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2014-66. Des fêtes de précepte dans l’Eglise universelle et en France.

       Savez-vous, chers Amis, quelles sont les fêtes liturgiques qui, selon le code de droit canonique actuellement en vigueur, sont – pour toute l’Eglise catholique – des fêtes de précepte (dites aussi fêtes d’obligation), c’est-à-dire des fêtes auxquelles les fidèles sont tenus, par une obligation grave (c’est-à-dire sous peine de péché), de participer à la Messe et de s’abstenir de travaux serviles comme pour les dimanches ?

   Beaucoup d’entre vous  me diront sans doute : Noël, l’Ascension, l’Assomption et la Toussaint.
Ce sont en effet les quatre fêtes dont la célébration n’est pas fixée à un dimanche et qui sont actuellement chômées en France.
Néanmoins, si cette réponse est juste, elle est loin d’être complète car, depuis 1802, le nombre des fêtes de précepte en France est inférieur à celui qui est normalement en vigueur dans toute l’Eglise, et ma question était : « Quelles sont les fêtes liturgiques qui, selon le code de droit canonique actuellement en vigueur, sont – pour toute l’Eglise catholique – des fêtes de précepte ? »

   Jugez-en par vous-mêmes :
Selon le canon 1246, § 1 « Le dimanche où, de par la tradition apostolique, est célébré le mystère pascal doit être observé dans l’Eglise tout entière comme le principal jour de fête de précepte. Et de même doivent être observés les jours de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de l’Epiphanie,  de l’Ascension et du Très Saint Corps et Sang du Christ, le jour de Sainte Marie Mère de Dieu, de son Immaculée Conception et de son Assomption, de saint Joseph, des saints Apôtres Pierre et Paul et enfin de tous les Saints. »

   Dans le code de droit canonique de 1917, précédemment en vigueur, sous le numéro 1247 § 1, la liste des fêtes de précepte pour l’Eglise universelle était rigoureusement la même, si ce n’est que « le jour de Sainte Marie Mère de Dieu », c’est-à-dire le 1er janvier où dans le calendrier liturgique issu de la réforme de 1969 a été placée cette célébration en l’honneur de la Maternité divine de Notre-Dame, y était appelé « fête de la Circoncision de Notre-Seigneur » conformément au calendrier liturgique antérieur.

Les fêtes de précepte qui doivent être sanctifiées par l’assistance à la Messe et l’abstention de tout travail servile sont donc au nombre de dix pour l’Eglise universelle, et – avec seulement la différence de dénomination pour celle du 1er janvier – elles correspondent aux mêmes dates dans les calendriers liturgiques de l’une ou l’autre formes du rite romain :

1  - le 25 décembre : Noël.
2  - le 1er janvier : Circoncision ou Sainte Marie Mère de Dieu.
3  - le 6 janvier : Epiphanie.
4  - le 19 mars : Saint Joseph.
5  - le jeudi de l’Ascension (quarante jours après le dimanche de Pâques).
6  - le jeudi de la Fête du Saint-Sacrement (Fête-Dieu), soit le jeudi qui suit le dimanche de la Très Sainte Trinité.
7  - le 29 juin : fête des Saints Pierre et Paul.
8  - le 15 août : Assomption de Notre-Dame.
9  - le 1er novembre : Toussaint.
10 – le 8 décembre : Immaculée Conception.

   Ajoutons à cela qu’il existe des fêtes de précepte locales, particulières aux diocèses, aux Congrégations et aux paroisses, qui sont :

- la fête du saint Patron du diocèse,
- celle(s) du ou des saint(s) Patron(s) de la paroisse,
- l’anniversaire de la dédicace de la cathédrale et de
- la fête de dédicace de l’église paroissiale (si elle est consacrée),
- dans les Congrégations, la fête du ou des saint(s) Fondateur (s) et des saints patrons de la Congrégation et du monastère ou couvent où l’on se trouve…

   Le second paragraphe du canon 1246 du code de droit canonique actuellement en vigueur précise néanmoins :
« Cependant, la conférence des Evêques peut, avec l’approbation préalable du Saint-Siège, supprimer certaines fêtes de précepte ou les reporter au dimanche. »

   De fait, avec cet accord préalable du Saint-Siège, les conférences épiscopales – poussées par des nécessités que nous pouvons qualifier de politiques, puisque c’est souvent sous la contrainte de gouvernements de plus en plus laïcistes qui ne veulent plus accorder que ces jours de fêtes religieuses soient chômés – ont supprimé ou reporté au dimanche certaines fêtes de précepte.

   En France, à la suite du concordat signé entre le Saint-Siège et le premier consul Bonaparte en 1801, le cardinal Jean-Baptiste Caprara, légat a latere du pape Pie VII auprès du gouvernement français pour la négociation du dit concordat, promulgua, le 9 avril 1802, un « Indult pour la réduction des fêtes » qui – compte-tenu de la diminution des fêtes religieuses chômées imposée par la république (par exemple avant la révolution, la plupart des fêtes « de première classe », comme l’Annonciation, mais aussi la Saint Louis et la Saint Etienne, les Jeudi et Vendredi Saints, ainsi que toutes les fêtes des Apôtres étaient obligatoirement chômées) – règle cette question pratique des fêtes de précepte. 
Ce « décret Caprara », ainsi qu’il est couramment appelé, est toujours en vigueur actuellement. Nous lisons en effet dans le Bulletin Officiel de la Conférence des Evêques de France n°30, en date du 28 janvier 1986 : « La conférence des évêques maintient le statu quo pour les fêtes d’obligation en France, en vigueur depuis le décret du cardinal Caprara en 1802 ».

   Donc, en attendant le jour où un régime plus respectueux des fêtes de l’Eglise permettra qu’elles soient à nouveau chômées, il faut célébrer le dimanche des « solennités reportées » pour les fêtes de l’Epiphanie, de la Fête-Dieu, des saints Apôtres Pierre et Paul, des saints Patrons du diocèse et de la paroisse, et de la dédicace.

   Pour ce qui est du 1er janvier, bien qu’il soit férié en France, je suis toujours étonné que les évêques et les prêtres ne rappellent cependant plus, aujourd’hui, qu’il s’agit d’une fête de précepte.
Quant au 19 mars et au 8 décembre, il n’y a guère que dans les communautés religieuses traditionnelles qu’on y applique la règle des fêtes de précepte ; ailleurs ce ne sont que des fêtes de dévotion plus ou moins marquées…

   Voici le texte de cet « Indult pour la réduction des fêtes » que je recopie intégralement ci-dessous, parce que j’ai eu moi-même du mal à le trouver en entier et que j’ai pensé qu’il serait peut-être utile ou agréable à certains d’entre vous de le connaître :

       « Nous, Jean-Baptiste Caprara, Cardinal-Prêtre de la sainte Eglise Romaine, du titre de Saint-Onuphre, Archevêque, Evêque d’Iesi, Légat a latere de notre très-saint Père le Pape Pie VII, et du S.Siège Apostolique, auprès du premier Consul de la République française.

   Le devoir du Siège Apostolique qui a été chargé par Notre-Seigneur Jésus-Christ du soin de toutes les Eglises, est de modérer l’observance de la discipline ecclésiastique avec tant de douceur et de sagesse, qu’elle puisse convenir aux différentes circonstances des temps et des lieux. Notre très-saint Père le Pape Pie VII, par la divine Providence, souverain Pontife, avait devant les yeux ce devoir, lorsqu’il a mis au nombre des soins qui l’occupent à l’égard de l’Eglise de France, celui de réfléchir sur ce qu’il devait statuer touchant la célébration des fêtes dans ce nouvel ordre des choses. Sa Sainteté savait parfaitement que dans la vaste étendue des pays qu’embrasse le territoire de la République française, on n’avait pas suivi partout les mêmes coutumes ; mais que dans les divers diocèses, des jours de fêtes différents avaient été observés. Sa Sainteté observait de plus que les peuples soumis au Gouvernement de la même République, avaient le plus grand besoin, après tant d’événements et tant de guerres, de réparer les pertes qu’ils avaient faites pour le commerce et pour les autres choses nécessaires à la vie, ce qui devenait difficile par l’interdiction du travail aux jours de fêtes, si le nombre de ces jours n’était diminué. Enfin elle voyait, et ce n’était point sans une grande douleur, elle voyait que, dans ce pays, les fêtes jusqu’à ce jour n’avaient pas été observées partout avec la même piété ; d’où il résultait en plusieurs lieux un grave scandale pour les âmes pieuses et fidèles.

   Après avoir examiné et pesé mûrement toutes ces choses, il a paru qu’il serait avantageux pour le bien de la Religion et de l’Etat, de fixer un certain nombre de jours de fêtes, le plus petit possible, qui seraient gardées dans tout le territoire de la République, de manière que tous ceux qui sont régis par les mêmes lois fussent également soumis partout à la même discipline ; que la réduction de ces jours vint au secours d’un grand nombre de personnes, et que l’observation des fêtes conservées en devint plus facile.
En conséquence, et en même temps pour se rendre aux désirs et aux demandes du premier Consul de la République à cet égard, Sa Sainteté nous a enjoint, en notre qualité de son Légat a latere, de déclarer, en vertu de la plénitude de la puissance apostolique, que le nombre des jours de fêtes, autres que les dimanches, sera réduit aux jours marqués dans le tableau que nous mettons au bas de cet Indult, de manière qu’à l’avenir, tous les habitants de la même République soient censés exempts, et que réellement ils soient entièrement déliés, non seulement de l’obligation d’entendre la Messe, et de s’abstenir des oeuvres servils aux autres jours de fêtes, mais encore de l’obligation du jeûne aux veilles de ces mêmes jours. Elle a voulu cependant que dans aucune église rien ne fut innové dans l’ordre et le rit des offices et des cérémonies qu’on avait coutume d’observer aux fêtes maintenant supprimées et aux veilles qui les précèdent, mais que tout soit entièrement fait comme on a eu coutume de faire jusqu’au moment présent, exceptant néanmoins la fête de l’Epiphanie de Notre-Seigneur, la Fête-Dieu, celle des Apôtres Saint Pierre et Saint Paul, et celle des Saints Patrons de chaque diocèse et de chaque paroisse, qui se célèbreront partout le dimanche le plus proche de chaque Fête.

   En l’honneur des saints Apôtres et des saints Martyrs, Sa Sainteté ordonne que dans la récitation, soit publique, soit privée des heures canoniales, tous ceux qui sont obligés à l’office divin, soient tenus de faire dans la solennité des Apôtres saint Pierre et saint Paul, mémoire de tous les saints Apôtres, et dans la fête de saint Etienne, premier martyr, mémoire de tous les saints Martyrs ; on fera aussi ces mémoires dans toutes les messes qui se célébreront ces jours-là.

   Sa Sainteté ordonne encore que l’anniversaire de la Dédicace de tous les temples, érigés sur le territoire de la République, soit célébré dans toutes les églises de France, le dimanche qui suivra immédiatement l’octave de la Toussaint.

   Quoiqu’il fut convenable de laisser subsister l’obligation d’entendre la messe aux jours des fêtes qui viennent d’être supprimées, néanmoins Sa Sainteté, afin de donner de plus en plus de témoignages de sa condescendance envers la Nation française, se contente d’exhorter ceux principalement qui ne sont point obligés de vivre du travail des mains, à ne pas négliger d’assister ces jours-là au saint sacrifice de la messe.
Enfin, Sa Sainteté attend de la religion et de la piété des Français, que plus le nombre des jours de fêtes et des jours de jeûnes sera diminué, plus ils observeront avec soin, zèle et ferveur, le petit nombre de ceux qui restent, rappelant sans cesse dans leur esprit, que celui-là est indigne du nom chrétien, qui ne garde pas comme il le doit les commandements de Jésus-Christ et de son Eglise ; car, comme l’enseigne l’Apôtre saint Jean : Quiconque dit qu’il connaît Dieu, et n’observe pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n’est pas en lui.

   Les jours de fête qui seront célébrés en France, outre les dimanches, sont :
La Naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
L’Ascension.
L’Assomption de la Très Sainte Vierge.
La fête de tous les Saints.

Donné à Paris, en la maison de notre résidence, ce jourd’hui 9 avril 1802.

J.B. card. Caprara, Légat.
J.A. Sala, Secrétaire de la Légation Apostolique.

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2014-65. De quelques célébrations ou anniversaires liés à la date du 30 juin.

Lundi 30 juin 2014,
fête de Saint Martial.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Alors que dans le calendrier de l’Eglise universelle cette date du 30 juin est marquée par la commémoraison de Saint Paul (selon le missel traditionnel bien sûr), alors que l’Eglise diocésaine de Viviers célèbre en ce jour la fête de Saint Ostian - orthographié aussi Ostien ou Hostien – , un saint prêtre qui eut un apostolat missionnaire dans les campagnes des diocèses de Viviers et du Puy au VIe siècle et qui est le patron principal de la cité épiscopale de Viviers, pour nous ce jour est celui de la fête de Saint Martial, titulaire de notre église paroissiale depuis plus de mille ans et céleste protecteur du village sur le territoire duquel est sis notre Mesnil-Marie : c’est donc chez nous une fête double de première classe avec octave commune !

Cette fête liturgique se double d’un anniversaire.
En effet, l
a divine Providence – puisqu’il n’y a eu en cela aucun calcul humain – a disposé les choses de telle sorte que, il y a six ans (le 30 juin 2008), achevant nos déménagements, c‘est le jour de la fête de Saint Martial que le Refuge Notre-Dame de Compassion a été établi de manière stable en ce village de Saint-Martial (voir aussi > ici) : admirable clin-Dieu !

Vitrail de Saint Martial à la cathédrale Saint-Etienne de Sens

Saint Martial
(vitrail de la cathédrale Saint-Etienne de Sens)

Le culte de Saint Martial fut jadis extrêmement développé dans les Gaules et dans la France médiévale, au point que Jean XIX, pape de 1024 à 1032, avait élevé sa fête au même rang que celles des Apôtres.
L’Aquitaine et le Limousin vénèrent Saint Martial comme leur premier évangélisateur ; et, à Limoges même dont il fut le premier évêque, son tombeau devint un lieu de pèlerinage au-dessus duquel fut ensuite élevée une célèbre abbaye, qui constituait une étape sur l’un des chemins de Compostelle. Cette abbaye était également un foyer culturel et artistique de tout premier ordre.

La légende (il faut prendre ce mot dans son sens originel et non dans le sens de récit sans consistance historique) nous dit de Saint Martial qu’il est le petit enfant que Notre-Seigneur a donné en exemple aux Apôtres (cf. Matth. XVIII, 3) ainsi que le jeune garçon qui portait avec lui les cinq pains d’orge et les deux poissons que Jésus multiplia dans le désert (cf. Jean VI, 5-14).
Devenu adulte et ordonné prêtre puis évêque par Saint Pierre lui-même, il fut missionné par ce dernier pour évangéliser les Gaules, accomplissant de grands miracles – notamment une résurrection grâce au bâton que lui avait remis le Prince des Apôtres – et de nombreuses conversions : cette légende a été merveilleusement illustrée par les fresques commandées par le pape Clément VI (qui était limousin) à Matteo Giovanetti, en 1344-1345, pour la chapelle Saint-Martial du palais des Papes, en Avignon.
L’apostolicité de Saint Martial, âprement défendue par les moines de l’abbaye Saint-Martial de Limoges à partir du IXe siècle (et par laquelle s’explique en grande partie la popularité et le rayonnement de son culte), est contestée de nos jours, même si elle a été encore affirmée de manière péremptoire par la Sacrée Congrégation des Rites en 1845 (pour lire l’intégralité de la notice biographique de Saint Martial extraite des Petits Bollandistes, aller > ici).

Les fouilles archéologiques réalisées dans la seconde moitié du XXe siècle à l’emplacement de l’abbaye de Saint-Martial ont permis d’en retrouver la crypte ainsi que le sarcophage qui avait contenu le corps du saint évêque.

Nous sommes très heureux et fiers d’avoir pour céleste protecteur du territoire sur lequel est implanté notre Mesnil-Marie l’un des premiers évangélisateurs de ce qui deviendra la France, et un saint dont le culte fut à la source d’un intense mouvement culturel et artistique.

Inscription lapidaire du tombeau de St Martial au musée des beaux arts de Limoges

« Martialis Apotolus Christi : Martial Apôtre du Christ »
Inscription lapidaire du tombeau de Saint Martial,
exposée au Musée des Beaux-Arts de Limoges.

En ce même jour, nous commémorons la pieuse mémoire d’un saint prêtre natif de cette paroisse de Saint-Martial, qui fut un confesseur de la foi pendant la grande révolution à laquelle il survécut, et qui rendit son âme à Dieu le 30 juin 1837 : voici le texte complet de la notice nécrologique que nous avons découverte à son sujet dans « l’Ami de la Religion et du Roi » (année 1837 – cf. > ici) et dont nous conservons la savoureuse graphie originelle :

« M. François Régis Venard aumônier des religieuses de Sainte Claire à Lyon est mort le 30 juin à l’âge de 87 ans. Né en 1750 à Saint Martial, diocèse de Viviers, il étoit aumônier à l’Hôtel-Dieu de Lyon au commencement de la révolution. Il rendit des services pendant le siège en 1793 et, après la prise de la ville, il erra dans les campagnes du Beaujolois prenant toute sorte de déguisemens et portant ainsi les secours de son ministère. Il échappa à tous les périls par son adresse et surtout par la protection de la providence et il en racontoit des traits touchans. Après le concordat il occupa successivement deux cures dans l’arrondissement où il avoit été caché. On le redemanda ensuite à l’Hôtel-Dieu, et il n’en est sorti que pour diriger les religieuses de Sainte Claire. C’étoit un prêtre estimable, doux, pieux, modeste qui méritoit d’avoir des amis par la franchise de son caractère et la sûreté de son commerce. »

Nous tenons beaucoup à maintenir la mémoire de ces courageux ecclésiastiques, martyrs ou confesseurs de la foi, dont nous retrouvons les traces ou les mentions lors de nos études et recherches historiques en lien avec ce petit pays où nous vivons, et qui sont malheureusement tombés dans l’oubli des générations actuelles.
Nous sommes convaincus que même s’ils ne font pas l’objet d’enquêtes canoniques et de cérémonies de béatification, ils sont néanmoins grands et glorieux aux yeux du Souverain Seigneur (peut-être même plus grands et glorieux que certains « saints » récemment élevés sur les autels !) et que – au jour du grand jugement et pour l’éternité – ayant été éprouvés comme l’or au milieu de la fournaise, et reçus comme une hostie d’holocauste, ils brilleront comme des étincelles dans un lieu planté de roseaux (cf. Sag. III, 5-7). 

L’exemple et l’intercession des saints, l’exemple et l’intercession des héros chrétiens demeurent pour nous, dès maintenant et pour les grandes épreuves à venir, une lumière et une force dans cette crise terrible qui désole et ravage la Sainte Eglise, envahie par l’esprit du monde, gangrenée par les idées de la révolution, et pervertie par le venin du modernisme… jusqu’à son autorité suprême.

pattes de chatLully.

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 30 juin, 2014 |1 Commentaire »

2014-64. « Paul est là pour seconder nos efforts, et Pierre pour ouvrir les portes de l’éternel séjour. »

François Perrier les adieux de Saint Pierre et Saint Paul - 1647-50 musée de Rennes

François Perrier, dit Le Bourguignon : St Pierre et St Paul se disant au revoir en partant pour le martyre
(1647-1650 , musée de Rennes)

Sermon
de

notre glorieux Père Saint Augustin

sur
le martyre des Saints Apôtres Pierre et Paul :

§ 1. Contraste entre la vocation de saint Pierre et celle de saint Paul.

   Avec la grâce de Dieu, nous célébrons aujourd’hui le martyre de saint Pierre et de saint Paul ; le monde entier solennise aujourd’hui leur mémoire, les unissant dans les mêmes cantiques, comme ils ont été unis par une même foi et couronnés par un même triomphe. C’est la fête de Paul ; et, tous le proclament, c’est aussi la fête de Pierre. Comment garder le silence sur Pierre, quand on se rappelle avec quelle fermeté il a refoulé la rage de Simon le Magicien, lui a enseigné la saine doctrine et a confondu son orgueil ? [voir note en bas de page]. Par leur trépas glorieux, ces deux Apôtres ont prouvé combien la mort des saints est précieuse devant Dieu. Paul est un vase d’élection, Pierre tient les clefs de la maison du Seigneur ; l’un était pêcheur, l’autre a été persécuteur. Paul a été frappé d’aveuglement, afin de mieux voir ; Pierre a renié, afin de croire. Paul, embrassant la foi de Jésus-Christ après la résurrection de l’Eglise, s’est montré le disciple d’autant plus glorieux de la vérité, qu’il avait été plus obstiné dans son erreur. Pierre pêcheur n’a pas déposé ses filets, mais les a changés, parce qu’honoré le premier du sacerdoce, il préféra désormais les sources à la mer, et chercha les poissons, non pas pour les détruire, mais pour les purifier. Tous deux furent heureux dans l’administration de la doctrine, mais la mort les confirma dans un bonheur plus grand encore. Sur la-terre, la gloire n’est qu’en désir ; au ciel, elle a toute sa réalité. Sur la terre, les tribulations se succèdent, la mort met les saints en possession de la véritable grandeur. La voix de ces Apôtres se fait entendre jusqu’aux confins de la terre. Partout s’élève en leur faveur un concert de louanges ; partout la voix des fidèles redit la magnificence de leur triomphe.

§ 2. Interprétation mystique des circonstances de leur martyre.

   Comment appeler morts des hommes dont la foi est un principe de vie et de résurrection pour le monde entier ? Pour arriver au glorieux séjour de l’éternelle lumière, que personne n’hésite à se confier en toute assurance à la direction de ces illustres docteurs ; à leur suite la conquête du ciel n’est plus impossible. Paul est là pour seconder nos efforts, et Pierre pour ouvrir les portes de l’éternel séjour. Du reste, il ne peut que nous être utile de rappeler le glorieux martyre de ces Apôtres. Paul fut décapité, Pierre fut crucifié la tête en bas. Ce genre de mort est plein de mystère. Il convenait que Paul eût la tête tranchée, parce qu’il est pour les Gentils le chef ou la tête de la foi. Pierre avait reconnu que Jésus-Christ est la tête de l’homme, et comme Jésus-Christ était alors assis dans sa gloire, Pierre lui présenta d’abord sa tête, que les pieds devaient suivre, afin que dans ce nouveau genre de martyre, pendant que les pieds et les mains étaient enchaînés, la tête pût prier et prendre le chemin du ciel. Je ne suis pas digne, disait Pierre, d’être crucifié comme mon Seigneur. Par ce langage il ne refusait pas le martyre, mais il craignait de s’approprier le genre de mort du Sauveur, et ne se trouvait digne que de honte et de châtiment. Bienheureux Pierre, quand nous vous voyons suspendu à la croix, combien vous l’emportez à nos yeux sur le Magicien aspirant à prendre son vol dans les airs ! Il ne s’élève que pour tomber plus profondément, tandis que vous n’inclinez votre tête vers la terre que pour posséder le ciel après votre mort, par la grâce de Jésus-Christ qui vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Tiare et clefs

Note :
Saint Augustin fait ici allusion à la très ancienne tradition, bien connue des chrétiens des premiers siècles et du Moyen-Age mais bien oubliée aujourd’hui, qui nous rapporte que Simon le Magicien – personnage que l’on trouve dans les Actes des Apôtres (VIII, 4-25) – est venu à Rome et que, possédé par le diable, il a tenté de séduire les foules par des prodiges pour les détourner de la prédication des Apôtres. Il s’est notamment élevé dans les airs, mais, à la prière de Saint Pierre a été précipité à terre. C’est de lui que vient le nom « simonie » qui désigne le péché consistant à monnayer les charges ecclésiastiques et à faire du commerce avec des choses bénites ou consacrées. 

Deux prières de Sainte Marguerite-Marie au Sacré-Cœur de Jésus :

Vitrail de la chapelle du Sacré-Coeur église de Bagnères de Luchon

Vitrail de la chapelle du Sacré-Coeur dans l’église de Bagnères de Luchon

   « O Cœur divin, qui nous avez montré sur la Croix l’excès de votre amour et de votre miséricorde en Vous laissant ouvrir pour donner une entrée aux nôtres, recevez-les donc maintenant en les attirant par les liens de votre ardente charité, pour les consommer par la véhémence de votre amour.

O Cœur très libéral, soyez tout notre trésor et notre seule suffisance.
O Cœur très aimant et très désirable, apprenez-nous à Vous aimer et à ne désirer que Vous.
O Cœur très favorable et qui prenez tant de plaisir de nous faire du bien, faites-moi celui d’acquitter ma dette envers la divine justice.
Je suis insolvable, payez pour moi. Réparez les maux que j’ai faits, par les biens que Vous avez faits.
Et afin que je Vous doive tout, recevez-moi, ô Cœur charitable, à l’heure redoutable de ma mort.
Cachez mon âme de la divine colère, que j’ai souvent irritée.
Paraissez et répondez pour moi ; car je n’ai rien fait qui ne me condamne à un supplice éternel, si Vous ne me justifiez.

Hélas ! Ne souffrez pas que je sois privée de Vous aimer éternellement.
Je languis du désir d’être unie à Vous, de Vous posséder et m’abîmer dans Vous, pour ne plus vivre que de Vous qui êtes ma demeure pour toujours.

C’est en Vous, ô Cœur tout aimable, que je veux aimer, agir et souffrir.
Consommez donc en moi tout ce qu’il y a de moi-même ; et mettez en place ce qui est de Vous et me transformez en Vous.
Que je ne vive que de Vous et pour Vous. Soyez donc ma vie, mon amour et mon tout. Ainsi soit-il. »

(in « Vie et œuvres de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque », 1915. T.2 p.790)

Vitrail du Sacré-Coeur église de Bagnères de Luchon - détail 1

   « O Cœur embrasé et vivant d’amour ! ô sanctuaire de la Divinité, temple de la majesté souveraine, autel de la divine charité, Cœur qui brûlez d’amour et pour Dieu et pour moi, je Vous adore, je Vous aime, je me fonds d’amour et de respect devant Vous !
Je m’unis à vos saintes dispositions ; je veux, oui je veux et brûler de vos feux et vivre de votre vie.
Que j’ai de joie de Vous voir heureux et content !
Que je prends part à vos grâces, à vos douleurs et à votre gloire, et que de bon coeur je voudrais mourir et souffrir, plutôt que de Vous déplaire !

O mon cœur, il ne faut plus agir que par les mouvements du Cœur sacré de Jésus ; il faut expirer en silence devant Lui à tout ce qui est humain et naturel.

O Cœur divin, je m’unis à Vous et me perds en Vous. Je ne veux plus vivre que de Vous, par Vous et pour Vous.
Ainsi tout mon emploi sera de demeurer en silence et en respect, anéantie devant Vous comme une lampe ardente qui se consomme devant le Saint Sacrement.
Aimer, souffrir et mourir ! Ainsi soit-il. »

(ibid. p.807)

Vitrail du Sacré-Coeur église de Bagnères de Luchon - détail 2

Autres prières au Sacré-Coeur publiées dans ce blogue :
- neuvaine de confiance > ici
- prière de Sainte Madeleine-Sophie Barat > ici
- « Souvenez-Vous » au Sacré-Coeur > ici
- acte d’offrande de Saint Claude de La Colombière > ici
- prière d’union en forme de litanies > ici
- consécration au Coeur de Jésus > ici
- salutations au Coeur de Jésus par Sainte Marguerite-Marie > ici
- prière au Coeur Eucharistique de NSJC > ici
- cantiques au Sacré-Coeur > ici

2014-61. Constitution Apostolique « Transiturus » par laquelle le pape Urbain IV étendit la Fête-Dieu à l’Eglise universelle.

       Au terme de notre présentation historique rappelant les origines de la Fête-Dieu (cf. > ici & ici), voici le texte de la Constitution Apostolique Transiturus (son titre complet est « Transiturus de hoc mundo »), datée du 11 août 1264, par laquelle le pape Urbain IV étendit la célébration de la fête du Très Saint-Sacrement à l’Eglise universelle.

   Il m’a semblé important d’en donner ici le texte complet pour deux raisons :
1 – à ma connaissance, on ne le trouve pas dans sa traduction française sur Internet ;
2 – c’est un texte absolument admirable par la force de la doctrine et l’élévation de sa spiritualité : tous les catholiques ont intérêt à le connaître par eux-mêmes, et ils peuvent y puiser une authentique et solide nourriture pour leur vie intérieure.

   Cette bulle reprend et développe les idées que Robert de Thourotte avait déjà exprimées en 1246 dans son mandement instituant la Fête-Dieu dans son diocèse de Liège (cf. > ici) : affirmation solennelle de la doctrine authentique de l’Eglise, développement du culte eucharistique, augmentation de la foi et des autres vertus dans l’âme des fidèles, réparation pour les manques de respect commis envers la Sainte Eucharistie…

   Puisse cette lecture, cette méditation, chers Amis, vous stimuler à plus d’amour et de ferveur envers Notre-Seigneur réellement présent dans le Très Saint-Sacrement !

Lully

Urbain IV portrait conservé à l'évêché de Verdun

Sa Sainteté le pape Urbain IV
(portrait conservé à l’évêché de Verdun, car Jacques Pantaléon a été évêque de Verdun, puis patriarche de Jérusalem avant d’être élevé au Souverain Pontificat)

       Urbain, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à nos vénérables frères les patriarches, archevêques, évêques, et autres prélats de l’Eglise.

   Lorsque Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ fut sur le point de quitter le monde pour retourner à Son Père, la veille de Sa Passion après avoir achevé la Cène légale, Il institua le souverain, le magnifique Sacrement de Son Corps et de Son Sang, donnant Son Corps en nourriture et Son Sang en breuvage, selon qu’il est écrit : « Toutes les fois que nous mangeons ce Pain et que nous buvons ce Calice, nous annonçons la mort du Seigneur ». Il dit aussi en même temps à Ses apôtres : « Faites ceci en mémoire de Moi », désirant que ce grand et vénérable Sacrement fût le principal et le plus insigne mémorial de l’amour infini qu’Il nous avait toujours porté.

   Certes, ce mémorial est admirable, étonnant, plein de délices et de suavité ; il est d’un si haut prix qu’il n’y a rien qui lui soit comparable. C’est en lui que les miracles ont été renouvelés, et que Dieu a fait paraître de nouveaux prodiges. C’est en lui que l’on trouve toute délectation et toute ardeur, et que l’on goûte combien le Seigneur est doux. C’est en lui que l’on reçoit les secours nécessaires pour mériter la vie et le salut éternel.
Par ce mémorial si délectable, si salutaire, si sacré, nous nous remettons continuellement devant les yeux le mystère de notre Rédemption ; nous nous retirons du mal ; nous nous fortifions dans le bien ; nous recevons de jour en jour de nouveaux accroissements de grâce et de vertu. Qui peut douter que nous ne profitions beaucoup par la présence corporelle de notre divin Sauveur, dont nous jouissons en ce Sacrement qui nous conduit dans les voies du Ciel.

   En effet, les autres mystères que l’Eglise célèbre, nous les adorons en esprit et en vérité ; mais nous ne jouissons pas de leur présence véritable. Il n’y a que dans le mémorial de l’Eucharistie, où Jésus-Christ est réellement présent et qu’Il demeure en propre substance avec nous. Lorsqu’Il monta au Ciel, Il dit à Ses apôtres et à Ses disciples : « Voilà que Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles ». C’était leur promettre qu’Il ne les priverait pas même de Sa présence corporelle. O très digne mémorial, qui ne doit jamais être interrompu, dans lequel nous célébrons la mort de notre propre mort, la destruction de notre propre destruction ! Il nous rappelle comme Celui qui est véritablement l’Arbre de Vie, attaché à l’arbre de la Croix fait germer le fruit du salut !

   Cette glorieuse commémoration remplit les fidèles  d’une allégresse salutaire, et répandant la joie dans leur coeur, leur fait verser des larmes de dévotion. Nous triomphons par le souvenir de notre délivrance ; et en nous souvenant de la mort de Jésus-Christ qui nous a rachetés, nous ne pouvons nous abstenir de pleurer. En cette rencontre, la suavité de la joie se mêle à l’effusion des larmes ; car nous nous réjouissons en pleurant, et nous pleurons de tendresse en nous réjouissant, parce que notre coeur, nageant dans les délices, par la mémoire d’un si grand bienfait se dissout par les yeux en une douce rosée.
O abîme de l’amour divin ! ô surabondance de la miséricorde divine ! ô merveilleux excès de la libéralité de Dieu ! Non content de nous avoir constitués les maîtres des biens de la terre, Il a soumis encore à notre domaine toutes les créatures ; Il a même relevé notre nature par le ministère des anges, puisque les esprits célestes assistent, en qualité de gardiens et de conducteurs, les prédestinés à la possession de l’héritage éternel. Après de si éclatants témoignages de Sa munificence, Il a voulu nous donner des preuves plus excessives de Sa charité, en Se donnant Lui-même par une faveur sans égale. Il n’est pas même demeuré dans ces termes ; excédant toute plénitude de donation et toute mesure d’amour, Il S’est fait Lui-même notre nourriture et notre breuvage. O singulière et admirable profusion, où le Donateur passe en don, et où la chose donnée est la même que Celui qui donne. Quelle prodigalité plus démesurée que de se donner soi-même tout entier !

   Au reste, Dieu S’est livré pour être notre nourriture afin que l’homme qui, en mangeant s’était précipité dans la mort, en mangeant aussi fût rétabli dans la vie. Le fruit mortel de l’ancien arbre l’avait fait tomber ; le fruit vivifiant de l’arbre nouveau l’a relevé. Au premier arbre pendait l’hameçon de la mort, du second arbre est sorti l’aliment de la vie. Celui qui a goûté du premier en a été blessé ; celui qui a goûté du second en a été guéri. Le manger a fermé la plaie que le manger avait ouverte. Considérez donc que le remède a été tiré d’où le mal avait pris naissance. En effet, il est écrit de l’ancien aliment : « Le jour où vous en mangerez, vous mourrez de mort ». Nous lisons au contraire du nouveau : « Si quelqu’un mange de ce Pain, il vivra éternellement ». O manger substantiel qui rassasie pleinement, qui nourrit véritablement, qui engraisse souverainement, non le corps, mais le coeur ; non la chair, mais l’âme ; non l’homme animal, mais l’homme de l’esprit ! L’homme qui avait besoin, pour la réfection de son âme, d’une nourriture spirituelle, a été pourvu par une pieuse disposition de notre miséricordieux Sauveur du plus noble et du plus efficace aliment qu’il y eût au monde.

   Il convenait à la grandeur et à la libéralité de Dieu que Son Verbe Eternel, qui est naturellement la nourriture de la créature intelligente, s’étant fait chair se donnât par cette chair à la créature raisonnable composée de chair et d’os et subsistante dans un corps ; car il est écrit : « L’homme a mangé le Pain des Anges ». C’est pourquoi le Seigneur a dit : « Ma chair est véritablement une nourriture ». Ce Pain céleste Se mange, mais Il ne subit aucune altération, parce qu’Il ne Se transforme pas en celui qui Le mange ; si au contraire, on Le reçoit dignement, on a le bonheur de se changer en Lui. O Sacrement par excellence, digne de vénération et de respect ! O don divin qu’il faut souverainement glorifier, louer et préconiser ! O mystère adorable que nous devons honorer de toute l’étendue de nos affections, à qui nous devons rendre tous les devoirs d’une dévotion sincère, et dont nous ne devons jamais perdre le souvenir ! O très noble mémorial qui doit être imprimé dans le plus profond de nos entrailles, fortement gravé dans notre esprit, diligemment conservé dans notre coeur, médité et célébré par tous avec autant d’assiduité que d’amour !

   Oui, nous devons en faire une commémoration continuelle, afin de n’oublier jamais Celui dont nous savons qu’Il est le mémorial ; car certes, on met difficilement en oubli le bienfaiteur dont on a souvent le bienfait sous les yeux. Aussi, quoique ce Sacrement soit toujours renouvelé dans un grand nombre de Messes, avons-Nous jugé convenable, surtout pour confondre la perfidie et l’extravagance des hérétiques, qu’on en fît tous les ans au moins une fois une mémoire plus célèbre et plus solennelle ; vu principalement que le Jeudi Saint, jour où Notre-Seigneur l’a institué, l’Eglise universelle, tout occupée à réconcilier les pénitents, à accomplir le lavement des pieds, à faire d’autres semblables cérémonies, ne peut pleinement vaquer à la célébration d’un si grand mystère.
D’ailleurs elle observe cette conduite à l’égard des saints qu’elle honore dans le cours de l’année. Quoiqu’elle fasse souvent mémoire de ces amis de Dieu dans les Litanies, dans le sacrifice de la Messe et dans d’autres offices liturgiques, elle ne laisse pas néanmoins d’en célébrer plus solennellement la naissance dans le Ciel, en certains jours qu’elle leur consacre, et d’établir des fêtes particulières en leur honneur. En outre, parce qu’on commet souvent des fautes en ces solennités par négligence, par faiblesse ou par dissipation, cette bonne Mère a encore assigné un jour à la gloire de tous les saints, afin de réparer, par des devoirs communs, ces manquements inhérents à la faiblesse humaine.

   Si l’Eglise en use ainsi à l’égard des saints, à plus forte raison a-t-elle sujet de le faire à l’égard du Sacrement qui est la couronne des saints et la source de toute sainteté. C’est donc à juste titre qu’elle Lui dédierait une solennité spéciale, afin qu’à son occasion on réparât avec une grande ferveur ce qu’on pourrait avoir manqué dans la célébration ordinaire de la sainte Messe, et que les fidèles, aux approches de cette fête, reconnussent par un examen sérieux du passé, leurs irrévérences envers ce mystère, pour en faire amende honorable avec humilité d’esprit et pureté de coeur.

   En outre, à l’époque ou Nous étions constitué en moindre dignité, Nous avons eu connaissance de la révélation reçue par quelques personnes pieuses qu’un jour cette fête serait célébrée par toute l’Eglise.

   Par conséquent, pour l’affermissement et l’exaltation de la foi catholique, Nous avons cru avec raison devoir ordonner une commémoration annuelle de ce grand Sacrement. Nous assignons à cette fin un jour déterminé que Nous voulons être le jeudi après l’octave de la Pentecôte. Qu’en ce jour donc les fidèles s’assemblent dans les temples avec un grand concours et une ferveur extraordinaire, que le clergé et le peuple témoignent leur bonheur par des cantiques de louanges ; que tous chantent des hymnes sacrées, non seulement en esprit et dans le fond de leur cœur, mais aussi des lèvres et de bouche. Que la foi s’épanche en bénédictions, que l’espérance bondisse de joie, que la charité trésaille d’allégresse ! Que la dévotion jubile, que les âmes pures se réjouissent et que l’assemblée des saints soit remplie d’une douceur spirituelle ! Que chacun vienne avec une prompte obéissance, avec une volonté pleine d’affection, et accomplisse saintement ses bons désirs par la célébration de cette grande fête ! Dieu veuille que les coeurs des fidèles s’enflamment d’une telle ardeur que, par leurs pratiques de piété, ils croissent en mérites aux yeux de l’aimable Jésus, qui S’est livré pour prix de leur rançon et qui Se présente pour être leur nourriture en cette vie et leur récompense en l’autre.
C’est pourquoi, Nous vous avertissons et Nous vous exhortons en Notre-Seigneur, Nous vous commandons très étroitement par cette constitution apostolique, en vertu de la sainte obéissance et pour la rémission de vos péchés, Nous vous enjoignons de célébrer tous les ans, dévotement et avec solennité, cette excellente et glorieuse fête, le jeudi assigné ci-dessus.  Nous vous prescrivons de la faire diligemment célébrer dans toutes les églises de vos villes et de vos diocèses. De plus Nous vous ordonnons d’exhorter vos diocésains tant par vous-mêmes que par d’autres, le dimanche qui précède la susdite fête, de se disposer saintement à cette solennité, par une sincère confession, par l’aumône, par la prière et par d’autres bonnes œuvres, afin qu’ils puissent participer en ce jour à ce précieux et auguste Sacrement, et par ce moyen, recevoir un accroissement de grâce.

   Pour animer les fidèles par des dons spirituels à la célébration de cette grande fête, confiant en la miséricorde de Dieu et appuyé sur l’autorité des bienheureux apôtres Pierre et Paul, Nous accordons cent jours d’indulgence à tous ceux qui, vraiment contrits et confessés, assisteront ce jour-là aux Matines et à la Messe, aux premières et aux secondes Vêpres, et quarante jours à tous ceux qui se trouveront à Prime, à Tierce, à Sexte, à None ou aux Complies. Enfin à ceux qui seront présents, durant quelques uns des jours de l’Octave, à tous ces offices, Nous accordons, pour chaque jour de leur assistance, cent jours d’indulgence.

   Donné à Rome, le 11 août de l’année 1264, la troisième année de notre pontificat.

Urbain P.P. IV

Armoiries Urbain IV

Armoiries d’Urbain IV :
Écartelé en 1 et 4 d’azur à la fleur de lys d’or
et en 2 et 3 d’argent à la rose de gueules.

2014-60. Du 750e anniversaire de l’institution de la Fête-Dieu par le pape Urbain IV.

       Nous avons vu quelles furent les origines de la Fête du Saint-Sacrement en rappelant ce que furent la vie de Sainte Julienne du Mont-Cornillon et la mission qui lui avait été confiée pour l’Eglise (cf. > ici) ; nous avons aussi expliqué de quelle manière la Fête-Dieu fut célébrée à Liège pour la première fois en 1246 (cf. > ici).
Il nous reste maintenant à rappeler comment elle fut instituée pour l’Eglise universelle, en 1264, il y a 750 ans.

Sainte Julienne du Mont Cornillon & Urbain IV

L’institution de la fête du Saint-Sacrement par Urbain IV
(note : la composition de ce tableau est davantage allégorique qu’historique car
Jacques Pantaléon n’était pas encore pape lorsqu’il a rencontré Sainte Julienne du Mont-Cornillon
et cette dernière était morte lorsqu’il institua la fête du Saint-Sacrement en 1264 ;
de même, les monstrances en forme de soleil n’existaient pas encore au XIIIe s. )

A – L’action des légats pontificaux à Liège :

   Alors que Sainte Julienne était en exil du fait des événements que nous avons rapportés dans sa biographie, à l’automne 1251 (c’est-à-dire vingt ans après avoir été consulté avec d’autres théologiens au sujet des visions de la prieure de Cornillon et de l’opportunité d’une fête spéciale en l’honneur du Très Saint-Sacrement), Hugues de Saint-Cher revint à Liège, non plus comme provincial des dominicains mais comme légat apostolique du pape Innocent IV, revêtu de la pourpre cardinalice.
Eve de Saint-Martin (cf. > ici) usa de toute son influence sur les chanoines de la collégiale Saint-Martin pour qu’ils portassent à la connaissance du cardinal-légat le mandement du prince-évêque Robert de Thourotte (cf > ici).
Hugues de Saint-Cher non seulement  approuva les dispositions du prince-évêque défunt, mais il tint à célébrer lui-même à Saint-Martin la fête du Saint-Sacrement qui suivit, encouragea toutes les églises de Liège à faire de même, puis, quelque temps après, concéda des indulgences aux fidèles qui assisteraient à l’office canonial du Saint-Sacrement.
Enfin, le 29 décembre 1252, par un décret solennel (c’est le document dont nous publions ci-dessous la photographie), il rendit la fête du Saint-Sacrement obligatoire dans toute l’étendue de sa légation qui comprenait, outre la Principauté de Liège, une grande partie des états de Germanie, la Bohème, la Dacie, la Moravie… etc.

   La mission d’Hugues de Saint-Cher prit fin en 1253, et les opposants à la fête du Saint-Sacrement prétendirent que les dispositions qu’il avait prises en sa faveur cessaient avec le temps de sa légation, mais son successeur, le cardinal Pierre Capocci, légat a latere en Allemagne, Danemark, Suède, Poméranie et Pologne, confirma le 30 novembre 1254 le diplôme d’Hugues de Saint-Cher.

   Ainsi, malgré de nombreuses et tenaces oppositions, la fête du Saint-Sacrement gagnait-elle du terrain et s’implantait-elle.
Depuis son exil, grâce aux courriers échangés avec Jean de Lausanne et Eve de Saint-Martin, Sainte Julienne du Mont-Cornillon voyait-elle aboutir peu à peu la mission que le Ciel lui avait confiée.

Parchemin d'institution de la Fête-Dieu Hugues de St-Cher 12 déc 1252 -Liège Musée du GrandCurtius

Parchemin du décret promulgué le 29 décembre 1252 par Hugues de Saint-Cher, cardinal de  Sainte-Sabine, légat apostolique, rendant la fête du Saint-Sacrement obligatoire dans toute l’étendue de sa légation
(conservé à Liège au musée Grand Curtius).

B – Jacques Pantaléon devient le pape Urbain IV – le miracle de Bolsena et l’institution de la fête du Saint-Sacrement pour toute l’Eglise :

   Jacques Pantaléon, né à Troyes (Champagne) vers 1195, prêtre docteur en théologie, fut appelé à Liège en qualité d’archidiacre ; lui aussi avait été du nombre des théologiens consultés au sujet des voies extraordinaires de Sainte Julienne du Mont-Cornillon.
Promu évêque de Verdun en 1253, puis nommé patriarche de Jérusalem en 1255, il est élu au souverain pontificat le 29 août 1261, et prend le nom d’Urbain IV.

   A l’automne 1262, Urbain IV s’était établi à Orvieto, dans le sud de l’Ombrie. Or, au mois de décembre 1563, se produisit le fameux miracle eucharistique de Bolsena : alors qu’il était violemment tenté contre la foi en la transubstantiation, un prêtre qui célébrait la messe dans la basilique de Sainte-Christine, avait vu sortir de la Sainte Hostie du sang en abondance, au point que le corporal, les nappes d’autel et le marbre même en furent imprégnés (je ne m’étends pas davantage sur ce miracle, étant donné que j’en ai longuement parlé > ici).
Urbain IV fit venir à Orvieto le corporal miraculeux (où il est toujours conservé, voir photo ci-dessous) : la prieure de Cornillon, dont il avait approuvé les voies mystiques, était morte depuis cinq années, le cardinal Hugues de Saint-Cher venait de rentrer de sa légation à Liège et il avait pu l’informer des dispositions qu’il avait prises en faveur de la fête du Saint-Sacrement, avant de mourirà son tour, à Orvieto le 19 mars 1263…
Jacques Pantaléon devenu pape pouvait-il oublier les paroles prophétiques de Julienne : « C’est la volonté de Dieu que la fête du Saint-Sacrement soit célébrée dans le monde entier » ? Certainement pas puisqu’il écrira lui-même dans la bulle Transiturus : « En outre, à l’époque où Nous étions constitué en moindre dignité, Nous avons eu connaissance de la révélation reçue par quelques personnes pieuses qu’un jour cette fête serait célébrée par toute l’Eglise ».

   Le 11 août 1264, il signa donc la Constitution Apostolique Transiturus qui ordonnait la célébration de la fête du Saint-Sacrement dans toute l’Eglise, assignant pour cette célébration le jeudi après l’octave de la Pentecôte (nota : la fête de la Sainte Trinité n’était pas encore inscrite au calendrier de l’Eglise universelle pour le dimanche après la Pentecôte – voir plus loin).
Urbain IV demanda aux deux plus illustres théologiens de ce temps – Saint Bonaventure et Saint Thomas d’Aquin - de lui présenter chacun un office composé pour cette solennité. On connaît l’anecdote selon laquelle les deux saints docteurs s’étaient rendus au jour fixé par Sa Sainteté pour l’examen de leurs oeuvres : Saint Thomas fut invité à lire le premier et ses compositions firent l’admiration de tous, si bien que, lorsque Saint Bonaventure fut à son tour prié de lire ce qu’il avait écrit, il entrouvrit son manteau pour montrer ses feuillets déchirés en petits morceaux disant : « Très Saint Père, en écoutant frère Thomas j’ai cru entendre le Saint-Esprit… Comment opposer mon hyumble travail à celui-là ? Voici d’ailleurs tout ce qu’il m’en reste… ».
C’est ainsi que l’office liturgique de la fête du Très Saint-Sacrement, depuis 750 ans, est celui qui a été composé par Saint Thomas d’Aquin.

Orvieto corporal du miracle

Orvieto : le corporal miraculeux de Bolsena.

C – Achèvement de la mission de Sainte Eve de Saint-Martin :

   Urbain IV se souvint de ce que la nouvelle fête devait aux saintes âmes suscitées par Dieu à Liège. Il avait été informé de la mort de Sainte Julienne, mais il savait qu’Eve vivait encore dans sa recluserie accolée à la collégiale Saint-Martin.
Aussi dépécha-t-il à Liège un délégué chargé d’apporter en mains propres à Eve un exemplaire de la bulle Transiturus, avec un cahier contenant les textes de l’office liturgique du Saint-Sacrement composé par Saint Thomas, et une lettre personnelle du Pontife – datée du 8 septembre 1264 - dans laquelle il lui disait notamment, faisant allusion à toutes ses prières et actions en vue d’obtenir la fête du Saint-Sacrement dans toute l’Eglise : « (…) Réjouissez-vous parce que le Dieu tout-puissant a donné à votre coeur l’accomplissement de ses désirs et que l’abondance de la grâce céleste ne vous a pas frustrée de ce que demandaient vos lèvres… ».

Moins d’un mois plus tard, le 2 octobre 1264, le pape Urbain IV rendait son âme à Dieu.

   Eve arrivait elle aussi au terme de sa mission. Tout porte à croire que c’est elle qui a dicté la précieuse biographie de son amie Julienne rédigée avant 1264 et approuvée par le chanoine Jean de Lausanne qui mourut avant Eve ; c’est par ce texte, écrit moins de quatre ans après la mort de Julienne, que nous sont connus nombre de faits précis dont seule une âme très proche de la sainte prieure du Mont-Cornillon pouvait être au courant.

   Nous ignorons la date exacte à laquelle Eve de Saint-Martin rendit son âme à Dieu « en la logette de son reclusoir », comme le dit la chronique. C’était probablement en 1265 ou 1266.
Nous savons que le chapitre de la collégiale Saint-Martin fit célébrer pour elle des funérailles solennelles et décida de l’ensevelir dans l’église même, faisant ériger sur sa tombe un somptueux monument de marbre et d’albâtre.

La réputation de sainteté de la recluse a traversé les siècles, ainsi que la vénération de ses restes, et son culte a été confirmé par l’Eglise. La fête de Sainte Eve de Saint-Martin, appelée aussi Eve de Liège, est célébrée le 14 mars (voir > ici).

image néo-gothique représentant Sainte Eve de Saint-Martin

Sainte Eve de Saint-Martin
(image néo-gothique du début du XXe s)

D – Le concile de Vienne et le pape Jean XXII parachèvent l’institution de la Fête-Dieu :

   Robert de Thourotte, Sainte Isabelle de Huy, le prieur Jean de Cornillon, Sainte Julienne du Mont-Cornillon, Hugues de Saint-Cher, Jean de Lausanne, Urbain IV, et enfin Sainte Eve de Saint-Martin… les voici tous retournés à Dieu, et cependant l’oeuvre n’est pas achevée.

   Les états italiens et la ville de Rome en particulier étant dans de grands troubles en raison des luttes entre les Guelfes et les Gibelins, la Constitution Apostolique d’Urbain IV restait lettre morte en beaucoup d’endroits.
En cette deuxième moitié du XIIIe siècle, l’Eglise romaine fut dans une période de grande instabilité et de turbulences – internes et externes – , accrues par la briéveté du règne du plus grand nombre des papes qui se succèdent alors (*), jusqu’à ce que la nécessité les contraignît à s’établir dans le Comtat Venaissin qui appartenait à l’Eglise depuis 1229.

   Le pape Clément V, couronné à Lyon en novembre 1305, établit donc la cour pontificale dans le Comtat Venaissin. C’est lui qui, pressé par le Roi de France Philippe IV le Bel de terminer l’affaire des Templiers, réunit le quinzième concile œcuménique de l’Eglise, à Vienne (en Dauphiné), d’octobre 1311 à mai 1312.
Au cours du concile de Vienne, qui ne traita pas seulement de la suppression de l’Ordre du Temple, Clément V confirma solennellement la bulle Transiturus donnée par Urbain IV, et les pères conciliaires ordonnèrent la célébration de la fête du Saint-Sacrement dans toute l’Eglise.

   Clément V mourut le 2 avril 1214. Il revint à son successeur, Jean XXII, de publier tous les décrets du concile de Vienne puis de les annexer au Corpus juris canonici (on nomme ainsi l’ensemble des textes législatifs regroupés depuis le milieu du XIIe siècle jusqu’au XVIe siècle et qui restera en vigueur jusqu’en 1917) sous le nom de Constitutiones Clementinae ou Clémentines, en 1317.
L’année suivante (1318), il ordonna que la fête du Saint-Sacrement soit désormais célébrée avec octave et que, pour que la gloire de la Très Sainte Eucharistie soit manifestée même aux incroyants, on la portât dans une procession solennelle à travers les rues des cités et jusque dans les campagnes.
C’est ce même Jean XXII qui approuva également la fête de la Sainte Trinité, déjà célébrée dans un grand nombre de calendriers particuliers, mais qui n’avait pas encore été acceptée officiellement dans la liturgie romaine.

   Dès lors, le culte eucharistique va connaître un prodigieux accroissement et susciter d’admirables élans de ferveur et d’amour.
Les monstrances (ancêtres de nos ostensoirs) vont se généraliser : on ne portera pas seulement en procession le Saint-Sacrement enfermé dans un ciboire, mais on voudra qu’Il soit visible, et qu’en voyant la Sainte Hostie les cœurs se dilatent dans des élans surnaturels.
Les processions susciteront jusque dans les plus humbles villages des élans de créativité artistique pour que les rues elles-mêmes chantent la gloire de Celui qui est le Pain de Vie : façades pavoisées, reposoirs grandioses, rues jonchées de fleurs ou même transformées en somptueux tapis éphémères réalisés avec des pétales ou des sciures colorées… etc.
La paramentique déploiera une splendeur incomparable pour que les ministres sacrés escortant Jésus-Eucharistie illustrent par leurs vêtements la gloire et les fastes spirituels du Grand Roi voilé par la frêle et humble apparence…

* * * * *

En guise de conclusion :

       L’épouvantable crise spirituelle, doctrinale et liturgique qui s’est déclarée au milieu du XXe siècle a porté un coup fatal à ces merveilles, et là où se sont maintenues et se maintiennent encore, en France, les processions de la Fête-Dieu, elles sont bien ternes en comparaison de ce qui fut jadis accompli !
Le modernisme, triomphant à l’occasion et à la suite du second concile du Vatican, a bien montré ce qu’il est : dévastateur, desséchant et stérile !
Si, ça et là, on voit la reprise de processions abandonnées depuis plusieurs décennies, et si on se rend compte que, ponctuellement, des prêtres (jeunes pour la plupart, ou du moins qui se démarquent de la « génération concilaire ») remettent à l’honneur le culte eucharistique, force est de constater que c’est parce qu‘ils vont puiser dans les eaux vives de la Tradition anté-conciliaire et non dans la pastorale qui s’est tyranniquement  imposée « au nom du concile ».

   Que Sainte Julienne du Mont-Cornillon, Sainte Isabelle de Huy et Sainte Eve de Saint-Martin, depuis ce Ciel où elles contemplent sans voile Celui que nous voyons ici-bas caché sous les Espèces Eucharistiques, intercèdent puissamment aujourd’hui pour l’Eglise, et continuent avec fruit la mission qu’elles ont commencé au XIIIe siècle : faire fêter partout avec grande solennité le Très Saint-Sacrement, afin qu’Il soit toujours plus et mieux adoré, glorifié et aimé !

Lully.

Pour approfondir encore :
Texte de la bulle Transiturus de Sa Sainteté le Pape Urbain IV > ici

Basilique Saint-Martin de Liège fresque Adolphe Tassin  institution de la Fête-Dieu

Liège, basilique Saint-Martin, peinture murale d’Adolphe Tassin (fin XIXe s.)
représentant l’institution de la Fête-Dieu ; 
en partant de la gauche :

- la mort de Sainte Julienne le 5 avril 1258 ;
- Urbain IV, avec à gauche St Thomas d’Aquin et à droite St Bonaventure, institue la Fête-Dieu en 1254 ;
- on apporte à Sainte Eve de la part d’Urbain IV la bulle d’institution de la Fête-Dieu et l’office du Saint-Sacrement ;
- Jean XXII institue la procession du Saint-Sacrement pour la Fête-Dieu.

* * * * *

(*) Note : pour mémoire, voici la durée de règne des pontifes qui se succédèrent sur le trône de Saint Pierre après Urbain IV et jusqu’à Jean XXII.
– Clément IV trois ans et demi ; à sa mort, l’Eglise resta sans pape pendant trois années, les cardinaux ne parvenant pas à se mettre d’accord jusqu’à ce que, à Viterbe, on les enfermât et les mît au pain sec et à l’eau (c’est l’origine de l’institution du conclave).
– Le Bienheureux Grégoire X, élu en décembre 1271, régna quatre ans. Le bienheureux Innocent V ne dura que cinq mois ; Adrien V qui suivit et qui n’était que diacre lorsqu’il fut élu n’eut même pas le temps d’être ordonné prêtre ni consacré évêque : il mourut moins d’un mois après son élection. Jean XXI ne régna que huit mois. Nicolas III eut un pontificat d’un peu plus de trois ans et demi, Martin IV de quatre ans et un mois, Honorius IV de deux ans, et Nicolas IV de quatre ans et un mois et demi. Saint Pierre Célestin V abdiqua au bout de cinq mois. Boniface VIII régna sept ans : quelle longévité ! Mais Benoît XI seulement neuf mois ; Clément V enfin, premier pape à s’établir dans le Comtat Venaissin, eut un règne d’un peu plus de neuf ans.

2014-59. Mandement par lequel le Prince-évêque de Liège Robert de Thourotte institua la Fête-Dieu dans son diocèse en 1246.

       En complément de la biographie de Sainte Julienne du Mont-Cornillon et de l’histoire de l’institution, à Liège, de la première fête du Très Saint-Sacrement (cf. > ici), il m’a semblé intéressant de mettre à la disposition de mes fidèles lecteurs le texte complet du décret par lequel le Prince-évêque Robert de Thourotte institua la Fête-Dieu dans son diocèse.
Selon plusieurs historiens, à la demande de Robert de Thourotte, ce serait Jacques Pantaléon - son archidiacre et futur pape Urbain IV – qui aurait préparé le texte de ce mandement.

On remarquera avec le plus grand intérêt que ce mandement assigne à cette fête du Très Saint-Sacrement un caractère réparateur certain : il y a même une étonnante parenté de termes avec ceux que Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même emploiera en s’adressant à Sainte Marguerite-Marie, lorsqu’Il lui demandera d’œuvrer pour faire instituer la fête du Sacré-Cœur, quatre-cent-vingt-et-un ans plus tard (voir > ici).

Enfin, je me permettrai de déplorer que les évêques de notre malheureuse époque ne sachent plus écrire de semblables textes, tant par leur teneur spirituelle et doctrinale que par la forme, tout à la fois élégante et sobre de ce décret…

Lully.  

Image commémorative du 7e centenaire de la première Fête-Dieu - Liège 1946

Image commémorative éditée à Liège en 1946
pour commémorer les célébrations du
septième centenaire de la première Fête-Dieu.

       « Robert, par la grâce de Dieu évêque de Liège, à nos chers fils en Jésus-Christ, les abbés, prieurs, doyens, prêtres et autres ecclésiastiques, salut et plénitude de grâces.

   Entre plusieurs merveilles que le Seigneur notre Dieu, toujours adorable dans les oeuvres qu’Il a opérées, celle qui est au dessus de toutes, et qui, par sa sublimité mérite le plus notre admiration, est le sacrement ineffable de Son Sacré Corps. C’est là qu’Il se donne Lui-même en nourriture et qu’Il nous a laissé un mémorial précieux de Sa Passion, autant que de l’amour infini qu’Il nous porte. David, le roi-prophète, entré dans l’abîme des secrets divins, nous en a félicités longtemps auparavant par ces paroles : « Dieu infiniment bon et miséricordieux a éternisé le souvenir de Ses merveilles, Il S’est donné en nourriture à ceux qui Le craignent ».
Et si Dieu Lui-même, qui n’oubliera pas dans toute l’éternité les merveilles de Sa toute-puissance, a fait annoncer celle-ci avant son institution et si, après l’avoir saintement établie, Il S’en est encore souvenu en disant : « Toutes les fois que vous ferez ceci, faites-le en mémoire de Moi » peut-on trouver répréhensible que nous statuions, pour confondre la perversité des hérétiques, qu’outre la mémoire que l’on fait quotidiennement à la messe, on rappelle une fois par an, à tous les fidèles, le mémorial précieux de ce véritable et ineffable sacrement par une fête spéciale et plus solennelle.

   Nous croyons d’autant plus digne, plus juste, plus équitable et plus salutaire de l’ordonner ainsi, que nous voyons l’Eglise assigner aux saints qu’elle invoque journellement dans les litanies, les messes et les oraisons, une fête à certain jour de l’année ; n’est-il donc pas très juste que le Saint des saints, la Source de toute douceur, ait sur la terre une solennité consacrée à Lui rendre de spéciales actions de grâces, comme au Seigneur notre Dieu, qui, par un effet de Sa charité très pure, immense, inénarrable, descend chaque jour sur nos autels ? C’est dans cette représentation admirable qu’Il ne cesse et ne cessera d’accomplir Sa promesse : « Et voici que Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles », en souvenir de cette autre parole : « Mes délices sont d’être avec les enfants des hommes ».
Dans cette solennité on pourra avec soin et dévotion suppléer aux manquements, irrévérences et omissions que l’on commet journellement, par imprudence et manque de zèle, dans la célébration de cet adorable Mystère. Et qui révoquerait en doute que cette fête ne tende à la gloire de Dieu, à l’accroissement de la Foi, de l’Espérance, de la Charité et des autres vertus, ainsi qu’au profit des élus de Notre-Seigneur Jésus-Christ ?

   Désirant donc faire jouir de ces avantages le troupeau confié à nos soins, exciter la faiblesse humaine à rendre au Seigneur les actions de grâces qui Lui sont dues, nous statuons et ordonnons que chaque année, le jeudi après l’octave de la Sainte Trinité (*), vous observiez la fête solennelle du Très Saint-Sacrement et que vous récitiez son Office de neuf leçons : les répons, versets et antiennes propres dont nous enverrons copie.

   Cette fête sera chômée invariablement et gardée à perpétuité, au jour désigné, dans toutes les églises de notre diocèse de Liège ; on s’y abstiendra de toute oeuvre servile comme au jour du dimanche. En outre, vous avertirez chaque année vos sujets de jeûner dévotement la veille, pour obtenir la rémission de leurs péchés ; vous les exhorterez à s’y préparer par la prière, l’aumône et autres bonnes oeuvres, afin de se rendre dignes de participer aux Saints Mystères. Toutefois, nous ne faisons pas de cette communion un acte d’obligation, mais seulement de conseil.

   Nous espérons qu’en vue de cette fête, dieu et Jésus-Christ Son Fils Se laisseront fléchir par les sacrifices d’expiation et qu’Ils daigneront ouvrir les trésors de Leur clémence au monde entier menacé d’un prochain naufrage.

   Vous prendrez copie des présentes lettres et les garderez fidèlement.
Donné l’an du Seigneur 1246. »

(*) Voir la note 1 en bas de texte > ici

Armoiries de Robert de Thourotte, prévot de Liège, évêque-duc de Langres & pair de france puis prince-évêque de Liège

Armoiries de Robert de Thourotte :
d’abord prévôt de Liège, puis Evêque-duc de Langres et pair de France,
enfin Prince-évêque de Liège (+ 16 octobre 1254).

à suivre :
- le miracle de Bolsena > ici
- l’institution de la Fête-Dieu par Urbain IV et Jean XXII > ici

2014-58. De Sainte Julienne du Mont-Cornillon et de l’institution de la Fête-Dieu.

Sainte Julienne du Mont-Cornillon

A – Origines et formation de Sainte Julienne :

   Julienne, aujourd’hui connue comme Sainte Julienne du Mont-Cornillonparfois aussi Sainte Julienne de Cornillon – , est née dans les dernières années du XIIe siècle (certains auteurs avancent la date de 1193, mais en réalité il n’existe pas de certitude absolue sur la date, compte-tenu de l’absence de documents anciens précis).
Ses parents étaient des cultivateurs aisés du village de Retinne, près de Liège. Orpheline à l’âge de cinq ans, avec sa sœur Agnès, d’un an son aînée, elle est confiée aux religieuses du Mont-Cornillon, et tout particulièrement à la garde quasi maternelle de l’une d’entre elles : Sœur Sapience.

   La communauté du Mont-Cornillon existait antérieurement à 1176. Même si nous manquons de détails sur un certain nombre de points particuliers concernant cette communauté, nous pouvons déduire de plusieurs éléments épars qu’il s’agissait de religieuses hospitalières se rattachant à la Règle de Saint Augustin.
Pour être précis (et cela éclairera plusieurs événements dont nous parlerons plus loin), il y avait même en réalité quatre communautés, distinctes par les bâtiments, mais regroupées au même lieu, au pied de la colline de Cornillon : une communauté d’hommes sains, une communauté d’hommes malades, une communauté de femmes saines et une communauté de femmes malades : les hommes sains au service des hommes malades, et les femmes saines au service des femmes malades.
Le terme de léproserie parfois utilisé ne signifie pas que tous les malades étaient atteints de la lèpre, au sens précis que nous donnons aujourd’hui à ce mot : si certaines traditions rattachent l’origine de cette fondation à certains chevaliers liégeois revenus des croisades porteurs de la lèpre, très rapidement d’autres malades y furent reçus. Toutefois, ce n’étaient pas tous les malades qui étaient admis à Cornillon : c’était un privilège réservé à ceux qui avaient été baptisés dans trois paroisses précises du centre de Liège (les autres étaient reçus dans d’autres institutions).
La léproserie dépendait en bonne partie de l’administration municipale pour le temporel, et de l’autorité du Prince-évêque pour le spirituel.

Ces quatre communautés étaient sous l’autorité d’un prieur et d’une prieure élus parmi les membres sains ; tous – sains et malades – étaient engagés au célibat, à la communauté des biens et à une vie de prière. Le nombre des religieuses était, semble-t-il, inférieur à dix.

   La communauté possédait une grande propriété dénommée « La Boverie » dont l’exploitation assurait une part de la subsistance : c’est dans cette propriété, que dirigeait Sœur Sapience, que la jeune Julienne et sa sœur Agnès furent reçues et élevées.
Ce fut d’ailleurs une éducation de qualité, même si elles participaient également aux travaux de la ferme : Julienne apprit le latin et lisait couramment les Pères de l’Eglise, spécialement les oeuvres de Saint Augustin et les sermons de Saint Bernard, particulièrement ceux commentant le Cantique des cantiques dont elle faisait ses délices (ses biographes assurent qu’elle en connaissait un bon nombre par coeur).

Liège le Mont Cornillon et les 4 couvents de la maladrerie en 1649

Liège, le Mont Cornillon tel qu’il apparaît sur une carte de 1649 :
le mont lui-même (à droite) est couronné par les bâtiments de la Chartreuse,
à ses pieds, on distingue les « quatre couvents de Cornillon », dits aussi léproserie.

B – Julienne prend le voile ; vision de la lune :

   Vers sa quatorzième année, Julienne demanda à devenir religieuse à Cornillon : Sœur Sapience avait été élue prieure, et on devine qu’elle fut heureuse de donner le voile à celle dont elle avait été la seconde mère.
La dévotion de Sœur Julienne envers la sainte Eucharistie était particulièrement ardente, aussi passait-elle le maximum du temps libre que lui laissaient les exercices communautaires, les taches conventuelles et le soin des malades, en adoration auprès du saint tabernacle.

   En 1208 ou 1209, Sœur Julienne, âgée d’environ seize ans et ayant déjà fait profession, fut favorisée d’une vision dont elle ne comprit pas la signification : elle vit « la lune en sa splendeur, avec quelque fracture ou défect en sa rondeur corporelle » comme il est écrit dans l’un des plus anciens textes.
La manière de représenter cette vision n’est pas unanime : sur les gravures les plus anciennes ont voit la lune avec une espèce d’échancrure ou de tache, tandis que sur les plus récentes les artistes ont plutôt figuré une barre obscure qui la traverse dans tout son diamètre. Mais ce n’est pas là l’essentiel en définitive.
Sœur Julienne, pensant tout d’abord que son imagination lui jouait des tours ou qu’il s’agissait d’une tentation s’efforça de n’y pas attacher d’importance ; mais la vision se renouvela si souvent qu’elle finit par être inquiète et qu’elle s’en ouvrit à Mère Sapience.
La prieure, tout aussi perplexe que son ancienne élève mais convaincue par les vertus dont elle était le témoin qu’il ne s’agissait ni d’exaltation conséquente à un déséquilibre psychologique ni d’obsession diabolique, demanda les lumières d’autres religieuses vertueuses et sages, ainsi que d’ecclésiastiques renommés pour leur science et leur piété, mais nul ne put donner la plus petite explication à ce mystérieux symbole.

   Bien qu’elle s’efforçât de n’en pas tenir compte – selon les conseils qui lui étaient donnés – , la vision continua de s’imposer à Sœur Julienne, particulièrement dans les temps d’oraison ; et il en fut ainsi pendant deux années.
Deux années de perplexité et de troubles, deux années d’inquiétude où elle-même et les personnes de confiance qui avaient été mises dans le secret, suppliaient Dieu soit de faire cesser la vision soit d’en donner le sens…

   C’est probablement dans le courant de l’année 1210 que l’épreuve prit fin. Au cours d’une extase, Sœur Julienne entendit une voix lui révéler l’explication de sa vision :
« Le globe de la lune figurait l’Eglise militante et l’opacité, cachant une partie de sa clarté, signifiait qu’il y avait une ombre dans le cycle liturgique, parce qu’il y manquait une fête : celle du Saint Sacrement. Le Jeudi Saint, il est vrai, est destiné à célébrer l’institution de la divine Eucharistie, cependant en ce jour l’attention est partagée entre la Passion du Sauveur et le Dieu vivant du tabernacle. La Providence voulait une fête triomphale pour le plus grand des sacrements. Ce jour devait être uniquement consacré à honorer la Présence réelle de Jésus-Christ dans l’Hostie pour les raisons suivantes : Fortifier la foi affaiblie par les hérésies et la prémunir contre de nouvelles atteintes dans les siècles futurs ; ranimer le courage des croyants, afin qu’ils puisent dans cette source de vie des forces nouvelles pour avancer dans la vertu ; réparer par une adoration profonde, sincère et publique les négligences, froideurs, indifférences dans la célébration des messes quotidiennes » (Lambert de Ruyte, recteur de Cornillon, in « Histoire mémorable de Sainte Julienne, vierge, jadis prieure de la maison de Cornillon », publié en 1598 – cet ouvrage traduit la Vita Julianae du  XIIIe s. qu’il trouva dans les archives du monastère);

   Si Sœur Julienne se réjouit de ce que le sens de sa vision lui était enfin explicité, et aussi parce que cela lui permettait d’entrevoir une plus grande glorification du Très Saint Sacrement, elle fut toutefois effrayée d’entendre que l’institution de cette solennité devait se réaliser par son entremise.
A partir de ce moment-là, elle se renferma dans le silence et, continuant avec exemplarité sa vie religieuse et ses soins aux malades, elle suppliait Dieu de choisir une personne plus influente et sainte pour cette mission.

Vision symbolique de Sainte Julienne du Mont-Cornillon

Vision symbolique de Sainte Julienne du Mont-Cornillon
(sur cette représentation la lune est représentée échancrée).

C – Julienne prieure de Cornillon ; son amitié spirituelle avec Eve de Saint-Martin et Isabelle de Huy :

   En 1222, à la mort de Mère Sapience, Sœur Julienne fut élue prieure ; elle était alors âgée d’une trentaine d’années.
En tant que prieure, elle eut à subir de nombreux tourments, certains du fait des religieuses les moins ferventes de sa propre communauté, d’autres dus à des bourgeois de Liège qui souhaitaient augmenter leur pouvoir sur la léproserie et en accaparer les charges.
Dans le même temps, elle était favorisée de dons spirituels précieux : connaissance de faits passés et présents qu’elle ne pouvait connaître de manière naturelle, lecture dans les consciences et les coeurs, don de prophétie… etc.

   Mère Julienne aida une jeune fille de Liège prénommée Eve, qui était sa cadette d’environ douze ans, à reconnaître la vocation particulière à laquelle Dieu l’appelait et la soutint dans son accomplissement : Eve, en effet, était appelée par Dieu à vivre comme recluse (cf. > ici).

   Les recluses, lorsque leur vocation avait été authentifiée par l’Eglise, étaient emmurées dans une maisonnette attenante à une église – paroissiale ou monastique – : une petite fenêtre s’ouvrait sur le sanctuaire et leur permettait de voir le saint tabernacle ; une autre, garnie d’une grille doublée d’un rideau, donnait sur un petit parloir dans lequel se tenaient leurs visiteurs. Cette maisonnette pouvait avoir un étage, elle possédait presque toujours un jardinet entouré de murs hauts et épais.
La vie des recluses était austère ; aux trois voeux habituels de pauvreté, chasteté et obéissance, elles ajoutaient celui de perpétuelle clôture, sous peine d’excommunication : elles ne pouvaient sortir qu’en cas de grand péril (un incendie par exemple) ou si un supérieur religieux leur en intimait l’ordre estimant que le bien général le demandait ; les visites étaient soumises à l’autorisation de l’évêque ou de son représentant ; le jeûne et l’abstinence étaient perpétuels, sauf en cas de maladie ; elles s’imposaient de grandes macérations et vivaient en partie d’aumônes, en partie du fruit de leur travail qui consistait souvent à entretenir le linge et les ornements d’église, à broder et à coudre, parfois à recopier des manuscrits… etc. ; une personne extérieure était chargée de leur apporter les travaux à faire, puis de les reprendre, d’en retirer le salaire avec lequel elle leur achetait ce qui était nécessaire à leur subsistance, et de distribuer le surplus aux nécessiteux.
Tel était donc le genre de vie auquel Notre-Seigneur appelait Eve, qui entra en réclusion auprès de la collégiale Saint-Martin de Liège, d’où le nom de Eve de Saint-Martin qui lui fut donné depuis lors.
Mère Julienne et Eve furent désormais liées par une profonde amitié spirituelle.
Mère Julienne reçut également dans la communauté des Augustines de Cornillon une jeune fille déjà favorisée de grâces de choix : Isabelle de Huy, avec laquelle s’établit aussi une relation de grande confiance.

   Julienne continuait à voir de manière insistante la lune assombrie pendant ses temps d’oraison et, dans son humilité, s’obstinait à demander à Dieu de mandater une personne plus digne qu’elle pour s’adresser aux autorités ecclésiastiques afin d’en obtenir l’institution de la fête du Très Saint-Sacrement.
Enfin, en 1230 – c’est-à-dire alors que la vision s’imposait à elle depuis vingt ans ! – Mère Julienne, tourmentée, s’ouvrit à Eve de Saint-Martin et à Soeur Isabelle de Huy.
Ces dernières la pressèrent et la convainquirent de parler à l’un des chanoines de la collégiale Saint-Martin, Jean de Lausanne, prêtre aussi fervent qu’il était savant, lequel fut conquis par l’idée d’une fête spéciale en l’honneur du Saint-Sacrement. Néanmoins, en homme prudent il demanda l’avis d’autres théologiens pieux et sages : Jacques Pantaléon de Troyes, archidiacre de Liège et futur pape Urbain IV, Hugues de Saint-Cher, provincial des dominicains et futur cardinal, Guy de Laon, évêque de Cambrai, Philippe de Grèves, chancelier de l’université de Paris, et quelques autres, qui émirent tous l’avis que non seulement rien ne s’opposait à cette fête mais qu’en outre elle semblait particulièrement propre à l’accroissement de la foi et de l’amour envers la Sainte Eucharistie.

Englebert Fisen 1690 Stes Julienne, Eve & Isabelle de Huy adorant le St Sacr. présenté par la Vierge - liège collégiale St martin

Les saintes Julienne du Mont-Cornillon, Eve de Saint-Martin et Isabelle de Huy
adorant le Saint-Sacrement qui leur est présenté par la Vierge
(tableau de Englebert Fisen -1690 – à la collégiale Saint-Martin de Liège)

D – Epreuves et première célébration de la Fête-Dieu à Saint-Martin de Liège :

   Mère Julienne confia alors à un jeune religieux de Cornillon, Frère Jean, la charge de composer un office en l’honneur du Saint-Sacrement : le travail du jeune moine consistait à extraire des Saintes Ecritures et à mettre en forme les passages les plus propres à magnifier la Sainte Eucharistie ; son travail était supervisé par Mère Julienne, et, lorsque il l’eut achevé, il fut soumis au jugement des théologiens qui le trouvèrent parfaitement élaboré. Frère Jean était lui-même convaincu que c’étaient les prières de Julienne qui lui avaient valu une inspiration et une assistance particulières dans cette composition.

   Cette préparation d’une nouvelle fête religieuse dont l’inspiration se trouverait dans les visions de la prieure de Cornillon commença alors à transpirer dans le clergé et dans le peuple de Liège, soulevant moqueries et critiques. Le dominicain Hugues de Saint-Cher intervint une première fois et, par une prédication péremptoire, apaisa pour un temps le tumulte.
De son côté, Mère Julienne entreprit un pèlerinage dans plusieurs sanctuaires afin d’obtenir l’intercession des saints en faveur de la célébration de la fête du Saint-Sacrement.

   Le calme fut de courte durée. A Cornillon, lorsque mourut le prieur de la communauté masculine, à force d’intrigues et d’argent, le moine Roger réussit à se faire élire prieur.
Mère Julienne refusa de reconnaître la validité de cette élection simoniaque. Le prieur Roger conçut alors pour elle une haine implacable et mena contre elle une cabale de calomnies, en particulier auprès des autorités municipales qui, redisons-le, avaient des droits dans l’administration du temporel de la léproserie de Cornillon.
Le prieur Roger, voulant s’emparer des chartes de la communauté des religieuses et de ses titres de propriété, suscita même une émeute telle que le monastère des Augustines fut prit d’assaut, ses portes brisées, la cellule et l’oratoire de Mère Julienne pillés… Les sœurs avaient juste eu le temps de mettre leur prieure en sécurité, et les émeutiers ne purent mettre la main ni sur elle, ni sur les chartes et les registres du monastère. 
Craignant un nouveau coup de force du prieur Roger qui ne décolérait pas, Mère Julienne, Sœur Isabelle de Huy et quelques religieuses furent contraintes pendant plusieurs mois de se cacher dans la recluserie d’Eve de Saint-Martin puis dans la demeure du chanoine Jean de Lausanne.

   Nous étions alors en 1240 : l’évêché de Liège avait connu deux longues périodes de vacance, mais à la fin de l’année l’évêque de Langres Robert de Thourotte fut promu Prince-évêque de Liège ; c’était un prélat instruit et sage, d’une conduite personnelle exemplaire qui ne transigeait pas sur l’honneur dû à Dieu et sur la dignité dont doivent faire preuve les gens d’Eglise. Lorsqu’il eut pris possession de son siège, Robert de Thourotte diligenta une enquête, instruisit un procès qui mit en évidence les torts du prieur simoniaque ; ce dernier fut donc destitué et enfermé dans un hôpital.
L’innocence et les vertus de Mère Julienne triomphaient.

   Le Prince-évêque Robert de Thourotte, convaincu de la sainteté de Julienne et qui venait souvent s’entretenir avec elle à Cornillon, craignait cependant d’instituer une fête spéciale en l’honneur du Saint-Sacrement : il tergiversa plusieurs années, jusqu’au moment où, en 1246, touché par une grâce personnelle décisive qui emporta sa pleine adhésion, il fit rédiger par son archidiacre, Jacques Pantaléon, un mandement établissant pour tout son diocèse au jeudi qui suit l’octave de la Sainte Trinité (1) une fête solennelle, impérativement chômée, précédée d’un jour de jeûne ; l’office composé par le Frère Jean de Cornillon était adopté (avec des matines à neuf leçons) (2), et les fidèles étaient encouragés à s’approcher des sacrements.
Robert de Thourotte voulait réunir un synode pour y promulguer son mandement (3), mais il tomba gravement malade à Fosses (aujourd’hui Fosses-la-Ville dans la province de Namur) : exhortant son entourage à faire célébrer la fête du Saint-Sacrement et demandant qu’on entonne autour de son lit de mort les hymnes de l’office qui avait été composé pour elle, il rendit son âme à Dieu le 16 octobre 1246.

   Le mandement de Robert de Thourotte n’ayant pu être officiellement publié, le clergé de Liège, malgré les recommandations du prélat mourant, n’était pas embrasé d’un très grand zèle pour la nouvelle solennité : les bourgeois de Liège n’y étaient pas favorables parce que cela représentait un jour de plus où – la fête étant de précepte – ils ne pourraient pas faire fructifier leurs commerces et leurs affaires ; d’autres récriminaient contre le jour de jeûne obligatoire qui devait la précéder ; certains religieux critiquaient les dépenses qu’elle représentait…
Tandis que Mère Julienne et Sœur Isabelle multipliaient les veilles et les pénitences, Eve de Saint-Martin usa de toute son influence sur les chanoines de la collégiale Saint-M
artin et obtint finalement du chapitre la célébration de la première Fête-Dieu : ce fut, conformément aux dispositions du défunt Prince-évêque, le 6 juin 1247, jeudi après l’octave de la Trinité (1).
Ce fut, à Saint-Martin, une cérémonie splendide, mais ce triomphe conservait un goût amer puisque c’était la seule église de la ville à avoir célébré la fête et que de nombreuses voix, parmi les bourgeois comme dans le clergé, s’élevaient contre cette nouveauté et se promettaient bien d’y mettre fin.
Eve, qui faisait part de ses inquiétudes à Julienne, reçut alors d’elle cette assurance prophétique : « (…) Ce qui est établi par la volonté du Très-Haut est trop solide pour être ébranlé par la main des faibles mortels. Le temps viendra où la fête du Mont Saint-Martin étendra ses splendeurs, non seulement dans le diocèse de Liège, mais encore dans tout l’univers. L’enfer luttera contre l’institution, mais Dieu brisera ses colères ».

Liège collégiale-basilique Saint-Martin

Liège, la collégiale – puis plus tard basilique – Saint-Martin,
où la Fête-Dieu fut célébrée
pour la première fois

(nota bene : l’édifice actuel n’est pas celui qu’ont connu Sainte Julienne et Sainte Eve, car il fut réédifié au XVIe siècle)

E – Dernières années de Sainte Julienne :

   Après la mort de Robert de Thourotte, le siège épiscopal de Liège resta vacant pendant presque une année. L’élection, inspirée par des motifs politiques, désigna comme Prince-évêque Henri de Gueldre, jeune homme aux mœurs dissolues : occupé davantage de ses plaisirs que de l’accomplissement de sa charge, il sera de plus en plus méprisé par son clergé, sera déposé par le second concile de Lyon (1274) et mourra misérablement comme chef d’une bande de brigands !

   Mère Julienne de Cornillon savait qu’elle ne devait espérer aucun soutien d’un tel prélat, mais le parti de l’ancien prieur simoniaque comprit aussi qu’il ne pouvait rien en craindre : ces dévoyés réussirent à faire revenir de son exil l’ex-prieur Roger, parvinrent à déposer le prieur Jean de Cornillon qui soutenait Julienne et qui avait son soutien, et multiplièrent les vexations contre cette dernière : ils recrutèrent une bande de forcenés qui assaillit le monastère des Augustines, s’y livra au pillage et à la destruction, jusqu’à ce que leur principal meneur – qui venait de donner le premier coup de pioche contre la porte de la pièce où Mère Julienne était réfugiée – soudainement frappé par une main invisible, tombe à demi-mort ; épouvantés, les autres s’enfuirent. Julienne était sauvée.

   Néanmoins l’incurie du Prince-évêque indigne faisait que Liège était livrée aux désordres et à d’incessants troubles politiques : la sainte prieure, comprenant qu’il n’y aurait désormais plus de paix pour elle en ce lieu, se résigna à prendre le chemin de l’exil en compagnie de Soeur Isabelle de Huy et de deux autres religieuses. Elle durent fuir de monastère en béguinage, furent notamment accueillies par plusieurs abbayes cisterciennes.

   Aux vexations humaines s’ajoutaient de nombreuses attaques directes du démon en personne qui menait grand tapage pour l’empêcher de prendre un peu de repos, lui apparaissait sous des formes hideuses, la tourmentait par des cris et d’horribles blasphèmes…
Les vertus de Mère Julienne et ses dons surnaturels (prophétie, lecture dans les âmes) croissaient en proportion des épreuves qui lui fondaient dessus.
A la fin de l’année 1255, elle eut la douleur de voir mourir sa fidèle compagne et amie Sœur Isabelle de Huy ; puis ce fut au tour du Frère Jean de Cornillon d’être emporté par une brusque maladie.
Elle-même avait annoncé jadis « qu’elle mourrait sur la terre étrangère, sans avoir la consolation d’être assistée par aucun de ceux en qui elle avait mis sa confiance », et c’est en effet ce qui advint.

   Arriva l’année 1258.
Alors qu’elle n’avait plus avec elle pour seule compagne que l’abbesse des cisterciennes de Salzinnes et que toutes deux, en raison de la guerre civile qui ravageait le comté de Namur, étaient réfugiées dans la recluserie de Fosses (cette même ville où le regretté Robert de Thourotte avait rendu son âme à Dieu), Mère Julienne sentit sa fin approcher : elle fit appeler le chanoine Jean de Lausanne, mais celui-ci (on ignore si ce fut en raison des troubles politique et même s’il reçut le message) ne vint pas.

   Tenant à peine debout, elle dut se faire soutenir pour aller à l’église le saint jour de Pâques : elle y assista à plusieurs messes, communia pour la dernière fois et fut ensuite absorbée en adoration, immobile, jusqu’au soir.
Ramenée dans sa cellule, elle demanda à recevoir l’extrême-onction qu’elle reçut avec ferveur, répondant aux prières avec un véritable transport.
Elle était toutefois à bout de forces : toujours consciente, elle parvint aux premières lueurs du jour du vendredi dans l’octave de Pâques. L’abbesse des cisterciennes de Salzinnes qui la veillait se rendit compte que l’heure de son départ approchait, et elle décida un chanoine de la collégiale voisine de lui apporter le Saint-Sacrement : elle savait bien que Julienne ne pouvait plus communier, mais du moins aurait-elle pour suprême consolation de quitter cette terre en Sa présence.
Lorsque le chanoine entra portant la Sainte Eucharistie, Julienne fit un dernier effort pour se soulever et adorer son Seigneur. Elevant la Sainte Hostie le prêtre dit : « Voici, ma sœur, votre Dieu et votre Sauveur qui a daigné naître et mourir pour vous. Priez-Le de vous défendre contre les assauts de l’ennemi et de vous introduire dans la vie éternelle ». Alors, le regard brillant fixé sur son Bien-Aimé, Mère Julienne répondit : « Ainsi soit-il… et qu’Il protège aussi Madame l’abbesse ».
Ce furent ses dernières paroles : avec l’Amen de toute une vie, d’ultimes et délicates paroles de reconnaissance envers sa dernière bienfaitrice.
Quelques instants après son âme avait quitté la terre et entrait dans la possession éternelle de son Dieu.
C’était le vendredi de Pâques 5 avril 1258, vers neuf heures du matin, elle était âgée de soixante-six ans.

   Selon ses dernières volontés elle fut inhumée à l’abbaye cistercienne de Villers, où malheureusement, en 1796, les soldats de la révolution française profanèrent son tombeau et détruisirent ses reliques, si bien que l’on ne possède de Sainte Julienne du Mont-Cornillon que quelques rares parcelles de ses ossements qui avaient été prélevées avant ce pillage.
Sa fête liturgique se célèbre le 5 avril, sauf dans le diocèse de Liège où elle a été fixée au 7 août.

Sainte Julienne du Mont-Cornillon (broderie de voile huméral)

Sainte Julienne du Mont-Cornillon recevant d’un ange l’explication de sa vision :
sur cette représentation, la lune est barrée de noir sur tout son diamètre

(broderie d’un voile huméral de la chapelle Sainte-Thérèse, Namur – FSSP ;
aimable communication de notre ami Patrick M. que nous remercions chaleureusement)

(1) Lorsque la fête fut instituée pour l’Eglise universelle par Urbain IV, elle fut fixée au jeudi qui suit la Sainte Trinité, soit huit jours plus tôt – et c’est toujours l’usage actuel pour l’Eglise universelle, mais l’Eglise de Liège gardera l’usage particulier du jeudi après l’octave de la Trinité jusqu’à l’époque où elle adoptera le Missel Romain, au XVIIe siècle.
(2) De l’office du Saint-Sacrement composé par le Frère Jean de Cornillon, il ne reste malheureusement que des fragments : adopté par les chanoines de Saint-Martin de Liège en 1247 il y resta en usage jusqu’en 1264 et fut alors remplacé par celui composé par Saint Thomas d’Aquin.
(3) Le mandement du Prince-évêque Robert de Thourotte présente un très grand intérêt, aussi, plutôt que d’alourdir notre récit, avons-nous résolu de le publier dans son intégralité > ici.

ostensoir

à suivre :
- le mandement de Robert de Thourotte > ici

– le miracle de Bolsena > ici
- l’institution définitive de la fête par Urbain IV et Jean XXII > ici

Chapelet pour demander les sept dons du Saint-Esprit.

Octave de la Pentecôte.

       Après nous être préparés avec ferveur par une neuvaine à la magnifique fête de la Pentecôte, la célébration de son octave nous donne d’approfondir toujours davantage notre connaissance et notre amour de la troisième Personne de la Très Sainte Trinité.

   Parmi les pratiques de dévotion en l’honneur du Saint-Esprit, en voici une qui est très simple mais de laquelle on pourra retirer de grands fruits spirituels : c’est le chapelet (ou couronne) des sept dons du Saint-Esprit.
Il consiste en sept « septaines » au cours desquelles on récite les prières et invocations suivantes :

Les sept dons du Saint-Esprit

   On commence par réciter le Credo (le symbole de Nicée-Constantinople, plutôt que le symbole des Apôtres), suivi du Pater noster, de trois Ave Maria et d’un Gloria Patri puis…

Première septaine :
- Venez en nous, Esprit de la crainte du Seigneur !
- puis sept fois :
V./ : Venez, Esprit-Saint, remplissez le coeur de vos fidèles.
R./ : Et allumez en eux le feu de votre amour.

Deuxième septaine :
- Venez en nous, Esprit de Piété !
- puis sept fois : 
V./ : Venez, Esprit-Saint, remplissez le coeur de vos fidèles.
R./ : Et allumez en eux le feu de votre amour.

Troisième septaine :
- Venez en nous, Esprit de science !
- puis sept fois : 
V./ : Venez, Esprit-Saint, remplissez le coeur de vos fidèles.
R./ : Et allumez en eux le feu de votre amour.

Quatrième septaine :
- Venez en nous, Esprit de force !
- puis sept fois : 
V./ : Venez, Esprit-Saint, remplissez le coeur de vos fidèles.
R./ : Et allumez en eux le feu de votre amour.

Cinquième septaine :
- Venez en nous, Esprit de conseil !
- puis sept fois : 
V./ : Venez, Esprit-Saint, remplissez le coeur de vos fidèles.
R./ : Et allumez en eux le feu de votre amour.

Sixième septaine :
- Venez en nous, Esprit d’intelligence !
- puis sept fois : 
V./ : Venez, Esprit-Saint, remplissez le coeur de vos fidèles.
R./ : Et allumez en eux le feu de votre amour.

Septième septaine :
- Venez en nous, Esprit de sagesse !
- puis sept fois : 
V./ : Venez, Esprit-Saint, remplissez le coeur de vos fidèles.
R./ : Et allumez en eux le feu de votre amour.

On termine ce « chapelet » par trois Gloria Patri.

Vitrail Saint-Esprit Basilique Vaticane

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