Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2010-3. Message de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI adressé à tous les fidèles à l’occasion du prochain carême.

Aujourd’hui même, jeudi 4 février 2010, au cours d’une conférence de presse  qui s’est tenue dans  la salle de presse du Saint-Siège à 11h30, a été rendu public le traditionnel message que notre Saint-Père le Pape Benoît XVI adresse aux fidèles à l’occasion du Carême. Ce message, signé par le Souverain Pontife en date du 30 octobre 2009, développe le thème de « la justice de Dieu (…) manifestée par la foi en en Jésus-Christ » (cf. Rom. III, 21-22). De la présentation à la presse faite ce matin par Monsieur le Cardinal Paul Josef Cordes, président du Conseil pontifical Cor Unum, nous retiendrons particulièrement cette phrase : « Comme le dit le Pape, nous devons dépasser nos habitudes anthropologiques pour parvenir à une vision totale de l’homme, afin que le principe de justice révèle toute sa force« .

Une fois encore, le texte que nous adresse notre Saint-Père le Pape est un texte d’une très grande profondeur et d’une extraordinaire densité spirituelle : il requiert toute notre attention, notre réflexion, notre méditation… pour orienter de manière efficace nos résolutions, nos combats et notre persévérance au cours du prochain Carême.

Notre saint-Père le Pape Benoît XVI en prière

La justice de Dieu s’est manifestée moyennant la foi au Christ (Rom III, 21-22)

Chers frères et sœurs,

Chaque année, à l’occasion du carême, l’Église nous invite à une révision de vie sincère à la lumière des enseignements évangéliques. Cette année j’aimerais vous proposer quelques réflexions sur un vaste sujet, celui de la justice, à partir de l’affirmation de saint Paul : «La justice de Dieu s’est manifestée moyennant la foi au Christ. » (Rom III, 21-22)

Justice : « dare cuique suum »

En un premier temps, je souhaite m’arrêter sur le sens du mot « justice » qui dans le langage commun revient à « donner à chacun ce qui lui est dû – dare cuique suum » selon la célèbre expression d’Ulpianus, juriste romain du III siècle. Toutefois cette définition courante ne précise pas en quoi consiste ce « suum » qu’il faut assurer à chacun. Or ce qui est essentiel pour l’homme ne peut être garanti par la loi. Pour qu’il puisse jouir d’une vie en plénitude il lui faut quelque chose de plus intime, de plus personnel et qui ne peut être accordé que gratuitement : nous pourrions dire qu’il s’agit pour l’homme de vivre de cet amour que Dieu seul peut lui communiquer, l’ayant créé à son image et à sa ressemblance. Certes les biens matériels sont utiles et nécessaires. D’ailleurs, Jésus lui-même a pris soin des malades, il a nourri les foules qui le suivaient et, sans aucun doute, il réprouve cette indifférence qui, aujourd’hui encore, condamne à mort des centaines de millions d’êtres humains faute de nourriture suffisante, d’eau et de soins. Cependant, la justice distributive ne rend pas à l’être humain tout ce qui lui est dû. L’homme a, en fait, essentiellement besoin de vivre de Dieu parce que ce qui lui est dû dépasse infiniment le pain. Saint Augustin observe à ce propos que « si la justice est la vertu qui rend à chacun ce qu’il lui est dû… alors il n’y a pas de justice humaine qui ôte l’homme au vrai Dieu» (De Civitate Dei XIX, 21)

D’où vient l’injustice?

L’évangéliste Marc nous transmet ces paroles de Jésus prononcées à son époque lors d’un débat sur ce qui est pur et ce qui est impur : « Il n’est rien d’extérieur à l’homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller… ce qui sort de l’homme voilà ce qui souille l’homme. Car c’est du dedans, du cœur des hommes que sortent les desseins pervers. » (Mc VII, 14-15 ; 20-21) Au-delà du problème immédiat de la nourriture, nous pouvons déceler dans la réaction des pharisiens une tentation permanente chez l’homme : celle de pointer l’origine du mal dans une cause extérieure. En y regardant de plus près, on constate que de nombreuses idéologies modernes véhiculent ce présupposé : puisque l’injustice vient du dehors, il suffit d’éliminer les causes extérieures qui empêchent l’accomplissement de la justice. Cette façon de penser, nous avertit Jésus, est naïve et aveugle. L’injustice, conséquence du mal,  ne vient pas exclusivement de causes extérieures ; elle trouve son origine dans le cœur humain où l’on y découvre les fondements d’une mystérieuse complicité avec le mal. Le psalmiste le reconnaît douloureusement : « Vois dans la faute je suis né, dans le péché ma mère m’a conçu. » (Ps L,7). Oui, l’homme est fragilisé par une blessure profonde qui diminue sa capacité à entrer en communion avec l’autre. Naturellement ouvert à la réciprocité libre de la communion, il découvre en lui une force de gravité étonnante qui l’amène à se replier sur lui-même, à s’affirmer au-dessus et en opposition aux autres : il s’agit de l’égoïsme, conséquence du péché originel. Adam et Eve ont été séduits par le mensonge du Satan. En s’emparant du fruit mystérieux, ils ont désobéi au commandement divin. Ils ont substitué une logique du soupçon et de la compétition à celle de la confiance en l’Amour, celle de l’accaparement anxieux et de l’autosuffisance à celle du recevoir et de l’attente confiante vis-à-vis de l’autre (cf. Gen. III, 1-6) de sorte qu’il en est résulté un sentiment d’inquiétude et d’insécurité. Comment l’homme peut-il se libérer de cette tendance égoïste et s’ouvrir à l’amour ?

Justice et Sedaqah

Au sein de la sagesse d’Israël, nous découvrons un lien profond entre la foi en ce Dieu qui « de la poussière relève le faible » (Ps CXII,7) et la justice envers le prochain. Le mot sedaqah, qui désigne en hébreu la vertu de justice, exprime admirablement cette relation. Sedaqah signifie en effet l’acceptation totale de la volonté du Dieu d’Israël et la justice envers le prochain (cf. Ex XX,12-17), plus spécialement envers le pauvre, l’étranger, l’orphelin et la veuve (cf. Deut. X, 18-19). Ces deux propositions sont liées entre elles car, pour l’Israélite, donner au pauvre n’est que la réciprocité de ce que Dieu a fait pour lui : il s’est ému de la misère de son peuple. Ce n’est pas un hasard si le don de la Loi à Moïse, au Sinaï, a eu lieu après le passage de la Mer Rouge. En effet, l’écoute de la Loi suppose la foi en Dieu qui, le premier, a écouté les cris de son peuple et est descendu pour le libérer du pouvoir de l’Egypte (cf. Ex III,8). Dieu est attentif au cri de celui qui est dans la misère mais en retour demande à être écouté : il demande justice pour le pauvre (cf. Sir IV,4-5. 8-9), l’étranger (cf. Ex XXII,20), l’esclave (cf. Deut. XV, 12-18). Pour vivre de la justice, il est nécessaire de sortir de ce rêve qu’est l’autosuffisance, de ce profond repliement sur-soi qui génère l’injustice. En d’autres termes, il faut accepter un exode plus profond que celui que Dieu a réalisé avec Moïse, il faut une libération du cœur que la lettre de la Loi est impuissante à accomplir. Y a-t-il donc pour l’homme une espérance de justice ?

Le Christ, Justice de Dieu

L’annonce de la bonne nouvelle répond pleinement à la soif de justice de l’homme. L’apôtre saint Paul le souligne dans son Épître aux Romains : « Mais maintenant sans la Loi, la justice de Dieu s’est manifestée…par la foi en Jésus Christ à l’adresse de tous ceux qui croient. Car il n’y a pas de différence : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie par le Christ Jésus. Dieu l’a exposé instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi. » (III, 21-25)

Quelle est donc la justice du Christ ? C’est avant tout une justice née de la grâce où l’homme n’est pas sauveur et ne guérit ni lui-même ni les autres. Le fait que l’expiation s’accomplisse dans « le sang » du Christ signifie que l’homme n’est pas délivré du poids de ses fautes par ses sacrifices, mais par le geste d’amour de Dieu qui a une dimension infinie, jusqu’à faire passer en lui la malédiction qui était réservée à l’homme pour lui rendre la bénédiction réservée à Dieu (cf. Gal III, 13-14). Mais immédiatement pourrait-on objecter :  de quel type de justice  s’agit-il si le juste meurt pour le coupable et le coupable reçoit en retour la bénédiction qui revient au juste ? Est-ce que chacun ne reçoit-il pas le contraire de ce qu’il lui est dû ? En réalité, ici, la justice divine se montre profondément différente de la justice humaine. Dieu a payé pour nous, en son Fils, le prix du rachat, un prix vraiment exorbitant. Face à la justice de la Croix, l’homme peut se révolter car elle manifeste la dépendance de l’homme, sa dépendance vis-à-vis d’un autre pour être pleinement lui-même. Se convertir au Christ, croire à l’Évangile, implique d’abandonner vraiment l’illusion d’être autosuffisant, de découvrir et accepter sa propre indigence ainsi que celle des autres et de Dieu, enfin de découvrir la nécessité de son pardon et de son amitié.

On comprend alors que la foi ne soit pas du tout quelque chose de naturel, de facile et d’évident : il faut être humble pour accepter que quelqu’un d’autre me libère de mon moi et me donne gratuitement en échange son soi. Cela s’accomplit spécifiquement dans les sacrement de la réconciliation et de l’eucharistie. Grâce à l’action du Christ, nous pouvons entrer dans une justice « plus grande », celle de l’amour (cf. Rom XIII, 8-10), la justice de celui qui, dans quelque situation que ce soit, s’estime davantage débiteur que créancier parce qu’il a reçu plus que ce qu’il ne pouvait espérer.

Fort de cette expérience, le chrétien est invité à s’engager dans la construction de sociétés justes où tous reçoivent le nécessaire pour vivre selon leur dignité humaine et où la justice est vivifiée par l’amour.

 Chers frères et sœurs, le temps du carême culmine dans le triduum pascal,  au cours duquel cette année encore, nous célébrerons la justice divine, qui est plénitude de charité, de don et de salut. Que ce temps de pénitence soit pour chaque chrétien un temps de vraie conversion et d’intime connaissance du mystère du Christ venu accomplir toute justice. Formulant ces vœux, j’accorde à tous et de tout cœur ma bénédiction apostolique.

Cité du Vatican, le 30 octobre  2009

BENEDICTUS PP. XVI

Armoiries de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

Publié dans:De liturgia, Textes spirituels |on 4 février, 2010 |1 Commentaire »

2010-2. Ouverture de l’année jubilaire du 4ème centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation et 15ème anniversaire de l’affiliation de Frère Maximilien-Marie à l’Ordre de la Visitation.

Saint François de Sales et les premières Mères de la Visitation

6 juin 1610 : fondation de l’Ordre de la Visitation.

Au soir de la fête de Saint François de Sales, 29 janvier 2010.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous sommes dans les derniers jours du mois de janvier  et c’est la fin de la période des vœux ; mais les voeux que nous avons formés pour vous, en commençant la nouvelle année civile, étaient – bien plus que des souhaits conventionnels – des prières à votre intention et à vos intentions, déposées dans le Cœur de Jésus et Marie.

Les prières, qui sont faites pour vous au Mesnil-Marie, vous le savez bien, ne se limitent pas au « temps des vœux » mais se continuent quotidiennement tout au long de l’année.
Frère Maximilien-Marie aime tout particulièrement citer un aphorisme de son cher maître (il lui donne volontiers ce nom en raison du rôle très important qu’il a joué dans l’éveil de sa pensée et dans le développement de sa vie spirituelle), Gustave Thibon
(cf. ici), qui dans son style d’une incomparable et profonde concision a admirablement exprimé ce qui est au plus profond de la vie religieuse :  « Prière. – Je prie pour vous – cela ne signifie pas que je prononce de temps en temps quelques paroles en pensant à vous ; cela signifie que je me sens responsable de vous dans ma chair et dans mon âme, que je vous porte en moi comme une mère porte son enfant, que je veux partager, et non seulement partager, mais attirer entièrement sur moi tout le mal, toute la douleur qui vous menacent et que j’offre à Dieu toute ma nuit pour qu’il vous la rende en lumière. »

L’année civile est déjà bien entamée ; l’année liturgique l’avait précédée d’un mois (cf. > ici); et voici que nous venons de commencer encore une autre nouvelle année : une année jubilaire instituée par la Sainte Eglise en l’honneur du quatrième centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation Sainte Marie.

C’est en effet le 6 juin 1610, qui était cette année-là le dimanche de la Sainte Trinité, que Saint François de Sales introduisit Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal et ses deux premières compagnes dans la petite maison, dite de « la Galerie », en bordure du lac d’Annecy, et leur fit inaugurer la vie communautaire sous la Règle de Saint Augustin.

A l’occasion de ce quatrième centenaire, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI, par un décret de la Pénitencerie Apostolique signé le 17 septembre 2008, a accordé aux moniales Visitandines et à tous les fidèles qui visiteront les églises des monastères de la Visitation le don de l’indulgence plénière à certaines dates et aux conditions habituelles :

Décret de la Pénitencerie Apostolique pour l'année jubilaire de la fondation de l'Ordre de la Visitation

L’année jubilaire de la Visitation a commencé le dimanche 24 janvier (jour de la fête de Saint François de Sales dans le calendrier réformé du rite romain publié en 1969) dans tous les monastères de l’Ordre – mais très particulièrement à Annecy – et elle prendra fin le  13 décembre prochain (jour anniversaire de la mort de Sainte Jeanne de Chantal).

Bien évidemment, au Mesnil-Marie nous nous associons de tout notre cœur à la joie de ce jubilé parce que nous sommes reliés d’une manière spéciale à l’Ordre de la Visitation et à la spiritualité de « notre bienheureux père Saint François de Sales ». En effet, Frère Maximilien-Marie est affilié à l’Ordre de la Visitation – c’était d’ailleurs aujourd’hui même le quinzième anniversaire de son affiliation - et l’oeuvre du Refuge Notre-Dame de Compassion s’inscrit dans la volonté de réaliser en nos temps, à notre très modeste mesure, le désir que Saint François de Sales avait de voir une communauté religieuse masculine vivant de l’esprit de la Visitation.

Qu’est ce que l’affiliation à l’Ordre de la Visitation ?

C’est une pratique qui remonte au temps même de Sainte Jeanne de Chantal.
L’Ordre de la Visitation n’a pas de tiers ordre – comme en ont les franciscains ou les carmes -, mais les moniales peuvent proposer à des prêtres, à des religieux, et parfois même à des laïcs, d’entrer dans la famille spirituelle de Saint François de Sales et de Sainte Jeanne de Chantal en se liant à l’Ordre par un lien spirituel privilégié. Cela correspond à un engagement réciproque, préparé par six mois de « quasi noviciat » sous la direction de l’une des supérieures, marqué par la réception de la croix d’argent que portent les Visitandines et consigné dans les registres du monastère.

Je vous retranscris ici le dialogue qui eut lieu le dimanche 29 janvier 1995 dans la chapelle du monastère de la Visitation de Chartres, à l’issue des vêpres et avant la bénédiction du Très Saint-Sacrement :

La Supérieure : Mon Frère, que demandez-vous de notre monastère?

Frère Maximilien-Marie : La faveur d’être affilié à sa vie spirituelle en me mettant à l’école des enseignements de Saint François de Sales pour devenir une âme vraiment apostolique.

La Supérieure : C’est avec joie que la Communauté accueille votre démarche. « Que ce jour soit donc pour vous un jour de salut et cette heure une heure de bénédiction » (Saint François de Sales).

Engagement : Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Moi, Frère Maximilien-Marie, je m’offre entièrement à Dieu et Lui promets devant la Bienheureuse Vierge Marie, les Saints Fondateurs de la Visitation Sainte-Marie et tous les Saints, de mener une vie conforme à l’Evangile, éclairée par les enseignements de Saint François de Sales.

La Supérieure : Recevez, mon Frère, la Croix de l’Ordre de la Visitation, qu’elle soit comme un sceau sur votre cœur, afin qu’avec le Christ Jésus vous puissiez régner un jour dans Son Royaume avec la Très Sainte Vierge Marie, nos Saints Fondateurs et vos Saints Protecteurs. Cette Croix est le signe visible de la communion spirituelle qui s’établit en ce jour entre vous et les membres de la Communauté.

Avec Chlôris, nous avons fouillé dans les albums photos et, si nous n’avons pas trouvé de cliché du jour même de cette affiliation, nous avons néanmoins découvert une photo qui date du mois d’octobre 1994, au temps où Frère Maximilien-Marie allait presque tous les samedis au monastère de Chartres pour y recevoir les enseignements des Mères  le préparant à cette affiliation. La photo a été prise dans le grand cloître du monastère en compagnie de la Mère Supérieure et de la Mère Assistante.

Frère Maximilien-Marie à la Visitation de Chartres en novembre 1994

Tout au long des mois qui viennent, cette année jubilaire nous donnera donc l’occasion d’approfondir certains points de la spiritualité  de Saint François de Sales et de la Visitation. En attendant, je vous souhaite à tous, chers Amis du Mesnil-Marie, de participer par beaucoup de grâces aux fruits de cette année jubilaire et je conclus par ces paroles que j’emprunte à Saint François de Sales :

 » Dieu vous bénisse de sa grande bénédiction ; c’est le continuel et invariable souhait de ce cœur qui est vôtre en Jésus-Christ ».

Lully. 

Blason de l'ordre de la Visitation

Armoiries de la Visitation.

Pour prier Notre-Dame avec Saint François de Sales > ici.

Comment St François de Sales et Ste Jeanne de Chantal furent amenés à fonder l’Ordre de la Visitation > ici, et récit de l’ouverture du premier monastère de la Visitation > ici.

2009-36. Méditons devant la crèche avec la catéchèse de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI du 23 décembre :

L’avant veille de Noël, mercredi 23 décembre 2009, lors de sa catéchèse hebdomadaire donnée au cours de l’audience générale, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a rappelé l’historique et le sens spirituel de la représentation de la crèche, si chère à la tradition de nos pays occidentaux. Ce texte peut très utilement être repris et médité devant nos crèches domestiques.

Crèche du Mesnil-Marie, décembre 2009.

Chers frères et sœurs,

avec la neuvaine de Noël que nous célébrons ces jours-ci, l’Eglise nous invite à vivre de manière intense et profonde la préparation à la Naissance du Sauveur, désormais imminente. Nous avons tous dans le cœur le désir que la fête de Noël toute proche nous donne, dans l’activité frénétique de nos journées, une joie sereine et profonde qui nous fasse toucher du doigt la bonté de notre Dieu et nous remplisse d’un courage nouveau.

Pour faire mieux comprendre le sens de la Naissance du Seigneur, je voudrais évoquer rapidement l’origine historique de cette fête. En effet, l’année liturgique de l’Eglise s’est développée initialement non pas à partir de la naissance du Christ, mais de la foi en sa résurrection. Donc la plus ancienne fête chrétienne n’est pas Noël, mais Pâques ; la résurrection du Christ fonde la foi chrétienne, elle est à la base de l’annonce de l’Evangile et fait naître l’Eglise. Donc être chrétiens signifie vivre à la manière de Pâques, en nous laissant prendre par le dynamisme qu’a créé le Baptême et qui nous amène à mourir au péché pour vivre avec Dieu (cf. Romains 6, 4).

Le premier à affirmer clairement que Jésus est né le 25 décembre a été Hippolyte de Rome, dans son commentaire, écrit vers l’an 204, du livre du prophète Daniel. Par la suite certains exégètes ont noté que l’on célébrait ce jour-là la fête de la dédicace du temple de Jérusalem, instituée par Judas Macchabée en 164 avant J-C. La coïncidence des dates signifierait alors que c’est avec Jésus, apparu comme lumière de Dieu dans la nuit, que se réalise vraiment la consécration du temple, l’Avènement de Dieu sur cette terre.

Dans la chrétienté la fête de Noël a pris une forme définie au IVe siècle en remplaçant la fête romaine du « Sol invictus », le soleil invincible ; cela a mis en évidence le fait que la naissance du Christ est la victoire de la vraie lumière sur les ténèbres du mal et du péché.

Mais l’atmosphère spirituelle particulière et intense qui entoure Noël s’est développée au Moyen Age, grâce à saint François d’Assise, qui avait un profond amour pour l’homme Jésus, Dieu-avec-nous. Son premier biographe, Tommaso da Celano, raconte dans la « Vita seconda » que saint François « plus que toutes les autres fêtes, célébrait avec un soin ineffable la Naissance de l’Enfant Jésus, et appelait fête des fêtes le jour où Dieu, fait petit enfant, avait tété le sein d’une femme » (Fonti Francescane, 199, p. 492).

Cette dévotion particulière au mystère de l’incarnation est à l’origine de la fameuse célébration de Noël à Greccio. Elle fut probablement inspirée à saint François par son pèlerinage en Terre Sainte et par la crèche de Sainte-Marie-Majeure à Rome. Le Poverello d’Assise désirait expérimenter de manière concrète, vivante et actuelle l’humble grandeur de l’événement de la naissance de l’Enfant Jésus et d’en transmettre la joie à tous.

Dans sa première biographie, Tommaso da Celano parle de la nuit de la crèche de Greccio de manière vivante et touchante, offrant une contribution décisive à la diffusion de la plus belle tradition de Noël, celle de la crèche. La nuit de Greccio, a en effet redonné à la chrétienté l’intensité et la beauté de la fête de Noël, et a appris au peuple de Dieu à en percevoir le message le plus authentique, la chaleur particulière, et à aimer et adorer l’humanité du Christ.

Cette approche particulière de Noël a offert à la foi chrétienne une nouvelle dimension. Pâques avait concentré l’attention sur la puissance de Dieu qui triomphe de la mort, inaugure la vie nouvelle et apprend à espérer dans le monde à venir. Avec saint François et sa crèche, ce qui était mis en évidence, c’était l’amour désarmé de Dieu, son humilité et sa bonté, qui se manifestent aux hommes dans l’incarnation du Verbe pour leur enseigner une nouvelle façon de vivre et d’aimer.

Celano raconte que, dans cette nuit de Noël, François reçut la grâce d’une vision merveilleuse. Il vit, couché immobile dans la mangeoire, un petit enfant, qui fut tiré du sommeil justement par la présence de François. Et il ajoute: « Et cette vision n’était pas en désaccord avec les faits parce que, par sa grâce qui agissait à travers son saint serviteur François, l’Enfant Jésus fut ressuscité dans le cœur de beaucoup de gens qui l’avaient oublié et profondément gravé dans leur mémoire pleine d’amour » (Vita prima, Fonti Francescane, 86, p. 307).

Ce tableau décrit très précisément ce que la foi vivante et l’amour de François pour l’humanité du Christ ont transmis à la fête chrétienne de Noël : la découverte que Dieu se révèle dans les tendres membres de l’Enfant Jésus. Grâce à saint François, le peuple chrétien a pu percevoir qu’à Noël Dieu est vraiment devenu l’ »Emmanuel », le Dieu-avec-nous, dont nous ne sommes séparés par aucune barrière et aucune distance. En cet Enfant, Dieu est devenu si proche de chacun de nous, que nous pouvons le tutoyer et avoir avec lui un rapport de confiance et de profonde tendresse, comme avec un nouveau-né.

En effet Dieu-Amour se manifeste en cet Enfant : Dieu vient sans armes, sans force, parce qu’il ne veut pas conquérir de l’extérieur, pour ainsi dire, mais être accueilli par l’homme dans la liberté ; Dieu se fait Enfant désarmé pour vaincre l’orgueil, la violence, la soif de possession de l’homme. En Jésus, Dieu s’est fait pauvre et désarmant pour nous vaincre par l’amour et nous conduire à notre véritable identité. Nous ne devons pas oublier que le plus grand titre de Jésus-Christ est justement celui de « Fils », Fils de Dieu ; la dignité divine est indiquée par un mot qui prolonge la référence à l’humble situation de la mangeoire de Bethléem, tout en correspondant de manière unique à sa divinité, qui est la divinité du « Fils ».

Son état d’Enfant nous indique, de plus, comment nous pouvons rencontrer Dieu et jouir de sa présence. C’est à la lumière de Noël que nous pouvons comprendre ce qu’a dit Jésus : « Si vous ne vous convertissez pas et ne devenez pas comme les petits enfants, vous n’enterez pas dans le royaume des cieux » (Matthieu 18, 3). Celui qui n’a pas compris le mystère de Noël n’a pas compris l’élément décisif de la vie chrétienne. Celui qui n’accueille pas Jésus avec un cœur d’enfant ne peut entrer dans le royaume des cieux : c’est ce que François a voulu rappeler à la chrétienté de son temps et de tous les temps, jusqu’à aujourd’hui.

Prions le Père pour qu’il accorde à notre cœur cette simplicité qui reconnaît le Seigneur dans l’Enfant, comme François l’a fait à Greccio. Alors il pourrait nous arriver à nous aussi ce que Tommaso da Celano – se référant à l’expérience des bergers pendant la Sainte Nuit (cf. Luc 2, 20) – dit de ceux qui assistèrent à l’événement de Greccio : « Chacun d’eux rentra chez lui plein d’une joie ineffable » (Vita prima, Fonti Francescane, 86, p. 479).

C’est le voeu que je forme avec affection pour vous tous, pour vos familles et pour tous ceux qui vous sont chers. Bon Noël à vous tous !

2009-34. De la spiritualité de l’Avent et de l’arrivée d’une statue de la Vierge à l’Enfant en notre « Mesnil-Marie ».

Couronne de l'Avent 2009

Mercredi 9 décembre 2009.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Avec le premier dimanche de l’Avent, nous sommes entrés dans une nouvelle année liturgique.
La « Couronne de l’Avent » (dont le symbolisme avait été expliqué > ici), évoque, par sa forme même, le cycle de la liturgie : j’ai accompagné Frère Maximilien-Marie à la lisière de notre bois pour couper les branches de sapin avec lesquelles il a ensuite confectionné la couronne que vous voyez sur la photo ci-dessus et dont nous allumons les bougies selon la progression des dimanches.

Quel beau temps que celui de l’Avent !
Nous nous replongeons dans les textes de la Sainte Ecriture qui nous annoncent la consolation et le salut, et nous sommes transportés par une joyeuse espérance dans l’attente de la fête de la Nativité du Sauveur.
Noël n’est pas la célébration d’une naissance qui appartient au passé, à la manière dont on commémore les grandes dates de l’histoire ou les armistices ; c’est véritablement une actualisation du mystère de la venue du Fils de Dieu : la liturgie rend présents et actuels les mystères qu’elle célèbre. Il ne s’agit pas d’une « reconstitution », mais d’une réalisation invisible – mystique – opérée par une grâce réelle, donnée aux âmes et à toute la création… Oui, j’insiste sur ce point, cette grâce n’est pas seulement pour les hommes mais pour toute la création : c’est Saint Paul qui l’écrit dans le merveilleux chapitre VIII de l’épître aux Romains (19-22). Voilà pourquoi le mois de décembre est tout entier baigné d’une lumière comparable à celle de l’aube : ce n’est pas encore la pleine lumière, mais une clarté qui nous assure que la nuit prendra fin et que le soleil resplendira à nouveau…
On peut aussi comparer le temps de l’Avent au sentiment qui naît dans l’esprit d’un voyageur égaré dans la nuit et le froid lorsqu’il entrevoit soudain, au loin dans les ténèbres, le point lumineux d’une fenêtre : il sait qu’en se dirigeant vers ce qui n’est encore qu’un point  de lumière il trouvera un lieu où il sera accueilli, où un bon feu  réchauffera ses membres engourdis, où un bol de soupe lui rendra des forces… Alors, avant même d’arriver, une joyeuse espérance l’envahit et lui fait hâter le pas.

La façade est du Mesnil-Marie à la tombée de la nuit le 8 décembre

Illumination des fenêtres du Mesnil-Marie le soir du 8 décembre.

Dans la démarche spirituelle de l’Avent, la très belle fête du 8 décembre occupe une place de choix : dans cette dynamique qui nous porte vers l’avènement de la « Lumière née de la Lumière », la Très Sainte Vierge Marie a bien évidemment un rang de tout premier ordre. Elle est l’Aurore avant le Jour. La conception très pure, sans tache, immaculée  (par une grâce venant déjà des mérites de la mort du Sauveur), par Sainte Anne et Saint Joachim, de Celle qui deviendrait  une quinzaine d’années plus tard la Mère du Verbe Incarné, est une étape importante de l’histoire de notre salut. C’est comme l’étoile du matin – Stella matutina – annonciatrice des clartés de l’aurore. Marie est l’étoile et pour honorer le moment où elle fut conçue dans le sein de Sainte Anne, nous avons allumé au rebord des fenêtres du Mesnil-Marie, selon la belle tradition née et perpétuée à Lyon (*), des lampions de couleurs : petites étoiles terrestres répondant au clignotement des étoiles du ciel.

Il n’y avait pas que nos fenêtres qui étaient éclairées hier soir : nous avions aussi éclairé la statue de la Vierge à l’Enfant qui est arrivée samedi dernier (c’est vraiment providentiellement qu’elle est arrivée le samedi – jour marial par excellence – parce que le  jour prévu pour la livraison était le vendredi mais le transporteur avait été retardé par les conditions climatiques). Frère Maximilien-Marie l’a acquise sur un site de ventes aux enchères en ligne et, il faut bien le dire, il n’y avait pas d’autres candidats…

La Vierge à l'Enfant (détail)

Pour terminer ma petite chronique de ce soir, je vous propose une très belle invocation, extraite d’une prière traditionnelle récitée devant la statue de Notre-Dame de Chartres, et tout à fait conforme à l’esprit de ce temps de l’Avent :

« O Vierge immaculée, qui devez enfanter à la grâce et à la gloire tous les élus de Dieu, daignez me recevoir dans votre sein maternel et me former en vous pour que je ressemble à Jésus! »

Recevez mes salutations félines les plus distinguées.

Lully.

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PS. : N’oubliez pas demain, 10 décembre, la fête de Notre-Dame de Lorette dont j’ai déjà parlé > ici.

(*) Les illuminations de la ville de Lyon :
le 8 décembre 1852 la procession annoncée à l’occasion de la bénédiction de la statue de la Vierge en bronze dorée qui venait d’être placée au sommet du clocher de la chapelle de Fourvière, fut empêchée par le mauvais temps. Par une sorte de mouvement spontané qui se communiqua à toute la ville, les fidèles placèrent alors sur le rebord de leurs fenêtres des bougies et des lumignons en hommage à la Protectrice de leur cité : 
« Tout à coup apparaissent à quelques fenêtres inconnues des lignes de feu… La ville s’était embrasée en un instant. Bientôt, il ne restait plus, sur la vaste étendue des quais, des rues, des passages ignorés et des cours invisibles, aucune fenêtre obscure. Les petits marchands, les clochers, illuminaient leurs baraques, leurs voitures et jusqu’aux bordures des trottoirs… Quelques feux de Bengale s’allumèrent sur les toits de la chapelle de Fourvière, la statue de la Vierge apparaît et la grosse cloche de Saint Jean, cet éloquent interprète des joies publiques, est lancée à toute volée. A huit heures, la population entière était dans la rue, circulant, paisible, joyeuse et attendrie. On se serrait la main sans se connaître, on chantait des cantiques, on applaudissait, on criait : « Vive Marie !  » Les étrangers n’en revenaient pas de leur surprise, et les Lyonnais, tout remplis qu’ils étaient de cette fête improvisée, se demandaient comment, en un instant, une population de trois cent mille âmes avait pu être saisie de la même pensée ».
Depuis lors tous les ans- et malgré la laïcisation de la fête – la tradition est perpétuée et elle a peu à peu gagnée d’autres cités, d’autres provinces…

Neuvaine de l’Immaculée Conception, du dimanche 29 novembre au lundi 7 décembre 2009:

Conformément à ce qui se pratique à Rome et dans la plus grande partie de l’univers catholique, nous vous encourageons à participer à la neuvaine préparatoire à la grande et belle fête du 8 décembre, qui commence le 29 novembre.

Pratique de la neuvaine :

1) chaque jour au moins une dizaine de chapelet suivie de l’invocation « Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous! » (3 fois).

2) récitation quotidienne de la prière publiée ci-dessous.

3) confession sacramentelle pour se préparer à la sainte communion le jour de la fête.

Notre-Dame du Sacerdoce, mère et reine des prêtres

Prière de la neuvaine:

Ô Vierge Immaculée, toute puissante sur le Coeur de Dieu, en cette « Année sacerdotale » voulue par notre Saint-Père le Pape Benoît XVI, nous vous supplions avec ferveur de demander à votre divin Fils les prêtres dont Son Eglise a besoin : des prêtres généreux dans la réponse aux exigences de leur vocation, des prêtres fidèles aux grâces de leur sacerdoce, des prêtres qui marchent avec courage et détermination sur le chemin de la sainteté…

Qu’à l’exemple de leur céleste modèle et patron, Saint Jean-Marie Vianney, le Saint Curé d’Ars, ils soient des hommes de prière et de pénitence, de véritables apôtres de la charité évangélique, d’infatigables missionnaires de la vérité révélée, de zélés serviteurs du sacrement du pardon, et par dessus tout qu’ils soient chaque jour plus intensément les dignes et fervents ministres du Très Saint Sacrement de l’Eucharistie !

Mère et Reine du Clergé, obtenez-nous de nombreuses et surtout solides vocations sacerdotales : puissent les jeunes gens appelés à devenir prêtres répondre avec générosité et ferveur aux appels du Coeur de Jésus, et puissent-ils être soutenus par des formateurs remplis de vraies prudence et sagesse sur le chemin qui monte vers l’Autel, où ils devront s’offrir eux-mêmes pleinement, en union avec la céleste Victime dont ils renouvelleront le Saint Sacrifice, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes!

Ainsi soit-il!

(prière composée par frère Maximilien-Marie, reproduction autorisée à condition d’en mentionner la source)

 

Publié dans:De liturgia, De Maria numquam satis, Prier avec nous |on 25 novembre, 2009 |Commentaires fermés

2009-33. Méditation pour la Présentation de Marie au Temple (Jean-Jacques Olier):

21 novembre

Voici la première partie des méditations écrites par Monsieur Olier, à propos de la fête de la Présentation de Marie au Temple (fête célébrée le 21 novembre) dans son traité sur la « Vie intérieure de la Très Sainte Vierge Marie » :

la Présentation de la Vierge Marie au Temple.

« L’offrande que Marie avait faite d’elle-même à Dieu, dès le moment de sa conception immaculée, avait été secrète ; mais comme la vertu de religion, outre les devoirs intérieurs et cachés, comprend les devoirs extérieurs et publics, Dieu voulut qu’elle renouvelât son offrande dans le temple de Jérusalem, le seul sanctuaire de toute la vraie religion qu’il y eût alors dans le monde. Il lui inspira donc lui-même la pensée d’aller s’offrir à lui dans ce saint lieu. Cette bénie enfant, sanctifiée en sa chair, et toute pénétrée et remplie de la divinité dans son âme, était dirigée en tout par l’Esprit-Saint : ne laissant en elle aucune entrée à la sagesse humaine, elle ne pouvait agir que selon Dieu, qu’en Dieu, pour Dieu, et par la direction même de Dieu.

A peine lui a-t-il imprimé le mouvement de se séparer de la maison de ses parents, qu’elle quitte ce monde grossier et corrompu sans regarder derrière elle. Elle n’examine point si, au service de Dieu, elle aura quelque besoin ; si ce grand Dieu lui est suffisant en toutes choses ou non. Elle ne pense point à sa maison, à ses parents : elle s’abandonne toute à lui avec une confiance merveilleuse, sans retour quelconque sur elle, ni sur quoi que ce puisse être. Possédée de l’Esprit de Dieu, tout-puissant, tout ardent, tout amour, elle est amenée au temple par ce divin Esprit, qui l’élève lui-même au-dessus de son âge et des forces de la nature. Quoique âgée seulement de trois ans, elle monte seule les degrés du temple ; et Dieu veut qu’elle marche ainsi seule, sans s’appuyer sur sa mère, pour montrer que l’Esprit divin tout seul la dirigeait ; et aussi pour nous apprendre qu’opérant dans nos âmes par sa puissance, il est le vrai supplément de nos infirmités. Pourtant elle était en la compagnie de sainte Anne sa mère, parce que, si rempli qu’on soit du Saint-Esprit, on doit toujours vivre sous la conduite extérieure de ceux qu’il nous a donnés pour nous tenir sa place, et qui sont les approbateurs de ses voies : lui-même, sous l’extérieur de ces personnes, nous assurant de sa direction.

Séparée ainsi de la maison de ses parents, dans un âge si tendre, cette très-sainte enfant s’abandonne à Dieu, dans un oubli du monde et une mort d’elle-même, une ferveur et un zèle qui ne peuvent être compris. Elle renouvelle ses voeux d’hostie et de servante, avec un amour plus grand encore, plus pur, plus excellent, plus admirable qu’elle ne l’avait fait dans, le temple sacré des entrailles de sainte Anne : cet amour allant toujours croissant de moment à moment, et n’ayant en elle ni interruption ni relâche ; ce qui la rendait comme immense. Toute consumée par cet amour, elle ne veut avoir de vie, de mouvement, de liberté, d’esprit, de corps, rien absolument qu’en Dieu. La donation qu’elle fait d’elle-même est si vive, si ardente et si pressante, que son âme est dans la disposition actuelle et perpétuelle de se livrer sans cesse à Dieu, et d’être toujours de plus en plus à lui, croyant, pour ainsi dire, n’y être jamais assez et voulant y être davantage encore, s’il lui était possible. Enfin, s’offrant comme une hostie vivante, toute consacrée à Dieu en elle-même et dans tout ce qu’elle serait un jour, elle renouvelle la consécration qu’elle lui avait déjà faite de toute l’Église, dans sa conception ; spécialement celle des âmes qui, à son exemple, se consacreraient à son divin service dans tant de saintes communautés. En ce jour, la loi ancienne voit se réaliser quelque chose de ce qu’elle figurait : le temple de Jérusalem voit s’accomplir l’une de ses attentes : il reçoit dans son enceinte l’un des temples dont il était l’image, la très-sainte Vierge Marie, temple vivant de Jésus-Christ, comme Jésus-Christ devait être le temple parfait et véritable de la Divinité. »

Lys de France

Voir aussi :
- Le texte de l’hymne propre au bréviaire de l’archidiocèse de Paris

pour la fête de la Présentation de Marie au Temple > ici
- L’extrait des « Gloires de Marie » où St Alphonse de Ligori traite de ce mystère > ici
- Les extraits du sermon de St François de Sales pour cette fête > ici

2009-31. Pèlerinages et randonnées de l’été 2009.

Mercredi des Quatre-Temps d’automne, 23 septembre 2009.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Dans ma chronique du 5 septembre (ici > www), je vous avais promis une suite pour vous parler des pèlerinages et des randonnées qui ont jalonné l’été du Mesnil-Marie. Je me remets donc au clavier pour m’acquitter de ma promesse.

A – Le premier pèlerinage local auquel Frère Maximilien-Marie a participé a été celui qui a lieu le premier dimanche d’août à la chapelle de Soutron et au cours duquel on solennise la fête de la Transfiguration de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La légende rapporte que cette chapelle, agrippée au rocher à quelque 1140 m d’altitude, fut édifiée  (à quelle époque? il est difficile de le préciser… peut-être au retour d’une croisade) par noble Julien de La Varenne en action de grâces. C’est un lieu extraordinaire auquel on accède par un sentier étroit, caillouteux, escarpé… mais au sommet la magnificence du paysage que l’on contemple à 360° et la plénitude que l’on y ressent sont la récompense des efforts de la montée.

Frère Maximilien-Marie montant à la chapelle Saint-Julien de Soutron

On peut découvrir un diaporama sur le rocher et la chapelle de Soutron, avec en particulier des photographies qui montrent les lieux sous la neige, en février 2009, ici > www.

B – Bien sûr, il y a eu ensuite les très belles fêtes de l’Assomption au Puy-en-Velay : le 14 août au soir, Frère Maximilien-Marie participait avec des amis à la procession aux flambeaux qui monte vers la Cathédrale en faisant alterner chants et méditations des mystères du chapelet. L’entrée dans la cathédrale est  ensuite particulièrement émouvante ; une ferveur simple et vraie anime les pèlerins qui viennent s’incliner devant la célèbre Vierge Noire puis participer à la veillée d’adoration du Très Saint Sacrement.

Une foule fervente prie et chante le 14 août au soir en montant vers la cathédrale du Puy       Vue générale du Puy-en-Velay       La Vierge Noire du Puy

(cliquer sur les vignettes pour voir les photos en grand)

Le jour même de l’Assomption, samedi 15 août, Frère Maximilien-Marie et ses amis sont aussi retournés au Puy pour assister à la Sainte Messe.

C – Le lendemain de l’Assomption était tout à la fois un dimanche et le jour de la fête de Saint Roch.

Antraïgues sur Volane : la chapelle Saint Roch au milieu de la châtaigneraie       L'autel de Saint Roch dans la chapelle du pèlerinage       Intérieur de la chapelle Saint Roch restauré à l'identique

(Cliquer sur les vignettes pour voir les photos en grand)

A environ une heure de route de notre Mesnil-Marie, la petite commune d’Antraïgues-sur-Volane, est le centre d’un pèlerinage en l’honneur de Saint-Roch : ce saint – très populaire dans tout le pourtour méditerranéen – était très honoré dans cette paroisse depuis plusieurs siècles. Dans la période de relèvement spirituel qui suivit la grande révolution, un prêtre zélé relança le culte de Saint Roch et fit construire une chapelle en son honneur, au milieu de la châtaigneraie, en même temps qu’il fondait dans la paroisse une congrégation de religieuses garde-malades placée sous le vocable du Saint thaumaturge. La chapelle, qui était en fort mauvais état il y a quelques années, a été magnifiquement restaurée à l’identique par les soins d’une association de laïcs et le pèlerinage du 16 août reste une date importante pour les villages environnants.

D – Le premier dimanche de septembre est ensuite le jour du pèlerinage en l’honneur de Notre-Dame d’Espérance de Pramailhet. Vous auriez bien du mal à trouver Pramailhet sur une grande carte : c’est en  effet un tout petit hameau situé sur le plateau volcanique du Coiron qui, d’ouest en est, fait comme une barrière rocheuse entre le haut et bas Vivarais. La chapelle est elle-même à l’écart du hameau. On y vénère une « Vierge trouvée », statuette de pierre représentant la Vierge à l’Enfant et qui faisait probablement partie à l’origine d’une croix médiévale. On pense qu’il y avait en ce lieu, dès le haut Moyen-Age, un ermitage qui aurait été détruit (peut-être par le passage des grandes compagnies au XIVème ou XVème siècle). La tradition locale rapporte qu’un paysan labourant avec ses boeufs fut très étonné de voir ces derniers s’immobiliser en un point précis du champ puis se prosterner : creusant à cet endroit il aurait découvert la petite Madone de pierre, et c’est ainsi que le pèlerinage serait né. La chapelle reconstruite après les dévastations des huguenots, agrandie peu de temps avant la révolution, restaurée au XIXème siècle est trop petite pour contenir tous les pèlerins qui affluent le premier dimanche de septembre et la Messe doit être célébrée sur le parvis.

La chapelle Notre-Dame d'Espérance de Pramailhet       2009-31. Pèlerinages et randonnées de l'été 2009. dans Chronique de Lully dsc04920.vignette

(Cliquer sur les vignettes pour voir les photos en grand)

E – Dernier pèlerinage avant l’arrivée de l’automne, le 8 septembre, pour la fête de la Nativité de Notre-Dame, Frère Maximilien-Marie s’est rendu aux pieds de Notre-Dame d’Ay. Comme la végétation qui a énormément poussé n’avait pas permis à Frère Maximilien-Marie de prendre une vue d’ensemble qui vous permettrait de comprendre la situation du sanctuaire, j’ai dû rechercher une gravure ancienne :

Gravure ancienne du site de Notre-Dame d'Ay

Le sanctuaire de Notre-Dame d’Ay existait déjà à l’époque carolingienne. Il est édifié sur un promontoire rocheux qui fut puissamment fortifié à l’époque médiévale si bien que la chapelle de la Vierge est entourée de restes de tours, remparts et autres donjons. Au pied du rocher coule une petite rivière, l’Ay, qui a donné son nom au sanctuaire.

La tradition parle d’une bergère, sauvée de la noyade en invoquant Notre-Dame, qui aurait édifié un oratoire en ce lieu. Une Vierge Noire y fut vénérée au Moyen-Age : brûlée par les huguenots la statue originelle fut remplacée au XVIème siècle par une belle statue polychrome sculptée dans du chêne. Cachée pendant la révolution, cette statue reçut en 1890 les honneurs du couronnement au nom du Pape Léon XIII.

Intérieur de la chapelle de Notre-Dame d'Ay       Vue générale du site de Notre-Dame d'Ay       Notre-Dame d'Ay, la Vierge Noire couronnée

(Cliquer sur les images pour voir les photographies en grand)

Soyez en persuadés, à l’occasion de ces pèlerinages, Frère Maximilien-Marie a « emporté » avec lui toutes les intentions de ses amis et bienfaiteurs, priant tout spécialement pour les malades et les défunts qu’on lui avait recommandés.

F – Enfin, je dois mentionner aussi deux randonnées auxquelles Frère Maximilien-Marie a été très heureux de prendre part : l’association des « Amis du Mézenc » proposait, les 10 et 22 août, la découverte d’une partie des anciennes fermes dépendant, avant la révolution, de la Chartreuse de Bonnefoy: ce furent pour lui deux belles journées qui allièrent une saine détente avec la découverte d’un patrimoine historique et architectural malheureusement trop souvent méconnu.

En achevant la seconde partie de ma chronique de l’été 2009 au Mesnil-Marie, je vous recommande de continuer à porter Frère Maximilien-Marie dans vos prières amicales : si sa santé s’est bien améliorée, il demeure néanmoins fragilisé et doit consentir à  ménager ses forces… En ce moment, comme depuis des mois, il continue des traitements de fond. qui lui permettront de repartir ensuite avec une « nouvelle jeunesse »! Demain, 24 septembre, fête de Notre-Dame de la Merci, Chlôris et moi-même nous ne manquerons pas de l’entourer de toute notre affection pour marquer le vingtième anniversaire de ses  voeux perpétuels (voir aussi ici > www).

Chlôris se joint à moi pour vous adresser des ronronnements très distingués.

Lully.

2009-30. Nous fêtons le 18 septembre Saint Joseph de Cupertino, céleste protecteur de ceux qui passent des examens.

La vie de Saint Joseph de Cupertino est assurément l’une des plus extraordinaires et des plus déroutantes de l’hagiographie, mais le fait que son procès de canonisation se soit déroulé en plein « siècle des lumières », sous les yeux – peut-on dire – des hyper-critiques qui cherchaient à discréditer le catholicisme par tous les moyens, est déjà une garantie : l’Eglise en face de tant de contradicteurs s’est posée toutes les questions qu’on était en droit d’attendre en pareil cas et a fait preuve de circonspection, accumulant les plus certains des témoignages sur ce « phénomène » vraiment déconcertant pour les esprits rationalistes.

* * * * * * *

Joseph Désa naquit dans une famille pauvre de biens matériels, mais riche de foi et de vertus chrétiennes, le 17 juin 1603. C’était à Cupertino, dans le diocèse de Nardo, au Royaume de Naples.

Joseph passa toute son enfance dans cette petite ville, auprès de son père, menuisier, et  de sa mère, Françoise Zanara, femme laborieuse et énergique.
La famille était profondément chrétienne et on raconte que dès l’âge de cinq ans le petit Joseph donna des signes de grande piété et vertu.

Néanmoins, s’il était précoce en vertu, il était naturellement maladroit – c’est un euphémisme ! – d’une maladresse aussi bien manuelle qu’intellectuelle, au point qu’on le considéra bien vite comme le « simplet » du village.
Atteint d’une étrange maladie, dont il fut guéri en recourant avec ferveur à la Très Sainte Vierge, il résolut de consacrer sa vie à Dieu et s’imposa dès lors de grandes mortifications, comme on en pratique dans les ordres religieux les plus austères.

A dix-sept ans, comme deux de ses oncles étaient franciscains conventuels, il se présenta dans leur Ordre où il fut refusé pour insuffisance intellectuelle.
Les Capucins l’acceptèrent comme frère convers mais, comme il était en extase continuelle, il se montra si malhabile dans les travaux qu’ils le congédièrent pour manque d’esprit, d’aptitude et de santé.

Sa mère qui était fort humiliée et ne voulait plus s’occuper de lui, réussit à fléchir son frère, Jean Donato, qui était franciscain conventuel, et l’on reçut finalement Joseph, sous l’habit du Tiers-Ordre, au couvent de Grottella où il fut chargé de s’occuper de la mule.
Or, Joseph, toujours joyeux, fit preuve de tant d’obéissance et d’humilité, de tant de piété et de pénitence, que ses supérieurs décidèrent de le recevoir comme religieux clerc.

Au mois de juin 1625, à Altamura, il reçut l’habit de l’Ordre.
Il arriva très péniblement à lire et à (mal) écrire, et il eut toujours les plus grandes difficultés à apprendre.

Le 3 janvier 1627, l’évêque de Narto, Jérôme de Franchis, qui lui faisait passer l’examen d’admission aux ordres, ouvrit la Bible au hasard et lui fit expliquer le passage « Beatus venter qui te portavit : bienheureux le sein qui Vous a porté ». A la surprise générale, Joseph fit un superbe commentaire de ce verset en exaltant les gloires de la Sainte Vierge qu’il aimait tant ; si bien que l’évêque, le jour même, lui conféra les ordres mineurs puis le sous-diaconat (27 février) et le diaconat (20 mars).

L’année suivante, l’examen pour le sacerdoce, fait par le sévère évêque de Castro, Jean-Baptiste Deti, se passa à Bogiardo.
Joseph était accompagné de jeunes moines savants dont les premiers firent si vive impression sur l’exigeant prélat qu’il fut convaincu que tous les candidats présentés par le couvent étaient tout aussi brillants et qu’il jugea inutile de poursuivre l’examen ; le Frère Joseph fut donc admis au sacerdoce sans avoir été interrogé… et c’est la raison pour laquelle il est invoqué comme saint patron des candidats aux examens.

Il fut donc ordonné prêtre le 4 mars 1628.

Ses extases étaient nombreuses et s’accompagnaient de lévitations spectaculaires : il suffisait de prononcer devant lui le saint Nom de Jésus ou celui de Notre-Dame pour susciter dans son coeur de tels élans d’amour et de ferveur qu’il était aussitôt ravi… et qu’il s’élevait de terre en poussant un cri.
Le chant d’un oiseau dans le jardin du couvent l’amenait immédiatement à s’émerveiller sur les splendeurs de la création et à rendre grâces pour tant de bonté et d’amour répandus dans les oeuvres divines ; alors – en moins de temps qu’il ne faut pour le dire – Père Joseph se retrouvait en extase à la cime de la plus haute branche de l’arbre en compagnie de l’oiseau !
Un hagiographe a pu ainsi écrire que Saint Joseph de Cupertino avait « passé la plus grande partie de sa vie en l’air » !!!
Ses supérieurs seuls, en lui ordonnant mentalement de « redescendre », pouvaient mettre fin à ses extases.

Lors d’un voyage qu’il fit sur l’ordre de ses supérieurs pour visiter les couvents du royaume de Naples, il fut remarqué par un vicaire général qui le dénonça à l’inquisition napolitaine.
Les inquisiteurs l’envoyèrent à Rome, près du Général de son Ordre qui, après avoir montré beaucoup de méfiance, fut si persuadé de sa sainteté qu’il voulut le présenter au Pape Urbain VIII.
Lorsque Père Joseph se prosterna pour baiser la fameuse mule du Pape, considérant qu’il était devant l’auguste vicaire de Jésus-Christ, il entra en extase et fut transporté jusqu’au plafond de la salle d’audience ; Urbain VIII se tourna vers le Père Général et lui dit : « Si frère Joseph mourait sous notre pontificat, nous voulons servir de témoin à son procès de canonisation pour déposer du prodige dont nous venons d’être témoin. »

Joseph eût souhaité qu’on le renvoyât dans son couvent de Grottella, mais on l’envoya au couvent d’Assise où il eut fort à souffrir du dédain du Père Gardien (c’est ainsi qu’on nomme le supérieur des couvents franciscains).
Il perdit alors toutes les consolations divines qu’il connaissait depuis l’enfance et fut assailli de terribles tentations.
Averti, le Père Général de l’Ordre le fit revenir à Rome où il retrouva plus abondamment les consolations divines.

Pour avoir assisté à une extase du Père Joseph, Jean-Frédéric, duc de Brunswick et de Hanovre, abjura le protestantisme.
Au prince Casimir de Pologne, second fils de Sigismond III, qu’Innocent X avait fait cardinal et qui lui demandait s’il devait recevoir les ordres, Joseph répondit : « Ne le faites pas, vous seriez obligé de rentrer dans le monde ; Dieu ne tardera pas à vous faire connaître sa volonté ». En effet, le frère aîné du prince mourut et Casimir fut élu roi de Pologne.

De retour au couvent d’Assise où les esprits avaient changé, il fut reçu triomphalement par les religieux et les notables de la ville ; lorsqu’il entra dans l’église, voyant une image de la Vierge de Grottella, il s’écria : « O ma Mère, vous m’avez accompagné jusqu’ici ! » puis ravi en extase il s’éleva – sous les yeux émerveillés de la foule – jusqu’à la hauteur du tableau qu’il embrassa.

En 1653, on parvint à prévenir contre Joseph le Pape Innocent X, qui chargea l’inquisiteur de Pérouse, Vincent-Marie Pellegrini, de le tenir enfermé au couvent des capucins de Petra-Rubea, puis dans celui de Fossombre.
Au matin du 7 janvier 1655, alors que les sacristains cherchaient les ornements sacerdotaux pour qu’il célébrât sa messe, il leur commanda de prendre les ornements noirs car le Pape venait de mourir, nouvelle qui fut confirmée peu de temps après mais qu’il n’avait pu connaître que par une révélation surnaturelle.

Le nouveau Pape, Alexandre VII Chigi, le fit libérer et conduire au couvent d’Osimo, dans la Marche d’Ancône, où il mourut, un peu avant minuit, le mardi 18 septembre 1663.
Il fut béatifié par Benoît XIV, en 1753, et canonisé par Clément XIII, le 16 juillet 1767.

Saint Joseph de Cupertino

Prière à Saint Joseph de Cupertino pour les examens :

O bienheureux Joseph de Cupertino, qui aimez à vous montrer favorable envers ceux qui recourent à votre bienveillante intercession, je viens implorer votre aide pour cet examen que je dois subir. Malgré mon travail et ma bonne volonté, je crains de me laisser troubler et de ne pouvoir répondre convenablement.

Rappelez-vous que vous vous êtes trouvé dans la même difficulté et que grâce à la puissante protection de la Très Sainte Vierge Marie, notre Mère compatissante, vous en êtes sorti heureusement.

Faites, s’il vous plaît, qu’il en soit de même pour moi !
Accordez-moi l’assurance dans mes réponses, donnez à mon intelligence la promptitude et la vivacité.
Je vous le demande pour l’amour de Jésus, de Marie et de saint François dont vous fûtes l’enfant et le serviteur fidèle. En vous je me confie, céleste protecteur de ceux qui passent des examens, et je suis convaincu que mon espoir ne sera pas trompé.

Oraison :

O Dieu, qui avez voulu attirer toute chose à Votre Fils unique, Jésus-Christ, faites que, par les mérites et à l’exemple de Votre séraphique confesseur Joseph de Cupertino, nous élevant au-dessus de toutes les cupidités terrestres, nous méritions d’arriver à celui qui, avec Vous et le Saint-Esprit, vit et règne dans les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 17 septembre, 2009 |2 Commentaires »

2009-28. Défendre le rite antique ne consiste pas à être passéiste… La réforme a été faite par des hommes arides, par des liturgistes qui ne connaissent pas la théologie!

Nous reproduisons ci-dessous la traduction d’un entretien, qui nous paraît très important, que Monseigneur Domenico Bartolucci a accordé aux journalistes italiens Pucci Cipriani et Stefano Carusi. La traduction française de cet entretien a déjà été publiée sur plusieurs sites Internet et nous estimons qu’il importe aussi qu’on puisse la lire sur ce modeste blogue. Monseigneur Bartolucci y fait état (non sans humour parfois, mais surtout sans sacrifier à la langue de bois) d’un point de vue éclairé sur la réforme liturgique issue du second concile du Vatican et sur sa désastreuse mise en oeuvre… Toutes les réponses qu’il formule ont un poids de sagesse et de vérité qu’il faut apprécier!

Né en 1917 à Borgo San Lorenzo (Florence), toscan par sa naissance puis romain par l’appel du Pape, Monseigneur Domenico Bartolucci est nommé en 1952 substitut de la Chapelle Sixtine, aux côtés de Lorenzo Perosi, puis maître de cette chapelle papale à partir de 1956, où il a eu l’honneur de travailler avec cinq papes. Le 24 juin 2006, le Souverain Pontife a tenu à organiser une cérémonie spéciale (cf. photographie ci-dessous) afin de sceller « à perpétuité » sa proximité et son admiration pour le grand musicien, auquel il adressait les mots suivants : « la polyphonie sacrée, en particulier celle de l’école romaine, est un héritage à conserver avec soin (…) un authentique aggiornamento de la musique sacrée ne peut advenir que sur le socle de la grande tradition héritée du passé, celle du chant grégorien et de la polyphonie sacrée ».

Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI et Monseigneur Domenico Bartolucci

Q.- Maître, la publication récente du Motu proprio Summorum Pontificum a apporté un vent d’air frais dans le panorama liturgique désolant qui nous entoure… en avez-vous profité vous-même pour célébrer la « messe de toujours » ?

R. – A vrai dire, j’ai toujours célébré cette messe, de façon ininterrompue depuis mon ordination… En fait j’aurais même des difficultés à célébrer la messe du rite moderne, puisque je ne l’ai jamais dite…

Q. – Pour vous, elle n’a donc jamais été abolie ?

R. – Ce sont les paroles mêmes du Saint Père, même si certains font mine de ne pas le comprendre, et même si beaucoup ont soutenu le contraire dans le passé.

Q. – Pensez-vous que les fidèles soient moins enthousiasmés par la forme traditionnelle du rite, à cause de son aspect peu « participatif » ?

R. – Allez, il ne faut pas dire de bêtises ! Moi j’ai connu la participation des fidèles autrefois, aussi bien à Rome, dans les basiliques, qu’à travers le Monde, et ici-même dans le « Mugello », dans cette paroisse, dans cette belle campagne autrefois peuplée de gens pleins de foi et de piété. Le dimanche à vêpres, le prêtre aurait pu se contenter d’entonner le « Deus in adjutorium meum intende », et puis se mettre à dormir sur la banquette jusqu’au capitule : les fidèles auraient continué tout seuls et les pères de famille auraient entonné, un par un, les antiennes !

Q. – C’est donc pour vous une vaine polémique, par rapport à l’actuel style liturgique ?

R. – Hélas, je ne sais pas si vous avez déjà assisté à des funérailles : Alléluias, applaudissements, des phrases loufoques, au point de se demander si ces gens ont déjà lu l’évangile : Notre-Seigneur lui-même pleure sur Lazare et sur la mort… Avec ce fade sentimentalisme, on ne respecte même pas la douleur d’une mère. J’aurais voulu vous montrer comment autrefois le peuple assistait à une messe des morts, avec quelle componction et quelle dévotion on entonnait le magnifique et terrible Dies Irae !

Q. – Mais la réforme n’a-t-elle pas été faite par des gens conscients et bien formés doctrinalement ?

R. – Je m’excuse, mais la réforme a été faite par des hommes arides, arides, je vous le répète. Moi, je les ai connus. Et quant à la doctrine, je me souviens que le cardinal Ferdinando Antonelli, de vénérable mémoire, disait souvent : « Qu’est-ce que nous pouvons faire de ces liturgistes qui ne connaissent pas la théologie ? »

Q. – Nous sommes bien d’accord avec vous, Monseigneur, mais il est vrai aussi qu’autrefois les gens n’y comprenaient rien…

R. – Chers amis, n’avez-vous jamais lu saint Paul : « il n’est pas nécessaire de savoir plus que ce qui est nécessaire » : il faut aimer la connaissance ad sobrietatem. Avec cet état d’esprit, dans quelques années on prétendra comprendre la transsubstantiation comme on explique un théorème de mathématiques… Mais le prêtre lui-même ne peut comprendre entièrement un tel mystère !

Q. – Alors comment en est-on parvenu à un tel effondrement de la liturgie ?

R. – Ça a été une mode, tout le monde parlait, tout le monde « rénovait », tout le monde pontifiait, sur la base d’un sentimentalisme qui prétendait tout réformer, et on faisait taire habilement les voix qui s’élevaient en défense de la tradition bimillénaire de l’Église. On a inventé une sorte de « liturgie du peuple »… lorsque j’entendais ces ritournelles, je me souvenais des paroles de l’un de mes professeurs de séminaire, qui nous enseignait que « la liturgie est l’œuvre du clergé, mais elle est pour le peuple ». Il voulait dire par là qu’elle doit descendre de Dieu et non pas monter à partir de la base. Je dois pourtant reconnaître que cet air corrompu s’est maintenant raréfié : les nouvelles générations de prêtres sont peut-être meilleures que celles qui ont précédé ; les jeunes prêtres ne sont plus ces idéologues furieux doublés de modernistes iconoclastes : ils sont plein de bons sentiments, mais ils manquent de formation…

Q. – Que voulez-vous dire par « ils manquent de formation » ?

R. – Je veux dire qu’il faut de vrais séminaires ! Je parle de ces structures que la sagesse de l’Église avait finement ciselées à travers les siècles. Vous ne vous rendez pas compte de l’importance d’un séminaire : une liturgie vécue… les différents moments de l’année y sont vécus socialement avec les confrères du séminaire, l’Avent, le Carême, les grandes fêtes de Pâques : tout cela éduque à un point que vous n’imaginez pas. Une rhétorique insensée a fait passer l’image que le séminaire déforme les prêtres, que les séminaristes, éloignés du monde, resteraient fermés sur eux-mêmes et distants du monde. Ce ne sont que des fantaisies pour gaspiller une formation riche de plusieurs siècles d’expérience, et pour ne la remplacer que par du vide.

Q. – Pour revenir sur la crise liturgique, vous, Monseigneur, êtes-vous favorable à un retour en arrière ?

R. – Regardez : défendre le rite antique ne consiste pas à être passéiste, mais à être « de toujours ». Par exemple, c’est une erreur d’appeler la messe traditionnelle « messe de saint Pie V » ou « messe Tridentine », comme s’il s’agissait de la messe d’une époque particulière. Notre messe romaine est au contraire universelle, dans le temps et dans le lieu : une unique langue de l’Océanie à l’Arctique. En ce qui concerne la continuité dans le temps, je peux vous raconter un épisode significatif : une fois nous étions en compagnie d’un évêque, dont je ne vous donnerai pas le nom, dans une petite église de la région ; nous apprenons alors subitement le décès d’un ami commun qui nous était cher, et nous décidons alors de célébrer sur le champ la messe pour lui. En cherchant dans la sacristie, on se rend compte qu’il n’y avait là que des missels antiques. Et bien l’évêque a refusé catégoriquement de célébrer. Je ne l’oublierai jamais… et je répète que la continuité de la liturgie implique que, sauf cas particuliers, je puisse célébrer aujourd’hui avec le vieux missel poussiéreux pris sur une étagère, et qui il y a quatre siècles a servi à l’un de mes prédécesseurs dans le sacerdoce.

Q. – On parle actuellement d’une « réforme de la réforme », qui devrait limer les irrégularités introduites dans les années 70…

R. – La question est assez complexe… Que le nouveau rite ait des déficiences est désormais une évidence pour tout le monde, et le Pape a dit et il a écrit plusieurs fois que celui-ci devrait « regarder vers l’ancien ». Mais que Dieu nous garde de la tentation des pastiches hybrides. La Liturgie avec un L majuscule est celle qui nous vient des siècles passés : c’est elle qui est la référence. Qu’on ne l’abâtardisse pas avec des compromis « déplaisant à Dieu et à ses ennemis »…

Q. – Que voulez-vous dire par là ?

R. – Prenons par exemple les innovations des années 70 : des chansonnettes laides et pourtant tellement en vogue dans les églises en 1968 sont aujourd’hui déjà des pièces de musée. Lorsqu’on renonce à la pérennité de la Tradition pour s’immerger dans le temps, on est aussi condamné à suivre les changements de modes. A propos de la réforme de la semaine sainte dans les années cinquante, je vous raconte une histoire : cette réforme avait été entreprise avec une certaine hâte, sous un Pie XII déjà affaibli et fatigué. Si bien que quelques années plus tard, sous le pontificat de Jean XXIII – car quoiqu’on en dise, en matière de liturgie il était d’un traditionalisme convaincu et émouvant – m’arrive un coup de fil de Mgr. Dante, le cérémoniaire du Pape, qui me demande de préparer le Vexilla Regis pour l’imminente célébration du Vendredi Saint. Interloqué, je lui réponds : « mais vous l’avez aboli ! ». Alors il m’a dit : « Le Pape le veut » ; et en quelques heures j’ai organisé les répétitions de chant, et nous avons chanté à nouveau, avec une grande joie, ce que l’Église chantait ce jour-là depuis des siècles. Tout cela pour dire que lorsqu’on a fait des déchirures dans le tissu de la liturgie, ces trous restent difficiles à recoudre, et ils se voient. Face à notre liturgie multiséculaire, nous devons contempler avec vénération, et nous souvenir qu’avec cette manie de toujours vouloir « améliorer », nous risquons de ne faire que des dégâts.

Q. – Maître, quel a donc été le rôle de la musique dans ce processus ?

R. – La musique a joué un rôle incroyable pour plusieurs raisons : le « cécilianisme » maniéré – auquel Perosi ne fut pas étranger – avait introduit avec ses mélodies chantantes un sentimentalisme romantique nouveau, qui n’avait rien à voir, par exemple, avec la corpulence éloquente et solide de Palestrina. Certaines extravagances mal placées de Solesmes avaient cultivé un grégorien susurré, fruit lui aussi de cette pseudo restauration médiévalisante qui a eu tant de succès au XIXème siècle. C’était l’idée de l’opportunité d’une récupération archéologique, aussi bien en musique qu’en liturgie, d’un passé lointain dont nous auraient éloigné les « siècles obscurs » du Concile de Trente… De l’archéologisme, en somme, qui n’a rien à voir, absolument rien à voir avec la Tradition, car il veut récupérer ce qui finalement n’a peut-être jamais existé. Un peu comme certaines églises restaurées dans le style « pseudo roman » de Viollet-le-Duc. Ainsi donc, entre un archéologisme qui prétend se rattacher à l’époque apostolique, mais en se séparant des siècles qui nous relient à ce passé, et un romantisme sentimental qui méprise la théologie et la doctrine pour exalter les « états d’âme », s’est préparé le terrain qui a abouti à cette attitude de suffisance vis-à-vis de ce que l’Église et nos Pères nous avaient transmis.

Q. – Que voulez-vous dire, Monseigneur, lorsque dans le domaine musical vous attaquez Solesmes ?

R. – Je veux dire que le chant grégorien est modal et non pas tonal. Il est libre, et non pas rythmé. Ce n’est pas « un, deux, un, deux, trois ». Il ne fallait pas dénigrer la façon de chanter dans nos cathédrales pour lui substituer un chuchotement pseudo monastique et affecté. On n’interprète pas le chant du Moyen-âge avec des théories d’aujourd’hui, mais il faut le prendre comme il nous est parvenu. De plus, le grégorien d’autrefois savait être aussi un chant populaire, chanté avec force et vigueur, comme le peuple exprimait sa foi avec force et vigueur. Et c’est cela que Solesmes n’a pas compris. Cela étant dit, il faut bien sûr reconnaître l’immense et savant travail philologique qui y a été fait en ce qui concerne l’étude des manuscrits antiques.

Q. – Maître, alors où en sommes-nous dans la restauration de la musique sacrée et de la liturgie ?

R. – Je ne nie pas qu’il y ait quelque signes de reprise… mais je vois tout de même persister une sorte d’aveuglement, comme une certaine complaisance pour tout ce qui est vulgaire, grossier, de mauvais goût, et aussi pour ce qui est doctrinalement téméraire… Ne me demandez pas, je vous en prie, mon avis sur les « guitarades » et les chansonnettes qu’ils nous chantent encore pendant l’offertoire. Le problème liturgique est sérieux : il faut cesser d’écouter la voix de ceux qui n’aiment pas l’Église et qui s’opposent au Pape. Si on veut guérir un malade, il faut d’abord se souvenir que « le médecin timoré laisse la plaie s’infecter (il medico pietoso fa la piaga purulenta) »…

(Interview Pucci Cipriani, Stefano Carusi – Traduction française Matthieu Raffray)

Publié dans:De liturgia |on 2 septembre, 2009 |4 Commentaires »
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