Neuvaine de l’Immaculée Conception.

du 29 novembre au 7 décembre

*
*     *

La Sainte Eglise encourage ses enfants à préparer la fête de la Conception Immaculée de la Très Sainte Vierge Marie par une neuvaine spéciale, à laquelle est attachée une indulgence partielle (cf. > Enchiridion Indulgentiarum quarto editur – 1999 ; Concessiones, §22 – 1°). 

L’usage de l’Eglise de Rome, l’usage général dans l’Eglise Catholique, est de commencer cette neuvaine le 29 novembre et de l’achever le 7 décembre.
Ce sont ainsi et en vérité neuf jours de préparation spirituelle qui s’achèvent au moment où commence la fête : c’est-à-dire avec les premières vêpres.

Nous ne comprenons pas pourquoi, en France, l’usage universel n’est pas suivi et pour quelle raison beaucoup de font commencer cette neuvaine que le 30 novembre seulement.

En outre, les images imprimées, qui changent tous les ans, proposent des textes de prière qui – malgré l’imprimatur de l’archevêché de Paris – nous paraissent souvent comporter des « bizarreries »… 
Voilà pourquoi nous publions ci-dessous la prière de neuvaine composée par le Pape Saint Pie X : elle n’a pas besoin d’être renouvelée chaque année!

Neuvaine de l'Immaculée Conception. dans De Maria numquam satis miquel-bestard-i-cirer

L’Immaculée Conception
Miquel Bestard i Cirer pinxit (1592-1633)

Vierge très sainte, qui avez plu au Seigneur et êtes devenue sa Mère, Vierge Immaculée dans votre corps, dans votre âme, dans votre foi, et dans votre amour, de grâce, regardez avec bienveillance les malheureux qui implorent votre puissante protection.

Le serpent infernal, contre lequel fut jetée la première malédiction, continue, hélas! à combattre et à tenter les pauvres fils d’Eve.

O Vous, notre Mère bénie, notre Reine et notre Avocate, vous qui avez écrasé la tête de l’ennemi dès le premier instant de votre Conception, accueillez nos prières, et, nous vous en conjurons, unis en un seul coeur, présentez-les devant le Trône de Dieu, afin que nous ne nous laissions jamais prendre aux embûches qui nous sont tendues, mais que nous arrivions tous au port du salut, et qu’au milieu de tant de périls, l’Eglise et la société chrétienne chantent encore une fois l’hymne de la délivrance, de la victoire et de la paix.

Ainsi soit-il!

O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous!
(3 fois)

on peut aussi utiliser la formule qui fut inspirée à Saint Maximilien-Marie Kolbe lorsqu’il fonda la Militia Immaculatae :

O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous,
et pour tous ceux qui n’ont pas recours à vous,
spécialement pour les francs-maçons!

lys2 8 décembre dans Prier avec nous

Publié dans : De Maria numquam satis, Prier avec nous | le 26 novembre, 2012 |3 Commentaires »

2012-84. Abbé Bryan Hougthon : vingt après, un exemple qu’il convenait de mettre en valeur.

Lundi 26 novembre 2012
Fête de Sainte Geneviève des Ardents,
céleste protectrice de la Gendarmerie Française (cf. > www)

2012-84. Abbé Bryan Hougthon : vingt après, un exemple qu'il convenait de mettre en valeur. dans Chronique de Lully nd-de-la-rose-montelimar-25-nov-2012

Montélimar, chapelle Notre-Dame de la Rose – 25 novembre 2012.

Si le ciel est resté obstinément gris à Montélimar, ce dimanche 25 novembre 2012, vingt-sixième et dernier dimanche après la Pentecôte, je crois que cela a été pour mieux faire ressortir la splendeur de la lumière intérieure qui a éclairé les âmes de ceux qui ont pu participer à cette journée de commémoration et d’hommage à Monsieur l’abbé Bryan Houghton, à l’occasion du vingtième anniversaire de son rappel à Dieu (cf. > www).

Une assemblée fervente remplissait la chapelle pour la Messe solennelle, chantée par Monsieur l’abbé Vincent Ribeton, supérieur du district de France de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, assisté – officiant comme diacre – du Révérend Père Cyrille, osb, représentant l’Abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, et – officiant comme sous-diacre – de Monsieur l’abbé Brice Meissonnier, supérieur de la maison Padre Pio de la FSSP à Lyon, chargée de desservir la chapelle.
Il est probable que cette vénérable chapelle n’avait pas vu de célébration de la Messe avec diacre et sous-diacre depuis très longtemps… Peut-être avant la révolution?
Monsieur l’abbé Meissonnier avait déployé tout son zèle pour donner à cette liturgie un maximum d’éclat, étant venu avec quatre servants d’autel bien formés et ayant aussi apporté de très beaux ornements anciens.

celebrants-et-servants-25-nov-2012-nd-de-la-rose 25 novembre 2012 dans Commentaires d'actualité & humeurs

Les officiants et les servants d’autel devant la porte baroque de la chapelle Notre-Dame de la Rose
dimanche 25 novembre 2012

les-officiants-25-nov-2012-nd-de-la-rose abbé Houghton dans De liturgia

Au centre, Monsieur l’abbé Vincent Ribeton, supérieur du district de France de la FSSP,
à droite Dom Cyrille, de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, à gauche Monsieur l’abbé Brice Meissonnier, supérieur de la maison Padre Pio de la FSSP à Lyon.

Monsieur l’abbé Meissonnier a transmis aux fidèles le message d’encouragement et la bénédiction du Souverain Pontife envoyés pour l’occasion par la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège.
Au cours de son homélie, Dom Cyrille, en développant les deux mots qui constituent le titre de l’autobiographie de l’abbé Houghton« Prêtre rejeté » – a mis en lumière l’amour indéfectible de cette grande âme pour Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour le Saint-Sacrifice de la Messe et pour l’Eglise.

Le déjeuner, copieux et succulent (ne convenait-il pas que les corps fussent associés à la joie des âmes?), et pour lequel il faut souligner la présence amicale du curé de la paroisse de « rite ordinaire » de Montélimar, fut suivi d’un temps d’échanges, très riche : ceux qui ont connu l’abbé Houghton, par leurs souvenirs, l’ont ainsi rendu plus proche et en quelque sorte présent pour ceux qui n’ont pas eu la grâce de le connaître (voir aussi > www).
Précisions biographiques, témoignage de celui qui a servi la dernière Messe de l’abbé au maître-autel de la cathédrale de Viviers (photo de cet autel ici > www), témoignages concernant son zèle pour les âmes, témoignages sur la souffrance et la solitude morales dans lesquelles il s’est trouvé en raison des vexations et mesquineries ecclésiastiques, témoignages sur sa délicatesse d’âme et les inquiétudes qui l’ont tenaillé parfois, témoignages sur son réalisme spirituel et son espérance surnaturelle, témoignages aussi – bien sûr – des traits de son célèbre humour…

abbe-bryan-houghton Bryan Houghton dans Memento

Un fascicule imprimé, reprenant quelques articles de l’abbé Houghton qu’il est assez difficile de retrouver à l’heure actuelle, a été remis aux participants.

Cette belle journée de prière, d’amitié, de commémoration, de ferveur filiale dans l’amour du Christ Rédempteur, dans l’amour de la Messe et dans l’amour de l’Eglise, a été clôturée par le chant des Vêpres et le Salut du Très Saint-Sacrement, présidés par Dom Cyrille.

En sus des ecclésiastiques présents, que soient chaleureusement remerciés les fidèles, et tout spécialement les responsables et membres de l’association des Amis de la Chapelle Notre-Dame de la Rose (siège social : c/ M. Pierre Sirot – 6, rue Rabelais, 26200 Montélimar) qui maintiennent sur place le souvenir vivant et agissent pour que perdure l’oeuvre de l’abbé Houghton qui rendit cette antique chapelle au culte pour lequel elle avait été construite.
Souhaitons, pour terminer, que les démarches entreprises en vue de la mise hors d’eau et la restauration nécessaire de ce bel édifice soient promptement couronnées de succès, afin que le trésor inestimable de la Sainte Messe traditionnelle soit célébré dans un écrin pleinement digne de lui! 

fin-de-la-messe-nd-de-la-rose-25-nov.-2012 Montélimar dans Vexilla Regis

2012-83. Deux textes prophétiques.

23 novembre
Fête de Saint Clément 1er 

Dans la continuité des réflexions et de l’Instruction Pastorale de Monseigneur Louis Edouard Pie que je publiais hier (cf. > www), voici deux autres textes – beaucoup plus courts – dont on peut dire qu’ils sont véritablement prophétiques tant ils semblent décrire ce qui se passe aujourd’hui dans nos sociétés.

Le premier, de 1901, est extrait d’une allocution consistoriale prononcée par le Pape Léon XIII, et le second, de 1903, est tiré de la première lettre encyclique de Saint Pie X.

Nous y sommes bien loin de l’optimisme – aussi naïf et béat que fallacieux – du prétendu « esprit du concile » ; ils sont, tout au contraire, remplis de ce même réalisme surnaturel et de la même lucidité spirituelle qui inspiraient déjà Saint Jean à la fin du 1er siècle lorsqu’il écrivait :  « Ne vous étonnez point, mes frères, si le monde vous hait (1 Johan. III, 13)… Nous savons que nous sommes de Dieu ; et le monde est tout entier sous l’empire du Malin (ibid. V, 19) ».

2012-83. Deux textes prophétiques. dans Lectures & relectures luca-signorelli-les-damnes

Luca Signorelli : la réprobation des damnés
(fresques de la cathédrale d’Orvieto – détail) 

Il est à redouter que la société civile ne coure à des catastrophes d’autant plus grandes qu’elle s’éloigne davantage de Jésus-Christ Rédempteur :

« Vénérables Frères, le grand souci qui nous tourmente est de voir que les épreuves et les afflictions qui entourent les catholiques, loin de s’atténuer, vont en s’aggravant chaque jour et même se propagent d’une partie de l’Europe à l’autre comme une véritable contagion… Ce qui domine en ce moment, c’est le dessein manifeste des ennemis de l’Église d’attaquer violemment les institutions chrétiennes, et on dirait qu’il y a comme un pacte formé entre eux dans ce but. On en voit la preuve dans ce qui se passe un peu partout, à savoir les soulèvements des foules, les cris de violence et les menaces proférées en public, les publications populaires, les outrages publics jetés sur les choses et les personnes les plus respectables. Ce sont là de tristes indices pour l’avenir et qui font présager avec toute vraisemblance qu’à des temps malheureux succéderont des temps plus malheureux encore. L’Église, sans doute, appuyée sur Dieu et n’ayant rien à craindre pour elle, attendra et supportera toutes les luttes que chaque jour lui apportera. Quant aux États, il est à craindre qu’ils ne voient point où ils vont, et pour la société civile elle-même, il est à redouter qu’elle ne coure à des catastrophes d’autant plus grandes qu’elle s’éloigne davantage de Jésus-Christ Rédempteur ».

Léon XIII, allocution consistoriale sur les périls qui menacent l’Église et la société civile,
15 août 1901.
armoiries_pontificales_leon_xiii Antéchrist dans Vexilla Regis
*
*    *
Des habitudes de vie, tant privée que publique,
où nul compte n’est tenu de la Souveraineté de Dieu :
« Nous (éprouvons) une sorte de terreur à considérer les conditions funestes de l’humanité à l’heure présente. Peut-on ignorer la maladie si profonde et si grave qui travaille, en ce moment bien plus que par le passé, la société humaine, et qui, s’aggravant de jour en jour et la rongeant jusqu’aux moelles, l’entraîne à sa ruine? Cette maladie, vénérés Frères, vous la connaissez, c’est, à l’égard de Dieu, l’abandon et l’apostasie… De nos jours, il n’est que trop vrai, les nations ont frémi et les peuples ont médité des projets insensés (Ps. II, 1) contre leur Créateur ; et presque commun est devenu ce cri de Ses ennemis : Retirez-vous de nous (Ps. XXI, 14). De là des habitudes de vie, tant privée que publique, où nul compte n’est tenu de Sa Souveraineté. Bien plus, il n’est ni effort ni artifice que l’on ne mette en oeuvre pour abolir entièrement Son souvenir et jusqu’à Sa notion.
Qui pèse ces choses a droit de craindre qu’une telle perversion des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps, et comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement le fils de perdition dont parle l’Apôtre (2 Thess. II, 3) n’ait déjà fait son avènement parmi nous. Si grande est l’audace et si grande la rage avec lesquelles on se rue partout à l’attaque de la religion, on tend d’un effort obstiné à anéantir tout rapport de l’homme avec la divinité. En revanche, et c’est là, au dire du même Apôtre, le caractère propre de l’Antéchrist, l’homme, avec une témérité sans nom, a usurpé la place du Créateur en s’élevant au-dessus de tout ce qui porte le nom de Dieu. C’est à tel point, qu’impuissant à éteindre complètement en soi la notion de Dieu, il secoue cependant le joug de Sa Majesté, et se dédie à lui-même le monde visible en guise de temple, où il prétend recevoir les adorations de ses semblables. Il siège dans le temple de Dieu, où il se montre comme s’il était Dieu lui-même (2 Thess. II, 2) ».
Saint Pie X, encyclique « E Supremi apostolatus cathedra »,
4 octobre 1903. 
armes-pontificales-de-pie-x apostasie

2012-82. « Et il y a déjà beaucoup d’antéchrists ».

22 novembre,
fête de Sainte Cécile.

Nous voici dans les derniers jours de l’année liturgique.
Le dernier dimanche après la Pentecôte va nous faire entendre une nouvelle fois les versets 15 à 35 du vingt-quatrième chapitre de l’Evangile selon Saint Matthieu rapportant les paroles tellement fortes et saisissantes de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur les signes annonciateurs de la fin des temps.
C’est la volonté de Dieu, exprimée à travers la Tradition et la sainte liturgie de Son Eglise, que nous nous attachions à méditer en ces jours les graves avertissements de Notre-Seigneur et de Ses Saints Apôtres.

Or parmi les signes avant-coureurs de la fin des temps, nous savons qu’il y aura la parution de l’antéchrist« l’homme du péché, le fils de la perdition » (2 Thess. II, 2) – mais la Tradition chrétienne, à la suite de Saint Jean, désigne en fait sous ce nom deux réalités : a) une personne physique, faux-messie, instrument privilégié de Satan, qui étendra sa domination politique sur le monde dans les derniers temps ; mais aussi b) les faux-docteurs, faux prophètes et séducteurs des nations qui, tout au long de l’histoire de l’humanité, tentent de corrompre la vraie foi et d’égarer les fidèles par leurs doctrines fallacieuses.

Vous allez trouver ci-dessous un texte particulièrement pertinent et « percutant », publié en 1863 par Monseigneur Pie , évêque de Poitiers et futur cardinal, commentant les paroles de l’Apôtre Saint Jean : « Et il y a déjà beaucoup d’antéchrists » (1 Johan. II, 18).
Cette Instruction Pastorale qui a quelque cent cinquante ans me paraît d’une singulière actualité : ce pourquoi je vous engage à la lire avec une extrême attention et en méditer tous les points, parce qu’ils peuvent s’accorder à la perfection au contexte actuel de l’Eglise et de la société.

Lully.

2012-82.

Mgr. Louis Edouard Pie (1815 – 1880), évêque de Poitiers,
cardinal-prêtre du titre de Sainte-Marie de la Victoire en 1879.

Instruction Pastorale
sur cette parole de Saint Jean :

« Et il y a déjà beaucoup d’antéchrists »

(carême 1863) 

Nos Très Chers Frères,

I. Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit : « Veillez à ce que personne ne vous séduise. Car plusieurs viendront en mon nom et diront : Je suis le Christ, et ils séduiront un grand nombre d’âmes… Et beaucoup de faux christs et de faux prophètes surgiront, et ils feront des signes et des prodiges étonnants, à ce point que les élus eux-mêmes, si cela se pouvait, seraient induits en erreur. Je vous prédis ces choses, afin que vous vous teniez pour avertis » (Matth. XXIV, 4-5, 24-25).
Cet avertissement du Sauveur, N.T.C.F. (*), vos pasteurs ont reçu la mission de vous le répèter souvent, mais particulièrement à ces époques de confusion et de crise où il semble que les légions infernales aient reçu une plus grande puissance de tromper et de nuire. Tels étaient les temps de saint Hilaire. Aussi est-ce sa voix et sa doctrine que nous venons vous faire entendre dans cette courte instruction pastorale.
Ce saint docteur, en expliquant l’Evangile à vos pères, s’est souvent attaché à leur donner le signalement de l’antéchrist ; et non seulement de cet antéchrist individuel et personnel qui accomplira un rôle si terrible dans les derniers jours du monde, mais encore des ces antéchrists nombreux et presque innombrables qui doivent, sur tout le parcours de la ligne des siècles, préparer la venue et faciliter la mission de l’antéchrist final.
Mes enfants, disait ce grand pontife s’appropriant les paroles de saint Jean, Filioli, parce que vous avez entendu dire peut-être que l’antéchrist vient, et que la dernière heure approche, ce que personne ne sait, moi je vous dis une chose certaine, « c’est qu’il y a déjà beaucoup d’antéchrists » (I Johan. II, 18). Que l’antéchrist, qui sera un et individuel à la fin des âges, soit auparavant nombreux et multiple, c’est ce que le témoignage de l’Ecriture rend incontestable. Quiconque nie le Christ tel qu’il a été annoncé par les apôtres, celui-là est un antéchrist. La signification propre du nom d’antéchrist, c’est d’être contraire à Jésus-Christ (St Hilaire, contra Auxentium, 2).
Or, s’il est écrit que les temps de l’antéchrist seront périlleux, que la bonne foi de beaucoup sera surprise, il ne faut pas moins de précautions envers ses devanciers et ses précurseurs. « Je n’ai qu’un avis à vous donner : Prenez garde à l’antéchrist, ayez peur de l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum » (ibid. 12).
Et si vous me demandez  où se trouve aujourd’hui cet antéchrist dont vous avez tant à vous garder, il me serait vraiment plus facile de vous dire où il n’est pas.

II. Antéchrist, celui qui nie que Jésus soit Dieu ; antéchrist, celui qui nie que Jésus soit homme ; antéchrist, celui qui nie que Jésus soit Dieu et homme tout ensemble.
Celui-là est un antéchrist, dit saint Jean, qui nie le Père, puisqu’en niant le Père, il nie le Fils : Hic est antichristus qui negat Patrem et Filium (1 Johan. II, 22). En effet, il n’y a pas d’antichristianisme plus radical que celui qui nie la divinité à sa source, à son principe. Comment le Christ serait-il Dieu, s’il n’y a pas de Dieu? Or, la négation de l’être divin, de la substance divine, de la personnalité divine, et l’introduction de je ne sais quelle théodicée sophistique qui, tout en maintenant la dénomination de Dieu, en supprime la réalité, et lui substitue des abstractions et des rêves qui flottent entre l’athéisme et le panthéisme ou qui n’ont aucun sens : voilà le symptôme capital de la situation intellectuelle du moment, voilà l’enseignement qui remplit les livres et qui inspire les leçons de toute une école nombreuse et puissante. En présence de ces doctrines, « je n’ai qu’un avis à vous donner : Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo, cavete antichristum ».
Saint Jean poursuit : « Quiconque nie le Fils, n’a point le Père, et il n’a pas la vie. Celui qui croit dans le Fils de Dieu a pour soi le témoignage de Dieu. Celui qui ne croit pas au Fils, rend Dieu menteur, parce qu’il ne croit pas au témoignage que Dieu a donné de son Fils (1 Johan. III, 23 – V, 10, 12). Beaucoup de séducteurs sont entrés dans le monde, qui ne confessent point que Jésus-Christ soit venu dans la chair : quiconque nie cela, est un séducteur et un antéchrist : Qui non confitetur Christum in carne venisse, hic est seductor et antichristus » (2 Johan. 7). Or, si vous écoutez ce qui se dit, si vous lisez ce qui s’écrit à cette heure, vous apprendrez ou bien que le personnage historique de Jésus n’a pas même existé, du moins tel qu’il est représenté par les Evangiles, ou bien qu’il a été un des types humains en qui s’est davantage manifesté cet idéal de sagesse, de raison, de perfection qu’on est convenu de nommer Dieu. On ne vous accordera point que le Fils de Marie soit le Fils de Dieu fait homme, le Verbe descendu dans la chair, celui en qui réside corporellement la plénitude de la divinité (Coloss. II, 9), et, pour tout dire, l’Homme-Dieu. Epouvanté de ces blasphèmes, qui sont le complet renversement du symbole chrétien, « je n’ai qu’une chose à vous dire : Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum ».
Que dirai-je encore? Antéchrist, celui qui nie le miracle, celui qui enseigne que le miracle n’a pas sa place possible dans la trame des choses humaines : car le Christ, encore bien que ses paroles eussent un accent qui pouvait mériter créance, n’a cependant établi sa divinité que par l’argument décisif du miracle (Johan. X, 25, 37, 38) ; et il a donné à ses apôtres, comme moyen de persuasion et de conquête, la puissance du miracle (Johan. XIV, 12 – Marc. XV, 20) ; et sa venue dans la chair, l’union de la nature humaine et de la nature divine en sa personne unique, c’est le miracle par excellence (Coloss. I, 26). Supprimer le miracle, c’est supprimer tout l’ordre surnaturel et chrétien. Ici encore : « Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum ».
Antéchrist, celui qui nie la révélation divine des Ecritures : car ce sont les prophéties inspirées divinement qui nous ont annoncé le Christ ; et ce sont les Evangiles écrits sous la dictée de l’Esprit-Saint, ainsi que les actes et les lettres des apôtres, qui nous font connaître le Christ (2 Petr. I, 31). Nous avons à alléguer ici les propres paroles de saint Hilaire : « Quiconque nie le Christ tel qu’il a été annoncé par les apôtres, celui-là est un antéchrist : Quisquis enim Christum, qualis ab apostolis est praedicatus, negavit, antichristus est ». Si donc vous entendez donner le démenti aux livres saints, si leur autorité est ravalée au niveau des conceptions et des productions de l’esprit humain, « j’ai un conseil à vous donner : Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum ».
Antéchrist, celui qui nie la divine institution et la divine mission de l’Eglise : car le terme des oeuvres, des souffrances et de la mort de Jésus-Christ, ç’a été la fondation de son Eglise. « Jésus-Christ a aimé son Eglise, et il s’est livré lui-même pour elle afin de la sanctifier, après l’avoir lavée dans le baptême d’eau par la parole de vie, pour la faire paraître devant lui pleine de gloire, n’ayant ni tache, ni ride, ni quoi que ce soit de défectueux, mais étant sainte et irrépréhensible » (Eph. V, 25, 27). Or, si l’Eglise n’a pas un caractère surnaturel, si elle est seulement une institution terrestre, un des établissements religieux destinés à jouer un rôle plus ou moins long au sein de l’humanité, une société exposée aux vicissitudes et aux défaillances des choses d’ici-bas, une école plus ou moins respectable de philosphie et de philanthropie, en un mot, si l’Eglise n’est pas divine, c’est que le Christ son fondateur, n’est pas Dieu. Rejeter la divinité de l’oeuvre, c’est rejeter la divinité de l’ouvrier. « J’ai toujours la même recommandation à vous faire : Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum ».
Antéchrist, celui qui nie la suprême et indéfectible autorité de Pierre. En effet, Jésus-Christ, après avoir regardé cet homme au visage, lui a dit : « Simon, fils de Jean, ton nom va être changé. Désormais tu t’appelleras Céphas, ce qui veut dire Pierre (Johan. I, 42) ; et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, et les puissances de l’enfer ne prévaudront point contre elle ; et je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; et tout ce que tu lieras sur la terre, sera lié dans le ciel ; et tout ce que tu délieras sur la terre, sera délié dans le ciel » (Matth. XVI, 18-19). Et le même Jésus lui a dit encore : « Simon, Simon, voici que satan vous a demandés tous pour vous cribler comme un froment. Mais moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères » (Luc. XXII, 31-32). Or, si ces paroles de Jésus-Christ n’ont pas fait de Pierre le fondement inébranlable de l’Eglise, le roc immuable de la vérité, l’oracle infaillible de la foi, c’est que celui qui les a prononcées n’avait pas la puissance de les rendre efficaces. Toucher à Pierre, c’est toucher à la tête vivante, au chef invisible de l’Eglise chrétienne, qui revit et qui subsiste en lui. « Je vous crie donc encore : Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum ».
Antéchrist, celui qui nie ou qui déprime le sacerdoce chrétien. Car Jésus-Christ ressuscité a dit à ses apôtres : « Comme mon Père m’a envoyé, ainsi je vous envoie (Johan. XX, 21). Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit ; et voici que moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles » (Matth. XXVIII, 18-20). Or, si les pouvoirs ainsi conférés par Jésus ne sont pas les pleins pouvoirs d’enseigner la vérité au nom de Dieu par la prédication, d’administrer la grâce par les sacrements, de pourvoir à l’observation des préceptes divins par le gouvernement ecclésiastique, et si, dans l’exercice de ces pouvoirs, le sacerdoce chrétien n’est pas soutenu par une assistance continue et par une présence journalière du Christ en lui ; ici encore, il faut admettre que le Christ a dit plus qu’il n’a pu faire, et que, par conséquent, il n’est pas Dieu. Et sachant que le Seigneur a dit des lévites mêmes de l’ancienne loi : « Ne touchez pas à mes christs » (1 Paralip. XVI, 22), et qu’il a dit aux ministres de la loi nouvelle : « Celui qui vous reçoit me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé » (Matth. X, 40) ; quand je vois la langue de mon pays se dépraver jusqu’à changer en titre d’insulte et de dédain cette première initiation sacerdotale et royale qui s’appelle la cléricature, et que les vocabulaires avaient longtemps donnée comme synonyme du savoir et de l’instruction libérale, je me sens épris d’une immense pitié pour une génération dont les sommités mêmes peuvent descendre à un pareil abaissement et se montrer coupables d’un tel oubli de respect envers ce que tous les peuples ont eu de plus sacré ; et « je redis toujours la même leçon : Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum ».
Antéchrist, celui qui nie la supériorité des temps et des pays chrétiens sur les temps et les pays infidèles ou idolâtres. Car si Jésus-Christ, qui nous a illuminés alors que nous étions assis dans les ténèbres et dans les ombres de la mort (Luc. I, 79), et qui a donné au monde le trésor de la vérité et de la grâce (Johan. I, 14), n’a pas enrichi le monde, je dis même le monde social et politique, de biens meilleurs que ceux qu’ils possédait au sein du paganisme, c’est que l’oeuvre du Christ n’est pas une oeuvre divine. Il y a plus : si l’Evangile, qui fait le salut des hommes, est impuissant à procurer le véritable progrès des peuples ; si la lumière révélée, profitable aux individus, est préjudiciable aux sociétés ; si le sceptre du Christ, doux et bienfaisant aux âmes, peut-être même aux familles, est mauvais et inacceptable pour les cités et les empires ; en d’autres termes, si Jésus-Christ, à qui les prophètes ont promis et à qui son Père a donné les nations en héritage (Psalm. II, 8), ne peut exercer sa puissance sur elles qu’à leur détriment et pour leur malheur temporel, il en faut conclure que Jésus-Christ n’est pas Dieu. Car, ni dans sa personne, ni dans l’exercice de ses droits, Jésus-Christ ne peut être divisé, dissous, fractionné ; en lui la distinction des natures et des opérations ne peut jamais être la séparation, l’opposition ; le divin ne peut être antipathique à l’humain, ni l’humain au divin. Au contraire, il est la paix, le rapprochement, la réconciliation ; il est le trait d’union « qui a fait les deux choses une : ipse est pax nostra qui fecit utraque unum » (Ephes. I, 14). C’est pourquoi saint Jean nous dit : « Tout esprit qui dissout Jésus n’est pas de Dieu, et c’est proprement lui qui est cet antéchrist dont vous avez entendu dire qu’il vient, et qu’il est déjà maintenant dans le monde : Et omnis spiritus qui solvit Jesum, ex Deo non est ; et hic est antichristus de quo audistis quoniam venit, et nunc jam in mundo est » (1 Johan. IV, 3). Lors donc que j’entends certains bruits qui montent, certains aphorismes qui prévalent de jour en jour, et qui introduisent au coeur des sociétés le dissolvant sous l’action duquel doit périr le monde, « je jette ce cri d’alarme : Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavete antichristum ».

III. Nous pourrions, N.T.C.F. (*), étendre encore le détail des erreurs qui s’accréditent chaque jour autour de nous, et qui constituent tout ce système qu’on peut appeler l’antichristianisme. Ce que nous avons dit est plus que suffisant pour exciter votre vigilance, et pour vous rendre de plus en plus défiants envers toute doctrine qui ne procède pas de l’Eglise, et qui n’est pas conforme à ce qui vous a été enseigné par vos légitimes pasteurs. Retenez fortement gravés dans votre esprit les paroles solennelles qu’adressait saint Paul à nos pères : « J’admire, écrivait-il aux Galates, que vous vous laissiez détourner si vite de celui qui vous a appelés à la grâce du Christ, pour passer avec tant de facilités à un autre évangile : ou plutôt, il n’y a pas d’autre évangile, mais il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent renverser et changer l’Evangile de Jésus-Christ : nisi sunt aliqui qui vos conturbant, et volunt convertere Evangelium Christi. Mais quand nous vous annoncerions nous-mêmes, ou quand un ange du ciel vous annoncerait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème. Oui, nous vous le répétons : si quelqu’un vous enseigne un évangile autre que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème. Car je vous le déclare, mes Frères : l’Evangile que je vous ai prêché, n’a rien de l’homme ; en effet, je ne l’ai reçu ni appris d’aucun homme, mais de la révélation de Jésus-Christ » (Galat. I, 6-12).
Demeurez donc fermes dans la foi antique et invariable de la sainte Eglise, N.T.C.F. (*) ; « soyez des hommes, et ne soyez pas des enfants qui flottent et qui se laissent aller à tous les vents des opinions, séduits par les tromperies humaines et par les menées astucieuses de l’erreur qui les circonviennent » (Ephes. IV, 14). Le divin Sauveur a dit, en prédisant le temps de la ruine de Jérusalem : « Malheur à quiconque sera alors dans les douleurs de l’enfantement ou dans la période de l’allaitement! » (Matth. XXIV, 19). Ce que saint Hilaire explique ainsi : « Dans les jours orageux et difficiles de l’Eglise, malheur aux âmes travaillées par le doute, et chez qui la foi, la piété ne seront encore qu’à l’état de conception ou de première nutrition. Les unes, surprises dans l’embarras de leur incertitude, et attardés par les irrésolutions de leur esprit en travail, seront trop pesantes pour échapper aux poursuites de l’antéchrist ; les autres, n’ayant encore que dégusté les mystères de la foi, et n’étant imbues que d’une faible dose de la science divine, manqueront de la force et de l’habileté nécessaires pour soutenir de si grands assauts » (comment. in Matth. XXV, 6). C’est cet alourdissement et cette débilitation des âmes qui rendront les derniers temps si pernicieux, et qui occasionneront tant de défections.
En revanche, saint Augustin fait ressortir combien ces jours d’épreuve donnent de lustre et d’accroissement au mérite des âmes fidèles. Commentant ces mots de l’Apocalypse : « Il faut ensuite que le diable soit délié quelque temps » (Apoc. XX, 3), il montre que le démon n’est jamais lié d’une façon absolue pendant la vie de l’Eglise militante, mais que pourtant il l’est souvent en ce sens qu’il ne lui est pas permis d’user de toute sa force ni de toute sa ruse pour séduire les hommes. Car, s’il avait cette pleine puissance durant le cours de tous les siècles, l’infirmité du grand nombre est telle que beaucoup de faibles, dont il plaît à Dieu de grossir et de remplir son Eglise, seraient détournés de croire ou deviendraient apostats de leur croyance : ce que Dieu ne veut pas souffrir ; et voilà pourquoi le démon est en partie lié (De civitate Dei, Libr. XX, cap. VIII – De alligatione et solutione diaboli, n. 1 et 2). Mais, d’autre part, s’il n’était jamais déchaîné, la puissance de sa malice serait moins connue, la patience très fidèle de la cité sainte serait moins exercée, et l’on comprendrait moins l’immense fruit que le Tout-Puissant a su tirer de l’immense force du mal (ibid. 2). Le Seigneur le déliera donc pour un temps, afin de faire éclater l’énergie avec laquelle la cité de Dieu aura surmonté un si terrible adversaire, et cela à la grande gloire de son rédempteur, de son aide, de son libérateur (ibid.). Et le saint docteur va jusqu’à dire à ses contemporains : « Pour nous, mes frères, que sommes-nous, et quel mérite avons-nous en comparaison des saints et des fidèles qui seront alors, puisque, pour les éprouver, ce même ennemi sera déchaîné, que nous avons déjà, nous, tant de peine à combattre et à vaincre alors qu’il est lié » (ibid.).

IV. Courage, donc, N.T.C.F. (*). Plus la religion est attaquée, plus l’Eglise est battue en brêche de toutes parts, plus les doctrines d’erreur et de perversion morale envahissent les discours, les livres, les théâtres et remplissent tout l’air de leurs miasmes pestilentiels, plus aussi vous pouvez acquérir devant Dieu de grandeur, de perfection, de mérite, si vous parvenez à éviter la contagion, si vous ne vous laissez ébranler dans aucune de vos convictions, et si vous demeurez pleinement fidèles au Seigneur Jésus que tant d’autres ont la faiblesse et le malheure d’abandonner. Ne vous laissez point éblouir par la force et le nombre des assaillants, ni par les avantages des adversaires de Jésus-Christ. Il est écrit que les méchants et les séducteurs réaliseront un progrès sur la terre, le prgrès dans le mal, le prgrès dans la destruction, le prgrès dans la désorganisation : proficient in pejus (2 Tim. III, 13) ; mais il est écrit aussi que ce genre de succès ne durera jamais longtemps, et que les hommes qui résistent à la vérité, gens corrompus dans leur esprit et réprouvés au regard de la foi, ne tarderont pas à être convaincus de folie comme tous leurs devanciers dans la même voie (2 Tim. III, 8-9).
Persévérez dans la foi, N.T.C.F. (*) ; persévérez aussi dans les oeuvres, surtout dans les oeuvres de la charité. C’est une doctrine constante, et qu’on ne doit pas abandonner à aucun prix, qu’il appartient à ceux qui croient à Dieu de se mettre en tête des bonnes oeuvres : l’humanité et principalement l’humanité souffrante trouvera toujours son avantage à ce qu’il en soit ainsi (Tit. III, 8). N’avons-nous pas entendu dire, en ces derniers jours encore, que l’aumône faite par un sentiment surnaturel et selon les traditions de la piété chrétienne, n’est plus de mise au sein de nos sociétés, et que son cachet « ecclésiastique » est une atteinte à la dignité de ceux qu’elle entreprend de soulager? Ainsi, dans l’ardeur qu’il met à séculariser toutes choses, le naturalisme entend que la bienfaisance demeure humaine, demeure profane, et qu’elle n’ait rien en commun avec l’ordre de la grâce et du salut. Propos exécrable, et qui, s’il pouvait parvenir à décourager la charité chrétienne et sacerdotale, n’aboutirait à rien moins qu’à tarir les plus abondantes et les plus opportunes ressources des malheureux. Ah! vous dirai-je encore ici : « Prenez garde à l’antéchrist : Unum moneo : cavet antichristum ». Ou plutôt, ayez les yeux toujours attachés sur le Christ, sur l’enfant-Dieu de l’étable de Bethléem, sur l’ouvrier-Dieu de l’atelier de Nazareth (Marc. VI, 3), sur celui qui, étant riche par nature, s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa détresse (2 Corinth. VIII, 9), sur celui qui sera un jour notre juge, et qui, en considération de ces multitudes d’ouvriers indigents et privés de travail que vous aurez soulagés par amour pour lui, vous mettra en possession du royaume que son Père vous a préparé (Matth. XXV, 34-35).

(in « Oeuvres de Monseigneur l’Evêque de Poitiers » – Tome IV pp. 581-594)

(*) N.T.C.F. : abréviation de « Nos Très Chers Frères ». Cette abréviation se trouve dans le texte imprimé de l’Instruction Pastorale et nous avons respecté cette graphie originelle.

luca-signorelli-lantechrist-prechant-detail Antéchrist dans De liturgia

Luca Signorelli : l’antéchrist prêchant, inspiré par le diable (détail)

2012-81. « Je voudrais Vous aimer mille fois plus encore! »

16 novembre,
fête de Sainte Gertrude d’Helfta.

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de Sainte Gertrude « la Grande » (voir ici > www - et qu’il ne faut pas confondre avec Sainte Gertrude de Nivelles, céleste protectrice des chats, dont j’avais parlé ici > www) dont nous célébrons la fête ce 16 novembre.

J’en profite donc pour publier une prière extraire des oeuvres de Sainte Gertrude : une prière pour demander la grâce de mieux aimer soi-même Notre-Seigneur et pour qu’Il soit mieux aimé sur toute la terre.

Mais en guise d’introduction à cette prière et à la réponse que le divin Sauveur Lui-même adressa à Sainte Gertrude en retour, permettez-moi de vous faire connaître cette modeste bande dessinée :

2012-81.

propos-dun-chat-a-une-souris-2 amour divin dans Nos amis les Saints

coeurdejsuscopie bande dessinée dans Prier avec nous

Prière  pour demander le Saint Amour de Dieu
extraite des oeuvres de Sainte Gertrude :

Dieu de mon cœur, je Vous aime de tout mon cœur, et je voudrais Vous aimer mille fois plus encore.
Oh! que ne puis-je, que ne puis-je mille fois, mieux que toute autre créature, Vous louer, Vous aimer, Vous remercier, souffrir avec Vous, et exercer toutes les vertus dans le degré le plus parfait! Avec quelle ardeur, avec quelle joie je le ferais, pour plaire souverainement à Votre divin Cœur !

Ô mon doux Amour, si je pouvais réunir devant Vous, mon Seigneur et mon Dieu, tous les hommes, avec lesquels Vous faites vos délices d’habiter, je voudrais de tout mon cœur, pour y réussir, parcourir, nu-pieds, tout l’univers jusqu’au dernier jugement, et après avoir trouvé un de ceux dont le cœur est pour Vous, ô mon Amour, un séjour agréable, le porter sur mes épaules et venir Vous le présenter, afin de pouvoir ainsi satisfaire, au moins en quelque chose, les désirs infini de Votre très doux, de votre divin Amour.
De plus, s’il était possible, je voudrais diviser mon cœur en autant de parties qu’il y a d’hommes sur la terre, pour pouvoir leur communiquer à tous la sainte volonté de Vous servir et réjouir ainsi souverainement votre divin Cœur.

(Ste Gertrude, L. IV, ch. 21)

Et voici la réponse que Notre-Seigneur fit à sainte Gertrude après qu’elle eut fait cette prière :

« Si de votre côté vous trouvez dans votre cœur, que vous voudriez en agir ainsi, soyez bien assurée que de Mon côté Je ne resterai pas en arrière, et que Ma générosité l’emportera d’autant plus sur la vôtre, que Je vous suis supérieur en tendresse et en amour » (L. IV, ch. 26).

coeurdejsuscopie chat

Publié dans : Bandes dessinées, Nos amis les Saints, Prier avec nous | le 16 novembre, 2012 |1 Commentaire »

2012-80. Vingtième anniversaire du rappel à Dieu de l’abbé Bryan Houghton.

1992 – 19 novembre – 2012

2012-80. Vingtième anniversaire du rappel à Dieu de l'abbé Bryan Houghton. dans Annonces & Nouvelles abbbryanhoughtoncopie

Monsieur l’abbé Bryan Houghton a rendu son âme à Dieu le 19 novembre 1992, terrassé par une crise cardiaque.
Nous avons déjà évoqué dans les pages de ce blogue la noble figure de ce prêtre hors du commun, à l’occasion du centenaire de sa naissance, (ici > www) auquel les fidèles des diocèses de Viviers et Valence doivent d’avoir bénéficié de la Sainte Messe latine traditionnelle en un temps où elle était réputée « interdite »…

A l’occasion du vingtième anniversaire de son décès, l’association des Amis de la Chapelle Notre-Dame de la Rose (1), avec le soutien de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre - dont les prêtres de la maison de Lyon assurent désormais le service divin dans la chapelle – organise une journée commémorative, le dimanche 25 novembre 2012 (dernier dimanche après la Pentecôte) :

Programme

- 10h : à la Chapelle Notre-Dame de la Rose, Sainte Messe solennelle.
- Déjeûner au restaurant « le 45ème » (inscription préalable obligatoire : 06 08 00 82 92)
- 14h30 : conférence et échanges (Maison des Associations – 3ème étage – espace Saint-Martin)
- Vêpres et Salut du Très Saint-Sacrement à la Chapelle Notre-Dame de la Rose.

Cette journée commémorative et amicale sera honorée de la présence du supérieur du district de France de la FSSP et de représentants de l’Abbaye Sainte-Madeleine du Barroux.

eucaristia04copie 20 ans décès dans Nos amis les Saints

(1) La chapelle Notre Dame de la Rose (sise au 36 avenue Saint-Martin à Montélimar)chapelle romane du XIIe siècle – un des plus anciens édifices de Montélimar – située en limite de l’ancien bourg de Montélimar, au nord de la Porte Saint-Martin, bâtie sur un terre-plein surélevé par rapport à l’avenue, ancienne Nationale 7, sur le tracé de l’antique voie romaine d’Agrippa. Elle est constituée d’une nef unique voûtée en berceau avec une abside semi-circulaire. La façade, détruite pendant les guerres de religion du XVIe siècle, a été reconstruite au XVIIe siècle dans le style baroque. La chapelle est utilisée tous les dimanches et fêtes pour le culte catholique (« forme extraordinaire du rite romain »). Elle fait partie des sites de Montélimar ouverts à la visite lors des Journées Européennes du Patrimoine.
- L’Association des Amis de la Chapelle Notre-Dame de la Rose a pour mission de permettre le déroulement des cérémonies religieuses sous la forme extraordinaire du rit romain qui y sont célébrées par les prêtres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, en accord avec l’évêché de Valence et la paroisse de Montélimar. Elle œuvre également pour la conservation et la restauration de cette chapelle et recherche tous les concours et les financements qui permettront la sauvegarde de cet édifice qui fait partie de l’histoire de Montélimar (association déclarée en préfecture de Valence – Drôme – sous le numéro 026/3/010255 - Siège social : chez M. Pierre Sirot, 6 rue Rabelais, 26200 Montélimar).

facade-notre-dame-de-la-rose-detail abbé Bryan Hougthon

Façade de la chapelle Notre-Dame de la Rose – Montélimar (détail)

Publié dans : Annonces & Nouvelles, Nos amis les Saints | le 16 novembre, 2012 |1 Commentaire »

2012-79. 13 novembre 1962 : la mention de Saint Joseph est rajoutée au canon de la Messe.

Contribution féline
à la célébration du cinquantième anniversaire
du second concile du Vatican (cinquième partie).

* * * * *

Mardi 13 novembre 2012.

L’un de nos amis – expert en dates, anniversaires et commémorations – nous rappelle que c’est aujourd’hui, 13 novembre 2012, le cinquantième anniversaire de l’annonce qui fut faite dans l’aula conciliaire de « la souveraine décision » (sic) du Pape Jean XXIII d’insérer le nom de Saint Joseph dans le texte du Canon Romain
Ce même 13 novembre 1962, un décret de la Sacrée Congrégation des Rites, signé par le cardinal Arcadio-Maria Larraona, préfet, et par Monseigneur Enrico Dante, secrétaire, rendait cette insertion officielle et obligatoire à partir du 8 décembre suivant.
Ce fut le premier changement qu’on fit sur l’édition typique du Missel Romain de 1962, lequel avait été promulgué le 23 juin de cette année-là.

C’était surtout la première fois, depuis des siècles, que l’on se permettait de modifier le texte même du vénérable Canon Romain.
Aucun de tous les Pontifes qui s’étaient succédés pendant le millénaire médiéval, qui avaient mis en oeuvre le Concile de Trente, qui avaient enrichi, codifié et précisé les règles de la liturgie à l’époque baroque, aux temps classiques et dans le cours des XIXe et XXe siècles ne s’était autorisé l’ajout du moindre iota dans la formulation sacrée de ce qui constitue le coeur même du rite du Saint-Sacrifice.
Même si l’intention pouvait paraître pieuse et louable, elle créait un précédent, dans lequel s’engouffreront les modernistes : il n’y avait désormais plus rien qui ne fût intouchable ou irréformable dans le missel… et l’on ne se priverait pas d’en user et d’en abuser.

Lully.

2012-79. 13 novembre 1962 : la mention de Saint Joseph est rajoutée au canon de la Messe. dans De liturgia canon-missae-1962

Voici maintenant un extrait du livre «Le Rhin se jette dans le Tibre» du R.P. Ralph Wiltgen, verbite -correspondant au second concile du Vatican – , relatant la genèse de cette décision de Jean XXIII :

« Le dernier orateur à prendre la parole le 30 octobre fut Mgr Sansierra, auxiliaire de l’évêque de San Juan de Cuyo en Argentine. Il exprima l’espoir que ne serait pas oublié «le désir qu’avaient un très grand nombre d’évêques et de prêtres» de voir le nom de saint Joseph inclus au Canon de la Messe. Le 5 novembre, la même demande fut faite avec plus de 15 détails par Mgr Cousineau, évêque de Cap Haïtien à Haïti, ancien supérieur de l’Oratoire de Saint-Joseph à Montréal, qui demanda que «le nom de saint Joseph, époux de la Très Sainte Vierge Marie, fût introduit dans la Messe chaque fois qu’y était mentionné le nom de la Très Sainte Vierge».

A la fin de la dix-huitième Congrégation générale, tenue le 13 novembre, le cardinal Secrétaire d’Etat fit une déclaration à ce propos. Le Saint-Père, dit-il, désireux de se conformer au vœu «exprimé par de nombreux Pères conciliaires», avait décidé d’insérer le nom de saint Joseph dans le Canon de la Messe, aussitôt après celui de la Très Sainte Vierge Marie. Cette mesure devait servir à jamais à rappeler que saint Joseph avait été le saint patron du deuxième Concile du Vatican. «Cette décision du Saint-Père, ajouta le cardinal, entrera en vigueur le 8 décembre prochain, et entre-temps la Sacrée Congrégation des rites préparera les documents nécessaires».

Le cardinal Montini devait dire plus tard que cette initiative inattendue avait été «une surprise faite au Concile par le Pape».

Certains milieux critiquèrent sévèrement Jean XXIII d’avoir pris ce qu’ils appelaient une mesure indépendante pendant que le Concile œcuménique était à l’œuvre. En fait, ce décret n’était que l’aboutissement de campagnes, sporadiques mais intenses, menées depuis 1815 : des centaines de milliers de signatures d’évêques, de prêtres et de laïcs étaient parvenues au Vatican. Les campagnes avaient été particulièrement intenses lors de l’annonce de la convocation du premier Concile du Vatican par Pie IX, et de celle du deuxième Concile du Vatican par Jean XXIII. Sitôt après cette dernière, Mgr Joseph Phelan, de l’église de Saint-Joseph de Capitola en Californie, avait diffusé, avec l’aide de ses paroissiens, une pétition qui recueillit quelque 150.000 signatures.

La principale responsabilité de la mesure prise par Jean XXIII incombait cependant aux PP. Roland Gauthier et Guy Bertrand, directeurs du Centre de recherches et de documentation de l’Oratoire de Saint-Joseph de Montréal, qui en 1961 avaient rédigé une brochure de 75 pages où était retracée l’histoire de ces campagnes. Ils exposaient que l’insertion du nom de saint Joseph après celui de la Très Sainte Vierge Marie dans le Canon de la Messe aurait pour effet, doctrinalement et liturgiquement, de reconnaître officiellement l’éminence de la sainteté de saint Joseph sur celle des autres saints, Marie exceptée. En collaboration avec les Carmes déchaux de la Société ibéro-américaine de joséphologie de Valladolid et avec les Pères de saint Joseph du bienheureux Léonard Murialdo du Centre de recherches Saint-Joseph de Viterbe, ces deux Pères de la Sainte-Croix avaient pu faire publier des traductions anglaise, française, espagnole, portugaise et italienne de leur brochure, et en avaient adressé aux Pères conciliaires, bien avant l’ouverture du Concile, une copie à laquelle était jointe une pétition.

A la mi-mars 1962, six volumes renfermant des pétitions signées de 30 cardinaux, 436 patriarches, archevêques et évêques et 60 supérieurs généraux avaient été remis à Jean XXIII qui, après avoir examiné les signatures, avait dit : «Quelque chose sera fait pour saint Joseph». Ces signatures ne faisaient que confirmer son désir personnel de faire effectivement quelque chose de particulier en l’honneur de saint Joseph, envers qui il avait eu depuis son enfance une dévotion particulière.

Le 19 octobre, trois jours avant que la discussion du schéma sur la liturgie ne fût ouverte dans l’aula, le P. Edward Heston, des Pères de la Sainte-Croix, qui avait remis les pétitions au nom des trois centres mentionnés plus haut, avait été officiellement informé que le Souverain Pontife avait décidé de donner suite à la proposition, et qu’il allait décréter l’insertion du nom de saint Joseph dans le Canon de la Messe. »

san_giuseppe-219x300 canon romain dans De liturgia

Autres articles relatifs au cinquantenaire du concile Vatican II :
- Notre-Dame pleurait
sur les irrévérences des prêtres et leur impiété à célébrer les Saints Mystères > www

- Liberté religieuse ou liberté des chrétiens > www
- A propos du cinquantième anniversaire du second concile du Vatican > www
- Sur la juste réception et interprétation du concile Vatican II > www
- Messe d’ouverture de l’année de la foi > www
- De l’Année de la Foi > www
- Réflexions et citations sans ordre autour d’un anniversaire > www

Publié dans : De liturgia | le 13 novembre, 2012 |2 Commentaires »

2012-78. La bonne mort (sermon de Saint Augustin).

Notre glorieux Père Saint Augustin est né le 13 novembre de l’an 354. Profitons donc de l’anniversaire de sa naissance pour nous replonger dans ses écrits, riches de tant de sagesse et de tant de lumières surnaturelles.
Je vous invite aujourd’hui à découvrir ou à redécouvrir un petit sermon qui s’accorde parfaitement à la thématique des fins dernières qui est celle de l’Eglise pendant le mois de novembre.

2012-78. La bonne mort (sermon de Saint Augustin). dans Lectures & relectures champaigne-st-augustin-detail-300x224

Philippe de Champaigne : saint Augustin (détail)

Vivez bien pour ne pas mourir mal!

Résumé : Saint Augustin fait d’abord ressortir que le texte du Saint Evangile nous fait entendre les paroles mêmes de Notre-Seigneur et que les prédicateurs de l’Evangile sont de véritables représentants du Christ. C’est donc le divin Sauveur qui, par le ministère du prédicateur, exhorte les fidèles à bien vivre : bien vivre pour bien mourir! Pour savoir en quoi consiste la bonne mort, saint Augustin ne veut pas qu’on s’en rapporte au témoignage des yeux ; il veut qu’on consulte la foi. Il illustre son propos par l’exemple du pauvre Lazare et du mauvais riche. La foi met en évidence que les suites de la mort de Lazare et les suites de la mort du mauvais riche sont bien différentes des apparences humaines! Que l’on multiplie donc les bonnes oeuvres si l’on veut avoir part à l’heureux sort de Lazare.

* * * * * * *

1. Ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ disait à ses disciples, on l’écrivit alors et on prit les moyens de le faire arriver jusqu’à nos oreilles. Ainsi ce sont Ses paroles que nous venons d’entendre.
Eh! que nous servirait de Le voir sans L’entendre? Aujourd’hui encore nous ne perdons rien à ne pas Le voir, puisque nous L’entendons.
Il dit donc : «Qui vous méprise Me méprise» (Luc. X, 16). Si ce n’est qu’à ces Apôtres qu’Il a dit : «Qui vous méprise Me méprise», méprisez-nous ; mais si c’est Sa parole même qui nous a été adressée, qui nous a appelé et mis à leur place, prenez garde de nous mépriser ; l’injure que vous nous feriez pourrait monter jusqu’à Lui. Et si vous ne nous craignez point, craignez Celui qui a dit : «Qui vous méprise Me méprise»!
Mais qu’avons-nous à vous dire, nous qui ne craignons vos mépris que pour avoir à nous réjouir de votre bonne conduite? Que vos bonnes oeuvres nous dédommagent des périls que nous courons ; vivez bien, pour ne pas mourir mal.

2. Afin de bien comprendre ces mots : Vivez bien, pour ne pas mourir mal, ne considérez pas ces hommes qui ont pu vivre mal et mourir dans leurs lits ; à qui on a fait des funérailles pompeuses, qui ont été mis dans de précieux sarcophages, dans des sépulcres dont la richesse le disputait à la beauté ; et si chacun de vous souhaite une telle mort, ne croyez point que j’ai parlé sans motif grave en vous recommandant de bien vivre pour ne pas mourir mal.
Peut-être pourrait-on m’opposer un homme qui a bien vécu et qui pourtant, selon l’humaine opinion, a fait une mauvaise mort ; car il a péri ou d’une chute, ou dans un naufrage, ou sous la dent des bêtes. Un coeur charnel se dit alors : Que sert de bien vivre? Un tel a si bien vécu, et il a fait une telle mort!
Ah! rentrez en vous-mêmes, et si vous avez la foi, vous y trouverez Jésus-Christ, c’est là qu’Il vous parlera. Pour moi, je crie, il est vrai ; mais Lui, dans Son silence, vous instruit bien d’avantage. Si je m’exprime au dehors par un bruit de paroles, Il se fait entendre au dedans en vous inspirant Sa crainte. Qu’Il imprime donc dans vos coeurs ces mots que je me suis permis de vous adresser : Vivez bien, pour ne pas mourir mal. Car, la foi étant dans vos coeurs, Jésus-Christ y est aussi et c’est à Lui de vous faire saisir ce que je désire vous faire entendre.

3. Rappelez-vous ce riche et ce pauvre, dont il est parlé dans l’Evangile : l’un couvert de pourpre et de lin fin, et faisant chaque jour grande chère ; l’autre étendu à la porte du riche, souffrant de la faim, cherchant quelques miettes tombées de sa table, couvert d’ulcères et léché seulement par des chiens.
Rappelez-vous ces deux hommes. Mais comment vous les rappeler, si le Christ n’est dans vos coeurs?
Dites-moi donc ce que vous Lui avez demandé et ce que vous Lui avez répondu. Le voici : «Or il arriva que cet indigent mourut et fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche mourut aussi et fut enseveli dans l’enfer. Mais, levant les yeux, lorsqu’il était dans les tourments, il vit Lazare en repos dans le sein d’Abraham ; et s’écriant alors, il dit : Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez Lazare, afin qu’il trempe son doigt dans l’eau et qu’il en fasse, tomber une goutte sur ma langue, car je suis tourmenté dans cette flamme». Cet homme superbe durant sa vie est un mendiant dans les enfers. Ce pauvre, en effet, obtenait encore quelque miette ; mais lui ne recueille pas une goutte d’eau.

Or dites-moi quel est entre ces deux hommes celui qui est bien mort et quel est celui qui a fait une mauvaise mort? Ne consultez pas vos yeux, interrogez votre coeur. En consultant vos yeux, ils vous jetteraient dans l’erreur ; tant sont splendides et mondainement fastueux les honneurs qu’on a pu rendre au riche au moment de sa mort! Quelles troupes ne pouvait-il pas avoir de serviteurs et de servantes en deuil! Quelle armée de clients! Quelles brillantes funérailles! Quelle riche sépulture! On l’aura sans doute enseveli sous une masse de parfums. En conclurons-nous, mes frères, qu’il a fait une belle ou une triste mort? Au témoignage de l’oeil, sa mort est magnifique ; mais si vous consultez votre Maître intérieur, cette mort est affreuse.

4. Or si telle est la mort de ces orgueilleux qui conservent leurs biens sans en rien donner aux pauvres, à quelle mort doivent s’attendre les ravisseurs du bien d’autrui! N’ai-je donc pas eu raison de dire : Vivez bien pour ne pas mourir mal, pour ne pas mourir comme est mort ce riche?
Rien ne prouve que la mort est mauvaise, sinon le temps qui suit la mort. En face de cette idée, considérez donc le pauvre Lazare ; croyez-en, non pas vos yeux, car ils vous induiront en erreur, mais votre coeur. Représentez-vous ce pauvre, gisant à terre, couvert d’ulcères, et les chiens venaient lécher ses plaies. Mais quoi! vous détournez les yeux, votre coeur se soulève ; le dégoût vous suffoque à cette vue! Ouvrez l’œil du coeur. Ce pauvre est mort et les Anges viennent de l’emporter dans le sein d’Abraham. Aux funérailles du riche, on voyait sa famille en deuil ; à celles de Lazare on ne voit pas la joie des Anges.
Que répondit enfin Abraham à ce riche? «Souviens-toi, mon fils, que tu as reçu les biens durant ta vie» (Luc, XVI, 19-25).  Tu ne croyais bien que ce que tu pouvais posséder alors ; tu l’as reçu ; mais ton temps est passé, tu as tout perdu et il ne te reste que le séjour des enfers pour y être tourmenté.

5. N’est-il donc pas à propos, mes frères que nous vous rappelions ces vérités? Considérez les pauvres, soit couchés, soit debout ; considérez les pauvres et livrez-vous aux bonnes oeuvres. Vous qui en avez l’habitude, faites-en ; faites-en aussi vous qui ne l’avez pas. Que le nombre de ceux qui font le bien croisse avec le nombre des fidèles.
Vous ne voyez pas maintenant la grandeur du bien que vous faites.
Le paysan, quand il sème, ne voit pas non plus la moisson. Il la confie à la terre et toi, tu ne te confierais pas à Dieu? Pour nous aussi viendra la récolte. Songe que s’il nous en coûte aujourd’hui d’agir, s’il nous en coûte de faire le bien, notre récompense est assurée, car il est écrit : «Ils s’en allaient et pleuraient en répandant leurs semences; mais ils reviendront avec joie, portant leurs gerbes dans leurs mains» (Ps. CXXV, 6).

le-banquet-du-mauvais-riche-et-le-pauvre-lazare-v.1595-leandro-bassano apparences trompeuse dans Nos amis les Saints

Le pauvre Lazare et le banquet du mauvais riche
Leandro Bassano – vers 1595. 

2012-77. « J’ai reçu ce qui m’était promis… »

« Spes non confundit – l’espérance ne trompe pas. »
(Rom. V, 5) 

8 novembre, octave de la Toussaint.

Le « Leimon » (Λειμών) ou « Pré spirituel » est l’un des joyaux de la littérature spirituelle de l’Orient chrétien.
Son auteur, Jean Moschos (ou Moschus) – né à Damas vers 550 et mort à Rome en 619 – fut un moine éminent par sa quête spirituelle. Il recueillit « à la manière des adroites abeilles » une quantité d’anecdotes, de maximes, de sentences, d’apophtegmes, et une foule de détails concrets, voire pittoresques, sur la vie des moines de son époque, en Judée, au Sinaï, en Egypte, en Asie Mineure ou en Afrique du nord…
Ces témoignages sont précieux : ils nous restituent les vestiges d’un monde oriental pétri de christianisme et épris de radicalisme évangélique qui allait être englouti par la déferlante mahométane destructrice quelques années plus tard.
Le « Pré spirituel »  est une source vive ; on y puise les exemples savoureux et les enseignements profonds de ces « pneumatophores » qui, avec une exquise humanité, avaient le don de communiquer les lumières qu’ils avaient reçues de Dieu.
Voilà pourquoi cet ouvrage, traduit en latin, a été diffusé pendant tout le Moyen-Age et faisait partie du cycle obligé des études monastiques. Il fut imprimé pour la première fois à Paris en 1624 (*).

En ce jour octave de la Toussaint, je veux vous rapporter l’une des anecdotes qui nous fut transmise par Jean Moschos : elle me paraît très adaptée tout à la fois
1) à l’esprit des Béatitudes dont l’Evangile a été chanté pour la fête de tous les Saints,
2) à l’espérance surnaturelle que la méditation des fins dernières, spécialement recommandée en cette période liturgique, doit stimuler en nos âmes,
et en particulier
3) à la perspective du Jugement dernier au cours duquel nous serons jugés sur la charité…

2012-77.

Le philosophe Synésios de Cyrène (né vers 370 – mort vers 414), qui avait été élu évêque de Ptolémaïs en Cyrénaïque,  trouva, en arrivant dans cette ville, un de ses anciens compagnons d’études à Alexandrie, qui se nommait Evagre, philosophe néoplatonicien comme lui, mais qui demeurait profondément attaché au culte des idoles.
Synésios, justement en raison des liens d’amitié qui l’unissaient à Evagre, s’attacha à lui ouvrir l’esprit aux vérités du christianisme et à le gagner à la pleine lumière spirituelle.

Un jour, Evagre lui fit cette objection :
« Parmi toutes les choses que vous enseignez, vous, les chrétiens, il y en a une qui me déplaît particulièrement. C’est celle-ci : vous prétendez que ce monde finira un jour, et qu’à ce moment-là tous les hommes qui auront existé au cours des siècles ressusciteront avec leurs corps. Avec cette chair nouvelle, dites-vous, ils vivront éternellement et recevront auprès de Dieu leur récompense. Vous ajoutez que celui qui a pitié du pauvre prête à Dieu Lui-même, que celui qui distribue aux malheureux accumule des trésors dans le ciel, que le centuple lui est réservé par le Christ, avec la vie éternelle, au moment où il mourra… Tout cela ne me paraît pas sérieux. Ce sont des fables ou des plaisanteries! »

L’évêque Synésios assura son ami que toutes ces croyances étaient absolument vraies, qu’il les avaient d’ailleurs fort bien énoncées, et qu’il n’y avait en elles rien qui fût contraire à la raison ou qui pût faire sourire.
Au bout de pas mal de temps et au terme de longs entretiens avec Synésios, le philosophe accueillit la foi et se fit baptiser avec ses enfants et toute sa maisonnée.

Quelque temps après son baptême, Evagre donna à l’évêque trois pièces d’or en faveur des pauvres en lui disant :
« Accepte ces trois pièces et donne-les aux pauvres, puis fais-moi un document portant que le Christ me les rendra dans la vie future ».
Synésios reçut les pièces d’or et signa volontiers le parchemin que son ami lui demandait.

Plusieurs années après, le philosophe tomba très gravement malade. Sentant qu’il était proche de sa fin, il dit à ses enfants :
« Lorsque vous me rendrez les derniers devoirs, mettez ce document entre mes mains et ensevelissez-moi avec… »
Lorsqu’il décéda, ses enfants accomplirent cette recommandation de leur père.

Trois jours après sa sépulture, durant la nuit, Evagre apparut en songe à Synésios et lui dit : 
« Va au tombeau où je repose et reprends-y ton parchemin, car j’ai reçu ce qui m’était promis. Je suis content et je n’ai plus rien à réclamer : pour t’en donner l’assurance, j’ai complété le document. »

L’évêque ignorait qu’Evagre eût été enseveli avec sa lettre. Il fit appeler les fils du défunt et les interrogea. Puis il leur raconta le songe qu’il avait eu…
Ils se rendirent alors au tombeau du philosophe et firent procéder à l’ouverture. On prit le document que le corps d’Evagre tenait encore et on le déroula.
On y lisait ces mots, écrits tout fraîchement de la main du défunt :
« Moi, Evagre, philosophe, à toi, saint seigneur Synésios, évêque, salut! J’ai reçu ce que tu as écrit dans ce billet. Je suis heureux ; je n’ai plus de réclamation à faire au sujet de l’or que je t’avais donné et que, par toi, j’ai offert au Christ, notre Sauveur. »

Tous ceux qui étaient là furent très étonnés par cette découverte. Ils rendirent gloire à Dieu qui avait permis ce miracle et donné une telle preuve de Sa bonté envers Ses serviteurs lorsqu’ils ont confiance en Ses paroles.

Le récit de Jean Moschos ajoute que ce document fut conservé longtemps dans l’église cathédrale de Ptolémaïs : tout sacristain qui entrait en fonction en recevait la garde en même temps que celle des vases sacrés ; il devait le garder avec le plus grand soin et le transmettre intact à ceux qui viendraient après lui. 

parchemin-2 espérance chrétienne dans Nos amis les Saints

(*) Le « Pré Spirituel » a été réédité aux éditions J.P. Migne (Paris) dans la collection « les Pères dans la Foi » (numéro 94-95).

1...4546474849...105

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi