Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2010-31. La fin et l’esprit de l’Ordre de la Visitation.

Vendredi 2 juillet 2010,
fête de la Visitation de Notre-Dame et premier vendredi du mois.

Willem van Herp - la Visitation

En cette année du 4ème centenaire de la fondation de la Visitation (cf. > ici), nous avons eu l’occasion de rappeler de quelle manière Saint François de Sales avait été amené à envisager la fondation de l’Ordre, avec Sainte Jeanne-Françoise de Chantal (cf. > ici), et comment s’était passée l’ouverture du premier monastère au bord du lac d’Annecy (cf. > ici). Profitons aujourd’hui de ce que cette année la divine Providence a justement voulu que la fête de la Visitation de Notre-Dame coïncidât avec un premier vendredi du mois, jour dédié au Sacré-Coeur de Jésus, pour approfondir la fin propre de l’Ordre et l’esprit particulier que les Saints Fondateurs lui ont donné.

Combien de fois n’ai-je pas entendu dire que Saint François de Sales aurait voulu fonder une congrégation de religieuses dans le but d’en faire des visiteuses des malades et des indigents mais que – les règles canoniques de l’époque ne permettant pas à des religieuses de quitter leur clôture – il avait dû se résigner à n’en faire « que » des contemplatives, lesquelles n’auraient gardé du dessein initial que le nom! Certains ajoutent même que Monsieur Vincent aurait ensuite repris l’idée et aurait réalisé ce que l’évêque de Genève n’avait pas réussi, en contournant l’obstacle des lois ecclésiastiques alors en vigueur et en ne donnant pas aux « Filles de la Charité » le statut canonique de religieuses.

S’il y a quelques petits éléments de vérité dans cette façon de présenter les choses, l’ensemble est néanmoins profondément inexact. Saint François de Sales n’est pas Saint Vincent de Paul et son dessein n’était nullement de créer une congrégation vouée aux oeuvres extérieures de charité. Le nom donné à la fondation n’a pas été choisi en rapport avec  la visite des nécessiteux, mais pour honorer un mystère évangélique : la Visitation de Notre-Dame à Sainte Elisabeth.

Aux religieuses de la Visitation sont donnés comme modèle et idéal de leur consécration les vertus particulières et l’esprit du mystère de la Visitation : mystère d’intime piété, mystère de ferveur simple et joyeuse,  mystère dans lequel l’esprit de contemplation imprègne l’accomplissement des tâches ordinaires, mystère d’émulation discrète, mystère de profonde humilité, mystère de délicat service mutuel, mystère de charité fraternelle

Il est vrai que dans le premier essai des Constitutions de la jeune fondation, Saint François de Sales avait écrit : « Cette Congrégation a deux principaux exercices, l’un de la contemplation et oraison (…); l’autre du service des pauvres et des malades » (Constitutions de 1610). Toutefois l’étude des documents primitifs prouve bien que cette visite des pauvres n’était qu’une « pratique accessoire » (l’expression est de Monseigneur Trochu). En effet ces visites ne devaient prendre aux Visitandines qu’une part restreinte de leur temps : il était prévu qu’elles ne s’y employassent qu’à tour de rôle et deux par deux, désignées pour un mois, et pas plus de deux heures par jour. Dès que le chiffre de douze religieuses était atteint, cela signifiait pour chacune dix mois de l’année pendant laquelle elle ne sortait pas du monastère. Si le saint évêque voulait que ses filles remplissent à la fois le rôle de Marthe et celui de Marie, il n’en demeure pas moins que ce qui était essentiel pour lui était la « meilleure part » (cf. Luc X, 38-42), qu’il donnait l’absolue priorité à la vie de contemplation et de retrait du monde, et qu’il voulait qu’elles soient pleinement des religieuses.

En 1615, la fondation de la Visitation à Lyon (il n’est pas possible de détailler ici toutes les péripéties liées à ce premier essaimage) entrainera l’abandon du projet de visite des pauvres et des malades : les Visitandines seront dorénavant soumises à la clôture, elles prononceront les voeux solennels et seront, dans toute la plénitude canonique du terme, des moniales.

S’il y eut bien une forme de sacrifice dans cette évolution, Saint François de Sales n’y vit point de changement substantiel de son oeuvre. A Monseigneur Denis de Marquemont, archevêque de Lyon, qui lui demandait : « Monseigneur, quelle intention eûtes-vous en fondant ce nouvel institut de femmes, puisque déjà on en compte un si grand nombre? », le saint évêque de Genève répondit : « C’est pour donner à Dieu des filles d’oraison et des âmes si intérieures, qu’elles soient trouvées dignes de servir sa Majesté infinie et de l’adorer en esprit et en vérité. Laissant les grands Ordres déjà établis dans l’Eglise honorer Notre-Seigneur par des vertus éclatantes, je veux que mes filles n’aient d’autre prétention que de le glorifier par leur abaissement ; que ce petit institut de la Visitation soit comme un pauvre colombier d’innocentes colombes, dont le soin et l’emploi est de méditer la loi du Seigneur, sans se faire voir ni entendre dans le monde. »

« Pour en venir en particulier à la fin pour laquelle notre Congrégation a été érigée, et par elle comprendre plus aisément quel est l’esprit particulier de la Visitation, j’ai toujours jugé que c’était un esprit d’une profonde humilité envers Dieu et d’une grande douceur envers le prochain » répètera Saint François de Sales aux premières religieuses (Entretiens spirituels).

Saint François de Sales fondateur de l'Ordre de la Visitation

Plus que partout ailleurs, c’est dans son oeuvre de fondateur que Saint François de Sales apparaît avec le plus de réalisme comme le Docteur de l’Amour divin. Ecartant résolument les prescriptions de grandes austérités habituelles dans les grands Ordres monastiques, voulant que la Visitation puisse recevoir des candidates de petite santé, il ordonne toutes choses à la pratique de la Charité selon le modèle donné par la Vierge Marie dans le mystère de sa Visitation.

Tout au long des Constitutions, Directoires et Coutumier, par mille et une petites remarques ou annotations, Saint François de Sales précise l’esprit de l’Institut. S’il souhaite que la nouvelle congrégation soit accueillante à des postulantes ayant déjà un certain âge aussi bien qu’à des jeunes filles, à des constitutions fragiles aussi bien qu’à des vigoureuses, il déclare de manière ferme et nette : « pourvu qu’elles aient l’esprit sain et bien disposé à vivre en une profonde humilité, obéissance, simplicité, douceur, résignation » (Constitutions). S’il accepte les boiteuses de corps, il écarte résolument les boiteuses d’âme, les mélancoliques, les inconstantes et les opiniâtres !

Les prétendantes à la vie religieuse seront éduquées au courage, elles travailleront à extirper de leur âme tout ce qui peut l’affaiblir et à se comporter en filles fortes, généreuses et magnanimes, pratiquant une piété virile, solide, large, sans mièvrerie : leurs principales mortifications doivent prioritairement être celles de l’imagination et des humeurs, de l’amour-propre et de la satisfaction sensible. La Visitandine doit avoir sans cesse les yeux de l’esprit fixés sur le Calvaire afin de ne plus vivre, comme Jésus-Christ son divin Epoux, que pour le salut et la sanctification des âmes.

Le saint fondateur exhorte avec insistance ses filles à n’avoir qu’un seul coeur et une seule âme, à conserver en toutes choses une vigilante sollicitude les unes pour les autres, à être toujours plus délicates dans l’exercice de la charité fraternelle. Il les avertit aussi qu’il ne suffit point d’avoir reçu une excellente formation pour se croire parvenu à la perfection mais qu’elles devront jusqu’à leur dernier souffle travailler à de nouveaux progrès : « Les voeux ne sont jamais accomplis tant qu’il y a quelque chose à faire, et l’obligation de servir Dieu et de faire progrès en son Amour dure toujours jusqu’à la mort« .

« Tout par amour… » On connaît la formule, justement célèbre, qui sonne comme un mot d’ordre. Saint François de Sales insiste à temps et à contretemps pour faire comprendre que si l’Amour est le but de toute vie chrétienne, et à bien plus forte raison de toute vie consacrée, il est aussi le moyen et la voie pour parvenir à ce but. Il a écrit que « l’Amour est l’abrégé de toute la théologie » (Traité de l’Amour Divin VIII,1) : les entretiens spirituels qu’il vient donner à ses filles (et sont aussitôt retranscrits par elles), les réflexions et avis pratiques qu’il donne à certaines occasions, les billets et les diverses lettres de direction, et jusqu’aux anecdotes en apparence les plus anodines montrent son souci de leur faire comprendre que l’amour est aussi l’abrégé de toute la vie religieuse et comment il s’incarne dans tous les détails de leur vie d’oblation.

Communiant ardemment à l’amour qui brûle au Coeur du Verbe incarné, Saint François de Sales – comme nous avons déjà eu l’occasion de le faire remarquer (cf. > ici) – prépare sa chère Congrégation a être le lieu privilégié des révélations du Sacré-Coeur de Jésus grâce auxquelles la ferveur de toutes les familles religieuses et la vie spirituelle de toute l’Eglise seront revivifiées et portées à une perfection nouvelle.

Frère Maximilien-Marie.

armoiriesvisitation001copie.gif

Consécration au Sacré-Coeur de Jésus.

Sacré-Coeur de Jésus

O Jésus, je Vous consacre mon coeur ; placez-le dans le Vôtre. C’est dans votre Coeur que je veux vivre et par votre Coeur que je veux aimer ; c’est dans votre Coeur que je veux vivre inconnu du monde et connu de Vous seul ; c’est dans ce Coeur que je puiserai les ardeurs de l’amour qui doit consumer le mien ; c’est en Lui que je trouverai la force, la lumière, le courage, la véritable consolation : quand je serai languissant, Il m’animera ; triste, Il me réjouira ; inquiet et troublé, Il me rassurera.

O Coeur de Jésus! Que mon coeur soit l’autel de votre Amour ; que ma langue publie votre bonté ; que mes yeux soient sans cesse fixés sur votre plaie ; que mon esprit médite vos perfections adorables ; que ma mémoire conserve à jamais le précieux souvenir de vos miséricordes ; que tout en moi exprime mon amour pour votre Coeur, ô Jésus! et que mon coeur soit prêt pour Vous à tous les sacrifices.

O Coeur de Marie! après le Coeur de Jésus le plus aimable, le plus compatissant et le plus miséricordieux de tous les coeurs, présentez au Coeur de votre Fils ma consécration, mon amour, mes résolutions. Il s’attendrira sur mes malheurs, Il m’en délivrera ; et après avoir été ma protectrice sur la terre, ô Mère de Jésus! vous serez ma Reine dans les cieux.

Ainsi soit-il.

Sacrés Coeurs de Jésus et Marie

Autres prières en l’honneur du Sacré-Coeur de Jésus : Neuvaine de Confiance > www , Prière de Sainte Madeleine-Sophie > www , Acte d’Offrande > www  et prière de Confiance > www composés par Saint Claude de La Colombière, « Souvenez-Vous » au Sacré-Coeur > www , Prière au Coeur Eucharistique de Notre-Seigneur > www , Prière d’union aux dispositions du Coeur de Jésus en forme de litanies > www .

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous |on 30 juin, 2010 |4 Commentaires »

2010-30. Pas meilleurs que les autres…

5ème dimanche après la Pentecôte.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Comme la petite bande dessinée que j’avais publiée l’autre jour (cf.> ici) a semblé plaire à un certain nombre d’entre vous, je me suis à nouveau faufilé dans les classeurs de Frère Maximilien-Marie pour vous en choisir une autre.
Finalement mon choix d’aujourd’hui a été motivé par le fait que cette page m’a paru assez bien correspondre aux lectures que nous entendons à la Sainte Messe au cinquième dimanche après la Pentecôte (épître : 1ère épître de St Pierre III, 8-15; Evangile : Matth. V, 20-24), puisqu’elles nous exhortent à ne pas avoir une religion de surface et d’apparences, mais à rechercher  la pratique la plus authentique qui soit des vertus chrétiennes afin de tendre à la sainteté évangélique.

C’est en effet beaucoup plus par l’exemple que par des discours que les chrétiens peuvent et doivent témoigner des transformations que la Foi, l’Espérance et la Charité opèrent dans leur vie. Pour être crédibles il leur faut avoir une vraie cohérence, sinon ceux qui critiquent l’Eglise en faisant ressortir que les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres n’ont pas tort !

En achevant ce court message, je reprends donc pour chacun d’entre vous le souhait que le Prince des Apôtres écrivait aux premiers fidèles et qui conclut l’épître de ce dimanche: « Dominum autem Chritum sanctificate in cordibus vestris : sanctifiez le Christ Seigneur dans vos cœurs ! »

pattes de chatLully.

frise

Pas meilleurs que les autres - Copie

Chat gif en marche

2010-29. De la fête de Saint Jean-Baptiste et comment elle fournit l’occasion au Maître Chat Lully de présenter une herméneutique de la continuité en rapport avec le caractère cosmologique et symbolique de la liturgie chrétienne.

Jeudi 24 juin 2010,
Fête de la Nativité de Saint Jean-Baptiste.

Col de la Croix de Boutières - 20 juin 2010

La photographie que je publie ci-dessus a été prise au col de la Croix de Boutières (1505 m. d’altitude), vers 9 h du matin, ce dernier dimanche, par Frère Maximilien-Marie qui effectuait (comme pratiquement tous les dimanches) l’aller-retour au Puy-en-Velay pour la Sainte Messe dominicale. Les taches blanches que vous apercevez sur le socle de la Croix et dans l’herbe sont… de la neige. Nous étions pourtant bien le 20 juin 2010 et non le 20 novembre!

Je vous l’avais écrit à l’occasion de la fête de Sainte Pétronille (cf. > ici), et le temps qu’il a fait les jours de Saint Médard, de Saint Barnabé et de Saint Gervais ont semblé le confirmer : il est fort probable que nous n’aurons pas un bel été !
Nous savourons donc avec un bonheur sans partage le beau temps dont nous bénéficions en ce jour.
C’est la « Noël d’été », et c’est un vrai plaisir d’avoir aujourd’hui un soleil radieux et un peu de chaleur pour cette fête de la Nativité de Saint Jean-Baptiste.

Avec Frère Maximilien-Marie, nous avons relu les pages de Dom Prosper Guéranger relatives à cette très importante fête.
Pour moi, c’est un véritable émerveillement lorsque je lis que la période de six mois qui séparent la conception de Jean-Baptiste de celle de Jésus, explicitement mentionnée par l’archange Gabriel au moment de l’Annonciation à Notre-Dame, et les paroles mêmes du Précurseur :
« Il faut qu’il croisse et que moi je diminue », sont illustrées par la célébration liturgique, à six mois d’intervalle, au solstice d’été – à partir duquel les jours commencent à diminuer – et au solstice d’hiver – à partir duquel les jours recommencent leur croissance – des naissances de Jean et de Notre-Seigneur.

La correspondance des fêtes chrétiennes avec des moments importants du cycle solaire (Noël, la Chandeleur, l’Annonciation, la naissance du Baptiste, l’Assomption, la nativité de Notre-Dame, l’exaltation de la Sainte Croix, la Toussaint et la mémoire des trépassés… etc.), l’harmonie des cycles de la liturgie avec ceux de la lune (comme c’est le cas pour tout ce qui est en rapport avec le cycle de Pâques, et pour les Quatre-Temps) m’apparaît avec une lumineuse évidence comme l’oeuvre de la Sagesse divine qui a « disposé toutes choses avec mesure, nombre et poids » (Sap. XI, 21) et qui dès l’origine a tout ordonné au mystère du salut opéré par le Christ et diffusé dans l’univers par l’Eglise.

Cette merveilleuse harmonie de la liturgie avec les cycles du soleil et de la lune est aussi – par voie de conséquence – une correspondance aux cycles de la physiologie humaine et des rythmes de tous les êtres vivant sur la terre.

Aussi loin d’être une « récupération intéressée d’éléments étrangers à la Révélation chrétienne », que l’Eglise aurait opérée pour mieux étendre son audience, il faut voir dans l’assimilation de certains des éléments jadis pratiqués par les anciens paganismes la reconnaissance de l’admirable plan de Dieu qui avait, même au milieu des erreurs des rites païens, préservé des parcelles de la révélation primitive et entretenu des éléments de vérité par lesquels il préparait de manière lointaine la réception du message évangélique.

L’explication selon laquelle l’Eglise, ne parvenant pas à extirper les coutumes païennes, les aurait christianisées en les reprenant à son compte et en leur donnant un sens nouveau me paraît singulièrement simpliste. Quand, en outre, ce genre de commentaires sort de la bouche de personnes qui se disent croyantes, on est pour le moins époustouflé puisqu’il ne s’agit là en réalité que d’une forme très réductrice de rationalisme.

L’intelligence de la foi ne nous montre-t-elle pas au contraire qu’il est beaucoup plus conforme à la Sagesse divine et aux admirables dispositions de la Providence de voir dans ces rites et même dans certaines  pratiques symboliques de l’ancien paganisme, une sorte de pierre d’attente sur laquelle les missionnaires de l’Evangile pourraient ensuite s’appuyer pour bâtir ?

Comme je suis un chat, et qu’en outre je suis un chat monastique, je suis tout particulièrement sensible  à cet accord entre les cycles de la nature et de la liturgie chrétienne.
Dans plusieurs de ses ouvrages consacrés à la liturgie, celui qui est devenu depuis notre Saint-Père le Pape Benoît XVI avait insisté sur le caractère cosmologique des rites du christianisme : par exemple en rappelant le sens de l’orientation de l’autel et des églises, ou encore en faisant ressortir l’importance des gestes rituels et des ornements traditionnels, qui sont dans une harmonieuse continuité avec les symboles et les rites de l’Ancien Testament et avec les espérances des Gentils.

Comme ces caractères cosmologiques et symboliques correspondent à quelque chose qui est profondément ancré dans la nature de l’homme, et même si ce n’est pas la seule raison, il ne faut pas s’étonner, quand on les a plus ou moins faits disparaître de l’exercice du culte catholique (comme cela a été le cas en beaucoup d’endroits depuis bientôt cinquante ans) qu’un grand nombre de personnes ait déserté les églises et que ces affamés soient allés chercher ailleurs une réponse à leur attente.
Le malheur est que souvent, ils ne trouvent qu’une réponse superficielle et des nourritures frelatées auprès de mouvements qui récupèrent le symbolisme et le sens du sacré à d’autres fins que celles de la Rédemption…

Je suis toujours stupéfait par l’incohérence et l’aveuglement de ces prétendus théologiens, de ces ecclésiastiques et de ces spécialistes auto-proclamés, qui pérorent en parlant de « signifiant » et de « mystagogie », qui prônent une « redécouverte » du symbolisme des origines, qui prétendent à un « nouveau dynamisme ecclésial » par l’approfondissement des sources du culte chrétien, et qui, eux-mêmes, célèbrent la Messe – revêtus de « choses » (difficile d’appeler cela des ornements !) tellement informes et misérables qu’elles leur donnent des allures de sacs de patates – , sur des espèces de cubes en matériaux vulgaires, avec des poteries dont nulle personne bien élevée n’oserait se servir pour recevoir à sa table un personnage important : adieu, les vases sacrés ! adieu, les ornements précieux ! adieu, la plus élémentaire obéissance aux prescriptions du missel, lequel n’est d’ailleurs plus un beau et grand livre mais se trouve remplacé par une douteuse publication de poche en mauvais papier journal…

Pour celui qui se donne la peine d’étudier objectivement et rigoureusement les choses, il est évident que ceux qui – depuis la fin des années soixante – ont envoyé promener quantité d’éléments liturgiques qualifiés de « détails surannés », ont perdu le sens  véritable de la liturgie et n’ont pas, comme ils le prétendaient, opéré un « retour à la pureté originelle du culte chrétien ».
Tout au contraire ! ils ont purement et simplement perdu, ou du moins considérablement amoindri, un symbolisme sacré qui est bien plus qu’un simple héritage humain.

Voilà les réflexions que j’ai nourries cet après-midi, alors que j’étais allongé dans l’ombre délicate d’un arbuste, et que je n’ai pas résisté à la tentation de vous retranscrire.
Pour achever ma chronique de ce jour sur une note plus légère, je joins à ces lignes  – en guise d’au revoir – trois clichés pris hier soir à l’occasion du Feu de la Saint-Jean : il vous suffit de cliquer sur chaque vignette pour voir la photographie en grand.

Patte de chat Lully.

1erlysfleuriausoirdelastjeancopie.jpg       dsc06617copie.jpg       dsc06623copie.jpg

2010-28 : L’encyclique « Miserentissimus Redemptor ».

Nous pensons important de publier le texte suivant,
1) parce que ce texte précise bien l’esprit particulier de la réparation qui est indissociablement lié à la dévotion envers le Coeur adorable de Notre-Seigneur,
2) parce que ce texte est assez difficile à trouver (il n’en existe pas de traduction française sur le site officiel du saint-Siège alors qu’on y trouve les textes anglais, espagnol, italien et latin!!!)
et enfin 3) parce que ce texte garde une très grande actualité.

On parle de l’amour du Coeur de Jésus sans expliquer que cet amour est trop souvent méconnu et méprisé et que l’essentiel du message confié à Sainte Marguerite-Marie et authentifié par l’Eglise est un appel à la réparation…

coeurdejsus.jpg

Lettre Encyclique
« Miserentissimus Redemptor »
de Sa Sainteté le Pape Pie XI
sur
notre devoir de réparation envers le Sacré-Coeur de Jésus

- 8 mai 1928 -

Introduction : La promesse du Christ d’assister son Église.

Notre Rédempteur très miséricordieux venait d’opérer, sur le bois de la Croix, le salut du genre humain ; sur le point de remonter de ce monde vers son Père, il dit à ses Apôtres et à ses disciples pour les consoler : Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin du monde. Cette parole, outre qu’elle est très agréable à entendre, est génératrice d’espérance et de sécurité, c’est elle, Vénérables Frères, qui Nous réconforte toutes les fois que, du haut de ce Siège, comme d’un observatoire élevé, Nous parcourons du regard soit l’ensemble de la société humaine entière, accablée de maux et de misères si nombreuses, soit l’Église elle-même, livrée à des attaques et à des embûches incessantes.

C’est cette divine promesse qui, à l’origine, éleva le courage des Apôtres abattus, les enflamma d’un zèle ardent pour répandre à travers le monde entier la semence de la doctrine évangélique; c’est elle encore qui, dans la suite, a soutenu l’Église dans sa lutte victorieuse contre les portes de l’enfer. L’assistance de Notre Seigneur Jésus-Christ, il est vrai, n’a jamais fait défaut à son Église. Toutefois, son secours et son appui furent d’autant plus présents qu’elle était assaillie de dangers ou de calamités plus graves ; les remèdes les mieux en rapport avec les conditions des temps et des circonstances lui étant alors fournis par cette divine Sagesse qui atteint avec force d’une extrémité à l’autre et dispose tout avec douceur.

Objet de l’Encyclique, son opportunité.

Même en ces derniers temps on ne peut vraiment dire que la main du Seigneur se soit raccourcie, et plus spécialement lorsqu’une erreur s’insinua et se propagea si loin que l’on pût craindre que, les âmes détournées de l’amour de Dieu et de la familiarité avec lui, les sources mêmes de la vie chrétienne vinssent, en quelque sorte, à se dessécher. Les plaintes que le Christ très aimant fit entendre dans ses apparitions à Marguerite-Marie Alacoque, les désirs aussi et les volontés qu’il signifia à l’adresse des hommes et pour leur bien, certains peut-être les ignorent encore, d’autres les négligent. C’est pour cette raison, Vénérables Frères, que Nous voulons vous entretenir quelques instants du devoir qui nous incombe de faire amende honorable au Cœur sacré de Jésus, pour Nous servir de l’expression courante. Nous avons la conviction que vous déploierez votre zèle pour instruire chacun de vos fidèles de toute la doctrine que Nous allons vous transmettre et que vous les encouragerez à la mettre en pratique.

I – Le Coeur de Jésus :

A.  Symbole de charité et de paix.

Parmi les nombreuses preuves de l’infinie bonté de notre Sauveur, il en est une qui brille d’un éclat tout particulier. Alors que la charité des fidèles allait se refroidissant, ce fut la charité même de Dieu qui se proposa pour être honorée d’un culte spécial, et les trésors de sa bonté se répandirent largement, grâce à la forme du culte rendu au Cœur sacré de Jésus, dans lequel sont cachés tous les trésors de la science et de la sagesse.

Jadis, à la sortie de l’arche de Noé, Dieu notifia par un signe son pacte d’amitié avec le genre humain, en faisant briller un arc resplendissant dans les nuées. De même, à l’époque si troublée où se répandait l’hérésie, perfide entre toutes, du jansénisme qui étouffait l’amour et la piété dus à Dieu, en le présentant moins comme un Père digne d’amour que comme un juge à craindre pour sa sévérité implacable, Jésus vint, dans sa bonté infinie, nous montrer son Cœur sacré tel un symbole de paix et de charité offert aux regards des peuples; c’était un gage assuré de victoire dans les combats. Aussi Notre prédécesseur d’heureuse mémoire, Léon XIII, considérant justement, dans sa Lettre encyclique Annum sacrum, l’admirable opportunité du culte envers le Cœur sacré de Jésus, n’hésitait pas à dire : »Quand l’Église, encore toute proche de ses origines, gémissait sous le joug des Césars, une croix apparut dans le ciel à un jeune empereur; elle était le présage et la cause d’un insigne et prochain triomphe. Aujourd’hui, un autre symbole divin d’heureux augure apparaît à nos yeux : c’est le Cœur très sacré de Jésus, surmonté de la croix et resplendissant d’un éclat incomparable au milieu des flammes. Nous devons placer en lui toutes nos espérances, c’est à lui que nous devons demander le salut des hommes, et c’est de lui qu’il faut l’attendre. »

B. Synthèse de la religion.

Et c’est à juste titre, Vénérables Frères. Car ce signe éminemment propice et la forme de dévotion qui en découle ne renferment-ils point la synthèse de la religion et la norme d’une vie d’autant plus parfaite qu’elle achemine les âmes à connaître plus profondément et plus rapidement le Christ Seigneur, à l’aimer plus ardemment et à l’imiter avec plus d’application et plus d’efficacité ? Qu’on ne s’étonne point dès lors que Nos prédécesseurs aient constamment défendu cette forme si excellente de dévotion contre les accusations de ses détracteurs, qu’ils l’aient couverte de louanges et qu’ils aient mis tout leur zèle à la propager, suivant les exigences des temps et des lieux. Sous le souffle de Dieu, la piété des fidèles envers le Cœur sacré de Jésus n’a point cessé de croître ; d’où l’éclosion de toutes parts des confréries vouées à la diffusion du culte du Sacré-Cœur; de là encore l’usage de la communion du premier vendredi du mois, conforme aux désirs du Christ-Jésus lui-même, et maintenant répandu à peu près partout.

II. Formes du culte du Sacré-Coeur :

A. La consécration au Sacré-Cœur.

Parmi toutes ces pratiques de la dévotion au Sacré-Cœur, il en est une remarquable qui mérite d’être signalée, c’est la pieuse consécration par laquelle, offrant à Dieu nos personnes et tous les biens que nous tenons de son éternelle bonté, nous les vouons au divin Cœur de Jésus. Ce devoir de piété que Notre-Seigneur voudrait voir tous les hommes lui rendre et qu’il réclame moins en raison de ses droits qu’en vertu de son immense amour pour nous, il l’enseigna lui-même à Marguerite-Marie, la très fidèle servante de son Cœur. Elle et son directeur spirituel, Claude de la Colombière, furent les premiers à le lui offrir; avec le temps, d’autres ont suivi : des hommes isolés d’abord, puis des familles, des associations, enfin même des magistrats, des villes et des nations. 

B. Pratique et diffusion de cette consécration.

Au siècle dernier et jusqu’au nôtre, des impies en sont venus, par leurs machinations, à faire repousser l’empire du Christ et à provoquer une guerre ouverte contre l’Église; on promulgue des lois et des décrets contraires au droit divin aussi bien qu’au droit naturel, bien plus, on clame dans des assemblées: Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous. Mais, en revanche, par la consécration dont Nous venons de parler, une voix unanime éclate, celle des fidèles du Sacré-Cœur, s’opposant vaillamment à celle de ses ennemis, pour venger sa gloire et affirmer ses droits: Il faut que le Christ règne – Que votre règne arrive. Voilà pourquoi, fort heureusement, le genre humain tout entier – que le Christ, en qui seul tout peut être restauré, possède par droit de nature – fut, au début de ce siècle, consacré au Sacré-Cœur par Léon XIII, Notre prédécesseur de glorieuse mémoire, aux applaudissements de l’univers chrétien.

Ces débuts si heureux et si réconfortants, ainsi que Nous le disions dans Notre Lettre encyclique Quas Primas en donnant suite aux vœux persévérants et nombreux des évêques et des fidèles, Nous avons pu, avec la grâce de Dieu, les compléter et les parachever quand, à l’issue de l’Année Sainte, Nous avons institué la fête du Christ Roi de l’univers et prescrit de la célébrer solennellement dans toute la chrétienté. Ce faisant, Nous n’avons pas seulement mis en lumière l’empire souverain du Christ sur toutes choses, sur la société tant civile que domestique et sur chaque homme en particulier, mais Nous avons encore fait entrevoir les joies de ce jour, heureux entre tous, où le genre humain, de son plein gré, se soumettra à la souveraineté infiniment douce du Christ-Roi. Pour cette raison, Nous avons ordonné que dès lors chaque année, au jour fixé pour cette fête, on renouvelât cette consécration, pour en obtenir des grâces plus certaines et plus abondantes, au profit de l’union de tous les peuples par les liens de la charité chrétienne et de la paix dans le Cœur du Roi des rois et du Seigneur des seigneurs.

C. La réparation due au Sacré-Cœur.

A tous ces hommages, et principalement à cette consécration si féconde, que vient sceller en quelque sorte la fête solennelle du Christ-Roi, il faut ajouter encore autre chose. C’est le sujet, Vénérables Frères, dont il Nous plaît de vous entretenir plus longuement dans cette Lettre : à savoir l’amende honorable ou la réparation selon l’expression courante à offrir au Cœur sacré de Jésus. Si, dans la consécration, le but premier et principal pour la créature est de rendre à son Créateur amour pour amour, il s’ensuit naturellement qu’elle doit offrir à l’égard de l’amour incréé une compensation pour l’indifférence, l’oubli, les offenses, les outrages, les injures qu’il subit: c’est ce qu’on appelle couramment le devoir de la réparation. 

1) Motif de justice.

Si les mêmes raisons nous obligent à ce double devoir, cependant le devoir de réparation et d’expiation s’impose en vertu d’un motif encore plus impérieux de justice et d’amour : de justice d’abord, car l’offense faite à Dieu par nos crimes doit être expiée, et l’ordre violé doit être rétabli par la pénitence; mais d’amour aussi, car nous devons « compatir au Christ souffrant et saturé d’opprobres », et lui offrir, selon notre petitesse, quelque consolation. Tous nous sommes des pécheurs ; de nombreuses fautes nous chargent; nous avons donc l’obligation d’honorer Dieu non seulement par notre culte, par une adoration qui rend à sa Majesté suprême de légitimes hommages, par des prières qui reconnaissent son souverain domaine, par des louanges et des actions de grâces pour son infinie bonté; mais à ce Dieu juste vengeur nous avons encore le devoir d’offrir satisfaction pour nos innombrables péchés, offenses et négligences. Ainsi à la consécration, par laquelle nous nous donnons à Dieu et qui nous mérite d’être voués à Dieu, avec la sainteté et la stabilité qui, suivant l’enseignement du Docteur angélique sont le propre de la consécration, il faut donc ajouter l’expiation qui répare entièrement les péchés, de peur que, dans sa sainteté, la Souveraine Justice ne nous repousse pour notre impudente indignité et, loin d’agréer notre offrande, ne la rejette.

2) Nécessité de cette réparation.

En fait, ce devoir d’expiation incombe au genre humain tout entier. Comme nous l’enseigne la foi chrétienne, après la déplorable chute d’Adam, l’homme, infecté de la souillure originelle, esclave de la concupiscence et des plus lamentables dépravations, se trouva ainsi voué à la perte éternelle. De nos jours, des savants orgueilleux nient ces vérités et, s’inspirant de la vieille erreur de Pélage, vantent des vertus innées de la nature humaine qui la conduiraient, par ses seules forces, jusqu’aux cimes les plus élevées. Ces fausses théories de l’orgueil humain, l’Apôtre les réfute en nous rappelant que, par nature, nous étions enfants de colère. Dès les débuts, en réalité, la nécessité de cette expiation commune a été reconnue, puisque, cédant à un instinct naturel, les hommes se sont efforcés d’apaiser Dieu par des sacrifices même publics.

3) Sa subordination au sacrifice du Christ.

Mais aucune puissance créée n’aurait jamais suffi à expier les crimes du genre humain si le Fils de Dieu n’avait assumé la nature humaine pour la relever. Le Sauveur des hommes l’a lui-même annoncé par la bouche du Psalmiste : Vous n’avez voulu ni sacrifice ni oblation, mais vous m’avez formé un corps; vous n’avez pas agréé les holocaustes pour le péché. Alors j’ai dit : Me voici, je viens. Et de fait, il s’est vraiment chargé de nos infirmités, il a porté lui-même nos douleurs; il a été broyé à cause de nos iniquités; il a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, détruisant l’acte qui était écrit contre nous et nous était contraire avec ses ordonnances; et il l’a fait disparaître en le clouant à la croix… afin que, morts, au péché, nous vivions pour la justice. 

4) Notre participation.

La surabondante Rédemption du Christ nous a fait remise de toutes nos fautes. Cependant, par une admirable disposition de la Sagesse divine, nous devons compléter dans notre chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’Église. En conséquence, aux louanges et aux réparations « dont le Christ s’est acquitté envers Dieu au nom des pécheurs » pouvons-nous, et même devons-nous ajouter encore nos louanges et nos expiations. Mais nous ne devons jamais l’oublier, toute la vertu d’expiation découle uniquement du sacrifice sanglant du Christ, qui se renouvelle sans interruption, d’une manière non sanglante sur nos autels, car « c’est toujours une seule et même victime, c’est le même qui s’offre maintenant par le ministère du prêtre et qui s’offrit jadis sur la croix; seule la manière d’offrir diffère. » C’est pour cette raison qu’au très auguste Sacrifice eucharistique les ministres et le reste des fidèles doivent joindre leur propre immolation, de sorte qu’ils s’offrent eux aussi comme des hosties vivantes, saintes, agréables à Dieu. Bien plus, saint Cyprien ne craint pas d’affirmer que « le sacrifice du Seigneur n’est pas célébré avec la sainteté requise si notre propre oblation et notre propre sacrifice ne correspondent pas à sa Passion ». Pour cette raison encore, l’Apôtre nous exhorte à « porter dans notre corps la mort de Jésus, » à nous ensevelir avec Jésus et à nous greffer sur lui par la ressemblance de sa mort non seulement en crucifiant notre chair avec ses vices et ses convoitises en fuyant la corruption de la concupiscence qui règne dans le monde, mais encore en manifestant la vie de Jésus dans nos corps et, unis à son éternel sacerdoce, à offrir ainsi des dons et des sacrifices pour nos péchés.

A ce sacerdoce mystérieux et à cette mission de satisfaire et de sacrifier ne participent pas seulement les ministres choisis par notre Pontife, le Christ Jésus, pour l’oblation immaculée qui se doit faire en son nom divin depuis l’Orient jusqu’à l’Occident mais encore le peuple chrétien tout entier, appelé à bon droit par le Prince des Apôtres race élue, sacerdoce royal; car soit pour eux-mêmes, soit pour le genre humain tout entier, les fidèles doivent concourir à cette oblation pour les péchés, à peu près de la même manière que le Pontife choisi parmi les hommes est établi pour les hommes en ce qui concerne les choses de Dieu.

Plus notre oblation et notre sacrifice ressembleront au sacrifice du Christ, autrement dit plus parfaite sera l’immolation de notre amour-propre et de nos convoitises, plus la crucifixion de notre chair se rapprochera de cette crucifixion mystique dont parle l’Apôtre, plus abondants seront les fruits de propitiation et d’expiation que nous recueillerons pour nous et pour les autres. Car entre les fidèles et le Christ il existe une admirable relation, semblable à celle qui relie la tête aux divers membres du corps; mais de plus, par cette mystérieuse communion des saints que professe notre foi catholique, les hommes et les peuples non seulement sont unis entre eux, mais encore avec Celui-là même qui est la tête, le Christ. C’est de lui que tout le corps, coordonné et uni par le lien des membres qui se prêtent un mutuel secours et dont chacun opère selon sa mesure d’activité, grandit et se perfectionne dans la charité. C’est la prière qu’avant de mourir le Christ Jésus, médiateur entre Dieu et les hommes, adressait lui-même à son Père : Que je sois en eux et vous en moi, afin qu’ils soient parfaitement un. 

D. Motif d’amour pour la réparation.

1) L’union des fidèles dans le Christ.

Par conséquent, de même que l’union avec le Christ trouve son expression et sa confirmation dans l’acte de consécration, de même l’expiation sert de prélude à cette union en effaçant les péchés, elle nous perfectionne en nous associant aux souffrances du Christ, elle la parachève enfin en offrant des victimes pour le prochain. Ce fut là bien certainement la miséricordieuse intention de Jésus quand il nous présenta son Cœur portant les insignes de la Passion et d’où s’échappaient des flammes d’amour; en nous découvrant ainsi la malice infinie du péché, d’une part, et en nous faisant admirer, d’autre part, l’infinie charité du Rédempteur, il voulait nous inspirer une haine encore plus vive du péché et plus d’ardeur à répondre à son amour.

2) La réparation mendiée par Notre-Seigneur.

Du reste, l’esprit d’expiation ou de réparation a toujours tenu le premier et principal rôle dans le culte rendu au Sacré Cœur de Jésus; rien n’est plus conforme à l’origine, à la nature, à la vertu et aux pratiques qui caractérisent cette dévotion; d’ailleurs, l’histoire, les usages, la liturgie sacrée et les actes des Souverains Pontifes en portent témoignage. Dans ses apparitions à Marguerite-Marie, quand il lui dévoilait son infinie charité, le Christ laissait en même temps percevoir comme une sorte de tristesse, en se plaignant des outrages si nombreux et si graves que lui faisait subir l’ingratitude des hommes. Puissent les paroles qu’il employait alors ne jamais s’effacer de l’âme des fidèles : « Voici ce Cœur ― disait-il ― qui a tant aimé les hommes, qui les a comblés de tous les bienfaits, mais qui, en échange de son amour infini, non seulement ne reçoit pas de reconnaissance, mais ne recueille que l’oubli, la négligence et des injures, et cela parfois de la part de ceux-là même qui sont tenus de lui témoigner un amour spécial. »

Pour l’expiation de ces fautes il recommandait, entre autres, comme lui étant particulièrement agréables, les pratiques suivantes : participer, dans un esprit d’expiation, aux saints Mystères en faisant la « communion réparatrice »; y joindre des invocations et des prières expiatoires pendant une heure entière, en faisant, comme on l’appelle justement, « l’heure sainte »: exercices qui non seulement ont été approuvés par l’Église, mais qu’elle a enrichis d’abondantes indulgences. 

3) Considération du Christ dans sa Passion.

Mais, dira-t-on, quelle consolation peuvent apporter au Christ régnant dans la béatitude céleste ces rites expiatoires ? Nous répondrons avec Saint Augustin : « Prenez une personne qui aime : elle comprendra ce que je dis. » Nulle part d’ailleurs ces paroles ne trouvent une application plus juste.

Toute âme aimant Dieu avec ferveur, quand elle jette un regard sur le passé, peut voir et contempler dans ses méditations le Christ travaillant pour l’homme, affligé, souffrant les plus dures épreuves, pour nous autres hommes et pour notre salut, presque abattu par la tristesse, l’angoisse et les opprobres ; bien plus, « broyé sous le poids de nos crimes, il nous guérit par ses meurtrissures ». Tout cela, les âmes pieuses ont d’autant plus de raison de le méditer que ce sont les péchés et les crimes des hommes commis en n’importe quel temps qui ont causé la mort du Fils de Dieu; ces mêmes fautes, maintenant encore, causeraient la mort du Christ, entraîneraient les mêmes douleurs et les mêmes afflictions, puisque chacune d’elles, ainsi qu’on l’admet, est censée renouveler à sa manière la Passion du Seigneur : Crucifiant de nouveau pour leur part le Fils de Dieu et le livrant à l’ignominie. Que si, à cause de nos péchés futurs, mais prévus, l’âme du Christ devint triste jusqu’à la mort, elle a, sans nul doute, recueilli quelque consolation, prévue elle aussi, de nos actes de réparation, alors qu’un ange venant du ciel lui apparut, pour consoler son cœur accablé de dégoût et d’angoisse.

Ainsi donc, ce Cœur sacré incessamment blessé par les péchés d’hommes ingrats, nous pouvons maintenant et même nous devons le consoler d’une manière mystérieuse, mais réelle, d’autant que le Christ lui-même se plaint, par la bouche du Psalmiste, ainsi que la liturgie sacrée le rappelle, d’être abandonné de ses amis : Mon cœur a attendu l’opprobre et la misère; j’ai espéré celui qui s’affligerait avec moi et il n’est point venu, celui qui me consolerait et je ne l’ai point trouvé.

4) Les souffrances du Corps Mystique.

Ajoutons encore que la Passion du Christ se renouvelle, et d’une certaine manière elle se poursuit et s’achève, dans son corps mystique qui est l’Église. Car, pour nous servir encore des paroles de saint Augustin : « Le Christ a souffert tout ce qu’il devait souffrir ; la mesure de ses souffrances est désormais à son comble. La dette de souffrances était donc payée dans la Tête, mais elle demeurait entière dans son corps ». Le Seigneur Jésus lui-même a bien voulu nous l’apprendre, quand il disait à Saul, respirant encore la menace et la mort contre les disciples : Je suis Jésus que tu persécutes. Il laissait ainsi nettement entendre que les persécutions déchaînées contre l’Église visaient et atteignaient le divin Chef de l’Église lui-même. C’est donc à bon droit que, souffrant toujours en son corps mystique, le Christ veut nous avoir pour compagnons de son expiation. Notre situation envers lui l’exige également, car, puisque nous sommes le corps du Christ et ses membres chacun pour notre part, tout ce que souffre la tête, les membres le doivent souffrir aussi ».

E. Nécessité actuelle de la réparation

1) L’Église persécutée.

A quel point cette expiation, cette réparation sont nécessaires, surtout de nos jours, on le comprendra sans peine, comme Nous le disions au début, en considérant d’un regard le monde plongé dans le mal. De partout, en effet, montent vers Nous les gémissements des peuples dont il est vrai d’affirmer que les chefs ou les gouvernants se sont dressés et ligués contre le Seigneur et son Église. En ces pays, tous les droits, divins ou humains, se trouvent confondus. Les églises sont abattues, ruinées de fond en comble, les religieux et les vierges consacrées sont expulsés de leur demeure, livrés aux insultes et aux mauvais traitements, voués à la famine, condamnés à la prison, des multitudes d’enfants et de jeunes filles sont arrachés du sein de l’Église leur mère; on les excite à renier et à blasphémer le Christ; on les pousse aux pires dégradations de la luxure; le peuple entier des fidèles, terrorisé, éperdu sous la continuelle menace de renier sa foi ou de périr, parfois de la mort la plus atroce. Spectacle tellement affligeant qu’on y pourrait voir déjà l’aurore de ce début des douleurs que doit apporter l’homme de péché s’élevant contre tout ce qui est appelé Dieu ou honoré d’un culte.

2) Le mal parmi les chrétiens.

Mais plus attristant encore, Vénérables Frères, est l’état de tant de fidèles que le baptême a lavés dans le sang de l’Agneau immaculé et comblés de grâces; à tous les rangs de la société il s’en trouve qui, aveuglés par une ignorance incroyable des choses divines, empoisonnés d’erreurs, se traînent dans le vice, loin de la maison du Père; nul rayon de lumière de la vraie foi ne les éclaire, nulle espérance de la félicité future ne les réjouit, nulle ardeur de la charité ne les anime et ne les réchauffe; ils semblent vraiment être plongés dans les ténèbres et assis à l’ombre de la mort. Bien plus : chez les fidèles grandit l’indifférence à l’égard de la discipline ecclésiastique et des institutions anciennes qui forment la base de toute vie chrétienne, régissent la famille et protègent la sainteté du mariage, l’éducation des enfants est négligée, sinon faussée, par une affection trop indulgente; l’Église est frustrée de son droit d’élever la jeunesse chrétienne; dans la vie courante, la pudeur chrétienne est lamentablement oubliée, surtout dans la mode féminine; on ne voit que poursuite effrénée des biens passagers, que prédominance sans frein des intérêts civils, que recherche immorale de la faveur populaire, rébellion contre l’autorité légitime, enfin mépris de la parole divine, aboutissant à un affaiblissement grave, sinon à la perte de la foi.

3) Le mal parmi les clercs.

A ces maux vient mettre un comble soit la mollesse ou la lâcheté de ceux qui – tels les disciples endormis ou fugitifs, chancelant dans leur foi – désertent misérablement le Christ agonisant dans l’angoisse ou entouré par les satellites de Satan, soit la perfidie de ceux qui, à l’exemple du traître Judas, ont l’audace de participer au sacrifice de l’autel de manière sacrilège ou de passer à l’ennemi. On ne peut vraiment pas s’empêcher de penser que les temps prédits par Notre-Seigneur semblent être proches, où, à cause des progrès incessants de l’iniquité, la charité d’un grand nombre se refroidira.

4) L’esprit de réparation.

Il n’est pas un seul fidèle qui puisse méditer ces choses sans s’enflammer d’amour pour le Christ souffrant, avec un zèle plus vif, tous voudront expier leurs fautes et celles d’autrui, réparer les torts faits à l’honneur du Christ et travailler au salut éternel de leurs âmes. Comme elle est vraie cette parole de l’Apôtre: Là où la faute abonda, la grâce surabonda, et comme, en un sens, elle peut servir à peindre notre époque! Car en dépit de la perversité croissante des hommes, il est merveilleux de voir grandir, sous l’inspiration du Saint-Esprit, le nombre des fidèles des deux sexes qui, d’un zèle plus ardent s’efforcent de réparer tant d’insultes au divin Cœur, n’hésitent pas à s’offrir eux-mêmes comme victimes au Christ.

Celui qui médite, en effet, avec amour sur tout ce que Nous venons de rappeler, s’en imprégnant, si l’on peut dire, jusqu’au plus profond de son être, ne peut faire autrement que de ressentir de l’horreur pour tout péché et de s’en abstenir comme du mal souverain, plus encore, il s’appliquera à s’abandonner tout entier à la volonté de Dieu et à réparer les outrages faits à la divine Majesté par tous les moyens en son pouvoir : prières incessantes, souffrances librement consenties, épreuves éventuelles patiemment acceptées; en un mot, par une vie entièrement consacrée à ce désir d’expiation.

5) Les associations réparatrices.

De là sont nées toutes ces familles religieuses d’hommes et de femmes qui, rivalisant en quelque sorte avec l’Ange du Jardin des Oliviers, s’imposent, jour et nuit, le devoir de consoler Jésus; de là encore ces confréries pieuses, approuvées par le Siège apostolique et enrichies d’indulgences, qui, elles aussi, ont assumé ce devoir d’expiation en s’imposant la pratique d’exercices religieux et de vertus en rapport avec cette tâche; de là, enfin, puisqu’on ne peut tout dire, les réparations offertes à l’honneur divin sous forme d’amendes honorables et de cérémonies solennelles, non pas seulement de la part de fidèles isolés, mais aussi, ça et là, de paroisses, de diocèses et de cités.

6) La Fête du Sacré-Cœur, fête de réparation.

C’est pourquoi, Vénérables Frères, de même que la pratique de la consécration, après des débuts modestes, s’est bien vite répandue au loin et a reçu finalement de Notre confirmation tout l’éclat désirable, de même Notre plus vif désir est de sanctionner officiellement de notre autorité apostolique la pratique déjà connue et propagée de l’expiation et de l’amende honorable et de la voir célébrée solennellement dans tout l’univers catholique.

Dans ce but, en la fête du Sacré Cœur de Jésus – qu’à cette occasion Nous décidons d’élever au rang de double de première classe avec octave – Nous décrétons et ordonnons que chaque année, dans toutes les églises du monde entier, on récite solennellement, d’après la formule jointe à cette lettre, la protestation ou amende honorable a Notre-Seigneur, dans laquelle toutes nos fautes sont déplorées, et hommage est rendu aux droits violés de notre Roi et de notre Seigneur très aimant.

7) Les effets qu’on peut en attendre.

Sans nul doute, Vénérables Frères, l’institution de cette solennité sainte et sa généralisation dans l’Église universelle produiront des fruits nombreux et excellents non seulement pour chacun en particulier, mais pour la société tout entière, religieuse, civile ou familiale. Notre Rédempteur lui-même a promis, en effet, à Marguerite-Marie que « tous ceux qui, de la sorte, honoreraient son Cœur seraient comblés d’abondantes grâces célestes « . Les pécheurs même, en regardant celui qu’ils ont transpercés se sentiront émus par les gémissements et les pleurs de l’Église entière, déploreront à leur tour les insultes adressées au Souverain Roi et rentreront en eux-mêmes; ils craindront qu’endurcis dans leurs fautes ils ne pleurent trop tard et en vain sur lui, lorsqu’ils verront venir sur les nuées du ciel celui qu’ils ont transpercé. Quant aux justes, ils deviendront plus justes encore et plus saints; ils se voueront tout entiers et avec une ardeur renouvelée au service de leur Roi, qu’ils voient si méprisé, si attaqué, si souvent outragé, par-dessus tout, ils brûleront de zèle pour procurer le salut des âmes, en ayant toujours présente à la mémoire la plainte la divine Victime : A quoi donc sert mon sang ? et aussi la joie qu’éprouvera le Cœur sacré de Jésus pour un seul pécheur faisant pénitence !

Notre souhait le plus vif et Notre espoir le plus ferme, c’est que la justice de Dieu, qui eût, dans sa miséricorde, pardonné à Sodome pour dix justes, pardonne plus volontiers au genre humain, parce que la communauté tout entière, de tout lieu et de toute race, aura répandu ses instantes supplications et ses réparations efficaces, en union avec le Christ, son Médiateur et Chef.

Conclusion : Marie réparatrice.

A Nos vœux et à Nos efforts, que Marie la Vierge très bienveillante et la Mère de Dieu daigne sourire, elle qui nous donna Jésus notre Rédempteur, qui l’éleva, qui l’offrit comme victime au pied de la croix, et qui, par sa mystérieuse union avec le Christ et par une grâce particulière reçue de lui, fut aussi Réparatrice et est pieusement appelée de ce nom. Plein de confiance en son intercession auprès du Christ qui, seul Médiateur entre Dieu et les hommes, a voulu cependant s’associer sa Mère comme avocate des pécheurs et comme dispensatrice et médiatrice de ses grâces, Nous vous accordons du fond du cœur, comme gage des faveurs célestes et en témoignage de Notre bienveillance paternelle, à vous, Vénérables Frères, ainsi qu’à tous les fidèles confiés à vos soins, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre le 8 mai 1928, la septième année de Notre Pontificat.

PIE XI, PAPE.

2010-27. Où Lully, profitant des jours de mauvais temps pour étudier la liturgie, évoque la question de « l’autel face au peuple ».

10 juin,
Fête du Bienheureux Gabriel Pergaud, chanoine régulier de Saint-Augustin,
et de ses 63 compagnons martyrs des pontons de Rochefort et de l’Ile Madame ;
Mémoire de Sainte Marguerite d’Ecosse, reine.

Lully au parapluie rouge

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Vraiment, depuis deux jours nous avons un temps épouvantable… un vrai temps de chien !
Mais pas du tout du tout du tout un temps propice aux promenades des matous.
Un chat monastique ne restant jamais oisif, j’aide mon papa-moine à ranger et à classer des documents. Et c’est donc ainsi que j’ai sorti d’une boite un recueil de bandes dessinées que Frère Maximilien-Marie avait réalisées il y a plusieurs années de cela.
Oubliant les classements (je le confesse), je me suis plongé dedans avec une certaine délectation. Cette lecture en effet m’a  tout à la fois instruit et distrait, me faisant totalement oublier le vent et la pluie qui se déchaînaient à l’extérieur.

J’ai ensuite pensé que cela pourrait peut-être vous intéresser vous aussi, et j’ai décidé de recopier ici à votre intention l’une d’entre elles qui m’a particulièrement fait réfléchir et qui résume bien – me semble-t-il – un des problèmes liturgiques contemporains.
Cette petite bande dessinée concerne en effet une mode liturgique désastreuse – je choisis mes mots – que la plupart des fidèles croient naïvement être une règle impérative : celle de l’autel dit « face au peuple ».
Il s’agit bien d’une mode en effet. On pourrait même dire qu’il ne s’agit QUE d’une mode.
Car en liturgie, tout comme dans les tenues vestimentaires, il existe des modes. 
En liturgie comme pour les vêtements il existe des modes qui sont en accord avec ce qui est juste et raisonné, et il en existe aussi qui sont de véritables insultes au bon sens et à la dignité de ce pour quoi l’une et l’autre sont faites.

Il faut donc commencer par préciser que toute personne capable de lire en comprenant ce qu’elle lit chercherait en pure perte la mention de « l’autel face au peuple » dans les textes du concile vaticandeux : la constitution « Sacrosanctum concilium » qui sert de paravent et de prétexte à tous les abus liturgiques et toutes les aberrations depuis des décennies n’en parle tout simplement pas !
Je le dis, je le redis, et j’insiste : le fait de remplacer les anciens autels sur lesquels la Sainte Messe était célébrée en direction de l’Orient dans l’écrasante majorité des églises où se pratique la liturgie romaine, n’est en aucune manière une prescriptions du second concile du Vatican.

De fait, elle a été imposée d’une façon totalement arbitraire (et souvent violente) dans les églises pour révolutionner la pensée et faire gober, par le truchement d’une liturgie réformée (ou pseudo réformée), de nouvelles conceptions théologiques et spirituelles.

Ces « autels face au peuple », dans beaucoup de cas au moment de l’abandon ou de la destruction des anciens autels, n’étaient d’ailleurs pas de véritables autels mais de vulgaires tables plus ou moins « trafiquées » (Frère Maximilien-Marie, qui était alors enfant, se souvient très bien de ce qu’il a vu dans ces années 1964 à 1970) qui renforçaient concrètement l’idée de la « messe-repas » ou de la « messe-partage » ou encore de la « messe-festive » qui s’imposait au dépens de la sacralité et de la notion même de Saint-Sacrifice.

Faisons au passage un peu d’étymologie : le nom même d’autel vient du latin « altare«  qui évoque l’idée d’un lieu surélevé (c’est le même radical latin qui donne le mot français altitude par exemple).
Ainsi l’étymologie déjà montre qu’il n’est pas conforme aux traditions les plus anciennes que l’autel soit posé sur le sol au même niveau que les fidèles. Ceux qui ont prétendu que cette manière de faire était un retour aux usages de l’Eglise primitive n’ont pas dit la vérité…

Mais il est bien temps que je vous laisse découvrir cela en compagnie du jeune Théophile et de Grindsel le séraphin qui sont les personnages de cette petite bande dessinée que j’ai découverte et dont je vous parlais au début de ces quelques lignes…

Lully.

pattes de chat - frise

 

BD - Les bonnes questions

pattes de chat - frise

2010-25. Le Sacré-Coeur et la Sainte Eucharistie.

Jeudi après la fête du Sacré-Cœur de Jésus :
Fête du Cœur eucharistique de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

le Sacré-Coeur et l'Eucharistie

Attachons-nous aujourd’hui à relever combien Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu que le culte de son Sacré-Coeur soit lié au culte de la Sainte Eucharistie.

La dévotion envers le Cœur adorable de Jésus n’a pas été « inventée » au XVIIème siècle ; on peut dire qu’elle est aussi ancienne que l’Eglise elle-même. Toutefois jusqu’aux apparitions dont fut favorisée Sainte Marguerite-Marie, le culte du Sacré-Cœur était surtout resté le fait d’un nombre assez restreint d’âmes choisies. Nous avions déjà eu l’occasion (cf. > ici) de parler de Sainte Gertrude d’Helfta et de la révélation du Cœur de Jésus qui lui avait été faite le jour de la fête de Saint Jean. La sainte avait alors entendu que la révélation des merveilles du Cœur de Jésus avait « été mise en réserve pour les derniers temps, afin que lorsque la charité du monde alangui ira se refroidissant, il éprouve un renouveau de ferveur à la révélation de semblables merveilles

Au XVIIème siècle donc, Sainte Marguerite-Marie – moniale de la Visitation de Paray-le-Monial – fut l’instrument choisi par la Providence pour faire connaître au « monde alangui » non seulement le Cœur divin du Sauveur, mais aussi l’esprit dans lequel et la manière selon laquelle son culte doit être pratiqué. En tout premier lieu, il importe de  remarquer que la plupart des grandes révélations reçues par Sainte Marguerite-Marie se sont produites en présence du Très Saint-Sacrement.

Apparition du Sacré-Coeur à Sainte Marguerite-Marie

Notre-Seigneur, déchirant en quelque sorte le voile eucharistique  pour manifester son Cœur, attire notre attention sur le Très Saint Sacrement : Il proclame hautement l’amour dont – vivant dans l’Hostie – Il est embrasé ; Il fait connaître à quel point l’indifférence et les manques de respect des hommes envers ce Sacrement Le font souffrir ; Il demande avec insistance un culte d’amour et de réparation qui fasse contrepoids aux outrages dont Il est la victime. Voici pour rappel quelques extraits des écrits de Sainte Marguerite-Marie qui sont parmi les plus importants.

* * * * * * *

Sainte Marguerite-Marie avait déjà reçu de nombreuses grâces mystiques, mais le jour de la fête de Saint Jean l’Evangéliste – 27 décembre 1673 – (notons le parallélisme avec la grâce qu’avait reçu Sainte Gertrude en cette même fête quelque quatre siècles auparavant) Notre-Seigneur lui révèle pour la première fois les mystères de Son divin Cœur :
« Une fois que j’étais devant le Saint-Sacrement (…), Il me fit reposer fort longtemps sur sa divine poitrine, où il me découvrit les merveilles de son amour et les secrets inexplicables de son Coeur sacré, qu’il m’avait toujours tenus cachés jusqu’alors qu’il me l’ouvrit pour la première fois (…). Il me dit : « Mon divin Coeur est si passionné d’amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen et qu’il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors que je te découvre, et qui contiennent les grâces sanctifiantes et salutaires nécessaires pour les retirer de l’abîme de perdition (…). »

Un peu plus tard Sainte Marguerite-Marie entend ces paroles :
« J’ai une soif ardente d’être aimé des hommes dans le Très Saint Sacrement, et je ne trouve presque personne qui s’efforce selon mon désir de me désaltérer en usant envers moi de quelque retour. »

Ensuite il y a cette importante révélation (date incertaine, mais sans doute un vendredi) au cours de l’année 1674 :
« Une fois entre autres que le Saint Sacrement était exposé, mon doux Maître se présenta à moi tout éclatant de gloire avec ses cinq plaies brillantes comme cinq soleils, et de cette sacrée humanité sortaient des flammes de toutes parts, mais surtout de son adorable poitrine qui ressemblait à une fournaise ; et s’étant ouverte, me découvrit son tout aimant et tout aimable Coeur, qui était la vive source de ces flammes.
« Ce fut alors qu’il me découvrit les merveilles inexplicables de son pur amour et jusqu’à quel excès il l’avait porté d’aimer les hommes, dont il ne recevait que des ingratitudes et méconnaissances : « Ce qui m’est beaucoup plus sensible, me dit-il, que tout ce que j’ai souffert en ma Passion ; d’autant que s’ils me rendaient quelque retour d’amour, j’estimerais peu tout ce que j’ai fait pour eux et voudrais, s’il se pouvait, en faire davantage, mais ils n’ont que des froideurs et du rebut pour tous mes empressements à leur faire du bien. Toi du moins, donne-moi ce plaisir de suppléer à leur ingratitude autant que tu pourras en être capable. Sois attentive à ma voix et à ce que je te demande :
« Premièrement, tu me recevras dans le Saint Sacrement autant que l’obéissance te le voudra permettre, quelques mortifications qui t’en doivent arriver, lesquelles tu dois recevoir comme des gages de mon amour.

« Tu communieras, de plus, tous les premiers vendredis de chaque mois; et toutes les nuits du jeudi au vendredi, je te ferai participer à cette mortelle tristesse que j’ai bien voulu sentir au jardin des Olives…« 

Enfin il y a cette apparition, connue sous le nom de « grande révélation« . Elle eut lieu en 1675 :
« Etant une fois devant le Saint-Sacrement, un jour de son octave (…) me découvrant son Cœur, il me dit : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore plus sensible, c’est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. C’est pour cela que je te demande que le premier vendredi d’après l’octave du Saint Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-là, et en lui faisant réparation d’honneur par une amende honorable, pour réparer les ingratitudes qu’il a reçues pendant le temps qu’il a été exposé sur les autels (…).« 

* * * * * * *

Nous le disions plus haut, mais j’insiste parce que les textes vous l’ont bien fait ressortir  et parce que le culte du Sacré-Cœur a été dévié de cette orientation voulue par Jésus : la dévotion au divin Cœur de Jésus, telle que Notre-Seigneur Lui-même l’a enseignée à Sainte Marguerite-Marie et telle qu’il a voulu qu’elle la transmette aux hommes, est un culte de réparation pour tous les péchés commis envers le Saint Sacrement (Jésus emploie les mots d’indifférences, froideurs, mépris, manques de respects, irrévérences, sacrilèges…), soit lorsqu’il est exposé sur les autels, soit lorsqu’il est reçu indignement dans la sainte communion (en se plaignant que ce sont des consacrés qui en usent ainsi !).

La manière dont il veut que cette réparation soit accomplie, c’est de contrebalancer ces fautes par un plus grand amour, un plus grand respect, une plus grande adoration, une plus grande attention envers la Sainte Eucharistie : en communiant davantage, en communiant avec plus de ferveur, et en consacrant plus de temps à l’adoration du Très Saint Sacrement.

coeurdejsus.jpg

Prières au Cœur Eucharistique de N.S.J.C. :
- Supplication au Cœur eucharistique > ici
- Prière écrite par le Rd Père Lepidi > ici

2010-24. De Sainte Pétronille et de sa protection sur la France.

1er juin, fête de Sainte Pétronille ;
Commémoraison de Sainte Angèle Mérici ;
Commencement du mois du Sacré-Cœur (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le 1er juin – en réalité sa mention au martyrologe est le au 31 mai mais la fête de Marie Reine, instituée par le vénérable Pie XII en 1954 pour conclure solennellement le « mois de Marie », nous oblige à décaler d’un jour sa célébration liturgique – nous célébrons la fête de Sainte Pétronille, fête qui fut extrêmement populaire jadis en France, comme en témoigne un certain nombre de dictons. J’ai retenu celui-ci : « Pluie de Sainte Pétronille, quarante jours mouillera nos guenilles ». Cela ne me réjouit guère parce qu’il a plu une grande partie de la matinée et, même si la fin de l’après-midi a été radieuse, je crains  très fort que nous n’ayons un été pourri…

Mais revenons à la sainte elle-même.
Elle est malheureusement bien oubliée à notre époque et c’est fort dommage. En effet, depuis le temps de Pépin le Bref, elle a été considérée comme une protectrice spéciale du Royaume de France.
Il faut d’ailleurs noter que chaque année, depuis des siècles et jusqu’à nos jours, cette fête est marquée, dans la basilique Saint-Pierre du Vatican, par une messe particulière célébrée pour la France à l’autel où sont conservées les reliques de Sainte Pétronille.

Cette tradition m’a amené à chercher des explications, que je voudrais vous faire connaître à mon tour. Cet approfondissement n’est que la préparation à quelques réflexions que je me propose de publier une prochaine fois au sujet d’une expression assez couramment  employée pour parler de la France.

Avant de vous livrer les éléments de cette étude sur Sainte Pétronille, je vous rappelle que le mois de juin qui commence est consacré au Sacré-Coeur de Jésus et je vous encourage chaleureusement à approfondir chaque jour les mystères d’amour contenus dans « ce Coeur qui a tant aimé les hommes » mais qui ne reçoit bien souvent en contrepartie qu’indifférences, ingratitudes ou mépris…

Lully.                 

* * * * * * *

1- Qui était Sainte Pétronille?

Dans son ouvrage « Rome et ses vieilles églises« , Emile Mâle écrit :

« Il y avait chez certains membres de la famille des Flaviens une inquiétude religieuse qui leur faisait prêter l’oreille à tout ce qui venait de la Judée. Vespasien, avant le siège de Jérusalem, avait consulté le mystérieux oracle du Mont Carmel. Titus avait vécu entouré de Juifs ; il avait reçu dans son intimité le juif Josèphe qui écrivait l’histoire de sa nation, et il avait aimé une juive, la séduisante Bérénice. On assurait qu’il avait voulu sauver le temple de Jérusalem, que ses soldats avaient détruit malgré sa défense. Les Flaviens ne pouvaient ignorer ni le Dieu unique des Hébreux, ni leurs espérances messianiques, et l’on comprend que quelques uns d’entre eux aient été préparés à accueillir le christianisme.

« Parmi ces convertis de la famille flavienne, il y eut, outre Flavius Clemens et Domitille, une jeune fille du nom de Petronilla, à qui une inscription donne le titre de martyre. Son nom est un diminutif féminin de Petro, et elle descendait de Titus Flavius Petro, le grand père de Vespasien. C’est pourquoi elle fut ensevelie dans les Catacombes de Domitille qui étaient celles de sa famille. »

Emile Mâle décrit les galeries des catacombes de Domitille, puis la basilique souterraine des Saints Nérée et Achillée renfermant leurs tombeaux.
Il dit alors :

« Un autre tombeau attirait aussi les prières des fidèles, celui de Petronilla. Il se trouvait dans une petite chapelle, communiquant avec la basilique et décorée d’une curieuse fresque : une jeune sainte, qu’une inscription nomme Petronella martyr, introduit dans le ciel une chrétienne appelée Veneranda (…). Petronella, que les textes nomment toujours Petronilla, était aussi vénérée dans la basilique souterraine que Nérée et Achillée, car les anciens guides des pèlerins associent son nom à celui des deux martyrs. Il ne subsiste malheureusement aucun témoignage des premiers siècles sur sainte Pétronille, et son histoire véritable est inconnue. Au VIème siècle, on lui créa une légende. L’auteur de ce petit roman, imaginant que le nom de Petronilla était un diminutif féminin de Petrus, fit de la jeune sainte une fille de saint Pierre. Un comte romain, nommé Flaccus, séduit par sa beauté, la demande en mariage ; mais la jeune fille, qui a fait vœu de se consacrer à Dieu, refuse de l’épouser. Le comte la menace de la faire mettre à mort comme chrétienne, si, au bout de trois jours, elle ne lui donne pas une réponse favorable. Pétronille prie et jeûne pour s’affermir dans sa résolution et, à la fin du troisième jour, Dieu voulant lui épargner le martyre, qu’elle a accepté dans son coeur, la rappelle à Lui. Le comte Flaccus ne peut qu’assister à ses funérailles.

Le Guerchin - Funérailles et apothéose de Sainte Pétronille

Le Guerchin : Funérailles et apothéose de Sainte Pétronille.

« Ce récit, où rien ne rappelle la Rome des Césars et l’âge des persécutions, fut tenu pour authentique. Pétronille fut désormais appelée la fille de saint Pierre, et on racontait aux pèlerins que l’inscription qu’ils lisaient sur son tombeau : Aureliae Petronillae filliae dulcissimae, avait été gravée par saint Pierre lui-même.

« Le sarcophage de sainte Pétronille resta dans les catacombes de Domitille jusqu’au VIIIème siècle, c’est alors qu’il en fut retiré et transporté à Saint-Pierre. Chose extraordinaire, le transfert des reliques de sainte Pétronille est associé à de grands événements de l’histoire de la papauté et de l’histoire de la France » (Rome et ses vieilles églises, Flammarion 1965 pp. 34-36).

* * * * * * *

2- Pourquoi Sainte Pétronille est-elle considérée comme l’une protectrice de la monarchie française?

Continuons la lecture d’Emile Mâle :

« En 753, le pape Etienne II était menacé par les Lombards. Leur roi, Astolphe, voulait achever la conquête de l’Italie centrale, s’emparer de Rome et en faire sa capitale. Le pape, convaincu qu’il n’avait rien à attendre de l’empereur d’Orient, franchit les Alpes et vint demander aide et protection à Pépin le Bref. Le roi envoya à sa rencontre son fils aîné, Charles, celui qui devait être Charlemagne, puis il l’accueillit lui-même avec le plus profond respect : on vit alors, pour la première fois, un souverain marcher, comme un écuyer, près du cheval du pape. Pépin lui promit son appui et il tint sa promesse. Il fit deux expéditions victorieuses en Italie et enleva à Astolphe une partie de ses conquêtes pour en faire hommage au pape. Afin d’assurer pour l’avenir l’indépendance de la papauté, il créa l’Etat pontifical, qui devait durer plus de mille ans.

« Une fresque du XVIème siècle, dans la Sala Regia, au Vatican, montre Pépin s’avançant en triomphateur : il est vêtu en empereur romain, mais il a sur le front la couronne fleurdelisée des rois de France. Devant lui Astolphe, couronné du cercle de fer des rois Lombards, marche dans l’attitude humiliée d’un vaincu. Un jeune guerrier porte sur un plateau une statuette d’or : ce sont les Etats de l’Eglise personnifiés que le vainqueur vient offrir au pape.

« Ainsi, au XVIème siècle, la papauté exprimait encore sa reconnaissance au roi des Francs, qui s’était fait le chevalier de l’Eglise. Elle la lui avait exprimée, dès le VIIIème siècle, d’une autre façon.

« Le pape Etienne II, étant à Saint-Denis, donna à Pépin le Bref, comme protectrice, sainte Pétronille, et il lui promit de transférer ses reliques des Catacombes où elles reposaient, dans une chapelle de Saint-Pierre, qui deviendrait celle des rois Francs.

« Ce choix de sainte Pétronille semble fort extraordinaire et les vieux chroniqueurs ne nous l’expliquent pas. Mais nous en devinons la raison. En défendant le pape, en lui donnant un royaume, Pépin le Bref devenait le fils de l’Eglise, le fils de saint Pierre. Dans une lettre qu’Etienne II lui avait envoyée et que saint Pierre lui-même était censé avoir écrite, il faisait dire à l’apôtre que Pépin et les deux jeunes princes, Charles et Carloman, étaient « ses fils adoptifs ». Il paraissait donc naturel que sainte Pétronille, fille de saint Pierre, devint la patronne des rois Francs, qui semblaient maintenant faire partie de sa famille. C’était une sœur qui protégeait ses frères.

« Le pape Etienne II mourut sans avoir pu tenir sa promesse, mais un des premiers actes de Paul Ier, son successeur, fut de transporter le sarcophage de sainte Pétronille à saint Pierre. Il ne fut pas placé dans l’église même, mais dans un monument voisin. Il y avait, sur la gauche de la basilique, deux mausolées, qui avaient été élevés pour servir de sépulture à la famille de Théodose ; ils étaient circulaires, comme les tombeaux d’Hadrien et d’Auguste, mais n’en avaient pas les dimensions colossales. La famille de Théodose, qui s’était promis de longues destinées, laissa ces deux monuments presque vides. L’un d’eux, cependant, avait reçu le tombeau de l’impératrice Marie, femme d’Honorius : c’est là que fut placé le sarcophage de sainte Pétronille. »

Emile Mâle – je ne puis tout recopier ici – détaille ensuite la façon dont les rois Francs et les pontifes embellirent et ornèrent cette chapelle, qui devint en quelque sorte le symbole de l’alliance de la papauté et de la monarchie franque.
Le culte de la martyre romaine se répandit en France. Nombre de femmes reçurent son prénom ou les formes qui en sont dérivées : Perrine, Pernelle, Perronelle…
Louis XI fit faire des prières spéciales à Sainte Pétronille quand le Dauphin fut gravement malade. Et lorsque celui-ci – reconnaissant de devoir la vie à l’antique protectrice des rois francs – fut devenu le roi Charles VIII et vint à Rome, il « toucha les écrouelles » et fit des guérisons, dans cette chapelle de Sainte Pétronille où il était venu rendre grâces.

Quelques années plus tard, le cardinal français Jean de Bilhères Lagraulas voulut orner la chapelle de Sainte Pétronille d’une statue de la Vierge de Pitié. Il en passa commande à un jeune sculpteur de 23 ans qui commençait à avoir quelque réputation : Michel-Angelo Buonarotti…
C’est ainsi que la fameuse Pietà de Michel-Ange vit le jour !
Toutefois ce chef d’oeuvre ne resta pas longtemps dans la chapelle des rois de France. : en 1544, elle fut détruite – comme l’ensemble de la basilique constantinienne et des bâtiments qui l’entouraient – pour permettre la construction de l’actuelle basilique vaticane.
Le nouveau Saint-Pierre accueillit la Piéta dans la première chapelle à droite de l’entrée et le sarcophage de Sainte Pétronille fut placé dans un autel qui lui fut consacré dans le bras septentrional du transept. Au dessus de l’autel, une mosaïque reproduit le tableau du Guerchin.

Basilique de Saint-Pierre au Vatican : autel des reliques de Sainte Pétronille

Basilique Saint-Pierre au Vatican :
autel contenant le sarcophage de Sainte Pétronille,
mosaïque reproduisant le tableau du Guerchin et lampe votive pour la France.

Cette chapelle de Sainte Pétronille perpétue le souvenir de l’antique alliance de la papauté et des Francs.
En 1889, Léon XIII fit suspendre en avant de l’autel une lampe dont la flamme ne doit jamais s’éteindre et dont l’inscription dédicatoire dit : « Elle semblera prier sans cesse pour la France ».
C’est à cet autel que, chaque année, à l’occasion de la fête de Sainte Pétronille, comme nous le disions au début, une messe est célébrée pour la France : tous les Français se trouvant à Rome y sont invités… Le gouvernement français y est officiellement représenté par le personnel de son ambassade près le Saint-Siège.

2010-23. Dimanche de la Sainte Trinité 1610 : fondation de l’Ordre de la Visitation.

Voici ce qu’on peut lire dans le coutumier des Religieuses de la Visitation Sainte-Marie: « La fête de la Sainte Trinité, jour auquel Dieu donna commencement à la Congrégation en l’an 1610…« 

Sainte Trinité 1610 : Saint François de Sales remet à la baronne de Chantal le livre de la Règle

Nous avons évoqué > ici , l’ouverture de l’année jubilaire du 4ème centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation. Si le 6 juin de cette année 2010 en est bien l’anniversaire exact selon les éphémérides, les anciens livres de la Congrégation célèbrent à deux reprises la mémoire de cet évènement a) en l’associant à la fête de la Très Sainte Trinité, puis b) à la date du 6 juin (puisque le 6 juin 1610 était cette année-là celui du dimanche de cette fête), jour qui doit être chômé dans la Congrégation lorsqu’il tombe en semaine.

Initialement, Saint François de Sales et Sainte Jeanne-Françoise de Chantal avaient choisi la date hautement symbolique du dimanche de Pentecôte, 30 mai 1610, mais divers contretemps les obligèrent à sursoir d’une semaine. C’est ainsi que l’ouverture du premier monastère de l’ordre fut définitivement fixée au dimanche de la Sainte Trinité, qui coïncidait avec la fête de Saint Claude. Ce ne fut pas sans frapper Madame de Chantal qui se rappela qu’au tout début de sa rencontre avec le saint évêque de Genève, elle avait entendu dans un songe une voix mystérieuse qui lui annonçait son « entrée au repos des enfants de Dieu » par la « porte de Saint Claude » : la divine Providence avait de toute évidence prévu et voulu ce délai.

Le matin du dimanche 6 juin 1610 donc, Madame de Chantal et ses deux premières compagnes – Mesdemoiselles Favre et de Bréchard -, vinrent dans l’oratoire de l’évêché : elles y assistèrent à la Messe de Monseigneur et communièrent de sa main. Elles passèrent ensuite une partie du dimanche soit à prier dans les église d’Annecy, soit à visiter des familles pauvres. Elles soupèrent à l’évêché avec Monseigneur et ses frères, le chanoine Jean-François et les seigneurs Louis et Bernard de Sales. En sortant de table, on passa à l’oratoire.

« Vous êtes bien heureuses, vous que le Seigneur a sauvées, dit Monseigneur aux trois femmes agenouillées devant lui. Ayez un très grand et très humble courage, Dieu sera votre Dieu! » Puis il remit à Madame de Chantal l’ébauche de la Règle : « Suivez ce chemin, ma très chère fille, et le faites suivre à celles que le Ciel a destinées pour suivre vos traces« . Enfin, les yeux levés, il les bénit toutes les trois « au Nom du Père tout-puissant qui les attirait, du Fils éternelle Sagesse qui les régissait et du Saint-Esprit qui les animait de ses amoureuses flammes« .

Par cette belle et longue soirée dominicale, les promeneurs se dirigeaient en grand nombre vers la rive du lac. Ils s’arrêtèrent pour contempler un spectacle sans exemple : sur les neuf heures, la baronne de Chantal avait quitté l’évêché – donnant le bras à son gendre Bernard de Sales, frère puiné du saint évêque -, suivie de mesdemoiselles Jacqueline Favre et Charlotte de Bréchard, qu’entouraient le chanoine Jean-François et le seigneur Louis de Sales ainsi qu’un groupe d’amis, heureux de témoigner de leur sympathie à l’oeuvre naissante. Un murmure de louanges parcourut le peuple et des acclamations retentirent.

A la maison de la Galerie, Jacqueline Coste, déjà en fonction sous son costume de servante (en effet les Soeurs tourières porteront pendant longtemps l’habit ordinaire des domestiques de ce temps), ouvrit la porte aux arrivantes. Après s’être recueillies dans la petite chapelle, les nouvelles Religieuses montèrent dans leurs chambres. Jeanne-Françoise de Chantal s’écria alors : « Voici le lieu de nos délices et de notre repos! » A trois reprises elle entonna le Gloria Patri que ses compagnes chantèrent avec elle. Ensuite elle embrassa cordialement ses deux soeurs en religion qui, à genoux, firent entre ses mains promesse de fidèle obéissance. La prière du soir achevée, la Mère de Chantal – ce sera désormais son nom – lut à ses filles la Sainte Règle ; et dès lors – note la Mère de Chaugy dans ses mémoires – « le petit volume de cette grande loi ne bougea de sa bouche« .

Le lendemain matin, au lever, toutes trois revêtirent leur costume de noviciat : robe noire, collet blanc, bandeau noir au front, coiffe de taffetas noir nouée sous le menton, qu’elle garderont jusqu’au jour de leur profession où alors à proprement parler elles prendront le voile. Elles se mirent en oraison dans leur chapelle où, à huit heures, Monseigneur vint dire la Messe et établit la clôture. Il déclara qu’il n’avait plus désormais devant lui ni dame ni demoiselles, mais une Mère qui vivait parmi des Soeurs. Et l’on rapporte qu’en rentrant à l’évêché il dit à ses frères avec un sourire empreint d’une innocente malice : « Vraiment, nos dames n’ont pas pris une coiffure à leur avantage« …

(d’après Monseigneur Francis Trochu)

Lire aussi ici « les préludes à la fondation de l’Ordre de la Visitation », en cliquant > ici.

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 29 mai, 2010 |1 Commentaire »
1...7273747576...83

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi