2013-89. Des origines de Notre-Dame selon « La Légende Dorée ».

7 décembre,
veille de la fête de la Conception immaculée de Notre-Dame.

Domenico Ghirlandaio Joachim chassé du temple - Florence Santa Maria Novella

Saint Joachim chassé du Temple (Domenico Ghirlandaio, fresque à Santa Maria Novella – Florence)

Initialement intitulé « Legenda Sanctorum alias Lombardica hystoria » (qui se traduit : ce qui doit être lu au sujet des saints ou histoire de la Lombardie), cet ouvrage rédigé, entre 1261 et 1266, par le Bienheureux Jacques de Voragine – dominicain et archevêque de Gênes – , fut rapidement appelé « Legenda aurea ».
La traduction française « Légende Dorée » ne rend pas exactement le sens des mots latins : « legenda », il faut insister là-dessus, doit être traduit par : « les choses qui doivent être lues », et n’a pas au Moyen-Age ce sens de récit fabuleux qui est aujourd’hui celui du mot français légende.
Quant au qualificatif « aurea » – traduit par dorée – , il veut en réalité signifier que le contenu de ce recueil de choses à lire est particulièrment précieux, autant que s’il s’agissait d’or !

Pour composer son ouvrage, le Bienheureux Jacques de Voragine a réuni en un seul récit les traditions concernant la vie des saints, la vie de Notre-Dame et la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que l’on peut trouver dans les oeuvres des Pères de l’Eglise tels que Saint Jean Cassien, Saint Jérôme, Saint Augustin, Saint Jean Chrysostome, Saint Jean Damascène, Bède le Vénérable… etc. et quelques historiens ecclésiastiques comme Saint Grégoire de Tours ou Vincent de Beauvais.

« La Légende Dorée » eut un succès considérable et, par suite, une diffusion exceptionnelle : avec la Sainte Bible et le psautier ce fut l’ouvrage le plus recopié, le plus répandu. Le premier ouvrage imprimé en français, à Lyon en 1476, fut « La Légende Dorée ».

Dès lors, et même si les historiens d’aujourd’hui se plaisent à le dénigrer, ce texte se révèle indispensable pour comprendre la tradition iconographique religieuse de l’Occident (et même de l’Orient parfois) : un nombre incalculable de tableaux, d’enluminures, de sculptures dans nos cathédrales, dans nos églises et dans nos musées ne peuvent être compris et correctement interprêtés sans la connaissance de ces traditions dont « La Légende Dorée » est en quelque sorte le compendium.

A la veille de la fête de la conception de Notre-Dame, il m’a donc semblé profitable de publier ci-dessous quelques extraits de « La Légende Dorée » concernant les origines de la Très Sainte Vierge Marie et les circonstances dans lesquelles elle fut conçue.

Lully.

Bartolo di Fredi l'annonciation à St Joachim - Pinacothèque vaticane

L’annonciation à Saint Joachim (Bartolo di Fredi – Pinacothèque vaticane)

Anne conçut, enfanta une fille et lui donna le nom de Marie :

La glorieuse Vierge Marie tire son origine de la tribu de Juda et de la race royale de David. Or, saint Matthieu et saint Luc ne donnent pas la généalogie de Marie, mais celle de saint Joseph, qui ne fut cependant pour rien dans la conception de Jésus-Christ.
C’est, dit-on, la coutume de l’Écriture Sainte de ne pas établir la suite de la génération des femmes, mais celle des hommes. Il est très vrai pourtant. que la sainte Vierge descendait de David ; ce qui est évident parce que l’Ecriture atteste en beaucoup d’endroits que Jésus-Christ est issu de la race de David. Mais comme Jésus-Christ est né seulement de la Vierge, il est manifeste que la Vierge elle-même descend de David par la lignée de Nathan.
Car entre autres enfants, David eut deux fils, Nathan et Salomon.
De la lignée de Nathan, fils de David, d’après le témoignage de saint Jean Damascène, Lévi engendra Melchi et Panthar, Panthar engendra Barpanthar, et Barpanthar engendra Joachim, et Joachim la Vierge Marie.
Par la lignée de Salomon, Nathan eut une femme de laquelle il engendra Jacob. Nathan étant mort, Melchi de la tribu de Nathan, qui fut fils de Lévi, mais frère de Panthar, épousa la femme de Nathan, mère de Jacob, et engendra d’elle Héli. Jacob et Héli étaient donc frères utérins, mais Jacob était de la tribu de Salomon et Héli de celle de Nathan. Or, Héli, de la tribu de Nathan, vint à mourir, et Jacob, son frère, qui était de la tribu de Salomon, se maria avec sa femme, suscita un enfant à son frère et engendra Joseph.
Joseph est donc par la nature fils de Jacob ; en descendant de Salomon, et selon la loi, fils d’Héli qui descend de Nathan. Selon la nature, en effet, le fils qui venait alors au monde était fils de, celui qui l’engendrait, mais selon la loi, il était le fils du défunt. C’est ce que dit le Damascène (…).

Or, Joachim épousa une femme, nommée Anne, qui eut une soeur appelée Hismérie. Cette Hismérie donna le jour à Elizabeth et à Eliud. Elizabeth donna le jour à Jean-Baptiste (…).

Giotto di Bondone l'annonciation à Ste Anne - Chapelle Scrovegni Padoue

L’annonciation à Sainte Anne (Giotto di Bondone, fresque de la chapelle Scrovegni – Padoue)

Or, Anne eut, dit-on, trois maris, savoir : Joachim, Cléophas et Salomé.
De son premier mari, c’est-à-dire de Joachim, elle eut une fille qui était Marie, la mère de Jésus-Christ, qu’elle donna en mariage à Joseph, et Marie engendra et mit au monde Notre-Seigneur Jésus-Christ.
A la mort de Joachim, elle épousa Cléophas, frère de Joseph, et elle en eut une autre fille qu’elle appela Marie, comme la première, et qu’elle maria dans la suite avec Alphée. Marie, cette seconde fille, engendra d’Alphée, son mari, quatre fils, qui sont Jacques le mineur, Joseph le juste qui est le même que Barsabas, Simon et Jude.
Anne, après la mort de son second mari, en prit un troisième ; c’était Salomé, de qui elle engendra une autre fille qu’elle appela encore Marie et qu’elle maria à Zébédée. Or, cette Marie engendra de ce Zébédée deux fils, savoir : Jacques le majeur et Jean l’évangéliste. (…)

Joachim donc, qui était de la Galilée et de la ville de Nazareth, épousa sainte Anne de Bethléem.
Tous les deux justes et marchant avec droiture dans l’accomplissement des commandements du Seigneur, faisaient trois parts de leurs biens : l’une affectée au temple et aux personnes employées dans le service du temple ; une seconde donnée aux pèlerins et aux pauvres, une troisième consacrée à leur usage particulier et à celui de leur famille.

Pendant vingt ans de mariage, ils n’eurent point d’enfants, et ils firent voeu à Dieu, s’il leur accordait un rejeton, de le consacrer au service du Seigneur. Pour obtenir cette faveur, chaque année, ils allaient à Jérusalem aux trois fêtes principales. Or, à la fête de la dédicace, Joachim alla à Jérusalem avec ceux de sa tribu, et quand il voulut présenter son offrande, il s’approcha de l’autel avec les autres. Mais le prêtre, en le voyant, le repoussa avec une grande indignation ; il lui reprocha sa présomption de s’approcher de l’autel en ajoutant qu’il était inconvenant pour un homme, sous le coup de la malédiction de la loi, de faire des offrandes au Seigneur, qu’il ne devait pas, lui qui était stérile et qui n’avait pas augmenté le peuple de Dieu, se présenter en compagnie de ceux qui n’étaient pas infectés de cette souillure.

Benozzo Gozzoli la  rencontre à la porte dorée - fresque Castelfiorentino

La rencontre de Sainte Anne et de Saint Joachim à la Porte Dorée
(Benozzo Gozzoli, fresque conservée à la bibliothèque de Castelfiorentino)

Alors Joachim tout confus, fut honteux de revenir chez lui, de peur de s’entendre adresser les mêmes reproches par ceux de sa tribu qui avaient ouï les paroles du prêtre. Il se retira donc auprès de ses bergers, et après avoir passé quelque temps avec eux, un jour qu’il était seul, un ange tout resplendissant lui apparut et l’avertit de ne pas craindre (il était troublé de cette vision) : « Je suis, lui dit-il, un ange du Seigneur envoyé vers vous pour vous annoncer que vos prières ont été exaucées, et que vos aumônes sont montées jusqu’en la présence de Dieu. J’ai vu votre honte, et j’ai entendu les reproches de stérilité qui vous ont été adressées à tort. Dieu est le vengeur du péché, mais non de la nature, et s’il a fermé le sein d’une femme c’est pour le rendre fécond plus tard d’une manière qui paraisse plus merveilleuse, et pour faire connaître que l’enfant qui naît alors, loin d’être le fruit de la passion, sera un don de Dieu. Sara, la première mère de votre race, n’a-t-elle pas enduré l’opprobre de la stérilité jusqu’à sa quatre-vingt-dixième année ? et cependant elle mit au monde Isaac auquel avaient été promises les bénédictions de toutes les nations. Rachel encore n’a-t-elle pas été longtemps stérile ? toutefois elle enfanta Joseph qui fut à la tête de toute l’Egypte. Y eut-il quelqu’un plus fort que Samson et plus saint que Samuel ? tous les deux eurent pourtant des mères stériles. Croyez donc à ma parole et à ces exemples, que les conceptions tardives et les enfantements stériles sont d’ordinaire plus merveilleux. Eh bien ! Anne, votre femme, vous enfantera une fille et vous l’appellerez Marie. Dès son enfance, elle sera, comme vous en avez fait voeu, consacrée au Seigneur ; dès le sein de sa mère, elle sera remplie du Saint-Esprit ; elle ne restera point avec le commun du peuple, mais elle demeurera toujours dans le temple du Seigneur, afin d’éviter le moindre mauvais soupçon. Or, de même qu’elle naîtra d’une mère stérile, de même elle deviendra, par un prodige merveilleux, la mère du Fils du Très-haut, qui se nommera Jésus, et qui sera le salut de toutes les nations. Maintenant voici le signe auquel vous reconnaîtrez la vérité de mes paroles : quand vous serez arrivé à Jérusalem à la porte Dorée, vous rencontrerez Anne, votre femme ; et en vous voyant elle éprouvera une joie égale à l’inquiétude qu’elle a ressentie de votre absence prolongée ».
Quand l’ange eut parlé ainsi, il quitta Joachim.

Or, Anne tout en pleurant dans l’ignorance de l’endroit où était allé son mari, vit lui apparaître le même ange qu’avait vu Joachim ; et il lui déclara les mêmes choses qu’il avait dites à celui-ci, en ajoutant que, pour marque de la vérité de sa parole, elle allât à Jérusalem, à la porte Dorée où elle rencontrerait son mari qui revenait.

D’après l’ordre de l’ange, tous deux vont au-devant l’un de l’autre, enchantés de la vision qu’ils avaient eue, et assurés d’avoir l’enfant qui leur avait été promise.
Après avoir adoré le Seigneur, ils revinrent chez eux, attendant joyeusement la réalisation de la promesse divine. Anne conçut donc, enfanta une fille et lui donna le nom de Marie.

Quentin Massys triptyque de Ste Anne partie centrale la sainte parenté

La sainte parenté : au centre Sainte Anne, la Vierge Marie et l’Enfant Jésus,
entourées des autres filles de Sainte Anne et de leurs enfants :
en bas à droite Sainte Marie Salomé avec  ses fils Saint Jacques le Majeur et Saint Jean (futurs apôtres)
en bas à gauche Sainte Marie de Cléophas avec les Saints Simon et Jude, Saint Jacques le Mineur (futurs apôtres) et Saint Joseph Barsabas, dit le juste.
A l’arrière plan (de gauche à droite) : Cléophas deuxième époux de Sainte Anne, Saint Joseph époux de Marie, Saint Joachim, et Alphée troisième époux de Sainte Anne.
(Quentin Massys, triptyque de Sainte Anne – musée royaux des beaux-arts, Bruxelles)

Le 8 décembre illuminons nos fenêtres en l’honneur de Notre-Dame > www

2013-88. Où le Maître-Chat Lully publie la lettre que Frère Maximilien-Marie a adressée au bon Saint Nicolas.

Ce 5 décembre.

Je prends la liberté de porter à votre connaissance, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, la lettre que Frère Maximilien-Marie a adressée au bon Saint Nicolas… un saint pour lequel nous avons une très grand dévotion, au Mesnil-Marie.
Je n’ai rien à rajouter, si ce n’est que je vous souhaite à tous une bonne et belle fête de Saint Nicolas !

Lully.

Saint Nicolas

Cher Saint Nicolas,

j’ai fait plein d’efforts pour être sage et pour faire plaisir à Jésus, alors j’espère que tu m’apporteras de bonnes choses : je ne te demande pas des fraises tagada, ni des guimauves, ni du chocolat, parce que ce n’est pas très bon pour mes pourcentages de triglycérides, de gammas GT et de cholestérol, mais en revanche je voudrais bien que tu m’apportes des plants de vertus, avec leurs bons engrais spirituels pour les faire croître comme il faut.
Ainsi le petit jardin de mon âme deviendra un lieu de repos et de paix dans lequel le Saint Enfant Jésus pourra venir se reposer dans le silence, lorsque les hommes lui casseront trop les pieds et les oreilles avec leurs incessantes récriminations et réclamations…

J’espère que le Père Fouettard ne sera pas trop dur avec moi : oui,  je le confesse, il y a des moments où je ne suis pas super gentil avec tout le monde ; il y a même des gens que j’ai spontanément envie d’embrocher ou d’étrangler parfois, c’est selon…
Mais, finalement, je suis sûr que, toi qui est un saint – et donc quelqu’un qui aime les belles choses et ce qui plaît à Jésus – , cela doit aussi te hérisser les poils de la barbe quand tu vois, comme moi, et que tu entends, comme moi, ce qui se fait et ce qui se dit sur cette pauvre terre, et dans notre pauvre Royaume de France !

Dis, ne voudrais-tu pas envoyer le Père Fouettard donner la fessée – et une bien grosse – à toutes ces vilaines gens du gouvernement et des loges, des commissions européennes, du groupe Bilderberg, du G8 et du G20, du FMI et de tous ces organismes et structures d’exploitation et de corruption des bonnes gens et des peuples, qui se comportent en ennemis de Jésus et du Règne de Son Sacré-Coeur ?
Je ne te demande pas cela par méchanceté, ou parce que j’aurais du ressentiment contre eux, mais simplement parce que je souhaiterais qu’ils changent, qu’ils se corrigent – si c’est encore possible – , qu’ils s’amendent… et que cesse cet horrible engrenage et cercle vicieux qui entraîne le monde vers l’abîme, le chaos, la violence et peut-être à nouveau la guerre…
Alors je me dis qu’une bonne fessée, bien méritée, ça ne fait pas de mal, et que ça peut même parfois remettre les idées en place !

Enfin, bon et cher Saint Nicolas, avant de terminer cette lettre, je veux t’adresser une prière pour tous mes amis : je te demande, pour eux comme pour moi-même, de nous apporter encore et souvent du rêve et de douces espérances ; préserve-nous de la tentation du découragement, et garde-nous cet esprit d’enfance et d’émerveillement sans lequel nous deviendrions nous aussi des gens tristes et ennuyeux…
Je te remercie par avance,
et je t’embrasse de toute la ferveur de mon coeur d’enfant !

Frère Maximilien-Marie.

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2013-87. Quelques citations et quelques réflexions du Maître-Chat Lully – novembre 2013.

Samedi 30 novembre 2013,
Fête de Saint André, apôtre.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Selon mon habitude, je termine ce mois en partageant avec vous quelques citations ou quelques unes des réflexions que m’a inspirées l’actualité au cours des dernières semaines.

Adoration de l'Agneau

Jan van Eyck : l’Agneau entouré des anges et des saints
(triptyque de l’Agneau mystique – Gand)

Le mois de novembre commence avec la fête de la Toussaint, que nous triplons en quelque sorte, ou plus exactement que nous amplifions ensuite à deux reprises, puisque nous avons célébré – le 3 novembre – la fête de tous les saints du diocèse de Viviers, puis – le 13 novembre – la fête de tous les saints de l’Ordre de Saint Augustin.

Il est arrivé assez souvent que l’on entende des prêtres – ou des évêques – dire de manière sentencieuse que le second concile du Vatican aurait fait prendre conscience que la sainteté n’était pas réservée aux prêtres et aux religieux (sic) et que – entre autres « nouveautés » – « le » concile avait enfin (re-sic) lancé un appel universel à la sainteté !

Voilà bien encore une de ces absurdités dont les modernistes sont coutumiers : s’ils avaient un minimum de connaissances historiques, un chouilla de culture, en sus d’un tout petit peu de piété, ils seraient contraints de se rendre à l’évidence : cet appel à la sainteté adressé à toutes les catégories de fidèles, l’Eglise l’a toujours fait entendre ; l’Eglise l’a toujours mis en avant !
Pour s’en bien persuader, il suffit, par exemple, – comme nous le faisons avec la récitation de l’office divin dans sa forme traditionnelle – de lire quotidiennement le martyrologe ; il suffit encore de se nourrir spirituellement de la vie des saints ; il suffit aussi de se laisser instruire par les écrits des Pères de l’Eglise, ainsi que par les exhortations que les pontifes et les conciles des âges passés ont adressées aux fidèles ; il suffit enfin  - et par dessus tout – de méditer quotidiennement sur le Saint Evangile et sur les épîtres des Saints Apôtres…
Je ne vois donc vraiment pas où se trouverait cette prétendue « nouveauté » apportée par « le » concile !

2 novembre au Mesnil-Marie

L’oratoire du Mesnil-Marie, le 2 novembre.

Novembre, c’est aussi un mois que la dévotion des fidèles tourne particulièrement vers la prière pour les défunts. C’est en raison, bien sûr, de la commémoraison solennelle des trépassés, le 2 novembre.

Je suis véritablement plus que perplexe devant cette mode actuelle qui, dès qu’il y a des victimes d’une catastrophe naturelle, d’un accident, d’un drame, d’une maladie… bref, de la mort, ne fait plus parler que d’ « hommages » aux défunts.
A tel point que désormais les cérémonies religieuses de funérailles sont qualifiées de « messes en hommage ».

Malheureusement, la réforme issue du second concile du Vatican a porté atteinte à la Foi, au point que, par exemple, les oraisons de la liturgie du 2 novembre ne présentent plus à Dieu des prières pour que les âmes des défunts soient libérées des peines consécutives à leurs fautes, mais demandent seulement : « Fais grandir notre foi (celle des vivants donc) en ton Fils ressuscité des morts, pour que soit plus vive aussi notre espérance en la résurrection de tous nos frères défunts » (c’est l’oraison que l’on trouve dans la version française de la « liturgie des heures » pour le 2 novembre).
A n’en pas douter, c’est une conception protestante qui a prévalu ici, à l’encontre de la Foi catholique traditionnelle !

Cette négation factuelle du Purgatoire et des purifications nécessaires – qui peuvent être très longues – avant l’admission dans le Royaume céleste, se retrouve dans nombre de célébrations des funérailles : les messes d’enterrement (ou les pseudo-liturgies qui les remplacent) ne sont plus d’insistantes prières pour le repos de l’âme du disparu, mais des célébrations dans lesquelles l’affect et la sentimentalité prédominent sur la prière et la Foi.
Facilement, on y entend dire que le défunt est déjà « ressuscité », ou bien qu’il a été « accueilli à bras ouverts à la table de Dieu », ou encore qu’il est « entré dans la maison du Père »… etc.
Bref ! on fait de ces funérailles des espèces de béatification… au rabais.

Car c’est cela une béatification : l’affirmation par l’Eglise qu’un homme est au Ciel. Mais cette affirmation ne peut pas se faire sans preuves, preuves que l’on recherche et que l’on vérifie au cours d’une enquête, normalement longue et minutieuse (le procès en béatification).

Il est absolument illusoire et mensonger, au moment des funérailles, de dire et de répéter qu’un défunt est déjà au Ciel (ou formules équivalentes).
Sans doute cela est-il fait parce que l’on souhaite consoler des familles et des amis dans le deuil, mais ce faisant on manque cruellement d’authentique charité : si en effet l’on dit qu’un défunt est allé au Ciel, ses parents et ses connaissances ne verront pas la nécessité de prier pour le repos de son âme, ni de faire célébrer des messes de suffrage pour que l’âme du trépassé soit purifiée des conséquences de ses fautes. De fait donc, par la faute de ceux qui ont affirmé que les défunts sont rapidement introduits dans la béatitude du Paradis, leurs âmes restent-elles plus longtemps en Purgatoire !

Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI et Monseigneur Domenico Bartolucci

Monseigneur Domenico Bartolucci en 2006 avec Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
(Monseigneur Bartolucci sera élevé à la dignité cardinalice en 2010)

Le 11 novembre, nous avons appris avec émotion la mort de Son Eminence Révérendissime le Cardinal Domenico Bartolucci.
In illo tempore, j’avais publié (ici > www) la traduction française de l’entretien que Monseigneur Bartolucci (il n’avait pas encore été créé cardinal) avait accordé à deux journalistes italiens ; c’était en 2009.
Cela fait toujours du bien de relire ses paroles, car il  ne pratiquait pas la langue de bois, ni ne se perdait en circonvolutions diplomatiques lorsqu’il s’agissait de dénoncer le massacre liturgique opéré « depuis le concile ».

A celui qui proclamait alors qu’il avait toujours célébré la Sainte Messe latine traditionnelle et qu’il aurait bien des difficultés à célébrer la messe du rite moderne puisqu’il ne l’avait jamais dite, a été faite cette ultime insulte : avoir une messe de funérailles selon le nouvel ordo… Horresco referens !
J’en ai éprouvé une très grande peine, mais je suis certain que ceux qui lui ont joué ce mauvais tour devront l’expier (si ce n’est pas en ce monde, ce sera dans l’autre) et, ainsi qu’on le dit familièrment, ne l’emporteront pas en paradis.

On lira avec intérêt, sur l’excellent site « Benoît et moi », ce qui a été publié à l’occasion du rappel à Dieu de Son Eminence le Cardinal Bartolucci, ici > www.

Etrennes socialistes

Les étrennes radicales-socialistes (caricature par A. Lemot, publiée dans « le Pèlerin » – début XXe s.)
Un travailleur croule sous le poids des scandales et charges que lui imposent les politiciens de gauche.
Sur les paquets dont il est chargé on peut lire : confiscations, Zola, expulsions, vols, liberté morte, retraites, impôts nouveaux, grèves, déficit, anti militarisme, écoles sans Dieu… etc.

Sous le dessin on lit : « Espérons, brave travailleur, que cette année tu ne te plaindras pas ! Tu en as de belles étrennes… et ce n’est pas fini ! »

Lorsque je suis – toujours avec un certain recul – l’actualité politique et sociale de notre France, j’ai l’impression que l’histoire se renouvelle et ramène, comme cycliquement, le même type d’événements.
Qui pourrait s’en étonner ? L
es mêmes causes ne produisent-elles pas toujours les mêmes effets ?

A la tête de ce pays dont, aujourd’hui, tous les structures et rouages de gouvernement ont été élaborés, voulus et imposés par les loges, nous avons véritablement, cachés sous les horripeaux de leurs proclamations émues des « valeurs de la république », ni plus ni moins que des idéologues intégristes et nostalgiques : intégristes de l’anti-catholicisme, intégristes du Grand Orient, nostalgiques du club des Jacobins, nostalgiques de la sanglante Commune de Paris, nostalgiques du « petit père Combes » et de Ferdinand Buisson…
Et ce que ce système a produit, à chaque fois, c’est l’oppression – voire la terreur – , la guerre, la misère – matérielle, psychologique et spirituelle – , la famine, le brigandage, l’injustice…

Il y aura fort à faire pour relever de telles ruines… et sans doute n’avons-nous pas encore tout vu !

Tant qu’il n’y aura pas conversion et pénitence, il sera vain d’espérer dans un « changement ».
La conversion des coeurs doit nécessairement entraîner la conversion des mentalités et des structures : les structures de la société, et les structures de l’Etat.

« Qu’on ne s’y trompe pas : plus un peuple a été bercé d’illusions et plongé dans la vie facile, plus l’élite doit mener une vie austère et sacrifiée, ainsi seulement elle pourra désarmer l’envie, susciter la confiance et amorcer par son exemple une nouvelle discipline et un relèvement des moeurs. C’est par la tête que les sociétés tombent malades et c’est aussi par la tête qu’elles guérissent » (Gustave Thibon). 

Gallia poenitens

Gallia poenitens : la France pénitente.

« La France, Ma France, n’a pas encore atteint le fond de l’abîme ; elle n’est qu’au début de ses humiliations : il lui faudra encore descendre plus bas, être davantage humiliée, aller encore plus loin, bien plus loin, dans cette voie des outrages et de l’affliction amère où elle marche depuis plus de deux siècles…
C’est l’orgueil qui l’a conduite dans cette voie ; c’est l’orgueil qui la conduit encore ; et son orgueil n’aura de guérison que dans les plus extrêmes humiliations, au point qu’on la croira tout à fait anéantie.
Tant qu’elle n’aura pas fait pénitence, tant qu’elle n’aura pas tout expié, il n’y aura point de salut pour elle, et la porte de l’espérance lui demeurera obstinément fermée.
Tant que vous vous confierez en des moyens humains, vous récolterez l’amertume, la ruine et l’humiliation, roulant d’abîmes en abîmes.
Tant que vous ne vous confierez pas, et uniquement, en Mon Coeur et dans les moyens surnaturels qu’Il vous a tant de fois recommandés, vous aurez beau vous agiter, vous aurez beau dire et beau faire, vous continuerez à vous enfoncer.
Tant que vous ne serez pas revenus à Mon Coeur de toute l’énergie de votre volonté convertie, vous vous enfoncerez encore.
Il n’y a que la pénitence, encore et encore la pénitence, encore et toujours la pénitence, une pénitence inspirée par l’amour et par une contrition absolue, qui sortira la France de l’abîme.
Mais pour l’heure, et pour longtemps encore, il vous faudra gémir sous le pouvoir des ténèbres… »

Le Sacré-Coeur de Jésus

Et nous voici tout à la fois au dernier jour de novembre et au dernier jour de l’année liturgique : ce soir, en effet, commence le saint temps de l’Avent (cf. > www) ; ce soir recommence le cycle sacré de la célébration des mystères de notre salut par lequel sont sanctifiées nos années terrestres : nous allons une nouvelle fois revivre les événements du Saint Evangile, non comme des anniversaires historiques, mais par une actualisation des grâces divines qu’ils nous ont values.
A vous tous donc, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, bonne, fervente et sainte nouvelle année liturgique, dans la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ !

Patte de chat Lully.

Chatons voeux nouvelle année liturgique

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2013-86. Comparés aux réprouvés, les élus sont en petit nombre.

Extrait d’un sermon de
notre glorieux Père Saint Augustin
sur
le nombre des élus.

Nous recopions ici la partie la plus importante d’un sermon que notre glorieux Père Saint Augustin prononça devant les fidèles de Carthage, après la lecture de cette péricope évangélique : « (Jésus) dit encore : « A quoi comparerai-je le Royaume de Dieu ? Il est semblable à du levain qu’une femme a pris et caché dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que tout ait fermenté ». Et il allait par les villes et les villages, enseignant, et faisant son chemin vers Jérusalem. Or quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y en aura-t-il que peu qui soient sauvés ? » Il leur répondit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ; car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne le pourront pas ! » (St Luc XIII, 20-24).

Rogier van der Weyden Beaune triptyque du jugement détail la pesée des âmes

Roger van der Weyden : la pesée des âmes (détail du triptyque du Jugement dernier – Beaune)

Comparés aux réprouvés, les élus sont en petit nombre.

Résumé : Les trois mesures de farine dont parle Notre-Seigneur, désignent le genre humain tout entier, mais cela ne signifie pas que tous les hommes seront sauvés. Cela apparaît clairement dans les versets qui suivent la parabole. Car si en d’autres passages la Sainte Ecriture nous dit que le nombre des élus sera très grand – et il sera réellement considérable – , si on examine bien les textes il demeure qu’il sera inférieur à celui de la multitude des réprouvés.  

« Les trois mesures de farine dont vient de nous parler le Seigneur, désignent le genre humain.
Rappelez-vous le déluge ; il n’y survécut que trois hommes pour repeupler la terre, car Noé eut trois fils qui furent les souches de l’humanité nouvelle.
Quant à cette sainte femme qui cacha son levain, elle figure la sagesse, qui fait crier partout, au sein de l’Eglise de Dieu : « Je sais que le Seigneur est grand » (Ps. CXXXIV, 5).

Assurément les élus sont peu nombreux.
Vous vous rappelez la question qui vient de nous être rappelée dans l’Evangile : « Seigneur, y est-il dit, est-ce que les élus sont peu nombreux ? »
Que répond le Seigneur ? Il ne dit pas qu’au contraire les élus sont en grand nombre, non ! mais après avoir entendu cette question : « Est-ce que les élus sont peu nombreux ? », il réplique : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ».
N’est-ce pas confirmer dans l’idée du petit nombre des élus ? Il dit encore ailleurs : « étroite et resserrée est la voie qui mène à la vie, et il y en a peu pour y marcher ; tandis que la voie qui mène à la perdition est large et spacieuse, et il y en a beaucoup pour la suivre » (
Mat. VII, 13, 14).

Pourquoi donc chercher notre joie dans les multitudes ?
Vous qui êtes en petit nombre, écoutez-moi. Beaucoup en effet prêtent l’oreille, et peu sont dociles. Je vois une aire et mes yeux y cherchent le grain. On l’aperçoit difficilement tant qu’il est sous le fléau, mais viendra le moment de le vanner.
C’est ainsi que comparés aux réprouvés, les élus sont en petit nombre ; tandis que considérés en eux-mêmes, ils formeront une quantité considérable lorsque le Vanneur viendra, le van à la main, nettoyer son aire, serrer le froment au grenier et brûler la paille au feu inextinguible (
Luc, III, 17).
Que la paille ne se rie pas du bon grain : cet oracle est véritable, Dieu ne trompe personne.

Soyez nombreux au sein des nombreux élus, et toutefois vous ne serez qu’en petit nombre ; comparés à une grande multitude. De l’aire du Seigneur doit sortir une telle quantité de bons grains, qu’ils rempliront les greniers célestes.
Le Christ effectivement ne saurait se contredire. S’il a dit qu’il y en a peu pour entrer par la porte étroite et beaucoup pour périr en suivant la voie large ; ailleurs il a dit aussi : « Beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident » (
Matt. VIII,11.). C’est que ceux-ci sont aussi en petit nombre ; ils sont à la fois nombreux et peu nombreux.
Les nombreux et les peu nombreux seraient-ils différents les uns des autres ? Non. Les mêmes sont en même temps nombreux et peu nombreux ; peu nombreux comparativement aux réprouvés, et nombreux absolument dans la société des Anges.

Ecoutez, mes bien-aimés, voici ce qu’on lit dans l’Apocalypse : « Je vis venir ensuite, avec des robes blanches et des palmes, des élus de toute langue, de toute race et de toute tribu ; c’était une multitude que personne ne saurait compter » (Apoc. VII, 9). Cette multitude est la grande assemblée des saints.
Quand donc l’aire sera vannée ; quand cette multitude sera séparée de la foule des impies, des chrétiens mauvais et hypocrites ; quand seront jetés aux feux éternels ces hommes perdus qui pressent Jésus-Christ sans le toucher – car l’hémorrhoïsse touchait la frange du Christ tandis que la foule le pressait à l’importuner (Luc, VIII, 44, 42) – ; quand enfin tous les réprouvés seront éloignés, et que debout à la droite du Sauveur, la masse purifiée des élus ne craindra plus ni le mélange d’aucun homme méchant, ni la perte d’aucun homme de bien et qu’elle commencera à régner avec le Christ, quel éclat et quelle force ne prendra point sa voix et avec quelle confiance ne s’écriera-t-elle pas : « Je sais que le Seigneur est grand » !

 Par conséquent, mes frères, si j’ai ici de bons grains devant moi, s’ils comprennent ce que je dis et sont prédestinés à l’éternelle vie, qu’ils s’expriment par leurs oeuvres plutôt que par des applaudissements (cf. note *) ».

Rogier van der Weyden les damnés (détail triptyque jugement - Beaune)

Roger van der Weyden : les damnés marchant vers l’enfer
(détail du triptyque du jugement dernier – Beaune)

Note * : on voit ici que Saint Augustin n’approuve pas cette déplorable coutume qu’ont les fidèles d’applaudir dans les églises lorsqu’ils sont touchés par la prédication qu’ils ont entendue, et il les exhorte donc à montrer qu’ils ont aimé l’enseignement qui leur a été dispensé non par des manifestations bruyantes mais par la pratique de ce qui leur a été prêché.

Publié dans : De liturgia, Lectures & relectures, Textes spirituels | le 26 novembre, 2013 |1 Commentaire »

2013-85. Du temps où surviendra la fin du monde et des signes qui la précèderont.

26 novembre,
Fête de Sainte Geneviève des Ardents (cf. > www).

Nous venons de passer le dernier dimanche après la Pentecôte au cours de la liturgie duquel l’Eglise nous a rappelé solennellement les paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ prophétisant la fin des temps et les signes qui la précèderont. Nous voici dans le cours de la « semaine des fins dernières ».
Il m’a paru bon de vous rapporter ci-dessous des extraits du livre intitulé « Fin du monde présent et mystères de la vie future » du chanoine Charles-Marie Arminjon (1824 – 1885).
Cet excellent ouvrage, qui est au nombre de ceux que Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a le plus aimés – et qu’elle a d’ailleurs souvent cité – , est une véritable et magistrale somme de tout l’enseignement des Saintes Ecritures, des Pères de l’Eglise et de la Tradition au sujet de la fin des temps et de nos fins dernières.

Lully.

Michael Wolgemut : prédication et chute de l'Antéchrist (1493)

Michael Wolgemut : prédication et chute de l’Antéchrist (1493)

Du temps où surviendra la fin du monde
et des signes qui la précèderont.

* * * * *

Le monde aura une fin, mais cette fin est-elle éloignée ou prochaine ? (…)
La Sainte Ecriture ne nous laisse pas sur ce point dans une ignorance absolue.
Sans doute, Jésus-Christ nous a dit, parlant de la date précise : « Ce jour-là personne ne le connaît, et il est ignoré même des anges qui sont dans les cieux ». Mais d’autre part, il a voulu nous donner des indices et des signes précis, destinés à nous faire connaître que l’avènement des prophéties est proche et que le monde touche à sa fin.
Jésus-Christ a procédé à l’égard du genre humain pris collectivement comme à l’égard des individus : ainsi notre mort est certaine, mais l’heure nous est inconnue. Personne d’entre nous ne peut dire s’il sera en vie dans une semaine, dans un jour (…). Mais si nous pouvons être surpris à toute heure, il y a cependant des signes qui témoignent que notre dernière heure est imminente, et que nous nous bercerions d’une illusion grossière en nous promettant une longue carrière ici-bas.

« Apprenez, sur ceci, dit le Seigneur, une comparaison prise du figuier : quand ses rejetons commencent à être tendres et qu’il pousse des feuilles, vous connaissez que l’été est proche… De même, quand vous verrez toutes ces choses, c’est-à-dire les guerres, les famines, les tremblements, sachez que le Fils de l’homme est à vos portes » (cf. Matth. XXIV, 32-33).

A la vérité, ces désastres publics, ces troubles, et les dérangements dans les éléments et le cours régulier des saisons, qui signaleront le dernier avènement du Fils de Dieu, sont des signes vagues et indéterminés… Ils se sont manifestés, avec plus ou moins d’intensité, à toutes les époques néfastes de l’humanité, à toutes les époques de crise et de commotion religieuse (…).

Ainsi, des désastres et des révolutions actuelles, des désordres moraux, des grands cataclysmes religieux ou sociaux, dont l’Europe et le monde sont en ce moment le théâtre, on ne peut tirer aucune déduction concluante sur la fin des temps. Les signes d’aujourd’hui sont les mêmes signes qui se sont produits dans les temps anciens, et l’expérience constate qu’ils sont insuffisants, pour prouver la proximité du jugement.

Il importe pourtant de consisérer que Jésus-Christ, dans sa prophétie (Saint Matthieu chap. XXIV), mêle dans un seul tableau les signes qui ont trait à la fin du monde et ceux qui ont trait à la ruine de Jérusalem. Il le fait premièrement à cause de l’analogie de deux événements. Il le fait secondement, parce que dans Dieu il n’y a ni différence ni succession de temps. Les faits rapprochés et les faits plus éloignés sont clairement présents à son esprit, il les voit comme s’ils avaient lieu au même instant…
En outre, Notre-Seigneur Jésus-Christ savait que les Apôtres, avant le jour où ils furent éclairés par l’Esprit-Saint, étaient imbus des illusions et de tous les préjugés judaïques ; à leurs yeux, Jérusalem était tout l’univers, sa ruine équivalait, pour eux, à la chute du monde. Par suite de ce patriotisme étroit et exagéré qui les dominait, les Apôtres persévérèrent jusqu’à la ruine de Jérusalem dans une vigilante et continuelle attente. Ces dispositions étaient le but que Jésus-Christ se proposait d’atteindre, cherchant plutôt à les instruire et à les détacher des grossières espérances de la terre, qu’à piquer leur curiosité en leur dévoilant les secrets cachés de l’avenir.
Ainsi, il leur montre dans sa prophétie comme deux perspectives et deux horizons ayant des traits analogues et se ressemblant par leurs contours, leurs dessins et leurs coloris.
En Saint Matthieu et en Saint Marc, les deux événements, la ruine de Jérusalem et la fin du monde, semblent plutôt se confondre. En Saint Luc, la séparation des deux faits apparaît très nettement : il y a des traits qui ne se rapportent qu’à la fin du monde, par exemple ceux-ci : Et il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Et sur la terre les nations seront dans l’abattement et la consternation, la mer faisant un bruit efroyable par l’agitation de ses flots… Et les hommes sécheront de frayeur dans l’attente de ce qui doit arriver dans tout l’univers ; car, les vertus des cieux seront ébranlées… Et alors ils verront le Fils de l’homme venant sur une nuée avec une grande puissance et une grande majesté (Luc XXI).

(…) Cependant, si Jésus-Christ nous apprend que la fin de ce grand jour est un secret que Dieu s’est réservé dans les conseils de sa puissance, tempora et momenta quae Pater posuit in sua potestate (note : les temps et les moments que le Père a établis dans sa puissance – cf. ), et qui échappe à toutes nos prévisions jusqu’à l’heure même de sa réalisation, toutefois, afin de nous prémunir contre l’incurie et une fausse sécurité, il ne cesse de rappeler aux hommes, premièrement que la fin du monde est certaine, secondement qu’elle est relativement prochaine, troisièmement qu’elle n’aura pas lieu avant que ne se soient produits, non pas des signes communs et généraux tels qu’il s’en est accompli dans tous les temps, mais des signes propres et spéciaux qu’il nous a clairement indiqués. Ces signes ne sont pas seulement des calamités et des révolutions dans les astres, mais des événements d’un caractère public, se rattachant à la fois à l’ordre religieux et social, et sur lesquels il est impossible que l’humanité puisse se méprendre.

Le premier des évènements précurseurs de la fin des temps est celui que nous indique le Sauveur, en Saint Matthieu, chapitre XXIVème, quand il nous dit : « Et cet Evangile du royaume de Dieu sera prêché dans l’univers, donné en témoignage à toutes les nations, et alors seulement arrivera la fin ».
Le second de ces faits sera l’apparition de l’homme de péché, l’Antéchrist (2 Thess. II, 2-4).
Le troisième, la conversion du peuple juif, qui adorera le Seigneur Jésus et le reconnaîtra pour le Messie promis (Rom. XI, 14-17).
« Jusque là, dit Saint Paul, que personne ne s’abuse comme si nous étions à la veille du jour du Seigneur » (2 Thess. II, 2).

« Fin du monde présent et mystères de la vie future »
conférences prêchées à la cathédrale de Chambéry
par l’abbé Arminjon
Oeuvre de Saint-Paul – 1883
pp. 17 à 22 de la réédition de l’Office Cenral de Lisieux – 1964

frise

Publié dans : De liturgia, Textes spirituels | le 26 novembre, 2013 |1 Commentaire »

2013-84. Cantique du Jugement dernier.

Samedi précédant le dernier dimanche de l’année liturgique.

H.Memling détail du jugement

Hans Memling : les Anges sonnant de la trompette
(triptyque du jugement dernier – détail)

Est-ce l’effet de la fête de Sainte Cécile ? Après avoir publié l’hymne latine en son honneur composée au XVe siècle (cf. > www), j’ai eu le goût de me plonger dans la collection des anciens recueils de cantiques qui sont rassemblés sur une étagère de notre Mesnil-Marie.
Il y en a un en particulier qui ne prend jamais la poussière, parce que Frère Maximilien-Marie le consulte régulièrement et qu’il aime à en fredonner les airs : c’est le « Recueil de cantiques populaires » publié par Monseigneur Joseph Besnier (1898-1984), lequel fut pendant cinquante-deux ans – de 1931 à 1983 – maître de chapelle de la cathédrale de Nantes !

Donc, dans le recueil de Monseigneur Besnier, j’ai retrouvé un cantique que notre Frère affectionne spécialement et qu’il chante souvent en cette période de l’année. Il a été composé sur une musique de Claude Goudimel (1505-1572) et les paroles en ont été écrites par un autre prêtre du clergé nantais, l’abbé Eugène Blineau.
Comme il s’accorde parfaitement au dernier dimanche de l’année liturgique (qui porte le numéro 24e après la Pentecôte dans les missels), et qu’il résume magnifiquement l’enseignement du Saint Evangile et de la Tradition ecclésiastique, je ne résiste pas à la tentation de vous en reproduire ici la partition et de vous en copier les paroles, qu’il convient de méditer plus encore que de chanter en ces jours où la liturgie nous demande de penser à la fin des temps.

Lully.

Cantique du Jugement -  Vous avez, Jésus-Christ

1. Vous avez, Jésus-Christ,
Plus d’une fois décrit
Cette heure triomphante,
Où le temps finira,
Quand sur nous passera
Un souffle d’épouvante :
Nous verrons dans les cieux
Des signes merveilleux ;
Nous unirons dans l’ombre
A la rumeur des flots
Le bruit des longs sanglots
De nos malheurs sans nombre.

2. A ce cri : « Morts, debout ! »
Que rediront partout
Vos anges de lumière,
Les tombeaux s’ouvriront,
Les morts se dresseront
Dans leur vigueur première.
C’est votre Sainte Croix
Qu’ils verront, Roi des rois ;
Tous lui rendront hommage.
Comme un rayon de feu,
Vous viendrez, Fils de Dieu,
Sur un ardent nuage.

3. Etendant votre main,
De tout le genre humain
Vous ferez le partage :
A droite, vos amis,
Ceux auxquels fut promis
Le ciel en héritage ;
A gauche, les damnés,
A l’enfer destinés
Par leur choix volontaire.
Les décrets proférés,
Vous renouvellerez
La face de la terre.

4. Il viendra, ce grand jour
De justice et d’amour
Tel que l’attend l’Eglise.
Nous croyons fermement
Au dernier jugement
Dans notre foi soumise.
Nous ne quitterons pas
La route qu’ici-bas
Tous vos saints ont suivie,
Pour être, ô doux Jésus,
Du nombre des élus
Dans l’éternelle vie.

H. Memling triptyque du jugement dernier

Hans Memling : triptyque du jugement dernier.

Publié dans : De liturgia, Prier avec nous | le 23 novembre, 2013 |Pas de Commentaires »

2013-83. De Sainte Cécile et d’une hymne du XVe siècle en son honneur.

Ste Cécile touchant de l'orgue

22 novembre, fête de Sainte Cécile.

Au Mesnil-Marie, nous avons beaucoup de dévotion pour Sainte Cécile, vierge et martyre, et nous la vénérons d’autant plus que les modernistes ont contesté l’authenticité de son histoire !

Celle que les musiciens et chanteurs, luthiers et fabricants d’instruments de musique, honorent comme leur céleste protectrice, peut tout spécialement être priée avec ferveur – en nos temps malheureux – pour que, dans toutes les paroisses, on retrouve un authentique chant religieux…

Je veux profiter de cette fête pour publier cette hymne latine du XVe siècle qui est très facile à chanter et dont je vous proposerai une traduction au-dessous.

Bonne fête de Sainte Cécile à tous !

Lully.

frise avec lys naturel

Tuba cum cytharis - Sancta Caecilia

Choeur 1 : Emparez-vous maintenant de trompettes et de cythares.
Choeur 2 : Célébrez maintenant le triomphe d’une martyre.
Choeur 1 : Troupes des Anges et des Vierges,
Choeur 2 : avec la voix de l’allégresse dites :

Les deux choeurs : O heureuse Cécile ! (bis)

Choeur 1 : Assoiffée d’une éclatante victoire,
Choeur 2 : En son corps livré à la fureur (éclate) la force de la grâce,
Choeur 1 : (son corps) qu’elle livre aux furieux.
Choeur 2 : ses membres (qu’elle livre) à leurs intruments tranchants.

Les deux choeurs : O heureuse Cécile ! (bis)

Choeur 1 : Et nous qui gémissons, regardez-nous favorablement.
Choeur 2 : Tenez-vous devant le Juge que nous avons souvent offensé :
Choeur 1 : Qu’Il donne à nos âmes, lorsqu’elles seront détachées de leurs corps, d’aller vers le Ciel.
Choeur 2 : Et, purifiées de leurs souillures, faites qu’elles vivent en votre compagnie.

Les deux choeurs : O heureuse Cécile ! (bis)

frise avec lys naturel

Publié dans : De liturgia, Nos amis les Saints, Prier avec nous | le 22 novembre, 2013 |3 Commentaires »

2013-82. « Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais d’offrande de pure créature, plus grande et plus parfaite que celle que Marie fit à Dieu à l’âge de trois ans… »

Saint Alphonse de Ligori :

« De la Présentation de Marie »
(in « Les Gloires de Marie »  - 2e partie : Les Vertus de Marie)
extraits

La Présentation de Marie (église Saint-Martin, Vals-les-Bains)

La Présentation de Marie (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

(…) Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais d’offrande de pure créature, plus grande et plus parfaite que celle que Marie fit à Dieu à l’âge de trois ans, lorsqu’elle se présenta au temple pour offrir, non des aromates, des animaux, des talents d’or, mais toute sa personne en parfait holocauste, se consacrant comme une victime perpétuelle en Son honneur. Elle entendit la voix de Dieu qui dès lors l’invitait à se dévouer toute à Son amour (Cant. II), elle vola donc vers son Seigneur, oubliant sa patrie, ses parents, tout en un mot, pour ne s’attacher qu’à L’aimer et à Lui complaire (Ps. XLIV). Sur le champ, elle obéit à la voix divine.
Considérons donc combien fut agréable à Dieu cette offrande que Marie lui fit d’elle-même, puisqu’elle s’offrit à Lui promptement et entièrement (…).

Premier point : Marie s’offrit promptement à Dieu.

(…) Dès le premier moment où cette céleste enfant fut sanctifiée dans le sein de sa mère, et ce fut le premier de son immaculée conception, elle reçut le parfait usage de la raison, pour pouvoir commencer dès lors à mériter, suivant l’opinion commune des docteurs (…). Si ce privilège a été accordé aux anges et à Adam, comme le dit le docteur angélique, il faut admettre à bien plus forte raison qu’il a été accordé à la divine Mère ; car, Dieu ayant daigné la choisir pour Sa Mère, on doit supposer certainement qu’Il lui a conféré de plus grands dons qu’à toutes les autres créatures. En sa qualité de Mère, dit Suarez, elle a en quelque sorte un droit particulier à tous les dons de son Fils. Comme, à raison de l’union hypostatique, Jésus dut avoir la plénitude de toutes les grâces, il convint aussi, à raison de la divine maternité de Marie, que Jésus, en retour de l’obligation naturelle qu’Il lui avait, lui conférât des grâces plus grandes que celles qui étaient accordées à tous les anges et aux autres saints.

C’est pourquoi, dès le premier instant de sa vie, Marie connut Dieu, et Le connut si bien, qu’aucune langue, dit l’ange à sainte Brigitte, ne saurait expliquer combien l’intelligence de la sainte Vierge réussit à pénétrer Dieu dès le premier moment qu’elle Le connut. Et dès lors aussi, éclairée des premiers rayons de la divine lumière, elle s’offrit toute entière au Seigneur, se dévouant sans réserve à Son amour et à Sa gloire, comme l’ange continua à le dire à sainte Brigitte : Aussitôt notre Reine se détermina à sacrifier à Dieu sa volonté avec tout son amour pour le temps de sa vie. Et nul ne peut comprendre combien sa volonté se soumit alors à embrasser toutes les choses qui plaisaient au Seigneur.

Mais cette enfant immaculée, apprenant ensuite que ses parents, saint Joachim et sainte Anne, avaient promis à Dieu, même avec voeu, que, s’Il leur accordait un rejeton, ils le consacreraient à Son service dans le temple, et les Juifs ayant l’antique coutume de placer leurs filles dans des cellules, autour de cet édifice, pour y être élevées, comme le rapportent Baronius, Nicéphore, Cedranus et Suarez, d’après l’historien Josèphe et le témoignage de saint Jean Damascène, de saint Grégoire de Nicomédie, de saint Anselme, de saint Ambroise ; et comme cela est d’ailleurs établi clairement par un passage du livre 2e des Macchabées (III, 20), relatif à Héliodore, qui voulut pénétrer dans le temple pour s’emparer du trésor ; Marie apprenant cela, dirons-nous, lorsqu’elle avait à peine trois ans, ainsi que l’attestent saint Germain et saint Epiphane, c’est-à-dire à l’âge où les jeunes filles ont un plus grand désir et un plus grand besoin de l’assistance de leurs parents, voulut être solennellement offerte et consacrée à Dieu, en se présentant dans le temple ; aussi fut-elle la première à prier ses parents avec instance de l’y conduire pour accomplir leur voeu. Et sa sainte Mère, dit saint Grégoire de Nysse, s’empressa de le faire.
Saint Joachim et sainte Anne, sacrifiant généreusement à Dieu ce que leur coeur chérissait le plus sur la terre, partirent de Nazareth, portant tour à tour dans leurs bras leur fille bien-aimée, car elle n’aurait pu franchir à pied la longue distance de 80 milles qui sépare Nazareth de Jérusalem. Ils voyageaient accompagnés d’un petit nombre de parents ; mais des légions d’anges, dit saint Grégoire de Nicomédie, formaient leur cortège, et servaient durant ce voyage la Vierge immaculée qui allait se consacrer à la majesté divine.
Oh ! qu’ils sont beaux, devaient alors chanter les anges, qu’ils sont agréables à Dieu, les pas que vous faites pour aller vous offrir à Lui, ô Fille bien-aimée de notre commun Seigneur (Cant. VII, 1).

La Vierge enfant, Sainte Anne et Saint Joachim, à la Présentation (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

La Vierge enfant, Sainte Anne et Saint Joachim, à la Présentation (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Dieu, dit saint Bernardin, fit en ce jour une grande fête avec toute la cour céleste, en voyant conduire Son Épouse au temple, car Il ne vit jamais de créature plus sainte et plus aimable s’offrir à Lui. Allez donc, s’écrie saint Germain, archevêque de Constantinople, allez, ô Reine du monde, ô Mère de Dieu, allez avec joie à la maison du Seigneur, attendre la venue du divin Esprit qui vous rendra Mère du Verbe éternel !

Lorsque cette sainte société arriva au temple, l’aimable enfant se tourna vers ses parents, s’agenouilla en baisant leurs mains, et leur demanda leur bénédiction ; puis, sans jeter aucun regard en arrière, elle franchit les quinze marches du temple (comme le rapporte Arias Montanus d’après Josèphe), et se présenta au prêtre saint Zacharie, dit saint Germain. Renonçant alors au monde, renonçant à tous les biens qu’il promet à ses serviteurs, elle s’offrit et se consacra à son Créateur.

Au temps du déluge, le corbeau, envoyé par Noé hors de l’arche, s’y arrêta pour se repaître de cadavres ; mais la colombe, sans même poser le pied, retourna aussitôt a l’arche. Bien des hommes envoyés par Dieu en ce monde s’y arrêtent aussi malheureusement à se nourrir des biens terrestres. Il n’en fut pas de même de Marie, notre céleste colombe ; elle connut que Dieu doit être notre unique bien, notre unique espérance, notre unique amour ; elle connut que le monde est plein de périls, et que plus tôt on le quitte, plus tôt on est délivré de ses pièges ; aussi voulut-elle le fuir dès sa plus tendre enfance, et alla-t-elle s’enfermer dans la sainte retraite du temple, pour y mieux entendre la voix du Seigneur, pour L’honorer et L’aimer davantage. Ainsi la sainte Vierge, des ses premières actions, se rendit chère et agréable à son Dieu, comme l’Église le lui fait dire. C’est pourquoi on la compare à la lune ; car, de même que la lune achève son cours plus vite que les autres planètes, de même Marie atteignit la perfection plus vite que tous les saints, en se donnant à Dieu promptement, sans délai, et entièrement sans réserve (…).

Le prêtre Zacharie accueillant la Vierge enfant (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Le prêtre Zacharie accueillant la Vierge enfant (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Deuxième point : Marie s’offrit à Dieu sans réserve.

Eclairée d’en haut, cette enfant savait bien que Dieu n’accepte pas un coeur divisé, mais qu’Il veut qu’on le consacre tout entier à Son amour, suivant le précepte qu’Il en a donné. Aussi, dès le premier instant de sa vie, commença-t-elle à aimer Dieu de toutes ses forces, et se donna-t-elle à Lui toute entière. Mais son âme très sainte soupirait avec ardeur après le moment de se consacrer tout à fait à Lui en effet, et d’une manière publique et solennelle.
Considérons donc avec quelle ferveur cette Vierge aimante, se voyant enfermée dans le saint lieu, se prosterna pour en baiser le parvis, comme celui de la maison du Seigneur, puis elle adora Son infinie majesté, et Le remercia d’avoir daigné l’admettre à habiter pendant quelque temps Sa maison ; ensuite elle s’offrit toute entière à son Dieu, sans réserve d’aucune chose, Lui offrant toutes ses facultés et tous ses sens, tout son esprit et tout son coeur, toute son âme et tout son corps ; car ce fut alors, comme on le croit, que pour plaire à Dieu elle fit le voeu de virginité, voeu que Marie forma la première, suivant l’abbé Rupert. Et elle s’offrit, sans limitation du temps, comme l’affirme Bernardin de Busto. Car elle avait alors l’intention de se dévouer à servir la divine majesté dans le temple, durant toute sa vie, si Dieu l’avait ainsi voulu, et sans jamais sortir du lieu saint. Oh ! avec quel amour dut-elle s’écrier alors : « Mon Seigneur et mon Dieu, je ne suis venue que pour Vous plaire et pour Vous rendre tout l’honneur que je puis ; je ne veux vivre et mourir que pour Vous, si Vous l’agréez ; acceptez le sacrifice que Vous fait votre pauvre servante, et aidez-moi à Vous être fidèle ».

Considérons combien fut sainte la vie de Marie dans le temple ; en l’y voyant croître en perfection, comme l’aurore en lumière, qui pourrait expliquer comment resplendissaient en elle, et plus belles de jour en jour, toutes les vertus, la charité, la modestie, l’humilité, le silence, la mortification, la mansuétude ?
Planté dans la maison de Dieu, ce bel olivier, dit saint Jean Damascène, arrosé par l’Esprit saint, devint le séjour de toutes les vertus. Le même saint dit ailleurs : Le visage de la Vierge était modeste, son esprit humble, et ses paroles, expression d’une âme recueillie, étaient douces et pleines de charmes ; il ajoute autre part : La Vierge éloignait la pensée de toutes les choses terrestres, pour embrasser toutes les vertus ; s’occupant ainsi de la perfection, elle y fit en peu de temps de si grands progrès qu’elle mérita de devenir le temple de Dieu.

Saint Anselme, traitant de la vie de la sainte Vierge dans le temple, dit que Marie était docile, parlait peu, demeurait recueillie, sans rire ni se troubler jamais. Elle persévérait dans l’oraison, dans la lecture des livres saints, dans le jeûne et dans toutes les pratiques de vertu. Saint Jérôme entre dans de plus grands détails : Marie réglait ainsi sa journée : depuis le matin jusqu’a tierce, elle restait en oraison ; de tierce jusqu’à none, elle s’occupait de quelque travail ; à none reprenait l’oraison jusqu’à ce que l’ange lui apportât sa nourriture comme de coutume. Elle était la première dans les veilles, la plus exacte à accomplir la loi divine, la plus profonde en humilité, la plus parfaite dans chaque vertu. On ne la vit jamais en colère : toutes ses paroles respiraient tant de douceur qu’on reconnaissait l’Esprit de Dieu à son langage.

La Vierge enfant dans son oblation totale (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

La Vierge enfant dans son oblation totale (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

La divine Mère révéla elle-même à sainte Elisabeth, vierge de l’ordre de saint Benoît, que, lorsque ses parents l’eurent laissée dans le temple, elle résolut de n’avoir que Dieu pour père, et elle songeait à ce qu’elle pouvait faire pour Lui être agréable. Elle se détermina à Lui consacrer sa virginité, et à ne posséder quoi que ce fut au monde, soumettant toute sa volonté au Seigneur. Entre tous les préceptes, elle se proposait surtout d’observer celui de l’amour de Dieu ; elle allait, au milieu de la nuit, prier le Seigneur, à l’autel du temple, de lui accorder la grâce de pratiquer Ses commandements, et de lui faire voir en ce monde la Mère du Rédempteur, Le suppliant de lui conserver les yeux pour la contempler, la langue pour la louer, les mains et les pieds pour la servir, et les genoux pour adorer dans son sein son divin Fils.
Sainte Elisabeth, à ces mots de Marie, lui dit : « Mais, ô ma Souveraine, n’étiez-vous pas pleine de grâce et de vertu ? » Et Marie répondit : « Sachez que je me regardais comme la plus vile des créatures, et comme indigne de la grâce de Dieu ; c’est pourquoi je demandais ainsi la grâce et la vertu ». Enfin, pour nous convaincre de la nécessité absolue où nous sommes tous de demander à Dieu les grâces dont nous avons besoin, Marie ajouta : « Pensez-vous que j’aie obtenu la grâce et la vertu sans peine ? Sachez que je n’ai reçu de Dieu aucune grâce sans une grande peine, sans de continuelles oraisons, des désirs ardents, et beaucoup de larmes et de pénitences ».

Mais on doit s’attacher surtout aux révélations faite à sainte Brigitte, touchant les vertus et les exercices pratiques par la sainte Vierge dans son enfance.
Dès son bas âge, y est-il dit, Marie fut remplie de l’Esprit saint, et à mesure qu’elle croissait en années, elle croissait aussi en grâce. Des lors, elle résolut d’aimer Dieu de tout son coeur, de manière à ne L’offenser ni par ses paroles, ni par ses actions, aussi méprisait-elle tous les biens de la terre. Elle donnait aux pauvres tout ce qu’elle pouvait. Elle était si sobre qu’elle ne prenait que la nourriture absolument nécessaire pour soutenir son corps. Ayant appris, dans l’Ecriture Sainte, que Dieu devait naître d’une vierge afin de racheter le monde, elle s’enflamma tellement du divin amour, qu’elle ne désirait que Dieu et ne pensait qu’à Lui, ne se plaisant que dans le Seigneur, elle fuyait la conversation même de ses parents, pour n’être point détournée du souvenir de Dieu. Enfin, elle souhaitait de se trouver au temps de la venue du Messie, afin d’être la servante de l’heureuse Vierge qui aurait mérite de devenir Sa Mère. Voila ce que contiennent les révélations faites à sainte Brigitte (Livres 1 et 3).

Visage et mains de la Vierge enfant dans son offrande (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Visage et mains de la Vierge enfant dans son offrande (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Ah! c’est pour l’amour de cette sublime enfant que le Rédempteur hâta sa venue au monde ; tandis que, dans son humilité, elle ne se croyait pas digne d’être la servante de la divine Mère, elle fut choisie pour la devenir elle-même ; par l’odeur de ses vertus, par la puissance de ses prières, elle attira dans son sein virginal le Fils de Dieu. Voila pourquoi Marie a reçu du divin Époux le nom de tourterelle (Cant. II, 12), non seulement parce qu’à l’exemple de la tourterelle elle aimait la solitude, vivant en ce monde comme dans un désert, mais parce que, comme la tourterelle fait retentir les campagnes de ses gémissements, ainsi Marie gémissait dans le temple, en compatissant aux misères du monde perdu et en demandant à Dieu notre commune Rédemption. Oh! avec quel amour, avec quelle ferveur, elle répétait à Dieu dans ce temps les supplications et les soupirs des prophètes, pour qu’il envoyât le Rédempteur (Isaïe XVI, 1 ; XLV, 8).

Enfin Dieu se plaisait à voir cette Vierge s’élever de plus en plus vers le sommet de la perfection, semblable à une colonne de parfums, qui exhalait les odeurs de toutes les vertus, comme l’Esprit saint le dit dans les cantiques (Cant. III, 6). En vérité, déclare saint Sophrone, cette enfant était le jardin de délices du Seigneur, parce qu’Il y trouvait toutes les sortes de fleurs, et toutes les odeurs de vertus. Aussi saint Jean Chrysostome affirme-t-il que Dieu choisit Marie pour Sa Mère sur la terre, parce qu’Il n’y trouva point de Vierge plus sainte et plus parfaite, ni de lieu plus digne de Sa demeure, que son sein très sacré, parole confirmée par saint Bernard ; et saint Antonin assure que la Bienheureuse Vierge, pour être élue et destinée à la dignité de Mère de Dieu, dut posséder une perfection si grande et si consommée qu’elle surpassât en perfection toutes les autres créatures.

Comme cette sainte enfant se présenta et s’offrit à Dieu dans le temple promptement et sans réserve, ainsi présentons-nous en ce jour à Marie entièrement et sans délai, et prions-la de nous offrir à Dieu, qui ne nous repoussera pas, en nous voyant présentés par la main de celle qui fut le temple vivant du Saint-Esprit, les délices du Seigneur, et la Mère destinée au Verbe éternel. Mettons tout notre espoir en cette sublime et excellente souveraine, qui récompense avec tant d’amour les honneurs que lui rendent ses serviteurs.

Les lys, symboles de la perpétuelle virginité vouée par Marie à sa Présentation (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Les lys, symboles de la perpétuelle virginité vouée par Marie à sa Présentation (église Saint-Martin de Vals-les-Bains)

Sur la Présentation de la Bse Vierge Marie au Temple voir aussi :
- l’hymne liturgique du propre parisien > www
- la méditation de Monsieur Olier > www
- le sermon de St François de Sales > www

Publié dans : De liturgia, De Maria numquam satis, Textes spirituels | le 21 novembre, 2013 |1 Commentaire »

2013-81. In memoriam : Joseph-Etienne de Surville, marquis de Mirabel, et Dominique Allier.

Nous avons rappelé en son temps l’anniversaire du martyre de l’abbé Claude Allier, prieur de Chambonas, et avons évoqué à cette occasion ce que furent les « Camps de Jalès » (cf. > www).
Attachons-nous aujourd’hui à la figure de deux de ses continuateurs : le marquis de Surville et Dominique Allier, frère de l’abbé. Cet automne 2013 marque le deux-cent-quinzième anniversaire de leur exécution, à des dates et en des lieux différents, mais après avoir été capturés ensemble toutefois.

2013-81. In memoriam : Joseph-Etienne de Surville, marquis de Mirabel, et Dominique Allier. dans Memento surville-dazur-a-trois-roses-dargent-au-chef-dhermines

Surville : d’azur à trois roses d’argent au chef d’hermines

A – Joseph-Etienne de Surville, marquis de Mirabel.

Il est né le 16 juin 1755 dans une  très ancienne famille de la noblesse vivaroise dont on a la trace au XIIIe siècle. Son père, Jacques de Surville, était capitaine au régiment d’infanterie de Berry ; sa mère était Suzanne de Rey.
Les Surville, délaissant leurs fiefs campagnards, s’étaient établis à Viviers, où leur hôtel particulier existe encore.

Joseph-Etienne embrasse la carrière militaire et entre, à l’âge de 16 ans, au régiment de Picardie, créé par Henri II en 1558, qui sera renommé régiment Colonel-Général en 1780. Il prend part à la campagne de Corse (1774-1779).
En 1780, il part avec le comte de Rochambeau pour soutenir les insurgés américains contre les troupes britanniques : il est distingué pour son intrépidité au combat.
Rentré en France, on le retrouve en garnison avec le régiment Colonel-Général à Brest en 1783, à Besançon en 1784.
Erreur de jeunesse, entraînement des cadres de l’armée chez lesquels c’est un véritable phénomène de mode, ambiance générale de la haute société menée par l’esprit des « lumières », c’est à Besançon que Joseph-Etienne de Surville est initié à la maçonnerie (loge « la Modeste »), ce qui cependant ne semble pas influencer durablement ses convictions profondes tant pour ce qui concerne la religion que dans l’ordre politique.
Il est possible qu’il ait connu à cette époque le jeune Louis de Frotté, entré en 1781 au régiment Colonel-Général.

chateau-du-pradel-la-chapelle 17 novembre 1798 dans Vexilla Regis

Château du Pradel : la chapelle et l’entrée des bâtiments (état au début du XXe siècle)

Le 28 février 1786, à l’âge de 31 ans, il épouse Marie-Pauline d’Arlempdes de Mirabel, dans la chapelle du château du Pradel (ancienne propriété du célèbre Olivier de Serre), proche de Villeneuve de Berg.
Ce mariage lui apportant le marquisat de Mirabel, Joseph-Etienne prend alors le titre de marquis.
De cette union naîtra un seul enfant, qui décédera à l’âge de 4 ans.

Joseph-Etienne entre le 24 juin de cette même année 1786 au conseil municipal de Viviers. L’année suivante, le 30 juin 1787, il succède à son père comme premier consul de la cité.
En 1788 et 1789 il prend part aux assemblées de la noblesse du Vivarais.
A ma connaissance, on ne possède pas de portrait de lui. Les archives départementales de la Haute-Loire conservent la description faite par les révolutionnaires au moment de son arrestation : « D’une taille de cinq pieds deux à trois pouces », c’est-à-dire qu’il mesure environ 1,70 m, mais le reste est tout-à-fait imprécis : « il possède une jolie figure pleine » et « homme d’esprit, l’air fin et aisé ».

Tous les historiens ne s’accordent pas sur sa participation au mouvement de Jalès. Il semblerait qu’il ait été arrêté une première fois après l’échec de la conspiration de Saillans (cf. > www), mais qu’il ait réussi à s’échapper.
En mai 1793, il rejoint l’armée de Condé dans le Würtenberg. Inscrit sur la liste des émigrés, ses biens sont spoliés et vendus ; l’hôtel de Surville, à Viviers, est pillé, et toutes les archives en sont brûlées.

L’inaction lui pesant, il rentre clandestinement en Vivarais au début de l’année 1795. C’est alors qu’il s’engage activement dans le mouvement de chouannerie qui s’étend du Rouergue aux Monts du Lyonnais, en passant par le Gévaudan, la Margeride, les hautes Cévennes, le Vivarais, le Velay et le Forez : il est aux côtés du comte de La Motte (cf. > www), des frères Allier - on trouvera ci-après le texte de la proclamation du 3 mai 1796 – , et il est en relation avec « notre » Grand Chanéac (cf. > www) … etc.
Il fut arrêté dans la haute vallée de l’Ardèche, près de Mayres, et conduit à Aubenas, mais parvint à s’échapper encore une fois. 

L’abbé Charles Jolivet dans son ouvrage sur « Les Chouans du Vivarais » écrit que « malgré le prestige de son nom et la confiance qu’inspira sa valeur, il ne jouera jamais qu’un rôle secondaire ».
Ce jugement nous semble injuste et sévère. Tout d’abord, en effet, le marquis de Surville a joué un rôle non négligeable d’agent de liaison d’une part entre les divers groupes de Chouans, et d’autre part entre l’ensemble du mouvement contre-révolutionnaire du sud-est du Royaume et la Cour en exil : il a ainsi parcouru à maintes reprises les provinces du haut-Languedoc, le Vivarais, le Velay et les environs de Lyon pour ensuite traverser la Suisse et les provinces de l’Empire en guerre, afin de rejoindre, au milieu d’innombrables périls, les Princes émigrés.
Puis il a aussi mené personnellement à bien des actions d’éclat à la tête de sa petite troupe, comme la prise de Pont-Saint-Esprit le 30 septembre 1797.
Dès le 10 juillet 1796, il avait été promu dans l’Ordre Royal de Saint-Louis, et c’est Sa Majesté le Roi Louis XVIII elle-même qui lui en remit le ruban le 8 mars 1797. 

Nous verrons plus loin dans quelles circonstances il fut arrêté, le 2 octobre 1798.

250px-cachet_chouan 18 octobre 1798

B – Déclaration de l’armée chrétienne et royale d’Orient – 3 mai 1796.

Telle qu’elle est citée par Albert Boudon-Lashermes
in « Les Chouans du Velay » (1911) pp. 437-438 

Vive la Religion ! Vive le Roi ! Vive la liberté !

Nous, fidèles sujets de Sa Majesté Très Chrétienne Louis-Stanislas-Xavier, Roi de France et de Navarre,
profondément affectés des malheurs de notre déplorable patrie, regardant cet enchaînement de calamités comme l’effet de la plus terrible vengeance que l’Eternel ait jamais exercée contre aucun peuple de la terre, presque inondée du sang de nos concitoyens de tout âge, et marchant à travers les tombeaux de quatre millions d’entre eux, nous osons supplier ce Dieu de justice et de clémence de daigner enfin mettre un terme à ces terribles fléaux…
En présumant de Ses bontés inépuisables, persuadés que l’obligation première qu’Il nous impose est de rétablir, avec les saints autels, le trône de nos Rois, Fils aînés de l’Eglise, nous déclarons avoir pris à la face du Ciel et sous Ses divins auspices les engagements ci-après énoncés :
1° – De replacer la couronne de nos Rois dans la maison régnante des Bourbons et sur la tête de Louis XVIIIe du nom, sucesseur légitime de feu Louis XVII son auguste et trop infortuné neveu ; … de lui prêter une assistance continue pour rétablir les anciennes lois de son Etat, à l’abri desquelles nos anciens vécurent plus ou moins heureux pendant quatorze siècles.
2° – De faire revivre, dans son premier éclat et dans toute sa pureté, la religion catholique, apostolique et romaine…
Telle est irrévocablement la tâche honorable à l’éxécution de laquelle nous jurons de sacrifier notre repos, notre fortune et nos vies…
Fait au quartier général, sur les bords du Lac d’Issarlès, le 3 mai, jour de l’Invention de la Croix, l’an 1796 et le deuxième du règne de Louis XVIII.

Signé, au nom de tous nos frères d’armes présents :
Les généraux de l’armée chrétienne et royale de l’Orient,

Marquis de Surville
La Mothe 

lac-dissarles abbé Claude Allier

Le lac d’Issarlès : d’une superficie de quelque 90 hectares, 5 km de circonférence et 138 m de profondeur
situé à 1000 m d’altitude dans une région difficile d’accès, les Chouans du Vivarais en firent le lieu de leur quartier général depuis lequel ils lancèrent la proclamation du 3 mai 1796. 

C – Dominique Allier.

Frère de l’abbé Claude Allier, Dominique seconda son aîné le prieur de Chambonas dans ses entreprises à Jalès, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le dire (cf. > www), puis dans la tentative de formation d’un camp royaliste à Séneujols, dans les montagnes du Velay (près de Saugues).
Après l’arrestation et le martyre de l’Abbé Allier, en septembre 1793, Dominique était activement recherché et dut vivre dans la clandestinité (on sait qu’il utilisera des pseudonymes), avec son jeune frère Charles. Peut-être – on ne peut en avoir la certitude absolue – prirent-ils part tous les deux à la défense de Lyon contre les troupes de la Convention.

L’arrivée du comte de la Motte aux confins du Vivarais et du Velay, vers la fin de l’année 1793 ou au début de l’année 1794, permet de réorganiser et de relancer le mouvement contre-révolutionnaire qui avait été initié par l’abbé Claude Allier, comme nous l’avions aussi déjà raconté (cf. > www).
Désormais, Dominique Allier sera l’un des plus actifs et des plus efficaces des auxiliaires du comte de La Motte. Ce dernier ne connaissait pas le pays et ses hommes, c’est Dominique Allier qui le présente aux chouans locaux, et qui le met en relation avec la population rurale, toujours méfiante au premier abord.

Le signalement de Dominique Allier conservé aux Archives de la Haute-Loire le décrit comme étant âgé de 37 à 38 ans (en 1798), d’une taille de « cinq pieds quatre à cinq pouces » (soit environ 1,73 m), les cheveux chatains, la « figure laide et fort rouge », très marquée par la petite vérole, les yeux petits, avec une cicatrice à l’une des paupières qui lui défigure l’oeil, « il prend beaucoup de tabac », est peu loquace, a une certaine rusticité de manières.
Par son allure et ses habitudes de vie, il est très proche des paysans des hauts plateaux du Vivarais et du Velay.
L’abbé Charles Jolivet, déjà cité, écrit à son sujet : « Allier se présente au paysan comme le défenseur de ses intérêts matériels et moraux les plus chers, le redresseur des torts sociaux et surtout le protecteur de la religion, des bons prêtres et de toutes les victimes de la révolution ».

Après l’exécution sommaire du général-comte de la Motte dans sa prison au Puy (5 octobre 1797), le marquis de Surville obtient pour Dominique Allier une nomination officielle de chef des Royalistes des Cévennes : il le lui écrit depuis Constance le 1er juillet 1798.
Surville et Allier, malgré l’acharnement mis par les « crapauds bleus » à leur recherche, leur jouèrent encore de nombreux « tours » et vinrent s’établir à la limite du Velay et du Forez, aux alentours de Tiranges, Retournac, Craponne, Bas-en-Basset …etc., contrées dont la grande majorité des habitants était ouvertement hostile à la république.

tiranges-vue-generale camps de Jalès

Tiranges (vue générale ancienne) : ce village appartient à l’ancienne province du Forez et a été intégré au département de la Haute-Loire ; il est sis à l’extrémité d’un haut plateau en bordure de la vallée de l’Ance, dont les escarpements font un lieu de refuge idéal.

D – Arrestation et exécution du marquis de Surville et de Dominique Allier.

Le 2 octobre 1798, alors qu’ils étaient cachés dans le souterrain de la maison de Marie-Anne Théoleyre, veuve Brun, au bord des gorges de l’Ance, le marquis de Surville, Dominique Allier, un prêtre – l’abbé Aulagne – et un jeune chouan de 24 ans nommé Jean-Baptiste Robert, furent trahis (pour 800 livres), pris et conduits au Puy.
Fut également captif dans le même temps Jean-François-Joseph de Charbonnel de Jussac, né en 1774, qui avait été lieutenant du comte de La Motte.

Dès le 12 octobre, les « patriotes » du Puy étaient avertis de plusieurs côtés que des attroupements se formaient, en Vivarais, en Gévaudan, en Margeride et en Forez, et que des groupes contre-révolutionnaires assez nombreux s’apprêtaient à marcher sur la capitale du Velay afin d’y délivrer Surville, Allier et les leurs.
Pris de panique, les révolutionnaires du Puy firent alors partir Dominique Allier, Jean-François de Charbonnel et Jean-Baptiste Robert pour Lyon, pour qu’ils y soient jugés par un tribunal militaire : ils comparurent le 15 novembre et furent passés par les armes le 17 novembre 1798.
Leur mort fut annoncée à Paris par le communiqué suivant envoyé par les révolutionnaires du Puy :
« Citoyen ministre, nous venons à l’instant de recevoir une lettre du général Pille dont le contenu doit épouvanter tous les ennemis de la république. Elle vous apprendra que la terre de la liberté a dévoré trois de ses plus grands ennemis dans nos contrées, et que Dominique Allier, Charbonnel de Jussac et Robert ne sont plus. Vive la république ! » 

Quant au marquis de Surville, il avait été gardé au Puy et, sans aucun retard, après un simulacre de procès, il avait été fusillé, contre la façade méridionale de l’église Saint-Laurent, le 18 octobre 1798. Il était âgé de 43 ans et 4 mois.

Voici le récit de ses dernier instants, écrit par Albert Boudon-Lashermes :
« Une foule immense de sans-culottes, de garde-nationaux, de troupes de ligne, gendarmerie, chasseurs et canonniers avait envahi les abords de Saint-Laurent pour assister à la mort de Surville.
D’un pas assuré, il descendit l’escalier de sa prison ; sa bouche et son soeur priaient. Il monta sur le tombereau, et, calme et souriant, traversa la rue Grange-vieille en saluant les amis accourus sur son passage. Le cortège sortit du Puy par la porte Pannessac.

le-puy-en-velay-porte-pannessac Charbonnel de Jussac

Le Puy-en-Velay : la Porte Pannessac (avant sa mutilation)

- Monsieur, dit-il à l’officier qui commandait le détachement, je crois inutile de vous demander un prêtre fidèle ; ce serait d’ailleurs l’exposer à de grands malheurs. Veuillez donc, s’il vous plaît, m’envoyer le curé constitutionnel.
Le prêtre arrive : « Je vous plains, Monsieur, d’avoir donné ce funeste exemple de prévarication ; je sais néanmoins que, dans le cas où je me trouve, je puis me servir de vous. Veuillez m’écouter ».
Le prêtre schismatique, attendri, remplit son pénible ministère. M. de Surville reçut ses consolations avec une piété et une douceur angéliques.
Un sergent s’avança pour lui bander les yeux : « Comment ! dit-il, depuis ma plus tendre enfance je sers mon Dieu et mon Roi, et vous ne me supposez pas assez de courage pour voir le plomb mortel ? »
Et, mettant la main sur son coeur, il s’écria : « C’est ici qu’il faut frapper ! »
La décharge retentit et Surville tomba mort au pied du contrefort de l’église. »

(Albert Boudon-Lashermes, in « Les Chouans du Velay » pp. 453-454)

Albin Mazon de son côté écrit de manière plus laconique mais en apportant néanmoins quelques détails supplémentaires : « Conduit sur la place de la fraternité, en face de la ci-devant église des Jacobins, le marquis de Surville refuse de se laisser bander les yeux. « Vive Dieu et Vive le Roi, c’est ici qu’il faut frapper ! » criait-il. Et il montrait son coeur. Trois balles au moins le frappèrent au front ».

Sans postérité, la branche aînée de la famille de Surville s’éteignit avec le marquis.
Son épouse, Marie-Pauline d’Arlempdes de Mirabel, lui survécut jusqu’en 1848. C’est elle qui fit publier, en 1803, selon les consignes que Joseph-Etienne lui avaient laissées, les « Poésies de Marguerite-Éléonore-Clotilde de Vallon-Chalys, depuis Madame de Surville, poète français du xve siècle ». Ces poèmes de celle que l’on nomme plus communément Clotilde de Surville sont l’une des énigmes laissées par la mort du marquis (voir l’article de wikipédia > www).

Pour nous, nous gardons vivante la mémoire du marquis de Surville et de ses intrépides compagnons, et chaque fois que, au Puy-en-Velay, Frère Maximilien-Marie passe à côté de l’église Saint-Laurent (ancienne église des Jacobins, c’est-à-dire des dominicains, avant la révolution), il a une pensée reconnaissante pour ce pur et généreux héros.

Lully.

le-puy-eglise-saint-laurent chouannerie

Le Puy, église Saint-Laurent contre le mur méridional de laquelle fut fusillé le marquis de Surville.

lys2 comte de La Motte

Publié dans : Memento, Vexilla Regis | le 16 novembre, 2013 |1 Commentaire »
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