2007-44. De la translation de la Sainte Maison de Lorette.

10 décembre,
fête de Notre-Dame de Lorette.

Ce matin au moment de son oraison, Frère Maximilien-Marie m’a dit : « Aujourd’hui, Lully, nous partons en Italie ! »
Je l’ai regardé avec des grands yeux étonnés parce que je ne l’avais pas vu préparer des valises et qu’il n’avait pas non plus sorti mon panier de voyage…
Voyant mon incompréhension, il a ajouté en souriant : « Nous y allons par le coeur et par la prière, pour faire un petit pèlerinage spirituel dans la Sainte Maison de Lorette. »

Moi, cela me convenait bien de « voyager » sans sortir du Mesnil-Marie car vous savez que nous, les chats, nous détestons changer d’habitudes et de cadre de vie.
J’étais néanmoins intrigué et j’ai demandé à Frère Maximilien-Marie qui était cette « Lorette » et pourquoi sa maison était particulièrement sainte, ce qui a eu pour effet de le faire rire et m’a tout de même valu quelques explications fort intéressantes que je vous retranscris ici :
« Lorette – en italien Loreto - est une petite ville de la Marche d’Ancône, située sur une éminence proche de la côte adriatique, en Italie. On dit que ce nom est dérivé de « laureus » qui signifie en latin : laurier, parce que – jusqu’au XIIIème siècle – cette colline était recouverte par un petit bois de lauriers. Cette ville s’est développée en raison et autour d’un sanctuaire qui renferme la Sainte Maison de Nazareth, cette maison dans laquelle la Vierge Marie a reçu la visite de l’Archange Gabriel, cette maison dans laquelle donc s’est accompli le mystère de l’Incarnation du Verbe de Dieu, cette maison dans laquelle la Sainte Famille a vécu au retour de l’exil en Egypte. »

Je me demandais bien pourquoi la Sainte Maison de Nazareth n’était pas à Nazareth, comment il se faisait qu’elle se trouvât maintenant en Italie (parce que je sais bien moi que Nazareth se trouve en Palestine !), et qui avait osé la démonter pour la transporter et la reconstruire à cet endroit : j’ai en effet lu que les Américains avaient démonté des monuments anciens qu’ils avaient achetés en Europe, pour les transporter et les reconstruire outre-Atlantique.

Mais Frère Maximilien-Marie qui a deviné mes pensées s’est empressé d’ajouter :
« Non, non! Tu te trompes… La Sainte Maison n’a pas été démontée et reconstruite par des moyens humains : elle a été miraculeusement transportée dans les airs par les Anges, et elle est arrivée à Lorette le 10 décembre 1294, alors qu’elle avait quitté Nazareth depuis environ trois années! C’est la raison pour laquelle nous célébrons aujourd’hui la fête de la Translation de la Sainte Maison de la Vierge Marie, Notre-Dame de Lorette ».

2007-44. De la translation de la Sainte Maison de Lorette. dans Chronique de Lully saturninogatti

la Translation de la Santa Casa (tableau de Saturnino Gatti)

Cette histoire de « maison volante » m’intriguait décidément de plus en plus, alors Frère Maximilien-Marie m’a tout raconté en détail :
- la disposition de la maison de Marie, à Nazareth, qui n’avait que trois côtés construits puisqu’elle était adossée à la colline et que l’arrière de la maison était en fait constitué par une grotte creusée dans le roc ;
- la transformation de cette humble maison en sanctuaire par les Apôtres ;
- l’édification d’une basilique autour d’elle par Sainte Hélène ;
- la destruction de cette basilique – mais pas de la maison elle-même – par les musulmans et sa reconstruction par les croisés ;
- les nouvelles destructions occasionnées par de nouveaux envahisseurs encore plus terribles et « l’envol » de la Sainte Maison en 1291, tandis que la petite grotte restait à Nazareth ;
- les diverses étapes qu’elle fit en Dalmatie avant de se poser à Loreto, le 10 décembre 1294 ;
- puis les apparitions de la Madone pour attester de l’identité de cette construction ;
- et enfin, à de nombreuses reprises, les affirmations sans équivoque des Pontifes Romains en faveur de cette tradition (sans toutefois que ce soit un article de foi).

Au XVème siècle, sous la direction de Bramante, la Sainte Maison fut enchâssée dans un somptueux écrin de marbre blanc sculpté, mais cet « écrin de marbre » n’est pas collé aux murs de pierre de l’édifice lui-même : il y a entre les deux une espèce de galerie étroite qui permet toujours  la circulation et les investigations des scientifiques.

Justement, Frère Maximilien-Marie m’a ensuite fait l’exposé des « preuves tangibles » qui attestent de la vérité de ce miracle (parce que les historiens modernes en contestent pour la plupart la réalité, et que – même lorsqu’ils admettent qu’il s’agit bien des pierres de la maison de Marie à Nazareth -,  ils ne croient pas à son transport miraculeux par les Anges mais voudraient qu’une famille noble du nom de « de Angelis » soit responsable d’un démontage et d’un transport par bateau… La crédulité populaire aurait ensuite transformé cet évènement en miracle en raison d’une méprise facile liée au nom des auteurs du transfert !).
Mais non ! Il faut bien savoir que :
1) les dimensions de la maison et les pierres dont elle est construite sont tout à fait identiques à celles des fondations demeurées à Nazareth ;
2) le mortier qui lie les pierres entre elles est bien celui de Nazareth, et d’ailleurs on ne trouve ni ses composants ni la même manière de le préparer dans cette région d’Italie : or si la maison avait été démontée et reconstruite au XIIIème siècle, le mortier ne serait pas celui d’origine, identique à celui qu’on retrouve dans les fondations de Nazareth ;
3) les fresques que Saint Louis fit exécuter dans la Sainte Maison de Nazareth en 1251, lors de son pèlerinage dans la Sainte Maison de l’Incarnation, se retrouvent à Lorette : il est certes techniquement possible de détacher une fresque d’un mur pour la transférer sur un autre support, mais c’est une technique qui demande l’intervention d’une équipe de spécialistes d’une compétence très particulière et présente des risques certains ;
4) le « démontage » de la maison, au lieu de se faire pierre par pierre, aurait certes pu s’opérer par pans de murs entiers, mais en ce cas on retrouverait bien évidemment des traces d’assemblage avec un mortier différent : alors qu’en réalité on ne trouve pas de traces de reconstruction ;
5) la Sainte Maison de Lorette n’a pas de fondations : elle est simplement posée sur un terrain qui présente des inégalités, ce qui fait qu’à certains endroits la base des murs ne touche pas le sol ! On voit mal des hommes procédant à un « remontage » sans prendre un minimum de précautions humaines pour assurer la stabilité de l’édifice…

Tous ces éléments ont été soigneusement étudiés au cours des siècles, et encore récemment, de manière rigoureusement scientifique, et corroborent la tradition.

basilique 10 décembre dans De liturgia

santacasa Loreto dans De Maria numquam satis

La Basilique et l’intérieur de la Sainte Maison.

Cette tradition est confirmée, pour les croyants, par l’expérience des Saints et des mystiques : ainsi, par exemple, Saint Nicolas de Tolentino (Tolentino se trouve à quelques kilomètres de Lorette) a été le « témoin » de l’arrivée de la Sainte Maison à Lorette dans une vision.
Dans les siècles suivants ont vit parmi les pèlerins de la Sainte Maison de Lorette de nombreux Saints qui y reçurent des grâces signalées : Sainte Catherine de Sienne, Saint François de Paule, Saint Ignace de Loyola et Saint François Xavier, Saint François de Borgia, Saint Louis de Gonzague, Saint Charles Borromée, Saint Louis-Marie Grignon de Montfort, Saint Benoît-Joseph Labre, le Bienheureux Pie IX et Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus pour ne citer que les plus célèbres.

J’étais donc émerveillé par ce récit et – tout en regardant les photographies que me montrait mon papa-moine – je me suis « transporté en esprit » dans cette Sainte Maison pour y présenter à Notre-Seigneur et à Sa très Sainte Mère mes actions de grâces et mes louanges…

Lully.

Et savez-vous qu’il existe en Vendée un exact fac-similé de la Sainte Maison de Lorette ?
Voir ici > La Flocellière : le fac-similé de la Sante Casa.

Publié dans : Chronique de Lully, De liturgia, De Maria numquam satis | le 10 décembre, 2007 |3 Commentaires »

2007-43. Où l’on fait un petit tour d’horizon de la fête du 8 décembre.

La fête du 8 décembre, si chère au coeur des catholiques, a été – cette année encore – célébrée avec ferveur.

A Rome, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI s’est rendu, comme il est de tradition, aux pieds de la « colonne de l’Immaculée », sur la place d’Espagne, pour se recueillir et offrir une énorme gerbe de fleurs blanches à la Madone… Il y a encore peu, le Souverain Pontife offrait une couronne que les pompiers de Rome, avec leur grande échelle, allaient accrocher au bras de la statue même de Marie, ce qui donnait un côté un peu amusant à cette cérémonie! Benoît XVI a semble-t-il préféré quelque chose de moins spectaculaire mais favorisant le recueillement et l’intériorité…

Colonne de l'Immaculée, place d'Espagne        le Saint-Père, place d'Esapgne ce 8 XII 2007

(cliquer sur les images pour les voir en taille réelle)

Le Souverain Pontife, s’est également adressé en direct, relayé par des écrans géants, aux pèlerins de Notre-Dame de Fourvière – à Lyon – et aux pèlerins de Lourdes (pour lire le texte du message de Benoît XVI cliquer ici : www).

Pour la cité mariale des Pyrénées, ce 8 décembre en effet a marqué l’ouverture de l’année jubilaire du cent-cinquantième anniversaire de l’apparition de la Vierge Immaculée, et pour cette occasion, notre Saint-Père le Pape a accordé de précieuses indulgences pour tous les fidèles qui se rendront à Lourdes, du 8 décembre 2007 au 8 décembre 2008, et pour les fidèles du monde entier pour la neuvaine préparatoire à la fête de la première apparition de Notre-Dame de Lourdes, du 2 au 11 février 2008 (texte du décret pontifical ici : www ).

A Versailles, dans l’église Sainte Jeanne d’Arc, Son Eminence Monsieur le Cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, est venu célébrer par une Sainte Messe solennelle le 25ème anniversaire de Notre-Dame de Chrétienté et des pèlerinages traditionnels que cette association organise à Chartres pour la Pentecôte (reportage photographique ici : www). On retiendra cette affirmation du Cardinal au sujet de la Fraternité Saint Pie X : « Il n’y a pas schisme mais une attitude schismatique« . La nuance est d’importance…

Et chez nous, en notre Mesnil-Marie, nous avons aussi honoré de notre mieux notre Mère céleste. Un prêtre tout récemment ordonné est venu pour célébrer une Sainte Messe de prémices: quelle grâce pour nous et pour les quelques amis qui nous ont rejoints pour cette belle cérémonie!

Malgré la pluie et le vent qui se sont déchaînés une grande partie de la journée, une lumière de grâce a resplendi en nos coeurs et nous l’avons manifesté en illuminant le Mesnil-Marie : reprenant la tradition lyonnaise, j’avais aidé Frère Maximilien à préparer des petits lumignons colorés que nous avons placés sur toutes les fenêtres de la maison, que le vent et la pluie ont finalement respectés (!!!) et qui se sont consumés joyeusement en l’honneur de notre Reine Immaculée!

8 décembre au soir: Lully aux lampions

Lully.

Publié dans : Chronique de Lully, De Maria numquam satis | le 10 décembre, 2007 |Pas de Commentaires »

Prier Notre-Dame avec Saint François de Sales.

Saint François de Sales aux pieds de la Très Sainte Vierge

Ayez mémoire et souvenance, très douce Vierge, que vous êtes ma Mère et que je suis votre fils ; et que vous êtes puissante et que je suis un pauvre homme, vil et faible.

Je vous supplie, très douce Mère, que vous me gouverniez dans toutes mes voies et actions.

Ne dites pas, gracieuse Vierge, que vous ne pouvez ! Car votre bien-aimé Fils vous a donné tout pouvoir, tant au ciel comme en terre.

Ne dites pas que vous ne devez ; car vous êtes la commune Mère de tous les pauvres humains et particulièrement la mienne.

Si vous ne pouviez, je vous excuserais disant : il est vrai qu’elle est ma Mère et qu’elle me chérit comme son fils, mais la pauvrette manque d’avoir et de pouvoir.

Si vous n’étiez ma Mère, avec raison je patienterais, disant : elle est bien assez riche pour m’assister ; mais, hélas ! n’étant pas ma Mère, elle ne m’aime pas.

Puis donc, très douce Vierge, que vous êtes ma Mère, et que vous êtes puissante, comment vous excuserais-je si vous ne me soulagez et ne me prêtez votre secours et assistance ?

Vous voyez, ma Mère, que vous êtes contrainte d’acquiescer à toutes mes demandes.

Pour l’honneur et la gloire de votre Fils, acceptez-moi comme votre enfant, sans avoir égard à mes misères et à mes péchés.

Délivrez mon âme et mon corps de tout mal et me donnez toutes vertus, surtout l’humilité.

Enfin, faites-moi présent de tous les dons, biens et grâces qui plaisent à la Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit.

Ainsi soit-il.

2007-42. A propos de « Spe salvi »… Un commentaire d’Antonio Socci.

Ce que signifie la très belle encyclique de Benoît XVI sur l’espérance.

Article d’Antonio Socci paru dans le journal « Libero » du 1er décembre 2007

(article envoyé en italien par un ami résidant à Bologne, et traduit par nos soins).

 » Une bombe! C’est la nouvelle encyclique de Benoît XVI « Spe salvi » où il n’y a pas la moindre citation du concile (choix d’une signification énorme), où il est finalement parlé de l’Enfer, du Paradis et du Purgatoire (et même de l’Antéchrist à travers une citation de Kant), où les horreurs sont appelées par leur nom (par exemple « communisme », qu’il fut interdit de citer et de condamner au concile), où au lieu de faire de l’œil aux puissants de ce monde est retenu le poignant témoignage des martyrs chrétiens, les victimes, où est balayée au loin la rhétorique des « religions » en affirmant qu’il y a un seul Sauveur, où Marie est désignée comme « Etoile d’espérance » et où il est montré que la confiance aveugle dans le (seul) progrès et dans la (seule) science conduit au désastre et au désespoir.

Du concile, Benoît XVI ne cite nullement « Gaudium et spes », qui avait pourtant le mot espérance dans son titre, mais envoie au loin justement l’équivoque introduite de manière désastreuse dans le monde catholique par ce qui fut la principale constitution conciliaire: « l’Eglise dans le monde de ce temps ». Le Pape invite en fait, au § 22, à « une autocritique du christianisme moderne« . Spécialement sur le concept de « progrès ». Pour dire avec Charles Péguy, « le christianisme n’est pas la religion du progrès, mais du salut« .

Non que le progrès soit une chose négative, bien au contraire il doit beaucoup au christianisme comme le démontrent aussi des livres récents (je pense à ceux de Rodney Stark, « La Victoire de la raison« , et de Thomas Woods, « Comment l’Eglise Catholique a construit la civilisation occidentale« ). Le problème est « l’idéologie du progès », sa transformation en utopie.Le grave inconvénient de « Gaudium et spes » et du concile fut de changer la vertu théologale d’espérance dans la notion mondaine d’optimisme. Deux choses radicalement antithétiques, parce que, comme l’écrivait Ratzinger, alors cardinal, dans son livre « Regarder le Christ« : « Le fondement de l’optimisme est l’utopie », tandis que l’espérance est « un don qui a déjà été donné et que nous attendons de celui qui seul peut vraiment faire des dons: de ce Dieu qui, avec Jésus, a déjà planté sa tente dans l’histoire. »Dans l’Eglise post-conciliaire l’ « optimisme » devint un devoir et un nouveau superdogme. Le pire péché devint celui du « pessimisme ». Pour donner le « la », il y eut aussi l’ « ingénu » discours d’ouverture du concile prononcé par Jean XXIII, dans lequel, au milieu de ce siècle qui fut le plus grand abattoir de chrétiens de l’histoire, il « voyait rose » et s’en prenait à ceux qu’il appela « des prophètes de malheur« : « Dans les conditions actuelles de la société humaine, déclara-t-il, ils ne sont pas capables de voir autre chose que des ruines et des inconvénients; ils vont en disant que nos temps, si on les confronte aux siècles passés, se révèlent pire en tout; et ils arrivent jusqu’au point de ce comporter comme s’ils n’avaient rien à apprendre de l’histoire… A Nous il apparaît qu’il faut résolument ne pas être d’accord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours le pire, comme si la fin du monde menaçait.« 

Roncalli fut reconnu, par l’apologétique progressiste, dépositaire d’un véritable « esprit prophétique« , chose qui est niée – par exemple – par la Madone de Fatima, laquelle au contraire, en 1917, mettait en garde contre d’horribles malheurs, annonçant la gravité du moment et le péril mortel représenté par le communisme qui arrivait (après trois mois) en Russie. En fait un océan d’horreur et de sang se produisit. Mais 40 ans après, en 1962, allègrement – pendant que le Vatican donnait à Moscou l’assurance qu’au concile ne serait pas explicitement condamné le communisme et pendant que des saints comme Padre Pio étaient condamnés à mille vexations – Jean XXIII annonça publiquement que l’Eglise du concile préférait éviter les condamnations parce que même si « les doctrines fausses ne manquent pas… désormais les hommes semblent d’eux-mêmes portés à les condamner. »

Et en fait à peu de temps de là eut lieu le maximum de l’expansion communiste dans le monde, non seulement avec des régimes qui allaient de Trieste à la Chine et ensuite Cuba et l’Indochine, mais avec l’explosion de mai 68 dans les pays occidentaux qui furent dévastés pour des décennies par les idéologies de la haine. Peu d’années après la fin du concile Paul VI tirait le tragique bilan, pour l’Eglise, du « prophétique » optimisme roncallien et convenait que: « On croyait qu’après le concile serait venue une journée de soleil pour l’histoire de l’Eglise. Au contraire est venue une journée de nuages, de tempête, d’obscurité, de recherche, d’incertitude… L’ouverture au monde est devenue une invasion véritable et caractérisée dans l’Eglise de la pensée du siècle. Nous avons sans doute été trop faibles et imprudents« , « l’Eglise est dans une difficile période d’autodémolition« , « par quelque endroit la fumée de Satan est entrée dans le temple de Dieu« .

Parce qu’il avait admis loyalement cela, le même Paul VI fut isolé comme « pessimiste » par l’establishment clérical pour lequel la religion de l’optimisme « faisait oublier toute décadence et toute destruction » (outre qu’elle faisait oublier l’énormité des périls qui pesaient sur l’humanité, ainsi que les dogmes tels que le péché originel et l’existence de Satan et de l’enfer).

Ratzinger, dans le livre déjà cité, a des paroles de feu contre cette substitution de « l’espérance » avec « l’optimisme ». Il dit que « cet optimisme méthodique avait été produit par ceux qui désiraient la destruction de la vieille Eglise, sous couvert de réforme« , « l’optimisme affiché était une espèce de tranquillisant… dans le but de créer le climat adapté pour si possible démolir tranquillement l’Eglise et ainsi acquérir la domination sur elle. »

Ratzinger donnait aussi un exemple personnel. Quand parut de manière explosive son livre d’entretiens avec Vittorio Messori « Entretiens sur la foi« , où était clairement décrite la situation de l’Eglise et du monde, il fut accusé d’avoir fait « un livre pessimiste ». « En quelque manière » écrivait le cardinal, « on a tenté d’interdire la vente, parce qu’une hérésie de cet ordre de grandeur ne pouvait simplement pas être tolérée. Les détenteurs du pouvoir d’opinions mirent le livre à l’index. La nouvelle inquisition fit sentir sa force. Il fut encore une fois démontré qu’il n’existait pas de plus grand péché contre l’esprit de l’époque que de devenir coupable d’un manque d’optimisme. »

Aujourd’hui Benoît XVI, avec cette encyclique à la pensée puissante, a mis finalement au grenier le fondant « optimisme » roncallien et conciliaire, celui de l’idéologisme trop facile et conformiste qui a fait s’agenouiller l’Eglise devant le monde et l’a livrée à une des plus terribles crises de son histoire.

Ainsi la critique implicite ne va plus seulement à l’après-concile, aux « mauvaises interprétations » du concile, mais aussi à quelques fondements du concile. Du reste déjà un théologien du concile comme le fut Henri de Lubac (d’ailleurs cité dans l’encyclique) écrivait à propos de « Gaudium et spes »: « On parle encore de ‘conception chrétienne » mais bien peu de foi chrétienne. Tout un courant, en ce moment, cherche à accrocher l’Eglise, par le moyen du concile, à une petite ‘mondanisation’ « . Et enfin Karl Rahner disait que le « schéma 13″, qui est devenu « Gaudium et spes », « réduisait la portée surnaturelle du christianisme« . Absolument Rahner!

Ratzinger a vécu le concile: il est l’auteur du discours avec lequel le cardinal Frings a démoli le vieux Saint Office ce qui n’a pas fait peu de dommages. Et aujourd’hui le pontificat de Benoît XVI est considéré comme la fermeture de la saison obscure qui, faisant un trésor des bonnes choses du concile, nous rend la beauté bimillénaire de la tradition de l’Eglise. Ce n’est pas un hasard si dans l’encyclique le concile n’est pas cité, mais que le sont Saint Paul et Saint Grégoire de Nazianze, Saint Augustin et Saint Ambroise, Saint Thomas et Saint Bernard. Une encyclique belle, très belle. Poétique aussi, qui parle au cœur de l’homme, à sa solitude et à ses désirs les plus profonds. Il est recommandé de la lire et de la méditer attentivement. « 

Publié dans : Lectures & relectures | le 6 décembre, 2007 |5 Commentaires »

2007-41. Nous avons commencé notre marche vers la crèche.

Mercredi 5 décembre 2007.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous vous demandez peut-être comment il se fait que je ne vous ai rien écrit depuis six jours… La raison en est très simple: notre Frère était absent du Mesnil-Marie depuis vendredi matin, où il était parti bien avant l’aurore, et vous savez qu’en son absence je ne peux pas me servir tout seul de l’ordinateur.

Où était-il donc pendant cinq jours?

Il a fait un temps de coupure, une sorte de retraite, pour commencer la nouvelle année liturgique et prendre des forces spirituelles afin de se mieux préparer à Noël et, en effet, je vois que cela lui a fait le plus grand bien.
J’aurais bien aimé en profiter moi aussi, mais il lui était impossible de m’emmener avec lui (alors qu’il en avait cependant très envie). Pendant son absence, nos voisins se sont très bien occupés de moi et je tiens à les remercier publiquement ici.

L’Avent a donc commencé : à l’occasion de ce début d’année liturgique – finalement plus importante que l’année civile, puisque c’est elle qui nous permet de nous renouveler spirituellement et de croître dans la vie de la grâce – je vous présente donc des voeux fervents de « Bonne et sainte année!« , vous souhaitant d’abondantes bénédictions du Ciel pour vous et pour tous les vôtres.

Enfant Jésus en habit de velours bleu

Comme vous pouvez le constater avec la photo ci-dessus, la statue du Saint-Enfant Jésus de Prague qui est dans notre oratoire a changé de tenue : le voici dans sa sobre robe de velours bleu sombre, bordée de duvet imitant l’hermine… Devant elle brille la première bougie de la couronne de l’Avent que nous avons allumée samedi dernier à la tombée de la nuit.

Dès à présent, il va falloir penser à préparer la crèche : elle doit être la plus belle possible. Frère Maximilien-Marie, qui a des origines en Provence, est un peu marri de n’avoir pas trouvé de « blé de Sainte Barbe » à semer hier, mardi 4 décembre… mais il est bien vrai que nous sommes loin de la Provence!!!

Cette préparation de Noël, cette marche spirituelle vers la crèche où l’Enfant-Dieu va venir à notre rencontre, se fera aussi avec la lecture quotidienne du livre du Prophète Isaïe et l’étude de l’encyclique « Spe salvi«  de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI.

Bon, je vous laisse, il faut que j’aille aider le Frère et aussi lui faire de gros « ron-ron » affectueux. A très bientôt.

Lully.

Publié dans : Chronique de Lully | le 5 décembre, 2007 |Pas de Commentaires »

2007-40. »Spe salvi ».

Jeudi 29 novembre 2007.

Demain, vendredi 30 novembre, fête de l’Apôtre Saint André, sera rendue publique la seconde encyclique du pontificat de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI. Je n’ai pas de « scoop » à vous révéler sur ce sujet; je ne vais donc bien évidemment pas vous en révéler le contenu aujourd’hui… et pour cause! Il est même probable que je ne vous en reparlerai pas avant de l’avoir lue et approfondie, ce qui me demandera tout de même quelques jours.

Néanmoins, nous savons que le titre de cette encyclique a déjà été dévoilé il y a quelques semaines: « Spe salvi« . La plupart des articles qui en ont fait l’annonce ont traduit ces deux mots par : « Sauvés par l’espérance« .

Sans être vraiment inexacte – c’est un sens possible – j’avoue que cette manière de traduire me gène un peu ; il me semble qu’il faut être davantage circonspect dans la traduction car, de toute évidence (et ceux qui n’ont plus l’habitude de lire ou d’entendre lire la Sainte Ecriture dans son texte latin sont évidemment incapables de le voir immédiatement), ces deux mots sont repris de l’épître aux Romains dans laquelle nous lisons : « Spe enim salvi facti sumus. C’est en espérance en effet que nous avons été sauvés » (Rom.VIII,24). Dans le texte de Saint Paul, il n’y aurait pas vraiment de sens à donner à cet ablatif « spe » le sens de « par l’espérance« .

Relisons ensemble tout le passage dont ce verset est extrait (je le cite ici dans la traduction du Maistre de Sacy, parce qu’elle colle très exactement au sens de la Vulgate) : « … Je suis persuadé que les souffrances de la vie présente n’ont point de proportion avec cette gloire qui sera un jour découverte en nous. Aussi les créatures attendent avec un grand désir la manifestation des enfants de Dieu, parce qu’elles sont assujetties à la vanité, et elles ne le sont pas volontairement, mais à cause de celui qui les y a assujetties, avec espérance d’être délivrées aussi elles-mêmes de cet asservissement à la corruption pour (participer à) la glorieuse liberté des enfants de Dieu. Car nous savons que jusqu’à maintenant toutes les créatures soupirent, et sont dans le travail de l’enfantement; et non seulement elles, mais nous encore, qui possédons les prémices de l’Esprit, nous soupirons en nous-mêmes, attendant l’adoption divine, la rédemption de notre corps. Car ce n’est qu’en espérance que nous sommes sauvés. Or quand on voit ce qu’on a espéré, ce n’est plus espérance, puisque nul n’espère ce qu’il voit déjà. Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec patience… » (Rom.VIII, 18-25). On voit même que Le Maistre de Sacy pour rendre toutes les nuances incluses dans la concision des termes latins traduit par la formule: « Ce n’est qu’en espérance que nous sommes sauvés« .

Car, il faut souvent le rappeler en nos temps, le salut n’est pas automatique. Si Notre-Seigneur Jésus-Christ a effectivement accompli une rédemption surabondante dans Sa Passion, Lui dont « une seule goutte (de sang) peut effacer tous les péchés du monde » (Saint Thomas d’Aquin, hymne « Adoro Te« ), cela ne signifie pas que, dans les faits, tous les hommes reçoivent ce salut. Nous sommes sauvés, mais c’est en espérance: c’est à dire que, plaçant notre confiance dans la miséricorde divine, en nous fondant sur les seuls mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ et non sur la valeur de nos mérites personnels, en comptant sur l’assistance de la grâce du Saint-Esprit, nous désirons et attendons de Dieu la vie éternelle, qui nous sera donnée SI nous sommes fidèles et persévérants dans la voie de l’obéissance aux commandements.

Tout ceci est magnifiquement résumé par la formule de l’acte d’espérance (qui n’est malheureusement pas assez récité par les fidèles) : « Mon Dieu, j’espère avec une ferme confiance que vous me donnerez, par les mérites de Jésus-Christ, votre grâce en ce monde et, si j’observe vos commandements, le bonheur éternel dans l’autre, parce que vous l’avez promis et que vous êtes souverainement fidèle dans vos promesses.« 

On le voit, les fondements de l’espérance résident dans la Parole de Dieu – dans Ses promesses – et dans notre obéissance à Sa Loi. Ce n’est pas le fait d’espérer qui nous sauve, et le salut ne nous est pas acquis – et encore moins dû – par le seul fait que nous l’espérons. Ce n’est pas l’espérance, en tant que disposition de notre coeur, qui nous sauve, mais ce sont les grâces de la Passion du Christ. Le salut nous est promis et nous faisons confiance dans cette promesse divine, cependant cette promesse ne se réalisera que si nous correspondons activement aux grâces de salut méritées par Notre-Seigneur. Voilà pourquoi nous sommes sauvés en espérance, et que nous ne le sommes même présentement qu’en espérance!

Le temps liturgique de l’Avent, qui va commencer ce samedi soir, est le temps de l’espérance. En publiant son encyclique à la veille de l’Avent, notre Saint-Père le Pape veut nous pousser à approfondir le sens de cette vertu théologale, à en vivre plus intensément, et à nous renouveler intérieurement – conformément à la grande Tradition des Pères de l’Eglise – dans la perspective de l’avènement du Seigneur Jésus vers lequel nous devons être tendus. Il nous sera donc certainement très profitable de prendre le texte de cette encyclique comme support de nos méditations et aliment de notre réflexion spirituelle dans les semaines qui viennent.

Publié dans : Annonces & Nouvelles, Lectures & relectures | le 29 novembre, 2007 |Pas de Commentaires »

2007-39. De la couronne de l’Avent

Jeudi avant le premier dimanche de l’Avent.

Aujourd’hui, Frère Maximilien-Marie m’a demandé de l’accompagner au grenier pour aller chercher ce qu’il faut pour préparer la couronne de l’Avent. Pendant qu’il déballait les cartons où tout est soigneusement emballé et rangé, il m’a parlé de cette période préparatoire à l’avènement du Rédempteur, qui va commencer samedi à la tombée du jour, par les premières vêpres du premier dimanche de l’Avent, et il m’a expliqué le sens de cette couronne.
J’ai ouvert tout grand mes oreilles, de manière à pouvoir vous répéter l’essentiel de ses explications.

La coutume de la couronne de l’Avent est née il y a très longtemps, dans les pays rhénans… au XVIème siècle, si je me souviens bien.

La forme circulaire de la couronne représente le cycle de la liturgie, dont les fêtes nous reviennent chaque année ; le cercle est aussi un très ancien symbole pour représenter l’éternité. Pour les fidèles, cela symbolise également le fait que Jésus – qui est déjà venu dans le monde – reviendra, et que l’Avent n’est donc pas seulement la préparation de la joyeuse célébration d’un anniversaire (un événement appartenant au passé), mais également l’attente du retour glorieux du Christ, vers lequel leurs coeurs sont tendus.
Le cercle, qui n’a ni commencement ni fin, représente encore les efforts continuels, sans cesse renouvelés, jamais interrompus, que les chrétiens doivent accomplir pour être toujours prêts pour cet avènement, comme l’enseignement des paraboles de Jésus le leur demande.

La couleur verte de la couronne, celle du sapin ou du pin, représente elle aussi l’éternité puisque ce sont des arbres qui ne perdent pas leur feuillage quand vient l’hiver, et qui suggèrent donc une permanence, la durée, la non-mortalité..

Le vert est également couleur d’espérance : à l’image de ces arbres qui, restant verts, ne semblent pas entrer comme les autres dans le « sommeil hivernal », nous ne devons jamais cesser de veiller et de prier, nous devons toujours être revêtus de la grâce, ne pas être dépouillés de vertus.

Sur la couronne, on dispose quatre bougies pour représenter les quatre dimanches préparatoires à Noël, qui marquent quatre étapes spirituelles.
Chaque dimanche on en allume une de plus. Ainsi, plus la fête approche et plus il y a de lumière.
Cela nous rappelle que Jésus est la Lumière du monde, « Lux mundi », et que son avènement dissipe les ténèbres de nos coeurs. On peut ajouter bien sûr quelques autres éléments décoratifs à la couronne, mais l’essentiel est là.

Allez, je ne vais pas vous distraire davantage, il faut que je vous laisse aller préparer votre couronne de l’Avent.

Lully.                                

Couronne de l'Avent

Voir aussi :
- Lully dirige la préparation de la couronne de l’Avent > www
- la spiritualité de l’Avent > www
- la B.D. « Tendus vers Son Avènement » > www

Publié dans : Chronique de Lully, De liturgia | le 29 novembre, 2007 |4 Commentaires »

2007-38. Ces deux Coeurs en disent assez…

27 novembre.

Samedi 27 novembre 1830 : il est environ 17h30 et les « Filles de la Charité » sont réunies dans leur chapelle pour l’oraison du soir. Parmi elles, une novice : Soeur Catherine Labouré.

Soeur Catherine a déjà un peu « inquiété » son confesseur.
Depuis quelques mois en effet, elle lui a parlé de visions dont elle serait favorisée : plusieurs visions du coeur de Monsieur Vincent en avril, vision de Notre-Seigneur Lui-même au mois de juin, vision de la Sainte Vierge au mois de juillet.
Tout cela est bien étrange et le bon prêtre n’est pas homme à s’enthousiasmer pour de prétendues apparitions : il se méfie de l’imagination des femmes, surtout lorsqu’elle sont ferventes !!!
Pourtant, Soeur Catherine est la moins imaginative de toutes les filles de Saint Vincent et on ne trouve en elle aucune tendance à l’exaltation mystique. Et – ce qui est le plus troublant – c’est qu’elle a annoncé à son confesseur des évènements politiques qui se sont effectivement réalisés au cours de cet été 1830.

Ce 27 novembre donc, Soeur Catherine, recueillie dans cette chapelle sise au 140 de la rue du Bac, croit percevoir « le frou-frou d’une robe de soie », de la même manière qu’elle l’avait entendu dans la nuit du 18 au 19 juillet au moment de l’arrivée de la Sainte Vierge. Et effectivement, elle la revoit : Marie est resplendissante !

Mais ce n’est pas cette fois une apparition toute d’intimité et de proximité, comme en juillet où Marie s’était assise dans le fauteuil du prêtre et où Catherine avait posé ses mains sur ses genoux…
Ce soir, l’apparition a quelque chose de plus solennel : la Très Sainte Vierge n’est pas au niveau du sol, elle se tient en hauteur, un peu en avant du sanctuaire, du côté de l’épître. Elle est debout, ses pieds sont posés sur un globe terrestre autour duquel s’agite un serpent de couleur verdâtre, avec des taches jaunes. Le pied de Marie est posé sur la tête de la bête, qu’elle tient ainsi en respect. Dans ses mains, à la hauteur de la poitrine, Notre-Dame tient un autre globe – plus petit – surmonté d’une croix d’or : elle le tient dans une attitude d’offrande et d’intercession suppliante. Soeur Catherine entend la voix de Marie lui expliquer :
« Cette boule représente le monde entier, la France, et chaque personne en particulier ».

Soudain, ce globe disparaît, les doigts de la Vierge se remplissent d’anneaux (Catherine peut en compter quinze) porteurs de pierres précieuses resplendissantes ; Marie abaisse les bras et les tient légèrement écartés du corps. L’éclat des pierreries descend en rayons lumineux vers le globe sur lequel elle est debout.
Elle dit : « Ceci est l’image des grâces que je répands sur les personnes qui me les demandent… »
Et comme Soeur Catherine s’étonne en silence de voir qu’il y a des rayons plus courts, qui semblent ne pas arriver jusqu’en bas, elle entend la voix lui expliquer encore : « Ce sont les grâces que l’on oublie de me demander… »

Alors, autour de la Vierge se dessine une sorte de tableau ovale à l’intérieur duquel Catherine voit apparaître en lettres d’or : « Ô MARIE, CONÇUE SANS PECHE, PRIEZ POUR NOUS QUI AVONS RECOURS À VOUS ! »

Soeur Catherine entend encore la voix de Marie qui lui demande : « Faites, faites frapper une médaille sur ce modèle, les personnes qui la porteront avec confiance recevront de grandes grâces ».
Alors
le tableau paraît se retourner afin de montrer ce que doit représenter le revers de la médaille : un grand M, monogramme de Marie, surmonté d’une croix. Au-dessous, sont représentés deux Coeurs : celui de Jésus, couronné d’épines, et celui de Marie, transpercé d’un glaive ; douze étoiles entourent ce tableau.
Lorsque Soeur Catherine demande intérieurement s’il faut aussi mettre une inscription de ce côté de la médaille, la voix de Notre-Dame lui répond : « L’ M et ces deux Coeurs en disent assez ! »

La Médaille Miraculeuse

Pour nous, qui sommes réunis en ce Mesnil-Marie sous le patronage de Notre-Dame de Compassion, les symboles sont éloquents, explicites, et s’accordent parfaitement aux aspirations de la fondation :
- L’ M au pied de la Croix, c’est la présence de Notre-Dame dans l’oeuvre de notre rédemption, sa Compassion, sa co-rédemption.
- L’ M qui semble « porter » la Croix, c’est le rôle suréminent de Marie, appelée à donner au monde le Sauveur, mise à part pour former en elle le Corps de l’Agneau immaculé, c’est-à-dire pour façonner en quelque sorte la « matière du sacrifice » du Calvaire.
- Et les deux coeurs, côte-à-côte portant les symboles de la souffrance rédemptrice de Jésus et de la Compassion de Marie, montrent à quel point la dévotion au divin Coeur de Jésus – ainsi que nous le disions à l’occasion de la fête de Sainte Gertrude (cf. 
www) – à laquelle le Coeur de Marie est étroitement associé, est fondamentale pour « ces derniers temps » dans lesquels nous nous trouvons.

« Ces deux Coeurs en disent assez ! »

Le symbole de ces deux Coeurs unis contient le symbole – et comme le résumé – de tout ce que nous devons croire et faire désormais pour mieux répondre aux appels du Ciel.

2007-38. Ces deux Coeurs en disent assez... dans De Maria numquam satis 2saintscoeurscopie.vignette

Publié dans : De Maria numquam satis, Textes spirituels | le 27 novembre, 2007 |1 Commentaire »

2007-37. Le 24 novembre, nous fêtons Saint Jean de la Croix.

Carme espagnol, Docteur de l’Église, figure essentielle de la réforme du Carmel, maître de la théologie dite négative, Saint Jean de la Croix enseigne une voie de dépouillement pour parvenir à l’union d’amour mystique avec Dieu.

Pour Jean, l’âme qui aime doit « travailler à se dépouiller et dénuer pour Dieu de tout ce qui n’est point Dieu« .
Souvent appelé le « Docteur des Nuits », ses écrits (qui ont pour titres : « La montée du Carmel », « La nuit obscure », « La vive flamme d’amour » & « Les cantiques spirituels ») ont profondément marqué la mystique chrétienne par leur intensité et par la sureté de leur doctrine : Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus – à une époque où les ouvrages de Saint Jean de la Croix étaient peu lus dans les Carmels (!!!) – y puisa de grandes lumières et forces spirituelles.
La radicalité de son enseignement et la rigueur de sa vie ont fait dire au philosophe Gustave Thibon qu’il fut le «plus extrémiste de tous les saints».
De fait, la réputation qui a été faite aux enseignements de Saint Jean de la Croix inspire parfois une certaine crainte, parce qu’on les a présentés comme une espèce d’ascétisme « effrayant », sans faire ressortir combien toute cette doctrine était fondée sur l’amour, et sur la recherche d’un amour toujours plus grand, plus beau, plus fort, plus pur, qui mérite qu’on fasse pour lui d’authentiques renoncements.
D’un autre côté, il n’est pas rare non plus de trouver de faux maîtres spirituels ou mystiques qui prétendent se couvrir de son autorité ou se référer à sa doctrine spirituelle!

St Jean de la Croix

Jean de Yépès est né en 1542, en vieille Castille, dans une famille noble mais pauvre, qui vivait du tissage. En 1545, la famille de Jean fut éprouvée par des deuils cruels: le père et l’un des garçons furent emportés soudainement. Ce fut alors le début d’une période de véritable misère pour Jean, sa mère et son autre frère. En 1551, ils s’installèrent à Médina del Campo, où ils avaient pu trouver un peu de travail. C’est à cette époque que les dons de Jean se manifestèrent : curiosité intellectuelle, amour du beau, piété, dévouement exceptionnel pour autrui.
En 1563, à l’âge de vingt ans, il prit l’habit chez les Carmes sous le nom de Frère Jean de Saint-Matthias.
Quatre ans plus tard, à Médina, il rencontra Thérèse d’Avila qui venait d’y fonder un Carmel de femmes selon l’ancienne observance. Elle convainquit Jean – qui était maintenant prêtre – de se joindre à elle dans sa réforme de l’Ordre. Il prit alors le nom de Jean de la Croix et devint un élément essentiel de la Réforme thérésienne, développant un lien privilégié avec Mère Thérèse de Jésus. Celle-ci, impressionnée par son sérieux et son zèle ascétique, l’appelait avec humour son «petit Sénèque».
En décembre 1577, le Père Jean de la Croix fut enlevé par des Carmes adversaires résolus de la réforme : ils l’enfermèrent pendant plusieurs mois dans un réduit du couvent de Tolède, le soumettant à toutes sortes de brimades et humiliations.
Toutefois, le 17 août 1578, Jean – aidé par la Sainte Vierge – parvint à s’évader. Durant cette captivité il avait reçu de grandes grâces d’union à Dieu et composé ses grands poèmes qui expriment cette expérience mystique de tout premier ordre.
En 1582, après la mort de Sainte Thérèse, il devint prieur du couvent de Grenade. Il rédigea alors ses traités « didactiques  » qui se présentent comme une sorte de commentaire des oeuvres poétiques. En 1589, il fut élu prieur du couvent de Ségovie. Il mourut le 14 décembre 1591, à l’âge de quarante-neuf ans.

Béatifié en 1675, canonisé en 1726 et proclamé Docteur de l’Église par le pape Pie XI en 1926, il fut en outre déclaré par Pie XII patron des poètes espagnols le 21 mars 1952, et par Jean-Paul II patron des poètes de langue espagnole le 8 mars 1993.

Voici justement l’un de ses poèmes, très connu, mais dont la lecture est toujours très émouvante :

Je la connais la source qui coule et se répand,
Quoique ce soit de nuit !

Cette fontaine éternelle est cachée,
Mais comme je sais bien où elle est,
Quoique ce soit de nuit !

Dans cette nuit obscure de cette vie
Comme je connais bien, par la foi, la fontaine,
Quoique ce soit de nuit !

Son origine, je l’ignore; elle n’en a pas
Mais je sais que tout être tire d’elle son origine,
Quoique ce soit de nuit !

Je sais qu’il ne peut y avoir chose plus belle,
Que la terre et les cieux vont s’y abreuver,
Quoique ce soit de nuit !

Je sais bien que c’est un abîme sans fond
Et que personne ne peut y passer à gué,
Quoique ce soit de nuit !

Sa clarté n’est jamais obscurcie
Et je sais que toute lumière vient d’elle,
Quoique ce soit de nuit !

Je sais que ses eaux coulent si abondantes
Qu’elles arrosent enfers, cieux et peuples,
Quoique ce soit de nuit !

Le ruisseau qui sort de cette source
Est, je le sais, aussi vaste et puissant qu’elle,
Quoique ce soit de nuit !

Le ruisseau qui procède de ces deux
N’est précédé ni par l’un ni par l’autre,
Quoique ce soit de nuit !

Je sais bien que les trois, dans une seule eau vive,
Résident, et que l’une dérive de l’autre,
Quoique ce soit de nuit !

Cette fontaine éternelle est cachée
Dans ce pain vivant pour nous donner vie,
Quoique ce soit de nuit !

Elle est là appelant toutes les créatures
Et elles vont s’y abreuver dans les ténèbres,
Parce qu’il fait nuit.

Cette source vive, vers laquelle je soupire,
Je la vois dans ce pain de vie,
Quoique ce soit de nuit !

* * * * * * *

Voir aussi la B.D. « Libérer le vol de l’âme » > ici
Et le texte de Gustave Thibon > ici

Publié dans : De liturgia, Nos amis les Saints, Textes spirituels | le 24 novembre, 2007 |1 Commentaire »
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