Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2026-73. Lettre mensuelle de la Confrérie Royale : 25 avril 2026.

armoiries confrérie royale

Samedi 25 avril 2026.

Très Chers Membres et Amis de la Confrérie Royale,

   Dimanche dernier, 19 avril 2026, votre Prieur a été la victime d’un « stupide accident » (il a glissé dans l’herbe trempée de rosée alors qu’il se dirigeait vers son véhicule pour se rendre à la Sainte Messe et la manière dont s’est déroulée sa chute – et surtout la manière dont il a retrouvé le sol – a entraîné la rupture des ligaments croisés du genou droit et, en toute logique, l’intervention du SAMU et des pompiers, une hospitalisation et une opération programmée en urgence… etc.).
Bref ! Frère Maximilien-Marie, la jambe immobilisée dans une attelle contraignante, a fini par être ramené dans son ermitage vivarois, où il peut, avec l’aide ponctuelle d’amis généreux de leur temps et de leurs personnes, avec le passage quotidien de l’infirmière, avec un certain nombre d’aménagements, avec l’acceptation de nombreux contretemps, et avec de longues stations allongé – pour un rythme d’activité très allégé et ralenti -, continuer néanmoins sa vie de vieil ermite…
Et c’est lui-même qui vous écrit ce 25 avril au soir.

   J’espère que vous avez passé cette journée du 25 avril dans une ferveur particulière, pour l’anniversaire de la naissance de notre Roi bien-aimé, que nous servons dans le combat spirituel, la prière et les sacrifices, au jour le jour.

   A seule fin de vous « alimenter » de paroles fortes et tonifiantes, je mets, au-dessous de ces modestes lignes, la copie du message complet que Sa Majesté le Roi nous avait fait parvenir, au Puy-en-Velay, au début juin 2016 – cela fera bientôt 10 ans ! – à l’occasion du pèlerinage conjoint de l’UCLF (alors présidée par feu Monsieur Pierre Bodin) et de la toute jeune Confrérie Royale (dont nous avions publié la fondation le 25 août 2015 : 8 mois auparavant), dans la sainte cité de Notre-Dame du Puy, à l’occasion du jubilé qui ne se produit habituellement que deux fois par siècle (chaque fois que le Vendredi Saint coïncide avec le 25 mars) ; pèlerinage conjoint de l’UCLF et de la Confrérie Royale qui avait été source de grandes grâces…

   En relisant les lignes que notre Roi nous adressait alors (nous, c’est-à-dire aux deux mouvements [qui sont distincts, redisons-le, même s'ils sont très fraternellement unis] ), transmis au Président Pierre Bodin par le Secrétariat de Sa Majesté ; en relisant donc ces lignes royales en faisant abstraction des circonstances précises du jubilé de 2016, vous retrouvez, chers Amis, bien précisée par notre Souverain légitime, la nature de votre engagement…
A la limite, il serait quasi nécessaire que chacun d’entre nous apprenions par cœur ces lignes fermes et claires :

   « Vous prierez pour qu’un monde renaissant aux valeurs de la tradition de nos pères puisse redonner à la France et le sens de sa grandeur, et l’esprit de sa mission civilisatrice pour l’ensemble des nations et la puissance des grâces de son baptême… Que la ferveur de vos prières contribue à protéger la France » !

    Ayons à cœur de méditer souvent sur ces lignes inspirées !

   Et puisque, justement, ce message royal nous avait été adressé à l’occasion du premier pèlerinage annuel au Puy-en-Velay, « pour la France et le Roi », j’en viens au fait que, en raison de ce « stupide accident », en raison des conseils « énergiques » de plusieurs de mes conseillers personnels (auxquels j’objectais que le pèlerinage du Puy de cette année pouvait se dérouler sans moi – contraint à beaucoup de repos et à beaucoup d’immobilité -, mais qui n’en étaient pas d’accord), en raison d’autres facteurs aussi que je ne détaillerai pas, nous devons repenser l’organisation du pélerinage du « pont » de l’Ascension et lui donner, cette année, une nouvelle physionomie : d’ici quelques jours, vous recevrez une nouvelle circulaire exposant de quelle manière cette réorganisation va se faire, avec

1) d’un côté, pour les personnes dans un rayon relativement proche du Puy, une journée de pèlerinage (avec Sainte Messe, et prières dans les sanctuaires de la ville sainte), et
2) pour tous ceux qui le désirent, et dans tout le Royaume, de petits pèlerinages locaux (même avec seulement 2 ou 3 personnes : « Lorsque deux ou trois sont réunis en Mon Nom, Je suis au milieu d’eux »), ou – a minima – un temps de prière communautaire, accomplis en union avec ceux qui se trouveront au Puy… ou avec le Prieur qui se trouvera contraint de rester allongé en son ermitage !!!

   Que, dès à présent, ceux qui liront ces lignes, à Paris, à Versailles, en Anjou ou en Bretagne, en Auvergne ou en Franche-Comté, en Touraine ou en Alsace, en Provence ou en Picardie, en Guyenne ou en Lorraine, en Artois ou en Saintonge, en Limousin ou en Flandres, en Dauphiné ou en Poitou, en Bourgogne ou en Languedoc… etc… et ailleurs aussi, membres ou simplement sympathisants de la Confrérie Royale, nous contactent sans retard sur cette adresse électronique : pelerinage.confrerie@gmail.com

   Et que Dieu vous bénisse tous et vous protège à tout moment !
Merci pour votre attention. 

Lettre du Roy au pèlerinage du Puy 2016 - blogue

Le Puy-en-Velay

2026-69. Sa Majesté le Roi entend insister sur l’importance du quatrième centenaire de « la Royale » dans une vision d’avenir.

Jeudi 16 avril 2026,
Fête de Saint Benoît-Joseph Labre, pèlerin, confesseur (cf. > ici) ;
Anniversaire de la mort de Sainte Marie-Bernard Soubirous, vierge (cf. > ici).

Richelieu à l'origine de la Royale

Octobre 1626 : les mesures prises par le Cardinal de Richelieu
sont aujourd’hui considérées par la Marine Nationale
comme la date de naissance d’une marine d’Etat, unifiée et permanente.  

       Dans la soirée du Mercredi Saint 1er avril 2026, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX de France, a annoncé, sur ses réseaux sociaux, la publication d’un article de sa plume qui venait de paraître dans la revue trimestrielle Marine & Océans (mars 2026), en ces termes :

   « En cette année 2026 où nous célébrons les 400 ans de la Marine française, il m’a semblé de mon devoir de prendre la parole sur un sujet aussi important de notre histoire mais aussi de notre avenir.

   En tant qu’hériter des Rois qui ont donné naissance à cette arme, j’ai eu à cœur de délivrer ma vision de la Marine tant dans sa profondeur historique que dans ses enjeux contemporains et à venir.

   Comme je le dis dans les colonnes de la revue Marine et Océans, « l’histoire nous apprend que la montée en puissance de flottes de haute mer est un effort long et coûteux.
Une Marine de guerre nécessite une vision à long terme et une volonté étatique constante tant pour former un personnel compétent que pour acquérir les bâtiments nécessaires.
Nos victoires dans la guerre d’indépendance américaine entre 1778 et 1783 n’auraient pu être rendues possibles sans une politique de redressement impulsée dès la fin des années 1760 par Louis XV puis maintenue par Louis XVI.
Il nous faut donc œuvrer dès maintenant à faire de notre Marine le bras armé de notre politique maritime et donc mondiale. »

   Retrouvez mon article entier dans la revue Marine & Océans magazine

armes de France et Navarre dessinées pour le Sacre de Charles X

   Notre Souverain légitime, dans sa communication du 20 janvier de cette année (cf. > ici) à l’occasion des célébrations anniversaires de la mort de Sa Majesté le Roi Louis XVI, avait déjà abordé ce sujet. L’article dont nous reproduisons ci-dessous l’intégralité développe une vision globale particulièreent lucide qui, en se fondant sur l’héritage de l’histoire et les expériences du passé, donne une vision à long terme sur la politique qui convient aujourd’hui à notre pays.

Article de Louis XX Marine & Océans 1

Article de Louis XX Marine & Océans 2

Article de Louis XX Marine & Océans 3

Article de Louis XX Marine & Océans 4

2026-65. De l’anniversaire de la Confirmation de Sa Majesté le Roi.

15 avril,
Fête de Saint César de Bus, confesseur (cf. > ici) ;
Pieuse mémoire de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon ;
Anniversaire de la naissance de Mgr Gaston de Ségur (cf. > ici) ;
Anniversaire de la confirmation de Sa Majesté le Roi (15 avril 1990).

Saint-Esprit - vignette blogue

       C’est le dimanche de Pâques 15 avril 1990 que Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX de France, a reçu le sacrement de confirmation, à Madrid, en l’église Saint-Louis des Français.

   Cette actuelle église Saint-Louis des Français de Madrid a été édifiée dans la seconde moitié du XXème siècle.
Située Calle Lagasca, 89 (pour ceux de nos lecteurs qui, de passage à Madrid, auraient la curiosité de l’aller visiter), elle est l’héritière de quatre siècles d’histoire, car la première chapelle française à Madrid a été fondée sous le vocable de Saint-Louis en 1613 par le chanoine Henri de Saulreux, un ecclésiastique qui avait été ligueur et qui – disons-le sans ambage car cela ne manque pas d’humour – ne s’était pas particulièrement réjoui de l’avènement des Bourbons sur le trône de France en la personne d’Henri III de Navarre – devenant Henri IV de France -, à la mort d’Henri III de Valois.

   L’architecture de cet édifice n’est pas vraiment accordé à nos goûts personnels (peut-être cela vous semblait-il une évidence sans que nous eussions besoin de l’écrire), mais il demeure, pour l’éternité, l’écrin dans lequel la personne de Louis XX a été investie par la plénitude des sept dons du Saint-Esprit, et dans lequel le sceau – en théologie on dit le caractère – sacré de soldat du Christ a été imprimé dans son âme royale.
Après tout, lorsqu’on vous offre un bijou de grand prix, je pense que vous attachez davantage d’importance au bijou lui-même qu’à l’écrin dans lequel il est placé…

église Saint-Louis des Français à Madrid

Madrid, actuelle église Saint-Louis des Français.

   Au moment de sa confirmation, notre jeune Roi – qui allait célébrer son seizième anniversaire dix jours plus tard – était devenu l’aîné de tous les Capétiens et Roi de France de droit, un peu plus de quatorze mois plus tôt, en raison du dramatique « accident » qui avait emporté son auguste père, notre regretté Roi Alphonse II, le 30 janvier 1989.

Louis XX adolescent - blogue

Louis XX aux alentours de sa seizième année

   Il n’est jamais inutile de rappeler que le sacrement de Confirmation a été institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour conférer au baptisé les dons du Saint-Esprit et pour le fortifier dans la vie chrétienne.
En lui donnant le Saint-Esprit, il imprime dans son âme le caractère de soldat du Christ et il le rend parfait chrétien, puisqu’il perfectionne les vertus et dons reçus au baptême. 

   Ainsi, fait soldat du Christ, le confirmé est aussi combattant de la foi et défenseur de l’Eglise.
Si cela importe pour chaque chrétien, chacun comprendra que cela importe encore davantage pour celui que les Lois fondamentales du Royaume (cf. > ici) désignent comme légitime Roi de France, Fils aîné de la Sainte Eglise romaine et son porte-glaive, Défenseur-né de l’orthodoxie doctrinale et lieu-tenant du Roi du Ciel sur le Royaume des Lys.

   La célébration de l’anniversaire de la confirmation de Sa Majesté le Roi doit donc être pour chaque légitimiste l’occasion de prier avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée pour ce « Fils de Saint Louis », qui d’ailleurs ne manque jamais de dire combien il est heureux et fier d’avoir son saint ancêtre pour céleste protecteur et qui, dans la majorité de ses messages, insiste de manière récurrente sur les exemples de Saint Louis et leur actualité. 

« Domine, salvum fac Regem nostrum Ludovicum,
et exaudi nos in die qua invocaverimus Te ! »

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Statue de Saint Louis sur la façade de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre

Statue de Saint Louis sur la façade de la basilique de Montmartre.

2026-62. Lettre de Pâques du Prieur de la Confrérie Royale.

Dimanche de Quasimodo, 12 avril 2026.

       Voici la lettre adressée par le Prieur de la Confrérie Royale aux membres et sympathisants de la dite Confrérie à l’occasion des fêtes pascales ; il nous semble qu’elle peut être profitable à tous ceux qui, en dehors de la Confrérie Royale elle-même, ont le souci de développer sans cesse leur vie spirituelle.

autel du Calvaire - blogue

Jérusalem, basilique du Saint Sépulcre :
l’autel (grec) érigé à l’emplacement du Calvaire
(sous la table de l’autel, affleure le rocher et l’on peut y vénérer le trou creusé dans la roche en lequel était plantée la Croix de notre Rédemption).

Chers Membres et Amis de la Confrérie Royale,

   Avec ce dimanche de l’Octave de Pâques – appelé aussi « dimanche de Quasimodo » – s’achève la fête de la Résurrection de notre divin Sauveur : une fête de huit jours qui sont comme un seul (c’est le principe même des octaves) : à la fête de la Résurrection (puisque chaque jour de l’octave nous donne d’approfondir la réalité de cette résurrection selon la chair, avec les preuves que Notre-Seigneur Lui-même en a donné en apparaissant), succède maintenant le temps pascal où l’Eglise nous fait méditer les grâces que, chacun, nous recevons sans cesse du Sacrifice rédempteur du Calvaire, par lequel s’accomplit la grande victoire divine sur l’enfer et la mort, Sacrifice renouvelé quotidiennement de manière sacramentelle sur les autels.

   Pâques, le mystère pascal, c’est – en même temps et de manière indissociée – l’unique réalité de la Cène, du Calvaire, de la descente aux enfers, du tombeau vide et de l’ouverture glorieuse des portes du Ciel :

   « Unde et memores, Domine, nos servi tui, sed et plebs tua sancta ejusdem Christi Filii tui Domini nostri tam beatae passionis, nec non et ab inferis resurrectionis, sed et in caelos gloriosae ascensionis : offerimus praeclarae Majestatis tuae de tuis donis, ac datis, Hostiam puram, Hostiam sanctam, Hostiam immaculatam, Panem sanctum vitae aeternae, et Calicem salutis perpetuae : c’est pourquoi en mémoire, Seigneur, de la bienheureuse Passion du Christ Votre Fils, Notre-Seigneur, de Sa Résurrection des enfers, et aussi de Sa glorieuse Ascension dans les cieux, nous, Vos serviteurs, et avec nous Votre peuple saint, nous présentons à Votre glorieuse Majesté – offrande choisie parmi les biens que Vous nous avez donnés -, la Victime pure, la Victime sainte, la Victime immaculée, le Pain sacré de la vie éternelle et le Calice de l’éternel salut ».

   Cette première prière récitée à l’autel par le prêtre après la consécration, dans le Canon romain, exprime parfaitement cette unité du mystère pascal : ce que nous célébrons les Jeudi, Vendredi, Samedi Saints et Dimanche de Pâques, ne se trouve distinct et séparé que dans le caractère événementiel de la succession dans le temps, mais il ne s’agit en réalité que de diverses facettes d’un unique et indivisible mystère.

   La grâce que je vous souhaite donc en ce temps pascal, chers Amis, est celle de vivre toujours plus intensément ce mystère auquel nous assistons dans la Sainte Messe.
Approfondissez sans cesse et toujours davantage la réalité de la Messe : vivez la Messe selon cette réalité mystique qui en est l’essence, et soyez vivifiés par la Messe.
La Messe est le pôle de toute notre vie chrétienne.
La Messe est l’axe de notre vie.
Que Dieu nous préserve d’y assister dans une routinière passivité !

   Vous êtes-vous déjà demandé de quelle manière la Très Sainte Mère de Dieu assistait à la Sainte Messe pendant les quinze années où elle est restée encore sur la terre après l’Ascension de son divin Fils ?
Que celle qui s’est tenue debout au pied du sanglant autel de la Croix le Vendredi Saint nous enseigne à tous à mieux être présents – à ses côtés, comme le furent Sainte Marie-Magdeleine ou Saint Jean – à la réalité mystique de la Sainte Messe catholique. Ainsi soit-il !

   Je demeure votre humble et dévoué serviteur,
dans le Cœur de Jésus et Marie,
pour Dieu et pour le Roi.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur, Prieur.

autels de la Crucifixion et de la Mère des Douleurs - blogue

Jérusalem, basilique du Saint Sépulcre :
les deux autels (latins) érigés sur le côté droit du rocher du Calvaire ;
le premier [tout à droite] est l’autel de la Crucifixion
(à l’emplacement du lieu où Jésus fut cloué à la Croix),
et le second [à gauche] avec le buste de la Mère des Douleurs
est dédié à la Compassion de la Bienheureuse Vierge Marie.

2026-55. L’Annonciation méditée par l’Ecole française de spiritualité.

25 mars,
Fête de l’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie.

   Voici le texte de la lettre mensuelle adressée aux membres et amis de la Confrérie Royale à l’occasion du 25 mars 2026 :

Guido Reni Louvre - blogue

Guido Reni (1575-1642) : Annonciation (entre 1625 et 1642)
[Musée du Louvre]

L’Annonciation

méditée par l’Ecole française de spiritualité.

       Dans l’un de ses ouvrages consacré à la spiritualité du sacerdoce, le Révérend Père rédemptoriste Clément Dillenschneider († 1969) vante les richesses doctrinales « de notre incomparable École française de spiritualité. La grandeur de la spiritualité bérullienne est d’être, selon le mot d’Henri Brémond : ‘‘chargée de dogme’’, ce qui fait sa solidité et sa perpétuelle jeunesse. Or la spiritualité de l’École française est empreinte d’un double cachet : elle est par excellence une spiritualité mariale et une spiritualité sacerdotale. Et elle est l’une et l’autre parce qu’elle est centrée sur le mystère de l’Incarnation qui explique à la fois le mystère de Marie et le mystère du prêtre ». L’abbé Brémond précité n’hésite pas à son tour à qualifier ce courant spirituel d’École « sans contredit la plus originale, la plus riche et la plus féconde de celles que vit naître l’âge d’or de notre littérature religieuse ».

   Or, s’il est une prière qui résume admirablement cette spiritualité centrée sur l’Incarnation, c’est bien celle de l’Angélus, qui nous donne de revivre trois fois par jour le mystère de l’Annonciation. Les Maîtres de l’École française ont médité ce passage crucial de l’Évangile avec une profondeur théologique et contemplative remarquable. Parmi eux, le cardinal Pierre de Bérulle († 1629), de pieuse mémoire, l’introducteur du Carmel en France et le chef de file de ce courant spirituel, que le pape Paul V appelait « l’apôtre du Verbe incarné », nous offre une méditation particulièrement riche sur l’Annonciation. Prenons le temps d’en goûter toute la profondeur en lisant ces lignes posément, car une lecture rapide ne nous permettrait pas de tirer toute la saveur spirituelle contenue dans ces paroles inspirées. Comme avec le latin liturgique, la concision terminologique favorise la précision dogmatique.

Ave Maria vignette pour le blogue

L’humilité devant l’ange

            L’Angélus reprend les paroles-mêmes de l’Évangile selon saint Luc :

L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je vous salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec vous » (Lc 1, 26-27).

            Pendant la visite de l’ange, l’humilité [de la Sainte Vierge] est si grande qu’elle ne voit pas que Dieu l’élève en un trône pour la couronner comme reine de l’univers et mère de Celui qui l’a créée… Dès longtemps on vous prépare à le concevoir dignement ; mais vous ne l’apercevez pas, ô Vierge humble et sacrée ! Vous ne voyez pas vos grandeurs… car Dieu joint à votre esprit une simplicité divine avec une fidélité parfaite, et vous coopérez sans cesse à une grâce que vous ne discernez pas.

L’Évangile poursuit : À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation (Lc 1, 29)

            Mais ce trouble, explique Bérulle, n’est nullement un ébranlement de faiblesse :

            Si elle se trouble à la parole de Gabriel, ce n’est pas qu’elle ait peur à l’apparition de cet ange en une forme humaine, car sa pureté est solide, innocente et tranquille ; elle est céleste, angélique, et divine ; elle n’est pas faible, défiante, ombrageuse et la garde d’icelle est sans timidité, sans trouble et sans inquiétude… Vous êtes tout angélique d’esprit, de grâce et de condition, vous êtes accoutumée de traiter avec les anges. L’étonnement de la Vierge est un étonnement de l’esprit et non des sens, un étonnement produit par la grâce et non par la nature, un étonnement de lumière et non de faiblesse.

            D’avance, elle adhère fermement à ce qu’elle n’entend pas encore, et quand l’ange reprend : ‘‘Que Vous êtes si heureuse en la recherche de la grâce de Dieu, que vous avez trouvé même la grâce des grâces’’, c’est-à-dire le Fils unique de Dieu, elle répond par une parole de foi signalée, de pureté virginale, de prudence céleste, de conduite divine, de fécondité heureuse.

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Lumière de la foi

            L’échange entre l’ange et Marie conduit alors à la fameuse question : « Quomodo fiet istud ? Comment cela se produira-t-il ? ». Cette interrogation a parfois été mal comprise. Bérulle en souligne au contraire toute la pureté spirituelle :

            Ce n’est pas une parole d’infidélité ni même de curiosité. Avant que cet ange paraisse, la Vierge est trop bien instruite de la naissance du Messie (qui était l’article principal de la foi des juifs) et de la puissance de Dieu (qui est le premier article de la foi du monde) pour avoir peine à croire que le Messie naîtra d’une Vierge, et pour restreindre la puissance divine à le faire naître par le seul moyen commun et ordinaire à la naissance de tous les mortels. Sa lumière est trop grande et sa foi trop élevée pour une erreur si grossière.

            Sans peine donc et sans retardement, elle croit ce qui lui est annoncé, il n’y a pas lieu d’en douter, en la grandeur de sa foi, en la lumière qu’elle a des Écritures et à l’autorité de l’ange qui l’annonce. Mais en la supposant, elle sait qu’il y a plusieurs voies cachées dans les trésors de la puissance divine pour accomplir cet œuvre, et cette connaissance est lumière. Elle exclut cette seule voie qui répugne à son vœu, et c’est fidélité. Elle n’ouvre point son esprit à en conjecturer aucune, et c’est simplicité. Elle ne prend point l’autorité d’en vouloir, d’en choisir, d’en prescrire, d’en affecter une, et c’est humilité. Et puisque Dieu veut faire cet œuvre en elle et avec elle, elle croit pouvoir et devoir s’enquérir du moyen choisi et ordonné dans le conseil de Dieu, et c’est vérité et équité. La Vierge considère ce que cet ange lui propose, et c’est prudence ; elle se rend à la première ouverture qui lui est faite, et c’est facilité ; elle conclut et répond aussitôt, et c’est obéissance.

            Ainsi la foi de Marie apparaît déjà comme parfaite, pleinement docile à l’action divine et contenant tout le chapelet des vertus chrétiennes.

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Le Fiat de Marie

Vient alors la réponse décisive de la Vierge : Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon votre parole » (Lc 1, 38)

            Bérulle contemple longuement la portée de ces quelques mots :

            Par obéissance, elle se déclare la servante de Dieu. Elle est au terme de grâce qui termine tout le cours de sa vie précédente, vie très haute et préparant à l’état nouveau où elle va entrer à la fin de ces saintes paroles. Cette parole donc n’est pas une parole de piété commune et d’un sens ordinaire, c’est une parole et d’abaissement et d’élévation très grande tout ensemble… Lorsque cette Vierge humble, silencieuse et modeste ouvre la bouche pour la proférer, elle est en la main du Verbe éternel qui est avec elle, qui va s’incarner en elle… Elle correspond dignement à la qualité de sa personne, à la sublimité de sa grâce, à la sainteté de son état, à la divinité de son appartenance au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Son acquiescement est un vœu et une profession solennelle de son abaissement, de sa servitude, de son abandon.

            Le Père oratorien Guillaume Gibieuf († 1650) scrute à son tour toute la portée de ce mot :

            Fiat : c’est une parole non d’étonnement comme la première mais de consentement. C’est une parole non d’inquisition humaine mais de résolution divine. C’est une parole non de suspension mais d’inclination vive et ardente à l’accomplissement du vouloir de Dieu et de son œuvre. Cette simple parole porte en un simple mot deux choses dignes de grands poids : elle porte et un désir d’amour, et un consentement par obéissance, et un consentement si important que d’icelui dépend un œuvre si grand et si nécessaire au ciel et à la terre.

            Et lorsque Marie ajoute :

            Ecce ancilla Domini : par ces paroles, la Vierge change de qualité et entre en un nouvel état. L’ange se retire et Dieu s’approche, et la Vierge demeure en son élévation. Ô merveille ! Ô grandeur ! Les paroles de l’ange s’effectuent : le ciel s’ouvre, le Saint-Esprit descend en la Vierge, la vertu du Très-Haut la remplit, l’œuvre des œuvres s’accomplit.

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Le mystère de l’Incarnation

            Gibieuf contemple alors le mystère qui vient de s’accomplir dans le silence de Nazareth :

            Et en cet heureux moment, le Créateur se fait créature pour ses créatures : l’architecte du ciel et de la terre se forme un corps terrestre pour sanctifier la terre et le ciel ; Dieu se fait homme pour le salut des hommes, et la Vierge devient Mère de Dieu.

            C’est en Nazareth que se font ces merveilles ; c’est en un profond silence et en une nuit obscure ; c’est en un moment, ou pour mieux dire dans les mesures de votre éternité. Mais il faut du temps, de la grâce, de la lumière pour penser dignement à des choses si grandes. Celui qui est la splendeur du Père et vient pour être la lumière du monde daigne éclairer nos ténèbres.

Et l’Évangile conclut sobrement : Alors l’ange la quitta (Lc 1, 38). La sensibilité de Gibieuf lui fait remarquer :

            Et discessit ab illa angelus : c’est la seule dureté que je trouve en un sujet si doux et si délicieux, et dureté pratique au regard d’un si grand ange, et d’un ange qui a grande part à ce mystère. Mais la dignité de l’œuvre de Dieu et la grandeur suprême de la Trinité qui l’opère le porte ainsi.

            Au vrai, c’est toute la cohorte des bons esprits qui accourt auprès de Marie et l’environne pour saluer en elle la Regina angelorum : la Reine des anges, et s’émerveiller devant un tel mystère d’une jeune vierge concevant le Fils de Dieu.

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Marie, temple vivant du Verbe incarné

            À partir de ce moment béni commence pour Marie une vie nouvelle entièrement tournée vers le mystère qu’elle porte en elle :

            Après l’Incarnation, écrit Bérulle, Marie est consommée en grâce très rare et très élevée, mais ce comble n’est qu’un fondement et un commencement d’un nouvel édifice. Car une nouvelle vie commence pour elle, vie pleine de grâces, de lumière et de désir de servir à Dieu en ce haut ministère. Il est plus facile de dire ce qu’elle ne fait pas que ce qu’elle fait : elle est non en un mouvement, mais en un repos, car elle est tranquille ; non en un repos, mais en un mouvement, car elle tend à Dieu et y tend par une vigueur et vivacité admirables.

            Désormais, tous ses actes vont se rapporter à Jésus et à sa mission : la Vierge est occupée en Jésus et elle est seule en toute la terre occupée en Jésus ; seule elle adore le mystère de l’Incarnation [ajoutons : avec tous les saints anges], y applique et absorbe tous ses sens, toutes ses facultés. La grâce et la nature conspirent en elle à établir une disposition éminente et ravissante son cœur et son esprit en Jésus son Fils. Il est présent en elle, il est puissant en elle, il est opérant en elle. Elle est parfaitement disposée à recevoir ces saintes opérations, et à les recevoir selon toute leur énergie et étendue. Elle entre en connaissance de ses secrets puisqu’ils se passent en elle, elle est disposée à en favoriser l’exécution, en acceptant avec lui l’abaissement et la croix qui lui sont réservés. En attendant, elle est tout occupée de lui par admiration qui est une occupation sublime, rare et ravissante, occupée par conservation et garde d’un dépôt sacré.

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Marie médiatrice

            De ce mystère découle également la mission spirituelle de Marie envers les âmes :

            La fonction de la Sainte Vierge est de donner Jésus aux âmes. Comme conséquence de la naissance temporelle qu’il a reçue d’elle, elle acquiert un droit sur lui, et non seulement elle, mais le Père aussi. C’est vous ô Marie qui, lui donnant une nouvelle naissance, donnez commencement au pouvoir du Père vers le Fils parce que vous le mettez en état auquel le Père puisse exercer son pouvoir sur lui. Le Père éternel, qui vous devance une éternité en la production de son Fils, ne vous devance pas d’un seul moment en l’exercice de son autorité sur lui. Tous les deux ont contribué à le former, tous les deux peuvent le donner aux âmes et le Père ne veut point réserver à soi seul cette nouvelle puissance qui lui est donnée par le mystère de l’Incarnation ; car il la communique à la Sainte Vierge et la met en puissance et autorité maternelle sur celui sur lequel il prend puissance et autorité paternelle. Ainsi le Père éternel honore et partage son pouvoir sur son Fils avec la Vierge, à laquelle celui qui est le Fils de Dieu et Dieu même est assujetti pour notre exemple et pour notre amour.

            Dans un sens très proche, Bossuet dira : « Dieu ayant une fois voulu nous donner Jésus-Christ par la Sainte Vierge, cet ordre ne change plus. Il est et sera toujours véritable qu’ayant reçu par elle une fois le principe universel de la grâce, nous en recevions encore, par son entremise, les diverses applications dans tous les états différents qui composent la vie chrétienne ».

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Une vie d’adoration silencieuse

            La vocation profonde de Marie se résume alors en une attitude intérieure : « C’est son état, c’est sa voie, c’est sa vie. Sa vie est une vie de silence qui adore la Parole éternelle ».

            C’est dans la même ligne que le Père Gibieuf médite lui aussi cet événement :

            Au jour de l’Annonciation, l’huile qui la sacre est la plénitude de la divinité dont elle est imbue et pénétrée pour l’accomplissement du mystère ineffable de l’Incarnation. L’auteur ne veut pas que l’on dise qu’elle est devenue Mère seulement à ce moment-là : Ne dites pas que c’est une créature humaine, élevée à la dignité de Mère de Dieu, mais dites plutôt que c’est la dignité incomparable de Mère de Dieu, établie dans une créature humaine. Ce n’est pas une forme qui s’ajoute, c’est son fonds, c’est sa substance, c’est son tout et elle n’est que cela et elle n’est que capacité de cela. En raison de cela, elle est immaculée dans sa conception, impeccable, incapable même de commettre une faute ; Dieu donne une attention particulière à former son corps, revêtu d’une beauté éminente qui s’explique par celle de son Fils ; il la prépare à sa mission en la conduisant au temple par dispensation et conduite spéciale de son conseil ; elle y est en communication incessante avec Dieu et ses anges qui tiennent à dignation et faveur particulière d’être employés à lui rendre service.

            Quand Marie a prononcé le Fiat, émanation singulière du désir que le Père éternel a de donner son Fils au monde, elle entre en société et communication spéciale avec le Verbe : elle a donc en elle le Père et le Fils, le Père comme Époux, le Fils comme Fils et le Saint-Esprit comme le lien sacré et indissoluble du Père et du Fils. Le sein de la Vierge devient un temple où Dieu est plus saintement adoré que dans le ciel ; son Fils, qui remplit ses entrailles de son petit corps, remplit son âme de son esprit et de sa vie. C’est de lui qu’elle reçoit les paroles qui sanctifient saint Jean dès avant sa naissance : y eut-il jamais rien de si efficace et de si puissant ? Quand sa cousine la magnifie, elle magnifie le Seigneur et supprime ainsi les louanges de la créature par les louanges du Créateur.

            À la visite de l’ange, elle entre dans le soin de garder son vœu de virginité et c’est être fidèle à ce Seigneur à qui elle s’est engagée ; et, dans le soin de garder son vœu, elle demande comment cela se pourra faire, et c’est une prudence céleste ; et, après que l’Ange a éclairci tous ses doutes, voyant la volonté de Dieu clairement proposée, ce qui lui reste est de rendre obéissance à son Souverain. Elle accepte dans la double disposition d’abaissement en elle-même et d’élévation à Dieu dont témoigne sa réponse.

            Suivons cet ange pas à pas, et voyons comme il va non à Rome la triomphante, ni à Athènes la savante, ni à Babylone la superbe, ni même à Jérusalem la sainte. Il va en un coin de la Galilée, à une bourgade inconnue, à un Nazareth dont Nathanaël dira un jour : « A Nazareth aliquid boni esse ? De Nazareth, peut-il en sortir quelque chose de bon ? » (Jn 1, 46).

            Puis : L’Ave Maria est la première parole angélique adressée à la première personne du Nouveau Testament, c’est la première parole évangélique annoncée à la terre : c’est l’Évangile du Père éternel à la Vierge que cet ange porte du ciel.

            Et sur l’intervention du Saint-Esprit comme acteur de ce mystère : La nature ne prendra point part à cet œuvre. Les anges mêmes, employés d’ordinaire dans les œuvres de Dieu, n’y seront point appelés. La main seule du Tout-Puissant y sera appliquée ; et la fécondité de la Vierge sera élevée par puissance divine à concevoir et produire saintement le Saint des saints, le Fils propre et unique de Dieu-même. Rien d’impur et de terrestre ne sera mêlé en cette opération ; tout y sera céleste et divin. Vous aurez, ô Vierge sacrée, et la fleur et le fruit tout ensemble : la fleur de votre virginité et le fruit de votre fécondité.

Ave Maria vignette pour le blogue

L’angélus rythme notre vie chrétienne

            La méditation de l’Angélus n’est pas seulement la contemplation d’un événement passé : elle ouvre sur la vie spirituelle des chrétiens eux-mêmes. Gibeuf évoque à ce propos la parole du Christ :

            “Quiconque fera la volonté de mon Père qui est dans les cieux, il est mon frère, ma sœur, ma mère” (Mt 12, 50) : parole mystérieuse mais dont nous apercevons quelque lueur dans la doctrine de votre grand apôtre qui nous apprend que nous sommes vos membres, que vous naissez en nous, que vous y êtes formé, que vous y croissez, que votre corps ne sera consommé et parfait que quand tous ceux que votre Père vous a donnés seront en vous vivant de votre esprit et subsistant en l’unité de votre divine personne ; et que, partant, tous ceux qui servent à la conversion et sanctification des âmes (or tous doivent y servir plus ou moins, selon la grâce qui leur est départie) servent à former et édifier votre corps et vous font office de Mère.

            Ainsi, en récitant l’Angélus, le chrétien est invité à entrer lui-même dans la dynamique du mystère de l’Incarnation : accueillir le Verbe, coopérer à son œuvre et participer à la naissance spirituelle du Christ dans les âmes.

Ave Maria vignette pour le blogue

Par l’intercession de saint Gabriel

            Toute la tradition spirituelle de l’École française converge vers cette vérité : le mystère de l’Incarnation est inséparable de la mission de Marie dans l’histoire du Salut. C’est pourquoi saint Louis-Marie Grignion de Montfort († 1716) peut résumer ainsi cette doctrine : « C’est par la Très Sainte Vierge Marie que Jésus-Christ est venu au monde et c’est aussi par Elle qu’Il doit régner dans le monde ».

            Confions notre avancement spirituel au héraut de l’Incarnation, l’archange saint Gabriel, que nous fêtions liturgiquement hier et qui eut pour mission d’annoncer la Bonne Nouvelle à la Vierge Marie et de l’éclairer. Lui qui, dans l’Ancien Testament, apparut au prophète Daniel lui annonçant : « Nunc egressus sum ut docerem te et intelligeres : Je suis venu maintenant pour t’instruire et pour que tu comprennes » (Dn 9, 22), qu’il daigne nous instruire dans les voies sprirituelles et nous faire voir la volonté de Dieu en toutes choses ; lui qui, à l’aube du Nouveau Testament, se manifesta à Zaccharie (cf. Lc 1, 13 : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta prière a été entendue : ta femme Élisabeth te donnera un fils ») puis à la Très Sainte Vierge Marie pour leur annoncer la naissance de leurs fils respectifs, que « l’Archange de la fertilité » rende fructueuses nos actions et nous fasse croître dans l’intimité du Verbe incarné.

R.P. Clément de Sainte-Thérèse

Guido Reni Louvre - détail

2026-54. Récapitulatif des publications de ce blogue relatives à la fête de l’Annonciation :

25 mars,
L’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie (double de 1ère classe),
Au Royaume de France, la fête de l’Annonciation était une fête chômée.

Luca Giordano -Annunciation 1672

Luca Giordano (1634-1705) : Annonciation (1672)
[Musée métropolitain de New-York].

A – Neuvaine préparatoire à la fête de l’Annonciation > ici

B – Textes pour approfondir et méditer :

- « O Annonciation miraculeuse » (Saint Augustin) > ici
- Sermon de Saint Pierre Chrysologue sur l’Annonciation à la Bienheureuse Vierge Marie > ici
- La première oblation du Verbe Incarné : commentaires de Pierre cardinal de Bérulle sur le psaume XXXIX > ici
- Avant l’Annonciation, les Epousailles de Notre-Dame avec Saint Joseph > ici

C – Dans les lettres mensuelles de la Confrérie Royale :

- Le trésor de l’Angélus > ici
- « Marie, notre Amour, notre Vocation, notre Protection » > ici
- Marie, protectrice de la France royale > ici
- L’Annonciation méditée par l’Ecole française de spiritualité > ici

D – Apparitions, sanctuaires et pèlerinages :

- Le miracle de l’osier sanglant (Notre-Dame de l’Osier – 25 mars 1649) > ici

E – Autres événements liés à la date du 25 mars :

- Le 25 mars est le « dies natalis » du saint Bon Larron > ici
- 25 mars 1794 : massacre perpétré dans la forêt de Vezins par les colonnes infernales > ici

Vignette Ave Maria blogue

2026-49. Du « saint homme de Tours », le Vénérable Léon Papin-Dupont.

18 mars,
Fête de Saint Cyrille de Jérusalem, évêque et confesseur, docteur de l’Eglise (cf. > ici) ;
Mémoire de la férie de Carême ;
Anniversaire de la sainte mort du « saint homme de Tours » (+ 18 mars 1876).

Image de dévotion Léon Papin-Dupont - blogue

       Né le 24 janvier 1797 au Lamentin (Martinique), de Jean Papin l’Epine du Pont (+ 1803) et de Philippine Gaigneron Jollimon de Marolles, Bretons installés aux Antilles pour des raisons liées au contexte politique (en France métropolitaine c’est la fin de la révolution et les étapes qui conduiront à l’établissement du premier en-pire), Léon – qui sera en définitive appelé d’un patronyme simplifié : Papin-Dupont – est encore davantage connu comme « le saint homme de Tours ».

A – Enfance et jeunesse :

   Léon suivit l’école primaire au Lamentin, mais, en raison des événements (les Anglais occupèrent la Martinique de 1809 à 1814), il ne put partir en France pour y continuer ses études : sa mère l’envoya donc aux Etats-Unis en 1809, puis, de là, en 1811, malgré la guerre, il put rejoindre la France et le collège de Pontlevoy, fréquenté par les fils des familles royalistes (son oncle maternel, le comte Gaigneron de Marolles habitait le proche château de Chissay).
En 1815, âgé de 18 ans, il retourna un peu en Martinique où sa mère, veuve en 1803, s’était remariée en 1809 avec Pierre-Grégoire d’Arnaud.
Pourvus d’une rente confortable, Léon et son frère puiné Théobald
 revinrent à Paris en 1818.
Dans le Paris de la Restauration, Léon, inscrit à la faculté de droit, tenait son rang et menait une vie relativement mondaine.

   Ayant besoin d’un jeune valet, il embaucha un petit ramoneur savoyard qui préparait sa communion avec un prêtre zélé dont Léon fit la connaissance et grâce auquel se produisit une sorte de « conversion », puisque Léon découvrit alors que la foi impliquait des exigences plus hautes que la seule pratique hebdomadaire, même régulière, des sacrements.
Il rejoignit la Congrégation (fondée en 1801 par l’ancien jésuite Jean-Baptiste Bourdier-Delpuits, chanoine de Paris, cette organisation de piété et de charité réunissait des personnalités laïques et religieuses qui voulaient défendre la religion : très active sous le Directoire et l’en-pire, elle fut dissoute une première fois en 1809 par décret impérial en raison de son opposition à la politique religieuse menée par l’Usurpateur ; elle se reconstitua en 1814 et fut active pendant toute la Restauration : de nombreux proches du Comte d’Artois [plus tard S.M. le Roi Charles X] en étaient membres. La Congrégation est souvent associée aux Ultras, et, de ce fait, est honnie des libéraux et révolutionnaires. Elle fut dissoute à nouveau après la révolution de 1830).

Léon Papin-Dupont

Léon Papin-Dupont (1797-1876)

B – Retour à la Martinique : mariage et veuvage.

   En 1821, licencié en droit, Léon regagna la Martinique : il fut d’abord nommé conseiller-auditeur à la Cour Royale de Saint-Pierre, puis, en avril 1830 sera conseiller au Conseil de Martinique.
Il était fidèle à l’évolution spirituelle qui l’avait marqué grâce à la Congrégation : il assistait à la Saint Messe tous les jours, avait de plus en plus le souci de son prochain – tant sur le plan spirituel que matériel -, et c’est dans ce but qu’il fut le parrain de nombreux enfants de familles en difficultés.

   En 1827, âgé de 30 ans, il épousa une de ses cousines, Caroline d’Audiffrédi (qui avait fait ses études chez les Ursulines de Tours), dont la santé était fragile.
Le 4 octobre 1832, Caroline mit au monde Marie-Caroline-Henriette ; mais le 1er août 1833, la jeune mère décéda – probablement de la tuberculose -, et Léon resta seul pour élever l’enfant, dont la santé à elle aussi suscita des inquiétudes : il fut alors conseillé au jeune veuf de rentrer en métropole où le climat lui serait plus favorable.

   En 1834, Léon quitta donc la Martinique, emmenant non seulement sa fille, mais aussi sa mère et trois serviteurs créoles.

C – Installation à Tours.

   Il choisit de s’installer à Tours pour deux principales raisons, toutes deux en rapport avec sa fillette : en cette ville exerçait un médecin réputé qui obtenait d’excellents résultats, et il souhaitait confier son éducation aux Ursulines, qui avaient auparavant si bien éduquée sa défunte épouse.

   Léon Papin-Dupont est très choqué par l’esprit libéral et irréligieux qui se répand dans la société, et par les attaques contre l’Eglise. Lui, au contraire édifie très rapidement la bonne société tourangelle par sa vie exemplaire de piété et de charité : toujours fidèle à la Sainte Messe quotidienne, il rejoint la Conférence de Saint Vincent de Paul, pour servir les pauvres ; il multiplie les pèlerinages, intensifie sa dévotion à la Passion.
Il se lamente aussi sur les ruines accumulées par la révolution en de nombreux sanctuaires anciens, voire leur disparition : c’est ainsi qu’il commence à nourrir le projet de retrouver le tombeau de Saint Martin, dont l’antique basilique a été entièrement détruite, et dont on a cherché à effacer tous les vestiges
Anticipons un peu pour signaler que, finalement, dans la nuit du 14 décembre 1860, grâce à la ténacité de Léon Papin-Dupont, on retrouvera enfin, dans une cave murée, le tombeau de Saint Martin, ce qui déterminera plus tard la reconstruction d’une basilique sur une partie de l’emplacement du grand sanctuaire  détruit.

   « Monsieur Dupont », comme on finira par l’appeler par simplification, va contribuer à l’installation des Petites Sœurs des Pauvres à Tours, instaurer des classes d’adultes pour remédier à l’analphabétisme des pauvres gens, favoriser l’apprentissage des adolescents, étendre son apostolat auprès des soldats, polémiquer avec des anticléricaux qui trouveront en lui un redoutable adversaire, s’employer à ramener à l’Eglise romaine des anglicans, développer l’adoration nocturne… et entrer en relation avec le monastère des Carmélites.

Sœur Marie de Saint-Pierre carmélite de Tours

Sœur Marie de Saint-Pierre, carmélite de Tours (1816-1848)

D – Le Carmel de Tours et Sœur Marie de Saint-Pierre.

   Le 22 juillet 1837 eut lieu ce qu’il considèrera comme sa seconde conversion. En cette fête de Sainte Marie-Magdeleine, il reçut une grâce intérieure d’exception dont il célèbrera depuis lors chaque année l’anniversaire avec émotion, sans toutefois donner de grandes précisions à son sujet.
Vingt-six ans plus tard, dans son testament, il écrira : 

    »Je termine aujourd’hui, 22 juillet 1863, fête de sainte Madeleine, vingt-sixième anniversaire du jour où je compris la nécessité de vivre dans la voie de la pénitence. C’était peu après la sainte communion au château de Chissay, où je me trouvais avec ma mère et ma fille en 1837, et à la vue d’une petite image de sainte Thérèse. » 

Il dit plus tard : 

    »Je déclare que je n’ai commencé à comprendre les choses du salut que le jour où je me déterminai à ne point avoir d’égards pour mon corps… J’avais quarante ans ; j’aurais pu mieux vivre ; et me voilà honteux de n’avoir à présenter au souverain Juge qu’une vie pauvre et tiède… »

   A compter de ce 22 juillet 1837, Léon Papin-Dupont décide de ne plus vivre que pour Dieu, et de ne plus se laisser guider que par l’amour.

   Dans une France où la déchristianisation s’accélère, où l’apostasie va de plus en plus s’officialiser, où la sanctification du dimanche est en régression, où le blasphème se généralise, de nombreuses âmes éprouvent un attrait de plus en plus fort et pressant à la réparation : l’apparition de la Très Sainte Mère de Dieu en pleurs à La Salette (19 septembre 1846 – cf. > ici) va en quelque manière confirmer toutes ces intuitions.

   C’est aussi l’époque où une jeune artiste peintre, Théodelinde Dubouché (qui deviendra Mère Marie-Thérèse du Cœur de Jésus et fondera la congrégation des Sœurs de l’Adoration Réparatrice) reçoit en février 1847 la grâce d’une vision du Christ souffrant : elle va peindre ce visage de Notre-Seigneur dont la reproduction va être largement diffusée.

Le Christ souffrant peint par Théodelinde Dubouché

Le visage du Christ souffrant
peint par Théodelinde Dubouché.

   Léon Papin-Dupont a, en cette même année, l’immense douleur de voir mourir sa fille unique (14 décembre 1847) dans une épidémie de fièvre typhoïde.

   La Prieure du Carmel de Tours, avec lequel il a contact depuis quelques années, va lui remettre une des reproductions du tableau de Théodelinde Dubouché : c’est grâce à cette image que Léon va commencer à approfondir les mystères contenus dans la Sainte Face de Jésus.
La Mère Prieure va le mettre aussi dans la confidence des grâces mystiques dont est favorisée l’une de ses religieuses : Sœur Marie de Saint-Pierre (1816-1848) ; « Monsieur Dupont », va dorénavant devenir l’ardent propagandiste des appels de Notre-Seigneur à la réparation et de la dévotion réparatrice à la Sainte Face (cf. > ici).

 E – L’apôtre de la Sainte Face.

   Le mercredi saint 16 avril 1851, la Mère Prieure remet à Léon Papin-Dupont un fac-similé, qui a valeur de relique de troisième classe, de la « Véronique » de Saint-Pierre du Vatican telle qu’on l’a reproduite à la suite du miracle du 6 janvier 1849 (cf. > ici) : il l’installe dans son salon et va faire brûler jour et nuit devant elle une lampe à huile, semblable à la veilleuse que l’on place dans les églises auprès du tabernacle et des images saintes.
Trois jours plus tard, le Samedi Saint, un premier miracle de guérison se produit grâce à un peu d’huile prélevée dans cette veilleuse.

   Dès lors, les pèlerins vont affluer, on en verra bientôt des centaines chaque mois : ils viennent solliciter une guérison intérieure ou un mieux physique, se confier à la miséricorde de l’Homme des Douleurs en se recueillant devant l’image de la Sainte Face.

   L’huile est prélevée dans la veilleuse et envoyée à ceux qui sont loin et ne se peuvent déplacer… Et les grâces pleuvent !

La gravure de la Sainte Face diffusée après le miracle et vénérée par Monsieur Dupont

   Le salon devient sanctuaire.
L’Œuvre de la Sainte Face naît et se développe et Léon, surnommé « l’Apôtre de la Sainte Face », se retrouve, bien malgré lui, célèbre pour son rayonnement et pour les grâces qui se multiplient grâce à lui.
Il est en relation avec toutes les grandes âmes contemporaines éprises de réparation : citons par exemple le pianiste juif converti Hermann Cohen, fondateur de l’Adoration Nocturne à Paris, qui va entrer au Carmel en 1849 et devenir le Père Augustin-Marie du Saint-Sacrement, Saint Pierre-Julien Eymard, fondateur des congrégations des Prêtres du Saint-Sacrement et des Servantes du Saint-Sacrement, Dom Prosper Guéranger, Sainte Madeleine-Sophie Barat, ou Louis Veuillot… etc.

F – Les dernières années et la mort :

   Atteint de rhumatismes et affecté par des crises de goutte, Léon Papin-Dupont portera de plus en plus dans sa propre chair une forme d’union physique aux souffrances du divin Rédempteur.

   A partir de 1866 il va sentir de manière éprouvante le déclin de ses forces ; à compter de 1869, il est atteint d’une extinction de voix chronique ; 1872 va lui apporter une quasi impossibilité de sortir de chez lui : la paralysie va progressivement s’installer, sa vue s’altérer, sa mémoire faiblir. Après 1874, il ne quittera plus sa chambre.
C’est dans le contexte de ce déclin physique, qu’il vivra intérieurement comme une forme de participation aux affres de la Passion, les épreuves de la France en 1870 et 1871.

   Il acceptait tout sans jamais se plaindre. Pour lui, l’essentiel était de connaître et d’accomplir la sainte volonté de Dieu, et de L’aimer :

« Le principal et l’essentiel, c’est d’arriver à la connaissance amoureuse de Dieu. »

   Sa plus grande privation sera de ne plus pouvoir aller à la Messe et d’y communier chaque matin. Il ne fut bientôt que souffrance, ne pouvant plus recevoir personne, mais il priait de manière presque continue :

« Évidemment, je suis entré dans la voie des infirmités, vraie voie de pénitence, où, bon gré, mal gré, l’on fait la volonté de Dieu.  Demandez pour moi la grâce de recevoir cette pénitence amoureusement. »

Masque mortuaire de Léon Papin-Dupont

Masque mortuaire de Léon Papin-Dupont.

   L’une des dernières paroles qu’il put articuler fut pour demander la sainte communion, dont il était si souvent privé.
Son agonie dura huit jours ; il ne pouvait plus parler, et ne s’exprimait presque plus que par des gestes. Seule Adèle, la vieille servante créole qui était venue avec lui en 1834 et qui l’assistait fidèlement, pouvait comprendre les quelques mots qu’il tentait d’articuler. 

   Sa lucidité dura jusqu’à la fin. Jamais il ne s’est plaint pendant ces jours de douleur, mais aussi de mérites, de patience, de conformité à Jésus qu’il aimait tant…
Son cousin, Léon de Marolles, qui ne le quittait pas, reçut son dernier soupir le samedi 18 mars 1876, à quatre heures du matin.

   Dès que sa mort fut connue, des milliers de personnes affluèrent pour se receuillir une dernière fois auprès de lui, et vénérer sa dépouille mortelle. Celle-ci a été rapportée dans sa maison après que son salon – transformé en oratoire avec la Sainte Présence Eucharistique trois mois et demi après sa mort -, a été, en 1884, canoniquement érigé en siège de l’Archiconfrérie réparatrice de la Sainte Face.

   En 1891, le pape Léon XIII permit l’ouverture du procès en béatification, et, depuis, la promulgation d’un décret de reconnaissance de l’héroïcité de ses vertus, permet qu’il soit désormais invoqué comme « Vénérable ».

Oratoire de la Sainte Face à Tours dans son état originel

L’Oratoire de la Sainte Face,
aménagé dans le salon de Léon Papin-Dupont,
et tel qu’il se trouvait avant les modifications intervenues au milieu du XXème siècle.

2026-47. De Sainte Mathilde de Ringelheim, reine de Germanie, aïeule du Roi Hugues Capet.

14 mars,
Fête de Sainte Mathilde de Ringelheim, reine de Germanie, veuve ;
Mémoire de la Bienheureuse Eve de Saint-Martin (cf. > ici) ;
Mémoire de la férie de Carême ;
Anniversaire du rappel à Dieu de S.M. impériale et royale Zita de Bourbon de Parme (cf. > ici) :
Anniversaire de la bataille d’Ivry (1a mars 1590 – cf. > ici).

Sainte Mathilde de Ringelheim

       Sainte Mathilde, appelée Mathilde de Ringelheim (Ringelheim est une ville de basse Saxe qui revendique d’avoir été le lieu de sa naissance), ou parfois Mathilde de Saxe, était une descendante du duc Widukind, chef des Saxons dans leur longue lutte contre Charlemagne.
Elle était née en 895 ou 896, de Théodoric, alors comte de Westphalie, et de Rainhild, issue de la maison royale danoise.

   Pour son éducation, Mathilde fut bientôt confiée à sa grand-mère paternelle, Mathilde (ou Maud) 1ère, abbesse de Herford.
Herford était la plus ancienne maison religieuse de femmes du duché de Saxe, l’une des plus illustres aussi : c’était une abbaye de chanoinesses séculières relevant directement du Saint-Siège et, après la constitution du Saint-Empire romain germanique (962), les abbesses furent dès lors Princesses-Abbesses du Saint-Empire, à la tête d’un territoire autonome, et siégeant aux Diètes de l’Empire avec les prélats du Rhin.

   Sous la direction de sa grand’mère, la jeune Mathilde reçut une éducation soignée, tant séculière que spirituelle, et devant une jeune femme belle, instruite, vertueuse et pieuse.
Remarquée par le duc de Saxe Otton 1er (vers 851-912), dit l’Illustre ou le Magnifique, lui aussi descendant de Widuking, il la choisit pour épouse de son fils Henri, sur nommé l’Oiseleur en raison de sa passion pour la fauconnerie, âgé d’une vingtaine d’années de plus qu’elle, qui avait répudié sa première épouse.
Leurs noces furent célébrées en 909
 au palais royal de Wallhausen (qu’elle reçut en usufruit) ; de cette union de vingt-trois ans, qui fut un mariage heureux, naquirent trois fils et deux filles :

1) Otton 1er (912–973), roi de Francie orientale (Germanie) puis empereur (c’est avec lui que naît le Saint-Empire romain germanique, en 962, date de son couronnement par le pape Jean XII), qui épousera Sainte Adélaïde de Bourgogne, dont nous avons résumé la vie > ici ;

2) Gerberge (913–969), épouse de Gislebert, duc de Lotharingie, puis de Louis IV d’Outremer, roi des Francs ;

3) Hedwige (914/920–959), épouse d’Hugues le Grand, marquis de Neustrie et duc des Francs : de cette union naîtra Hugues, dit Capet, roi des Francs, fondateur de la dynastie capétienne ;

4) Henri (919/922–955), duc de Bavière ;

5) Saint Brunon (925–965), archevêque de Cologne et duc de Lotharingie.

Henri demande Mathilde en mariage

Henri 1er dit l’Oiseleur demande Mathilde de Ringelheim en mariage
(tableau de Konrad Astfalck – XIXème siècle)

   Peu après la naissance de leur premier-né, Otton, Henri 1er l’Oiseleur, succéda à son père à la tête du duché de Saxe, puis, vers 919, à la mort sans descendance du roi Conrad de Germanie, il hérita également du trône de Germanie.

   En raison de guerres fréquentes, Henri était souvent absent. Lui-même, et ses sujets aussi, n’hésitait pas à attribuer ses victoires aux prières et au courage de la reine Mathilde, qui menait une vie quasi monastique dans son palais.
Son époux lui faisait une confiance aveugle et n’opposait pas de limites aux larges et généreuses aumônes de son épouse, ni à ses largesses envers les communautés religieuses.
En 929, Henri accrut même considérablement les biens propres de Mathilde afin de la prémunir en cas de veuvage : son douaire comprenait d’immenses domaines avec leurs revenus.

   En 936, devenue veuve, Mathilde se dépouilla de ses bijoux et renonça aux privilèges liés à son rang, menant une vie personnelle austère, encore davantage consacrée à la dévotion et aux œuvres de charité.
Bien que ses aumônes vinssent de son douaire, les conseillers d’Otton l’accusèrent de dilapider les biens de la Courinne et de ruiner sa famille : elle fut alors espionnée et suspectée, et connut une période d’épreuves.
Elle paratgea alors son douaire entre ses enfants et se retira dans une modeste résidence de campagne.

   Survinrent alors une série d’épreuves et, sous la pression du clergé, d’une partie importante de la noblesse, et de sa propre épouse, Otton demanda pardon à sa mère, lui restitua ses biens et la rappela à la cour pour qu’elle put enrichir la direction de l’Etat de ses conseils avisés.
Mathilde reprit évidemment aussi ses œuvres de charité.

Sainte Mathilde distribuant des aumônes

Sainte Mathilde distribuant des aumônes :
détail du retable de l’église Santa-Croce à Torre del Greco, près de Naples.

   Lorsque Otton se rendit à Rome, en 962, pour y recevoir la couronne impériale, il confia à sa mère les rènes de l’Empire.
Trois ans plus tard à Cologne, à l’occasion des fêtes de Pâques, Mathilde annonça à ses trois enfants survivants (Hedwige et Henri de Bavière étaient morts) qu’elle se retirait définitivement dans les monastères qu’elle avait fondés.

   Vers la fin de l’année 967, alors qu’elle séjournait à l’abbaye des chanoinesses séculières de Nordhausen, en Thuringe, qu’elle avait fondée, une fièvre qui la tourmentait depuis quelque temps s’aggrava, et Mathilde, fut avertie de sa fin proche : elle fit appeler Richburga, son ancienne dame d’honneur devenue abbesse de Nordhausen, pour lui annoncer qu’elle devait partir pour Quedlinbourg, en Saxe, autre abbaye de chanoinesses séculières qu’elle avait fondée et lieu où son époux Henri L’Oiseleur et elle-même avaient choisi comme lieu de leur sépulture.

   En janvier 968, elle s’installa donc à l’abbaye de Quedlinbourg. Son neveu, l’évêque Guillaume de Mayence, vint lui rendre visite afin de lui administrer les sacrements. Souhaitant le remercier, elle n’eut d’autre choix que de lui offrir son propre linceul, prophétisant ainsi qu’il en aurait besoin le premier : Guillaume mourut en effet douze jours avant elle !

   La sainte reine s’éteignit le 14 mars 968.
La tradition rapporte que, pendant son agonie, elle se fit coucher sur un cilice et qu’elle répandit elle-même de la cendre sur sa tête.
A peine sa dépouille mortelle eût-elle été descendue dans le caveau qu’arriva une couverture tissée d’or, envoyée par sa fille Gerberge pour recouvrir le cercueil.
Mathilde fut enterrée auprès de son époux, dans la collégiale de Quedlinbourg, et sa tombe fit aussitôt l’objet de la vénération populaire.

Tombes d'Henri l'Oiseleur et de Sainte Mathilde dans la collégiale Saint-Servais de Quedlinbourg

Tombes d’Henri l’Oiseleur et de Sainte Mathilde
dans la collégiale Saint-Servais de Quedlinbourg (Saxe).

2026-45. De l’abbaye Saint-Louis du Temple après la mort de Mère Marie-Joseph de la Miséricorde.

       Après la mort de Mère Marie-Joseph de la Miséricorde (cf. > ici), l’abbaye Saint-Louis du Temple a connu une histoire presque aussi mouvementée que celle de sa fondatrice…

L'hôtel de Montesquiou 20 rue Monsieur - état actuel

L’hôtel de Montesquiou-Fézensac, situé au 20 rue Monsieur, à Paris :
état actuel (ambassade de Chine à Paris), façade sur le jardin.
Les Bénédictines l’ont acquis en 1851 et y restèrent jusqu’en 1938.

A – Les Bénédictines de la rue Monsieur :

   Pour les moniales du Prieuré Saint-Louis du Temple, les tracasseries administratives commencèrent dès la chute de la branche aînée des Bourbons et le règne d’usurpation de Louis-Philippe d’Orléans : toutefois, ce dernier, en raison des liens du sang qui l’unissaient à la fondatrice, tempéra l’administration des Domaines qui contestait la donation de Louis XVIII aux religieuses.

 Après l’effondrement de la Monarchie de Juillet, en 1848, le gouvernement de la deuxième république révoqua la donation, donnant quinze jours aux religieuses pour quitter les lieux.
La communauté acheta alors l’hôtel de Montesquiou-Fézensac, situé au n°20 de la rue Monsieur, et l’aménagea en monastère.

   Cet ancien hôtel particulier avait été construit en 1781 par l’architecte Alexandre-Théodore Brongniart pour Anne-Pierre, comte de Montesquiou, marquis de Fézensac et premier écuyer de Monsieur, comte de Provence. L’architecte Clément Parent y élèvera en 1854 un cloître et une chapelle néo-gothiques : la tombe de Mère Marie-Joseph de la Miséricorde y sera placée.
Après le départ des Bénédictines, le cloître et la chapelle seront démolis ; puis la cinquième république installera en ces lieux le Ministère de la Coopération et des bâtiments modernes seront édifiés sur la rue Monsieur, occultant totalement l’hôtel de Montesquiou-Fézensac, qui, en 2012, a été acheté par la république populaire de Chine pour y installer la chancellerie de son ambassade en France.

   Mais revenons aux Bénédictines, et profitons de quelques rares clichés montrant ce qui n’existe plus de leur monastère de la rue Monsieur :

1) La façade du 20 rue Monsieur : grand mur de clôture sur la rue, porche permettant d’entrer dans une petite cour par laquelle on pouvait sonner à la porterie du monastère, ou accéder à l’église édifiée par Clément Parent, dont on aperçoit ici les pignons et le clocher :

Façade sur rue de l'abbaye Saint-Louis du Temple au 20 rue Monsieur - blogue

2) Le porche d’entrée de l’église :

Entrée de la chapelle - rue Monsieur

3) Intérieur de l’église – le sanctuaire (avec un aménagement typique des années 1920-1930) : on voit la grille du chœur des moniales du côté de l’Evangile :

sanctuaire - chapelle des Bénédictines rue Monsieur

4) Le chœur des Bénédictines :

Chœur des Bénédictines rue Monsieur

5) L’une des galeries du cloître édifié par Clément Parent :

Cloître - Bénédictines de la rue Monsieur

   Rue Monsieur, les Bénédictines tenaient un petit pensionnat, qui leur permettait de gagner leur vie, et les plaçait dans un statut de congrégation enseignante. Consécutivement aux lois anticatholiques de la fin du XIXème et du début du XXème siècles, en 1904, la communauté fut déclarée dissoute et ses biens placés sous séquestres, mais un long imbroglio juridique entre les héritiers de la Princesse Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé  et la république permirent de surseoir à la procédure d’expulsion… jusqu’en 1938, date du départ de la communauté et de la mise en vente du monastère.

   En attendant, le monastère des Bénédictine de la rue Monsieur, érigé en abbaye en 1931, fut le centre spirituel autour duquel gravita un cercle d’ecclésiastiques et d’intellectuels catholiques : parmi les premiers on trouve Dom Jean-Martial Besse (1861-1920), aumônier du couvent (célèbre pour avoir été le directeur spirituel de Joris-Karl Huysmans, Paul Claudel et Georges Bernanos), le Bienheureux Vladimir Ghika (cf. > ici), et l’Abbé Maurice Zundel ; et parmi les seconds, réunis autour de Jacques et Raïssa Maritain, Louis Massignon, Henry Petiot, dit Daniel-Rops, Paul Claudel, Emmanuel Mounier, Charles Du Bos, François Mauriac, Julien Green… etc. Beaucoup d’entre eux étaient des convertis (et beaucoup d’entre eux également flirtèrent avec le modernisme et l’hétérodoxie, malheureusement !).

le site de l'bbaye de Limon à Vauhallan

Le site de Limon, sur la commune de Vauhallan, au sud-ouest de Paris :
ici a été transférée l’abbaye Saint-Louis du Temple.

B – L’abbaye Saint-Louis-du-Temple à Vauhallan :

   L’année 1931, où le monastère des Bénédictines du Prieuré Saint-Louis du Temple était érigé en abbaye, fut aussi celle où, sachant que leur présence rue Monsieur était en sursis, les moniales achetèrent une grande propriété au lieu-dit Limon, sur la commune de Vauhallan (aujourd’hui département de l’Essonne) au sud-ouest de Paris, en vue d’y construire leur abbaye.

   Entre 1938 et leur installation à Limon treize années vont s’écouler : treize années pendant lesquelles les Bénédictines louèrent, à Meudon, un immeuble de la Fondation Brignole-Galliera.

   Le manque d’argent puis la seconde guerre mondiale et ses conséquences furent les causes principales du retard de la construction : le chantier démarra en 1949 ; la première pierre ne fut posée qu’en juin 1950, par le nonce apostolique en France, Monseigneur Roncalli, futur Jean XXIII (deuxième du nom) ; les religieuses s’installeront à Limon en novembre 1951, mais les travaux dureront jusqu’en 1957, année où fut célébrée la dédicace de l’église abbatiale ; les vitraux ont été dessinés et réalisés par Mère Geneviève Gallois, la « maman » du Petit Saint Placide (cf. > ici).

Abbaye Saint-Louis du Temple à Limon

L’abbaye Saint-Louis du Temple, à Limon (Vauhallan).

Limon - église abbatiale extérieur

Eglise abbatiale.

Limon - église abbatiale intérieur

Le cloître :

abbaye de Limon - le cloître

   En 1967, la communauté, devenue très nombreuse, essaima à Jouques, près d’Aix-en-Provence : cette fondation, devenue l’Abbaye Notre-Dame de Fidélité, essaima à son tour, en 1991, et fonda l’Abbaye Notre-Dame de Miséricorde, à Rosans, dans le diocèse de Gap et Embrun.
Si ces deux dernières abbayes sont plutôt dynamiques, l’Abbaye Saint-Louis-du-Temple de Vauhallan présente des signes inquiétants de vieillissement et de non renouvellement : de 43 en 2008, les Bénédictines n’y sont plus qu’une douzaine aujourd’hui.

   La crypte de l’abbatiale de Limon abrite le tombeau de Mère Marie-Joseph de la Miséricorde ainsi que des souvenirs de la famille royale et des Condé.
Un musée y est aussi consacré à Mère Geneviève Gallois et à ses œuvres.

Souvenirs de Mère Marie-Joseph de la Miséricorde conservés et exposés à l'abbaye de Limon

Détail de l’une des vitrines, dans la crypte de l’abbaye de Limon,
où sont exposés des souvenirs de Mère Marie-Joseph de la Miséricorde.

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