Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2010-47 a. Pourquoi catholicisme et maçonnerie sont incompatibles (1ère partie).

Ma précédente publication (cf. > ici) n’était que le bref rappel des condamnations romaines de la franc-maçonnerie. En complément, et pour montrer que ce jugement de l’Eglise est raisonnablement fondé, il m’apparaît important d’exposer maintenant les motifs pour lesquels  « le jugement négatif de l’Eglise sur la franc-maçonnerie demeure inchangé« .

Je vais donc m’attacher à résumer (car en vérité il me faudrait écrire des livres entiers si je voulais être rigoureusement précis) d’une manière aussi claire que possible les principaux points qui font qu’on ne peut être en même temps catholique et franc-maçon.

Il va de soi que je me place ici dans la logique de la Foi de l’Eglise, puisque il s’agit d’exposer les principes qui, à ses yeux, fondent une irréductible incompatibilité entre l’appartenance à l’Eglise et l’adhésion à la maçonnerie. Ceux qui ne partagent pas cette Foi catholique pourront donc ne pas comprendre et ne pas adhérer à cette argumentation, c’est évident.

* * *

I. La franc-maçonnerie, nébuleuse complexe de structures parallèles.

Mais tout d’abord, une première question s’impose : peut-on définir ce qu’est la franc-maçonnerie?

Officiellement, la franc-maçonnerie est une association philosophique et philanthropique qui, dans sa forme actuelle (qu’on appelle la « maçonnerie spéculative »), a été fondée à Londres au début du XVIII° siècle (officiellement, le 24 juin 1717).

Les groupes de base qui réunissent les francs-maçons sont appelés « loges » ou « ateliers ». Chaque loge porte un nom spécifique et se réunit dans un « temple maçonnique ». On donne le nom d’ « obédiences » à des fédérations de loges : ces fédérations sont établies selon des affinités, des proximités de sensibilités et d’esprit. Les obédiences sont nationales : elles sont constituées dans le cadre géographique d’un état. Je ne veux pas m’attarder ici sur ce que j’appelle le « folklore » maçonnique (costumes, symboles, décoration des temples, rites observés dans les réunions… etc) : tout ceci est finalement très accessoire et risquerait de cacher le fond du problème sous un fatras de détails qui n’apportent pas grand chose.

2010-47 a. Pourquoi catholicisme et maçonnerie sont incompatibles (1ère partie). dans Commentaires d'actualité & humeurs tabxixmaitrefs

Symboles maçonniques sur un tablier de « maître » du XIXème siècle.

Jusqu’ici tout peut sembler assez simple, mais en réalité tout devient beaucoup plus compliqué dès que l’on comprend qu’au sein d’une même obédience, voire d’une même loge, il existe plusieurs structures parallèles, parfois bien difficiles à distinguer.

En effet, à côté de structures rituelles et institutionnelles démocratiques qui permettent l’élection des responsables officiels et font l’objet de déclarations publiques (parce que les loges sont des associations déclarées selon la loi de 1901), il existe aussi  d’autres hiérarchies. On trouve ainsi des structures initiatiques avec des niveaux hermétiquement cloisonnés : le recrutement s’y fait par cooptation et la gestion en est absolument opaque aux profanes. Et il existe également des structures qui n’ont aucun statut officiel :  il y a en particulier les « fraternelles » qui regroupent des maçons d’obédiences différentes (lesquels peuvent en public se montrer ennemis voire s’invectiver de manière violente!), réunis par des affinités professionnelles, personnelles ou d’intérêt divers. C’est le terreau idéal du clientélisme, des compromissions et  des affaires de corruption. Ajoutons enfin qu’il existe des « clubs » ou des « cercles », des « O.N.G », des sociétés de bienfaisance ou des associations caritatives  qui, en dehors de l’organisation maçonnique à strictement parler, sont néanmoins aussi des lieux de regroupement d’intérêt ou d’exercice d’influence maçonnique.

* * *

II. Les origines de l’Eglise et celles de la franc-maçonnerie.

II a – Origine de l’Eglise.

« L’Eglise a son commencement et son achèvement dans le dessein éternel de Dieu. Elle a été préparée dans l’Ancienne Alliance par l’élection d’Israël, signe du rassemblement futur de toutes les nations. Fondée sur la parole et sur l’action de Jésus-Christ, elle s’est accomplie surtout par Sa mort rédemptrice et Sa résurrection. Elle s’est manifestée ensuite comme mystère de salut par l’effusion de l’Esprit Saint à la Pentecôte. Elle aura son achèvement à la fin des temps comme assemblée céleste de tous les rachetés » (abrégé du catéchisme de l’Eglise catholique, §149).

Le fidèle qui a véritablement foi aux paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, croit donc que l’Eglise a été fondée par Dieu Lui-même, puisque Jésus est la deuxième Personne de la Sainte Trinité qui s’est incarnée : il est impossible dans le cadre d’un court exposé de rapporter toutes les citations de l’Evangile attestant cette fondation de l’Eglise par le Christ.

Le pouvoir des clefs (Le Pérugin - chapelle Sixtine)

Chapelle Sixtine – Le Pérugin : Le Christ remettant les clefs à Saint Pierre.

L’Eglise est une hiérarchie ; elle a une structure monarchique ; elle est – selon la promesse de Notre-Seigneur – assistée par le Saint-Esprit, troisième Personne de la Sainte-Trinité. La raison d’être de l’Eglise, c’est de perpétuer la mission de salut et de sanctification de Notre-Seigneur Lui-même par la diffusion de l’Evangile et la mise en oeuvre des sacrements : « L’Eglise, c’est Jésus-Christ continué » (Bossuet).

Chacune des affirmations énoncée ci-dessus est théologiquement fondée et je vous renvoie tout simplement au catéchisme et aux traités de théologie si vous voulez les approfondir, car ce n’est pas le lieu ici.

II b – Origine de la franc-maçonnerie.

Les origines de la maçonnerie sont purement humaines : les historiens peuvent montrer qu’elle résulte de la transformation de la « maçonnerie opérative » (celle des bâtisseurs de cathédrales). Les structures des corporations de bâtisseurs demeurèrent : toutefois elles n’ont plus été le cadre de la transmission d’un savoir-faire technique, mais sont devenues celui de cercles de réflexion.

L’acte de naissance de la « maçonnerie spéculative » se place à Londres en 1717 : les pères en sont deux pasteurs, Anderson  (presbytérien) et Désaguliers (anglican), influencés par le physicien Isaac Newton, hérétique notoire, qui – du reste – pratiquait la magie et l’alchimie!

Les constitutions fondatrices, dites constitutions d’Anderson (1723), ne mentionnent Dieu qu’une seule fois, dans une tête de chapitre. Quel est ce « dieu »? On peut légitimement se poser la question puisque, dans ces textes fondateurs, il n’est jamais question de la Sainte Trinité, pas plus que du péché, du Salut, de la Rédemption et de la mission du Saint-Esprit…! On peut de toute évidence en conclure que le « dieu » des maçons n’est pas exactement Celui de la Révélation chrétienne. On relèvera par exemple ces citations « surprenantes » : a) celle d’un “grand commandeur” américain, Albert Pike, qui déclara en juillet 1889 : “Lucifer, le Dieu de la Lumière et le Dieu du Bien, lutte pour l’humanité contre Adonaï, le Dieu de l’obscurité et du mal” (*cf. note en bas de page); b) cette autre, d’Oswald Wirth, grand initié et initiateur, qui a écrit dans le “Livre du compagnon”: “…le Serpent, inspirateur de désobéissance, d’insubordination et de révolte,  fut maudit par les anciens théocrates, alors qu’il était en honneur parmi les initiés”

Scène d'initiation maçonnique au XVIIIème siècle

Gravure du XVIIIème siècle représentant une scène d’initiation maçonnique.

En France, la maçonnerie apparaît dès 1725 : l’un des premiers personnages célèbres à y adhérer est Montesquieu.

Le recrutement de la maçonnerie en France au XVIIIème siècle, se fait essentiellement dans une noblesse et dans une bourgeoisie qui se détachent des idéaux chrétiens traditionnels. Il s’effectue aussi dans certains milieux ecclésiastiques : il est d’ailleurs intéressant de noter que ces ecclésiastiques français qui adhèrent à la maçonnerie sont pour l’essentiel des gallicans, c’est-à-dire partisans de théories qui limitent considérablement l’autorité du Pape sur l’Eglise de France. Au XVIIIème siècle, les gallicans s’associèrent souvent aux jansénistes. Les jansénistes, s’ils sont bien issus de ce courant religieux fervent, professant des thèses théologiques condamnées au sujet de la grâce divine et du salut, sont surtout devenus au XVIIIème siècle une espèce de coterie politique contestataire.

Quoi qu’il en soit, la franc-maçonnerie apparaît comme une résurgence de la gnose. La gnose est une hérésie – ou plus exactement un ensemble de doctrines hérétiques – combattue dès le IIème siècle par Saint Irénée. Cette hérésie se retrouve sous diverses formes dans tous les ordres initiatiques. De manière très générale (parce que là encore cela demanderait de longs développements), on donne le nom de gnose à des théories  philosophico-religieuses plus ou moins complexes qui font consister le perfectionnement de l’homme dans des connaissances, transmises à une élite par des « illuminations » et des « initiations » graduelles.

Lire la suite de l’étude > ici.

* * *

(*) Note:

“Lucifer, le Dieu de la Lumière et le Dieu du Bien, lutte pour l’humanité contre Adonaï, le Dieu de l’obscurité et du mal”. Ce haut gradé maçonnique semble donc professer la croyance en deux divinités opposées : un dieu du bien et un dieu du mal (on retrouve donc ici une forme du manichéisme déjà présent dans certaines religions de l’antiquité et renouvelé par la suite dans le catharisme). Le nom qu’il donne à son « dieu du bien » est celui de Lucifer -  mot qui signifie « porte-lumière »-; dans la Révélation judéo-chrétienne Lucifer est le nom d’un ange (une créature donc et non pas un dieu) qui, par orgueil, se révolte contre les desseins miséricordieux du Seigneur, veut se faire l’égal du Créateur, et en se coupant de la grâce devient le chef des démons. En revanche le nom qu’il donne à son « dieu de l’obscurité et du mal »Adonaï – est le mot hébreu qui signifie « le Seigneur » et par lequel on désigne dans les Saintes Ecritures le Dieu unique, créateur et sauveur. Force est donc de constater que nous avons dans cette citation une espèce de « profession de foi » qui, par une singulière inversion des valeurs, est en opposition absolue avec la Foi de l’Eglise.

C’est ce qui explique qu’en 1996 par exemple, au moment de la visite apostolique du Pape Jean-Paul II à Reims, à l’occasion du 15ème centenaire du baptême de Clovis, nous avons vu des manifestations d’opposition à cette visite conduites par des francs-maçons portant des « bannières » où était figuré Satan terrassant Saint Michel.

Publié dans:Commentaires d'actualité & humeurs, Lectures & relectures, Vexilla Regis |on 17 novembre, 2010 |Commentaires fermés

2010-46. Les principes de la franc-maçonnerie sont incompatibles avec la doctrine de l’Eglise : les catholiques qui font partie de la maçonnerie sont en état de péché grave et ne peuvent s’approcher de la Sainte Communion.

Porte de l'église d'Evron (Mayenne) fracturée en application des lois maçonniques en 1906

Porte de l’église d’Evron (Mayenne) fracturée en 1906 en application des lois maçonniques sur les inventaires.

L’incompatibilité entre la franc-maçonnerie et l’Eglise catholique est une évidence pour toute personne de bon sens.

Mais le bon sens n’est pas la chose au monde la mieux partagée… Il me paraît donc utile et même nécessaire de rappeler une déclaration du cardinal Ratzinger, publiée lorsqu’il était préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Cette déclaration n’est pas un avis personnel, c’est un texte officiel dont la publication a été approuvée et ordonnée par le Souverain Pontife : il s’agit donc d’un acte normatif qui a valeur de loi et qui oblige tous les fidèles de l’Eglise catholique.

Cette publication de la fin novembre 1983 est intervenue comme une espèce de précision nécessaire à la suite de l’entrée en vigueur, au début de cette même année 1983, d’un nouveau Code de Droit Canonique (c’est-à-dire la loi propre de l’Eglise catholique), remplaçant le Code qui avait été promulgué en 1917.

En effet, le texte du Code de 1983 ne reprend pas le canon 2335 du Code de 1917 qui précisait que les catholiques affiliés à la Franc-Maçonnerie ou à d’autres associations du même genre intriguant contre l’Eglise ou les pouvoirs civils légitimes, encouraient ipso facto l’excommunication réservée au siège apostolique. Mais ce Code de 1983 stipule simplement dans le canon 1374 : « Qui s’inscrit à une association qui conspire contre l’Église sera puni d’une juste peine ; mais celui qui y joue un rôle actif ou qui la dirige sera puni d’interdit ». Certains donc, en ne voyant plus la mention explicite de la maçonnerie dans le Code de 1983 avaient conclu que la condamnation était abrogée.

Avec l’autorité du Souverain Pontife et par son ordre, le cardinal Ratzinger dut donc rappeler que « le jugement négatif de l’Eglise sur la franc-maçonnerie demeure inchangé » : sans faire de rappel historique développé, cela signifie toutefois que toutes les condamnations de la franc-maçonnerie fulminées par les Papes depuis 1738 sont toujours en vigueur et qu’aucune des mises en garde contre la maçonnerie et interdictions de s’y affilier n’est abrogée (voir la note en bas de page).

Malgré cela, nous savons de manière certaine qu’aujourd’hui des catholiques – et même des ecclésiastiques – se croient autorisés à passer outre et sont membres de loges ou de « groupes de réflexion et d’études » liés à des loges : je ne peux ni ne veux pas tout détailler ici, mais j’ai des témoignages certains et directs de personnes exerçant des responsabilités dans l’Eglise qui ne m’ont pas fait secret de leur appartenance à la maçonnerie et, lorsque je leur ai dit que c’était en contradiction avec la discipline ecclésiastique, qui m’ont répondu qu’elles avaient fait connaître leur affiliation à leur évêque (dans un cas précis il s’agit même d’un cardinal archevêque!) qui n’y avait fait aucune objection. Ces « catholiques francs-maçons » (!!!) prétendent que toutes les obédiences maçonniques ne sont pas hostiles à l’Eglise et que donc les condamnations romaines ne valent pas pour elles. Sophisme! Avant même les agissements, ce sont les principes mêmes de la maçonnerie qui sont incompatibles avec le catholicisme.

L’Eglise interdit à ses fidèles l’appartenance à toutes et à chacune des obédiences de la maçonnerie parce qu’au-delà de toutes les différences de rite ou de filiation, au-delà des distinctions de spiritualité, de conception de l’ordre du monde ou de la société, il y a des principes généraux communs absolument inconciliables avec la doctrine catholique ; ce pourquoi l’excommunication frappe toujours les catholiques affiliés à la franc-maçonnerie : ils « sont en état de péché grave et ne peuvent s’approcher de la Sainte Communion ».

Malheureusement, il y a toujours – même parmi le clergé, même parmi les évêques – des naïfs (?), des « idiots utiles », des ignorants volontaires ou des orgueilleux qui – s’arrêtant aux aspects de la « recherche intellectuelle », de la « quête spirituelle symbolique » ou des beaux principes « humanistes et humanitaires » – ne voudront pas tenir compte des mises en garde du Magistère Romain et placeront leurs propres jugements au-dessus de celui du Vicaire de Jésus-Christ.

Lully.

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Déclaration du cardinal Ratzinger au sujet de la franc-maçonnerie publiée le 26 novembre 1983.

« Certains se sont demandés si la pensée de l’Eglise sur la franc-maçonnerie avait changée parce qu’il n’en est pas fait mention expresse dans le nouveau Code de Droit Canon comme c’était le cas dans l’ancien Code. 

La Sacrée Congrégation est en mesure de répondre que cet état de fait est dû à un critère utilisé pour la rédaction et qui a été observé également pour d’autres associations, passées de la même façon sous silence, dans la mesure où elles étaient comprises dans des catégories plus larges. 

Le jugement négatif de l’Eglise sur la franc-maçonnerie demeure donc inchangé parce que ses principes ont toujours été considérés comme incompatibles avec la doctrine de l’Eglise ; c’est pourquoi il reste interdit par l’Eglise de s’y inscrire. Les catholiques qui font partie de la franc-maçonnerie sont en état de péché grave et ne peuvent s’approcher de la Sainte Communion. 

Les autorités ecclésiastiques locales n’ont pas la faculté d’émettre sur la nature des associations de la franc-maçonnerie un jugement qui entraînerait une dérogation à ce qui est mentionné ci-dessus, conformément à l’esprit de la Déclaration du 17 février 1981 de cette même Sacrée Congrégation. 

Le Souverain Pontife Jean-Paul II, au cours de l’audience accordée au sous-signé le Cardinal Préfet, a approuvé la présente déclaration adoptée au cours de la réunion ordinaire de cette Sacrée Congrégation et en a ordonné la publication.

Donné à Rome, au Siège de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 26 novembre 1983.« 

Joseph Cardinal Ratzinger, Préfet 
Fr. Jérôme Hamer, o.p., Archevêque titulaire de Lorium, Secrétaire.

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Note : La première condamnation solennelle de la franc-maçonnerie par un pape fut le fait de Clément XII par la constitution « In Eminenti » du 24 avril 1738. Elle fut réitérée par Benoît XIV le 18 mai 1751 dans la constitution « Providas » et régulièrement rappelée par les Pontifes tout au long des XVIIIème et XIXème siècles jusqu’à la publication du Code de Droit Canonique de 1917 qui a eut force de loi jusqu’en 1983. On trouvera les références détaillées et l’accès à tous ces textes depuis le XVIIIème siècle jusqu’à nos jours ici > www.

2010-45. Louis-Marie de Salgues, marquis de Lescure : le « Saint du Poitou ».

Louis-Marie de Salgues, marquis de Lescure, naquit le 13 octobre 1766, à Versailles.
Il entra à l’école militaire à l’âge de 13 ans, et en ressortit 3 ans plus tard.
 
Sans doute traumatisé par l’attitude d’un père, malheureusement enclin au jeu et au libertinage (et laissera d’énormes dettes à son héritier !), Louis-Marie adopta une attitude toute contraire : profondément pieux, d’une grande rigueur morale, il se montrera toujours d’une austérité de vie quasi monastique.

Le 27 octobre 1791, il épouse une de ses cousines Marie-Louise-Victoire de Donissan (laquelle deviendra plus tard la marquise de La Rochejaquelein, puisqu’elle épousera en secondes noces, Louis de La Rochejaquelein, frère de Monsieur Henri), dont les mémoires sont restés célèbres.

Après son mariage, Louis-Marie de Lescure, son épouse et son cousin, Gaspard de Bernard de Marigny, avaient d’abord caressé l’intention de rejoindre les Princes en exil, mais voyant les dangers qui pesaient sur le Roi et les siens, ils décidèrent de rester pour protéger Leurs Majestés autant qu’il serait en leur pouvoir.

Le 10 août 1792, la lie du peuple attaque les Tuileries.
Lescure est à son hôtel, mais aussitôt qu’il l’apprend, accompagné de Bernard de Marigny, il tente de porter secours au Roi et de pénétrer dans le château. En vain : toutes les portes sont tenues par des piquets de la Garde Nationale et ils sont contraints de rebrousser chemin.

Le lendemain, alors que la famille royale est prisonnière, qu’un climat de terreur s’installe dans la capitale et que les derniers fidèles défenseurs de la monarchie sont impitoyablement traqués, Lescure et les siens décident de rentrer à Bressuire.
Grâce à son ancien gouverneur et ami, Thomassin, ils obtiennent de faux passeports avec lesquels ils parviennent, non sans difficultés, à franchir les très nombreux contrôles…

Prise des Tuileries le 10 août 1792

L’attaque des Tuileries, le 10 août 1792.

Dans son château de Clisson (rien à voir avec la ville de Clisson en Vendée : ce château se trouve à Boismé, dans l’actuel département des Deux-Sèvres), Lescure accueille ses cousins Gaspard de Bernard de Marigny et Henri de La Rochejaquelein (qui était présent lui aussi aux Tuileries le 10 août) qui ne sont plus en sécurité chez eux. 

En avril 1793 (le soulèvement vendéen en est à ses premières semaines), suspecté de sympathies royalistes, Lescure est arrêté et incarcéré chez l’officier municipal de Bressuire avec sa femme, son beau-père (le marquis de Donissan), et Bernard de Marigny.
Henri de La Rochejaquelein, reparti un peu plus tôt, a échappé à l’arrestation. Ce même La Rochejaquelein, avec l’armée du Poitou, dont il a pris la tête, et l’armée d’Anjou qu’il a rejointe, vient délivrer les prisonniers. : à l’approche des insurgés, les républicains ont pris la fuite, en oubliant leurs captifs.

Aussitôt libre, Lescure rejoint la grande armée.
A la tête des hommes de Bressuire, il est de toutes les batailles, toujours aux avant-postes : le 5 mai à Thouars, le 25 à Fontenay le Comte… etc.
A Fontenay, sa répartie est restée célèbre : après que l’assaut a commencé, ses hommes s’arrêtent pour prier au pied d’un calvaire ; on le presse de les faire avancer mais Lescure répond : « Laissez-les prier, il se battront mieux ensuite ! »

Louis-Marie de Salgues, marquis de Lescure

Louis-Marie de Lescure, le « Saint du Poitou ».

Blessé le 9 juin 1793, pendant la bataille de Saumur, il participe néanmoins  le lendemain à l’élection du premier généralissime de l’Armée catholique et royale : Jacques Cathelineau. 

Le 29, juin, pendant que les Vendéens attaquent Nantes, Lescure reste en repli dans les Deux-Sèvres pour stopper l’avancée de Westermann.
Mais pendant que Cathelineau – le « Saint d’Anjou » – est mortellement blessé à Nantes, il peine face à Westermann : obligé de reculer d’abord à Parthenay, il lâche le Bois-aux-Chèvres puis Châtillon (aujourd’hui Mauléon) .

Le 5 juillet, les Vendéens qui ont échoué à Nantes se replient sur leurs terres.
Sur le chemin du retour, ils attaquent Westermann par surprise. Aux ordres de Bonchamps, derrière Lescure et Marigny, les Vendéens se battent trois jours durant contre les républicains. Au prix de combats acharnés, les insurgés reprennent Châtillon (Mauléon) mettant en déroute quelques 12 000 républicains.
Marigny, dont la pitié n’était pas la principale vertu, poursuit les fuyards et sabre ceux qui sont à sa portée. Lescure, qui est un homme juste et qui n’a jamais fait couler le sang par plaisir, s’interpose. Avec beaucoup de difficultés, il arrêtera son cousin. Ce jour là Lescure a, plus que jamais, mérité le surnom de « Saint du Poitou » que lui ont donné les paysans en armes…

Scapulaire Sacré-Coeur

Le 30 juillet, les Vendéens lancent une offensive sur Luçon.
Les généraux Vendéens ne sont pas d’accord sur la stratégie à adopter. Lescure s’acharne à imposer un plan auquel pourtant personne ne croit. Force sera de constater que ce plan n’était pas bon : les Vendéens ne peuvent tenir leurs positions, et face au républicain Thunk, finissent par reculer.
Lescure, qui n’est pas un grand tacticien, portera la responsabilité de cette défaite ; elle va ternir son image, jusqu’alors sans tache.

Le 19 septembre, Lescure et les Vendéens, sous le commandement de Bonchamps, remportent une belle victoire à Torfou.
Deux jours plus tard, d’Elbée (élu généralissime pour succéder à Cathelineau), en accord avec Bonchamps, décide d’attaquer Clisson. Pour cela, il requiert la présence de Charette et de Lescure. Les deux généraux doivent rejoindre Bonchamps pour prendre à revers les Mayençais à Clisson.
Mais Lescure et Charette préfèrent attaquer Saint-Fulgent et régler leur compte aux républicains qui cantonnent dans la région. Le temps de faire mordre la poussière aux bleus, les deux généraux en oublient de prêter main forte à Bonchamps et diffèrent d’obéir aux ordre de leur chef. Du coup, Bonchamps et ses hommes subissent une cuisante défaite, tandis qu’avec Charette, le 22 septembre, Lescure enlève la ville de Saint-Fulgent.

Le 15 octobre, pendant qu’il attaque la Tremblaye (près de Cholet), Lescure est blessé à la tête par une balle : la balle d’un Vendéen, semble-t-il !
Après la défaite de Cholet, le 17 octobre, et bien que mourant, il suit les Vendéens outre Loire. Il ne peut plus marcher, et c’est traîné dans une berline qu’il accompagne les Vendéens à travers la terrible « virée de Galerne ».
Le 19 octobre, le conseil de guerre se réunit à Varades pour élire le nouveau généralissime, en remplacement de d’Elbée, grièvement blessé pendant la bataille de Cholet, Lescure propose Henri de la Rochejaquelein. Sa proposition est adoptée.

Scène de la virée de Galerne

Scène de la « Virée de Galerne ».

Louis-Marie de Lescure meurt des suites de ses blessures, le 4 novembre 1793, sur la route entre Ernée et Fougères, au lieu-dit « les Besnardières » : il n’était âgé que de 27 ans.
Le service funèbre est célébré le lendemain dans la ville de Fougères.
Son corps est enterré près d’Avranches, en pleine nuit, pour éviter que les républicains ne le retrouvent, ne l’exhument et ne se livrent à d’ignobles profanations sur sa dépouille. Le lieu de sa sépulture a été si bien tenu secret que sa tombe n’a jamais été retrouvée.

Scapulaire Sacré-Coeur

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 4 novembre, 2010 |3 Commentaires »

2010-44. De l’épopée des Zouaves Pontificaux, depuis 1861 jusqu’à la spoliation de Rome.

I. Les Zouaves Pontificaux  de 1861 à 1867.

Constitués en bataillon en 1861 après le désastre militaire de Castelfidardo (comme nous l’avons vu ici > www), les tirailleurs franco-belges, devenus les Zouaves Pontificaux, brûlaient du désir de se battre pour la cause du Souverain Pontife ; toutefois leur ardeur fut pendant longtemps soumise à l’épreuve de la patience. En effet de 1861 à 1867, les combats furent rares et limités à des escarmouches avec de petits groupes ennemis qui, aussitôt repérés, s’empressaient de repasser la frontière.

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Pour occuper les Zouaves Pontificaux privés de combats, le gouvernement pontifical leur confia la charge de réprimer le brigandage qui sévissait depuis des décennies dans les États de l’Eglise. Ces « brigands romains » (comme ils sont appelés dans les textes de l’époque) n’étaient pas des partisans acquis à une cause politique mais de simples bandits de droit commun, précurseurs de la Maffia : ils utilisaient les mêmes procédés d’enlèvements de personnes ou de biens afin d’extorquer des rançons aux familles de leurs victimes. Ces brigands sévissaient principalement dans les Abruzzes, région montagneuse où il leur était facile de trouver des refuges et de dérouter leurs poursuivants.

Déçus d’être considérés comme de simples gendarmes, quelques Zouaves Pontificaux rentrèrent chez eux à la fin de leur premier contrat d’engagement : c’est ce qui explique ces baisses ou stagnations d’effectifs que nous avons signalées dans notre précédent exposé (cf.> www). Toutefois il faut remarquer que la majorité d’entre eux accepta de bon cœur cette mission policière, et prit parfois goût à la vie aventureuse dans les montagnes  : cela les changeait de la monotonie de la vie de caserne.

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Les combats étaient peu fréquents et peu meurtriers pour les Zouaves car les brigands, quoique bien armés, évitaient l’affrontement et cherchaient toujours à passer la frontière au-delà de laquelle les troupes pontificales ne pouvaient les poursuivre. Les autorités piémontaises, elles, laissaient les brigands en paix – quand elle ne les encourageait pas tacitement – parce qu’elles les considéraient comme des auxiliaires utiles pour l’affaiblissement de l’Etat Pontifical! 

Lorsqu’ils n’étaient pas en campagne, les Zouaves Pontificaux résidaient le plus souvent en garnison dans de petites localités comme Tivoli et Monterotondo (à l’est de Rome), Anagni ou Velletri (au sud), Viterbe, Bagnorea ou Montefiascone (au nord). Leur vie quotidienne était marquée par une pratique religieuse assidue, sous la direction vigilante des aumôniers. Les nombreux néerlandophones avaient évidemment les leurs. Les aumôniers des Zouaves français furent en particulier Monseigneur Jules Daniel et l’Abbé Peigné, tous deux originaires de Nantes.

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En septembre 1864, Napoléon III et Victor Emmanuel II avaient signé un accord au sujet des États Pontificaux : le Royaume d’Italie s’engageait à ne pas porter atteinte à l’intégrité territoriale du Patrimoine de Saint Pierre et de la défendre, si besoin par la force, contre toute attaque extérieure (mais non intérieure) et, de son côté, l’Empire Français retirerait progressivement ses troupes dans un délai de deux ans à mesure que l’armée pontificale serait capable de prendre la relève.

Les derniers soldats français du corps expéditionnaire quittèrent Rome en décembre 1866. La défense de l’État Pontifical reposait dorénavant  uniquement sur sa petite armée – principalement sur les Zouaves Pontificaux – et la « Légion d’Antibes » (dont nous avons aussi évoqué la création dans notre précédent article).

II. Mentana.

En septembre 1867, Garibaldi, résolu « à casser la baraque pontificale » (sic), reprit l’offensive sur la frontière nord près du lac de Bolsena, sans que les forces piémontaises ne s’interposent. Avec ses « chemises rouges », il investit les villes d’Aquapendante, Bagnorea et Monterotondo. Dans la même période, à Rome même, le 22 octobre 1867, un attentat dans la caserne Serristori fit plus de vingt morts parmi les Zouaves. La plupart des victimes étaient italiennes.

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Le dégagement des victimes après l’attentat de la caserne Serristori.

Inquiète de la tournure que prenaient les événements, l’opinion publique catholique française fit pression sur le gouvernement impérial. Napoléon III, qui avait besoin du soutien politique des catholiques, se vit contraint, malgré les engagements pris avec Victor Emmanuel II, d’envoyer un nouveau corps expéditionnaire dans les États Pontificaux.

Commandées par le Général de Failly, les troupes françaises débarquèrent à Civitavecchia le 29 octobre 1867. Déjà Garibaldi et ses « chemises rouges » avaient atteint le Monte-Sacro, à quelques kilomètres seulement de la Ville Sainte, dont il avait résolu de faire le siège. Le courage des troupes pontificales, l’arrivée du corps expéditionnaire français ainsi que les nombreuses désertions parmi les « chemises rouges » l’en dissuadèrent et il se replia alors sur Monterotondo.

Le Général Hermann Kanzler, qui avait succédé à Monseigneur de Mérode comme ministre des armées du Saint-Siège, tenta d’obtenir du Général de Failly que la totalité des troupes françaises se joignent aux siennes pour poursuivre Garibaldi. Il obtint seulement l’appui direct d’une brigade de 2.000 hommes commandés par le Général de Polhes. Les forces pontificales quant à elles se montaient à 5.000 hommes, parmi lesquels 2.000 soldats français et 1.500 Zouaves Pontificaux.

Le 2 novembre 1867 les Pontificaux arrivèrent devant Mentana, petite ville au Nord de Rome, dans laquelle les garibaldiens s’étaient retranchés.

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Zouaves Pontificaux devant le château de Mentana.

La bataille fut engagée le 3 novembre au matin et elle fut acharnée. Malgré le pilonnage intensif de l’artillerie pontificale et les charges furieuses des Zouaves, les « chemises rouges » résistèrent longtemps. L’armée du Saint-Siège se battit héroïquement.

Les soldats français du Général de Polhes (qui restèrent assez en arrière) étaient équipés avec de nouveaux fusils Chassepot qui se chargeaient par la culasse et dont la portée de tir était nettement supérieure à celles des autres armes utilisées sur le champ de bataille. C’est ce qui permit au Général de Failly, le lendemain, de télégraphier au ministre des affaires étrangères impérial la fameuse dépêche : « Les chassepots ont fait merveille… ».

Les Zouaves Pontificaux eurent à déplorer 39 morts et de nombreux blessés. Du côté des garibaldiens il y eut 150 morts, 240 blessés et 1.600 prisonniers. Garibaldi s’était enfui avant l’assaut final ; il fut arrêté deux jours plus tard sur le territoire italien, par ordre du roi Victor Emmanuel II, et fut enfermé dans la forteresse de Varignano puis exilé sous étroite surveillance dans l’île de Caprera.

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Médaille de Mentana.

III. De Mentana à la prise de Rome.

La victoire de Mentana procurera un sursis de trois ans à l’État Pontifical. Les années 1868 et 1869 furent calmes : les Zouaves Pontificaux furent de nouveau affectés à la garde des frontières et à la poursuite des « brigands romains ». L’opinion publique catholique savait cependant que ce calme était précaire, car Victor Emmanuel II n’avait pas renoncé, malgré ses promesses, à réaliser l’unité de l’Italie à son profit et à faire de Rome la capitale du nouveau royaume.

En France, à l’appel de Monseigneur Pie, évêque de Poitiers et futur cardinal, des comités de soutien à la cause pontificale, appelés « comités de Saint Pierre », se créèrent dans plusieurs villes : leur but était de recueillir des fonds afin d’aider  à l’équipement des troupes pontificales. Une souscription ouverte en Bretagne et en Vendée permit de faire fabriquer par l’arsenal de Liège (en effet, les arsenaux français avaient refusé de s’en charger!) six canons rayés du dernier modèle. Les souscriptions lancées dans d’autres diocèses permirent également d’acheter 230 mousquetons Remington, soixante mulets pour l’artillerie de montagne, deux canons de montagne, 4.000 fusées pour obus, soixante caisses de munitions. Les diocèses de Paris et de Normandie prirent à leur compte l’achat et le transport de 90 chevaux. Un demi million de francs récolté en France fut consacré aux travaux de renforcement des fortifications de Rome.

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Monseigneur Louis-Edouard Pie, évêque de Poitiers, futur cardinal,
ardent zélateur du soutien aux Zouaves Pontificaux.

En juillet 1870, la France déclara la guerre à la Prusse. Cet événement allait poser un cas de conscience pour les Zouaves Pontificaux français. Devaient-ils quitter l’Italie pour aller combattre en France? Beaucoup de ceux qui étaient astreints aux obligations militaires comme réservistes rentrèrent, d’autres, s’estimant liés par leur engagement au service du Pape restèrent. Mais la guerre franco-prussienne allait aussi changer les rapports de force. Napoléon III rappela le corps expéditionnaire du Général de Failly, affaiblissant ainsi la défense militaire du Souverain Pontife. Le 2 septembre 1870, après la défaite française de Sedan, Victor Emmanuel II, n’ayant plus à craindre une intervention française, décida du dernier assaut.

IV. 20 septembre 1870 : la prise de Rome.

Victor Emmanuel II commença par envoyer à Pie IX un plénipotentiaire qui lui proposa d’accepter que les troupes italiennes entrent dans Rome : le prétexte était qu’elles pourraient y maintenir l’ordre qui risquait d’être troublé par des bandes révolutionnaires. Le Souverain Pontife rejeta bien évidemment cette proposition hypocrite.

Le 12 septembre 1870, cinq divisions italiennes, déjà massées en Toscane et en Ombrie, franchirent la frontière et marchèrent sur Rome. L’armée pontificale se replia sur la capitale, mais pas sans une défense courageuse : ainsi, à Civita-Castellana, 200 Zouaves enfermés dans le château résistèrent pendant cinq heures à 15.000 italiens!

Le Général Kanzler mit la Ville Sainte en état de défense : 22 kilomètres de remparts pas toujours en très bon état.

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Le Général Hermann Kanzler.

Le 17 septembre 1870, l’Armée italienne commença le siège. Le 19 septembre (anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de la Salette, qui avait prophétisé ces malheurs), Pie IX fit sa dernière sortie dans Rome : il se rendit à la Scala Santa qu’il gravit à genoux en pleurant. Le peuple romain l’acclama, pria avec lui, pleura avec lui…

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Pie IX bénissant les troupes pontificales.

Le 20 septembre, dès 5 heures du matin, l’artillerie piémontaise commença un tir intensif sur tout le pourtour des remparts. Toutefois les bersaglieri concentrèrent leurs attaques du côté de la Porta Pia, qui était défendue par le Capitaine du Réau de La Gaignonière. Les Piémontais n’attaquèrent pas la Porta Pia elle-même, mais  à quelques dizaines de mètres de là, parce qu’ils avaient été informés que la muraille était particulièrement fragile à cet endroit. C’était en effet le fond des jardins de la Villa Bonaparte, où résidait Napoléon-Charles Bonaparte, troisième Prince de Canino et Musignano (petit-fils de Lucien Bonaparte). Ce Bonaparte, quoique bénéficiant de l’hospitalité du Saint-Siège, s’était opposé au renforcement de la vieille muraille du fond de sa propriété et l’avait lui-même fait savoir aux Piémontais : la fameuse « brèche de la Porta Pia » est donc due en grande partie à l’ingratitude et à la trahison!

C’est donc vers 9 heures du matin que la muraille céda à la mitraille italienne au fond des jardins de la Villa Bonaparte. Les soldats italiens s’engouffrèrent dans la brèche tandis que les Zouaves Pontificaux tentaient vainement de les arrêter, d’abord par un feu de salve puis par une attaque à la baïonnette. Mais à 10 heures, l’ordre du cessez le feu arriva.

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La Porta Pia et, sur la droite du cliché, la brèche pratiquée dans la muraille au fond des jardins de la Villa Bonaparte dont on aperçoit le toit.

Le Pape Pie IX avait voulu une défense de protestation contre l’agression des troupes de Victor Emmanuel II, pour bien montrer qu’il ne cédait qu’à la force ; il se refusait  toutefois à voir se prolonger les combats et à laisser répandre le sang de ses courageux défenseurs. A partir de ce jour, le Bienheureux Pie IX considéra qu’il était l’otage du nouveau royaume d’Italie. Il faudra presque soixante ans pour que soit réglée la « Question Romaine » par la création de l’Etat de la Cité du Vatican (11 février 1929).

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Tiare du Bienheureux Pie IX.

V. Après la fin des combats.

La convention de capitulation fut signée à midi à la Villa Albani, par le Général Kanzler pour l’armée pontificale et par le Chef d’état major Rivalta et le Lieutenant-Général Cadorna pour l’Armée italienne. Elle stipulait que les troupes étrangères se retireraient avec les honneurs de la guerre et devaient être regroupées dans la Cité Léonine (c’est à dire dans l’enceinte du Vatican et du Château Saint Ange).

Les Zouaves Pontificaux, qui déploraient la perte d’une dizaine des leurs, vécurent alors une de leur plus dure épreuve. En effet, au mépris de la convention de capitulation, une partie du bataillon fut emmenée et les hommes traités comme prisonniers de guerre passèrent la nuit dans des camps improvisés. Les autres purent, non sans difficultés, sous les huées et les insultes, se regrouper au Vatican.

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Troupes pontificales massées sur la Place Saint-Pierre en 1870.

Le 21 septembre au matin, tout ce qui restait des troupes pontificales était réuni sur la place Saint-Pierre. A une fenêtre du Palais Apostolique, le Pape Pie IX les bénit en pleurant. Tout était fini.

A ce jour, sur la place Saint-Pierre, les Zouaves Pontificaux comptaient 1.172 Néerlandais (dont 7 officiers), 760 Français (dont 78 officiers), 563 Belges (dont 21 officiers), 297 Canadiens, Britanniques et Irlandais (dont 4 officiers), 242 Italiens (dont 9 officiers), 86 Prussiens (dont 2 officiers), 37 Espagnols (dont 1 officier), 19 Suisses (dont 5 officiers), 15 Autrichiens (tous hommes de troupe), 13 Bavarois (dont 1 officier), 7 Russes et Polonais (dont 1 officier), 5 Badois, 5 ressortissants des États-Unis d’Amérique, 4 Portugais, 3 Hessois, 3 Saxons, 3 Wurtembergeois, 2 Brésiliens, 2 Equatoriens, 1 Péruvien (officier), 1 Grec, 1 Monégasque, 1 Chilien, 1 Ottoman et 1 Chinois. Ces chiffres comprennent les 4 aumôniers, le chirurgien-major et ses 4 aides-majors.

VI. Les Zouaves renvoyés chez eux.

Les officiers français des Zouaves Pontificaux furent dirigés le jour même sur le port de Civitavecchia où ils embarquèrent, avec les autres officiers européens, anglo-saxons et sud américains, sur la frégate « l’Orénoque », de la marine de guerre française, qui y stationnait. Les hommes de troupe français montèrent à bord d’un paquebot des Messageries Maritimes « l’Ilyssus » qui avait été détourné pour l’occasion. Débarqués à Toulon le 27 septembre 1870, ils y  eurent la désagréable surprise de croiser leurs ennemis d’hier, un groupe de « chemises rouges » venues s’engager comme volontaires dans la Légion Garibaldienne pour défendre la France républicaine! …

Les Zouaves Pontificaux Néerlandais et Belges, y compris leurs officiers, furent rapatriés par voie ferroviaire, à travers  la Suisse et l’Allemagne.

La spoliation des Etats de l’Eglise et la fin de la souveraineté temporelle du Bienheureux Pie IX mettait un terme à l’aventure italienne des Zouaves Pontificaux, mais pas à leur histoire : très rapidement les Zouaves Pontificaux français allaient écrire de leur sang une nouvelle et glorieuse page de l’histoire de l’héroïsme catholique, dont nous ferons plus tard le récit.

(à suivre)

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Publié dans:Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |on 3 novembre, 2010 |9 Commentaires »

Acte de consécration du genre humain au Sacré-Coeur du Christ Roi.

La prière de consécration du genre humain au Sacré-Coeur a d’abord été promulguée par le Pape Léon XIII en complément de l’encyclique « Annum Sacrum » du 25 mai 1899 dans laquelle il prescrivait que cette consécration devait être faite dans toutes les églises de l’univers catholique à l’occasion d’un triduum solennel célébré à l’occasion de la fête du Sacré-Coeur de Jésus, les 9, 10 et 11 juin suivants. Par la suite , Saint Pie X décréta que cette consécration devait être renouvelée chaque année, devant le Saint Sacrement exposé, à l’occasion de la fête du Sacré-Coeur.

Le 11 décembre 1925, par l’encyclique « Quas Primas », le Pape Pie XI institue la fête du Christ Roi et il prescrit que dorénavant c’est à ce jour – dernier dimanche d’octobre – que sera lu dans toutes les églises cet acte de consécration qui reçoit une nouvelle formulation (celle que nous publions ci-dessous) : « En vertu de notre autorité apostolique, nous instituons la fête du Christ-Roi. Et nous ordonnons qu’elle soit célébrée le dernier dimanche d’octobre, dimanche qui précède immédiatement la fête de tous les saints. Nous ordonnons également que soit renouvelée chaque année et ce même jour de la fête du Christ-Roi la consécration du genre humain au Sacré-Cœur, dont notre prédécesseur de sainte mémoire Pie X avait déjà ordonné le renouvellement annuel… »  Et ce même Pie XI (encyclique « Miserentissimus Redemptor » du 8 mai 1928) accentua le caractère de réparation de la fête du Sacré Coeur en prescrivant ce jour-là en remplacement de l’acte de consécration une « amende honorable » solennelle.

Au moment des réformes promulguées sous les pontificats de Jean XXIII et de Paul VI, la fête du Christ Roi fut déplacée au dernier dimanche de l’année liturgique (voir ce que nous avons écrit sur ce déplacement qui marque aussi un déplacement du sens de la fête > ici) et l’acte de consécration du genre humain au Sacré-Coeur est demeuré attaché à cette fête, mais amputé de la partie que nous signalons ci-dessous entre [...].

A la récitation publique de cette prière devant le Très Saint Sacrement exposé, le jour de la fête du Christ-Roi, la Sainte Eglise attache le don d’une indulgence plénière, aux conditions habituelles.

Christ Roi

Très doux Jésus, Rédempteur du genre humain, jetez un regard sur nous qui sommes humblement prosternés devant votre autel. Nous sommes à vous, nous voulons être à vous, et afin de vous être plus fermement unis, voici que chacun d’entre nous se consacre spontanément à votre Sacré Cœur.

Beaucoup ne vous ont jamais connu, beaucoup ont méprisé vos commandements et vous ont renié. Miséricordieux Jésus, ayez pitié des uns et des autres et ramenez-les tous à votre Sacré Cœur.

Seigneur, soyez le roi, non seulement des fidèles qui ne se sont jamais éloignés de vous, mais aussi des enfants prodigues qui vous ont abandonné ; faites qu’ils rentrent bientôt dans la maison paternelle pour qu’ils ne périssent pas de misère et de faim.

Soyez le roi de ceux qui vivent dans l’erreur ou que la discorde a séparés de vous ; ramenez-les au port de la vérité et à l’unité de la foi, afin que bientôt il n’y ait plus qu’un seul troupeau et qu’un seul pasteur.

[Soyez le roi de tous ceux qui sont encore égarés dans les ténèbres de l’idolâtrie ou de l’islamisme, et ne refusez pas de les attirer tous à la lumière de votre royaume.

Regardez enfin avec miséricorde les enfants de ce peuple qui fut jadis votre préféré ; que sur eux aussi descende, mais aujourd’hui en baptême de vie et de Rédemption, le sang qu’autrefois ils appelaient sur leurs têtes.]

Accordez, Seigneur, à votre Eglise une liberté sûre et sans entraves ; accordez à tous les peuples l’ordre et la paix. Faites que d’un pôle du monde à l’autre une seule voix retentisse : « Loué soit le divin Cœur qui nous a acquis le salut! A lui, honneur et gloire dans tous les siècles des siècles! »

Ainsi soit-il. 

2010-39. Du 150ème anniversaire de la bataille de Castelfidardo et de la création du bataillon des Zouaves Pontificaux.

Samedi 18 septembre 2010.

Vous vous souvenez peut-être qu’au mois d’avril dernier Frère Maximilien-Marie a été en pèlerinage à Rome et dans les Marches avec l’association des descendants des Zouaves Pontificaux à l’occasion du 150ème anniversaire de la bataille de Castelfidardo (vous pouvez en retrouver le compte-rendu ici > www). Ce pèlerinage a en effet permis à tous les participants  de revenir sur les lieux où se sont illustrés ceux qui avaient généreusement mis leurs personnes au service de la défense des Etats de l’Eglise et qui se sont vaillamment battus pour défendre l’indépendance du Saint Siège.

C’est aujourd’hui, 18 septembre, l’anniversaire exact de cette fameuse bataille de Castelfidardo. Aussi vais-je en profiter pour résumer ici cette grande page d’histoire et pour vous rappeler ce que furent les Zouaves Pontificaux.

Lully.               

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I . Les Etats de l’Eglise.

Les Etats de l’Eglise, appelés aussi Patrimoine de Saint-Pierre ou Etats Pontificaux, ont été créés en 756 par une donation de Pépin le Bref au Pape Etienne II, afin d’assurer l’indépendance spirituelle du Pontife Romain qui, étant désormais lui-même souverain indépendant, ne se trouverait plus soumis à la tutelle d’un souverain laïc.

Les États Pontificaux ont été, jusqu’en 1870, l’un des plus anciens états souverains d’Europe. Ils ont connus diverses vicissitudes au cours des siècles, jusqu’à être supprimés pendant quelques années en raison des invasions françaises au moment de la révolution et du remodelage de l’Europe par Napoléon. Rétablis par le Congrès de Vienne, ils occupaient en 1860 une grande partie de l’Italie centrale, soit à peu près le territoire des actuelles provinces du Latium, de l’Ombrie, des Marches et de la Romagne. La ville de Rome en était la capitale. Les Etats de l’Eglise avaient deux grandes entrées maritimes : Civita Vecchia sur la Méditerranée et Ancône sur l’Adriatique.

Les Etats de l'Eglise en 1860

L’Italie en 1860 : en bleu les Etats de l’Eglise.

II . La révolution romaine de 1848 et les évènements jusqu’en 1860.

Elu Pape en 1846, le Bienheureux Pie IX (1792-1878) eut à faire face en 1848 à une révolution libérale et républicaine dirigée par Giuseppe Mazzini (1805-1872), fondateur du mouvement révolutionnaire « Jeune Italie » et par Giuseppe Garibaldi (1807-1882). Le Souverain Pontife avait alors dû s’enfuir de Rome, où la République avait été proclamée. Il s’était réfugié à Gaëte, dans le Royaume de Naples. Quelques mois plus tard, il avait été rétabli dans ses droits et dans sa souveraineté grâce à une intervention militaire franco-autrichienne : le corps expéditionnaire français, sous les ordres du Général Oudinot, avait débarqué à Civita Vecchia et les troupes autrichiennes avaient occupé la Romagne.

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Le Bienheureux Pie IX à son avènement (1846).

Le Pape Pie IX avait été rétabli sur son trône,  mais les États de l’Eglise restaient néanmoins menacés.

En effet, au Nord, Victor-Emmanuel II, roi du Piémont, voulait faire l’unité de l’Italie sous le sceptre de la Maison de Savoie et se servait de Garibaldi, qui voulait lui aussi réaliser l’unité italienne mais sous une version républicaine.

Victor-Emmanuel II voulait dans un premier temps conquérir la Lombardie, qui était sous domination autrichienne, puis annexer les Duchés de Toscane, de Parme et de Modène. Il avait pour cela besoin de l’appui de Napoléon III contre l’Autriche, et il avait promis en échange au chef d’état français la cession de la Savoie et du Comté de Nice. En mai et juin 1859, les armées piémontaises et françaises remportèrent sur les Autrichiens, les batailles de Magenta et de Solférino qui permirent à Victor Emmanuel II d’annexer au royaume de Piémont non seulement la Lombardie, les Duchés de Toscane, de Parme et de Modène mais aussi la Romagne qui appartenait aux Etats de l’Eglise. 

Ainsi donc tout en soutenant officiellement le pouvoir temporel du Pape par la présence de troupes françaises à Rome, Napoléon III – dont on connait les liens à cette branche de la maçonnerie italienne qui se nomme le carbonarisme – faisait aussi le jeu de la Maison de Savoie contre le Souverain Pontife. On voit bien ici la vérité des paroles que la Sainte Vierge en apparaissant  à La Salette avait dites à Mélanie : « Qu’il (Pie IX) se méfie de Napoléon : son cœur est double… » Le rattachement à la France de la Savoie et du Comté de Nice fut la récompense d’un double jeu et d’une trahison!

III . Le début de l’année 1860.

De son côté, Garibaldi avait débarqué en Sicile avec ses « chemises rouges » en avril 1860. Passant de la Sicile au Royaume de Naples et multipliant les actes de pillage et de terrorisme, il conquit en quelques mois tout le sud de la péninsule, contraignant le roi de Naples, François II de Bourbon et son épouse Marie-Sophie (soeur de la célèbre Sissi) à se réfugier à Rome.

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François II de Bourbon, dernier roi de Naples.

Le Corps Expéditionnaire français du Général Oudinot avait bien pour mission de défendre le Souverain Pontife contre des menées intérieures et extérieures hostiles, mais il n’était en réalité et avant la lettre qu’une sorte de « FORPRONU« , s’interposant entre les troupes piémontaises et les troupes pontificales et s’efforçant d’éviter tout affrontement entre elles. Le double jeu diplomatique de Napoléon III les empêchait en effet d’effectuer des opérations militaires défensives ou offensives classiques.

A la suite de l’annexion de la Romagne par Victor Emmanuel II, le Cardinal Antonelli, Secrétaire d’État (Ministre des Affaires Étrangères) de Pie IX avait fait appel aux gouvernements de l’Europe catholique pour défendre militairement le Patrimoine de Saint Pierre, mais en vain.

Monseigneur François-Xavier de Mérode, alors pro-ministre des armées des États Pontificaux, décida donc d’assurer seul, sans alliés, la défense de la souveraineté temporelle du Saint Père.

Monseigneur de Mérode

Monseigneur de Mérode.

IV . Monseigneur de Mérode.

Frédéric François-Xavier de Mérode était né à Bruxelles le 26 mars 1820, fils puîné du Comte Félix de Mérode, d’antique noblesse belge, et de Rosalie de Grammont, de vieille noblesse française.

Après des études au collège des jésuites de Namur puis au collège de Juilly, près de Paris, où il s’était plus distingué par les farces qu’il faisait à ses professeurs et à ses surveillants que par ses succès scolaires, il entra à l’école militaire de Bruxelles en 1839. Il en sortit sous-lieutenant d’infanterie deux ans plus tard. D’abord affecté à Mons puis à Liège au régiment des grenadiers, il se lassa vite de la vie de garnison : il sollicita donc et obtint du roi Léopold Ier l’autorisation de participer à la conquête de l’Algérie avec l’armée française. A cette époque où l’armée belge commençait tout juste à s’organiser, après l’indépendance, conquise contre le royaume de Hollande, il n’était pas rare que certains de ses officiers allassent s’entraîner sous des drapeaux étrangers : en 1840, seize officiers belges avaient déjà précédé le sous-lieutenant de Mérode en servant de l’autre côté de la Méditerranée dans les troupes françaises.

Attaché, en août 1844, à l’état major particulier du Maréchal Bugeaud, il souhaita aussitôt participer directement aux combats et prit part à une expédition dirigée par le Général de Saint-Arnaud contre les Kabyles, peu après la bataille d’Isly. Il se distingua au cours de cette campagne et le Maréchal Bugeaud le signala pour sa bravoure : le roi Louis-Philippe lui décerna alors la Croix de la Légion d’Honneur. C’était le 27 novembre 1844, soit quatre mois seulement après son départ de Belgique. L’année 1845 le vit participer à une expédition sur la frontière algéro-marocaine contre la tribu des Flittas puis à une campagne contre les Chaouïas dans les Aurès. Il brilla notamment aux combats d’Aydoussa où il eut son uniforme percé de plusieurs balles. Entre temps le roi des Belges l’avait promu au grade de lieutenant.

Rentré à Bruxelles après dix huit mois de séjour en Afrique (janvier 1846), le lieutenant François-Xavier de Mérode, dont la vocation religieuse était latente bien avant son entrée à l’école militaire, se rendit à Rome. C’est de là  que, le 30 novembre 1847, il envoya sa lettre de démission. Léopold Ier le libéra de ses obligations le 23 décembre après l’avoir promu au grade de capitaine en second.

Entré au séminaire au début de l’année 1848, il reçut la tonsure le 17 septembre de la même année et les deux premiers ordres mineurs le 23 du même mois. Ainsi qu’il a été dit plus haut, les États Pontificaux connaissaient alors la révolution mazzinienne et garibaldienne et l’abbé de Mérode se montra « un vrai soldat sous la soutane« . Ordonné diacre le 7 avril 1849, il n’hésita pas à reprendre des habits civils pour braver la fureur des insurgés romains et pour servir la cause de l’Eglise en protégeant couvents et vases sacrés des pillages des révolutionnaires. Sa détermination ne l’empêchait pas d’être charitable : il soigna de nombreux blessés ennemis, s’attirant même les félicitations de Garibaldi!

Après l’entrée des troupes du corps expéditionnaire français dans Rome, François-Xavier de Mérode, fut ordonné prêtre le 22 septembre 1849. Il fut aussitôt nommé aumônier militaire, à Rome puis à Viterbe. Il retrouva ainsi dans le corps expéditionnaire français certains de ses anciens compagnons de sa campagne d’Afrique, très étonnés de reconnaître sous l’habit ecclésiastique le brillant officier belge qui avait été l’un des leurs quelques années plus tôt!

Alors qu’il s’apprêtait à rejoindre son diocèse belge, le 12 avril 1850, il fut attaché au Vatican comme camérier secret du Sa Sainteté et, neuf ans plus tard, nommé à la tête des armées pontificales ainsi qu’à la direction du département de la guerre du Saint Siège.

Doté d’un profond sens politique, Monseigneur de Mérode avait compris que les États de l’Église, qui avaient jusqu’alors été l’objet de la bienveillance des vieilles nations chrétiennes, avaient dorénavant l’opinion publique de l’Europe contre eux. Ayant des relations en France, il démasqua très tôt le double jeu diplomatique de Napoléon III et fit admettre au Souverain Pontife que la protection du corps expéditionnaire français n’était qu’illusoire ; ce faisant il s’attira les foudres de la diplomatie du second empire et même de ses anciens compagnons d’armes d’Afrique.

Pour Monseigneur François-Xavier de Mérode, le Patrimoine de Saint Pierre aurait bientôt à se défendre militairement et, pour sa défense, il ne pourrait plus compter que sur lui-même!

V . L’organisation de l’armée pontificale.

L’armée pontificale que Monseigneur de Mérode trouva en prenant ses fonctions était dans un état affligeant. Elle comptait moins de 10.000 hommes, mal entraînés, mal encadrés, mal équipés : les fusils dataient de l’époque napoléonienne, les canons  étaient obsolètes …etc. Depuis 1797, date du traité de Tolentino, les troupes du Saint Siège n’avaient tiré que quelques rares coups de fusil et encore seulement dans des actes de police contre les fameux brigands romains. L’ancien arsenal du Vatican n’était plus qu’un musée. Les espions piémontais et garibaldiens avaient relevé que l’unique arsenal où se trouvaient les munitions était librement accessible l’après midi, parce que le gardien faisait une longue sieste!!!

Le directeur du département de la guerre du Saint Siège, avec l’accord du Pape, fit alors appel à l’un de ses parents éloignés, qu’il avait connu en Algérie : le Général Christophe Louis Léon Juchault de La Moricière. Il le supplia de l’aider à réorganiser et commander les troupes pontificales. Héros du siège de Constantine et ancien Colonel des Zouaves, La Moricière se trouvait alors en exil à Bruxelles parce qu’il s’était opposé au coup d’état du 2 décembre 1851.

La Moricière met son épée au service de Pie IX

Le Général de La Moricière mettant son épée au service de Pie IX.

Fervent catholique, le Général de La Moricière accepta avec enthousiasme et arriva à Rome le 1er avril 1860. Il commença un rude travail de reprise en main des troupes pontificales mais, jugeant que les effectifs dont il disposait seraient certainement insuffisants en cas de conflit, il lança, conjointement avec Monseigneur de Mérode, un appel solennel aux catholiques de toute l’Europe – et du monde entier  – pour venir défendre les États de l’Église. Des comités de recrutement et de financement se formèrent rapidement, en premier lieu en Belgique et en France, et, en quelques mois, avec les 300 premiers volontaires arrivés à Rome, le Général de La Moricière put constituer un bataillon « franco-belge » dont le commandement fut confié au Général-marquis  Georges de Pimodan et au Commandant Louis de Becdelièvre (promu lieutenant-colonel après Castelfidardo).

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Georges de La Vallée de Rarecourt Général-marquis de Pimodan.

VI . La bataille de Castelfidardo.

Pressentant une réorganisation et un accroissement rapide des effectifs des troupes pontificales, les stratèges piémontais envahirent l’Ombrie et les Marches, en septembre 1860, sans que les troupes autrichiennes qui gardaient la région ne s’interposent.Il s’agissait pour les piémontais de réaliser la jonction des territoires du nord avec ceux du sud, conquis par Garibaldi.

La Moricière se porta alors sur Ancône pour défendre ce port stratégique. C’est à Castelfidardo, petite ville de la Région des Marches – à une dizaine de kilomètres du célèbre sanctuaire de Lorette où les pontificaux passèrent la nuit en prière -, que les troupes piémontaises et les troupes pontificales se rencontrèrent, le 18 septembre 1860. Ce fut une bataille sanglante dans des conditions des plus inégales : moins de 10.000 pontificaux contre près de 60.000 piémontais!

La bataille de Castelfidardo

La bataille de Castelfidardo
(tableau conservé à l’hôtel de ville de Castelfidardo)

L’Armée pontificale fut défaite et les deux tiers des effectifs du bataillon  des « franco-belges » furent tués au combat ou grièvement blessés. Pimodan lui-même, après s’être héroïquement battu à leur tête, fut mortellement blessé et succomba à ses blessures.

Enfermé dans le port d’Ancône avec une poignée d’hommes, La Moricière soutint le siège durant dix jours sous des bombardements qui venaient à la fois de la terre et de la mer. Malgré tant d’héroïsme, il fallut cependant capituler. Après Castelfidardo, les Etats de l’Eglise se trouvèrent réduits au seul Latium.

Le héros du siège de Constantine, qui n’avait jamais connu la défaite durant toute sa carrière, resta encore quelques mois à Rome pour achever la réorganisation de l’armée pontificale, puis il rentra en France où il mourut au château de Prouzel, près d’Amiens, le 11 septembre 1865.

Cénotaphe de La Moricière

Cathédrale de Nantes : cénotaphe du Général de La Moricière.

VII . La création du bataillon des Zouaves Pontificaux.

La défaite de Castelfidardo ne découragea pas Monseigneur de Mérode. L’héroïsme des troupes pontificales face à un ennemi qui lui était six fois supérieur en nombre eut un tel retentissement dans le monde catholique que les volontaires affluèrent à Rome. En janvier 1861, avec les survivants du bataillon « franco-belge » et les nouvelles recrues, le directeur du Département de la Guerre du Saint Siège créa un bataillon de Zouaves Pontificaux.

Pourquoi ce nom? Déjà au cours de l’année 1860, le Général de La Moricière avait conçu pour le bataillon des « franco-belges », une tenue adaptée au climat de l’Italie centrale et inspirée de celles des Zouaves d’Afrique de l’armée française : une courte veste à soutaches et au col dégagé, un grand pantalon bouffant retenu par une large ceinture rouge, un petit képi à visière carrée… Cet uniforme n’avait pas soulevé l’enthousiasme des cardinaux de la Curie ; l’un d’eux avait même ironisé : « Voilà bien une une idée de français d’habiller les soldats du Pape en musulmans! »  Mais le Bienheureux Pie IX avait été conquis et donné son assentiment… En fait, l’armée pontificale n’avait eu ni le temps ni les moyens financiers pour équiper les 300 premiers « franco-belges » avec cet uniforme avant la bataille de Castelfidardo – seuls les Officiers en avaient été pourvus – mais, à partir de 1861 et jusqu’en 1870, toutes les nouvelles recrues le portèrent.

Zouave Pontifical

Le corps des Zouaves Pontificaux comptait, à sa création, environ 600 hommes de troupe, sous-officiers et officiers et il resta sous le commandement de Becdelièvre.

Par la suite, ses effectifs varièrent sensiblement au gré des fluctuations de la situation politique, militaire et financière du Saint-Siège. Ils baissent à 300 en 1863, remontent à 700 en 1865, atteignent 1.500 en 1868 pour arriver à 3.000 en 1870 lors du siège de Rome. Un second bataillon fut créé en décembre 1866 ; puis, en janvier 1867, le Corps devint un régiment à quatre bataillons. A certaines époques, le gouvernement pontifical fut, pour des motifs financiers, obligé de limiter les recrutements, et les volontaires les plus fortunés durent parfois s’équiper à leurs frais en uniforme et même en armes…

Commandant Louis de Becdelièvre

Le Commandant de Becdelièvre.

Les volontaires provenaient de différents pays : pour ce qui est du nombre, les Néerlandais dominaient (on dut même refuser – avec diplomatie – des hollandais protestants!),  venaient ensuite les Français et les Belges ; on trouve aussi dans les rangs des Zouaves des Italiens non ressortissants des États Pontificaux, des Allemands, des Autrichiens, des Suisses, des Britanniques, des Irlandais, et même un chinois…

En 1868, 130 Canadiens francophones traversèrent l’Atlantique pour se mettre au service de Sa Sainteté le Pape Pie IX.

Au total, ce sont plus de 9.000 engagements qui furent contractés en près de dix ans (nota bene : ce nombre concerne les engagements et non les individus, une même personne ayant pu souscrire plusieurs engagements dont la durée pouvait varier de six mois à un an ou quatre ans).

Si, chez les Néerlandais et les Belges, les volontaires appartenaient surtout aux classes populaires, chez les Français la noblesse représentait plus du tiers des recrues. L’on trouve de grands noms comme ceux des Ducs de Blacas, de Chevreuse, de Luynes, le Prince de Bourbon-Este. Après la bataille de Castelfidardo, en regardant la liste des morts et des blessés pontificaux le Général piémontais Cialdini aurait dit, avec un humour des plus noirs : « On croirait une liste d’invités à un bal de Louis XIV ! ». La bourgeoisie française était représentée par des médecins, des notaires, des journalistes, des commerçants aisés, des étudiants…

Ces volontaires français étaient majoritairement originaires de Bretagne et de Vendée. Huit diocèses de l’Ouest de la France ont fourni 37 % des volontaires français (le diocèse de Nantes en représente près de 12 % à lui seul). Il y eut également un nombre significatif de recrues originaires des département du nord et du sud ouest de la France. Et si l’Alsace-Lorraine et le sud sont peu représentés, c’est que ces régions ont, à partir de 1866, fourni les volontaires d’un autre corps de bataille français appelé « Légion d’Antibes » (ou encore « Légion Romaine« ).

La plupart des engagés étaient jeunes : certains n’avaient pas plus de 16 ou 17 ans, quand ils endossèrent l’uniforme des Zouaves Pontificaux. Mais l’âge n’était pas non plus un handicap qui dispensât de défendre le Pape : Monsieur de Coislin avait 65 ans lors de son premier engagement !

Les quatre frères Charette

Athanase de Charette et ses frères.

Les motivations des volontaires était essentiellement religieuses et parfois politiques. Religieuses parce que tous étaient convaincus que la puissance temporelle du Souverain Pontife était garante de son indépendance religieuse ; politiques parfois car tous les Zouaves Pontificaux issus de la noblesse étaient des royalistes, légitimistes convaincus, descendants de familles qui s’étaient illustrées dans la lutte contre la révolution : Cathelineau, Charette pour ne citer que les plus célèbres… De la même manière chez les bourgeois et dans les classes populaires le parti royaliste dominait. Garibaldi montre bien qu’il ne connaissait pas vraiment les Zouaves Pontificaux lorsqu’il juge, dans ses « Mémoires d’un chemise rouge » les militaires étrangers au service de Pie IX comme « quelques milliers de mercenaires, déchets de tous les cloaques de l’Europe » !

Les Zouaves Pontificaux ne furent pas l’unique corps militaire formé de volontaires catholiques étrangers : 5.000 Autrichiens répondirent à l’appel de Monseigneur de Mérode et du Général de La Moricière pour former cinq bataillons de « bersaglieri » (tirailleurs), 3.000 Suisses renforcèrent les régiments étrangers, 800 Irlandais créèrent le « Bataillon de Saint Patrick ».

Médaille de Castelfidardo

Médaille commémorative de Castelfidardo :
« la victoire qui a vaincu le monde, c’est notre foi! »

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Publié dans:Lectures & relectures, Memento, Vexilla Regis |on 18 septembre, 2010 |2 Commentaires »

2010-37. Du 150ème anniversaire de la statue de Notre-Dame de France au Puy-en-Velay.

Panorama du Puy en Velay

Panorama de la ville du Puy (cliquer pour agrandir)

12 septembre 1860 – 12 septembre 2010 :

Il y a 150 ans jour pour jour que fut bénite la grande statue de la Vierge à l’Enfant, nommée Notre-Dame de France, qui domine la ville du Puy-en-Velay.

Fondue dans le bronze de 213 canons pris aux Russes le 8 septembre 1855 à la bataille de Sébastopol, cette oeuvre monumentale, haute de 22,70 mètres et pesant 835 tonnes, a pu être réalisée grâce à une souscription nationale. Elle s’inscrit dans le grand mouvement de renouveau  spirituel du XIXème siècle :  malgré la grande révolution et ses petites soeurs de 1830 et de 1848, qui ont causé de grands tords à l’Eglise et ont éloigné d’elles des pans entiers de la société, le catholicisme français au milieu du XIXème siècle donne une image d’unité et de croissance, de zèle et de ferveur. L’épiscopat est moins tenté par les sirènes du gallicanisme, les vocations sacerdotales et religieuses sont en hausse, l’expansion missionnaire est admirable de générosité et d’audace, les oeuvres sociales et éducatives fleurissent… L’élan qui suscite l’édification de la statue de Notre-Dame de France est bien représenté par les audaces techniques de ce temps qui vont être mises au service de ce monument de foi et d’espérance.

Ce temps est aussi, bien sûr, une période de grande ferveur mariale : au moment de la bénédiction de la statue, Notre-Dame s’est déjà manifestée à la rue du Bac, à La Salette et à Lourdes; elle apparaîtra encore à Pontmain et Pellevoisin. Dans chacune de ces apparitions, Marie parle de la France et lui indique les voies de la conversion et de la pénitence par lesquelles elle retrouvera son unité et la paix sociale. La basilique de Notre-Dame des Victoires est le centre de la dévotion au Coeur immaculé de Marie, refuge des pécheurs, et des centaines de conversion se produisent dans son rayonnement.

La première pierre du socle de Notre-Dame de France est bénite le 8 décembre 1854, en communion avec le Bienheureux Pape Pie IX qui proclame le dogme de la Conception Immaculée de Marie.

Notre-Dame de France - 1860

Image souvenir du 12 septembre 1860

(Cliquer dessus pour agrandir)

La ville et le diocèse du Puy-en-Velay ont célébré ce 150ème anniversaire à l’occasion des solennités du 15 août : cette date, en effet, permettait à davantage de pèlerins d’être présents. Mais en ce dimanche 12 septembre 2010, notre Frère Maximilien-Marie n’a bien évidemment pas manqué de faire un pèlerinage jubilaire individuel au Puy, dans le recueillement intérieur et l’action de grâces. Il m’en a ramené quelques documents, telle la photo de ce tableau qui a voulu fixer sur la toile le moment de la bénédiction de la statue monumentale (cliquer sur la vignette pour voir en grand):

bénédiction de la statue de ND de France

J’ai aussi sous les yeux le récit d’Adrien Roselat, journaliste du « Moniteur de la Haute-Loire », qui fit le 13 septembre 1860 le compte-rendu de la cérémonie de la veille. Je ne résiste pas au plaisir de vous le retranscrire, car – même 150 ans plus tard – il transmet encore quelque chose de l’émotion et de la ferveur qui marquèrent cette journée :

« Dès le 11 septembre, d’innombrables caravanes de pèlerins se pressent aux barrières de la ville. Tous les genres de véhicules se suivent sans discontinuité. Les arrivants récitent à haute voix les litanies de la Sainte Vierge ou chantent des cantiques de circonstance, improvisés. Les églises du Puy restent ouvertes toute la nuit pour abriter les pèlerins.

A 7 heures du matin, l’artillerie municipale se fait entendre place du Martouret. A 9 heures et demi, le son de toutes les cloches des églises donne le signal de la procession générale qui, formée sur les grands escaliers de la Cathédrale, se dirige alors vers la place Saint-Laurent où douze gendarmes à cheval ouvrent le défilé.

Dans cet important cortège : les membres du chapitre, 4000 religieux ou religieuses dont 800 prêtres, 123 séminaristes, 52 chanoines étrangers, 20 chanoines titulaires ou honoraires du diocèse, 500 pénitents blancs, 420 Frères du Sacré-Coeur, 600 religieuses de l’instruction, 200 religieuses de saint-Joseph, 32 soeurs franciscaines, 120 soeurs de Saint-Pierre… Les diverses corporations de la ville, tous les corps de métiers rangés sous leurs bannières respectives, les membres de la commission de l’oeuvre résidant au Puy, les quatre délégués de la commission parisienne, M. le Préfet de la Haute-Loire suivi des membres du Conseil de Préfecture, le général commandant la subdivision, le maire du Puy et son conseil, Bonnassieux auteur de la statue, Prénat fondeur, les princes Alphonse et Camille de Polignac, gagnent avec ferveur la place du Breuil où doit se dérouler la bénédiction.

Les prélats et les notabilités prennent place sur l’estrade qui fait face à la statue. Aux côtés de Mgr de Morlhon siègent : Son Eminence le Cardinal Donnet évêque de Bordeaux, Mgr de Gerphanion archevêque d’Albi, Mgr Guibert archevêque de Tours, Mgr Peron évêque de Clermont, Mgr de Marguerye évêque d’Autun, Mgr Berteheau évêque de Tulle, Mgr Foulquier évêque de Mende, Mgr Lyonnet évêque de Valence, Mgr de Charbonnel évêque de Toronto, Mgr de Pompignac évêque de Saint-Flour, Mgr Delcusy évêque de Viviers.

Les regards se tournent alors vers le Rocher Corneille. Le clergé entonne un hymne à la Vierge et le voile qui recouvrait Notre-Dame de France est retiré au son des tambours et clairons et des salves d’artillerie. Les prélats procèdent alors à la bénédiction de la statue, l’assistance entonne le Salve Regina, puis Mgr de Morlhon célèbre la Messe. Le sermon est prononcé par le chanoine Cambalot.

Puis la procession gagne après un long circuit les escaliers de la Cathédrale où les douze prélats donnent finalement la bénédiction solennelle à l’assistance.

Les notables et les commissions se rendent alors au Grand Séminaire pour se restaurer. Dans la salle du banquet, ont été placés les bustes de Napoléon III et Pie IX. Le soir, illuminations, lanternes vénitiennes, guirlandes de fleurs envahissent la cité. Sur la place du Breuil, sur l’estrade, des choeurs entonnent des cantiques à la Vierge pendant qu’un feu d’artifice est tiré. La statue apparaît entourée de feux de bengale. Des feux allumés sur les collines entourant la ville embrasent l’horizon. A onze heures, les illuminations s’éteignent et la ville du Puy s’endort en paix.« 

Notre-Dame de France illuminée au dessus de la Cathédrale

Que Notre-Dame de France bénisse le pays dont elle est la Reine! Qu’elle bénisse et protège chacun d’entre vous, chacune de vos familles! Qu’elle intercède pour la France et lui donne de revenir à la Source purifiante et sanctifiante qui coule du divin Coeur de Jésus pour y être lavée et pardonnée, pour y être régénérée et vivifiée, pour y renouveler l’alliance avec la Sagesse Eternelle jadis conclue dans les fonts baptismaux de Reims…

Lully.

Armoiries de la ville du Puy en Velay

2010-35. Versailles, 8 h 23, ce 1er septembre 1715 : le Grand Roi rend son âme à Dieu.

« Dieu seul est grand, mes frères et dans ces derniers moments surtout où il préside à la mort des rois de la terre ».

(J.B. Massillon : Oraison funèbre du Roi très chrétien, Louis le Grand)

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1er septembre 2010

La date du 1er septembre vient rappeler à notre souvenir le jour où le Grand Roi -Louis XIV – rendit son âme à Dieu. Il était dans sa 77ème année et avait régné 72ans sur la France.

Malgré toutes les caricatures, malgré toutes les interprétations déformantes imposées par l’histoire républicaine officielle, malgré tous les jugements simplistes, malgré toutes les représentations erronées et les fables, malgré enfin la presque interminable et désolante déclinaison des incompréhensions de ce que furent sa  véritable personnalité et son règne (à commencer par celles dont le très mesquin Saint-Simon fait étalage à presque chaque page), la figure du Roi Soleil ne cesse cependant pas d’exercer une espèce de fascination sur le monde entier.

A mon humble avis, le « Louis XIV » de François Bluche demeure l’un des meilleurs ouvrages qui a jamais été écrit : très abordable, je le recommande instamment à tous ceux qui veulent approfondir avec honnêteté leur connaissance du Grand Roi, de sa personne et de son règne.

A l’occasion du 295ème anniversaire de sa mort, je tiens à publier les lignes par lesquelles Voltaire – dans son « Siècle de Louis XIV » – a rapporté les derniers instants du Souverain.  Est-il utile de préciser que le persifleur de Ferney ne fait pourtant pas partie de mes auteurs favoris? Ses appréciations toutefois font ici montre d’un grand équilibre et de beaucoup de justesse et je souscris entièrement à cette affirmation: « …ses grandes qualités et ses actions l’ont emporté sur ses fautes ».

Buste de Louis XIV - Le Bernin

« Louis XIV fut attaqué, vers le milieu du mois d’août 1715, au retour de Marly, de la maladie qui termina ses jours. Ses jambes s’enflèrent ; la gangrène commença à se manifester. Le comte de Stair, ambassadeur d’Angleterre, paria, selon le génie de sa nation, que le roi ne passerait pas le mois de septembre. Le duc d’Orléans, qui, au voyage de Marly, avait été absolument seul, eut alors toute la cour auprès de sa personne. Un empirique, dans les derniers jours de la maladie du roi, lui donna un élixir qui ranima ses forces. Il mangea, et l’empirique assura qu’il guérirait. La foule qui entourait le duc d’Orléans diminua dans le moment. «Si le roi mange une seconde fois, dit le duc d’Orléans, nous n’aurons plus personne». Mais la maladie était mortelle. Les mesures étaient prises pour donner la régence absolue au duc d’Orléans. Le roi ne la lui avait laissée que très limitée par son testament, déposé au parlement ; ou plutôt il ne l’avait établi que chef d’un conseil de régence, dans lequel il n’aurait eu que la voix prépondérante. Cependant il lui dit : «Je vous ai conservé tous les droits que vous donne votre naissance». C’est qu’il ne croyait pas qu’il y eût de loi fondamentale qui donnât, dans une minorité, un pouvoir sans bornes à l’héritier présomptif du royaume. Cette autorité suprême, dont on peut abuser, est dangereuse ; mais l’autorité partagée l’est encore davantage. Il crut qu’ayant été si bien obéi pendant sa vie, il le serait après sa mort, et ne se souvenait pas qu’on avait cassé le testament de son père. (…)

Quoique la vie et la mort de Louis XIV eussent été glorieuses, il ne fut pas aussi regretté qu’il le méritait. L’amour de la nouveauté, l’approche d’un temps de minorité, où chacun se figurait une fortune, la querelle de la Constitution qui aigrissait les esprits, tout fit recevoir la nouvelle de sa mort avec un sentiment qui allait plus loin que l’indifférence. Nous avons vu ce même peuple qui, en 1686, avait demandé au ciel avec larmes la guérison de son roi malade, suivre son convoi funèbre avec des démonstrations bien différentes. On prétend que la reine sa mère lui avait dit un jour dans sa grande jeunesse : «Mon fils, ressemblez à votre grand-père, et non pas à votre père». Le roi en ayant demandé la raison : «C’est, dit-elle, qu’à la mort de Henri IV on pleurait, et qu’on a ri à celle de Louis XIII».

Quoiqu’on lui ait reproché des petitesses, des duretés dans son zèle contre le jansénisme, trop de hauteur avec les étrangers dans ses succès, de la faiblesse pour plusieurs femmes, de trop grandes sévérités dans des choses personnelles, des guerres légèrement entreprises, l’embrasement du Palatinat, les persécutions contre les réformés : cependant ses grandes qualités et ses actions, mises enfin dans la balance, l’ont emporté sur ses fautes. Le temps, qui mûrit les opinions des hommes, a mis le sceau à sa réputation ; et malgré tout ce qu’on a écrit contre lui, on ne prononcera point son nom sans respect, et sans concevoir à ce nom l’idée d’un siècle éternellement mémorable. Si l’on considère ce prince dans sa vie privée, on le voit à la vérité trop plein de sa grandeur, mais affable, ne donnant point à sa mère de part au gouvernement, mais remplissant avec elle tous les devoirs d’un fils, et observant avec son épouse tous les dehors de la bienséance : bon père, bon maître, toujours décent en public, laborieux dans le cabinet, exact dans les affaires, pensant juste, parlant bien, et aimable avec dignité.

D’ailleurs personne n’ignore avec quelle grandeur d’âme il vit approcher la mort, disant à Madame de Maintenon : «J’avais cru qu’il était plus difficile de mourir» ; et à ses domestiques : «Pourquoi pleurez-vous? m’avez-vous cru immortel?» donnant tranquillement ses ordres sur beaucoup de choses, et même sur sa pompe funèbre. Quiconque a beaucoup de témoins de sa mort meurt toujours avec courage. Louis XIII, dans sa dernière maladie, avait mis en musique le De profundis qu’on devait chanter pour lui. Le courage d’esprit avec lequel Louis XIV vit sa fin fut dépouillé de cette ostentation répandue sur toute sa vie. Son courage alla jusqu’à avouer ses fautes. Son successeur a toujours conservé, écrites au chevet de son lit, les paroles remarquables que ce monarque lui dit, en le tenant sur son lit entre ses bras : ces paroles ne sont point telles qu’elles sont rapportées dans foules les histoires. Les voici fidèlement copiées :

«Vous allez être bientôt roi d’un grand royaume. Ce que je vous recommande plus fortement est de n’oublier jamais les obligations que vous avez à Dieu. Souvenez-vous que vous lui devez tout ce que vous êtes. Tâchez de conserver la paix avec vos voisins. J’ai trop aimé la guerre ; ne m’imitez pas en cela, non plus que dans les trop grandes dépenses que j’ai faites. Prenez conseil en toutes choses, et cherchez à connaître le meilleur pour le suivre toujours. Soulagez vos peuples le plus tôt que vous le pourrez, et faites ce que j’ai eu le malheur de ne pouvoir faire moi-même, etc.»

Ce discours est très éloigné de la petitesse d’esprit qu’on lui impute dans quelques Mémoires… »

Voltaire – « Le Siècle de Louis XIV »,  chap. XXVIII.

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Prières et litanies en l’honneur du Roi Saint Louis.

La fête de Saint Louis IX est l’occasion de prier d’une manière toute particulière pour la France et pour la famille royale : demandons au saint Roi de veiller du haut du Ciel sur le Royaume des Lys et de protéger sa descendance.
Notons au passage que Monseigneur le Duc d’Anjou, de droit Louis XX, est né 760 ans jour pour jour après son saint ancêtre.

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Regardez-nous du haut du Ciel, Ô Saint monarque ! Et dans cette félicité éternelle que vous possédez, soyez sensibles à nos misères : tout indignes que nous sommes de votre secours, ne nous le refusez pas.

Regardez d’un œil favorable ce royaume que vous avez si sagement gouverné, et si tendrement aimé. Si, par la corruption des vices qui s’y sont introduits depuis votre règne, la face vous en paraît défigurée, que cela même soit un motif pour vous intéresser, comme son roi, à le renouveler : si vous y voyez des scandales, aidez-nous à les retrancher.

Étendez surtout votre protection sur notre auguste monarque. C’est votre fils, c’est le chef de votre maison, c’est l’imitation de vos vertus, c’est la vive image de vos héroïques et royales qualités : car il est comme vous le zèle de Dieu, il est comme vous le protecteur de la vraie religion, le restaurateur des autels, l’exterminateur de l’hérésie.

Obtenez-lui les grâces et les lumières dont il a besoin pour achever les grands desseins que Dieu lui inspire ; que cet esprit de Sainteté qui vous a dirigé dans toutes vos voies vienne reposer sur lui ; qu’il nous anime nous-mêmes, et qu’il nous conduise tous à l’éternité bienheureuse. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.

Ainsi soit-il.

(Bourdaloue – Péroraison du sermon pour la fête de Saint-Louis)

Saint Louis adorant l'Enfant Jésus que lui présente la Vierge

St Louis faisant hommage de sa couronne et de ses armes à l’Enfant Jésus.

Litanies de Saint Louis

 (extraites du Manuel du Tiers Ordre de Saint François)

Seigneur, ayez pitié de nous (bis)
Jésus-Christ, ayez pitié de nous (bis)
Seigneur, ayez pitié de nous (bis)
Jésus-Christ, écoutez-nous (bis)
Jésus-Christ, exaucez-nous (bis)

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous
Fils rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous
Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous

Sainte Marie, conçue sans péché, priez pour nous
Sainte Mère de Dieu,
Sainte Vierge des Vierges,

Saint Louis, prince admirable, priez pour nous
Saint Louis, lis de pureté,
Saint Louis, exemple d’humilité,
Saint Louis, image de vertu,
Saint Louis, prodige de pénitence,
Saint Louis, flamme d’amour et d’oraison,
Saint Louis, lampe ardente et brillante,
Saint Louis, vase d’élection,
Saint Louis, vase insigne de religion,
Saint Louis, miroir de la perfection chrétienne,
Saint Louis, très dévot à notre Père saint François,
Saint Louis, contempteur du monde et de ses honneurs,
Saint Louis, plein de zèle pour la maison de Dieu,
Saint Louis, tendre père des pauvres,
Saint Louis, remède des malades,
Saint Louis, appui de la veuve et de l’orphelin,
Saint Louis, juge béni des peuples,
Saint Louis, rédempteur des captifs,
Saint Louis, prédicateur des infidèles,
Saint Louis, deux fois victime pour les Lieux saints,
Saint Louis, terrible dans les combats,
Saint Louis, puissant dans les fers,
Saint Louis, gardien de la France,
Saint Louis, modèle des rois,
Saint Louis, digne de la couronne des rois sur la terre,
Saint Louis, plus digne de la couronne des saints dans le ciel,
Saint Louis, protecteur des armées françaises,
Saint Louis, protecteur du Tiers-Ordre séraphique , priez pour nous

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur

V. Priez pour nous, glorieux saint Louis
R. Afin que nous devenions dignes des promesses de N.-.S.J.-C.

Oraison :

Ô Dieu, qui avez transféré votre confesseur saint Louis d’un royaume terrestre à la gloire céleste, rendez-nous, par ses mérites et son intercession, participants du bonheur du Roi des rois, Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec Vous dans l’unité du Saint Esprit pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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Sire le Roi, qui envoyiez vos plus beaux chevaliers en escoutes à la pointe de l’armée chrétienne, daignez vous souvenir d’un fils de France qui voudrait se hausser jusqu’à vous pour mieux servir sire Dieu et dame sainte Eglise. Donnez-moi du péché mortel plus d’horreur que n’en eut Joinville qui pourtant fut bon chrétien, et gardez-moi pur comme les lys de votre blason.
Vous qui teniez votre parole, même donnée à un infidèle, faites que jamais mensonge ne passe ma gorge, dût franchise me coûter la vie.
Preux inhabile aux reculades, coupez les ponts à mes feintises, et que je marche toujours au plus dru.
O le plus fier des barons français, inspirez-moi de mépriser les pensées des hommes et donnez-moi le goût de me compromettre et de me croiser pour l’honneur du Christ.
Enfin, Prince, Prince au grand coeur, ne permettez pas que je sois jamais médiocre,mesquin ou vulgaire, mais partagez-moi votre coeur royal et faites qu’à votre exemple je serve à la française, royalement.

Ainsi soit-il.

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Récit de la mort de Saint Louis > ici
Texte des Enseignements de Saint Louis à son fils >
ici

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