Prière pour les jours impossibles :

Prière pour les jours impossibles : dans Prier avec nous despair

Seigneur,
il y a des jours impossibles à vivre,
des jours où tout me pèse ;
des jours où j’ai envie de dire: « Je n’en peux plus! » ;
des jours où j’ai la tentation de tout laisser tomber ;
des jours où je me sens écrasé ;
des jours où je me sens moche et sale – même après la douche -;
des jours où je n’ai pas envie d’être généreux ;
des jours où je ne suis même plus sûr de vouloir être heureux ;
des jours où je n’ai pas envie d’être aimable et poli ;
des jours où j’ai envie de tirer la langue à tout le monde ;
des jours où je voudrais fuir même ceux qui m’aiment ;
des jours où je voudrais tout envoyer bouler ;
des jours où je prendrai plaisir à répondre des méchancetés à ceux qui me disent des gentillesses ;
des jours où le soleil qui luit dehors n’entre pas dans mon coeur ;
des jours où le voile de grisaille qui obscurcit mes yeux finit par recouvrir tout le monde qui m’entoure ;
des jours où les ténèbres tapies au fond de mon esprit re-surgissent plus noires que jamais ;
des jours où la paix a déserté mon âme ;
des jours où je n’ai pas envie de Vous prier ;
des jours où j’ai envie de Vous rendre responsable de toute la misère du monde ;
des jours dont les matins réveillent toutes les blessures de mon âme ;
des jours dont l’amertume empoisonne tout…

Mais c’est justement ces jours-là, où je ne « ressens » pas l’envie ni même la force de venir vers Vous, que j’ai le plus besoin de vous:
- Seigneur, venez à mon aide! Mon Dieu, hâtez-vous de me secourir !
- Jésus, Fils de Dieu, Sauveur, ayez pitié de moi, pécheur !
- Jésus, Lumière du monde, Lumière de mon âme, dissipez les ténèbres qui m’assaillent !
- Kyrie eleison ! Christe eleison ! Kyrie eleison !
- Ayez pitié de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur !
- Coeur Sacré de Jésus, même si je ne sens rien… même si je sens tout le contraire: je crois et j’espère en Vous !
- Mon Seigneur et mon Dieu, dans la tempête, je m’accroche à Vous comme le naufragé se cramponne à la planche !
- Seigneur Jésus, qui dormez dans la barque de mon âme, comme vous dormiez jadis dans la barque des Apôtres agitée par la tempête, réveillez-Vous et venez me secourir !

Jésus !!!
je suis sans courage : déversez en mon âme le courage de votre divin Coeur !
je suis sans force : déversez en mon âme la force de votre divin Coeur !
je suis sans joie : déversez en mon âme la joie de votre divin Coeur !
je suis sans générosité : déversez en mon âme la générosité de votre divin Coeur !
je suis sans humilité : remplissez mon âme de l’humilité de votre divin Coeur !
je suis sans douceur : remplissez mon âme de la douceur de votre divin Coeur !
je suis sans ferveur : remplissez mon âme de la ferveur de votre divin Coeur !
je suis sans amour : remplissez mon âme de l’amour même qui brûle en votre divin Coeur !

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Frère Maximilien-Marie.

Publié dans : Prier avec nous | le 22 février, 2011 |8 Commentaires »

2011-22. Après trois ans…

Dimanche de la Septuagésime 20 février 2011 au soir.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Vous connaissez très certainement le sonnet de Paul Verlaine dont j’ai emprunté le titre pour en faire celui de ma chronique de ce soir. La deuxième strophe du dit poème commence par ces mots : « Rien n’a changé… » Eh bien, moi, Lully, je vais ici même vous faire la démonstration qu’après trois ans, il y a des choses qui ont changé!

De quelles choses s’agit-il? m’allez-vous demander.

Je veux parler de notre « Mesnil-Marie« .

En effet, demain, 21 février 2011, cela fera trois ans exactement que notre Frère Maximilien-Marie a visité pour la première fois cette vieille ferme vivaroise qui a pu être acquise par l’association « Refuge Notre-Dame de Compassion« , et qui – peu à peu -, avec du travail et de la patience, devient un petit centre de spiritualité et le lieu duquel rayonne l’esprit particulier à notre modeste association.

D’ici peu, je compte bien vous reparler de manière plus détaillée des circonstances qui ont amené Frère Maximilien-Marie jusqu’ici, mais pour l’heure je vous laisse regarder… et comparer.

Sur chacun des clichés ci-dessous (en cliquant sur chacune des photos vous pouvez agrandir l’image) vous verrez en synoptique le même point de vue à trois ans d’intervalle. Je vous demande de ne pas oublier que notre Frère est arrivé dans une maison dont la toiture était à refaire, dans laquelle il n’y avait que trois fenêtres valables et où aucune porte – à certains endroits il n’y avait d’ailleurs que des vestiges de portes – ne fermait, où il n’y avait pas d’arrivée d’eau ni, bien sûr, de sanitaires… etc.

Premier point de vue :  Nous avons retrouvé une photo réalisée à l’automne 2007 et il y a quelques jours Frère Maximilien-Marie est retourné à l’endroit d’où elle avait été prise, en bordure de forêt, au-dessus du hameau. Entre temps, des arbres qui  étaient trop proches de la maison, l’empêchaient de prendre pleinement le soleil et maintenaient de l’humidité ont été abattus… D’emblée, on est frappé par la différence que représente le remplacement des vieilles tuiles de ciment gris par des tuiles « romanes » qui redonnent à la maison l’aspect qu’elle pouvait avoir au XVIIIème siècle.

Le Mesnil-Marie après 3 ans (1)

Deuxième point de vue : Le « Mesnil-Marie » vu depuis le Nord-Est (février 2008 et février 2011). L’armature en bois que l’on aperçoit au premier plan est celle d’une ancienne petite serre : c’est à peu près à cet endroit là que Frère Maximilien-Marie envisage de construire un jour la chapelle de Notre-Dame de Compassion, où les fidèles pourront librement venir se recueillir et recommander leurs intentions au Coeur douloureux et immaculé de Marie…

Après trois ans 2

Troisième point de vue : La façade Est du « Mesnil-Marie » (février 2008 et février 2011). L’épicéa que l’on voyait à gauche a été abattu. Vous pouvez remarquer les avant-toits protecteurs que Frère Maximilien-Marie a fait réaliser à l’occasion de la réfection de la toiture. Vous apercevez les nouvelles huisseries et les travaux d’aménagement extérieur que notre Frère effectue peu à peu : en été, les abords de la maison sont abondamment fleuris.

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Quatrième point de vue : La façade Sud du « Mesnil-Marie » (février 2008 et février 2011). Juste au pied de cette façade coule la béalière (*) qui amène l’eau dans notre hameau. Cette béalière fuyait de toutes parts à cet endroit et des frênes avaient poussé de manière totalement anarchique : lorsqu’ils prenaient leurs feuilles on ne voyait presque plus la maison, qui n’était plus exposée aux rayons du soleil! Il a fallu abattre les frênes et refaire l’étanchéité de la béalière. C’est ensuite ici qu’ont été installés le complexe d’alimentation en eau de la maison et le système d’assainissement des eaux usées.

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Cinquième point de vue : L’arrivée dans notre hameau depuis l’Ouest (route descendant du Mont Mézenc – février 2009 et février 2011). Notre « Mesnil-Marie » découpe sa masse assez imposante : elle donnait jadis une impression d’abandon et de tristesse, elle apparaît aujourd’hui transfigurée.

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Sixième point de vue : La façade Ouest (février 2008 et février 2011). Il a fallu abattre une cheminée qui menaçait de crever la toiture à chaque bourrasque. On a aussi dégagé des éboulis de terre qui s’étaient accumulés contre ce mur : toute l’eau qui ruisselait des terrains et des toits traversait ces amas de terre, rentrait dans les murs… et ressortait à l’intérieur de la maison! Comme vous pouvez le voir, il y a encore un tas de vieux bois provenant de l’ancienne toiture qu’il faut débiter avant de pouvoir en faire l’aliment de notre poêle…

Après 3 ans 6

Il y a encore de nombreux travaux et aménagements à réaliser, à l’intérieur comme à l’extérieur. Notre Frère Maximilien-Marie s’y emploie autant qu’il le peut, avec patience et persévérance. Comme je vous l’écrivais en commençant, son but est de faire de ce lieu un petit centre spirituel à partir duquel Notre-Dame de Compassion pourra déverser ses grâces sur les âmes et les coeurs qui se tournent vers Elle… Et moi, Lully, même si je ne suis qu’un tout petit chat, je suis très fier de participer à cette aventure et très heureux, à travers mes modestes chroniques, de vous en faire goûter l’esprit.

Lully.

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(*) Béalière : une béalière est un petit canal de dérivation qui sert à l’irrigation et à l’alimentation en eau des citernes (voire des sources par infiltration); autrefois, sur son cours, se trouvaient aussi des moulins. Les béalières existent dans tout le pays cévenol et sont un élément essentiel de son antique patrimoine rural.

Vous pouvez nous aider à continuer les travaux d’aménagement du Refuge Notre-Dame de Compassion : pour faire un don cliquer ci-dessous.

2011-22. Après trois ans... dans Chronique de Lully btn_donateCC_LG

Publié dans : Chronique de Lully, Memento | le 20 février, 2011 |3 Commentaires »

2011-21. Appel international pour l’intégrité de « Summorum Pontificum ».

Missel romain traditionnel

Un appel urgent est relayé dans le monde entier par plusieurs sites de promotion et de défense de la liturgie latine traditionnelle ; nous reprenons ci-dessous la présentation qui en est faite sur le site de la Schola Sainte Cécile :

Des bruits persistants paraissent suggérer qu’une prochaine instruction romaine pourrait contenir des indications restrictives (ou pourrait contenir des éléments qui laisseraient entendre des interprétations restrictives) au motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007. L’alerte parait suffisamment grave pour qu’une initiative internationale se soit mise en place sur ce site motuproprioappeal.com.

Peut-être ces rumeurs sont-elles infondées. Si l’avenir montre que c’est le cas, au moins aurons-nous marqué à notre Très-Saint Père & à nos pasteurs l’attachement au texte qui nous a été donné le samedi béni du triple 7.

Si vous vous intéressez aux questions liturgiques, que ce soit pour la préservation de l’Usus Antiquior romain ou même plus largement pour la continuité des traditions liturgiques vénérables tant occidentales qu’orientales, nous vous recommandons la signature de ce texte, et vous demandons de participer à la diffusion à tous vos réseaux de cet appel international.

Signer la pétition > www.

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Nota bene : Si vous désirez avoir de plus amples détails sur les rumeurs persistantes qui  fondent et alimentent sérieusement ces inquiétudes, vous pouvez vous reporter au blog de Christophe de Saint-Placide et remonter quotidiennement jusqu’au 15 février dernier pour voir tous les articles circonstanciés sur cette opposition actuelle au motu proprio « Summorum Pontificum » et ses enjeux.

2011-20. Assise III : pourquoi s’y opposer.

Nous avions répercuté (ici > www) la lettre ouverte des intellectuels italiens adressée à notre Saint Père le Pape Benoît XVI le suppliant de ne pas prêter le flanc aux interprétations relativistes et syncrétistes liées à son annonce d’une nouvelle rencontre inter-religieuse à Assise en octobre prochain.

Dans le n° 230 de Correspondance Européenne (ici > www), le Professeur Roberto de Mattei revient sur cette supplique et  présente avec autant de brio que de sûreté théologique les motifs que de simples fidèles ont à manifester leurs réticences à la réitération de ce rassemblement. Il nous paraît important de reproduire ici dans son intégralité cette explication et nous remercions une fois encore le Professeur R. de Mattei pour sa bienveillante autorisation.

St Athanase en prison envoie sa défense au Pape Jules 1er

Depuis sa prison Saint Athanase envoie sa défense au Pape Jule Ier (Livre des merveilles. Jean Mandeville. Maître de la Mazarine. XVe.)

Assise III : Pourquoi s’y opposer.

« La supplique de certains catholiques italiens à Benoît XVI afin qu’il n’aille pas à Assise en octobre prochain (cf. Correspondance Européenne n°229/01, en date du 31 janvier 2011), a suscité un vif débat dans lequel, en plus d’appréciations qui font autorité, il y a eu, comme cela était prévisible, des critiques et des commentaires très perplexes. Il me semble inutile de répondre aux accusations venant du côté progressiste qui voit dans cet événement l’occasion pour relancer un œcuménisme syncrétiste : ces critiques constituent en effet la meilleure confirmation de l’opportunité de notre appel. J’estime par contre qu’il est nécessaire de répondre aux critiques du côté conservateur, lancées par des frères dans la foi qui ont probablement notre même amour pour l’Eglise. Ces critiques pourraient être résumées en ces termes : la rencontre d’Assise annoncée par Benoît XVI n’a pas à nous plaire ou à nous déplaire ; on ne peut pas critiquer un Pape pour ce qu’il a fait (Jean-Paul II en 1986) ou pour ce qu’il souhaite faire (Benoît XVI en 2011), prétendant lui expliquer ce qui est bon pour l’Eglise. De la part des fidèles, surtout s’ils sont des laïcs, on exige une religieuse approbation de toute initiative et décision du Souverain Pontife.

La réponse à cette critique vient du Catéchisme, de la tradition théologique, de l’histoire de l’Eglise et de l’Enseignement pontifical. Le Catéchisme nous enseigne que le sacrement du Baptême nous incorpore à l’Eglise, en nous faisant partager sa mission (n. 1213), et celui de la Confirmation oblige tous les baptisés « à répandre et à défendre la foi par la parole et par l’action en vrais témoins du Christ » (n. 1285). La promesse de l’assistance divine de l’Esprit Saint, plusieurs fois répétée par le Seigneur aux Apôtres (Jn, 14, 16-17; 26-26) ne se manifeste pas seulement à travers le Magistère, mais aussi à travers le consensus de l’universitas fidelium, comme l’ont expliqué, contre les protestants, le grand théologien dominicain Melchior Cano dans De Locis theologicis et saint Robert Bellarmin dans De ecclesia militante. Les théologiens successifs ont distingué entre l’infallibilitas in docendo et l’infallibilitas in credendo de l’Eglise. Cette dernière repose sur le sens de la foi, c’est-à-dire la capacité du croyant de distinguer ce qui est conforme à la foi de ce qui ne l’est pas, non pas par un raisonnement théologique, mais au moyen d’une sorte de connaissance par co-naturalité. La vertu de la foi (habitus fidei), reçue avec le Baptême, explique en effet saint Thomas d’Aquin, produit une co-naturalité de l’esprit humain avec les mystères révélés, faisant de sorte que l’intellect de tout baptisé soit, comme par instinct, attiré par les vérités surnaturelles et adhère à celles-ci.

Au long de l’histoire de l’Eglise, le sensus fidei des simples fidèles a été parfois plus conforme à la Tradition apostolique qu’à celui des Pasteurs, comme cela arriva pendant la crise arienne du IVème siècle, lorsque la foi fut gardée par une minorité de saints et d’évêques rebelles, tels saint Athanase, Hilaire de Poitiers, Eusèbe de Vercelli et surtout par le peuple fidèle. Ce dernier ne s’associait pas aux diatribes théologiques mais gardait, par un simple instinct surnaturel, la bonne doctrine. Le bienheureux Newman écrit qu’« à cette époque d’immense confusion, le divin dogme de la divinité de Notre Seigneur fut proclamé, inculqué, gardé et (humainement parlant) préservé beaucoup plus par l’Ecclesia docta que par l’Ecclesia docens ».

Le rôle de tout baptisé dans l’histoire de l’Eglise a été évoqué par Benoît XVI dans son discours du 26 janvier 2011. Le Pape a rappelé la mission de « deux jeunes femmes du peuple, laïques et consacrées dans la virginité ; deux mystiques engagées non dans le cloître, mais au milieu de la réalité la plus dramatique de l’Église et du monde de leur temps ». Il s’agit de sainte Catherine de Sienne et sainte Jeanne d’Arc, « peut-être les figures les plus caractéristiques de ces ‘femmes fortes’ qui, à la fin du Moyen Âge, portèrent sans peur la grande lumière de l’Évangile dans les complexes événements de l’histoire. Nous pourrions les rapprocher des saintes femmes qui restèrent au Calvaire, à côté de Jésus crucifié et de Marie sa Mère, tandis que les Apôtres avaient fui et que Pierre lui-même l’avait renié trois fois ». L’Eglise, dans cette période-là, vivait la profonde crise du grand schisme d’Occident, qui a duré presque 40 ans. A cette époque aussi dramatique que la crise arienne, ces deux saintes furent guidées par la lumière de la foi plus que les théologiens et les ecclésiastiques de l’époque. Le Pape adresse à ces deux laïques les mots de Jésus selon lesquels les mystères de Dieu sont révélés à ceux qui ont le cœur des tout-petits, alors qu’ils restent cachés aux sages et aux intelligents qui n’ont pas d’humilité (cf. Lc. 10, 21).

C’est dans cet esprit que nous avons exprimé toutes nos perplexités et réserves face à cette rencontre interreligieuse d’Assise du 27 octobre 1986, qui ne fut pas un acte magistériel, mais un geste symbolique, dont le message fut confié non pas à des écrits ou à des mots, mais au fait lui-même et à son image. Un hebdomadaire italien en résumait alors le sens avec les mots du père Marie-Dominique Chenu: « C’est le rejet officiel de l’axiome qui était enseigné jadis : hors de l’Eglise, point de salut » (“Panorama”, 2 novembre 1986).
J’étais à Assise ce jour-là et j’ai une documentation photographique de ce qui se passa, par exemple dans l’église Saint-Pierre où à la place du Très-Saint-Sacrement, une petite statue de Bouddha fut intronisée sur l’autel qui garde les reliques du martyr Vittorino, alors que sur un étendard situé devant le même autel on lisait « Je me consacre à la loi du Bouddha ». En tant que catholique, j’éprouvai et je continue à éprouver répugnance pour cet événement qui ne mérite pas, d’après moi, d’être rappelé sinon pour en prendre les distances. Je suis certain que Benoît XVI ne souhaite pas que les abus de cette époque-là se répètent, mais nous vivons dans une société médiatique et la nouvelle rencontre d’Assise risque d’avoir la même signification qui fut attribuée à la première par les moyens de communication et donc par l’opinion publique mondiale, comme cela est en train de se passer.

Aujourd’hui nous vivons une époque dramatique où tout baptisé doit avoir le courage surnaturel et la franchise apostolique de défendre à voix haute sa propre foi, suivant l’exemple des saints et sans se laisser conditionner par la “raison politique”, comme il se passe très souvent dans le domaine ecclésiastique aussi. Ce n’est que la conscience de notre foi et aucune autre considération qui nous a poussé à refuser Assise I et II et à exprimer au Saint-Père, avec respect, toutes nos préoccupations devant l’annonce d’un prochain Assise III.

Roberto de Mattei.

Profitons aussi de cette publication pour signaler  et recommander cet ouvrage du Professeur de Mattei qui vient d’être publié en français par Muller-éditions : « La dictature du relativisme ».

La dictature du relativisme - Prof. de Mattei

2011-19. Le temps de la Septuagésime.

Le temps de la Septuagésime est une période de trois semaines qui précède l’ouverture du carême.

Letemps de la Septuagésime commence toujours la neuvième semaine avant Pâques et compte trois dimanches qui sont respectivement appelés dimanches de la Septuagésime, de la Sexagésime et de la Quinquagésime.
Ces appellations proviennent du système de comptage en usage dans l’antiquité et désignent la décade dans laquelle tombe chacun de ces dimanches : si en effet l’on divise les neufs semaines qui précèdent Pâques en séries de dix jours, on constate que le premier de ces neuf dimanches tombe dans la septième dizaine, le deuxième dimanche dans la sixième dizaine, le troisième dimanche dans la cinquième dizaine ; de là viennent leurs noms respectifs de dimanchesin Septuagesima, in Sexagesima et in Quinquagesima.

Symboliquement, on fait correspondre ces (presque) septante jours aux septante années de la captivité à Babylone.
Dans le symbolisme biblique et liturgique, Babylone représente la cité terrestre corrompue, opposée à Jérusalem, la cité de Dieu.
La captivité à Babylone fut un châtiment : Dieu a permis que son peuple – vaincu et asservi – soit déporté en terre païenne. C’était la conséquence de ses infidélités répétées ; mais ce fut aussi le moyen  radical d’une guérison car le peuple élu ne retomba plus ensuite dans l’idolâtrie.

Juifs emmenés captifs à Babylone

Juifs captifs emmenés à Babylone.

Ainsi nous est rappelée la gravité du péché et ses conséquences dramatiques. Ainsi nous est montrée la nécessité de lutter contre les séductions du mal. Ainsi nous est enseigné à désirer ardemment de quitter la terre de l’exil – le péché -, pour revenir vers la patrie véritable – la grâce divine!

L’existence de la liturgie septuagésimale est attestée au VIème siècle par un lectionnaire conservé à la bibliothèque de l’université de Wurtzbourg : ce manuscrit montre qu’à l’époque de Saint Grégoire le Grand, les épîtres et les évangiles du temps de la Septuagésime étaient ceux que nous avons aujourd’hui encore dans nos missels (pour la forme extraordinaire du rite romain, bien entendu).

Les lectures de ces trois dimanches sont particulièrement importantes : elles ont été choisies avec un très grand soin. Ce choix, leur répartition et leur progression manifestent une pédagogie remarquable tant par le sens que par son équilibre :

a) le dimanche de la Septuagésime nous fait entendre une épître fameuse rappelant la nécessité du combat spirituel (1 Cor. IX, 24-27; X, 1-5), tandis que l’Evangile nous fait méditer sur les ouvriers de la onzième heure (Matth. XX, 1-16) : de la sorte l’Eglise nous rappelle dans un même temps que nous avons à combattre avec une véritable pugnacité pour accéder au salut, mais que ce dernier sera toujours un don gratuit de Dieu, et qu’aucun homme ne pourra l’attribuer à ses mérites personnels.

b) dans l’épître du dimanche de la Sexagésime (2 Cor. XI, 19-33 ; XII, 1-9), nous entendons Saint Paul faire le résumé de toutes les épreuves qu’il a endurées mais au terme de cette énumération retentit cette sublime assurance : « Ma grâce te suffit, car Ma puissance s’accomplit dans la faiblesse ». L’Evangile de ce jour (Luc. VIII, 4-15) est celui de la parabole de la semence qui tombe en des sols variés avec l’explication donnée par Notre-Seigneur Lui-même : les hommes n’accueillent pas tous la Parole salvifique de Dieu de la même manière, ils ne sont pas égaux dans la façon dont ils lui font porter du fruit. Ces deux textes mis en parallèle nous redisent que si la toute puissante grâce de Dieu peut faire en nous des choses qui sont bien au-delà des capacités réelles de notre nature, nous ne sommes cependant pas dispensés de l’effort pour amender le terrain de notre âme si nous voulons que cette grâce y produise la plénitude de ses fruits.

c) au dimanche de la Quinquagésime, est proclamé l’hymne à la charité (1 Cor. XIII, 1-13) ; puis dans l’Evangile (Luc. XVIII, 31-43) Jésus fait l’annonce solennelle de Sa Passion et de Sa Résurrection – « Voici que nous montons à Jérusalem » – avant de guérir l’aveugle de Jéricho. Par là, l’Eglise nous engage à crier comme cet aveugle : « Fils de David, aie pitié de moi! » afin que soit guérie la cécité de nos coeurs, et pour que nous nous engagions résolument, en pleine liberté et intelligence (pas comme les apôtres dont cet Evangile nous dit qu’ils ne comprirent rien aux paroles de Jésus), dans les pas du Sauveur qui va accomplir le mystère pascal : or ce ne sont pas des déterminations, des qualités ou des prouesses humaines qui nous permettront de le faire, mais la seule charité surnaturelle.

On a pu dire du temps de la Septuagésime qu’il est le « vestibule du carême » : en effet, ces trois dimanches sont comme trois paliers qui nous conduisent, par une gradation très étudiée, jusqu’au seuil du grand temps liturgique où seront dispensées en abondance les grâces de la pénitence, de la conversion, de l’intériorité, de l’approfondissement de notre vie chrétienne et du salut…

Cet « avant-carême » nous prédispose donc non seulement à y entrer mais surtout à y bien entrer. Ce n’est pas au matin du mercredi des cendres que nous devrons tout à coup nous mettre à penser aux efforts de conversion et de pénitence qui nous sont les plus nécessaires ; ce n’est pas le jour de l’entrée en carême que, de manière impromptue, nous devrons réfléchir à l’ascèse qui devra être la nôtre pendant ce temps et en déterminer les résolutions! Procéder ainsi serait le meilleur moyen de rater notre carême. Et voilà pourquoi l’Eglise – en Mère réaliste et en excellente pédagogue – a institué ce temps de la Septuagésime.

En nous mettant en face des enjeux de notre vie et de nos responsabilités,  le temps de la Septuagésime nous invite à une réflexion – raisonnable, méthodique et posée – sur la stratégie qui s’impose à chacun de nous pour faire progresser notre propre conversion à l’amour divin en vérité, en profondeur et avec efficacité.

Chasuble violette du Mesnil-Marie (détail)

Motif central d’une chasuble violette du Mesnil-Marie.

Pendant le temps de la Septuagésime il n’y a pas encore d’obligation du jeûne, mais déjà les ornements sont violets ; les chants joyeux (Gloria in excelsis et Alleluia) sont supprimés. Aux Messes de semaine, seul le graduel est récité ; le dimanche et les jours de fête, il est suivi d’un trait qui remplace l’Alleluia. Aux Messes solennelles du temps, le diacre et le sous-diacre portent encore la dalmatique et la tunique, et l’on peut toucher l’orgue. Avant le code des rubriques de 1960, qui a aboli cet usage, le « Benedicamus Domino » remplaçait l’ « Ite, missa est » à toutes les Messes de férie.

À l’Office divin, l’Alleluia qui suit l’introduction « Deus, in adjutorium », est remplacé par « Laus tibi, Domine, Rex aeternae gloriae ». À la fin de Matines, le Te Deum est remplacé par un simple répons.

La veille de la Septuagésime, à la fin des vêpres, les chantres ajoutent deux Alleluia au « Benedicamus Domino » et le choeur deux Alleluia au « Deo gratias ». C’est la déposition de l’Alleluia, que nos pères appelaient «Clausum Alleluia» (voir le texte de Dom Guéranger sur les adieux à l’Alléluia, ici > www).

Frère Maximilien-Marie.

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Un chant particulier au temps de la Septuagésime est le répons « Media vita« , dont vous pouvez – si vous le voulez – entendre un enregistrement par le moyen de la vidéo ci-dessous. En voici la traduction :

Dès le milieu de la vie, nous voici à la mort : quel aide chercher, si ce n’est Vous, ô Seigneur? Vous, que nos péchés irritent avec raison : * ô Dieu Saint, ô Saint Fort, ô Saint Sauveur miséricordieux, ne nous livrez pas à l’amertume de la mort!

En Vous ont espéré nos pères : ils ont espéré et Vous les avez délivrés : * ô Dieu Saint…

Vers Vous crièrent nos pères : ils ont crié et ils n’ont pas été confondus : * ô Dieu Saint…

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit. * Ô Dieu Saint…

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Publié dans : De liturgia, Prier avec nous, Textes spirituels | le 17 février, 2011 |3 Commentaires »

2011-18. « Si elle ne s’allie pas à l’intimité morale, la proximité physique est le plus sûr moyen de frôler sans l’apercevoir la beauté secrète d’une âme… »

Nous avons commémoré (ici > www) le dixième anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon. Nous proposons aujourd’hui à votre réflexion – à votre méditation – un texte exposant de manière remarquable les paradoxes liés à la proximité ou à l’éloignement physiques pour ce qui concerne la connaissance réelle des personnes…

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« Eloignement et connaissance »

Gustave Thibon, in « Retour au réel », chap XIII (1943).

Lueurs de l'aube sur le campanile du Mesnil-Marie

Lueurs de l’aube sur le campanile du Mesnil-Marie

« Eloignement et connaissance – Un étranger passe une heure près de nous et s’en retourne ébloui. Mais celui qui vit à nos côtés lui dit : « je le connais mieux que vous, j’assiste quotidiennement à sa vie : elle est pleine de banalités et de petitesses, et ce rayonnement qui vous a séduit n’est qu’une apparence. Vous voyez cet homme de trop loin pour bien le connaître ». A quoi l’admirateur « naïf » peut répondre : là où la grandeur existe, est-ce de près qu’on la voit? Celui qui habite au flanc d’un mont voit des pierres qui s’effritent et de la boue qui ruisselle, il voit aussi peut-être des sources utiles et des ombrages agréables, mais il ne sait rien de la majesté solitaire du grand mont vêtu de lumière. Qui oserait dire pourtant que la cime vierge contemplée de loin est moins réelle que la fange aperçue de près?

Si elle ne s’allie pas à l’intimité morale, la proximité physique est le plus sûr moyen de frôler sans l’apercevoir la beauté secrète d’une âme : elle ne permet d’atteindre que l’enveloppe matérielle, le déchet mécanique de la vie. Ce n’est pas de près, c’est du dedans qu’on voit la grandeur, et le voisinage sans l’intimité creuse entre les êtres le plus opaque et le plus infranchissable des abîmes.

La majorité des familles et des groupements humains nous offre d’ailleurs le spectacle de cette quasi impossibilité de passer de la proximité à la communion, et c’est ce qu’expriment des locutions proverbiales comme : ‘nul n’est prophète dans son pays’, ou ‘il n’y a pas de héros pour son valet de chambre’.

L’être qu’on connaît, ce n’est pas celui auquel on se frotte (quel beau terme pour désigner l’extrême proximité unie à l’extériorité absolue!), c’est celui dans lequel on pénètre.

L’éloignement au contraire n’exclut pas la connaissance profonde ; il y a même une mystérieuse connivence entre la distance et l’intimité. Quand on ne connaît pas encore du dedans, mieux vaut, pour apercevoir la grandeur, regarder de loin que de près : c’est de loin qu’apparaît le rayonnement des astres et l’auréole des fronts. La proximité rétrécit le champ de la vision au détail superficiel et vain ; aussi tout se ressemble de près, tout tend à s’égaliser dans le même néant. Mais la distance est le critère de la grandeur : elle efface ce qui ne mérite pas d’être vu, le reste elle le transforme en étoile.

Connivence entre la distance et l’intimité, ai-je dit. Cet être qui vit près de nous ne s’étonne pas de notre présence, elle fait partie du décor éteint qui lui est familier, rien de nous ne pénètre en lui : d’où pourrait surgir entre lui et nous cet ébranlement révélateur qui est à la source de toute connaissance authentique? Mais celui qui vient de loin a éprouvé cette sensation de nouveauté et de choc, il a vécu cette ouverture à l’autre qui est la première condition de la pénétration de l’autre – et celui-là nous connaît en vérité : sa vision est profonde parce que, au lieu de s’arrêter à ce sédiment déposé sur nous par la matière et les jours, qui retient les regards de notre entourage, elle va spontanément jusqu’au noyau divin qui est en nous, qui est nous.

Ainsi s’expliquent des phénomènes en apparence paradoxaux, tels le fait que la valeur unique de certains êtres ne nous apparaît qu’à travers l’abîme infranchissable creusé par leur mort, ou que tant de grands hommes ne commencent à être compris et admirés que hors de leur pays ou de leur époque, ou que la naissance d’un grand amour, d’une grande intimité entre deux êtres, s’accompagne presque toujours d’un sentiment de beauté et de pureté inaccessibles.

La parenté est profonde entre l’étoile qui scintille dans notre ciel et l’amour que nous portons dans notre coeur ; la chose la plus proche s’identifie à la plus lointaine, et si l’étoile s’éteint dans notre ciel, l’amour meurt dans notre coeur.

Dès l’instant que je ne te sens plus vierge, je suis incapable de te posséder.

Tout grand amour (et par là même toute connaissance profonde) est ainsi fait à la fois de recul et d’élan (sans le grand recul transfigurateur de la vision l’élan de l’âme n’atteint pas son but dernier); il implique une espèce de tension polaire entre la vénération qui se prosterne devant l’intangible et le désir qui se meut vers la possession. Le vers merveilleux de Hugo : ‘Sentir l’être sacré frémir dans l’être cher’, trouve ici une nouvelle et profonde application. »

Publié dans : Lectures & relectures, Textes spirituels | le 16 février, 2011 |4 Commentaires »

Recette du Mesnil-Marie : les « bugnes ».

masque de carnaval

Petit rappel historique :

Avant le carême – sur une période plus ou moins longue selon les régions (en certains lieux cela commence sitôt que la fête de l’Epiphanie est passée)-, se trouve le temps du carnaval. Les linguistes s’accordent généralement pour faire dériver le mot carnaval – de l’italien carnevalequi serait formé de « carne » (la chair, la viande) et de « levare » (enlever), parce que le Carnaval est une période où l’on festoie beaucoup et que l’on y consomme en abondance ces aliments carnés qu’il faut « enlever » des maisons, puisque autrefois ils étaient totalement interdits pendant le carême qui suit.

Ce n’était d’ailleurs pas seulement la viande qui était proscrite de l’alimentation des fidèles pendant tout le temps du carême,  à l’époque où en Occident il était pratiqué dans toute sa rigueur (tandis que, pour la plupart, les chrétiens orientaux ont conservé la discipline primitive dans son intégralité), mais c’étaient également le beurre, l’huile et les oeufs… On en épuisait donc aussi les réserves et on s’en servait pour réaliser des pâtisseries vite préparées. C’est de là que vient, selon les régions, la tradition des gaufres, des crêpes et des beignets de carnaval.

Dans les régions languedociennes, les beignets de carnaval portent plusieurs noms : oreillettes, merveilles, mascottes ou bougnettes, ganses ou guenilles… Dans le Lyonnais, le Forez et le Vivarais on les appelle bugnes (ce mot est apparenté au français beignet mais il dérive en réalité du provençal).

A partir des mêmes ingrédients de base, on trouve diverses espèces de bugnes : très fines et plutôt craquantes, plus épaisses et moelleuses, gonflées ou bien plates… Il existe de nombreuses recettes et plusieurs savoir-faire. Dans la partie sud du Vivarais, on  prépare plutôt les bugnes dans les jours qui précèdent Noël.

La recette que je vous présente ici est très simple à réaliser et elle est vraiment succulente. Faites-nous confiance : Frère Maximilien-Marie et moi-même l’avons testée pour vous!!!

Lully.

Les bugnes du Mesnil-Marie

Ingrédients :

250g de beurre, 8 oeufs, 1kg de farine, 4 cuillères à soupe de sucre en poudre, 1 verre d’eau de fleur d’oranger (certains préfèrent y mettre du rhum : dans ce cas, en proportion avec le reste des ingrédients, il en faudrait environ 4 cuillères). Ad libitum : un zeste de citron.

Préparation :

Faire fondre le beurre. Le verser sur tous les autres ingrédients que l’on a commencé à mélanger. Bien pétrir. Lorsque la pâte est élastique, la laisser reposer pendant environ une heure. Fariner votre plan de travail et étaler au rouleau de petites quantités de pâte, le plus finement possible. Y découper des losanges de 5 à 6 cm de côté (ou d’autres formes amusantes) et les faire frire dans une poêle (il faut mettre environ 2cm d’huile dans la poêle, et que l’huile soit bouillante). Après cuisson, saupoudrer de sucre glace… et se régaler!

Arlequin

Publié dans : Recettes du Mesnil-Marie | le 15 février, 2011 |5 Commentaires »

2011-17. Conte du Mézenc farceur et des nuages chatouilleux.

Savez-vous que mon « papa-moine » est conteur? Non seulement conteur pour raconter des choses qui ont été écrites par d’autres, mais aussi parce qu’il écrit lui-même des contes dont il se sert pour animer veillées ou promenades. Il puise son inspiration en certaines de ses observations ou dans des circonstances vécues, d’autres fois il revisite de manière totalement déjantée des histoires qui appartiennent au fond commun des traditions populaires… Aujourd’hui je vous propose un conte qui a été inspiré à Frère Maximilien-Marie par la réflexion d’un enfant doté d’une belle imagination et auquel il faisait admirer le Mont Mézenc un jour où son sommet était couronné de nuages…

Lully.

nuage rieur

Monsieur Mézenc est un mont majestueux qui est né voici plusieurs millions d’années, alors que la terre était tout entière en ébullition.

Les montagnes sont comme tous les êtres vivants : elles naissent, elles grandissent ; elles ont une jeunesse… et elles vieillissent aussi.

Monsieur Mézenc donc était né, et il avait grandi : à vrai dire, il avait eu une adolescence un peu tumultueuse… Bouillonnante, pourrait-on dire!

N’avait-il pas en grandissant tout bouleversé autour de lui? Ne s’était-il pas comporté comme un chamboule-tout, ne laissant rien en paix dans son entourage?

N’avait-il pas lancé flammes et laves à des dizaines de kilomètres et entraîné ses petits voisins à faire de même?

éruption volcanique

Pourtant, sous ses dehors d’agitateur, Monsieur Mézenc était un mont d’une sensibilité exquise – car les montagnes ont une sensibilité!- et sous son apparente rudesse se cachait une âme tendrement espiègle!

Le saviez-vous? Auriez-vous pu l’imaginer? Depuis qu’il était tout petit, en regardant vers les cieux, il avait nourri le désir de… chatouiller les nuages!

Les années avaient passé.

Avec l’âge, Monsieur Mézenc avait pris des allures de montagne sage et bien rangée, avec l’apparence paisible d’une grande table de pierre…

Des millénaires étaient passés…

Monsieur Mézenc était devenu un grand seigneur, dominant de son impressionnante masse tout le cirque des Boutières, et attirant les regards depuis tous les sommets et toutes les crêtes à des kilomètres à la ronde.

Il forçait l’admiration et le respect par sa sereine et splendide majesté.

Le Mont Mézenc depuis le rocher de Soutron

Sur ses pentes, les chevreuils, les renards, les sangliers, les marmottes – et même à certaines époques les ours et les loups – adoraient vivre et se promener…

Son sommet n’avait certes rien de ces pics bien aiguisés que l’on peut voir en d’autres massifs : toutefois il estimait qu’il avait une pointe suffisante pour, le moment venu, parvenir à chatouiller les volutes immaculées qu’il voyait se promener au dessus de lui.

En effet, malgré cette apparence si sage, Monseigneur le Mézenc gardait son rêve d’enfant turbulent. Quoique paraissant très calme, il avait toujours son regard levé vers le ciel… guettant les nuages.

Car, pour tout dire, il s’ennuyait un peu, et il souhaitait toujours leur faire sa petite blague.

Or un jour – un jour qui aurait pu être tout pareil aux autres jours – il entendit chanter dans le lointain : -« Hé ho, hé ho, nous sommes les nuages, hé ho hé ho hé ho hé ho… »

-« Oh oh! se dit Monsieur Mézenc, mais ne dirait-on pas qu’un groupe de nuages se dirige par ici? Ils sont bien dodus, bien rondouillards et bien cotonneux… Mon heure ne serai-elle pas venue? »

Sans se douter qu’il se faisait le complice de son innocente malice, le vent les amenait dans sa direction : génial ! Il les laissa approcher en faisant semblant de dormir. 

Un sourire coquin à l’intérieur de lui-même, Monseigneur le Mézenc attendit patiemment qu’ils arrivent juste au dessus de lui.

Encore quelques mètres… et voilà : il les avait juste à portée de sommet !

Nuages effleurant le sommet du Mézenc

Alors, il se haussa sur la pointe des pieds et, imperceptiblement, il se mit à donner à son sommet de petits mouvements afin de gratter le dessous des nuages.

D’abord tout doucement… Puis, un peu plus fort !
Un premier nuage commença à se trémousser en se déformant quelque peu. Un deuxième se tortilla en faisant entendre de petits gloussements. Un troisième, qui avait été chatouillé avec plus d’audace, hoqueta de rire:

-« Hey! Mais que se passe-t-il ici? J’ai l’impression qu’on me gratouille là-dessous! »

Le nuage se contorsionna pour regarder son ventre, et voir qui pouvait l’avoir ainsi papouillé. Monsieur Mézenc, l’air de rien, ne bronchait pas.

A l’intérieur de lui-même cependant, son rire exultait : c’était vraiment trop drôle, ces nuages qui se tortillaient!

Il reprit son oeuvre et chatouilla le reste du groupe : les nuages s’étiraient puis se recroquevillaient en riant, car ils étaient tous très chatouilleux!

-« Oh oh oh, c’est trop rigolo! » s’écria l’un d’eux, dans un grand éclat de rire. -« Oui, ajouta un autre, et je crois bien que c’est cette montagne, avec son air de sainte nitouche qui nous joue des tours… » -« Tu as raison, renchérit un troisième : regarde son sommet ; c’est en fait une véritable brosse à gratter! »

En se faisant de grands clins d’oeil, les nuages se rapprochèrent les uns des autres en chuchotant:
-« Hep, psst, psst… Si nous lui faisions, à notre tour, une bonne blague? » -« Oui, oui, oui! Faisons-lui nous aussi une blague! » -« Que diriez-vous de l’arroser? » suggéra le chef de groupe.

    Aussitôt, les nuages s’amoncelèrent, puis ils se serrèrent et s’essorèrent tous en choeur juste au-dessus de lui.

    nuagepluie.gif

    Quelle bonne douche se prit le mont : il était trempé!

    Ah, ces nuages ne l’avaient pas raté. Il les vit rire de leur bonne farce.

    Ils ne perdaient rien pour attendre. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il leur mijota un bon coup à sa manière : ouvrant brusquement une de ses anciennes petites failles, il leur souffla un bon jet de vapeur.

    Les nuages surpris se trouvèrent tout décoiffés : ils avaient tous la même coupe aérodynamique, en forme de crête de coq. -« Ha ha ha! exulta le Mézenc : je les ai bien eus ! »

    Mais les nuages ne s’en tinrent pas là : ainsi donc, ce mont espiègle voulait jouer avec eux… et bien eux aussi allaient jouer avec lui!

    Monsieur Mézenc méritait vraiment une réponse à ses petites blagues.

Les nuages se dispersèrent alors tout autour de lui et entreprirent de lui dessiner des moustaches de coton sur les flancs : bientôt, Monseigneur le Mézenc ressembla à une immense boutique de moustaches blanches.

Il y en avait pour tous les goûts : des fines et des épaisses, des raides ou des frisées, des recourbées en guidon de vélo et des toutes droites, des anglaises ou des rouflaquettes… Sans parler d’une espèce d’énorme perruque vaporeuse qui lui faisait une tignasse de zazou…

Mont Mézenc enveloppé de nuages

Monsieur Mézenc dut admettre que leur farce était plutôt réussie, il s’amusait beaucoup en se regardant dans le miroir du firmament et trouvait leur réponse vraiment désopilante :  » Quels joyeux lurons, ces nuages! » Alors ils se mirent tous à rire à gorge déployée : et leur rire en cascade dévalait et roulait dans les vallées alentour, et se trouvait amplifié par tous les échos des Boutières.

Rien de tel qu’une bonne partie de rigolade pour détendre l’atmosphère!

Et c’est pourquoi, depuis ce jour mémorable entre tous, quand les nuages, poussés par le vent, arrivent aux confins du Vivarais et du Velay, ils ont pris l’habitude – et ils sont tout heureux – de se rassembler au dessus de Monseigneur le Mézenc… qui en est tout heureux lui aussi.

Oui, désormais, c’est leur rituel commun, qui se perpétue depuis des centaines et des centaines d’années : les nuages viennent en groupes à portée de son sommet et le Mézenc farceur peut inlassablement renouveler son rêve d’enfant.

Les nuages lui laissent leur chatouiller le ventre, et ils recommencent à l’arroser puis à le décorer de moustaches fantaisistes et de perruques cotonneuses!

Si certains esprits chagrins vous disent que c’est du mauvais temps et du tonnerre, surtout ne les croyez pas : ce sont là des gens qui ne savent rien de ce qui se passe dans le coeur des montagnes!

Ils ne peuvent pas comprendre quelle âme d’enfant cache en lui Monsieur Mézenc, et ils ne soupçonnent pas non plus que les nuages sont espiègles!

Et ils sont vraiment trop sérieux pour entendre, dans ce qu’ils croient être le bruit du tonnerre, le rire sonore des nuages chatouilleux et du Mézenc farceur…

Chat au parapluie

Publié dans : Chronique de Lully, Lectures & relectures | le 13 février, 2011 |10 Commentaires »

2011-16. « Si la place occupée par la Sainte Vierge a toujours été essentielle à l’équilibre de la foi, retrouver aujourd’hui cette place est devenu d’une urgence rare dans l’histoire de l’Eglise ».

Vendredi 11 février 2011, fête de Notre-Dame de Lourdes.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

A l’occasion de cette fête de Notre-Dame de Lourdes, particulièrement chère au coeur des catholiques, je vous propose de relire certains passages d’un ouvrage qui, s’ils nous font en quelque sorte revenir vingt-sept ans « en arrière », n’en conservent pas moins une très grande et très vive actualité.

Au cours de l’été 1984, celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger avait accordé à Vittorio Messori plusieurs entretiens qui furent ensuite publiés (« Entretien sur la Foi«  – éd. Fayard – 1985) et dont je vous propose de méditer ces extraits consacrés à la place et au rôle de la Vierge Marie dans la conservation et la défense de la foi authentique.

Puisse la Vierge très pure conserver à tous les fidèles une très grande pureté de foi! Puisse la Mère du Christ et de l’Eglise nous faire grandir dans l’espérance! Puisse la Reine très puissante des cieux et de la terre faire triompher dans tous les coeurs et dans toutes les sociétés humaines la charité par la pleine adhésion à la Vérité révélée, qui est son divin Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ!

Lully.

Benoît XVI devant la statue de Notre-Dame de Lourdes

in « Entretien sur la Foi », aux pages 121 à 127 :

(nous omettons ici – c’est marqué par les signes (…)- certaines citations : elles n’ont dans le texte original qu’un rôle de confirmation et leur omission n’ôte rien au sens  des propos du Cardinal Ratzinger)

« Il me dira au cours de cet entretien : « Si la place occupée par la Sainte Vierge a toujours été essentielle à l’équilibre de la foi, retrouver aujourd’hui cette place est devenu d’une urgence rare dans l’histoire de l’Eglise« .

Le témoignage de Ratzinger est aussi humainement important, car il y est parvenu par un chemin personnel de redécouverte, puis d’approfondissement, presque de pleine « conversion » au mystère marial. Il me confie : « Quand j’étais jeune théologien, avant (et même pendant) les sessions du concile, comme il est arrivé et comme il arrivera encore aujourd’hui à beaucoup, je nourrissais quelques réserves sur certaines formules anciennes comme, par exemple, la fameuse de Maria numquam satis« sur Marie on ne dira jamais assez« . Elle me paraissait exagérée. J’avais aussi du mal à comprendre le vrai sens d’une autre expression fameuse (répétée dans l’Eglise depuis les premiers siècles, quand – après un mémorable débat – le concile d’Ephèse de 431 avait proclamé Marie Theotokos, Mère de Dieu), à savoir l’expression qui veut que la Vierge soit « victorieuse de toutes les hérésies ». Aujourd’hui seulement – en cette période de confusion où toutes sortes de déviations hérétiques semblent venir frapper à la porte de la foi authentique -, aujourd’hui je comprends qu’il ne s’agissait pas d’une exagération de dévots, mais de vérités plus que jamais valables » (…).

Bien que de manière très synthétique, donc nécessairement incomplète, le Cardinal résume en six points la fonction de la Sainte Vierge dans l’équilibre et l’achèvement de la foi catholique. Ecoutons-le :

« Premier point : Reconnaître à Marie la place que le dogme et la tradition lui assignent, vaut d’être solidement enraciné dans la christologie authentique (…). C’est du reste au service direct de la foi dans le Christ – et non pas avant tout par dévotion à sa Mère – que l’Eglise a proclamé ses dogmes sur Marie : d’abord sa virginité perpétuelle et sa maternité divine, puis après une longue maturation et réflexion, sa conception sans la tache du péché originel, et son Assomption corporelle dans la splendeur céleste. Ces dogmes mettent à l’abri la foi authentique dans le Christ, comme vrai Dieu et vrai homme : deux natures en une seule Personne. Ils mettent aussi à l’abri l’indispensable tension eschatologique, désignant en Marie montée au Ciel la vocation à l’immortalité qui nous attend tous. Et ils mettent à l’abri jusqu’à la foi, aujourd’hui menacée, en Dieu Créateur, lequel (c’est, entre autres, une des significations de la vérité plus que jamais incomprise de la virginité perpétuelle de Marie) peut intervenir à loisir jusque sur la matière même«  (…).

Ce premier point, il le fait suivre d’un deuxième : « La mariologie de l’Eglise implique le juste rapport et l’intégration nécessaire entre Bible et Tradition : les quatre dogmes sur Marie ont leur clair fondement dans l’Ecriture. De là, il y a comme un germe qui grandit et donne son fruit dans la vie de la Tradition telle qu’elle s’exprime dans la liturgie, l’intuition du peuple croyant, la réflexion de la théologie guidée par le Magistère« .

Troisième point : « Dans sa personne même de jeune fille juive devenue mère du Messie, Marie unit ensemble de façon vitale et indissociable l’ancien et le nouveau peuple de Dieu, Israël et le christianisme, la Synagogue et l’Eglise. Elle est comme le point de jonction sans lequel la foi (comme il arrive aujourd’hui) court le risque de se déséquilibrer en réabsorbant le Nouveau Testament dans l’Ancien, ou en se débarrassant de celui-ci. En elle, nous pouvons vivre en revanche l’unité de l’Ecriture entière« .

Quatrième point : « La dévotion mariale correcte garantit à la foi la coexistence de l’indispensable « raison«  avec, comme dirait Pascal, les « raisons du coeur« , tout aussi indispensables. Pour l’Eglise, l’homme n’est pas seulement raison ni seulement sentiment, il est union de ces deux dimensions. La tête doit réfléchir avec lucidité, mais le coeur doit être réchauffé : la dévotion à Marie (…) assure ainsi à la foi sa dimension humaine complète« .

Poursuivant sa synthèse, Ratzinger indique ce cinquième point : « Pour reprendre les expressions mêmes de Vatican II, Marie est « figure« , « image« , « modèle«  de l’Eglise. Regardant vers elle, l’Eglise est alors mise à l’abri de cette image masculinisée (…) qui la représente comme instrument d’un programme d’action socio-politique. En Marie, sa figure et son modèle, l’Eglise retrouve son visage de Mère, elle ne peut dégénérer par l’effet d’une involution qui la transformerait en parti, en organisation, en groupe de pression au service d’intérêts humains, si nobles soient-ils. Si, dans certaines théologies et ecclésiologies, Marie ne trouve plus place, la raison en est claire : elles ont réduit la foi à une abstraction. Et une abstraction n’a nul besoin d’une Mère« .

Sixième et dernier point de cette synthèse : « Par son destin qui est à la fois de Vierge et de Mère, Marie continue à projeter une lumière sur ce que le Créateur a eu comme dessein pour la femme de tous les temps, le nôtre y compris ; et peut-être surtout le nôtre où – comme nous le savons – se trouve menacée l’essence même de la féminité. Sa Virginité et sa Maternité enracinent le mystère de la femme dans un destin très élevé auquel elle ne peut être arrachée. Marie est l’intrépide annonciatrice du Magnificat, mais elle est aussi celle qui rend féconds le silence et la vie cachée ; elle est celle qui ne craint pas d’être debout au pied de la Croix, qui est présente à la naissance de l’Eglise ; mais elle est aussi celle qui, comme le souligne à plusieurs reprises l’évangéliste, « garde et médite dans son coeur«  ce qui se passe autour d’elle. Créature de courage et d’obéissance, elle est (encore et toujours) un exemple vers lequel tout chrétien – homme et femme – peut et doit regarder« .

Armoiries du Souverain Pontife Benoît XVI  dans les jardins du Vatican

Jardins du Vatican : Armoiries de Benoît XVI.

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