Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2016-18. « Je puis bien dire avec vérité, ô Sainte Vierge, que votre âme fut transpercée de l’amour, de la douleur et des paroles de votre Fils… »

Vendredi de la Passion,
Fête de la Compassion de la Bienheureuse Vierge Marie.

Comme nous avons déjà eu l’occasion de l’écrire (en particulier ici), ce vendredi de la semaine de la Passion est le jour de la plus ancienne des fêtes des Douleurs – ou de la Compassion – de Notre-Dame, et c’est donc l’une des fêtes patronales du Refuge Notre-Dame de Compassion.
A cette occasion, voici un extrait du sermon de Saint François de Sales prononcé en l’église Saint-Jean-en-Grève, à Paris, pour la fête de l’Assomption de Notre-Dame de l’an 1602. Le saint évêque de Genève y  fait un long développement sur les douleurs de la Très Sainte Vierge dont voici quelques paragraphes.

Mater Dolorosa

Je puis bien dire avec vérité, ô Sainte Vierge, que votre âme fut transpercée de l’amour, de la douleur et des paroles de votre Fils…

« (…) Notre-Dame, Mère de Dieu, est morte de la mort de son Fils ; la raison fondamentale est parce que  Notre-Dame n’avait qu’une même vie avec son Fils, elle ne pouvait donc avoir qu’une même mort ; elle ne vivait que de la vie de son Fils, comment pouvait-elle mourir d’autre mort que de la Sienne ?
C’étaient à la vérité deux personnes, Notre-Seigneur et Notre-Dame, mais en un coeur, en une âme, en un esprit, en une vie ; car si le lien de charité liait et unissait tellement les chrétiens de la primitive Eglise que Saint Luc assure qu’ils n’avaient qu’un coeur et une âme, aux Actes deuxièmes, combien avons-nous plus de raison de dire et de croire que le Fils et la Mère, Notre-Seigneur et Notre-Dame, n’étaient qu’une âme et qu’une vie.
Oyez le grand apôtre Saint Paul, il sentait cette union et liaison de charité envers son Maître et lui, qu’il faisait profession de n’avoir point d’autre vie que celle du Sauveur : « Vivo ego, etc. Je vis, mais non jà moi, ains Jésus-Christ vit en moi ». O peuple ! cette union, ce mélange et liaison du coeur était grande, qui faisait dire telles paroles à Saint Paul ; mais non pas comparable avec celle qui était entre le coeur du Fils Jésus et celui de la Mère Marie ; car l’amour que Notre-Dame portait à son Fils surpassait celui que Saint Paul portait à son Maître, d’autant que les noms de mère et de fils sont plus excellents en matière d’affection, que les noms de maître et de serviteurs : c’est pourquoi si Saint Paul ne vivait que de la vie de Notre-Seigneur, Notre-Dame aussi ne vivait que de la même vie, mais plus parfaitement, mais plus excellement, mais plus entièrement que si elle vivait de sa vie ; aussi est-elle morte de Sa mort.

Et certes, le bon vieillard Siméon avait longtemps auparavant prédit cette sorte de mort à Notre-Dame quand tenant son enfant en ses bras il lui dit : « Tuam ipsius animam pertransibit gladius, Ton âme sera transpercée par le glaive, le glaive transpercera ton âme » ; car considérons ces paroles, il ne dit pas : Le glaive transpercera ton corps ; mais il dit : Ton âme. Quelle âme ? La tienne même, dit le prophète. L’âme donc de Notre-Dame devoit être transpercée, mais par quelle épée ? par quel couteau ? et le prophète ne le dit pas ; néanmoins puisqu’il s’agit de l’âme, et non pas du corps, de l’esprit, et non pas de la chair, il ne faut pas l’entendre d’un glaive matériel et corporel, ains d’un glaive spirituel et qui puisse atteindre l’âme et l’esprit.

Or je trouve trois glaives qui peuvent porter leurs coups en l’âme. Premièrement le glaive de la parole de Dieu, lequel, comme parle l’apôtre, est plus pénétrant qu’aucune épée à deux taillants. Secondement le glaive de douleur duquel l’Eglise entend les paroles de Siméon : « Tuam, dit-elle, ipsius animam doloris gladius pertransibit : cujus animam moerentem, contristatam et dolentem, pertransivit gladius ». Troisièmement le glaive d’amour, duquel Notre-Seigneur parle : « Non veni mittere pacem, sed gladium, Je ne suis pas venu mettre la paix mais le glaive », qui est le même que quand Il dit : « Ignem veni mittere, Je suis venu mettre le feu ». Et au Cantique des Cantiques, l’Epoux estime que l’amour soit une épée par laquelle il a été blessé, disant : « Tu as blessé mon coeur, ma soeur, mon épouse ».
De ces trois glaives fut transpercée l’âme de Notre-Dame en la mort de son Fils, et principalement du dernier qui comprend les deux autres.

Quand on donne quelque grand et puissant coup sur une chose, tout ce qui la touche de plus près en est participant et en reçoit le contre-coup : le corps de Notre-Dame n’était pas joint et ne touchait pas à celui de son Fils en la Passion ; mais quant à son âme, elle était inséparablement unie à l’âme, au coeur, au corps de son Fils, si que les coups que le béni corps du Sauveur reçu en la croix ne firent aucune blessure au corps de Notre-Dame, mais ils firent des grands contre-coups en son âme, dont il fut vérifié ce que Siméon avait prédit.

L’amour a accoutumé de faire recevoir les contre-coups des afflictions de ceux que l’on chérit : « Quis infirmatur, et ego non infirmor ? Qui est malade, que je ne le sois ? Qui reçoit un coup de douleur, que je n’en reçoive le contre-coup ? » dit le saint apôtre ; et néanmoins l’âme de Saint Paul ne touchait pas de si près au reste des fidèles, comme l’âme de Notre-Dame touchait et attouchait de fort près, et de si près que rien plus, à Notre-Seigneur, à Son âme et à Son corps, duquel elle était la source, la racine, la mère. Ce n’est donc pas merveille si je dis que les douleurs du Fils furent les épées qui transpercèrent l’âme de la Mère. Disons un peu plus clairement : une flèche dardée rudement contre une personne, ayant outre-percé son corps, percera encore celui qui se trouvera tout touchant et joint à lui. L’âme de Notre-Dame était jointe en parfaite union à la personne de son Fils, elle était collée sur elle (…) ; et partant les épines, les clous, la lance qui percèrent la tête, les mains, les pieds, le côté de Notre-Seigneur, passèrent encore et outre-percèrent l’âme de la Mère.

Or, je puis bien dire avec vérité, ô Sainte Vierge, que votre âme fut transpercée de l’amour, de la douleur et des paroles de votre Fils ; car quand à Son amour, ô comme il vous blessa, lorsque vous voyez mourir un Fils qui vous aimait tant, et que vous adoriez tant ? Quant à Sa douleur, comme elle vous toucha vivement, touchant si mortellement tout votre plaisir, votre joie, votre consolation ? Et quant à Ses paroles si douces et si aigres tout ensemble, hélas ! ce vous furent autant de vents et d’orages pour enflammer votre amour et vos douleurs, et pour agiter le navire de votre coeur presque brisé en la tempête d’une mer tant amère ! L’amour fut l’archer ; car sans lui la douleur n’eût pas eu assez de mouvement pour atteindre votre âme ; la douleur fut l’arc qui lançait les paroles intérieures et extérieures, comme autant de dards qui n’avaient d’autre but que votre coeur. Hélas ! Comme fut-il possible que des sagettes tant amoureuses fussent si douloureuses ? Ainsi les aiguillons emmiellés des abeilles font extrême douleur à ceux qui en sont piqués, et semble que la douceur du miel avive la douleur de la pointe. C’est la vérité, ô peuple ! plus les paroles de Notre-Seigneur furent douces, et plus furent-elles cuisantes à la Vierge Sa Mère, et le seraient à nous si nous aimions son Fils. Quelle plus douce parole que celle qu’Il dit à Sa Mère et à Saint Jean, paroles témoins assurés de la constance de Son amour, de Son soin, de Son affection à cette sainte Dame ; et néanmoins ce furent des paroles qui sans doute lui furent extrêmement douloureuses. (…) Ce fut donc alors que l’âme de Notre-Dame fut transpercée du glaive… »

Coeur douloureux et immaculé de Marie

Autres textes publiés dans ce blogue relatifs à la dévotion envers les Sept Douleurs et la Compassion de Notre-Dame :
–  « Ave, Maria » à la Vierge de Compassion ici
– Méditations de Monsieur Olier sur « Marie au Calvaire » à partir d’ ici
– Neuvaine à Notre-Dame des Douleurs ici
– Chapelet des Sept Douleurs ici
– Confiante supplication à Notre-Dame de Compassion ici
– Prières de St Alphonse pour honorer les Sept Douleurs de Notre-Dame ici
- Texte du Rd Père Lépicier sur le mystère des Douleurs de Marie > ici

2016-17. Où, à l’occasion du 280ème anniversaire de la mort de Jean-Baptiste Pergolèse, l’on évoque bien évidemment son célèbre « Stabat Mater ».

1736 – 17 mars – 2016

Jean-Baptiste Pergolèse

Jean-Baptiste Draghi, dit Pergolèse

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En ce 17 mars 2016, nous ne célébrons pas seulement la mémoire de Sainte Gertrude de Nivelles, céleste protectrice des chats (cf. > ici) – fête patronale que mon papa-moine n’a pas manqué de me fêter, vous le pensez bien ! – mais nous commémorons aussi le rappel à Dieu d’un jeune artiste de 26 ans, qui s’éteignit en ce jour il y a 280 ans : Jean-Baptiste Draghi, dit Pergolèse.
Ce surnom de PergolèsePergolesi en italien – lui vient de ce que sa famille était originaire de la ville de Pergola, dans les Marches.

Né le 4 janvier 1710, à Jesi, dans la province d’Ancône, Giovanni-Battista Draghi était un enfant remarquablement doué : ce pourquoi, à l’âge de 12 ans, il fut envoyé pour étudier au « Conservatoire des pauvres de Jésus-Christ » (Conservatorio dei poveri di Gesù Cristo) où il fut un élève brillant sous la férule de professeurs exigeants et réputés de l’école napolitaine de musique alors en pleine gloire. La formation musicale y était axée sur les beautés et les prouesses de l’opéra napolitain et de la polyphonie religieuse en vogue.
A sa sortie du Conservatoire, à l’âge de 21 ans (1731), porté par un véritable succès, Jean-Baptiste Pergolèse reçoit des commandes d’opéras et d’oeuvres religieuses : dès l’année suivante (1732), il est appelé à la charge de maître de chapelle du prince Ferdinando Colonna Stigliano, écuyer du vice-roi de Naples.

Je ne m’étends pas ici sur sa carrière et sur sa production musicale… fort courte, puisque dès l’année 1735 il commence à manifester les signes de la maladie qui va l’emporter : la tuberculose.
Au début de l’année 1736, alors qu’il vient tout juste de célébrer son 26e anniversaire, son état de santé l’oblige à se retirer hors de Naples : il est accueilli au couvent des Capucins de Pouzzoles.
Il compose là quelques dernières œuvres religieuses pour l’église conventuelle des Pères Capucins ; et c’est aussi très probablement là qu’il a écrit la toute dernière, son Stabat Mater, commande du duc de Maddaloni, son mécène, qui lui aurait demandé cette pièce pour l’église napolitaine de la Vierge des Sept Douleurs (Santa Maria dei Sette Dolori), église dans laquelle le duc possédait une chapelle votive et où il faisait exécuter des œuvres religieuses chaque troisième dimanche de septembre (pour la fête des Sept Douleurs de Notre-Dame).

Jean-Baptiste Pergolèse rend son âme à Dieu le 17 mars 1736, âgé de 26 ans deux mois et treize jours.

Dernier chef d’œuvre d’un jeune compositeur qui a traversé le firmament de la musique baroque napolitaine avec la fulgurance d’une étoile filante d’un éclat particulier, le Stabat Mater de Pergolèse est bien justement l’un des plus célèbres du genre.
Sa renommée fut rapide à travers l’Europe baroque au point que plusieurs compositeurs de renom lui feront des emprunts, le reprendront ou l’adapteront. Pour n’en citer qu’un, et non des moindres : Jean-Sébastien Bach, dès 1740, dans sa cantate « Tilge, Höchster, meine Sünde » (BWV 1083).
En France, le « Manuscrit des Menus Plaisirs du Roy » en conserve aussi une transcription comportant quelques variantes.

En ces jours proches de la Commémoraison solennelle des Sept Douleurs de Notre-Dame, fête liturgique assignée au vendredi de la Passion, et qui est si importante pour le Refuge Notre-Dame de Compassion, il m’a semblé opportun de rappeler ce deux-cent-quatre-vingtième anniversaire et de vous offrir les enregistrements de deux interprétations de ce sublime Stabat Mater : le premier est un enregistrement public réalisé au Théâtre des Champs-Elysées le 27 janvier 2014, avec Andreas Scholl et Klara Ek, accompagnés par l’ « Academy of Ancient Music » ; le second restitue la version du « Manuscrit des Menus Plaisirs du Roy » évoquée ci-dessus, interprétée par « les Pages & les chantres de la Chapelle Royale » sous le direction d’Olivier Schneebeli.

Puisse cette écoute être pour vous, comme elle l’est pour nous au Mesnil-Marie, bien chers Amis, le support d’une méditation fervente à l’occasion de cette Commémoraison solennelle de la Compassion de Notre-Dame

Lully.

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frise

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Note :
On trouvera encore une autre interprétation de cette œuvre sublime > ici

Coeur de Marie aux sept glaives

Le cantique « Au sang qu’un Dieu va répandre » :

nika

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   A l’occasion de notre entrée dans le saint temps de la Passion, où nous intensifions notre contemplation des souffrances rédemptrices de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je souhaite publier dans ces pages les paroles originelles du si populaire cantique « Au sang qu’un Dieu va répandre ».

   Il existe en effet plusieurs adaptations, plus ou moins approchantes, des paroles d’origine de ce cantique.
La version la plus répandue est sans doute celle qui a été publiée par Monseigneur Joseph Besnier dans son fameux « Recueil de cantiques populaires ».

Lorsqu'un Dieu daigne répandre (Besnier)

   Ainsi que vous le pouvez voir ci-dessus, les paroles y sont dites « d’après Fénelon » ; quant à la musique, c’est celle d’une mélodie tirée d’un opéra de Jean-Baptiste Pergolèse (1710-1736), mélodie qui fut réutilisée pour le générique de la série télévisée pour les enfants « Bonne nuit, les petits » diffusée de 1962 à 1973.

(sur l’image ci-dessous, faire un clic droit puis « ouvrir dans un nouvel onglet »)

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   Ce sont, selon toute vraisemblance, les Sulpiciens, dans le seconde moitié du XVIIIème siècle, qui ont adapté cette mélodie bien profane, alors très à la mode, pour en faire le support des paroles écrites par Fénelon.
Henri Adam de Villiers, maître de chapelle à l’église Saint-Eugène & Sainte-Cécile, à Paris, précise que les paroles françaises qui avaient fait le succès de cette mélodie disaient : « Que ne suis-je la fougère / Où sur la fin du jour, / Se repose ma bergère, / Sous la garde de l’amour ?… » !

   Mais revenons au texte lui-même.
A quelle période et pour quelles raisons le texte de Fénelon a-t-il été plus ou moins modifié ? Je ne saurais le dire.
Mais, même si plusieurs motifs, d’ordre religieux aussi bien que politique, font que je me tiens habituellement à une prudente distance de Fénelon, pour cette occurrence on ne peut qu’admirer le style et les sentiments qu’il a exprimés dans ce cantique.
Voici les paroles originelles :

1. Au sang qu’un Dieu va répandre,
Ah ! mêlez du moins vos pleurs,
Chrétiens qui venez entendre
Le récit de ses douleurs.
Puisque c’est pour vos offenses
Que ce Dieu souffre aujourd’hui,
Animés par ses souffrances,
Vivez & mourez pour lui.

* * *

2. Dans un jardin solitaire
Il sent de rudes combats ;
Il prie, il craint, il espère,
Son cœur veut et ne veux pas.
Tantôt la crainte est plus forte,
Et tantôt l’amour plus fort :
Mais enfin l’amour l’emporte
Et lui fait choisir la mort.
* * *
3. Judas, que la fureur guide,
L’aborde d’un air soumis ;
Il l’embrasse… et ce perfide
Le livre à ses ennemis !
Judas, un pécheur t’imite
Quand il feint de L’apaiser ;
Souvent sa bouche hypocrite
Le trahit par un baiser.
* * *

4. On l’abandonne à la rage
De cent tigres inhumains ;
Sur son aimable visage
Les soldats portent leurs mains
Vous deviez, Anges fidèles,
Témoins de leurs attentats,
Ou le mettre sous vos ailes,
Ou frapper tous ces ingrats.
* * *

5. Ils le traînent au grand-prêtre,
Qui seconde leur fureur,
Et ne veut le reconnaître
Que pour un blasphémateur.
Quand il jugera la terre
Ce sauveur aura son tour :
Aux éclats de son tonnerre
Tu le connaîtras un jour.
* * *

6. Tandis qu’il se sacrifie,
Tout conspire à l’outrager :
Pierre lui-même l’oublie,
Et le traite d’étranger.
Mais Jésus perce son âme
D’un regard tendre et vainqueur,
Et met d’un seul trait de flamme
Le repentir dans son cœur.
* * *

7. Chez Pilate on le compare
Au dernier des scélérats ;
Qu’entends-je ! ô peuple barbare,
Tes cris sont pour Barabbas !
Quelle indigne préférence !
Le juste est abandonné ;
On condamne l’innocence,
Et le crime est pardonné.
* * *                
8. On le dépouille, on l’attache,
Chacun arme son courroux :
Je vois cet Agneau sans tache
Tombant presque sous les coups.
C’est à nous d’être victimes,
Arrêtez, cruels bourreaux !
C’est pour effacer vos crimes
Que son sang coule à grands flots.
* * *
9. Une couronne cruelle
Perce son auguste front :
A ce chef, à ce modèle,
Mondains, vous faites affront.
Il languit dans les supplices,
C’est un homme de douleurs :
Vous vivez dans les délices,
Vous vous couronnez de fleurs.
* * *

10. Il marche, il monte au Calvaire
Chargé d’un infâme bois :
De là, comme d’une chaire,
Il fait entendre sa voix :
« Ciel, dérobe à la vengeance
Ceux qui m’osent outrager ! »
C’est ainsi, quand on l’offense,
Qu’un chrétien doit se venger.
* * * 
11. Une troupe mutinée
L’insulte et crie à l’envi :
S’il changeait sa destinée,
Oui, nous croirions tous en lui !
Il peut la changer sans peine
Malgré vos nœuds et vos clous :
Mais le nœud qui seul l’enchaîne,
C’est l’amour qu’il a pour nous.
* * *                         
12. Ah ! de ce lit de souffrance,
Seigneur, ne descendez pas :
Suspendez votre puissance,
Restez-y jusqu’au trépas.
Mais tenez votre promesse,
Attirez-nous près de vous ;
Pour prix de votre tendresse,
Puissions-nous y mourir tous ! 
13. Il expire, et la nature
Dans lui pleure son auteur :
Il n’est point de créature
Qui ne marque sa douleur.
Un spectacle si terrible
Ne pourra-t-il me toucher ?
Et serai-je moins sensible
Que n’est le plus dur rocher ?

   Amédée Gastoué (1873-1943), maître de chapelle, professeur de chant grégorien et de chant choral, président de la Société française de musicologie, trouvant que la mélodie de Pergolèse manquait de profondeur religieuse (et pour cause) en composa une nouvelle, plus conforme à la gravité du sujet du cantique de Fénelon.
Lorsqu’il était jeune religieux, notre Frère Maximilien-Marie a d’ailleurs eu un supérieur qui avait fait ses études sacerdotales à Paris avant la seconde guerre mondiale et qui, pour les chemins de Croix des vendredis de Carême, préférait chanter le cantique de Fénelon sur cette mélodie de Gastoué.

   Henri Adam de Villiers, déjà cité ci-dessus, a réalisé une harmonisation à quatre voix pour l’air d’Amédée Gastoué (voir > ici), et c’est cette version qui est interprêtée à l’église Saint-Eugène & Sainte-Cécile de Paris, pendant le temps de la Passion.
En voici un enregistrement :

(sur l’image ci-dessous, faire un clic droit puis « ouvrir dans un nouvel onglet »)

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   Je vous encourage à prendre du temps pour intérioriser et pour méditer sur les paroles de ce cantique plus que trois fois centenaire, et même – pourquoi pas ? – à en apprendre par coeur quelques strophes que vous puissiez ainsi chanter, lorsque cela est possible, au cours de vos occupations quotidiennes : Frère Maximilien-Marie fait souvent ainsi lorsqu’il jardine ou qu’il effectue quelque travail manuel, c’est une manière de continuer l’oraison et de garder son âme unie à Notre-Seigneur dans l’accomplissement des tâches ordinaires…

   Je vous souhaite toujours plus de ferveur et de générosité pendant cette dernière partie du Carême !

Lully.

Lamentation sur le Christ mort - Nicolas Poussin - 1628

Nicolas Poussin : Lamentation sur le Christ mort (1628)

2016-14. Elles ne prévaudront pas, mais cela ne signifie pas qu’elles ne feront pas tout pour l’emporter et qu’elles ne remporteront pas certaines batailles.

Clefs de St Pierre

Et portae inferi non praevalebunt adversus eam.
Et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle.

(Matth. XVI. 18)

Lundi 22 février 2016 ;
Fête de la Chaire de Saint Pierre à Antioche ;
Mémoire de Sainte Marguerite de Cortone.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       A l’occasion de cette fête de la Chaire de Saint Pierre, je voudrais partager avec vous quelques réflexions qui me tiennent particulièrement à coeur, sur lesquelles je médite depuis fort longtemps, et que j’estime désormais assez mûres pour vous les livrer.

   Comme l’a fort bien exprimé S. Exc. Mgr. Athanasius Schneider il y a quelques semaines dans un entretien que, une fois de plus, l’excellent site « Benoit et moi » de notre amie Béatrice a eu le mérite de rendre accessible aux lecteurs francophones (cf. > ici), beaucoup de catholiques d’aujourd’hui ont hérité d’une espèce de mentalité « papolâtrique » qui n’a rien à voir avec la véritable et saine compréhension de ce qu’est le magistère du pape, ni avec la juste obéissance et la filiale révérence dues au Souverain Pontife.
Monseigneur Schneider s’exprimait ainsi :
« Si un Pape disait à l’Eglise entière de faire quelque chose qui endommage directement une vérité divine immuable ou un commandement divin, tout catholique aurait le droit de le corriger, dans une forme dûment respectueuse, mu par la révérence et l’amour pour l’office sacré, et la personne du Pape. L’Église n’est pas une propriété privée du Pape (…). Le Pape n’est que le Vicaire, pas le successeur du Christ (…). Je crois qu’à une époque où une grande partie des détenteurs de l’office du Magistère sont négligents dans leur devoir sacré, l’Esprit-Saint appelle aujourd’hui, en particulier les fidèles, à intervenir et à défendre courageusement la foi catholique, avec un authentique « sentire cum ecclesia »… »

St Pierre -détail d'un vitrail de C.E. Kempé - église St-Jacques Hunstanworth, comté de Durham

L’Apôtre Saint Pierre – détail d’un vitrail de C.E. Kempe (1837-1907)
dans l’église Saint Jacques de Hunstanworth, comté de Durham – Angleterre.

   L’objection habituelle que l’on s’attire dès que l’on émet quelques réserves en face de certains comportements ou déclarations d’un pape est bien souvent du type de celle-ci : « Mais le Pape a été désigné par le Saint-Esprit ! »

   Ainsi donc, à partir du moment où le Pape serait désigné par le Saint-Esprit, tout ce qu’il ferait et dirait, en toutes circonstances, se trouverait marqué d’un sceau d’absolue infaillibilité ?
C’est ce que semblent croire les « papolâtres ».
Et ce n’est pourtant pas ce à quoi la foi catholique nous demande d’adhérer.
Ces catholiques ignorants – car de telles affirmations procèdent bien de l’ignorance – feraient bien d’approfondir d’une part leur catéchisme, mais d’autre part aussi l’histoire de l’Eglise.

   L’histoire objective (je ne me réfère évidemment pas à des récits calomnieux) ne manque pas de papes – de vrais papes qui, selon la foi catholique, bénéficiaient donc d’une assistance spéciale du Saint-Esprit et du privilège de l’infaillibilité – dont les déclarations ou les actes ont manqué tantôt de prudence, tantôt de la plus élémentaire vertu (qu’on pense à ces papes authentiques – car ce ne sont pas des antipapes – du temps de la « pornocratie pontificale », au Xe siècle), tantôt même d’orthodoxie dans leur enseignement ordinaire (je donnerai pour seul exemple le pape Jean XXII qui soutint, en chaire, que les âmes des justes ne bénéficieraient de la vision divine qu’après le jugement dernier ; mais Jean XXII, qui par ailleurs a aussi posé des actes parfaitement conformes à l’orthodoxie, n’est pas le seul à avoir « frôlé » l’hérésie) !

   L’ « infaillibilité pontificale » – dogme auquel, comme catholique, j’adhère pleinement – ne couvre en aucune manière des faits ou des propos qui ne sont que l’expression d’une pensée personnelle (même dans des questions religieuses) ; et l’assistance du Saint-Esprit promise aux successeurs de Pierre ne concerne en aucune manière la promulgation de doctrines nouvelles ou des innovations contraires à la Tradition des Pères, mais elle s’exerce pour que les papes puissent garder inébranlablement, enseigner fidèlement, et défendre sans faiblir la Révélation confiée aux Apôtres (ce que l’on appelle le dépôt de la foi).

   Ce n’est pas parce qu’un homme est pape, et qu’il reçoit de Dieu des grâces exceptionnelles – je n’en doute pas – , qu’il n’y a plus en lui aucune possibilité d’errer.
Un pape garde ses facultés humaines. Un pape garde sa liberté humaine. Et un pape peut très bien – comme vous et moi – mésuser de sa liberté, ne pas correspondre aux grâces qui lui sont données par Dieu, et leur être infidèle.
Si, du côté de Dieu, la grâce est toujours donnée à l’homme en proportion des responsabilités qui lui sont confiées, du côté de l’homme il n’y a pas toujours la correspondance à la grâce, permettant à celle-ci d’être pleinement efficace.
Si depuis tant de siècles, dans les circonstances les plus graves, la Sainte Eglise, dans sa Tradition inspirée, nous fait demander : « Ut domum Apostolicum et omnes ecclesiasticos ordines in sancta religione conservare digneris, Te rogamus, audi nos ! Pour qu’il Vous plaise de conserver dans la sainte religion le Souverain Pontife et tous les ordres ecclésiastiques, nous Vous en supplions, écoutez nous ! » (litanies des saints), n’est-ce pas justement parce qu’il y a et qu’il y aura toujours un risque d’égarement, même au plus haut de sa hiérarchie ?
Ce n’est pas non plus pour rien que, aux âges de foi, dans ces fameuses et spectaculaires danses macabres ou grandes fresques du Jugement dernier, étaient représentés, au milieu de toutes les autres catégories de fidèles, des prélats et des papes, dans la farandole que les démons entraînent vers l’enfer…

   Il n’y a donc rien d’irrévérencieux à rappeler que le pape n’est pas une espèce de marionnette sans caractère ni volonté propres, dont le Saint-Esprit tirerait les ficelles et qui ne ferait strictement que ce que le « divin marionnettiste » voudrait, et seulement comme il le voudrait.

   - Alors, le Saint-Esprit n’intervient donc pas directement pour l’élection du pape ?
A cette question, un certain cardinal Ratzinger avait répondu (en 1997) : « Je ne dirais pas que c’est l’Esprit Saint qui choisit dans chaque cas le pape, étant donné qu’il y a trop de preuves qui vont à l’encontre de cela ; il y a trop de papes pour lesquels ce n’est pas du tout évident que c’est l’Esprit Saint qui les aurait choisis (…). Mais comme un bon éducateur, Il nous laisse un grand espace, une grande liberté, sans nous abandonner totalement. Le rôle du Saint-Esprit devrait être entendu dans un sens plus souple que le fait d’imposer le candidat pour lequel on doit voter. Probablement la seule assurance qu’Il nous donne est que cette affaire ne peut être totalement catastrophique…»

   Pas « totalement catastrophique ».
L’expression utilisée par celui qui était alors préfet de l’ex-Saint-Office est des plus intéressantes.
Saint Vincent Palotti (1795-1850) a dit sans ambiguïté : « Certains papes le Seigneur les donne, d’autres Il les tolère, d’autres encore Il les inflige ».
Nous croyons fermement que Dieu conduit Son Eglise, qu’Il la garde, qu’Il la protège, qu’Il ne laissera pas les portes de l’enfer prévaloir contre elle.
Cela ne signifie pourtant pas qu’Il ne permet pas parfois à l’enfer et à la malice humaine de « marquer des points », voire d’avoir l’impression de remporter d’importantes batailles.

   Celui qui conduit l’Eglise, qui la garde, qui la protège et qui ne laissera pas l’enfer prévaloir contre elle, est aussi Celui qui avait annoncé à de multiples endroits des Ecritures inspirées que le Messie serait victorieux, que Ses ennemis seraient mis comme un escabeau sous Ses pieds, qu’Il leur fracasserait les dents et anéantirait leur puissance. Et certes il en a bien été ainsi ; toutefois, au moment de Sa douloureuse Passion, les dits ennemis avaient le sentiment, sinon la certitude, que c’étaient eux les vainqueurs, tandis qu’aux yeux des Apôtres les Ecritures ne donnaient pas l’impression de s’accomplir !

   Notre-Seigneur nous a bien prévenus : les disciples ne sont pas au-dessus du Maître. Et l’Eglise – composée des disciples de Jésus-Christ – n’est pas non plus au-dessus de Son divin Epoux.

   Nous croyons fermement que les portes de l’enfer ne prévaudront pas et que l’Eglise sera victorieuse.
Mais cela ne signifie pas que les portes de l’enfer ne mèneront pas des assauts, qu’elles ne feront pas tout pour l’emporter, et que, ponctuellement, elles ne remporteront pas certaines batailles.

   La foi confiante et sereine dans la victoire de l’Eglise ne dispense pas de rester lucide.
La foi confiante et sereine dans la victoire finale de l’Eglise, autorise justement à dire, lorsqu’un membre de la hiérarchie, profitant de sa position, s’autorise à diffuser des opinions purement personnelles – surtout si elles ne sont pas conformes à l’enseignement des Saintes Ecritures et de la Tradition – qu’un catholique n’est pas tenu de le suivre dans cette voie.
Agir autrement serait se comporter comme si les portes de l’enfer l’avaient définitivement emporté et qu’il n’y avait plus rien à faire.

   Nous sommes aussi fermement convaincus – parce que c’est la grande leçon de la Croix – que Dieu peut triompher au moment même où Ses ennemis s’imaginent que ce sont eux qui sont les vainqueurs, et qu’Il peut faire contribuer à Sa victoire ce par quoi Ses ennemis pensaient avoir triomphé de Lui.
Nous avons la ferme confiance qu’à travers des voies mystérieuses qui échappent à nos logiques et manières de faire humaines, la divine Providence fait tout concourir au bien de ceux qui aiment Dieu« Scimus autem quoniam diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum ! » (Rom. VIII, 28) – et que, malgré les éclipses passagères et en dépit de toutes les apparences, « les portes de l’enfer ne prévaudront pas » (Matth. XVI, 18).

   Qu’il puisse y avoir des papes calamiteux, l’histoire de l’Eglise est là pour nous le prouver : « contra factum non datur argumentum : contre un fait il n’existe pas d’argument », nous dit le vieil adage juridique.
Ces papes calamiteux ont passé ; l’Eglise, elle, malgré tout, est restée.

   Qu’il puisse y avoir encore des papes calamiteux, il serait totalement présomptueux de le nier.
Nous estimerions-nous meilleurs chrétiens que ceux des siècles passés pour avoir l’outrecuidance de penser que, en nos temps « modernes et éclairés », les papes catastrophiques appartiendraient à un passé lointain et définitivement révolu ?

   L’Eglise, malgré les crises, malgré les persécutions suscitées par ses ennemis, malgré les trahisons et les défections dans les rangs de ses fidèles, malgré les péchés de ses membres, depuis le bas jusqu’au plus haut de sa hiérarchie, se relève et marche ves la victoire finale, et c’est cela qui importe.
A côté de ses authentiques bons chrétiens et de ses saints, la Sainte Eglise de Dieu a eu et aura encore, et jusqu’à la fin des temps, de très lamentables pasteurs : des évêques et des papes médiocres, des évêques et des papes indignes, des évêques et des papes gravement pécheurs, des évêques et des papes calamiteux.
Mais, même s’ils font du mal – beaucoup de mal parfois – , nous ne cessons toutefois pas de croire et d’affirmer bien haut qu’aucun d’entre eux ne pourra arriver à détruire totalement l’Eglise.

   Des évêques, des cardinaux, des papes peuvent, à certains moments, ternir – et de manière tout à fait scandaleuse – , le rayonnement divin de l’Eglise, obscurcir temporairement sa lumière de vérité et sembler la mettre à la remorque des tristes modes humaines : je ne nie pas que cela soit douloureux, très douloureux, pour les vrais fidèles témoins de ce triste spectacle, mais au-delà du scandale et de la souffrance demeure la certitude absolue que le mal ne l’emportera pas : non praevalebunt ! (Matth. XVI, 18).

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

à suivre :
« Dix conseils pour survivre à un pape calamiteux et continuer à être catholique » > ici

Clefs de St Pierre

2016-11. Pèlerinage légitimiste pour le jubilé du Puy.

Jeudi 4 février 2016,
Fête de Sainte Jeanne de France (voir > ici).

       Cette fête de l’une des plus attachantes figures de sainteté de la Maison Capétienne, est l’occasion providentielle d’annoncer le Pèlerinage Légitimiste programmé au Puy-en-Velay les samedi 4 et dimanche 5 juin prochains, pour le Jubilé du Puy : un pèlerinage de « Grand Pardon » aux pieds de Notre-Dame, organisé conjointement par la Confrérie Royale et par l’Union des Cercles Légitimistes de France, dans les pas de nos Rois, et auquel nous invitons tous les amis du Refuge Notre-Dame de Compassion à participer, bien sûr, afin d’implorer la miséricorde et le secours de Dieu sur chacun de nous et sur la France !

panorama du Puy-en-Velay depuis le parvis du sanctuaire de Saint Joseph de Bon Espoir

Panorama de la ville du Puy-en-Velay depuis l’ouest.

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Pèlerinage jubilaire au Puy-en-Velay
de la
Confrérie Royale
et de l’
Union des Cercles Légitimistes de France

Samedi 4 & dimanche 5 juin 2016

1) Pourquoi un pèlerinage au Puy-en-Velay ?

   Selon la tradition admise par l’Eglise et crue par tous jusqu’aux temps du rationalisme et de l’hyper-critique historique, l’origine du sanctuaire du Puy-en-Velay remonte au premier siècle de notre ère, au temps des premiers évangélisateurs envoyés dans les Gaules par Saint Pierre.

A l’époque de Saint Georges, premier évêque du Velay (au milieu du premier siècle), la Très Sainte Vierge Marie apparut à une chrétienne très malade : elle lui enjoignit de se rendre sur le Mont Anis et de s’y coucher sur une grande pierre noire en forme d’autel, ce qu’elle fit. Sur cette pierre, la dame eut un songe et, selon les termes de l’ancienne chronique, entendit ces paroles : « Entre tous les lieux du monde, l’auguste Mère du Sauveur s’est choisie spécialement cet endroit pour y être servie et honorée jusqu’à la fin des siècles ; et afin que vous ne preniez pas ce que vous voyez pour un vain songe, sachez que la guérison que vous désirez vous est accordée. »
Saint Georges, averti par la femme effectivement guérie, vint au lieu du miracle et le trouva couvert d’une neige miraculeuse alors qu’on était au 11 juillet. Un cerf traça alors dans cette neige le périmètre d’un sanctuaire. Faute de moyens, Saint Georges ne put l’édifier mais il prit soin de faire planter sur ces limites dessinées par l’animal une haie d’aubépines.

   Il fallut attendre le début du IIIème siècle pour que les successeurs de Saint Georges puissent répondre à la demande de Notre-Dame et c’est une autre guérison miraculeuse qui en fut l’occasion : une chrétienne de Ceyssac – village proche du Puy – , paralysée, eut un songe dans lequel la Très Sainte Vierge lui demandait de se faire transporter sur le Mont Anis, à l’intérieur de l’enceinte sacrée délimitée jadis par Saint Georges, et de se faire déposer sur l’antique dalle noire. La dame de Ceyssac obtempéra et fut guérie à son tour. Elle eut alors, elle aussi, une manifestation de Notre-Dame entourée d’anges lui demandant d’aller trouver l’évêque, qui était Saint Vosy, et de lui demander la construction du sanctuaire que ses prédécesseurs n’avaient pu mener à bien.
Saint Vosy, comme autrefois Saint Georges, trouva lui aussi l’endroit couvert d’une neige miraculeuse : convaincu de l’authenticité des faits, il entreprit la construction du sanctuaire demandé par la Madone, puis d’y transporter son siège épiscopal.
Lorsque les travaux furent achevés et que vint le temps de procéder à la dédicace de cette nouvelle église, un nouveau miracle se produisit : ce furent les anges eux-mêmes qui en accomplirent les cérémonies de consécration (11 juillet 225), d’où le nom de « chambre angélique » qui fut donné à ce premier sanctuaire voulu par le Ciel (cet espace correspond aux deux travées orientales de l’actuelle cathédrale).

   En résumé, donc, la cathédrale du Puy est le lieu de la plus ancienne apparition connue de la Très Sainte Vierge Marie sur le sol de France : c’est un lieu que Notre-Dame a explicitement voulu pour y répandre ses grâces, et cette cathédrale appartient au très petit nombre des sanctuaires qui, à travers toute la Chrétienté, ont été consacrés par les Anges (tout comme Einsiedeln en Suisse ou le Mont Gargan dans le sud de l’Italie).

Pierre des fièvres & chapelle du Crucifix

Cathédrale du Puy : dans la chapelle du Saint Crucifix se trouve la « pierre des fièvres » ;
c’est sur cette dalle de pierre basaltique que Notre-Dame a opéré les miracles
et c’est autour d’elle qu’elle a voulu voir se développer son pèlerinage.

2) Est-il raisonnable aujourd’hui de croire à ces histoires merveilleuses ?

   Certes, l’Eglise ne vous oblige pas à y donner votre assentiment (comme elle n’oblige d’ailleurs personne à croire comme un « dogme de foi » les apparitions de la Vierge ou des Saints dont elle affirme cependant l’authenticité).
Mais cette tradition a été crue de manière unanime pendant des siècles, et en particulier aux âges où la foi était la plus florissante et la plus féconde. De très nombreux saints, des prélats, des papes, des souverains et des princes y ont cru, et c’est ce qui a motivé leur pèlerinage à Notre-Dame du Puy.
Cette tradition a commencé à être contestée et tenue pour une pieuse légende sans consistance à partir du « siècle des lumières ».
N’est-il pas préférable d’adhérer de toute notre âme à cette tradition, avec les saints, les Rois chrétiens et les Papes des siècles de foi, plutôt que de la mettre en doute avec les disciples de Voltaire ?

Façade de la cathédrale Notre-Dame de l'Annonciation

Façade de la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation du Puy-en-Velay
édifiée autour de la « pierre des fièvres » et consacrée par les Anges.

3) Pourquoi un jubilé au Puy ?

   Depuis des siècles, la Sainte Eglise notre Mère accorde à ses fidèles la grâce d’un jubilé spécial célébré à la cathédrale du Puy chaque fois que le Vendredi-Saint coïncide avec le 25 mars : c’est-à-dire chaque fois que coïncident l’anniversaire de l’Incarnation et celui de la Rédemption.

   Rappelons au passage que, en effet, selon la tradition la plus ancienne (et à rebours des calculs « modernes »), c’est à la date du vendredi 25 mars de l’an 33 de notre ère que Notre-Seigneur Jésus-Christ a souffert Sa Passion : en fait foi le martyrologe romain qui mentionne à la date du 25 mars le « dies natalis » (c’est-à-dire le jour de la mort, lequel a été le jour de sa naissance dans l’éternité bienheureuse) du Saint Bon Larron.

   Les anciennes traditions nous apprennent que le premier des jubilés du Puy aurait eu lieu en l’an 992, ce qui en fait le plus ancien des jubilés de la Chrétienté après celui de Rome.

   L’occurrence du 25 mars et du Vendredi-Saint peut se produire une ou deux fois par siècle, parfois trois.
Le dernier jubilé du Puy a été célébré en 2005. L’année 2016 est celle du 31 ème jubilé du Puy. Il faudra attendre ensuite l’année 2157 pour voir le 32 ème jubilé du Puy.
Jusqu’en 1524, les jubilés du Puy n’étaient célébrés que sur 24 h, dans la seule journée du Vendredi-Saint 25 mars.
En raison de l’affluence des pèlerins, les évêques du Puy obtinrent peu à peu du Saint-Siège une extension du jubilé sur une, puis sur deux semaines : ce fut le cas à partir du jubilé de 1622 et jusqu’au 29 ème jubilé, celui de 1932.
A l’occasion du 30 ème jubilé, en 2005, le Saint-Siège a accordé que le jubilé du Puy soit célébré à partir du 25 mars et jusqu’au 15 août. C’est aussi le cas en cette année 2016.
 

Statue de la Vierge Noire

Cathédrale du Puy : la statue de la Vierge Noire,
copie de celle qui a été brûlée le 8 juin 1794, couronnée au nom du Bx Pie IX le 8 juin 1856.

4) Quels liens unissent nos Rois à la cathédrale du Puy ?

   Les catholiques du XXIème siècle ont un peu de peine à imaginer que le pèlerinage du Puy-en-Velay a été pendant des siècles au moins aussi important que ne l’est de nos jours le pèlerinage de Lourdes.
On n’exagère pourtant pas lorsqu’on affirme que la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation du Puy figure parmi les plus anciens et les plus illustres de nos « sanctuaires nationaux ».

   Le pèlerinage du Bienheureux Charlemagne à la Vierge du Puy a été souvent cité, mais on ne peut cependant pas en apporter la preuve historique.
En revanche, depuis le Roi Raoul 1er (922-936) jusqu’à la fin de l’Ancien Régime l’historien peut attester d’une sollicitude particulière et continue de nos Souverains pour le sanctuaire du Puy, pour consolider le pouvoir de ses évêques, et pour octroyer des privilèges à la cité.

   Une vingtaine de nos Rois est venue en pèlerinage au Puy : parmi les plus célèbres on peut citer Philippe II Auguste, Louis VII, Saint Louis, Charles VII, Louis XI, Charles VIII et François Ier. Le dernier en date fut Monseigneur le Prince Alphonse de Bourbon (+ 1989), de jure Alphonse II, le 15 août 1979.

   Chaque fois qu’une souveraine se trouvait enceinte, des prières particulières étaient prescrites auprès de Notre-Dame du Puy, pour que la grossesse de la Reine et sa délivrance se passent bien.

   Enfin, n’oublions pas que parmi la foule immense des pèlerins du 25 mars 1429, accourue pour implorer le secours divin sur ce Royaume où il y avait alors « grande pitié », se trouvait Isabelle Romée, mère de Sainte Jeanne d’Arc. Nous le savons par des témoignages irréfragables : en particulier celui du Frère Jean Paquerel, moine augustin, qui devint confesseur et aumônier de la Pucelle. C’est lors du jubilé du Puy qu’il rencontra Isabelle Romée : la nouvelle de l’entrevue de Jeanne avec Charles VII à Chinon (juste 20 jours auparavant : le 6 mars 1429) commençait à se répandre dans tout le Royaume. Les pèlerins interrogeaient fébrilement la pieuse mère de la jeune fille, étaient touchés par son récit, étaient gagnés par une espérance surnaturelle. Frère Jean Paquerel partit rejoindre l’héroïne, et il ne la quittera plus jusqu’au moment de sa captivité…

   Il y aurait encore beaucoup à dire puisqu’il faudrait aussi raconter l’importance du Puy lors de la première croisade : le pape Urbain II y vint en pèlerin avant d’ouvrir le concile de Clermont et fit de l’évêque du Puy, Adhémar de Monteil, son légat au milieu des troupes chrétiennes.

Statue de St Louis

Cathédrale du Puy : statue de Saint Louis
(qui offrit au sanctuaire une épine de la Sainte Couronne, voir > ici)

5) Pourquoi irons-nous en pèlerinage au Puy les 4 et 5 juin prochains ?

   « Les hommes d’armes combattront et Dieu donnera la victoire » affirmait Sainte Jeanne d’Arc.
Dans le combat spirituel et politique de notre temps, parfois bien plus terrible que celui des champs de bataille, nous ne pouvons pas lutter efficacement ni espérer vaincre sans attendre de Dieu et les forces et la victoire. Et pour que Dieu donne la victoire, il faut d’abord la Lui demander : prier, supplier, implorer…
Voilà pourquoi la Confrérie Royale et l’UCLF s’associent pour proposer à leurs membres, à leurs adhérents et à leurs sympathisants, de se retrouver au Puy-en-Velay les 4 et 5 juin prochains pour une démarche jubilaire commune.

   Le pèlerinage jubilaire de la Confrérie Royale et de l’Union des Cercles Légitimistes de France doit être un moment privilégié de ferveur catholique et royale dans notre travail de reconquête spirituelle et politique du Royaume de France. Une reconquête qui passe nécessairement par l’effort de conversion et de sanctification – l’une et l’autre ne sont jamais achevées – de chacun de nous.
La grâce du jubilé, reçue au Puy, ne peut manquer d’être salutaire, stimulante et fortifiante, dans les combats qui nous attendent.

Statue de Ste Jeanne d'Arc

Cathédrale du Puy : statue de Sainte Jeanne d’Arc.

6) Que ferons nous au Puy-en-Velay les 4 et 5 juins prochains ?

   Les détails du programme de ce pèlerinage sont encore à préciser, mais nous pouvons déjà en donner les grandes lignes :
- Rassemblement au début de l’après-midi du samedi 4 juin ; après un temps d’enseignement nous accomplirons ensemble le parcours jubilaire qui s’achèvera par la Sainte Messe (selon le rite latin traditionnel), célébrée à 19 h dans la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation.
Le dimanche 5 juin au matin, nous aurons la Sainte Messe de la solennité du Sacré-Coeur (normalement dans l’église de Ceyssac, village où eut lieu la seconde apparition de Notre-Dame en l’an 350), suivie d’une « procession du vœu de Louis XVI » (pour accomplir le vœu du Souverain captif, voir > ici).
Nous prévoyons aussi la possibilité de monter à la chapelle Saint-Michel d’Aiguilhe (pour les personnes ayant de bonnes jambes), érigée au X ème siècle au sommet d’un neck volcanique, afin d’y placer la Confrérie Royale et l’UCLF sous la protection de l’archange victorieux.

Chapelle Saint-Michel d'Aiguilhe

La chapelle Saint-Michel édifiée au sommet du neck d’Aiguilhe au Xème siècle.

Note importante :

   L’organisation matérielle du pèlerinage (transport, covoiturage, repas du samedi soir, logement au Puy ou dans les environs proches) est à mettre en oeuvre dans les provinces par chaque président de Cercle et par des bénévoles.
Le Cercle Légitimiste du Vivarais Abbé Claude Allier, qui est géographiquement le plus proche du Puy, se propose de faciliter cette organisation en répondant aux questions (notamment pour ce qui concerne les possibilités d’hébergement) : vivarais.legitimiste@gmail.com
Nous pensons pouvoir organiser un repas en commun pour le déjeuner du dimanche 5 juin, mais, afin de le prévoir, il nous faut déjà avoir une idée au moins approximative du nombre de participants (un acompte sera ensuite demandé pour les inscriptions à ce repas).

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2016-10. Des adieux à la Crèche et de la Crèche blanche.

2 février,
Fête de la Chandeleur.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Conformément aux indications données par le Saint Evangile (cf. Luc II, 22-32), aujourd’hui 2 février, c’est-à-dire quarante jours après Noël (et l’on sait combien le chiffre quarante a une importance symbolique très riche dans les Saintes Ecritures), nous célébrons dans la joie la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie et la Présentation de Jésus au Temple, en accomplissement des rites prescrits par la loi mosaïque.
Au matin de ce jour donc, la Sainte Famille a quitté Bethléem pour monter à Jérusalem : le temps de la Crèche s’achève.

   Parmi les anciennes traditions malheureusement bien oubliées aujourd’hui, il y a celle des « adieux à la Crèche ».
Au matin du 2 février, les enfants du village – ou les enfants de chœur – se rassemblaient une dernière fois devant la Crèche de l’église, chantaient un dernier noël populaire, puis ils en retiraient les santons de l’Enfant Jésus, de la Sainte Vierge et de Saint Joseph qu’ils apportaient processionnellement à leur curé à l’entrée du sanctuaire ou sur les marches du maître-autel. Ainsi étaient figurés le départ de Bethléem et la venue de la Sainte Famille dans le Temple du Seigneur.

   Aussitôt après, parce qu’il n’était pas possible de la démonter et de la ranger à ce moment-là (car les Crèches n’étaient pas alors minimalistes comme elles le sont dans beaucoup d’églises de nos jours), on recouvrait la Crèche – ou au minimum la grotte-étable – d’un grand tissu blanc. Puis on plaçait par devant un tableau de la Présentation de Jésus au Temple.
Certaines paroisses possédaient même des santons spéciaux représentant tous les protagonistes de ce mystère : la Sainte Vierge portant l’Enfant Jésus dans ses bras, Saint Joseph avec les deux colombes, un prêtre du Temple, Syméon et la prophétesse Anne…

Le drap blanc dont on recouvrait la Crèche et qui servait de fond à cette représentation est à l’origine du nom qu’on lui donne : la Crèche blanche.

   La belle tradition de la Crèche blanche a subsisté de nos jours dans certaines paroisses de Provence et du Comtat Venaissin.
Toutefois j’ai appris avec un grand bonheur qu’en certains lieux, où la tradition était tombée entre les années 50 et 60 du précédent siècle, elle avait été récemment reprise avec enthousiasme par quelques prêtres zélés, pour la plus grande joie des plus fervents de leurs fidèles.
En certaines paroisses provençales, on laisse en place la Crèche blanche jusqu’au 9 février, c’est-à-dire tout le temps d’une octave.

Crèche blanche du Mesnil-Marie

La Crèche blanche du Mesnil-Marie.

   Au Mesnil-Marie, nous faisons nous aussi une Crèche blanche.
Pour le moment, après avoir retiré la Sainte Famille de l’étable et recouvert tout le décor de la Nativité d’un grand tissu blanc, nous devons nous contenter de disposer par devant une reproduction du très beau tableau de la Présentation de Jésus au Temple peint par Philippe de Champaigne (l’un de nos artistes de prédilection).

   Malgré des recherches longues et obstinées en effet, Frère Maximilien-Marie n’a pas encore trouvé tous les santons – de même style et de même taille que tous ceux que nous avons déjà dans notre Crèche – , qui nous permettraient de figurer ce beau et grand mystère du 2 février.
Comme vous pouvez le voir vous-mêmes sur les clichés ci-dessus et ci-dessous, nous ne possédons actuellement qu’un santon représentant un prêtre du Temple.
J’ai suggéré à notre Frère de le placer à côté du tableau.

Crèche blanche - prêtre du Temple

   Je dois vous avouer que cette suggestion n’était pas tout à fait dénuée d’intérêt, puisque je lui ai également demandé (avec une insistance hautement persuasive) qu’il « me » retire de l’étable avant qu’il ne la recouvre avec le tissu blanc, de sorte que je puisse moi aussi accompagner la Sainte Famille jusqu’au Temple de Jérusalem : vous n’ignorez pas en effet qu’il y a dans la Crèche du Mesnil-Marie un santon-chat qui me représente et qui est toujours placé tout près du Petit Jésus !

Crèche blanche - Lully

   Bon, maintenant je dois vous laisser : après les nourritures spirituelles, il faut aussi penser aux nourritures temporelles, et j’ai justement deux miens cousins à la mode de Bretagne – cela va de soi en ce jour – qui m’attendent en cuisine pour préparer les crêpes…

Bonne et belle fête de la Chandeleur à tous !

Lully.

chats et crèpes

2016-9. De Sainte Bathilde, Reine des Francs, que l’on fête le 30 janvier.

30 janvier,
Fête de Sainte Bathilde,
Mémoire de Sainte Martine,

Anniversaire de la mort de S.A.R. le Prince Alphonse de Bourbon (cf. > ici).

       Il y a des saints que nous aimons tout particulièrement au Mesnil-Marie.
A ce propos, permettez-moi d’ouvrir ici une parenthèse anecdotique amusante : un jour, dans une conversation qui roulait sur l’histoire de l’Eglise et la sainteté, à plusieurs reprises Frère Maximilien-Marie s’était exclamé à la mention de certains noms de saints : « L’une de mes saintes préférées ! » ou encore : « Un de  mes saints de prédilection ! ». Le bon père dominicain qui était son interlocuteur finit par lui rétorquer, dans un soupir : « Dites-nous plutôt quels sont les saints que vous ne préférez pas… La liste sera plus courte ! »

   Il y a donc, oui, des saints que nous aimons tout particulièrement au Mesnil-Marie.
Et Sainte Bathilde, dont le propre de France mentionne la fête à la date du 30 janvier, est de ce nombre.

Sainte Bathilde sur un vitrail de l'église Ste Radegonde à Poitiers

Sainte Bathilde représentée sur un vitrail de l’église Sainte Radegonde à Poitiers

   Anglo-Saxonne de naissance (elle était probablement née en 626 mais d’autres avancent la date de 630), Bathilde avait été emmenée en captivité et vendue comme esclave alors qu’elle était à peine adolescente. Elle avait été achetée par Archambaud (ou Erchinoald), Maire du palais de Clovis II, Roi de Neustrie et de Bourgogne. Clovis II était fils du fameux Roi Dagobert 1er et il n’avait que quatre ans à la mort de son père, en 629. 

   Bathilde gagna rapidement la faveur de tous, en raison de son charme, de sa beauté et de sa nature gracieuse et douce. Elle était aimée aussi bien de ses compagnes esclaves, envers lesquelles elle témoignait de nombreuses attentions telles que le nettoyage de leurs chaussures et de leurs vêtements, que de ses maîtres, si bien que lorsque Archambaud perdit son épouse, il résolut d’épouser la jeune esclave.
Bathilde, alarmée par cette perspective, se déguisa avec de vieux vêtements et des haillons, et se cacha le temps de se faire oublier.
Archambaud, p
ensant qu’elle s’était définitivement enfuie, épousa une autre femme. Lorsque Bathilde l’apprit, elle revint au palais pour reprendre son service, essuyant force moqueries parce qu’elle avait préféré la condition d’esclave à celle de princesse. 

   Elle attira toutefois l’attention du Roi Clovis II qui était à peine plus âgé qu’elle (il était né en 625), et qui l’épousa : en 649, la jeune esclave devint donc Reine des Francs. 
Elle donna à Clovis II cinq enfants, dont trois fils qui furent Rois après lui : Clotaire III (Roi de Neustrie et de Bourgogne), Childéric II (Roi d’Austrasie puis de tous les Francs après la mort de Clotaire III) et Thierry III (Roi de Neustrie et de Bourgogne à la mort de Clotaire III, rapidement détrôné par Childéric II, puis Roi de tous les Francs à la mort de Childéric II et de son cousin Dagobert II). 

Ste Bathilde statue dans les jardins du Palais du Luxembourg (Paris)

Sainte Bathilde : statue érigée dans les jardins du Palais du Luxembourg à Paris (détail).

   A la mort de son époux (survenue le 31 octobre 657, alors qu’il n’avait que 22 ans), Bathilde fut nommée régente pour son fils aîné, Clotaire III, Roi de Neustrie, qui n’avait que cinq ans. 
Elle gouverna avec compétence et sagesse pendant huit ans, s’attachant à réformer les abus et à rendre son peuple heureux, ayant pour principaux conseillers Saint Éloi, évêque de Noyon, et Saint Ouen, évêque de Rouen.

   N’oubliant jamais qu’elle avait été esclave, Bathilde usa en particulier de son pouvoir pour soulager ceux qui étaient en captivité. A cette époque, il n’était pas rare que les plus pauvres vendissent leurs propres enfants comme esclaves quand ils n’avaient plus de ressources. Bathilde réduisit les impôts, interdit l’achat d’esclaves chrétiens et la vente de sujets francs, et déclara que tout esclave qui mettait le pied dans le Royaume serait libre, dès cet instant. 

   Bathilde soutint le travail de l’Eglise de tout son pouvoir, tant en ce qui concerne l’évangélisation de ses peuples que dans les oeuvres d’instruction et de charité. Elle lutta contre la simonie et favorisa la vie religieuse : elle fonda deux abbayes royales – celles de Corbie et de Chelles – et soutenait de ses largesses les abbayes royales de Saint-Denys et de Saint-Martin de Tours, les abbayes de Jumièges, de Saint-Wandrille, de Jouarre, de Luxeuil… etc. et nombre d’autres établissements ecclésiastiques et sanctuaires.
Elle fonda et dota des hospices, n’hésitant pas à vendre ses propres bijoux pour venir en aide aux nécessiteux.
Sous son gouvernement enfin, des forêts furent défrichées afin de permettre l’extension des terres agricoles. 

Ste Bathilde près du lit mortuaire de St Eloi

Sainte Bathilde près du lit de mort de Saint Eloi (tableau du XVIIe siècle)

   Quand son fils, Clotaire III, fut en âge de gouverner, Bathilde se retira à l’abbaye royale de Chelles, qu’elle avait fondée dans la vallée de la Marne.
On raconte qu’elle eut par trois fois la vision de Saint Eloi, rappelé à Dieu peu de temps auparavant, qui lui enjoignait de quitter le siècle et de prendre le voile.
C’est de tout coeur qu’elle avait renoncé au monde et aux honneurs, aussi ne voulut-elle avoir aucun statut particulier dans la communauté, vivant l’humilité et la parfaite obéissance comme la dernière des moniales : « Il me semble que le plus grand bonheur qui me puisse arriver, c’est d’être foulée aux pieds de tout le monde », aurait-elle déclaré.

   Elle mourut à Chelles le 30 janvier 680.
A l’heure de rendre le dernier soupir, elle déclara qu’elle voyait une échelle partant de l’autel de la Sainte Vierge et dressée jusqu’au ciel, et que, sur celle-ci, elle se voyait elle-même montant en compagnie des anges.

Elle fut inhumée à Chelles, et non à Saint-Denis auprès de son époux Clovis II.

   Vénérée dès après sa mort, son culte fut promu par les abbesses de Chelles (nombre d’entre elles étaient de la famille royale), en particulier par Sainte Gisèle (+ 810), abbesse de Chelles et sœur de Saint Charlemagne.
Quoique ses reliques eussent déjà fait l’objet d’une élévation (ce qui, à cette époque, correspondait à peu de choses près à ce que nous appelons aujourd’hui une canonisation), présidée par l’évêque de Paris, et de translations, Sainte Bathilde fut définitivement canonisée par le pape Nicolas II, au Xe siècle.
Ses reliques furent protégées par les habitants de Chelles lors des pillages et profanations révolutionnaires, et nous ont donc été conservées.

Leonhard Beck 1480-1552 vision de Ste Bathilde

Vision de Sainte Bathilde (gravure de Leonhard Beck – XVe siècle)

Oraison propre de la Messe de Sainte Bathilde :

     O Dieu, qui avez enseigné à la Bienheureuse Bathilde à passer de tout son coeur de la grandeur du monde à l’humilité de la Croix, accordez-nous que, par son intercession et son exemple, nous apprenions à fouler aux pieds les délices périssables de la terre, et par l’embrassement de Votre Croix nous triomphions de tout ce qui nous est contraire.
O Vous qui vivez et régnez… etc.

Oraison de la fête de Ste Bathilde

2016-1. Où le Maître-Chat vous offre de pieuses étrennes pour la nouvelle année.

1er janvier,
Fête de la Circoncision de NSJC ;
Jour de l’an.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Après la prière pour le commencement de l’année nouvelle que j’ai publiée hier (cf. > ici), d’une manière un peu plus plaisante j’ai résolu de vous offrir aujourd’hui des étrennes…
… Etrennes qui ne consisteront pas en une enveloppe contenant un billet d’euros, ni en boites de chocolats ou de marrons glacés, mais en un trésor bien plus précieux que l’or et en délices bien plus savoureux que les plus exquises gourmandises, car ce sont des étrennes d’ordre spirituel.

   Depuis la Sainte Nuit de Noël, et pendant tout l’octave de la Nativité, nous n’avons rien eu à faire de mieux que de passer le plus de temps possible auprès de la Crèche, dans le recueillement et le silence.
Au jour de l’an, la fête de la Circoncision nous a redit de bien graves leçons au sujet de ce divin Enfant qui a été prénommé Jésus – Dieu sauve – , et, ce premier dimanche de janvier, la fête du Saint Nom de Jésus nous donne de méditer encore et d’approfondir l’inépuisable richesse des mystères contenus dans ces abaissements inouïs du Verbe de Dieu incarné…

   Mes étrennes - même si elles revêtent un aspect d’apparence plus plaisante, voire attendrissante -, sont tout-à-fait dans cette ligne : ce sont cinq petites images de dévotion, éditées jadis par un monastère de carmélites à l’adresse des enfants, que j’ai extraites de la collection d’images pieuses anciennes de Frère Maximilien-Marie.

   Le Fils de Dieu n’a pas dédaigné de se faire Lui-même petit enfant, alors vous ne prendrez sans doute point ombrage de ce que je vous considère tous comme des enfants en vous présentant ces images en guise d’étrennes.

   J’ai d’ailleurs pensé qu’ils étaient bien heureux, les enfants de naguère, auxquels de très grandes leçons inspirées par la Foi, l’Espérance et la Charité, étaient données à travers de simples images, qui, si elles sont charmantes, n’enseignent cependant pas autre chose que les voies de la générosité, du renoncement, du sacrifice… etc., qui sont les voies de l’authentique vie chrétienne.

   Mais j’arrête là mon « sermon » et je vous laisse méditer… et tirer les leçons pratiques pour chacune de vos vies, cachées dans mes modestes étrennes.

Lully.

Leçons de l'Enfant Jésus 1

Leçons de l'Enfant Jésus 2

Leçons de l'Enfant Jésus 3

Leçons de l'Enfant Jésus 4

Leçons de l'Enfant Jésus 5

Chatons de noël

2015-108. De l’anniversaire de la canonisation de Saint Charlemagne et de la séquence « Urbs Aquensis » en son honneur.

- 29 décembre 1165 -

Charlemagne trésor d'aix la chapelle détail de la chasse 1215 orfèvre rhénan anonyme

Trésor de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle : le Bienheureux Charlemagne
(détail de l’un des reliquaires – bronze doré 1215)

       C’est aujourd’hui, 29 décembre, l’anniversaire de la cérémonie de canonisation du Bienheureux Charlemagne (rappelons qu’à cette époque on ne faisait pas encore de différence entre les « bienheureux » et les « saints »), qui fut célébrée à Aix-la-Chapelle le 29 décembre 1165.

   Je n’ai aucune envie de redire ici ce que j’ai déjà eu l’occasion d’écrire à ce sujet le 28 janvier 2014 à l’occasion du douzième centenaire de la mort du grand Roi des Francs et Empereur (cf. > ici), même si quelques « catho-hyper-coincés » – qui s’estiment sans doute mieux inspirés que le pape Benoît XIV (1740-1758) qui trancha pourtant la question, au terme d’une polémique de plusieurs siècles – continuent à nous faire grief de conserver et de défendre le culte liturgique du Bienheureux Charlemagne.

   Justement, dans un premier temps, la fête de la translation de Saint Charlemagne (on entend par « translation » l’acte de transporter des reliques d’un lieu à un autre, en l’occurrence il s’agissait ici de la cérémonie au cours de laquelle on retira ses restes du tombeau pour les déposer dans une chasse et les exposer à la vénération des fidèles, le 29 décembre 1165) fut célébrée avec plus d’éclat que son dies natalis (le jour anniversaire de sa mort, c’est-à-dire le 28 janvier).
Ce n’est qu’après 1215 que la fête de Saint Charlemagne au 28 janvier supplanta en solennité l’anniversaire du 29 décembre.

   C’est du temps où la principale fête du saint roi et empereur était donc celle du 29 décembre que date la séquence « Urbs Aquensis », dont je publie aujourd’hui, à l’occasion de ce huit-cent-cinquantième anniversaire, le texte latin et la traduction ci-dessous.

   Cette pièce constitue l’un des plus anciens témoins qui soient parvenus jusqu’à nous de la liturgie de Saint Charlemagne.
D’Aix-la-Chapelle pour laquelle elle avait été composée, cette prose se répandit assez rapidement dans tout l’empire (parfois avec des adaptations : des villes qui avaient été elles aussi des résidences impériales substituant leur nom à celui d’Aix à la première ligne).
Abandonné au XIXème siècle, l’usage de cette séquence a été rétabli à Aix-la-Chapelle en 1931 (on en trouvera la partition sur le site de la Schola Sainte-Cécile > ici), et on peut l’entendre jouer à l’orgue ci-dessous

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   Au temps de la guerre de cent ans, Sainte Jeanne d’Arc voyait Saint Louis et Saint Charlemagne à genoux devant le trône de Dieu, Le suppliant pour la France et pour son Roi légitime.
Ainsi donc de même, en nos temps troublés et malheureux, recourrons avec ferveur à l’intercession du saint empereur pour que Dieu délivre la France et l’Europe des grands maux dont elles sont menacées…

Lully.

Armoiries de Charlemagne

Urbs Aquensis, urbs regalis,
Regni sedes principalis,
Prima regni curia,
Cité d’Aix, cité royale,
Siège principal de la royauté,
Palais préféré de nos princes,
Regi regum pange laudes
Quae de magni regis gaudes
Caroli praesentia.
du Roi des rois chante la louange,
en ce jour où tu te réjouis de la fête
du grand roi Charles.
Iste coetus psallat laetus,
Psallat chorus hic sonorus
Vocali concordia.
Que notre chœur chante dans l’allégresse, que le clergé fasse entendre le mélodieux accord des voix.
At dum manus operatur
Bonum, quod cor meditatur,
Dulcis est psalmodia.
Quand la main est occupée aux bonnes œuvres, ce que le cœur médite
est une douce psalmodie.
Hac in die duo festa
Magni regis magna gesta
Recolat Ecclesia.
En ce double jour de fête,
que l’Église honore
la grande geste du grand roi.
Reges terrae et omnes populi
Omnes simul plaudant et singuli
Celebri laetitia.
Que les rois de la terre et tous les peuples applaudissent ensemble et fassent entendre un unique concert joyeux.
Hic est Christi miles fortis
Et invictae dux cohortis
Decem sternit millia.
C’est ici le fort soldat du Christ,
et le chef de l’invincible cohorte
qui en renverse dix mille.
Terram purgat lolio
Atque metis gladio
Ex messe zizania.
Il purge la terre de l’ivraie,
et de son glaive il affranchit la moisson
en extirpant l’ivraie.
Hic est magnus imperator,
Boni fructus bonus sator
Et prudens agricola.
C’est là le grand Empereur,
bon semeur d’une bonne semence
et prudent cultivateur.
Infideles hic convertit
Fana, deos, hic evertit
Et confregit idola.
Il convertit les infidèles,
il renverse temples et dieux,
et il brise les idoles.
Hic superbos domat reges,
Hic regnare santas leges
Fecit cum justitia.
Il dompte les rois superbes,
il fait régner les saintes lois
avec la justice.
Quam tuetur sine fine
Ut et justus, sed nec sine
Sit misericordia.
Les yeux sans cesse fixés sur elle,
De sorte qu’en étant juste, il ne soit
Cependant pas sans miséricorde.
Oleo laetitiae unctus dono gratiae
Ceteris prae regibus, cum corona gloriae
Majestatis regiae, insignitur fascibus.
Il est sacré de l’huile de liesse, par un don de grâce, plus que tous les autres rois.
Avec la couronne de gloire, il reçoit les insignes de l’Impériale Majesté.
O Rex mundi triumphator,
Jesu Christi conregator,
Sit pro nobis exorator,
Sancte Pater Carole,
Ô Roi triomphateur du monde,
toi qui règnes avec Jésus-Christ,
sois pour nous un intercesseur,
ô Charles, notre père saint !
Emundati a peccatis,
Ut in regno claritatis
Nos, plebs tua, cum beatis
Caeli simus incolae.
Afin que, purs de tout péché,
dans le royaume de la lumière,
nous, ton peuple, avec les bienheureux
Nous soyons habitants du Ciel.
Stella maris, ô Maria,
Mundi salus, vitae via,
Vacillantum rege gressus
Et ad Regem des accessus
In perenni gloria.
Étoile de la mer, ô Marie,
salut du monde, voie de la vie,
dirige nos pas vacillants
et donne-nous accès auprès du Roi
dans la gloire sans fin.
Christe, splendor Dei Patris,
Incorruptae Fili Matris,
Per hunc sanctum, cujus festa
Celebramus, nobis praesta
Sempiterna gaudia.
Ô Christ, splendeur de Dieu le Père,
fils d’une Mère sans tache,
par ce Saint dont nous célébrons la fête, daigne nous accorder
l’éternelle joie.
Amen. Ainsi soit-il !

* * * * * * *

Aix-la-Chapelle, cathédrale

Aix-la-Chapelle : la cathédrale

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