Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2011-70. Cappuccino et croissants…

12 septembre,
fête du Saint Nom de Marie.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

La liturgie célèbre en ce jour le Saint Nom de Marie (que j’avais déjà évoqué ici > ici).
Cette fête, qui appartenait auparavant au propre de certains diocèses ou congrégations religieuses, fut instituée dans l’Eglise universelle par le Bienheureux Innocent XI en action de grâces pour la victoire de Vienne, qui advint le 12 septembre 1683.
Supprimée dans le calendrier de la liturgie réformée de 1969, elle y a été réintroduite par Jean Paul II dans l’édition de l’année 2002 du missel pour la « forme ordinaire du rite romain » (*), alors qu’elle est toujours restée – bien entendu! – dans les fêtes de la messe latine traditionnelle.

L’expansion de l’empire ottoman :

Disons-le sans détour : la « religion » mahométane a toujours été un danger pour la chrétienté et, depuis son origine, l’islam, à des degrés divers, a toujours persécuté les chrétiens.

Prise de Constantinople par le sultan Mehmet II en 1453

La chute de Constantinople le 29 mai 1453.

Après la prise et le saccage de Constantinople, le 29 mai 1453 (dont l’anniversaire devrait être à perpétuité célébré par une journée de deuil européen), les Turcs n’ont jamais cessé de se lancer à la conquête de l’Occident et de vouloir le soumettre à leur cruelle domination.

Trois ans plus tard, ayant soumis la Grèce, l’Albanie et la Serbie, les Ottomans furent stoppés devant Belgrade par l’armée des va-nu-pieds commandée par Jean Hunyadi et animée par le franciscain Saint Jean de Capistran. C’était le 22 juillet 1456.
Le sultan Mahomet II, de sinistre mémoire puisque c’est lui qui s’était emparé de Constantinople et en avait ordonné la mise à sac, fut lui-même blessé dans cette bataille et s’enfuit.
Par la suite, il réussira néanmoins à conquérir la Bosnie et l’Herzégovine.

Saint Jean de Capistran

Saint Jean de Capistran (1386-1456)
acteur spirituel de la victoire de Belgrade par l’invocation du Saint Nom de Jésus.

En apprenant la victoire de Belgrade, le pape Callixte III déclara que cette bataille avait « décidé du sort de la Chrétienté » et, en action de grâces, il institua pour toute l’Eglise la fête de la Transfiguration de Notre-Seigneur, à la date du 6 août.

Il est à noter qu’en cette année 2011, le 4 juillet, le parlement hongrois a adopté à la demande du premier ministre Victor Orban, une motion faisant de l’anniversaire de cette victoire, le 22 juillet donc, une journée de commémoration nationale.
La république française instituera-t-elle un jour une fête nationale à la date du 25 octobre pour commémorer la fameuse victoire de Charles Martel en 732?

Dans la seconde moitié du XVème siècle, toujours par la guerre et le pillage, l’empire ottoman conquit l’Iraq, la Perse et l’Egypte.
Vient ensuite le règne de celui qui est entré dans nos livres d’histoire sous le nom de Soliman le magnifique (1520-1566) : il soumit à nouveau la Serbie en s’emparant de Belgrade en 1521, prit Rhodes en 1522, conquit une partie de la Hongrie en 1526, mit le siège devant Vienne à trois reprises, étendit son empire sur l’Anatolie, l’Azerbaïdjan, le Yémen et toute l’Afrique du Nord… etc.

Le successeur de Soliman, Sélim II, attaqua Malte, sans pouvoir s’en emparer, mais il soumit Chypre.
C’est alors que la célèbre bataille de Lépante, le 7 octobre 1571, mit un terme à l’expansion ottomane vers l’Occident et amorça le déclin de cet empire fanatique.

St Pie V en prière reçoit la révélation de la victoire de Lépante

Lazzaro Baldi : Saint Pie V en prière reçoit la révélation de la victoire de Lépante.

Je ne m’étendrai pas ici sur les détails de cette bataille. Je rappellerai seulement que, obtenue en particulier par une mobilisation de prière – spécialement la prière du Rosaire -, la fête de Notre-Dame de la Victoire du Très Saint Rosaire, aujourd’hui plus simplement nommée fête de Notre-Dame du Rosaire et célébrée à la date du 7 octobre (mais solennisée le premier dimanche d’octobre), fut alors instituée en action de grâces par le Pape Saint Pie V.

La Victoire de Vienne :

Après leur défaite à Lépante, les Turcs ne se calmèrent toutefois pas tout de suite : à plusieurs reprises au cours du XVIIème siècle, ils tentèrent de nouvelles avancées en Europe centrale.

En 1683, c’est une armée de quelque trois cent mille hommes commandée par le grand vizir Kata Mustapha Pacha et guidée par le comte hongrois Tököly (il était protestant et sa haine du catholicisme lui faisait préférer soutenir les mahométans), qui vint mettre le siège devant Vienne à partir du 14 juillet.
L’empereur Léopold et son beau-frère, Charles V de Lorraine, avaient quitté la ville, dans laquelle seulement treize mille hommes restaient sous les ordres du comte Sarhenberg.

Le Bienheureux Innocent XI espérait constituer une nouvelle ligue des princes et souverains catholiques contre les Turcs, mais en définitive il ne put compter que sur le roi de Pologne Jean III Sobieski  (1624-1696).
Jean III était d’abord réticent et voulait imposer des conditions exorbitantes à sa participation : le Bienheureux Marc d’Aviano, un prêtre capucin envoyé par le Pape Innocent XI, vint le trouver alors qu’il se trouvait en pèlerinage à Chestochowa.
Le capucin l’exorta, le poussa à la réflexion et à la prière et… le roi de Pologne se mit en route avec ses troupes le 15 août.

Bienheureux Marc d'Aviano

Bienheureux Marc d’Aviano (1631-1699)
Prêtre capucin et acteur spirituel de la victoire de Vienne.

Le roi Sobieski arriva sur les collines au nord de Vienne le 10 septembre. Le Bienheureux Marc d’Aviano s’employa alors à confesser et à encourager les combattants.

Le dimanche 12 septembre 1683, Jean Sobieski servit la messe célébrée par le Bienheureux Marc d’Aviano : il y communia, arma son fils chevalier et prit le commandement de l’armée catholique où, en plus de ses troupes polonaises, il y avait celles du duc de Lorraine et du prince de Waldeck.
«Aujourd’hui, s’écria-t-il, il y va tout ensemble de la délivrance de Vienne, de la conservation de la Pologne et du salut de la chrétienté entière!»

Le Père Marc bénit les troupes, en leur prophétisant une grande victoire (on rapporte même qu’il remplaça l’ Ite missa est par ces mots : Ioannes vincet! Jean vaincra).
Puis Jean III se mit à la tête des coalisés et chargea en criant : «Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam! Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à Votre Nom donnez la gloire (
ps. CXIII)».
Les Ottomans furent battus sur le site de Kahlenberg et, dans Vienne délivrée, Jean Sobieski vint se prosterner avec ses généraux devant la statue de Notre-Dame de Lorette, vénérée dans l’église des Augustins où l’on chanta un Te Deum.

Ce jour-là, on avait fait dans Rome une grande procession que, malgré une crise de goutte, le Bienheureux Innocent XI avait tenu à suivre en personne ; le 24 septembre, le cardinal-vicaire prescrivit des sonneries de cloches et des prières d’action de grâces et, le 25 novembre, un décret établissait la fête du Saint Nom de Marie, l’assignant au dimanche dans l’octave de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie. Par la suite, elle fut fixée au jour anniversaire de la bataille : le 12 septembre.

Cappuccino et croissants : 

Alors que – dans l’ignorance crasse des évènements du passé qui semble caractériser notre époque et favoriser de ce fait toute sorte d’imprudences politiques et religieuses – la grande victoire de Vienne paraît oubliée : il n’en demeure pas moins qu’un très grand nombre de nos contemporains la célèbrent sans le savoir, parfois même de manière quotidienne en… savourant un croissant et en buvant un cappuccino!!!

Cappuccino et croissant

Le croissant fut en effet créé par les boulangers de Vienne à la suite de cette victoire : selon la tradition, pendant le siège et avant la délivrance accomplie par Jean III Sobieski, les Ottomans avaient tenté de s’emparer de la ville par surprise en creusant la nuit des galeries passant sous les remparts.
Mais les boulangers, qui travaillaient justement la nuit dans leurs fournils, entendirent le bruit des travaux de sape organisés par les envahisseurs et donnèrent l’alarme, ce qui permit de déjouer leur ruse.
En récompense, l’empereur Léopold leur accorda le privilège d’immortaliser l’évènement par la réalisation d’une pâtisserie dont la forme fut inspirée par le croissant de lune placé par les mahométans sur leurs étendards.
A l’origine, ces viennoiseries étaient réalisées avec une pâte à pain briochée. Elles furent importées en France par la Reine Marie-Antoinette, et c’est seulement en 1920 que les boulangers parisiens commencèrent à les confectionner avec une pâte au beurre feuilletée.

Quand au cappuccino, dont se délectent les amateurs de café, son nom lui vient directement du Bienheureux Marc d’Aviano, qui était, je vous l’ai dit, prêtre capucin (cappuccino en italien) : les armées ottomanes en s’enfuyant avaient laissé des sacs plein de café dont le bon religieux fit faire une boisson réconfortante pour ceux qui avaient victorieusement combattu. La manière dont il le fit apprêter, encore inconnue à Vienne, connut un si vif succès qu’elle lui valut de garder le nom de son ordre religieux!

En cette fête du Saint Nom de Marie, et avant que des esprits tordus – comme on peut en trouver si souvent parmi ceux qui veulent imposer à l’Occident le renoncement à ses racines et traditions – ne les fassent interdire, rendez donc gloire à Dieu en savourant quelques croissants et un bon cappuccino, tout en vous réjouissant de la musique composée par Jean-Baptiste Lully pour la burlesque cérémonie des Turcs du « Bourgeois gentilhomme »!

Lully.                            

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(*) Je ne suis pas certain que presque 10 ans après sa publication officielle en langue latine cette édition du missel pour la forme ordinaire, qui a pourtant valeur normative, ait été publiée pour les diocèses de France!

2011-68. Décret du Saint-Siège concernant le martyre des victimes des massacres de septembre 1792 à Paris.

La date du 2 septembre ramène le souvenir et la fête liturgique des Bienheureux Martyrs de Septembre 1792.

Si ces Bienheureux ont été massacrés à Paris, si la majorité de ces Martyrs appartient au clergé parisien, il n’en demeure pas moins aussi qu’un certain nombre d’entre eux sont soit membres de congrégations religieuses soit originaires d’autres diocèses de France. Ce pourquoi cette fête est célébrée dans un grand nombre de diocèses.

Deux prêtres du diocèse de Viviers sont au nombre de ces glorieux martyrs, sauvagement assassinés en haine de l’Eglise Catholique Romaine, ce sont :
1) l’abbé Jean-Antoine Hyancinthe Boucharenc de Chaumeils : né en 1738 à Pradelles (cette ville appartenait à l’ancien diocèse de Viviers mais a été rattachée à celui du Puy à la révolution), vicaire général de Viviers, martyrisé aux Carmes le 2 septembre ;
2) l’abbé Jean-Joseph de Lavèze-Bellay : né en 1745 à Gluiras, en Vivarais, il fut prêtre incardiné à l’archidiocèse de Paris où il était confesseur des malades de l’Hôtel-Dieu ; il fut martyrisé au séminaire Saint-Firmin le 3 septembre.

On trouvera ci-dessous le décret du Saint-Siège qui permit la béatification de 191 des victimes mais différa celle de vingt-deux autres ecclésiastiques (surtout en raison du défaut de renseignements certains).
Si ce décret, que nous publions dans son intégralité, présente un aspect « juridique » très marqué en certains de ces passages, nous retiendrons spécialement les paragraphes introductifs dans lesquels fut exprimé par le Saint-Siège un jugement sans ambiguïté sur la révolution, son inspiration, ses acteurs et ses oeuvres ; ce sont ces lignes mêmes qui nous portent aujourd’hui à la reproduction de ce texte dans ce blogue.

Nota Bene:
Voir aussi le texte que nous avions publié le 2 septembre 2008, ici > www.

St Joseph des Carmes (Paris) reliques des bienheureux martyrs de septembre 1792

L’une des vitrines des cryptes de l’église Saint-Joseph des Carmes, à Paris,
présentant les restes des prêtres et religieux massacrés les 2 et 3 septembre 1792.

Rome 1er Octobre 1926,
Fête de saint Rémy, évêque de Reims.

On ne pourra jamais assez déplorer ce noir et misérable fléau qui, à la fin du XVIII° siècle, caché sous le nom mensonger de philosophie, avait perverti les esprits et corrompu les mœurs, et rempli avant tout la France de meurtres et de ruines.
L’âme est émue d’horreur au souvenir des inexprimables spectacles de cruauté et de barbarie qu’exhibèrent, pendant la révolution française, des hommes impies et scélérats, à peine dignes de ce nom d’hommes : les temples sacrés dépeuplés, les signes sacrés de la religion catholique violés, des évêques, des prêtres, de pieux laïques immolés arbitrairement, pour avoir refusé de prononcer une formule de serment décrétée par la puissance laïque et ouvertement opposée aux droits de l’Eglise, à la liberté de la conscience, ou pour s’être montrés moins bienveillants envers ces nouvelles institutions politiques.

Parmi tant de prêtres illustres et de chrétiens remarquables, qui durant cette noire tempête furent livrés à la mort, brille certes au premier rang cette insigne légion d’hommes, qui, à Paris, au mois de septembre 1792 furent immolés avec une souveraine injustice et une infâme barbarie.
Deux-cent-treize d’entre eux ont paru digne d’être décorés comme de courageux soldats du Christ de l’honneur que l’Eglise a l’habitude de décerner à ses martyrs, et la cause de leur martyre a été déférée au Siège Apostolique.
Leur mort fut exécutée au lieu même où ils étaient gardés prisonniers, c’est-à-dire au Couvent des Carmes pour cent-dix dont les noms suivent fidèlement transcrits, soixante-dix-sept furent massacrés au Séminaire Saint-Firmin, vingt-trois serviteurs de Dieu parmi les prisonniers écroués à la prison de l’Abbaye Saint-Germain, trois également dans la prison appelée La Force.

Les listes judiciaires établies et examinées devant le tribunal ecclésiastique de Paris par l’Autorité de l’Ordinaire et par celle du Siège Apostolique, sur le martyre et la cause du martyre, et les signes ou miracles, et leur forme légitime approuvée, une Congrégation Antépréparatoire fut tenue dans la demeure du Révérendissime Cardinal Vincent Vannutelli, Ponent de la Cause, le 23 octobre 1923 : il y fut traité du martyre, de la cause du martyre et des signes ou miracles de tous ces serviteurs de Dieu.
L’Assemblée Préparatoire fut convoquée deux années après au Vatican dans la Salle des Congrégations, le 15 novembre.
Cette année courante, le 13 juillet, les Comices Généraux ont été célébrés devant Notre Très Saint-Père le Pape Pie XI : Le Cardinal Vannutelli y proposa à la discussion le doute suivant : “Qu’en est-il du martyre, de la cause du martyre, et des signes ou miracles des susnommés deux-cent-treize Serviteurs de Dieu ? »

Les suffrages des Révérendissimes Cardinaux et des Pères Consulteurs furent écoutés avec attention par le Très Saint Père ; il différa cependant l’expression de son sentiment ; il fut d’avis qu’il fallait prier Dieu et implorer une plus grande abondance de lumière divine dans une affaire si grave.
Lorsque, tout bien pesé dans un examen mûr et sérieux, il fut décidé d’ouvrir sa pensée, il désigna ce jour présent où l’on célèbre le souvenir solennel de Saint-Rémy, évêque de Reims ; et, après avoir très dévotement offert l’Hostie de la Paix, il commanda d’appeler les Révérendissimes Cardinaux Antoine Vico, Evêque de Porto et de Sainte-Rufine, Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, et Vincent Vannutelli, Evêque d’Ostie et de Préneste, Doyen du Sacré Collège et Ponent de la Cause, avec le R.P. Charles Salotti, Promoteur Général de la Foi, et moi Secrétaire soussigné, et séant sur le trône Pontifical, il édicta par un décret solennel : «Le martyre et la cause du martyre pour cent-quatre-ving-onze des Vénérables Serviteurs de Dieu énumérés ci-dessus, apparaît de manière assez claire pour qu’on puisse procéder aux formalités suivantes dans le cas et à l’effet dont il s’agit ; quant aux vingt-deux autres il apparaît que plus raisonnable que leur cause soit différée et que les preuves soient fortifiées. »
Ce sont (ceux dont la cause a été différée) : François GUILLAUMOT – Jean, Charles LEBRETON – GUESDON prêtre – Pierre Alexandre de LANGLADE – François Louis LAUGER de LAMANON – Michel Joseph LEMERCIER – Jean MASSIN – Jean-Marie MONGE – Louis PELLIER – Augustin PORLIER – Louis François ROSE – Jean César ROSTAING – Joseph Martial TEXIER – Jean Joseph THIERRY – Joseph VOLONDAT – Antoine Claude Auguste BEAUPOIL de Saint AULAIRE – Salvator COSTA – Jacques FANGOUSSE DE SARTRET – Marie Antoine Philippe FAUCONNET – Guillaume VIOLARD – Thomas Pierre Antoine de BOISGELIN – le prêtre MARTIN.

Et il ordonna que le décret soit de droit public et inséré dans les Actes de la Sacrée Congrégation des Rites, le jour des Kalendes d’Octobre de l’année 1926

A. Card. VICO
Portuen et S.Rufine, S.R.C. Prefectus
Angelus Mariani, S.R.C. Secretarius

Eglise Saint Joseph du couvent des Carmes rue de Vaugirard - Paris

Eglise Saint-Joseph du couvent des Carmes, rue de Vaugirard à Paris.

Nota : on trouve sur le site de l’association du Souvenir des Bienheureux Martyrs de Septembre 1792 (> www) , la liste complète de toutes les victimes, béatifiées ou « différées ».

2011-64. Enseignements de Saint Louis à son fils le Prince Philippe.

Le 25 août, nous fêtons Saint Louis IX. Au Mesnil-Marie, nous avons l’immense grâce de conserver l’une de ses reliques que nous exposons ce jour dans notre oratoire.
Surtout, profitons de cette fête pour méditer les exemples et les enseignements du plus grand et du plus saint de nos Rois.
Nous reproduisons ci-dessous le texte habituellement reçu (en français contemporain) des fameux « Enseignements » que le saint monarque mit par écrit à l’intention de son fils, le Prince Philippe, qui lui succèdera comme Philippe III le Hardi.

Simon Vouet - St Louis recevant du Christ la Ste Couronne d'épines

Le Christ remettant à Saint Louis la Sainte Couronne d’Epines
(Simon Vouet – église Saint Paul Saint Louis, au Marais)

Cher fils, je t’enseigne premièrement que tu aimes Dieu de tout ton cœur et de tout ton pouvoir, car sans cela personne ne peut rien valoir.

Tu dois te garder de toutes choses que tu penseras devoir lui déplaire et qui sont en ton pouvoir, et spécialement tu dois avoir cette volonté que tu ne fasses un péché mortel pour nulle chose qui puisse arriver, et qu’avant de faire un péché mortel avec connaissance, que tu souffrirais que l’on te coupât les jambes et les bras et que l’on t’enlevât la vie par le plus cruel martyre.

Si Notre Seigneur t’envoie persécution, maladie ou autre souffrance, tu dois la supporter débonnairement, et tu dois l’en remercier et lui savoir bon gré, car il faut comprendre qu’il l’a fait pour ton bien. De plus, tu dois penser que tu as mérité ceci (et encore plus s’il le voulait) parce que tu l’as peu aimé et peu servi, et parce que tu as fait beaucoup de choses contre sa volonté.

Si Notre Seigneur t’envoie prospérité, santé du corps ou autre chose, tu dois l’en remercier humblement, et puis prendre garde qu’à cause de cela il ne t’arrive pas de malheur causé par orgueil ou par une autre faute, car c’est un très grand péché de guerroyer Notre Seigneur de ses dons.

Cher fils, je t’enseigne que tu entendes volontiers le service de la sainte Église, et quand tu seras à l’église, garde-toi de perdre ton temps et de parler vaines paroles. Dis tes oraisons avec recueillement ou par bouche ou de pensée, et spécialement sois plus recueilli et plus attentif à l’oraison pendant que le corps de Notre Seigneur jésus Christ sera présent à la messe, et puis aussi pendant un petit moment avant.

Cher fils, je t’enseigne que tu aies le cour compatissant envers les pauvres et envers tous ceux que tu considéreras comme souffrants ou de cour ou de corps ; et selon ton pouvoir soulage-les volontiers ou de soutien moral ou d’aumônes.

Prends garde que tu sois si bon en toutes choses qu’il soit évident tu reconnaisses les générosités et les honneurs que Notre Seigneur t’a faits de sorte que, s’il plaisait à Notre Seigneur que tu aies l’honneur de gouverner le royaume, tu sois digne de recevoir l’onction avec laquelle les rois de France sont sacrés.

Cher fils, s’il advient que tu deviennes roi, prends soin d’avoir les qualités qui appartiennent aux rois, c’est-à-dire que tu sois si juste que, quoi qu’il arrive, tu ne t’écartes de la justice. Et s’il advient qu’il y ait querelle entre un pauvre et un riche, soutiens de préférence le pauvre contre le riche jusqu’à ce que tu saches la vérité, et quand tu la connaîtras, fais justice.

Sois bien diligent de protéger dans tes domaines toutes sortes de gens, surtout les gens de sainte Église ; défends qu’on ne leur fasse tort ni violence en leurs personnes ou en leurs biens.

Cher fils, je t’enseigne que tu sois toujours dévoué à l’Église de Rome et à notre saint-père le Pape, et lui portes respect et honneur comme tu le dois à ton père spirituel.

Mets grande peine à ce que les péchés soient supprimés en ta terre, c’est-à-dire les vilains serments et toute chose qui se fait ou se dit contre Dieu ou Notre-Dame ou les saints : péchés de corps, jeux de dés, tavernes ou autres péchés. Fais abattre tout ceci en ta terre sagement et en bonne manière.

Cher fils, je te donne toute la bénédiction qu’un père peut et doit donner à son fils, et je prie Notre Seigneur Dieu Jésus-Christ que, par grande miséricorde et par les prières et par les mérites de sa bienheureuse Mère, la Vierge Marie, et des anges et et des archanges, de tous les saints et de toutes les saintes, il te garde et te défende que tu ne fasses chose qui soit contre sa volonté, et qu’il te donne grâce de faire sa volonté afin qu’il soit servi et honoré par toi ; et puisse-t-il accorder à toi et à moi, par sa grande générosité, qu’après cette mortelle vie nous puissions venir à lui pour la vie éternelle afin de le voir, aimer et louer sans fin. Amen.

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Prières et litanies en l’honneur du Roi Saint Louis > www.

De la Procession du Voeu de Louis XIII et de quelle manière il convient qu’elle soit célébrée le 15 août.

le voeu de Louis XIII

Ingres : Le Voeu de Louis XIII.

En 1638, Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIII, en reconnaissance des grâces qu’il avait reçues par son intercession, consacra sa personne et son Royaume à la Très Sainte Vierge Marie, la choisit comme Patronne de la France sous le vocable de son Assomption, et lui fit l’offrande de son sceptre, de sa couronne et de tous ses sujets.
Le texte auquel on donne ordinairement le nom de
Voeu de Louis XIII n’est pas à proprement parler celui d’un voeu, mais il est plus exactement un édit, daté du 10 février 1638, par lequel le Souverain réglemente le renouvellement annuel de cette consécration qui devra se faire par une procession solennelle, après la célébration des vêpres de l’Assomption, dans toutes les églises et couvents du Royaume, et à laquelle toutes les autorités religieuses et civiles devront prendre part.

Nous publions ci-dessous la manière dont doit être faite cette procession et le texte des oraisons qui doivent y être récitées.

Textes pour la procession du voeu de Louis XIII

Textes pour la procession du voeu de Louis XIII

2011-59. Témoignage de Pauline de Tourzel sur la prise des Tuileries et les évènements qui suivirent.

Le retour de la date du 10 août ravive chaque année le triste souvenir de la prise des Tuileries, de l’emprisonnement du Roy et du massacre de ses dévoués défenseurs, en 1792.
Voici un témoignage de tout premier ordre sur ces évènements et sur les semaines qui suivirent, inaugurant la « grande terreur » : il s’agit de la lettre écrite par Pauline de Tourzel, après être sortie de  prison et avoir échappé aux massacres des 2 et 3 septembre 1792.
Pauline de Tourzel, fille de la dernière gouvernante des Enfants de France, était âgée de 21 ans au moment des évènements qu’elle raconte ici à sa soeur, la Comtesse de Sainte-Aldegonde, alors à l’étranger.

La prise des Tuileries par la populace le 10 août 1792

Prise des Tuileries le 10 août 1792.

Paris, le 7 septembre.

Tout ce que j’ai pu vous dire hier, ma chère Joséphine, c’est que ma mère et moi étions hors de péril ; mais je veux vous raconter aujourd’hui comment nous avons échappé aux plus affreux dangers ; une mort certaine m’en paraissait le moindre, tant la crainte des horribles circonstances dont elle pouvait être accompagnée ajoutait à mes frayeurs.

Je reprendrai l’histoire d’un peu loin, c’est-à-dire du moment où la prison a mis fin à notre correspondance.

Vous savez que le 10 août, ma Mère avec Monsieur le Dauphin accompagna le Roi à la convention ; moi restée seule aux Tuileries, dans l’appartement du Roi, je m’attachai à ne pas quitter la Princesse de Tarente, parce que ma Mère m’avait recommandée à ses soins, et nous nous promîmes, quels que fussent les événements, de ne pas nous séparer.

Bientôt après le départ du Roi, commença une canonnade dirigée contre le château ; nous entendîmes siffler les balles d’une manière effrayante ; les carreaux cassés et les fenêtres brisées faisaient un vacarme effroyable. Pour nous mettre un peu à l’abri et n’être point du côté d’où l’on tirait le canon, nous nous retirâmes dans l’appartement de la Reine au rez-de-chaussée sur le jardin. Là, il nous vint à l’idée de fermer les volets et d’allumer toutes les bougies des lustres et des candélabres, espérant, si les brigands devaient forcer notre porte, que l’étonnement que leur causeraient tant de lumières nous sauverait de leurs premiers coups et nous laisserait le temps de leur parler. A peine nos arrangements étaient-ils finis, que nous entendîmes dans les chambres précédentes des cris affreux et un cliquetis d’armes qui ne nous annonça que trop que le château était forcé, et qu’il fallait nous armer de courage. Ce fut l’affaire d’un moment ; les portes furent enfoncées, et des hommes le sabre à la main, les yeux hors de la tête, se précipitèrent dans le salon ; ils s’arrêtèrent à l’instant comme stupéfaits ; une douzaine de femmes dans cette chambre! (car nous étions réunies avec plusieurs Dames de la Reine, de Madame Élisabeth et de Mme de Lamballe). Ces lumières répétées dans les glaces faisaient un tel contraste avec la clarté du jour, que les brigands en furent confondus.

Plusieurs des Dames qui étaient dans la chambre se trouvèrent mal. Mme de Ginestoux se jeta à genoux et avait tellement perdu la tête, qu’elle balbutiait des mots de pardon. Nous allâmes à elle, la fîmes taire, et pendant que je la rassurais, cette bonne Mme de Tarente priait un Marseillais de prendre sous sa protection cette Dame à cause de la faiblesse de sa tête. Cet homme y consentit et la tira aussitôt de la chambre ; puis, tout à coup revenant à celle qui lui avait parlé pour une autre, et frappé d’une telle générosité dans cette circonstance, il dit à Mme de Tarente : Je sauverai cette Dame et vous aussi et votre petite compagne aussi. En effet, il remit Mme de Ginestoux entre les mains d’un de ses camarades ; puis il prit Mme de Tarente et moi chacune sous un bras, et nous tira hors de l’appartement.

En sortant du salon, il nous fallut passer sur le corps d’un valet de pied de la Reine, et d’un de ses valets de chambre, qui tous deux fidèles à leur poste, et n’ayant pas voulu abandonner l’appartement de leur maîtresse, en avaient été les victimes. Cette vue me serra le cœur : la Princesse de Tarente et moi nous nous regardâmes, pensant que peut-être bientôt nous aurions le même sort. Enfin, après beaucoup de peine, cet homme qui nous donnait le bras parvint à nous faire sortir du château par une petite porte auprès des souterrains. Nous nous trouvâmes sur la terrasse, puis à la porte du pont Royal. Là, notre protecteur nous quitta, ayant, disait-il, rempli son engagement de nous conduire sûrement hors des Tuileries.

Je pris alors le bras de Mme de Tarente, qui, croyant se soustraire aux regards de la multitude, voulut, pour retourner chez elle, descendre sur le bord de la rivière. Nous marchions doucement et sans proférer une parole, lorsque nous entendîmes des cris affreux derrière nous. En nous retournant, nous aperçûmes une foule de brigands qui couraient sur nous le sabre à la main ; à l’instant il en parut autant devant nous et sur le quai par dessus le parapet ; d’autres nous tenaient en joue, criant que nous étions des échappées des Tuileries.

Pour la première fois de ma vie j’eus peur ; cette manière d’être massacré me paraissait affreuse. Mme de Tarente parla à la multitude, et obtint que sous escorte nous serions conduites au district.

Il fallut traverser toute la place Louis XV au milieu des morts ; car beaucoup des Suisses y avaient été massacrés. Nous étions suivies d’un peuple immense qui nous disait toutes les injures possibles.

Nous fûmes menées rue des Capucines, et là nous nous fîmes connaître : la personne à qui nous parlâmes était un honnête homme ; il jugea promptement combien était pénible la position dans laquelle nous nous trouvions ; il donna un reçu de nos personnes ; il dit très haut que nous allions être conduites en prison, et congédia ainsi ceux qui nous avaient amenées. Se trouvant seul avec nous, il nous assura de son intérêt, en nous promettant qu’à la chute du jour il nous ferait reconduire chez nous. En effet, sur les huit heures et demie du soir, il nous donna deux personnes sûres pour nous conduire, et nous fit passer par une porte de derrière, pour éviter les espions qui entouraient sa maison. Nous arrivâmes chez la Duchesse de La Vallière, grand’mère de Mme de Tarente, et chez laquelle elle logeait. Je demandai à cette bonne Princesse de Tarente de ne la pas quitter pendant la nuit, et je me couchai sur un canapé dans sa chambre.

A cinq heures du matin, pendant que nous causions ensemble de tout ce qui nous était arrivé, nous entendîmes frapper à la porte : c’était mon frère qui, ayant passé la nuit aux Feuillants, près du Roi, venait nous en donner des nouvelles, et me dire que la Reine avait demandé à ma Mère que je vinsse la rejoindre ; que le Roi en avait demandé la permission à l’Assemblée, qui l’avait accordée ; que dans une heure il viendrait me chercher pour me conduire aux Feuillants. Cette nouvelle me fit un sensible plaisir ; j’étais heureuse de me retrouver avec ma Mère et d’unir mon sort au sien et à celui de la famille royale.

A huit heures du matin j’arrivai aux Feuillants ; je ne puis assez vous dire quelle fut la bonté du Roi et de la Reine quand ils me virent ; ils me firent bien des questions sur les personnes dont je pouvais leur donner des nouvelles. Madame et Monsieur le Dauphin me reçurent avec une amitié touchante, m’embrassèrent et me dirent que nous ne nous séparerions plus.

Une demi-heure avant le départ pour le Temple, Madame Élisabeth m’appela, m’emmena avec elle dans un cabinet et me dit : ma chère Pauline, nous connaissons votre discrétion et votre attachement pour nous. J’ai une lettre de la plus grande importance dont je voudrais me débarrasser avant de partir d’ici ; aidez-moi à la faire disparaître. Il n’y avait ni feu ni lumière ; nous prîmes cette lettre de huit pages ; nous en déchirâmes quelques morceaux que nous essayâmes de broyer entre nos doigts et sous nos pieds ; mais comme cela devenait trop long, et qu’elle craignait que son absence ne donnât quelques soupçons, je pris une page entière de la lettre ; je la mis dans ma bouche et je l’avalai. Cette bonne Madame Élisabeth voulait en faire autant, mais son cœur se soulevait ; je m’en aperçus et lui demandai les deux autres pages que j’avalai encore, de manière qu’il n’en resta plus de vestiges. Nous rentrâmes, et l’heure du départ pour le Temple étant arrivée, la famille royale monta dans une voiture à dix places composée de la manière suivante :

Le Roi, la Reine, et Monsieur le Dauphin dans le fond ; Madame Élisabeth, Madame, et Manuel, procureur de la commune sur le devant ; la Princesse de Lamballe et ma mère sur une banquette de portière ; et moi, avec un nommé Collonge, membre de la commune, sur la banquette vis-à-vis. La voiture allait au plus petit pas : on traversa la place Vendôme ; la voiture s’arrêta, et Manuel, faisant remarquer la statue de Louis XIV qui venait d’être renversée, dit au Roi : «Vous voyez comme le peuple traite les Rois». A quoi le Roi devint rouge d’indignation, mais se modérant à l’instant, S.M. répondit avec un calme angélique : — «Il est heureux, Monsieur, quand sa rage ne porte que sur des objets inanimés». Le plus profond silence suivit et régna tout le reste du chemin. On prit les boulevards ; et le jour commençait à tomber lorsqu’on arriva au Temple.

La cour, la maison, le jardin étaient illuminés ; et cela avait un air de fête qui contrastait terriblement avec la position de la famille royale. Le Roi, la Reine et nous autres de leur suite, nous entrâmes dans un fort beau salon ; on y resta plus d’une heure sans pouvoir obtenir de réponse aux questions que l’on faisait pour savoir où étaient les appartements. Monsieur le Dauphin tombait de sommeil et demandait à se coucher. On servit un grand souper auquel on toucha peu. Ma mère pressant vivement pour savoir où était la chambre destinée à Monsieur le Dauphin, on annonça enfin qu’on allait l’y conduire.

On alluma des torches, on fit traverser la cour, puis un souterrain ; enfin on arriva à la tour, où nous entrâmes par une petite porte qui ressemblait fort à un guichet de prison.

La Reine et Madame furent établies dans la même chambre, qui était séparée de celle de Monsieur le Dauphin et de celle de ma Mère par une petite antichambre dans laquelle couchait la Princesse de Lamballe. Le Roi fut logé au second, et Madame Elisabeth, pour laquelle il n’y avait plus de chambre, fut établie près de celle du Roi, dans une cuisine d’une saleté épouvantable ; cette bonne Princesse dit à ma mère qu’elle se chargeait de moi. Effectivement elle fit mettre un lit de sangle auprès du sien, et nous passâmes la nuit sans dormir, la chambre dans laquelle donnait cette cuisine servant de corps-de-garde.

Le lendemain à huit heures nous descendîmes chez la Reine, qui était déjà levée et dont la chambre devait servir de salon ; depuis on y passa les journées entières et on ne remontait au second que pour se coucher. L’on n’était jamais seul dans cette chambre de la Reine : toujours un municipal était présent ; à toutes les heures il était changé.

Tous nos effets avaient été pillés dans notre appartement des Tuileries. Je ne possédais absolument que la robe que j’avais sur le corps lors de ma sortie du château. Madame Elisabeth, à qui l’on venait d’envoyer quelques effets, me donna une de ses robes ; elle ne pouvait aller à ma taille ; nous nous occupâmes de la découdre pour la refaire ; tous les jours, la Reine, Madame, Madame Élisabeth y travaillaient un peu ; c’était notre occupation. Mais nous ne pûmes la finir.

La nuit du 19 au 20 d’août, il était environ minuit, lorsque nous entendîmes frapper à travers la porte de notre chambre : on nous intima, de la part de la commune de Paris, l’ordre d’enlever du Temple la Princesse de Lamballe, ma Mère et moi.

Madame Elisabeth se leva sur-le-champ ; elle-même m’aida à m’habiller, m’embrassa et me conduisit chez la Reine. Nous trouvâmes tout le monde sur pied : la séparation d’avec la famille royale fut une peine cruelle ; et quoique on nous assurât que nous reviendrions après avoir subi un interrogatoire, un sentiment secret nous disait que nous la quittions pour longtemps.

Nous traversâmes les souterrains aux flambeaux ; à la porte du Temple nous montâmes en fiacre et on nous conduisit à l’Hôtel-de-Ville. On nous établit dans une grande salle ; et de peur que nous pussions causer ensemble, un municipal était assis entre chacune de nous et nous séparait. Nous restâmes ainsi sur des banquettes pendant plus de deux heures ; enfin, vers les trois heures du matin, on vint appeler la Princesse de Lamballe pour l’interroger ; ce fut l’affaire d’un quart d’heure après lequel on appela ma Mère ; je voulus la suivre, on s’y opposa, disant que j’aurais mon tour ; ma Mère, en arrivant dans la salle d’interrogation qui était publique, demanda que je fusse ramenée auprès d’elle, mais on la refusa très rudement, lui disant que je ne courais aucun danger étant sous la sauvegarde du peuple. On vint enfin me chercher et on me conduisit à la salle d’interrogatoire. Là, monté sur une estrade, on était en présence d’une foule immense de peuple qui remplissait la salle ; il y avait aussi des tribunes remplies d’hommes et de femmes. Billaud de Varennes debout faisait les questions, et un secrétaire écrivait les réponses sur un grand registre. On me demanda mon nom, mon âge, et on me questionna beaucoup sur la journée du 10 août, me disant de déclarer que j’avais vu et que j’avais entendu dire au Roi et à la famille royale. Ils ne surent que ce que je voulus bien ; car je n’avais nullement peur ; je me trouvais comme soutenue par une main invisible qui ne m’a jamais abandonnée et m’a toujours fait conserver ma tête avec beaucoup de sang-froid.

Je demandai très haut d’être réunie à ma Mère et de ne la pas quitter. Plusieurs voix s’élevèrent pour dire oui, oui, d’autres murmurèrent, mais on me fit descendre les marches du gradin sur lequel on était élevé, et après avoir traversé plusieurs corridors, je me vis ramener à ma Mère, que je trouvai bien inquiète de moi ; elle était avec la Princesse de Lamballe, et nous fûmes toutes les trois réunies.

Nous restâmes dans le cabinet de Tallien jusqu’à midi. On vint alors nous chercher pour nous conduire à la prison de la Force. On nous fit monter dans un fiacre ; il était entouré de gendarmes, suivi d’un peuple immense : il y avait un officier de gendarmerie avec nous dans la voiture. C’est par le guichet donnant sur la rue des Ballays, près la rue Saint-Antoine, que nous entrâmes dans cette horrible prison. On nous fit d’abord passer dans l’appartement du concierge, afin d’inscrire nos noms sur le registre, et je n’oublierai jamais qu’un individu fort bien mis et qui se trouvait là, s’approchant de moi, qui étais restée seule dans la chambre, me dit : Mademoiselle, votre position m’intéresse ; je vous donne le conseil de quitter ici les airs de cour que vous avez, et d’être plus familière et plus affable.

Indignée de l’impertinence de ce monsieur, je le regardai fixement et lui répondis que telle j’avais été, telle je serais toujours ; que rien ne pourrait influer sur mes sentiments ni mon caractère, et que l’impression qu’il remarquait sur mon visage n’était autre chose que l’image de ce qui se passait dans mon cœur indigné des horreurs que nous voyions! Il se tut et se retira l’air fort mécontent.

Ma Mère entra alors dans la chambre, mais, hélas! ce ne fut pas pour longtemps ; nous fûmes toutes les trois séparées. On conduisit maman dans un cachot, et moi dans un autre. Je suppliai d’être réunie à elle ; mais on fut inexorable.

Le guichetier vint m’apporter une cruche d’eau. C’était un très bon homme. Me voyant au désespoir d’être séparée de ma Mère et ne sollicitant au monde que d’être réunie à elle, cela le toucha, et ce pauvre homme cherchant à adoucir ma peine, me laissa son chien, afin, me disait-il, de me donner une distraction. Surtout ne me trahissez pas, me dit-il, j’aurai l’air de l’avoir oublié par mégarde.

A 6 heures du soir, il revint me voir et me trouvant toujours dans le même état de chagrin : je vais vous confier un secret. Votre Mère est dans le cabinet au-dessous du vôtre ; ainsi vous n’êtes pas loin d’elle. D’ailleurs, ajouta-t-il, vous allez avoir dans une heure la visite de Manuel, le procureur de la commune, qui viendra s’assurer si tout est dans l’ordre ; n’ayez pas l’air, je vous en prie, de savoir tout ce que je vous dis.

En effet, quelque temps après, j’entendis tirer les verrous de la chambre voisine, puis ceux de la mienne ; je vis entrer trois hommes dont un que je reconnus très bien pour être Manuel, le même qui avait conduit le Roi au Temple. Il trouva la chambre où j’étais très humide, et parla de m’en faire changer. Je saisis cette occasion de lui dire que tout m’était égal ; que la seule grâce que je sollicitais de lui particulièrement était de me réunir à ma Mère : je lui demandai avec une grande vivacité ; et je vis que ma demande le touchait ; puis il dit : Demain je dois revenir ici, et nous verrons ; je ne vous oublierai pas. Le pauvre guichetier en fermant la porte me dit à voix basse : Il est touché ; je lui ai vu des larmes dans les yeux, ayez courage ; à demain.

Ce bon François, car c’était le nom de ce guichetier, me donna de l’espoir et me fit un bien que je ne puis exprimer : je me mis à genoux, fis mes prières, et avec un calme et une tranquillité extrême je me jetai toute habillée sur l’horrible grabat qui servait de lit ; je dormis jusqu’au jour.

Le lendemain à sept heures du matin, ma porte s’ouvrit et je vis entrer Manuel qui me dit : J’ai obtenu de la commune la permission de vous réunir à votre Mère ; suivez-moi.

Nous descendîmes dans la chambre de ma Mère, je me jetai dans ses bras, croyant tous ses malheurs finis puisque je me trouvais auprès d’elle. Elle remercia beaucoup Manuel, et lui demanda d’être réunie à la Princesse de Lamballe, puisque nous avions été transférées avec elle ; il réfléchit un moment, puis il dit : Je le veux bien, je prends cela sur moi, et je vais vous conduire dans sa chambre. Effectivement, à huit heures du matin nous étions réunies toutes les trois, seules, et nous éprouvâmes un moment de bonheur de pouvoir partager ensemble nos infortunes.

Le lendemain matin nous reçûmes un paquet venant du Temple. C’étaient nos effets que nous renvoyait la Reine. Elle-même, avec cette bonté qui ne se dément point, avait pris soin de les réunir. Parmi eux se trouvait cette robe de Madame Élisabeth dont je vous ai parlé plus haut. Elle devient pour moi un gage d’un éternel souvenir, d’un éternel attachement, et je la conserverai toute ma vie.

L’incommodité de notre logement, l’horreur de la prison, le chagrin d’être séparées du Roi et de sa famille, la sévérité avec laquelle cette séparation semblait nous promettre d’être traitées, tout cela m’attristait fort, je l’avoue, et effrayait extrêmement cette malheureuse Princesse de Lamballe. Quant à ma Mère, elle montrait cet admirable courage que vous lui avez vu dans de tristes circonstances de sa vie, ce courage qui, n’ôtant rien à sa sensibilité, laisse cependant à son âme toute la tranquillité nécessaire pour que son esprit puisse lui être d’usage. Elle travaillait, elle lisait, elle causait d’une manière aussi calme, que si elle n’eût rien craint ; elle paraissait affligée, mais ne semblait pas même inquiète.

Nous étions depuis près de quinze jours dans ce triste séjour, lorsqu’une nuit, vers une heure du matin, étant toutes trois couchées et endormies comme on dort dans une telle prison, de ce sommeil qui laisse encore de la place à l’inquiétude, nous entendîmes tirer les verrous de notre porte ; elle s’ouvrit, un homme parut et me dit : Mlle de Tourzel, levez-vous promptement et suivez-moi. Je tremblais et ne répondais ni remuais. — Que voulez-vous faire de ma fille, dit ma Mère à cet homme ? — Que vous importe? répondit-il, d’une manière qui me parut bien dure ; il faut qu’elle se lève et qu’elle me suive. — Levez-vous, Pauline, me dit ma mère et suivez-le, il n’y a rien à faire ici que d’obéir. Je me levai lentement, et cet homme restait toujours dans la chambre ; dépêchez-vous, dit-il deux ou trois fois ; dépêchez-vous, Pauline, me dit aussi ma Mère.

J’étais habillée, mais je n’avais pas changé de place ; j’allai à son lit et je pris sa main ; mais l’homme ayant vu que j’étais levée, s’approcha, me prit par le bras et m’entraîna malgré moi. Adieu, Pauline, que le bon Dieu vous bénisse et vous protège! cria ma Mère. Je ne pouvais lui répondre ; deux grosses portes étaient déjà entre elle et moi, et cet homme m’entraînait toujours.

Comme nous descendions l’escalier, il entendit du bruit ; avec l’air fort inquiet, il me fit entrer précipitamment dans un petit cachot, ferma la porte, prit la clé et disparut.

Ce cachot était éclairé par un bout de chandelle ; en moins d’un quart d’heure, cette chandelle finit, et je ne puis vous exprimer ce que je ressentis et les réflexions sinistres que m’inspirait cette lueur tantôt forte, tantôt mourante : elle me représentait mon agonie, et me disposait à faire le sacrifice de ma vie, mieux que n’auraient pu faire les discours les plus touchants.

Je restai alors dans une profonde obscurité, puis j’entendis ouvrir doucement la porte ; on m’appela, et à la lueur d’une petite lanterne je reconnus l’homme qui m’avait enfermée une heure auparavant, pour être celui qui était dans la chambre du concierge lors de notre arrivée à la Force, et qui avait voulu me donner des conseils. Il me fit marcher doucement ; au bas de l’escalier, il me fit entrer dans une chambre, me montra un paquet et me dit de m’habiller avec ce que je trouverais là dedans ; il renferma la porte et je restai immobile, sans agir ni presque penser ; je ne sais combien de temps je restai dans cet état ; j’en fus tirée par le bruit de la porte qui se rouvrit et le même homme parut : Quoi ! vous n’êtes pas encore habillée! me dit-il d’un air inquiet ; il y a de votre vie, si vous ne sortez promptement d’ici. Je regardai alors les habits qui étaient dans le paquet, c’étaient des habits de paysanne ; ils me parurent assez larges pour aller par-dessus les miens ; je les eus passés dans un instant. Cet homme me prit par le bras et me fit sortir de la chambre ; je me laissais entraîner sans faire aucune question, presque même aucune réflexion, et je voyais à peine ce qui se passait autour de moi.

Lorsque nous fûmes hors des portes de la prison, j’aperçus, à la clarté du plus beau clair de lune, une prodigieuse multitude de peuple, et j’en fus entourée dans le moment. Tous ces hommes avaient l’air féroce : ils étaient armés de sabres et semblaient attendre quelque victime pour la sacrifier. Voici une prisonnière qu’on sauve, crièrent-ils tous à la fois en me menaçant de leurs sabres. L’homme qui me conduisait faisait l’impossible pour les écarter de moi et pour se faire entendre ; je vis alors qu’il portait la marque qui distingue les représentants de la communauté de Paris ; cette marque étant un droit pour se faire écouter, on le laissa parler.

Il dit que je n’étais pas prisonnière, qu’une circonstance m’ayant fait me trouver à la prison de la Force, il m’en venait tirer par ordre supérieur, les innocents ne devant pas périr comme les coupables. Cette phrase me fit frémir pour ma mère qui était restée enfermée ; les discours de mon libérateur, car je commençais à voir que c’était le rôle qu’avait entrepris cet homme dont les manières m’avaient semblé si dures ; ses discours, dis-je, faisaient effet sur la multitude, et l’on allait enfin me laisser passer, lorsqu’un soldat, en uniforme de garde national, s’avança et dit au peuple qu’on le trompait, que j’étais Mlle de Tourzel, qu’il me connaissait fort bien pour m’avoir vu mille fois aux Tuileries chez le Dauphin, lorsqu’il y était de garde, et que mon sort ne devait pas être différent de celui des autres prisonniers. Alors la fureur redoubla tellement contre moi et contre mon protecteur que je crus bien certainement que le seul service qu’il m’aurait rendre serait de me conduire à ma mort, au lieu de me la laisser attendre. Enfin, ou son adresse, ou son éloquence, ou mon bonheur me tira encore de là, et nous nous trouvâmes libres de poursuivre notre chemin. Il pouvait cependant s’y rencontrer encore mille obstacles ; nous avions à passer des rues dans lesquelles nous devions trouver beaucoup de peuple ; je pouvais encore être reconnue et pouvais encore être arrêtée ; cette crainte détermina mon guide à me laisser dans une petite cour fort sombre, et par laquelle il ne pouvait venir personne, pour aller voir ce qui se passait aux environs, et s’il pouvait sans danger me mener avec lui. Il revint au bout d’une demi-heure, me dit qu’il croyait plus prudent de changer de costume, et il m’apportait un habit, un pantalon et une redingote, dont il voulait que je me vêtisse. Je n’étais guère tentée de ce déguisement qu’il pensait nécessaire ; il me répugnait de périr sous des habits qui ne devaient pas être les miens ; je m’aperçus qu’il ne m’avait apporté ni chapeau, ni souliers ; j’avais sur la tête un bonnet de nuit et aux pieds des souliers de couleur ; le déguisement devenait impossible, et je restai comme j’étais.

Pour sortir d’où nous étions, il fallait repasser presqu’aux portes de la prison où étaient les assassins, ou traverser une église (le petit Saint-Antoine) dans laquelle se tenait une assemblée qui devait légaliser leurs crimes ; l’un ou l’autre de ces passages étaient également dangereux pour moi.

Nous choisîmes celui de l’église, et je fus obligée de la traverser me traînant presque à terre par les bas-côtés, afin de n’être pas aperçue de ceux qui formaient l’assemblée. Il me fit entrer dans une petite chapelle de côté, et me plaçant derrière les débris d’un autel renversé, il me recommanda bien de ne pas remuer, quelque bruit que j’entendisse, et d’attendre son retour qui serait le plus prochain qu’il pourrait. Je m’assis sur mes talons, entendant beaucoup de bruit, des cris mêmes ; mais je ne bougeai pas, bien résolue à attendre là mon sort, et remettant ma vie entre les mains de la Providence en laquelle je m’abandonnai avec confiance, résignée à recevoir la mort si tels étaient ses décrets.

Je fus très longtemps dans cette chapelle ; enfin je vis arriver mon guide, et nous sortîmes de l’église avec les mêmes précautions que nous avions prises pour y entrer. Très peu loin de là, mon libérateur s’arrêta à une maison qu’il me dit être la sienne ; il me fit entrer dans une chambre, et m’y ayant renfermée, il me quitta sur-le-champ. J’eus un moment de joie en me trouvant seule, mais je n’en jouis pas longtemps ; le souvenir des périls que j’avais courus ne me montrait que trop ceux auxquels ma Mère était livrée, et je restai tout entière à mes tristes craintes ; je m’y abandonnais depuis plus d’une heure, lorsque M. Hardy (car il est temps que je vous nomme celui auquel nous devons la vie) revint et me parut avoir un air plus effrayé que je ne l’avais vu de toute la matinée. Vous êtes connue, me dit-il, on sait que je vous ai sauvée, on veut vous ravoir, on croit que vous êtes ici, on peut vous y venir prendre ; il en faut sortir tout de suite, mais non pas avec moi, ce serait vous remettre dans un danger certain, prenez ceci, me dit-il en me montrant un chapeau avec un voile et un mantelet noir. Écoutez bien tout ce que je vais vous dire, et surtout n’oubliez pas la moindre chose.

En sortant de cette porte, vous tournerez à droit ; puis vous prendrez la première rue à gauche ; elle vous conduira sur une petite place dans laquelle donnent trois rues ; vous prendrez celle du milieu, puis auprès d’une fontaine, vous trouverez un passage qui vous conduira dans une autre grande rue ; vous y verrez un fiacre arrêté près d’une allée sombre ; cachez-vous dans cette allée, et vous n’y serez pas longtemps sans me voir paraître ; partez vite, et surtout, dit-il, après me l’avoir encore répété, tâchez de n’oublier rien de tout ce que je viens de vous dire ; car je ne saurais comment vous retrouver ; et alors que pourriez-vous devenir?

Je vis la crainte qu’il avait que je ne me souvinsse pas bien de tous les renseignements qu’il m’avait donnés ; cette crainte, en augmentant celle que j’avais moi-même, me troubla tellement qu’en sortant de la maison, je savais à peine si je devais tourner à droite ou à gauche. Comme il vit de la fenêtre que j’hésitais, il me fit un signe, et je me souvins alors de tout ce qu’il m’avait dit.

Mes deux habillements l’un sur l’autre me donnaient une figure étrange, mon air inquiet pouvait me faire paraître suspecte ; il me semblait que tout le monde me regardait avec étonnement. J’eus bien de la peine à arriver jusqu’où je devais trouver le fiacre, mais enfin je l’aperçus, et je ne puis vous dire la joie que j’en ressentis. Je me crus pour lors absolument sauvée. Je me retirai dans l’allée sombre en attendant que M. Hardy parût. Un quart d’heure s’était passé et il ne venait point. Alors mes craintes redoublèrent ; si je restais plus longtemps dans cette allée, je craignais de paraître suspecte aux gens du voisinage ; mais comment en sortir? je ne connaissais pas le quartier dans lequel je me trouvais ; si je faisais la moindre question, je pouvais me mettre dans un grand danger ; enfin comme je méditais tristement sur le parti que je devais prendre, je vis venir M. Hardy ; il était avec un autre homme. Ils me firent monter dans le fiacre et y montèrent avec moi. L’inconnu se plaça sur le devant de la voiture et me demanda si je le reconnaissais. Parfaitement, lui dis-je, vous êtes M. Billaud de Varennes qui m’avez interrogée à l’Hôtel-de-Ville. Il est vrai, dit-il, je vais vous conduire chez Danton, afin de prendre ses ordres à votre sujet. Arrivés à la porte de Danton, ces messieurs descendirent, montèrent chez lui et revinrent peu après me disant : Vous voilà sauvée ; il ne nous reste plus maintenant qu’à vous conduire dans un endroit où vous ne puissiez pas être connue, autrement il pourrait encore ne pas être sûr.

Je demandai à être menée chez Mme la Marquise de Lède, une de mes parentes. Elle était très âgée, et par conséquent je pensais ne pouvoir la compromettre. Billaud de Varennes s’y opposa à cause du nombre de ses domestiques dont plusieurs peut-être ne seraient pas discrets sur mon arrivée dans la maison, et me demanda d’indiquer une maison obscure. Je me souvins alors de la bonne Babet, notre fille de garde-robe ; je pensai que je ne pouvais être mieux que dans une maison pauvre et dans un quartier retiré. Billaud de Varennes, car c’était toujours lui qui entrait dans ce détail, me demanda le nom de la rue pour l’indiquer au cocher. Je nommai la rue du Sépulcre.

Ce nom dans un moment comme celui où nous étions lui fit une grande impression, et je vis sur son visage un sentiment d’horreur de ce rapprochement avec tous les événements qui se passaient. Il dit un mot tout bas à M. Hardy, lui recommanda de me conduire où je demandais à aller et disparut.

Pendant le chemin, je ne parlai que de ma Mère ; je demandai si elle était encore en prison. Je voulais aller la rejoindre si elle y était encore ; je voulais aller moi-même plaider son innocence. Il me paraissait affreux que ma Mère fût exposée à la mort à laquelle on venait de m’arracher : moi sauvée, ma Mère périr! cette pensée me mettait hors de moi.

M. Hardy chercha à me calmer, me dit que j’avais pu voir que depuis le moment où il m’avait séparée d’elle, il n’avait été occupé que du soin de me sauver ; qu’il y avait malheureusement employé beaucoup de temps, mais qu’il se flattait qu’il lui en resterait encore assez pour servir ma Mère ; que ma présence ne pouvait que nuire à ses desseins ; qu’il allait sur-le-champ retourner à la prison et qu’il ne regarderait sa mission comme finie que lorsqu’il nous aurait réunies ; qu’il me demandait du calme, qu’il avait tout espoir.

Il me laissa remplie de reconnaissance pour le danger où il s’était mis à cause de moi, et avec l’espérance qu’il sauverait ma Mère de tous ceux que je craignais pour elle.

Adieu, ma chère Joséphine ; je suis si fatiguée que je ne puis plus écrire, d’ailleurs ma Mère me dit qu’elle veut vous raconter elle-même ce qui la regarde, et elle vous l’écrira demain.

Le corps de la Princesse de Lamballe jeté à la rue avant d'être dépecé le 3 septembre 1792

Le corps de la Princesse de Lamballe jeté à la rue avant d’être dépecé le 3 septembre 1792

2011-45. Où, à propos de Sainte Jeanne d’Arc et de sa protection sur la France, il est question de légitimité dynastique.

Lundi 30 mai 2011, fête de Sainte Jeanne d’Arc.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous vous en doutez, la fête de ce jour est particulièrement joyeuse et fervente en notre Mesnil-Marie : Sainte Jeanne d’Arc!

2011-45. Où, à propos de Sainte Jeanne d'Arc et de sa protection sur la France, il est question de légitimité dynastique. dans Chronique de Lully dsc08061copiecopie

D’une manière habituelle, on entend dire qu’elle est « patronne secondaire de la France ».
Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire (ici par exemple > www) – mais je veux insister et j’insisterai encore plus d’une fois sur ce point -, le qualificatif « secondaire » est inapproprié pour rendre la réalité de ce que le Saint-Siège a voulu en plaçant la France sous la protection céleste particulière de Sainte Jeanne d’Arc, et il vaut mieux utiliser l’expression : patronne de la France en second.
En Français, en effet, le qualificatif « secondaire » peut revêtir une nuance dépréciative : est secondaire ce qui est de moindre importance, voire de moindre qualité.

L’intention de l’Eglise en proclamant Sainte Jeanne d’Arc (comme aussi Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus) patronne de la France en second n’était évidemment pas de dire que c’était un patronage de seconde zone ou auquel il fallait attribuer une moindre importance : cela signifiait seulement que, en sus de la protection de Notre-Dame de l’Assomption et au vu des besoins spirituels de notre Patrie dans les temps modernes, l’Eglise voulait que la France soit encore plus et mieux protégée grâce à Sainte Jeanne d’Arc, que la France bénéficie d’une manière plus spéciale des prières et des mérites de Sainte Jeanne d’Arc, que la France se ressente davantage des bienfaits de l’intercession de Sainte Jeanne d’Arc…

La manière dont Sainte Jeanne d’Arc est traitée dans le calendrier liturgique français issu de la réforme de 1969 est à proprement parler scandaleuse, puisqu’elle y est reléguée au rang de « mémoire facultative », alors que la fête du 30 mai eût dû rester au rang le plus élevé des célébrations liturgiques, ainsi que nous le faisons toujours avec le calendrier traditionnel!

blasonjdarc dans Commentaires d'actualité & humeurs

Je voudrais aujourd’hui insister sur un titre dont on peut qualifier Sainte Jeanne d’Arc : elle est la sainte de la légitimité dynastique.

A un moment de l’histoire où, du fait d’un certain nombre de scandales et de mensonges, l’héritier du Trône en était arrivé à douter lui-même de sa propre légitimité, Jeanne a été suscitée par Dieu afin de lui rendre confiance, pour lui assurer « de par le Roi du Ciel » qu’il était vrai fils de Roi et légitime héritier de la Couronne et, en conséquence logique, pour l’amener à recevoir son « digne sacre » à Reims.
Ce faisant, Jeanne a suscité le sursaut psychologique et spirituel qui a refait l’unité et la force de la France.


C’est en rendant à la France son Roi légitime que la Pucelle a redonné confiance aux bons Français et a pu conduire les troupes à la victoire.
C’est en rendant à la France son Roi légitime que Jeanne a pu insuffler à toute la France un élan et une pugnacité qui ne se sont pas éteints avec les flammes du bûcher dans lequel elle a consommé son sacrifice.
C’est en rendant à la France son Roi légitime qu’elle a permis la victoire militaire sur l’envahisseur et, par conséquence, la conservation de la France dans le giron de l’Eglise Romaine : si, en effet, le Roi d’Angleterre était aussi devenu Roi de France, au siècle suivant la France aurait pu sombrer dans le schisme et les hérésies de l’anglicanisme.

Voilà pourquoi l’oraison propre de la fête de Sainte Jeanne d’Arc n’hésite pas à affirmer : « Ô Dieu, qui avez merveilleusement suscité la Bienheureuse vierge Jeanne pour la défense de la foi et de la patrie… Deus, qui beatam Joannam virginem ad fidem ac patriam tuendam mirabiliter suscitasti! »
La vocation militaire de Jeanne était ordonnée à la conservation de la Foi catholique en France.

eglisestphilbert1440 dans De liturgia

Ainsi on peut dire qu’en envoyant Jeanne au secours de la France envahie et humilié, Dieu a également confirmé de manière éclatante la justesse et la pertinence des Lois Fondamentales du Royaume : ces Lois sont l’une des expressions des desseins de Dieu sur la France ; elles sont la garantie institutionnelle d’une fidélité aux volontés de la Providence sur ce pays!

Dieu n’a pas voulu que Charles VII soit sacré à Reims, de préférence à son cousin anglais, par une espèce de divin caprice ; Il ne l’a pas voulu parce que Charles aurait été plus capable humainement de faire le bonheur de la France ou plus talentueux politiquement ; Il ne l’a même pas voulu parce que Charles VII aurait été plus vertueux ou plus pieux que son rival…
Non! Dans son omniscience éternelle, Dieu savait bien que Charles VII commettrait des fautes : des fautes graves parfois contre la morale chrétienne dans sa vie privée, et des fautes importantes aussi dans le gouvernement du Royaume et dans ses relations avec l’Eglise. Et cependant Il a tout de même voulu que ce soit lui – lui et pas un autre qui eût pu lui être supérieur en qualités humaines et spirituelles – qui soit reconnu comme Roi, parce qu’il était fils légitime de Charles VI et désigné comme Roi légitime par les Lois Fondamentales!

grandesarmesdefrancecopie dans Nos amis les Saints

Aujourd’hui, ces mêmes Lois Fondamentales désignent le Prince Louis-Alphonse de Bourbon, aîné des Capétiens, descendant direct de Saint Louis, d’Henri IV et de Louis XIV, comme héritier de la Couronne et du Trône de France.

C’est par fidélité aux desseins de Dieu sur la France et par obéissance aux dispositions de la Providence – exprimées dans les Lois Fondamentales -, et non en raison d’un attachement sentimental, non par nostalgie ou pour quelque autre raison humaine, que nous sommes attachés à la légitimité dynastique.

Nous ne sommes pas les supporters d’un « prétendant » : d’ailleurs le Prince Louis ne prétend à rien, n’a à prétendre à rien, puisque tout simplement il est.

Nous ne sommes pas entrés en légitimité (et j’emploie cette expression avec le même sens d’engagement et de don de soi qui sous-tend l’expression : entrer dans les ordres) parce que nous trouverions au Prince des qualités ou des vertus supérieures…
Nous ne sommes pas des idéalistes et nous sommes ennemis de toute forme de culte de la personnalité ; nous savons que nul homme n’est parfait, mais que tous et chacun portent en eux un mélange de qualités et de défauts, de vertus et de péchés : le Prince n’échappe pas à la complexité de cette réalité humaine…

Mais en revanche nous croyons en Dieu qui, par l’action de Ses saints, par les héros inspirés qu’Il a suscités, et surtout par l’obéissance à Ses lois et aux dispositions de Sa Providence peut changer le cours de l’histoire et redonner vie à un pays.

Nous croyons particulièrement que le Sacre peut infuser dans un homme une véritable efficience divine et qu’Il peut – à travers cet homme malgré ses imperfections – communiquer à une société tout entière et à un Etat des grâces desquelles découlent le bonheur et la prospérité terrestres eux-mêmes.

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(cliquer sur l’image pour la voir en plus grand format)

Tout ce que j’ai précédemment exprimé m’amène à vous dire que Frère Maximilien-Marie a été très heureux de participer, samedi dernier 28 mai, à la grande fête catholique et légitimiste qui avait été organisée près de Bourg-en-Bresse par une union d’associations légitimistes du Lyonnais et de Bourgogne.

Il a eu la grande joie d’y retrouver des amis qu’il n’avait pas revus depuis longtemps, de faire de nouvelles connaissances et de rencontrer « en vrai » des personnes avec lesquelles les moyens modernes de communication lui permettent d’avoir des contacts amicaux réguliers…

Cette journée fut un vrai succès : l’ambiance y fut excellente et les conférences de grande qualité!
En intermède, le choeur de « La Joyeuse Garde » (
photo ci-dessus) exécutait des chants traditionnels, chouans et royalistes, repris par toute l’assemblée.

Notre Frère m’a donc chargé de remercier en son nom tous les amis qu’il a revus là et, bien sûr, tous ceux qui se sont généreusement dépensés pour l’organisation et la réussite de cette manifestation dont il faut espérer non seulement la réédition, mais aussi qu’elle inspirera aussi d’autres provinces pour la défense et la promotion de la légitimité dynastique…

Puisse Sainte Jeanne d’Arc, intercéder puissamment pour notre France et lui permettre de revenir aux sources vives de la fidélité à sa vocation et de la légitimité voulue par Dieu!

Lully.

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2011-44. Les martyrs de la Commune.

Mardi 24 mai 2011, fête de Marie Auxiliatrice
(c’est à dire Secours des Chrétiens).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Depuis le mois de mars déjà, diverses associations liées à la « libre-pensée », des francs-maçons, des anarchistes, associés à des syndicats et autres mouvements de gauche commémorent le cent quarantième anniversaire de la commune insurrectionnelle de Paris, avec la bienveillance de certaines autorités civiles ou politiques (quand leurs manifestations ne sont pas tout bonnement subventionnées avec l’argent public…).

Je n’ai bien évidemment pas le dessein d’écrire ici une histoire complète de cette période de l’histoire. Mais, en marge de ces célébrations, je me crois autorisé à rappeler ici des faits qui (ceux qui me connaissent s’en doutent déjà!) iront à l’encontre de ce que la littérature « hagiographique » laïque et républicaine tend à imposer comme vision des évènements. Je me crois d’autant plus autorisé à écrire que je n’ai, jusqu’à présent, lu ni entendu aucune voix ecclésiastique rappeler ce que furent en vérité ces évènements pour les catholiques et l’Eglise à Paris.

Après les durs mois du siège et l’occupation de la capitale par les Prussiens, les Parisiens pouvaient certes bien légitimement être exaspérés. Je ne nierai pas que la répression exercée par les Versaillais à l’encontre des communards, au cours de ce que l’on appelle « la semaine sanglante », n’ait été particulièrement cruelle. Mais je ne suis pas manichéen et je sais très bien que la bêtise, la haine, la cruauté et la violence ne se sont pas trouvées d’un seul côté au cours de ces évènements tragiques…

Cela étant dit, je vous invite au préalable à vous souvenir de quelques unes des paroles de la Très Sainte Vierge Marie quand elle apparut à Soeur Catherine Labouré dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830, entre minuit et deux heures du matin, dans la chapelle de la rue du Bac.

Apparition de Notre-Dame à Soeur Catherine Labouré dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830

Apparition de Notre-Dame dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830 (chapelle de la rue du bac)
« Venez au pied de cet autel… »

Ici encore, je ne veux pas refaire le récit détaillé de cette longue apparition (deux heures!). Je me contenterai de citer quelques paroles de Notre-Dame telles que Soeur Catherine les consigna par écrit pour son directeur spirituel.

Dans un premier temps, la Vierge Marie annonce la toute proche révolution de la fin juillet 1830 :« Les temps sont très mauvais, des malheurs vont fondre sur la France : le trône sera renversé, le monde entier sera renversé par des malheurs de toutes sortes ». Sainte Catherine Labouré précise : « La Sainte Vierge avait l’air très peinée en disant cela ». Et Notre Dame poursuit : « Mais venez au pied de cet autel, là les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur… »

Puis la Sainte Vierge a continué ses annonces sur des évènements plus lointains :« Le moment viendra où le danger sera grand, on croira tout perdu, là je serai avec vous, ayez confiance, vous reconnaîtrez ma visite et la protection de Dieu et celle de saint Vincent sur les deux communautés. Mais il n’en est pas de même des autres Communautés. Il y aura des victimes » (ici Sainte Catherine note : « La Sainte Vierge avait les larmes aux yeux »). Mais ce n’est pas encore tout, Marie ajoute :« Il y aura bien des victimes, Monseigneur l’archevêque mourra. Mon enfant, la Croix sera méprisée, le sang coulera dans les rues » - ici, Sœur Catherine précise quela Sainte Vierge ne pouvait presque plus parler tant sa peine était grande : « Mon enfant, me dit-elle, le monde entier sera dans la tristesse ». À ces mots, je pensai : « Quand est‑ce que ce sera? » Et alors j’ai très bien compris : »quarante ans« .

Quarante ans!
La réponse s’est imprimée dans la pensée de Sainte Catherine Labouré. Et quarante ans plus tard la prophétie de Notre-Dame s’est réalisée.

Dès son déclenchement, l’insurrection s’afficha résolument et violemment hostile à l’Eglise Catholique.
J’ai cherché à savoir si d’autres édifices de culte avaient subi les mêmes profanations que les églises et si d’autres ministres de culte – protestants ou israélites – avaient été victimes de violences comparables à celles qui furent infligées au clergé catholique mais je n’ai rien trouvé à ce sujet.
Est-ce parce qu’il n’y en eut pas ou seulement parce que les historiens ont omis de le noter?

Une barricade pendant la Commune - 1871

Une barricade en 1871

Le jour même de sa proclamation, la Commune décréta la « séparation de l’Eglise et de l’Etat » et interdit la célébration de la Messe dans les hôpitaux.
Très rapidement, de nombreux couvents furent envahis et occupés : les religieuses furent humiliées, moquées et subirent des outrages sous leurs propres toits…
Pourtant, pendant toute la durée du siège – comme toujours – les congrégations avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir pour soulager les affamés et soigner malades et blessés!

Plus grave encore, car aucun coeur véritablement catholique ne peut y penser sans frémir d’indignation et de douleur : les fédérés se livrèrent à de très nombreuses profanations délibérées du Très Saint Sacrement

Le mardi saint, 4 avril 1871, Monseigneur Georges Darboy, archevêque de Paris, l’abbé Gaspard Deguerry, curé de la Madeleine, et Monseigneur Auguste-Alexis Surat, archidiacre de Notre-Dame, sont pris en otages : d’abord enfermés à la prison de Mazas, ils seront plus tard transférés à la Roquette.
Un contemporain note dans son diaire à la date du 5 avril : « La consternation est partout, on vit dans la crainte, on est indigné ; mais on n’ose rien dire. Lorsque l’archevêque a comparu devant ses juges, il leur disait : «Mes enfants», à quoi ils ont répondu : «Nous ne sommes pas vos enfants, mais des magistrats!».

Monseigneur Georges Darboy

Monseigneur Darboy

Le même témoin note le lendemain, jeudi saint 6 avril : « On lit dans les rues des affiches épouvantables, disant qu’il faut piller les églises, assassiner les prêtres ».
Puis le 9 avril, qui était le dimanche de Pâques, il écrit encore : « La commune ne se contente pas d’afficher des proclamations sanguinaires, elle les met à exécution. On a arrêté 200 prêtres, fait fermer plusieurs églises, on a de la peine à trouver une messe ».

De fait, de nombreuses églises sont transformées en « clubs révolutionnaires » et sont le théâtre de scènes épouvantables : le drapeau rouge flotte sur Notre-Dame de Lorette dont un vicaire, l’abbé Jean-Marie-Noël Sabbatier, est emprisonné ; la célèbre Louise Michel, dont l’excitation – voisine de l’hystérie – est à son comble, « pontifie » dans le club qu’elle a installé dans l’église Saint-Bernard de la Chapelle ; Saint-Eustache et Saint-Nicolas des Champs ont tous les soirs des séances qui rappellent les heures les plus sombres de la grande terreur ; à la Sainte-Trinité, c’est un club où se réunissent uniquement des femmes qui montent en chaire pour éructer des horreurs, exhorter au pillage et appeler au massacre des prêtres… etc.
Le témoin que nous avons déjà cité note le 16 avril : « Les prêtres, habillés en bourgeois, se sauvent de Paris et vont chercher un refuge au milieu des Prussiens, près desquels ils sont plus en sûreté qu’avec les communeux qui ne respectent rien. »

Le 17 mai, jour où l’on annonce que les Versaillais vont entrer par la porte Maillot, notre témoin écrit : « Les communeux ont pillé Notre-Dame des Victoires, et y ont fait toutes sortes de profanations. Après des crimes aussi horribles, n’avons-nous pas à craindre que la vengeance de Dieu ne tombe sur cette ville si coupable. »

Les communards aux abois avaient en effet commencé à allumer des incendies en plusieurs points de la capitale : le palais des Tuileries sera l’une des plus célèbres victimes de cette folie incendiaire.
Ils vinrent à la basilique de Notre-Dame des Victoires en trainant des barils de pétrole, malmenèrent les prêtres et les fidèles qui voulaient s’opposer à ce sacrilège, mais avant de livrer l’église aux flammes ils voulurent la piller et la profaner de manière systématique.
Le Tabernacle fut violé, les Saintes Hosties jetées à terre et piétinées ; la statue de la Vierge à l’Enfant fut dépouillée des couronnes offertes par le Bienheureux Pie IX,
puis souillée de la plus ignominieuse façon ; les vases sacrés – que le curé avait pourtant tenté de préserver en les dissimulant dans le cénotaphe de Lully – furent profanés par des beuveries blasphématoires ; la châsse de Sainte Aurélie (jeune martyre des premiers siècles retrouvée dans les catacombes et dont les reliques avaient aussi été offertes à la basilique par le Bienheureux Pie IX) fut ouverte et ses ossements jetés au hasard ; le tombeau du saint abbé Desgenettes fut fracturé et sa tête, arrachée de son corps, piquée sur un fusil, fut promenée au milieu des rires et des blasphèmes…
En apprenant ces profanations, Sainte Catherine Labouré déclara : « Ils ont touché à Notre-Dame des Victoires : ils n’iront pas plus loin! »
Le 24 mai, jour de la fête de Marie Auxiliatrice, après sept jours de profanations et de scènes orgiaques, les fédérés s’enfuirent au son du clairon des Versaillais : la basilique du Coeur immaculé de Marie avait été terriblement éprouvée, mais elle avait échappé aux flammes et la statue miraculeuse, malgré les profanations, restait debout!

A la date du 29 mai, le témoin que nous avons déjà cité écrit :  « Après de bien mauvais jours, et de terribles émotions, nous voici enfin un peu tranquilles. On n’entend plus le canon ; mais hélas, on sait maintenant toute l’affreuse vérité, et tous les crimes qui ont été commis ».

Parmi les crimes qu’ils ont commis, les communards ont tué « in odio fidei » – en haine de la foi – 31 serviteurs de Dieu dont il serait aisé de reconnaître officiellement le martyre et d’obtenir la béatification si, jusqu’ici, le souci de ne pas trop déplaire à la république n’avait pas retenu « l’Eglise de France » dans cette procédure :

1) le 24 mai 1871, fusillés à la prison de la Roquette vers 20h30 : Son Excellence Monseigneur Georges Darboy, en compagnie de l’abbé Gaspard Deguerry, curé de la Madeleine, de l’abbé Jean-Michel Allard, aumônier des ambulances, et de deux Jésuites : les Révérends Pères Léon Ducoudray et Alexis Clerc (le premier était recteur de l’École Sainte-Geneviève).

Monseigneur Darboy sur son lit de mort

La dépouille de Monseigneur Darboy lors de ses funérailles, après la semaine sanglante.

2) le 25 mai 1871, massacrés dans la rue en fin d’après-midi à proximité de la Porte d’Italie : les dominicains du collège d’Arcueil. Leur supérieur était le Révérend Père Louis-Raphaël Captier, qui avait fondé le collège. Avec lui furent exécutés quatre prêtres de son ordre : les Pères Thomas Bourard, Constant Delhorme, Henri Cottrault et Pie-Marie Chatagneret, et huit laïcs qui étaient leurs auxiliaires au collège : Louis-Eugène-Antoine Gauquelin (professeur de mathématiques), François-Hermand Volant (surveillant), Aimé Gros (domestique), Antoine Gézelin Marce (domestique), Théodore Catala (surveillant), François-Sébastien-Siméon Dintroz (infirmier), Marie-Joseph Cheminal (domestique) et Germain-Joseph Petit (économe).
Ils avaient été arrêtés le 19 mai et emprisonnés au fort de Bicêtre, où ils souffrirent de la faim et de la soif, puis le 25 mai sous le prétexte de les conduire de Bicètre à une autre prison située avenue d’Italie, ils furent massacrés dans la rue.

Le massacre des otages de la rue Haxo, le 26 mai 1871

Exécution des otages, rue Haxo, le 26 mai 1871.

3) le 26 mai 1871, vers 15h, quarante-neuf prisonniers furent extraits de la prison de La Roquette et conduits, sur les hauteurs de Belleville : c’étaient 33 gardes de Paris, 2 gendarmes, 4 mouchards et 10 ecclésiastiques choisis au hasard.
Encadrés par les fédérés, ces otages montent à pied jusqu’à la cité de la rue Haxo qu’ils atteignent vers 17 h 30.
Malgré les réticences de leurs chefs militaires et cédant à une foule qui hurle à la mort, les fédérés tirent à volonté durant un quart d’heure sur les otages, tous exterminés, devant le haut mur qui se trouvait rue du Borrégo, à hauteur de l’actuelle Maison des Jeunes.

Voici la liste des ecclésiastiques qui furent massacrés : les Révérends Pères Jésuites Pierre Olivaint, recteur de la maison de la rue de Sèvres, Jean Caubert et Anatole de Bengy ; les Révérends Pères de la Congrégation des Sacrés-Coeurs de Picpus :  Ladislas Radigue, Polycarpe Tuffier, Marcellin Rouchouze et Frézal Tardieu ; un prêtre séculier : Jean-Marie-Noël Sabattier, vicaire à Notre-Dame de Lorette ; un  religieux de Saint-Vincent de Paul : Matthieu-Henri Planchat ; et l’abbé Paul Seigneret, séminariste de Saint-Sulpice.
Un oratoire sommaire fut édifié à l’emplacement des exécutions (81 rue Haxo) dès 1889, puis remplacé en 1894 par une chapelle d’environ 250 places agrandie quatre ans plus tard. A la suite de l’urbanisation du quartier, une véritable église fut construite entre 1936 et 1938 par l’architecte Julien Barbier : Notre-Dame des Otages.

4) le 27 mai 1871 enfin, subirent aussi le martyre : Monseigneur Auguste-Alexis Surat, archidiacre de Notre-Dame de Paris, qui avait été emprisonné en même temps que Monseigneur Darboy, et qui fut massacré dans la rue après avoir pu s’enfuir de la prison de la Roquette. Avec lui fut aussi martyrisé l’abbé Émile-Victor Bécourt, curé de Notre-Dame de Bonne Nouvelle.
Le Révérend Père Jean-Baptiste Houillon, des Missions Etrangères de Paris, revenu de Chine pour un congé de maladie en 1869, fut aussi massacré par les fédérés sur le Boulevard Richard Lenoir lors d’un transfert de prisonniers.

Reliques des cinq Jésuites martyrisés par les communards les 24 et 26 mai 1871

Nous conservons pieusement au « Mesnil-Marie » cinq enveloppes cachetées portant les noms des cinq Jésuites martyrisés par les communards les 24 et 26 mai 1871 et contenant des morceaux de leurs soutanes.

A Sainte Jeanne d’Arc : prière pour la France et cantique du Père Doncoeur.

Nous avons publié (cf. > ici) un extrait du très remarquable panégyrique de Jeanne d’Arc prononcé par Monseigneur Pie (il n’était alors que vicaire général du diocèse de Chartres) le 8 mai 1844. Nous vous proposons aujourd’hui une prière pour la France (qui peut servir de neuvaine) adressée à Dieu par l’intercession de celle qui est, après Notre-Dame de l’Assomption, patronne céleste de la France en second, ainsi qu’un chant à Sainte Jeanne d’Arc dont le Père Doncoeur – l’un des fondateurs du scoutisme catholique en France – rédigea les paroles sur l’air d’un ancien cantique béarnais.

A Sainte Jeanne d'Arc : prière pour la France et cantique du Père Doncoeur. dans De liturgia

Prière pour la France :

dont on peut faire une neuvaine préparatoire au jour de sa fête
du 21 au 29 mai de chaque année (fête liturgique)
ou bien durant les neuf jours qui précèdent le deuxième dimanche de mai (fête nationale)
et dans tous les moments où l’on veut prier plus instamment pour la France.

 * * *

Très saint et très haut Seigneur Jésus-Christ,
Roi des rois,
qui avez miraculeusement suscité Sainte Jeanne d’Arc
pour ramener à l’unité autour de son Prince légitime
le Royaume de France, divisé et humilié à la face des nations,
et pour lui conserver l’intégrité de la Foi :
du haut de votre trône céleste,
regardez encore aujourd’hui combien il y a grande pitié en ce pays, dont le reniement des promesses du baptême et l’apostasie officielle ont entraîné à nouveau la désunion et l’abaissement,
au point qu’il est devenu aujourd’hui un mauvais exemple pour la terre entière…

Par la puissante intercession de Sainte Jeanne d’Arc,
patronne de la France en second après votre très Sainte Mère,
nous Vous supplions, ô Jésus :
répandez sur ce pays qui proclamait jadis en préambule de ses lois
« Vive le Christ qui est Roi des Francs! »
de nouvelles et abondantes grâces de conversion et de Foi,
pour que les coeurs et les esprits reviennent à Vous!

Par la fervente intercession de Sainte Jeanne d’Arc,
qui fut attentive aux paroles et aux instructions du saint conseil par lequel Vous l’avez formée à sa mission,
nous Vous supplions, ô Jésus :
donnez à nos responsables religieux et civils
les très précieux dons de conseil et de sagesse
pour qu’ils conduisent le peuple de France
hors des sentiers de la perdition!

Par la glorieuse intercession de Sainte Jeanne d’Arc,
qui demeura indéfectiblement fidèle à sa vocation particulière quelque souffrance qu’il pût lui en coûter,
nous Vous supplions, ô Jésus :
suscitez aujourd’hui dans nos familles
de généreuses et solides vocations,
pour l’Eglise et pour la patrie,
dépouillées de toute ambition personnelle et de tout carriérisme,
de tout esprit de puissance et de lucre,
qui se dévoueront sans compter au bien spirituel et éternel de ce peuple dont Vous devez rester à jamais le Roi!

Par la continuelle intercession de Sainte Jeanne d’Arc,
qui jamais ne douta et resta toujours surnaturellement confiante dans l’adversité,
nous Vous supplions encore, ô Jésus :
délivrez-nous de toute désespérance,
mais rendez à Votre France son zèle et sa pugnacité,
sa ferveur et son enthousiasme,
pour combattre les démons de l’impiété et de la luxure,
de l’égoïsme et du mensonge
qui tiennent notre société en esclavage depuis près de deux siècles!

A la prière de Sainte Jeanne d’Arc,
donnez-nous, ô Jésus, le courage d’entrer dans les voies de la pénitence,
du recours confiant à Votre miséricorde,
de la réparation et du vrai renouveau!
Augmentez notre foi dans Votre Saint Évangile
et dans la doctrine traditionnelle de Votre Sainte Église,
qui, depuis deux mille ans, a uni les esprits, les cœurs, les familles et les nations!

A l’exemple de Sainte Jeanne d’Arc,
qui fit peindre sur son étendard Votre Saint Nom avec celui de Marie, Votre Mère,
et rendit son dernier soupir en criant une dernière fois Votre Nom béni,
donnez-nous, ô Jésus, un fervent esprit de prière et de constant recours à Votre sainte grâce,
pour que Votre Esprit Paraclet habite en nous, agisse en nous et oeuvre à travers nous!

Enfin, par les mérites du sacrifice de Sainte Jeanne d’Arc,
uni à Votre Saint Sacrifice du Calvaire, sans cesse renouvelé à l’autel de la Messe,
faites paraître, nous Vous en supplions,
ce monarque sacré que Vous nous avez promis par la bouche de tant de Vos saints,
afin qu’il renoue et revivifie l’alliance sainte conclue jadis dans les eaux baptismales de Reims
et rende à Votre peuple de France sa joie et son salut!

Ainsi soit-il!

(Prière composée par Frère Maximilien-Marie – reproduction autorisée à condition d’en mentionner la source)

 Jeannne d'Arc dans Nos amis les Saints

cantique-ste-jeanne-darc-pere-doncoeur neuvaine dans Prier avec nous

* * * * * * *

Sur les routes où nous chantons, 
Fais-nous joyeux, ô fière Jeanne ! 
De ton rire insolent et frais 
Tu fis pâlir les soudards anglais. 
Tu aimas les joyeux garçons 
Purs et hardis à tenir campagne ; 
Sur les routes où nous chantons, 
Fais-nous joyeux, ô fière Jeanne ! 

Sur les routes où nous peinons, 
Fais-nous plus durs, ô rude Jeanne ! 
Au grand trot de tes noirs coursiers 
Tu entrainas princes et Routiers. 
Sous l’effort quand nos corps ploieront, 
Garde nos cœurs de ces pleurs de femmes. 
Sur les routes où nous peinons, 
Fais-nous plus durs, ô rude Jeanne ! 

Sur les routes où nous luttons 
Fais-nous vainqueurs, ô forte Jeanne ! 
Dans l’effroi des sanglants combats 
Tu bondissais devant tes soldats. 
Sur tes pas, quand nous nous battrons, 
Nous saurons bien forcer les victoires. 
Sur les routes où nous luttons 
Fais-nous vainqueurs, ô forte Jeanne ! 

Sur les routes où nous mourrons, 
Emporte-nous, ô sainte Jeanne ! 
De la cendre de ton brasier 
Tu t’envolas en plein ciel de mai. 
De nos corps qui défailleront 
D’un vif élan fais jaillir nos âmes. 
Sur les routes où nous mourrons, 
Emporte-nous, ô sainte Jeanne!

blasonjdarc Père Doncoeur dans Vexilla Regis

2011-42. Du « Grand Chanéac » et de la chouannerie dans les Hautes Boutières.

15 mai : anniversaire de la mort du Grand Chanéac.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Si je prononce le mot chouan, je suis certain que le plus grand nombre va spontanément penser à la Bretagne, à la Normandie ou au Maine. Toutefois – et sans que cela leur ôte le moindre mérite – la vérité historique oblige à rappeler que la chouannerie ne fut pas une exclusivité des provinces de l’Ouest de la France.

Chouan

Pour ne parler que du Vivarais où est implantée notre Mesnil-Marie - proche d’autres terres de résistance opiniâtre à la révolution (Velay, Gevaudan, Cévennes, Forez, Lyonnais… etc.) -, il ne faut pas oublier qu’on s’y insurgea contre les mesures des assemblées dites « constituante » puis « législative » bien avant le soulèvement vendéen !

Je ne peux pas faire ici un cours d’histoire détaillé, toutefois chaque 15 mai ramène ici l’anniversaire du rappel à Dieu de l’une des plus éminentes figures emblématiques de la contre-révolution dans ces Hautes-Boutières où nous vivons : le « Grand Chanéac ».
Alors aujourd’hui, j’ai résolu de vous en parler à mon tour.

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Né le 11 décembre 1759 au mas des Sucheyres – sur le territoire de la paroisse de Saint-Andéol de Fourchades -, dans une famille de paysans relativement aisés, Jean-Pierre François Chanéac était donc dans sa trentième année à l’été 1789.

Bel homme, de haute taille, intelligent et instruit, il avait – selon les traditions – envisagé pendant un temps le sacerdoce et fait quelques études pour cela ; il aurait ensuite suivi des cours de médecine, avant de se marier et de prendre la suite de son père comme fermier du « Clapas », l’une des grandes fermes du domaine de Pierre de Julien de Baumes – seigneur de Fourchades, Saint-Martial et Bourlatier -, au point de jonction des vallées des Hautes-Boutières et du haut plateau vivarois.

La ferme et le suc du Clapas (Saint-Martial en Boutières)

La ferme du Clapas,
près de laquelle le « Grand Chanéac » remporta une belle victoire sur le général Boisset, le 21 novembre 1797
(cliquer sur l’image pour la voir en grand).

Si certains des chefs de bande qui tinrent la « montagne » pendant ces années de trouble et d’insécurité eurent des comportements peu exemplaires, si quelques uns se donnèrent le titre de « chouan » bien davantage pour se livrer au brigandage et s’enrichir que mus par un noble idéal, tel n’est pas le cas du « Grand Chanéac ».

C’était un homme animé par une foi vive et éclairée, et il n’est point douteux que ce fut l’un des principaux motifs, sinon le principal motif, de sa résistance.

Dans toute cette contrée, malgré l’exemple déplorable donné par l’évêque de Viviers, Monseigneur Charles de Lafont de Savines – personnage fantasque et tête légère qui fut l’un des quatre évêques d’Ancien Régime à prêter le serment schismatique de la constitution civile du clergé -, les prêtres, très proches de leurs paroissiens et très aimés d’eux, ne prêtèrent le serment qu’avec des restrictions importantes, ce qui le rendait nul et faisait d’eux des « réfractaires », passibles de la prison, de la déportation ou – tout simplement! – de la guillotine.
« Réfractaires », les curés et vicaires de Saint-Andéol de Fourchades, Saint-Martial, Borée, Sainte-Eulalie… etc. restèrent sur place (jamais des prêtres intrus ne purent les remplacer) et continuèrent à régir leurs paroisses, à administrer les sacrements et à célébrer la Sainte Messe dans la clandestinité (voir aussi > ici).
Il serait bien trop long de raconter ici toutes les anecdotes qui existent au sujet de ces prêtres, de leur héroïsme et de leur zèle généreux qui ne faiblit pas pendant près de dix années : en effet la persécution anti-chrétienne ne dura pas seulement pendant ce qu’il est convenu d’appeler la « grande terreur » (du début septembre 1792 à la fin juillet 1794), mais fut régulièrement relancée par des décrets jusqu’au temps de la pacification religieuse opérée par le concordat (1802).

Le « Grand Chanéac » protégeait les bons prêtres et il leur assurait sécurité et subsistance dans les fermes isolées dont il était le propriétaire (les Sucheyres, Gombert… etc.).

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Homme de fidélité, de conviction et d’idéal, on a de bonnes raisons de penser qu’il était en lien avec les principaux chefs de la résistance à la révolution dans un plus vaste périmètre : le comte de La Mothe, le marquis de Surville, Charles et Dominique Allier (frères de l’abbé Claude Allier, prieur de Chambonas, qui avait été l’une des chevilles ouvrières des rassemblements et soulèvements de Jalès).
Malgré les « bleus » et la traque acharnée qu’ils menèrent contre lui, il fut le véritable maître de ces contrées pendant tout le temps de la révolution.

La mémoire populaire a fait du « Grand Chanéac » une véritable figure de légende : sur sa jument noire, nommée « La Vendée », ou dans les cachettes quasi inaccessibles de cette vallée escarpée (proche du Mesnil-Marie) qu’on nomme « le gouffre de l’enfer », avec ses chouans qui lui étaient tout dévoués, avec le soutien massif de la population, il tint les « bleus » en échec pendant plus de dix ans : se dévouant sans compter « Pour Dieu et pour le Roy », il n’hésita pas à dépenser son bien pour la Cause et même à s’endetter lourdement.

Après la révolution, il s’emploiera à rembourser ses débiteurs et ne se prévaudra en rien de ses exploits pour se dérober aux devoirs de l’honnêteté.

Les Sucheyres  (Saint-Andéol de Fourchades)

Ruines du mas des Sucheyres où naquit et mourut le « Grand Chanéac »
et où il cacha de nombreux prêtres pendant la révolution.

Entouré de l’estime générale, le « Grand Chanéac » s’est éteint le 15 mai 1841, au mas des Sucheyres où il était né 81 ans et cinq mois auparavant.
Les traditions locales rapportent que jusqu’en sa vieillesse il dirigeait de sa voix puissante le choeur des chantres de l’église de Saint-Andéol de Fourchades. On raconte aussi qu’on transporta son cercueil vers l’église sur une tombereau traîné par deux boeufs blancs.

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Cent-soixante dix ans après sa disparition, alors que les traditions anciennes commencent à s’estomper et que des esprits malveillants – souvent par parti pris idéologique – ont cherché à ternir sa réputation, le qualifiant de « brigand », Frère Maximilien-Marie a tenu à entretenir le « devoir de mémoire » et à lui rendre justice : samedi dernier, il avait donc organisé une promenade commentée sur les lieux où s’illustra le « Grand Chanéac ».
Il a eu la très grande joie de voir venir à ce rendez-vous des descendants du chouan des Hautes-Boutières, et notre Frère est bien résolu désormais à s’employer à faire davantage connaître et aimer cette belle et grande figure qui (même si le chant a été composé bien après la grande révolution) n’aurait sans doute pas dédaigné d’unir sa voix à la nôtre pour chanter comme nous aimons à le faire :

Les bleus sont là, le canon gronde, 
Dites les gars avez vous peur :
Nous n’avons qu’une peur au monde 
C’est d’offenser Notre-Seigneur!

Les bleus chez vous dansant la ronde 
Boiront le sang de votre coeur :
Nous n’avons qu’un amour au monde, 
C’est l’amour de Notre-Seigneur!

Vos corps seront jetés à l’onde, 
Vos noms voués au déshonneur :
Nous n’avons qu’un honneur au monde 
C’est l’honneur de Notre-Seigneur!

Alors debout, le canon gronde, 
Partez les gars, soyez vainqueurs :
Nous n’avons qu’un espoir au monde, 
C’est la victoire du Seigneur!

Lully.

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