2014-10. Des Bienheureux Martyrs de Laval.

1794 – 21 janvier – 2014

Les Bienheureux Prêtres martyrs de Laval

Au mois d’octobre 1792, quatorze prêtres qui refusaient de prêter serment à la constitution civile du clergé furent emprisonnés à Laval, dans le couvent de Patience ; ils n’étaient autorisés à recevoir que deux heures de visite par mois, et seulement de leurs frères ou sœurs ; ces visites se passaient obligatoirement en présence du concierge. Leur nourriture ne se composait pratiquement que de ce que leur faisaient apporter leurs anciens paroissiens, fidèles à leurs pasteurs légitimes. La plupart de ces prêtres étaient âgés ; quelques uns étaient même malades ou infirmes. 

C’étaient l’Abbé Jean Turpin du Cormier, 64 ans, curé de la paroisse de la Sainte- Trinité à Laval, qui fut comme l’âme et le catalyseur des énergies spirituelles du petit groupe, le Révérend Père Jean-Baptiste Triquerie, 57 ans, moine cordelier, les Abbés Jean-Marie Gallot, 46 ans, aumônier des Bénédictines, Joseph-Marie Pellé, 74 ans, aumônier des Clarisses, René-Louis Ambroise, 74 ans, Julien-François Morin de la Gérardière, 64 ans, prêtre à Saint-Vénérand, François Duchesne, 58 ans, chapelain du chapitre Saint-Michel, Jacques André, 50 ans, curé de Rouessé-Vassé, André Dulion, 66 ans, curé de Saint-Fort, Louis Gastineau, 66 ans, chapelain de Port-brillet, François Migoret-Lambarière, 65 ans, curé de Rennes-en-Grenouilles, Julien Moulé, 77 ans, curé de Saulges, Augustin-Emmanuel Philippot, 78 ans, curé de Bazouges-des-Alleux, et Pierre Thomas, 75 ans , aumônier de l’hôpital des Augustines à Château-Gontier.

Le 13 décembre 1793, la guillotine arriva à Laval. Elle fut installée, sur la « place du blé » (actuelle place de La Trémoille), à proximité du tribunal révolutionnaire : ainsi les condamnés n’auraient-ils pas à faire un long trajet et, en outre, pour les révolutionnaires cela réduisait les risques de voir ceux qui marchaient au supplice libérés par la foule, majoritairement hostile à la révolution.
A partir du 9 janvier 1794, tous les cultes sont interdits en France : l’église de la Sainte-Trinité de Laval est transformée en étable et magasin de fourrage pour l’armée…

plaque-apposée-place-de-la-trémoille-en-1989-en-souvenir-des-14-prêtres-martyrs

Plaque commémorative des exécutions de la Terreur à Laval posée en 1989 Place de La Trémoille
par l’Association du Souvenir de la Chouannerie Mayennaise

Le 21 janvier 1794, à 8h30, formant un cortège émouvant (cinq d’entre eux ont plus de 70 ans, dix marchent péniblement et quatre sont dans une charrette), les quatorze prêtres furent amenés à comparaître devant la commission révolutionnaire, établie le 22 décembre précédent, normalement pour un mois…
En réalité elle sera active jusqu’au 1er avril 1794 et, au total, elle enverra à la guillotine 359 hommes et 102 femmes. Après chaque verdict de condamnation, le président concluait par cette formule : « La commission ordonne que les condamnés soient livrés sur le champ au vengeur du peuple… »
 

L’accusateur public était un prêtre apostat, du nom de Volcler. Ce triste individu avait diffusé dans le département de la Mayenne une circulaire qui commençait ainsi : « Citoyens, ils sont passés ces temps de modération et d’insouciance où vous laissâtes les ennemis de la patrie tranquillement vaquer sur le sol de la liberté. L’instant de la justice nationale est à l’ordre du jour pour faire tomber la hache sur la tête du traître et du parjure… »  

A ses anciens confrères dans le sacerdoce, Volcler demanda de prêter le serment constitutionnel qu’ils avaient déjà refusé, et que, bien évidemment, ils refusèrent encore. L’Abbé Philippot, âgé de 78 ans, répondit noblement : « Aidé de la grâce de Dieu, je ne salirai pas ma vieillesse ».
Ce nouveau refus était suffisant pour qu’ils fussent déclarés coupables : ordre fut donc donné pour qu’ils soient immédiatement conduits à l’échafaud. Après avoir prononcé la sentence, Volcler avait menacé les assistants : « Le premier qui bronche ou qui pleure marchera après eux ! »

Leurs gardiens les empêchèrent de chanter ensemble le « Salve Regina » sur le chemin de l’échafaud. En revanche, une phrase est demeurée célèbre, celle de l’Abbé Pellé qui, après avoir assisté héroïquement au supplice de ses premiers confrères déclara avant d’être décapité : « Nous vous avons appris à vivre, apprenez de nous à mourir ! ».
L’Abbé Turpin du Cormier, désigné comme responsable, fut exécuté le dernier à la demande de Volcler.

Après ces quatrorze prêtres furent également suppliciés ce même jour cinq Vendéens, condamnés comme ennemis de la république.

Les quatre juges, parmi lesquels se trouvaient deux prêtres renégats, assistèrent à l’exécution depuis la fenêtre d’un immeuble voisin, et fêtèrent leur « triomphe patriotique » en buvant un verre de vin à chaque tête qui tombait. Ils encourageaient la foule à crier avec eux : « Vive la république, à bas la tête des calotins ! ».

bas-relief-des-quatorze-prêtres-martyrs-de-laval

Bas-relief représentant le martyre des quatorze prêtres
(église de la Sainte-Trinité de Laval, devenue cathédrale au XIXe siècle)

Au cours de cette année 1794 furent aussi suppliciées cinq autres martyrs, qui ont été béatifiés en même temps que ces quatorze prêtres, le 19 juin 1955, par le Vénérable Pie XII. Ce sont :
Françoise Mézière, pieuse femme qui s’était donnée tout entière à l’instruction des enfants et aux soins des malades. Guillotinée à Laval le 5 février.
- au mois de mars, Soeur Françoise Tréhet, guillotinée à Ernée, et Soeur Jeanne Vérondeux, guillotinée à Laval : c’étaient deux Sœurs de la Charité de Notre-Dame d’Évron.
- Le 25 juin, Soeur Marie Lhuilier, soeur converse des Augustines de la Miséricorde. Toute dévouée aux malades.
- Et le 17 octobre : l’Abbé Jacques Burin, prêtre, curé de St-Martin de Connée. Il avait été arrêté une première fois en raison de son refus du serment schismatique, et condamné à s’exiler. Entré dans la clandesinité, il continua son ministère mais fut trahi en octobre 1794 par deux femmes qui l’avaient fait appeler pour se confesser : c’était en réalité un traquenard et il fut tué d’un coup de fusil.

basilique-notre-dame-d-avesnières-dalle-recouvrant-les-corps-des-martyrs-depuis-leur-béatification-en-1955

Pierre recouvrant la tombe des quatorze prêtres martyrs de Laval
dans le choeur de la basilique Notre-Dame d’Avesnières.

2014-9. Oraison funèbre de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XVI

Roi de France et de Navarre

prononcée à Rome

en présence de Sa Sainteté le Pape Pie VI

Sa Majesté le Roi Louis XVI ayant été mise à mort le 21 janvier 1793, il fallut dix jours à un courrier extraordinaire pour porter jusqu’à Rome la nouvelle de ce crime.
Le 1er février, l’annonce en fut faite dans la presse : l’assassinat du Roi était qualifié de « più enorme de’ deliti » (le plus énorme des délits). Les circonstances et les détails de son exécution furent racontés le 15 février, et le testament du Roi publié le 22 février.

Plusieurs services funèbres furent célébrés à Saint-Louis des Français, et les tantes du Roi – Mesdames Adélaïde et Victoire, réfugiées à Rome depuis 1791 -, menèrent le deuil.
Il faudra toutefois attendre le 28 septembre 1793 pour qu’un service funèbre solennel soit célébré à la chapelle Pauline du Quirinal (le Quirinal était alors la résidence pontificale), en présence du Souveraint Pontife, du Sacré-Collège, de toute la prélature romaine et de Mesdames Tantes.
C’est Monsieur le cardinal de Bernis qui célébra, entouré des cardinaux Carafa, Altieri et Livizzani.
L’oraison funèbre fut prononcée (en latin) par Monseigneur Paolo Leardi, camérier secret de Sa Sainteté. C’est ce texte que l’on pourra lire et méditer ci-dessous.

frontispice oraison funèbre Louis XVI

Au frontispice de l’édition qui fut faite de cette oraison funèbre, une vignette – reproduite ci-dessus – représente un monstre à sept têtes – la révolution – qui renverse les grandes armes de Frances, usurpe leur place, en dévore les lauriers ainsi que le contenu des cornes d’abondance qui les entouraient. Les symboles des arts et des sciences, qui s’étaient épanouies sous la protection de la monarchie, sont pareillement renversés ; la balance de la justice est brisée…
Dans l’angle droit de la vignette, perçant de sombres nuées, on voit une représentation de la divinité dont une main vengeresse brandit la foudre en direction du monstre, tandis que l’autre main semble accueillir un oiseau qui vole vers Elle : peut-être la représentation de l’âme du Roi martyr…

Avant le texte de la traduction de cette oraison funèbre, l’ouvrage est introduit par une dédicace à Mesdames, puis au Pape Pie VI.

L’oraison funèbre est construite autour du thème de la bienfaisance du Roi – qui sacrifia son repos au bien de son Royaume – , et de l’exaltation de sa religion, plus forte que ses hésitations politiques et que la malice de ses ennemis.
Monseigneur Leardi donne un tableau générale du règne de Louis XVI :
Monté sur le trône à l’âge de vingt ans, il a reçu une France en mauvais état politique, économique et moral (la mémoire de Louis XV se trouve donc en quelque manière flétrie…). Louis XVI a relancé le commerce en reconstituant une flotte importante, et a protègé les initiatives de Monsieur de La Peyrouse. La guerre d’Amérique est clairement présentée comme une erreur, parce qu’elle a été la cause de troubles économiques pour le pays, et de troubles politiques en Europe. Contraint par l’état des finances à convoquer les États Généraux, voici que ces hommes censés conseiller le Roi se sont imposés à lui, avec une « multitude nourrie par le vice et l’iniquité de la philosophie ». Au sujet de la constitution civile du clergé que le Roi finit par signer, le prédicateur fait état des pressions subies par le monarque, et fait observer que, s’il avait conservé son autorité, il serait revenu sur la mise en application des réformes. Le Roi se dépouilla de tout : il refusa la guerre, s’enfuit avec sa famille dans le but de calmer les puissances et de reprendre le contrôle de la situation pacifiquement. Il se laissa couronner du bonnet phrygien, car « l’innocence ne craint rien ». Oui, il se dépouilla de tout, sauf de la religion. Le veto du Roi aux décrets de déportation des prêtres est lié à sa prise de conscience du courage des martyrs de l’Église. Il signa là son arrêt de mort, car c’est au titre de sa défense du clergé qu’il fut poursuivi par la Convention. Alors vient le récit de la mort du Roi (avec la mention du rôle de son confesseur), et l’évocation de son testament. Puis, en déplorant le triste état de la France, car l’oeuvre de la république n’est que désolation et ruine, le prédicateur lance un appel aux souverains, non pour une vengeance – selon les vœux du Roi – , mais pour libérer la famille royale. Enfin, le Pape Pie VI est félicité pour avoir défendu l’intégrité de la discipline de l’Église. La conclusion montre, du haut du ciel, Le Roi Louis XVI intercèdant pour le rétablissement de la religion en France.

Je vous laisse donc, si vous le souhaitez, lire l’intégralité de cette oraison funèbre, grâce à l’insertion, ci-dessous, d’un lecteur permettant de feuilletter l’intégralité de l’ouvrage qui en est conservé à la Bibliothèque Nationale.

Lully.

On trouvera aussi dans ce blogue :
Le discours du Pape Pie VI proclamant que Louis XVI est un martyr www
Le récit des dernières heures du Roi martyr www
Le testament de Louis XVI www
Le voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus www
Des Maximes écrites par le Roi Louis XVI www
La Messe de Requiem composée par Cherubini
pour le service funèbre à la mémoire de Louis XVI www
La complainte de Louis XVI aux Français > www
Publié dans : Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis | le 21 janvier, 2014 |Pas de Commentaires »

2014-8. «O mon peuple, que vous ai-je donc fait ? »

Complainte

Complainte Louis XVI

Chaque année, à l’approche du 21 janvier, triste anniversaire du martyre de Sa Majesté le Roi Louis XVI, je publie quelque texte en rapport avec ce monarque ou avec sa passion.
Cette année, j’ai choisi ce chant, intitulé « Complainte de Louis XVI aux Français », que sans doute beaucoup d’entre vous connaissent déjà.

On ne connaît pas l’auteur des paroles de cette complainte, mais il est certain qu’elle fut écrite dans le temps même du procès de l’infortuné monarque.

La citation qui lui est mise en exergue, est constituée par les premiers mots des Impropères, ce chant de la liturgie du Vendredi Saint dans lequel le Christ Sauveur adresse des reproches au peuple d’Israël, lequel, en échange de tous les bienfaits reçus de Dieu au cours de son histoire, Lui a infligé les ignominies de la Passion.
C’est une manière non équivoque de rappeler que le Roi de France est un « christ » – mot qui signifie « oint » – , puisqu’il a reçu l’onction sainte du Sacre (cf. notre publication sur la sainte Ampoule > ici).
Par cette onction, le Souverain est devenu un personnage sacré, le lieu-tenant de Dieu dans l’ordre temporel pour le gouvernement du Royaume de France.
La révolution, par les ignominies qu’elle a infligées au Roi Très Chrétien, a encore davantage identifié le Roi Louis XVI au Christ Sauveur : comme Lui, le Prince innocent a été trahi, abandonné, emprisonné, iniquement jugé, condamné au mépris de la justice, alors qu’il n’avait fait que du bien… 

La première publication de cette complainte que j’ai trouvée, est aux pages 257 et 258 dans le tome premier du « Dernier tableau de Paris, ou récit historique de la révolution du 10 août 1792 , des causes qui l’ont produite, des évènements qui l’ont précédée, et des crimes qui l’ont suivie », publié à Londres par J. Peltier en septembre 1793.
Voici la photographie de la note qui introduit le texte de cette complainte :

note complainte

« La romance qui suit a été distribuée par milliers, et chantée publiquement à Paris,
le jour même que la défense du Roi a été prononcée. Cela prouve bien clairement que c’est la faction, et non la nation, qui accuse son Roi. »

J’ai ensuite retrouvé le texte de cette complainte dans « l’Almanach des gens de bien pour l’année 1797 », publié à Paris par le fameux polémiste monarchiste Christophe Félix Louis Ventre de La Touloubre, dit Galart de Montjoie.
Après quoi, tout au long du XIXe siècle et jusqu’à nos jours, on la retrouve dans nombre de publications monarchistes, jusqu’à avoir même été chantée dans une émission de télévision : c’est l’enregistrement que l’on trouvera ci-après, lequel, toutefois, n’est pas exactement conforme, en ce qui concerne les reprises, avec le premier texte publié par J. Peltier, qui est celui que je reproduis textuellement ci-dessous (j’en ai seulement modernisé la graphie, mais conservé scrupuleusement la ponctuation).

Lully.

frise lys

O mon peuple ! que vous ai-je donc fait ?
J’aimais la vertu, la justice ;
Votre bonheur fut mon unique objet ;
Et vous me traînez au supplice ! (bis)

Français, Français, n’est-ce pas parmi vous
Que Louis reçut la naissance ?
Le même ciel nous a vu naître tous ;
J’étais enfant dans votre enfance.

O mon peuple, ai-je donc mérité
Tant de tourments et tant de peines !
Quand je vous ai donné la liberté,
Pourquoi me chargez vous de chaînes ? (bis)

Tout jeune, encor, tous les Français en moi
Voyaient leur appui tutélaire ;
Je n’étais pas encore votre Roi,
Et déjà j’étais votre père.
O mon peuple ! Que vous ai-je donc fait.. etc.

Quand je montai sur ce Trône éclatant
Que me destina ma naissance,
Mon premier pas dans ce poste brillant
Fut un Edit de bienfaisance.
O mon peuple ! Ai-je donc mérité… etc.

Le bon Henry, longtemps cher à vos coeurs,
Eut cependant quelques faiblesses ;
Mais Louis XVI, ami des bonnes moeurs,
N’eut ni favoris, ni maîtresses.
O mon peuple ! Que vous ai-je donc fait… etc.

Nommez les donc, nommez moi les sujets
Dont ma main signa la sentence !
Un seul jour vit périr plus de Français
Que les vingt ans de ma puissance !
O mon peuple ! Ai-je donc mérité… etc.

Si ma mort peut faire votre bonheur,
Prenez mes jours, je vous les donne.
Votre bon Roi, déplorant votre erreur,
Meurt innocent et vous pardonne.

O mon peuple ! recevez mes adieux ;
Soyez heureux, je meurs sans peine.
Puisse mon sang, en coulant sous vos yeux,
Dans vos coeurs éteindre la haine. (bis)

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frise lys

On trouvera aussi dans ce blogue :
Le discours du Pape Pie VI proclamant que Louis XVI est un martyr > www
Le récit des dernières heures du Roi martyr > www
Le testament de Louis XVI > www
Le voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus > www
Des Maximes écrites par le Roi Louis XVI > www

La Messe de Requiem composée par Cherubini
pour le service funèbre à la mémoire de Louis XVI > www

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2014-7. Les plaies de la France pansées par Marie.

les plaies de la France pansées par Marie

« Les plaies de la France pansées par Marie »

C’est l’intitulé d’une image pieuse que j’ai trouvée dans la collection de Frère Maximilien-Marie. Elle date du milieu du dix-neuvième siècle.

Au premier plan, on y voit la France, figurée par une femme allongée sur un lit d’épis de blé pourrissant et de ronces : son front est ceint d’épines, des larmes coulent de ses joues, son coeur est blessée. De sa main droite, on la voit égrener un chapelet, et ses yeux sont fixés sur la croix qu’elle tient dans la main gauche. Autour de cette croix un phylactère permet de lire ces mots : « Unica spes : unique espérance ».
Le linge qui la recouvre à demi, quand on l’observe attentivement, est en fait un drapeau blanc fleurdelysé.

plaies de la France pansées par Marie détail 1

Derrière elle, se tient la Très Sainte Vierge Marie qui la serre contre son Coeur maternel.
Dans chaque main, Marie tient un linge sur lequel figure une inscription : avec celui qu’elle a dans la main gauche – Fides : la foi – , elle panse les plaies de la tête, et avec celui qu’elle a dans la main droite – Caritas : la charité – , elle soigne le coeur de la France.

plaies de la France pansées par Marie détail 2

Marie pleure ; son regard implorant est tourné vers le Calice du Saint-Sacrifice qui reçoit les gouttes du Précieux Sang découlant des plaies du Sacré-Coeur qui le surmonte.
En arc de cercle au dessus de l’auréole qui nimbe le Coeur de Jésus, est écrit : « Amour à Mon Vicaire »
Deux faisceaux lumineux descendants encadrent le Calice : dans l’un est écrit « Observation du dimanche » et dans l’autre « Détestation du blasphème ». On reconnaît là deux points essentiels du message public délivré par la Très Sainte Vierge Marie lors de l’apparition du 19 septembre 1846 à La Salette.
Avec l’inscription qui se trouve au-dessus, on a des indications précieuses pour la datation de cette image : la diffusion du message de La Salette et la révolution romaine de 1848 qui contraignit le Bienheureux Pie IX à l’exil. Ce dernier évènement est en quelque sorte confirmé par un autre détail : la tiare déposée au pied de la Croix sur une sorte d’autel, juste au-dessous du Calice.

plaies de la France pansées par Marie détail 3

Sur le côté droit, partant d’une nuée sombre, on voit un éclair vengeur  qui, zébrant le ciel, tombe sur la terre à l’endroit où est écrit « France ».
Le message est explicite là encore : ce sont les menaces de châtiments qui risquent de frapper la France, infidèle aux lois divines, infidèle à sa vocation, infidèle à sa mission.

plaies de la France pansées par Marie détail 4

La France est blessée : sa tête, siège de la pensée, est certes blessée par les épines de cette couronne, symbole de l’orgueil de la révolte intellectuelle contre Dieu et contre Son Règne ; son coeur, symbole de ses affections, est certes lui aussi grièvement blessé parce qu’il s’est attaché à d’autres amours qu’à celles qui sont justes et saintes… Toutefois, une flamme ténue s’en échappe encore : tout n’est donc pas irrémédiablement perdu !

La légende de cette image nous délivre une leçon d’espérance.
C’est sans nul doute à Marie, Vierge de Compassion et « toute puissance suppliante » – ainsi que l’on appelée les saints – , qu’il faut attribuer ces mots (dont la formulation semble inspirée par la manière dont elle a intercédé à Cana : « ils n’ont plus de vin ») : « Son coeur bat encore » !
En dessous, la phrase : « J’ai péché, Seigneur… et j’ai fait le mal devant Vous ! » , est l’aveu de la France, contrite et humiliée. C’est la confession de son péché, qui reprend les expressions du « Miserere » (Psaume L), lequel développe l’aveu de David reconnaissant son adultère et son crime (3 Rois XII, 13).

plaies de la France pansées par Marie détail 5

Tant qu’il y aura un peu de flamme dans son coeur, et tant que ce coeur pourra être touché par la grâce du repentir, la France, en se recommandant à l’intercession de la Vierge Marie, sa Reine, aura le droit d’espérer dans sa guérison et dans son relèvement.

Mais si la France néglige la prière et la pénitence, si elle continue à contrevenir aux saintes lois de Dieu, si elle ne s’amende pas et ne convertit pas ses institutions et ses lois, non ! elle ne pourra se soustraire aux châtiments mérités, et devra alors tout craindre de la justice divine !

La leçon est de toujours à toujours.
La leçon est actuelle.
La leçon est d’une brûlante actualité…

Lully.                           

frise avec lys naturel

Ô Marie conçue sans péché, notre bonne Mère qui avez voulu que nous Vous invoquions sous le vocable, si consolant à nos cœurs, de Reine de France, voyez prosternés à Vos pieds vos Sujets malheureux.
Ayez pitié de nous : soyez notre Avocate auprès de Votre divin Fils, notre Roi bien aimé.
Nous savons que nous l’avons grandement offensé, outragé même, que nous avons méprisé Ses Commandements, foulé aux pieds les Saintes Lois de Son Eglise ; mais nous savons aussi, ô aimable Souveraine, que Vous êtes toute puissante sur le Cœur de ce Roi d’Amour qui ne demande Lui-même qu’à pardonner ; obtenez nous donc cette paix, nationale et individuelle, tant désirée de tous, pour la plus grande gloire de Votre cher Fils.

Ainsi soit il.

frise avec lys naturel

2014-6. « C’est l’absolu qui me donne la norme du relatif. » (Gustave Thibon)

Chaque année, l’approche du 19 janvier - anniversaire de la mort (sans doute serait-il plus juste d’écrire : de l’entrée dans la lumière éternelle) de Gustave Thibon - , m’est une occasion de me replonger avec une intensité nouvelle, plus encore que dans l’oeuvre – ses livres sont toujours à portée de main dans mon bureau et me servent une nourriture quotidienne – , dans la pensée et dans l’âme de Thibon, et de resserer ainsi les liens profonds que j’ai tissés avec lui depuis mon adolescence.
J’ai choisi, cette année, de partager avec vous un extrait de l’ouvrage intitulé « Entretiens avec Christian Chabanis » (Fayard – 1975), dans lequel sont retranscrits les échanges qui eurent lieu au cours de trois émissions diffusées par TF1 en février-mars 1975.
Je m’approprie totalement ce qu’a écrit magnifiquement Christian Chabanis comme dernière phrase de la préface de cet ouvrage : « J’ai reçu de Thibon ce qui n’appartient pas à Thibon non plus qu’à moi-même, mais en quoi nous communions ensemble : sans doute est-ce la raison pour quoi je ne lui mesure pas ma reconnaissance à l’aune du relatif. »

Frère Maximilien-Marie.                                          

Entretiens avec Christian Chabanis

Eglise et politique.

Christian Chabanis :
- Vous devez concevoir assez difficilement que l’Eglise – l’Eglise catholique, précisément – ait pu bénir la démocratie avec le luxe de louanges qu’elle lui prodique depuis quelques années, et cesse de bénir d’autre formules politiques qui semblaient connaître sa prédilection jusque-là ?

Gustave Thibon :
- Le mot « Eglise » est peut-être un peu exagéré : disons certains hommes d’Eglise, et même un bon nombre d’hommes d’Eglise. Cela ne m’étonne pas. Ce n’est pas d’hier que le clergé flatte les pouvoirs établis. Il flatte aujourd’hui la démocratie comme il flattait la monarchie, et il flatte aussi le socialisme, non comme pouvoir établi, du moins en Europe occidentale, mais comme pouvoir dont il prévoit l’avènement dans un proche avenir. Je note d’abord qu’il est normal que l’autorité religieuse ne fasse pas obstacle à l’autorité politique et qu’elle vive en bonne entente avec celle-ci. Ce qui me choque, c’est de la voir parfois coller au pouvoir temporel avec une servilité déconcertante.
Si j’étais méchant – j’y ai souvent pensé et ce serait une aubaine pour les anticléricaux, mais les anticléricaux sont mal renseignés – , je ferais une anthologie de mandements d’évêques, de la révolution française à nos jours. Vous verriez, d’un régime à l’autre, à quel point chacun a pu être démesurément exalté. D’abord les mandements des évêques sur Napoléon le Grand. Je me souviens de je ne sais quel texte dans lequel, après la victoire d’Austerlitz, et un parallèle entre Napoléon et Alexandre où Napoléon jouait d’ailleurs le beau rôle – notez qu’au point de vue stratégique, valeur militaire, ce parallèle pouvait se défendre – , un évêque concluait en disant : « Mais tandis qu’Alexandre luttait, mû par une insatiable ambition, le modeste et timide Napoléon ne tire l’épée que pour les droits de Dieu ! »
Voyons, si vous aviez à qualifier Napoléon, est-ce les mots de « timide » et de « modeste » qui vous viendraient sur les lèvres ? Il faut vraiment être évêque pour trouver cela.
Ensuite, les louanges de la révolution de 48 ; tel évêque plantait l’arbre de la liberté, mais trois ans après, quand Louis-Napoléon fut arrivé au pouvoir, encensait « le nouveau Constantin qui nous a délivrés de l’hydre de l’anarchie ». Et ça continue : « La France, c’est Pétain » et « Pétain, c’est la France » ! A quelques années de là, de Gaulle est comparé au Saint-Esprit ! Dans je ne sais quelle église où il fait sa visite le jour de la fête du Bon Pasteur, on ose lui dire qu’il « connaît ses brebis et que ses brebis le connaissent » ! Ce que personne n’avait osé dire à Louis XIV ! Et pourtant, les flatteurs ne manquaient pas sous l’Ancien Régime !
Cela ne m’étonne pas du tout. Quant les hommes qui sont chargés d’enseigner le surnaturel, le divin, se mettent à verser dans le social, ils y versent de tout leur poids. C’est un peu comme si ce poids d’absolu qu’implique la religion se déversait sur le relatif, ce qui crée des exagérations ridicules.
Aujourd’hui, c’est la même chose vis-à-vis des démocraties et du socialisme. Si j’étais démocrate, si j’étais socialiste, la seule alliance qui me dégoûterait serait l’alliance des curés ! Elle est dictée, je ne dirai pas par l’intérêt personnel, mais par un conformisme aveugle à l’égard du pouvoir quel qu’il soit. Vous l’avez dit d’ailleurs un jour : « L’abbé de rue et l’abbé de cour se rejoignent ! » Et quand on encense le peuple, ce n’est pas les hommes du peuple, ce n’est pas les pauvres qu’on loue, mais cette immense force sociale que constitue la masse des pauvres. C’est donc toujours la puissance qui est adorée.

(…)

Christian Chabanis :
- Pourait-on parler, à votre sens, d’une politique chrétienne ?

Gustave Thibon :
- Oui, à la limite d’une politique inspirée non par la mystique chrétienne – ce n’est pas l’affaire de la politique – , mais par un ensemble de règles empiriques qui tendent à respecter le plus possible la personnalité des hommes et leur liberté. Dans ce cas-là, on peut parler de politique chrétienne. Mais uniquement en ce sens. Et sans inféoder totalement le christianisme à cette politique, car le christianimse la déborde de toute part.
(…) Une politique ne peut jamais être totalement une politique de sainteté, pour l’excellente raison que toute politique doit tenir compte du mal et, dans un certain sens, composer avec le mal. Imaginez-vous un homme politique appliquant à la lettre, dans ses rapports avec les ennemis de son pays (un Hitler ou un Staline, par exemple), les conseils évangéliques : « Ne résiste pas au méchant » ou « Tends l’autre joue » ? Tout au plus, la sainteté pourrait-elle dicter à un homme politique certaines décisions qui vont dans le sens de la justice, de la loyauté, de la paix, etc. Mais toujours en tenant compte d’une infinité de contingences qui n’ont rien à voir avec le surnaturel.

C.C. :
- Les réflexions que vous inspire le politique sont dictées cependant par cette expérience profonde dont nous avons d’abord parlé : l’expérience mystique. Le regard que vous posez sur toute chose, vous le posez en particulier sur le politique, à partir de la dimension métaphysique, si bien que votre pensée juge aussi le politique à travers l’absolu.

G.T. :
- Sans aucun doute. Je le juge à travers l’absolu pour le considérer comme relatif. C’est l’absolu qui me donne la norme du relatif.

C.C. :
- Du relatif dans tous les ordres de réalité ?

G.T. :
- Du relatif politique comme du relatif de l’amour humain, comme du relatif de la morale, comme du relatif de toutes les réalités non surnaturelles, non divines. Lesquelles doivent être mises à leur place : non pas niées, non pas exaltées, mais bien situées. Sinon nous tombons dans ce que les hindous appellent « l’égarement des contraires » : on va indéfiniment d’une idolâtrie à l’idolâtrie opposée. Car il est beaucoup plus facile de mettre les choses à l’envers que de les remettre à leur place.

C.C. :
- Et les choses à leur place, c’est la hiérarchie des valeurs et la hiérarchie des êtres que vous considérez comme fondamentales. A partir non seulement des moeurs, comme nous l’avons dit tout à l’heure, mais à partir d’un regard sur les moeurs qui vient du plus haut qu’elles ?

G.T. :
- Bien sûr. (…)
Au fond, la société qui se rapproche le plus de mon idéal est celle où il existe encore des communautés naturelles, des groupes humains, où chaque individu exerce le maximum de libertés et de responsabilités personnelles, court ses risques personnels et ses chances personnelles, et peut s’intégrer dans un ensemble où il n’est pas simplement régi par la bureaucratie, où il a des contacts humains, où le prochain ait pour chacun une âme et un visage. Le pire, c’est l’administratif régnant en tout et partout. Qui donc a dit que les sociétés commencent par le sacré et finissent par l’administratif ?

Avec une pensée infiniment fraternelle G. Thibon

« Avec une pensée infiniment fraternelle – G. Thibon »
(conclusion d’un message de dédicace à l’intention de Frère Maximilien-Marie)

Autres publications consacrées à Gustave Thibon dans les pages de ce blogue :
– « In memoriam : Gustave Thibon » (2008) > www
- « Gustave Thibon : dix ans déjà ! » (2011) > www
– « Eloignement et connaissance » (extrait de « Retour au réel ») > www
- Le message de ND de La Salette au monde paysan > www
- « Le goût de l’aliment éternel » > www
- « Libertés » (extrait de « Diagnostics ») > www
Le sport dans la société moderne > www

Publié dans : Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis | le 17 janvier, 2014 |2 Commentaires »

2014-5. La nouvelle arche.

17 janvier,
anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de Pontmain.

Coeur de Marie Refuge de l'âme fidèle

Le 17 janvier, même si dans la liturgie la part principale revient à Saint Antoine le Grand, « père de tous les moines » (et protecteur des animaux > www), nous faisons néanmoins la mémoire de la très belle et émouvante apparition de la Très Sainte Mère de Dieu dans le ciel de Pontmain.

Nous avons vu (cf. > www) de quelle manière la Providence avait lié les supplications qui se faisaient pour la France à la basilique de Notre-Dame des Victoires au moment de l’apparition de la Vierge Marie dans le ciel du tout petit village du bas Maine.

Le Coeur douloureux et immaculé de Marie, nous n’en doutons pas, sera toujours le refuge et le secours de ceux qui l’invoqueront avec ferveur et confiance.
Dans le déluge d’iniquités qui submerge le monde, il sera l’arche protectrice qui recueillera les vrais fidèles et les préservera des flots montants de la subversion diabolique.
Aimons à redire souvent cette belle invocation, si répandue jadis :

Doux Coeur de Marie, soyez mon refuge !

frise

La nouvelle arche 1

La nouvelle arche 2

Coeur de Marie Refuge de l'âme fidèle - détail

Fervente invocation pour demander à  Marie de trouver refuge en son Coeur :

O Marie, Mère immaculée de Jésus et notre Mère, ravis par la splendeur de votre céleste beauté, et pressés par les angoisses de ce temps, nous nous jetons dans vos bras, certains de trouver dans votre Coeur très aimant le repos de nos ferventes aspirations et le refuge assuré dans les tempêtes qui de toutes parts nous assaillent !

(Vénérable Pie XII)

frise

2014-4. Le 17 janvier 1871 à Notre-Dame des Victoires.

Le 16 janvier l’archiconfrérie du Coeur immaculé de Marie Refuge des pécheurs, établi dans la basilique de Notre-Dame des Victoires à Paris, célèbre sa fête patronale.
Je veux en profiter pour publier aujourd’hui un texte qui m’a été adressé par un ami et qui établit en quelque sorte un lien entre la basilique de Notre-Dame des Victoires et l’apparition de la Très Sainte Vierge Marie à Pontmain, le 17 janvier 1871.

Autel de ND des Victoires

Autel de l’archiconfrérie du Coeur immaculé de Marie Refuge des pécheurs
(basilique Notre-Dame des Victoires – Paris)

Le 17 janvier 1871 à Notre-Dame des Victoires
récit de Louis Colin 
(*)

in « Notre-Dame de Pontmain – Son message à la France»
(1894 réédité en 2011 - 
pp. 97-101 ; 221-223 )

Notre-Dame des Victoires, érigée en ex-voto pour remercier la Mère de Dieu de la défaite des protestants qui menaçaient alors de faire passer à l’hérésie la nation prédestinée, est sortie du cœur de Louis XIII en même temps et par le même mouvement que la consécration solennelle de son royaume à Marie.
Celui-ci, glorieux et victorieux autrefois dans le monde, maintenant broyé sous le talon de la protestante Allemagne et livré sans merci à ses innombrables armées, n’a plus qu’une seule ressource, celle d’y demander à genoux sa délivrance. Elle sera la victoire de Notre-Dame, à laquelle, par droit de naissance et de consécration nationale, appartient la France qui, par elle et avec elle, ne saurait ni devenir protestante ni mourir.

Le 15 janvier, une neuvaine y fut annoncée qui devait s’ouvrir le 17, à huit heures du soir, et qui ne s’ouvrit pas ce jour-là sans difficultés.
Mgr Darboy, pour des raisons personnelles sans doute, voulut avoir une autre date qui fût sienne.
Quelles étaient les pensées de l’Archevêque ? Pourquoi ce retard ? Les événements peuvent seuls expliquer les lenteurs qu’il voulut y mettre ; car ce ne fut pas le 17, mais le 20 janvier, c’est-à-dire trois jours après, que la neuvaine devait officiellement commencer.

La poussée des fidèles avait pourtant quelque chose de si extraordinaire et de si irrésistible que, craignant de mécontenter les foules qui, depuis l’annonce du 17, accouraient déjà de tout Paris, M. Chanal, curé de la paroisse, délégua un de ses vicaires, l’abbé Laurent Amodru, auprès de l’archidiacre Surat, pour lui exposer la situation difficile et imprévue dans laquelle on allait forcément se trouver.
« Continuez, répondit à celui-ci Mgr Surat, continuez les exercices préparatoires, comme s’il ne s’agissait de rien. »
Réponse qui fut un blanc-seing donné au curé pour en agir comme il était convenu.

Bien qu’elle eût changé son nom primitif contre celui, plus modeste et plus accommodant, d’exercices préparatoires, la neuvaine du 17 s’ouvrit à point nommé, et lorsque huit heures de la nuit eurent sonnées à la grande horloge, dans la nef de la petite église un millier de fidèles, pliés sous les maux de la patrie, assistaient aux prières plus ardentes ce soir-là de l’Archiconfrérie.

Un prédicateur monta en chaire, et ce prédicateur était l’abbé Laurent Amodru, revenu de l’archevêché.
De quoi pouvait-il entretenir les âmes, sinon des douleurs communes à tous ?
Le voilà qui parle de nos humiliations, de nos soldats, de nos défaites, du péril que court la France penchée au bord de l’abîme.
Puis subitement, comme s’il fût transporté et hors de lui-même, sous l’action d’un souffle inconnu, il demande que chacun fasse un vœu pour obtenir la cessation du fléau qui pèse sur le pays.
Ce vœu, c’est un cœur d’argent qui sera solennellement offert à Notre-Dame des Victoires, à la clôture de la neuvaine qui va commencer.

L’auditoire à cette proposition se sent tressaillir, et les cœurs se réveillent à la douce espérance.
Du banc d’œuvre où il est assis, M. l’abbé Chanal, curé de la paroisse, se lève à son tour comme électrisé. Debout et d’une voix forte, tremblante aussi d’émotion et de larmes, il s’écrie :
« C’est de tout mon cœur, mes frères, que j’approuve l’ex-voto dont vient de vous parler le prédicateur. Oui, nous l’offrirons tous à Notre-Dame des Victoires pour qu’elle nous accorde la cessation de la guerre et arrête les châtiments du ciel. Nous jurerons en même temps de servir Dieu par la sanctification du dimanche, ainsi que vous venez de l’entendre. Ce cœur d’or et d’argent rappellera nos promesses, en même temps qu’il sera le témoignage de notre reconnaissance envers la sainte Vierge ! »

Après quoi, une multitude de fidèles se presse aux bureaux de l’Archiconfrérie pour y déposer son obole.
La commotion produite sur tous était si visible que l’abbé François Amodru, [le frère de Laurent qui avait pris la parole], à la vue du mouvement extraordinaire qui agitait la foule, fut pris d’inquiétude.
Il se précipita vers son frère, et avec l’accent d’un homme tout troublé :
« Qu’avez-vous fait, mon frère, lui dit-il, qu’avez-vous fait ? Vous n’êtes comme moi qu’un simple vicaire, et voilà que du haut de la chaire vous avez mis tout le monde sur pied par une initiative qui n’appartient qu’à M. le curé ! Comment, sans vous être entendu au préalable avec lui, avez-vous osé émettre la proposition d’un ex-voto général ? Nos confrères en sont aussi surpris que moi. Voyez cette foule qui accourt… Comment y suffire ? »
II continuait… 

Mais le frère, l’arrêtant d’un geste, lui dit avec douceur :
Mon ami, soyez en paix ; ce que j’ai fait, je devais le faire, puisque M. le curé l’a grandement et solennellement approuvé.
Mais, s’il ne l’avait pas approuvé ?
S’il n’avait pas dû l’approuver, je n’aurais peut-être pas dit ce que j’ai dit.
Alors vous avez donc eu…
Ne me parlez pas de cela et soyez en paix. Les prières de l’Archiconfrérie et des milliers d’âmes qui sont venues ici pour y prier durant tout le siège ont fait violence au ciel.
Sur ce, le frère étonné regarda son frère, et leur dialogue palpitant s’arrêta là.

Au même moment un chrétien, aux oreilles duquel le nom de Pontmain n’avait jamais retenti, s’était recueilli en sa demeure. Profondément bouleversé par ce qu’il venait de voir, d’ouïr et de sentir à Notre-Dame des Victoires, il prenait une feuille de papier pour y laisser déborder le trop plein de son cœur.
Lui aussi était sous le charme intime d’une espérance soudaine, et tandis que la bienheureuse Apparition s’évanouissait lentement au ciel des cieux, un rayon lointain de ses étoiles lui tomba sous la plume qui d’un seul trait, à neuf heures du soir, écrivit à l’abbé Amodru la lettre mémorable que voici :

« Paris 17 janvier 1871

 « Monsieur l’Abbé,

 « Je reviens de Notre-Dame des Victoires, profondément ému des paroles que, dans une improvisation évidemment inspirée, vous avez adressées ce soir aux nombreux fidèles réunis au pied de l’autel de Marie.
 Déjà bien souvent, en dépit de nos rêves et malgré les nuages sombres dont notre horizon se voile de plus en plus, vous avez ranimé notre foi chancelante, et, puisant dans votre cœur une inaltérable confiance en la très sainte Vierge, vous nous avez répété ce cri que vos lèvres articulent avec une émotion si communicative :
Non, Paris ne tombera pas au pouvoir de l’ennemi et ne périra pas. Une barrière infranchissable s’élève entre lui et la capitale menacée. Notre-Dame des Victoires nous garde et nous défend.

Mû, j’allais dire entraîné, par une confiance qui semble puiser une force nouvelle dans le péril qui grandit d’heure en heure, vous venez ce soir même, dans un langage aussi pieux qu’émouvant, de faire passer en nos âmes attristées la sainte conviction qui anime la vôtre !

Une pensée, avez-vous dit, se présente en ce moment à mon esprit. Nous allons tous publiquement et solennellement supplier la Très Sainte Vierge de nous venir en aide, et nous ne franchirons pas le seuil de ce saint temple consacré à sa gloire sans lui avoir non moins solennellement promis de lui offrir un cœur d’argent qui apprendra aux générations futures qu’aujourd’hui, ENTRE HUIT ET NEUF HEURES DU SOIR, tout un peuple s’est prosterné aux pieds de Notre-Dame des Victoires et a été sauvé par elle !

Un tel discours prononcé dans un semblable moment, appuyé, sanctionné, d’ailleurs, d’une exhortation véhémente de M. le Curé, devait aller directement au cœur de chacun des assistants. Un long frémissement s’empara, en effet, de la pieuse assemblée qu’un souffle divin venait de transformer tout à coup. L’émotion qui s’est emparée de moi s’est produite dans toutes les âmes. C’est avec bonheur que je le constate, et chacun voudra, je n’en doute pas, réaliser au plus tôt un vœu à la fois si saint et si consolant.

Je m’empresse, quant à moi, de venir, dès ce soir même, vous prier d’en recevoir ici l’expression solennelle. Veuillez, s’il se peut, l’offrir demain matin à Notre-Dame des Victoires, la suppliant de daigner l’accueillir comme un encens d’agréable odeur, composé des prières aussi bien que des voeux de ses plus fidèles sujets.

Et maintenant, monsieur l’Abbé, laissez-moi vous le dire, avec le respect dû à votre personne aussi bien qu’à votre caractère, vous avez su, en ces temps de défaillance et de découragement, maintenir en nous, vos fidèles auditeurs, la foi qui soutient et l’espérance qui fortifie. Ce double sentiment, je dirais cette double vertu, si je ne parlais ici que des autres, a été le partage de tous ceux qui ont écouté votre voix. Je n’en veux d’autre preuve que cette parole dite à mon oreille au moment de la sortie du temple : « La sainte Vierge ne saurait se montrer insensible à une foi si vive, AVANT HUIT JOURS, LA PAIX SERA SIGNÉE. »

Nous aurons donc, grâce à vous et à Notre-Dame des Victoires, attendu avec un calme égal à notre résignation l’heure fixée par la Providence pour le salut de notre malheureux pays. Cette heure bénie et si souvent attendue A SONNÉ CE SOIR, quelque chose me le dit. A l’exemple du saint vieillard Siméon, nous pourrons bientôt entonner le cantique d’allégresse : Nunc, dimittis servum suum, Domine,et les Annales de l’Archiconfrérie, déjà si riches en pieux souvenirs, s’illustreront encore de cette date à jamais mémorable du 17 janvier 1871.

Daignez, etc.,

Signé : Martel, Contrôleur des Monnaies

Apparition de ND à Pontmain 17 janvier 1871

Pontmain : 17 janvier 1871, entre 8h et 9h du soir…

(*) Louis Frédéric Colin, né à Lignières (département du Cher) le 14 janvier 1835, fit ses études au séminaire de Saint Sulpice à Paris, où il fut ordonné prêtre le 17 décembre 1859. Il choisit alors d’intégrer la compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice et un professeur de la Compagnie de Saint-Sulpice, occupa postes de professeur en France de 1860 à 1862, avant d’être envoyé au Québec : curé de Notre-Dame des Neiges à Montréal (1862-1863), professeur de droit canonique au grand séminaire (1863-1864), vicaire à Notre-Dame (1864-1874) et à nouveau professeur de droit canonique au grand séminaire (1874-1875), il devient directeur du grand séminaire de Montréal (1875-1881) puis supérieur des Sulpiciens du Canada (1881-1902). Il rendit son âme à Dieu le 27 novembre 1902. Une école et une avenue portent son nom à Montréal.

frise avec lys naturel

Concernant Notre-Dame des Victoires voir aussi :
- Historique de la basilique Notre-Dame des Victoires > www
- Prière au Coeur immaculé de Marie Refuge des pécheurs > www
- Litanies de Notre-Dame des Victoires > www

Concernant Notre-Dame de Pontmain, voir aussi :
- Récit de l’apparition > www
- Le cantique « Mère de l’Espérance » > www

2014-3. De Saint Hilaire et de l’exemple très actuel qu’il donne aux fidèles.

Mardi 14 janvier 2014,
Fête de Saint Hilaire de Poitiers.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il y eut une malheureuse période, dans l’histoire de la Sainte Eglise notre mère, où la très grande majorité des pasteurs de cette Eglise avait perdu la foi authentique.
Ces prêtres, ces évêques – et par suite les fidèles – croyaient qu’ils étaient catholiques, alors qu’en réalité ils adhéraient à de graves erreurs doctrinales, si bien que leur pseudo foi était erronée, contraire à la divine Révélation, opposée à la Sainte Tradition reçue des Apôtres…
Cette corruption de la foi authentique, cette déviation de la religion divinement instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, fut l’hérésie arienne.

Conséquence des erreurs du prêtre Arius, cette hérésie enseignait que Jésus-Christ n’est pas véritablement Dieu égal au Père, parce que le « Logos » (le Verbe) n’est pas éternel mais qu’il a été créé (avant le reste de la création) et qu’il a été adopté par Dieu.

Arius fut excommunié et sa doctrine condamnée (concile de Nicée, en 325)… mais elle s’était déjà répandue, et elle se répandit cependant encore, séduisant de plus en plus de fidèles, semant le trouble et la division dans la chrétienté pour près de trois siècles, engendrant de nouvelles hérésies, en Orient comme en Occident.
A la suite du concile de Nicée, les conciles de Constantinople (381), d’Ephèse (431), et de Chalcédoine (451), préciseront les termes de la foi authentique : ils n’inventeront rien, ils expliqueront à travers des définitions de plus en plus « pointues », ce qu’est la foi véritable, la foi exacte telle qu’elle a été révélée par Dieu, et telle qu’elle a été transmise à la véritable Eglise par les Saints Apôtres qui la tenaient de Jésus-Christ.

St Hilaire par Viguier

Saint Hilaire terrassant l’hérésie arienne figurée par un dragon
(peinture de Viguier – 1866 – dans l’église Saint-Hilaire de Payré 86700)

Le 14 janvier, nous fêtons Saint Hilaire de Poitiers (+ 367) qui fut suscité et inspiré par Dieu, comme quelques autres saints évêques (tel Saint Athanase d’Alexandrie en particulier), pour rétablir l’ordre dans l’Eglise, pour réaffirmer la saine théologie, pour défendre la Vérité révélée, pour assurer le triomphe de la sainte Tradition contre l’hérésie arienne, alors qu’à Rome même le pouvoir impérial arien imposait un antipape arien – Félix II – , après avoir exilé le pape Libère.

Défenseur de la foi – Defensor fidei – , Saint Hilaire se dépensa sans compter, quoi qu’il puisse lui en coûter, pour la protection, la sauvegarde, le maintien, la défense et la propagation de la vraie foi : la foi dans la Très Sainte Trinité, la foi dans le mystère de l’Incarnation du Verbe co-éternel et consubstantiel au Père, la foi en Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme.
C’est pour cela qu’il écrivit son ouvrage dogmatique principal, le traité sur la Trinité – De Trinitate – ; c’est pour cela que, en imitateur du Bon Pasteur, soucieux du salut du peuple qui lui avait été confié (et parce que le salut passe par une foi droite), il lutta avec intrépidité et sans compromission ; c’est pour cela qu’il ne relâcha jamais sa vigilance ; c’est pour cela qu’il lutta jusqu’à son dernier souffle.
Jamais il ne faiblit devant les menaces ou les séductions du pouvoir politique qui cherchait à imposer l’hérésie arienne à tout l’empire : l’empereur Constance II, en effet, avait résolu de réaliser l’unité politique de l’empire sur la base d’une unité religieuse…

De nos jours, les erreurs philosophiques et théologiques sont à nouveau légion.
De nos jours, l’affirmation de la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ est combattue.
De nos jours, la foi authentique dans la Sainte Trinité est édulcorée.
De nos jours, le fait qu’il n’y ait qu’un seul vrai Dieu, qui S’est pleinement fait connaître dans Son Verbe Incarné, est remis en question.
De nos jours, la seule et unique foi véritable, celle de la Révélation chrétienne, à laquelle tous les hommes de toutes les nations sont appelés pour avoir part au salut, est relativisée…

Et ces erreurs, ces hérésies, sont acceptées – plus ou moins consciemment – , quand elles ne sont pas ouvertement professées, non seulement par ceux qui n’ont pas (ou plus) la foi chrétienne, mais aussi par un grand nombre de personnes qui sont persuadées d’être chrétiennes, voire par des prêtres et des évêques !

De même qu’autrefois on niait la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, parce qu’on n’acceptait pas la foi entière dans le mystère de la Sainte Trinité, ainsi aujourd’hui on nie – plus ou moins explicitement – que la Très Sainte Trinité soit le seul et unique Dieu pour tous les hommes de tous les peuples ; et ainsi en est-il qui voudraient bâtir une espèce d’unité planétaire sur la base d’une sorte de consensus minimaliste, prétendant qu’à partir du moment où l’on croit en une divinité, nous aurions « tous le même Dieu », et qu’il ne faudrait pas, en conséquence, vouloir « imposer » telle conception particulière de ce « Dieu »…
C’est ainsi que, une fois de plus, la Sainte Eglise se trouve affaiblie par des hérésies et par des interprêtations erronées de la foi, que la Sainte Eglise est exposée aux divisions les plus graves, que la Sainte Eglise est soumise aux pressions les plus destructrices.

Mais de tels propos, dans la bouche de quelqu’un qui se dit chrétien, ne sont rien moins qu’une espèce d’apostasie, ne sont rien moins qu’une négation des vérités qui nous ont été révélées par Dieu, transmises par les Apôtres et par la sainte Tradition, ne sont rien moins qu’un naufrage des vertus théologales de foi, d’espérance et de charité, lors même que l’on prétend faire preuve de « charité » en acceptant toutes les formes croyances…

Lully.

Mystère de la Sainte Trinité

2014-2. « C’est ainsi que le ciel s’ouvrira pour vous… »

Sermon de notre glorieux Père Saint Augustin
pour l’octave de l’Épiphanie,
sur le Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Ce 13 janvier,  jour octave de l’Epiphanie, la sainte Eglise dans sa liturgie nous fait célébrer la commémoraison du Baptême de Notre-Seigneur : c’est donc une excellente raison pour lire et méditer ce sermon de notre glorieux Père Saint Augustin dans lequel le saint évêque d’Hippone met en lumière plusieurs points mystérieux auxquels on ne s’attache pas assez en nos temps…

Van Loo 1761

Van Loo : le Baptême de Notre-Seigneur (1761)

§1. Le Christ a reçu le baptême de pénitence pour nous amener à la pénitence :

Que Dieu Se soit fait voir parmi nous, que Notre-Seigneur Jésus-Christ ait été, en même temps, Dieu et homme, et qu’en Lui aient manifestement paru les prérogatives de l’un et de l’autre, c’est un fait annoncé en bien des manières par les Prophètes, et affirmé par le saint Evangile d’aujourd’hui : de là nous devons conclure que, si Dieu a daigné Se faire homme, c’était afin que l’homme, perdu par son péché, pût devenir Dieu.
Après avoir accompli le mystère de l’Incarnation et pris sur Lui les faiblesses de notre humaine mortalité, l’Homme-Dieu nous a appris la manière d’effacer nos fautes ; car Il est venu demander à Jean-Baptiste le baptême de la pénitence, afin de nous procurer le salut par son propre baptême.
Imitez donc et recevez le sacrement justificateur qu’a établi le Fils de Dieu. Il a fait pénitence, et, pourtant, aucune raison ne L’obligeait à la pénitence.
Pleurez, vous, car vous avez tout motif de verser des larmes de douleur. Il a effacé les péchés de la chair ; c’est à vous de les déplorer. Il a purifié dans l’eau matérielle ce qui était sans taches ; pour vous, dont la conscience est souillée, purifiez-la dans le torrent de vos larmes.

Van Loo 1761 détail 4

§2. Humilité du Baptiste :

En voyant Dieu s’approcher du baptême de pénitence pour le recevoir, le vénérable Prophète fut saisi de stupeur ; le trouble et l’épouvante se répandirent dans tout son être en la présence du Rédempteur : « Seigneur », s’écria-t-il, « soyez-moi propice ! Ces eaux où se purifient les corps sont la piscine réservée aux pécheurs. Je baptise les serviteurs, mais je ne dois point baptiser le Maître. Je le sais, Vous venez de la source des eaux célestes ; pourquoi donc entacher les choses divines au contact des choses de la terre ? En Vous se trouvent des sources toutes pures, dont les eaux abondantes rafraîchissent les terres desséchées et communiquent la fécondité à celles qui sont stériles. O saint, si, seulement, Vous m’ordonniez de m’approcher de ces eaux salutaires ! si, seulement, Vous daigniez en verser sur moi de Vos propres mains ! Purifié de mes souillures charnelles, je pourrais marcher dans le sentier du ciel, j’ignorerais les faiblesses coupables de la chair !».

Van Loo 1761 détail 1

§3. Quelle était cette justice que le Sauveur devait accomplir en recevant le baptême de pénitence ?

Néanmoins le Sauveur persiste dans Son dessein ; puis, voilant pour un instant sa divinité, Il dit à Jean : « Fais maintenant ce que Je dis, car il nous faut accomplir toute justice » (Matth. III, 15).
Voyez, quelle céleste réponse ! Le Christ ne nie pas qu’Il soit Dieu, mais parce qu’Il est devenu homme, Il veut accomplir tout ce qu’exigent les prescriptions de la loi. Car c’est justice qu’Il reçoive ce qu’Il doit donner, et qu’Il imprime le sceau de la perfection à ce qu’Il doit léguer à l’Eglise.
Alors Jean Le laissa : il ne se sépara point de Lui, mais il L’abandonna à Sa propre volonté, pour Lui laisser faire ce qu’Il désirait. Il voyait dès lors, en effet, que le baptême du Sauveur sanctifierait les eaux, et que ce bain serait, non plus celui de la pénitence, mais celui de la grâce.

Van Loo 1761 détail 2

§ 4. Les cieux s’ouvrent et l’Esprit-Saint apparaît : comment cela est-il possible ?

« Aussitôt qu’Il fut baptisé, Jésus sortit de l’eau, et les cieux s’ouvrirent » (Matth. III, 16) : emblème de la promptitude avec laquelle devait s’opérer l’oeuvre de notre régénération, et de la facilité avec laquelle le vieil homme se changerait en homme nouveau.
Jésus est baptisé, et tous les secrets mystères de l’homme se dévoilent. Les cieux s’ouvrent en présence de Jean, non pour rendre profanes les mystères célestes, mais pour rendre accessible 
à l’homme l’entrée du paradis, fermée par nos fautes. Les cieux s’ouvrent, sans qu’il y ait scission dans les éléments, sans qu’on aperçoive la moindre déchirure, la plus petite anfractuosité dans les airs, ou que Dieu ait besoin d’en soutenir les parois…
Cependant l’œil spirituel peut apercevoir ce que l’œil charnel ne saurait découvrir. Rempli de l’Esprit-Saint, Ezéchiel assure que les cieux se sont ouverts devant lui, et qu’il y a lu la mystérieuse signification des quatre animaux. De même en a-t-il été de saint Etienne, au moment où il a rendu un si beau témoignage à Jésus-Christ. Plein de l’Esprit-Saint, et portant ses regards vers le ciel, il a vu la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu, et il a dit : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Act. VII, 38).
Il a donc vu les cieux ouverts, celui qui prophétisait en l’Esprit ; il a vu les cieux ouverts, celui qui confessait si ouvertement le Christ : « Et j’ai vu », dit le Précurseur, « l’Esprit de Dieu descendant du ciel comme une colombe et venant sur Lui » (Matth. III, 16), c’est-à-dire sur Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Rien d’étonnant à ce que Jean ait vu venir le Saint-Esprit, puisque, avant de naître, il a tressailli dans le sein d’Elisabeth, en présence de la mère du Sauveur, et que, dans le désert, il a ainsi annoncé le Christ : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits Ses sentiers » (Matth. III, 3).
Mais, dira peut-être quelqu’un, comment a-t-on pu voir l’Esprit de Dieu, puisqu’Il est invisible, incompréhensible et répandu dans tous les éléments, un Esprit qui est évidemment Dieu ? Le Sauveur ne dit-il pas dans l’Evangile que « Dieu est esprit » (Jean, II, 24) ?
Ce qui voit l’Esprit de Dieu, c’est le coeur pur, c’est toute intelligence dont l’Esprit-Saint daigne S’approcher. Par la toute-puissance de Sa divinité, et selon Son bon plaisir, Il pénètre dans ce coeur, dans cette intelligence, Il S’y rend visible. « L’Esprit de Dieu souffle où Il veut » (Jean III, 8) : Il gouverne toutes choses, sans être gouverné par aucune ; le monde entier reçoit la vie de cette âme éternelle, qui donne la connaissance du ciel et la refuse, qui a développé l’étendue des mers, qui couvre toute la terre et qui, pénétrant dans le vaste corps du monde, communique libéralement la vie à toutes les semences. 
Car telle est la nature de la Divinité, que, partout où tu remarques le mouvement et la vie, tu dois y voir l’action de l’Esprit de Dieu.

Van Loo 1761 détail 3

§5.  Au baptême de Notre-Seigneur, la Sainte Trinité tout entière est manifestée :

Dans le baptême du Sauveur se manifestent, d’une part, le dessein secret et difficile à saisir du Saint-Esprit, et, d’autre part, le mystère tout entier de la Trinité. L’Esprit de Dieu connaissait le Verbe, et Il L’avait vu Se revêtir de notre humanité.
Pour montrer aux hommes que Sa puissance est égale à celle du Fils de Dieu, Il prend donc la forme d’une colombe, bien qu’Il soit d’une nature subtile et simple, que la sainteté Lui appartienne en propre, et qu’Il Se trouve à l’abri de toute investigation.
Et, pour que la Trinité apparaisse dans son entier, le Père, que personne n’a jamais vu, si ce n’est le Fils unique (Jean I, 18), Se fait entendre et fait connaître, par Son propre témoignage, le Christ que l’Esprit-Saint désigne déjà. Voici ses paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis mes complaisances » (Matth. III, 17).
Admirable mystère de la puissance divine ! Que les voies de l’Esprit de Dieu sont impénétrables ! Il S’est revêtu des dehors d’un oiseau inoffensif, puis Il est descendu du haut des cieux sur Jésus-Christ, immédiatement après Son baptême ; ainsi nous a-t-Il montré que l’infusion du Saint-Esprit se fait dans l’âme au moment du baptême ; ainsi encore a-t-Il réfuté d’avance l’erreur méchante qui consisterait à dire que les paroles de Dieu le Père s’adressaient à Jean, et non à Dieu le Fils.

Van Loo 1761 détail 5

§6. Saint Augustin stigmatise l’incrédulité et exhorte à recevoir le saint baptême :

Ici, mes frères, il convient de tourner toute notre indignation contre les impies, et d’en finir avec la mauvaise foi des Juifs, qui ne croient point à la venue du Messie, quand le Ciel lui-même Lui rend témoignage, qui refusent de reconnaître comme Dieu celui que le Père déclare être Son Fils.
Aussi, mes très chers frères, réunissons-nous dans un même sentiment de foi, et soyons tous assez fermes pour confesser Dieu le Père, et Son Fils Jésus, et le Saint-Esprit, et reconnaître, en même temps, qu’Ils ne forment à Eux Trois qu’une seule et même substance.
Quant à vous, frères bien-aimés, à qui nous procurons le bonheur d’entendre les leçons de l’Apôtre, hâtez-vous de recevoir aussi le baptême : que rien, en lui, ne vous paraisse abject ; que rien, en lui, ne vous semble méprisable.
Le 
Sauveur du monde a daigné entrer dans cette piscine ; hâtez-vous donc, « du temps qu’il fait jour, dans la crainte d’être surpris par les ténèbres » (Matth. XII, 35). Si nombreuses que soient les blessures faites à vos coeurs par le péché, si hideuses que soient les taches imprimées à votre âme par vos fautes, nous les cicatriserons, nous les ferons disparaître avec l’eau vive du baptême : votre conscience y sera purifiée de toutes vos anciennes iniquités, une lumière toute spirituelle y sera répandue en vous ; c’est ainsi que, par mon ministère, s’accomplira parfaitement en votre personne le grand mystère de ce jour ; c’est ainsi que le ciel s’ouvrira pour vous, et que je vous ferai voir le Christ, Notre-Seigneur, à qui l’honneur, la puissance et la gloire appartiennent pendant les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Van Loo 1761 détail 6

Publié dans : De liturgia, Lectures & relectures, Textes spirituels | le 13 janvier, 2014 |2 Commentaires »
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