2011-8a. De Saint Vincent, invincible et victorieux martyr (1).

Vie et culte de Saint Vincent ; sa protection sur le Vivarais.

22 janvier 2011,
fête de Saint Vincent.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Les dispositions de la divine Providence ont amené l’association Refuge Notre-Dame de Compassion à acquérir – pour qu’elle devienne son siège social – cette vieille ferme, à laquelle nous avons depuis donné le nom de Mesnil-Marie, sur le territoire du diocèse de Viviers, cité qui a donné son nom à la province du Vivarais.

Ce diocèse et sa cathédrale ont Saint Vincent, diacre martyr, pour  patron principal. Voilà pourquoi, le 22 janvier, est chez nous un jour de très grande fête et – après avoir suivi l’office du bréviaire par dessus l’épaule de Frère Maximilien-Marie – j’ai décidé de me renseigner un peu plus sur ce saint qui figure au nombre de nos célestes protecteurs, puisque nous vivons sur un territoire qui lui est dédié.

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Viviers : la cathédrale Saint-Vincent émergeant de l’antique cité épiscopale fortifiée.

Saint Vincent, originaire de Saragosse où il était diacre de l’évêque Valère, était le porte-parole de ce dernier qui souffrait d’un défaut d’élocution. Lors de la persécution ordonnée par Dioclétien et Maximien, ils furent arrêtés et emmenés à Valence (Valencia) par le procurateur Dacianus : Valère fut condamné à l’exil tandis que Vincent, qui avait courageusement et éloquemment défendu la foi chrétienne, fut condamné à plusieurs cruels supplices qu’il endura avec un invincible courage avant de rendre son âme à Dieu le 22 janvier de l’an 304 (en particulier, à un moment, il fut torturé sur une maie de pressoir, ce pourquoi les vignerons l’ont ensuite choisi pour saint patron). Dacianus voulut livrer sa dépouille mortelle aux bêtes sauvages, mais un corbeau la défendit ; le procurateur ordonna alors qu’elle soit lestée d’une pierre et jetée à la mer, mais Dieu ramena son corps sur le rivage et Saint Vincent apparut à une pieuse veuve pour lui révéler l’endroit où il se trouvait : il fut enseveli à Valence et, après les persécutions, on  éleva une église sur son tombeau.

A l’occasion de diverses translations de ses reliques, son culte se répandit très largement  et de très nombreuses églises ou communautés chrétiennes se placèrent sous son vocable ; Saint Augustin, Saint Léon le grand  et Saint Bernard – parmi les plus grands des docteurs de l’Eglise – lui ont consacré plusieurs sermons (*). Les prédicateurs, comme la liturgie latine propre à cette fête, jouent sans cesse sur les mots « vaincre », « vainqueur », « invincible » et « victoire », car le nom même de Vincent signifie : celui qui a vaincu.

Procession de Saint Vincent à Valencia

Valencia : procession de Saint Vincent.

Saint Vincent est bien sûr très honoré à Valencia, lieu de son martyre et de sa sépulture, mais il est aussi le patron principal de la ville de Lisbonne où une part importante de ses reliques fut transférée.

A l’occasion de son voyage apostolique au Portugal (11-14 mai 2010), notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a reçu – en cadeau de bienvenue – du cardinal José Policarpo, patriarche de Lisbonne, une relique de Saint Vincent, enfermée dans un reliquaire sur lequel est représenté le corbeau qui défendit le corps du martyr. Pour le cardinal Policarpo, l’offrande de cette relique au Souverain Pontife était le signe de la détermination des catholiques de Lisbonne à servir et à rester fidèles, comme les chrétiens mozarabes sont  autrefois restés fidèles au milieu des tribulations. C’est en effet le premier roi, a ajouté le patriarche, qui a envoyé chercher les reliques du saint martyr de Saragosse pour qu’il enseigne aux chrétiens de Lisbonne comment « servir avec amour » et  pour qu’il leur communique le « courage de souffrir lorsque la fidélité le demandait ».

reliquaire du bras de Saint Vincent

Reliquaire du bras de Saint Vincent à Valencia.

Pour ce qui concerne la France, le culte de Saint Vincent connut un essor à la suite de l’expédition que le roi Childebert 1er fit en 542 en Espagne et au cours de laquelle il s’empara de Saragosse. Il en ramena plusieurs reliques, dont un vêtement liturgique (certains parlent de dalmatique, d’autres d’étole) qui avait été à l’usage du saint martyr et pour lequel il fonda en 543 à Paris la basilique Saint-Vincent et Sainte-Croix. Cette église, associée dès l’origine à un monastère, fut en 558 le lieu de la sépulture de Childebert et ensuite de plusieurs autres mérovingiens. Le vocable de Saint Vincent finit par être supplanté par celui de Saint Germain, car l’évêque Germain de Paris y fut également inhumé et son culte très populaire fit que l’abbaye, dès le milieu du VIIIème siècle, ne fut plus appelée que Saint-Germain des Prés.

Une autre abbaye célèbre fut fondée au Xème siècle sous le vocable de Saint-Vincent, à Metz, à la suite d’un transfert de reliques. L’abbaye fut spoliée et en partie détruite à la révolution, seule l’église abbatiale – en grande partie rebâtie au XVIIIème siècle – retrouva sa vocation religieuse au XIXème siècle. Dans la dernière partie du XXème siècle, en raison de travaux nécessaires, l’abbatiale fut fermée pendant plusieurs années et actuellement, malgré l’achèvement de ces travaux et bien que Pie XI en 1933 eût élevé cette église au rang de basilique, il n’est pas question d’y permettre la reprise du culte : Saint-Vincent de Metz n’est plus ouvert que pour des visites à caractère historique et architectural!

Deux cathédrales françaises portent le nom de Saint Vincent : celle de Mâcon et celle de Viviers, comme je vous le disais en commençant, puisque c’est de là qu’est parti mon approfondissement de ce jour.

cathédrale Saint-Vincent vue d'avion

Viviers : la cathédrale Saint-Vincent, vue d’avion.

Je ne vais pas vous raconter ici l’histoire de cette cathédrale qui, si elle n’est pas aussi célèbre que les grandes cathédrales gothiques du nord de la France, n’en possède pas moins un très riche passé et de véritables trésors. Aujourd’hui je me contenterai de noter que c’est depuis le VIème siècle qu’elle est placée sous le vocable de Saint Vincent : or c’est justement au milieu du VIème siècle que Childebert 1er a ramené d’Espagne quelques reliques du saint martyr. Y aurait-il un lien entre les deux évènements? Je n’ai pas encore tout étudié des livres consacrés à l’histoire locale que Frère Maximilien-Marie collectionne. De toute façon, j’en ai assez écrit pour aujourd’hui et j’achève simplement en vous souhaitant d’avoir tous dans le coeur cette foi invincible dont Saint Vincent a donné l’exemple afin de parvenir comme lui à la victoire éternelle.

Lully.

Croix des chanoines de la cathédrale de Viviers

Croix des chanoines de la cathédrale de Viviers portant en son centre l’effigie de Saint Vincent.

(*) Pour lire les deux sermons de Saint Augustin pour la fête de Saint Vincent, cliquer ici > www.

Publié dans : De liturgia, Nos amis les Saints, Textes spirituels | le 21 janvier, 2011 |4 Commentaires »

2011-7. Vœu par lequel Louis XVI a dévoué sa Personne, sa Famille et tout son Royaume, au Sacré-Cœur de Jésus.

Sa Majesté le Roy Louis XVI

Le triste anniversaire du 21 janvier nous a déjà fourni l’occasion de publier la relation des dernières heures de Sa Majesté le Roy Louis XVI (ici > www), le texte de son testament (ici > www) et celui de l’allocution consistoriale de Sa Sainteté le Pape Pie VI affirmant de manière péremptoire que Louis XVI est à proprement parler un martyr (ici > www).

En cette année 2011, pour le 218ème anniversaire du martyre du Roy, nous reproduisons ci-dessous le texte du Voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus.

Quelques historiens en ont contesté l’authenticité.
Elle ne fait pour nous aucun doute 1) d’abord parce qu’elle a été attestée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même dans une apparition accordée, au moment de la Restauration, à Mère Marie de Jésus, une sainte religieuse – chanoinesse de Saint-Augustin au célèbre « Couvent des Oiseaux » – , dont les voies mystiques ont été en leur temps tenues pour véridiques par les autorités ecclésiastiques ; 2) ensuite parce que cette authenticité est également 
affirmée implicitement par Notre-Dame de Fatima lors d’une apparition à Soeur Lucie et consignée dans une lettre à son évêque en date du 29 août 1931.

Nous devons au Bienheureux Père François-Louis Hébert, supérieur général des Eudistes et confesseur du Roy, la conservation de ce texte, qui avait été rédigé en deux exemplaires.
Selon toute vraisemblance, ce voeu du Roy martyr a été prononcé entre le printemps de l’année 1791 et la date butoir de la prise des Tuileries. Après le 10 août 1792 en effet, le Souverain ne reverra plus son confesseur puisque Sa Majesté sera détenue dans le sinistre donjon du Temple dans les conditions que l’on sait.
Le Révérend Père Hébert, lui aussi emprisonné, sera martyrisé aux Carmes le 2 septembre.
Avant le 12 août 1792, date de son arrestation, le Révérend Père Hébert avait eu soin de faire établir des copies du Voeu de Louis XVI et de les confier à d’autres personnes, si bien que dès la fin de l’année 1792 le texte en était connu et diffusé dans les milieux fervents et opposés à l’impiété révolutionnaire.
Ce n’est nullement un hasard si, dans toute les provinces du Royaume, les scapulaires représentant le Divin Coeur de Jésus furent arborées sur les poitrines de ceux qui se soulevèrent pour défendre le trône et l’autel.

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Vœu par lequel Sa Majesté le Roi Louis XVI
a dévoué sa Personne, sa Famille et tout son Royaume
au Sacré-Cœur de Jésus.

Vous voyez, ô mon Dieu, toutes les plaies qui déchirent mon cœur, et la profondeur de l’abîme dans lequel je suis tombé. Des maux sans nombre m’environnent de toutes parts. A mes malheurs personnels et à ceux de ma famille, qui sont affreux, se joignent, pour accabler mon âme, ceux qui couvrent la face du royaume. Les cris de tous les infortunés, les gémissements de la religion opprimée retentissent à mes oreilles, et une voix intérieure m’avertit encore que peut-être votre justice me reproche toutes ces calamités, parce que, dans les jours de ma puissance, je n’ai pas réprimé la licence du peuple et l’irréligion, qui en sont les principales sources ; parce que j’ai fourni moi-même des armes à l’hérésie qui triomphe, en la favorisant par des lois qui ont doublé ses forces et lui ont donné l’audace de tout oser.

Je n’aurai pas la témérité, ô mon Dieu, de me justifier devant vous ; mais vous savez que mon cœur a toujours été soumis à la foi et aux règles des mœurs ; mes fautes sont le fruit de ma faiblesse et semblent dignes de votre grande miséricorde. Vous avez pardonné au roi David, qui avait été cause que vos ennemis avaient blasphémé contre vous ; au roi Manassès, qui avait entraîné son peuple dans l’idolâtrie. Désarmé par leur pénitence, vous les avez rétablis l’un et l’autre sur le trône de Juda ; vous les avez fait régner avec paix et gloire. Seriez-vous inexorable aujourd’hui pour un fils de saint Louis, qui prend ces rois pénitents pour modèles, et qui, à leur exemple, désire réparer ses fautes et devenir un roi selon votre Cœur? Ô Jésus-Christ, divin Rédempteur de toutes nos iniquités, c’est dans votre Cœur adorable que je veux déposer les effusions de mon âme affligée. J’appelle à mon secours le tendre Cœur de Marie, mon auguste protectrice et ma mère, et l’assistance de saint Louis, mon patron et le plus illustre de mes aïeux.

Ouvrez-vous, Cœur adorable, et par les mains si pures de mes puissants intercesseurs, recevez avec bonté le vœu satisfactoire que la confiance m’inspire et que je vous offre comme l’expression naïve des sentiments de mon cœur.

Si, par un effet de la bonté infinie de Dieu, je recouvre ma liberté, ma couronne et ma puissance royale, je promets solennellement :

1° De révoquer le plus tôt possible toutes les lois qui me seront indiquées, soit par le pape, soit par quatre évêques choisis parmi les plus vertueux de mon royaume, comme contraires à la pureté et à l’intégrité de la foi, à la discipline et à la juridiction spirituelle de la sainte Eglise catholique, apostolique, romaine, et notamment la constitution civile du clergé ;

2° De rétablir sans délai tous les pasteurs légitimes et tous les bénéficiers institués par l’Eglise, dans les bénéfices dont ils ont été injustement dépouillés par les décrets d’une puissance incompétente, sauf à prendre les moyens canoniques pour supprimer les titres de bénéfices qui sont moins nécessaires, et pour en appliquer les biens et revenus aux besoins de l’Etat ;

3° De prendre, dans l’intervalle d’une année, tant auprès du pape qu’auprès des évêques de mon royaume, toutes les mesures nécessaires pour établir, suivant les formes canoniques, une fête solennelle en l’honneur du Sacré Cœur de Jésus, laquelle sera célébrée à perpétuité dans toute la France, le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement, et toujours suivie d’une procession générale, en réparation des outrages et des profanations commis dans nos saints temples, pendant le temps des troubles, par les schismatiques, les hérétiques et les mauvais chrétiens ;

4° D’aller moi-même en personne, sous trois mois à compter du jour de ma délivrance, dans l’église Notre-Dame de Paris, ou dans toute autre église principale du lieu où je me trouverai, et de prononcer, un jour de dimanche ou de fête, au pied du maître-autel, après l’offertoire de la messe, et entre les mains du célébrant, un acte solennel de consécration de ma personne, de ma famille et de mon royaume au Sacré Cœur de Jésus, avec promesse de donner à tous mes sujets l’exemple du culte et de la dévotion qui sont dus à ce Cœur adorable ;

5° D’ériger et de décorer à mes frais, dans l’église que je choisirai pour cela, dans le cours d’une année à compter du jour de ma délivrance, une chapelle ou un autel qui sera dédié au Sacré Cœur de Jésus, et qui servira de monument éternel de ma reconnaissance et de ma confiance sans bornes dans les mérites infinis et dans les trésors inépuisables de grâces qui sont renfermés dans ce Cœur sacré ;

6° Enfin, de renouveler tous les ans, au lieu où je me trouverai, le jour qu’on célébrera la fête du Sacré-Cœur, l’acte de consécration exprimé dans l’article quatrième, et d’assister à la procession générale qui suivra la messe de ce jour.

Je ne puis aujourd’hui prononcer qu’en secret cet engagement, mais je le signerais de mon sang s’il le fallait, et le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrai le publier à haute voix dans le temple.

Ô Cœur adorable de mon Sauveur ! Que j’oublie ma main droite et que je m’oublie moi-même, si jamais j’oublie vos bienfaits et mes promesses, et cesse de vous aimer et de mettre en vous ma confiance et toute ma consolation. Ainsi soit-il.

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2011-6. Gustave Thibon : dix ans déjà!…

2001 – 19 janvier – 2011

Ce 19 janvier 2011 marque le dixième anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon. Dix ans déjà!…

Je peux dire sans exagération que, depuis que j’ai découvert Gustave Thibon – j’avais à peine 15 ans – et plus encore depuis ce 19 janvier 2001 où il est entré dans son éternité, je n’ai pas été un seul jour sans me nourrir de ses écrits, de sa pensée, des leçons que j’ai reçues de luiIl a été et il demeure toujours, pour tout mon itinéraire personnel – intellectuel et spirituel – ce que l’étoile miraculeuse a été pour les Mages : une divine lumière pour éclairer ma marche dans la nuit de ce monde!
Comme je voudrais pouvoir écrire avec une exacte justesse et justice tout ce que je dois à Gustave Thibon : parviendrai-je à le faire un jour?
Tout simplement, à l’occasion de ce dixième anniversaire, je me bornerai à écrire, à crier pour toute oreille qui voudra bien l’entendre, et à chanter en direction du Ciel un immense
« Merci! ».

En 1993, à la suite de la parution du livre d’entretiens recueillis par Danièle Masson  intitulé « Au soir de ma vie » (éd. Plon), Gustave Thibon avait reçu plusieurs personnes, parmi lesquelles des journalistes, et répondu à leurs questions. J’avais alors soigneusement pris note de ses réponses : c’est une partie de cet échange, recopié de mes cahiers personnels, que je vous retranscris ci-dessous.

Frère Maximilien-Marie.

Gustave Thibon

- Quel est pour vous le comble de la misère?

G.T. : Ne plus aimer, ne plus être aimé.

- Où aimeriez-vous vivre?

G.T. : Là où je suis. « C’est d’âme qu’il faut changer, pas de lieu », disait Sénèque.

- Pour quelles fautes avez-vous le plus d’indulgence?

G.T. : Celles commises par amour… Même si on se trompe sur le niveau et la qualité de cet amour. L’amour humain peut être sacré ou profané, il n’est jamais totalement profane.

- Votre rêve de bonheur?

G.T. : Le bonheur ne se rêve pas. Il est partout à condition de tout accueillir comme don de Dieu.

- Votre passage d’Evangile préféré?

G.T. : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné! » Ce cri me touche de très près aujourd’hui. Sur la Croix, Dieu désespère de Lui-même, et, si j’ose dire, meurt athée. Je crois avec Chesterton que « notre religion est la bonne car c’est la seule où Dieu à un moment a été athée ». Je suis amoureux de ce Christ en agonie, l’Homme des douleurs, Dieu devenu infiniment faible, Dieu abandonné de Dieu. Si j’avais été religieux, j’aurais choisi le nom de ‘frère X. de Gethsémani’.

Le passage de la femme adultère m’est également très cher. Dieu est à la fois l’exigence infinie et l’indulgence infinie. Il nous pardonnera ce que nous n’osons pas nous pardonner à nous-mêmes. Cet apologue oriental me touche beaucoup : le diable dit à Dieu : « Ce qui m’étonne chez Toi, c’est que les hommes ne font que pécher et Tu leur pardonnes sans cesse, alors que moi, je n’ai péché qu’une fois et Tu ne m’as jamais pardonné! » Et Dieu lui répond : « Mais toi, combien de fois m’as-tu demandé pardon? »

- Comment définissez-vous l’enfer?

G.T. : Comme Simone Weil : « Se croire au paradis par erreur ».

- Et la mort?

G.T. : Comme Gabriel Marcel : « Le dépaysement absolu »… Un saut vertigineux que je m’interdis d’imaginer : il ne faut pas enlever sa virginité, dépuceler d’avance ce retour à la Patrie, puisque notre vie est un exil.

Nous serons stupéfaits quand nous verrons les lignes courbes par lesquelles Dieu a écrit droit, et à quel point le mal et le bien s’enchevêtrent. Je crois à la solidarité du bien et du mal, de l’ivraie et du bon grain. Il y a parfois des vertus qui perdent et des péchés qui sauvent, non par eux-mêmes, mais par rebondissement. Vient un moment où il faut se repentir de sa vertu comme on se repend de son péché.

- Le plus grand mal de notre époque?

G.T. : Exiger du temps qu’il tienne les promesses de l’éternel. Simone Weil a tout dit : « Dieu et l’homme sont comme deux amants qui se sont trompés sur le lieu du rendez-vous : l’homme attend Dieu dans le temps, et Dieu attend l’homme dans l’éternité ».

- La vertu la plus nécessaire aujourd’hui?

G.T. : La réaction contre le conformisme qui se cache sous le masque de la liberté… Ce que Gabriel Marcel appelait « le conformisme de l’aberrant ». Simone Weil disait : « Dieu t’a béni de naître à une époque où on a tout perdu ». Et où, par conséquent, on peut tout retrouver, plus personnellement, moins par pesanteur sociale.

Cette époque qui provoque les guerres les plus sanglantes au nom de la liberté constitue un scandale unique dans l’histoire. Etant donné le degré de moralité théorique du XXème siècle, de telles horreurs ne devraient pas être possibles. Notre temps est, plus que tout autre, le temps du pharisaïsme et de l’hypocrisie : c’est le règne des vérités chrétiennes devenues folles dont parle Chesterton.

- Votre principal sujet d’admiration?

G.T. :  La faiblesse de Dieu… Voir à quel point Dieu est désarmé. Il fait dépendre le plus haut du plus bas. Le supérieur dépend de l’inférieur, mais la réciproque n’est pas vraie : « la rose a besoin du fumier, mais le fumier se passe fort bien de la rose ». Dieu a besoin de l’homme mais l’homme se passe fort bien de Dieu. Il s’est rendu esclave des causes secondes.

- Etat présent de votre esprit?

G.T. : Celui d’une veilleuse éclairant des ruines. Cette veilleuse est ma conscience. Je me sens à la fois rejeté par le temps et indigne de l’éternité. Je n’ai pas la grâce de Simone Weil qui priait le Ciel de mourir gâteuse. On vieillit bien tant qu’on ne vieillit pas.

- Votre foi?

G.T. : Du désespoir surmonté. Une foi éprouvée, qui n’est plus une armure mais une blessure. Je parie Dieu. « Il faut aimer Dieu comme s’il n’existait pas », soutenait Simone Weil. Je sens en moi ce combat entre le croyant en Dieu et le croyant en l’absence de Dieu. Mère Marie-Thérèse, une carmélite d’Avignon, disait : « Ce n’est pas la vertu que Dieu demande, c’est d’être trouvé pauvre ». Et pauvre même de nos certitudes et de nos vertus! Dieu a d’abord été pour moi Puissance et Loi ; puis Lumière et Amour ; enfin Absence et Nuit. C’est peut-être en cela qu’Il ressemble le plus à Lui-même. Il me devient chaque jour de moins en moins étranger et de plus en plus inconnu : je suis devenu un agnostique adorateur.

- Votre mot de la fin?

G.T. : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains! » 

J’aime aussi le dernier mot de la dernière lettre que j’ai reçue de mon amie Marie-Noël : « Je tombe de sommeil en Dieu ». Elle avait pourtant perdu le Dieu de son enfance et découvert une nuit sans étoiles. Au bout de ce « combat désespéré pour sauver Dieu », elle constatait que « Dieu n’est pas un lieu tranquille ».

* * * * * * *

NB. On trouvera ici > www, des éléments de biographie de Gustave Thibon que nous avions publiés il y a trois ans.

2011-5. Fin du cycle liturgique de Noël et continuité des vertus que le Christ a voulu illustrer à la crèche.

Vendredi 14 janvier 2011.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Hier, 13 janvier, par la commémoraison du Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ (fête pour laquelle – au bréviaire traditionnel – on reprend l’office du 6 janvier hormis l’oraison), s’est achevé le cycle liturgique de Noël ; voilà pourquoi, ce matin, avec Frère Maximilien-Marie, nous avons retiré les décorations extérieures qui donnaient au Mesnil-Marie un air de fête. Nous avons seulement laissé la crèche lumineuse extérieure (dont je vous avais parlé ici > www) : elle demeurera jusqu’au jour de la Chandeleur, qui clôturera le temps des 40 jours après la Nativité, jour où Joseph et Marie quittèrent Bethléem pour aller, selon les prescriptions de la loi mosaïque, présenter au Temple le Saint Enfant Jésus. C’est alors que nous aussi, selon l’usage ancien, nous déferons notre crèche et la rangerons pour onze mois…

En attendant le 2 février, les visiteurs – souvent par petits groupes – continuent à venir voir la crèche du Mesnil-Marie : sur le modeste « livre d’or » que j’aime à feuilleter, je peux lire des témoignages aussi amicaux qu’encourageants.

Si, peu à peu, nous nous acheminons sur la fin de ce temps de la crèche, nous n’en finissons cependant pas et nous n’en finirons jamais d’approfondir les leçons spirituelles que le Sauveur nous donne en naissant dans cette pauvre étable. Ce matin, j’ai médité sur ces lignes extraites d’une homélie du Pape Saint Léon le Grand qui fait ressortir combien le Christ en voulant se faire petit enfant a voulu nous enseigner l’humilité :

« Lorsque les trois mages eurent été conduits par l’éclat d’une nouvelle étoile pour venir adorer Jésus, ils ne le virent pas en train de commander aux démons, de ressusciter des morts de rendre la vue aux aveugles, ou la marche aux boiteux, ou la paroles aux muets, ni d’accomplir quelque acte relevant de la puissance divine ; non, ils virent un enfant gardant le silence, tranquille, confié aux soins de sa mère ; en lui n’apparaissait aucun signe de son pouvoir, mais il offrait à la vue un grand prodige, son humilité. Aussi le spectacle même de ce saint enfant auquel Dieu, Fils de Dieu, s’était uni, présentait aux regards un enseignement qui devait plus tard être proclamé aux oreilles, et ce que ne proférait pas encore le son de sa voix, le simple fait de le voir faisait déjà qu’il l’enseignait. Toute la victoire du Sauveur, en effet, victoire qui a subjugué le diable et le monde, a commencé par l’humilité et a été consommée par l’humilité. Il a inauguré dans la persécution ses jours prédestinés, et les a terminés dans la persécution ; à l’enfant n’a pas manqué la souffrance, et à celui qui était appelé à souffrir n’a pas manqué la douceur de l’enfance ; car le fils unique de Dieu a accepté par un unique abaissement de sa majesté, et de naître volontairement homme et de pouvoir être tué par les hommes.

(…) Aussi toute la pratique de la sagesse chrétienne, mes bien-aimés, ne consiste ni dans l’abondance des paroles, ni dans l’habileté à disputer, ni dans l’appétit de louanges et de gloire, mais dans la sincère et volontaire humilité que le Seigneur Jésus-Christ a choisie et enseignée en guise de toute force, depuis le sein de sa Mère jusqu’au supplice de la Croix. Car un jour que ses disciples recherchaient entre eux, comme le raconte l’Evangéliste, « qui parmi eux, était le plus grand dans le Royaume des Cieux, Il appela un petit enfant, le plaça au milieu d’eux et dit : En vérité, je vous le dis, si vous ne vous convertissez pas et ne devenez pas comme de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. Qui donc se fera petit comme cet enfant-là, voilà qui sera le plus grand dans le Royaume des Cieux. »

Le Christ aime l’enfance qu’il a d’abord vécue dans son âme et dans son corps. Le Christ aime l’enfance, maîtresse d’humilité, règle d’innocence, modèle de douceur. Le Christ aime l’enfance, vers elle il oriente la manière d’agir des aînés, vers elle il ramène les vieillards ; il attire à son propre exemple ceux qu’il élève au Royaume éternel. » (Saint Léon le Grand,  in 7ème sermon pour l’Epiphanie).

J’ai justement retrouvé une petite « bande dessinée » qu’avait réalisée jadis Frère Maximilien-Marie en rapport avec ce thème, aussi je me permets de vous en faire une copie, pour conclure le temps de Noël de manière spirituelle … dans les deux sens de cet adjectif.

Lully.

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La Préférée de Dieu.
(Faire un « clic » droit de la souris puis ouvrir l’image dans un nouvel onglet si voulez voir les dessins en plus grand format)

La préférée de Dieu (1ère partie)

La préférée de Dieu (2nde partie)

2011-4. D’une merveilleuse visite reçue au soir du dimanche de l’Epiphanie…

Lundi 10 janvier 2011.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Sans aucun retard, il faut que je vous raconte l’évènement extraordinaire au centre duquel je me suis retrouvé la nuit dernière… car c’est vraiment quelque chose de prodigieux qu’il m’a été donné de vivre.

La journée de ce dimanche 9 janvier était achevée. Un dimanche pas tout à fait comme les autres, puisque c’était celui de la solennité reportée de l’Epiphanie (voir ce que j’ai écrit, au bas de la page où je vous livrais la recette du gâteau des Rois, au sujet de la date de célébration de cette très grande fête > www).

A la fin de la Messe, frère Maximilien-Marie avait demandé à Monsieur l’Abbé de bénir la craie, conformément à ce qui est prévu dans le rituel romain, et il a ramené chez nous cette craie bénite avec laquelle nous avons marqué toutes les portes de la maison.

2011-4. D'une merveilleuse visite reçue au soir du dimanche de l'Epiphanie... dans Chronique de Lully dsc07602copie.vignette

(cliquer sur l’image pour la voir en plus grand format)

Malheureusement (j’avais déjà eu l’occasion d’exprimer ici mes regrets à ce sujet > www), beaucoup trop de fidèles et – ce qui est plus grave – de prêtres, n’apportent pas au rituel et aux sacramentaux l’attention et l’importance qui conviendrait, alors qu’il y a là un trésor de l’Eglise dans lequel les âmes devraient pouvoir largement puiser afin de profiter de tous les canaux de la grâce et de la protection divines…

Bref, pour ceux qui ignoraient jusqu’ici cette tradition, voici la traduction de la formule de bénédiction de la craie : « Bénissez, ô Seigneur notre Dieu, cette craie, votre créature, afin qu’elle devienne salutaire au genre humain ; et accordez par l’invocation de votre Nom très saint que tous ceux qui l’emporteront ou qui écriront avec elle sur leurs portes les noms de vos Saints Gaspard, Melchior et Balthazar, reçoivent par leur intercession et leurs mérites la santé du corps et la protection de l’âme… » L’usage veut donc qu’avec elle on écrive en haut des portes les initiales des Saints Rois Mages, avec les chiffres de l’année qui vient de commencer, ceux-ci divisés en deux séries de manière à encadrer les lettres, comme vous pouvez le voir sur la photo publiée ci dessus.

Mais revenons à mon propos! Avant d’ouvrir cette parenthèse, je vous disais donc que notre journée du dimanche était achevée : Frère Maximilien-Marie était allé se coucher ; notre Mesnil-Marie, malgré les bourrasques du vent qui mugissait, était paisiblement enveloppé par le recueillement de la nuit, et moi j’étais à méditer dans mon panier près de la cheminée…

dsc07606copiecopie.vignette Lully dans Commentaires d'actualité & humeurs

(cliquer sur l’image pour la voir en plus grand format)

… quand il m’a semblé entendre un bruit confus sur notre terrasse. Frère Maximilien-Marie était dans son premier sommeil, phase durant laquelle je crois que les volcans qui nous entourent pourraient se réveiller sans qu’il s’en rende compte ; et puis, vous le savez, nous autres chats avons l’ouïe infiniment plus fine que l’oreille humaine!

Bref, je suis allé en tapinois jusqu’à la petite fenêtre de laquelle je peux, sans être vu, tout voir de ce qui se passe sur notre terrasse, et là… j’ai dû me pincer pour être bien certain de ne pas rêver!

Me croirez-vous si je vous l’écris? N’allez-vous pas penser que je délire? Je doute en effet que vous le trouviez par vous-mêmes car – « je vous le donne en cent, je vous le donne en mille » comme l’écrivait l’illustre marquise dont la lecture des lettres m’est toujours un enchantement – j’ai vu – j’en suis encore tout ébaubi!-, j’ai vu, vous dis-je, bien distinctement vu malgré la pénombre… un éléphant, quelques chevaux et une caravane de chameaux (oui, oui, de vrais chameaux avec deux bosses et quatre pattes, et non des spécimens de chameaux à deux pattes qui pourrissent les rapports humains). Des silhouettes enturbannées s’affairaient autour d’eux, les ayant attachés par de grandes longes aux arbustes qui croissent le long du ruisseau, tandis que, sur notre terrasse même, trois hauts personnages secouaient les grandes capes ruisselantes dans lesquelles ils avaient auparavant été enveloppés.

Je n’eus aucune hésitation : c’étaient bien eux, Gaspard, Melchior et Balthazar. C’étaient bien eux, les Saints Rois Mages envers lesquels Frère Maximilien-Marie m’a inspiré une très grande dévotion. Ils étaient là, présents, vivants, réels, à la porte du Mesnil-Marie.

Je ne sais pas comment j’ai fait mais, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, j’avais sauté à terre et couru à la porte, j’en avais tiré les verrous et fait entrer chez nous les Saints Rois!

Tout se passait sans aucun bruit, et ce silence était plénitude ; tout était baigné d’une mystérieuse lumière qui rendait inutile lampes et bougies : cette lumière venait de l’intérieur même de l’être et donnait consistance et relief à tout ce qui était là…

Gaspard, Melchior et Balthazar s’étaient assis sans façon sur nos tabourets, près de la cheminée, leurs capes étalées sur les chaises faisaient, en séchant, monter une vapeur moite, et sans que j’eusse eu besoin de lui indiquer où se trouvaient les choses, un page silencieux avait préparé du thé que les Rois savouraient à petites gorgées réconfortantes. Dehors les serviteurs avaient aussi allumé un petit feu et s’affairaient l’un à bouchonner les chevaux, l’autre à faire boire l’éléphant dans notre béalière, un autre encore à faire prendre un peu de repos aux chameaux…

Les Saint Rois m’expliquèrent comment chaque année – puisque la liturgie de la Sainte Eglise n’est pas une commémoration d’évènements définitivement révolus, mais opère une mystique ré-actualisation des mystères sacrés qu’elle célèbre -  ils  refont leur merveilleux voyage à la suite de l’Etoile pour arriver le 6 janvier à la Crèche. Ils me dirent aussi que, devant rentrer chez eux par un autre chemin, ils changeaient tous les ans leur itinéraire de retour. Ils m’ont enfin raconté comment, cette année, ils avaient décidé de retourner à Cologne (puisque c’est désormais là qu’ils résident depuis qu’au XIIème siècle leurs précieuses reliques y ont été apportées) en parcourant les Monts du Vivarais.

Ce soir, à la tombée de la nuit, ils avaient été pris dans des bourrasques de neige et s’étaient égarés sur les pentes du Mézenc…

dsc07601copie.vignette Refuge Notre-Dame de Compassion dans De liturgia

Les roches de Cuzet le 9 janvier 2011 (cliquer sur l’image pour voir en grand).

Déjà exténués d’avoir dû gravir les pentes escarpées de ces montagnes, leurs chevaux, leurs chameaux et l’éléphant étaient proches de l’hypothermie. Tout exercés qu’ils étaient à s’orienter sur les étoiles, les Mages ne pouvaient déceler aucun signe dans un ciel sombrement laiteux et bas, tandis que de lourds flocons tournoyants les empêchaient de distinguer la route à seulement deux mètres devant leurs montures. C’est alors que l’ange qui se cache habituellement derrière l’Etoile qui les conduit chaque année à la crèche (car ce qu’ils ont suivi n’a rien à voir avec une comète ou un quelconque autre phénomène naturel : c’est un signe miraculeux et divin conduit par un ange), avait décidé de descendre jusqu’à eux et de les diriger vers le Mesnil-Marie.

Gaspard, Melchior et Balthazar m’exprimèrent leur vive satisfaction en voyant que nous avions marqué les portes avec leurs initiales pour que leur bénédiction soit sur nous. Ils étaient très en confiance avec moi et me livrèrent quelques réflexions : « Sais-tu, Lully, que nous n’oserions pas, à l’heure actuelle, frapper à la porte de certains presbytères ou de certains évêchés lorsque nous avons besoin d’une halte réparatrice? Il est en effet des prêtres et des évêques qui nous ont relégués au rang de purs mythes ou qui, encore infestés par des idées marxistes pourtant totalement dépassées, contestent notre dignité royale malgré les assertions des prophéties« , déclara Gaspard.

« C’est à se demander parfois, ajouta Balthazar, s’ils ne font pas davantage confiance à la pseudo révélation mahométane, plutôt qu’à l’inspiration de la  Sainte Bible!« 

Melchior dit alors d’une voix grave : « La race des prêtres qui sont instruits de la vérité mais qui n’en vivent pas, ne s’est pas éteinte avec la disparition de ceux qui furent capables de dire à Hérode où devait naître le Messie, mais qui n’ont pas fait un pas pour aller L’adorer! Ils ne sont certes pas tous ainsi, mais il y en a encore, et encore beaucoup trop,  dont la science est stérile parce qu’elle n’est qu’intellectuelle et ne porte pas de fruits de sainteté : ils sont devenus les ternes fonctionnaires d’un certain moralisme terrestre, mais ils ne sont plus les ministres humblement zélés de la grâce surnaturelle pour le salut éternel des âmes…« 

Le fougueux Gaspard reprit : « Sans parler des Hérodes modernes! Hérodes tous ceux qui voient dans le Christ Sauveur et dans l’influence de l’Eglise une menace pour leur pouvoir ; Hérodes tous les députés, sénateurs et chefs d’états qui multiplient les lois iniques et veulent être les décideurs du bien et du mal ; Hérodes ceux qui érigent en norme sociale ce qui est contraire à la loi naturelle ; Hérodes ceux qui nient que la civilisation européenne soit fondée sur l’héritage judéo-chrétien ; Hérodes ceux qui favorisent par mille démissions et compromissions l’anti-christianisme et qui se taisent quand les églises et les cimetières sont attaqués ou profanés ; Hérodes les sectes anti-chrétiennes et les sociétés secrètes qui tirent les ficelles des institutions étatiques ; Hérodes tous ces journalistes et hommes politiques qui se posent en « pères la vertu » et profitent de toutes les occasions, à grand renfort de mensonges, pour critiquer le Souverain Pontife ; Hérodes aussi ces hommes d’Eglise qui sont devenus des hommes de pouvoir, des calculateurs, des manipulateurs et se servent de leurs fonctions pour sournoisement imposer aux esprits des comportements erronés ou des idéologies étrangères à la doctrine de l’Eglise du Christ… Et complices d’Hérodes enfin tous ceux qui par amour de leur propre tranquillité, tous ceux qui pour ne pas avoir d’histoires, se taisent, se laissent passivement porter par le courant dominant ou s’enfouissent la tête dans le sable!« 

J’opinais en silence, parce que les paroles fortes du Roi Gaspard faisaient défiler dans ma tête tant de faits contemporains très précis et concrets dont j’ai lu les récits ou dont je me suis entretenu avec Frère Maximilien-Marie.

Melchior ajouta encore : « Nous étions stupéfaits, il y a 2010 ans, lorsque nous nous sommes rendus compte que Jérusalem et le peuple élu ne savaient rien de la naissance de son Messie, et nous sommes encore davantage et douloureusement surpris en constatant que le divin Roi de paix et d’amour est encore toujours, sinon plus, méconnu ici, après tant de siècles! Les ténèbres recouvrent encore la terre et les peuples sont encore plongés dans la nuit (cf. Isaïe 60,2 ); ils sont dans l’attente de nouveaux et véritables évangélisateurs qui leur permettront de marcher vers la Lumière et d’orienter leurs chefs vers la splendeur de l’aurore du Seigneur!« 

Il y eut un silence, puis Balthazar se leva. Sa longue barbe blanche m’impressionnait mais je le fus plus encore par la solennité de son ton : « Lully, tu le sais bien, nous offrons de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Nous les avons offerts matériellement à l’Enfant-Jésus dans sa crèche pour représenter ce qu’Il est en vérité malgré la faible apparence du Nouveau-Né. En revenant de la crèche nos cassettes sont vides, mais nous pouvons les offrir d’une autre manière : avant de reprendre la route, nous allons aussi laisser au « Mesnil-Marie » de l’or, de l’encens et de la myrrhe.« 

Les trois Saints Rois se mirent à genoux devant l’icône de la Compassion de Notre-Dame et prièrent intensément. Je n’entendis point de paroles mais je comprenais dans mon coeur des choses que les mots ne peuvent que difficilement exprimer et qui m’apparaissaient avec une force et une réalité supérieures à tout ce qui est sur la terre. Je vis par l’esprit qu’ils demandaient au Roi des rois pour notre Mesnil-Marie l’encens spirituel, par le don de l’esprit de recueillement, d’adoration, d’attention à Dieu et de prière en toutes choses, l’or spirituel, par le don d’une sagesse inspirée par la charité surnaturelle, infiniment supérieure à toute prudence humaine, et la myrrhe spirituelle, par le don de la compassion profonde, qui est union à la Passion du Christ et de sa Sainte Mère, en toutes sortes de médisances et de calomnies, toutes sortes de critiques et de suspicions, toutes sortes de mépris et de contradictions, par lesquelles on devient en vérité disciple de Celui qui n’a pas indiqué à ceux qui voulaient Le suivre d’autre voie que celle de la Sainte Croix…

dsc05735.vignette rois mages dans Nos amis les Saints

Les Saints Rois entrevus en songe (cliquer sur l’image pour la voir en plus grand)

Ensuite tout se passa très vite. Déjà les Saints Rois étaient en selle et leur caravane s’ébranlait. Les nuages s’étaient dissipés, le vent ne soufflait plus, les étoiles brillaient d’un éclat incomparable. Se tournant vers moi, Gaspard, Melchior et Balthazar me bénirent en souriant, et leur cortège disparut dans la nuit…

Je ne suis pas retourné dans mon panier, je suis monté auprès de Frère Maximilien-Marie et me suis roulé en boule contre son coeur. Il ne soupçonnait rien de ce qui s’était passé pendant son repos, mais je sentais que la bénédiction des Saints Rois Mages l’enveloppait, comme elle imprégnait tout notre Mesnil-Marie, et je me mis à ronronner avec volupté en méditant sur la merveilleuse visite.

Lully.

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Recette du Mesnil-Marie : un « Gâteau des Rois » selon la tradition du sud de la France.

La galette des Rois, fourrée à la frangipane, est une coutume qui – même si elle s’est largement généralisée – appartient surtout aux provinces du nord de la France.
Dans le sud, le « gâteau des Rois » est traditionnellement une espèce de brioche, parfumée à la fleur d’oranger et garnie de fruits confits.

Il en existe plusieurs recettes : les recettes de gâteau des Rois provençaux demandent parfois une nuit entière de repos et de levage de la pâte. La recette que nous vous proposons ici est assez simple et rapide en comparaison, mais elle n’en est pas moins délicieuse…

Respectueux de la tradition qui assigne au 6 janvier la célébration de l’Epiphanie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en union avec l’Eglise universelle (*), et attentifs à marquer ainsi le chiffre symbolique du douzième jour après la Nativité, nos palais et nos estomacs participeront eux aussi à l’allégresse de cette très grande fête!

Recette du Mesnil-Marie : un       lys5 dans Recettes du Mesnil-Marie   lys5

Temps de préparation : 30 minutes.
Temps de cuisson 
: 30 minutes.

Temps de pause : environ 2 h  (pour une dégustation sous 3 h minimum).

Ingrédients : 

- Pour le gâteau lui-même : 350 grammes de farine ; 1 sachet de levure de boulangerie ; 3 oeufs ; 100 grammes de beurre ; 150 grammes de sucre en poudre; 1 pincée de sel; 1 cuillère à soupe d’eau de fleur d’oranger

- Pour la décoration : des fruits confits et du sucre en grains ; 1 jaune d’oeuf; 1 fève et/ou un sujet de porcelaine, et – bien sûr – une ou plusieurs couronnes!

Préparation :

Délayer la levure dans un peu d’eau tiède. Dans un saladier, mélanger ensemble la farine, le beurre fondu, les oeufs, le sucre et le sel ainsi que l’eau de fleur d’oranger. Ajouter la levure et des fruits confits coupés en petits morceaux.Bien pétrir cette pâte puis la laisser reposer jusqu’à ce qu’elle double de volume (environ 2 heures).

Préchauffer le four à 200°C. Sur une plaque recouverte de papier sulfurisé, étirer la pâte et lui donner une forme de couronne.Badigeonner de jaune d’oeufet décorer avec les fruits confits. Mettre au four pendant 25 à 30 minutes. A la fin de la cuisson, ajouter des grains de sucre et… ne pas oublier d’insérer la (ou les) fève(s).

Dégustez accompagné de compote ou de confiture et n’omettez pas de chanter la si populaire Marche des Rois

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(*) Il faut insister en effet pour rappeler que la date officielle de la célébration de l’Epiphanie est bien toujours le 6 janvier dans l’Eglise universelle ; c’est une fête d’obligation qui doit être chômée, comme cela est le cas dans de nombreux pays d’Europe. En France – malheureusement!- depuis la révolution et le concordat napoléonien, ce jour n’est plus férié et la solennité de l’Epiphanie se trouve donc normalement reportée au dimanche qui suit le 6 janvier, dans le rite latin traditionnel. Pour le nouveau rite, les conférences épiscopales francophones des pays où le 6 janvier n’est pas férié ont attribué à cette fête le 1er dimanche de janvier au mépris de toutes les traditions et règles liturgiques.

Publié dans : Recettes du Mesnil-Marie | le 4 janvier, 2011 |5 Commentaires »

2011-3. Les voies de la délivrance.

«L’homme qui veut trouver la grâce
doit toujours, soit dans la joie, soit dans la tristesse,
tenir ma croix de bois immobile devant ses yeux.»

A l’occasion de la fête de la Bienheureuse Angèle de Foligno (voir ici > www, le texte de la catéchèse que lui a consacrée notre Saint-Père le Pape Benoît XVI, et signalons aussi que Saint François de Sales cite à plusieurs reprises le livre des révélations de Sainte Angèle), relisons et méditons ce passage bouleversant que l’on trouve au chapitre 35ème du livre de ses révélations :

2011-3. Les voies de la délivrance. dans Nos amis les Saints bangeladafoligno3

Un autre jour j’étais en prière. Je méditais avec une douleur profonde, absolument intérieure, sur la Passion. Je cherchais à mesurer, à peser mes crimes, puisque leur rédemption n’a pas coûté au Fils de Dieu seulement des prières ou seulement des larmes, mais la mort et cette mort ! Je tâchais de calculer ce que peut peser la damnation, puisque, pour soulever ce poids, il n’a fallu ni la mort d’un ange, ni celle d’un archange, mais celle du vrai Dieu ! Et je me plongeais dans la pensée de l’enfer et de ses tourments immenses, et de sa misère infinie, et de ses tortures innombrables! Puis je tâchais de peser mon ingratitude. Pour le bienfait sans nom ni mesure, qu’est-ce que j’apporte en retour? le péché. Le péché quotidien, l’oubli de la résurrection, le refus de coopérer. La miséricorde de Dieu contemplée dans un abîme, dans l’autre mon injustice et ma démence, tout cela me conduisit à une espèce de sagesse. Dans cet état, j’eus la révélation des péchés de toute espèce, et des tortures, et des supplices dont la Passion de Jésus nous a sauvés. J’étais dans la foule ; mais telle fut la lumière de cette vision épouvantable, que ce fut à peine si je, pus m’empêcher de rugir au milieu des hommes. J’eus l’apparition du Christ crucifié. Il me montra comment il avait été suspendu à la croix, et comment l’homme qui se perd est sans excuse à jamais. Car le salut exige de l’homme ce que le médecin exige du malade ; il faut avouer son mal, et exécuter l’ordonnance. Il n’y a pas de dépense à faire pour le traitement. Il n’y a qu’à se montrer au médecin, faire les choses prescrites, et se garder des choses défendues.

Mon âme eut alors l’intelligence de l’antidote qui réside dans le sang du Christ. L’antidote se distribue gratis, et n’exige qu’une disposition. Alors tous mes péchés furent étalés devant mon âme, et je reconnus dans chacun de mes membres une infirmité spirituelle.

Grünewald-détail dans Prier avec nous

Alors, conformément à ce que je venais d’apprendre, je m’efforçai d’étaler devant Dieu toutes les misères de mon âme et de mon corps, et je criai : O Seigneur, mon Dieu, qui tenez dans vos mains ma guérison éternelle, puisque vous avez promis de me guérir si seulement j’étale devant vos yeux mes plaies, Seigneur, puisque je suis l’infirmité même ; puisqu’il n’y a pas en moi un atome qui ne soit une infection et une pourriture, du fond de mon abîme, j’étale devant vos yeux mes misères une à une et tous les péchés de tous mes membres, et toutes les plaies de mon âme, et toutes les plaies de mon corps. Alors, je comptai, je désignai chaque misère, et je dis : Seigneur miséricordieux, qui tenez dans vos mains ma guérison, regardez ma tête : je l’ai couverte mille fois des insignes de l’orgueil ; j’ai donné à mes cheveux, en les tordant, des formes contre nature ; et, disant cela, je ne dis pas tout. Seigneur, regardez mes misérables yeux, pleins d’impudicité et injectés d’envie, …etc.

Je continuais à accuser chacun de mes membres et à raconter leur lamentable histoire.

Jésus écouta tout avec une grande patience, et répondit avec une grande joie. Il montra pour chaque chose le remède dans sa main et l’ordre qui présidait à la rédemption, et je vis sa compassion immense pour mon âme, et il disait : «Ma fille, ne crains ni ne désespère. Quand tu serais infectée de toutes les putréfactions, et morte de toutes les morts, je suis puissant pour te guérir, si tu veux appliquer sur ton âme et sur ton corps ce que je te donnerai. Tu m’as longuement détaillé les infirmités spirituelles de ta tête, tu t’es lamentée au fond de moi. Les attentats que tu as commis, dans tes parures, par les couleurs contre nature que tu as données à tes joues et les torsions contre nature que tu as données à tes cheveux, toute ta fierté honteuse, tout ton orgueil, toute la vaine gloire avec laquelle tu t’es montrée devant les hommes et contre Dieu, toutes ces misères pour lesquelles il te semble qu’une honte éternelle t’attend en enfer, dans l’endroit du lac le plus profond, tout cela est expié! J’ai satisfait, j’ai porté ta pénitence, j’ai souffert horriblement. Pour toutes ces peintures et ces onguents, qui ont déshonoré ta tête, la mienne fut tirée par la barbe, dépouillée de cheveux, percée d’épines, frappée à coups de roseau, ensanglantée, moquée, méprisée, méprisée jusqu’au couronnement!

« Tu te peignais les joues pour les montrer à des hommes malheureux et mendier leurs faveurs ; sois tranquille ; ma face a été couverte par les crachats de ces misérables ; elle a été déformée et gonflée de leurs soufflets ; elle a été cachée sous un voile honteux. Tu t’es servie de tes yeux pour regarder en vain, pour regarder ce qui nuit, pour te réjouir contre Dieu ; mais les miens ont été voilés, ils ont été noyés dans mes larmes d’abord, et dans mon sang ensuite. Le sang qui coulait de ma tête les aveuglait.

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« Pour les crimes de tes oreilles, qui ont entendu l’inutile et le mauvais, et qui ont pris plaisir dans les paroles nuisibles, j’ai fait l’épouvantable pénitence qui a fait pénétrer en moi une tristesse abondante et immense. J’ai entendu les fausses accusations, les paroles dénigrantes, les insultes, les malédictions, les moqueries, les rires, les blasphèmes, la sentence de mort portée par le juge inique, et les pleurs de ma mère! J’ai entendu sa compassion. Tu as connu les plaisirs de la gourmandise, et tu as même abusé des choses qu’on boit ; mais j’ai eu la bouche desséchée par la faim, la soif et le jeûne. On m’a présenté le fiel et le vinaigre. Tu as médit, tu as calomnié, tu t’es moquée, tu as blasphémé, tu as menti, et menti jusqu’au parjure. Ce n’est pas tout. Tu as fait autre chose ; mais j’ai gardé le silence devant les juges et les faux témoins, et mes lèvres closes ne m’ont pas excusé. Mais j’ai toujours annoncé la vérité, et prié Dieu de tout mon coeur pour mes bourreaux. Ton odorat n’est pas pur ; tu te souviens de certains plaisirs dus à de certains parfums ; mais j’ai senti l’odeur infecte des crachats ; je les ai supportés sur ma face, sur mes yeux, sur mes narines.

«Ton cou s’est agité par les mouvements de la colère et de la concupiscence, et de l’orgueil souviens-toi qu’il s’est dressé contre Dieu. Mais le mien a été frappé et meurtri par les soufflets. Pour les péchés de tes épaules, les miennes ont porté la croix. Pour les péchés de tes mains et de tes bras, qui ont fait ce que tu sais bien, mes mains ont été percées de gros clous, fixées au bois, et j’étais suspendu par elles, et elles supportaient mon corps. Pour les péchés de ton coeur, où se sont déchaînées la haine, l’envie et la tristesse, de ton coeur possédé par la concupiscence et par l’amour mauvais, le mien a été percé d’un coup de lance, et c’est de ma blessure qu’a coulé ton remède, l’eau pour éteindre le mauvais feu, le sang pour la rédemption des colères et la rédemption des tristesses. Pour les péchés de tes pieds, pour les danses inutiles, pour leurs marches lascives, pour leurs courses vaines, les miens, qu’on aurait pu attacher seulement, ont été percés et cloués à la croix. Au lieu de tes chaussures à jour, élégamment façonnées, ils ont été couverts de sang. Le sang sortait de leurs blessures, le sang de tout le corps tombait sur eux.

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Pour les péchés de tout ton corps, pour toute ta sensualité dans la veille et dans le sommeil, j’ai été cloué à la croix, frappé horriblement, tiraillé à la façon d’une peau, et étendu sur la croix. J’ai été mouillé des pieds à la tête par la sueur de sang, qui a coulé jusqu’à terre ; j’ai été serré très fortement contre le bois très dur, souffrant d’atroces tortures, criant, soupirant, pleurant, gémissant et je suis mort dans mon gémissement, tué par ces tigres! Pour la rédemption de tes parures vaines, choisies et portées sans but, j’ai été nu sur la croix. Ces misérables se disputaient ma robe et mes vêtements ; ils les jouaient sous mes yeux. Nu comme je suis sorti du sein de la Vierge, livré à l’air, au froid, au vent, aux regards des hommes et des femmes, au haut d’une croix, pour être mieux vu, mieux moqué, mieux déshonoré, j’ai été étendu et étalé.

« Pour tes richesses mal acquises, que tu as retenues ou dépensées, j’ai porté la pauvreté, sans palais, sans maison, sans abri pour naître ni pour vivre, ni pour mourir, et je n’aurais pas eu de sépulcre, et j’aurai été livré aux chiens et aux oiseaux de proie, si quelqu’un par pitié pour ma grande misère, ne m’eût donné place dans un sépulcre à lui. J’ai dépensé pour les pécheurs mon sang et ma vie, et je n’ai rien gardé pour moi. La pauvreté m’a tenu compagnie dans la vie et dans la mort. »

Le Christ parle ainsi, et parce que mon âme avait reçu la délectation des péchés du corps, je vis les douleurs de toute nature portées par l’âme du Christ, je les vis dans leur diversité et dans leur horreur. Je vis son âme torturée par la passion de son corps, par la douleur de sa mère, par notre refus d’adorer, par notre refus de compatir.

Et il ajouta :
« Tu ne trouveras ni péché ni maladie de l’âme, dont je n’aie porté la peine et offert le remède. A cause des immenses douleurs que vos âmes misérables devaient subir en enfer, j’ai voulu être torturé pleinement et totalement. Ne t’afflige donc pas ; mais tiens-moi compagnie dans la douleur, dans l’opprobre et dans la pauvreté.

«Marie-Magdeleine était malade, elle fit ce que j’ai dit et désira sa délivrance, et elle fut délivrée de tout, parce qu’elle l’avait désiré. Celui qui le désirerait comme elle serait délivré comme elle.

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Le Crucifié ajouta :
«Quand mes fils, abandonnant mon royaume, se sont faits enfants du diable, s’ils reviennent au Père, le Père a une grande joie et leur fait sentir la délectation supérieure. Le Père a une telle joie, qu’il leur donne une certaine délectation qu’il ne donne pas aux vierges fidèles. Ceci vient de l’immense amour qu’il a pour eux, et de l’immense miséricorde qu’excite la vue de leur misère. Ceci vient encore de ce que le pécheur, devant la majesté et la clémence du Seigneur, se reconnaît digne de l’enfer. C’est pourquoi plus grand l’homme aura été dans le péché, plus grand il pourra être aussi dans l’autre abîme. »

Et il ajouta :
« L’homme qui veut trouver la grâce doit toujours, soit dans la joie, soit dans la tristesse, tenir ma croix de bois immobile devant ses yeux».

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Voir aussi le texte « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée », ici > www

2011-2. Le 4 janvier, nous fêtons la Bienheureuse Angèle de Foligno, « Magistra theologorum » et modèle toujours actuel de vie vers Dieu et avec Dieu.

Le 4 janvier, dans l’ordre franciscain, est célébrée la fête de la Bienheureuse Angèle de Foligno.

Lors de l’audience générale du 13 octobre 2010, sur la place Saint-Pierre, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à cette grande figure de la mystique chrétienne. Le Souverain Pontife a voulu présenter un résumé de l’expérience et des enseignements spirituels de celle à laquelle son prédécesseur le Pape Benoît XIV n’avait pas hésité à donner le titre de « Magistra theologorum : maîtresse des théologiens ».
Cette catéchèse du Saint-Père Benoît XVI est d’une densité, d’une profondeur et d’une richesse absolument remarquables ; il nous semble donc important de la publier ici aujourd’hui à l’occasion de la fête de la Bienheureuse Angèle de Foligno.

2011-2. Le 4 janvier, nous fêtons la Bienheureuse Angèle de Foligno,

Châsse de la Bienheureuse Angèle de Foligno.

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui je voudrais vous parler de la bienheureuse Angèle de Foligno, une grande mystique médiévale ayant vécu au XIIIe siècle. D’habitude, on est fasciné par les sommets de l’expérience d’union avec Dieu qu’elle a atteints, mais on ne prend sans doute pas assez en compte ses premiers pas, sa conversion, et le long chemin qui l’a conduite du point de départ, «la grande crainte de l’enfer», jusqu’au but ultime, l’union totale avec la Trinité. La première partie de la vie d’Angèle n’est certainement pas celle d’une disciple fervente du Seigneur. Née aux alentours de 1248 dans une famille aisée, elle devint orpheline de père et fut éduquée par sa mère de façon plutôt superficielle. Elle fut très tôt introduite dans les milieux mondains de la ville de Foligno, où elle connut un homme, qu’elle épousa à l’âge de 20 ans et dont elle eut des enfants. Sa vie était insouciante, au point de mépriser ceux que l’on appelait les «pénitents» — très répandus à l’époque —, c’est-à-dire ceux qui, pour suivre le Christ, vendaient leurs biens et vivaient dans la prière, dans le jeûne, dans le service de l’Eglise et dans la charité.

Plusieurs événements, comme le violent tremblement de terre de 1279, un ouragan, l’antique guerre contre Pérouse et ses dures conséquences, ont une influence sur la vie d’Angèle, qui prend progressivement conscience de ses péchés, jusqu’à accomplir un pas décisif : elle invoque Saint François, qui lui apparaît en vision, pour lui demander conseil en vue d’une bonne confession générale à accomplir ; nous sommes en 1285, Angèle se confesse à un frère à San Feliciano. Trois ans plus tard, la voie de la conversion prend un nouveau tournant : la dissolution des liens affectifs, étant donné qu’en quelques mois, à la mort de sa mère suit celle de son mari et de tous ses enfants. Elle vend alors ses biens et, en 1291, rejoint le Tiers-Ordre de saint François. Elle meurt à Foligno le 4 janvier 1309.

Le Livre de la bienheureuse Angèle de Foligno, qui rassemble la documentation relative à notre bienheureuse, rapporte cette conversion ; elle en indique les instruments nécessaires : la pénitence, l’humilité et les épreuves ; et elle en rapporte les étapes, la succession des expériences d’Angèle, commencées en 1285. En se les rappelant, après les avoir vécues, elle tenta de les raconter à travers le frère confesseur, qui les transcrivit fidèlement, en s’efforçant ensuite de les diviser en étapes, qu’il appela «étapes ou mutations», mais sans réussir à les mettre entièrement en ordre (cf. Le Livre de la bienheureuse Angèle de Foligno, Cinisello Balsamo 1990, p. 51). La raison en est que pour la bienheureuse Angèle, l’expérience d’union implique de façon totale les sens spirituels et corporels, et ce qu’elle «comprend» pendant ses extases demeure, pour ainsi dire, uniquement une «ombre» dans son esprit. «J’entendis véritablement ces paroles — confesse-t-elle après une extase mystique — mais ce que j’ai vu et compris, et ce qu’il [c’est-à-dire Dieu] me montra, je ne sais ni ne peux le dire en aucune façon, bien que je révèlerais volontiers ce que je compris à travers les paroles que j’entendis, mais ce fut un abîme absolument ineffable». Angèle de Foligno présente son «vécu» mystique sans l’élaborer avec son esprit, car il s’agit d’illuminations divines qui se communiquent à son âme de façon imprévue et inattendue. Le frère confesseur lui-même a des difficultés à rapporter de tels événements, «notamment à cause de sa grande et admirable réserve à l’égard des dons divins» (ibid., p. 194). A la difficulté d’Angèle d’exprimer son expérience mystique s’ajoute également la difficulté pour ses interlocuteurs de la comprendre. Une situation qui montre clairement que l’unique et véritable Maître, Jésus, vit dans le cœur de chaque croyant et désire en prendre entièrement possession. Comme chez Angèle, qui écrivait à l’un de ses fils spirituels : «Mon Fils, si tu voyais mon cœur, tu serais absolument contraint de faire toutes les choses que Dieu veut, parce que mon cœur est celui de Dieu et le cœur de Dieu est le mien». Ici retentissent les paroles de saint Paul : «Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi» (Gal. II, 20).

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La Bienheureuse Angèle reçoit la Sainte Communion de la main d’un ange.  

Etudions alors certains «pas» seulement du riche cheminement spirituel de notre bienheureuse. Le premier, en réalité, est une prémisse : «Le premier pas est la connaissance du péché — comme elle le précise —, par elle l’âme craint fort d’être damnée en enfer. En ce pas l’âme pleure amèrement» (Le livre de la bienheureuse Angèle de Foligno, p. 39). Cette «crainte» de l’enfer répond au type de foi qu’Angèle avait au moment de sa «conversion»; une foi encore pauvre de charité, c’est-à-dire de l’amour de Dieu. Repentir, peur de l’enfer, pénitence ouvrent à Angèle la perspective du douloureux «chemin de la croix» qui, du huitième au quinzième pas, la conduira ensuite sur le «chemin de l’amour». Le frère confesseur raconte : «La fidèle me dit alors : J’ai eu cette révélation divine: “Après ce que vous avez écrit, faites écrire que quiconque veut conserver la grâce ne doit pas détourner les yeux de l’âme de la Croix, tant dans la joie que dans la tristesse que je lui accorde ou je lui permets”» (ibid., p. 143). Mais dans cette phase encore, Angèle «ne sent pas l’amour»; elle affirme : «l’âme éprouve de la honte et de l’amertume et elle ne fait pas encore l’expérience de l’amour, mais de la douleur» (ibid., p. 39), et elle est insatisfaite.

Angèle sent qu’elle doit donner quelque chose à Dieu pour réparer ses péchés, mais lentement, elle comprend qu’elle n’a rien à lui donner, bien plus, qu’elle n’«est rien» devant lui ; elle comprend que ce ne sera pas sa volonté qui lui donnera l’amour de Dieu, parce que cela ne peut rien lui donner d’autre que son «néant», le «non amour». Comme elle le dira : seul «l’amour vrai et pur, qui vient de Dieu, est dans l’âme et fait en sorte qu’elle reconnaisse ses propres défauts et la bonté divine. […] Cet amour porte l’âme dans le Christ et elle comprend avec assurance qu’il ne peut exister ou n’y avoir aucune tromperie. A cet amour, rien de ce monde ne peut se mêler» (ibid., p. 124-125). S’ouvrir uniquement et totalement à l’amour de Dieu, qui a sa plus haute expression dans le Christ : «O mon Dieu — prie-t-elle — rends moi digne de connaître le très haut mystère, que ton très ardent et ineffable amour mit en œuvre, avec l’amour de la Trinité, c’est-à-dire le très haut mystère de ta très sainte incarnation pour nous. […]. Oh incompréhensible amour! Au-dessus de cet amour, qui a permis que mon Dieu se soit fait homme pour me faire Dieu, il n’y a pas d’amour plus grand» (ibid., p. 295). Toutefois, le cœur d’Angèle porte pour toujours les blessures du péché ; même après une bonne confession, elle se trouvait pardonnée et encore accablée par le péché, libre et conditionnée par le passé, absoute mais en manque de pénitence. Et la pensée de l’enfer l’accompagne également parce que plus l’âme progresse sur le chemin de la perfection chrétienne, plus elle se convaincra non seulement d’être «indigne», mais de mériter l’enfer.

Et voici que, sur son chemin mystique, Angèle comprend en profondeur la réalité centrale : ce qui la sauvera de son «indignité» et de «l’enfer qu’elle mérite», ce ne sera pas son «union avec Dieu» et sa possession de la «vérité», mais Jésus crucifié, «sa crucifixion pour moi», son amour. Dans le huitième pas, elle dit : «Je ne comprenais pas encore si le bien le plus grand était ma libération des péchés et de l’enfer et la confession et la pénitence, ou bien sa crucifixion pour moi» (ibid., p. 41). C’est l’équilibre instable entre amour et douleur, ressenti dans tout son difficile chemin vers la perfection. C’est précisément pour cela qu’elle contemple de préférence le Christ crucifié, parce que dans cette vision, elle voit réalisé l’équilibre parfait : sur la croix, il y a l’homme-Dieu, dans un acte suprême de souffrance qui est un acte suprême d’amour. Dans la troisième Instruction, la bienheureuse insiste sur cette contemplation et affirme : «Lorsque nous voyons avec plus de perfection et de pureté, nous aimons avec d’autant plus de perfection et de pureté. […] C’est pourquoi, plus nous voyons le Dieu et homme Jésus Christ, plus nous sommes transformés en lui à travers l’amour. […] Ce que j’ai dit de l’amour […] je le dis aussi de la douleur : lorsque l’âme contemple l’ineffable douleur de Dieu et homme Jésus Christ, elle souffre d’autant et se transforme en douleur» (ibid., p. 190-191). Se fondre, se transformer dans l’amour et dans les souffrances du Christ crucifié, s’identifier avec lui. La conversion d’Angèle, qui commença avec la confession de 1285, n’arrivera à maturité que lorsque le pardon de Dieu apparaîtra à son âme comme le don gratuit d’amour du Père, source d’amour : «Il n’y a personne qui ne puisse avancer d’excuses — affirme-t-elle — parce quiconque peut aimer Dieu, et il ne demande rien d’autre à l’âme que de l’aimer, parce qu’il l’aime et il est son amour» (ibid., p. 76).

Dans l’itinéraire spirituel d’Angèle, le passage de la conversion à l’expérience mystique, de ce qui peut être exprimé de l’inexprimable, a lieu à travers le Crucifix. C’est le «Dieu-homme passionné», qui devient son «maître de perfection». Toute son expérience mystique revient donc à tendre à une parfaite «ressemblance» avec Lui, à travers des purifications et des transformations toujours plus profondes et radicales. Angèle se donne entièrement à cette merveilleuse entreprise, corps et âme, sans s’épargner les pénitences, les épreuves du début à la fin, désirant mourir avec toutes les douleurs souffertes par le Dieu-homme crucifié, pour être transformée totalement en Lui : «O fils de Dieu — recommandait-elle — transformez-vous totalement dans le Dieu-homme passionné, qui vous aima tant qu’il daigna mourir pour vous d’une mort ignominieuse et avec une douleur totalement ineffable et de manière très pénible et amère. Cela uniquement par amour pour toi, ô homme!» (ibid., p. 247). Cette identification signifie également vivre ce que Jésus a vécu : la pauvreté, le mépris, la douleur car — comme elle l’affirme —, «à travers la pauvreté temporelle, l’âme trouvera les richesses éternelles ; à travers le mépris et la honte, elle obtiendra l’honneur suprême et la très grande gloire ; à travers la pénitence, faite avec peine et douleur, elle possédera avec une infinie douceur et consolation le Bien Suprême, Dieu éternel» (ibid., p. 293).

De la conversion à l’union mystique avec le Christ crucifié, à l’inexprimable. Un chemin très élevé, dont le secret est la prière constante : «Plus tu prieras — affirme-t-elle — plus tu seras illuminé ; plus tu seras illuminé, plus profondément et intensément tu verras le Bien Suprême, l’Etre suprêmement bon ; plus profondément et intensément tu le verras, plus tu l’aimeras ; plus tu l’aimeras, plus il te délectera ; et plus il te délectera, plus tu le comprendras et tu deviendras capable de le comprendre. Par la suite, tu arriveras à la plénitude de la lumière, car tu comprendras ne pas pouvoir comprendre» (ibid., p. 184).

Chers frères et sœurs, la vie de la bienheureuse Angèle commence par une existence mondaine, assez éloignée de Dieu. Mais ensuite, la rencontre avec la figure de saint François et, finalement, la rencontre avec le Christ crucifié réveille l’âme en raison de la présence de Dieu, du fait que ce n’est qu’avec Dieu que la vie devient vie véritable, car elle devient, dans la douleur pour le péché, amour et joie. La bienheureuse Angèle nous parle ainsi. Aujourd’hui, nous courrons tous le danger de vivre comme si Dieu n’existait pas : il semble si éloigné de la vie actuelle. Mais Dieu a mille façons, une pour chacun, d’être présent dans l’âme, de montrer qu’il existe et me connaît et m’aime. Et la bienheureuse Angèle veut nous rendre attentifs à ces signes avec lesquels le Seigneur touche notre âme, attentifs à la présence de Dieu, pour apprendre ainsi la vie vers Dieu et avec Dieu, dans la communion avec le Christ crucifié. Prions le Seigneur afin qu’il nous rende attentif aux signes de sa présence, qu’il nous enseigne à vivre réellement. Merci.

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Voir ici > www le texte admirable de la Bienheureuse Angèle de Foligno intitulé « Les voies de la délivrance », et ici > www le fameux passage où elle entend le Christ lui dire « Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimée ».

2011-1. Voeux pour l’an de grâce 2011.

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Note Liturgique :

« Le huitième jour de la Naissance du Sauveur est arrivé ; l’étoile qui conduit les Mages approche de Bethléem ; encore cinq jours, et elle s’arrêtera sur le lieu où repose l’Enfant divin. Aujourd’hui, ce Fils de l’Homme doit être circoncis, et marquer, par ce premier sacrifice de sa chair innocente, le huitième jour de sa vie mortelle. Aujourd’hui, un nom va lui être donné ; et ce nom sera celui de Jésus, qui veut dire Sauveur. Les mystères se pressent dans cette grande journée ; recueillons-les tous, et honorons-les dans toute la religion et toute la tendresse de nos coeurs. Mais ce jour n’est pas seulement consacré à honorer la Circoncision de Jésus ; le mystère de cette Circoncision fait partie d’un plus grand encore, celui de l’Incarnation et de l’Enfance du Sauveur ; mystère qui ne cesse d’occuper l’Eglise, non seulement durant cette Octave, mais pendant les quarante jours du Temps de Noël. D’autre part, l’imposition du nom de Jésus doit être glorifiée par une solennité particulière, que nous célébrerons demain. Cette grande journée offre place encore à un autre objet digne d’émouvoir la piété des fidèles. Cet objet est Marie, Mère de Dieu. Aujourd’hui, l’Eglise célèbre spécialement l’auguste prérogative de cette divine Maternité, conférée à une simple créature, coopératrice du grand ouvrage du salut des hommes. Autrefois la sainte Eglise Romaine célébrait deux Messes au premier janvier : l’une pour l’Octave de Noël, l’autre en l’honneur de Marie. Depuis, elle les a réunies en une seule, de même qu’elle a mélangé dans le reste de l’Office de ce jour les témoignages de son adoration envers le Fils, aux expression- de son admiration et de sa tendre confiance envers la Mère.« 

(Dom Guéranger – « L’Année Liturgique », premières phrases de la notice concernant le 1er janvier).

Lippi - la Circoncision (détail)

Fra Filippo Lippi – La Circoncision (détail).

Samedi 1er janvier 2011.

Du plus profond du coeur, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, je vous souhaite, selon la belle tradition des voeux liée à ce « jour de l’an », une bonne et heureuse année 2011.

Au-delà de la tournure usuelle, et parfois un peu usée, voyez l’expression d’une amitié véritable qui désire pour chacun de vous, pour vos familles et pour tous ceux qui vous sont chers, que l’année civile qui commence en ce jour vous permette de vivre – autant que possible – avec ces biens précieux de la santé, de la force physique et plus encore morale, de la paix intérieure et de la joie spirituelle, qui sont des éléments si importants pour notre épanouissement terrestre, et qui entrent dans la préparation de cette plénitude éternelle que le Dieu qui nous aime veut nous donner…

Et si, en raison de la fragilité de notre condition humaine, nous ne pouvons échapper  à certaines épreuves, à certaines infirmités et aux deuils, que l’Enfant divin, dont la liturgie nous rappelle aujourd’hui qu’il a reçu son Nom signifiant « Sauveur » en versant son Sang précieux pour la première fois, vous accorde largement les grâces pour les porter avec courage et force, pour les surmonter dans la persévérance et l’espérance, pour les unir dans la foi à l’oeuvre de rédemption et de sanctification du monde à laquelle le Christ Sauveur veut nous associer à travers ces croix que permet la divine Providence…

Je termine ces voeux en vous adressant à chacun en particulier ces belles paroles que notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a prononcées hier soir, en conclusion de son homélie aux vêpres d’action de grâces pour l’année écoulée qu’il présidait dans la basilique vaticane :
« Chers frères et sœurs, nous sommes invités à regarder vers l’avenir et à le regarder avec cette espérance qui est le dernier mot du 
Te Deum : In Te, Domine, speravi : non confundar in aeternum! En Vous, Seigneur, j’ai espéré et je ne serai pas confondu pour l’éternité ». Pour nous donner le Christ, notre Espérance, c’est toujours Elle, la Mère de Dieu, la Très Sainte Vierge Marie, qui est là. Comme elle le fit pour les bergers et pour les mages, ses bras et son cœur continuent à offrir toujours plus au monde Jésus, son Fils et notre Sauveur. En Lui est toute notre espérance, car par Lui est venu pour chaque homme le salut et la paix. Amen! » (*)

Que 2011 vous soit à tous, selon la belle et antique expression héritée des siècles de foi, un véritable an de grâce, avec l’assurance de ma prière fidèle et amicale!

Frère Maximilien-Marie.

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(*) Traduction par nos soins.

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