2009-18. A l’entrée du Triduum Sacré…

Mercredi Saint 8 avril 2009 au soir.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Nous entrons ce soir dans le grand recueillement du Triduum Sacré.  Je me hâte de vous adresser quelques mots, car de toute évidence je n’aurai pas beaucoup de temps pour le faire dans les jours qui viennent…

Dès le début de cette chronique je vous souhaite donc de ferventes et très belles fêtes pascales, et je forme des voeux pour que de très abondantes grâces et bénédictions célestes vous soient accordées, à vous et à tous ceux qui vous sont chers.

En notre « Mesnil-Marie« , nous nous sommes bien rendus compte que Frère Maximilien-Marie préparait des choses inhabituelles : la semaine dernière, par exemple, s’étant absenté toute une journée, il est revenu avec des brassées de branches d’olivier (nous, les chats, nous aimons bien l’odeur des oliviers!), qu’il a chargées dans la voiture dimanche dernier pour partir à la Sainte Messe. Il en est rentré beaucoup plus tard que d’habitude et il n’en ramenait plus qu’une dizaine : il en a fixé à toutes les croix de la maison en nous expliquant que ces petites branches étaient désormais bénites et que – selon l’oraison récitée par le prêtre à la conclusion de la procession solennelle des rameaux – elles sont des canaux de la bénédiction et de la protection de Dieu dans les lieux où elles sont placées. Il a aussi accroché à la porte d’entrée de notre maison une palme bénite.

Palme bénite à la porte du Mesnil-Marie

Frère Maximilien-Marie nous a raconté qu’en rentrant du Puy (c’est là qu’il doit se rendre pour assister à la Sainte Messe latine traditionnelle), ce dimanche 5 avril, il a fait un petit détour par le Mont Gerbier de Joncs et il nous a parlé des congères  encore impressionnantes qui subsistent sur ces hauts plateaux qui ne sont qu’à quelques kilomètres de chez nous.

Dieu merci, il n’y a plus de neige au « Mesnil-Marie« ! Le printemps s’installe et nous nous émerveillons en voyant chaque jour les développements de la végétation : aussi permettez-moi de vous offrir deux clichés pris aujourd’hui même juste à côté de notre maison (cliquez sur les vignettes pour voir les images en grand) : que ces pensées et ces tulipes sauvages vous apportent un peu de la joie que nous avons à vivre en une si belle contrée.

De belles pensées au Mesnil-Marie               Tulipes sauvages

Tous ces derniers jours, Frère Maximilien-Marie a continué – en portant une attention scrupuleuse au calendrier lunaire – à planter des bulbes et des rhizomes, à semer de petites graines, à transplanter de jeunes pousses… Avec Chlôris, nous le suivons partout et nous regardons avec curiosité ces travaux de jardinage. J’avoue que nous nous sommes parfois faits gronder parce que nous nous mettions à creuser à l’endroit où il venait d’enterrer quelque chose… nous ne voulions pourtant pas faire de mal!

Il y a eu aussi un très gros travail de débroussaillage qui a été accompli sur les « chambas » (c’est ainsi qu’on nomme ici les champs en terrasse étagés à flanc de montagne) qui sont au dessus de la maison. Et le 31 mars en fin de journée, en l’honneur du retour de Chlôris, il y a eu la plantation de deux arbres : un saule doré et un érable pourpre qui ont respectivement reçu les noms de… Chlôris et Lully!

Chlôris va de mieux en mieux

Ainsi que vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, Chlôris semble en bien meilleure forme : elle me charge de remercier tous ceux qui lui ont témoigné sollicitude et attention pendant sa maladie. C’est une convalescente, qui a besoin de beaucoup de repos, mais je puis vous assurer qu’elle a retrouvé un excellent appétit : tellement excellent qu’elle ne résiste pas à la tentation de venir manger dans mon bol après avoir terminé sa propre ration!!!

Frère Maximilien-Marie a aussi entrepris d’aménager un accès à la maison en partant directement de l’aire de stationnement aménagée en bord de route (comparez les photos qui vont suivre avec ce qui a été publié ici > www). Le talus qui se trouve en dessous de la béalière a été ratissé et égalisé, ensemencé et arrosé ; mais surtout Frère Maximilien-Marie y a construit un escalier rustique très pratique. Plus tard, une seconde tranche de travaux consistera à aménager un passage pour faciliter l’ascension du rocher en surplomb de la béalière, ce rocher sur lequel le « Mesnil-Marie » est construit.

L'escalier rustique vu du parking               L'escalier rustique vu d'en haut

Mais il est bien temps que j’achève ma chronique : il est en effet l’heure de rejoindre Frère Maximilien-Marie pour réciter l’office des ténèbres du Jeudi Saint. Encore une fois, je vous souhaite de belles et surtout très ferventes fêtes pascales.

Lully.

Publié dans : Chronique de Lully | le 8 avril, 2009 |4 Commentaires »

2009-17. Qu’est-ce que l’ Heure Sainte?

La pratique de l’Heure Sainte a été enseignée à Sainte Marguerite-Marie, au XVIIème siècle, à Paray-le-Monial, par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même en ces termes :

« Toutes les nuits du jeudi au vendredi, je te ferai participer à cette mortelle tristesse que j’ai bien voulu sentir au jardin des Olives ; laquelle tristesse te réduira, sans que tu la puisses comprendre, à une espèce d’agonie plus rude à supporter que la mort. Et pour m’accompagner dans cette humble prière que je présentai alors à mon Père parmi toutes mes angoisses, tu te lèveras entre onze heures et minuit, pour te prosterner une heure avec moi, la face contre terre, tant pour apaiser la divine colère, en demandant miséricorde pour les pécheurs, que pour adoucir en quelque façon, l’amertume que je sentais à l’abandon de mes apôtres, qui m’obligea à leur reprocher qu’ils n’avaient pu veiller une heure avec moi, et pendant cette heure tu feras ce que je t’enseignerai. »

Les caractères propres de l’Heure Sainte ont donc été parfaitement définis par Jésus Lui-même : il s’agit d’un exercice de dévotion dans lequel,

a) pendant une heure,
b) par l’oraison mentale et par des prières vocales,
c) on s’unit aux tristesses que Jésus ressentit lors de la Sainte Agonie,
d) on implore miséricorde pour les pauvres pécheurs,
e) on cherche à apaiser la justice divine,
f) et on console le Sauveur de l’ingratitude et de l’abandon des siens.

L’Heure Sainte ne doit donc pas être confondue avec l’adoration du Saint-Sacrement :  son objet propre c’est le mystère de Gethsémani, et pas directement la Sainte Eucharistie.
Même si on peut avoir du profit à la pratiquer à l’église, devant le tabernacle ou devant le Saint-Sacrement exposé, cela n’est pas du tout une condition obligatoire : Sainte Marguerite-Marie la faisait dans sa cellule, prosternée à terre devant son Crucifix, et non dans la chapelle du monastère ou dans un oratoire.

L’Heure Sainte se distingue aussi de l’adoration parce qu’elle est un temps de supplications et d’intercessions adressées au Père céleste pour obtenir la conversion et le salut des pécheurs ; et c’est aussi un temps consacré à des prières de réparation adressées à Notre-Seigneur Jésus-Christ pour le dédommager de la solitude amère dans laquelle l’ont laissé ceux qui eussent dû veiller une heure avec lui et s’étaient assoupis au lieu de l’entourer et de le soutenir par la ferveur de leur amour.

Notre-Seigneur demandait à Sainte Marguerite-Marie de la faire toutes les nuits du jeudi au vendredi de onze heures à minuit (mais il exigeait qu’elle ait pour cela la permission de sa supérieure).
Si l’on peut, sans dommage pour sa santé ou pour son devoir d’état, faire l’Heure Sainte de la même manière, c’est évidemment très bien. Cependant la Sainte Église, dans sa prudence et sa sagesse et pour permettre à davantage de fidèles de la pratiquer, a permis qu’on puisse la faire à un moment plus avancé de la soirée.

Les Papes ont encouragé sa pratique et ils ont élevé la « Confrérie de l’Heure Sainte » au rang d’archiconfrérie, qu’ils ont enrichie de précieuses indulgences : les membres de l’archiconfrérie peuvent ainsi obtenir une indulgence plénière chaque fois qu’ils font l’Heure Sainte (selon les conditions habituelles).
Les personnes qui veulent faire partie de « l’Archiconfrérie de l’Heure Sainte » doivent se faire connaître au Monastère de la Visitation de Paray-le-Monial. Les registres où sont inscrits les noms des associés sont conservés dans la cellule de Sainte Marguerite-Marie, convertie en oratoire.

Certaines personnes se sont demandées comment Notre-Seigneur pouvait être consolé dans son agonie par des prières de réparation et d’amour faites par des âmes vivant sur terre plusieurs siècles après l’évènement de Gethsémani. Le Pape Pie XI, dans son encyclique « Miserentissimus Redemptor«  (du 8 Mai 1928, on en trouvera le texte complet ici > www), consacrée au devoir de réparation que l’on doit au Coeur de Jésus, a expliqué :
« Ce sont les péchés et les crimes des hommes commis en n’importe quel temps qui ont causé la mort du Fils de Dieu ; ces mêmes fautes, maintenant encore, sont de nature à causer la mort du Christ, dans les mêmes douleurs et les mêmes afflictions, puisque chacune d’elles est censée renouveler à sa manière la Passion du Seigneur (…). Que si, à cause de nos péchés futurs, mais prévus, l’âme du Christ devint triste jusqu’à la mort, elle a sans nul doute, recueilli quelque consolation, par prévision aussi, de nos actes de réparation alors « qu’un ange venant du ciel lui apparut » (Luc XXII, 43), pour consoler son Cœur accablé de dégoût et d’angoisse. Ainsi donc, ce Cœur Sacré incessamment blessé par les péchés des ingrats, nous pouvons maintenant et même nous devons le consoler d’une manière mystérieuse mais cependant réelle ».

L'Agonie de Notre-Seigneur à Gethsémani

Pour terminer cette présentation, citons encore les paroles de Notre-Seigneur à Sa confidente de Paray-le-Monial au sujet de sa Sainte Agonie :

« C’est ici où j’ai plus souffert intérieurement qu’en tout le reste de ma Passion, me voyant dans un délaissement général du Ciel et de la terre, chargé de tous les péchés des hommes. J’ai paru devant la sainteté de Dieu qui, sans égard à mon innocence, m ‘a froissé en sa fureur, me faisant boire le calice qui contenait tout le fiel et l’amertume de sa juste indignation ; comme s’il eût oublié le nom de Père, pour me sacrifier à sa juste colère. Il n’y a point de créature qui puisse comprendre la grandeur des tourments que je souffris alors. C’est cette même douleur que l’âme criminelle ressent, lorsqu’elle paraît devant le tribunal de la Sainteté divine qui s’appesantit sur elle, la froisse et l’opprime et l’abîme en sa juste rigueur. »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

2009-16. Est-ce un « miracle »?

Mardi 31 mars 2009.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Il y a une semaine exactement (cf.> www), je vous écrivais pour vous annoncer que notre « Mesnil-Marie« connaissait de vives inquiétudes pour Chlôris, notre petite archiduchesse…

Le premier vétérinaire consulté l’avait condamnée et nous avait annoncé qu’il n’y avait plus rien à faire. Poussé par plusieurs de nos amis, Frère Maximilien-Marie l’a emmenée chez un autre docteur dont le diagnostic n’était pas plus optimiste, mais qui a décidé de tenter le tout pour le tout : notre minette, qui avait visiblement une très forte jaunisse, fut immédiatement perfusée et gardée en clinique vétérinaire avec un traitement très fort… Pendant toute la semaine dernière, nous sommes vraiment restés dans l’inquiétude et dans l’incertitude ; le docteur ne cessait de dire à Frère Maximilien-Marie : « Je ne veux pas vous donner de faux espoirs car les chances de la sauver sont infimes, mais au moins nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir non pas à proprement parler pour la guérir mais pour lui donner la capacité de reprendre elle-même le pas sur la maladie…« 

De nombreux amis ont prié pour elle, en invoquant particulièrement les saints qui ont aimé les animaux: Saint François d’Assise auquel on pense très spontanément bien sûr, mais aussi Saint Roch (voir ici> www), très puissant contre les maladies,  la Bienheureuse Kateri Tekakwitha, Sainte Gertrude de Nivelles, dont j’avais appris qu’elle était la céleste protectrice des chats, et Saint Philippe Néri, qui n’hésitait pas à placer une très belle petite chatte sur les gradins de l’autel quand il célébrait la Sainte Messe… Certaines « bonnes âmes » ont manifesté quelque étonnement (peut-être même un peu de scandale) en pensant que des prières étaient faites pour un animal, mais Frère Maximilien-Marie sait très bien expliquer, paroles de la Sainte Ecriture à l’appui, que le Créateur n’a de mépris pour aucune de ses créatures et que, selon l’enseignement de Saint Paul, si toute la création a été assujettie au pouvoir du mal par la faute de l’homme (cf. Rom. VIII), toutes les créatures peuvent aussi avoir part à la bénédiction du Rédempteur par l’intercession de ceux qui vivent de Sa grâce.

Bref! Les prières ont porté du fruit : samedi matin, Chlôris, qui ne s’alimentait plus depuis une semaine, a recommencé à manger et à boire d’elle-même ; dimanche soir, le vétérinaire appelait Frère Maximilien-Marie au téléphone et, pour la première fois, lui disait qu’on pouvait maintenant nourrir de légitimes espérances ; hier matin, on lui retirait la perfusion et, ce matin même – mardi 31 mars – notre archiduchesse a quitté la clinique pour notre plus grande joie! Le docteur n’a pas hésité à employer le mot « miracle » pour parler de ce rétablissement, disant à Frère Maximilien-Marie : « Je n’ai pas le sentiment d’avoir fait beaucoup, j’ai simplement donné à Chlôris les moyens qui étaient en mon pouvoir pour qu’elle prenne le dessus…« 

Certes, des analyses sont en cours, il faudra une surveillance, et il y a un petit traitement auquel Chlôris devra se soumettre dans les prochains jours, mais elle est vivante et visiblement heureuse de vivre. Voici pour vous une photo prise ce matin, à son arrivée:

Chlôris prend le soleil sur la terrasse en arrivant de la clinique

Chlôris prend le soleil sur la terrasse du « Mesnil-Marie » en rentrant de la clinique.

Il me reste à vous remercier très chaleureusement pour toute la sollicitude amicale et le soutien que vous nous nous avez apportés, à Frère Maximilien-Marie et à moi-même, au cours de ces jours passés. Je vous souhaite de bien vivre le temps de la Passion, dans lequel nous sommes entrés dimanche, et de marcher avec ferveur dans les pas du Christ Sauveur pour avoir une large part aux grâces de lumière et de consolation qu’Il communique en Sa Pâque.

Lully.

Publié dans : Chronique de Lully | le 31 mars, 2009 |8 Commentaires »

2009-15 b. « Ce Pape pose un vrai problème »!!! (2ème partie).

Samedi de la quatrième semaine de carême, 28 mars 2009.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Dans les réflexions que je vous livrais avant-hier (cf.> www), j’ai voulu mettre en évidence combien la fidélité à la personne et aux enseignements de Notre-Seigneur Jésus-Christ ne peut en définitive qu’aboutir à un conflit. Les actuelles polémiques et les contestations de plus en plus virulentes autour du Souverain Pontife et de sa parole – avec tous les mensonges et manipulations que nous avons déjà évoqués -, les remises en question de plus en plus haineuses et passionnées de l’enseignement et de la discipline de l’Eglise ne peuvent pas vraiment étonner celui qui a fait des Saints Evangiles sa nourriture.

Notre-Seigneur nous l’a dit très explicitement : « Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non, je vous le dis : mais la division. Car désormais, dans une seule maison, cinq seront divisés, trois contre deux, et deux contre trois ; seront divisés le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre sa belle-fille et la belle-fille contre sa belle-mère » (Luc XII, 51-53). Ou encore en Saint Matthieu : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive «  (Matth. X,34). Si l’attachement à Notre-Seigneur peut être source de conflits entre des personnes liées par le sang et par les affections les plus naturelles, à combien plus forte raison  dans les sociétés civiles…

Cette situation conflictuelle ne peut même qu’aller croissant lorsque ces sociétés ont leurs fondements et leurs références dans des « valeurs » étrangères à la Loi divine et à la loi naturelle elle-même. Ce pourquoi je n’hésite pas à dire (et à répéter de manière insistante) que, s’il n’y a pas une adhésion fondamentale de la société civile à l’esprit de l’Evangile, on arrive nécessairement à la persécution.

La persécution peut s’exercer de diverses manières, plus ou moins avouées, plus ou moins larvées, plus ou moins insidieuses. On ne vous jettera peut-être pas aux lions, on ne vous enduira peut-être pas de poix pour faire de vous des torches vivantes destinées à éclairer de somptueuses fêtes nocturnes, on ne vous soumettra peut-être pas au chevalet, au grill, aux ongles de fer et à ces mille autres raffinements de cruauté physique dont nous lisons les détails dans le martyrologe… pas tout de suite du moins. Cependant on saura bien, et de plus en plus – tantôt par la dérision, tantôt par la séduction, tantôt par des pressions et des contraintes, psychologiques ou administratives, sociétales ou médiatiques – déployer une large palette de moyens pour vous intimider ou vous contraindre. « 1984″ de Georges Orwell ou « le Maître de la terre » de Robert Hugues Benson ne sont probablement que de pâles figures de ce qui peut arriver…

Le Vicaire de Celui qui, quarante jours après sa naissance, a été  désigné comme un « signe de contradiction » (Luc II, 33), peut-il être autre chose qu’un signe de contradiction à son tour?  Alors, oui, pour reprendre l’expression de Monsieur Alain Juppé, il est dans l’ordre des choses, il est normal, il ne peut être étonnant que – pour tous ceux dont le mode de pensée, de fonctionnement et d’action relève davantage des maximes du monde que de l’Evangile – ce Pape « pose un vrai problème  » et devienne lui aussi une « pierre de scandale » : « Ils se sont heurtés contre la pierre d’achoppement, ainsi qu’il est écrit : ‘Voici que je mets en Sion une pierre d’achoppement et une pierre de scandale ; et quiconque croit en lui ne sera point confondu’ (cf. Isaïe VIII, 14 & XXVIII, 16) » (Rom. IX, 32-33).

La royauté de Notre-Seigneur Jésus-Christ  ne lui est pas décernée par ce monde (il l’affirmera devant Pilate, cf. Joan. XVIII, 36) : elle ne procède pas du suffrage universel, elle n’est pas ordonnée à la logique de nos politiques. Après la multiplication des pains, Notre-Seigneur s’est dérobé à l’enthousiasme des foules qui voulaient le faire roi. Cependant il est véritablement roi et sa royauté s’exercera sur ce monde, que celui-ci le veuille ou non : « Opportet illum regnare! Il faut qu’il règne! » (1 Cor. XV, 25).  Cette royauté découle, au plus haut degré, de ses droits de Rédempteur : elle n’est pas acquise par les urnes mais par le sang. Ce n’est pas le jour de la multiplication des pains ou le dimanche des Rameaux que Jésus prend possession de son règne, mais c’est le Vendredi Saint. Si nos modernes instituts de sondage avaient interrogé ce jour-là les hiérosolymites et tous ceux qui s’étaient naguère précipités pour écouter les enseignements du « Rabbi galiléen », dans l’enthousiasme des jours faciles, avec l’espoir plus ou moins avoué de le voir faire ou d’être les bénéficiaires de ses miracles, il est bien évident que les pourcentages en sa faveur auraient été infimes. Rappelons-nous tout ce que la petite phrase des disciples d’Emmaüs recèle d’incompréhension profonde et d’amère déception : « Et nous qui espérions que ce serait lui le rédempteur d’Israël!… » (Luc XXIV, 21). Rien d’étonnant donc à ce que les foules manipulées d’aujourd’hui, à ce que les journalistes et autres « faiseurs d’opinion », à ce que les hommes politiques et tous ceux qui bornent leurs espérances aux horizons terrestres crient au scandale.

« Ecce ascendimus Jerosolymam… Voici que nous montons à Jérusalem » (Luc XVIII, 31), lisions-nous dans l’Evangile du dimanche de la Quinquagésime : tout ce qui a été écrit au sujet du Fils de l’homme – livré aux païens, tourné en dérision, outragé, couvert de crachats, flagellé et mis à mort -, tout cela, le « Corps mystique » du Christ – la Sainte Eglise – est appelé à y participer à sa suite. Nos temps actuels ne peuvent pas être étrangers à cette participation.

2009-15 b.

Par la liturgie, nous allons entrer ce soir dans le temps de la Passion : « Ecce ascendimus Jerosolymam! » Ce dont nous sommes aujourd’hui les témoins n’est que la répétition de ce qui s’est passé au printemps de l’an 33 : avec des figures et des noms différents, nous retrouvons les mêmes acteurs, les mêmes passions humaines, les mêmes intérêts… et les mêmes fidélités.

Aujourd’hui encore il y a ceux qui – comme les grands prêtres félons – craignent que leur  emprise sur les foules soit « concurrencée » (on peut par exemple penser à tous ceux qui sont furieux du succès du voyage du Pape Benoît XVI en France, en septembre dernier) : « Si nous le laissons ainsi tous croiront en lui… » (Jean XI, 49). Il y a tous les modernes pharisiens : « Voyez-vous que nous ne gagnons rien? Voilà que tout le monde court après lui » (Jean XII, 19). Il y a tous les Judas, tous ceux qui se scandalisent au sujet du parfum versé par Marie-Magdeleine (Jean XII, 4), ceux dont les raisons « humanitaires » recèlent de secrètes convoitises, et tous ceux qui ont détourné l’Evangile pour en faire une « option préférentielle » pour les luttes de ce monde (même si, objectivement, ce sont de « bonnes causes », des « causes justes », mais poursuivies en dehors de tout esprit surnaturel). Ne l’oubliez pas, Judas était apôtre : il n’avait pas reçu un appel moindre ; sa vocation était véritable ; il avait eu des grâces hors du commun ; il avait accompli des miracles et chassé des démons… Et aujourd’hui encore il en est – parmi ceux dont la vocation chrétienne était véritable,  parmi ceux dont la vocation religieuse ou sacerdotale était véritable, parmi ceux dont la vocation épiscopale était véritable – qui finissent par se détourner du Christ, qui perdent le sens du salut des âmes et l’authentique esprit de la rédemption, et qui en viennent, de diverses manières, à trahir et à vendre le Christ…

Aujourd’hui encore, il y a la même foule versatile qu’à Jérusalem : « Ils vinrent au devant de lui parce qu’ils avaient appris qu’il faisait des miracles » (Jean XII, 18). Ils ne recherchent pas dans le Christ le Sauveur de leurs âmes, mais celui qui leur rendra la vie facile ; ils ne recherchent pas à entendre sa parole pour se convertir, mais ils aspirent à ne plus travailler, à avoir facilement du pain et la santé, une situation honorable et tranquille…. Combien de chrétiens aujourd’hui sont plus attachés à leur petit confort intellectuel ou/et matériel plutôt qu’à une véritable démarche de conversion intérieure, plutôt qu’à se laisser façonner par la grâce? Combien de fidèles et d’ecclésiastiques qui se réjouissent trop superficiellement des succès populaires, des acclamations, des sondages favorables, de l’affluence à leurs rassemblements ou à leurs pèlerinages, des pourcentages de succès aux examens dans leurs « bonnes écoles » (alors qu’on a « écrémé » les effectifs selon des critères de réussite scolaire et non en fonction du bien des âmes), du nombre de participants à leurs retraites, ou d’assistants à leurs offices …etc? Combien qui se laissent éblouir par les « bonnes apparences » humaines et mondaines et en viennent à négliger le travail, toujours nécessaire et jamais achevé, travail intérieur et non quantifiable, de leur propre conversion à l’esprit du Saint Evangile? Combien qui par amoindrissement ou perte de l’esprit surnaturel s’enfoncent dans la tiédeur, dans de secrètes amertumes, dans des déceptions ou des découragements qui ne disent pas leur nom, lorsqu’ils n’ont pas les consolations humaines ou mondaines, ni les satisfactions immédiates et numériques de leurs efforts?… Tous ceux qui sont finalement attachés à « la gloire des hommes plus qu’à la gloire de Dieu » (cf. Jean XII, 43) et qu’on trouve indistinctement – même si cela ne s’exprime pas forcément avec les mêmes nuances – chez les « progressistes » ou chez les « traditionalistes » !!!

Aujourd’hui encore – et peut-être plus encore qu’il y a deux mille ans – nous avons des faux témoins qui travestissent les paroles du Christ ou de son Vicaire, qui dénaturent les enseignements de son Eglise ou qui calomnient ses serviteurs devant les sanhédrins médiatiques, devant les sanhédrins de l’opinion publique, devant les sanhédrins d’égoïsme et d’orgueil que tout homme porte au fond de lui-même.

Aujourd’hui encore il y a les manipulateurs qui veulent dispenser les hommes de bonne volonté de se faire une juste opinion et qui prétendent imposer ce qu’il faut penser et la manière dont il faut penser : « Si ce n’était pas un malfaiteur nous ne te l’aurions pas livré! » (Joan. XVIII, 30). « Si les propos que tient ce Pape n’étaient pas irresponsables et criminels nous ne les dénoncerions pas, nous ne les présenterions pas à la vindicte publique! Faites-nous confiance : nous, agences de presse, nous, ministres, nous, loges maçonniques… nous avons digéré l’information à votre place, nous avons pensé à votre place,  nous sommes en bien meilleure position que vous pour savoir ce qu’il faut dire et ce que vous devez en penser, ne vous fatiguez pas à chercher vous-mêmes, nous vous avons évité ce travail fastidieux! »

Aujourd’hui encore il y a ceux qui demandent : « Qu’est-ce que la vérité? » (Joan. XVIII, 38). Non parce qu’ils sont dans une honnête démarche intellectuelle, mais parce qu’ils cachent, derrière leur prétendu agnosticisme, leur refus de trouver des réponses qui – en toute rigueur intellectuelle – les obligeraient à changer de vie. Il y a tous ceux qui se drapent dans un relativisme de très respectable apparence, qui se cachent derrière le masque de la laïcité et s’enveloppent des atours séduisants de la tolérance (qui n’est pas la même chose que le respect), pour proclamer qu’il « n’y a pas de loi morale qui prime sur les lois de l’état », manière aseptisée de reprendre ce cri : « Nous n’avons pas d’autre roi que César! (Joan. XIX, 15). Nous n’avons pas d’autres lois que celles du monde, pas d’autres lois que celles que nous nous sommes données à nous-mêmes en fonction de nos intérêts, nous ne voulons pas qu’il règne sur nous : Regnare Christum nolumus! (hymne de la fête du Christ-Roi). Nous préférons nos modernes Barabbas, nous préférons des criminels et des repris de justice, nous préférons à la tête de nos cités des ambitieux qui ne servent qu’eux-mêmes et dont les malversations ont été établies devant la justice… »

Aujourd’hui encore la Sainte Eglise est tournée en dérision à la cour d’Hérode,  roi esclave de sa volupté. Aujourd’hui encore le Christ, en la personne de son Vicaire, y est revêtu de la robe des fous et insulté, raillé par ceux qui trouvent leur gloire à se vautrer sans retenue dans les les plus viles passions, et veulent entraîner tout le monde à faire de même…

Aujourd’hui encore nous rencontrons ceux qui, malgré la voix de leur conscience, refusent de s’engager, par crainte des désagréments qui pourraient leur en advenir et qui disent : « Ce n’est pas mon affaire, voyez vous même » (cf. Matth. XXVII, 24). Aujourd’hui encore, il y a des « filles de Jérusalem », pleines de bons sentiments, qui se lamentent au bord du chemin mais ne font rien de plus. Le Christ demande bien plus que des sentiments ; Il réclame de ses disciples un engagement sans équivoque : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » (Matth. XII, 30).

Mais aujourd’hui encore, il y a ceux qui, comme Simon de Cyrêne, comme Véronique, comme Marie-Magdeleine, comme Jean  et,  bien sûr, comme Notre-Dame, ne craignent point de ne pas se trouver dans la majorité vociferrante et n’ont pas peur des hurlements des loups. Quelque souffrance qu’il leur en coûte, ils sont prêts – non en se confiant en leurs propres forces, mais en se livrant à la toute puissante et miséricordieuse grâce de leur Sauveur – à rester aux côtés du Corps mystique du Christ soumis à l’épreuve. Ils ne s’étonnent point de ce que notre Saint-Père le Pape Benoît XVI « pose un vrai problème » au Prince de ce monde et à tous ceux qui en sont les courtisans. Eux-mêmes, chacun à leur place et selon leur vocation particulière, ils sont disposés à poser ce même « vrai problème » en obéissant à Dieu plutôt qu’aux hommes (cf. Act. IV, 19) et en ne craignant pas de subir les modernes excommunications de la pensée unique.

Peu leur importe de ne pas être majoritaires selon les critères humains. Peu leur importe d’avoir à subir railleries et vexations et, bientôt peut-être, la persécution. Peu leur importe d’être désignés à la méchanceté et à la vindicte des foules manipulées, comme le furent jadis leurs aînés dans la Foi, accusés d’être responsables de l’incendie de Rome ou des malheurs de la cité. Ce qui est essentiel pour eux, c’est l’amour ; or il n’y a pas d’amour sans fidélité : s’ils ne comptent pas sur leurs propres forces, mais qu’ils se remettent par une humble confiance dans la toute puissance de la grâce du divin Roi, Lui-même se fera leur force, leur fidélité et leur victoire. « Parce que tous ceux qui sont nés de Dieu triomphent du monde ; et que la victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi : haec est victoria quae vincit mundum, fides nostra » (1a Joan. V, 4).

Le seul « vrai problème », est celui qui est posé par Notre-Seigneur Jésus-Christ, par ce qu’Il est et par ce qu’Il propose à l’homme. Le seul « vrai problème » que pose notre Saint-Père le Pape Benoît XVI aux hommes de ce temps, et qu’avec lui posent au monde tous ceux pour lesquels la fidélité à leur baptême n’est pas un vain mot, se résume dans la question que Jésus ressuscité a posée à Pierre au bord du lac : « M’aimes-tu? » (Joan. XXI, 15-17).

Frère Maximilien-Marie.

Publié dans : Commentaires d'actualité & humeurs | le 28 mars, 2009 |2 Commentaires »

2009-15 a. « Ce Pape pose un vrai problème »!!! (1ère partie).

Jeudi de la 4ème semaine de carême, 26 mars 2009.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Depuis le début de cette année 2009, tout particulièrement en France (mais pas seulement) c’est un véritable acharnement médiatique qui  s’en prend à la personne et aux actes de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI ; à travers les attaques dont il est l’objet ce sont les enseignements traditionnels de notre mère la Sainte Eglise catholique romaine, dont il est le chef, qui sont visés, contestés et remis en question.

Mon propos de ce jour n’est pas de rappeler les évènements et leurs enchaînements ; je ne veux pas non plus écrire ici une apologie – point par point – concernant la levée des excommunications qui frappaient les évêques consacrés par Monseigneur Lefèbvre, au sujet de la prétendue excommunication fulminée par l’évêque de Récife contre une petite fille, ou à propos des affirmations du Pape lors de la conférence de presse accordée aux journalistes dans l’avion qui l’emportait vers l’Afrique…  etc. D’autres l’ont fait avant moi et bien mieux que je ne le pourrai faire. Je me contenterai de dire ici qu’il suffit de vouloir honnêtement s’informer pour arriver sereinement à connaître la vérité, en dehors de  tous les mensonges colportés et de toutes les passions qu’on s’est efforcé d’exacerber. Pour ceux qui le désireraient, je tiens à disposition un certain nombre de documents et de références – en assez grande quantité – qui démontent de manière irréfragable ces mensonges et les manipulations auxquels les « faiseurs d’opinion » se sont livrés sans retenue.

Peut-être avez-vous comme moi remarqué que, à peine le Pape avait-il achevé son voyage pastoral en Afrique, le « 20 heures » de TF1  se livrait à une nouvelle offensive contre la discipline ecclésiastique en diffusant un reportage extrêmement orienté – très prétentieusement nommé « enquête », alors qu’il n’y avait aucune démarche objective et raisonnée de recherche de la vérité – qui remettait en question le célibat sacerdotal… Ne nous faisons pas d’illusions : à l’approche de la Semaine Sainte et des solennités pascales, nous  devons  nous attendre à de nouvelles provocations ou tentatives de manipulations de l’opinion publique tendant à discréditer l’Eglise et le Pape, le Christ et son Evangile, la Foi et ses enseignements… Sans vouloir en aucune manière jouer au prophète de malheur, je puis vous annoncer que l’opposition médiatique, que l’opposition politique et que l’opposition à l’intérieur même de l’Eglise catholique contre notre Saint-Père le Pape Benoît XVI, ne font que commencer et qu’elles risquent de croître en amplitude et en virulence.

Dès à présent, d’odieuses caricatures et des propos de plus en plus haineux sont colportés, diffusés et même favorisés par un certain nombre de médias, dans une espèce de surenchère de grossièreté et d’escalade de vulgarité. Si c’étaient le Dalaï-Lama ou quelque chef religieux mahométan qui étaient ainsi caricaturés, nous assisterions immédiatement à un concert quasi unanime de protestations, dans le monde politique et journalistique. Même ceux qui sont les plus critiques envers toute forme de foi ou d’opinion religieuse n’hésiteraient pas à reprendre à leur compte la célèbre phrase attribuée à Voltaire : « Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer« . Mais quand il s’agit du Pape et de l’Eglise, ces bons apôtres de la tolérance et du respect des droits de l’homme semblent n’avoir plus qu’une seule consigne, celle par laquelle ce même Voltaire terminait la plupart de ses lettres: « Ecrasez l’infâme! » (on le sait, « l’infâme » c’était pour lui l’Eglise catholique romaine).

Le grand malheur, c’est que – à quelques exceptions près (et il faut justement saluer ici le courage de ces évêques qui ont pris la parole ou la plume pour rétablir la vérité et défendre le Souverain Pontife) – ceux qui ont été institués pour être les gardiens, chargés de la sécurité du peuple commis à leurs soins* (on pourrait aujourd’hui dire les « vigiles », par analogie avec les sociétés de surveillance), au lieu d’aboyer comme de bons chiens de garde pour dénoncer le danger, intimider les agresseurs et appeler à la défense, se comportent en « chiens muets » – « canes muti  » – pour reprendre les termes du prophète Isaïe quand il dénonçait  les mauvais pasteurs du peuple d’Israël (Isaïe LVI, 10). Est-ce par complaisance ou par peur? Est-ce parce qu’ils craignent d’affronter l’opinion publique ou parce qu’ils en partagent secrètement la haine? Peu importe que nous le sachions  : c’est Dieu qui sera leur juge. Pour nous, nous ne pouvons qu’être les témoins attristés des faits…

Dans les aboiements furieux qui se sont élevés en France pour critiquer le Souverain Pontife, on a bien sûr remarqué la phrase de Monsieur Alain Juppé : « Ce Pape commence à poser un vrai problème! » Certains ont poussés des cris scandalisés en dénonçant un manque du plus élémentaire respect… Mais au-delà, je crois qu’il faut y voir un éloquent aveu ; un aveu tellement éloquent qu’il me paraît une forme d’éloge : le témoignage que finalement le vice est contraint de rendre à la vertu! Que le pape « pose un vrai problème » aux hommes politiques véreux, aux francs-maçons  de toutes obédiences et aux pseudos-vertueux qui prônent le laxisme moral et la décadence, c’est un très bon signe!

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

Ce qu’on reproche au Pape, c’est de tenir des propos… catholiques! Or, en ce qui me concerne, je suis bien plus rassuré dans ma conscience chrétienne par les propos d’un Pontife qui ne s’embarrasse pas des modes et des pressions médiatiques, que s’il se mettait à prôner la même chose que les acteurs et les chantres d’une société affranchie des exigences de la Loi divine.

La vérité contenue dans le Saint Evangile n’a rien à voir avec les doctrines du monde, elle n’est pas sujette aux fluctuations de l’opinion publique ni aux errances de la mode. Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI ne fait qu’annoncer et énoncer des vérités qui ne sont pas du domaine de l’opinion et de la mode, rien d’étonnant donc à ce que le monde le prenne en haine.  On peut même dire que la virulence de la tempête  médiatique et le déferlement de méchanceté  dirigés contre lui sont – en définitive – le signe qu’il est le fidèle ambassadeur d’une Parole qui dérange, une Parole qui n’est pas humaine. 

J’ajouterai encore ceci : si « on » ne craignait pas l’influence de Benoît XVI, il n’y aurait pas un tel déchaînement contre lui ; si les ennemis du Christ n’avaient pas une conscience  aigüe de la vérité des paroles du Vicaire du Christ, ils ne s’agiteraient pas tant ; si tous  ceux qui s’adonnent au mal, au mensonge, aux compromissions les plus répugnantes et à la promotion du vice ne se sentaient pas menacés, ils n’attaqueraient pas de la sorte celui qui dirige aujourd’hui la Sainte Eglise et la gouverne avec  autant de force et de douceur, de sagesse et de sagacité ; s’ils ne savaient pas que leur pouvoir et leur influence sont ébranlés par la simple proclamation des vérités qui découlent du Saint Evangile, ils ne s’activeraient pas autant pour essayer d’étouffer ou de dénaturer la voix paisible de celui qui en est l’interprète…

Déjà dans l’Ancien Testament, à l’époque d’Elie ou de Jérémie par exemple, nous voyons des pseudo-prophètes en oeuvre : parlant le langage du monde et se répandant devant la société pécheresse en « oracles » qui lui étaient agréables, ils étaient loués et bien considérés, tandis que les vrais prophètes étaient en butte à la raillerie et à la persécution… Notre-Seigneur Jésus-Christ reprend cet exemple avec des paroles fortes : « Bienheureux serez-vous lorsque les hommes vous haïront, vous chasseront, vous injurieront et rejetteront votre nom comme mauvais, à cause du Fils de l’homme (…) C’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes (…) Mais malheur à vous quand les hommes vous loueront, car c’est ainsi que leurs pères faisaient aux faux prophètes!  » (cf. Luc VI, 22-26). Pensez-vous que ces paroles n’étaient qu’une pieuse exagération ou qu’elles n’avaient de valeur que pour les premiers temps de l’Eglise? Benoît XVI, doux et humble, obéit fidèlement à la mission que le Christ Sauveur lui a confiée  en qualité de successeur de Saint Pierre : affermir ses frères dans la Foi… Il trahirait s’il les encourageait à suivre les maximes du monde ; il apostasierait s’il les poussait à rechercher les louanges du monde en se conformant à ses modes. Les paroles de notre Saint-Père le Pape ne sont pas rétrogrades, elles ne font que rendre témoignage à l’intemporelle Vérité : elles sont prophétiques!

A travers la tempête qui s’est levée  et  risque encore de s’amplifier, ayons donc assez d’esprit surnaturel pour  comprendre que – comme au temps de la Passion – « Satan  nous a réclamés pour nous passer au crible comme le froment » (cf. Luc XXII, 31) : serons-nous reconnus comme du bon grain ou comme des particules étrangères?  Verra-t-on en nous de véritables disciples du Christ-Roi ou les disciples du « Prince de ce monde »?  L’épreuve, les pressions médiatiques et la persécution (nous devons nous y attendre) révèleront-elles en nous d’authentiques fidèles ou  des couards qui ne voudront pas « poser de problème »?

Il n’appartient qu’à nous de choisir notre camp, et seul l’amour qui règne véritablement en nos coeurs sera le critère déterminant notre choix : « Deux amours ont bâti deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu fit la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi fit la cité céleste » (Saint Augustin in « la Cité de Dieu », XIV).

Frère Maximilien-Marie.

* C’est le sens du mot grec « épiscopos » qui a donné en français le mot « évêque ».

(à suivre, ici > www)

Publié dans : Commentaires d'actualité & humeurs | le 26 mars, 2009 |7 Commentaires »

2009-14. « Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière… »

Nous sommes heureux de retranscrire ici dans son intégralité un magnifique message rédigé par Son Excellence Monseigneur Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron (source : site du diocèse de Bayonne, ici > www). Ce texte n’a pas besoin d’être très long pour recentrer les choses sur l’essentiel et pour nous redire – avec force et douceur – combien les authentiques fidèles du Christ ne doivent ni chercher à se conformer au monde ni courir après ses applaudissements. Voici une parole épiscopale comme on aimerait en entendre plus souvent, parce qu’elle va droit au but et ne se perd pas en circonvolutions absconses… Merci, Monseigneur!

Son Excellence Monseigneur Marc Aillet

Son Excellence Révérendissime Monseigneur Marc Aillet.

« Le jugement le voici : la lumière est venue dans le monde, mais les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean III, 19). Ecoute, Israël, combien la Parole de Dieu est actuelle : « Vivante en effet est la Parole de Dieu, efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants … elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur » (Hébr. IV, 12). La lumière est venue dans le monde, « et le monde ne l’a pas reconnue » (Jean I, 10), et il l’a prise en haine (cf. Jean XV, 18) ; « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli » (Jean I, 11), et même, « ils le poussèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline … pour l’en précipiter. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin » (Luc IV, 29-30).

Le lynchage médiatique dont l’Eglise et le Saint-Père ont fait l’objet ces dernières semaines sont comme une illustration de ces paroles toujours actuelles : « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi, ils vous persécuteront » (Jean XV, 20). Les juges ont besoin aujourd’hui comme hier de « faux témoins », comme ceux qui se levèrent devant le Sanhédrin pour condamner Jésus, en déformant ses propos (cf. Marc XIV, 57-58). Si Jésus, le communiquant par excellence, n’a pas échappé à la mauvaise foi des hommes, pourquoi nous étonner que l’Eglise soit traitée ainsi? Loin de se soumettre aux lois de la communication humaine que l’on prétend lui imposer, l’Eglise ne peut se soustraire à sa mission prophétique. N’appelons pas « bourde » ou « gaffe », ce qui n’est rien d’autre qu’un témoignage rendu à la Vérité.

Ainsi en est-il des propos, remplis de vérité et de compassion, du Saint-Père sur les moyens de combattre le Sida. Les journalistes, dont certains appartiennent à la presse dite catholique, se sont emparés une fois de plus d’une petite phrase ; des politiques, souvent esclaves de l’opinion, ont renchéri, sans aucun discernement, et dénoncé les « propos irrecevables » du Saint-Père et le « discours irresponsable de l’Eglise ».

Fils et filles de l’Eglise, nous pouvons garder la tête haute, car les propos du Pape ont été confirmés par les évêques d’Afrique et par les chefs d’Etat de ces pays où le Sida fait des ravages, dénonçant le « racisme latent » de ces occidentaux qui voudraient leur imposer leurs schémas mortifères, au nom de la sacro-sainte licence sexuelle ou bien du matérialisme mercantile dont on voit bien à qui il profite. Un discours qui ne résiste pas à l’évidence des faits : selon les statistiques de l’OMS, les pays d’Afrique où le taux de distribution des préservatifs est le plus fort, la progression du SIDA est la plus élevée ; là où les catholiques sont plus nombreux et où l’on prône en priorité l’abstinence et la fidélité – y compris dans les programmes gouvernementaux- , et le préservatif en dernier recours, le SIDA est en très nette baisse, comme au Burundi ou en Angola. Devant la partialité, voire la falsification de certains médias, les catholiques doivent aller à la source de l’information et communiquer autour d’eux par tous les moyens, à commencer par l’Internet.

Mais, en dernière analyse, il faut accepter de souffrir pour le nom du Christ et ne pas s’étonner de ces campagnes de dénigrement : « Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait » (Jean XV, 19). « Mais gardez courage, nous dit Jésus, j’ai vaincu le monde » (Jean XVI, 33).

+ Marc Aillet,
évêque de Bayonne, Lescar et Oloron.

Publié dans : Lectures & relectures, Textes spirituels | le 25 mars, 2009 |3 Commentaires »

2009-13. Nos inquiétudes pour Chlôris.

Mardi soir 24 mars 2009.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Je ne vous écrirai que très brièvement ce soir. Il y a plein de réflexions dont je souhaiterais vous faire part depuis environ une semaine, en raison de l’actualité de l’Eglise et de ce que je peux observer de la société des hommes, mais j’attendrai encore car vraiment  ces jours-ci je n’ai ni la tête ni le coeur à disserter.

En effet, notre petite Chlôris, si gracieuse et si câline, nous donne beaucoup d’inquiétudes en ce moment : alors que tout avait paru absolument normal dans son comportement jusqu’à vendredi matin, nous avons été étonnés Frère Maximilien-Marie et moi, de la voir comme épuisée et sans appétit vendredi soir.

Samedi 21 au matin, elle paraissait vraiment malade et poussait de petits miaulements plaintifs. Frère Maximilien-Marie l’a donc emmenée chez le vétérinaire (le plus proche est à quelque 25 kilomètres d’ici) : elle avait 39° de fièvre. Le docteur lui a prescrit des antibiotiques. Dimanche soir, malgré les médicaments, elle avait encore 39° et hier matin,  lundi 23, le thermomètre indiquait 39,5°. Frère Maximilien-Marie l’a ramenée chez le docteur qui lui a fait une prise de sang dont nous avons eu les résultats en fin d’après midi. Ils ne sont vraiment pas bons… Chlôris est très anémiée et nous sommes très inquiets pour elle. Je n’entre pas dans les détails.

Frère Maximilien-Marie la soigne du mieux qu’il le peut et nous lui manifestons beaucoup de tendre sollicitude. C’est vraiment très triste de voir notre petite archiduchesse dans cet état : nous ne voulons pas désespérer, mais c’est vraiment très dur pour moi je ne vous le cache pas… Je demande à Sainte Gertrude de Nivelles, dont j’ai lui qu’elle était notre céleste protectrice à nous les chats, de lui venir en aide et – s’il est possible – de lui rendre la santé…

 Chlôris malade

Chlôris dans son panier, ce 24 mars au soir.

De la part de Frère Maximilien-Marie, je vous souhaite à tous une bonne, belle et fervente fête de l’Annonciation.

Lully.

Publié dans : Chronique de Lully | le 24 mars, 2009 |8 Commentaires »

2009-12. De la reprise des travaux extérieurs au « Mesnil-Marie » et de notre admiration pour la lettre de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI publiée ce 12 mars.

Vendredi de la 2ème semaine de carême, 13 mars 2009.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Chlôris découvre la tronçonneuse

Sans doute allez-vous vous demander ce que l’archiduchesse Chlôris fait auprès de cette tronçonneuse. Si en effet, comme tous les chats, elle déteste le bruit, il faut bien cependant ajouter que la curiosité propre à tout être féminin multipliée par la curiosité propre à notre race, porte l’intrépide minette à frôler ce qui me semble bien souvent de la témérité… Si vous cliquez sur le cliché, vous observerez néanmoins que Chlôris n’avait pas un air particulièrement rassuré! Cette photo fut prise au matin du samedi 7 mars à l’occasion de l’abattage d’un très gros et très grand frêne, qui avait poussé dans le lit même du ruisseau bordant notre propriété.

Un élagueur est donc venu abattre et débiter ce géant qui faisait monter ses feuilles jusqu’à environ 16 mètres au dessus du sol, et il ne reste plus à Frère Maximilien-Marie qu’à en refendre et ranger le bois pour qu’il sèche et serve à nous chauffer l’hiver prochain.

Elagage    Tronçons à fendre...    Lully au tas de bois

C’est en effet dès le retour des beaux jours que nous devons penser à la mauvaise saison qui suivra… Cela dit, nous sommes vraiment très heureux des signes avant-coureurs du printemps : cela fait huit jours que, même s’il y a des gelées matinales et même si  le vent du nord qui descend des plateaux enneigés nous transperce encore parfois jusqu’aux os, nous avons en ce moment de magnifiques journées ensoleillées.

En alternance avec son travail de bûcheron, Frère Maximilien-Marie se fait aussi terrassier, jardinier et paysagiste : il passe beaucoup de temps dehors à arracher ronces et orties (qui ont déjà repris leur croissance), à  nettoyer le terrain, à transporter des pierres et de la terre pour les aménagements extérieurs de notre « Mesnil-Marie« , à préparer le sol resté si longtemps en friche pour y faire pousser  quelques arbustes et fleurs…

Il en profite également pour parfaire notre instruction. Ainsi nous a-t-il fait un petit cours sur Monsieur Archimède et expliqué ce qu’est un levier… Et après la théorie il a voulu passer à un exercice de démonstration : en bordure de notre ruisseau, pas très loin de l’endroit où se trouvait le frêne, il y avait un énorme rocher. Il était posé sur des pierres, assez grosses elles-aussi mais de taille bien moindre cependant. Le tout était en équilibre au sommet d’une petite cascade et inquiétait un peu Frère Maximilien-Marie qui craignait de voir tout cela dégringoler justement le jour où quelqu’un se percherait dessus ou se trouverait exactement en dessous. Il a donc pris un long chevron, a trouvé un point d’appui, a introduit l’une des extrémités du levier derrière l’énorme bloc de pierre, et a exercé une poussée à l’autre extrémité du chevron… Il y eut alors un épouvantable fracas qui fit que Chlôris et moi nous enfuîmes à toutes pattes! Ce n’est qu’après plusieurs minutes que nous revînmes vérifier la réussite de la démonstration et pûmes constater de visu la vérité des théories du vieux savant de Syracuse. Tout ce que je souhaite néanmoins c’est qu’on l’on me dispense de faire l’expérience de la poussée qui porte le nom de Monsieur Archimède lors de la prochaine leçon de physique, car je puis vous certifier que je n’ai nulle envie d’être plongé dans une baignoire et que si cela se produisait ce n’est  certainement pas « Euréka! » que je me mettrais à crier.

Parmi les autres anecdotes relatives à nos installations et aux travaux de notre  « Mesnil-Marie« , il faut aussi que je vous signale l’installation de… notre boite aux lettres. Jusqu’à présent en effet, notre sympathique factrice déposait le courrier qui nous était destiné dans celle de nos voisins, parce que les aménagements de notre terrain en bordure de route n’avaient pas permis d’en installer une à un endroit où la voiture de la Poste puisse faire halte sans danger ni gêne pour la circulation. Enfin voilà qui est fait : depuis ce mardi 10 mars, premier anniversaire de la signature du compromis de vente de cette maison, la factrice dépose les courriers que vous nous adressez dans une boite aux lettres dûment préparée par Frère Maximilien-Marie et dont l’inauguration, accompagnée par une dégustation de nougats, avait été faite le jour précédent!

2009-12. De la reprise des travaux extérieurs au

Enfin, pour terminer les nouvelles de la semaine qui s’achève, je dois vous dire que Frère Maximilien-Marie est encore monté d’un cran dans l’admiration qu’il porte à notre Saint-Père le Pape Benoît XVI, dont le coeur paternel est véritablement conforme, par le zèle et par l’humilité, au Coeur de Jésus, Bon Pasteur des âmes… La lettre que le Souverain Pontife a en effet adressée à tous les évêques de l’Eglise catholique, et qui fut rendue publique ce jeudi 12 mars (cf.> www), est un authentique chef d’oeuvre de Sagesse : elle prouve la grandeur de l’abnégation de ce Pape qui n’est pas seulement intelligent à la manière humaine, mais qui est divinement génial.

En invitant les évêques « à une profonde réflexion personnelle et ecclésiale sur le paradoxe qui fait qu’un geste de miséricorde et de réconciliation ait débouché sur de fortes tensions. » Et en notant que « cela oblige à s’interroger sur les attitudes spirituelles qui se sont manifestées et ont influencé cette crise« , notre Saint-Père le Pape met bien le doigt à l’endroit précis de la plaie. Aussi combien est-il affligeant de lire, ce matin même, dans la presse française des commentaires qui manifestent qu’un certain nombre de prétendus « faiseurs d’opinions« , et – ce qui est plus grave – de responsables et de dignitaires ecclésiastiques n’ont encore rien compris! Monsieur N. Senèze, journaliste à « La Croix » et spécialiste auto-proclamé de « l’intégrisme« , titre son article « Dos à dos« , comme si le texte du Souverain Pontife n’était qu’un acte politique renvoyant des antagonistes chacun dans ses buts, tandis que Mgr B. Podvin, porte-parole de la conférence épiscopale française, déclarait hier soir à l’AFP que ce texte pontifical suscite une « réaction positive de beaucoup d’évêques« … Vous avez lu comme moi : cela signifie d’une part que certains évêques pensent que le texte pontifical doit nécessairement recevoir leur approbation, et d’autre part l’adverbe « beaucoup » manifeste que tous ne sont (toujours) pas en accord, pas en communion de coeur et d’esprit, avec notre Saint-Père le Pape!!!…

Je ne veux pas aller plus loin aujourd’hui. En effet, je risquerais de me laisser dominer par mes instincts félins et vous vous rendriez bien compte que les chats sont de la même race que les tigres, alors que justement je veux faire des efforts pour répondre à l’appel du Souverain Pontife qui achève sa magnifique lettre « par une vive invitation aux chrétiens à placer l’amour avant toute chose avec la volonté de vivre en paix au sein de l’Eglise« .

Lully.

Publié dans : Chronique de Lully | le 13 mars, 2009 |4 Commentaires »

Méditations de Frère Maximilien-Marie pour le Chemin de la Croix :

Prière préparatoire:

Ô Jésus, Vous êtes mon Sauveur. Je viens aujourd’hui méditer, avec votre aide, les stations de Votre Voie Douloureuse : donnez-moi, je Vous le demande avec toute la ferveur de mon âme, de mieux comprendre cet Amour qui Vous a conduit et soutenu dans la montée du Calvaire.
C’est l’Amour de Votre Cœur qui Vous a porté à un tel excès de douleurs ; c’est l’Amour de Votre Cœur pour les âmes des pauvres pécheurs – dont je suis – qui Vous a conduit à la mort ; c’est l’Amour de Votre Cœur pour mon âme si souvent ingrate et tiède, qui Vous a élevé sur la Croix…
Accordez-moi de puiser dans la contemplation de Votre Sainte Passion un renouveau de ferveur et de générosité à Votre service. Fortifiez, je Vous en prie, ma résolution de m’éloigner de tout ce qui Vous offense et ma volonté de marcher désormais dans les voies d’une plus grande fidélité.
Très Sainte Vierge Marie, qui êtes devenue ma Mère au pied de la Croix, prêtez-moi vos yeux pour regarder Jésus, prêtez-moi surtout votre propre Cœur pour L’aimer et m’attacher à Lui.

* * * * * * *

Avant chaque station:

V/ Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons ;
R/ Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Après chaque station:

V/ Ayez pitié de nous, Seigneur ;
R/Seigneur, ayez pitié de nous.

Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles trépassés reposent en paix.

Ecce Homo par Philippe de Champaigne

1ère Station : Jésus est condamné à mort.

Je Vous vois, ô Jésus, Vous que le prophète avait décrit comme « le plus beau des enfants des hommes » (Ps. XLIV), dans l’état où Vous a laissé une cruelle agonie, suivie d’une nuit de mauvais traitements et d’outrages : Vous êtes là, réduit à l’impuissance en face d’une foule haineuse, et Vous Vous taisez.
Votre silence, qui contraste tellement avec les cris et les blasphèmes qui montent contre Vous, impressionne d’ailleurs Pilate et le met mal à l’aise.

Vous aviez dit : « Mettez-vous à mon école, car Je suis doux et humble de cœur« ;  cette douceur et cette humilité sont ici manifestes, en face de la violence des passions déchaînées, en face de l’arrogance et du mépris. Oui, vraiment, Vous êtes l’Agneau doux et humble que l’on conduit à l’abattoir et qui n’ouvre pas la bouche.

Et lorsque tombe la sentence de condamnation, Vous Vous taisez encore. Vous ne protestez pas puisque Vous aviez déjà accepté cette sentence de mort dans le sein de l’adorable Trinité, lorsque le décret éternel décidant de l’Incarnation avait été porté…

Humilité, douceur et silence de mon Dieu, je vous adore!

Je veux recevoir la leçon que Vous me donnez ici : pardonnez-moi, je Vous prie, les fautes que j’ai commises contre la douceur et l’humilité ; apprenez-moi à rester humblement doux, doucement humble, en face des jugements négatifs portés contre moi ; enseignez-moi ce paisible silence de la foi pour accepter les contradictions, les critiques et les malveillances, et pour en faire des sacrifices que j’unirai au Vôtre.

Pater noster.  Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

2ème station : Jésus est chargé de Sa Croix.

Sans aucun ménagement, les soldats Vous chargent du bois du supplice : une Croix massive, lourde, rugueuse, terrible, écrasante… et Vous savez bien ce qu’elle va Vous apporter de souffrances.
Pourtant, résolument, Vous l’étreignez et Vous appliquez Vos lèvres saintes sur son bois d’infamie qui Vous fera tant saigner. Vous nous montrez ainsi de quelle manière il faut recevoir et accepter les croix de chaque jour : en les embrassant!

Vous nous aviez avertis : on ne peut prétendre être du nombre de Vos disciples, de Vos amis, de Vos intimes, sans avoir part à Votre Croix.

Pourtant, ô mon Jésus, et malgré tous les bons désirs de mon cœur, je dois bien avouer que la souffrance et l’humiliation me répugnent, me font horreur, me donnent envie de fuir… non de les embrasser.
Est-ce donc que je ne Vous aime pas?

Non, mon amour pour Vous est sincère, mais il est encore faible et manque souvent de générosité.

Ô mon divin Sauveur, je Vous en supplie, venez en aide à ma faiblesse et fortifiez mon cœur trop prompt à s’effrayer, trop porté à s’apitoyer sur lui-même! Faites-moi bien comprendre que tant que je me regarderai moi-même je serai prisonnier de ma faiblesse ; mais si je Vous regarde Vous, ce sont Votre propre détermination, Votre courage, Votre force qui peu à peu viendront m’habiter et me transformer. Profondément. Durablement.

Je ne veux plus murmurer contre les mille et une contrariétés de chaque jour ; je ne veux plus regimber contre l’aiguillon de la souffrance ; je veux y voir au contraire la part quotidienne de Votre Croix que Vous m’invitez à porter derrière Vous. Faites-m’en la grâce, ô Jésus!

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

3ème station : Jésus tombe une première fois.

Il y a si peu de temps que Vous Vous êtes mis en route sur le chemin du Calvaire – Vous n’avez fait que quelques pas! – et cependant Vous tombez… Déjà!

Je Vous contemple, abattu sous le poids de Votre Croix, fléchissant les genoux, courbé vers la terre… N’êtes-Vous plus Celui qui d’un seul mot, dans la synagogue, a fait se redresser la femme courbée depuis dix-huit ans. Celui aussi qui a relevé la femme adultère aux yeux de ceux qui l’accusaient, et à ses propres yeux?

Il ne m’est pas facile de comprendre le mystère d’un tel abaissement, la leçon contenue en cette apparente et déconcertante faiblesse.

Et pourtant, Vous voulez que je Vous contemple ainsi : Vous êtes toujours le Dieu fort qui tient en Sa main la puissance de l’ouragan et la force des tempêtes;  Vous êtes toujours Celui dont une seule parole a jeté à terre les soldats qui venaient Vous arrêter… Si Vous êtes tombé, c’est pour me relever de ces chutes déplorables, trop souvent répétées, qui affligent Votre divin Cœur.

Vous Vous êtes, pour ainsi dire, mis à mon niveau, afin de mieux me venir en aide, afin d’entendre l’aveu de ces faiblesses qui sont miennes parce que j’ai trop compté sur mes propres forces!

Vous Vous abaissez : l’infinie miséricorde se penche vers la misère pour entendre la voix du repentir et pour relever le pauvre du fumier où il croupissait (Ps.CXII).

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

4ème station : Jésus rencontre Sa Très Sainte Mère.

Ô Jésus, Vous paraissez parfois d’une incroyable sévérité avec Votre Mère si douce, si délicate, et dans les affections de laquelle n’entre cependant aucune ombre d’imperfection.

Dès le recouvrement au Temple, lorsque Vous aviez douze ans, Vous donnez l’impression de la traiter sans ménagement. Une lecture trop superficielle pourrait laisser penser que la réponse que Vous lui faites, lors des noces de Cana, ou encore celle que Vous donnez à ceux qui Vous signalent que Votre Mère Vous cherche, lorsque Vous étiez en train d’enseigner, sont totalement dépourvues des prévenances de la piété filiale… En outre, si plusieurs saints Docteurs ont affirmé que Vous aviez préféré que Saint Joseph mourût avant Votre vie publique et Votre Passion, pour lui éviter des souffrances que son cœur, pourtant revêtu de qualités viriles, auraient difficilement pu supporter, il est bien difficile de comprendre – selon l’ordre naturel – que Vous ayez imposé le spectacle de telles atrocités au cœur combien plus sensible et compatissant de Marie!

Mais il ne faut pas ici raisonner selon les critères habituels de la nature! Le Cœur immaculé de Marie bat à l’unisson du Vôtre. Le « Fiat » entier et splendide qu’elle a donné à l’Incarnation n’a pas été prononcé sans une compréhension de ce que serait la mission de Celui dont elle allait façonner la chair très pure, cette chair que Vous allez offrir en sacrifice sur la Croix, au bout de ce chemin.

C’est parce que Vos deux Cœurs sont parfaitement unis qu’il convenait surnaturellement que Marie souffre auprès de Vous, souffre avec Vous et marche à Vos côtés dans la montée du Calvaire.

Alors je puis ici comprendre que la souffrance que Vous permettez à ceux qui Vous sont plus intimes n’est pas une marque de réprobation, mais bien une marque de plus grande dilection : Vous introduisez de la sorte Vos élus dans la participation à Votre mission de Sauveur.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

 * * * * * * *

5ème station : Simon le Cyrénéen aide Jésus à porter Sa Croix.

 » Tout ce que vous ferez à l’un de ces petits qui sont Mes frères, c’est à Moi que vous le ferez ».

Il ne m’est pas spontané, il ne m’est pas facile, de Vous reconnaître, ô divin Maître, caché dans ce prochain qui me dérange, qui me sollicite, qui me provoque à un geste de générosité, de compassion ou de service… qui m’invite à franchir les innombrables protections et barrières de sécurité que ma volonté de confort a édifiées pour protéger mon égoïsme plus ou moins conscient!

Qu’est-ce qui pouvait permettre à Simon, réquisitionné, forcé, de voir en Vous le Sauveur, sous ces apparences d’ignominie? Humainement, rien!

Qu’est-ce qui a fait de cet homme ordinaire qui revenait des champs, un modèle et un saint?

Il est très probable que, dans un premier temps, il n’a pas accepté avec joie cette tâche que les soldats lui imposaient, et qui lui paraissait répugnante. Peut-être même a-t-il maugréé?

Cependant un changement s’est produit dans son âme.

Je comprends que celui qui Vous contemple peut se trouver transformé au spectacle de Vos douleurs. Je comprends que celui qui vit en Votre présence, et même si celle-ci n’est pas sensible, même si celle-ci n’est pas conforme aux aspirations de la sensibilité, peut se trouver renouvelé, au plus profond de lui-même aussi bien que dans la manière dont il va regarder toutes choses.

Faites-moi donc la grâce, ô mon Jésus, de vivre en Votre présence, pour mieux Vous reconnaître en Vos frères qui ont besoin de moi.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

6ème station : Sainte Véronique essuie le visage de Jésus.

Votre divin Visage est maculé, meurtri, méconnaissable. Il faut une foi peu commune pour Vous reconnaître sous ces traits d’infamie et de douleur que Vous ont donnés les mauvais traitements de la nuit et les divers supplices de la matinée.

Véronique n’a pas hésité : il y avait en elle quelque chose qui parlait plus haut que ce que lui montraient ses sens. Sous le sang et les crachats, malgré les blessures et la poussière collée qui Vous défigurent, son cœur reconnaît Celui auquel elle a donné sa foi et son amour. Alors elle n’hésite pas. A-t-elle même réfléchi, pesé le pour ou le contre avant de s’élancer?

Sa détermination a quelque chose de calme et de viril qui tranche avec la veulerie, la lâcheté et les reniements de ceux qui Vous entourent ou de ceux qui Vous ont abandonné. Les soldats sont saisis d’un étonnement qui n’est pas exempt de secrète admiration ; ils la laissent s’approcher de Vous.

Geste sans emphase mais plein d’une sobre grandeur : elle a dénoué son voile et Vous en a délicatement essuyé le visage. Elle n’a pas essayé de Vous soulager du poids physique de la Croix, ainsi que le fait Simon ; elle n’a peut-être rien dit, parce que son regard et son geste en disaient plus long que toute parole, mais elle a ouvert la voie à toutes les âmes réparatrices.

La foi et l’amour qui l’animaient ont été la source de son courage et les inspirateurs de son geste si délicat. C’est l’amour qui fait la réparation, et la réparation n’est rien d’autre que de l’amour.

Je Vous demande, ô Jésus, la grâce de m’engager résolument dans les pas de Sainte Véronique, dans les voies de la réparation, pour Vous rendre amour pour amour.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

7ème station : Jésus tombe une deuxième fois.

Vous tombez une nouvelle fois… Pourquoi m’en étonnerai-je?

Ce sont mes péchés qui font le poids de cette Croix qui Vous écrase et qui Vous font tomber à terre ; ce sont mes chutes qui sont la cause des Vôtres. Et ce n’est pas une fois, ni deux fois que je suis tombé dans le péché, mais tant de fois que je ne puis les compter.

Alors il Vous a fallu Vous abaisser, encore et encore, jusqu’à cette boue où je me suis enlisé, tellement enlisé que j’ai semblé faire corps avec elle parfois! Toutefois Votre miséricordieuse patience ne s’est jamais lassée de me pardonner. Si mes chutes sont innombrables, elles ne sont pas infinies : Votre Miséricorde, elle, est infinie! Mes fautes sont abondantes, mais Votre grâce est surabondante : jamais la désolante variété de toutes mes indigences ne pourra épuiser le trésor de Vos pardons, du moins tant que je ne cesserai pas de crier vers Vous et d’implorer Votre pitié avec une vraie confiance : « Ayez pitié de moi, ô Dieu, selon Votre grande miséricorde, et selon la multitude de Vos bontés, effacez mon iniquité. Lavez-moi plus amplement de mon iniquité, et purifiez-moi de mon péché » (Ps. L,3-4).

Plus redoutable que la chute elle-même est le découragement qui vient s’insinuer ensuite et qui sape l’énergie intérieure nécessaire à mon relèvement. L’humilité qui confesse la faute commise est sœur de l’espérance ; elle ouvre dans l’âme toutes les voies du pardon et de la purification.

Alors je ne veux pas tant contempler « Jésus qui tombe » que « Jésus qui se relève » et qui veut ainsi me prémunir contre toute forme de découragement.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

8ème station : Jésus console les filles de Jérusalem qui le suivent.

Il y a chez ces femmes qui Vous suivent, qui pleurent et qui se lamentent, une certaine forme de courage. En effet, au milieu de la foule haineuse qui Vous accable, elles montrent de façon explicite qu’elles n’approuvent pas la condamnation qui Vous frappe et les outrages qu’on Vous fait subir. On pourrait dire que c’est déjà bien et qu’elles prennent des risques en manifestant leurs sentiments à Votre endroit.

Mais ce n’est pas assez, et Vous voulez le leur faire comprendre. La leçon est d’importance, puisque Vous Vous arrêtez dans cette montée du Calvaire afin de la leur donner…

Leurs larmes et leurs gémissements ne procèdent encore que de leur sensibilité. Leurs sentiments n’ont pas de consistance surnaturelle et ne pénètrent pas dans la profondeur du mystère qui s’accomplit sous leurs yeux : elles n’ont pas, pas encore, les yeux et le cœur de Marie ou de Véronique. Il y a en elles un commencement d’amour que Vous voulez conduire à sa perfection surnaturelle, et c’est pour cela que Vous avez ces paroles fortes à leur adresse, et – à travers elles – à l’adresse de chacune de nos âmes : Vous ne demandez pas de nous une compassion sentimentale, mais Vous nous enseignez à pleurer nos péchés qui sont la cause de Vos douleurs ; Vous voulez que notre contrition nous conduise à un véritable amendement et que le regard que nous portons sur Votre Passion nous détermine à marcher résolument dans l’exigeante voie de la sainteté que Vous nous avez tracée.

Toute volonté de compassion ou de réparation qui ne s’enracine pas dans cette résolution énergique est une illusion, aussi vaine que dangereuse.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

9ème station : Jésus tombe une troisième fois.

Vous êtes presque arrivé au lieu du supplice, et Vous tombez encore une fois. Quel secret enseignement m’est encore donné en cette troisième chute?

Je sais bien que Votre détermination n’est en rien entamée et que Vous êtes toujours aussi ferme dans Votre volonté d’offrir à Votre Père le sacrifice parfait de satisfaction, et de dispenser à nos âmes une Rédemption surabondante. Aussi peut-on dire qu’il y a en Vous une certaine impatience d’arriver au bout de cette Passion…

Mais il est des heures où malgré la volonté arrêtée qui est en nous, certaines faiblesses sont plus fortes : nous avons beau affirmer nos résolutions, nous n’en tombons pas moins! C’est peut-être l’amertume de ces fautes de faiblesse, si humiliantes, que Vous avez voulu goûter ici.

Tant de fois, trop souvent, j’ai pensé, j’ai cru – sincèrement peut-être, naïvement sûrement! – que je pourrais par ma seule volonté aller jusqu’au bout de ce que je m’étais fixé.

Vous me montrez ici que si ma détermination volontaire est nécessaire, elle ne doit en aucune manière être un volontarisme. Ce dernier finit toujours par être désastreux pour l’âme car, quand elle est trop sûre d’elle-même, la volonté de l’homme se fait son propre centre et son point d’appui. Insensiblement, par petites touches, elle ne s’appuie plus sur Votre grâce, mais elle se confie en sa propre force. C’est une usurpation.

Ces fautes de faiblesse ou ces déconcertantes impuissances liées à la fragilité de notre nature m’apparaissent donc comme salutaires. En les permettant, Vous exercez finalement une miséricorde plus profitable qu’en nous en préservant. Vous nous maintenez ainsi dans une humilité bénéfique, dans une défiance continue de nos propres qualités et de nos vertus elles-mêmes, afin de n’avoir plus de confiance qu’en Vous, en Vous seul. Et cela est un plus grand bien pour nos âmes.

Ô sublime Pédagogue, puisse-je profiter de cette nouvelle leçon et me défier ainsi toujours plus de moi-même !

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

10ème station : Jésus est dépouillé de Ses vêtements.

Les soldats et les bourreaux sont pressés d’en finir. Sans aucun ménagement ils arrachent Vos vêtements, collés aux plaies dont Votre corps est couvert.

Pourquoi avez-Vous donc voulu un tel luxe, une telle abondance de souffrances dans une telle cruauté de détails? La flagellation n’avait-elle pas été suffisante qu’il Vous faille en ressentir à nouveau toutes les atrocités? Fallait-il tant de sang si une seule goutte était suffisante pour effacer tous les péchés du monde (cf. St Thomas d’Aquin in « Adoro Te« )? Fallait-il boire jusqu’à une telle lie le calice de la honte et de la dérision?

Vous n’avez plus ni beauté ni éclat, plus rien pour attirer le regard ; Vous êtes devenu semblable au lépreux dont on se détourne avec horreur ; la compassion cède la place à un irrépressible dégoût.

Déconcertante nudité de Dieu associée à un indescriptible écorchement !

Vous nous avez demandé de porter la Croix à Votre suite : faudra-t-il que nous allions nous aussi jusque là? Notre nature s’effraie et se scandalise en entrevoyant tout ce qu’il pourrait nous en coûter.

Car en entendant Vos paroles qui vouent Vos disciples à la Croix, nous avons en définitive eu tendance à imaginer ces croix promises, annoncées, comme des actions d’éclat où nous brillerions encore à nos propres yeux d’un rayonnement de héros! Mais Vous voulez nous dépouiller ici de ces illusions encore tellement humaines.

L’écorchement de l’amour-propre est encore plus terrible que celui de la chair. Mais tant que nous n’y aurons pas consenti nous ne pourrons rien comprendre à l’Amour!

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

11ème station : Jésus est cloué à la Croix.

Vos pieds se sont fatigués à la recherche des brebis égarées, ô divin Pasteur, et Vos mains se sont dépensées inlassablement pour semer des bienfaits de consolation et de guérison… Et les voici maintenant immobilisés et, semble-t-il, inopérants : « Il en a sauvés d’autres, et Il ne peut se sauver Lui-même! »

Mais ceux qui Vous raillaient ainsi ne faisaient que montrer leur aveuglement et l’endurcissement de leurs cœurs, empêtrés dans une vision superficielle des choses et des événements. C’est au moment où Vous paraissez réduit à l’impuissance la plus radicale que Vous devenez le plus « efficace »!

Si Vos pieds ne peuvent marcher, si Vos mains ne peuvent plus toucher (cf. Ps CXIII, 7), ce n’est certes pas à la façon des vaines et impuissantes idoles ; un son, un cri sort de votre bouche : « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font! » Et comme Vous l’avez tant de fois montré en Vos trois années de vie publique, Votre parole accomplit ce qu’elle exprime : le pardon divin est ici offert, donné en plénitude.

Les clous qui immobilisent Vos pieds et Vos mains font jaillir le fleuve quadriforme qui arrose et féconde le nouveau Paradis à partir du nouvel Arbre de Vie : « Voici que Je fais toutes choses nouvelles! » (Apoc. XXI, 5). C’est ici le lieu de la nouvelle création plus merveilleuse encore que la première : mirabilius reformasti!

Vos pas ne Vous porteront plus sur les chemins terrestres à la poursuite des misères humaines parce que désormais Vous allez attirer à Vous toutes choses ; Vos mains, désormais percées, seront encore plus remplies de consolations, de bienfaits, de guérisons, de pardons et de grâces. C’est pourquoi j’approche mes lèvres de Vos Plaies sacrées, tout pénétré de reconnaissance et d’adoration.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

12ème station : Jésus meurt sur la Croix.

La Croix est dressée: voici l’Ostensoir où est exposée aux regards de tous les siècles « l’Hostie pure, l’Hostie Sainte, l’Hostie immaculée ».

Père éternel, Père d’infinie sainteté, recevez cette Hostie sans tache qui s’offre à Votre justice comme propitiation pour nos péchés, tous nos péchés, tous les péchés de la pauvre humanité!

La Croix est dressée, et la divine Victime qui est immolée sur elle, est en même temps l’Avocat qui plaide devant Vous en notre faveur, par toutes les plaies de Son Corps. Son Sang, qui parle plus haut que celui d’Abel, n’appelle pas la vengeance, mais Votre indulgence et Votre pardon.

Ô Père d’éternelle miséricorde, nous Vous offrons ces Plaies saintes et sacrées de Votre Fils, ces Plaies si nombreuses desquelles s’écoule en telle abondance un Sang si précieux, et nous Vous demandons de guérir par elles les blessures que le péché a faites à nos âmes.

Ô Dieu dont le propre est d’avoir toujours pitié et de pardonner, accordez-moi cette grâce d’avoir sans cesse présent aux regards de mon âme cet instant solennel où se concentre d’une manière si poignante la somme de Vos bontés envers moi. C’est au pied de cette Croix où, dans un grand cri et des larmes, Votre Fils Bien-Aimé me rend la vie par Sa mort, que je peux le mieux comprendre le prix que j’ai à Vos yeux et, par conséquent, le sens que je dois donner à ma vie…

Ô Croix, Vous êtes bien mon unique espérance, puisque Vous êtes recouverte du Précieux Sang de mon salut et que je trouverai toujours avec Vous le gage de mon pardon et la douceur de la paix intérieure.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

13ème station : Jésus descendu de la Croix est remis à Sa Très Sainte Mère.

Avec des précautions si délicates qu’elles pouvaient faire penser qu’ils craignaient de le faire encore souffrir, les derniers d’entre les fidèles ont descendu de la Croix le corps exsangue et inerte de votre Jésus. Il repose maintenant sur vos genoux.

Vous avez partagé toutes les intentions de Son sacrifice et tout Son souci du salut de nos âmes au cours de ces trois heures terribles d’agonie où vous êtes restée debout. Vous avez intensément vécu, dans une douloureuse extase, plus redoutable que tous les supplices de tous les martyrs de tous les temps, la communion intime au divin Rédempteur. Et le glaive s’est enfoncé si avant dans votre Cœur immaculé qu’il en semble désormais indissociable : Cœur douloureux et immaculé de Marie!

La consolation de mourir en même temps que Celui qui est toute votre vie ne vous a pas été donnée ; votre souffrance reste quand celle de Jésus a pris fin. Que manque-t-il donc à la Passion du Christ pour qu’il vous faille la compléter en votre vie? Ses souffrances n’ont-elles pas été surabondantes? Les douleurs insondables de Jésus n’ont-elles pas un prix infini, parce qu’il est Dieu? Que peut-on rajouter à l’infini? Quel complément peut-on apporter à la plénitude?

Mais justement celui d’un retour d’amour. Jésus nous a tout donné et Il attend de nous que nous Lui rendions selon la mesure du don que nous avons reçu. Mère du bel amour, vous nous montrez ici la voie, enseignez-nous à y marcher à votre suite.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

14ème station : Jésus est mis au tombeau.

Le corps sans vie, embaumé à la hâte, enveloppé dans le linceul, est déposé sur la froide banquette de pierre. L’un après l’autre, les derniers amis se retirent. On roule la pierre : lourde meule qui prétend emprisonner le grain de blé, déjà broyé, jeté en terre.

Le silence et les ténèbres enveloppent toutes choses ; mais après le tremblement de terre et l’affolement des éléments au moment de la mort de leur Créateur, ce silence et ces ténèbres sont les complices d’un mystère déjà à l’œuvre au cœur de la terre.

Déjà, dans les profondeurs des enfers, Adam se prosterne avec reconnaissance devant le Fils de l’homme qui lui tend la main et le relève. Déjà, les Patriarches exultent en contemplant Celui dont ils avaient entrevu le jour en tressaillant. Déjà, Saint Jean-Baptiste s’est écrié en le désignant à tous les justes de l’Ancien Testament : « Voici l’Agneau de Dieu! Voici l’Agneau immolé et vainqueur, qui ôte les péchés du monde! »

Marie, silencieuse, s’en revient vers Jérusalem, soutenue par Marie-Magdeleine et par Jean. Mais a-t-elle besoin d’être soutenue? Au-delà des douleurs sans nom qui ont déferlé sur elle et l’ont brisée, son âme est habitée par une paix profonde : elle sait, elle est sûre que ce n’est pas là la fin. En ce moment, c’est elle qui soutient, seule, dans le monde, la veilleuse d’une espérance et d’une foi indicibles. Elle porte en son Cœur martyr toute l’espérance de l’Église.

Notre-Dame de la Sainte Espérance, modèle de ma foi, je veux, comme Saint Jean, vous « prendre chez moi » et me mettre à l’école de votre indéfectible et paisible confiance…

Pater noster.  Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

Le Crucifié adoré par les Anges (Charles Lebrun)

Prières finales :

Ô bon et très doux Jésus! Je me prosterne à genoux en Votre présence, et je Vous prie et conjure, avec toute la ferveur de mon âme, de daigner graver en mon cœur de vifs sentiments de foi, d’espérance et de charité, un vrai repentir de mes péchés et une volonté très ferme de m’en corriger, tandis que je considère et contemple par l’esprit Vos cinq plaies, avec une grande affliction et une grande douleur, me rappelant ces paroles que déjà le prophète David mettait sur Vos lèvres, ô bon Jésus : « Ils ont percé mes mains et mes pieds ; ils ont compté tous mes os! »

* * * * * * *

Je vous salue, Marie, pleine de douleurs, Jésus crucifié est avec vous;  vous êtes digne de compassion entre toutes les femmes, et digne de compassion est Jésus, le fruit de vos entrailles.
Sainte Marie, Mère de Jésus crucifié, c’est nous qui avons attaché à la Croix votre divin Fils, obtenez-nous des larmes de repentir et d’amour, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il.

Cœur Sacré de Jésus,
j’ai confiance en Vous et je Vous aime !

Notre-Dame de Compassion,
priez pour nous, soyez notre refuge !

 (Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur – Angers, Mai 2004)

Méditations de Frère Maximilien-Marie pour le Chemin de la Croix : dans Chronique de Lully nika

Publié dans : Chronique de Lully, De liturgia, Prier avec nous, Textes spirituels | le 6 mars, 2009 |Commentaires fermés
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