2007-52. La Crèche du Mesnil-Marie, version 2007.

Vendredi 28 décembre 2007.

Le jour de la fête de la Nativité de Notre-Seigneur est passée, mais les grandes fêtes de l’année liturgique sont continuées par un octave : c’est à dire qu’elles sont célébrées pendant huit jours consécutifs qui gardent le même degré solennel de célébration. Nous sommes donc pleinement dans la joie de Noël et, comme je vous avais promis des photos de notre crèche, il est donc tout à fait opportun que je vous permette de « profiter » – même à distance – de cette représentation qui enchante tous ceux qui viennent dans notre oratoire, et qui sert de support à notre contemplation en ces jours marqués par la méditation du grand mystère de l’Incarnation du Verbe de Dieu.

Voici tout d’abord la mise en place de la « géographie » des lieux : le ciel de Bethléem et les reliefs dans lesquels la sainte grotte va trouver sa place (cliquer sur les vignettes pour voir les photos en grand):

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Je dois aussi vous donner une précision d’ordre « technique »: la longueur totale de la crèche est de 3,50m (elle occupe presque toute la longueur de l’oratoire sur le côté de l’Evangile), la taille des personnages debouts est de 12cm.

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Frère Maximilien a ramené de Rome ces personnages qui sont vraiment charmants.  Après beaucoup de travail, la crèche a été mise en place dans l’après-midi du 24 décembre et a été dûment bénite par Monsieur l’Abbé avant le dîner qui a précédé notre départ pour la veillée de Noël et la Messe de Minuit. 

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Que la paix et la joie annoncées par les Anges dans la Sainte Nuit soient dans vos coeurs et dans vos familles! Que le coeur de tous les hommes de « bonne volonté » soit touché par la grâce et que l’Amour du Dieu Sauveur règne sur toute la terre… Ainsi soit-il!

Lully.

Publié dans : Chronique de Lully | le 28 décembre, 2007 |Pas de Commentaires »

Prières simples devant la Crèche.

Voici deux courtes prières dont le ton peut paraître très « enfantin »… mais ne devons-nous pas tous retrouver un coeur d’enfant en face du mystère qui nous est présenté dans la Crèche?
Le premier texte nous a été transmis oralement, il y a une vingtaine d’années, par une vieille demoiselle de Marseille qui arrivait allègrement aux cent ans avec une incroyable jeunesse de coeur, et qui avait appris cette prière tout enfant sur les genoux de sa grand’mère.
Le second texte est la prière traditionnelle des louveteaux catholiques.

* * * * * * *

Petit Jésus de Bethléem,
Je vous adore et je vous aime;

Petit Jésus, petit Agneau,
Prenez mon coeur pour berceau;

Petit Jésus, petit Enfant,
Rendez mon coeur obéissant;

Petit Jésus, grand Roi d’Amour,
Prenez mon coeur pour toujours!

* * * * * * *

Ô Saint Enfant Jésus,
nous Vous donnons notre coeur tout entier:
remplissez-le de vos vertus et apprenez-nous à Vous ressembler.
Nous voulons suivre votre exemple de notre mieux
et ainsi, avec l’aide de Marie, votre très douce Mère,
croître en sagesse comme en âge.

Ainsi soit-il!

l'Adoration des Anges

Publié dans : De liturgia, Prier avec nous | le 25 décembre, 2007 |6 Commentaires »

2007-51. Texte de Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix pour aider à entrer dans le mystère de la Nativité.

Guirlande de houx

extrait de l’opuscule rédigé par Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein) et intitulé

 « Le Mystère de Noël »

« L’étoile nous conduit à la crèche, nous y trouvons l’Enfant Dieu qui porte la paix au monde. De multiples images nous reviennent à l’esprit à ces mots de : Noël ! toutes celles par lesquelles l’art chrétien a essayé de traduire ce mystère de douceur.

Cependant le ciel et ta terre restent encore bien distincts. Aujourd’hui comme alors, l’étoile de Bethléem brille dans une nuit obscure. Dès le second jour des fêtes liturgiques l’Église dépose ses vêtements éclatants de blancheur, pour revêtir la couleur sanglante du martyre, et bientôt le violet en signe de deuil (1). Tout proche du Nouveau Né dans sa crèche, nous trouvons Etienne, le premier martyr qui ait suivi le Seigneur dans la mort, et les enfants innocents, odieusement massacrés.

Pourquoi cela, et que sont devenus la joie exultante que nous apportaient les anges du ciel, le bonheur silencieux de la nuit sainte, et cette paix surtout promise sur notre terre aux hommes de bonne volonté ?

C’est que, hélas ! tous les hommes ne sont pas de bonne volonté. Si le Fils du Père Eternel est descendu des splendeurs du ciel, c’est que le mystère du mal avait couvert la terre de sa nuit.

Car les ténèbres couvraient la terre, et Il est venu comme la lumière qui brille dans les ténèbres ; et les ténèbres ne l’ont pas reçu. À tous ceux qui L’ont reçu Il a donné la lumière et la paix – la paix avec notre Père dans le ciel et avec tous ceux qui sont comme nous les enfants de la Lumière : les fils de Dieu. Ceux-là connaissent la paix profonde du cœur. Mais entre eux et les enfants des ténèbres il n’y a pas de paix, car à ceux-ci le Prince de la Paix a porté le glaive et Il est devenu pour eux une pierre d’achoppement. S’ils se jettent contre Lui, ils seront brisés à jamais !

C’est là une dure et grave leçon en vérité que le charme ravissant de l’Enfant de la crèche ne doit pas dérober à notre vue. Car le mystère de l’Incarnation et le mystère du mal sont étroitement liés. Devant cette lumière descendue du ciel, la nuit du péché serait plus noire et plus épaisse encore.

Cependant l’Enfant dans sa crèche étend ses mains vers nous et son sourire semble nous dire comme le feront plus tard ses paroles d’homme : « Venez à Moi vous qui souffrez et ployez sous la charge ».

Les pauvres bergers ont répondu à cet appel. Ils ont vu l’éclat du ciel lumineux, ils ont entendu la voix des anges leur annonçant la bonne nouvelle, ils se sont mis en route avec confiance, se disant les uns aux autres : « Allons à Bethléem et voyons ce qui est arrivé…»

Les mages sont venus du lointain pays d’Orient, ils ont vu l’étoile merveilleuse, ils l’ont suivie, ils ont cru sans réserve, humblement, et des mains de l’Enfant ils ont reçu la rosée de la grâce et ils se sont réjouis « d’une grande joie ».

Ces mains de l’Enfant – elles prennent et donnent en même temps !

Aux sages elles dérobent leur sagesse, et voilà qu’ils deviennent simples comme des enfants ; aux rois, elles ôtent leurs couronnes et leurs trésors, et les voilà prosternés devant le Roi des rois, acceptant sans hésiter de prendre leur part de souffrances et de travaux à son service ; aux enfants trop petits pour rien donner librement, ces mains prennent leur vie fragile, à peine ébauchée, et les voilà offerts en holocauste au Maître de la vie.

Car les mains de l’Enfant et plus tard les lèvres du Seigneur, lancent un même appel : « Viens, suis-moi ».

À ces mots, Jean, le disciple bien-aimé, que nous trouvons aussi près de la crèche, est venu, quittant son père et sa barque, sans demander « pourquoi ? » ni « comment ? », il a donné au Seigneur son cœur pur d’enfant et il L’a suivi jusqu’au bout, jusqu’au Golgotha.

« Suis-moi! » ; c’est la parole qu’entendit Étienne, le jeune disciple, et il suivit le Maître dans le combat contre les puissances des ténèbres, contre l’aveuglement obstiné des endurcis. Il porta témoignage par sa parole, puis scella ce témoignage dans son sang. Du Sauveur il reçut l’Esprit d’amour, cet Esprit qui fait haïr le péché mais aimer les pécheurs, et au seuil de la mort il pria Dieu pour ses assassins.

Ce sont des figures de lumière que nous rencontrons, agenouillées près de la crèche, les petits innocents dans leur tendre enfance, les bergers fidèles, les rois conquérants, Étienne, l’ardent disciple, et Jean, l’apôtre bien-aimé ; tous ont répondu à l’appel du Seigneur.

Contre eux, se dressent dans la nuit d’un endurcissement incroyable et incompréhensible: les « savants », ceux qui auraient pu nous dire exactement les lieux et la date de la naissance du Sauveur du monde, sans déclarer pour autant : « Allons à Bethléem et voyons ce qui est arrivé… » ; le roi Hérode qui voulut tuer le Maître de la vie, et bien d’autres encore.

Car devant l’Enfant de la crèche les esprits sont mis à nu. Il est le Roi des Rois. Il domine sur la vie et sur la mort, Il dit « Viens, suis-moi » et celui qui n’est pas avec Lui est contre Lui. Mais Il le dit pour nous aussi et nous place chacun devant ce choix entre la lumière et les ténèbres. »

(1) Note : Avant le code des rubriques de 1962, la fête des Saints Innocents à laquelle Sainte Thérèse-Bénédicte fait ici référence, se célébrait en violet.

Lanterne de Noël

Publié dans : Textes spirituels | le 24 décembre, 2007 |Pas de Commentaires »

2007-50. Princesse et carmélite : la vénérable Thérèse de Saint-Augustin.

23 décembre.

Le 23 décembre 1787, s’éteignait au Carmel de Saint-Denys, la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin, qui avait été dans le siècle Madame Louise-Marie de France, dernière fille de Sa Majesté le Roi Louis XV.

Elle était née à Versailles le 5 juillet 1737. Envoyée très jeune pour son éducation à l’Abbaye royale de Fontevraud, avec les trois autres princesses nées avant elle, elle revint à la Cour en 1750, mais elle y restera toujours une princesse à part, fuyant le monde, cherchant réconfort et courage dans une vie de piété sincère et profonde.
Elle parvint à éviter plusieurs mariages et, en 1770,
à la stupéfaction générale, Louise obtint de son père l’autorisation de se faire religieuse et d’entrer au Carmel : elle choisit le monastère qui avait la réputation d’être le plus pauvre et le plus rigoureux du Royaume, celui de Saint-Denys, tout proche de la nécropole royale.
Cette phrase qu’on lui attribue : « Moi carmélite, et le Roy tout à Dieu! », est le témoignage d’une volonté et d’une détermination sans faille. Louise se fit religieuse dans l’intention de racheter par son sacrifice l’âme pécheresse de son père.

Maxime Le Boucher - 1822 - Louis XV rendant visite à Madame Louise au Carmel

Louis XV rendant visite à sa fille, Mère Thérèse de Saint-Augustin, au Carmel de Saint-Denys.
(tableau de Maxime Le Boucher – 1822)

Elle reçut l’habit le 10 octobre 1770 avec le nom de Soeur Thérèse de Saint-Augustin, prononça ses vœux le 12 septembre de l’année suivante et s’épanouit pleinement dans cette vie de solitude et d’austérité.
Elle fut élue prieure dès 1773, tâche qu’elle remplit avec zèle et fruit pendant six ans. Elle fut réélue en 1785 et son priorat fut interrompu par la mort, le 23 décembre 1787.
Ses derniers mots – dignes d’une fille de France qui avait aimé les courses à cheval, furent : « Au paradis ! Vite ! Au grand galop! »

Les carmélites de Saint-Denys furent persuadées, au vu de la brusque maladie qui l’emporta, que leur sainte Prieure avait été empoisonnée par les ennemis de l’autel et du trône qui oeuvraient dès ce moment-là et préparaient la grande révolution.

Sa cause de béatification fut instruite au XIXème siècle et aboutit à la proclamation de ses vertus héroïques par le Bienheureux Pie IX, en 1873 : dès lors elle fut invoquée comme « vénérable ».
Le procès, un temps en sommeil, fut repris en 1985 selon les nouvelles normes en vigueur et aboutit à une seconde déclaration des vertus héroïques, le 18 décembre 1997. Le Saint-Siège a affirmé solennellement dans ce nouveau décret que Louise de France “a exercé les vertus chrétiennes à un degré héroïque et s’est battue avec force contre le gallicanisme”, nous pourrions ajouter qu’elle a lutté avec les armes spirituelles propres à son état, mais aussi avec l’influence qu’elle gardait à la Cour, contre la Franc-Maçonnerie et la prétendue « philosophie des lumières ».

On peut lire sur le site du « Carmel en France », une biographie plus détaillée de la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin et quelques textes spirituels rédigés par elle (cf. ici).

Nous publions également ci-dessous une prière pour obtenir des grâces par son intercession, en vue de sa béatification.

« O Dieu, notre Père, qui avez établi Roi des nations Votre Fils bien-aimé, Jésus-Christ Notre-Seigneur ; à la prière de sa mère la Vierge Marie, Reine et Beauté du Carmel, accordez à votre Eglise de recevoir comme modèle la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin - Madame Louise de France – en confirmant la sainteté de sa vie par les grâces que nous demandons par son intercession (…) .
A sa prière et par ses mérites, enseignez-nous la pratique de l’Evangile ; inspirez aussi aux responsables politiques les mesures sages qui favoriseront le bien des peuples ; développez en nous le zèle et l’ardeur dans le combat quotidien contre les forces du mal ; et donnez-nous de suivre ses exemples de ferveur et de vertu pour marcher à la suite du Christ notre Roi. Ainsi soit-il. »

Texte de la vénérable Thérèse de Saint-Augustin pour se préparer à Noël > ici

Publié dans : Nos amis les Saints, Prier avec nous, Vexilla Regis | le 23 décembre, 2007 |4 Commentaires »

2007-49. Préparation spirituelle au mystère de Noël : Contemplons Jésus dans le sein de Marie.

Daniel Hallé La vierge enceinte, tableau de l'église de Saint-Pierre-lès-Nemours.

La Vierge enceinte entourée d’anges adorateurs :
tableau de Daniel Hallé (1614-1675) dans l’église de Saint-Pierre-lez-Nemours.

« Le Verbe, venant au monde, a trouvé, dans le sein de la bienheureuse Vierge, un séjour de sainteté, semblable, autant qu’il pouvait l’être par l’opération du Saint-Esprit, à celui de son Père. Là il vit dans un état de plus parfaite sainteté que dans tout autre mystère de sa vie mortelle. Tandis que, sur la terre, il vivra au milieu des créatures maudites à cause du péché, au milieu des pécheurs, dont les vices lui causeront des peines intolérables ; dans Marie, qui est, après Dieu, ce qu’il y a de plus saint, il est comme dans un monde de sainteté. Cette demeure tient le milieu entre son séjour dans la gloire, dans la sainteté du ciel, et le séjour qu’il fera sur la terre, couverte des horreurs abominables du péché. Sa demeure au sein de Marie tempère cette immense opposition, il y vit séparé de tout usage des créatures, ou plutôt il n’use d’aucune d’elles que par Marie. Par elle, il use de la lumière ; par elle, il use des aliments : en un mot, tout se convertit en Marie pour Jésus : Elle lui est toutes choses : elle est sa lumière, sa force, sa nourriture, sa demeure, son temple. Là il bénit et loue la Majesté divine ; là il sanctifie sa Mère et la remercie de lui aider à servir Dieu, et de lui être un moyen de le glorifier. Aussi y demeure-t-il tout le temps qu’il peut y faire sa résidence sans en perdre un seul moment ; et, pour en partir, attend-il jusqu’au dernier instant marqué par son Père.

Quoique saint et la sainteté même, Jésus se trouvait chargé de nos péchés qu’il venait expier par sa pénitence et par sa mort ; il était donc innocent et criminel tout ensemble : innocent en sa propre personne, criminel dans la personne du genre humain. Comme portant sur lui la figure du péché et l’image de notre chair criminelle, il devait être traité comme s’il eût été criminel et véritablement revêtu de la chair du péché. C’est pourquoi la Très Sainte Vierge, sa Mère, aurait dû endurer à Bethléem les douleurs que souffrent les mères à la naissance de leurs enfants, ou plutôt elle devait en éprouver plus que n’en ressentent toutes les mères des hommes ensemble, puisque son Fils portait sur lui les péchés de tous. Mais parce qu’à Bethléem il allait naître comme innocent, ayant été conçu par l’opération du Saint-Esprit, il allait naître comme saint, selon la parole de l’Ange : il ne convenait pas qu’il fît souffrir à sa Mère aucune douleur. Le Fils de Dieu n’avait, en effet, que la ressemblance du péché, et si sa Mère eût souffert pour sa naissance, il eût paru être pécheur comme nous. Pour cette raison donc, elle le met au monde sans douleur ; et Dieu remet à l’heure de la mort de Jésus-Christ la peine que Marie aurait dû souffrir à sa naissance. Ainsi Bethléem est pour elle un paradis de délices, parce qu’elle y est mère de celui qui est saint essentiellement. Elle l’avait conçu la nuit du 25 mars, dans la ferveur de la prière ; elle le met au monde le 25 décembre, dans un transport de la gloire de Dieu. L’ayant conçu par la pensée, comme dans l’éternité le Père éternel le conçoit, comme lui elle ne souffre point de déchet en sa pureté en l’engendrant. Elle l’avait conçu, et elle l’enfante, comme le verre conçoit et renvoie hors de lui les rayons du soleil, qui, au lieu de le rompre et de le ternir, l’éclairent, l’embellissent et le rendent semblable à cet astre. »

Jean-Jacques Olier, fondateur des prêtres de Saint-Sulpice,
in « Vie intérieure de la Très Sainte Vierge » (Chap. VII « Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ », §1)
.

* * * * * * *

O Jesu vivens in Maria

Veni et vive in famulis tuis,

In spiritu sanctitatis tuae,

In plenitudine virtutis tuae,

In perfectione viarum tuarum,

In veritate virtutum tuarum,

In communione mysteriorum tuorum;

Dominare omni adversae potestati,

In Spiritu tuo ad gloriam Patris.

Amen.

Traduction : Ô Jésus, vivant en Marie, venez et vivez en vos serviteurs: dans l’esprit de votre sainteté, dans la plénitude de votre force, dans la perfection de vos voies, dans la vérité de vos vertus, dans la communion de vos mystères; dominez sur toute puissance ennemie, en votre Esprit à la gloire du Père. Ainsi soit-il.

(Prière de l’Ecole Française)

4ème de l'avent

2007-48. Où il est question des préparatifs de Noël.

Samedi 22 décembre 2007.

Holala lala lala…!

Il y a bien longtemps que je ne suis pas venu vous écrire quelques lignes ici, chers Amis du « Mesnil-Marie« . Ce n’est pas parce que je ne pense pas à vous, mais ces jours qui précèdent Noël sont vraiment très chargés et je ne sais où donner de la tête…

D’abord, je dois vous dire qu’en ce moment il fait vraiment très froid dans notre Vexin: tous ces derniers jours la température est descendue de façon impressionnante et le thermomètre que Frère Maximilien-Marie a installé dans la petite cour devant la maison est même arrivé ces derniers matins à -9°… Les températures restent souvent négatives tout au long de la journée et il y a même des endroits peu ensoleillés qui sont couverts d’une telle couche de givre que l’on pourrait penser qu’il est tombé de la neige!

Mais la rigueur du climat ne nous empêche nullement d’avoir bien de l’occupation:

- Depuis plusieurs jours, il faut travailler intensément à la confection de la crèche dans notre oratoire…

- Mais en même temps, Frère Maximilien-Marie doit continuer à couper et rentrer le bois avec lequel nous alimentons la cheminée et le poële qui nous permettent d’avoir bien chaud dans notre « Mesnil-Marie« , 

- En outre il doit aussi prévoir les ornements de fête qui pareront l’autel,  et enfin organiser l’accueil des amis qui viendront passer Noël avec nous…

Pour vous faire patienter, en attendant que la crèche 2007 soit prête, je vous envoie une photo prise l’an dernier: les personnages étaient grands (40 cm), vêtus de tissus chatoyants, et très attirants… Tellement attirants que je suis monté dans la crèche à plusieurs reprises, mais cela ne faisait pas du tout plaisir au Frère… Pourtant il ne faisait aucun reproche à l’âne, au boeuf, au mouton, au lapin et à quelques autres animaux qui y étaient: ce n’est vraiment pas juste!!! Un chat est tout à fait à sa place auprès de l’Enfant Jésus, soyez en bien convaincus…

Lully.

Crèche Mesnil-Marie 2006

 

Publié dans : Chronique de Lully | le 22 décembre, 2007 |Pas de Commentaires »

2007-47. « Ero cras! »

16 décembre.

J’étais un peu intrigué par l’insistance de Frère Maximilien-Marie à vouloir intégrer dans la neuvaine préparatoire à la fête de Noël (cf.> www), les grandes antiennes qu’on chante à Magnificat tous ces jours-ci, et je lui en ai demandé la raison.

Bien sûr, il s’est empressé de m’expliquer la chose : j’ai ainsi appris que ces sept antiennes qui se chantent au Magnificat du 17 au 23 décembre sont une sorte d’introduction solennelle à la grande fête de Noël.
Leur caractère tout à fait exceptionnel mérite que tous les fidèles qui veulent se préparer au grand mystère qui sera célébré le 25 décembre, et pas seulement les prêtres ou les religieux qui récitent les heures canoniales, puissent en profiter.

Ces antiennes commencent toutes par l’interjection « O » et on les appelle grandes en raison de leur solennité et des sublimes mystères qu’elles expriment. Ces invocations datent, pour le moins, du VIème siècle, et primitivement, il y en avait douze que l’on les chantait au Benedictus des Laudes. Au IXème siècle, on commença de les chanter au Magnificat des Vêpres.
Dans certaines églises, elles étaient répétées après chaque verset. On les chante debout, et l’habitude veut même qu’on sonne les cloches à la volée à ce moment-là. Aux vêpres des fêtes dont la liturgie prime sur celle du temps de l’Avent, elles sont chantées après l’oraison du jour, comme mémoire du temps de l’Avent.

Le célèbre restaurateur de la vie bénédictine en France, Dom Guéranger, disait que ces antiennes «contiennent toute la moelle de la liturgie de l’Avent».
Elles sont toutes bâties de la même manière et on y retrouve deux parties faciles à distinguer.
La première est tirée de la sainte Écriture, non pas toujours textuellement, mais en des termes qui en font bien reconnaître l’origine : O Sagesse (Ecclésiastique, XXIV & Sag., VIII) ; O Adonaï et Chef de la maison d’Israël (cf.Exode III, 14; VI, 3 & Deut. XXXII, 12) ; O Rejeton de Jessé (Isaïe XI, 1) ; O Clef de la maison de David (Isaïe, XXII, 22) ; O Orient (Luc, I, 78) ; O Roi des nations (cf.
Ps.CI, 23); O Emmanuel (Isaïe VII, 14).
Dans la seconde partie, on répète, comme dans une litanie, le même appel : « Veni : venez », suivi d’une invocation qui varie avec chaque strophe et produit une sorte de développement du titre donné au Messie en début de phrase. La mélodie sur laquelle elles sont chantées possède en outre un caractère d’ardente supplication.

Ce que trop peu de personnes savent, c’est que ces antiennes sont aussi une réponse du Christ Sauveur aux appels qui lui sont faits. Mais pour pouvoir connaître cette réponse, il faut avoir chanté les sept antiennes, et reprendre la lettre initiale du titre donné au Messie par chacune d’entre elles.
Nous n’avons alors plus qu’à lire, en commençant par la dernière strophe, en remontant, et nous pouvons former ces mots : «
Ero cras : demain je serai (sous entendu : parmi vous) ». La réponse nous est donnée le 23 décembre à la fin des vêpres sous la forme d’un acrostiche.

On remarquera par ailleurs que ce « jeu » littéraire n’empêche pas un certain ordre logique, une véritable progression, dans la suite de ces pièces remarquables : la naissance éternelle du Verbe est d’abord proclamée, puis ses rapports spéciaux avec le peuple élu, et enfin ses droits sur toutes les nations. Je ne résiste donc pas au plaisir de vous les retranscrire à nouveau, pour que vous puissiez, comme moi vous en émerveiller en les méditant…

Lully.            

 * * *

Texte des grandes antiennes  » O  » :


17 déc

O Sapientia, quæ ex ore Altissimi prodisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviter disponensque omnia: veni ad docendum nos viam prudentiæ.

2007-47.

O Sagesse, sortie de la bouche du Très-Haut, qui enveloppez toutes choses d’un pôle à l’autre et les disposez avec force et douceur, venez nous enseigner le chemin de la prudence.

18 déc

O Adonai, et Dux domus Israel, qui Moysi in igne flammæ rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in bracchio extento.

_clear dans De liturgia

O Adonaï, guide du peuple d’Israël, qui êtes apparu à Moïse dans le feu du buisson ardent, et lui avez donné vos commandements sur le mont Sinaï, armez votre bras, et venez nous sauver.

19 déc

O Radix Iesse, qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, iam noli tardare.

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O Fils de la race de Jessé, signe dresse devant les peuples, vous devant qui les souverains resteront silencieux, vous que les peuples appelleront au secours, délivrez-nous, venez, ne tardez plus !

20 déc

O Clavis David, et sceptrum domus Israel ; qui aperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo aperit : veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris et umbra mortis.

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O Clef de la cité de David, sceptre du royaume d’Israël, vous ouvrez, et personne alors ne peut fermer ; vous fermez, et personne ne peut ouvrir ; venez, faites sortir du cachot le prisonnier établi dans les ténèbres et la nuit de la mort.

21 déc

O Oriens, splendor lucis æternæ, et sol iustitiæ : veni, et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis.

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O Orient, splendeur de la Lumière éternelle, Soleil de justice, venez, illuminez ceux qui sont assis dans les ténèbres et la nuit de la mort.

22 déc

O Rex gentium, et desideratus earum, lapisque angularis, qui facis utraque unum : veni, et salva hominem, quem de limo formasti.

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O Roi des nations, objet de leur désir, clef de voûte qui unissez les peuples opposés, venez sauver l’homme que vous avez façonné d’argile.

23 déc

O Emmanuel, Rex et legifer noster, exspectatio gentium, et Salvator earum : veni ad salvandum nos, Domine, Deus noster.

_clear

O Emmanuel, notre roi et législateur, que tous les peuples attendent comme leur Sauveur, venez nous sauver, Seigneur notre Dieu !

Guirlande de Noël

Publié dans : Chronique de Lully, De liturgia | le 18 décembre, 2007 |2 Commentaires »

Neuvaine préparatoire à la fête de la Nativité.

Du 16 au 24 décembre,

la Sainte Eglise nous encourage à préparer la fête de la Naissance

de Notre-Seigneur Jésus-Christ

par une neuvaine,

à laquelle est attachée de précieuses indulgences.

* * * * * * *

Nous invitons tous les amis du Mesnil-Marie à s’associer à nous durant ces jours de fervente préparation à Noël avec le formulaire qui est proposé ci-dessous.

Il est recommandé de faire autant que possible cette neuvaine à la tombée du jour – heure de la célébration des Vêpres – en raison de l’intégration dans le texte de ces prières des « Grandes Antiennes » du Magnificat, propres à chaque jour (dans les monastères où elles sont chantées solennellement on sonne les cloches à la volée pendant ce chant).

Cloches

I. On commence par réciter ou chanter le « Rorate coeli desuper« :

Ref. : Rorate caeli desuper, et nubes pluant justum.

1. Ne irascaris Domine, ne ultra memineris iniquitatis :
ecce civitas Sancti facta est deserta :
Sion deserta facta est :
Jerusalem desolata est :
domus sanctificationis tuae et gloriae tuae,
ubi laudaverunt te patres nostri.

2. Peccavimus, et facti sumus tamquam immundus nos,
et cecidimus quasi folium universi :
et iniquitates nostrae quasi ventus abstulerunt nos :
abscondisti faciem tuam a nobis,
et allisisti nos in manu iniquitatis nostrae.

3. Vide Domine afflictionem populi tui,
et mitte quem missurus es :
emitte Agnum dominatorem terrae,
de petra deserti ad montem filiae Sion :
ut auferat ipse jugum captivitatis nostrae.

4. Consolamini, consolamini, popule meus :
cito veniet salus tua :
quare moerore consumeris,
quia innovavit te dolor?
Salvabo te, noli timere,
ego enim sum Dominus Deus tuus,
Sanctus Israel, redemptor tuus.

Traduction:

R. : Cieux, répandez de là-haut, votre rosée, et que les nuées fassent pleuvoir le Juste.

1. Ne vous mettez pas en colère, Seigneur, et ne vous souvenez plus de notre iniquité, voici qu’elle est abandonnée la Cité du Saint des Saints, Sion a été désertée, Jérusalem est dans la désolation, le temple de votre sanctification et de votre gloire, là où nos pères célébraient vos louanges.

2. Nous avons péché, et nous sommes devenus comme l’impur, et nous tous sommes tombés comme la feuille, et nos iniquités nous ont balayés comme le vent; vous nous avez caché votre face et vous nous avez abandonnés au pouvoir de notre iniquité.

3. Voyez, Seigneur, l’affliction de votre peuple, et envoyez celui que vous devez envoyer: envoyez l’Agneau dominateur de la terre, depuis la pierre du désert jusqu’au mont de la fille de Sion, afin que lui-même éloigne de nous le joug de notre captivité.

4. Console-toi, console-toi, mon peuple! Bientôt viendra ton salut: pourquoi serais-tu consumé de chagrin, si la douleur t’a renouvelé? Je te sauverai, ne crains pas car c’est moi qui suis le Seigneur ton Dieu, le Saint d’Israël, ton Rédempteur.

II. On peut lire ici quelques versets du livre du Prophète Isaïe, suivis d’une dizaine de chapelet (ou le chapelet en entier si on le souhaite).

III. On achève la dizaine avec la prière suivante:

Ô Jésus très miséricordieux, Fils bien-aimé du Père qui nous avez tant aimés et qui êtes venu dans le monde pour nous sauver, en ces jours où nous préparons la célébration de votre naissance dans l’humilité de la crèche, écoutez nos humbles prières et ouvrez-nous largement le trésor de vos grâces:

- Nous vous supplions pour notre monde malade : les égarements de l’orgueil et du désir de domination, de la jouissance égoïste et du matérialisme compromettent dangereusement son équilibre et son avenir… Roi d’humilité et de paix, touchez les coeurs de ceux qui ne vous connaissent pas, et inspirez à ceux qui nous gouvernent les mesures sages au service du bien commun et du respect véritable de l’homme créé à votre image!

- Nous vous prions pour tous ceux qui souffrent et qui sont affligés : les malades – du corps et de l’âme – , les personnes isolées ou abandonnées, les âmes aux prises avec le découragement ou tentés de désespoir… Roi de douceur et de guérison, daignez les visiter vous-même et les consoler, et suscitez des âmes de compassion qui leur viendront en aide!

- Nous vous présentons nos familles et nos communautés, nos amis et nos bienfaiteurs : voyez nos besoins (ici on peut les énumérer), soyez touchés par nos nécessités… Roi de grâce et de bénédiction, renouvelez en nos âmes les prodiges de votre Incarnation et venez nous remplir de vos propres vertus pour que nous correspondions toujours davantage à votre sainte volonté!

Ô Très Sainte Vierge Marie et vous aussi, glorieux Saint Joseph, assistez-nous en ces jours et obtenez-nous, avec les grâces que nous demandons avec ferveur, d’accueillir dignement l’Enfant-Dieu avec des dispositions de coeur qui lui soient agréables.

Ainsi soit-il!

IV. On récite ou on chante chaque jour l’une des antiennes suivantes et le Magnificat (pour découvrir le sens de ces antiennes voir > ici) :

Le 16 décembre :
Ecce veniet Rex, Dominus terræ, et ipse auferet jugum captivitatis nostræ. ( Voici que vient le Roi, Seigneur de la terre, et lui-même enlèvera le joug de notre captivité)

Le 17 décembre :
O Sapientia, quæ ex ore Altissimi prodiisti, attingens a fine usque ad finem fortiter, suaviterque disponens omnia: veni ad docendum nos viam prudentiæ. ( Ô Sagesse sortie de la bouche du Très-Haut, vous déployant d’un bout du monde à l’autre et disposant toutes choses avec force et douceur: venez nous enseigner la voie de la prudence.)

Le 18 décembre :
O Adonai et Dux domus Israël, qui Moysi in igne flammæ rubri apparuisti, et ei in Sina legem dedisti: veni ad redimendum nos in brachio extento. ( Ô Adonaï et chef de la maison d’Israël, qui apparûtes à Moïse dans la flamme du buisson embrasé et lui donnâtes la Loi sur le Sinaï: venez nous racheter par la puissance de votre bras!)

Le 19 décembre :
O radix Jesse, qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur: veni ad liberandum nos, jam noli tardare. ( Ô Rejeton de Jessé qui êtes dressé comme un signe pour les peuples, devant qui les rois garderont le silence et que les nations invoqueront: venez nous délivrer, ne tardez plus désormais!)

Le 20 décembre :
O clavis David, et sceptrum domus Israël; qui aperis et nemo claudit, claudis et nemo aperit: veni et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris et umbra mortis. ( Ô Clef de David et sceptre de la maison d’Israël, vous ouvrez et nul ne ferme, vous fermez et nul n’ouvre: venez et tirez de sa prison celui qui est assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort!)

Le 21 décembre  :
O Oriens, splendor lucis æternæ, et sol justitiæ: veni et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis. ( Ô Soleil levant, splendeur de la lumière éternelle et soleil de justice: venez et illuminez ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort!)

Le 22 décembre :
O Rex gentium, et desideratus earum: lapisque angularis, qui facis utraque unum: veni, et salva hominem, quem de limo formasti. ( Ô Roi des nations et objet de leur désir, Pierre angulaire qui des deux peuples en faites un seul: venez et sauvez l’homme que vous avez formé du limon!)

Le 23 décembre :
O Emmanuel, Rex et legifer noster, exspectatio gentium, et Salvator earum: veni ad salvandum nos, Domine Deus noster. ( O Emmanuel, notre Roi et notre législateur, attente des nations et leur Sauveur: venez nous sauver, Seigneur notre Dieu!)

Le 24 décembre :
Cum ortus fuerit sol de cælo, videbitis Regem regum procedentem a Patre, tamquam sponsum de thalamo suo. ( Lorsque le soleil montera dans le ciel, vous verrez le Roi des rois qui procède du Père, semblable à l’époux sortant de la chambre nuptiale!)

Magnificat anima mea Dominum, Mon âme exalte le Seigneur
et exsultavit spiritus meus in Deo salutari meo. Et mon esprit a exulté en Dieu mon sauveur.
Quia respexit humilitatem ancillae suae. Parce qu’il a regardé l’humilité de sa servante.
Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes. Voici que toutes les générations me diront bienheureuse.
Quia fecit mihi magna qui potens est. Le Puissant fit pour moi de grandes choses,
Et sanctum nomen ejus. Et son nom est saint.
Et misericordia ejus a progenie in progenies timentibus eum. Sa miséricorde s’étend de génération en génération sur ceux qui le craignent.
Fecit potentiam in brachio suo. Déployant la force de son bras,
Dispersit superbos mente cordis sui. Il a dispersé les superbes en la pensée de leur coeur.
Deposuit potentes de sede, et exaltavit humiles. Il a déposé des puissants de leur trône. Il a élevé les humbles.
Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes. Il a comblé de biens les affamés et renvoyé des riches les mains vides.
Suscepit Israël puerum suum, recordatus misericordiae suae. Il a relevé Israël, son serviteur, il s’est souvenu de sa miséricorde,
Sicut locutus est ad patres nostros, Abraham et semini ejus in saecula. ainsi qu’il l’avait dit à nos pères, à Abraham et à sa descendance pour les siècles.
Gloria Patri et Filio, et Spiritui Sancto sicut erat in principio et nunc et semper et in saecula saeculorum, Amen. Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit, comme il était au commencement, maintenant, et toujours, pour les siècles de siècles, Ainsi soit-il.

V./: Benedicamus Domino!
R./: Deo Gratias!

Publié dans : Prier avec nous | le 14 décembre, 2007 |Commentaires fermés

2007-46. Pro felici ac prospero statu Galliae.

13 décembre,
fête de Sainte Lucie,
6e jour dans l’octave de l’Immaculée Conception.

Chaque année, le 13 décembre, en la fête de sainte Lucie, le Cardinal Vicaire (c’est-à-dire celui qui administre le diocèse de Rome au nom du Pape, véritable évêque de Rome), ou un prélat désigné par lui, célèbre dans l’archibasilique du Latran – « Mère et tête de toutes les Eglises » – une Messe à l’intention du bonheur et de la prospérité de la France : Pro felici ac prospero statu Galliae.
L’origine de cette messe remonte à l’année 1604, sous le règne de Henri IV le Grand, et c’est justement au jour anniversaire de sa naissance (13 décembre 1553) qu’elle est célébrée.

Les difficiles commencements du règne d’Henri IV :

On sait que le Roi Henri III, dernier souverain de la branche capétienne des Valois, périt assassiné sous le couteau du dominicain Jacques Clément et qu’il n’avait pas de descendance.
La première des lois fondamentales du Royaume (ainsi nomme-t-on les lois qui règlent la succession au trône, voir > ici), qui est la loi de « primogéniture mâle« , désignait comme Roi l’aîné de la branche collatérale la plus proche, c’est-à-dire Henri de Navarre, descendant en ligne directe de mâle en mâle, du dernier fils de Saint Louis.
Toutefois Henri de Navarre était de confession calviniste, et la quatrième de ces mêmes lois fondamentales est la « règle de catholicité » qui n’admet au trône que des princes de confession catholique.
Il y avait donc là un épineux problème successoral, puisque pour être dynaste il faut que le Prince remplisse toutes les conditions exigées par les lois fondamentales.

La France était alors profondément divisée entre catholiques et protestants, et d’ailleurs tout le XVIe siècle avait été ensanglanté par des luttes acharnées entre les tenants des deux confessions. Ce problème successoral ranima la lutte.
Henri de Navarre comprit qu’il ne pourrait régner qu’en revenant dans le giron de l’Eglise Catholique (il s’agit bien d’un retour puisqu’il avait été baptisé catholique) : bien qu’elle fut motivée par des raisons politiques, il serait toutefois faux de penser que sa conversion fut seulement opportuniste, qu’elle était feinte ou qu’elle manquait de loyauté.
L’abjuration du Roi fut acceptée par le Clergé français, ce qui permit son sacre à Chartres, le 27 février 1594. Toutefois il fallut attendre encore l’année suivante pour qu’elle soit véritablement acceptée par le Saint-Siège (avec la levée de l’excommunication).

Le Roi rétablit ensuite la paix dans le Royaume par le célèbre édit de tolérance de 1598 (appelé « Edit de Nantes »).
Cette pacification devait s’accompagner aussi d’une oeuvre de reconstruction effective, longue et patiente : il fallait rétablir des droits légitimes qui avaient été spoliés, restaurer des établissements ruinés… remettre de l’ordre partout.

Henri IV le Grand

L’abbaye de Clairac et le chapitre du Latran:

Or il se trouvait que le chapitre de la cathédrale de Rome – l’archibasilique du Très-Saint-Sauveur au Latran – en vertu d’une donation faite en 1482 par le Roi Louis XI, avait des droits sur une puissante abbaye d’Aquitaine : Clairac.

Fondée en 767 par Pépin le Bref, en bordure du Lot, l’abbaye bénédictine de Clairac connut des développements et une prospérité enviée.
Au XIIIème siècle, elle était occupée par quelque 150 religieux ; l’abbé était également à la tête de 5 prieurés et de 50 paroisses.
Si neuf moines seulement occupaient les lieux, après les vicissitudes de la guerre de Cent Ans, l’abbaye avait ensuite rapidement repris son essor et reconquis sa prospérité.

Pour la petite histoire, il me faut signaler au passage que les fameux « pruneaux d’Agen » ont été inventés par les moines de Clairac à partir de plants ramenés du Moyen Orient, et aussi qu’en 1556, soit cinq ans avant Jean Nicot, le moine André Thevet avait rapporté d’un voyage au Brésil des graines de tabac qu’il avait semées dans les jardins de l’abbaye !

Mais Clairac fut également le creuset des idées de la réforme et devint une citadelle du protestantisme : dès 1530 l’Abbé Roussel accueillit des prédicants et, en 1534, ce fut Calvin lui-même qui fut invité à prêcher.
Théophile de Viau naquit à Clairac…

Pendant toute la période des troubles religieux le chapitre de la cathédrale de Rome fut donc privé de ses revenus.

En 1604, Henri IV rétablit le chapitre de la cathédrale du Latran dans ses droits, et s’employa pour que les bénéfices qui lui étaient dus fussent désormais versés.
En contrepartie il était stipulé que l’insigne Chapitre de l’archibasilique-cathédrale de Rome devrait célébrer chaque année et à perpétuité une Sainte Messe au jour de l’anniversaire du roi – le 13 décembre donc – , pour demander à Dieu la prospérité de la France.
Cette clause se trouve encore rigoureusement observée de nos jours.

A la vérité, on ne connaît pas d’exemple d’une Messe célébrée de manière aussi solennelle dans la capitale de la Chrétienté en faveur d’autres nations. D’autant que cette fonction liturgique présente cet autre aspect insolite : elle est célébrée « pour le bonheur et la prospérité » d’une nation actuellement régie par une république qui se considère avec beaucoup d’orgueil et d’arrogance comme “laïque”, et qui s’est acharnée à couper violemment tous les liens qui l’unissaient à la Papauté!
Mais la situation actuelle ne rend-elle pas encore plus nécessaires ces prières solennelles pour la France ?

Pendant presque deux siècles donc, les énormes revenus de l’abbaye de Clairac assurèrent la subsistance du chapitre de la cathédrale du Pape (Louis XV les augmenta même en 1729, ce qui lui valut l’érection d’un monument de reconnaissance sculpté par A. Corsini à l’entrée de la chapelle Sainte Anne, dans cette même basilique du Latran).
La grande révolution supprima l’abbaye, spolia ses immenses propriétés et mit fin au versement des bénéfices.
Louis XVIII et Charles X relevèrent la tradition rompue en s’acquittant du versement d’une rente fixe au vénérable chapitre.
Si Louis-Philippe ne s’en préoccupa guère, Napoléon III la rétablit à son tour…
Quoique la rente fut supprimée à nouveau en 1871, le chapitre du Latran a, lui, conservé fidèlement la tradition de la Messe du 13 décembre.

Le Roi de France, proto-chanoine d’honneur…
le président de la république aussi :

Il y a une autre contrepartie à cette dotation du chapitre du Latran assurée par les libéralités des Rois de France.
Pour les remercier de cette générosité, et pour illustrer en même temps le lien particulier qui existe entre l’Eglise Romaine (dont, redisons-le, la basilique du Latran est la cathédrale) et la France*, le Roi de France fut créé premier (et unique) chanoine d’honneur du Latran de façon statutaire et héréditaire.

Sous l’Ancien Régime, on accordait parfois ce titre de chanoines, à titre héréditaire, à des laïcs : c’était un privilège honorifique attribué à de hauts personnages en échange de protections spéciales.
Le Roi de France était ainsi, depuis des siècles, chanoine de Saint-Martin de Tours ; depuis Louis XI, chanoine de la cathédrale d’Embrun ;  depuis François Ier, chanoine de la cathédrale de Saint-Jean de Maurienne… et donc, depuis Henri IV, proto-chanoine de l’archibasilique du Latran.

Lorsqu’il rétablit la rente annuelle versée par la France au chapitre du Latran, Napoléon III revendiqua le titre de chanoine honoraire et il lui fut confirmé, ainsi que les privilèges inhérents, par un bref pontifical.

Les usages de la république font que le chef de l’Etat est considéré comme l’héritier des privilèges religieux accordés aux chefs d’État des régimes antérieurs (Charles de Gaulle y tenait beaucoup).
C’est donc par héritage de Henri IV [et de Napoléon III], que le président de la république française** se retrouve officiellement aujourd’hui chanoine honoraire de la basilique du Latran.
Le Général de Gaulle prit possession de sa stalle, Messieurs Chirac et Sarkozy aussi…

Voir aussi l’article au sujet de la statue du Roi Henri IV érigée à la basilique du Latran > ici

2007-46. Pro felici ac prospero statu Galliae. dans Chronique de Lully tiarepie9

* On notera aussi justement qu’un autre roi de France, Charles V, avait fait restaurer la basilique au XIVe siècle et fait construire le ciborium monumental qui surmonte l’autel et abrite les reliquaires des têtes des Saints Apôtres Pierre et Paul, raison pour laquelle les lys de France sont représentés au sommet de l’arc triomphal

** qui est par ailleurs co-prince d’Andorre, dans les Pyrénées.

Publié dans : Chronique de Lully, Memento | le 13 décembre, 2007 |6 Commentaires »
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