2017-63. Brève histoire des reliques de Saint Vincent de Paul.

translation du corps de St Vincent de Paul 25 avril 1830

Dimanche 25 avril 1830 : translation solennelle du corps de Saint Vincent de Paul depuis Notre-Dame de Paris jusqu’à la chapelle des Lazaristes (95 rue de Sèvres).
Cette gravure représente l’arrivée de la procession à l’entrée de la chapelle des Lazaristes où le supérieur reçoit Monseigneur de Quelen, archevêque de Paris auquel on présente l’eau bénite.

Aussitôt après sa mort, survenue à Paris dans la nuit du 26 au 27 septembre 1660, le coeur de Vincent de Paul fut prélevé, embaumé et placé dans un reliquaire en argent offert par la célèbre duchesse d’Aiguillon, Marie-Madeleine de Vignerot (1604-1675), nièce du cardinal de Richelieu, présente à l’agonie de Monsieur Vincent (tout comme, entre autres, Armand de Bourbon, prince de Conti, et Jacques-Bénigne Bossuet, alors archidiacre de Metz).

Comme Vincent de Paul ne pouvait pas encore être honoré par un culte public, et alors que son corps était inhumé au milieu du choeur de l’église Saint-Lazare, ce reliquaire fut précieusement conservé à l’abri dans une armoire de la Maison Saint-Lazare.

Soixante-neuf ans plus tard, au mois de septembre 1729, à la suite de la béatification de Monsieur Vincent qui avait été célébrée à Rome le 13 août, son corps placé dans une châsse ainsi que le reliquaire de son coeur furent placés sur un autel de la chapelle : ils y restèrent soixante-deux ans.

pillage de la maison Saint-Lazare le 13 juillet 1789

Pillage de la Maison Saint-Lazare, à Paris, le 13 juillet 1789
(eau-forte de Duplessi-Bertaux)

Dans la nuit du dimanche 12 au lundi 13 juillet 1789 et presque toute cette journée du 13, la Maison Saint-Lazare fit l’objet d’un pillage et d’un saccage systématiques par les émeutiers parisiens, à la suite d’une rumeur prétendant que du blé et des armes y seraient cachés.

Seule l’église fut à peu près respectée, toutefois le supérieur général des Lazarises, Monsieur Cayla de La Garde, prit des précautions pour que les reliques de Saint Vincent de Paul (canonisé le 16 juin 1737) ne fussent point profanées. En particulier lorsque, à la fin de l’année 1792, la châsse d’argent fut emportée par les révolutionnaires, les ossements de Saint Vincent de Paul et les documents attestant de leur authenticité furent transférés dans une caisse de chêne, dûment scellée avant d’être cachée : cette caisse de chêne accomplira plusieurs déménagements, incognito, au milieu du Paris révolutionnaire jusqu’à être remise aux Filles de la Charité subsistantes lorsqu’on toléra qu’elles reformassent une communauté dédiée au soin des malades.
En 1806, les Filles de la Charité qui étaient alors en charge du précieux dépôt firent reconnaître et authentifier le coffre de chêne scellé, qui ne fut cependant pas ouvert. 

Au mois d’avril 1830, Monseigneur de Quelen, archevêque de Paris, ordonna la reconnaissance canonique solennelle des ossements de Saint Vincent de Paul.
Le coffre de chêne, emporté à l’archevêché, fut ouvert et son contenu fut reconnu pour authentique : outre le squelette du saint, presque entier (car quelques ossements d’un bras et d’une cuisse avaient été prélevés avant la révolution), le coffre renfermait divers objets, vêtements du saint, et surtout des documents permettant leur identification de manière indubitable.

Le squelette fut reconstitué par les chirurgiens de l’Hôtel-Dieu ; les ossements furent entourés d’étoupe et de tissus, tandis que le visage et les mains étaient reconstitués en cire. Le corps fut alors revêtu d’habits sacerdotaux et l’ensemble fut placé dans une lourde châsse d’argent qui fut transportée à Notre-Dame et y resta exposée toute la journée du samedi 24 avril.
Enfin, le dimanche 25 avril 1830, la châsse de Saint Vincent de Paul fit l’objet d’une translation solennelle depuis la cathédrale Notre-Dame jusqu’à la chapelle de la nouvelle maison des Lazaristes, 95 rue de Sèvres (l’enclos de Saint-Lazare ayant été vendu par lots et l’ancien couvent transformé en prison, les Lazaristes avaient dû, au début de la Restauration, construire un nouveau couvent).
A cette procession solennelle assistèrent de nombreux prélats et ecclésiastiques, des princes et des dignitaires civils, au milieu d’une grande ferveur populaire.

La châsse de Saint Vincent de Paul fut placée au-dessus de l’autel et elle n’a pas bougé depuis.
Deux escaliers situés de part et d’autre, à l’arrière du retable, permettent de monter jusqu’à elle. Chaque jour, nombreux sont les pèlerins qui gravissent ces marches afin de se rapprocher des reliques de ce saint si populaire et si compatissant aux misères humaines.

châsse de saint Vincent de Paul au-dessus de l'autel rue de Sèvres

Châsse de Saint Vincent de Paul au-dessus du maître-autel de la chapelle des Lazaristes
Paris, 95 rue de Sèvres

La châsse, oeuvre de l’orfèvre Jean-Baptiste-Claude Odiot, mesure 2,25 m de long, 65 cm de large et un peu plus d’1 m de hauteur en son milieu. Elle porte un groupe sculpté représentant Saint Vincent de Paul élevé au ciel entouré par quatre anges portant les symboles traditionnels de la foi, de l’espérance et de la charité.

Châsse de Saint Vincent de Paul

Châsse de Saint Vincent de Paul
contenant ses ossements : les mains et le visage sont une reconstitution de cire.

Notons au passage que le crucifix placé sur la poitrine de Saint Vincent de Paul, derrière ses mains jointes, est celui avec lequel il assista Sa Majesté le Roi Louis XIII lors de son agonie (cf. > ici).

Corps de Saint Vincent de Paul détail - le crucifix

Sur la poitrine de Saint Vincent de Paul, le crucifix avec lequel il assista Louis XIII à l’agonie.

Le coeur de Saint Vincent de Paul quant à lui connut d’autres péripéties.

Nous avons vu que, depuis la mort même de Monsieur Vincent, il était conservé dans un reliquaire à part : lors de la révolution, Monsieur Cayla de La Garde, supérieur général des Lazaristes, le confia à son assistant, Monsieur Siccardi, pour lui faire quitter la France.
Caché dans un livre dont le centre avait été évidé, le coeur de Saint Vincent de Paul fut emporté à Turin, capitale du Royaume de Sardaigne, où il demeura jusqu’au temps où le Piémont fut occupé par les troupes françaises puis annexé par la république et l’empire. C’est alors que le cardinal Fesh, archevêque de Lyon et demi-frère de Maria-Letizia Ramolino, obtint de faire venir la relique à Lyon.
Elle y arriva le 1er janvier 1805 et y resta jusqu’en 1947.

Cette année 1947 devait voir la canonisation de la Bienheureuse Catherine Labouré. Elle fut effectivement célébrée le dimanche 27 juillet 1947 par Sa Sainteté le Pape Pie XII.

C’est dans cette perspective que, le 15 février 1947, Sœur Blanchot, supérieure générale des Filles de la Charité, alla rencontrer Son Eminence le Cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, et lui exprima son désir : « Vous n’ignorez pas que le cœur de Saint Vincent est apparu plusieurs fois à Soeur Catherine Labouré, nous aimerions donc qu’il soit présent chez nous lors de la glorification de notre Sainte ».
Le cardinal Gerlier promit d’y réfléchir. Mais la mère générale avait besoin d’une réponse rapide, et celle-ci n’arrivait pas.
Impatiente, elle se décida à téléphoner (chose qui n’était pas très courante en 1947, surtout dans les maisons religieuses). Or la poste était en grève ; il était impossible de téléphoner, sauf pour urgence médicale.

Qu’à cela ne tienne : « Urgence du coeur », répondit avec assurance la supérieure à l’employé des Postes. Elle fut donc mise en relation téléphonique avec l’archevêché de Lyon… et reçut l’autorisation d’emporter la relique.

autel St Vincent -Chapelle-rue-du-Bac

Chapelle de la Médaille Miraculeuse, rue du Bac :
l’autel de Saint Vincent de Paul se trouve tout à droite.

Rentrée à Paris qu’elle avait quitté au moment de la grande révolution, la relique du coeur de Saint Vincent de Paul est donc depuis lors habituellement exposée au-dessus de l’autel dédié à Saint Vincent de Paul, dans la chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse, 140 rue du Bac, à Paris.

reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul rue du Bac

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul
exposé sur l’autel du saint dans la chapelle de la Médaille Miraculeuse.

Notons toutefois que cette année 2017 est célébrée comme celle du quatrième centenaire du charisme particulier des fondations vincentiennes : c’est en effet le 25 janvier 1617 que, dans la chaire de l’église de Folleville, en Picardie, Monsieur Vincent prononça un sermon demeuré célèbre parce qu’il est à l’origine du lancement de « l’oeuvre de la mission » pour le secours des pauvres et des malades.
Voilà pourquoi, depuis le 25 janvier 2017, le reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul est en voyage à travers toute la France puis voyagera dans le monde entier, afin que les cérémonies et les grâces accompagnant les déplacements de l’insigne relique de ce coeur qui fut si parfaitement rempli par l’amour de Dieu et du prochain, suscite de nouveaux élans de charité.

Lully.

Reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul en voyage en 2017

Le reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul en voyage,
à travers toute la France et dans le monde entier en 2017 :
protégé par un cylindre de verre et transporté en automobile grâce à un petit brancard,
il va à la rencontre des familles religieuses vincentiennes et des fidèles.

A suivre :
Le coeur de Saint Vincent de Paul et la France >

Publié dans : Nos amis les Saints, Vexilla Regis | le 18 juillet, 2017 |3 Commentaires »

2017-62. D’un fervent pèlerinage sur les pas de nos héros et de nos martyrs.

Lundi 17 juillet 2017,
Fête des Bienheureuses Carmélites martyres de Compiègne (cf. > ici).

Massacre des prêtres aux Vans 12-14 juillet 1792

Gravure de la fin de l’année1792 illustrant le massacre des prêtres aux Vans le 14 juillet précédent
ainsi que l’exécution du comte François-Louis de Saillans le 12 juillet.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

C’est désormais une tradition : chaque 14 juillet, Frère Maximilien-Marie et les membres du Cercle Légitimiste du Vivarais, ainsi que quelques autres personnes sympathisantes, commémorent les terribles événements du mois de juillet 1792 dans le sud du Vivarais.

J’ai déjà eu l’occasion de publier (par exemple > ici) quelques textes relatifs aux Camps de Jalès, dont le dénouement tragique, à peine un mois avant l’attaque des Tuileries et l’emprisonnement de la Famille Royale (cf. > ici ou ici), fut l’occasion d’épouvantables massacres, en particulier ceux du comte François-Louis de Saillans et de plusieurs ecclésiastiques, fidèles et courageux serviteurs de Dieu et du Roi.

Monsieur de Saillans fut assassiné aux Vans, petite ville de l’ancien diocèse et duché d’Uzès aujourd’hui rattachée au Vivarais, au soir du 12 juillet 1792 avec Messieurs les abbés Pradons et Boissin, ainsi que le vétéran Nadal et un domestique du comte.
Deux jours plus tard, au même lieu, furent sauvagement exécutés neuf prêtres dont le seul crime était d’avoir refusé le serment schismatique : ils s’étaient retirés dans une grotte isolée sur le territoire de la paroisse voisine de Naves, et y menaient une vie de prière et de pénitence dans l’espérance de jours meilleurs pour l’Eglise de France…

Ce 14 juillet dernier donc, plus de vingt-cinq personnes venues de l’Uzège, de la vicomté de Nîmes, du Dauphiné, du Velay et du Vivarais, se sont retrouvées dès 9 h du matin aux Vans.
Après avoir bénéficié des explications et commentaires de l’historienne locale sur la vieille ville, son histoire, ses maisons remarquables et son église, nos pèlerins se sont rendus sur la place qui porte aujourd’hui le nom de Léopold Ollier, au pied de la grande croix, dite Croix de la Grave, érigée en l’honneur des victimes de la révolution massacrées en ce lieu.

Les Vans - croix de la Grave

Les Vans : la « Croix de la Grave » marque le lieu du martyre du comte de Saillans
et des onze prêtres fidèles qui furent horriblement massacrés par les révolutionnaires.

Comme il n’existe plus aucune inscription lisible qui explique la raison de l’implantation de cette croix et que la liste des victimes n’y figure pas non plus, il n’est pas inutile de la donner ici :

Massacrés le 12 juillet 1792 :
- François-Louis, comte de Saillans.
- son domestique.
- Nadal, soldat vétéran.
- Abbé Joseph Boissin.
- Abbé Pradons, curé de Bannes.

Massacrés le 14 juillet 1792 :
- Abbé Henri-Claude Clémenceau de La Bouillerie, natif de Rennes, curé de la cathédrale Saint-Castor à Nîmes (il est le grand oncle du fameux Georges Clémenceau).
- Abbé Michel Faure, natif de Chamaury à Saint-Martial (hameau voisin du Mesnil-Marie), curé de Mons (diocèse d’Alais).
- Messieurs Claude Bravard, natif d’Arlanc, et Victor-Pierre Lejeune, natif d’Orléans, tous deux prêtres de Saint-Sulpice et directeurs au séminaire Saint-Charles d’Avignon.
- Abbé Jean-Laurent Drome, natif de Vers (diocèse d’Uzès), vicaire de St-Victor-la-Coste.
- Abbé Jean Bonijol, natif de Nîmes, chanoine de la cathédrale d’Uzès.
- Abbé Jacques Montagnon, natif de Genolhac, curé de Valabri près de Bagnols.
- Abbé Victor Nadal, natif de Bannes, curé d’Apailhargues (diocèse d’Uzès).
- Abbé Jean-Matthieu Novi, jeune prêtre natif des Vans, vicaire d’Auzac, exécuté sous les yeux de son propre père.

Chambonas

Chambonas : vue générale
Sur l’avant du château on distingue l’église romane dédiée à Saint Martin
et le prieuré qu’avait reconstruire l’abbé Claude Allier

Après s’être recueilli au pied de cette croix, le groupe s’est rendu à Chambonas, paroisse dont l’abbé Claude Allier, instigateur et âme des Camps de Jalès (cf. > ici), fut le curé-prieur.

Eglise de Chambonas extérieur

Chambonas : l’église Saint-Martin
Le chevet, le côté nord et la façade « côté cour » du presbytère de l’abbé Claude Allier

Eglise et presbytère de Chambonas

Chambonas : le presbytère reconstruit par l’abbé Claude Allier « côté jardin »
le clocher et la toiture de l’église Saint-Martin au sud. 

Eglise de Chambonas intérieur

Chambonas : intérieur de l’église Saint-Martin

Avec l’aimable autorisation du prêtre desservant, Monsieur le Grand Prieur de la Confrérie Royale, présent à cette journée, chanta une Sainte Messe de Requiem à la mémoire des victimes de la révolution. Vous pouvez retrouver le texte de sa prédication > ici.
Ce fut un moment d’une grande ferveur.

Messe de Requiem pour les victimes de la révolution 1

Sainte Messe de Requiem à la pieuse mémoire des victimes de la révolution,
célébrée par Monsieur le Grand Prieur de la Confrérie Royale ce 14 juillet 2017.

Sainte Messe de Requiem pour les victimes de la révolution 2

L’élévation de la Sainte Hostie.

Messe de Requiem l'absoute

L’absoute à la fin de la Sainte Messe de Requiem

Monogramme de l'abbé Claude Allier à la porte du presbytère de Chambonas

Monogramme de l’abbé Claude Allier au dessus de la porte d’entrée du presbytère de Chambonas

Après le temps des nourritures spirituelles, vint celui des nourritures terrestres : nos pèlerins se rendirent en convoi jusqu’à la Commanderie de Jalès et pique-niquèrent sous les tilleuls de l’allée nord, avant de parcourir les vestiges de ce haut-lieu dont le nom résume trois années d’épisodes contre-révolutionnaires dans le sud du Vivarais.

Jalès vestiges du porche fortifié

Commanderie de Jalès : les vestiges du porche fortifié.

Jalès la cour d'honneur

Commanderie de Jalès : ce qui fut jadis la cour d’honneur.

Jalès porte de la chapelle

Commanderie de Jalès : l’ancienne porte d’entrée de la chapelle du XIIe siècle
depuis la cour d’honneur.

Le convoi se reforma et nos pèlerins prirent la route de Joyeuse, l’ancienne cité ducale dont la légende rapporte qu’elle doit son nom à l’épée de Charlemagne.

Ici, il s’agissait de vénérer le lieu où fut exécuté le chanoine Clément de La Bastide de La Molette, ancien officier entré dans les ordres, chanoine de la cathédrale d’Uzès, qui s’était engagé aux côtés du comte de Saillans à la fois comme prêtre et comme ancien militaire, puisqu’il aidait à former au maniement des armes les paysans cévenols qui voulaient se battre pour Dieu et pour le Roi.

Après l’incendie du château de Bannes et de la Commanderie de Jalès, le chanoine de La Bastide de La Molette parvint à s’enfuir en direction du Gévaudan, en compagnie du chevalier d’Entremeaux, mais ils furent pris en chasse et capturés le 12 juillet dans l’après-midi.  
Ils furent emmenés sous escorte jusqu’à Joyeuse, où se trouvait François-Antoine de Boissy d’Anglas, alors procureur général du département de l’Ardèche.
Ils y arrivèrent le dimanche 13 juillet à  l’heure où les patriotes sortaient de la messe du curé jureur : pris de rage, ceux-ci se jetèrent sur les prisonniers et les massacrèrent sans pitié sur le parvis même de l’église Saint-Pierre, tandis que Boissy d’Anglas, depuis la fenêtre du premier étage de l’ancien collège des Oratoriens, assistait à la scène sans faire le moindre geste ni prononcer la moindre parole pour faire respecter un semblant de justice…

Joyeuse parvis de l'église Saint-Pierre

Joyeuse :  parvis de l’église Saint-Pierre
La croix marque le lieu où fut sauvagement assassiné le chanoine Clément de La Bastide de La Molette ;
sur la gauche, la fenêtre du 1er étage de l’ancien collège des Oratoriens où se tenait Boissy d’Anglas.

Joyeuse croix du parvis

Joyeuse : vue depuis l’intérieur de l’église Saint-Pierre, la croix du parvis qui marque le lieu où fut massacré le chanoine Clément de La Bastide de La Molette.

Nos pèlerins se mirent ensuite en route pour la dernière étape de cette journée de mémoire : Largentière, où ils se rendirent à l’église Notre-Dame des Pommiers, au sommet de la petite cité médiévale.

Largentière chevet de l'église ND des Pommiers

Largentière : chevet de l’église Notre-Dame des Pommiers

En effet, après l’exécution du comte de Saillans, sa tête fut promenée dans plusieurs villages du sud du Vivarais, afin d’inspirer la terreur à tous les fidèles sujets du Roi et les dissuader de s’opposer à la révolution.
Elle parvint à Largentière, où un enragé, un cabaretier surnommé « La Paille », la suspendit à sa devanture.

Au bout de quelque temps cependant, le crâne de Monsieur de Saillans fut inhumé dans un jardin, où il fut retrouvé vers le milieu du XIXème siècle.
Mais alors, au lieu de rendre cette vénérable relique à la famille du comte, elle fut placée sur la corniche d’un chapiteau au sommet d’un pilier, dans le fond de l’église Notre-Dame des Pommiers… et elle s’y trouve toujours, aussi incroyable et scandaleux que cela paraisse.

Crâne de Monsieur de Saillans - église de Largentière

Largentière, église Notre-Dame des Pommiers : le crâne de Monsieur de Saillans.

Ici s’acheva ce périple de mémoire et de fidélité accompli en ce 14 juillet par ceux qui ont aujourd’hui pour ambition et pour gloire de servir eux aussi Dieu et le Roi, ainsi que l’ont fait, jusqu’au don suprême, ces vaillants héros et martyrs.

Vive Dieu ! Vive le Roi !

Lully.

Croix du clocher de Chambonas

Croix fleurdelysée au faîte du clocher de Chambonas

Publié dans : Chronique de Lully, Memento, Vexilla Regis | le 17 juillet, 2017 |3 Commentaires »

2017-61. Le meilleur argument en faveur de la Messe latine traditionnelle.

Vendredi 7 juillet 2017,
Dixième anniversaire du motu proprio « Summorum Pontificum ».

2007 – 7 juillet – 2017

La sainte messe catholique - Mysterium Fidei

Mysterium Fidei

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Quel est le meilleur de tous les arguments en faveur de la Sainte Messe latine traditionnelle ?

Car certes, il existe plusieurs arguments qui en démontrent l’excellence et la supériorité : arguments tous très pertinents, arguments tout à la fois très pieux et très savants, arguments fondés sur de très sérieuses études de l’histoire de la liturgie, fondés sur l’absolue rectitude doctrinale de ce rite séculaire, fondés sur les fruits de grâce que l’on constate dans les communautés où il est célébré, fondés sur les vocations qu’il suscite, fondés sur les extraordinaires développements spirituels que l’on peut apprécier dans les âmes qui en vivent… etc.

Mais il existe un argument qui, en quelque sorte, les résume tous : un argument unique qui contient tous les arguments historiques, doctrinaux et spirituels au sujet desquels on peut écrire des milliers d’excellents livres ; un argument unique qui nous est donné non par les défenseurs du rite traditionnel mais par ses opposants, et qui réside… dans ces opposants eux-mêmes.

De la même manière en effet que le vice – par le fait même qu’il est vice – démontre l’excellence et la supériorité de la vertu, de la même manière aussi tous les adversaires de la Sainte Messe latine traditionnelle en démontrent exactement, par ce qu’ils sont et par ce qu’ils professent, l’excellence et la supériorité.

Je m’explique.
Qui sont, en effet, ces opposants à la liturgie latine traditionnelle ?

On peut les répartir en deux catégories :
1) les ennemis de l’Eglise, désireux de limiter son influence, acharnés à la combattre de manière plus ou moins frontale ou plus ou moins occulte, hostiles au règne du Christ, suppôts plus ou moins avoués de satan, maçons sectaires ou idéologues de gauche héritiers de l’esprit des « Lumières », païens fanatiques ou néo-païens adonnés à des rites ésotérico-chamano-idolâtro-naturalistes, hérétiques farouches de la descendance de Luther ou de Calvin… etc.
2) des membres de l’Eglise, clercs ou laïcs, que l’on peut qualifier de « néo-modernistes ».

Les premiers sont animés par toute la rage de l’enfer contre tout ce qui fait jaillir la grâce de Dieu en ce monde, contre tout ce qui peut rapprocher les âmes de Dieu, contre tout ce qui est clairement catholique, contre tout ce qui témoigne de la plénitude de la Vérité révélée. En cela, ils sont dans une pleine cohérence avec leurs convictions.
S’ils ridiculisent et traitent par le mépris la liturgie latine traditionnelle, qualifiant ses fidèles d’intégristes, de fondamentalistes catholiques, de rétrogrades, de réactionnaires, de gens nuisibles au progrès de la société… etc., lorsque le sujet est évoqué ils prendront immanquablement la défense de la liturgie post-conciliaire. En effet, même s’ils n’ont pas la foi de l’Eglise, même s’ils n’ont que des notions très superficielles de son catéchisme et de sa théologie, même s’ils sont ignorants de l’histoire de la liturgie et de son symbolisme, et donc même si tous les arguments d’une véritable discussion sur ce sujet leurs sont étrangers, ils sont, par principe, en faveur de la « nouvelle messe » ; « nouvelle messe » à laquelle ils n’assistent pourtant quasi jamais, sinon pour quelques cérémonies où ils se rendent par pure convenance sociale (mariages, enterrements), et au cours desquelles ils attendent seulement que cela se passe.
Tous ces ennemis de l’Eglise qui critiquent la liturgie latine traditionnelle et se disent favorables à la réforme liturgique post-conciliaire, ne démontrent-ils pas ainsi, en définitive, que le démon (sous l’influence duquel ils se trouvent, agissent et réagissent) craint bien plus le rite antique et séculaire que son ersatz de la fin des années 60 !

Les seconds partagent avec les premiers une conception évolutive et « progressiste » de l’histoire humaine, une conception héritée du siècle des « Lumières », de sa fausse philosophie, puis du scientisme et du rationalisme qui en découlent, ainsi que toutes les « remises en question » de tout ordre qui se sont introduites dans l’Eglise dans cette continuité.
En définitive, tout en restant factuellement à l’intérieur de l’Eglise, ces clercs ou laïcs ont la même mentalité, les mêmes idées, le même type de réflexion et de raisonnement que les ennemis de l’Eglise, qu’ils sapent de l’intérieur.
Aussi n’y a-t-il rien d’étonnant à ce qu’ils aient envers la liturgie latine traditionnelle la même attitude de critique, de rejet, d’opposition et d’hostilité que les premiers.
La même ? Non, pas exactement ! Ces critiques, ce rejet, cette opposition et cette hostilité sont souvent plus virulents et passionnés chez eux.
Une attitude parfois même d’une virulence exacerbée lorsqu’ils ont connu et pratiqué cette liturgie dans leur enfance ou leur jeunesse : je pense à ces prêtres formés dans les séminaires dans les années qui ont précédé le second concile du Vatican, qui ont été ordonnés selon le rituel antique et qui, aujourd’hui plus ou moins septuagénaires (sinon octogénaires), se montrent les plus acharnés adversaires de l’application des mesures édictées par le Saint-Siège en faveur de la messe traditionnelle, dans le même temps où ils ont la bouche pleine de poncifs tels que : tolérance, accueil de tous, respect de toutes les différences… etc.
Que dirons-nous d’eux, sinon qu’ils sont eux aussi mus par l’erreur, gangrenés par l’hérésie, infestés par les idées du siècle et donc, eux aussi, sous l’influence de l’esprit des ténèbres ? Tout ce qui est trop catholique les indispose, et ils ont à l’adresse des catholiques fidèles à la Tradition de l’Eglise les mêmes qualificatifs que leur donnent les ennemis de l’Eglise.

Oui, quand on prend la mesure de ce que sont en vérité les opposants au rite séculaire de la Sainte Messe et les opposants à tout développement de la liturgie traditionnelle, nous possédons ipso facto l’argument le meilleur qui soit pour en démontrer l’excellence et la supériorité !

Lully.

Nota bene :
On relira avec intérêt les propos de feu Monsieur le cardinal Domenico Bartolucci au sujet de la réforme liturgique > ici

Missel romain traditionnel

2017-60. La « nouvelle messe » n’est pas un rempart pour la foi catholique mais, dans les faits, elle a favorisé la perte de la foi et la diffusion de l’hérésie.

Jeudi 6 juillet 2017.

La Sainte Messe

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Demain, vendredi 7 juillet 2017, nous célèbrerons le dixième anniversaire de la publication du motu proprio « Summorum Pontificum » par lequel Sa Sainteté le Pape Benoît XVI fit sauter – autant que cela lui était alors possible sans accentuer les divisions et les déchirures dans l’Eglise romaine – quelques verrouillages totalement injustes (c’est-à-dire totalement contraires à la justice) qui empêchaient la célébration de la Sainte Messe latine traditionnelle.

Nous avons bien conscience que ce texte
1) d’une part demeurait – et demeure – une sorte de pis-aller qui ne rend pas pleinement à la liturgie traditionnelle la place qui lui est due dans l’Eglise latine,
2) d’autre part, bien qu’il ait permis une réelle augmentation de la célébration des Saintes Messes selon l’usus antiquior et de leur fréquentation, présente des ambiguïtés qu’il faudra bien lever un jour,
3) reste encore, dans la pratique, étrangement ignoré de nombre de prêtres diocésains, voire d’évêques, et donc aussi de la très grande majorité des fidèles qui ne sont pas informés de leurs droits.

Mais je ne veux ni épiloguer ni polémiquer au sujet de ce motu proprio ; à l’occasion de son dixième anniversaire, je veux simplement vous livrer quelques réflexions relatives à la réforme liturgique issue du second concile du Vatican.

ouverture vatican II

Concile Vatican II

Je ne crains pas de le dire et de le répéter avec insistance : depuis la fin de l’année 1969 (date de son entrée en vigueur), ce que, par facilité de langage nous appelons « la nouvelle liturgie », dans les faits et malgré les annonces d’une tapageuse outrecuidance qui promettaient qu’à travers elle s’accompliraient un renouveau et un développement de la vie chrétienne, n’a pas contribué à la vitalité de l’Eglise.
Tout au contraire, presque cinquante ans après sa mise en application, tout observateur objectif et lucide peut affirmer que cette liturgie réformée a plutôt contribué à la diminution de la pratique religieuse, qu’elle a joué un rôle considérable dans la désaffection des fidèles, et qu’elle a concouru à la perte de la foi.

Attention ! Je ne suis pas manichéen (ce serait un comble pour un disciple de Saint Augustin) : je ne dis pas que la « nouvelle messe » est la cause, et encore moins la cause unique, des malheurs énumérés ci-dessus : j’ai parfaitement conscience qu’il faut en même temps, pour être juste,
1) tenir compte de l’évolution de la société et des mentalités au tournant des années 60 du précédent siècle,
2) faire la part à l’action larvée du modernisme qui avait miné le terrain bien avant « le » concile dans les séminaires, les maisons religieuses, les presbytères et les évêchés,
3) mentionner une catéchèse et une prédication qui, dans l’ensemble, se sont révélées d’une indigence et d’une inconsistance affligeantissimes,
4) et rappeler que, bien souvent – malheureusement ! – , ni la solidité d’une authentique vie spirituelle ni la fermeté de saines bases intellectuelles ne se trouvaient alors au-rendez-vous pour opposer un rempart inexpugnable aux assauts de la décadence généralisée et galopante.

Plutôt que de cause première ou de racine de la crise de l’Eglise, nous pouvons dire en toute exactitude, je crois, que l’instauration de la « nouvelle liturgie », tout comme le second concile du Vatican lui-même, ont été les occasions, ou encore les causes déclenchantes, d’un mouvement convulsionnaire dévastateur qui parut alors au grand jour mais qui leur préexistait depuis de nombreuses décennies.

Toutefois, il faut aussi affirmer que la liturgie, qui est le signe le plus visible de la vie ecclésiale a été, en quelque sorte, le point de cristallisation de la crise et le noeud stratégique dont dépendit alors la vitalité et le développement de la Chrétienté.

Attention encore ! Je ne veux pas dire que tous ceux qui assistent à la « nouvelle messe » ont perdu la foi catholique : nous savons qu’il y a (heureusement !) des évêques, des prêtres, des religieux et des fidèles du rang qui la pratiquent quotidiennement, et dont la vie spirituelle et la foi catholiques subsistent véritablement.
Sans nul doute est-ce parce qu’ils ont en même temps gardé un lien authentique avec la Tradition doctrinale et spirituelle : ici, je serais presque tenté d’écrire que s’ils gardent la foi ce n’est pas grâce à la « nouvelle liturgie » mais malgré elle et parce qu’ils demeurent – oui malgré elle – entés sur la Tradition vivante et séculaire de l’Eglise.

Messe latine traditionnelle dans la chapelle de l'ancienne Visitation du Puy en Velay

L‘attachement à la liturgie latine traditionnelle n’est pas une question de « sensibilité », ni une question de préférence d’un type particulier de célébration pour des raisons de « goûts personnels », mais il se fonde sur un problème doctrinal.
Il s’agit d’une question de fond plus que de forme.

Jean Guitton, ami de Paul VI, a rapporté dans ses souvenirs que le pape Montini lui avait explicitement affirmé qu’il avait voulu cette réforme de la liturgie afin que désormais la « nouvelle version » de la messe puisse être acceptée – et célébrée – par les protestants.
Il ressort de cela avec évidence que si l’on fabrique une liturgie afin qu’elle soit acceptée par les protestants lors même que ceux-ci ne renoncent pas à leurs erreurs doctrinales graves au sujet du Saint-Sacrifice, du Sacerdoce et de l’Eucharistie, cela signifie donc immanquablement que cette « nouvelle liturgie » est moins catholique, qu’elle atténue et minimise la doctrine catholique, qu’elle édulcore les dogmes catholiques sur le Saint-Sacrifice, le Sacerdoce et l’Eucharistie, qu’elle protestantise le culte catholique…

De fait, que constatons-nous chez beaucoup de « catholiques pratiquants » qui assistent à la « nouvelle messe » ?
La plupart – et je n’écris pas cela à la légère mais parce que je l’ai pu constater des centaines de fois en parlant avec eux – ne savent pas faire la différence entre les catholiques et les protestants, entre la foi catholique et les doctrines protestantes, entre l’assistance à la messe et celle au culte protestant, et ne voient que des différences mineures (considérées même comme insignifiantes) entre le catholicisme et le protestantisme.

Car force est de constater que non seulement l’instauration et la mise en pratique de « la nouvelle liturgie » n’a pas contribué à la vitalité de l’Eglise, mais qu’en outre elle a favorisé l’ignorance religieuse, le relativisme, le synchrétisme et quelques autres erreurs anciennes qui ont repris du poil de la bête.
Beaucoup de « catholiques pratiquants » des paroisses ordinaires se fabriquent leur « petite-foi-perso » avec laquelle « on en prend et on en laisse » dans l’enseignement authentique hérité de deux mille ans de Magistère. Ils n’ont plus à proprement parler la Foi, mais ils se sont fabriqué une croyance subjective – aux contours imprécis et mouvants – comparable à un plateau repas de self-service : chacun fait son choix selon ses goûts ou réflexions du moment et ne conserve du véritable catholicisme que ce dont il a envie ou qui l’arrange hic et nunc.

Rappelons au passage que pour NN.SS. les évêques de France aujourd’hui un « catholique pratiquant » n’est pas quelqu’un qui va à la messe tous les dimanches, mais quelqu’un qui y va une fois par mois (question subsidiaire : qu’en est-il pour eux du troisième commandement de Dieu et du deuxième commandement de l’Eglise ?).
Or ces « catholiques pratiquants » ne représentent plus qu’environ 3% de la population française.
Eh bien, des sondages réguliers publiés dans ce qui fut jadis « la bonne presse » (mais ne l’est plus depuis belle lurette : « la Croix », « la Vie », « le Pèlerin »… etc.), nous apprennent – je ne l’invente pas – que des pourcentages énormes de ces « catholiques pratiquants » ne croient pas à la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ni à Sa résurrection selon la chair (ou bien confondent résurrection et réincarnation), ni à la Présence Réelle du Christ dans l’Eucharistie, ni au caractère sacrificiel de la messe, ni à l’existence de l’enfer, ni au péché originel, ni même parfois à la Sainte Trinité (excusez du peu) : cette liste est loin d’être exhaustive… hélas !
Et on appelle cela des « catholiques pratiquants » !!!

Si donc ces « pratiquants » de la messe de Paul VI n’adhèrent plus à la doctrine catholique reçue des Apôtres, ou bien « en prennent et en laissent » dans cette doctrine catholique, n’est ce pas la démonstration que la « nouvelle messe » n’est pas le rempart de la foi catholique, comme peut l’être la sainte messe latine traditionnelle, mais que, dans les faits, elle a favorisé la perte de cette foi, l’apostasie et l’hérésie ?
Contra factum non fit argumentum : en face des faits, il n’y a pas à discutailler.

Lully.

pleurant

2017-59. Pourquoi le Roi de France légitime est le Prince Louis de Bourbon : Louis XX.

Lundi 3 juillet 2017.

Signature Hugues Capet

Signature du Roi Hugues Capet

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Outre l’anniversaire de la naissance de Frère Maximilien-Marie, chaque 3 juillet, d’une manière bien plus importante, ramène aussi l’anniversaire du sacre du Roi Hugues 1er, surnommé Capet et fondateur de la dynastie capétienne, qui fut sacré le 3 juillet 987 dans la cathédrale de Noyon.

En cette année 2017, c’est même le 1030ème anniversaire de cette accession de Hugues Capet au trône de France, et nous nous souvenons avec une certaine émotion du « millénaire capétien », célébré en 1987, qui fut alors si important pour faire connaître plus largement en France la personne de Monseigneur le Prince Alphonse de Bourbon, duc d’Anjou et de Cadix, de jure Sa Majesté le Roi Alphonse II de France, puisqu’il était alors l’aîné de tous les Capétiens.
Mais plus encore que la personne du Prince Alphonse de Bourbon, le « millénaire capétien » fut pour beaucoup l’occasion de la révélation du courant légitimiste et des principes de la royauté capétienne traditionnelle qu’il est le seul à défendre et promouvoir.

Cet anniversaire du sacre de Hugues Capet me fournit l’occasion de vous proposer d’entendre un exposé du professeur Franck Bouscau, historien des Institutions et des Idées politiques, qui enseigne à l’université de Rennes I, et membre de la Société d’Histoire du Droit.

Dans l’enseignement enregistré que vous pouvez entendre ci-dessous, le professeur Bouscau revient sur la « controverse dynastique » qui oppose les légitimistes et les orléanistes.
Partant de l’état de la question à la mort du comte de Chambord (+ 24 août 1883), de jure Henri V, et à la lumière des principes pérennes du droit royal traditionnel, le professeur Bouscau fait revivre l’histoire du mouvement légitimiste : son effacement apparent jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, puis son renouveau à partir de 1946.

C’est en historien du Droit et des idées politiques, que le professeur Franck Bouscau démontre que le Prince Louis de Bourbon est bien aujourd’hui le Roi de France légitime : Louis XX.

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grandes armes de France

Publié dans : Vexilla Regis | le 3 juillet, 2017 |2 Commentaires »

2017-58. Dieu Lui-même est légitimiste.

Vendredi 16 juin 2017,
Fête de Saint Jean-François Régis (cf. > ici).

Baptême de Clovis

Le baptême de Clovis est la naissance de la France.

Fleur de Lys

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Plusieurs personnes ont demandé à Frère Maximilien-Marie le texte de son intervention du samedi matin 27 mai dernier dans le cadre du pèlerinage annuel de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay.  Mais en réalité, il n’y avait pas de texte écrit ce jour-là, il y avait seulement des notes dans un plan…
A force d’insistance, avec quelques autres amis, nous avons obtenu de lui qu’il reprenne ces notes et les développe afin de me donner un texte que je puisse publier. Je suis maintenant en mesure de le faire, mais ce ne sera pas en une seule fois. En effet, pour plus de clarté et force, il y aura trois publications, correspondant aux trois idées maîtresses de l’exposé donné par Frère Maximilien-Marie.

Lully.

Fleur de Lys

Parce que Dieu Lui-même est légitimiste !

Lorsque l’on me demande pourquoi je suis légitimiste, et pourquoi – en tant que religieux – je suis si ostensiblement légitimiste, et même prosélyte dans mon légitimisme, j’ai désormais l’habitude de répondre : « Parce que Dieu Lui-même est légitimiste ! »

C’est là une formule à l’emporte-pièce qui résume le fait que la légitimité n’est pas une option facultative, mais qu’être légitimiste aujourd’hui découle d’une manière strictement logique des dispositions de la divine Providence, et donc de la sainte volonté de Dieu.
C’est Dieu Lui-même - « Deus, cujus Providentia in sui dispositione non fallitur : Dieu dont la Providence ne se trompe jamais dans ses dispositions » (collecte du 7ème dimanche après la Pentecôte) – , à travers l’histoire, à travers les événements qu’Il a voulus ou permis, à travers les hommes qu’Il a suscités, éclairés et guidés, qui a fait que la France soit un royaume catholique, qui a fait de la France « le Royaume des Lys », et qui lui a donné ses Lois fondamentales (cf. > ici).

A – La France est par essence catholique et royale :

C’est une idée sur laquelle j’insiste et sur laquelle j’insisterai encore et encore, jusqu’à mon dernier souffle sans doute : la France est née de la rencontre et de l’union de deux éléments qui lui sont essentiels – c’est-à-dire qui appartiennent à son essence, à la réalité profonde et substantielle de son être – : la royauté franque et la foi catholique.
C’est la raison pour laquelle le baptême de Clovis est l’événement fondateur de la France : avant le baptême de Clovis, il y a un territoire, qui est la Gaule romaine, en proie à la division, à l’invasion, à la décadence… etc. A partir du baptême de Clovis, sur la base d’une royauté qui est désormais unie à la foi catholique – la foi de Nicée – , il y a véritablement la constitution du Royaume catholique des Francs, la constitution du Royaume de France, la constitution de la France : notre France en même temps et indissociablement catholique et royale.

Certes, il y aura bien des développements, une croissance, une maturation, un épanouissement, comme il y en a pour tout corps vivant ; mais la rencontre, l’alliance, l’union, presque la fusion, de ces deux éléments – la foi catholique et la royauté des Francs – dans les Fonts Baptismaux de Reims, est bien la source de laquelle découle indubitablement toute l’histoire, toutes les caractéristiques, toute la civilisation, toute la culture propre et tout le génie particulier de la France.
Cela est aussi vrai que le fleuve est tout entier dans la source, aussi vrai que l’arbre et ses fruits sont tout entiers dans la graine dont ils sont issus, aussi vrai que l’homme est déjà tout entier dans la première cellule fécondée dans le sein maternel.

B – C’est par vocation divine que la France est, dans son essence, catholique et royale, et la Providence l’a maintes fois confirmé dans l’histoire :

Nous savons que toutes les nations ont une vocation propre et unique qui leur est assignée par la divine Providence.
Ici, je vous renvoie au sublime et inépuisable discours que prononça, au titre de légat pontifical a latere du pape Pie XI auquel il allait bientôt succéder, Son Eminence Révérendissime le cardinal Eugenio Pacelli, le 13 juillet 1937 dans la chaire de Notre-Dame de Paris (cf. > ici). Nous avons là un texte essentiel et fondamental qu’il convient de lire et de relire, de méditer et d’approfondir car une seule lecture ne peut permettre d’en saisir toutes les richesses et de s’en pénétrer.
Que nous dit le cardinal Pacelli ? Quelle idée maîtresse développe-t-il ? Quelle leçon intemporelle nous donne-t-il et prouve-t-il par les faits ?
Que « (…) les peuples, comme les individus, ont aussi leur vocation providentielle ; comme les individus, ils sont prospères ou misérables, ils rayonnent ou demeurent obscurément stériles, selon qu’ils sont dociles ou rebelles à leur vocation.  » 

Les faits eux-mêmes démontrent, comme je vous le rappelais précédemment, que ce qui a fait la France c’est la rencontre et l’union de la royauté franque et de la foi catholique, et que tant que ces deux éléments ont été préservés, fortifiés et développés, la France a été prospère et rayonnante, pour reprendre les termes du cardinal Pacelli. Les faits eux-mêmes démontrent que dès lors qu’on a voulu mettre fin à la royauté catholique et qu’on a porté atteinte à cette union essentielle de laquelle le Royaume de France était né, nous sommes entrés dans des temps de misère et de stérilité.

Les faits sont les signes et les preuves des dispositions de la Providence de Dieu.
Les faits nous montrent la volonté de Dieu à travers des personnages tels que Saint Remi et Sainte Geneviève, Sainte Clotilde et Clovis, Saint Charlemagne et Saint Louis, Sainte Jeanne d’Arc et Louis XVI, pour ne citer que quelques figures suréminentes de notre histoire.
En France, la royauté chrétienne, née dans la fontaine baptismale de Reims où Clovis reçut la grâce, perfectionnée par Saint Charlemagne, conduite à sa perfection par Hugues capet et ses descendants, sanctifiée par Saint Louis, élevée à un degré de gloire inégalé par le Grand Roi, « fils aîné du Sacré-Coeur », et amenée à un degré d’union avec l’Agneau de Dieu immolé qui n’a jamais été égalé en Louis XVI et Louis XVII, a vu ses Lois fondamentales et la valeur absolument unique de son Sacre défendues et confirmées de manière éclatante par la geste inouïe et miraculeuse d’une jeune vierge venue des marches de Lorraine, placée par Dieu à la tête des armées !

Schématiquement, depuis la Noël 496 jusqu’à nos jours, quinze siècles d’histoire de la France nous montrent d’une part qu’il y a eu, malgré des crises et des événements douloureux, treize siècles de croissance organique et de montée en puissance et en gloire sous un seul régime politique : la royauté chrétienne traditionnelle ; et d’autre part que, depuis le reniement de 1789, source de toutes les apostasies sociales et spirituelles, il y a un peu plus de deux siècles d’instabilité et de décadence inéluctable. « Contra factum non fit argumentum », dit l’antique adage juridique : contre les faits, il n’y a pas d’argumentation qui tienne.

C – Etre légitimiste, c’est donc être fidèle aux dispositions de la divine Providence :

Parce que la Providence de Dieu s’est exprimée par les faits dans l’établissement de la royauté chrétienne en France et tout au long de son histoire, parce que « les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance » (Rom. XI, 29), parce que « Dieu est fidèle » (1 Cor. I, 9) et parce que « si nous sommes infidèles, Lui reste fidèle car Il ne peut Se renier Lui-même » (2 Tim. II, 13), nous pouvons et même nous devons affirmer que c’est être dans l’obéissance à Dieu, c’est être dans la fidélité à Ses dispositions providentielles que d’être légitimiste, que de conserver et de défendre, que de promouvoir et de se faire l’apôtre de ce que Dieu a voulu pour la France et de la manière dont Il l’a voulu : la monarchie chrétienne traditionnelle, la royauté capétienne de droit divin, avec ses Lois fondamentales qui règlent la succession au trône et qui ont assuré pendant des siècles la stabilité et la prospérité du Royaume de France.

Nous le devons dire et répéter avec d’autant plus de force que ces vérités sont aujourd’hui occultées, déformées et décriées : on ne veut pas parler des interventions de Dieu dans l’histoire ; on ne veut pas parler des châtiments qui découlent, dans la vie des peuples, de leur infidélité à Dieu ; on ne veut pas parler de l’obéissance à Dieu dans la conduite des nations. On veut reléguer la référence à Dieu – réputée facultative – à la seule sphère privée et lui dénier tout « ingérence » dans l’ordre public et social ; on veut substituer à l’obéissance à Dieu, une autonomie complète de « l’homme moderne ».

Reniement de l’homme, tandis que Dieu lui reste fidèle !
Où avons-nous vu, en effet que Dieu aurait renié l’alliance conclue dans les Fonts Baptismaux de Reims ? Où avons-nous vu que Dieu aurait changé d’avis et qu’Il démentirait désormais de ce qu’Il a voulu pendant treize siècles ? Où avons-nous vu qu’Il se repentirait d’avoir suscité Saint Remi, Clovis, Saint Charlemagne, Saint Louis et Sainte Jeanne d’Arc ? Où est-il écrit que Dieu bénirait la révolution et les principes maçonniques qui l’ont suscitée ? Où est-il dit que Dieu se plierait aux modes de pensée des hommes et qu’Il accepterait désormais, à rebours de ce qu’Il a montré par Sa Providence à travers d’innombrables faits, des sociétés et des Etats qui refusent de faire référence à Lui ? Où est-il montré que Dieu aurait changé d’idée, serait devenu républicain, serait maintenant partisan de régimes athées, laïcistes et hostiles aux lois qu’Il a données à la nature et aux lois qu’Il a voulu voir établir dans des sociétés qui se faisaient honneur de Le servir ?

Le Dieu fidèle « en qui il n’y a ni changement ni ombre de vicissitudes » (Jac. I, 17) ne peut qu’être encore et toujours favorable à ce qu’Il a voulu et suscité aux origines de la France. Le Dieu fidèle ne peut qu’être légitimiste, aujourd’hui comme hier et pour toujours.

Puisque les Saintes Ecritures nous exhortent sans cesse à être fidèles au Dieu fidèle et à nous faire les imitateurs de Dieu, soyons bien certains que nous sommes dans l’imitation de Dieu en étant inébranlablement légitimistes.
- Pourquoi donc êtes-vous légitimiste ?
- Mais parce que Dieu Lui-même est légitimiste !

Grandes armes de France - grille de Versailles

Les grandes armes de France sur la grille du château de Versailles.

2017-57. Le vandalisme toujours à l’oeuvre !

Vendredi dans l’octave de Pentecôte 9 juin 2017,
Quatre-Temps d’été.

Cathédrale de Viviers - sanctuaire

Cathédrale Saint-Vincent de Viviers, vue générale du sanctuaire
(carte postale vers 1960)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce que je vais écrire risque (une fois de plus) de m’attirer de véritables représailles ecclésiastiques, et c’est la raison pour laquelle j’ai attendu un trimestre entier avant de le faire : j’ai hésité, j’ai réfléchi, j’ai médité, j’ai mis la chose en réserve, jusqu’à ce que, au bout de trois mois donc, je me décide fermement aujourd’hui à sortir de mon silence.

Vous savez que le Refuge Notre-Dame de Compassion est implanté sur le territoire du diocèse de Viviers, dans lequel je suis né moi-même, dans lequel j’ai de très anciennes racines familliales, à l’histoire duquel je suis très attaché, comme en témoignent d’ailleurs nombre de textes publiés dans ce blogue.

J’ai un lien spirituel très fort avec l’histoire spirituelle et ecclésiastique de ce diocèse dont la première évangélisation fut l’oeuvre de Saint Andéol, missionné dans les Gaules par Saint Polycarpe, ce qui rattache directement cette Eglise diocésaine à l’apôtre et évangéliste Saint Jean, l’intime du Sacré-Coeur (cf. > ici et > ici).
Tout au long des dix-huit siècles de son existence, l’Eglise diocésaine de Viviers (d’abord établie à Alba Augusta Helviorum puis transférée à Viviers au début du Ve siècle) a connu des périodes glorieuses et des temps moins reluisants.

Le diocèse de Viviers a été enraciné et fortifié par les labeurs de très remarquables et saints pontifes pendant le haut Moyen-Age, illustré par des évêques véritablement prestigieux depuis l’époque carolingienne jusqu’au XXe siècle ; son chapître cathédral fut puissant et influent ; les lettres et les arts lui doivent des oeuvres magnifiques ; et il faut aussi souligner que – nolens volens – c’est par ses évêques, néanmoins soucieux d’en préserver ses particularismes, que cette petite province du Vivarais a été rattachée au Royaume de France.
Le diocèse de Viviers peut se glorifier d’avoir donné à la Sainte Eglise des saints et de pieux personnages de tout premier ordre ; il fut aussi, pendant l’infâme révolution, une terre de fidélité héroïque à Dieu et au Roi, malgré l’apostasie et la conduite scandaleuse de son évêque (cf. > ici)… etc.

On peut retrouver toute l’histoire du diocèse de Viviers résumée dans sa cathédrale, la cathédrale Saint-Vincent, avec laquelle j’ai une véritable histoire d’amour : si elle porte aussi les stigmates des malheurs des siècles, de la décadence de l’institution ecclésiastique, des trahisons de ses clercs parfois ou de leurs étranges aberrations (cf. > ici), elle n’en demeure pas moins – agrippée à son acropole, derrière les hauts murs de l’antique quartier canonial – le témoignage d’une histoire humaine, artistique et spirituelle à laquelle je me sens viscéralement, amoureusement et indéfectiblement lié.

Et, ce qui me la rend encore plus chère, il me faut spécialement signaler que la cathédrale Saint-Vincent de Viviers fut, jusqu’en 1992, l’une des très rares cathédrales de France (sinon l’unique) où la Sainte Messe latine traditionnelle fut quasi quotidiennement célébrée par feu Monsieur l’abbé Bryan Houghton (cf. > ici), grande figure de la résistance à la décadence doctrinale et liturgique post-concilaire, retiré à Viviers, et auquel le très moderniste évêque d’alors avait accordé cette permission (à la condition que cette Messe demeurât une messe privée).

Cathédrale de Viviers : le maître-autel

Cathédrale Saint-Vincent de Viviers : le remarquable maître-autel du XVIIIe siècle

A propos de ce remarquable maître-autel du XVIIIe siècle, prodigieuse marquetterie de marbre qui constitue l’une des oeuvres d’art majeures de notre cathédrale, j’ai pu constater avec horreur qu’il a été exécré, c’est-à-dire qu’il a perdu sa consécration, parce que le « tombeau » – ainsi nomme-t-on en liturgie la cavitée aménagée dans la table de l’autel où sont renfermées les reliques lors de la consécration d’un autel – a été fracturé et que les reliques en ont été retirées.
S’agit-il d’un acte de malveillance accompli par un profanateur ou d’une action concertée par quelque ecclésiastique dans un but bien précis ? je l’ignore ; je constate simplement le fait. A quelle date cela a-t-il été commis ? Je ne le sais pas davantage, mais je peux affirmer que cela est postérieur au 28 février 2016, puisque ce jour-là j’ai réalisé des clichés du maître-autel qui attestent qu’il était encore intègre.
Quoi qu’il en soit, cela m’amène à conclure qu’il n’y a actuellement pas d’autel consacré à l’intérieur de la cathédrale de Viviers (puisque ce qui tient lieu d’ « autel face au peuple » ne l’est pas et ne peut l’être – cf. > ici), ce qui est contraire à toutes les règles liturgiques traditionnelles et rendrait aujourd’hui impossible toute célébration selon l’usus antiquior dans la cathédrale elle-même  (nota : il existe des chapelles adjacentes à la cathédrale dans lesquelles subsistent les autels consacrés, mais ces chapelles sont en dehors du périmètre de la cathédrale elle-même).

Mais ce n’est pas – ou du moins pas seulement – au sujet de l’exécration du maître-autel de la cathédrale que j’ai repris ici le titre d’un article du bulletin n°39 (mai 2017) du Centre International Construction et Patrimoine (CICP), association dont je dois dire au passage que je suis très heureux d’être membre.
Cet article, intitulé donc « Le vandalisme toujours à l’oeuvre », aborde, entre autres, un fait relativement récent survenu à la cathédrale de Viviers : un fait survenu il y a trois mois exactement. Ces trois mois justement dont je vous parlais en commençant ces lignes.

« Le vandalisme toujours à l’oeuvre ! »

J’en viens donc au fait.
Le vendredi 10 mars dernier, j’étais de passage à Viviers et je me suis tout naturellement proposé de faire une halte à notre chère cathédrale, afin de m’y recueillir quelques instants. 
Quelle ne fut pas ma douloureuse stupeur en entrant dans la cathédrale ! La table de communion, très belle balustre de style XVIIIe siècle en marbre de Carrare, parfaitement accordée au maître-autel, venait d’être enlevée.
Le méfait était tout-à-fait récent, puisque un monsieur (le sacristain ?) était en train d’épousseter les stalles recouvertes par la poussière de marbre produite par les disqueuses des ouvriers mandatés par les vandales.

Le lendemain, samedi 11 mars 2017, je publiais sur Facebook une photo ancienne de la cathédrale sur laquelle cette table de communion est bien visible – celle-là même qui se trouve en-tête de cet article – avec le texte suivant :
« Vous voyez la magnifique table de communion de style balustre et semi-circulaire, en marbre blanc éclatant, parfaitement accordée au maître-autel, de la cathédrale Saint-Vincent de Viviers ?
Eh bien ! regardez-la bien sur cette photo… car vous ne pourrez plus la voir in situ : elle avait résisté aux élucubrations liturgiques post-conciliaires jusqu’à ces jours-ci, mais il a – hélas ! – fallu qu’en mars 2017 les barbares iconoclastes (même pas respectueux des règles officielles du N.O.M.) s’acharnassent sur elle : elle a été sciée et démontée ! Elle a été enlevée !
Et maintenant, « ils » doivent se réjouir d’avoir un « espace ouvert » pour des « célébrations plus conviviales », et toutes les autres sornettes protestantisantes dont « ils » se gargarisent !!!
Lorsque nous nous en sommes rendus compte, hier, vendredi 10 mars, il n’y avait plus que les marques au sol, et la poussière produite par les disqueuses des marbriers que le sacristain s’employait à faire disparaître.
Et nous, nous n’avions plus que nos yeux pour pleurer !!! »

Putti - maître-autel de la cathédrale de Viviers

Putti du maître-autel de la cathédrale de Viviers

On m’objectera que cette table de communion n’était pas ancienne puisque elle ne datait que des années 20 du précédent siècle, où elle en avait remplacé une en fer forgé (je possède des cartes postales anciennes sur lesquelles en effet elle n’existe pas encore) : elle avait alors été en bonne partie offerte par les barons Pavin de Lafarge, grands bienfaiteurs du diocèse de Viviers.
A cette objection de la non-ancienneté de cette table de communion, l’article du bulletin n°39 du CICP répond : « (…) le style des balustres s’adaptait parfaitement à un sanctuaire fermé avec au milieu l’autel du XVIIIe siècle ». Et il ajoute, ce que j’ignorais jusqu’alors et que je souligne : « Ce démontage s’est fait sans l’avis des Bâtiments de France ; l’affaire est entre les mains du préfet. »

Il y a d’autres éléments de réponse, d’ordre liturgique eux (ce qui n’est donc pas du domaine de compétence propre du CICP), que je veux ajouter en complément de ma réaction du 11 mars publiée sur Facebook :

1) Ce démontage n’est même pas conforme aux dispositions de la liturgie réformée de 1969 dans laquelle, nonobstant la mode de la communion dans la main, imposée pour des motifs de pure idéologie, la manière officielle de recevoir la sainte communion demeure toujours à genoux et sur la langue : ce pourquoi il doit toujours être proposé aux fidèles de la recevoir ainsi.
Notre cher pape Benoît XVI, dans la célébration du nouvel ordo, donnait l’exemple de ce qui reste la règle liturgique officielle, en dépit des usages contraires généralisés.
La suppression de la table de communion de la cathédrale de Viviers est un témoignage supplémentaire de ce « du passé faisons table rase » (c’est – hélas ! – bien le cas de le dire) qui anime encore un clergé ignorant des normes liturgiques et de ses devoirs, un clergé attardé qui reste crispé sur des modes pseudo-liturgiques qui ont plus d’un demi-siècle et qui sont aujourd’hui récusées par les jeunes générations de prêtres et de fidèles, un clergé modernichon vieillissant figé dans son opposition systématique à tout ce qui porte le nom de tradition mais qui se cramponne à une fausse tradition tenace : celle des abus de pouvoir et du mépris cléricaliste.

2) Tout liturgiste sérieux, qui connaît les plus anciens rites, d’Orient comme d’Occident, sait que c’est un usage général, universel, dont on peut légitimement penser qu’il appartient à la Tradition Apostolique, qu’il DOIT y avoir une séparation entre le sanctuaire, espace sacré dans lequel se tiennent les ministres sacrés, et la partie de l’église où se trouvent les fidèles.
Les élucubrations modernichonnes qui, au prix d’aberrations telles que celle que nous pleurons et dénonçons aujourd’hui, n’ont rien à voir avec un retour à des usages antiques ou à la liturgie de l’Eglise des premiers âges : i
ci encore, il s’agit de pure idéologie.
L’on ne peut donc que déplorer qu’en 2017, alors que justement le peuple fidèle aspire ardemment à retrouver une dimension véritablement sacrée dans les rites qui lui sont proposés, nous devions encore subir les effets dévastateurs de la dictature de clercs ignorants et bornés qui se comportent comme de minables petits chefs.

angelot du maître-autel de la cathédrale de Viviers

Angelot (détail du maître-autel de la cathédrale Saint-Vincent de Viviers)

Ainsi que le fait judicieusement remarquer l’article sus-cité du bulletin n°39 du CICP : « On sait que les trois grands moments du vandalisme du patrimoine religieux ont été les Guerres de religion, la Révolution et… le concile de Vatican II. (…) Depuis longtemps le clergé de Viviers veut la disparition de l’autel du XVIIIe siècle et de la table de communion de la cathédrale. (…) On vient de supprimer la table de communion. (…) L’autel risque de faire les frais de la phase suivante de destruction : on voudrait, paraît-il, lui enlever toute sa superstructure pour en faire une table à utiliser pour le culte actuel. Cela n’a aucun sens. Qui plus est, le dispositif actuel permet de montrer l’évolution de la liturgie au visiteur.
Et puis il n’y aura plus de raison de s’arrêter : pourquoi ne pas supprimer les stalles qui ne servent plus à rien, comme cela s’est fait ailleurs ? Et les tapisseries qui rappellent une époque révolue, avant que l’Eglise ne s’entiche d’une soi-disant simplicité ? Voudrait-on un bâtiment nu, vide de tout élément artistique ? »

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, chers amis de l’art et du patrimoine religieux toujours exposé au vandalisme – un vandalisme d’autant plus scandaleux lorsqu’il émane de ceux qui devraient au contraire s’employer à préserver et à chérir les monuments sacrés hérités du passé – , priez avec moi pour que le dépeçage du maître-autel de la cathédrale Saint-Vincent de Viviers n’ait pas lieu et pour que, s’il est encore possible, le préfet de l’Ardèche, ordonne le rétablissement de la table de communion.
Vous penserez peut-être que je suis insensé d’espérer cela, mais je crois que Dieu peut accomplir des miracles, même quand il lui faut parfois les faire à l’encontre de l’action dévastatrice de Ses ministres…

                                                                                            Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Miséricorde de l'une des stalles de la cathédrale de Viviers

Miséricorde de l’une des stalles de la cathédrale Saint-Vincent de Viviers.

2017-56. Le « moindre mal » et le « vote utile ».

Parce que d’une part l’immonde république nous agresse de manière continue par sa surenchère d’élections, et parce que d’autre part le texte sur le moindre mal que j’ai précédemment publié (cf. > ici) nous a valu, à Frère Maximilien-Marie et à moi-même quelques remarques fort peu amènes, certaines allant jusqu’à accuser les Légitimistes qui s’en tiennent strictement à la ligne de conduite établie par le Comte de Chambord (cf. > ici) et maintenue jusqu’ici par ses successeurs légitimes, de favoriser la défaite et l’instauration du mal, j’ai décidé d’en « remettre une couche », comme l’on dit familièrement.

En effet l’abandon des principes, est toujours la source de très grands dommages.
Sous prétexte d’éviter Crécy, Azincourt, Pavie, Trafalgar, Waterloo, Sedan et Dien Bien Phû, on se précipite vers les urnes en voulant opposer le moindre mal à une défaite totale. Mais dans les faits non seulement on n’évite ni Crécy, ni Azincourt, ni Pavie, ni Traflagar, ni Waterloo, ni Sedan, ni Dien Bien Phû mais, en sus, on se couvre de déshonneur pour s’être compromis avec de faux principes, infâmes et blasphématoires !

Aussi, pour bien enfoncer le clou, ai-je résolu de publier ici un texte encore plus développé et plus percutant sur la question des élections, du « moindre mal » et du « vote utile ».
Evidemment, comme il ne s’agit pas d’une historiette facile à lire, je crains que ceux que l’effort de réflexion logique et d’intelligence rebute, n’en fassent qu’une lecture superficielle, ou même renoncent à le lire… J’ose néanmoins espérer que ce n’est pas le cas de la majorité des lecteurs de ce blogue.

Ce texte a pour auteur Javier Garisoain, secrétaire général de la Junta de Gobierno de la Communion Tardicionalista Carlista.
Monsieur Garisoain avait autorisé l’UCLF à publier la traduction de son article intitulé El mal menor y el voto util, daté du 13 juillet 2011, dans le numéro 131 de La Gazette Royale (2ème trimestre 2012). En cette période électorale agitée, il nous semble utile de le faire connaître également aux lecteurs de ce blogue.

Lully.

Jean-Marc Nattier - la justice châtiant l'injustice

La justice châtiant l’injustice (Jean-Marc Nattier)

* * * * * * *

 Le « moindre mal » et le « vote utile »

Cet article se propose, en premier lieu, de distinguer la doctrine morale du moindre mal, qui est licite, et la tactique politique du moindre mal, qui est plus discutable. En second lieu, il se propose d’examiner les circonstances historiques qui ont vu naître cette tactique et la façon dont elle a évolué dans le monde catholique. En final, il s’agira d’émettre quelques réflexions quant à la moralité et à l’efficacité de ce que l’on nomme le vote utile.

* * *

Les bons philosophes expliquent que le mal n’a pas d’identité propre, car il n’est que l’absence de bien. Le moindre mal n’est donc qu’une insuffisance de bien. Et, dans ce sens, le moindre mal est exactement la même chose que le plus grand bien possible. Comme dans l’exemple de la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide, nous savons que le niveau peut être chargé de plus à moins. Nous savons que les diverses contraintes internes et externes nous éloignent toujours de la perfection individuelle et sociale. C’est pour cela que la doctrine du moindre mal, qui exige toujours de rechercher le plus grand bien possible et d’éviter le mal autant que possible, est toujours valable. Face à un choix – en supposant que notre unique responsabilité soit de choisir – il n’y a pas d’autre possibilité de rectitude morale que de choisir le meilleur. Et, si tout est mauvais, il faut choisir le moindre mal. Et il ne sera pas superflu de convenir que, dans certains cas, refuser de choisir, c’est-à-dire, l’abstention, en dépit d’être un mal, peut être le véritable moindre mal que nous recherchons. Tout cela, en supposant – j’insiste là-dessus – que notre seule responsabilité soit de choisir.
Les choses changent, comme nous le verrons, si notre responsabilité n’est pas de choisir, mais de faire ou de proposer.
En fin de compte, nous vivons dans une société pluraliste dans laquelle nous avons le devoir de participer. Ce devoir sera-t-il rempli par le simple choix passif du moindre mal ? Si nous sommes invités à participer, à faire, à construire, il faudra faire le bien.

La tactique politique du moindre mal

La tactique politique du moindre mal n’est pas limitée à la période électorale, car elle consiste à proposer des maux (moindres) pour éviter que ne triomphent d’autres maux (pires). C’est la tentation politique qui nous assaille quand nous avons la responsabilité de faire des propositions. Et, à ce sujet, je suis arrivé à la conclusion : du point de vue moral, il ne peut jamais être licite de proposer un mal, même si c’est un mal mineur.

Voici quelques arguments qui démontrent que la tactique du moindre mal n’est pas bonne.

- La doctrine catholique est claire : elle affirme que la conscience ordonne « d’accomplir le bien et d’éviter le mal » (Catéchisme de l’Eglise Catholique – en abrégé CEC – § 1706 et 1777), que l’on ne peut « faire le mal », si l’on recherche le salut (CEC § 998) et qu’il n’est « jamais permis de faire le mal pour qu’il en résulte un bien » (CEC § 1789).

- La responsabilité des laïcs catholiques ne peut se limiter à choisir passivement parmi les maux que les ennemis de l’Église veulent bien offrir, mais doit être une participation active et directe, « ouvrant les portes au Christ ».

- La tactique du moindre mal revient à attribuer aux catholiques un rôle médiocre et passif dans le nouveau système « confessionnellement » laïque. – La tactique du moindre mal transforme en quotidienne une situation exceptionnelle.

- Une situation de moindre mal prolongée fait que le moindre mal est de plus en plus grave. Les moindres maux d’aujourd’hui sont trop importants pour ne pas mettre en évidence une confrontation radicale avec l’Évangile. L’individualisme, la relativisation de l’autorité, la primauté de l’opinion publique, la vision scientifico-rationaliste du monde, etc. se manifestent par la perte de la foi, la crise de la famille, la corruption, l’injustice et les déséquilibres à l’échelle mondiale.

- La tactique du moindre mal s’est révélée inefficace dans le passé pour atteindre le pouvoir ou, même, pour réduire le mal.

- Il est nécessaire d’annoncer dans son intégralité le message de l’Évangile, compte tenu que « là où le péché pervertit le climat social, il faut faire appel à la conversion des cœurs et à la grâce de Dieu (…) » et « il n’y a pas de solution à la question sociale en dehors de l’Évangile » (CEC § 1896).

- La proposition d’un mal de la part de celui qui devrait proposer un bien donne lieu au très grave péché de scandale qu’est « l’attitude ou le comportement qui porte autrui à faire le mal » (Cat. 2284). À cet égard, l’enseignement de Pie XII est très clair : « Se rendent coupables de scandale ceux qui instituent des lois ou des structures sociales menant à la dégradation des mœurs et à la corruption de la vie religieuse, ou à des conditions sociales qui, volontairement ou non, rendent ardue et pratiquement impossible une conduite chrétienne conforme aux commandements (.) Il en va de même (.) de ceux qui, manipulant l’opinion publique, la détournent des valeurs morales » (Discours du 01/06/1941 – CEC § 2286).

- Un mal est toujours un mal et « il est erroné de juger de la moralité des actes en ne considérant que l’intention ou les circonstances » (CEC § 1756).

Comment naît la tactique du moindre mal ?

Historiquement la tactique du moindre mal naît dans l’Europe chrétienne postrévolutionnaire et est le fait de deux mouvements politiques catholiques : le catholicisme libéral et la démocratie chrétienne. Il est difficile de discerner les motifs qui conduisent leurs promoteurs à l’adopter dans la théorie. Et il y a contradiction entre les faits et les décisions adoptées dans la pratique. Je ne vais pas entreprendre de juger des intentions. Les tenants du moindre mal sont souvent des ecclésiastiques et des catholiques inquiets des progrès de la révolution et désireux de faire quelque chose dans un contexte dune faiblesse de la réponse catholique face à la révolution libérale.

On peut arriver à la tactique du moindre mal pour des raisons diverses qui se chevauchent et s’entremêlent.

- Par « contamination » de la pensée révolutionnaire et éblouissement devant l’apparente perfection des nouvelles idéologies. En recherchant, par exemple, un compromis entre l’Église et un système politique (nationalisme, parlementarisme, régime des partis, …).

- Par exagération des « maux » de l’Ancien Régime et son identification avec la doctrine catholique elle-même.

- Par fatigue dans la lutte contre-révolutionnaire, par le conformisme conservateur de ceux qui sont appelés à la bravoure.

- Par une défaite militaire des politiques catholiques ou après une intense période de persécution religieuse.

- Dans une apparente urgence de transaction avec les ennemis de l’Église afin qu’un travail apostolique minimum soit, au moins, toléré par des autorités hostiles.

- Par les manœuvres des partis révolutionnaires qui, intentionnellement, cherchent à semer le doute et la division parmi les catholiques.

- En raison de l’absence de véritables hommes politiques catholiques, ce qui encourage l’ingérence du clergé dans le domaine politique.

- Par la candeur des catholiques qui ont une confiance absolue envers des règles du jeu établies par leurs ennemis.

- Par la mise en avant d’une réussite politique immédiate en oubliant que : « Le Royaume ne s’accomplira (…) pas par un triomphe historique de l’Église selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement du mal » (CEC § 677).

- Par une perte croissante d’orientation et un manque de formation du peuple catholique qui génèrent le pessimisme ou le manque de foi en l’efficacité salvifique des principes chrétiens de droit public.

- Par un refroidissement de la foi. En effet, sans le secours de la grâce, il est très difficile de « découvrir « le sentier, souvent étroit, entre la lâcheté qui cède au mal et la violence qui, croyant le combattre, l’aggrave » (Centesimus Annus, 25 – CEC § 1889).

Comment la tactique du moindre mal a-t-elle évolué ?

La tactique du moindre mal ne s’est pas introduite d’un seul coup. Elle l’a fait progressivement au cours des deux derniers siècles.

Dans l’histoire politique des pays européens, on peut identifier les phases suivantes :

- Dans un premier temps, après le choc violent de la révolution, et en arguant de la contingence des régimes politiques au regard de l’Église, les tenants du moindre mal tolèrent, permettent et même favorisent la dissolution des structures politiques et sociales traditionnelles (monarchie, corporations, institutions religieuses, biens communaux, etc.), qui étaient, de fait, un obstacle à la révolution.

- Parallèlement à la sécularisation de la politique et en disciples de Machiavel, ils commencent, au moment de faire des propositions, à taire les arguments religieux dans l’espoir de capter ainsi le soutien des non-catholiques.
D’aucuns en viennent à affirmer, pour ne pas mentionner la Rédemption que « La doctrine chrétienne est plus importante que le Christ », ce qui est du pur pélagianisme.

- L’étape suivante consiste en une tentative d’union des catholiques autour d’un programme minimum, non pour présenter une solution alternative au nouveau régime, mais pour mieux s’y intégrer avec l’idée de « le changer de l’intérieur ». Et l’on en vient, ainsi, à discréditer les autres tactiques catholiques.

- Une technique fréquente chez les tenants du moindre mal est d’essayer de gagner la sympathie de la hiérarchie (catholique) par des promesses « de paix et de réconciliation » qui permettent la reconstruction matérielle des églises et le maintien régulier du culte. Il s’agit d’une tentative désespérée de sauver « ce qui peut être sauvé », de séduire la hiérarchie de l’Église par une orientation politique qui ne lui est pas propre. Cela pourrait être une option exceptionnelle mais non le type courant de la participation politique catholique.

- Parfois, ce sont des évêques ou des membres du clergé eux-mêmes qui font la promotion des groupes politiques de cette tendance. Cette ingérence appauvrit l’action politique des catholiques, la fait « aller à la remorque » des propositions révolutionnaires et compromet l’Église. Quand un évêque espagnol influent demande de faire de l’action sociale « pour que les travailleurs de l’Église ne disparaissent pas », il fausse la finalité de la véritable action sociale, qui ne peut être un simple instrument de catéchèse, mais un devoir de justice et de responsabilité pour les laïcs.

- La cas du Ralliement proposé par Léon XIII, qui a encouragé les ennemis de l’Église en France, ou la véritable trahison de certains évêques mexicains envers les Cristeros, miraculeusement excusée par les fidèles, sont deux exemples des conséquences désastreuses auxquelles peut conduire la tactique du moindre mal.
En ce domaine, le concile Vatican II, quand il exige que les membres du clergé s’abstiennent de toute activité politique, représente une correction importante. Le lâche acharnement de certains chrétiens qui recherchent la survie purement matérielle de l’Église est un contre-témoignage scandaleux. Ils oublient que le mal moral est « sans commune mesure plus grave » que le mal physique (CEC § 311).

- Plus récemment, dans l’euphorie qui a suivi le concile Vatican II, on a cherché la désintégration des États, associations et institutions catholique, avec l’idée de tenter de gagner, ainsi, l’opinion publique et d’atteindre tous les recoins du tissu social. Non seulement, on a détruit les vieux outils mais rien n’a été conquis – ou si peu – qui n’était déjà catholique !

- La dernière étape de la tactique du moindre mal est la promotion du « vote utile » qui, paradoxalement, est en contradiction avec la doctrine du moindre mal.
Elle préconise, en effet, que l’on ne vote plus pour l’option la moins mauvaise, mais pour celle qui a les plus grandes chances de succès, même si elle est pire que les options qui ont moins de chances !

L’inefficacité de la tactique du moindre mal :

Il n’est pas question, ici, de condamner ceux qui ont soutenu ou soutiennent les différents aspects de la tactique du moindre mal. Il s’agit seulement de mettre en évidence son échec.

Pourquoi un tel échec ?

- Parce que les énergies qu’il faudrait consacrer à proposer des biens parfaits se perdent à proposer des moindres maux.

- Parce que c’est une option de retrait, pessimiste, dans laquelle l’homme politique catholique cache ses talents par crainte ou fausse prudence.

- Parce que la tactique du moindre mal prêche la résignation ; et non précisément la résignation chrétienne, mais la soumission et la tolérance au tyran, à l’injustice et à la violation des droits.
Avec 
la tactique du moindre mal, on n’aurait jamais décidé le soulèvement national espagnol de 1936 et le Mur de Berlin ne serait jamais tombé. Il n’y aurait pas eu la Guerre d’Indépendance espagnole, ni l’insurrection catholique en Vendée, ni les Carlistes en Espagne, ni les Cristeros au Mexique. Et la propagation de l’islam en Europe n’aurait peut-être pas trouvé d’opposition. Ni Lépante, ni les croisades, ni la Reconquista n’auraient eu lieu…

- Parce que le moindre mal est présenté comme une façon intelligente d’avantager l’Église économiquement et matériellement.
L’on oublie seulement que la plus grande richesse de l’Église – sa seule richesse – est le témoignage de la Vérité, témoignage qui, s’il est encore vivant aujourd’hui, est dû au sang des martyrs.

- Parce que les exemples abondent qui montrent que la tactique du moindre mal a donné le pouvoir à des partis qui, en se servant du vote catholique, ont mis en place une législation anti-chrétienne (divorce, avortement, majorité précoce, etc.). Cela s’est passé dans plus de la moitié de l’Europe !

En définitive, la tactique du moindre mal est, elle-même, une défaite anticipée, une sorte de commode suicide collectif. C’est le recul, la position honteuse et défensive, le complexe d’infériorité.
En défendant une tactique du moindre mal, les chrétiens renoncent à tenir le premier rôle dans l’histoire, comme si le Christ n’était pas Seigneur de l’histoire. Ils se croient machiavéliques alors qu’ils ne sont qu’une ombre en déroute. Ils nient, dans la pratique, la possibilité d’une doctrine sociale chrétienne et nient la réalité historique d’une société qui, avec toutes ses imperfections, a été chrétienne. La tactique du moindre mal, en tant que contrepoids nécessaire à une révolution – fondamentalement anti-chrétienne -, a toujours échoué, dès son origine.

Au contraire, l’histoire de l’Église et des peuples chrétiens est remplie de magnifiques exemples à travers lesquels l’optimisme – ou mieux, l’espérance chrétienne – nous enseigne qu’il est possible, avec l’aide de Dieu, de construire de véritables sociétés chrétiennes.

La politique chrétienne n’est pas un mythe dans la mesure où, aujourd’hui encore, nous vivons des acquis de la société chrétienne occidentale ancienne.

Conclusion :

Il est encourageant de constater que, grâce à Dieu, les erreurs philosophiques ou théologiques, quand elles s’incarnent dans des mouvements, restent soumises à la réalité des choses et arrivent rarement à développer les ultimes conséquences de leurs principes.

C’est pourquoi le résultat de l’action politique, même si elle part de principes erronés, est incertain et surprenant. De la même façon, l’accession au gouvernement politique de saintes personnes ne suffirait pas à garantir la perfection des actions. Ayant reconnu cette limitation considérable de la réalité politique, notre responsabilité de laïcs catholiques ne peut être la résignation, mais la lutte pour s’approcher de l’idéal de perfection que propose également l’Évangile au plan social.

La doctrine de l’Église demande aux laïcs catholiques une participation active à la vie politique, qu’ils soient seuls ou accompagnés. Un appel à l’unité entre les catholiques ne peut exiger plus qu’une union autour d’une même idée du bien commun. Et cette action politique catholique est de la seule responsabilité des laïcs, et non de l’Institution hiérarchique : des laïcs seuls ou des laïcs regroupés, mais, des laïcs !

En résumé :

- la doctrine morale du moindre mal est valable si notre responsabilité est uniquement le choix.

- Le moindre mal en tant que tactique politique naît dans l’Europe postrévolutionnaire dans un contexte de faiblesse des options politiques chrétiennes.

- la tactique politique du moindre mal est dangereuse et inefficace.

- la tactique politique du vote utile est pur machiavélisme. Bien qu’elle contredise, en apparence la tactique du moindre mal, c’est une variation du même concept qui stérilise l’action politique des laïcs catholiques et donne la victoire à leurs ennemis.

Javier Garisoain

Javier Garisoain

Source > ici

frise avec lys naturel

Publié dans : Lectures & relectures, Vexilla Regis | le 7 juin, 2017 |2 Commentaires »

2017-55. La messe en la majeur de Cherubini pour le sacre de Charles X.

Lundi 29 mai 2017.
Fête de Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi ;
Douloureux anniversaire de la chute de Constantinople (cf. § E > ici) ;
Joyeux anniversaire du Sacre de Charles X.

Sacre de Charles X 29 mai 1825

Sacre de SMTC le Roi Charles X (Reims, dimanche 29 mai 1825) :
le Roi donne l’accolade au Dauphin
(tableau de François Gérard)

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Outre la date anniversaire terrible et douloureuse de la chute de Constantinople (29 mai 1453), évoquée ci-dessus, ce 29 mai est aussi l’anniversaire du Sacre de Charles X (29 mai 1825).
J’ai déjà eu l’occasion de vous écrire quelques réflexions à ce sujet (voir > ici) et je m’autorise à vous y renvoyer, pour le cas où vous ne vous en souviendriez pas bien. Au § A de ce texte, écrit il y a deux ans – à l’occasion du 190ème anniversaire de ce sacre – , j’évoquais, entre autres, la Messe en la majeur pour choeur et orchestre composée à cette occasion par Luigi Cherubini, et je vous disais que je n’avais pas d’enregistrement à vous en proposer… Mais, cette remarque n’est plus d’actualité puisque désormais il en existe un qui est disponible et auquel vous pourrez avoir accès ci-dessous.

En ce 175ème anniversaire de la mort de Luigi Cherubini, déjà évoqué > ici, et au jour anniversaire de ce sacre, je ne pouvais faire autrement que de vous le signaler : 

Messe en la majeur pour le Sacre de Charles X
Philarmonia Chorus / maître de choeur : Roberto Benaglio
Philarmonia Orchestra / direction : Riccardo Muti

Image de prévisualisation YouTube

Je profite également de cette circonstance pour vous inviter à lire le récit complet (il n’avait encore jamais été publié dans son intégralité) du compte-rendu du toucher des écrouelles par Sa Majesté le Roi Charles X après son Sacre, le 31 mai 1825.
En effet, jusqu’à ce que « La Gazette Royale » le fasse paraître dans les colonnes de son numéro 148 il y a quelques mois, seules des relations incomplètes de cette cérémonie étaient disponibles : Dom Thierry Barbeau osb en a gracieusement communiqué le texte complet, dont le manuscrit se trouve à l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, à l’Union des Cercles Légitimistes de France (UCLF) pour qu’elle en assure la publication et la diffusion. Une reproduction en ligne se trouve sur le site « L’Ami de la Religion et du Roi » > ici. Ne la manquez donc pas !

Charles X en costume de sacre par Alexandre-François Caminade

SMTC le Roi Charles X en costume de sacre
(tableau d’Alexandre-François Caminade)

Publié dans : De liturgia, Memento, Vexilla Regis | le 29 mai, 2017 |2 Commentaires »
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