17 avril,
Fête de Saint Robert de Turlande, abbé et confesseur ;
Mémoire de Saint Anicet, pape et martyr ;
Anniversaire de la mort de Madame de Sévigné (cf. > ici et > ici).

Brioude, chapelle Notre-Dame des Anges de l’ancien monastère de la Visitation,
vitrail (XIXème siècle) de Saint Robert de Turlande.
Saint Robert de Turlande, fils de Géraud II de Turlande [note 1] et de sa deuxième épouse, Raingarde de Montclar, est né en 1001. Il était l’un des cadets d’une fratrie assez nombreuse : plutôt chétif d’apparence, roux, montrant peu de dispositions pour la vie chevaleresque, il fut confié en 1018 aux chanoines de la collégiale Saint-Julien de Brioude afin d’y achever sa formation intellectuelle et religieuse.
La collégiale Saint-Julien de Brioude, dont les origines sont au IVème siècle, qui avait été saccagée et brûlée par des bandes sarrasines dans le second quart du VIIIème siècle (peut-être les mêmes qui avaient martyrisé Saint Théofrède, alias Saint Chaffre, au Monastier, en 732 – cf. > ici) puis restaurée au début du IXème siècle par le comte Bérenger le Sage, duc de Toulouse et comte de Brioude, était le siège d’un prestigieux chapitre de trente-quatre chanoines-comtes, exempts de toute juridiction royale ou épiscopale et ne relevant donc uniquement du Saint-Siège.

Brioude : Collégiale Saint-Julien vue du chevet (état actuel)
A Brioude, Robert de Turlande reçut la tonsure, fut installé chanoine en 1025, ordonné prêtre puis nommé trésorier du chapitre.
Le chanoine Robert de Turlande édifiait par sa piété (il célébrait quotidiennement la Sainte Messe, en un temps où cela n’allait pas de soi), ses longues nuits de veille, son apostolat et sa prédication inspirés par son ardent zèle pour le salut des âmes, sa charité envers les nécessiteux, qu’il soignait lui-même… etc. Sur ses biens propres, il ouvrit un hôpital destiné aux pauvres et aux pèlerins.
Toutefois, comme Saint Odilon de Mercœur, son grand-oncle [en effet, Ingelberge, sœur de Saint Odilon, avait épousé Géraud Ier de Turlande, son grand-père], une quarantaine d’années auparavant, il était insatisfait d’une vie qui ne lui permettait pas autant de radicalité qu’il en désirait.
Saint Odilon avait quitté le chapitre de Brioude pour entrer à Cluny dont il fut le cinquième abbé ; Robert voulut d’abord suivre son exemple et tenta secrètement de rejoindre l’abbaye de Cluny, mais, dès que la nouvelle de sa fuite se répandit, il fut poursuivi et contraint de retourner à Brioude. Honteux d’avoir été découvert, il fut accablé d’un tel chagrin qu’il tomba malade.
Une fois rétabli, il essaya de mener une vie monastique dans le monde, mais d’innombrables difficultés s’y faisaient jour et il restait tourmenté : il résilia alors son canonicat et entreprit un pèlerinage en Italie.
A Rome, où il sollicita les lumières et la force spirituelle des Saints Apôtres Pierre et Paul, il aurait vu le lamentable Benoît IX, que ses contemporains décrivent comme l’un des pires papes qui a jamais existé… Mais surtout, Robert se serait rendu au Mont-Cassin afin d’y étudier la Règle de Saint Benoît et d’y recueillir les saines traditions monastiques.

Estampe du XVIIème siècle montrant Saint Robert et ses premiers compagnons
inaugurant la vie monastique au lieu qui deviendra la Chaise-Dieu.
A son retour, un soldat qui avait guerroyé aux côtés des Turlande, Etienne de Chaliers, vint un jour demander conseil à Robert sur la manière d’obtenir le pardon de ses péchés. Robert lui conseilla de renoncer au monde et de rejoindre la milice des serviteurs de Jésus-Christ. Le soldat répondit qu’il ne ferait volontiers un tel sacrifice qu’en sa compagnie. Touché par cette réponse, le saint révéla à Etienne son propre désir de servir Dieu dans la solitude.
Sans plus attendre, Etienne se rendit en pèlerinage au sanctuaire de Notre-Dame du Puy, pour implorer la bénédiction de la Mère de Dieu sur l’entreprise ardue qui les attendait.
Sur le chemin du retour, il découvrit les ruines d’une chapelle à demi-ruinée – appelée Casota – dans un clairière de la forêt livradoise, à quelque neuf lieues à l’est de Brioude, et, trouvant l’endroit très propice, il en parla à Robert.
La terre appartenait à deux chanoines, frères par le sang, de la lignée des Beaumont, qui lui concédèrent en toute propriété cette « solitude stérile ». Le chevalier Austremond, qui tenait cette terre en fief, en confirma la cession.
Etienne de Chaliers avait aussi gagné à Dieu un autre soldat, Dalmas, que Robert, avec joie, intégra à leur vie. Après les avoir mis à l’épreuve pendant plusieurs mois, ils vinrent s’installer en cet ermitage, le 28 décembre 1043. Ce lieu à 1.088 mètres d’altitude, au climat rude, infertile, enneigé une grande partie de l’année, Robert lui donna le nom latin de Casa Dei (« petite maison de Dieu »), qui fut francisé en « la Chaise-Dieu ».

L’abbatiale de La Chaise-Dieu dominant le bourg (état actuel).
Dans les premiers temps, les habitants de la contrée, plutôt rustres et incultes, se montrèrent hostiles à leurs nouveaux voisins. Au lieu de les aider en leur fournissant le nécessaire, ils les insultèrent et les menacèrent.
Les trois hommes, cependant, ne se décourageèrent pas et, au milieu des ruines, ils construisirent un oratoire où ils pouvaient se réunir pour prier, autour duquel ils bâtirent de petites cellules. Etienne et Dalmas effectuaient les travaux manuels et cultivaient la terre pour subvenir aux besoins de la communauté, tandis que Robert se consacrait à l’étude et à l’instruction des novices qui souhaitaient adopter leur mode de vie, car assez rapidement, leur ferveur et leur courage attirèrent des âmes en quête d’absolu.
Sans trop s’inquiéter de l’avenir, car comptant par-dessus tout sur la divine Providence, ils distribuaient généralement une bonne partie de leurs récoltes et de leurs provisions aux pauvres et aux voyageurs.
Un jour, Robert donna tout le pain restant de la veille à un nécessiteux et Dalmas ne cacha pas sa déception à l’un des deux chanoines du Puy, qui avait vendu cette terre aux trois ermites : le soir même, ce dernier leur envoya trois chevaux chargés de toutes sortes de provisions.
La renommée de la sainteté de ces solitaires se répandit rapidement dans toute la région : l’aversion des autoctones s’apaisa peu à peu ; le nombre des jeunes gens et même des ecclésiastiques qui demandaient à rejoindre le groupe pour consacrer leur vie à Dieu allait croissant. Ils furent bientôt trois-cents !
Il était impossible d’ignorer l’attrait des exemples de Robert de Turlande, de rester insensible à ses exhortations, ou de ne pas reconnaître l’action divine dans les miracles qu’il accomplissait, bien qu’il les attribuât modestement à l’intercession des Saints Vital et Agricol, les saints titualires de l’oratoire originel.

Le nombre d’ermites crût tellement que la construction d’un véritable monastère devint indispensable : de généreux bienfaiteurs (bien sûr, les Turlande et les Mercoeur, puis les Fabre et les Lugeac, puis le comte Guillaume IV d’Auvergne et son épouse Philippa de Gévaudan) contribuèrent au projet, et, en 1050, les bâtiments claustraux de La Chaise-Dieu étaient pratiquement achevés.
Rencone, évêque de Clermont, sollicita du pape Saint Léon IX l’érection canonique de la nouvelle abbaye, ce qui fut accordé, avec une spéciale protection apostolique, en 1052, tandis que Saint Robert se rendit à la cour du roi Henri Ier de France pour faire ratifier les donations reçues, ce qui fut accompli par un diplôme de protection signé à Vitry-aux-Loges.
L’évêque put alors procéder à la bénédiction du monastère, et à la consécration abbatiale de Robert, conformément aux instructions du pape.

Tableau (XVIIème siècle) dans l’église abbatiale de La Chaise-Dieu :
la Vierge Marie remet la crosse abbatiale à Saint Robert de Turlande (détail).
Le zèle du saint abbé ne se limita pas à son monastère : il s’employa à faire restaurer et à rendre au culte plus de cinquante églises de la région, qui avait été endommagées par les guerres. Il eut toujours à cœur de faire travailler au salut et à la sanctification des paysans et seigneurs des alentours.
Dieu lui avait révélé le jour de sa mort.
Quand il sut que le moment venait de se coucher pour la dernière fois, Robert voulut célébrer sa dernière messe, même s’il lui fallut être soutenu devant l’autel. Ensuite, il réunit ses moines, les embrassa un à un et les exhorta à demeurer ardents et généreux dans les voies de la sainteté.
Il rendit son âme à Dieu le 17 avril 1067, et au moment de son décès, un moine vit l’âme de Robert monter au ciel sous la forme d’un globe de feu.
Ses funérailles ne purent être célébrées que le 24 avril, en raison de l’affluence que provoqua l’annonce de son trépas.
Les miracles qui se produisirent sur sa tombe, entraînèrent sa canonisation, en 1351, par Clément VI, qui avait lui-même été abbé de La Chaise-Dieu, qui, en 1344, ordonna la reconstruction de l’abbatiale (l’architecte Hugues Morel étant désigné comme principal maître d’oeuvre), et qui voulut y être inhumé le 8 avril 1353.
Le 18 août 1095, le Pape Urbain II en personne avait procédé à la dédicace solennelle de l’église abbatiale.
L’abbaye fut érigée en abbaye «nullius », c’est-à-dire affranchie de la juridiction épiscopale, relevant directement du Saint-Siège, et dans le territoire de laquelle l’abbé a les pouvoirs de juridiction d’un Ordinaire.

Emplacement de la tombe de Saint Robert de Turlande
tel qu’il se présente de nos jours à l’intérieur de l’abbatiale de la Chaise-Dieu.