2020-33. Concession de l’indulgence plénière en ce temps d’épidémie mondiale.

Crucifix chapelle Rome

Alors que toute l’humanité est « menacée par une maladie invisible et insidieuse » et que nombre de fidèles vivent des angoisses et des incertitudes au quotidien, ainsi que « des souffrances physiques et morales », Son Eminence Révérendissime Monsieur le cardinal Mauro Piacenza, grand pénitencier, ce vendredi 20 mars 2020, a publié avec l’autorité du Siège Apostolique un décret qui accorde l’indulgence plénière aux fidèles affectés par le Conoravirus Covid-19 en quarantaine dans les hôpitaux ou chez eux, ainsi qu’au personnel de santé, à leurs proches et à ceux qui assistent les malades en s’exposant au risque de la contamination et à tous ceux qui prennent soin d’eux à quelque titre, y compris par la prière

Cette indulgence peut en effet être obtenue par les « fidèles qui offrent la visite au Saint-Sacrement, ou l’adoration eucharistique ou la lecture de la Bible durant au moins une demi-heure, ou la récitation du chapelet, ou le Chemin de croix, ou la récitation du chapelet de la Divine Miséricorde, pour implorer de Dieu Tout-Puissant la fin de l’épidémie, le soulagement pour ceux qui en sont affectés et le salut éternel de ceux que le Seigneur a appelés à lui ».

La Pénitencerie Apostolique rappelle en même temps que les conditions pour obtenir cette indulgence sont : le détachement du péché, l’union spirituelle à la messe, au chapelet, au Chemin de croix ou à d’autres dévotions grâce aux moyens de communication, ou au moins la prière du Credo, du Notre Père et une invocation à la Vierge Marie, « en offrant cette épreuve dans un esprit de foi en Dieu et de charité envers les frères, avec la volonté de réaliser les conditions habituelles (confession sacramentelle, communion eucharistique et prière aux intentions du pape), dès que cela sera possible ».

L’Eglise, conclut le décret, prie pour ceux qui sont dans l’impossibilité de recevoir le sacrement des malades, en les confiant à la Miséricorde divine. Elle accorde l’Indulgence plénière aux fidèles à l’article de la mort, s’ils y sont « disposés » et s’ils avaient l’habitude de réciter quelque prière dans leur vie : l’Eglise supplée alors aux trois conditions de l’indulgence, mais elle préconise d’avoir un crucifix avec soi.

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2020-32. Après les ténèbres du Vendredi Saint il y aura toujours la douce clarté du matin de Pâques.

Samedi 21 mars 2020,
Fête de Saint Benoît de Nursie, abbé et confesseur, céleste protecteur de l’Europe ;
Samedi de la 3ème semaine de Carême ;
Commémoraison de Saint Nicolas de Flüe ;
Anniversaire du rappel à Dieu de Sœur Marie-Marthe Chambon (cf. > ici).

campanile du Mesnil-Marie samedi 21 mars 2020

Ce samedi 21 mars en début d’après-midi
le campanile du Mesnil-Marie se détache sur un ciel radieux…

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Dans la continuité du magnifique message de foi, d’espérance et de charité, mais aussi de lucidité humaine publié par notre Souverain bien-aimé dans la matinée du 19 mars (cf. > ici), je désire vous rejoindre par quelques mots amicaux.

Oh ! Pas pour vous parler du virus en lui-même ni pour spéculer sur le présent ou l’avenir…
Je peux lire en ce moment de multiples commentaires – et commentaires de commentaires -, parce que l’on m’envoie quantité de textes, de vidéos, d’articles relatifs aux circonstances inhabituelles dans lesquelles nous sommes plongés : je ne veux pas en rajouter ici !
Tout d’abord parce qu’il y a des domaines de compétence qui ne sont pas les miens et parce que je ne suis donc pas en mesure d’apporter un avis éclairé permettant de trancher entre les déclarations de tel médecin, de tel spécialiste, de tel chercheur ou de tel professeur. Je constate que tous ne sont pas du même avis sur l’origine réelle, les facteurs de développement, les modes de transmission et la dangerosité de ce fameux coronavirus, et surtout sur les solutions à apporter pour faire cesser cette épidémie. Certains se montrent très alarmistes, d’autres se veulent plus rassurants, et entre les deux on a droit à tous les camaïeux d’opinions… Qui croire ? à qui faire confiance ? En vérité, je n’ai ni les connaissances ni le recul nécessaires pour en juger !
Je n’ai, d’autre part, pas davantage d’avis autorisé sur le bien fondé du confinement et des mesures un peu coercitives imposées par un gouvernement, dont il est vrai que le moins qu’on puisse dire c’est qu’il ne brille ni par sa cohérence d’action, ni par sa capacité à anticiper les problèmes. Néanmoins, puisque confinement il y a, en l’occurrence il m’incombe de m’y conformer au mieux.

Cependant je ne veux céder ni à la panique ni à la paranoïa, dans lesquels certains semblent trouver une espèce de plaisir morbide, et je veux me garder du catastrophisme autant que d’un optimisme naïf.
Il faut garder la tête sur les épaules, les pieds sur la terre… et notre cœur près du Bon Dieu, dont la divine Providence, qui jamais ne se trompe en ses desseins, permet l’épreuve pour des raisons qui n’appartiennent qu’à Lui et dont Il n’a pas à nous rendre compte.
Ne me demandez donc pas – car je n’ai pas de révélations du Ciel à ce sujet – si ce que nous vivons est la réalisation de tel « secret » donné par la Très Sainte Mère de Dieu à l’occasion de telle apparition, ou si nous sommes proches de la fin du monde…

Notre-Dame du Perpétuel Secours dans l'entrée du Mesnil-Marie

La sainte image de Notre-Dame du Perpétuel Secours
dans l’entrée du Mesnil-Marie

Ce dont il faut être certain, c’est que ce temps de confinement qui nous est imposé sera encore long et que nous connaîtrons selon toute vraisemblance quelques moments difficiles : sur ce point il ne faut pas se faire d’illusions.

Et alors qu’ici, après un hiver particulièrement clément, nous connaissons les jours d’un printemps précoce et radieux, je jouis des joies simples que procure la vie dans une nature retirée et relativement préservée, je pense avec une véritable compassion aux citadins enfermés dans des espaces restreints.
Je pense évidemment à toutes les victimes de cette peste moderne, aux souffrances de leurs proches, et à tous ceux qui se dévouent dans les hôpitaux…

Je pense surtout et plus que jamais à toutes ces âmes qui entrent dans leur éternité sans le secours des sacrements, sans aucune préparation spirituelle, sans contrition de leurs fautes, sans regret de leurs péchés, sans demande de pardon à Dieu, sans état de grâce… et de ce fait menacées de l’éternelle damnation.
En ces jours du carême, où nous méditons plus assidûment sur les souffrances salvatrices de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je suis plus encore qu’à l’accoutumée saisi d’effroi et pénétré de douleur en pensant à ces âmes pour lesquelles l’effusion du Précieux Sang rédempteur aura été vaine ; et je pense avec non moins d’effroi et de douleur à tous ces prêtres et évêques qui, vivant avec la conviction hérétique selon laquelle pratiquement tous les hommes sont sauvés, ne sont pas tourmentés par l’obsession du salut des âmes !…

A moi, pauvre petit moine insignifiant au fond de mon ermitage vivarois, il incombe de prier, d’offrir des sacrifices, de jeûner et de supplier Notre-Seigneur pour que ceux qui vont mourir aient la grâce d’un moment de lucidité, la grâce de se convertir, la grâce de se repentir, la grâce de se tourner intérieurement vers Dieu avant qu’il ne soit trop tard….

Je me permets de vous recopier ici quelques lignes qu’a envoyées à ses ouailles, un excellent prêtre de mes amis : « Dans ce que nous vivons en ce moment, le plus important est de considérer les choses avec foi, avec un regard surnaturel, en n’oubliant jamais que le bien des âmes et leur Salut éternel dépassent infiniment les plus grands bien naturels dont fait partie la santé du corps. Ce qu’il faut craindre au dessus de tout ce n’est pas la mort de notre enveloppe corporelle, mais la mort de l’âme qu’est le péché grave ainsi que l’oubli de Dieu et de sa Loi sainte. »

statue et relique de Saint Roch dans l'oratoire du Mesnil-Marie

Statue et relique de Saint Roch exposées dans l’oratoire du Mesnil-Marie
en ces jours d’épidémie :
J’invoque quotidiennement Saint Roch pour qu’il protège tout particulièrement nos amis fidèles !

Il faut ici préciser quelques points à l’intention de ceux qui se désolent de ne pouvoir se rendre à l’église et de ne pouvoir assister à la Sainte Messe, puisque, en raison des mesures prises par le pouvoir civil et les autorités religieuses, l’assistance à la Messe est devenue quasi impossible pour beaucoup de fidèles.

Rappelons donc qu’il faut distinguer :

  • le commandement de Dieu, qui est général (« Tu sanctifieras le jour du Seigneur »),
  • et le commandement de l’Église qui vient préciser le commandement de Dieu en imposant l’assistance au Saint Sacrifice de la Messe.

En temps normal, l’observance du commandement de Dieu et du commandement de l’Eglise s’imposent, sous peine de faute grave, à tout baptisé ayant atteint l’âge de raison.
Cependant, l’Eglise a aussi toujours enseigné que certaines circonstances peuvent dispenser du commandement de l’assistance à la messe, sans que cela dispense du commandement de Dieu.

Quand l’assistance à la messe est impossible, ainsi que c’est le cas en ces jours d’épidémie, il faut sanctifier le dimanche autrement, en donnant du temps à la prière et à l’instruction chrétienne : c’est-à-dire qu’il faut prendre au moins le temps équivalent à celui de l’assistance à une Messe basse dominicale (qui comprend, normalement, un sermon) pour prier et approfondir sa connaissance de la doctrine du salut.
Pour cela, on prendra son missel : on y lira avec attention les textes de la Messe du jour en s’unissant aux Messes qui sont célébrées en ce moment à travers le monde ; on pourra aussi se « déplacer » par la pensée dans une église auprès du Saint Tabernacle où Notre-Seigneur réside pour L’adorer et pour faire la communion spirituelle ; on relira quelque passage du catéchisme ou quelque texte des Pères de l’Eglise ou des saints papes expliquant la doctrine catholique… etc.

Bien évidemment, on a tout avantage aussi à réciter quotidiennement son chapelet, si possible en famille.
Et puisque le temps du confinement laisse à quelques uns davantage de « temps libre », qu’ils en profitent pour s’adonner chaque jour à de saintes lectures, à l’oraison, à la méditation de la Passion, et à prier plus assidûment pour les malades, les pauvres pécheurs à l’agonie, le personnel soignant, les prêtres qui peuvent encore aller exercer leur ministère de salut auprès des malades au péril de leur vie (il y en a tout de même quelques uns).

Compte-tenu des circonstances particulières dans lesquelles nous nous trouvons plongés, on fera aussi de ferventes prières pour demander à Dieu la cessation de l’épidémie, par la médiation de Sa Très Sainte Mère et des saints, nos grands et puissants intercesseurs (Saint Roch et Saint Sébastien tout particulièrement dont les siècles de foi nous ont montré leur « efficacité » en pareilles occurrences).

Veilleuse devant les saintes reliques conservées dans l'oratoire du Mesnil-Marie

Veilleuse devant les saintes reliques conservées dans l’oratoire du Mesnil-Marie

Des diocèses, des paroisses, des instituts (et en particulier beaucoup d’instituts traditionnels ou de prêtres responsables de chapellenies pour la Sainte Messe latine traditionnelle) ont mis en place des diffusions d’offices, de prédications et de Messes par le moyen d’internet.
Malgré la privation de la communion sacramentelle, il ne faut pas négliger ces propositions qui peuvent être une aide puissante pour maintenir vie spirituelle et ferveur…
Ces moyens modernes de communication, ne sont pas uniquement des sources de distractions et de péchés, mais ils se révèlent également des instruments au service du maintien d’une forme de Chrétienté, à l’heure où la visibilité de celle-ci s’estompe.

Pour terminer, en guise de message d’amitié et d’espérance, permettez-moi de vous offrir ces quelques jonquilles du Mesnil-Marie : leur couleur éclatante n’est-elle pas là pour nous rappeler qu’après l’hiver le printemps revient toujours, qu’après l’épreuve il y a la consolation, et qu’après les ténèbres du Vendredi Saint il y aura toujours la douce clarté du matin de Pâques ?

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

jonquilles du Mesnil-Marie 21 mars 2020

Jonquilles du Mesnil-Marie ce 21 mars 2020 

2020-31. « Que l’ampleur de la crise nous ramène vers l’essentiel ! »

Message de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon
de jure SMTC le Roi Louis XX

en la fête de Saint Joseph

à l’occasion de l’épidémie qui afflige le monde

St Joseph patron de l'Eglise - église Saint-Joseph de Chambérat 03

« Un péril difficilement maîtrisable et très violent met la maladie et la mort au cœur de l’actualité en surgissant aux portes de nos sociétés. Dans un monde entier touché par le virus, France, Espagne, Italie et à peu près toute l’Europe sont confrontées à une crise sanitaire d’une ampleur majeure et oubliée sur notre continent…
Les victimes sont et seront nombreuses et c’est à elles et à leurs familles que j’exprime d’abord mon soutien et ma sympathie. Je pense aussi aux personnels hospitaliers et médicaux si sollicités comme à toutes les bonnes volontés qui vont se déployer autour des malades et de chacun pour assurer la vie quotidienne, je les en remercie et me joins à la prière des catholiques de France. J’ai aussi une pensée reconnaissante pour tous ceux qui vont avoir à maintenir la sécurité publique dans ces temps difficiles.
Demandons à Dieu que tous les malades puissent bénéficier des soins nécessaires à leur état et que les conséquences de toutes sortes qui vont immanquablement peser sur la société, et sans doute pour un temps assez long, puissent, elles aussi, être contenues.                               

Aujourd’hui il s’agit de faire front avec courage et foi. Un sursaut de la part de tous est nécessaire, il en va du bien commun.
Il n’est plus temps d’incriminer les erreurs du passé, il appartient maintenant d’en tirer les leçons et de rectifier ce qui peut l’être. La nécessité de changements nombreux et fondamentaux s’imposera. L’état providence a trouvé ses limites et n’offre qu’une frontière poreuse au virus ; les visions politiques et économiques à court terme ont démontré leurs faiblesses et leur impuissance. Dans l’immédiat, comme dans tous les moments les plus graves de notre histoire, il va s’agir pour les familles d’assumer leur rôle si fondamental dans notre société. C’est à elles et à leur esprit de responsabilité comme à leur détermination que revient la lourde charge de maintenir.
Pendant que les personnels soignants feront leur devoir, les familles assureront les tâches de soins, de formation spirituelle et intellectuelle. Pères et mères responsables. Les uns et les autres devront s’adapter à de nouvelles formes de travail qu’il faudra en partie improviser sans oublier de développer de nouvelles formes de liens, entre les générations notamment, alors qu’il faut limiter les contacts.
Enfin, pour tous les Français, que l’ampleur de la crise nous ramène vers l’essentiel, le sens des autres et du bien commun, celui de la famille, de la patrie, le sens de Dieu.                            

Je pense profondément que par l’intercession de Saint Joseph, protecteur des foyers, que les catholiques fêtent aujourd’hui, les familles trouveront la force de résister à l’épreuve que nous traversons en maintenant la Foi et l’Espérance.                

Louis de Bourbon,
duc d’Anjou.

Armes de France & Navarre

2020-30. La vie et l’enseignement de Saint Cyrille de Jérusalem présentés par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI.

18 mars,
Fête de Saint Cyrille de Jérusalem, évêque, confesseur et docteur de l’Eglise.

Voici la belle présentation de la vie et de l’œuvre de Saint Cyrille de Jérusalem donnée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI au cours de l’audience générale du 27 juin 2007.

Saint Cyrille de Jérusalem

Saint Cyrille de Jérusalem

Chers frères et sœurs!

Notre attention se concentre aujourd’hui sur saint Cyrille de Jérusalem. Sa vie représente le mélange de deux dimensions : d’une part, le soin pastoral et, de l’autre, la participation – malgré lui – aux controverses enflammées qui troublaient alors l’Eglise d’Orient.

Né autour de 315 à Jérusalem, ou dans ses environs, Cyrille reçut une excellente formation littéraire ; ce fut la base de sa culture ecclésiastique, centrée sur l’étude de la Bible. Ordonné prêtre par l’Evêque Maxime, lorsque celui-ci mourut ou fut déposé, en 348, il fut ordonné Evêque par Acacius, archevêque métropolitain influent de Césarée de Palestine, philo-arien, qui était convaincu d’avoir trouvé en lui un allié. Il fut donc soupçonné d’avoir obtenu la nomination épiscopale grâce à des concessions à l’arianisme.
En réalité, Cyrille se heurta très vite à Acacius non seulement sur le terrain doctrinal, mais également sur le terrain juridictionnel, car Cyrille revendiquait l’autonomie de son siège par rapport à l’Eglise métropolitaine de Césarée.
En vingt ans, Cyrille connut trois exils :  le premier en 357, à la suite d’une déposition de la part d’un synode de Jérusalem, suivi en 360 par un deuxième exil voulu par Acacius et, enfin, par un troisième, le plus long – il dura onze ans – en 367, à l’initiative de l’empereur philo-arien Valente. Ce n’est qu’en 378, après la mort de l’empereur, que Cyrille put reprendre définitivement possession de son siège, en rétablissant l’unité et la paix entre les fidèles.
D’autres sources, également anciennes, appuient la thèse de son orthodoxie, mise en doute par plusieurs  sources de  l’époque.  Parmi celles-ci, la lettre synodale de 382, après le deuxième Concile œcuménique de Constantinople (381), auquel Cyrille avait participé en jouant un rôle important, est celle qui fait le plus autorité. Dans cette lettre, envoyée au Pontife romain, les évêques orientaux reconnaissent officiellement l’orthodoxie la plus absolue de Cyrille, la légitimité de son ordination épiscopale et les mérites de son service pastoral, que la mort conclura en 387.

Nous conservons de lui vingt-quatre catéchèses célèbres, qu’il présenta en tant qu’évêque vers 350.
Introduites par une procatéchèse d’accueil, les dix-huit premières sont adressées aux catéchumènes ou illuminands (photizomenoi) ; elles furent tenues dans la Basilique du Saint-Sépulcre. Les premières (1-5) traitent chacune, respectivement, des dispositions préalables au Baptême, de la conversion des coutumes païennes, du sacrement du Baptême, des dix vérités dogmatiques contenues dans le Credo ou Symbole de la foi. Les suivantes (6-18) constituent une « catéchèse continue » sur le Symbole de Jérusalem, dans une optique anti-arienne. Dans les cinq dernières (19-23), appelées « mystagogiques », les deux premières développent un commentaire aux rites du Baptême, les trois dernières portent sur le chrême, sur le Corps et le Sang du Christ et sur la liturgie eucharistique. On y trouve une explication du Notre Père (Oratio dominica) : celle-ci établit un chemin d’initiation à la prière, qui se développe parallèlement à l’initiation aux trois sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Eucharistie.

La base de l’instruction sur la foi chrétienne se déroulait également dans un but polémique contre les païens, les judéo-chrétiens et les manichéens. L’argumentation était fondée sur la réalisation des promesses de l’Ancien Testament, dans un langage riche d’images. La catéchèse était un moment important, inséré dans le vaste contexte de toute la vie, en particulier liturgique, de la communauté chrétienne, dans le sein maternel de laquelle avait lieu la gestation du futur fidèle, accompagnée par la prière et le témoignage des frères. Dans leur ensemble, les homélies de Cyrille constituent une catéchèse systématique sur la renaissance du chrétien à travers le Baptême. Il dit au catéchumène :  « Tu es tombé dans les filets de l’Eglise (cf. Matth. XIII, 47). Laisse-toi donc prendre vivant ; ne t’enfuis pas, car c’est Jésus qui te prend à son hameçon, non pour te donner la mort mais la résurrection après la mort. Tu dois en effet mourir et ressusciter (cf. Rom. VI, 11-14). Meurs au péché, et vis pour la justice dès aujourd’hui » (Procatéchèse 5).

Du point de vue doctrinal, Cyrille commente le Symbole de Jérusalem en ayant recours à la typologie des Ecritures, dans un rapport « symphonique » entre les deux Testaments, pour arriver au Christ, centre de l’univers. La typologie sera décrite de manière incisive par Augustin d’Hippone : « L’Ancien Testament est le voile du Nouveau Testament, et dans le Nouveau Testament se manifeste l’Ancien » (De catechizandis rudibus, 4, 8). Quant à la catéchèse morale, elle est ancrée de manière profondément unie à la catéchèse doctrinale : l’on fait progressivement descendre le dogme dans les âmes, qui sont ainsi sollicitées à transformer les comportements païens sur la base de la nouvelle vie en Christ, don du Baptême. Enfin, la catéchèse « mystagogique » marquait le sommet de l’instruction que Cyrille dispensait non plus aux catéchumènes, mais aux nouveaux baptisés ou néophytes au cours de la semaine pascale Celle-ci les introduisait à découvrir, sous les rites baptismaux de la Veillée Pascale, les mystères qui y étaient contenus et qui n’étaient pas encore révélés. Illuminés par la lumière d’une foi plus profonde en vertu du Baptême, les néophytes étaient finalement en mesure de mieux les comprendre, ayant désormais célébré leurs rites.

Avec les néophytes d’origine grecque, Cyrille s’appuyait en particulier sur la faculté visuelle qui leur était particulièrement adaptée. C’était le passage du rite au mystère, qui valorisait l’effet psychologique de la surprise et l’expérience vécue au cours de la nuit pascale. Voici un texte qui explique le mystère du Baptême : « A trois reprises vous avez été immergés dans l’eau et à chaque fois vous en êtes ressortis, pour symboliser les trois jours de la sépulture du Christ, c’est-à-dire imitant à travers ce rite notre Sauveur, qui passa trois jours et trois nuits dans le sein de la terre (cf. Matth. XII, 40). Lors de la première émersion de l’eau, vous avez célébré le souvenir du premier jour passé par le Christ dans le sépulcre, de même qu’avec la première immersion vous en avez confessé la première nuit passée dans le sépulcre : vous avez été vous aussi comme celui qui est dans la nuit et qui ne voit pas, et celui qui, en revanche, est au jour et jouit de la lumière. Alors qu’auparavant vous étiez plongés dans la nuit et ne pouviez rien voir, en émergeant, en revanche, vous vous êtes trouvés en plein jour. Mystère de la mort et de la naissance, cette eau du salut a été pour vous une tombe et une mère… Pour vous… le moment pour mourir coïncida avec le moment pour naître : un seul et même moment a réalisé les deux événements » (Deuxième catéchèse mystagogique, 4).

Le mystère qu’il faut saisir est le dessein du Christ, qui se réalise à travers les actions salvifiques du Christ dans l’Eglise. A son tour, la dimension mystagogique s’accompagne de celle des symboles, qui expriment le vécu spirituel qu’ils font « exploser ». Ainsi, la catéchèse de Cyrille, sur la base des trois composantes décrites – doctrinale, morale et, enfin mystagogique -, apparaît comme une catéchèse globale dans l’Esprit. La dimension mystagogique réalise la synthèse des deux premières, en les orientant vers la célébration sacramentelle, dans laquelle se réalise le salut de tout l’homme.

Il s’agit, en définitive, d’une catéchèse intégrale, qui – concernant le corps, l’âme et l’esprit – reste emblématique également pour la formation catéchétique des chrétiens d’aujourd’hui.

Armoiries de Benoît XVI

2020-29. On sait très bien ce que faisaient nos ancêtres dans la foi et les grands évêques de la Chrétienté dans les temps d’épidémie…

Samedi 14 mars 2020,
Fête de Sainte Mathilde, impératrice (aïeule maternelle de Hugues Capet);
Anniversaire du rappel à Dieu de Sa Majesté Zita de Bourbon-Parme, impératrice et Reine (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il y a quelque chose de véritablement surréaliste – et parfois ubuesque – dans la manière dont certains ecclésiastiques, à tous les degrés de la hiérarchie, réagissent en face de cette épidémie et dans leur alignement, d’une prévenance servile et archi-zélée, à la réglementation édictée par le gouvernement de la république.
Voici donc qu’un certain nombre d’évêques, pas seulement en France mais dans toute l’Europe, interdisent purement et simplement les Messes, quotidiennes et dominicales, dans leurs diocèses.

On sait très bien ce que faisaient nos ancêtres dans la foi et les grands évêques de la Chrétienté dans les temps d’épidémie : eux, ils avaient une véritable foi catholique et étaient animés par un authentique esprit surnaturel, n’imaginant pas un seul instant – ainsi que le rappellent avec force de nos jours un grand nombre d’évêques des Eglises d’Orient, et plus timidement quelques (trop) rares évêques français -, que les offices religieux et la réception de la Sainte Communion puissent devenir des vecteurs de contagion.

J’aurais beaucoup – vraiment beaucoup – de choses à dire au sujet de l’actuelle situation, en France et dans l’Eglise, mais il est peut-être préférable que j’arrête là mes commentaires pour le moment…

Toutefois, parce que bien souvent un seul dessin a le pouvoir de résumer à lui seul un long discours, je ne puis résister à l’envie de vous partager ce dessin que les responsables de Gloria.TV m’ont fort aimablement autorisé à reproduire, ce pourquoi je les remercie chaleureusement.

Prions ! Prions ! Prions encore et toujours plus !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

 

évêques et coronavirus

Prière par l’intercession de Saint Roch pour les temps d’épidémie.

nika

Prière à Saint Roch en temps d'épidémie

Vous trouverez aussi dans ce blogue les litanies de Saint Roch > ici

nika

2020-28. Nous avons lu et nous avons aimé : « Dieu dans l’Eglise en crise – Réflexion sur un grand mystère », du Révérend Père Augustin Pic op.

Le Révérend Père Augustin Pic, dominicain, docteur en théologie et professeur à l’Université catholique de l’Ouest (Angers), auquel nous devons la publication des textes et de la correspondance de l’abbé Edgeworth de Firmont (éd. du Cerf – 2013) – ouvrage que nous avons présenté dans les pages de ce blogue > ici – vient de faire paraître, à la fin de ce mois de février 2020, un autre ouvrage remarquable intitulé « Dieu dans l’Eglise en crise » et sous-titré « Réflexion sur un grand mystère », dont l’éloquente illustration de couverture montre l’apôtre Pierre s’enfonçant dans les eaux du lac de Génésareth agitées par la tempête…

Avec la rigueur d’une pensée que l’on pourrait qualifier de chirurgicale, le Révérend Père Pic, ouvre une tumeur purulente avec le scalpel d’une solide théologie, parce que d’un bon diagnostic objectif dépend l’établissement d’un protocole sanitaire efficace en vue de la guérison.
A ce titre, cet ouvrage – dans lequel il ne faut pas s’attendre à trouver les mauvaises guimauves que servent trop souvent de trop nombreux clercs – est tout à la fois percutant, bienvenu et salutaire.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Nota bene :
On trouvera aussi dans les pages de ce blogue les prédications du Révérend Père Pic
- à la basilique Saint-Denis le 21 janvier 2016 > ici
- et à la Chapelle Expiatoire le 20 janvier 2019 > ici

Dieu dans l'Eglise en crise - Augustin Pic

« Dieu dans l’Eglise en crise – Réflexion sur un grand mystère »
par Augustin Pic, op
Editions du Cerf – février 2020

4ème de couverture :

« Dieu est Dieu, et non pas son avatar trop humain, sentimentaliste et compassionnel.
La sortie de crise pour l’Église passera par le retour à la transcendance et au mystère ; par le renoncement à la démagogie pour la théologie ! C’est la grande idée d’Augustin Pic dans ce livre original et stimulant.
Pour regagner les hommes de plus en plus indifférents, l’Église tend à prêcher une synthèse entre ce que Dieu est véritablement et ce que le monde actuel voudrait qu’il soit. Dès lors, on redéfinit les contours de la morale, on donne le primat à la conscience individuelle, on relativise la loi naturelle. Tout semble permis : d’un Dieu offrant un amour inconditionnel (ce qui est vrai), on en vient à une sorte d’amour sans conditions (ce qui est faux), où la loi divine tend à n’être plus qu’un stimulant idéal, voire à disparaître comme loi.
Contre pareilles dérives, mais sans jamais tomber dans les jugements sommaires ni dans le rigorisme, Augustin Pic essaie de penser le Dieu de la foi. Un Dieu absolu, qui demande expressément qu’on l’écoute et qui ne transige pas avec son amour. Il y va de l’homme, prunelle de ses yeux, tel qu’il le veut de toute éternité.
Au-delà de sa dimension polémique, appelant la polémique, ce grand livre est un merveilleux voyage théologique. »

Prédication du Rd Père Pic chapelle expiatoire 20 janvier 2019

Le Révérend Père Pic prêchant devant Sa Majesté à la Chapelle Expiatoire
le dimanche 20 janvier 2019

Interview du Révérend Père Augustin Pic par B. Vincent publiée sur le site de l’archidiocèse de Tours (source) :

D’où vous est venue l’idée d’écrire cet ouvrage ?

De la constatation que l’angoisse de dire Dieu, à un monde actuel qui n’en veut plus (globalement pris), fait que les Chrétiens tendent à déradicaliser les exigences chrétiennes, doctrinales et morales.

Quelle thèse y défendez-vous ?

Que Dieu n’a pas besoin de nous et que pour cette raison :

1. Son amour est un mystère insondable parce que parfaitement désintéressé, gratuit (puisque Il n’a éternellement besoin de rien ni de personne), donc très différent de l’amour entre humains, qui rend interdépendants les uns des autres.

2. Que son amour est exigeant parce qu’Il veut nous assimiler (sans fusion ni confusion) à Lui, qui est la sainteté même, donnant Sa grâce pour que ce qui est impossible à l’homme devienne possible par Lui. De sorte que si l’on refuse (au sens strict, car tous les refus ne sont pas le grand refus), on se perd pour l’éternité. Chose possible du côté de Dieu qui, précisément n’a pas besoin de nous alors même qu’Il S’offre à nous par amour. Le propre de l’amour éternel étant de pouvoir être refusé par l’homme créé libre (sans liberté de dire un non définitif, aucun oui pour toujours à Dieu n’est possible).

3. Que sans cela, les notions d’amour et de miséricorde divine deviennent comme folles, présentant un Dieu qui accepte tout et son contraire, en vertu d’une sorte de respect inconditionnel pour Sa créature et pour les aspirations qu’elle porte en elle. On le voit bien dans les questions morales actuelles, et dans la tendance à accueillir toutes les situations, même les plus opposées à ce que l’Eglise a toujours prêché de la part de son Seigneur.

Doit-on en déduire que la « crise de l’Eglise » n’aurait, pour vous, qu’une cause principale ?

Elle en a de multiples, que les dossiers historiques et doctrinaux font ressortir aussi bien que possible (sans être toujours d’accord entre eux, ce qui est normal, vu la complexité du sujet, tout en fournissant une base richissime de réflexions), mais ce livre essaie de montrer à quelle profondeur du mystère ces causes se nouent sans pour autant se confondre en une seule.

De Dieu, alors, quelle « image » souhaiteriez-vous que l’Eglise ait ?

Celle d’un Dieu dont le dessein montre, révèle, que l’amour ne se paie que par l’amour. Un amour dont l’une des dimensions nécessaires est l’obéissance, comme on le voit dans le fiat de l’Annonciation, Marie ne pouvant aimer qu’en obéissant de tout son être et ne pouvant obéir que par amour.

Enfin, à qui avez-vous pensé en rédigeant cet ouvrage ?

Au Peuple de Dieu dont je fais partie et qui a besoin comme moi d’un recentrement sur l’essentiel, sur le Dieu de la Bible, des Pères, des Saints, sur un mystère du Salut que l’œil n’avait jamais vu ni l’oreille entendu, qui jamais n’était monté au cœur de quiconque (I Co. 2, 9), et qui élève l’homme individuel et collectif au-dessus de lui-même, pourvu qu’il fasse pleinement sien peu à peu, jour après jour, ce fiat que Marie a offert, elle, entier du premier coup. Puisque la grâce originelle qui l’a rendue immaculée sera celle qui à la fin doit nous rendre saint et immaculés dans le Christ et l’Esprit devant la face du Père (Eph. 1, 4). Sans nous faire les égaux de Marie, bien sûr, puisque, à la joie de tous, son Fils l’a élevée au-dessus de tous.

blason des dominicains
Publié dans : Chronique de Lully | le 11 mars, 2020 |4 Commentaires »

2020-27. Le 10 mars, nous fêtons Sainte Marie-Eugénie de Jésus.

10 mars,
Fête de Sainte Marie-Eugénie de Jésus, vierge ;
Commémoraison des Saints Quarante Martyrs de Sébaste.

Sainte Marie-Eugénie de Jésus Milleret de Brou

Sainte Marie-Eugénie de Jésus, jeune religieuse

Sainte Marie-Eugénie de Jésus est l’un des fleurons de la famille augustinienne sur la terre de France ; elle est aussi un magnifique exemple du grand renouveau catholique consécutif aux persécutions de la révolution et de l’empire. 

Anne-Eugénie Milleret de Brou est née à Metz le 25 Août 1817.
Son enfance se passe entre l’hôtel particulier des Milleret de Brou, dans cette ville, et leur vaste propriété de Preisch, aux frontières du Luxembourg, de l’Allemagne et de la France. Enfance insouciante et comblée, d
ans un milieu aisé et déchristianisé : son père, haut-fonctionnaire, est dit voltairien ; sa mère, excellente éducatrice sur le plan humain, ne pratique que par pur formalisme.
Toutefois Anne-Eugénie connaîtra une véritable rencontre mystique avec Notre-Seigneur Jésus Christ le jour de sa première Communion, à Noël 1829.

Après 1830, son père, ruiné, doit vendre la propriété de Preisch, puis l’hôtel particulier de Metz.
Ses parents se séparent et Anne-Eugénie suit sa mère à Paris. Mais en 1832, Madame Milleret de Brou est emportée par l’épidémie de choléra. La jeune fille est alors recueillie par de riches amis, à Châlons.

Elle a 17 ans et connaît alors le désarroi et la solitude dans les mondanités qui l’entourent : « Je passai quelques années à me questionner sur la base et l’effet des croyances que je n’avais pas comprises… Mon ignorance de l’enseignement de l’Église était inconcevable et pourtant j’avais reçu les instructions communes du catéchisme » (lettre au Rd Père Lacordaire, en 1841).

Finalement, son père la fait revenir à Paris.
Durant le  carême de 1836, elle va entendre les prédications du Père Lacordaire à Notre-Dame et c’est ce qui lui permet de retrouver la lumière : « Votre parole me donnait une Foi que rien ne devait plus faire vaciller » (ibid.). Plus tard elle dira : 
« Ma vocation date de Notre-Dame ».
Elle se passionne alors pour le mouvement de renouveau chrétien qui bouillonne autour des Lamenais, Montalembert et leurs amis. Parmi eux, l’abbé Théodore Combalot dont elle suit les prédications à Saint-Sulpice en mars 1837.

Ce prêtre rêvait de fonder une congrégation religieuse dédiée à Notre-Dame de l’Assomption dont le but serait de donner aux jeunes filles des milieux dirigeants, marqués par l’incroyance, une solide éducation humaine et chrétienne.
De son côté, Anne-Eugénie rêvait de réaliser une vocation religieuse : après quelques hésitations légitimes, elle accepte le projet de l’abbé Combalot, qui l’envoie en formation au monastère de la Visitation de la Côte Saint-André, en Dauphiné, à mi-chemin entre Vienne et Voiron. Elle s’y imprègne de manière durable de l’esprit et de la spiritualité de Saint François de Sales. 

Au mois d’octobre 1838, elle fait la connaissance de l’abbé Emmanuel d’Alzon (1810-1880) qui a été ordonné en 1834 et qui est vicaire général du diocèse de Nîmes. C’est la naissance d’une grande amitié spirituelle qui durera 40 ans.
Anne-Eugénie a déjà des idées très précises quant à la pédagogie qu’elle devra mettre en œuvre : elle ne veut pas d’une éducation mondaine sur laquelle la formation spirituelle ne serait qu’un vernis ; elle ne veut pas non plus d’une éducation essentiellement religieuse avec une formation humaine indigente. Elle entend donner aux jeunes filles une formation de tout l’être à la lumière du Christ.

Avril 1839 : elles sont deux jeunes filles à se réunir dans ce but, dans un petit appartement de la rue Férou, juste à côté de l’église Saint-Sulpice à Paris ; en octobre, elles sont quatre dans une maison de la rue de Vaugirard, étudiant la théologie, l’Écriture Sainte et les sciences profanes. Il y a là en particulier Kate O’Neill, une irlandaise qui prendra le nom de Sœur Thérèse-Emmanuel ; sa forte personnalité accompagnera celle qui devient Mère Marie-Eugénie de Jésus de son amitié et de son aide durant toute sa vie.
Mère Marie-Eugénie rédige les constitutions de la congrégation, destinées à compléter la Règle de Saint-Augustin sous laquelle elles sont réunies. Ces constitutions sont approuvées par l’archevêque de Paris en 1840.

En mai 1841, le sœurs se séparent définitivement de l’abbé Combalot dont la direction fantasque et le manque de discernement mettent en danger la jeune communauté. Marie-Eugénie se place sous la direction de l’abbé d’Alzon et Monseigneur Denis Affre, archevêque de Paris, leur offre l’appui de son vicaire général, Monseigneur Gros : c’est une véritable libération.
Les sœurs reprennent leurs études et, le 14 août 1841, elles font leur profession religieuse. Mère Marie-Eugénie a 24 ans.

Les débuts sont difficiles : elles sont dans une très grande pauvreté et les vocations peinent à venir.
Une première école est ouverte au printemps 1842, impasse des Vignes (aujourd’hui rue Rataud) dans le quartier du Val de Grâce.
Quelques années plus tard, la congrégation pourra acquérir le château de la Tuilerie, à Auteuil, où sera construit leur monastère et le pensionnat de jeunes filles. En 1849 les religieuses fondent en Afrique du Sud, en 1850 en Angleterre, puis ce sera l’Espagne, la Nouvelle Calédonie, l’Italie, le Nicaragua, les Philippines, le Salvador… etc. 
Rome approuve la congrégation des Religieuses de l’Assomption en 1867 ; les constitutions sont définitivement approuvées en avril 1888.

La collaboration avec l’abbé d’Alzon se traduit aussi par la fondation par ce dernier, en 1845, des Augustins de l’Assomption puis, en 1865, des Oblates de l’Assomption. Cette même année 1865, le Rd Père Pernet, assomptionniste, fonde encore les Petites Sœurs de l’Assomption. Enfin en 1896, un autre assomptionniste, le Rd Père Picard, fondera les Orantes de l’Assomption. Toutes ces congrégations constituent la famille spirituelle de l’Assomption

La mort du Rd Père Emmanuel d’Alzon, le 21 novembre 1880, sonne l’annonce du dépouillement qu’elle avait reconnu nécessaire en 1854 : « Dieu veut que tout tombe autour de moi ». Sœur Thérèse-Emmanuel disparaît à son tour le 3 mai 1888, et sa solitude se creuse davantage. La croissance de la congrégation est une lourde charge pour elle qui a dû enchaîner voyages, constructions, consultations, décisions… En 1894, elle doit déposer sa charge.

Quand elle découvre l’impuissance de la vieillesse, « un état où ne reste plus que l’Amour », elle s’efface peu à peu : « Je n’ai plus qu’à être bonne ». Sa santé s’altère. Vaincue par la paralysie en 1897, elle n’aura plus que son regard pour le dire.

Elle rend son âme à Dieu le 10 Mars 1898.
Béatifiée le 9 février 1975, elle a été canonisée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI le dimanche de la Sainte Trinité 3 juin 2007.
Son corps repose dans la chapelle de la maison-mère, rue de l’Assomption, à Paris.

* * * * * * *

On trouvera aussi dans ce blogue une instruction de Sainte Marie-Eugénie de Jésus
pour aider à la méditation des sept paroles de Jésus en Croix (extraits) > ici

Sainte Marie-Eugénie de Jésus âgée

Photo de Sainte Marie-Eugénie de Jésus vers la fin de sa vie

2020-26. « Votre foi est notre victoire ! »

13 février,
Au diocèse de Viviers, fête de Saint Avit de Vienne.

Sextus Alcimus Ecditius Avitus, en français Avit, né à Vienne vers 450, est issu d’une lignée de haute noblesse gallo-romaine d’origine arverne : il est le fils du sénateur Esychius (qui, vers 475, fut élu archevêque de Vienne à la mort de Saint Mamert), et le petit neveu de l’empereur Aparchus Avitus (455-456).
Avit fut d’abord marié et père de famille mais, veuf à 40 ans, il distribue ses biens aux pauvres et entre au monastère : on ne l’y laissera pas longtemps car en 490 il est élu pour succéder à son père à la tête de l’archidiocèse de Vienne où il demeurera une trentaine d’années environ. Théologien, lettré et poète, Avit fut un pasteur exemplaire. C’est lui qui présida en 517 le concile d’Epaone qui restaura la discipline ecclésiastique. Saint Avit est le frère de Saint Apollinaire, évêque de Valence (qu’il ne faut pas confondre avec Saint Sidoine Apollinaire évêque de Clermont, avec lequel il a aussi des liens de parenté).
Il eut à cœur de lutter contre l’arianisme alors triomphant dans le royaume burgonde auquel appartenait la province ecclésiastique de Vienne : s’il ne parvint pas à convertir le roi Gondebaud, il eut une influence décisive sur le fils de celui-ci, Sigismond, qu’il convertit à la foi de Nicée, et sur sa nièce, Clotilde, future reine des Francs.

Saint Avit mourut un 5 février (peut-être en l’an 518). C’est à ce jour qu’il figure au martyrologe romain.
Toutefois, dans le diocèse de Viviers, jadis suffragant de l’archevêché de Vienne et qui, lors de la suppression de ce siège épiscopal, a hérité de ses paroisses situées sur la rive droite du Rhône, le calendrier traditionnel le fête à la date du 13 février.

Saint Avit - Jörg Breu

Saint Avit de Vienne (œuvre de Jörg Breu).

On cite souvent la formule « votre foi est notre victoire » extraite de la lettre que Saint Avit écrivit au Roi Clovis, empêché qu’il fut alors de se rendre à Reims pour son baptême. Mais qui connaît l’intégralité de cette lettre ? Nous avons donc résolu de vous en donner le texte intégral ci-dessous.

« Les sectateurs de tous schismes se sont efforcés d’envelopper la finesse de votre discernement de l’ombre de leurs discours aux idées changeantes, divergents dans leur multitude, vides de la vérité du christianisme (note 1).Tandis que nous renvoyons ces disputes à l’éternité, tandis que nous réservons au jugement dernier de connaître le bien fondé de chaque opinion, dès à présent a jailli le trait de lumière de la vérité. Car c’est de nos jours que la divine Providence a trouvé un arbitre. En faisant votre choix, c’est pour tous que vous prononcez le jugement ; votre foi est notre victoire (note 2). Dans ces cas-là, d’ordinaire, la plupart des hommes objectent les coutumes nationales et l’observance religieuse de leurs pères, si par hasard ils sont poussés à rechercher la saine croyance par les encouragements des prêtres ou les suggestions de quelque compagnon. Ainsi préfèrent-ils coupablement le respect humain au salut, et, en observant, dans les chaînes de l’incrédulité, un vain respect de leurs ancêtres, avouent-ils en quelque sorte ne savoir quoi choisir ; que leur coupable retenue renonce donc à cette échappatoire après un tel miracle. Vous, ne gardant de toute une lignée d’antique origine que la seule noblesse, vous avez voulu extraire de vous-même, pour votre race, tout ce qui peut rehausser le rang d’une haute naissance. Vous avez des modèles du bien, vous avez voulu être celui du mieux (note 3). 

Vous êtes digne de vos ancêtres puisque vous régnez en ce monde ; vous avez fondé pour vos descendants afin de régner au ciel. Que la Grèce, évidemment, se réjouisse d’un prince de notre loi, mais non plus de ce qu’elle mérite seule la faveur d’un tel don. L’éclat en illumine aussi votre pays, et, du côté de l’occident, resplendit sur le roi la lumière de l’antique étoile du matin (note 4). Elle commença de luire à la bienvenue naissance de notre Sauveur. Que l’onde de la régénération vous dispose donc au salut en ce jour où le monde a reçu le maître du ciel né pour sa rédemption. Que ce jour soit votre anniversaire comme il est celui du Seigneur, le jour où vous êtes né au Christ, le jour où le Christ est né au monde, le jour où vous avez consacré votre âme à Dieu, votre vie aux hommes d’aujourd’hui, votre gloire à la postérité. Que dire donc de cette très glorieuse solennité de votre régénération ? Si, je ne me suis pas rendu personnellement à ses offices, je n’ai pourtant pas manqué de communier à ses joies, dès le moment où la bonté divine a envoyé cette grâce à vos pays et que, avant votre baptême, nous est parvenue la nouvelle de la très-sublime humilité avec laquelle vous faisiez profession de catéchumène ; en suite de quoi, après cette attente, la nuit sainte nous a trouvé sans inquiétude à votre sujet. Car nous parlions et nous discutions entre nous de l’événement, tandis qu’une troupe nombreuse d’évêques assemblés, ranimait les membres royaux avec les eaux de vie, dans la pompe du service divin, tandis que se courbait devant les serviteurs de Dieu cette tête terrible aux nations, tandis que, grandi sous un casque de cheveux, vous assumiez le casque du salut, l’onction sacrée, tandis que, ayant un instant déposé la protection des cuirasses, vos membres immaculés resplendissaient de la blancheur immaculée des vêtements (note 5). Elle fera, comme vous le croyez, ô le plus heureux des rois, elle fera dis-je, cette faiblesse de vos vêtements, que dorénavant s’accroisse la force de vos armes ; et tout ce qui avait fait jusqu’à présent la chance, c’est à la sainteté que vous le devez désormais. Je voudrais bien attacher à vos louanges quelque exhortation, si quelque chose échappait à votre science ou à votre attention (note 6). Mais faut-il que nous prêchions dans ses détails la foi, que vous avez aperçue sans prédicateur et sans exposé complet ? Ou peut-être l’humilité, que vous nous avez déjà manifestée par attachement et que vous nous devez désormais par votre profession de foi ? Ou bien la miséricorde qu’un peuple encore récemment captif, délivré par vous, manifeste au monde par sa joie, à Dieu par ses larmes ? (note 7) Il n’y a qu’une chose que nous désirions voir s’accroître, puisque, par vous, Dieu va faire votre nation toute sienne, répandez aussi, du trésor de votre cœur, des semences de foi vers les peuples d’au-delà, encore fixés dans l’ignorance naturelle et que n’ont pas corrompus les germes des fausses doctrines. N’ayez ni honte ni regret, même en envoyant des ambassades à ce sujet, de construire l’édifice du Dieu qui a tant élevé le vôtre » (note 8).  

Baptême de Clovis

Saint Avit, archevêque d’une métropole située à l’intérieur du royaume burgonde dont le roi arien Gondebaud était ennemi de Clovis, ne put se rendre au baptême de ce dernier, comme le firent de nombreux évêques gallo-romains, et c’est pourquoi il lui adressa cette lettre demeurée fameuse.

Notes : 

[1] « Les sectateurs de tous schismes se sont efforcés d’envelopper la finesse de votre discernement de l’ombre… » : Saint Avit fait allusion à toutes les manœuvres par lesquelles les hérétiques ariens ont essayé d’empêcher la conversion de Clovis à la foi de Nicée.

[2] « En faisant votre choix, c’est pour tous que vous prononcez le jugement ; votre foi est notre victoire » : Saint Avit note ici l’importance de la conversion de Clovis, dont la situation de roi et de fils de l’Eglise romaine fait désormais un arbitre dans les Gaules : c’est lui qui tranchera en cas de litige entre les diverses communautés, et il tranchera selon sa foi, la foi catholique. Ainsi la conversion de Clovis à la foi nicéenne est-elle la victoire de l’épiscopat catholique.

[3] Se réfugiant dans le respect des coutumes ancestrales, le roi burgonde Gondebaud ainsi que les autres rois ariens rejetaient toute idée de conversion. Le miracle de la conversion du roi païen des Francs saliens balaie les croyances païennes ou hérétiques et fait des autres souverains qui se partagent alors les terres de l’Empire d’Occident des coupables, puisqu’ils résistent à la grâce.

[4] Il est le premier roi germanique converti au catholicisme. Digne de ses ancêtres, car il règne, il offre par sa conversion le royaume de Dieu à ses descendants.

[5] Avit fait allusion à la cérémonie même du baptême qui eut lieu le jour de Noël. Toute la cérémonie est évoquée : le roi comme catéchumène (candidat au baptême), les eaux de la vie (le baptême d’eau), l’onction sainte (l’onction du saint Chrême, qui n’a rien à voir avec le sacre royal), la blancheur des vêtements (les vêtements blancs dont sont revêtus les nouveaux baptisés).

[6]  Le royaume, dirigé jusqu’alors sans ligne directrice, sans autre objectif que l’intérêt immédiat du roi, trouve à travers le baptême de celui-ci le chemin qui conduira son peuple au salut. Un lien est créé avec le Dieu chrétien, par la foi.

 [7] Avit fait probablement allusion à la libération des prisonniers de guerre gallo-romains auxquels Clovis a rendu la liberté. Mais cela peut aussi s’entendre plus largement du sentiment de libération éprouvé par tous les gallo-romains, catholiques, qui, se trouvant sous la domination de rois ariens ou païens, saluent la conversion du Roi des Francs (et ses victoires sur les rois ariens) comme une libération.

[8] Saint Avit invite Clovis à un véritable travail missionnaire : il lui suggère d’œuvrer à la conversion des peuples païens « les peuples d’au-delà, » en dehors de ceux qui sont corrompus par les fausses doctrines (arianisme). C’est une vue prophétique de l’œuvre missionnaire des Rois Francs.

Saint Avit entre Saint Mamert et Saint Apollinaire

Saint Avit de Vienne, représenté entre Saint Mamert et Saint Sidoine Apollinaire

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