Litanies en l’honneur de notre Bienheureux Père Saint Augustin.

(pour la récitation privée)

canivet avec Saint Augustin

Canivet représentant Saint Augustin
(collection du Mesnil-Marie)

Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exauce-nous.

Père Céleste qui es Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui es Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint qui es Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui es un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, priez pour nous.
Sainte Mère de Dieu, priez pour nous.
Siège de la Sagesse, priez pour nous.

Saint Augustin, notre Bienheureux Père, priez pour nous.

Saint Augustin, fils des larmes d’une mère vertueuse, priez pour nous.
Saint Augustin, exemple sublime de conversion, priez pour nous.
Saint Augustin, règle vivante pour les âmes contrites, priez pour nous.
Saint Augustin, infatigable chercheur de Dieu, priez pour nous.
Saint Augustin, inlassable contemplateur de la Très Sainte Trinité, priez pour nous.
Saint Augustin, scrutateur persévérant des mystères de la grâce, priez pour nous.
Saint Augustin, dont le cœur fut embrasé par le feu du divin Amour, priez pour nous.
Saint Augustin, zélateur de la vie monastique, priez pour nous.
Saint Augustin, modèle pour la vie apostolique, priez pour nous.
Saint Augustin, réceptacle de la Sagesse divine, priez pour nous.
Saint Augustin, gloire du collège des évêques, priez pour nous.
Saint Augustin, colonne de la foi catholique, priez pour nous.
Saint Augustin, lumière pour tous ceux qui enseignent, priez pour nous.
Saint Augustin, prédicateur ardent de la Parole divine, priez pour nous.
Saint Augustin, source inépuisable de l’éloquence chrétienne, priez pour nous.
Saint Augustin, commentateur inégalable des Saintes Ecritures, priez pour nous.
Saint Augustin, gardien de la vérité contre l’erreur, priez pour nous.
Saint Augustin, exterminateur des hérésies, priez pour nous.
Saint Augustin, défenseur de la Sainte Église contre ses ennemis, prie pour nous.
Saint Augustin, docteur sublime de la grâce, priez pour nous.
Saint Augustin, Père humble et miséricordieux, priez pour nous.
Saint Augustin, puissant consolateur des âmes affligées, priez pour nous.
Saint Augustin, éclat resplendissant de la gloire de Dieu, priez pour nous.
Saint Augustin, brillant miroir de la sainteté, priez pour nous.
Saint Augustin, modèle de toutes les vertus, priez pour nous.
Saint Augustin, patriarche d’innombrables familles religieuses, priez pour nous.
Saint Augustin, lumière incomparable de l’Occident, priez pour nous.

Agneau de Dieu qui enlevez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu qui enlevez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu qui enlevez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V./: Priez pour nous, ô notre glorieux Père Saint Augustin ;
R./: Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prions :

Dieu tout-puissant et miséricordieux, qui, renouvelant dans Votre Eglise le miracle de la colonne de nuée et de feu, avez communiqué avec une incommensurable largesse la pénétrante intelligence des mystères de Votre Sagesse à notre Bienheureux Père Saint-Augustin, et qui avez surabondamment embrasé son cœur de la flamme de Votre Amour divin de sorte qu’il puisse la propager à travers tous les siècles dans les âmes de Vos fidèles, à sa prière et par son intercession, accordez-nous, nous Vous en supplions, d’affronter victorieusement les épreuves et les tempêtes de ce monde qui passe pour atteindre heureusement aux rivages de la patrie éternelle que Vous nous avez promise. Nous vous le demandons par Jésus-Christ, Notre-Seigneur.

Ainsi soit-il.

Sacré-Coeur gif

Voir aussi :
- Prière à notre Bienheureux Père Saint Augustin > ici
- L’hymne « Magne Pater Augustine » pour la fête de Saint Augustin > ici
Les cinq catéchèses du Saint-Père Benoît XVI consacrées à Saint Augustin en  2008, à partir d’ ici
- La catéchèse du Saint Père Benoît XVI du 25 août 2010 sur Saint Augustin ici
- Les « trois conversions de Saint Augustin » par le Saint-Père Benoît XVI en pélerinage à Pavie en avril 2012 ici
- L’importance de la part monastique dans la vie de Saint Augustin ici
- Prière pour la conversion de ses moeurs, attribuée à Saint Augustin ici
- Le génie, les mérites et la gloire de Saint Augustin (Poujoulat) ici
- Une prière au Saint Esprit extraite des œuvres de Saint Augustin > ici
- La Règle donnée aux serviteurs de Dieu par notre Bienheureux Père Saint Augustin > ici

2018-77. Lettre du Prieur de la Confrérie Royale à l’occasion de la Saint-Louis et du troisième anniversaire de la fondation de ladite Confrérie.

« A fructibus eorum cognoscetis eos »
(Matth. VII, 16)
« Vous les reconnaîtrez à leurs fruits »

Saint Louis - vitrail

Chers Membres et Amis de la Confrérie Royale,

Cette fête de Saint Louis, plus encore que tous les autres « 25 du mois » – pourtant déjà spécialement consacrés à davantage de prière pour notre Souverain légitime, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX -, nous invite à redoubler de ferveur : « Domine, salvum fac Regem nostrum Ludovicum : Seigneur, sauvez notre Roi Louis ! ».
Cette fête de Saint Louis, modèle de tous les Rois chrétiens, nous stimule à être toujours plus dévoués à la prière pour le Roi Très Chrétien.
Cette fête de Saint Louis, céleste patron de notre Prince Louis ainsi que de Monseigneur le Dauphin, et protecteur particulier des Capétiens, exige de nous que nous nous montrions toujours plus généreux et exigeants dans l’accomplissement de ce à quoi nous nous sommes engagés en devenant membres de cette Confrérie.
Nous ne sommes pas entrés dans cette milice spirituelle – car c’en est une – par mondanité, mais pour mener un combat, au service du Roi de la terre lieu-tenant du Roi du Ciel, par les armes de la prière et de la pénitence.

Quitte à passer pour un radoteur et un rabat-joie, mon devoir de Prieur est de vous le rappeler, à temps et à contretemps.
Mon devoir de Prieur m’impose d’insister, aujourd’hui et demain, et jusqu’au bout de mes forces, sur le fait que, pour fléchir le Ciel et en faire descendre d’abondantes grâces sur le Royaume des Lys et son Souverain légitime, il est nécessaire et indispensable, d’ajouter à nos prières des sacrifices et des mortifications volontaires.
Ayez en mémoire que Saint Louis non seulement donnait la première place à Dieu, par la prière, dans ses journées, mais qu’en outre il était assidu et constant dans la pénitence, portant haire et cilice, pratiquant rigoureusement le jeûne et se faisant donner la discipline.

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Chers Amis, en ce 25 août 2018, notre humble Confrérie Royale célèbre le troisième anniversaire de sa fondation : cette journée est donc aussi marquée par une profonde action de grâces.
Action de grâces pour son développement : développement qui s’effectue – lentement mais sûrement – par une croissance continue en effectifs et en audience, mais surtout par la croissance spirituelle de chacun des membres. Nombreux, en effet, sont ceux qui peuvent témoigner que les engagements qu’ils ont pris en entrant dans cette Confrérie sont une force et un puissant stimulant pour leur vie chrétienne tout entière, en même temps qu’ils sont source d’épanouissement et de joie.
Les fondateurs de cette Confrérie Royale sont eux-mêmes émerveillés, même s’il ne s’agit pas de choses spectaculaires, par la manière dont la divine Providence qui s’est servie d’eux comme de pauvres instruments, conduit les choses, bien au-delà de ce qu’ils pouvaient concevoir ou imaginer quand, le 25 août 2015, ils ont annoncé cette fondation.

Mais nous savons et n’oublions jamais que marcher à la suite de Notre-Seigneur Jésus-Christ signifie, immanquablement, d’embrasser Sa Croix et d’avoir part à Ses opprobres. S’il n’en était pas ainsi d’ailleurs, nous pourrions – et même devrions – douter de la vérité surnaturelle de l’œuvre entreprise.
Nous ne pouvons donc pas nous étonner du fait que la Confrérie Royale soit tantôt méprisée, tantôt combattue, tantôt calomniée : cela est déjà une réalité, et, compte-tenu des enjeux pour lesquels elle a été créée, il faut être certain que cela n’ira pas en diminuant.

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Méprisée, combattue, calomniée : la Confrérie Royale doit bien sûr s’y attendre de la part des ennemis de la Royauté traditionnelle et de toutes les valeurs humaines et spirituelles dont elle est la synthèse. Ces dignes héritiers des sans-culottes et des septembriseurs ont au moins le mérite d’être cohérents avec les idées perverses dont ils se sont faits les serviteurs.
Jusqu’à présent, certes, ils ne nous ont pas maltraités physiquement, pas jetés en prison, pas torturés, pas envoyés à la guillotine. Cela viendra peut-être un jour, et nous devons non seulement nous préparer à cela (car la persécution viendra peut-être plus rapidement qu’on ne l’imagine) mais nous devons avoir le désir de rendre le témoignage suprême du sang versé « pour Dieu et pour le Roi ».
Néanmoins, il est déjà arrivé que nous recevions des insultes et faisions l’objet d’agressions verbales, avec toutes les « délicatesses de langage » dont les personnes grossières dans leur mentalité et dans leurs mœurs sont évidemment capables. Mais de cela nous ne nous formalisons pas trop ; il n’y a là rien que de très conforme à la logique des « deux cités » décrites par Saint Augustin : « Deux amours ont donc bâti deux cités, l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité de la terre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité de Dieu ».

Méprisée, combattue, calomniée, la Confrérie Royale l’est aussi par de sincères serviteurs de Dieu : fidèles de la Sainte Eglise catholique qui ne sont pourtant pas des apostats, prêtres ou religieux qui ne sont pourtant pas des clercs dévoyés, prélats réputés pour leur soutien aux valeurs traditionnelles, royalistes défendant les principes d’une monarchie chrétienne, voire même légitimistes affichés et « engagés »… etc.
Faut-il s’en étonner ? Certainement pas !
C’est par ceux dont Il a dit qu’ils siégeaient dans la chaire de Moïse et qu’il fallait pratiquer ce qu’ils enseignaient (mais pas imiter leur conduite) que Notre-Seigneur Jésus-Christ a été attaqué de la manière la plus virulente, plus que par les impies et les païens auxquels ils finiront par Le livrer.

Les catholiques – et plus encore les clercs – qui calomnient et colportent des mensonges sur la Confrérie Royale auront à en rendre compte au tribunal de Dieu, parce qu’ils enfreignent gravement le 8ème précepte du décalogue dont ils sont supposés faire une application exemplaire. Quant à nous, nous avons mieux à faire que de nous justifier nous-mêmes (cf. Rom. VIII, 33).

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La seule réponse qu’il est en notre devoir et pouvoir de donner, est celle d’une toujours plus grande fidélité aux exigences auxquelles nous nous sommes librement et volontairement engagés, afin d’obtenir le maximum de grâces au Roi que nous avons l’honneur de servir et, à travers lui, à la France.
Notre-Seigneur a donné un critère de discernement infaillible au moyen duquel toute âme de bonne volonté est capable de se faire une opinion objective et solide : « A fructibus eorum cognoscetis eos : vous les reconnaîtrez à leurs fruits ! » (Matth. VII, 16).

Je terminerai donc par quelques questions auxquelles je n’apporterai pas moi-même de réponse : la Confrérie Royale porte-t-elle ses adhérents à mieux aimer et servir Dieu, oui ou non ? La Confrérie Royale est-elle un « club » mondain et superficiel, oui ou non ? La Confrérie Royale diffuse-t-elle des idées contraires aux desseins de Dieu sur la France, oui ou non ? La Confrérie Royale pose-t-elle des obstacles à une authentique restauration de la monarchie traditionnelle, oui ou non ? Les pèlerinages et manifestations organisés par la Confrérie Royale portent-ils des fruits de grâce et de vie spirituelle, oui ou non ?

Ainsi donc : « Si cette entreprise ou cette œuvre est des hommes, elle se dissipera ; mais si elle est de Dieu, vous ne pourrez la détruire, et peut-être que vous vous trouveriez à combattre contre Dieu même ! » (Act. V, 38-39).

Votre très humble et très dévoué,
in Corde Iesu & Mariae.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur,
Prieur.
Blason Frère Maximilien-Marie

2018-76. « Ode sur le rétablissement de la statue de Henri IV » (Victor Hugo).

Samedi 25 août 2018,
Fête de Saint Louis, Roi de France (cf. > ici) ;
2ème centenaire du rétablissement de la statue d’Henri IV au Pont-Neuf.

Le 6 juillet dernier, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc, d’Anjou, aîné des Capétiens et descendant direct de Henri IV, de jure SMTC le Roi Louis XX, est venu à Paris pour une journée commémorative – à laquelle, malheureusement, il semble qu’on n’ait pas voulu donner toute l’importance qu’elle eût normalement mérité -, afin de célébrer le deuxième centenaire du rétablissement de la statue de Henri IV le Grand, sur le Pont-Neuf.
A cette occasion, nous avons rappelé l’histoire de cette statue, très aimée des Parisiens, et publié de larges extraits des deux allocutions prononcées par le Successeur légitime du Bon Roi Henri (cf. > ici).

Ainsi que nous le rappelions, c’est le 25 août 1818 que fut célébrée – dans une extraordinaire liesse populaire – l’inauguration de la statue restaurée du premier Roi Bourbon.
Victor Hugo – loin encore d’être le libre penseur porté aux nues par la 3ème république – était alors un jeune homme de 16 ans et demi, ardent légitimiste. Le poème qui suit traduit, en des formes assez convenues, l’enthousiasme qu’il éprouvait alors sincèrement pour les Bourbons et pour la Restauration de la Royauté légitime : un enthousiasme stimulé par les mouvements d’une foule empressée qui se portait avec une euphorie non simulée à toutes les manifestations publiques de la monarchie rétablie.

Cette « Ode sur le rétablissement de la statue de Henri IV » fut primée par un lis d’or décerné par l’Académie. Victor Hugo la placera ensuite dans le recueil « Odes et Ballades » (1826).
La première partie commence par évoquer les anciens héros et grands personnages de l’Antiquité auxquels on éleva de somptueux monuments aujourd’hui détruits et oubliés. La deuxième partie se lamente sur la destruction de la statue du Pont-Neuf, la violation des sépultures royales à Saint-Denys, et l’ingratitude de la France à l’encontre de l’un de ses plus grands Rois. La troisième partie évoque l’allégresse populaire et les transports de joie des Parisiens au rétablissement de la statue de Henri IV, pour célébrer ensuite la Restauration. Enfin la quatrième partie chante la gloire de Henri IV promise à une pérennité spirituelle plus encore qu’à celle des plus solides monuments.

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25 août 1818 rétablissement de la statue d'Henri IV au Pont-Neuf
ODE
SUR LE RÉTABLISSEMENT DE LA STATUE
DE HENRI IV,
Qui a remporté le Prix du Lis d’or proposé par l’Académie ;
Par M. Victor-Marie HUGO.
Accinçunt omnes operi, pedibusque rotarum
Subjiciunt lapsus, et stuppea vincula collo
Intendunt… Pueri innuptæque puellæ
Sacra canunt, funemque manu contingere gaudent.
Virg., Æn., lib. II.

 I.

Je voyais s’élever, dans le lointain des âges,
Ces monuments, espoir de cent rois glorieux ;
Puis je voyais crouler les fragiles images
De ces fragiles demi-dieux.
Alexandre, un pêcheur des rives du Pirée
Foule ta statue ignorée
Sur le pavé du Parthénon ;
Et les premiers rayons de la naissante aurore
En vain dans le désert interrogent encore
Les muets débris de Memnon.

Qu’ont-ils donc prétendu, dans leur esprit superbe,
Qu’un bronze inanimé dût les rendre immortels ?
Demain le temps peut-être aura caché sous l’herbe
Leurs imaginaires autels.
Le proscrit à son tour peut remplacer l’idole ;
Des piédestaux du Capitole
Sylla détrône Marius.
Aux outrages du sort insensé qui s’oppose !
Le sage, de l’affront dont frémit Théodose,
Sourit avec Démétrius.

D’un héros toutefois l’image auguste et chère
Hérite du respect qui payait ses vertus ;
Trajan domine encore les champs que de Tibère
Couvrent les temples abattus (note 1).
Souvent, lorsqu’en l’horreur des discordes civiles,
La terreur planait sur les villes,
Aux cris des peuples révoltés,
Un héros, respirant dans le marbre immobile,
Arrêtait tout à coup par son regard tranquille
Les factieux épouvantés.

II.

Eh quoi ! sont-ils donc loin, ces jours de notre histoire
Où Paris sur son prince osa lever son bras ? (note 2)
Où l’aspect de Henri, ses vertus, sa mémoire,
N’ont pu désarmer des ingrats ?
Que dis-je ? ils ont détruit sa statue adorée.
Hélas ! cette horde égarée
Mutilait l’airain renversé ;
Et cependant, des morts souillant le saint asile,
Leur sacrilège main demandait à l’argile
L’empreinte de son front glacé ! (note 3)

Voulaient-ils donc jouir d’un portrait plus fidèle
Du héros dont leur haine a payé les bienfaits ?
Voulaient-ils, réprouvant leur fureur criminelle,
Le rendre à nos yeux satisfaits ?
Non ; mais c’était trop peu de briser son image ;
Ils venaient encor, dans leur rage,
Briser son cercueil outragé ;
Tel, troublant le désert d’un rugissement sombre,
Le tigre, en se jouant, cherche à dévorer l’ombre
Du cadavre qu’il a rongé (note 4).

Assis près de la Seine, en mes douleurs amères,
Je me disais : « La Seine arrose encore Ivry,
Et les flots sont passés où, du temps de nos pères,
Se peignaient les traits de Henri.
Nous ne verrons jamais l’image vénérée
D’un roi qu’à la France éplorée
Enleva sitôt le trépas ;
Sans saluer Henri nous irons aux batailles,
Et l’étranger viendra chercher dans nos murailles
Un héros qu’il n’y verra pas. »

III.

Où courez-vous ? — Quel bruit naît, s’élève et s’avance ?
Qui porte ces drapeaux, signe heureux de nos rois ?
Dieu ! quelle masse au loin semble, en sa marche immense,
Broyer la terre sous son poids ?
Répondez… Ciel ! c’est lui ! je vois sa noble tête…
Le peuple, fier de sa conquête,
Répète en chœur son nom chéri.
Ô ma lyre ! tais-toi dans la publique ivresse ;
Que seraient tes concerts près des chants d’allégresse
De la France aux pieds de Henri ?

Par mille bras traîné, le lourd colosse roule (note 5).
Ah ! volons, joignons-nous à ces efforts pieux.
Qu’importe si mon bras est perdu dans la foule !
Henri me voit du haut des cieux.
Tout un peuple a voué ce bronze à ta mémoire,
Ô chevalier, rival en gloire
Des Bayard et des Duguesclin !
De l’amour des Français reçois la noble preuve,
Nous devons ta statue au denier de la veuve,
À l’obole de l’orphelin.

N’en doutez pas, l’aspect de cette image auguste
Rendra nos maux moins grands, notre bonheur plus doux ;
Ô Français ! louez Dieu, vous voyez un roi juste,
Un Français de plus parmi vous.
Désormais, dans ses yeux, en volant à la gloire,
Nous viendrons puiser la victoire ;
Henri recevra notre foi ;
Et quand on parlera de ses vertus si chères,
Nos enfants n’iront pas demander à nos pères
Comment souriait le bon roi !

IV.

Jeunes amis, dansez autour de cette enceinte ;
Mêlez vos pas joyeux, mêlez vos heureux chants ;
Henri, car sa bonté dans ses traits est empreinte,
Bénira vos transports touchants.
Près des vains monuments que des tyrans s’élèvent,
Qu’après de longs siècles achèvent
Les travaux d’un peuple opprimé.
Qu’il est beau, cet airain où d’un roi tutélaire
La France aime à revoir le geste populaire
Et le regard accoutumé !

Que le fier conquérant de la Perse avilie,
Las de léguer ses traits à de frêles métaux,
Menace, dans l’accès de sa vaste folie,
D’imposer sa forme à l’Athos ;
Qu’un Pharaon cruel, superbe en sa démence,
Couvre d’un obélisque immense
Le grand néant de son cercueil ;
Son nom meurt, et bientôt l’ombre des Pyramides
Pour l’étranger, perdu dans ces plaines arides,
Est le seul bienfait de l’orgueil.

Un jour (mais repoussons tout présage funeste !)
Si des ans ou du sort les coups encor vainqueurs
Brisaient de notre amour le monument modeste,
Henri, tu vivrais dans nos cœurs ;
Cependant que du Nil les montagnes altières,
Cachant cent royales poussières,
Du monde inutile fardeau,
Du temps et de la mort attestent le passage,
Et ne sont déjà plus, à l’œil ému du sage,
Que la ruine d’un tombeau.

Février 1819.

Détail de la statue équestre d'Henri IV au Pont-Neuf

Notes :

  1.  La colonne Trajane s’élève près de remplacement où furent le sacrum Tiberinum et la via Caprœensis.
  2. La statue de Henri IV fut renversée à l’époque du 10 août.
  3. On sait que ce fut dans le même temps (en 1792 et 1793), qu’après avoir violé les tombes royales, on posa un masque de plâtre sur le visage de Henri, pour mouler ses traits.
  4. Suivant M. le Monnier, le tigre des déserts de Sahara, non content d’avoir dévoré ses victimes, s’acharne encore sur l’ombre de leurs squelettes. M. de Borda s’exprime, sur le même sujet, de la manière suivante : « j’ai vu des tigres d’Afrique, amenés à Damas, et enfermés dans l’immense arène de Magis-Patar, dévorer avec la plus révoltante férocité les bœufs et les hiènes qu’on leur donnait tous vivans, et, leur premier appétit satisfait, passer des journées entières à guetter l’ombre des carcasses décharnées de ces animaux. Il est probable que le mouvement de l’ombre présentait à ces tigres une apparence de vie dans ce qui n’avait pas même une apparence de corps ».
  5. Personne n’ignore l’enthousiasme avec lequel le peuple, le 13 août 1818, s’empara de la statue de Henri IV, et la traîna à force de bras au lieu où elle devait être élevée.

Trois lys blancs

Publié dans : Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis | le 24 août, 2018 |1 Commentaire »

2018-75. « La monarchie véritable, la monarchie traditionnelle, appuyée sur le droit héréditaire… »

24 août,
Fête de Saint Barthélémy, apôtre.
Anniversaire du rappel à Dieu de SMTC le Roi Henri V (+ 24 août 1883).

Henri, comte de Chambord de jure Henri V

SMTC le Roi Henri V dit le Comte de Chambord

A l’occasion de l’anniversaire de la mort de SMTC le Roi Henri V, communément appelé du titre de Comte de Chambord qu’il porta en exil, il n’est jamais inutile de se replonger dans la lecture de certains de ses écrits ; ils sont toujours d’une pénétrante sagacité et d’une profonde sagesse, parce que sa pensée est toujours restée ferme dans les principes et donc, de ce fait, a toujours gardé le recul nécessaire : le recul que donne une doctrine royale traditionnelle multiséculaire sans compromission avec l’esprit du temps.
Au-delà de quelques éléments très circonstanciés, la lettre suivante, adressée à l’un de ses amis en date du 15 novembre 1869, est riche de lumières et d’enseignements qui restent d’une pertinence et d’une actualité absolues en ce début du XXIème siècle.

Loin du portrait du Prince borné et lointain, déconnecté de la réalité de son pays, que dressent à loisir les ouvrages d’histoire, ainsi que les langues éhontément perfides des royalistes libéraux qui auraient consenti à toutes les prostitutions des principes pour obtenir une « royauté à l’anglaise » ou bien à la « sauce Orléans », on voit bien ici combien Henri V était lucide et nourrissait une pensée claire, nuancée, inspirée par l’authentique tradition vivante de la Couronne des Lys.

Nous mettons donc volontairement en valeur – en caractères gras – certaines phrases ou expressions de cette missive qui nous paraissent particulièrement importantes, et nous nous permettons de la compléter par quelques notes dans le but de lui conférer plus de clarté et d’en faire mieux ressortir toute l’importance prophétique…

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Henri V
Lettre du 15 novembre 1869

« Vous savez mieux que tout autre, mon cher ami, si la pensée de la France, la passion de son bonheur et de sa gloire, le désir de lui voir reprendre dans le monde la place que la Providence lui a assignée, font l’objet de mes constantes et bien vives préoccupations.
J’ai toujours respecté mon pays dans les essais qu’il a voulu tenter. On a même pu s’étonner de la persistance d’une réserve dont je ne dois compte qu’à Dieu ou à ma conscience. Mais si les amertumes prolongées de l’exil pouvaient avoir un adoucissement, je le trouverais dans la certitude de n’avoir pas manqué à la résolution que j’avais prise envers moi-même de ne pas aggraver les embarras et les périls de la France.
Cependant l’honneur et le devoir me recommandaient de la prémunir contre de funestes entraînements. Je n’hésitais pas, vous vous le rappelez, à protester contre les prétentions d’un pouvoir qui, uniquement basé sur le prestige d’un nom glorieux, croyait au lendemain d’une crise violente, le moment propice pour s’imposer aux destinées du pays (note 1).
Vous voulez la monarchie, disais-je alors aux Français, vous avez reconnu qu’elle seule peut vous rendre, sous un Gouvernement régulier et stable, cette sécurité de tous les droits, cette garantie de tous les intérêts, cet accord permanent d’une autorité forte et d’une sage liberté, qui fondent et assurent le bonheur des nations (note 2), ne vous livrez pas à des illusions qui, tôt ou tard, vous seraient fatales (note 3). Ce nouvel empire qu’on vous propose (note 4) ne saurait être cette monarchie tempérée et durable dont vous attendez tous ces biens…
La monarchie véritable, la monarchie traditionnelle, appuyée sur le droit héréditaire et consacrée par le temps, peut seule vous remettre en possession de ces précieux avantages
Le génie et la gloire de Napoléon n’ont pu suffire à fonder rien de stable ; son nom et son souvenir y suffiraient bien moins encore. Les dix-sept années qui viennent de s’écouler depuis que je faisais entendre ces paroles à mon pays n’ont-elles pas justifié mes prévisions et mes conseils ?
La France et la société tout entière sont menacées de nouvelles commotions : aujourd’hui, comme il y a dix-sept ans, je suis convaincu et j’affirme que la monarchie héréditaire est l’unique port de salut, où, après tant d’orages, la France pourra retrouver enfin le repos et le bonheur (note 5). – Poursuivre en dehors de cette monarchie la réalisation des réformes légitimes que demandent avec raison tant d’esprits éclairés, chercher la stabilité dans les combinaisons de l’arbitraire et du hasard (note 6), bannir le droit chrétien de la société, baser sur des expédients l’alliance féconde de l’autorité et de la liberté (note 7), c’est courir au devant de déceptions certaines.
La France réclame à bon droit les garanties du Gouvernement représentatif (note 8), honnêtement, loyalement pratiqué, avec toutes les libertés et tout le contrôle nécessaires. Elle désire une sage décentralisation administrative (note 9), et une protection efficace contre les abus d’autorité.
Un Gouvernement qui fait de l’honnêteté et de la probité politique la règle invariable de sa conduite (note 10), loin de redouter ces garanties et cette protection, doit, au contraire, les rechercher sans cesse. – Ceux qui envahissent le pouvoir (note 11), sont impuissants à tenir les promesses dont ils leurrent les peuples (note 12), après chaque crise sociale, parce qu’ils sont condamnés à faire appel à leurs passions au lieu de s’appuyer sur leurs vertus (note 13). – Berryer l’a dit admirablement : « Pour eux, gouverner ce n’est plus éclairer et diriger la pensée publique, quelle qu’elle soit ; il suffit de savoir la flatter, ou la mépriser, ou l’éteindre » (note 14).
Pour la monarchie traditionnelle, gouverner, c’est s’appuyer sur les vertus de la France, c’est développer tous ses nobles instincts, c’est travailler sans relâche à lui donner ce qui fait les nations grandes et respectées ; c’est vouloir qu’elle soit la première par la foi, par la puissance et par l’honneur (note 15).
Puisse-t-il venir ce jour si longtemps attendu où je pourrai enfin servir mon pays ! Dieu sait avec quel bonheur je donnerais ma vie pour le sauver (note 16).
Ayons donc confiance, mon cher ami, et ne cessons pas de travailler dans ce noble but. A la justice et au droit appartient toujours la dernière victoire (note 17).
Comptez plus que jamais sur mon affection. » 

Notes :
1 – Le Prince rappelle ici les mises en garde qu’il a adressées aux Français lors de l’élection de Louis-Napoléon Buonaparte comme président de la 2ème république puis lors du référendum qui a transformé cette dernière en 2nd en-pire. Le « prestige d’un nom glorieux » renvoie évidemment à l’aura mythologique qui a été placée sur l’épopée du petit général Corse.
2 -  « (…) un Gouvernement régulier et stable, cette sécurité de tous les droits, cette garantie de tous les intérêts, cet accord permanent d’une autorité forte et d’une sage liberté, qui fondent et assurent le bonheur des nations (…) » : Le Prince résume ici excellement ce que sont les qualités objectives de la royauté capétienne traditionnelle.
3 – Illusions fatales : on admire ici la lucidité prémonitoire du Prince, plusieurs mois avant le désastre militaire et politique dans lequel s’effondrera l’en-pire en carton-pâte de Louis-Napoléon.
4 – « Nouvel empire qu’on vous propose » : après une période très autoritaire, Louis-Napoléon avait fait mine de donner un nouveau visage, plus libéral, à son système politique.
5 – Là encore les événements postérieurs ont donné raison à Henri V : depuis l’effondrement du 2nd en-pire, la France, tournant le dos à la royauté traditionnelle, n’a jamais connu de période pérenne de véritable stabilité gouvernementale.
6 – « les combinaisons de l’arbitraire et du hasard » : voici une excellente définition du système électoral et prétendûment démocratique.
7 – « le droit chrétien » que le Prince place au premier rang des nécessités politiques peut seul garantir, unifier et harmoniser ces deux éléments : l’exercice de l’autorité et la préservation des véritables libertés individuelles et sociales (cf. la conférence de Gustave Thibon sur la véritable liberté publiée à partir d’ > ici).
8 – « Gouvernement représentatif » : le système électoral et les chambres, auxquels nous ont « habitués » les républiques successives, ne sont pas la seule – en encore moins la meilleure – manière d’avoir une véritable « représentation ». Les corps intermédiaires conformes à l’ordre naturel et conformes au principe de subsidiarité assurent une authentique forme de « représentation ». Il est en effet bien plus approprié à la nature de l’homme et de sa vie en société d’œuvrer à les restaurer dans leur plénitude, si l’on veut restaurer un état qui soit tout à la fois fort, et rigoureusement respectueux des libertés naturelles.
9 – « décentralisation administrative » : tandis que les républiques successives n’ont cessé de durcir la centralisation, et que lorsqu’elles parlent de « décentralisation », elles n’établissent en réalité qu’une « subsidiarité inversée » !
10 – « Un Gouvernement qui fait de l’honnêteté et de la probité politique la règle invariable de sa conduite » : quel contraste avec « la république des affaires », qui cumule les scandales et la corruption !!!
11 – « Ceux qui envahissent le pouvoir » : le Prince ne donne-t-il pas ici une excellente définition des « z’élus de la république » ?
12 – « les promesses dont ils leurrent les peuples » : c’est bien connu, « les promesses n’engagent que ceux qui y croient » (citation célèbre et révélatrice du « système représentatif » actuel).
13 – « ils sont condamnés à faire appel à leurs passions au lieu de s’appuyer sur leurs vertus » : là encore Henri V dépeint en quelques mots bien frappés la sinistre réalité dont les politiciens mênent les campagnes électorales.
14 – La citation de Berryer n’est-elle pas prophétique ? On croirait lire ici la description de ce qui se passe aujourd’hui, sous la 5ème république, dans le Royaume de France occupé.
15 – Dans la monarchie capétienne traditionnelle, c’est l’Eglise qui est le premier Ordre de l’Etat : la royauté traditionnelle est catholique, et cette catholicité, outre qu’elle permet le développement d’une société vertueuse, permet une large diffusion des grâces de Dieu dans l’ordre temporel autant que dans l’ordre spirituel.
16 – « Je donnerais ma vie pour la sauver » : phrase qui montre la réalité de ce qu’est le Roi de France. Epoux mystique de la France (lors du Sacre il reçoit un anneau qui est tout-à-fait analogue à l’alliance passée au doigt des époux et qui symbolise l’alliance spirituelle et morale entre sa Personne sacrée et le Royaume). Ainsi le Roi donne sa vie pour le Royaume, comme l’époux donne sa vie pour son épouse. A l’inverse la majorité des politiciens républicains semble avoir pour devise : « Je vendrais la France pour sauver mes intérêts personnels » !
17 – « A la justice et au droit appartient toujours la dernière victoire » : cette affirmation pleine d’espérance surnaturelle et de foi est aussi celle qui anime et sous-tend tout l’engagement d’un véritable légitimiste. Elle est du même ordre que la confiance inébranlable dans les paroles de Notre-Seigneur assurant que, malgré toutes les attaques, les périodes de crise et de décadence, les portes de l’enfer ne prévaudront finalement pas contre Son Eglise Sainte.

fleur de lys

Articles connexes :
– Actualité du Comte de Chambord > ici
– Evocation du Comte de Chambord par Louis XX en 2015 > ici
– Bref exposé des lois fondamentales du Royaume de France > ici
– Pèlerinage de Louis XX au couvent de la Castagnavizza > ici
– Pourquoi les Princes de la branche aînée des Bourbons n’habitent-ils pas en France ? > ici

2018-74. De Simone Weil ; du témoignage que lui a rendu Gustave Thibon ; et de son baptême in articulo mortis.

1943 – 24 août – 2018

75ème anniversaire de la mort
de
Simone Weil

Simone Weil

Simone Adolphine Weil est née à Paris le 3 février 1909.
Son père, Bernard Weil est issue d’une famille israélite d’origine alsacienne installée à Paris depuis plusieurs générations.  Sa mère, Salomea, était née dans l’empire russe. Trois ans avant Simone, était né un garçon, André, qui sera l’un des plus célèbres mathématiciens du XXe siècle (mort à Princeton, aux Etats-Unis, en 1998).
Bernard Weil étant chirurgien militaire, sa famille le suivra dans ses diverses affectations au cours de la première guerre mondiale. Simone n’a reçu aucune éducation religieuse. Elle écrira plus tard : « J’ai été élevée par mes parents et par mon frère dans un agnosticisme complet ».
A l’âge de 16 ans, au mois de juin 1925, elle est reçue au baccalauréat de philosophie. Après trois ans de classes préparatoires au Lycée Henri IV, où elle suit les cours du philosophe Alain, elle entre à 19 ans (1928) à l’Ecole normale supérieure. Reçue à l’agrégation de philosophie à 22 ans (1931) elle commence alors à enseigner dans divers lycées de province, en particulier au Puy-en-Velay où elle va prendre fait et cause pour les ouvriers en grève et soutenir le mouvement syndicaliste marxiste, ce qui causera un scandale.
Au cours de l’été 1932, elle se rend en Allemagne pour étudier la montée en puissance du mouvement national-socialiste qu’elle analyse avec une grande lucidité. Pendant l’année universitaire 1934-1935, elle abandonne l’enseignement pour embrasser la condition ouvrière : travail à la chaîne, conditions de travail avilissantes, rebuffades, faim, épuisement… Elle en gardera des maux de tête qui ne la quitteront plus. Elle reprend l’enseignement, prend une part active aux grèves de 1936, puis – malgré un pacifisme déterminé – s’engage un temps aux côtés des « rouges » au début de la guerre civile en Espagne. Rien de tout cela ne le prédestinait à se rapprocher du christianisme, tout au contraire !

Pourtant, dès l’automne 1935, en voyage au Portugal, elle est bouleversée par les chants « d’une tristesse déchirante » d’une procession de femmes et elle en retire « la certitude que le christianisme est par excellence la religion des esclaves » (sic) et qu’elle ne peut pas faire autrement que d’y adhérer !
En 1937, alors qu’elle s’est rendue à Assise, dans la chapelle de la Portioncule (Notre-Dame des Anges), elle est saisie par « quelque chose de plus grand que moi » qui la contraint à se mettre à genoux pour la première fois de sa vie.
Enfin, pour la Semaine Sainte 1938, elle va suivre tous les offices à l’abbaye de Solesmes, découvrant la Passion du Christ qui entre en elle à travers la beauté des paroles et des chants de la liturgie. Peu de temps après, elle vit une véritable expérience mystique qu’elle décrit sans fioriture par ces mots :  « Le Christ lui-même est descendu et m’a prise ».
Elle prend alors contact avec des prêtres, des religieux, qu’elle interroge. Elle étudie aussi les autres religions, découvre et approfondit Saint Jean de la Croix et Saint Thomas d’Aquin…
Un dominicain de Marseille, le Rd. Père Joseph-Marie Perrin (1905-2002) devient l’un de ses interlocuteurs privilégiés et va jouer un rôle essentiel dans sa maturation spirituelle. C’est lui qui, en juin 1941, envoie un courrier à Gustave Thibon pour lui demander d’accueillir Simone au Mas de Libian, à Saint-Marcel d’Ardèche.

En effet, en juin 1940, la famille Weil a fui la capitale et a trouvé refuge à Marseille : c’est à ce moment que Simone a pris contact avec le Rd. Père Perrin pour l’interroger sur le dogme catholique, qui, d’une certaine manière, la rebute autant qu’il l’attire.
La demande du Père Perrin à Thibon n’enthousiasme pas ce dernier qui a raconté :
« La première rencontre s’est produite au carmel d’Avignon, dont j’étais l’ami à l’époque. Je lui ai donné rendez-vous pour discuter de son séjour chez moi, car le Père Perrin, un excellent ami, m’avait écrit au printemps de 1941 : « J’ai dans mon bureau une jeune fille israélite, agrégée de philosophie et militante d’extrême gauche, qui désirerait faire un  séjour à la campagne et participer aux travaux agricoles ». Elle était alors exclue de l’enseignement par les lois d’exception qui sévissaient à l’époque. Inutile de vous dire que je fus d’abord un peu alarmé à la pensée de garder quelqu’un chez moi pendant des semaines et peut-être des mois, mais, je ne sais pourquoi, pour obliger un ami, parce que les Juifs étaient repoussés ou persécutés à ce moment-là, j’ai cru devoir accepter et nous nous sommes donné rendez-vous à Avignon. Là, nous nous sommes mis d’accord sur les conditions de son séjour et, quelques jours après, elle est arrivée « avec armes et bagages », comme elle disait, à l’autobus du soir » (in « Entretiens avec Christian Chabanis » p.111).
Dans d’autres circonstances, notre cher Gustave racontait, non sans humour, que dès le premier coup d’œil lors de cette première rencontre, il avait été en quelque sorte choqué par le peu de soin que Simone accordait à sa tenue vestimentaire : « Mon Dieu, qu’elle était mal fagotée ! », nous disait-il avec une expression inimitable !!!
Il continue : « C’est ici que je l’ai accueillie. Elle a passé plusieurs semaines, participant aux travaux agricoles qu’elle faisait de son mieux, mais trouvant toujours qu’elle était trop bien traitée. Une très grande amitié s’est nouée entre nous immédiatement. Elle a demandé ensuite à travailler dans une équipe d’agriculteurs où elle serait inconnue, où elle pourrait partager le sort des travailleurs anonymes, car elle avait l’idée très ancrée – et c’était un des leitmotive de son existence – que pour connaître le réel dans son âpreté, dans sa crudité, il faut n’avoir aucun de ces « rembourrages » qui sont fournis par les titres, les diplômes, les amitiés, la fortune, etc., qui amortissent le choc de la dure nécessité, et par conséquent se trouver au plus bas de l’échelle sociale, de façon à recevoir toute la pesanteur de ce monde ; pour cela, être ouvrier anonyme lui paraissait la condition la plus favorable. C’est précisément ce qu’elle a fait. Mais, pendant le séjour de quelques semaines qu’elle a fait chez moi, je ne dirai pas que ce fut une rencontre, mais la rencontre. Nous parlions tout à l’heure de la communication : eh bien, je crois avoir éprouvé avec elle la communication intérieure à l’état pur. On m’a souvent reproché de majorer l’œuvre de Simone Weil par amitié. C’est exactement le contraire qui s’est produit. Au début, je n’ai éprouvé aucune espèce d’amitié, j’ai plutôt senti, je ne dirai pas de la répulsion – le mot serait beaucoup trop fort -, mais un manque alarmant de sympathie. L’amitié est venue ensuite de la révélation de la grandeur : je n’ai donc rien eu à majorer. J’ai été en quelque sorte vaincu malgré moi par la pureté de cette âme, par la qualité de cet esprit » (« Entretiens avec Christian Chabanis » pp.112-113).

De prime abord, tout semble les opposer. Par leurs tempéraments aussi bien que par leur milieu respectif, leur manière de penser et de réagir. Là encore, Gustave Thibon avait quelques anecdotes qu’il résume ainsi : « Nous passions une partie de notre temps à nous disputer ». Mais il ajoute aussitôt : « Mais c’était en quelque sorte des disputes transparentes, car – et c’est un grand témoignage en faveur de la sainteté d’un être – je n’ai jamais observé chez elle, quelles que soient la divergence des opinions et la vivacité de la discussion, la moindre réaction d’un moi blessé, la moindre trace de susceptibilité. Elle affirmait fortement ses convictions, mais ignorait totalement la vanité littéraire » (« Entretiens avec Christian Chabanis » p.114).
Dans la préface à « La Pesanteur et la Grâce », le premier livre de Simone Weil dont il assurera la publication (1947),  Gustave Thibon affirme qu’il n’a jamais éprouvé chez aucun être la sensation d’un contact aussi tangible avec le surnaturel – une approche d’une évidence telle qu’il ne put s’y dérober -, et qu’il a réalisé avec elle la plus haute amitié de sa vie d’esprit.
En effet, lorsqu’elle quitte le Mas de Libian pour retourner à Marseille, à l’automne 1941, Simone laisse à Gustave ses cahiers, l’invitant à en publier la substance sous son nom à lui : « La main qui tient la plume avec le corps et l’âme qui y sont attachés sont des infinitésimaux de nième importance » lui écrit-elle en les lui confiant.
Thibon n’en fera rien : il fera un choix dans ces cahiers de manière à les rendre accessibles à un large public. De la sorte, « La Pesanteur et la Grâce » fut un succès et acquit une très grande audience, révélant une mystique de premier ordre.
Gustave Thibon, évoquant d’abord pour beaucoup d’auteurs qui ont publié des choses sublimes « le contraste décevant entre leurs œuvres où se jouent les reflets du ciel et la vanité de leur vie privée, captive des passions terrestres », ajoute : « Simone Weil fut un pur témoin – un être en qui le génie de l’expression s’unissait à une orientation inconditionnelle et permanente vers la perfection intérieure. Son œuvre écrite est la traduction fidèle de son âme ; rien dans son style de vie et dans sa conduite envers le prochain ne démentait son message. Je n’ai jamais connu d’être plus transparent, j’entends plus docile à la pénétration de la lumière (…). Simone Weil était de ces êtres prédestinés qui, selon le mot de l’Apôtre, vivent « comme s’ils voyaient l’invisible ». Et qui dit lumière dit vérité. La soif, l’exigence de vérité était la passion centrale de Simone Weil (…) » (in « Ils sculptent en nous le silence » pp. 199-200).
Un peu plus loin, il ajoute :
« Vraie devant Dieu, Simone Weil était véridique dans tous ses rapports avec les hommes. Aucune trace chez elle de ces combinaisons teintées de demi-mensonges qui sont l’étoffe de la plupart des bonnes relations sociales. Elle disait toute sa pensée à tout le monde, sans le moindre souci de déplaire, si durs que soient pour le prochain les effets de cette abrupte franchise. Un seul exemple : je lui avais donné à lire un de mes manuscrits. Et voici son jugement : « J’ai trouvé, dans tout ce que vous avez écrit, quatre ou cinq formules à peu près satisfaisantes ». Et elle ajoutait, consciente de la susceptibilité des écrivains : « Je suis presque certaine que cette sincérité me coûtera votre amitié, mais que vaudrait une amitié mêlée de mensonge ? » Cette absence totale de diplomatie lui valut d’ailleurs de solides inimitiés. Son conctact excluait toute demi-mesure : on n’avait le choix devant elle qu’entre l’éblouissement et le refus.
Et de cet être pur émanait une vertu purificatrice. On sentait, en sa présence, l’inconsistance des alliages trop humains de la vie religieuse. Après Saint Jean de la Croix qu’elle admirait sans réserve, elle affirmait que le cheminement de l’âme vers Dieu ne doit se confondre avec aucun état d’âme, positif ou négatif, et qu’il consiste au contraire dans une orientation permanente ves le « Bien pur et impossible » sans égard aux circonstances extérieures ou intérieures. Ainsi l’aiguille aimantée de la boussole marque invariablement le nord quelle que soit la température ambiante. L’accès au divin exige le dépassement de tout l’humain… »
(ibid. pp. 201-202).

C’est à Saint-Marcel d’Ardèche que Simone entreprend la lecture intégrale du Nouveau Testament. Toutefois, à ce moment-là, elle n’hésite pas à dire au Rd. Père Perrin que, bien que conquise par l’Amour du Christ, elle ne pense pas être appelée au baptême… Quelque chose lui manque encore qui ne s’accomplira que dans les ultimes jours de sa vie terrestre.

A la mi-mai 1942, la famille Weil s’embarque pour les Etats-Unis d’Amérique. Mais aussitôt arrivée à New-York, Simone est rongée par l’inquiétude intérieure que lui procure une situation qu’elle juge trop confortable en des temps où tant d’hommes vivent l’angoisse, la détresse, la misère, l’incertitude du lendemain, la terreur des horreurs liées à cette guerre : elle reprend donc le bâteau pour la Grande-Bretagne où elle arrive en novembre 1942. Elle s’engage activement dans la résistance mais, rapidement déçue par ce qu’elle constate auprès de Charles de Gaulle et dans son entourage, elle démissionne. Sa santé est gravement altérée par toutes les privations qu’elle s’impose et on découvre qu’elle est rongée par la tuberculose.
Le 15 avril 1943, Simone Weil est admise au Middlesex Hospital de Londres, puis transférée le 17 août au sanatorium d’Ashford, dans le Kent. C’est là qu’elle rend le dernier soupir, lors d’une crise cardiaque, le 24 août 1943, âgée de 34 ans et demi.
Elle est enterrée au cimetière catholique d’Ashford.

La plupart des notices biographiques qui lui sont consacrées affirment qu’elle est morte sans baptême.
Mais le Rd. Père Perrin et Georges Hourdin sont catégoriques, après avoir reçu le témoignage de Simone Deitz, une juive convertie au catholicisme, amie de Simone Weil présente à son chevet lors de ses derniers jours : Simone Weil a demandé à Simone Deitz de la baptiser, in articulo mortis.
Ce témoignage semble avoir été ignoré de Gustave Thibon.
Il n’y a toutefois aucune raison de douter des affirmations de Simone Deitz, et c’est donc revêtue de la robe immaculée des néophytes que l’âme de Simone Weil, au terme d’une vie aux rebondissements multiples et d’un cheminement spirituel tout-à-fait surprenant, s’est présentée aux portes du paradis ce 24 août 1943.

C’est à Thibon que nous empruntons la conclusion de cette modeste contribution au 75ème anniversaire du rappel à Dieu de cette femme d’exception : « Je tiens Simone Weil pour le plus grand auteur spirituel de notre époque. Ce qui m’alarme, c’est que notre époque ait accordé une plus large audience au message d’un Teilhard de Chardin qu’à celui d’une Simone Weil. Notre époque, a dit Debidour, avait à choisir entre le symptôme et le remède de son mal : elle a choisi le symptôme. Le diagnostic est exact » (in « Entretiens avec Christian Chabanis », p.115).

Tombe de Simone Weil - Ashford (Kent)

Tombe de Simone Weil
cimetière catholique d’Ashford (Kent)

Prière pour renouveler le Vœu de Louis XIII :

Nous avons publié (cf. > ici) les prières liturgiques traditionnellement prescrites pour la procession du 15 août en accomplissement du Vœu de Sa Majesté le Roi Louis XIII.
Lors de la procession du Vœu de ce dernier 15 août, à la chapelle Notre-Dame de la Rose de Montélimar si chère à notre cœur, Monsieur l’Abbé, à la station, a en outre lu un texte de prière qui a retenu toute notre attention – et qui a d’ailleurs été très apprécié de tous les fidèles présents – dont il a publié le texte dans le bulletin paroissial. Il nous a dit qu’il tenait cette prière de l’un de ses confrères, lequel l’avait découvert il y a plusieurs années dans un manuel de dévotion.
Nous pensons que ce texte, d’une grande actualité, complète très heureusement les prières liturgiques de la Procession du Vœu de Louis XIII, et nous remercions vivement Monsieur l’Abbé de nous avoir autorisé à le publier dans ces pages.

Abraham Bosse voeu de Louis XIII

Gravure d’Abraham Bosse (1602-1676)
représentant le Vœu de Louis XIII

lys 2

Au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Ainsi soit-il.

Très douce Vierge Marie, qui avez jadis inspiré au Roi Louis XIII de vous consacrer sa personne, son royaume et ses sujets, daignez continuer d’étendre sur notre personne, notre famille, notre paroisse, notre diocèse et notre Patrie, la France, votre protection maternelle.
Nous aussi, et davantage que le pieux Roi, nous sommes en butte aux épreuves, aux divisions, aux révoltes et aux erreurs. Le démon et le monde mènent contre la Sainte Eglise, contre la Royauté de votre Fils, contre les familles chrétiennes et contre nos âmes fragiles, une guerre sans merci, cherchant à détruire tout ce qui glorifie Dieu et tout ce qui est soumis à Sa Sainte Volonté.
Le monde entier souffre de famine spirituelle, et il n’est presque plus personne pour prêcher la Vérité et répandre la grâce des sacrements. Les erreurs et le péché règnent partout, jusque dans le sanctuaire, et la foi de vos enfants est sans cesse menacée par des pasteurs indignes qui renient par leurs paroles ou par leurs actes l’Evangile de votre Divin Fils.

C’est pourquoi nous nous tournons vers vous avec ferveur et grande confiance, et nous venons à vos pieds nous consacrer à vous.
Conservez en notre intelligence la foi catholique dans son intégrité, et donnez-nous la grâce d’en porter témoignage.
Ranimez en notre cœur l’espérance, afin que nous désirions contempler la Trinité Sainte et vous-même dans le Ciel, et que nous demandions humblement à Dieu la fidélité qui y conduit.
Répandez en notre âme votre charité, pour qu’en toutes choses nous imitions vos vertus et suivions votre exemple.
Rétablissez dans notre patrie et dans ce qui fut la Chrétienté le règne de Jésus-Christ : que les institutions et les mœurs soient animées et réglées par la Sainte Loi de Dieu.
Avec vous et par votre intercession, ô Notre-Dame et notre Souveraine, nous voulons ici-bas travailler à la gloire de Dieu, et en jouir dans l’éternité.

Ainsi soit-il.

Louis XIII offrant sa couronne à Notre-Dame - Nicolas Coustou

SMTC le Roi Louis XIII offrant sa Couronne à la Vierge de Pitié
(maître-autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris)

Le cantique « Prends mon coeur : le voilà ! »

En ce jour de fête de la Très Sainte Vierge Marie, nous avons plaisir à renouveler notre consécration personnelle à Notre-Dame et à lui offrir notre cœur avec toujours plus de ferveur et d’amour.
Voici un ancien cantique que nous aimons beaucoup au Mesnil-Marie parce qu’il exprime bien tout ceci : hommage filial, confiance en sa protection maternelle, préservation et secours dans les tentations, imitation de ses vertus et persévérance finale…
En somme, ces cinq couplets résument tout ce qui constitue la dévotion à Marie.

J’ai même trouvé un enregistrement de ce cantique chanté par Tino Rossi (!!!). Le voici (faire un clic droit sur l’image ci-dessous, puis « ouvrir le lien dans un nouvel onglet ») :

Image de prévisualisation YouTube

Trois lys blancs

Cœur très pur de Marie

Prends mon cœur le voilà, Vierge ma bonne Mère :
C’est pour se reposer qu’il a recours à Toi ;
Il est las d’écouter les vains bruits de la terre,
Ta secrète parole est si douce pour moi.

-1 -
Que j’aime de Ton front la couronne immortelle,
Ton sourire si doux, Ton regard maternel !
Mère, plus je Te vois, plus je Te trouve belle
Et je viens déposer mon cœur sur Ton autel.

- 2 -
Tu le sais inconstant : hâte-Toi de le prendre,
Peut-être que ce soir il ne sera plus mien ;
Il me faudrait pleurer pour me le faire rendre.
Oh ! cache-le bien vite et mets-le dans le Tien.

- 3 -
Et puis si, quelquefois, je Te le redemande,
Oh ! ne me le rends plus mais dis-moi, dès ce jour,
Dis-moi que Tu ne peux accueillir ma demande
Que je Te l’ai donné, qu’il est Tien sans retour !

- 4 -
Rends-moi pur à Tes yeux, donne-moi l’innocence,
Un bon cœur pour T’aimer et Ton sein pour dormir,
La foi, la charité, la sublime espérance,
Tes vertus ici-bas, un beau jour pour mourir.

- 5 -
Quand mes yeux obscurcis baisseront vers la tombe,
Quand ma lèvre aura bu le calice de fiel,
Donne-moi pour voler des ailes de colombe
Et viens me recevoir à la porte du Ciel.

Monogramme des Servites

Autres textes de consécration à Notre-Dame publiés dans ce blogue :
- Consécration personnelle « O Domina mea » de St Louis de Gonzague > ici
- Consécration du genre humain au Coeur immaculé de Marie (Pie XII) > ici
- Prière de St Germain de Constantinople > ici
et aussi…
- BD « La nouvelle arche » > ici
- BD « Dans l’arche du Coeur immaculé » > ici

2018-73. « L’incomparable vertu du support des maussades et fâcheux prochains ».

21 août,
Fête de Sainte Jeanne-Françoise de Chantal ;
Mémoire de Saint Privat, premier évêque du Gévaudan et martyr ;
7ème jour dans l’octave de l’Assomption ;
Anniversaire de la naissance de Saint François de Sales (cf. > ici).

Vray portrait de la Rde Mère de Chantal

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je vous ai déjà entretenu du gros volume des « Epistres spirituelles de la Mère Jeanne-Françoise Frémiot baronne de Chantal Fondatrice et première Supérieure de l’Ordre de la Visitation Saincte Marie » (1644), que nous possédons dans notre bibliothèque et dont j’avais eu l’occasion d’extraire pour vous une très belle lettre (cf. > ici).

Je voudrais aujourd’hui, livrer à votre lecture – et surtout à votre méditation – une autre lettre de cette très grande sainte. Je pense, en effet, qu’elle peut être utile à beaucoup d’âmes, car au-delà des circonstances particulières en lesquelles se trouvait la destinataire de cette missive (il s’agissait de la supérieure d’un monastère, qui se trouvait attaquée et calomniée par une personne extérieure), chacun peut profiter des sages conseils et avis que Sainte Jeanne-Françoise de Chantal prodigue ici : n’arrive-t-il pas très souvent que ceux qui veulent avancer dans les voies de la perfection et le service de Dieu se trouvent eux aussi en butte aux calomnies et aux propos malveillants de personnes – et même de très pieuses personnes -, aveuglées ou égarées par la passion ?
C’est d’ailleurs une réalité d’une constance absolue depuis Notre-Seigneur Lui-même, Lequel a été critiqué, rejeté, calomnié, livré aux païens et aux tourments de la Passion par les princes des prêtres et les plus rigoureux observateurs des préceptes religieux.
Il en sera ainsi pour Ses fidèles disciples jusqu’à la fin des temps…

Lully.

Note :
Sans rien altérer du style de Madame de Chantal, pour des raisons de compréhension nous avons travaillé à rendre la ponctuation et l’orthographe conformes aux règles actuelles de la langue française.

Epitre 101 Sainte Jeanne de Chantal

« Ma très chère fille, vous voilà en un exercice tout propre à vous faire devenir sainte : certes vous avez bon besoin d’un grand courage, mais j’espère que Dieu vous le fortifiera tous les jours davantage : ne vous abattez point, je vous en conjure : faites profit de ces riches occasions que Dieu vous présente pour acquérir la vraie humilité, douceur et patience ; et surtout cette grande leçon des saints, qui est l’incomparable vertu du support des maussades et fâcheux prochains.
Ma fille, regardez souvent notre Sauveur, parmi les diverses souffrances de Sa Passion : voyez comme on le baffoue, méprise et vilipande. Et enfin, Père, dit-Il, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font.
Cette pauvre chère personne ne sait certes que c’est qu’elle fait, car la passion la transporte : mais patience ! Allez avec Notre-Seigneur : remettez entièrement entre Ses mains sacrées la charge qu’Il vous a commise, et particulièrement celle ce cette pauvre âme, et vous y confiez. Vous verrez bientôt le calme et votre Maison pleine de bénédictions ; comme certes elle est, puisque la sainte union règne en toute la famille.
Cela n’est rien d’avoir une brebis qui s’écarte du troupeau. Portez votre Croix, généreusement : supportez avec une gaie douceur et patience tout ce que l’on dit de vous et de votre Maison : étant sans fondement, ni vérité, il passera et s’étouffera, et la bonne renommée subsistera.
Cependant profitez de cette occasion, je vous en conjure, car jamais peut-être n’en aurez-vous une semblable, pour vous conformer à Notre-Seigneur. Embrassez et chérissez tous ces mépris : cachez-les dans votre sein et vous enrichissez d’un si précieux trésor. Ne regardez ni la langue ni la main qui vous frappe, mais voyez en tout cela la seule très sainte volonté de Dieu, qui vous veut rendre conforme à Lui par cette tribulation.
Mais tenez-vous ferme et constante dans l’enclos d’une très humble générosité et d’une extraordinaire douceur, charité, égalité et modestie : ne laissez échapper une seule parole de ressentiment, et parlez sobrement avec support et charité.
Je vous prie, que chacun connaisse que l’esprit de Dieu habite en vous, et en vos filles. Ne refusez aucune soumission, s’il en faut faire, et dites toujours que vous ferez tout ce qui vous sera conseillé, et que Monseigneur l’Evêque ordonnera, que tout votre désir est de vivre en onbservance et paisible en votre Communauté.
Dieu soit votre Protecteur, ma très chère fille, et vous tienne en Sa main. »

armoiries de l'ordre de la visitation.gif

2018-72. 106ème pèlerinage légitimiste à Sainte-Anne d’Auray

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous vous invitons – si vous n’êtes pas déjà avertis – à prendre connaissance du programme suivant, et, en particulier si vous habitez dans l’Ouest de la France (mais pas que : il y aura des pèlerins du Sud-Est qui se rendront en Bretagne pour la circonstance !) à ne pas manquer de participer à ce pèlerinage légitimiste : une date importante dans le calendrier annuel des manifestations de la Légitimité !

Pèlerinage légitimiste Sainte-Anne d'Auray 2018

Pèlerinage légitimiste Sainte-Anne d'Auray 2018

Pèlerinage légitimiste Sainte-Anne d'Auray 2018

Pèlerinage légitimiste Sainte-Anne d'Auray 2018

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