2013-46. Du sept-cent-cinquantième anniversaire du miracle de Bolsena.

Jeudi de la Fête du Très Saint Sacrement, (*)
30 mai 2013.

2013-46. Du sept-cent-cinquantième anniversaire du miracle de Bolsena. dans De liturgia raphael-le-miracle-de-bolsena-vatican

Raphaël : le miracle de Bolsena (détail) – musées du Vatican.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En cette année 2013, nous commémorons le sept-cent cinquantième anniversaire d’un événement qui eut des conséquences extraordinaires dans la vie de toute l’église catholique : le miracle de Bolsena.

Ce prodige advint au mois de décembre : décembre de l’an 1263. Mais il convient spécialement de le rappeler en ce jeudi de la fête du Très Saint Sacrement, puisque il fut déterminant pour l’établissement de cette fête dans l’Eglise universelle.

Voici les faits tels qu’ils sont racontés dans l’ouvrage « Les miracles historiques du Saint Sacrement », publié en 1898 par le Rd. Père Eugène Couet, avec l’imprimatur du Rd. Père Lepidi, maître du Sacré Palais :

« C’était l’époque où l’Allemagne, sans cesse déchirée par la guerre depuis la mort de l’impie Frédéric II, n’avait pu encore se choisir un empereur ; et les compétiteurs, se disputant la couronne, jetaient le trouble dans toutes les provinces germaniques.
Un prêtre de ces contrées, jusque-là distingué par sa piété et par la pratique des vertus sacerdotales, vit un jour sa foi attaquée par de terribles doutes ; ils portaient spécialement sur l’adorable Sacrement de l’autel. A chaque instant, il avait à subir de nouveaux assauts de la part de l’esprit des ténèbres : Hoc est Corpus meum ; Hic est Sanguis meus ! comment ces paroles, si simples et si courtes, peuvent-elles faire, du pain et du vin, la vraie Chair et le vrai Sang de Jésus-Christ ? Telles étaient les questions que le père du mensonge faisait renaître dans cette âme d’ailleurs fort attachée au service de Dieu. Il l’amenait peu à peu à ne voir dans le prêtre qu’un homme ordinaire, sans considérer le pouvoir auguste que lui a conféré l’onction sainte. Or, s’arrêter à la faiblesse du ministre et ne pas remonter jusqu’à Dieu, dont la puissance est sans bornes, c’est s’exposer aux plus fatales erreurs.
Mais le pauvre prêtre, ainsi tourmenté par l’épreuve, avait recours à la prière et demandait au Ciel la lumière qui lui rendrait la paix. Dieu ne dédaigna pas les cris de détresse de son ministre : et le Sacrement de vie, après avoir été l’occasion des manoeuvres infernales, dut bientôt servir à la défaite de Satan.

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Bolsena : la basilique de Sainte Christine dans laquelle eut lieu le miracle.

« Il est sur la terre un lieu privilégié, où jaillit toujours vive et pure la source de la foi : c’est à la ville de Pierre qu’il faut aller puiser la vérité. Notre infortuné prêtre le compris, il fit voeu de visiter le tombeau des saints Apôtres pour s’y raffermir dans la croyance catholique. Après un long et pénible voyage, il arriva à Bolsena, antique cité qui, du temps des Romains, comptait parmi les principales villes de Toscane, mais qui ne garde plus de sa grandeur passée que des ruines et des tombeaux. C’était en décembre 1263. Un vieux temple, dédié jadis à Apollon, et dès les premiers siècles consacré à la glorieuse vierge Christine, se recommandait à la piété du pèlerin ; il voulut célébrer la sainte messe à l’autel où l’on voit encore, miraculeusement gravée dans le marbre, l’empreinte des pieds de l’illustre martyre.

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Bolsena, basilique Sainte Christine : autel où se produisit le miracle.

« Parvenu au moment où il devait diviser l’Hostie sainte, le célébrant tenait ce Pain sacré sur le calice, quand il le vit, ô prodige ! prendre l’aspect d’une chair vive d’où le sang s’échappait goutte à goutte. La partie cependant qu’il tenait entre les doigts conservait l’apparence du pain, comme pour attester (suivant la remarque de Saint Pierre Damien au sujet d’un fait semblable) que cette Hostie, si subitement changée dans sa forme extérieure, était bien celle qui, peu d’instants avant, cachait sous le voile des accidents le Corps et le Sang de Jésus-Christ. Bientôt l’abondance du sang fut si grande qu’il empourpra le corporal de taches nombreuses ; plusieurs purificatoires, avec lesquels le prêtre essayait d’étancher cet écoulement mystérieux, furent aussi imbibés en peu de temps.

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Miniature représentant le miracle de Bolsena : l’Hostie sanglante.

« La vue de cette Hostie changée en chair, ce sang qui coulait sans interruption remplirent le célébrant d’une frayeur indicible, mais aussi d’une sainte joie : car il reconnaissait que Dieu venait d’exaucer ses prières et répondait à ses doutes d’une manière irréfragable. Mais pour ne pas scandaliser les fidèles, s’ils venaient à savoir le motif qui avait déterminé ce prodige, il voulut tenir secret un événement si extraordinaire.
C’était compter sans les desseins de Dieu, qui voulait par là raviver la foi d’un grand nombre : aussi, comme il repliait le corporal pour dissimuler les taches qui en couvraient une grande partie, les merveilles se multiplièrent. Dans chacune des gouttes qui continuaient à couler de l’Hostie apparaissait une figure humaine, la face adorable du Sauveur couronné d’épines, telle qu’elle était à cette heure douloureuse où Pilate montra Jésus au peuple altéré de son sang.
La terreur empêcha le prêtre d’achever le Saint Sacrifice. Dans ces cas extraordinaires, comme l’enseigne Saint Thomas (summ. theol. p.3, qu.82 a.4), le célébrant peut se dispenser de terminer les fonctions sacrées. Il enveloppa donc dans le corporal tout maculé de sang l’Hostie changée en chair, la plaça dans le calice et quitta l’autel.

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Le prêtre tente de dissimuler le miracle en quittant l’autel
(toile dans la basilique Sainte Christine de Bolsena)

« Mais le sang coulait si abondamment que, durant le trajet de la chapelle à la sacristie, de grosses gouttes tombèrent sur les pierres du pavé. C’est ce qui trahit le prêtre, et le miracle fut bientôt connut dans toute la ville.

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Basilique Sainte Christine de Bolsena : l’une des dalles tachée du sang miraculeux.

« Le Souverain Pontife résidait alors avec sa cour à Orvieto, à six milles de Bolsena. Le pèlerin alla sans retard se jeter à ses pieds ; il raconta au Pape Urbain IV les épreuves que sa foi avait eu à subir et le miracle provoqué par ses doutes. Puis, muni de la bénédiction apostolique et désormais délivré de toute tentation, il se rendit au tombeau des saints Apôtres pour rendre grâce de ce bienfait et accomplir son voeu.
Le Pape Urbain IV ne resta pas indifférent à cet éclatant prodige. Deux grandes lumières de l’Eglise, saint Thomas d’Aquin et saint Bonaventure, se trouvaient alors à Orvieto ; il les députa sur le champ à Bolsena pour y faire une enquête. La vérité du miracle fut reconnue ; et le Pontife chargea l’évêque d’Orvieto d’aller chercher à l’église Sainte Christine l’adorable Hostie, le corporal et les autres linges ensanglantés. Urbain lui-même, entouré des cardinaux, du clergé et d’une foule immense, sortit en procession solennelle et vint au-devant de ce précieux trésor jusqu’au pont de Rivochiaro, à un quart de mille environ de la ville. Les enfants et les jeunes gens portaient des palmes et des branches d’olivier ; on chantait des hymnes et des cantiques au Dieu du Sacrement. Le Pape s’agenouilla pour prendre les vénérables Mystères et les porta comme en triomphe jusqu’à la cathédrale de Sainte Marie d’Orvieto. »

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Urbain IV accueillant les reliques du miracle de Bolsena pour les conduire à Orvieto.

Pour compléter le récit du Rd. Père Couet, j’ajouterai les précisions suivantes :

1) le Pape Urbain IV (1195 – 1264), né Jacques Pantaléon, de Troyes, avait été de 1241 à 1253 archidiacre de Liège : dans cette ville, il avait été été instruit des demandes de Notre-Seigneur concernant l’institution d’une fête en l’honneur du Saint Sacrement, transmises par la moniale augustinienne, sainte Julienne du Mont-Cornillon. Avec d’autres théologiens, il avait authentifié les voies mystiques de Julienne et la fête du Très Saint Sacrement avait été instituée à Liège en 1246 (voir ici > www).
Elu au Souverain Pontificat le 19 août 1261, le miracle de Bolsena vint lui rappeler les demandes de Notre-Seigneur que sainte Julienne avait faites connaître ; ainsi, le 11 août 1264, par la bulle Transiturus (texte de cette constitution apostolique ici > www), il étendit la fête du Très Saint Sacrement à l’Eglise universelle.
Urbain IV rendit son âme à Dieu quelques mois plus tard, le 2 octobre 1264. 

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Orvieto : la cathédrale reconstruite à partir de 1290 pour servir d’écrin au corporal du miracle.

2) La cathédrale d’Orvieto, dans laquelle Urbain IV avait emmenée solennellement l’Hostie miraculeuse et le corporal taché de sang, fut réédifiée d’une manière somptueuse à partir de 1290. Ce linge miraculeux existe toujours ; le reliquaire dans lequel il est exposé (photo ci-dessous) est conçu de telle manière qu’il peut également servir d’ostensoir : un « cercle » d’orfèvrerie le surmonte dans lequel est insérée la lunule avec la Sainte Hostie, et pour la procession de la Fête-Dieu il est porté à travers les rues d’Orvieto au milieu d’un cortège magnifique. 

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Orvieto : le corporal miraculeux.

3) Les dalles du pavement de la basilique Sainte Christine de Bolsena tachées par le sang qui gouttait en abondance de l’Hostie miraculeuse, ont été enlevées du sol. Quatre d’entre elles se trouvent toujours à Sainte Christine : trois sont de simples dalles de pierre et se trouvent enchâssées dans des reliquaires muraux et la quatrième, qui était une pierre tombale, est exposée dans le reliquaire dont la photographie se trouve plus haut. La cinquième – qui est aussi une pierre tombale – a été offerte en 1602 à l’église paroissiale de Porchiano del Monte, où elle est également exposée dans un reliquaire.

* * * * * * *

En un temps malheureux où de nombreuses erreurs se sont à nouveau introduites dans l’Eglise au sujet du Saint-Sacrifice de la Messe, où la croyance et la dévotion des fidèles envers la Très Sainte Eucharistie a été amoindrie, souvent par la faute de clercs qui manquent eux-mêmes de foi et sont coupables de graves désinvoltures ou manques de respect lorsqu’ils célèbrent les Saints Mystères, le sept-cent cinquantième anniversaire du miracle de Bolsena vient à point nommé pour nous rappeler la foi authentique reçue de la Tradition ininterrompue depuis les Apôtres!

Que toujours soit loué, béni et adoré Jésus présent et vivant dans le Très Saint Sacrement de l’autel !

Lully.                           

                 Voir aussi :
- La biographie de Ste Julienne du Mont-Cornillon > www
- l‘institution de la Fête-Dieu par Urbain IV et Jean XXII > www

eucaristia04copie Sainte Julienne du Mont-Cornillon

(*) note : Faut-il le rappeler? La fête du Très Saint Sacrement est fixée, dans l’Eglise universelle, au jeudi qui suit le dimanche de la Sainte Trinité : c’est une fête d’obligation, qui doit être fériée (canon 1246 §1). En France où – hélas ! – , depuis les limitations des fêtes religieuses imposées par l’impie Napoléon, les lois civiles ne permettent plus aux fidèles de chômer et d’assister à la Messe comme les dimanches et jours de grandes fêtes, la solennité est reportée au dimanche qui suit.

Publié dans : De liturgia, Memento | le 30 mai, 2013 |Pas de Commentaires »

2013-45. «Il Vous est impossible de ne pas me faire miséricorde, car la miséricorde Vous est consubstantielle!»

Sermon de Saint Augustin
sous forme d’une prière embrassée au Saint-Esprit

2013-45. «Il Vous est impossible de ne pas me faire miséricorde, car la miséricorde Vous est consubstantielle!» dans De liturgia champaigne-st-augustin-detail-300x224

Philippe de Champaigne : Saint Augustin (détail) 

(la division du texte et les titres donnés aux paragraphes sont de notre fait)

§1. Invocation initiale au Saint-Esprit :

Esprit-Saint, mon Dieu, j’éprouve le désir de parler de Vous, et, néanmoins, je crains pour moi de le faire, car je ne trouve en moi rien qui me le permette.
Pourrais-je, en effet, dire autre chose que ce que Vous m’inspirerez? Pourrai-je prononcer un seul mot, si Vous ne venez en moi pour Vous substituer à moi et Vous parler de Vous-même?
Donnez-Vous donc à moi pour commencer, ô généreux Bienfaiteur, ô Don parfait ; car, quant à Vous, Vous m’appartenez ; rien ne peut m’appartenir, je ne puis m’appartenir moi-même, si je ne Vous possède d’abord. Soyez à moi, et ainsi serai-je à moi, et aussi à Vous : si je ne Vous possède pas, rien ne m’appartiendra. Près de qui aurai-je le droit de Vous posséder? Près de personne, si ce n’est près de Vous.
Il faut donc que Vous Vous donniez à moi, afin que je puisse faire auprès de Vous votre acquisition. Prévenez-moi donc, préparez mon âme à Vous recevoir, et quand Vous y serez entré, parlez-Vous pour moi et écoutez-Vous en moi. Ecoutez-Vous en mon lieu et place, ô Vous qui êtes si bienveillant! Ecoutez une bonne fois, et ne Vous irritez pas. Voyez de quel esprit s’inspirent mes paroles pour moi, je l’ignore, mais je sais pertinemment que, dépourvu de votre assistance, je ne puis rien dire.

§2. Merveilles accomplies par le Saint-Esprit dans l’histoire du salut :

Je m’en souviens : il Vous a suffi jadis de toucher un homme adultère et assassin pour en faire le psalmiste ; Vous avez délivré l’innocente Suzanne ; vos regards se sont abaissés sur une femme possédée par sept démons, sur Magdeleine, et la charité surabondante dont Vous l’avez remplie en a fait l’apôtre des Apôtres ; le larron a été visité par Vous, pendant qu’il était en croix, et, le même jour, Vous l’avez placé dans le ciel pour l’y faire jouir de la gloire du Christ.
Sous votre influence, l’apostat a versé des larmes de repentir, et Vous l’avez préparé à recevoir le souverain pontificat. N’est-ce point à votre appel que le publicain est devenu un évangéliste? N’avez-Vous point terrassé le persécuteur, et, quand il s’est relevé, n’était-il point devenu un docteur hors ligne?
N’êtes-Vous pas venu du ciel pour visiter les Juifs orgueilleux, et en les voyant consumés par les ardeurs de la plus audacieuse doctrine, ne les avez-Vous pas délaissés?
Dieu de sainteté, quand je réfléchis à ce que Vous avez inspiré à tous ces personnages, je me sens encouragé, par leur exemple, à Vous parler ainsi, et je sais, à n’en pas douter un instant, que Vous m’avez appris à Vous répondre de la sorte : voilà aussi pourquoi je soupire vers Vous et me jette dans vos bras.
Ecoutez-moi, Bonté sans limites, et que votre misérable créature n’encoure point votre indignation. Si mes crimes surpassent, par leur nombre, les crimes de tous ces personnages qui me rappellent vos miséricordes, votre indulgence dépasse de beaucoup en étendue ma culpabilité ; car n’est-elle pas infinie? Il lui est facile de pardonner un péché! Ne lui est-il pas aussi aisé d’en pardonner des centaines de mille?

§3. Invocation ardente à l’Esprit-Saint dont la miséricorde éclate
à travers même l’exercice de la justice divine :

A l’un il a suffi d’un seul péché mortel pour se voir réservé à la damnation, quand il est sorti de ce monde : avec des milliers de fautes, un autre a été réservé par Dieu, comme étant prédestiné à la vie.
Qu’y a-t-il en cela, ô très-doux Esprit? C’est que, d’un côté, se manifeste votre miséricorde, et, de l’autre, votre justice. Ces deux hommes, bien différents l’un de l’autre, se trouvent également destinés après une multitude de crimes énormes et pour la fin du monde, celui-ci à entrer dans la vie, celui-là à tomber dans d’affreux tourments. Qu’en conclure, ô Dieu plein de bonté? C’est qu’en tout cela votre miséricorde sans bornes reste toujours égale à elle-même, bien que Vous agissiez diversement.
Le petit nombre des péchés ne donne pas plus la certitude d’arriver à la vie éternelle, que la grandeur et la multiplicité des fautes ne doit donner lieu au désespoir.
Mais parce que votre miséricorde est préférable à toutes les vies, je l’invoque, je la désire, il m’est doux de m’y attacher. Donnez-Vous à moi par son intermédiaire, et donnez-la moi par Vous : que je la possède en Vous, et qu’elle Vous serve de chemin pour venir en moi. C’est elle qui m’inspire le confiant courage de Vous parler ; elle rend mon âme supérieure à elle-même : en la possédant je Vous possède.
Je ne demande donc rien que Vous, car Vous êtes le Docteur et la Science, le Médecin et le Remède, Vous voyez l’état des âmes et Vous les préparez : Vous êtes l’Amour et l’Amant, la Vie et le Conservateur de la vie.
Que dire de plus? Vous êtes tout ce qu’on peut appeler bon!
Car si nous ne sommes point anéantis, c’est l’effet de votre indulgence : elle seule nous soutient en nous attendant ; elle seule nous conserve en ne nous condamnant pas, nous rappelle sans nous faire de reproches, nous renvoie sans nous juger, nous accorde la grâce sans nous la reprendre, et nous sauve par sa persévérance.

§4. Exhortation à soi-même pour une très grande confiance :

Ame pécheresse, ô mon âme, lève-toi donc! redresse-toi! sois attentive à ces consolantes paroles! ne refuse pas un secours qui peut t’aider si puissamment à te réformer!
Remarque-le bien : pour ta restauration, cette Personne divine est la seule qui te soit nécessaire. Lève-toi donc tout entière, ô mon âme! et, puisqu’en cette Personne seule se trouve ton salut, consacre-Lui toutes tes forces, prépare-toi à Lui servir de demeure ; reçois-La, afin qu’Elle te reçoive à son tour.

§5.  Ardents soupirs adressés à l’Esprit Réparateur et Sanctificateur :

Venez donc, ô très-doux Esprit! étendez votre doigt, aidez-moi à me lever.
Que ce saint doigt s’approche de moi, m’attire vers Vous, se pose sur mes plaies et les guérisse. Qu’il fasse disparaître l’enflure de mon orgueil ; qu’il ôte la pourriture de ma colère ; qu’il arrête en moi les ravages du poison de l’envie ; qu’il en retranche la chair morte de la nonchalance ; qu’il y calme la douleur de la cupidité et de l’avarice ; qu’il en ôte la superfluité de la gourmandise, et y remplace l’infection de la luxure par les parfums odorants de la plus parfaite continence.
Puisse-t-il me toucher, ce doigt qui fait couler sur les blessures le vin, l’huile et la myrrhe la plus pure! Puisse-t-il me toucher, ô Dieu plein de bonté!
Alors disparaîtra toute ma corruption, alors je reviendrai à ma primitive innocence, et quand Vous viendrez habiter en moi, qui ne suis maintenant qu’un sac déchiré, Vous y trouverez une demeure en bon état, fondée sur la vérité de la foi, bâtie sur la certitude de l’espérance et parachevée avec une charité ardente.
Bien que nous ne Vous désirions pas depuis longtemps, venez, Hôte aimable! oui, venez! Demeurez avec nous, car si Vous n’y restez pas, il se fera tard, et le jour baissera (Luc XXIV, 29). Frappez et ouvrez! car si Vous ouvrez la porte, personne ne la fermera : entrez et fermez-la derrière Vous, et personne ne l’ouvrira (Apoc. III, 7). Tout ce que Vous possédez est en paix (Luc XI, 21), et, sans Vous, il n’y a point de paix possible, Vous, le Repos des travailleurs, la Paix des combattants, le Plaisir de ceux qui souffrent, la Consolation des malades, le Rafraîchissement de ceux que la chaleur accable, la Joie des affligés, la Lumière des aveugles, le Guide de ceux qui doutent, le Courage des timides…
Car personne ne goûte la tranquillité, s’il ne travaille pour Vous : celui-là seul jouit de la paix, qui combat pour Vous. Souffrir pour Vous, c’est le comble du bonheur ; pleurer pour Vous, c’est la suprême consolation. Quand mon âme gémit pour Vous, alors, à vrai dire, elle se livre au vice et aux plaisirs. Ineffable Bonté, Vous ne pouvez souffrir qu’on souffre, qu’on pleure ou qu’on travaille à cause de Vous ; car, au même moment commencent le travail et le repos, le combat et la paix, la peine et le bonheur. Etre en Vous, c’est être dans l’éternelle félicité.

§6. Contrition et componction appelant le pardon et la grâce du salut :

O mon Bien-Aimé, touchez donc, oui, touchez mon âme! cette âme que Vous avez créée et choisie pour votre demeure au jour de mon baptême.
Mille fois, hélas! vous avez été honteusement et injurieusement chassé de cette maison qui Vous appartenait en propre, et voilà que votre misérable hôtesse Vous rappelle à grands cris ; car c’est pour elle le plus grand des malheurs de se trouver privée de Vous.
Revenez, ô Esprit bon, prenez pitié de cette séditieuse qui Vous a chassé de chez elle. Maintenant, ah! maintenant, elle se rappelle vivement tout le bonheur qu’elle éprouvait à se trouver auprès de Vous. Tous les biens lui étaient venus à cause de Vous (Sag. 
VII, 11) ; sitôt que Vous Vous êtes retiré d’elle, ses ennemis l’ont dépouillée ; ils ont emporté avec eux tous les trésors que Vous lui aviez apportés, et, non contents de l’appauvrir, ils l’ont accablée de coups et de blessures et laissée presque morte (Luc X, 30).
Revenez donc, Seigneur bien-aimé! descendez à nouveau dans votre maison, avant que votre hôtesse insensée rende le dernier soupir.
Aujourd’hui je vois, aujourd’hui je sens combien je suis malheureuse en vivant séparée de Vous : je rougis et tombe dans une confusion extrême de ce que Vous Vous êtes éloigné de moi ; mais les inénarrables faiblesses dont votre absence a été pour moi le principe me forcent à Vous rappeler : Précieux Gardien, venez dans la maison de votre misérable Marthe, et gardez-la dans la vérité, « pour qu’elle ne s’endorme pas un jour dans la mort et que son ennemi ne dise point : J’ai prévalu contre elle » (
Ps. XII, 5).
Mes oppresseurs triompheront si je suis ébranlée (
Ps. XII, 6). Mais, avec votre secours, j’espérerai dans votre miséricorde, je m’y attacherai, j’y mettrai ma confiance : en elle sera la part de mon héritage, et, ainsi, je ne craindrai pas ce que peut contre moi un homme mortel (Ps. LV, 5).
Il Vous est impossible de ne pas me faire miséricorde, car la miséricorde Vous est consubstantielle.
Voyez ma pauvreté, voyez mes pressants besoins, et prenez pitié de moi selon votre infinie grandeur, et non selon mes iniquités. Daigne votre commisération montrer qu’elle est au-dessus de toutes vos oeuvres (Ps. CXLIV. 9). Que la malice du péché ne prévale pas sur la grandeur de votre bonté. C’est par indulgence que Vous dites : « Je ne veux pas la mort du pécheur, mais Je veux qu’il se convertisse et qu’il vive » (Ezéch. XXXIII, 11). Car Vous voulez la miséricorde et non le sacrifice (Matth. IX, 13).
Très-généreux Bienfaiteur, étendez votre droite, cette sainte main qui n’est jamais vide, qui ne sait point refuser, qui ne cesse de donner à l’indigent : étendez donc, aimable Bienfaiteur, étendez cette main toute pleine de vos dons : c’est la main des pauvres. Donnez à votre pauvre, ou plutôt à la pauvreté elle-même, ces armes ou ces trésors qui enrichissent l’indigent sans lui laisser rien à craindre.

§7. Invocation finale pleine d’une douce confiance :

Achevez, Seigneur, ce que votre bras a commencé (Ps. LXVII, 29). Car, je le vois, si Vous nous sauvez, c’est, non pas à cause des oeuvres de justice que nous avons faites, mais par votre miséricorde (Tit. III, 5). Donc, très-sainte Communication, accordez-moi le don de piété, dont le propre est d’inspirer la douceur, comme aussi de conserver et de rendre celui à qui il a été départi libre de toute attache aux biens de la terre ; ainsi pourrons-nous dire avec l’Apôtre Pierre : « Voilà que nous avons tout abandonné et que nous Vous avons suivi » (Matth. XIX, 27). Dès lors que nous aurons renoncé à ce qui est de ce monde passager, votre esprit secourable nous conduira dans la voie droite (Ps. CXLII, 10), jusqu’à la terre des vivants, et par l’affectueuse piété qu’il nous inspirera, il nous introduira dans ce séjour où nous pourrons éternellement jouir de Vous pendant la suite sans fin des siècles des siècles.

Ainsi soit-il!

vitrail-saint-esprit-basilique-vaticane Esprit-Saint dans Lectures & relectures

Vitrail du Saint-Esprit au centre de la gloire du Bernin (basilique vaticane)

voir aussi la prière au Saint-Esprit
extraite des oeuvres de Saint Augustin publiée ici > www

2013-44. Où, à propos de l’anniversaire du trépas du Grand Chanéac, Lully évoque les messes clandestines pendant la grande révolution et présente le calice d’un prêtre réfractaire.

Mercredi 15 mai 2013.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Chaque année, à cette date du 15 mai, en notre Mesnil-Marie, nous commémorons avec une grande ferveur et reconnaissance l’anniversaire de la mort du «Grand Chanéac», Jean-Pierrre François Chanéac (11 décembre 1759 – 15 mai 1841), « notre » chef chouan local dont j’ai déjà évoqué la figure dans les pages de ce blogue (cf. > www) et pour la découverte duquel, vous le savez, Frère Maximilien-Marie consacre au cours de l’été des « promenades contées » qui permettent de le mieux connaître (cf. > www).

2013-44. Où, à propos de l'anniversaire du trépas du Grand Chanéac, Lully évoque les messes clandestines pendant la grande révolution et présente le calice d'un prêtre réfractaire. dans Memento 250px-cachet_chouan

Dans la mémoire locale, le «Grand Chanéac» est resté « le protecteur des bons prêtres » et le « défenseur de la religion ».
En effet, dans cette période malheureuse qui vit la promulgation d’une « constitution civile du clergé » schismatique, la persécution contre les prêtres qui refusèrent le serment exigé par les autorités révolutionnaires, la fermeture des églises et l’abrogation du culte catholique romain, les fidèles des paroisses de nos hautes Boutières – comme aussi en Gévaudan, en Margeride et en Velay -, et cela dans une quasi unanimité, n’acceptèrent pas les lois anti-catholiques de la révolution.

Alors que l’évêque de Viviers – le très fantasque et rousseauiste Charles-Louis de La Font de Savine – fut du très petit et peu glorieux nombre des évêques qui prêtèrent le serment schismatique, le clergé vivarois dans sa grande majorité se montra plus sensé que son chef : ce sont environ les deux tiers des prieurs, curés et vicaires qui refusèrent le serment impie ou qui ne le prêtèrent qu’avec des restrictions qui le rendaient invalide. De ce fait, ils durent quitter leurs cures et leurs églises.
Quelques uns, comme la loi les y contraignait, prirent le chemin de l’exil ; beaucoup allèrent trouver refuge dans leur famille ou chez des amis ; beaucoup aussi prirent le maquis et continuèrent, tant bien que mal, à diriger leurs paroisses dans la clandestinité, encouragés par «Monsieur Vernet», c’est-à-dire l’abbé Régis Vernet (1760 – 1843), prêtre de Saint-Sulpice, ancien supérieur du grand séminaire de Viviers, qui organisa et dirigea l’église clandestine de Viviers de 1791 à 1801, avec le soutien de Monseigneur Charles-François d’Aviau du Bois de Sanzay (1736-1826), archevêque de Vienne en Dauphiné, lequel, déguisé en colporteur, en perruquier, en manouvrier voire en mendiant, parcourut nos contrées pour y administrer les sacrements de confirmation et d’ordre.

Dans nos hautes Boutières, partie reculée, escarpée et difficile d’accès du diocèse de Viviers, de très nombreux prêtres vinrent se cacher. La plupart des curés et vicaires de ce territoire des Boutières et de la montagne resta, dans la clandestinité, sur le territoire de leurs paroisses, protégés par leurs fidèles et par les chouans.
Les curés intrus, « jureurs » élus au chef-lieu du département, ne se hasardèrent jamais à venir prendre possession des cures et des églises.
Depuis l’entrée en vigueur de la constitution civile du clergé, jusque au concordat napoléonien, les fidèles ne furent jamais vraiment dépourvus de la Sainte Messe ni des sacrements : les exercices du culte se poursuivirent de manière très régulière dans les maisons particulières, dans les granges, parfois même dans les églises que protégeaient les jeunes gens en armes!

messe-sous-la-terreur grand Chanéac dans Vexilla Regis

Messe clandestine pendant la grande révolution

Beaucoup de prêtres qui officiaient dans la clandestinité n’avaient pu emporter avec eux, en quittant leurs églises, tous les objets du culte nécessaires à la célébration des saints mystères. C’est ainsi, en particulier, que furent alors réalisés des calices, patènes et ciboires en étain.

Normalement (et les lois de l’Eglise actuellement en vigueur sont toujours catégoriques à ce sujet), le calice et la patène doivent être réalisés dans un matériau noble et solide, que l’on ne doit pas pouvoir briser, et – pour le moins – leur revêtement intérieur doit être d’or. En outre, ils doivent être consacrés par un évêque ou par son représentant.
En temps de persécution, par exception, il est toléré que la Sainte Messe puisse être célébrée avec des vases sacrés qui ne sont pas en matière noble et qui sont simplement bénits par un prêtre.

Quand ils ne disposaient pas de calices et de patènes conformes aux règles canoniques, les prêtres réfractaires firent appel à l’ingéniosité et à l’habileté de quelque fidèle pour confectionner des vases sacrés en étain, avec le métal de ces couverts, écuelles, pichets ou gobelets que l’on pouvait trouver dans beaucoup de maisons.

Après la révolution, la plupart de ces calices de fortune a été à nouveau fondue : leur non conformité aux règles liturgiques – tolérée en raison des circonstances particulières de la révolution – ne devait pas subsister après le retour à la normalité.
C’est pourquoi, aujourd’hui, le nombre de ces calices ayant servi aux Messes clandestines est relativement peu élevé.

Aussi, quelle n’est pas notre joie et notre fierté d’en avoir un en notre Mesnil-Marie!
Nous l’avons reçu il y a quelques semaines, et lorsque Frère Maximilien-Marie l’a pris dans ses mains pour la première fois, il en a versé des larmes d’émotion.

En voici la photo :

calice-pretre-refractaire Mesnil-Marie

Sa hauteur est de 26,7 cm. Il est donc tout entier en étain, et d’assez belle facture. Sa coupe porte des marques, liées sans doute aux vicissitudes de son histoire propre, que nous ne connaîtrons en totalité qu’au Ciel, lorsque nous communierons à l’omniscience de Dieu!

Je vous écrivais que la plupart de ces calices ayant servis aux Messes des prêtres réfractaires avait été détruite.
Celui que nous possédons désormais a échappé à cette « régularisation » mais il a été rendu intentionnellement inutilisable, puisque un petit trou, très précis, a été percé dans le fond de la coupe : peut-être fut-ce la condition pour qu’il demeurât? Il ne pouvait plus servir au culte, mais le prêtre qui avait célébré avec pendant ces heures des plus sombres de notre histoire (ou sa famille) pouvait-il (elle) le conserver comme un pieux souvenir de ces temps tragiques.

calice-pretre-refractaire-detail Messes clandestines

Détail du calice : on aperçoit le trou foré dans le fond de la coupe.

Quoi qu’il en soit, ce calice d’étain est pour nous véritablement une quasi relique, que nous conservons avec autant d’émotion que de dévotion, et il concrétise bien à nos yeux les efforts qui sont les nôtres pour entretenir et faire connaître la vérité sur cette horrible révolution, dont nous ne cessons toujours pas de subir les funestes conséquences.

patteschats Monseigneur d'AviauLully.

Pour aider le Refuge Notre-Dame de Compassion > www

lys-2 Monseigneur de La Font de Savine

Publié dans : Memento, Vexilla Regis | le 15 mai, 2013 |4 Commentaires »

Promenades contées « Sur les pas du Grand Chanéac » (été 2013)

Promenades contées

Dès 1791 et jusqu’en 1801, les Hautes Boutières et le Plateau Vivarois ont été le théâtre de véritables faits de chouannerie.
Jean-Pierre François Chanéac - dit « le Grand Chanéac » - a été l’une des figures emblématiques de ce mouvement et un chef chouan très populaire sur les paroisses de Saint-Andéol de Fourchades, Saint-Martial, Les Sagnes et Sainte-Eulalie (voir > www).

Pendant les mois de juin, juillet et août, l’association Refuge Notre-Dame de Compassion propose des promenades contées à ceux qui désirent mieux connaître ce personnage qui a marqué les mémoires et l’imaginaire local, et qui veulent approfondir le contexte de la grande révolution à la limite des Hautes Boutières et du Plateau Vivarois.

chouan10 grand Chanéac dans Vexilla Regis

promenades contées

Sur les pas du Grand Chanéac, 

le Chouan des Hautes Boutières,

sur des lieux où il a vécu, où il a combattu et où il est mort :

les samedis 8 juin, 6 juillet, 3 août et 31 août 2013

(et à la demande pour des groupes constitués)

coeurvendeen promenades contées

Modalités pratiques :

Durée : environ 4 heures.
Participation : 5 € / pers. Inscription préalable souhaitée.

Point de départ : aire de stationnement de la ferme de Bourlatier à 14h, aux dates indiquées ci dessus.
Prévoir : chaussures de marche (et éventuellement bâton de marche), couvre-chefs, gourdes, coupe-vent…

Renseignements et inscriptions : 04 75 65 49 20

Publié dans : Annonces & Nouvelles, Vexilla Regis | le 1 mai, 2013 |1 Commentaire »

2013-42. «On peut se demander si cette omniprésence médiatique du Pape ne contribue point à distraire ou à refroidir la foi du catholique.»

Vendredi 26 avril 2013 au soir,
fête de la manifestation miraculeuse de l’image de Notre-Dame du Bon Conseil
à Genazzano (cf. > www)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Depuis des années, avec Frère Maximilien-Marie, en observant ce qui se passe dans le monde et plus encore dans l’Eglise, nous avons développé toute une réflexion sur la perte quasi généralisée de la compréhension de ce qu’est la fonction hiérarchique, et – en contrepartie – sur les exécrables développements du culte de la personnalité.

Dans les siècles de foi authentique, les fidèles, étaient capables de bien faire la distinction entre la fonction, investie d’une autorité donnée par Dieu, et la personne qui assure tant bien que mal cette fonction.
Ainsi par exemple, érigeait-on dans les cathédrales de très imposantes stalles ouvragées pour que l’évêque y trônât : c’était l’expression du respect dû à la fonction épiscopale, et ce respect découlait de la foi, indépendamment des qualités ou des défauts de la personne.
En revanche, et sans que cela n’amoindrisse le respect de la fonction, pouvait-on sculpter dans le décor de cette même stalle des représentations – parfois très crues – des défauts physiques et moraux de la personne qui était à ce moment-là revêtue de la dignité épiscopale.
Et cela était sain. 

Aujourd’hui au contraire – sous un fallacieux prétexte d’humilité ou de pauvreté - les prélats semblent rivaliser d’ingéniosité pour se soustraire aux honneurs dus à la fonction qu’ils assument et se refusent à pontifier : aux trônes ils préfèrent d’ordinaires fauteuils et plutôt qu’aux riches ornements magnifiant la grandeur de l’épiscopat ils donnent la préférence aux mitres en macramé et aux chasubles en toile de jute ; cependant ils supportent rarement qu’on plaisante sur leurs travers, physiques ou moraux, pourtant bien réels…
Imaginez le tollé qu’aurait suscité par exemple, il y a quelques années, l’installation sur une église parisienne d’une gargouille caricaturant la tête de certain cardinal aujourd’hui défunt!
Et cela n’est pas sain. 

C’est que la perte du sens de la fonction hiérarchique, presque systématiquement rabaissée par l’amoindrissement des honneurs qui lui sont dus, dégénère très souvent en culte de la personnalité pour celui qui occupe cette fonction.
C’est là une chose moralement exécrable. C’est là une chose ruineuse tant pour les institutions que pour la santé psychologique et spirituelle des personnes.
Dans l’Eglise, cela entraîne des engouements superficiels et sentimentalistes qui n’ont plus rien à voir avec la foi surnaturelle ni avec la saine révérence due à l’autorité : aux siècles de foi, lorsque paraissait le Souverain Pontife, on faisait silence et on s’agenouillait pour recevoir la bénédiction du Vicaire de Jésus-Christ qui passait, hiératique ; maintenant le Pape multiplie les tours de piste, les saluts, les risettes et les bisous comme le font les starlettes, et il passe sans plus bénir des foules qui s’agitent et poussent des cris, dont on peut parfois se demander s’ils émanent d’êtres dotés de raison, tant l’émotionnel et l’entraînement collectif semblent prévaloir…

Nous en étions là de nos réflexions, lorsque Jean-Nicolas, l’un de nos fidèles amis qui vit en Argentine, nous a fait connaître un texte des plus intéressants, paru ce jour d’hui même, texte auquel nous adhérons totalement et que nous livrons à notre tour à votre réflexion.
A notre demande, Jean-Nicolas en a assuré une traduction en Français (on en trouvera la version originale, en Espagnol, ici > www), et nous l’en remercions très chaleureusement.

Lully.              

2013-42. «On peut se demander si cette omniprésence médiatique du Pape ne contribue point à distraire ou à refroidir la foi du catholique.» dans Commentaires d'actualité & humeurs pape-francois-bain-de-foule

Télépape

Par Juan Manuel de Prada

«L’exposition médiatique du Pape est un phénomène qui peut nous sembler ‘normal’, et qui l’est en fait dans la phase actuelle de l’histoire ; mais ce phénomène est si spectaculaire qu’il affecte inévitablement la vie des catholiques, si ce n’est pas dans la substance de leur foi, ce l’est du moins dans leur façon de vivre cette foi. Des siècles durant, un catholique pouvait tranquillement mourir sans même savoir qui était le Pape de Rome ; ou en le sachant seulement de façon assez brumeuse, ignorant s’il était gros ou maigre, grand ou petit, taciturne ou bavard, très fin théologien ou très rustique pasteur. Pendant des siècles, savoir qu’il y avait à Rome un homme qui était le vicaire du Christ sur la terre, que cet homme, dont la succession était certaine, gardait le dépôt de la foi qu’il professait, reçue de ses ancêtres, était assez pour un catholique. Des siècles ont passé pendant lesquels un catholique vivait sa foi dans la prière, dans la fréquentation des sacrements et la célébration communautaire ; où il ne recevait d’enseignements que du curé de son village, trônant dans sa chaire, et de ses aînés dans la chaleur du foyer. C’est ainsi que les choses se sont passées depuis la fondation de l’Église jusque à il y a peu de siècles, et ce furent les siècles d’or de la Chrétienté.

Avant l’arrivée de cette phase médiatique de l’histoire, il y en eut une autre, intermédiaire, pendant laquelle le succès de la presse permit à un catholique curieux de connaître les prises de position des papes sur des questions de foi et de mœurs, à travers leurs encycliques ; mais aussi, quand c’était le cas, les difficultés rencontrées par la papauté dans le concert politique international. Lors de cette époque, un catholique connaissait l’effigie du Pape, grâce aux petites estampes et, s’il était lecteur avide de journaux et revues, pouvait se faire une idée sommaire des lignes maîtresses de son pontificat. Mais l’immense majorité des catholiques restait ignorante de telles particularités, vivant encore sa foi à la manière traditionnelle : en communion avec les autres fidèles de sa contrée et écoutant les enseignements du curé du village, qu’il fût saint ou de mœurs relâchées, parfois même dissolues – affaire qui semblait assez triviale au catholique ordinaire : car savoir que, saint ou libertin, ce curé, pendant qu’il disait la messe, était ‘un autre Christ’ était suffisant pour lui. Il s’agissait d’une époque où les institutions restaient au dessus des personnes qui les incarnaient.

Mais cette phase médiatique de l’histoire est arrivée, et tout s’est désorganisé. Voici que le Pape, tout à coup, est devenu une figure omniprésente ; et le catholique ordinaire a commencé à connaître au sujet du Pape des choses intimes inouïes : s’il souffrait de la goutte ou s’il était chauve ; s’il aimait le foot ou les échecs ; s’il était austère ou somptueux dans sa manière de s’habiller ; s’il chaussait des souliers de maroquin ou de canepin ; s’il prenait plaisir à mettre le chapeau de mariachi ou le tricorne dont les fidèles qu’il recevait en audience lui faisaient cadeau, ou s’il déclinait un honneur aussi douteux. On tint qu’en connaissant ces intimités inouïes le catholique pouvait aimer le Pape plus parfaitement, qu’il deviendrait de cette façon plus «humain», plus «proche» et «accessible». Propos d’autant plus grotesques que le Pape n’a d’autre mission sur la terre que d’être le vicaire du Christ et que, pour approcher le Christ, pour le faire plus «humain», «proche» et «accessible», c’est le Christ lui-même qui nous a donné la recette : «Car j’ai eu faim et vous m’avez nourri ; je fus assoiffé et vous me donnâtes à boire ; je fus étranger et vous m’avez donné refuge… etc.» Ce n’est pas en connaissant des intimités inouïes du Pape que le catholique approche le Christ, mais en souffrant avec les petits dans lesquels le Christ se cache.

On peut bien se demander si, en revanche, cette omniprésence médiatique du Pape ne contribue point à distraire ou à refroidir la foi du catholique. On peut se demander si le suivi médiatique du Pape, pas seulement dans ses prises de position sur des questions qui affectent la foi et les mœurs, mais dans les âneries quotidiennes les plus variées, ne génère point quelque sorte de ‘papolatrie’ tout étrangère à la tradition catholique, et qui frôle souvent le phénomène ‘fan’ provoqué par des chanteurs, des footballeurs et des acteurs. On peut encore se demander si cette exposition médiatique tellement abusive ne génère pas une distorsion dans la transmission de la foi. Car si le Christ avait souhaité que la foi fut transmise ‘en grand’ il aurait inventé d’un coup le porte-voix, la radiophonie, les antennes relais, la ligne ADSL, la télévision digitale et les réseaux sociaux d’Internet ; mais, pouvant le faire, Il préféra que la foi fût transmise dans la chaleur humaine, à travers des petites communautés qui grandirent moyennant le témoignage personnel et intransférable, cœur-à-cœur, de ses disciples.»

prada culte de la personnalité dans Commentaires d'actualité & humeurs

Juan Manuel de Prada

Né en 1970 en Biscaye (Pays Basque), diplômé en droit de l’université de Salamanque,
se fait connaître d’abord, à partir de 1994, par des romans quelque peu scabreux ;
après une grâce de conversion, il s’engage dans la défense de la pensée traditionnelle
et fait de la lutte contre le politiquement correct un apostolat de l’intelligence
à travers une activité journalistique dans laquelle il excelle.

Publié dans : Commentaires d'actualité & humeurs | le 26 avril, 2013 |Commentaires fermés

2013-41. Fête catholique et légitimiste le samedi 1er juin

Nous avons fêté avec une grande ferveur, hier 25 avril, le trente-neuvième anniversaire de la naissance de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, aîné de tous les Capétiens et, selon les Lois Fondamentales du Royaume, héritier du trône de France.

C’est avec joie que, à l’occasion de cet anniversaire, nous relayons dans les pages de ce modeste blogue l’annonce de la 

Grande Fête Catholique et Légitimiste

du Lyonnais et de la Bourgogne
(et des provinces avoisinantes) 

organisée pour la troisième année consécutive par
les Cercles Légitimistes
et l’association PSB (Présence du Souvenir Bourbonien) de Lyon
réunis au sein de l’Union Légitimiste

le Samedi 1er juin 2013 à Attignat (Bourg-en-Bresse)

2013-41. Fête catholique et légitimiste le samedi 1er juin dans Annonces & Nouvelles prince-louis-et-princesse-marie-marguerite

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon et son épouse, la Princesse Marie-Marguerite.

Voici le tract contenant toutes les indications pour la participation et les inscriptions à cette fête pour le succès de laquelle nous prions de tout notre coeur :

annonce-fete-legitimiste-1er-juin-2013 1er juin 2013 dans Vexilla Regis

Informations et renseignements complémentaires :
- guy.m.boyard@orange.fr  / tél. : 06 87 31 20 27
- psblyon@free.fr / tél. : 06 76 79 63 60

lys2 fête catholique et légitimiste

Publié dans : Annonces & Nouvelles, Vexilla Regis | le 26 avril, 2013 |Pas de Commentaires »

2013-40. « Benoît Labre, c’est la contre-révolution en personne ! »

16 avril, fête de Saint Benoît-Joseph Labre.

Nous avons vu ce qu’avaient été les derniers jours et la mort de Saint Benoît-Joseph Labre (ici > www). Voici maintenant quelques éléments de réflexion et de méditation, mettant en évidence les leçons que sa vie et ses exemples donnent aux fidèles d’aujourd’hui.

A la suite de la béatification du saint pèlerin et mendiant, célébrée à Rome le 20 mai 1860 par le Bienheureux Pie IX devant quelque 40000 fidèles, le diocèse d’Arras, Boulogne et Saint-Omer organisa un triduum solennel : le jour de la clôture de ces fêtes de béatification, le 18 juillet 1860, Monseigneur Louis-Edouard Pie, évêque de Poitiers et futur cardinal, prononça un splendide panégyrique qui occupe presque quarante pages à la fin du troisième volume de ses oeuvres complètes.

Il ne nous est bien sûr pas possible de reproduire ici cette magnifique oeuvre oratoire dans sa totalité ; toutefois je ne peux résister à la tentation d’en copier quelques morceaux choisis, extraits de la seconde partie de ce panégyrique, parce que – plus d’un siècle et demi après l’époque où ils furent prononcés dans la chaire de la cathédrale d’Arras et peut-être plus encore qu’alors – ils restent d’une saisissante actualité, au point qu’on pourrait dire que ce sont des paroles véritablement prophétiques.
En les lisant, il vous sera aisé d’établir des liens avec les circonstances actuelles de l’Eglise, du monde et de la France…

2013-40. « Benoît Labre, c'est la contre-révolution en personne ! » dans Nos amis les Saints cardinal-edouard-pie

S.Exc. Mgr. Louis-Edouard Pie, évêque de Poitiers

« A ne considérer que toute une grande portion de l’humanité contemporaine, on pourrait dire, mes Frères, que le détrônement de la chose chrétienne est un fait accompli ; que la face du monde est changée, renouvelée ; que le christianisme a disparu sans retour, qu’il est vaincu, enterré, remplacé. Le christianisme, c’est l’édifice de la grâce s’élevant sur les ruines de la nature.
Or, le monde moderne, c’est la nature reprenant fastueusement ce qu’elle appelle ses droits, étalant hautement ses titres, dilatant sans réserve ses moyens d’action et de jouissance. Concupiscence de la chair, concupiscence des yeux, orgueil de la vie : voilà la triple puissance que le christianisme entend briser. Or, le monde moderne a cassé ce triple anathème ; et, des trois choses renversées par le Christ, il a fait la triple colonne du temple de l’humanité émancipée, le trépied de la chaire où elle trône et d’où elle rend ses oracles. Prêtez l’oreille à ses enseignements, et vous reconnaîtrez qu’elle a ses dogmes, sa morale, son culte, ses sacrements, ses béatitudes, son ciel, son enfer, qui forment l’exacte contre-partie de tout le système chrétien.
Il est vrai, dans ce temple nouveau, tout n’est pas encore harmonie. Au sein de ce vaste naturalisme, il reste des dissensions, des guerres intestines. En face du sensualisme repu qui jouit et qui veut conserver, se dresse le sensualisme affamé qui conspire et qui veut partager. Au-dessus du sensualisme abaissé qui s’arrête et se complaît dans la jouissance animale, s’élève le sensualisme raisonné qui veut devenir une doctrine et prétend à la dignité de l’idée. Conservatorisme donc et communisme ou socialisme ; spiritualisme et matérialisme ; libéralisme et despotisme ; déisme même et athéisme : tout cela, comme on le voit, forme un concert assez discordant, et présente la religion moderne sous des noms et des aspects assez divers. Mais enfin toutes ces nuances savent se rapprocher et se fondre ; toutes ces lignes aboutissent dans un cadre commun, toutes ces diversités se relient dans un même symbole, se rencontrent dans un même programme, à savoir, la supplantation de l’élément révélé par l’élément humain, la substitution des droits de l’homme aux droits du Christ et de Son Eglise, le triomphe du naturalisme sur le christianisme.
Aussi trouve-t-on de toutes parts le même patois sur toutes les lèvres, la même fièvre dans toutes les âmes. Civilisation, progrès, conquêtes de l’humanité ; industrie, spéculation, agiotage ; émancipation de l’esprit ou de la chair, sécularisation de la loi et du pouvoir : que sais-je? complétez un peu cette énumération, et vous aurez tout le bagage de mots, d’idées et d’aspirations qui font un homme de ce temps, véritable antipode de tout ce qui constitue la doctrine, la morale et la discipline chrétienne.
Or, mes Frères, à cette génération qui ne connaît, ne sert et n’adore que la nature, voici que la Providence vient opposer un phénomène inattendu. C’est un homme qui foule aux pieds tous les dons, tous les droits, tous les avantages même les plus légitimes de la nature, et qui embrasse volontairement et par vertu le genre de vie le plus opposé à la nature ; c’est un homme qui, prenant les préceptes et les conseils de l’Evangile pour la règle unique de son esprit et de ses actions, abandonne sa famille, son patrimoine, traite son corps en ennemi, épouse la pauvreté, l’abjection, le mépris, et ne vit ici-bas que pour Dieu ; c’est un homme qui immole complètement le sens humain et la prudence de la chair pour n’obéir qu’à la sagesse surnaturelle ; un homme qui prise si haut la virginale intégrité de la foi, la pureté de l’orthodoxie, qu’il ne peut supporter la rencontre d’un hérétique, et qu’il n’hésite point à tripler la fatigue d’un voyage pour éviter de mettre le pied sur une terre protestante. Et cet homme, que notre siècle serait si enclin à ne pas regarder, à dédaigner, à insulter, voici que, bon gré mal gré, notre siècle est obligé à lui prêter son attention. Car enfin, Dieu S’est encore réservé des moyens de Se faire entendre ; Sa voix a des accents qui dominent toujours tous les bruits de la terre (…).
C’est un principe de la science que les contraires sont guéris par les contraires. Tout était contesté dans le code moral de Jésus-Christ : voici ce code observé dans sa dernière rigueur. L’Evangile était déclaré absurde, impossible : le voici pratiqué au pied de la lettre. Le remède est proportionné au mal, la résistance à l’attaque. Seigneur tout-puissant, cette fois encore vous aurez choisi ce qu’il y a de plus faible pour confondre ce qu’il y a de plus fort (1 Cor. I,27). Le naturalisme, comme un fleuve qui a brisé toutes ses digues, allait engloutir la terre. Un humble serviteur de Dieu s’est levé pour repousser le torrent dévastateur. Benoît Labre a planté sur le sol son bâton de pèlerin ; et le flot s’est arrêté, et le naturalisme a fait un pas en arrière. »

(Oeuvres de Monseigneur l’Evêque de Poitiers – Tome III – pp. 663-666) 

st-benoit-joseph 18 juillet 1860 dans Vexilla Regis

Saint Benoît-Joseph pèlerin
(tableau de l’église d’Erin – Artois)

« (…) Le saint français de la seconde moitié du XVIIIe siècle sera issu des rangs de cette petite bourgeoisie, de cette condition moyenne, qui allait opérer la plus grande révolution qu’ait jamais vue  le monde. Mais sa carrière aura été à l’inverse de toutes les idées, de toutes les aspirations, de tous les entraînements de sa caste. Laissez-moi le dire ainsi : Benoît Labre, c’est le révolutionnaire retourné, c’est la contre-révolution en personne, c’est l’homme du XVIIIe et du XIXe au rebours. Aussi, ne le cherchez point parmi les philosophes ou les encyclopédistes, point parmi les constituants ou les conventionnels, point parmi les présidents de district ni parmi les patriotes renommés. Non, à l’heure où s’ouvriront les états généraux qui préluderont au renversement de la monarchie, à l’heure où la plus ancienne dynastie du monde descendra les marches du trône et gravira celles de l’échafaud, Benoît-Joseph, par une mort prématurée et par les prodiges accomplis autour de sa tombe ou dus à son invocation, aura déjà commencé à monter les degrés de l’autel sur lequel il doit être publiquement honoré au siècle suivant. Et les siens, durant les jours de la tempête, protégés par son souvenir et par leurs traditions héréditaires, figureront au dehors parmi les émigrés et les confesseurs de la foi, au dedans parmi les suspects et les recéleurs de prêtres.»

(ibid. p. 668)

amettes-maison-natale-calvaire béatification

Amettes : le grand calvaire érigé au sommet de la prairie devant la maison natale de Saint Benoît-Joseph

« Benoît Labre, ai-je dit, est une grande leçon donnée à un monde qui n’est plus chrétien. Oui, car la nature, aux yeux du monde actuel, est quelque chose de saint et sacré. Notre siècle s’indigne à l’idée que nous soyons dans un état de dégradation et de péché où la vie de la nature doive être refrénée, doive être circonscrite, doive être immolée, pour faire place à la vie de la grâce ; il va jusqu’à considérer comme un outrage au Créateur, comme un attentat et une insulte à Sa sagesse, la répression des sens, la mortification de la chair, la circoncision de l’esprit et du coeur, le retranchement du bien-être et des douceurs de la vie ; la première condition qu’il entend faire à la religion, c’est qu’elle restera compatible avec le plein usage de ce qu’il nomme les droits de la nature. Or, notre siècle aura beau faire et beau dire, la parole de Jésus-Christ restera dans toute sa force : « Si votre main ou votre pied vous est un sujet de scandale et une occasion de péché, coupez-les et jetez-les loin de vous ; car il vaut mieux pour vous d’entrer dans la vie manchot ou boiteux, que d’avoir deux mains ou deux pieds et d’être précipité dans le feu éternel. Et si votre oeil droit vous tend des pièges, arrachez-le et jetez-le loin de vous : car il vaut mieux pour vous qu’un de vos membres périsse, que si tout votre corps était jeté dans l’enfer » (Matth. V, 28-30 & XVIII, 8-9).
Ainsi a fait notre Bienheureux. Il ne s’est pas littéralement mutilé : il savait que telle n’est pas la signification de la sentence évangélique. mais tout ce qui, dans la vie naturelle, aurait pu le souiller, le pervertir, l’énerver, l’amoindrir, il l’a résolument abandonné et sacrifié. Il a su acheter la vie future aux dépens de la vie présente. C’est ainsi, par exemple, qu’aux dangers de la séduction que ses charmes naturels pouvaient faire naître, il n’hésita point à opposer ces dehors qui vous révoltent (…). Et, en pourvoyant ainsi à son propre salut, il a sciemment réagi contre une société sybarite, il a expié et réparé le sensualisme qui débordait dès lors dans le monde et jusque dans l’Eglise. Car, malgré son humilité, Benoît Labre a eu la conscience de son rôle ; il a compris qu’il était une victime, un contrepoids, et qu’il serait une leçon. C’est ce sentiment qui faisait sa force, comme il constitue sa vraie grandeur (…).

L’exemple de Benoît-Joseph est donc grandement opportun pour un monde qui avait cessé d’être chrétien. J’ai dit aussi, et je finis par là, qu’il vient à propos pour un monde qui ne l’est plus assez.
Beaucoup d’hommes de ce temps, mes Frères, non-seulement ne connaissent et ne pratiquent plus qu’un christianisme très imparfait, mais s’érigent en oracles et en docteurs pour canoniser ce christianisme appauvri.
A les en croire, l’Eglise chrétienne n’est plus et ne peut plus être qu’un grand institut mitigé, où la première intégrité de la règle ne saurait jamais renaître ; où les esprits les plus sages et les plus pratiques seront désormais les plus condescendants, ceux qui sauront faire la part du temps, et sacrifier quelque chose de l’antique dépôt dans le but de sauver le reste. Dans ce christianisme attempéré, les anciennes et larges thèses de la foi se laissent modestement mesurer les ailes au compas de la philosophie ; l’antique folie de la Croix se dissout, s’évapore, et, pour ainsi parler, se volatilise dans je ne sais quel creuset. Le droit public des âges chrétiens s’efface avec respect devant les grands principes, les principes réputés immortels de l’ère moderne ; et, quand il ne désavoue pas son origine et son passé, il confesse du moins la légitimité de sa défaite et proclame la supériorité de son vainqueur. La morale évangélique elle-même se prête à des complaisances, à des accomodements ; elle se laisse tirer, allonger en divers sens, à la façon de ces trames élastiques si usitées dans l’industrie actuelle. Enfin la discipline est sommée de retirer peu à peu toutes ses prescriptions gênantes pour la nature ; et volontiers on laisse entrevoir un progrès de la loi d’amour et de liberté dans l’abaissement de la loi d’expiation et de pénitence. Que sais-je, mes Frères? il y a ainsi toute une synthèse de théologie rajeunie, tout un évangile de nouvelle fabrique. Jugez si ces théories sont accueillies, si l’amolissement intellectuel et moral des âmes s’accomode de cette atténuation des doctrines et des pratiques, si la tendance naturaliste et semi-pélagienne de notre temps déguste et savoure avec plaisir ce christianisme édulcoré (…).

Mes Frères, ce que Jésus-Christ a fait par Lui-même, ce qu’Il a fait par Sa doctrine et par Sa vie, Il continue de le faire dans Son Eglise par la doctrine et par la vie de Ses saints. Un saint, à lui tout seul, fait reculer toute la génération contemporaine, il a raison contre tous, et il reste maître du terrain (…). Oui, un saint replace une vérité dans tout son jour, il la remet en crédit, il la venge, il la ressuscite, il la popularise.
Théophantes de je ne sais quelle nouvelle ère chrétienne, faites de la théologie de transaction et d’accommodement ; montrez-nous votre Eglise réformée ou transformée ; tracez-nous le programme d’un nouveau régime religieux ; acclamez comme une forme perfectionnée du progrès chrétien les axiomes et les principes que Rome repousse ; donnez des armes à ses adversaires et aux vôtres en caressant des utopies tout à fait analogues à celles dont ils poursuivent l’application ; mettez-vous en quête d’un second Charlemagne dont la gloire sera d’avoir assujetti l’Eglise aux exigences de l’idée moderne, comme ce fut la gloire du premier d’avoir organisé la société laïque en conformité avec l’idée chrétienne, alors toute puissante ; jetez vos sarcasmes ingénieux aux défenseurs d’une orthodoxie arriérée ; enfin, lancez-vous dans mille témérités de mots, d’idées et de systèmes. La Providence, qui vous voit faire et qui vous entend dire, nous envoie au même instant un chrétien de la plus dure trempe et du plus rude calibre ; un chrétien de la vieille espèce, qui immole toute la sagesse humaine devant la folie de la Croix, qui bâtit le règne de la grâce sur les débris de la nature, qui soumet son intelligence sans réserve à l’autorité de la foi et de l’Eglise, qui dit solennellement anathème à l’esprit du monde, à ses pompes et à ses oeuvres. Et tandis que cet homme fait ainsi revivre dans sa personne toute la première austérité de la croyance, toute la première vigueur de la pratique chrétienne, le Ciel vient mettre sur sa tête la sanction du miracle, l’Eglise vient y mettre la sanction de son culte.
Tous vos raisonnements, toutes vos susceptibilités, tous vos ménagements et vos compromis viendront échouer là (…).
Tant pis pour les programmes de conciliation, pour les théories d’économie religieuse et sociale dont le cadre ne comporterait pas une existence comme celle de notre Bienheureux. C’est par des coups de cette portée que Dieu sauve intégralement dans le monde Son esprit, Sa vérité, Sa loi ; c’est ainsi qu’Il fait acte conservatoire, qu’Il empêche et arrête la prescription. Force reste à l’Evangile et à la Croix de Jésus-Christ (…)».

(Ibid. pp. 675-680)

portrait-via-dei-serpenti contre-révolution

Portrait de Saint Benoît-Joseph au-dessus de l’autel de la chapelle aménagée dans la chambre où il mourut dans la maison du boucher Zaccarelli (via dei Serpenti)

« Benoît Labre est un saint, il a été un héros, il a été presque un martyr, il est un thaumaturge. Mais, dans le plan d’En-Haut, il est en outre un docteur. Il l’est à notre profit à tous.
Est-ce que, même chez les âmes chrétiennes, même dans les ministres du sanctuaire, l’estime de la pénitence, la pratique de la pénitence, l’esprit de la pénitence n’aurait pas faibli dans ces derniers temps?
Est-ce que les privations, les veilles, les jeûnes volontaires ne seraient pas sortis des habitudes de ceux-là même qui veulent servir Dieu et sauver leur âme?
Est-ce que l’efficacité même des sacrements ne serait pas souvent compromise par l’absence de la vertu de pénitence?
Est-ce que l’enfer ne se peuplerait pas de nos immortifications?
Notre Bienheureux n’a-t-il pas dit que le manque de contrition et de satisfaction y fait descendre à toute heure les âmes par milliers, comme tombent les flocons de neige dans un jour d’hiver?
Merci, ô Bienheureux Benoît, merci de vos instructions, merci de vos exemples qui resteront pour nous des leçons (…).

Merci pour nous donc. Merci aussi pour l’Eglise. O Sainte Eglise de Dieu, on avait dit que vous étiez trop affaiblie pour produire des chrétiens comme ceux d’autrefois, pour refaire des ascètes comme ceux du désert, on vous croyait réduite à ne plus donner que des avortons. Vous voici revenue à votre première puissance, vous n’avez rien perdu de votre énergique fécondité, vous savez encore enfanter des pénitents dignes de vos plus belles années.
O Seigneur Jésus, dans ce visage amaigri de notre Benoît-Joseph, dans ces joues hâves et creuses, sur ce front couvert de rides prématurées, ce que j’aime et ce que je vénère avec transport, c’est le visage de Votre Eglise, qui ne vieillit point, elle, qui n’a ni taches ni rides, et qui sait retrouver jusqu’à la fin d’admirables retours de jeunesse et de virilité (…). » 

(Ibid. pp. 680-681)

cesare-tiazzi-buste-de-benoit-joseph-labre-realise-en-1784 Monseigneur Pie

Cesare Tiazzi : buste de Benoît-Joseph Labre réalisé en 1784 (année qui suivit sa mort)
d’après les descriptions de ceux qui l’avaient connu à la fin de sa vie.

2013-39. 16 avril 1783 – 16 avril 2013 : deux-cent-trentième anniversaire de la mort de Saint Benoît-Joseph Labre.

Mardi 16 avril 2013,
Fête de Saint Benoît-Joseph Labre
et 230ème anniversaire de sa mort.

Contrairement à ce que certains voudraient laisser penser, la Sainte Eglise Catholique Romaine n’a pas attendu l’année 2013 pour magnifier l’esprit de pauvreté – objet de la première des béatitudes – , pour recommander à tous ses enfants de vivre l’authentique pauvreté évangélique (qui n’a rien à voir avec certains prétendus dépouillements, très ostentatoires), et pour être attentive à soulager, selon ses possibilités, les pauvretés spirituelles et matérielles.

Chaque 16 avril, c’est toujours avec une très grande joie spirituelle et ferveur que nous fêtons Saint Benoît-Joseph Labre, le saint pèlerin, le saint mendiant, dont la vie et les exemples sont le très exact antidote de l’esprit et des moeurs de ces pseudo Lumières qui ont enténébré tant d’hommes et de sociétés depuis trois siècles.

Cette année 2013 marquant le deux-cent-trentième anniversaire de la mort de Saint Benoît-Joseph, il m’a paru opportun de vous résumer ci-dessous le récit de cette mort, telle qu’elle nous a été rapportée par les contemporains.

Lully.    

2013-39. 16 avril 1783 - 16 avril 2013 : deux-cent-trentième anniversaire de la mort de Saint Benoît-Joseph Labre. dans De liturgia cavallucci-st-benoit-joseph-labre

Portrait authentique de Saint Benoît-Joseph Labre, par Antonio Cavallucci

Le dimanche des Rameaux 13 avril 1783, comme il en avait l’habitude, Benoît-Joseph, après s’être confessé, fit ses Pâques à la basilique patriarcale Sainte-Marie-Majeure.
Après une longue action de grâces, il se rendit à Sainte-Praxède pour entendre une autre Messe.

Ce même jour, dans l’après-midi, une femme qui le connaissait le rencontra à Sainte-Croix-en-Jérusalem ; effrayée et attristée de son état de santé, elle lui dit d’un ton compatissant : «Vous êtes bien mal, Benoît, vous vous en allez?» Le serviteur de Dieu, levant un peu la tête et croisant les mains, lui répondit par deux fois : «A la volonté de Dieu!» Il paraissait réjoui de cette question, lui dont la prière favorite était : «Appelez-moi, Jésus! Appelez-moi, afin que je vous voie!»

Le lundi saint 14 avril, le Bienheureux se traîna de grand matin à Sainte-Marie-des-Monts, car il eût souhaité expirer sous les yeux de la Madone miraculeuse que l’on vénère dans cette basilique à laquelle il était particulièrement attaché. Il passa la matinée en prière mais, vaincu par la faiblesse, il se vit obligé de sortir, laissant son bréviaire et son chapelet. S’en apercevant, un prêtre, l’abbé Mélis, lui rapporta ces objets et l’exhorta à se laisser conduire à l’hôpital, où il serait bien accueilli. Ce n’était pas la première fois que ce conseil lui était donné, mais Benoît avait toujours décliné cette offre charitable car il n’eût plus eu alors la liberté d’exercer ses pénitences, ni de faire ses visites accoutumées aux sanctuaires qu’il chérissait.
Rassemblant ses maigres forces, Benoît se rendit à Saint-Ignace où il avait résolu de faire la sainte communion. Le prêtre, Don Luigi Balducci, qui s’apprêtait à célébrer, fut frappé à la vue de ce pauvre mendiant qui priait à la balustrade avec une ferveur extraordinaire ; il ne pouvait en détourner son regard. On vint alors lui demander de consacrer une petite hostie en plus de celle du célébrant : « Ah! se dit-il, si elle était réservée à ce saint pauvre…»
Il le communia, en effet, et avoua que jamais il n’avait célébré la Messe avec plus de ferveur et de joie. La piété du saint était communicative.

Mardi saint 15 avril, malgré une faiblesse excessive, Benoît Joseph se mit en route, selon son habitude. Pris de syncope, il tomba à l’entrée de l’église du Pascolo ; on eût dit qu’il allait rendre l’âme. Il se releva pourtant et se dirigea vers Sainte-Praxède et, avant d’y entrer, il acheta une mesure de vinaigre qu’il but avidement, faisant aux gens de la maison stupéfaits cette réponse : «Il y a quelqu’un qui en a bu avant moi, et qui, dans cette semaine, a souffert bien plus que moi pour l’amour et le salut des hommes».
Le soir, sur les quatre heures, Benoît revint à Sainte-Marie-des-Monts. Ne tenant plus debout, il dut s’allonger sur les marches pour attendre que l’on ouvrit les portes (en effet à Rome beaucoup d’églises sont fermées depuis midi ou 13h jusque vers 16h).
Le boucher Zaccarelli, qui avait beaucoup d’amitié pour Benoît et qui passait par là, lui offrit un cordial. Benoît, pouvant à peine parler, remercia d’un signe de tête mais n’accepta pas.

Le mercredi saint 16 avril, Benoît revint, mais à grand peine, vers cette église Sainte-Marie des-Monts qu’il affectionnait tant. Il y entendit la Messe, suivant avec émotion le récit de la Passion selon Saint Luc. Les assistants dirent qu’il donnait l’impression de ressentir si vivement les poignantes douleurs du Christ qu’ils avaient craint de le voir expirer avant la fin du Saint Sacrifice.
A la fin de la Messe en effet, il fut comme suffoqué. La respiration lui manquant, il se traîna dans la rue pour éviter un complet évanouissement. Un groupe de fidèles se forma autour de lui. Chacun s’offrait à le soulager, à le recevoir dans sa maison ; quelqu’un proposa de le conduire à l’hôpital.
Benoît demeurait en silence, se recommandant à Dieu. Le boucher Zaccarelli, qui venait de faire ses Pâques à l’église paroissiale de Saint-Sauveur, s’arrêta, reconnut son pauvre ami, et hasarda : «Benoît, vous êtes bien mal, il faut vous soigner ; voulez-vous venir chez moi?» Le moribond, entendant cette voix amie, leva les yeux et dit : «Chez vous? — Oui, chez moi. — Dans votre maison? je veux bien!»
Le charitable boucher appela le plus jeune de ses fils et un compagnon de celui-ci ; ils soutinrent Benoît et l’emmenèrent dans sa demeure qui était toute proche. Mais en y arrivant, un autre obstacle se présenta, l’escalier était trop étroit pour laisser passage à trois hommes de front. Le fils du boucher chargea donc le moribond sur ses épaules. Il le déposa sur un siège, à l’étage, dans la première chambre, dans laquelle se trouvait la femme Zaccarelli, alitée depuis un mois : «Mon pauvre Benoît, s’écria-t-elle, comme vous êtes malade!»

Puis on le fit passer dans la seconde pièce et on voulut le faire mettre au lit. Après une certaine résistance, Benoît-Joseph y consentit, mais à condition qu’il n’y serait pas déshabillé. Il fallut respecter ce désir.
Le bon Zaccarelli s’occupa alors de procurer à son hôte agonisant les soins spirituels et corporels dont il avait besoin. En l’absence de son confesseur habituel, on fit appeler le Père Piccilli. Ce religieux, admirateur du saint pauvre n’avait pas craint de faire, en chaire, l’éloge du «nouvel Alexis» qui bientôt, avait-il dit, «irait faire ses Pâques en paradis».
Le Père Piccilli, en arrivant auprès du malade, lui demanda : «Mon cher Benoît, voulez-vous quelque chose? — Rien, rien, répondit le malade, sans ouvrir les yeux. — Y a-t-il longtemps que vous n’avez communié? — Peu, peu». Ce furent les dernières paroles du moribond.
Son pouls était irrégulier, à peine sensible, sa bouche fermée et les dents serrées, les yeux clos et immobiles, la sueur lui inondait le visage, tandis que les parties inférieures se refroidissaient peu à peu. Tout espoir de lui donner le saint Viatique étant perdu, on ne put que lui administrer l’Extrême-Onction. Plusieurs fois, on lui présenta le Crucifix à baiser, et chaque fois l’on vit s’entr’ouvrir ses paupières et regarder avec ferveur Jésus crucifié.
A partir de deux heures de l’après-midi, Benoit ne donna plus signe d’intelligence des choses sensibles.

La maison des Zaccarelli s’emplissait de monde ; un religieux silence régnait dans l’assemblée, interrompu seulement par la récitation des Litanies des Saints et des autres prières des agonisants. Enfin à huit heures du soir, au moment où l’assistance prononçait l’invocation : «Sainte Marie, priez pour lui», le visage du pauvre pèlerin devint livide et il rendit paisiblement son âme à Dieu sans le moindre râle.

Le prêtre qui se tenait auprès de lui lui ferma la bouche et les yeux. Or à peine Benoît-Joseph venait-il d’expirer, que toutes les cloches de la ville se mirent à sonner : c’était l’heure qui avait été décrétée par le Pape Pie VI pour appeler les fidèles à réciter trois fois le Salve Regina afin d’obtenir la puissante protection de Marie en faveur du Saint-Siège. Cette coïncidence apparut comme providentielle à tous ceux qui se trouvaient là : comme si Dieu avait voulu anticiper la proclamation de la sainteté de Benoît par Son Eglise.
On raconte. à ce sujet qu’un certain Rinaldi, plein d’admiration pour Benoît Labre, avait dit plusieurs fois : «Celui-ci, quand il mourra, fera sonner toutes les cloches!» Or ce soir-là, lorsqu’il les entendit et bien qu’il fût point du nombre de ceux qui étaient présents auprès du mourant, il s’écria : «Il n’y a pas autre chose, Benoît est mort!»
D’autre part, au même instant encore, à la voix retentissante des cloches vinrent s’unir celles d’une troupe d’enfant qui, mus par une inspirations surnaturelle, sortirent des maisons  et parcoururent les rues de Rome en criant : «E morto, il santo : le saint est mort! Le saint est mort!»

gisant-st-benoit-joseph-labre-a-ste-marie-des-monts 16 avril dans Nos amis les Saints

Gisant de Saint Benoît-Joseph Labre, recouvrant son tombeau
(basilique de Sainte-Marie des Monts – Rome)

Saint Benoît-Joseph Labre
(jour de la canonisation)

Comme l’Église est bonne en ce siècle de haine,
D’orgueil et d’avarice et de tous les péchés,
D’exalter aujourd’hui le caché des cachés,
Le doux entre les doux à l’ignorance humaine

Et le mortifié sans pair que la Foi mène,
Saignant de pénitence et blanc d’extase, chez
Les peuples et les saints, qui, tous sens détachés,
Fit de la Pauvreté son épouse et sa reine,

Comme un autre Alexis, comme un autre François,
Et fut le Pauvre affreux, angélique, à la fois
Pratiquant la douceur, l’horreur de l’Évangile !

Et pour ainsi montrer au monde qu’il a tort
Et que les pieds crus d’or et d’argent sont d’argile,
Comme l’Église est tendre et que Jésus est fort !

Paul Verlaine ( in « Souvenirs » – 1881)

relique-st-benoit-joseph-labre 1783

Médaillon renfermant une parcelle des ossements de Saint Benoît-Joseph Labre
(oratoire du Mesnil-Marie)

On trouvera ici un résumé de la vie de Saint Benoît-Joseph Labre,
ainsi que les litanies composées en son honneur et quelques autres prières > www

Publié dans : De liturgia, Nos amis les Saints | le 15 avril, 2013 |2 Commentaires »

Dans le silence du matin…

Lundi matin 15 avril 2013.

Même si, dans notre haut pays, nous ne sommes pas encore à l’abri de quelques épisodes de neige ou de gel (il nous est arrivé de voir les sommets dont nous sommes entourés saupoudrés de blancs flocons un 20 juin!), la seconde moitié de ce mois d’avril s’ouvre sur des jours radieux et enchanteurs.
Ce matin, au lever du soleil, alors que nous étions véritablement saisis par la beauté de la création qui nous enveloppe, Frère Maximilien-Marie chantonnait un cantique d’Henri Colas qu’il avait appris à l’école maternelle, avec les bonnes religieuses de la Présentation de Marie. Il en est certainement parmi vous qui le connaissent aussi et qui, peut-être, auront plaisir à en relire les paroles, à défaut de pouvoir vous en communiquer aussi un enregistrement.
En ces jours où l’agitation et le trouble montent de toutes parts, n’est-il pas « vraiment juste, nécessaire, équitable et salutaire » de faire nôtres souvent les paroles du troisième couplet de ce cantique?

Lully.

Dans le silence du matin... dans Prier avec nous jonquilles-du-mesnil-marie-15-avril-2013

Jonquilles au pied du Mesnil-Marie – 15 avril 2013

Dans le silence du matin,
Ô Jésus, descends dans mon âme,
Sois mon compagnon de chemin :
Mon cœur ardemment Te réclame.
N’es-Tu donc pas le grand ami
Dont le souvenir me réveille,
Tandis que je dors à demi,
Que mon esprit encor’ sommeille.

Comme à Ton humble laboureur,
En mes mains remets la charrue,
Guide mes pas, ô doux Sauveur
Dans la terre encore si nue.
Pour que mon soc creuse profond,
Donne-moi Ta force divine ;
Pour que mon labeur soit fécond,
Que Ton regard vers moi s’incline.

Pour convaincre les incroyants,
Malheureux que l’erreur enchaîne,
Inspire-moi les cris puissants
De l’amour plus fort que la haine ;
Si les obstacles sont nombreux,
Si l’ennemi trouble ma route,
Oh! loin de détourner les yeux,
Viens écarter de moi le doute. 

Si la fatigue me surprend :
Par pitié, pour ma main qui tremble,
Viens à moi, je suis Ton enfant :
Nous travaillerons mieux ensemble.
Jusqu’au soir, reste près de moi ;
Puis, quand du repos viendra l’heure,
Je m’endormirai près de Toi,
Et Tu garderas ma demeure.

Henri Colas (éditions Arc-en-ciel – 1946)

dans-le-silence-du-matin cantique dans Prier avec nous

Publié dans : Prier avec nous | le 15 avril, 2013 |2 Commentaires »
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