2011-28. Saint François de Sales, témoin exemplaire de l’humanisme chrétien.

Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI consacre les catéchèses de ses audiences générales hebdomadaires à présenter la vie et les enseignements des saints. Après avoir parlé des Pères de l’Eglise et des mystiques médiévaux, le Souverain Pontife, ce mercredi 2 mars 2011, a mis en évidence la personnalité exceptionnelle de Saint François de Sales et les leçons qu’il a données par sa vie et par ses écrits. Voici une traduction de cette catéchèse.

Saint François de Sales prêchant au peuple en plein air

Chers frères et sœurs,

«Dieu est le Dieu du cœur humain» (Traité de l’Amour de Dieu, I, XV) : dans ces paroles apparemment simples, nous percevons l’empreinte de la spiritualité d’un grand maître, dont je voudrais vous parler aujourd’hui, saint François de Sales, évêque et docteur de l’Eglise. Né en 1567 dans une région frontalière de France, il était le fils du Seigneur de Boisy, d’une antique et noble famille de Savoie. Ayant vécu à cheval entre deux siècles, le XVIe et le XVIIe, il rassemblait en lui le meilleur des enseignements et des conquêtes culturelles du siècle qui s’achevait, réconciliant l’héritage de l’humanisme et la tension vers l’absolu propre aux courants mystiques. Sa formation fut très complète ; à Paris, il suivit des études supérieures, se consacrant également à la théologie, et à l’Université de Padoue celles de droit, suivant le désir de son père, qu’il conclut brillamment par une maîtrise in utroque iure, droit canonique et droit civil. Dans sa jeunesse équilibrée, réfléchissant sur la pensée de Saint Augustin et de Saint Thomas d’Aquin, il traversa une crise profonde qui le conduisit à s’interroger sur son salut éternel et sur la prédestination de Dieu à son égard, vivant avec souffrance comme un véritable drame spirituel les questions théologiques de son époque. Il priait intensément, mais le doute le tourmenta si fort que pendant plusieurs semaines, il ne réussit presque plus à manger et à dormir. Au comble de l’épreuve, il se rendit dans l’église des dominicains à Paris, ouvrit son cœur et pria ainsi : «Quoi qu’il advienne, Seigneur, Vous qui détenez tout entre vos mains, et dont les voies sont justice et vérité; quoi que Vous ayez établi à mon égard…; Vous qui êtes toujours un juge équitable et un Père miséricordieux, je Vous aimerai Seigneur (…) je Vous aimerai ici, ô mon Dieu, et j’espérerai toujours en votre miséricorde, et je répéterai toujours vos louangesO Seigneur Jésus, Vous serez toujours mon espérance et mon salut dans la terre des vivants» (I Proc. Canon., vol. I, art. 4). François, âgé de vingt ans, trouva la paix dans la réalité radicale et libératrice de l’amour de Dieu : l’aimer sans rien attendre en retour et placer sa confiance dans l’amour divin ; ne plus demander ce que Dieu fera de moi : moi je l’aime simplement, indépendamment de ce qu’il me donne ou pas. Ainsi, il trouva la paix, et la question de la prédestination — sur laquelle on débattait à cette époque — s’en trouva résolue, car il ne cherchait plus que ce qu’il pouvait avoir de Dieu ; il l’aimait simplement, il s’abandonnait à sa bonté. Et cela sera le secret de sa vie, qui transparaîtra dans son œuvre principale : le Traité de l’amour de Dieu.

En vainquant les résistances de son père, François suivit l’appel du Seigneur et, le 18 décembre 1593, fut ordonné prêtre. En 1602, il devint évêque de Genève, à une époque où la ville était un bastion du calvinisme, au point que le siège épiscopal se trouvait «en exil» à Annecy. Pasteur d’un diocèse pauvre et tourmenté, dans un paysage de montagne dont il connaissait aussi bien la dureté que la beauté, il écrivit: «[Dieu] je l’ai rencontré dans toute sa douceur et sa délicatesse dans nos plus hautes et rudes montagnes, où de nombreuses âmes simples l’aimaient et l’adoraient en toute vérité et sincérité ; et les chevreuils et les chamois sautillaient ici et là entre les glaciers terrifiants pour chanter ses louanges» (Lettre à la Mère de Chantal, octobre 1606, in Œuvres, éd. Mackey, t. XIII, p. 223). Et toutefois, l’influence de sa vie et de son enseignement sur l’Europe de l’époque et des siècles successifs apparaît immense. C’est un apôtre, un prédicateur, un homme d’action et de prière ; engagé dans la réalisation des idéaux du Concile de Trente ; participant à la controverse et au dialogue avec les protestants, faisant toujours plus l’expérience, au-delà de la confrontation théologique nécessaire, de l’importance de la relation personnelle et de la charité ; chargé de missions diplomatiques au niveau européen, et de fonctions sociales de médiation et de réconciliation. Mais Saint François de Sales est surtout un guide des âmes : de sa rencontre avec une jeune femme, Madame de Charmoisy, il tirera l’inspiration pour écrire l’un des livres les plus lus à l’époque moderne, l’Introduction à la vie dévote ; de sa profonde communion spirituelle avec une personnalité d’exception, Sainte Jeanne Françoise de Chantal, naîtra une nouvelle famille religieuse, l’Ordre de la Visitation, caractérisé — comme le voulut le saint — par une consécration totale à Dieu vécue dans la simplicité et l’humilité, en accomplissant extraordinairement bien les choses ordinaires : «… Je veux que mes Filles — écrit-il — n’aient pas d’autre idéal que celui de glorifier [Notre Seigneur] par leur humilité» (Lettre à Mgr de Marquemond, juin 1615). Il meurt en 1622, à cinquante-cinq ans, après une existence marquée par la dureté des temps et par le labeur apostolique.

La vie de saint François de Sales a été une vie relativement brève, mais vécue avec une grande intensité. De la figure de ce saint émane une impression de rare plénitude, démontrée dans la sérénité de sa recherche intellectuelle, mais également dans la richesse de ses sentiments, dans la «douceur» de ses enseignements qui ont eu une grande influence sur la conscience chrétienne. Du mot «humanité», il a incarné les diverses acceptions que, aujourd’hui comme hier, ce terme peut prendre : culture et courtoisie, liberté et tendresse, noblesse et solidarité. Il avait dans son aspect quelque chose de la majesté du paysage dans lequel il a vécu, conservant également sa simplicité et son naturel. Les antiques paroles et les images avec lesquelles il s’exprimait résonnent de manière inattendue, également à l’oreille de l’homme d’aujourd’hui, comme une langue natale et familière.

François de Sales adresse à Philotée, le destinataire imaginaire de son Introduction à la vie dévote (1607) une invitation qui, à l’époque, dut sembler révolutionnaire. Il s’agit de l’invitation à appartenir complètement à Dieu, en vivant en plénitude la présence dans le monde et les devoirs de son propre état. «Mon intention est d’instruire ceux qui vivent en villes, en ménages, en la cour [...]» (Préface de l’Introduction à la vie dévote). Le document par lequel le Pape Pie IX, plus de deux siècles après, le proclamera docteur de l’Eglise insistera sur cet élargissement de l’appel à la perfection, à la sainteté. Il y est écrit : «[la véritable piété] a pénétré jusqu’au trône des rois, dans la tente des chefs des armées, dans le prétoire des juges, dans les bureaux, dans les boutiques et même dans les cabanes de pasteurs [...]» (Bref Dives in misericordia, 16 novembre 1877). C’est ainsi que naissait cet appel aux laïcs, ce soin pour la consécration des choses temporelles et pour la sanctification du quotidien sur lesquels insisteront le concile Vatican II et la spiritualité de notre temps. L’idéal d’une humanité réconciliée se manifestait, dans l’harmonie entre action dans le monde et prière, entre condition séculière et recherche de perfection, avec l’aide de la grâce de Dieu qui imprègne l’homme et, sans le détruire, le purifie, en l’élevant aux hauteurs divines. Saint François de Sales offre une leçon plus complexe à Théotime, le chrétien adulte, spirituellement mûr, auquel il adresse quelques années plus tard son Traité de l’amour de Dieu (1616). Cette leçon suppose, au début, une vision précise de l’être humain, une anthropologie : la «raison» de l’homme, ou plutôt l’«âme raisonnable», y est vue comme une architecture harmonieuse, un temple, articulé en plusieurs espaces, autour d’un centre, qu’il appelle, avec les grands mystiques, «cime», «pointe» de l’esprit, ou «fond» de l’âme. C’est le point où la raison, une fois parcourus tous ses degrés, «ferme les yeux» et la connaissance ne fait plus qu’un avec l’amour (cf. livre I, chap. XII). Que l’amour, dans sa dimension théologale, divine, soit la raison d’être de toutes les choses, selon une échelle ascendante qui ne semble pas connaître de fractures et d’abîmes. Saint François de Sales l’a résumé dans une phrase célèbre: «L’homme est la perfection de l’univers ; l’esprit est la perfection de l’homme ; l’amour, celle de l’esprit ; et la charité, celle de l’amour» (ibid., livre X, chap. I).

Dans une saison d’intense floraison mystique, le Traité de l’amour de Dieu est une véritable somme, en même temps qu’une fascinante œuvre littéraire. Sa description de l’itinéraire vers Dieu part de la reconnaissance de l’«inclination naturelle» (ibid., livre I, chap. XVI), inscrite dans le cœur de l’homme bien qu’il soit pécheur, à aimer Dieu par dessus toute chose. Selon le modèle de la Sainte Ecriture, Saint François de Sales parle de l’union entre Dieu et l’homme en développant toute une série d’images de relation interpersonnelle. Son Dieu est père et seigneur, époux et ami, il a les caractéristiques d’une mère et d’une nourrice, il est le soleil dont même la nuit est une mystérieuse révélation. Un tel Dieu attire l’homme à lui avec les liens de l’amour, c’est-à-dire de la vraie liberté : «Car l’amour n’a point de forçats ni d’esclaves, [mais] réduit toutes choses à son obéissance avec une force si délicieuse, que comme rien n’est si fort que l’amour, aussi rien n’est si aimable que sa force» (ibid., livre I, chap. VI). Nous trouvons dans le traité de notre Saint une méditation profonde sur la volonté humaine et la description de son flux, son passage, sa mort, pour vivre (cf. ibid., livre IX, chap. XIII) dans l’abandon total non seulement à la volonté de Dieu, mais à ce qui Lui plaît, à son «bon plaisir» (cf. ibid., livre IX, chap. I). Au sommet de l’union avec Dieu, outre les ravissements de l’extase contemplative, se place ce reflux de charité concrète, qui se fait attentive à tous les besoins des autres et qu’il appelle «l’extase de l’œuvre et de la vie» (ibid., livre VII, chap. VI).

On perçoit bien, en lisant le livre sur l’amour de Dieu et plus encore les si nombreuses lettres de direction et d’amitié spirituelle, quel connaisseur du cœur humain a été saint François de Sales. A sainte Jeanne de Chantal, à qui il écrit : «[…] car voici la règle générale de notre obéissance écrite en grosses lettres : il faut tout faire par amour, et rien par force ; il faut plus aimer l’obéissance que craindre la désobéissance. Je vous laisse l’esprit de liberté, non pas celui qui forclos [exclut] l’obéissance, car c’est la liberté de la chair ; mais celui qui forclos la contrainte et le scrupule, ou empressement» (Lettre du 14 octobre 1604). Ce n’est pas par hasard qu’à l’origine de nombreux parcours de la pédagogie et de la spiritualité de notre époque nous retrouvons la trace de ce maître, sans lequel n’auraient pas existé saint Jean Bosco ni l’héroïque «petite voie» de sainte Thérèse de Lisieux.

Chers frères et sœurs, à une époque comme la nôtre qui recherche la liberté, parfois par la violence et l’inquiétude, ne doit pas échapper l’actualité de ce grand maître de spiritualité et de paix, qui remet à ses disciples l’«esprit de liberté», la vraie, au sommet d’un enseignement fascinant et complet sur la réalité de l’amour. Saint François de Sales est un témoin exemplaire de l’humanisme chrétien avec son style familier, avec des paraboles qui volent parfois sur les ailes de la poésie, il rappelle que l’homme porte inscrite en lui la nostalgie de Dieu et que ce n’est qu’en Lui que se trouve la vraie joie et sa réalisation la plus totale.

* * * * * * *

Je salue cordialement les pèlerins de langue française! À l’école de saint François de Sales, puissiez-vous apprendre que la vraie liberté inclut l’obéissance et culmine dans la réalité de l’amour. N’ayez pas peur d’aimer Dieu par-dessus tout! Vous trouverez en Lui seul la vraie joie et la pleine réalisation de votre vie! Avec ma bénédiction!

Armoiries de Saint François de Sales

Litanies de Saint François de Sales > www
Quelques bons livres pour mieux connaître St François de Sales > www

Publié dans : Nos amis les Saints, Textes spirituels | le 5 mars, 2011 |2 Commentaires »

2011-27. Comment le Refuge Notre-Dame de Compassion est arrivé en Vivarais.

Mercredi 2 mars 2011.

Bien chers Amis,

Après avoir rappelé l’origine du Refuge Notre-Dame de Compassion (ici > www), il faut que je vous raconte maintenant, ainsi que je vous l’ai promis, comment il se fait que cette oeuvre soit implantée en Vivarais.

Après avoir créé en 2001 l’association Refuge Notre-Dame de Compassion, Frère Maximilien-Marie s’est employé à rechercher un lieu pour l’y établir de manière stable.
Il y a eu quelques longues années au cours desquelles sa patience, sa persévérance, sa détermination et son courage ont été mis à l’épreuve… parfois même à rude épreuve. Si notre Frère a de nombreuses contacts et si de nombreuses personnes ont manifesté quelque intérêt, l’ont encouragé et ont prié à cette intention, cela ne donnait pas pour autant la possibilité, concrète et matérielle, d’une réalisation.

Il y eut des amis, fidèles et vrais, qui eussent désiré que l’implantation du Refuge Notre-Dame de Compassion se fît près de chez eux, et qui invitèrent Frère Maximilien-Marie à prospecter dans leur région, à visiter telle ou telle propriété qu’ils avaient repérée et qui eût pu convenir …etc., mais il eût fallu soit trouver un lieu adéquat mis à disposition de manière gracieuse, soit avoir de l’argent pour acheter. Mais de l’argent, Frère Maximilien-Marie n’en avait pas! Il y eut aussi quelques promesses qui semblaient permettre de sérieuses espérances et furent suivies de déceptions.

Il y eut aussi, bien sûr, de nombreuses oppositions et des critiques, des incompréhensions et des intrigues, des railleries et des calomnies, des trahisons et des abandons… mais en définitive  cela n’est-il pas tout à fait « normal«  dans ce genre de situation?

Félix

Frère Maximilien-Marie fit aussi l’expérience d’un cléricalisme particulièrement réducteur (et absolument contraire à la vraie Tradition de l’Eglise) : beaucoup de catholiques – et même des prêtres!- ne comprennent pas vraiment ce qu’est la vie religieuse et semblent penser qu’un « frère » n’a qu’une vocation de « deuxième choix » ; qu’il  n’est « frère » que parce qu’il lui manque les capacités pour devenir prêtre ; que, pour un homme, la seule vocation digne de ce nom c’est le sacerdoce ; que de n’être « que frère » est un état d’inachèvement ou  d’échec… On ne manqua d’ailleurs pas d’objecter que, n’étant pas prêtre, il était im-pos-si-ble qu’il fondât une oeuvre religieuse. Singulière amnésie! Ni Saint Antoine le Grand, père de tous les moines de la Chrétienté, ni Saint Benoît de Nursie, fondateur d’une des formes de la vie monastique la plus connue en Occident, ni Saint François d’Assise – je me borne à ne citer que trois noms très célèbres, mais ce ne sont pas des exceptions – n’étaient prêtres!

Je passe donc sur nombre de péripéties pour arriver au mois de novembre 2005.  Une fidèle amie (qu’elle en soit vivement remerciée) avait offert à Frère Maximilien-Marie le voyage et le séjour à Rome en l’honneur de son vingt-cinquième anniversaire de vie religieuse et à l’occasion de la béatification du Père Charles de Foucauld (célébrée le dimanche 13 novembre 2005). Notre Frère  fit de cette semaine qui précéda la cérémonie une sorte de retraite qui lui permit non seulement de prier intensément dans les lieux sanctifiés par les Apôtres, les Martyrs, les Saints et d’innombrables précieuses reliques, mais aussi l’occasion de rencontrer un certain nombre de personnes, remarquables par leur qualité d’écoute, leurs compétences et la pertinence de leurs conseils…

Ce sont ces conseils – tenant compte à la fois des possibilités laissées par le droit canonique et des blocages particuliers à l’Eglise de France – que Frère Maximilien-Marie ne devait pas tarder à mettre en oeuvre. En effet, quelques semaines seulement après son retour de Rome, il fut contacté par une vieille personne qui lui proposait de mettre à disposition de l’association Refuge Notre-Dame de Compassion une petite propriété située dans un village du Vexin français.

2011-27. Comment le Refuge Notre-Dame de Compassion est arrivé en Vivarais. dans Chronique de Lully 04vuegnrale02copie

Notre premier Mesnil-Marie dans le Vexin (2006-2008).

C’est dans ce village que je suis né et que Frère Maximilien-Marie m’a adopté peu de temps après son arrivée (cf. > www). L’association a bénéficié pendant deux ans de ce premier Mesnil-Marie ; en effet les héritiers de la vieille dame ne voulurent pas prolonger cette mise à disposition et il fallut à notre Frère se remettre en quête d’un lieu.

Je vous avais rapporté in illo tempore (par exemple ici > www, ici > www et encore ici > www) quelques unes des péripéties liées à cette recherche et à notre départ du Vexin. Ce que je n’avais pas précisé à l’époque, c’est que Frère Maximilien-Marie, alors que nous n’étions plus qu’à cinq mois de la date où il faudrait rendre les clefs et que rien d’approprié n’avait encore été trouvé, avait profité d’une opportunité pour se rendre à Lourdes : c’était le cent cinquantième anniversaire de l’apparition de la Madone à Sainte Bernadette. Frère Maximilien-Marie remit donc toute l’affaire entre les mains de Notre-Dame.

Moi, pendant le temps de son pèlerinage, j’étais resté en pension chez sa maman, en Vivarais, et il revint m’y chercher. Il en profita pour quelques contacts et prospections : c’est alors que, par un concours de circonstances où l’on ne peut que voir l’action de la divine Providence, lui fut proposée la visite de ce qui allait devenir notre nouveau Mesnil-Marie.

Cette première visite eut lieu le jeudi 21 février 2008, comme j’ai eu l’occasion de vous l’écrire (cf. > www). Il y eut tout de suite une espèce d’histoire d’amour entre cette ancienne fermette et Frère Maximilien-Marie, mais cela ne dispensait évidemment pas d’un examen raisonnable de tous les paramètres : implantation, travaux à réaliser, accessibilité, possibilité de bénéficier de la Messe latine traditionnelle… etc. en les conjuguant avec la réalité financière de l’association. Bien qu’ayant bénéficié d’apports providentiels, il n’était possible d’acquérir qu’un bâtiment à restaurer et loin des grands centres urbains!

Confiant en de nouvelles aides providentielles, après avoir bien réfléchi et prié, le conseil d’administration décida de l’acquisition : désormais l’association Refuge Notre-Dame de Compassion aurait un lieu qui serait bien à elle…

Le Mesnil-Marie un soir d'orage en été

Le Mesnil-Marie en été un soir d’orage

Il faut que je termine mon récit par une anecdote.

Pascale – qui est devenue notre voisine et notre amie – était au lit avec une forte fièvre le jour où Frère Maximilien-Marie vint faire la première visite. Un artisan de ses amis travaillait sur le toit de sa maison et se précipita pour lui dire : « Pascale! Pascale! Il y a un moine qui visite la maison à vendre à côté de la tienne… »
Le visage émergeant à peine de la couette, Pascale lui répondit quelque chose comme : « Je te signale que c’est moi qui ai 40° de fièvre et qui pourrait être sujette aux visions délirantes! »
Mais sur l’insistance de son ami, Pascale alla à la fenêtre et, les yeux tout écarquillés, elle dut se rendre à l’évidence : il y avait bien un moine, scapulaire au vent, qui arpentait dans tous les sens et examinait sous tous les angles la maison voisine de la sienne!

Avant de terminer, je vous rappelle simplement que nous sommes entrés dans le mois de Saint Joseph et que vous pouvez trouver ici > www des prières particulières pour honorer ce très grand saint.

Lully.

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Vous pouvez nous aider à continuer les travaux d’aménagement du Refuge Notre-Dame de Compassion : pour faire un don cliquer ci-dessous.

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Publié dans : Chronique de Lully, Memento | le 2 mars, 2011 |4 Commentaires »

2011-26. Des mille et une petites contrariétés quotidiennes.

Vendredi 25 février 2011, fête de la Bienheureuse Isabelle de France.

Bien chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Jour maussade, jour de bruine…

Après avoir demandé à Frère Maximilien-Marie d’ouvrir l’une après l’autre toutes les portes de la maison, afin de m’assurer que la pluie était bien de tous les côtés et qu’il m’était également impossible de sortir à l’Ouest comme à l’Est, j’ai eu – je le confesse – un mouvement d’humeur et une très forte envie de râler.

Mon papa-moine m’a alors pris dans ses bras et, tout en me caressant, il m’a expliqué que ma mauvaise humeur et ma bouderie ne feraient pas changer la météo mais pourraient contribuer à rendre l’atmosphère intérieure de notre « Mesnil-Marie » aussi grise que le ciel extérieur.

« Tu sais, a-t-il ajouté, toutes nos journées – et il en sera ainsi tout au long de notre vie – sont parsemées de moments moins agréables, de contradictions et de contrariétés : si tu en fait de continuels motifs d’irritation et de râlerie, tu seras dans une perpétuelle amertume intérieure. Non seulement tu seras toi-même malheureux, mais en plus tu rendras la vie impossible aux autres… En revanche, si tu t’efforces (car c’est un effort soutenu qu’il faut produire et on n’y arrive pas du premier coup ni tout le temps) de transformer ces petites ou grandes épreuves quotidiennes en autant d’occasions de rebondissements surnaturels, ta vie sera transfigurée ainsi que celle de ceux qui t’entourent. Il ne s’agit pas de faire de la « méthode Coué » et de se dire que « tout va bien » en niant la réalité ; il s’agit au contraire de regarder celle-ci bien en face et de l’assumer totalement dans un esprit d’offrande, dans un esprit généreux de sacrifice, dans un esprit d’union aux dispositions du Coeur de Jésus et Marie, conformément à l’exhortation de Saint Paul : ‘Je vous conjure, mes frères, par la miséricorde de Dieu, d’offrir vos corps en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous Lui devez. Et ne vous conformez pas sur le monde présent, mais réformez-vous par le renouvellement de votre esprit afin que vous éprouviez combien la Volonté de Dieu est bonne, agréable et parfaite!’ (Rom. XII, 1-2). »

J’avais eu mon petit sermon pour la journée et je suis allé méditer du côté de la bibliothèque, où j’ai feuilleté le petit recueil de bandes dessinées réalisées par Frère Maximilien-Marie. C’est ainsi que j’en ai extrait celle-ci  dans laquelle Grindsel le séraphin complète de manière très vivante la leçon que j’ai reçue ce matin… Aussi n’hésité-je pas à vous en faire profiter vous-aussi. Que votre journée soit bonne et belle, malgré tous les grains de sable qui tentent de s’introduire dans vos chaussures pour gêner votre marche!

Lully.

Chat gif en marche

Pour  voir  la BD en plus grand format
1) faire un clic droit sur la souris,
2) puis sélectionner « ouvrir l’image dans un nouvel onglet ».

Comment se forment les perles BD

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Autres bandes dessinées précédemment publiées sur ce blogue : « Une lettre pour toi » (> www); « La préférée de Dieu » (> www); « Concurrence » (> www); « J’enrage! » (> www); « Pas meilleur que les autres » (> www); « Grindsel le séraphin se pose quelques bonnes questions » (> www); « Saint Joseph et le placage » ( > www).

2011-24. Origine du Refuge Notre-Dame de Compassion.

Jeudi 24 février 2011,
fête de Saint Mathias.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Par ma chronique du 20 février au soir (ici > www), vous avez pu vous rendre compte de ce qu’était notre « Mesnil-Marie » il y a trois ans lors de la première visite qu’en fit Frère Maximilien-Marie. Vous aurez apprécié, j’espère, les travaux qui ont été entrepris afin de réhabiliter cette ancienne petite ferme et pour en faire, petit à petit, un lieu à partir duquel Notre-Dame de Compassion pourra répandre ses grâces.

Statue de Notre-Dame de Compassion au Mesnil-Marie

La Vierge de Compassion du Mesnil-Marie.

Mais peut-être certains d’entre vous vont-ils interroger : Quelle est l’origine du Refuge Notre-Dame de Compassion? Comment est-il né?

Si ceux qui sont nos amis de longue date connaissent cette histoire, je vais néanmoins aujourd’hui en faire un nouveau résumé à l’intention de ceux – et ils sont nombreux – qui nous connaissent de manière plus récente.

Cette histoire est étroitement liée à celle de Frère Maximilien-Marie qui, après des études de lettres, est entré à l’âge de 18 ans dans une communauté religieuse de droit diocésain qui était encore en fondation : c’est là qu’il a accompli toutes les étapes de sa vie religieuse et qu’il a fait sa profession perpétuelle, le 24 septembre 1989 (cf. > www).
Toutefois, certaines évolutions – sur lesquelles il n’y a pas lieu de s’étendre ici – ont eu pour conséquence des changements importants dans le statut et dans les statuts de la communauté.
Sur les conseils et avec le soutien de l’Ordinaire diocésain de ce temps-là, puisqu’il ne souscrivait pas à ces changements mais qu’il désirait cependant persévérer dans la vie religieuse, lui fut octroyée la permission de quitter sa communauté d’origine sans être relevé de ses voeux : c’est ce que le droit canonique appelle un « indult d’exclaustration ».
A quelque temps de là, Frère Maximilien-Marie a été affilié à l’Ordre de la Visitation (ainsi que j’ai eu l’occasion de le rappeler cf. > www), dont la spiritualité correspond le plus à ce qu’il vit. C’est en raison de cette affiliation qu’il se réfère depuis lors à la Règle de Saint Augustin, à laquelle Saint François de Sales avait rattaché les moniales de la Visitation.

Pendant plusieurs années, Frère Maximilien-Marie a rendu service dans d’autres oeuvres ou congrégations religieuses, spécialement dans le domaine éducatif, tout en cherchant un institut qui correspondît aux caractères de sa vocation.

Ici, il me faut ouvrir une parenthèse parce que je crois devoir insister sur une chose très importante que beaucoup de personnes ont pourtant un peu de mal à comprendre : lorsque Dieu appelle quelqu’un à la vie religieuse, il ne l’appelle pas à entrer indifféremment dans n’importe quelle congrégation.
Non! Une âme qui reçoit la grâce de la vocation, reçoit – en même temps et de manière très exacte – l’appel à vivre dans une spiritualité particulière et selon un certain style de vie, correspondant à un institut ou à un monastère précis. Ainsi quelqu’un qui, par exemple, serait appelé pour être carme mais entrerait chez les capucins aurait-il certainement, et quelles que soient les similitudes qu’il puisse y avoir entre ces deux formes de vie conventuelle, beaucoup de mal pour s’y épanouir ; il y aurait même de forts risques pour que ce soit un douloureux échec. La raison de cet échec  serait essentiellement un défaut dans le juste discernement de cette vocation et de ses caractères propres.

Pendant de nombreuses années, Frère Maximilien-Marie a entendu des personnes qui lui souhaitaient de « trouver sa voie » : or il ne s’agissait pas pour lui de « trouver sa voie », mais de trouver les conditions concrètes dans lesquelles il pourrait réaliser sa vocation propre. En effet, sa « voie » lui était déjà clairement connue, du fait d’abord de ses engagements spirituels (spécialement bien sûr ses voeux et son affiliation à l’Ordre de la Visitation), et ensuite du fait que des conseillers spirituels prudents et éclairés l’accompagnaient de leur discernement en le mettant à l’épreuve.

Il y eut en particulier, au cours de l’été 1999, un évêque – homme d’une profonde spiritualité et vrai connaisseur de la vie religieuse -  qui examina longuement la vie et la vocation de Frère Maximilien-Marie puis qui, en l’assurant qu’il le faisait avec ses grâces d’état de successeur des Apôtres, lui a donné les cinq conclusions suivantes :

1) « Votre vocation religieuse est certaine, et ses caractéristiques sont liées à la spiritualité du Sacré-Coeur ainsi qu’à la réparation qui lui est connexe. »

2) « Il y a pour vous un appel particulier à prier pour la France et à oeuvrer pour son retour aux sources vives de sa vocation. »

3) « Vous êtes fait pour une vie alliant la contemplation, l’étude et l’apostolat, ce dernier étant particulièrement orienté vers les personnes aux prises avec des épreuves spirituelles. »

4) « Vous ne devez plus chercher à vous raccrocher à quelque chose d’existant, mais vous devez faire exister ce qu’il y a dans votre coeur. D’abord vous serez tout seul, mais un jour il vous faudra accueillir et former d’autres âmes à la vie que vous menez ; toutefois… vous serez en butte à d’innombrables critiques et oppositions. »

5) « C’est votre droit le plus strict, garanti par le Souverain Pontife, de bénéficier de la liturgie latine traditionnelle et personne n’a le droit de vous le contester. »

Après cela, Frère Maximilien-Marie a fait encore plusieurs retraites de vérification, avec d’autres conseillers, qui confirmèrent les affirmations de l’évêque. Pour notre Frère, qui n’avait désiré jusqu’alors que de se couler dans une structure existante pour y retrouver une vie religieuse paisible et sans histoire, il était très difficile d’accepter d’être la cheville ouvrière d’une « fondation » ; mais toutes ces retraites, tous les encouragements qu’il reçut alors, ajoutés à un certain nombre de rencontres et d’indications véritablement providentielles, lui donnèrent les forces et les lumières pour s’engager résolument dans cette voie, en voulant simplement et uniquement obéir à Dieu qui avait parlé par Ses représentants. Alors, avec l’aide d’amis, il créa au printemps 2001 l’association Refuge Notre-Dame de Compassion qui assure un cadre légal à tout ce qui a été entrepris depuis lors.

Je vous raconterai une autre fois de quelle façon Frère Maximilien-Marie a été conduit en ces lieux, mais je termine aujourd’hui en demandant à tous ses amis de prier avec ferveur pour lui et pour cette petite oeuvre qui n’en est encore qu’à ses premiers pas…

2011-24. Origine du Refuge Notre-Dame de Compassion. dans Chronique de Lully patteschats Lully.

Pour savoir de quelle manière le Refuge Notre-Dame de Compassion est arrivé en Vivarais, cliquer ici > www.

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Publié dans : Chronique de Lully, Memento | le 24 février, 2011 |7 Commentaires »

2011-23. «Ensevelis avec le Christ lors du Baptême, vous êtes aussi ressuscités avec Lui» (cf. Coloss. II, 12)

Message de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI

adressé à tous les fidèles à l’occasion du Carême de l’an de grâce 2011.

Benoît XVI

Chers Frères et Sœurs,

Le Carême, qui nous conduit à la célébration de la Pâque très Sainte, constitue pour l’Eglise un temps liturgique vraiment précieux et important. Aussi est-ce avec plaisir que je vous adresse ce message, afin que ce Carême puisse être vécu avec toute l’ardeur nécessaire. Dans l’attente de la rencontre définitive avec son Epoux lors de la Pâque éternelle, la Communauté ecclésiale intensifie son chemin de purification dans l’esprit, par une prière assidue et une charité active, afin de puiser avec plus d’abondance, dans le Mystère de la Rédemption, la vie nouvelle qui est dans le Christ Seigneur (cf. Première préface de Carême).

1. Cette vie nous a déjà été transmise le jour de notre Baptême lorsque, «devenus participants de la mort et de la résurrection du Christ», nous avons commencé «l’aventure joyeuse et exaltante du disciple» (Benoît XVI, homélie prononcée pour la fête du Baptême de Notre-Seigneur, 10 janvier 2010). Dans ses épîtres, Saint Paul insiste à plusieurs reprises sur la communion toute particulière avec le Fils de Dieu, qui se réalise au moment de l’immersion dans les eaux baptismales. Le fait que le Baptême soit reçu le plus souvent en bas-âge, nous indique clairement qu’il est un don de Dieu : nul ne mérite la vie éternelle par ses propres forces. La miséricorde de Dieu, qui efface le péché et nous donne de vivre notre existence avec «les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus» (Phil. II,5), est communiquée à l’homme gratuitement.

Dans sa lettre aux Philippiens, l’Apôtre des Gentils nous éclaire sur le sens de la transformation qui s’effectue par la participation à la mort et à la résurrection du Christ, en nous indiquant le but poursuivi: «le connaître lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts» (Phil. III, 10-11). Le Baptême n’est donc pas un rite du passé, il est la rencontre avec le Christ qui donne forme à l’existence toute entière du baptisé, lui transmet la vie divine et l’appelle à une conversion sincère, mue et soutenue par la Grâce, lui permettant ainsi de parvenir à la stature adulte du Christ.

Un lien spécifique unit le Baptême au Carême en tant que période favorable pour expérimenter la grâce qui sauve. Les Pères du concile Vatican II ont lancé un appel à tous les pasteurs de l’Eglise pour que soient «employés plus abondamment les éléments baptismaux de la liturgie quadragésimale» (constitution « Sacrosanctum Concilium« , 109). En effet, dès ses origines, l’Eglise a uni la Veillée Pascale et la célébration du Baptême : dans ce sacrement s’accomplit le grand Mystère où l’homme meurt au péché, devient participant de la vie nouvelle dans le Christ ressuscité, et reçoit ce même Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts (cf. Rom. VIII,11). Ce don gratuit doit être constamment ravivé en chacun de nous, et le Carême nous offre un parcours analogue à celui du catéchuménat qui, pour les chrétiens de l’Eglise primitive comme pour ceux d’aujourd’hui, est un lieu d’apprentissage indispensable de foi et de vie chrétienne : ils vivent vraiment leur Baptême comme un acte décisif pour toute leur existence.

2. Pour emprunter sérieusement le chemin vers Pâques et nous préparer à célébrer la Résurrection du Seigneur – qui est la fête la plus joyeuse et solennelle de l’année liturgique –, qu’est-ce qui pourrait être le plus adapté si ce n’est de nous laisser guider par la Parole de Dieu? C’est pourquoi l’Eglise, à travers les textes évangéliques proclamés lors des dimanches de Carême, nous conduit-elle à une rencontre particulièrement profonde avec le Seigneur, nous faisant parcourir à nouveau les étapes de l’initiation chrétienne : pour les catéchumènes en vue de recevoir le sacrement de la nouvelle naissance ; pour ceux qui sont déjà baptisés, en vue d’opérer de nouveaux pas décisifs à la suite du Christ, dans un don plus plénier.

Le premier dimanche de l’itinéraire quadragésimal éclaire notre condition terrestre. Le combat victorieux de Jésus sur les tentations qui inaugure le temps de sa mission, est un appel à prendre conscience de notre fragilité pour accueillir la Grâce qui nous libère du péché et nous fortifie d’une façon nouvelle dans le Christ, chemin, vérité et vie (cf. Ordo Initiationis Christianae Adultorum, n. 25). C’est une invitation pressante à nous rappeler, à l’exemple du Christ et en union avec lui, que la foi chrétienne implique une lutte contre les «Puissances de ce monde de ténèbres» (Eph. VI,12) où le démon est à l’œuvre et ne cesse, même de nos jours, de tenter tout homme qui veut s’approcher du Seigneur : le Christ sort vainqueur de cette lutte, également pour ouvrir notre cœur à l’espérance et nous conduire à la victoire sur les séductions du mal.

L’évangile de la Transfiguration du Seigneur nous fait contempler la gloire du Christ qui anticipe la résurrection et annonce la divinisation de l’homme. La communauté chrétienne découvre qu’à la suite des apôtres Pierre, Jacques et Jean, elle est conduite «dans un lieu à part, sur une haute montagne» (Matt. XVII,1) afin d’accueillir d’une façon nouvelle, dans le Christ, en tant que fils dans le Fils, le don de la Grâce de Dieu : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le» (Matt. XVII,5). Ces paroles nous invitent à quitter la rumeur du quotidien pour nous plonger dans la présence de Dieu: Il veut nous transmettre chaque jour une Parole qui nous pénètre au plus profond de l’esprit, là où elle discerne le bien et le mal (cf. Hebr. IV,12) et affermit notre volonté de suivre le Seigneur.

«Donne-moi à boire» (Joan. IV,7). Cette demande de Jésus à la Samaritaine, qui nous est rapportée dans la liturgie du troisième dimanche, exprime la passion de Dieu pour tout homme et veut susciter en notre cœur le désir du don de «l’eau jaillissant en vie éternelle» (Joan. IV,14): C’est le don de l’Esprit Saint qui fait des chrétiens de «vrais adorateurs», capables de prier le Père «en esprit et en vérité» (Joan. IV,23). Seule cette eau peut assouvir notre soif de bien, de vérité et de beauté! Seule cette eau, qui nous est donnée par le Fils, peut irriguer les déserts de l’âme inquiète et insatisfaite «tant qu’elle ne repose en Dieu», selon la célèbre expression de saint Augustin.

Le dimanche de l’aveugle-né nous présente le Christ comme la lumière du monde. L’Evangile interpelle chacun de nous : «Crois-tu au Fils de l’homme?» «Oui, je crois Seigneur!» (Joan. IX, 35-38), répond joyeusement l’aveugle-né qui parle au nom de tout croyant. Le miracle de cette guérison est le signe que le Christ, en rendant la vue, veut ouvrir également notre regard intérieur afin que notre foi soit de plus en plus profonde et que nous puissions reconnaître en lui notre unique Sauveur. Le Christ illumine toutes les ténèbres de la vie et donne à l’homme de vivre en «enfant de lumière».

Lorsque l’évangile du cinquième dimanche proclame la résurrection de Lazare, nous nous trouvons face au mystère ultime de notre existence: «Je suis la résurrection et la vie… le crois-tu? » (Joan. XI,25-26). A la suite de Marthe, le temps est venu pour la communauté chrétienne de placer, à nouveau et en conscience, toute son espérance en Jésus de Nazareth : «Oui Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde» (Joan. XI,27). La communion avec le Christ, en cette vie, nous prépare à franchir l’obstacle de la mort pour vivre éternellement en Lui. La foi en la résurrection des morts et l’espérance en la vie éternelle ouvrent notre intelligence au sens ultime de notre existence: Dieu a créé l’homme pour la résurrection et la vie; cette vérité confère une dimension authentique et définitive à l’histoire humaine, à l’existence personnelle, à la vie sociale, à la culture, à la politique, à l’économie. Privé de la lumière de la foi, l’univers entier périt, prisonnier d’un sépulcre sans avenir ni espérance.

Le parcours du Carême trouve son achèvement dans le Triduum Pascal, plus particulièrement dans la Grande Vigile de la Nuit Sainte : en renouvelant les promesses du Baptême, nous proclamons à nouveau que le Christ est le Seigneur de notre vie, de cette vie que Dieu nous a donnée lorsque nous sommes renés «de l’eau et de l’Esprit Saint», et nous réaffirmons notre ferme propos de correspondre à l’action de la Grâce pour être ses disciples.

3. Notre immersion dans la mort et la résurrection du Christ, par le sacrement du Baptême, nous pousse chaque jour à libérer notre cœur du poids des choses matérielles, du lien égoïste avec la «terre», qui nous appauvrit et nous empêche d’être disponibles et accueillants à Dieu et au prochain. Dans le Christ, Dieu s’est révélé Amour (cf. 1 Joan. IV,7-10). La Croix du Christ, le «langage de la Croix» manifeste la puissance salvifique de Dieu (cf. 1 Cor. I,18) qui se donne pour relever l’homme et le conduire au salut : il s’agit de la forme la plus radicale de l’amour (cf. Encyclique « Deus caritas est », 12). Par la pratique traditionnelle du jeûne, de l’aumône et de la prière, signes de notre volonté de conversion, le Carême nous apprend à vivre de façon toujours plus radicale l’amour du Christ. Le jeûne, qui peut avoir des motivations diverses, a pour le chrétien une signification profondément religieuse : en appauvrissant notre table, nous apprenons à vaincre notre égoïsme pour vivre la logique du don et de l’amour ; en acceptant la privation de quelque chose – qui ne soit pas seulement du superflu –, nous apprenons à détourner notre regard de notre «moi» pour découvrir Quelqu’un à côté de nous et reconnaître Dieu sur le visage de tant de nos frères. Pour le chrétien, la pratique du jeûne n’a rien d’intimiste, mais ouvre tellement à Dieu et à la détresse des hommes ; elle fait en sorte que l’amour pour Dieu devienne aussi amour pour le prochain (cf. Marc. XII,31).

Sur notre chemin, nous nous heurtons également à la tentation de la possession, de l’amour de l’argent, qui s’oppose à la primauté de Dieu dans notre vie. L’avidité de la possession engendre la violence, la prévarication et la mort ; c’est pour cela que l’Eglise, spécialement en temps de Carême, appelle à la pratique de l’aumône, c’est à dire au partage. L’idolâtrie des biens, au contraire, non seulement nous sépare des autres mais vide la personne humaine en la laissant malheureuse, en lui mentant et en la trompant sans réaliser ce qu’elle lui promet, puisqu’elle substitue les biens matériels à Dieu, l’unique source de vie. Comment pourrions-nous donc comprendre la bonté paternelle de Dieu si notre cœur est plein de lui-même et de nos projets qui donnent l’illusion de pouvoir assurer notre avenir? La tentation consiste à penser comme le riche de la parabole : «Mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour de nombreuses années…». Nous savons ce que répond le Seigneur: «Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme…» (Luc. XIX,19-20). La pratique de l’aumône nous ramène à la primauté de Dieu et à l’attention envers l’autre, elle nous fait découvrir à nouveau la bonté du Père et recevoir sa miséricorde.

Pendant toute la période du Carême, l’Eglise nous offre avec grande abondance la Parole de Dieu. En la méditant et en l’intériorisant pour l’incarner au quotidien, nous découvrons une forme de prière qui est précieuse et irremplaçable. En effet l’écoute attentive de Dieu qui parle sans cesse à notre cœur, nourrit le chemin de foi que nous avons commencé le jour de notre Baptême. La prière nous permet également d’entrer dans une nouvelle perception du temps : Sans la perspective de l’éternité et de la transcendance, en effet, le temps n’est qu’une cadence qui rythme nos pas vers un horizon sans avenir. En priant, au contraire, nous prenons du temps pour Dieu, pour découvrir que ses «paroles ne passeront pas» (Marc. XIII,31), pour entrer en cette communion intime avec Lui «que personne ne pourra nous enlever» (cf. Joan. XVI,22), qui nous ouvre à l’espérance qui ne déçoit pas, à la vie éternelle.

En résumé, le parcours du Carême, où nous sommes invités à contempler le mystère de la Croix, consiste à nous rendre «conformes au Christ dans sa mort» (Phil. III,10), pour opérer une profonde conversion de notre vie : nous laisser transformer par l’action de l’Esprit Saint, comme saint Paul sur le chemin de Damas ; mener fermement notre existence selon la volonté de Dieu ; nous libérer de notre égoïsme en dépassant l’instinct de domination des autres et en nous ouvrant à la charité du Christ. La période du Carême est un temps favorable pour reconnaître notre fragilité, pour accueillir, à travers une sincère révision de vie, la Grâce rénovatrice du Sacrement de Pénitence et marcher résolument vers le Christ.

Chers Frères et Sœurs, par la rencontre personnelle avec notre Rédempteur et par la pratique du jeûne, de l’aumône et de la prière, le chemin de conversion vers Pâques nous conduit à découvrir d’une façon nouvelle notre Baptême. Accueillons à nouveau, en ce temps de Carême, la Grâce que Dieu nous a donnée au moment de notre Baptême, afin qu’elle illumine et guide toutes nos actions. Ce que ce Sacrement signifie et réalise, nous sommes appelés à le vivre jour après jour, en suivant le Christ avec toujours plus de générosité et d’authenticité. En ce cheminement, nous nous confions à la Vierge Marie qui a enfanté le Verbe de Dieu dans sa foi et dans sa chair, pour nous plonger comme Elle dans la mort et la résurrection de son Fils Jésus et avoir la vie éternelle.

Du Vatican, le 4 novembre 2010

BENEDICTUS PP. XVI

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Prière pour les jours impossibles :

Prière pour les jours impossibles : dans Prier avec nous despair

Seigneur,
il y a des jours impossibles à vivre,
des jours où tout me pèse ;
des jours où j’ai envie de dire: « Je n’en peux plus! » ;
des jours où j’ai la tentation de tout laisser tomber ;
des jours où je me sens écrasé ;
des jours où je me sens moche et sale – même après la douche -;
des jours où je n’ai pas envie d’être généreux ;
des jours où je ne suis même plus sûr de vouloir être heureux ;
des jours où je n’ai pas envie d’être aimable et poli ;
des jours où j’ai envie de tirer la langue à tout le monde ;
des jours où je voudrais fuir même ceux qui m’aiment ;
des jours où je voudrais tout envoyer bouler ;
des jours où je prendrai plaisir à répondre des méchancetés à ceux qui me disent des gentillesses ;
des jours où le soleil qui luit dehors n’entre pas dans mon coeur ;
des jours où le voile de grisaille qui obscurcit mes yeux finit par recouvrir tout le monde qui m’entoure ;
des jours où les ténèbres tapies au fond de mon esprit re-surgissent plus noires que jamais ;
des jours où la paix a déserté mon âme ;
des jours où je n’ai pas envie de Vous prier ;
des jours où j’ai envie de Vous rendre responsable de toute la misère du monde ;
des jours dont les matins réveillent toutes les blessures de mon âme ;
des jours dont l’amertume empoisonne tout…

Mais c’est justement ces jours-là, où je ne « ressens » pas l’envie ni même la force de venir vers Vous, que j’ai le plus besoin de vous:
- Seigneur, venez à mon aide! Mon Dieu, hâtez-vous de me secourir !
- Jésus, Fils de Dieu, Sauveur, ayez pitié de moi, pécheur !
- Jésus, Lumière du monde, Lumière de mon âme, dissipez les ténèbres qui m’assaillent !
- Kyrie eleison ! Christe eleison ! Kyrie eleison !
- Ayez pitié de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur !
- Coeur Sacré de Jésus, même si je ne sens rien… même si je sens tout le contraire: je crois et j’espère en Vous !
- Mon Seigneur et mon Dieu, dans la tempête, je m’accroche à Vous comme le naufragé se cramponne à la planche !
- Seigneur Jésus, qui dormez dans la barque de mon âme, comme vous dormiez jadis dans la barque des Apôtres agitée par la tempête, réveillez-Vous et venez me secourir !

Jésus !!!
je suis sans courage : déversez en mon âme le courage de votre divin Coeur !
je suis sans force : déversez en mon âme la force de votre divin Coeur !
je suis sans joie : déversez en mon âme la joie de votre divin Coeur !
je suis sans générosité : déversez en mon âme la générosité de votre divin Coeur !
je suis sans humilité : remplissez mon âme de l’humilité de votre divin Coeur !
je suis sans douceur : remplissez mon âme de la douceur de votre divin Coeur !
je suis sans ferveur : remplissez mon âme de la ferveur de votre divin Coeur !
je suis sans amour : remplissez mon âme de l’amour même qui brûle en votre divin Coeur !

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Frère Maximilien-Marie.

Publié dans : Prier avec nous | le 22 février, 2011 |8 Commentaires »

2011-22. Après trois ans…

Dimanche de la Septuagésime 20 février 2011 au soir.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Vous connaissez très certainement le sonnet de Paul Verlaine dont j’ai emprunté le titre pour en faire celui de ma chronique de ce soir. La deuxième strophe du dit poème commence par ces mots : « Rien n’a changé… » Eh bien, moi, Lully, je vais ici même vous faire la démonstration qu’après trois ans, il y a des choses qui ont changé!

De quelles choses s’agit-il? m’allez-vous demander.

Je veux parler de notre « Mesnil-Marie« .

En effet, demain, 21 février 2011, cela fera trois ans exactement que notre Frère Maximilien-Marie a visité pour la première fois cette vieille ferme vivaroise qui a pu être acquise par l’association « Refuge Notre-Dame de Compassion« , et qui – peu à peu -, avec du travail et de la patience, devient un petit centre de spiritualité et le lieu duquel rayonne l’esprit particulier à notre modeste association.

D’ici peu, je compte bien vous reparler de manière plus détaillée des circonstances qui ont amené Frère Maximilien-Marie jusqu’ici, mais pour l’heure je vous laisse regarder… et comparer.

Sur chacun des clichés ci-dessous (en cliquant sur chacune des photos vous pouvez agrandir l’image) vous verrez en synoptique le même point de vue à trois ans d’intervalle. Je vous demande de ne pas oublier que notre Frère est arrivé dans une maison dont la toiture était à refaire, dans laquelle il n’y avait que trois fenêtres valables et où aucune porte – à certains endroits il n’y avait d’ailleurs que des vestiges de portes – ne fermait, où il n’y avait pas d’arrivée d’eau ni, bien sûr, de sanitaires… etc.

Premier point de vue :  Nous avons retrouvé une photo réalisée à l’automne 2007 et il y a quelques jours Frère Maximilien-Marie est retourné à l’endroit d’où elle avait été prise, en bordure de forêt, au-dessus du hameau. Entre temps, des arbres qui  étaient trop proches de la maison, l’empêchaient de prendre pleinement le soleil et maintenaient de l’humidité ont été abattus… D’emblée, on est frappé par la différence que représente le remplacement des vieilles tuiles de ciment gris par des tuiles « romanes » qui redonnent à la maison l’aspect qu’elle pouvait avoir au XVIIIème siècle.

Le Mesnil-Marie après 3 ans (1)

Deuxième point de vue : Le « Mesnil-Marie » vu depuis le Nord-Est (février 2008 et février 2011). L’armature en bois que l’on aperçoit au premier plan est celle d’une ancienne petite serre : c’est à peu près à cet endroit là que Frère Maximilien-Marie envisage de construire un jour la chapelle de Notre-Dame de Compassion, où les fidèles pourront librement venir se recueillir et recommander leurs intentions au Coeur douloureux et immaculé de Marie…

Après trois ans 2

Troisième point de vue : La façade Est du « Mesnil-Marie » (février 2008 et février 2011). L’épicéa que l’on voyait à gauche a été abattu. Vous pouvez remarquer les avant-toits protecteurs que Frère Maximilien-Marie a fait réaliser à l’occasion de la réfection de la toiture. Vous apercevez les nouvelles huisseries et les travaux d’aménagement extérieur que notre Frère effectue peu à peu : en été, les abords de la maison sont abondamment fleuris.

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Quatrième point de vue : La façade Sud du « Mesnil-Marie » (février 2008 et février 2011). Juste au pied de cette façade coule la béalière (*) qui amène l’eau dans notre hameau. Cette béalière fuyait de toutes parts à cet endroit et des frênes avaient poussé de manière totalement anarchique : lorsqu’ils prenaient leurs feuilles on ne voyait presque plus la maison, qui n’était plus exposée aux rayons du soleil! Il a fallu abattre les frênes et refaire l’étanchéité de la béalière. C’est ensuite ici qu’ont été installés le complexe d’alimentation en eau de la maison et le système d’assainissement des eaux usées.

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Cinquième point de vue : L’arrivée dans notre hameau depuis l’Ouest (route descendant du Mont Mézenc – février 2009 et février 2011). Notre « Mesnil-Marie » découpe sa masse assez imposante : elle donnait jadis une impression d’abandon et de tristesse, elle apparaît aujourd’hui transfigurée.

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Sixième point de vue : La façade Ouest (février 2008 et février 2011). Il a fallu abattre une cheminée qui menaçait de crever la toiture à chaque bourrasque. On a aussi dégagé des éboulis de terre qui s’étaient accumulés contre ce mur : toute l’eau qui ruisselait des terrains et des toits traversait ces amas de terre, rentrait dans les murs… et ressortait à l’intérieur de la maison! Comme vous pouvez le voir, il y a encore un tas de vieux bois provenant de l’ancienne toiture qu’il faut débiter avant de pouvoir en faire l’aliment de notre poêle…

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Il y a encore de nombreux travaux et aménagements à réaliser, à l’intérieur comme à l’extérieur. Notre Frère Maximilien-Marie s’y emploie autant qu’il le peut, avec patience et persévérance. Comme je vous l’écrivais en commençant, son but est de faire de ce lieu un petit centre spirituel à partir duquel Notre-Dame de Compassion pourra déverser ses grâces sur les âmes et les coeurs qui se tournent vers Elle… Et moi, Lully, même si je ne suis qu’un tout petit chat, je suis très fier de participer à cette aventure et très heureux, à travers mes modestes chroniques, de vous en faire goûter l’esprit.

Lully.

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(*) Béalière : une béalière est un petit canal de dérivation qui sert à l’irrigation et à l’alimentation en eau des citernes (voire des sources par infiltration); autrefois, sur son cours, se trouvaient aussi des moulins. Les béalières existent dans tout le pays cévenol et sont un élément essentiel de son antique patrimoine rural.

Vous pouvez nous aider à continuer les travaux d’aménagement du Refuge Notre-Dame de Compassion : pour faire un don cliquer ci-dessous.

2011-22. Après trois ans... dans Chronique de Lully btn_donateCC_LG

Publié dans : Chronique de Lully, Memento | le 20 février, 2011 |3 Commentaires »

2011-21. Appel international pour l’intégrité de « Summorum Pontificum ».

Missel romain traditionnel

Un appel urgent est relayé dans le monde entier par plusieurs sites de promotion et de défense de la liturgie latine traditionnelle ; nous reprenons ci-dessous la présentation qui en est faite sur le site de la Schola Sainte Cécile :

Des bruits persistants paraissent suggérer qu’une prochaine instruction romaine pourrait contenir des indications restrictives (ou pourrait contenir des éléments qui laisseraient entendre des interprétations restrictives) au motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007. L’alerte parait suffisamment grave pour qu’une initiative internationale se soit mise en place sur ce site motuproprioappeal.com.

Peut-être ces rumeurs sont-elles infondées. Si l’avenir montre que c’est le cas, au moins aurons-nous marqué à notre Très-Saint Père & à nos pasteurs l’attachement au texte qui nous a été donné le samedi béni du triple 7.

Si vous vous intéressez aux questions liturgiques, que ce soit pour la préservation de l’Usus Antiquior romain ou même plus largement pour la continuité des traditions liturgiques vénérables tant occidentales qu’orientales, nous vous recommandons la signature de ce texte, et vous demandons de participer à la diffusion à tous vos réseaux de cet appel international.

Signer la pétition > www.

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Nota bene : Si vous désirez avoir de plus amples détails sur les rumeurs persistantes qui  fondent et alimentent sérieusement ces inquiétudes, vous pouvez vous reporter au blog de Christophe de Saint-Placide et remonter quotidiennement jusqu’au 15 février dernier pour voir tous les articles circonstanciés sur cette opposition actuelle au motu proprio « Summorum Pontificum » et ses enjeux.

2011-20. Assise III : pourquoi s’y opposer.

Nous avions répercuté (ici > www) la lettre ouverte des intellectuels italiens adressée à notre Saint Père le Pape Benoît XVI le suppliant de ne pas prêter le flanc aux interprétations relativistes et syncrétistes liées à son annonce d’une nouvelle rencontre inter-religieuse à Assise en octobre prochain.

Dans le n° 230 de Correspondance Européenne (ici > www), le Professeur Roberto de Mattei revient sur cette supplique et  présente avec autant de brio que de sûreté théologique les motifs que de simples fidèles ont à manifester leurs réticences à la réitération de ce rassemblement. Il nous paraît important de reproduire ici dans son intégralité cette explication et nous remercions une fois encore le Professeur R. de Mattei pour sa bienveillante autorisation.

St Athanase en prison envoie sa défense au Pape Jules 1er

Depuis sa prison Saint Athanase envoie sa défense au Pape Jule Ier (Livre des merveilles. Jean Mandeville. Maître de la Mazarine. XVe.)

Assise III : Pourquoi s’y opposer.

« La supplique de certains catholiques italiens à Benoît XVI afin qu’il n’aille pas à Assise en octobre prochain (cf. Correspondance Européenne n°229/01, en date du 31 janvier 2011), a suscité un vif débat dans lequel, en plus d’appréciations qui font autorité, il y a eu, comme cela était prévisible, des critiques et des commentaires très perplexes. Il me semble inutile de répondre aux accusations venant du côté progressiste qui voit dans cet événement l’occasion pour relancer un œcuménisme syncrétiste : ces critiques constituent en effet la meilleure confirmation de l’opportunité de notre appel. J’estime par contre qu’il est nécessaire de répondre aux critiques du côté conservateur, lancées par des frères dans la foi qui ont probablement notre même amour pour l’Eglise. Ces critiques pourraient être résumées en ces termes : la rencontre d’Assise annoncée par Benoît XVI n’a pas à nous plaire ou à nous déplaire ; on ne peut pas critiquer un Pape pour ce qu’il a fait (Jean-Paul II en 1986) ou pour ce qu’il souhaite faire (Benoît XVI en 2011), prétendant lui expliquer ce qui est bon pour l’Eglise. De la part des fidèles, surtout s’ils sont des laïcs, on exige une religieuse approbation de toute initiative et décision du Souverain Pontife.

La réponse à cette critique vient du Catéchisme, de la tradition théologique, de l’histoire de l’Eglise et de l’Enseignement pontifical. Le Catéchisme nous enseigne que le sacrement du Baptême nous incorpore à l’Eglise, en nous faisant partager sa mission (n. 1213), et celui de la Confirmation oblige tous les baptisés « à répandre et à défendre la foi par la parole et par l’action en vrais témoins du Christ » (n. 1285). La promesse de l’assistance divine de l’Esprit Saint, plusieurs fois répétée par le Seigneur aux Apôtres (Jn, 14, 16-17; 26-26) ne se manifeste pas seulement à travers le Magistère, mais aussi à travers le consensus de l’universitas fidelium, comme l’ont expliqué, contre les protestants, le grand théologien dominicain Melchior Cano dans De Locis theologicis et saint Robert Bellarmin dans De ecclesia militante. Les théologiens successifs ont distingué entre l’infallibilitas in docendo et l’infallibilitas in credendo de l’Eglise. Cette dernière repose sur le sens de la foi, c’est-à-dire la capacité du croyant de distinguer ce qui est conforme à la foi de ce qui ne l’est pas, non pas par un raisonnement théologique, mais au moyen d’une sorte de connaissance par co-naturalité. La vertu de la foi (habitus fidei), reçue avec le Baptême, explique en effet saint Thomas d’Aquin, produit une co-naturalité de l’esprit humain avec les mystères révélés, faisant de sorte que l’intellect de tout baptisé soit, comme par instinct, attiré par les vérités surnaturelles et adhère à celles-ci.

Au long de l’histoire de l’Eglise, le sensus fidei des simples fidèles a été parfois plus conforme à la Tradition apostolique qu’à celui des Pasteurs, comme cela arriva pendant la crise arienne du IVème siècle, lorsque la foi fut gardée par une minorité de saints et d’évêques rebelles, tels saint Athanase, Hilaire de Poitiers, Eusèbe de Vercelli et surtout par le peuple fidèle. Ce dernier ne s’associait pas aux diatribes théologiques mais gardait, par un simple instinct surnaturel, la bonne doctrine. Le bienheureux Newman écrit qu’« à cette époque d’immense confusion, le divin dogme de la divinité de Notre Seigneur fut proclamé, inculqué, gardé et (humainement parlant) préservé beaucoup plus par l’Ecclesia docta que par l’Ecclesia docens ».

Le rôle de tout baptisé dans l’histoire de l’Eglise a été évoqué par Benoît XVI dans son discours du 26 janvier 2011. Le Pape a rappelé la mission de « deux jeunes femmes du peuple, laïques et consacrées dans la virginité ; deux mystiques engagées non dans le cloître, mais au milieu de la réalité la plus dramatique de l’Église et du monde de leur temps ». Il s’agit de sainte Catherine de Sienne et sainte Jeanne d’Arc, « peut-être les figures les plus caractéristiques de ces ‘femmes fortes’ qui, à la fin du Moyen Âge, portèrent sans peur la grande lumière de l’Évangile dans les complexes événements de l’histoire. Nous pourrions les rapprocher des saintes femmes qui restèrent au Calvaire, à côté de Jésus crucifié et de Marie sa Mère, tandis que les Apôtres avaient fui et que Pierre lui-même l’avait renié trois fois ». L’Eglise, dans cette période-là, vivait la profonde crise du grand schisme d’Occident, qui a duré presque 40 ans. A cette époque aussi dramatique que la crise arienne, ces deux saintes furent guidées par la lumière de la foi plus que les théologiens et les ecclésiastiques de l’époque. Le Pape adresse à ces deux laïques les mots de Jésus selon lesquels les mystères de Dieu sont révélés à ceux qui ont le cœur des tout-petits, alors qu’ils restent cachés aux sages et aux intelligents qui n’ont pas d’humilité (cf. Lc. 10, 21).

C’est dans cet esprit que nous avons exprimé toutes nos perplexités et réserves face à cette rencontre interreligieuse d’Assise du 27 octobre 1986, qui ne fut pas un acte magistériel, mais un geste symbolique, dont le message fut confié non pas à des écrits ou à des mots, mais au fait lui-même et à son image. Un hebdomadaire italien en résumait alors le sens avec les mots du père Marie-Dominique Chenu: « C’est le rejet officiel de l’axiome qui était enseigné jadis : hors de l’Eglise, point de salut » (“Panorama”, 2 novembre 1986).
J’étais à Assise ce jour-là et j’ai une documentation photographique de ce qui se passa, par exemple dans l’église Saint-Pierre où à la place du Très-Saint-Sacrement, une petite statue de Bouddha fut intronisée sur l’autel qui garde les reliques du martyr Vittorino, alors que sur un étendard situé devant le même autel on lisait « Je me consacre à la loi du Bouddha ». En tant que catholique, j’éprouvai et je continue à éprouver répugnance pour cet événement qui ne mérite pas, d’après moi, d’être rappelé sinon pour en prendre les distances. Je suis certain que Benoît XVI ne souhaite pas que les abus de cette époque-là se répètent, mais nous vivons dans une société médiatique et la nouvelle rencontre d’Assise risque d’avoir la même signification qui fut attribuée à la première par les moyens de communication et donc par l’opinion publique mondiale, comme cela est en train de se passer.

Aujourd’hui nous vivons une époque dramatique où tout baptisé doit avoir le courage surnaturel et la franchise apostolique de défendre à voix haute sa propre foi, suivant l’exemple des saints et sans se laisser conditionner par la “raison politique”, comme il se passe très souvent dans le domaine ecclésiastique aussi. Ce n’est que la conscience de notre foi et aucune autre considération qui nous a poussé à refuser Assise I et II et à exprimer au Saint-Père, avec respect, toutes nos préoccupations devant l’annonce d’un prochain Assise III.

Roberto de Mattei.

Profitons aussi de cette publication pour signaler  et recommander cet ouvrage du Professeur de Mattei qui vient d’être publié en français par Muller-éditions : « La dictature du relativisme ».

La dictature du relativisme - Prof. de Mattei

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