Archive pour la catégorie 'Vexilla Regis'

2026-143. In memoriam : Louis Célestin Sapinaud de La Verrie (+ 25 juillet 1793).

25 juillet,
Fête de Saint Jacques le Majeur, apôtre (cf. > ici) ;
Mémoire de Saint Christophe, martyr ;
Anniversaire de la clôture du premier concile de Nicée (25 juillet 325 – cf. > ici) ;
Anniversaire de l’abjuration d’Henri IV (25 juillet 1593 – cf. > ici) ;
Anniversaire de la mort de Louis-Célestin Sapinaud de La Verrie (+ 25 juillet 1793) ;
« 25 du mois » qui, dans la Confrérie Royale » est dédié à prier davantage pour Sa Majesté le Roi et à offrir de plus généreux sacrifices à son intention.

       Ce texte constitue la lettre mensuelle adressée aux membres et amis de la Confrérie Royale pour le 25 juillet 2026.

Louis-Célestin Sapinaud de La Verrie - Blogue

Louis Célestin Sapinaud de La Verrie (1739-1793)

       Le général vendéen Louis Célestin Sapinaud de la Verrie n’est pas le plus illustre de tous les chefs de l’insurrection vendéenne. Même l’iconographie semble l’avoir malheureusement oublié car à part la gravure – dont on ne sait pas exactement si elle rapporte, plus ou moins fidèlement, ses traits – reproduite ci-dessus, on ne trouve pas de représentation de sa personne.
On n’est pas davantage chanceux avec les gravures ou photographies des lieux où il s’illustra : du « logis Sapinaud » où il habitait, et qui devint plus tard le presbytère de l’église Saint-Maixent de La Verrie (vaste édifice néo-gothique du XIXème siècle qui a remplacé l’église d’avant la révolution), il ne reste que deux arceaux de granit, quant à la petite ville de La Verrie, elle n’existe même  plus vraiment puisque, en 2019, elle a fusionné avec une bourgade voisine pour former la commune de Chanverrie !

Blason des Sapinaud de La Verrie

Famille Sapinaud de La Verrie :
d’argent à trois merlettes de sable.

   La famille Sapinaud comportait deux lignées : 1) celle de la Rairie (un manoir près de Bazoges-en-Paillers), de laquelle est issu Charles Henri Félicité Sapinaud de La Rairie (1760-1829) – neveu de celui qui nous intéresse aujourd’hui, et qui combattra sous les ordres de cet oncle – ; et 2) celle de Bois-Huguet, dont la terre se situait entre Mortagne et Le Puy-Saint-Bonnet, à laquelle échut aussi La Verrie au XVIIIème siècle.
La Verrie est à peu de chose près équidistante de Mortagne-sur-Sèvre et de La Gaubretière, à moins de deux lieues à l’ouest de Saint-Laurent-sur-Sèvre. 

   Louis-Célestin Sapinaud de La Verrie, comme son nom l’indique donc, appartenait à la seconde branche des barons de Sapinaud. Né le 6 novembre 1739 au domaine familial (paroisse de Saint-Hilaire-de-Mortagne), il était le fils de Charles-François de Bois-Huguet et de Charlotte-Angélique Imbert. Il épousa le 21 novembre 1775, à Thouarcé, en Anjou, Catherine du Verdier de La Sorinière (+ 1788) : cette dernière est la sœur, la belle-sœur et la tante de quatre Bienheureuses Martyres d’Angers et d’Avrillé (voir > ici).

   Louis-Célestin Sapinaud de Bois-Huguet, ou de La Verrie, avait servi pendant vingt-cinq années dans la Garde du Corps du Roi, mais en 1789 – âgé de 50 ans – il s’est retiré de la carrière militaire.
Comme nombre de nobles au début de la révolution, il avait d’abord placé quelque espoir dans les « nobles idéaux » de la révolution, mais le cours des événements lui avait ouvert les yeux : il avait été douloureusement blessé par le sort réservé à la Famille Royale, scandalisé par l’exécution du Roi, et n’approuvait évidemment pas la persécution contre les « bons prêtres ».
Il était aussi témoin de l’agitation qui sourdait dans le bocage à l’annonce de la conscription.

   Louis Célestin entre véritablement dans l’histoire le 11 mars 1793, lorsque une bande de paysans des environs, révoltés, viennent le chercher en son logis, le priant de se mettre à leur tête pour conduire leur soulèvement.

   Monsieur le Chevalier, ainsi que l’appelaient ses métayers, était un homme prudent : il mesura tout de suite les conséquences de cette révolte, appela les Bocains à la raison et… les pria de rentrer chez eux.
Mais ces valeureux paysans ne s’en tinrent pas là. Ils surveillèrent discrètement le logis durant la nuit, afin d’empêcher que son propriétaire ne se soustraie à ce qu’ils estimaient être son devoir.
Puis, dans la matinée du 12 mars, ils se présentèrent à nouveau à son portail.

Portail du logis Sapinaud à La Verrie

L’unique vestige du « Logis Sapinaud » à La Verrie : le double portail
(la grand arche servait aux voitures et cavaliers, la petite aux piétons) ;
et, ci-dessous, la plaque commémorative qui y a été apposée par
Le Souvenir Vendéen.

Plaque commémorative apposée aux vestiges du Logis Sapinaud

   Cette fois les paysans s’étaient rassemblés en plus grand nombre, au son du tocsin.
Monsieur de Sapinaud tenta de les apaiser, mais les gars de La Verrie l’interpelèrent : Ils refusaient la conscription et réclamaient leurs bons prêtres. Pourquoi aller se battre aux frontières pour les « patriotes » qui n’avaient pour eux, pour leur foi et leurs traditions, que du mépris ?
Louis Célestin les prévint : « C’est le pot de terre contre le pot de fer, nous serons écrasés ! »
Mais cette perspective n’effraya pas les insurgés, bien résolus à partir au combat.

   Monsieur le Chevalier finit par céder, mais à la condition que tous lui jurassent une obéissance aveugle.
« Nous le jurons ! » répondirent-ils. Alors Sapinaud leur commanda de se préparer à marcher vers la paroisse voisine : La Gaubretière. Là, les hommes s’étaient regroupés autour d’un notaire royal : Jacques Forestier.

   Comme à Saint-Florent-le-Vieil ce même jour, comme au Pin-en-Mauges, avec Jacques Cathelineau, et comme en de nombreux villages où sonnait le tocsin, tous les hommes en âge de prendre les armes quittèrent les champs et se cherchèrent des « chefs de paroisse » et des « Messieurs » pour les conduire : la guerre venait de commencer sur ces terres d’Anjou et du bas-Poitou dans lesquelles Saint Louis-Marie Grignon de Montfort, par sa prédication, avait enfoui en profondeur d’authentiques semences de foi et de vaillance…
Ainsi se fit le départ vers une aventure tragique, faite d’héroïsme : le jeune département de « Vendée », à la jonction des anciennes provinces, devint une entité redoutable qui aller faire trembler la république !

Drapeau de l'armée vendéenne

   Au nord de Chantonnay, près du château de l’Hébergement, au Camp de l’Oie, Sapinaud rassemble des troupes qui forment « l’Armée du Centre », qui, grâce aux armes et munitions prises aux Bleus, parvient à empêcher les troupes républicaines de pénétrer par le sud dans le bocage.
Toutefois, le 28 juin, Sapinaud et ses hommes échouent à s’emparer de Luçon, tout comme, dans le même temps, la « Grande Armée catholique et royale » commandée par Jacques Cathelineau échoue à Nantes.

   Après l’élection de Monsieur d’Elbée comme généralissime en remplacement de Cathelineau (+ 14 juillet 1793) le commandement de l’ « Armée du Centre » est donné à Charles Aimé de Royrand de La Roussière, dit Royrand, et non à Sapinaud, qui se plie aux ordres donnés pour faire une nouvelle tentative à Luçon.
Cependant, l
e 25 juillet 1793, les républicains regroupés à Luçon lancent une attaque nocturne vers Chantonnay : l’affrontement a lieu au sud de la ville, au Pont-Charron : le chevalier de la Verrie est tué au cours du combat, et sa sépulture est demeurée inconnue jusqu’à ce jour.

   Il nous est toujours bon et profitable, spirituellement autant que politiquement, de nous replonger dans les exemples que, comme Sapinaud aujourd’hui, nous ont laissés les glorieux combattants du trône et de l’autel !
Il nous est toujours bon et profitable de nous souvenir que la victoire n’est pas nécessairement matérielle et physique, mais que, en dépit des échecs terrestres et humains, il y a une victoire surnaturelle supérieure obtenue par la foi, par le don de soi jusqu’au sacrifice de sa propre vie, par la générosité et la fidélité dans les combats qui nous sont proposés ou ménagés par la divine Providence.
Nous n’y gagnons certainement pas une notoriété mondaine, ni une place aux côtés immédiats d’un souverain terrestre dans sa gloire (comme la demandait à Jésus la mère des « fils de Zébédée », ainsi que nous le lisons dans la péricope évangélique lue en cette fête de Saint Jacques le Majeur – cf. Matth. XX, 20-23), mais nous y trouverons immanquablement une part au Calice de Notre-Seigneur Jésus-Christ, puis une couronne immarcescible et éternelle dans le Royaume des Cieux.

Domine, salvum fac Regem,
et exaudi nos in die qua invocaverimus Te !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur,
prieur de la Confrérie Royale.

Blason de la Confrérie Royale

2026-142. Protestation de Sa Majesté au sujet de l’acte de vandalisme perpétré sur le monument du Comte de Chambord.

Jeudi 23 juillet 2026 au soir.

Vandalisme monument du Comte de Chambord - 1

       Dans la nuit du 12 au 13 juillet derniers, le monument élevé en 1891 à Sainte-Anne d’Auray pour célébrer la mémoire de S.M.T.C. le Roi Henri V de France, communément appelé « Comte de Chambord », a été vandalisé.
Des « tags » supposés représenter des cocardes tricolores ont été grossièrement figurés sur le socle et les statues, tandis que le mur d’enceinte a été chargé de cette inscription : « Que demande le peuple ? Qu’on lui coupe la tête ».

   Certains y voient l’œuvre d’ « antifas », d’autres attribuent le fait à quelques « républicains de gauche » locaux. Nous n’avons pas de certitude pour l’instant évidemment.
La nouvelle n’a vraisemblablement pas été très répandue jusqu’à ce jour : les premiers à l’avoir fait – le 20 juillet – sont les responsables du site intitulé « L’Observatoire des Violences Politiques » qui ont également publié une courte vidéo (
malheureusement pleine d’exclamations grossières et vulgaires) que l’on peut retrouver > ici.
Ensuite l’hebdomadaire « Valeurs Actuelles » a publié ce 22 juillet en milieu de journée un article un peu plus circonstancié, que l’on pourra retrouver > ici, qui cite deux phrases – ou bribes de phrases – de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, contacté par le journaliste ou la rédaction de cet organe de presse.
A ce jour, nous ignorons si Sa Majesté envisage de publier un communiqué sur ses propres réseaux sociaux.

   Voici, quoi qu’il en soit, ces deux citations :

   « J’admets avoir été choqué par cet acte de vandalisme aussi inutile qu’irrespectueux. La profanation d’un monument dédié à la mémoire de mon grand-oncle le Comte de Chambord n’atteint pas seulement la pierre : elle blesse notre patrimoine et notre histoire. Les convictions politiques ne sauraient jamais justifier le vandalisme, car une nation qui ne laisse plus le repos aux morts et ne respecte plus son patrimoine s’appauvrit elle-même », déplore Louis de Bourbon, duc d’Anjou,

   « Cessons les actes de division, et respectons la mémoire des lieux, et le débat civilisé », implore Louis de Bourbon.

   Si Sa Majesté a profondément raison sur le fond, nous ne pouvons néanmoins nous empêcher de penser que les responsables de tels actes sont en fait à mille lieues de la capacité d’envisager de se comporter avec des manières respectueuses du patrimoine, de l’histoire, des lieux et des personnes, et que le « débat civilisé » est le dernier de leurs soucis…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Vandalisme monument du Comte de Chambord - 2

2026-141. 15 août 2026 : fête de l’Assomption au Mesnil-Marie.

Samedi 15 août 2026

Fête de l’Assomption de Notre-Dame

Fête patronale de la France

Champaigne - Vœu de Louis XIII - musée des beaux-arts Caen

       Très chers Amis,

   L’un des prêtres de la Confrérie Royale sera présent au Mesnil-Marie les vendredi 14, samedi 15 et dimanche 16 août prochains, ce qui nous permet d’envisager la célébration ici-même des fêtes de l’Assomption de la Très Sainte Mère de Dieu, de la manière la plus exacte possible en conformité avec la tradition catholique française et légitimiste.

   Les personnes qui sont intéressées voudront bien se mettre en contact avec nous dans les meilleurs délais pour se faire connaître et parler des modalités pratiques de ces journées : il suffit pour cela de nous envoyer un message au moyen de l’espace des « commentaires » ci-dessous (ce ne sera pas publié).
Nous vous en remercions !

Monogramme de Marie couronné - vignette blogue

2026-136. Récapitulatif de toutes les publications de ce blogue au sujet de Saint Vincent de Paul.

19 juillet,
Fête de Saint Vincent de Paul ;
Anniversaire de la première apparition de Notre-Dame à Sainte Catherine Labouré (19 juillet 1830 – cf. > ici).

Châsse de Saint Vincent de Paul

A – En rapport avec la biographie de Saint Vincent de Paul :

- Ouvrages biographiques de Madame Marie-Joëlle Guillaume > ici.
- Monsieur Vincent à la cour d’Henri IV et le mûrissement de sa vocation > ici.
- Monsieur Vincent assistant S.M. le Roi Louis XIII à son lit de mort > ici.
- Histoire des reliques de Saint Vincent de Paul > ici.
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B – Prières à Saint Vincent de Paul :

- Litanies de Saint Vincent de Paul > ici.
- Trois prières en l’honneur de Saint Vincent de Paul > ici.
- Prière à Saint Vincent de Paul pour la Famille Royale et pour la France > ici.
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C – Saint Vincent de Paul et la France :

- Le cœur de Saint Vincent de Paul et la France > ici.
- Saint Vincent de Paul, saint éminemment politique > ici.
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Saint Vincent de Paul - basilique Saint-Pierre Vatican

2026-135. “Monsieur Vincent” à la Cour d’Henri IV et l’affinement de sa pleine vocation.

19 juillet,
Fête de Saint Vincent de Paul (cf. > ici ) ;
Anniversaire de la première apparition de Notre-Dame à Sainte Catherine Labouré (19 juillet 1830 – cf. > ici ).

Henri IV et Saint Vincent de Paul - blogue

   Dans l’ouvrage de Michel de Saint-Pierre, intitulé « Monsieur Vincent » (Casterman – 1960) :

       « De Rome, Vincent partit pour Paris  – et il y alla avec une mission. Le pape Paul V, en effet, lui avait confié, à lui, jeune prêtre encore inconnu, un message oral et secret pour le roi de France Henri IV lui-même. Nous ne savons pas exactement quelle était cette mission. Certains historiens croient qu’il s’agissait de préparer la Cour de France à un mariage espagnol, dans le but de rapprocher les nations catholiques. Quoi qu’il en fût, Vincent de Paul et Henri IV se plurent : le roi apprécia l’équilibre et la vigueur de ce prêtre, fils de paysan — et Vincent était tout disposé à aimer, dans Henri, le Béarnais ami du peuple qui voulait que les petites gens de son royaume eussent, le dimanche, la poule au pot.

   Peu après cette ambassade  – sur laquelle Vincent devait garder le secret –  le jeune prêtre fut nommé aumônier de la Reine Margot…
Cette souveraine avait connu un curieux destin. C’était la fille d’Henri II et de Catherine de Médicis. Et sa mère l’avait mariée contre son gré à Henri de Navarre, devenu depuis lors, nous l’avons vu, Henri IV.
Or, le roi de France avait obtenu l’annulation de son mariage  – en sorte que Margot était devenue « reine sans couronne ». 

   Installée à Paris, sur la rive gauche de la Seine, en face du Louvre, en un palais vaste et somptueux qu’elle s’était fait construire, elle mena désormais l’existence d’une souveraine amie des Lettres et des Arts.
Fort pieuse malgré ses désordres, la Reine Margot entendait trois messes chaque matin et dépensait une bonne part de son immense fortune à des œuvres de charité. Comme Vincent, mais à sa manière, elle avait l’amour des pauvres ; payant de sa personne, elle visitait et servait elle-même les malades dans les hôpitaux. Mais, en même temps, elle tenait sa cour, où tous les plus illustres gentilshommes et les plus célèbres artistes défilaient du matin au soir. Si bien que Vincent de Paul  – qu’on appelait déjà « Monsieur Vincent »  – tout en admirant le dévouement et la bonté de Margot, appréciait moins l’atmosphère et la vie fastueuse de son palais…

   M. Vincent est maintenant dans sa trentième année. Nous le savons à la fois séduisant et laid. Si laid qu’un jour, se voyant au miroir, il s’écrie en parlant de lui-même : — Quel maroufle !
Mais séduisant, il l’est aussi parce qu’il paraît dès l’abord extrêmement intelligent et profondément bon.
Et voici le portrait que fait de lui, d’après les gravures de l’époque, l’un de ses historiens, Antoine Rédier : « A considérer ses portraits, il est impossible de supposer qu’un tel visage ait jamais été, même dans les années d’enfance, agréable à voir. Mais la bouche était vaste, gourmande et sympathique. Sur un extraordinaire menton, un menton solide comme une pièce de forge, menton de villageois dur au travail, menton implacable de dictateur, ses lèvres souriaient avec humanité. C’est par elles et par l’esprit de ses yeux qu’il a dû faire, tout-petit, les précieuses conquêtes que nous savons… »

   Il ne faudrait pas croire que, malgré sa vie édifiante et son dévouement, M. Vincent fût déjà un saint. Il lui arrivait de rêver, comme beaucoup d’entre nous, d’une existence qui eût été à la fois paisible et dévote, sans heurts et sans peine. Il écrivit même à sa mère, pour lui exprimer son désir de prendre retraite auprès d’elle.
Mais Dieu en disposa bien autrement ! »

Saint Vincent de Paul vers 1660 - anonyme - Musée Carnavalet

Anonyme : Portrait de Saint Vincent de Paul
réalisé vers la fin de sa vie ou juste après sa mort (+ 27 septembre 1660)
[Musée Carnavalet, Paris].

   « Nous sommes maintenant en 1611, et Henri IV vient d’être assassiné.
La restauration politique est bien entreprise. Mais les querelles entre catholiques et protestants sont loin d’être apaisées  –  et les esprits les plus clairvoyants de ce temps-là pensent évidemment à la restauration religieuse.
Or, M. Vincent compte déjà, à trente ans, parmi les meilleurs esprits de son temps. Et, bien vite, il rencontre, à l’occasion d’une retraite, un esprit éminent, M. de Bérulle  – qui va fonder l’Oratoire et qui sera cardinal. Très certainement, Bérulle est à l’origine de la véritable vocation de Vincent de Paul, et de leur entretien date peut-être la première étape du long voyage de M. Vincent sur le chemin de la perfection. Vers cette époque, Vincent –  qui lit assidûment l’Imitation de Jésus-Christ et l’Introduction à la Vie dévote de Saint François de Sales, évêque de Genève  – fait le vœu de se donner entièrement et pour toujours au service des pauvres…

   Un jour, la cure de Clichy se trouvant libre, Bérulle pousse son ami à l’accepter : et voilà Vincent de Paul, en 1612, curé de Clichy, où il va exercer son ministère pendant un an.
Clichy n’était pas alors, comme aujourd’hui, le quartier agité d’une grande ville. Ce n’était qu’un village, avec des champs, de l’air pur, des paysans — – et ce bourg s’étendait jusqu’aux confins de notre quartier de la Madeleine. Les emplacements actuels de la gare Saint-Lazare et de l’église Saint-Augustin étaient également couverts de cultures, et ils appartenaient à la paroisse du nouveau curé. Vincent fut, durant cette brève année, content de ses paroissiens  –  et lui-même devait dire plus tard : « J’ai été curé des champs (pauvre curé !). J’avais un si bon peuple et si obéissant à faire ce que je lui demandais que, lorsque je leur dis qu’il fallait venir à confesse les premiers dimanches du mois, ils n’y manquaient pas. Ils y venaient et se confessaient, et je voyais de jour en jour le profit que faisaient ces âmes. Cela me donnait tant de consolation, et j’en étais si content, que je me disais à moi-même : « Mon Dieu, que tu es heureux d’avoir un si bon peuple ! »
Et, un jour, Mgr le cardinal de Retz me dit : « Eh bien ! Monsieur, comment êtes-vous ? »
Je lui dis : « Monseigneur, je suis si content que je ne le vous puis dire.

— Pourquoi ?
— C’est que j’ai un si bon peuple, si obéissant à tout ce que je lui dis, que je pense en moi-même que ni le Saint-Père, ni vous, Monseigneur, n’êtes si heureux que moi… »

   Mais une chose préoccupait M. Vincent : il ne savait pas chanter. Il s’en désolait, et c’est encore lui qui devait le raconter, tout navré, en évoquant cette époque de sa vie : « Je dirai, à ma confusion, que, quand je me voyais à ma cure, je ne savais comme il m’y fallait prendre ; j’entendais avec admiration ces paysans qui entonnaient les psaumes, ne manquant pas d’une seule note. Pour lors je me disais : « Toi qui es leur père spirituel, tu ignores cela » ; et je m’affligeais.
Mais si M. Vincent chantait faux, il savait bâtir — et il trouva le moyen de construire à Clichy une belle église neuve… »

Saint Vincent de Paul curé de Clichy - blogue

   « Un jour de 1613, M. de Bérulle fit connaître à Vincent de Paul qu’il avait trouvé pour lui « une bonne place à Paris ». Il voulait l’introduire comme précepteur dans la famille de M. de Gondi, général des galères et commandant en chef des flottes royales.
Les Gondi, d’origine florentine, étaient venus en France avec les Médicis : c’étaient de grands seigneurs, intelligents, braves, altiers.

   L’homme dont allait dépendre M. Vincent s’appelait Philippe-Emmanuel de Gondi, rude capitaine, homme pieux mais intransigeant, ambitieux et batailleur. Vincent, qui entrait dans sa maison pour enseigner l’un de ses fils, s’employa maintes fois à calmer la bouillante agressivité de ce gentilhomme. On sait que le duel était alors presque une institution (bien que condamné par l’Eglise) et que les seigneurs, dans leur humeur belliqueuse, avaient du mal à comprendre que tuer leur prochain en combat singulier, pour régler un point d’honneur, n’était pas compatible avec la religion de Jésus-Christ. Un jour donc, M. Vincent eut la surprise et la douleur de voir son maître Emmanuel de Gondi venir assister à la messe, sans cacher qu’après l’office il allait se battre en duel. Tout se passait comme si Gondi eût voulu demander à Dieu de l’aider à faire un péché mortel. Et Vincent devait raconter lui-même qu’après la messe, il alla se jeter aux pieds du grand seigneur, qui était encore à genoux en oraison, et qu’il lui dit là, en pleine chapelle : « Monseigneur, permettez qu’en toute humilité je vous dise un mot : je sais que vous avez dessein de vous battre en duel ; je vous dis, de la part de mon Dieu, que je viens de vous montrer et que vous venez d’adorer, que, si vous ne quittez pas ce mauvais dessein, il exercera sa justice sur vous et sur toute votre postérité ».
Le général des galères céda. Le duel n’eut pas lieu, mais Gondi était furieux, craignant qu’on ne prît pour faiblesse son acte d’obéissance et de piété…

   M. Vincent parlait souvent à Mme de Gondi : très vite, elle devint sa pénitente.
C’était une femme fort pieuse et fort bavarde, intelligente, généreuse, mais remplie de scrupules et d’inquiétudes  – comme étaient parfois les dévotes à cette époque. Si bien que le pauvre M. Vincent avait fort à faire pour diriger la conscience de cette dame agitée.
Il fit de son mieux, pourtant — et sous sa direction, Mme de Gondi toucha du doigt la misère religieuse et la misère tout court des paroisses de ses terres. Dans l’un des hameaux de l’immense domaine des Gondi, à Folleville, en janvier 1617, Vincent parla un jour de la présence de Dieu et de l’amour des hommes — appelant ceux qui l’écoutaient à la confession générale. L’effet de ce sermon fut foudroyant : et les confessions générales devinrent si nombreuses qu’il fallut faire venir d’autres prêtres, et même des Pères Jésuites d’Amiens, pour aider Vincent de Paul à absoudre tout le monde. Oui, M. Vincent avait touché la profonde plaie de son temps : le malheureux peuple de campagne se perdait, corps et âme, et il était urgent d’aller à son secours.
Et nous verrons plus loin que ce jour-là, le jour de la prédication de Folleville, fut sans doute à l’origine de la fameuse œuvre des Missions

   Toutes nos publications concernant Saint Vincent de Paul (éléments biographiques, culte, prières, rapport particulier avec la France et la famille royale… etc.) sont à retrouver > ici

St Vincent de Paul prêchant - Noël Hallé - cathédrale de Versailles - détail

Noël Hallé (1711-1781) : Saint Vincent de Paul prêchant
dans la chaire de l’église Saint-Etienne du Mont (détail – 1761)
[Chapelle Saint-Vincent de Paul de la cathédrale Saint-Louis, Versailles].

2026-129. De Saint Michel Maleïnos, qui forma le fondateur de la « république monastique du Mont Athos », protecteur des Romanov.

12 juillet,
Fête de Saint Jean Gualbert, abbé et confesseur (cf. > ici) ;
Mémoire des Saints Nabor et Félix, martyrs ;
Mémoire de Saint Michel Maleïnos, abbé et confesseur ;
Anniversaire de la sauvage exécution du comte François de Saillans (cf. > ici, > ici, > ici et > ici).

Saint Michel Maleïnos- blogue

       Voici un très grand saint, commun aux Eglises d’Orient et d’Occident (puisqu’il est antérieur au dramatique schisme de 1054) et qui est, malheureusement, quasi inconnu du commun des fidèles dans l’Eglise latine : Saint Michel Maleïnos.

   Il est né en 894 dans une puissante famille aristocratique, les Maleïnoï, famille qui s’était illustrée en particulier dans la lutte armée contre l’invasion mahométane.
Ainsi comptait-il dans sa parenté Saint Eudocime Maleïnos (probablement un grand oncle), officier mort à 33 ans en odeur de sainteté, et sur le tombeau duquel, à Constantinople, se multipliaient les miracles. Le père de notre futur saint se prénommait lui aussi Eudocime en honneur de ce saint membre de la famille, et sa mère Anastaso était parente de l’empereur Romain Ier Lecapène († 948).

   Le couple était stérile, et ces deux pieux époux accomplirent un pèlerinage à un sanctuaire de la Mère de Dieu. C’est alors que – en 894 donc – naquit leur fils aîné qui reçut au saint baptême le prénom de Manuel (Μανουήλ Μαλείνος), puis cinq autres enfants. L’une de ses sœurs épousa Bardas Phocas l’Ancien, père de l’empereur Nicéphore II Phocas († 969) et l’un de ses frères, Constantin, fut un fameux général dans l’armée impériale.

   Vers 909 (il avait donc une quinzaine d’années), il fut envoyé à la cour de Léon VI le Sage, à Constantinople, où il reçut la charge honorifique de spatharocandidat (ce mot désigne un grade dans la garde palatine).
Mais, en 912, la mort de l’empereur Léon VI produisit en lui un bouleversement profond : convaincu de la vanité des honneurs de ce monde, il résolut alors de se faire moine.

Manuel reçoit la tonsure et prend le nom de Michel

Manuel sollicite la tonsure et prend le nom de Michel.

   Appelé en Cappadoce auprès de ses parents, alors qu’il traversait la Bythinie, Manuel faussa compagnie à son escorte pour se rendre auprès d’un saint moine dont il reçut la tonsure monastique ; il prit alors Michel pour prénom de consécration.
Eudocime, son père, furieux de cette décision, le fit rechercher et capturer par ses hommes et ramener à la maison paternelle sous la contrainte. Toutefois la détermination de Michel finit par vaincre l’opposition paternelle, et le jeune moine reprit la route de la Bithynie, où, pendant trois années, il servit humblement à la table d’un monastère.
En 915, il fut admis à la réception du grand habit : cette fois en présence de son père et de sa mère (laquelle, devenue veuve, se fit à son tour moniale). Michel passa quelques années dans la pratique de l’ascèse dans la région nord-ouest de l’Anatolie, près de Pruse de l’Olympe (aujourd’hui Bursa en langue turque
), sur la Sainte Montagne de Kyminas, dont il s’absenta entre 921 et 925 pour fonder un petit monastère, un peu plus à l’est dans les Bucellaires.

   Enfin, en 925, il revint sur le Mont Kyminas et y fonda une laure : on appelle ainsi est un établissement monastique où les moines vivent, durant la semaine, comme des ermites ; mais qui, le samedi soir, le dimanche et les jours de fête, se rassemblent pour chanter ensemble les offices, prendre les repas en commun et recevoir l’enseignement d’un ancien. Il s’agit d’un mode de vie monastique mixte directement inspiré du mode de vie des premiers Pères du désert : semi-cénobitique et semi-érémitique.

   Ordonné prêtre, Michel Maleïnos fut élu pour être l’higoumène – l’abbé – de cette laure jusqu’à sa mort, survenue le 12 juillet 961, c’est-à-dire pendant quelque trente-six années.

Saint Nicéphore II Phocas - blogue

L’empereur Saint Nicéphore II Phocas.

    Sur la Sainte Montagne de Kyminas, Saint Michel Maleïnos fut visité à plusieurs reprises par ses neveux, l’empereur Saint Nicéphore II Phocas – surnommé « la Mort blanche des Sarrasins » – et son frère puiné Léon Phocas le Jeune, qui le pressaient de donner avis et conseils pour le gouvernement de l’Empire.

   C’est également dans cette laure qu’il reçut et forma un lointain parent, Abramios de Trébizonde, qui reçut dans la vie monastique le nom d’Athanase. Ce disciple fervent et zélé deviendra Saint Athanase l’Athonite, puisqu’il ira par la suite fonder la république monastique du Mont Athos, sur le modèle de la Sainte Montagne de Kyminas.
Ainsi, alors qu’il ne reste aujourd’hui rien de la laure de Saint Michel Maleïnos, on peut dire que son héritage spirituel et les usages qu’il avait institués en Bythinie, se perpétuent sur la Sainte Montagne de l’Athos.

   Mais il est encore un point qui marque la postérité et le rayonnement de Saint Michel Maleïnos : c’est le 12 juillet, jour de sa fête, que quelques siècles plus tard (en 1596) naquit Michel Fiodorovitch Romanov, futur Tsar Michel Ier de Russie, premier souverain de la dynastie des Romanov ; c’est en effet un usage fréquent en Russie de nommer l’enfant du nom du saint fêté le jour de sa naissance.
En conséquence, les Romanov nourrirent une dévotion particulière au saint higoumène, et ils lui dédièrent un grand nombre d’églises et de chapelles, tout au long du XVIIème siècle très spécialement.

Michel Ier Romanov

Michel Fiodorovitch Romanov, Tsar Michel Ier de Russie,
né en la fête de Saint Michel Maleïnos le 12 juillet 1596,
ce qui fit de ce dernier l’un des saints protecteurs de la dynastie.

2026-127. De Sainte Olga de Kiev, qui reçut au saint baptême le nom d’Hélène, « égale aux Apôtres », et fut pour la Russie comme l’aurore annonçant la lumière.

11 juillet,
Dans l’Ordre de Saint Augustin, la fête de Sainte Véronique Giuliani, vierge (cf. > ici) ;
Fête de Sainte Hélène (née Olga) de Kiev ;
Mémoire de Saint Pie 1er, pape et martyr ;
Au diocèse du Puy, la dédicace de la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation (11 juillet 225 – cf. > ici).

Sainte Hélène de Kiev - Olga

 Source > ici     

       Née païenne dans la région de Pskov, Olga – dont le nom d’origine scandinave est le féminin d’Oleg et dérive du vieux norrois Helge (« saint ») – épousa le souverain varègue Igor Ier, second grand prince de Kiev en 913.
Grande princesse de Kiev, elle dut assurer la régence de l’état russe en 945 à la mort de son époux. Elle inaugure sa régence avec quatre célèbres vengeances d’une rare cruauté, envers la tribu voisine des Drevlyans qui avaient assassiné son mari, ce qui témoigne de la fermeté de son caractère.
En 955, poursuivant la politique entamée par son défunt mari, elle décide de se rendre à Constantinople afin de nouer des échanges politiques avec l’Empire romain d’Orient, que les Varègues de Kiev avaient précédemment affronté au cours de plusieurs raids.

   A Byzance, Olga est accueillie avec faste par l’empereur Constantin VII Porphyrogénète qui lui demande de l’épouser.
Celle-ci souligne qu’un empereur se doit d’épouser une souveraine chrétienne et demande alors le baptême. Elle prend l’empereur pour parrain et reçoit en 957 le saint baptême des mains du patriarche Polyeucte, prenant alors son nom chrétien d’Hélène en l’honneur de la sainte mère de saint Constantin Ier.
Lorsque l’empereur renouvelle sa demande, elle argue alors de sa désormais parenté spirituelle avec lui, qui interdit canoniquement leur mariage. L’empereur accepte gracieusement sa défaite et laisse repartir Olga avec des présents et la bénédiction du patriarche.
Une fois revenue à Kiev, aux demandes de Constantin de respecter leur promesse d’un échange d’esclaves, de cire, de fourrures et d’assistance militaire, elle répond qu’il faudra que l’empereur vienne lui-même à Kiev et attende autant de temps qu’elle avait dû attendre dans le port de Constantinople !

   En 959, Olga fait appel à des missionnaires latins venus d’Allemagne pour l’aider à implanter le christianisme dans ses états, mais le premier évêque des Russes, Saint Adalbert (futur premier archevêque de Magdebourg), se décourage devant les difficultés de la mission et les massacres de ses assistants, et finit par quitter à grand peine la Russie en 962.
De cette période datent les toutes premières églises de Russie qu’Olga fait construire en bois [...].

   En 964, son fils majeur Sviatoslav monte sur le trône de Kiev, mais laisse sa mère continuer à gouverner de fait, préférant se consacrer à des campagnes militaires aux frontières de son état.
Olga fut une souveraine sage et efficace mais demeura impuissante à arracher son fils Sviatoslav des griffes du paganisme ; c’est son petit-fils Saint Vladimir le Grand qui deviendra le premier prince chrétien de Kiev par son baptême en 988 et assurera l’implantation définitive de la foi chrétienne chez les peuples de Russie.

   En 969, elle tombe malade et tente une dernière fois de convertir le grand prince Sviatoslav son fils, mais elle se heurte à son refus obstiné.
La sainte prédit la prochaine conversion de la Russie au Christianisme, ainsi que la triste fin de son fils, qui fut assassiné trois ans après par les Petchénègues.
Elle remet son âme à Dieu le 11 juillet 969, non sans avoir exigé de son fils et des ses petits fils qu’aucun rite païen ne soit accompli pour ses funérailles, qui furent conduites de façon chrétienne par le prêtre Grégoire qui l’accompagnait depuis son retour de Constantinople.

   Ses reliques furent ultérieurement déposées sur ordre de son petit-fils Saint Vladimir le Grand dans l’église de la Dormition de la Mère de Dieu (église de la Dîme) de Kiev puis cachées lors des fréquents pillages de la ville, et l’on ignore où elles se trouvent.

   Canonisée peu après sa mort, Sainte Olga est la première sainte russe ; les livres liturgiques la déclarent égale-aux-Apôtres, puisqu’elle est la première à avoir apporté la lumière de l’Evangile sur ces terres.
Elle reçut très tôt les honneurs liturgiques non seulement en Orient chez les Russes, mais très vite aussi chez les Bulgares et chez les Serbes, et même en Occident latin dans le royaume de Bohème.

Ste Olga-Hélène de Kiev

2026-124. Retrouver la voie d’un Etat de justice.

Louis XX à Paris le 19 janvier 2025

   A la suite des épouvantables mises à mort de Lyhanna, 11 ans, et de Louis, 17 ans, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, a publié le 29 juin 2026 dans le JDD (Le Journal du Dimanche) une tribune dans laquelle notre Souverain légitime nous livre des réflexions politiques importantes, et dont voici la retranscription : 

armes de France et Navarre dessinées pour le Sacre de Charles X

       La mort de Louis, à 17 ans, vient à nouveau remplir d’émotion le cœur de tous les Français. Je veux d’abord présenter à sa famille et à ses proches toute ma compassion et ma solidarité de cœur, de chagrin et d’indignation. Le 4 juin, les Français étaient déjà frappés d’épouvante devant l’affaire Lyhanna. Je présente également à la famille le témoignage de mon indicible douleur.

   Dans la France de ce siècle écartelé par les menaces, il n’est de semaine qu’un drame ne vienne heurter de toute sa cruauté.
Les crimes déchaînent les colères, les passions, les ressentiments, et suscitent les appels à la justice et à l’action des autorités. Les gouvernements s’engagent à ce que le pire ne se reproduise jamais. Cependant, nous constatons chaque jour que leurs promesses se révèlent bien souvent limitées, voire impuissantes à prévenir la réitération de l’atrocité.

   De trop nombreux analystes relativisent ou nient ce que ces crimes peuvent avoir de récurrent et de symptomatique. Ils oublient que la France put être une nation apaisée. Une nation dans laquelle les Français, s’ils ne furent jamais exempts des multiples vices inhérents à la nature humaine, partageaient des codes moraux suffisamment communs et puissants pour que les lynchages à mort soient des faits rarissimes – a fortiori contre des mineurs et des innocents. Au long du siècle précédent, des bagarres collectives pouvaient survenir entre clans rivaux. Des violences existaient : rixes, règlements de comptes et violences politiques, dont certaines tristement célèbres, mais il était exceptionnel qu’un groupe d’inconnus s’acharne à mort sur un individu en le rouant de coups, sans motif majeur apparent. Des confrontations visaient à la démonstration de force, rarement avaient-elles pour objet de détruire les individus et de dévaster les familles. Mais surtout, ceux qui étaient dépositaires de l’autorité et du pouvoir avaient à cœur de faire appliquer la justice avec rigueur et efficacité.

   Cette évolution m’inquiète, car elle signale une incapacité des institutions et du tissu social à forger pleinement la conscience de la communauté d’appartenance, des valeurs morales et de la civilité. Elle préfigure un affrontement des identités morcelées dans lesquelles les pulsions les plus abjectes agissent sans aucune limite. Cela est profondément antagoniste à l’histoire et à la conscience nationale françaises, auxquelles ma famille est intimement mêlée.

   La France s’est construite autour de la figure tutélaire de la Justice royale, incarnée par le Chêne de Vincennes. Le simple nom de Capétien était un rappel de la centralité, de la verticalité du fléau de la balance. Justice punitive quand il fallait amener les coupables au châtiment et à la réparation ; justice distributive lorsqu’il s’agissait de soutenir les hospices, les veuves ou de soulager la misère ; justice émancipatrice contre les excès des féodaux. De ce souci constant de la Justice, le tempérament français et nos institutions politiques ont conservé des traces profondes.

   Parmi les plus brillants auteurs de la langue française, nombreux, à l’instar de Charles Péguy, discernèrent dans l’exigence de Justice qui anime le tempérament des Français, la permanence des vertus fondatrices du Royaume. À ma manière, chers Français, je veux défendre Lyhanna et Louis. Parce que je ressens au plus profond de moi-même que les défaites de la patrie contemporaine prennent racine dans un abandon des principes mêmes qui ont fait la France et qui la tenaient debout. Je veux ardemment éviter que des parents aient à pleurer d’autres enfants.

La France est un miracle de l’Histoire.
Les docteurs en sciences politiques enseignent que c’est une nation créée par son Etat.
S’ils s’arrêtent là, alors ils oublient de préciser que cet État n’était pas une machine désincarnée. Il portait le visage d’un homme. Un homme sensible, comme il pouvait l’être, à la grandeur et aux malheurs de son peuple ; un homme qui tenait l’unité des régions et des provinces ; un homme garant des promesses données, des espoirs reçus, et de la longue durée. Un homme enfin personnellement responsable de la Justice.

   Quand il s’est agi de restaurer des institutions solides pour le pays en 1958, Charles de Gaulle – quels que puissent être nos sentiments à l’égard de son œuvre – a été animé de cette préoccupation de l’incarnation de la Justice par le Chef de l’État. Cette disposition ne se limitait pas au droit de grâce. Le chef de l’État présidait les séances du Conseil supérieur de la magistrature, l’instance chargée de la nomination et de la discipline des magistrats. Ainsi pouvait-il réellement, comme le prévoit la constitution, « assurer, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ». Tout en se portant à l’encontre de toute instrumentalisation politique « garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire ».

   Cette disposition ne pouvait tenir dans la durée que si le chef de l’État lui-même se tenait en dehors de toute mécanique partisane. Le jeu des institutions de la Ve République a eu tôt fait de jeter une suspicion croissante sur la neutralité du Président dans sa relation avec l’autorité judiciaire. C’est pourquoi, depuis 1993 pour la formation disciplinaire des juges du Siège, et depuis 2008 pour les magistrats du Parquet, la présence du Président de la République au Conseil supérieur de la Magistrature a été supprimée. 

   De surcroît, comme l’a remarqué l’Observatoire des décisions de Justice, les magistrats professionnels sont de facto majoritaires dans les séances de cette instance.
Dès lors, les juges en France ne sont pas seulement indépendants : ils sont autocéphales. C’est dans le huis clos de leur Conseil devenu souverain, qu’ils administrent les enjeux institutionnels des promotions et de la discipline des juges, c’est-à-dire des conséquences que doivent assumer ceux dont le comportement ne correspond pas à l’éthique attendue dans l’exercice de leurs fonctions. Je déplore donc que le fonctionnement de la discipline des magistrats soit à nouveau insuffisamment pourvu de garanties institutionnelles, et ainsi insuffisamment transparent aux yeux des Français.

   Que l’on s’entende bien : en exposant cette situation, je n’entends pas jeter le discrédit sur une profession dont la majorité des membres accomplit ses devoirs avec honnêteté, vertu et conscience, dans l’obscurité d’une administration débordée par les demandes et souvent indigente par les moyens qui lui sont accordés.
Mais les Français, qui ne sont plus que 35 % à avoir foi dans la Justice, doivent pouvoir retrouver le chemin de cette confiance. Voilà le vœu intime que je formule, et auquel, par l’Histoire glorieuse de ma famille, je me sens intimement lié.

   Que saint Louis, modèle des justiciers, puisse nous faire retrouver la voie d’un État de Justice, protecteur et épanouissant.

Louis de Bourbon,
duc d’Anjou.

symboles de la justice - vignette blogue

2026-119. Sur la « méthode Habsbourg ».

Lettre mensuelle aux membres et amis de la

Confrérie Royale

- 25 juin 2026 -

La Méthode Habsbourg - Edouard de Hansbourg-Lorraine

Edouard de Habsbourg-Lorraine : « La méthode Habsbourg »
éditions Salvator, 2025, 235 pages (17,90 €).

frise

Sur la « méthode Habsbourg » :

       Les anciennes monarchies ont souvent admiré les qualités de la monarchie française, et, encore maintenant enexil, Monseigneur le Dic d’Anjour peut par sa tenue être facilement admiré par bien des chefs de maisons.

   Il n’est toutefois pas inutile d’aller voir parfois chez nos voisins, qui ont aussi leurs vertus.

   En 2023 est paru en anglais, puis a été traduit en français en 2025 (et on peut le supposer aussi en allemand) un livre de S.A.I.R. l’Archiduc Edouard d’Autriche : La méthode Habsbourg.
Ce Prince, né en 1967, père de six enfants, dont un garçon, de la ligne palatine de Hongrie, est presque de dernier des Habsbourg actuels (avant son fils et son frère puiné prêtre).

   Ce n’est donc pas une quelconque ambition qui le fait écrire ce livre (p.52), mais bien l’ « amour de sa famille » (pp. 32 et 231) et l’amour du bien commun, deux vertus éminemment louables.

   Le sous-tire est : « Sept principes pour traverser des temps troublé ». Le livre donne les principes généraux d’une bonne politique.

   La dédicace : « Aux Habsbourg les plus importants de ma vie : ma femme et mes enfants, car que serions-nous sans la famille ? Au Bienheureux empereur Charles : qu’un grand nombre vienne à connaître cet humble géant de la foi » [mort le 1er avril 1922]. Famille et foi donnent déjà les bases de ces principes.

   Sans vouloir écrire l’histoire de la famille de Habsbourg, puis, par mariage au XVIIIème siècle de Habsbourg-Lorraine, le prince s’appuie sur plusieurs exemples de celle-ci pour décrire les principes de ce qu’il pense être la méthode de sa famille, et qui sont pour l’essentiel des principes catholiques (comme il le dit page 32).

   Sans vouloir « rétablir la monarchie », dit-il plusieurs fois, « quoiqu’il ne faille jamais dire jamais », ajoute-t-il chaque fois, il pense que ces principes seraient bien utiles aux Etats modernes ainsi qu’aux individus pouvant avoir une responsabilité.

   Malgré la modestie de l’auteur sur lui et sur ses ancêtres, le Prince en sait beaucoup sur sa famille, et sait conter dans un style agréable et avec humour (sur la bataille de Morgaten, les vignes de Vienne, la mâchoire Habsbourg, la phrase de l’Empereur Charles VI mourant, la phrase de l’Empereur François-Joseph Ier sur les constitutions, les chocolats de l’Imératrice Zita de Bourbon-Parme, les mariages des Archiducs…).

   Donc sept principes qui se sont retrouvés de façons variable sur la plupart des trônes et qui seraient bien utiles aux gouvernements contemporains (fait remarquer le Prince plusieurs fois, très lucide sur la vacuité morale de ces derniers).

   On pourra donc y voir beaucoup de ressemblances avec les principes capétiens, en y changeant tels détails ou l’importance de tels points, selon les circonstances diverses où les deux dynasties ont vécu.

   Le premier principe est le mariage (fondement de la société, disait Louis XIII) : « sans famille nombreuse, la société tend à s’effondrer dans l’isolement et l’égoïsme ». La famille est aide entre époux, exemple des parents, soutien mutuel de ses membres, enfants, dons de Dieu, sacrement béni par Dieu pour le bonheur de ses membres, avenir terrestre, et finalement « aller au paradis », comme le disait le Bienheureux Empereur Charles Ier lors de son mariage.
En politique le mariage est « moins brutal et souvent plus efficace que les combats ». L’Archiduc rappelle aussi que les mariages arrangés d’autrefois étaient plus heureux et plus solides que les mariages romantiques de beaucoup de jeunes gens actuels, en raison du partage qu’ils avaient ensemble de la foi, du caractère sacré du mariage, de l’importance de la féco,dité, des responsabilités sociales, et (p. 225) de la chasteté prénuptiale.
Si la maison d’Autriche a beaucoup profité du mariage pour acquérir des royaumes, la maison de France l’a beaucoup utilisé pour obtenir ou maintenir la paix dans le Royaume puis en Europe [et notamment ceux de François Ier avec Eléonore, de Charles IX avec Elisabeth, de Louis XIII avec Anne, de Louis XIV avec Marie-Thérèse, de Louis XVI avec Maie-Antoinette, toutes Archiduchesses d’Autriche ; l’on pourrait ajouter Henri V et Jean III  qui ont épousé Marie-Thérèse et Béatrice Archiduchesses d’Autriche en pleine paix, et encore Alphonse II qui s’apprêtait à épouser l’Archiduchesse Constance, que des principes communs rapprochaient, comme elle le dit après la mort de son fiancé).

   Le deuxième principe est la foi : « La foi catholique a toujours été forte dans notre famille » (comme chez les Rois très-Chrétiens).
L’auteur est gêné par l’actuel œcuménisme et l’actuelle séparation de l’Eglise et de l’Etat, qu’il n’ose pas refuser ouvertement ; mais dans la pratique il loue les actes catholiques de ses ancêtres et leurs actes de dévotion, et regrette la faiblesse religieuse de certains d’entre eux (mais « le Christ est venu sauver les pécheurs ») ; il magnifie le sacre impérial germanique ou royal hongrois, loue la défense de la foi catholique contre l’hérésie, et reprend la phrase de l’Empereur Charles-Quint qu’ « il est plus probable qu’un moine allemand se soit trompé que les maîtres de l’Eglise pendant plus de mille ans ».
« Si le but d’une vie chrétienne est vraiment d’aller au paradis, il est important que les dirigeants vivent leur foi de manière visible ».
A ce sujet on peut regretter l’erreur (pardonnable vue d’Autrivhe) qui croit que pour le Cardinal de Richelieu « tout devait être subordonné aux intérêts de l’Etat, y compris ceux de l’Eglise catholique » (p.85) : une telle affirmation est ne rien comprendre à la politique du Cardinal, qui défendait la Religion catholique en france, comme le reconnaissaient les évêques, et en Europe comme le reconnaissait Urbain VIII.

   Le troisième principe est l’empire (principe différent du « pré carré » français), interprêté comme principe de subsidiarité, « selon lequel tout problème doit être traité par le niveau institutionnel compétent le plus bas », principe naturel évident que les Rois de France ont beaucoup utilisé, et que le Prince reproche à l’Union Européenne de ne pas appliquer.
L’Archiduc rappelle qu’ « en plus la subsidiarité est une politique pertinente et efficace sur le plan politique ».
Il rappelle que l’Empire austro-hongrois a « rassemblé sous le ciel d’un même empire, et dans la paix, des nations bien différentes » (p.14) : tout le contraire des nationalismes modernes depuis la Révolution.
Et il signale à juste titre qu’il n’y a pas de principe d’unité dans l’Union Européenne, tandis que l’ « Empereur, en sa personne, rappelait aux gens ce qui les unissait » (ce qui était aussi le cas du Roi de France).

    Le quatrième principe est la justice (premier devoir aussi du Roi de France), et « servir » sans vouloir « disparaître dans une vie purement privée », et le faire « avec honnêteté », « car Dieu rendra le jugement final » (à la différence, note-t-il, des calculs en vue des élections).
L’Archiduc rappelle qu’en 1910 Théodore Roosevelt, ancien président des Etats-Unis, demanda à l’Empereur François-Joseph quelles étaient, au milieu des chambres et gouvernements élus, son activité. L’Empereur répondit avec clairvoyance : « Ma fonction consiste à protéger mes peuples de leurs politiciens ». Et l’Archiduc ajoute avec lucidité : « Qui protège aujourd’hui les électeurs de leurs politiciens ? »

   Le cinquième principe est celui de Socrate : « Connais-toi toi-même » ; appliqué aux dynasties et aux pays, selon cette phrase de feu l’Empereur Othon : « Ceux qui ne savent pas d’où ils viennent ne savent pas où ils vont, parce qu’ils ne savent pas où ils sont » (c’est aussi valable pour les Français).
L’Archiduc rappelle l’importance de « la stabilité et des valeurs traditionnelles, telles que la famille et la foi », à la différence « des idées mondialistes » et « des modes éphémères ».

   Le sixième principe est le courage au combat : être pacifique ne signifie pas refuser de combattre (de même que le Roi de France, qui, cultivant pacifiquement les lys de son jardin, savait défendre son Royaume).
En ce domaine l’Archiduc a quelques réticences au sujet de la politique internationale du Roi de France : c’est bien compréhensible pour un Archiduc et c’est dit sans polémique, nous ne lui en voudrons pas. Rappelons l’importance que dans les nouvelles  circonstances Louis XV et Marie-Thérèse attachaient à l’union entre l’Autriche et la France.

   Le septième principe est une bonne mort, inspirée de la crypte des Capucins (comme celle des Rois de France l’était de l’abbaye de Saint-Denys).
« Nous allons tous mourir », et c’est « l’un des moments les plus importants de la vie » auquel nous devons nous préparer « dès l’enfance ».
L’Archiduc rappelle l’existence de l’enfer et du purgatoire (qu’il s’étonne de ne plus voir rappeler par les prêtres lors des funérailles), le peu de probabilité d’une conversion sur son lit de mort, et la nécessité de prier pour les morts. Les anciens souverains « savaient que leur mort devait donner à leurs sujets un exemple public », « que le moment de la mort était leur dernière chance de se faire pardonner auprès de Dieu », et « que la prière (des survivants, notamment des monastères) pouvait les aider à paser du purgatoire au paradis ».
Mentionnons un éloge de la Reine de France Marie-Antoinette d’Autriche (p.201), que nous apprécierons.
Et rappelons l’une des dernières paroles du Bienheureux Empereur Charles Ier : « Je dois endurer toutes ces souffrances pour l’union de mon peuple ».

   En conclusion : « la prochaine fois qu’un homme politique fera quelques chose de stupide, posez-vous la question suivante : Qu’aurait fait un Habsbourg à sa place ? » Et un Bourbon ?

   En somme un livre agréable, instructif, de bon esprit, avec de beaux portraits d’Empereurs et d’Archiducs, et qui donne de son auteur une idée sympathique.
Nous lui présentons nos respectueux remerciements pour son livre.

Abbé Gabriel Equin +.

Tolbiac et le livre de l'Archiduc Edouard de Habsbourg-Lorraine - blogue

Même le prince-chat du Prieur de la Confrérie Royale a beaucoup aimé ce livre !

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