Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2012-53. 21 septembre 1792 : rappel de quelques vérités.

Vendredi 21 septembre 2012.

Ce matin, dans mes lectures, je suis « tombé » sur quelques textes qui célébraient en ce jour le deux-cent-vingtième anniversaire de l’abolition de la royauté et de la proclamation de la république par la « Convention nationale ».
Bien évidemment, cette commémoration importe surtout aux laïcistes, libres penseurs et autres francs-maçons qui, dans leur langage dithyrambique, voient dans ce jour la « fin de la tyrannie », « l’avènement de la liberté » et le « triomphe de la démocratie »… etc.

Autel de la Convention nationale

Paris : dans la basilique Sainte Geneviève profanée et convertie en « Panthéon »,
l’ « autel » dédié à la Convention (sculpteur : Sicard)

Du coup, je me suis replongé dans quelques publications historiques : oh! pas des publications « tendancieuses » ou « partisanes », simplement des études basiques et honnêtes auxquelles tout le monde peut avoir accès et dans lesquelles on trouve des chiffres que je vais me contenter de présenter.
Car les chiffres suffisent à démontrer que ce que célèbrent les laïcistes et les francs-maçons – un peuple unanime qui abolirait la royauté et proclamerait la république dans les transports d’une liesse quasi mystique – n’est qu’un pur mythe idéologique, sans aucun fondement réel.

On peut lire ici ou là que les élections par lesquelles furent désignés les députés de la Convention furent les premières en France à avoir été faites au suffrage universel.

En réalité, les députés à la Convention furent élus par moins de 10% de la population du Royaume

Etaient exclus du droit de vote : 1) les femmes, 2) les domestiques, 3) les non-salariés (il fallait pour être électeur pouvoir justifier que l’on vivait de son travail, ce qui signifie que ceux qui vivaient de rentes ou de revenus fonciers ne pouvaient voter), 4) les hommes qui n’avaient pas au moins un an de résidence dans une commune, 5) les hommes de moins de 21 ans.

En outre, les élections des députés à la Convention se déroulèrent sur un mode un peu compliqué qui avait deux degrés : pour être électeur au premier degré, il fallait payer une contribution équivalente au revenu de trois journées de travail, et pour être électeur au second degré il fallait payer une contribution équivalente au revenu de cent-cinquante journées de travail.

Le premier degré des élections eut lieu le 26 août 1792 et le second degré le 2 septembre. C’est à dire que le vote se place dans le même temps qu’il y a l’instauration d’une véritable terreur sanguinaire : prise des Tuileries et massacre des derniers défenseurs de la famille royale, emprisonnement de cette dernière dans le donjon du Temple, emprisonnements massifs de prêtres réfractaires et de royalistes, et enfin massacres de septembre…
Autant dire que le climat politique et social était absolument contraire à une expression paisible des sentiments de la population terrorisée, qui restait à près de 90% favorable à la royauté, fidèle à son Roi et de plus en plus hostile à la révolution (en particulier en raison du refus de la constitution civile du clergé et de son attachement aux « bons prêtres »).
Ce sont presque exclusivement les « patriotes », c’est-à-dire les révolutionnaires les plus enragés, qui se rendirent aux urnes.

Le nombre total des députés à la Convention était de 749.
Pour se réunir et pour commencer à légiférer, la Convention n’attendit pas que tous les députés fussent arrivés à Paris : sa première réunion eut lieu le 20 septembre 1792 en fin d’après-midi, 371 députés étaient présents, c’est-à-dire un peu moins de la moitié.
Moins de la moitié des élus, désignés par moins de 10% de la population : nul besoin d’être très doué en calcul pour comprendre à quel point cette représentation est « démocratique » et pour réaliser selon quelle mesure les décisions de ces députés vont exprimer les « sentiments unanimes de la nation » !!!

La séance du 21 septembre 1792 vit le vote « à l’unanimité » de l’abolition de la royauté et de la proclamation de la république.
Voici la photographie du décret qui en fait acte :

décret du 21 sept 1792

Chacun de vous peut donc aisément comprendre que la proclamation de la république en France fut le fait d’une infime minorité de terroristes (371 extrémistes décidant pour plus de 27 millions d’habitants) et constitue un déni absolu de la « démocratie » dont elle prétend être l’expression.

Lully.

2012-44. Simples réflexions à propos du 10 août.

Vendredi 10 août 2012.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La date du 10 août est particulièrement riche en célébrations et commémorations.
Sans prétendre, ni même vouloir, tout épuiser, je m’autorise à vous rejoindre pour partager avec vous quelques réflexions qui me sont venues aujourd’hui à partir de mes lectures et des échanges que j’ai eus avec mon papa-moine.

A – De la fête de Saint Laurent et de la cohérence des fidèles.

Au calendrier liturgique, nous fêtons aujourd’hui Saint Laurent, proto-diacre et martyr.
C’est même l’un des plus célèbres martyrs de Rome : il est d’ailleurs devenu l’un des célestes protecteurs de la Ville Eternelle, et la basilique qui a été élevée sur son tombeau est au nombre des « sept basiliques » auxquelles les pèlerins se rendent traditionnellement.

Le martyre de Saint Laurent, Pierre de Cortone - 1626

Le martyre de Saint Laurent (Pierre de Cortone – 1626)

Je ne peux résister à la tentation de vous recopier quelques phrases d’un sermon que notre glorieux Père Saint Augustin a consacré à Saint Laurent :
« C’est aujourd’hui, à Rome, un grand jour de fête, que célèbre une grande affluence de peuple. Unissons-nous à ce peuple : absents de corps, soyons néanmoins par l’esprit avec nos frères, en un même corps, et sous un même chef. La mémoire de ses mérites ne se borne point, pour notre martyr, à la terre où est le sépulcre de son corps. Partout on lui doit un saint respect. La chair n’occupe qu’un seul endroit, mais l’âme victorieuse est avec Celui qui est partout.
(…) L’Eglise, a établi ces anniversaires des glorieux martyrs, afin d’amener par la foi à les imiter, ceux qui ne les ont point vus souffrir, de les stimuler par ces solennités (…). A chaque solennité d’un martyr, préparons notre coeur à le fêter, de manière à n’être jamais sans l’imiter.
C’était un homme, et nous sommes des hommes. Celui qui l’a créé nous a créés aussi ; et nous sommes rachetés au même prix qu’il a été racheté. Nul homme chrétien dès lors ne saurait dire : Pourquoi moi? Encore moins, doit-il dire : Pour moi non. Mais bien : Pourquoi pas moi ? (…)
Dès lors, mes frères bien-aimés, puisque jamais nous ne sommes sans persécution, comme nous l’avons dit, et que le diable, ou nous tend des embûches, ou nous fait violence, nous devons être toujours prêts, ayant le coeur fixé en Dieu, et autant qu’il nous est possible, au milieu de ces embarras, de ces tribulations, de ces épreuves, demander la force au Seigneur, puisque de nous-mêmes nous sommes si faibles, nous ne pouvons rien (…) » (Saint Augustin, homélie pour la fête de Saint Laurent)

En un temps où, très spécialement en France, l’anti-christianisme se fait de plus en plus agressif, la célébration des fêtes des martyrs ne doit-elle pas nous stimuler et nous encourager ?
L’Apôtre Saint Paul ne s’adressait pas qu’aux chrétiens de Rome du premier siècle lorsqu’il leur écrivait : « Nolite conformare huic saeculo : ne vous conformez pas à ce monde, mais réformez-vous par le renouvellement de votre esprit, afin que vous reconnaissiez combien la volonté de Dieu est bonne, agréable et parfaite » (Rom. XII, 2).

Aujourd’hui, par tous les moyens, de multiples et incessantes pressions sont faites pour que les chrétiens en prennent à leur aise avec la loi divine – qui n’est rien d’autre que la pratique cohérente du véritable amour – , réinterprètent les commandements de Dieu et de Son Eglise, renoncent aux exigences de la sainteté et se calquent sur des modes comportementales qui ne sont rien d’autre que l’immoralité institutionnalisée…

J’ai alors repensé à ce qu’écrivait Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face :
« …si l’Amour venait à s’éteindre, les Apôtres n’annonceraient plus l’Evangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang… » (manuscrit B).
Et je me suis demandé : parmi tous ceux qui se déclarent chrétiens, aujourd’hui, en France, combien sont prêts à répandre leur sang pour défendre la loi morale, comme le fit Saint Jean-Baptiste ? combien sont prêts à payer de leur vie leur attachement à Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme, comme le fit Saint Etienne ? combien sont prêts à défendre toutes les Vérités révélées par Dieu et transmises infailliblement par Son Eglise, quoi qu’il puisse leur en coûter, comme le fit Saint Laurent ? combien sont prêts à se laisser torturer et mettre en pièces plutôt que d’abandonner un seul point du dogme, comme l’a fait la « foule immense que nul ne pouvait dénombrer » des fidèles mis à mort par les païens, par les hérétiques, par les mahométans, par les huguenots, par les révolutionnaires, par les marxistes et par les socialistes, par les athées et par les satanistes ?
La charité, capable d’aller jusqu’au bout du plus extrême don de soi, et la cohérence la plus rigoureuse de son comportement avec ce que l’on professe des lèvres ne font-elles pas cruellement défaut même dans les rangs des fidèles ? L’Amour, l’Amour vrai dont parlait Sainte Thérèse, n’est-il pas éteint ? L’Amour est-il encore aimé, vraiment aimé, aimé avec cette cohérence qui embrasse chaque détail de la vie ?

J’ai lu dans « la Croix » – pardonnez-moi de citer un mauvais journal (« Lire ‘la Croix’, quelle croix ! » s’était un jour écrié le génial André Frossard) – le compte-rendu d’un sondage publié hier par « la Vie » (nul n’ignore que cet hebdomadaire n’est plus catholique depuis belle lurette), selon lequel seulement 56% des « catholiques pratiquants » croiraient en une vie après la mort, et seulement deux tiers d’entre eux adhèreraient aux dogmes les plus essentiels du christianisme (dont – excusez du peu – la création du monde par Dieu et la résurrection de N.S.J.C. !).
Sans doute conviendrait-il de définir ce qu’est pour « la Vie » un « catholique pratiquant » : à mon avis ce ne doit pas être quelqu’un qui va à la Messe tous les dimanches et fêtes d’obligation, qui prie quotidiennement, qui observe les commandements de Dieu et de l’Eglise, qui se confesse régulièrement, qui est attentif aux jours de pénitence et de jeûne, qui obéit au Pape… mais, bref, passons là-dessus pour en venir à cette conclusion : comment voulez-vous que ces prétendus catholiques soient capables de résister en face de la plus simple contradiction, des vexations de l’anti-christianisme militant, voire de la persécution – qu’elle soit psychologique ou physique – ?

Sans doute voyons-nous ici les résultats de plus de cinquante ans de catéchèse et de prédication indigentes, rendues stériles par le modernisme et le relativisme des pasteurs eux-mêmes.
Une fois de plus, je n’hésite pas à l’écrire : il vaudrait certainement bien mieux que ces pseudo-catholiques, fussent-ils prêtres ou même évêques, quittent carrément l’Eglise et – si ça leur chante – fondent leurs petites sectes modernichonnes (et de toute façon sans avenir) plutôt que de continuer à affaiblir et polluer la véritable Eglise du Christ !

Triumphal Arch Mosaic

Rome, basilique de Saint-Laurent-hors-les-murs, mosaïque de l’arc triomphal :
Le Christ en gloire entouré des saints Apôtres Pierre et Paul, des saints diacres martyrs Laurent et Etienne, et de Saint Hippolyte .

B – Lacrymosa dies illa : 10 août 1792.

Mais la joie spirituelle de la fête de l’un des plus glorieux martyrs de la Sainte Eglise est chaque année assombrie par l’anniversaire de la prise du palais des Tuileries, le 10 août 1792.
Cette date marque la chute de la royauté française. Et même si elle n’en est pas vraiment le début (voir par exemple ce que j’ai publié > ici), elle va entraîner un déchaînement de violences inouïes, être suivie par une quantité incroyables d’actes de vandalisme et de barbarie, une débauche de sacrilèges et de profanations, un invraisemblable déferlement de haine et de cruauté que personne n’eût pu imaginer dans un Royaume qui passait pour le plus chrétien d’Europe et le plus raffiné dans sa civilisation !

J’avais publié l’année dernière le témoignage de Pauline de Tourzel sur la prise des Tuileries (cf. > ici).
Avec Frère Maximilien-Marie, nous avons lu ce matin la relation qui en a été faite par le colonel de Pfyffer d’Altischoffen (voir > ici).

Nous avons pleuré d’émotion et d’indignation à ce récit qui montre le courage et la fidélité sans faille des Gardes Suisses et des derniers défenseurs de la famille royale, mais aussi la bassesse et la félonie de ceux qui prétendaient agir pour la liberté, l’égalité et la fraternité, et qui ne furent en réalité que les instruments de la régression de la France.

10 août 1792 - les corps des Suisses outragés et brûlés

Après la prise du palais, les corps des Suisses sont défenestrés, dénudés, mutilés, brûlés…

Frère Maximilien-Marie m’a dit (et j’adhère moi-même totalement à ses paroles) :
« Plus que jamais, plus fort que jamais, plus profondément et plus résolument que jamais, je déteste, je hais et  j’exècre la révolution !
C’est en raison de l’amour que j’ai pour Dieu et pour Ses saintes lois, en raison de l’amour que je porte à la France telle que Dieu la veut, que je me suis voué et consacré à combattre la révolution : avec la grâce de Dieu, je la combattrai jusqu’à mon dernier souffle sur cette terre, et je la combattrai encore au-delà de ma mort… »

A ceux qui s’étonneraient de lire que le verbe haïr est dans la bouche d’un religieux, il convient de préciser que si justement un moine est fait pour aimer – aimer selon Dieu s’entend -, cet amour exige nécessairement de repousser avec la dernière énergie tout ce qui est contraire à l’amour divin, de lutter contre tout ce qui s’oppose à cet amour, et de haïr tout ce qui tend à la destruction du règne d’amour du Coeur de Jésus.
Or la révolution n’est rien d’autre qu’une entreprise satanique, une manifestation de l’antéchrist, une tentative de faire échec aux desseins du Sacré-Coeur.

2012-44. Simples réflexions à propos du 10 août. dans Chronique de Lully fragement-drapeau-gardes-suisses-ramassé-aux-Tuileries-par-Cléry-Carnavalet-300x225

Lys d’un drapeau des Gardes Suisses qui fut ramassé par Cléry aux Tuileries
(Paris – musée Carnavalet) 

C - In memoriam : 10 août 1982.

D’une manière très personnelle, ce 10 août marque cette année le trentième anniversaire du rappel à Dieu de la grand’mère paternelle de Frère Maximilien-Marie.
C’est par elle que notre Frère a des racines dans ce pays des Boutières où notre Mesnil-Marie est implanté.

Frère Maximilien-Marie m’a raconté que sa grand’mère avait demandé que le vieux cantique populaire « J’irai la voir un jour » fût chanté à ses funérailles.
En ce temps là, Monsieur l’archiprêtre de Saint-Martin de Valamas était l’un de ces bons prêtres qui avait gardé la foi, qui aimait Notre-Dame, dont le coeur cherchait à se modeler sur Celui du Bon Pasteur : il ne s’était, bien évidemment, pas opposé aux dernières volontés de la défunte, qui avait également précisé qu’elle voulait que l’on chantât la Messe des morts, c’est-à-dire les pièces grégoriennes de la liturgie des défunts.

Trente ans après, la paroisse de Saint-Martin de Valamas a été supprimée (dissoute dans une « paroisse » qui couvre le territoire de deux cantons) et il n’y a évidemment plus d’archiprêtre ; le prieuré – magnifique presbytère du XVIe siècle – est inoccupé ; la plupart des fidèles meurt sans le secours des sacrements ; aux messes d’enterrement – quand il y a encore une messe – on n’offre pas des suffrages pour les défunts (et on ne parle pas du purgatoire bien sûr) , mais on vient faire un geste de solidarité envers une famille en deuil ; enfin il est interdit aux prêtres d’accompagner la dépouille du défunt au cimetière, d’y bénir la tombe et d’y diriger les ultimes recommandations de l’âme !!!

Frère Maximilien-Marie a prévu d’être inhumé, normalement, dans la concession familiale où sa place est prête, au cimetière de Saint-Martin de Valamas.
Mais il est bien évidemment hors de question d’avoir à ses funérailles autre chose qu’une Sainte Messe de Requiem selon le rite latin traditionnel, et qui soit en outre célébrée par un prêtre vraiment catholique officiant habituellement avec cette liturgie.
Avec de telles exigences, notre Frère n’est pas certain qu’ « on » lui ouvre les portes de l’église de Saint-Martin de Valamas… du moins dans l’état actuel des choses.

Mais ce n’est pas irréversible car – grâces en soient à Dieu! – Frère Maximilien-Marie se porte plutôt bien et, sauf accident, il bénéficie d’une espérance de vie plus importante que les opposants à la liturgie traditionnelle que seulement quelques années séparent de la retraite : nous le savons bien, une partie de la crise moderniste sera résolue de manière biologique !

N’allez pas croire que mes pensées de ce soir sont morbides : finalement, la mort n’est un drame que pour ceux qui sont en dehors de la grâce de Notre-Seigneur et qui n’ont point d’espérance.
A quelques jours de la fête de l’Assomption, nous regardons plus que jamais avec ferveur vers le Ciel et vers l’Eternité qui nous est promise, et notre coeur chante avec une tendresse émue : 

J’irai la voir un jour, au Ciel dans ma Patrie :
Oui, j’irai voir Marie, ma joie et mon amour;
Au Ciel, au Ciel, au Ciel, j’irai la voir un jour ! 

patteschats 10 août dans MementoLully.                

Hugo van der Goes - dormition de Notre-Dame

Hugo van der Goes : la dormition de la Vierge

Pour aider le Refuge Notre-Dame de Compassion > ici

Publié dans:Chronique de Lully, Memento, Vexilla Regis |on 10 août, 2012 |5 Commentaires »

2012-41. Notre-Dame de la Délivrance, au hameau de Chapias (Vivarais).

Mercredi 18 juillet 2012.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je vous avais annoncé la « journée de mémoire » organisée par Frère Maximilien-Marie le 14 juillet dernier à l’occasion du deux-cent-vingtième anniversaire de la tentative de soulèvement dirigée par le comte de Saillans et, consécutivement à son échec, du massacre d’une douzaine d’ecclésiastiques et d’un certain nombre de fidèles sujets du Roi (cf. > www).
Je vous ferai un peu plus tard le compte-rendu de cette journée, mais je veux profiter aujourd’hui de la fête de Notre-Dame de Bonne Délivrance (dont je vous avais entretenu ici > www) pour vous présenter un petit sanctuaire marial du bas Vivarais dont le nom est presque semblable : Notre-Dame de la Délivrance.
La chapelle dans laquelle notre douce Mère céleste est invoquée sous ce vocable, est sise au hameau de Chapias, qui appartient à la commune de Labeaume (07120 – site de la commune > www).
Nos pèlerins du 14 juillet dernier y ont fait une étape, parce que ce lieu est lié à la grande révolution, même s’il n’est pas directement en rapport avec les évènements de juillet 1792. En l’occurrence – et fort heureusement – on ne déplore ici ni massacre ni évènement malheureux…

2012-41. Notre-Dame de la Délivrance, au hameau de Chapias (Vivarais). dans Chronique de Lully hameau-de-Chapias-Copie-300x225

Le hameau de Chapias dans la garrigue
(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand format)

Au centre du hameau de Chapias, on arrive sur une petite place ombragée qui sert de parvis à une chapelle de dimensions respectables.
En face de la porte d’entrée, au centre de la placette, a été érigée une croix de mission.
La chapelle, comme toutes les maisons du hameau, est construite avec les pierres calcaires dont la garrigue environnante n’est pas avare. Au dessus de la porte d’entrée, sur le linteau, est gravée la date 1814.
Au XIXème siècle, et jusqu’au milieu du XXème siècle, ce hameau, qui était assez peuplé et à une distance assez importante du chef-lieu, fut même érigé en paroisse indépendante, avec un curé résident : un presbytère est attenant à l’église.

Chapelle-Chapias-Copie-225x300 abbés Sévenier dans De Maria numquam satis

La chapelle de Chapias.

Gravissant les trois marches du perron, nous pouvons entrer dans la chapelle.

Aussitôt, nous pouvons constater avec plaisir que les fureurs iconoclastes qui, sous le fallacieux prétexte de l’aggiornamento - dans les années consécutives au second concile du Vatican – , ont dépouillé nos églises pour en faire des copies de sinistres temples huguenots, n’ont eu ici qu’une action limitée.
A Chapias, on peut seulement déplorer la disparition de la table de communion au niveau des degrés qui marquent la séparation entre le sanctuaire et la nef et l’ajout, tout à fait inutile, d’une espèce de meuble sans goût ni grâce – il a l’élégance d’une verrue! – pour servir, plus encore que d’autel face au peuple, d’impitoyable témoin à charge contre le mauvais goût et le manque de solide formation liturgique d’une part importante du clergé.
Cela mis à part, on ne peut que se réjouir de voir que toutes les statues, les stations du chemin de Croix, les ex-votos, les tableaux des saints, les autels de marbre recouverts de nappes et parés de chandeliers sont tous en place, comme attendant la véritable restauration d’un authentique culte catholique…
Dans la lumière doucement tamisée par les vitraux, la sérénité du lieu vous imprègne.

3-Intérieur-chapelle-Chapias-Copie-300x225 Chapias dans Nos amis les Saints

Intérieur de la chapelle de Chapias. 

Frère Maximilien-Marie a été particulièrement sensible au fait que notre glorieux Père Saint Augustin est représenté par l’un des vitraux du sanctuaire, et en outre qu’il y a un beau tableau représentant Saint François de Sales :

Chapias-St-Augustin-Copie-144x300 Notre-Dame de la Délivrance dans Prier avec nous   Chapias-St-françois-de-Sales-229x300 pèlerinage dans Vexilla Regis

Mais surtout, dès le moment où le visiteur entre, son oeil est attiré par le grand tableau qui est accroché au fond du sanctuaire, bien au centre :

Voeu-des-abbés-Sévenier-Copie-273x300 persécution

Le voeu des abbés Sévenier
(cliquer sur la photo pour la voir en grand)

Regardons le tableau plus en détail :

Voeu-des-abbés-Sévenier-Copie-2-300x246 prêtres réfractaires

Le voeu des abbés Sévenier (détail)

Aux pieds d’une Vierge assise, tenant en sa main droite un sceptre fleurdelisé, portant sur ses genoux un Enfant Jésus qui bénit de la main droite tandis que de la gauche il s’enveloppe dans le manteau protecteur de sa mère, deux ecclésiastiques sont à genoux.
Celui de gauche, comme en témoigne sa chevelure blanche, est plus âgé. Leur attitude à tous deux et leurs regards montrent qu’ils prient, qu’ils se recommandent avec ferveur (il y a même une nuance d’inquiétude sur leurs visages) à l’intercession de Notre-Dame.
Le geste de bénédiction de l’Enfant Jésus, la tête tendrement inclinée de la Madone et le sourire qu’on lit sur ses lèvres laissent entendre que la requête des deux prêtres est agréée, que leur prière est exaucée.
Sur la droite du tableau, en haut de la montée d’escalier, ont été figurés des soldats (ou des gardes nationaux) les armes à la main, effectuant une perquisition. 

Ces deux prêtres sont les deux abbés Sévenier
Le plus âgé – né en 1733 – était en 1789 curé-prieur de la petite ville de Valgorge, dans les Cévennes vivaroises.  Le plus jeune – il était né en 1760 – était le neveu et le vicaire du premier.
L’un comme l’autre refusèrent le serment schismatique à la constitution civile du clergé et devinrent donc des réfractaires, c’est-à-dire de dangereux hors-la-loi aux yeux des révolutionnaires : s’ils ne faisaient pas le choix de l’exil volontaire, ils étaient passibles de la déportation ou de la mort.
Dans un premier temps, ils se cachèrent chez certains de leurs paroissiens, et continuèrent à exercer leur ministère clandestinement. Mais le danger grandissant auquel ils exposaient ceux-là même qui les protégeaient les détermina à quitter le territoire de leur paroisse et à se retirer dans leur famille, au hameau de Chapias.

La famille Sévenier possédait une propriété relativement importante et devait faire appel à de la main d’oeuvre extérieure.
Les deux abbés – en habits civils – pouvaient donc se faire passer pour des domestiques, mais il fallut rapidement multiplier les mesures de discrétion pour que des employés à la langue trop bien pendue (et ce d’autant plus que des récompenses étaient promises aux délateurs) ne divulgassent point des informations susceptibles de mettre les deux prêtres et leur famille en danger.

4-Maison-Sévenier-Copie-300x225 révolution

Chapias : la « maison Sévenier » où les abbés se cachaient dans leur famille.

Un jour, la garde nationale pénétra à l’improviste dans la maison alors que Madame Sévenier était auprès du feu avec son neveu, le plus jeune des prêtres ; elle eut alors la promptitude d’esprit de lui tendre un sac en lui disant sur le ton avec lequel on s’adresse à un domestique : « Prends ton goûter et va garder le troupeau! » Les soldats laissèrent partir le « berger » ne se doutant pas de son identité et leur perquisition s’avéra, bien évidemment, infructueuse.
Une autre fois, les soldats vinrent en pleine nuit : à peine eurent-ils commencé de tambouriner à la porte que Madame Sévenier fit entrer les abbés dans une cache aménagée derrière une armoire, puis elle vida un seau d’eau sur le sol et alla se coucher dans le lit précédemment occupé par les prêtres. Pendant ce temps, Monsieur Sévenier, à la porte, avait un peu retardé l’entrée des révolutionnaires : ils fouillèrent la maison sans rien trouver, car – à cause du sol mouillé – ils ne mirent pas les genoux à terre pour se pencher et regarder sous l’armoire, se contentant d’y faire passer la baïonnette d’un fusil : cette fois encore la famille Sévenier avait eu chaud!

Les alentours de Chapias sont hérissés de rochers calcaires aux formes bizarres et la garrigue est un enchevêtrement d’arbustes méditerranéens, de haies épineuses, de sentiers tortueux, de petits clos entourés de murailles de pierres sèches, au milieu desquels il est bien malaisé à quelqu’un qui n’en est pas familier de ne pas se perdre.
En raison de la surveillance toujours plus suspicieuse et des perquisitions, il fut donc convenu que les deux abbés se réfugieraient pendant la journée à l’intérieur de l’un de ces gros rochers, situé à quelque 400 mètres de la maison : en effet, la Providence a fait que ce rocher est creux!
Depuis lors cette cachette naturelle est restée dans la mémoire collective comme « le rocher des curés » et sur le cliché ci-dessous vous apercevez sur l’avant (à hauteur de visage d’homme, car ce rocher mesure près de 4m de hauteur) une ouverture allongée par laquelle on pouvait faire passer de la nourriture aux deux réfractaires.

Rocher-des-curés-1-Copie-300x225

Le « rocher des curés » (cliquer pour agrandir)

Lors de leur passage, 14 juillet dernier, Frère Maximilien-Marie et ses amis sont allés le visiter, bien sûr.
C’est le filleul de notre Frère qui, à l’arrière du rocher, a découvert le passage étroit à travers lequel il faut ramper pour entrer dans la  cachette.

entrée-cache-du-rocher-Copie-300x225

L’entrée de la cache.

Si un enfant de dix ans peut s’y faufiler sans problème, notre Frère – qui n’a ni la même souplesse ni la même circonférence (!!!) – a eu un peu plus de mal pour s’y faufiler et, lui qui n’aime pas les espaces étroits et confinés, n’a pas eu l’envie de demeurer très longtemps dans ce rocher, qui fut cependant sanctifié par les longues heures de prière et de véritable pénitence des deux abbés Sévenier.
Voici un cliché pris lorsqu’on est accroupi à l’intérieur de la cachette et qui montre la seule chose que l’on peut voir en levant la tête : le ciel à travers les branches…

Dans-le-rocher-des-curés-Copie-300x225

Lorsque Frère Maximilien-Marie m’a montré cette photo, j’ai pensé que lorsqu’on est en butte à un monde hostile, nous n’avons plus qu’à lever les yeux et à crier vers le Ciel…
C’est ce que firent nos bons abbés : redoublant de confiance et de ferveur, ils se mirent sous la protection très spéciale de la Très Sainte Vierge et firent le voeu de lui bâtir une chapelle, s’ils sortaient saufs de la persécution révolutionnaire.
Cette scène, outre le tableau sus-cité, est sculptée en bas-relief sur le maître-autel de la chapelle :

Bas-relief-de-lautel-Copie-300x217

Le voeu des abbés Sévenier, bas-relief du maître-autel de la chapelle.

Le 28 septembre 1798, le plus âgé des abbés, alors qu’il se dégourdissait un peu les jambes en dehors de la cache, se trouva nez à nez avec un révolutionnaire qui le fit prisonnier : emmené d’abord à Joyeuse, il fut transféré à Privas le 2 octobre, puis enfin à Orange où il devait comparaître devant le tribunal révolutionnaire.
Mais Notre-Dame de la Délivrance veillait! La révolution s’épuisait et le procès traîna en longueur… Des négociations eurent lieu et le vieil abbé fut libéré en échange de 1400 livres!
Il revint à Chapias.
Peu à peu les prêtres réfractaires pouvaient sortir de la clandestinité et reprendre leur ministère sans rien craindre : sitôt le concordat signé, les deux abbés Sévenier reprirent leurs postes à Valgorge. 

Ils n’oublièrent pas leur promesse et, dès que ce fut possible, ils s’acquittèrent de la construction de la chapelle qu’ils avaient promise à la Madone.
Elle fut achevée en 1814, année du décès du plus âgé des deux prêtres.
Elle fut agrandie à deux reprises par la suite, et le plus jeune des abbés Sévenier en fut officiellement nommé chapelain, fonction qu’il exerça jusqu’à sa mort, en 1841.
Il fut inhumé aux pieds de Notre-Dame de la Délivrance.

tombe-abbé-Sévenier-junior-Copie-159x300

Tombe du plus jeune des abbés Sévenier dans la chapelle.

Dès que la chapelle fut ouverte au culte, un véritable pèlerinage se développa : les fidèles des paroisses alentours vinrent de plus en plus nombreux se confier à la Très Sainte Vierge Marie, solliciter son intercession dans leurs nécessités spirituelles et temporelles, et la remercier lorsqu’ils étaient exaucés.
Cela rendit nécessaire la présence à temps plein d’un prêtre pour accueillir les pèlerins, diriger les exercices de dévotions, célébrer la Sainte Messe et administrer le sacrement de pénitence… 
De là, dans un premier temps, la nomination de l’abbé Pierre Sévenier comme chapelain, puis, dans la seconde partie du XIXème siècle, l’érection du hameau en paroisse, comme je l’ai signalé plus haut.

En 1884, à quelques centaines de mètres du hameau, sur une petite éminence de ce plateau calcaire (à 252 m. d’altitude, pour être précis), fut construite une tour crénelée de 12 mètres de haut, au sommet de laquelle fut placée une statue de pierre représentant la Vierge, couronnée, portant le Saint Enfant Jésus sur son bras gauche.
En ces temps de grande foi populaire, la tour devint le but vers lequel se rendaient les processions qui se faisaient à l’extérieur à l’occasion de toutes les grandes fêtes mariales.

Tour-de-Chapias-Copie-225x300

Chapias : la tour de la Vierge à l’extérieur du hameau.

Frère Maximilien-Marie et ses amis s’y sont bien évidemment rendus et en ont fait l’ascension (du sommet on découvre, à 360°, un somptueux panorama) ; son filleul a même compté les marches : il y en a 53, comme le nombre des « Ave, Maria » d’un chapelet.
Au dessus de la porte d’entrée, le linteau porte gravé le monogramme de Marie, accompagné de cette inscription : 12 octobre 1884 – Notre-Dame du Très Saint Rosaire, priez pour nous.

Voilà donc, chers Amis, la présentation et l’histoire du sanctuaire de Notre-Dame de la Délivrance, au hameau de Chapias, en notre bas Vivarais, et j’espère qu’elles vous ont touchés autant que j’en fus ému lorsque notre Frère m’en a fait le récit.

Je ne veux pas terminer ma publication de ce jour sans vous avoir invités à prier Notre-Dame de la Délivrance avec beaucoup de confiance et d’amour, en contemplant la statue qui la représente dans le transept droit de la chapelle…

Lully.

ND-de-la-Délivrance-Copie-160x300

Statue de N.D. de la Délivrance dans la chapelle de Chapias
(cliquer sur l’image pour la voir en grand)

fleurdelys2

O très Sainte Vierge Marie,
dont Jésus a fait notre Mère dans l’ordre de la grâce,
convaincu qu’une Mère est
 capable de tout
pour délivrer son enfant du mal et du danger,
je me présente devant Vous :

Notre-Dame de la Délivrance,
délivrez, si cela est possible, mon corps de toute atteinte de la maladie ;
 délivrez-moi surtout des atteintes de ce mal suprême qu’est le péché ;
délivrez-moi de tout ce qui m’est un obstacle
pour vivre pleinement en enfant de Dieu !

 Délivrez aussi, je Vous en supplie,
mon esprit de toute forme d’erreur, de mensonge et de mauvais jugement ;
délivrez enfin mon coeur de toute affection désordonnée,
de toute forme d’égoïsme, de jalousie, de rancune,
d’amertume et d’orgueil !

De même que Vous avez autrefois protégé ces bons prêtres
qui se confièrent à Vous au temps de la persécution,
daignez aujourd’hui tendre une oreille favorable
aux supplications que je fais monter vers Vous ;
daignez regarder favorablement les intentions dont mon coeur est rempli (…)
et Vous faire mon Ambassadrice devant le trône de la Très Sainte Trinité !
Ainsi soit-il.

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

fleurdelys2

2012-40. Trois juillet 2012 au Mesnil-Marie.

Mardi 3 juillet 2012.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Voilà bien longtemps que je ne vous ai pas adressé de chronique de notre Mesnil-Marie : n’allez surtout pas croire que je vous « snobe », mais c’est tout simplement que je vis au même rythme que mon papa-moine et que toutes ces dernières semaines ont été vécues « sur les chapeaux de roues ».

Pour vous permettre de mieux vous associer à la vie du Mesnil-Marie, pour les mois de mai et de juin, j’avais publié sur ce blogue un calendrier prévisionnel des évènements et activités (ici > www et ici > www).
Vous pouvez vous en douter, la vie de notre frère (et la mienne aussi par conséquent) ne s’est pas limitée à ces seuls évènements que je vous annonçais : je ne vous donnais que les points les plus saillants d’un canevas prévisionnel qui fut dans la réalité bien plus chargé et bien davantage rempli!!!

Aujourd’hui, je ne vais pas reprendre par le menu tout ce qui s’est passé au cours de ces deux mois écoulés, je me contenterai de les résumer par ces mots : l’implication de Frère Maximilien-Marie dans la vie associative de nos hautes Boutières est de plus en plus active et, selon les échos que j’en ai, de plus en plus appréciée puisqu’il est de plus en plus sollicité…
Les personnes qu’il côtoie dans le milieu associatif sont, dans leur grande majorité, éloignées de l’Eglise et de la Foi : toutes sont pour lui pleines de respect et il en est même beaucoup avec lesquelles il a noué de vrais et solides liens d’amitié sur la base de saines valeurs humaines.

J’en profite au passage pour faire remarquer que les seuls qui font grise mine quand ils le voient, voire qui cherchent à l’éviter et qui – lorsqu’ils ne peuvent pas faire autrement que de le rencontrer – s’empêtrent dans des attitudes tellement embarrassées qu’elles en deviennent risibles, sont une certaine catégorie de « bons catholiques » auxquels « on » a donné pour consignes de ne pas considérer Frère Maximilien-Marie comme un religieux, de l’appeler « monsieur », et de ne surtout pas recourir à ses compétences, même dans des domaines tels que l’histoire locale, l’histoire de l’art ou l’explication des symbolismes religieux, toutes choses qu’il a étudiées pendant des années et qu’il a aussi enseignées!
Je pourrais vous raconter quelques anecdotes vraiment très amusantes à ce propos – puisque tout finit par me revenir aux oreilles – et je ne vous cache pas que Frère Maximilien-Marie rit beaucoup lorsque je les lui rapporte.
Disons le tout net : ces « bons catholiques », qui se gargarisent des mots tolérance et ouverture aux autresrespect de tous et accueil, finissent véritablement par se couvrir de ridicule et perdent, par leur incohérence, le peu de considération auquel ils pouvaient encore prétendre.
Si notre Frère était un théologien huguenot, un moine bouddhiste ou un marabout mahométan, portant un vêtement spécifique et partageant sa vie – comme il le fait – entre la prière, l’étude, le travail et la vie associative, ces mêmes personnes se feraient très certainement un point d’honneur à l’appeler « Frère » et à le considérer comme un véritable consacré…

2012-40. Trois juillet 2012 au Mesnil-Marie. dans Annonces & Nouvelles PICT0007-Copie-300x153

Lys du Mesnil-Marie, ce 3 juillet 2012 (cliquer sur la photo pour la voir en grand format)

Le 3 juillet de l’an 987 (il y a donc exactement 1025 ans aujourd’hui), le roi Hugues 1er (dit Capet) fut sacré par l’archevêque de Reims Adalbéron, dans la cathédrale de Noyon.
Spécialement, nous nous souvenons avec émotion de la tournée en France qu’avait effectuée, à l’occasion de la célébration du millénaire capétien, en 1987, notre regretté Prince Alphonse (+ 1989) : ces commémorations avaient alors donné un élan de ferveur et un regain de vitalité au combat légitimiste.

Frère Maximilien-Marie est très heureux, vous vous en doutez bien, d’être né un 3 juillet, date de l’avènement de cette prestigieuse famille capétienne qui présida aux destinées du Royaume pendant plus de huit siècles.
Car c’est aujourd’hui même l’anniversaire de la naissance de mon papa-moine : et cet anniversaire n’est pas n’importe lequel puisque c’est son cinquantième.
Exactement comme en 1962, ce 3 juillet 2012 est un mardi. Et donc, comme en 1962, le 15 juillet sera un dimanche car, si l’on aime à marquer l’anniversaire de notre naissance charnelle, Frère Maximilien-Marie accorde encore plus d’importance à l’anniversaire de son baptême, qui est le 15 juillet (date à laquelle certains ordres religieux célèbrent la fête du Saint Sépulcre de Notre-Seigneur Jésus-Christ). 

Notre Frère m’a chargé de remercier très chaleureusement tous ceux qui lui ont adressé leurs voeux en ce jour : comme ils sont très nombreux, il ne lui est pas possible de répondre personnellement à chacun, mais je puis vous certifier qu’il est très touché par tous ces messages d’amitié et d’encouragement, ainsi que par l’assurance de toutes les prières qui montent vers Dieu à son intention d’une manière plus particulière aujourd’hui.

En fouillant dans les albums photos, j’ai trouvé un cliché qui m’a beaucoup plu : c’est celui qui fut pris le 3 juillet 1963 à l’occasion de « la première bougie » de celui qui deviendrait, 17 ans plus tard, Frère Maximilien-Marie :

4-1-an-Copie-216x300 3 juillet dans Chronique de Lully

(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand)

Surtout, notre « semi-centenaire » de ce jour m’a recommandé avec insistance de vous demander de prier pour lui-même et à toutes les intentions du Refuge Notre-Dame de Compassion, pas seulement aujourd’hui, mais tous les jours : nous avons besoin du soutien spirituel de nos amis pour tenir et pour avancer chaque jour
Et puis, s’il est bien évident que nous prions à toutes les intentions qui nous sont recommandées par nos amis, il nous est important aussi de savoir que nos amis prient à toutes les intentions confiées à Notre-Dame de Compassion, même si – par discrétion – nous ne pouvons pas les publier…

Que le Seigneur des miséricordes vous accorde à tous largement Ses grâces, par l’intercession de Notre-Dame de Compassion et qu’Il vous rende en bénédictions, pour vous et pour tous les vôtres, la sollicitude et la charité que vous avez envers nous. 

patteschats 50 ans dans Commentaires d'actualité & humeurs Lully.

DSC00223-2-Copie-256x300 anniversaire dans Vexilla Regis

Pour aider matériellement le Refuge Notre-Dame de Compassion >www.

2012-39. Les Capucins de Nîmes, premiers martyrs de la révolution.

14 juin.

Il convient, chaque année à cette date du 14 juin, de commémorer l’anniversaire du massacre des premiers religieux victimes de la révolution, et cela est d’autant plus nécessaire que le souvenir de ces faits est occulté ou du moins minimisé, à tel point que l’histoire officielle n’en parle que sous le nom de « bagarre de Nîmes ».

Ce que je vais publier ci-dessous est essentiellement le résumé d’un opuscule que nous avons dans la bibliothèque du Mesnil-Marie et qui est intitulé « Premières victimes religieuses de la révolution ». Il avait été publié à Valence en 1916 avec l’imprimatur de l’évêque du lieu.
Tout en le résumant, j’ai dû aussi toutefois le compléter  par des recherches personnelles dans les sources historiques les plus fiables.

Lully.

2012-39. Les Capucins de Nîmes, premiers martyrs de la révolution. dans Memento lys

A – Les Capucins à Nîmes.

Les Capucins étaient déjà présents à Nîmes au XVIème siècle, mais leur couvent avait été dévasté par les protestants en décembre 1561.
L’ « Edit de grâce » signé le 28 juin 1629, appelé aussi Paix d’Alais (aujourd’hui orthographié Alès), avait marqué la véritable fin de ces guerres civiles dites « guerres de religion » : tout en confirmant la liberté de culte pour les huguenots, il permettait enfin le rétablissement du culte catholique dans tous les endroits dont les protestants l’avaient jusqu’alors banni, et il mettait fin à la puissance politique du parti protestant qui menaçait l’unité et la paix du Royaume.

Quinze jours après l’ « Edit de grâce », par un brevet du 13 juillet 1629, Louis XIII rappelait les Capucins à Nîmes. Les travaux du couvent ne purent commencer qu’en 1631 alors que déjà ces religieux particulièrement fervents et zélés rayonnaient vers les Cévennes, et travaillaient à ramener à la plénitude de la vérité chrétienne les esprits égarés par le calvinisme.
Cette fondation entrait dans le plan de nouvelle évangélisation du Royaume conçu par le célèbre (et très injustement calomnié) Père Joseph de Paris  - né François Leclerc du Tremblay – , capucin et conseiller du Cardinal de Richelieu.

Le Révérend Père Joseph de Paris (né François Leclerc du Tremblay)

Le Révérend Père Joseph de Paris, capucin, né François Leclerc du Tremblay

B – Situation au début de la révolution.

Cent cinquante ans plus tard, à la veille de la révolution, les Capucins de Nîmes formaient toujours une communauté prospère et fervente, gardienne de l’orthodoxie et foyer de vitalité catholique pour la ville et ses environs.
En 1789, on estime la population catholique nîmoise à environ 40 000 âmes, tandis que les protestants étaient environ 14 000. Ces derniers compensaient leur infériorité numérique par leur situation sociale : l’industrie et le commerce étant pour une très grande part entre leurs mains.

Le couvent des Capucins consistait en un ensemble relativement spacieux situé à l’extrémité de ce que l’on appelle l’Esplanade.
Il abritait, si mes comptes sont exacts, vingt-trois religieux, très estimés de la population : lorsque, en application des décrets de l’assemblée dite nationale, les officiers municipaux se présentèrent à la fin  de l’année 1789 pour procéder à l’interrogation des Capucins et à l’inventaire du couvent, ils se heurtèrent – nous disent les témoins - « à une barrière vivante de poitrines humaines ».
La délégation du conseil municipal avait donc dû rebrousser chemin, par crainte d’être molestée par la foule.

Le 10 mai 1790, les représentants de la loi revinrent et, employant des formes plus respectueuses, pénétrèrent à l’intérieur du couvent. Tous les religieux comparurent et furent unanimes pour déclarer leur intention de rester fidèles à leur profession et à la vie commune.

Or, dès l’édit de tolérance de 1787, les protestants avaient convoité le couvent pour y établir un temple et une école de prédicants : ils pensaient pouvoir réaliser leur dessein en 1789, après les premières mesures de l’assemblée qui tendaient à l’extinction de la vie religieuse, et ils offrirent d’acheter l’église et le couvent pour la somme de 200 000 livres. Leur proposition fut rejetée avec indignation, si bien que, blessés dans leur orgueil, ils résolurent de s’approprier les lieux par tous les moyens. C’est aussi cela qui explique la fureur et la cruauté des évènements que nous détaillerons plus loin.

Nîmes, détail de la carte de Cassini

Nîmes, détail de la carte de Cassini :
l’implantation des Capucins y est marquée sous le « N » de « Nismes »


C – Protestantisme et maçonnerie.

Avant de poursuivre, il faut faire remarquer que, à Nîmes, comme en beaucoup d’autres lieux, les idées révolutionnaires étaient professées majoritairement par des hommes issus du protestantisme.
C’est ici qu’il faut en particulier signaler la famille Rabaut.

Le père, Paul Rabaut (1718 – 1794), ministre calviniste, était pénétré de « l’esprit des lumières » et, quoique ayant démissionné en 1785, il restait une personnalité influente.
Sous son apparent esprit de tolérance et d’humanité, il dissimulait un anti-catholicisme virulent. C’est lui qui avait été à l’origine de la première des loges maçonniques de Nîmes, la « loge de la bienfaisance », dont il avait présidé la première séance le 15 juin 1749.
Il signait ses lettres « le chevalier de l’Etoile » (« l’Etoile » étant une société fondée à Lausanne par Antoine Court de Gébelin).
Ses trois fils avaient continué dans son sillage.

L’aîné, Jean-Paul Rabaut (1743 – 1793), est entré dans l’histoire sous le nom de Rabaut Saint-Etienne. Pasteur adjoint de son père en 1764, il lui avait succédé en 1785.
Député du Tiers-Etat aux Etats généraux, membre particulièrement agissant de l’assemblée dite Constituante (il travailla sur l’un des projets de la « constitution civile du clergé »), il sera ensuite député à la Convention où il siégera avec les Girondins (ce qui lui vaudra finalement la guillotine).
A Paris, Rabaut Saint-Etienne avait retrouvé Court de Gébelin à la fameuse « loge des neuf soeurs », qui était celle où Voltaire avait été initié.

Le second, Jacques-Antoine Rabaut (1744 – 1820), dit Rabaut-Pommier, fut lui aussi ministre calviniste. Elu à la Convention (où il vota la mort du Roi avec sursis), proche des Girondins, il échappa toutefois à la guillotine.

Le troisième, Pierre-Antoine Rabaut (1745 – 1808), appelé Rabaut-Dupuis (ou Dupuy), n’embrassa pas la carrière de pasteur comme ses frères mais fut d’abord commerçant.
Il était vénérable de la « loge de la bienfaisance », fondée par son père, et avait en outre oeuvré à la fondation, en 1783, d’une deuxième loge : la « loge philanthropique ».
Une troisième loge fut créée en 1788, la « loge d’Henri IV et Sully ».

Lorsque les troubles commencèrent, les loges furent les pourvoyeuses des membres des clubs révolutionnaires.
Le « club des amis de la constitution » de Paris avait de nombreuses ramifications en province, parmi lesquelles le « club des amis de la constitution » de Nîmes, extrêmement agissant, qui se composait de 417 citoyens ainsi répartis : 354 d’origine huguenote et 63 d’origine catholique (et dans ceux-ci une majorité étaient des apostats ou d’anciens repris de justice, c’est donc dire que ces clubistes n’appartenaient pas d’âme au catholicisme).

L’examen des discours prononcés au sein du club et de la correspondance échangée avec Paris démontre que francs-maçons, protestants et clubistes voulaient le triomphe de l’anti-catholicisme.
Rabaut Saint-Etienne, bien que n’étant pas à Nîmes au moment des faits, peut cependant, par l’influence de sa correspondance sur ses coreligionnaires nîmois et confrères maçons, être considéré comme l’un des principaux instigateurs et responsables du massacre.

Jean-PaulRabautSaint-Etienne-230x300 Capucins dans Nos amis les Saints

Jean-Paul Rabaut, dit Rabaut Saint-Etienne.

D. Les prémices de la « Bagarre ».

Le 13 avril 1790 avait été déposée à l’assemblée une motion en vue d’obtenir que le catholicisme fût déclaré religion de l’Etat, mais les efforts du parti révolutionnaire avaient conduit à l’ajournement puis au rejet de cette motion.
L’émotion fut grande dans la France entière et de nombreuses protestations furent envoyées à l’assemblée.
Les catholiques de Nîmes se réunirent le 20 avril et envoyèrent à l’assemblée une adresse signée par quelque 6000 personnes demandant que la religion catholique, apostolique et romaine fût, par un décret solennel, proclamée religion d’Etat et qu’elle seule jouît des honneurs du culte public.

Cette adresse des catholiques nîmois eût un retentissement considérable, d’autant qu’elle ne fut pas seulement envoyée à l’assemblée mais diffusée dans toute la France pour que d’autres municipalités y souscrivent et que le plus grand nombre de fidèles s’unisse à cette protestation.

Les révolutionnaires, les clubistes, les francs-maçons et les protestants se déchaînèrent : ils crièrent au fanatisme et, à grand renfort de mensonges et de subversion, entreprirent une vaste campagne d’opinion pour déconsidérer les catholiques, suscitèrent troubles et désordres, et agitèrent le spectre des plus criminelles intolérances… 

La tension monta d’un cran lorsque les élections donnèrent la majorité aux catholiques au sein du conseil municipal. Les protestants s’agitèrent plus violemment et intriguèrent pour renverser cette municipalité.
Au cours du mois de mai, un premier incident grave eut lieu : des soldats du régiment de Guyenne (au sein duquel l’influence maçonnique était très forte), poussés par des gardes nationaux protestants, s’en prirent à des catholiques.
Le baron de Marguerittes, maire de Nîmes, parvint à juguler les troubles pour un temps : par un décret municipal du 31 mai, le port d’armes fut interdit en ville.

Pendant ce temps, le Roi avait rejeté l’adresse des catholiques nîmois, mais ceux-ci, faisant remarquer que la décision royale portait l’empreinte de la contrainte, se réunirent à nouveau et signèrent une nouvelle déclaration, le 1er juin 1790
Peu s’en fallut que ce jour-là Nîmes ne fût ensanglantée : la municipalité dut réquisitionner près de 600 soldats pour maintenir l’ordre et spécialement pour sécuriser le parcours de la procession de la Fête-Dieu.

« On ne peut pas en rester là, il faut se réunir, s’armer et se disposer à partir au premier moment ; il faut que les communautés protestantes se procurent des armes, de la poudre et des balles… » Tel était le mot d’ordre qui circulait depuis le mois de mai, relayé par les ministres calvinistes et les révolutionnaires.

E – La « Bagarre ».

Le dimanche 13 juin 1790, à partir du milieu de l’après-midi, des protestants en armes confluèrent massivement vers Nîmes, certains venant de communes éloignées de huit, dix, voire douze lieues. 
En fin de journée, ces protestants armés commencèrent à s’en prendre aux catholiques qui, pour la plupart, étaient désarmés en raison de l’arrêté municipal du 31 mai. Il y eût des troubles dans toute la ville et déjà plusieurs morts.
Le comble est que des huguenots allèrent se poser en victimes auprès des soldats du régiment de Guyenne et qu’on leur remit des pièces d’artillerie !
La tombée de la nuit vint interrompre les troubles et la municipalité crut qu’on en resterait là…

Les huguenots venus de l’extérieur allèrent camper sur l’Esplanade, en face du couvent des Capucins, et pendant la nuit leur nombre s’augmenta.
Certains historiens n’hésiteront pas à parler d’un total de 15 000 huguenots armés présents à Nîmes pour la journée du 14.

m500202_atpico070742_p francs-maçons dans Prier avec nous

Le lundi 14 juin, comme d’habitude, les Capucins ouvrirent les portes de leur église à 5 h du matin, psalmodièrent l’office divin et assistèrent à la Messe conventuelle.
Un peu après celle-ci, une compagnie de gardes nationaux se présenta au couvent pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’armes ou de « ligueurs » cachés : ils se livrèrent à une fouille minutieuse et furent forcés de reconnaître qu’il n’y avait rien de suspect dans le couvent.
Le chef de la compagnie recommanda aux religieux de tenir closes portes et fenêtres, ce qui fut fait.

Les choses restèrent en l’état jusque vers midi où quelques coups de feu furent tirés sur l’Esplanade. Personne ne fut blessé, car c’était en réalité un signal.
Environ deux heures plus tard, prétextant que les coups de feu avaient été tirés depuis le couvent (ce qui était impossible puisque la visite domiciliaire avait démontré qu’il n’y avait point d’armes !), les huguenots se ruèrent à l’attaque et commencèrent à enfoncer les portes à coup de hache. 
Au moment de l’attaque, les religieux étaient pour la plupart au choeur, achevant le chant des vêpres. Je détaillerai plus loin ce qu’ils eurent à subir.

Après la mise à sac du couvent des Capucins, les bandes protestantes se répandirent par la ville et s’y livrèrent au pillage et au massacre : « Plus de trois-cents citoyens ont péri », écrivit le maire, Monsieur de Marguerittes, et ce chiffre n’est certainement pas exagéré. Pour certains historiens, on pourrait monter jusqu’à cinq cent.
Pour empêcher l’identification des victimes et leur dénombrement précis, les massacreurs jetèrent de la chaux vive sur les cadavres entassés dans la grande fosse commune de l’Hôtel-Dieu.

Les survivants ont témoigné des atrocités inouïes qui furent commises, et ont donné des détails épouvantables sur la manière dont certains cadavres furent mutilés et outragés.
On a même parlé d’un repas qui eût lieu le soir dans la maison d’un révolutionnaire et au cours duquel les mâchoires inférieures et les barbes des capucins immolés auraient été exposées sur un plat au milieu de la table !

G – Le martyre des Capucins.

Au moment où les portes du couvent commencèrent à être attaquées à coups de hache, nous l’avons vu, les Capucins achevaient les vêpres au choeur.
La plupart des religieux (dix-neuf) parvint à s’enfuir : certains coururent se cacher au dessus de l’église, entre la voûte et la toiture, et d’autres dans le clocher ; plusieurs parvinrent à se blottir au-dessus des lambris du plafond des cellules, de la bibliothèque… etc. ; enfin quelques autres parvinrent à s’enfuir dans les champs après avoir escaladé les murs du jardin… On relate même le cas d’une famille protestante des environs du couvent qui, émue de compassion, sauva la vie de l’un des pères en le faisant monter sur le toit de sa maison.

Pillage d'une église pendant la révolution

Pillage d’une église pendant la révolution

L’église et la sacristie furent pillées et saccagées, le tabernacle profané. La bibliothèque, riche de précieux volumes (Antoine-Balthazar Fléchier – neveu de l’illustre évêque et prédicateur qui avait illustré le siège épiscopal de Nîmes au XVII ème siècle – avait légué quelque deux mille volumes à la bibliothèque du couvent), fut dévastée. La pharmacie, une des plus belles du Royaume grâce à laquelle d’abondants secours étaient dispensés aux pauvres, fut entièrement détruite. Toutes les représentations du Crucifix, toutes les images ou statues de la Vierge et des Saints qui se trouvaient dans le couvent furent lacérées, brisées ou mutilées…
On a recueilli des témoignages selon lesquels, dans les jours qui suivirent, des protestants dansaient à Massillargues, vêtus en Capucins ou arborant des surplis, des étoles ou des chapes, et buvant « à la santé de la nation » (!!!) dans des vases sacrés.

Cinq religieux subirent le martyre. Ce sont :

1) Le Père Benoît de Beaucaire, âgé de 58 ans, qui fut massacré dans l’église. 
En entendant les coups de hache à la porte de l’église, il se munit d’une étole et se précipita pour soustraire le Saint-Sacrement à la profanation. Il n’en eut pas le temps car déjà un huguenot se jetait sur lui ; il l’implora : « Laissez-moi le temps d’achever ma prière ! ».
« Je t’accorde cinq minutes… »
Alors le Père s’inclinant vers l’autel entreprit de consommer les Saintes Espèces. Mais à peine les cinq minutes étaient-elles écoulées qu’il fut abattu à bout portant, sur l’autel, par un coup de fusil puis transpercé de baïonnettes : il avait la bouche encore pleine d’Hosties et son cadavre fut traîné dans l’église et la sacristie.

2) Le Père Siméon de Sanilhac, âgé de 44 ans, fut trouvé agenouillé en prière dans sa cellule, et transpercé d’un nombre incalculable de coups de fourche et de baïonnettes.

3) Le Père Séraphin de Nîmes, âgé d’environ 27 ans, n’appartenait pas à la communauté de Nîmes mais au couvent du Pont-Saint-Esprit. Il était arrivé la veille pour rendre visite à sa famille. La tradition familiale rapporte qu’il était chez ses parents, le 13 juin au soir, lorsque les troubles commencèrent ; sa famille voulut le retenir en lui présentant les dangers qu’il encourrait, mais il s’y refusa énergiquement : « Mon devoir est de rentrer au couvent ». Il fut lui aussi trouvé dans sa cellule et subit d’horribles mutilations.

4) Le Frère Célestin de Nîmes, âgé de 22 ans, novice clerc, fut ensuite massacré avec une grande sauvagerie dans sa cellule après avoir été torturé pour lui faire dire où se cachaient les autres membres de la communauté : « Dis-nous donc où sont les autres! Allons, ils sont bien plus nombreux ! Il faut bien en finir avec tous ces jean-foutre… »

5) Le Frère Fidèle d’Annecy, âgé de 82 ans, infirme, sourd et aveugle, ne pouvait plus quitter sa paillasse : il y fut démembré et découpé à la hache, puis ses bourreaux tentèrent de mettre le feu à son grabat. C’est après ce meurtre que les barbares pillèrent la pharmacie ; ils s’enivrèrent avec les potions à base d’alcool, en particulier avec de l’ « eau d’angélique », et ils se félicitaient mutuellement en riant : « Le barbu, l’avons-nous assez bien traité ? Buvons à sa santé ! »

Les Capucins cachés dans les lambris des plafonds entendirent les massacreurs ricaner : « C’est être bons patriotes et bons amis de la constitution que de faire ce que nous faisons ! »

couvent des capucins Nîmes

L’ancien couvent des Capucins à Nîmes 

H – Après le massacre.

Les massacres auraient pu se continuer encore plusieurs jours après le 14 juin si des troupes de Montpellier n’étaient arrivées, avec une artillerie imposante, pour assurer le maintien de l’ordre. Néanmoins les meurtriers ne furent pas arrêtés.

Dans la soirée du 14 juin, alors que les protestants continuaient leurs exactions dans d’autres quartiers de la ville, quelques catholiques s’introduisirent discrètement dans le couvent : ils purent plus tard témoigner de l’état des lieux et des corps des martyrs. Ils en firent sortir les survivants et les cachèrent dans leurs maisons.
Les corps des suppliciés furent ensuite ensevelis à la hâte dans un caveau situé devant l’autel de l’Immaculée Conception.

Au lendemain de la « Bagarre », parce qu’on était en plein dans les préparatifs de la Fête de la Fédération qui devait être célébrée exactement un mois plus tard à Paris, tout fut fait pour minimiser ce massacre et pour étouffer l’affaire.
On insista pour que les religieux survivants réintègrent le couvent, et « on » exerça des pressions sur Monsieur Henri-Claude Clémenceau de La Bouillerie, curé de la cathédrale et vicaire général de Nîmes, pour qu’il rédige un certificat relativisant les faits…

Néanmoins la nouvelle de ces atrocités se répandit et ne laissa pas d’inquiéter les catholiques de toute la région : ce fut même l’un des motifs qui suscita le rassemblement du 18 août 1790 entré dans l’histoire comme le « premier camp de Jalès », réuni à l’instigation de Monsieur Louis Bastide de Malbosc, maire de Berrias (dans l’actuel département de l’Ardèche) dont le frère n’avait trouvé le salut qu’en s’enfuyant de Nîmes pendant la « Bagarre ».
Quant à l’abbé Clémenceau de La Bouillerie, il est le grand oncle du célèbre Georges Clémenceau et nous le retrouverons parmi les prêtres martyrisés aux Vans, le 14 juillet 1792.

Les dix-neuf Capucins de Nîmes survivants commençaient à peine à remettre leur couvent en état lorsque, en mars 1791, ils furent frappés par les décrets de l’assemblée qui interdisaient les voeux monastiques et supprimaient les ordres religieux. Malgré leur volonté ferme de persévérer dans leur vocation, ils furent expulsés et dispersés. L’un d’eux, le Père Bruno de Carpentras, sera guillotiné à Orange pendant la grande terreur.
Les protestants ne purent cependant s’approprier le couvent et l’église, qui devint pour un peu de temps le siège de la paroisse constitutionnelle Saint-Denis.
La terreur installa la guillotine sur l’Esplanade et transforma l’église et le couvent en prison : huit-cent prisonniers y étaient entassés à la chute de Robespierre.

I – Au XIX ème siècle.

Rendue au culte par le concordat, l’église des Capucins fut ensuite érigée en paroisse sous le vocable des Saintes Perpétue et Félicité et fit l’objet d’une reconstruction totale de 1852 à 1862. Ce qui subsistait du couvent fut détruit en 1857 pour laisser place à d’autres bâtiments.

Nîmes église Ste Perpétue

Nîmes : l’Esplanade et la nouvelle église Sainte Perpétue
(photo du début du XXème siècle)

Les restes de ces glorieux martyrs furent déposés dans la chapelle de cette nouvelle église dédiée aux âmes du Purgatoire.

A la fin du XIXème siècle, l’Ordre Capucin se préoccupa d’introduire leur cause de béatification et c’est dans cette perspective que fut édité l’opuscule que nous avons résumé ici, mais nous ne savons pas si cette volonté fut suivie d’effets et s’il y eût un commencement d’instruction.

Voici toutefois la prière qui avait été composée alors « pour qu’il plaise à Dieu d’accélérer l’heure de la glorification de Ses serviteurs » :

O Dieu tout puissant qui, dans le gouvernement du monde, atteignez vos fins avec force et suavité, nous Vous demandons, pour la glorification de Votre Nom, que Vos serviteurs Benoît et ses compagnons, de l’Ordre des Frères Mineurs Capucins, massacrés par les ennemis de la religion catholique, soient, après mûr examen, jugés dignes des honneurs réservés aux véritables martyrs morts pour la défense de la Foi.
Nous Vous le demandons par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui vit et règne avec Vous en l’unité du Saint-Esprit, dans les siècles des siècles.

Ainsi soit-il. 

Piéta Ste perpétue Nîmes

Nîmes : Piéta dans l’église Sainte Perpétue 

2012-38. Le 14 juillet autrement…

Au mois de juillet 1792, le sud du Vivarais a été le théâtre d’évènements tragiques et sanglants.
A la suite de l’échec de la constitution d’une « armée catholique et royale d’Orient » sous les ordres du comte Louis-François de Saillans, les révolutionnaires vont mettre la terreur à l’ordre du jour dans notre province, un mois avant la prise des Tuileries et l’emprisonnement du Roi (10 août 1792), un mois et demi avant les tristement célèbres « massacres de septembre » (2 & 3 septembre 1792) : le comte de Saillans, plusieurs de ses aides, mais aussi un groupe d’ecclésiastiques vont être atrocement massacrés, dépecés, décapités, du 11 au 14 juillet.

2012-38. Le 14 juillet autrement... dans Annonces & Nouvelles 3-Saillans

Le comte Louis-François de Saillans

Pour que ces évènements ne tombent pas dans l’oubli, l’association Refuge Notre-Dame de Compassion vous invite, à l’occasion du 220ème anniversaire de ces martyres, à une journée de découverte et de mémoire, le samedi 14 juillet 2012.
Cette journée commencera vers 9h30 le matin ; elle nous permettra de nous rendre (déplacements en voiture) sur les sites où se sont déroulés ces évènements (la commanderie de Jalès, Banne, Naves et les Vans, Joyeuse et Largentière… etc.). Le repas sera tiré du sac.

Afin de l’organiser comme il convient, nous avons besoin d’ores et déjà, de connaître le nombre de personnes qui seraient intéressées d’y participer, de savoir qui dispose de places d’automobile, et aussi qui, n’ayant pas d’auto, souhaiterait être pris en charge (afin de prévoir des co-voiturages).

2-Blason-saillans-240x300 14 juillet dans Memento

armoiries du comte de Saillans

2012-36. Vous avez dit « républicain »?

2012-36. Vous avez dit
Samedi 19 mai 2012.

Le magazine « Le Point » (horresco referensa publié ce 17 mai une chronique intitulée « Mais qui donc n’est pas républicain? »dont voici les premières lignes :

« En France, le mot « républicain » est employé ces derniers temps à toutes les sauces (…) Tout est « républicain ». Le comportement, les passations des pouvoirs, les dépôts de gerbes sur la tombe du soldat inconnu. Le fait de dire bonjour, de se serrer la main, de demander des nouvelles des enfants, de se sourire, de ne pas s’insulter d’emblée. Que des hommes politiques qui se sont côtoyés sur les bancs de l’Assemblée, parfois sur les bancs des mêmes écoles, souvent dans les mêmes cercles ou les mêmes restaurants, fassent preuve de la plus élémentaire courtoisie, et ils doivent presque s’en excuser. Voulant à tout prix échapper au mortel soupçon de connivence, ils éprouvent le besoin de s’abriter derrière le sacro-saint viatique : « républicain ». Si votre voisin ne vote pas comme vous, mais si vous le saluez dans l’escalier, sachez donc que, vous aussi, vous accomplissez un acte « républicain ». Comme ce bon monsieur Jourdain faisait de la prose en l’ignorant… » (suite de l’article > ici).

Arrivé sur cet article par les hasards d’une recherche, les sus-citées réflexions m’ont « amusé » parce qu’elles rejoignaient tout-à-fait les observations que je m’étais intérieurement faites en entendant les commentaires des journalistes, spécialement tous ces derniers jours, après les élections pestilentielles et les prétendus changements dont elles seraient la cause.

Il n’y a d’ailleurs pas que le mot républicain qui connaisse ce développement.
Le mot « citoyen », qui est normalement un substantif mais se retrouve utilisé comme adjectif, a subi des emplois véritablement hypertrophiés depuis déjà longtemps pour signifier à peu près la même chose.

En bref, « républicain » et « citoyen » semblent être devenus les incontournables synonymes (et substituts) des adjectifs « courtois », « respectueux », « affable » ou simplement « poli », parfois encore « responsable » ou « mature »… Et je ne parle pas des adjectifs « urbain » ou « civil », dont l’acception semble aujourd’hui singulièrement réduite : je ne suis pas certain d’être compris par la majorité de nos contemporains si je dis que j’ai rencontré Monsieur Untel, qu’il est venu me saluer d’un air fort civil et s’est montré très urbain dans la conversation!

Je ne suis pas loin de penser qu’il y a derrière l’emploi pléthorique des adjectifs « républicain » et « citoyen » une intention cachée, dont les journalistes qui les utilisent à satiété ne sont pas nécessairement totalement conscients.
Nous savons tous (qu’on se souvienne de la manière dont G. Orwell l’a mis en évidence dans son célèbre roman  1984) combien le langage est non seulement le véhicule de la pensée, mais encore combien il la conditionne et la façonne.
Les mots servent les processus de manipulation idéologique.
Le procédé ne date pas d’aujourd’hui ; il a déjà été largement utilisé à l’époque de la sinistre révolution, mais il a pris une ampleur jamais égalée du fait de l’omniprésence et de la toute puissance des « média ».

Est finalement qualifié de « républicain » ou de « citoyen » tout ce qui est bon, beau, louable, exemplaire, qui fait montre de comportement responsable et qui est le signe d’une attitude respectueuse (ou « tolérante »)…
Ainsi est inoculée l’idée que la république serait associée à toutes les vertus sociales et, a contrario, que tout comportement irrespectueux, toute attitude irresponsable, toute forme d’intolérance et tout défaut d’exemplarité – qui ne sont ni « républicains », ni « citoyens » – sont les vices consubstantiels à tout autre régime que la république, unique et obligée « mère éducatrice » de vertu sociale.
Ainsi encore, les hommes politiques qui veulent susciter de nobles et généreux élans dans le coeur de leurs auditeurs ressassent-ils sans cesse l’expression « les valeurs de la république », sans se donner jamais la peine de les définir : la manipulation du langage que j’ai précédemment signalée leur épargne cette peine.

Lors donc que vous vous présentez comme royaliste ou monarchiste, vous suscitez des réactions spontanées d’effroi ou de scandale : n’étant pas républicain, vous devez obligatoirement être un monstre irresponsable, un apologue de l’intolérance, un sectateur des plus extrêmes doctrines politiques d’oppression et de répression, un représentant des dictatures les plus inhumaines, une personne incapable d’écoute et de politesse, un individu plein de mépris pour le peuple, un énergumène viscéralement dangereux pour la société…
Il y a quelque 220 ans de cela, si vous n’adhériez pas aux idées républicaines et citoyennes, deux adjectifs servaient couramment à vous qualifier : fanatique et aristocrate.
Dès lors qu’ils avaient été prononcés, ces deux mots vous octroyaient le privilège d’être dénoncé sans preuve, jugé sans respect des procédures les plus élémentaires, condamné avant la moindre instruction, exécuté sans qu’il soit nécessaire de justifier en rien votre mort.

Prenez garde, mes amis! Si vous n’êtes pas dans le moule « républicain » et « citoyen », je ne donne pas cher de vous!
Certes, actuellement, l’infernale machine du bon docteur Guillotin n’est pas (du moins pas encore) dressée à votre intention, mais on a tellement d’autres moyens à disposition pour vous exécuter socialement, pour vous assassiner dans votre honneur et votre réputation, pour vous mettre à mort dans l’esprit de vos contemporains…
La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas destinées à tous : elles ne sont accordées (et encore cela reste-t-il très théorique) qu’à ceux qui ont accepté la lobotomisation idéologique républicaine!
patteschats citoyen dans Commentaires d'actualité & humeursLully.

DSC09629-Copie-300x220 idéologie dans Lectures & relectures

2012-35. Lucifer, « ange tutélaire » de la république maçonnique.

Le soir de l’élection de François Hollande, ce 6 mai 2012, comme cela avait eu lieu au soir de l’élection de François Mitterrand en 1981, et comme elle le fait à l’occasion de beaucoup de manifestations, la « gauche républicaine » a organisé un « rassemblement festif » à la Bastille, au pied de la colonne de juillet.

Le nom de la Bastille évoque spontanément l’évènement (il serait plus juste de dire le non-évènement, puisque la vérité historique a été travestie puis montée en épingle dans la mythologie révolutionnaire) du 14 juillet 1789, dont l’anniversaire – au moyen d’un tour de passe-passe législatif – est devenu la fête nationale officielle en France.
Je dis « tour de passe-passe législatif » parce que, en effet, la loi instituant le 14 juillet comme fête nationale de la république ne fait officiellement pas référence à ce qui s’est passé le 14 juillet 1789 et prétend célébrer l’anniversaire de la fête de la fédération, le 14 juillet 1790… mais la fête de la fédération entendait marquer le premier anniversaire de la prétendue prise de la Bastille.

Toutefois, il faut se souvenir que la colonne de juillet, érigée au milieu de la place de la Bastille, ne célèbre pas à proprement parler l’évènement du 14 juillet 1789, mais les trois journées de révolution parisienne de la fin juillet 1830, appelées « trois glorieuses » par la mythologie républicaine, journées qui mirent fin au règne de Charles X : dernier Roi de la branche aînée à avoir effectivement régné sur la France, dernier de nos Rois à avoir reçu l’onction sacrée de Reims.

Les dépouilles des révolutionnaires morts lors de ces funestes journées de juillet 1830 furent amenées sous cette colonne. Après les révolutions de 1848, y furent ajoutées les dépouilles des révolutionnaires morts cette année-là, et la deuxième république fut proclamée à ses pieds.

Il est tout à fait instructif de bien comprendre que ceux qui ont élevé ce monument à la Bastille, lieu qui ne fut le théâtre d’aucun évènement décisif dans la révolution de 1830, ont voulu par là – en quelque sorte – unir les deux révolutions, celle de 1789 et celle de 1830, dans une même « glorification » : ils ont voulu montrer la continuité entre les évènements de 1789 et ceux de 1830.

Au sommet de cette colonne de juillet, se trouve une grande statue dorée, oeuvre d’Augustin Dumont, représentant un être d’apparence humaine : nu, ailé, portant une étoile au dessus de la tête, il tient des chaînes brisées dans la main gauche et, de sa main droite, il élève un flambeau allumé ; il court (sa jambe droite est levée et seule la pointe de son pied gauche touche terre) au-dessus d’un globe.
La statue tourne le dos à l’est et donne donc l’impression de courir à grande vitesse en direction de l’ouest.

Tous ces détails ne sont pas insignifiants : on peut même dire qu’ils sont particulièrement bien étudiés et qu’ils sont revêtus d’un symbolisme qu’il nous faut savoir interpréter

2012-35. Lucifer,

Cette statue est couramment appelée « génie de la liberté ».
Mais en réalité, il nous faut voir en elle la représentation de celui dont on peut dire qu’il est l’ange tutélaire de la république : Lucifer.

Nous avons donc ici une représentation d’homme ailé : c’est la manière traditionnelle de représenter les anges.
Nous savons qu’il n’y a pas que des « bons anges ». Les démons eux-aussi sont des anges, des anges qui se sont détournés de Dieu. Même s’ils se sont pervertis, ils ont conservé leur nature angélique.

Cet ange brandit un flambeau et porte une étoile au dessus de la tête : il s’agit bien de Lucifer dont le nom signifie « porte-lumière » (de « lux, lucis » = la lumière, et du verbe « fero » = je porte).

Lorsqu’il est écrit sans majuscule, le mot lucifer désigne « l’étoile (annonciatrice) du matin ». C’est ainsi que nous chantons dans le psaume CIX, aux vêpres des dimanches et des principales fêtes : « Tecum principium in die virtutis tuae in splendoribus sanctorum : ex utero ante luciferum genui te! A Toi est la primauté au jour de ta puissance dans les splendeurs des saints : de mon sein je T’ai engendré avant l’étoile du matin ». Ce verset – où c’est le Père éternel qui parle – célèbre la génération éternelle du Verbe de Dieu, avant toute créature.

Lorsqu’il est écrit avec une majuscule, le nom de Lucifer peut désigner deux personnes :

1) En tout premier lieu, et très légitimement, c’est l’un des noms du Christ, Verbe éternel de Dieu – « Lumen de Lumine, Lumière (née) de (la) Lumière » – qui apporte aux hommes la pleine lumière de la Révélation divine.
Certaines antiques hymnes liturgiques du matin chantent le Christ en rappelant : « Tu verus mundi lucifer… C’est Vous qui êtes pour le monde la véritable étoile du matin… »

2) Mais par une sorte d’extension, le nom de Lucifer (et c’est même ce à quoi l’on pense spontanément quand on entend ce nom) a été donné à celui qui était originellement le plus beau et le plus élevé de tous les anges de Dieu.
Le nom donné aux anges est la traduction de la « fonction » qu’ils exercent dans le plan divin : ce nom christique revenait au plus beau des anges parce que, à l’origine, il était celui au travers duquel la lumière divine resplendissait le plus, celui par lequel la lumière de Dieu était communiquée aux autres anges (St Denys l’Aréopagyte et St Thomas d’Aquin – pour ne citer qu’eux – expliquent que dans le monde angélique les dons et les grâces de Dieu descendent en « cascade » à travers les créatures les plus parfaites vers celles qui ont une moindre perfection).

Mais, nous le savons, l’ange Lucifer s’est malheureusement détourné de la lumière divine. Bien qu’ayant conservé son nom propre des origines, il est devenu l’ange des ténèbres : Satan (mot qui signifie « l’adversaire ») ou encore diable, démon …etc.

C’est ainsi que le nom de Lucifer devient aussi dès lors le signe de ce péché d’orgueil par lequel il a voulu s’élever au-dessus de Dieu et s’attribuer à lui-même cette lumière de gloire qu’il en recevait à l’origine.

Un passage du prophète Isaïe (XIV, 14-15) décrit le péché et la chute de Lucifer :
« Comment es-tu tombé du ciel, Lucifer, qui dès le matin te levais?
« Comment as-tu été renversé sur la terre, toi qui faisais des blessures aux nations?
« Qui disais dans ton coeur : je monterai au ciel, au-dessus des astres de Dieu j’élèverai mon trône ; je siègerai sur les montagnes de l’Alliance, aux côtés de l’aquilon! Je monterai sur la hauteur des nuées, je serai semblable au Très-Haut! »
« Mais cependant tu seras traîné dans l’enfer, au fond de l’abîme… »

Une statue de la cathédrale de Liège peut être montrée ici comme une illustration de ce texte du prophète : elle représente Lucifer, ange déchu, dont la couronne de prince céleste est tombée à terre, le sceptre brisé (il n’en tient plus qu’une moitié à la main et l’autre moitié, qui git à ses pieds, côtoie le fruit défendu de l’arbre du paradis terrestre qu’il proposera à Eve), et – comme dans la statue de la colonne de juillet – il porte des ailes et des chaînes (mais ici les ailes, symbolisant sa nature angélique, sont des ailes comparables à celles des chauve-souris et sont repliées, et les chaînes le retiennent captif).

Lucifer enchaïné - cathédrale de Liège - Guillaume Geefs 1848

Lucifer enchaîné
Oeuvre de Guillaume Geefs – 1848 – cathédrale de Liège

J’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, la franc-maçonnerie, lorsqu’elle évoque « dieu » ne fait pas référence au Dieu de la Révélation chrétienne.
Je renvoie à ce que j’ai déjà publié sur ce sujet et spécialement à la citation de ce “grand commandeur” américain, Albert Pike, qui déclara en juillet 1889 : “Lucifer, le Dieu de la Lumière et le Dieu du Bien, lutte pour l’humanité contre Adonaï, le Dieu de l’obscurité et du mal” ! (cf > www)

La statue qui surmonte la colonne de juillet illustre parfaitement cette lutte entre le « dieu maçonnique » et le Dieu de la Révélation : ce porte-lumière, ce Lucifer qui trône au centre de la place de la Bastille tourne le dos à l’orient, tourne le dos au soleil levant.
« Orient » est l’un des noms messianiques de Notre-Seigneur Jésus-Christ (cf. par exemple la cinquième des grandes antiennes « O » précédant Noël > www).
La liturgie de l’Eglise est « orientée », c’est-à-dire qu’elle est célébrée en direction du soleil levant, qui symbolise le Christ ressuscité, vainqueur des ténèbres, et elle manifeste aussi de la sorte l’attente du retour glorieux de ce même Jésus-Christ (cf. « 
comme l’éclair qui part de l’orient et brille jusqu’à l’occident ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme », Matth. XXIV,27).

En revanche, l’occident, lieu du soleil couchant, symbolise l’éloignement de la lumière et la sujétion à l’emprise des ténèbres : chaque fois que la nuit tombe, l’Eglise dans sa liturgie prie d’une manière spéciale pour être délivrée de l’empire du mal et protégée des attaques du démon.

Ainsi est-il particulièrement significatif que le « génie de la liberté », tournant le dos à l’orient, brandisse un flambeau (ces fameuses « lumières » inspiratrices de la révolution qui sont le fondement des doctrines de la Franc-Maçonnerie) en se hâtant vers l’occident, vers le lieu où disparaît le soleil, le couchant qui marque le commencement du règne des ténèbres : les chaînes qu’il brise sont celles de l’obéissance à Dieu et à ses saintes lois ; la liberté qu’il promet est celle d’être, à sa suite, « comme des dieux » c’est-à-dire que chacun devienne à lui-même l’unique norme du bien et du mal sans référence à la Révélation.

Il est donc tout à fait éclairant de bien comprendre pourquoi la « gauche », les révolutionnaires et tous ceux qui veulent célébrer les « valeurs de la république » semblent mettre un acharnement quasi obsessionnel à se rassembler sur cette place de la Bastille, au pied de ce « génie de la liberté » qui n’est autre que Lucifer, l’ange déchu, l’ange des ténèbres.

De la même manière que les chrétiens se rassemblent autour de la Croix ou au pied du Saint-Sacrement, ceux qui se réclament de l’héritage de la révolution tiennent à manifester leur appartenance quasi religieuse à l’anti-Révélation chrétienne : car la véritable « religion », la « religion » exclusive de la république en France, c’est la maçonnerie, et la maçonnerie – nous l’avons dit – vénère Lucifer comme son « dieu »!

Lully.

Voir aussi
le caractère fondamentalement anti-chrétien de la république française > ici.

nika colonne de juillet dans Lectures & relectures

2012-33. Reposez en paix, Madame!

Nous venons d’apprendre avec tristesse le rappel à Dieu

ce 2 mai 2012

de 

Madame la duchesse douairière d’Anjou et duchesse de Ségovie 

2012-33. Reposez en paix, Madame! dans Annonces & Nouvelles 577288_10150870642778210_564603209_11827949_281331196_n

* * * * * * *

Née Emmanuelle de Dampierre des ducs de San Lorenzo
le 8 novembre 1913,
Madame vient de s’éteindre, ce 2 mai 2012,
dans sa quatre-vingt-dix-neuvième année,

en sa résidence du Palais Massimo, à Rome. 

Elle était veuve de feu Monseigneur le duc d’Anjou et de Ségovie
(de jure Sa Majesté le Roi Henri VI),

la mère de feu Monseigneur le duc d’Anjou et de Cadix
(de jure Sa Majesté le Roi Alphonse II),

la grand-mère de Monseigneur le duc d’Anjou et de Bourbon
(de jure Sa Majesté le Roi Louis XX)
et l’arrière-grand-mère de Monseigneur le Dauphin Louis, duc de Bourgogne. 

Madame fut pendant plusieurs décades l’âme du Légitimisme.
Nous avions eu le grand honneur de lui être présentés
soit à Paris, à l’occasion des cérémonies organisées autour du 21 janvier,
soit à Rome, à l’occasion des pèlerinages avec l’association des descendants des Zouaves Pontificaux.

Que le Christ-Roi accueille son âme dans Son céleste Royaume ! 

 

fleur-de-lys 3 mai 2012 dans Intentions de priere

1...3839404142...48

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi