Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2010-15. Une semaine marquée par les pèlerinages avant d’entrer dans la Semaine Sainte.

Samedi soir 27 mars 2010.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Avant d’entrer dans la Semaine Sainte, je veux vous relater les évènements  de ces derniers jours en notre « Mesnil-Marie« .  Ma chronique de ce soir sera très illustrée : j’espère que vous ne vous en plaindrez pas! Et pour commencer laissez-moi vous offrir nos toutes premières fleurs : des crocus qui ont fait surgir de la terre une touche de soleil le 21 mars.

Nos premiers crocus

Nous nous sommes vraiment réjouis de ce signe évident de l’arrivée du printemps et tout au long de la semaine qui vient de s’écouler nous avons assisté, émerveillés, à la  floraison des violettes ainsi qu’à la croissance très rapide des pousses de jonquilles et de tulipes. Nous sommes impatients, après ce long hiver, de voir leurs vives couleurs éclater sous les rayons du soleil!

Depuis ma dernière chronique (cf.> www), notre actualité a été très marquée par les grandes fêtes de notre liturgie catholique. En effet il y a d’abord eu la fête de Saint Joseph, le vendredi 19 mars, et Frère Maximilien-Marie s’est rendu en pèlerinage au sanctuaire de Saint-Joseph de Bon Espoir, à Espaly-Saint-Marcel, près du Puy. Voici une vue générale de ce sanctuaire, surmonté par une énorme statue de Saint Joseph, puis un cliché pris dans la grotte-chapelle qui est à l’origine de ce pèlerinage (cliquer sur les vues pour les agrandir).

Sanctuaire Saint Joseph de Bon Espoir à Espaly saint-Marcel       Grotte chapelle de Saint Joseph de Bon Espoir

Les circonstances actuelles nous poussent bien sûr à prier très spécialement Saint Joseph à l’intention de notre Saint Père le Pape : Joseph est son prénom de baptême, ne l’oublions pas, et il a bien besoin que Saint Joseph, invoqué comme « Protecteur de la Sainte Eglise » (par décision du Bienheureux Pie IX le 8 décembre 1870), l’assiste et lui obtienne courage et force dans les attaques presque continuelles dont il est la cible…

Tout de suite après la fête de Saint Joseph, il y a eu l’entrée dans le temps de la Passion : avec Chlôris, nous avons aidé à recouvrir de voiles violets les croix, les statues et les icônes dans toute la maison.

En ce premier dimanche de la Passion, Frère Maximilien-Marie est parti de très bonne heure pour se rendre à Ars. Il y allait précisément ce dimanche parce qu’un groupe d’amis du Village d’Enfants de Riaumont y venait en pèlerinage depuis l’Artois et les Flandres, à l’occasion de l’année jubilaire du 150ème anniversaire de la mort du Saint Curé. C’est cet anniversaire qui a poussé notre Saint-Père le Pape a décréter pour toute l’Eglise une année sacerdotale (voir ici > www, et ici > www). C’était donc l’occasion pour notre Frère non seulement de se rendre dans les lieux sanctifiés par Saint Jean-Marie Vianney et d’y prier spécialement pour tous les prêtres qu’il connaît, mais aussi celle de retrouver un certain nombre de personnes pour lesquelles il a beaucoup d’estime et d’amitié et qu’il n’avait pas revues depuis longtemps en raison des centaines de kilomètres qui nous éloignent d’elles. Il a été très ému par la célébration de la Sainte Messe à l’autel où se trouve la châsse dans laquelle est conservée la dépouille mortelle du Saint Curé.

Messe à l'autel de la chasse du Saint Curé d'Ars

Et comme on ne peut pas parler de Saint Jean-Marie Vianney sans évoquer sa « chère petite Sainte » – comme il l’appelait avec une affectueuse émotion -, Frère Maximilien-Marie en a aussi profité pour photographier tout ce qui, à Ars, se rapporte au culte de Sainte Philomène, à laquelle nous nous intéressons beaucoup, vous vous en souvenez (cf.> www). Voici en particulier ci-dessous (cliquer sur les vignettes pour voir les photos en grand) un tableau en forme d’ex-voto qui relate la guérison miraculeuse du Saint Curé par Sainte Philomène, puis le bas-relief sculpté sur l’autel du Très Saint Sacrement représentant les anges sauvant Sainte Philomène de la noyade (remarquez aussi la mosaïque du marchepied de l’autel reproduisant l’inscription gravée sur les briques qui fermaient le loculus où l’on découvrit les reliques de Sainte Philomène dans les catacombes), et enfin l’autel de Sainte Philomène dans la chapelle latérale que Saint Jean-Marie Vianney fit édifier dans sa petite église.

Ex-voto de la guérison miraculeuse du Saint Curé d'Ars par Sainte Philomène       Sainte Philomène sauvée de la noyade par les anges - maître autel de la basilique d'Ars       Autel de Sainte Philomène dans l'église du Saint Curé d'Ars

Je vous parlerai un autre jour des travaux de notre Crypte Sainte Philomène : ils avancent tout doucement, en fonction des intempéries, parce que les maçons viennent y travailler surtout les jours de pluie puisque alors ils ne peuvent pas s’occuper des chantiers extérieurs.

Enfin, il y a eu la grande et belle fête de l’Annonciation de la Très Sainte Vierge : la cathédrale du Puy est placée sous ce vocable (et vous savez qu’il y a un jubilé particulier au Puy chaque fois que le 25 mars coïncide avec le Vendredi Saint). Jeudi soir, Frère Maximilien-Marie a donc participé à la procession aux flambeaux qui, derrière la Croix des Pénitents Blancs, montait vers la magnifique cathédrale où fut ensuite célébrée une belle et fervente Messe.

Montée de nuit vers la cathédrale du Puy       Départ de la procession avec les pénitents blancs       Notre-Dame du Puy

Hier, vendredi de la Passion, c’était la commémoraison solennelle de la compassion et des douleurs de Notre-Dame : je suis bien convaincu qu’un jour, lorsque le Refuge Notre-Dame de Compassion se sera développé et que la chapelle de Notre-Dame de Compassion aura été élevée de terre, cette célébration verra des pèlerins venir ici…

En terminant ma chronique de ce soir, permettez-moi de vous présenter un des rameaux que Frère Maximilien-Marie a préparé pour la bénédiction et la procession de demain.

Rameau prêt à être bénit

Je dois vous avouer que Chlôris et moi n’avons pas été très sages tandis que notre papa s’appliquait à entrelacer palmes et branches d’olivier : Chlôris – c’est bien une fille! – voulait absolument s’emparer des rubans tandis que moi j’ai voulu goûter et machouiller les feuilles de palmier, si bien que Frère Maximilien-Marie a dû élever la voix et faire les gros yeux!!!

Je vous souhaite à tous une très belle et très fervente Semaine Sainte, en accompagnant par beaucoup d’amour Notre-Seigneur Jésus-Christ dans les étapes de sa douloureuse Passion jusqu’à la gloire de sa Résurrection.

Lully.

Le chapelet des Sept Douleurs de Notre-Dame.

Le chapelet – ou couronne -  des Sept Douleurs de la Vierge Marie permet de méditer sur la manière dont Notre-Dame fut associée en toute sa vie à l’oeuvre rédemptrice accomplie par son divin Fils.
Cette manière de prier est liée depuis son origine – en 1233, à Florence – à l’Ordre des Servites de Marie, et elle fut particulièrement recommandée aux XIVème et XVème siècles par les mystiques rhénans ; elle permet d’approfondir le mystère de la Compassion de Marie.

Chapelet des Sept Douleurs de Notre-Dame

Ce chapelet se compose non pas de dizaines mais de « septaines », c’est-à-dire de séries de sept « Ave, Maria ». La plupart du temps, ces septaines sont séparées non pas par un gros grain (comme dans les chapelets ordinaires) mais par une médaille : chaque médaille représentant l’une des douleurs de Marie. Sur la médaille on énonce donc la douleur sur laquelle on va méditer et on récite le « Pater noster » puis sur chacun des grains de la septaine on récite un « Ave, Maria » (qu’on peut aussi remplacer par le « Je vous salue » particulier pour honorer la Vierge de Compassion attribué à Saint Bonaventure, dont on trouvera le texte > ici) ; à la fin de la septaine on récite ou on chante la strophe du « Stabat Mater » : « Sancta Mater istud agas Crucifixi fige plagas cordi meo valide : O Mère Sainte imprimez profondément dans mon coeur les plaies de Jésus crucifié ! »

On termine la couronne des Sept Douleurs par trois « Ave, Maria » dans l’intention de consoler Notre-Dame des larmes qu’elle a versées pour nous et pour demander une vraie contrition de nos péchés, enfin on récite un « Pater noster » sur la médaille principale représentant la Vierge Marie au coeur percé de sept glaives.

Notre-Dame des Sept Douleurs

Voici une proposition pour aider à prier le chapelet des Sept Douleurs:

- 1ère douleur de Marie la prophétie du vieillard Siméon :
Ô Mère affligée, je compatis à votre douleur lorsque Siméon vous a prédit qu’un glaive de douleurs vous transpercerait le coeur, et je vous demande la grâce de la force d’âme en toutes les épreuves de cette vie !

- 2ème douleur de Marie la fuite en Egypte :
Ô Mère affligée, je compatis à votre douleur lorsque vous avez dû fuir la colère d’Hérode et subir l’exil, et je vous demande la grâce de savoir supporter avec patience les persécutions et les contrariétés qui viennent de la méchanceté des hommes !

- 3ème douleur de Marie la perte de Jésus pendant trois jours :
Ô Mère affligée, je compatis à votre douleur lorsque, remplie d’angoisse, vous avez cherché Jésus pendant trois jours, et je vous demande la grâce de ne jamais être séparé de Lui par le péché !

- 4ème douleur de Marie la rencontre sur le chemin du Calvaire :
Ô Mère affligée, je compatis à votre douleur lorsque vous avez rencontré Jésus chargé de sa Croix et que vous l’avez vu tomber, hué et insulté sur le chemin du Calvaire, et je vous demande la grâce de ne jamais me décourager en face de l’adversité !

- 5ème douleur de Marie la mort de Jésus sur la Croix :
Ô Mère affligée, je compatis à votre douleur lorsque vous vous êtes tenue debout au pied de la Croix, témoin de son horrible agonie, de sa mort et de l’ouverture de son Coeur, et je vous demande la  très grande grâce de la compassion aux souffrances de Jésus et de mes frères !

- 6ème douleur de Marie la descente de Croix :
Ô Mère affligée, je compatis à votre douleur lorsque vous avez reçu sur vos genoux le corps de Jésus descendu de la Croix, et je vous demande la grâce de savoir comme vous offrir mes peines et les souffrances de cette vie en union avec celles de mon Sauveur pour le salut et la sanctification des âmes !

- 7ème douleur de Marie l’ensevelissement de Notre-Seigneur :
Ô Mère affligée, je compatis à votre douleur lorsque vous avez vu le  corps de votre Jésus enfermé dans le sépulcre, et je vous demande la grâce d’être à mes côtés à l’heure de ma mort et de recevoir mon âme pour la présenter à Dieu quand je rendrai le dernier soupir !

Coeur douloureux et immaculé de Marie

On trouvera > ici une neuvaine en l’honneur de Notre-Dame des Sept Douleurs.

2010-14. Le miracle de l’osier sanglant (25 mars 1649).

Jeudi 25 mars 2010.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Aujourd’hui, fête de l’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie, nous avons un temps qui est à proprement parler épouvantable pour les chats : de très fortes rafales de vent du sud, qui ont commencé hier soir pendant les premières vêpres, nous ont amené de la pluie dont les grosses gouttes s’écrasent sur la façade du Mesnil-Marie. Pas question donc d’aller se promener à l’extérieur ni d’aller à la chasse aux mulots!
Voyant que je me morfondais, Frère Maximilien-Marie m’a  donné de la lecture : une histoire en rapport avec la fête de ce jour, celle de Notre-Dame de l’Osier. Cela m’a vivement intéressé et je vais à mon tour vous en faire le récit.

 * * * * * * *

Remontons dans le temps… jusqu’au premières années du règne de Louis XIV : nous voici au jeudi 25 mars 1649, aux Plantées, obscur village du mandement de Vinay, dans le diocèse de Grenoble. Ce hameau est situé à une lieue du bourg, une vingtaine de personnes y vivent parmi lesquelles Pierre Port-Combet. Pierre est huguenot tandis que son épouse Jeanne Pélion est catholique.

En ce temps-là, les grandes fêtes religieuses sont obligatoirement chômées par tout le Royaume : c’est le cas du 25 mars, fête de l’Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie.

Mais Pierre n’a que faire de cette grande fête mariale et, passant outre à la stricte défense du travail, malgré les supplications de son épouse, il prend sa serpette et entreprend de tailler l’amarinier (osier) qui se trouve devant sa maison.
Après quelques instants de labeur, il constate que sa serpette et ses vêtements sont couverts de sang. Croyant s’être blessé, il rentre chez lui et, aidé par Jeanne, se nettoie… Mais il ne se trouve point de blessure.
Accompagné de son épouse il retourne près de l’arbre, reprend son travail : l’un comme l’autre constatent alors que le sang coule des coupures de l’osier.
Un voisin qui passe est témoin de la scène. La rumeur de ce fait extraordinaire se répand.

Le miracle de l'osier sanglant

Pierre est poursuivi et condamné par la justice du Roi pour avoir bravé l’interdiction de travailler en ce jour de fête. Il sera ensuite interrogé par une commission d’enquête religieuse diligentée par Monseigneur Scarron, Prince-Evêque de Grenoble.

L’événement est jugé d’importance par les autorités religieuses, et il va largement dépasser les frontières de la région. Un an plus tard il fera même l’objet d’une publication dans la « Gazette parisienne » de Théophraste Renaudot (le père de nos journalistes), sous le titre « Nouvelle Extraordinaire ».
Les pèlerins commencent à venir prier autour de l’osier miraculeux.

Mars 1657 : huit années ont passé.
Ce matin-là, Pierre laboure son champ, au sud du hameau. Le dit hameau s’est déjà pourvu d’une chapelle… et de quelques estaminets !

Tandis donc qu’il est à son labour, Pierre est interpellé par une belle dame qu’il ne connaît pas mais qui va lui montrer qu’elle le connaît bien : elle l’interroge sur la fréquentation du petit sanctuaire, puis elle lui reproche sa religion et lui annonce une mort prochaine qu’elle « ne pourra protéger, s’il ne change pas ». Elle demande aussi des prières plus ferventes de la part de ceux qui viennent à la chapelle de l’Osier.

Quelques semaines plus tard Pierre tombe malade ; il comprend que sa fin est proche et se remémore le message et l’avertissement de la belle inconnue (« la plus belle créature qui se puisse jamais voir au monde » selon ses propres termes), il abjure les erreurs calvinistes et se convertit au catholicisme avant de mourir, le 21 août 1657.
Une croix et une chapelle sont alors érigées à l’emplacement de la rencontre avec la belle Dame.

L’apparition de 1657, la conversion de Pierre Port-Combet, les nombreux miracles attestés qui se produisent dans les semaines et les mois suivants, établissent la notoriété du sanctuaire. On y vient en pèlerinage de tout le diocèse mais aussi des provinces avoisinantes. En 1663, on ne dénombre pas moins de onze hôtels ou logis payant patente. Il y a jusqu’à dix prêtres résidant à l’Osier, mais leur conduite n’est pas toujours édifiante si bien qu’on en vient à les surnommer les « malandrins de l’Ozier » !!!

Devant les plaintes répétées des habitants et des pèlerins, Monseigneur Scarron vient y mettre bon ordre : dès 1664, les Augustins de Vinay sont appelés à remplacer les séculiers, ils prennent  sérieusement en charge le pèlerinage et construisent, entre 1668 et 1673, un grand couvent (qui sera malheureusement totalement détruit dans un incendie à Noël 1948).

Les miracles se succèdent au rythme des pèlerinages : 27 reconnus entre 1656 et 1660, 9 entre 1661 et 1670. Ainsi le sanctuaire, terre de miracles, va-t-il connaître plus de 100 ans d’une intense activité religieuse.

Le 18 novembre 1790, les moines Augustins sont chassés de l’Osier. La révolution, ici comme ailleurs, va bouleverser la vie du village. L’église est pillée, et bon nombre des objets de culte détruits. Les morceaux de la statue de la Vierge et les restes de l’osier sanglant sont cachés dans les bois par les habitants.
La Restauration verra le retour de quelques prêtres, mais le sanctuaire ne retrouvera pas sa fréquentation passée.

En 1830, Notre-Dame-de-l’Osier est érigée en paroisse. Puis, en 1834, la toute jeune Congrégation des Oblats de Marie Immaculée est appelée pour s’occuper du pèlerinage.
Les Oblats construisent l’Hospice de Bon-Rencontre en 1840 et créent une communauté d’Oblates chargée de l’hospitalité des pèlerins lors de leurs séjours à l’Osier. En 1841, ils ouvrent un noviciat qui recevra jusqu’à 70 pensionnaires par an. Cette maison de formation religieuse donnera à l’Afrique, aux Indes et à l’Amérique du Nord bon nombre de missionnaires.
La révolution de 1848 épargnera le sanctuaire.
En 1856, l’inauguration de la tour jointe à la chapelle de Bon-Rencontre (lieu d’apparition de la Vierge) attire 30 000 pèlerins. Le 17 mai 1858, les Pères Oblats posent la première pierre d’une nouvelle église, l’actuelle basilique, sur les plans d’Alfred Berruyer. Sa construction durera 10 ans, mais elle ne sera jamais terminée, faute d’argent ! Elle restera sans les flèches de ses clochetons et sans le campanile qui, sur sa droite, devait supporter les cloches. Inaugurée en 1868, consacrée le 8 septembre 1873, elle sera érigée en Basilique Mineure par Pie XI en 1924.

Basilique Notre-Dame de l'Osier

Les décrets de 1880 contre les congrégations religieuses, entraîneront, le 4 novembre, l’expulsion des Oblats de Marie Immaculé, mais, avec la complicité des habitants, ils resteront dans le village. La laïcisation de l’école communale, en 1895, les conduira à ouvrir une école libre, tenue par les soeurs de l’hospice. Après le vote de la loi contre les congrégations religieuses du 1er juillet 1901, le noviciat quittera définitivement l’Osier pour l’Italie : 62 générations, soit 1346 novices auront été formés à l’Osier, 542 resteront Oblats jusqu’à leur mort, 12 deviendront évêques, 3 supérieurs généraux, et un, Joseph Girard, sera canonisé. L’école libre sera fermée le 20 avril 1903, les soeurs expulsées. Les Oblats subiront le même sort le 16 juin 1903.

Le 27 juillet 1908, les Oblats reprennent possession du sanctuaire et redonnent au pèlerinage tout son éclat. En 1923, 10 000 pèlerins assistent au cinquantenaire du Couronnement de la Vierge.

De nouveaux miracles sont signalés : 8 sont recensés entre 1834 et 1939. Signalons particulièrement celui-ci, le dernier à avoir été officiellement enregistré : en 1915, Paul Brichet, de Saint-Jean-en-Royans, invalide de guerre, réformé pour rhumatismes articulaires contractés dans les tranchées, vient en pèlerinage à l’Osier, il repart guéri, laissant ses béquilles et un ex-voto en remerciement.

Aujourd’hui, le sanctuaire de Notre-Dame de l’Osier a malheureusement perdu beaucoup de sa notoriété : le modernisme, le rationalisme, le faux oecuménisme qui se sont introduits dans l’Eglise catholique au cours de la seconde moitié du XXe siècle ont contribué à laisser de côté cette apparition et le message de la Très Sainte Vierge demandant la conversion du huguenot… On ne peut donc que saluer les efforts actuels entrepris pour redonner vie au sanctuaire.

Bonne et fervente fête de l’Annonciation, chers Amis de notre Mesnil-Marie, et que notre très douce Mère céleste vous enveloppe de son manteau de grâces et vous bénisse, vous et tous ceux qui vous sont chers !

Lully.

Neuvaine du 10 au 18 mars pour préparer la fête de Saint Joseph.

Saint Joseph

Saint Joseph, père nourricier si fidèle de l’Enfant divin, époux virginal de la Mère de Dieu, puissant protecteur de la sainte Eglise, nous venons vers vous pour nous recommander à votre protection spéciale.

Vous n’avez rien cherché en ce monde sinon la gloire de Dieu et le bien du prochain.
Tout donné au Sauveur, c’était votre joie de prier, de travailler, de vous sacrifier et d’endurer pour Lui les difficultés de la vie.
Vous étiez inconnu en ce monde et cependant connu de Jésus : ses regards reposaient avec complaisance sur votre vie simple et cachée en Lui !

Saint Joseph, vous avez déjà aidé tant d’hommes, nous venons vers vous avec une grande confiance.
Vous voyez dans la lumière de Dieu ce qui nous manque, vous connaissez nos soucis, nos difficultés, nos peines.

Nous recommandons à votre sollicitude paternelle cette (ces) affaire(s) particulière(s)…… (on peut mentionner ici nos intentions particulières, nos soucis de santé, de famille ou de travail).
Nous la (les) mettons entre vos mains qui ont sauvé Jésus Enfant.

Mais avant tout, obtenez-nous la grâce de ne jamais  être séparés de Jésus par le péché, de Le connaître et de L’aimer toujours plus, ainsi que sa Très Sainte Mère.
Accordez-nous de vivre toujours en présence de Dieu, de tout faire pour sa gloire et le bien des âmes, et d’arriver un jour à la vision bienheureuse de Dieu pour le louer éternellement avec vous.

Ainsi soit-il.

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

frise avec lys naturel

On trouvera > ici d’autres prières en l’honneur de Saint Joseph,
et > ici les « Salutations à Saint Joseph » composées par Saint Jean Eudes,
et encore > ici une prière à Saint Joseph de Bon Espoir
et enfin > ici le cantique « Saint Joseph, ô pur modèle ».

2010-11. Alter Christus.

Mercredi 3 mars 2010.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Vous le savez, vous qui êtes en lien de foi et de spiritualité avec nous, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a voulu que l’Eglise catholique vive, depuis le 19 juin 2009 et jusqu’au 19 juin 2010, une « année sacerdotale« : je vous en avais parlé au mois d’avril dernier, peu de temps après que le Souverain Pontife en a fait l’annonce (cf.> www).

Notre bien-aimé Pape a voulu que la célébration du 150ème anniversaire de la mort du Saint Curé d’Ars soit pour tous les fidèles une occasion d’approfondir le mystère du sacerdoce. En effet, la crise qui a ravagé et ravage encore une grande partie du monde catholique, a eu pour effet qu’un très grand nombre de prêtres et de fidèles ont – en partie ou totalement – perdu le sens de la vocation et du ministère des prêtres.

2010-11. Alter Christus. dans Commentaires d'actualité & humeurs rencontre1

« Tu m’a montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du Ciel! »

Parmi les excellentes initiatives de cette « année sacerdotale », il faut faire une mention spéciale du film de 30 minutes qui a été réalisé à la demande de la Congrégation pour le Clergé (c’est-à-dire l’organisme du Saint-Siège qui s’occupe de tout ce qui concerne le clergé catholique). Ce court-métrage est intitulé « Alter Christus ». Ces deux mots latins  qui signifient « autre Christ » sont extraits d’un adage très ancien : « Sacerdos alter Christus. Le prêtre est un autre Christ ». En effet le prêtre n’est pas seulement un « représentant » du Christ à la manière dont un ambassadeur représente le gouvernement d’un pays mais, par la grâce du sacrement de l’Ordre, il est configuré au Christ dans son être profond. C’est le Christ Lui-même qui agit en lui et à travers lui quand le prêtre célèbre les sacrements.

Il est possible de visionner ce film, découpé en trois parties d’une dizaine de minutes, grâce à « You Tube » où il est disponible en italien, en français, en espagnol, en allemand et en anglais. Outre des extraits particulièrement bien ciblés de discours des Papes Jean-Paul II et Benoît XVI, sont présentés les interventions et témoignages de nombreux prêtres, évêques et cardinaux tels que Monsieur le Cardinal Claudio Hummes (préfet de la congrégation pour le clergé), Monsieur le Cardinal Antonio Canizares (préfet de la congrégation pour le culte divin), Monsieur le Cardinal Julian Herranz (président émérite de la commission pour l’interprétation des textes législatifs), Monseigneur Maura Piacenza (archevêque secrétaire de la congrégation pour le clergé), Monseigneur Guido Marini (Maître des cérémonies liturgiques du Souverain Pontife)… etc.

En trente minutes sont rappelées des vérités essentielles et absolument vitales pour l’Eglise, des vérités que les fidèles n’entendent encore malheureusement pas dans un trop grand nombre de paroisses françaises, paroisses sclérosées et mourantes parce qu’elles sont encore aux mains de dangereux intégristes bloqués sur une idéologie qui se croyait d’avant-garde dans les années 1960-1970.

Ainsi donc, le prêtre n’est pas « un homme comme les autres » : son ordination en fait quelqu’un d’à part. Le prêtre doit être clairement reconnu par un habit spécifique. Le prêtre n’est pas un « modérateur » gérant une structure plus ou moins démocratique : il est investi d’une autorité divine et irremplaçable pour oeuvrer au salut et à la sanctification des âmes. Le prêtre est ordonné pour être l’homme des sacrements, et en tout premier lieu pour célébrer la Sainte Messe et administrer le sacrement de pénitence. La Messe est le renouvellement non-sanglant du Saint Sacrifice du Calvaire, sa célébration obéit à des règles strictes auxquelles les prêtres n’ont pas le droit de toucher… etc.

La Sainte Messe

La réalité de l’autel, c’est celle du Calvaire.

Les images qui accompagnent ces témoignages sont pleines de beauté et laissent clairement transparaître le sens du sacré, la beauté et la solennité qui doivent entourer la célébration des sacrements. Les « eucharisties » zim-boum-boum, les autels en contreplaqué sur lesquels on accroche des pantins fabriqués avec des rouleaux de papier toilette, les « ornements » sans tenue que l’on croyait découpés dans les drapeaux de la gay-pride, les « vases sacrés » en poterie, la distribution de la sainte communion faite n’importe comment, les prêtres aux allures de clochards avec leurs pantalons tombant en accordéons sur les chevilles …etc., la Congrégation pour le Clergé nous montre sans détours que tout cela est indigne du mystère de l’Eucharistie et du sacerdoce qui en est indissociable! Il est d’ailleurs tout à fait remarquable que certaines prises de vues sont faites lors de célébration de la Sainte Messe selon la « forme extraordinaire du rite romain ».

Je vous encourage donc à visionner ce film et, plus qu’à en être des spectateurs passifs, à en faire le support d’une véritable méditation et d’une fervente prière.

Rendons grâces à Dieu de nous avoir donné le sacerdoce, rendons grâces à Dieu pour l’exemple du Saint Curé d’Ars, rendons grâces à Dieu pour notre Saint-Père le Pape Benoît XVI qui travaille avec patience, douceur, humilité et courage à la restauration de Son Eglise!

Frère Maximilien-Marie.

Voir le film « Alter Christus »: 1ère partie, ici > www. 2ème partie, ici> www. 3ème partie, ici> www.

2010-10. Difficile équilibre…

Un difficile équilibre…

C’est parfois même un véritable exercice d’équilibriste, de funambule.
Voilà la situation dans laquelle nous placent aujourd’hui les paroles de Notre-Seigneur : Jésus nous met sur un fil, à une hauteur déjà impressionnante… et nous devons avancer en prenant conscience qu’il n’y a pas de filet tendu en dessous : un faux pas et…« splatch » !!! Nous risquons de nous faire très mal. Et non seulement nous risquons d’avoir très mal sur le coup, mais en outre nous pourrions bien rester boiteux ou handicapés pour le restant de nos jours ici-bas.

Un difficile équilibre, un très difficile équilibre!

Cependant si nous le gardons, nous nous en trouverons bien : ce sera pour nous la source d’une très grande sérénité intérieure et nous pourrons faire de véritables progrès spirituels. « En ce temps là, Jésus parla aux foules et à ses disciples en disant: Les scribes et les pharisiens siègent dans la chaire de Moïse. Donc observez et mettez en pratique toutes les choses qu’ils vous enseignent : mais n’agissez pas selon leurs exemples : en effet ils disent mais ne font pas… » (Matthieu XXIII, 1-2 – Evangile du mardi de la 2ème semaine de carême).

Le Christ en face des scribes et des pharisiens

Le Christ en face des scribes et des pharisiens.

Ces paroles étaient adressées « aux foules et aux disciples » il y a près de 2000 ans, et elles s’adressent encore à chacun d’entre nous aujourd’hui même.
Les scribes et les pharisiens siègent dans la chaire de Moïse : leur autorité est légitime pour enseigner et transmettre aux hommes la doctrine religieuse authentique (la foi et la morale qui en découle).
Quand ils transmettent cette doctrine, il est nécessaire de la mettre en pratique parce que c’est Dieu qui nous parle à travers eux. Toutefois nous avons conscience qu’eux mêmes ne règlent pas forcément leur conduite sur les bons et beaux préceptes qu’ils enseignent et, en cela, gardons-nous bien de les imiter!

Les prêtres et les évêques, les membres du clergé régulier et séculier de l’Eglise instituée par Notre-Seigneur, sont aujourd’hui pour nous ceux qui « siègent dans la chaire de Moïse » et aux enseignements desquels nous avons le devoir d’être attentifs, dans la mesure – bien évidemment – où ce qu’ils enseignent est rigoureusement conforme à la doctrine traditionnelle – foi et morale – venue des Apôtres. Toutefois, nous savons bien que, comme les scribes et les pharisiens à l’époque de Notre-Seigneur, il s’en trouve parmi eux (pas tous fort heureusement!) dont la conduite n’est pas en accord avec ce qu’ils prêchent.

Et Jésus nous dit :
– Observez et mettez en pratique toutes les choses qu’ils vous enseignent et qui sont conformes à la Tradition venue des Apôtres, mais n’agissez pas selon leurs exemples…
– Ne claquez pas la porte de mon Eglise en disant : Ces « curés » sont tous des hypocrites et donc j’envoie aussi promener tout ce qu’ils m’ont appris!
– Sachez faire la bonne distinction entre l’homme, avec ses défauts et ses péchés, et la fonction dont il est investi malgré sa faiblesse…
– Respectez la hiérarchie légitime, car c’est Moi qui l’ai établie. Elle porte Mon autorité et c’est Ma parole qu’elle vous transmet.
– Toutefois soyez sans illusion à propos des personnes : gardez-vous d’idéaliser tel prêtre, tel moine, tel évêque car – quelque saints qu’ils puissent paraître – même les meilleurs d’entre eux restent des hommes faillibles et pécheurs… tout comme vous-mêmes.
– Au jour du jugement, il leur sera demandé davantage, parce qu’ils ont reçu de Moi une mission qui exige d’eux une vraie cohérence entre leurs paroles et leurs actes.
– Je ne vous demande pas d’être aveugles : gardez votre lucidité et faites la part des choses entre ce qui vient de Moi et ce qui vient de leur fragilité…
– Mettez en pratique la Foi authentique qu’ils sont chargés de transmettre, et laissez-moi – à Moi et à Moi seul – le soin de faire justice quand l’heure sera venue!
– Il y avait parmi les pharisiens des hommes justes et droits : Nicodème et Joseph d’Arimathie par exemple… Il y a aujourd’hui dans mon Eglise des religieux, des prêtres et des évêques qui s’efforcent de faire correspondre leur vie à leur enseignement : même s’ils ne vous paraissent pas être les plus nombreux (« Le bien fait peu de bruit » dit Saint François de Sales) et même si le comportement de certains autres de mes ministres est véritablement scandaleux (et là, les médias se chargent de « faire de la pub » à ce genre de comportements), gardez la Foi et ne vous laissez pas aller au découragement. C’est en Moi et non en mes ministres qu’il faut croire.
– Il y a eu un traître parmi mes Apôtres. Comme aux autres je lui avais donné le pouvoir de chasser les démons et de faire des miracles : cela ne l’a pas empêché de devenir « fils de la perdition ». Mais surtout cela ne m’a pas empêché, Moi, d’aller jusqu’au bout de la mission que le Père céleste m’avait confiée, par amour pour vous. Il y a des traitres aujourd’hui encore parmi les successeurs de mes Apôtres, souffrez de leurs trahisons comme Mon Coeur a souffert de la trahison de Judas, mais que cela ne vous empêche pas de de rester fidèles aux grâces que le Père vous a données et vous donne encore à travers Moi!
– Exercez votre discernement… c’est bien là que je vous demande de marcher sur un fil sans vous casser la figure! Respectez la fonction hiérarchique et obéissez à ses enseignements légitimes (parce que si on demande de vous une obéissance pour des choses qui ne sont pas conformes à la Loi divine et à la discipline de l’Eglise, il y a abus de pouvoir et sur ces points-là vous ne devez pas obéir!), mais ne laissez pas les erreurs et/ou les fautes manifestes par lesquelles « ils » vous scandalisent ébranler votre Foi, votre Espérance et votre Charité!
– Quelque légitime que soit votre indignation, quelque douloureux que puisse être le constat de leurs trahisons ou de leurs indignités, c’est en Moi et non en l’homme que vous devez placer votre confiance
– Est-ce que tu pries suffisamment pour les prêtres, pour les religieux, pour les évêques? Est-ce que tu pries suffisamment et est-ce que tu offres quelques sacrifices pour qu’ils soient fidèles et saints? Est-ce que tu pries suffisamment et est-ce que tu offres vraiment des sacrifices pour avoir d’authentiques, solides et saintes vocations sacerdotales et religieuses?

Frère Maximilien-Marie.

2010-9. La prière de la Chananéenne, modèle d’humilité, de confiance et de persévérance.

L’Evangile de la Messe du jeudi de la première semaine de carême (Matth. XV, 21-28) nous rapporte un épisode plein d’enseignements à travers l’histoire de cette Chananéenne (Saint Marc dans le récit synoptique l’appelle Syro-phénicienne) qui « harcèle » Jésus pour obtenir la guérison de sa fille.
Lisons tout simplement ce texte en essayant de le faire vivre devant les yeux de notre âme. Représentons-nous la scène en y mettant toutes les couleurs et toute les caractéristiques de l’Orient méditerranéen :

2010-9. La prière de la Chananéenne, modèle d'humilité, de confiance et de persévérance. dans De liturgia a3631

Jean-Germain Drouais : la Chananéenne aux pieds du Christ (1784)

  1. Jésus est venu avec ses disciples dans la région de Tyr et de Sidon, c’est à dire en pays païen : qu’est-il venu y faire? Quelles sont les causes et les buts de cette « excursion » dans cette contrée? Le texte évangélique ne nous le dit pas. Cependant nous pouvons être certains – d’après la réponse que Jésus fera un peu plus loin – qu’il n’y est pas venu pour enseigner, comme il le fait habituellement en Galilée.
    La région de Tyr et de Sidon, c’est le pays des anciens Phéniciens : on y adore des idoles, aussi les Juifs pieux, les disciples, doivent s’y sentir assez mal à l’aise. Notons toutefois que dans l’Ancien Testament, c’est aussi la région où le prophète Elie, à Sarepta, a sauvé la vie d’une femme païenne et de son enfant (3ème livre des Rois
    XVII, 8-24) et il ne faut pas négliger cet « indice ».

  2. Justement voici une femme païenne : elle a entendu parler des guérisons miraculeuses opérées par Jésus, de son pouvoir sur les mauvais esprits. Bien que païenne, elle pense que ce « prophète » qui fait des prodiges chez les Juifs peut aussi lui venir en aide… Elle vient donc au-devant de lui et elle crie, elle gémit, elle se lamente.
    Jésus semble indifférent. Il ne répond pas. Il continue son chemin sans faire attention à elle. La femme n’en poursuit pas moins Jésus en continuant ses clameurs au point que les disciples en sont agacés.
    Remarquez-le : ce sont les disciples qui obligent Jésus à arrêter sa marche, et à « s’intéresser » à elle. S’intéresser, c’est d’ailleurs beaucoup dire car Jésus ne la regarde même pas. Quant aux disciples, s’ils le supplient d’intervenir, ce n’est pas par compassion mais par amour de leur tranquillité : Cette « bonne femme » nous casse les oreilles! Seigneur, faites quelque chose pour elle et ainsi nous retrouverons un peu de calme!…

  3. Jésus ne répond toujours pas à la femme, la réponse qu’il fait s’adresse aux disciples et elle est une espèce de refus : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël ». Non seulement il semble ignorer la femme, mais en plus il met en évidence qu’elle n’a AUCUN DROIT à bénéficier de ses pouvoirs de thaumaturge. Tout autre aurait pu se décourager et repartir accablé par cette réponse. Ce n’est pas le cas de cette femme. Non seulement elle insiste, mais elle devient encore plus audacieuse : jusqu’ici elle se tenait à une certaine distance, et là – franchissant le cercle des disciples – elle s’approche tout près de Jésus et se prosterne en continuant d’implorer son secours : « Seigneur, faites quelque chose pour moi! »
    Pour la première fois enfin, Jésus lui adresse directement la parole. Mais de quelle manière! Sans doute ne la regarde-t-il même pas en laissant tomber ces mots : « Il ne convient pas de prendre le pain des enfants pour le jeter aux chiens! » Cette phrase tombe comme un couperet. Jésus ne se contente pas de répéter qu’elle n’a aucun droit à bénéficier d’un miracle parce qu’elle est païenne, mais il y ajoute ce qui peut légitimement être pris pour une insulte : les Juifs sont les enfants de la maison mais vous, les païens, vous n’êtes que des chiens!

  4. Et la femme ne se décourage toujours pas. Elle rebondit même sur l’insulte qu’elle vient de prendre en pleine figure par une réponse qui confine au sublime tellement elle est remplie d’humilité et de persévérante confiance : « C’est vrai, Seigneur! » Elle ne proteste pas, elle ne se défend pas, elle n’argumente pas pour défendre sa dignité… Ce « c’est vrai » a quelque chose de prodigieux!
    Et elle poursuit : « Mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître. » Ce qui est une manière de dire : je le reconnais, Seigneur, je ne suis rien pour mériter votre attention et votre sollicitude, je n’ai aucun droit sur vous, aucune de vos bontés ne me sont dues… J’ai néanmoins confiance dans la miséricorde de votre Coeur : ce n’est pas en vertu de mes mérites, de mes qualités ou de ma dignité que j’espère quelque chose de vous. Vous n’avez aucune obligation envers moi, vous ne me devez rien et pourtant je crois fermement que vous pouvez accomplir ce que j’implore de votre douce pitié…

  5. Alors Jésus abandonne son APPARENCE froide, insensible, rebutante, insultante… Nous pouvons imaginer sans peine la tendresse extraordinaire de son regard qui se pose enfin sur elle lorsque il déclare – peut-être même avec une véritable émotion dans la voix – : « Ô femme, ta foi est grande : qu’il te soit fait selon ta volonté! » Et le miracle a lieu : à l’heure même sa fille est guérie.

  6. Que de leçons pour nous! Si je me suis permis de décortiquer un peu longuement cet épisode c’est pour mieux mettre en évidence les points suivants:

    - Bien souvent, lorsque nous prions, lorsque nous demandons à Dieu une grâce, n’avons-nous pas, plus ou moins consciemment, une attitude bien différente de celle de cette femme? « Seigneur, après tout, je suis chrétien ; j’ai mes défauts certes, mais qui n’en a pas? je ne suis finalement pas pire que les autres et j’appartiens à votre Eglise… Cela ne me donne-t-il pas le droit que vous interveniez en ma faveur?… »

    - La prière n’est-elle pas pour moi comme ces machines de foire – « à tous les coups on gagne! » – dans la fente desquelles on introduit une pièce et desquelles on obtient immanquablement un gadget ou un lapin en peluche? « Seigneur, j’ai mis ma pièce dans la fente du distributeur automatique de bienfaits… heu, pardon! J’ai dit la bonne prière, j’ai même fait brûler un cierge : donnant donnant, vous me devez cette grâce maintenant! »

    - J’ai égrené un chapelet, et même un rosaire entier… J’ai récité telles litanies, j’ai dit telle prière  réputée « irrésistible », j’ai accompli tel pèlerinage, j’ai fait telle neuvaine… et je n’ai pas obtenu ce que je demandais : à quoi bon en faire tant, puisque le Seigneur ne m’a pas entendu? Doute… découragement…

    - Avant de douter de la bonté de Dieu, avant de douter de l’efficacité de la prière, avant d’écouter la voix insidieuse du découragement, ne faudrait-il pas plutôt remettre en question les dispositions avec lesquelles nous prions, avec lesquelles nous nous adressons à Dieu?
    Si nos prières ne sont pas efficaces, ce n’est pas parce que Dieu ne nous entend pas mais c’est trop souvent parce que nous prions mal, sans humilité, sans confiance, sans persévérance

  7. Revenons à l’attitude de Jésus en face de la Chananéenne : s’il n’avait pas été apparemment insensible, sourd, méprisant, insultant… jamais un tel acte de foi, de confiance, de persévérance et d’humilité ne serait sorti du coeur de cette femme.
    Si les disciples étaient sans compassion, ce n’est évidemment pas le cas du Coeur de Jésus. Mais la compassion du Coeur de Jésus n’est pas du sentimentalisme, et lorsqu’il a pitié de nous il ne nous infantilise pas : au contraire il nous pousse au maximum de vertu jusque auquel nous pouvons nous élever. L’apparente rebuffade est en fait la preuve d’un immense amour puisqu’elle va permettre de s’élever au-delà du sensible et du sentimental jusqu’à produire un acte de foi et de confiance encore plus beau, plus fort, plus authentique et véritablement surnaturel ; jusqu’au sublime.

    Encore une fois, il ne faut jamais se décourager dans la prière. Si Jésus semble ne pas nous répondre c’est qu’il nous pousse à aller plus loin dans l’humilité, dans la confiance et dans la persévérance.

Frère Maximilien-Marie.

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous, Textes spirituels |on 25 février, 2010 |1 Commentaire »

2010-7. Petit catéchisme sur le carême et la pénitence.

1. Qu’est-ce que le carême ?

Le mot « carême » vient du latin « quadragesima » qui signifie quarantaine. Le carême est un temps liturgique particulièrement intense qui dure une quarantaine de jours et qui prépare les fidèles aux célébrations pascales.

Le carême commence le Mercredi des Cendres et se termine immédiatement avant la Messe de la Cène du Seigneur (le Jeudi Saint). Les dates du carême varient donc en fonction de la date de Pâques qui est calculée sur le cycle lunaire.

2. Quel est le sens du Mercredi des Cendres ?

Ce premier jour du carême est particulièrement pénitentiel, le jeûne y est obligatoire. En participant à la cérémonie de l’imposition des Cendres, nous exprimons avec humilité notre volonté de nous convertir et de mettre davantage notre vie en accord avec les enseignements du saint Evangile.

3. Que symbolisent les cendres ?

Les cendres sont obtenues en brûlant les rameaux qui avaient été bénits l’année précédente, le dimanche des Rameaux. Elles symbolisent la fragilité de la condition humaine marquée par la mort, en conséquence du péché originel ; elles signifient aussi que nous nous humilions devant Dieu en reconnaissant nos fautes personnelles ; elles expriment notre supplication pour que Dieu nous vienne en aide et nous renouvelle.

4. Pourquoi 40 jours ?

Le chiffre 40 porte une dimension symbolique très forte dans l’Ancien Testament : les pluies du déluge durèrent 40 jours ; après sa sortie d’Egypte, le peuple hébreu vit au désert pendant 40 ans ; Moïse reste 40 jours face à face avec Dieu sur le Mont Sinaï avant de redescendre avec les Tables de la Loi ; le prophète Elie marche pendant 40 jours dans le désert… etc.

Notre-Seigneur Jésus-Christ, après son baptême par Jean dans le Jourdain et avant de commencer sa vie publique, se retire pendant 40 jours dans le désert, y pratiquant un jeûne intégral, priant et affrontant directement la puissance du diable. Aussi « l’Eglise s’unit chaque année par les quarante jours du Grand Carême au mystère de Jésus dans le désert » (Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 540). La liturgie met en rapport ces quarante jours du Christ luttant dans le désert contre le démon avec le mystère de notre Rédemption accomplie par la victoire de la Croix.

Tentation du Christ au désert

Tentation de Jésus au désert (chapiteau d’Autun).

5. Depuis quand le carême existe-t-il ?

La plupart des commentateurs contemporains, sous l’influence du modernisme, prétendent que le carême aurait été institué par l’Eglise au IVème siècle, mais ce n’est pas l’avis des anciens : les Pères de l’Eglise affirment que le carême a été institué par les Apôtres eux-mêmes. A ce propos, Saint Augustin écrit que ce dont on constate l’existence dans toutes les Eglises sans qu’on puisse montrer à quel moment cela y a été établi est d’institution apostolique.

6. A quoi nous invite l’Eglise pendant le carême ?

L’Eglise nous invite à faire du Carême une espèce de retraite spirituelle au cours de laquelle nous faisons un plus grand effort d’attention à Dieu, par la méditation et la prière, un effort de plus grande attention aux autres par la charité, et un effort de mortification personnelle qui est une manière de porter une plus grande attention à notre véritable dignité. Ainsi le carême est-il un moment très important pour la purification de nos coeurs et pour une croissance qualitative de notre vie chrétienne.

7. Quelles sont les pratiques particulières du carême ?

Le carême est un temps de pénitence et de renouveau intérieur au cours duquel sont prescrits le jeûne et l’abstinence, une intensification de la vie de prière et une pratique plus marquée des oeuvres de charité, spécialement l’aumône.

D’une manière générale, les églises d’Orient ont conservé la discipline alimentaire des temps apostoliques, qui est très stricte (voir > ici), tandis que dans l’Eglise latine la pratique actuelle du jeûne quadragésimal (= du carême) a été considérablement assouplie. Jusqu’à une date encore récente, tous les jours du carême devaient être jours de jeûne et d’abstinence (sauf dimanches et grandes fêtes), ce qui n’est plus obligatoire dans le code de droit canonique aujourd’hui en vigueur.

Si dans l’Eglise latine la loi commune n’est plus aussi sévère que jadis, ce n’est cependant pas une invitation au laisser aller. La loi détermine le minimum obligatoire pour tous, mais elle n’oblige pas à se contenter du minimum. Il est donc louable, en fonction de la situation et des possibilités de chacun, de continuer à pratiquer une véritable ascèse alimentaire et une plus grande austérité de vie. Tous, même ceux dont l’état de santé ou l’âge ne permettent pas un jeûne alimentaire rigoureux, doivent observer un esprit de pénitence et de conversion.

8. Quelles sont les obligations d’un catholique pendant le carême ?

Au minimum, il doit accomplir les préceptes du jeûne le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint et celui de l’abstinence chaque vendredi. Mentionnons aussi – au terme du carême – l’obligation de la confession et de la communion pascales.

9. En quoi consiste le jeûne ?

Le jeûne consiste à faire un seul véritable repas pendant la journée, et à ne prendre qu’une collation frugale le matin et le soir. On ne doit rien manger entre les repas, sauf bien sûr en cas de maladie.

10. Qui est obligé au jeûne ?

La loi du jeûne oblige tous ceux qui sont majeurs, jusqu’à l’âge de 60 ans.

11. Qu’est-ce que l’abstinence ?

L’abstinence est le fait de se priver de viande (rouge ou blanche, et de tous les dérivés de la viande : charcuterie, bouillons gras… etc).

12. Qui est obligé à l’abstinence ?

La loi de l’abstinence oblige tous ceux qui ont accompli 14 ans.

13. Dans quel esprit doit-on pratiquer le jeûne et l’abstinence ?

Pour un coeur véritablement chrétien, le jeûne et l’abstinence ne sont pas des choses sans importance et vont bien au-delà du simple aspect de la « privation d’aliment ». Si le jeûne et l’abstinence ne sont qu’un exercice « physique » ou « diététique », ils n’ont pas de valeur spirituelle (« Pénitence de bête » comme le dit Saint Jean de la Croix). Ce qui leur confère un sens, c’est d’abord l’esprit d’obéissance à Dieu, à travers Son Eglise qu’Il a instituée pour nous indiquer les voies du salut. Cet esprit d’obéissance témoigne de la vérité de notre amour. En effet, la meilleure preuve d’amour que nous puissions donner à quelqu’un c’est d’être capable de renoncer à quelque satisfaction personnelle pour lui.

Le jeûne et l’abstinence du chrétien sont une ascèse qui tend à rétablir la domination de l’âme sur le corps, alors que bien souvent – par la sensualité – c’est notre corps qui domine l’esprit et entraine l’âme dans la désobéissance aux préceptes divins. En étant soumis au jeûne, le corps est replacé dans sa vraie position : celle de serviteur de notre esprit. Ainsi le jeûne manifeste-t-il la remise en ordre de tout notre être : le corps soumis à l’esprit et l’esprit soumis à Dieu par amour. Ainsi jeûne et abstinence sont-ils des moyens concrets par lequel l’Eglise nous permet de croître dans le véritable esprit de pénitence.

14. Qu’est-ce que la pénitence ?

Le mot pénitence, du latin « paenitentia », est la traduction du mot grec « métanoia » qui signifie « conversion » (littéralement : « changement d’esprit »). Faire pénitence , c’est changer de vie en se détournant du mal et de ce qui nous entraine au mal, pour se tourner vers Dieu dont on s’était éloigné.

Nous sommes tous pécheurs : la pratique de la pénitence, par des actes intérieurs et extérieurs, nous permet de réparer l’injustice du péché : injustice envers Dieu, injustice envers nos frères et injustice envers notre propre dignité d’enfant de Dieu. La pénitence est indissociable du regret profond du mal que nous avons commis et de la résolution d’éviter le péché à l’avenir.

Notre-Seigneur a institué et confié à Son Eglise un sacrement pour nous aider dans notre démarche de conversion : c’est le sacrement de pénitence, appelé communément confession. En faisant au Christ Lui-même, qui agit à travers son prêtre, la confession de nos péchés nous libérons notre conscience de ce qui lui pèse et nous sommes soulagés des fardeaux qui entravent notre marche vers Dieu. La confession sacramentelle est obligatoire au moins une fois par an, pour se préparer à Pâques. Une bonne confession doit être claire, concise, concrète et complète.

15. Quelles sont les manifestations de la pénitence ?

La pénitence intérieure du chrétien peut avoir des expressions très variées. « L’Ecriture et les Pères insistent surtout sur trois formes : le jeûne, la prière et l’aumône, qui expriment la conversion par rapport à soi-même, par rapport à Dieu et par rapport aux autres. A côté de la purification radicale opérée par le Baptême ou par le martyre, ils citent comme moyen d’obtenir le pardon des péchés, les efforts accomplis pour se réconcilier avec son prochain, les larmes de pénitence, le souci du salut du prochain, l’intercession des saints et la pratique de la charité ‘qui couvre une multitude de péchés’ (1ère épître de St Pierre IV, 8)» (Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 1434).

Il faut aussi se souvenir que c’est la mesure avec laquelle nous pardonnons aux autres qui sera la mesure avec laquelle Dieu nous pardonnera nos propres fautes : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous-mêmes nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». La pratique du pardon entre donc aussi dans notre démarche de conversion personnelle.

Enfin l’exercice de la charité envers nos frères est résumé dans ce que l’on appelle depuis la plus haute antiquité les « oeuvres de miséricorde ».

16. Quelles sont les oeuvres de miséricorde ?

On distingue les oeuvres de miséricorde spirituelles et les oeuvres de miséricorde corporelles.

Les oeuvres de miséricorde spirituelles sont :

Enseigner l’ignorant.
Conseiller celui qui en a besoin.
Corriger l’égaré.
Pardonner les injures.
Consoler le triste.
Souffrir avec patience les adversités et les faiblesses du prochain.
Prier Dieu pour les vivants et pour les morts.

Les oeuvres de miséricorde corporelles sont :

Visiter le malade.
Donner à manger à celui qui a faim.
Donner à boire à celui qui a soif.
Secourir le captif.
Vêtir celui qui est sans vêtement.
Accueillir le pèlerin.
Enterrer les morts.

17. Quels sont les jours et les temps de pénitence ?

« Tous les fidèles, chacun à sa manière, sont obligés par la loi divine à faire pénitence ; cependant, afin que tous s’unissent à une pratique commune de pénitence, on a fixé certains jours pénitentiels pendant lesquels les fidèles se dédient de manière particulière à la prière, réalisent des oeuvres de piété et de charité, et s’oublient soi-même en accomplissant ses propres obligation avec la plus grande fidélité et, surtout, en observant le jeûne et l’abstinence. » (Code de droit canonique, n° 1249).

« Dans l’Eglise universelle, tous les vendredis de l’année et le temps de carême sont des jours et des temps de pénitence » (Code de droit canonique, n° 1250).

Ajoutons aussi qu’en sus du jeûne et de l’abstinence alimentaires, il y a d’autres jeûnes que nous devons pratiquer pendant les temps de pénitence : le jeûne de certaines distractions ou divertissements (télévision, cinéma, bals, soirées mondaines…etc.).

18. Que doit-on faire les vendredis pendant l’année ?

En souvenir du jour de la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la Croix, « pendant tous les vendredis, à moins qu’ils ne coïncident avec une solennité, on doit observer l’abstinence de viande, ou de tout autre aliment déterminé par la Conférence épiscopale ; on gardera jeûne et abstinence le mercredi des Cendres et le Vendredi Saint » (Code de droit canonique, n° 1251).

19. Quels sont les exercices de dévotion qui conviennent spécialement au carême ?

Ce sera, si possible, l’assistance aux offices liturgiques de manière plus assidue (en plus du dimanche et des jours de précepte), et la réception plus fréquente des sacrements de pénitence et d’Eucharistie ; la lecture et la méditation de la Sainte Ecriture ; éventuellement la participation à des exercices spirituels (retraite paroissiale ou dans une abbaye), la méditation de la Passion de Notre-Seigneur (spécialement par la pratique de l’Heure Sainte le jeudi soir et du Chemin de la Croix le vendredi), la participation à des pèlerinages… etc.

Statue de N.D. de Compassion du Mesnil-Marie

Notre-Dame de Compassion au Mesnil-Marie

20. Quels sont les fruits d’un bon carême ?

Celui qui vit bien le carême se rapproche de Dieu et grandit en vertu et en grâce. L’effort qu’il fait pour répondre aux appels à la conversion que Notre-Seigneur lui adresse personnellement à travers Son Eglise est également l’occasion d’obtenir des grâces et des bénédictions de Dieu pour toute l’Eglise et pour tous les besoins de l’humanité, en vertu du mystère de la communion des saints.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Pour savoir ce qu’était la discipline originelle du Carême et – pourquoi pas ? – s’en inspirer lorsque on veut faire un peu plus que le minimum requis, il faut cliquer > ici.

Publié dans:De liturgia |on 15 février, 2010 |22 Commentaires »

2010-6. Saint Claude de La Colombière : sa biographie et sa prière de confiance en Dieu.

Saint Claude de La Colombière (dont le nom se trouve aussi parfois sous les formes suivantes : Colombier ou du Colombier ou La Colombière) est né le 2 février 1641 dans une famille aisée et profondément religieuse. Il est le troisième enfant des sept que comptera le foyer : deux mourront en bas âge, deux de ses frères deviendront prêtres, et sa soeur Marguerite sera religieuse à la Visitation.

On sait peu de chose sur sa première enfance. A l’âge de neuf ans, il part faire ses études au collège des Jésuites de Lyon ; le 25 octobre 1658 il entre au noviciat de la Compagnie ; il prononce ses premiers voeux le 26 octobre 1660. Quelque temps après il est envoyé au collège d’Avignon pour compléter ses études de philosophie. Il y reste comme professeur, jusqu’en 1666.
L’estime qu’on lui porte est telle qu’en cette dernière année de « régence », il est choisi pour représenter le collège et prononcer le panégyrique de François de Sales à l’occasion des célébrations organisées en Avignon lors de sa canonisation.
Il est ensuite envoyé à Paris pour les études de théologie, et devient précepteur des fils du ministre Colbert.

Le 6 avril 1669, il est ordonné prêtre. L’année suivante, il est rappelé à Lyon, où il enseigne la rhétorique au collège de la Trinité. En 1673, il est nommé au poste de prédicateur de la chapelle du collège. Le 2 février 1675, il prononce ses derniers voeux, et quelques jours après, est envoyé à Paray-le-Monial en qualité de recteur du collège de la Compagnie de Jésus. A l’occasion des confessions des Quatre-temps de carême, il est sollicité par les supérieures du monastère de la Visitation.
C’est alors que Sainte Marguerite-Marie, qui le voit pour la première fois, entend Notre-Seigneur lui dire  : «Voilà celui que je t’envoie».

Saint Claude de La Colombière

A cette époque, Sainte Marguerite-Marie, en raison de sa vie mystique, est suspectée à l’intérieur de sa communauté : ses supérieures sont profondément perplexes, craignant qu’elle ne soit l’objet d’illusions diaboliques ou menées par l’orgueil.
Le Père de La Colombière dès qu’il s’est trouvé en présence de la communauté – par une inspiration céleste – a été amené à remarquer la moniale. Il demande à la rencontrer : il authentifie l’origine divine des manifestations mystiques dont elle lui parle, la rassure ainsi que ses supérieures.
C’est alors que se place la manifestation du Sacré-Coeur qu’on appelle « la grande révélation » (celle qui commence par ces mots « Voilà ce Coeur qui a tant aimé les hommes… »), révélation dans laquelle est faite la demande de l’institution de la fête du Sacré-Coeur. Dès le 21 juin, avec Sainte Marguerite-Marie, le Père de la Colombière se consacre au Sacré-Coeur.

Mais le Père Claude de La Colombière ne reste pas longtemps à Paray-le-Monial : au mois d’octobre 1676, il est désigné pour une mission de confiance fort délicate : il est envoyé à Londres, où il doit assumer les fonctions d’aumônier et de prédicateur de Marie-Béatrix d’Este, duchesse d’York, future reine d’Angleterre parce qu’elle a épousé le futur Jacques II.
L’Angleterre est à cette époque profondément antipapiste : le Père de La Colombière est doublement surveillé, en sa qualité de français tout autant qu’en tant que membre de la Compagnie de Jésus, réputée pour sa fidélité à la papauté. Il poursuit par courrier la direction spirituelle de Sainte Marguerite-Marie, et travaille à la diffusion discrète mais efficace de la dévotion au Sacré-Coeur auprès de la population catholique de Londres. Mais il commence à cracher du sang, et il ne reste à Londres que sur l’ordre des médecins, qui le dissuadent de partir dans cet état.

En août 1678 éclate ce qu’un biographe de Charles II appellera la « terreur papiste », où conspirations et calomnies entraînent, rien que dans les rangs des Jésuites, vingt-trois prêtres au supplice et cent quarante-sept autres à la mort en prison. Le Père Claude reste quelque temps à l’écart de la tourmente, mais trahi par un jeune homme qu’il croyait avoir converti, il est arrêté le 14 novembre, et transféré le 17 à la prison de King’s Bech. Il y restera trois semaines. L’état des geôles empire son état physique, et il subit une violente crise de phtisie.
Banni du royaume par Charles II, il lui est accordé dix jours pour retrouver les forces nécessaires au voyage. Il quitte Londres le 28 décembre 1678,  dans un état de faiblesse extrême. Il reste quelques jours à Paris au début de janvier 1679, avant de repartir pour Lyon. En chemin, il s’arrête à Paray-le-Monial, où il séjourne une dizaine de jours : il s’entretient longuement avec Sainte Marguerite-Marie et avec la Mère Greyfié, sa Supérieure. Il arrive enfin à Lyon le 11 mars.

Sur les conseils des médecins, il retourne à Saint-Symphorien d’Ozon,  son pays natal : il y reste près de deux mois, rentre brièvement à Lyon, puis est de nouveau envoyé à Saint-Symphorien au mois d’août, où il demeure encore un mois. Sa santé s’améliore alors suffisamment pour qu’à son retour au collège de la Trinité de Lyon, il soit nommé Père spirituel des jeunes étudiants de la Compagnie de Jésus. C’est à ce moment qu’il a comme disciple le Père Joseph de Gallifet, dont il va faire un ardent apôtre de la dévotion au Sacré-Coeur.

Au cours de l’été 1680, il écrit à Marguerite-Marie : « Remerciez Dieu, s’il vous plaît, de l’état où il m’a mis. La maladie était pour moi absolument nécessaire ; sans cela je ne sais pas ce que je serais devenu ; je suis persuadé que c’est une des plus grandes miséricordes que Dieu ait exercées sur moi« .
A l’automne 1680, puis au printemps 1681, de nouvelles rechutes l’obligent à ralentir ses travaux, et sur les conseils des médecins le Père provincial l’envoie au mois d’août en résidence à Paray. Au terme de souffrances renouvelées et d’une agonie d’une semaine, il y meurt le 15 février 1682.

La publication posthume de ses sermons et de ses notes spirituelles, dans lesquelles il a noté la « grande révélation » de 1675, entraineront la fin des suspicions que Sainte Marguerite-Marie subissait encore dans sa communauté.

Le Père Claude de La Colombière a été béatifié le 16 juin 1929 et canonisé le 31 mai 1992.

Gisant du reliquaire de Saint Claude de La Colombière à Paray le Monial

La texte de la prière qui suit, appelée « Acte de confiance en Dieu » est extraite d’un sermon dont le thème est la confiance envers la divine Providence (sermon n°68:

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« Mon Dieu, je suis si persuadé que Vous veillez sur ceux qui espèrent en Vous, et qu’on ne peut manquer de rien quand on attend de Vous toutes choses, que j’ai résolu de vivre à l’avenir sans aucun souci, et de me décharger sur Vous de toutes mes inquiétudes : in pace in idipsum dormiam et requiescam, quoniam Tu, Domine, singulariter in spe constituisti me (Ps. IV, 9).
Les hommes peuvent me dépouiller et des biens et de l’honneur, les maladies peuvent m’ôter les forces et les moyens de Vous servir, je puis même perdre Votre grâce par le péché ; mais jamais je ne perdrai mon espérance, je la conserverai jusqu’au dernier moment de ma vie, et tous les démons de l’enfer feront à ce moment de vains efforts pour me l’arracher : in pace in idipsum dormiam et requiescam.
D’aucuns peuvent attendre leur bonheur de leurs richesses ou de leurs talents, d’autres s’appuyer sur l’innocence de leur vie, ou sur la rigueur de leur pénitence, ou sur le nombre de leurs aumônes, ou sur la ferveur de leurs prières ; Tu, Domine, singulariter in spe constituisti me : pour moi, Seigneur, toute ma confiance, c’est ma confiance même ; cette confiance ne trompa jamais personne : nullus, nullus speravit ira Domino et confusus est (
Eccl. II, 11). Je suis donc assuré que je serai éternellement heureux, parce que j’espère fermement de l’être, et que c’est de Vous, ô mon Dieu que je l’espère : in Te, Domine, speravi, non confùndar in aeternum (Ps. XXX, 2).
Je connais, hélas ! je ne connais que trop que je suis fragile et changeant, je sais ce que peuvent les tentations contre les vertus les mieux affermies, j’ai vu tomber les astres du ciel et les colonnes du firmament, mais tout cela ne peut m’effrayer : tant que j’espérerai je me tiens à couvert de tous les malheurs, et je suis assuré d’espérer toujours parce que j’espère encore cette invariable espérance.
Enfin, je suis sûr que je ne puis trop espérer en Vous, et que je ne puis avoir moins que ce que j’aurai espéré de Vous. Ainsi, j’espère que Vous me tiendrez dans les penchants les plus rapides, que Vous me soutiendrez contre les plus furieux assauts, et que Vous ferez triompher ma faiblesse de mes plus redoutables ennemis ; j’espère que Vous m’aimerez toujours, et que je Vous aimerai aussi sans relâche ; et, pour porter tout d’un coup mon espérance aussi loin qu’elle peut aller, je Vous espère Vous-même de Vous-même, ô mon Créateur, et pour le temps et pour l’éternité. »

Ainsi soit-il !

Voir aussi l’acte d’offrande de soi-même au Sacré-Coeur de Jésus composé par Saint Claude de La Colombière, en cliquant > ici.

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