Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2010-27. Où Lully, profitant des jours de mauvais temps pour étudier la liturgie, évoque la question de « l’autel face au peuple ».

10 juin,
Fête du Bienheureux Gabriel Pergaud, chanoine régulier de Saint-Augustin,
et de ses 63 compagnons martyrs des pontons de Rochefort et de l’Ile Madame ;
Mémoire de Sainte Marguerite d’Ecosse, reine.

Lully au parapluie rouge

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vraiment, depuis deux jours nous avons un temps épouvantable… un vrai temps de chien !
Mais pas du tout du tout du tout un temps propice aux promenades des matous.
Un chat monastique ne restant jamais oisif, j’aide mon papa-moine à ranger et à classer des documents. Et c’est donc ainsi que j’ai sorti d’une boite un recueil de bandes dessinées que Frère Maximilien-Marie avait réalisées il y a plusieurs années de cela.
Oubliant les classements (je le confesse), je me suis plongé dedans avec une certaine délectation. Cette lecture en effet m’a  tout à la fois instruit et distrait, me faisant totalement oublier le vent et la pluie qui se déchaînaient à l’extérieur.

J’ai ensuite pensé que cela pourrait peut-être vous intéresser vous aussi, et j’ai décidé de recopier ici à votre intention l’une d’entre elles qui m’a particulièrement fait réfléchir et qui résume bien – me semble-t-il – un des problèmes liturgiques contemporains.
Cette petite bande dessinée concerne en effet une mode liturgique désastreuse – je choisis mes mots – que la plupart des fidèles croient naïvement être une règle impérative : celle de l’autel dit « face au peuple ».
Il s’agit bien d’une mode en effet. On pourrait même dire qu’il ne s’agit QUE d’une mode.
Car en liturgie, tout comme dans les tenues vestimentaires, il existe des modes. 
En liturgie comme pour les vêtements il existe des modes qui sont en accord avec ce qui est juste et raisonné, et il en existe aussi qui sont de véritables insultes au bon sens et à la dignité de ce pour quoi l’une et l’autre sont faites.

Il faut donc commencer par préciser que toute personne capable de lire en comprenant ce qu’elle lit chercherait en pure perte la mention de « l’autel face au peuple » dans les textes du concile vaticandeux : la constitution « Sacrosanctum concilium » qui sert de paravent et de prétexte à tous les abus liturgiques et toutes les aberrations depuis des décennies n’en parle tout simplement pas !
Je le dis, je le redis, et j’insiste : le fait de remplacer les anciens autels sur lesquels la Sainte Messe était célébrée en direction de l’Orient dans l’écrasante majorité des églises où se pratique la liturgie romaine, n’est en aucune manière une prescriptions du second concile du Vatican.

De fait, elle a été imposée d’une façon totalement arbitraire (et souvent violente) dans les églises pour révolutionner la pensée et faire gober, par le truchement d’une liturgie réformée (ou pseudo réformée), de nouvelles conceptions théologiques et spirituelles.

Ces « autels face au peuple », dans beaucoup de cas au moment de l’abandon ou de la destruction des anciens autels, n’étaient d’ailleurs pas de véritables autels mais de vulgaires tables plus ou moins « trafiquées » (Frère Maximilien-Marie, qui était alors enfant, se souvient très bien de ce qu’il a vu dans ces années 1964 à 1970) qui renforçaient concrètement l’idée de la « messe-repas » ou de la « messe-partage » ou encore de la « messe-festive » qui s’imposait au dépens de la sacralité et de la notion même de Saint-Sacrifice.

Faisons au passage un peu d’étymologie : le nom même d’autel vient du latin « altare«  qui évoque l’idée d’un lieu surélevé (c’est le même radical latin qui donne le mot français altitude par exemple).
Ainsi l’étymologie déjà montre qu’il n’est pas conforme aux traditions les plus anciennes que l’autel soit posé sur le sol au même niveau que les fidèles. Ceux qui ont prétendu que cette manière de faire était un retour aux usages de l’Eglise primitive n’ont pas dit la vérité…

Mais il est bien temps que je vous laisse découvrir cela en compagnie du jeune Théophile et de Grindsel le séraphin qui sont les personnages de cette petite bande dessinée que j’ai découverte et dont je vous parlais au début de ces quelques lignes…

Lully.

pattes de chat - frise

 

BD - Les bonnes questions

pattes de chat - frise

2010-25. Le Sacré-Coeur et la Sainte Eucharistie.

Jeudi après la fête du Sacré-Cœur de Jésus :
Fête du Cœur eucharistique de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

le Sacré-Coeur et l'Eucharistie

Attachons-nous aujourd’hui à relever combien Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu que le culte de son Sacré-Coeur soit lié au culte de la Sainte Eucharistie.

La dévotion envers le Cœur adorable de Jésus n’a pas été « inventée » au XVIIème siècle ; on peut dire qu’elle est aussi ancienne que l’Eglise elle-même. Toutefois jusqu’aux apparitions dont fut favorisée Sainte Marguerite-Marie, le culte du Sacré-Cœur était surtout resté le fait d’un nombre assez restreint d’âmes choisies. Nous avions déjà eu l’occasion (cf. > ici) de parler de Sainte Gertrude d’Helfta et de la révélation du Cœur de Jésus qui lui avait été faite le jour de la fête de Saint Jean. La sainte avait alors entendu que la révélation des merveilles du Cœur de Jésus avait « été mise en réserve pour les derniers temps, afin que lorsque la charité du monde alangui ira se refroidissant, il éprouve un renouveau de ferveur à la révélation de semblables merveilles

Au XVIIème siècle donc, Sainte Marguerite-Marie – moniale de la Visitation de Paray-le-Monial – fut l’instrument choisi par la Providence pour faire connaître au « monde alangui » non seulement le Cœur divin du Sauveur, mais aussi l’esprit dans lequel et la manière selon laquelle son culte doit être pratiqué. En tout premier lieu, il importe de  remarquer que la plupart des grandes révélations reçues par Sainte Marguerite-Marie se sont produites en présence du Très Saint-Sacrement.

Apparition du Sacré-Coeur à Sainte Marguerite-Marie

Notre-Seigneur, déchirant en quelque sorte le voile eucharistique  pour manifester son Cœur, attire notre attention sur le Très Saint Sacrement : Il proclame hautement l’amour dont – vivant dans l’Hostie – Il est embrasé ; Il fait connaître à quel point l’indifférence et les manques de respect des hommes envers ce Sacrement Le font souffrir ; Il demande avec insistance un culte d’amour et de réparation qui fasse contrepoids aux outrages dont Il est la victime. Voici pour rappel quelques extraits des écrits de Sainte Marguerite-Marie qui sont parmi les plus importants.

* * * * * * *

Sainte Marguerite-Marie avait déjà reçu de nombreuses grâces mystiques, mais le jour de la fête de Saint Jean l’Evangéliste – 27 décembre 1673 – (notons le parallélisme avec la grâce qu’avait reçu Sainte Gertrude en cette même fête quelque quatre siècles auparavant) Notre-Seigneur lui révèle pour la première fois les mystères de Son divin Cœur :
« Une fois que j’étais devant le Saint-Sacrement (…), Il me fit reposer fort longtemps sur sa divine poitrine, où il me découvrit les merveilles de son amour et les secrets inexplicables de son Coeur sacré, qu’il m’avait toujours tenus cachés jusqu’alors qu’il me l’ouvrit pour la première fois (…). Il me dit : « Mon divin Coeur est si passionné d’amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen et qu’il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors que je te découvre, et qui contiennent les grâces sanctifiantes et salutaires nécessaires pour les retirer de l’abîme de perdition (…). »

Un peu plus tard Sainte Marguerite-Marie entend ces paroles :
« J’ai une soif ardente d’être aimé des hommes dans le Très Saint Sacrement, et je ne trouve presque personne qui s’efforce selon mon désir de me désaltérer en usant envers moi de quelque retour. »

Ensuite il y a cette importante révélation (date incertaine, mais sans doute un vendredi) au cours de l’année 1674 :
« Une fois entre autres que le Saint Sacrement était exposé, mon doux Maître se présenta à moi tout éclatant de gloire avec ses cinq plaies brillantes comme cinq soleils, et de cette sacrée humanité sortaient des flammes de toutes parts, mais surtout de son adorable poitrine qui ressemblait à une fournaise ; et s’étant ouverte, me découvrit son tout aimant et tout aimable Coeur, qui était la vive source de ces flammes.
« Ce fut alors qu’il me découvrit les merveilles inexplicables de son pur amour et jusqu’à quel excès il l’avait porté d’aimer les hommes, dont il ne recevait que des ingratitudes et méconnaissances : « Ce qui m’est beaucoup plus sensible, me dit-il, que tout ce que j’ai souffert en ma Passion ; d’autant que s’ils me rendaient quelque retour d’amour, j’estimerais peu tout ce que j’ai fait pour eux et voudrais, s’il se pouvait, en faire davantage, mais ils n’ont que des froideurs et du rebut pour tous mes empressements à leur faire du bien. Toi du moins, donne-moi ce plaisir de suppléer à leur ingratitude autant que tu pourras en être capable. Sois attentive à ma voix et à ce que je te demande :
« Premièrement, tu me recevras dans le Saint Sacrement autant que l’obéissance te le voudra permettre, quelques mortifications qui t’en doivent arriver, lesquelles tu dois recevoir comme des gages de mon amour.

« Tu communieras, de plus, tous les premiers vendredis de chaque mois; et toutes les nuits du jeudi au vendredi, je te ferai participer à cette mortelle tristesse que j’ai bien voulu sentir au jardin des Olives…« 

Enfin il y a cette apparition, connue sous le nom de « grande révélation« . Elle eut lieu en 1675 :
« Etant une fois devant le Saint-Sacrement, un jour de son octave (…) me découvrant son Cœur, il me dit : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore plus sensible, c’est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. C’est pour cela que je te demande que le premier vendredi d’après l’octave du Saint Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-là, et en lui faisant réparation d’honneur par une amende honorable, pour réparer les ingratitudes qu’il a reçues pendant le temps qu’il a été exposé sur les autels (…).« 

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Nous le disions plus haut, mais j’insiste parce que les textes vous l’ont bien fait ressortir  et parce que le culte du Sacré-Cœur a été dévié de cette orientation voulue par Jésus : la dévotion au divin Cœur de Jésus, telle que Notre-Seigneur Lui-même l’a enseignée à Sainte Marguerite-Marie et telle qu’il a voulu qu’elle la transmette aux hommes, est un culte de réparation pour tous les péchés commis envers le Saint Sacrement (Jésus emploie les mots d’indifférences, froideurs, mépris, manques de respects, irrévérences, sacrilèges…), soit lorsqu’il est exposé sur les autels, soit lorsqu’il est reçu indignement dans la sainte communion (en se plaignant que ce sont des consacrés qui en usent ainsi !).

La manière dont il veut que cette réparation soit accomplie, c’est de contrebalancer ces fautes par un plus grand amour, un plus grand respect, une plus grande adoration, une plus grande attention envers la Sainte Eucharistie : en communiant davantage, en communiant avec plus de ferveur, et en consacrant plus de temps à l’adoration du Très Saint Sacrement.

coeurdejsus.jpg

Prières au Cœur Eucharistique de N.S.J.C. :
- Supplication au Cœur eucharistique > ici
- Prière écrite par le Rd Père Lepidi > ici

2010-24. De Sainte Pétronille et de sa protection sur la France.

1er juin, fête de Sainte Pétronille ;
Commémoraison de Sainte Angèle Mérici ;
Commencement du mois du Sacré-Cœur (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le 1er juin – en réalité sa mention au martyrologe est le au 31 mai mais la fête de Marie Reine, instituée par le vénérable Pie XII en 1954 pour conclure solennellement le « mois de Marie », nous oblige à décaler d’un jour sa célébration liturgique – nous célébrons la fête de Sainte Pétronille, fête qui fut extrêmement populaire jadis en France, comme en témoigne un certain nombre de dictons. J’ai retenu celui-ci : « Pluie de Sainte Pétronille, quarante jours mouillera nos guenilles ». Cela ne me réjouit guère parce qu’il a plu une grande partie de la matinée et, même si la fin de l’après-midi a été radieuse, je crains  très fort que nous n’ayons un été pourri…

Mais revenons à la sainte elle-même.
Elle est malheureusement bien oubliée à notre époque et c’est fort dommage. En effet, depuis le temps de Pépin le Bref, elle a été considérée comme une protectrice spéciale du Royaume de France.
Il faut d’ailleurs noter que chaque année, depuis des siècles et jusqu’à nos jours, cette fête est marquée, dans la basilique Saint-Pierre du Vatican, par une messe particulière célébrée pour la France à l’autel où sont conservées les reliques de Sainte Pétronille.

Cette tradition m’a amené à chercher des explications, que je voudrais vous faire connaître à mon tour. Cet approfondissement n’est que la préparation à quelques réflexions que je me propose de publier une prochaine fois au sujet d’une expression assez couramment  employée pour parler de la France.

Avant de vous livrer les éléments de cette étude sur Sainte Pétronille, je vous rappelle que le mois de juin qui commence est consacré au Sacré-Coeur de Jésus et je vous encourage chaleureusement à approfondir chaque jour les mystères d’amour contenus dans « ce Coeur qui a tant aimé les hommes » mais qui ne reçoit bien souvent en contrepartie qu’indifférences, ingratitudes ou mépris…

Lully.                 

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1- Qui était Sainte Pétronille?

Dans son ouvrage « Rome et ses vieilles églises« , Emile Mâle écrit :

« Il y avait chez certains membres de la famille des Flaviens une inquiétude religieuse qui leur faisait prêter l’oreille à tout ce qui venait de la Judée. Vespasien, avant le siège de Jérusalem, avait consulté le mystérieux oracle du Mont Carmel. Titus avait vécu entouré de Juifs ; il avait reçu dans son intimité le juif Josèphe qui écrivait l’histoire de sa nation, et il avait aimé une juive, la séduisante Bérénice. On assurait qu’il avait voulu sauver le temple de Jérusalem, que ses soldats avaient détruit malgré sa défense. Les Flaviens ne pouvaient ignorer ni le Dieu unique des Hébreux, ni leurs espérances messianiques, et l’on comprend que quelques uns d’entre eux aient été préparés à accueillir le christianisme.

« Parmi ces convertis de la famille flavienne, il y eut, outre Flavius Clemens et Domitille, une jeune fille du nom de Petronilla, à qui une inscription donne le titre de martyre. Son nom est un diminutif féminin de Petro, et elle descendait de Titus Flavius Petro, le grand père de Vespasien. C’est pourquoi elle fut ensevelie dans les Catacombes de Domitille qui étaient celles de sa famille. »

Emile Mâle décrit les galeries des catacombes de Domitille, puis la basilique souterraine des Saints Nérée et Achillée renfermant leurs tombeaux.
Il dit alors :

« Un autre tombeau attirait aussi les prières des fidèles, celui de Petronilla. Il se trouvait dans une petite chapelle, communiquant avec la basilique et décorée d’une curieuse fresque : une jeune sainte, qu’une inscription nomme Petronella martyr, introduit dans le ciel une chrétienne appelée Veneranda (…). Petronella, que les textes nomment toujours Petronilla, était aussi vénérée dans la basilique souterraine que Nérée et Achillée, car les anciens guides des pèlerins associent son nom à celui des deux martyrs. Il ne subsiste malheureusement aucun témoignage des premiers siècles sur sainte Pétronille, et son histoire véritable est inconnue. Au VIème siècle, on lui créa une légende. L’auteur de ce petit roman, imaginant que le nom de Petronilla était un diminutif féminin de Petrus, fit de la jeune sainte une fille de saint Pierre. Un comte romain, nommé Flaccus, séduit par sa beauté, la demande en mariage ; mais la jeune fille, qui a fait vœu de se consacrer à Dieu, refuse de l’épouser. Le comte la menace de la faire mettre à mort comme chrétienne, si, au bout de trois jours, elle ne lui donne pas une réponse favorable. Pétronille prie et jeûne pour s’affermir dans sa résolution et, à la fin du troisième jour, Dieu voulant lui épargner le martyre, qu’elle a accepté dans son coeur, la rappelle à Lui. Le comte Flaccus ne peut qu’assister à ses funérailles.

Le Guerchin - Funérailles et apothéose de Sainte Pétronille

Le Guerchin : Funérailles et apothéose de Sainte Pétronille.

« Ce récit, où rien ne rappelle la Rome des Césars et l’âge des persécutions, fut tenu pour authentique. Pétronille fut désormais appelée la fille de saint Pierre, et on racontait aux pèlerins que l’inscription qu’ils lisaient sur son tombeau : Aureliae Petronillae filliae dulcissimae, avait été gravée par saint Pierre lui-même.

« Le sarcophage de sainte Pétronille resta dans les catacombes de Domitille jusqu’au VIIIème siècle, c’est alors qu’il en fut retiré et transporté à Saint-Pierre. Chose extraordinaire, le transfert des reliques de sainte Pétronille est associé à de grands événements de l’histoire de la papauté et de l’histoire de la France » (Rome et ses vieilles églises, Flammarion 1965 pp. 34-36).

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2- Pourquoi Sainte Pétronille est-elle considérée comme l’une protectrice de la monarchie française?

Continuons la lecture d’Emile Mâle :

« En 753, le pape Etienne II était menacé par les Lombards. Leur roi, Astolphe, voulait achever la conquête de l’Italie centrale, s’emparer de Rome et en faire sa capitale. Le pape, convaincu qu’il n’avait rien à attendre de l’empereur d’Orient, franchit les Alpes et vint demander aide et protection à Pépin le Bref. Le roi envoya à sa rencontre son fils aîné, Charles, celui qui devait être Charlemagne, puis il l’accueillit lui-même avec le plus profond respect : on vit alors, pour la première fois, un souverain marcher, comme un écuyer, près du cheval du pape. Pépin lui promit son appui et il tint sa promesse. Il fit deux expéditions victorieuses en Italie et enleva à Astolphe une partie de ses conquêtes pour en faire hommage au pape. Afin d’assurer pour l’avenir l’indépendance de la papauté, il créa l’Etat pontifical, qui devait durer plus de mille ans.

« Une fresque du XVIème siècle, dans la Sala Regia, au Vatican, montre Pépin s’avançant en triomphateur : il est vêtu en empereur romain, mais il a sur le front la couronne fleurdelisée des rois de France. Devant lui Astolphe, couronné du cercle de fer des rois Lombards, marche dans l’attitude humiliée d’un vaincu. Un jeune guerrier porte sur un plateau une statuette d’or : ce sont les Etats de l’Eglise personnifiés que le vainqueur vient offrir au pape.

« Ainsi, au XVIème siècle, la papauté exprimait encore sa reconnaissance au roi des Francs, qui s’était fait le chevalier de l’Eglise. Elle la lui avait exprimée, dès le VIIIème siècle, d’une autre façon.

« Le pape Etienne II, étant à Saint-Denis, donna à Pépin le Bref, comme protectrice, sainte Pétronille, et il lui promit de transférer ses reliques des Catacombes où elles reposaient, dans une chapelle de Saint-Pierre, qui deviendrait celle des rois Francs.

« Ce choix de sainte Pétronille semble fort extraordinaire et les vieux chroniqueurs ne nous l’expliquent pas. Mais nous en devinons la raison. En défendant le pape, en lui donnant un royaume, Pépin le Bref devenait le fils de l’Eglise, le fils de saint Pierre. Dans une lettre qu’Etienne II lui avait envoyée et que saint Pierre lui-même était censé avoir écrite, il faisait dire à l’apôtre que Pépin et les deux jeunes princes, Charles et Carloman, étaient « ses fils adoptifs ». Il paraissait donc naturel que sainte Pétronille, fille de saint Pierre, devint la patronne des rois Francs, qui semblaient maintenant faire partie de sa famille. C’était une sœur qui protégeait ses frères.

« Le pape Etienne II mourut sans avoir pu tenir sa promesse, mais un des premiers actes de Paul Ier, son successeur, fut de transporter le sarcophage de sainte Pétronille à saint Pierre. Il ne fut pas placé dans l’église même, mais dans un monument voisin. Il y avait, sur la gauche de la basilique, deux mausolées, qui avaient été élevés pour servir de sépulture à la famille de Théodose ; ils étaient circulaires, comme les tombeaux d’Hadrien et d’Auguste, mais n’en avaient pas les dimensions colossales. La famille de Théodose, qui s’était promis de longues destinées, laissa ces deux monuments presque vides. L’un d’eux, cependant, avait reçu le tombeau de l’impératrice Marie, femme d’Honorius : c’est là que fut placé le sarcophage de sainte Pétronille. »

Emile Mâle – je ne puis tout recopier ici – détaille ensuite la façon dont les rois Francs et les pontifes embellirent et ornèrent cette chapelle, qui devint en quelque sorte le symbole de l’alliance de la papauté et de la monarchie franque.
Le culte de la martyre romaine se répandit en France. Nombre de femmes reçurent son prénom ou les formes qui en sont dérivées : Perrine, Pernelle, Perronelle…
Louis XI fit faire des prières spéciales à Sainte Pétronille quand le Dauphin fut gravement malade. Et lorsque celui-ci – reconnaissant de devoir la vie à l’antique protectrice des rois francs – fut devenu le roi Charles VIII et vint à Rome, il « toucha les écrouelles » et fit des guérisons, dans cette chapelle de Sainte Pétronille où il était venu rendre grâces.

Quelques années plus tard, le cardinal français Jean de Bilhères Lagraulas voulut orner la chapelle de Sainte Pétronille d’une statue de la Vierge de Pitié. Il en passa commande à un jeune sculpteur de 23 ans qui commençait à avoir quelque réputation : Michel-Angelo Buonarotti…
C’est ainsi que la fameuse Pietà de Michel-Ange vit le jour !
Toutefois ce chef d’oeuvre ne resta pas longtemps dans la chapelle des rois de France. : en 1544, elle fut détruite – comme l’ensemble de la basilique constantinienne et des bâtiments qui l’entouraient – pour permettre la construction de l’actuelle basilique vaticane.
Le nouveau Saint-Pierre accueillit la Piéta dans la première chapelle à droite de l’entrée et le sarcophage de Sainte Pétronille fut placé dans un autel qui lui fut consacré dans le bras septentrional du transept. Au dessus de l’autel, une mosaïque reproduit le tableau du Guerchin.

Basilique de Saint-Pierre au Vatican : autel des reliques de Sainte Pétronille

Basilique Saint-Pierre au Vatican :
autel contenant le sarcophage de Sainte Pétronille,
mosaïque reproduisant le tableau du Guerchin et lampe votive pour la France.

Cette chapelle de Sainte Pétronille perpétue le souvenir de l’antique alliance de la papauté et des Francs.
En 1889, Léon XIII fit suspendre en avant de l’autel une lampe dont la flamme ne doit jamais s’éteindre et dont l’inscription dédicatoire dit : « Elle semblera prier sans cesse pour la France ».
C’est à cet autel que, chaque année, à l’occasion de la fête de Sainte Pétronille, comme nous le disions au début, une messe est célébrée pour la France : tous les Français se trouvant à Rome y sont invités… Le gouvernement français y est officiellement représenté par le personnel de son ambassade près le Saint-Siège.

2010-23. Dimanche de la Sainte Trinité 1610 : fondation de l’Ordre de la Visitation.

Voici ce qu’on peut lire dans le coutumier des Religieuses de la Visitation Sainte-Marie: « La fête de la Sainte Trinité, jour auquel Dieu donna commencement à la Congrégation en l’an 1610…« 

Sainte Trinité 1610 : Saint François de Sales remet à la baronne de Chantal le livre de la Règle

Nous avons évoqué > ici , l’ouverture de l’année jubilaire du 4ème centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation. Si le 6 juin de cette année 2010 en est bien l’anniversaire exact selon les éphémérides, les anciens livres de la Congrégation célèbrent à deux reprises la mémoire de cet évènement a) en l’associant à la fête de la Très Sainte Trinité, puis b) à la date du 6 juin (puisque le 6 juin 1610 était cette année-là celui du dimanche de cette fête), jour qui doit être chômé dans la Congrégation lorsqu’il tombe en semaine.

Initialement, Saint François de Sales et Sainte Jeanne-Françoise de Chantal avaient choisi la date hautement symbolique du dimanche de Pentecôte, 30 mai 1610, mais divers contretemps les obligèrent à sursoir d’une semaine. C’est ainsi que l’ouverture du premier monastère de l’ordre fut définitivement fixée au dimanche de la Sainte Trinité, qui coïncidait avec la fête de Saint Claude. Ce ne fut pas sans frapper Madame de Chantal qui se rappela qu’au tout début de sa rencontre avec le saint évêque de Genève, elle avait entendu dans un songe une voix mystérieuse qui lui annonçait son « entrée au repos des enfants de Dieu » par la « porte de Saint Claude » : la divine Providence avait de toute évidence prévu et voulu ce délai.

Le matin du dimanche 6 juin 1610 donc, Madame de Chantal et ses deux premières compagnes – Mesdemoiselles Favre et de Bréchard -, vinrent dans l’oratoire de l’évêché : elles y assistèrent à la Messe de Monseigneur et communièrent de sa main. Elles passèrent ensuite une partie du dimanche soit à prier dans les église d’Annecy, soit à visiter des familles pauvres. Elles soupèrent à l’évêché avec Monseigneur et ses frères, le chanoine Jean-François et les seigneurs Louis et Bernard de Sales. En sortant de table, on passa à l’oratoire.

« Vous êtes bien heureuses, vous que le Seigneur a sauvées, dit Monseigneur aux trois femmes agenouillées devant lui. Ayez un très grand et très humble courage, Dieu sera votre Dieu! » Puis il remit à Madame de Chantal l’ébauche de la Règle : « Suivez ce chemin, ma très chère fille, et le faites suivre à celles que le Ciel a destinées pour suivre vos traces« . Enfin, les yeux levés, il les bénit toutes les trois « au Nom du Père tout-puissant qui les attirait, du Fils éternelle Sagesse qui les régissait et du Saint-Esprit qui les animait de ses amoureuses flammes« .

Par cette belle et longue soirée dominicale, les promeneurs se dirigeaient en grand nombre vers la rive du lac. Ils s’arrêtèrent pour contempler un spectacle sans exemple : sur les neuf heures, la baronne de Chantal avait quitté l’évêché – donnant le bras à son gendre Bernard de Sales, frère puiné du saint évêque -, suivie de mesdemoiselles Jacqueline Favre et Charlotte de Bréchard, qu’entouraient le chanoine Jean-François et le seigneur Louis de Sales ainsi qu’un groupe d’amis, heureux de témoigner de leur sympathie à l’oeuvre naissante. Un murmure de louanges parcourut le peuple et des acclamations retentirent.

A la maison de la Galerie, Jacqueline Coste, déjà en fonction sous son costume de servante (en effet les Soeurs tourières porteront pendant longtemps l’habit ordinaire des domestiques de ce temps), ouvrit la porte aux arrivantes. Après s’être recueillies dans la petite chapelle, les nouvelles Religieuses montèrent dans leurs chambres. Jeanne-Françoise de Chantal s’écria alors : « Voici le lieu de nos délices et de notre repos! » A trois reprises elle entonna le Gloria Patri que ses compagnes chantèrent avec elle. Ensuite elle embrassa cordialement ses deux soeurs en religion qui, à genoux, firent entre ses mains promesse de fidèle obéissance. La prière du soir achevée, la Mère de Chantal – ce sera désormais son nom – lut à ses filles la Sainte Règle ; et dès lors – note la Mère de Chaugy dans ses mémoires – « le petit volume de cette grande loi ne bougea de sa bouche« .

Le lendemain matin, au lever, toutes trois revêtirent leur costume de noviciat : robe noire, collet blanc, bandeau noir au front, coiffe de taffetas noir nouée sous le menton, qu’elle garderont jusqu’au jour de leur profession où alors à proprement parler elles prendront le voile. Elles se mirent en oraison dans leur chapelle où, à huit heures, Monseigneur vint dire la Messe et établit la clôture. Il déclara qu’il n’avait plus désormais devant lui ni dame ni demoiselles, mais une Mère qui vivait parmi des Soeurs. Et l’on rapporte qu’en rentrant à l’évêché il dit à ses frères avec un sourire empreint d’une innocente malice : « Vraiment, nos dames n’ont pas pris une coiffure à leur avantage« …

(d’après Monseigneur Francis Trochu)

Lire aussi ici « les préludes à la fondation de l’Ordre de la Visitation », en cliquant > ici.

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 29 mai, 2010 |1 Commentaire »

Neuvaine préparatoire à la fête de la Pentecôte

 Prière pour demander les Sept Dons du Saint-Esprit

Les sept dons du Saint-Esprit

Ô Jésus, qui, avant de monter au ciel, avez promis à vos Apôtres de leur envoyer le Saint-Esprit pour les instruire, les consoler et les fortifier, daignez faire descendre en nous aussi ce divin Paraclet.

- Venez en nous, Esprit de la Crainte du Seigneur, faites que nous redoutions par-dessus tout de contrister notre Père Céleste et que nous fuyions les séductions du malin.

- Venez en nous, Esprit de Piété, remplissez nos cœurs de la tendresse la plus filiale pour Dieu et de la mansuétude la plus parfaite à l’égard de nos frères.

- Venez en nous, Esprit de Science, éclairez-nous sur la vanité des choses de ce monde, faites que, voyant en elles des images des perfections divines, nous nous en servions pour élever nos cœurs vers Celui qui les a créés pour notre service.

- Venez en nous, Esprit de Force, donnez-nous le courage de supporter avec patience les souffrances et les épreuves de la vie, et faites-nous surmonter généreusement tous les obstacles qui s’opposeraient à l’accomplissement de nos devoirs.

- Venez en nous, Esprit de Conseil, accordez-nous la grâce de discerner, dans les occasions difficiles, ce que nous devons faire pour accomplir la volonté de Dieu, et ce que nous devons dire pour diriger ceux dont nous sommes les guides.

- Venez en nous, Esprit d’ Intelligence, que votre divine lumière nous fasse pénétrer les vérités, et les mystères de la religion, et qu’elle rende notre foi si vive, qu’elle soit l’inspiratrice de tous nos sentiments et de tous nos actes.

- Venez en nous. Esprit de Sagesse, faites que nous goûtions la suavité des choses divines à tel point que notre cœur les aime uniquement et qu’il puise dans cet amour une paix inaltérable.

Gloire au Père qui nous a créés, au Fils qui nous a rachetés, au Saint-Esprit qui nous a sanctifiés.

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On peut également utiliser : a) la prière pour demander les Douze fruits du Saint-Esprit > ici ; b) la prière de Saint Augustin au Saint-Esprit > ici ; c) les litanies du Saint-Esprit > ici ; et enfin d) la prière à Notre-Dame du Cénacle > ici.

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous |on 14 mai, 2010 |13 Commentaires »

2010-17. Le prêtre doit annoncer la Foi authentique de l’Eglise et non ses idées personnelles.

Il me paraît de la plus haute importance de publier ici le texte intégral de la catéchèse dispensée par notre Saint-Père le Pape Benoît XVI le mercredi 14 avril 2010 à l’occasion de l’audience générale sur la Place Saint-Pierre. J’ai eu l’immense bonheur d’assister à cette audience*. Le Maître Chat Lully publiera prochainement un compte-rendu de mon pèlerinage qu’il vous avait annoncé (cf. > www) mais il me paraît primordial de vous faire parvenir sans tarder cet enseignement du Souverain Pontife.

Frère Maximilien-Marie.

A l'audience générale du mercredi 14 avril 2010 le Saint-Père se tourne vers nous et nous bénit.

Notre Saint-Père le Pape bénit notre groupe à son arrivée.

Chers amis,

En cette période pascale qui nous conduit à la Pentecôte et qui nous amène également aux célébrations de clôture de l’Année sacerdotale, programmées les 9, 10 et 11 juin prochains, j’ai à cœur de consacrer encore certaines réflexions au thème du ministère ordonné, en m’arrêtant sur la réalité féconde de la configuration du prêtre au Christ Tête, dans l’exercice des tria munera qu’il reçoit, c’est-à-dire des trois charges d’enseigner, de sanctifier et de gouverner.

Pour comprendre ce que signifie agir in persona Christi Capitis – dans la personne du Christ Tête – de la part du prêtre, et pour comprendre également quelles conséquences dérivent du devoir de représenter le Seigneur, en particulier dans l’exercice de ces trois fonctions, il faut expliciter avant tout ce que l’on entend par « représentation ».

Le prêtre représente le Christ. Qu’est-ce que cela veut dire, que signifie « représenter » quelqu’un? Dans le langage commun, cela veut dire – généralement – recevoir une délégation de la part d’une personne pour être présente à sa place, parler et agir à sa place, car celui qui est représenté est absent de l’action concrète. Nous nous demandons : le prêtre représente-t-il le Seigneur de la même façon? La réponse est non, car dans l’Eglise, le Christ n’est jamais absent, l’Eglise est son corps vivant et le Chef de l’Eglise c’est Lui, présent et œuvrant en elle. Le Christ n’est jamais absent, il est même présent d’une façon totalement libérée des limites de l’espace et du temps, grâce à l’événement de la Résurrection, que nous contemplons de façon spéciale en ce temps de Pâques.

C’est pourquoi, le prêtre qui agit in persona Christi Capitis et en représentation du Seigneur, n’agit jamais au nom d’un absent, mais dans la Personne même du Christ ressuscité, qui se rend présent à travers son action réellement concrète. Il agit réellement et réalise ce que le prêtre ne pourrait pas faire : la consécration du vin et du pain, afin qu’ils soient réellement présence du Seigneur, l’absolution des péchés. Le Seigneur rend présente Son action dans la personne qui accomplit ces gestes. Ces trois devoirs du prêtre – que la Tradition a identifiés dans les diverses paroles de mission du Seigneur : enseigner, sanctifier, et gouverner – dans leur distinction et dans leur profonde unité, sont une spécification de cette représentation concrète. Ils sont en réalité les trois actions du Christ ressuscité, le même qui aujourd’hui, dans l’Eglise et dans le monde, enseigne et ainsi crée la foi, rassemble son peuple, crée une présence de la vérité et construit réellement la communion de l’Eglise universelle ; et sanctifie et guide.

Le premier devoir dont je voudrais parler aujourd’hui est le munus docendi, c’est-à-dire celui d’enseigner. Aujourd’hui, en pleine urgence éducative, le munus docendi de l’Eglise, exercé de façon concrète à travers le ministère de chaque prêtre, apparaît particulièrement important. Nous vivons dans une grande confusion en ce qui concerne les choix fondamentaux de notre vie et les interrogations sur ce qu’est le monde, d’où il vient, où nous allons, ce que nous devons faire pour accomplir le bien, la façon dont nous devons vivre, quelles sont les valeurs réellement pertinentes. En relation à tout cela, il existe de nombreuses philosophies opposées, qui naissent et qui disparaissent, créant une confusion en ce qui concerne les décisions fondamentales, comme vivre, car nous ne savons plus, communément, par quoi et pour quoi nous avons été faits et où nous allons.

Dans cette situation se réalise la parole du Seigneur, qui eut compassion de la foule parce qu’elle était comme des brebis sans pasteur (cf. Marc VI, 34). Le Seigneur avait fait cette constatation lorsqu’il avait vu les milliers de personnes qui Le suivaient dans le désert car, face à la diversité des courants de cette époque, elles ne savaient plus quel était le véritable sens de l’Ecriture, ce que disait Dieu. Le Seigneur, animé par la compassion, a interprété la parole de Dieu, il est Lui-même la Parole de Dieu, et il a ainsi donné une orientation. Telle est la fonction in persona Christi du prêtre : rendre présente, dans la confusion et la désorientation de notre époque, la lumière de la parole de Dieu, la lumière qui est le Christ Lui-même dans notre monde. Le prêtre n’enseigne donc pas ses propres idées, une philosophie qu’il a lui-même inventée, qu’il a trouvée ou qui lui plaît ; le prêtre ne parle pas de lui, il ne parle pas pour lui, pour se créer éventuellement des admirateurs ou son propre parti ; il ne dit pas des choses qui viennent de lui, ses inventions, mais, dans la confusion de toutes les philosophies, le prêtre enseigne au nom du Christ présent, il propose la Vérité qui est le Christ Lui-même, Sa parole, Sa façon de vivre et d’aller de l’avant. Pour le prêtre vaut ce que le Christ a dit de lui-même : « Mon enseignement n’est pas le mien » (Jean VII, 16) ; c’est-à-dire que le Christ ne se propose pas lui-même, mais, en tant que Fils, il est la voix, la Parole du Père. Le prêtre doit lui aussi toujours parler et agir ainsi : « Ma doctrine n’est pas la mienne, je ne diffuse pas mes idées ou ce qui me plaît, mais je suis la bouche et le cœur du Christ et je rends présente cette doctrine unique et commune, qui a créé l’Eglise universelle et qui crée la vie éternelle ».

Ce fait, c’est-à-dire que le prêtre ne crée pas et ne proclame pas ses propres idées dans la mesure où la doctrine qu’il annonce n’est pas la sienne, mais du Christ, ne signifie pas, d’autre part, qu’il soit neutre, une sorte de porte-parole qui lit un texte dont il ne prend peut-être pas possession. Dans ce cas aussi vaut le modèle du Christ, qui a dit : Je ne m’appartiens pas et je ne vis pas pour moi, mais je viens du Père et je vis pour le Père. C’est pourquoi, dans cette profonde identification, la doctrine du Christ est celle du Père et il est Lui-même un avec le Père. Le prêtre qui annonce la parole du Christ, la foi de l’Eglise et non ses propres idées, doit aussi dire : Je ne m’appartiens pas et je ne vis pas pour moi, mais je vis avec le Christ et du Christ et ce qu’a dit le Christ devient donc ma parole, même si elle n’est pas la mienne. La vie du prêtre doit s’identifier au Christ et, de cette manière, la parole qui n’est pas sienne, devient toutefois une parole profondément personnelle. Saint Augustin, sur ce thème, a dit en parlant des prêtres : « Et nous, que sommes nous? Des ministres (du Christ), ses serviteurs ; car ce que nous vous distribuons n’est pas à nous, mais nous le tirons de Lui. Et nous aussi nous vivons de cela, car nous sommes des serviteurs, comme vous » (discours 229 – E, 4).

L’enseignement que le prêtre est appelé à offrir, les vérités de la foi, doivent être intériorisées et vécues dans un intense chemin spirituel personnel, de manière à ce que le prêtre entre réellement en profonde communion intérieure avec le Christ lui-même. Le prêtre croit, accueille et cherche à vivre, avant tout comme sien, ce que le Seigneur a enseigné et que l’Eglise a transmis, dans ce parcours d’identification avec le propre ministère dont saint Jean-Marie Vianney est le témoin exemplaire (cf. Lettre pour l’indiction de l’Année sacerdotale). « Unis dans la même charité - affirme encore Saint Augustin - nous sommes tous des auditeurs de Celui qui est pour nous dans le ciel l’unique Maître » (Commentaires sur les Psaumes 131, 1. 7).

La voix du prêtre, par conséquent, pourrait souvent sembler la « voix de celui qui crie dans le désert » (Marc I, 3) ; mais c’est précisément en cela que consiste sa force prophétique : dans le fait de ne jamais être homologué, ni homologable, à aucune culture ou mentalité dominante, mais de montrer l’unique nouveauté capable d’opérer un profond et authentique renouveau de l’homme, c’est-à-dire que le Christ est le Vivant, il est le Dieu proche, le Dieu qui œuvre dans la vie et pour la vie du monde et nous donne la vérité, la manière de vivre.

Dans la préparation attentive de la prédication festive, sans exclure celle des autres jours, dans l’effort de formation catéchétique, dans les écoles, dans les institutions académiques et, de manière particulière, à travers ce livre non écrit qu’est sa vie même, le prêtre est toujours « professeur », il enseigne. Mais pas avec la présomption de qui impose ses propres vérités, avec l’humble et joyeuse certitude de celui qui a rencontré la Vérité, en a été saisi et transformé, et ne peut donc pas manquer de L’annoncer. Le sacerdoce en effet, personne ne peut le choisir seul, ce n’est pas une manière de parvenir à une sécurité dans la vie, de conquérir une position sociale : personne ne peut se le donner, ni le rechercher seul. Le sacerdoce est la réponse à l’appel du Seigneur, à Sa volonté, pour devenir des annonciateurs non d’une vérité personnelle, mais de Sa Vérité.

Chers confrères prêtres, le peuple chrétien nous demande d’entendre dans nos enseignements la doctrine ecclésiale authentique, à travers laquelle pouvoir renouveler la rencontre avec le Christ qui donne la joie, la paix, le salut. Les Saintes Ecritures, les écrits des Pères et des Docteurs de l’Eglise, le catéchisme de l’Eglise catholique constituent à cet égard, des points de référence indispensables dans l’exercice du munus docendi, si essentiel pour la conversion, le chemin de foi et le salut des hommes. « Ordination sacerdotale, veut dire : être immergés [...] dans la Vérité » (Homélie lors de la Messe chrismale, 9 avril 2009), cette Vérité qui n’est pas simplement un concept ou un ensemble d’idées à transmettre et à assimiler, mais qui est la Personne du Christ, avec laquelle, pour laquelle et dans laquelle vivre et c’est ainsi, nécessairement, que naît aussi l’actualité et le caractère compréhensible de l’annonce. Seule cette conscience d’une Vérité faite Personne dans l’Incarnation du Fils justifie le mandat missionnaire : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création » (Marc XVI, 15). C’est uniquement s’il est la Vérité qu’il est destiné à toute créature, et il n’est pas l’imposition de quelque chose, mais l’ouverture du cœur à ce pour lequel il est créé.

Chers frères et sœurs, le Seigneur a confié aux prêtres une grande tâche : être des annonciateurs de Sa Parole, de la Vérité qui sauve ; être Sa voix dans le monde pour porter ce qui sert au vrai bien des âmes et à l’authentique chemin de foi (cf. 1 Cor. VI, 12). Que saint Jean-Marie Vianney soit un exemple pour tous les prêtres. Il était un homme d’une grande sagesse et d’une force héroïque pour résister aux pressions culturelles et sociales de son époque afin de pouvoir conduire les hommes à Dieu : simplicité, fidélité et immédiateté étaient les caractéristiques essentielles de sa prédication, transparence de sa foi et de sa sainteté. Le peuple chrétien en était édifié et, comme c’est le cas pour les maîtres authentiques de notre temps, il y reconnaissait la lumière de la Vérité. Il y reconnaissait, en définitive, ce que l’on devrait toujours reconnaître chez un prêtre : la voix du Bon Pasteur.

* * * * * * *

* Nota : Le groupe des descendants des Zouaves Pontificaux, avec lequel je me trouvais, avait même le privilège d’être placé, seul, à côté de la statue de Saint-Pierre au pied des marches du parvis de la Basilique Vaticane sur lequel siégeait le Souverain Pontife qui est passé à plusieurs reprises juste devant notre groupe qu’il a clairement identifié et béni.

2010-15. Une semaine marquée par les pèlerinages avant d’entrer dans la Semaine Sainte.

Samedi soir 27 mars 2010.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Avant d’entrer dans la Semaine Sainte, je veux vous relater les évènements  de ces derniers jours en notre « Mesnil-Marie« .  Ma chronique de ce soir sera très illustrée : j’espère que vous ne vous en plaindrez pas! Et pour commencer laissez-moi vous offrir nos toutes premières fleurs : des crocus qui ont fait surgir de la terre une touche de soleil le 21 mars.

Nos premiers crocus

Nous nous sommes vraiment réjouis de ce signe évident de l’arrivée du printemps et tout au long de la semaine qui vient de s’écouler nous avons assisté, émerveillés, à la  floraison des violettes ainsi qu’à la croissance très rapide des pousses de jonquilles et de tulipes. Nous sommes impatients, après ce long hiver, de voir leurs vives couleurs éclater sous les rayons du soleil!

Depuis ma dernière chronique (cf.> www), notre actualité a été très marquée par les grandes fêtes de notre liturgie catholique. En effet il y a d’abord eu la fête de Saint Joseph, le vendredi 19 mars, et Frère Maximilien-Marie s’est rendu en pèlerinage au sanctuaire de Saint-Joseph de Bon Espoir, à Espaly-Saint-Marcel, près du Puy. Voici une vue générale de ce sanctuaire, surmonté par une énorme statue de Saint Joseph, puis un cliché pris dans la grotte-chapelle qui est à l’origine de ce pèlerinage (cliquer sur les vues pour les agrandir).

Sanctuaire Saint Joseph de Bon Espoir à Espaly saint-Marcel       Grotte chapelle de Saint Joseph de Bon Espoir

Les circonstances actuelles nous poussent bien sûr à prier très spécialement Saint Joseph à l’intention de notre Saint Père le Pape : Joseph est son prénom de baptême, ne l’oublions pas, et il a bien besoin que Saint Joseph, invoqué comme « Protecteur de la Sainte Eglise » (par décision du Bienheureux Pie IX le 8 décembre 1870), l’assiste et lui obtienne courage et force dans les attaques presque continuelles dont il est la cible…

Tout de suite après la fête de Saint Joseph, il y a eu l’entrée dans le temps de la Passion : avec Chlôris, nous avons aidé à recouvrir de voiles violets les croix, les statues et les icônes dans toute la maison.

En ce premier dimanche de la Passion, Frère Maximilien-Marie est parti de très bonne heure pour se rendre à Ars. Il y allait précisément ce dimanche parce qu’un groupe d’amis du Village d’Enfants de Riaumont y venait en pèlerinage depuis l’Artois et les Flandres, à l’occasion de l’année jubilaire du 150ème anniversaire de la mort du Saint Curé. C’est cet anniversaire qui a poussé notre Saint-Père le Pape a décréter pour toute l’Eglise une année sacerdotale (voir ici > www, et ici > www). C’était donc l’occasion pour notre Frère non seulement de se rendre dans les lieux sanctifiés par Saint Jean-Marie Vianney et d’y prier spécialement pour tous les prêtres qu’il connaît, mais aussi celle de retrouver un certain nombre de personnes pour lesquelles il a beaucoup d’estime et d’amitié et qu’il n’avait pas revues depuis longtemps en raison des centaines de kilomètres qui nous éloignent d’elles. Il a été très ému par la célébration de la Sainte Messe à l’autel où se trouve la châsse dans laquelle est conservée la dépouille mortelle du Saint Curé.

Messe à l'autel de la chasse du Saint Curé d'Ars

Et comme on ne peut pas parler de Saint Jean-Marie Vianney sans évoquer sa « chère petite Sainte » – comme il l’appelait avec une affectueuse émotion -, Frère Maximilien-Marie en a aussi profité pour photographier tout ce qui, à Ars, se rapporte au culte de Sainte Philomène, à laquelle nous nous intéressons beaucoup, vous vous en souvenez (cf.> www). Voici en particulier ci-dessous (cliquer sur les vignettes pour voir les photos en grand) un tableau en forme d’ex-voto qui relate la guérison miraculeuse du Saint Curé par Sainte Philomène, puis le bas-relief sculpté sur l’autel du Très Saint Sacrement représentant les anges sauvant Sainte Philomène de la noyade (remarquez aussi la mosaïque du marchepied de l’autel reproduisant l’inscription gravée sur les briques qui fermaient le loculus où l’on découvrit les reliques de Sainte Philomène dans les catacombes), et enfin l’autel de Sainte Philomène dans la chapelle latérale que Saint Jean-Marie Vianney fit édifier dans sa petite église.

Ex-voto de la guérison miraculeuse du Saint Curé d'Ars par Sainte Philomène       Sainte Philomène sauvée de la noyade par les anges - maître autel de la basilique d'Ars       Autel de Sainte Philomène dans l'église du Saint Curé d'Ars

Je vous parlerai un autre jour des travaux de notre Crypte Sainte Philomène : ils avancent tout doucement, en fonction des intempéries, parce que les maçons viennent y travailler surtout les jours de pluie puisque alors ils ne peuvent pas s’occuper des chantiers extérieurs.

Enfin, il y a eu la grande et belle fête de l’Annonciation de la Très Sainte Vierge : la cathédrale du Puy est placée sous ce vocable (et vous savez qu’il y a un jubilé particulier au Puy chaque fois que le 25 mars coïncide avec le Vendredi Saint). Jeudi soir, Frère Maximilien-Marie a donc participé à la procession aux flambeaux qui, derrière la Croix des Pénitents Blancs, montait vers la magnifique cathédrale où fut ensuite célébrée une belle et fervente Messe.

Montée de nuit vers la cathédrale du Puy       Départ de la procession avec les pénitents blancs       Notre-Dame du Puy

Hier, vendredi de la Passion, c’était la commémoraison solennelle de la compassion et des douleurs de Notre-Dame : je suis bien convaincu qu’un jour, lorsque le Refuge Notre-Dame de Compassion se sera développé et que la chapelle de Notre-Dame de Compassion aura été élevée de terre, cette célébration verra des pèlerins venir ici…

En terminant ma chronique de ce soir, permettez-moi de vous présenter un des rameaux que Frère Maximilien-Marie a préparé pour la bénédiction et la procession de demain.

Rameau prêt à être bénit

Je dois vous avouer que Chlôris et moi n’avons pas été très sages tandis que notre papa s’appliquait à entrelacer palmes et branches d’olivier : Chlôris – c’est bien une fille! – voulait absolument s’emparer des rubans tandis que moi j’ai voulu goûter et machouiller les feuilles de palmier, si bien que Frère Maximilien-Marie a dû élever la voix et faire les gros yeux!!!

Je vous souhaite à tous une très belle et très fervente Semaine Sainte, en accompagnant par beaucoup d’amour Notre-Seigneur Jésus-Christ dans les étapes de sa douloureuse Passion jusqu’à la gloire de sa Résurrection.

Lully.

Le chapelet des Sept Douleurs de Notre-Dame.

Le chapelet – ou couronne -  des Sept Douleurs de la Vierge Marie permet de méditer sur la manière dont Notre-Dame fut associée en toute sa vie à l’oeuvre rédemptrice accomplie par son divin Fils.
Cette manière de prier est liée depuis son origine – en 1233, à Florence – à l’Ordre des Servites de Marie, et elle fut particulièrement recommandée aux XIVème et XVème siècles par les mystiques rhénans ; elle permet d’approfondir le mystère de la Compassion de Marie.

Chapelet des Sept Douleurs de Notre-Dame

Ce chapelet se compose non pas de dizaines mais de « septaines », c’est-à-dire de séries de sept « Ave, Maria ». La plupart du temps, ces septaines sont séparées non pas par un gros grain (comme dans les chapelets ordinaires) mais par une médaille : chaque médaille représentant l’une des douleurs de Marie. Sur la médaille on énonce donc la douleur sur laquelle on va méditer et on récite le « Pater noster » puis sur chacun des grains de la septaine on récite un « Ave, Maria » (qu’on peut aussi remplacer par le « Je vous salue » particulier pour honorer la Vierge de Compassion attribué à Saint Bonaventure, dont on trouvera le texte > ici) ; à la fin de la septaine on récite ou on chante la strophe du « Stabat Mater » : « Sancta Mater istud agas Crucifixi fige plagas cordi meo valide : O Mère Sainte imprimez profondément dans mon coeur les plaies de Jésus crucifié ! »

On termine la couronne des Sept Douleurs par trois « Ave, Maria » dans l’intention de consoler Notre-Dame des larmes qu’elle a versées pour nous et pour demander une vraie contrition de nos péchés, enfin on récite un « Pater noster » sur la médaille principale représentant la Vierge Marie au coeur percé de sept glaives.

Notre-Dame des Sept Douleurs

Voici une proposition pour aider à prier le chapelet des Sept Douleurs:

- 1ère douleur de Marie la prophétie du vieillard Siméon :
Ô Mère affligée, je compatis à votre douleur lorsque Siméon vous a prédit qu’un glaive de douleurs vous transpercerait le coeur, et je vous demande la grâce de la force d’âme en toutes les épreuves de cette vie !

- 2ème douleur de Marie la fuite en Egypte :
Ô Mère affligée, je compatis à votre douleur lorsque vous avez dû fuir la colère d’Hérode et subir l’exil, et je vous demande la grâce de savoir supporter avec patience les persécutions et les contrariétés qui viennent de la méchanceté des hommes !

- 3ème douleur de Marie la perte de Jésus pendant trois jours :
Ô Mère affligée, je compatis à votre douleur lorsque, remplie d’angoisse, vous avez cherché Jésus pendant trois jours, et je vous demande la grâce de ne jamais être séparé de Lui par le péché !

- 4ème douleur de Marie la rencontre sur le chemin du Calvaire :
Ô Mère affligée, je compatis à votre douleur lorsque vous avez rencontré Jésus chargé de sa Croix et que vous l’avez vu tomber, hué et insulté sur le chemin du Calvaire, et je vous demande la grâce de ne jamais me décourager en face de l’adversité !

- 5ème douleur de Marie la mort de Jésus sur la Croix :
Ô Mère affligée, je compatis à votre douleur lorsque vous vous êtes tenue debout au pied de la Croix, témoin de son horrible agonie, de sa mort et de l’ouverture de son Coeur, et je vous demande la  très grande grâce de la compassion aux souffrances de Jésus et de mes frères !

- 6ème douleur de Marie la descente de Croix :
Ô Mère affligée, je compatis à votre douleur lorsque vous avez reçu sur vos genoux le corps de Jésus descendu de la Croix, et je vous demande la grâce de savoir comme vous offrir mes peines et les souffrances de cette vie en union avec celles de mon Sauveur pour le salut et la sanctification des âmes !

- 7ème douleur de Marie l’ensevelissement de Notre-Seigneur :
Ô Mère affligée, je compatis à votre douleur lorsque vous avez vu le  corps de votre Jésus enfermé dans le sépulcre, et je vous demande la grâce d’être à mes côtés à l’heure de ma mort et de recevoir mon âme pour la présenter à Dieu quand je rendrai le dernier soupir !

Coeur douloureux et immaculé de Marie

On trouvera > ici une neuvaine en l’honneur de Notre-Dame des Sept Douleurs.

2010-14. Le miracle de l’osier sanglant (25 mars 1649).

Jeudi 25 mars 2010.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Aujourd’hui, fête de l’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie, nous avons un temps qui est à proprement parler épouvantable pour les chats : de très fortes rafales de vent du sud, qui ont commencé hier soir pendant les premières vêpres, nous ont amené de la pluie dont les grosses gouttes s’écrasent sur la façade du Mesnil-Marie. Pas question donc d’aller se promener à l’extérieur ni d’aller à la chasse aux mulots!
Voyant que je me morfondais, Frère Maximilien-Marie m’a  donné de la lecture : une histoire en rapport avec la fête de ce jour, celle de Notre-Dame de l’Osier. Cela m’a vivement intéressé et je vais à mon tour vous en faire le récit.

 * * * * * * *

Remontons dans le temps… jusqu’au premières années du règne de Louis XIV : nous voici au jeudi 25 mars 1649, aux Plantées, obscur village du mandement de Vinay, dans le diocèse de Grenoble. Ce hameau est situé à une lieue du bourg, une vingtaine de personnes y vivent parmi lesquelles Pierre Port-Combet. Pierre est huguenot tandis que son épouse Jeanne Pélion est catholique.

En ce temps-là, les grandes fêtes religieuses sont obligatoirement chômées par tout le Royaume : c’est le cas du 25 mars, fête de l’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie.

Mais Pierre n’a que faire de cette grande fête mariale et, passant outre à la stricte défense du travail, malgré les supplications de son épouse, il prend sa serpette et entreprend de tailler l’amarinier (osier) qui se trouve devant sa maison.
Après quelques instants de labeur, il constate que sa serpette et ses vêtements sont couverts de sang. Croyant s’être blessé, il rentre chez lui et, aidé par Jeanne, se nettoie… Mais il ne se trouve point de blessure.
Accompagné de son épouse il retourne près de l’arbre, reprend son travail : l’un comme l’autre constatent alors que le sang coule des coupures de l’osier.
Un voisin qui passe est témoin de la scène. La rumeur de ce fait extraordinaire se répand.

Le miracle de l'osier sanglant

Pierre est poursuivi et condamné par la justice du Roi pour avoir bravé l’interdiction de travailler en ce jour de fête. Il sera ensuite interrogé par une commission d’enquête religieuse diligentée par Monseigneur Scarron, Prince-Evêque de Grenoble.

L’événement est jugé d’importance par les autorités religieuses, et il va largement dépasser les frontières de la région. Un an plus tard il fera même l’objet d’une publication dans la « Gazette parisienne » de Théophraste Renaudot (le père de nos journalistes), sous le titre « Nouvelle Extraordinaire ».
Les pèlerins commencent à venir prier autour de l’osier miraculeux.

Mars 1657 : huit années ont passé.
Ce matin-là, Pierre laboure son champ, au sud du hameau. Le dit hameau s’est déjà pourvu d’une chapelle… et de quelques estaminets !

Tandis donc qu’il est à son labour, Pierre est interpellé par une belle dame qu’il ne connaît pas mais qui va lui montrer qu’elle le connaît bien : elle l’interroge sur la fréquentation du petit sanctuaire, puis elle lui reproche sa religion et lui annonce une mort prochaine qu’elle « ne pourra protéger, s’il ne change pas ». Elle demande aussi des prières plus ferventes de la part de ceux qui viennent à la chapelle de l’Osier.

Quelques semaines plus tard Pierre tombe malade ; il comprend que sa fin est proche et se remémore le message et l’avertissement de la belle inconnue (« la plus belle créature qui se puisse jamais voir au monde » selon ses propres termes), il abjure les erreurs calvinistes et se convertit au catholicisme avant de mourir, le 21 août 1657.
Une croix et une chapelle sont alors érigées à l’emplacement de la rencontre avec la belle Dame.

L’apparition de 1657, la conversion de Pierre Port-Combet, les nombreux miracles attestés qui se produisent dans les semaines et les mois suivants, établissent la notoriété du sanctuaire. On y vient en pèlerinage de tout le diocèse mais aussi des provinces avoisinantes. En 1663, on ne dénombre pas moins de onze hôtels ou logis payant patente. Il y a jusqu’à dix prêtres résidant à l’Osier, mais leur conduite n’est pas toujours édifiante si bien qu’on en vient à les surnommer les « malandrins de l’Ozier » !!!

Devant les plaintes répétées des habitants et des pèlerins, Monseigneur Scarron vient y mettre bon ordre : dès 1664, les Augustins de Vinay sont appelés à remplacer les séculiers, ils prennent  sérieusement en charge le pèlerinage et construisent, entre 1668 et 1673, un grand couvent (qui sera malheureusement totalement détruit dans un incendie à Noël 1948).

Les miracles se succèdent au rythme des pèlerinages : 27 reconnus entre 1656 et 1660, 9 entre 1661 et 1670. Ainsi le sanctuaire, terre de miracles, va-t-il connaître plus de 100 ans d’une intense activité religieuse.

Le 18 novembre 1790, les moines Augustins sont chassés de l’Osier. La révolution, ici comme ailleurs, va bouleverser la vie du village. L’église est pillée, et bon nombre des objets de culte détruits. Les morceaux de la statue de la Vierge et les restes de l’osier sanglant sont cachés dans les bois par les habitants.
La Restauration verra le retour de quelques prêtres, mais le sanctuaire ne retrouvera pas sa fréquentation passée.

En 1830, Notre-Dame-de-l’Osier est érigée en paroisse. Puis, en 1834, la toute jeune Congrégation des Oblats de Marie Immaculée est appelée pour s’occuper du pèlerinage.
Les Oblats construisent l’Hospice de Bon-Rencontre en 1840 et créent une communauté d’Oblates chargée de l’hospitalité des pèlerins lors de leurs séjours à l’Osier. En 1841, ils ouvrent un noviciat qui recevra jusqu’à 70 pensionnaires par an. Cette maison de formation religieuse donnera à l’Afrique, aux Indes et à l’Amérique du Nord bon nombre de missionnaires.
La révolution de 1848 épargnera le sanctuaire.
En 1856, l’inauguration de la tour jointe à la chapelle de Bon-Rencontre (lieu d’apparition de la Vierge) attire 30 000 pèlerins. Le 17 mai 1858, les Pères Oblats posent la première pierre d’une nouvelle église, l’actuelle basilique, sur les plans d’Alfred Berruyer. Sa construction durera 10 ans, mais elle ne sera jamais terminée, faute d’argent ! Elle restera sans les flèches de ses clochetons et sans le campanile qui, sur sa droite, devait supporter les cloches. Inaugurée en 1868, consacrée le 8 septembre 1873, elle sera érigée en Basilique Mineure par Pie XI en 1924.

Basilique Notre-Dame de l'Osier

Les décrets de 1880 contre les congrégations religieuses, entraîneront, le 4 novembre, l’expulsion des Oblats de Marie Immaculé, mais, avec la complicité des habitants, ils resteront dans le village. La laïcisation de l’école communale, en 1895, les conduira à ouvrir une école libre, tenue par les soeurs de l’hospice. Après le vote de la loi contre les congrégations religieuses du 1er juillet 1901, le noviciat quittera définitivement l’Osier pour l’Italie : 62 générations, soit 1346 novices auront été formés à l’Osier, 542 resteront Oblats jusqu’à leur mort, 12 deviendront évêques, 3 supérieurs généraux, et un, Joseph Girard, sera canonisé. L’école libre sera fermée le 20 avril 1903, les soeurs expulsées. Les Oblats subiront le même sort le 16 juin 1903.

Le 27 juillet 1908, les Oblats reprennent possession du sanctuaire et redonnent au pèlerinage tout son éclat. En 1923, 10 000 pèlerins assistent au cinquantenaire du Couronnement de la Vierge.

De nouveaux miracles sont signalés : 8 sont recensés entre 1834 et 1939. Signalons particulièrement celui-ci, le dernier à avoir été officiellement enregistré : en 1915, Paul Brichet, de Saint-Jean-en-Royans, invalide de guerre, réformé pour rhumatismes articulaires contractés dans les tranchées, vient en pèlerinage à l’Osier, il repart guéri, laissant ses béquilles et un ex-voto en remerciement.

Aujourd’hui, le sanctuaire de Notre-Dame de l’Osier a malheureusement perdu beaucoup de sa notoriété : le modernisme, le rationalisme, le faux oecuménisme qui se sont introduits dans l’Eglise catholique au cours de la seconde moitié du XXe siècle ont contribué à laisser de côté cette apparition et le message de la Très Sainte Vierge demandant la conversion du huguenot… On ne peut donc que saluer les efforts actuels entrepris pour redonner vie au sanctuaire.

Bonne et fervente fête de l’Annonciation, chers Amis de notre Mesnil-Marie, et que notre très douce Mère céleste vous enveloppe de son manteau de grâces et vous bénisse, vous et tous ceux qui vous sont chers !

Lully.

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