Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2018-57. Christianisme et liberté (4ème et 5ème parties).

- Christianisme et liberté -
4ème partie

Le Christianisme et la liberté

Pour lire ou relire les 1ère, 2ème et 3ème parties de cette conférence de Gustave Thibon ici puis > ici.

« Le type humain déshumanisé qui s’élabore peu à peu dans le creuset des totalitarismes et des technocraties se situe aux antipodes de l’homme chrétien. Partout, le déclin des libertés accompagne comme une ombre le recul du christianisme. La simple constatation de ce fait suffit à nous montrer que le « chemin de la liberté » s’identifie à la voie tracée par le Christ.

La démonstration est simple. Si, comme nous l’avons dit, toute liberté repose sur un lien vivant et sur un amour, le christianisme nous apporte la suprême liberté parce qu’il nous apporte le suprême amour. En lui, nous trouvons le lien absolu qui délivre. Quel est en effet l’élément, jusque là inconnu dans le monde, qui confère à la révélation chrétienne son originalité irréductible, si ce n’est la reconnaissance du rapport à la fois intime et transcendant qui lie la personne de l’homme à la personne de Dieu ?
Les Anciens avaient conçu tous les modes de retour du particulier à l’universel, du multiple à l’Un : ils n’avaient jamais pressenti ce mystères des noces de l’âme et de Dieu.
Dieu m’a créé, Dieu me connaît et Dieu m’aime électivement ; je suis unique pour cet être unique ; le lien qui nous unit n’a pas d’équivalent. Dieu ne s’est pas incarné, Dieu n’est pas mort pour l’humanité, mais pour chaque homme en particulier (j’ai pensé à toi dans mon agonie, lui fait dire Pascal, j’ai versé telle goutte de sang pour toi…). Dieu nous a aimés le premier, il est descendu jusqu’à nous, et cette quête de la créature par le Créateur qui confère à la personne humaine une valeur infinie est le grand ferment libérateur du christianisme. « Vous avez été achetés d’un grand prix, ne vous rendez pas esclaves des hommes », nous dira l’Apôtre. Mais ici encore, ici surtout, cette libération naît d’un lien et exige une obéissance. « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », c’est-à-dire attachez-vous à Dieu, imprégnez-vous de sa plénitude, ne faites qu’un avec lui et, par la vertu de cet attachement au Bien absolu et éternel, vous serez souverainement libres à l’égard des biens relatifs et temporels. C’est le grand paradoxe apparent du christianisme de nous convier à la fois au plus complet épanouissement et à la perte totale de nous-mêmes. Mais ces deux exigences ne font qu’une, car mon moi le plus profond réside dans le Dieu qui m’a créé et, en me perdant en lui, je suis souverainement libre, souverainement moi-même, parce que, alors, ma volonté épouse le jaillissement même de mon être. L’équivalence est rigoureuse : c’est celui qui nous a appelés à la « sainte liberté des enfants de Dieu », qui s’est fait « obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix ».

Ce lien vivant et personnel entre l’homme et Dieu fonde le rapport des hommes entre eux, car le second commandement est semblable au premier. Aimer son prochain comme soi-même, c’est respecter avant tout cette liberté qu’il tient de Dieu. Nous arrivons ainsi à la conception évangélique et paulinienne du Corps mystique du Christ dont chaque cellule est unique (le salut est personnel : on mourra seul, dit Pascal) et soutient en même temps des échanges à la fois vierges et intimes avec les autres cellules (personne ne vit pour soi et ne meurt pour soi, dit saint Paul).
C’est l’échange intérieur qui porte sur l’être et non sur l’avoir ; c’est l’épanouissement de la solitude au cœur même de la communion : plus on est lié, plus on est libre ; plus on est aux autres plus on est soi-même.
La comparaison biologique est parfaite : chaque membre d’un organisme vivant s’épanouit d’autant plus librement qu’il est plus intimement lié, dans son être et dans ses fonctions, à l’ensemble du corps, et le cancer, prolifération anarchique, détruit d’abord le libre fonctionnement de l’organe révolté.
La notion chrétienne de prochain, le commandement qui nous enjoint d’aimer l’autre comme nous-même (ce qui signifie l’intériorité absolue de l’échange : je t’aime, non parce que tu me donnes ceci en contrepartie de cela, comme dans l’échange de type égoïste et commercial, mais parce que je suis toi et que tu es moi à travers notre source unique qui est Dieu) constitue le foyer commun et le centre régulateur de toutes les libertés individuelles ».

Véronèse - la foi guidant l'homme vers l'éternité - villa Barbaro à Maser fresque (1560-61)

Paul Véronèse : la foi guidant l’homme mortel vers la divine éternité
(fresque de la villa Barbaro, à Maser)

frise

- Christianisme et liberté -
5ème partie

Le Christianisme et les libertés

« On pourra objecter que cette libération chrétienne n’intéresse que le côté éternel et transcendant de l’être humain : le Royaume du Christ n’est pas de ce monde…
Mais l’homme est un – et c’est un fait historique incontestable que la Révélation métaphysique et religieuse du christianisme a pénétré, malgré la résistance de la matière et du péché, jusque dans les couches de la vie temporelle et a renouvelé les diverses structures sociales. 

Un exposé complet et cohérent ne saurait trouver sa place ici. Mais une constation globale s’impose : à la conception trop souvent pharaonique et totalitaire de la Cité antique, pyramide où chaque pierre n’avait de sens et de but qu’en fonction de la pierre terminale, on a vu se substituer peu à peu, sous l’influence du christianisme, une conception organique où chaque cellule vit de sa vie propre dans son rapport à l’ensemble du corps.
Depuis la Rome impériale jusqu’à nos jours – et en dépit des obstacles que n’ont jamais cessé de lui opposer tant de membres morts du corps de l’Eglise – la diffusion du christianisme a eu pour effet direct ou indirect de développer la liberté des individus et des groupes vivants (familles, communautés) en face des tyrannies exercées par les individus ou les collectivités.

La notion chrétienne de l’égalité des âmes devant Dieu a conduit graduellement à la suppression de l’esclavage ; elle a atténué toutes les formes d’oppression de l’homme par l’homme (rappelons pour mémoire la libération de la femme et la reconnaissance des droits de l’enfant, la formation des communautés locales et professionnelles du moyen âge, la défense des populations indigènes contre les envahisseurs coloniaux et des prolétaires contre les abus du capitalisme) ; elle a brisé les cadres rigides et les cloisons étanches des vieilles castes et favorisé, à tous les degrés de l’échelle sociale, la promotion individuelle.
Il n’est pas une seule liberté humaine (droit de posséder et droit de transmettre, droit d’entreprendre, droit de penser, etc.) que le christianisme n’ait pas stimulé, et cette immense éclosion des libertés – grâces auxquelles l’homme a pu assumer son propre destin (avec tout ce que cela comporte de risques et de chances, d’enrichissement intérieur et de contact avec le réel) – constitue l’âme de cette civilisation occidentale dont le déclin nous emplit aujourd’hui d’une angoisse encore imprégnée d’espérance.
La personne humaine, délivrée par le Christ, a pu déployer ses plus hautes possibilités : nous en voyons les fruits dans l’ordre économique, juridique, politique, culturel. Cette civilisation est indéfiniment créatrice parce qu’elle est fondée sur la liberté. L’esclave ne crée pas : il partage l’inertie de la matière inanimée. L’absence de force créatrice est commune à tous les mouvements totalitaires. Leur puissance est immense : elle est avant tout matérielle comme celle du raz de marée ou de l’avalanche. Elle construit comme on détruit : dans la matière et dans la mort. Une avanlanche peut emporter une forêt, mais non pas faire jaillir de la terre une seule herbe vivante. Camus a dit qu’il faut choisir entre l’efficacité du typhon et celle de la sève. Mais la sève de l’homme vient de Dieu…

Que cet essor du monde occidental procède avant tout de la sève chrétienne et non d’une coïncidence fortuite, deux faits globaux suffisent à l’établir.
Un simple coup d’œil sur la carte nous montre que le maximum de prospérité matérielle et d’épanouissement spirituel coïncide rigoureusement avec la zone d’expansion du christianisme.
La tension, qu’on peut vérifier tout au long de l’histoire, entre les pouvoirs totalitaires et l’Eglise du Christ nous apporte une preuve non moins convaincante de cette option fondamentale en faveur de la liberté.
Exception faite de quelques ententes toujours locales et provisoires entre l’Eglise et certaines puissances temporelles plus ou moins oppressives (lesquelles pouvaient d’ailleurs, étant donné les temps et les lieux, représenter un moindre mal), les tyrans de tout ordre ne s’y sont jamais trompés : depuis Caïphe et les Césars jusqu’aux maîtres de l’Allemagne d’hier et de la Russie d’aujourd’hui, un instinct très sûr leur a fait voir dans le christianisme leur  ennemi le plus intime et le plus dangereux. Et, dans la conjoncture présente face aux totalitarismes qui, tandis qu’ils assassinent la liberté, se parent hypocritement de son nom, alibi pour les tyrans et mirage pour les esclaves, l’Eglise constitue le dernier refuge des libertés menacées. N’est-ce pas elle qui défent pied à pied, contre la poussée envahissante du monstre anonyme, les droits irréductibles de l
a personne, de la famille et du travail ? »

A suivre :
6ème partie : « L’éducation chrétienne de la liberté » > ici

nika

2018-56. Christianisme et liberté (2ème et 3ème parties).

- Christianisme et liberté -
2ème partie

Nature de la liberté

Pour lire ou relire la 1ère partie > ici.

« Une brève analyse de la notion de liberté nous aidera à pénétrer les ressorts secrets de cette tragédie de l’esclavage.
La liberté de l’homme n’est pas une faculté suspendue dans le vide et qui se suffise à elle-même. Elle dépend d’une nature (je suis né d’une femme et je ne puis m’enfuir hors de l’humanité, disait le Poète) ; elle s’appuie sur une nécessité qu’elle transcende. Quand nous prononçons ces mots : être libre, c’est sur être plutôt que sur libre qu’il faut poser l’accent. Un homme est libre dans la mesure où il est. Avant la « libre pensée » et le « libre amour » il y a la pensée et l’amour tout court. Etre libre, c’est pouvoir épanouir sa nature, et non pas selon une volonté arbitraire, mais en obéissant aux lois éternelles inscrites dans cette nature. La liberté est donc avant tout une obéissance spontanée, consentie, vécue intérieurement.

La grande erreur est de poser le problème de la liberté en termes d’indépendance. L’homme, être relatif (ce qui signifie relié), ne peut pas être indépendant.
Je suis libre de choisir tel ou tel aliment qui me semble répondre davantage à mon goût ou à mon besoin : je ne suis pas libre d’avoir ou de ne pas avoir faim. Je suis libre de voyager ou de me marier, mais, pour exercer cette liberté, il faut que je me sente préalablement attiré par tel pays ou par telle femme.
A la base de toute liberté, il y a donc une attraction, un désir, un lien. Est libre celui qui peut choisir, parmi tous les liens qui le sollicitent, ceux qui répondent à ses aspirations les plus profondes. Et par là, le problème de la liberté débouche sur le problème de l’amour.
Nous n’avons pas le choix entre la dépendance et l’indépendance, mais entre la dépendance vivante qui épanouit et la dépendance morte qui opprime ; autrement dit, nous sommes libres dans l’exacte mesure où nous pouvons aimer les êtres et les choses dont nous dépendons. Nos possibilités de liberté s’identifient à nos possibilités de communion. Dans le même milieu, le même métier, tel homme se sentira libre et tel autre esclave ; le mariage par exemple sera pour nous une délivrance suivant l’accueil que nous ferons au lien conjugal : la femme fidèle, présence vivifiante pour celui qui l’aime, sera pour celui qui ne l’aime pas un « crampon » insupportable. Le saint qui peut tout aimer se sent libre dans tous les milieux et toutes les circonstances ; l’inaffectif, le réfractaire, incapables d’attachement, trouvent partout l’escalvage.
Saint-Exupéry disait qu’un homme vaut par le nombre et la qualité de ses liens : être libre, c’est adhérer intérieurement, spontanément à un ensemble qui nous comprend et qui nous dépasse, c’est soutenir avec cet ensemble des rapports analogues à ceux d’un membre avec l’organisme dont il fait partie.

La liberté ne signifie donc rien par elle-même ; elle vaut ce que vaut l’homme, et la valeur de l’homme se mesure à la densité de son être et à la profondeur de son amour.
Mais qu’est-ce que l’être et l’amour d’un homme, sinon un tissu de relations, c’est-à-dire la présence intime de l’autre au sein du moi ? Il n’y a pas de liberté possible sans une réserve d’attachement et de communion. La liberté matérielle présuppose des réserves matérielles (le prolétaire est précisément celui qui, ne possédant pas ses réserves, ne dispose d’aucune marge d’attente pour choisir son travail ou son employeur) ; de même la liberté spirituelle présuppose des réserves spirituelles : il faut avoir de quoi être libre, il faut disposer de ce champ de possibilités qui créent un enracinement, une culture, une expérience authentique des êtres et des choses.
Si nous examinons les plus hautes manifestations de la liberté, nous trouvons toujours à leur centre, un lien vivant, c’est-à-dire une obéissance inspirée par un amour.
Un homme est libre à l’égard des passions charnelles dans la mesure où il est attaché aux valeurs spirituelles et, comme Gabriel Marcel l’a très bien montré après Platon, il est libre à l’égard des opinions et des supersititions dans la mesure où il est lié par une foi.
De même, un arbre résiste aux influences du vent dans la mesure où il est retenu par ses racines, où il communie à la terre nourricière : son attache constitue le fondement et la garantie de sa liberté.

Ainsi notre liberté est à la fois créée et créatrice par rapport aux liens qui nous rattachent à l’univers : elle s’appuie sur des liens anciens pour nouer des liens nouveaux ».

Le "génie de la liberté" à la Bastille

Le « génie de la liberté » au sommet de la colonne de la place de la Bastille (Paris) :
l’ange porte-lumière (Lucifer) et briseur de chaînes…

frise

- Christianisme et liberté -
3ème partie

Esclavage et rupture des liens.

« Le drame de l’esclavage n’est pas autre chose que le drame de la rupture.
Nous avons cité l’exemple de l’arbre : « libérez-le » de ses racines et vous ferez de ses feuilles mortes le jouet du vent. C’est précisément le sort de tant d’hommes arrachés à leur milieu naturel, à leur tradition et qui, parce qu’ils n’obéissent plus aux réalités profondes, deviennent la proie de conformismes superficiels et stériles.
De quoi sont les esclaves ces êtres qui se croient libres ? Dans quelle prison tombent ces négateurs du nid, sous quel joug s’inclinent ces révoltés contre les grandes lois de la nature ? Quels lumignons, quels feux follets, quels mirages dans le désert poursuivent ces éteigneurs d’étoiles ? 
La servitude et le déracinement se répondent : celui qui refuse la sève qui le nourrit se livre tout entier au vent qui l’emporte.

La régression des libertés a pour origine la rupture des liens vitaux, provoquée par l’idolâtrie de la liberté.
On a confondu liberté et indépendance ; on a poursuivi le fantôme d’une liberté abstraite et presque absolue et, dans cette course insensée, on a perdu la liberté concrète et réelle. La liberté séparée de son contexte humain et gonflée comme une baudruche, a éclaté comme une baudruche.
Et chaque lien brisé a enfanté une chaîne. Dans bien des pays et pour beaucoup d’hommes, le mot de liberté n’est plus qu’un masque et une livrée sur des corps et des âmes d’esclaves.

Rien n’est plus éclairant que d’observer, sous ses différents aspects, cette pseudo-libération qui se résout en esclavage, ce refus d’obéissance qui mène tout droit à la servitude.
L’homme s’est de plus en plus dégagé de l’obéissance aux rythmes cosmiques pour devenir l’esclave docile de cadences artificielles mille fois plus rigides. On n’est plus lié au cycle des saisons ni à la marche du soleil, mais on consulte sa montre à chaque instant !
On s’est affranchi des servitudes familiales ; on a brisé, au nom de la liberté, les vieilles communautés naturelles pour tomber sous le joug des puissances anonymes de la finance et de la politique et, à la limite, de l’Etat totalitaire.
On a secoué, au nom de la libre pensée ou du libre amour, les « préjugés » de la tradition et de la morale pour se soumettre au conformisme de la mode et aux influences de l’actualité la plus creuse.
On a tranché les liens religieux comme contraires à la dignité d’une intelligence émancipée – et c’est la superstition qui fleurit sur le tombeau de la foi. Jamais les hommes n’avaient été aussi sceptiques devant les vérités éternelles et aussi crédules en face des mensonges de la publicité. Les amges, les guérisseurs, les stars, les pontifes d’une littérature et d’un art aberrants, sans parler des faux prophètes de la science et de la politique, remplacent le prêtre éliminé par le progrès des lumières…

Solitude et concentration : l’homme se change en grain de sable et la société en désert. Plus de lien et, aprtant, plus de liberté. Les grains de sable sont dociles parce que, bien qu’entassés les uns sur les autres, ils sont seuls. Aussi le vent les soulève et les emporte à son gré. Nous sommes à l’âge des masses et des mouvements de masse. Mais il n’est pas de plus grandiose mouvement de masse qu’une tempête de sable dans le désert.
Les forces qui meuvent les hommes deviennent de plus en plus étrangères à la nature profonde de l’homme. »

A suivre :
4ème et 5ème parties : « Le Christianisme et la liberté »  &
« Le Christianisme et les libertés «  > ici

2018-55. Christianisme et liberté (1ère partie).

La divine Providence a permis que, dans un stock de livres anciens, nous « tombions » (sans nous faire aucun mal !), sur le cahier n°1 d’une série de publications réalisées par le Centre Catholique des Intellectuels Français (CCIF). Cet ouvrage, paru en mai 1952, s’intitule « Christianisme et liberté » et livre au public les textes d’une série de conférences organisées par le dit CCIF, et qui avaient été données du 4 février au 10 mars de cette année 1952 (« Christianisme et liberté », librairie Arthème Fayard, 1952).
Or la première de ces communications fut assurée par notre cher Gustave Thibon, et c’est son titre propre qui donne d’ailleurs l’intitulé du recueil tout entier : « Christianisme et liberté ».

Dans l’avant-propos l’intervention de Thibon est annoncée par ces quelques phrases : « L’histoire nous le montre, et Gustave Thibon le rappelle avec sa vigueur coutumière : les sociétés libres, celles où l’homme a eu plus qu’en tout autres la possibilité d’entreprendre, de penser, de créer, pour tout dire de vivre, ont coïncidé, dans le temps et dans l’espace, avec l’aire d’expansion du christianisme occidental et apostolique. Il n’y a pas là une simple coïncidence, mais une relation de cause à effet : l’Eglise s’est faite l’éducatrice de l’homme dans notre société, elle lui a appris le sens de la véritable liberté ».
Cette conférence est aujourd’hui peu connue et reste difficilement accessible puisque, à ma connaissance (à moins de posséder l’ouvrage sus-cité), elle figure très rarement dans les bibliographies de Gustave Thibon et qu’elle n’a pas été rééditée.
Elle comporte sept parties, et nous nous proposons d’en reproduire de très larges extraits dans les pages de ce blogue. Vous trouverez donc ci-dessous l’essentiel de la première, intitulée « Déclin des libertés ».
Les analyses et les commentaires de Gustave Thibon, comme toujours, y sont lumineux et, plus de six décennies plus tard – malgré pourtant les allusions qu’on y trouve aux circonstances particulières des temps où elle fut prononcée – , demeurent d’une fulgurante actualité.

Atlas esclave - Michel-Ange

Michel-Ange : Atlas esclave
(Galerie de l’Académie – Florence)

frise

- Christianisme et liberté -
1ère partie : Déclin des libertés.

« Le titre même d’un livre célèbre – dont je ne veux pas discuter ici le contenu et que personnellement j’aime assez peu – me paraît étrangement révélateur du désordre de notre époque. Il s’agit de « J’ai choisi la liberté ». En temps normal, la liberté constitue un donné indiscutable et la base même de l’action : on choisit ceci ou cela ; aujourd’hui, il faut choisir d’abord la faculté de choisir !
Le problème essentiel est là : dans tous les domaines, nous assistons, sous une forme tantôt violente et tantôt insidieuse, à la régression des libertés. L’homme choisit de moins en moins : une autorité anonyme et centralisée choisit à sa place.

Il n’est plus libre dans son corps. Les entraves apportées à la circulation, les vaccinations obligatoires, la conscription militaire, sans parler de la généralisation des mœurs policières, des lois rétroactives, du rationnement alimentaire, et des transferts de populations qui sévissent encore dans tant de pays, font de l’habeas corpus des anciens juristes une notion de plus en plus périmée.
Il n’est plus libre dans son âme. L’Ecole unique et les slogans d’une propagande obsédante restreignent toujours davantage l’éclosion spontanée de ses pensées et de ses sentiments.
Il n’est plus libre de son activité économique. L’Etat qui empiète déjà lourdement sur les fonctions du médecin, de l’éducateur et du directeur de conscience, se fait aussi industriel, commerçant, assureur. Une fiscalité dévorante doublée d’une réglementation oppressive menaçent la liberté et jusqu’à l’existence de l’entreprise privée. La condition prolétarienne – si l’on entend par ce mot l’absence de choix et la nécessité de se soumettre à un pouvoir extérieur – tend à s’étendre à tous les individus et à toutes les classes sociales. Un immense système de redistribution, aussi mal conçu que mal appliqué, a trop souvent pour effet de pénaliser le travail et de favoriser le parasitisme. L’Etat omniprésent supprime à la fois tous les risques et toutes les chances de la liberté.
Il n’est pas libre dans son activité politique. Il n’a plus le choix entre des hommes qui représenteraient ses aspirations et ses intérêts concrets, mais entre quelques programmes abstaits, issus de partis monolithiques qui portent en eux le germe de l’Etat dictatorial et qui exigent des individus une adhésion, un enrôlement inconditionnels.

Le tableau est sans doute excessif. Mais cet esclavage universel, qui s’épanouit à quelques centaines de kilomètres de nos frontières, existe déjà chez nous à l’état d’ébauche et de menace. L’ère des organisateurs et des technocrates a commencé : la personne humaine, privée de toute attache vivante, n’est plus un membre dans un organisme, mais un rouage dans une machine, un chiffre dans une statistique. C’est l’esclave isolé au sein de la foule des esclaves, la « multiplication des seuls » annoncée par Valéry (…).

Mais le pire danger, c’est qu’en perdant ses libertés extérieures, l’homme perd aussi le sens et le goût de la liberté. On dit avec raison que l’esclavage dégrade les hommes jusqu’à s’en faire aimer.
En fait, nous constatons une désaffection croissante à l’égard de la liberté. Elle se traduit par la fuite du risque et la recherche d’une sécurité impersonnelle (la ruée générale vers le fonctionnarisme en est le symptôme le plus frappant) et aussi par une réceptivité dangereuse aux propagandes. La liberté, qui fut une idole, devient un fardeau ; elle n’est pas seulement paralysée du dehors, elle abdique aussi du dedans. L’homme a peur de sa propre responsabilité ; il aspire obscurément à s’abandonner à cette force sans nom et sans visage qui le dispense de penser et d’agir par lui-même. Il y a là un cercle infernal. D’une part le progrès du collectivisme et de la rationalisation dégoûte l’homme d’exercer une liberté qui lui coûte trop cher (nous sommes au seuil d’un monde où l’homme libre apparaît de plus en plus comme un outsider voire un paria) et, d’autre part, l’abandon de la liberté rend nécessaire la tutelle du collectivisme. Un seul exemple : la fonte actuelle du patrimoine familial, rongé par les dévaluations et les impôts, enlève à beaucoup d’enfants la faculté d’assister leurs vieux parents et cette même impuissance appelle et légitime l’intervention de l’Etat. La récente loi, qui dispense les enfants de subvenir aux besoins des parents, homologue officiellement cet état de fait (…).
Un fardeau trop lourd incite l’homme, non seulement à se décharger, mais à devenir lui-même une charge. Quand le choix de la liberté exige des efforts héroïques, la « ruée vers la servitude » dont parlait déjà Tacite prend les proportions d’une déroute universelle ».  

A suivre :
2ème partie « Nature et liberté » > ici

Gustave Thibon

2018-54. Saint Vincent de Paul : un saint éminemment politique.

19 juillet,
Fête de Saint Vincent de Paul.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La fête de Saint Vincent de Paul nous permet de célébrer dans la joie et l’action de grâces à Dieu, l’un des très grands saints de notre chère France : la vraie France, celle qui est née dans les fonts baptismaux de Reims et qui a été grande à la face de tous les peuples tant qu’elle est restée fidèle, en tant même que royaume, à la doctrine évangélique, et tant qu’elle s’est enorgueillie de proclamer dans le prologue de ses institutions sociales et politiques : « Vive le Christ qui aime les Francs ! »
En un temps où l’on confond quasi universellement la pratique de la charité chrétienne avec les oeuvres humanitaires ou la bienfaisance naturelle, il me semble utile de livrer à votre réflexion et méditation des extraits d’un texte très juste et très intéressant tiré d’un petit ouvrage de feu le Révérend Père Yves-Marie Salem-Carrière (+ 1994), lequel était un prêtre lazariste, c’est-à-dire un fils spirituel de Saint Vincent de Paul dont il avait bien approfondi les écrits et la pensée. Ce livre, publié en 1993 aux éditions Dominique Martin Morin, s’intitule « Saint Vincent de Paul et la Politique ».
Voici donc ces extraits du premier chapitre qui rappellent quelques vérités bien peu comprises et acceptées, aujourd’hui où la séparation absolue des domaines spirituels et temporels est professée comme une espèce de dogme non seulement par les laïcistes, mais également par un certain nombre d’hommes d’Eglise qui manquent cruellement de formation philosophique, de doctrine catholique… et de bon sens !

Lully.

Autres textes relatifs à Saint Vincent de Paul dans les pages de ce blogue :
- Témoignage de Saint Vincent de Paul sur la mort de Louis XIII > ici
- Le cœur de Saint Vincent de Paul et la France > ici
- Histoire des reliques de Saint Vincent de Paul > ici

Saint Vincent de Paul au Conseil de conscience de la Reine Anne d'Autriche

Saint Vincent de Paul au Conseil de conscience de la Reine Anne d’Autriche
(gravure d’après le tableau de Jean-François de Troy)

Un saint nécessairement politique
parce qu’il était au service du salut accompli par Notre-Seigneur.

« (…) Saint Vincent de Paul n’est pas un philanthrope, un précurseur de l’Internationale socialiste, un pionnier de la démocratie chrétienne. Il est le contraire même de l’esprit rousseauiste. « Rien ne me plaît qu’en Jésus-Christ ». L’incarnation, la Rédemption, l’Eglise sont la source de son dévouement envers les créatures de Dieu.

(…) La pensée politique de Saint Vincent n’est pas didactique, mais elle est formulée, ou du moins clairement exprimée, par deux certitudes qui la fondent et sans lesquelles on ne peut construire ou maintenir une Cité, un Peuple, un Etat, une Civilisation. 
(…) Première certitude vincentienne : la notion de « nature humaine », la définition de l’être humain et de son « infection » par le péché. Ce réalisme tragique, il faut le compléter par l’espérance dans le Salut en notre Sauveur Jésus-Christ. Cette notion de nature humaine a déjà des conséquences dans la politique, selon que le laxisme et le libéralisme seront de règle, ou bien qu’une nécessaire discipline et une autorité ferme empêcheront la déliquescence des peuples et des Etats.
Deuxième certitude : les vérités éternelles, vitales, enseignées par le Sauveur. Qu’on le veuille ou non, on ne peut gouverner ni diriger si on ignore les principes fondamentaux que le Christ a donnés au monde.
Un responsable politique, surtout au plus haut niveau, est bien obligé de se faire une idée sur l’homme. Cette « idée sur l’homme » va imprégner toute l’activité de la personne, même dans l’ordre économique et social, dans la législation, le Code civil, la Défense. La vie n’est pas neutre : les erreurs ou les rêveries s’achèvent dans le malheur. Le Seigneur est clair : « Celui qui bâtit sa maison sur le rocher, les ouragans, les pluies, les tempêtes déferleront sur elle, elle résistera. Celui qui a bâti sur le sable… elle sera détruite. »
A ces deux certitudes, Saint Vincent ajoute la constatation des évidences historiques, des expériences de chaque génération.
Nous pouvons donc affirmer que, si la pensée politique vincentienne n’a jamais pris le tout d’un traité de politique, sa réflexion, sa connaissance des rois et des peuples, assurent qu’il travailla solidement et pour toutes les époques. Sa pensée n’est pas celle d’une génération, influencée par les sentiments de son siècle : elle est, elle sera toujours, actuelle, classique, universelle. Car l’Histoire montre la vérité de la nature humaine et des enseignements évangéliques confiés à l’Eglise.
La politique vincentienne est une politique du salut des âmes, du salut des nations, c’est-à-dire de la conversion. Sinon, il y a perdition de l’homme et de la société. Pour un catholique, il n’y a pas d’autre politique : le refus de la rédemption, c’est la défaite pour toute société. Tout a été essayé, de l’Eglise assermentée au Ralliement. Il serait temps de repenser aux « deux Cités » de Saint Augustin ou aux « deux Etendards » de Saint Ignace de Loyola. Ce n’est pas du manichéisme, car la victoire du Bien est déjà assurée « per Christum ».
Cela dit et exposé, il faut « parler politique » ou « faire de la politique », comme M. Jourdain faisait de la prose. Saint Vincent s’est engagé sur ce terrain, non comme politicien, mais pour servir, sauver l’âme du peuple, l’âme de la Cité. L’idée de servir le Royaume du Christ en France est celle qui anime tous les prêtres, tous les baptisés qui savent leur devoir de collaborer à l’œuvre du « Salut des Nations », depuis la vocation du Peuple d’Israël, jusqu’à l’avènement final du Seigneur « quand les temps seront accomplis ».
Saint Vincent a noué des relations et des amitiés, non pas avec des politiciens principalement préoccupés par les joutes électorales, mais avec de vrais « hommes d’Etat », serviteurs du pays, poussés par un idéal noble, à l’intelligence lucide et à la volonté persévérante.

Entre 1601 et 1660, Saint Vincent a rencontré en tête-à-tête Henri IV puis Louis XIII, la Reine Anne d’Autriche après la Reine Marie de Médicis, et aussi Richelieu, Mazarin, le général de Gondi, ministre de la marine, les présidents de divers parlements, la duchesse d’Aiguillon, etc. Il s’occupera des affaires de Pologne, des troubles civils de la Fronde, des Croquants, des persécutions en Irlande ; il sera, bien sûr, en relations avec le pape et ses légats, avec des quantités d’évêques. Et, quotidiennement, la menace islamique ou arable l’occupera. Ainsi, grâce à son intelligence et à son cœur, il aura bien servi son pays en veillant aux intérêts de Dieu.

(…) Saint Vincent de Paul, qui a pesé la relativité de toutes choses humaines (…) affirme que les fondements de tout jugement, de toutes décisions, doivent se faire à la lumière des enseignements du Sauveur.
C’est ainsi, en se référant aux valeurs absolues de la doctine catholique, qu’il va mener son action politique (…).
Les réalités temporelles seront alors animées, vivifiées, par les vérités éternelles et l’unique finalité : « la gloire de Dieu et le salut des âmes » !

Quand il parle de l’autorité, de l’opinion, de l’emploi de la force, de l’éducation, de l’action caritative, sa pensée est d’abord imprégnée de la pensée du Christ. Dans ses relations avec les rois, les reines, les ministres, les parlements, on peut ainsi vérifier l’application de sa devise : « Rien ne me plaît qu’en Jésus-Christ ».
Etrange programme politique, aux yeux de nos contemporains, qui n’a plus rien à voir avec l’électoralisme et la démagogie devenus, chez nous, tabous et mythologiques.
Il y a un Sauveur, Il a parlé, Il a confié sa parole et ses sacrements à une Eglise catholique ; Il sauve les individus et les peuples, et Lui seul est Sauveur, pas un autre. Chacun est sauveur dans la mesure où il travaille avec Lui. »

Rd. Père Yves-Marie Salem-Carrière,
in « Saint Vincent de Paul et la Politique », éd. DMM 1993
(pp. 7, 8-11, 16)

Saint Vincent de Paul au Conseil de conscience de la Reine Anne d'Autriche - détail

2018-53. Lettre du Prieur de la Confrérie Royale à l’occasion du centième anniversaire du martyre de la famille impériale russe, le 17 juillet 1918.

1918 – 17 juillet – 2018

Icône sainte famille impériale russe

Icône de la sainte famille impériale russe martyre

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, vers le petit matin, dans la cave de la maison Ipatiev à Ekaterinbourg, petite ville de l’Oural, Leurs Majestés Impériales le Tsar Nicolas II Aleksandrovitch et la Tsarine Alexandra Feodorovna, ainsi que leurs cinq enfants : les grandes duchesses Olga, Tatiana, Maria et Anastasia et le Tsarévitch Alexis furent horriblement massacrés, puis leurs corps furent jetés dans une fosse à quelque deux kilomètres de là.

Il n’est point dans mon intention de relater les détails de cette abominable boucherie, ni même de rappeler les circonstances qui ont conduit à la chute de l’empire des Romanov.

Je veux en revanche insister sur le fait que, selon les paroles de Notre-Dame de Fatima quelques mois plus tôt, l’écroulement de cet empire russe chrétien, allait permettre que la Russie répandrait ses erreurs dans le monde provoquant guerres et persécutions.

A la suite de la famille impériale martyre, des centaines de milliers de moines, de moniales, de fidèles adultes et enfants, en Russie puis dans tous les pays où le communisme triomphant exporta ses doctrines abominables, derrière les rideaux de fer ou de bambou et sur tous les continents, ont subi le martyre sanglant en raison de leur fidélité au Christ.

Je veux en revanche insister sur le fait que les deux révolutions russes (1905 et 1917), ne sont que les filles et les épigones de l’abominable révolution de 1789, et que les bourreaux de 1917 et des décennies suivantes ne sont que les successeurs et continuateurs de ceux qui ont conduit à l’échafaud Leurs Majestés le Roi Louis XVI et la Reine Marie-Antoinette, Madame Elisabeth, les Bienheureuses Martyres d’Orange, les Bienheureuses Ursulines de Valenciennes, les Bienheureuses Filles de la Charité d’Arras, les Bienheureuses Carmélites de Compiègne (dont la fête liturgique se trouve justement en ce 17 juillet – cf. > ici), et tant de milliers d’autres connus ou anonymes ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont fait mourir à petit feu emmuré Sa Majesté le Roi Louis XVII, ou confiné plusieurs milliers de religieux et de prêtres dans les pontons des navires-mouroirs de Rochefort ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont fusillé et percé de baïonnettes les Bienheureux Martyrs d’Angers et d’Avrillé, les milliers de défenseurs de Lyon s’insurgeant contre la Convention ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont brûlé vifs les villageois et les tout petits enfants des Lucs sur Boulogne et les habitants de nombreux bourgs de nos bocages et de nos campagnes ; les successeurs et continuateurs de ceux qui ont égorgé avec une liesse satanique les détenus des prisons et des hôpitaux de Paris en septembre 1792, ou organisé des noyades en série dans des mises en scène aussi cruelles qu’impudiques… etc. …etc.

Je veux en revanche insister sur le fait que les millions de victimes des deux guerres mondiales du XXe siècle, ainsi que des guerres liées aux combats d’ « unification nationale » au XIXe siècle (par exemple pour l’Italie et l’Allemagne), ou des guerres dites d’indépendance au XXe siècle, comme encore les millions de victimes de toutes les idéologies qui découlent des divers avatars du nationalisme (dont les plus célèbres sont le fascisme et le national socialisme hitlérien) – ce nationalisme vers lequel lorgnent pourtant certains catholiques qui, ce faisant, croient être contre-révolutionnaires ! -, toutes, absolument toutes, sont en fait des victimes de la révolution dite française continuée, exportée, diversifiée, démultipliée, à la manière des têtes sans cesse renaissantes d’une hydre sortie de l’enfer.

Je pourrai développer cette sanglante et sinistre litanie sur des pages et des pages encore…

La nuit prochaine, nuit de l’exact centième anniversaire du martyre de la famille impériale russe, le Patriarche orthodoxe Cyrille de Moscou conduira une imposante procession sur 21 km – oui, vous avez bien lu : sur 21 km ! – à Ekaterinbourg.

Certes, je ne suis pas orthodoxe et je ne méconnais ni ne minimise les obstacles doctrinaux qui empêchent l’unité et la pleine communion entre orthodoxes et catholiques, néanmoins je ne peux que souscrire et reprendre à mon propre compte et pour le compte de toute la Confrérie Royale cette déclaration du Patriarche Cyrille : « Lavés par le sang de nos martyrs nous devons devenir un autre peuple qui ne permettra jamais plus d’outrager ses valeurs sacrées, de se refuser à Dieu » ; et l’on voudrait qu’aujourd’hui en Occident et dans l’Eglise catholique romaine des évêques aient des convictions suffisantes et assez de courage pour tenir le même langage au sujet de la révolution de 1789 et de toutes ses continuations : pour tenir le même langage lorsqu’ils sont interrogés par nos médias pourris, pour tenir le même langage en face des politiques marionnettes des loges, pour tenir le même langage surtout dans nos églises et nos cathédrales dévastées par la crise moderniste en face de fidèles qui, dans leur écrasante majorité, ne professent plus que des bribes de la foi authentique révélée par Notre-Seigneur !

Mon Dieu, donnez-nous des évêques et des prêtres capables de prêcher la pénitence et l’expiation au sujet de la satanique révolution, et, ce faisant, entraînant les âmes vers une authentique conversion des intelligences, une authentique conversion des cœurs et une authentique conversion des mœurs pour que la pureté et l’intégralité de la foi divine soit restaurée non seulement dans les âmes mais dans la société tout entière !

Le but de la révolution en effet, en 1789 comme en 1917, a été de détruire les monarchies chrétiennes, remparts de l’Eglise et de la foi, ce pourquoi la seule véritable et nécessaire contre-révolution se fonde sur la conversion profonde des individus, des institutions et des sociétés pour restaurer dans leur pureté et leur splendeur spirituelle des Rois et des Princes authentiquement chrétiens, participant de toute leur légitimité et de toute leur volonté aux desseins rédempteurs et sanctificateurs de Dieu, dans l’ordre social et politique qui leur a été départi par la divine Providence.

J’ai cru nécessaire de le rappeler avec force à l’occasion du centième anniversaire du massacre de Leurs Majestés Impériales le Tsar Nicolas II Aleksandrovitch, la Tsarine Alexandra Feodorovna, et leurs cinq enfants, authentiques martyrs comme la famille royale française lors de la grande révolution, parce que c’est en haine de la royauté chrétienne dont ils incarnaient les principes (malgré leurs faiblesses personnelles), en haine du Droit Divin, et donc en haine du Christ Notre-Seigneur, qu’ils ont été mis à mort.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur,
Prieur.

Blason Frère Maximilien-Marie

2018-47. Deo gratias !

Grâce de renouveau de vie spirituelle et de ferveur
reçue lors du pèlerinage de la Légitimité
au Puy-en-Velay :

Le Puy-en-Velay

Nous avons reçu ces jours-ci le témoignage suivant, qui tient en peu de mots mais qui illustre cependant de manière éloquente les grandes grâces dont le pèlerinage annuel de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay peut être l’occasion. S’il y a – et nous en avons publié les récits – des grâces de guérison physique, les grâces de guérison intérieure, moins spectaculaire, ne sont toutefois pas les moindres.
Merci à T. qui a tenu à témoigner de la grâce reçue, et – par dessus-tout – merci à Notre-Seigneur et à Notre-Dame pour leurs bienfaits et leur sollicitude !

« Je vous fais parvenir la grâce que j’ai reçue lors du pèlerinage du Puy.
Jusqu’au pèlerinage au Puy en 2018 et ce, depuis presque une année, je m’étais fortement éloigné de la religion, ayant décidé de vivre ma vie. Je ne priais que très peu. Durant ce dernier pèlerinage, au cours de l’adoration guidée par vous-même, vos paroles ont suscité en moi un grand réveil de foi de façon instantanée. A partir de ce moment là, je me suis remis à prier de toute la ferveur de mon âme, priant par exemple un rosaire par jour (chose que je ne faisais pas avant). J’ai l’intime conviction d’avoir reçu du Ciel une immense grâce pour ce retour à la Foi. T. »

Sacrés Coeurs de Jésus et Marie

L’hymne « Salve, virilis pectoris Virgo ! » des vêpres de Sainte Jeanne d’Arc.

30 mai,
fête de Sainte Jeanne d’Arc, vierge,
céleste protectrice de la France avec Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, après Notre-Dame de l’Assomption
(en France, fête double de 2ème classe).

Pour nos amis qui ne seraient pas toujours très à l’aise avec la langue latine mais qui souhaiteraient néanmoins s’associer à la prière officielle de la Sainte Eglise au moyen des hymnes propres par lesquels le bréviaire chante la gloire de Sainte Jeanne d’Arc, voici le texte et une traduction de l’hymne « Salve, virilis pectoris Virgo » que l’on trouve aux premières et secondes vêpres de sa fête.

Vitrail Sainte Jeanne d'Arc - église Saint-Georges de Néris-les-Bains

Vitrail de Sainte Jeanne d’Arc
église Saint-Georges de Néris-les-Bains

fleur de lys gif2

Salve, virílis pectóris
Virgo, Patróna Gálliæ !
Torménta dira sústinens,
Christi refers imáginem.

Salut, ô Vierge au cœur viril,
Patronne de la France !
En supportant de cruels tourments,
Tu reproduis l’image du Christ.

Voces supérnas áudiens,
Iesu repléta lúmine,
Dum fata pandis pátriæ,
Silent pavéntque iúdices.

Lorsque, entendant les voix célestes,
Remplie de la lumière de Jésus,
Tu dévoiles les destins du pays,
Les juges se taisent et sont saisis de crainte.

Oppréssa flammis, clámitas
Iesum, crucémque fórtiter
Ampléxa, ad Ipsum, símplicis
Instar colúmbæ, pérvolas.

Étouffée par les flammes,
Tu appelles Jésus, et embrassant
Etroitement la croix, c’est vers Lui que,
Semblable à la candide colombe, tu t’envoles.

Choris beátis Vírginum
Adscrípta, cives ádiuva :
Te deprecánte, síngulis
Detur coróna glóriæ.

Admise parmi les chœurs bienheureux des Vierges,
Viens en aide à tes concitoyens ;
Que par ta prière, à chacun
soit donnée la couronne de gloire.

Sit laus Patri, sit Fílio :
Sancto decus Paráclito,
Qui corda amóre sáuciat,
Vires et auget lánguidis.

Louange soit au Père et au Fils,
Honneur au Saint Paraclet,
Qui blesse d’amour les cœurs
Et augmente la force des languissants.

Amen.

Blason de Sainte Jeanne d'Arc

Autres publications consacrées à Sainte Jeanne d’Arc dans les pages de ce blogue :

- A Sainte Jeanne d’Arc : prière pour la France et cantique du Père Doncœur > ici
– Extrait du panégyrique de Jeanne d’Arc par Monseigneur Pie > ici
– Sainte Jeanne d’Arc et la légitimité > ici
« Le cœur de Jeanne était resté intact et plein de sang » > ici
- Témoignage des dominicains qui assistèrent Jeanne d’Arc en son supplice > ici

– Témoignage du Frère Jean Pasquerel aumônier et confesseur de Jeanne > ici

2018-46. Ils ne pouvaient concevoir une politique qui fût détachée du sacré.

29 mai,
fête de Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi, vierge ;
anniversaire de la prise de Constantinople par les Turcs (cf. § E > ici) ;
anniversaire du Sacre de SMTC le Roi Charles X (cf. > ici et > ici).

Armes de France gif

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En ce 29 mai, le souvenir ému du Sacre de SMTC le Roi Charles X (29 mai 1825) m’amène à livrer à votre lecture, et plus encore à votre méditation et réflexion, quelques lignes extraites de l’introduction d’un ouvrage récent dont nous saluons avec bonheur la parution au cours de ce premier semestre de l’année 2018 : « Le Comte de Saillans – 1790-1792 : le premier combattant de la contre-révolution »  écrit par Edouard et Bernard Ferrand (éditions SPM – avril 2018).
J’aurais l’occasion de reparler de cet ouvrage qui vient heureusement commencer à combler des lacunes et rendre justice à ce héros trop méconnu dont le Cercle Légitimiste du Vivarais essaie de maintenir la pieuse mémoire (cf. > ici).  Pour aujourd’hui, il me semble important de publier ici les lignes suivantes : elles résument de manière très intéressante ce qui fut l’esprit de l’Ancien Régime, l’esprit duquel nous nous efforçons de vivre par souci de cohérence absolue avec notre foi chrétienne, l’esprit qui anime les véritables légitimistes et le combat qu’il leur incombe de mener de nos jours, ce qui ne constitue en rien un « passéisme » : aurait-on l’idée de qualifier de « passéiste » le médecin qui s’efforce de ramener à la santé dont il jouissait auparavant un patient en grande souffrance ?

Lully.

Note :
Dans la citation qui suit, nous avons conservé la manière d’écrire des auteurs. Il est évident que si ce texte eût été de notre plume, nous aurions mis des majuscules à « Roi » et à « Souverain », par exemple, et que nous n’en eussions point mis à « révolution »… etc.

Baptême-Sacre du Roi Clovis

Le Baptême-Sacre du Roi Clovis 1er
acte de naissance de la France

« De même que leur vie quotidienne était imprégnée de sacré,
ils ne pouvaient concevoir une politique qui en fût détachée ».

« La société d’avant 1789 était une société où la vie était rythmée par les fêtes religieuses. C’était aussi la soumission à l’ordre naturel que l’on avait la certitude qu’il fut établi par Dieu dans sa Création, le respect de la nature dans ses fonctions essentielles, dans ses permanences, l’acceptation du réel, l’adhésion aux sages pratiques coutumières et donc le respect de la diversité humaine que l’on corrigeait par la charité, l’observation de la réalité sociale avec ses inégalités rendues protectrices au sein des communautés familiales, paroissiales, régionales, corporatives. Chacun, même si tous n’avaient pas lu saint Thomas d’Aquin, admettait de s’élever au Vrai, au Beau, au Bien, au sein de la communauté à laquelle il appartenait, sachant que son bien particulier était fonction de son bon ordonnancement au tout.
Si les hommes formés dans cet esprit de chrétienté n’envisageaient pas un autre régime, ce n’était pas par indigence d’esprit. De même que leur vie quotidienne était imprégnée de sacré, ils ne pouvaient concevoir une politique qui en fût détachée. La personne du roi, un souverain revêtu par la naissance d’une autorité transcendante pour assurer la paix civile et fédérer les diverses communautés en vue du bien commun, cela constituait pour eux l’irremplaçable garantie d’un harmonieux déploiement des activités de chacun selon ses finalités naturelles et surnaturelles.
La Révolution s’opposait à cet ordre politique. Ayant posé le principe de la souveraineté de l’individu, elle ne pouvait que vouloir infuser en chacun une âme d’essence individuelle, en révolte systématique contre toutes les lois présentées comme divines et naturelles. C’est pourquoi, il lui fallait changer l’homme, le « régénérer », le forcer à se plier à l’idéologie libertaire, égalitariste et humanitariste des principes de 1789. Une telle prétention revenait à pousser les hommes sous le joug d’une entité dès lors totalement différente. De graves réactions dans une population à laquelle on arrachait son univers séculaire prirent alors une ampleur d’autant plus forte.
Comme devait le dire Alexandre Soljenitsyne le 25 septembre 1993 inaugurant le Mémorial des Lucs-de-Boulogne en Vendée :

De siècle en siècle, les hommes ont fini par se convaincre, à partir de leur propre malheur, de ce que les révolutions détruisent le caractère organique de la société, qu’elles ruinent le cours naturel de la vie, qu’elles annihilent les meilleurs éléments de la population, en donnant libre champ aux pires. Aucune révolution ne peut enrichir un pays, tout juste quelques débrouillards sans scrupules sont cause de morts innombrables, d’une paupérisation étendue et, dans les cas les plus graves, d’une dégradation durable de la population. La Révolution française s’est déroulée au nom d’un slogan intrinsèquement contradictoire et irréalisable : liberté, égalité, fraternité. Mais dans la vie sociale, liberté et égalité tendent à s’exclure mutuellement, sont antagoniques l’une de l’autre ! La liberté détruit l’égalité sociale – c’est même là un des rôles de la liberté -, tandis que l’égalité restreint la liberté, car, autrement, on ne saurait y atteindre. Quant à la fraternité, elle n’est pas de leur famille. Ce n’est qu’un aventureux slogan et ce ne sont pas des dispositions sociales qui peuvent faire la véritable fraternité. Elle est d’ordre spirituel. Au surplus, à ce slogan ternaire, on ajoutait sur le ton de la menace : « ou la mort », ce qui en détruisait toute la signification. Jamais, à aucun pays, je ne pourrais souhaiter de grande Révolution.

Il est bien vrai que tous les totalitarismes du XXe siècle se sont inspirés de la Révolution française pour entraîner des peuples jusqu’à « l’abîme de la perdition ». Cette thèse fut notamment développée par François Furet, un des grands historiens de la Révolution française, pourtant marxiste à l’origine (…). »

Edouard Ferrand – Bernard Ferrand,
in « Le Comte de Saillans – 1790-1792 : le premier combattant de la contre-révolution »
Editions SPM avril 2018, introduction pp. 12-14.

guillotine-Terreur

Le symbole le plus éloquent de ce que fut en vérité la révolution…

2018-45. « Je n’avais plus ce mal dans la jambe ; je n’en revenais pas ! »

Vendredi des Quatre-Temps d’été, 25 mai 2018.

En corollaire à mes deux publications précédentes (cf. > ici et > ici) relatives au pèlerinage légitimiste auprès de Notre-Dame du Puy, je voudrais  publier, afin que vous en rendiez grâce avec nous, le témoignage d’une personne – qui ne sera désignée ici que par l’initiale de son prénom – qui, à l’occasion du pèlerinage organisé par la Confrérie Royale en mai 2017, a éprouvé une sensible amélioration de sa santé. Elle a bien voulu en faire un compte-rendu écrit, que nous avons remis à Monsieur le Recteur de la cathédrale-basilique Notre-Dame de l’Annonciation, car même s’il n’y a pas au Puy-en-Velay un « bureau des constations » comme il en existe un à Lourdes, ni de commission médicale pour étudier les guérisons, les autorités diocésaines du Puy et le rectorat de la cathédrale tiennent à réunir les témoignages des grâces, tant spirituelles que physiques, reçues dans le sanctuaire.
Lors du premier pèlerinage légitimiste au Puy, à l’occasion du Grand Jubilé, en juin 2016, un pèlerin avait bénéficié d’une guérison remarquable d’un glaucome (voir > ici) ; lors du deuxième pèlerinage, en mai 2017, il y a eu la grâce physique dont vous allez lire le récit ; si d’aventure quelque participant à ce troisième pèlerinage avait éprouvé quelque bienfait signalé obtenu par l’intercession de Notre-Dame du Puy, qu’il n’hésite pas à nous en faire part.
Pour nous, nous ne pouvons pas ne pas y voir le signe que le Roi du Ciel et Sa Très Sainte Mère ont pour agréables les pèlerinages de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay et qu’ils le manifestent !

Pierre des fièvres - Cathédrale du Puy

La « pierre des fièvres » dans la cathédrale-basilique Notre-Dame de l’Annonciation au Puy-en-Velay :
lors de ses deux apparitions en l’an 45 et en l’an 225,
la Sainte Mère de Dieu a demandé aux deux femmes auxquelles elle s’est manifestées et qu’elle a guéries
de se coucher sur cette grande dalle de basalte.

  • - Petit résumé de ma guérison :

« Je me suis rendue en mai 2017 au pèlerinage organisé par la « Confrérie Royale » au Puy-en-Velay.
Cela faisait presque 10 mois que j’avais mal à une jambe.

En effet, le 26 juillet 2016 dans la soirée j’ai eu subitement une sorte de mal dans la jambe, un peu comme une sciatique. C’était très douloureux pour macher car je n’arrivais pas à plier le genou, cela me faisait comme une barre et, à chaque sortie, je m’arrêtais très souvent pour m’asseoir sur un banc. Aussi lorsque j’allais faire des courses cela était assez pénible de rester debout devant les rayons. Cependant je ne suis jamais allée consulter un docteur.

Arrivée à la cathédrale du Puy, je me suis allongée sur la Pierre aux fièvres en pensant surtout à la guérison d’un petit garçon handicapé et j’ai beaucoup demandé pour lui. J’ai un peu demandé pour moi, mais je pensais que pour lui c’était pire et, à chaque fois que j’ai eu l’occasion de m’allonger dessus, jusqu’au dernier jour, le dimanche matin, j’ai demandé de tout mon coeur à la Sainte Vierge et à Jésus de guérir cet enfant.

Dans le milieu de la semaine qui a suivi mon retour du pèlerinage, quelqu’un au bureau s’est rendu compte que je marchais mieux. Effectivement, je n’avais plus ce mal dans la jambe ; je n’en revenais pas ! Ayant porté cette souffrance pendant 10 mois environ, j’étais soulagée et agréablement surprise.

A l’heure actuelle, j’ai toujours parfois mal aux genoux mais c’est à cause du poids et cela n’a plus rien à voir avec ce mal dans la jambe qui me faisait souvent boiter.

J’ai pensé d’abord que peut-être une personne aurait pu prier pour moi car cela m’arrive aussi de le faire sans en parler spécialement, mais j’ai bien sûr pensé également à la Pierre aux fièvres.

J’ai remercié notre chère Mère du Ciel ainsi que son Fils tout-puissant, Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour m’avoir guérie.

Alléluia !

A. »

Statue de la Vierge Noire

Notre-Dame du Puy, priez pour nous !

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