2013-20. Où le Maître-Chat rappelle l’admirable et merveilleuse simplicité du droit divin qui régit l’Eglise.

Mardi gras 12 février 2013
fête réparatrice de la Sainte Face de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

2013-20. Où le Maître-Chat rappelle l'admirable et merveilleuse simplicité du droit divin qui régit l'Eglise. dans Chronique de Lully benoit-xvi-pelerinage-a-la-ste-face-manopello

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI vénérant la Sainte Face de NSJC
sur le voile miraculeux conservé à Manoppello.

« Pour entrer en communion avec le Christ et en contempler la face, pour reconnaître la face du Seigneur dans celle de nos frères dans les évènements de chaque jour, il faut « des mains innocentes et des coeurs purs » (Psalm. XXIII, 4). Des mains innocentes, c’est-à-dire des existences illuminées par la vérité de l’amour qui vainc l’indifférence, le doute, le mensonge et l’égoïsme ; et, en outre, des coeurs purs sont nécessaires, des coeurs ravis par la beauté divine, comme le dit la petite Thérèse de Lisieux dans sa prière à la Sainte-Face, des coeurs qui portent le visage du Christ imprimé en eux ».

Paroles de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI lors de son pèlerinage au sanctuaire de la Sainte Face miraculeuse de Manoppello (Abruzzes), le 1er septembre 2006 (texte complet > www).

sainte-face-de-manoppello-150x150 11 février 2013 dans Commentaires d'actualité & humeurs

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Hier, je m’apprêtais à publier un texte, ici-même, au moment où a été rendue officielle l’annonce de la prochaine renonciation de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI au Souverain Pontificat.
Aussitôt, le monde des moyens de communication et la « catosphère » sont entrés en effervescence pour gloser ce « coup de tonnerre dans un ciel serein » – l’expression est de Monsieur le Cardinal Angelo Sodano, doyen du Sacré-Collège - , tandis que, sur les réseaux sociaux, les commentaires fusaient dans tous les sens.
Si les répondeurs et les « digicodes » ont considérablement réduit le nombre des concierges, puisque ils ont pratiquement rendu caduque leur fonction principale, je puis vous assurer que leur fonction annexe – celle de répandre les nouvelles et de papoter – a été, elle, très largement multipliée et redistribuée!!!

En notre Mesnil-Marie, après s’être assuré que la nouvelle était bien exacte et avoir rappelé à ses correspondants quelques principes de simple bon sens surnaturel, notre Frère Maximilien-Marie – qui, je le signale au passage, n’a manifesté aucun étonnement ni émotion particulière – a préféré imposer le silence à tous les moyens de communication et vaquer, tranquille et recueilli, à ses occupations.
Il est des circonstances où il importe, en premier lieu et par dessus tout, de prendre du recul avec les agitations de la fourmilière et de se couper radicalement de tout ce qui peut nuire à la sérénité de l’âme.

Laissons de côté les médias profanes : leurs journalistes ne sont là que pour faire du bruit avec leur bouche, noircir du papier ou capter de l’ « audimat » en rebondissant sur l’émotion superficielle qu’ils travaillent à entretenir. Leur façon d’informer – du moins prétendent-ils informer – ne consiste la plupart du temps qu’à lancer des « scoups », qui se chassent les uns les autres. Mais ce culte de l’immédiateté et du sensationnel se révèle absolument indigent pour une compréhension profonde des évènements : autant demander à un aveugle de naissance de donner un conférence sur sa manière de percevoir les couleurs!
Ce qui est très regrettable, c’est que des fidèles et des hommes d’Eglise se laissent prendre à ce jeu et se font happer par cet engrenage de l’émotionnel et de la superficialité…

sainte-face-de-manoppello-150x150 Benoît XVI dans De liturgia

Certes, qu’un Souverain Pontife dépose sa charge n’est pas quelque chose de particulièrement courant, mais, le cas étant prévu par le droit canonique, il n’est pas extraordinaire dans son essence : « S’il arrive que le Pontife Romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu’elle soit dûment manifestée, mais non qu’elle soit acceptée par qui que ce soit » (canon 332 § 2).

J’attire ici votre attention sur les conditions de cette renonciation : elle doit être libre, elle doit être manifestée de manière adéquate, mais elle ne requiert l’acceptation de personne pour être « valide » : le Souverain Pontife – à la fois Chef terrestre visible de l’Eglise, qui est une société monarchique spirituelle, et monarque absolu de l’Etat de la Cité du Vatican – prend une décision qui, parce qu’elle est pleinement libre et qu’elle est rendue publique dans des formes indubitables, a « force de loi » et prend effet selon la manière dont il en a statué.

Merveilleuse simplicité du droit divin!
Comme nous sommes loin des retorses circonvolutions de ces systèmes humains qui, en refusant l’origine divine du pouvoir et en attribuant de manière blasphématoire une prétendue souveraineté au « peuple », s’enlisent et s’autodétruisent dans une inéluctable décadence institutionnelle, sociétale, morale et psychologique!

Sublime et merveilleuse simplicité du droit divin!
Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI va déposer sa charge, mais – selon un système bien rodé qui échappe, autant que possible, aux campagnes électorales et à la course au pouvoir – un deux-cent-soixante-cinquième successeur de Saint-Pierre (selon la liste officielle actuellement admise) va lui succéder, et l’Eglise continuera sa marche, aussi paisiblement que possible, au milieu des remous de ce monde, qui ne manqueront pas de la malmener parfois, mais qui ne l’atteindront jamais dans ce qui lui est essentiel.

Admirable, sublime et merveilleuse simplicité de la constitution de droit divin de notre Eglise!
Quoi qu’il puisse en être de notre attachement à la personne humaine du Pontife régnant, nous savons bien qu’il n’est que le Vicaire de Jésus-Christ : nous n’avons pas (ou du moins les fidèles ne doivent pas avoir) un « culte de la personnalité » pour un homme-Pape, parce que nous aurions des « atomes crochus » avec lui. Non! nous sommes attachés dans la foi – et non dans la sentimentalité – , dans la foi – et non dans une manière sensible ou intellectuelle d’appréhender les choses – , dans la foi – c’est-à-dire de façon surnaturelle – , à une fonction hiérarchique divine : à travers le Pape, c’est à la Personne du Fils de Dieu, c’est au Verbe Incarné, c’est au divin Rédempteur, c’est au « doux Christ en terre » que nous sommes attachés.

Quare fremuerunt gentes : pourquoi les nations ont-elles frémi?
Les frémissements et les émotions du monde n’ont vraiment aucune importance : ils passent! Ils sont semblables à la feuille morte que le vent fait tournoyer et emporte.
La foi nous donne une stabilité et une capacité de résistance aux vents, quels que soient leur violence et leurs tourbillons : Dieu, Lui, EST ! Dieu, Lui, demeure éternellement ! Dieu, Lui, donne à Son Eglise quelque chose de Sa propre stabilité, malgré toutes les tempêtes, malgré toutes les attaques, malgré tous les naufrages humains…
« Nolite timere, pusillus grex, quia complacuit Patri vestro dare vobis Regnum : Soyez sans crainte, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume ! » (Luc. XII, 32).

sainte-face-de-manoppello-150x150 Manoppello

Foin de l’insipidité des commentateurs et de l’inconsistance des interminables commentaires de commentaires!
Foin des pronostics humains sur le prochain pontificat, chacun voulant rajouter son grain de sel et faire preuve d’originalité!
Foin des fantasmes qui s’exaspèrent de tous côtés pour relever des présages, ressortir de vieilles « prophéties », interpréter les écrits de tel saint ou de tel mystique (ou pseudo mystique)!
Foin des délires de ces chantres de la « modernité » qui remuent les fangeux espoirs de voir le prochain Pontife canoniser le libertinage et modifier les règles données par le Christ concernant le dogme, le sacerdoce ou les sacrements!

En ce jour de mardi gras, qui est le jour désigné pour la fête liturgique de la Sainte Face de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en cette veille de notre entrée dans le grand et saint Carême, j’ai été heureux de trouver cette photographie de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI dans un face à face fervent, rayonnant d’amoureuse intériorité, avec l’image miraculeuse du voile de Manoppello (je vous reparlerai un jour de cette précieuse relique).
De cette extraordinaire image achéiropoïète (du grec : αχειροποίητα, c’est-à-dire non faite de main d’homme) émane une paix incommensurable, lors même qu’elle nous révèle le visage vivant du Fils de Dieu au cours de Sa Passion.

Ah ! laisse-moi, Seigneur, me cacher en ta Face ;
Là je n’entendrai plus du monde le vain bruit.
Donne-moi ton amour, conserve-moi ta grâce
Rien que pour aujourd’hui !

En regardant cette photographie de Benoît XVI abîmé dans la contemplation de la Sainte Face de Jésus, j’ai aussitôt pensé à cette strophe de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face (« Mon chant d’aujourd’hui » – juin 1894).

A nous, enfants aimants de la Sainte Eglise, il n’est pas demandé de nous disperser à la remorque des commentaires du monde, il n’est pas demandé non plus de nous diluer dans la superficialité de sa manière d’appréhender des mystères de foi qui sont étrangers aux modes de penser contemporaines.
Mais à nous, il revient dès à présent de nous sanctifier, d’intensifier notre vie spirituelle, de prier, d’offrir des sacrifices et de jeûner pour que la grâce du Saint-Esprit inspire au maximum le Sacré Collège bientôt réuni en conclave et pour que Dieu, et Lui seul, donne à Son Eglise un Pontife selon Son Coeur, et uniquement selon Son Coeur.

Entrons à notre tour dans la contemplation de la Sainte Face de Notre-Seigneur, plongeons-nous à notre tour dans le regard vivant et pénétrant de Celui qui est doux et humble de coeur et prions-Le pour Son Eglise : « Voici, Seigneur, la génération de ceux qui Vous cherchent, de ceux qui cherchent Votre Visage! » (cf. Psalm. XXIII, 6).

Lully.

sainte-face-de-manoppello renonciation au Souverain Pontificat

Rappels :
Petit catéchisme sur le Carême et la pénitence > www
Message de Sa Sainteté Benoît XVI pour le Carême 2013 > www
Commentaire du psaume « Quare fremuerunt gentes » par St Augustin > www
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2013-19. Aubenas, 7 février 1593 : les premiers martyrs de la Compagnie de Jésus en France.

7 février.

Dans le diocèse de Viviers (ainsi que dans la Compagnie de Jésus), le 7 février, est célébrée la fête des Bienheureux Jacques Salès et Guillaume Saultemouche, premiers membres de la Compagnie de Jésus à avoir reçu la palme du martyre en France.
C’était le dimanche 7 février 1593 – il y a donc 420 ans en cette année 2013 – et cela se passait à Aubenas, petite ville du Vivarais.

2013-19. Aubenas, 7 février 1593 : les premiers martyrs de la Compagnie de Jésus en France. dans De liturgia aubenas-profil-de-la-cite

Silhouette de la vieille ville d’Aubenas (état actuel)

A – Le diocèse de Viviers à la fin du XVIe siècle.

Il semblerait que les erreurs calvinistes aient commencé à pénétrer dans le diocèse de Viviers (dont les contours sous l’Ancien Régime n’étaient pas ceux de l’actuel département de l’Ardèche) autour de 1530.
Leur propagation fut favorisée par le fait que, pendant presque trente ans (1554- 1583), les évêques qui se succédèrent sur le siège épiscopal de Viviers ne résidèrent pas – ou presque pas – dans leur diocèse.

De laborieux estimations, recherches et calculs ont permis à certains historiens d’avancer qu’en 1573 il n’y avait guère plus de vingt prêtres en activité dans ce diocèse qui comptait alors quelque 210 paroisses.
La suppression des ordinations, consécutive à l’absence des évêques, n’en est pas la seule cause.
Il y eut -hélas! – des clercs qui apostasièrent ; il y eut aussi, à la faveur des luttes armées, de nombreux massacres dont les récits ou les traditions orales ont conservé le souvenir : pillages de monastères, supplices ou mutilations atroces infligés aux religieux, massacres de prêtres… etc.
L’ignorance religieuse se développant, du fait de l’absence des pasteurs, fit le lit des doctrines prétendument évangéliques des prédicants calvinistes.

Ajoutons à cela la misère matérielle ; une enquête conduite par un juge royal au cours de l’été 1573 montre que les trois quarts des bénéfices du diocèse avaient été spoliés par les huguenots, ôtant tout moyen de subsistance aux clercs : « Contrainctz d’aller mendier leur povre vie chez leurs parents et amys et d’abandonner les lieux de leurs bénéfices (…) beaucoup se sont retirés dans le petit nombre des villes qui sont encore sous l’obéyssance de Sa Majesté », souvent loin du diocèse.

Les édifices du culte avaient  été encore plus maltraités que leurs desservants. En cette même année 1573, un percepteur de décimes (taxes exceptionnelles perçues par le Roi sur les revenus du clergé) auquel sa charge imposait de circuler dans tout le Vivarais, déclare que « de toutes les églises et maisons presbytérales et claustrales du présent diocèse » il n’en connaît que trois ou quatre debout et qu’en de nombreux lieux « tout a été ruiné et aboli ».
Une dizaine d’années plus tard, lorsque Monseigneur Jean de l’Hostel (évêque de septembre 1575 à avril 1621) put prendre en mains la conduite de son diocèse, il délégua son grand vicaire, Nicolas de Vesc, pour une grande enquête et visite de ses églises ; la relation de Nicolas de Vesc porte sur quatre-vingt-cinq paroisses et égrène une longue et désolante litanie : « église ruinée, sans porte et sans autel », « église polluée », « église rompue », « détruite », « démolie », « renversée », « brisée par terre », « brûlée », « rasée »… etc.

Dépourvu de prêtres, dépouillé de la majorité de ses lieux de culte, champ libre laissé à la prédication de l’hérésie, le diocèse de Viviers était donc dans une très grande détresse matérielle et spirituelle.

Toutefois sous le pontificat de Monseigneur de l’Hostel, à partir de 1583, s’exprime une véritable volonté de reconquête des âmes et de restauration.
Dans cette perspective, les prêtres restés en place, avec les encouragements de leur évêque, ne vont pas hésiter à faire appel à des congrégations religieuses ferventes et dynamiques : en particulier, la Compagnie de Jésus.

bx-jacques-sales 1593 dans Memento

Le Bienheureux Jacques Salès (1556-1593)
prêtre de la Compagnie de Jésus. 

B – Le Révérend Père Jacques Salès et le Frère Guillaume Saultemouche.

Jacques Salès (orthographe qui prévaut à l’heure actuelle mais souvent écrit Salez à l’époque) est né le 21 mars 1556, à Lezoux, petite ville du diocèse de Clermont (entre Clermont-Ferrand et Thiers).
Son père était maître d’hôtel de Monseigneur Guillaume Duprat, évêque de Clermont qui participe au concile de Trente et s’efforce d’en appliquer les réformes dans son diocèse. Monseigneur Duprat est un ami et un admirateur des premiers jésuites : il favorise leur introduction au Royaume de France. C’est ainsi qu’il leur donne son hôtel particulier à Paris, l’Hôtel de Clermont, pour qu’ils y fondent un collège, le fameux Collège de Clermont (1550). Il fonde d’autres collèges jésuites, à Billom (1556) et à Mauriac.

Le jeune Jacques Salès, orphelin de mère alors qu’il est en bas âge, grandit dans un milieu de grande ferveur religieuse et de profonde éducation à la vertu.
A l’âge de 13 ans, grâce à la recommandation de Monseigneur Antoine de Saint-Nectaire, successeur de Monseigneur Duprat sur le siège épiscopal de Clermont, il est admis gratuitement au collège des jésuites de Billom.
Il est ensuite envoyé à Paris pour étudier la rhétorique et demande à entrer dans la Compagnie : il accomplit son noviciat à Verdun, est ordonné prêtre à 29 ans, passe son doctorat de théologie à l’université de Pont-à-Mousson, à 32 ans, puis est employé à l’enseignement.

Le Père Jacques Salès est d’une santé extrêmement fragile ; c’est un grand asthmatique qui, en outre, doit s’alimenter fréquemment, sous peine de tomber sans connaissance pendant les cours qu’il dispense.
Pour ménager ses forces, ses supérieurs décident de l’envoyer sous des cieux plus cléments que ceux de Lorraine : il est muté au Collège de Tournon (aujourd’hui Tournon-sur-Rhône) où – bientôt déchargé d’enseignement – il travaille essentiellement à la rédaction de petits traités doctrinaux et apologétiques. En raison du talent particulier qui est le sien d’exposer avec clarté et ferveur le dogme et la morale catholiques, il est aussi employé à la prédication de missions.
Il avait eu le désir de partir vers les missions lointaines et d’y subir le martyre sanglant pour l’amour de Jésus, il allait être exaucé sans avoir à franchir les océans.

Guillaume Saultemouche, auvergnat lui-aussi, est né en 1555 à Saint-Germain-l’Herm, au coeur des monts du Livradois (entre Issoire et Ambert).
Remarqué pour sa très grande piété, sa douceur et sa candeur, il est admis à l’âge de 16 ans dans la Compagnie de Jésus en qualité de frère coadjuteur. Il exerce les humbles fonctions de frère portier à Pont-à-Mousson, puis à Lyon. On admire sa très grande dévotion envers le Très Saint-Sacrement, devant lequel il reste en adoration à tous ses moments libres.
Il est de passage au Collège de Tournon à la fin de l’année 1592.

bx-guillaume-saultemouche 7 février dans Nos amis les Saints

Le Bienheureux Guillaume Saultemouche (1555-1593)
frère coadjuteur de la Compagnie de Jésus. 

C- Le Père Salès et le Frère Guillaume en mission à Aubenas.

La ville d’Aubenas, ville stratégique du sud du Vivarais, après avoir été terrorisée et dévastée par les huguenots, avait été reprise par le gouverneur catholique : on restaurait les ruines tant matérielles que spirituelles subies par le peuple catholique. Voilà pourquoi fut sollicitée, auprès des supérieurs de la Compagnie, la venue d’un missionnaire : c’est le Père Jacques Salès qui  fut désigné, et on lui adjoignit le Frère Guillaume Saultemouche, qui se trouvait alors disponible et dont la piété signalée ne pourrait qu’édifier les fidèles.
La présence des deux jésuites était prévue « depuis les Avents jusques à Pâques » : comme Pâques était, pour 1593, le 18 avril, la mission devait donc durer environ quatre mois et demi. En fait elle sera interrompue au bout de deux mois par les évènements que nous décrirons plus loin.
Deux témoignages précis laissent à penser que le Père Jacques Salès avait été surnaturellement averti du sort qui l’attendait puisque, en quittant le Collège de Tournon, il avait dit à un confrère : « Adieu, mon frère, priez Dieu pour nous, nous allons à la mort », et à un de ses dirigés : « Adieu, mon fils, vous ne me verrez plus ».

Arrivés « en Aubenas » – comme on disait alors – au début du mois de décembre, les deux jésuites se livrèrent avec zèle aux travaux apostoliques : il s’agissait d’aider le curé, l’abbé Jean de Martine, à restaurer le culte catholique et la ferveur des fidèles, ébranlée par des années d’irrégularités dans la célébration des sacrements et l’enseignement de la solide doctrine, et de tout mettre en oeuvre pour ramener les protestants à la vraie foi.
La prédication était, bien évidemment, le principal moyen de cet apostolat ; mais s’y ajoutaient aussi l’organisation de cérémonies les plus belles possibles et, très concrètement, d’incessants contacts personnels avec la population, dans les rues, dans les échoppes, dans les maisons, lorsqu’on était invité à y entrer…

La très grande science du Révérend Père Salès, conjuguée avec une onction et une piété qui impressionnaient jusqu’aux huguenots, la vigueur de sa prédication alliée à la grande douceur qui émanait de lui, l’exemplarité du Frère Guillaume dans son humilité et sa ferveur, portèrent rapidement des fruits : de nombreux catholiques tièdes et déboussolés reprirent le chemin de l’église et la pratique des sacrements, des protestants commencèrent à abjurer leurs erreurs et demandèrent à être réintégrés dans la communion catholique.
Les missionnaires étendirent leur apostolat à l’extérieur de la cité : les chroniqueurs rapportent leur passage dans plusieurs paroisses des environs, parfois distantes de six ou sept lieues.

Les ministres protestants étaient furieux de ce succès. A plusieurs reprises, certains d’entre eux avaient été conviés par le Père Jacques à des rencontres publiques, où ils auraient pu débattre, mais à chaque fois, les pasteurs s’étaient défilés.
Voyant bien qu’ils n’étaient pas capables d’apporter en faveur des doctrines erronées de Calvin des arguments solidement établis par les Saintes Ecritures et la Tradition, ils résolurent d’imposer le silence au prédicateur par d’autres méthodes.

arrestation-martyrs-daubenas Guillaume Saultemouche

L’arrestation du Père Jacques et du Frère Guillaume par les huguenots
(image de dévotion éditée au moment de leur béatification – 1926) 

D – Le martyre. 

« … Voici que le sixième de février en l’an mil cinq cent nonante-trois, devant le jour, Aubenas au milieu des trêves est traîtreusement surprise avec escalade, escaladée par quinze soldats seulement, lesquels ne rencontrant résistance (…), se font maîtres de la ville. Toute cette traîtreuse escouade était conduite par Sarjas, capitaine huguenot. » (*)
Cela a été vrai de tous temps : une poignée de scélérats armés et fanatisés peut imposer la terreur à plusieurs centaines d’honnêtes gens. C’est ce qui se produisit à Aubenas ce 6 février 1593.

Le soir du 5 février, le Père Salès avait veillé jusque vers 23 heures, occupé qu’il était à travailler à la conversion d’une « damoiselle hérétique qui, depuis, a persisté toujours en la foi catholique ».
Vers les 4 heures du matin, il fut réveillé par les cris des assaillants. Se levant, au lieu d’aller se réfugier au château, il alla prier dans la chapelle Sainte-Anne, proche de la maison particulière dans laquelle les deux jésuites étaient logés.
« 
S’étant en quelque temps en cette chapelle résigné ès mains de Dieu, il se retire en sa chambre où, prosterné en terre avec son compagnon, ils s’offrent à Dieu en sacrifice, le requérant de leur vouloir départir force et courage pour pouvoir supporter la mort, si tant était que, pour l’amour de lui, ils fussent dignes de l’endurer. Ils restèrent ainsi jusques à soleil levant. Lors voici trois soldats ne respirant que cruauté, qui heurtent à la porte. On leur ouvre. Entrés qu’ils furent, ils trouvent nos deux martyrs à genoux, chacun avec un livre de dévotion en main, priant Dieu. Ces misérables, de prime face, chargent d’outrages nos deux victimes et les serrent à la gorge. On les interroge qui ils étaient : « Nous sommes, répondent-ils, de la Compagnie de Jésus» (…) ».
Les ayant faits prisonniers, ces soldats, avec force coups et vociférations, entraînèrent les deux jésuites dans une autre maison où vinrent les trouver trois ministres protestants qui étaient, selon toute vraisemblance, les instigateurs de l’attaque de la cité : ces pasteurs, avec des paroles mielleuses et une feinte amabilité, voulurent convaincre le père de la justesse des théories de Calvin… en vain, on s’en doute bien.
Puis, devant les deux religieux à jeûn, ils se firent servir un copieux repas au cours duquel ils pérorèrent longuement.
Il était environ deux heures après midi. On s’en souvient : le Père Jacques Salès, asthmatique et souffrant de fréquents malaises hypoglycémiques, ne pouvait rester longtemps sans manger. Un domestique de la maison suggéra aux pasteurs qu’il faudrait peut-être donner quelque nourriture aux deux jésuites. On leur fit donc apporter à chacun une assiette de potage ; mais celui-ci était gras et, en ce temps-là, l’abstinence était de précepte le samedi : les deux religieux n’y gouttèrent donc pas. Cela déchaîna les moqueries et la colère des ministres huguenots ; cependant le Père sut leur répondre par des arguments tirés de la Sainte Ecriture et de la tradition des premiers siècles auxquels ils ne purent rien objecter. Avec des injures ils attaquèrent ensuite les doctrines catholiques du libre-arbitre, de la prédestination, des sacrements et en particulier de la Sainte Eucharistie. Là encore, le missionnaire sut si bien leur répliquer qu’ils ne pouvaient plus argumenter.
« Après ce, les trois prédicants sortent de la maison fort indignés de se voir étrillés de la sorte, trois par un seul. La nuit s’approchait, et le Père, comme son compagnon, était encore à déjeuner (c’est-à-dire qu’ils n’avaient pas rompu le jeûne) sans que personne leur baillât rien, fors le petit enfant de cette maison-là, lequel, en cachette, leur porta quelque morceau de pain, à ce que j’ai appris. Nos deux pauvres prisonniers, laissés à la merci des soldats, passent la froide nuit ensuivante sans feu, sans lit et sans beaucoup de sommeil ».

Le lendemain, qui était le dimanche 7 février 1593, les pasteurs revinrent, «vomissant autant d’outrages que leurs têtes en pouvaient dégorger», et ré-attaquèrent le Père sur la doctrine eucharistique, mais ils ne réussirent qu’à se couvrir de confusion.
L’heure du prêche étant venu, l’un des pasteurs, nommé Labat, harangua avec véhémence les sectateurs de Calvin sur la place publique, niant la réalité du Saint-Sacrifice de la Messe et la Présence Réelle du Christ dans l’Eucharistie, traitant le jésuite de faux-prophète et d’antéchrist, puis donnant l’exemple du prophète Elie qui avait fait égorger les faux prophètes de Baal : « 
Tuez cela, tuez ; c’est une peste ! Il y en a assez en lui pour perdre la ville d’Aubenas, mais encore un entier royaume !»
«Descendu de chaire, il rencontre Sarjas, bien persuadé à mal faire, lui inculquant que jamais il n’avait rencontré homme plus obstiné que celui-là ; qu’il était de nécessité d’épandre son sang, puisqu’il était une peste à leur religion. Sarjas se montre si fort esclave des passions de ce ministre, qu’étant sorti du prêche avec environ vingt soldats, il commande à trois d’iceux d’aller assassiner ceux que son prédicant lui avait indiqués».
Ces trois soldats, qui avaient été impressionnés par la foi et la paisible détermination du prêtre, se récusèrent, si bien que le pasteur Labat lui-même prit la tête d’un détachement de gens armés et s’en fut à la maison où les deux jésuites étaient retenus. Il envoya quelques soldats pour les faire descendre dans la rue : 
« Suis-moi, idolâtre Pharisien, suis-moi! — Et où me voulez-vous mener? réplique le Père. — Suis-moi, suis-moi! recharge cet assassin, il te faut mourir. — Je suis tout prêt, répond le Père, allons au nom de Dieu ». Lors, se retournant vers son compagnon qui ne cessait de prier Dieu : « Et vous, mon frère, que deviendrez-vous? Ayez bon courage. Ah! que nous deviendrons grands au ciel, de petits compagnons que nous sommes en ce monde, si nous pâtissons quelque chose pour Dieu! » Lors, le Père signifia à tous que son compagnon n’était pas homme de lettres, que, partant, il ne pouvait point faire de préjudice à leur créance ; qu’on le laissât vivre.
Ce fut en cet endroit que notre Frère Guillaume fit montre de sa vertu : « Je ne vous abandonnerai point, mon Père, s’écria-t-il, ains je mourrai avec vous pour la vérité des points que vous avez disputés! »
Un de la compagnie l’avertit aussi de se retirer, que ce n’était pas pour lui que cette tragédie se jouait, ains seulement pour le Père. A quoi le vertueux Guillaume repartit : « Dieu me garde de tomber en cette faute ; je n’abandonnerai jamais celui-là auquel l’obéissance m’a adjoint pour compagnon, quand bien même je devrais trépasser avec lui. Je l’accompagnerai jusques à la fosse. Que si la divine Miséricorde me voulait faire tant de grâce, que quelque soldat me dépêchât pour son honneur, j’en serais très-aise, et prierais Dieu pour lui, outre le pardon que dès maintenant je lui fais de ma vie… »

Les deux jésuites sont alors bourrés de coups et amenés dans la rue. « Le prédicant Labat voyant le Père en la rue, derechef l’attaque et l’agace, avec quelques autres, sur la réalité du corps de notre Sauveur au Sacrement de l’autel. Mais le Père répondant à tout pertinemment, le ministre Labat fut si courroucé que perdant patience et conscience, il crie : « Dépêchez cela, dépêchez cela ; il ne mérite point de vivre, c’est une peste! » Puis réitérant ce qu’il avait débagoulé en chaire, il tourne bride et se retire. »
Plusieurs soldats huguenots manifestèrent à ce moment-là leur réprobation de ce crime, mais d’autres, de ceux qui avaient pris la ville avec le dénommé Sarjas, affirmèrent leur détermination d’en finir.
Alors le Père s’adressa au Frère Guillaume :  
« Mon frère, recommandons-nous à Dieu » (…) Il se prosterne à deux genoux. Son compagnon s’y prosterne de même à quelques pas de lui. On ne leur fit grâce de beaucoup prier ; car voici, par derrière, comme le Père se recommandait à son patron saint Jacques, redoublant les noms de Dieu et de Jésus, un des assassins délâcha son arquebuse de laquelle le Père fut atteint en l’épaule, dont il chût par terre, prononçant par trois fois : « Jesu! Maria!». Puis le meurtrier s’avançant plus près, lui sacque un coup de dague dans l’estomac. Guillaume se jette sur le Père, l’embrasse et proteste qu’il ne l’abandonnerait mort, non plus qu’il ne l’avait abandonné vivant. Pour ce, il reçut de la main du même meurtrier un coup de dague au sein. Mais n’en ayant rendu l’âme, survinrent sur-le-champ quelques autres qui lancèrent au Père et à lui divers coups d’épées et de bâtons ferrés. Il fut poignardé (…) tenant toujours ses bras en croix, et ne prononçant autre chose que ces mots : «Endure, chair, endure un peu!»  J’ai appris que le Père Salez, pendant qu’on le meurtrissait, avait aussi les deux pouces en croix, laquelle continuellement il baisait, quoique les huguenots, à grands coups, lui abattissent les mains à ce qu’il ne baisât cette croix. Cependant il ne cessait de supplier pour eux la Majesté divine, s’écriant : «Mon Dieu, pardonnez-leur!» (…) 
Un soldat qui vit faire ce meurtre, m’a déclaré que le Père gisant à terre, tint quelque temps sa main sous son chef, les yeux dressés au ciel, et que la force lui manquant, son chef pencha en terre et qu’ainsi il expira. Le B. Guillaume fut plus de temps à rendre l’âme. (…) Cet heureux martyre arriva le septième février, mil cinq cent nonante-trois. Le Père avait demeuré vingt ans en la Compagnie, et notre Frère, douze. Le premier rendant l’âme au trente-septième an de sa vie, et le second au trente-huitième « .

Il était environ deux heures de l’après-midi quand les deux religieux furent massacrés.
Leurs corps furent dépouillés et quelques huguenots se revêtirent par dérision de leurs soutanes et chapeaux pour se promener en ville.
Le Père Jacques fut laissé tout nu sur le pavé, au Frère Guillaume on laissa sa chemise, non par compassion mais parce qu’elle avait été toute déchirée par les meurtriers et qu’elle était donc irrécupérable.
Les bourreaux s’acharnèrent encore sur les cadavres en se livrant à de grossiers outrages que la décence se refuse à nommer… Ils dansèrent et sautillèrent autour de ces dépouilles saintes en parodiant des prières latines, puis elles furent laissées exposées ainsi pendant six jours, au bout desquels deux catholiques vinrent les prendre pour les enterrer dans un jardin.

aubenas-chapelle-des-martyrs Jacques Salès

Aubenas en Vivarais : au chevet de l’église paroissiale Saint-Laurent,
la « chapelle des Martyrs »,
dédiée depuis leur béatification à la vénération des reliques des Bienheureux Jacques et Guillaume.

E – Vénération et culte des martyrs d’Aubenas.

Le Père Odon de Gissey [voir la note (*) ci-dessous] écrit encore : « En nos collèges, la nouvelle de ce méchef étant apportée, servit de consolation à tous. Au collège du Puy, où je me retrouvais pour lors, au lieu des suffrages pour les trépassés, on récita tous ensemble le Te Deum à la fin des litanies, et le lendemain les prêtres célébrèrent la Messe de la très Sainte Trinité en action de grâces ».
C’était la première fois que des fils de Saint Ignace mourraient en martyrs sur le sol de France.

Quelques jours plus tard, le gouverneur (qui avait été absent lors de ces évènements) put reprendre le contrôle de la ville et y rétablir l’ordre ; une enquête fut diligentée, recueillant des témoignages sur ce qui s’était passé. 

Une pieuse châtelaine, Madame de Chaussy, obtint, deux ans plus tard, de faire exhumer les restes des deux martyrs. Elle les fit transporter dans une chapelle de sa famille, dans l’église de Ruoms, où elles demeurèrent plusieurs mois.
Les jésuites d’Avignon intervinrent alors pour récupérer les reliques qui firent l’objet d’une « dispersion » : Madame de Chaussy en conserva quelques parcelles dans la chapelle de son château, mais les plus grosses parts des deux saints corps furent distribués entre les collèges jésuites d’Avignon, du Puy, d’Aubenas (nouvellement créé), de Tournon, de Chambéry, de Dôle… etc. Des reliques furent également envoyées à Rome, en Espagne, et au Cardinal François de Joyeuse (frère du Père Ange, duc de Joyeuse, maréchal de France et capucin > www).
Des guérisons miraculeuses et des grâces ne tardèrent pas à être obtenues : comme le Père Jacques Salès avait été gravement atteint par l’asthme, beaucoup d’asthmatiques recoururent à son intercession et se trouvèrent soulagés.

Le Roi Louis XIV lui-même sollicita du Saint-Siège leur canonisation. En 1729 une supplique solennelle fut aussi adressée à Rome par les Etats du Languedoc.
Mais la suppression de la Compagnie et la grande révolution freinèrent l’introduction et l’avancement du procès canonique.
Enfin, en 1926, le Pape Pie XI les éleva aux honneurs de la béatification en leur décernant le titre de « Martyrs de l’Eucharistie ».

Les reliques conservées dans la chapelle du Collège des jésuites d’Aubenas, malgré les aléas de l’histoire et du bâtiment (dans cette chapelle, au début du XXe siècle et avant sa totale destruction, les francs-maçons tinrent des « banquets laïcs et républicains » au cours desquels ils se déchaînèrent en blasphèmes), furent préservées et sont dorénavant exposées dans une châsse, au-dessus de l’autel de la « chapelle des Martyrs », au chevet de l’église Saint-Laurent d’Aubenas (cliché ci-dessus).
En nos temps, le culte de ces glorieux martyrs n’est plus célébré avec la ferveur et la pompe d’autrefois : la pratique d’un faux oecuménisme avec les protestants est embarrassée par ces deux jésuites, puisque – selon une certaine manière d’enseigner l’histoire – il n’y aurait eu que de gentils protestants à l’exemplaire doctrine évangélique à avoir été massacrés par de méchants catholiques qui avaient déformé l’enseignement du Christ…
Ceci au point que cette « chapelle des Martyrs » a été rebaptisée « chapelle de l’unité » et réaménagée de telle sorte qu’un « autel-face-au-peuple » de forme cubique y a été installé à l’opposé de l’autel traditionnel, si bien que les fidèles qui y assistent à la messe tournent le dos aux reliques des deux Bienheureux!

Dans l’oratoire de notre Mesnil-Marie, nous sommes extrêmement heureux de posséder un médaillon reliquaire (avec son certificat d’authenticité) dans lequel se trouvent des parcelles des ossements des Bienheureux Jacques Salès et Guillaume Saultemouche, martyrs de l’Eucharistie : il nous a été offert par un vieil ami prêtre au moment de la fermeture d’une résidence de jésuites, étant donné que la majorité des pères n’avait plus rien à faire de ces « gadgets » sans rapport avec « ce que nous vivons dans l’Eglise depuis Vatican II » (sic)!

Puissent les Bienheureux Jacques et Guillaume nous inspirer – ainsi qu’à tous ceux qui liront ces lignes – une foi toujours plus vive dans le Très Saint-Sacrement de l’autel, un zèle toujours plus ardent pour défendre la foi véritable dans le Saint-Sacrifice de la Messe et la Présence Réelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la Sainte Eucharistie en face des hérésies contemporaines, et une amoureuse fidélité jusqu’à la mort, quoi qu’il puisse nous en coûter.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

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Médaillon renfermant des reliques des
Bienheureux Jacques Salès et Guillaume Saultemouche, martyrs de l’Eucharistie,
conservé avec grande vénération dans l’oratoire du Mesnil-Marie

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(*) Note : Tous les passages entre guillemets et de couleur violette que l’on trouve ici, sont extraits de la narration du martyre du Père Jacques et du Frère Guillaume rédigée par le Révérend Père Odon de Gissey, contemporain des faits, qui recueillit avec soin les récits de témoins oculaires, les mit en forme et enfin les publia une trentaine d’années après les évènements [Odon de Gissey, Recueil de la vie et martyre du P. Jacques Salez et de Guillaume son compagnon. Toulouse, 1627, 1642; Avignon, 1869].

Publié dans : De liturgia, Memento, Nos amis les Saints | le 7 février, 2013 |7 Commentaires »

2013-18. Bas les masques!

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Sermon 65 de Saint Augustin sur la pénitence > www
Petit catéchisme sur le carême et la pénitence > www

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Publié dans : Bandes dessinées, De liturgia | le 5 février, 2013 |4 Commentaires »

2013-17. « Beaucoup de péchés sont regardés comme légers et n’en sont pas moins très-dangereux, précisément parce qu’ils ne sont pas considérés comme péchés ».

Le saint temps du Carême approche. Avons-nous prévu sérieusement nos efforts de pénitence et de conversion? Ne prenons pas ce temps particulièrement important et béni à la légère ; gardons-nous de passer à côté de la grâce que Notre-Seigneur nous offre…
Voici une très belle homélie de Saint Augustin pour nous aider à y réfléchir.

2013-17.

Benozzo Gozzoli : la conversion de Saint Augustin (détail) 

Soixante-cinquième sermon de notre glorieux Père Saint Augustin :


La Pénitence.

Résumé : § 1. La pénitence est nécessaire à tous. § 2. Chacun doit examiner sa conscience ; exemple des Ninivites. § 3. La pénitence doit être pratiquée par les justes eux-mêmes. § 4. Personne ne peut, se soustraire à ce devoir, alors même qu’on se flatterait d’être juste ; une telle prétention serait à elle seule un crime. § 5. Conclusion.

* * * * * * *

1. Dans la lecture de l’Evangile, nous avons entendu ces paroles : « Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche » (Matth. IV, 17). Le royaume des cieux, c’est Jésus-Christ qui sait discerner les bons d’avec les méchants, et juger de toutes choses. Prévenons donc le courroux de Dieu en confessant nos péchés, et avant de paraître en jugement purifions nos âmes de toutes leurs erreurs. Le danger serait de ne point savoir quel remède nous devons appliquer au péché ; comprenons du moins que, devant expier les causes de notre négligence, c’est pour nous une obligation de faire pénitence. Sachez, mes frères, quel amour nous a prodigué le Seigneur notre Dieu, puisqu’Il veut que nous expiions nos fautes avant de paraître à Son tribunal, où nous ne trouverions que la justice. Il nous prévient donc à l’avance, afin de n’avoir pas à nous traiter dans toute Sa sévère équité. Si donc notre Dieu demande que de nos yeux découlent des larmes abondantes, c’est afin de nous faire recouvrer par la pénitence ce que nous avons perdu par notre négligence. Dieu connaît toute la mobilité et la fragilité humaines ; Il sait que notre corps est une cause fréquente de péchés et que nos discours sont pleins d’imperfections. Voilà pourquoi Il nous prescrit la pénitence, afin que par elle nous corrigions nos défauts et réparions nos fautes. Si l’homme est assuré de son pardon, il n’en doit pas moins s’inquiéter de la satisfaction. Je sais qu’ici nous sommes exposés à bien des blessures, et cependant personne ne doit désespérer ; car le Seigneur est infini dans Sa miséricorde, et Il est tout-puissant pour guérir nos langueurs.

2. Quelqu’un me dira peut-être qu’il ne trouve en lui-même aucun motif de pleurer. Mais alors qu’il rentre dans sa conscience, et il y rencontrera le souvenir toujours vivant de quelque péché. L’un soutire d’une plaie du coeur, l’autre d’une injure du corps ; celui-ci est dominé par l’orgueil, celui-là brûle de telle ou telle cupidité ; ici c’est le mensonge, là c’est l’avarice qui a été peut-être jusqu’à réduire le prochain à la pauvreté ; tel a versé injustement le sang de son frère, tel s’est souillé par des relations criminelles avec une femme de mauvaise vie. Devant des plaies si grandes et si nombreuses de l’esprit ou du corps, se peut-il qu’il n’y ait lieu de pousser aucun gémissement, de verser aucune larme? Que personne ne rougisse de présenter à Dieu ses blessures. Si la honte vous empêche de découvrir vos plaies, jamais vous n’en obtiendrez le remède. Parmi les maladies, les unes sont plus faciles, les autres plus difficiles à guérir. Mais, de tous les malades, le plus difficile à soigner, c’est assurément celui qui ne veut pas l’être. C’est l’Ecriture elle-même qui en fait l’observation. Aucun de ceux qui ont cherché le remède n’a péri, tandis que celui qui l’a méprisé n’a pu échapper à la mort. Ninive était menacée de périr après trois jours si elle ne faisait pas pénitence. Voici ce qu’avait dit le Prophète : « Trois jours encore et Ninive sera détruite. Et cette parole arriva jusqu’aux oreilles du roi de Ninive ; il se leva de son siège, se dépouilla de ses vêtements, se couvrit d’un cilice et s’assit sur la cendre » (Jonas III, 4, 6). Satisfaction bien méritoire, mes frères ; ce roi se dépouille de ses vêtements royaux et se couvre d’un cilice. Il aime mieux se sauver dans le cilice que de périr dans la pourpre. Où était alors ce faste du trône? Pour échapper au châtiment de son orgueil, il cherche un refuge dans les bras de l’humilité, afin de vous faire comprendre que Dieu attache plus de prix à l’humilité qu’à la puissance. En effet, c’en était fait du royaume de Ninive, si la pénitence n’était venue le protéger contre les châtiments du ciel.

3. Une circonstance frappante dans cette pénitente des Ninivites, c’est que le jeûne fut imposé aux enfants et aux animaux eux-mêmes. Mais pourquoi faire jeûner des enfants qui étaient sans péché? C’est que les innocents jeûnaient, afin de procurer le salut aux coupables. L’enfant implorait pardon, afin que le vieillard ne pérît pas. Le jeûne des enfants, soit encore, mais pourquoi le jeûne des animaux? Pour que la faim ressentie par les animaux prouvât mieux la pénitence des hommes ; leur rugissement devait être comme une prière lancée vers le ciel pour en faire redescendre la miséricorde en faveur des coupables. Nous aussi, mes frères, formons un saint accord entre notre coeur et notre foi, afin de crier plus efficacement vers le Seigneur notre Dieu. Les Ninivites imploraient, après s’être rendus coupables ; pour nous, sachons implorer, afin que nous ne tombions pas dans le péché. Bienheureux celui que la crainte de Dieu dispense de tout châtiment, et qui, pour faire le bien, n’a besoin que de connaître la loi de Dieu, et non d’en subir la punition ! Il n’y a pas de châtiment à redouter pour celui qui sait craindre la justice de Dieu.

4. Quelqu’un de la foule me répondra peut-être : Que puis-je craindre, puisque je ne fais aucun mal? Ecoutez cette parole de l’apôtre saint Jean : « Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous » (I Jean I, 8). Que personne ne vous séduise ; la pire espèce de péché, c’est de ne pas connaître ses péchés. Ceux qui les connaissent peuvent se réconcilier avec Dieu par la pénitence. Parmi les pécheurs, celui dont l’état est le plus alarmant, c’est celui qui se flatte qu’il n’y a pas eu en lui de quoi alarmer. Beaucoup de péchés sont regardés comme légers et n’en sont pas moins très-dangereux, précisément parce qu’ils ne sont pas considérés comme péchés. Le mal le plus séduisant, c’est celui qui ne paraît pas un mal. Je ne parle pas des homicides, des adultères, des mauvaises persuasions ; plaise à Dieu qu’aucun chrétien ne s’y laisse entraîner ; et s’il succombe, le sentiment de son crime le portera à le pleurer aussitôt. Je parle de ces autres péchés qui passent pour beaucoup plus légers. Qui de vous pourrait se dire exempt de toute intempérance, de toute ambition, de toute jalousie, de toute cupidité, de toute avarice? Voilà pourquoi, selon la parole de l’Ecriture, je vous exhorte à vous humilier sous la puissante main de Dieu ; puisque personne n’est sans péché, que personne ne s’exempte de la pénitence, car ce serait être coupable que de se croire innocent. On peut n’avoir que des péchés légers, toujours est-il qu’on n’est jamais sans péché : « Personne n’est exempt de toute faute » (Job XIV, 4).

5. Que ceux donc qui sont plus gravement coupables, implorent leur pardon avec plus d’instance. Que ceux qui se sont abstenus des plus grandes fautes, demandent d’en être délivrés, par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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2013-16. De la fuite en Egypte et de l’action bienfaisante de la sauge.

Avec la fête de la Purification de Notre-Dame, le 2 février, nous avons achevé le cycle des quarante jours du temps de la Crèche et du mystère de Noël. Laissez-moi, pour marquer cette conclusion, vous raconter aujourd’hui une très belle légende que ne désapprouveront pas tous ceux qui connaissent le pouvoir que Dieu a donné aux plantes pour le soulagement de nos maux…

* * * * * * *

La légende de la sauge

2013-16. De la fuite en Egypte et de l'action bienfaisante de la sauge. dans Lectures & relectures salvia_officinalis_l._

Après les belles émotions qu’avaient éprouvées les coeurs de la très douce Dame Marie et de Saint Joseph, au moment de la cérémonie de la purification rituelle de la jeune accouchée et de la présentation au Temple du Fils de Dieu nouveau-né – reconnu et magnifié par le vieillard Syméon et la prophétesse Anne – , après aussi le remue-ménage suscité dans la bourgade de Bethléem par la venue de la caravane bigarrée des Rois d’Orient, la Sainte Famille aurait pu aspirer à jouir d’un bonheur paisible et sans histoire…
Mais Notre-Dame, dans l’âme de laquelle le premier des sept glaives s’était déjà enfoncé, lui révélant toutes les souffrances dont son Fils innocent serait accablé, attendait en silence le temps inéluctable de l’accomplissement de la prophétie.

Or, le roi Hérode le Grand, après avoir vainement attendu le retour des Saints Rois à Jérusalem, avait fini par comprendre qu’ils s’étaient joué de lui. Il entra dans une violente colère et il envoya tuer tous les enfants de Bethléem et des environs, depuis l’âge de deux ans et au-dessous, selon le temps de l’apparition de l’Etoile miraculeuse qui lui avait été précisé par les Mages.
Joseph, averti pendant son sommeil par une apparition de l’archange Gabriel, s’était levé en pleine nuit, avait réveillé Marie, sellé en hâte le petit âne sur lequel elle s’était assise, serrant contre elle le Fils de Dieu emmitouflé, et ils avaient pris le plus discrètement possible la route de l’Egypte.

Tandis que les soldats d’Hérode, féroces et tout couverts de sang, fouillaient la région pour égorger tous les petits enfants, la Sainte Famille s’enfuyait en évitant les grands chemins, au trot du petit âne, qui ne pouvait pas rivaliser avec le galop forcené des chevaux des bourreaux.
Or, tandis que Saint Joseph était allé dans un hameau pour y faire désaltérer l’âne et mendier quelque nourriture, la Vierge se trouvait seule, allaitant le divin Enfant, assise en bordure d’un bosquet. C’est alors que des cris résonnèrent et que le sol trembla sous le galop des chevaux : « Les soldats d’Hérode! »

Où se réfugier? Pas la moindre grotte ni le plus petit creux de rocher! Il n’y avait près de Marie qu’un buisson sur lequel une rose s’ouvrait.
- Rose, belle rose! supplia la Sainte Vierge, épanouis-toi bien et cache avec tes beaux pétales cet Enfant que l’on veut faire mourir, et sa mère paralysée par l’angoisse!
La rose, en fronçant le bouton pointu qui lui servait de nez, répondit :
- Eloigne-toi de moi, ô jeune femme, car les soldats en m’approchant pour te chercher pourraient ternir mon éclat! Va donc, là-bas, voir la giroflée et demande-lui de te cacher : elle a assez de fleurs pour t’abriter.

- Giroflée, giroflée gentille! supplia la fugitive, épanouis-toi bien et cache de ton massif fleuri cet Enfant que l’on veut faire mourir, et sa mère terrorisée et épuisée!
La giroflée, tout en secouant les petites têtes de son bouquet, refusa elle aussi :
- Passe ton chemin, pauvresse! Je n’ai pas le temps de t’écouter car je suis trop occupée à me couvrir de fleurs, lesquelles je ne voudrais point voir piétinées par les soldats. Va donc, là-bas, voir la sauge et demande-lui de te cacher : elle n’a rien d’autre à faire que la charité.

- Ah! Sauge, bonne sauge! supplia la Mère des douleurs, épanouis-toi bien et cache sous ton feuillage mon Enfant innocent que l’on veut faire mourir, et sa mère à demi-morte de fatigue et de peur!

Alors la bonne sauge, sans plus se faire prier, s’épanouit autant qu’elle put : elle couvrit tout le terrain et de ses feuilles de velours fit un dais épais sous lequel se réfugièrent la douce Vierge et l’Enfant-Dieu.

Sur le chemin, les soldats arrivèrent. Au bruit qu’ils faisaient, Marie frissonnait d’épouvante, mais le divin Enfant, doucement caressé par les feuilles, souriait… Et les soldats passèrent sans rien voir.

Quand ils furent partis, Marie et Jésus sortirent de leur refuge : « Sauge! Sainte sauge! A toi, grand merci et bénédiction! De ton geste désormais, tous se souviendront! »

Lorsque Joseph revint, avec l’âne désaltéré et tout ragaillardi par une bonne mesure d’avoine qu’un brave homme lui avait donné, Marie remonta sur la bonne bête en serrant contre son coeur son Enfant sauvé, et l’archange Gabriel descendit du ciel pour les guider par le plus sûr chemin vers l’Egypte, tout paisiblement, à petites journées.

C’est depuis ce temps que la rose a des épines, que les fleurs de la giroflée sont malodorantes tandis que la sauge – dont le nom latin « salvia » indique les vertus – possède le pouvoir de guérir tant de maux ; au point que, dans nos campagnes, les anciens répétaient : Celui qui a la sauge dans son jardin n’a pas besoin du médecin.

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Nicolas Poussin : la fuite en Egypte

Publié dans : Lectures & relectures, Nos amis les Saints | le 4 février, 2013 |9 Commentaires »

2013-15. « Croire dans la charité suscite la charité ».

Message de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
pour le Carême 2013.


« Nous avons reconnu et nous avons cru que l’amour de Dieu est parmi nous »
(1 Johan. IV, 16)

 2013-15.

Chers frères et sœurs,

la célébration du Carême, dans le contexte de l’Année de la Foi, nous offre une occasion précieuse pour méditer sur le rapport entre foi et charité : entre le fait de croire en Dieu, dans le Dieu de Jésus Christ, et l’amour qui est le fruit de l’action de l’Esprit Saint et qui nous guide sur un chemin de consécration à Dieu et aux autres.

1. La foi comme réponse à l’amour de Dieu.

Dans ma première encyclique (> www), j’ai déjà offert certains éléments pour saisir le lien étroit entre ces deux vertus théologales, la foi et la charité. En partant de l’affirmation fondamentale de l’apôtre Jean : « Nous avons reconnu et nous avons cru que l’amour de Dieu est parmi nous » (1 Johan. IV, 16), je rappelais qu’« à l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un évènement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive… Comme Dieu nous a aimés le premier (cf. 1 Johan. IV, 10), l’amour n’est plus seulement « un commandement », mais il est la réponse au don de l’amour par lequel Dieu vient à notre rencontre » ( Deus caritas estn. 1). La foi constitue l’adhésion personnelle – qui inclut toutes nos facultés – à la révélation de l’amour gratuit et « passionné » que Dieu a pour nous et qui se manifeste pleinement en Jésus-Christ ; la rencontre avec Dieu Amour qui interpelle non seulement le cœur, mais également l’esprit : « La reconnaissance du Dieu vivant est une route vers l’amour, et le oui de notre volonté à la sienne unit intelligence, volonté et sentiment dans l’acte totalisant de l’amour. Ce processus demeure cependant constamment en mouvement : l’amour n’est jamais « achevé » ni complet » (ibid., n. 17). De là découle pour tous les chrétiens, et en particulier, pour les « personnes engagées dans les services de charité », la nécessité de la foi, de la « rencontre avec Dieu dans le Christ, qui suscite en eux l’amour et qui ouvre leur esprit à l’autre, en sorte que leur amour du prochain ne soit plus imposé pour ainsi dire de l’extérieur, mais qu’il soit une conséquence découlant de leur foi qui devient agissante dans l’amour » (ibid. n. 31 a). Le chrétien est une personne conquise par l’amour du Christ et donc, mû par cette amour – « caritas Christi urget nos » (2 Cor. V, 14) – , il est ouvert de façon concrète et profonde à l’amour pour le prochain (cf. ibid., n. 33). Cette attitude naît avant tout de la conscience d’être aimés, pardonnés, et même servis par le Seigneur, qui se penche pour laver les pieds des Apôtres et s’offre lui-même sur la croix pour attirer l’humanité dans l’amour de Dieu.

« La foi nous montre le Dieu qui a donné son Fils pour nous et suscite ainsi en nous la certitude victorieuse qu’est bien vraie l’affirmation : Dieu est Amour… La foi, qui prend conscience de l’amour de Dieu qui s’est révélé dans le cœur transpercé de Jésus sur la croix, suscite à son tour l’amour. Il est la lumière – en réalité l’unique – qui illumine sans cesse à nouveau un monde dans l’obscurité et qui nous donne le courage de vivre et d’agir » (ibid., n. 39). Tout cela nous fait comprendre que l’attitude principale qui distingue les chrétiens est précisément « l’amour fondé sur la foi et modelé par elle » (ibid., n. 7).

2. La charité comme vie dans la foi

Toute la vie chrétienne est une réponse à l’amour de Dieu. La première réponse est précisément la foi comme accueil, plein d’émerveillement et de gratitude, d’une initiative divine inouïe qui nous précède et nous interpelle. Et le « oui » de la foi marque le début d’une histoire lumineuse d’amitié avec le Seigneur, qui remplit et donne son sens plénier à toute notre existence. Mais Dieu ne se contente pas que nous accueillions son amour gratuit. Il ne se limite pas à nous aimer, mais il veut nous attirer à lui, nous transformer de manière profonde au point que nous puissions dire avec saint Paul : ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi (cf. Gal. II, 20).

Quand nous laissons place à l’amour de Dieu, nous devenons semblables à lui, nous participons de sa charité même. Nous ouvrir à son amour signifie le laisser vivre en nous, et nous conduire à aimer avec lui, en lui et comme lui ; ce n’est qu’alors que notre foi devient vraiment opérante par la charité (cf. Ga 5, 6) et qu’il prend demeure en nous (cf. 1 Johan. IV, 12).

La foi, c’est connaître la vérité et y adhérer (cf. 1 Tim. II, 4) ; la charité, c’est « cheminer » dans la vérité (cf. Eph. IV, 15). Avec la foi, on entre dans l’amitié avec le Seigneur ; avec la charité, on vit et on cultive cette amitié (cf. Johan. XV, 14 s.). La foi nous fait accueillir le commandement du Seigneur et Maître ; la charité nous donne la béatitude de le mettre en pratique (cf. Johan. XIII, 13-17). Dans la foi, nous sommes engendrés comme fils de Dieu (cf. Johan. I, 12 s) ; la charité nous fait persévérer concrètement dans la filiation divine en apportant le fruit de l’Esprit Saint (cf. Gal. V, 22). La foi nous fait reconnaître les dons que le Dieu bon et généreux nous confie ; la charité les fait fructifier (cf. Matth. XXV, 14-30).

3. Le lien indissoluble entre foi et charité

A la lumière de ce qui a été dit, il apparaît clairement que nous ne pouvons jamais séparer, voire opposer, foi et charité. Ces deux vertus théologales sont intimement liées et il est erroné de voir entre celles-ci une opposition ou une « dialectique ». En effet, d’un côté, l’attitude de celui qui place d’une manière aussi forte l’accent sur la priorité et le caractère décisif de la foi au point d’en sous-évaluer et de presque en mépriser les œuvres concrètes de la charité et de la réduire à un acte humanitaire générique, est limitante. Mais, de l’autre, il est tout aussi limitant de soutenir une suprématie exagérée de la charité et de son activité, en pensant que les œuvres remplacent la foi. Pour une vie spirituelle saine, il est nécessaire de fuir aussi bien le fidéisme que l’activisme moraliste.

L’existence chrétienne consiste en une ascension continue du mont de la rencontre avec Dieu pour ensuite redescendre, en portant l’amour et la force qui en dérivent, de manière à servir nos frères et sœurs avec le même amour que Dieu. Dans l’Ecriture Sainte nous voyons que le zèle des Apôtres pour l’annonce de l’Évangile que suscite la foi est étroitement lié à l’attention charitable du service envers les pauvres (cf. Act. VI, 1-4). Dans l’Église, contemplation et action, symbolisées d’une certaine manière par les figures évangéliques des sœurs Marie et Marthe, doivent coexister et s’intégrer (cf. Luc. X, 38-42). La priorité va toujours au rapport avec Dieu et le vrai partage évangélique doit s’enraciner dans la foi (cf. Catéchèse du 25 avril 2012 > www). Parfois, on tend en effet à circonscrire le terme de « charité » à la solidarité ou à la simple aide humanitaire. Il est important, en revanche, de rappeler que la plus grande œuvre de charité est justement l’évangélisation, c’est-à-dire le « service de la Parole ». Il n’y a pas d’action plus bénéfique, et donc charitable, envers le prochain que rompre le pain de la Parole de Dieu, le faire participer de la Bonne Nouvelle de l’Évangile, l’introduire dans la relation avec Dieu : l’évangélisation est la promotion la plus élevée et la plus complète de la personne humaine. Comme l’écrit le Serviteur de Dieu le Pape Paul VI dans l’Encyclique « Populorum progressio » (> www), le premier et principal facteur de développement est l’annonce du Christ (cf. n. 16). C’est la vérité originelle de l’amour de Dieu pour nous, vécue et annoncée, qui ouvre notre existence à accueillir cet amour et rend possible le développement intégral de l’humanité et de tout homme (cf. Encyclique Caritas in veritate n° 8 ).

En somme, tout part de l’Amour et tend à l’Amour. L’amour gratuit de Dieu nous est communiqué à travers l’annonce de l’Évangile. Si nous l’accueillons avec foi, nous recevons ce premier et indispensable contact avec le divin en mesure de nous faire « aimer l’Amour », pour ensuite demeurer et croître dans cet Amour et le communiquer avec joie aux autres.

A propos du rapport entre foi et œuvres de charité, une expression de la lettre de saint Paul aux Ephésiens résume peut-être leur corrélation de la meilleure des manières : « C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, à cause de votre foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas de vos œuvres, il n’y a pas à en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés en Jésus-Christ, pour que nos œuvres soient vraiment bonnes, conformes à la voie que Dieu a tracée pour nous et que nous devons suivre » (II, 8-10). On perçoit ici que toute l’initiative salvifique vient de Dieu, de sa Grâce, de son pardon accueilli dans la foi ; mais cette initiative, loin de limiter notre liberté et notre responsabilité, les rend plutôt authentiques et les orientent vers les œuvres de charité. Celles-ci ne sont pas principalement le fruit de l’effort humain, dont tirer gloire, mais naissent de la foi elle-même, elles jaillissent de la Grâce que Dieu offre en abondance. Une foi sans œuvres est comme un arbre sans fruits : ces deux vertus s’impliquent réciproquement. Le Carême nous invite précisément, avec les indications traditionnelles pour la vie chrétienne, à alimenter la foi à travers une écoute plus attentive et prolongée de la Parole de Dieu et la participation aux Sacrements, et, dans le même temps, à croître dans la charité, dans l’amour de Dieu et envers le prochain, également à travers les indications concrètes du jeûne, de la pénitence et de l’aumône.

4. Priorité de la foi, primat de la charité

Comme tout don de Dieu, foi et charité reconduisent à l’action de l’unique et même Esprit Saint (cf. 1 Cor. XIII), cet Esprit qui s’écrie en nous « Abba ! Père ! » (Gal. IV, 6), et qui nous fait dire : « Jésus est Seigneur » (1 Cor. XII, 3) et « Maranatha ! » (1 Cor. XVI, 22 ; Apoc. XXII, 20).

La foi, don et réponse, nous fait connaître la vérité du Christ comme Amour incarné et crucifié, adhésion pleine et parfaite à la volonté du Père et miséricorde divine infinie envers le prochain ; la foi enracine dans le cœur et dans l’esprit la ferme conviction que précisément cet Amour est l’unique réalité victorieuse sur le mal et sur la mort. La foi nous invite a regarder vers l’avenir avec la vertu de l’espérance, dans l’attente confiante que la victoire de l’amour du Christ atteigne sa plénitude. De son côté, la charité nous fait entrer dans l’amour de Dieu manifesté dans le Christ, nous fait adhérer de manière personnelle et existentielle au don total de soi et sans réserve de Jésus au Père et à nos frères. En insufflant en nous la charité, l’Esprit Saint nous fait participer au don propre de Jésus : filial envers Dieu et fraternel envers chaque homme (cf. Rom. V, 5).

La relation qui existe entre ces deux vertus est semblable à celle entre les deux sacrements fondamentaux de l’Église : le Baptême et l’Eucharistie. Le Baptême (sacramentum fidei) précède l’Eucharistie (sacramentum caritatis), mais il est orienté vers celle-ci, qui constitue la plénitude du cheminement chrétien. De manière analogue, la foi précède la charité, mais se révèle authentique seulement si elle est couronnée par celle-ci. Tout part de l’humble accueil de la foi (« se savoir aimé de Dieu »), mais doit arriver à la vérité de la charité (« savoir aimer Dieu et son prochain »), qui demeure pour toujours, comme accomplissement de toutes les vertus (cf. 1 Cor. XIII, 13).

Chers frères et sœurs, en ce temps de Carême, où nous nous préparons à célébrer l’évènement de la Croix et de la Résurrection, dans lequel l’Amour de Dieu a racheté le monde et illuminé l’histoire, je vous souhaite à tous de vivre ce temps précieux en ravivant votre foi en Jésus Christ, pour entrer dans son parcours d’amour envers le Père et envers chaque frère et sœur que nous rencontrons dans notre vie. A cette fin j’élève ma prière à Dieu, tandis que j’invoque sur chacun et sur chaque communauté la Bénédiction du Seigneur!

Du Vatican, le 15 octobre 2012

BENEDICTUS  PP.  XVI

 Carême 2013 dans Lectures & relectures

Publié dans : Lectures & relectures, Textes spirituels | le 1 février, 2013 |Pas de Commentaires »

2013-14. Chronique du mois de janvier 2013 au Mesnil-Marie.

Jeudi 31 janvier 2013,
fête de Saint Jean Bosco. 

2013-14. Chronique du mois de janvier 2013 au Mesnil-Marie. dans Annonces & Nouvelles lever-du-jour-romains-xiii-12

Lever du jour au dessus du Mesnil-Marie

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Dernier jour du mois de janvier : voici mon traditionnel compte-rendu du mois écoulé en notre Mesnil-Marie.

A – Janvier, mois paisible avec de grands contrastes météorologiques:

Beaucoup de ceux qui nous écrivent, se posent – et nous posent – des questions sur les conditions climatiques auxquelles nous sommes affrontés, en notre haut pays.
Dans les photos que je publiais ici > www et ici > www, vous pouviez vous faire vous-même une idée de la splendeur dont peut-être revêtu notre Mesnil-Marie sous un manteau neigeux, aussi bien que des difficultés de circulation inhérentes aux rigueurs hivernales.

Si nous avons eu à plusieurs reprises des chutes de neige, elles n’ont jamais été très importantes en quantité : jusqu’à présent, la couche la plus épaisse qui nous a enveloppés n’était que d’une quinzaine de centimètres au matin du 23 janvier.
J’ai bien tenté une escapade sur le toit, mais – vous le savez – je ne suis pas vraiment fan de ski, de luge ou de raquettes, et je m’en suis prestement retourné auprès du poêle…

lully-sur-le-toit-23-janvier carême dans Chronique de Lully

Chez nous, il serait normal que nous ayons davantage de neige et sur de plus longues périodes, de la même manière qu’il est absolument normal que nous ayons des températures qui avoisinent les moins 10° au lever du jour.
Or, cette année nous sommes étonnés par les alternances relativement brusques entre des périodes de froid « normales », et des redoux spectaculaires : pouvez-vous imaginer que le 9 janvier, Frère Maximilien-Marie, en visite chez ses amis Danièle et Frédéric, aux Ouches (cette splendide et très ancienne ferme qui a été sinistrée par un incendie en décembre 2010, qu’ils restaurent patiemment : voir ce que je vous en ai écrit le 23 octobre 2011, ici > www), c’est-à-dire à quelque 1350 m d’altitude, a déjeuné dehors avec eux?

Au moment où je vous écris, il fait une douceur toute printanière, mais nous attendons à nouveau la neige dans deux jours, à la Chandeleur où – selon le dicton –  l’hiver périt ou reprend vigueur

Janvier demeure un mois paisible, propice à l’intériorité et au recueillement près de la Crèche.
Dans les premiers jours du mois, il y a les visites entre voisins pour échanger les voeux, mais il y a peu d’activités extérieures, hormis celles que je vous signalerai ci-dessous.
Frère Maximilien-Marie en a profité pour classer et ranger nombre de documents, mais aussi pour s’essayer à quelques petits travaux de couture : il a ainsi confectionné – à partir d’éléments d’anciens ornements dépareillés – deux conopés, un doré et un violet, pour le saint tabernacle.

B – Les visites de la Crèche:

Vous avez pu voir la Crèche réalisée dans notre oratoire grâce à la mini vidéo que je vous avais mise en ligne ici > www.
Tous les dimanches et jours fériés, depuis Noël jusqu’à la Purification, des personnes viennent la visiter. Certaines sont même venues d’assez loin : elle est annoncée dans la presse, à la radio locale, et figure en bonne place parmi les propositions « culturelles » des sites dédiés au tourisme…
Cette année encore, ce sont cent à cent vingt visiteurs qui se sont succédés.
Ces visites sont en même temps l’occasion propice à des échanges : il en est en effet beaucoup qui en profitent pour interroger Frère Maximilien-Marie sur son état, sur sa manière de vivre, sur le Refuge Notre-Dame de Compassion ou, tout simplement, sur des sujets religieux plus généraux en rapport avec la vie de Jésus, l’histoire de l’Eglise, certains points de la doctrine catholique… etc.

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Catafalque dressé pour la Messe du 21 janvier
(cliquer sur la photo pour la voir en grand)

C – La Sainte Messe commémorative du 21 janvier:

Chaque année, c’est pour nous un devoir important que de commémorer l’anniversaire du martyre du Roy.

Victime innocente de passions aveugles et d’une idéologie qui a entraîné – et qui entraîne toujours – le déclin de la France, Louis XVI est la figure emblématique non pas d’un passéisme sclérosé dans ses nostalgies, mais de l’espérance qui, plus vive que jamais, nous anime en face des échecs à répétition, des décadences sans fin et des continuels scandales attentatoires à la véritable dignité de l’homme, produits par les prétendus «immortels principes de 1789» :

« Quand Dieu, dans Sa miséricorde plus encore que dans Sa justice, a résolu de jeter une nation dans le creuset de la tribulation pour la purifier de ses fautes et lui rendre Son amour, ce qu’il importe avant tout, c’est que cette nation puisse offrir au Seigneur des victimes dignes de Lui.
Qu’un agneau sans tache se rencontre à ce moment sur le trône : pour le salut de son peuple, il y vaudra mieux qu’un lion. Ne vous plaignez point qu’il ne sache pas verser d’autre sang que le sien : Dieu lui a donné la conscience secrète de son rôle, qui est le rôle du martyr.
Silence! Silence, ô jugements des hommes, jugements indiscrets et précipités! C’est l’heure de l’holocauste, ce n’est pas encore l’heure du combat.
Sans cela, ne serait-ce pas une énigme qu’en ce pays de France, qui est un pays de courage, tant de têtes innocentes fussent venues docilement se courber sous le fer homicide d’une poignée de scélérats?
Mais tout s’explique pour le chrétien : c’est le grand mystère de la Rédemption qui se continue (…) »
(Mgr Pie, évêque de Poitiers, in «Eloge funèbre de Madame la Marquise de La Rochejaquelein prononcé à la cérémonie de ses funérailles dans l’église de Saint-Aubin de Baubigné, le samedi 28 février 1857»).

En cette année du deux-cent-vingtième anniversaire de l’exécution du Souverain, notre modeste cérémonie paroissiale (d’autant plus modeste que les conditions de circulation, particulièrement difficiles ce jour-là, avaient fait que nous n’étions que sept dans notre église) a été remarquée par la presse : un correspondant de « La Montagne » et du « Progrès » – quotidiens régionaux dont l’idéologie les rend naturellement imperméables aux notions de vérité, de justice et de fidélité – est venu poser quelques questions et assister à une partie de la Messe de Requiem.
Il débarquait sur une planète totalement inconnue – car la culture, surtout en matière d’histoire et de religion, n’est habituellement pas le point fort de cette espèce de journalistes – ; ainsi donc, le catafalque sur lequel était posé une couronne, le latin de la liturgie et l’idée même qu’on puisse prier à la mémoire de Louis XVI, malgré les explications qui lui furent communiquées avec beaucoup de nuances et une patiente aménité, ont dû faire disjoncter son petit formatage. Son compte-rendu publié le lendemain fut en conséquence, c’est-à-dire particulièrement lourd et pernicieux (on peut le  retrouver ici > www)…

Qu’importe! S’il fallait se régler sur les « faiseurs d’opinion » pour pouvoir faire ce qui est objectivement bon, nous ne le pourrions jamais accomplir!

DSC09629-Copie-300x220 Fête de la Sainte-Face

Lully, chat-chouan

D – Trois avis importants:

1) Nous invitons tous nos amis à s’associer à la neuvaine préparatoire à la fête de Notre-Dame de Lourdes, du samedi 2 au dimanche 10 février.
On le sait, la fête de l’anniversaire de la première apparition de Notre-Dame dans la grotte de Massabielle, le 11 février, est aussi, de par la volonté du Saint-Siège, la journée mondiale du malade. Voilà pourquoi cette neuvaine à Notre-Dame de Lourdes est une supplication particulière à l’intention des malades et de ceux qui souffrent, dans leur âme ou dans leur corps… On peut, bien évidemment, ajouter à cela une intention spéciale pour la France, car elle est grandement malade!
Nous proposons ici > www un « formulaire » de prière pour cette neuvaine, mais il est tout-à-fait loisible à chacun d’utiliser un autre type de prière qui le porterait à davantage de ferveur et d’amour…
On lira aussi avec profit le message publié par notre Saint-Père le Pape à l’occasion de cette vingtième journée mondiale du malade sur le site du Saint-Siège > www.

2) Nous ne sommes plus qu’à quelques jours de l’entrée dans le Grand et Saint Carême.
N’attendons pas la dernière minute pour faire un retour sur nous-mêmes, pour prévoir sur quels points particuliers nos efforts doivent porter, pour établir une véritable stratégie de combat spirituel, car le Carême est par excellence le temps du combat.
On peut dès à présent relire, avec profit, le « petit catéchisme sur le Carême et la pénitence » publié ici > www, en attendant la publication prochaine du Message de Carême de notre Saint-Père le Pape.
Comme les années précédentes, Frère Maximilien-Marie propose à ceux qui le souhaitent de leur adresser quotidiennement des textes de réflexion, méditation et prière. Ceux que cela intéressent peuvent s’inscrire pour les recevoir de la manière suivante :
a) si vous avez un compte Facebook devenez participants de l’ « évènement » > [ Méditations quotidiennes de Carême avec le Refuge Notre-Dame de Compassion ] en cliquant sur le lien : vous y trouverez chaque jour sur le « mur » les textes proposés.
b) si vous voulez recevoir chaque jour ces textes directement dans votre boite aux lettres électronique, en dehors de Facebook, envoyez-nous une demande par le moyen de ce formulaire de contact > www

3) Pour ceux qui sont géographiquement proches du Mesnil-Marie, et qui sont libres ce jour-là, nous organisons une journée de récollection amicale, le mardi 12 février (mardi gras) : cette veille du Mercredi des Cendres est le jour assigné pour la fête de la Sainte Face de Notre-Seigneur Jésus-Christ (nous possédons au Mesnil-Marie une des reproductions du voile de Sainte Véronique conservé à la Basilique Saint-Pierre au Vatican diffusées après le miracle du 6 janvier 1849 – voir > www – ; cette copie, semblable à celle de Monsieur Dupont à Tours, est équiparée à une relique de troisième classe).
Le programme de cette journée est le suivant : 11h, Sainte Messe ; déjeuner tiré du sac ; échanges ; 15h, chapelet et adoration du Très Saint-Sacrement.
Si vous désirez y participer, merci de nous le signaler (> www).

* * * * * * *

Il ne me reste plus qu’à prendre congé de vous, en vous souhaitant une belle et fervente fête de la Purification de Notre-Dame et de la Présentation de Notre-Seigneur au Temple, et en vous assurant de mes très félines amitiés.

Lully.

saintefacetours.vignette janvier 2013

Pour aider le Refuge Notre-Dame de Compassion > www

2013-13. Attirez vers le Ciel toutes les âmes, principalement celles qui en ont le plus besoin!

Mercredi 30 janvier 2013,
fête de Sainte Bathilde, reine des Francs,
fondatrice de monastères et moniale.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Lorsque, en préparation des apparitions de Notre-Dame de Fatima, l’Ange du Portugal se manifesta aux trois petits bergers, au printemps de l’année 1916, il leur enseigna d’abord à se prosterner face contre terre et à répéter :
« Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime ! Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et ne vous aiment pas ! »

Quelques semaines plus tard, lors de sa deuxième apparition, il insistera : « Offrez constamment au Très-Haut des prières et des sacrifices. (…) De tout ce que vous pourrez, offrez un sacrifice au Seigneur, en acte de réparation pour les péchés par lesquels il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs.(…) Par dessus tout, acceptez et supportez avec soumission les souffrances que le Seigneur vous enverra. »

Il leur enseigna aussi cette prière, pour qu’ils la récitent à la suite de chacune des dizaines de leur chapelet : « Ó meu Jesus, perdoai-nos, livrai-nos do fogo do inferno ; levai as almas todas para o Céu, principalmente as que mais precisarem. »

Une prière désormais très connue, très répandue.
Tellement connue qu’on la récite trop souvent de manière machinale et sans lui accorder toute l’attention qu’il faudrait, sans mettre dans ces paroles toute la ferveur d’âme qu’il conviendrait.

En français, cette prière est traduite par plusieurs formules, souvent assez voisines l’une de l’autre, mais qui ne sont généralement pas vraiment littérales.
J’ai donné ci-dessus le texte en langue portugaise tel qu’il a été transmis par les voyants ; la traduction exacte pourrait être celle-ci : « Ô mon Jésus, pardonnez-nous, délivrez-nous du feu de l’enfer, conduisez au Ciel toutes les âmes, principalement celles qui en ont le plus  besoin. »
Pas de « bon Jésus », pas de redondance avec « nos péchés » ajoutés au « pardonnez-nous », pas de « pauvres âmes », pas davantage de mention de « votre miséricorde » ou de « votre sainte miséricorde ».
Une formule concise, qui n’a finalement pas besoin – pour être parfaitement claire – qu’on lui surajoute ce que l’Ange n’avait pas jugé bon de mettre en sus.

2013-13. Attirez vers le Ciel toutes les âmes, principalement celles qui en ont le plus besoin! dans Commentaires d'actualité & humeurs apparition-nd-de-fatima

Cette prière enseignée par l’Ange, ainsi que la formule d’adoration et de réparation amoureuse donnée dès sa première apparition, est en rapport direct avec un certain nombre de paroles prononcées ensuite par Notre-Dame :
-Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’Il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés qui l’offensent, et de supplication pour la conversion des pécheurs ?
-Sacrifiez-vous pour les pécheurs et dites souvent, spécialement chaque fois que vous ferez un sacrifice : 0 Jésus, c’est pour votre amour, pour la conversion des pécheurs, et en réparation pour les péchés commis contre le Coeur Immaculé de Marie.
-Vous avez vu l’Enfer, où vont les âmes des pauvres pécheurs (…).
-Priez, priez beaucoup et faîtes des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’il n’y a personne qui se sacrifie et prie pour elles.

Je me suis rendu compte que beaucoup de fidèles qui récitent la prière « ô mon Jésus » pensent que c’est une prière à l’intention des âmes des défunts, spécialement les plus délaissées.
Il ressort pourtant clairement que cette supplication est faite en faveur des pécheurs qui sont encore sur la terre et qui sont le plus exposés au danger de la damnation éternelle.

Lorsque nous demandons à Notre-Seigneur de conduire au Ciel « toutes les âmes, principalement celles qui en ont le plus besoin »,
nous Le supplions pour les âmes de ceux qui ne Le connaissent pas ou qui L’ont renié ;
nous Le prions pour les pécheurs les plus endurcis, quelque odieux et monstrueux que puisse nous paraître leur péché ;
nous implorons Son salut pour les ennemis de la Sainte Eglise, pour les francs-maçons et les membres des diverses sectes sataniques ;
nous Le prions pour ceux qui persécutent et torturent Ses fidèles ;
nous appelons Sa grâce sur ceux qui sont égarés dans de fausses doctrines religieuses ;
nous prions – oui ! – pour les âmes des « Femen » et de ceux qui brandissent des pancartes blasphématoires dans les manifestations ;
nous invoquons Sa miséricorde pour les âmes de ceux qui ont apostasié les engagements de leur baptême et pour ceux qui – dans leurs mandats politiques – étouffent la voix de leur conscience et soutiennent des projets de société à l’encontre de la Loi Naturelle inscrite dans le fond de leurs coeurs ;
nous prions pour les âmes des « conducteurs du Peuple de Dieu » (selon l’expression de Notre-Dame à La Salette > www) qui ne prennent pas la défense du Troupeau, qui s’enfuient devant les loups rapaces ou pactisent avec eux ;
nous supplions pour les âmes de ceux qui tirent dans l’ombre les ficelles du mondialisme esclavagiste ;
nous appelons la conversion et le salut sur les âmes de tous ceux qui sont faibles et qui retombent sans cesse dans les mêmes fautes, de ceux qui manquent de courage dans leur vie chrétienne et qui rechignent sous le poids de la Croix, celles de ceux qui voudraient le Royaume du Christ sans avoir part à Ses souffrances… et nous en faisons nous-mêmes partie!

« Ô mon Jésus, pardonnez-nous, délivrez-nous du feu de l’enfer, conduisez au Ciel toutes les âmes, principalement celles qui en ont le plus  besoin ! »

« Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime ! Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et ne vous aiment pas ! »... et je suis parfois moi-même de leur nombre, malgré toutes mes protestations de bonne volonté et de fidélité.

O mon Jésus, dans exactement quinze jours je vais entrer en carême (cf. > www) :
- accordez-moi la très grande et très précieuse grâce de prendre au sérieux ce temps de pénitence et de conversion personnelle, en me souvenant que « toute âme qui s’élève élève le monde » (Elisabeth Leseur) ;
- enseignez-moi à être plus généreux dans la voie – si contraire à ma nature – du sacrifice ;
- donnez-moi d’être chaque jour plus pénétré de zèle pour le salut des âmes, de toutes ces âmes pour lesquelles Vous avez répandu Votre Sang précieux ;
-  apprenez-moi à m’offrir à Vous pour supporter toutes les souffrances que Vous voudrez m’envoyer, en acte de réparation pour les péchés qui Vous offensent, et de supplication pour la conversion des pécheurs ;
- faites que je sois profondément tourmenté, dans ma conscience de chrétien, à la pensée de ces âmes qui vont en enfer « parce qu’il n’y a personne qui se sacrifie et prie pour elles » ;
- embrasez mon pauvre coeur de l’ardente et dévorante charité qui consume Votre propre Coeur, « propitiation pour nos péchés », « rassasié d’opprobres », « broyé à cause de nos crimes », « notre vie et notre résurrection », « notre paix et notre réconciliation » (litanies du Sacré-Coeur)…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

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2013-12. Les adieux à l’Alléluia.

Ce samedi, en fin d’après midi, avec les premières vêpres du dimanche, nous inaugurons le cycle liturgique de Pâques en entrant dans le temps de la Septuagésime (cf. > www).
Relisons – si vous le voulez bien – ce que Dom Prosper Guéranger a écrit dans « l’Année Liturgique », au sujet de la suspension de l’Alléluia et des touchantes célébrations d’adieu par lesquelles, autrefois, cette interruption était marquée.

2013-12. Les adieux à l'Alléluia. dans De liturgia samedi-avant-la-septuagesime

Le samedi avant le dimanche de la Septuagésime :
suspension de l’Alléluia. 

« Le mouvement du Cycle doit ramener  prochainement la commémoration des douleurs du Christ et les joies de sa Résurrection ; neuf semaines seulement nous séparent de ces grandes solennités. Il est temps pour le chrétien de préparer son âme à une nouvelle visite du Seigneur, plus sacrée et plus décisive encore que celle qu’il a daigné nous faire dans sa miséricordieuse Nativité.

La sainte Eglise, qui sent le besoin de réveiller nos cœurs de leur assoupissement, et de leur donner une forte impulsion vers les choses célestes, accomplit aujourd’hui une grande mesure dans cette intention. Elle nous sèvre du divin Alléluia, ce chant du Ciel qui nous associait aux concerts des Anges. Nous ne sommes que des hommes fragiles, pécheurs courbés vers la terre ; comment ce cri d’une meilleure patrie a-t-il pu sortir de notre bouche? Sans doute, l’Emmanuel, le divin réconciliateur de Dieu et des hommes, nous l’a apporté du Ciel, au milieu des joies de sa Naissance, et nous avons osé le répéter ; nous le redirons même encore, avec un nouvel enthousiasme, dans l’allégresse de sa Résurrection ; mais, pour chanter dignement l’Alléluia, il faut aspirer au séjour d’où il nous est venu. Ce n’est pas là un vain mot, une mélodie profane ou insignifiante ; c’est le souvenir de la patrie dont nous sommes exilés, c’est l’élan vers le retour.

Le mot Alleluia signifie Louez Dieu ; mais son accent est particulier. L’Eglise ne suspendra pas, durant neuf semaines, l’exercice du devoir qui l’oblige à louer Dieu. Elle substituera à ce terme échappé d’un monde meilleur un autre cri qui proclame aussi la louange : Laus tibi, Domine, Rex œternœ gloriœ! Louange à vous, Seigneur, Roi de l’éternelle gloire! Mais ce dernier cri part de la terre, tandis que l’autre est descendu du Ciel.
« L’Alléluia, dit le pieux Rupert, est comme une goutte de la joie suprême dont tressaillit la Jérusalem supérieure. Les Patriarches et les Prophètes le portèrent au fond de leur âme ; l’Esprit-Saint le produisit avec plus de plénitude sur les lèvres des Apôtres. Il signifie l’éternel festin des Anges et des âmes bienheureuses, qui consiste à louer Dieu sans cesse, à contempler sans fin la face du Seigneur, à chanter sans jamais se lasser des merveilles toujours nouvelles. L’indigence de notre vie actuelle n’arrive pas à goûter ce festin ; la perfection en cette vie est d’y prendre part au moyen des joies de l’espérance, d’en avoir faim, d’en avoir soif. C’est pour cela que ce mot mystérieux Alléluia n’a pas été traduit, et qu’il est resté en hébreu, comme pour signifier, plutôt qu’il ne la saurait exprimer, une allégresse trop étrangère à notre vie présente » (De divinis officiis. Lib. I, cap. 35). 

Durant ces jours où il nous faut sentir la dureté de notre exil, sous peine d’être laissés comme transfuges au sein de la perfide Babylone, il importait que nous fussions prémunis contre les entraînements du dangereux  séjour  où se passe notre captivité. Voilà pourquoi l’Eglise, prenant pitié de nos illusions et de nos périls, nous donne un si solennel avertissement. Elle nous dit,  en nous enlevant le cri de l’allégresse, que nos lèvres ont besoin d’être purifiées avant d’être admises à prononcer de nouveau la parole des Anges et des Saints ; que nos cœurs, souillés par le péché et par l’amour des biens terrestres, doivent  être épurés par le repentir. Elle va dérouler sous nos yeux le triste spectacle de la chute de notre premier père, évènement lamentable d’où sont sortis tous  nos malheurs, avec la nécessité d’une rédemption. Elle pleure sur nous, cette Mère tendre, et elle veut que nous nous affligions avec elle.

Acceptons donc la loi qui nous est faite ; et si déjà les joies pieuses sont suspendues pour nous, comprenons qu’il est temps de faire trêve avec les frivolités du monde. Mais, avant tout, écartons-nous du péché : assez longtemps il a régné en nous. Le Christ approche avec sa croix ; il vient tout réparer par le fruit surabondant de son Sacrifice. Nous ne voulons pas, sans doute, que son sang tombe inutilement sur nos âmes, comme la rosée du matin sur les sables encore tièdes du désert. Confessons d’un cœur humble que nous sommes pécheurs, et, semblables au publicain de l’Evangile qui n’osait lever ses regards, reconnaissons qu’il est juste que l’on nous retire, au moins pendant quelques semaines, ces chants auxquels notre bouche coupable s’était trop familiarisée, ces sentiments d’une confiance trop présomptueuse qui combattaient dans nos cœurs la sainte crainte de Dieu.

L’insouciance pour les formes liturgiques, qui est l’indice le plus sensible de l’affaiblissement de la foi dans une chrétienté, et qui règne si universellement autour de nous, est cause que beaucoup de chrétiens, de ceux même qui fréquentent l’Eglise et les Sacrements, voient chaque année, sans en être émus, cette suspension de l’Alléluia. C’est à peine si plusieurs d’entre eux y donnent une attention légère et distraite, préoccupés qu’ils sont des habitudes d’une piété toute privée et en dehors de la pensée de l’Eglise. Si ces lignes leur tombent quelque jour sous les yeux, nous les engageons à réfléchir sur la souveraine autorité et sur la profonde sagesse de notre Mère commune, qui considère la suspension de l’Alléluia comme l’un des incidents les plus graves et les plus solennels de l’Année liturgique. Peut-être leur sera-t-il avantageux d’écouter un moment les accents si touchants que l’interruption forcée du cri céleste arrachait à la piété de nos pères, à l’époque où la foi chrétienne était encore la loi suprême des individus comme des sociétés.

Les adieux à l’Alléluia dans les diverses Eglises, au Moyen-Age, étaient empreints, comme on va le voir, de sentiments divers selon les lieux. On profitait de la circonstance pour exprimer tout ce que cette parole céleste inspirait de tendresse ou d’enthousiasme ; d’autres fois, le regret des fidèles pour le céleste compagnon de leurs prières s’épanchait en accents plus tristes.

Nous commencerons par nos vieilles Eglises de l’âge carolingien, et nous produirons d’abord ces adieux d’une familiarité naïve, par lesquels nos pères du IX° siècle se séparaient de l’Alléluia, en annonçant toutefois l’espérance de le revoir, quand la victoire du Christ aurait ramené la sérénité au ciel  de la sainte Eglise. Nous empruntons  les deux Antiennes qui suivent, et dont l’origine paraît être romaine, à l’Antiphonaire de Saint-Corneille de Compiègne, publié par dom Denys de Sainte-Marthe.

Ant.  Que le bon Ange du Seigneur t’accompagne, Alleluia ; qu’il rende ton voyage prospère, afin que tu reviennes avec nous dans la joie, Alleluia, Alleluia.

Ant. Alleluia, reste encore avec nous aujourd’hui ; demain, tu partiras, Alleluia ; et quand le jour se lèvera, tu te mettras en route, Alleluia, Alleluia, Alleluia.

Voici maintenant les chants par lesquels l’Eglise gothique d’Espagne saluait l’Alléluia, à la veille du jour où il devait cesser. Nous prenons seulement les principaux traits d’un ensemble liturgique qui forme, pour ainsi dire, un Office entier :

Hymne :

Habitants du ciel, faites résonner l’Alléluia dans vos sacrés cantiques ; d’un concert unanime chantez l’Alléluia éternel.
Vous qui vivez au sein de la lumière qui ne s’éteindra jamais, dans vos chœurs mélodieux, chantez avec ardeur l’Alléluia éternel.
Remontez vers cette heureuse cité de Dieu qui va vous recevoir, et qui, retentissante de cantiques joyeux, répète l’Alléluia éternel.
Dans votre victoire, prenez possession des honneurs de la patrie céleste, où il vous appartient de chanter l’Alléluia éternel.
C’est là que des voix augustes font résonner à jamais, à la gloire du grand Roi , le cantique joyeux, l’Alléluia éternel.
Repos après le labeur, nourriture, breuvage, il fait les délices de ceux qui rentrent dans la patrie, il les enivre à longs traits, l’Alléluia éternel.
Nous aussi, Auteur des êtres, nous célébrons dans nos cantiques mélodieux, nous chantons à votre louange l’Alléluia éternel.
Christ tout-puissant, nos voix te glorifient, et nous disons à ta gloire l’Alléluia éternel. Amen.

À son heureux retour, jubilez d’allégresse ; rendez au Seigneur le tribut de gloire et de mélodie, l’Alléluia éternel.

Capitule : L’Alléluia est du ciel, et il est de la terre ; au ciel il dure toujours, mais sur la terre il peut être chanté. Au ciel, il retentit sans interruption ; sur la terre, il trouve du moins des bouches fidèles. Au ciel, il éclate à jamais ; ici-bas, il n’est pas sans douceur. Au ciel, il exprime l’enthousiasme du bonheur ; sur la terre, il exprime la concorde. Au ciel, il est ineffable ; ici-bas, on le répète avec instance. Au ciel, il n’a pas besoin de syllabes ; sur la terre, il lui faut encore le secours de nos faibles mélodies. Au ciel, il est chanté par les Anges ; ici-bas, par les peuples. Ce ne fut pas seulement au ciel, mais sur la terre, que les bienheureux le chantèrent à la naissances du Christ Seigneur, lorsqu’il annoncèrent la gloire à Dieu, au plus haut des cieux, et la paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Faites donc, Seigneur, que par nos actes nous méritions d’être réunis dans la vie bienheureuse à ceux dont nous cherchons à imiter l’office, en répétant vos louanges.

Ant. Tu nous quittes, Alléluia. Ton voyage sera heureux, Alléluia : tu reviendras à nous avec allégresse, Alléluia. liste porteront sur leurs bras, afin que ton pied ne heurte pas contre la pierre, et  tu reviendras à nous avec allégresse, Alléluia.

Bénédiction :
Que l’Alléluia, parole religieuse et pleine d’allégresse, soit proféré, à la louange de Dieu, par la bouche de tous les peuples.
R/. Amen.

Qu’elle soit mélodieuse dans la bouche des croyants, cette parole qui dans les concerts des Anges exprime la gloire.
R/. Amen.

Les citoyens de l’éternité la font retentir sans le secours d’une harmonie matérielle ; que dans vos cœurs elle fructifie à l’aide d’un sentiment d’amour toujours croissant.
R/. Amen.

Que le bon Ange du Seigneur t’accompagne, Alléluia : qu’il te prépare un voyage heureux, et tu reviendras à nous avec allégresse, Alléluia.

Les Eglises d’Allemagne, au moyen âge, formulèrent les adieux à l’Alleluia, dans cette magnifique Prose que l’on trouve dans leurs Missels jusqu’au XVe siècle.

Séquence :

Chantons tous Alléluia. A la louange du Roi éternel, que le peuple fasse retentir Alléluia.
Que les chœurs célestes chantent dans les hauteurs du ciel Alléluia.
Que le concert des bienheureux, dans les jardins du Paradis, exécute l’Alléluia.
Que les sphères éclatantes des cieux jubilent en proclamant dans les hauteurs l’Alléluia.
Que les nuées dans leur cours, les vents dans leur vol rapide, les éclairs dans leur marche étincelante, les tonnerres dans leur fracas, s’unissent pour rendre la douceur de l’Alléluia.
Flots et ondes, pluies et orages, tempêtes et sérénité, ardeurs et froidure, neiges, frimas, bois et forêts, célébrez l’Alléluia.
Et vous, race si variée des oiseaux , louez votre créateur avec mélodie par l’Alléluia.
La grande voix des animaux terrestres s’unira pour répondre Alléluia.
Puis, les sommets des montagnes renverront à leur tour Alléluia.
Et la profondeur des vallées répétera en tressaillant Alléluia.
Toi aussi, abîme des mers, jubile, et dis à ton tour Alléluia.
Et que l’immensité des espaces terrestres pousse ce cri : Alléluia.
Genre humain tout entier, fais entendre avec transport le chant de la louange, Alléluia.
Et rends au Créateur tes actions de grâces, en répétant sans cesse : Alléluia.
Ton Créateur se complaît à entendre éternellement cette parole : Alléluia.
Le Christ aussi accepte ce chant céleste : Alléluia.
Maintenant donc, frères, chantez dans l’allégresse : Alléluia.
Et vous, enfants, répondez toujours : Alléluia.
Chantez tous ensemble, chantez au Seigneur : Alléluia ; au Christ : Alléluia ; à l’Esprit-Saint : Alléluia.
Louange soit à l’éternelle Trinité qui parut avec gloire au baptême du Seigneur : chantons-lui : Alléluia.

Nos Eglises de France, au XIII° siècle, et longtemps encore après, chantaient, aux Vêpres du samedi de Septuagésime, l’Hymne touchante que nous donnons ci-dessous.

Hymne :

Alléluia est un chant de douceur, une voix d’allégresse éternelle ; Alléluia est le cantique mélodieux que les chœurs célestes font retentir à jamais, dans la maison de Dieu

Alléluia! Céleste Jérusalem, heureuse mère, patrie où nous avons droit de cité ; Alléluia! c’est le cri de tes fortunés habitants ; pour nous, exilés sur les rives des fleuves de Babylone, nous n’avons plus que des larmes.

Alléluia! Nous ne sommes pas dignes de le chanter toujours. Alléluia! Nos péchés nous obligent à le suspendre ; voici le temps que nous devons employer à pleurer nos crimes.

Recevez donc, ô heureuse Trinité , ce cantique par lequel nous vous supplions de nous faire assister un jour à votre Pâque céleste, où nous chanterons à votre gloire, au sein de la félicité, l’éternel Alléluia. Amen.

Dans la Liturgie actuelle, les adieux à l’Alléluia sont plus simples ; l’Eglise se contente de répéter quatre fois cette mystérieuse parole, à la fin des Vêpres du Samedi.

V/. Bénissons le Seigneur, Alléluia, Alléluia.
R/. Rendons grâces  à Dieu, Alléluia, Alléluia.

Désormais, à partir des Complies qui vont suivre, nous n’entendrons plus ce chant du Ciel, jusqu’à l’heure où le cri de la Résurrection éclatera sur la terre. »

DSC01034-2-300x224 Alléluia dans Lectures & relectures

Publié dans : De liturgia, Lectures & relectures | le 26 janvier, 2013 |3 Commentaires »
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