Trois prières en l’honneur de Saint Vincent de Paul.

19 juillet,
Fête de Saint Vincent de Paul.

Saint Vincent de Paul ramène des galériens à la foi - église de la trinité Paris - Lecomte de Nouy

Jean-Jules-Antoine Lecomte de Nouÿ : Saint Vincent de Paul ramène des galériens à la foi (1876)
[Paris, église de la Sainte Trinité, chapelle de Saint Vincent de Paul]

   Saint Vincent de Paul,
apôtre et témoin de la Charité du Christ auprès des pauvres, donnez-nous d’aimer Dieu aux dépens de nos bras et à la sueur de nos fronts.
Aidez-nous à nous abandonner à Sa Providence, et à rester fidèles aux inspirations de Sa grâce, pour que nous ne manquions aucun de Ses appels. Soutenez-nous dans notre désir de discerner et d’accomplir la Volonté de Dieu.
Obtenez-nous un cœur tendre et compatissant aux misères et aux souffrances des autres, spécialement des plus démunis de ce monde.
Soutenez-nous dans nos engagements de service de la Sainte Eglise et des hommes que Dieu nous a donnés pour frères, et intercédez auprès du Fils de Dieu, pour que nous devenions, dans notre travail, dans notre famille, dans notre paroisse et dans nos communautés, de vivants exemples de Son Evangile d’amour.
Ainsi soit-il.

reliquaire du coeur de Saint Vincent de Paul rue du Bac

   O glorieux saint Vincent,
céleste patron de toutes les associations de charité, Père de tous les malheureux, qui, durant votre vie, n’avez repoussé aucun de ceux qui ont eu recours à vous, intercédez auprès du Seigneur pour qu’Il daigne donner à notre monde de véritables apôtres, embrasés d’amour, qui, selon les exemples que vous avez donnés vous même, iront
assister et instruire les pauvres,
soulager les malades,
consoler les affligés,
réconforter ceux qui sont délaissés,
inspirer aux riches une charité compatissante,
convertir les pécheurs,
animer les prêtres d’un zèle ardent pour les âmes,
donner la paix à l’Église,
et travailler au salut de tous les hommes.

Que tous éprouvent l’efficacité de votre intercession, afin qu’après avoir été secourus par vous dans les différents besoins de la vie d’ici-bas, nous soyons unis à Dieu dans le ciel, où il n’y aura plus ni tristesse, ni gémissement, ni douleur, mais où régneront la joie et l’éternelle félicité.
Ainsi soit-il.

Châsse de Saint Vincent de Paul

   O notre Dieu, Père très aimant, dans Votre grande bonté Vous appelez tous ceux qui portent le nom « chrétien » à évangéliser les pauvres, en suivant la voie tracée par Votre Fils bien-aimé, Jésus-Christ Notre-Seigneur : aidez-nous, à l’exemple de Saint Vincent de Paul, à être diligents et à faire preuve d’audace devant les nécessités, spirituelles et matérielles, de ceux qui sont nos frères.
Donnez-nous, par la grâce et les dons de Votre Esprit-Saint, d’annoncer, non seulement par nos paroles mais aussi par nos exemples, le Salut et la Rédemption par la Croix, et de témoigner par toute notre vie de la foi, de l’espérance et de la charité dont Vous remplissez les cœurs de Vos véritables fidèles.
Ainsi soit-il.

St Vincent de Paul vitrail

2022-80. Saint Bonaventure de Bagnoregio, le « Docteur séraphique ».

14 juillet,
fête de Saint Bonaventure, évêque et confesseur, Docteur de l’Eglise ;
Anniversaire de la mort de Jacques Cathelineau (+ 14 juillet 1793).

   La fête de Saint Bonaventure de Bagnoregio, exact contemporain et ami de Saint Thomas d’Aquin, nous est une fois de plus l’occasion de nous replonger dans les enseignements donnés par Sa Sainteté le pape Benoît XVI lors des audiences pontificales hebdomadaires, enseignements par lesquels ce pontife érudit s’est attaché à mieux faire connaître aux fidèles les Pères et Docteurs de l’Eglise : ces Pères et Docteurs qui sont les voix autorisés de l’authentique Tradition, et dans les écrits desquels nous trouvons tous les antidotes aux erreurs modernistes qui ruinent la Chrétienté.

Leandro da Ponte dit Leandro Bassano - Apparition de la Vierge à Saint Bonaventure - 1602 - Venise

Leandro da Ponte, dit Leandro Bassano :
apparition de la Vierge à Saint Bonaventure (1602)
Venise, galerie de l’Académie

Catéchèse de Sa Sainteté le pape Benoît XVI
à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 3 mars 2010

Chers frères et sœurs,

   Aujourd’hui, je voudrais parler de saint Bonaventure de Bagnoregio.
Je vous avoue qu’en vous proposant ce thème, je ressens une certaine nostalgie, car je repense aux recherches que, jeune chercheur, j’ai conduites précisément sur cet auteur, qui m’est particulièrement cher. Sa connaissance a beaucoup influencé ma formation. C’est avec une grande joie que je me suis rendu en pèlerinage, il y a quelques mois, sur son lieu de naissance, Bagnoregio, petite ville italienne dans le Latium, qui conserve avec vénération sa mémoire.

   Né probablement aux alentours de 1217 et mort en 1274, il vécut au XIIIème siècle, à une époque où la foi chrétienne, profondément imprégnée dans la culture et dans la société de l’Europe, inspira des œuvres durables dans le domaine de la littérature, des arts visuels, de la philosophie et de la théologie. Parmi les grandes figures chrétiennes qui contribuèrent à la composition de cette harmonie entre foi et culture se distingue précisément Bonaventure, homme d’action et de contemplation, de profonde piété et de prudence dans le gouvernement.

   Il s’appelait Jean de Fidanza.
Comme il le raconte lui-même, un épisode qui eut lieu alors qu’il était encore jeune garçon, marqua profondément sa vie. Il avait été frappé d’une grave maladie, et pas même son père, qui était médecin, espérait désormais pouvoir le sauver de la mort. Alors, sa mère eut recours à l’intercession de saint François d’Assise, canonisé depuis peu. Et Jean guérit.

   La figure du Poverello d’Assise lui devint encore plus familière quelques années plus tard, alors qu’il se trouvait à Paris, où il s’était rendu pour ses études. Il avait obtenu le diplôme de Maître d’art, que nous pourrions comparer à celui d’un prestigieux lycée de notre époque. A ce moment, comme tant de jeunes du passé et également d’aujourd’hui, Jean se posa une question cruciale : « Que dois-je faire de ma vie ? ». Fasciné par le témoignage de ferveur et de radicalité évangélique des frères mineurs, qui étaient arrivés à Paris en 1219, Jean frappa aux portes du couvent franciscain de la ville et demanda à être accueilli dans la grande famille des disciples de saint François. De nombreuses années plus tard, il expliqua les raisons de son choix : chez saint François et dans le mouvement auquel il avait donné naissance, il reconnaissait l’action du Christ. Il écrivait ceci dans une lettre adressée à un autre frère : « Je confesse devant Dieu que la raison qui m’a fait aimer le plus la vie du bienheureux François est qu’elle ressemble aux débuts et à la croissance de l’Eglise. L’Eglise commença avec de simples pêcheurs, et s’enrichit par la suite de docteurs très illustres et sages ; la religion du bienheureux François n’a pas été établie par la prudence des hommes mais par le Christ » (Epistula de tribus quaestionibus ad magistrum innominatum, in Œuvres de saint Bonaventure. Introduction générale, Rome 1990, p. 29).

   C’est pourquoi, autour de l’an 1243, Jean revêtit l’habit franciscain et prit le nom de Bonaventure. Il fut immédiatement dirigé vers les études, et fréquenta la faculté de théologie de l’Université de Paris, suivant un ensemble de cours de très haut niveau. Il obtint les divers titres requis pour la carrière académique, ceux de « bachelier biblique » et de « bachelier sentencier ». Ainsi, Bonaventure étudia-t-il en profondeur l’Ecriture Sainte, les Sentences de Pierre Lombard, le manuel de théologie de l’époque, ainsi que les plus importants auteurs de théologie, et, au contact des maîtres et des étudiants qui affluaient à Paris de toute l’Europe, il mûrit sa propre réflexion personnelle et une sensibilité spirituelle de grande valeur qu’au cours des années suivantes, il sut transcrire dans ses œuvres et dans ses sermons, devenant ainsi l’un des théologiens les plus importants de l’histoire de l’Eglise. Il est significatif de rappeler le titre de la thèse qu’il défendit pour être habilité à l’enseignement de la théologie, la licentia ubique docendi, comme l’on disait alors. Sa dissertation avait pour titre Questions sur la connaissance du Christ. Cet argument montre le rôle central que le Christ joua toujours dans la vie et dans l’enseignement de Bonaventure. Nous pouvons dire sans aucun doute que toute sa pensée fut profondément christocentrique.

   Dans ces années-là, à Paris, la ville d’adoption de Bonaventure, se répandait une violente polémique contre les frères mineurs de saint François d’Assise et les frères prédicateurs de saint Dominique de Guzman. On leur contestait le droit d’enseigner à l’Université, et l’on allait jusqu’à mettre en doute l’authenticité de leur vie consacrée. Assurément, les changements introduits par les ordres mendiants dans la manière d’envisager la vie religieuse, dont j’ai parlé dans les catéchèses précédentes, étaient tellement innovateurs que tous ne parvenaient pas à les comprendre. S’ajoutaient ensuite, comme cela arrive parfois même entre des personnes sincèrement religieuses, des motifs de faiblesse humaine, comme l’envie et la jalousie. Bonaventure, même s’il était encerclé par l’opposition des autres maîtres universitaires, avait déjà commencé à enseigner à la chaire de théologie des franciscains et, pour répondre à qui contestait les ordres mendiants, il composa un écrit intitulé La perfection évangélique. Dans cet écrit, il démontre comment les ordres mendiants, spécialement les frères mineurs, en pratiquant les vœux de chasteté et d’obéissance, suivaient les conseils de l’Evangile lui-même. Au-delà de ces circonstances historiques, l’enseignement fourni par Bonaventure dans son œuvre et dans sa vie demeure toujours actuel : l’Eglise est rendue plus lumineuse et belle par la fidélité à la vocation de ses fils et de ses filles qui non seulement mettent en pratique les préceptes évangéliques mais, par la grâce de Dieu, sont appelés à en observer les conseils et témoignent ainsi, à travers leur style de vie pauvre, chaste et obéissant, que l’Evangile est une source de joie et de perfection.

   Le conflit retomba, au moins un certain temps, et, grâce à l’intervention personnelle du Pape Alexandre IV, en 1257, Bonaventure fut reconnu officiellement comme docteur et maître de l’université parisienne. Il dut toutefois renoncer à cette charge prestigieuse, parce que la même année, le Chapitre général de l’ordre l’élut ministre général.

   Il exerça cette fonction pendant dix-sept ans avec sagesse et dévouement, visitant les provinces, écrivant aux frères, intervenant parfois avec une certaine sévérité pour éliminer les abus. Quand Bonaventure commença ce service, l’Ordre des frères mineurs s’était développé de manière prodigieuse : il y avait plus de 30.000 frères dispersés dans tout l’Occident avec des présences missionnaires en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, et également à Pékin. Il fallait consolider cette expansion et surtout lui conférer, en pleine fidélité au charisme de François, une unité d’action et d’esprit. En effet, parmi les disciples du saint d’Assise, on enregistrait différentes façons d’interpréter le message et il existait réellement le risque d’une fracture interne. Pour éviter ce danger, le chapitre général de l’Ordre, qui eut lieu à Narbonne en 1260, accepta et ratifia un texte proposé par Bonaventure, dans lequel on recueillait et on unifiait les normes qui réglementaient la vie quotidienne des frères mineurs. Bonaventure avait toutefois l’intuition que les dispositions législatives, bien qu’elles fussent inspirées par la sagesse et la modération, n’étaient pas suffisantes à assurer la communion de l’esprit et des cœurs. Il fallait partager les mêmes idéaux et les mêmes motivations. C’est pour cette raison que Bonaventure voulut présenter le charisme authentique de François, sa vie et son enseignement. Il rassembla donc avec un grand zèle des documents concernant le Poverello et il écouta avec attention les souvenirs de ceux qui avaient directement connu François. Il en naquit une biographie, historiquement bien fondée, du saint d’Assise, intitulée Legenda Maior, rédigée également sous forme plus brève, et donc appelée Legenda Minor. Le mot latin, à la différence du mot italien, n’indique pas un fruit de l’imagination, mais, au contraire, « Legenda » signifie un texte faisant autorité, « à lire » de manière officielle. En effet, le chapitre des frères mineurs de 1263, qui s’était réuni à Pise, reconnut dans la biographie de saint Bonaventure le portrait le plus fidèle du fondateur et celle-ci devint, ainsi, la biographie officielle du saint.

   Quelle est l’image de François qui ressort du cœur et de la plume de son pieux fils et successeur, saint Bonaventure ?
Le point essentiel : François est un alter Christus, un homme qui a cherché passionnément le Christ. Dans l’amour qui pousse à l’imitation, il s’est conformé entièrement à Lui. Bonaventure indiquait cet idéal vivant à tous les disciples de François. Cet idéal, valable pour chaque chrétien, hier, aujourd’hui et à jamais, a été indiqué comme programme également pour l’Eglise du troisième millénaire par mon prédécesseur, le vénérable Jean-Paul II. Ce programme, écrivait-il dans la Lettre Novo millennio ineunte, est centré « sur le Christ lui-même, qu’il faut connaître, aimer, imiter, pour vivre en lui la vie trinitaire et pour transformer avec lui l’histoire jusqu’à son achèvement dans la Jérusalem céleste » (n. 29).

   En 1273, la vie de saint Bonaventure connut un autre changement.
Le Pape Grégoire X voulut le consacrer évêque et le nommer cardinal. Il lui demanda également de préparer un événement ecclésial très important : le 2ème concile œcuménique de Lyon, qui avait pour but le rétablissement de la communion entre l’Eglise latine et l’Eglise grecque. Il se consacra à cette tâche avec diligence, mais il ne réussit pas à voir la conclusion de cette assise œcuménique, car il mourut pendant son déroulement.
Un notaire pontifical anonyme composa un éloge de Bonaventure, qui nous offre un portrait conclusif de ce grand saint et excellent théologien : « Un homme bon, affable, pieux et miséricordieux, plein de vertus, aimé de Dieu et des hommes… En effet, Dieu lui avait donné une telle grâce, que tous ceux qui le voyaient étaient envahis par un amour que le cœur ne pouvait pas cacher » (cf. J.G. Bougerol, Bonaventura, in. A. Vauchez (sous la direction de), Storia dei santi e della santità cristiana. Vol. VI L’epoca del rinnovamento evangelico, Milan 1991, p. 91).

   Recueillons l’héritage de ce grand Docteur de l’Eglise, qui nous rappelle le sens de notre vie avec les paroles suivantes : « Sur la terre… nous pouvons contempler l’immensité divine à travers le raisonnement et l’admiration ; dans la patrie céleste, en revanche, à travers la vision, lorsque nous serons faits semblables à Dieu, et à travers l’extase… nous entrerons dans la joie de Dieu » (La conoscenza di Cristo, q. 6, conclusione, in Opere di San Bonaventura. Opuscoli Teologici/1, Roma 1993, p. 187).

Prières de Saint Bonaventure déjà publiées sur ce blogue :
- Paraphrase du « Salve Regina » > ici
- Prière pour demander les sept dons du Saint-Esprit > ici

Lyon basilique de Saint Bonaventure - vue intérieure

Lyon : intérieur de la basilique Saint Bonaventure, ancienne église des Cordeliers
où fut inhumé Saint Bonaventure de Bagnoregio en 1274

2022-79. La révolution est la négation légale du Règne de Jésus-Christ sur la terre, la destruction sociale de l’Eglise.

12 juillet,
Anniversaire de la sauvage exécution du comte François de Saillans (cf. > ici, > ici, > ici et > ici).

Auguste Couder Séance d'ouverture des États généraux le 5 mai 1789

Auguste Couder : la séance d’ouverture des Etats Généraux le 5 mai 1789

   En ces jours des 12, 13 et 14 juillet, ce qui reste de loyal à Dieu et au Roi légitime en Vivarais se recueille dans le pieux souvenir des fidèles serviteurs du Trône et de l’Autel – prêtres, nobles, soldats et paysans -, qui, en 1792, ont été abominablement traqués et mis à mort par les patriotes, à la suite de l’échec du soulèvement commis par les Princes aux soins du comte de Saillans (se reporter aux liens mentionnés ci-dessus).
C’est dans cette perspective que nous laissons ci-dessous la parole à Monseigneur Louis-Gaston de Ségur (cf. > ici) qui nous rappelle ce qu’est l’essence de la révolution.

frise lys

Satan est le père de la Révolution.
La Révolution est son œuvre, commencée dans le ciel et se perpétuant dans l’humanité d’âge en âge.

La Révolution n’est pas une question purement politique ; c’est aussi une question religieuse, et c’est uniquement à ce point de vue que j’en parle ici. La Révolution n’est pas seulement une question religieuse, mais elle est la grande question religieuse de notre siècle. Pour s’en convaincre, il suffit de réfléchir et de préciser. Prise dans sons sens le plus général, la Révolution est la révolte érigée en principe et en droit. Ce n’est pas seulement le fait de la révolte ; de tout temps il y a eu des révoltes ; c’est le droit, c’est le principe de la révolte devenant la règle pratique et le fondement des sociétés ; c’est la négation systématique de l’autorité légitime ; c’est la théorie de la révolte, c’est l’apologie et l’orgueil de la révolte, la consécration légale du principe même de toute révolte. Ce n’est pas non plus la révolte de l’individu contre son supérieur légitime, cette révolte s’appelle tout simplement désobéissance ; c’est la révolte de la société en tant que société ; le caractère de la Révolution est essentiellement social et non pas individuel.

Il y a trois degrés dans la Révolution :

1. La destruction de l’Eglise, comme autorité et société religieuse, protectrice des autres autorités et des autres sociétés ; à ce premier degré, qui nous intéresse directement, la Révolution est la négation de l’Eglise érigée en principe et formulée en droit ; la séparation de l’Eglise et de l’Etat dans le but de découvrir l’Etat et de lui enlever son appui fondamental.

2. La destruction des trônes et de l’autorité politique légitime, conséquence inévitable de la destruction de l’autorité catholique. Cette destruction est le dernier mot du principe révolutionnaire de la démocratie moderne et de ce qu’on appelle aujourd’hui la souveraineté du peuple.

3. La destruction de la société, c’est-à-dire de l’organisation qu’elle a reçue de Dieu ; en d’autres termes, la destruction des droits de la famille et de la propriété, au profit d’une abstraction que les docteurs révolutionnaires appellent l’Etat. C’est le socialisme, dernier mot de la Révolution parfaite, dernière révolte, destruction du dernier droit. A ce degré, la Révolution est, ou plutôt serait la destruction totale de l’ordre divin sur la terre, le règne parfait de Satan dans le monde.

Nettement formulée pour la première fois par Jean-Jacques Rousseau, puis en 1789 et en 1793 par la révolution française, la Révolution s’est montrée dès son origine l’ennemie acharnée du christianisme ; elle a frappé l’Eglise avec une fureur qui rappelait les persécutions du paganisme ; elle a fermé ou détruit les églises, dispersé les Ordres religieux, traîné dans la boue les croix et les reliques des Saints ; sa rage s’est étendue dans l’Europe entière ; elle a brisé toutes les traditions, et un moment elle a cru détruit le christianisme, qu’elle appelait avec mépris une vieille et fanatique superstition. Sur toutes ces ruines, elle a inauguré un régime nouveau de lois athées, de sociétés sans religion, de peuples et de rois absolument indépendants ; depuis soixante ans, elle grandit et s’étend dans le monde entier, détruisant partout l’influence sociale de l’Eglise, pervertissant les intelligences, calomniant le clergé, et sapant par la base tout l’édifice de la foi.

Au point de vue religieux, on peut la définir : la négation légale du règne de Jésus-Christ sur la terre, la destruction sociale de l’Eglise.

Combattre la Révolution est donc un acte de foi, un devoir religieux au premier chef. C’est de plus un acte de bon citoyen et d’honnête homme ; car c’est défendre la patrie et la famille. Si les partis politiques honnêtes la combattent à leur point de vue, nous devons, nous autres chrétiens, la combattre à un point de vue bien supérieur, pour défendre ce qui nous est plus cher que la vie.

Mgr Louis-Gaston de Ségur,
in « La Révolution expliquée aux jeunes gens ».

Voir aussi, du même Monseigneur de Ségur, « Ce qu’est le droit divin » > ici

Mirabeau tenant tête au marquis de Dreux-Brézé - Joseph-Désiré Court

Joseph-Désiré Court : Mirabeau tenant tête au marquis de Dreux-Brézé le 23 juin 1789

2022-78. Le succès ne fait pas la valeur d’une œuvre.

10 juillet,
Anniversaire du rappel à Dieu de l’abbé Henri Huvelin (+ 10 juillet 1910).

Abbé Henri Huvelin

L’abbé Henri Huvelin (1838-1910)

   Faut-il présenter l’abbé Huvelin ?
J’ose espérer que les lecteurs de ce modeste blogue en ont tous au moins une idée ! Je recommande en particulier la lecture de la biographie, déjà ancienne, rédigée par Marie-Thérèse Louis-Lefebvre, parue chez Lethielleux en 1958 qui, à mon sens, est un ouvrage majeur et inégalé et s’intitule « Un prêtre : l’abbé Huvelin ». Et puis il y a ses écrits spirituels, dont beaucoup ont été publiés par le même auteur, qui donnent une compréhension profonde de ce que fut ce confesseur et conseiller spirituel exceptionnel sans le ministère duquel nous n’aurions pas Saint Charles de Jésus…

   A l’occasion de l’anniversaire de la mort de ce saint prêtre (+ 10 juillet 1910), je vous propose de lire et de méditer avec quelques extraits d’une conférence spirituelle donnée à une réunion de « Dames de charité » le 26 avril 1888.
C’est un texte d’une grande profondeur spirituelle toujours propre à fortifier ceux qui peinent et rencontrent des difficultés dans l’accomplissement de ce que Dieu demande d’eux et, de ce fait, peuvent parfois éprouver des tentations de découragement. Ainsi, bien au-delà des situations circonstanciées auxquelles les « Dames de charité » de la paroisse Saint-Augustin avaient à faire face, nous pouvons aujourd’hui puiser dans l’enseignement du saint abbé Huvelin des principes de conduite pour notre âme dans nos propres difficultés apostoliques et spirituelles.

Crucifixion - détail d'un vitrail de l'église de Jarzé diocèse d'Angers

Crucifixion
(détail d’un vitrail de l’église de Jarzé, dans le diocèse d’Angers)

   « [...] Dans un insuccès apparent, ne cédons pas à la lassitude, au découragement ; quand, après tout, nous faisons l’œuvre de Dieu, c’est bien par Lui seul que nous agissons. Il nous prend avec Lui, mais, le premier, Il a mis Ses mains divines à l’œuvre à laquelle Il nous appelle. Avec Lui, après Lui, le sillon est parfois difficile, laborieux, pénible, douloureux même… N’oubliez jamais que Jésus Lui-même l’a tracé et arrosé de Son Sang !

   Le plus souvent nous ne sommes pour rien dans les conversions comme dans l’évènement des âmes : la grâce de Dieu opère, fait concourir événements et circonstances à Son œuvre de miséricorde. Combien je sens Dieu seul guide et conducteur des âmes ! [...] Toujours il faut, à l’exemple du Maître, aborder les âmes comme Il l’a fait, délicatement.

   C’est tellement grand une âme rachetée par le Sang du Christ ! J’avoue n’oser les approcher et y toucher qu’avec respect, avec timidité, et avec une religieuse tendresse, en laissant le succès à Dieu.
N’oublions pas ce que disaient les anciens et que répétait souvent Saint Paul : « Le succès ne fait pas la valeur de l’œuvre dont Dieu seul doit toujours être le but ».
Qu’il en soit ainsi pour toutes nos œuvres.
Faites l’œuvre de Dieu respectueusement, timidement, avec suite et courage…

   Vous pouvez souvent remarquer que c’est à l’heure la plus désespérée, à celle où vous abandonneriez volontiers l’œuvre commencée, que les choses tournent à bien. Il suffit parfois d’un acte de bonté, d’un mot de tendresse pour qu’éclate l’heure de la grâce divine.

   Le découragement naît trop souvent d’une sorte de comparaison faite entre soi et les autres. Cela ne vaut rien, sauf pour décourager. D’ailleurs cela vient souvent d’une âme orgueilleuse qui se cherche plus qu’elle ne cherche la gloire de Dieu et des âmes.
Je le répète : ne mesurez pas au succès la valeur d’une œuvre. Il faut toujours marcher en vue de Dieu et malgré notre misère, notre faiblesse, nos maladresses, nos insuccès : peu importe, si nous avons tout fait pour Dieu seul, avec toute notre tendresse !

   Allez avec suite et fidélité, ayant Dieu pour unique but. Alors vous verrez Dieu dans toute âme et vous ne vous rebuterez jamais devant l’insuccès. Vous ne vous troublerez pas si vous êtes mal accueillies ; si vos bonnes actions ne vous apportent pas la consolation que vous en espériez. Faites tout ce que vous pourrez, le succès est entre les mains de Dieu ; Sa grâce seule peut tout. Préparez la plante : il lui faudra le divin Soleil pour grandir et s’épanouir.

   Ne cessez jamais d’être compatissantes, dévouées ; dans toute la mesure de votre impuissance, coopérez à l’œuvre de Dieu !

   Certes, il vous arrivera de vous heurter aux rebuffades de ceux que vous voudrez aider. Je ne suis nullement étonné de la première attitude de ceux qui n’ont jamais rien sollicité de personne et qui voudraient encore se suffire par leur travail, rester debout en face du malheur. Ils demandent qu’on les laisse tranquilles. Il y a là une fierté facile à comprendre ; cette attitude a quelque chose de digne. Cela est beau, c’est assez rare.

   Enfin, je ne puis assez redire qu’il ne s’agit pas de partir avec élan, mais qu’il faut continuer avec persévérance ! »

Autre texte de l’abbé Huvelin à méditer > ici

nika

2022-77. Le décret du Saint Office « Lamentabili sane exitu » condamnant les principales erreurs modernistes.

3 juillet,
Anniversaire du Sacre de Hugues Capet à Noyon (3 juillet 987) ;
Anniversaire du décret du Saint office « Lamentabili sane exitu »

    Cette belle date du 3 juillet ramène l’anniversaire du décret « Lamentabili sane exitu » qui est une sorte de catalogue présentant 65 propositions fermement réprouvées par la Sainte Eglise, dites erreurs modernistes.  Il est important non seulement de l’avoir lu une fois, mais aussi de le relire régulièrement pour s’en bien imprégner et se prémunir contre le poison de l’erreur, le poison des affirmations, opinions et théories que la Sainte Eglise catholique notre Mère juge absolument incompatibles avec l’authentique et véritable foi reçue des Apôtres.

   Si vous entendez des prêtres, évêques, catéchistes, « théologiens » ou « spécialistes », enseigner l’une ou l’autre des propositions ci-dessous énoncées, vous pouvez, avec un jugement infaillible qui n’est pas une « option personnelle » mais bien le jugement de l’Eglise divinement assistée par le Saint-Esprit, affirmer que cette personne, quelque élevée que soit la place qu’elle occupe dans la hiérarchie ecclésiastique, n’a pas la foi catholique, a fait naufrage dans la foi, transmet des erreurs fermement condamnées, ne fait pas le travail que Dieu attend d’elle, trahit la Sainte Eglise et contribue à l’autodémolition de l’Eglise…

   Que Dieu nous accorde la très grande grâce de demeurer fermes dans la foi traditionnelle et vaillants dans le combat pour la faire connaître et aimer, et pour la défendre contre les ennemis « de l’intérieur », contre les apostats qui ne quittent pas le vaisseau de l’Eglise et travaillent à son sabordage. 

Armoiries de Saint Pie X

Décret du Saint Office
« Lamentabili sane exitu »
condamnant quelques unes des principales
erreurs modernistes

publié par l’ordre et par l’autorité
du Pape Saint Pie X

- 3 juillet 1907 -

   Par un malheur vraiment lamentable, notre temps, qui ne souffre aucun frein, s’attache souvent, dans la recherche des vérités supérieures, à des nouveautés au point que, délaissant ce qui est en quelque sorte l’héritage du genre humain, il tombe dans les plus graves erreurs. Ces erreurs sont beaucoup plus dangereuses s’il s’agit des sciences sacrées, de l’interprétation de la Sainte Écriture, des principaux mystères de la foi. Or, il est vivement déplorable qu’on rencontre, même parmi les catholiques, un assez grand nombre d’écrivains qui, sortant des limites fixées par les Pères et par la Sainte Église elle-même, poursuivent, sous prétexte d’interprétation plus approfondie et en se réclamant du point de vue historique, un prétendu progrès des dogmes qui, en réalité, en est la déformation.

Mais, afin que de pareilles erreurs, qui se répandent chaque jour parmi les fidèles, ne s’implantent pas dans leur esprit et n’altèrent pas la pureté de leur foi, il a plu à N. T. S. P. Pie X, Pape par la divine Providence, de faire noter et réprouver les principales d’entre elles par le ministère de la Sainte Inquisition romaine et universelle.

En conséquence, après un très soigneux examen et après avoir pris l’avis des Révérends Consulteurs, les Éminentissimes et Révérendissimes Cardinaux Inquisiteurs généraux en matière de foi et de mœurs ont jugé qu’il y avait lieu de réprouver et de proscrire les propositions suivantes comme elles sont réprouvées et proscrites par le présent Décret général :

  • 1. – La loi ecclésiastique qui prescrit de soumettre à une censure préalable les livres concernant les divines Écritures ne s’étend pas aux écrivains qui s’adonnent à la critique ou exégèse scientifique des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament.
  • 2. – L’interprétation des Livres Saints par l’Église n’est sans doute pas à dédaigner ; elle est néanmoins subordonnée au jugement plus approfondi et à la correction des exégètes.
  • 3. – Des jugements et des censures ecclésiastiques portés contre l’exégèse libre et plus savante on peut inférer que la foi proposée par l’Église est en contradiction avec l’histoire et que les dogmes catholiques ne peuvent réellement pas se concilier avec les vraies origines de la religion chrétienne.
  • 4. – Le magistère de l’Église ne peut, même par des définitions dogmatiques, déterminer le vrai sens des Saintes Écritures.
  • 5. – Le dépôt de la foi ne contenant que des vérités révélées, il n’appartient sous aucun rapport à l’Église de porter un jugement sur les assertions des sciences humaines.
  • 6. – Dans les définitions doctrinales l’Église enseignée et l’Église enseignante collaborent de telle sorte qu’il ne reste à l’Église enseignante qu’à sanctionner les opinions communes de l’Église enseignée.
  • 7. – L’Église, lorsqu’elle proscrit des erreurs, ne peut exiger des fidèles qu’ils adhèrent par un assentiment intérieur aux jugements qu’elle a rendus.
  • 8. – On doit estimer exempts de toute faute ceux qui ne tiennent aucun compte des condamnations portées par la Sacrée Congrégation de l’Index ou par les autres Sacrées Congrégations Romaines.
  • 9. – Ceux-là font preuve de trop grande simplicité ou d’ignorance qui croient que Dieu est vraiment l’Auteur de la Sainte Écriture.
  • 10. – L’inspiration des livres de l’Ancien Testament a consisté en ce que les écrivains d’Israël ont transmis les doctrines religieuses sous un certain aspect particulier, peu connu ou même ignoré des Gentils.
  • 11. – L’inspiration divine ne s’étend pas de telle sorte à toute l’Écriture Sainte qu’elle préserve de toute erreur toutes et chacune de ses parties.
  • 12. – L’exégète, s’il veut s’adonner utilement aux études bibliques, doit avant tout écarter toute opinion préconçue sur l’origine surnaturelle de l’Écriture Sainte et ne pas l’interpréter autrement que les autres documents purement humains.
  • 13. – Ce sont les évangélistes eux-mêmes et les chrétiens de la seconde et de la troisième génération qui ont artificiellement élaboré les paraboles évangéliques, et ont ainsi rendu raison du peu de fruit de la prédication du Christ chez les Juifs.
  • 14. – En beaucoup de récits les évangélistes ont rapporté non pas tant ce qui est vrai que ce qu’ils ont estimé, quoique faux, plus profitable aux lecteurs.
  • 15. – Les Évangiles se sont enrichis d’additions et de corrections continuelles jusqu’à la fixation et à la constitution du Canon ; et ainsi il n’y subsista de la doctrine du Christ que des vestiges ténus et incertains.
  • 16. – Les récits de Jean ne sont pas proprement de l’histoire, mais une contemplation mystique de l’Évangile ; les discours contenus dans son Évangile sont des méditations théologiques sur le mystère du salut dénuées de vérité historique.
  • 17. – Le quatrième Évangile a exagéré les miracles non seulement afin de les faire paraître plus extraordinaires, mais encore pour les rendre plus aptes à caractériser l’œuvre et la gloire du Verbe Incarné.
  • 18. – Jean revendique, il est vrai, pour lui-même le caractère de témoin du Christ ; il n’est cependant en réalité qu’un témoin éminent de la vie chrétienne ou de la vie du Christ dans l’Église à la fin du Ier siècle.
  • 19. – Les exégètes hétérodoxes ont plus fidèlement rendu le sens vrai des Écritures que les exégètes catholiques.
  • 20. – La Révélation n’a pu être autre chose que la conscience acquise par l’homme des rapports existants entre Dieu et lui.
  • 21. – La Révélation qui constitue l’objet de la foi catholique n’a pas été complète avec les Apôtres.
  • 22. – Les dogmes que l’Église déclare révélés ne sont pas des vérités descendues du ciel, mais une certaine interprétation de faits religieux que l’esprit humain s’est formée par un laborieux effort.
  • 23. – Il peut exister et il existe réellement entre les faits rapportés dans la Sainte Écriture et les dogmes de l’Église auxquels ils servent de base une opposition telle que le critique peut rejeter comme faux des faits que l’Église tient pour très certains.
  • 24. – On ne doit pas condamner un exégète qui pose des prémisses d’où il suit que les dogmes sont historiquement faux ou douteux, pourvu qu’il ne nie pas directement les dogmes mêmes.
  • 25. – L’assentiment de foi se fonde en définitive sur une accumulation de probabilités.
  • 26. – Les dogmes de la foi sont à retenir seulement selon leur sens pratique, c’est-à-dire comme règle obligatoire de conduite, mais non comme règle de croyance.
  • 27. – La divinité de Jésus-Christ ne se prouve pas par les Évangiles ; mais c’est un dogme que la conscience chrétienne a déduit de la notion du Messie.
  • 28. – Pendant qu’il exerçait son ministère, Jésus n’avait pas en vue dans ses discours d’enseigner qu’il était lui-même le Messie, et ses miracles ne tendaient pas à le démontrer.
  • 29. – On peut accorder que le Christ que montre l’histoire est bien inférieur au Christ qui est l’objet de la foi.
  • 30. – Dans tous les textes évangéliques le nom de Fils de Dieu équivaut seulement au nom de Messie, il ne signifie nullement que le Christ est le vrai et naturel Fils de Dieu.
  • 31. – La doctrine christologique de Paul, de Jean et des Conciles de Nicée, d’Éphèse, de Chalcédoine, n’est pas celle que Jésus a enseignée, mais celle que la conscience chrétienne a conçue au sujet de Jésus.
  • 32. – On ne peut concilier le sens naturel des textes évangéliques avec l’enseignement de nos théologiens, touchant la conscience et la science infaillible de Jésus-Christ.
  • 33. – Il est évident, pour quiconque n’est pas guidé par des opinions préconçues, ou bien que Jésus a enseigné une erreur au sujet du très prochain avènement messianique, ou bien que la majeure partie de sa doctrine contenue dans les Évangiles synoptiques manque d’authenticité.
  • 34. – La critique ne peut attribuer au Christ une science illimitée si ce n’est dans l’hypothèse, historiquement inconcevable et qui répugne au sens moral, que le Christ comme homme a possédé la science de Dieu et qu’il a néanmoins refusé de communiquer la connaissance qu’il avait de tant de choses à ses disciples et à la postérité.
  • 35. – Le Christ n’a pas toujours eu conscience de sa divinité messianique.
  • 36. – La résurrection du Sauveur n’est pas proprement un fait d’ordre historique, mais un fait d’ordre purement surnaturel, ni démontré ni démontrable, que la conscience chrétienne a peu à peu déduit d’autres faits.
  • 37. – La foi en la résurrection du Christ, à l’origine, porte moins sur le fait même de la résurrection que sur la vie immortelle du Christ auprès de Dieu.
  • 38. – La doctrine de la mort expiatoire du Christ n’est pas évangélique mais seulement paulinienne.
  • 39. – Les opinions sur l’origine des sacrements dont étaient imbus les Pères du Concile de Trente et qui ont sans aucun doute influé sur la rédaction de leurs Canons dogmatiques, sont bien éloignées de celles qui aujourd’hui prévalent à bon droit parmi les historiens du christianisme.
  • 40. – Les sacrements sont nés de ce que les Apôtres et leurs successeurs ont interprété une idée, une intention du Christ, sous l’inspiration et la poussée des circonstances et des événements.
  • 41. – Les sacrements n’ont d’autre but que de rappeler à l’esprit de l’homme la présence toujours bienfaisante du Créateur.
  • 42. – C’est la communauté chrétienne qui a introduit la nécessité du Baptême, en l’adoptant comme un rite nécessaire et en y attachant les obligations de la profession chrétienne.
  • 43. – L’usage de conférer le Baptême aux enfants fut une évolution dans la discipline ; cette évolution fut une des causes pour lesquelles ce sacrement se dédoubla en Baptême et en Pénitence.
  • 44. – Rien ne prouve que le rite du sacrement de Confirmation ait été employé par les Apôtres ; et la distinction formelle des deux sacrements de Baptême et de Confirmation n’appartient pas à l’histoire du christianisme primitif.
  • 45. – Tout n’est pas à entendre historiquement dans le récit de l’institution de l’Eucharistie par Paul (I Cor. XI, 23-25).
  • 46. – La notion de la réconciliation du chrétien pécheur par l’autorité de l’Église n’a pas existé dans la primitive Église ; l’Église ne s’est habituée à ce concept que très lentement. Bien plus, même après que la Pénitence eut été reconnue comme une institution de l’Église, elle ne portait pas le nom de sacrement, parce qu’on la considérait comme un sacrement honteux.
  • 47. – Les paroles du Seigneur : Recevez l’Esprit-Saint ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (Joan. XX, 22 et 23), ne se rapportent pas du tout au sacrement de Pénitence, quoi qu’il ait plu aux Pères de Trente d’affirmer.
  • 48. – Jacques, dans son épître (vv. 14 et 15), n’a pas l’intention de promulguer un sacrement du Christ, mais de recommander un pieux usage, et s’il voit peut-être dans cet usage un moyen d’obtenir la grâce, il ne l’entend pas avec la même rigueur que les théologiens qui ont précisé la théorie et le nombre des sacrements.
  • 49. – La Cène chrétienne prenant peu à peu le caractère d’une action liturgique, ceux qui avaient coutume de présider la Cène acquirent le caractère sacerdotal.
  • 50. – Les anciens qui étaient chargés de la surveillance dans les assemblées des chrétiens ont été établis par les Apôtres prêtres ou évêques en vue de pourvoir à l’organisation nécessaire des communautés croissantes, et non pas précisément pour perpétuer la mission et le pouvoir des Apôtres.
  • 51. – Le mariage n’a pu devenir qu’assez tardivement dans l’Église un sacrement de la nouvelle loi ; en effet, pour que le mariage fût tenu pour un sacrement, il fallait au préalable que la doctrine théologique de la grâce et des sacrements eût acquis son plein développement.
  • 52. – Il n’a pas été dans la pensée du Christ de constituer l’Église comme une Société destinée à durer sur la terre une longue série de siècles ; au contraire, dans la pensée du Christ le royaume du ciel et la fin du monde étaient également imminents.
  • 53. – La constitution organique de l’Église n’est pas immuable ; mais la société chrétienne est soumise, comme la société humaine, à une perpétuelle évolution.
  • 54. – Les doctrines, les sacrements, la hiérarchie, tant dans leur notion que dans la réalité, ne sont que des interprétations et des évolutions de la pensée chrétienne, qui ont accru et perfectionné par des développements extérieurs le petit germe latent dans l’Évangile.
  • 55. – Simon Pierre n’a jamais même soupçonné que le Christ lui eût conféré la primauté dans l’Église.
  • 56. – L’Église romaine est devenue la tête de toutes les Églises, non point par une disposition de la divine Providence, mais en vertu de circonstances purement politiques.
  • 57. – L’Église se montre hostile aux progrès des sciences naturelles et théologiques.
  • 58. – La vérité n’est pas plus immuable que l’homme lui-même, car elle évolue avec lui, en lui et par lui.
  • 59. – Le Christ n’a pas enseigné un corps déterminé de doctrine, applicable à tous les temps et à tous les hommes, mais il a plutôt inauguré un certain mouvement religieux adapté ou qui doit être adapté à la diversité des temps et des lieux.
  • 60. – La doctrine chrétienne fut, en ses origines, judaïque, mais elle est devenue, par évolutions successives, d’abord paulinienne, puis johannique, enfin hellénique et universelle.
  • 61. – On peut dire sans paradoxe qu’aucun chapitre de l’Écriture, du premier chapitre de la Genèse au dernier de l’Apocalypse, ne renferme une doctrine absolument identique à celle que l’Église professe sur la même matière, et, par conséquent, qu’aucun chapitre de l’Écriture n’a le même sens pour le critique que pour le théologien.
  • 62. – Les principaux articles du Symbole des Apôtres n’avaient pas pour les chrétiens des premiers siècles la même signification qu’ils ont pour ceux de notre temps.
  • 63. – L’Église se montre incapable de défendre efficacement la morale évangélique, parce qu’elle se tient obstinément attachée à des doctrines immuables qui ne peuvent se concilier avec les progrès actuels.
  • 64. – Le progrès des sciences exige que l’on réforme les concepts de la doctrine chrétienne sur Dieu, sur la Création, sur la Révélation, sur la Personne du Verbe Incarné, sur la Rédemption.
  • 65. – Le catholicisme d’aujourd’hui ne peut se concilier avec la vraie science à moins de se transformer en un certain christianisme non dogmatique, c’est-à-dire en un protestantisme large et libéral.

Le jeudi suivant, 4 du même mois et de la même année, rapport fidèle de tout ceci ayant été fait à Notre Très Saint Père le Pape Pie X, Sa Sainteté a approuvé et confirmé le Décret des Éminentissimes Pères, et ordonné que toutes et chacune des propositions ci-dessus désignées soient tenues par tous comme réprouvées et proscrites.

Pierre Palombelli,
notaire du Saint-Office.

Saint Pie X (2)

2022-76. Saint Irénée de Lyon, champion de la lutte contre la gnose et théologien de la Tradition apostolique.

28 juin,
Fête de Saint Irénée de Lyon, évêque et martyr, docteur de l’Eglise ;
Vigile des Saints Apôtres Pierre et Paul.

   Nous ne cessons jamais d’approfondir les merveilles de la doctrine catholique, et nous devons avoir l’ambition et le désir de toujours augmenter notre connaissance de la Révélation divine et des canaux par lesquels elle nous est communiquée : les Saintes Ecritures et la Tradition.
Saint Irénée, deuxième évêque de Lyon, est l’un des premiers, parmi les Pères et Docteurs de l’Eglise, à avoir scruté et explicité la notion de Tradition. A la fin du IIème siècle, son œuvre théologique constitue déjà une somme de la plus haute importance et donne des règles d’une grande sûreté pour demeurer dans la Vérité révélée par Dieu et transmise dans Son Eglise.
Découvrons ou redécouvrons la vie et l’œuvre de Saint Irénée au moyen de cet enseignement du pape Benoît XVI.

St Irénée église ND de l'Espérance de Montbrison 42 - Copie

Saint Irénée
(détail d’un vitrail de l’église Notre-Dame de l’Espérance, à Montbrison)

* * *

Catéchèse de
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion de
l’audience générale du mercredi 28 mars 2007

Chers frères et sœurs,

Dans les catéchèses sur les grandes figures de l’Eglise des premiers siècles, nous arrivons aujourd’hui à l’éminente personnalité de saint Irénée de Lyon. Les informations biographiques à son sujet proviennent de son propre témoignage, qui nous est parvenu à travers Eusèbe, dans le livre V de l’Histoire ecclésiastique.

Irénée naquit selon toute probabilité à Smyrne (aujourd’hui Izmir, en Turquie), vers 135-140, où, encore jeune, il alla à l’école de l’évêque Polycarpe, lui-même disciple de l’Apôtre Jean. Nous ne savons pas quand il se rendit d’Asie mineure en Gaule, mais son transfert dut coïncider avec les premiers développements de la communauté chrétienne de Lyon : c’est là que, en 177, nous trouvons Irénée au nombre du collège des prêtres. C’est précisément cette année qu’il fut envoyé à Rome, porteur d’une lettre de la communauté de Lyon au pape Eleuthère. La mission romaine qui permit à Irénée d’échapper à la persécution de Marc-Aurèle, dans laquelle au moins 48 martyrs trouvèrent la mort, parmi lesquels l’évêque de Lyon lui-même, Pothin, âgé de 90 ans, mort des suites de mauvais traitements en prison. Ainsi, à son retour, Irénée fut élu évêque de la ville. Le nouveau Pasteur se consacra entièrement au ministère épiscopal, qui se conclut vers 202-203, peut-être par le martyre.

Irénée est avant tout un homme de foi et un pasteur. Du bon Pasteur, il possède le sens de la mesure, la richesse de la doctrine, l’ardeur missionnaire. En tant qu’écrivain, il poursuit un double objectif : défendre la véritable doctrine des attaques des hérétiques, et exposer avec clarté les vérités de la foi. Les deux œuvres qui nous sont parvenues de lui correspondent exactement à ces objectifs : les cinq livres « Contre les hérésies », et l’ « Exposition de la prédication apostolique » (que l’on peut également appeler le plus ancien « catéchisme de la doctrine chrétienne »). En définitive, Irénée est le champion de la lutte contre les hérésies. L’Eglise du IIème siècle était menacée par ce que l’on appelle la gnose, une doctrine qui affirmait que la foi enseignée dans l’Eglise ne serait qu’un symbolisme destiné aux personnes simples, qui ne sont pas en mesure de comprendre les choses difficiles ; au contraire, les initiés, les intellectuels, – on les appelait les gnostiques – auraient compris ce qui se cache derrière ces symboles, et auraient formé un christianisme élitiste, intellectuel. Bien sûr, ce christianisme intellectuel se fragmentait toujours plus en divers courants de pensées souvent étranges et extravagants, mais qui attiraient de nombreuses personnes. Un élément commun de ces divers courants était le dualisme, c’est-à-dire que l’on niait la foi dans l’unique Dieu, Père de tous, Créateur et Sauveur de l’homme et du monde. Pour expliquer le mal dans le monde, ils affirmaient l’existence, auprès de Dieu bon, d’un principe négatif. Ce principe négatif aurait produit les choses matérielles, la matière.

En s’enracinant solidement dans la doctrine biblique de la création, Irénée réfute le dualisme et le pessimisme gnostique qui sous-évaluaient les réalités corporelles. Il revendiquait fermement la sainteté originelle de la matière, du corps, de la chair, ainsi que de l’esprit. Mais son œuvre va bien au-delà du rejet de l’hérésie : on peut dire, en effet, qu’il se présente comme le premier grand théologien de l’Eglise, qui a créé la théologie systématique ; lui-même parle du système de la théologie, c’est-à-dire de la cohérence interne de toute la foi. Au centre de sa doctrine réside la question de la « règle de la foi » et de sa transmission. Pour Irénée, la « règle de la foi » coïncide en pratique avec le Credo des Apôtres et nous donne la clef pour interpréter l’Evangile, pour interpréter le Credo à la lumière de l’Evangile. Le symbole apostolique, qui est une sorte de synthèse de l’Evangile, nous aide à comprendre ce qu’il veut dire, et la façon dont nous devons lire l’Evangile lui-même.

En effet, l’Evangile prêché par Irénée est celui qu’il a reçu de Polycarpe, évêque de Smyrne, et l’Evangile de Polycarpe remonte à l’Apôtre Jean, dont Polycarpe était le disciple. Et ainsi, le véritable enseignement n’est pas celui inventé par les intellectuels au-delà de la foi simple de l’Eglise. Le véritable Evangile est celui enseigné par les évêques qui l’ont reçu des Apôtres à travers une chaîne ininterrompue. Ceux-ci n’ont rien enseigné d’autre que précisément cette foi simple, qui est également la véritable profondeur de la Révélation de Dieu. Ainsi – nous dit Irénée – il n’existe pas de doctrine secrète derrière le Credo commun de l’Eglise. Il n’existe pas de christianisme supérieur pour les intellectuels. La foi publiquement confessée par l’Eglise est la foi commune de tous. Seule cette foi est apostolique, elle vient des Apôtres, c’est-à-dire  de  Jésus  et  de Dieu. En adhérant à cette foi transmise publiquement par les Apôtres à leurs successeurs, les chrétiens doivent observer ce que les évêques disent, ils doivent suivre en particulier l’enseignement de l’Eglise de Rome, prééminente et très ancienne. Cette Eglise, en raison de son origine antique, possède un caractère apostolique suprême ; en effet, elle tire son origine des piliers du Collège apostolique, Pierre et Paul. Toutes les Eglises doivent être en accord avec l’Eglise de Rome, en reconnaissant en elle la mesure de la véritable tradition apostolique, de l’unique foi commune de l’Eglise. A travers ces arguments, ici brièvement résumés, Irénée réfute à leur racine même les prétentions de ces gnostiques, de ces intellectuels : avant tout, ils ne possèdent pas une vérité qui serait supérieure à celle de la foi commune, car ce qu’ils disent n’est pas d’origine apostolique, mais est inventé par eux ; en second lieu, la vérité et le salut ne sont pas le privilège et le monopole de quelques personnes, mais tous peuvent y parvenir à travers la prédication des successeurs des Apôtres, et surtout de l’évêque de Rome. En particulier – toujours en remettant en question le caractère « secret » de la tradition gnostique, et en soulignant ses effets multiples et contradictoires entre eux – Irénée se préoccupe d’illustrer le concept authentique de Tradition apostolique, que nous pouvons résumer en trois points.

a) La Tradition apostolique est « publique », et non pas privée ou secrète. Pour Irénée, il ne fait aucun doute que le contenu de la foi transmise par l’Eglise est celui reçu par les Apôtres et par Jésus, par le Fils de Dieu. Il n’existe pas d’autre enseignement que celui-ci. C’est pourquoi, celui qui veut connaître la véritable doctrine doit uniquement connaître « la Tradition qui vient des Apôtres et la foi annoncée aux hommes » : tradition et foi qui « sont parvenues jusqu’à nous à travers la succession des évêques » (Adv. Haer. 3, 3, 3-4). Ainsi, succession des évêques, principe personnel et Tradition apostolique, de même que principe doctrinal coïncident.

b) La Tradition apostolique est « unique ». En effet, tandis que le gnosticisme est sous-divisé en de multiples sectes, la Tradition de l’Eglise est unique dans ses contenus fondamentaux que – comme nous l’avons vu – Irénée appelle précisément regula fidei ou veritatis : et parce qu’elle est unique, elle crée ainsi une unité à travers les peuples, à travers les diverses cultures, à travers les différents peuples ; il s’agit d’un contenu commun comme la vérité, en dépit de la diversité des langues et des cultures. Il y a une phrase très précieuse de saint Irénée dans le livre Contre les hérésies : « L’Eglise, bien que disséminée dans le monde entier, préserve avec soin [la foi des Apôtres], comme si elle n’habitait qu’une seule maison ; de la même façon, elle croit dans ces vérités, comme si elle n’avait qu’une  seule âme et un même cœur ; elle proclame, enseigne et transmet en plein accord ces vérités, comme si elle n’avait qu’une seule bouche. Les langues du monde sont différentes, mais la force de la tradition est unique et la même : les Eglises fondées dans les Germanies n’ont pas reçu ni ne transmettent de foi différente, pas plus que celles fondées dans les Espagnes, ou encore parmi les Celtes ou dans les régions orientales, ou en Egypte ou en Libye ou dans le centre du monde » (1, 10, 1-2). On voit déjà à cette époque, nous sommes en l’an 200, l’universalité de l’Eglise, sa catholicité et la force unificatrice de la vérité, qui unit ces réalités si différentes, de la Germanie à l’Espagne, à l’Italie, à l’Egypte, à la Libye, dans la vérité commune qui nous a été révélée par le Christ.

c) Enfin, la Tradition apostolique est, comme il le dit dans la langue grecque dans laquelle il a écrit son livre, « pneumatique », c’est-à-dire spirituelle, guidée par l’Esprit Saint : en grec Esprit se dit pneuma. Il ne s’agit pas, en effet, d’une transmission confiée à l’habileté d’hommes plus ou moins savants, mais à l’Esprit de Dieu, qui garantit la fidélité de la transmission de la foi. Telle est la « vie » de l’Eglise, ce qui rend l’Eglise toujours fraîche et jeune, c’est-à-dire féconde de multiples charismes. Pour Irénée, Eglise et Esprit sont inséparables : « Cette foi », lisons-nous encore dans le troisième livre Contre les hérésies, « nous l’avons reçue de l’Eglise et nous la conservons : la foi, par l’œuvre de l’Esprit de Dieu, comme un dépôt précieux conservé dans un vase de valeur rajeunit toujours et fait rajeunir également le vase qui la contient. Là où est l’Eglise se trouve l’Esprit de Dieu ; et là où est l’Esprit de Dieu, se trouve l’Eglise et toute grâce » (3, 24, 1).

Comme on le voit, saint Irénée ne se limite pas à définir le concept de Tradition. Sa tradition, la tradition ininterrompue, n’est pas traditionalisme, car cette Tradition est toujours intérieurement vivifiée par l’Esprit Saint, qui la fait à nouveau vivre, qui la fait être interprétée et comprise dans la vitalité de l’Eglise. Selon son enseignement, la foi de l’Eglise doit être transmise de manière à apparaître telle qu’elle doit être, c’est-à-dire « publique », « unique », « pneumatique », « spirituelle ». A partir de chacune de ces caractéristiques, on peut conduire un discernement fructueux à propos de l’authentique transmission de la foi dans l’aujourd’hui de l’Eglise. De manière plus générale, dans la doctrine d’Irénée la dignité de l’homme, corps et âme, est solidement ancrée dans la création divine, dans l’image du Christ et dans l’œuvre permanente de sanctification de l’Esprit. Cette doctrine est comme une « voie maîtresse » pour éclaircir avec toutes les personnes de bonne volonté l’objet et les limites du dialogue sur les valeurs, et pour donner un élan toujours nouveau à l’action missionnaire de l’Eglise, à la force de la vérité qui est la source de toutes les véritables valeurs du monde.

adversus haereses - édition bilingue du début du XVIIIe siècle

« Adversus haereses » : Contre les hérésies
page de titre d’une édition bilingue (grec et latin)
de l’œuvre majeure de Saint Irénée, au début du XVIIIe siècle

2022-75. L’amour infini de Jésus pour nous.

Dimanche dans l’octave du Sacré-Cœur 3ème après la Pentecôte.

   En cette octave du Sacré-Cœur, nous vivons d’une manière encore plus forte qu’à notre habitude dans le rayonnement du divin Cœur de Notre-Seigneur, et nous approfondissons Son amour qui nous cherche avec infiniment plus d’ardeur que le berger et la femme de la parabole lue ce dimanche ne recherchent l’un sa brebis égarée et l’autre sa drachme perdue (cf. Luc XV, 1-10).
Voici un extrait des écrits spirituels de Saint Jean Eudes (cf. > ici) qui, sous la forme d’une ardente prière, nous aide à méditer sur l’amour infini de Jésus pour nous.

Sacré-Cœur de Jésus - François-Edouard Tresguerras

Le Sacré-Cœur, par François-Edouard Tresguerras (1759-1833)

     Jésus,
Dieu de ma vie, vous êtes toujours dans un continuel exercice d’amour pour moi. Vous employez tout ce qui est en Vous, et tout ce que Vous avez créé au ciel et sur la terre, pour me témoigner Votre amour.

   De sorte que tout ce que mes oreilles entendent, tout ce que mes yeux voient, tout ce que mes autres sens goûtent, touchent et sentent, tout ce que ma mémoire, mon entendement et ma volonté peuvent connaître et désirer, toutes les choses visibles et invisibles, qui sont contenues dans l’ordre de nature, de grâce et de gloire, toutes les grâces temporelles et éternelles que j’ai reçues de Vous, tous Vos anges et Vos Saints, tous les bons exemples qu’ils m’ont laissé par leurs vertus et leurs saintes actions, toutes les merveilles que Vous avez opérées en Votre sainte Mère, toutes les perfections de Votre essence et personne divine, tous les états et mystères de Votre divinité et humanité, toutes Vos qualités et vertus, toutes Vos pensées, paroles, actions et souffrances, tous les pas que Vous avez faits sur la terre, tout le Sang que Vous y avez répandu, toutes les plaies que Vous avez reçues en Votre corps, en un mot toutes les choses qui ont été et qui sont en l’être créé et incréé, au temps et en l’éternité, sont comme autant de bouches, ô jésus, par lesquelles Vous me prêchez continuellement Votre bonté et Votre amour pour moi.

   Seigneur, mon Dieu, que Votre amour est admirable pour moi !
Vous m’aimez, me désirez, me cherchez avec autant de soin et d’ardeur que si Vous aviez bien affaire de moi, comme si j’étais quelque chose et comme si je Vous étais fort nécessaire.
Vous désirez autant me posséder et craignez autant de me perdre que si, en me possédant ou en me perdant, Vous possédiez ou perdiez quelque grand trésor.
Vous recherchez mon amitié avec autant d’insistance que si Votre bonheur en dépendait.
Et quand toute Votre félicité et Votre gloire en dépendrait, Seigneur, que pourriez-Vous faire davantage que ce que Vous faites ?
O Bonté, je me perds dans Vos abîmes !

   Que ferai-je, mon Sauveur ? Que répondrai-je à toutes ces voix par lesquelles Vous m’inviter à Vous aimer ?
Je veux, s’il Vous plaît, que toutes mes pensées, mes paroles et actions, tous les moments de ma vie, toutes les choses qui ont été, sont et seront en moi, et même tous mes péchés, autant que cela peut se faire, par la puissance de Votre sagesse et de Votre bonté, qui sait bien faire coopérer toutes choses, même les péchés, au bien de ceux qui Vous aiment -, je veux que toutes ces choses soient converties en autant de voix, par lesquelles je Vous dise continuellement et éternellement, et en tout l’amour du ciel et de la terre : mon Seigneur Jésus, je Vous aime.

Saint Jean Eudes,
in « Royaume de Jésus » (4ème partie VIII, 31).

Sacré-Coeur

2022-74. Du respect que l’on doit avoir dans les églises.

Sermon de Saint Jean-Marie Vianney
sur
les dispositions que l’on doit avoir
lorsqu’on se rend à l’église,
lorsqu’on se trouve à l’église
et lorsqu’on repart de l’église

(sermon pour la fête de la dédicace des églises)

Jeudi de l’octave du Saint Sacrement.

   Les catholiques traditionnels aiment habituellement beaucoup la Fête-Dieu, avec sa procession et toute la solennité dont elle permet le déploiement : c’est tout à leur honneur dans un monde et une Eglise où le sens de la grandeur de Dieu et la foi en la Sainte Eucharistie sont battus en brèche.
Toutefois, les honneurs solennels rendus au Saint Sacrement et le décorum dont ils aiment entourer sa procession sonnent faux si, d’une manière habituelle, ils se comportent avec désinvolture et légèreté dans les églises ou chapelles, y parlant à voix haute de choses profanes, comme s’ils se trouvaient dans un salon, et non dans un lieu consacré à la prière et au culte divin dans lequel Notre-Seigneur habite et reçoit Ses fidèles.
Au terme de l’octave du Saint Sacrement, voici le texte d’un sermon de Saint Jean-Marie Vianney qu’il est très utile de relire, et surtout qu’il convient de bien mettre en pratique ensuite tous les jours, si nous voulons que notre attitude soit cohérente avec notre foi.

Le Guerchin Jésus chassant les marchands du temple

Le Guerchin : Jésus chassant les vendeurs du temple
(Gênes – Palazzo Rosso)

Et intravit Jesus in templum Dei, et ejiciebat omnes vendentes et ementes in templo.
Jésus entra dans le temple, il en chassa tous ceux qui vendaient et achetaient.
(Matth. XXI, 12.)

Introduction de la prédication :
Notre-Seigneur, habituellement si doux et miséricordieux, abandonne toute douceur lorsqu’il s’agit de faire respecter le lieu saint.

    A quoi, mes frères, pouvons-nous attribuer cet air de zèle et d’indignation, que Jésus-Christ laisse éclater aujourd’hui sur Son visage ?
Nous Le voyons ailleurs s’établir juge de la femme adultère, mais seulement pour avoir la douce consolation de ne la pas condamner ; nous Le voyons pardonner avec bonté tous les scandales et les désordres les plus affreux d’une pécheresse ; Il nous montre Sa miséricorde envers tous les pécheurs repentants, dans la parabole de l’enfant prodigue. A peine aperçoit-Il Jérusalem, cette ville ingrate, qu’Il est touché de compassion, et Ses yeux adorables laissent couler des larmes amères : « Ah ! ville criminelle qui as tué les prophètes que Mon Père avait envoyés pour t’annoncer la grandeur de Ses bienfaits ! Tu vas mettre le comble à la barbarie, en faisant mourir ton Dieu et ton Sauveur ! Ah ! si tu voulais au moins, en ce jour qui t’est donné, recevoir la grâce que Je te présente ! Mais non, c’est en vain que Je te presse ! »
Vous le voyez, mes frères, ce n’est partout que bonté et amour.

Qui peut donc aujourd’hui, dites-moi, Lui ravir cette clémence, et armer Ses mains bienfaisantes des verges de la justice ?
Ah ! c’est que l’on profane la maison de Son Père, c’est qu’on en fait une caverne de voleurs, une maison de trafic ! Cette profanation est pour Lui un glaive qui perce vivement Son tendre Cœur.
L’amour pour Son Père et le zèle de Sa gloire ne peuvent plus se contenir ; à peine est-Il entré dans la ville de Jérusalem, qu’Il Se rend aussitôt dans le temple pour reprocher aux Juifs l’horrible profanation qu’ils font du lieu destiné à la prière.
Il ne leur donne pas même le temps de fuir ; Il prend Lui-même les tables, les marchandises, et renverse tout par terre.

Ah ! mes frères, faut-il qu’elles soient affreuses les irrévérences commises dans les églises, dont le temple de Salomon n’était pourtant que la figure ! Avec quel respect, avec quel recueillement et quelle dévotion ne devrions-nous pas venir dans nos églises ?
Afin de mieux vous le faire comprendre, je vais vous montrer quelles sont les pensées qui doivent nous occuper 1) en venant à l’église, 2) pendant que nous y sommes, et 3) lorsque nous en sortons.

§1 – Dispositions que nous devons avoir pour aller à l’église :

   Qui pourra jamais comprendre notre aveuglement, si nous considérons, d’un côté, les grâces que le bon Dieu nous prépare dans Son saint temple, le besoin que nous en avons, le désir ardent qu’Il nous montre de nous les vouloir donner ; de l’autre, notre ingratitude et notre peu d’empressement pour correspondre à Ses bienfaits ?
Lorsque notre devoir nous appelle dans un lieu si saint, ne dirait-on pas que nous ressemblons à des criminels conduits devant leurs juges pour être condamnés au dernier des supplices, plutôt qu’à des chrétiens que l’amour seul devrait conduire à Dieu ! Oh ! que nous sommes aveugles, mes frères, d’avoir si peu à cœur les biens du ciel, tandis que nous sommes si portés pour les choses du monde !

En effet, quand il s’agit d’affaires temporelles, ou même de plaisirs, l’on en sera tout préoccupé, l’on y pensera d’avance, l’on y réfléchira ; mais, hélas ! quand il s’agit du service de notre Dieu et du salut de notre pauvre âme, ce n’est qu’une espèce de routine et une indifférence inconcevable.
Veut-on parler à un grand du monde, lui demander quelque grâce ? L’on s’en occupe longtemps d’avance ; l’on va consulter les personnes que l’on croit plus instruites, pour savoir la manière dont il faut se présenter ; l’on paraît devant lui avec cet air de modestie et de respect, qu’inspire ordinairement la présence d’un tel personnage.
Mais quand on vient dans la maison du bon Dieu, ah ! ce n’est plus cela. Personne ne pense à ce qu’il va faire, à ce qu’il va demander à Dieu. Dites-moi, mes frères, quel est celui qui, en allant à l’église, se dit à lui-même : Où vais-je ? est-ce dans la maison d’un homme, ou dans le palais d’un roi ? Oh ! non, c’est dans la maison de mon Dieu, dans la demeure de Celui qui m’aime plus que Lui-même, puisqu’Il est mort pour moi ; qui a Ses yeux miséricordieux ouverts sur mes actions, Ses oreilles attentives à mes prières, toujours prêt à m’exaucer et à me pardonner.
Pénétrés de ces belles pensées, que ne disons-nous comme le saint roi David : « O mon âme, réjouis-toi, tu vas aller dans la maison du Seigneur », Lui rendre tes hommages, Lui exposer tes besoin, écouter Ses divines paroles, Lui demander Ses grâces ; oh ! que j’ai de choses à Lui dire, que de grâces j’ai à Lui demander, que de remerciements j’ai à Lui faire ! Je Lui parlerai de toutes mes peines, et je suis sûr qu’Il me consolera ; je Lui ferai l’aveu de mes fautes, et Il va me pardonner ; je vais Lui parler de ma famille, et Il la bénira par toutes sortes de bienfaits. Oui, mon Dieu, je Vous adorerai dans Votre saint temple, et j’en reviendrai plein de toutes sortes de bénédictions.

Dites-moi, mes frères, est-ce bien là la pensée qui vous occupe, lorsque vos devoirs vous appellent dans l’église ? Sont-ce bien là les pensées que vous avez, après avoir passé toute la pauvre matinée à parler de vos ventes et de vos achats, ou du moins, de choses entièrement inutiles ?
Vous venez à la hâte entendre une sainte Messe, qui, souvent, est à moitié dite. Hélas ! si j’osais le dire, combien vont visiter le lieu de l’ivrognerie avant leur Créateur, et, venant à l’église la tête remplie de vin, s’entretiennent d’affaires temporelles jusqu’à la porte ! O mon Dieu ! sont-ce là, des chrétiens, qui doivent vivre comme des anges sur la terre ?… Et vous, ma sœur, vos sentiments sont-ils meilleurs, lorsque, après avoir occupé votre esprit et une partie de votre temps à penser comment vous allez vous habiller pour mieux plaire au monde, vous venez ensuite dans un lieu où vous ne devriez venir que pour pleurer vos péchés ? Hélas ! bien souvent, le prêtre monte à l’autel que vous êtes encore à vous contempler devant une glace de miroir, à vous y tourner et retourner. O mon Dieu ! sont-ce bien là des chrétiens, qui Vous ont pris pour leur modèle, Vous qui avez passé Votre vie dans les mépris et les larmes !…
Écoutez, jeune fille, ce que vous apprend saint Ambroise, évêque de Milan. Étant à la porte de l’église et voyant une jeune personne parée avec beaucoup de soins, il lui adressa ces paroles : « Où allez-vous, femme ? » Elle lui répondit qu’elle allait à l’église. « Vous allez à l’église, lui dit le saint évêque, l’on dirait bien plutôt que vous allez à la danse, à la comédie ou au spectacle ; allez, femme pécheresse, allez pleurer vos péchés en secret, et ne venez pas à l’église insulter par vos vains ajustements, un Dieu humilié ».
Mon Dieu ! que ce siècle nous fournit des……… ! Combien de jeunes personnes, en venant à l’église, ne sont occupées que d’elles-mêmes et de leurs parures ! Elles entrent dans le temple du Seigneur en disant au fond de leur cœur : « Regardez-moi ». En voyant ces tristes dispositions, ne devrait-on pas verser des larmes ?

Et vous, pères et mères, quelles sont vos dispositions, lorsque vous venez à l’église, à la Messe ? Hélas ! il faut bien le dire avec douleur, ce sont le plus souvent les pères et les mères, que nous voyons entrer dans l’église alors que le prêtre est déjà à l’autel ou même en chaire !
« Ah ! me direz-vous, nous venons bien quand nous pouvons, nous avons autre chose à faire ».
– Sans doute, vous avez autre chose à faire ; mais je sais bien aussi que si vous n’aviez pas laissé pour le dimanche mille choses de votre ménage que vous deviez faire le samedi, et, si vous vous étiez levés un peu plus matin, vous auriez eu fait tout cela avant la sainte Messe, et vous seriez arrivés avant que le prêtre ne fût monté à l’autel. Il en serait de même pour vos enfants et vos domestiques, si vous ne leur commandiez pas jusqu’au dernier coup de la Messe, ils y arriveraient au commencement. Je ne sais pas si le bon Dieu voudra bien recevoir tous ces prétextes, je ne le crois guère.

Mais pourquoi, mes frères, parler en particulier, n’est-ce pas la plus grande partie qui agit de la sorte ?
Oui, quand on vous appelle dans l’église pour vous y distribuer les Grâces du bon Dieu, n’aperçoit-on pas en vous ce peu d’empressement, cette nonchalance, ce dégoût qui vous dévore, cette dissipation presque générale ? Dites-moi, voit-on beaucoup de monde quand on commence les saints offices ? Les vêpres ne sont-elles pas souvent à moitié dites, quand vous êtes tous arrivés ?
« Nous avons de l’ouvrage », me dites-vous.
– Eh ! mes amis, si vous me disiez que vous n’avez ni foi, ni amour de Dieu, ni désir de sauver votre pauvre âme, je vous croirais bien mieux. Hélas ! que peut-on penser de tout cela ?… Il y a de quoi gémir en voyant de pareilles dispositions dans la plupart des chrétiens ! Plusieurs semblent ne venir à l’église que malgré eux, ou, si j’osais dire, il semble qu’on les y traîne. De la maison jusqu’à l’église, l’on ne parle que d’affaires temporelles ; quelques jeunes filles ensemble ne parlent que de la vanité, de la beauté, et le reste ; les jeunes gens, des jeux, des plaisirs, et autres choses encore plus mauvaises ; les pères ou mères de maisons causeront de leurs biens, de leurs ventes ou de leurs achats ; les mères ne seront occupées que de leur ménage et de leurs enfants : personne n’oserait nier cela. Hélas ! pas une seule pensée sur le bonheur qu’ils vont avoir, pas une seule réflexion sur les besoins de leur pauvre âme, ni de celle de leurs enfants et de leurs domestiques ! Ils entrent dans le saint temple sans respect, sans attention, et plusieurs, le plus tard possible. Combien d’autres ne se donnent pas la peine d’entrer, et restent dehors, afin de mieux trouver à se dissiper ? La parole de Dieu ne trouble pas leur conscience : ils regardent ceux qui vont et qui viennent…
Mon Dieu ! sont-ce là des chrétiens pour lesquels Vous avez tant souffert, afin de les rendre heureux ? Voilà donc toute leur reconnaissance ?…

Avec de telles dispositions, que de péchés se commettent pendant les saints offices ! Que de personnes font plus de péchés le dimanche, que dans toute la semaine !…
Écoutez ce que nous apprend saint Martin. Tandis qu’il chantait la sainte Messe avec saint Brice son disciple, il s’aperçut que celui-ci souriait. Après que tout fut fini, saint Martin lui demanda ce qui l’avait fait sourire. Saint Brice lui répondit : « Mon père, j’ai vu quelque chose d’extraordinaire pendant que nous chantions la sainte Messe : j’ai vu derrière l’autel un démon, il écrivait sur une grande feuille de parchemin les péchés qui se commettaient dans l’église, et sa feuille a été plutôt remplie que la sainte Messe achevée ; ce démon a pris ensuite ce papier avec les dents, il a tiré si fort, qu’il l’a déchiré en plusieurs morceaux. Voilà, mon père, ce qui m’a fait sourire ».
Que de péchés, et même mortels, nous commettons pendant les saints offices par notre peu de dévotion et de recueillement !
Hélas ! que sont devenus ces temps heureux où les chrétiens passaient, non seulement le jour, mais encore la plus grande partie des nuits dans l’église, à pleurer leurs péchés, ou à y chanter les louanges du Seigneur ?
Voyez même dans l’Ancien Testament, voyez sainte Anne la prophétesse, qui s’était retirée dans une tribune, pour ne plus quitter la présence, de Dieu. Voyez le saint vieillard Siméon ; voyez encore Zacharie et tant d’autres, qui ont passé la plus grande partie de leur vie dans le temple du Seigneur. Mais aussi, combien ne sont-elles pas grandes et précieuses, les grâces que le bon Dieu leur accordait. Dieu, pour récompenser sainte Anne, voulut qu’elle fût la première à connaître Jésus-Christ. Le saint vieillard Siméon fut aussi le premier après saint Joseph qui eut le bonheur, le grand bonheur de porter, le Sauveur du monde sur ses bras. Saint Zacharie fut choisi pour être le père d’un enfant destiné à être l’ambassadeur du Père Éternel, pour annoncer la venue de Son Fils dans le monde. Que de grâces le bon Dieu n’accorde-t-Il pas à ceux qui se font un devoir de venir Le visiter dans Son saint temple autant qu’ils le peuvent ?

Dans le Nouveau Testament ne voyons-nous pas que les saints ont fait consister tout leur bonheur à venir adorer Jésus-Christ dans son temple ? Pourquoi, mes frères, tant de communautés, qui passent une partie de la nuit en prières, dans leur église, tandis que nous dormons ? C’est pour tenir compagnie à Jésus-Christ dans Son tabernacle. Aussi voyez combien cela fait plaisir à Jésus-Christ.
Il est rapporté qu’un saint prêtre couchait toutes les nuits sur le marchepied de l’autel, afin d’être plus près de Jésus-Christ. Le bon Dieu permit qu’il y mourût ; il fut enterré dans le même endroit. Un autre couchait à la sacristie pour la même raison. Lorsque saint Louis était en voyage, au lieu de passer la nuit dans un lit, il la passait dans une église : si on lui disait qu’il ne pourrait pas y tenir, il leur répondait qu’il se trouvait mieux que quand il la passait dans son lit, tant il goûtait de consolations en la compagnie d’un si bon Maître.

Si, mes frères, nous ne sommes pas portés à des actions si agréables à Dieu, au moins pendant le peu de temps que nous passons à l’église, soyons bien pénétrés et convaincus que nous sommes en la sainte présence de notre Dieu, qui ne nous y appelle que pour nous combler de Ses bienfaits et nous faire travailler au salut de notre pauvre âme. Allons-y avec un saint empressement, mais aussi avec beaucoup de respect, dans la crainte d’attirer sur nous les châtiments de Dieu, par notre peu de dévotion et nos irrévérences.
En voici un exemple bien frappant. Nous lisons dans l’Écriture sainte qu’Héliodore, un des premiers officiers du roi d’Assyrie, envoya une troupe de soldats pour profaner le temple de Jérusalem ; mais ils furent tous renversés à terre, et s’enfuirent avec précipitation. Il y alla lui-même pour y commettre toutes sortes d’impiétés. Mais à peine y fut-il entré, que deux anges le prirent, et le frappèrent si rudement, qu’il serait resté sous les coups, sans le prêtre Onias qui demanda grâce pour lui.
Combien de fois, mes frères, les anges, nous voyant paraître avec tant de dissipation, pour ne pas dire d’impiété, ne nous frapperaient-ils pas de mort, si Jésus-Christ dont la bonté est infinie ne les arrêtait pas ? Saint Paul nous dit que Dieu perdrait et punirait rigoureusement ceux qui oseraient profaner Son temple.
Que devons-nous donc faire en venant à l’église ? Le voici. Il faut nous occuper, en chemin, de nos misères, des grâces que nous allons demander au bon Dieu, et de la grandeur de Celui devant lequel nous allons paraître. Notre préparation doit commencer dès que nous nous éveillons le matin, en parlant si peu que nous pourrons, et notre esprit ne doit être occupé que de ce qui a rapport à Dieu. Laissons de côté les choses temporelles, parce que ce jour est pour notre âme. Mais quelles sont les pensées qui doivent nous occuper pendant que nous sommes dans la maison du bon Dieu, c’est-à-dire auprès de Jésus-Christ qui est notre Père, notre Sauveur et notre Médiateur ? Nous allons le voir.

francesco solimena -heliodore chassé du temple-naples

Francesco Solimena : Héliodore chassé du temple
(fresque de l’église du Gesù Nuovo – Naples)

§2 – Comment nous devons nous comporter lorsque nous sommes à l’église :

   Oh ! quel spectacle, mes frères, pour un chrétien qui n’a pas entièrement perdu la foi ! que d’objets capables de toucher et d’attendrir son cœur ! Quand nous entrons dans une église, pénétrons-nous de cette pensée que c’est la maison du bon Dieu et le lieu où sont renfermées toutes les grâces du ciel. De quelque côté que nous portions nos regards, tout nous y parlera de Dieu, de notre vocation, de nos espérances, de ce que nous avons été, de ce que nous sommes et de ce que nous deviendrons.
Pouvons-nous, mes frères, trouver quelque chose de plus capable de fixer notre attention et de nous inspirer des sentiments de la plus tendre dévotion ?
Entrons, nous y trouverons d’abord de l’eau bénite, qui a été sanctifiée par les prières de l’Église, elle semble nous montrer avec quelle pureté et quelle sainteté nous devons entrer dans ce saint lieu pour plaire à Jésus-Christ ; car, si nous sommes coupables de péchés, nous ne devons y venir que pour les y pleurer, pleins de crainte que Dieu ne nous en punisse dans ce saint lieu où les anges ne sont qu’en tremblant. Un autre motif qui doit nous engager à prendre cette eau bénite avec beaucoup de respect et de douleur de nos péchés, c’est qu’elle commencera à mettre en notre âme de bien bonnes dispositions pour entendre la sainte Messe.

Si nous levons les yeux plus haut, le premier objet qui se présente à nos regards, c’est le crucifix. Oh ! mes frères, que cette image est capable d’attendrir nos cœurs et de nous faire pleurer nos péchés ! Que de grandes vérités elle nous rappelle ! Jésus-Christ ne semble-t-Il pas nous dire du haut de cette croix où Il est attaché : « Ah ! mes enfants, voyez et considérez s’il y a une douleur semblable à la mienne ; voyez et considérez combien le péché est énorme et Mon amour immense ; voyez ce pauvre corps tout en lambeaux et meurtri par les souffrances de Ma douloureuse Passion ; voyez cette tête percée d’horribles épines ! Ah ! chrétiens, pouvez-vous bien considérer ce corps tout couvert de plaies, sans pleurer vos péchés qui en sont la cause ? Mes enfants, c’est Mon amour et vos péchés qui M’ont attaché à cette croix, et vous continuez à M’outrager ! Arrêtez, arrêtez ! Mes enfants. Ah ! cessez au moins de Me persécuter en m’insultant dans Mon temple ! » Pouvons-nous bien regarder ce tendre Sauveur, étendu sur cette croix, sans être pénétrés de respect et agités d’un saint tremblement ?…
Si nous nous tournons d’un autre côté, nous y voyons les fonts sacrés du baptême qui semblent nous dire : « Ah ! chrétiens, souvenez-vous qu’avant d’être portés ici, vous étiez des enfants de colère, de vils esclaves de Satan, bannis pour jamais de la présence de votre Dieu ; oui, c’est ici que vous avez été lavés par le sang adorable de Jésus-Christ. Oui, c’est ici que le ciel vous a été ouvert, et que le Sauveur Lui-même est devenu votre récompense et votre félicité ». Oh ! mes frères, quelle joie et quelle reconnaissance ne devons-nous pas avoir, en portant les yeux sur ces fonts sacrés qui nous ont procuré tant de biens ! Ne l’oublions pas : au tribunal de Dieu, ils nous seront montrés, comme pour nous reprocher nos prévarications. Nous verrons les promesses que nous avons faites, et, en même temps, le nombre de fois que nous les aurons violées et foulées aux pieds. Cette seule pensée doit être capable de nous couvrir de confusion. Si cela n’est pas assez puissant pour nous toucher, portons nos regards vers ce confessionnal ; n’est-il pas l’asile et l’espérance des pécheurs qui veulent revenir à Dieu ? Un chrétien ne doit-il pas s’écrier, en voyant cette fontaine de grâces et de miséricorde : Oui, c’est là, dans ce bain salutaire, que je peux venir avec confiance recouvrer la grâce de mon Dieu si j’ai eu le malheur de la perdre ? Oh ! quel bonheur, quelle confiance et quelle reconnaissance, pour un chrétien qui a perdu son Dieu par le péché, d’avoir un moyen si sûr de le retrouver ! Mais aussi, quels reproches ne fait-il pas à ces pécheurs endurcis, qui aiment mieux mourir et être damnés, que de profiter de ce moyen qui leur rendrait l’amitié de Dieu et la jouissance du ciel ? Oh ! qui pourra jamais comprendre le malheur du pécheur ? Dieu pleure sa perte, lui offre tout pour le sauver, sans pouvoir y réussir !…
Cette chaire, mes frères, lors même que je ne vous parle pas, pouvez-vous bien la regarder sans vous rappeler les vérités qui vous y ont été annoncées, et les nombreux moyens qui vous ont été donnés pour arriver au ciel, votre véritable patrie ? Ne semble-t-elle pas aussi vous reprocher votre ignorance, la dureté de votre cœur et le dérèglement de votre vie, malgré tant d’instructions que vous avez entendues ? Regardons-la bien ; cette même chaire au jour du jugement se lèvera pour nous accuser, si nous continuons à mépriser cette parole qui en a tant converti d’autres, tandis que cela n’a servi qu’à nous rendre plus coupables par le mépris que nous en avons fait.
La Table sainte que nous dit-elle ? Mes frères, pouvons-nous bien considérer ces nappes étendues, sans sentir nos cœurs tout brûlants d’amour et de reconnaissance ? Dites-moi ! Avons-nous bien pensé que c’est ici que nous avons eu le bonheur de manger le Pain des anges, que là, notre Dieu S’est donné à nous en nourriture, que là, Jésus-Christ a pris possession de notre âme et de notre cœur ? Avons-nous bien réfléchi que c’est à cette Table sainte que nous avons reçu le baiser de paix ? O bonheur trop grand, mais trop peu connu des chrétiens de nos jours !…

Mais, montez plus haut, mes frères, et vous verrez un autre spectacle encore plus touchant. Cet autel ! sera-t-il bien possible d’y porter nos regards sans mouiller le pavé de nos larmes ?… O Religion sainte, que tu es belle, que tu es riche et capable de rendre heureux un chrétien qui te connaît ! Oh ! que ce nouveau Calvaire nous rappelle à lui seul de mystères ! Dites-moi, avez-vous jamais bien pensé que c’est là que le Père Eternel consomme Sa justice, en immolant chaque jour Son divin Fils ? Avez-vous jamais bien réfléchi que c’est sur ce même autel que ce même Père consomme Sa miséricorde, en y sacrifiant chaque jour ce Fils bien-aimé pour le salut de nos âmes, que c’est là qu’Il paie toutes les dettes dont nous sommes redevables envers la justice de Son Père ? Ah ! disons mieux : cet autel est comme le sein de Marie, où un Dieu S’incarne chaque jour entre les mains du prêtre. Oui, c’est la crèche où Il prend une seconde naissance, c’est sur cet autel qu’Il S’immole comme autrefois sur le Calvaire. Que dis-je ? c’est vraiment un deuxième ciel où Il est assis à la droite de Son Père pour être notre Médiateur. O mon Dieu ! que de grandes merveilles nous annonce cet autel ! Je pourrais encore vous dire que c’est ici que Jésus-Christ détruit la mort du péché, pour nous donner la vie de la grâce, et qu’Il paie, par l’effusion de tout Son sang adorable, tout ce que nous devons à la justice de son Père. Dites-moi, comment, à la vue de tant de bienfaits de la part d’un Dieu, ne devrions-nous pas sentir nos cœurs brûler, se fondre d’amour devant cet autel comme la cire devant le feu ?
La lampe même, ne semble-t-elle pas nous dire que Jésus-Christ est véritablement présent dans le tabernacle, et que si nous sommes pécheurs, nous pouvons y venir pleurer nos péchés, nous y trouverons notre pardon ?
Ces images qui sont, exposées à nos regards, ne nous disent-elles pas que les saints qu’elles représentent ont passé leur vie dans l’humilité, le mépris et les souffrances, et qu’ils l’ont finie pour la plupart dans les tourments les plus affreux ? « Oh ! nous crient ces saints du ciel, si vous pouviez comprendre combien nos souffrances sont récompensées, avec quelle ardeur ne marcheriez-vous pas sur nos traces ! »
Que vous disent, mes frères, ces morts, sur lesquels vous êtes maintenant, puisque autrefois l’on enterrait dans les églises ? Ne nous disent-ils pas : « Oh ! que vous êtes insensés de vous attacher si fort à la vie et de perdre de vue votre éternité ? Dans quelques moments vous quitterez la terre avec des regrets ; le monde est un trompeur, qui, après nous avoir séduits, nous précipite pour jamais dans les flammes ».
Oui, mes frères, les pierres même de cette église, unies par le ciment, nous montrent la charité et l’amour que nous devons avoir les uns envers les autres. Disons plus : tout ce qui est dans l’église nous instruit et nous porte à Dieu. Les cierges qui se consument en la présence de Jésus-Christ présent dans ce tabernacle, nous montrent qu’un chrétien doit employer toute sa vie au service et au salut de son âme. L’encens qui brûle semble nous dire que nos cœurs doivent être tout ardents pour Dieu ; que toutes nos pensées et nos désir doivent se tourner vers le ciel notre patrie. Le chant, comme dit saint Augustin , doit attendrir notre cœur, et lui faire verser des larmes d’amour, ainsi qu’il lui arrivait dans l’église de Milan, en entendant chanter des hymnes et des cantiques à la gloire de Dieu. « O mon Dieu ! s’écriait ce grand saint, quelle sera donc la joie que nous éprouverons, lorsque nous entendrons les anges chanter leurs beaux cantiques d’allégresse éternelle ! »

Convenez avec moi, que si nous faisions attention à tout cela, nous aurions une vraie dévotion, et un grand respect pendant les saints offices.

Si nous aimions tant soit peu le bon Dieu, des objets si touchants ne devraient-ils pas enflammer notre cœur d’amour et de reconnaissance, et remplir notre esprit de saintes pensées ? Ne devrions-nous pas dire comme le saint roi David : « O mon Dieu, qu’il fait bon habiter dans votre saint temple, un jour nous y rend plus heureux que mille dans les assemblées des grands du monde » .
Oui, mes frères, si nous pensions sérieusement que nos églises sont un autre ciel, où Jésus-Christ daigne habiter parmi nous, et qu’Il est le même Dieu que Celui que les anges n’adorent qu’en tremblant ; dites-moi, mes frères, oserions-nous nous y tenir sans respect, dans une dissipation presque scandaleuse, riant, tournant la tête, tenant des conversations tout à fait mondaines, et peut-être y donnant des rendez-vous ?
Ah ! mes frères, qu’ils outragent le bon Dieu, ceux qui parlent dans nos églises, où l’on ne doit que prier !

Nous lisons dans l’histoire, qu’une femme avait l’habitude de parler à l’église quand l’occasion s’en présentait. Après sa mort, l’on trouva son corps sans aucune tache, mais l’on vit sortir de sa bouche un serpent et plusieurs crapauds qui lui mangeaient la langue. Le bon Dieu fit ce miracle, pour nous montrer combien sont coupables ceux qui osent parler dans nos églises, sans une grande nécessité.
Ah ! si nous aimions le bon Dieu, nous n’aurions pas besoin que l’on nous fit connaître la grandeur de ce péché ! Etant bien convaincus que c’est là qu’habite notre Dieu, que là Il tient le trône de Sa miséricorde et le canal de Ses grâces, nous n’y pourrions entrer qu’en tremblant.
Dites-moi, mes frères, jusques à quand répondrons-nous à tant de bienfaits par une mortelle indifférence et de nouveaux outrages ?
Oh ! combien ne serions-nous pas heureux, si nous assistions à nos saints offices avec respect et confiance ! Que de grâces et de bénédictions nous retirerions ! Quel changement ne verrait-on pas dans notre manière de vivre ?

Cornelis de Vos Salomon et la reine de Saba

Cornelis de Vos : Salomon recevant la reine de Saba
(Lille – palais des Beaux-Arts)

§ 3 – Dispositions qui devraient être les nôtres au sortir de l’église et des offices :

Il est dit dans l’Écriture sainte  que la reine de Saba avant entendu raconter de si belles choses de Salomon et des merveilles qui s’opéraient chez lui, voulut les voir par elle-même. Mais quand elle vit la beauté du temple et le bel ordre qui y régnait, elle s’en retourna, nous dit l’Écriture, avouant que tout ce qu’on lui avait dit n’était rien en comparaison de ce que ses yeux avaient vu. Ces merveilles restèrent profondément gravées dans son cœur.
Voilà, mes frères, précisément ce qui nous arriverait, en sortant de nos églises, si nous faisions bien attention à tout ce qui se passe pendant nos saints et redoutables mystères.
Que pouvait-il y avoir dans le temple de Salomon qui pût approcher de la moindre cérémonie de nos églises ? C’était un homme que Dieu faisait agir ; ici c’est Dieu Lui-même qui agit et qui opère des miracles à l’infini. Le temple de Salomon était destiné à renfermer un peu de manne, les tables de la Loi ; mais dans nos églises, oh ! grand Dieu ! c’est Jésus-Christ Lui-même, qui répand Son sang et S’immole chaque jour sur nos autels à la justice de son Père, pour nos péchés.
Oh ! non, mes frères, ne pénétrons pas dans la grandeur des merveilles qui s’opèrent chaque jour ; elles sont si grandes, si au-dessus de nos connaissances, nous ne pouvons que nous y perdre ! Plus nous les examinons, et plus nous trouvons qu’elles sont incompréhensibles.

Ne parlons que de ce qui peut frapper nos yeux.

Un chrétien, au sortir des saints offices, touché de la parole de Dieu qu’il y a entendue, des saintes pensées que lui ont fait naître la vue des cérémonies et les prières qu’il a faites : « Je viens d’assister à la sainte Messe, doit-il se dire, un Dieu S’est immolé pour moi, Il a répandu Son sang pour le salut de mon âme, que pouvait-Il faire de plus ? Ah ! misérable ! moi qui, depuis tant d’années, Lui refuse mon cœur qu’Il n’a créé que pour Lui, et qu’Il me demande afin de Le rendre heureux ! Je viens de chanter les louanges de Dieu, avec cette même bouche que j’ai tant de fois souillée par des mensonges, des jurements et des paroles déshonnêtes. O mon Dieu ! ma langue servira-t-elle toujours, tantôt à Vous louer, tantôt à Vous mépriser ? Non, Seigneur, je ne veux plus que Vous bénir et Vous aimer. Je viens d’entendre la parole divine, oh ! qu’elle est belle et véritable ! Je me suis sincèrement reconnu dans tout ce que l’on a dit ; oui, c’est bien pour moi que l’on a prêché ; il y a tant d’années que j’entends cette parole sainte, et je suis toujours le même ! Mon Dieu, tant d’instructions que j’entends, ne vont donc servir qu’à ma condamnation ? Ne me les rappellerez-Vous pas au jour du jugement, pour savoir le profit que j’en aurai fait ? Que de bonnes actions, que de bonnes œuvres, que de bonnes prières j’aurais faites, si j’avais voulu faire ce que l’on m’a enseigné !… »
Oui, mes frères, voilà le langage qu’un bon chrétien doit tenir en sortant des saints offices, et tout chrétien qui n’a pas, en s’en allant, ces pensées dans le cœur, n’a pas assisté aux saints offices avec les dispositions qu’il devait avoir.

Nous disons encore que la reine de Saba, de retour chez elle, ne pouvait se rassasier de raconter tout ce qu’elle avait vu dans le temple de Salomon ; elle en parlait toujours avec un nouveau plaisir. La même chose doit arriver à un chrétien qui a bien assisté à la sainte Messe ; étant de retour dans sa maison, il doit s’entretenir avec ses enfants et ses domestiques, et leur demander ce qu’ils ont retenu, ce qui les a touchés davantage.
Hélas ! mon Dieu, que vais-je dire ?… Combien de pères et de mères, de maîtres et de maîtresses, qui, si on voulait leur parler de ce qu’ils ont entendu à la sainte Messe, se moqueraient de tout cela en disant qu’on les ennuie, qu’ils en savent assez !…
Cependant, généralement parlant, il semble que l’on écoute encore cette parole sainte ; mais, dès qu’on est sorti de l’église, on se laisse aller à toutes sortes de dissipation ; l’on se lève avec précipitation ; on court, on se presse à la porte ; le prêtre souvent n’est pas encore descendu de l’autel que l’on est déjà dehors, et là, on se livre à toutes sortes de choses étrangères.
Savez-vous. mes frères, ce qu’il en résulte ? Le voici. On ne profite de rien, et l’on ne tire aucun fruit de tout ce que l’on a entendu et vu dans la maison du bon Dieu. Que de grâces méprisées ! Que de moyens de salut foulés aux pieds !
Oh ! quel malheur ! de faire tourner à notre perte ce qui nous aiderait si bien à nous sauver !
Hélas, vous le voyez vous-mêmes, combien ces saints offices sont à charge au plus grand nombre des chrétiens ! Pendant ces moments, ils sont restés à l’église comme dans une espèce de prison, et aussitôt sortis, vous les entendez crier à la porte, semblables à des prisonniers à qui l’on vient de donner la liberté. N’est-on pas souvent obligé de fermer la porte, si l’on ne veut être étourdi par leurs cris continuels ? Mon Dieu, sont-ce là des chrétiens, qui ne devraient se retirer de Votre saint temple, qu’avec un esprit rempli de toutes sortes de bonnes pensées et de bons désirs ? Ne devraient-ils pas chercher à les bien graver dans leur mémoire, pour ne jamais plus les perdre, et les mettre en exécution, aussitôt que l’occasion s’en présenterait ? Hélas ! le nombre de ceux qui assistent aux offices avec attention et qui tâchent d’en profiter, est à peu près comme le nombre des élus : ah ! qu’il est petit !

Conclusion du sermon : le saint curé résume son sermon par quelques bons conseils.

   Que devons-nous conclure de tout cela, mes frères ?
Si vous voulez que le culte que vous rendez à Dieu, Lui soit agréable et avantageux pour le salut de votre âme, mettez-le en pratique : commencez à vous préparer à la sainte Messe dès que vous vous éveillez, en vous unissant à toutes les messes qui se disent dans ce moment. Lorsque la cloche sonne pour vous appeler dans la maison du bon Dieu, pensez que c’est Jésus-Christ Lui-même qui vous appelle ; partez sur le champ, afin d’avoir quelque moment pour méditer sur la grandeur de l’action à laquelle vous allez assister. Ne dites pas, comme ces gens sans religion, que vous avez bien le temps, que vous y serez toujours assez tôt ; mais bien plutôt comme le saint prophète : « Je me suis réjoui quand on m’a dit que nous irions dans la maison du Seigneur ».
Dès que vous sortez de chez vous, occupez-vous de ce que vous allez faire, et de ce que vous demanderez au bon Dieu. Commencez à débarbouiller votre esprit des choses terrestres, pour ne penser qu’à Dieu. Évitez toute sorte de conversations inutiles, qui ne sont bonnes qu’à vous faire mal entendre la sainte Messe. En entrant dans l’église, rappelez-vous ce que dit le saint patriarche Jacob : « Oh ! que ce lieu est terrible ! oh ! qu’il est saint ; c’est vraiment la maison de Dieu et la porte du ciel  ! »
Lorsque vous êtes à votre place, humiliez-vous profondément à la vue de votre indignité, et de la grandeur de votre Dieu, qui veut bien, malgré vos péchés, vous souffrir en Sa sainte présence. Faites un acte de foi de tout votre cœur. Demandez à Dieu qu’Il vous fasse la grâce de ne rien perdre de toutes les faveurs qu’Il accorde à ceux qui y viennent avec de bonnes dispositions ; ouvrez votre cœur, afin que la parole de Dieu puisse y entrer, y prendre racine et y porter du fruit pour la vie éternelle.
Avant de sortir de l’église, ne manquez jamais de remercier le bon Dieu des grâces qu’Il vient de vous faire, et allez-vous-en chez vous tout occupés de ce que vous avez vu et entendu.
Oui, mes frères, si nous nous comportions de cette manière, nous ne sortirions jamais des saints offices sans nous sentir remplis d’un nouveau goût pour le ciel, d’un nouveau dégoût pour nous-mêmes et pour la terre. Notre cœur et notre esprit seraient tout pour Dieu et rien, pour le monde ; alors la maison du bon Dieu serait vraiment pour nous la porte du ciel : c’est ce que je vous souhaite.

le Saint Curé d'Ars en adoration

2022.73. Quelques réflexions sur le thème de la vocation (4ème partie) : des délais et résistances que d’aucuns opposent parfois aux appels de la grâce…

Mardi 21 juin 2022 ;
Fête de Saint Louis de Gonzague, confesseur, céleste protecteur des jeunes gens (cf. iciici et ici).

Je dédie très spécialement cet article à mes amis, religieux et prêtres,
qui ont soutenu des combats pour leur vocation,

et aux séminaristes dont j’ai la joie et l’honneur d’accompagner la formation.

La vocation de Saint Louis de Gonzague - Le Guerchin 1650

La vocation de Saint Louis de Gonzague – Le Guerchin (1650)

Bien chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   La fête de Saint Louis de Gonzague me paraît particulièrement idoine à poursuivre les réflexions concernant la vocation initiées à la fin août 2020 (cf. ici).

   Saint Louis de Gonzague (1568-1591), en effet, dut soutenir de rudes combats pour avoir la liberté de répondre à l’appel intérieur à une vie tout entière donnée à Dieu : fils aîné de Ferdinand 1er de Gonzague, seigneur puis marquis de Castiglione delle Stiviere, sa carrière, dans le monde et dans l’armée était en quelque sorte toute tracée sans qu’il ait son mot à dire dans l’affaire.
Mais l’appel de Dieu et de l’Eglise était venu déjouer les projets humains, et l’adolescent devra affronter les colères homériques de son père et livrer bataille pendant des années pour enfin pouvoir, après autorisation de Sa Majesté l’Empereur, renoncer à ses droits héréditaires et, avec les bénédictions de son père et de Sa Sainteté le Pape Sixte Quint, entrer au noviciat de la Compagnie de Jésus, à l’âge de 17 ans et demi.

   De nos jours, comme alors, il ne manquerait pas de voix, même parmi les gens très pieux et fervents (puisque Ferdinand 1er de Gonzague envoya à son fils des religieux exemplaires et haut placés pour tenter de le dissuader d’entrer en religion), qui conseilleraient au jeune homme d’attendre, de faire montre de davantage de prudence, de passer des diplômes ou d’acheter des brevets militaires afin d’être assuré d’une situation dans le siècle pour le cas où « ça ne marcherait pas ».
En écrivant ces lignes, j’ai à l’esprit une multitude d’exemples de parents, de prêtres, d’éducateurs, voire d’évêques, qui, sous couvert de sagesse et de prudence, ont tenté – et parfois réussi – à éloigner un jeune homme ou une jeune fille de la prompte obéissance à l’appel de Dieu, appel pourtant soutenu et authentifié par des conseillers spirituels sagaces.

   Et je ne passerai pas sous silence les chantages affectifs dont certains parents sont capables pour détourner un enfant de sa vocation religieuse ou sacerdotale : tantôt on fait valoir qu’on aurait souhaité que ce fils ou cette fille se montrât reconnaissant envers ses parents des efforts et des frais qu’ils ont consentis pour ses études et on affirme qu’ils sont donc en droit d’avoir une sorte de « retour » par l’acquisition d’une bonne situation professionnelle et sociale ; tantôt on se lamente sur le fait que cet enfant ne donnera pas à ses parents la joie d’avoir des petits enfants à chérir ; tantôt encore on objecte que, quand viendra la vieillesse, on aura besoin de son soutien et de sa présence et que le quatrième commandement de Dieu lui impose donc de ne pas les « abandonner » en entrant en religion… etc.
Cette sentimentalité familiale est l’un des plus pernicieux des arguments du démon pour contrer une vocation, car de tels parents sont alors de véritables instruments du démon et les alliés de ses manœuvres, couvrant des apparences de la charité leur propre manque de générosité, leur défaut d’esprit surnaturel et – disons-le tout de go – les manigances de leur égoïsme et de leur sensiblerie, pour faire avorter la vocation de leur enfant.

   La responsabilité des parents et des clercs qui contrent une véritable vocation est énorme, et ils devront rendre compte au redoutable tribunal de Dieu des délais que, par leur faute, l’intéressé aura mis à réaliser sa vocation, ou même de son abandon s’ils réussissent effectivement à en détourner leur enfant !
Et le jeune homme ou la jeune fille qui a clairement entendu l’appel divin et qui a été assuré par son confesseur ou ses conseillers spirituels de l’authenticité de sa vocation, commet lui aussi une faute en n’y répondant pas promptement, en y opposant des délais inspirés par une prudence tout humaine ; il ou elle s’expose même à perdre sa vocation, puis à s’engager dans des voies professionnelles et familiales pour lesquelles il ou elle n’était pas véritablement fait avec, pour conséquence, le risque de ne pas s’y épanouir spirituellement…
Qu’on pense à ce « jeune homme riche » de l’Evangile (Matth. XIX, 16-26), qui s’en alla tout triste parce qu’il ne fut pas assez fort dans sa détermination et pas assez généreux dans son abnégation, car les « grands biens » qui étaient les siens – et qui le possédaient au point de lui faire renoncer à répondre à l’appel à un état de vie supérieur – peuvent ne pas être uniquement pécuniers, mais aussi consister en situation confortable, en satisfaction à demeurer dans son milieu familial ou social, en études, en recherche des honneurs ou des diplômes, en attachements sentimentaux… etc.

   Si le Saint-Esprit a inspiré à l’Evangéliste de noter la chose pour qu’elle nous fût transmise, c’est pour que cela serve d’avertissement à tous les appelés par le Christ qui, soit par amour du monde et de ses biens, soit par faiblesse sentimentale familiale, soit par peur du sacrifice, soit par refus des exigences d’un don total, ne répondront finalement pas à l’appel amoureux de Notre-Seigneur : c’est le ratatinement de leur vie spirituelle qu’ils risquent, quand ce n’est pas sa perte totale.
Plusieurs auteurs spirituels et maîtres de la vie religieuse et sacerdotale n’ont pas hésité à écrire que celui qui ne répond pas à une authentique vocation risque fort de se damner, à moins d’une compensation héroïque par la pénitence et l’expiation.
Ce n’est pas pour rien que, il y a quelques semaines, j’ai insisté sur les « saints manqués » (cf. ici).

   Voilà pourquoi, après avoir évoqué il y a quelques mois (cf. ici), ces véritables avortoirs de vocations que peuvent être certains séminaires ou maisons religieuses dévoyés par le modernisme, je n’hésite pas aujourd’hui à dénoncer les « interruptions volontaires de vocations » - les IVV, pour calquer la terminologie à la mode -, dont se rendent coupables certains appelés, par faiblesse, par lâcheté, par manque d’amour de Dieu et de confiance en Sa grâce toute puissante…
Ce que l’avortement est à la vie d’un enfant conçu, ces comportements de refus le sont de la même façon pour la vie spirituelle et la sainteté d’une âme.
C’est un don de vie qui est réduit à néant.
C’est une fécondité spirituelle que l’on étouffe dans l’œuf et dont on ne peut, avec notre seule intelligence humaine, calculer toutes les conséquences. Mais Dieu, Lui, le peut !

   Toute vocation, religieuse ou sacerdotale, en effet, est porteuse de fécondité : un prêtre ou un religieux fidèles engendrent des âmes à la vie surnaturelle, obtiennent des conversions, entraînent des esprits vers les sommets de la vie spirituelle, leur permettent des développements de grâce et de vertu qui leur auraient été impossibles sans les prières, les sacrifices, l’abnégation, la persévérance, et l’apostolat de ces appelés qui ont répondu généreusement à l’appel du Christ et de Son Eglise !
Toute vocation avortée peut donc aussi entraîner des pertes immenses pour le Royaume de Dieu, pour le salut et la sanctification des âmes

   Lorsque Dieu appelle une âme à une vocation d’excellence, dans le sacerdoce ou la vie religieuse, c’est pour l’associer plus étroitement à Sa propre mission de Sauveur et de Sanctificateur, et c’est la marque d’une ingratitude incommensurable et d’une véritable goujaterie que de Lui répondre : « Seigneur, je Vous suivrai, mais plus tard, quand je me serai assuré une petite vie bien confortable, quand j’aurai fait passer le service de ma petite personne et de ses intérêts personnels avant ceux de Votre Règne… »
Qui, lorsqu’il est appelé à une haute carrière dans le service de l’un des puissants de cette terre, ose lui répondre de cette manière ? Et c’est pourtant – hélas ! – ce type de réponse que reçoit le Roi des rois et Seigneur des seigneurs !

Et l’on voudrait nous faire croire que ce que tout homme « raisonnable » et « sensé » selon la sagesse de ce monde taxerait de pure folie quand il s’agit des princes de la terre, deviendrait « prudence » et « sagesse » quand il s’agit du service de Dieu ? 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

 Le triomphe de Saint Louis de Gonzague - détail - retable de l'autel où sont conservées ses reliques église Saint Ignace Rome

« Le triomphe de Saint Louis de Gonzague »
par Pierre Le Gros (1698)
détail du retable de marbre de l’autel où se trouve le sarcophage contenant les reliques du jeune saint
dans l’église Saint-Ignace, à Rome.

 

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