2018-26. Où le Maître-Chat Lully, continuant le récit de son séjour en Provence à l’occasion de la Semaine Sainte, présente le village de La Garde-Freinet et le monastère Saint-Benoît.

Jeudi de Pâques 5 avril 2018,
Mémoire de Sainte Julienne du Mont-Cornillon, vierge de l’Ordre de Saint-Augustin (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Après vous avoir raconté hier notre voyage et notre installation (cf. > ici), je vais aujourd’hui vous présenter le village de La Garde-Freinet et son église, puis vous parler brièvement du monastère Saint-Benoît.

A – Le village de La Garde-Freinet :

Lorsqu’on quitte l’autoroute qui relie Aix-en-Provence à Nice au Cannet des Maures, après avoir traversé la plaine des Maures, dont les superbes pins parasols ont fait pousser des cris d’admiration à Frère Maximilien-Marie pour lequel ce paysage rappelait la campagne romaine, une route montante et assez sinueuse vous conduit jusqu’au village de La Garde-Freinet, construit sur les reliefs du massif, avant une redescente relativement rapide vers Grimaud, Cogolin et Saint-Tropez.
Cette dénomination de « La Garde » indique bien son importance stratégique : le village commande un col par lequel passe l’actuelle route départementale 558 reliant le Cannet des Maures à Grimaud, route départementale qui a très exactement suivi le tracé d’une très ancienne voie de communication.
Le mot « Freinet », accolé au nom de « La Garde », se réfère – dit-on – à la forêt de frênes qui s’étendait autrefois sur la plaine entre Grimaud et Cogolin.

La Garde-Freinet vue générale

La Garde-Freinet, vue générale.

Une ancienne tradition, bien ancrée dans la conscience locale de nos jours encore, rapporte que La Garde-Freinet aurait été, depuis la fin du IXème siècle et pendant presque un siècle, un point stratégique de l’implantation des Sarrasins en Provence : l’une des rues en pente du village porte d’ailleurs le nom de « Rampe des Sarrazins »

Et puisque je viens d’évoquer le nom donné à l’une des rues du village, je ne peux résister à faire une parenthèse pour vous montrer le nom donné à une autre ruelle très en pente, nom qui a beaucoup amusé Frère Maximilien-Marie : point n’est besoin de connaître la langue provençale, je crois, pour comprendre ce que cela signifie !

La Garde-Freinet nom de rue

Mais revenons à l’histoire de La Garde-Freinet.
Le village médiéval fortifié, situé sur une hauteur à 450 m d’altitude (des fouilles y ont été pratiquées et on peut randonner jusqu’à ce site duquel se découvre une vue magnifique), fut progressivement abandonné au cours du XIIIème siècle pour s’implanter sur le col-même, le long de la route.

Au XIXème siècle, la fabrication des bouchons de liège fit la prospérité du village dont la population frôla les 2700 habitants parmi lesquels on comptait 660 bouchonniers !
Aujourd’hui, La Garde-Freinet est un très agréable village de quelque 1878 habitants et c’est le tourisme qui est sa principale ressource.

Non loin des ruines de l’ancien village médiéval, bien visible (elle est plantée à 437 m d’altitude), un curé de La Garde-Freinet a érigé en 1900 une croix monumentale : la « Croix des Maures » dont le Christ pèse 175 kg.
On m’a rapporté que, dans le contexte politique de l’époque (luttes contre les congrégations, lois contre l’enseignement catholique, préparatifs de la loi dite « de séparation de l’Eglise et de l’Etat »… etc.), il s’agissait d’une solennelle protestation en acte contre l’anticléricalisme officiel alors si virulent.

Croix des Maures dominant le village

A 437 m d’altitude, la monumentale « Croix des Maures » domine le village.

Peu visible lorsque l’on se trouve au niveau du village, et enserrée dans un réseau de ruelles étroites qui font qu’il est pratiquement impossible d’avoir sur elle une vue bien dégagée, l’église Saint-Clément se trouve au coeur du village. Allons maintenant la visiter.

B. L’église Saint-Clément.

Depuis les ruelles étroites de la partie la plus ancienne du village, on aperçoit de manière intermittente le clocher-tour de l’église paroissiale Saint-Clément de La Garde Freinet.
Ce clocher-tour fut édifié en 1571 et mesurait alors 6,5 m seulement. Il fut surélevé en 1698 pour y installer une horloge, puis en 1785 il fut surmonté d’un campanile en fer forgé.

Eglise Saint-Clément campanile

Le clocher-tour et le campanile de l’église Saint-Clément aperçus depuis le dédale des ruelles médiévales 

Ainsi que je l’ai déjà dit plus haut, l’église ne possède ni parvis ni place et il n’est pas possible d’en avoir une vue générale extérieure, parce qu’elle est véritablement enserrée dans le réseau des étroites ruelles du vieux village. Un panneau de présentation historique situé près de l’entrée latérale dit même : « Cela rend aujourd’hui la tâche impossible à qui veut prendre des photographies de mariage » !.

Eglise Saint-Clément entrée principale

Entrée principale de l’église Saint-Clément

Cette église paroissiale Saint-Clément a été entièrement reconstruite de 1782 à 1787 (et probablement agrandie) à l’emplacement de l’église médiévale.
Elle est correctement orienté et présente un plan simple en forme de croix latine, avec un unique vaisseau, complété par une sacristie sur le côté droit du sanctuaire et par une chapelle qui lui est symétrique du côté gauche.
Sa situation encaissée dans le vieux village  fait que les vitraux sont disposés relativement haut, pour chercher une lumière qu’ils dispensent de manière très parcimonieuse.
Dans les années qui ont suivi le concile vaticandeux, elle a été entièrement dépouillée de ses autels latéraux, confessionnaux, boiseries et d’un grand nombre de statues, en même temps qu’elle était enduite d’un crépi granuleux de couleur crême conforme à l’esthétisme (si l’on ose employer ce mot) misérabiliste de l’époque.

Eglise Saint-Clément vue intérieure générale

Vue intérieure générale de l’église Saint-Clément

J’ai retrouvé une carte postale ancienne de cette église la montrant avant le passage des iconoclastes postconciliaires et je crois que cela se passe de tout commentaire… hélas !

Eglise Saint-Clément avant le concile

Fort heureusement, les sagouins n’ont pas détruit le maître-autel de 1787, et ils ne l’ont pas non plus découpé pour le transformer en « autel face au peuple ».
Ils se sont contentés d’installer devant lui une monstruosité en marbre (ou faux marbre) noir qui est une offense au bon goût et gâche considérablement l’harmonie du sanctuaire, mais qu’il sera un jour relativement aisé de faire disparaître…

Eglise Saint-Clément maître-autel

Maître-autel de l’église Saint-Clément

Je vous invite en particulier à vous extasier devant le tabernacle en marbres de différentes couleurs et à l’architecture d’une élégance admirable.

Eglise Saint-Clément tabernacle

Cette église est consacrée à Dieu sous le vocable de Saint Clément 1er, pape et martyr.
Saint Clément, né dans une famille patricienne romaine apparentée aux empereurs, est le troisième successeur de Saint Pierre, après les brefs pontificats de Saint Lin et de Saint Clet. Il avait connu les Saints Apôtres Pierre et Paul, dont la tradition rapporte qu’il les logea dans sa demeure du mont Esquilin, au-dessus de laquelle s’élève de nos jours la magnifique basilique de Saint-Clément.

La paroisse de La Garde-Freinet a reçu en 1670 une relique de son saint patron : il s’agit d’un morceau d’os du bras assez important placé dans un buste reliquaire habituellement exposé sur le pilastre qui sépare le sanctuaire du transept gauche de l’église.

Buste reliquaire de Saint-Clément

Buste reliquaire de Saint Clément, pape et martyr,
dans l’église de La Garde-Freinet.

Relique du bras de Saint-Clément

Os du bras de Saint Clément 1er
(détail du reliquaire de l’église de La Garde-Freinet)

Nous avons été très heureux, dès notre arrivée, de remarquer aussi ce tableau daté de 1702 sur lequel, aux pieds d’une Madone à l’Enfant, accompagnée d’un petit Saint Jean-Baptiste et entourée d’anges musiciens, sont représentés Saint Bernard et surtout Sainte Jeanne de France, dite aussi Sainte Jeanne de Valois, envers laquelle nous nourrissons une dévotion spéciale (cf. > ici).

Eglise Saint-Clément tableau

Dans l’église se trouve aussi la statue de Notre-Dame de Miremer.
La chapelle de Notre-Dame de Miremer est située à 402 mètres d’altitude sur une colline à quelques kilomètres du village : elle existait au XIIème siècle et a été rebâtie après la révolution. C’est un lieu de pèlerinage, en particulier le 8 septembre, fête de la Nativité de Notre-Dame. On peut découvrir quelques photos de ce site > ici

Comme la chapelle est malheureusement fermée la plus grande partie de l’année, la statue qui est le centre de la dévotion de ce pèlerinage est habituellement conservée dans l’église.

Eglise Saint-Clément statue de Notre-Dame de Miremer

Notre-Dame de Miremer

Eglise paroissiale dans laquelle se déroulent donc des offices paroissiaux ordinaires, l’église Saint-Clément de La Garde-Freinet sert aussi simultanément d’église conventuelle à la jeune communauté bénédictine dont Son Excellence Monseigneur l’Evêque de Fréjus-Toulon a autorisé la constitution ici il y a six ans, en lui attribuant les locaux du grand presbytère voisin de l’église.

C – Le monastère Saint-Benoît :

Comme je vous l’ai expliqué ci-dessus, La Garde-Freinet est le lieu d’une nouvelle fondation monastique accueillie et encouragée par Monseigneur l’Evêque de Fréjus-Toulon.
Le fondateur, Dom Alcuin Reid, né en Australie, a vécu la vie bénédictine dans un monastère d’Angleterre avant de venir en France pour cette fondation. Dom Alcuin est connu, spécialement dans le monde anglophone, pour ses conférences et écrits sur la liturgie romaine traditionnelle.
Le monastère Saint-Benoît de La Garde-Freinet pratique « la forme vénérable et classique du rit romain monastique », ainsi qu’il est écrit dans la présentation faite sur le site internet propre de la communauté, auquel nous vous renvoyons pour de plus amples informations > ici. Actuellement ce n’est encore qu’une toute petite communauté de moines, à laquelle nous ne pouvons que souhaiter une authentique croissance en nombre et en grâce.

Dom Alcuin a obtenu en janvier dernier une autorisation spéciale de la Sacrée Congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements (un indult) pour reprendre la liturgie de la Semaine Sainte antérieure aux réformes qui avaient été opérées sous le pontificat de Pie XII en 1951 et 1955.
Cet indult a été également accordé cette année à la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre et il a été mis en application dans une vingtaine de lieux de culte qu’elle dessert, ainsi qu’à l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre.
C’est le fait de pouvoir vivre l’intégralité de la liturgie de la Semaine Sainte selon les formes multiséculaires retrouvées qui explique qu’avec quelques amis nous nous sommes rendus à La Garde-Freinet depuis le samedi de la Passion 24 mars jusqu’au matin du lundi de Pâques 2 avril, et la suite de mon récit vous montrera que nous n’avons pas été déçus.

Patte de chat Lully.

(à suivre > 3ème partie : Le dimanche des Rameaux > ici)

Eglise Saint-Clément tabernacle détail

Putti du tabernacle de l’église Saint-Clément de La Garde-Freinet

Publié dans : Chronique de Lully | le 5 avril, 2018 |5 Commentaires »

2018-25. Où le Maître-Chat Lully commence le récit de son séjour en Provence à l’occasion de la Semaine Sainte.

1ère partie :
Notre voyage et l’arrivée à La Garde-Freinet.

Mercredi de Pâques 4 avril 2018,
Mémoire de Saint Isidore de Séville.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Chose promise, chose due : à l’occasion de mes voeux de Pâques (> ici), je vous ai dit que je rédigerai un compte-rendu de notre séjour en Provence à l’occasion de la Semaine Sainte. Je le ferai par épisodes thématiques au cours des jours qui viennent, et je commencerai donc par vous raconter notre voyage et notre arrivée à La Garde-Freinet, dans la journée du samedi 24 mars.

Depuis bientôt dix ans que nous résidons au Mesnil-Marie, c’était la plus longue absence de mon papa-moine : 10 jours entiers !
Sa précédente « plus longue absence » datait du mois d’avril 2010 : elle avait duré neuf jours, à l’occasion d’un pèlerinage à Rome et dans le territoire des Etats pontificaux. Je vous en avais alors fait le compte-rendu (cf. > ici).
Mais en avril 2010 je n’avais pas accompagné Frère Maximilien-Marie, qui avait demandé à des amis de venir s’occuper de moi pendant son absence, tandis que cette année je faisais partie de l’expédition.

Autant dire que mon humain de compagnie avait minutieusement préparé ce déplacement, et tout particulièrement mes bagages puisque je lui avais demandé d’emporter mon couffin préféré et tout ce qui est nécessaire pour qu’un chat de ma qualité ne manque de rien et se sente comme chez lui lors même qu’il n’est pas chez lui…
Comme le voyage jusqu’à La Garde-Freinet dure entre quatre et cinq heures, il avait aussi été décidé que je ne resterais pas tout le temps enfermé dans ma caisse de voyage. Frère Maximilien-Marie m’avait donc acheté un joli harnais noir auquel peut se fixer une laisse à enrouleur. Lorsque j’en ai fait l’essayage, j’en étais satisfait parce qu’il ne me gênait pas : j’ai donc ronronné bien fort pour exprimer mon contentement.
En revanche j’ai trouvé beaucoup moins drôle le calembour qu’il fît en m’appelant « Lully de Beau-harnais » !

1 - Lully de Beau-harnais

Nous nous mîmes donc en route samedi matin 24 mars. Le ciel était couvert.
Ainsi que convenu, au bout de quelques dizaines de kilomètres, j’ai pu sortir de ma caisse de voyage et rester harnaché sur le siège du passager.
Frère Maximilien-Marie m’a félicité pour ma très grande quiétude et sagesse.
Pourtant, je suis toujours un peu inquiet en voiture : les vibrations du moteur, les virages (et Dieu sait s’ils sont nombreux sur les routes vivaroises avant que l’on atteigne la vallée du Rhône et l’autoroute !), ce défilement rapide du paysage que l’on aperçoit par les vitres… tout ceci explique la mine craintive que l’on me voit sur la photo suivante.

2 - Lully en voiture

A 15 h précises, nous franchîmes l’entrée de la propriété où nous allions séjourner pendant toute cette Semaine Sainte.
A moins de trois quarts de lieue du village de La Garde-Freinet, au bout d’un chemin de terre, au milieu des chênes verts, chênes lièges, cyprès et oliviers, grands aloès et figuiers de barbarie (quel contraste avec la végétation de nos hautes Boutières !), une bâtisse traditionnelle, rustique et calme, aménagée en gîte pouvant accueillir jusqu’à huit ou neuf personnes.

3 - arrivée au mas

Le petit mas où nous logions, vu à l’arrivée (façade nord-est)

Nous étions les premiers du groupe à arriver sur place et nous avons eu le temps de reconnaître les lieux et d’en prendre possession avant l’arrivée des autres personnes.
Ici même logeront jusqu’à six personnes, en sus de Frère Maximilien-Marie et de moi-même.
Dans une maison du village, proche du monastère, seront hébergés nos deux chers amis les chanoines fondateurs du chapître séculier de Saint-Remi, voué à la prière pour la France, et un jeune lévite.
Tous trois viendront souvent au mas pour prendre des repas ou bien, pendant le Triduum Sacré, pour donner quelques instructions spirituelles aux fidèles.

4 - arrivée au mas

Le petit mas où nous logions, façade orientée au sud

S’il y avait quelque contrainte à devoir prendre la voiture pour se rendre aux offices, je crois toutefois que c’était une vraie bénédiction que de se trouver dans ce lieu retiré et paisible, propice à la réflexion et au silence intérieur.
La vie de notre petite communauté éphémère a été tout imprégnée de cordialité respectueuse et de simplicité joyeuse…
Je dois aussi signaler que chacun a eu pour moi de grands égards !!!

5 - découverte des lieux

A la porte-fenêtre du salon…

6 - vue vers le sud-est

… pour contempler, à l’horizon (vers le sud-est), la Méditerranée dans le golf de Saint-Tropez.

Après les longues heures passées dans l’église (glaciale !) de La Garde-Freinet, le caractère chaleureux et vraiment familial du mas faisait du bien, et les langues allaient bon train, le soir au dîner où au moment de la tisane qui le suivait.

8 - la salle à manger

La salle à manger vue depuis le salon

Certains soirs où le mistral s’est déchaîné, une bonne flambée fut allumée dans la cheminée. Cheminée que, vous pouvez le voir, j’ai très méticuleusement inspectée…

9 - exploration de la cheminée

Inspection de la cheminée

Quasi tous les soirs, nous eûmes la visite d’un paon bleu, vers lequel les humains se hâtaient dans l’espoir de lui voir faire la roue : mais l’oiseau favori de Héra n’a jamais daigné leur montrer les yeux d’Argos Panoptès disséminés sur les plumes de sa queue.

Quant à moi, je dois bien le dire, ses cris si caractéristiques et disgracieux m’ont terrorisé : d’ailleurs on les appelle braillement ou criaillement ce qui n’est pas particulièrement élogieux !

7 - Léon

Voilà, une partie du décor est maintenant mise en place.
Dans une deuxième partie je vous parlerai du village de La Garde-Freinet et du monastère Saint-Benoît.

pattes de chat Lully.

(à suivre – 2ème partie : le village de La Garde-Freinet et le monastère Saint-Benoît > ici)

10 - Lully au mas dans son couffin

« Sympa les veillées au mas quand le mistral mugit et se déchaîne à l’extérieur et qu’un bon feu flambe dans l’âtre ! »

Publié dans : Chronique de Lully | le 4 avril, 2018 |9 Commentaires »

2018-24. Vœux de Pâques 2018.

Χριστός Ανέστη !
Αληθώς Ανέστη !

Surrexit Dominus vere !

Le Seigneur est vraiment ressuscité !

CORNELISZ VAN OOSTSANEN, Jacob 1507

L’apparition à Sainte Marie-Magdeleine au matin de Pâques
(Jakob Cornelisz van Oostanen – 1507)

* * *

Saint Jour de Pâques 1er avril 2018,
à La Garde-Freinet.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Certains d’entre vous le savent déjà, mon papa-moine et moi-même n’avons pas passé la Semaine Sainte au Mesnil-Marie, mais, avec un petit groupe d’amis, nous sommes depuis le samedi de la Passion 24 mars en terre provençale et nous avons vécu toute cette semaine la plus importante de l’année chrétienne au rythme des offices célébrés dans le cadre du Monastère Saint-Benoît de La Garde-Freinet, avec la liturgie selon le Missel Romain de 1953, c’est-à-dire avec les rites antérieurs à la réforme survenue sous le pontificat de Pie XII.

J’ai à ma disposition aujourd’hui plusieurs centaines de photographies prises au cours de ces cérémonies tous les jours de cette Semaine Sainte, et dans les prochains jours je vous pourrai faire des comptes-rendus plus détaillés de ces moments non seulement très spirituels mais véritablement historiques, puisque c’est la première fois depuis 1955 que Rome a permis à plusieurs communautés et paroisses traditionnelles à travers le monde de reprendre cette liturgie plus que millénaire et donc véritablement traditionnelle.

Mais en cette fin d’après-midi, je viens vers vous aujourd’hui uniquement pour vous souhaiter de belles, joyeuses et saintes Pâques pendant les cinquante jours où la Sainte Eglise va maintenant exulter dans la contemplation de la glorieuse Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Et puis je souhaite aussi vous annoncer que demain matin, lundi de Pâques 2 avril, sur la route du retour en Vivarais, nous ferons halte à la basilique royale de Sainte Marie-Magdeleine, à Saint-Maximin, où nous aurons une Sainte Messe solennelle dans la crypte devant le reliquaire du chef de celle qui, au matin de Pâques, fut la première – après Notre-Dame – à être gratifiée de l’apparition de Jésus ressuscité, et fut alors promue par Lui « apôtre des Apôtres ».

Vous pouvez dès à présent être assurés que nous porterons toutes les intentions de nos amis et bienfaiteurs auprès de Sainte Marie-Magdeleine, et que nous la prierons pour qu’elle vous accorde à tous et à chacun des grâces d’amour toujours plus grand et de ferveur toujours plus intense dans votre relation personnelle vivante avec le divin Coeur de Jésus !

Patte de chat Lully.

Joyeuses Pâques

2018-23. De la divine efficacité de la troisième parole de Notre-Seigneur sur la Croix.

Durham, Sainte Marguerite d'Antioche Crucifixion par Burlison et Grylls

Crucifixion
Verrière de l’église Sainte-Marguerite d’Antioche à Durham (Angleterre)

Arrêtons-nous pour réfléchir à l’un des aspects de la troisième parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la croix :

« Femme, voilà votre fils » – « Voici ta Mère ».

Il faut insister sur le fait, dont nous devons avoir une certitude absolue, que les paroles divines du Verbe de Dieu incarné ont le pouvoir de rendre absolument réel ce qu’elles énoncent.

Ainsi, lorsque le Fils de Dieu dit au vent et aux flots déchaînés : « Calmez-vous ! », il se fait aussitôt un grand calme ; lorsque le Fils de Dieu dit aux infirmes : « Soyez guéris ! », ceux qui avaient été sourds, muets, aveugles, paralysés… etc. n’ont plus aucune séquelle de leur infirmité et sont parfaitement guéris ; lorsque le Fils de Dieu commande aux corps morts de la fille de Jaïre, du fils de la veuve de Naïm, ou de son ami Lazare – qui est en décomposition putride depuis quatre jours - : « Cessez d’être morts, soyez à nouveau vivants ! », ces corps ne sont effectivement plus morts, mais à nouveau pleins de vie.

Et lorsque le Fils de Dieu dit sur le pain qui n’est encore réellement que du pain et sur le vin qui n’est encore réellement que du vin : « Ceci est Mon Corps… Ceci est Mon Sang… », la substance du pain et la substance du vin cessent d’être, et il n’y a plus, en leur lieu et place, que la substance de la chair et la substance du sang du divin Sauveur, ne conservant que les apparences du pain et du vin !

Oui, la parole du Verbe incarné est toujours efficace : elle accomplit toujours, dans une réalité parfaite, ce qu’elle énonce, ce qu’elle ordonne.
C’est une parole créatrice.

Le Christ Jésus l’a fait comprendre à ceux qui murmuraient en l’entendant dire au paralytique de Capharnaüm : « Tes péchés sont pardonnés ».
Le miracle de la guérison physique du paralytique démontre que la parole du Sauveur est toujours efficace, et que ce n’est pas parce qu’elle énonce le changement d’une réalité invisible qu’elle ne serait plus efficace : si la parole de Jésus accomplit le miracle de la guérison, c’est bien le signe qu’elle est tout aussi efficace lorsqu’elle dit que le péché est pardonné. « Afin donc que vous sachiez que le Fils de l’Homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés : Je te le commande – dit-il au paralytique -, lève-toi, emporte ton grabat, et va dans ta maison ! » (Marc II, 10).

Et donc, de la même manière, lorsque le Fils de Dieu en Croix, déclare : « Voici, votre fils… Voici, ta Mère… », Sa parole a autant d’efficacité réelle que lorsqu’elle opère des miracles physiques et que lorsqu’elle change la substance du pain en Corps véritable et la substance du vin en Sang véritable.

La Très Sainte Vierge Marie ne devient pas symboliquement la mère des hommes, et les sauvés ne deviennent pas « en quelque sorte » ses enfants : non ! La parole créatrice du Verbe Incarné opère le changement ontologique en même temps qu’elle l’énonce.
La parole créatrice du Verbe Incarné change une réalité en une autre, indépendamment de la subsistance des apparences.

Notre-Dame devient réellement, substantiellement et ontologiquement ma mère au pied de la Croix, et dès le moment où Jésus a prononcé cette parole du haut de Sa croix, et avant même que je ne vienne au jour, je suis devenu réellement son enfant, d’une réalité bien plus forte et profonde que n’est la maternité charnelle de celle qui m’a formé dans ses entrailles et qui m’a mis au jour !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur

Durham, Sainte Marguerite d'Antioche Crucifixion par Burlison et Grylls - détail

2018-22. Deux avis importants et urgents…

 

- Pèlerinage du Puy : plus qu’une semaine pour vous inscrire !

Attention ! A ce jour, 16 mars, il reste moins de 10 jours pour adresser vos inscriptions pour le pèlerinage légitimiste auprès de Notre-Dame du Puy des 11 & 12 mai (voir ou revoir le programme > ici) au Secrétariat de la Confrérie Royale.

En effet, nous devons impérativement transmettre aux services d’intendance du grand séminaire du Puy-en-Velay les réservations des chambres au début du mois d’avril.
En outre, à partir du samedi 24 mars au petit matin et jusqu’au mardi 3 avril, il n’y aura personne dans les locaux du secrétariat (Semaine Sainte oblige) : débrouillez-vous donc pour que vos courriers d’inscription nous parviennent au plus tard le vendredi 23 mars.

La célèbre citation de Nicolas Boileau « Hâtez-vous lentement » n’a donc pas de place ici !!!

 Pèlerinage Légitimiste le Puy-en-Velay 4 juin 2016

 Photo du premier pèlerinage légitimiste à la sortie de la cathédrale du Puy,
lors du grand jubilé de 2016

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- Semaine Sainte : il reste deux ou trois places !

De quoi s’agit-il ?
De vivre la totalité de la Semaine Sainte [c'est-à-dire depuis le samedi 24 mars, jusqu'au lundi de Pâques 2 avril], en Provence, dans un lieu idyllique, rustique et très au calme, à 20 km de la mer envion, et surtout auprès d’un monastère où sera pratiquée la liturgie latine selon les rites antérieurs à la réforme de 1955, c’est-à-dire selon les rites qui ont eu cours pendant plus de mille ans en Occident (puisque les rites de la Semaine Sainte ont été retouchés sous le pontificat de Pie XII et que la cheville ouvrière de cette réforme fut déjà le Père Bugnini qui oeuvrera ensuite pour l’élaboration de la « nouvelle messe » après le concile V2).

L’hébergement se fait dans un petit mas, en compagnie de Frère Maximilien-Marie et du Maître-Chat Lully (oui, vous avez bien lu : le Maître-Chat sera présent !), avec des laïcs de confiance, dans une ambiance de simplicité et d’amitié. Deux prêtres éminents de la Confrérie Royale seront aussi présents à proximité.
Le coût de l’hébergement (9 nuits) reste modique. Les frais de nourriture seront à partager.
Au moment où ces lignes sont publiées, il reste deux places disponibles, éventuellement trois.

Les amis du Refuge Notre-Dame de Compassion qui souhaiteraient participer et disposer de plus amples renseignements sont invités à se manifester dans les plus brefs délais  > contact.

Semaine Sainte église

L’église du monastère dans laquelle seront célébrés les offices de la Semaine Sainte

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2018-21. C’était – paraît-il – succulent, toutefois je ne vous engage pas à réaliser cette recette de la même manière !

Mercredi soir 14 mars 2018,
« Dies natalis » de la servante de Dieu Zita de Bourbon-Parme, impératrice et reine (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Après avoir abordé des sujets d’une grande gravité, j’ai résolu de vous faire sourire ce soir, en vous rapportant une recette. Une recette tout-à-fait succulente si j’en crois celui qui en a dégusté le résultat.
Je tiens toutefois à préciser que ce que vous allez lire ci-dessous n’est pas un fait récent : nous sommes en carême, et mon papa-moine observe strictement la discipline antique du carême (cf. > ici) ! Ce fait réel appartient en toute vérité à l’histoire de notre Mesnil-Marie ; il s’est passé à la mi-septembre 2017. Quelques uns de nos amis en ont été informés à l’époque, et ils en ont bien ri. Je tiens pour ma part à ce que ce haut-fait ne tombe pas dans les oubliettes.
Je pense que, tout comme nous, vous avez horreur du gaspillage de nourriture et que lorsque vous avez des fruits ou des légumes dont la maturation s’accélère, vous vous hâtez de préparer quelque chose avec pour qu’ils ne soient pas perdus. La recette qui suit fut réalisée sur cette bonne intention de départ… mais vous le savez bien : les bonnes intentions ne font pas tout !
Le résultat était – paraît-il – succulent, toutefois je ne vous engage pas à réaliser cette recette de la même manière…
Je vous laisse maintenant lire l’énoncé de la recette tel que Frère Maximilien-Marie l’a lui-même rédigé à l’intention de ses amis proches le jour où cela arriva.

Patte de chat  Lully.

Voici une recette absolument originale et exclusive du Mesnil-Marie :

les bananes caramélisées vanille-cannelle.

Recette bananes caramélisées 1

1) Prenez 4 bananes très très très mûres qui sont en train de s’abîmer dans la corbeille à fruits ;
2) Epluchez-les et coupez-les en rondelles dans une casserole ;
3) Ajoutez-y du sucre à confiture (approximativement la moitié du poids des bananes épluchées), un jus de citron, une grosse cuiller d’arôme vanille liquide et un bâton de cannelle ;
4) Mettez à cuire sur le petit feu de la gazinière.

5) Pendant que vos bananes commencent leur cuisson, mettez-vous à la préparation de votre déjeuner. En l’occurrence, il s’agissait ce jour-là de pommes de terre sautées à la poêle : donc, après avoir coupé vos pommes de terre, mettez-les dans la poêle, avec un peu de matière grasse et mettez-les à cuire à feu vif [sur le feu moyen de la gazinière, juste à côté du petit feu sur lequel cuisent les bananes].

6) Coupez le feu sous la poêle contenant les pommes de terre avant d’aller dans le bureau pour répondre au téléphone : prenez tout votre temps pour échanger sur des questions relatives à la Légitimité avec Monsieur le Président de l’UCLF qui est votre interlocuteur.

7) Comme, tout en discutant, vous ne pouvez pas rester les mains inoccupées, préparez aussi la convocation pour la prochaine réunion de formation du Cercle Légitimiste du Vivarais.

8) Ne vous occupez surtout pas de la pendule.
9) Toutefois, à la fin de votre conversation, réalisez qu’une très agréable odeur de vanille caramélisée s’est répandue dans toute la maison.
10) Allez voir où en sont vos bananes, sous la casserole desquelles vous n’aviez pas éteint le feu…

11) Hâtez-vous de couper le feu sous la casserole dans laquelle ont bien cuit vos bananes et leurs ingrédiens (ou du moins ce qu’il en reste).
12) Regardez de tous vos yeux la quantité de liquide de caramel de bananes vanillées et cannellisées qui s’est répandu hors de la casserole sur l’inox de la gazinière [gazinière que vous aviez astiquée à fond il y a seulement quelques jours].

Recette bananes caramélisées 2

13) Décollez laborieusement du sol les semelles de vos sandales.
14) Appréciez les sons originaux que vous produisez avec vos semelles désormais caramélisées en marchant jusqu’à l’évier.
15) Déposez la casserole toute « empéguée » dans l’évier dans un fond d’eau froide, qui commencera à dissoudre tout le caramel de bananes vanillées et cannellisées qui à coulé sur l’extérieur de la casserole, tout en veillant à ne pas gaspiller ce qui demeure à l’intérieur de la susdite casserole.

16) Sortez les pieds de vos sandales qui pendant l’opération de trempage de la casserole sont restées collées au sol devant l’évier.
17) Retournez (pieds nus) à la gazinière, pour remettre en chauffe la poêle dans laquelle se trouvent les pommes de terre pour votre déjeuner : prenez le temps de remarquer qu’elles aussi ont bénéficié des largesses débordantes de la casserole où cuisaient les bananes.
18) Décollez vos pieds nus du sol – toujours caramélisé – à côté de la gazinière.

19) Pendant que cuisent vos pommes de terre, nettoyez la semelle caramélisée de vos sandales et allez vous passer les pieds – eux aussi caramélisés – sous la douche ;
20) Puis à l’aide d’une serpillière bien humide et d’un balai brosse, frottez le sol autour de la gazinière ; enfin allez rincer la serpillière.

21) Revenez vers la gazinière et glissez sur le sol mouillé avec vos semelles de sandales mouillées : débrouillez-vous pour vous rattraper à autre chose qu’à la queue de la poêle dans laquelle cuisent les pommes de terre !

Recette bananes caramélisées 3

22) Quand elles sont à point, arrêtez la cuisson de vos pommes de terre sautées.
23) Récitez votre bénédicité et savourez vos pommes de terre auxquelles vous ne manquerez pas de relever un petit goût de bananes, de vanille, de cannelle et de caramel pas désagréable du tout…
24) Pour votre dessert, allez jusqu’à l’évier, retirez-en la casserole toujours en train de tremper et, au moyen d’une cuiller très très solide et de toute la force de vos biceps, retirez votre très originale préparation de bananes caramélisées à la cannelle et à la vanille : pour votre dessert, ajoutez-en une cuiller à votre yahourt nature.
25) Récitez les grâces puis attaquez-vous avec une ardeur impitoyable au décaramélisage de la gazinière.

gif banane

2018-20. Le cas controversé du pape Honorius 1er.

En complément de notre publication intitulée « Un peut peut-il tomber dans l’hérésie ? », et parce que le cas du pape Honorius 1er y était brièvement évoqué, voici, pour tous ceux qui souhaitent en savoir davantage,  un texte du professeur Roberto de Mattei, qui explicite de manière claire mais sans simplisme ce qu’il en fut alors.

la Navicella mosaïque d'après Giotto Vatican

La « Navicella »
mosaïque du narthex de la basilique vaticane d’après Giotto

Honorius Ier : le cas controversé d’un pape hérétique

Source > Correspondance européenne

 Le cas du pape Honorius est l’un des plus controversés de l’histoire de l’Eglise. Comme l’observe à juste titre l’historien de l’Eglise Emile Amann, dans le long article qu’il consacre à la Question d’Honorius dans le Dictionnaire de Théologie Catholique (vol. VII, coll. 96-132), il faut traiter le problème de façon dépassionnée et avec la « sereine impartialité que doit l’histoire aux actes du passé » (col. 96).

Au cœur du pontificat du pape Honorius qui régna de 625 à 638, il y eut la question du monothélisme, dernière des grandes hérésies christologiques. Afin de plaire à l’empereur byzantin Héraclius, désireux d’assurer la paix religieuse au sein de son royaume, le patriarche de Constantinople Sergius chercha un compromis entre l’orthodoxie catholique, selon laquelle il y a en Jésus-Christ deux natures en une seule personne, et l’hérésie monophysite qui attribuait au Christ une seule personne et une seule nature. Ce compromis donna naissance à une nouvelle hérésie, le monothélisme, selon lequel la double nature du Christ était mue dans son action par une unique opération et une unique volonté. Il s’agissait d’un semi-monophysisme, mais la vérité est entière ou n’est pas, et une hérésie modérée n’en reste pas moins une hérésie. Le patriarche de Jérusalem Sophronius fut de ceux qui intervinrent avec le plus de force pour dénoncer cette nouvelle doctrine qui rendait vaine l’humanité du Christ et menait au monophysisme, condamné par le Concile de Chalcédoine (451).

Sergius écrivit au pape Honorius pour lui demander qu’« à l’avenir il ne soit permis à personne d’affirmer qu’il y a deux opérations dans le Christ notre Dieu » et obtenir ainsi son appui contre Sophronius. Honorius accéda malheureusement à sa demande. Dans une lettre adressée à Sergius, il affirma que «la volonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ était seulement une, du fait que notre nature humaine a été assumée par la divinité» et invita Sophronius au silence. La correspondance entre Sergius et Honorius est conservée dans les actes du VIème Concile œcuménique (Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima Collectio, vol. XI, coll. 529-554) et a été rééditée en latin, grec et français par Arthur Loth (La cause d’Honorius. Documents originaux avec traduction, notes et conclusion, Victor Palmé, Paris 1870 et en grec et allemand par Georg Kreuzer, Die Honoriusfrage im Mittelalter und in der Neuzeit, Anton Hiersemann, Stuttgart 1975). 

Fort de l’appui du pape, Héraclius publia en 638 un formulaire doctrinal appelé Echtesis (“Exposition”) dans lequel il imposait la nouvelle théorie de l’unique volonté divine comme religion officielle. Pendant quarante ans, le monothélisme triompha dans l’Empire byzantin. Le plus fervent défenseur de la foi fut à cette époque le moine Maxime, dit le Confesseur, qui prit part à un Synode convoqué au Latran (649) par le pape Martin Ier (649-655) pour condamner le monothélisme. Le pape et Maxime furent tous deux contraints de s’exiler. Maxime, pour avoir refusé de souscrire aux doctrines monothélites, eut la langue et la main droite coupées. Sophronius, Maxime et Martin sont aujourd’hui vénérés comme saints par l’Eglise pour leur résistance tenace à l’hérésie monothélite. 

La foi catholique fut finalement restaurée par le IIIème Concile de Constantinople, VIème Concile œcuménique de l’Eglise, qui fut réunit le 7 novembre 680 en présence de l’empereur Constantin IV et des représentants du nouveau pape Agathon (678-681). Le Concile condamna le monothélisme et jeta l’anathème sur tous ceux qui avaient promu et favorisé l’hérésie, incluant dans la condamnation le pape Honorius.

Lors de la XIIIème session, qui se tint le 28 mars 681, les Pères conciliaires, après avoir proclamé qu’ils voulaient excommunier Sergius, Cyr d’Alexandrie, Pyrrhus, Paul et Pierre, tous patriarches de Constantinople, et l’évêque Théodore de Pharan, affirment : « Avec eux nous sommes d’avis de bannir de la sainte Église de Dieu et d’anathématiser également Honorius, jadis pape de l’ancienne Rome, car nous avons trouvé dans les lettres envoyées par lui à Sergius qu’il a suivi en tout l’opinion de celui-ci et qu’il a sanctionné ses enseignements impies » (Mansi, XI, col. 556). 

Le 9 août 681, à la fin de la XVIème session, furent réitérés les anathèmes contre tous les hérétiques et les fauteurs d’hérésie, y compris Honorius : « Sergio haeretico anathemaCyro haeretico anathema, Honorio haeretico anathema, Pyrro, haeretico anathema » (Mansi, XI, col. 622). Dans le décret dogmatique de la XVIIIème session, le 16 septembre, il est dit que « comme celui qui dès l’origine fut l’inventeur de la malice et qui, se servant du serpent, introduisit la mort venimeuse dans la nature humaine, ne resta pas inactif, ainsi aujourd’hui encore, ayant trouvé les instruments adaptés à sa propre volonté : nous voulons dire Théodore, qui fut évêque de Pharan ; Sergius, Pyrrhus, Paul, Pierre, qui furent prélats de cette ville impériale ; et encore Honorius qui fut pape de l’ancienne Rome (…); ayant trouvé, donc, les instruments adaptés, il ne cessa, à travers eux, de susciter dans le corps de l’Eglise les scandales de l’erreur ; et par des expressions inédites répandit parmi le peuple fidèle l’hérésie d’une seule volonté et d’une seule opération en deux natures d’une (personne) de la sainte Trinité, du Christ, notre vrai Dieu, en harmonie avec la fausse doctrine des impies Apollinaire, Sévère et Témiste » (Mansi, XI, coll. 636-637).

Les originaux des actes du Concile, souscrits par 174 Pères et par l’empereur, furent envoyés aux cinq sièges patriarcaux, avec une attention particulière pour celui de Rome. Mais, comme saint Agathon mourut le 10 janvier 681, les actes du Concile, après plus de 19 mois de siège vacant, furent ratifiés par son successeur Léon II (682-683). Dans la lettre envoyée le 7 mai 683 à l’empereur Constantin IV, le pape écrivait : « nous anathémisons ceux qui inventèrent cette nouvelle erreur, c’est-à-dire Théodore de Pharan, Cyrus d’Alexandrie, Sergius, Pyrrhus, Paul et Pierre de l’Eglise de Constantinople ainsi qu’Honorius qui ne s’efforça pas de maintenir pure cette Eglise apostolique dans la doctrine de la tradition apostolique, mais a permis par une exécrable trahison que cette Eglise sans tâche fut souillée » (Mansi, XI, col. 733).

La même année, le pape Léon donne ordre que les actes traduits en latin soient souscrits par tous les évêques d’Occident et que les signatures soient conservées près de la tombe de saint Pierre. Comme le souligne l’éminent historien jésuite Hartmann Grisar, « on voulait par là l’acceptation universelle du sixième concile en Occident, et celle-ci, pour ce que l’on en sait, eut lieu sans difficulté » (Analecta romana, Desclée, Rome 1899, pp. 406-407).

La condamnation d’Honorius fut confirmée par les successeurs de Léon II, comme l’atteste le Liber diurnus romanorum pontificum, et par le septième (787) et le huitième (869-870) Concile œcuménique de l’Eglise (C. J. Hefele, Histoire des Conciles, Letouzey et Ané, Paris 1909, vol. III, pp. 520-521).

L’abbé Amann juge historiquement indéfendable la position de ceux qui, comme le cardinal Baronio, retiennent que les actes du VIèmeConcile auraient été altérés. Les légats romains étaient présents au concile : il serait difficile d’imaginer qu’ils puissent avoir été manipulés ou aient mal référé sur un point aussi important et délicat que la condamnation d’hérésie d’un Pontife romain. Faisant référence à ces théologiens tels que saint Robert Bellarmin, qui, pour sauver la mémoire d’Honorius, ont nié la présence d’erreurs explicites dans ses lettres, Amann souligne que ceux-ci soulevaient un problème plus important que celui qu’ils prétendaient résoudre, à savoir le problème de l’infaillibilité des actes d’un Concile présidé par un pape. En effet, si Honorius ne tomba pas dans l’erreur, ce sont les papes et le concile qui le condamnèrent qui se sont trompés. Les actes du VIème Concile œcuménique, approuvés par le pape et reçus par l’Eglise universelle, ont une portée définitoire bien plus forte que les lettres d’Honorius à Sergius. Pour sauvegarder l’infaillibilité il est préférable d’admettre la possibilité historique d’un pape hérétique plutôt que d’aller se briser contre les définitions dogmatiques et les anathèmes d’un Concile ratifié par le Pontife Romain. C’est une doctrine commune que la condamnation des écrits d’un auteur est infaillible, quand l’erreur est anathémisée avec la note d’hérésie, tandis que le Magistère ordinaire de l’Eglise n’est pas toujours et nécessairement infaillible.

Au cours du Concile Vatican I, la Députation de la Foi aborda le problème, exposant une série de règles de caractère général qui s’appliquent non seulement au cas d’Honorius, mais à tous les problèmes, passés et futurs qui peuvent se présenter. Il ne suffit pas que le pape se prononce sur une question de foi ou de mœurs qui concerne l’Eglise universelle, mais il est nécessaire que le décret du Pontife romain soit conçu de façon à apparaître comme un jugement solennel et définitif, avec l’intention d’obliger tous les fidèles à croire (Mansi, LII, coll. 1204-1232). Il existe donc des actes du Magistère pontifical ordinaire non infaillibles car privés du caractère définitoire nécessaire : quod ad formam seu modum attinet.

Les lettres du Pape Honorius sont dépourvues de ces caractéristiques. Elles sont indubitablement des actes du Magistère, mais dans le Magistère ordinaire non infaillible il peut y avoir des erreurs et même, dans des cas exceptionnels, des formulations hérétiques. Le pape peut tomber dans l’hérésie, mais il ne pourra jamais prononcer une hérésie ex cathedra. Dans le cas d’Honorius, comme l’observe le patrologue bénédictin Dom John Chapman OSB, on ne peut affirmer qu’il avait l’intention de formuler une sentence ex cathedra, définitive et obligatoire : «Honorius était faillible, était dans l’erreur, était un hérétique, précisément parce qu’il n’a pas, comme il aurait dû le faire, déclaré avec autorité la tradition pétrinienne de l’Eglise romaine » (The Condemnation of Pope Honorius (1907), Reprint Forgotten Books, London 2013, p. 110). Ses lettres à Sergius, bien que traitant de la foi, ne promulguent aucun anathème et ne remplissent pas les conditions requises par le dogme de l’infaillibilité. Promulgué par le Concile Vatican I, le principe de l’infaillibilité est sauf, contrairement à ce que pensaient les protestants et les gallicans. Et si Honorius fut anathémisé, expliqua le pape Hadrien II, au Synode romain de 869, « c’est pour la raison qu’Honorius avait été accusé d’hérésie, la seule cause pour laquelle il est permis aux inférieurs de résister à leurs supérieurs et de repousser leurs sentiments pervers » (Mansi, XVI, col. 126).

Se basant précisément sur ces paroles, le grand théologien dominicain Melchior Cano, après avoir examiné le cas d’Honorius, résume en ces termes la doctrine la plus sûre : «On ne doit pas nier que le Souverain Pontife puisse être hérétique, fait dont on peut offrir un ou deux exemples. Cependant qu’[un pape] dans son jugement sur la foi ait défini quelque chose contre la foi n’est pas démontrable, pas même par un seul exemple» (De Locis Theologicis, l. VI, tr. espagnole, BAC, Madrid 2006, p. 409).

Professeur Roberto de Mattei.

Honorius_I

Portrait en mosaïque du pape Honorius 1er
dans la longue frise des papes qui se déploie sur les architraves
à l’intérieur de la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs à Rome

2018-19. Un pape peut-il tomber dans l’hérésie ?

12 mars 2018,
Fête de Saint Grégoire 1er le Grand.

J’ai beaucoup lu, beaucoup réfléchi, beaucoup prié avant de finaliser le texte qui suit. Je n’ai rien inventé, j’ai approfondi des textes de théologiens que je crois sérieux, je me suis inspiré de leurs réflexions et remarques avant d’écrire moi-même, et j’ai tenu à me faire relire par un prêtre de confiance, à l’orthodoxie éprouvée, qui m’a fait l’honneur de m’écrire ces lignes :
« Rien d’hérétique ou même d’obscur dans votre exposé qui pourra aider certains à ne pas se crisper sur la dite infaillibilité pontificale servie à toutes les sauces. La position des modernes (note : c’est-à-dire des théologiens modernes [mais non pas modernistes] dont il sera question au paragraphe A du texte suivant) est aussi à expliquer par la crise de l’autorité à l’époque de la Renaissance, puis de l’hérésie protestante diabolisant la papauté, ce qui n’était point le cas au Moyen Age où hérésies et schismes ne manquèrent point mais où l’homme n’avait pas encore eu la prétention de se mettre au centre du monde sans l’aide de Dieu. Vous pouvez sans problème mettre votre texte en ligne… »
La date à laquelle je le publie ici, sur ce blogue du Maître-Chat Lully, n’est évidemment pas choisie au hasard puisque d’une part nous fêtons en ce jour le très grand pape et docteur de l’Eglise Saint Grégoire le Grand, et que d’autre part nous sommes à la veille du cinquième anniversaire de l’élection de « François » au Souverain Pontificat…

« Qui legit intelligat : que celui qui lit comprenne » (Matth. XXIV, 15).

Fr.Mx.M.

Arnolfo di Cambio St Pierre (Vatican)

Arnolfo di Cambio : Saint Pierre
(basilique de Saint-Pierre au Vatican)

Un pape peut-il tomber dans l’hérésie ?

A – Qui prétend que cela ne peut se faire ?

Le seul énoncé de cette question pourra scandaliser certains catholiques tant, à première vue, cela peut leur paraître absolument impossible.
Pour le plus grand nombre des théologiens catholiques de l’époque moderne (nota : par « époque moderne » il faut comprendre la période qui court depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours), la réponse négative à cette question prévaut, si bien que l’opinion commune aujourd’hui est que le pape ne peut pas devenir « hérétique formel et pertinace » (c’est-à-dire hérétique conscient et coupable), bien que l’on puisse envisager qu’il devienne « hérétique matériel », par ignorance non coupable ou en raison d’une simple erreur, et non en raison d’une mauvaise volonté.

Parmi les principaux partisans de cette thèse se trouvent le théologien hollandais Albert Pighi (1490-1542) (1), Saint Robert Bellarmin sj. (1542-1621) (2) et le Père François Suarez sj. (1548- 1617) (3).
Juste avant le premier concile du Vatican, cette opinion était soutenue par le canoniste français Marie-Dominique Bouix sj. (1808-1870) et, lors de ce concile, Monseigneur Zinelli, évêque de Trévise, rapporteur de la Députation de la foi, cita avec éloge cette opinion de Bellarmin et de Suarez : selon lui, il est probable que jamais le pape ne sera hérétique formel (4).
Au lendemain de Vatican I, le cardinal français Louis Billot sj. (1846-1931) (5) reprit cette même opinion. Le père Dublanchy sm. – auteur de l’article sur l’infaillibilité du pape dans le « Dictionnaire de théologie catholique » – ouvrage de référence s’il en est – l’adopte encore après lui (6). Enfin, sous Pie XII, le très classique ouvrage du Révérend Père Salaverri (7) mentionne cette question de l’hérésie personnelle du pape comme une matière à controverse théologique et présente comme probable l’opinion de Bellarmin et Suarez, louée par Monseigneur Zinelli.

En résumé, l’affirmation selon laquelle un pape ne peut devenir formellement hérétique est une opinion théologique, défendue par de très grands noms de la théologie. Cependant cette thèse n’a jamais fait l’objet d’une définition magistérielle, et ceux qui la défendent la qualifient de « probable » en admettant qu’elle est « matière à controverse ».

Tiare et clefs de Saint Pierre

B – Arguments des négateurs de cette possibilité.

Tous les défenseurs de cette « opinion théologique probable » la fondent invariablement sur deux arguments :

B1 – Une « convenance » : la promesse faite par Notre-Seigneur à Pierre « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères » (Luc XXII, 32) rendrait moralement nécessaire l’indéfectibilité personnelle dans la foi. Saint Robert Bellarmin fait observer que l’ordre établi par Dieu exige absolument que la personne privée du Souverain Pontife ne puisse pas tomber dans l’hérésie, pas même en perdant la foi de manière purement interne : « Car non seulement le pape ne doit pas et ne peut pas prêcher l’hérésie, mais il doit aussi toujours enseigner la vérité, et il est hors de doute qu’il le fera toujours, puisque le Seigneur lui a commandé de confirmer ses frères. Mais comment un pape hérétique pourra-t-il confirmer ses frères dans la foi, comment prêchera-t-il toujours la vraie foi ? Sans doute, Dieu reste capable d’arracher au cœur d’un hérétique la profession de la vraie foi, tout comme jadis il fit parler l’ânesse de Balaam. Mais il y aura là une violence, et non une action conforme à la divine providence, qui dispose tout avec suavité » (8).

B2 – Le second argument est la conséquence du premier : selon tous les partisans de cette thèse, dans toute l’histoire de l’Église, on ne peut trouver aucun pape qui aurait été formellement hérétique (9).

Tiare et clefs de Saint Pierre

C – Une opinion théologique tard venue qui n’a jamais fait l’unanimité.

Ainsi que nous l’avons fait remarquer au début, les théologiens qui défendent la « non probabilité » de la chute d’un pape dans l’hérésie appartiennent tous à l’époque moderne, c’est-à-dire qu’ils arrivent relativement tardivement dans l’histoire de l’Eglise.
A contrario, avant eux, c’est-à-dire tout au long du Moyen-Age, de nombreux théologiens catholiques ont communément admis qu’un pape peut tomber dans l’hérésie.

Cette idée se trouve par exemple au XIIe siècle dans le Décret de Gratien (10). Gratien y écrit que le pape ne peut être jugé par personne, sauf dans le cas où il s’écarterait de la foi (11). Ce texte a ensuite servi de base à toute la réflexion des canonistes médiévaux et servira de fondement à une opinion qui deviendra commune : « Les canonistes des XIIe et XIIIe siècles, connaissent et commentent le texte de Gratien. Tous admettent sans difficulté que le pape peut tomber dans l’hérésie comme dans toute autre faute grave ; ils se préoccupent seulement de rechercher pourquoi et dans quelles conditions il peut dans ce cas être jugé par l’Église » (12). Le grand Cajetan (1469-1534) soutient cette thèse.

Au XVIe siècle, Albert Pighi, cité au premier paragraphe, fut le premier à rompre une tradition théologique et canonique jusque-là unanime.
Remarquons toutefois  que même à l’époque moderne, cette opinion nouvelle introduite par Pighi ne fit absolument pas l’unanimité : il fut en effet rapidement réfuté par le Père Melchior Cano op. (1509-1560) (13), par le Père Dominique Banez op. (1528-1604) (14), puis par le Père Charles-René Billuart op. (1685- 1757) (15) et, au lendemain du premier concile du Vatican, par Aurelio Palmieri (1870-1926) (16).

Tiare et clefs de Saint Pierre

D – Des faits qui vont à l’encontre de la thèse moderne.

D1 - « Contra factum non fit argumentum : contre un fait il n’y a point d’arguties qui tiennent ». Les faits historiques sont là, et ils sont indéniables. Dans l’histoire de l’Église, il est certain qu’il y a eu des papes dont l’enseignement n’a pas été exempt d’erreur. Citons le pape Honorius 1er au VIIe siècle ; et le cas du pape Jean XXII au XIVe siècle :
- Le pape Honorius 1er (625-640) a été anathématisé par ses successeurs Saint Agathon (678-681) et Saint Léon II (682-684) à l’occasion du 3e concile de Constantinople (7 novembre 680 – 16 septembre 681), comme ayant soutenu l’hérésie appelée monothélite.
- Le pape Jean XXII (1244-1334), qui est – notons-le au passage – celui qui canonisa Saint Thomas d’Aquin, n’enseigna cependant pas moins à plusieurs reprises dans ses prédications, que les âmes des justes ne contemplent pas Dieu avant la résurrection des corps et que c’est seulement après celle-ci qu’elles auront la contemplation de l’essence divine, et il soutint aussi que les damnés n’iraient en enfer qu’après la résurrection des corps. Ses affirmations suscitèrent de grands remous, et il dut rédiger une bulle de négation de ces thèses avant sa mort.
Remarquons toutefois que dans l’un comme dans l’autre cas, historiens ecclésiastiques et théologiens, en fonction de leur degré d’ultramontanisme, ont tendance à présenter les faits de manière différente, atténuant ou relativisant parfois de manière très nette l’adhésion de ces pontifes à ces erreurs doctrinales.
Et puis, qui peut étabir indubitablement qu’ils furent « hérétiques formels et pertinaces » et pas seulement « hérétiques matériels »

D2 - « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères » (Luc XXII, 32) : l’argument de convenance sur lequel s’appuient les théologiens défendant comme improbable qu’un pape puisse tomber dans l’hérésie, en se fondant sur cette citation évangélique, n’est-il pas réfuté par le récit évangélique lui-même ? Malgré la prière de Notre-Seigneur, Pierre l’a trahi et renié. D’ailleurs, les paroles de Notre-Seigneur « et toi, quand tu seras converti », montrent à l’évidence que le Christ savait bien que Pierre faillirait, puisqu’il faudrait ensuite se relever de manière à pouvoir « confirmer ses frères ».
Par ailleurs si, depuis des siècles, dans sa liturgie, par les litanies des saints qu’elle entonne dans les circonstances les plus solennelles, la Sainte Eglise fait demander à ses fidèles : « Ut domnum apostolicum et omnes ecclesiasticos ordines in sancta religione conservare digneris : pour que Vous mainteniez dans Votre sainte religion le Souverain Pontife et tous les ordres de la hiérarchie ecclésiastique », c’est donc bien que, dans sa tradition la mieux établie (puisque la liturgie est l’un des organes de transmission de la Tradition), l’Eglise elle-même reconnaît que l’éventualité de l’errance hors de la doctrine authentique est un risque possible même pour le Souverain Pontife.

D3 – De nos jours, il n’est un secret pour personne que les propos ou écrits de certains papes contemporains ne laissent pas de poser de graves problèmes de conscience aux catholiques qui veulent demeurer strictement catholiques, tant il semble difficile de les trouver en accord avec le dogme clairement défini, ou en pleine conformité avec les condamnations explicites de leurs prédécesseurs.
Je ne veux pas gloser ici sur une situation dont tout observateur un peu sérieux et impartial ne peut que constater la réalité, mais à laquelle, en définitive, seules des décisions magistérielles futures pourront apporter des solutions…

Tiare et clefs de Saint Pierre

E – Pleinement catholique.

E1 – L’infaillibilité pontificale, qui est un dogme auquel tout catholique est tenu d’adhérer sans réserve s’il veut rester catholique, s’exerce dans des conditions très particulières et très clairement précisées.
En dehors de ces cas rigoureusement prévus par la définition dogmatique, le Souverain Pontife n’est évidemment pas une version catholique de la fameuse pythie de Delphes qui était supposée transmettre en toutes circonstances et sans erreur les réponses d’Apollon qui l’aurait prétendûment possédée au moment des transes où elle rendait ses oracles !
Tout ce que dit ou fait un pape n’est non seulement pas revêtu de l’infaillibilité, mais il y a en outre des degrés divers d’autorité dans ce qu’il peut dire ou accomplir. Si l’on ne doit jamais se départir du respect dû à sa fonction magistérielle et à sa personne elle-même, il faut néanmoins se garder de toute naïveté, et de toute forme de culte de la personnalité.

E2 – Le magistère pontifical, tout comme le magistère des évêques, a été établi par Dieu pour garantir la transmission pure et sans erreur de la Vérité révélée dans toute son intégralité, Vérité révélée confiée par Notre-Seigneur à Ses saints apôtres. En l’occurrence, tout comme aux saints apôtres eux-mêmes, aux évêques leurs successeurs est accordée par Dieu une assistance particulière pour conserver et transmettre la foi authentique ; mais cela ne signifie pas – comme pour Pierre au moment de son reniement – qu’ils sont toujours et immanquablement fidèles aux grâces liées à leur ministère. Le pape n’est pas une marionnette dont le Bon Dieu tire infailliblement les ficelles !
Tous les hiérarques de la Sainte Eglise peuvent, en fonction de critères divers que seul Dieu peut juger en toute justice, laisser interférer dans leurs propos ou actions, des éléments qui proviennent d’une pensée personnelle influencée par des doctrines étrangères à la Révélation divine et à l’orthodoxie de la foi, et qui peuvent fausser leur enseignement.

E3 – Ce dont il est ici question, c’est de l’hérésie formelle d’un pape – c’est-à-dire de l’hérésie consciente et coupable – et non de l’hérésie matérielle – c’est-à-dire non coupable et liée à une erreur non volontaire. C’est aussi dire que cette dernière possibilité – celle d’un pape hérétique sans le vouloir mais seulement parce qu’il est conditionné, par exemple, par une mauvaise formation théologique – est admise par tous les théologiens qui se sont interrogés à ce sujet.
Insistons donc seulement pour dire que Dieu seul peut juger des degrés de conscience, de connaissance ou d’ignorance, de volonté ou d’influence subie, de malice ou d’innocence qu’il peut y avoir en cela. Cela ne nous appartient pas !
En revanche il nous appartient de garder la foi catholique, en restant fidèles à l’enseignement du catéchisme catholique authentique, malgré les propos contraires que pourraient tenir certains prêtres, évêques, cardinaux ou même pontifes.
Dans les deux cas historiques cités en D : qui, sinon le seul Juge des reins et des coeurs, peut affirmer en toute certitude et justice que les papes Honorius 1er et Jean XXII ont été formellement dans l’erreur et non pas seulement matériellement, sans intention réellement perverse ?

E4 – De toute façon, l’opinion – puisque ce n’est qu’une opinion théologique – qui regarde comme improbable qu’un pape puisse jamais tomber dans l’hérésie, me sembe-t-elle improbable, et – au-delà – cela constitue même un impérieux motif obligeant tous les fidèles de la Sainte Eglise à prier avec une ferveur redoublée : « Ut domnum apostolicum et omnes ecclesiasticos ordines in sancta religione conservare digneris, Te rogamus audi nos : pour que Vous mainteniez dans Votre sainte religion le Souverain Pontife et tous les ordres de la hiérarchie ecclésiastique, nous Vous en supplions, écoutez-nous ! »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Notes :

(1). Auteur d’un traité sur l’Église hiérarchique – « Hierarchiæ ecclesiasticæ assertio » - où il examine la question du pape hérétique (Lib. IV, chap. 8).
(2). « De Romano Pontifice » (lib. IV, chap. 6-14).
(3). « De fide, disputatio«  10, sectio 6, § 11, in « Opera omnia », tome XII, p. 319.
(4). « Hæc Providentiæ supernaturali confisi, satis probabiliter existimamus nunquam eventura » (Mansi, tome 52, col. 1 109).
(5). Louis Billot, L’Église. II – Sa constitution intime, question 14, thèse 29, 2e partie, n° 940-949.
(6). Dublanchy, article « Infaillibilité du pape » dans Dictionnaire de théologie catholique, t. VII, 2e partie, col. 1716-1717.
(7). Joachim Salaverri, « De Ecclesia Christi », thèse 14, § 657.
(8). « De Romano Pontifice » (lib. IV, chap. 6).
(9). Ibidem, chap. 7-14.
(10). C’est le fameux passage du livre I, distinction 40, chapitre VI intitulé Si papa.
(11). «… cunctos ipse judicaturus a nemine est judicandus, nisi deprehendatur a fide devius. » Cette affirmation est attribuée à saint Boniface, archevêque de Mayence, et elle est citée sous son nom, avant Gratien, par le cardinal Deusdedit et par Yves de Chartres. cf. article de Dublanchy, dans le Dictionnaire de théologie catholique, col 1714-1715.
(12). Dublanchy, Ibidem, col 1 715.
(13). De locis theologicis, livre VI, chapitre VIII, § 21-23.
(14). Commentaire sur 2a2æ, q 1, art 10, folios 183-212 de l’édition de Venise de 1587.
(15). De fide, dissertatio 5, art 3, § 3, objection 2 ; De regulis fidei, dissertatio 4, art 8, § 2, objections 2 et 6 ; De incarnatione, dissertatio 9, art 2, § 2, objection 2.
(16). Tractatus de romano pontifice, thèse 32, scholion, p. 630-633

11 février 2013 - foudre sur la basilique Saint-Pierre

Le fameux impact de foudre qui s’est abattu sur le paratonnerre du faîte de la coupole de la basilique Saint-Pierre au Vatican
dans la soirée du 11 février 2013

On pourra lire aussi :
« Dix conseils pour survivre à un pape calamiteux et continuer à être catholique » > ici

2018-18. Un chef-d’œuvre de Poussin retrouvé : « Sainte Françoise Romaine annonçant à Rome la fin de la peste ».

9 mars,
Fête de Sainte Françoise Romaine.

A – Qui est Sainte Françoise Romaine ?

Sainte Françoise, communément appelée Françoise Romaine, née en 1384 de Paolo Bussa de Leoni et de Giacobella de Roffredeschi, appartient par sa naissance à la haute noblesse de Rome. Bien qu’attirée depuis l’enfance par la vie religieuse, elle est mariée à l’âge de 13 ans à Lorenzo Ponziani, lui aussi d’une grande famille romaine.
Epouse exemplaire et mère aimante (elle mettra au monde trois enfants), elle mêne une vie de grande piété et de pénitence tout en assurant parfaitement ses responsabilités domestiques et sociales.
A Rome, la seconde moitié du « trecento » et la première moitié du « quatrocento » constituent une période de grands troubles sociaux et politiques  (ceux-là même qui ont contraint les papes à fuir la Ville où ils ne s’estimaient plus en sécurité et où l’indépendance du pouvoir spirituel n’était plus garantie, pour s’installer en Avignon). Et comme un malheur n’arrive jamais seul, ces turbulences et ces violences sont accompagnées d’épidémies mortifères : à plusieurs reprises, la peste ravage la cité.
Françoise se dévoue auprès des malades et entraîne des dames de la haute société à se mettre au service des nécessiteux, vendant toilettes et parures pour subvenir à leurs besoins. Cette pratique de la charité va de pair avec un développement de la vie intérieure et de la ferveur. Ainsi, Françoise qui a des liens spirituels avec la congrégation bénédictine olivétaine et qui est favorisée de grâces mystiques très élevées (vision constante de son ange gardien, apparitions de saints, états d’oraison supérieurs, union transformante avec le Christ… ), se trouve-t-elle bientôt à la tête d’un groupe de femmes pour lesquelles elle fonde un couvent d’oblates bénédictines, dans lequel elle se retire à la mort de son époux (1436). Elle y passe les quatre dernières années de sa vie, s’adonnant avec prédilection aux tâches les plus humbles de la vie de communauté.
Elle rend son âme à Dieu le 9 mars 1440, et le peuple romain non seulement reconnaît en elle l’un de ses plus beaux fleurons de sainteté mais il la prend en outre d’une manière toute particulière comme protectrice : exemple d’une vie conjugale harmonieuse, les jeunes mariés se confient spécialement à sa prière ; modèle des mères, elle qui a perdu un enfant encore jeune, elle devient la consolatrice des familles éprouvées par le deuil ; active pour le soulagement des nécessiteux, son exemple stimule la pratique des œuvres de miséricorde ; se dépensant lors des épidémies, on l’invoque avec succès quand la peste réapparait ; éducatrice d’âmes tendues vers la perfection chrétienne, les religieux prennent exemple sur sa ferveur et ses vertus ; veuve courageuse, elle est le parangon des femmes auxquelles la mort a ravi l’époux très aimé…
Dès le moment de sa mort, le pape Eugène IV (pape de 1431 à 1447) va œuvrer pour sa glorification, mais sa canonisation ne sera finalement célébrée qu’en 1608.

Sainte Françoise Romaine - châsse

Châsse renfermant le squelette de Sainte Françoise Romaine
(crypte de l’église Santa Maria Novella, au forum, à Rome)

frise

B – Sainte Françoise Romaine annonçant à Rome la fin de la peste :

B1 – Contexte dans lequel l’œuvre voit le jour.

Au printemps de l’année 1656, la peste a fait sa réapparition dans la moitié sud de la péninsule italienne, remontant de la région napolitaine jusqu’à Rome.
La hiérarchie ecclésiastique a ordonné des prières publiques pour obtenir de Dieu la cessation de l’épidémie, et le peuple des fidèles s’est tourné avec un redoublement de ferveur vers ses saints intercesseurs de prédilection. A Rome même, la très populaire Sainte Françoise a été ardemment sollicitée, elle que les Romains surnomment « l’Avocate de Rome ».

La cessation du fléau a été relativement rapide et c’est pourquoi le cardinal secrétaire d’Etat Giulio Rospigliosi, futur pape Clément XI (de juin 1667 à décembre 1669), a commandé à Nicolas Poussin un ex-voto pour commémorer l’intercession bénéfique de la sainte protectrice de Rome.

Nicolas Poussin (1594-1667), après un court séjour en France est revenu vivre à Rome à l’automne 1642. Au moment de cette commande du cardinal Rospigliosi il est âgé de 60 ans, et bien qu’il lui reste encore onze années de vie il se trouve déjà, dans une phase déclinante. Déclin non de son art, qui est en pleine maturité, mais en raison de sa santé : il est en particulier affecté par un tremblement de la main qui s’accentue de mois en mois. Véritable drame pour un perfectionniste tel que lui, qui malgré ce handicap grandissant produit encore de purs chefs-d’œuvre !
Le tableau, intitulé « Sainte Françoise Romaine annonce à Rome la fin de la peste » (mais on lui trouve aussi parfois comme nom « la vision de Sainte Françoise Romaine ») mesure 1,21 m de hauteur et 1,02 m de largeur : il fut livré à son commanditaire en 1657 ou 1658, mais ne fut jamais exposé dans une église. Destiné à la collection particulière du cardinal Rospigliosi, ce dernier ne le fit pas entrer dans les collections pontificales lorsqu’il devint le pape Clément XI, et le tableau revint à ses parents et héritiers après sa mort. 

B2 – Histoire rocambolesque d’un chef-d’œuvre perdu pendant deux-cents ans.

Le tableau reste dans les collections privées des héritiers du pape Clément XI jusqu’à la fin du XVIIIe siècle où l’on perd sa trace :  au cours des XIXe et XXe siècles, il ne sera plus connu que grâce à deux gravures dues à Giacomo del Po et à Girard Audran.
Or, en 1998, l’œuvre réapparait sur le marché de l’art parisien : les experts l’identifient formellement. C’est alors que l’on va parvenir à reconstituer ce que fut son étonnant destin pendant exactement deux-cents ans.
En effet, en 1798 le tableau fut vendu avec une partie de la collection Rospigliosi-Pallavicini : le honteux traité de Tolentino imposé au Pape Pie VI et aux Etats de l’Eglise par le Directoire (cf. > ici) eut de telles conséquences pour les familles romaines que certaines en furent réduites à liquider une partie de leur patrimoine artistique.
On ne sait pas vraiment chez qui fut le tableau pendant la première moitié du XIXe siècle, mais on le retrouve dans la collection du secrétaire de l’Académie de France à Rome (Villa Médicis), Alexis Le Go, qui, en 1873, amène le tableau dans son château de Jean Val (commune de Le Val, au nord de Brignoles). Passant d’héritiers en héritiers, le chef-d’œuvre perd son identité et, à la fin du XXe siècle, n’est plus considéré par son détenteur que comme un « nid à poussière » encombrant, dont – sait-on jamais ? – on pourra peut-être tirer un peu d’argent…
C’est ainsi qu’il arrive entre les mains d’un expert qui le reconnaît parce qu’il connaît les gravures réalisées à la fin du XVIIe siècle par Giacomo del Po et Girard Audran.
Le musée du Louvre s’en porte alors acquéreur pour quelque 45 millions d’euros.
Restauré, le « Sainte Françoise Romaine annonçant à Rome la fin de la peste » se trouve désormais habituellement exposé dans le département des peintures de l’aile Richelieu (2ème étage, salle 12), y venant fort heureusement compléter la période de la maturité du peintre, assez faiblement représentée.

Sainte Françoise Romaine annonçant à Rome la fin de la peste - Nicolas Poussin

« Sainte Françoise Romaine annonçant à Rome la fin de la peste »
Nicolas Poussin (musée du Louvre)

B3 – Lecture de l’œuvre.

Nicolas Poussin a fait de cet ex-voto en l’honneur de Sainte Françoise Romaine une composition plutôt solennelle, dans laquelle on retrouve les références classiques – antiques ou modernes – qui sont l’une de ses caractéristiques.
La scène se déroule sur le devant d’une imposante architecture marquée par des pilastres classiques encadrant une grande arcade.
La peste y est personnifiée, au second plan sur le côté droit, et cette représentation reprend les traits du « Gladiateur emportant un enfant mort », célèbre statue antique des collections Farnèse (aujourd’hui au musée archéologique de Naples). Quant à la femme allongée en-dessous de la nuée qui porte la sainte et figurant l’une des victimes de l’épidémie, elle n’est ni plus ni moins qu’une citation de la très fameuse « Sainte Cécile » de Carlo Maderno réalisée en 1600 (église Sainte-Cécile au Transtévère, à Rome).

Le tableau représente les forces spirituelles qui ont concouru à obtenir du Ciel l’éloignement du fléau et, par delà l’épidémie, il célèbre la victoire sur le démon qui répand ou aggrave les maux qui affligent l’humanité.
La mise en scène est articulée autour d’une diagonale qui descend depuis l’angle supérieur gauche jusqu’à l’angle inférieur droit : c’est sur cette diagonale que se trouvent les deux personnages principaux, au premier plan.
On voit donc la sainte patronne et protectrice de Rome, Françoise Romaine, apparaître dans une nuée : elle tient en ses mains des flèches brisées, symbole de la défaite de la peste dont les traits frappaient le peuple romain. Ce message est adressé à un personnage féminin agenouillé à même le sol, qui personnifie Rome. Remarquez la correspondance des regards et des visages qui expriment avec une réelle intensité la compassion victorieuse de la sainte et la confiante imploration de la cité.
La plupart des commentateurs pense que la femme personnifiant la ville de Rome est probablement un portrait.
Certains avancent le nom de la princesse Anna Colonna, qui décéda en 1658 justement et qui était alliée à toutes les grandes familles romaines – dont les Rospigliosi-Pallavicini – en sus du fait qu’elle était apparentée au pape Urbain VIII Barberini (lequel avait lui-même été l’officiant de son mariage).
D’autres y voient une carmélite, qui personnifierait donc alors la prière d’intercession.
D’autres commentateurs en revanche voient dans la femme agenouillée la représentation de Sainte Françoise Romaine intercédant, et dans la femme qui apparaît dans la nuée soit la Vierge Marie soit la figure allégorique de la miséricorde divine.

En arrière des deux personnages principaux, on voit, bien séparées par la diagonale qui scinde le tableau en deux parties bien distinctes, en bas à gauche une victime qui a succombé à la peste et qui suggère donc la victoire (pour un temps du moins) du fléau, tandis que, dans la partie supérieure à droite, on voit la personnification de la peste qui fuit, chassée par un archange guerrier (ce qui n’est pas sans évoquer l’épisode de la peste qui ravageait Rome au début du pontificat de Saint Grégoire le Grand et qu’apparut Saint Michel rengainant son épée au sommet du môle d’Hadrien, appelé depuis lors « château Saint-Ange ») : la figure de l’épidémie entraîne dans sa fuite deux autres victimes : un jeune homme étendu à terre qu’elle tire par le pied, et un enfant qu’elle porte sur son épaule gauche.

Poussin - Sainte Françoise Romaine détail 1

Au-delà des querelles d’interprétation qui agitent les experts, ce qui nous importe à nous, et particulièrement en ce saint temps de carême, c’est la puissance avec laquelle le génie de Nicolas Poussin, malgré sa main malade, a exprimé la force de la prière et l’efficacité de l’intercession des saints, en même temps qu’il illustre magnifiquement ce que la liturgie nous fait répéter :
« O Dieu que la faute offense et que la pénitence apaise, jetez les yeux avec bonté sur Votre peuple en prière, et détournez les châtiments de Votre colère que nous méritons pour nos péchés : Deus, qui culpa offenderis, paenitentia placaris : preces populi tui supplicantis propitius respice, et flagella tuae iracundiae, quae pro peccatis nostris meremur, averte » (collecte du jeudi après les cendres).

pattes de chat Lully.

Poussin - Sainte Françoise Romaine détail 2

frise

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