2013-74. Réflexions félines et citations – mois de septembre 2013.

Lundi soir 30 septembre 2013,
Fête de Saint Jérôme, docteur de l’Eglise.

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Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En cette fête de Saint Jérôme, la sainte liturgie nous a donné une fois de plus à méditer sur l’épître extraite de la seconde lettre à Timothée (IV, 1-8) et le verset justement fameux – et terrible – sur ces temps où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais où, au gré de leurs passions et l’oreille leur démangeant, ils se donneront une foule de maîtres et détourneront l’oreille de la vérité
Cet avertissement inspiré a, certes, eu son actualité tout au long des vingt siècles de l’histoire de l’Eglise déjà écoulés, et je ne doute pas qu’il gardera vraisemblablement (et malheureusement !) son actualité jusqu’à la fin des temps.
Mais à moi, qui vis à l’automne de l’année 2013, il m’est impossible de ne pas trouver une correspondance avec l’actualité de ce temps-ci.

piex dans Commentaires d'actualité & humeurs

- Vers le centenaire de la mort de Saint Pie X :

Le 3 septembre nous fêtions Saint Pie X. L’année 1914 marquera le centenaire de la mort de ce très grand Pontife qui a vécu la simplicité et la pauvreté à un degré héroïque, sans dévaloriser jamais la fonction sacrée dont il était investi… 

A plusieurs reprises, au cours de ce mois écoulé, nous nous sommes replongés dans la lecture de l’encyclique « Pascendi dominici gregis » ; il est vraiment salutaire, pour un bon fonctionnement de l’intelligence aussi bien que pour garder la lucidité spirituelle, d’y revenir fréquemment.

C’est aussi à la lumière de « Pascendi », afin de bien comprendre ce qui les sous tend, qu’il convient de lire les textes de ces discours ou entretiens ecclésiastiques, au sujet desquels la presse et la radio s’excitent et auxquels elles accordent une importance qu’ils n’ont pas puisqu’ils ne font (heureusement !) pas partie du magistère  :
« (…) les artisans d’erreurs, il n’y a pas à les chercher aujourd’hui parmi les ennemis déclarés. Ils se cachent et c’est un sujet d’appréhension et d’angoisse très vives, dans le sein même et au coeur de l’Eglise, ennemis d’autant plus redoutables qu’ils le sont moins ouvertement. Nous parlons, Vénérables Frères, d’un grand nombre de catholiques laïques, et, ce qui est encore plus à déplorer, de prêtres, qui, sous couleur d’amour de l’Eglise, absolument courts de philosophie et de théologie sérieuses, imprégnés au contraire jusqu’aux moelles d’un venin d’erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, se posent, au mépris de toute modestie, comme rénovateurs de l’Eglise; qui, en phalanges serrées, donnent audacieusement l’assaut à tout ce qu’il y a de plus sacré dans l’oeuvre de Jésus-Christ, sans respecter sa propre personne, qu’ils abaissent, par une témérité sacrilège, jusqu’à la simple et pure humanité » .
Plus que jamais, je reprends à mon compte l’exclamation de Guillaume Apollinaire : « L’Européen le plus moderne c’est vous Pape Pie X » (in « Zone », Alcools – 1913).

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- Septembre, mois de la rentrée des classes :

L’éducation n’est pas et n’a jamais été un « droit régalien ». 

Ce sont les systèmes totalitaires qui veulent faire de l’état « LE » dispensateur non seulement de l’instruction, mais de la socialisation et de l’apprentissage de la pensée.
Cette prétention des régimes totalitaires est un héritage de la révolution et, en amont, elle est une fille du cerveau malade de Rousseau.
L’acharnement actuel – mais pas récent – de la « république française » à être l’unique dispensatrice de l’éducation est d’ordre idéologique : ce même acharnement a existé dans le nazisme, dans le fascisme, et dans tous les avatars du marxisme.
L’accaparement jaloux et sourcilleux de l’éducation par les structures étatiques (régies en sous-main par le Grand Orient) dont nous sommes aujourd’hui les témoins en France, est l’un des indices les plus certains de l’instauration de la dictature.

Dira-t-on jamais assez que, de par le droit naturel et divin, ce sont les parents et eux seuls qui sont les responsables de l’éducation de leurs enfants ?
Les « maîtres » et « enseignants » auxquels les enfants sont confiés – que ce soit dans l’ordre des connaissances humaines aussi bien que dans le domaine de l’éducation religieuse – n’ont qu’un pouvoir délégué par l’autorité parentale.
Dans le cas de l’incapacité objectivement reconnue des parents, c’est en vertu du principe de subsidiarité, que la « structure » supérieure se doit d’intervenir et de suppléer, mais cela doit être prudemment réglementé comme un cas d’exception.
Il importe que les parents luttent contre l’idée qu’à partir du moment où leurs enfants sont à l’école ils n’ont qu’à « s’incliner » : cette attitude est une forme de démission ; elle est coupable.

Je sais bien – et cela a été préparé depuis de nombreuses années – que, dans notre société, TOUT a été fait et tout est encore fait pour rendre les parents inaptes et irresponsables, et qu’il en est bien peu désormais qui sont capables de réagir.

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Sainte Messe dans l’oratoire du Mesnil-Marie le 14 septembre 2013 (cf. > www).

- Vous avez dit « idéologisation » ?

Au Mesnil-Marie, ce n’est un secret pour personne, nous revendiquons haut et fort, comme un droit strict et pérenne (non pas comme une « parenthèse miséricordieuse »), l’usage exclusif de la liturgie latine traditionnelle.
Il ne s’agit point là d’une question de « sensibilité ». C’est un problème de fond, un problème d’ordre doctrinal.

Affirmer que « (…) la réforme liturgique fut un service du peuple en tant que relecture de l’Evangile à partir d’une situation historique concrète », si j’ai correctement décrypté ce jargon très daté, n’est-ce pas justement dire que le « rite bugnino-montinien » appartient à un passé déjà bien révolu ?

Pour nous, l’autre nom de la liturgie est « le service divin », et non « le service du peuple ». Nous ne nions pas que la liturgie ne soit utile, et ne doive être utile au « peuple », mais il nous semble que c’est justement dans la mesure où elle échappe le plus aux modes humaines – liées aux situations historiques concrètes – qu’elle est le plus divine, et donc aussi le plus utile au « peuple ».

Catholiques, nous ne vivons pas l’universalité exprimée par ce vocable d’une manière uniquement géographique dans le seul temps présent ; notre universalité est aussi « temporelle » : elle embrasse tous les siècles de la Sainte Eglise.
Au rite fabriqué « à partir d’une situation historique concrète », il nous paraît beaucoup plus cohérent et fidèle à la catholicité de préférer un rite qui embrasse des siècles de vitalité chrétienne et de fécondité spirituelle.
Mais cette cohérence et cette fidélité seraient, à ce qu’il paraît, « préoccupantes » et comporteraient un « risque d’idéologisation » !

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Saint Pio de Pietrelcina célébrant la Sainte Messe.

- Saint Pio de Pietrelcina :

Le 23 septembre nous faisons mémoire de Saint Pio de Pietrelcina. Il me paraît utile de recopier ici cet extrait de sa biographie par Yves Chiron :
« Il était un modèle de respect et de soumission envers ses supérieurs religieux et ecclésiastiques, spécialement quand il était persécuté. Malgré cela, il ne put rester silencieux devant les déviations qui étaient funestes à l’Église. Avant même la fin du Concile, en février 1965, quelqu’un lui annonça qu’il allait bientôt devoir célébrer la Messe selon le nouveau rite, ad experimentum, en langue vernaculaire, rite qui avait été composé par une commission liturgique conciliaire en vue de répondre aux « aspirations de l’homme moderne ». Padre Pio écrivit immédiatement au pape Paul VI, avant même d’avoir vu le texte, pour lui demander d’être dispensé de cette expérience liturgique et de pouvoir continuer à célébrer la Messe de Saint Pie V. Quand le cardinal Bacci vint le visiter pour lui apporter l’autorisation demandée, Padre Pio laissa échapper une plainte en présence du messager du pape : « Par pitié, mettez fin, vite, au Concile ! »

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La Vierge en pleurs à La Salette.

- Du repos dominical :

En cette fin de mois, revient une fois de plus à la une des actualités le débat sur le travail du dimanche.
J’ai entendu un « lideur » d’extrême gauche, qui à l’occasion se fait ouvertement l’apologue de Robespierre, prendre la défense du repos dominical. Mais, je n’ai entendu la voix d’aucun évêque s’élever sur le devant de la scène médiatique, ni intervenir auprès des politiques, pour rappeler haut et fort ce qu’est le jour réservé pour être tout entier à Dieu.

Je me souviens avec émotion des larmes de Notre-Dame de La Salette :
« Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième et on ne veut pas me l’accorder. C’est ça qui appesantit tant le bras de mon Fils » (cf. > www).

* * * * * * *

En vous quittant, je vous encourage à vivre avec la plus grande ferveur le mois du Très Saint Rosaire qui commence : puissions-nous consoler, par nos prières et nos sacrifices, le divin Coeur de Jésus & Marie…

Lully.

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Rappels :
Prières pour le mois du Très Saint Rosaire > www

Bande dessinée sur la puissance du Saint Rosaire > www

Publié dans : Commentaires d'actualité & humeurs | le 30 septembre, 2013 |3 Commentaires »

2013-73. Je demandai comment il se faisait que le sacrifice de la Croix n’avant été offert qu’une seule fois ait été suffisant pour racheter toutes les âmes, et que, renouvelé tant de fois, il ne suffit pas à les sanctifier toutes.

Sainte Thérèse Couderc (cf. www), dans l’enfouissement et l’ombre où elle était maintenue, a été gratifiée par Dieu d’expériences mystiques de premier ordre. Malheureusement, la plupart des écrits dans lesquels elle les a consignées ont été détruits et il n’en subsiste que quelques vestiges parmi lesquels le texte suivant, habituellement diffusé sous ce titre : « Se livrer ».
Il date du 26 juin 1864, Sainte Thérèse se trouvait alors au Cénacle de Montpellier.
A travers ces lignes, nous pouvons comprendre l’essentiel de ce qu’a vécu cette âme si intimement unie à l’immolation du divin Coeur de Jésus.

2013-73. Je demandai comment il se faisait que le sacrifice de la Croix n'avant été offert qu'une seule fois ait été suffisant pour racheter toutes les âmes, et que, renouvelé tant de fois, il ne suffit pas à les sanctifier toutes. dans Nos amis les Saints sacre-coeur-cenacle-la-louvesc

Statue du Sacré-Coeur sur l’angle extérieur de la chapelle du Cénacle de La Louvesc

Se livrer :

Déjà plusieurs fois Notre-Seigneur m’avait fait connaître combien il était utile pour l’avancement d’une âme qui désire sa perfection de se livrer sans réserve à la conduite de l’Esprit-Saint. Mais ce matin il a plu à sa divine Bonté de m’en donner encore une vue toute particulière. Je me disposais à commencer ma méditation lorsque j’ai entendu le son de différentes cloches qui appelaient les fidèles à l’assistance aux divins Mystères. Dans ce moment, j’ai désiré m’unir à toutes les messes qui se disaient et ai pour cela dirigé mon intention afin d’y participer. Alors, j’ai vu d’une vue générale, tout l’univers catholique et une multitude d’autels où s’immolait en même temps l’adorable Victime. Le sang de l’Agneau sans tache coulait en abondance sur chacun de ces autels qui m’apparaissaient environnés d’une fumée fort légère qui s’élevait vers le ciel. Mon âme était saisie et pénétrée d’un sentiment d’amour et de reconnaissance à la vue de cette satisfaction si abondante que Notre-Seigneur offrait pour nous. Mais j’étais aussi dans un grand étonnement de ce que le monde entier n’en était pas sanctifié. Je demandai comment il se faisait que le sacrifice de la Croix n’ayant été offert qu’une seule fois ait été suffisant pour racheter toutes les âmes, et que, renouvelé tant de fois, il ne suffit pas à les sanctifier toutes. Voici la réponse que j’ai cru entendre : Le sacrifice est sans doute suffisant par lui même, et le sang de Jésus-Christ plus que suffisant pour la sanctification d’un million de mondes, mais les âmes manquent de correspondance et de générosité. Or, le grand moyen d’entrer dans la voie de la perfection et de la sainteté, c’est de se livrer à notre bon Dieu.

Mais qu’est-ce que « se livrer » ? Je comprends toute l’étendue du sens de ce mot : se livrer, mais je ne puis l’expliquer.

Je sais seulement qu’il est très étendu, qu’il embrasse le présent et l’avenir.

Se livrer, c’est plus que se dévouer, c’est plus que se donner, c’est même quelque chose de plus que s’abandonner à Dieu.

Se livrer enfin, c’est mourir à tout et à soi-même, ne plus s’occuper du moi que pour le tenir toujours tourné vers Dieu.
Se livrer, c’est encore ne plus se chercher en rien, ni pour le spirituel, ni pour le temporel, c’est-à-dire ne plus chercher de satisfaction propre mais uniquement le bon plaisir divin.
il faut ajouter que se livrer, c’est aussi cet esprit de détachement qui ne tient à rien, ni pour les personnes, ni pour les choses, ni pour le temps, ni pour les lieux. C’est adhérer à tout, accepter tout, se soumettre à tout.

Mais on va croire peut-être que cela est bien difficile à faire. Qu’on se détrompe, il n’y a rien de si facile à faire et rien de si doux à pratiquer. Le tout consiste à faire une seule fois un acte généreux, en disant avec toute la sincérité de son âme : « Mon Dieu, je veux être tout à vous, daignez accepter mon offrande ».
Et tout est dit.
Avoir soin désormais de se tenir dans cette disposition d’âme et ne reculer devant aucun des petits sacrifices qui peuvent servir à notre avancement dans la vertu. Se rappeler que l’on s’est livré.
Je prie Notre-Seigneur de donner l’intelligence de ce mot à toutes les âmes désireuses de lui plaire, et de leur inspirer un moyen de sanctification si facile.
Oh ! si l’on pouvait comprendre à l’avance quelles sont les douceurs et la paix que l’on goûte quand on ne met pas de réserve avec le Bon Dieu ! Comme il se communique à l’âme qui le cherche sincèrement et qui a su se livrer. Que l’on en fasse l’expérience et l’on verra que c’est là où se trouve le vrai bonheur que l’on cherche en vain sans cela.

L’âme livrée a trouvé le paradis sur la terre, puisqu’elle y jouit de cette douce paix qui fait en partie le bonheur des élus.

portrait-grave-de-ste-therese-couderc Sainte Thérèse Couderc dans Prier avec nous

Sainte Thérèse Couderc,
portrait gravé sur une image répandue avant sa béatification.

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Prière de Sainte Thérèse Couderc à la Très Sainte Trinité > www

Publié dans : Nos amis les Saints, Prier avec nous, Textes spirituels | le 26 septembre, 2013 |2 Commentaires »

2013-72. De Sainte Thérèse Couderc.

Le 26 septembre, dans le diocèse de Viviers où le Mesnil-Marie est implanté, nous célébrons la fête de Sainte Thérèse Couderc, envers laquelle nous avons une très grande ferveur et dévotion.

2013-72. De Sainte Thérèse Couderc. dans De liturgia sainte-therese-couderc-au-lapin

Sainte Thérèse Couderc,
photographie dite « au lapin » prise au Cénacle de Fourvière (Lyon)

Marie-Victoire Couderc est née le 1er février 1805 dans le mas familial, à Sablières, paroisse rurale de la partie cévenole du diocèse de Viviers.
Dans ce milieu rude et fervent des familles chrétiennes paysannes au sortir de la grande révolution, elle manifeste très tôt une profondeur spirituelle remarquable.
En 1826, âgée de 21 ans, alors que la Restauration permet la reconstitution et la fondation des congrégations religieuses, elle entre au noviciat d’une petite communauté fondée pour l’éducation des enfants pauvres, à Aps (aujourd’hui Alba la Romaine), par un prêtre vivarois zélé : l’abbé Etienne Terme. Marie-Victoire devient alors Soeur Thérèse.

L’abbé Terme ayant été nommé curé de La Louvesc (cf. > www), il entreprend de réorganiser et de redonner de l’élan au pèlerinage auprès de la tombe de Saint Jean-François Régis (cf. > www). Il demande à Soeur Thérèse de venir à La Louvesc afin d’y ouvrir une maison d’accueil pour les pèlerines (1827).
Rapidement, Soeur Thérèse comprend que ce n’est pas seulement une « pieuse hôtellerie » que Dieu l’appelle à diriger, mais une maison où les femmes qui viennent faire leurs dévotions au tombeau de Saint Régis pourront profiter d’exercices spirituels leur permettant de bénéficier pleinement des grâces de leur pèlerinage. Ainsi sont jetées les fondations de la Congrégation des Soeurs de Notre-Dame de la Retraite au Cénacle (appelée le plus souvent Congrégation des Soeurs du Cénacle) dont, à 23 ans, Mère Thérèse se retrouve la supérieure et l’âme.

La fondation du Cénacle réunit trois courants spirituels :
- la lignée ignatienne : les femmes qui seront accueillies en retraite suivront les exercices spirituels de Saint Ignace, et – chose absolument novatrice pour l’époque – ce sont les religieuses, et non des prêtres, qui les guideront dans cet itinéraire spirituel ;
- l’Ecole Française de spiritualité et son attention particulière au mystère de « l’intérieur de Jésus et Marie » : en particulier l’union des Sacrés Coeurs de Jésus et Marie dans le sacrifice rédempteur ;
-  l’approfondissement de la présence et du rôle de Notre-Dame au milieu des Apôtres et des disciples pendant les neuf jours passés en prière au Cénacle entre l’Ascension et la Pentecôte.

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Vitrail de Notre-Dame du Cénacle
(chapelle du Cénacle – La Louvesc) 

L’oeuvre se développa, essaima en des fondations qui prospérèrent.
La mort prématurée de l’abbé Terme avait fait que Mère Thérèse s’était tournée vers les jésuites pour conseiller et soutenir l’oeuvre naissante : peu à peu, les Pères exercent une véritable mainmise sur la fondation et, s’ils savent favoriser son expansion, ils deviennent aussi les instruments du « martyre » spirituel de Mère Thérèse.
En effet, cette femme simple, issue du milieu paysan cévenol, à la parole sans apprêt, leur semble trop peu « représentative » pour une  congrégation qui s’implante dans de grands centres urbains, qui est fréquentée par des dames de l’aristocratie, et dans laquelle entrent pour devenir religieuses des jeunes filles de la « meilleure société »…

En 1835, Mère Thérèse est donc reléguée à l’arrière-plan, le titre de supérieure-fondatrice est donnée à une religieuse qui fera preuve de bien peu de jugement mais qui, aux yeux des « bons pères », a le grand mérite de porter un nom à particule et d’être alliée avec la « bonne société » : singulier discernement de ces fils de Saint Ignace qui s’enorgueillissent d’en être les spécialistes les plus autorisés !

Pendant cinquante ans, Mère Thérèse vivra donc dans l’ombre, humiliée et méconnue, portant, dans la prière et le sacrifice, cette fondation, dont on ne lui reconnaît pas la maternité. Dans les toutes dernières années de sa vie seulement, la supérieure de l’époque commencera tout doucement à faire connaître le rôle de Mère Thérèse à l’origine de la Congrégation.

Mère Thérèse s’éteint au Cénacle de Fourvière, à Lyon, le 26 septembre 1885, âgée de 80 ans et presque huit mois. Son corps, incorrompu dans la tombe, a été ramené à La Louvesc dans la chapelle qu’elle avait faite construire, au lieu de la fondation.
Elle a été béatifiée par le vénérable Pie XII le 4 novembre 1951, et canonisée par Paul VI le 10 mai 1970.

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Corps incorrompu de Sainte Thérèse Couderc dans la chapelle du Cénacle, à La Louvesc.

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Prière de Sainte Thérèse Couderc en l’honneur de la Très Sainte Trinité > www
« Se livrer »,
texte majeur qui permet de comprendre ce qu’a été la vie et la spiritualité de Sainte Thérèse Couderc > www

Publié dans : De liturgia, Nos amis les Saints | le 26 septembre, 2013 |1 Commentaire »

2013-71. Mon fils, donne-moi ton coeur !

(Prov. XXIII, 26)

XVIIIe dimanche après la Pentecôte.

2013-71. Mon fils, donne-moi ton coeur ! dans Bandes dessinées guerison-du-paralytique

L’Évangile que nous entendons au dix-huitième dimanche après la Pentecôte (Matth. IX, 1-8) nous fait en quelque sorte assister à la guérison du paralytique de Capharnaüm.
Notre-Seigneur Jésus-Christ commence par lui dire : « Confiance, mon fils ! Tes péchés te sont remis ».
Et comme les scribes sont scandalisés de ce qu’Il puisse dire une telle chose – puisque seul Dieu peut pardonner les péchés – , Jésus leur pose cette question : « Quel est le plus facile ? de dire : tes péchés te sont remis ; ou de dire : lève-toi et marche ? Mais afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés… – alors dit-il au paralytique – lève-toi, prends ta civière et va dans ta maison ! »

Ce qui importe dans cet épisode est donc de bien comprendre que la puissance du Seigneur Jésus est tout à la fois de pardon et de guérison. On peut dire que Notre-Seigneur démontre en actes que la guérison et le pardon ne doivent pas être séparés.
La première parole de Jésus n’est pas : « Sois guéri », mais : « Tes péchés te sont remis ».
Dans la « Chaîne d’or » (Catena aurea), Saint Thomas d’Aquin a choisi ce commentaire de Saint Jérôme : « Ici, il nous est donné à comprendre que presque toutes les maladies sont le résultat des péchés, et c’est probablement pour que la santé arrive après la disparition des causes de la maladie qu’Il lui remet d’abord ses péchés ».
Voilà pourquoi, dans nos maux physiques, avant même d’implorer le soulagement corporel, nous devons supplier pour notre purification intérieure, pour le pardon de nos fautes.
L’Aquinate cite ensuite cette phrase de Saint Jérôme : «… le miracle sur le corps fut une image de celui opéré dans l’âme, et c’est ce qui est exprimé ainsi : « Afin cependant que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés ». 

Puis Jésus ordonne au paralytique guéri de porter lui-même sa civière pour rentrer à la maison : « Afin, dit encore la Chaîne d’or, que ce qui avait été la preuve de sa maladie servît de témoignage à sa guérison » (Joan. episcop.).

Après avoir lu les commentaires des Pères de l’Eglise, j’ai demandé à Frère Maximilien-Marie d’illustrer lui aussi ce thème de la guérison physique associée à la guérison intérieure ; je vous laisse donc maintenant à votre tour avec la petite bande dessinée qu’il m’a donnée…

Lully.

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Prière à Jésus médecin de l’âme et du corps, composée par Bossuet :

Sauveur Jésus, Vous êtes le libérateur que je cherche. Vrai médecin charitable, qui, sans être appelé de personne, avez voulu descendre du ciel en la terre, et avez entrepris un si grand voyage pour venir visiter Vos malades ; je me mets entre Vos mains.
Faites-moi prendre aujourd’hui une bonne résolution d’avoir toute ma confiance en Vous seul, d’implorer Votre secours avec zèle, de souffrir patiemment vos remèdes.
Si Vous ne me guérissez, ô Sauveur, ma santé est désespérée : Sana me, Domine, et sanabor – Guérissez-moi, Seigneur, et je serai guéri (Jérem. XVIII, 14).
Tous les autres, à qui je m’adresse, ne font que couvrir le mal pour un temps ; Vous seul en coupez la racine, Vous seul me donnez une guérison éternelle.
Vous êtes mon salut et ma vie, Vous êtes ma consolation et ma gloire, Vous êtes mon espérance en ce monde, et Vous serez ma couronne en l’autre.

Ainsi soit-il !

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Publié dans : Bandes dessinées, De liturgia, Prier avec nous | le 21 septembre, 2013 |2 Commentaires »

2013-70. Les femmes qui ne porteront pas la cocarde tricolore seront punies.

21 septembre 2013.

En faisant quelques études d’histoire, ce matin même, je me suis trouvé en présence d’un décret de la « convention nationale » dont c’est très exactement le deux-cent-vingtième anniversaire, puisqu’il fut porté le 21 septembre 1793 (le ridicule calendrier révolutionnaire n’entrera en vigueur que le 6 octobre suivant), c’est-à-dire un an exactement après la proclamation de la république dont je vous ai entretenus l’an dernier (cf. > www).
Je ne résiste pas au plaisir de vous en présenter une photographie.

2013-70. Les femmes qui ne porteront pas la cocarde tricolore seront punies. dans Commentaires d'actualité & humeurs decret-du-21-septembre-1793

On remarquera que toute récalcitrante récidiviste est réputée suspecte, ce qui dans le contexte de cette époque (la fameuse « loi des suspects » avait été votée quatre jours auparavant, le 17 septembre 1793) était un quasi passeport pour comparaître devant le tribunal révolutionnaire…

Je me suis demandé si ce décret avait été positivement abrogé par la république.
Si ce n’est pas le cas, et bien qu’il ne soit pas appliqué pour le moment, on pourrait peut-être suggérer aux petits pantins qui s’agitent là-haut pour ponctionner de toutes manières les Français – bien sûr sans augmenter les impôts et sans en créer de nouveaux ( – C’est promis : croix de bois, croix de fer, si je mens j’vais en enfer !) – , de lui redonner force et vigueur : il suffirait juste de commuer en amendes, immédiatement payantes en espèces sonnantes et trébuchantes, les jours de prison prévus par le sus-dit décret. 

Et puis, par contrecoup, cela ne pourrait-il pas générer des emplois dans l’industrie textile ? A condition, bien sûr, que l’on n’importe pas de Chine les dites cocardes !
Peut-être aussi les grands couturiers et les fabricants de prêt-à-porter pourraient-ils s’emparer du « concept » et « relouquer » les si seyants costumes des citoyennes de l’an II.

femme-sans-culotte 21 septembre 1793 dans Memento

Ah ! Mais j’y pense : du fait des lois sur la « parité » et de la lutte contre toute forme de discrimination, il s’avérera indispensable-laïque-solidaire-et-citoyen, d’étendre ce décret aux hommes, aux transsexuels, aux eunuques, à ceux qui n’ont pas de genre déterminé ou qui n’ont pas encore réussi à se déterminer sur leur genre… C’est vrai, quoi, on ne peut pas – on ne doit pas ! – dispenser qui que ce soit du port obligatoire des glorieux insignes de la « liberté » !

Lully.

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Publié dans : Commentaires d'actualité & humeurs, Memento | le 21 septembre, 2013 |4 Commentaires »

2013-69. Bella premunt hostilia !

2013-69. Bella premunt hostilia ! dans Commentaires d'actualité & humeurs ville-assiegee

Une légende (tenace) prétend que lorsque les mahométans assiégeaient Constantinople, les Constantinopolitains se déchiraient entre eux lors de débats passionnés sur la question du sexe des anges.
Si l’anecdote est fausse, la leçon n’en est pas moins vraie : alors que la situation des sociétés, des familles et des coeurs est tout à fait comparable à celle de forteresses fragiles assiégées – bella premunt hostilia ! – , sur les forums ou sur certains réseaux sociaux, on trouve des fidèles traditionalistes qui passent un temps considérable à débattre du sexe des anges ou, plus exactement, qui se « prennent le chou » pour savoir si le Pape a la foi, ou si Monseigneur Bidule a eu raison d’employer tel mot plutôt que tel autre, ou si la Fraternité Saint-Frusquin n’est pas en train de dévier, ou si l’abbé Trucmuche a bien trente-trois boutons à sa soutane (je n’invente pas) …etc.

Mais, ce faisant, un grand nombre de ces « bonnes âmes » négligent bien souvent de se consacrer pleinement à leur devoir d’état, perdent du temps qu’elles eussent pu consacrer à la prière, oublient de faire des sacrifices, ne se préoccupent pas de correspondre aux grâces que Dieu leur communique à elles personnellement hic et nunc,  ne recherchent pas à approfondir les exigences de la Divine Volonté sur eux.
Sans compter que ces discutailleries vont souvent de pair avec des péchés de manque de charité, de manque de foi, de manque d’espérance, de manque de prudence, de manque de tempérance, de manque de justice et de force, sans parler des médisances et des calomnies…

Mais – saperlipopette ! – , Dieu ne me demandera pas compte, à moi, de la foi du Pape, des propos de Monseigneur Bidule, des orientations de la Fraternité Saint-Frusquin, ou du nombre de boutons sur la soutane de l’abbé Trucmuche !
En revanche, au jour où je comparaîtrai devant Lui, Il me demandera compte de la manière dont j’aurais approfondi ma foi, fait grandir mon espérance, pratiqué la charité, exercé toutes les vertus, et veillé sur mes paroles…

La ville est assiégées par l’ennemi : bella premunt hostilia !

Cette ville assiégée, c’est d’abord mon âme, entourée par les pièges et les tentations du démon : c’est d’elle qu’il me sera demandé compte, pas de celle du Pape ni de celle de Monseigneur Bidule qui auront à en rendre compte personnellement, pour eux-mêmes et pour celles de tous ceux dont leur fonction les a rendus responsables.
Moi, je n’aimerais pas du tout être à leur place ce jour-là, donc je ne me mets pas à leur place aujourd’hui.

Je ne m’en désintéresse pas, mais je ne m’attribue pas des compétences qui ne sont pas de mon ressort ni de mon devoir d’état.

En revanche, ce que Dieu me demande, c’est de prier et de faire des sacrifices : il n’y a pas de vie chrétienne authentique sans la pratique de la pénitence volontaire, sans l’offrande de vrais sacrifices – sacrifices d’expiation pour mes fautes et pour les péchés du monde d’aujourd’hui, sacrifices d’impétration pour la Sainte Eglise et pour ceux qui la dirigent…
De cela, Dieu me demandera compte. A moi, pas au Pape, ni à Monseigneur Bidule, ni à l’abbé Trucmuche.

Bella premunt hostilia !
Dans le combat actuel, je me dois d’être à ma place, pas à une autre. Dans la cité assiégée, je me dois d’être au point précis du rempart dont la défense m’a été confiée, pas ailleurs.

Lully.

chat-botte-combatant Bella premunt hostilia dans Commentaires d'actualité & humeurs

Publié dans : Commentaires d'actualité & humeurs | le 20 septembre, 2013 |2 Commentaires »

Prière pour solliciter le secours de l’Archistratège Saint Michel.

La fête du Saint Archange Michel (29 septembre), Archistratège des armées célestes, est toujours un moment important de l’année chrétienne. En effet, tant que nous sommes ici-bas, nous sommes engagés dans la lutte contre les forces du mal qui oeuvrent de mille manières pour diviser, pour semer le trouble, pour faire croître l’iniquité, pour multiplier les ferments de haine et de violence : dans le monde, dans l’Eglise, dans les sociétés humaines, et dans nos coeurs…
Le recours au Saint Archange Michel, la prière pour solliciter son assistance, les ferventes supplications pour obtenir son aide et celle de toutes les célestes phalanges nous sont toujours – et peut-être plus que jamais – nécessaires. 

Nous vous rappelons la neuvaine préparatoire à la fête de Saint Michel, du 20 au 28 septembre.
Dans les pages de ce blogue, vous trouverez plusieurs prières en l’honneur de l’Archange Vainqueur :
- prières pour demander l’assistance de Saint Michel (ici > www)
- autres prières et litanies en l’honneur de Saint Michel (ici > www)
- prières à Saint Michel protecteur de la France (ici > www)

Prière pour solliciter le secours de l'Archistratège Saint Michel. dans Nos amis les Saints maitre-du-duc-de-bedford-livre-dheure-vers-1430

Livre d’heure du duc de Bedford, vers 1430.

Voici en outre, trouvée dans un ancien livre de dévotion où elle est publiée sans nom d’auteur, une grande supplication en l’honneur de l’Archistratège Saint Michel :

O Dieu de bonté, envoyez-nous Michel, le Prince de la milice céleste, pour qu’il nous délivre des mains de nos ennemis et nous présente sains et saufs devant Vous, notre Dieu et Seigneur.
Puissions-nous toujours l’avoir comme protecteur, lui que nous savons revêtu par Vous des charges les plus hautes, afin qu’avec son aide nous puissions résister aux vices et abonder en vertus, et qu’après l’annulation de la sentence due à nos péchés, notre nom soit inscrit à jamais au livre de l’éternelle vie.

Saint Michel, archange de Dieu, chef des armées célestes, messager du Seigneur qui domine les cieux, premier préposé du paradis éternel, vous qui êtes venu au secours du peuple de Dieu, assistez devant le grand Juge le pécheur que je suis, et que votre protection me défende contre les pièges de tous mes ennemis, visibles et invisibles.
C’est vous, Saint Michel, archange de Dieu, qui avez vaincu, par la force du Tout-Puissant, le dragon à l’orgueil exalté. C’est vous qui menez le peuple chrétien avec une autorité qui vient de Dieu. C’est vous qui offrez à Dieu le Père les prières de tous les fidèles. C’est vous qui conduisez toutes les âmes au trône du Dieu Très-Haut.
Daignez m’écouter, Saint Michel : j’invoque et implore humblement le secours de votre miséricorde ; accordez à mon coeur et à mon âme votre sainte protection, préservez mon corps de tous les dangers de ce monde, et conduisez diligemment votre serviteur, en toutes ses actions, selon la volonté de Dieu.
Or donc, Saint Michel, archange de Dieu, je vous prie et supplie, vous qui avez reçu du Seigneur le pouvoir de prendre les âmes sous votre protection pour les conduire au paradis de la joie, veuillez accepter mon âme misérable dans votre sein sacré lorsqu’elle sortira de ce corps fragile, et l’arracher à l’emprise de l’ennemi, pour la faire parvenir, par la puissance de Dieu, au lieu du rafraîchissement, de la paix et du repos, où les âmes des saints ont la joie ineffable de contempler Dieu pour l’éternité.

Nous nous réfugions avec confiance à l’ombre de vos saintes ailes, ô Michel, esprit céleste ! Gardez-nous et veillez sur nous tout au long de notre vie, et à l’heure de notre mort, ô archange, venez au secours de nous tous, ô vous qui êtes bon !

Prince des armées célestes, nous vous demandons, malgré notre indignité, de nous garder par vos prières à l’ombre de vos ailes, sous la protection de votre gloire spirituelle, vous qui voyez que nous nous prosternons devant vous, en criant avec ferveur : Délivrez-nous des dangers, ô chef des armées célestes !

mont-saint-michel 29 septembre dans Prier avec nous

Publié dans : Nos amis les Saints, Prier avec nous | le 19 septembre, 2013 |3 Commentaires »

Louange de Saint François de Sales à la Très Sainte Vierge Marie.

Ce 12 septembre, à l’occasion de la fête du Saint Nom de Marie (cf. > www) faisons monter vers le Ciel la louange du nom béni de la Vierge Très Sainte, dont l’invocation met en fuite les ennemis de Dieu et de notre salut.

Louange de Saint François de Sales à la Très Sainte Vierge Marie. dans De liturgia st-francois-de-sales-aux-pieds-de-la-vierge-visitation-de-bourg-en-bresse

Saint François de Sales aux pieds de la Vierge Marie
(tableau du monastère de la Visitation de Bourg-en-Bresse)

* * *

Très Sainte Mère de Dieu,
Vaisseau d’incomparable élection,
Reine de la souveraine dilection,
Vous êtes la plus aimable, la plus aimante et la plus aimée
de toutes les créatures !

L’amour du Père céleste prit son bon plaisir en Vous de toute éternité,
destinant votre chaste Coeur à la perfection du saint amour,
afin qu’un jour,
Vous aimiez Son Fils unique de l’unique amour maternel,
comme Il l’aimait éternellement de l’unique amour paternel.

O Jésus, mon Sauveur,
à qui puis-je mieux dédier les paroles de votre amour
qu’au coeur très aimable de la Bien-Aimée de votre âme ?

armoiriesstfrdes louange mariale dans De Maria numquam satis

2013-68. Où, à l’occasion de l’anniversaire du martyre de l’abbé Claude Allier, leur instigateur et leur âme, on rappelle ce que furent les « Camps de Jalès ».

5 septembre 1793

« In memoria aeterna erit justus »

A côté de l’événement joyeux de la naissance du Grand Roi que vient nous rappeler chaque 5 septembre, cette date marque aussi pour nous un autre anniversaire, tragique celui-là : l’anniversaire du martyre de Monsieur l’abbé Claude Allier, prieur curé de Chambonas, paroisse de l’ancien diocèse d’Uzès aux confins du Vivarais, qui fut guillotiné à Mende le 5 septembre 1793 (cf. > www).
L’abbé Claude Allier fut le principal instigateur et l’âme des événements de 1790, 1791 et 1792 restés dans l’histoire sous le nom de « Camps de Jalès ».

Je retranscris ci-dessous quelques passages de l’excellent ouvrage d’Albert Boudon-Lashermes intitulé « Les Chouans du Velay » (Cl. Ranchon, éditeur – Yssingeaux 1911) car la chouannerie vellave est en liens étroits avec ce qui s’est passé à Jalès.

2013-68. Où, à l'occasion de l'anniversaire du martyre de l'abbé Claude Allier, leur instigateur et leur âme, on rappelle ce que furent les

Village de Chambonas  aux confins de l’Uzège et du Vivarais :
à l’ombre du château, l’église romane dont l’abbé Claude Allier était le prieur.

lys5 Banne dans Vexilla Regis

Au chapitre VII, intitulé : le Camp de Jalès.

Le paysan des Cévennes n’avait pour l’Ancien Régime aucune antipathie. Homme de tradition, il voyait à regret le pays troublé par des innovations bruyantes et peu en harmonie avec ses idées catholiques, il déplorait l’attitude antireligieuse du nouveau gouvernement. Fermement attaché au Roi, il réprouvait hautement la conduite des chefs révolutionnaires de Paris.

Un homme ardent et dévoué, Claude Allier, prieur de Chambonas en Vivarais, conçut le projet hardi de grouper toutes les bonnes volontés pour profiter de l’état d’âme des montagnards de la région et tenter un mouvement royaliste.
La Lozère, le Vivarais, le Gard, le Gévaudan et le Velay lui paraissaient disposés à prendre les armes pour secouer le joug tyrannique des nouveaux potentats. Il s’assura le concours de chefs vaillants et déterminés, se créa des intelligences dans toute la région restée fidèle aux traditions politiques et religieuses du pays, et parvint en assez peu de temps à créer une organisation puissante dont il pensa tirer parti pour la lutte qu’il voulait entreprendre.
Né dans la ville d’Orange, Claude Allier appartenait à une famille originaire de la région de Langogne, sur les confins de la Haute-Loire, de l’Ardèche et de la Lozère (…). Claude avait quatre frères : François (…), André (…), Dominique et Charles qui aidèrent Claude dans ses projets contre-révolutionnaires.
Claude Allier avait représenté à l’assemblée nationale le diocèse d’Uzès : il était âgé de quarante-trois ans. Entreprenant et tenace, il organisa avec une merveilleuse rapidité le mouvement royaliste qu’il avait entrepris.
Il sut s’entourer d’amis dévoués et actifs, faire comprendre aux paysans Cévenols que, seuls et isolés, ils étaient impuissants contre la révolution triomphante, mais qu’en se groupant et se prêtant un mutuel appui ils pouvaient devenir une force avec laquelle les puissants du jour auraient à compter.

Le Vivarais, la Lozère, adhérèrent des premiers à cette entreprise qui arrivait à point dans un pays résolu à défendre jusqu’au bout sa liberté et son indépendance.
A leur exemple, le Velay présentait déjà, à cette époque, de graves indices de mécontentement (…).
Ce fut sur ces entrefaites qu’éclata le mouvement du « Camp de Jalès ».

chambonas-banne-jales-et-environs-300x186 camps de Jalès

Chambonas – en haut à gauche – dont l’abbé Claude Allier était prieur, 
l’ancienne Commanderie de Jalès – en bas sur la droite – , et leurs environs qui seront cités ci-dessous.
(cliquer sur l’image pour la voir en grand format)

Claude Allier avait choisi comme point de concentration de ses troupes contre-révolutionnaires les châteaux de Jalès et de Bannes, perdus au milieu des Cévennes, au fond du département de l’Ardèche.
Lorsqu’il jugea le mouvement assez avancé et l’instant opportun, il fit convoquer dans la plaine de Jalès, en août 1790, toutes les gardes nationales de la région « sous prétexte de leur faire renouveler le serment civique du 14 juillet ».
Gentilshommes, prêtres et moines, bourgeois et paysans accoururent du Gard, de la Lozère, du Vivarais, du Gévaudan et du Velay.
Vingt mille hommes répondirent à l’appel du prieur de Chambonas, et, devant un autel dressé en plein air, prêtèrent serment de « défendre la nation, la loi et le Roi ». Ils ne se séparèrent « qu’après avoir bruyamment manifesté leurs sentiments royalistes et catholiques ».
Cette première réunion avait permis aux chefs de compter leurs hommes. Elle produisit une grande impression dans le pays et décida le prieur et ses amis à tenter l’aventure.

Claude Allier fut aidé dans son entreprise par son frère, Dominique, homme intrépide et tenace dont l’endurance faisait l’admiration de ses compagnons de lutte ; par Mgr de Castellane, évêque de Mende ; M. de Malbosc ; M. de Chabannes ; le chevalier de Gratz ; le procureur-syndic de la Lozère, Rivière ; l’abbé de la Bastide de la Molette et son frère le chevalier ; l’abbé de Siran ; M. de Retz ; le chevalier de Borel ; le maire de Mende, Jourdan-Combettes ; enfin, le notaire Charrier, ancien député, que Mgr de Castellane avait fait venir dans sa forteresse de Chanac pour commander la petite troupe qu’il avait formée.
L’évêque de Mende, en effet, avait organisé dans son château une petite armée de paysans qu’il entretenait à ses frais et à qui des hommes dévoués enseignaient le maniement des armes.

Une seconde fois, en février 1791, Claude Allier convoqua ses troupes dans la plaine de Jalès. Il ne s’agissait plus, alors, d’une manifestation platonique. Une organisation puissante avait été entreprise. Le « Camp de Jalès » devenait officiellement le centre de la résistance qu’allaient opposer à la révolution tous les braves gens du pays.
Les chefs du mouvement annonçaient hautement qu’ils voulaient « une insurrection générale, une marche rapide sur Paris, la dispersion de l’assemblée nationale et le rétablissement de l’Ancien Régime ».
Cependant, à cette armée il manquait un chef, un chef militaire, investi officiellement par les Princes du haut commandement. Il fut décidé que l’on attendrait pour commencer la lutte d’avoir obtenu la nomination d’un général. Les troupes quittèrent donc le « camp » et retournèrent dans leurs villages avec l’espoir d’en sortir bientôt pour ouvrir les hostilités.

commanderie-de-jales-porche Claude Allier

Ancienne commanderie templière de Jalès : le porche (état actuel)

L’assemblée nationale en apprenant ce qui se passait dans les montagnes des Cévennes, ordonna l’arrestation de tous les chefs royalistes de la région et décréta d’accusation le prieur de Chambonas, le chevalier de Gratz, M.de Chabannes, M. de Malbosc, Rivière, et les deux de la Bastide, le chevalier et l’abbé.
Ce dernier, Clément de la Bastide de la Molette, chanoine d’Uzès, avait été autrefois officier et s’était vaillamment mis à la disposition de Mgr de Castellane et du prieur de Chambonas (…).

L’abbé de la Bastide, son frère, le procureur Rivière, les trois Allier, réussirent à se cacher. M. de Malbosc fut pris, enfermé dans la citadelle du Pont-Saint-Esprit, et massacré impitoyablement.
Le prieur de Chambonas n’abandonna pas pour celà la lutte entreprise. D’autres chefs n’étaient pas encore dénoncés : l’abbé de Siran, de Retz, Charrier…
Il leur laissa le soin de maintenir l’union des troupes royalistes, et partit au commencement de janvier 1792 pour Coblentz où se trouvait la Cour. Reçu avec joie par les Princes, il leur exposa « avoir recruté à Nîmes, à Montpellier, à Arles, à Mende, au Puy, dans le Comtat et dans le Vivarais, 60.000 hommes » affiliés à la confédération de Jalès et prêts à se lever à l’appel des chefs royalistes.
Il dépeignit aux Princes l’état d’esprit des montagnards Cévenols, leur fit un tableau de la situation inaccessible des montagnes du Vivarais, du Velay et du Gévaudan, des dépôts d’armes, des magasins qui y existaient, et les pria de désigner un chef   »qui vint en leur nom se mettre à la tête des défenseurs de la Monarchie ».
Sur leur demande, il exposa le plan des conjurés : investir Nîmes, au midi, le Puy, au nord. « Maître de ces deux points, il tiendrait le midi » et marcherait sur Lyon où des troupes amies n’attendaient qu’un signal pour opérer leur jonction avec les Cévenols.
Claude Allier insista sur ce point « que le Velay était tout dévoué au Roi et que l’on trouverait à Yssingeaux et au Puy, – avec des ressources précieuses, armes, munitions et vivres, – des amis vaillants et fidèles qui lutteraient jusqu’à la mort ».
Les maires et les municipalités d’une grande partie de la Lozère, le commandant de la gendarmerie, le procureur-général syndic étaient dans le complot. Le succès était assuré.
Les Princes ne purent que féliciter le prieur de son dévouement et approuver son projet. Ils lui promirent des secours pécuniaires et un général.

Claude Allier revint à Jalès, réunit tous les chefs de l’entreprise, leur fit le récit de son voyage et du succès de sa mission. Une adresse aux Princes fut aussitôt rédigée et revêtue de la signature des 57 chefs royalistes fédérés.
Il s’agissait maintenant de faire parvenir ce document à Coblentz. Dominique Allier offrit de s’en charger.
L’entreprise était périlleuse (…). Dominique avait l’âme vaillante ; il se déguisa en berger, acheta un troupeau, et, lentement, en menant devant lui ses moutons, il franchit à pied montagnes et vallées, plaines et collines.
Il arriva de la sorte à Chambéry, et, laissant ses moutons, traversa la Suisse allemande et le grand duché de Bade.
Les Princes ne furent pas peu surpris lorsqu’ils virent arriver le soi-disant berger et apprirent de quelle manière il était venu jusqu’à eux. Ils annoncèrent officiellement leur intention d’envoyer des chefs en Vivarais et de désigner dans la suite un Prince du Sang pour prendre le commandement en chef des troupes cévenoles.
Lorsque la chose fut connue à Coblentz tout le monde voulut être de l’expédition. Les Chevaliers de Malte promirent de concourir au soulèvement et de débarquer dans le Midi avec leurs frégates. Tous les émigrés sollicitèrent l’honneur d’aller au camp de Jalès ; les Princes n’eurent plus que l’embarras du choix.
Le 4 mars, le comte Thomas de Conway, maréchal de camp irlandais au service de la France et ancien gouverneur des établissements français aux Indes, fut nommé commandant en chef des armées royalistes du Midi, depuis Arles jusqu’à Jalès.
Les Princes lui ouvrirent un crédit de 300.000 livres et lui adjoignirent, pour commander plus spécialement le camp de Jalès et la région des Cévennes, le comte de Saillans (…), ancien lieutenant-colonel aux Chasseurs du Roussillon, émigré après l’échec du complot de Perpignan dont il avait été l’âme.

3-Saillans comte de Saillans

François-Louis, comte de Saillans (1741-1792)

au chapitre VIII, intitulé :  Conspiration de Saillans.

Le comte de Saillans partit de Coblentz le 8 mars avec Dominique Allier, le vicomte de Blou, Isidore de Mélon, de Sainte-Croix, de Portalis, de Montfort, de Roux, de Saint-Victor (…).

Cependant la joie des royalistes des Cévennes ne pouvait plus se contenir. Des indiscrétions avaient été commises dès le départ de Dominique pour Coblentz (…).
Au début de mars, un homme qui appartenait par toutes ses traditions de famille à l’aristocratie yssingelaise, mais qui par ambition s’était jeté dans le jacobinisme, informa la Législative que 20.000 paysans s’étaient armés en Lozère pour la contre-révolution. Il dénonça à la barre de l’assemblée Mgr de Castellane, évêque de Mende, le maire de cette ville, le commandant militaire, comme coupables d’avoir organisé un complot royaliste de concert avec les organisateurs du camp de Jalès. Il demanda, mais ne put obtenir, leur mise en accusation et le transfert à Marvejols du tribunal criminel et du directoire du département.
Le 20 mars, le même député demandait à l’assemblée la démolition des châteaux de Jalès et de Bannes dans lesquels étaient « approvisionnées les munitions de guerre des contre-révolutionnaires ».
Le 28 du même mois il obtenait enfin de la Législative la mise en accusation de Mgr de Castellane (*), de l’ancien député Charrier, du chevalier de Borel, de Jourdan-Combettes, maire de Mende, et M. de Retz (…).

Lorsqu’on comprit enfin, à Paris, qu’il existait dans le Vivarais, le Gévaudan et le Velay une organisation royaliste sérieuse, que des troubles sanglants éclataient de tous côtés, que les châteaux de Bannes et de Jalès étaient devenus de véritables camps retranchés, qu’un soulèvement général allait se produire, on en fut vivement ému.
Tous les chefs dont on pu connaître les noms furent décrétés d’accusation ; des expéditions, des détachements de troupes régulières, volontaires et gardes nationaux, furent lancés à leur poursuite, mais presque tous restèrent introuvables.

Aussi lorsque le prieur de Chambonas les convoqua pour le 19 mai à la Bastide pour leur présenter le comte de Saillans, bien peu manquèrent à l’appel.
Cette assemblée d’hommes dont la tête était mise à prix ne manquait pas de grandeur. Ils s’y rendirent, escortés par les paysans qui les cachaient dans le pays. Des gardes nationaux en tenue montèrent la garde autour de la Bastide. Saillans se présenta « revêtu de son uniforme bleu à boutons fleurdelysés, la cocarde blanche au chapeau ».
Acclamé par cette élite de royalistes cévenols, l’envoyé des Princes commença alors à courir les montagnes avec le prieur dont il avait partagé jusque là la retraite. Il visita tous les paysans fidèles, depuis le fond de la Lozère jusqu’aux rives du Rhône, voyageant la nuit, se cachant pendant le jour, changeant de costume presque journellement.
Dominique Allier le précédait, explorait le pays, dépistait les républicains et réunissait les montagnards. « Reçu partout comme un libérateur, Saillans charma tout le monde par sa bonne grâce ».

Mais le temps pressait. Le Directoire venait de s’emparer du château de Bannes. Il ignorait encore, il est vrai, que le comte était arrivé dans les Cévennes, mais il pouvait l’apprendre d’un jour à l’autre. Il ne fallait plus tarder.
Le 23 juin, à minuit, une grande réunion eut lieu, mystérieusement dans la forêt de Malons, près de Saint-Ambroix. Saillans y rendit compte de sa tournée, y fit part de ses espérances. Le chevalier de Mélon y prononça un discours vibrant de foi royaliste (…) ; les royalistes étaient groupés autour du prieur, haletants d’espoir (…). 

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Banne : le château tel qu’on pouvait le voir avant les événements de juillet 1792.

au chapitre X : Saillans projette de s’emparer du Puy.

Ainsi que Claude Allier l’avait affirmé aux Princes à Coblentz, la ville du Puy comptait de nombreux partisans de la Monarchie. Ils étaient, il est vrai, un peu réduits au silence par la présence des troupes régulières qui tenaient garnison dans la cité, ainsi que par le grand nombre d’étrangers qui l’avaient envahie, depuis l’origine de la révolution, aventuriers sortis d’un peu partout pour venir profiter du bouleversement de l’ordre social, se glisser dans les postes avantageux, piller, voler de tous côtés (…).

Le comte de Saillans n’eut pas de peine à se ménager des intelligences dans la ville du Puy. Dès que l’on se fut rendu compte que l’on pouvait y compter sur des amis fidèles et dévoués, on songea à organiser un plan pour s’emparer de la capitale du Velay.
« Les deux tiers de ses habitants sont dévoués à la bonne cause », lit-on dans un document saisi par les révolutionnaires et écrit de la main du prieur de Chambonas. Claude Allier indiquait en outre dans son plan d’attaque que, « le Puy étant la plus grande ville et comme la capitale de toutes montagnes », la prise de cette cité par les royalistes produirait dans le pays une très grande impression et déciderait beaucoup de timides et d’hésitants à prendre les armes pour le Roi.
On s’occupa tout d’abord de désigner un chef aux royalistes dans chaque canton de l’ancien Velay. Théofrède Roudil de Chabannes fut placé à la tête de cette organisation (…).

le-puy-ancienne-gravure Dominique Allier

Gravure ancienne représentant la ville du Puy :
en sus de la position stratégique, pour tous les royalistes, le Puy est une ville sainte
dont l’antique pèlerinage, fréquenté par plusieurs Rois, donne à leur combat une dimension « mystique ».

au chapitre XI : échec du complot de Saillans.

Le signal si longtemps attendu fut enfin donné, et l’armée royaliste fut officiellement convoquée pour marcher sur le Puy.
La réunion des troupes devait avoir lieu dans la nuit du 8 au 9 juillet. Le Velay devait rejoindre l’armée de Jalès sur le parcours de la route, et, dans la ville, tout se préparait en secret pour l’entrée des cocardes blanches.
L’enthousiasme était à son comble. Les royalistes, armés de pied en cap, causaient ouvertement en Vivarais de l’expédition du Puy ; on se réjouissait publiquement de l’approche de la délivrance ; on affichait devant la porte des églises des proclamations monarchistes ; on obligeait même les curés constitutionnels à en donner lecture en chaire.
Cette audace des contre-révolutionnaires, publiant de tous côtés leurs projets et se vantant déjà de la prise du Puy comme si elle était un fait accompli, produisait un effet considérable et plongeait dans l’épouvante les jacobins du pays.

La proclamation du comte de Saillans aux troupes royalistes, affichée dans tous les hameaux, faisait de son côté une grande impression. Rédigée dans un style abandonné depuis plusieurs années, elle avait « un parfum d’Ancien Régime » qui réveillait les plus endormis et annonçait la fin d’un mauvais rêve.
Ce document était signé : « Comte de Saillans, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, commandant en second au nom de Monsieur et Monseigneur, comte d’Artois, dans le Bas-Languedoc, Vivarais, Velay et Gévaudan ».
Il commençait en ces termes :
« Peuple fidèle à votre Dieu, à votre Roi, levez la tête !
Assez et trop longtemps elle a été courbée sous le joug des plus vils tyrans ; assez et trop longtemps, vous avez été le jouet de la faction la plus impie et la plus barbare.
La Patrie déchirée, la Monarchie renversée, la Religion horriblement persécutée, le Trône avili, le Roi captif et dégradé, tous les gens de bien opprimés demandaient au Ciel et à la terre, depuis trois ans, les vengeurs de ces affreux attentats, de ces épouvantables désordres.
Seuls, vous tentâtes deux fois de réussir dans cette grande et glorieuse entreprise, mais vous ne pûtes pas avoir le succès désiré, par ce que vous n’aviez pas de chefs, parce qu’en un mot le moment n’était pas venu.
Le voici ; réjouissez-vous. Que les méchants tremblent : le jour de la vengeance est arrivé ; la foudre est prête, elle va éclater sur leurs têtes criminelles et les écraser…
Nous venons vers vous, peuple généreux et fidèle au meilleur comme au plus généreux des Rois… »

signature-du-comte-de-saillans-1767-sur-les-registres-paroissiaux-de-largentiere Gévaudan

Signature de Monsieur de Saillans (il n’était alors que chevalier) telle qu’elle figure sur les registres paroissiaux de Largentière à la date du 23 février 1767.

L’annonce pompeuse et bruyante du soulèvement général, arrivant après plusieurs années de persécution et contrainte, causait une sorte de délire. On vit des curés réfractaires se mettre hardiment à la tête de leurs paroissiens et refuser « d’entendre en confession ceux qui ne voulaient pas partir ». Les percepteurs furent sommés « au nom du Roi » de verser entre les mains de l’administration militaire le contenu de leur caisse ; la cocarde blanche fut arborée partout et les sans-culottes durent eux-mêmes faire disparaître leur cocarde tricolore sous peine de la voir arracher de leur chapeau et fouler aux pieds au cri de « Vive le Roi ! » (…).

Le complot allait réussir au-delà de toutes les espérances, lorsque, dans la journée du 1er juillet, un détachement de gendarmerie arrêta un porteur de dépêches et s’empara de ses papiers. Grande fut la surprise des gendarmes en lisant le contenu. Les autorités du département furent immédiatement averties ; la nouvelle se répandit en un instant. Les directoires des départements voisins, affolés, écrivirent dans toutes les directions pour demander du secours (…).

De son côté, l’armée royaliste ne perdit pas de temps. Le 2 juillet, Guilhaume de Mélon se mit en route, à la tête d’une première troupe, et vint assiéger le fort de Bois-Bertrand où se trouvait une garnison républicaine.
Sommé « au nom du Roi »  d’avoir à évacuer la place, le capitaine refusa. Les royalistes firent alors le siège de Bois-Bertrand, tandis que le comte de Saillans formait une seconde colonne qu’il conduisait sur Beaulieu.
Le 3 juillet, Saillans réquisitionnait la garde nationale de Beaulieu, marchait sur Berrias dont il s’emparait, et y installait une garnison royaliste.
Le vicomte de Blou prenait le commandement d’une troisième colonne formée de plusieurs communes du Vivarais ; l’abbé de la Bastide se mettait à la tête d’une quatrième troupe.
Le 4, l’armée royaliste, partout triomphante, se réunissait à l’église de Bannes pour une Messe solennelle d’action de grâces. La cérémonie fut des plus imposantes ; on y bénit un drapeau blanc « tandis que, debout près de l’autel, le comte de Saillans, en grand uniforme, entonnait une hymne que l’assistance chanta avec lui ».

banne-le-chateau-etat-actuel Jalès

Banne : les ruines du château incendié en juillet 1792 (état actuel)

Cependant les administrations départementales avaient maintenant des détails précis sur l’insurrection. L’affolement, dans la Haute-Loire comme dans l’Ardèche, n’avait plus de bornes. La lecture de la fameuse proclamation rédigée en style ci-devant aristocratique plongeait les administrateurs dans la stupeur la plus profonde. Il leur semblait inouï qu’un homme osât encore écrire et signer un pareil document ; il leur paraissait inconcevable que toute une population pût se lever à la suite de cet homme pour crier avec lui : « Vive le Roi ! » (…).
Les demandes de secours, les dépêches alarmantes se succédèrent avec précipitation ; et bientôt les renforts arrivèrent de tous côtés.
Le général Châteauneuf-Randon dirigea une troupe sur Privas ; le général d’Albignac en conduisit une autre vers Joyeuse. L’armée qui défendait la frontière dauphinoise contre le Roi de Sardaigne envoya au Puy un détachement de dragons « pour aider à la défense de cette ville qui était si attaquée ».
Le directoire de l’Ardèche s’établit en permanence à Saint-Ambroix et arrêta au passage le citoyen-général d’Albignac pour se mettre sous la protection de sa troupe.

Le 8 juillet, le comte de Saillans et le chevalier de Mélon s’emparaient du château de Bannes après un siège de quatre jours, mais une armée arrivait du Gard, des gardes nationales, des grenadiers, des volontaires accouraient de partout, et bientôt, écrasés sous le nombre, les royalistes étaient à leur tout repoussés malgré les efforts héroïques de Dominique Allier et de Guilhaume de Mélon qui restèrent les derniers sur le champ de bataille.

Après une défense désespéré, Jalès fut pris et livré aux flammes ; Saint-André de Cruzières fut brûlé ; le feu détruisit en partie Bannes et Berrias.

prise-et-incendie-de-jales-juillet-1792 le Puy

Gravure révolutionnaire représentant la prise et l’incendie de la Commanderie de Jalès :
on remarque qu’on a fait figurer sur cette représentation deux prêtres s’enfuyant (sur la droite)

Saillans, fait prisonnier avec deux prêtres et quelques compagnons, fut conduit à la mairie des Vans où tous furent massacrés. Ce fut Jean-Louis Tourette, natif de Thueyts, et l’un des plus féroces révolutionnaires du Puy, qui trancha d’un coup de sabre la tête du comte de Saillans qu’il brandit ensuite comme un trophée au milieu des hurlements de joie de toute l’assistance.

crane-suppose-de-monsieur-de-saillans-eglise-de-largentiere Mgr de Castellane

Eglise de Largentière (07110) : juché sur l’un des chapiteaux du fond de la nef, ce crâne est traditionnellement présenté comme celui de Monsieur le comte de Saillans (pas de certitude absolue).
Après son massacre aux Vans, la tête du comte fut en effet promenée dans tous les villages du bas Vivarais afin d’inspirer la terreur aux populations ; on sait qu’elle fut ensuite gardée par un révolutionnaire de Largentière comme un trophée, et finalement enterrée dans un jardin proche de sa maison ; lorsqu’au XIXe siècle, à l’occasion de travaux, on retrouva un crâne dans ce jardin, on l’attribua à Monsieur de Saillans et il fut placé sur ce chapiteau où il se trouve toujours…

au chapitre XV : mort du prieur de Chambonas.

(…) Après l’échec du comte de Saillans, le prieur de Chambonas, Claude Allier, s’était réfugié dans le canton de Saugues. Là, il organisait un nouveau soulèvement et préparait la formation d’un camp royaliste à Séneujols, dans les montagnes du Velay, lorsqu’il fut surpris dans une chaumière de Montrazon, paroisse de Thoras, le 18 août 1793, et guillotiné quinze jours plus tard, le 5 septembre.

lys5 prieur de Chambonas

Ainsi que nous le disions en introduction de ces citations de l’ouvrage de Monsieur Boudon-Lashermes, c’est à Mende que l’abbé Claude Allier fut emmené prisonnier, comparut devant le tribunal révolutionnaire et fut guillotiné, le 5 septembre 1793.
Nous ne connaissons pas le lieu de sa sépulture et nous ne possédons pas non plus de portrait de lui.
Il demeure à jamais lié à l’histoire des « Camps de Jalès » dont il fut à l’origine et qu’il anima d’un souffle de véritable croisade, pour Dieu et pour le Roi.

Que sa mémoire soit à jamais en bénédiction !

commanderie-de-jales-puits-de-la-cour-dhonneur Velay

Ancienne commanderie templière de Jalès : la cour d’honneur et son puits (état actuel).

(*) Jean-Arnaud de Castellane, né le 11 décembre 1733 au Pont-Saint-Esprit, fut vicaire général de l’archevêque de Reims et aumônier du Roi. Promu à l’évêché de Mende le 1er novembre 1767 et sacré dans la chapelle royale le 25 janvier 1768, il fut le dernier comte-évêque du Gévaudan. Après l’échec de la conspiration de Saillans, il trouva d’abord refuge dans le Velay, puis à Lyon. Arrêté, il est massacré à Versailles le 9 septembre 1792 et repose au cimetière Saint-Louis de Versailles.

Publié dans : Memento, Vexilla Regis | le 6 septembre, 2013 |1 Commentaire »
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