Litanies de Saint François de Sales:

Saint François de Sales

Seigneur, ayez pitié de nous. (bis)
Jésus-Christ, ayez pitié de nous. (bis)
Seigneur, ayez pitié de nous. (bis)

Jésus-Christ, écoutez-nous. (bis)
Jésus-Christ, exaucez-nous. (bis)

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Saint François de Sales, très digne pontife chéri de Dieu et des hommes, priez pour nous.
Saint François de Sales, fidèle disciple et imitateur de Jésus-Christ, priez pour nous.
Saint François de Sales, enfant bien-aimé de Marie, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui avez miraculeusement recouvré la paix et l’espérance par l’intercession de la Mère de Dieu, priez pour nous.
Saint François de Sales, guide et modèle de la vraie piété, priez pour nous.
Saint François de Sales, parfait exemple de prudence et de charité, dans la conduite des âmes, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui avez eu la science pour enseigner les hommes, et l’onction pour les toucher, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui avez su joindre la force pour corriger les vices et la douceur pour gagner les cœurs, priez pour nous.
Saint François de Sales, pasteur charitable qui avez exposé votre vie pour le salut de vos ouailles, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui étiez le soutien de la veuve et le père de l’orphelin, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui étiez le protecteur des pauvres et des opprimés, priez pour nous.
Saint François de Sales, dont l’extérieur bon et affable, grave et modeste, rappelait Jésus-Christ conversant parmi les hommes, priez pour nous.
Saint François de Sales, tout embrasé d’amour pour la croix du Sauveur, priez pour nous.
Saint François de Sales, vrai miroir de douceur et d’humilité, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui, par votre zèle et votre douceur, avez gagné à l’Eglise plus de soixante-dix mille hérétiques, priez pour nous.
Saint François de Sales, dont la patience et la sérénité n’ont jamais été altérées par les injures, les calomnies et les contradictions, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui voyiez en toutes choses le bon plaisir de Dieu, et qui mettiez votre bonheur à vous y conformer avec amour, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui avez pour principe de ne rien demander et de ne rien refuser, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui vous reposiez dans le sein de la divine Providence, comme un enfant dans les bras de sa mère, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui aviez pris pour devise ou mourir ou aimer, parce que la vie sans amour de Dieu vous semblait pire que la mort, priez pour nous.
Saint François de Sales, dont la vie, au milieu des plus grand travaux, était une oraison continuelle, priez pour nous.
Saint François de Sales, imitateur de la pureté des anges, priez pour nous.
Saint François de Sales, le plus dévot et le plus aimable des saints, priez pour nous.
Saint François de Sales, fondateur d’une congrégation des vierges destinée à répandre en tous lieux la bonne odeur de Jésus-Christ, priez pour nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur.

V. Priez pour nous, saint François de Sales.
R. Afin que nous travaillions comme vous à imiter Jésus doux et humble de cœur.

Prions :

Ô Dieu, qui pour l’édification et le salut des âmes, nous avez présenté dans saint François de Sales le modèle le plus parfait de la douceur et de la piété, mettez dans nos âmes toute l’onction de sa religieuse amabilité, toute l’ardeur de sa charité et toute la profondeur de son humilité, afin que nous puissions partager un jour sa gloire dans le Ciel, et vous aimer avec lui dans tous les siècles.  Ainsi soit-il.

Armoiries de Saint François de Sales

Quand Sa Sainteté le Pape Benoît XVI parlait de St François de Sales > www
Quelques bons ouvrages pour mieux connaître St François de Sales > www

2011-9. De l’ « autel »(???) contemporain de la cathédrale de Viviers.

Lundi 24 janvier 2011.

Bien chers Amis,

Dans ma publication de samedi dernier (cf. > www), j’ai évoqué la figure du martyr Saint Vincent, et je vous ai expliqué qu’il était le céleste protecteur de la cathédrale et du diocèse de Viviers.

Avec la souveraine liberté qui caractérise les chats, je m’autorise aujourd’hui à publier sur mon blogue des réflexions que j’ai recopiées sur le « mur » facebook de Frère Maximilien-Marie après qu’il a publié, il y a déjà quelques mois, des photos qu’il avait faites pour présenter à ses amis, la belle cathédrale Saint-Vincent de Viviers.

Parmi les trésors artistiques qu’elle renferme, il y a un splendide maître-autel du XVIIIème siècle, véritable merveille de marqueterie de marbre :

Maître-autel cathédrale Viviers

(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand format)

Tous les amis de Frère Maximilien-Marie qui ont commenté cette photographie se sont unanimement extasiés sur l’élégance et la finesse de cette oeuvre d’art, bien propre à magnifier le Saint-Sacrifice de la Messe.

Il n’en a pas été de même avec la photo suivante présentant l’ « autel contemporain » placé à une date récente juste devant le maître-autel présenté ci-dessus. Je me contente seulement de vous recopier en dessous de la photo quelques uns des commentaires qui se sont immédiatement multipliés, dès que Frère Maximilien-Marie l’eût publiée – quelques uns seulement, car il eût été fastidieux de reprendre toutes les exclamations de surprise ou d’horreur qui sont à peu près dans les mêmes termes -  :

2011-9. De l'

(nota : les dimensions de la plaque de verre servant de table sont d’environ 80 x 50cm)

Charlotte : « Mon Dieu, que c’est laid!!!!!!!!!!!!!! Il serait plus à sa place dans un restau simili branché-branchouille que dans une église… »

Pedro : « Mais ceci ressemble plus à un socle ou à un guéridon qu’à un autel… »

Jérôme : « Un tronc d’arbre mal équarri sur lequel on a planté un tout petit Sacré-Coeur! »

Charlotte : « Je ne m’en remets pas tellement c’est moche… »

Cécile : « Mon Dieu, ça dépasse l’entendement et le bon goût… Pauvre Sacré-Coeur !!! »

Nicolas :  « Ikea fait des autels maintenant??? Ils sont forts ces Suédois quand même… Ou alors c’est le syndicat des bûcherons locaux qui l’a offert… Ridicule! »

Charlotte : « Une question : A part y poser un bol avec des fraises tagada ou des chips pour l’apéro, il n’y a même pas de place sur ce… truc ??? »

Cécile : « Ça tombe bien, je cherchais une table moderne de ce genre pour mon ordinateur… Je reprends !!

Pierre-Antoine : « Absurde et insignifiant. A l’image du catholicisme moderniste : un vieux morceau de bois qui n’intéresse plus personne. »

Nicolas : « On dirait même un billot d’exécution qu’on a redressé sur un de ses côtés : on voit l’encoche pour positionner le cou des condamnés… Pourrait-on connaitre le prix de cette « affreuseté »? L’Eglise est donc tellement riche qu’elle puisse se permettre de gaspiller de l’argent?… »

Jérôme : « Justement, j’allais demander si les fidèles sont d’accord pour que l’argent qu’ils donnent au denier du culte serve à ça! »

Lorenzo : « Quelle horreur! Ce n’est même pas digne d’être ce que Don Camillo appelait « la tavola calda »… »

Sophie : « Il faut rire ou pleurer? »

Lorenzo : « Pleurer!… »

Cyrille : « Prier, prier, c’est mieux!… »

Thibault : « C’est un tapis de prière en dessous?… ils sont prévoyants! »

Nicolas : « Entre les expos d’art contemporain dans les appartements du Roi et ces horreurs répugnantes dans la maison de Dieu, on finit par penser que l’on vit vraiment une époque méprisable remplie de petits hommes qui parlent fort!!! Prions pour que ça cesse, mais un petit coup de mortier 81 mm devrait aider nos prières, je pense… »

Cyrille : « Ça va faire trop de bruit … et puis un mortier, ça ne se trouve pas au coin de la rue… lol »

Lorenzo : « Nicolas a une idée qui me plait : une belle volée de mortier de 81 serait très utile! Le grand cardinal Giuseppe Siri, le dernier cardinal de Pie XII,  a déclaré un jour : « Aujourd’hui, la société a le culte de la laideur, signe que la saison du mal a commencé! »

Julie : « Acheté un euro sur ebay ? »

Charlotte : « Le tapis? oui! »

Nicolas : « Excellent! D’un autre côté, on doit bien se douter que ce ne sont pas les Compagnons qui ont sculpté cet immondice… »

Cyrille : « Pas immondice, TAAAAABLE contemporaine! »

Nicolas : « Ah,oui! c’est vrai… Je n’arrive pas à m’y faire!!! Il faut que je relise les mémoires de Jack Lang et d’Aillagon!!! »

Julie : « Même chez But y’a des meubles plus beaux!!! »

Charlotte : « Heureusement pour ceux qui bossent chez But!!! »

Sophie : « Il y a un petit papier coincé sous le tronc mal dégrossi… Qu’est ce que c’est? une cale? ils n’ont pas été fichus de faire qu’il ne soit pas bancal? »

Cyrille : « Ils n’avaient peut-être pas le budget suffisant pour que le constructeur puisse finir le calage de cette table… »

Sophie : « Heureusement, Dieu est le Maître du Recyclage : le jour où il en aura marre de cette chooooose infâme : pfffffuit!!!!! »

Jérôme : « Au fait : j’ai trouvé des morceaux de troncs, des vieilles boites rongées par la rouille, des tessons de verre ou d’assiette… etc. Avec de pareilles merveilles je pourrais m’établir créateur de mobilier liturgique contemporain et peut-être que je ferais fortune en proposant mes créations aux évêques modernichons. »

Emma : « Excellents commentaires! Je me régale en vous lisant car passer de la superbe photo du maître-autel à la photo du « machin »… c’est vraiment choquant! »

* * * * * * *

Voilà ce que je voulais porter aujourd’hui à votre connaissance, mes chers Amis : pour moi, ce qui me réjouit en lisant ces commentaires, c’est d’abord le bons sens, l’humour et l’intelligence qui les animent ; mais je jubile ensuite aussi en pensant que ces réflexions pertinemment impertinentes émanent de jeunes adultes, de personnes nettement plus jeunes que les commanditaires de ce genre de prétendu « mobilier liturgique » lequel, il faut le souligner, n’est de toute façon pas en accord avec les textes publiés par le Saint-Siège, même pour la célébration de la messe selon le missel de Paul VI…!!!Tout ceci rejoint ce que j’avais déjà publié ici > www à propos des autels destinés au culte catholique.

A la veille de la clôture de la semaine de prières pour l’unité des chrétiens, redoublons encore de ferveur pour que, en priorité, à l’intérieur de notre Eglise catholique se réalise une véritable unité autour de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI et, pour cela, prions pour que l’hérésie moderniste, exprimée par tant de liturgies (ou de prétendues liturgies) fantaisistes, cesse de troubler les âmes, cesse d’égarer les intelligences, cesse aussi d’attenter au plus élémentaire bon goût…

Lully.

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

2011-8b. De Saint Vincent, invincible et victorieux martyr (2).

Deux sermons de notre Bienheureux Père Saint Augustin
pour la fête de Saint Vincent.

Après avoir résumé la vie et le martyre de Saint Vincent, puis évoqué la popularité de son culte (ici > www), nous pouvons méditer sur son exemple à l’aide des deux sermons que notre Bienheureux Père Saint Augustin a consacré au saint martyr.

Saint Vincent diacre et martyr

Premier sermon sur Saint Vincent martyr.

Analyse : – 1. Force de saint Vincent. – 2. La force d’un martyr vient de Dieu. – 3. C’est à Dieu qu’il faut la demander. – 4. Les souffrances passent, mais la gloire est éternelle.

1. Jésus-Christ nous ordonne de célébrer solennellement l’héroïque et glorieux martyre de saint Vincent, et nous ne pouvons le prêcher avec indifférence. Nous avons médité ce qu’il a souffert, ce qui lui a été dit, ce qu’il a répondu, et tout cela a produit sous nos yeux un admirable spectacle : un juge inique, un bourreau cruel, un martyr invincible, la barbarie d’un côté, la piété de l’autre ; d’un côté la folie, de l’autre la victoire. En entendant la lecture des actes du martyr, nous avons senti la charité s’enflammer dans nos coeurs ; s’il eût été possible, nous aurions voulu recueillir et baiser avec respect ces membres en lambeaux, dont les souffrances nous frappaient d’étonnement et produisaient sur nous un attrait inexplicable, puisque nous ne voulions pas être crucifiés. Qui voudrait contempler un bourreau dépouillé de toute humanité, et déchargeant sa fureur sur un corps humain? Comment arrêter ses regards sur des membres disloqués, sur des ossements nus et brisés? Qui ne se détournerait de ce spectacle avec horreur? Et cependant, l’éclatante sainteté de notre martyr donnait à cette scène je ne sais quel reflet de beauté ; la force invincible avec laquelle il combattait pour la foi, pour l’espérance du siècle futur et pour la charité de Jésus-Christ faisait oublier l’horreur des tourments et des blessures et les revêtait d’une auréole de gloire et de triomphe.

2. Un attrait bien différent séduisait, dans ce spectacle, le persécuteur et nous. Il applaudissait aux souffrances du martyr, et nous à la cause pour laquelle il souffrait ; il était heureux de le voir souffrir, et nous de voir pourquoi il souffrait ; il se complaisait dans les douleurs de sa victime, et nous dans sa vertu ; lui, dans ses blessures, et nous, dans sa couronne ; lui, dans la durée de ses souffrances, et nous, dans son énergie à les supporter ; lui, dans les torturés corporelles, et nous, dans la fermeté et la persévérance de sa foi. Si donc le persécuteur trouvait sa cruauté satisfaite, toujours est-il que la vérité prêchée par le martyr était pour lui un remords et un tourment ; de notre côté, si l’horreur des supplices nous glaçait d’horreur, du moins la mort de Vincent était pour nous une grande victoire. Il restait vainqueur, non pas en lui-même et par lui-même, mais en Celui et par Celui qui, du haut de sa croix, prête à tous son puissant secours et nous a laissé dans ses propres souffrances un exemple et un appui. En nous appelant à la récompense, il nous exhorte au combat, et il nous contemple dans la lutte afin de venir au secours de notre faiblesse. A son athlète il détermine l’œuvre à accomplir et propose la récompense à recevoir, afin de prêter son appui et d’empêcher toute défaillance. Qu’il prie donc simplement celui qui veut combattre simplement, triompher généreusement et régner heureusement.

3. Nous avons entendu notre frère confessant la sainte doctrine et confondant son persécuteur par la constance et la véracité de ses réponses. Mais auparavant nous avons entendu le Seigneur s’écriant : « Ce n’est pas vous qui parlez, mais c’est l’Esprit de votre Père qui parle en vous (1)». Si donc saint Vincent a confondu ses adversaires, c’est parce qu’il a loué dans le Seigneur ses propres discours. Il savait dire : « Je louerai ma parole dans le Seigneur, je louerai mon discours dans le Seigneur ; j’espérerai dans le Seigneur, je ne craindrai pas ce que l’homme pourrait me faire (2)». Nous avons vu ce martyr supportant avec une admirable patience des tourments inouïs, mais il se tenait dans une complète dépendance à l’égard de Dieu. « Car c’est de Dieu que lui venait la patience (3)» ; toutefois, comme il connaissait notre fragilité humaine, comme il craignait toute défaillance qui aurait pu lui faire renier Jésus-Christ et combler de joie son persécuteur, il savait à qui il adressait ces belles paroles : « Mon Dieu, arrachez-moi de la main du pécheur, de la main de celui qui méprise votre loi et la foule indignement aux pieds ; car vous êtes ma patience (4)» . L’auteur de ces saints cantiques nous enseignait comment un chrétien doit demander d’être délivré des mains de ses ennemis ; ce n’est pas sans souffrir, mais en supportant patiemment toutes ses souffrances : « Arrachez-moi des mains du pécheur, des mains de celui qui méprise votre loi et la foule aux pieds». Si vous voulez savoir quelle délivrance il implore, écoutez ce qui suit : « Car vous êtes ma patience ». Toute souffrance est glorieuse quand elle est accompagnée de cette pieuse confession : « Afin que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur (5)». Que personne donc ne présume de son coeur, quand il proclame sa pensée ; que personne ne présume de ses forces, quand il subit la tentation ; car lorsque nos paroles sont dictées par la sagesse, cette sagesse ne nous vient que de Dieu, et c’est de Dieu aussi que nous vient la patience avec laquelle nous supportons nos souffrances. La volonté vient de nous ; mais du moment que Dieu nous appelle, nous sommes déterminés à vouloir. La prière est notre oeuvre ; mais nous ne savons pas ce que nous devons demander. C’est à nous de recevoir, mais que recevons-nous, si nous n’avons rien? C’est nous qui possédons, mais que possédons-nous, si nous ne recevons rien? Voilà pourquoi « celui qui se glorifie, doit se glorifier dans le Seigneur».

4. C’est ainsi que le martyr saint Vincent a mérité d’être couronné par le Seigneur, car c’est dans le Seigneur qu’il a désiré d’être glorifié par la sagesse et la patience. Il est digne de vos plus grands éloges, il est digne de l’éternelle félicité dont l’espérance lui a fait mépriser toutes les menaces de son juge, tous les tourments de son bourreau. Ses souffrances sont passées, mais son bonheur n’aura point de fin. Ses membres furent brisés, ses entrailles déchirées ; il fut soumis aux tortures les plus horribles, aux souffrances les plus cruelles ; mais, alors même que le bourreau se fût montré plus barbare, Vincent se serait écrié:  » Les souffrances de cette vie ne sont rien en vue de la gloire éternelle qui nous attend au ciel « (6).

1. Matth. X, 20.
2. Ps. LV, 11.
3. Ps. LXI, 6. 
4. Ps. LXX, 4, 5. 
5. I Cor. I, 31.
6. Rom. VIII, 18.

Le corps de Saint Vincent défendu par un corbeau

Le corps de Saint Vincent défendu par un corbeau.

Second sermon sur Saint Vincent martyr.

Analyse : — 1. Courage de saint Vincent en présence de Dacianus. — 2. Saint Vincent, vivant et mort, reste vainqueur de Dacianus.

1. Nous avons sous les yeux, mes frères, le plus ravissant, spectacle. Deux hommes combattent l’un contre l’autre, le bourreau et sa victime, Vincent, le serviteur de Dieu, et Dacianus, le fils du démon. Le persécuteur sévissait sur le corps du martyr, mais saint Vincent n’éprouvait aucune crainte, parce qu’il voyait Jésus-Christ combattre pour lui. Malgré la sentence qui le condamnait, il resta vainqueur, parce qu’il n’était point abandonné par Celui dont il confessait hautement la divinité. A toutes les questions qui lui furent posées, il n’hésita pas à répondre et accrut ainsi le courroux de son persécuteur. Il enflamma la haine de son bourreau, afin d’accroître la gloire de son propre martyre. Quelle crainte pouvait inspirer à saint Vincent ce lion furieux et rugissant, puisque cet illustre martyr restait étroitement uni « au Lion de la tribu de Juda(1) », de qui il tirait toute sa force et son courage? Revêtu des armes de Jésus-Christ, Vincent marchait invincible et s’écriait : Que mon adversaire engage la lutte avec moi, si la confiance ne lui fait pas défaut, et il reconnaîtra qu’il se lassera plus tôt de me faire souffrir que moi de supporter mes souffrances. Saint Vincent est envoyé en exil, et il médite sur la voie qui le conduira au ciel. On le livre à la mort, et il se réjouit d’une vie meilleure ; il est étendu sur le chevalet, et sa figure rayonne d’autant plus que son persécuteur s’acharne davantage à le faire souffrir. Il est en face de son juge ; mais pendant qu’il est debout devant son bourreau, il prie dans son coeur le souverain Juge des vivants et des morts et s’écrie : O antique ennemi du genre humain, pourquoi m’épargnerais-tu dans mes souffrances, toi qui as osé tenter mon Dieu, mais sans pouvoir le vaincre ; car tu es resté écrasé sous sa puissance, comme la bête fauve sous les coups du chasseur? Je ne crains, dit-il, aucun des supplices qu’il te plaira de m’infliger, et ce qui ranime mon courage, c’est de te voir prendre à mon égard des airs de pitié et de miséricorde. Démon, lève-toi dans ta fureur ; pour éprouver la foi et le courage d’une âme chrétienne, ce n’est pas trop de tous les tourments réunis.

2. Dans sa fureur et sa colère, l’impie Dacianus s’écria : Celui-ci ne peut me vaincre ; pendant qu’il est encore vivant, qu’on lui inflige les tourments les plus cruels. O courage indomptable! O force d’âme invincible! Saint Vincent est torturé, broyé, flagellé, brûlé, et quand déjà son âme est allée recueillir la couronne, ses membres sont encore disloqués comme pour donner plus de prise à la souffrance. Vincent qui, chaque jour, rougissait de s’entendre appeler vaincu, semblait crier à son bourreau : Tu es resté maître du corps d’un martyr, mais voici qu’effrayé de te voir vaincu dans ton propre triomphe, tu es contraint d’avouer que ce cadavre lui-même te frappe d’une honteuse défaite. Ta cruauté criminelle, tu l’avouais toi-même, n’a fait que rehausser ma gloire. Maintenant que tu n’as plus entre les mains qu’un corps martyrisé, quel sera ton langage? Mes frères, écoutez ce que dit le bourreau : qu’on jette ce cadavre à la mer! Et comme si quelqu’un lui en eût demandé le motif : de crainte, dit-il, que nous n’ayons à rougir de combattre sans cause. O aveuglement de la fureur! cet impie, ce perfide, ce barbare Dacianus ne comprend donc pas que Celui qui peut rappeler une âme des enfers, peut également arracher à la mer le corps de son martyr. Du moins, dit-il, les flots cacheront sa victoire. Et comment donc cacheront-ils celui qu’ils reçoivent avec honneur? Ecoutez ce cri du Prophète : «La mer est à Dieu, c’est lui qui l’a faite, et ses mains ont jeté les fondements de la terre aride (2)». Poursuis, cruel démon ; tout élément, quel qu’il soit, fera certainement éclater la gloire de notre martyr et attestera ta honte et ta défaite. Voici que la mer a entendu, et toi tu restes sourd ; voici que le vent fait silence, et toi tu souffles la vengeance ; voici que les flots reçoivent avec une crainte respectueuse celui que les matelots leur jettent par tes ordres, et, dociles à l’action de la Providence, ils ramènent au port, avant même le retour de tes sicaires, ce corps précieux réservé aux honneurs de la sépulture. La mer jouit d’une tranquillité parfaite, et toi, cruel, tu restes en proie aux accès de ta fureur inique. Avoue donc l’impuissance de ta rage, puisque les flots eux-mêmes se chargent de rapporter ce cadavre. Puisqu’ils veulent pour lui la sépulture, que peut leur opposer ta sauvage férocité? La victime est échappée à sa misérable cruauté ; puisque Dacianus n’a pas voulu se souvenir de la puissance de Dieu, il ne lui reste plus qu’à pleurer sa honteuse perfidie. Il se flattait d’avoir trouvé un expédient infaillible, mais les flots lui ont refusé leur concours ; le malheureux n’a pas su assurer l’accomplissement de ses désirs ; ou bien, une leçon solennelle devait lui être donnée par la mer qui ne pouvait, contre les ordres de son Créateur, cacher dans ses flancs le corps du martyr. Quel délicieux spectacle de voir un martyr, combattant contre son bourreau, bravant toutes les tortures, terrassant son adversaire pendant sa vie et, après sa mort, rapporté par les flots au rivage. Quelle gloire rejaillit d’un tel martyre, dans lequel Jésus-Christ se plaît à entasser tant de merveilles! Quelle constance déploya saint Vincent! Quelle brillante couronne il s’acquit par sa victoire! N’en doutons pas, mes frères, Celui qui avait soutenu saint Pierre marchant sur les eaux, recueillit lui-même le corps de saint Vincent et l’empêcha de s’abîmer dans les flots. Il ne nous reste donc plus qu’à supplier saint Vincent d’intercéder en notre faveur auprès de Dieu et d’obtenir, par ses mérites, la glorification de l’Eglise de Jésus-Christ, à qui appartiennent l’honneur et la gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

1. Apoc. V, 5.
2. Ps. XCIV, 5.

Le corps de Saint Vincent jeté à la mer

Le corps de Saint Vincent jeté à la mer.

2011-8a. De Saint Vincent, invincible et victorieux martyr (1).

Vie et culte de Saint Vincent ; sa protection sur le Vivarais.

22 janvier 2011,
fête de Saint Vincent.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Les dispositions de la divine Providence ont amené l’association Refuge Notre-Dame de Compassion à acquérir – pour qu’elle devienne son siège social – cette vieille ferme, à laquelle nous avons depuis donné le nom de Mesnil-Marie, sur le territoire du diocèse de Viviers, cité qui a donné son nom à la province du Vivarais.

Ce diocèse et sa cathédrale ont Saint Vincent, diacre martyr, pour  patron principal. Voilà pourquoi, le 22 janvier, est chez nous un jour de très grande fête et – après avoir suivi l’office du bréviaire par dessus l’épaule de Frère Maximilien-Marie – j’ai décidé de me renseigner un peu plus sur ce saint qui figure au nombre de nos célestes protecteurs, puisque nous vivons sur un territoire qui lui est dédié.

2011-8a. De Saint Vincent, invincible et victorieux martyr (1). dans De liturgia ph07vivierscopie

Viviers : la cathédrale Saint-Vincent émergeant de l’antique cité épiscopale fortifiée.

Saint Vincent, originaire de Saragosse où il était diacre de l’évêque Valère, était le porte-parole de ce dernier qui souffrait d’un défaut d’élocution. Lors de la persécution ordonnée par Dioclétien et Maximien, ils furent arrêtés et emmenés à Valence (Valencia) par le procurateur Dacianus : Valère fut condamné à l’exil tandis que Vincent, qui avait courageusement et éloquemment défendu la foi chrétienne, fut condamné à plusieurs cruels supplices qu’il endura avec un invincible courage avant de rendre son âme à Dieu le 22 janvier de l’an 304 (en particulier, à un moment, il fut torturé sur une maie de pressoir, ce pourquoi les vignerons l’ont ensuite choisi pour saint patron). Dacianus voulut livrer sa dépouille mortelle aux bêtes sauvages, mais un corbeau la défendit ; le procurateur ordonna alors qu’elle soit lestée d’une pierre et jetée à la mer, mais Dieu ramena son corps sur le rivage et Saint Vincent apparut à une pieuse veuve pour lui révéler l’endroit où il se trouvait : il fut enseveli à Valence et, après les persécutions, on  éleva une église sur son tombeau.

A l’occasion de diverses translations de ses reliques, son culte se répandit très largement  et de très nombreuses églises ou communautés chrétiennes se placèrent sous son vocable ; Saint Augustin, Saint Léon le grand  et Saint Bernard – parmi les plus grands des docteurs de l’Eglise – lui ont consacré plusieurs sermons (*). Les prédicateurs, comme la liturgie latine propre à cette fête, jouent sans cesse sur les mots « vaincre », « vainqueur », « invincible » et « victoire », car le nom même de Vincent signifie : celui qui a vaincu.

Procession de Saint Vincent à Valencia

Valencia : procession de Saint Vincent.

Saint Vincent est bien sûr très honoré à Valencia, lieu de son martyre et de sa sépulture, mais il est aussi le patron principal de la ville de Lisbonne où une part importante de ses reliques fut transférée.

A l’occasion de son voyage apostolique au Portugal (11-14 mai 2010), notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a reçu – en cadeau de bienvenue – du cardinal José Policarpo, patriarche de Lisbonne, une relique de Saint Vincent, enfermée dans un reliquaire sur lequel est représenté le corbeau qui défendit le corps du martyr. Pour le cardinal Policarpo, l’offrande de cette relique au Souverain Pontife était le signe de la détermination des catholiques de Lisbonne à servir et à rester fidèles, comme les chrétiens mozarabes sont  autrefois restés fidèles au milieu des tribulations. C’est en effet le premier roi, a ajouté le patriarche, qui a envoyé chercher les reliques du saint martyr de Saragosse pour qu’il enseigne aux chrétiens de Lisbonne comment « servir avec amour » et  pour qu’il leur communique le « courage de souffrir lorsque la fidélité le demandait ».

reliquaire du bras de Saint Vincent

Reliquaire du bras de Saint Vincent à Valencia.

Pour ce qui concerne la France, le culte de Saint Vincent connut un essor à la suite de l’expédition que le roi Childebert 1er fit en 542 en Espagne et au cours de laquelle il s’empara de Saragosse. Il en ramena plusieurs reliques, dont un vêtement liturgique (certains parlent de dalmatique, d’autres d’étole) qui avait été à l’usage du saint martyr et pour lequel il fonda en 543 à Paris la basilique Saint-Vincent et Sainte-Croix. Cette église, associée dès l’origine à un monastère, fut en 558 le lieu de la sépulture de Childebert et ensuite de plusieurs autres mérovingiens. Le vocable de Saint Vincent finit par être supplanté par celui de Saint Germain, car l’évêque Germain de Paris y fut également inhumé et son culte très populaire fit que l’abbaye, dès le milieu du VIIIème siècle, ne fut plus appelée que Saint-Germain des Prés.

Une autre abbaye célèbre fut fondée au Xème siècle sous le vocable de Saint-Vincent, à Metz, à la suite d’un transfert de reliques. L’abbaye fut spoliée et en partie détruite à la révolution, seule l’église abbatiale – en grande partie rebâtie au XVIIIème siècle – retrouva sa vocation religieuse au XIXème siècle. Dans la dernière partie du XXème siècle, en raison de travaux nécessaires, l’abbatiale fut fermée pendant plusieurs années et actuellement, malgré l’achèvement de ces travaux et bien que Pie XI en 1933 eût élevé cette église au rang de basilique, il n’est pas question d’y permettre la reprise du culte : Saint-Vincent de Metz n’est plus ouvert que pour des visites à caractère historique et architectural!

Deux cathédrales françaises portent le nom de Saint Vincent : celle de Mâcon et celle de Viviers, comme je vous le disais en commençant, puisque c’est de là qu’est parti mon approfondissement de ce jour.

cathédrale Saint-Vincent vue d'avion

Viviers : la cathédrale Saint-Vincent, vue d’avion.

Je ne vais pas vous raconter ici l’histoire de cette cathédrale qui, si elle n’est pas aussi célèbre que les grandes cathédrales gothiques du nord de la France, n’en possède pas moins un très riche passé et de véritables trésors. Aujourd’hui je me contenterai de noter que c’est depuis le VIème siècle qu’elle est placée sous le vocable de Saint Vincent : or c’est justement au milieu du VIème siècle que Childebert 1er a ramené d’Espagne quelques reliques du saint martyr. Y aurait-il un lien entre les deux évènements? Je n’ai pas encore tout étudié des livres consacrés à l’histoire locale que Frère Maximilien-Marie collectionne. De toute façon, j’en ai assez écrit pour aujourd’hui et j’achève simplement en vous souhaitant d’avoir tous dans le coeur cette foi invincible dont Saint Vincent a donné l’exemple afin de parvenir comme lui à la victoire éternelle.

Lully.

Croix des chanoines de la cathédrale de Viviers

Croix des chanoines de la cathédrale de Viviers portant en son centre l’effigie de Saint Vincent.

(*) Pour lire les deux sermons de Saint Augustin pour la fête de Saint Vincent, cliquer ici > www.

Publié dans : De liturgia, Nos amis les Saints, Textes spirituels | le 21 janvier, 2011 |4 Commentaires »

2011-7. Vœu par lequel Louis XVI a dévoué sa Personne, sa Famille et tout son Royaume, au Sacré-Cœur de Jésus.

Sa Majesté le Roy Louis XVI

Le triste anniversaire du 21 janvier nous a déjà fourni l’occasion de publier la relation des dernières heures de Sa Majesté le Roy Louis XVI (ici > www), le texte de son testament (ici > www) et celui de l’allocution consistoriale de Sa Sainteté le Pape Pie VI affirmant de manière péremptoire que Louis XVI est à proprement parler un martyr (ici > www).

En cette année 2011, pour le 218ème anniversaire du martyre du Roy, nous reproduisons ci-dessous le texte du Voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus.

Quelques historiens en ont contesté l’authenticité.
Elle ne fait pour nous aucun doute 1) d’abord parce qu’elle a été attestée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même dans une apparition accordée, au moment de la Restauration, à Mère Marie de Jésus, une sainte religieuse – chanoinesse de Saint-Augustin au célèbre « Couvent des Oiseaux » – , dont les voies mystiques ont été en leur temps tenues pour véridiques par les autorités ecclésiastiques ; 2) ensuite parce que cette authenticité est également 
affirmée implicitement par Notre-Dame de Fatima lors d’une apparition à Soeur Lucie et consignée dans une lettre à son évêque en date du 29 août 1931.

Nous devons au Bienheureux Père François-Louis Hébert, supérieur général des Eudistes et confesseur du Roy, la conservation de ce texte, qui avait été rédigé en deux exemplaires.
Selon toute vraisemblance, ce voeu du Roy martyr a été prononcé entre le printemps de l’année 1791 et la date butoir de la prise des Tuileries. Après le 10 août 1792 en effet, le Souverain ne reverra plus son confesseur puisque Sa Majesté sera détenue dans le sinistre donjon du Temple dans les conditions que l’on sait.
Le Révérend Père Hébert, lui aussi emprisonné, sera martyrisé aux Carmes le 2 septembre.
Avant le 12 août 1792, date de son arrestation, le Révérend Père Hébert avait eu soin de faire établir des copies du Voeu de Louis XVI et de les confier à d’autres personnes, si bien que dès la fin de l’année 1792 le texte en était connu et diffusé dans les milieux fervents et opposés à l’impiété révolutionnaire.
Ce n’est nullement un hasard si, dans toute les provinces du Royaume, les scapulaires représentant le Divin Coeur de Jésus furent arborées sur les poitrines de ceux qui se soulevèrent pour défendre le trône et l’autel.

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Vœu par lequel Sa Majesté le Roi Louis XVI
a dévoué sa Personne, sa Famille et tout son Royaume
au Sacré-Cœur de Jésus.

Vous voyez, ô mon Dieu, toutes les plaies qui déchirent mon cœur, et la profondeur de l’abîme dans lequel je suis tombé. Des maux sans nombre m’environnent de toutes parts. A mes malheurs personnels et à ceux de ma famille, qui sont affreux, se joignent, pour accabler mon âme, ceux qui couvrent la face du royaume. Les cris de tous les infortunés, les gémissements de la religion opprimée retentissent à mes oreilles, et une voix intérieure m’avertit encore que peut-être votre justice me reproche toutes ces calamités, parce que, dans les jours de ma puissance, je n’ai pas réprimé la licence du peuple et l’irréligion, qui en sont les principales sources ; parce que j’ai fourni moi-même des armes à l’hérésie qui triomphe, en la favorisant par des lois qui ont doublé ses forces et lui ont donné l’audace de tout oser.

Je n’aurai pas la témérité, ô mon Dieu, de me justifier devant vous ; mais vous savez que mon cœur a toujours été soumis à la foi et aux règles des mœurs ; mes fautes sont le fruit de ma faiblesse et semblent dignes de votre grande miséricorde. Vous avez pardonné au roi David, qui avait été cause que vos ennemis avaient blasphémé contre vous ; au roi Manassès, qui avait entraîné son peuple dans l’idolâtrie. Désarmé par leur pénitence, vous les avez rétablis l’un et l’autre sur le trône de Juda ; vous les avez fait régner avec paix et gloire. Seriez-vous inexorable aujourd’hui pour un fils de saint Louis, qui prend ces rois pénitents pour modèles, et qui, à leur exemple, désire réparer ses fautes et devenir un roi selon votre Cœur? Ô Jésus-Christ, divin Rédempteur de toutes nos iniquités, c’est dans votre Cœur adorable que je veux déposer les effusions de mon âme affligée. J’appelle à mon secours le tendre Cœur de Marie, mon auguste protectrice et ma mère, et l’assistance de saint Louis, mon patron et le plus illustre de mes aïeux.

Ouvrez-vous, Cœur adorable, et par les mains si pures de mes puissants intercesseurs, recevez avec bonté le vœu satisfactoire que la confiance m’inspire et que je vous offre comme l’expression naïve des sentiments de mon cœur.

Si, par un effet de la bonté infinie de Dieu, je recouvre ma liberté, ma couronne et ma puissance royale, je promets solennellement :

1° De révoquer le plus tôt possible toutes les lois qui me seront indiquées, soit par le pape, soit par quatre évêques choisis parmi les plus vertueux de mon royaume, comme contraires à la pureté et à l’intégrité de la foi, à la discipline et à la juridiction spirituelle de la sainte Eglise catholique, apostolique, romaine, et notamment la constitution civile du clergé ;

2° De rétablir sans délai tous les pasteurs légitimes et tous les bénéficiers institués par l’Eglise, dans les bénéfices dont ils ont été injustement dépouillés par les décrets d’une puissance incompétente, sauf à prendre les moyens canoniques pour supprimer les titres de bénéfices qui sont moins nécessaires, et pour en appliquer les biens et revenus aux besoins de l’Etat ;

3° De prendre, dans l’intervalle d’une année, tant auprès du pape qu’auprès des évêques de mon royaume, toutes les mesures nécessaires pour établir, suivant les formes canoniques, une fête solennelle en l’honneur du Sacré Cœur de Jésus, laquelle sera célébrée à perpétuité dans toute la France, le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement, et toujours suivie d’une procession générale, en réparation des outrages et des profanations commis dans nos saints temples, pendant le temps des troubles, par les schismatiques, les hérétiques et les mauvais chrétiens ;

4° D’aller moi-même en personne, sous trois mois à compter du jour de ma délivrance, dans l’église Notre-Dame de Paris, ou dans toute autre église principale du lieu où je me trouverai, et de prononcer, un jour de dimanche ou de fête, au pied du maître-autel, après l’offertoire de la messe, et entre les mains du célébrant, un acte solennel de consécration de ma personne, de ma famille et de mon royaume au Sacré Cœur de Jésus, avec promesse de donner à tous mes sujets l’exemple du culte et de la dévotion qui sont dus à ce Cœur adorable ;

5° D’ériger et de décorer à mes frais, dans l’église que je choisirai pour cela, dans le cours d’une année à compter du jour de ma délivrance, une chapelle ou un autel qui sera dédié au Sacré Cœur de Jésus, et qui servira de monument éternel de ma reconnaissance et de ma confiance sans bornes dans les mérites infinis et dans les trésors inépuisables de grâces qui sont renfermés dans ce Cœur sacré ;

6° Enfin, de renouveler tous les ans, au lieu où je me trouverai, le jour qu’on célébrera la fête du Sacré-Cœur, l’acte de consécration exprimé dans l’article quatrième, et d’assister à la procession générale qui suivra la messe de ce jour.

Je ne puis aujourd’hui prononcer qu’en secret cet engagement, mais je le signerais de mon sang s’il le fallait, et le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrai le publier à haute voix dans le temple.

Ô Cœur adorable de mon Sauveur ! Que j’oublie ma main droite et que je m’oublie moi-même, si jamais j’oublie vos bienfaits et mes promesses, et cesse de vous aimer et de mettre en vous ma confiance et toute ma consolation. Ainsi soit-il.

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2011-6. Gustave Thibon : dix ans déjà!…

2001 – 19 janvier – 2011

Ce 19 janvier 2011 marque le dixième anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon. Dix ans déjà!…

Je peux dire sans exagération que, depuis que j’ai découvert Gustave Thibon – j’avais à peine 15 ans – et plus encore depuis ce 19 janvier 2001 où il est entré dans son éternité, je n’ai pas été un seul jour sans me nourrir de ses écrits, de sa pensée, des leçons que j’ai reçues de luiIl a été et il demeure toujours, pour tout mon itinéraire personnel – intellectuel et spirituel – ce que l’étoile miraculeuse a été pour les Mages : une divine lumière pour éclairer ma marche dans la nuit de ce monde!
Comme je voudrais pouvoir écrire avec une exacte justesse et justice tout ce que je dois à Gustave Thibon : parviendrai-je à le faire un jour?
Tout simplement, à l’occasion de ce dixième anniversaire, je me bornerai à écrire, à crier pour toute oreille qui voudra bien l’entendre, et à chanter en direction du Ciel un immense
« Merci! ».

En 1993, à la suite de la parution du livre d’entretiens recueillis par Danièle Masson  intitulé « Au soir de ma vie » (éd. Plon), Gustave Thibon avait reçu plusieurs personnes, parmi lesquelles des journalistes, et répondu à leurs questions. J’avais alors soigneusement pris note de ses réponses : c’est une partie de cet échange, recopié de mes cahiers personnels, que je vous retranscris ci-dessous.

Frère Maximilien-Marie.

Gustave Thibon

- Quel est pour vous le comble de la misère?

G.T. : Ne plus aimer, ne plus être aimé.

- Où aimeriez-vous vivre?

G.T. : Là où je suis. « C’est d’âme qu’il faut changer, pas de lieu », disait Sénèque.

- Pour quelles fautes avez-vous le plus d’indulgence?

G.T. : Celles commises par amour… Même si on se trompe sur le niveau et la qualité de cet amour. L’amour humain peut être sacré ou profané, il n’est jamais totalement profane.

- Votre rêve de bonheur?

G.T. : Le bonheur ne se rêve pas. Il est partout à condition de tout accueillir comme don de Dieu.

- Votre passage d’Evangile préféré?

G.T. : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné! » Ce cri me touche de très près aujourd’hui. Sur la Croix, Dieu désespère de Lui-même, et, si j’ose dire, meurt athée. Je crois avec Chesterton que « notre religion est la bonne car c’est la seule où Dieu à un moment a été athée ». Je suis amoureux de ce Christ en agonie, l’Homme des douleurs, Dieu devenu infiniment faible, Dieu abandonné de Dieu. Si j’avais été religieux, j’aurais choisi le nom de ‘frère X. de Gethsémani’.

Le passage de la femme adultère m’est également très cher. Dieu est à la fois l’exigence infinie et l’indulgence infinie. Il nous pardonnera ce que nous n’osons pas nous pardonner à nous-mêmes. Cet apologue oriental me touche beaucoup : le diable dit à Dieu : « Ce qui m’étonne chez Toi, c’est que les hommes ne font que pécher et Tu leur pardonnes sans cesse, alors que moi, je n’ai péché qu’une fois et Tu ne m’as jamais pardonné! » Et Dieu lui répond : « Mais toi, combien de fois m’as-tu demandé pardon? »

- Comment définissez-vous l’enfer?

G.T. : Comme Simone Weil : « Se croire au paradis par erreur ».

- Et la mort?

G.T. : Comme Gabriel Marcel : « Le dépaysement absolu »… Un saut vertigineux que je m’interdis d’imaginer : il ne faut pas enlever sa virginité, dépuceler d’avance ce retour à la Patrie, puisque notre vie est un exil.

Nous serons stupéfaits quand nous verrons les lignes courbes par lesquelles Dieu a écrit droit, et à quel point le mal et le bien s’enchevêtrent. Je crois à la solidarité du bien et du mal, de l’ivraie et du bon grain. Il y a parfois des vertus qui perdent et des péchés qui sauvent, non par eux-mêmes, mais par rebondissement. Vient un moment où il faut se repentir de sa vertu comme on se repend de son péché.

- Le plus grand mal de notre époque?

G.T. : Exiger du temps qu’il tienne les promesses de l’éternel. Simone Weil a tout dit : « Dieu et l’homme sont comme deux amants qui se sont trompés sur le lieu du rendez-vous : l’homme attend Dieu dans le temps, et Dieu attend l’homme dans l’éternité ».

- La vertu la plus nécessaire aujourd’hui?

G.T. : La réaction contre le conformisme qui se cache sous le masque de la liberté… Ce que Gabriel Marcel appelait « le conformisme de l’aberrant ». Simone Weil disait : « Dieu t’a béni de naître à une époque où on a tout perdu ». Et où, par conséquent, on peut tout retrouver, plus personnellement, moins par pesanteur sociale.

Cette époque qui provoque les guerres les plus sanglantes au nom de la liberté constitue un scandale unique dans l’histoire. Etant donné le degré de moralité théorique du XXème siècle, de telles horreurs ne devraient pas être possibles. Notre temps est, plus que tout autre, le temps du pharisaïsme et de l’hypocrisie : c’est le règne des vérités chrétiennes devenues folles dont parle Chesterton.

- Votre principal sujet d’admiration?

G.T. :  La faiblesse de Dieu… Voir à quel point Dieu est désarmé. Il fait dépendre le plus haut du plus bas. Le supérieur dépend de l’inférieur, mais la réciproque n’est pas vraie : « la rose a besoin du fumier, mais le fumier se passe fort bien de la rose ». Dieu a besoin de l’homme mais l’homme se passe fort bien de Dieu. Il s’est rendu esclave des causes secondes.

- Etat présent de votre esprit?

G.T. : Celui d’une veilleuse éclairant des ruines. Cette veilleuse est ma conscience. Je me sens à la fois rejeté par le temps et indigne de l’éternité. Je n’ai pas la grâce de Simone Weil qui priait le Ciel de mourir gâteuse. On vieillit bien tant qu’on ne vieillit pas.

- Votre foi?

G.T. : Du désespoir surmonté. Une foi éprouvée, qui n’est plus une armure mais une blessure. Je parie Dieu. « Il faut aimer Dieu comme s’il n’existait pas », soutenait Simone Weil. Je sens en moi ce combat entre le croyant en Dieu et le croyant en l’absence de Dieu. Mère Marie-Thérèse, une carmélite d’Avignon, disait : « Ce n’est pas la vertu que Dieu demande, c’est d’être trouvé pauvre ». Et pauvre même de nos certitudes et de nos vertus! Dieu a d’abord été pour moi Puissance et Loi ; puis Lumière et Amour ; enfin Absence et Nuit. C’est peut-être en cela qu’Il ressemble le plus à Lui-même. Il me devient chaque jour de moins en moins étranger et de plus en plus inconnu : je suis devenu un agnostique adorateur.

- Votre mot de la fin?

G.T. : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains! » 

J’aime aussi le dernier mot de la dernière lettre que j’ai reçue de mon amie Marie-Noël : « Je tombe de sommeil en Dieu ». Elle avait pourtant perdu le Dieu de son enfance et découvert une nuit sans étoiles. Au bout de ce « combat désespéré pour sauver Dieu », elle constatait que « Dieu n’est pas un lieu tranquille ».

* * * * * * *

NB. On trouvera ici > www, des éléments de biographie de Gustave Thibon que nous avions publiés il y a trois ans.

2011-5. Fin du cycle liturgique de Noël et continuité des vertus que le Christ a voulu illustrer à la crèche.

Vendredi 14 janvier 2011.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Hier, 13 janvier, par la commémoraison du Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ (fête pour laquelle – au bréviaire traditionnel – on reprend l’office du 6 janvier hormis l’oraison), s’est achevé le cycle liturgique de Noël ; voilà pourquoi, ce matin, avec Frère Maximilien-Marie, nous avons retiré les décorations extérieures qui donnaient au Mesnil-Marie un air de fête. Nous avons seulement laissé la crèche lumineuse extérieure (dont je vous avais parlé ici > www) : elle demeurera jusqu’au jour de la Chandeleur, qui clôturera le temps des 40 jours après la Nativité, jour où Joseph et Marie quittèrent Bethléem pour aller, selon les prescriptions de la loi mosaïque, présenter au Temple le Saint Enfant Jésus. C’est alors que nous aussi, selon l’usage ancien, nous déferons notre crèche et la rangerons pour onze mois…

En attendant le 2 février, les visiteurs – souvent par petits groupes – continuent à venir voir la crèche du Mesnil-Marie : sur le modeste « livre d’or » que j’aime à feuilleter, je peux lire des témoignages aussi amicaux qu’encourageants.

Si, peu à peu, nous nous acheminons sur la fin de ce temps de la crèche, nous n’en finissons cependant pas et nous n’en finirons jamais d’approfondir les leçons spirituelles que le Sauveur nous donne en naissant dans cette pauvre étable. Ce matin, j’ai médité sur ces lignes extraites d’une homélie du Pape Saint Léon le Grand qui fait ressortir combien le Christ en voulant se faire petit enfant a voulu nous enseigner l’humilité :

« Lorsque les trois mages eurent été conduits par l’éclat d’une nouvelle étoile pour venir adorer Jésus, ils ne le virent pas en train de commander aux démons, de ressusciter des morts de rendre la vue aux aveugles, ou la marche aux boiteux, ou la paroles aux muets, ni d’accomplir quelque acte relevant de la puissance divine ; non, ils virent un enfant gardant le silence, tranquille, confié aux soins de sa mère ; en lui n’apparaissait aucun signe de son pouvoir, mais il offrait à la vue un grand prodige, son humilité. Aussi le spectacle même de ce saint enfant auquel Dieu, Fils de Dieu, s’était uni, présentait aux regards un enseignement qui devait plus tard être proclamé aux oreilles, et ce que ne proférait pas encore le son de sa voix, le simple fait de le voir faisait déjà qu’il l’enseignait. Toute la victoire du Sauveur, en effet, victoire qui a subjugué le diable et le monde, a commencé par l’humilité et a été consommée par l’humilité. Il a inauguré dans la persécution ses jours prédestinés, et les a terminés dans la persécution ; à l’enfant n’a pas manqué la souffrance, et à celui qui était appelé à souffrir n’a pas manqué la douceur de l’enfance ; car le fils unique de Dieu a accepté par un unique abaissement de sa majesté, et de naître volontairement homme et de pouvoir être tué par les hommes.

(…) Aussi toute la pratique de la sagesse chrétienne, mes bien-aimés, ne consiste ni dans l’abondance des paroles, ni dans l’habileté à disputer, ni dans l’appétit de louanges et de gloire, mais dans la sincère et volontaire humilité que le Seigneur Jésus-Christ a choisie et enseignée en guise de toute force, depuis le sein de sa Mère jusqu’au supplice de la Croix. Car un jour que ses disciples recherchaient entre eux, comme le raconte l’Evangéliste, « qui parmi eux, était le plus grand dans le Royaume des Cieux, Il appela un petit enfant, le plaça au milieu d’eux et dit : En vérité, je vous le dis, si vous ne vous convertissez pas et ne devenez pas comme de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. Qui donc se fera petit comme cet enfant-là, voilà qui sera le plus grand dans le Royaume des Cieux. »

Le Christ aime l’enfance qu’il a d’abord vécue dans son âme et dans son corps. Le Christ aime l’enfance, maîtresse d’humilité, règle d’innocence, modèle de douceur. Le Christ aime l’enfance, vers elle il oriente la manière d’agir des aînés, vers elle il ramène les vieillards ; il attire à son propre exemple ceux qu’il élève au Royaume éternel. » (Saint Léon le Grand,  in 7ème sermon pour l’Epiphanie).

J’ai justement retrouvé une petite « bande dessinée » qu’avait réalisée jadis Frère Maximilien-Marie en rapport avec ce thème, aussi je me permets de vous en faire une copie, pour conclure le temps de Noël de manière spirituelle … dans les deux sens de cet adjectif.

Lully.

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La Préférée de Dieu.
(Faire un « clic » droit de la souris puis ouvrir l’image dans un nouvel onglet si voulez voir les dessins en plus grand format)

La préférée de Dieu (1ère partie)

La préférée de Dieu (2nde partie)

2011-4. D’une merveilleuse visite reçue au soir du dimanche de l’Epiphanie…

Lundi 10 janvier 2011.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Sans aucun retard, il faut que je vous raconte l’évènement extraordinaire au centre duquel je me suis retrouvé la nuit dernière… car c’est vraiment quelque chose de prodigieux qu’il m’a été donné de vivre.

La journée de ce dimanche 9 janvier était achevée. Un dimanche pas tout à fait comme les autres, puisque c’était celui de la solennité reportée de l’Epiphanie (voir ce que j’ai écrit, au bas de la page où je vous livrais la recette du gâteau des Rois, au sujet de la date de célébration de cette très grande fête > www).

A la fin de la Messe, frère Maximilien-Marie avait demandé à Monsieur l’Abbé de bénir la craie, conformément à ce qui est prévu dans le rituel romain, et il a ramené chez nous cette craie bénite avec laquelle nous avons marqué toutes les portes de la maison.

2011-4. D'une merveilleuse visite reçue au soir du dimanche de l'Epiphanie... dans Chronique de Lully dsc07602copie.vignette

(cliquer sur l’image pour la voir en plus grand format)

Malheureusement (j’avais déjà eu l’occasion d’exprimer ici mes regrets à ce sujet > www), beaucoup trop de fidèles et – ce qui est plus grave – de prêtres, n’apportent pas au rituel et aux sacramentaux l’attention et l’importance qui conviendrait, alors qu’il y a là un trésor de l’Eglise dans lequel les âmes devraient pouvoir largement puiser afin de profiter de tous les canaux de la grâce et de la protection divines…

Bref, pour ceux qui ignoraient jusqu’ici cette tradition, voici la traduction de la formule de bénédiction de la craie : « Bénissez, ô Seigneur notre Dieu, cette craie, votre créature, afin qu’elle devienne salutaire au genre humain ; et accordez par l’invocation de votre Nom très saint que tous ceux qui l’emporteront ou qui écriront avec elle sur leurs portes les noms de vos Saints Gaspard, Melchior et Balthazar, reçoivent par leur intercession et leurs mérites la santé du corps et la protection de l’âme… » L’usage veut donc qu’avec elle on écrive en haut des portes les initiales des Saints Rois Mages, avec les chiffres de l’année qui vient de commencer, ceux-ci divisés en deux séries de manière à encadrer les lettres, comme vous pouvez le voir sur la photo publiée ci dessus.

Mais revenons à mon propos! Avant d’ouvrir cette parenthèse, je vous disais donc que notre journée du dimanche était achevée : Frère Maximilien-Marie était allé se coucher ; notre Mesnil-Marie, malgré les bourrasques du vent qui mugissait, était paisiblement enveloppé par le recueillement de la nuit, et moi j’étais à méditer dans mon panier près de la cheminée…

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(cliquer sur l’image pour la voir en plus grand format)

… quand il m’a semblé entendre un bruit confus sur notre terrasse. Frère Maximilien-Marie était dans son premier sommeil, phase durant laquelle je crois que les volcans qui nous entourent pourraient se réveiller sans qu’il s’en rende compte ; et puis, vous le savez, nous autres chats avons l’ouïe infiniment plus fine que l’oreille humaine!

Bref, je suis allé en tapinois jusqu’à la petite fenêtre de laquelle je peux, sans être vu, tout voir de ce qui se passe sur notre terrasse, et là… j’ai dû me pincer pour être bien certain de ne pas rêver!

Me croirez-vous si je vous l’écris? N’allez-vous pas penser que je délire? Je doute en effet que vous le trouviez par vous-mêmes car – « je vous le donne en cent, je vous le donne en mille » comme l’écrivait l’illustre marquise dont la lecture des lettres m’est toujours un enchantement – j’ai vu – j’en suis encore tout ébaubi!-, j’ai vu, vous dis-je, bien distinctement vu malgré la pénombre… un éléphant, quelques chevaux et une caravane de chameaux (oui, oui, de vrais chameaux avec deux bosses et quatre pattes, et non des spécimens de chameaux à deux pattes qui pourrissent les rapports humains). Des silhouettes enturbannées s’affairaient autour d’eux, les ayant attachés par de grandes longes aux arbustes qui croissent le long du ruisseau, tandis que, sur notre terrasse même, trois hauts personnages secouaient les grandes capes ruisselantes dans lesquelles ils avaient auparavant été enveloppés.

Je n’eus aucune hésitation : c’étaient bien eux, Gaspard, Melchior et Balthazar. C’étaient bien eux, les Saints Rois Mages envers lesquels Frère Maximilien-Marie m’a inspiré une très grande dévotion. Ils étaient là, présents, vivants, réels, à la porte du Mesnil-Marie.

Je ne sais pas comment j’ai fait mais, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, j’avais sauté à terre et couru à la porte, j’en avais tiré les verrous et fait entrer chez nous les Saints Rois!

Tout se passait sans aucun bruit, et ce silence était plénitude ; tout était baigné d’une mystérieuse lumière qui rendait inutile lampes et bougies : cette lumière venait de l’intérieur même de l’être et donnait consistance et relief à tout ce qui était là…

Gaspard, Melchior et Balthazar s’étaient assis sans façon sur nos tabourets, près de la cheminée, leurs capes étalées sur les chaises faisaient, en séchant, monter une vapeur moite, et sans que j’eusse eu besoin de lui indiquer où se trouvaient les choses, un page silencieux avait préparé du thé que les Rois savouraient à petites gorgées réconfortantes. Dehors les serviteurs avaient aussi allumé un petit feu et s’affairaient l’un à bouchonner les chevaux, l’autre à faire boire l’éléphant dans notre béalière, un autre encore à faire prendre un peu de repos aux chameaux…

Les Saint Rois m’expliquèrent comment chaque année – puisque la liturgie de la Sainte Eglise n’est pas une commémoration d’évènements définitivement révolus, mais opère une mystique ré-actualisation des mystères sacrés qu’elle célèbre -  ils  refont leur merveilleux voyage à la suite de l’Etoile pour arriver le 6 janvier à la Crèche. Ils me dirent aussi que, devant rentrer chez eux par un autre chemin, ils changeaient tous les ans leur itinéraire de retour. Ils m’ont enfin raconté comment, cette année, ils avaient décidé de retourner à Cologne (puisque c’est désormais là qu’ils résident depuis qu’au XIIème siècle leurs précieuses reliques y ont été apportées) en parcourant les Monts du Vivarais.

Ce soir, à la tombée de la nuit, ils avaient été pris dans des bourrasques de neige et s’étaient égarés sur les pentes du Mézenc…

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Les roches de Cuzet le 9 janvier 2011 (cliquer sur l’image pour voir en grand).

Déjà exténués d’avoir dû gravir les pentes escarpées de ces montagnes, leurs chevaux, leurs chameaux et l’éléphant étaient proches de l’hypothermie. Tout exercés qu’ils étaient à s’orienter sur les étoiles, les Mages ne pouvaient déceler aucun signe dans un ciel sombrement laiteux et bas, tandis que de lourds flocons tournoyants les empêchaient de distinguer la route à seulement deux mètres devant leurs montures. C’est alors que l’ange qui se cache habituellement derrière l’Etoile qui les conduit chaque année à la crèche (car ce qu’ils ont suivi n’a rien à voir avec une comète ou un quelconque autre phénomène naturel : c’est un signe miraculeux et divin conduit par un ange), avait décidé de descendre jusqu’à eux et de les diriger vers le Mesnil-Marie.

Gaspard, Melchior et Balthazar m’exprimèrent leur vive satisfaction en voyant que nous avions marqué les portes avec leurs initiales pour que leur bénédiction soit sur nous. Ils étaient très en confiance avec moi et me livrèrent quelques réflexions : « Sais-tu, Lully, que nous n’oserions pas, à l’heure actuelle, frapper à la porte de certains presbytères ou de certains évêchés lorsque nous avons besoin d’une halte réparatrice? Il est en effet des prêtres et des évêques qui nous ont relégués au rang de purs mythes ou qui, encore infestés par des idées marxistes pourtant totalement dépassées, contestent notre dignité royale malgré les assertions des prophéties« , déclara Gaspard.

« C’est à se demander parfois, ajouta Balthazar, s’ils ne font pas davantage confiance à la pseudo révélation mahométane, plutôt qu’à l’inspiration de la  Sainte Bible!« 

Melchior dit alors d’une voix grave : « La race des prêtres qui sont instruits de la vérité mais qui n’en vivent pas, ne s’est pas éteinte avec la disparition de ceux qui furent capables de dire à Hérode où devait naître le Messie, mais qui n’ont pas fait un pas pour aller L’adorer! Ils ne sont certes pas tous ainsi, mais il y en a encore, et encore beaucoup trop,  dont la science est stérile parce qu’elle n’est qu’intellectuelle et ne porte pas de fruits de sainteté : ils sont devenus les ternes fonctionnaires d’un certain moralisme terrestre, mais ils ne sont plus les ministres humblement zélés de la grâce surnaturelle pour le salut éternel des âmes…« 

Le fougueux Gaspard reprit : « Sans parler des Hérodes modernes! Hérodes tous ceux qui voient dans le Christ Sauveur et dans l’influence de l’Eglise une menace pour leur pouvoir ; Hérodes tous les députés, sénateurs et chefs d’états qui multiplient les lois iniques et veulent être les décideurs du bien et du mal ; Hérodes ceux qui érigent en norme sociale ce qui est contraire à la loi naturelle ; Hérodes ceux qui nient que la civilisation européenne soit fondée sur l’héritage judéo-chrétien ; Hérodes ceux qui favorisent par mille démissions et compromissions l’anti-christianisme et qui se taisent quand les églises et les cimetières sont attaqués ou profanés ; Hérodes les sectes anti-chrétiennes et les sociétés secrètes qui tirent les ficelles des institutions étatiques ; Hérodes tous ces journalistes et hommes politiques qui se posent en « pères la vertu » et profitent de toutes les occasions, à grand renfort de mensonges, pour critiquer le Souverain Pontife ; Hérodes aussi ces hommes d’Eglise qui sont devenus des hommes de pouvoir, des calculateurs, des manipulateurs et se servent de leurs fonctions pour sournoisement imposer aux esprits des comportements erronés ou des idéologies étrangères à la doctrine de l’Eglise du Christ… Et complices d’Hérodes enfin tous ceux qui par amour de leur propre tranquillité, tous ceux qui pour ne pas avoir d’histoires, se taisent, se laissent passivement porter par le courant dominant ou s’enfouissent la tête dans le sable!« 

J’opinais en silence, parce que les paroles fortes du Roi Gaspard faisaient défiler dans ma tête tant de faits contemporains très précis et concrets dont j’ai lu les récits ou dont je me suis entretenu avec Frère Maximilien-Marie.

Melchior ajouta encore : « Nous étions stupéfaits, il y a 2010 ans, lorsque nous nous sommes rendus compte que Jérusalem et le peuple élu ne savaient rien de la naissance de son Messie, et nous sommes encore davantage et douloureusement surpris en constatant que le divin Roi de paix et d’amour est encore toujours, sinon plus, méconnu ici, après tant de siècles! Les ténèbres recouvrent encore la terre et les peuples sont encore plongés dans la nuit (cf. Isaïe 60,2 ); ils sont dans l’attente de nouveaux et véritables évangélisateurs qui leur permettront de marcher vers la Lumière et d’orienter leurs chefs vers la splendeur de l’aurore du Seigneur!« 

Il y eut un silence, puis Balthazar se leva. Sa longue barbe blanche m’impressionnait mais je le fus plus encore par la solennité de son ton : « Lully, tu le sais bien, nous offrons de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Nous les avons offerts matériellement à l’Enfant-Jésus dans sa crèche pour représenter ce qu’Il est en vérité malgré la faible apparence du Nouveau-Né. En revenant de la crèche nos cassettes sont vides, mais nous pouvons les offrir d’une autre manière : avant de reprendre la route, nous allons aussi laisser au « Mesnil-Marie » de l’or, de l’encens et de la myrrhe.« 

Les trois Saints Rois se mirent à genoux devant l’icône de la Compassion de Notre-Dame et prièrent intensément. Je n’entendis point de paroles mais je comprenais dans mon coeur des choses que les mots ne peuvent que difficilement exprimer et qui m’apparaissaient avec une force et une réalité supérieures à tout ce qui est sur la terre. Je vis par l’esprit qu’ils demandaient au Roi des rois pour notre Mesnil-Marie l’encens spirituel, par le don de l’esprit de recueillement, d’adoration, d’attention à Dieu et de prière en toutes choses, l’or spirituel, par le don d’une sagesse inspirée par la charité surnaturelle, infiniment supérieure à toute prudence humaine, et la myrrhe spirituelle, par le don de la compassion profonde, qui est union à la Passion du Christ et de sa Sainte Mère, en toutes sortes de médisances et de calomnies, toutes sortes de critiques et de suspicions, toutes sortes de mépris et de contradictions, par lesquelles on devient en vérité disciple de Celui qui n’a pas indiqué à ceux qui voulaient Le suivre d’autre voie que celle de la Sainte Croix…

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Les Saints Rois entrevus en songe (cliquer sur l’image pour la voir en plus grand)

Ensuite tout se passa très vite. Déjà les Saints Rois étaient en selle et leur caravane s’ébranlait. Les nuages s’étaient dissipés, le vent ne soufflait plus, les étoiles brillaient d’un éclat incomparable. Se tournant vers moi, Gaspard, Melchior et Balthazar me bénirent en souriant, et leur cortège disparut dans la nuit…

Je ne suis pas retourné dans mon panier, je suis monté auprès de Frère Maximilien-Marie et me suis roulé en boule contre son coeur. Il ne soupçonnait rien de ce qui s’était passé pendant son repos, mais je sentais que la bénédiction des Saints Rois Mages l’enveloppait, comme elle imprégnait tout notre Mesnil-Marie, et je me mis à ronronner avec volupté en méditant sur la merveilleuse visite.

Lully.

lys visite

Recette du Mesnil-Marie : un « Gâteau des Rois » selon la tradition du sud de la France.

La galette des Rois, fourrée à la frangipane, est une coutume qui – même si elle s’est largement généralisée – appartient surtout aux provinces du nord de la France.
Dans le sud, le « gâteau des Rois » est traditionnellement une espèce de brioche, parfumée à la fleur d’oranger et garnie de fruits confits.

Il en existe plusieurs recettes : les recettes de gâteau des Rois provençaux demandent parfois une nuit entière de repos et de levage de la pâte. La recette que nous vous proposons ici est assez simple et rapide en comparaison, mais elle n’en est pas moins délicieuse…

Respectueux de la tradition qui assigne au 6 janvier la célébration de l’Epiphanie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en union avec l’Eglise universelle (*), et attentifs à marquer ainsi le chiffre symbolique du douzième jour après la Nativité, nos palais et nos estomacs participeront eux aussi à l’allégresse de cette très grande fête!

Recette du Mesnil-Marie : un       lys5 dans Recettes du Mesnil-Marie   lys5

Temps de préparation : 30 minutes.
Temps de cuisson 
: 30 minutes.

Temps de pause : environ 2 h  (pour une dégustation sous 3 h minimum).

Ingrédients : 

- Pour le gâteau lui-même : 350 grammes de farine ; 1 sachet de levure de boulangerie ; 3 oeufs ; 100 grammes de beurre ; 150 grammes de sucre en poudre; 1 pincée de sel; 1 cuillère à soupe d’eau de fleur d’oranger

- Pour la décoration : des fruits confits et du sucre en grains ; 1 jaune d’oeuf; 1 fève et/ou un sujet de porcelaine, et – bien sûr – une ou plusieurs couronnes!

Préparation :

Délayer la levure dans un peu d’eau tiède. Dans un saladier, mélanger ensemble la farine, le beurre fondu, les oeufs, le sucre et le sel ainsi que l’eau de fleur d’oranger. Ajouter la levure et des fruits confits coupés en petits morceaux.Bien pétrir cette pâte puis la laisser reposer jusqu’à ce qu’elle double de volume (environ 2 heures).

Préchauffer le four à 200°C. Sur une plaque recouverte de papier sulfurisé, étirer la pâte et lui donner une forme de couronne.Badigeonner de jaune d’oeufet décorer avec les fruits confits. Mettre au four pendant 25 à 30 minutes. A la fin de la cuisson, ajouter des grains de sucre et… ne pas oublier d’insérer la (ou les) fève(s).

Dégustez accompagné de compote ou de confiture et n’omettez pas de chanter la si populaire Marche des Rois

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(*) Il faut insister en effet pour rappeler que la date officielle de la célébration de l’Epiphanie est bien toujours le 6 janvier dans l’Eglise universelle ; c’est une fête d’obligation qui doit être chômée, comme cela est le cas dans de nombreux pays d’Europe. En France – malheureusement!- depuis la révolution et le concordat napoléonien, ce jour n’est plus férié et la solennité de l’Epiphanie se trouve donc normalement reportée au dimanche qui suit le 6 janvier, dans le rite latin traditionnel. Pour le nouveau rite, les conférences épiscopales francophones des pays où le 6 janvier n’est pas férié ont attribué à cette fête le 1er dimanche de janvier au mépris de toutes les traditions et règles liturgiques.

Publié dans : Recettes du Mesnil-Marie | le 4 janvier, 2011 |5 Commentaires »
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