2018-63. « Ainsi tu parviendras à l’inaltérable paix de l’éternité ».

Sermon LXXVIII de
notre Bienheureux Père Saint Augustin
sur
la Transfiguration de NSJC

Transfiguration - église Saint-Rémi - Bruxelles

Vitrail de la Transfiguration
(église Saint-Rémi, Bruxelles)

fleur de lys gif2

 § 1 – Dans cet événement, Notre-Seigneur a voulu nous donner une idée de Son Royaume, et Son Royaume désigne les fidèles prédicateurs de Sa parole.

Il nous faut contempler, mes bien-aimés, et expliquer le spectacle saint que le Seigneur présenta sur la sainte montagne. C’est de cet évènement qu’Il avait dit : « Je vous le déclare, en vérité, il y en a quelques-uns ici présents qui ne goûteront pas la mort qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme dans son royaume » (Matth. XVI, 28).

Voici le commencement de la lecture qui vient de nous être faite. « Six jours après avoir prononcé ces paroles, Il prit avec Lui trois disciples, Pierre, Jean et Jacques, et alla sur la montagne ». Ces disciples étaient ceux dont Il avait dit : « Il y en a ici quelques-uns qui ne goûteront point la mort qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme dans Son royaume ».
Qu’est-ce que ce royaume ? Question assez importante. Car l’occupation de cette montagne n’était pas la prise de possession de ce royaume. Qu’est-ce en effet qu’une montagne pour qui possède le ciel ? Non-seulement les Écritures nous enseignent cette différence, mais nous la voyons en quelque sorte des yeux de notre coeur.

Or Jésus appelle Son royaume ce que souvent Il nomme le royaume des cieux. Mais le royaume des cieux est le royaume des saints ; car il est dit : « Les cieux racontent la gloire de  Dieu » ; et aussitôt après : « Il n’y a point de langues ni d’idiomes qui n’entendent leurs voix » ; les voix de ces mêmes cieux. « L’éclat s’en est répandu sur toute la terre, et leurs paroles ont retenti jusqu’aux extrémités de l’univers » (Ps. XVIII, 4-5). N’est-ce donc pas des Apôtres et de tous les prédicateurs fidèles de la parole de Dieu qu’il est fait ici mention ? Ces mêmes cieux régneront avec le Créateur du ciel, et voici ce qui s’est fait pour le démontrer.

§ 2 – Ses vêtements sont la figure de Son Eglise qu’Il doit associer à Sa gloire et où règne l’unité représentée par Moïse et Elie.

Le Seigneur Jésus en personne devint resplendissant comme le soleil, Ses vêtements blancs comme la neige, et avec Lui s’entretenaient Moïse et Elie.
Jésus Lui-même, Jésus en personne parut resplendissant comme le soleil, marquant ainsi qu’Il était la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde (Jean I, 9). Ce qu’est ce soleil pour les yeux de la chair, Jésus l’est pour les yeux du coeur ; L’un est pour les âmes ce que l’autre est pour les corps.

Ses vêtements représentent ici Son Eglise ; car ils tombent s’ils ne sont portés et maintenus.
Paul était dans ces vêtements comme l’extrémité de la frange ; aussi dit-il. « Je suis le moindre des Apôtres » (1 Cor. XV, 9) ; et ailleurs : « Je suis le dernier des Apôtres » (ibid. IV, 19). Or la frange est ce qu’il y a de moindre et d’extrême dans le vêtement. Aussi, comme cette femme qui souffrait d’une perte de sang fut guérie en touchant la frange de la robe du Seigneur (Luc VII, 44), ainsi l’Église des gentils se convertit à la prédication de Paul. Eh ! qu’y a-t-il d’étonnant que l’Église soit figurée par de blancs vêtements, puisque nous entendons le prophète Isaïe s’écrier : « Vos péchés fussent-ils rouges comme l’écarlate, Je vous blanchirai comme la neige » (Isaïe I, 18) ?

Que peuvent Moïse et Elie, la loi et les prophètes, s’ils ne communiquent avec le Seigneur ? Qui lira la loi ? qui lira les prophètes, s’ils ne rendent témoignage au Fils de Dieu ? C’est ce que l’Apôtre exprime en peu de mots. « La loi dit-il, fait seulement connaître le péché, tandis qu’aujourd’hui, saris la loi, la justice de Dieu a été manifestée » : voilà le soleil ; « annoncée par la loi et les prophètes » : voilà l’aurore.

§ 3 – Il convient qu’il y ait une tente unique sur la sainte montagne.

Pierre est, témoin de ce spectacle, et goûtant les choses humaines à la manière des hommes : « Seigneur, dit-il, il nous est bon d’être ici ». Il s’ennuyait de vivre au milieu de la foule, il avait trouvé la solitude sur une montagne où le Christ servait d’aliment à son âme. Pourquoi en descendre afin de courir aux travaux et aux douleurs, puisqu’il se sentait envers Dieu un saint amour et conséquemment des moeurs saintes ?
Il cherchait son propre bien ; aussi ajouta-t-il : « Si vous voulez, dressons ici trois tentes : une pour vous, une pour Moïse et  une autre pour Elie ». Le Seigneur ne répondit rien à cette demande, et toutefois il y fut répondu.
En effet, comme il parlait encore, une nuée lumineuse descendit et les couvrit de son ombre. Pierre demandait trois tentes, et la réponse du ciel témoigna que nous n’en avons qu’une, celle que le sens humain voulait partager. Le Christ est la Parole de Dieu, la Parole de Dieu dans la loi, la Parole de Dieu dans les prophètes. Pourquoi, Pierre, chercher à la diviser ? Cherche plutôt à t’unir à elle. Tu demandes trois tentes : comprends qu’il n’y en a qu’une !

§ 4 - Jésus seul est appelé le Fils unique de Dieu. 

Pendant que la nuée les couvrait et formait comme une seule tente au dessus d’eux, une voix sortit de son sein et fit.entendre ces paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ! »  Là se trouvaient Moïse et Elie. La voix ne dit pas : Ceux-ci sont mes Fils bien-aimés.
Autre chose est d’être le Fils unique, et autre chose des enfants adoptifs.
Celui qui Se trouve aujourd’hui signalé est Celui dont Se glorifient la loi et les prophètes : « Voici, est-il dit, Mon Fils bien-aimé, en qui J’ai mis mes douces complaisances ; écoutez-Le » ; car c’est Lui que vous avez entendu dans les prophètes, Lui aussi que vous avez entendu dans la loi ; et où ne L’avez-vous pas entendu ?

Ils tombèrent à ces mots la face contre terre.
Voilà donc dans l’Eglise le royaume de Dieu. Là en effet nous apparaissent le Seigneur, la loi et les prophètes : le Seigneur dans la personne du Seigneur même, la loi dans la personne de Moïse et les prophètes dans celle d’Elie. Ces deux derniers figurent ici comme serviteurs et comme ministres, comme des vaisseaux que remplissait une source divine ; car si Moïse et les prophètes parlaient et écrivaient, c’est qu’ils recevaient du Seigneur ce qu’ils répandaient dans autrui.

§ 5 – En relevant Ses Apôtres il annonce qu’Il ressuscitera Ses fidèles pour leur faire partager Sa félicité suprême.

Le Seigneur ensuite étendit la main et releva Ses disciples prosternés. « Ils ne virent plus alors que Jésus resté seul ».
Que signifie cette circonstance?

Vous avez entendu, pendant la lecture de l’Apôtre, que « nous voyons maintenant à travers un miroir, en énigme, mais que nous verrons alors face à face », et que les langues cesseront lorsque nous posséderons l’objet même de notre espoir et de notre foi (1 Cor. XIII, 12, 8-9). Les Apôtres en tombant symbolisent donc notre mort – car il a été dit à la chair : « Tu es terre et tu retourneras en terre » (Gen. III, 19) -, et notre résurrection quand le Seigneur les relève.
Mais après la résurrection, à quoi bon la loi ? à quoi bon les, prophètes ? Aussi ne voit-on plus ni Elie ni Moïse. Il ne reste que Celui dont il est écrit : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu » (Jean I, 1).
Il ne reste plus que Dieu, pour être tout en tous (1 Cor. XV, 28). Là sera Moïse, mais non plus la loi. Nous y verrons aussi Elie, mais non plus comme prophète. Car la loi et les prophètes devaient seulement rendre témoignage au Christ, annoncer qu’Il devrait souffrir, ressusciter d’entre les morts le troisième jour et entrer ainsi dans Sa gloire (Luc XXIV, 44-47) ; dans cette gloire où se voit l’accomplissement de cette promesse adressée à ceux qui L’aiment : « Celui qui M’aime, dit-Il, sera aimé de Mon Père, et Moi aussi Je l’aimerai ». Et comme si on Lui eût demandé : Que lui donnerez-Vous en témoignage de Votre amour ? « Et Je Me  montrerai à lui » poursuit-Il (Jean XIV, 21).
Quelle faveur ! Quelle magnifique promesse ! Dieu te réserve pour récompense, non pas quelque don particulier, mais Lui-même. Comment, ô avare, ne pas te contenter des promesses du Christ ? Tu te crois riche, mais qu’as-tu si tu n’as pas Dieu ? et si ce pauvre l’a, que ne possède-t-il point ?

§ 6 -  Mais avant de connaître la gloire, il faut d’abord travailler à la mériter.

Descends, Pierre ! tu voulais te reposer sur la montagne : descends ! annonce la parole ! insiste à temps, à contre-temps ! reprends, exhorte, menace, en toute patience et doctrine (2 Tim. IV, 2) ! travaille ! sue ! souffre des supplices, afin de parvenir par la candeur et la beauté des bonnes oeuvres accomplies avec charité, à posséder ce que figurent les blancs vêtements du Seigneur ! L’Apôtre ne vient-il pas de nous dire, à la gloire de la charité : « Elle ne cherche point son propre intérêt » (1 Cor. XIII, 6) ?

Il s’exprime ailleurs autrement, et il est fort dangereux de ne pas le comprendre.
Expliquant donc les devoirs de la charité aux membres fidèles du Christ : « Que personne, dit-il, ne cherche son bien propre, mais le bien d’autrui ». Or en entendant ces mots, l’avare prépare ses artifices ; il veut dans les affaires, pour rechercher le bien d’autrui, tromper le prochain, et ne pas chercher son bien propre, mais celui des étrangers. Arrête, ô avarice ! justice, montre-toi ! écoutons et comprenons ! C’est de la charité qu’il a été dit : « Que personne ne cherche son bien propre, mais le bien d’autrui ». Toi donc, ô avare, si tu résistes à ce conseil, si tu veux y trouver l’autorisation de convoiter le bien d’autrui, sacrifie d’abord le tien. Mais je te connais, tu veux à la fois et ton bien et le bien étranger. Tu emploies l’artifice pour t’approprier ce qui n’est pas à toi ; souffre donc que le vol te dépouille de ce qui t’appartient. Tu ne veux pas chercher ton bien, mais tu prends le bien d’autrui. Cette conduite est inique Ecoute, ô avare, prête l’oreille. Ces mots : « Que personne ne cherche son bien propre, mais le bien d’autrui » te sont expliqués ailleurs plus clairement par le même Apôtre. Il dit de lui-même : « Pour moi je cherche, non pas ce qui m’est avantageux, mais ce qui l’est au grand nombre, afin de les  sauver » (1 Cor. X, 24, 33).

C’est ce que ne comprenait pas encore Pierre, lorsqu’il désirait rester avec le Christ sur la montagne.
Le Christ, ô Pierre, te réservait ce bonheur après la mort. Pour le moment Il te dit : Descends travailler sur la terre, servir sur la terre, et sur la terre être livré aux mépris et à la croix. La Vie même n’y est elle pas descendue pour subir la mort, le Pain, pour endurer la faim, la Voie, pour se fatiguer dans la marche, la Fontaine éternelle pour souffrir la soif ? Et tu refuses le travail ? Ne cherche pas ton intérêt propre. Aie la charité ! annonce la vérité ! ainsi tu parviendras à l’inaltérable paix de l’éternité.

Transfiguration - église Saint-Rémi - Bruxelles - détail

2018-62. Chronique du Mesnil-Marie pour les mois de juin et juillet 2018.

Vendredi 3 août 2018,
Fête de l’invention du corps de Saint Etienne protomartyr ;
1er vendredi du mois dédié à la réparation envers le divin Coeur de Jésus (cf. > ici).

Le Mesnil-Marie - 3 août 2018

Le Mesnil-Marie en ce matin du 3 août 2018

Chat gif en marche

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ainsi que je vous l’écrivais hier (cf. > ici), nous ne sommes actuellement pas en mesure  de vous envoyer une « infolettre » – forme française infiniment préférable à l’expression anglaise « niouzelaiteur » - comme naguère pour vous adresser les chroniques de la vie au Mesnil-Marie.
Tandis donc qu’en ce début d’après-midi la plus grande partie du Royaume est accablée par de fortes chaleurs qualifiées de caniculaires, dans la quiétude de notre hameau qui s’assoupit, bercé par l’ostinato furioso d’une cigale que l’on entend aujourd’hui pour la première fois, je me remets au clavier pour vous donner un rapide compte-rendu des événements les plus marquants des mois de juin et juillet touchant la vie en notre thébaïde.

Le premier dimanche du mois de juin (3 juin), fut celui de la solennité de la Fête-Dieu (cf. > ici).
Comme il n’est pas possible d’accomplir une procession, même minime, dans notre quasi-paroisse habituelle au Puy-en-Velay, notre Frère Maximilien-Marie s’est rendu à Valence, à l’église Notre-Dame, où Monsieur l’abbé Dufour lui avait d’ailleurs demandé d’aider à la réalisation du reposoir.
Même lorsqu’elle ne peut pas être très importante en decorum et en longueur, la procession du Très Saint-Sacrement est toujours une cérémonie qui est source de grandes grâces et qui occasionne une croissance de ferveur dans les âmes des fidèles. Aussi lorsque l’on constate, dans la très grande majorité des paroisses (en dehors de celles où est célébrée la Sainte Messe latine traditionnelle), une ignorance obstinée – quand il ne s’agit pas d’une opposition ouverte voire véhémente – à l’accomplissement de ce rite, on ne peut que se demander si ces prêtres et « laïcs engagés » ont la foi catholique…
Mais poser la question, peut-être est-ce déjà y répondre en quelque manière ?

Fête-Dieu - Valence 3 juin 2018

Le reposoir dans le jardin de l’église Notre-Dame, à Valence,
le dimanche de la solennité de la Fête-Dieu 3 juin 2018

Au cours de l’hiver passé, le « couvent » de nos sœurs les poules s’était vraiment retrouvé réduit à presque rien : deux survivantes seulement (et ce sont les poules les plus anciennes). Frère Maximilien-Marie s’est employé à recruter de nouvelles « novices ». C’est ainsi que nous avons vu arriver une poule rousse, dite « fermière », une « cou nu », deux jeunes « Wyandottes » – particulièrement belles – et enfin trois « Lohmann », lesquelles se montrent particulièrement familières et affectueuses (tellement familières qu’elles ont même essayé de picorer les orteils de notre Frère !).
Nos sœurs les poules sont donc maintenant au nombre de neuf.

Poule Wyandotte

L’une des nouvelles « novices » au « couvent » de nos sœurs les poules :
jeune poule de race Wyandotte.

Vous le savez, Frère Maximilien-Marie a été élu président d’une association dénommée la « Ronde des Sucs », qui promeut la randonnée et la découverte du patrimoine naturel et humain des trois plus hautes communes des hautes Boutières : Borée, La Rochette et Saint-Martial.
S’il n’avait pas accepté cette charge, l’association aurait été pour le moins mise en sommeil, sinon dissoute : notre Frère a su redonner de l’élan aux bénévoles et en recruter d’autres, ce qui fait que l’association a pu redémarrer en organisant « la Ronde des Sucs au printemps », dans le cadre du « Printemps de la randonnée », ensemble de manifestations étalées d’avril à juin sur la totalité du territoire des Boutières. Cette « Ronde des Sucs au printemps » fut d’ailleurs la dernière de toutes les manifestations de ce « Printemps de la Randonnée » et elle a eu lieu le samedi 16 juin.
Le samedi précédent, Frère Maximilien-Marie s’était rendu dans les studios de la Radio des Boutières (RDB) – radio locale très écoutée – pour l’y présenter.

Pour un redémarrage après une période dificile, cette journée du 16 juin fut une réussite.
Il faut dire que le ciel y avait mis du sien : une journée radieuse, mais pas trop chaude, avec une brise légère. Les randonneurs, venus nombreux et parfois de fort loin (région stéphanoise, région lyonnaise, Dauphiné, basse vallée du Rhône…), ont apprécié la splendeur des paysages à travers lesquels nos bénévoles avaient balisé deux itinéraires : l’un de 13 km, et l’autre de 27 km (celui-ci avec un dénivelé de 1100 m !). Il y eut 102 participants sur le petit parcours, et 105 sur le grand (sur ce dernier, le plus jeune était âgé de 12 ans seulement). Et le casse-croute offert aux randonneurs à leur retour a remporté tous les suffrages et a suscité de nombreux éloges.

Cette journée a donc été très bénéfique et, le soir du samedi suivant, qui était le 23 juin, Frère Maximilien-Marie avait invité tous les bénévoles à venir au Mesnil-Marie pour un repas amical, afin de les remercier pour leur investissement.
Ce fut une belle et joyeuse soirée. C’était aussi le jour du feu de la Saint-Jean, mais un vent très fort soufflait ce soir-là et il ne pouvait être question d’allumer un feu, sauf un petit feu très symbolique, dans une grosse cuvette de métal, afin d’éviter tout risque d’embrasement de l’herbe sèche et, à partir de là, de toute la montagne !

Saint-Martial : le village en balcon au-dessus de son lac

Le village de Saint-Martial, en balcon au-dessus de son lac.
C’est de là que partaient les circuits de randonnée organisés par la « Ronde des Sucs ».

Toujours dans le cadre des activités associatives, le 30 juin, à l’occasion de l’assemblée générale de l’APPEM (Association de Protection des Paysages Exceptionnels du Mézenc), Frère Maximilien-Marie a été réélu au conseil d’administration : à la vérité, il avait demandé à ne plus faire partie du conseil, arguant de trop de travail et de responsabilités, et craignant de ne pouvoir être un administrateur assez assidu aux réunions et séances de travail… Mais le président de l’association ne lui a pas laissé le choix (de manière très amicale évidemment) et a fait mine de se fâcher tout rouge en protestant qu’il était absolument hors de question que notre Frère ne fût plus membre du conseil !
C’est donc ainsi qu’il a été réélu… 

Evénement beaucoup moins plaisant et qui eût pu tourner à la tragédie, le soir même de l’anniversaire de Frère Maximilien-Marie (3 juillet), sa maman a fait une chute sur les pavés inégaux d’un village médiéval où elle était en visite avec quelques amis et Monsieur l’Archiprêtre de Privas : double fracture du crâne et gros œdème cérébral (mais cela on ne l’a pas su tout de suite, en revanche les témoins ont été impressionés – pour ne pas dire traumatisés – par la quantité de sang qu’elle perdait). 
Intervention des pompiers, transport aux urgences de l’hôpital local, puis dans la soirée transfert au centre hospitalier de Valence où elle est restée presque deux semaines, et enfin séjour en maison de convalescence dont elle va bientôt sortir, la maman de Frère Maximilien-Marie s’en tire finalement très bien, au-delà de toutes les inquiétudes que ce gros traumatisme a occasionnées.

Nous remercions très chaleureusement ceux qui, ayant appris cet accident, ont prié à son intention.

Messe de Requiem du 14 juillet

Messe de Requiem du 14 juillet 2018

C’est maintenant une tradition bien établie, tous les 14 juillet, chez nous jour anniversaire du massacre de neuf prêtres réfractaires au serment schismatiques (14 juillet 1792 – cf. > ici, > ici et > ici), les membres et amis du Cercle Légitimiste du Vivarais se retrouvent pour une journée de mémoire contre-révolutionnaire.
Ils étaient plus d’une vingtaine cette année (certains ayant fait 3 h de route pour venir) à se retrouver sur le plateau vivarois, qui fut un lieu d’intense et durable résistance à l’esprit et aux forces armées de la révolution.

Après une Sainte Messe de Requiem chantée à la mémoire des victimes de la révolution, Frère Maximilien-Marie a conduit nos pèlerins (car c’en étaient) jusqu’aux ruines de la Chartreuse de Bonnefoy (cf. > ici et > ici).
Fondée au milieu du XIIème siècle, elle fut le plus haut monastère d’Europe (à 1310 m d’altitude) et, malgré le pillage perpétré par les grandes compagnies puis le massacre des religieux par les sectateurs de Calvin, elle perdura jusqu’à la révolution. Les Chartreux refusèrent les lois iniques et les serments imposés par cette dernière et, contraint d’abandonner leur monastère, s’exilèrent en Suisse… dont ils ne revinrent jamais.

Au cours des XIXème et XXème siècles, la Chartreuse – encore intacte en 1820 – servit de carrière de pierres, jusqu’à ne plus être aujourd’hui qu’à l’état de ruines : des ruines qui expriment finalement de manière très éloquente et bien plus que de longs discours ce que la révolution et la république font de la France…
L’après-midi fut consacrée à évoquer, in situ la figure et l’épopée de notre Grand Chanéac, notre chef chouan local de prédilection (cf. > ici et > ici). 

Vitrail Lys - oratoire du Mesnil-Marie

Petit vitrail dans l’oratoire du Mesnil-Marie

Le dimanche 15 juillet, jour anniversaire de son baptême, alors qu’il avait déjà servi une première Sainte Messe à la chapelle Notre-Dame de la Rose, à Montélimar, pendant la Grand’Messe à l’église Notre-Dame, à Valence, Frère Maximilien-Marie a ressenti une très vive douleur dans le genou gauche, dont il n’a pas voulu tenir compte d’abord. Mais à l’agenouillement de l’ « Et incarnatus est » pendant le chant du Credo, cette douleur s’est manifestée de manière tellement vive qu’il en est devenu blême et qu’il s’est mordu les lèvres pour ne pas hurler. Après s’être péniblement relevé, il est parti clopin-clopan vers la sacristie.
Un médecin qui se trouvait dans l’assistance lui a immobilisé la jambe, enveloppant le genou dans une serviette imbibée d’eau très froide, et lui a administré des anti-douleurs. Ce médecin, puis le « kiné » qui suit de manière très régulière notre Frère, pensaient qu’il s’agissait d’un problème de ménisque.
Frère Maximilien-Marie a gardé pendant plusieurs jours une attelle, a dû pendant un temps s’appuyer sur une canne et, bien sûr, a consulté un médecin qui lui a prescrit radio et IRM. 
Grâces en soient à Dieu, il n’a pas eu à attendre trop longtemps pour la radio et pour l’IRM. Ces dernières n’ont pas confirmé les soupçons qui se portaient sur une lésion du ménisque (une opération ne sera donc pas nécessaire), mais ont révélé d’une part un « pincement du compartiment médial » et d’autre part un « épanchement articulaire avec une petite chondropathie rotulienne et condylienne fémorale », ainsi qu’un « œdème en avant du tendon rotulien ».

D’emblée, il est apparu que Frère Maximilien-Marie devrait « faire une croix » sur les randonnées auxquelles il avait prévu – et se réjouissait – de participer au cours de cet été.
Pour ne pas risquer d’affaiblir le quadriceps, son « kiné » lui a conseillé de ne plus porter d’attelle que lorsqu’il doit marcher sur un « terrain inégal » (sic) : nous en avons bien ri, car il est bien connu que nous habitons… un rez-de-chaussée au milieu de la plaine de Beauce !!!
Et moi, j’ai découvert une gravure du XVIIIème siècle que je me suis empressé d’offrir à mon papa-moine, puisqu’elle représente un ermite de Saint Augustin avec une grande canne et – dirait-on – un problème à la jambe :

Ermite de Saint-Augustin

Toutefois, n’allez pas imaginer que Frère Maximilien-Marie reste assis ou allongé sur une chaise-longue tout le jour, la jambe immobilisée ; ni non plus qu’il commette des imprudences. Je veille à ce qu’il reste raisonnable dans ses activités, lesquelles sont bien nécessaires.

Il y a en particulier en cette période de nombreux événements culturels et associatifs, et une vie villageoise plus intense dont il s’efforce de rendre compte en sa qualité de correspondant local de presse : dernières activités de l’année scolaire pour la classe unique de l’école du village (je vous reparlerai de cette dernière) ; colonies de vacances présentes à Saint-Martial pendant l’été ; activités organisées par les diverses associations ou les commerçants ; réussites scolaires ou estudiantines des jeunes du village ; petit festival qui a eu lieu sur les bords du lac au cours duquel des comédiens, chanteurs, conteurs… etc, ont enchanté leur public ; faits marquants de la vie locale…

Cette période est aussi riche en visites : des personnes (individus ou petits groupes) demandent à rencontrer Frère Maximilien-Marie, soit pour parler d’histoire ou de patrimoine, soit pour lui confier des intentions de prière ou lui exposer certains problèmes personnels et solliciter ses avis ou conseils.

coquelicots du Mesnil-Marie juin-juillet 2018

Coquelicots du Mesnil-Marie en juin et juillet

Enfin je voudrais signaler que nous sommes entrés en carême…
En lisant ces mots je suis sûr que certains d’entre vous ont sursauté : carême ? qu’est-ce qu’est donc que cette histoire de carême au plein milieu de l’été ?

Eh bien oui, vous avez bien lu ; et non, je ne me suis pas trompé.
La tradition des Eglises d’Orient comporte plusieurs carêmes dans l’année, temps de jeûne préparatoires à la célébration de certaines très grandes fêtes. C’est ainsi que, en prélude à la fête de la Dormition de Notre-Dame, les chrétiens d’Orient observent le « Carême de la Mère de Dieu ».

En Grèce, les orthodoxes le pratiquent à partir du 1er et jusqu’au 14 août.
Nous, nous avons décidé de le commencer le 31 juillet, de manière à avoir 15 jours complets de jeûne, afin d’honorer les 15 années que Notre-Dame a passées sur la terre après l’Ascension de son divin Fils avant d’être elle-même élevée dans la gloire.
En outre, c’est aussi exactement le temps que le saint patron de Frère Maximilien-Marie, Saint Maximilien-Marie Kolbe, a passé dans le bunker de la faim à Auschwitz, du 31 juillet au 14 août 1941 (cf. > ici et > ici).

Il me reste à vous souhaiter à tous et à chacun une sainte période de préparation à cette grande fête du 15 août qui, en outre, est la seule véritable « fête nationale » du Royaume de France (cf. > ici, > ici et > ici).
Ce pourquoi, en sus de la neuvaine préparatoire à la fête de Sainte Philomène commencée hier (cf. > ici), je vous encourage également à préparer la fête de l’Assomption de Notre-Dame par une autre neuvaine, du 6 au 14 août (par exemple > ici).

Sursum corda, mes bien chers Amis !

Patte de chat  Lully.

Oratoire du Mesnil-Marie

L’oratoire du Mesnil-Marie en cette fin du mois de juillet 2018

Et pour soutenir le Refuge Notre-Dame de Compassion > ici

Publié dans : Chronique de Lully | le 3 août, 2018 |7 Commentaires »

2018-61. Quelques annonces relatives à la vie du Mesnil-Marie, spécialement en ce qui concerne la préparation spirituelle et matérielle de la fête de Sainte Philomène.

Jeudi 2 août 2018,
Fête de Saint Alphonse-Marie de Ligori, docteur de l’Eglise ;
Commémoraison de Saint Etienne, pape et martyr ;
Dans l’Ordre de Saint François, fête de Notre-Dame des Anges,
avec, dans tout l’univers catholique, la possibilité d’obtenir l’indulgence de la Portioncule (cf. > ici).

Gisant de Sainte Philomène au Mesnil-Marie - détail

Gisant de Sainte Philomène dans l’oratoire du Mesnil-Marie (détail)

frise avec lys naturel

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Certains d’entre vous – en particulier ceux qui s’y étaient abonnés – ont pu constater que le site internet propre du Refuge Notre-Dame de Compassion est actuellement inacessible et qu’il n’y a plus de lettres d’information de cette provenance qui vous soient adressées : Frère Maximilien-Marie est trop pris par ses multiples responsabilités pour s’en occuper à l’heure actuelle et la personne qui l’avait créé s’étant éloignée, nous ne sommes pas en mesure d’en assurer la maintenance et les mises à jour. C’est certainement très regrettable, mais il difficile qu’il en soit autrement dans ces conditions.
En attendant que, peut-être, un jour, ce site soit à nouveau en service, je vais reprendre dans les pages de ce blogue les nouvelles, informations, annonces et compte-rendus d’activités de notre Mesnil-Marie.
Ce soir, en particulier, j’ai cinq informations à vous communiquer :

A – Du 2 au 10 août, neuvaine préparatoire à la fête de Sainte Philomène :

Ce 2 août commence la neuvaine préparatoire à la fête de Sainte Philomène : vous savez à quel point cette jeune martyre et très grand thaumaturge compte dans notre dévotion, et ceux qui sont venus au Mesnil-Marie savent aussi comment elle se plaît à accorder des grâces – parfois de véritables petits miracles – à ceux qui l’invoquent et la vénèrent dans notre modeste oratoire, où sont exposés son gisant et sa relique.

Nous vous invitons à vous unir à nous dans cette neuvaine du 2 au 10 août, et nous vous demandons de prier en particulier à l’intention de l’un de nos amis, prénommé Emmanuel, père de famille hospitalisé depuis le début juin et dont la santé nous cause d’assez vives inquiétudes.

Pour cette neuvaine, nous proposons les prières publiées > ici ; mais, cela n’a rien de contraignant : si certains préfèrent d’autres prières plus à leur goût, qu’ils les utilisent. Ce qui importe ce n’est pas la formule utilisée, mais la ferveur et la confiance avec lesquelles on recourt à sa puissante intercession.

B – Samedi 11 août, fête de Sainte Philomène :

Comme tous les ans, nous célèbrerons le 11 août au Mesnil-Marie la fête de Sainte Philomène. Cette année, c’est un samedi.

La Sainte Messe sera célébrée dans notre oratoire à 10 h précises.
Tous nos amis et tous ceux qui souhaitent honorer cette très grande sainte sont évidemment les bienvenus.

Après la Sainte Messe, aura lieu le repas – tiré du sac – et nous prévoyons un espace pique-nique à l’ombre d’un grand barnum qui nous a été prêté : les personnes qui possèdent tables et chaises pliantes et qui prévoient de rester pour le pique-nique, sont invitées à les apporter. Merci !
L’après-midi, un temps de prière aura encore lieu à l’oratoire et la relique de Sainte Philomène pourra être vénérée.

Pour information (1) : comme l’année dernière l’oratoire était archi-plein, nous avons respectueusement demandé à Monsieur l’Archiprêtre – selon les dispositions prévues par le motu proprio « Summorum Pontificum » (qu’il semblait ignorer) s’il accepterait de nous accorder l’usage de l’église d’un village voisin pour la célébration de la Sainte Messe.
Cette démarche a suscité quelques « complications » – je vous passe les détails – et s’est en définitive soldée par un refus. Plus exactement « on » nous a fait répondre que cette église nous serait volontiers prêtée à la condition que le prêtre célébrât cette Messe selon le missel de 1969, ce qui est évidemment et absolument inenvisageable pour ce qui nous concerne…
Vous le voyez, les attitudes sectaires à l’encontre des fidèles attachés à la Sainte Messe latine traditionnelle sont loin d’appartenir au passé.
Nous avons donc travaillé avec des amis pour augmenter au maximum le nombre de places dans notre oratoire… mais nous ne pouvons pas pousser les murs.

Pour information (2) : Pour préparer matériellement cette journée de prière et d’amitié, ce samedi 4 août est organisée une journée de travaux au Mesnil-Marie… Toutes les bonnes volontés – et tous les bras – sont les bienvenus !
Merci de nous contacter pour connaître les modalités pratiques de cette journée absolument nécessaire… 

Reliquaire de Sainte Philomène au Mesnil-Marie

Reliquaire de Sainte Philomène dans l’oratoire du Mesnil-Marie

frise avec lys naturel

C - Aide pour les travaux du Mesnil-Marie :

Nous avons dû faire remplacer une fenêtre qui avait été gravement endommagée lors d’un épisode de tempête hivernale, au mois de décembre 2016, et qui depuis n’assurait plus correctement son rôle d’isolation.
Profitant de la venue du menuisier pour son remplacement, nous lui avons également demandé quelques autres petites interventions telles que la consolidation d’une poutre et la pose d’une planche de châtaignier – soutenant un rembourrage de laine de chanvre – au-dessus de la porte-fenêtre de l’oratoire, afin d’obstruer une longue et profonde cavité qui datait de l’époque où ce qui est maintenant notre oratoire était une grange à foin et où à la place de cette porte-fenêtre se trouvait un antique portail.
Ces travaux ont un coût… et nous tendons une fois de plus la main afin de pouvoir honorer la facture du menuisier. Si vous souhaitez participer au règlement de ces travaux, vous pouvez le faire en cliquant > ici.

Dès à présent, nous remercions nos amis et bienfaiteurs pour leur généreux soutien, et nous les assurons de notre prière reconnaissante à toutes leurs intentions.

Chat noir et blanc merci

2018-60. La famille royale attend une nouvelle naissance.

31 juillet,
Fête de Saint Germain d’Auxerre, évêque et confesseur ;
Commémoraison de Saint Ignace de Loyola, confesseur.

Grandes armes de France

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En ce dernier jour du mois de juillet, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, a annoncé vers 16 h (heure de Paris) par une publication sur les réseaux sociaux, une naissance dans la famille royale pour 2019.
Nous reproduisons ci-dessous la photo et le texte mêmes publiés par notre Souverain légitime, et dès à présent nous allons prier pour cet Enfant de France, et confier très particulièrement à Notre-Dame la grossesse de notre Reine, afin qu’elle se passe sans difficultés et parvienne heureusement à terme.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

annonce naissance royale

Texte publié par Monseigneur le Duc d’Anjou :

« Ma chère femme et moi sommes heureux d’annoncer que nous serons parents pour la quatrième fois. Nous sommes très excités de l’arrivée d’un nouveau membre dans la famille et nous remercions Dieu de nous avoir offert ce cadeau. »

Trois lys blancs

2018-59. Christianisme et liberté (7ème et dernière partie).

- Christianisme et liberté -
7ème et dernière partie

L’avenir de la liberté

Pour retrouver les parties précédentes de cette conférence de Gustave Thibon donnée en 1952
1ère partie : « Déclin des libertés » > ici
2ème partie : « Nature de la liberté » > ici
3ème partie : « Esclavage et rupture des liens » > ibid.
4ème partie : « Le christianisme et la liberté » > ici
5ème partie : « Le christianisme et les libertés » > ibid.
6ème partie : « L’éducation chrétienne de la liberté » > ici

frise

L’avenir de la liberté :

« Les jeux sont clairs : la régression de la liberté coïncide avec la régression du christianisme vécu, avec l’effacement de la notion du prochain et de la fraternité humaine fondée sur la paternité divine. Les divers types d’humanité sur lesquels s’étend l’ombre de l’esclavage – le prolétaire dont le travail s’achète comme une marchandise, le contribuable cracheur d’impôts et l’assuré budgétivore, l’homme économique considéré sous le seul angle de la production ou de la consommation, l’électeur anonyme qui n’est plus qu’une unité dans une addition, le pantin humain dont la propagande tire les ficelles – se ramènent tous à un type unique : l’homme vidé du respect et de l’amour qu’on doit à une personne et traité comme une chose.
Le mot féroce de Bernanos vient ici à point : « le jour où tous les rapports entre les hommes seront réglés par la stricte justice administrative, la viande de pauvre ne vaudra pas cher sur tous les marchés de l’univers ».

La pente même du mal nous indique la voie du salut. Seul, l’avènement d’une structure sociale chrétienne peut nous apporter le maximum de liberté dans la vie individuelle, économique et politique, parce qu’il apporte en même temps ce contre-poids de morale et de charité qui équilibre et harmonise les libertés.
Il y a exactement un siècle, Donoso Cortès prononçait ces paroles prophétiques : « La liberté est morte ! Elle ne ressuscitera ni dans trois jours, ni dans trois ans, ni peut-être même dans trois siècles. Vous vous effrayez de la tyrannie que nous souffrons ? Vous vous effrayez de peu ; ce qui vous attend est bien pire… Le monde s’achemine à pas de géants vers le despotisme le plus colossal et le plus dévastateur que l’histoire ait jamais connu… Il n’y a que deux répressions possibles : l’une est intérieure et l’autre extérieure, l’une est religieuse et l’autre politique. Leurs rapports sont tels que, lorsque la température religieuse s’élève, le thermomètre de la répression tend à baisser et que, lorsque la température religieuse baisse, le thermomètre politique, la répression politique, la tyrannie montent… Or donc, si le thermomètre religieux continue à baisser, je ne sais pas où nous nous arrêterons… »

Il n’y a pas de liberté sans liens vivants, et la religion, comme l’étymologie du mot le révèle, est le lien vivant par excellence.
Si nous ne reconstruisons pas la Cité avec ce ciment de spontanéité créatrice et d’amour, il se trouvera toujours une tyrannie pour nous imposer du dehors cette unité que nous aurons perdu du dedans.
Nous sommes embarqués, dirait Pascal, et l’alternative est limpide : nous serons dem
ain ou bien les membres d’un même équipage, animés par le même amour, ou bien des forçats qui, courbés sous le même fouet, rameront sur la même galère. »

Gustave Thibon,
février 1952.

Le vaisseau de l'Eglise - Saint-Etienne du Mont

Le vaisseau de l’Eglise
(détail d’un vitrail du « cloître » de Saint-Etienne du Mont – Paris)

2018-58. Christianisme et liberté (6ème partie).

- Christianisme et liberté -
6ème partie

L’éducation chrétienne de la liberté

Pour retrouver les parties précédentes de cette conférence de Gustave Thibon donnée en 1952
1ère partie : « Déclin des libertés » > ici
2ème partie : « Nature de la liberté » > ici
3ème partie : « Esclavage et rupture des liens » > ibid.
4ème partie : « Le christianisme et la liberté » > ici
5ème partie : « Le christianisme et les libertés » > ibid.

Le Bon Pasteur mausolée de Galla Placidia Ravenne

Le Bon Pasteur
(mosaïque du mausolée de Galla Placidia – Ravenne)

frise

L’éducation chrétienne de la liberté :

« Cette thèse appelle immédiatement une série d’objections. L’histoire en main, on pourra nous rappeler la rigueur dogmatique de l’Eglise et ses luttes séculaires contre la libre pensée. Dans l’ordre social et politique, on soulignera les innombrables alliances entre l’autorité ecclésiastique et certains pouvoirs temporels qui firent bon marché de la liberté des hommes.
Tout cela est à la fois vrai et faux. Vrai dans l’immédiat et dans le détail, faux à longue échéance et dans l’ensemble.

Deux éléments essentiels nous paraissent caractériser l’action du christianisme dans la culture et la défense de la liberté.
L’Eglise cultive avant tout la liberté intérieure. Pour elle, les libertés extérieures découlent de cette délivrance de l’âme ; elles doivent suivre et non précéder. Sa mission primordiale n’est pas de briser les chaînes sociales, mais de donner aux hommes cette richesse spirituelle, ces réserves de moralité et d’amour qui rendent possible et fécond l’exercice extérieur de la liberté. En d’autres termes, au lieu de s’attaquer directement au pouvoir de César, elle développe d’abord en nous la part de Dieu.
La conquête chrétienne de la liberté revêt en effet deux aspects à la fois distincts et solidaires :
a) l’élan qui jaillit du fond des âmes au contact de la Révélation évangélique. L’homme, racheté par le Christ et promis à la vie éternelle, se sent et se veut libre.
b) l’homologation de cet élan par l’Eglise en tant que magistère théologique et qu’autorité sociale, la traduction de cette aspiration intérieure en termes institutionnels.
Ce second mouvement est toujours en retard sur le premier. Et il doit l’être. Le climat spirituel du christianisme favorise l’éclosion secrète des libertés, mais l’Eglise, avant de cueillir une liberté, de l’engranger et de lui donner son estampille officielle, la laisse patiemment mûrir dans les âmes et dans les mœurs. Un fruit cueilli trop vert sèche ou pourrit. Et si l’autorité religieuse freine parfois la marche en avant des éclaireurs, c’est pour laisser au gros des troupes le temps de les rejoindre. Car, dans la conquête de la liberté, il ne suffit pas de pousser des pointes, il faut aussi que les arrières soient assurés.
L’attitude de l’Eglise chrétienne en face de l’esclavage antique illustre admirablement ce point de vue. En soi, rien n’était plus directement opposé à l’idéal d’égalité et de fraternité de l’Evangile que l’institution de l’esclavage. L’Eglise naissante n’a pourtant pas attaqué de front cette institution inhumaine : elle a commencé par recommander aux esclaves d’obéir à leurs maitres et aux maitres d’être bons pour leurs esclaves, en soulignant que, devant Dieu, il n’y a ni esclaves ni maitres. Mais que signifie ce conseil, sinon ceci : obéissez et commandez dans la liberté de l’amour ; supprimez dans vos rapports la soumission servile de l’esclavage et la brutalité dominatrice du maître, c’est-à-dire détruisez au fond de vous-même la réalité invisible de l’esclavage ? Cet état d’esprit bn’a pénétré que partiellement dans les âmes ; il a suffi cependant pour modifier les mœurs et pour que l’institution de l’esclavage se détachât peu à peu comme une écorce caduque. Aussi bien, l’abolition de l’esclavage a tenu ; elle constitue un des rares progrès positifs de l’histoire, à la différence de tant d’autres révolutions qui, faute de préparation intérieure, n’ont abouti qu’à un changement d’esclavage. C’est en grande partie le cas de la Révolution française qui a remplacé le privilège du sang par le privilège de l’argent et c’est par excellence celui de la Révolution russe. Péguy parlait déjà de « ces retournements qui reviennent au même, des révolutions plus mortes que des trônes, des progrès plus cassés que la vieille habitude… » C’est là l’ornière où versent toutes les révoltes contre l’oppression extérieure qui ne s’appuient pas sur une ascension morale et une délivrance intérieure. L’histoire nous montre assez que les révoltes d’esclaves n’ont jamais servi la cause de la liberté. Enchaîné ou déchaîné, un esclave reste toujours un esclave. Le Christ mourant nous délivre, mais Spartacus, vainqueur ou vaincu, n’abolit pas l’esclavage : il arrive tout au plus à le déplacer.
Saint Pierre condense, dans un texte souverain, la distinction chrétienne entre la fausse liberté, qui n’est qu’un esclavage déchaîné, et la vraie liberté, fondée sur l’obéissance à la loi divine : « comportez-vous en hommes libres, sans faire de la liberté un voile dont se recouvre la malice, mais en agissant comme des serviteurs de Dieu ».
Cette fonction d’éducatrice de la liberté, qui est essentielle à l’Eglise chrétienne, apparaît ici dans sa plénitude. La prudence de l’Eglise en face de tant de mouvements d’émancipation intellectuelle ou sociale – cette réserve, si irritante pour les esprits d’avant-garde, tient précisément à son souci de préserver et d’accroître ces réserves de vie intérieure et de discipline morale qui, comme nous l’avons vu, constituent le socle et le garde-fou de la liberté d’action. Le christianisme s’oppose non à l’usage mais au gaspillage de la liberté. L’Enfant prodigue, après avoir dévoré sa liberté en herbe, devient un esclave gardien de pourceaux. L’apologue s’applique à merveille à l’humanité moderne : elle a gaspillé, en débordements anarchiques, son héritage de liberté et n’a plus le choix qu’entre l’esclavage absolu et le retour dans la maison du Père où l’obéissance et la liberté ne font qu’un. L’Eglise, en veillant sur notre héritage, sauve aussi notre liberté.

Le christianisme – et c’est là peut-être ce qui le distingue le plus de tous les autres courants religieux ou sociaux – est comme un creuset où la liberté, loin de se durcir dans des moules temporels, reste toujours à l’état de fusion et de disponibilité. En dépit de ses lenteurs et de ses tâtonnements (qui tiennent précisément à la vie : une mécanique serait plus rapide et plus sûre), l’Eglise chrétienne représente une puissance indéfinie de renouvellement et d’adaptation. Sa fidélité à l’éternel lui assure une liberté perpétuelle vis-à-vis du temporel. D’autres religions, d’autres civilisations ont connu des phases d’épanouissement merveilleux, mais, tôt ou tard, elles se sont figées en hiératismes ou dégradées en conformismes. Le christianisme seul, parce qu’il émane de ce lien divin qui noue la gerbe des siècles, ne s’est jamais identifié à telle ou telle forme bornée et caduque de civilisation ; il a su assimiler les unes et rejeter les autres, mais il a gardé vis-à-vis de toutes cette liberté dominatrice de l’organisme devant l’aliment ou le poison. Sans doute a-t-il connu (au moins dans son côté trop humain, car le courant de sainteté invisible n’a jamais tari dans l’Eglise) des périodes d’éclipse et de sclérose, mais il les a toujours surmontées pour retrouver, en face de circonstances et de nécessités imprévues, la même fraîcheur virginale et la même ouverture maternelle. C’est Paul, Apôtre des gentils, c’est Benoît adaptant le monachisme aux exigences du monde occidental, c’est François d’Assise ressuscitant l’idéal de pauvreté évangélique, c’est l’assimilation de Platon par les Pères de l’Eglise et d’Aristote par Thomas d’Aquin, c’est Pascal sublimant en espérance le scepticisme de Montaigne, c’est Jean de la Croix qui, dans l’Espagne de Philippe II et de l’Inquisition, jette pour toujours un pont entre la pensée chrétienne et la mystique universelle, c’est enfin (en dépit de ses déviations et de ses dangers, mais les hérésies aussi ont leur fécondité et il n’appartient qu’aux vivants d’être malades) la prodigieuse vitalité du christianisme moderne dans tous les domaines de la pensée, de l’art et de l’action. La preuve est faite depuis vingt siècles et elle se refait chaque jour sous nos yeux : à travers le désert des conformismes et le maquis de l’anarchie, le christianisme ouvre sans cesse à la liberté de nouveaux chemins – et des chemins qui mènent quelque part. Il nous impose un minimum de discipline pour nous assurer un maximum d’indépendance. Il n’est pas un frein, mais une boussole pour la liberté. Ce n’est pas voguer librement que de voguer sans boussole : la barque est d’abord le jouet des vents et des récifs jusqu’au jour où, échouée sur un écueil ou engloutie dans les flots, elle s’immobilise dans un esclavage définitif ».

A suivre :
7ème et dernière partie : « L’avenir de la liberté » >

frise

2018-57. Christianisme et liberté (4ème et 5ème parties).

- Christianisme et liberté -
4ème partie

Le Christianisme et la liberté

Pour lire ou relire les 1ère, 2ème et 3ème parties de cette conférence de Gustave Thibon ici puis > ici.

« Le type humain déshumanisé qui s’élabore peu à peu dans le creuset des totalitarismes et des technocraties se situe aux antipodes de l’homme chrétien. Partout, le déclin des libertés accompagne comme une ombre le recul du christianisme. La simple constatation de ce fait suffit à nous montrer que le « chemin de la liberté » s’identifie à la voie tracée par le Christ.

La démonstration est simple. Si, comme nous l’avons dit, toute liberté repose sur un lien vivant et sur un amour, le christianisme nous apporte la suprême liberté parce qu’il nous apporte le suprême amour. En lui, nous trouvons le lien absolu qui délivre. Quel est en effet l’élément, jusque là inconnu dans le monde, qui confère à la révélation chrétienne son originalité irréductible, si ce n’est la reconnaissance du rapport à la fois intime et transcendant qui lie la personne de l’homme à la personne de Dieu ?
Les Anciens avaient conçu tous les modes de retour du particulier à l’universel, du multiple à l’Un : ils n’avaient jamais pressenti ce mystères des noces de l’âme et de Dieu.
Dieu m’a créé, Dieu me connaît et Dieu m’aime électivement ; je suis unique pour cet être unique ; le lien qui nous unit n’a pas d’équivalent. Dieu ne s’est pas incarné, Dieu n’est pas mort pour l’humanité, mais pour chaque homme en particulier (j’ai pensé à toi dans mon agonie, lui fait dire Pascal, j’ai versé telle goutte de sang pour toi…). Dieu nous a aimés le premier, il est descendu jusqu’à nous, et cette quête de la créature par le Créateur qui confère à la personne humaine une valeur infinie est le grand ferment libérateur du christianisme. « Vous avez été achetés d’un grand prix, ne vous rendez pas esclaves des hommes », nous dira l’Apôtre. Mais ici encore, ici surtout, cette libération naît d’un lien et exige une obéissance. « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », c’est-à-dire attachez-vous à Dieu, imprégnez-vous de sa plénitude, ne faites qu’un avec lui et, par la vertu de cet attachement au Bien absolu et éternel, vous serez souverainement libres à l’égard des biens relatifs et temporels. C’est le grand paradoxe apparent du christianisme de nous convier à la fois au plus complet épanouissement et à la perte totale de nous-mêmes. Mais ces deux exigences ne font qu’une, car mon moi le plus profond réside dans le Dieu qui m’a créé et, en me perdant en lui, je suis souverainement libre, souverainement moi-même, parce que, alors, ma volonté épouse le jaillissement même de mon être. L’équivalence est rigoureuse : c’est celui qui nous a appelés à la « sainte liberté des enfants de Dieu », qui s’est fait « obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix ».

Ce lien vivant et personnel entre l’homme et Dieu fonde le rapport des hommes entre eux, car le second commandement est semblable au premier. Aimer son prochain comme soi-même, c’est respecter avant tout cette liberté qu’il tient de Dieu. Nous arrivons ainsi à la conception évangélique et paulinienne du Corps mystique du Christ dont chaque cellule est unique (le salut est personnel : on mourra seul, dit Pascal) et soutient en même temps des échanges à la fois vierges et intimes avec les autres cellules (personne ne vit pour soi et ne meurt pour soi, dit saint Paul).
C’est l’échange intérieur qui porte sur l’être et non sur l’avoir ; c’est l’épanouissement de la solitude au cœur même de la communion : plus on est lié, plus on est libre ; plus on est aux autres plus on est soi-même.
La comparaison biologique est parfaite : chaque membre d’un organisme vivant s’épanouit d’autant plus librement qu’il est plus intimement lié, dans son être et dans ses fonctions, à l’ensemble du corps, et le cancer, prolifération anarchique, détruit d’abord le libre fonctionnement de l’organe révolté.
La notion chrétienne de prochain, le commandement qui nous enjoint d’aimer l’autre comme nous-même (ce qui signifie l’intériorité absolue de l’échange : je t’aime, non parce que tu me donnes ceci en contrepartie de cela, comme dans l’échange de type égoïste et commercial, mais parce que je suis toi et que tu es moi à travers notre source unique qui est Dieu) constitue le foyer commun et le centre régulateur de toutes les libertés individuelles ».

Véronèse - la foi guidant l'homme vers l'éternité - villa Barbaro à Maser fresque (1560-61)

Paul Véronèse : la foi guidant l’homme mortel vers la divine éternité
(fresque de la villa Barbaro, à Maser)

frise

- Christianisme et liberté -
5ème partie

Le Christianisme et les libertés

« On pourra objecter que cette libération chrétienne n’intéresse que le côté éternel et transcendant de l’être humain : le Royaume du Christ n’est pas de ce monde…
Mais l’homme est un – et c’est un fait historique incontestable que la Révélation métaphysique et religieuse du christianisme a pénétré, malgré la résistance de la matière et du péché, jusque dans les couches de la vie temporelle et a renouvelé les diverses structures sociales. 

Un exposé complet et cohérent ne saurait trouver sa place ici. Mais une constation globale s’impose : à la conception trop souvent pharaonique et totalitaire de la Cité antique, pyramide où chaque pierre n’avait de sens et de but qu’en fonction de la pierre terminale, on a vu se substituer peu à peu, sous l’influence du christianisme, une conception organique où chaque cellule vit de sa vie propre dans son rapport à l’ensemble du corps.
Depuis la Rome impériale jusqu’à nos jours – et en dépit des obstacles que n’ont jamais cessé de lui opposer tant de membres morts du corps de l’Eglise – la diffusion du christianisme a eu pour effet direct ou indirect de développer la liberté des individus et des groupes vivants (familles, communautés) en face des tyrannies exercées par les individus ou les collectivités.

La notion chrétienne de l’égalité des âmes devant Dieu a conduit graduellement à la suppression de l’esclavage ; elle a atténué toutes les formes d’oppression de l’homme par l’homme (rappelons pour mémoire la libération de la femme et la reconnaissance des droits de l’enfant, la formation des communautés locales et professionnelles du moyen âge, la défense des populations indigènes contre les envahisseurs coloniaux et des prolétaires contre les abus du capitalisme) ; elle a brisé les cadres rigides et les cloisons étanches des vieilles castes et favorisé, à tous les degrés de l’échelle sociale, la promotion individuelle.
Il n’est pas une seule liberté humaine (droit de posséder et droit de transmettre, droit d’entreprendre, droit de penser, etc.) que le christianisme n’ait pas stimulé, et cette immense éclosion des libertés – grâces auxquelles l’homme a pu assumer son propre destin (avec tout ce que cela comporte de risques et de chances, d’enrichissement intérieur et de contact avec le réel) – constitue l’âme de cette civilisation occidentale dont le déclin nous emplit aujourd’hui d’une angoisse encore imprégnée d’espérance.
La personne humaine, délivrée par le Christ, a pu déployer ses plus hautes possibilités : nous en voyons les fruits dans l’ordre économique, juridique, politique, culturel. Cette civilisation est indéfiniment créatrice parce qu’elle est fondée sur la liberté. L’esclave ne crée pas : il partage l’inertie de la matière inanimée. L’absence de force créatrice est commune à tous les mouvements totalitaires. Leur puissance est immense : elle est avant tout matérielle comme celle du raz de marée ou de l’avalanche. Elle construit comme on détruit : dans la matière et dans la mort. Une avanlanche peut emporter une forêt, mais non pas faire jaillir de la terre une seule herbe vivante. Camus a dit qu’il faut choisir entre l’efficacité du typhon et celle de la sève. Mais la sève de l’homme vient de Dieu…

Que cet essor du monde occidental procède avant tout de la sève chrétienne et non d’une coïncidence fortuite, deux faits globaux suffisent à l’établir.
Un simple coup d’œil sur la carte nous montre que le maximum de prospérité matérielle et d’épanouissement spirituel coïncide rigoureusement avec la zone d’expansion du christianisme.
La tension, qu’on peut vérifier tout au long de l’histoire, entre les pouvoirs totalitaires et l’Eglise du Christ nous apporte une preuve non moins convaincante de cette option fondamentale en faveur de la liberté.
Exception faite de quelques ententes toujours locales et provisoires entre l’Eglise et certaines puissances temporelles plus ou moins oppressives (lesquelles pouvaient d’ailleurs, étant donné les temps et les lieux, représenter un moindre mal), les tyrans de tout ordre ne s’y sont jamais trompés : depuis Caïphe et les Césars jusqu’aux maîtres de l’Allemagne d’hier et de la Russie d’aujourd’hui, un instinct très sûr leur a fait voir dans le christianisme leur  ennemi le plus intime et le plus dangereux. Et, dans la conjoncture présente face aux totalitarismes qui, tandis qu’ils assassinent la liberté, se parent hypocritement de son nom, alibi pour les tyrans et mirage pour les esclaves, l’Eglise constitue le dernier refuge des libertés menacées. N’est-ce pas elle qui défent pied à pied, contre la poussée envahissante du monstre anonyme, les droits irréductibles de l
a personne, de la famille et du travail ? »

A suivre :
6ème partie : « L’éducation chrétienne de la liberté » > ici

nika

2018-56. Christianisme et liberté (2ème et 3ème parties).

- Christianisme et liberté -
2ème partie

Nature de la liberté

Pour lire ou relire la 1ère partie > ici.

« Une brève analyse de la notion de liberté nous aidera à pénétrer les ressorts secrets de cette tragédie de l’esclavage.
La liberté de l’homme n’est pas une faculté suspendue dans le vide et qui se suffise à elle-même. Elle dépend d’une nature (je suis né d’une femme et je ne puis m’enfuir hors de l’humanité, disait le Poète) ; elle s’appuie sur une nécessité qu’elle transcende. Quand nous prononçons ces mots : être libre, c’est sur être plutôt que sur libre qu’il faut poser l’accent. Un homme est libre dans la mesure où il est. Avant la « libre pensée » et le « libre amour » il y a la pensée et l’amour tout court. Etre libre, c’est pouvoir épanouir sa nature, et non pas selon une volonté arbitraire, mais en obéissant aux lois éternelles inscrites dans cette nature. La liberté est donc avant tout une obéissance spontanée, consentie, vécue intérieurement.

La grande erreur est de poser le problème de la liberté en termes d’indépendance. L’homme, être relatif (ce qui signifie relié), ne peut pas être indépendant.
Je suis libre de choisir tel ou tel aliment qui me semble répondre davantage à mon goût ou à mon besoin : je ne suis pas libre d’avoir ou de ne pas avoir faim. Je suis libre de voyager ou de me marier, mais, pour exercer cette liberté, il faut que je me sente préalablement attiré par tel pays ou par telle femme.
A la base de toute liberté, il y a donc une attraction, un désir, un lien. Est libre celui qui peut choisir, parmi tous les liens qui le sollicitent, ceux qui répondent à ses aspirations les plus profondes. Et par là, le problème de la liberté débouche sur le problème de l’amour.
Nous n’avons pas le choix entre la dépendance et l’indépendance, mais entre la dépendance vivante qui épanouit et la dépendance morte qui opprime ; autrement dit, nous sommes libres dans l’exacte mesure où nous pouvons aimer les êtres et les choses dont nous dépendons. Nos possibilités de liberté s’identifient à nos possibilités de communion. Dans le même milieu, le même métier, tel homme se sentira libre et tel autre esclave ; le mariage par exemple sera pour nous une délivrance suivant l’accueil que nous ferons au lien conjugal : la femme fidèle, présence vivifiante pour celui qui l’aime, sera pour celui qui ne l’aime pas un « crampon » insupportable. Le saint qui peut tout aimer se sent libre dans tous les milieux et toutes les circonstances ; l’inaffectif, le réfractaire, incapables d’attachement, trouvent partout l’escalvage.
Saint-Exupéry disait qu’un homme vaut par le nombre et la qualité de ses liens : être libre, c’est adhérer intérieurement, spontanément à un ensemble qui nous comprend et qui nous dépasse, c’est soutenir avec cet ensemble des rapports analogues à ceux d’un membre avec l’organisme dont il fait partie.

La liberté ne signifie donc rien par elle-même ; elle vaut ce que vaut l’homme, et la valeur de l’homme se mesure à la densité de son être et à la profondeur de son amour.
Mais qu’est-ce que l’être et l’amour d’un homme, sinon un tissu de relations, c’est-à-dire la présence intime de l’autre au sein du moi ? Il n’y a pas de liberté possible sans une réserve d’attachement et de communion. La liberté matérielle présuppose des réserves matérielles (le prolétaire est précisément celui qui, ne possédant pas ses réserves, ne dispose d’aucune marge d’attente pour choisir son travail ou son employeur) ; de même la liberté spirituelle présuppose des réserves spirituelles : il faut avoir de quoi être libre, il faut disposer de ce champ de possibilités qui créent un enracinement, une culture, une expérience authentique des êtres et des choses.
Si nous examinons les plus hautes manifestations de la liberté, nous trouvons toujours à leur centre, un lien vivant, c’est-à-dire une obéissance inspirée par un amour.
Un homme est libre à l’égard des passions charnelles dans la mesure où il est attaché aux valeurs spirituelles et, comme Gabriel Marcel l’a très bien montré après Platon, il est libre à l’égard des opinions et des supersititions dans la mesure où il est lié par une foi.
De même, un arbre résiste aux influences du vent dans la mesure où il est retenu par ses racines, où il communie à la terre nourricière : son attache constitue le fondement et la garantie de sa liberté.

Ainsi notre liberté est à la fois créée et créatrice par rapport aux liens qui nous rattachent à l’univers : elle s’appuie sur des liens anciens pour nouer des liens nouveaux ».

Le "génie de la liberté" à la Bastille

Le « génie de la liberté » au sommet de la colonne de la place de la Bastille (Paris) :
l’ange porte-lumière (Lucifer) et briseur de chaînes…

frise

- Christianisme et liberté -
3ème partie

Esclavage et rupture des liens.

« Le drame de l’esclavage n’est pas autre chose que le drame de la rupture.
Nous avons cité l’exemple de l’arbre : « libérez-le » de ses racines et vous ferez de ses feuilles mortes le jouet du vent. C’est précisément le sort de tant d’hommes arrachés à leur milieu naturel, à leur tradition et qui, parce qu’ils n’obéissent plus aux réalités profondes, deviennent la proie de conformismes superficiels et stériles.
De quoi sont les esclaves ces êtres qui se croient libres ? Dans quelle prison tombent ces négateurs du nid, sous quel joug s’inclinent ces révoltés contre les grandes lois de la nature ? Quels lumignons, quels feux follets, quels mirages dans le désert poursuivent ces éteigneurs d’étoiles ? 
La servitude et le déracinement se répondent : celui qui refuse la sève qui le nourrit se livre tout entier au vent qui l’emporte.

La régression des libertés a pour origine la rupture des liens vitaux, provoquée par l’idolâtrie de la liberté.
On a confondu liberté et indépendance ; on a poursuivi le fantôme d’une liberté abstraite et presque absolue et, dans cette course insensée, on a perdu la liberté concrète et réelle. La liberté séparée de son contexte humain et gonflée comme une baudruche, a éclaté comme une baudruche.
Et chaque lien brisé a enfanté une chaîne. Dans bien des pays et pour beaucoup d’hommes, le mot de liberté n’est plus qu’un masque et une livrée sur des corps et des âmes d’esclaves.

Rien n’est plus éclairant que d’observer, sous ses différents aspects, cette pseudo-libération qui se résout en esclavage, ce refus d’obéissance qui mène tout droit à la servitude.
L’homme s’est de plus en plus dégagé de l’obéissance aux rythmes cosmiques pour devenir l’esclave docile de cadences artificielles mille fois plus rigides. On n’est plus lié au cycle des saisons ni à la marche du soleil, mais on consulte sa montre à chaque instant !
On s’est affranchi des servitudes familiales ; on a brisé, au nom de la liberté, les vieilles communautés naturelles pour tomber sous le joug des puissances anonymes de la finance et de la politique et, à la limite, de l’Etat totalitaire.
On a secoué, au nom de la libre pensée ou du libre amour, les « préjugés » de la tradition et de la morale pour se soumettre au conformisme de la mode et aux influences de l’actualité la plus creuse.
On a tranché les liens religieux comme contraires à la dignité d’une intelligence émancipée – et c’est la superstition qui fleurit sur le tombeau de la foi. Jamais les hommes n’avaient été aussi sceptiques devant les vérités éternelles et aussi crédules en face des mensonges de la publicité. Les amges, les guérisseurs, les stars, les pontifes d’une littérature et d’un art aberrants, sans parler des faux prophètes de la science et de la politique, remplacent le prêtre éliminé par le progrès des lumières…

Solitude et concentration : l’homme se change en grain de sable et la société en désert. Plus de lien et, aprtant, plus de liberté. Les grains de sable sont dociles parce que, bien qu’entassés les uns sur les autres, ils sont seuls. Aussi le vent les soulève et les emporte à son gré. Nous sommes à l’âge des masses et des mouvements de masse. Mais il n’est pas de plus grandiose mouvement de masse qu’une tempête de sable dans le désert.
Les forces qui meuvent les hommes deviennent de plus en plus étrangères à la nature profonde de l’homme. »

A suivre :
4ème et 5ème parties : « Le Christianisme et la liberté »  &
« Le Christianisme et les libertés «  > ici

2018-55. Christianisme et liberté (1ère partie).

La divine Providence a permis que, dans un stock de livres anciens, nous « tombions » (sans nous faire aucun mal !), sur le cahier n°1 d’une série de publications réalisées par le Centre Catholique des Intellectuels Français (CCIF). Cet ouvrage, paru en mai 1952, s’intitule « Christianisme et liberté » et livre au public les textes d’une série de conférences organisées par le dit CCIF, et qui avaient été données du 4 février au 10 mars de cette année 1952 (« Christianisme et liberté », librairie Arthème Fayard, 1952).
Or la première de ces communications fut assurée par notre cher Gustave Thibon, et c’est son titre propre qui donne d’ailleurs l’intitulé du recueil tout entier : « Christianisme et liberté ».

Dans l’avant-propos l’intervention de Thibon est annoncée par ces quelques phrases : « L’histoire nous le montre, et Gustave Thibon le rappelle avec sa vigueur coutumière : les sociétés libres, celles où l’homme a eu plus qu’en tout autres la possibilité d’entreprendre, de penser, de créer, pour tout dire de vivre, ont coïncidé, dans le temps et dans l’espace, avec l’aire d’expansion du christianisme occidental et apostolique. Il n’y a pas là une simple coïncidence, mais une relation de cause à effet : l’Eglise s’est faite l’éducatrice de l’homme dans notre société, elle lui a appris le sens de la véritable liberté ».
Cette conférence est aujourd’hui peu connue et reste difficilement accessible puisque, à ma connaissance (à moins de posséder l’ouvrage sus-cité), elle figure très rarement dans les bibliographies de Gustave Thibon et qu’elle n’a pas été rééditée.
Elle comporte sept parties, et nous nous proposons d’en reproduire de très larges extraits dans les pages de ce blogue. Vous trouverez donc ci-dessous l’essentiel de la première, intitulée « Déclin des libertés ».
Les analyses et les commentaires de Gustave Thibon, comme toujours, y sont lumineux et, plus de six décennies plus tard – malgré pourtant les allusions qu’on y trouve aux circonstances particulières des temps où elle fut prononcée – , demeurent d’une fulgurante actualité.

Atlas esclave - Michel-Ange

Michel-Ange : Atlas esclave
(Galerie de l’Académie – Florence)

frise

- Christianisme et liberté -
1ère partie : Déclin des libertés.

« Le titre même d’un livre célèbre – dont je ne veux pas discuter ici le contenu et que personnellement j’aime assez peu – me paraît étrangement révélateur du désordre de notre époque. Il s’agit de « J’ai choisi la liberté ». En temps normal, la liberté constitue un donné indiscutable et la base même de l’action : on choisit ceci ou cela ; aujourd’hui, il faut choisir d’abord la faculté de choisir !
Le problème essentiel est là : dans tous les domaines, nous assistons, sous une forme tantôt violente et tantôt insidieuse, à la régression des libertés. L’homme choisit de moins en moins : une autorité anonyme et centralisée choisit à sa place.

Il n’est plus libre dans son corps. Les entraves apportées à la circulation, les vaccinations obligatoires, la conscription militaire, sans parler de la généralisation des mœurs policières, des lois rétroactives, du rationnement alimentaire, et des transferts de populations qui sévissent encore dans tant de pays, font de l’habeas corpus des anciens juristes une notion de plus en plus périmée.
Il n’est plus libre dans son âme. L’Ecole unique et les slogans d’une propagande obsédante restreignent toujours davantage l’éclosion spontanée de ses pensées et de ses sentiments.
Il n’est plus libre de son activité économique. L’Etat qui empiète déjà lourdement sur les fonctions du médecin, de l’éducateur et du directeur de conscience, se fait aussi industriel, commerçant, assureur. Une fiscalité dévorante doublée d’une réglementation oppressive menaçent la liberté et jusqu’à l’existence de l’entreprise privée. La condition prolétarienne – si l’on entend par ce mot l’absence de choix et la nécessité de se soumettre à un pouvoir extérieur – tend à s’étendre à tous les individus et à toutes les classes sociales. Un immense système de redistribution, aussi mal conçu que mal appliqué, a trop souvent pour effet de pénaliser le travail et de favoriser le parasitisme. L’Etat omniprésent supprime à la fois tous les risques et toutes les chances de la liberté.
Il n’est pas libre dans son activité politique. Il n’a plus le choix entre des hommes qui représenteraient ses aspirations et ses intérêts concrets, mais entre quelques programmes abstaits, issus de partis monolithiques qui portent en eux le germe de l’Etat dictatorial et qui exigent des individus une adhésion, un enrôlement inconditionnels.

Le tableau est sans doute excessif. Mais cet esclavage universel, qui s’épanouit à quelques centaines de kilomètres de nos frontières, existe déjà chez nous à l’état d’ébauche et de menace. L’ère des organisateurs et des technocrates a commencé : la personne humaine, privée de toute attache vivante, n’est plus un membre dans un organisme, mais un rouage dans une machine, un chiffre dans une statistique. C’est l’esclave isolé au sein de la foule des esclaves, la « multiplication des seuls » annoncée par Valéry (…).

Mais le pire danger, c’est qu’en perdant ses libertés extérieures, l’homme perd aussi le sens et le goût de la liberté. On dit avec raison que l’esclavage dégrade les hommes jusqu’à s’en faire aimer.
En fait, nous constatons une désaffection croissante à l’égard de la liberté. Elle se traduit par la fuite du risque et la recherche d’une sécurité impersonnelle (la ruée générale vers le fonctionnarisme en est le symptôme le plus frappant) et aussi par une réceptivité dangereuse aux propagandes. La liberté, qui fut une idole, devient un fardeau ; elle n’est pas seulement paralysée du dehors, elle abdique aussi du dedans. L’homme a peur de sa propre responsabilité ; il aspire obscurément à s’abandonner à cette force sans nom et sans visage qui le dispense de penser et d’agir par lui-même. Il y a là un cercle infernal. D’une part le progrès du collectivisme et de la rationalisation dégoûte l’homme d’exercer une liberté qui lui coûte trop cher (nous sommes au seuil d’un monde où l’homme libre apparaît de plus en plus comme un outsider voire un paria) et, d’autre part, l’abandon de la liberté rend nécessaire la tutelle du collectivisme. Un seul exemple : la fonte actuelle du patrimoine familial, rongé par les dévaluations et les impôts, enlève à beaucoup d’enfants la faculté d’assister leurs vieux parents et cette même impuissance appelle et légitime l’intervention de l’Etat. La récente loi, qui dispense les enfants de subvenir aux besoins des parents, homologue officiellement cet état de fait (…).
Un fardeau trop lourd incite l’homme, non seulement à se décharger, mais à devenir lui-même une charge. Quand le choix de la liberté exige des efforts héroïques, la « ruée vers la servitude » dont parlait déjà Tacite prend les proportions d’une déroute universelle ».  

A suivre :
2ème partie « Nature et liberté » > ici

Gustave Thibon

1...34567...135

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi