2026-84. Saint Mamert de Vienne, qui institua les Rogations.

11 mai,
Fête de  Saint Mamert , archevêque de Vienne en Dauphiné, confesseur ;
Anniversaire de la translation des reliques de Saint Antoine le Grand (cf.  ici) ;
Anniversaire de la victoire de Fontenoy (cf.  ici).

       Au martyrologe romain, le 11 mai :

   « A Vienne, en Gaule, Saint Mamert, évêque : pour détourner des calamités imminentes, il institua en cette ville des Litanies solennelles, les trois jours précédant l’Ascension du Seigneur ; l’Eglise universelle a, dans la suite, approuvé et adopté cette pratique ».

Saint Mamert de Vienne - blogue

A fúlgure et tempestáte, líbera nos, Dómine.
A flagéllo terræmótus, líbera nos, Dómine.
A peste, fame et bello, líbera nos, Dómine.

       « L’antiquité nous a laissé peu de détails sur la vie de Saint Mamert. Mais il s’est rendu fort célèbre par l’établissement des Rogations. Ce n’est pas qu’il soit le premier auteur de ces processions saintes, que l’on fait pour attirer les bénédictions de Dieu sur les fruits de la terre ; mais, de son temps, elles étaient presque tombées en désuétude, ou bien se faisaient sans dévotion. Saint Mamert les rétablit, et, y ajoutant le jeûne à la prière, il ordonna qu’on les ferait les trois jours qui précèdent l’Ascension.
Cette pieuse réforme fut d’abord reçue de toutes les Eglises de France, suivant le décret du premier concile d’Orléans, tenu sous Clovis le Grand, et le fut ensuite de l’Eglise de Rome, par l’autorité de Léon II.

   Voici à quelle occasion Saint Mamert eut cette pieuse pensée : il occupait dignement le siège archiépiscopal de Vienne, dans lequel il avait succédé à Saint Simplicius, dans le milieu du Vème siècle. Outre les calamités publiques de toutes les Gaules, qui étaient alors exposées aux irruptions des nations barbares, spécialement des Huns et des Goths, la ville et le pays de Vienne se virent affligés par des malheurs particuliers qui les menaçaient d’une désolation universelle : cette ville était souvent ébranlée par de si effroyables tremblements de terre, que ses habitants étaient contraints de l’abandonner, de peur d’être accablés sous ses ruines ; d’ailleurs, certains feux s’embrasaient sous terre, et faisant fumer les montagnes et les forêts, en chassaient les cerfs, les ours, les sangliers et les autres bêtes sauvages, qui se sauvaient tout épouvantés dans les bourgs et dans les villes, où leur présence répandait la terreur.
Le vigilant pasteur consola, encouragea son peuple par d’éloquents discours : il fit voir dans ces malheurs autant de coups de verges d’un père courroucé, dont il fallait implorer la clémence par la soumission et par des prières ferventes et continuelles.

   Il arriva de plus que, la nuit de Pâques, le feu prit à un édifice public de Vienne, et y continua avec tant de violence, que chacun s’attendait à un embrasement général.
Mamert, qui avait déjà opéré des prodiges semblables, se prosterna devant l’autel, et ses larmes, ses prières, arrêtèrent l’incendie. Saint Avit dit expressément que les flammes s’éteignirent d’une manière miraculeuse.

   Ce fut dans cette nuit épouvantable que Mamert conçut, devant Dieu, le projet des Rogations, en régla les psaumes et les prières ; il y ajouta le jeûne, la confession des péchés, les larmes, la componction du cœur.
Quant au but de ces processions salutaires, le voici, d’après une homélie que l’on croit être de Saint Mamert, et qui se trouve parmi les sermons attribués à Saint Eusèbe d’Emèse :

   « Nous y prierons », dit-il, « le Seigneur de nous délivrer de nos infirmités, de détourner Ses fléaux de dessus nous, de nous préserver de tout malheur, de nous garantir de la peste, de la grêle, de la sécheresse et de la fureur de nos ennemis ; de nous donner un temps favorable pour la santé des corps et pour la fertilité de la terre, de nous faire jouir de la paix et du calme, et de nous pardonner nos péchés ».

   Tel est à peu près tout ce que l’on sait de Saint Mamert.
Saint Avit le nomme son parrain : spiritualem a baptismo patrem. Il bâtit à Vienne une nouvelle église en l’honneur de Saint Férréol, martyr, dint il avait transféré le corps après l’avoir découvert.
On voit un évêque Mamert au concile d’Arles de 475. C’est probablement notre saint.

   Il mourut, dit-on, en 477.
Son corps, inhumé à Vienne, fut ensuite, par l’ordre du pape Jean III et du roi Gontran, transporté à Orléans et déposé en la cathédrale de cette ville, où il était en grande vénération. Les protestants le brûlèrent dans le XVIème siècle ».

Notice de Saint Mamert in « Les Petits Bollandistes »,
par Monseigneur Paul Guérin
Tome cinquième, pp.454-455.

Procession

2026-83. Des Rogations.

Rogations et bénédiction des cultures

       Le mot latin « rogatio, -onis », formé sur le verbe « rogare » - qui signifie prier, supplier -, désigne donc, au sens premier, un rite de supplication ; en grec, cela se dit « litanéia », qui a donné notre mot français « litanies » : par une sorte de métonymie, voire même de synecdoque, les prières répétitives chantées pendant cette liturgie de supplication ont pris le nom qui désignait originellement l’ensemble de la cérémonie.

   Les processions de supplication existaient bien avant le christianisme ; on peut dire qu’elles appartiennent à toutes les religions (cf. ce que nous avons publié au sujet des processions > ici).
Les anciens Romains païens faisaient chaque année des processions de « rogations » à dates fixes dans le but de solliciter des « dieux » d’heureuses récoltes, et, selon les nécessités, ils organisaient également d’autres cortèges de supplication afin d’éloigner les calamités. La plus connue de ces processions païennes de l’ancienne Rome était célébrée le 25 avril et portait le nom de Robigalia : elle se rendait au Pont Milvius, où étaient sacrifiées au « dieu » Robigus les entrailles d’un chien ou bien celles d’un mouton.

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   La liturgie catholique romaine traditionnelle a quatre processions de Rogations prévues au missel : une, le 25 avril, qui est d’origine romaine, et qui a supplanté la procession païenne de l’Antiquité ; et les trois autres, fixées aux trois jours qui précèdent l’Ascension, dont l’origine se trouve à Vienne, en Dauphiné, au Vème siècle, instituées par Saint Mamert (cf. > ici).

   La procession du 25 avril a été adoptée plus tardivement dans les Eglises des Gaules, tandis que, inversement, les Rogations des trois jours précédant l’Ascension ont mis elles aussi du temps avant d’être adoptées à Rome.
Ces raisons historiques font que le missel romain antique qualifie la procession du 25 avril de « litanies majeures », et appelle « litanies mineures » les Rogations d’importation gallicane, alors qu’en France, au contraire, la procession du 25 avril est appelée « litanies mineures » et celles qui précèdent l’Ascension sont les « litanies majeures ».

   Les processions des Rogations sont un rite de pénitence institué pour appeler les bénédictions divines sur les fruits de la terre, et pour détourner les châtiments que méritent nos fautes. Voilà pourquoi, traditionnellement, ces jours sont accompagnés par le jeûne et l’abstinence.

   Jeûne et abstinence étaient prescrits par les anciens canons ecclésiastiques depuis l’Antiquité chrétienne jusqu’à l’entrée en vigueur du code de droit canonique de 1917. Ce dernier ne mentionnant plus leur obligation (alors qu’il n’abolit pas explicitement l’usage antique multiséculaire), la faiblesse humaine et les répugnances modernes aux pratiques de pénitence ont fait le reste : le jeûne et l’abstinence des Rogations ont fini par être totalement oubliés au cours du XXème siècle, voire à passer pour des originalités incongrues !!!
Je n’étonnerai personne, je crois, en ajoutant qu’au Mesnil-Marie, nous conservons l’usage antique du jeûne et de l’abstinence le 25 avril et aux trois jours avant l’Ascension, quel que soit le degré des fêtes occurrentes.

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   La fonction liturgique des Rogations se compose d’une procession, au chant des litanies des saints (dont les invocations sont doublées), de stations facultatives et de la célébration d’une Messe spéciale des Rogations (même si c’est un dimanche, mais pas toutefois si c’est un jour de fête double de première classe).
Les clercs qui sont empêchés d’assister aux processions des Rogations sont néanmoins tenus, ces jours-là, de réciter les litanies et leurs oraisons.

   A la procession et à la Messe, la couleur est le violet (s’il y a des ministres, ils revêtent pour la procession et pour la Messe les chasubles pliées), et, lorsqu’il y a l’office choral, la procession se fait après l’office de none (conformément à la discipline des jours de pénitence).
Dans les diocèses de France, il est d’usage, à l’une des croix stationnales, d’interrompre le chant des litanies pour intercaler des prières spéciales de bénédiction des champs et des fruits de la terre, et de protection contre les fléaux qui pourrait les compromettre (nous avons publié la traduction des ces prières > ici).

   La Messe des Rogations présente quelques particularités, voire ce que l’on pourrait appeler des « curiosités » : on n’y chante pas le « Gloria in excelsis Deo », mais il y a un « Alleluia » ; on n’y allume pas le cierge pascal, mais on utilise la préface de Pâques ; le « Benedicamus Domino » remplace l’ « Ite missa est » (et si, par exemple, le 25 avril arrivait pendant l’octave de Pâques, ce « Benedicamus Domino » ne serait pas suivi d’ « Alléluia »), mais le chœur ne s’agenouille pas pendant la Messe, alors qu’il doit s’agenouiller au début du chant des litanies, avant le départ en procession, ainsi qu’à la fin de la procession pour le Pater, le psaume alterné et les oraisons. Enfin le jeu de l’orgue est autorisé pendant la Messe.

On trouvera un mini « reportage » sur la procession des Rogations accomplie au Mesnil-Marie > ici

Rogations lundi 7 mai 2018 - 2

Litanies de Sainte Jeanne d’Arc :

Blason de Sainte Jeanne d'Arc

Seigneur, ayez pitié de nous. (bis)
Jésus-Christ, ayez pitié de nous. (bis)
Seigneur, ayez pitié de nous. (bis)

Jésus-Christ, écoutez-nous. (bis)
Jésus-Christ, exaucez-nous. (bis)

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte, qui êtes Un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, priez pour nous.
Notre-Dame de l’Assomption, patronne principale de la France, priez pour nous.

Saint Michel Archange, Patron et spécial Protecteur de la France, priez pour nous.
Sainte Catherine d’Alexandrie, Vierge et Martyre, priez pour nous.
Sainte Marguerite d’Antioche, Vierge et Martyre, priez pour nous.

Sainte Jeanne d’Arc, choisie par Dieu à Domrémy, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, avertie par Saint Michel archange et ses anges, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, docile à l’Appel de Dieu, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, confiante et soumise à vos Voix, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, modèle de vie familiale et laborieuse, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, modèle de vos compagnes, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, fidèle dévote à Notre-Dame de Bermont, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, qui faisiez vos délices de la Sainte Eucharistie, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, modèle de générosité au service de Dieu, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, exemple de fidélité à la Vocation divine, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, modèle d’union dans l’action, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, vierge et guerrière, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, modèle de bravoure et de pureté dans les camps, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, modèle de nos soldats, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, compatissante envers tous ceux qui souffrent, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, salut d’Orléans, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, gloire de Reims, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, libératrice de la Patrie, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, trahie et prisonnière à Compiègne, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, pure et patiente en votre prison, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, héroïque et vaillante devant vos juges, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, seule avec Dieu à l’heure du supplice, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, martyre de Rouen, priez pour nous.

Sainte Jeanne d’Arc et Sainte Thérèse de Lisieux, célestes patronnes de la France, priez pour nous.

Tous les Saints et Saintes de France, intercédez pour nous.

Agneau de Dieu qui effacez le péché du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu qui effacez le péché du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu qui effacez le péché du monde, ayez pitié de nous.

V. Priez pour nous, Sainte Jeanne d’Arc.
R. Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Jésus-Christ.

Prions : 

   O Dieu, qui avez suscité d’une manière admirable, Sainte Jeanne d’Arc, pour la défense de la foi et de la patrie : par son intercession, nous Vous le demandons, accordez à Votre Eglise de triompher des attaques de Ses ennemis pour qu’elle jouisse d’une paix perpétuelle.
Nous Vous le demandons par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Ainsi soit-il.

Jeanne chevauchant l'épée au clair - blogue

2026-82. Le 10 mai, nous fêtons Saint Jean d’Avila, remarquable prédicateur, confesseur et docteur de l’Eglise.

10 mai,
Fête de Saint Jean d’Avila, confesseur, docteur de l’Eglise ;
A Bolsena, l’anniversaire de la résurrection de Saint Georges du Velay (cf. > ici) ;
Anniversaire de la mort de S.M. le Roi Louis XV (+ 10 mai 1774) ;
Anniversaire de l’assassinat de la Vénérable Elisabeth de France (+ 10 mai 1794).

Saint Jean d'Avila - blogue

       Lorsqu’il l’a proclamé Docteur de l’Eglise (le 7 octobre 2012), le pape Benoît XVI a résumé la remarquable figure de celui que nous fêtons le 10 mai en ces termes :

   « Saint Jean d’Avila a vécu au XVIème siècle. Grand connaisseur des Saintes Ecritures, il était doté d’un ardent esprit missionnaire. Il a su pénétrer avec une profondeur singulière les mystères de la Rédemption opérée par le Christ pour l’humanité. Homme de Dieu, il combinait la prière constante avec l’action apostolique.
Il se consacra à la prédication et à l’accroissement de la pratique des sacrements, concentrant ses efforts sur l’amélioration de la formation des candidats au sacerdoce, des religieux et des laïcs, en vue d’une réforme fructueuse de l’Eglise ».

   Saint Jean d’Avila, mystique et écrivain, fut l’ami et, parfois, le conseiller très apprécié des grands saints du siècle d’or espagnol, ses contemporains : Sainte Thérèse de Jésus, Saint Jean de Dieu, Saint Ignace de Loyola. Sa vie nous est connue par la biographie qu’a rédigée son disciple, le Vénérable Louis de Grenade.

   Jean naquit le 6 janvier 1499 à Almodóvar del Campo, à une centaine de kilomètres au sud de Tolède. Sa famille, aisée, était d’origine juive.
Il fut envoyé à l’Université de Salamanque pour y étudier le droit, mais ne se sentait pas fait pour ce genre d’études ; aussi, rentrant dans sa ville natale, commença-t-il par passer trois années dans la prière et la pénitence. Un père franciscain lui conseilla alors d’étudier la philosophie et la théologie, ce qu’il fit à Alcalá entre 1520 et 1526.
Ses parents étant morts, et ayant été ordonné prêtre en 1525, Jean distribua la plus grande partie de son héritage aux pauvres.
Très rapidement, il fut connu pour l’excellence de sa prédication : il exprima le désir d’être envoyé au Mexique comme missionnaire, mais l’archevêque de Séville le retint et l’affecta à la prédication en Andalousie.

Prédication de Saint Jean d'Avila - blogue

   Pendant neuf années, Jean missionna donc dans cette province, où il toucha les cœurs et convertit d’innombrables personnes de tous âges et de toutes conditions, les amenant à de notables progrès dans la vie spirituelle et la ferveur dans la pratique des sacrements : lors de la reconquête de la péninsule ibérique par les Rois catholiques, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille, il y avait certes eu de nombreuses conversions du judaïsme et de l’islam, mais un grand nombre d’entre elles n’avaient été que d’apparence ou superficielles ; la prédication du saint œuvra à une pleine et entière conversion des cœurs.
Sa réputation de prédicateur fut telle qu’il fut choisi pour prononcer l’oraison funèbre de la reine Isabelle de Portugal, épouse de Charles Quint, lors de ses funérailles, le 17 mai 1538. Ce sermon acheva de gagner totalement au Christ le duc de Gandie et vice-roi de Catalogne, François de Borgia, qui peu après abandonna les honneurs du monde pour entrer dans la Compagnie de Jésus.

   Evidemment, sa fécondité apostolique suscita des jalousies, des inimitiés, des persécutions : c’est ainsi qu’il fut dénoncé pour hérésie auprès de la sainte Inquisition : ce qui lui était reproché par ses détracteurs, c’était la rigueur, jugée extrême, de ses enseignements moraux, suspectés de luthéranisme. Il connut même pendant quelques mois l’incarcération !
Mais il fut pleinement lavé de ces accusations injustes, et la sentence fut accueillie par le peuple avec des accents de triomphe.
Jean put donc reprendre ses prédications à Cordoue, à Grenade, à Séville… etc.

   Il fut aussi un épistolier, car on lui écrivait pour lui demander conseil et requérir ses avis : sa correspondance spirituelle nous est parvenue dans son intégralité. On possède aussi des extraits de ses sermons, retranscrits par ses auditeurs.

   A partir de 1554, il connut l’épreuve de la maladie, et malgré l’épuisement de son corps il continua son apostolat jusqu’à sa mort, survenue près de Montilla, dans la province de Cordoue, le 10 mai 1569, à l’âge de 70 ans et 5 mois.

Saint Jean d'Avila écrivant sous le regard du Crucifix

   Saint Jean d’Avila est un modèle dans la mise en œuvre de la Réforme catholique en Espagne.
Prêtre séculier, n’appartenant donc à aucun ordre religieux, il fut, nous l’avons dit, en lien avec les grands acteurs du renouveau de la vie religieuse, et joua en particulier un rôle non négligeable dans le développement et la diffusion de la Compagnie de Jésus. Il aspira parfois lui-même à entrer dans la Compagnie, mais en fut dissuadé par le provincial des Jésuites d’Andalousie.
Après sa mort, toutefois, il fut enseveli dans l’église des Jésuites à Montilla.

   Après une longue période d’oubli, sa béatification par Léon XIII, le 4 avril 1894, fit sortir de l’ombre ses exemples et ses enseignements spirituels. Le 2 juillet 1946, le Vénérable Pie XII l’établit saint patron de l’Andalousie ainsi que modèle et patron de tous les prêtres séculiers espagnols. Il fut ensuite canonisé par Paul VI le 31 mai 1970 et, dès l’été qui suivit, les évêques d’Espagne engagèrent les démarches pour le faire proclamer Docteur de l’Eglise, proclamation qui fut donc accomplie par Benoît XVI le 7 octobre 2012.

   Ses reliques sont présentées à la dévotion des fidèles dans l’église où il avait été inhumé en 1569, érigée en basilique Saint-Jean-d’Avila.

Note :
On trouvera un extrait d’un sermon de Saint Jean d’Avila sur l’action du Saint-Esprit dans l’âme > ici 

reliquaire de Saint Jean d'Avila à Montilla

Basilique Saint-Jean-d’Avila, à Montilla :
châsse de Saint Jean d’Avila, trente-quatrième docteur de l’Eglise. 

2026-81. Combien y a-t-il eu de papes issus des Ordres religieux ? Première partie : des origines à la fin du séjour avignonais.

8 mai,
En certains lieux, fête de Marie Médiatrice de toutes grâces (double de 2ème classe - cf ici et > ici) ;
Mémoire de l’apparition de Saint Michel archange au Mont Gargan ;
Anniversaire de la délivrance d’Orléans par Sainte Jeanne d’Arc (cf. ici).

pouvoir des clefs - blogue

       Parmi les successeurs de Saint Pierre, combien y en a-t-il qui sont issus des Ordres monastiques ou religieux ?

   La plupart des historiens modernes affirment que le premier pape issu du clergé régulier fut, au XIIème siècle, Bernard Paganelli di Montemagno, abbé du monastère cistercien des « Trois Fontaines » à Rome, qui prit le nom d’Eugène III (1145-1153), mais ils ne tiennent pas compte de la tradition augustinienne, pourtant bien établie [nous l’avons montré dans notre publication > ici ] qui nous rapporte qu’avant de succéder à Félix III (+ 492), Saint Gélase Ier (pape du 1er mars 492 au 21 novembre 496) avait été « élevé à l’école et au monastère de notre Père Saint Augustin », en Afrique – selon la leçon du martyrologe propre des Ermites de Saint Augustin – avant de fonder un monastère en Campanie puis d’être appelé à Rome par Félix III son prédécesseur immédiat.
Ainsi donc, le premier souverain pontife issu de la vie monastique ne serait pas le Bienheureux Eugène III, au XIIème siècle, mais un fils spirituel de Saint Augustin au Vème siècle.

   Au XIIème siècle encore, deuxième pape choisi dans la famille augustinienne et troisième pape qui avait été religieux avant d’être élu au souverain pontificat, nous trouvons Albert di Morra, originaire de Bénévent mais vivant sa vie religieuse au Royaume de France puisqu’il était chanoine régulier de l’abbaye Saint-Martin de Laon : il prit le nom de Grégoire VIII. Son pontificat fut court : du 21 octobre au 17 décembre 1187, date de sa mort.

Grégoire VIII

   Dans le dernier quart du XIIIème siècle, nous trouvons le premier pape issu des ordres mendiants (qui avaient vu le jour au cours de ce siècle), le premier pape dominicain : le Bienheureux Innocent V. Né Pierre de Tarentaise, entré à l’âge de 16 ans dans l’Ordre des Prêcheurs, élève de Saint Thomas d’Aquin à la Sorbonne, où il enseigna ensuite, il fut choisi par Grégoire X pour être archevêque de Lyon et Primat des Gaules, et il lui succéda en 1276  pour un court pontificat de 5 mois (21 janvier – 22 juin 1276).
Puis, douze ans plus tard, fut élu le premier pape franciscain : Nicolas IV. Né dans les Marches en 1227, entré très jeune chez les Franciscains, élu Ministre général de l’Ordre à la mort de Saint Bonaventure, Jérôme d’Ascoli, fut élevé au souverain pontificat le 22 février 1288 au terme d’un conclave qui a duré 10 mois et 19 jours (c’est le quatrième conclave le plus long de l’histoire) ; son pontificat a duré quatre ans et un mois et demi (+ 4 avril 1292).

   Son successeur – on n’ose pas dire « immédiat » puisque le conclave qui suivit la mort de Nicolas IV dura deux ans et trois mois ! – fut le fameux Saint Pierre Célestin V. Les cardinaux, qui n’étaient pourtant qu’une douzaine, étaient profondément divisés entre partisans des deux grandes familles romaines rivales : Orsini et Colonna.
Pierre (Pietro) Angeleri, plus connu par la suite sous le nom de Pierre de Morrone, était né vers 1215 et était entré à l’âge de 15 ans chez les Bénédictins, mais, très rapidement, il avait obtenu l’autorisation de mener la vie érémitique, dans une grotte, pour suivre la Règle de Saint Benoît tel que ce dernier l’avait vécue à ses débuts : étant rejoint par des disciples, il fonda une nouvelle branche – érémitique – de la famille bénédictine, qui sera appelée plus tard l’Ordre des Célestins.
Pour sortir de l’enlisement dans lequel s’épuisait le conclave, les cardinaux élirent à l’unanimité Pierre de Morrone le 5 juillet 1294, étant tombés d’accord sur la nécessité d’aller chercher un homme de Dieu hors du Sacré-Collège. Mais, dépassé (ou écrasé) par la charge, par les intrigues de la Curie et les arcanes du gouvernement de l’Eglise universelle, dès le 13 décembre de cette même année, l’octogénaire qui avait pris le nom de Célestin V abdiqua le souverain pontificat et voulut retourner à son ermitage : son pontificat a donc duré cinq mois et huit jours. Le sinistre Boniface VIII qui lui succéda le fit enfermer afin de couper court à toute contestation de la validité de sa renonciation.

St Pierre Célestin V - blogue

L’Aquila, basilique Sainte-Marie de Collemaggio :
corps de Saint Pierre Célestin V dans sa châsse (détail).

   Après le pontificat orageux de Boniface VIII et les tensions permanentes qu’il alimenta entre les pouvoirs civil et ecclésiastique, les cardinaux trouvèrent une solution de conciliation dans l’élection d’un nouveau religieux, évêque d’Ostie, le cardinal Nicolas Boccasini de Trévise, qui avait été Ministre général des Dominicains ; cet homme doux et bon, préoccupé de mettre fin aux conflits, régna sous le nom de Benoît XI du 22 octobre 1303 au 7 juillet 1304. En effet, il mourut à Pérouse après seulement huit mois et quinze jours de pontificat.
Ce deuxième pape issu de l’Ordre des Prêcheurs eut l’intelligence de frapper de nullité les bulles intempestives et abusives de son prédecesseur.
Il a été béatifié en 1734.

   Trente ans après la mort du Bienheureux Benoît XI, l’Ordre cistercien donna un second pape à la Sainte Eglise, en la personne de Jacques Fournier (vers 1285 – 1342), qui prit le nom de Benoît XII. D’humble extraction, il était entré jeune à l’abbaye de Fontfroide où ses qualités l’avaient fait choisir pour abbé. Connu pour son érudition et sa rigueur, il fut tiré de son abbaye pour être nommé à l’évêché de Pamiers, puis à celui de Mirepoix. Il s’illustra comme inquisiteur dans la poursuite des hérétiques albigeois, et Jean XXII l’éleva au cardinalat : il garda toutefois son habit blanc de cistercien, ce qui lui valu d’être surnommé « le cardinal blanc ».
Elu pour succéder à Jean XXII le 20 décembre 1334, son pontificat de sept ans, quatre mois et cinq jours, fut marqué par une forme de rigueur, par la volonté de réformer les ordres religieux dans le sens de l’austérité et de la discipline, par le refus du népotisme, par les travaux d’agrandissement du palais pontifical d’Avignon devenus nécessaires quand il constata que la situation anarchique de Rome y rendait son retour impossible, et par le début de la Guerre de Cent Ans (10 novembre 1337).
Benoît XII mourut rongé par la gangrène le 25 avril 1342.

Tombeau de Benoît XII - Notre-Dame des Doms

Avignon, basilique-cathédrale et métropole Notre-Dame des Doms :
tombeau du pape Benoît XII.

   A l’ascétique cistercien Benoît XII succéda un bénédictin : Pierre Roger de Beaufort, né en 1291 dans une famille noble limousine, entré à peine âgé de 12 ans à l’abbaye de La Chaise-Dieu (cf. > ici), qui, après avoir étudié à Paris depuis l’âge de 16 ans et soutenu un doctorat de théologie, fut successivement prieur de plusieurs monastère, abbé de l’abbaye de la Trinité à Fécamp, évêque d’Arras, archevêque de Sens, membre du Conseil royal sous Philippe VI (et peut-être chancelier de France), archevêque de Rouen (1330), et enfin cardinal du titre des Saints Nérée et Achille (1338).
Le 7 mai 1342, au terme d’une seule journée de conclave
 et à l’unanimité, le Sacré-Collège le désigna pour successeur de Saint Pierre, et il prit le nom de Clément VI : Clément VI que l’on surnommera le Magnifique.
Aux constructions de Benoît XII il fit de somptueux ajouts, que l’on appelle le Palais neuf, donnant au Palais des papes, en Avignon, l’aspect qu’il a encore de nos jours. Théologien chevroné, orateur et prédicateur d’excellence, fin diplomate, il œuvra pour le rattachement du Dauphiné à la France.
Il expira dans de grandes souffrances, occasionnées par la gravelle et des fièvres purulentes qui en découlaient, le 6 décembre 1352, au bout de dix ans, six mois et vingt-neuf jours passés à la tête de l’Eglise.
Selon sa volonté explicite, il fut inhumé dans le chœur de l’abbatiale de La Chaise-Dieu.

   Après un autre pontificat de presque dix années – celui d’Innocent VI -, un autre moine bénédictin, Guillaume de Grimoard, fut élevé au souverain pontificat : nous avons déjà présenté dans les pages de ce blogue (cf. > ici) la vie de Guillaume de Grimoard, le Bienheureux Urbain V, qui lorsqu’il fut élu à l’unanimité par le Sacré-Collège pour succéder à Innocent VI, le 28 septembre 1362 (après quinze jours d’un conclave difficile – voir > ici), n’était ni cardinal ni même évêque, mais abbé de la prestigieuse abbaye de Saint-Victor, à Marseille, en laquelle il avait fait sa profession monastique.
Urbain V, pendant les huit ans, deux mois et vingt-et-un jours de son pontificat, ne se départit jamais de ses idéaux monastiques : il encouragea les sciences et la culture, en particulier bien sûr les sciences sacrées, supports indispensables de la transmission de l’orthodoxie doctrinale et de la solide piété. On a dit de lui qu’il resta un moine sur le trône de Saint Pierre.
Profitant de circonstances politiques qui semblaient favorables, il tenta de ramener à Rome la cour pontificale, à l’automne 1367. Néanmoins, en 1370, après de très nombreuses inquiétudes et souffrances, liées aux circonstances politiques et révoltes incessantes qui ravageaient la péninsule, et  malgré les objurgations et menaces de Sainte Brigitte, il fut contraint de fuir un contexte qui menaçait encore une fois l’indépendance du pouvoir spirituel, et de revenir en Avignon, où très affaibli physiquement et torturé spirituellement par les épreuves qu’il avait dû subir, il s’éteignit le 19 décembre 1370, alors qu’il n’avait que soixante ans.
D’abord inhumé dans la métropole Notre-Dame des Doms, son corps fut ensuite transporté dans sa chère abbaye de Saint-Victor, à Marseille, mais son tombeau de style gothique flamboyant a été la victime des pillages et vandalismes successifs, et son cercueil n’a pas été retrouvé.

A suivre > ici.

Urbain V - Mende

Parvis de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Privat, de Mende :
détail de la statue de bronze du Bienheureux Urbain V.

2026-80. Marie, notre médiatrice.

8 mai,
En certains lieux, fête de Marie Médiatrice de toutes grâces (double de 2ème classe - cf > ici) ;
Mémoire de l’apparition de Saint Michel archange au Mont Gargan ;
Anniversaire de la délivrance d’Orléans par Sainte Jeanne d’Arc (cf. ici).

Marie Médiatrice de toutes grâces - blogue

L’intercession de Marie

nous est nécessaire pour nous sauver :

       La foi nous enseigne qu’il est, non seulement permis, mais encore utile et conforme à la piété, d’invoquer et de prier les saints, et principalement leur Reine, la Très Sainte Vierge Marie, afin d’obtenir la grâce divine par leur intercession.
Cette vérité, l’Eglise l’a définie en divers conciles, et elle a condamné comme hérétiques ceux qui réprouvaient l’invocation des saints comme injurieuse à Jésus-Christ, notre unique Médiateur.
Si, après sa mort, Jérémie prie pour Jérusalem ; si les vieillards de l’Apocalypse présentent à Dieu les prières des justes ; si Saint Pierre promet à ses disciples de se souvenir d’eux dans l’autre vie ; si Saint Étienne prie pour ses persécuteurs ; si Saint Paul prie pour ses compagnons et ses amis ; il est clair que les saints peuvent prier pour nous ; mais alors, pourquoi ne pourrions-nous pas supplier les saints d’intercéder en notre faveur ?
D’un autre côté, Saint Paul se recommande aux prières de ses disciples : Priez pour nous, dit-il aux Thessaloniciens ; Saint Jacques exhorte les fidèles en ces termes : Priez les uns pour les autres, afin que vous soyez sauvés. Nous pouvons donc, nous aussi, quêter les prières d’autrui, et en particulier celles des saints.

   Que Jésus-Christ soit notre unique Médiateur de justice ; que Lui seul nous ait obtenu par Ses mérites la réconciliation avec Dieu, qui le nie ?
Mais, d’autre part, c’est une impiété de nier que Dieu Se plaise à octroyer Ses grâces en ayant égard à l’intercession des saints, et surtout à celle de la divine Mère, Marie, que Jésus désire tant de voir aimée et honorée de nous.
Qui ne sait que l’honneur rendu aux parents rejaillit sur leurs enfants ? Les pères sont la gloire de leur fils, selon le Sage. Qu’on ne craigne donc pas d’obscurcir la gloire du Fils à force de louer la Mère, car honorer la Mère, c’est louer le Fils :  » Il n’est nullement douteux, dit Saint Bernard, que toutes les louanges que nous donnons à la Mère et à la Reine, retournent au Fils et au Roi ». En effet, personne n’en doute, c’est en considération des mérites de Jésus-Christ que Marie fut investie de ce grand pouvoir qui la constitue Médiatrice, disons-nous non pas à titre de justice, mais à titre de grâce et par intercession. Saint Bonaventure n’hésite pas à l’appeler ainsi ; et Saint Laurent Justinien demande : Comment ne serait-elle pas pleine de grâce, celle qui est devenue l’Echelle du paradis, la Porte du ciel, la véritable Médiatrice entre Dieu et les hommes ?

   A ce propos, Suarez observe avec raison que prier la Sainte Vierge de nous obtenir des grâces, c’est témoigner que nous nous défions, non pas de la miséricorde divine, mais de nous-mêmes et de notre indignité ; nous nous recommandons à Marie, afin que sa dignité supplée à notre misère.

   Ainsi, que ce soit une chose utile et sainte de recourir à l’intercession de Marie, ceux-là seuls peuvent le révoquer en doute qui renoncent à la foi. Mais le point que nous prétendons établir ici, c’est que l’intercession de Marie nous est même nécessaire pour le salut, c’est-à-dire, pour parler avec précision, non pas absolument, mais moralement nécessaire. Et nous disons que cette nécessité découle de la volonté de Dieu même, Lequel ne veut pas nous faire de grâces qui ne passent par les mains de Marie. C’est le sentiment de Saint Bernard ; et nous pouvons ajouter, avec l’auteur du Règne de Marie, que ce sentiment est communément suivi aujourd’hui par les théologiens et les docteurs. Ainsi ont enseigné Vega, Mendoza, Paciuchelli, Segneri, Poiré, Crasset et un très grand nombre d’autres savants écrivains. Le Père Noël Alexandre lui-même, pourtant si réservé dans ses propositions, affirme aussi que la volonté de Dieu est que nous attendions toutes les grâces par l’intercession de Marie ; et il cite à l’appui le mot célèbre de Saint Bernard : « La volonté de Dieu est que nous ayons tout par Marie ». Le Père Contenson soutient la même doctrine ; il explique en ce sens les paroles adressées par Jésus du haut de la croix à Saint Jean, et il les commente en ces termes : « Voilà votre Mère, comme si le Sauveur eût dit : Personne n’aura part aux mérites du sang que Je répands, si ce n’est par l’intercession de ma Mère. Mes plaies sont les sources de la grâce ; mais les ruisseaux n’en couleront sur aucune âme que par le canal de Marie. Jean, Mon cher disciple, vous serez aimé de moi en proportion de l’amour filial que vous aurez pour elle ».

   Selon Saint Bernard, Dieu a comblé Marie de toutes les grâces, afin que tous les biens destinés aux hommes leur arrivent par elle comme un canal céleste : « Pareil à un aqueduc plein jusqu’au bord, elle donne à tous sa plénitude ». Le saint fait en outre une réflexion bien remarquable ! Si, dit-il, avant la naissance de la bienheureuse Vierge, on ne voyait pas dans le monde ce courant de grâces qui s’épanchent aujourd’hui sur tous les hommes, c’est qu’alors cet Aqueduc si désirable y manquait. Marie a été donnée au monde afin que, par ce canal de grâces, les dons célestes descendent continuellement jusqu’à nous.

   Le démon le sait bien ; aussi, de même que, pour réduire la ville de Béthulie, Holopherne en fit couper les aqueducs, cet esprit malin s’attache de tout son pouvoir à détruire dans les âmes la dévotion envers la Mère de Dieu ; car, ce canal salutaire une fois fermé, il lui devient facile de les subjuguer. « Voyez donc, conclut le même Père, voyez, âmes fidèles avec quelle affectueuse dévotion le Seigneur veut que nous honorions notre Reine ! Il a mis en elle la plénitude de tous les biens, afin de nous obliger à recourir sans cesse à elle avec une entière confiance en sa protection, et à reconnaître ainsi que, désormais, s’il est pour nous quelque espérance d’obtenir la grâce et d’arriver à la gloire, nous ne pouvons la voir réaliser que par l’entremise de Marie ». – Saint Antonin dit pareillement : « Toutes les grâces qui ont jamais été départies aux hommes, leur sont venues par le moyen de Marie ».

   Voilà pourquoi elle est comparée à la lune. Placée entre le soleil et la terre, dit Saint Bonaventure, la lune renvoie à cette dernière la lumière qu’elle-même reçoit du soleil ; et Marie reçoit du soleil divin les célestes influences de la grâce, pour nous les transmettre ici-bas.

   C’est pour le même motif que la Sainte Eglise l’invoque sous le titre de Porte du ciel : Felix coeli porta. Toute lettre de grâce émanée du roi passe par la porte de son palais ; ainsi, remarque Saint Bernard, nulle grâce ne descend du ciel sur la terre, sans passer par les mains de Marie. Et, rendant raison de la même appellation, Saint Bonaventure ajoute que nul ne peut entrer dans le ciel, sans passer par cette bienheureuse Porte qui est Marie.

   Nous sommes encore confirmés dans notre sentiment par Saint Jérôme, ou, comme certains le veulent, par un autre auteur ancien, dont le sermon sur l’Assomption a été inséré parmi les œuvres de ce Père. On lit dans ce sermon que la plénitude de la grâce est en Jésus-Christ comme dans la tête, d’où découlent et se répandent en nous, ses membres, tous les esprits vitaux, c’est-à-dire, les secours divins nécessaires au salut ; et que la même plénitude se trouve en Marie comme dans le cou par lequel les esprits vitaux descendent dans les membres.
Saint Bernardin s’empare de cette pensée et la développe : « C’est par la Bienheureuse Vierge, dit-il, que toutes les grâces de la vie spirituelle descendent de Jésus-Christ, Chef sacré de l’Eglise, dans Son corps mystique, c’est-à-dire dans les fidèles ». Et, rendant compte de cette prérogative de la divine Mère, il ajoute : « Depuis qu’il a plu au Seigneur d’habiter dans le sein de la Bienheureuse Vierge, elle a en quelque sorte acquis une certaine juridiction sur toutes les grâces ; car Jésus-Christ, en sortant de ses chastes entrailles, fit en même temps sortir d’elle, comme d’un céleste réservoir, tous les courants des dons divins ».
Le saint répète la même chose ailleurs, et en tire cette conclusion qu’à partir de l’Incarnation du Verbe, « nulle créature n’a obtenu de Dieu une grâce quelconque, si ce n’est par les mains de notre bonne et tendre Mère ».

   Un auteur interprète dans le sens de notre thèse, le passage où Jérémie prédit, à propos de l’Incarnation du Verbe dans le sein de Marie, qu’une Femme environnera l’Homme-Dieu. « De même, dit-il, qu’une ligne tirée du centre d’un cercle ne peut en sortir sans passer par la circonférence, ainsi aucune grâce ne peut nous venir de Jésus-Christ, centre de tout bien, sans passer par Marie, qui, en recevant le Fils de Dieu dans son sein, l’a réellement environné de toute part ».

   Il résulte de là, selon Saint Bernardin, que tous les dons, toutes les vertus et toutes les grâces, sont dispensés par les mains de Marie, à qui elle veut, quand elle veut, et comme elle veut.

   Richard de Saint-Laurent dit pareillement : « Dieu n’accorde aucun bien à Ses créatures sans le faire passer par les mains de la Vierge Mère ». Aussi le vénérable abbé de Celles exhorte chacun de nous à recourir à cette Trésorière des grâces, comme il l’appelle, assurant qu’elle est le seul canal par où le monde et chaque homme en particulier puissent recevoir les faveurs qu’ils attendent de Dieu.

   On le voit clairement : en affirmant que toutes les grâces nous viennent par l’entremise de Marie, tous ces saints, tous ces pieux auteurs n’ont pas voulu attacher à leurs paroles ce sens restreint, à savoir : que de Marie nous avons reçu Jésus-Christ, la source de tout bien. Ils nous déclarent en termes formels, qu’à partir de la naissance de Jésus-Christ, et cela en vertu d’un décret divin, toutes les grâces provenant de Ses mérite furent distribuées aux hommes, le sont actuellement, et le seront jusqu’à la fin du monde par les mains et moyennant l’intercession de Marie.

   Pour conclure, nous dirons avec le Père Suarez que, selon le sentiment aujourd’hui universel de l’Eglise, l’intercession de Marie ne nous est pas seulement utile, mais encore nécessaire.
Il ne s’agit pas ici, nous le répétons, d’une nécessité absolue : la médiation de Jésus nous est seule absolument nécessaire ; nous parlons d’une nécessité morale fondée sur cette raison que, comme le pense l’Eglise, d’accord avec Saint Bernard, Dieu a décrété de ne nous accorder aucune grâce, si ce n’est par l’entremise de Marie.
Et avant Saint Bernard, Saint Ildephonse avec affirmé la même chose, en parlant ainsi à la glorieuse Vierge : « O Marie ! il a plu au Seigneur de remettre entre vos mains tous les biens qu’il a préparés aux hommes ; Il vous a confié tous les trésors et toutes les richesses de Ses grâces ».
Selon Saint Pierre Damien, si Dieu n’a pas voulu Se faire homme sans le consentement de Marie, c’est pour deux raisons : premièrement, afin de nous obliger à une extrême reconnaissance envers cette divine Mère ; secondement, pour nous apprendre que le salut de tous les hommes est remis à sa décision.

   Saint Bonaventure considère le passage où le prophète Isaïe annonce, sous l’emblême d’une tige et de sa fleur, la naissance de Marie et celle du Verbe fait chair : il sortira une tige de la Racine de Jessé, et une fleur s’élèvera de sa racine, et sur cette fleur reposera l’Esprit du Seigneur ; or voici la réflexion que lui inspire ce beau texte : « Quiconque désire obtenir la grâce du Saint-Esprit, doit chercher la Fleur sur la Tige, c’est-à-dire Jésus en Marie : car par la Tige nous arrivons à la Fleur, et par la Fleur nous arrivons à Dieu. Et voulez-vous, ajoute-t-il, avoir cette Fleur ? tâchez, à force de prières, d’incliner vers vous la Tige, et vous l’aurez ». Le Docteur Séraphique appuie ce conseil sur le texte de l’Evangile : Les Mages trouvèrent l’Enfant avec Marie Sa Mère. Jamais, dit-il, on ne trouve Jésus qu’avec Marie et par Marie ; ainsi donc, conclut-il, celui-là cherche en pure perte Jésus-Christ, qui ne cherche pas à le trouver avec Marie ». De là ce mot de Saint Ildephonse : « Pour être serviteur du Fils, je veux l’être de la Mère ». J’aspire à être le serviteur du Fils ; et, comme cela est impossible à quiconque ne l’est pas de la Mère, toute mon ambition est de mériter le titre de serviteur de Marie.

Saint Alphonse-Marie de Ligori, docteur de l’Eglise,
in « Les Gloires de Marie », chapitre V, 1ère partie.

Monogramme de Marie vitrail avec anges - blogue

2026-79. Pour le pèlerinage annuel de la Confrérie Royale à l’intention du Roi et de la France auprès de Notre-Dame du Puy, et pour les pèlerinages associés.

Jeudi 7 mai 2026.

Blason Confrérie Royale petite taille

Très Chers Membres et Amis de la Confrérie Royale,

       Ainsi que cela vous a été annoncé, un accident handicapant ayant rendu inopérant Frère Maximilien-Marie, il a semblé plus raisonnable de réduire les dimensions du pèlerinage annuel pour le Roi et la France au Puy-en-Velay au seul jour de l’Ascensionjeudi 14 mai 2026 : nous n’oublierons d’ailleurs pas que, en 1643 également, le 14 mai coïncidait avec le jeudi de l’Ascension, et que c’est ce jour-là que notre très pieux Roi Louis XIII rendit sa belle âme à Dieu (cf. > ici) et que c’était exactement trente-trois années après son accession au trône, le 14 mai 1610, jour de l’assassinat de son père, Henri IV le Grand, notre premier Roi Bourbon.

Saint Vincent de Paul assistant Louis XIII en son agonie - vitrail de l'église Saint-Séverin à Paris

Louis XIII mourant dans les bras de Saint Vincent de Paul
[vitrail de l'église Saint-Séverin, à Paris].

   En parallèle avec ce pèlerinage aux pieds de Notre-Dame du Puy, nous invitons tous ceux qui avaient prévu de venir de loin, même si c’est en petits groupes de deux ou trois seulement, d’accomplir le même jour, une démarche spirituelle d’union avec les pèlerins qui se trouveront au Puy-en-Velay.

I – Pèlerinage aux pieds de Notre-Dame du Puy :

   Jeudi de l’Ascension 14 mai 2026, donc, un prêtre membre de la Confrérie Royale dirigera la démarche du pèlerinage au Puy-en-Velay : pour connaître les horaires (Sainte Messe en particulier), le lieu de rendez-vous et le déroulement du pèlerinage, nous contacter au moyen de l’adresse électronique : pelerinage.confrerie@gmail.com.
A noter 1) que chacun prévoit son pique-nique pour le déjeuner, et que 2) le pèlerinage n’est pas réservé aux membres de la Confrérie Royale, mais qu’il est ouvert à toute personne de bonne volonté qui veut prier pour le Roi et la France.

Notre-Dame du Puy - Vierge Noire - 12 mai 2018

II – Pèlerinages associés :

   Ce même jour, nous invitons tous les membres de la Confrérie Royale, où qu’ils se trouvent, à se retrouver avec d’autres personnes, membres ou amis de la Confrérie, ou simplement désireuses d’accomplir quelque démarche spirituelle pour le Roi et la France, et d’organiser, selon les lieux et les opportunités soit un petit pèlerinage, soit un moment de prière, en sus de la Sainte Messe du jour de l’Ascension (fête d’obligation, il n’est jamais inutile de le rappeler).
Nous invitons nos amis de l’Union des Cercles Légitimistes de France (UCLF) et du Cercle d’Action Légitimiste (CAL) à faire de même.

- De quelle manière ?
En se retrouvant si possible pour la Messe, puis – pourquoi pas ? – en déjeunant ensemble (pique-nique), enfin en se rendant soit dans un lieu de pèlerinage, pas forcément un « grand » pèlerinage, ce peut être une belle chapelle en l’honneur de la Madone ou d’un saint, un sanctuaire dans lequel se trouve une statue particulière ou lié à notre histoire, ou encore le lieu du martyre ou de la sépulture de quelque victime de la révolution… etc. (les villes et les campagnes de notre beau Royaume n’en manquent pas : c’est à chaque groupe de choisir celui qui lui semble le plus adapté).
Vous manquez d’idée ? Contactez-nous, et nous pourrons peut-être vous aider.
Si les lieux s’y prêtent – je pense en particulier dans les campagnes – ce peut-être l’occasion de faire une petite marche en récitant le chapelet ou le saint rosaire, et en chantant nos beaux cantiques traditionnels.
S’il y a dans le groupe quelque personne capable, elle peut, bien sûr, dispenser aux autres un enseignement spirituel…

   Le seul « impératif » c’est que la démarche et les prières soient offertes pour notre Roi et pour la France. Autour de cela, chaque groupe peut adapter son « pèlerinage associé » en fonction de ses possibilités. Ce n’est pas plus compliqué que cela !

   Certaines personnes se sont déjà manifestées à nous, et nous les remercions. S’il y a des personnes qui seraient désireuses de s’unir à cette démarche mais ne connaissent pas de groupe, elles peuvent nous contacter et nous pouvons les mettre en contact avec les groupes qui se sont signalés à nous s’il s’en trouve dans leurs parages… 

   Nous souhaitons seulement que les groupes se fassent connaître à nous, pour que les pèlerins qui seront au Puy puissent les présenter à Notre-Dame, dans ce sanctuaire où une vingtaine de nos souverains est venue se recueillir et prier.
Là encore, une adresse électronique de contact : pelerinage.confrerie@gmail.com.

Pèlerins en procession

2026-78. Du Bienheureux Louis Doumain, prêtre du diocèse de Viviers, martyr du régime nazi.

5 mai,
Chez les Ermites de Saint Augustin, la fête de la conversion de notre Bienheureux Père Saint Augustin (double majeur) ;
Au calendrier romain traditionnel, la fête de Saint Pie V, pape et confesseur ;
En certains lieux, la fête des Bienheureux Martyrs français du nazisme, dont, au diocèse de Viviers, le Bienheureux Louis Doumain, prêtre.

Bx Louis Doumain

Le Bienheureux Louis Doumain (1920-1944)

Présentation du Bienheureux Louis Doumain sur le site officiel du diocèse de Viviers (cf. > ici) :

       Né le 7 février 1920 à Cardiff-Edmonton, au Canada, dans une famille ardéchoise émigrée, Louis Doumain revient en France avec ses parents en 1926. Après quelques années à Montpezat puis à Nîmes, il est orienté par son curé, l’abbé Chaudouard, vers le petit séminaire d’Aubenas en 1929.
A seulement 16 ans, il entre au grand séminaire de Viviers où il prend la soutane. Naturalisé français en 1941 tout en gardant la double nationalité, il est ordonné prêtre le 19 décembre 1942, à 22 ans.
Trop jeune pour une charge paroissiale, il devient professeur et surveillant au petit séminaire d’Annonay.

   En juillet 1943, il est réquisitionné pour le Service du Travail Obligatoire et envoyé en Allemagne, au camp du « Lager Marie » et dans une usine chimique de Bitterfeld, près de Leipzig. Malgré les conditions inhumaines, il garde sa soutane, ce qui lui vaut le surnom de « bagnard ». Privé de paroisse, il exerce néanmoins un ministère clandestin : messes, confessions, rencontres d’études, cercles de prière, préparation aux sacrements. Avec des jeunes ouvriers, notamment des jocistes, il anime une véritable vie chrétienne dans la clandestinité.

   Rapidement repéré, il devient une cible de la Gestapo.
Le 19 septembre 1944, après une messe célébrée en secret dans les bois, il est arrêté avec une quarantaine de prêtres et de militants chrétiens. Interrogé, on lui propose la liberté en échange de l’engagement de ne plus célébrer la messe. Il refuse :

« Tout ce que vous voudrez, mais pas ça. C’est pour cela qu’on m’a fait prêtre. »

   Déporté ensuite dans plusieurs camps disciplinaires où les conditions étaient plus rudes encore que dans les camps de concentration, il tombe malade et meurt à l’infirmerie de Spergau le 20 décembre 1944, à l’âge de 24 ans.
Sa tombe, marquée seulement d’un numéro matricule, fut heureusement identifiée par un compagnon.

   En 1949, son corps est rapatrié en France et inhumé à Saint-Quentin-la-Poterie, dans le Gard, en présence de Mgr Couderc, évêque de Viviers.
En 1988, le diocèse de Paris ouvre officiellement la cause de béatification collective des martyrs français de la Seconde Guerre mondiale, dans laquelle figure le nom de l’abbé Louis Doumain.

   Il a été béatifié à Notre-Dame de Paris, avec 49 autres prêtres, religieux, séminaristes ou laïcs catholiques, le 13 décembre 2025 et leur fête commune a été fixée au 5 mai.

Messe clandestine dans les bois prêtre français sto

Messe clandestine célébrée en Allemagne dans les bois
par un prêtre français pour des jeunes réquisitionnés pour le Service du Travail obligatoire.

2026-77. « Avec Louis XVIII, et plus que jamais dans l’histoire de France, le roi a alors parfaitement incarné sa fonction de père pour nombre de Français qui aspiraient à la stabilité et à la prospérité.»

2 mai,
Fête de Saint Athanase d’Alexandrie :
Anniversaire de la déclaration de Saint-Ouen (2 mai 1814 – cf. > ici).

Monogramme de louis XX - blogue

   Au mois de mars 2026 est paru, aux éditions Via Romana, un ouvrage collectif publié sous la direction de Monsieur Jean-Michel Leniaud, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études et dircteur honoraire de l’Ecole des Chartes, intitulé « Le Règne de Louis XVIII – Restauration & Modernité ».

   Ce livre est préfacé par Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX.
Il y a un réel intérêt à lire avec attention cette préface royale qui manifeste une intelligence poussée de ce pragmatisme capétien qui a caractérisé la royauté française traditionnelle et lui a permis d’affronter de nombreux périls, de s’adapter à des situations complexes multiples, sans trahir son essence. Ainsi, au-delà de l’aspect circonstancié de sa rédaction, est-elle le témoin d’un véritable programme politique de notre Souverain légitime…

le règne de Louis XVIII - Restauration et Modernité

       L’Institut de la Maison de Bourbon a eu l’heureuse initiative de vouloir commémorer, à l’occasion du bicentenaire de sa mort, le roi Louis XVIII et, plus particulièrement, son règne effectif de 1814 à 1824. Initiative d’autant plus importante que ce souverain est très méconnu. Souvent, en effet, il est décrit à travers quelques clichés ou d’autres éléments anecdotiques, de peu d’intérêt pour ce qu’est un souverain.

   Pourtant, quel règne fécond ! D’autant plus qu’il devait faire face à la vague révolutionnaire loin d’être éteinte quand il est arrivé au pouvoir en 1814. Ce fut un règne charnière. Les années 1814-1824 font partie de celles qui ont compté pour la France qui devait reprendre le chemin de la tradition dans un monde totalement nouveau.
Le titre de votre ouvrage collectif est bien choisi puisque pour Louis XVIII il fallait concilier restauration et modernité. Plusieurs rois, avant lui, avaient eu à faire face à de tels enjeux, pensons à François Ier ou encore à Henri IV. Des souverains qui ont compté parce qu’ils surent adapter la France aux mutations de leur époque. Louis XVIII s’inscrit dans cette démarche.

   Vingt-cinq ans d’errements avaient mis la France à genoux, saignée à blanc par des guerres intérieures et extérieures continues. Lorsque Louis XVIII accéda à la réalité du pouvoir, il put reprendre consciencieusement le travail multiséculaire des Capétiens et des Bourbons : redonner à la France une place dans le concert européen grâce à une diplomatie audacieuse, œuvrer au maintien de la paix sur le continent tout en ramenant la prospérité, la concorde et l’unité dans un pays déchiré. Ainsi la figure royale allait de nouveau s’imposer comme un vecteur de paix sociale, d’harmonie européenne, en adaptant la monarchie aux exigences du temps, comme cela se fit depuis les origines capétiennes. Avec Louis XVIII, et plus que jamais dans l’histoire de France, le roi a alors parfaitement incarné sa fonction de père pour nombre de Français qui aspiraient à la stabilité et à la prospérité.

   Tous les travaux des historiens réunis dans ce volume permettent de comprendre la richesse de ce règne et ce qui fait son originalité. Il marque véritablement un temps de l’histoire qui, sur bien des points, a été positif. Au-delà des institutions elles-mêmes et des relations internationales, pensons à la technologie comme aux Beaux-Arts. Louis XVIII, comme ses prédécesseurs, avait une vision globale de la fonction royale.

   Ce bicentenaire et les études menées par les chercheurs et historiens depuis plusieurs décennies doivent nous encourager à être humbles devant l’histoire et savoir nous rappeler que le passé peut-être un flambeau qui éclaire notre marche du temps présent, résolument tournée vers l’avenir.

   Je remercie tous les auteurs qui ont cntribué à cet ouvrage. Il donnera bien du plaisir à ses lecteurs qui connaîtront ainsi mieux l’œuvre du roi Louis XVIII.

Louis de Bourbon
Duc d’Anjou

Trois lys blancs

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