Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2017-11. Nous attendons nous aussi que la divine Providence redonne à notre royaume orphelin le père que nous ne méritons plus.

Lundi 30 janvier 2017,
Fête de Sainte Bathilde, reine des Francs et moniale (cf. > ici),
Mémoire de Sainte Martine, vierge et martyre.

Anniversaire du rappel à Dieu de Monseigneur le Prince Alphonse de Bourbon,
duc de Cadix et duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Alphonse II (cf. > ici).

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Terminons en ce 30 janvier nos publications immédiatement relatives aux célébrations anniversaires de l’assassinat de Sa Majesté le Roi Louis XVI, avec le texte de l’homélie prononcée par notre ami le Révérend Père Jean-François Thomas (que nous avons déjà cité cf. > ici et ici, et que nous remercions pour l’autorisation qu’il nous en a donnée), le 21 janvier dernier, à l’occasion de la Messe de Requiem célébrée en l’église Saint-Germain l’Auxerrois à Paris, en présence de Monseigneur le duc d’Orléans, « comte de Paris » (ce qui ne manque pas de sel, si j’ose dire, puisque le Révérend Père Thomas ne se cache pas d’être un légitimiste et d’être membre de la Confrérie Royale).

Rd Père Thomas 21 janvier 2017 - St-Germain l'Auxerrois

Le Révérend Père Jean-François Thomas sj.
prêchant à Saint-Germain l’Auxerrois ce 21 janvier 2017.

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« Nous attendons nous aussi que la divine Providence redonne à notre royaume orphelin le père que nous ne méritons plus. »

* * * * *
Monseigneur, Madame, mes chers Frères,
                                  
Si le Roi des rois a connu une telle déréliction et une telle solitude lors de son passage parmi nous, il ne faut point être surpris qu’un roi terrestre digne de sa mission doive connaître une souffrance identique par imitation du Maître. Les succès humains sont toujours entachés d’une certaine prosternation devant les règles du monde et ceux qui les inspirent. Un fils de saint Louis, par son sacre, plie la nuque sous les insignes royaux et devient un serviteur du Christ, et donc de ses frères, se condamnant à ne pas être compris ou aimé s’il demeure fidèle.
                                   Le 11 juin 1775, dans la cathédrale Notre-Dame de Reims, Louis XVI reçoit les deux sceptres : la main de justice, symbole de vertu et d’équité, ornée de la dextre divine bénissant, aide le roi à guider les égarés, à relever ceux qui sont tombés, à récompenser l’humilité et à confondre l’orgueil ; le sceptre royal, marque de puissance, rappelle au Roi ses devoirs de mener une vie droite, de lutter contre le mal pour le bien de son peuple chrétien et d’aider chacun à demeurer sur un chemin de justice. Le Roi était pieux et il comprit la symbolique de tous les rites de son couronnement, désirant restaurer l’élan religieux brisé dans le royaume par la décadence et l’immoralité du siècle des Lumières. Il accepta le poids de la couronne et avec elle les épines qui le rendraient de plus en plus conforme à Celui qui l’avait revêtu de son autorité. Il entra ainsi, seul, dans sa fonction, entouré par la médiocrité tintamarresque de son époque. Dieu allait permettre que ce Roi, le plus vertueux de tous depuis bien des règnes, connût l’abjection la plus complète, le dénuement, la trahison, la mort ignominieuse.
                                   Cette solitude vécue par le Roi, il ne la subit pas mais il l’embrassa, chaque jour davantage, alors qu’il avançait vers le sacrifice et vers le martyre. C’est là que réside son héroïsme et, osons le dire, sa sainteté. Un parcours identique fut suivi, cent trente ans plus tard, par Nicolas II et sa famille. Seulement la Russie moderne, de nouveau orthodoxe, a eu l’humilité de reconnaître son crime et de canoniser ces victimes de la violence diabolique. La France, elle, n’a pas eu le courage de confesser son péché, de courber la tête et l’Eglise catholique se désintéresse des vertus de ce Roi. La solitude consentie du Roi nous renvoie à la solitude qui est la nôtre depuis que nous l’avons assassiné en commettant ce parricide. Ce qui surgit du bain de sang de la révolution, et qui nous poursuit comme un spectre, est l’homme que nous sommes, dans toute sa faible nature, se condamnant à errer seul dans le monde par orgueil car il repousse désormais toute dépendance et toute servitude vis-à-vis du transcendant. De tout temps, cet homme a aimé la rhétorique, qu’elle tombât de la tribune ou de la chaire, du comptoir de bar ou d’un fauteuil d’académie. Cependant, la rhétorique révolutionnaire, mijotée par les soins pernicieux des philosophes de ce siècle enténébré, poussa l’homme dans un gouffre dont il ne remonta jamais. Les rhéteurs et les orateurs de Quatre-vingt-treize ont tous été engloutis par leur propre fureur, laissant l’homme, c’est-à-dire nous, leurs fils hélas, tout pantelants et pataugeant dans notre bourbier, ceci jusqu’à ce jour, puisque nous avons refusé de crier notre solitude de damnés et d’implorer le pardon.
Léon Bloy écrit dans La Chevalière de la Mort :

« Une rhétorique telle qu’on n’en avait  jamais vu chez aucun peuple, apparut en ces temps, comme un météore prodigieux, annonciateur désorbité de la débâcle universelle. (…) Sous le masque sanglant d’une rhétorique transcendante poussée jusqu’à l’égorgement et jusqu’à la terreur suprême, l’homme immuable, le misérable Homme de la Chute, suait et haletait dans son éternelle lamentation. ».

                                   Louis XVI fut privé de tous les dictames humains à partir de 1789 et il ne mit plus son espérance que dans les consolations spirituelles. Le 11 mars 1791, il écrivait dans une lettre adressée à un des précepteurs du Dauphin :

« Parlez-lui et toujours avec respect de Dieu, de ses attributs et de son culte : prouvez-lui que l’autorité des rois vient de Dieu ; et que s’il ne croit pas à la puissance du Maître des rois, il sera bientôt la victime de ces hommes qui ne croient rien, méprisent l’autorité, et s’imaginent être les égaux des rois. Qu’il apprenne dès à présent, que la religion est digne de tous ses hommages ; que l’incrédulité et la fausse philosophie minent sourdement les trônes, et que l’autel est le rempart des rois religieux. Méfiez-vous de tous ces principes erronés, enfants perdus de la nouveauté, de l’esprit du siècle, et du poison de l’incrédulité. Loin de lui tous les ouvrages où la philosophie prétend juger Dieu, son culte, son église et sa loi divine. »

                                   Au fur et à mesure qu’ il perdit de son pouvoir, il gagna en autorité naturelle car il s’en remit sans crainte entre les mains du Créateur. Ce que Bossuet souligna dans son oraison funèbre du grand Condé, pourrait s’appliquer à Louis XVI : « Lorsque Dieu forma le cœur et les entrailles de l’homme, il y mit premièrement la bonté comme le premier caractère de la nature divine, et pour être comme la marque de cette main bienfaisante dont nous sortons. » Cette bonté du Roi est éclatante dans les pires jours de son asservissement, de son emprisonnement, de son accusation, de sa condamnation. Il écrit du Temple, à Monsieur de Malesherbes, un de ses avocats :

« Je ne me fais pas illusion sur mon sort ; les ingrats qui m’ont détrôné ne s’arrêteront pas au milieu de leur carrière ; ils auraient trop à rougir de voir sans cesse, sous leurs yeux, leurs victimes. Je subirai le sort de Charles Ier, et mon sang coulera pour me punir de n’en avoir jamais versé. » 

Et à Monsieur, son frère, il avoue dans une missive du 28 avril 1792 :

« Lorsque la tempête brise le vaisseau, il ne reste au passager que le courage de la résignation ; c’est à peu-près ma position. Les périls qu’on me fait appréhender, n’altéreront jamais ce que je me dois comme Roi, et comme chef d’une des premières nations du monde. » 

Le 11 août 1792, n’ayant plus d’illusion sur l’issue de son sort, il lui demande :

« Mon frère, bientôt je ne serai plus, songez à venger ma mémoire, en publiant combien j’aimais ce peuple ingrat. Un jour rappelez-lui ses torts, et dites-lui que je lui ai pardonné. »

                                   Extraordinaire vengeance que celle qui avoue son amour et qui répond à l’offense par le pardon ! Il s’agit là de la solitude et de l’horreur de la Croix. L’imitation est parfaite, et ceci sans ostentation et sans faux-semblant car il ne s’agit pas d’une de ces déclarations grandiloquentes, ne prêtant pas à conséquence, dont sont familières les personnalités civiles et religieuses de notre époque. Nous connaissons trop, depuis deux siècles, ce qu’est la miséricorde républicaine qui écrase sans pitié ses ennemis comme lors de l’épuration de la Libération ou les événements de 1962, ou la mansuétude religieuse des autorités qui n’hésitent pas à rejeter ou à persécuter ceux qui n’ont pas l’heur de leur plaire. La déclaration d’amour et de pardon de Louis XVI n’est pas sournoise ou politique. Elle jaillit du cœur car elle y était enracinée depuis longtemps. Louis XVI est devenu grand dans cette solitude, dépassant la gloire de François Ier ou de Louis XIV. Le chaos révolutionnaire a fait émerger, malgré lui, ce que la monarchie de droit divin possédait de plus précieux, et que nul autre régime ne pourra jamais atteindre : une communion profonde et inaltérable avec Dieu duquel toute autorité légitime découle. Les révolutionnaires, dans leur cruauté satanique, ont rendu l’exemple de Louis XVI immortel et inégalé.
                                   Notre pays, plus que jamais, devrait méditer sur la fructueuse infortune solitaire du Roi qu’il a décapité. Tous les candidats possibles pour occuper la plus haute charge dans notre terre ancestrale ne seront jamais capables d’atteindre une telle altitude car leur ambition ne repose pas sur cet amour et ce pardon uniquement reçus dans le sacre par le souverain. Dieu ne permettra de restaurer le trône qu’à un homme habité par cette passion pour son peuple, ceci jusqu’à accepter de verser son sang malgré l’ingratitude.
                                   Ecoutons ces vers profonds du grand poète catholique oublié, Armand Godoy, dans Ite Missa est :                                                                                                         
« Ce n’est pas pour moi que je demande ta miséricorde.
Ce n’est pas pour moi : c’est pour les autres, pour mes pauvres frères.
J’attends à genoux que ta clémence, Agneau de Dieu, m’accorde
La fin de tous leurs désespoirs et de toutes leurs colères.                                                         
J’attends à genoux que le souffle infernal de la Discorde
Devienne azuré baiser de violettes printanières
Et que l’Angoisse aux voix multiples et l’Ennui monocorde
S
e taisent à jamais sous le chant lumineux des rosaires.                                                                            
J’attends à genoux que la sinistre et ténébreuse horde
Des crimes soit le clair essaim des caresses tutélaires.
J’attends à genoux que ta clémence, Agneau de Dieu, m’accorde                                                              
La fin de tous les tourments, la fin de toutes les misères.
Ce n’est pas pour moi que je demande ta miséricorde.
Ce n’est pas pour moi : c’est pour les autres, pour mes pauvres frères. »                                 
Nous attendons nous aussi que la divine Providence redonne à notre royaume orphelin le père que nous ne méritons plus. Des pages douloureuses de notre histoire vont s’ouvrir devant nous. Qui saura résister ? Qui saura demeurer fidèle aux dons insignes accordés jadis à cette terre ? Qui saura aimer et pardonner dans une solitude accablante ? Qui saura offrir sa tête pour le salut des autres ? Qui saura monter les marches de l’échafaud en regardant le ciel où le soleil commencera de se lever ? Il nous faut implorer et nous convertir, et ne jamais cesser d’espérer.
                                                   Rd. Père Jean-François Thomas, s.j.
                                                                      église de Saint-Germain l’Auxerrois,
21 janvier 2017
Statue de Louis XVI - Chapelle Expiatoire
Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 30 janvier, 2017 |3 Commentaires »

2017-10. Quelques remarques et réflexions à propos des célébrations du 21 janvier.

Dimanche soir 29 janvier 2017,
Quatrième dimanche après l’Epiphanie,

Mémoire de Saint François de Sales, évêque, docteur de l’Eglise et confesseur (cf. > ici, > ici, et > ici)
Dans le diocèse de Viviers, mémoire de l’octave de Saint Vincent.

Statue de S.M. le Roi Louis XVI dans le déambulatoire de la basilique de Saint-Denys

Détail du cénotaphe de Sa Majesté le Roi Louis XVI,
près de la sacristie, dans la basilique nécropole royale de Saint-Denys.

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Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ainsi que je le signalais hier, en publiant le magnifique texte de la prédication donnée par Monsieur l’Abbé Michel Viot à la basilique nécropole royale de Saint-Denys le 21 janvier dernier (cf. > ici), Frère Maximilien-Marie se trouvait cette année encore à cette Messe solennelle de Requiem célébrée à la pieuse mémoire de notre Souverain martyr.

Il est, en effet, tout-à-fait possible de faire l’aller-retour depuis notre Mesnil-Marie jusqu’à Paris, lorsque ce que l’on doit y faire s’accorde avec les horaires des trains (le plus matinal étant habituellement à 7 h 40 et arrivant en Gare de Lyon quelques minutes avant 10 h).
La Sainte Messe de Requiem fondée à la mémoire de Sa Majesté le Roi Louis XVI étant célébrée à midi, en partant à 5 h 30 du Mesnil-Marie, on peut y être revenu à 22 h 30 après avoir participé à cette fervente et importante commémoration, et en ayant en outre rencontré un certain nombre de personnes fort intéressantes…

Pour tout fervent royaliste, chaque année, ce jour du 21 janvier ne peut se passer comme s’il s’agissait d’un jour ordinaire, et il ne peut être vécu comme une commémoraison du même type qu’il y en a de nombreuses autres.
Le 21 janvier a un caractère absolument unique.

En écrivant ces mots je ne veux pas sombrer dans une espèce de pathos romantique malsain, ni dans une sensibilitié larmoyante (ce qui serait « profondément superficiel »  si on me permet l’oxymore).
Tout au contraire !

S’il convient – d’une façon qui me semble quasi impérative – que la Sainte Messe célébrée le 21 janvier soit une Messe de Requiem, et non la Messe du jour (la plupart du temps celle de la fête de Sainte Agnès), la grandiose gravité des textes de la liturgie latine traditionnelle, et la sublime austérité de ses ornements noirs n’ont rien de triste ni d’afflictif : jamais peut-être la sérénité surnaturelle et la radieuse espérance du rituel traditionnel des défunts n’ont plus de sens qu’en cette occasion.
Cette Messe n’est d’ailleurs pas célébrée, comme on le voit malheureusement écrit parfois, « pour le repos de l’âme de Louis XVI », puisque l’âme de Louis XVI – authentique martyr [nous en sommes certains et le pape Pie VI l’a solennellement affirmé de manière non équivoque cf. > ici] – est montée directement au Ciel, et n’a donc en définitive pas besoin d’être secourue par nos suffrages.

Alors, me direz-vous, pourquoi une Messe de Requiem ?
Eh bien, c’est tout simplement parce que, dans l’attente du jour où le Roi martyr sera officiellement élevé sur les autels et honoré d’un culte public par la Sainte Eglise, ce qui permettra alors de célébrer en ce jour la fête de Saint Louis XVI, la Messe des défunts exprime avec davantage de force combien la révolution – dont l’assassinat du Roi Très Chrétien constitue en quelque sorte le symbole le plus expressif en même temps qu’elle en résume à elle seule toutes les abominations sacrilèges – est tout entière une oeuvre de mort, en face de laquelle tout vrai Français se doit de porter le deuil, tant que la France n’aura pas été totalement purgée du venin révolutionnaire et ne sera pas guérie de toutes ses funestes conséquences.

21 janvier 2017 à Saint-Denys - pendant le chant de l'Evangile

Ce 21 janvier 2017 à Saint-Denys :
pendant le chant de l’Evangile par le diacre
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L’idéal est, bien sûr, que l’on puisse multiplier dans toutes les provinces du Royaume ces Messes de Requiem du 21 janvier.
Les Cercles Légitimistes affiliés à l’UCLF, là où ils existent, s’y emploient autant que possible.
Mais en nombre de cas, ce n’est justement pas possible parce que, même à l’intérieur du clergé traditionnel en principe plus éveillé à l’importance de cette célébration, il n’est pas toujours facile de trouver un prêtre qui accepte de le faire (soit par défaut de convictions, soit par pusillanimité, soit en raison de diverses pressions extérieures qui peuvent s’exercer ou de véritables représailles dont il peut ensuite devenir la cible…).

Au Mesnil-Marie, vous le savez, nous n’avons pas de prêtre, et, compte-tenu de notre situation géographique et des conditions météorologiques défavorables à la circulation, fréquentes en cette période de l’année, il est bien difficile d’en faire venir un ; d’autant que, pour le moment, l’assistance risquerait d’être très peu fournie… Malheureusement !
Nous nous emploierons cependant de toutes nos forces à ce que cela change, et nous oeuvrerons avec une persévérante ténacité (de cela, nous avons une pratique assidue !) à ce qu’un jour la Sainte Messe à la mémoire du Roi martyr soit célébrée ici, qu’elle devienne une véritable institution, et qu’elle prenne le plus d’ampleur possible.
En attendant, Frère Maximilien-Marie effectue – et effectuera encore – ce déplacement à la basilique nécropole royale de Saint-Denys.

Ce faisant, il se rend à Saint-Denys à un quadruple titre :
1) celui de la piété et de la fidélité personnelles ;
2) celui de fondateur du Refuge Notre-Dame de Compassion, oeuvre résolument contre-révolutionnaire dans l’ordre spirituel, dans l’ordre doctrinal, dans l’ordre liturgique, et dans l’ordre social (lequel découle nécessairement des précédents) ;
3) celui de fondateur et président du Cercle Légitimiste du Vivarais, emportant avec lui la dévotion et la ferveur de tous les membres du Cercle ;
4) celui de co-fondateur de la Confrérie Royale.

21 janvier 2017 à Saint-Denys - absoute sur la tombe de Louis XVI

Ce 21 janvier 2017 à Saint-Denys :
l’absoute chantée sur la tombe de Sa Majesté le Roi Louis XVI
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Ce 21 janvier 2017, la basilique de Saint-Denys était remplie d’une foule recueillie (nonobstant les efforts de quelques pitoyables perturbateurs) dont on m’a rapporté qu’elle devait s’élever à quelque 700 fidèles.

Surtout, cette année, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, aîné des Capétiens – de jure Sa Majesté le Roi Louis XX – et son épouse, la Princesse Marie-Marguerite, honoraient cette célébration de leur présence.
Le petit troupeau des Légitimistes exprimait donc une joie particulière à se retrouver autour de son Souverain légitime, à prier avec lui, à lui témoigner sa fervente déférence et sa fidélité.

On peut trouver, sur une célèbre chaîne de mise en ligne de vidéos, un reportage (au demeurant fort décousu et incomplet) sur cette Messe du 21 janvier à Saint-Denys en cliquant > ici. Peut-être y apercevrez-vous notre Frère ?
Quant au court message que le Prince a lu devant près de 150 convives dans le grand réfectoire de l’ancienne abbaye, aujourd’hui maison d’éducation de la Légion d’Honneur, il rappelle quelques élémentaires généralités sur l’éducation, justement, et, si vous ne l’avez pas lu, vous pouvez le faire > ici.

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En conclusion, je voudrais insister sur le fait que l’un des très heureux fruits de ces Messes du 21 janvier - qu’elles soient très solennelles et suivies par une assistance nombreuse, comme à Saint-Denys, ou plus humblement célébrées dans des églises ou chapelles de province – consiste à fortifier et à faire croître dans l’âme la ferme détestation de la révolution.
En effet, un authentique chrétien ne peut que haïr la révolution et toutes ses conséquences de la même manière qu’il doit haïr le péché !

Par ailleurs, le fait de se trouver à proximité de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, de jure notre Roi Louis XX, surtout pendant une célébration religieuse, et d’autant plus en ce jour anniversaire du régicide, est un puissant stimulant à s’engager plus ardemment à prier : prier pour sa personne, prier pour la mission qui lui incombe du fait de sa naissance, prier pour qu’il ait toutes les grâces de crainte du Seigneur, de piété, de science, de force, de conseil, d’intelligence et de sagesse qui lui sont nécessaires pour cela…
C’est en particulier le but de la Confrérie Royale, et nous ne serons jamais trop nombreux à offrir des prières et des sacrifices à l’intention de notre Souverain légitime, puisque la restauration monarchique, selon les principes de la royauté capétienne traditionnelle de droit divin, ne pourra se faire qu’avec le puissant secours de la grâce divine.

Enfin, pour justement vous encourager à prier toujours plus pour notre Prince, voici – en exclusivité – une photo de Monseigneur et de son épouse, prise par Frère Maximilien-Marie qui se trouvait tout près d’eux dans la crypte pendant l’absoute célébrée sur la tombe du Roi martyr et qui a été impressionné par le recueillement ému du Prince en ce moment-là.

Lully.

21 janvier à Saint-Denys le couple royal recueilli dans la crypte pendant l'absoute

Ce 21 janvier 2017 à Saint-Denys :
le couple royal profondément recueilli pendant les prières de l’absoute sur la tombe de Sa Majesté le Roi Louis XVI
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Publié dans:Chronique de Lully, Memento, Vexilla Regis |on 29 janvier, 2017 |1 Commentaire »

2017-9. Le 21 janvier 1793 ne voit pas seulement s’accomplir un crime, mais encore un sacrilège, parce que l’on a porté la main sur l’Oint du Seigneur !

Samedi 28 janvier 2017,
Fête de Saint Charlemagne (cf. > ici),
Anniversaire de la mort de Henri de La Rochejaquelein.

Samedi 21 janvier, Frère Maximilien-Marie se trouvait à la basilique nécropole royale de Saint-Denys, pour la Messe solennelle de Requiem à la pieuse mémoire de Sa Majesté le Roi Louis XVI, fondée par Sa Majesté le Roi Louis XVIII, célébrée cette année en présence de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, aîné des Capétiens, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, et de son épouse, la Princesse Marie-Marguerite.
La prédication fut assurée par Monsieur l’Abbé Michel Viot, aumônier national des anciens combattants, dont le dernier ouvrage, publié en ce début d’année 2017, s’intitule : « Il y a quelque chose de pourri au Royaume de France » (éd. Via Romana – 2017).
Nous remercions très chaleureusement Monsieur l’Abbé Viot de nous avoir adressé le texte de cette remarquable homélie et de nous avoir autorisés à la reproduire dans les pages de ce blogue.

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Abbé Michel Viot - basilique de Saint-Denys 21 janvier 2017

Monsieur l’abbé Michel Viot prêchant à la basilique nécropole royale de Saint-Denys le 21 janvier 2017
(Frère Maximilien-Marie se trouve assis juste derrière lui, à côté du Rd. Père Augustin Pic, op)

« Le 21 janvier 1793 ne voit pas seulement s’accomplir un crime,
mais encore un sacrilège,
parce que l’on a porté la main sur l’Oint du Seigneur ! »

Le passage de l’Evangile de Saint Jean (Jean VI, versets 37-40) que nous venons de lire fait partie du célèbre discours sur le Pain de vie. Si donc Il n’est pas étonnant d’y entendre les promesses de la résurrection et de la vie éternelle, qu’effectivement ce Pain communique, puisqu’il est le Corps glorieux du Christ, une affirmation de Jésus pose quand même question quand on connaît les réactions finales de beaucoup de ses auditeurs. Jésus dit en effet, vous l’avez entendu : « Or La volonté de celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés ». Or justement, à la fin de son propos, Jésus voit un certain nombre de ses disciples le quitter, capitulant en quelque sorte devant le mystère que constitue la manducation de la chair du Fils de l’Homme. Devant la justice de Dieu, ce sont bien sûr eux qui se sont perdus, en fermant leur coeur à la foi. Mais devant les hommes, et qui sait si nous n’en faisons pas partie, c’est Jésus qui les a perdus avec un discours trop difficile ! Tout être humain assumant des responsabilités spirituelles est exposé à ce risque d’annonce de vérité qui divise et à ce jugement négatif du monde.

Nos Rois de France, comme Lieutenants de Dieu sur la terre avaient une responsabilité spirituelle sur leurs sujets. Ils savaient que Dieu leur en demanderaient compte, comme aussi de leur propre conduite. Être Roi par la grâce de Dieu ne transformait pas l’Oint du Seigneur en despote ou en créature supérieure. Bien au contraire, il devait être le plus humble et le plus grand des débiteurs de Dieu, qui demande toujours beaucoup à ceux à qui il a beaucoup donné. Nos rois, appelés « Très Chrétien » le savaient, eux qui avait reçu ce que Dieu avait de plus cher sur la terre : la fille aînée de son Eglise, la France. Et le Roi Louis XVI pour lequel nous prions aujourd’hui, tout en honorant sa mémoire en fut conscient plus que tout autre, puisqu’il fit le sacrifice de sa vie pour être fidèle à sa mission de berger qui ne doit perdre personne ! Et c’est plus particulièrement sur ce rôle spirituel du Roi que je voudrais vous inviter à réfléchir. Rappelons d’abord qu’à cette époque, on n’imaginait pas une société sans Dieu, mis à part les philosophes des Lumières et leurs sympathisants, et encore beaucoup d’entre eux prenaient des précautions, et se cachaient sous le déisme, en fabriquant un Christianisme adaptable au monde nouveau qu’on attendait, j’y reviendrai, cependant certains n’hésitaient pas à afficher leur athéisme ! Mais cela ne concernait que peu de gens, influents certes, mais pas assez nombreux pour inquiéter les autorités. Ce furent l’avis de Louis XVI comme de Malesherbes jusqu’au début des événements de 1789. Au commencement du règne en 1774, l’un et l’autre, bien que très au fait des problèmes politiques, économiques et sociaux, ne virent venir la crise religieuse qu’avec la déclaration des droits de l’homme de 1789, et la Constitution civile du clergé de 1790. Ce n’est qu’à partir de cette dernière date que le Roi pût prendre la mesure de la haine anti catholique de certains de ses sujets, en particulier de ceux qui siégeaient à l’assemblée constituante. Ce fut une découverte pour beaucoup ! Des témoins des débats sur la Constitution civile écrivirent qu’ils avaient l’impression d’assister à un concile. Camus député, de sensibilité gallicano-janséniste avait osé dire : « réunis en Assemblée nationale, nous avons le pouvoir de changer la religion, mais nous ne le ferons pas ! ».

Et effectivement ils firent en sorte de ne se dispenser que de l’autorité du Pape, excusez du peu ! Louis XVI, en bon catholique savait qu’on touchait là à l’essentiel ! Ce fut aussi sans doute pour lui l’occasion d’une réflexion sur le passé, le choix de ses principaux ministres dont Turgot, puis sa mésentente avec lui, physiocrate, homme des Lumières, enfant chéri de Voltaire. Oui, ce dont le Roi devait maintenant garder ses brebis était en fait une maladie qui infectait la France depuis quelques dizaines d’années, provoquée par les écrits des philosophes des Lumières, dont Jean-Jacques Rousseau a été de fait en France le plus efficace représentant.
Ce dernier, loin des injures de Voltaire, assassine en douceur le Christianisme. Il veut une religion civile, instrument dans les mains des gouvernements, sans mystères, ni dogmes, ni au-delà trop certain ! Immortalité de l’âme ? Pourquoi pas ? Mais point trop précise et surtout promise à tous, pour éviter le « piège » des règles religieuses qui prétendraient y conduire et qui du même coup donneraient trop de pouvoir à cette institution honnie qu’est l’Eglise catholique, dont le Roi en France est le Lieutenant, ou encore, de par son sacre « l’évêque du dehors ». Il faut s’arrêter un moment sur ce point pour essayer de cerner la signification religieuse du crime du 21 janvier 1793.
Rappelons tout d’abord, parce que c’est capital, que la cérémonie du sacre ne faisait pas le Roi. Pratiquement depuis les premiers capétiens, le Roi accédait à cette dignité dès la mort de son prédécesseur ! Les Rois ne mourraient donc pas en France ! « Le Roi est mort! Vive le Roi ! ». Cette exclamation rituelle le prouve ! On ne l’entendit point à la mort de Louis X, fils aîné de Philippe IV le Bel, parce qu’il n’y avait point d’enfant mâle et que la loi dite « salique » était essentiellement orale ! Cette importante affaire illumine toute l’action de Sainte Jeanne d’Arc Patronne secondaire de la France. Et c’est d’ailleurs à la fin du règne de Charles VII que cette loi fut écrite. Succession de mâle en mâle par primogéniture ! Ainsi, quand Louis XVI craignit de voir sa liberté de Roi confisquée, après les journées d’octobre qui le ramenaient à Paris prisonnier, à qui va-t-il faire part de son « soucis » quant à la dignité royale ? Le 12 octobre 1789 au Roi d’Espagne Charles IV, en langage diplomatique son frère, mais familialement « son oncle » (il descendait d’un petit fils de Louis XIV, et Louis XVI d’un arrière-petit-fils !). Et il le fait dépositaire de sa protestation dans les termes suivants : « J’ai choisi votre Majesté, comme chef de la seconde branche, pour déposer en vos mains la protestation solennelle que j’élève contre tous les actes contraires à l’autorité royale qui m’ont été arrachés par la force depuis le 15 juillet de cette année, et, en même temps pour accomplir les promesses que j’ai faites par mes déclarations du 23 juin précédant ». Comprenons bien cette démarche ! Elle a deux significations : certains des actes du Roi, ne pourront plus être automatiquement considérés comme tels à cause de l’usage de la force qui les lui imposera, et elle indique de plus que si ce que Louis XVI considère comme la branche aînée, la sienne, son fils, ses frères et leurs descendants venaient à disparaître, on pourrait toujours crier vive le Roi en regardant vers l’Espagne, qui n’est point un pays étranger au regard de la Loi salique, mais d’abord une terre d’élection en vertu du pacte de famille d’une importance plus haute que la montagne des Pyrénées la plus élevée ! Celui qui, provenant de la dynastie « très chrétienne » est passé par là « catholique » est mieux placé que quiconque pour reprendre son ancien titre, dans la fidélité aux lois fondamentales du royaume. Car nous avons cette supériorité, nous autres Français, d’avoir reçu de Dieu, comme symbole unificateur une couronne « indisponible », ne dépendant d’aucun homme, fut-il de sang royal ! Il y a donc toujours un Roi en France, même s’il n’en exerce pas les pouvoirs. Louis XVI nous l’a indiqué ! Pour poursuivre notre réflexion sur le sacre, il faut garder en mémoire ce que nous venons de dire sur la couronne.

L’Eglise, dans le couronnement ne fera que rendre public ce qui est dû au Roi. En revanche, avant cet acte solennel, elle l’aura sacré ! Il demeure certes dans l’état laïc, mais il est à la frontière du sacerdoce épiscopal, de surcroît ! La liturgie de la messe célébrée en sa présence est éloquente ! Il embrasse l’Evangile après sa lecture par un diacre ou autre ministre sacré ! Il embrasse le corporal ! Lors de la Messe du sacre, il communie sous les deux espèces. A défaut de transsubstantiation, il transforme les chairs malades des scrofuleux en les guérissant. Ainsi le 21 janvier 1793 ne voit pas seulement s’accomplir un crime, mais encore un sacrilège, parce que l’on a porté la main sur l’Oint du Seigneur ! Tout près de Dieu, le Roi n’est pourtant jamais assimilé à Lui et demeure soumis aux règles de l’Eglise comme n’importe lequel des paysans de son Royaume ! Dans la malheureuse affaire de la Constitution civile du clergé, Louis XVI obéira à l’évêque qui lui déconseillait de communier, car sa signature avait été sujet de scandale ! Mais soyons clairs, dans cet imbroglio, beaucoup d’acteurs ont des responsabilités, à commencer par le Pape Pie VI, homme remarquable par ailleurs, mais âgé, sensible aux influences ! Je regrette de le dire, mais il ne fut pas clair avec le Roi quand on considère toute sa lettre de mise en garde, avant la condamnation de 1791. Mais surtout, il tarda à répondre ! Et plus qu’à un autre moment de l’histoire de l’Eglise, l’heure de Rome n’était pas celle de Paris ! Le Nonce était d’ailleurs du même avis que le Roi ! Tous, comme bons catholiques, étaient bien évidemment contre ce texte, mais le bon sens commandait de le signer, quitte à revenir dessus ensuite ! C’était la mode inaugurée par la Révolution, et malheureusement elle continue, sans excuse aujourd’hui, si ce n’est la lâcheté ! Mais est-ce une excuse ? Au temps de Louis XVI, il s’agissait d’éviter une guerre civile à forte connotation religieuse !
Interrogeons-nous alors sur la signification de la signature royale. Je rappelle tout simplement la lettre de Louis à son oncle le Roi d’Espagne. En évoquant des actes qui pouvaient lui être arrachés par la force et être contraires à l’autorité royale, il avait écrit auparavant : « Je me dois à ma famille et à toute ma maison de ne pouvoir laisser avilir entre mes mains la dignité royale qu’une longue suite de siècles a confirmé dans ma dynastie ». Il est clair que le Roi en ce 12 octobre 1789, ne songe pas seulement aux États Généraux qui se sont illégalement institués en assemblée constituante, et à son départ forcé de Versailles qui remontait à quelques jours. Louis XVI voyait plus loin et envisageait des événements bien plus graves au cours desquels, en tant que responsable suprême du pays, il allait devoir dissimuler sa pensée et agir contre ses convictions, dans le but de gagner du temps en vue du bien commun pour sauver la paix civile. Il sait qu’il a Dieu pour témoin, mais le devoir royal dynastique lui a fait prévenir son oncle le Roi d’Espagne, par écrit. Et ce souci est précieux pour l’historien, tout comme pour nous aujourd’hui, car il nous démontre que la signature du Roi concernant la Constitution civile du clergé est de l’ordre de l’acte arraché par la force le 24 août 1790. Et quand le 10 mars 1791, le Pape répondra enfin par le Bref « Quod aliquantum », condamnant le texte, le Roi donnera tous les signes de ralliement possibles à la décision papale ! Jusqu’au bout il gardera auprès de lui des prêtres non jureurs, changera de confesseur, parce que le sien avait juré. Et c’est surtout parce qu’on l’empêcha l’aller faire ses Pâques à Saint Cloud en 1791, qu’il décida de quitter Paris pour Montmédy en juin 1791, laissant un document bien connu, aujourd’hui, sous le nom de « testament politique de Louis XVI » , qui montre que le Roi ne remettait pas en cause l’essentiel des réformes, mais s’élevait contre des excès touchant aux restrictions de liberté pour lui et un certain nombre de français, et c’est la question religieuse qui est visée. Tout à la fin du texte il souhaite pouvoir accepter une Constitution librement « qui fera que notre sainte religion soit respectée ».

Par son départ de Paris, comme par ce texte qui l’explique, le Roi ne divise pas son peuple et ne s’en sépare pas, contrairement à ce que clamait la propagande jacobine, et les historiens qui s’en feront ensuite les porte-voix, jusqu’à maintenant ! Et pire en y ajoutant le mensonge du désir de fuite à l’étranger ! Louis n’était pas le premier souverain à avoir voulu quitter Paris, pour être libre de ses mouvements. Ce voyage fut même utile, tant pour lui, pour sa compréhension de l’opinion publique et son désir de Constitution que pour certains députés. Et ce dernier exemple est illustré par le revirement du protestant dauphinois Barnave, qui voyageant avec le Roi à son retour de Varennes, comprit la loyauté du souverain et l’importance de la question religieuse. Il savait le prix de l’intolérance dans ce domaine ! C’est grâce à lui, qui sut entraîner l’assemblée, que la Constitution civile du clergé ne fit point partie de la Constitution sur laquelle Louis XVI prêta son serment de Roi constitutionnel le 14 septembre 1791. Elle n’était devenue qu’une loi parmi d’autres, susceptible d’aménagements. On n’écrit pas l’histoire avec des « si » ! Mais on peut se poser des questions et formuler des hypothèses. Je le ferai à partir de l’avis d’un contemporain qui s’y connaissait en politique, l’empereur d’Autriche Léopold Il. Une de ses lettres aux frères de Louis XVI leur prêche le calme et l’attente, car pour lui, Louis a la situation en mains. Certes, ce dernier n’utilise pas la force ! Mais le peut-il ? Depuis août 1790, du 5 au 30, période qui vit la mutinerie des suisses à Nancy puis sa répression par Bouillé, l’indiscipline était patente dans l’armée, par la faute des clubs et de différentes sociétés de pensée. Le Roi le savait ! C’est la raison pour laquelle il était plutôt contre la guerre que les girondins l’obligèrent à déclarer au printemps 1792 ! Tout comme Robespierre d’ailleurs qui pressentait une défaite qui aurait pu être profitable au Roi ! Tout comme la victoire d’ailleurs ! Louis avait besoin de temps ! D’où ses constantes concessions dans presque tous les domaines, sauf sur la question religieuse. Sur les 130 évêques que comptait la France, 4 seulement avait juré, le reste du clergé s’était divisé, mais depuis l’intervention du Pape, beaucoup revenaient sur leur serment. Et Louis XVI savait que la religion constituait le ciment irremplaçable de l’unité d’une nation, surtout quand celle-ci a puisé et a construit son unité dans le christianisme. Il se trouvait face à un terrorisme intellectuel, la philosophie des lumières, et aussi criminel sur le plan social, comme en témoignait nombre d’exactions commises depuis le 14 juillet 1789. Pour la minorité de factieux qui étaient la cause de ces désordres, il ne s’agissait plus de faire avancer des réformes, mais de changer de civilisation ! Par la plus grande des violences si nécessaire ! Rousseau n’avait-il pas d’ailleurs fait l’apologie du fanatisme en écrivant dans l’Emile : « Le fanatisme, quoique sanguinaire et cruel, est pourtant une passion grande et forte, qui élève le coeur de l’homme, qui lui fait mépriser la mort, qui lui donne un ressort prodigieux, et qu’il ne faut que mieux diriger pour en tirer les plus sublimes vertus ». La Terreur est ainsi programmée, ainsi que les méthodes qu’elle inspirera aux terroristes de tous les temps, bolchéviques, nazis, et islamistes ! Face à ces totalitarismes la religion du Christ est le seul recours, elle n’exclut pas l’emploi de la force quand cela est possible, mais par son enseignement, elle détruit le fanatisme à sa racine même. Elle parle en effet au nom de la Charité, la plus haute des vertus, puissance d’éternité, conférant dès cette terre une part d’éternité à celui qui la pratique. Ce fut toute la puissance de l’exemple des martyrs.

Ce fut toute la grandeur de Louis XVI. Mettant son veto à la mi-juin 1792 à la loi votée par l’assemblée qui punissait de déportation sans jugement les prêtres non jureurs, il vit son palais envahi le 20 juin par quelque 9000 personnes, professionnelles de l’émeute ! Privé de défense, il résista seul avec quatre grenadiers pendant près de 3 heures, monté sur une table dans l’embrasure d’une fenêtre. Il but volontiers à la santé de la nation, coiffé du bonnet phrygien, mais il ne céda rien. Personne n’osa l’agresser !

Les historiens idéologues n’ont vu que de la faiblesse dans cet épisode. Edgar Quinet qui l’était aussi, ainsi que fermement républicain, écrira pourtant en 1865 dans son histoire de la Révolution que jamais Louis XVI ne fut plus Roi qu’en ces moments tragiques car il résista seul, en en imposant à la foule par sa seule présence ! Le lendemain la France entière manifesta son indignation par des pétitions envoyées à l’Assemblée. Louis avait retrouvé sa popularité en défendant la religion de ses Pères au péril de sa vie ! Il fallait vite le faire mourir. Vous connaissez la suite ! J’ajouterai cependant deux considérations qui montrent la puissance du témoignage chrétien, et celui de Louis XVI en particulier. Dans leur fanatisme, les révolutionnaires les plus rousseauistes, persuadés que le catholicisme était mourant en France voulurent faire connaître, en l’imprimant le testament du Roi, de manière à ridiculiser son auteur par ce qu’ils estimaient être des excès de bigoterie ! Ce fut le contraire qui se produisit. Et quelques six mois plus tard, quiconque était trouvé en possession du testament risquait l’échafaud ! Premier modèle de ce qu’est une révolution culturelle, cela fera école jusqu’en Chine ! Deuxième exemple, le 24 janvier 1793, le conseil général du département de Paris se proposait de publier tous les témoignages concernant les derniers moments du Roi, là encore pour le déconsidérer. Hébert, le chef de file des athées, qu’on appellera bientôt enragés, s’y opposa violemment : « Cette proposition serait impolitique, elle serait dangereuse, la relation qui mettrait sous les yeux du peuple l’espèce de fermeté que Louis a portée sur l’échafaud. Voulez-vous donc apitoyer le peuple sur le sort du tyran ? ». Et il écrira pourtant dans son journal le Père Duchesne : « Il a été ferme et dévot jusqu’au dernier moment ». De même que pour Jésus la mort sur La Croix ne fut point une défaite, Il en fut de même pour Louis avec la guillotine. La couronne qu’il laisse, de par sa mort, n’est ni souillée du sang des Français, ni avilie par une quelconque lâcheté. Elle reflète l’éclat de celle des martyrs indiquant au peuple de France qu’il ne pourra se retrouver et s’unir que dans la foi chrétienne. C’est d’abord pour elle que Louis est mort, c’est sur elle qu’il faut s’appuyer quand les forces des ténèbres menacent la France et les pays que la foi au Christ a enfantés ! Ainsi soit-il !

Abbé Michel Viot,
Basilique nécropole royale de Saint-Denys,
le 21 janvier 2017.

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Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 28 janvier, 2017 |5 Commentaires »

2017-8. Des espérances et non des illusions.

Voeux de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon,
duc d’Anjou,
aîné des Capétiens,
de jure Sa Majesté le Roi Louis XX,
pour l’année 2017

Communiqué publié par le Secrétariat de Monseigneur le duc d’Anjou le 20 janvier 2017, à l’occasion de la venue en France de Monseigneur et de son épouse, la Princesse Marie-Marguerite, pour les cérémonies commémoratives de la mort de SM le Roi Louis XVI.

Grandes armes de France

En ce début d’année 2017, je tiens à adresser mes voeux à tous les Français. Dans l’époque troublée que nous vivons, dans laquelle nous avons parfois des doutes et des inquiétudes, je voudrais qu’elle apporte aux uns et aux autres des joies nombreuses, petites et grandes, et, plus collectivement, qu’elle redonne à la France volonté et fierté.

2016 a été une année difficile. Nombre d’entre vous ont eu à y subir des maux divers, plus ou moins graves. La situation sociale et économique n’est pas bonne et le nombre des pauvres, des exclus, des sans-abris a augmenté. La situation politique n’est guère brillante car elle n’est plus inspirée par un grand dessein. Les projets manquent à notre pays, projets capables de souder un peuple vers des horizons partagés. Un ennemi insidieux et brutal qui se cache sous des aspects religieux, bouscule nos institutions, rompt avec nos traditions ancestrales, et apporte son lot de victimes innocentes. Oui, 2016 n’a pas été une bonne année.

Ainsi je forme des voeux pour qu’en 2017 la france retrouve confiance en elle et en sa vocation de toujours, celle de modèle et d’exemple pour les autres nations ce qu’elle a été durant des siècles. Ne fut-elle pas le premier pays à avoir fait du bien commun et de la justice les fondements de l’action publique ? Combien de pays malmenés actuellement – pensons au Moyen-Orient – aimeraient retrouver cela ! Combien voudraient que l’homme ne soit pas le jouet des appareils ou de pouvoirs brutaux. Sous l’Ancien Régime, et encore bien des années après, devenir Français était recherché, car c’était intégrer le pays des libertés et du droit.

Mais pour ce faire, la France a besoin de se retrouver elle-même, de retrouver ses racines. Pour pouvoir lutter et résister aux maux qui l’assaillent, elle doit d’abord soigner ses plaies morales. Pour affronter tous ses ennemis ou ses difficultés, notre pays doit redevenir fier de lui, de son passé, de ce qu’il a apporté aux autres. Il est temps que se terminent les introspections et les repentances. Elles n’ont pas beaucoup de sens dans un pays qui a donné tant de saints, dans un pays qui est toujours admiré et souvent imité.

Ainsi pour 2017, je souhaite que la France renoue avec sa tradition qui lui a toujours fait regarder vers l’avenir plutôt que vers le passé. Pour la France, fille aînée de l’Eglise, pétrie du message à la fois divin et humaniste de l’Evangile, le paradis est devant et non pas derrière. N’ayez pas peur ! Regardez devant !

La France a beaucoup d’atouts pour affronter l’avenir mais encore faut-il qu’elle en soit consciente et fière. Ce n’est pas seulement notre culture et notre mode de vie qui sont regardés depuis l’étranger. Au-delà de nos frontières ce sont nos jeunes diplomés qui sont appréciés et enviés au point qu’actuellement on les retrouve sur les cinq continents ; ce sont nos armées qui sont admirées en étant déployées partout où il faut faire triompher la paix, la sécurité et la justice entre les hommes ; ce sont nos entrepreneurs qui continuent à innover ; ce sont nos oeuvres caritatives qui agissent partout où la détresse est présente.

Il y a une France de la réussite. Voilà celle qu’il faut encourager. Je le fais d’autant plus volontiers en ce début d’année qu’elle est aussi la France des jeunes. Il y a un renouveau porté par toute la génération qui est entrée dans l’âge adulte avec le XXIème siècle. Ce sont eux qui forgent la société de demain. C’est à eux que j’adresse tout spécialement mes voeux les plus chaleureux et les plus fervents. Ce sont eux qui bâtissent des familles unies et responsables ; eux qui créent, pour répondre aux enjeux présents, aussi bien des start-up innovantes que des écoles ; eux qui s’engagent pour le pays et sa défense ; eux qui redonnent à la France les clercs qui ont tant manqué durant deux générations…

Mes voeux vont vers tous ceux qui oeuvrent pour l’avenir et qui s’engagent.

Ils s’adressent donc aussi tout spécialement aux familles. Depuis plusieurs années elles ont été très malmenées. Le mariage a été travesti, les enfants deviennent des enjeux, nos anciens qui connaissent déjà trop souvent l’abandon, risquent de voir leurs derniers jours menacés, et je ne parle pas des difficultés de la vie quotidienne, se loger, trouver du travail, s’assurer de bonnes structures pour permettre aux enfants d’apprendre… Mais les familles françaises tiennent bon. Elles font preuve d’une grande capacité de résistance active. Elles ne se placent pas uniquement dans une attitude de refus, mais répondent par des projets innovants qui bousculent les vieux cadres sociaux ou pédagogiques qu’on leur impose.

A tous ceux qui croient en demain je voudrais que 2017 redonne des espérances et non des illusions. Pour cela, j’appelle de mes voeux une France qui retrouve le sens de la vérité et du concret, et abandonne les idéaux trompeurs qui ne mènent qu’à des impasses.

Je vois bien, à travers les déplacements que j’effectue en France, et les rencontres que je fais, qu’il y a une attente importante pour sortir d’une spirale négative qui n’est nullement une fatalité. J’aurai rempli mon devoir d’héritier et successeur légitime de la longue tradition des rois de France, si je peux contribuer à redonner confiance en l’avenir.

Tels sont les voeux que je forme pour tous les Français, pour les familles et les jeunes, mais que je forme aussi pour tous ceux qui, de par le monde, attendent de la France qu’elle fasse mieux entendre sa voix dans le concert des nations.

Puisse Saint Louis, modèle du souverain conscient de ses devoirs, aider la France à vivre une bonne année 2017.

Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou.

Prince Louis de Bourbon et princesse Marie-Marguerite 21 janvier 2017

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon
avec son épouse la Princesse Marie-Marguerite,
lors du déjeuner qui a suivi la Messe de Requiem célébrée à Saint-Denys,
le 21 janvier 2017.

Publié dans:Vexilla Regis |on 23 janvier, 2017 |3 Commentaires »

2017-7. Quelques réflexions pour comprendre ce que fut en réalité la mort de Sa Majesté le Roi Louis XVI. Articles à lire, relire, approfondir et méditer à l’occasion du 21 janvier.

Statue de Louis XVI - Chapelle Expiatoire

« Fils de Saint Louis, montez au Ciel ! »
(paroles attribuées à l’abbé Edgeworth de Firmont au moment de l’exécution du Roi)

Chaque année, la date du 21 janvier ramène l’anniversaire, terrible et magnifique, de l’assassinat de Sa Majesté le Roi Louis XVI.

Terrible !

- Terrible, parce que la date du 21 janvier 1793 n’est pas seulement celle de la mort injuste d’un homme bon et innocent (des hommes bons et innocents meurent chaque jour depuis les origines de l’humanité, et il en mourra encore chaque jour jusqu’à la fin des temps), comme s’il s’agissait uniquement d’une simple « bavure » – regrettable mais finalement anecdotique – liée aux déchaînement de passions ponctuelles, aujourd’hui dépassées.

- Terrible, parce que le régicide du 21 janvier 1793 doit être compris comme un événement majeur de l’histoire, non seulement de la France, mais de toute l’ancienne Chrétienté, mais de toute l’humanité.

- Terrible, parce que le 21 janvier 1793 est une date-clef pour comprendre les enjeux profonds d’une révolution qui avait commencé bien avant le 14 juillet 1789 et qui se continue et se perpétue avec un impitoyable déroulement logique.

- Terrible, parce que l’exécution de Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XVI fut, dans sa réalité profonde, une sorte de sacrifice humain – prélude à des milliers d’autres – offert à Satan par les ennemis du Règne de Dieu, à fin de sceller dans le sang d’une victime innocente, pure et pieuse, la construction d’une « société nouvelle », tournant le dos aux desseins de Dieu et s’opposant radicalement aux plans du Rédempteur sur le monde.

- Terrible, parce que tant que les faux principes qui ont conduit à l’accomplissement sordide de cette liturgie sacrificielle impie célébrée le 21 janvier 1793 sur la « place de la révolution », présideront aux destinées de la France et empoisonneront les consciences individuelles autant que les pseudo institutions qui constituent les rouages de son fonctionnement aujourd’hui, la France ne pourra en aucune manière se relever mais dégringolera d’abîmes en abîmes, entraînant dans sa chute une grande partie de l’humanité.

Bosio statue de Louis XVI à la chapelle expiatoire - détail

François-Joseph Bosio (1768-1845) : détail de la statue de Louis XVI à la Chapelle Expiatoire.

Magnifique !

- Magnifique, parce que, en face d’un déferlement de haine et de l’exacerbation des plus basses passions déchaînées, Sa Majesté le Roi Louis XVI, qui, par bien des côtés était un enfant de son siècle – et donc plus ou moins consciemment imprégné par les idées des pseudo « Lumières » – , a opéré une admirable croissance dans l’ordre de la grâce, jusqu’à parvenir non seulement à sa pleine stature de chrétien sur un plan personnel, mais jusqu’à atteindre sa pleine dimension de Roi Très Chrétien.

- Magnifique, parce que, par l’acceptation libre et responsable du sacrifice de sa vie, ce Souverain profondément attaché à la foi catholique et resté ferme pour la défendre, est arrivé à une authentique conformation au Christ Sauveur en Sa douloreuse Passion : offrant sa vie, pardonnant à ses bourreaux, priant pour que ce crime ne leur soit point imputé, suppliant pour que sa propre mort – sacrilège – ne fasse pas le malheur des peuples sur lesquels la divine Providence l’avait établi roi.

- Magnifique, parce que que nous croyons que Louis est un authentique martyr et que son sacrifice a déjà été, et sera encore, fécond dans l’ordre de la grâce, tant pour ses successeurs que pour le Royaume de France et pour la Sainte Eglise tout entière.

- Magnifique, parce que loin de nous enfermer dans une mélancolie passéiste, le souvenir de ce 21 janvier 1793, revivifié d’année en année, solennellement commémoré et religieusement célébré, entretient et nourrit en nous la formidable espérance d’une résurrection authentique de la monarchie sacrée, d’une reviviscence de la royauté capétienne de droit divin, d’une pleine restauration de la Légitimité, et d’un entier triomphe de la Couronne des Lys sur toutes les puissances infernales auxquelles la révolution a livré la France et le monde

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.  

Bosio statue de Louis XVI à la chapelle expiatoire - détail 2

Articles à lire, relire, approfondir et méditer à l’occasion du 21 janvier :

1) Les dernières heures de Sa Majesté le Roi Louis XVI > ici
2) Le testament de Louis XVI > ici
3) « Louis XVI aux Français », complainte > ici
4) Allocution consistoriale du pape Pie VI sur le martyre de Louis XVI > ici
5) Oraison funèbre de Louis XVI prononcée devant le pape Pie VI > ici
6) Oraison funèbre de Louis XVI prononcée à la basilique Saint-Denys, le 21 janvier 2016, par le Rd. Père Augustin Pic, op. > ici
7) Messe de Requiem composée par Cherubini à la mémoire de Louis XVI > ici
8) Maximes et pensées de Sa Majesté le Roi Louis XVI > ici
9) Voeu de Louis XVI au Sacré-Coeur de Jésus > ici
10) La sainte icône représentant Leurs Majestés les Rois Louis XVI, Louis XVII, la Reine Marie-Antoinette et Madame Elisabeth, exposée dans l’oratoire du Mesnil-Marie > ici

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Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 20 janvier, 2017 |3 Commentaires »

2017-6. Il y a deux-cents ans, l’exhumation des restes profanés de nos anciens rois et leur retour dans les cryptes de la nécropole royale de Saint-Denys.

1817 – 19 janvier – 2017

frise lys deuil

Au mois de janvier 2015, pour marquer le deuxième centenaire de l’exhumation des restes de Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette et leur transfert solennel à la nécropole royale de Saint-Denys, j’ai publié dans les pages de ce blogue un certain nombre de documents et de témoignages contemporains remarquables (voir > ici, > ici, > ici, > ici et > ici).

En ce mois de janvier 2017, nous commémorons le deuxième centenaire de l’exhumation des restes des 42 rois, 32 reines, 63 princes et princesses, et des 10 grands serviteurs du Royaume qui avaient été profanés puis jetés pêle-mêle dans deux grandes fosses sur le côté nord de l’église abbatiale.
Sa Majesté le Roi Louis XVIII, en effet, dans sa piété filiale envers ses prédécesseurs et ancêtres, par une ordonnance du 24 avril 1816, avait stipulé que l’on procédât à la recherche de ces fosses (que les révolutionnaires, une fois leurs forfaits accomplis, s’étaient employés à dissimuler) pour en extraire les restes vénérables que l’on y trouverait, à fin de leur rendre une sépulture aussi digne que possible dans la nécropole royale rétablie.

Voici le compte-rendu de ces recherches, de cette exhumation et de ce transfert, tel qu’il a été publié à l’époque dans la revue « L’Ami de la Religion et du Roi » :

Exhumation des restes de nos anciens rois 1

Plan des fosses établi lors de l'exhumation en 1817

Exhumation des restes de nos anciens rois 2

Voici également une gravure contemporaine de cet événement :

exhumation restes royaux janvier 1817

De nos jours, les visiteurs et pélerins de la basilique-nécropole royale de Saint-Denys, peuvent se recueillir « devant » les restes de tous nos anciens souverains et princes, en se glissant dans un réduit, au nord du déambulatoire de la crypte : ce lieu était avant la révolution l’endroit où se trouvait le tombeau de Turenne ; les cinq cercueils contenant les restes désormais impossibles à identifier du contenu des deux fosses où les avaient jetés les profanateurs de 1793, y ont été placés et on a élevé par devant une austère cloison : c’est ce qui explique que ce qui était jadis une chapelle mortuaire n’est plus désormais qu’un lieu aux dimensions très réduites puisque la partie la plus grande se retrouve derrière la dite cloison.
De grandes plaques de marbre noir y ont été placées, portant les listes des noms de tous ceux dont les restes humiliés attendent ici la résurrection et la glorification des justes à la fin des temps…

frise lys deuil

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 19 janvier, 2017 |3 Commentaires »

2017-5. « La monarchie se définit d’abord par sa référence au transcendant » (Gustave Thibon).

Jeudi 19 janvier 2017
Dans le diocèse de Viviers, fête de Saint Arconce, évêque et martyr ;
16e anniversaire du trépas de Gustave Thibon.

Nous voici à la date du 19 janvier, date qui ramène l’anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon (+ 19 janvier 2001), auquel, après Dieu, je dois de manière indubitable l’éveil de ma réflexion – intellectuelle et spirituelle – au moment de l’adolescence, et donc aussi, de ce fait, la maturation de mon mode de pensée et le passage à une foi profondément personnelle et vivante.
J’ai choisi aujourd’hui (le Maître-Chat m’ayant laissé quartier libre pour le faire), de vous présenter ci-dessous un extrait de l’ouvrage de Philippe Barthelet intitulé « Entretiens avec Gustave Thibon », publié en 1983, mais qui a été –  fort heureusement – réédité il y a quelques mois.
A travers les réponses qu’il donne aux questions de Philippe Barthelet, Gustave Thibon nous permet, par son impitoyable réalisme et sa solide sagesse, d’étoffer et d’étayer toujours davantage notre argumentation en faveur de la royauté monarchique traditionnelle… 

Que sa mémoire soit en bénédiction ; et que Dieu soit à jamais sa récompense pour avoir contribué à faire de moi ce que je suis aujourd’hui !

                                                                             Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur

Nota bene : Dans l’extrait publié ci-dessous, la mise en caractères gras de certains passages est de notre fait en raison de l’importance que nous leur attribuons.

* * * * * * *

Sacre - miniature des Grandes Chroniques de France

Sacre du roi de France (miniature des « Grandes chroniques de France »)

Philippe Barthelet :
Le monde où nous vivons pourrait être caractérisé par l’éclipse de tout ce qu’il y a de suprême, dans tous les ordres… Un monde où les poètes se taisent, ou deviennent fous, un monde d’où les dieux se sont retirés ; un monde découronné. Ce qui vaut spécialement, bien sûr, pour la forme monarchique du gouvernement, qui n’est aujourd’hui plus guère de saison [...]. 

Gustave Thibon :
Il est vrai que les trônes ont sauté partout – et que là où ils demeurent, on leur a ôté toute signification profonde. Car l’idée royale est en dernière analyse une idée religieuse. Et aussi, car tout se tient, une idée poétique.
Voyez le rôle que jouent les rois dans la poésie, et avec quelle abondance les chante un Victor Hugo, qui était pourtant démocrate. Nul ne songerait à chanter ainsi, ès qualités, un dictateur ou même un président. Essayez d’employer le mot de « président » dans un poème, sans faire rire… Ou de placer M. Mitterrand « entre Auguste à l’oeil fier et Trajan au front pur »…
Il y a dans l’institution monarchique une sorte de transparence au divin, une délégation de pouvoir de Dieu Lui-même. « Toute autorité vient de Dieu », dit saint Paul. Certes, mais elle en vient quelquefois par des intermédiaires et des détours si bizarres, qu’on n’y retrouve, à première vue, plus grand-chose de son origine… Ce qui ne doit pas être le cas avec la monarchie. Il y a, ou il devrait y avoir, dans le roi quelque chose de divin…

P.B. : Quelque chose du principe dans le prince…

G.T. : … qui ne doit pas nous faire oublier toute l’épaisseur humaine dont il a la charge – et peut-être aussi le chargement… A côté de l’aspect mystique de la monarchie, l’investiture divine, il y a son aspect politique, tout le poids de la prudence humaine, de l’erreur humaine, de l’abus humain. Les choses les plus hautes sont aussi, par le fait même, les plus exposées au mélange et à l’altération.
Il reste que la monarchie se définit d’abord par sa référence au transcendant. Par le roi on peut en appeler à Dieu, dont il est le représentant sur la terre. Le « Porte-glaive de Dieu », comme on disait des Césars germaniques…

P.B. : Le véritable roi de France est Dieu, « Roi du Ciel », comme le rappelle Jeanne d’Arc. Et le roi couronné n’est ici-bas que son lieutenant…

G.T. : Henry Montaigu a montré – et Paul Barba-Negra, dans son film sur Reims – tout ce que le sacre pouvait conférer à un homme.
Reste que la psychologie et le social sont là, qui font que le roi n’est pas toujours un saint – il l’est même rarement. La politique elle aussi a ses exigences, dont Machiavel a parfaitement tracé la portée et les limites – et la portée en est grande, et les limites lointaines…

P.B. : Encore que Machiavel ait pris soin d’excepter la France de sa démonstration, comme « la monarchie la plus réglée par les lois qu’aucun autre Etat de son temps… »

G.T. : Reste ce qui fait que je me sens viscéralement royaliste : l’allégeance, sur quoi Simone Weil insistait tant, la fidélité que l’on doit à un homme : « C’est mon roi. » « Le roi que mon coeur nomme », comme dit le père Hugo… Ce rapport direct, de personne à personne, qui d’ailleurs a fait la solidité de la monarchie, pendant si longtemps ; cette connivence avec le peuple, le serment – toutes choses dont la démocratie a aboli jusqu’à l’idée…
Et toutes choses, encore une fois, éminemment poétiques. Ce sont les vers de Péguy dans Jeanne d’Arc :

La maison souveraine ainsi qu’au temps passé…
De Monsieur Charlemagne ou de Monsieur Saint Louis…
Quand le comte Roland mourait face à l’Espagne
Et face aux Sarrasins qu’il avait éblouis
Quand le comte Roland mourait pour Charlemagne…

Maintenant, qui mourra pour ? Pour M. Giscard d’Estaing, pour M. Mitterand ? Dans La Chanson de Roland, le preux à l’agonie pense à « Charlemagne, son seigneur, qui l’a nourri… » Tout cela, l’hommage et la protection, constituait le climat monarchique [...].
Encore une fois, que les princes aient plus ou moins trahi, ou forfait, c’est incontestable. Il en va de même pour le prêtre : je vois mal une religion sans prêtre, et je vois mal un prêtre incarnant totalement la religion. Il faut faire, on ne le sait que trop, sa part à la pesanteur, au trop humain, au Gros Animal – et le Gros Animal est lourd…
Mais du moins peut-on l’empêcher de peser de tout son poids… La monarchie, par sa nature même, cet appel à un ordre transcendant, représentait une sauvegarde contre la tendance proprement totalitaire du Gros Animal à tout subordonner à sa pesanteur… Au lieu que les démocraties, étrangères, sinon opposées, à toute transcendance, réduiront tout à la logique sociale, c’est-à-dire aux caprices du Gros Animal. Camus définissait très justement les « vrais monarchistes » : « Ceux qui concilient l’amour vrai du peuple avec le dégoût des formes démocratiques. »

P.B. : Eugenio d’Ors remarquait que « tout ce qui n’est pas tradition est plagiat ». Il est assez piquant de voir quelle malédiction s’attache aux formes politiques modernes, condamnées à contrefaire ce qu’elles ont aboli. Voir nos présidents de la république plagiant pour leur compte le protocole de la monarchie, et paradant sous les ors de palais qui n’ont pas été faits pour eux…

G.T. : C’est une contradiction de plus du monde monderne. Mais que voulez-vous, nos présidents n’ont rien à se mettre, il faut bien qu’ils usurpent les oripeaux du vestiaire royal. Sans quoi ils iraient nus…
Que l’on doive conserver quelque chose de solennel dans l’exercice de l’autorité prouve assez le caractère sacré, sinon sacral, de celle-ci. A cette nuance près qu’avec les princes, le protocole est naturel, mais qu’il l’est beaucoup moins avec les élus du peuple – élus parce qu’ils ont su manier le peuple… Ils n’inspirent pas un respect spontané. Tout au plus peut-on leur donner les titres de leur fonction, sans y mettre rien de cordial, et moins encore de religieux. Ce qui fait qu’il est beaucoup plus humain de dire « Votre Majesté » que « Monsieur le président de la république » [...].

Philippe Barthelet, « Entretiens avec Gustave Thibon », pp. 69-74
(Editions du Rocher – 1983 / réédition Desclée de Brouwer, poche – 2016)

Entretiens-avec-Gustave-Thibon

Publié dans:Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 19 janvier, 2017 |2 Commentaires »

2017-2. Au-delà des voeux conventionnels.

4 janvier au soir,
fête de Sainte Angèle de Foligno (voir > ici),

& octave des Saints Innocents.

Véronèse - la foi guidant l'homme vers l'éternité - villa Barbaro à Maser fresque (1560-61)

« La foi guidant l’homme vers l’éternité »
Fresque de Véronèse (1560-1561) dans la Villa Barbaro, à Maser (Vénétie).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Après l’expression toute traditionnelle de voeux qui, pour conventionnels qu’ils soient, n’en sont toutefois pas moins l’expression d’une volonté de bien et de bonheur pour ceux auxquels ils sont adressés, surtout s’ils sont fondés dans la prière (cf. la « Métaphysique des voeux » publiée dans ce blogue en 7 parties au début de l’année 2015 à partir > d’ici), je voudrais, comme bien souvent aussi en pareille période, vous partager quelques réflexions en lien avec les temps que nous vivons et avec les perspectives qui se dessinent devant nous, puisque justement la période des voeux est souvent l’occasion de regarder l’avenir, de l’envisager, de le « planifier » parfois, de s’y projeter en quelque sorte au moyen des résolutions prises, bref d’y penser et même de tenter d’exercer une influence sur lui.

Nous souhaitons à nos proches, à nos amis, à tous ceux qui nous sont chers – et d’une manière plus globale à nos connaissances – , une bonne et heureuse année.
Nous voudrions que toute la méchanceté disparaisse, que tout le mal qui est dans le monde cesse, que les conflits s’apaisent et que la vie de tous les hommes ne soit environnée que de choses « positives » : paix, lumière, douceur, santé, bienveillance, amour… etc.

Bien sûr que, moi aussi, qui n’entretiens de mauvais sentiments envers personne, je souhaiterais que la vie de tous les hommes d’ici-bas se déroule dans une espèce de paradis terrestre, ignorant le mal et toutes ses conséquences porteuses de souffrances.
Mais nous savons bien que, quelles que soient la sincérité et la ferveur avec lesquelles nous appelons le bien et le bonheur sur les hommes et sur le monde, il n’en sera pas exactement ainsi et que le terrible quotidien des mesquineries, des méchancetés, des jalousies, de la cupidité, de la malveillance, de la violence psychologique et physique, de la volonté de domination perverse des autres… etc. aura tôt fait de nous rattraper, de nous encercler, et de nous assaillir.

Et il y a bien pis !
Le mal n’est pas uniquement et exclusivement autour de nous : il est également et très réellement en nous.

Parce que, en fait, vous aussi bien que moi, nous portons tous, en nous, des racines de malice et de perversion, conséquences intimes du péché originel hérité de nos premiers parents, et conséquences aussi de toutes les mauvaises actions et pensées auxquelles nous avons laissé de la place dans nos coeurs.

Qui osera prétendre qu’il n’en est pas ainsi en lui ?
Qui osera rejeter la responsabilité de tout le mal qui est dans le monde sur « les autres », ou sur « la société », ou sur « les structures mauvaises héritées du passé » ?
Chacun de nous, s’il est un peu observateur et capable d’analyser ses propres actes, ne peut que faire ce constat, triste et amer : si je ne fais pas d’efforts quotidiens et continus, si je ne travaille pas à m’améliorer, si je me laisse glisser sur mes propres pentes de facilité – en raison de mon orgueil et de mes égoïsmes aux variantes infinies – , je contribue moi-même à la propagation du mal dans le monde.

De la même manière, mais inverse, que « toute âme qui s’élève élève le monde », ainsi aussi toute âme qui s’abandonne au mal, même dans le secret de la plus intime solitude et sans conséquence apparente sur le prochain, oeuvre en réalité à l’enfoncement du monde dans le mal.
Et nul homme – ni vous ni moi – ne peut soutenir qu’il n’y est lui-même pour rien (le « c’est pas moi, c’est l’autre », qui nous est si spontané depuis notre petite enfance !).
Tous et chacun, nous portons notre part de responsabilité actuelle et quotidienne sur la malice des temps dans lesquels nous vivons
.

Mais c’est aussi un fait que chacun possède, à sa propre mesure, à sa mesure exacte, des moyens – personnels et uniques – pour combattre la propagation du mal qui navre le monde, la société et les familles… etc. : cela s’appelle le travail sur soi, la lutte personnelle contre le péché, la conversion morale, la pénitence, la sanctification…
C’est ainsi que chacun peut neutraliser une partie des causes responsables du mal qui est dans le monde ; c’est ainsi que chacun, pour la partie qui lui incombe à lui, peut exercer une influence contre la prolifération de la malice et de la laideur morale du monde.
De la même manière qu’un lac n’est jamais que l’accumulation de simples petites gouttes d’eau, et qu’une prairie n’est jamais que le rassemblement de brins d’herbe uniques, le climat moral de la société n’est d’une certaine manière que la somme des dispositions morales des individus qui la composent.
Si chacun se repose sur les autres pour que « ça aille mieux », et se dispense de l’effort nécessaire pour contrer le mal à l’intérieur de lui-même et sur ce qui est dans son rayon d’influence immédiat, il est évident que la décadence et l’accélération vertigineuse du mal ne pourront qu’aller en empirant.

Cela ne sera sans doute pas suffisant pour ôter tout le mal du monde – parce qu’il existe aussi des causes extérieures à nous-mêmes sur lesquelles nous n’avons que peu de prise – , mais si, toutefois, chacun, de manière très concrète et immédiate, au jour le jour, agit conformément au Vrai, au Beau et au Bien dans le champ d’action qui s’offre à lui, et parfois à lui seul, il est néanmoins certain que des résultats seront visibles.

En résumé, pas de « bonne année » sans conversion.
Pas de « bonne année », s’il n’y a pas d’efforts réels, concrets et suivis d’effets.
Pas de « bonne année », s’il n’y a pas d’amendement personnel capable de se répercuter sur la société.
Parce que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, n’imaginez pas un seul instant que l’année 2017 sera meilleure que l’année 2016 ou que l’année 2015 s’il n’y a pas ces conversions intérieures profondes qui peuvent seules changer le cours de l’histoire et renouveler le monde.

Vous avez détesté 2015, son climat social, sa dégringolade institutionnelle, son terrorisme et ses attentats sanglants ?
Vous avez détesté 2016, son climat social, sa dégringolade institutionnelle, son terrorisme et ses attentats sanglants ?
Malgré tous les souhaits de « bonne et heureuse année », vous aurez aussi en 2017 un climat social catastrophique, une dégringolade institutionnelle accélérée, un terrorisme toujours plus prégnant, des attentats horriblement sanglants, et même infiniment pis… si vous ne travaillez pas plus efficacement à votre conversion !

Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.
Les plans gouvernementaux d’alerte et les dispositifs vigipirates renforcés, les états d’urgence mobilisant les forces de l’ordre et les manifestations populaires d’indignation n’y changeront rien ; pas plus que les propos lénifiants (léninifiants ?) des « curés » bisounours et oecuménisant ; pas davantage que les discours « fermes et résolus » des politiques, qu’ils soient de droite, de gauche, d’extrême centre, de l’infanterie, de la cavalerie ou de la marine (à voile et à vapeur)…
La seule, l’unique manière de faire en sorte qu’il n’y ait « plus jamais ça » réside dans la conversion profonde et continue des coeurs, des intelligences, des esprits, et des âmes.

Voilà pourquoi, à l’occasion de cette nouvelle année 2017, je vous souhaite de n’avoir plus d’illusions, mais – tout au contraire – je vous souhaite par-dessus tout d’avoir les yeux grands ouverts sur la réalité, afin d’entrer dans le réalisme des conversions qui s’imposent.
Je ne vous souhaite pas de n’avoir pas de problèmes, mais je vous souhaite d’avoir la gnaque pour leur rentrer dedans et les combattre de la bonne manière.
Je ne vous souhaite pas des petits bonheurs de bourgeois bornés à leurs horizons bien cosy, mais je vous souhaite l’enthousiasme guerrier des chevaliers de jadis quand ils se préparaient aux mêlées sanglantes.
Je ne vous souhaite pas des espoirs de bonheur se limitant aux horizons du boulot, de la santé et de la paye mensuelle, pour vous et vos proches, mais je vous souhaite des espérances vraiment surnaturelles qui transfigurent le quotidien.
Je ne vous souhaite pas l’absence de souffrances (ce qui est le propre des corps anesthésiés), mais je vous souhaite des capacités de générosité jusqu’au sacrifice, pour porter la Croix et faire de vos vies offertes – voire sacrifiées – des instruments de Rédemption !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur       

Véronèse - la foi guidant l'homme vers l'éternité - villa Barbaro à Maser fresque (1560-61) - détail

2016-94. Se préparer à entrer dans le mystère de Noël avec la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin (Madame Louise de France).

23 décembre.

En ce jour anniversaire du rappel à Dieu de la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin, qui avait été dans le siècle Madame Louise de France, fille de Sa Majesté le Roi Louis XV (voir ici > Princesse et carmélite),  nous pouvons nous servir de l’une des méditations qu’elle a elle-même écrite pour se préparer à la fête de la Nativité de Notre-Seigneur, afin de mieux disposer nos âmes, nos coeurs et nos esprits à entrer dans la véritable dimension spirituelle du mystère de Noël, et à en vivre plus intensément.

Vénérable Thérèse de Saint-Augustin

La Vénérable Thérèse de Saint-Augustin, carmélite,
qui avait été dans le siècle Madame Louise de France.

« Qu’un Prince puissant descendît de son trône pour venir se confondre dans les derniers rangs de ses sujets, s’asseoir à leur table, partager leur indigence, et essayer de leur rendre le fardeau de la pauvreté plus supportable, en le portant avec eux ; quelles impressions profondes d’amour et de vénération laisserait dans tous les coeurs le spectacle ou le récit d’un tel héroïsme de générosité !
Pour être plus accoutumés aux prodiges de la miséricorde divine, devons-nous en être moins touchés ? 
Ah ! Plutôt que de permettre, Seigneur, que je me rende coupable d’une ingratitude aussi monstrueuse, donnez-moi de recueillir dans mon âme toute la reconnaissance que l’univers vous doit.

Parmi les réflexions qui viennent tumultueusement se présenter à mon esprit, à la vue de Jésus naissant, cinq objets doivent principalement fixer le désir qu’il veut bien m’inspirer, de lui préparer dans mon coeur une demeure digne de lui.

1 – Son amour infini pour moi.
J’étais présente à ses yeux, dès les premiers moments d’un sacrifice qui a commencé avec l’éternité. Il a daigné pourvoir à tous mes besoins. Pas une de mes misères qui ait échappé au dessein qu’il a formé, de venir lui-même apporter aux plaies du genre humain, les seuls remèdes que pût admettre la justice irritée de son Père ! Les intérêts de sa propre gloire, les ignominies et les besoins de cette chair mortelle qu’il n’a pas dédaigné de revêtir, pour m’élever jusqu’à lui, en s’abaissant jusqu’à moi, rien n’a pu l’arrêter.
O Amour ! qui faites disparaître dans une Dieu tout ce qu’il doit à sa grandeur, échapperez-vous au juste retour dont je me sens redevable ? Ne dois-je pas me donner sans partage à celui qui vient se donner tout entier à moi ?

2 – Sa miséricordieuse charité.
C’est pour tous les hommes, c’est pour les délivrer tous de l’esclavage du péché, pour leur ouvrir à tous l’entrée du Ciel qu’il paraît sur la terre ; j’étais comprise dans cette multitude innombrable de pécheurs qu’il avait la vue et le désir de sauver. Mes infidélités à sa grâce qu’il prévoyait, n’ont pas mis d’obstacle à la générosité de ses démarches pour moi. Sa charité, comme me l’apprend son Apôtre, s’est manifestée en ma faveur, malgré toute mon indignité. Combien ce regard de bonté d’un Dieu naissant doit-il m’apprendre à renfermer dans ma charité ceux-mêmes qui me paraissent si souvent la moins mériter !

3 – Ses profondes abjections.
En quel état paraît à mes yeux le Roi des Rois, le Dieu de l’univers, le dominateur suprême du Ciel et de la terre ! Quelle escorte va l’environner dans la crèche ! Une étable sera son palais ; une cabane exposée à toutes les injures de l’air sera son asile ; de pauvres bergers composeront sa cour, le souffle de deux animaux sera l’unique adoucissement à ses premières souffrances ; telle est l’image abrégée de l’anéantissement auquel il s’est condamné pour moi.
Puis-je croire cette vérité et souffrir encore que mon coeur soit susceptible de cet orgueil qui est le poison de toute la grandeur humaine. En peut-il être d’autre pour une âme chrétienne, que celle qui lui donne une conformité parfaite avec Jésus anéanti dans la crèche ? Qu’il est grand, ce Dieu caché, malgré le voile d’abjection qui le couvre à mes yeux ! Que je serai grande moi-même, quand je m’efforcerai de me rabaisser en sa présence !

4 – Son état d’infirmité et de souffrances.
Jésus les embrasse dès sa naissance, pour m’apprendre à sanctifier les miennes, pour m’y fortifier, et pour m’y consoler. Mais, si le Saint des Saints accepte déjà dans un corps innocent ce douloureux partage, puis-je ne pas m’estimer heureuse des traits de ressemblance qu’il me fournira lui-même dans mille circonstances, où je pourrai unir mes souffrances aux siennes. En qualité de chrétienne et de pécheresse, je suis condamnée à la mortification et à la pénitence. La leçon qu’il me présente dans son berceau est un nouveau motif pour moi de me crucifier dans mes sensualités, et encore plus dans ma volonté propre. Plus je trouve de facilités à la satisfaire, plus j’apprendrai, dans ce premier sacrifice de Jésus naissant, à m’immoler dans tout ce que j’ai de plus intime pour les sens, pour l’esprit et pour le coeur.

5 – L’étendue de ses satisfactions.
C’est un Dieu qui me prévient, qui me recherche, qui paye pour moi à la justice de son Père. Que pourrais-je craindre avec une caution d’une valeur et d’une vertu aussi efficaces ? Je porterai à ses pieds bien des misères qu’il connaît, et dont il compassion, mais qu’il est disposé à me pardonner, dès que je les détesterai toutes, dès que je n’en aimerai aucune. Indépendamment de tant de promesses miséricordieuses, qu’il m’a adressées tant de fois, ne s’offrira-t-il pas aux yeux de ma foi, avec tous les charmes qui peuvent lui attirer toute ma confiance ?
Non, il ne viendra point à moi en juge, ni en vengeur, mais en Sauveur et en Père. Je me hâterai donc de me jeter entre les bras qu’il daigne me tendre ; je recueillerai avec ardeur ses soupirs ; je le conjurerai d’être mon Jésus et mon libérateur, à l’appui de ces tendres sentiments que je solliciterai au premier trône de son indulgence ; que ne trouverai-je pas de ressources auprès d’un coeur qui ne désire que la pleine confiance du mien.

Ce mystère d’un Dieu naissant, doit donc ranimer tout mon amour pour lui, servir de règle à ma charité pour le prochain, rectifier tous mes jugements et toute ma conduite sur ce qui fait la véritable grandeur, soutenir mon courage dans l’usage de la pénitence chrétienne, réveiller et confirmer toute ma confiance aux miséricordes si étendues, dont la crèche est la dépositaire.
Je demanderai donc avec un redoublement de ferveur, proportionné à tous mes besoins, ces heureux fruits de la fête qui approche ; je purifierai mon âme avec la plus exacte sincérité ; j’y ajouterai avec toutes les protestations de ma douleur, les promesses les plus sincères de ma fidélité future ; je réunirai tous mes désirs les plus ardents et les plus empressés pour attirer les grâces de ce divin Enfant.
Mille fois je lui réitérerai ma consécration entière à son service, ma dépendance, ma gratitude et mon amour.
Venez, lui dirai-je, venez, Auteur de tous les biens, répandez-les dans mon âme ; en la visitant, faites-lui goûter combien il est doux de vous aimer et d’être aimée de vous. Communiquez-moi ces saintes ardeurs dont le coeur de votre sainte Mère était pénétré ; faites passer dans le mien ce feu céleste qui en consume toutes les froideurs ; remplissez-moi de cet esprit de foi, de cette fervente piété, qui accompagnaient ce saint Roi, mon Patron, à votre divin banquet ; qu’il n’y ait rien en moi qui ne se ressente de ces profonds hommages que vous rendirent à la crèche les esprits bienheureux dont elle était investie ; couronnez enfin, ô Dieu naissant ! tous vos bienfaits par cette paix que vous apportez à la terre ; qu’elle règne en moi, comme un gage de votre grâce et de votre clémence ; et qu’elle y persévère par la confiance de ma fidélité et de mon amour !
Le péché seul peut m’en priver. Ah ! Que jamais il ne trouble, il ne ravisse un trésor dont la possession m’est plus chère que tous les biens de ce monde, que ma vie-même.
C’est, ô mon Jésus ! ce que je vous demande, et c’est ce que je ne cesserai de penser, et désirer jusqu’au dernier soupir ; il sera un soupir d’amour pour vous. »

Relique de la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin

Relique de la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin.

Quelques autres textes pour se préparer spirituellement à Noël :

- Préparation au mystère de la Nativité avec Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix > ici
- « Chemin de Bethléem, école d’oraison » (Frère Maximilien-Marie) > ici

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