2013-68. Où, à l’occasion de l’anniversaire du martyre de l’abbé Claude Allier, leur instigateur et leur âme, on rappelle ce que furent les « Camps de Jalès ».

5 septembre 1793

« In memoria aeterna erit justus »

A côté de l’événement joyeux de la naissance du Grand Roi que vient nous rappeler chaque 5 septembre, cette date marque aussi pour nous un autre anniversaire, tragique celui-là : l’anniversaire du martyre de Monsieur l’abbé Claude Allier, prieur curé de Chambonas, paroisse de l’ancien diocèse d’Uzès aux confins du Vivarais, qui fut guillotiné à Mende le 5 septembre 1793 (cf. > www).
L’abbé Claude Allier fut le principal instigateur et l’âme des événements de 1790, 1791 et 1792 restés dans l’histoire sous le nom de « Camps de Jalès ».

Je retranscris ci-dessous quelques passages de l’excellent ouvrage d’Albert Boudon-Lashermes intitulé « Les Chouans du Velay » (Cl. Ranchon, éditeur – Yssingeaux 1911) car la chouannerie vellave est en liens étroits avec ce qui s’est passé à Jalès.

2013-68. Où, à l'occasion de l'anniversaire du martyre de l'abbé Claude Allier, leur instigateur et leur âme, on rappelle ce que furent les

Village de Chambonas  aux confins de l’Uzège et du Vivarais :
à l’ombre du château, l’église romane dont l’abbé Claude Allier était le prieur.

lys5 Banne dans Vexilla Regis

Au chapitre VII, intitulé : le Camp de Jalès.

Le paysan des Cévennes n’avait pour l’Ancien Régime aucune antipathie. Homme de tradition, il voyait à regret le pays troublé par des innovations bruyantes et peu en harmonie avec ses idées catholiques, il déplorait l’attitude antireligieuse du nouveau gouvernement. Fermement attaché au Roi, il réprouvait hautement la conduite des chefs révolutionnaires de Paris.

Un homme ardent et dévoué, Claude Allier, prieur de Chambonas en Vivarais, conçut le projet hardi de grouper toutes les bonnes volontés pour profiter de l’état d’âme des montagnards de la région et tenter un mouvement royaliste.
La Lozère, le Vivarais, le Gard, le Gévaudan et le Velay lui paraissaient disposés à prendre les armes pour secouer le joug tyrannique des nouveaux potentats. Il s’assura le concours de chefs vaillants et déterminés, se créa des intelligences dans toute la région restée fidèle aux traditions politiques et religieuses du pays, et parvint en assez peu de temps à créer une organisation puissante dont il pensa tirer parti pour la lutte qu’il voulait entreprendre.
Né dans la ville d’Orange, Claude Allier appartenait à une famille originaire de la région de Langogne, sur les confins de la Haute-Loire, de l’Ardèche et de la Lozère (…). Claude avait quatre frères : François (…), André (…), Dominique et Charles qui aidèrent Claude dans ses projets contre-révolutionnaires.
Claude Allier avait représenté à l’assemblée nationale le diocèse d’Uzès : il était âgé de quarante-trois ans. Entreprenant et tenace, il organisa avec une merveilleuse rapidité le mouvement royaliste qu’il avait entrepris.
Il sut s’entourer d’amis dévoués et actifs, faire comprendre aux paysans Cévenols que, seuls et isolés, ils étaient impuissants contre la révolution triomphante, mais qu’en se groupant et se prêtant un mutuel appui ils pouvaient devenir une force avec laquelle les puissants du jour auraient à compter.

Le Vivarais, la Lozère, adhérèrent des premiers à cette entreprise qui arrivait à point dans un pays résolu à défendre jusqu’au bout sa liberté et son indépendance.
A leur exemple, le Velay présentait déjà, à cette époque, de graves indices de mécontentement (…).
Ce fut sur ces entrefaites qu’éclata le mouvement du « Camp de Jalès ».

chambonas-banne-jales-et-environs-300x186 camps de Jalès

Chambonas – en haut à gauche – dont l’abbé Claude Allier était prieur, 
l’ancienne Commanderie de Jalès – en bas sur la droite – , et leurs environs qui seront cités ci-dessous.
(cliquer sur l’image pour la voir en grand format)

Claude Allier avait choisi comme point de concentration de ses troupes contre-révolutionnaires les châteaux de Jalès et de Bannes, perdus au milieu des Cévennes, au fond du département de l’Ardèche.
Lorsqu’il jugea le mouvement assez avancé et l’instant opportun, il fit convoquer dans la plaine de Jalès, en août 1790, toutes les gardes nationales de la région « sous prétexte de leur faire renouveler le serment civique du 14 juillet ».
Gentilshommes, prêtres et moines, bourgeois et paysans accoururent du Gard, de la Lozère, du Vivarais, du Gévaudan et du Velay.
Vingt mille hommes répondirent à l’appel du prieur de Chambonas, et, devant un autel dressé en plein air, prêtèrent serment de « défendre la nation, la loi et le Roi ». Ils ne se séparèrent « qu’après avoir bruyamment manifesté leurs sentiments royalistes et catholiques ».
Cette première réunion avait permis aux chefs de compter leurs hommes. Elle produisit une grande impression dans le pays et décida le prieur et ses amis à tenter l’aventure.

Claude Allier fut aidé dans son entreprise par son frère, Dominique, homme intrépide et tenace dont l’endurance faisait l’admiration de ses compagnons de lutte ; par Mgr de Castellane, évêque de Mende ; M. de Malbosc ; M. de Chabannes ; le chevalier de Gratz ; le procureur-syndic de la Lozère, Rivière ; l’abbé de la Bastide de la Molette et son frère le chevalier ; l’abbé de Siran ; M. de Retz ; le chevalier de Borel ; le maire de Mende, Jourdan-Combettes ; enfin, le notaire Charrier, ancien député, que Mgr de Castellane avait fait venir dans sa forteresse de Chanac pour commander la petite troupe qu’il avait formée.
L’évêque de Mende, en effet, avait organisé dans son château une petite armée de paysans qu’il entretenait à ses frais et à qui des hommes dévoués enseignaient le maniement des armes.

Une seconde fois, en février 1791, Claude Allier convoqua ses troupes dans la plaine de Jalès. Il ne s’agissait plus, alors, d’une manifestation platonique. Une organisation puissante avait été entreprise. Le « Camp de Jalès » devenait officiellement le centre de la résistance qu’allaient opposer à la révolution tous les braves gens du pays.
Les chefs du mouvement annonçaient hautement qu’ils voulaient « une insurrection générale, une marche rapide sur Paris, la dispersion de l’assemblée nationale et le rétablissement de l’Ancien Régime ».
Cependant, à cette armée il manquait un chef, un chef militaire, investi officiellement par les Princes du haut commandement. Il fut décidé que l’on attendrait pour commencer la lutte d’avoir obtenu la nomination d’un général. Les troupes quittèrent donc le « camp » et retournèrent dans leurs villages avec l’espoir d’en sortir bientôt pour ouvrir les hostilités.

commanderie-de-jales-porche Claude Allier

Ancienne commanderie templière de Jalès : le porche (état actuel)

L’assemblée nationale en apprenant ce qui se passait dans les montagnes des Cévennes, ordonna l’arrestation de tous les chefs royalistes de la région et décréta d’accusation le prieur de Chambonas, le chevalier de Gratz, M.de Chabannes, M. de Malbosc, Rivière, et les deux de la Bastide, le chevalier et l’abbé.
Ce dernier, Clément de la Bastide de la Molette, chanoine d’Uzès, avait été autrefois officier et s’était vaillamment mis à la disposition de Mgr de Castellane et du prieur de Chambonas (…).

L’abbé de la Bastide, son frère, le procureur Rivière, les trois Allier, réussirent à se cacher. M. de Malbosc fut pris, enfermé dans la citadelle du Pont-Saint-Esprit, et massacré impitoyablement.
Le prieur de Chambonas n’abandonna pas pour celà la lutte entreprise. D’autres chefs n’étaient pas encore dénoncés : l’abbé de Siran, de Retz, Charrier…
Il leur laissa le soin de maintenir l’union des troupes royalistes, et partit au commencement de janvier 1792 pour Coblentz où se trouvait la Cour. Reçu avec joie par les Princes, il leur exposa « avoir recruté à Nîmes, à Montpellier, à Arles, à Mende, au Puy, dans le Comtat et dans le Vivarais, 60.000 hommes » affiliés à la confédération de Jalès et prêts à se lever à l’appel des chefs royalistes.
Il dépeignit aux Princes l’état d’esprit des montagnards Cévenols, leur fit un tableau de la situation inaccessible des montagnes du Vivarais, du Velay et du Gévaudan, des dépôts d’armes, des magasins qui y existaient, et les pria de désigner un chef   »qui vint en leur nom se mettre à la tête des défenseurs de la Monarchie ».
Sur leur demande, il exposa le plan des conjurés : investir Nîmes, au midi, le Puy, au nord. « Maître de ces deux points, il tiendrait le midi » et marcherait sur Lyon où des troupes amies n’attendaient qu’un signal pour opérer leur jonction avec les Cévenols.
Claude Allier insista sur ce point « que le Velay était tout dévoué au Roi et que l’on trouverait à Yssingeaux et au Puy, – avec des ressources précieuses, armes, munitions et vivres, – des amis vaillants et fidèles qui lutteraient jusqu’à la mort ».
Les maires et les municipalités d’une grande partie de la Lozère, le commandant de la gendarmerie, le procureur-général syndic étaient dans le complot. Le succès était assuré.
Les Princes ne purent que féliciter le prieur de son dévouement et approuver son projet. Ils lui promirent des secours pécuniaires et un général.

Claude Allier revint à Jalès, réunit tous les chefs de l’entreprise, leur fit le récit de son voyage et du succès de sa mission. Une adresse aux Princes fut aussitôt rédigée et revêtue de la signature des 57 chefs royalistes fédérés.
Il s’agissait maintenant de faire parvenir ce document à Coblentz. Dominique Allier offrit de s’en charger.
L’entreprise était périlleuse (…). Dominique avait l’âme vaillante ; il se déguisa en berger, acheta un troupeau, et, lentement, en menant devant lui ses moutons, il franchit à pied montagnes et vallées, plaines et collines.
Il arriva de la sorte à Chambéry, et, laissant ses moutons, traversa la Suisse allemande et le grand duché de Bade.
Les Princes ne furent pas peu surpris lorsqu’ils virent arriver le soi-disant berger et apprirent de quelle manière il était venu jusqu’à eux. Ils annoncèrent officiellement leur intention d’envoyer des chefs en Vivarais et de désigner dans la suite un Prince du Sang pour prendre le commandement en chef des troupes cévenoles.
Lorsque la chose fut connue à Coblentz tout le monde voulut être de l’expédition. Les Chevaliers de Malte promirent de concourir au soulèvement et de débarquer dans le Midi avec leurs frégates. Tous les émigrés sollicitèrent l’honneur d’aller au camp de Jalès ; les Princes n’eurent plus que l’embarras du choix.
Le 4 mars, le comte Thomas de Conway, maréchal de camp irlandais au service de la France et ancien gouverneur des établissements français aux Indes, fut nommé commandant en chef des armées royalistes du Midi, depuis Arles jusqu’à Jalès.
Les Princes lui ouvrirent un crédit de 300.000 livres et lui adjoignirent, pour commander plus spécialement le camp de Jalès et la région des Cévennes, le comte de Saillans (…), ancien lieutenant-colonel aux Chasseurs du Roussillon, émigré après l’échec du complot de Perpignan dont il avait été l’âme.

3-Saillans comte de Saillans

François-Louis, comte de Saillans (1741-1792)

au chapitre VIII, intitulé :  Conspiration de Saillans.

Le comte de Saillans partit de Coblentz le 8 mars avec Dominique Allier, le vicomte de Blou, Isidore de Mélon, de Sainte-Croix, de Portalis, de Montfort, de Roux, de Saint-Victor (…).

Cependant la joie des royalistes des Cévennes ne pouvait plus se contenir. Des indiscrétions avaient été commises dès le départ de Dominique pour Coblentz (…).
Au début de mars, un homme qui appartenait par toutes ses traditions de famille à l’aristocratie yssingelaise, mais qui par ambition s’était jeté dans le jacobinisme, informa la Législative que 20.000 paysans s’étaient armés en Lozère pour la contre-révolution. Il dénonça à la barre de l’assemblée Mgr de Castellane, évêque de Mende, le maire de cette ville, le commandant militaire, comme coupables d’avoir organisé un complot royaliste de concert avec les organisateurs du camp de Jalès. Il demanda, mais ne put obtenir, leur mise en accusation et le transfert à Marvejols du tribunal criminel et du directoire du département.
Le 20 mars, le même député demandait à l’assemblée la démolition des châteaux de Jalès et de Bannes dans lesquels étaient « approvisionnées les munitions de guerre des contre-révolutionnaires ».
Le 28 du même mois il obtenait enfin de la Législative la mise en accusation de Mgr de Castellane (*), de l’ancien député Charrier, du chevalier de Borel, de Jourdan-Combettes, maire de Mende, et M. de Retz (…).

Lorsqu’on comprit enfin, à Paris, qu’il existait dans le Vivarais, le Gévaudan et le Velay une organisation royaliste sérieuse, que des troubles sanglants éclataient de tous côtés, que les châteaux de Bannes et de Jalès étaient devenus de véritables camps retranchés, qu’un soulèvement général allait se produire, on en fut vivement ému.
Tous les chefs dont on pu connaître les noms furent décrétés d’accusation ; des expéditions, des détachements de troupes régulières, volontaires et gardes nationaux, furent lancés à leur poursuite, mais presque tous restèrent introuvables.

Aussi lorsque le prieur de Chambonas les convoqua pour le 19 mai à la Bastide pour leur présenter le comte de Saillans, bien peu manquèrent à l’appel.
Cette assemblée d’hommes dont la tête était mise à prix ne manquait pas de grandeur. Ils s’y rendirent, escortés par les paysans qui les cachaient dans le pays. Des gardes nationaux en tenue montèrent la garde autour de la Bastide. Saillans se présenta « revêtu de son uniforme bleu à boutons fleurdelysés, la cocarde blanche au chapeau ».
Acclamé par cette élite de royalistes cévenols, l’envoyé des Princes commença alors à courir les montagnes avec le prieur dont il avait partagé jusque là la retraite. Il visita tous les paysans fidèles, depuis le fond de la Lozère jusqu’aux rives du Rhône, voyageant la nuit, se cachant pendant le jour, changeant de costume presque journellement.
Dominique Allier le précédait, explorait le pays, dépistait les républicains et réunissait les montagnards. « Reçu partout comme un libérateur, Saillans charma tout le monde par sa bonne grâce ».

Mais le temps pressait. Le Directoire venait de s’emparer du château de Bannes. Il ignorait encore, il est vrai, que le comte était arrivé dans les Cévennes, mais il pouvait l’apprendre d’un jour à l’autre. Il ne fallait plus tarder.
Le 23 juin, à minuit, une grande réunion eut lieu, mystérieusement dans la forêt de Malons, près de Saint-Ambroix. Saillans y rendit compte de sa tournée, y fit part de ses espérances. Le chevalier de Mélon y prononça un discours vibrant de foi royaliste (…) ; les royalistes étaient groupés autour du prieur, haletants d’espoir (…). 

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Banne : le château tel qu’on pouvait le voir avant les événements de juillet 1792.

au chapitre X : Saillans projette de s’emparer du Puy.

Ainsi que Claude Allier l’avait affirmé aux Princes à Coblentz, la ville du Puy comptait de nombreux partisans de la Monarchie. Ils étaient, il est vrai, un peu réduits au silence par la présence des troupes régulières qui tenaient garnison dans la cité, ainsi que par le grand nombre d’étrangers qui l’avaient envahie, depuis l’origine de la révolution, aventuriers sortis d’un peu partout pour venir profiter du bouleversement de l’ordre social, se glisser dans les postes avantageux, piller, voler de tous côtés (…).

Le comte de Saillans n’eut pas de peine à se ménager des intelligences dans la ville du Puy. Dès que l’on se fut rendu compte que l’on pouvait y compter sur des amis fidèles et dévoués, on songea à organiser un plan pour s’emparer de la capitale du Velay.
« Les deux tiers de ses habitants sont dévoués à la bonne cause », lit-on dans un document saisi par les révolutionnaires et écrit de la main du prieur de Chambonas. Claude Allier indiquait en outre dans son plan d’attaque que, « le Puy étant la plus grande ville et comme la capitale de toutes montagnes », la prise de cette cité par les royalistes produirait dans le pays une très grande impression et déciderait beaucoup de timides et d’hésitants à prendre les armes pour le Roi.
On s’occupa tout d’abord de désigner un chef aux royalistes dans chaque canton de l’ancien Velay. Théofrède Roudil de Chabannes fut placé à la tête de cette organisation (…).

le-puy-ancienne-gravure Dominique Allier

Gravure ancienne représentant la ville du Puy :
en sus de la position stratégique, pour tous les royalistes, le Puy est une ville sainte
dont l’antique pèlerinage, fréquenté par plusieurs Rois, donne à leur combat une dimension « mystique ».

au chapitre XI : échec du complot de Saillans.

Le signal si longtemps attendu fut enfin donné, et l’armée royaliste fut officiellement convoquée pour marcher sur le Puy.
La réunion des troupes devait avoir lieu dans la nuit du 8 au 9 juillet. Le Velay devait rejoindre l’armée de Jalès sur le parcours de la route, et, dans la ville, tout se préparait en secret pour l’entrée des cocardes blanches.
L’enthousiasme était à son comble. Les royalistes, armés de pied en cap, causaient ouvertement en Vivarais de l’expédition du Puy ; on se réjouissait publiquement de l’approche de la délivrance ; on affichait devant la porte des églises des proclamations monarchistes ; on obligeait même les curés constitutionnels à en donner lecture en chaire.
Cette audace des contre-révolutionnaires, publiant de tous côtés leurs projets et se vantant déjà de la prise du Puy comme si elle était un fait accompli, produisait un effet considérable et plongeait dans l’épouvante les jacobins du pays.

La proclamation du comte de Saillans aux troupes royalistes, affichée dans tous les hameaux, faisait de son côté une grande impression. Rédigée dans un style abandonné depuis plusieurs années, elle avait « un parfum d’Ancien Régime » qui réveillait les plus endormis et annonçait la fin d’un mauvais rêve.
Ce document était signé : « Comte de Saillans, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, commandant en second au nom de Monsieur et Monseigneur, comte d’Artois, dans le Bas-Languedoc, Vivarais, Velay et Gévaudan ».
Il commençait en ces termes :
« Peuple fidèle à votre Dieu, à votre Roi, levez la tête !
Assez et trop longtemps elle a été courbée sous le joug des plus vils tyrans ; assez et trop longtemps, vous avez été le jouet de la faction la plus impie et la plus barbare.
La Patrie déchirée, la Monarchie renversée, la Religion horriblement persécutée, le Trône avili, le Roi captif et dégradé, tous les gens de bien opprimés demandaient au Ciel et à la terre, depuis trois ans, les vengeurs de ces affreux attentats, de ces épouvantables désordres.
Seuls, vous tentâtes deux fois de réussir dans cette grande et glorieuse entreprise, mais vous ne pûtes pas avoir le succès désiré, par ce que vous n’aviez pas de chefs, parce qu’en un mot le moment n’était pas venu.
Le voici ; réjouissez-vous. Que les méchants tremblent : le jour de la vengeance est arrivé ; la foudre est prête, elle va éclater sur leurs têtes criminelles et les écraser…
Nous venons vers vous, peuple généreux et fidèle au meilleur comme au plus généreux des Rois… »

signature-du-comte-de-saillans-1767-sur-les-registres-paroissiaux-de-largentiere Gévaudan

Signature de Monsieur de Saillans (il n’était alors que chevalier) telle qu’elle figure sur les registres paroissiaux de Largentière à la date du 23 février 1767.

L’annonce pompeuse et bruyante du soulèvement général, arrivant après plusieurs années de persécution et contrainte, causait une sorte de délire. On vit des curés réfractaires se mettre hardiment à la tête de leurs paroissiens et refuser « d’entendre en confession ceux qui ne voulaient pas partir ». Les percepteurs furent sommés « au nom du Roi » de verser entre les mains de l’administration militaire le contenu de leur caisse ; la cocarde blanche fut arborée partout et les sans-culottes durent eux-mêmes faire disparaître leur cocarde tricolore sous peine de la voir arracher de leur chapeau et fouler aux pieds au cri de « Vive le Roi ! » (…).

Le complot allait réussir au-delà de toutes les espérances, lorsque, dans la journée du 1er juillet, un détachement de gendarmerie arrêta un porteur de dépêches et s’empara de ses papiers. Grande fut la surprise des gendarmes en lisant le contenu. Les autorités du département furent immédiatement averties ; la nouvelle se répandit en un instant. Les directoires des départements voisins, affolés, écrivirent dans toutes les directions pour demander du secours (…).

De son côté, l’armée royaliste ne perdit pas de temps. Le 2 juillet, Guilhaume de Mélon se mit en route, à la tête d’une première troupe, et vint assiéger le fort de Bois-Bertrand où se trouvait une garnison républicaine.
Sommé « au nom du Roi »  d’avoir à évacuer la place, le capitaine refusa. Les royalistes firent alors le siège de Bois-Bertrand, tandis que le comte de Saillans formait une seconde colonne qu’il conduisait sur Beaulieu.
Le 3 juillet, Saillans réquisitionnait la garde nationale de Beaulieu, marchait sur Berrias dont il s’emparait, et y installait une garnison royaliste.
Le vicomte de Blou prenait le commandement d’une troisième colonne formée de plusieurs communes du Vivarais ; l’abbé de la Bastide se mettait à la tête d’une quatrième troupe.
Le 4, l’armée royaliste, partout triomphante, se réunissait à l’église de Bannes pour une Messe solennelle d’action de grâces. La cérémonie fut des plus imposantes ; on y bénit un drapeau blanc « tandis que, debout près de l’autel, le comte de Saillans, en grand uniforme, entonnait une hymne que l’assistance chanta avec lui ».

banne-le-chateau-etat-actuel Jalès

Banne : les ruines du château incendié en juillet 1792 (état actuel)

Cependant les administrations départementales avaient maintenant des détails précis sur l’insurrection. L’affolement, dans la Haute-Loire comme dans l’Ardèche, n’avait plus de bornes. La lecture de la fameuse proclamation rédigée en style ci-devant aristocratique plongeait les administrateurs dans la stupeur la plus profonde. Il leur semblait inouï qu’un homme osât encore écrire et signer un pareil document ; il leur paraissait inconcevable que toute une population pût se lever à la suite de cet homme pour crier avec lui : « Vive le Roi ! » (…).
Les demandes de secours, les dépêches alarmantes se succédèrent avec précipitation ; et bientôt les renforts arrivèrent de tous côtés.
Le général Châteauneuf-Randon dirigea une troupe sur Privas ; le général d’Albignac en conduisit une autre vers Joyeuse. L’armée qui défendait la frontière dauphinoise contre le Roi de Sardaigne envoya au Puy un détachement de dragons « pour aider à la défense de cette ville qui était si attaquée ».
Le directoire de l’Ardèche s’établit en permanence à Saint-Ambroix et arrêta au passage le citoyen-général d’Albignac pour se mettre sous la protection de sa troupe.

Le 8 juillet, le comte de Saillans et le chevalier de Mélon s’emparaient du château de Bannes après un siège de quatre jours, mais une armée arrivait du Gard, des gardes nationales, des grenadiers, des volontaires accouraient de partout, et bientôt, écrasés sous le nombre, les royalistes étaient à leur tout repoussés malgré les efforts héroïques de Dominique Allier et de Guilhaume de Mélon qui restèrent les derniers sur le champ de bataille.

Après une défense désespéré, Jalès fut pris et livré aux flammes ; Saint-André de Cruzières fut brûlé ; le feu détruisit en partie Bannes et Berrias.

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Gravure révolutionnaire représentant la prise et l’incendie de la Commanderie de Jalès :
on remarque qu’on a fait figurer sur cette représentation deux prêtres s’enfuyant (sur la droite)

Saillans, fait prisonnier avec deux prêtres et quelques compagnons, fut conduit à la mairie des Vans où tous furent massacrés. Ce fut Jean-Louis Tourette, natif de Thueyts, et l’un des plus féroces révolutionnaires du Puy, qui trancha d’un coup de sabre la tête du comte de Saillans qu’il brandit ensuite comme un trophée au milieu des hurlements de joie de toute l’assistance.

crane-suppose-de-monsieur-de-saillans-eglise-de-largentiere Mgr de Castellane

Eglise de Largentière (07110) : juché sur l’un des chapiteaux du fond de la nef, ce crâne est traditionnellement présenté comme celui de Monsieur le comte de Saillans (pas de certitude absolue).
Après son massacre aux Vans, la tête du comte fut en effet promenée dans tous les villages du bas Vivarais afin d’inspirer la terreur aux populations ; on sait qu’elle fut ensuite gardée par un révolutionnaire de Largentière comme un trophée, et finalement enterrée dans un jardin proche de sa maison ; lorsqu’au XIXe siècle, à l’occasion de travaux, on retrouva un crâne dans ce jardin, on l’attribua à Monsieur de Saillans et il fut placé sur ce chapiteau où il se trouve toujours…

au chapitre XV : mort du prieur de Chambonas.

(…) Après l’échec du comte de Saillans, le prieur de Chambonas, Claude Allier, s’était réfugié dans le canton de Saugues. Là, il organisait un nouveau soulèvement et préparait la formation d’un camp royaliste à Séneujols, dans les montagnes du Velay, lorsqu’il fut surpris dans une chaumière de Montrazon, paroisse de Thoras, le 18 août 1793, et guillotiné quinze jours plus tard, le 5 septembre.

lys5 prieur de Chambonas

Ainsi que nous le disions en introduction de ces citations de l’ouvrage de Monsieur Boudon-Lashermes, c’est à Mende que l’abbé Claude Allier fut emmené prisonnier, comparut devant le tribunal révolutionnaire et fut guillotiné, le 5 septembre 1793.
Nous ne connaissons pas le lieu de sa sépulture et nous ne possédons pas non plus de portrait de lui.
Il demeure à jamais lié à l’histoire des « Camps de Jalès » dont il fut à l’origine et qu’il anima d’un souffle de véritable croisade, pour Dieu et pour le Roi.

Que sa mémoire soit à jamais en bénédiction !

commanderie-de-jales-puits-de-la-cour-dhonneur Velay

Ancienne commanderie templière de Jalès : la cour d’honneur et son puits (état actuel).

(*) Jean-Arnaud de Castellane, né le 11 décembre 1733 au Pont-Saint-Esprit, fut vicaire général de l’archevêque de Reims et aumônier du Roi. Promu à l’évêché de Mende le 1er novembre 1767 et sacré dans la chapelle royale le 25 janvier 1768, il fut le dernier comte-évêque du Gévaudan. Après l’échec de la conspiration de Saillans, il trouva d’abord refuge dans le Velay, puis à Lyon. Arrêté, il est massacré à Versailles le 9 septembre 1792 et repose au cimetière Saint-Louis de Versailles.

Publié dans : Memento, Vexilla Regis | le 6 septembre, 2013 |1 Commentaire »

2013-67. De l’anniversaire de la naissance de Louis XIV et de son prétendu refus d’obtempérer aux demandes du Sacré-Coeur.

Jeudi 5 septembre 2013,
375ème anniversaire de la naissance de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIV.

2013-67. De l'anniversaire de la naissance de Louis XIV et de son prétendu refus d'obtempérer aux demandes du Sacré-Coeur. dans Memento louis-xiv-enfant

Louis-Dieudonné, Dauphin de France, futur Louis XIV
(anonyme, vers 1640)

Le 5 septembre 1638, à Saint-Germain en Laye, naquit Louis-Dieudonné, Dauphin de France – fils de Leurs Majestés Très Chrétiennes le Roi Louis XIII et la Reine Anne d’Autriche – , futur Louis XIV le Grand.
Tous nos amis savent en quelle vénération nous tenons celui qui, pour toujours, demeure le Roi Soleil. Aussi, en notre Mesnil-Marie, ce trois-cent-soixante-quinzième anniversaire nous est une occasion toute particulière d’allégresse et d’action de grâces.

En septembre 1638, ce fut une explosion de joie par tout le Royaume lorsque cette naissance tant espérée advint enfin.
En témoigne cette « Chanson à danser sur la naissance de Louis-Dieudonné » dont vous pouvez ici entendre un enregistrement (réalisé en 1955 par un ensemble vocal de professeurs de musique de l’université) :

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Voici l’intégralité des paroles de ce chant populaire qui décrit en particulier les réjouissances auxquelles se livrèrent les Parisiens en liesse :

1
Nous avons un Dauphin,
Le bonheur de la France !
Rions, buvons sans fin
A l’heureuse naissance :
Car Dieu nous l’a donné
Par, par, par l’entremise
Des prélats de tout l’Église.
On lui verra la barbe grise !


Lorsque ce Dieudonné 
Aura pris sa croissance, 
Il sera couronné 
Le plus grand Roy de France. 
L’Espagne, l’Empereur et l’Italie 
Le Crovate et l’Roy d’Hongrie 
En mourront tous de peur et d’envie.


La ville de Paris 
Se montra non pareille 
En festins et en ris ;
Le monde y fit merveille. 
Chacun de s’enyvrer faisoit grande gloire 
A sa santé, à sa mémoire 
Aussi bien maître Jean que Grégoire.


Au milieu du ruisseau 
Estoit la nappe mise :
Et qui buvoit de l’eau 
Estoit mis en chemise !
Ce n’estoit rien que jeux, 
Feux et lanternes ;
On couchoit dedans les tavernes ;
Et si j’n’ dis vray que l’on me berne.


Ce qui fut bien plaisant 
Fut Monsieur la Raillière :
Ce brave partisan
Fit faire une barrière 
De douze ou quinze muids 
Où tout le monde 
S’alloit abreuver à la ronde 
Et s’amusoit à tirer la bonde.

6
Monsieur de Benjamin,
Des escuyers la Source,
Fit planter un dauphin
Au milieu de sa course
Ou six vingts caveliers,
Avec la lance,
Lui faisoient tous la révérence
Et puis alloient brider la potence.


Au milieu du Pont Neuf 
Près du cheval de bronze, 
Depuis huit jusqu’à neuf, 
Depuis dix jusqu’à onze, 
On fit un si grand feu 
Qu’on eut grande peine 
A sauver la Samaritaine 
Et d’empêcher de brûler la Seyne !

8
Le feu fut merveilleux
Dans la place de Grève,
Et quasi jusqu’au cieux
La machine s’élève ;
Minerve y paroît de belle taille,
Vestue d’une cotte de maille
Qui mestoit tout son monde en bataille.


Enfin tout notre espoir 
Estoit que notre Reine 
Quelque jour nous fit voir 
Sa couche souveraine ;
Nous donnant un Dauphin par bon présage 
Il est beau, il est bon et sage 
Il fera des merveilles en son âge !

gabriel-blanchard-allegorie-de-la-naissance-de-louis-dieudonne 1638 dans Vexilla Regis

Allégorie de la naissance du Dauphin Louis-Dieudonné
(tableau de Gabriel Blanchard) 

Mais je veux surtout profiter de cet anniversaire pour répondre à une remarque qui m’est très souvent objectée – la plupart du temps par de fervents catholiques – au sujet du Grand Roi : « N’a-t-il donc pas refusé d’exécuter les demandes du Sacré-Coeur qui lui avaient été transmises par Sainte Marguerite-Marie ? »

Je ne vais pas développer ici la teneur de ces demandes du Sacré-Coeur, ni évoquer les éventuelles difficultés que peut soulever ce message ; je veux uniquement m’occuper de savoir s’il est vrai que Sa Majesté le Roi Louis XIV y aurait opposé un refus.

sacre-coeur 1689

Dans la lettre numéro 100 - lettre qui ne porte pas de date mais qui fut écrite après le 17 juin 1689 – , après lui avoir décrit les grâces que la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus fera pleuvoir sur l’Ordre de la Visitation, Sainte Marguerite-Marie confie ceci à la Révérende Mère de Saumaise, supérieure du monastère de Dijon : « Et voici les paroles que j’entendis au sujet de notre Roi : Fais savoir au Fils aîné de Mon Sacré-Coeur, que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de Ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle… », suivent alors les fameuses demandes à l’intention du Souverain (in « Vie et oeuvres de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque » – 3ème édition, par Monseigneur Gauthey, tome deuxième, p. 436).

La question qui se pose d’emblée est celle-ci : comment une religieuse assujettie à la clôture très stricte d’un humble monastère dans une toute petite cité bourguignonne, religieuse qui n’a pas de parenté dans la très haute noblesse, qui ne cultive pas de relations à la Cour, et qui n’entretient pas de correspondance avec quelque prélat en vue, pourra-t-elle transmettre son message céleste à celui que Notre-Seigneur Lui-même n’appelle pas seulement le « Fils aîné de la Sainte Eglise » mais le « Fils aîné de Son Sacré-Coeur » ?
Sainte Marguerite-Marie, que l’étude de l’ensemble des lettres à la Révérende Mère de Saumaise montre pressée de voir aboutir cette mission, a sans nul doute instamment prié et demandé à Notre-Seigneur comment il conviendrait de faire pour toucher le Roi Soleil. 

Dans la lettre 107 – daté du 28 août 1689 et toujours adressée à la Révérende Mère de Saumaise – ,  on peut voir que la Sainte a reçu une réponse à ses interrogations, et elle en fait part à sa correspondante : « (…) Dieu a choisi le Révérend Père de La Chaise pour l’exécution de ce dessein (…) » (ibid. p. 455).

rd.p.-francois-daix-de-la-chaise-sj 375e anniversaire de la naissance

Le Rd. Père François d’Aix de La Chaise (1624-1709)
confesseur de Sa Majesté le Roi Louis XIV pendant trente quatre ans.

On comprend très bien que le confesseur de Sa Majesté  est un personnage clef pour emporter l’adhésion du Roi sur un sujet qui touche à la religion : la lettre 107, qui est assez longue, développe que « ce sera donc à lui de faire réussir la chose » (ibid.) et que pour atteindre le Père de La Chaise, la Révérende Mère de Saumaise n’a qu’à faire passer cette solennelle lettre 107 (je la qualifie de « solennelle » parce que l’on voit bien que Sainte Marguerite-Marie l’a rédigée non plus pour la seule Mère de Saumaise mais pour que celle-ci puisse la communiquer : le ton et le style y sont soignés, graves et presque emphatiques) à la Supérieure du monastère de la Visitation de Chaillot : en effet, ce monastère reçoit régulièrement le Père de La Chaise comme confesseur des moniales.

On ne peut guère imaginer que la Révérende Mère de Saumaise, entièrement gagnée à la cause, se soit abstenue d’obtempérer aux indications « tactiques » suggérées par les inspirations de Sainte Marguerite-Marie, mais à partir de cette fin d’août 1689, nous n’avons plus de documents qui nous permettraient d’affirmer quoi que ce soit.

La copie de cette lettre 107 de Sainte Marguerite-Marie est-elle parvenue à la Supérieure de Chaillot et, dans l’affirmative, cette Supérieure l’a-t-elle bien remise au Père de La Chaise ? 
S’il a bien eu en mains les demandes du Sacré-Coeur à l’adresse de son royal pénitent, le Père de La Chaise a-t-il été convaincu de leur authenticité surnaturelle ?
S’il a été au courant du message et convaincu de son authenticité, le Père de La Chaise l’a-t-il bien retransmis à Sa Majesté ? 
Toutes ces questions n’ont pas de réponse.
Nous n’avons aucun document, aucun témoignage, aucune preuve historique, ni même aucune ombre de preuve : Rien, strictement rien ne nous permet d’affirmer que le Grand Roi a été mis au courant de ce message ; de même que rien, strictement rien ne peut nous permettre d’affirmer qu’il ne l’a pas été.

En l’absence de toute preuve, de tout document, de tout indice, il est donc absolument impossible – et véritablement injuste – d’affirmer de manière catégorique que Sa Majesté le Roi Louis XIV aurait refusé d’obtempérer aux demandes du Sacré-Coeur !

En outre, il faut bien se garder de pécher par anachronisme : aux catholiques fervents du XXIe siècle il est bien facile d’avoir confiance dans les révélations de Sainte Marguerite-Marie, puisque cette dernière a été béatifiée par Pie IX, canonisée par Benoît XV, et que le culte du Sacré-Coeur – tel qu’il a été demandé par Notre-Seigneur par l’intermédiaire de la sainte Visitandine – a été pleinement authentifiée par l’Eglise.
Mais en 1689, ni le Père de La Chaise, ni Sa Majesté le Roi Louis XIV n’avaient ces garanties. En admettant que l’un et l’autre aient connu la lettre 107 de la Soeur Marguerite-Marie Alacoque – car, redisons-le, nous sommes là dans le royaume des « si » – , qu’est-ce qui leur permettait d’être certains de la vérité des voies mystiques de la moniale et de l’authenticité surnaturelle de ces demandes ?

Gardons nous donc soigneusement de tout jugement téméraire en cette affaire ; acceptons humblement de ne pas connaître ce qu’il est réellement advenu, à ce moment-là, des demandes du Christ-Roi adressées au « Fils aîné de Son Sacré-Coeur », après que la Révérende Mère de Saumaise ait reçu de Sainte Marguerite-Marie la mission de transmettre sa lettre au monastère de Chaillot…

Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’un siècle plus tard, le message avait fini par être connu de la famille royale, et que l’infortuné Louis XVI, en position plus que critique, tentera alors de répondre aux demandes du Coeur de Jésus (voir le texte de son voeu ici > www), mais, pour reprendre les termes mêmes de Notre-Seigneur dans une communication à Soeur Lucie, il était alors « bien tard » (*)

Lully. 

frise-lys 5 septembre

(*) Soeur Lucie, dans une lettre à son évêque datée du 29 août 1931 (dite lettre de Rianjo), transcrit ces paroles de Notre-Seigneur : « Ils n’ont pas voulu écouter ma demande. Comme le roi de France, ils s’en repentiront, et ils le feront, mais ce sera bien tard… »

Publié dans : Memento, Vexilla Regis | le 4 septembre, 2013 |Pas de Commentaires »

2013-66. Réflexions félines et citations – mois d’août 2013.

Mercredi 4 septembre 2013.
Octave de notre Glorieux Père Saint Augustin : fête de Notre-Dame de Consolation.

2013-66. Réflexions félines et citations - mois d'août 2013. dans Chronique de Lully vierge-presentant-lenfant-jesus-a-st-augustin-guy-francois

La Vierge présentant l’Enfant Jésus à Saint Augustin
(tableau de Guy François – le Puy XVIIe s.) 

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Dans le livre du temps qui passe, le chapitre d’août est achevé depuis quelques jours déjà. Je vous retrouve donc à nouveau mais pas vraiment comme chroniqueur, ou du moins plus tout à fait de la même manière que précédemment.

En effet, le Refuge Notre-Dame de Compassion a désormais un véritable site internet indépendant de ce blogue (ici > www) : c’est donc sur lui désormais que seront annoncées d’une manière régulière les diverses activités du Mesnil-Marie, et que leur compte-rendu sera publié.
Pour les recevoir, dans la marge droite qui se trouve sur la page d’accueil du site ( > www), il vous suffit – si vous ne l’êtes pas encore – de vous abonner à ces mises à jours en inscrivant votre adresse électronique dans le cartouche prévu à cet effet, puis de cliquer sur le mot « subscribe » qui se trouve en-dessous, et enfin de confirmer votre inscription en suivant la procédure indiquée par le courrier électronique que vous recevrez aussitôt.
Mon blogue continue bien sûr, mais davantage comme espace d’expression personnelle, avec les commentaires, les comptes-rendus, réflexions, exposés, études ou approfondissements historiques et spirituels… etc. auxquels j’aime me livrer.

Ainsi, comme je l’ai déjà fait pour les mois de juin et juillet derniers (cf. > www), souhaité-je aujourd’hui vous partager quelques réflexions inspirées par l’actualité des semaines écoulées, et quelques citations remarquables relevées lors de mes lectures.

chat-internaute dans Chronique de Lully

- Premier vendredi du mois 2 août. Je relève ceci dans les réflexions quotidiennes de Frère Maximilien-Marie :

 « Tant de catholiques qui pèchent par paresse intellectuelle et spirituelle !!!

Ils s’imaginent peut-être qu’il leur suffit de connaître le catéchisme qu’ils ont appris pendant leur enfance et leur adolescence (pourtant bien rudimentaire), de « faire leurs prières » (mais « faire sa prière » est-ce vraiment prier ?), d’écouter les lectures et les sermons du dimanche, et de ne pas faire à autrui ce qu’ils n’aimeraient pas qu’on leur fasse…
N’est-ce pas là l’affadissement du sel sur lequel se lamentait Notre-Seigneur Jésus-Christ ?

Un catholicisme qui n’est pas fait d’un effort et d’une tension quotidiens dans un combat spirituel de plus en plus pointu – et impitoyable – dans la recherche de la vertu et du Saint Amour de Dieu, et qui ne s’alimente pas chaque jour aux sources vives de la Sainte Ecriture (lue et commentée dans la Tradition de l’Eglise et non selon les modes exégétiques du temps), des écrits des Pères de l’Eglise, des enseignements du Magistère authentique, de la doctrine spirituelle des saints docteurs, ne peut pas résister aux forces d’érosion, de corruption et de compromission qui sont à l’oeuvre dans le monde et qui, elles, ne négligent aucun effort pour faire échec au Royaume de Dieu !

Mais cela coûte, cela demande de la persévérance et du courage, cela exige des renoncements et des sacrifices, cela nécessite de ne jamais relâcher ses efforts mais de les intensifier au contraire car plus on avance et plus les combats sont rudes…
Cela passe par la Croix.

Il n’y a pas de vie chrétienne véritable sans la Croix ; et la Croix n’est pas qu’un bijou qu’on porte autour du cou…

La Croix n’est glorieuse et lumineuse qu’à distance, car en réalité c’est un instrument de supplice, un instrument de torture qui voue à l’infamie : une Croix, c’est fait pour faire mal, très mal !!!

Trop de catholiques ne se soucient que d’un « honnête confort », intellectuel et spirituel et, même s’ils la connaissent en théorie, ils ont oublié le sens réel de cette parole :
« Si quelqu’un veut être Mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il marche à Ma suite… »

Or, marcher à la suite de Jésus, cela veut dire monter avec Lui au Calvaire, pour y être crucifié et offert avec Lui : c’est l’unique moyen d’avoir part à la Gloire de Sa résurrection et la seule porte d’accès au Royaume éternel. »

nika

- Mardi 13 août. Je lis dans les nouvelles du jour que cette date est désormais celle de la journée internationale des gauchers.
Je suis véritablement perplexe devant cette inflation de « journées internationales » ou de « journées mondiales » destinées à sensibiliser à une cause, rendre hommage à telle ou telle catégorie de la population ou alerter sur tel ou tel risque.
Si je ne nie bien évidemment ni la pertinence, ni l’importance de beaucoup de ces causes, je reste néanmoins dubitatif sur l’effet réel de ces journées.
Je ne suis même pas loin de penser que cette prolifération finit par nuire aux causes mêmes qu’elles voudraient servir : en un sens, trop de journées internationales tue les journées internationales !
Je me suis même demandé si je n’allais pas décider d’une journée mondiale de protestation contre la prolifération des journées mondiales, à moins – autre solution – qu’on ne concentre toutes les journées mondiales sur un seul jour : « C’est aujourd’hui la journée mondiale de toutes les journées mondiales de toutes les causes qu’il vous plaira ! »

chat-internaute

- De notre très cher Gustave Thibon :

« Dans les époques classiques, les institutions morales, politiques ou religieuses dépassaient et portaient les individus qui les représentaient. La monarchie était plus que le roi, le sacerdoce plus que le prêtre. A telle enseigne qu’on pouvait alors se payer le luxe de mépriser tel roi ou tel pape sans que le principe même de la monarchie ou de l’autorité pontificale soit mis en question le moins du monde. Qu’on songe aux invectives d’une sainte comme Catherine de Sienne contre le clergé de son temps, à un grand catholique comme Dante, qui colloquait en enfer le pape régnant !
Aujourd’hui, comme dans tous les temps de décadence, nous assistons au phénomène inverse : les institutions ne sont tolérées et aimées qu’à travers les personnes : c’est pourquoi, soit dit en passant, nous avons besoin de chefs politiques et religieux intègres et vigoureux.
Plus que jamais, le chef qui manque à sa mission compromet, en même temps que sa personne éphémère, le principe éternel qu’il représente. Il est un peu angoissant de voir de faibles individus porter sur leurs épaules tout le poids des cadres sociaux. (…)
Et croit-on aussi à la possibilité actuelle d’un anti-cléricalisme qui ne soit pas, en même temps, anti-religieux ? Hélas ! il devient de plus en plus difficile de séparer la cause des institutions de la cause des personnes. »

(in « Ce que Dieu a uni – Essai sur l’amour », 1937)

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- Mardi 20 août. Violence et meurtres à Marseille…
Dans les media, on entend des politiques surenchérir de cris de vierges effarouchées : « C’est inadmissible… Ce n’est pas acceptable… On ne peut tolérer que, dans une ville de la république, il y ait de tels agissements, et patin et couffin, gna gna gna… » 

Mais Marseille n’est pas une « ville de la république » ; c’est une ville de France !
Si les villes et les villages de France ne sont plus que les villes ou les villages « de la république », il est tout à fait normal que ce soient la violence, le racket, les « pertes de repère » (encore un euphémisme), le crime, les trafics en tous genres, et toutes les horreurs que l’on peut imaginer, qui y règnent !
En effet, cette république, votre république, est née dans le mensonge, le vol, le parjure, la violence, le crime à grande échelle. Elle est fondée sur le mensonge, sur le vol, sur le parjure, sur la violence, sur le crime à grande échelle : cette odieuse révolution dont vous prétendez qu’elle est grande et glorieuse…
C’est cette république, votre république qui est la cause de toutes ces atrocités !

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- Samedi 24 août, fête de l’Apôtre Saint Barthélémy.
Mon commentaire après avoir lu ce matin la repentance d’un catholique du XXIe siècle au sujet de l’ « épouvantable massacre de la Saint-Barthélémy », pour lequel finalement et jusqu’à la fin des temps il semblerait que tous les catholiques doivent se flageller :

« Il faut peut-être arrêter d’exagérer en se polarisant sur ce massacre ainsi que voudraient nous y obliger les ennemis de l’Eglise. Je n’approuve bien évidemment pas cette manière de régler les problèmes religieux, mais il faut tout de même comprendre que la « saint-Barthélémy » est avant tout une réaction populaire de légitime défense du peuple parisien après que les huguenots de l’entourage d’Henri de Navarre avaient multiplié les provocations et alors que partout dans le Royaume les gens de la R.P.R. avaient commis des atrocités dont on ne parle pas beaucoup!
Voulez vous que je vous raconte ce que les prétendus réformés avaient fait aux catholiques des Cévennes, aux catholiques du Rouergue, aux catholiques du Vivarais, aux catholiques de presque toutes les provinces de France…? Souhaitez-vous que je vous trouve le récit de ce que les troupes du tristement célèbre baron des Adrets faisaient dans le Dauphiné et la vallée du Rhône ?
La liste n’est pas exhaustive.

Pour ce qui me concerne donc, je n’éprouve aucune culpabilité et je ne me flagelle pas pour ce qui s’est passé le 24 août 1572 : c’est un fait historique que je reçois comme tel, dans le contexte de l’époque, avec en regard l’amoncellement de ruines et de crimes, de vandalisme et d’atrocités commis par les huguenots. Point final. »

chat-internaute

- Mercredi 28 août. La fête de notre glorieux Père Saint Augustin.
Il n’est pas inutile de se remettre en mémoire l’avertissement, toujours très actuel, qui transparaît de cette citation du grand Docteur de l’Occident :

« A force de tout voir l’on finit par tout supporter…
A force de tout supporter l’on finit par tout tolérer…
A force de tout tolérer l’on finit par tout accepter…
A force de tout accepter l’on finit par tout approuver ! »

nika

- Samedi 31 août.
Nous nous réjouissons au plus haut point de la béatification – espérée depuis si longtemps – de notre cher Monseigneur Vladimir Ghika, dont les écrits nourrissent depuis tant d’années la méditation et inspirent aussi la conduite de Frère Maximilien-Marie (qui a connu, lorsqu’il était tout jeune religieux, une personne qui avait fait partie de la tentative de fondation du vénéré prélat, dans les murs de l’ancienne abbaye d’Auberive).
Quelle joie que de pouvoir « officiellement » dire à la fin de ce jour : Bienheureux Vladimir Ghika, priez pour nous !

Notre Frère me montre ses notes de lecture spirituelle, dans lesquelles se trouve cette citation de Monseigneur Ghika relevée, lors de sa parution, dans l’ouvrage d’Elisabeth de Miribel intitulé « la Mémoire des silences » (ed. Fayard – 1987) :

« On souffre à proportion de son amour.
La puissance de souffrir est en nous la même que la puissance d’aimer. C’est en quelque sorte son ombre, ardente et terrible – une ombre de sa taille, sauf quand le soir allonge les ombres -. Une ombre révélatrice qui nous dénonce…

Mais Dieu veille la nuit sur ses enfants malades, Lui, notre Mère, notre Père, notre Frère, notre plus proche parent, le plus près de nous, le plus en nous, le plus en nous-mêmes.
Dieu veille, Dieu veille.
Il est le grand Veilleur de toutes les nuits – et des nuits qui sont pour Lui des nuits terribles, les nuits de l’intelligence, les nuits du coeur, les nuits de la chair, les nuits du mal dont les ténèbres descendent à toute heure sur l’humanité douloureuse.
Qui pourra dire avec quel amour Il nous veille ?
Cet amour a un nom et une qualité. C’est un Amour Infini ! »

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Extraordinaire regard du nouveau béatifié :
 Bienheureux Vladimir Ghika, priez pour nous !

Je termine par quelques avis :

1) Le mois de septembre est particulièrement dédié à la dévotion à Notre-Dame des Sept-Douleurs, Notre-Dame de Compassion : je vous invite à vous unir à nous pour la neuvaine du 6 au 14 septembre (cf. > www).
2) Le mois de septembre est aussi pour nous un mois riche en anniversaires : ce 4 septembre, Frère Maximilien-Marie célèbre le trentième anniversaire de sa première profession (premiers voeux temporaires, 4 septembre 1983) ; dimanche prochain, ce sera le trente-troisième anniversaire de son entrée dans la vie religieuse (8 septembre 1980) ; puis, le 14 septembre, le vingtième anniversaire de l’indult d’exclaustration qui lui a permis de se séparer de son institut d’origine, sans jamais être relevé de ses voeux, et d’entrer dans la voie qui le conduira à fonder le Refuge Notre-Dame de Compassion ; enfin, le 24 septembre, ce sera le vingt-quatrième anniversaire de sa profession perpétuelle (24 septembre 1989) – jamais abolie donc, quoi qu’en aient parfois prétendu certains – !

Lully.

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Pour aider et soutenir le Refuge Notre-Dame de Compassion > www

Publié dans : Chronique de Lully | le 4 septembre, 2013 |1 Commentaire »

2013-65. De l’importance de la part monastique dans la vie de notre glorieux Père Saint Augustin.

28 août, fête de notre glorieux Père Saint Augustin.

2013-65. De l'importance de la part monastique dans la vie de notre glorieux Père Saint Augustin. dans Lectures & relectures saint-augustin-remettant-la-regle-a-ses-disciples

Saint Augustin remettant sa Règle à ses disciples.

De tous les Pères de l’Eglise, Saint Augustin est, avec Origène, le plus important, tant par la quantité et la valeur de ses écrits, que par l’influence qu’ils exercèrent.

Or, s’il y a une chose qui me surprend particulièrement en nos temps, c’est la quasi ignorance qu’ont de nombreux chrétiens du rôle de Saint Augustin dans l’histoire et pour le développement du monachisme occidental.
On pourrait presque dire que – quand on parle de vie monastique – le plus grand nombre de nos contemporains pose une espèce d’équation : moine = bénédictin ; tandis que lorsque on cite le nom de Saint Augustin on ne semble retenir que son expérience personnelle de conversion puis sa prédication et ses écrits sans attacher d’importance à sa Règle.

Pourtant la Règle de Saint Augustin est sans conteste la première des Règles monastiques occidentales !

Blason-Augustins monachisme dans Nos amis les Saints

Saint Augustin est né en 354.
A cette date, Saint Antoine le Grand est mort depuis deux ans, Saint Pacôme est mort depuis huit ans, et Saint Basile le Grand est âgé de vingt-six ans.
La « Vie de Saint Antoine », écrite par Saint Athanase, voit le jour en 357, les textes de Saint Pacôme, tout comme les lettres de Saint Jérôme concernant la vie et l’ascèse monastiques ne seront connues en Occident que dans le dernier quart du IVe siècle.
Saint Augustin, jeune homme, ignore tout de cette littérature.

Dans les « Confessions », plus encore que sa propre biographie c’est son itinéraire spirituel vers la vie monastique que Saint Augustin a retracé.
Pour mémoire souvenons-nous que, dans sa jeunesse, Augustin de Thagaste est en quête d’amitié, a soif de bonheur, est épris de beauté…

Dans le cours de ses études, la lecture de l’ « Hortensius » de Cidéron l’oriente vers la recherche de la sagesse, mais la foi dans laquelle il a été éduqué par Sainte Monique n’y résiste pas : en effet, Augustin oppose foi et raison ; les textes de la Sainte Ecriture lui semblent tout à la fois obscurs et confus ; leur style paraît par trop simple à cet amoureux des belles lettres.
C’est alors qu’il est entraîné par les manichéens, eux qui lui ont promis de le conduire à la sagesse sans avoir à passer par la foi. Il adhère à leur doctrine pendant plusieurs années, tandis qu’il enseigne à Carthage, puis à Rome.
Mais à Rome, justement, Augustin commence à prendre des distances avec le manichéisme qui le déçoit ; il tend au scepticisme… C’est alors que, nommé professeur à Milan, il fait la connaissance de Saint Ambroise et du platonisme.

Un jour, Ponticien (Ponticianus) qui occupait un poste en vue à la cour mais qui, comme eux, était originaire d’Afrique du Nord, vint rendre visite à Augustin et à son ami Alype (Alypius).
Ponticien était chrétien, et c’est de sa bouche que pour la première fois, Augustin et Alype entendirent parler de Saint Antoine, de la vie monastique et du groupe d’anachorètes, protégé par Saint Ambroise, qui vivait hors les murs de Milan.
Ce fut là une véritable révélation, une sorte d’électrochoc spirituel, un moment absolument décisif. Douze années s’étaient écoulées depuis sa lecture de l’ « Hortensius », douze années de déceptions et d’impasses dans la recherche de la sagesse : Augustin avait épuisé les voies de la philosophie et ne se trouvait pas plus avancé. Et voici que le récit de Ponticien lui révélait que des hommes simples, armés de leur seule humilité, gagnaient le ciel après avoir conquis dès ici-bas la vertu et la paix intérieure qu’il n’avait pu atteindre jusqu’alors !
On connaît la suite : l’agitation intérieure extrême qui se fait dans l’âme d’Augustin, les derniers combats qui se livrent dans son âme jusqu’au moment où, dans le fond du jardin, il entend ce « Tolle! Lege ! Prends ! Lis ! » qui emporte sa conversion : conversion qui l’amène au baptême et enracine définitivement en lui l’orientation monastique.

Pour Saint Augustin il y a une étroite corrélation entre devenir chrétien et devenir moine !

nicolo-di-pietro-la-visite-de-ponticien-a-augustin-et-alype Règle

Nicolo di Pietro (+ 1415) : la visite de Ponticien à Augustin et Alype
(tempera sur bois – musée des Beaux Arts de Lyon) :
Au centre du tableau, Augustin qui est en train de jouer aux échecs avec Alype (à gauche) reçoit
la visite de Ponticien (à droite) : son récit les fascine au point qu’ils restent en suspens… 

Converti en 384, Augustin est baptisé en 387. Aussitôt après il se retire dans un domaine mis à sa disposition par un ami : Cassiciacum.
Sont aussi présents à Cassiciacum sa mère, Sainte Monique, son fils Adéodat, âgé d’une quinzaine d’années mais d’une étonnante maturité, et un petit groupe d’amis : ils s’adonnent à quelques travaux champêtres, lisent en commun et commentent leurs lectures, se livrent à des discussions philosophiques autour de thèmes fondamentaux aux yeux d’Augustin : la vérité, le bonheur, le mal…
Car Saint Augustin n’envisage pas la recherche de la vérité en dehors d’une sorte de vie communautaire – assez souple – qu’imprègne l’amitié.

L’année suivante (388), Saint Augustin retourne en Afrique ; passant auparavant par Rome, il y prend contact avec des groupes d’ascètes : il en a laissé le récit dans un ouvrage apologétique intitulé « Des moeurs de l’Eglise catholique et des moeurs des manichéens », où il établit un lien entre la vie monastique et la sainteté de l’Eglise. C’est grâce à ces communautés et grâce à Saint Jérôme que Saint Augustin va connaître le monachisme oriental.

Toutefois il serait faux de dire que Saint Augustin voudra imiter ce qu’il a vu ou ce dont il a entendu parler. 
Le monachisme augustinien n’a pas d’autre véritable source que Saint Augustin lui-même : il est le fruit de son génie propre, le fruit de la façon toute personnelle dont il a été saisi par la grâce au travers des Saintes Ecritures, le fruit de sa vocation particulière dans laquelle se conjuguent l’insatiable quête de la vérité et de la sagesse avec l’impérieux besoin de partager ses expériences spirituelles.

De retour à Thagaste, Saint Augustin, âgé de 34 ans, met la maison paternelle à la disposition d’une communauté d’amis, laïcs fervents. Il s’agit bien là d’une forme de vie monastique : renonciation aux biens, vie commune, études et travail intellectuel, temps de prière communautaires.
Mais les habitants de Thagaste se faisant par trop importuns Saint Augustin se rend à Hippone pour y établir un monastère dans un endroit plus tranquille.
Déjouant ses projets, la Providence l’attendait à Hippone pour le faire choisir comme prêtre, adjoint à l’évêque : Saint Augustin accepte en pleurant, sacrifiant ses aspirations personnelles pour le service de l’Eglise.
Toutefois, pour lui permettre de continuer sa vie monastique, l’évêque lui attribue un jardin près de l’église pour qu’il puisse y installer son monastère. Augustin a trente-sept ans, certains de ses compagnons de Thagaste viennent le rejoindre.
Cinq ans plus tard (396), alors qu’il est appelé à l’épiscopat, Saint Augustin rédige à l’intention de ce « monastère du jardin » la Règle, qui codifie ce qu’ils ont vécu et pu expérimenter pendant qu’il vivait avec cette communauté de moines qui ne sont pas des clercs.
De son côté, Saint Augustin devenu évêque (à l’âge de 42 ans) entend bien continuer à mener la vie monastique : il organise donc son clergé en communauté. Ainsi, à côté du « monastère du jardin » (composé de moines laïcs et dirigé par Alype) établit-il un monastère de clercs.

Lorsqu’il rend son âme à Dieu, le 28 août 430 à l’âge de 76 ans, Saint Augustin a parsemé l’Afrique du Nord de petites communautés monastiques vivant de son expérience spirituelle.

sandro-boticelli-st-augustin-dans-sa-cellule Saint Augustin

Boticelli : Saint Augustin dans sa cellule.

Lire ou relire la Règle de Saint Augustin > www.

2013-64. Lettre ouverte à un Grand Aumônier de France retourné à Dieu.

Jeudi 22 août 2013,
fête du Coeur immaculé de Marie (cf. > www).

2013-64. Lettre ouverte à un Grand Aumônier de France retourné à Dieu. dans Commentaires d'actualité & humeurs abbe-chanut-aux-funerailles-de-mme-la-duchesse-de-segovie-11-mai-2012

Monsieur l’abbé Christian-Philippe Chanut
récitant les prières de l’absoute
aux funérailles de Madame la Duchesse de Ségovie
(Paris, église du Val de Grâce – 11 mai 2012) 

Cher, très cher Monsieur le Grand Aumônier,

Le téléphone du Mesnil-Marie a sonné ce samedi 17 août vers 18h.
Dès que j’eusse reconnu la voix de notre amie commune, et avant même qu’elle n’eût formulé l’annonce de votre décès survenu quelque trois heures auparavant, j’ai su que votre âme avait quitté cette vallée de larmes…

Mon dessein n’est pas de revenir ici sur votre biographie, plusieurs sites l’ont déjà évoquée et il me suffit d’y renvoyer (par ex. « Summorum Pontificum », ici > www).
En me décidant à écrire, à vous écrire, aujourd’hui je désire faire oeuvre de justice, dans une note toute personnelle.

Je vous ai rencontré pour la première fois le samedi 4 février 1995 : c’était le jour de la fête de Sainte Jeanne de France. Des relations communes m’avaient introduit auprès de vous, m’avaient fortement encouragé à m’ouvrir à vous et à solliciter vos conseils ; je me trouvais alors dans telle une période de désarroi et d’inquiétudes, environné de pièges et de dangers…
Vous m’avez écouté, avec beaucoup d’attention. Votre regard me scrutait avec une vraie sollicitude sacerdotale qui n’était en rien inquisitoriale ; vos questions, au-delà des explications qu’elles appelaient, avaient-elles finalement un autre but que de me permettre à moi-même de me les poser de la bonne manière, afin de découvrir – adjuvante Deo – les bonnes réponses ?
Jamais auprès de vous, je n’ai éprouvé ce sentiment de malaise qu’ont provoqué en moi tant de prêtres et de religieux qui, dès lors qu’on s’ouvre un peu à eux, donnent l’impression de vouloir en profiter pour s’imposer comme « directeurs spirituels » et « conseillers éclairés » dont le Saint-Esprit ne pourrait en aucune manière se passer !

Nous nous rencontrâmes ensuite de manière irrégulière, au gré du calendrier des pèlerinages et des « cérémonies royales » à l’occasion desquelles j’eus, à plusieurs reprises, l’honneur d’être votre cérémoniaire, à la Chapelle Epiatoire ou à la Basilique nécropole royale de Saint-Denys.
A chacune de ces rencontres, sans beaucoup de mots, j’étais sensible à vos marques d’attention, à vos réflexions judicieuses, à votre sollicitude non feinte, à vos encouragements qu’une note d’humour affranchissait de toute condescendance, à l’exquise délicatesse que vous étiez capable de voiler sous les apparences de votre affable débonnaireté (ceux qui ne vous ont point connu ne peuvent avoir l’idée de ce à quoi je fais allusion).

Nos échanges téléphoniques, sans être très fréquents, avaient toujours quelque chose d’un peu surréaliste : vous qui portiez de nombreuses et lourdes responsabilités, vous qui fréquentiez tant de « grands » – de la société ou de la pensée -, vous qui connaissiez tant de prêtres et de religieux, lors même que nous ne nous étions pas vus ou parlé depuis des mois, vous vous adressiez à ce pauvre petit moine comme si nous nous étions simplement quittés la veille et comme si (mais fallait-il écrire ce « comme si » ?) vous saviez ce que beaucoup de personnes pourtant côtoyées quotidiennement étaient, elles, incapables de percevoir.

Tout le monde s’accordera à célébrer votre intelligence – vive et brillante -, votre science encyclopédique, votre éloquence admirable, la pertinence de vos analyses et la sagacité de vos jugements : je n’en parlerai donc pas.

Lorsque votre décès m’a été annoncé, en revanche, il y a une réflexion du Saint Evangile selon Saint Jean qui m’est aussitôt revenue en mémoire : «Ipse autem Iesus non credebat semetispum eis, eo quod ipse nosset omnes. Et quia opus ei non erat ut quis testimonium perhiberet de homine ; ipse enim sciebat quid esset in homine » (Johan. II, 24-25) : Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous. Et parce qu’il n’avait pas besoin que personne lui rende témoignage d’aucun homme, car il savait par lui-même ce qu’il y avait dans l’homme.
Comme j’ai envie de vous appliquer à vous-même ces deux versets !

Vous n’aviez point d’illusion sur ce qu’il y a dans l’homme et sur ce que l’on peut attendre des hommes.
Vous avez, par expérience – par tant de douloureuses expériences ! -, su ce dont les hommes sont capables, spécialement lorsque ce sont des « hommes d’Eglise », et vous avez bien connu à quelles mesquineries et méchancetés se peuvent livrer ceux qui, par vocation et par état, sont cependant et malgré tout des représentants de Dieu ici-bas…

Vous avez aussi éprouvé ce que sont capables de faire des supérieurs ecclésiastiques médiocres et sans talent, lorsqu’ils se rendent compte que l’un de leurs subordonnés est plus brillant et davantage capable qu’eux, mais qu’au lieu d’en tirer profit avec humilité, pour la gloire de Dieu, ils laissent libre court à ce que leur inspire ce qu’il y a de plus malheureusement humain en eux ! 
Je ne vous ai jamais trouvé amer en face de ces expériences qui font pourtant si mal. Votre bon sens surnaturel et votre humour – qui n’empêchent point la souffrance – vous aidaient à rebondir, et à grandir encore. 

Monsieur le Grand Aumônier de France – puisque comme nous avions plaisir à vous appeler ainsi avec une respectueuse affection, en raison de la dignité dont vous avait revêtu notre regretté Prince Alphonse – , en d’autres temps (j’avais envie d’écrire : « en des temps normaux », car en définitive ce Grand Siècle que vous affectionniez tant n’était-il pas bien plus « normal » que l’effrayante période en laquelle nous sommes immergés ?), vous eussiez tout naturellement été promu à l’épiscopat : cela me paraît une évidence.
Mais, en sus de l’orthodoxie doctrinale, le talent, l’intelligence et la culture, surtout lorsqu’ils s’allient à l’indépendance d’un jugement sûr et à l’humour le plus fin, ne sont pas les vertus les plus signalées pour être évêque ou cardinal aujourd’hui au Royaume de France !

Au sortir de l’hiver, alors que votre maladie donnait l’impression d’une rémission et peut-être d’un mieux, vous aviez confié à nos amis communs votre projet de passer au Mesnil-Marie au cours de cet été…
Las ! Le crabe ne faisait que semblant de dormir, et, depuis trois mois, nous avons suivi avec douleur, dans la prière, l’implacable évolution du mal qui vous rongeait.

En ce jour radieux où nous célébrons la fête du Coeur immaculé de Marie, la Messe de vos funérailles a été célébrée ce matin par Monseigneur votre évêque dans votre paroisse de Milly-la-Forêt.
Nos prières continuent pour vous : vous le savez, je ne suis pas de ceux qui se font illusion en pensant, même au sujet de personnes très chères et très estimées, qu’elles vont au Ciel tout droit. 

A Dieu, cher Monsieur le Grand Aumônier ! Nous prions pour le repos de votre âme : nous prions pour que Notre-Seigneur Jésus-Christ vous donne la récompense promise aux bons et fidèles serviteurs, nous prions pour que la céleste Reine de France – dans l’octave de l’Assomption de laquelle vous avez quitté cette terre -, pour que Saint Michel et pour que les Saints innombrables qui ont illustré l’Auguste Maison de France, vous introduisent très bientôt dans le Royaume Eternel dont le Royaume de France a pour vocation d’être une image, nous prions pour que vous retrouviez sans tarder notre cher et regretté Prince Alphonse et notre bonne Princesse Emmanuelle, auprès desquels vous avez exercé un si beau et précieux ministère…

Merci ! Merci mille fois, cher Monsieur l’Abbé ! 

Frère Maximilien-Marie.

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2013-63. Regnum Galliae, Regnum Mariae !

Le Royaume de France est le Royaume de Marie !

2013-63. Regnum Galliae, Regnum Mariae ! dans De liturgia lys-2

En cette fête de l’Assomption, il y a encore de nombreuses églises ou chapelles – Dieu merci ! – dans lesquelles on redonne lecture de l’édit de Louis XIII promulgué le 10 février 1638 (on peut en retrouver le texte intégral ici > www).
Ce que beaucoup trop de fidèles ignorent toutefois, c’est que la Suprême Autorité de l’Eglise Catholique a sanctionné – presque trois siècles plus tard, puisqu’il s’agit d’une lettre apostolique de Sa Sainteté le Pape Pie XI publiée le 2 mars 1922 – , au moyen d’un autre texte solennel, cette protection officielle de Notre-Dame de l’Assomption sur la France. 
Dans ce même décret pontifical, non seulement Notre-Dame de l’Assomption était déclarée par l’Eglise patronne principale de la France, mais en outre Sainte Jeanne d’Arc en était promue la patronne en second (et non « secondaire » comme on le traduit de manière très maladroite la plupart du temps).
Nous nous faisons donc un immense plaisir en publiant ci-dessous ce texte du Pape Pie XI

regnum-galliae-regnum-mariae 15 août dans De Maria numquam satis

Lettre Apostolique de Sa sainteté le Pape Pie XI

« Galliam, Ecclesiæ filiam primogenitam »

Pour perpétuelle mémoire

Les Pontifes Romains Nos prédécesseurs ont toujours, au cours des siècles, comblé des marques particulières de leur paternelle affection la France, justement appelée Fille aînée de l’Eglise (*). Notre prédécesseur de sainte mémoire, le pape Benoît XV, qui eut profondément à coeur le bien spirituel de la France, a pensé à donner à cette nation, noble entre toutes, un gage spécial de sa bienveillance.

En effet, lorsque, récemment, Nos Vénérables Frères les cardinaux, archevêques et évêques de France, d’un consentement unanime, lui eurent transmis par Notre Vénérable Frère Stanislas Touchet, évêque d’Orléans, des supplications ardentes et ferventes pour qu’il daignât proclamer patronne principale de la nation française la bienheureuse Vierge Marie reçue au ciel, et seconde patronne céleste sainte Jeanne, Pucelle d’Orléans, Notre prédécesseur fut d’avis de répondre avec bienveillance à ces pieuses requêtes. Empêché par la mort, il ne put réaliser le dessein qu’il avait conçu. Mais à Nous, qui venons d’être élevé par la grâce divine sur la Chaire sublime du Prince des Apôtres, il Nous est doux et agréable de remplir le voeu de notre très regretté prédécesseur et, par Notre autorité suprême, de décréter ce qui pourra devenir pour la France une cause de bien, de prospérité et de bonheur.

Il est certain, selon un ancien adage, que le Royaume de France a été appelé le Royaume de Marie, et cela à juste titre. Car, depuis les premiers siècles de l’Eglise jusqu’à notre temps, Irénée et Eucher de Lyon, Hilaire de Poitiers, Anselme, qui, de France, passa en Angleterre comme archevêque, Bernard de Clairvaux, François de Sales, et nombre d’autres saints docteurs, ont célébré Marie et contribué à promouvoir et amplifier à travers la France le culte de la Vierge Mère de Dieu. A Paris, dans la très célèbre Université de Sorbonne, il est historiquement prouvé que dès le XIII° siècle la Vierge a été proclamée conçue sans péché.

Même les monuments sacrés attestent d’éclatante manière l’antique dévotion du peuple à l’égard de la Vierge : trente-quatre églises cathédrales jouissent du titre de la Vierge Mère de Dieu, parmi lesquelles on aime à rappeler comme les plus célèbres, celles qui s’élèvent à Reims, à Paris, à Amiens, à Chartres, à Coutances et à Rouen. L’immense affluence des fidèles accourant de loin chaque année, même de notre temps, aux sanctuaires de Marie, montre clairement ce que peut dans le peuple la piété envers la Mère de Dieu et plusieurs fois par an la basilique de Lourdes, si vaste qu’elle soit, paraît incapable de contenir les foules innombrables des pèlerins.

La Vierge en personne, trésorière de toutes les grâces de Dieu, a semblé, par des apparitions répétées, approuver et confirmer la dévotion du peuple français.

Bien plus, les princes et les chefs de la nation se sont fait gloire longtemps d’affirmer et de défendre cette dévotion envers la Vierge.

Converti à la vraie foi du Christ, Clovis s’empresse, sur les ruines d’un temple druidique, de poser les fondements de l’Eglise Notre-Dame, qu’acheva son fils Childebert.

Plusieurs temples sont dédiés à Marie par Charlemagne. Les ducs de Normandie proclament Marie Reine de la nation. Le roi saint Louis récite dévotement chaque jour l’office de la Vierge. Louis XI, pour l’accomplissement d’un voeu, édifie à Cléry un temple à Notre-Dame. Enfin, Louis XIII consacre le Royaume de France à Marie et ordonne que chaque année, en la fête de l’Assomption de la Vierge, on célèbre dans tous les diocèses de France de solennelles fonctions : et ces pompes solennelles, Nous n’ignorons pas qu’elles continuent de se dérouler chaque année.

En ce qui concerne la Pucelle d’Orléans que Notre prédécesseur a élevée aux suprêmes honneurs des saints, personne ne peut mettre en doute que ce soit sous les auspices de la Vierge qu’elle ait reçu et rempli la mission de sauver la France ; car d’abord, c’est sous le patronage de Notre-Dame de Bermont, puis sous celui de la Vierge d’Orléans, enfin de la Vierge de Reims, qu’elle entreprit d’un coeur viril une si grande oeuvre, qu’elle demeura sans peur en face des épées dégainées et sans tache au milieu de la licence des camps, qu’elle délivra sa patrie du suprême péril et rétablit le sort de la France. C’est après avoir reçu le conseil de ses voix célestes qu’elle ajouta sur son glorieux étendard le nom de Marie à celui de Jésus, vrai Roi de France. Montée sur le bûcher, c’est en murmurant au milieu des flammes en un cri suprême, les noms de Jésus et de Marie, qu’elle s’envola au ciel. Ayant donc éprouvé le secours évident de la Pucelle d’Orléans, que la France reçoive la faveur de cette seconde patronne céleste : c’est ce que réclament le clergé et le peuple, ce qui fut déjà agréable à Notre prédécesseur et qui Nous plaît à Nous-mêmes.

C’est pourquoi, après avoir pris les conseils de nos Vénérables Frères les cardinaux de la Sainte Eglise Romaine préposés aux Rites, de Notre propre initiative, de science certaine et après mûre délibération, dans la plénitude de Notre pouvoir apostolique, par la force des présentes et à perpétuité, Nous déclarons et confirmons que la Vierge Marie Mère de Dieu, sous le titre de son Assomption dans le ciel, a été régulièrement choisie comme principale patronne de toute la France auprès de Dieu, avec tous les privilèges et les honneurs que comportent ce noble titre et cette dignité.

De plus, écoutant les voeux pressants des évêques, du clergé et des fidèles des diocèses et des missions de la France, Nous déclarons avec la plus grande joie et établissons l’illustre Pucelle d’Orléans, admirée et vénérée spécialement par tous les catholiques de la France comme l’héroïne de la religion et de la patrie, sainte Jeanne d’Arc, vierge, patronne en second de la France, choisie par le plein suffrage du peuple, et cela encore d’après Notre suprême autorité apostolique, concédant également tous les honneurs et privilèges que comporte selon le droit ce titre de seconde patronne.

En conséquence, nous prions Dieu, auteur de tous biens, que, par l’intercession de ces deux célestes patronnes, la Mère de Dieu élevée au ciel et sainte Jeanne d’Arc, vierge, ainsi que des autres saints patrons des lieux et titulaires des églises, tant des diocèses que des missions, la France catholique, ses espérances tendues vers la vraie liberté et son antique dignité, soit vraiment la fille première-née de l’Eglise Romaine ; qu’elle échauffe, garde, développe par la pensée, l’action, l’amour, ses antiques et glorieuses traditions pour le bien de la religion et de la patrie.

Nous concédons ces privilèges, décidant que les présentes Lettres soient et demeurent toujours fermes, valides et efficaces, qu’elles obtiennent et gardent leurs effets pleins et entiers, qu’elles soient, maintenant et dans l’avenir, pour toute la nation française, le gage le plus large des secours célestes ; qu’ainsi il en faut juger définitivement, et que soit tenu pour vain dès maintenant et de nul effet pour l’avenir tout ce qui porterait atteinte à ces décisions, du fait de quelque autorité que ce soit, sciemment ou inconsciemment. Nonobstant toutes choses contraires.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, sous l’anneau du Pécheur,
le 2 du mois de mars de l’année 1922, 
de Notre Pontificat la première année.

Pie pp. XI.

P. cardinal Gasparri, secrétaire d’Etat.

armoiries-du-pape-pie-xi1 assomption dans Lectures & relectures

(*) En ce qui concerne l’expression « fille aînée de l’Eglise » attribuée à la France, voir > www.

Prière à Notre-Dame de l’Assomption

composée par le Vénérable Pie XII

Prière à Notre-Dame de l'Assomption dans De liturgia giulio-romano-assomption-et-couronnement-de-la-vierge

Giulio Romano : Assomption et couronnement de la Vierge Marie
(1505 – Pinacothèque vaticane) 

Sa Sainteté le Pape Pie XII a composé, à l’occasion de la définition solennelle du dogme de l’Assomption,  cette prière qui fut récitée par lui en italien le 1er novembre 1950 en conclusion de son discours.

« O Vierge immaculée, Mère de Dieu et Mère des hommes :

Nous croyons avec toute la ferveur de notre foi en votre Assomption triomphale en âme et en corps, au Ciel où Vous êtes acclamée Reine par tous les choeurs des anges et par toutes les phalanges des saints ;
et nous, nous nous unissons à eux pour louer et bénir le Seigneur, qui Vous a exaltée au-dessus de toutes les autres créatures, et pour Vous offrir l’élan de notre dévotion et de notre amour.

Nous savons que votre regard, qui maternellement enveloppait l’humble et souffrante Humanité de Jésus sur la terre, se rassasie au Ciel en voyant la glorieuse Humanité de la Sagesse incréée, et que la joie de votre âme à contempler face à face l’adorable Trinité fait tressaillir votre coeur de béatifiante tendresse ;
et nous, pauvres pécheurs, nous dont le corps alourdit le vol de l’âme, nous Vous supplions de purifier nos sens, afin que nous apprenions, dès ici-bas, à goûter Dieu, Dieu seul, dans le charme des créatures ;

Nous avons confiance que vos regards miséricordieux s’abaissent sur nos misères et nos angoisses, sur nos luttes et nos faiblesses ; que vos lèvres sourient à nos joies et à nos victoires ; que Vous entendez la voix de Jésus Vous dire de chacun de nous, comme jadis à Son disciple bien-aimé : « Voilà votre fils » ;
et nous, qui Vous invoquons comme notre Mère, nous Vous prenons, comme Jean, pour guide, soutien et consolation de notre vie mortelle.

Nous avons la vivifiante certitude que vos yeux, qui ont versé des larmes sur la terre baignée du sang de Jésus, se tournent encore vers ce monde en proie aux guerres, aux persécutions, à l’oppression des justes et des faibles ;
et nous, dans les ténèbres de cette vallée de larmes, nous attendons de votre céleste lumière et de votre douce pitié le soulagement des peines de nos coeurs, des épreuves de l’Eglise et de notre patrie.

Nous croyons enfin que, dans la gloire où Vous régnez, parée du soleil et couronnée d’étoiles, Vous êtes, après Jésus, la joie et l’allégresse de tous les anges et de tous les saints ;
et nous, de cette terre où nous passons en pèlerins, réconfortés par la foi en la résurrection future, nous regardons vers Vous, notre vie, notre douceur, notre espérance ; attirez-nous par la suavité de votre voix, pour nous montrer un jour après notre exil, Jésus, le fruit béni de votre sein, ô clémente, ô bonne, ô douce Vierge Marie ! » 

s.s.-pie-xii-medaille-commemorative-annee-sainte-1950 1er novembre 1950 dans De Maria numquam satis

Sa Sainteté le Pape Pie XII
médaille commémorative de l’Année Sainte 1950

Rappel :
prières qui doivent être récitées pour la procession du Voeu de Louis XIII > www

2013-62. « C’est Notre-Seigneur Lui-même qui est figuré par le Samaritain. »

Explications de notre glorieux Père Saint Augustin
sur
 la parabole du Bon Samaritain
(Luc X, 30-37) 

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Le Bon Samaritain (anonyme 1537 Amsterdam)

Le Bon Samaritain (anonyme, vers 1537 – Amsterdam)

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Dans son ouvrage intitulé « Questions sur les Evangiles » (chapitre XIX du second livre), notre glorieux Père Saint Augustin donne rapidement le sens mystique de la parabole évangélique que nous entendons à la Messe du douzième dimanche après la Pentecôte.
Comme – malheureusement ! – beaucoup de prédicateurs en restent à une lecture assez superficielle pour ne parler que d’une « charité » très horizontale, il me paraît important de copier ici l’intégralité de ce chapitre du Docteur de la Grâce : l’enseignement qu’il dispense énonce des idées qui étaient générales aux âges de foi, mais qui sont devenues souvent étrangères à nombre de fidèles aujourd’hui.

* * * * * * *

« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho ».

On voit ici Adam lui-même avec le genre humain.
Jérusalem est cette cité céleste de la paix, de la béatitude, de laquelle l’homme est déchu ; Jéricho - qui signifie Lune - , représente notre mortalité, laquelle naît, croît, vieillit et disparaît.
Les voleurs sont le diable et ses anges qui « dépouillèrent » l’homme de l’immortalité « et qui l’ayant couvert de plaies » en l’induisant au péché, le laissèrent demi-mort ».
L’homme, en effet, par le côté de lui-même qui peut saisir et connaître Dieu, est vivant ; mais en tant que le péché lui ôte sa force et l’accable, il est mort ; c’est pourquoi on le dit laissé demi-mort.
Le prêtre et le lévite qui, l’ayant vu, passent outre, désignent le sacerdoce et le ministère du vieux Testament qui ne pouvaient servir au salut.

C’est Notre-Seigneur Lui-même qui est figuré par le Samaritain ; le Samaritain veut dire : le gardien.
Le bandage des plaies marque la répression des péchés ; l’huile, la consolation de l’espérance bienheureuse, fruit de l’indulgence accordée pour la réconciliation de la paix ; le vin l’exhortation à la pratique fervente des oeuvres de l’esprit.
Le cheval du samaritain est l’emblème de la chair dans laquelle le Seigneur a daigné venir à nous. Etre mis sur ce cheval, c’est croire à l’Incarnation du Christ.
L’hôtellerie est l’Eglise où trouvent la réparation de leurs forces les voyageurs retournant de la terre étrangère à l’éternelle patrie.
Le jour suivant marque le temps qui suit la résurrection du Seigneur.
Les deux deniers sont ou bien les deux préceptes de la charité qui fut comme enseignée aux Apôtres par l’Esprit-Saint afin qu’ils annonçassent aux autres l’Evangile, ou bien la promesse de la vie présente et celle de la vie future. C’est en effet conformément à cette double promesse qu’il est dit : « Il recevra dans ce siècle sept fois autant, et dans le siècle futur il obtiendra la vie éternelle » (Matt. XIX, 29).
Le Maître d’hôtel c’est donc l’Apôtre. Ce qu’il donne par surcroît désigne soit le conseil de la virginité proclamé par lui : « Touchant les vierges je n’ai point de précepte du Seigneur, mais je donne un conseil » (1 
Cor. VII, 35) ; soit le travail des mains auquel il se livrait pour ne rendre onéreuse la promulgation de l’Evangile à aucun des infirmes de l’Eglise lorsqu’il pouvait vivre de l’Evangile (2 Thess.  III, 8-9).

2013-62. « C'est Notre-Seigneur Lui-même qui est figuré par le Samaritain. » dans De liturgia benozzogozzoli.vignette

B. Gozzoli : Saint Augustin enseignant.

2013-61. « Ainsi finit le Régiment des Gardes Suisses du Roi de France… »

10 août, fête de Saint Laurent…

Lacrymosa dies illa !

J’ai déjà publié dans ce blogue le récit autobiographique de Pauline de Tourzel racontant la manière dont elle avait vécu cette terrible journée du 10 août 1792 dont la seule évocation nous tire des larmes et nous fait frisonner d’horreur (cf. > www) ; en 2012, j’ai également mis en ligne quelques « Simples réflexions à propos du 10 août » (cf. > www) auxquelles je me permets de vous renvoyer.
Aujourd’hui, c’est la narration du colonel de Pfyffer d’Altishoffen que l’on trouve dans l’ouvrage intitulé « Récit de pièces relatives au monument de Lucerne consacré à la mémoire des officiers et soldats suisses morts pour la cause du roi Louis XVI, les 10 août, 2 et 3 septembre 1792, avec un récit de la conduite du régiment des Gardes suisses », édité en 1821, que je vous invite à lire dans sa quasi intégralité.
Ce texte est un peu long, mais il est nécessaire de maintenir la mémoire de ces funestes événements, et d’en connaître certains détails provenant d’un témoin et qui ne sont évidemment pas rapportés par les mensonges de l’histoire officielle de la république…

2013-61. « Ainsi finit le Régiment des Gardes Suisses du Roi de France... » dans Lectures & relectures frise-lys

« Dès le commencement de la révolution, la situation du Régiment des Gardes Suisses fut singulièrement pénible (…).
Le Régiment, environné de périls, harassé de fatigues, développa, dans toutes ces circonstances, un caractère inaltérable de sang-froid, d’ordre, de discipline. Il conserva dans le trouble, sa ponctualité de service des temps calmes : on n’épargna rien pour corrompre les soldats, promesses, menaces, séduction de principes, exemple des autres troupes, tout fut employé, rien ne les ébranla. Leur fidélité jeta l’ancre au milieu de la tempête politique qui les investissait de toutes parts.

Un décret de l’assemblée constituante avait anéanti la discipline dans l’armée. Il n’eut jamais aucune influence sur le Régiment ; ce furent les soldats eux-mêmes qui réclamèrent le maintien des antiques règlements. Le corps entier ne formait qu’une famille, où le sort et les intérêts étaient mis en commun. Cet esprit de famille animait au même degré les subalternes et les chefs.
Il est un genre de récompense qu’une conduite noble, fière, toujours semblable à elle-même ne manque jamais d’obtenir. Partout où un détachement des Gardes Suisses se présentait, il était respecté, quelque faible qu’il fut. 

Cependant les circonstances de la révolution allaient toujours croissant de gravité ! Chaque jour augmentait les fatigues des troupes fidèles, et il n’était personne qui ne prévît une catastrophe inévitable et prochaine. Cette considération détermina les officiers qui étaient, autorisés à aller jouir de leur semestre en Suisse à y renoncer, pour rester auprès de la personne du Roi et partager le sort de leurs camarades : on leur fit connaître que l’intention formelle de Sa Majesté s’y opposait. Tous insistèrent, tous chargèrent Monsieur le colonel d’Affry d’émettre de nouveau au ministre de la guerre leur vœu formel à cet égard ; mais ces instances ne produisirent qu’un ordre positif du Roi, que tous les officiers portés sur la liste des semestriers eussent à partir !
Le malheureux Prince cherchait à écarter l’ombre de ce qui eût pu donner du soupçon.

A mesure que le danger devenait imminent et que l’on approchait de la crise, le caractère de loyauté du Régiment se prononçait davantage.
Le sort qu’on devait attendre était connu de chacun, mais tous voulurent mourir plutôt que de compromettre l’honneur et la réputation des Suisses, et de souiller des drapeaux sans tache !

De tous côtés, il arrivait des rapports sur les intentions hostiles des Marseillais, et l’on manquait de munitions !
Depuis longtemps, les canons du régiment avaient été livrés sur ordre supérieur, contre lequel le corps des officiers avait en vain protesté. Les menaces des fédérés obligèrent les chefs à consigner les soldats dans les casernes ; on voulait éviter des querelles qui pouvaient avoir des suites fâcheuses et fournir des prétextes à la malveillance.

Les officiers profitèrent de ce temps de retraite pour retracer aux soldats leurs devoirs ; ils le tirent avec confiance et simplicité, ils leur montrèrent l’approche de l’orage, ils leur dirent que le temps était venu où leur fidélité serait mise à la plus rude épreuve !
Il faut le dire à l’honneur de ces braves, les exhorter était chose inutile ; pas un seul n’hésita.

Il n’y a que les âmes généreuses qui puissent bien comprendre une telle situation : elle dura plusieurs jours. 

gardes-suisses-sous-louis-xvi 10 août 1792 dans Memento

Uniformes de la Garde Suisse sous Louis XVI

Le 4 août, le Régiment reçut ordre de se porter sur Paris (l’on savait alors que les fédérés et les faubourgs devaient attaquer les Tuileries).
Le Régiment partit la nuit des casernes de Courbevoie et de Rueil, après avoir enterré une partie des drapeaux. Le marquis de Maillardoz, lieutenant-colonel, et le baron de Bachmann, major, vinrent au-devant. Le corps marchait dans le plus grand silence, avec les précautions usitées en temps de guerre en pays ennemi. Ce silence même, un ordre admirable, la contenance ferme et froide des soldats, imposèrent sans doute aux factieux. Tout fut tranquille au château et, la même nuit, le régiment retourna aux casernes.
Le lendemain, on en détacha trois cents hommes qu’on envoya en Normandie.

Depuis le 4 août jusqu’au 8, la fermentation se développa. Dans tous les carrefours, les agents de la conspiration ameutaient et soulevaient le peuple. On les entendait provoquer publiquement au meurtre, au siège des Tuileries, au « châtiment du tyran ».

Le 8 août, sur les huit heures du soir, Monsieur d’Erlach, capitaine de garde, remit à Monsieur de Glutz, aide-major, un ordre conçu en ces termes : « Monsieur le Colonel ordonne que le régiment soit rendu demain, à trois heures du matin, aux Tuileries » (…).

On fit le partage des cartouches aux casernes, et l’on ne put pas en distribuer trente par homme !
Tout le monde marcha : ceux qu’un âge avancé dispensait du service voulurent le faire ce jour-là. Il ne resta aux casernes qu’un petit nombre de malades et les fourriers.
A la porte Maillot, une ordonnance venant de Paris remit au commandant un laissez-passer, signé Pétion.

La nuit suivante (celle du 9 au 10 août), Messieurs Mandat, de Maillardoz et de Bachmann firent occuper les divers postes du château par la garde nationale et par les Suisses. On en plaça dans les cours, à la Chapelle, à la porte royale. Le baron Henri de Salis, comme le plus ancien capitaine du Régiment, commandait les postes des escaliers et de la cour de la Reine, et avait sous ses ordres le chevalier de Gibelin, sous aide-major, trois-cents hommes commandés par le capitaine de Dürler, qui avait sous lui Monsieur de Pfyffer d’Altischoffen, capitaine, et Monsieur de Glutz, aide-major. Ils étaient placés dans la cour dite des Suisses, pour se porter comme réserve où l’on en aurait besoin (…). 

Des gentilshommes, des personnes sincèrement attachées au Roi, s’étaient rendus au château en assez grand nombre, armés d’épées et de pistolets (…).

A onze heures du soir, on avait l’avis que le tocsin serait sonné à minuit. Bientôt on eut connaissance au château de l’arrêté du Faubourg Saint-Antoine dont voici les principaux articles : « Assiéger le château, exterminer tout le monde qui s’y trouvera, surtout les Suisses, forcer le Roi à abdiquer, et le conduire avec la Reine et la famille royale à Vincennes, pour s’en servir comme otages, pour le cas où les étrangers se porteraient sur Paris ».

A minuit, l’on entendit sonner le tocsin et battre la générale.
Monsieur de Bachmann s’assura que tout était en ordre ; il donna des instructions aux officiers ; il envoya des officiers de l’état-major visiter les postes. Depuis ce moment, cet officier ne quitta pas le roi un seul instant. L’Europe sait qu’il a eu le même sort que ce Prince.
Le son lugubre du tocsin, loin de décourager les soldats, les animait toujours davantage.

A deux heures du matin, quatre bataillons des faubourgs étaient déjà arrivés sur la place du Carrousel pour exécuter leur horrible projet ; ils n’attendaient que leurs complices.

Entre quatre et cinq heures, Monsieur Mandat recul l’ordre de se rendre à la commune. On l’attendait pour l’égorger sur les degrés de l’Hôtel de Ville : on savait qu’il avait en sa possession un ordre, signé Pétion, de repousser la force par la force ; on supposait faussement qu’il le portait sur lui, et l’on voulait par le meurtre soustraire celle pièce à la publicité.

Vers six heures du matin, le Roi tenant par la main Monseigneur le Dauphin, descendit dans la cour royale, accompagné de quelques chefs de division et de commandants de la garde nationale, et de Messieurs de Maillardoz et de Bachmann.
Il passa d’abord devant la garde nationale, puis devant les Suisses, qui crièrent : « Vive le Roi ! »
Au même instant, un bataillon armé de piques, qui entrait dans la cour, criait à tue-tête : « Vive la Nation ! »
Il en résulta une discussion très vive, à laquelle les canonniers de la garde nationale surtout prirent beaucoup départ. Monsieur de Dürler parvint néanmoins à les calmer, en leur représentant, dans son singulier langage, que le Roi et la Nation ne faisaient qu’un.
Le bataillon qui venait d’entrer dans la cour reconnut qu’il n’était pas à sa place et ils allèrent se ranger parmi leurs pareils.

Bientôt après, Monsieur Roederer, procureur-général syndic, assisté d’un membre de la commune, tous deux en écharpe tricolore, et Monsieur de Boissieux, maréchal de camp, parcoururent tous les postes. Ils proclamèrent verbalement l’ordre déjà reçu par écrit, de défendre le château et de repousser la force par la force. Voici les termes de la proclamation : « Soldats, un attroupement va se présenter ; il est enjoint par le décret du 3 octobre, à nous, officiers de la loi, de requérir vous, gardes nationales, et vous, troupes de ligne, de vous opposer à cet attroupement, et de repousser la force par la force ».
Alors ceux des gardes nationaux qui n’avaient pas chargé, chargèrent leurs fusils, et les canonniers leurs pièces. 

prise-des-tuileries fin de la monarchie dans Vexilla Regis

A sept heures, les murmures recommencèrent, et des bataillons entiers de gardes nationaux se retirèrent : les uns allèrent rejoindre les factieux, un grand, nombre rentrèrent dans leurs foyers.
Ce fut alors qu’une députation de la garde nationale, conduite par Monsieur Roederer, Monsieur de Baumez et un troisième membre du département de Paris, vint solliciter le Roi, qui rentrait dans l’intérieur du château, de se rendre dans le sein de l’assemblée nationale.
Monsieur de Bachmann, témoin des instances par lesquelles on cherchait à arracher la détermination du monarque, se retourna vers Monsieur de Gibelin et lui dit : « Si le Roi va à l’Assemblée, il est perdu ».
Ce sont les dernières paroles que les camarades de ce chef vertueux aient recueillies de sa bouche. La Reine fit d’inutiles efforts pour empêcher ce funeste départ, après lequel la plus héroïque résistance ne pouvait plus avoir un heureux résultat, puisqu’elle était devenue sans objet.

C’est à peu près vers neuf heures que le Roi se décida à venir dans l’Assemblée Nationale avec toute la famille royale et quelques gentilshommes.
Deux bataillons de la garde nationale et les Gardes Suisses de garde, en tête, Messieurs de Maillardoz, de Bachmann, de Salis-Zizer, aide-major, Chollet et Allimann, adjudants, escortaient Sa Majesté.

Ce départ fut décisif pour la garde nationale qui occupait l’intérieur du château et les cours. La plus grande partie abandonna les Suisses ; les uns se réunirent aux bataillons des faubourgs et les autres se dispersèrent.
Mais tous ne partagèrent pas cette honteuse défection, et parmi ceux qui restèrent fidèles, il faut citer à la postérité la presque totalité des braves Grenadiers des Filles-Saint-Thomas [note : bataillon faisant partie de la garde nationale, créée le 13 juillet 1789].

L’armée des faubourgs se mit en mouvement, ses canons en tête, et bientôt on la vit s’avancer vers les portes du château.
Le maréchal de camp de jour, se voyant presque seul avec les Suisses, jugea qu’il ne pourrait conserver les cours avec si peu de monde. Il cria : « Messieurs les Suisses, retirez-vous au château ! » Il fallu obéir, abandonner les cours, laisser six pièces de canon à la discrétion de l’ennemi.
On aurait dû prévoir qu’il faudrait les reprendre, sous peine d’être brûlé dans le château. Tout le monde le pensait, de simples soldats le disaient tout haut. Cependant le respect pour la discipline fit obéir (…).

On garnit de soldats les escaliers et les croisées du château. Le premier peloton fut placé à la Chapelle, c’est-à-dire un peloton des Grenadiers des Filles-Saint-Thomas en première ligne, les Gardes Suisses en seconde. 
Monsieur le capitaine de Dürler trouva au premier appartement, en face du grand escalier, Monsieur le Maréchal de Mailly, qui était avec Monsieur de Zimmermann, officier-général et lieutenant des Grenadiers.
Monsieur le Maréchal ayant annoncé à Monsieur de Dürler qu’il était chargé de la part du Roi de prendre le commandement du château, Monsieur de Dürler lui dit : « Monsieur le Maréchal, quels sont vos ordres ? »
« De ne pas vous laisser forcer », répartit le Maréchal.
Monsieur de Dürler répondit : « On peut y compter ».
Ce fut le seul ordre que les Suisses reçurent de ce Maréchal de France. On ne leur reprochera point de ne pas l’avoir suivi à la lettre.

Pendant que Monsieur de Dürler parlait à ce Maréchal, il vit distinctement par la fenêtre le portier du Roi ouvrir aux Marseillais la porte royale.  Ils entrèrent peu à peu, en élevant leurs chapeaux, et faisant signe aux Suisses de venir les joindre.
Un de la Lande, plus hardi que les autres, s’approcha d’une fenêtre et y lâcha un coup de pistolet. Le sergent Lendi allait répondre à cette insolente provocation, les officiers le retinrent. Mais cette preuve de modération, comme tous les actes de ce genre, ne fit qu’enhardir les assaillants.

combat-aux-tuileries-par-henri-motte-copie Gardes Suisses

Tableau de Henri Motte illustrant les combats à l’intérieur des Tuileries

Toute la colonne ennemie étant entrée, elle plaça ses canons en batterie : on égorgea les sentinelles suisses placées au pied du grand escalier, et les premiers Marseillais essayèrent de monter au poste de la Chapelle le sabre à la main. Messieurs de Dürler, de Reding, Joseph de Zimmermann et de Glutz, aide-major, firent placer à la hâte une barre de bois en travers de l’escalier.
Monsieur de Boissieux crut le moment favorable pour haranguer les Marseillais, mais d’affreux hurlements couvrirent sa voix.
Les assaillants à la fin reconnurent l’inutilité de leur tentative. Ils se retirèrent en vociférant des injures contre les Suisses. 

Un peu moins de huit cents Suisses, les deux compagnies qui accompagnaient le Roi n’ayant pu prendre part au combat, deux cents gentilshommes dont le courage était sans armes, un assez petit nombre de gardes nationaux intrépides et fidèles, tous sans commandant en chef, sans munitions sans canons… voilà l’état des choses au moment où le combat allait commencer ! Et cette poignée de braves, répartis sur plus de vingt postes, étaient attaqués par près de cent mille hommes d’une populace exaltée jusqu’à la fureur, qui avait avec elle cinquante pièces d’artillerie, qui disposait delà municipalité de Paris et qui se sentait encouragée par le corps législatif.

La troupe des faubourgs fit une décharge qui blessa quelques soldats : les Grenadiers des Filles-Saint-Thomas ripostèrent, les Suisses suivirent leur exemple : les Marseillais répondirent par une décharge générale d’artillerie et de mousqueterie, qui coûta la vie à beaucoup de monde. Ce fut dans ce moment que Monsieur Philippe de Glutz, lieutenant des Grenadiers, fut tué, et que Monsieur de Castelberg eut la cheville du pied fracassée.
L’action, devenue générale, se décida rapidement en faveur des Suisses : le feu des croisées et celui de la réserve de Monsieur de Dürler furent très meurtriers. En peu de temps, la cour royale fut évacuée ; elle resta jonchée de morts, de mourants et de blessés.

Messieurs de Dürler et de Pfyffer firent une sortie du château, avec cent-vingt hommes, ils prirent quatre pièces de canon, et redevinrent les maîtres de la porte royale. 
Pendant qu’ils traversaient le Carrousel, un autre détachement sous les ordre du capitaine Henri de Salis, s’emparait de trois canons à la porte du manège, et les amenait jusqu’à la grille du château. De là, ce détachement parvint à rejoindre le premier, mais sous le feu de l’artillerie qui, de la porte de la cour de la Reine, tirait à mitraille sur les Suisses.

Les détachements réunis portèrent l’épouvante et la mort parmi les assaillants : la cour royale fut couverte de leurs morts. Les Suisses enlevèrent une partie des canons de leurs adversaires et ils réussirent à les conserver ; malheureusement, ils n’avaient point de munitions et ils ne purent faire qu’une seule décharge des canons conquis sur l’ennemi, les Marseillais ayant emporté dans leur fuite les cartouches, les mèches et les lances à feu ; c’est ce qui fit que les Suisses tentèrent toujours en vain de faire taire un feu de mitraille qui, d’une petite terrasse placée vis-à-vis du corps de garde des Suisses, plongeait dans la cour royale.
Ces admirables soldats de la fidélité essuyèrent un feu meurtrier avec le sang-froid et la tranquillité du vrai courage. Les détachements étaient criblés, ils se ralliaient toujours de nouveau, après des efforts qui tenaient du prodige.

Les Suisses restèrent maîtres du champ de bataille : les officiers et les soldats s’attelèrent aux canons pris aux ennemis et les traînèrent ; partout on se battait avec un égal acharnement, partout l’ennemi était repoussé, et les Marseillais, qui formaient les têtes de colonnes d’attaque, s’éclaircissaient par des pertes immenses. Mais les Suisses voyaient avec anxiété qu’ils touchaient au moment où l’épuisement des munitions allait les exposer au feu de l’ennemi, sans moyen d’y répondre.

prise-des-tuileries-10-aout-92 prise des Tuileries

Dans cet instant critique, Monsieur d’Herville, tué depuis glorieusement pour la cause royale à Quiberon, arrive sans armes, sans chapeau, à travers les coups de fusil et de canon. On veut lui montrer des dispositions qu’on venait de faire du côté du jardin. « Il s’agit bien de cela, dit-il ; il faut vous porter à l’Assemblée nationale, auprès du Roi. »
On crut pouvoir être utile à cet infortuné Monarque ; et une voix, c’était celle du baron de Viosmesnil, lieutenant-général, le frère aîné du maréchal de France de ce nom, une voix amie qui cria : « Oui, braves Suisses ! Allez sauver le Roi ! Vos ancêtres l’ont fait plus d’une fois… », en confirmant cette trompeuse espérance, emporta la résolution.
Il fallut chercher à se rallier ; on réunit les tambours qui n’avaient pas péri, on fit battre l’assemblée, et, malgré une grêle de balles qui tombaient de toute part, on parvint à ranger les soldats comme dans un jour de parade.
Pour couvrir la retraite, on pointa contre le vestibule deux des pièces enlevées aux assaillants, qui se trouvèrent encore chargées. On les plaça à côté de la grille. Monsieur de Dürler y laissa deux hommes, avec ordre de lâcher leurs coups de fusil sur la lumière, si l’on était poursuivi.
Cet ordre ne put pas être littéralement exécuté, mais l’un des deux hommes, le nommé Jean Hayot, du canton de Fribourg (ce brave vit encore retiré chez lui), mit le feu très à propos à l’une des pièces en battant le briquet sur la lumière.
Messieurs de Reding, de Glutz, de Gibelin aidèrent quelques soldats à transporter une troisième pièce de canon sous le vestibule, et ce fut dans cet instant que Monsieur de Reding eut le bras cassé d’un coup de carabine.
On partit. La traversée du jardin fut excessivement meurtrière. Il fallut essuyer un feu très vif, de canon et de mousqueterie qui partait de trois points différents, la porte du pont royal, celle de la cour du manège, et la terrasse des Feuillants. Dans ce trajet, Monsieur de Gross eut la cuisse cassée par une balle ; il tomba près du bassin après du groupe d’Arria et de Poetus.

L’on arriva enfin dans les corridors de l’Assemblée nationale. Le baron Henri de Salis, emporté par son ardeur, entra dans la salle du corps législatif, l’épée à la main, au grand effroi du côté gauche de l’assemblée. Les députés qui le composaient crièrent : « Les Suisses ! Les Suisses ! » et l’on en remarqua plusieurs qui cherchaient à se sauver par les fenêtres.
Un membre de l’assemblée vint ordonner au commandant des Suisses de faire mettre bas les armes à sa troupe ; le commandant refusa de le faire. Monsieur de Dürler s’avança vers le Roi et lui dit : « Sire, on veut que je pose les armes. » Le Roi répondit : « Déposez-les entre les mains de la garde nationale ; je ne veux pas que de braves gens comme vous périssent ».
Un moment après, le Roi envoya à Monsieur de Dürler un billet de sa propre main conçu en ces termes : « Le Roi ordonne aux Suisses de déposer leurs armes et de se retirer aux casernes. »

billet-de-s.m.-louis-xvi-aux-suisses-le-10-aout-1792 révolution

Cet ordre fut un coup de foudre pour ces braves soldats. Ils criaient qu’ils pouvaient bien se défendre avec leurs baïonnettes, plusieurs pleuraient de rage. Mais dans cette horrible extrémité, la discipline et la fidélité triomphèrent encore. Ils savaient que cet ordre de quitter leurs armes les livrait sans défense à des tigres altérés de leur sang : tous obéirent.
Ce fut là le dernier sacrifice qu’on exigea des Suisses.

On sépara les officiers des soldats : ceux-ci furent conduits à l’église des Feuillants, les officiers furent déposés dans la salle des inspecteurs. Des députés y entrèrent pour les voir, en manifestant une sorte d’inquiétude qui, dans les uns était accompagnée de férocité et de bassesse, dans les autres de regret et de pitié.

Vers le soir, quelques personnes généreuses s’occupèrent à sauver les nobles restes du combat du 10 août et procurèrent aux officiers des déguisements et la faculté de sortir. Chacun isolément se tira d’affaire comme il put. Ces fidèles défenseurs du Roi de France erraient dans Paris, toujours proscrits par la fureur populaire, lors qu’un décret du corps législatif avait mis tous les Suisses sous la sauvegarde de la loi.

Le château n’était plus défendu ; les assaillants y entrèrent, massacrant lâchement les blessés et tous ceux qui s’étaient perdus dans l’immensité du palais. Une partie des Suisses qui occupaient les appartements, n’avaient pu se rejoindre au détachement qui se retira sur l’assemblée nationale. Ils descendirent au moment même où les Marseillais entraient dans le château.
Ayant trouvé chargées deux des trois pièces que Monsieur de Dürler avait laissées, ils y mirent le feu, ce qui leur donna le temps d’opérer leur retraite par le jardin. Le Père Simon Lorettan, capucin et aumônier du Régiment, se trouvait avec eux ; il fallut traverser au milieu des décharges de canon et de mousqueterie.
Là périrent Messieurs le comte de Valdner, Simon de Maillarvoz, de Müller, et beaucoup de soldats.
Cette petite troupe s’était dirigée d’abord sur l’assemblée nationale, elle en fut écartée à coups de fusils. Elle se porta au pont tournant, elle le trouva levé. Elle put enfin sortir par le jardin du Dauphin. Arrivés à la place Louis XV, les Suisses furent chargés par la gendarmerie à cheval ; la plupart furent massacrés, et le Père Simon Lorettan ne dut son salut qu’à son déguisement.

suisses-tombes-au-combat

Un moment après, le sergent Stoffel de Mels, canton de Saint-Gall, commandant de quinze hommes qu’il avait rassemblés de divers postes, se fit jour jusques sous le vestibule, où il trouva des Marseillais gardant les canons qu’on venait d’abandonner. Il les reprit sur eux, se défendit quelque temps, et réussit encore à opérer sa retraite sur l’assemblée nationale.
Accablés sous le nombre, cédant le champ de bataille pour rejoindre le Roi, les Suisses n’ont pu laisser d’autres trophées que les cadavres entassés de leurs ennemis. Mille traits particuliers d’héroïsme et de dévouement se perdent dans la gloire générale de cette journée, et nous regrettons de ne pouvoir en citer qu’un petit nombre.

Monsieur de Montmollin, qui venait d’entrer au Régiment, emprunta  un uniforme à Monsieur de Forestier, pour pouvoir se trouver au combat. Il était enseigne de bataillon ; il a conservé jusqu’à son dernier soupir son drapeau, qui lui a coûté la vie. Il s’était fait jour avec quelques soldats jusqu’au pied de la statue de la place de Louis XV. Ne pouvant avancer, il se battit comme un héros, et après avoir tué de sa main plusieurs ennemis, percé par derrière, il tomba entre les bras d’un caporal, qui se perdit sans pouvoir le sauver : « Laissez-moi périr ici, lui dit-il, et ne pensez qu’à sauver le drapeau ». Le caporal qui le soutenait, reçoit au même instant un coup mortel, et Monsieur de Montmollin tombe en s’enveloppant dans son drapeau. Les meurtriers ne s’en emparèrent qu’en le déchirant.

mort-dun-suisse

Gaspard Xavier Stalder, de la ville de Lucerne, sergent de la compagnie Pfyffer, défendit avec deux hommes, contre les Marseillais, un des canons qui leur avaient été pris. De son feu, il leur tua sept hommes, jusqu’à l’épuisement des ses cartouches ; il resta seul. Les deux soldats ayant été tués à côté de lui, il continua le carnage le sabre à la main. Après avoir perdu le bras droit, coupé d’un coup de hache, il saisit son sabre de la main gauche et terrasse encore ceux qui l’approchent. Il tombe enfin, percé de coups, sur les corps de plus de vingt ennemis immolés de sa main. Des témoins oculaires parmi les ennemis ont attesté ce fait, ils n’ont jamais parlé qu’avec respect de ce héros.

Ainsi finit le Régiment des Gardes Suisses du Roi de France, comme un de ces chênes robustes dont l’existence a bravé les orages de plusieurs siècles et qu’un tremblement de terre a pu seul renverser ! Il comptait un siècle et demi de fidèles services rendus à la France ; il est tombé le jour même où l’antique monarchie française s’écroulait (…) ».

frise-lys

Publié dans : Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis | le 10 août, 2013 |2 Commentaires »
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