Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2008-70. Message de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI prononcé le saint Jour de Noël 2008 à l’occasion de la bénédiction Urbi et Orbi :

Noël 2008 : bénédiction Urbi et Orbi.

« Apparuit gratia Dei Salvatoris nostri omnibus hominibus » (Tit. II, 11).

Chers frères et Soeurs,

par les paroles de l’apôtre Paul, je renouvelle la joyeuse annonce de la naissance du Christ : oui, aujourd’hui, « la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » !

Elle s’est manifestée! C’est ce que l’Église célèbre aujourd’hui. La grâce de Dieu, riche en bonté et en tendresse, n’est plus cachée, mais «elle s’est manifestée», elle s’est manifestée dans la chair, elle a montré son visage. Où? À Bethléem. Quand? Sous César Auguste, durant le premier recensement, auquel fait même allusion l’évangéliste Luc. Et qui est celui qui la révèle? Un nouveau-né, le Fils de la Vierge Marie. En Lui s’est manifestée la grâce de Dieu notre Sauveur. C’est pourquoi cet Enfant s’appelle Jehoshua, Jésus, ce qui signifie « Dieu sauve ».

La grâce de Dieu s’est manifestée : voilà pourquoi Noël est une fête de lumière. Non pas une lumière totale, comme celle qui enveloppe toute chose en plein jour, mais une clarté qui s’allume dans la nuit et se répand à partir d’un point précis de l’univers : de la grotte de Bethléem, où l’Enfant-Dieu est « venu au jour ». En réalité, c’est Lui la lumière même qui se propage, comme le représentent bien de nombreux tableaux de la Nativité. Il est la lumière, qui en apparaissant dissout la brume, rompt les ténèbres et nous permet de comprendre le sens et la valeur de notre existence et de l’histoire. Chaque crèche est une invitation simple et éloquente à ouvrir notre coeur et notre esprit au mystère de la vie. Elle est une rencontre avec la Vie immortelle, qui s’est faite mortelle dans la scène mystique de Noël ; une scène que nous pouvons admirer ici aussi, sur cette place, comme en d’innombrables églises et chapelles du monde entier, et dans toutes les maisons où le Nom de Jésus est adoré.
La grâce de Dieu s’est manifestée à tous les hommes. Oui, Jésus, le visage du Dieu-qui-sauve, ne s’est pas manifesté seulement pour quelques-uns, pour certains, mais pour tous. C’est vrai que, dans l’humble et austère demeure de Bethléem, peu de personnes l’ont rencontré, mais Lui est venu pour tous : juifs et païens, riches et pauvres, proches et lointains, croyants et non croyants… tous. La grâce surnaturelle, par la volonté de Dieu, est destinée à toute créature. Il faut cependant que l’être humain l’accueille, prononce son « oui », comme Marie, afin que son coeur soit illuminé par un rayon de cette lumière divine. Ceux qui accueillirent le Verbe incarné, cette nuit-là, ce furent Marie et Joseph qui l’attendaient avec amour et les bergers qui veillaient auprès de leurs troupeaux
(cf. Luc  II, 1-20). Une petite communauté, donc, accourue pour adorer l’enfant Jésus ; une petite communauté qui représente l’Église et tous les hommes de bonne volonté. Aujourd’hui encore, ceux qui dans la vie L’attendent et Le cherchent rencontrent le Dieu qui, par amour, s’est fait notre frère ; tous ceux qui ont le coeur tendu vers Lui, désirent connaître son visage et contribuer à l’avènement de son Règne. Jésus lui-même le dira dans sa prédication : ce sont les pauvres de coeur, les affligés, les doux, les affamés de justice, les miséricordieux, les purs de coeur, les artisans de paix, les persécutés pour la justice (cf. Matth. V, 3-10). Ce sont eux qui reconnaissent en Jésus le visage de Dieu et repartent, comme les bergers de Bethléem, avec un coeur renouvelé par la joie de son amour.

Frères et Soeurs qui m’écoutez, c’est à tous les hommes qu’est destinée l’annonce d’espérance qui constitue le coeur du message de Noël. Jésus est né pour tous et, comme à Bethléem Marie l’offrit au regard des bergers, en ce jour, l’Église le présente à l’humanité entière, afin que toute personne et toute situation humaine, puisse faire l’expérience de la puissance de la grâce salvatrice de Dieu, qui, seule, peut transformer le mal en bien, qui, seule, peut changer le coeur de l’homme et en faire une « oasis » de paix.

Puissent les nombreuses populations qui vivent encore dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort (cf. Luc I, 79), faire l’expérience de la puissance de la grâce salvatrice de Dieu ! Que la lumière divine de Bethléem se répande en Terre Sainte, où l’horizon semble redevenir sombre pour les Israéliens et les Palestiniens ; qu’elle se répande au Liban, en Irak et partout au Moyen-Orient. Qu’elle féconde les efforts de tous ceux qui ne se résignent pas à la logique perverse de l’affrontement et de la violence et qui privilégient au contraire la voie du dialogue et de la négociation, pour apaiser les tensions internes à chaque pays et trouver des solutions justes et durables aux conflits qui tourmentent la région. C’est à cette lumière qui transforme et renouvelle qu’aspirent les habitants du Zimbabwe, en Afrique, pris depuis trop de temps dans l’étreinte d’une crise politique et sociale qui, malheureusement, continue de s’aggraver, comme aussi les hommes et les femmes de la République Démocratique du Congo, spécialement dans la région tourmentée du Kivu, et encore du Darfour, au Soudan, et de la Somalie, dont les souffrances interminables sont une tragique conséquence de l’absence de stabilité et de paix. Cette lumière, ce sont surtout les enfants de ces pays et de tous les pays en difficulté qui l’attendent, afin qu’une espérance soit rendue à leur avenir.

Là où la dignité et les droits de la personne humaine sont piétinés ; là où les égoïsmes personnels ou de groupe prévalent sur le bien commun ; là où l’on risque de s’habituer à la haine fratricide et à l’exploitation de l’homme par l’homme ; là où des luttes intestines divisent groupes et ethnies et déchirent la vie en commun ; là où le terrorisme continue à frapper ; là où manque le nécessaire pour survivre ; là où l’on regarde avec appréhension vers un avenir qui devient toujours plus incertain, même dans les Nations qui sont dans l’aisance : que là resplendisse la Lumière de Noël et qu’elle encourage chacun à faire son propre devoir, dans un esprit d’authentique solidarité. Si chacun pense uniquement à ses propres intérêts, le monde ne peut qu’aller à sa ruine.

Chers frères et Soeurs, aujourd’hui « la grâce de Dieu Sauveur s’est manifestée » (cf. Tit. II, 11), dans notre monde, qui a ses potentialités et ses faiblesses, ses progrès et ses crises, ses espoirs et ses angoisses. Aujourd’hui, resplendit la lumière de Jésus Christ, Fils du Très-Haut et fils de la Vierge Marie : « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Pour nous les hommes et pour notre salut, il descendit du ciel ». Nous l’adorons en ce jour, en tous les coins de la terre, emmailloté et déposé dans une pauvre mangeoire. Nous l’adorons en silence tandis que Lui, encore bébé, semble nous dire pour notre consolation : N’ayez pas peur ! « C’est moi qui suis Dieu, il n’y en a pas d’autre » (Is. XLV, 22). Venez à moi, hommes et femmes, peuples et nations, venez à moi, ne craignez pas : je suis venu vous apporter l’amour du Père, vous montrer le chemin de la paix.

Allons, donc, frères ! Pressons-nous, comme les bergers dans la nuit de Bethléem. Dieu est venu à notre rencontre et nous a montré son visage, riche en grâce et en miséricorde ! Que sa venue ne soit pas vaine pour nous ! Cherchons Jésus, laissons-nous attirer par sa lumière, qui efface du coeur de l’homme la tristesse et la peur; approchons-nous avec confiance ; prosternons-nous avec humilité, pour l’adorer. Bon Noël à tous !

Publié dans:De liturgia, Textes spirituels |on 25 décembre, 2008 |Commentaires fermés

2008-67. Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI nous rappelle la spiritualité de l’Avent…

A l’occasion du 1er dimanche de l’Avent, notre Saint Père le Pape Benoît XVI s’est rendu le dimanche 30 novembre 2008 à la basilique de Saint-Laurent hors les murs. Il y accomplissait une visite pastorale – comme évêque de Rome – mais venait aussi y célébrer « l’année laurentienne » (c’est à dire l’année jubilaire en l’honneur de Saint Laurent), promulguée pour honorer le 1750ème anniversaire du martyre du saint diacre. Le Pape Benoît XVI a rappelé le sens de l’Avent, et a aussi évoqué les figures de Pie XII et du Bienheureux Pie IX dont le corps repose dans la basilique et devant lequel le Souverain Pontife est allé se recueillir à l’issue de la Sainte Messe (cf. photo ci-dessous).

Benoît XVI se recueille devant la chasse de son prédécesseur le Bx Pie IX - 30 nov. 2008

Chers frères et sœurs,

Avec ce premier dimanche de l’Avent, nous entrons dans cette période de quatre semaines par laquelle commence une nouvelle année liturgique et qui nous prépare immédiatement à la fête de Noël, mémoire de l’Incarnation du Christ dans l’histoire. Le message spirituel de l’Avent est toutefois plus profond et nous projette déjà vers le retour glorieux du Seigneur, à la fin de l’histoire. Adventus est le terme latin qui pourrait être traduit par «arrivée», «venue», «présence». Dans le langage du monde antique, il s’agissait d’un terme technique qui indiquait l’arrivée d’un fonctionnaire, en particulier la visite de rois ou d’empereurs dans les provinces, mais qui pouvait également être utilisé pour l’apparition d’une divinité, qui sortait de sa demeure cachée et manifestait ainsi sa puissance divine : sa présence était célébrée solennellement dans le culte.

En adoptant le terme d’Avent, les chrétiens voulaient exprimer la relation particulière qui les unissait au Christ crucifié et ressuscité. Il est le Roi, qui, étant entré dans cette pauvre province dénommée terre, nous a fait don de sa visite, et, après sa Résurrection et son Ascension au ciel, a voulu dans tous les cas rester avec nous : nous percevons sa présence mystérieuse dans l’assemblée liturgique. En célébrant l’Eucharistie, nous proclamons en effet qu’Il ne s’est pas retiré du monde, et qu’il ne nous a pas laissés seuls, et, même si nous ne pouvons pas le voir et le toucher comme c’est le cas avec les réalités matérielles et sensibles, Il est toutefois avec nous et parmi nous ; il est même en nous, car il peut attirer à lui et communiquer sa vie à tout croyant qui lui ouvre son cœur. L’Avent signifie donc faire mémoire de la première venue du Seigneur dans la chair, en pensant déjà à son retour définitif et, dans le même temps, cela signifie reconnaître que le Christ présent parmi nous devient notre compagnon de voyage dans la vie de l’Église qui en célèbre le mystère. Chers frères et sœurs, cette conscience nourrie dans l’écoute de la Parole de Dieu devrait nous aider à voir le monde avec un regard différent, à interpréter les différents événements de la vie et de l’histoire comme des paroles que Dieu nous adresse, comme des signes de son amour qui nous assure de sa proximité dans chaque situation ; en particulier, cette conscience devrait nous préparer à l’accueillir lorsque « Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts ; et son règne n’aura pas de fin« , comme nous le répéterons d’ici peu dans le Credo. Dans cette perspective, l’Avent devient pour tous les chrétiens un temps d’attente et d’espérance, un temps privilégié d’écoute et de réflexion, à condition de se laisser guider par la liturgie qui nous invite à aller à la rencontre du Seigneur qui vient.

«Viens, Seigneur Jésus» : chers amis, cette invocation ardente de la communauté chrétienne des débuts doit également devenir notre aspiration constante, l’aspiration de l’Église de tout temps, qui désire et se prépare à la rencontre avec son Époux. «Seigneur, fais resplendir ton visage et nous serons sauvés» : c’est la prière que nous avons élevée, il y a peu de temps, à travers les paroles du Psaume responsorial. Et le prophète Isaïe nous a révélé, dans la première lecture, que le visage de notre Sauveur est celui d’un père tendre et miséricordieux, qui prend soin de nous en toute circonstance car nous sommes l’œuvre de ses mains : «Toi, Seigneur, tu es notre Père, notre rédempteur, tel est ton nom depuis toujours» (Is. LXIII, 16). Notre Dieu est un père disposé à pardonner les pécheurs repentis et à accueillir tous ceux qui ont confiance dans sa miséricorde (cf. Is. LXIV, 4). Nous nous étions éloignés de Lui à cause du péché en tombant sous la domination de la mort, mais Il a eu pitié de nous et de sa propre initiative, sans aucun mérite de notre part, Il a décidé de venir à notre rencontre, en envoyant son Fils unique comme notre Rédempteur. Face à un si grand mystère d’amour, notre action de grâce s’élève spontanément, et notre invocation devient plus confiante : «Montre nous, Seigneur, ta miséricorde et donne-nous ton salut» (cf. verset d’acclamation de l’Evangile).

Chers frères et sœurs, la pensée de la présence du Christ et de son retour certain quand les temps seront accomplis est plus que jamais significative dans votre Basilique qui jouxte l’imposant cimetière monumental du Verano, où reposent, dans l’attente de la Résurrection, un grand nombre de nos défunts. Combien de fois dans ce temple sont célébrées des liturgies d’obsèques ; combien de fois retentissent pleines de réconfort les paroles de la liturgie : «Dans le Christ ton Fils, notre Sauveur, resplendit devant nous l’espérance de la bienheureuse résurrection, et si la certitude de devoir mourir nous attriste, nous sommes réconfortés par la promesse de l’immortalité future!» (cf. 1ère préface pour les défunts).

Mais votre Basilique monumentale, qui nous conduit par la pensée à celle des origines qui fut construite par l’empereur Constantin, puis transformée jusqu’à prendre sa forme actuelle, parle surtout du martyre glorieux de saint Laurent, archidiacre du Pape saint Sixte II et son délégué dans l’administration des biens communs de la communauté. Je suis venu aujourd’hui célébrer la Sainte Eucharistie pour m’unir à vous pour lui rendre hommage dans une circonstance véritablement particulière, à l’occasion de l’année jubilaire de saint Laurent, proclamée pour commémorer les 1750 ans de la naissance au ciel du saint diacre. L’histoire nous confirme combien le nom de ce saint, sur le tombeau duquel nous sommes réunis, est glorieux. Sa sollicitude pour les pauvres, le service généreux qu’il rendit à l’Église de Rome dans le domaine de l’assistance et de la charité, la fidélité au Pape, qu’il a poussée jusqu’à vouloir le suivre dans l’épreuve suprême du martyre, et le témoignage héroïque du sang, rendu peu de jours auparavant seulement, sont des faits universellement connus. Saint Léon le Grand, dans une belle homélie, commente ainsi l’atroce martyre de cet «illustre héros» : «Les flammes ne purent vaincre la charité du Christ ; et le feu qui le brûlait à l’extérieur fut plus faible que celui qui l’animait à l’intérieur». Et il ajoutait : «Le Seigneur a voulu exalter à ce point son nom glorieux dans le monde entier que de l’Orient à l’Occident, dans la splendeur infiniment vive de la lumière irradiée par les plus grands diacres, la même gloire qui est venue à Jérusalem à travers Etienne est échue également à Rome grâce à Laurent» (St Léon le Grand, homélie N° 85, 4).

Nous célébrons cette année le 50e anniversaire de la mort du Serviteur de Dieu, le Pape Pie XII, et cela rappelle à notre mémoire un événement particulièrement dramatique dans l’histoire pluriséculaire de votre basilique, qui a eu lieu lors du second conflit mondial lorsque, exactement le 19 juillet 1943, un violent bombardement provoqua des dommages très graves au bâtiment et à tout le quartier, semant la mort et la destruction. On ne pourra jamais effacer de la mémoire de l’histoire le geste généreux accompli à cette occasion par mon vénéré prédécesseur, qui courut immédiatement porter secours et réconforter la population durement frappée, parmi les décombres encore brûlants. Je n’oublie pas, en outre, que cette même Basilique accueille les urnes de deux autres grandes personnalités : en effet, dans l’hypogée sont placées à la vénération des fidèles les dépouilles mortelles du bienheureux Pie IX, tandis que, dans l’atrium, est située la tombe d’Alcide de Gasperi, guide sage et tempéré de l’Italie dans les difficiles années de la reconstruction de l’après-guerre et, dans le même temps, éminent homme d’État capable de contempler l’Europe à travers une ample vision chrétienne.

Tandis que nous sommes réunis ici en prière, je suis heureux de vous saluer tous avec affection, en commençant par le cardinal-vicaire, par Mgr le vice-gérant, qui est également l’Abbé commendataire de la basilique, par l’évêque auxiliaire du secteur Nord et par votre curé, le père Bruno Mustacchio, que je remercie pour les aimables paroles qu’il m’a adressées au début de la célébration liturgique. Je salue le ministre général de l’ordre des capucins, ainsi que les confrères de la communauté qui accomplissent leur service avec zèle et dévouement, en accueillant les nombreux pèlerins, en assistant avec charité les pauvres et en témoignant de l’espérance dans le Christ ressuscité à tous ceux qui se rendent en visite au cimetière du Verano. Je désire vous assurer de ma reconnaissance, et, surtout, de mon souvenir dans la prière. Je salue en outre les nombreux groupes engagés dans l’animation de la catéchèse, de la liturgie, de la charité, les membres des deux chœurs polyphoniques, le tiers-ordre franciscain local et régional. J’ai appris ensuite avec plaisir que ce lieu abrite depuis quelques années l’«atelier missionnaire diocésain», pour éduquer les communautés paroissiales à la conscience missionnaire, et je m’unis volontiers à vous pour souhaiter que cette initiative de notre diocèse contribue à susciter une courageuse action pastorale missionnaire, qui apporte l’annonce de l’amour miséricordieux de Dieu partout dans chaque lieu de Rome, en touchant en particulier les jeunes et les familles. Je voudrais enfin étendre ma pensée aux habitants du quartier, en particulier aux personnes âgées, aux malades, aux personnes seules et en difficulté. Je rappelle tous et chacun au cours de cette messe.

Chers frères et sœurs, en ce début de l’Avent, quel meilleur message recueillir de saint Laurent que celui de la sainteté ? Il nous répète que la sainteté, c’est-à-dire aller à la rencontre du Christ qui vient continuellement nous rendre visite, ne passe pas de mode, et, avec le temps, resplendit même de façon lumineuse et manifeste la tension permanente de l’homme vers Dieu. Que cette célébration jubilaire soit donc l’occasion pour votre communauté paroissiale d’une adhésion renouvelée au Christ, d’un plus grand approfondissement du sens d’appartenance à son Corps mystique qui est l’Église, et d’un engagement constant d’évangélisation à travers la charité. Que Laurent, témoin héroïque du Christ crucifié et ressuscité, soit pour chacun un exemple d’adhésion docile à la volonté divine afin que, comme nous avons entendu l’apôtre Paul le rappeler aux Corinthiens, nous vivions nous aussi de façon à être «irréprochables» le jour du Seigneur (cf. 1 Cor. I, 7-9).

Nous préparer à l’avènement du Christ est également l’exhortation que nous recueillons de l’Evangile d’aujourd’hui : «Veillez», nous dit Jésus dans la brève parabole de Luc du maître de la maison qui part, mais ne sait pas s’il reviendra (cf. Marc XIII, 33-37). Veiller signifie suivre le Seigneur, choisir ce qu’il a choisi, aimer ce qu’il a aimé, conformer sa vie à la sienne ; veiller signifie passer chaque instant de notre temps dans l’horizon de son amour sans se laisser abattre par les inévitables difficultés et problèmes quotidiens. C’est ce qu’a fait saint Laurent, et c’est ce que nous devons faire, et nous demandons au Seigneur de nous donner sa grâce afin que l’Avent soit un encouragement pour tous à marcher dans cette direction. Que l’humble Vierge de Nazareth, Marie, élue par Dieu pour devenir la Mère du Rédempteur, saint André, dont nous célébrons aujourd’hui la fête et saint Laurent, exemple d’intrépide fidélité chrétienne jusqu’au martyre, nous guident et nous accompagnent de leur intercession. Amen !

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Publié dans:De liturgia, Textes spirituels |on 4 décembre, 2008 |2 Commentaires »

Du 29 novembre au 7 décembre 2008 : Neuvaine de l’Immaculée Conception.

Bénie et encouragée par notre Saint Père le Pape Benoît XVI

Chaque jour une dizaine de chapelet, suivie de trois fois l’invocation : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à Vous. »

La Sainte Communion, le jour du 8 décembre ou entre le 29 nov. et le 8 déc. Sacrement de pénitence  recommandé (dans la mesure du possible).

Le Saint Père Benoît XVI à Lourdes le 13 septembre 2008

O Marie, Reine du Ciel et de la terre, à Lourdes vous êtes apparue à Sainte Bernadette pour manifester votre sollicitude pour les pécheurs que nous sommes tous, pour les malades, les pauvres et les petits : tous ceux que le monde méprise.

Au terme de cette année Jubilaire qui a vu le Souverain Pontife en pèlerin à vos pieds, exaucez les prières que nous vous adressons, unis à tous ceux qui vous aiment dans le monde entier : nous voici devant vous pour vous louer et implorer vos grâces.

Nous voulons, selon votre exemple, accueillir Jésus en nos vies et mieux vivre des enseignements de l’Evangile, que vous êtes venue nous rappeler à Lourdes :

  • par les chemins de la prière et de la pénitence, pour la conversion des pécheurs.
  • par la fidélité à l’esprit des Béatitudes : esprit de pauvreté, de douceur, de miséricorde, d’humilité et de patience dans les épreuves…
  • par la charité et le service des plus nécessiteux, spécialement les infirmes et les malades.

Daignez, ô Vierge Immaculée, recevoir et garder dans votre Coeur maternel nos cœurs qui , plein d’espérance, se tournent vers vous ; daignez entendre et – s’il plaît à Dieu – exaucer toutes les intentions que nous confions à votre intercession bénie!

Ainsi soit-il.

Publié dans:De liturgia, De Maria numquam satis, Prier avec nous |on 28 novembre, 2008 |Commentaires fermés

2008-66 b. La Sainte Ampoule et le Sacre des Rois de France (2nde partie) : de la révolution à nos jours.

Nous poursuivons la publication de l’étude dont nous avons donné la première partie > ici.

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Gravure reproduisant l’ancien reliquaire de la Sainte Ampoule

5) La destruction de la Sainte Ampoule :

L’ancien reliquaire, contenant la sainte ampoule, ne sortait de l’abbaye Saint-Remi de Reims que le jour du sacre. La seule fois où le reliquaire quitta l’abbaye pour un autre but que celui que l’usage traditionnel lui donnait fut lorsque Louis XI voulut l’avoir près de lui à son lit de mort.
Nous l’avons dit aussi, le reliquaire de la Sainte Ampoule était conservé dans le tombeau même de Saint Remi, dont les clefs étaient placées dans la chambre de l’abbé : c’était lui qui en ouvrait et fermait la porte.
L’ancien reliquaire de la Sainte Ampoule nous est connu par une gravure antérieure à la révolution. On peut le décrire comme une sorte « d’assiette », en métal précieux et ornée de pierres, au centre de laquelle l’Ampoule miraculeuse était fixée. Sur le bord du reliquaire était fixée une chaîne : lorsque le Père Abbé de Saint-Remi devait transporter la Sainte Ampoule, il passait cette chaîne autour de son cou et tenait le reliquaire avec ses deux mains élevé devant sa poitrine.

Et nous voilà au temps de la grande déchirure révolutionnaire… On se souvient que parmi les premières mesures de l’assemblée il n’y aura n’a rien de plus pressé que d’interdire la profession monastique et de la déclarer hors la loi, de nationaliser les biens du clergé et, finalement, de disperser les congrégations religieuses… L’abbaye de Saint-Remi ne fait pas exception et les moines en sont chassés. Toutefois (et cela va la sauver de la destruction), l’église abbatiale est transformée en une paroisse, confiée – faut-il le préciser? – à un prêtre qui s’est plié au serment constitutionnel. Les moines sont partis,  mais la Sainte Ampoule est restée auprès des reliques de Saint Remi : personne encore ne peut imaginer qu’on puisse porter atteinte à un aussi précieux dépôt! Au mois d’octobre 1793 le curé constitutionnel de Saint-Remi se nomme Jules-Armand Seraine : s’il a prêté le serment schismatique, il n’est toutefois pas un mauvais homme…

Dans les premiers jours d’octobre 1793, la Convention donne mission à l’un des ses membres les plus zélés, Philippe Rhül, de se rendre à Reims pour y détruire la Sainte Ampoule. Lorsque, le 6 octobre, l’abbé Seraine apprend l’arrivée du député de la Convention et les raisons de sa venue, sa conscience a un sursaut : puisqu’on lui donne l’ordre de livrer le reliquaire de la Sainte Ampoule, il le livrera… mais, en grand secret, assisté par un officier municipal, Philippe Hourelle, qui exerce alors les fonctions de premier marguillier, il extrait de la Sainte Ampoule tout ce qu’il peut retirer du baume qu’elle contient ; puis ils dissimulent soigneusement le précieux Chrême dans l’attente de jours meilleurs.
Le lendemain 7 octobre, à 14 heures, sur le piédestal (vide) de la statue de Louis XV située place Royale – alors rebaptisée nationale – Rhül fracasse et piétine la Sainte Ampoule devant la foule. Deux petites esquilles de verre sont alors tombées à terre aux pieds d’un dénommé Louis Champagne Prévoteau qui les récupère discrètement. Deux minuscules parcelles de baume subsistent sur ces fragments de verre. Vingt-cinq années de silence s’ensuivent.

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6) La Restauration : la Sainte Ampoule sort de l’ombre :

Voici la Restauration et, le 11 juin 1819, l’archevêque de Reims préside une séance solennelle : les personnes qui, maintenant que les Bourbons sont rentrés d’exil et rendent la paix à la France et à l’Eglise, se sont fait connaître pour avoir recueilli le contenu de la Sainte Ampoule ou ses fragments comparaissent ; elles jurent, devant Dieu et devant les autorités ecclésiastiques et civiles, de dire toute la vérité et rendent à l’archevêque les différents éléments en leur possession. Si bien que l’archevêque pourra reprendre à son compte la phrase d’Hincmar : « Et nous aussi nous en avons encore !« 

On sait que Louis XVIII ne pourra pas être sacré. Ce n’est pas, comme le prétendent certains « survivantistes » (Nota : on appelle « survivantistes » ceux qui prétendent que Louis XVII n’est pas mort dans la prison du Temple, que son existence aurait été connue de son oncle mais que celui-ci n’aurait pas voulu lui laisser le trône, et qu’il aurait une descendance plus ou moins cachée…), parce que Louis XVIII aurait su qu’il n’était pas légitime et parce qu’il aurait craint  – sous la menace de révélations mystiques – d’être foudroyé par la colère divine en usurpant un sacre auquel il n’avait pas droit, mais tout simplement parce que sa santé ne lui permettait pas de se plier au cérémonial antique : Louis XVIII était rongé par la goutte, il ne se déplaçait qu’avec de grandes difficultés et il n’aurait jamais pu faire les prostrations requises par le rituel du sacre! Par contre après lui, son frère et successeur, Charles X, va recevoir les onctions sacrées le 29 mai 1825. Pour l’occasion un nouveau reliquaire a été réalisé.

Reliquaire de la Sainte Ampoule réalisé pour le Sacre de Charles X - Copie

Reliquaire de la Sainte Ampoule réalisé à l’occasion du Sacre de Charles X

La Sainte Ampoule du Sacre de Charles X et son aiguillette

La Sainte Ampoule et son aiguillette réalisées à l’occasion du Sacre de Charles X

Comme des doutes s’étaient élevés sur l’authenticité de la relique et la validité de ce sacre, le « Moniteur » (qui fut en quelque sorte le Journal Officiel pendant tout le XIXème siècle) publia les articles suivants :

Le Moniteur des 23-24 mai 1825 ( correspondance du 21 mai de Reims) :

« On sait qu’en octobre 1793 le conventionnel Rhül brisa la Sainte-Ampoule sur notre place Royale ; mais M. le curé de Saint-Remi, M. Seraine, et le principal marguillier, M. Hourelle, qui avaient eu cette précieuse relique à leur disposition pendant quelques heures, en avaient extrait des parcelles ; de plus, au moment du brisement, d’autres citoyens animés d’un zèle pieux , et quoique leur acte ne fût pas sans danger, ramassèrent des parcelles et du vase et de la matière. Après la tourmente révolutionnaire, on se parla, on se réunit, et on mit en commun les restes précieux qu’on avait soustraits à la fureur des vandales. Des procès-verbaux authentiques furent alors dressés ; ils constatèrent et les faits et l’identité. Mgr de Talleyrand et ensuite Mgr de Coucy approuvèrent le tout ; un riche reliquaire fut destiné à recevoir et reçut en effet le saint dépôt .
Cependant depuis quelque temps des bruits probablement hasardés se répandirent, et tendaient à faire croire qu’on considérerait comme inutile l’emploi de la sainte relique pour le sacre de Sa Majesté.
Les personnes ci-dessus citées et d’autres réunies à elles se sont, dans cette circonstance, adressées à Sa Majesté par une supplique qui avait pour objet d’obtenir que les restes de la Sainte-Ampoule servissent à la consécration royale ; nous ignorons quelles dispositions ont été ordonnées, quelle décision royale a été prise sur l’objet de cette supplique, mais à l’instant même (heure de midi), Mgr l’archevêque vient de convoquer à son palais les conservateurs de la Sainte-Ampoule ; on annonce qu’il va faire en leur présence le mélange des restes précités avec le Saint-Chrême consacré par lui pour les onctions de Sa Majesté. »

Au Moniteur du 25 mai 1825, est publiée une seconde correspondance de Reims datée du 23 mai :

 » L’opération dont je vous ai parlé dans ma lettre d’hier , c’est à dire la transfusion faite par Mgr l’archevêque, des matières extraites et conservées de la Sainte-Ampoule , a eu lieu à huis-clos , mais en présence des autorités. Le procès-verbal qui en a été dressé a été signé par les assistants. »

Enfin , le Moniteur du 26 mai 1825 comporte l’article suivant :

 » Les détails sur la conservation des restes de la Sainte-Ampoule, que nous avons publiés dans les deux derniers Nos du Moniteur, et qui étaient contenus dans une correspondance particulière, sont confirmés aujourd’hui dans une note authentique que nous recevons de Reims, et que nous nous empressons de mettre sous les yeux de nos lecteurs :

Le 6 octobre 1793, la Sainte-Ampoule qui , depuis quatorze siècles, était en vénération dans l’église de Reims, et servait au sacre de nos Rois, fut brisée par un commissaire de la Convention, sur le piédestal de la statue de Louis XV ; mais les sacrilèges espérances de l’impiété furent trompées. Des mains fidèles parvinrent à recueillir des fragments de la Sainte-Ampoule, et une partie du baume qu’elle renfermait. Le fait est constaté par un procès-verbal authentique déposé au greffe du tribunal de Reims.
Le dimanche 22, jour de la fête de la Pentecôte, Mgr l’archevêque de Reims a réuni dans une chapelle de cette ville, le clergé de la métropole avec les principales autorités, et les personnes qui ont contribué à la conservation des parcelles de la précieuse relique, pour procéder, en leur présence, à la transfusion de ces parcelles dans du Saint-Chrême que renferme une fiole nouvelle. Ajoutant à l’authenticité des actes antérieurs, un procès-verbal circonstancié de cette cérémonie a été dressé en double minute. L’une demeurera déposée dans les archives de l’archevêché de Reims, et l’autre, dans le magnifique reliquaire en vermeil, présent digne de la munificence royale, qui sera, aussitôt que l’état de l’édifice le permettra, remis dans le tombeau de Saint Remy, pour faire partie, comme par le passé, du trésor de cette église. Six copies du procès-verbal seront adressées, savoir : quatre aux prélats suffragants, l’une au tribunal de Reims, et la sixième à la mairie de cette ville.
Ainsi, il ne reste plus aucun doute que l’huile sainte qui coulera sur le front de Charles X, dans la solennité de son sacre, est la même que celle qui, depuis Clovis, a consacré les monarques français. »

C’est ainsi que Charles X fut bien sacré selon tout le rituel antique, avec du Chrême qui avait la même provenance que celui qui avait oint le plus grand nombre de ses prédécesseurs, et que – malgré les sarcasmes des impies – il se livra lui aussi au « toucher des écrouelles » et guérit plusieurs malades.

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7) Et qu’en est-il maintenant ?

Après le sacre de Charles X, ce qui restait de la Sainte Ampoule et de son contenu ne fut évidemment pas perdu et traversa le siècle sans histoire…
Tellement sans histoire que l’abbé Jean Goy, historien et archiviste de l’archevêché de Reims que nous avons précédemment cité, fut forcé de constater – à l’occasion de ses travaux – que la fiole du sacre de Charles X, contenue dans le reliquaire, et sans qu’on sache pourquoi, était… presque vide !
Se demandant ce qu’il était advenu du baume sacré, il finit par découvrir, en 1979, un procès-verbal daté de 1906 : ce précieux document accompagnait une fiole de verre soigneusement cachetée aux armes de Monseigneur Luçon. Celui-ci, qui était archevêque de Reims au moment de la loi dite « de séparation des églises et de l’Etat« , par crainte de la perte ou de la profanation, avait transféré le Chrême dans cette ampoule de verre, qu’il avait lui-même scellée et emportée, cachée sous ses vêtements, lorsqu’il fut expulsé du palais archiépiscopal confisqué.
Ainsi le contenu de la Sainte Ampoule demeure encore, soigneusement gardé dans un coffre de l’actuel archevêché de Reims, ce qui fait dire à l’Abbé Goy que la Sainte Ampoule se trouve bien dans les mains de qui il convient, à savoir l’Église de Reims, et – en guise de conclusion – j’ajouterai que son précieux contenu est prêt à être utilisé, à l’heure voulue par la divine Providence, pour le sacre du Souverain annoncé en diverses, nombreuses et sérieuses prophéties…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Fiole scellée du Saint Chrême (1906)

La fiole scellée qui conserve le Saint Chrême miraculeux du Sacre des Rois de France

Publié dans:De liturgia, Vexilla Regis |on 26 novembre, 2008 |10 Commentaires »

2008-66 a. La Sainte Ampoule et le Sacre des Rois de France (1ère partie) : des origines à la révolution.

En réponse à des questions qui me sont fréquemment posées sur ce sujet, je veux résumer ici tout ce que l’état actuel des sciences nous permet d’affirmer au sujet de la Sainte Ampoule du Sacre des Rois de France.

1) Origine :

Tout d’abord en ce qui concerne son origine, je ne peux faire mieux que reprendre ce qui a été publié dans le « Journal du XVème Centenaire » par Monsieur l’Abbé Jean Goy, historien et archiviste de l’archevêché de Reims, à l’occasion des cérémonies commémoratives de 1996. Ce texte est équilibré et fait un bon résumé de l’état actuel de la question ; le voici :

« La victoire du catholicisme sur l’arianisme fut le premier miracle opéré par le baptême de Clovis. L’histoire des origines de la sainte Ampoule en est un second.

L’histoire de la Sainte Ampoule se situe entre deux silences. Celui, d’abord, des contemporains du baptême de Clovis alors que certains étaient pourtant friands de raconter des miracles, comme Grégoire de Tours qui décrit la scène : « Le roi demande, le premier, le baptême au pontife. Nouveau Constantin, il s’avance vers le bain qui doit enlever la lèpre invétérée qui le couvrait ; il vient laver dans une eau nouvelle les taches hideuses de sa vie passée. Comme il s’avance vers le baptême, le Saint de Dieu lui dit, de sa bouche éloquente : « Courbe humblement la tête, Sicambre, adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré« .

Beaucoup d’autres contemporains firent mention de ce baptême, sans parler de l’événement merveilleux de la Sainte Ampoule envoyée du ciel. La liste des témoignages serait longue à énumérer. On peut mentionner, par exemple, celui de saint Avit, évêque de Vienne, qui écrit à Clovis pour le féliciter.

Mais c’est aussi le silence des contemporains d’Hincmar, de ceux qui participent au sacre de Charles le chauve, en 869, comme roi de Lotharingie : Hincmar préside la cérémonie en présence de tous les grands du royaume et des évêques. Parmi eux l’archevêque de Sens qui, en tant que métropolitain de Paris, pouvait avoir des prétentions à être l’évêque du sacre. Hincmar, parlant du baptême de Clovis peut dire que celui-ci fût oint « par le chrême reçu du ciel, dont nous avons encore« . Et personne n’a protesté.

Par la suite, Hincmar va préciser les choses en écrivant la vie de saint Rémi : « Le chrême vint à manquer et, à cause de la foule du peuple, on ne pouvait aller en chercher. Alors, le saint prélat, levant les yeux et les mains au ciel, commença à prier en silence, et voici qu’une colombe, plus blanche que la neige, apporta dans son bec une petite ampoule pleine de saint chrême. Tous ceux qui étaient présents furent remplis de cette suavité inexprimable, le saint pontife prit la petite ampoule, la colombe disparut et Rémi répandit de ce chrême dans les fonts baptismaux…« 

Et pendant des siècles, les voix les plus autorisées, les ennemis les plus acharnés, mentionneront notre petite fiole et son origine céleste. Papes, évêques, théologiens, historiens et polémistes parleront de la sainte Ampoule comme d’un fait admirable, mais bien réel. Dom Marlot dans son livre sur le sacre « Le théâtre d’honneur et de magnificence », en donne une anthologie.
Mathieu Paris, historien anglais dira, vers 1250 dans son Histoire d’Angleterre, que « le roi de France est le premier des roys de la Chrétienté pour la céleste liqueur dont il est oint en son sacre« . Saint Thomas d’Aquin, à peu près à la même époque dit, dans son « Traité du gouvernement », que « nos roys sont sacrés d’une onction envoyée du ciel par le ministère d’une colombe« . Le pape Paul III, en 1545, dans la bulle de création de l’université de Reims, cite, dans ses motifs, qu’à Reims, « les Rois très chrétiens reçoivent la grâce de la sainte onction envoyée du ciel« .

Baptême-Sacre du Roi Clovis

Baptème-sacre du Roi Clovis

Ce n’est qu’au XVII° siècle qu’apparaît le premier détracteur, le franc-comtois Jean-Jacques Chifflet. Dans son traité sur l’ampoule rémoise, alors qu’il est bien crédule sur d’autres points, il tient à renverser la longue tradition du miracle rémois. Il met, principalement, en avant le silence des contemporains de l’événement.

Néanmoins, il semble difficile d’admettre qu’au milieu de l’admiration générale, Hincmar ait créé la légende de toutes pièces. Il avait donc des motifs sérieux pour appuyer ses dires.
Malheureusement, Hincmar ne nous a pas directement donné ses sources, et jamais nous ne saurons la vérité, mais peut-être pourrons nous l’approcher.
Depuis le XVII° siècle, les historiens ont avancé différentes possibilités de solutions. Il est fort probable que la vérité se trouve dans un savant dosage entre plusieurs d’entre elles.

Nous pouvons, envisager deux versions des faits.
- Soit, le miracle a bien eu lieu comme nous le raconte Hincmar. Peut-on ajouter que l’enjeu de la victoire de la vraie foi pouvait le justifier? Mais pour croire à un miracle, il faut que celui-ci soit sérieusement attesté. Ce n’est pas le cas ici, en particulier à cause du silence des contemporains.
- Soit le miracle a eu lieu à un autre moment. Ce fut la première position de repli des auteurs du XVII° siècle, comme les abbés Pluche et Vertot et bien d’autres après eux.

Il existe au diocèse de Reims une antique « préface des miracles de Saint Rémi » antérieure à Charlemagne. En voici la traduction donnée par l’abbé Pluche : « comme on cherchait le chrême pour baptiser un malade et qu’on n’en trouvait point, il (saint Rémi) fit mettre sur l’autel les ampoules vides, de manière que, s’étant en même temps prosterné pour prier, une céleste rosée répandit le don béni du saint chrême« . L’abbé Pluche de conclure : « Toutes les fables disparaissent et si le miracle de la sainte Ampoule n’est pas si éclatant qu’on le dit ordinairement, la relique n’en devient que plus véritable, puisque ce miracle est plus réel et plus sûr« .

Hincmar aurait donc utilisé d’autres éléments. Nous avons, alors, quatre hypothèses :

- D’abord, des textes anciens dont il ne reste que peu de choses. En 1945, Dom Lambot publie les oeuvres de Godescal d’Orbais. Au numéro 108, il fait référence à une antienne du bréviaire de Reims antérieure à Hincmar puisque son oeuvre lui est, elle-même, antérieure, et l’on trouve la formule : « le Saint chrême envoyé du ciel« . L’année d’après, F. Baix publiait un article sur les sources liturgiques de la « Vie de saint Rémi » par Hincmar. Il confirmait ainsi l’exemple de Dom Lambot. Hincmar n’est plus le faussaire dont on a souvent parlé. « Il a emprunté à la liturgie rémoise du VIII° siècle l’histoire de la sainte Ampoule« , comme le dit Monsieur Jean Dervisse dans sa thèse.

- Jean-Jacques Chifflet est à l’origine de la deuxième possibilité : une analogie avec le baptême du Christ. Celle-ci fut plus amplement étudiée par un Anglais, Sir Francis Oppenheimer. Nous savons par les Evangiles synoptiques qu’au moment du baptême du Christ, l’Esprit-Saint apparut sous la forme d’une colombe et celle-ci est toujours représentée dans les oeuvres sur le baptême du Christ. Pourquoi la même colombe ne serait-elle pas apparue au baptême de Clovis pour marquer l’importance de celui-ci ? C’est au IX° siècle, qu’apparaît la première représentation de la colombe tenant l’ampoule pour le baptême de Clovis, sur le plat en ivoire d’un livre provenant de Reims conservé, aujourd’hui, au musée de Picardie. Et par un choc en retour, apparaît à peu près à la même époque une représentation du baptême du Christ, dans laquelle la colombe tient une ampoule dans son bec. Sir F. Oppenheimer en donne plusieurs exemples. Parfois, la colombe aura deux ampoules, car le Christ est roi et prêtre. Dans le dessin du « Jardin des délices » de l’abbaye de Sainte Odile, la colombe devient une fiole ailée.

- Ensuite, comme le rappelle Marc Bloch dans « Les Rois Thaumaturges » en citant le Dictionnaire d’archéologie chrétienne de Dom Cabrol, il était d’usage dans l’Eglise primitive de conserver l’Eucharistie à l’autel, les saintes huiles au baptistère, dans une colombe. Le geste de l’évêque, levant les mains, pour prendre, dans la colombe, le chrême céleste (le mot pourrait être l’équivalent de saint) serait à l’origine du don venu du ciel par la colombe.

- La dernière possibilité est largement exposée par Sir F. Oppenheimer : Hincmar, en 852, a procédé à la translation du corps de saint Rémi du sarcophage, dans une chasse. Nous savons que les Romains plaçaient des fioles de parfums près des corps embaumés. Hincmar, trouvant les deux petites fioles près du corps de saint Rémi, aurait pensé que ces deux fioles, si précieuses que Saint Rémi ait été inhumé avec, seraient celles dont parle tout l’office de l’apôtre des Francs. On peut, du reste, faire la remarque que la Sainte Ampoule n’était pas conservée à la cathédrale, mais, bel et bien dans le tombeau de saint Rémi, près de la chasse qui renfermait son corps.

Voilà donc brièvement exposées les différentes hypothèses qui ont été émises sur l’origine de la sainte Ampoule. La vérité s’y trouve, ou peut-être est-elle encore ailleurs ? »

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2) Présentation :

Cette Sainte Ampoule était une petite fiole de verre antique et blanchâtre (certains auteurs du XVIIIème siècle parlent parfois de cristal mais ils n’emploient pas ce mot de manière rigoureuse), haute de 42 millimètres environ.
Le baume qu’elle renfermait avait l’apparence d’une liqueur tirant sur le roux ; il était peu liquide et n’avait pas de transparence. En 1760, le vase semblait plein aux deux tiers et ceux qui ont pu l’examiner parlent de l’odeur exquise dégagée par son contenu.

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3) Autres traditions au sujet de cette Ampoule :

La fascination exercée par cette précieuse relique, outre le récit très populaire de son origine, a donné cours à d’autres légendes : on prétendait par exemple que la quantité du baume ne diminuait jamais, et que la partie prélevées à l’occasion du Sacre se reformait aussitôt. On ajoutait aussi parfois que la santé du Roi de France influait sur le contenu de la Sainte Ampoule : son niveau baissait quand le Souverain était malade, puis augmentait quand il avait recouvré la santé.
En fait, lors du Sacre on prélevait une infime parcelle du baume contenu dans la Sainte Ampoule à l’aide d’une aiguille d’or et on le mélangeait avec du Saint Chrême sur une patène ; la cérémonie achevée, on replaçait dans la Sainte Ampoule ce qui restait sur la patène du mélange qu’on avait obtenu.

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4) Résumé des cérémonies du Sacre :

La cérémonie du Sacre du Roi de France est un rituel ancien qui s’inspire de ce que les Saintes Ecritures nous disent de l’onction du roi David par le prophète Samuel et du couronnement de son fils, le roi Salomon. Ce ne fut pas un rituel fixé immuablement dès les origines de la monarchie française ; connu par les « ordines » (anciens livres liturgiques qui donnent la description des rites sacrés), le rituel du sacre des Rois de France s’étoffera  au cours du Moyen Âge et connaîtra encore quelques modifications sous l’Ancien Régime.

Le Sacre consiste tout d’abord en une simple onction sur le front du souverain (avant 816), à laquelle s’ajouteront le couronnement, la remise d’un sceptre et le serment de défendre l’Eglise (ordo d’Hincmar), l’apparition de l’anneau et de l’épée (Xème siècle), l’adoubement du chevalier (sacre de Philippe Auguste,  en 1179), le serment contre les hérétiques (début du XIIIème siècle). Au XIVème siècle est introduit le lever du Roi et la procession depuis le palais de l’archevêque jusqu’à la cathédrale (sacre de Charles V, en 1364).

Ceci étant précisé, nous pouvons maintenant donner le déroulement de cette cérémonie :

Le Roi arrive à Reims la veille, qui est un samedi, le Sacre ayant lieu un dimanche. Il réside à l’archevêché qui devient palais royal. Après la destruction du jubé (car tant qu’il existe le trône est installé sur le jubé lui-même), une haute estrade, sur laquelle on monte par des escaliers, a été préparée au milieu de la cathédrale «entre les deux chœurs», c’est à dire entre les deux rangées de stalles occupant les dernières travées de la nef. Après les complies, un peloton, composé des gardiens ordinaires et de délégués de la suite royale, surveille les portes de la cathédrale dans laquelle le Roi se recueille et prie une partie de la soirée et de la nuit. Puis le Roi se retire pour dormir dans la chambre qui lui a été préparée à l’archevêché.

Au lever du jour, deux pairs ecclésiastiques (les évêques le Laon et de Beauvais) viennent en cortège chercher le Roi.
C’est alors que se place un dialogue entre le chantre de la cathédrale et le grand chambellan. Le premier frappe avec son bâton à la porte de la chambre royale. « Que demandez-vous? » demande alors le grand chambellan de l’intérieur. « Le roi », répond le chantre. Le chambellan objecte : « Le roi dort ».
Ce rituel, fixé définitivement sous Louis XIII, est répété à trois reprises mais, à la fin du troisième dialogue, l’évêque de Laon dit : « Nous demandons N… que Dieu nous a donné pour Roi ».
La porte s’ouvre alors et le roi est conduit en procession, au chant du « Veni Creator », à l’intérieur de la cathédrale où le prélat consécrateur l’introduit solennellement dans le choeur. Le Roi a un siège placé au milieu du chœur, tandis que d’autres sièges, disposés de part et d’autre de l’autel, sont destinés aux pairs du Royaume et aux prélats.

Entre prime et tierce arrivent les moines de l’abbaye de Saint-Remi en procession portant la Sainte Ampoule, également escortée par des barons qui ont fait le serment de la défendre jusqu’à donner leur vie pour elle. L’archevêque va à leur rencontre et reçoit la Sainte Ampoule des mains de l’abbé et la dépose sur l’autel où ont déjà été déposés les « regalia« , les insignes royaux : la couronne, l’épée – dite de Charlemagne – dans son fourreau, les éperons d’or, le sceptre et une verge surmontée d’une main d’ivoire (la main de justice). Les « regalia » ont été apportés de l’abbaye de Saint-Denis-en-France, où ils sont ordinairement conservés, par le Père Abbé qui, debout à côté de l’autel, veille sur elles.

Le Roi enlève ses vêtements, à l’exception d’une tunique de soie et d’une chemise, dans lesquelles sont pratiquées des fentes sur la poitrine et entre les épaules (pour rendre plus aisées les onctions faites sur ces parties du corps).
Le Roi doit tout d’abord prêter plusieurs serments : debout, devant le maître-autel, sur lequel sont également posés les Saints Evangiles (l’Evangéliaire du Sacre, cela vaut la peine de le noter, est un manuscrit en caractères cyrilliques apporté par Anne de Kiev, lorsqu’elle épousa Henri 1er en 1051) et un reliquaire de la Sainte Croix, il promet de défendre l’Eglise, de lui conserver ses privilèges canoniques, de garder la paix et la justice de ses peuples et de chasser l’hérésie hors des frontières du Royaume.
Il est alors chaussé de sandales de pourpre, semés de lis d’or, par le grand chambellan de France, puis le duc de Bourgogne lui met les éperons, et l’archevêque lui remet l’anneau – l’union du Roi avec son peuple est une alliance comparable à celle du mariage – et l’épée (tirée de son fourreau) ; le Roi la confie ensuite au sénéchal de France qui la portera devant lui dans l’église et plus tard à la tête du cortège se rendant à l’archevêché.

Ce qui subsiste des Regalia :

Epée du Sacre

L’épée du Sacre

Eperons du Sacre - Copie

Les éperons du Sacre

Sceptre dit de Charlemagne

Le sceptre du Sacre, dit de Charlemagne

L’archevêque ouvre alors la Sainte Ampoule et retire une petite quantité de son contenu à l’aide d’une aiguille d’or : il le mélange au Saint Chrême préparé pour le Sacre du Roi, «qui seul parmi tous les princes de la terre excelle par le glorieux privilège d’être oint d’une huile envoyée du ciel». Tous ces rites sont accompagnés de diverses oraisons et bénédictions.
Le prélat procède alors aux onctions : sur la tête, sur la poitrine, entre les épaules et sur les jointures des bras, tandis que le chœur chante l’antienne suivante : « Ils ont oint Salomon roi« . Après cela, le chambellan de France revêt le Roi d’une tunique de pourpre et d’une chlamyde, l’archevêque lui remet le sceptre dans la main droite et la main de justice dans la main gauche, puis il va prendre la couronne sur l’autel.

couronne-reliquaire dite de Saint Louis

Couronne-reliquaire dite de Saint Louis

Les douze pairs du royaume, six ecclésiastiques et six laïcs, prennent alors place auprès du Roi. L’archevêque de Reims, les évêques de Beauvais, Châlons, Langres, Laon et Noyon, les ducs d’Aquitaine, de Bourgogne et de Normandie et les comtes de Champagne, de Flandre et de Toulouse soutiennent ensemble la couronne au-dessus du Roi avant que l’archevêque ne la pose seul sur la tête du nouveau souverain.

Sacre - miniature des Grandes Chroniques de France

Le Sacre (miniature des « Grandes Chroniques de France »)

Entourant ainsi le Roi, ils le conduisent sur l’estrade (ou sur le jubé quand celui-ci existait encore), où il prend place sur le trône. Là, le Roi reçoit l’hommage de l’archevêque et des onze autres pairs, tandis que retentit à chaque fois l’acclamation « Vivat rex in æternum! », reprise par la foule. Des oiseaux sont lâchés dans l’église tandis que retentissent les cloches de toutes les églises de la ville.
En raison du jeune âge des souverains lors de leur avènement, peu de Reines furent sacrées à Reims (la cérémonie avait donc lieu plus tard à l’abbaye de Saint-Denis) mais, si le Roi est marié, c’est à ce moment de la cérémonie que se place le Sacre de la Reine : elle reçoit à son tour deux onctions sur la tête et la poitrine ainsi que des « regalia » plus petits tels que couronne, anneau, sceptre, et main de justice.

La célébration de la Sainte Messe commence ensuite. Celle-ci comporte deux particularités : la première est qu’au cours de l’offertoire, il apporte à l’archevêque le pain et le vin, ainsi que treize pièces d’or symbolisant son union avec le peuple, et la seconde est qu’au moment de la sainte communion, le Roi redescend du trône pour venir jusqu’à l’autel, où il reçoit la communion sous les deux espèces de la main de l’archevêque (le calice qui est utilisé pour le Très Précieux Sang est celui qui est dit de Saint Remi).

Calice du Sacre dit de Saint Remi

Calice du Sacre, dit de Saint Remi.

A la fin de la cérémonie, l’archevêque enlève au Roi la lourde couronne et lui en impose une autre, plus légère, et c’est ainsi que, acclamés par la foule, ils se rendent au palais archiépiscopal pour le « festin du sacre » : à l’image du Christ au cours de la Sainte Cène, le Roi prend place au milieu des douze pairs, avec ses ornements, couronne sur la tête, le connétable brandissant l’épée devant lui. Quelques invités soigneusement choisis par l’étiquette assistent au repas, des princes du sang, des ambassadeurs, des seigneurs, des grands officiers du royaume, à l’exclusion des femmes qui y assistent depuis une tribune.

Dans les jours qui suivent, le Roi « touche les écrouelles » et nombre de guérisons sont constatées.

Toucher des écrouelles après le sacre

Toucher des écrouelles après le Sacre

Ce cérémonial  se reproduira pendant tout l’Ancien Régime jusqu’au 11 juin 1775, date du dernier Sacre avant la révolution.

A suivre > ici

Publié dans:De liturgia, Vexilla Regis |on 26 novembre, 2008 |3 Commentaires »

2008-63. Le 18 novembre nous fêtons les Bienheureuses Visitandines de Madrid martyrisées en 1936.

Croix de la Bienheureuse Maria Cecilia

Croix de la Bienheureuse Maria-Cecilia, déformée par les balles de la fusillade

Rappel historique :

La monarchie espagnole a été abolie en 1931.
L’hostilité des républicains envers la religion  catholique va devenir de plus en plus virulente à partir de 1933, après des élections favorables à la gauche. Rapidement une législation anticléricale est instaurée : interdiction  faite aux religieux d’enseigner et d’avoir des activités leur permettant de vivre, suppression des jésuites… et déjà, des églises sont incendiées.
La gauche républicaine a mal calculé ; il faut peu connaître le peuple espagnol pour penser qu’il accepte cette violence anti-religieuse sans réaction : les élections de décembre 1933 ramènent au pouvoir une majorité de droite. Peut-être la crise aurait-elle pu être terminée si, à ce moment, des solutions inspirées du catholicisme social avaient été mises en œuvre :  il n’en est malheureusement rien et les conservateurs paralysent les plans de réforme nécessaires.

L’été 1934 voit éclater la « révolution des Asturies » : des prêtres et des religieuses sont assassinés.
La gauche, jusqu’alors dispersée, se regroupe en un « frente popular » qui arrive au pouvoir lors des élections de février 1936 : composé de communistes, de socialistes et d’anarchistes d’opinions souvent divergentes, ce front populaire trouve son unité dans un anti-catholicisme haineux, et cela bien que les évêques espagnols aient – au début – reconnu sa légitimité.
Les violences éclatent dès juin 1936 : ce gouvernement républicain de style révolutionnaire se lance dans une sanglante persécution qui va faire une foule de victimes en quelques semaines. Bien évidemment, tout le peuple ne soutient pas cette persécution, mais  la terreur est à l’ordre du jour : à la chambre, un député monarchiste proteste et, dès le lendemain – 14 juillet 1936 – , il est assassiné.

Les différents partis de droite, apeurés, se regroupent dans un parti unique : la « Phalange ». Désormais, tous les ingrédients sont prêts pour une guerre civile.
Le général Francisco Franco se révolte et lance, le 18 Juillet, l’ « Alziamento Nacional » (souvent traduit par « Mouvement national » alors que littéralement cela signifie : soulèvement national). Il est suivi par une grande partie de l’armée.
L’Espagne entre  alors dans une terrible guerre civile : les « républicains » (appelés aussi – et à juste titre – « rouges » car leur but est de faire de l’Espagne un état satellite de l’URSS), renforcés par des « brigades internationales », et les « nationalistes » (ou « franquistes »), aidés en finale par la Wehrmacht allemande et les fascistes italiens, vont s’affronter sans merci pendant trente-deux mois (1936-1938).

A la faveur de la guerre, les « rouges » se livrent à la plus grande persécution religieuse qu’ait jamais connu l’Espagne : à cause de sa brièveté dans le temps et de son intensité, c’est un ouragan révolutionnaire comparable à celui de la révolution française, qui s’abat sur toutes les régions où domine leur influence politique.
Sur la liste noire des personnes à abattre, les ecclésiastiques figurent en tout premier lieu.
Les exactions se multiplient : incendies de couvents, d’évêchés, d’églises, destruction du patrimoine artistique sacré… etc.
Les républicains procèdent à des exécutions massives, accompagnées d’une férocité inouïe. Malheureusement, il y eut aussi des violences injustifiées et condamnables dans l’autre parti.

On dénombre parmi les victimes : 13 évêques, 4184 prêtres, 2385 religieux, 283 religieuses et des milliers de fidèles laïcs.

Ceux que l’Église béatifie sont vraiment martyrs car ils ont été tués en haine de la Foi : ce ne sont pas de simples « victimes de guerre », car ils n’étaient pas engagés dans les combats, ni dans les luttes partisanes.
Le Pape Jean-Paul II a tenu à le préciser le 11 mars 2001 : « Les bienheureux qui sont élevés à l’honneur des autels n’étaient pas impliqués dans des luttes politiques ou idéologiques, et ne voulaient pas y entrer. (…) Ils ont vécu en aimant et sont morts en pardonnant ».

Autel où sont conservées les reliques des Sept Bienheureuses Visitandines Martyres

Autel dans lequel sont conservées les reliques des sept Bienheureuses

Les sept Visitandines Martyres :

Le premier monastère de la Visitation en Espagne fut établi à Madrid en 1748. C’est à cette communauté qu’appartiennent les sept martyres que l’on célèbre le 18 novembre.

Lorsque éclate la guerre civile, les  moniales Visitandines se rendent rapidement compte qu’il est dangereux de rester en ville et décident de se retirer dans un petit village de Navarre, Oronoz. Toutefois un groupe de sept religieuses va rester sur place parce que l’église du couvent est encore ouverte au culte.
Avant de partir, la Mère Supérieure leur prépare – en cas de danger – un appartement où elle pourront trouver refuge, à proximité du monastère. Sœur Marie du Refuge est désignée pour diriger cette petite communauté : en vraie Visitandine, elle anime le courage, la confiance et la foi des autres sœurs.
Toutes sont conscientes d’être exposées à des sévices et à la mort violente mais, dans la prière et le silence, elles intensifient le don généreux d’elles-mêmes qu’elles ont déjà fait à Dieu par leur profession monastique, et elles s’offrent pour que la grâce de la paix soit rendue à l’Eglise d’Espagne.

Le 18 juillet 1936, le monastère est attaqué, pillé, incendié…
Les Visitandines ont eu le temps de fuir, mais elles ne peuvent plus quitter l’appartement en sous-sol où elles sont réfugiées : il est devenu un minuscule couvent où l’on prie constamment pour l’Espagne. Quelques prêtres, lorsque cela est possible, leur rendent visite et célèbrent pour elles la Sainte Messe. Lorsque le risque est plus important ils s’abstiennent de venir, mais la sœur d’une des religieuses leur apporte la sainte communion.
Leur présence est connue de leurs voisins, qui les aiment… à l’exception de deux personnes qui habitent l’immeuble et qui vont les dénoncer par haine de la religion.
Une période d’incertitude et d’angoisse commence alors : les sœurs subissent plusieurs fouilles au cours desquelles elles sont insultées et dépouillées de leurs biens. Lors de la fouille du 17 novembre, les miliciens annoncent qu’ils reviendront le lendemain.
Sœur Marie du Refuge propose à ses soeurs de les conduire dans des consulats où elles seront hors d’atteinte. Mais la ferveur des Filles de Saint François de Sales est plus forte que la crainte de la mort et elles s’écrient : « Quelle joie, le martyre va arriver bientôt! (…) Si l’Espagne doit être sauvée en versant notre sang, que ce soit le plus tôt possible!« 
Elles passent la nuit à prier.

Le 18 novembre 1936, vers 19h, une patrouille de la F.A.I (Fédération Anarchiste Ibérique) fait irruption dans l’appartement. On oblige toutes les religieuses à sortir, même Sœur Maria-Inès, malade, atteinte d’une forte fièvre.
Dans la rue on entend les cris de la populace. En voyant les Sœurs faire le signe de croix, une voix s’élève : « C’est ici qu’il faut les tuer, car se signer est une provocation! »
La sérénité des moniales contraste avec ce vacarme.
Elles sont fusillées quelques minutes plus tard, se tenant toutes par la main.

Cependant la plus jeune des religieuses – Soeur Maria-Cecilia, âgée de 26 ans – ne fut pas  atteinte par les balles et, prise de panique, lâchant la main de la soeur morte à côté d’elle, elle partit en courant dans la nuit. Un peu plus loin, croisant des policiers et reprenant courage, elle leur cria : « Je suis l’une des religieuses… »
Elle fut à nouveau arrêtée et on la conduisit dans l’une des innombrables prisons improvisées de la ville, dans lesquelles siégeaient des « tribunaux populaires ». Interrogée, elle témoigna sans faiblir de son identité et de sa foi et fut condamnée à mort.
On la fusilla au matin du 23 novembre, avec une autre femme et une dizaine de jeunes gens, contre un mur du cimetière. On peut donc dire qu’elle a subi le martyre à deux reprises.
Son corps, jeté dans une fosse commune, put être identifié, après la guerre, grâce à sa croix de Visitandine, tordue par les balles (vous pouvez en voir une photographie au commencement de cet article)
.

Ces 7 Bienheureuses Visitandines sont :
1) Sœur Marie du Refuge (Maria-Gabriela) de Hinojasa y Naveros, qui était née le 24 juillet 1872 à Alhama (Grenade) et était la responsable du groupe ;
2) Sœur Josefa-Maria (Maria del Carmen) Barrera y Izaguirre, née le 23 mai 1881 à El Ferrol (La Coruna) ;
3) Sœur Teresia-Maria (Laura) Cavestany y Anduaga, née le 30 juillet 1888 à Puerto Real (Cadix) ;
4) Sœur Maria-Angela (Martina) Olaizola y Garagarça, née le 12 novembre 1893 à Azpeitia (Guipuzcoa) ;
5) Sœur Maria-Engracia (Josepha-Joachima) Lecuona y Aramburu, née le 02 juillet 1897 à Oyarzun (Guipuzcoa) ;
6) Sœur Maria-Inès (Agnès) Zudaire y Galdeano, née le 28 janvier 1900 à Echavarri (Navarre) ;
7) Sœur Maria-Cecilia (Maria-Félicité) Cendoya y Araquistain, née le 10 janvier 1910 à Azpeitia (Guipuzcoa), celle qui fut exécutée le 23 novembre.

Elles ont été béatifiées, à Rome, le 10 mai 1998.

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints |on 17 novembre, 2008 |8 Commentaires »

2008-59. Saint Raphaël, l’archange des guérisons divines.

1. Saint Raphaël dans la Sainte Ecriture
et dans la tradition biblique :

Le nom porté par cet Archange signifie « Dieu guérit« : on sait que dans la tradition biblique, le nom exprime et représente la personnalité – l’être profond – de celui, qui le porte. C’est essentiellement par le livre de Tobie que nous connaissons cet ange qui se présentera lui-même comme « l’un des sept qui se tiennent devant le Seigneur« (1).

Tobie est le nom d’un pieux israélite captif à Ninive.  Le livre de la Sainte Ecriture qui porte son nom nous raconte une histoire touchante, pleine de délicatesse et d’enseignements spirituels : dans sa première partie (chapitres I à III), il nous présente deux personnes justes et bonnes, Tobie et Sara, éprouvées par la souffrance ; une deuxième partie (IV à XII) nous montre comment Dieu, par le moyen de l’ange Raphaël, va leur venir en aide : Tobie sera guéri de sa cécité et Sara libérée du pouvoir d’un démon ; enfin la troisième partie (XIII & XIV) conclut l’ouvrage par le cantique d’action de grâces de Tobie et les perspectives de relèvement d’Israël.

L’archange Saint Raphaël est un personnage clef dans cet ouvrage : ayant pris une apparence humaine et sous le nom d’emprunt d’Azarias, il se présente au jeune Tobie (en effet deux hommes portent le nom de Tobie : le père et le fils ont le même prénom ; pour des raisons de commodité nous en parlerons donc en précisant « Tobie l’ancien » pour l’un et « le jeune Tobie » pour l’autre) ; il lui propose de le conduire en Mêdie, où son père l’envoie pour recouvrer une dette.
Après avoir inspiré confiance à Tobie l’ancien, il guidera donc le jeune Tobie et lui prodiguera de judicieux conseils ; il l’invite à s’arrêter à Ecbatane, chez Raguël – un de ses parents – et à demander la main de Sara, fille de son hôte. Pour déjouer les maléfices du démon Asmodée, qui a déjà tué, avant même que le mariage soit consommé, les sept précédents maris de Sara, Raphaël enseigne à Tobie un moyen infaillible : il faut brûler le coeur et le foie d’un certain poisson que Tobie a capturé grâce à lui, et la fumée écartera tout esprit mauvais.
Après le mariage de Tobie, Raphaël continuera seul le voyage jusqu’en Mêdie et reviendra avec l’argent dû à Tobie l’ancien.
A leur retour à Ninive, toujours sur les instructions de l’ange, Tobie le jeune oint les yeux de son père avec le fiel du même poisson, ce qui lui rend la vue. Le miracle illumine le coeur du pieux vieillard qui chante alors les louanges de Dieu et la splendeur de la Jérusalem à venir. Puis Raphaël « retourne vers Celui qui l’a envoyé« 
(2).

Le nom de cet ange n’apparaît pas ailleurs dans la Bible, mais on le trouve dans le Livre d’Hénoch (un apocryphe qui avait une grande audience chez les Juifs et – semble-t-il aussi – chez les premiers chrétiens puisque Saint Jude y fait allusion dans son épître au verset 14).

Au temps de Notre-Seigneur, l’ange de la piscine probatique venait agiter l’eau à certains jours et le premier malade qui descendait dans la piscine après cette agitation mystérieuse était toujours guéri (3). Cet Ange, croit-on, était Saint Raphaël et c’est la raison pour laquelle l’Eglise a choisi ce récit évangélique pour la Messe propre de la fête de l’archange, le 24 octobre.

(1) Tobie XII,15.
(2) Tobie XII,20.
(3) Jean, V,4.

2. L’Archange Saint Raphaël dans la tradition chrétienne :

L’archange Saint Raphaël est souvent considéré comme appartenant à l’ordre des séraphins. Il est aussi considéré par un certain nombres d’auteurs spirituels comme le chef des anges gardiens, et aussi comme l’ange de la Providence qui veille sur toute l’humanité.

On le représente habituellement avec un bâton, des sandales, une gourde et une besace retenue par une bandoulière autour de son épaule : il marche en compagnie d’un jeune homme, le jeune Tobie, et de son chien ; c’est tout naturellement qu’on l’invoque comme le céleste protecteur des voyageurs et des pèlerins : et pas seulement ceux qui sont en déplacement physique mais  aussi de ceux dont la démarche intérieure est en quête de Dieu.

Saint Raphaël peint par Verrocchio

On le prie bien évidemment pour la guérison des malades, pour être délivré des vexations diaboliques et pour être préservé de la cécité, aussi bien physique que spirituelle.

Le culte de saint Raphaël Archange existe dans l’Eglise depuis les premiers siècles et il s’intensifia à la suite d’interventions jugées miraculeuses. En voici un exemple : Saint Magnus, évêque d’Héraclée, fuyant les barbares  à travers les lagunes, eut une apparition de Saint Raphaël qui lui promit sa protection mais lui demanda « en échange » d’ériger une église dans un lieu qui devint plus tard un quartier de Venise nommé Dorso duro, et le saint Archange fut depuis lors invoqué comme l’un des protecteurs particuliers de Venise.

3. Prières à l’Archange Saint Raphaël :

3a – Pour demander une grâce particulière :

Glorieux Archange Saint Raphaël,
Prince de la cour céleste, très illustre par les dons de Conseil et de Sagesse, Guide des voyageurs, Consolation de ceux qui souffrent ou que la maladie tourmente, je vous supplie de m’assister dans toutes mes nécessités et dans les peines de cette vie, de la même manière que vous avez jadis secouru la famille de Tobie dans ses tribulations.
Puisque – selon votre nom – vous êtes « Remède de Dieu », je vous supplie humblement de guérir mon âme de ses nombreuses infirmités, et mon corps des maux qui l’affligent. Je vous demande en particulier……
(nommer ici la grâce particulière que l’on confie à l’intercession de l’Archange).
Soutenez-moi dans le périlleux voyage de cette vie, préservez-moi des attaques démoniaques et du découragement, en sorte que je parvienne sous votre conduite jusqu’à la céleste patrie où je pourrai avec vous et tous les Choeurs des Anges chanter éternellement les miséricordes du Seigneur.

Ainsi soit-il.

3b – Pour être préservé de la cécité physique et spirituelle
(d’après un manuscrit du XIème siècle) :

Venez à mon secours, je vous en supplie, glorieux Prince Saint Raphaël, médecin des âmes et des corps ! O vous qui avez guéri les yeux du vieux Tobie, donnez à mes yeux la lumière physique et à mon âme la lumière spirituelle ; et par vos célestes supplications, éloignez de moi toutes ténèbres.

Ainsi soit-il.

* * * * * * *

Texte publié par  Lully en 2007 au sujet de la fête du 24 octobre et de Saint Raphaël > ici.

2008-58. Le 23 octobre, nous fêtons les Bienheureuses Ursulines martyres de Valenciennes :

En 1790, trente-deux religieuses habitaient le couvent des Ursulines de Valenciennes : conformément à leur vocation, elles se consacraient à l’éducation des jeunes filles.
Quand, le 18 août 1792, les congrégations religieuses enseignantes furent contraintes de se disperser, les Ursulines durent abandonner leur maison et s’exilèrent en Belgique, à Mons (deux religieuses Brigittines, chassées de leur couvent, s’intégrèrent alors à la communauté).

Au printemps 1793, les troupes autrichiennes occupèrent Valenciennes.
Les religieuses revinrent alors dans leur couvent, rouvrirent leurs classes et reprirent leur apostolat auprès de la jeunesse de la ville.
Cette situation dura plus d’un an.

Mais, en août 1794, l’armée autrichienne dut abandonner la ville qui fut investie par les troupes révolutionnaires.
Les « patriotes » valenciennois s’empressèrent d’incarcérer plus d’un millier de personnes, considérées comme ennemies de la république et accusées – selon la terminologie en vogue – d’être des « aristocrates » et des « fanatiques ». Parmi elles, dix religieuses Ursulines (dont les deux anciennes Brigittines) et une ancienne Clarisse qui avait rejoint la communauté des Ursulines, où sa soeur de sang était religieuse, parce que son monastère était supprimé : arrêtées le 3 septembre 1794, elles furent emprisonnées… dans leur propre couvent !
Notons au passage que la tête de Robespierre était tombée depuis déjà plusieurs semaines et que les livres d’histoire nous enseignent que, depuis lors, la « Terreur » était terminée…

Néanmoins, quelques jours après, les habitants de la place d’armes virent se dresser une guillotine à l’endroit traditionnel des exécutions capitales, soit, à quelques mètres près, entre l’entrée de la rue de Paris et celle de la ruelle Burianne.
Les Ursulines furent tenues au courant ; Soeur Anne-Marie Erraux avoua avoir une grande frayeur à se présenter devant le bourreau si cela devait se produire. La Mère Supérieure lui rétorqua : « Je passerai devant vous pour vous montrer l’exemple ».

Le 13 octobre, sept personnes (dont trois prêtres) furent condamnées à mort.
Le 15 octobre, sept autres prêtres furent guillotinés.
Enfin, le 17 octobre, cinq Ursulines et trois prêtres comparurent devant le tribunal.

Mère Marie-Clotilde avait donné ordre à ses Sœurs de déclarer qu’elles n’avaient pas émigré, puisqu’elles étaient allées à Mons avec un laisser-passer en règle et qu’elles n’étaient rentrées que pour rendre service aux habitants qui leur avaient demandé de reprendre l’instruction de leurs enfants.
Elles s’en tinrent à cette défense face au président qui les interrogeait. Puisqu’elles étaient sorties du territoire avec des papiers en règle, que pouvait-on encore leur reprocher ? Rien … et le tribunal ne pourrait que les relâcher.
Mais la « justice » révolutionnaire ne voyait pas les choses de la même façon et, surtout, elle ne pouvait admettre que les Ursulines eussent repris leur vie communautaire et réorganisé l’enseignement catholique dans une ville occupée par les Autrichiens.

Le Tribunal voulait donc  leur mort ; aussi rédigea-t-il une sentence où l’injuste se mêlait à l’infâme : « Les susnommées se sont rendues coupables du crime d’émigration en abandonnant, de leur propre et entière volonté, le territoire de la République. Au mépris des lois elles y sont revenues exercer, sous la protection de l’ennemi, des fonctions qui leur avaient été interdites. Nous avons jugé à l’unanimité qu’elles ont encouru la peine de mort prononcée par les décrets des 23 et 25 octobre 1792 ».

On peut imaginer l’émotion qui étreignit les cinq Ursulines en retrouvant leurs sœurs dans la prison et en leur apprenant la condamnation dont elles venaient d’être frappées.
L’éxécution eut lieu le même jour…

guillotine

Simplement vêtues d’un jupon et d’une chemise, les cheveux coupés courts pour faciliter le travail du couperet, elles s’avancèrent vers la guillotine en priant à haute voix avec une dignité et un calme qui impressionnèrent tous les spectateurs. A leur vue, la foule ne proféra ni cris de mort ni insultes. Des témoins déclarèrent ensuite avoir vu des gens pleurer, d’autres dirent avoir entendu ces paroles d’une religieuse à ses compagnes : « Courage, mes Sœurs, nous allons au ciel ! »

Les cinq autres Ursulines et la Clarisse ne doutaient point du sort qui les attendait.
Mère Marie-Clotilde put faire passer à l’une de ses nièces une lettre, conservée depuis lors avec piété par sa famille, dans laquelle elle exprimait les sentiments qui l’animaient à l’approche de la mort. Elle y disait notamment que le moment lui tardait de verser son sang pour sa Foi et ajoutait : « Prenez part à mon bonheur ! »

Le 23 octobre, elle furent convoquées devant la commission militaire.
Même interrogatoire, mêmes réponses, même sentence.
La supérieure eut beau vouloir tout prendre sur elle, les juges demeurèrent implacables.

Elles furent également exécutées le jour même.
Mère Marie-Clotilde déclara aux soldats de l’escorte : « Citoyens, nous vous sommes fort obligées, ce jour est le plus beau de notre vie ! »
Elle monta la première sur l’échafaud, en chantant le Magnificat, et montra, en ce suprême instant, toute la force d’âme dont elle avait donné tant de preuves durant sa vie.

Les corps des victimes furent transportés au cimetière Saint-Roch, récemment créé, mais on n’a jamais pu retrouver le lieu exact de leur inhumation.

Ces onze religieuses martyrisées furent béatifiées le 13 juin 1920 par le pape Benoît XV.
Voici les noms de ces femmes héroïques :

1 – Mère Marie-Clotilde de Saint-François-Borgia (née Clotilde-Angèle Paillot),  guillotinée à l’âge de 55 ans ;
2 – Soeur Marie-Ursule de Saint-Bernardin (née Hyacinthe-Augustine Bourla), 48 ans ;
3 – Soeur Marie-Cordule de Saint-Dominique (née Jeanne-Louise Barré), 44 ans ;
4 – Soeur Marie-Augustine du Sacré-Coeur (née Marie-Madeleine Déjardins), 34 ans ;
5 – Soeur Marie-Louise de Saint-François-d’Assise (née Marie-Geneviève Ducrez), 38 ans ;
6 – Soeur Anne-Marie (née Augustine Erraux), ancienne Brigittine, 32 ans ;
7 – Soeur Marie-Françoise (née Liévine Lacroix), ancienne Brigittine, 41 ans ;
8 – Soeur Marie-Scholastique de saint-Jacques (née Marie-Marguerite Leroux), 43 ans ;
9 – Soeur Marie-Laurentine de Saint-Stanislas (née Marie-Reine Prin), 47 ans ;
10 – Soeur Marie-Nathalie de Saint-Louis (née Marie-Louise Vanot), 66 ans,
11 – Soeur Joséphine (née Anne-Joseph Leroux), Clarisse, âgée de 47 ans.

Oraison : 
Seigneur notre Dieu, Vous avez glorifié par le martyre la bienheureuse Marie-Clotilde et ses compagnes ; faites, nous Vous en prions, que suivant l’exemple de leur foi et de leur charité apostolique, nous soyons affermis dans Votre amour de sorte que rien ne puisse nous séparer de Vous. Nous Vous le demandons par Jésus, Christ, Notre-Seigneur.
Ainsi soit-il.

Ursulines martyres de Valenciennes

2008-57. Les promesses du Sacré-Coeur en faveur de ceux qui pratiqueront cette dévotion.

A l’occasion de la fête de Sainte Marguerite-Marie (17 octobre – voir aussi l’article publié l’an dernier à cette même date, en cliquant ici > www), nous tenons à publier ici le texte des promesses que Notre-Seigneur Jésus-Christ a faites en faveur des personnes qui pratiqueraient la dévotion envers son Sacré-Coeur. Ces douze promesses constituent un résumé des paroles que Notre-Seigneur a adressées à Sainte Marguerite-Marie en diverses circonstances et en plusieurs occasions. Elles ont été (bien évidemment!) contestées mais il est facile à une personne familière des écrits de Sainte Marguerite-Marie de démontrer qu’elles sont authentiques même si, pour des raisons pratiques, elles ont été rédigées de manière plus simple.

Jésus manifestant son Coeur à Ste Marguerite-Marie

1. Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires à leur état.

2. Je mettrai la paix dans leur famille.

3. Je les consolerai dans toutes leurs peines.

4. Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à l’heure de la mort.

5. Je répandrai d’abondantes bénédictions sur toutes leurs entreprises.

6. Les pécheurs trouveront dans mon Cœur la source et l’océan infini de la miséricorde.

7. Les âmes tièdes deviendront ferventes.

8. Les âmes ferventes s’élèveront à une grande perfection.

9. Je bénirai moi-même les maisons où l’image de mon Sacré-Cœur sera exposée et honorée.

10. Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les cœurs les plus endurcis.

11. Les personnes qui propageront cette dévotion auront leur nom écrit dans mon Cœur, et il n’en sera jamais effacé.

12. Je te promets, dans l’excès de la miséricorde de mon Cœur, que son amour tout-puissant accordera à tous ceux qui communieront les premiers vendredis du mois, neuf fois de suite, la grâce de la pénitence finale, qu’ils ne mourront point dans ma disgrâce, ni sans recevoir leurs Sacrements, et que mon divin Cœur se rendra leur asile assuré à cette dernière heure.

Voir aussi les prières en l’honneur du Sacré Coeur de Jésus que nous avons déjà publiées :
- la neuvaine de confiance > www ;
- la prière composée par Sainte Madeleine-Sophie Barat > www ;
- le « Souvenez-Vous » au Sacré-Coeur > www ;
- l’acte d’offrande de Saint Claude de la Colombière > www.

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