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2009-2. Le « Saint d’Anjou », Jacques Cathelineau (deux-cent cinquantième anniversaire de sa naissance : 5 janvier 1759).

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Le 5 janvier 1759 naquit, dans la paroisse du Pin-en-Mauges (diocèse d’Angers), Jacques Cathelineau. Le deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de ce héros, qui est en même temps une authentique et haute figure de sainteté, n’est honoré d’aucune commémoration officielle, mais nous ne saurions nous en étonner (!!!) ; il nous paraîtrait même injurieux que les actuelles autorités de notre pays – puisqu’elles revendiquent haut et fort l’héritage de la grande révolution – veuillent s’acquitter d’un « devoir de mémoire » envers celui dont la vie et les engagements dénoncent l’impiété des fondements idéologiques et la vacuité des principes auxquels elles se réfèrent… Puissent du moins les coeurs loyaux et fidèles ne pas manquer de célébrer dans la reconnaissance et la fidélité la mémoire de celui qui, très tôt de son vivant déjà, fut surnommé « le Saint d’Anjou« !

* * * * * * *

Jacques était le second d’une famille de cinq enfants. Son père, Jean Cathelineau, exerçait  le métier de tailleur de pierres, mais s’acquittait aussi de manière exemplaire des fonctions de sacristain. Le petit Jacques grandit d’une certaine manière à l’ombre du sanctuaire : les exemples de ses parents et les enseignements de son curé, firent croître en lui  et lui permirent de personnaliser une foi profonde et une piété sincère, ancrées dans une compréhension véritablement surnaturelle des choses d’ici-bas.

Il n’y avait pas d’école au Pin-en-Mauges, mais le curé, qui lui avait inculqué les premiers éléments de l’instruction et avait remarqué l’intelligence et les qualités du petit Jacques, proposa à ses parents de lui faire poursuivre ses études chez l’un des ses confrères, dans une paroisse des environs. C’est ainsi que Jacques Cathelineau acquit des connaissances supérieures à celles de la moyenne des gens du peuple.

Il travailla d’abord comme tailleur de pierres, ainsi que son père, mais au moment où la révolution éclate il exerce le métier de colporteur. A l’âge de 18 ans, le 4 février 1777, il a épousé Louise Godin, qui est de 9 ans son aînée. De leur union naîtront dix enfants, dont cinq mourront avant d’achever leur première année. Jacques avait aussi succédé à son père dans ses fonctions de sacristain et de chantre à l’église du Pin.

Le 12 mars 1793, en application de la loi qui a décrété la « levée en masse », a lieu le tirage aux sort des conscrits à Saint-Florent le Vieil. La population angevine, déjà profondément indisposée par l’exécution du Roi et par la persécution contre ses « bons prêtres », n’a aucune envie de voir partir ses jeunes gens aux frontières pour défendre une république qui n’est absolument pas aimée. Ce jour là donc, toute la ville de Saint-Florent exaspérée s’est rassemblée pour s’opposer à la conscription ; elle va le faire d’une manière expéditive : les agents de la conscription et les patriotes sont lynchés. Ceux qui ne sont pas tués ne doivent leur salut qu’à la fuite. Désormais les évènements sont engagés, la guerre est inéluctable.

Jacques Cathelineau, âgé de 35 ans et qui a la charge d’une famille, n’est pas concerné par la conscription. Il n’a pas fait partie des émeutiers, mais maintenant que la guerre est là, avec les encouragements de son curé, il s’est décidé à rassembler autour de lui les hommes du village : on était au temps de la Passion, et c’est au chant du Vexilla Regis (cf. > www) qu’ils prirent les armes et se mirent en route, pour défendre leurs autels et leurs foyers.

Un peu partout dans les Mauges, des paysans et des artisans,  munis comme eux de leurs fourches et de leurs faux, chassent les « patriotes ». Les paysans cherchent ceux qu’ils croient les plus qualifiés pour prendre la tête du mouvement ; ils vont donc dans les gentilhommières de leurs villages et ils supplient leurs « Messieurs »  de les organiser et de les entraîner : un grand nombre d’entre eux n’a-t-il d’ailleurs pas un passé militaire? Jean-Nicolas Stofflet et Jacques Cathelineau  seront les deux seuls roturiers portés à la tête d’une armée.

Je ne vais pas refaire ici l’histoire détaillée du début des « Guerres de Vendée », mais  je me contenterai de noter que lorsque – au bout d’un mois de combats dispersés -  la Grande Armée Catholique et Royale est constituée, la stature de chef et le charisme  de Jacques Cathelineau sont pleinement reconnus. Ils le seront de plus en plus, à tel point que lorsqu’il s’agira de nommer un Généralissime, c’est sur lui que se porteront unanimement les suffrages des autres chefs de l’insurrection (12 juin 1793). Tous reconnaissent et saluent en lui une piété éclairée, inspiratrice de décisions pratiques aussi audacieuses que pertinentes, et une intégrité parfaite : il n’agit jamais par ambition personnelle et il est irréprochable. On peut dire qu’il symbolise et représente parfaitement le soulèvement  populaire vendéen dans ses idéaux spirituels.

Mortellement blessé le 29 juin, lors du siège de Nantes, Jacques Cathelineau rendit sa belle âme à Dieu le 14 juillet 1793 à Saint-Florent le Vieil. Sa cause de béatification fut introduite dès la fin du XIXème siècle mais la plus grande partie des pièces informatives  du procès diocésain ont péri dans l’incendie des archives de l’évêché d’Angers, en 1944, et  l’instruction s’en trouve, de ce fait, bloquée. Cependant que cela ne nous empêche pas de prendre modèle sur lui et de l’invoquer en privé, lorsque nous prions pour la France…

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 4 janvier, 2009 |1 Commentaire »

2008-66 b. La Sainte Ampoule et le Sacre des Rois de France (2nde partie) : de la révolution à nos jours.

Nous poursuivons la publication de l’étude dont nous avons donné la première partie ici > www.

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Gravure reproduisant l’ancien reliquaire de la Sainte Ampoule

5) La destruction de la Sainte Ampoule :

L’ancien reliquaire, contenant la sainte ampoule, ne sortait de l’abbaye Saint-Remi de Reims que le jour du sacre. La seule fois où le reliquaire quitta l’abbaye pour un autre but que celui que l’usage traditionnel lui donnait fut lorsque Louis XI voulut l’avoir près de lui à son lit de mort.
Nous l’avons dit aussi, le reliquaire de la Sainte Ampoule était conservé dans le tombeau même de Saint Remi, dont les clefs étaient placées dans la chambre de l’abbé : c’était lui qui en ouvrait et fermait la porte.
L’ancien reliquaire de la Sainte Ampoule nous est connu par une gravure antérieure à la révolution. On peut le décrire comme une sorte « d’assiette », en métal précieux et ornée de pierres, au centre de laquelle l’Ampoule miraculeuse était fixée. Sur le bord du reliquaire était fixée une chaîne : lorsque le Père Abbé de Saint-Remi devait transporter la Sainte Ampoule, il passait cette chaîne autour de son cou et tenait le reliquaire avec ses deux mains élevé devant sa poitrine.

Et nous voilà au temps de la grande déchirure révolutionnaire… On se souvient que parmi les premières mesures de l’assemblée il n’y aura n’a rien de plus pressé que d’interdire la profession monastique et de la déclarer hors la loi, de nationaliser les biens du clergé et, finalement, de disperser les congrégations religieuses… L’abbaye de Saint-Remi ne fait pas exception et les moines en sont chassés. Toutefois (et cela va la sauver de la destruction), l’église abbatiale est transformée en une paroisse, confiée – faut-il le préciser? – à un prêtre qui s’est plié au serment constitutionnel. Les moines sont partis,  mais la Sainte Ampoule est restée auprès des reliques de Saint Remi : personne encore ne peut imaginer qu’on puisse porter atteinte à un aussi précieux dépôt! Au mois d’octobre 1793 le curé constitutionnel de Saint-Remi se nomme Jules-Armand Seraine : s’il a prêté le serment schismatique, il n’est toutefois pas un mauvais homme…

Dans les premiers jours d’octobre 1793, la Convention donne mission à l’un des ses membres les plus zélés, Philippe Rhül, de se rendre à Reims pour y détruire la Sainte Ampoule. Lorsque, le 6 octobre, l’abbé Seraine apprend l’arrivée du député de la Convention et les raisons de sa venue, sa conscience a un sursaut : puisqu’on lui donne l’ordre de livrer le reliquaire de la Sainte Ampoule, il le livrera… mais, en grand secret, assisté par un officier municipal, Philippe Hourelle, qui exerce alors les fonctions de premier marguillier, il extrait de la Sainte Ampoule tout ce qu’il peut retirer du baume qu’elle contient ; puis ils dissimulent soigneusement le précieux Chrême dans l’attente de jours meilleurs.
Le lendemain 7 octobre, à 14 heures, sur le piédestal (vide) de la statue de Louis XV située place Royale – alors rebaptisée nationale – Rhül fracasse et piétine la Sainte Ampoule devant la foule. Deux petites esquilles de verre sont alors tombées à terre aux pieds d’un dénommé Louis Champagne Prévoteau qui les récupère discrètement. Deux minuscules parcelles de baume subsistent sur ces fragments de verre. Vingt-cinq années de silence s’ensuivent.

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6) La Restauration : la Sainte Ampoule sort de l’ombre :

Voici la Restauration et, le 11 juin 1819, l’archevêque de Reims préside une séance solennelle : les personnes qui, maintenant que les Bourbons sont rentrés d’exil et rendent la paix à la France et à l’Eglise, se sont fait connaître pour avoir recueilli le contenu de la Sainte Ampoule ou ses fragments comparaissent ; elles jurent, devant Dieu et devant les autorités ecclésiastiques et civiles, de dire toute la vérité et rendent à l’archevêque les différents éléments en leur possession. Si bien que l’archevêque pourra reprendre à son compte la phrase d’Hincmar : « Et nous aussi nous en avons encore !« 

On sait que Louis XVIII ne pourra pas être sacré. Ce n’est pas, comme le prétendent certains « survivantistes » (Nota : on appelle « survivantistes » ceux qui prétendent que Louis XVII n’est pas mort dans la prison du Temple, que son existence aurait été connue de son oncle mais que celui-ci n’aurait pas voulu lui laisser le trône, et qu’il aurait une descendance plus ou moins cachée…), parce que Louis XVIII aurait su qu’il n’était pas légitime et parce qu’il aurait craint  – sous la menace de révélations mystiques – d’être foudroyé par la colère divine en usurpant un sacre auquel il n’avait pas droit, mais tout simplement parce que sa santé ne lui permettait pas de se plier au cérémonial antique : Louis XVIII était rongé par la goutte, il ne se déplaçait qu’avec de grandes difficultés et il n’aurait jamais pu faire les prostrations requises par le rituel du sacre! Par contre après lui, son frère et successeur, Charles X, va recevoir les onctions sacrées le 29 mai 1825. Pour l’occasion un nouveau reliquaire a été réalisé.

Reliquaire de la Sainte Ampoule réalisé pour le Sacre de Charles X - Copie

Reliquaire de la Sainte Ampoule réalisé à l’occasion du Sacre de Charles X

La Sainte Ampoule du Sacre de Charles X et son aiguillette

La Sainte Ampoule et son aiguillette réalisées à l’occasion du Sacre de Charles X

Comme des doutes s’étaient élevés sur l’authenticité de la relique et la validité de ce sacre, le « Moniteur » (qui fut en quelque sorte le Journal Officiel pendant tout le XIXème siècle) publia les articles suivants :

Le Moniteur des 23-24 mai 1825 ( correspondance du 21 mai de Reims) :

« On sait qu’en octobre 1793 le conventionnel Rhül brisa la Sainte-Ampoule sur notre place Royale ; mais M. le curé de Saint-Remi, M. Seraine, et le principal marguillier, M. Hourelle, qui avaient eu cette précieuse relique à leur disposition pendant quelques heures, en avaient extrait des parcelles ; de plus, au moment du brisement, d’autres citoyens animés d’un zèle pieux , et quoique leur acte ne fût pas sans danger, ramassèrent des parcelles et du vase et de la matière. Après la tourmente révolutionnaire, on se parla, on se réunit, et on mit en commun les restes précieux qu’on avait soustraits à la fureur des vandales. Des procès-verbaux authentiques furent alors dressés ; ils constatèrent et les faits et l’identité. Mgr de Talleyrand et ensuite Mgr de Coucy approuvèrent le tout ; un riche reliquaire fut destiné à recevoir et reçut en effet le saint dépôt .
Cependant depuis quelque temps des bruits probablement hasardés se répandirent, et tendaient à faire croire qu’on considérerait comme inutile l’emploi de la sainte relique pour le sacre de Sa Majesté.
Les personnes ci-dessus citées et d’autres réunies à elles se sont, dans cette circonstance, adressées à Sa Majesté par une supplique qui avait pour objet d’obtenir que les restes de la Sainte-Ampoule servissent à la consécration royale ; nous ignorons quelles dispositions ont été ordonnées, quelle décision royale a été prise sur l’objet de cette supplique, mais à l’instant même (heure de midi), Mgr l’archevêque vient de convoquer à son palais les conservateurs de la Sainte-Ampoule ; on annonce qu’il va faire en leur présence le mélange des restes précités avec le Saint-Chrême consacré par lui pour les onctions de Sa Majesté. »

Au Moniteur du 25 mai 1825, est publiée une seconde correspondance de Reims datée du 23 mai :

 » L’opération dont je vous ai parlé dans ma lettre d’hier , c’est à dire la transfusion faite par Mgr l’archevêque, des matières extraites et conservées de la Sainte-Ampoule , a eu lieu à huis-clos , mais en présence des autorités. Le procès-verbal qui en a été dressé a été signé par les assistants. »

Enfin , le Moniteur du 26 mai 1825 comporte l’article suivant :

 » Les détails sur la conservation des restes de la Sainte-Ampoule, que nous avons publiés dans les deux derniers Nos du Moniteur, et qui étaient contenus dans une correspondance particulière, sont confirmés aujourd’hui dans une note authentique que nous recevons de Reims, et que nous nous empressons de mettre sous les yeux de nos lecteurs :

Le 6 octobre 1793, la Sainte-Ampoule qui , depuis quatorze siècles, était en vénération dans l’église de Reims, et servait au sacre de nos Rois, fut brisée par un commissaire de la Convention, sur le piédestal de la statue de Louis XV ; mais les sacrilèges espérances de l’impiété furent trompées. Des mains fidèles parvinrent à recueillir des fragments de la Sainte-Ampoule, et une partie du baume qu’elle renfermait. Le fait est constaté par un procès-verbal authentique déposé au greffe du tribunal de Reims.
Le dimanche 22, jour de la fête de la Pentecôte, Mgr l’archevêque de Reims a réuni dans une chapelle de cette ville, le clergé de la métropole avec les principales autorités, et les personnes qui ont contribué à la conservation des parcelles de la précieuse relique, pour procéder, en leur présence, à la transfusion de ces parcelles dans du Saint-Chrême que renferme une fiole nouvelle. Ajoutant à l’authenticité des actes antérieurs, un procès-verbal circonstancié de cette cérémonie a été dressé en double minute. L’une demeurera déposée dans les archives de l’archevêché de Reims, et l’autre, dans le magnifique reliquaire en vermeil, présent digne de la munificence royale, qui sera, aussitôt que l’état de l’édifice le permettra, remis dans le tombeau de Saint Remy, pour faire partie, comme par le passé, du trésor de cette église. Six copies du procès-verbal seront adressées, savoir : quatre aux prélats suffragants, l’une au tribunal de Reims, et la sixième à la mairie de cette ville.
Ainsi, il ne reste plus aucun doute que l’huile sainte qui coulera sur le front de Charles X, dans la solennité de son sacre, est la même que celle qui, depuis Clovis, a consacré les monarques français. »

C’est ainsi que Charles X fut bien sacré selon tout le rituel antique, avec du Chrême qui avait la même provenance que celui qui avait oint le plus grand nombre de ses prédécesseurs, et que – malgré les sarcasmes des impies – il se livra lui aussi au « toucher des écrouelles » et guérit plusieurs malades.

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7) Et qu’en est-il maintenant ?

Après le sacre de Charles X, ce qui restait de la Sainte Ampoule et de son contenu ne fut évidemment pas perdu et traversa le siècle sans histoire…
Tellement sans histoire que l’abbé Jean Goy, historien et archiviste de l’archevêché de Reims que nous avons précédemment cité, fut forcé de constater – à l’occasion de ses travaux – que la fiole du sacre de Charles X, contenue dans le reliquaire, et sans qu’on sache pourquoi, était… presque vide !
Se demandant ce qu’il était advenu du baume sacré, il finit par découvrir, en 1979, un procès-verbal daté de 1906 : ce précieux document accompagnait une fiole de verre soigneusement cachetée aux armes de Monseigneur Luçon. Celui-ci, qui était archevêque de Reims au moment de la loi dite « de séparation des églises et de l’Etat« , par crainte de la perte ou de la profanation, avait transféré le Chrême dans cette ampoule de verre, qu’il avait lui-même scellée et emportée, cachée sous ses vêtements, lorsqu’il fut expulsé du palais archiépiscopal confisqué.
Ainsi le contenu de la Sainte Ampoule demeure encore, soigneusement gardé dans un coffre de l’actuel archevêché de Reims, ce qui fait dire à l’Abbé Goy que la Sainte Ampoule se trouve bien dans les mains de qui il convient, à savoir l’Église de Reims, et – en guise de conclusion – j’ajouterai que son précieux contenu est prêt à être utilisé, à l’heure voulue par la divine Providence, pour le sacre du Souverain annoncé en diverses, nombreuses et sérieuses prophéties…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Fiole scellée du Saint Chrême (1906)

La fiole scellée qui conserve le Saint Chrême miraculeux du Sacre des Rois de France

Publié dans:De liturgia, Vexilla Regis |on 26 novembre, 2008 |7 Commentaires »

2008-66 a. La Sainte Ampoule et le Sacre des Rois de France (1ère partie) : des origines à la révolution.

En réponse à des questions qui me sont fréquemment posées sur ce sujet, je veux résumer ici tout ce que l’état actuel des sciences nous permet d’affirmer au sujet de la Sainte Ampoule du Sacre des Rois de France.

1) Origine :

Tout d’abord en ce qui concerne son origine, je ne peux faire mieux que reprendre ce qui a été publié dans le « Journal du XVème Centenaire » par Monsieur l’Abbé Jean Goy, historien et archiviste de l’archevêché de Reims, à l’occasion des cérémonies commémoratives de 1996. Ce texte est équilibré et fait un bon résumé de l’état actuel de la question ; le voici :

« La victoire du catholicisme sur l’arianisme fut le premier miracle opéré par le baptême de Clovis. L’histoire des origines de la sainte Ampoule en est un second.

L’histoire de la Sainte Ampoule se situe entre deux silences. Celui, d’abord, des contemporains du baptême de Clovis alors que certains étaient pourtant friands de raconter des miracles, comme Grégoire de Tours qui décrit la scène : « Le roi demande, le premier, le baptême au pontife. Nouveau Constantin, il s’avance vers le bain qui doit enlever la lèpre invétérée qui le couvrait ; il vient laver dans une eau nouvelle les taches hideuses de sa vie passée. Comme il s’avance vers le baptême, le Saint de Dieu lui dit, de sa bouche éloquente : « Courbe humblement la tête, Sicambre, adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré« .

Beaucoup d’autres contemporains firent mention de ce baptême, sans parler de l’événement merveilleux de la Sainte Ampoule envoyée du ciel. La liste des témoignages serait longue à énumérer. On peut mentionner, par exemple, celui de saint Avit, évêque de Vienne, qui écrit à Clovis pour le féliciter.

Mais c’est aussi le silence des contemporains d’Hincmar, de ceux qui participent au sacre de Charles le chauve, en 869, comme roi de Lotharingie : Hincmar préside la cérémonie en présence de tous les grands du royaume et des évêques. Parmi eux l’archevêque de Sens qui, en tant que métropolitain de Paris, pouvait avoir des prétentions à être l’évêque du sacre. Hincmar, parlant du baptême de Clovis peut dire que celui-ci fût oint « par le chrême reçu du ciel, dont nous avons encore« . Et personne n’a protesté.

Par la suite, Hincmar va préciser les choses en écrivant la vie de saint Rémi : « Le chrême vint à manquer et, à cause de la foule du peuple, on ne pouvait aller en chercher. Alors, le saint prélat, levant les yeux et les mains au ciel, commença à prier en silence, et voici qu’une colombe, plus blanche que la neige, apporta dans son bec une petite ampoule pleine de saint chrême. Tous ceux qui étaient présents furent remplis de cette suavité inexprimable, le saint pontife prit la petite ampoule, la colombe disparut et Rémi répandit de ce chrême dans les fonts baptismaux…« 

Et pendant des siècles, les voix les plus autorisées, les ennemis les plus acharnés, mentionneront notre petite fiole et son origine céleste. Papes, évêques, théologiens, historiens et polémistes parleront de la sainte Ampoule comme d’un fait admirable, mais bien réel. Dom Marlot dans son livre sur le sacre « Le théâtre d’honneur et de magnificence », en donne une anthologie.
Mathieu Paris, historien anglais dira, vers 1250 dans son Histoire d’Angleterre, que « le roi de France est le premier des roys de la Chrétienté pour la céleste liqueur dont il est oint en son sacre« . Saint Thomas d’Aquin, à peu près à la même époque dit, dans son « Traité du gouvernement », que « nos roys sont sacrés d’une onction envoyée du ciel par le ministère d’une colombe« . Le pape Paul III, en 1545, dans la bulle de création de l’université de Reims, cite, dans ses motifs, qu’à Reims, « les Rois très chrétiens reçoivent la grâce de la sainte onction envoyée du ciel« .

Baptême-Sacre du Roi Clovis

Baptème-sacre du Roi Clovis

Ce n’est qu’au XVII° siècle qu’apparaît le premier détracteur, le franc-comtois Jean-Jacques Chifflet. Dans son traité sur l’ampoule rémoise, alors qu’il est bien crédule sur d’autres points, il tient à renverser la longue tradition du miracle rémois. Il met, principalement, en avant le silence des contemporains de l’événement.

Néanmoins, il semble difficile d’admettre qu’au milieu de l’admiration générale, Hincmar ait créé la légende de toutes pièces. Il avait donc des motifs sérieux pour appuyer ses dires.
Malheureusement, Hincmar ne nous a pas directement donné ses sources, et jamais nous ne saurons la vérité, mais peut-être pourrons nous l’approcher.
Depuis le XVII° siècle, les historiens ont avancé différentes possibilités de solutions. Il est fort probable que la vérité se trouve dans un savant dosage entre plusieurs d’entre elles.

Nous pouvons, envisager deux versions des faits.
- Soit, le miracle a bien eu lieu comme nous le raconte Hincmar. Peut-on ajouter que l’enjeu de la victoire de la vraie foi pouvait le justifier? Mais pour croire à un miracle, il faut que celui-ci soit sérieusement attesté. Ce n’est pas le cas ici, en particulier à cause du silence des contemporains.
- Soit le miracle a eu lieu à un autre moment. Ce fut la première position de repli des auteurs du XVII° siècle, comme les abbés Pluche et Vertot et bien d’autres après eux.

Il existe au diocèse de Reims une antique « préface des miracles de Saint Rémi » antérieure à Charlemagne. En voici la traduction donnée par l’abbé Pluche : « comme on cherchait le chrême pour baptiser un malade et qu’on n’en trouvait point, il (saint Rémi) fit mettre sur l’autel les ampoules vides, de manière que, s’étant en même temps prosterné pour prier, une céleste rosée répandit le don béni du saint chrême« . L’abbé Pluche de conclure : « Toutes les fables disparaissent et si le miracle de la sainte Ampoule n’est pas si éclatant qu’on le dit ordinairement, la relique n’en devient que plus véritable, puisque ce miracle est plus réel et plus sûr« .

Hincmar aurait donc utilisé d’autres éléments. Nous avons, alors, quatre hypothèses :

- D’abord, des textes anciens dont il ne reste que peu de choses. En 1945, Dom Lambot publie les oeuvres de Godescal d’Orbais. Au numéro 108, il fait référence à une antienne du bréviaire de Reims antérieure à Hincmar puisque son oeuvre lui est, elle-même, antérieure, et l’on trouve la formule : « le Saint chrême envoyé du ciel« . L’année d’après, F. Baix publiait un article sur les sources liturgiques de la « Vie de saint Rémi » par Hincmar. Il confirmait ainsi l’exemple de Dom Lambot. Hincmar n’est plus le faussaire dont on a souvent parlé. « Il a emprunté à la liturgie rémoise du VIII° siècle l’histoire de la sainte Ampoule« , comme le dit Monsieur Jean Dervisse dans sa thèse.

- Jean-Jacques Chifflet est à l’origine de la deuxième possibilité : une analogie avec le baptême du Christ. Celle-ci fut plus amplement étudiée par un Anglais, Sir Francis Oppenheimer. Nous savons par les Evangiles synoptiques qu’au moment du baptême du Christ, l’Esprit-Saint apparut sous la forme d’une colombe et celle-ci est toujours représentée dans les oeuvres sur le baptême du Christ. Pourquoi la même colombe ne serait-elle pas apparue au baptême de Clovis pour marquer l’importance de celui-ci ? C’est au IX° siècle, qu’apparaît la première représentation de la colombe tenant l’ampoule pour le baptême de Clovis, sur le plat en ivoire d’un livre provenant de Reims conservé, aujourd’hui, au musée de Picardie. Et par un choc en retour, apparaît à peu près à la même époque une représentation du baptême du Christ, dans laquelle la colombe tient une ampoule dans son bec. Sir F. Oppenheimer en donne plusieurs exemples. Parfois, la colombe aura deux ampoules, car le Christ est roi et prêtre. Dans le dessin du « Jardin des délices » de l’abbaye de Sainte Odile, la colombe devient une fiole ailée.

- Ensuite, comme le rappelle Marc Bloch dans « Les Rois Thaumaturges » en citant le Dictionnaire d’archéologie chrétienne de Dom Cabrol, il était d’usage dans l’Eglise primitive de conserver l’Eucharistie à l’autel, les saintes huiles au baptistère, dans une colombe. Le geste de l’évêque, levant les mains, pour prendre, dans la colombe, le chrême céleste (le mot pourrait être l’équivalent de saint) serait à l’origine du don venu du ciel par la colombe.

- La dernière possibilité est largement exposée par Sir F. Oppenheimer : Hincmar, en 852, a procédé à la translation du corps de saint Rémi du sarcophage, dans une chasse. Nous savons que les Romains plaçaient des fioles de parfums près des corps embaumés. Hincmar, trouvant les deux petites fioles près du corps de saint Rémi, aurait pensé que ces deux fioles, si précieuses que Saint Rémi ait été inhumé avec, seraient celles dont parle tout l’office de l’apôtre des Francs. On peut, du reste, faire la remarque que la Sainte Ampoule n’était pas conservée à la cathédrale, mais, bel et bien dans le tombeau de saint Rémi, près de la chasse qui renfermait son corps.

Voilà donc brièvement exposées les différentes hypothèses qui ont été émises sur l’origine de la sainte Ampoule. La vérité s’y trouve, ou peut-être est-elle encore ailleurs ? »

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2) Présentation :

Cette Sainte Ampoule était une petite fiole de verre antique et blanchâtre (certains auteurs du XVIIIème siècle parlent parfois de cristal mais ils n’emploient pas ce mot de manière rigoureuse), haute de 42 millimètres environ.
Le baume qu’elle renfermait avait l’apparence d’une liqueur tirant sur le roux ; il était peu liquide et n’avait pas de transparence. En 1760, le vase semblait plein aux deux tiers et ceux qui ont pu l’examiner parlent de l’odeur exquise dégagée par son contenu.

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3) Autres traditions au sujet de cette Ampoule :

La fascination exercée par cette précieuse relique, outre le récit très populaire de son origine, a donné cours à d’autres légendes : on prétendait par exemple que la quantité du baume ne diminuait jamais, et que la partie prélevées à l’occasion du Sacre se reformait aussitôt. On ajoutait aussi parfois que la santé du Roi de France influait sur le contenu de la Sainte Ampoule : son niveau baissait quand le Souverain était malade, puis augmentait quand il avait recouvré la santé.
En fait, lors du Sacre on prélevait une infime parcelle du baume contenu dans la Sainte Ampoule à l’aide d’une aiguille d’or et on le mélangeait avec du Saint Chrême sur une patène ; la cérémonie achevée, on replaçait dans la Sainte Ampoule ce qui restait sur la patène du mélange qu’on avait obtenu.

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4) Résumé des cérémonies du Sacre :

La cérémonie du Sacre du Roi de France est un rituel ancien qui s’inspire de ce que les Saintes Ecritures nous disent de l’onction du roi David par le prophète Samuel et du couronnement de son fils, le roi Salomon. Ce ne fut pas un rituel fixé immuablement dès les origines de la monarchie française ; connu par les « ordines » (anciens livres liturgiques qui donnent la description des rites sacrés), le rituel du sacre des Rois de France s’étoffera  au cours du Moyen Âge et connaîtra encore quelques modifications sous l’Ancien Régime.

Le Sacre consiste tout d’abord en une simple onction sur le front du souverain (avant 816), à laquelle s’ajouteront le couronnement, la remise d’un sceptre et le serment de défendre l’Eglise (ordo d’Hincmar), l’apparition de l’anneau et de l’épée (Xème siècle), l’adoubement du chevalier (sacre de Philippe Auguste,  en 1179), le serment contre les hérétiques (début du XIIIème siècle). Au XIVème siècle est introduit le lever du Roi et la procession depuis le palais de l’archevêque jusqu’à la cathédrale (sacre de Charles V, en 1364).

Ceci étant précisé, nous pouvons maintenant donner le déroulement de cette cérémonie :

Le Roi arrive à Reims la veille, qui est un samedi, le Sacre ayant lieu un dimanche. Il réside à l’archevêché qui devient palais royal. Après la destruction du jubé (car tant qu’il existe le trône est installé sur le jubé lui-même), une haute estrade, sur laquelle on monte par des escaliers, a été préparée au milieu de la cathédrale «entre les deux chœurs», c’est à dire entre les deux rangées de stalles occupant les dernières travées de la nef. Après les complies, un peloton, composé des gardiens ordinaires et de délégués de la suite royale, surveille les portes de la cathédrale dans laquelle le Roi se recueille et prie une partie de la soirée et de la nuit. Puis le Roi se retire pour dormir dans la chambre qui lui a été préparée à l’archevêché.

Au lever du jour, deux pairs ecclésiastiques (les évêques le Laon et de Beauvais) viennent en cortège chercher le Roi.
C’est alors que se place un dialogue entre le chantre de la cathédrale et le grand chambellan. Le premier frappe avec son bâton à la porte de la chambre royale. « Que demandez-vous? » demande alors le grand chambellan de l’intérieur. « Le roi », répond le chantre. Le chambellan objecte : « Le roi dort ».
Ce rituel, fixé définitivement sous Louis XIII, est répété à trois reprises mais, à la fin du troisième dialogue, l’évêque de Laon dit : « Nous demandons N… que Dieu nous a donné pour Roi ».
La porte s’ouvre alors et le roi est conduit en procession, au chant du « Veni Creator », à l’intérieur de la cathédrale où le prélat consécrateur l’introduit solennellement dans le choeur. Le Roi a un siège placé au milieu du chœur, tandis que d’autres sièges, disposés de part et d’autre de l’autel, sont destinés aux pairs du Royaume et aux prélats.

Entre prime et tierce arrivent les moines de l’abbaye de Saint-Remi en procession portant la Sainte Ampoule, également escortée par des barons qui ont fait le serment de la défendre jusqu’à donner leur vie pour elle. L’archevêque va à leur rencontre et reçoit la Sainte Ampoule des mains de l’abbé et la dépose sur l’autel où ont déjà été déposés les « regalia« , les insignes royaux : la couronne, l’épée – dite de Charlemagne – dans son fourreau, les éperons d’or, le sceptre et une verge surmontée d’une main d’ivoire (la main de justice). Les « regalia » ont été apportés de l’abbaye de Saint-Denis-en-France, où ils sont ordinairement conservés, par le Père Abbé qui, debout à côté de l’autel, veille sur elles.

Le Roi enlève ses vêtements, à l’exception d’une tunique de soie et d’une chemise, dans lesquelles sont pratiquées des fentes sur la poitrine et entre les épaules (pour rendre plus aisées les onctions faites sur ces parties du corps).
Le Roi doit tout d’abord prêter plusieurs serments : debout, devant le maître-autel, sur lequel sont également posés les Saints Evangiles (l’Evangéliaire du Sacre, cela vaut la peine de le noter, est un manuscrit en caractères cyrilliques apporté par Anne de Kiev, lorsqu’elle épousa Henri 1er en 1051) et un reliquaire de la Sainte Croix, il promet de défendre l’Eglise, de lui conserver ses privilèges canoniques, de garder la paix et la justice de ses peuples et de chasser l’hérésie hors des frontières du Royaume.
Il est alors chaussé de sandales de pourpre, semés de lis d’or, par le grand chambellan de France, puis le duc de Bourgogne lui met les éperons, et l’archevêque lui remet l’anneau – l’union du Roi avec son peuple est une alliance comparable à celle du mariage – et l’épée (tirée de son fourreau) ; le Roi la confie ensuite au sénéchal de France qui la portera devant lui dans l’église et plus tard à la tête du cortège se rendant à l’archevêché.

Ce qui subsiste des Regalia :

Epée du Sacre

L’épée du Sacre

Eperons du Sacre - Copie

Les éperons du Sacre

Sceptre dit de Charlemagne

Le sceptre du Sacre, dit de Charlemagne

L’archevêque ouvre alors la Sainte Ampoule et retire une petite quantité de son contenu à l’aide d’une aiguille d’or : il le mélange au Saint Chrême préparé pour le Sacre du Roi, «qui seul parmi tous les princes de la terre excelle par le glorieux privilège d’être oint d’une huile envoyée du ciel». Tous ces rites sont accompagnés de diverses oraisons et bénédictions.
Le prélat procède alors aux onctions : sur la tête, sur la poitrine, entre les épaules et sur les jointures des bras, tandis que le chœur chante l’antienne suivante : « Ils ont oint Salomon roi« . Après cela, le chambellan de France revêt le Roi d’une tunique de pourpre et d’une chlamyde, l’archevêque lui remet le sceptre dans la main droite et la main de justice dans la main gauche, puis il va prendre la couronne sur l’autel.

couronne-reliquaire dite de Saint Louis

Couronne-reliquaire dite de Saint Louis

Les douze pairs du royaume, six ecclésiastiques et six laïcs, prennent alors place auprès du Roi. L’archevêque de Reims, les évêques de Beauvais, Châlons, Langres, Laon et Noyon, les ducs d’Aquitaine, de Bourgogne et de Normandie et les comtes de Champagne, de Flandre et de Toulouse soutiennent ensemble la couronne au-dessus du Roi avant que l’archevêque ne la pose seul sur la tête du nouveau souverain.

Sacre - miniature des Grandes Chroniques de France

Le Sacre (miniature des « Grandes Chroniques de France »)

Entourant ainsi le Roi, ils le conduisent sur l’estrade (ou sur le jubé quand celui-ci existait encore), où il prend place sur le trône. Là, le Roi reçoit l’hommage de l’archevêque et des onze autres pairs, tandis que retentit à chaque fois l’acclamation « Vivat rex in æternum! », reprise par la foule. Des oiseaux sont lâchés dans l’église tandis que retentissent les cloches de toutes les églises de la ville.
En raison du jeune âge des souverains lors de leur avènement, peu de Reines furent sacrées à Reims (la cérémonie avait donc lieu plus tard à l’abbaye de Saint-Denis) mais, si le Roi est marié, c’est à ce moment de la cérémonie que se place le Sacre de la Reine : elle reçoit à son tour deux onctions sur la tête et la poitrine ainsi que des « regalia » plus petits tels que couronne, anneau, sceptre, et main de justice.

La célébration de la Sainte Messe commence ensuite. Celle-ci comporte deux particularités : la première est qu’au cours de l’offertoire, il apporte à l’archevêque le pain et le vin, ainsi que treize pièces d’or symbolisant son union avec le peuple, et la seconde est qu’au moment de la sainte communion, le Roi redescend du trône pour venir jusqu’à l’autel, où il reçoit la communion sous les deux espèces de la main de l’archevêque (le calice qui est utilisé pour le Très Précieux Sang est celui qui est dit de Saint Remi).

Calice du Sacre dit de Saint Remi

Calice du Sacre, dit de Saint Remi.

A la fin de la cérémonie, l’archevêque enlève au Roi la lourde couronne et lui en impose une autre, plus légère, et c’est ainsi que, acclamés par la foule, ils se rendent au palais archiépiscopal pour le « festin du sacre » : à l’image du Christ au cours de la Sainte Cène, le Roi prend place au milieu des douze pairs, avec ses ornements, couronne sur la tête, le connétable brandissant l’épée devant lui. Quelques invités soigneusement choisis par l’étiquette assistent au repas, des princes du sang, des ambassadeurs, des seigneurs, des grands officiers du royaume, à l’exclusion des femmes qui y assistent depuis une tribune.

Dans les jours qui suivent, le Roi « touche les écrouelles » et nombre de guérisons sont constatées.

Toucher des écrouelles après le sacre

Toucher des écrouelles après le Sacre

Ce cérémonial  se reproduira pendant tout l’Ancien Régime jusqu’au 11 juin 1775, date du dernier Sacre avant la révolution.

A suivre, ici > www

Publié dans:De liturgia, Vexilla Regis |on 26 novembre, 2008 |2 Commentaires »

2008-58. Le 23 octobre, nous fêtons les Bienheureuses Ursulines martyres de Valenciennes :

En 1790, trente-deux religieuses habitaient le couvent des Ursulines de Valenciennes : conformément à leur vocation, elles se consacraient à l’éducation des jeunes filles.
Quand, le 18 août 1792, les congrégations religieuses enseignantes furent contraintes de se disperser, les Ursulines durent abandonner leur maison et s’exilèrent en Belgique, à Mons (deux religieuses Brigittines, chassées de leur couvent, s’intégrèrent alors à la communauté).

Au printemps 1793, les troupes autrichiennes occupèrent Valenciennes.
Les religieuses revinrent alors dans leur couvent, rouvrirent leurs classes et reprirent leur apostolat auprès de la jeunesse de la ville.
Cette situation dura plus d’un an.

Mais, en août 1794, l’armée autrichienne dut abandonner la ville qui fut investie par les troupes révolutionnaires.
Les « patriotes » valenciennois s’empressèrent d’incarcérer plus d’un millier de personnes, considérées comme ennemies de la république et accusées – selon la terminologie en vogue – d’être des « aristocrates » et des « fanatiques ». Parmi elles, dix religieuses Ursulines (dont les deux anciennes Brigittines) et une ancienne Clarisse qui avait rejoint la communauté des Ursulines, où sa soeur de sang était religieuse, parce que son monastère était supprimé : arrêtées le 3 septembre 1794, elles furent emprisonnées… dans leur propre couvent !
Notons au passage que la tête de Robespierre était tombée depuis déjà plusieurs semaines et que les livres d’histoire nous enseignent que, depuis lors, la « Terreur » était terminée…

Néanmoins, quelques jours après, les habitants de la place d’armes virent se dresser une guillotine à l’endroit traditionnel des exécutions capitales, soit, à quelques mètres près, entre l’entrée de la rue de Paris et celle de la ruelle Burianne.
Les Ursulines furent tenues au courant ; Soeur Anne-Marie Erraux avoua avoir une grande frayeur à se présenter devant le bourreau si cela devait se produire. La Mère Supérieure lui rétorqua : « Je passerai devant vous pour vous montrer l’exemple ».

Le 13 octobre, sept personnes (dont trois prêtres) furent condamnées à mort.
Le 15 octobre, sept autres prêtres furent guillotinés.
Enfin, le 17 octobre, cinq Ursulines et trois prêtres comparurent devant le tribunal.

Mère Marie-Clotilde avait donné ordre à ses Sœurs de déclarer qu’elles n’avaient pas émigré, puisqu’elles étaient allées à Mons avec un laisser-passer en règle et qu’elles n’étaient rentrées que pour rendre service aux habitants qui leur avaient demandé de reprendre l’instruction de leurs enfants.
Elles s’en tinrent à cette défense face au président qui les interrogeait. Puisqu’elles étaient sorties du territoire avec des papiers en règle, que pouvait-on encore leur reprocher ? Rien … et le tribunal ne pourrait que les relâcher.
Mais la « justice » révolutionnaire ne voyait pas les choses de la même façon et, surtout, elle ne pouvait admettre que les Ursulines eussent repris leur vie communautaire et réorganisé l’enseignement catholique dans une ville occupée par les Autrichiens.

Le Tribunal voulait donc  leur mort ; aussi rédigea-t-il une sentence où l’injuste se mêlait à l’infâme : « Les susnommées se sont rendues coupables du crime d’émigration en abandonnant, de leur propre et entière volonté, le territoire de la République. Au mépris des lois elles y sont revenues exercer, sous la protection de l’ennemi, des fonctions qui leur avaient été interdites. Nous avons jugé à l’unanimité qu’elles ont encouru la peine de mort prononcée par les décrets des 23 et 25 octobre 1792 ».

On peut imaginer l’émotion qui étreignit les cinq Ursulines en retrouvant leurs sœurs dans la prison et en leur apprenant la condamnation dont elles venaient d’être frappées.
L’éxécution eut lieu le même jour…

guillotine

Simplement vêtues d’un jupon et d’une chemise, les cheveux coupés courts pour faciliter le travail du couperet, elles s’avancèrent vers la guillotine en priant à haute voix avec une dignité et un calme qui impressionnèrent tous les spectateurs. A leur vue, la foule ne proféra ni cris de mort ni insultes. Des témoins déclarèrent ensuite avoir vu des gens pleurer, d’autres dirent avoir entendu ces paroles d’une religieuse à ses compagnes : « Courage, mes Sœurs, nous allons au ciel ! »

Les cinq autres Ursulines et la Clarisse ne doutaient point du sort qui les attendait.
Mère Marie-Clotilde put faire passer à l’une de ses nièces une lettre, conservée depuis lors avec piété par sa famille, dans laquelle elle exprimait les sentiments qui l’animaient à l’approche de la mort. Elle y disait notamment que le moment lui tardait de verser son sang pour sa Foi et ajoutait : « Prenez part à mon bonheur ! »

Le 23 octobre, elle furent convoquées devant la commission militaire.
Même interrogatoire, mêmes réponses, même sentence.
La supérieure eut beau vouloir tout prendre sur elle, les juges demeurèrent implacables.

Elles furent également exécutées le jour même.
Mère Marie-Clotilde déclara aux soldats de l’escorte : « Citoyens, nous vous sommes fort obligées, ce jour est le plus beau de notre vie ! »
Elle monta la première sur l’échafaud, en chantant le Magnificat, et montra, en ce suprême instant, toute la force d’âme dont elle avait donné tant de preuves durant sa vie.

Les corps des victimes furent transportés au cimetière Saint-Roch, récemment créé, mais on n’a jamais pu retrouver le lieu exact de leur inhumation.

Ces onze religieuses martyrisées furent béatifiées le 13 juin 1920 par le pape Benoît XV.
Voici les noms de ces femmes héroïques :

1 – Mère Marie-Clotilde de Saint-François-Borgia (née Clotilde-Angèle Paillot),  guillotinée à l’âge de 55 ans ;
2 – Soeur Marie-Ursule de Saint-Bernardin (née Hyacinthe-Augustine Bourla), 48 ans ;
3 – Soeur Marie-Cordule de Saint-Dominique (née Jeanne-Louise Barré), 44 ans ;
4 – Soeur Marie-Augustine du Sacré-Coeur (née Marie-Madeleine Déjardins), 34 ans ;
5 – Soeur Marie-Louise de Saint-François-d’Assise (née Marie-Geneviève Ducrez), 38 ans ;
6 – Soeur Anne-Marie (née Augustine Erraux), ancienne Brigittine, 32 ans ;
7 – Soeur Marie-Françoise (née Liévine Lacroix), ancienne Brigittine, 41 ans ;
8 – Soeur Marie-Scholastique de saint-Jacques (née Marie-Marguerite Leroux), 43 ans ;
9 – Soeur Marie-Laurentine de Saint-Stanislas (née Marie-Reine Prin), 47 ans ;
10 – Soeur Marie-Nathalie de Saint-Louis (née Marie-Louise Vanot), 66 ans,
11 – Soeur Joséphine (née Anne-Joseph Leroux), Clarisse, âgée de 47 ans.

Oraison : 
Seigneur notre Dieu, Vous avez glorifié par le martyre la bienheureuse Marie-Clotilde et ses compagnes ; faites, nous Vous en prions, que suivant l’exemple de leur foi et de leur charité apostolique, nous soyons affermis dans Votre amour de sorte que rien ne puisse nous séparer de Vous. Nous Vous le demandons par Jésus, Christ, Notre-Seigneur.
Ainsi soit-il.

Ursulines martyres de Valenciennes

2008-48. In memoriam : Victimes et martyrs des massacres de septembre 1792.

Fête des Bienheureux Martyrs de Septembre 1792.

Du 2 au 7 septembre 1792, à Paris, mais aussi dans d’autres villes (Versailles, Orléans, Meaux, Reims…) on assista à un déferlement de violences à peine imaginables , qui sont restées dans l’histoire sous le nom de « Massacres de Septembre ».
On peut voir dans cet épisode – pieusement minoré par les chantres de la grande, belle et généreuse révolution – le préambule de la grande terreur. L’année dernière, le 2 septembre coïncidait avec un dimanche et Frère Maximilien-Marie, puisque le « Mesnil-Marie » était encore tout proche de Paris, avait pu contribuer à l’organisation d’une célébration en l’honneur non seulement des martyrs mais aussi des victimes – trop souvent tombées dans l’oubli – de ces massacres.
Cet fut une Sainte Messe latine traditionnelle, célébrée par Monsieur l’Abbé M******, dans la chapelle Saint-Louis de la Pitié-Salpêtrière.
Pourquoi en ce lieu? Parce que justement l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière fut l’un de ces lieux où quelques centaines de malheureuses victimes périrent de manière horrible.
Les chants de cette très belle célébration avaient été assurés par la
Schola Sainte Cécile et vous pourrez aussi vous reporter à ce qui fut p
ublié sur le site de cette excellente formation en cliquant ici > www .

Cette année, notre Frère ne peut pas assister à la Sainte Messe en l’honneur des Martyrs de Septembre, mais cela ne l’empêche pas – par la pensée et la prière – de rejoindre ces glorieux témoins de la Foi et de la fidélité héroïque à la Sainte Eglise Romaine.

Pour moi, je suis allé rechercher dans les archives de Frère Maximilien-Marie le texte par lequel il avait introduit la célébration de l’an dernier car, indépendamment des points de circonstance, il s’y trouve des éléments importants dont il convient de garder le souvenir et d’alimenter notre réflexion…

Lully.

Scène de massacre à la Salpêtrière - septembre 1792

Scène de massacre dans la cour de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière en sept.1792

Introduction à la Sainte Messe du dimanche 2 septembre 2007 en la chapelle Saint-Louis de la Pitié-Salpêtrière.

* * *   * * *   * * *

 » Le lundi saint dernier, à l’issue d’une conférence que je venais de donner, un ami (qui n’est pas né en France et dont l’humilité souffrirait que je dévoile ici son nom) me faisait part de son étonnement en constatant que la commémoration des martyrs de septembre et des victimes de la révolution, en dehors des offices célébrés autour du 21 janvier, du 8 juin ou du 16 octobre passait inaperçue, même dans beaucoup de milieux dits « tradis« ; et il me demandait ce qui empêcherait d’organiser une célébration de plus grande envergure que les messes « ordinaires » célébrées sans grande solennité ni – qu’on me pardonne ce mot – publicité.  Après avoir réfléchi et prié, j’ai pris la décision de relever le défi et de tenter d’organiser « quelque chose » : justement en cette année 2007, le 2 septembre, correspond avec un dimanche, jour où – par principe – davantage de personnes sont disponibles pour participer à un rassemblement… surtout religieux.    Le 2 septembre est en effet le jour de la fête liturgique des Bienheureux Martyrs de Septembre 1792, même si la célébration du dimanche ne permet pas de célébrer la messe propre de la fête. C’est en effet du 2 au 7 septembre 1792, que plusieurs milliers de victimes furent atrocement massacrées dans les prisons de Paris : au Châtelet,  à la Conciergerie, à la Force, dans les maisons religieuses transformées en lieu de détention: l’Abbaye, Saint-Firmin, les Carmes, dans les hôpitaux comme Bicêtre, ou ici même, à la Pitié Salpêtrière.

* * * * * * *

En tout premier lieu, nous devons donc adresser de chaleureux remerciements à Monsieur l’Abbé Gilles Annequin, responsable de l’aumônerie de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière et Vicaire Épiscopal chargé de la Pastorale de la Santé, ainsi qu’à ses collaborateurs : ce sont eux qui nous accueillent ici, dans cette chapelle fondée par Louis XIV. Au cours de cette Messe nous n’omettrons pas de prier à l’intention de ceux qui aujourd’hui sont aux prises avec la souffrance, du corps ou de l’âme, et nous demanderons à Dieu et à ses saints martyrs, de leur donner des grâce de force, de consolation, et – s’il est possible – de guérison… Nous aurons également à cœur de prier pour que la mission pastorale de Monsieur l’Aumônier et de son équipe porte des fruits de grâce.   Mes remerciements vont bien sûr à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre vont permettre le bon déroulement de la liturgie : choristes, organiste, servants d’autel… et tout particulièrement aussi à notre célébrant, Monsieur l’abbé M******, auxiliaire de l’institut de droit pontifical du Bon Pasteur, au Centre Saint-Paul.   Des remerciements aussi à tous les journalistes, de la presse écrite ou de la radio, remerciements à tous les responsables d’associations, de mouvements ou de sites internet et remerciements à tous les « blogueurs » qui ont relayé l’information… Et des remerciements enfin à vous tous pour votre présence…

Je voudrais ensuite ajouter deux avis pratiques :
a) Le premier, au sujet de… la quête!
Elle servira à régler les honoraires du célébrant, le cachet de l’organiste et à laisser une offrande, que je souhaiterais la plus généreuse possible, pour cette chapelle dont l’entretien et la restauration de certains éléments du mobiliers s’avèrent nécessaires : et j’en profite pour saluer le combat (le mot n’est pas trop fort) que mène Monsieur l’Abbé Annequin pour conserver à cette chapelle son caractère de lieu de culte, consacré à Dieu, alors que certains voudraient l’utiliser à d’autres fins.
b) Le second pour vous signaler qu’à l’issue de la célébration, vous pourrez si vous le désirer emporter un feuillet récapitulatif des évènements de septembre 1792, mais aussi acheter un livret…

Si d’aventure les exemplaires ici disponibles se révélaient insuffisants, vous pourriez nous laisser vos coordonnées et nous procéderions à un nouveau tirage.

* * * * * * *

Quel sens faut-il donner au rassemblement de ce jour?
Notre réunion en ce lieu, pour honorer le souvenir des martyrs et des victimes de la grande révolution, n’est pas une manifestation « politique » (du moins au sens courant de ce mot) et elle n’est pas non plus « partisane ».
A une époque où on nous rebat les oreilles avec le « devoir de mémoire », mais où justement la « mémoire officielle » se fait singulièrement sélective – partielle et partiale – notre identité catholique nous oblige à dire et à répéter, à la suite d’un grand nombre de pontifes et de saints, que l’idéologie des prétendues « lumières » et la révolution de 1789, sous le couvert de fallacieux slogans humanitaires, sont une impasse qui entraînent l’humanité vers une effrayante déshumanisation, ramènent l’homme à un état de brute pire que l’animal, et conduisent le monde à la ruine.
Nous le savons bien, l’essence de la révolution tient dans la révolte contre un ordre temporel qui, parce qu’il est humain, ne peut certes jamais être parfait, mais dont les références étaient prioritairement le Christ et Sa Loi.
Derrière les atrocités de la révolution, notre regard – exercé par la contemplation des réalités surnaturelles – nous montre indubitablement l’action de l’ennemi du plan de Dieu, l’ennemi du salut des hommes, l’ennemi du bonheur de l’homme, lui qui est « menteur et homicide dès le commencement« , lui qui, aux origines du monde, a crié « non serviam: je ne servirai pas! » , lui qui, par le biais de mille séductions, porte l’homme à crier à son tour: nous ne voulons pas que le Christ règne sur nous!
Voilà pourquoi les conséquences de l’idéologie des prétendues « lumières » et de la révolution de 1789 se retrouvent dans tous les systèmes totalitaires qui, depuis près de deux siècles, ont voulu re-former l’homme et la société en dehors de sa nature et en dehors de sa vocation surnaturelle.
Réunis dans le souvenir de ces milliers de nos frères, immolés dans une fureur sanguinaire difficilement concevable, notre présence ici, aujourd’hui, dans ce lieu, est une forme de protestation contre les attentats sacrilèges, répétés et toujours amplifiés, qui portent atteinte aux droits et la royauté de Dieu, et par conséquence logique aussi qui portent atteinte à la dignité de l’homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, et appelé au partage de la béatitude divine.
Nous ne sommes pas venus pour assister à un « meeting » politique, mais pour participer de toute la ferveur de notre âme à la Sainte Messe catholique,  c’est à dire au renouvellement mystique de l’acte sublime du Calvaire, par lequel le Christ notre Roi opère le salut de l’humanité et nous obtient toutes les grâces nécessaires pour parvenir à notre fin surnaturelle et éternelle.
Nous assisterons à la Sainte Messe dans le souvenir de ces martyrs glorieux, que l’Eglise a élevés aux honneurs des autels, et dont le sang, généreusement versé à la suite du Christ immolé, a permis un vrai renouvellement de l’Eglise de France : le sang des martyrs est toujours semence de chrétienté! Mais nous nous souviendrons aussi de ces victimes, connues ou inconnues, qui furent sauvagement assassinées à seule fin d’instaurer une politique de terreur : prisonniers politiques, gardes suisses, prisonniers de droit commun, malades, aliénés, orphelins, handicapés… sacrifiés par l’idéologie révolutionnaire en invoquant une liberté, une l’égalité et une fraternité dont on peut – selon la recommandation du Saint Evangile – juger de la vérité par les fruits.
Lorsqu’ils refusent l’ordre voulu par Dieu, les plus nobles idéaux se pervertissent; quand il refuse le Sang versé par son Rédempteur, l’homme s’enfonce dans les plus sanguinaires folies; quand elles refusent la royauté du Sacré-Cœur de Jésus, les sociétés accumulent les ruines!

Nous ne sommes pas ici parce que nous serions des « passéistes », congelés dans un sempiternel regret d’époques révolues; nous ne sommes pas des « rétrogrades », dont la seule ambition tendrait à une forme de revanche aigrie sur l’histoire… Nous sommes des catholiques qui, avec les critères de l’Evangile diagnostiquons le mal qui ronge et détruit le monde dans lequel la Providence nous a placés, et qui voulons – avec l’humilité des serviteurs de la Vérité – qu’il revienne à la santé et à la vie. Qui oserait traiter le médecin qui travaille à rendre la santé à son patient de « rétrograde »? Quel homme de bon sens pourrait prétendre que lorsqu’un malade recouvre la santé il retourne en arrière et fait du passéisme?
Notre monde est malade, notre société est malade, la France est malade… et nous en souhaitons la guérison, le retour à la vie. Voilà pourquoi nous nous tournons vers Celui qui affirme « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie« , et qui dit encore « Je suis venu pour les malades et les pécheurs« . Nous nous tournons vers Lui en Le suppliant pour qu’Il guérisse les plaies, cicatrise les blessures, et ressuscite ce qui a été touché par la mort spirituelle : Que le Christ soit victorieux de toutes les forces de mort et de corruption, que le Cœur du Christ touche et guérisse le cœur de notre pauvre humanité, que l’Amour du Cœur du Christ règne dès à présent et pour toujours, voilà notre souhait, notre prière, et l’objet de notre combat.

 » Christus vincit!  Christus regnat!  Christus imperat! « 

2008-38. Le 17 juillet nous fêtons les Bienheureuses Carmélites de Compiègne, martyres.

Depuis sa fondation en 1641, le monastère du Carmel de Compiègne avait toujours conservé un grand esprit de prière, de silence, de pauvreté et de régularité. Ainsi, lorsque éclata la grande révolution, la communauté était animée d’un grand amour de Dieu et d’une remarquable ferveur pour le salut des âmes. Entres toutes, la Prieure, Mère Thérèse de Saint-Augustin* (Lidoine), femme de profonde oraison, brillait par de hautes qualités humaines et spirituelles.

Le 14 septembre 1792, fête de l’Exaltation de la sainte Croix, elles furent expulsées de leur monastère et durent être hébergées par des habitants de Compiègne, par petits groupes qui continuaient autant que possible (et sous l’habit civil) à vivre leur Règle.
Face à la tourmente révolutionnaire, les dignes filles de sainte Thérèse d’Avila, suivant le désir de leur Prieure qui en avait reçu l’inspiration dans la prière, s’offrirent à Dieu « pour que cette divine paix que son cher Fils était venu apporter au monde fût rendue à l’Église et à l’État ».
Jusque à leur mort, elles renouvelleront ce don.

Le 21 juin 1794, elles sont arrêtées et jetées en prison. Elles supportent avec courage et charité les vexations et les souffrances qui leurs sont imposées.
Finalement, elles sont conduites à Paris dans des charrettes (12-13 juillet 1794), sont enfermées à la Conciergerie et condamnées à mort, sans témoins, par le tribunal révolutionnaire « pour leur fidélité à la vie religieuse et leur grande dévotion au Sacré Cœur » : des images, des scapulaires et un cantique avaient été saisis chez elles, et constitueront le principal chef d’accusation !!!

Le martyre des Carmélites de Compiègne

Le 17 juillet, en marchant vers leur martyre, elles prient et chantent le Miserere, le Salve Regina et le Te Deum.
Au pied de l’échafaud, installé alors sur l’actuelle place de la nation, elles entonnent le Veni Creator et renouvellent les promesses de leur baptême et de leurs vœux religieux.
Sœur Constance de Jésus (Meunier), novice, est appelée la première. Elle demande à la Mère prieure sa bénédiction et la permission de mourir. Elle gravit ensuite les marches de l’échafaud en chantant le Laudate Dominum omnes gentes.
La même scène se reproduit pour les autres moniales. La Prieure est immolée la dernière.

Leurs corps furent jetés dans une fosse commune du proche cimetière de Picpus.
Elles sont été béatifiées par le Pape Saint Pie X, le 27 mai 1906.

Plaque du cimetière de Picpus commémorant le lieu où sont ensevelies les corps des Carmélites de Compiègne

« Quel bonheur de mourir pour son Dieu ! » s’était écriée l’une d’elles. « Soyons les dernières à mourir. »
En effet, dix jours après leur sacrifice la grande terreur prenait fin par la chute de Robespierre et la tourmente qui, pendant deux ans, avait répandu le sang des Fils de France, s’apaisa pour un temps.

Gertrud von Le Fort, saisie par l’héroïsme spirituel de ces femmes, en a fait l’objet d’une nouvelle intitulée « La dernière à l’échafaud » (c’est elle qui inventa le personnage de Soeur Blanche de la Force) ; cette nouvelle inspirera Georges Bernanos pour la rédaction du scénario des « Dialogues des Carmélites » ; et ce film sera à son tour l’inspirateur de l’opéra de Francis Poulenc qui porte le même nom.
Cependant la réalité historique est bien plus abrupte et bien plus belle que les oeuvres artistiques qu’elle a suscitées… et c’est à cette source que nous devons puiser pour découvrir le vrai visage de ces authentiques filles de Sainte Thérèse martyres.

* Nota bene :
Mademoiselle Lidoine en entrant au Carmel de Compiègne avait pris le même nom de religion que la fille de Louis XV, Madame Louise, devenue carmélite à Saint-Denys (voir ici > www), justement en reconnaissance envers cette princesse qui lui avait permis de réaliser sa vocation.

2008-8. Du martyre de Sa Majesté le Roy Louis XVI.

Discours de Sa Sainteté le Pape Pie VI

prononcé au Consistoire secret du 11 juin 1793.

Statue du Roy martyr à la Chapelle Expiatoire

Statue du Roi-martyr à la Chapelle Expiatoire (Paris)

« Vénérables Frères, comment Notre voix n’est-elle point étouffée dans ce moment par Nos larmes et par Nos sanglots ? N’est-ce pas plutôt par Nos gémissements que par Nos paroles, qu’il convient d’exprimer cette douleur sans bornes que Nous sommes obligés de manifester devant vous en vous retraçant le spectacle que l’on vit à Paris le 21 du mois de janvier dernier.

« Le Roi très Chrétien Louis XVI a été condamné au dernier supplice par une conjuration impie et ce jugement s’est exécuté. Nous vous rappellerons en peu de mots les dispositions et les motifs de la sentence. La Convention Nationale n’avait ni droit ni autorité pour la prononcer.

« En effet, après avoir aboli la monarchie, le meilleur des gouvernements, elle avait transporté toute la puissance publique au peuple, qui ne se conduit ni par raison, ni par conseil, ne se forme sur aucun point des idées justes, apprécie peu de chose par la vérité et en évalue un grand nombre d’après l’opinion ; qui est toujours inconstant, facile à être trompé, entraîné à tous les excès, ingrat, arrogant, cruel… La portion la plus féroce de ce peuple, peu satisfaite d’avoir dégradé la majesté de son Roi, et déterminée à lui arracher la vie, voulut qu’il fût jugé par ses propres accusateurs qui s’étaient déclarés hautement ses plus implacables ennemis. Déjà, dès l’ouverture du procès, on avait appelé, tour à tour, parmi les juges quelques députés plus particulièrement connus par leurs mauvaises dispositions, pour mieux s’assurer de faire prévaloir l’avis de la condamnation par la pluralité des opinions.

« On ne put cependant pas assez augmenter le nombre pour obtenir que le Roi fût immolé en vertu d’une majorité légale. A quoi ne devait-on pas s’attendre et quel jugement exécrable à tous les siècles ne pouvait-on pas pressentir en voyant le concours de tant de juges pervers, et de tant de manœuvres employées pour capter les suffrages.

« Toutefois, plusieurs d’entre eux ayant reculé d’horreur au moment de consommer un si grand forfait, on imagina de revenir aux opinions, et les conjurés ayant ainsi voté de nouveau, prononcèrent que la condamnation était légitimement décrétée. Nous passerons ici sous silence une foule d’autres injustices, de nullités et d’invalidités que l’on peut lire dans les plaidoyers des avocats et dans les papiers publics. Nous ne relevons pas non plus tout ce que le Roi fut contraint d’endurer avant d’être conduit au supplice : sa longue détention dans diverses prisons d’où il ne sortait jamais que pour être conduit à la barre de la Convention, l’assassinat de son confesseur, sa séparation de la Famille Royale qu’il aimait si tendrement ; enfin cet amas de tribulations rassemblé sur lui pour multiplier ses humiliations et ses souffrances. Il est impossible de ne pas en être pénétré d’horreur quand on n’a point abjuré tout sentiment d’humanité. L’indignation redouble encore de ce que le caractère de ce Prince était naturellement doux et bienfaisant ; que sa clémence, sa patience, son amour pour son peuple furent toujours inaltérables…

« Mais ce que Nous ne saurions pas surtout passer sous silence, c’est l’opinion universelle qu’il a donnée de sa vertu par son testament, écrit de sa main, émané du fond de son âme, imprimé et répandu dans toute l’Europe. Quelle haute idée on y conçoit de sa vertu ! Quel zèle pour la religion catholique ! Quel caractère d’une piété véritable envers Dieu ! Quelle douleur, quel repentir d’avoir apposé son nom malgré lui à des Décrets si contraires à la discipline et à la Foi orthodoxe de l’Église. Prêt à succomber sous le poids de tant d’adversités qui s’aggravaient de jour en jour sur sa tête, il pouvait dire comme Jacques Ier, Roi d’Angleterre, qu’on le calomniait dans les Assemblées du peuple, non pour avoir commis un crime, mais parce qu’il était Roi, ce que l’on regardait comme le plus grand de tous les crimes…

« Et qui pourra jamais douter que ce monarque n’ait été principalement immolé en haine de la Foi et par un esprit de fureur contre les dogmes catholiques ? Déjà depuis longtemps les calvinistes avaient commencé à conjurer en France la ruine de la religion catholique.

« Mais pour y parvenir, il fallut préparer les esprits et abreuver les peuples de ces principes impies que les novateurs n’ont ensuite cessé de répandre dans les livres qui ne respiraient que la perfidie et la sédition. C’est dans cette vue qu’ils se sont ligués avec des philosophes pervers. L’Assemblée Générale du Clergé de France de 1755 avait découvert et dénoncé les abominables complots de ces artisans d’impiété. Et Nous-mêmes aussi, dès le commencement de Notre Pontificat, prévoyant les exécrables manœuvres d’un parti si perfide, Nous annoncions le péril imminent qui menaçait l’Europe dans Notre Lettre Encyclique adressée à tous les Évêques de l’Église Catholique…

« Si l’on avait écouté Nos représentations et Nos avis, Nous n’aurions pas à gémir maintenant de cette vaste conjuration tramée contre les rois et contre les empires.

« Ces hommes dépravés s’aperçurent bientôt qu’ils avançaient rapidement dans leurs projets ; ils reconnurent que le moment d’accomplir leurs desseins était enfin arrivé ; ils commencèrent à professer hautement, dans un livre imprimé en 1787, cette maxime d’Hugues Rosaire ou bien d’un autre auteur qui a pris ce nom, que c’était une action louable que d’assassiner un souverain qui refuserait d’embrasser la réforme ou de se charger de défendre les intérêts des Protestants en faveur de leur religion.

« Cette doctrine ayant été publiée peu de temps avant que Louis fût tombé dans le déplorable état auquel il a été réduit, tout le monde a pu voir clairement quelle était la première source de ses malheurs. Il doit donc passer pour constant qu’ils sont tous venus des mauvais livres qui paraissaient en France, et qu’il faut les regarder comme les fruits naturels de cet arbre empoisonné.

« Aussi a-t-on publié dans la vie imprimée de l’impie Voltaire, que le genre humain lui devait d’éternelles actions de grâces comme au premier auteur de la Révolution Française.

« C’est lui, dit-on, qui en excitant le peuple à sentir et à employer ses forces, a fait tomber la première barrière du despotisme : le pouvoir religieux et sacerdotal. Si l’on n’eût pas brisé ce joug, on n’aurait jamais brisé celui des tyrans. L’un et l’autre se tenaient si étroitement unis que le premier, une fois secoué, le second devait l’être bientôt après. En célébrant comme le triomphe de Voltaire la chute de l’Autel et du Trône, on exalte la renommée et la gloire de tous les écrivains impies comme autant de généraux d’une armée victorieuse. Après avoir ainsi entraîné, par toutes sortes d’artifices, une très grande portion du peuple dans leur parti pour mieux l’attirer encore par leurs œuvres et par leurs promesses, ou plutôt pour en faire leur jouet dans toutes les provinces de France, les factieux se sont servis du mot spécieux de liberté, ils en ont arboré les trophées et ils ont invité de tous côtés la multitude à se réunir sous ses drapeaux. C’est bien là, véritablement, cette liberté philosophique qui tend à corrompre les esprits, à dépraver les mœurs, à renverser toutes les lois et toutes les institutions reçues. Aussi fut-ce pour cette raison que l’Assemblée du Clergé de France témoigna tant d’horreur pour une pareille liberté, quand elle commençait à se glisser dans l’esprit du peuple par les maximes les plus fallacieuses. Ce fut encore pour les mêmes motifs que Nous avons cru, Nous-mêmes, devoir la dénoncer et la caractériser en ces termes :

« Les philosophes effrénés entreprennent de briser les liens qui unissent tous les hommes entre eux, qui les attachent aux Souverains et les contiennent dans le devoir. Ils disent et répètent jusqu’à satiété que l’homme naît libre et qu’il n’est soumis à l’autorité de personne. Ils représentent, en conséquence, la Société comme un amas d’idiots dont la stupidité se prosterne devant les prêtres et devant les rois qui les oppriment, de sorte que l’accord entre le Sacerdoce et l’Empire n’est autre chose qu’une barbare conjuration contre la liberté naturelle de l’homme. Ces avocats tant vantés du genre humain ont ajouté au mot fameux et trompeur de liberté cet autre nom d’égalité qui ne l’est pas moins. Comme si entre des hommes qui sont réunis en société et qui ont des dispositions intellectuelles si différentes, des goûts si opposés et une activité si déréglée, si dépendante de leur cupidité individuelle, il ne devait y avoir personne qui réunît la force et l’autorité nécessaires pour contraindre, réprimer, ramener au devoir ceux qui s’en écartent, afin que la Société, bouleversée par tant de passions diverses et désordonnées, ne soit précipitée dans l’anarchie et ne tombe pas en dissolution.

« … Après s’être établis, selon l’expression de Saint Hilaire de Poitiers, Réformateurs des Pouvoirs publics et arbitres de la religion, tandis que le principal objet est au contraire de propager partout un esprit de soumission et d’obéissance, ces novateurs ont entrepris de donner une constitution à l’Église elle-même par de nouveaux décrets inouïs jusqu’à ce jour.

« C’est de ce laboratoire qu’est sortie une constitution sacrilège que Nous avons réfutée dans Notre réponse du 10 mars 1791 à l’exposition des principes qui Nous avait été soumise par cent trente Évêques. On peut appliquer convenablement à ce sujet ces paroles de Saint Cyprien : « Comment se fait-il que les Chrétiens soient jugés par des hérétiques, les hommes sains par des malades … les juges par des coupables, les prêtres par des sacrilèges ? ».

« Que reste-t-il donc de plus que de soumettre l’Église au capitole ? Tous les Français qui se montraient encore fidèles dans les différents ordres de l’État et qui refusaient avec fermeté de se lier par un serment à cette nouvelle Constitution, étaient aussitôt accablés de revers et voués à la mort. On s’est hâté de les massacrer indistinctement ; on a fait subir les traitements les plus barbares à un grand nombre d’ecclésiastiques. On a égorgé des Évêques … ceux que l’on persécutait avec moins de rigueur se voyaient arrachés de leurs foyers et relégués dans des pays étrangers, sans aucune distinction d’âge, de sexe, de condition. On avait décrété que chacun était libre d’exercer la religion qu’il choisirait, comme si toutes les religions conduisaient au salut éternel ; et cependant la seule religion catholique était proscrite.

« Seule, elle voyait couler le sang de ses disciples dans les places publiques, sur les grands chemins et dans leurs propres maisons. On eût dit qu’elle était devenue un crime capital. Ils ne pouvaient trouver aucune sûreté dans les États voisins où ils étaient venus chercher asile … Tel est le caractère constant des hérésies. Tel a toujours été, dès les premiers siècles de l’Église, l’esprit des hérétiques, spécialement développé de notre temps par les manœuvres tyranniques des calvinistes qui ont cherché avec persévérance à multiplier leurs prosélytes par toutes sortes de menaces et de violences. D’après cette suite ininterrompue d’impiétés qui ont pris leur origine en France, aux yeux de qui n’est-il pas démontré qu’il faut imputer à la haine de la religion les premières trames de ces complots qui troublent et ébranlent toute l’Europe ? Personne ne peut nier que la même cause n’ait amené la mort funeste de Louis XVI. On s’est efforcé, il est vrai, de charger ce Prince de plusieurs délits d’un ordre purement politique. Mais, le principal reproche qu’on ait élevé contre lui, portait sur l’inaltérable fermeté avec laquelle il refusa d’approuver et de sanctionner le décret de déportation des prêtres, et la lettre qu’il écrivit à l’Évêque de Clermont pour lui annoncer qu’il était bien résolu de rétablir en France, dès qu’il le pourrait, le culte catholique. Tout cela ne suffit-il pas pour qu’on puisse croire et soutenir, sans témérité, que Louis fut un martyr ?

« … Mais, d’après ce que nous avons entendu, on opposera ici, peut-être, comme un obstacle péremptoire au martyre de Louis, la sanction qu’il a donnée à la Constitution, que Nous avons déjà réfutée dans Notre susdite réponse aux Évêques de France. Plusieurs personnes nient le fait et affirment que lorsqu’on présenta cette Constitution à la signature du Roi, il hésita, recueilli dans ses pensées, et refusa son seing de peur que l’apposition de son nom ne produisit tous les effets d’une approbation formelle. L’un de ses ministres que l’on nomme, et en qui le Roi avait alors une grande confiance, lui représenta que sa signature ne prouverait autre chose que l’exacte conformité de la copie avec l’original, de manière que Nous, à qui cette Constitution allait être adressée, Nous ne pouvions sans aucun prétexte élever le moindre soupçon sur son authenticité.

« Il paraît que ce fut cette simple observation qui le détermina aussitôt à donner sa signature. C’est aussi ce qu’il insinue lui-même dans son testament quand il dit que son seing lui fut arraché contre son propre vœu.

« Et, en effet, il n’aurait pas été conséquent et se serait mis en contradiction avec lui-même, si, après avoir approuvé volontairement la Constitution du Clergé de France, il l’eût rejetée ensuite avec la plus inébranlable fermeté, comme il fit lorsqu’il refusa de sanctionner le Décret de déportation des Prêtres non assermentés, et lorsqu’il écrivit à l’Évêque de Clermont qu’il était déterminé à rétablir en France le culte catholique.

« Mais quoiqu’il en soit de ce fait, car Nous n’en prenons pas sur Nous la responsabilité, et quand même Nous avouerions que Louis, séduit par défaut de réflexion ou par erreur, approuva réellement la Constitution au moment où il souscrivit, serions-Nous obligés pour cela de changer de sentiment au sujet de son martyre ? Non, sans doute. Si Nous avions eu pareil dessein, Nous en serions détournés par sa rétractation subséquente aussi certaine que solennelle et par sa mort même qui fut votée en haine de la religion catholique ; de sorte qu’il paraît difficile que l’on puisse rien contester de la gloire de son martyre.

« … Appuyé sur cette raison, celle du Pape Benoît XIV, et voyant que la rétractation de Louis XVI, écrite de sa propre main et constatée encore par l’effusion d’un sang si pur, est certaine et incontestable, Nous ne croyons pas Nous éloigner du principe de Benoît XIV, non pas, il est vrai, en prononçant dans ce moment un Décret pareil à celui que Nous venons de citer, mais en persistant dans l’opinion que Nous Nous sommes formée du martyre de ce Prince, nonobstant toute approbation qu’il avait donnée à la Constitution Civile du Clergé quelle qu’elle eût été.

« Ah ! France ! Ah ! France ! toi que nos prédécesseurs appelaient le miroir de la chrétienté et l’inébranlable appui de la foi, toi qui, par ton zèle pour la croyance chrétienne et par ta piété filiale envers le siège apostolique, ne marche pas à la suite des autres nations, mais les précède toutes, que tu Nous es contraire aujourd’hui ! De quel esprit d’hostilité tu parais animée contre la véritable religion !

« Combien la fureur que tu lui témoignes surpasse déjà les excès de tous ceux qui se sont montrés jusqu’à présent ses persécuteurs les plus implacables ! Et cependant, tu ne peux pas ignorer, quand même tu le voudrais, que la religion est la gardienne la plus sûre et le plus solide fondement des empires, puisqu’elle réprime également les abus d’autorité dans les puissances qui gouvernent, et les écarts de la licence dans les sujets qui obéissent. Et c’est pour cela que les factieux adversaires des prérogatives royales cherchent à les anéantir et s’efforcent d’amener d’abord le renoncement à la foi catholique.

« Ah ! encore une fois, France ! Tu demandais même auparavant un Roi catholique. Tu disais que les lois fondamentales du Royaume ne permettaient point de reconnaître un Roi qui ne fut pas catholique, et c’est précisément parce qu’il était catholique que tu viens de l’assassiner !

« Ta rage contre ce monarque s’est montrée telle que son supplice même n’a pu ni l’assouvir, ni l’apaiser. Tu as voulu encore la signaler après sa mort sur ses tristes dépouilles ; car tu as ordonné que son cadavre fut transporté et inhumé sans aucun appareil d’une honorable sépulture.

« Ô jour de triomphe pour Louis XVI à qui Dieu a donné et la patience dans les tribulations, et la victoire au milieu de son supplice !

« Nous avons la confiance qu’il a heureusement échangé une couronne royale toujours fragile et des lys qui se seraient flétris bientôt, contre cet autre diadème impérissable que les anges ont tissé de lys immortels.

« Saint Bernard nous apprend dans ses lettres au Pape Eugène, son disciple, ce qu’exige de Nous dans ces circonstances Notre ministère apostolique, lorsqu’il exhorte à multiplier ses soins afin que les incrédules se convertissent à la Foi, que ceux qui sont convertis ne s’égarent plus et que ceux qui sont égarés rentrent dans le droit chemin. Nous avons, Nous aussi, pour modèle la conduite de Clément VI, Notre prédécesseur, qui ne cessa de poursuivre la punition de l’assassinat d’André, Roi de Sicile, en infligeant les peines les plus fortes à ses meurtriers et à leurs complices, comme on peut le voir dans ses Lettres Apostoliques. Mais que pouvons-Nous tenter, que pouvons-Nous attendre, quand il s’agit d’un peuple qui, non seulement n’a eu aucun égard pour Nos monitions, mais qui s’est encore permis, envers Nous, les offenses, les usurpations, les outrages et les calomnies les plus révoltantes ; et qui est enfin parvenu à cet excès d’audace et de délire, de composer sous Notre Nom des lettres supposées et parfaitement assorties à toutes les nouvelles erreurs.

« Laissons-le donc s’endurcir dans sa dépravation puisqu’elle a pour lui tant d’attraits, et espérons que le sang innocent de Louis crie en quelque sorte et intercède pour que la France reconnaisse et déteste son obstination à accumuler sur elle tant de crimes, et qu’elle se souvienne des châtiments effroyables qu’un Dieu juste, Vengeur des forfaits, a souvent infligés à des Peuples qui avaient commis des attentats beaucoup moins énormes.

« Telles sont les réflexions que Nous avons jugées les plus propres à vous offrir quelques consolations dans un si horrible désastre.

« C’est pourquoi pour achever ce qui Nous reste à dire, Nous vous invitons au Service solennel que Nous célébrerons avec vous pour le repos de l’âme du Roi Louis XVI, quoique les prières funèbres puissent paraître superflues quand il s’agit d’un chrétien qu’on croit avoir mérité la palme du martyre, puisque Saint Augustin dit que l’Église ne prie pas pour les martyrs, mais qu’elle se recommande plutôt à leurs prières… »

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Vous pouvez aussi lire le récit des dernières heures du Roy-martyr  : ici > www
et le texte de son testament, ici > www

Publié dans:Memento, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 21 janvier, 2008 |1 Commentaire »

2008-3. « Ne mentez pas à Dieu! »

Le 6 janvier 1794, « jour des Rois », Maurice Joseph-Louis Gigost d’Elbée, âgé de 42 ans, était fusillé sur la place d’armes de Noirmoutiers.
Trois autres chefs de l’insurrection vendéenne furent exécutés avec lui, tandis qu’environ 1200 paysans, femmes et enfants regroupés dans l’église – contrairement aux promesses reçues – étaient fusillés par groupe de soixante.

Maurice d’Elbée, élu deuxième généralissime de la grande « Armée catholique et royale » (après la mort de Jacques Cathelineau), avait reçu 14 blessures graves lors de la bataille de Cholet au mois d’octobre précédent ; c’est pourquoi il avait été évacué sur l’île de Noirmoutiers, tenue par Charette.
Mais l’île fut prise par les Bleus le 2 janvier 1794 et, après une comparution devant une commission militaire, d’Elbée fut condamné à mort : ses blessures ne lui permettant pas de se tenir debout, il fut fusillé dans un fauteuil !

2008-3.

Né le 21 mars 1752 à Dresde (Saxe), d’un père français; issu d’une famille où l’on est militaire de génération en génération, Maurice d’Elbée s’engagea lui aussi dans le métier des armes, d’abord en Saxe puis en France. Désapointé de n’avoir pas obtenu une promotion, à 29 ans il se retire dans les Mauges, près de Beaupréau, en une gentilhommière héritée de son père. Il se marie en 1788.
Quand éclatent les évènements de 1789, il est plutôt favorable aux idées nouvelles, mais la « constitution civile du clergé » le fait revenir sur ses positions et il part rejoindre l’armée des Princes, où il sert quelques temps à Worms. Il n’y reste pas très longtemps, parce que 1) son épouse est restée en Anjou ; 2) il trouve que l’armée des Princes ne fait pas grand chose ; 3) ses biens sont menacés de confiscation…

Le 12 mars 1793, son épouse met au monde un fils : Louis Joseph Maurice. Le lendemain, à Saint-Florent le Vieil, l’insurrection vendéenne éclate : Stofflet prend la tête du mouvement à Maulévrier, Cathelineau au Pin-en-Mauges.
Les paysans de Beaupréau le réclament à leur tête : il n’est pas enthousiaste pour partir, lui dont le fils n’a qu’un jour, mais il finit pas céder à leurs instances et aussitôt ils libèrent Beaupréau, avant de faire la jonction avec les troupes de Cathelineau et de Stofflet pour enlever Chemillé puis Cholet : la « Guerre de géants » est engagée !

Au soir du « choc de Chemillé« , les Vendéens exaspérés par les lourdes pertes subies (villageois massacrés et environ 600 hommes tombés au combat) veulent passer par les armes leurs prisonniers Bleus. D’Elbée s’efforce de les raisonner, de les calmer… en vain : « Pas de quartier pour les prisonniers !» Se voyant impuissant, il crie alors d’une voix forte : « Soldats à genoux ! Disons d’abord notre Pater. » Les paysans, nu-tête, obéissent : « Notre Père, qui êtes aux cieux… Pardonnez-nous nos offenses…»
« Arrêtez ! crie d’Elbée. Ne mentez pas à Dieu. Vous Lui demandez qu’Il vous pardonne comme vous, vous pardonnez aux autres ? Mais pardonnez-vous aux autres ? » La leçon est comprise : les fusils s’abaissent et les quatre cents prisonniers Bleus sont sauvés.

Nous ne referons pas ici le récit circonstancié des batailles, victoires et revers de « l’Armée catholique et royale« . Nous l’avons dit, après la mort de Jacques Cathelineau (14 juillet 1793), il est choisi pour lui succéder comme généralissime, fonction qu’il assumera environ trois mois, puisqu’il va – comme nous l’avons aussi écrit plus haut – recevoir 14 blessures graves à Cholet, en octobre 1793, et que c’est de là qu’il sera emmené à Noirmoutiers.

Nous retenons de lui qu’il fut le premier noble qui ait répondu à un groupe de paysans armés pour prendre leur tête ; nous admirons, bien sûr, ses compétences militaires qui permettront une vingtaine de victoires retentissantes ; mais par dessus tout nous gardons le souvenir d’un homme animé d’une profonde piété, sans affectation ni mièvrerie : il nous a laissé – avec « le Pater des Vendéens » – l’exemple d’une âme virile et droite qui s’adresse encore à nous aujourd’hui pour nous dire : « Ne mentez pas à Dieu !« 

Publié dans:Memento, Vexilla Regis |on 5 janvier, 2008 |2 Commentaires »

2008-2. Réflexions à propos de Sainte Geneviève.

3 janvier ,
fête de Sainte Geneviève.

C’est aujourd’hui (dans les diocèses de France tout particulièrement) la fête de Sainte Geneviève.
Frère Maximilien-Marie nourrit envers elle une profonde dévotion, et dès le matin il m’a bien évidemment parlé d’elle avec ferveur.

Je ne viens pas vous faire le récit de sa vie, que vous connaissez déjà certainement bien mieux que moi, mais je voudrais vous faire part de quelques réflexions que j’ai eu tout le loisir de développer en méditant au coin du feu : plagiant ce bon vieux Jean de La Fontaine, j’oserai donc écrire : « Lully en son Mesnil songeait (car que faire en ce Mesnil, à moins que l’on ne songe?) ». Mes pensers ont repris bien sûr des éléments de ce que Frère Maximilien-Marie m’a raconté sur la vie de cette sainte, mais s’alimentent également de mes réflexions et observations quotidiennes, ainsi que de quelques lectures et conversations précédentes…

Sainte Geneviève

Sainte Geneviève a non seulement vécu en un siècle « charnière », mais son rôle à elle-même fut véritablement déterminant dans l’accomplissement des plans de la divine Providence sur la France.
Elle n’est pas seulement, d’une manière ponctuelle presque anecdotique, la pieuse femme dont la prière protégea Lutèce ; mais, avec d’autres grandes figures de la sainteté du Vème siècle (tels Saint Remi, Saint Vaast, Sainte Clotilde, comme aussi Saint Martin au siècle précédent), elle occupe une place de choix dans ce qu’il convient d’appeler la « naissance de la France ».

1 – Dès à présent une première affirmation s’impose : la France n’est pas née des « immortels principes de 89 » (phraséologie prétentieuse qui me donne envie de sortir mes griffes et de montrer les dents !) ; la France n’est pas fille du « siècle des lumières », elle ne doit rien aux prétendus philosophes ni aux loges maçonniques… sinon sa décadence !

2 – La France est née de la rencontre de deux éléments constitutifs : le catholicisme et la monarchie franque.
Cette rencontre se fait dans les Fonts Baptismaux de Reims, le 25 décembre 496. Avant cette date, il y a la Gaule romaine : décadente, envahie, divisée… A partir de cette date, il y a la véritable constitution de la France. Certes, le processus sera long et laborieux ; il couvrira des siècles, mais il peut être résumé par cinq mots : unification, pacification, organisation, croissance et rayonnement.
La foi catholique et la royauté sont les éléments essentiels (au sens fort de ce terme, c’est-à-dire appartenant à l’essence) de la France.

3 – En conséquence de quoi l’on peut affirmer aussi, en pleine logique, que porter atteinte en quelque manière à ces éléments constitutifs (en partie ou totalement), c’est porter atteinte à l’essence de la France.
L’idéologie des pseudo lumières, la révolution et la république (qui en est le fruit) sont fondamentalement destructrices de la nature même de la France, sont fondamentalement anti-françaises.

4 – De la même manière qu’aucun être n’est le créateur de sa propre nature, mais qu’il peut seulement travailler à accomplir et perfectionner celle-ci, les nations – qui ont chacune été voulues par Dieu pour un dessein particulier, et qui reçoivent donc de Dieu une vocation* – ne peuvent en aucune manière décider elles-mêmes de ce qui fait leur nature et de ce qui fait leur raison d’être ici-bas (fut-ce par le suffrage universel, car où a-t-on vu que ce qui est constitutif de la vérité est l’adhésion du plus grand nombre ?) : elles se doivent seulement de reconnaître le dessein divin et d’y collaborer humblement.

5 – Ces figures de sainteté, que j’évoquais ci-dessus, que la Providence a placées, comme un faisceau de concentration de la grâce en un temps donné, pour permettre la conversion du Roi Clovis 1er et le baptême de la France, furent des personnages qui agirent conjointement, et comme indissociablement, dans l’ordre spirituel et dans l’ordre temporel, dans l’ordre temporel et dans l’ordre spirituel, parce que même s’il y a une distinction nécessaire entre les deux, il ne peut y avoir de séparation à proprement parler.
L’Eglise doit être à la société temporelle ce que l’âme est au corps. Lorsque l’âme est le corps sont séparés, c’est la mort !
La théorie de la séparation de l’Eglise et de l’état est une doctrine mortifère : son application n’entraîne rien d’autre que la mort des nations. Et les clercs – prêtres voire évêques – qui aujourd’hui, malgré la voix des Pontifes qui ont parlé avec autorité (le Bienheureux Pie IX et Saint Pie X en particulier), admettent et prônent le principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat sont de faux prophètes, des prophètes de mort.

6 – Les Saints qui ont préparé et entouré le berceau de la France étaient majoritairement des personnes qui appartenaient à l’ancien monde, l’empire romain aux abois, et cependant ils n’étaient pas des passéistes, crispés sur des modèles qui avaient fait faillite ou sur des institutions qui étaient dans un tel état de décomposition qu’il était impossible de les restaurer… Ils ont eu l’intelligence clairvoyante et la sagacité éclairée qui leur ont permis de garder et de transmettre l’essentiel, sans édulcoration ni reniement, tout en tirant profit des circonstances (jamais idéales) dans lesquelles ils se trouvaient immergés, pour que le message évangélique soit transmis, reçu, assimilé, rayonné et amplifié.
Point de repliement amer dans leur attitude, mais une fermeté paisible, une foi pleine de zèle et sans compromission, une espérance pleinement surnaturelle et indéfectible, une charité conquérante et pacifiante… Ce sont bien là les caractères de l’authentique Tradition.

Lully.

* cf. Discours de S. Em. le Cardinal E. Pacelli à Notre-Dame de Paris le 13 juillet 1937 (le texte complet de ce discours est disponible ici > www) : « Car, mes frères, les peuples, comme les individus, ont leur vocation providentielle ; comme les individus, ils sont prospères ou misérables, ils rayonnent ou demeurent obscurément stériles, selon qu’ils sont dociles ou rebelles à leur vocation. »

Prières et litanies en l’honneur de Sainte Geneviève > www
Sainte Geneviève des Ardents, céleste protectrice de la Gendarmerie Française > www


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