier, priant ou pensant au Roi Louis XVI, pensent et prient pour la France dont bien des maux actuels découlent de ce sacrifice.
Puisse la France retrouver les chemins de la tradition et de sa vocation.

Louis XVI

frise lys deuil

2021-2. « A quoi sert de lutter au-dehors contre les ennemis de notre foi si, sous l’étiquette chrétienne, nous partageons au-dedans leur matérialisme et leur culte des fausses valeurs ? »

2001 – 19 janvier – 2021

Vingtième anniversaire du rappel à Dieu
de

Gustave Thibon

frise

Entretien avec Gustave Thibon - sept 1962

Il y a quelques semaines, passant devant la vitrine d’un bouquiniste, j’y vis exposé un ouvrage d’histoire locale qui avait pour moi beaucoup d’intérêt : j’entrais pour l’acquérir.

Quelles ne furent pas ma surprise et mon immense émotion d’y trouver à l’intérieur quelques pages pliées, détachées d’une revue dont rien ne me permet l’identification aujourd’hui (mais dont il est aisé de donner la date puisqu’au verso de l’un des feuillets se trouve un programme de radio et de télévision pour la semaine du 23 au 29 septembre 1962).

Qu’est-ce qui suscita une telle émotion ?
Ces feuillets contiennent sur deux pages (de format A4) un entretien exclusif avec Gustave Thibon : mon cher Gustave Thibon, mon inclassable Gustave Thibon, mon grandissime et incommensurable Gustave Thibon, mon « maître » (qui m’eût sans nul doute vertement repris de lui donner ce titre), celui auquel, après Dieu, je puis affirmer sans hésitation que je dois d’avoir pu, à partir de l’âge de 14 ans, passer des bribes incomplètes d’un catholicisme pollué par les scories du modernisme – qui, dans les paroisses et les établissements scolaires catholiques, triomphait à la suite du concile vaticandeux – à la Foi complète et authentique de la Sainte Eglise, celui qui à la manière d’un Socrate contemporain, a été l’accoucheur de mon adhésion personnelle entière, volontaire, résolue et ferme au Christ Jésus Notre-Seigneur !

A l’occasion du vingtième anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon (19 janvier 2021), je suis heureux de pouvoir porter à votre connaissance le texte complet de cet article, signé seulement de ces deux initiales « G.M. ».
Cet entretien publié en septembre 1962 (juste avant l’ouverture du second concile du Vatican !) demeure d’une acuité et d’une pertinence inouïes.

Introduction entretien Thibon sept 1962

Intitulé de l'article

1° – Nous vous voyons vivre votre christianisme.
A quel moment de votre vie avez-vous pris conscience de sa richesse et des obligations qu’il entraîne ?

La révélation du christianisme, avec sa richesse et ses obligations, s’est offerte à moi relativement tard. Bien sûr, j’étais un enfant pieux ; j’ai toujours gardé un souvenir lumineux de ma première communion, mais j’ai cessé de pratiquer vers l’âge de quinze ans et j’ai vécu encsuite, pendant sept ou huit ans, dans une indifférence presque absolue à l’égard du problème religieux.

Je suis donc presque un converti. Et ma conversion a commencé par l’étude de la philosophie. La lecture des grands philosophes – de Hegel en particulier à qui je dois mon premier contact vécu avec la métaphysique – m’a révélé que l’univers avait un ordre et un sens et que j’étais solidaire d’une destinée qui transcendait à l’infini les vœux et les horizons de ma chétive personnalité. J’ai découvert ensuite saint Thomas d’Aquin dont la vision du monde et de Dieu a répondu pleinement à mes exigences intellectuelles, puis, à travers le thomisme et la grâce aidant, j’ai retrouvé la foi chrétienne.

Ce qui m’attache par-dessus tout au christianisme, c’est la personne et la présence du Christ, homme et Dieu et médiateur entre Dieu et l’homme. Je ne peux mieux préciser ma position qu’en citant ces quelques lignes écrites jadis en réponse à la question : « Pourquoi êtes-vous chrétien ? » « Je suis chrétien parce que j’ai soif d’un Dieu qui ne soit ni ténèbre pure ni moi-même – d’un être qui, tout en me ressemblant jusqu’au centre, soit aussi tout ce qui me manque. Parce qu’en ce monde je veux tout bénir et ne rien diviniser. Parce que je veux garder simultanément le regard clair et le cœur brûlant. Parce que je sens que l’aventure humaine débouche sur autre chose qu’un creux désespoir, une creuse interrogation ou une creuse insouciance. Parce que j’ai besoin de lumière dans le mystère et de mystère dans la lumière. Parce que je veux avoir la force de bâtir et de vivre et celle, plus grande encore, d’espérer dans l’éboulement et dans la mort. »

2° – Votre christianisme est-il un stimulant à votre action ou pensez-vous que, fixant des limites, il est une gêne pour l’action publique ?

Le christianisme n’a jamais apporté la moindre gêne à ma pensée et à mon action. Il admet dans son sein les opinions et les tendances les plus diverses, à condition qu’elles ne s’opposent pas à la vérité révélée. Dans bien des pays et face aux menaces des totalitarismes, l’Eglise constitue le dernier refuge social de la liberté. Sans doute faut-il distinguer entre les aspects temporels et locaux du christianisme et sa tradition éternelle. C’est la même différence qu’entre l’écorce et la sève d’un arbre. Les écorces sont caduques et se renouvellent, mais la sève reste identique à elle-même et demeure. Et comme la sève m’intéresse infiniment plus que l’écorce, la fidélité à ma foi n’a jamais été pour moi une contrainte.
Certes, le christianisme ne permet pas tout. Mais les défenses qu’il nous impose sont des garde-fous qui nous permettent d’avancer plus vite sur le chemin de la vérité et de l’amour. La « voie étroite » n’est pas une impasse ; elle est bornée à droite et à gauche, mais elle débouche sur l’infini.
Un christianisme bien compris et pleinement vécu, n’entrave à aucun degré le développement de la personnalité : il lui fournit, au contraire, un cadre organique et un but. Un peu comme les artères qui, loin d’être une prison pour le sang, assurent partout sa libre circulation. Les liens qui nous attachent à Dieu ne sont pas des chaînes, mais des instruments de délivrance. Le mot de Sénèque résume tout : parere Deo libertas est, obéir à Dieu, c’est la liberté.

3° – Certains pays vivent à l’heure des Catacombes.
Croyez-vous que la conception du monde proposée par Jésus-Christ doive et puisse s’imposer à l’humanité ?

Je ne serais pas chrétien si je ne pensais pas que la religion du Christ peut et doit s’imposer à l’humanité tout entière. Mais quant à savoir où, quand et comment elle s’imosera en fait, c’est là un problème qui me dépasse totalement. Je n’ai aucune vocation pour la prophétie, et, par ailleurs, les enseignements de l’histoire doivent nous rendre très circonspects dans nos anticipations sur l’avenir.
Il est possible que l’Eglise de Dieu doive traverser une longue période de nuit et d’épreuve. Les voies de Dieu ne sont pas nos voies. Au IVe siècle de notre ère, après la paix de Constantin, l’avenir de l’humanité semblait appartenir au christianisme. Qui aurait pu prévoir alors que l’Empire romain et chrétien allait s’effondrer et surtout que l’Islam étenrait son ombre pour de longs siècles sur la moitié de la chrétienté ?

Nous devons lutter de toutes nos forces pour le triomphe temporel et social du christianisme, mais sans verser dans la religion du succès extérieur et sans oublier, en cas d’échec, que notre Dieu est un « Dieu caché dont les œuvres les plus hautes s’accomplissent dans l’invible ». Le Christ n’a-t-il pas dit : « Mon royaume n’est pas de ce monde » et : « Je ne donne pas comme le monde donne » ? Si Dieu veut que sonne pour nous l’heure des catacombes, cette perspective ne doit pas nous effrayer, car l’Eglise qui souffre gagne souvent en pureté intérieure ce qu’elle perd en puissance temporelle.
Je ne prédis pas de tels malheurs et je souhaite qu’ils ne se produisent pas. J’exprime seulement ma confiance à l’égard d’une certaine vision optimiste et progressiste de l’histoire qui, lorsqu’elle est démentie par l’événement (comme nous en avons eu plusieurs fois la preuve depuis le début du siècle), plonge ses fidèles dans le désarroi et les incline à douter de la puissance ou de la bonté divines. Je crois qu’il est dangereux de prévoir et de prédire une évolution de l’humanité par laquelle l’Eglise militante s’acheminerait graduellement vers un état analogue à celui de l’Eglise triomphante. L’Evangile nous enseigne que le bon grain et l’ivraie resteront toujours ici-bas mêlés l’un à l’autre et mystérieusement solidaires l’un de l’autre et qu’ils ne seront séparés que dans la vie éternelle. La seule chose dont nous soyons certains, c’est que, quelles que soient les épreuves qui nous attendent, le Christ n’abandonnera jamais ceux qui croient en lui. « La puissance divine est capable d’inventer un espoir là où il n’y a plus d’espoir et une voie dans l’impossible », disait saint Grégoire de Nysse…

Dès qu’on parle des dangers qui menacent le christianisme, chacun pense aussitôt à un triomphe éventuel du marxisme qui se présente non seulement comme une révolution sociale, mais comme une vision globale de l’univers et une religion athée. Mais le seul péril n’est pas là ; il est aussi à l’intérieur de la civilisation occidentale elle-même, dans son matérialisme grandissant, dans son culte presque exclusif du plaisir, du confort, de la facilité, de la sécurité et de la vie extérieure, dans cette érosion générale de la substance humaine qui se traduit par l’oubli des valeurs vitales et spirituelles. L’expérience nous montre que c’est dans les pays qui se situent à la pointe du progrès technique, économique et social qu’on observe les plus grands déséquilibres biologiques et moraux : lassitude de vivre, crise familiales, névroses, suicides, etc.
C’est là que doit porter d’abord notre effort, car à quoi sert de lutter au-dehors contre les ennemis de notre foi si, sous l’étiquette chrétienne, nous partageons au-dedans leur matérialisme et leur culte des fausses valeurs ?
Bergson disait que « le corps de l’homme, démesurément agrandi par la technique, avait besoin d’un supplément d’âme ». En fait, la science est en voie de nous affranchir de la pesanteur matérielle, mais nous restons soumis, comme nos aïeux, à une pesanteur plus cruelle : celle de nos passions et de nos péchés.
Un surcroît de vie spirituelle est donc plus nécessaire que jamais pour rétablir l’équilibre entre notre réalité intérieure et notre pouvoir sur les choses, et je crois de toute mon âme que le christianisme seul est capable de nous l’apporter.

signature de Gustave Thibon

Gustave Thibon - 1962

Détail de la photographie de Gustave Thibon en 1962 qui illustre l’article ici reproduit

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