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De la Procession du Voeu de Louis XIII et de quelle manière il convient qu’elle soit célébrée le 15 août.

le voeu de Louis XIII

Ingres : Le Voeu de Louis XIII.

En 1638, Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIII, en reconnaissance des grâces qu’il avait reçues par son intercession, consacra sa personne et son Royaume à la Très Sainte Vierge Marie, la choisit comme Patronne de la France sous le vocable de son Assomption, et lui fit l’offrande de son sceptre, de sa couronne et de tous ses sujets.
Le texte auquel on donne ordinairement le nom de
« Voeu de Louis XIII » n’est pas à proprement parler celui d’un voeu, mais il est plus exactement un édit, daté du 10 février 1638, par lequel le Souverain réglemente le renouvellement annuel de cette consécration qui devra se faire par une procession solennelle, après la célébration des vêpres de l’Assomption, dans toutes les églises et couvents du Royaume, et à laquelle toutes les autorités religieuses et civiles devront prendre part.

Nous publions ci-dessous la manière dont doit être faite cette procession et le texte des oraisons qui doivent y être récitées.

Textes pour la procession du voeu de Louis XIII

Textes pour la procession du voeu de Louis XIII

2011-59. Témoignage de Pauline de Tourzel sur la prise des Tuileries et les évènements qui suivirent.

Le retour de la date du 10 août ravive chaque année le triste souvenir de la prise des Tuileries, de l’emprisonnement du Roy et du massacre de ses dévoués défenseurs, en 1792.
Voici un témoignage de tout premier ordre sur ces évènements et sur les semaines qui suivirent, inaugurant la « grande terreur » : il s’agit de la lettre écrite par Pauline de Tourzel, après être sortie de  prison et avoir échappé aux massacres des 2 et 3 septembre 1792.
Pauline de Tourzel, fille de la dernière gouvernante des Enfants de France, était âgée de 21 ans au moment des évènements qu’elle raconte ici à sa soeur, la Comtesse de Sainte-Aldegonde, alors à l’étranger.

La prise des Tuileries par la populace le 10 août 1792

Prise des Tuileries le 10 août 1792.

Paris, le 7 septembre.

Tout ce que j’ai pu vous dire hier, ma chère Joséphine, c’est que ma mère et moi étions hors de péril ; mais je veux vous raconter aujourd’hui comment nous avons échappé aux plus affreux dangers ; une mort certaine m’en paraissait le moindre, tant la crainte des horribles circonstances dont elle pouvait être accompagnée ajoutait à mes frayeurs.

Je reprendrai l’histoire d’un peu loin, c’est-à-dire du moment où la prison a mis fin à notre correspondance.

Vous savez que le 10 août, ma Mère avec Monsieur le Dauphin accompagna le Roi à la convention ; moi restée seule aux Tuileries, dans l’appartement du Roi, je m’attachai à ne pas quitter la Princesse de Tarente, parce que ma Mère m’avait recommandée à ses soins, et nous nous promîmes, quels que fussent les événements, de ne pas nous séparer.

Bientôt après le départ du Roi, commença une canonnade dirigée contre le château ; nous entendîmes siffler les balles d’une manière effrayante ; les carreaux cassés et les fenêtres brisées faisaient un vacarme effroyable. Pour nous mettre un peu à l’abri et n’être point du côté d’où l’on tirait le canon, nous nous retirâmes dans l’appartement de la Reine au rez-de-chaussée sur le jardin. Là, il nous vint à l’idée de fermer les volets et d’allumer toutes les bougies des lustres et des candélabres, espérant, si les brigands devaient forcer notre porte, que l’étonnement que leur causeraient tant de lumières nous sauverait de leurs premiers coups et nous laisserait le temps de leur parler. A peine nos arrangements étaient-ils finis, que nous entendîmes dans les chambres précédentes des cris affreux et un cliquetis d’armes qui ne nous annonça que trop que le château était forcé, et qu’il fallait nous armer de courage. Ce fut l’affaire d’un moment ; les portes furent enfoncées, et des hommes le sabre à la main, les yeux hors de la tête, se précipitèrent dans le salon ; ils s’arrêtèrent à l’instant comme stupéfaits ; une douzaine de femmes dans cette chambre! (car nous étions réunies avec plusieurs Dames de la Reine, de Madame Élisabeth et de Mme de Lamballe). Ces lumières répétées dans les glaces faisaient un tel contraste avec la clarté du jour, que les brigands en furent confondus.

Plusieurs des Dames qui étaient dans la chambre se trouvèrent mal. Mme de Ginestoux se jeta à genoux et avait tellement perdu la tête, qu’elle balbutiait des mots de pardon. Nous allâmes à elle, la fîmes taire, et pendant que je la rassurais, cette bonne Mme de Tarente priait un Marseillais de prendre sous sa protection cette Dame à cause de la faiblesse de sa tête. Cet homme y consentit et la tira aussitôt de la chambre ; puis, tout à coup revenant à celle qui lui avait parlé pour une autre, et frappé d’une telle générosité dans cette circonstance, il dit à Mme de Tarente : Je sauverai cette Dame et vous aussi et votre petite compagne aussi. En effet, il remit Mme de Ginestoux entre les mains d’un de ses camarades ; puis il prit Mme de Tarente et moi chacune sous un bras, et nous tira hors de l’appartement.

En sortant du salon, il nous fallut passer sur le corps d’un valet de pied de la Reine, et d’un de ses valets de chambre, qui tous deux fidèles à leur poste, et n’ayant pas voulu abandonner l’appartement de leur maîtresse, en avaient été les victimes. Cette vue me serra le cœur : la Princesse de Tarente et moi nous nous regardâmes, pensant que peut-être bientôt nous aurions le même sort. Enfin, après beaucoup de peine, cet homme qui nous donnait le bras parvint à nous faire sortir du château par une petite porte auprès des souterrains. Nous nous trouvâmes sur la terrasse, puis à la porte du pont Royal. Là, notre protecteur nous quitta, ayant, disait-il, rempli son engagement de nous conduire sûrement hors des Tuileries.

Je pris alors le bras de Mme de Tarente, qui, croyant se soustraire aux regards de la multitude, voulut, pour retourner chez elle, descendre sur le bord de la rivière. Nous marchions doucement et sans proférer une parole, lorsque nous entendîmes des cris affreux derrière nous. En nous retournant, nous aperçûmes une foule de brigands qui couraient sur nous le sabre à la main ; à l’instant il en parut autant devant nous et sur le quai par dessus le parapet ; d’autres nous tenaient en joue, criant que nous étions des échappées des Tuileries.

Pour la première fois de ma vie j’eus peur ; cette manière d’être massacré me paraissait affreuse. Mme de Tarente parla à la multitude, et obtint que sous escorte nous serions conduites au district.

Il fallut traverser toute la place Louis XV au milieu des morts ; car beaucoup des Suisses y avaient été massacrés. Nous étions suivies d’un peuple immense qui nous disait toutes les injures possibles.

Nous fûmes menées rue des Capucines, et là nous nous fîmes connaître : la personne à qui nous parlâmes était un honnête homme ; il jugea promptement combien était pénible la position dans laquelle nous nous trouvions ; il donna un reçu de nos personnes ; il dit très haut que nous allions être conduites en prison, et congédia ainsi ceux qui nous avaient amenées. Se trouvant seul avec nous, il nous assura de son intérêt, en nous promettant qu’à la chute du jour il nous ferait reconduire chez nous. En effet, sur les huit heures et demie du soir, il nous donna deux personnes sûres pour nous conduire, et nous fit passer par une porte de derrière, pour éviter les espions qui entouraient sa maison. Nous arrivâmes chez la Duchesse de La Vallière, grand’mère de Mme de Tarente, et chez laquelle elle logeait. Je demandai à cette bonne Princesse de Tarente de ne la pas quitter pendant la nuit, et je me couchai sur un canapé dans sa chambre.

A cinq heures du matin, pendant que nous causions ensemble de tout ce qui nous était arrivé, nous entendîmes frapper à la porte : c’était mon frère qui, ayant passé la nuit aux Feuillants, près du Roi, venait nous en donner des nouvelles, et me dire que la Reine avait demandé à ma Mère que je vinsse la rejoindre ; que le Roi en avait demandé la permission à l’Assemblée, qui l’avait accordée ; que dans une heure il viendrait me chercher pour me conduire aux Feuillants. Cette nouvelle me fit un sensible plaisir ; j’étais heureuse de me retrouver avec ma Mère et d’unir mon sort au sien et à celui de la famille royale.

A huit heures du matin j’arrivai aux Feuillants ; je ne puis assez vous dire quelle fut la bonté du Roi et de la Reine quand ils me virent ; ils me firent bien des questions sur les personnes dont je pouvais leur donner des nouvelles. Madame et Monsieur le Dauphin me reçurent avec une amitié touchante, m’embrassèrent et me dirent que nous ne nous séparerions plus.

Une demi-heure avant le départ pour le Temple, Madame Élisabeth m’appela, m’emmena avec elle dans un cabinet et me dit : ma chère Pauline, nous connaissons votre discrétion et votre attachement pour nous. J’ai une lettre de la plus grande importance dont je voudrais me débarrasser avant de partir d’ici ; aidez-moi à la faire disparaître. Il n’y avait ni feu ni lumière ; nous prîmes cette lettre de huit pages ; nous en déchirâmes quelques morceaux que nous essayâmes de broyer entre nos doigts et sous nos pieds ; mais comme cela devenait trop long, et qu’elle craignait que son absence ne donnât quelques soupçons, je pris une page entière de la lettre ; je la mis dans ma bouche et je l’avalai. Cette bonne Madame Élisabeth voulait en faire autant, mais son cœur se soulevait ; je m’en aperçus et lui demandai les deux autres pages que j’avalai encore, de manière qu’il n’en resta plus de vestiges. Nous rentrâmes, et l’heure du départ pour le Temple étant arrivée, la famille royale monta dans une voiture à dix places composée de la manière suivante :

Le Roi, la Reine, et Monsieur le Dauphin dans le fond ; Madame Élisabeth, Madame, et Manuel, procureur de la commune sur le devant ; la Princesse de Lamballe et ma mère sur une banquette de portière ; et moi, avec un nommé Collonge, membre de la commune, sur la banquette vis-à-vis. La voiture allait au plus petit pas : on traversa la place Vendôme ; la voiture s’arrêta, et Manuel, faisant remarquer la statue de Louis XIV qui venait d’être renversée, dit au Roi : «Vous voyez comme le peuple traite les Rois». A quoi le Roi devint rouge d’indignation, mais se modérant à l’instant, S.M. répondit avec un calme angélique : — «Il est heureux, Monsieur, quand sa rage ne porte que sur des objets inanimés». Le plus profond silence suivit et régna tout le reste du chemin. On prit les boulevards ; et le jour commençait à tomber lorsqu’on arriva au Temple.

La cour, la maison, le jardin étaient illuminés ; et cela avait un air de fête qui contrastait terriblement avec la position de la famille royale. Le Roi, la Reine et nous autres de leur suite, nous entrâmes dans un fort beau salon ; on y resta plus d’une heure sans pouvoir obtenir de réponse aux questions que l’on faisait pour savoir où étaient les appartements. Monsieur le Dauphin tombait de sommeil et demandait à se coucher. On servit un grand souper auquel on toucha peu. Ma mère pressant vivement pour savoir où était la chambre destinée à Monsieur le Dauphin, on annonça enfin qu’on allait l’y conduire.

On alluma des torches, on fit traverser la cour, puis un souterrain ; enfin on arriva à la tour, où nous entrâmes par une petite porte qui ressemblait fort à un guichet de prison.

La Reine et Madame furent établies dans la même chambre, qui était séparée de celle de Monsieur le Dauphin et de celle de ma Mère par une petite antichambre dans laquelle couchait la Princesse de Lamballe. Le Roi fut logé au second, et Madame Elisabeth, pour laquelle il n’y avait plus de chambre, fut établie près de celle du Roi, dans une cuisine d’une saleté épouvantable ; cette bonne Princesse dit à ma mère qu’elle se chargeait de moi. Effectivement elle fit mettre un lit de sangle auprès du sien, et nous passâmes la nuit sans dormir, la chambre dans laquelle donnait cette cuisine servant de corps-de-garde.

Le lendemain à huit heures nous descendîmes chez la Reine, qui était déjà levée et dont la chambre devait servir de salon ; depuis on y passa les journées entières et on ne remontait au second que pour se coucher. L’on n’était jamais seul dans cette chambre de la Reine : toujours un municipal était présent ; à toutes les heures il était changé.

Tous nos effets avaient été pillés dans notre appartement des Tuileries. Je ne possédais absolument que la robe que j’avais sur le corps lors de ma sortie du château. Madame Elisabeth, à qui l’on venait d’envoyer quelques effets, me donna une de ses robes ; elle ne pouvait aller à ma taille ; nous nous occupâmes de la découdre pour la refaire ; tous les jours, la Reine, Madame, Madame Élisabeth y travaillaient un peu ; c’était notre occupation. Mais nous ne pûmes la finir.

La nuit du 19 au 20 d’août, il était environ minuit, lorsque nous entendîmes frapper à travers la porte de notre chambre : on nous intima, de la part de la commune de Paris, l’ordre d’enlever du Temple la Princesse de Lamballe, ma Mère et moi.

Madame Elisabeth se leva sur-le-champ ; elle-même m’aida à m’habiller, m’embrassa et me conduisit chez la Reine. Nous trouvâmes tout le monde sur pied : la séparation d’avec la famille royale fut une peine cruelle ; et quoique on nous assurât que nous reviendrions après avoir subi un interrogatoire, un sentiment secret nous disait que nous la quittions pour longtemps.

Nous traversâmes les souterrains aux flambeaux ; à la porte du Temple nous montâmes en fiacre et on nous conduisit à l’Hôtel-de-Ville. On nous établit dans une grande salle ; et de peur que nous pussions causer ensemble, un municipal était assis entre chacune de nous et nous séparait. Nous restâmes ainsi sur des banquettes pendant plus de deux heures ; enfin, vers les trois heures du matin, on vint appeler la Princesse de Lamballe pour l’interroger ; ce fut l’affaire d’un quart d’heure après lequel on appela ma Mère ; je voulus la suivre, on s’y opposa, disant que j’aurais mon tour ; ma Mère, en arrivant dans la salle d’interrogation qui était publique, demanda que je fusse ramenée auprès d’elle, mais on la refusa très rudement, lui disant que je ne courais aucun danger étant sous la sauvegarde du peuple. On vint enfin me chercher et on me conduisit à la salle d’interrogatoire. Là, monté sur une estrade, on était en présence d’une foule immense de peuple qui remplissait la salle ; il y avait aussi des tribunes remplies d’hommes et de femmes. Billaud de Varennes debout faisait les questions, et un secrétaire écrivait les réponses sur un grand registre. On me demanda mon nom, mon âge, et on me questionna beaucoup sur la journée du 10 août, me disant de déclarer que j’avais vu et que j’avais entendu dire au Roi et à la famille royale. Ils ne surent que ce que je voulus bien ; car je n’avais nullement peur ; je me trouvais comme soutenue par une main invisible qui ne m’a jamais abandonnée et m’a toujours fait conserver ma tête avec beaucoup de sang-froid.

Je demandai très haut d’être réunie à ma Mère et de ne la pas quitter. Plusieurs voix s’élevèrent pour dire oui, oui, d’autres murmurèrent, mais on me fit descendre les marches du gradin sur lequel on était élevé, et après avoir traversé plusieurs corridors, je me vis ramener à ma Mère, que je trouvai bien inquiète de moi ; elle était avec la Princesse de Lamballe, et nous fûmes toutes les trois réunies.

Nous restâmes dans le cabinet de Tallien jusqu’à midi. On vint alors nous chercher pour nous conduire à la prison de la Force. On nous fit monter dans un fiacre ; il était entouré de gendarmes, suivi d’un peuple immense : il y avait un officier de gendarmerie avec nous dans la voiture. C’est par le guichet donnant sur la rue des Ballays, près la rue Saint-Antoine, que nous entrâmes dans cette horrible prison. On nous fit d’abord passer dans l’appartement du concierge, afin d’inscrire nos noms sur le registre, et je n’oublierai jamais qu’un individu fort bien mis et qui se trouvait là, s’approchant de moi, qui étais restée seule dans la chambre, me dit : Mademoiselle, votre position m’intéresse ; je vous donne le conseil de quitter ici les airs de cour que vous avez, et d’être plus familière et plus affable.

Indignée de l’impertinence de ce monsieur, je le regardai fixement et lui répondis que telle j’avais été, telle je serais toujours ; que rien ne pourrait influer sur mes sentiments ni mon caractère, et que l’impression qu’il remarquait sur mon visage n’était autre chose que l’image de ce qui se passait dans mon cœur indigné des horreurs que nous voyions! Il se tut et se retira l’air fort mécontent.

Ma Mère entra alors dans la chambre, mais, hélas! ce ne fut pas pour longtemps ; nous fûmes toutes les trois séparées. On conduisit maman dans un cachot, et moi dans un autre. Je suppliai d’être réunie à elle ; mais on fut inexorable.

Le guichetier vint m’apporter une cruche d’eau. C’était un très bon homme. Me voyant au désespoir d’être séparée de ma Mère et ne sollicitant au monde que d’être réunie à elle, cela le toucha, et ce pauvre homme cherchant à adoucir ma peine, me laissa son chien, afin, me disait-il, de me donner une distraction. Surtout ne me trahissez pas, me dit-il, j’aurai l’air de l’avoir oublié par mégarde.

A 6 heures du soir, il revint me voir et me trouvant toujours dans le même état de chagrin : je vais vous confier un secret. Votre Mère est dans le cabinet au-dessous du vôtre ; ainsi vous n’êtes pas loin d’elle. D’ailleurs, ajouta-t-il, vous allez avoir dans une heure la visite de Manuel, le procureur de la commune, qui viendra s’assurer si tout est dans l’ordre ; n’ayez pas l’air, je vous en prie, de savoir tout ce que je vous dis.

En effet, quelque temps après, j’entendis tirer les verrous de la chambre voisine, puis ceux de la mienne ; je vis entrer trois hommes dont un que je reconnus très bien pour être Manuel, le même qui avait conduit le Roi au Temple. Il trouva la chambre où j’étais très humide, et parla de m’en faire changer. Je saisis cette occasion de lui dire que tout m’était égal ; que la seule grâce que je sollicitais de lui particulièrement était de me réunir à ma Mère : je lui demandai avec une grande vivacité ; et je vis que ma demande le touchait ; puis il dit : Demain je dois revenir ici, et nous verrons ; je ne vous oublierai pas. Le pauvre guichetier en fermant la porte me dit à voix basse : Il est touché ; je lui ai vu des larmes dans les yeux, ayez courage ; à demain.

Ce bon François, car c’était le nom de ce guichetier, me donna de l’espoir et me fit un bien que je ne puis exprimer : je me mis à genoux, fis mes prières, et avec un calme et une tranquillité extrême je me jetai toute habillée sur l’horrible grabat qui servait de lit ; je dormis jusqu’au jour.

Le lendemain à sept heures du matin, ma porte s’ouvrit et je vis entrer Manuel qui me dit : J’ai obtenu de la commune la permission de vous réunir à votre Mère ; suivez-moi.

Nous descendîmes dans la chambre de ma Mère, je me jetai dans ses bras, croyant tous ses malheurs finis puisque je me trouvais auprès d’elle. Elle remercia beaucoup Manuel, et lui demanda d’être réunie à la Princesse de Lamballe, puisque nous avions été transférées avec elle ; il réfléchit un moment, puis il dit : Je le veux bien, je prends cela sur moi, et je vais vous conduire dans sa chambre. Effectivement, à huit heures du matin nous étions réunies toutes les trois, seules, et nous éprouvâmes un moment de bonheur de pouvoir partager ensemble nos infortunes.

Le lendemain matin nous reçûmes un paquet venant du Temple. C’étaient nos effets que nous renvoyait la Reine. Elle-même, avec cette bonté qui ne se dément point, avait pris soin de les réunir. Parmi eux se trouvait cette robe de Madame Élisabeth dont je vous ai parlé plus haut. Elle devient pour moi un gage d’un éternel souvenir, d’un éternel attachement, et je la conserverai toute ma vie.

L’incommodité de notre logement, l’horreur de la prison, le chagrin d’être séparées du Roi et de sa famille, la sévérité avec laquelle cette séparation semblait nous promettre d’être traitées, tout cela m’attristait fort, je l’avoue, et effrayait extrêmement cette malheureuse Princesse de Lamballe. Quant à ma Mère, elle montrait cet admirable courage que vous lui avez vu dans de tristes circonstances de sa vie, ce courage qui, n’ôtant rien à sa sensibilité, laisse cependant à son âme toute la tranquillité nécessaire pour que son esprit puisse lui être d’usage. Elle travaillait, elle lisait, elle causait d’une manière aussi calme, que si elle n’eût rien craint ; elle paraissait affligée, mais ne semblait pas même inquiète.

Nous étions depuis près de quinze jours dans ce triste séjour, lorsqu’une nuit, vers une heure du matin, étant toutes trois couchées et endormies comme on dort dans une telle prison, de ce sommeil qui laisse encore de la place à l’inquiétude, nous entendîmes tirer les verrous de notre porte ; elle s’ouvrit, un homme parut et me dit : Mlle de Tourzel, levez-vous promptement et suivez-moi. Je tremblais et ne répondais ni remuais. — Que voulez-vous faire de ma fille, dit ma Mère à cet homme ? — Que vous importe? répondit-il, d’une manière qui me parut bien dure ; il faut qu’elle se lève et qu’elle me suive. — Levez-vous, Pauline, me dit ma mère et suivez-le, il n’y a rien à faire ici que d’obéir. Je me levai lentement, et cet homme restait toujours dans la chambre ; dépêchez-vous, dit-il deux ou trois fois ; dépêchez-vous, Pauline, me dit aussi ma Mère.

J’étais habillée, mais je n’avais pas changé de place ; j’allai à son lit et je pris sa main ; mais l’homme ayant vu que j’étais levée, s’approcha, me prit par le bras et m’entraîna malgré moi. Adieu, Pauline, que le bon Dieu vous bénisse et vous protège! cria ma Mère. Je ne pouvais lui répondre ; deux grosses portes étaient déjà entre elle et moi, et cet homme m’entraînait toujours.

Comme nous descendions l’escalier, il entendit du bruit ; avec l’air fort inquiet, il me fit entrer précipitamment dans un petit cachot, ferma la porte, prit la clé et disparut.

Ce cachot était éclairé par un bout de chandelle ; en moins d’un quart d’heure, cette chandelle finit, et je ne puis vous exprimer ce que je ressentis et les réflexions sinistres que m’inspirait cette lueur tantôt forte, tantôt mourante : elle me représentait mon agonie, et me disposait à faire le sacrifice de ma vie, mieux que n’auraient pu faire les discours les plus touchants.

Je restai alors dans une profonde obscurité, puis j’entendis ouvrir doucement la porte ; on m’appela, et à la lueur d’une petite lanterne je reconnus l’homme qui m’avait enfermée une heure auparavant, pour être celui qui était dans la chambre du concierge lors de notre arrivée à la Force, et qui avait voulu me donner des conseils. Il me fit marcher doucement ; au bas de l’escalier, il me fit entrer dans une chambre, me montra un paquet et me dit de m’habiller avec ce que je trouverais là dedans ; il renferma la porte et je restai immobile, sans agir ni presque penser ; je ne sais combien de temps je restai dans cet état ; j’en fus tirée par le bruit de la porte qui se rouvrit et le même homme parut : Quoi ! vous n’êtes pas encore habillée! me dit-il d’un air inquiet ; il y a de votre vie, si vous ne sortez promptement d’ici. Je regardai alors les habits qui étaient dans le paquet, c’étaient des habits de paysanne ; ils me parurent assez larges pour aller par-dessus les miens ; je les eus passés dans un instant. Cet homme me prit par le bras et me fit sortir de la chambre ; je me laissais entraîner sans faire aucune question, presque même aucune réflexion, et je voyais à peine ce qui se passait autour de moi.

Lorsque nous fûmes hors des portes de la prison, j’aperçus, à la clarté du plus beau clair de lune, une prodigieuse multitude de peuple, et j’en fus entourée dans le moment. Tous ces hommes avaient l’air féroce : ils étaient armés de sabres et semblaient attendre quelque victime pour la sacrifier. Voici une prisonnière qu’on sauve, crièrent-ils tous à la fois en me menaçant de leurs sabres. L’homme qui me conduisait faisait l’impossible pour les écarter de moi et pour se faire entendre ; je vis alors qu’il portait la marque qui distingue les représentants de la communauté de Paris ; cette marque étant un droit pour se faire écouter, on le laissa parler.

Il dit que je n’étais pas prisonnière, qu’une circonstance m’ayant fait me trouver à la prison de la Force, il m’en venait tirer par ordre supérieur, les innocents ne devant pas périr comme les coupables. Cette phrase me fit frémir pour ma mère qui était restée enfermée ; les discours de mon libérateur, car je commençais à voir que c’était le rôle qu’avait entrepris cet homme dont les manières m’avaient semblé si dures ; ses discours, dis-je, faisaient effet sur la multitude, et l’on allait enfin me laisser passer, lorsqu’un soldat, en uniforme de garde national, s’avança et dit au peuple qu’on le trompait, que j’étais Mlle de Tourzel, qu’il me connaissait fort bien pour m’avoir vu mille fois aux Tuileries chez le Dauphin, lorsqu’il y était de garde, et que mon sort ne devait pas être différent de celui des autres prisonniers. Alors la fureur redoubla tellement contre moi et contre mon protecteur que je crus bien certainement que le seul service qu’il m’aurait rendre serait de me conduire à ma mort, au lieu de me la laisser attendre. Enfin, ou son adresse, ou son éloquence, ou mon bonheur me tira encore de là, et nous nous trouvâmes libres de poursuivre notre chemin. Il pouvait cependant s’y rencontrer encore mille obstacles ; nous avions à passer des rues dans lesquelles nous devions trouver beaucoup de peuple ; je pouvais encore être reconnue et pouvais encore être arrêtée ; cette crainte détermina mon guide à me laisser dans une petite cour fort sombre, et par laquelle il ne pouvait venir personne, pour aller voir ce qui se passait aux environs, et s’il pouvait sans danger me mener avec lui. Il revint au bout d’une demi-heure, me dit qu’il croyait plus prudent de changer de costume, et il m’apportait un habit, un pantalon et une redingote, dont il voulait que je me vêtisse. Je n’étais guère tentée de ce déguisement qu’il pensait nécessaire ; il me répugnait de périr sous des habits qui ne devaient pas être les miens ; je m’aperçus qu’il ne m’avait apporté ni chapeau, ni souliers ; j’avais sur la tête un bonnet de nuit et aux pieds des souliers de couleur ; le déguisement devenait impossible, et je restai comme j’étais.

Pour sortir d’où nous étions, il fallait repasser presqu’aux portes de la prison où étaient les assassins, ou traverser une église (le petit Saint-Antoine) dans laquelle se tenait une assemblée qui devait légaliser leurs crimes ; l’un ou l’autre de ces passages étaient également dangereux pour moi.

Nous choisîmes celui de l’église, et je fus obligée de la traverser me traînant presque à terre par les bas-côtés, afin de n’être pas aperçue de ceux qui formaient l’assemblée. Il me fit entrer dans une petite chapelle de côté, et me plaçant derrière les débris d’un autel renversé, il me recommanda bien de ne pas remuer, quelque bruit que j’entendisse, et d’attendre son retour qui serait le plus prochain qu’il pourrait. Je m’assis sur mes talons, entendant beaucoup de bruit, des cris mêmes ; mais je ne bougeai pas, bien résolue à attendre là mon sort, et remettant ma vie entre les mains de la Providence en laquelle je m’abandonnai avec confiance, résignée à recevoir la mort si tels étaient ses décrets.

Je fus très longtemps dans cette chapelle ; enfin je vis arriver mon guide, et nous sortîmes de l’église avec les mêmes précautions que nous avions prises pour y entrer. Très peu loin de là, mon libérateur s’arrêta à une maison qu’il me dit être la sienne ; il me fit entrer dans une chambre, et m’y ayant renfermée, il me quitta sur-le-champ. J’eus un moment de joie en me trouvant seule, mais je n’en jouis pas longtemps ; le souvenir des périls que j’avais courus ne me montrait que trop ceux auxquels ma Mère était livrée, et je restai tout entière à mes tristes craintes ; je m’y abandonnais depuis plus d’une heure, lorsque M. Hardy (car il est temps que je vous nomme celui auquel nous devons la vie) revint et me parut avoir un air plus effrayé que je ne l’avais vu de toute la matinée. Vous êtes connue, me dit-il, on sait que je vous ai sauvée, on veut vous ravoir, on croit que vous êtes ici, on peut vous y venir prendre ; il en faut sortir tout de suite, mais non pas avec moi, ce serait vous remettre dans un danger certain, prenez ceci, me dit-il en me montrant un chapeau avec un voile et un mantelet noir. Écoutez bien tout ce que je vais vous dire, et surtout n’oubliez pas la moindre chose.

En sortant de cette porte, vous tournerez à droit ; puis vous prendrez la première rue à gauche ; elle vous conduira sur une petite place dans laquelle donnent trois rues ; vous prendrez celle du milieu, puis auprès d’une fontaine, vous trouverez un passage qui vous conduira dans une autre grande rue ; vous y verrez un fiacre arrêté près d’une allée sombre ; cachez-vous dans cette allée, et vous n’y serez pas longtemps sans me voir paraître ; partez vite, et surtout, dit-il, après me l’avoir encore répété, tâchez de n’oublier rien de tout ce que je viens de vous dire ; car je ne saurais comment vous retrouver ; et alors que pourriez-vous devenir?

Je vis la crainte qu’il avait que je ne me souvinsse pas bien de tous les renseignements qu’il m’avait donnés ; cette crainte, en augmentant celle que j’avais moi-même, me troubla tellement qu’en sortant de la maison, je savais à peine si je devais tourner à droite ou à gauche. Comme il vit de la fenêtre que j’hésitais, il me fit un signe, et je me souvins alors de tout ce qu’il m’avait dit.

Mes deux habillements l’un sur l’autre me donnaient une figure étrange, mon air inquiet pouvait me faire paraître suspecte ; il me semblait que tout le monde me regardait avec étonnement. J’eus bien de la peine à arriver jusqu’où je devais trouver le fiacre, mais enfin je l’aperçus, et je ne puis vous dire la joie que j’en ressentis. Je me crus pour lors absolument sauvée. Je me retirai dans l’allée sombre en attendant que M. Hardy parût. Un quart d’heure s’était passé et il ne venait point. Alors mes craintes redoublèrent ; si je restais plus longtemps dans cette allée, je craignais de paraître suspecte aux gens du voisinage ; mais comment en sortir? je ne connaissais pas le quartier dans lequel je me trouvais ; si je faisais la moindre question, je pouvais me mettre dans un grand danger ; enfin comme je méditais tristement sur le parti que je devais prendre, je vis venir M. Hardy ; il était avec un autre homme. Ils me firent monter dans le fiacre et y montèrent avec moi. L’inconnu se plaça sur le devant de la voiture et me demanda si je le reconnaissais. Parfaitement, lui dis-je, vous êtes M. Billaud de Varennes qui m’avez interrogée à l’Hôtel-de-Ville. Il est vrai, dit-il, je vais vous conduire chez Danton, afin de prendre ses ordres à votre sujet. Arrivés à la porte de Danton, ces messieurs descendirent, montèrent chez lui et revinrent peu après me disant : Vous voilà sauvée ; il ne nous reste plus maintenant qu’à vous conduire dans un endroit où vous ne puissiez pas être connue, autrement il pourrait encore ne pas être sûr.

Je demandai à être menée chez Mme la Marquise de Lède, une de mes parentes. Elle était très âgée, et par conséquent je pensais ne pouvoir la compromettre. Billaud de Varennes s’y opposa à cause du nombre de ses domestiques dont plusieurs peut-être ne seraient pas discrets sur mon arrivée dans la maison, et me demanda d’indiquer une maison obscure. Je me souvins alors de la bonne Babet, notre fille de garde-robe ; je pensai que je ne pouvais être mieux que dans une maison pauvre et dans un quartier retiré. Billaud de Varennes, car c’était toujours lui qui entrait dans ce détail, me demanda le nom de la rue pour l’indiquer au cocher. Je nommai la rue du Sépulcre.

Ce nom dans un moment comme celui où nous étions lui fit une grande impression, et je vis sur son visage un sentiment d’horreur de ce rapprochement avec tous les événements qui se passaient. Il dit un mot tout bas à M. Hardy, lui recommanda de me conduire où je demandais à aller et disparut.

Pendant le chemin, je ne parlai que de ma Mère ; je demandai si elle était encore en prison. Je voulais aller la rejoindre si elle y était encore ; je voulais aller moi-même plaider son innocence. Il me paraissait affreux que ma Mère fût exposée à la mort à laquelle on venait de m’arracher : moi sauvée, ma Mère périr! cette pensée me mettait hors de moi.

M. Hardy chercha à me calmer, me dit que j’avais pu voir que depuis le moment où il m’avait séparée d’elle, il n’avait été occupé que du soin de me sauver ; qu’il y avait malheureusement employé beaucoup de temps, mais qu’il se flattait qu’il lui en resterait encore assez pour servir ma Mère ; que ma présence ne pouvait que nuire à ses desseins ; qu’il allait sur-le-champ retourner à la prison et qu’il ne regarderait sa mission comme finie que lorsqu’il nous aurait réunies ; qu’il me demandait du calme, qu’il avait tout espoir.

Il me laissa remplie de reconnaissance pour le danger où il s’était mis à cause de moi, et avec l’espérance qu’il sauverait ma Mère de tous ceux que je craignais pour elle.

Adieu, ma chère Joséphine ; je suis si fatiguée que je ne puis plus écrire, d’ailleurs ma Mère me dit qu’elle veut vous raconter elle-même ce qui la regarde, et elle vous l’écrira demain.

Le corps de la Princesse de Lamballe jeté à la rue avant d'être dépecé le 3 septembre 1792

Le corps de la Princesse de Lamballe jeté à la rue avant d’être dépecé le 3 septembre 1792

2011-45. Où, à propos de Sainte Jeanne d’Arc et de sa protection sur la France, il est question de légitimité dynastique.

Lundi 30 mai 2011, fête de Sainte Jeanne d’Arc.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vous vous en doutez, la fête de ce jour est particulièrement joyeuse et fervente en notre Mesnil-Marie : Sainte Jeanne d’Arc!

2011-45. Où, à propos de Sainte Jeanne d'Arc et de sa protection sur la France, il est question de légitimité dynastique. dans Chronique de Lully dsc08061copiecopie

D’une manière habituelle, on entend dire qu’elle est « patronne secondaire de la France ».
Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire (ici par exemple > www) – mais je veux insister et j’insisterai encore plus d’une fois sur ce point -, le qualificatif « secondaire » est inapproprié pour rendre la réalité de ce que le Saint-Siège a voulu en plaçant la France sous la protection céleste particulière de Sainte Jeanne d’Arc, et il vaut mieux utiliser l’expression : patronne de la France en second.
En Français, en effet, le qualificatif « secondaire » peut revêtir une nuance dépréciative : est secondaire ce qui est de moindre importance, voire de moindre qualité.

L’intention de l’Eglise en proclamant Sainte Jeanne d’Arc (comme aussi Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus) patronne de la France en second n’était évidemment pas de dire que c’était un patronage de seconde zone ou auquel il fallait attribuer une moindre importance : cela signifiait seulement que, en sus de la protection de Notre-Dame de l’Assomption et au vu des besoins spirituels de notre Patrie dans les temps modernes, l’Eglise voulait que la France soit encore plus et mieux protégée grâce à Sainte Jeanne d’Arc, que la France bénéficie d’une manière plus spéciale des prières et des mérites de Sainte Jeanne d’Arc, que la France se ressente davantage des bienfaits de l’intercession de Sainte Jeanne d’Arc…

La manière dont Sainte Jeanne d’Arc est traitée dans le calendrier liturgique français issu de la réforme de 1969 est à proprement parler scandaleuse, puisqu’elle y est reléguée au rang de « mémoire facultative », alors que la fête du 30 mai eût dû rester au rang le plus élevé des célébrations liturgiques, ainsi que nous le faisons toujours avec le calendrier traditionnel!

blasonjdarc dans Commentaires d'actualité & humeurs

Je voudrais aujourd’hui insister sur un titre dont on peut qualifier Sainte Jeanne d’Arc : elle est la sainte de la légitimité dynastique.

A un moment de l’histoire où, du fait d’un certain nombre de scandales et de mensonges, l’héritier du Trône en était arrivé à douter lui-même de sa propre légitimité, Jeanne a été suscitée par Dieu afin de lui rendre confiance, pour lui assurer « de par le Roi du Ciel » qu’il était vrai fils de Roi et légitime héritier de la Couronne et, en conséquence logique, pour l’amener à recevoir son « digne sacre » à Reims.
Ce faisant, Jeanne a suscité le sursaut psychologique et spirituel qui a refait l’unité et la force de la France.


C’est en rendant à la France son Roi légitime que la Pucelle a redonné confiance aux bons Français et a pu conduire les troupes à la victoire.
C’est en rendant à la France son Roi légitime que Jeanne a pu insuffler à toute la France un élan et une pugnacité qui ne se sont pas éteints avec les flammes du bûcher dans lequel elle a consommé son sacrifice.
C’est en rendant à la France son Roi légitime qu’elle a permis la victoire militaire sur l’envahisseur et, par conséquence, la conservation de la France dans le giron de l’Eglise Romaine : si, en effet, le Roi d’Angleterre était aussi devenu Roi de France, au siècle suivant la France aurait pu sombrer dans le schisme et les hérésies de l’anglicanisme.

Voilà pourquoi l’oraison propre de la fête de Sainte Jeanne d’Arc n’hésite pas à affirmer : « Ô Dieu, qui avez merveilleusement suscité la Bienheureuse vierge Jeanne pour la défense de la foi et de la patrie… Deus, qui beatam Joannam virginem ad fidem ac patriam tuendam mirabiliter suscitasti! »
La vocation militaire de Jeanne était ordonnée à la conservation de la Foi catholique en France.

eglisestphilbert1440 dans De liturgia

Ainsi on peut dire qu’en envoyant Jeanne au secours de la France envahie et humilié, Dieu a également confirmé de manière éclatante la justesse et la pertinence des Lois Fondamentales du Royaume : ces Lois sont l’une des expressions des desseins de Dieu sur la France ; elles sont la garantie institutionnelle d’une fidélité aux volontés de la Providence sur ce pays!

Dieu n’a pas voulu que Charles VII soit sacré à Reims, de préférence à son cousin anglais, par une espèce de divin caprice ; Il ne l’a pas voulu parce que Charles aurait été plus capable humainement de faire le bonheur de la France ou plus talentueux politiquement ; Il ne l’a même pas voulu parce que Charles VII aurait été plus vertueux ou plus pieux que son rival…
Non! Dans son omniscience éternelle, Dieu savait bien que Charles VII commettrait des fautes : des fautes graves parfois contre la morale chrétienne dans sa vie privée, et des fautes importantes aussi dans le gouvernement du Royaume et dans ses relations avec l’Eglise. Et cependant Il a tout de même voulu que ce soit lui – lui et pas un autre qui eût pu lui être supérieur en qualités humaines et spirituelles – qui soit reconnu comme Roi, parce qu’il était fils légitime de Charles VI et désigné comme Roi légitime par les Lois Fondamentales!

grandesarmesdefrancecopie dans Nos amis les Saints

Aujourd’hui, ces mêmes Lois Fondamentales désignent le Prince Louis-Alphonse de Bourbon, aîné des Capétiens, descendant direct de Saint Louis, d’Henri IV et de Louis XIV, comme héritier de la Couronne et du Trône de France.

C’est par fidélité aux desseins de Dieu sur la France et par obéissance aux dispositions de la Providence – exprimées dans les Lois Fondamentales -, et non en raison d’un attachement sentimental, non par nostalgie ou pour quelque autre raison humaine, que nous sommes attachés à la légitimité dynastique.

Nous ne sommes pas les supporters d’un « prétendant » : d’ailleurs le Prince Louis ne prétend à rien, n’a à prétendre à rien, puisque tout simplement il est.

Nous ne sommes pas entrés en légitimité (et j’emploie cette expression avec le même sens d’engagement et de don de soi qui sous-tend l’expression : entrer dans les ordres) parce que nous trouverions au Prince des qualités ou des vertus supérieures…
Nous ne sommes pas des idéalistes et nous sommes ennemis de toute forme de culte de la personnalité ; nous savons que nul homme n’est parfait, mais que tous et chacun portent en eux un mélange de qualités et de défauts, de vertus et de péchés : le Prince n’échappe pas à la complexité de cette réalité humaine…

Mais en revanche nous croyons en Dieu qui, par l’action de Ses saints, par les héros inspirés qu’Il a suscités, et surtout par l’obéissance à Ses lois et aux dispositions de Sa Providence peut changer le cours de l’histoire et redonner vie à un pays.

Nous croyons particulièrement que le Sacre peut infuser dans un homme une véritable efficience divine et qu’Il peut – à travers cet homme malgré ses imperfections – communiquer à une société tout entière et à un Etat des grâces desquelles découlent le bonheur et la prospérité terrestres eux-mêmes.

dsc08049copie.vignette dans Vexilla Regis

(cliquer sur l’image pour la voir en plus grand format)

Tout ce que j’ai précédemment exprimé m’amène à vous dire que Frère Maximilien-Marie a été très heureux de participer, samedi dernier 28 mai, à la grande fête catholique et légitimiste qui avait été organisée près de Bourg-en-Bresse par une union d’associations légitimistes du Lyonnais et de Bourgogne.

Il a eu la grande joie d’y retrouver des amis qu’il n’avait pas revus depuis longtemps, de faire de nouvelles connaissances et de rencontrer « en vrai » des personnes avec lesquelles les moyens modernes de communication lui permettent d’avoir des contacts amicaux réguliers…

Cette journée fut un vrai succès : l’ambiance y fut excellente et les conférences de grande qualité!
En intermède, le choeur de « La Joyeuse Garde » (
photo ci-dessus) exécutait des chants traditionnels, chouans et royalistes, repris par toute l’assemblée.

Notre Frère m’a donc chargé de remercier en son nom tous les amis qu’il a revus là et, bien sûr, tous ceux qui se sont généreusement dépensés pour l’organisation et la réussite de cette manifestation dont il faut espérer non seulement la réédition, mais aussi qu’elle inspirera aussi d’autres provinces pour la défense et la promotion de la légitimité dynastique…

Puisse Sainte Jeanne d’Arc, intercéder puissamment pour notre France et lui permettre de revenir aux sources vives de la fidélité à sa vocation et de la légitimité voulue par Dieu!

Lully.

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2011-44. Les martyrs de la Commune.

Mardi 24 mai 2011, fête de Marie Auxiliatrice
(c’est à dire Secours des Chrétiens).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Depuis le mois de mars déjà, diverses associations liées à la « libre-pensée », des francs-maçons, des anarchistes, associés à des syndicats et autres mouvements de gauche commémorent le cent quarantième anniversaire de la commune insurrectionnelle de Paris, avec la bienveillance de certaines autorités civiles ou politiques (quand leurs manifestations ne sont pas tout bonnement subventionnées avec l’argent public…).

Je n’ai bien évidemment pas le dessein d’écrire ici une histoire complète de cette période de l’histoire. Mais, en marge de ces célébrations, je me crois autorisé à rappeler ici des faits qui (ceux qui me connaissent s’en doutent déjà!) iront à l’encontre de ce que la littérature « hagiographique » laïque et républicaine tend à imposer comme vision des évènements. Je me crois d’autant plus autorisé à écrire que je n’ai, jusqu’à présent, lu ni entendu aucune voix ecclésiastique rappeler ce que furent en vérité ces évènements pour les catholiques et l’Eglise à Paris.

Après les durs mois du siège et l’occupation de la capitale par les Prussiens, les Parisiens pouvaient certes bien légitimement être exaspérés. Je ne nierai pas que la répression exercée par les Versaillais à l’encontre des communards, au cours de ce que l’on appelle « la semaine sanglante », n’ait été particulièrement cruelle. Mais je ne suis pas manichéen et je sais très bien que la bêtise, la haine, la cruauté et la violence ne se sont pas trouvées d’un seul côté au cours de ces évènements tragiques…

Cela étant dit, je vous invite au préalable à vous souvenir de quelques unes des paroles de la Très Sainte Vierge Marie quand elle apparut à Soeur Catherine Labouré dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830, entre minuit et deux heures du matin, dans la chapelle de la rue du Bac.

Apparition de Notre-Dame à Soeur Catherine Labouré dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830

Apparition de Notre-Dame dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830 (chapelle de la rue du bac)
« Venez au pied de cet autel… »

Ici encore, je ne veux pas refaire le récit détaillé de cette longue apparition (deux heures!). Je me contenterai de citer quelques paroles de Notre-Dame telles que Soeur Catherine les consigna par écrit pour son directeur spirituel.

Dans un premier temps, la Vierge Marie annonce la toute proche révolution de la fin juillet 1830 :« Les temps sont très mauvais, des malheurs vont fondre sur la France : le trône sera renversé, le monde entier sera renversé par des malheurs de toutes sortes ». Sainte Catherine Labouré précise : « La Sainte Vierge avait l’air très peinée en disant cela ». Et Notre Dame poursuit : « Mais venez au pied de cet autel, là les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur… »

Puis la Sainte Vierge a continué ses annonces sur des évènements plus lointains :« Le moment viendra où le danger sera grand, on croira tout perdu, là je serai avec vous, ayez confiance, vous reconnaîtrez ma visite et la protection de Dieu et celle de saint Vincent sur les deux communautés. Mais il n’en est pas de même des autres Communautés. Il y aura des victimes » (ici Sainte Catherine note : « La Sainte Vierge avait les larmes aux yeux »). Mais ce n’est pas encore tout, Marie ajoute :« Il y aura bien des victimes, Monseigneur l’archevêque mourra. Mon enfant, la Croix sera méprisée, le sang coulera dans les rues » - ici, Sœur Catherine précise quela Sainte Vierge ne pouvait presque plus parler tant sa peine était grande : « Mon enfant, me dit-elle, le monde entier sera dans la tristesse ». À ces mots, je pensai : « Quand est‑ce que ce sera? » Et alors j’ai très bien compris : »quarante ans« .

Quarante ans!
La réponse s’est imprimée dans la pensée de Sainte Catherine Labouré. Et quarante ans plus tard la prophétie de Notre-Dame s’est réalisée.

Dès son déclenchement, l’insurrection s’afficha résolument et violemment hostile à l’Eglise Catholique.
J’ai cherché à savoir si d’autres édifices de culte avaient subi les mêmes profanations que les églises et si d’autres ministres de culte – protestants ou israélites – avaient été victimes de violences comparables à celles qui furent infligées au clergé catholique mais je n’ai rien trouvé à ce sujet.
Est-ce parce qu’il n’y en eut pas ou seulement parce que les historiens ont omis de le noter?

Une barricade pendant la Commune - 1871

Une barricade en 1871

Le jour même de sa proclamation, la Commune décréta la « séparation de l’Eglise et de l’Etat » et interdit la célébration de la Messe dans les hôpitaux.
Très rapidement, de nombreux couvents furent envahis et occupés : les religieuses furent humiliées, moquées et subirent des outrages sous leurs propres toits…
Pourtant, pendant toute la durée du siège – comme toujours – les congrégations avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir pour soulager les affamés et soigner malades et blessés!

Plus grave encore, car aucun coeur véritablement catholique ne peut y penser sans frémir d’indignation et de douleur : les fédérés se livrèrent à de très nombreuses profanations délibérées du Très Saint Sacrement

Le mardi saint, 4 avril 1871, Monseigneur Georges Darboy, archevêque de Paris, l’abbé Gaspard Deguerry, curé de la Madeleine, et Monseigneur Auguste-Alexis Surat, archidiacre de Notre-Dame, sont pris en otages : d’abord enfermés à la prison de Mazas, ils seront plus tard transférés à la Roquette.
Un contemporain note dans son diaire à la date du 5 avril : « La consternation est partout, on vit dans la crainte, on est indigné ; mais on n’ose rien dire. Lorsque l’archevêque a comparu devant ses juges, il leur disait : «Mes enfants», à quoi ils ont répondu : «Nous ne sommes pas vos enfants, mais des magistrats!».

Monseigneur Georges Darboy

Monseigneur Darboy

Le même témoin note le lendemain, jeudi saint 6 avril : « On lit dans les rues des affiches épouvantables, disant qu’il faut piller les églises, assassiner les prêtres ».
Puis le 9 avril, qui était le dimanche de Pâques, il écrit encore : « La commune ne se contente pas d’afficher des proclamations sanguinaires, elle les met à exécution. On a arrêté 200 prêtres, fait fermer plusieurs églises, on a de la peine à trouver une messe ».

De fait, de nombreuses églises sont transformées en « clubs révolutionnaires » et sont le théâtre de scènes épouvantables : le drapeau rouge flotte sur Notre-Dame de Lorette dont un vicaire, l’abbé Jean-Marie-Noël Sabbatier, est emprisonné ; la célèbre Louise Michel, dont l’excitation – voisine de l’hystérie – est à son comble, « pontifie » dans le club qu’elle a installé dans l’église Saint-Bernard de la Chapelle ; Saint-Eustache et Saint-Nicolas des Champs ont tous les soirs des séances qui rappellent les heures les plus sombres de la grande terreur ; à la Sainte-Trinité, c’est un club où se réunissent uniquement des femmes qui montent en chaire pour éructer des horreurs, exhorter au pillage et appeler au massacre des prêtres… etc.
Le témoin que nous avons déjà cité note le 16 avril : « Les prêtres, habillés en bourgeois, se sauvent de Paris et vont chercher un refuge au milieu des Prussiens, près desquels ils sont plus en sûreté qu’avec les communeux qui ne respectent rien. »

Le 17 mai, jour où l’on annonce que les Versaillais vont entrer par la porte Maillot, notre témoin écrit : « Les communeux ont pillé Notre-Dame des Victoires, et y ont fait toutes sortes de profanations. Après des crimes aussi horribles, n’avons-nous pas à craindre que la vengeance de Dieu ne tombe sur cette ville si coupable. »

Les communards aux abois avaient en effet commencé à allumer des incendies en plusieurs points de la capitale : le palais des Tuileries sera l’une des plus célèbres victimes de cette folie incendiaire.
Ils vinrent à la basilique de Notre-Dame des Victoires en trainant des barils de pétrole, malmenèrent les prêtres et les fidèles qui voulaient s’opposer à ce sacrilège, mais avant de livrer l’église aux flammes ils voulurent la piller et la profaner de manière systématique.
Le Tabernacle fut violé, les Saintes Hosties jetées à terre et piétinées ; la statue de la Vierge à l’Enfant fut dépouillée des couronnes offertes par le Bienheureux Pie IX,
puis souillée de la plus ignominieuse façon ; les vases sacrés – que le curé avait pourtant tenté de préserver en les dissimulant dans le cénotaphe de Lully – furent profanés par des beuveries blasphématoires ; la châsse de Sainte Aurélie (jeune martyre des premiers siècles retrouvée dans les catacombes et dont les reliques avaient aussi été offertes à la basilique par le Bienheureux Pie IX) fut ouverte et ses ossements jetés au hasard ; le tombeau du saint abbé Desgenettes fut fracturé et sa tête, arrachée de son corps, piquée sur un fusil, fut promenée au milieu des rires et des blasphèmes…
En apprenant ces profanations, Sainte Catherine Labouré déclara : « Ils ont touché à Notre-Dame des Victoires : ils n’iront pas plus loin! »
Le 24 mai, jour de la fête de Marie Auxiliatrice, après sept jours de profanations et de scènes orgiaques, les fédérés s’enfuirent au son du clairon des Versaillais : la basilique du Coeur immaculé de Marie avait été terriblement éprouvée, mais elle avait échappé aux flammes et la statue miraculeuse, malgré les profanations, restait debout!

A la date du 29 mai, le témoin que nous avons déjà cité écrit :  « Après de bien mauvais jours, et de terribles émotions, nous voici enfin un peu tranquilles. On n’entend plus le canon ; mais hélas, on sait maintenant toute l’affreuse vérité, et tous les crimes qui ont été commis ».

Parmi les crimes qu’ils ont commis, les communards ont tué « in odio fidei » – en haine de la foi – 31 serviteurs de Dieu dont il serait aisé de reconnaître officiellement le martyre et d’obtenir la béatification si, jusqu’ici, le souci de ne pas trop déplaire à la république n’avait pas retenu « l’Eglise de France » dans cette procédure :

1) le 24 mai 1871, fusillés à la prison de la Roquette vers 20h30 : Son Excellence Monseigneur Georges Darboy, en compagnie de l’abbé Gaspard Deguerry, curé de la Madeleine, de l’abbé Jean-Michel Allard, aumônier des ambulances, et de deux Jésuites : les Révérends Pères Léon Ducoudray et Alexis Clerc (le premier était recteur de l’École Sainte-Geneviève).

Monseigneur Darboy sur son lit de mort

La dépouille de Monseigneur Darboy lors de ses funérailles, après la semaine sanglante.

2) le 25 mai 1871, massacrés dans la rue en fin d’après-midi à proximité de la Porte d’Italie : les dominicains du collège d’Arcueil. Leur supérieur était le Révérend Père Louis-Raphaël Captier, qui avait fondé le collège. Avec lui furent exécutés quatre prêtres de son ordre : les Pères Thomas Bourard, Constant Delhorme, Henri Cottrault et Pie-Marie Chatagneret, et huit laïcs qui étaient leurs auxiliaires au collège : Louis-Eugène-Antoine Gauquelin (professeur de mathématiques), François-Hermand Volant (surveillant), Aimé Gros (domestique), Antoine Gézelin Marce (domestique), Théodore Catala (surveillant), François-Sébastien-Siméon Dintroz (infirmier), Marie-Joseph Cheminal (domestique) et Germain-Joseph Petit (économe).
Ils avaient été arrêtés le 19 mai et emprisonnés au fort de Bicêtre, où ils souffrirent de la faim et de la soif, puis le 25 mai sous le prétexte de les conduire de Bicètre à une autre prison située avenue d’Italie, ils furent massacrés dans la rue.

Le massacre des otages de la rue Haxo, le 26 mai 1871

Exécution des otages, rue Haxo, le 26 mai 1871.

3) le 26 mai 1871, vers 15h, quarante-neuf prisonniers furent extraits de la prison de La Roquette et conduits, sur les hauteurs de Belleville : c’étaient 33 gardes de Paris, 2 gendarmes, 4 mouchards et 10 ecclésiastiques choisis au hasard.
Encadrés par les fédérés, ces otages montent à pied jusqu’à la cité de la rue Haxo qu’ils atteignent vers 17 h 30.
Malgré les réticences de leurs chefs militaires et cédant à une foule qui hurle à la mort, les fédérés tirent à volonté durant un quart d’heure sur les otages, tous exterminés, devant le haut mur qui se trouvait rue du Borrégo, à hauteur de l’actuelle Maison des Jeunes.

Voici la liste des ecclésiastiques qui furent massacrés : les Révérends Pères Jésuites Pierre Olivaint, recteur de la maison de la rue de Sèvres, Jean Caubert et Anatole de Bengy ; les Révérends Pères de la Congrégation des Sacrés-Coeurs de Picpus :  Ladislas Radigue, Polycarpe Tuffier, Marcellin Rouchouze et Frézal Tardieu ; un prêtre séculier : Jean-Marie-Noël Sabattier, vicaire à Notre-Dame de Lorette ; un  religieux de Saint-Vincent de Paul : Matthieu-Henri Planchat ; et l’abbé Paul Seigneret, séminariste de Saint-Sulpice.
Un oratoire sommaire fut édifié à l’emplacement des exécutions (81 rue Haxo) dès 1889, puis remplacé en 1894 par une chapelle d’environ 250 places agrandie quatre ans plus tard. A la suite de l’urbanisation du quartier, une véritable église fut construite entre 1936 et 1938 par l’architecte Julien Barbier : Notre-Dame des Otages.

4) le 27 mai 1871 enfin, subirent aussi le martyre : Monseigneur Auguste-Alexis Surat, archidiacre de Notre-Dame de Paris, qui avait été emprisonné en même temps que Monseigneur Darboy, et qui fut massacré dans la rue après avoir pu s’enfuir de la prison de la Roquette. Avec lui fut aussi martyrisé l’abbé Émile-Victor Bécourt, curé de Notre-Dame de Bonne Nouvelle.
Le Révérend Père Jean-Baptiste Houillon, des Missions Etrangères de Paris, revenu de Chine pour un congé de maladie en 1869, fut aussi massacré par les fédérés sur le Boulevard Richard Lenoir lors d’un transfert de prisonniers.

Reliques des cinq Jésuites martyrisés par les communards les 24 et 26 mai 1871

Nous conservons pieusement au « Mesnil-Marie » cinq enveloppes cachetées portant les noms des cinq Jésuites martyrisés par les communards les 24 et 26 mai 1871 et contenant des morceaux de leurs soutanes.

A Sainte Jeanne d’Arc : prière pour la France et cantique du Père Doncoeur.

Nous avons publié (cf. > ici) un extrait du très remarquable panégyrique de Jeanne d’Arc prononcé par Monseigneur Pie (il n’était alors que vicaire général du diocèse de Chartres) le 8 mai 1844. Nous vous proposons aujourd’hui une prière pour la France (qui peut servir de neuvaine) adressée à Dieu par l’intercession de celle qui est, après Notre-Dame de l’Assomption, patronne céleste de la France en second, ainsi qu’un chant à Sainte Jeanne d’Arc dont le Père Doncoeur – l’un des fondateurs du scoutisme catholique en France – rédigea les paroles sur l’air d’un ancien cantique béarnais.

A Sainte Jeanne d'Arc : prière pour la France et cantique du Père Doncoeur. dans De liturgia

Prière pour la France :

dont on peut faire une neuvaine préparatoire au jour de sa fête
du 21 au 29 mai de chaque année (fête liturgique)
ou bien durant les neuf jours qui précèdent le deuxième dimanche de mai (fête nationale)
et dans tous les moments où l’on veut prier plus instamment pour la France.

 * * *

Très saint et très haut Seigneur Jésus-Christ,
Roi des rois,
qui avez miraculeusement suscité Sainte Jeanne d’Arc
pour ramener à l’unité autour de son Prince légitime
le Royaume de France, divisé et humilié à la face des nations,
et pour lui conserver l’intégrité de la Foi :
du haut de votre trône céleste,
regardez encore aujourd’hui combien il y a grande pitié en ce pays, dont le reniement des promesses du baptême et l’apostasie officielle ont entraîné à nouveau la désunion et l’abaissement,
au point qu’il est devenu aujourd’hui un mauvais exemple pour la terre entière…

Par la puissante intercession de Sainte Jeanne d’Arc,
patronne de la France en second après votre très Sainte Mère,
nous Vous supplions, ô Jésus :
répandez sur ce pays qui proclamait jadis en préambule de ses lois
« Vive le Christ qui est Roi des Francs! »
de nouvelles et abondantes grâces de conversion et de Foi,
pour que les coeurs et les esprits reviennent à Vous!

Par la fervente intercession de Sainte Jeanne d’Arc,
qui fut attentive aux paroles et aux instructions du saint conseil par lequel Vous l’avez formée à sa mission,
nous Vous supplions, ô Jésus :
donnez à nos responsables religieux et civils
les très précieux dons de conseil et de sagesse
pour qu’ils conduisent le peuple de France
hors des sentiers de la perdition!

Par la glorieuse intercession de Sainte Jeanne d’Arc,
qui demeura indéfectiblement fidèle à sa vocation particulière quelque souffrance qu’il pût lui en coûter,
nous Vous supplions, ô Jésus :
suscitez aujourd’hui dans nos familles
de généreuses et solides vocations,
pour l’Eglise et pour la patrie,
dépouillées de toute ambition personnelle et de tout carriérisme,
de tout esprit de puissance et de lucre,
qui se dévoueront sans compter au bien spirituel et éternel de ce peuple dont Vous devez rester à jamais le Roi!

Par la continuelle intercession de Sainte Jeanne d’Arc,
qui jamais ne douta et resta toujours surnaturellement confiante dans l’adversité,
nous Vous supplions encore, ô Jésus :
délivrez-nous de toute désespérance,
mais rendez à Votre France son zèle et sa pugnacité,
sa ferveur et son enthousiasme,
pour combattre les démons de l’impiété et de la luxure,
de l’égoïsme et du mensonge
qui tiennent notre société en esclavage depuis près de deux siècles!

A la prière de Sainte Jeanne d’Arc,
donnez-nous, ô Jésus, le courage d’entrer dans les voies de la pénitence,
du recours confiant à Votre miséricorde,
de la réparation et du vrai renouveau!
Augmentez notre foi dans Votre Saint Évangile
et dans la doctrine traditionnelle de Votre Sainte Église,
qui, depuis deux mille ans, a uni les esprits, les cœurs, les familles et les nations!

A l’exemple de Sainte Jeanne d’Arc,
qui fit peindre sur son étendard Votre Saint Nom avec celui de Marie, Votre Mère,
et rendit son dernier soupir en criant une dernière fois Votre Nom béni,
donnez-nous, ô Jésus, un fervent esprit de prière et de constant recours à Votre sainte grâce,
pour que Votre Esprit Paraclet habite en nous, agisse en nous et oeuvre à travers nous!

Enfin, par les mérites du sacrifice de Sainte Jeanne d’Arc,
uni à Votre Saint Sacrifice du Calvaire, sans cesse renouvelé à l’autel de la Messe,
faites paraître, nous Vous en supplions,
ce monarque sacré que Vous nous avez promis par la bouche de tant de Vos saints,
afin qu’il renoue et revivifie l’alliance sainte conclue jadis dans les eaux baptismales de Reims
et rende à Votre peuple de France sa joie et son salut!

Ainsi soit-il!

(Prière composée par Frère Maximilien-Marie – reproduction autorisée à condition d’en mentionner la source)

 Jeannne d'Arc dans Nos amis les Saints

cantique-ste-jeanne-darc-pere-doncoeur neuvaine dans Prier avec nous

* * * * * * *

Sur les routes où nous chantons, 
Fais-nous joyeux, ô fière Jeanne ! 
De ton rire insolent et frais 
Tu fis pâlir les soudards anglais. 
Tu aimas les joyeux garçons 
Purs et hardis à tenir campagne ; 
Sur les routes où nous chantons, 
Fais-nous joyeux, ô fière Jeanne ! 

Sur les routes où nous peinons, 
Fais-nous plus durs, ô rude Jeanne ! 
Au grand trot de tes noirs coursiers 
Tu entrainas princes et Routiers. 
Sous l’effort quand nos corps ploieront, 
Garde nos cœurs de ces pleurs de femmes. 
Sur les routes où nous peinons, 
Fais-nous plus durs, ô rude Jeanne ! 

Sur les routes où nous luttons 
Fais-nous vainqueurs, ô forte Jeanne ! 
Dans l’effroi des sanglants combats 
Tu bondissais devant tes soldats. 
Sur tes pas, quand nous nous battrons, 
Nous saurons bien forcer les victoires. 
Sur les routes où nous luttons 
Fais-nous vainqueurs, ô forte Jeanne ! 

Sur les routes où nous mourrons, 
Emporte-nous, ô sainte Jeanne ! 
De la cendre de ton brasier 
Tu t’envolas en plein ciel de mai. 
De nos corps qui défailleront 
D’un vif élan fais jaillir nos âmes. 
Sur les routes où nous mourrons, 
Emporte-nous, ô sainte Jeanne!

blasonjdarc Père Doncoeur dans Vexilla Regis

2011-42. Du « Grand Chanéac » et de la chouannerie dans les Hautes Boutières.

15 mai : anniversaire de la mort du Grand Chanéac.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Si je prononce le mot chouan, je suis certain que le plus grand nombre va spontanément penser à la Bretagne, à la Normandie ou au Maine. Toutefois – et sans que cela leur ôte le moindre mérite – la vérité historique oblige à rappeler que la chouannerie ne fut pas une exclusivité des provinces de l’Ouest de la France.

Chouan

Pour ne parler que du Vivarais où est implantée notre Mesnil-Marie - proche d’autres terres de résistance opiniâtre à la révolution (Velay, Gevaudan, Cévennes, Forez, Lyonnais… etc.) -, il ne faut pas oublier qu’on s’y insurgea contre les mesures des assemblées dites « constituante » puis « législative » bien avant le soulèvement vendéen !

Je ne peux pas faire ici un cours d’histoire détaillé, toutefois chaque 15 mai ramène ici l’anniversaire du rappel à Dieu de l’une des plus éminentes figures emblématiques de la contre-révolution dans ces Hautes-Boutières où nous vivons : le « Grand Chanéac ».
Alors aujourd’hui, j’ai résolu de vous en parler à mon tour.

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Né le 11 décembre 1759 au mas des Sucheyres – sur le territoire de la paroisse de Saint-Andéol de Fourchades -, dans une famille de paysans relativement aisés, Jean-Pierre François Chanéac était donc dans sa trentième année à l’été 1789.

Bel homme, de haute taille, intelligent et instruit, il avait – selon les traditions – envisagé pendant un temps le sacerdoce et fait quelques études pour cela ; il aurait ensuite suivi des cours de médecine, avant de se marier et de prendre la suite de son père comme fermier du « Clapas », l’une des grandes fermes du domaine de Pierre de Julien de Baumes – seigneur de Fourchades, Saint-Martial et Bourlatier -, au point de jonction des vallées des Hautes-Boutières et du haut plateau vivarois.

La ferme et le suc du Clapas (Saint-Martial en Boutières)

La ferme du Clapas,
près de laquelle le « Grand Chanéac » remporta une belle victoire sur le général Boisset, le 21 novembre 1797
(cliquer sur l’image pour la voir en grand).

Si certains des chefs de bande qui tinrent la « montagne » pendant ces années de trouble et d’insécurité eurent des comportements peu exemplaires, si quelques uns se donnèrent le titre de « chouan » bien davantage pour se livrer au brigandage et s’enrichir que mus par un noble idéal, tel n’est pas le cas du « Grand Chanéac ».

C’était un homme animé par une foi vive et éclairée, et il n’est point douteux que ce fut l’un des principaux motifs, sinon le principal motif, de sa résistance.

Dans toute cette contrée, malgré l’exemple déplorable donné par l’évêque de Viviers, Monseigneur Charles de Lafont de Savines – personnage fantasque et tête légère qui fut l’un des quatre évêques d’Ancien Régime à prêter le serment schismatique de la constitution civile du clergé -, les prêtres, très proches de leurs paroissiens et très aimés d’eux, ne prêtèrent le serment qu’avec des restrictions importantes, ce qui le rendait nul et faisait d’eux des « réfractaires », passibles de la prison, de la déportation ou – tout simplement! – de la guillotine.
« Réfractaires », les curés et vicaires de Saint-Andéol de Fourchades, Saint-Martial, Borée, Sainte-Eulalie… etc. restèrent sur place (jamais des prêtres intrus ne purent les remplacer) et continuèrent à régir leurs paroisses, à administrer les sacrements et à célébrer la Sainte Messe dans la clandestinité (voir aussi > ici).
Il serait bien trop long de raconter ici toutes les anecdotes qui existent au sujet de ces prêtres, de leur héroïsme et de leur zèle généreux qui ne faiblit pas pendant près de dix années : en effet la persécution anti-chrétienne ne dura pas seulement pendant ce qu’il est convenu d’appeler la « grande terreur » (du début septembre 1792 à la fin juillet 1794), mais fut régulièrement relancée par des décrets jusqu’au temps de la pacification religieuse opérée par le concordat (1802).

Le « Grand Chanéac » protégeait les bons prêtres et il leur assurait sécurité et subsistance dans les fermes isolées dont il était le propriétaire (les Sucheyres, Gombert… etc.).

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Homme de fidélité, de conviction et d’idéal, on a de bonnes raisons de penser qu’il était en lien avec les principaux chefs de la résistance à la révolution dans un plus vaste périmètre : le comte de La Mothe, le marquis de Surville, Charles et Dominique Allier (frères de l’abbé Claude Allier, prieur de Chambonas, qui avait été l’une des chevilles ouvrières des rassemblements et soulèvements de Jalès).
Malgré les « bleus » et la traque acharnée qu’ils menèrent contre lui, il fut le véritable maître de ces contrées pendant tout le temps de la révolution.

La mémoire populaire a fait du « Grand Chanéac » une véritable figure de légende : sur sa jument noire, nommée « La Vendée », ou dans les cachettes quasi inaccessibles de cette vallée escarpée (proche du Mesnil-Marie) qu’on nomme « le gouffre de l’enfer », avec ses chouans qui lui étaient tout dévoués, avec le soutien massif de la population, il tint les « bleus » en échec pendant plus de dix ans : se dévouant sans compter « Pour Dieu et pour le Roy », il n’hésita pas à dépenser son bien pour la Cause et même à s’endetter lourdement.

Après la révolution, il s’emploiera à rembourser ses débiteurs et ne se prévaudra en rien de ses exploits pour se dérober aux devoirs de l’honnêteté.

Les Sucheyres  (Saint-Andéol de Fourchades)

Ruines du mas des Sucheyres où naquit et mourut le « Grand Chanéac »
et où il cacha de nombreux prêtres pendant la révolution.

Entouré de l’estime générale, le « Grand Chanéac » s’est éteint le 15 mai 1841, au mas des Sucheyres où il était né 81 ans et cinq mois auparavant.
Les traditions locales rapportent que jusqu’en sa vieillesse il dirigeait de sa voix puissante le choeur des chantres de l’église de Saint-Andéol de Fourchades. On raconte aussi qu’on transporta son cercueil vers l’église sur une tombereau traîné par deux boeufs blancs.

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Cent-soixante dix ans après sa disparition, alors que les traditions anciennes commencent à s’estomper et que des esprits malveillants – souvent par parti pris idéologique – ont cherché à ternir sa réputation, le qualifiant de « brigand », Frère Maximilien-Marie a tenu à entretenir le « devoir de mémoire » et à lui rendre justice : samedi dernier, il avait donc organisé une promenade commentée sur les lieux où s’illustra le « Grand Chanéac ».
Il a eu la très grande joie de voir venir à ce rendez-vous des descendants du chouan des Hautes-Boutières, et notre Frère est bien résolu désormais à s’employer à faire davantage connaître et aimer cette belle et grande figure qui (même si le chant a été composé bien après la grande révolution) n’aurait sans doute pas dédaigné d’unir sa voix à la nôtre pour chanter comme nous aimons à le faire :

Les bleus sont là, le canon gronde, 
Dites les gars avez vous peur :
Nous n’avons qu’une peur au monde 
C’est d’offenser Notre-Seigneur!

Les bleus chez vous dansant la ronde 
Boiront le sang de votre coeur :
Nous n’avons qu’un amour au monde, 
C’est l’amour de Notre-Seigneur!

Vos corps seront jetés à l’onde, 
Vos noms voués au déshonneur :
Nous n’avons qu’un honneur au monde 
C’est l’honneur de Notre-Seigneur!

Alors debout, le canon gronde, 
Partez les gars, soyez vainqueurs :
Nous n’avons qu’un espoir au monde, 
C’est la victoire du Seigneur!

Lully.

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Chemin de Croix pour la France (Chanoine Antoine Crozier).

Après avoir publié le texte de l’opuscule « Vivons pour le Bon Dieu » du Chanoine Antoine Crozier (cf > ici), un excellent ami – qu’il en soit très chaleureusement remercié! – m’a communiqué le texte du « Chemin de Croix pour la France » que ce saint prêtre avait également rédigé quelques années auparavant.
Dans les circonstances présentes de l’Eglise, du monde et de la France, il nous a paru important de mettre les méditations et les prières de ce Chemin de la Croix à la disposition du plus grand nombre d’âmes possible.

Frère Maximilien-Marie.

Chemin de Croix pour la France (chanoine Crozier)

Imprimatur : Lugduni, die 26 Maii 1904
A. Bonnardet , v. g.

Préface de l’auteur:

A toutes les prières et à tous les sacrifices que font les âmes pieuses, en ces temps d’extrême détresse, pour hâter l’accomplissement des promesses du Divin Cœur sur la France, nous croyons qu’il sera très opportun et très utile d’ajouter l’exercice de Chemin de la Croix.
Nous leur proposons quelques pensées
pour les aider à faire ce Chemin de la Croix pour la France.
Par ce Chemin de la Croix, les amis
du Cœur de Jésus sentiront mieux tout ce que Notre-Seigneur a souffert pour racheter les nations que son Père Céleste Lui a données en héritage, pour sauver cette France qui lui est si précieuse et si chère.
En nous unissant aux douleurs et aux supplications de Jésus, Rédempteur de la France, nous apprendrons à mieux prier et à souffrir plus généreusement pour notre malheureuse patrie.
En appliquant aux âmes du Purgatoire les très nombreuses et très riches indulgences du Chemin de la Croix, nous ouvrirons les portes éternelles à une armée d’intercesseurs qui, dans le ciel même, ne cesseront pas de travailler avec nous à l’œuvre du Sacré-Cœur.

(Nota: avant d’être publié en fascicule le texte de ce Chemin de la Croix avait paru dans le Bulletin mensuel de la Garde d’Honneur - Bourg-en-Bresse – fin de 1903 et 1904).

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PRIERE PREPARATOIRE :

O Jésus Sauveur! C’est pour la France que je veux suivre avec Vous le chemin si long et si douloureux de votre Cal­vaire. Avec toute la contrition et tout l’amour de mon cœur, je viens vous offrir, au nom de la France et pour moi, pauvre pécheur, ma plus intime compassion pour tout ce que Vous avez souffert dans votre corps, dans votre âme, dans votre Cœur.
Au nom de la France et pour moi, je vous offre les réparations de ma foi et de ma piété pour tous les outrages que nous avons infligés à la Majesté de votre Père, à votre dignité et à votre sainteté de Fils de Dieu, à l’Esprit de vérité et d’amour, pour toutes les blessures faites à votre Cœur.
Agréez aussi les ardentes supplications que nous vous offrons, en union avec les supplications que, du fond de l’abîme de ses souffrances, votre Cœur broyé faisait monter vers le trône de votre Père pour l’humanité tout entière et particulièrement pour cette portion de l’humanité que vous avez tant aimée, pour la France, notre patrie!

Prières à faire à chaque station :

Au début de chaque station :
V. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons,
R. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix!

Après chaque station :
Notre Père ; Je vous
salue, Marie ;  Gloire au Père.
V. Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple,
R. Et ne soyez pas toujours irrité contre nous!
V. Cœur de Jésus, salut de ceux qui espèrent en vous.
R. Ayez pitié de nous!
V. Saints et saintes de France,
R. Intercédez pour nous!
V. Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles défunts reposent en paix!

R. Ainsi soit-il!

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Première station : Jésus est condamné à mort.

Cette première station représente le prétoire de Pilate où Notre-Seigneur Jésus-Christ reçut son inique condamnation à mort.
Je vous adore, ô Jésus, subissant à
travers les siècles, la scène perpétuellement renouvelée de votre condamnation à mort.
Plus que jamais, dans notre pays, ô
Jésus, vous ne cessez pas d’être trahi et vendu par ceux qui ont vécu avec vous et de vous, par les apostats qui en vous persécutant veulent lutter contre les remords de leur conscience, faire leur fortune, assouvir leur ambition.
Avec les Judas dont la race, loin de
s’épuiser, se multiplie de jour en jour, il y a encore les Pilates indifférents et sceptiques, mais assez vils et assez lâches pour livrer le Juste, en s’efforçant vainement de laver l’ineffaçable souillure de leurs mains et de leurs fronts.

On entend toujours les clameurs furieuses de la foule soulevée qui demande la mort de l’Innocent.
Derrière le tribunal officiel, j’entrevois le tribunal secret des pharisiens hypocrites, des impies, des sectaires, de Satan lui-même, qui, au fond de leurs ténèbres, ont décidé et préparé, ô Jésus, votre condamnation à mort dans cette France où ils ne veulent plus de vous.
Puisque, après votre résurrection triomphante, vous ne pouvez plus mourir, vos ennemis acharnés ne peuvent plus vous atteindre dans votre personne adorable ; mais ils veulent vous mettre à mort, vous anéantir dans les âmes, dans ces générations d’enfants, qui vous connaîtront, non pour croire en vous, pour vous adorer et vous aimer, mais pour blasphémer contre votre Nom d’amour.
Cette condamnation à mort de Celui qui est la vie éternelle des âmes, nous ne l’acceptons pas, ô Jésus! Nous vous ferons vivre de plus en plus en nous-mêmes, par la piété, par la sainteté et l’amour ; nous vous défendrons par la .prière, par l’immolation, par l’apostolat ; nous vous ferons vivre et grandir dans ces enfants, dans ces faibles, dans ces malheureux qu’on veut arracher à votre Cœur embrasé d’amour pour tous les hommes et spécialement pour les petits, pour les pauvres, pour ceux qui vivent dans la souffrance et le travail.

Notre Père, Je vous salue, Gloire au Père… etc.

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Deuxième station : Jésus est chargé de sa Croix.

Cette seconde station nous représente Jésus recevant le fardeau de sa croix.
Les ennemis de Jésus-Christ triomphent par cette injuste condamnation que la peur, l’ambition et sans doute l’argent ont arrachée à la faiblesse de Pilate, et ils se hâtent d’en profiter en pressant l’exécution de l’Innocent.
La croix de Jésus est là, toute préparée et il faut que Jésus porte lui-même l’instrument de son supplice.
Sans pitié pour le lamentable état où l’ont réduit les fouets de la flagellation, le couronnement d’épines, les violences des soldats, toutes les horreurs du prétoire, Jésus est chargé de sa croix, croix accablante qui va peser horriblement sur ses épaules meurtries, sur tout son corps exténué.
Si brisé qu’il soit, le divin Jésus sourit à la croix qui lui est présentée et imposée. Cette croix a toujours été l’objet de ses plus ardents désirs : depuis longtemps, Jésus appelle «ce baptême de sang où Il veut se plonger» pour mourir, où Il veut nous plonger tous pour nous racheter. Il voit tout ce que sa mort donnera de gloire à son Père, de grâces et de vie à l’humanité ; Il pense à la France, à cette multitude d’âmes qui y seront sauvées et sanctifiées, à cette autre multitude d’âmes évangélisées et sauvées par l’apostolat de la France et aussitôt, de Lui-même, Il offre ses épaules pour recevoir la croix. Il la reçoit mieux encore dans son Cœur avide, insatiable de notre Rédemption. Nous disons et chantons avec l’Eglise : O crux, ave! O croix, je vous salue! Je vous salue de mes adorations et de mon amour ! Avec quel amour Jésus, en acceptant sa croix, ne dut-il pas dire et chanter dans son Cœur : O Crux, ave ! O croix que mon Père me donne pour accomplir par ma mort tous ses desseins sur le monde et sur la France, je vous salue, je vous embrasse et je vous aime!
O Jésus, apprenez-nous à recevoir, à embrasser, à aimer la croix que vous nous donnez ou que vous nous donnerez d’abord pour expier nos péchés personnels, puis pour vous aider à racheter et à délivrer la France!

Notre Père, Je vous salue, Gloire au Père… etc.

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Troisième station : Jésus tombe pour la première fois.

En cette troisième station, nous voyons Jésus tombant pour la première fois sous le poids de sa croix.
Jésus a désiré, cherché et poursuivi sa croix : Il l’a embrassée et portée avec toutes les ardeurs de son Cœur, mais bientôt ses forces trahissent son courage et son amour, et dès les premiers pas, Il est accablé et Il succombe.
Cette chute nous l’expliquons très vite par l’extrême faiblesse de Jésus et par les effusions de son sang qui a coulé à grands flots depuis l’agonie du Jardin des Oliviers jusqu’à la flagellation et au couronnement d’épines.
Mais ce qui pèse le plus sur Jésus, ce qui le jette à terre, ce qui l’écrase, c’est l’excès incalculable des péchés qu’Il expie. Quoi de plus écrasant que le fardeau des iniquités de tous les hommes?
N’êtes-vous pas, ô Jésus, «l’Agneau de Dieu, qui portez sur vous les péchés du monde entier?» Vous portez tous les crimes de la
France, les crimes des longs siècles de son histoire, de ce passé où si souvent elle trahit et abandonne son Dieu, les crimes du présent, alors qu’elle est complice, par son indifférence et son laisser-faire, de toutes les destructions que ses fils les plus perfides et les plus coupables s’acharnent en son nom, à multiplier dans les âmes ; les crimes de l’avenir, d’un avenir très prochain, car quel mal ne feront pas les générations qui ont déjà grandi ou qui grandissent dans la haine de Dieu et de Jésus, et sont livrées sans frein aux passions les plus redoutables?

L’abîme appelle l’abîme de toutes les corruptions et de toutes les abominations.
O Jésus ! Nous voulons nous substit
uer à ces soldats grossiers et cruels qui vous relèvent en aggravant vos souffrances ; nous voulons être toujours là, près de vous, pour partager votre fardeau et vos douleurs, pour porter avec vous les péchés du monde et les iniquités de la France!

Notre Père, Je vous salue, Gloire au Père… etc.

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Quatrième station : Jésus rencontre sa sainte Mère.

Dans cette quatrième station, nous assistons à la rencontre de Jésus et de Marie sur le chemin du Calvaire. Qu’elle fut déchirante cette rapide entrevue de Jésus et de Marie, au milieu des insultes et des brutalités des bourreaux et de la foule!
Quels regards pleins de souffrances
furent échangés entre le Fils et la Mère et transpercèrent, jusqu’au fond le plus intime, ces deux cœurs si tendres, si parfaits, si unis l’un à l’autre!
A cet instant Jésus souffrait, avec ses
propres douleurs, toutes les douleurs maternelles de Marie, et Marie, au glaive si longtemps plongé et fixé dans son cœur de Mère, sentit s’ajouter les souffrances filiales si intenses, si profondes, et toute la Passion intérieure et extérieure de Jésus!
Le Cœur de Jésus et le Cœur de sa
Mère s’unirent alors plus intimement pour accepter, embrasser et aimer leur commune immolation et se livrèrent tout entiers à la volonté du Père céleste et à l’œuvre de la Rédemption des hommes.
Jésus et Marie s’offrirent ensemble pour les âmes de la France déjà tant aimée. Notre-Seigneur ne devait-il pas manifester à la Messagère de son Divin Cœur son amour et son dévouement pour la France, et promettre d’être son spécial Médiateur pour détourner d’elle les fléaux de la Justice divine et pour la purifier et la régénérer dans les flammes de son Sacré-Cœur?
Et Marie, en ces derniers temps, sur la
montagne de la Salette ne s’est-elle pas montrée comme revêtue des instruments de la Passion de Jésus et pleurant sur les blasphèmes et les crimes de notre patrie?
O Jésus, ô Marie, associés pour la
Rédemption de la France, nous offrons au Dieu de la Justice et de la Miséricorde tout ce que vous avez souffert pour nous, et nous nous unissons à vos douleurs et à vos supplications pour obtenir par vous notre délivrance et notre salut!

Notre Père, Je vous salue, Gloire au Père… etc.

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Cinquième station : Simon le Cyrénéen aide Jésus à porter sa Croix.

Cette cinquième station nous représente le lieu où Simon de Cyrène fut requis et arrêté par les soldats pour soulever la croix de Jésus.
Simon subit la nécessité et la cont
rainte quand, au retour de sa maison des champs et peut-être sans connaître encore Jésus, il dut l’aider à porter sa croix.
Rien ne nous dit, dans l’Evangile ni
dans la tradition, que Simon de Cyrène s’offrit de lui-même, par pitié et par dévouement, à soulager le pauvre condamné qui allait tomber encore sous l’instrument de son supplice ; mais nous sommes portés à croire que le contact de la croix de Jésus suffit à sauver et à sanctifier le Cyrénéen.
Dans la voie douloureuse que la
France prévaricatrice a ouverte à Jésus, nous qui le connaissons, nous qui croyons en Lui, comment refuserons-nous de recevoir et de prendre notre part de sa Croix, d’accepter les épreuves de toute vie humaine et chrétienne, de sentir et de partager de quelque manière la Passion de Celui qui a tout souffert pour nous mériter et nous donner l’admirable lumière de la Foi?
Tout Français, parce qu’il croit en
Jésus, ami et Rédempteur de la France, doit se réjouir de souffrir quelque chose pour l’accomplissement de ses desseins sur nous.
Mais, si nous aimons Jésus de tout
notre cœur, nous irons de nous-mêmes vers notre Sauveur pour embrasser sa chère croix et la soulever tout entière.
O Jésus, appelez, multipliez parmi nous ces Cyrénéens pleins de bonne volonté, de générosité et d’amour, qui
ne cesseront pas de vous consoler et de vous soulager!
Nous voici, Seigneur Jésus pour porter
votre croix devenue notre croix, et pour vous faire oublier, par nos réparations et notre amour, les insultes de vos bourreaux, les ricanements de vos pires ennemis, les cris et les blasphèmes de la foule.
Vos Cyrénéens, en souffrant avec vous et pour vous, apprendront, en portant
votre croix, à vous aimer davantage et à être avec vous et avec Marie les Rédempteurs de la France.

Notre Père, Je vous salue, Gloire au Père… etc.

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Sixième station : Une femme pieuse essuie la Face de Jésus-Christ.

La sixième station nous fait voir Sainte Véronique essuyant d’un linge le visage de Notre-Seigneur quand Il portait sa croix.
Véronique obéit, non pas à une nécess
ité et à un ordre, mais au mouvement de son cœur ému de compassion pour le divin Supplicié qu’elle voit succombant à la fatigue et à la douleur, et couvert d’une sueur sanglante ; elle traverse la foule hostile, elle brave les ennemis de Jésus et les soldats, elle s’approche du Sauveur pour essuyer son visage.
Jésus a exalté l’amour qui a porté
Madeleine à répandre sur ses pieds sacrés un parfum d’un grand prix. Avec quel amour Il dut agréer et bénir l’amour de Véronique venue, à travers tant de difficultés et de périls, pour lui apporter un tel soulagement!
Il se hâte de lui donner une première
récompense en imprimant sa sainte Face sur le linge qui a été l’instrument de son acte d’héroïque charité.
Il l’imprime mieux encore au fond
du cœur de Véronique pour l’unir à sa Passion et l’élever sans cesse, par cette union, à la sainteté et au plus parfait amour.
Heureuses les âmes qui, dans la suite des siècles, ont reçu la grâce de Véronique, gardent et contemplent en elles la mystérieuse et vivante image de Jésus souffrant et humilié!
O Jésus! surtout en cette France
qui vous veut et vous fait tant de mal, suscitez, multipliez en grand nombre ces Véroniques généreuses qui préfèrent à toutes les joies et à tous les trésors de ce monde l’union à vos douleurs! Ne cessez pas de les sanctifier pour qu’elles ne cessent jamais de vous donner un amour plus profond, plus délicieux, et de plus parfaites réparations!
A ces Véroniques de la France,
choisies et consolées par son Cœur reconnaissant, Jésus semble dire et redire : «Ma sainte Face! Voilà ce qu’il faut que vous soyez vous-mêmes en votre âme et en toute votre vie! Larmes, douleurs, affronts, soufflets, voilà votre lot, votre fortune! Réparatrices courageuses et dévouées, offrez souvent au Père céleste la Face de votre Sauveur telle qu’elle est hors de vous et en vous ; étendez sur la France ce voile d’amour, de douleur, d’ardente supplication!»
Il faut qu’à cette heure d’iniquités, Dieu, regardant la France, n’y voie plus que la Face de son Fils et l’amour de son Cœur, implorant la pitié et la miséricorde pour la France et le monde par ses yeux sanglants et noyés de larmes.
O
Dieu, notre Protecteur, regardez la Face de votre Christ! (
Ps. LXXXIII, 10).

Notre Père, Je vous salue, Gloire au Père… etc.

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Septième station : Jésus tombe pour la seconde fois.

En cette septième station, nous assistons à la deuxième chute de Jésus.
Simon le Cyrénéen aide Jésus à porter son horrible fardeau ; Véronique a essuyé le visage du Sauveur ; mais ce secours et ce soulagement n’ont pu retarder que de quelques pas une nouvelle chute de Jésus plus que jamais exténué, accablé.
Par cette deuxième chute et par les coups qui l’ont accompagnée, Jésus a voulu expier nos rechutes dans le péché… Notre vie, hélas! n’est-elle pas une perpétuelle rechute?
Jésus a voulu aussi nous mériter la grâce de nous relever toujours avec courage et confiance, certain que la conversion et le salut sont toujours possibles au pécheur, tant qu’il n’a pas rendu le dernier soupir, et que la miséricorde du bon Dieu surpasse infiniment toutes nos faiblesses et toutes nos iniquités. Jésus a voulu encore souffrir pour expier les infidélités multipliées du peuple qu’Il devait se choisir et se donner, les rechutes de la France. Quelle admirable et étrange histoire que la nôtre!
D’une part, Dieu qui aime la France, n’a pas cessé, à travers tant de siècles, de la poursuivre de sa prédilection visible et obstinée, et de la combler de ses bienfaits et de ses prodiges ; d’autre part, la France ingrate a secoué plusieurs fois le joug de son Divin Protecteur. Par ses révolutions successives, la France s’est livrée aux ennemis les plus implacables de Jésus-Christ et de son Eglise, car, au fond de toutes ses révolutions, qu’y a-t-il, sinon la lutte ouverte ou hypocrite de Satan contre Dieu pour ruiner et détruire la mission providentielle de notre pays en lui arrachant sa foi.
O Cœur de Jésus, qui vous êtes montré et donné à nous pour être notre Médiateur de rédemption et de prière entre votre Père et la France infidèle, oh! ne vous lassez pas d’intercéder pour nous, et de nous ouvrir les trésors de vos miséricordes et de vos grâces!
Si trop souvent nous avons imité les Juifs dans leurs égarements et leurs révoltes, si maintenant encore nous nous faisons les complices et les serviteurs de leur haine contre vous, ne permettez pas que votre France tant aimée abandonne et renie son Dieu et son Sauveur, mais faites qu’elle défende et garde sa foi contre tous les assauts de l’enfer et devienne, dans tout l’univers, l’apôtre infatigable de votre vérité et de votre amour!

Notre Père, Je vous salue, Gloire au Père … etc.

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Huitième station : Jésus console les femmes de Jérusalem. 

En cette huitième station, nous entendons les paroles que le très bon Jésus adresse aux femmes de Jérusalem qui le suivent.
Ces filles d’Israël peuvent connaître
Jésus par ses enseignements, par sa sainteté, peut-être par les bénédictions et les caresses qu’Il a données à leurs petits enfants, ou par les miracles qu’Il a faits pour eux : elles sont là pour le remercier encore et protester contre l’iniquité de sa condamnation et de son supplice.
Celles qui ne le connaissent pas sont émues, bouleversées par le spectacle de
telles douleurs dans une si profonde humiliation.
Toutes, par leurs larmes, proclament
l’innocence de Jésus et, en lui offrant l’hommage délicat de leur compassion, elles se font Réparatrices à la suite de Véronique.
Jésus agrée leur pitié ; Il recueille et bénit leurs larmes ; mais, oublieux de ses propres souffrances, Il veut préparer
ces généreuses consolatrices aux malheurs qui les menacent et Il leur demande de pleurer plutôt sur elles-mêmes et sur leur perfide patrie.
Peu de jours avant sa Passion, Jésus
a pleuré sur Jérusalem. Devant ces femmes en pleurs, sur la voie même de son Calvaire, Il souffre et pleure encore sur sa patrie, car Il revoit, dans le tableau vivant d’un très prochain avenir, la chute et la ruine épouvantables de ce peuple maudit qui, après avoir tué les prophètes, va mettre le comble à tous ses crimes en crucifiant son Messie, le Fils de Dieu fait homme.
Et nous-mêmes, en pleurant, sur les
douleurs de Jésus, sur tout ce qu’Il a souffert pour la France et pour chacun de nous, n’avons-nous pas à pleurer sur notre patrie, sur ses ingratitudes, sur ses crimes, sur ses attentats tant de fois renouvelés contre Dieu et son Christ Jésus?
O France! comme Jérusalem, tu n’as pas connu le temps de la visite divine, tu as méprisé la suprême tentative que le Cœur de Jésus a faite pour te rappeler en ta foi et ta mission! Oh! n’endurcis pas ton cœur contre le Cœur de Jésus, et hâte-toi de répondre enfin aux instances si douces et si fortes de son amour!
Jerusalem, Jerusalem, couver­
tere ad Dominum Deum tuum : France, France, convertis-toi et reviens pour toujours au service de ton Dieu, à l’amour de ton Sauveur!

Notre Père, Je vous salue, Gloire au Père … etc.

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Neuvième station : Jésus tombe pour la troisième fois.

Nous voyons ici la troisième et dernière chute de Jésus.
Combien cette chute fut profonde et douloureuse et humiliante!
Jésus est sur le point d’atteindre ce sommet qu’Il a tant désiré, tant appelé dans son amour pour son Père et pour les âmes : les ardeurs de son Cœur précipitent ses pas. Et cependant, ses forces l’abandonnent, et Il tombe lourdement. Ses ennemis, plus violents que jamais, se jettent sur Lui et l’accablent de coups et d’outrages. A ce moment, Jésus foulé aux pieds réalise, d’une façon saisissante, la parole du prophète : «Je ne suis pas un homme, mais un ver de terre», un ver de terre qu’on piétine et qu’on écrase. En cet état de suprême humiliation, Jésus expie toutes les révoltes, toutes les folies, tous les crimes de l’orgueil humain, de cet orgueil qui a voulu, comme Satan lui-même, s’élever au-
dessus du Très-Haut, en donnant un trône, le trône de la divinité, à la Raison indépendante de la vérité éternelle.
Et la France? Quelle place n’a-t-elle pas eue et ne tient-elle pas dans cette
lutte de l’orgueil insurgé contre Dieu, dans cet affranchissement, dans cette déification de la raison et de la prétendue science qui ne se sert des dons du génie et n’étudie les merveilles des œuvres de Dieu que pour l’insulter et le nier?
L’Esprit saint nous apprend que «le
dédain est le comble de l’impiété». Loin de rendre gloire au Créateur et à l’Ordonnateur des mondes, à la Sagesse, à la Puissance, à la Bonté infinies, nos impies de la fausse science haussent les épaules, méprisent Dieu, son nom, sa religion sainte et, par l’athéisme officiel et obligatoire de l’enseignement, s’efforcent de donner ce mépris aux intelligences sans défense des enfants.
O Dieu très grand, pour expier ces
mépris de l’impiété, la guerre déclarée à votre Vérité, notre apostasie nationale, vous avez voulu les humiliations inexprimables de votre Fils, le Verbe Incarné!
Par ces humiliations de Jésus, ô Père très bon et très patient, pardonnez à la France, et éloignez de nous les châtiments encourus par notre orgueil et notre impiété!

Notre Père, Je vous salue, Gloire au Père …etc.

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Dixième station : Jésus est dépouillé de ses vêtements.

Cette station nous représente le moment où Jésus fut dépouillé de ses vêtements.
Ce dépouillement de Jésus fut à la fois
un mystère de pauvreté, un mystère de douleur, un mystère de honte.
Mystère de pauvreté! Jésus qui n’a eu, dans l’étable de Bethléem, que des haillons pour se défendre contre le froid, consent à mourir, dépouillé même de cette robe sans couture que sa douce Mère Lui a tissée.
Mystère de douleur! Cette robe, collée par le sang à la chair de Jésus en est arrachée violemment, et nous voyons s’ouvrir les plaies de son corps flagellé, et son sang couler à flots.
Mystère de honte! Jésus, le Saint
des Saints venu en ce monde pour y apporter la virginité et la pureté, est exposé aux regards de la foule et de quelle foule!
Nous y reconnaissons ces hypocrites et ces corrompus qui ont pris la fuite, lorsque Jésus pardonnant à la femme coupable s’est relevé pour dire aux accusateurs : «Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre!» Il y a là une soldatesque effrontée,
sans pudeur et sans frein ; il y a cette multitude qu’on voit apparaître à l’heure des exécutions publiques pour regarder avec une curiosité malsaine, même pour couvrir de dérision les dernières souffrances des suppliciés! Il y a les insulteurs payés par la synagogue…
Jésus but alors la lie du calice de
l’agonie, lie mille fois plus amère que le fiel et le vinaigre goûtés sur la croix.
Jésus, abreuvé de honte et d’outrages,
expie les horreurs des quatre mille ans qui l’ont précédé, les prévarications d’Israël, les orgies de la corruption grecque et romaine, les désordres et les crimes des dix-neuf siècles de christianisme, les désordres et les crimes de la France…
Tous les attentats contre la foi de
la France sont des attentats contre ses mœurs en brisant le joug salutaire qui les défend et les garde. A ces moissons de vierges, de prêtres, d’apôtres, à ces fortes et belles générations chrétiennes, on veut substituer le paganisme et livrer l’enfance, la jeunesse, la famille, aux vices qui tuent les corps et les âmes.
O Jésus, par votre Sainteté de Fils de Dieu, par la pureté de votre Mère, la Vierge des vierges, par les humiliations de votre dépouillement, nous vous en conjurons, arrachez au démon de l’impureté les pauvres enfants, la jeunesse, la famille, la France présente et future, délivrez-nous de cet horrible mal, libera nos a malo!

Notre Père, Je vous salue, Gloire au Père … etc.

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Onzième station : Jésus est attaché à la Croix.

Cette station nous fait voir Jésus attaché à la croix sous les yeux de sa sainte Mère.
Jésus dépouillé de ses vêtements est prêt pour l’immolation qui va s’achever.
Le voilà étendu sur l’arbre de la croix.
Il n’a pas d’autre lit pour reposer sa
tête couronnée d’épines, son corps meurtri et tout en plaies vives.
En silence, Il se livre aux violences
de ses bourreaux ; Il présente ses mains et ses pieds aux clous qui vont briser ses veines, ses os, ses nerfs, et traverser ses membres pour les fixer à l’autel de son sacrifice.
Quelle souffrance, et pour Jésus ainsi
frappé et torturé, et pour Marie, sa Mère, qui assiste à ce spectacle et entend jusqu’au fond de son cœur tous les coups de marteau!
Jésus ne résiste pas, Jésus ne se
plaint pas, Jésus obéit et s’abandonne à tous les ordres, à toute la rage de ses bourreaux.
Ah! Je reconnais bien l’Agneau mystérieux qu’Isaïe, le grand prophète, a entrevu et salué depuis plusieurs siècles, «cet agneau muet qui sera conduit à la boucherie». Celui que Jean-Baptiste, sur les bords du Jourdain, a montré et désigné à ses disciples en l’appelant «Agneau de Dieu»!
Oui, il est l’Agneau de Dieu, parce que ce nom exprime toute sa vocation et toutes ses vertus de Victime rédemptrice! Il est l’Agneau de Dieu par sa sainteté essentielle et parfaite ; Il est l’Agneau de Dieu par sa patience et sa douceur incomparables!
Jésus se laisse attacher pour le salut du monde entier ; Il se livre pour sauver ses nations choisies, pour Israël, pour la France, afin de leur crier du haut de la croix : «Je tiens mes bras toujours étendus vers mon peuple, pour attirer et embrasser ce peuple qui ne cesse pas de me contredire et de me persécuter».
Pour racheter la France, l’Agneau de Dieu a multiplié d’autres agneaux de Dieu, des Victimes élues et consacrées, immolées dans le silence, la patience, l’amour, l’abandon à tous les vouloirs divins, à toutes les rigueurs de l’éternelle justice, heureuses de souffrir et de mourir pour rendre la France à Jésus-Christ et Jésus-Christ à la France par l’ardeur et la perfection de leur sacrifice.
O Agneau de Dieu, sanctifiez de plus en plus les Victimes de votre Sacré-Cœur ; rendez-les toujours plus semblables à vous-même ; faites-les toujours plus douces et plus patientes, plus généreuses et plus saintes pour que, dans les souffrances et les infirmités de leur corps, dans leurs douleurs d’âme et de cœur, elles jettent vers Dieu un cri plus puissant qui appellera sur la France la miséricorde et le salut!

Notre Père, Je vous salue, Gloire au Père … etc.

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Douzième station : Jésus meurt sur la Croix.

Elles furent longues les trois heures de Jésus sur sa croix, jusqu’au dernier soupir qui a consommé le salut de l’humanité!
Elles furent douloureuses pour Jésus par les horribles souffrances du crucifiement, par la continuelle effusion du sang s’échappant de toutes les plaies, par les angoisses de l’esprit, par l’oppression et les déchirements du cœur, par les ignominies dont on abreuva le pauvre supplicié, par tout ce que Jésus, même dans les ténèbres de la suprême agonie, voyait et entendait de l’avenir, et souffrait d’avance de la part des âmes ingrates et criminelles, de la part de la France, rebelle aux prédilections divines et à sa foi, jusqu’à se faire, à travers le monde, l’apôtre de l’erreur et du mal, et le champion de la guerre faite à Dieu et à l’Eglise!
O Jésus, pour nous rassurer contre cette Justice que nous osons provoquer, pour espérer toujours et quand même en votre inlassable Miséricorde et en l’amour que vous avez pour notre patrie, nous avons besoin de recueillir, pour les comprendre et les goûter davantage, quelques-unes de vos dernières paroles!
Du haut de votre croix, vous avez dit à Marie en lui montrant saint Jean : «Voilà votre Fils!» et vous avez dit à saint Jean : «Voilà votre Mère!» Par cette double donation, Marie est devenue la Mère de l’humanité, la Mère de cette France dont les premiers apôtres remontent jusqu’à saint Jean, apôtre et évangéliste de l’amour, ami du Cœur de Jésus et second Fils de Marie et ont reçu de lui, pour les donner à la France, la connaissance et l’amour de Jésus et de Marie.
O Jésus! vous avez prié pour vos bourreaux en disant : «Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font!» O Jésus infiniment bon et miséricordieux, vous êtes prêt à pardonner même à ceux qui savent ce qu’ils font! Dilatez tout grand votre Cœur, pour y recevoir vos persécuteurs, par sa plaie largement ouverte, et pour les convertir en étonnant l’univers par ce prodige qui sera le triomphe de votre amour!
Il y a aussi les ignorants qu’on aveugle
toujours davantage, les inconscients dont on abuse. Pardonnez, ô Jésus, à cesmultitudes dont on se sert pour vous détrôner ; donnez-leur les vives lumières et la vaillante énergie de la foi qui sait se défendre et assurer la victoire de Dieu!
O Jésus! j’ai entendu votre
Sitio! Ce Sitio exprime moins la soif dont souffre votre corps que les ardeurs dévorantes de votre Cœur avide, insatiable des âmes rachetées par votre sang.
O Jésus! désaltérez-vous, en délivrant la France, en sauvant tous ces
pécheurs que l’indifférence, le doute, la négation enfoncent plus profondément dans leur iniquité, tous ces enfants qu’on ravit à votre amour!
O Jésus en croix! on ne veut plus votre image, ni à l’école, ni dans les hôpitaux, ni dans les tribunaux. Mais nous vous garderons dans nos maisons et sur nos poitrines et nous vous élèverons dans nos cœurs un trône indestructible d’honneur et d’amour!
Regnavit a ligno Deus!
C’est par l
e bois de la croix que vous avez établi votre Règne sur la terre. Vous régnerez toujours par votre croix, surtout quand vous apparaîtrez avec une grande majesté pour juger les vivants et les morts. A ce moment redoutable, vous montrerez votre croix, et nulle puissance de ce monde ni de l’enfer n’osera ni ne pourra l’enlever de vos mains.

Notre Père, Je vous salue, Gloire au Père …etc.

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Treizième station : Jésus est détaché de la Croix.

En cette treizième station, nous voyons Jésus détaché de la croix et remis à sa Mère.
Il y a quelques instants, Notre-Seigneur Jésus était offert et immolé sur l’autel de la Croix! La Victime immolée est maintenant déposée et offerte sur un autel vivant, sur les genoux et dans les bras de sa Mère.
Quelle inénarrable souffrance pour Marie! Après avoir contemplé dans tous ses détails le long supplice de son Fils, après avoir goûté l’horrible amertume des dernières souffrances du Divin Rédempteur, elle reçoit et presse sur son Cœur maternel le corps pâle, sanglant, inanimé, de son Jésus Bien-Aimé!
En Jésus couvert de plaies, ô Marie, vous voyez, vous reconnaissez tant de pauvres pécheurs, devenus vos enfants, défigurés par leurs iniquités, morts à la vie de la grâce, et vous pleurez sur eux en pleurant sur votre Fils Jésus! Vous voyez aussi et vous reconnaissez
en votre Jésus cette France que le choix divin avait rendue si grande et si forte, si belle et si glorieuse. Maintenant, elle perd à flots son sang chrétien, sa vie surnaturelle, même son honneur de nation, par les affreuses blessures béantes de l’impiété, de la persécution, du satanisme.
Pour sauver la France et lui garder ce qui lui reste de sang et de vie, quelles offrandes, quelles souffrances, quelles supplications faut-il donc donner au Dieu des justices et des miséricordes?
O Père saint, contemplez sur les genoux et dans les bras de Marie, sa Mère, votre Fils unique, fait homme et mort pour nous! Par cette Mère sacrifiée et sacrifi
catrice, par ses mains si pures, par son Cœur tant de fois brisé et broyé, recevez comme une réparation et une prière infiniment supérieures à nos crimes et à nos malheurs, la divine Victime de notre Rédemption nationale.
Père très bon, regardez la Face, le
Cœur et le Corps immolés de votre Fils ; agréez les louanges et les satisfactions qu’Il vous donne pour la France ; laissez-vous apaiser par sa Passion et sa Mort, et « accordez-nous le pardon qui nous délivrera. Tu veniam concede placatus!»
De Jésus Lui-même, de son Cœur
filial qui a tant souffert des souffrances de sa Mère, recevez Marie et tout l’ineffable martyre dont elle a vécu, depuis l’heure où le vieillard du Temple lui a montré le glaive qui devait transpercer son Cœur maternel!
O Dieu! par la Mère des Douleurs,
nous vous offrons et nous vous livrons, pour la France, votre Fils Bien-Aimé, «l’Homme des Douleurs» et, par Lui, avec Lui, en Lui, nous vous offrons et nous vous livrons pour notre chère patrie, sa Mère et notre Mère, Notre-Dame de Pitié, Notre-Dame de toutes douleurs!
O Cœur Sacré de Jésus! O Cœur Imm
aculé de Marie! en l’abîme de vos souffrances et par votre commune immolation, vous êtes toute notre espérance, notre caution et notre prière toute-puissante! «Sauvez-nous! Hâtez-vous ; nous périssons!»

Notre Père, Je vous salue, Gloire au Père …etc.

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Quatorzième station : Jésus est mis au tombeau.

Cette dernière station nous représente le tombeau de Jésus.
Sous les yeux de Marie, dont le Cœur reçut cette nouvelle blessure, les amis de Jésus emportent son Corps sacré, le couvrent de parfums, le déposent dans un sépulcre neuf et se retirent dans le silence de leur douleur en gardant la fidélité de leur foi et de leur amour.
Jésus s’est livré à la mort parce qu’Il l’a voulu, pour nous racheter et pour sanctifier notre mort. Il a voulu aussi, par l’humiliation de sa sépulture, sanctifier notre sépulture et préparer bien des résurrections.
Il a voulu d’abord préparer et faire plus éclatante sa propre résurrection.
Les Pharisiens, après avoir entendu le dernier soupir de Jésus, ne sont pas encore assurés de leur triomphe ; ils ont peur de ce Crucifié dont la mort a déchiré le voile du temple, obscurci le ciel, ébranlé la terre ; ils ont peur de sa résurrection qu’Il a plusieurs fois annoncée… Les sceaux de l’Etat sont bientôt apposés sur le sépulcre de Jésus, et les soldats
montent la garde nuit et jour.
Mais que peuvent les scellés, que
peuvent les armées pour empêcher l’Auteur de la Vie de briser les chaînes de la mort? Au matin de Pâques, Jésus sort du tombeau, vivant et glorieux. Il apparaît à Magdeleine ; Il parle aux apôtres et aux disciples ; Thomas, le plus incrédule, met la main dans les plaies du Sauveur et se jette à ses pieds pour l’adorer comme son Seigneur et son Dieu ; une foule immense le verra monter au ciel.
Jésus est donc ressuscité, et cette
résurrection qui prouve la divinité de sa personne et de son œuvre n’a pas cessé de remplir les siècles.
Par sa Résurrection, Jésus a d’abord
préparé la résurrection de l’humanité pour le grand jour des justices : «Nous croyons à la résurrection des morts!»
Jésus a mérité et conquis notre résurr
ection!
Jésus ressuscite tous les jours dans les infidèles et les hérétiques par la lumière et la grâce de la vraie foi, dans les pécheurs qu’il convertit ; Il triomphe dans les cœurs qui reçoivent, par la sainteté et l’amour, une vie toujours plus abondante.
Jésus ressuscite dans son Eglise. «Nous semblons mourir, être déjà morts, et voici que nous sommes toujours vivants». L’Eglise subit l’éternelle persécution des Juifs, la Passion de son Maître bafoué et crucifié ; à certaines heures on croit qu’Elle va mourir et descendre au tombeau, mais le monde et l’enfer la voient bientôt plus vivante et plus forte. Sortie du tombeau du Divin Ressuscité, comme Jésus Lui-même, l’Eglise ne peut pas mourir. O Jésus mis au tombeau, vous préparez enfin la Résurrection de la France chrétienne!
Quand ses ennemis croient l’ensevelir, vous allez vous approcher de son cercueil, la toucher comme vous avez touché le fils de la veuve de Naïm et la rendre vivante à ses deux Mères : à Marie et à l’Eglise!
Comme la fille de Jaïre, elle semble dormir en attendant votre, appel qui lui
redonnera la vie, la jeunesse et la vigueur.
Comme Lazare, la France «sent
déjà mauvais», dans la corruption qui germe de son impiété, mais sa maladie et sa mort apparente ne doivent-elles pas glorifier le Fils de Dieu par le triomphe de sa Miséricorde et de son Amour?
Du tombeau de tous ces tabernacles et de tous ces sanctuaires fermés, de
toutes les âmes d’enfants et de pécheurs sur qui on a cru imprimer les scellés définitifs de l’athéisme et de l’impiété, ne devez-vous pas ressusciter victorieux, plein de grâce, de vérité et de cette gloire qui vous appartient, ô Christ Fils du Dieu vivant?
Pour la France et pour le monde
nous recueillons, à deux genoux, la parole que vous avez dite près du tombeau de Lazare : «Je suis la Résurrection et la Vie!»
Les âmes et les peuples qui croient
en vous et vous aiment, même après avoir connu les horreurs de la mort, se lèveront du tombeau et vivront avec Vous et de Vous.
En nous donnant votre Cœur adorable,
ô Jésus! vous nous avez ouvert, la source inépuisable, la Plénitude même de la Résurrection et de la Vie!

Notre Père, Je vous salue, Gloire au Père …etc.

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V. Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons
R. Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.
V. Priez pour nous, Vierge de douleur,
R. Afin que nous ayions part aux promesses de Jésus-Christ.
V. Prions pour notre saint Père le Pape …
R. Que Dieu nous le conserve et le fasse vivre longtemps ; qu’Il le rende heureux sur cette terre et qu’Il ne l’abandonne pas à la malice de ses ennemis.
V. Prions pour les fidèles défunts,
R. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière éternelle se lève sur eux.

Prions :

Daignez, Seigneur, regarder d’un œil favorable votre famille, l’Eglise universelle, et particulièrement l’Eglise de France, pour lesquelles Notre-Seigneur a bien voulu être livré entre les mains des méchants et souffrir le supplice de la Croix!

Ainsi soit-il !

P. de Champaigne  - le Christ mort

Philippe de Champaigne : le Christ mort.

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous, Textes spirituels, Vexilla Regis |on 18 avril, 2011 |Commentaires fermés

2011-37. Centenaire de la naissance de l’abbé Bryan Houghton : 1911 – 2 avril – 2011.

Laudemus viros gloriosos, et parentes nostros in generatione sua : Louons ces hommes plein de gloire qui sont nos pères et dont nous sommes la race…“ (Eccli. XLIV,1).

* * * * * * *

« Le plus souvent, dans la vie courante, ce sont nos occupations et nos responsabilités qui nous procurent la discipline nécessaire à la vie. Une certaine dose de discipline intérieure est par conséquent nécessaire pour passer vingt ans sans responsabilité ni emploi. C’est précisément le caractère contemplatif de la messe ancienne qui m’a donné cette nécessaire discipline. Vous avez donc devant vous un prêtre rejeté à cause de la messe ancienne, mais auquel seule la messe ancienne permet de vivre. »

Abbé Bryan Hougthon (paroles prononcées à l’occasion de ses cinquante ans de sacerdoce).

Monsieur l'Abbé Bryan Houghton

Monsieur l’Abbé Bryan Houghton (1911-1992)

Né le 2 avril 1911 dans une famille britannique anglicane mais peu religieuse et d’esprit  plutôt libéral, Bryan Houghton fut élevé dans le rejet du catholicisme romain. Selon un usage de ce temps – où dans les milieux aisées les relations familiales laissaient peu de place aux sentiments – il fut envoyé très jeune dans un pensionnat du sud de la France pour y suivre sa scolarité.

C’est là, alors qu’il n’a que neuf ans, que Bryan reçoit d’un camarade catholique une illumination qui va éclairer toute sa vie. Laissons-le en faire le récit :

« Mon audace était grande : j’avais neuf ans, il en avait quinze.

- Je suis protestant et je voudrais que tu me dises ce que c’est que la messe. J’y vais tous les jours mais je ne comprends rien.

- Oui, je t’ai vu au fond de la chapelle. Je croyais que tu étais juif.

- Non, je suis protestant. J’ai assisté à nos offices protestants. Ils sont très beaux : on y parle sans cesse de Jésus.

- C’est ça, on y parle de Jésus. Ils sont sûrement très beaux. Mais ce n’est pas la messe. Vois-tu, la messe EST Jésus.

Il hésita un moment, puis reprit :

- Vois-tu, Dieu s’est fait chair pour nous racheter sur la croix. A la Cène, il nous a laissé son Corps et son Sang sous les apparences du pain et du vin, comme gages de notre rédemption. La messe, c’est ça : la Présence réelle de Jésus-Christ. Devant un acte pareil, il n’y a rien à faire ou à dire. On ne peut que se taire.(…)

Voilà à peu près ce que fut la réponse d’Hippolyte. J’ai pu l’embellir un peu au fil des ans. Mais il m’en reste deux idées essentielles :

1. Le protestantisme parle de Jésus ; le catholicisme EST Jésus.

2. En face de la Rédemption, il n’y a de place pour aucune autre action humaine que le silence.

La messe était une liturgie dans laquelle Dieu agissait et non les hommes. Elle comportait de larges plages de silence pour permettre l’adoration de la Présence ineffable. Ce qui était dit à voix haute, l’était en latin pour limiter les interférences avec la personnalité du prêtre. Cette première expérience a joué un rôle essentiel ; il faudra l’avoir en mémoire lorsqu’il sera question des changements dans la messe, trente-cinq ans plus tard. » (in « Prêtre rejeté »)

Ces perspectives nouvelles et bouleversantes marquent Bryan à vie et vont l’amener, des années plus tard et au mépris de toutes les conventions et pressions sociales, à se convertir au catholicisme. Il a presque 23 ans. Quelque deux ans plus tard, il part à Rome afin d’y suivre les études qui le conduiront au sacerdoce.

Il est ordonné prêtre le dimanche de Quasimodo 31 mars 1940, par le cardinal Hinsley, dans la crypte de la cathédrale de Westminster. Il va ensuite exercer pendant vingt-neuf ans son ministère comme curé dans deux paroisses proches de Londres : d’abord à Slough, dans un quartier très populaire, où il crée la paroisse Saint-Antoine, puis à partir de septembre 1954 à Bury St Edmunds.

A partir des années soixante – et comme malheureusement presque partout à cette époque -, il est affronté à l’action de certains prétendus réformateurs qui prennent prétexte du second concile du Vatican pour, ni plus ni moins, vider le catholicisme de sa substance. La réforme liturgique va représenter pour lui un véritable drame : converti par la messe, l’abbé Houghton ne peut en conscience abandonner la liturgie qui exprime si magnifiquement l’intégrité de la foi catholique. Il dira un jour qu’il n’a pas abandonné l’anglicanisme et intégré l’Eglise Romaine, pour devoir y retrouver une « messe protestante ». Toutefois il ne veut pas non plus désobéir. Une seule solution lui reste donc : la démission, qui lui permettra – n’ayant plus de ministère – de bénéficier de l’autorisation de célébrer en privé la messe de son ordination.

Le 29 novembre 1969, à la veille du premier dimanche de l’Avent où, selon la volonté de Paul VI, le nouvel Ordo Missae entre en application, l’abbé Houghton se démet de sa charge de curé. Il écrit : « … La seule issue honorable est de cesser de fonctionner. Si j’utilisais la nouvelle liturgie avec la ferveur convenable, je me conduirais en hypocrite ; si je continuais à célébrer selon l’ancienne, je désobéirais. Je ne veux ni l’un ni l’autre. Ainsi donc je m’en vais comme un prêtre parfaitement loyal, avec la bénédiction de mon évêque. C’est ce qui fait la bizarrerie de ce départ… »

Voici quelques autres citations remarquables où il pose les bonnes questions au sujet de la réforme liturgique et de la pagaïe qu’elle a engendrée :

« Il y avait une question à laquelle je trouvais difficile de donner une réponse satisfaisante. Tous les prêtres avaient dit quotidiennement la messe ancienne avec le soin voulu et, apparemment, avec dévotion. Comment se faisait-il que 98 % d’entre eux acceptaient volontiers qu’elle change alors que ni le concile ni le pape n’en avait donné l’ordre. Ils avaient sauté sur cette simple permission comme les pourceaux de Gadara dans la mer. (…) Il n’était pas possible qu’ils aient aimé la messe ancienne. Ce n’était qu’un rite dont on pouvait changer comme on change de pantalon. Mais s’ils n’aimaient pas la messe, sans doute étaient-ils incapables d’adorer. Ils devaient considérer que la messe était une chose qu’ils avaient à faire, et non une chose que Dieu faisait. »

« Une des caractéristiques extraordinaires du bricolage de la messe, c’est que le prêtre jouit d’une liberté que les laïcs ont perdue. Dans l’ancienne messe, le prêtre était soumis à une stricte observance des rubriques et les laïcs pouvaient faire à peu près ce qu’ils voulaient : suivre la messe dans leur missel, lire le Manuel du Chrétien, dire leur chapelet, s’endormir… Maintenant le prêtre est libre d’inventer ce qu’il veut, mais malheur aux laïcs qui ne participent pas. Ce n’est pas la seule conséquence. Les laïcs sont toujours obligés d’assister à la messe le dimanche. Mais « la messe » n’existe plus dans le rite latin. Il y a à peu près autant de messes qu’il y a de prêtres. Est-ce que les laïcs sont obligés de se plier aux caprices du célébrant ? Il serait carrément injuste que la réponse soit oui. »

Doté d’une fortune personnelle, il quitte l’Angleterre et décide de s’installer dans le sud de la France, là où il verra le premier olivier. Ainsi fait-il halte à Viviers où il s’établit et demeure jusqu’à sa mort (1992).

L’évêque de Viviers de cette époque – le très progressiste Monseigneur  Hermil (au sujet duquel il dit un jour avec autant d’ironie que de réalisme : « Ce n’est pas un mauvais homme mais il n’a pas beaucoup de religion… ») – avait consenti à ce qu’il célébrât en semaine sa messe privée au maître-autel de la cathédrale Saint-Vincent (laquelle était d’ailleurs pratiquement désertée).

L’abbé Bryan Houghton devient une personnalité «traditionaliste» locale et célèbre le dimanche la messe de Saint Pie V pour une petite communauté de fidèles (« ..les malheureux laïcs me faisaient immensément pitié. Ils étaient à la merci des prêtres amateurs de changements et priés d’applaudir à chaque innovation… »). Les célébrations dominicales se tiennent dans diverses chapelles privées avant de s’établir, de l’autre côté du Rhône, à Montélimar, dans la chapelle Notre-Dame de la Rose.

Montélimar - chapelle Notre-Dame de la Rose

Chapelle Notre-Dame de la Rose
(XIIe siècle, remaniée aux XVIIe et XIXe siècles).

Il aurait désiré acheter cette chapelle Notre-Dame de la Rose, mais la propriétaire, la marquise de La Bruyère, subit les pressions de personnalités influentes qui finalement la dissuaderont de la lui vendre (nota : en 1980, la chapelle  est devenue propriété de l’évêché de Valence, elle reste affectée à la célébration de la messe latine traditionnelle, qui est désormais assurée par les prêtres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre).

L’abbé Houghton côtoie Monseigneur Lefèbvre, dont il n’approuve pas toujours les décisions, et devient l’ami de Dom Gérard Calvet, dont il suit avec intérêt la fondation et les travaux pour la construction du monastère du Barroux. Il donne des conférences et il écrit : c’est ainsi qu’il publie « La paix de Monseigneur Forester »  en 1982, préfacée par Gustave Thibon (ouvrage où il proposait des solutions afin de parvenir à une paix liturgique), « Le mariage de Judith » en  1984 (réédité en 1994), « Irréligion » en 1987, « Prêtre rejeté » en 1990 (réédité en 2005 avec 27 articles en supplément).

L’abbé Bryan Houghton s’est éteint le 19 novembre 1992, victime d’une crise cardiaque : il avait 81 ans. Il a été inhumé au cimetière de Viviers.

Tombe de l'abbé Bryan Houghton au cimetière de Viviers

Hic Bryan Houghton sacerdotis
die 2 aprilis 1911 nati et 31 martii 1940 ordinati
obiit die 19 novembris 1992
R.I.P.

Lys de France

Voir aussi :
- annonce de la célébration du 20ème anniversaire de la mort de l’abbé Houghton > ici
- Compte-rendu de la célébration du 20ème anniversaire de la mort de l’abbé Houghton > ici

2011-34. Du massacre de la forêt de Vezins, le 25 mars 1794, et de la permanence de l’esprit fondamentalement anti-chrétien de la république française.

Jeudi 24 mars 2011, 19 heures.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Je redescends de l’oratoire où j’ai accompagné Frère Maximilien-Marie qui a célébré les premières vêpres de la très grande et très belle fête de l’Annonciation de Notre-Dame, et donc aussi de l’Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Tandis que la nuit s’étend doucement sur nos montagnes, je ne vais pas gloser sur l’importance de cette fête ; je me contenterai de rappeler que la cathédrale du Puy, très important sanctuaire où notre Frère aime souvent à se rendre et qu’il se plaît à faire découvrir à ses amis, est placée sous le vocable de Notre-Dame de l’Annonciation.
Les dévots de Notre-Dame se souviendront  aussi peut-être du miracle de Notre-Dame de l’Osier, dont j’avais parlé ici > www, et qui se produisit le 25 mars 1649.

Ce soir, je voudrais surtout attirer votre attention sur un évènement vraiment tragique, que l’histoire « officielle » préfère passer sous silence et dont c’est également l’anniversaire. Il s’agit des massacres qui eurent lieu le 25 mars 1794 dans la forêt de Vezins.

Vezins est une commune sise dans l’actuel département du Maine et Loire, à quelques kilomètres à l’est de Cholet.
La forêt dite de Vezins s’étend sur les communes de Nuaillé, Chanteloup et Yzernay.

Au terme de la Virée de Galerne, l’écrasement de la Grande Armée Catholique et Royale, dans les marais de Savenay, le 23 décembre 1793, décide la Convention à se livrer à une « vengeance exemplaire ».
Le général Turreau met au point un plan : il s’agit de quadriller méthodiquement toute la Vendée militaire (soit 735 communes, peuplées au début de la guerre par quelque 755 000 habitants).
Douze colonnes incendiaires ont pour ordre d’exterminer de manière systématique ceux que la Convention nomme « les brigands », femmes et enfants inclus, de saisir les récoltes et les bestiaux, d’incendier les villages et les forêts, de faire enfin de la Vendée un  « cimetière national » avant de la faire repeupler par des réfugiés républicains.

Général Turreau

Le général Turreau, organisateur des colonnes infernales.

De janvier à mai 1794, les colonnes parcourent donc la Vendée, s’adonnant aux pires exactions : incendies, viols, tortures, pillages et massacres des populations – parfois même actes de cannibalisme -, et le plus souvent sans distinction d’âge, de sexe ou d’opinions politiques (car même des personnes favorables aux républicains furent exterminées). Ces atrocités coûtent la vie à  environ 200 000 personnes et valent aux colonnes incendiaires d’être surnommées « colonnes infernales ».
Ce que les nazis ont fait à Oradour-sur-Glane, les armées de la république française l’ont fait bien avant eux : pas une fois seulement, mais des dizaines et des dizaines de fois, et cela sur des populations civiles françaises

C’est dans ce contexte que se situent les massacres de la forêt de Vezins. Le vaillant Général Stofflet avait établi son quartier général dans ces bois (mais il ne s’y trouvait pas ce jour-là) ; sous des huttes, il y avait aussi organisé une espèce d’hôpital et un grand refuge pour les populations des villages alentour.

C’est la dixième colonne infernale, sous les ordres de Crouzat, qui, le 25 mars 1794 au matin, après avoir perpétré un premier massacre à La Poterie, entra dans la forêt de Vezins, guidée par un traître, un nommé Porcher qui connaissait les lieux.

Bien que pris par surprise, il y eut néanmoins quelques Vendéens qui purent s’enfuir et qui relatèrent plus tard ce dont ils avaient été les témoins.
Tous ceux qui furent découverts furent impitoyablement massacrés : les malades et les blessés sur leurs grabats, les deux prêtres qui les assistaient, les vieillards et les enfants qui pensaient être à l’abri dans ces taillis, les femmes et les jeunes filles sur lesquelles les « bleus » se livrèrent aux outrages que l’on imagine avant de les mettre à mort.
Jusqu’au 27 mars, la colonne infernale ratissa les bois et tout ce qui fut pris vivant fut passé par le fer et le feu.

On estime à 1200 (certains auteurs vont jusqu’à 1500) le nombre des victimes de ces massacres.
Malgré les témoignages et la présence de très nombreux ossements, certains continuent à contester la réalité de ces événements.

Le document ci-dessous établit une liste partielle des victimes pour les paroisses d’Yzernay et de Chanteloup, tout en précisant : « La presque totalité des noms des victimes des grands massacres de la forêt en mars 1794 n’est connue que de Dieu seul…»

Liste partielle de victimes du massacre de la forêt de Vezins

(cliquer sur la photo pour la voir en plus grand format)

En 1821, une croix de bois fut élevée sur le lieu du massacre.  Un peu plus tard, on édifia un oratoire au dos duquel le comte de Colbert-Maulévrier fit bâtir en 1863 une chapelle de style néo-gothique, qui dès lors servit d’enfeu à sa famille.

Chapelle du cimetière des martyrs dans la forêt de Vezins

Chapelle de la forêt de Vezins sur les lieux du massacre.

Sur la façade de cette chapelle, de part et d’autre de l’ogive du tympan, sont les statues de  Jacques Cathelineau (cf. > www) et de Jean-Nicolas Stofflet (cf. > www).
C’est un lieu solitaire, propice au recueillement. Mais cet isolement l’a aussi – hélas ! – exposé très souvent au vandalisme.
Deux cents ans après, la même haine diabolique s’acharne encore sur la chapelle qui perpétue le souvenir des martyrs. En 1988, la statue de Stofflet avait été décapitée et la crypte  ossuaire profanée : des ossements de victimes en avaient été extraits et dispersés dans la forêt !
Depuis, on compte au moins cinq saccages : vases jetés à terre, statues renversées et brisées, bancs et prie-Dieu cassés, ex-voto lacérés, vitraux explosés, portes dégondées, inscriptions funéraires arrachées et réduites en morceaux… etc.

Plus que toutes les descriptions, la mini-vidéo suivante témoigne de cet acharnement. Elle a été filmée après les profanations perpétrées au cours de l’été 2010 :

Image de prévisualisation YouTube

Ces images me navrent le coeur et je pense qu’il en est de même pour chacun d’entre vous. Elles ne sont après tout qu’une illustration, sur une toute petite échelle, de ce qu’a accompli la « grande » révolution dans les églises et les sanctuaires du beau Royaume de France, jusque dans ses villages les plus reculés.

Je ne peux m’empêcher de voir dans les vandalismes contemporains – dont nombre d’églises, de chapelles, d’oratoires, de calvaires et de cimetières sont la cible aujourd’hui en France – , la conséquence logique des principes mêmes de cette sanglante révolution de 1789.
La constitution de l’Ancienne France, depuis Clovis, proclamait dans son préambule : « Vive le Christ qui est Roi des Francs ! ».
La république française, qui a érigé le vol en institution fondatrice pour tout ce qui concerne les biens de l’Eglise, qui a massacré prêtres, religieux et fidèles, qui a profané les sanctuaires les plus vénérables, brûlé les reliques des saints et commis les plus ignobles sacrilèges, qui a persécuté et fait prisonnier le Souverain Pontife jusqu’à le faire mourir d’épuisement et à l’enterrer civilement, … etc. n’a rien renié de ce passé et n’a fait aucune « repentance ».

Depuis plus de deux siècles, en alternance avec des périodes où elle semble se faire plus « tolérante » (sans doute pour endormir la méfiance et mieux préparer de nouvelles périodes de vexations ou de persécutions), la république française – fille des loges maçonniques – ne cesse, par paliers successifs, de surenchérir dans ses attentats contre le christianisme. Les lois qu’elle a produites pour cela sont si nombreuses qu’il faudrait un gros catalogue pour les contenir toutes.
L’antichristianisme a été le principal motif de la révolution, et il appartient à l’essence de la république qui est née d’elle !

Mais le seul salut, pour l’homme, dans sa dimension personnelle comme dans sa dimension sociale, ne réside que dans le Christ, Verbe de Dieu incarné.

En cette fête de l’Annonciation, en cet anniversaire de l’Incarnation, demandons instamment à Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Fils éternel de Dieu né de la Vierge Marie, de convertir le coeur de ceux qui travaillent aujourd’hui encore à Le chasser des structures de la société ; prions Marie, Reine de France, pour qu’elle ramène ce pays dans l’obéissance aux lois divines ; et que tous ces martyrs, qui ont versé leur sang plutôt que de renier leur foi et de se soustraire à la royauté d’amour de Jésus-Christ, intercèdent pour nous et nous gardent tous dans la fidélité, quoi qu’il puisse nous en coûter !

Lully.                                             

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Autres articles publiés sur ce blog concernant les martyrs et victimes de la révolution : les bienheureuses Martyres d’Orange (> www), les bienheureuses Carmélites de Compiègne (> www), les bienheureuses Ursulines de Valenciennes (> www), le bienheureux Noël Pinot (> www), les victimes des massacres de septembre 1792 (> www), Jacques Cathelineau, le « Saint d’Anjou » (> www), Louis-Marie de Lescure, le « Saint du Poitou » (< www), Maurice d’Elbée (> www) .

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