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2011-67. Lettre n°298 de « Paix Liturgique » : les fausses promesses de Mgr. Blondel…

L’association Paix Liturgique publie dans sa lettre n°298, en date du 31 août 2011, la suite de son étude du cas du diocèse de Viviers (nous en avions répercuté la première partie ici > www), l’un des rares diocèses de France désormais dans lequel le motu proprio « Summorum Pontificum » ne reçoit toujours pas d’application en dépit de la demande des fidèles…

la Sainte Trinité avec les Saints.

VIVIERS (2) : LES FAUSSES PROMESSES DE MGR BLONDEL, DISCRET ÉMULE DE MGR ROUET, AU SUJET DE LA CÉLÉBRATION DE LA FORME EXTRAORDINAIRE DANS SON DIOCÈSE

Dans le cadre de notre série d’enquêtes sur les diocèses totalement privés de l’application du Motu Proprio Summorum Pontificum, nous nous sommes penchés dans notre lettre 292 sur le cas du diocèse de Viviers. Nous avons à cette occasion parcouru l’historique de la liturgie traditionnelle en Ardèche et souligné sa complète disparition depuis l’arrivée à la tête du diocèse de l’actuel évêque, Mgr François Blondel.

Nous vous révélons aujourd’hui, document à l’appui, le sort réservé par celui-ci à l’application du Motu Proprio.

I – La demande diocésaine

À l’origine de la demande dans le diocèse de Viviers, il y a plusieurs familles qui, après avoir essuyé des fins de non-recevoir dans leurs paroisses respectives, ont décidé de se concentrer sur une demande unique.

Les représentants de cette demande, MM. Jacques Reboul et Philippe Brun, après avoir rencontré le curé de Largentière, l’abbé Nougier, ont écrit à Mgr Blondel pour lui demander de bénéficier des bienfaits du Motu Proprio Summorum Pontificum. Ce courrier, rédigé en octobre 2010, a reçu, dès novembre de la même année, une réponse de l’évêque. Cette réponse rapide – un point au crédit de Mgr Blondel – , nous vous la faisons découvrir ci-dessous, accompagnée de nos commentaires, tant elle est symbolique de l’état d’esprit de certains de nos prélats pour qui la générosité est non seulement limitée mais aussi rétractable !

II – La réponse de Mgr Blondel

Viviers, le 19 novembre 2010

Messieurs,

Monsieur l’Abbé Henri Meissat, Vicaire Épiscopal, et Monsieur l’Abbé Bernard Nougier, curé de la paroisse St Joseph en Pays de Ligne, m’ont remis de votre part en date du 14 octobre 2010 la demande d’application du Motu Proprio Summorum Pontificum.

Ils m’ont apporté témoignage de l’état d’esprit qui était le vôtre au cours de la réunion qu’i1s avaient eue avec vous et de l’assurance que vous leur aviez donnée d’agir au nom d’un groupe stable.

J’ai donc pris en compte votre demande. Voici ce que je compte organiser pour y répondre.

Le célébrant que je désigne est Monsieur l’Abbé Henri Goin, ancien curé de la Cathédrale, ayant actuellement une responsabilité aux archives diocésaines et qui est un très bon latiniste.

Avec l’accord du curé de la paroisse Charles de Foucauld Le Teil/Viviers, l’église sera l’église Saint-Laurent à Viviers.

Le premier samedi de chaque mois y sera célébrée la messe selon le rituel de 1962. Les lectures de la Parole de Dieu seront celles du missel du rite ordinaire car je tiens à ce que vous soyez ainsi en communion avec toutes les communautés du diocèse. Ces lectures de la Parole de Dieu seront faites en français.

Cette messe, célébrée (à 17h30 ?) sera considérée comme une messe paroissiale. Les annonces qui seront faites seront celles de la paroisse et du diocèse. La quête sera affectée à la paroisse.

Monsieur l’Abbé Meissat organisera une réunion entre Monsieur l’Abbé Goin et vous-mêmes où il sera alors décidé de la date à laquelle aura lieu la première célébration.

Et nous ferons le point dans six mois.

Ayant ainsi répondu, je pense, à la demande qui était la vôtre, Je vous prie de croire, Messieurs, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs et de ma prière.

François BLONDEL
Évêque de Viviers

III – Les réflexions de Paix liturgique

1) Certes, et c’est à mettre au crédit de Mgr Blondel, tout comme le délai relativement court dans lequel il a donné sa réponse aux demandeurs, nous ne pouvons qu’apprécier la forme de sa réponse : écrite et circonstanciée. Cela n’est malheureusement pas si fréquent, tant de curés et d’évêques – quand ils se donnent la peine de répondre ! – se contentant d’un refus sec par oral ou noyant leur réponse sous un fleuve de considérations catéchético-pastorales.

2) Mgr Blondel conclut sa lettre par la formule : « Ayant ainsi répondu, je pense, à la demande qui était la vôtre… ». Soit, mais Mgr Blondel pouvait-il sérieusement et honnêtement penser qu’il répondait à la demande ?
Sur quatre points, sa réponse porte en effet à discussion :
- le lieu : certes, Viviers est le siège épiscopal mais la demande avait été faite à Largentière… à 50 km de là, ce qui, par les routes ardéchoises, représente 50 minutes de trajet ;
- le jour : la messe accordée est une messe du samedi soir ce qui, selon les règles canoniques en vigueur pour la liturgie traditionnelle, n’est pas une messe dominicale puisque le missel de 1962 ne prévoit pas de messe anticipée au samedi ;
- la fréquence : la célébration n’est offerte qu’une fois par mois ce qui ne satisfait que partiellement le désir du groupe stable de fidèles de vivre sa foi au rythme de la forme extraordinaire ;
- le « bricolage » liturgique : en indiquant que les lectures seront celles du lectionnaire ordinaire, Mgr Blondel fixe une condition tellement contraire à l’esprit du Motu Proprio que l’instruction Universæ Ecclesiæ, publiée le 13 mai 2011, spécifie précisément dans son article 24 que “Les livres liturgiques de la forme extraordinaire seront utilisés tels qu’ils sont”, ajoutant à son article 26, si besoin est, que ces lectures sont celles “de la Sainte Messe du Missel de 1962”. On aura noté, au passage, le motif théologique donné par Mgr Blondel : les lectures communes comme signe de communion avec les communautés diocésaines…

3) À la réception de la réponse de l’évêque, les demandeurs n’ont soulevé que les deux points concernant le lieu et le lectionnaire et exprimé le vœu qu’ils soient corrigés. Depuis, l’évêché s’est fait silencieux. Du coup, dix mois après le courrier de Mgr Blondel, la première célébration n’a jamais eu lieu.

4) Si la question du lieu de la célébration ne peut être tranchée que par une nouvelle discussion entre les demandeurs et le diocèse, celle de la célébration “bricolée” – structure de la messe de 1962 avec lectures de 1970 – a en revanche été clairement réglée par l’instruction Universæ Ecclesiæ.

Peut-on donc espérer que le 14 septembre prochain, alors que l’Église universelle fêtera les 4 ans du Motu Proprio, Mgr Blondel fasse aux demandeurs ardéchois la bonne surprise de leur accorder enfin la célébration, même mensuelle, même le samedi après-midi, de la forme extraordinaire du rite romain mais bel et bien de la forme extraordinaire et pas d’une liturgie de son invention ?

Missel romain traditionnel

2011-64. Enseignements de Saint Louis à son fils le Prince Philippe.

Le 25 août, nous fêtons Saint Louis IX. Au Mesnil-Marie, nous avons l’immense grâce de conserver l’une de ses reliques que nous exposons ce jour dans notre oratoire.
Surtout, profitons de cette fête pour méditer les exemples et les enseignements du plus grand et du plus saint de nos Rois.
Nous reproduisons ci-dessous le texte habituellement reçu (en français contemporain) des fameux « Enseignements » que le saint monarque mit par écrit à l’intention de son fils, le Prince Philippe, qui lui succédera comme Philippe III le Hardi.

Simon Vouet - St Louis recevant du Christ la Ste Couronne d'épines

Le Christ remettant à Saint Louis la Sainte Couronne d’Epines
(Simon Vouet – église Saint Paul Saint Louis, au Marais)

Cher fils, je t’enseigne premièrement que tu aimes Dieu de tout ton cœur et de tout ton pouvoir, car sans cela personne ne peut rien valoir.

Tu dois te garder de toutes choses que tu penseras devoir lui déplaire et qui sont en ton pouvoir, et spécialement tu dois avoir cette volonté que tu ne fasses un péché mortel pour nulle chose qui puisse arriver, et qu’avant de faire un péché mortel avec connaissance, que tu souffrirais que l’on te coupât les jambes et les bras et que l’on t’enlevât la vie par le plus cruel martyre.

Si Notre Seigneur t’envoie persécution, maladie ou autre souffrance, tu dois la supporter débonnairement, et tu dois l’en remercier et lui savoir bon gré, car il faut comprendre qu’il l’a fait pour ton bien. De plus, tu dois penser que tu as mérité ceci (et encore plus s’il le voulait) parce que tu l’as peu aimé et peu servi, et parce que tu as fait beaucoup de choses contre sa volonté.

Si Notre Seigneur t’envoie prospérité, santé du corps ou autre chose, tu dois l’en remercier humblement, et puis prendre garde qu’à cause de cela il ne t’arrive pas de malheur causé par orgueil ou par une autre faute, car c’est un très grand péché de guerroyer Notre Seigneur de ses dons.

Cher fils, je t’enseigne que tu entendes volontiers le service de la sainte Église, et quand tu seras à l’église, garde-toi de perdre ton temps et de parler vaines paroles. Dis tes oraisons avec recueillement ou par bouche ou de pensée, et spécialement sois plus recueilli et plus attentif à l’oraison pendant que le corps de Notre Seigneur jésus Christ sera présent à la messe, et puis aussi pendant un petit moment avant.

Cher fils, je t’enseigne que tu aies le cour compatissant envers les pauvres et envers tous ceux que tu considéreras comme souffrants ou de cour ou de corps ; et selon ton pouvoir soulage-les volontiers ou de soutien moral ou d’aumônes.

Prends garde que tu sois si bon en toutes choses qu’il soit évident tu reconnaisses les générosités et les honneurs que Notre Seigneur t’a faits de sorte que, s’il plaisait à Notre Seigneur que tu aies l’honneur de gouverner le royaume, tu sois digne de recevoir l’onction avec laquelle les rois de France sont sacrés.

Cher fils, s’il advient que tu deviennes roi, prends soin d’avoir les qualités qui appartiennent aux rois, c’est-à-dire que tu sois si juste que, quoi qu’il arrive, tu ne t’écartes de la justice. Et s’il advient qu’il y ait querelle entre un pauvre et un riche, soutiens de préférence le pauvre contre le riche jusqu’à ce que tu saches la vérité, et quand tu la connaîtras, fais justice.

Sois bien diligent de protéger dans tes domaines toutes sortes de gens, surtout les gens de sainte Église ; défends qu’on ne leur fasse tort ni violence en leurs personnes ou en leurs biens.

Cher fils, je t’enseigne que tu sois toujours dévoué à l’Église de Rome et à notre saint-père le Pape, et lui portes respect et honneur comme tu le dois à ton père spirituel.

Mets grande peine à ce que les péchés soient supprimés en ta terre, c’est-à-dire les vilains serments et toute chose qui se fait ou se dit contre Dieu ou Notre-Dame ou les saints : péchés de corps, jeux de dés, tavernes ou autres péchés. Fais abattre tout ceci en ta terre sagement et en bonne manière.

Cher fils, je te donne toute la bénédiction qu’un père peut et doit donner à son fils, et je prie Notre Seigneur Dieu Jésus-Christ que, par grande miséricorde et par les prières et par les mérites de sa bienheureuse Mère, la Vierge Marie, et des anges et et des archanges, de tous les saints et de toutes les saintes, il te garde et te défende que tu ne fasses chose qui soit contre sa volonté, et qu’il te donne grâce de faire sa volonté afin qu’il soit servi et honoré par toi ; et puisse-t-il accorder à toi et à moi, par sa grande générosité, qu’après cette mortelle vie nous puissions venir à lui pour la vie éternelle afin de le voir, aimer et louer sans fin. Amen.

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Récit de la mort de Saint Louis > ici
Prières et litanies en l’honneur du Roi Saint Louis > ici

Litanies du Saint Coeur de Marie :

La dévotion a inspiré plusieurs formules de litanies en l’honneur du Coeur de Marie : aucunes d’entre elles ne font partie des litanies officielles de l’Eglise (qui peuvent être utilisées lors des cérémonies liturgiques), toutefois celles dont nous reproduisons le texte ci-dessous ont été publiées dans le « Manuel de piété à l’usage des élèves du Sacré-Coeur » qui avait reçu l’approbation de l’évêque du Mans en 1835.

Saint Coeur de Marie

Seigneur, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous.

Seigneur, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, écoutez-nous.

Jésus-Christ, exaucez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Coeur de Marie conçue sans péché,priez pour nous!
Coeur de Marie, objet des complaisances du coeur de Dieu, priez pour nous!
Coeur de Marie, uni au Coeur de Jésus, priez pour nous!
Coeur de Marie, organe du Saint-Esprit, priez pour nous!
Coeur de Marie, sanctuaire de l’adorable Trinité, priez pour nous!
Coeur de Marie, tabernacle du Verbe incarné, priez pour nous!
Coeur de Marie, immaculé dès le commencement, priez pour nous!
Coeur de Marie, rempli de grâce, priez pour nous!
Coeur de Marie, béni entre tous les coeurs, priez pour nous!
Coeur de Marie, trône de gloire, priez pour nous!
Coeur de Marie, abîme d’humilité, priez pour nous!
Coeur de Marie, holocauste du divin amour, priez pour nous!
Coeur de Marie, fixé à la croix avec Jésus crucifié, priez pour nous!
Coeur de Marie, consolation des affligés, priez pour nous!
Coeur de Marie, refuge des pécheurs, priez pour nous!
Coeur de Marie, espérance des agonisants, priez pour nous!
Coeur de Marie, siège de la miséricorde, priez pour nous!

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur!
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur!
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous!

V/. Marie immaculée, douce et humble de coeur,
R/. Rendez mon coeur semblable au Coeur de Jésus!

Oraison :

Dieu très clément, qui, pour donner le salut aux pécheurs et un refuge aux miséreux, avez voulu que le Coeur immaculé de la Bienheureuse Vierge Marie soit semblable par la charité et la miséricorde au divin Coeur de Jésus-Christ votre Fils, accordez à ceux qui honorent ce Coeur très doux et très aimant de parvenir, par l’intercession et les mérites de cette Bienheureuse Vierge, à une parfaite conformité avec le Coeur de Jésus, Lui qui vit et règne avec Vous dans l’unité du Saint-Esprit, Dieu, pour les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

Sacrés Coeurs de Jésus et Marie

Quelques autres prières que nous avons publiées : « Prière de Saint François de Sales à Notre-Dame » > ici ; « Prière au Coeur immaculé de Marie, refuge des pécheurs » > ici ; « Confiante supplication à Notre-Dame de Compassion » > ici ; « Prière du Rd. Père de Grandmaison » > ici.

Litanies de Saint Roch.

  En notre diocèse – comme en de nombreux diocèses du sud de la France -, et en notre Mesnil-Marie, dont il est l’un des célestes protecteurs, nous célébrons le 16 août la fête de Saint Roch (qui supplante celle de Saint Joachim): la statue de ce grand thaumaturge, originaire de Montpellier, se trouve dans un très grand nombre d’églises car son intercession fut sollicitée contre les épidémies et tout particulièrement celles de la peste.
Pas très loin de notre Mesnil-Marie, existe un pèlerinage séculaire en son honneur que nous aimons beaucoup (cf.
> ici).
Nous publions ci-dessous des litanies de Saint Roch, approuvées pour la récitation privée, et nous vous encourageons à prier avec ferveur ce très grand saint pour qu’il nous préserve tous non seulement de la contagion des maladies corporelles mais plus encore de la peste du péché.
Nous recommandons aussi à Saint Roch tous les malades, tous ceux que nous connaissons, mais aussi ceux que nous ne connaissons pas et qui sont isolés, physiquement et moralement ; nous prions aussi pour tous les visiteurs des malades et les « professionnels de la santé » : médecins, infirmiers, aide-soignants…

Voir aussi la « Prière par l’intercession de Saint Roch pour les temps d’épidémie » > ici.

St Roch intercédant pour la cessation de la peste (David - 1780)

Saint Roch intercédant pour la cessation de la peste (J.L. David – 1780)

Seigneur , ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Sainte Trinité, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, priez pour nous.
Saint Roch, issu de parents nobles, priez pour nous.
Saint Roch, qui avez méprisé le monde avec tant de générosité, priez pour nous.
Saint Roch, fidèle disciple de Jésus-Christ, priez pour nous.
Saint Roch, imitateur constant de la mortification de Jésus-Christ, priez pour nous.
Saint Roch, qui, pour l’amour de Jésus-Christ, avez chéri les opprobres,
Saint Roch, qui, quoique innocent, avez enduré les mépris et les fers, priez pour nous.
Saint Roch, embrasé des feux de l’amour divin, priez pour nous.
Saint Roch, qui avez distribué vos biens aux pauvres, et qui vous êtes si généreusement sacrifié pour eux, priez pour nous.
Saint Roch, qui avez exposé votre vie au service des malades, priez pour nous.
Saint Roch, qui avez servi les pestiférés avec un zèle si héroïque, priez pour nous.
Saint Roch, rendu miraculeusement à la vie, priez pour nous.
Saint Roch, le salut des plus illustres cités, priez pour nous.
Saint Roch, qui avez guéri les pestiférés par le signe de la Croix, priez pour nous.
Saint Roch, dont le nom a été célébré par les oracles de l’Eglise, priez pour nous.
Saint Roch, notre protecteur, priez pour nous.
Saint Roch, couronné de gloire et d’honneur par Jésus-Christ, priez pour nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V/. Priez pour nous, bienheureux saint Roch,
R/. Afin que nous méritions d’être délivrés des maladies de notre âme et de notre corps.

Oraison :

Nous vous supplions, Seigneur, de veillez sur votre peuple avec un amour continuel ; et, par les suffrages et les mérites de saint Roch, préservez-nous des fléaux de l’âme et du corps. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.

Vu et approuvé, Aix, le 14 août 1839.
Jacquemet, vicaire général.

Reliquaire de Saint Roch (le Mesnil-Marie)

Reliquaire de Saint Roch conservé au Mesnil-Marie.

Kyrie eleison.
Christe eleison.
Kyrie eleison.

Christe audi nos.
Christe exaudi nos.

Pater de coelis Deus, miserere nobis.
Fili Redemptor mundi Deus, miserere nobis.
Spiritus Sancte Deus, miserere nobis.
Sancta Trinitas unus Deus, miserere nobis.

Sancta Maria, ora pro nobis.
Sancte Roche, nobili sanguine nate, ora pro nobis.
Sancte Roche, generose mundi contemptor, ora pro nobis.
Sancte Roche, fidelis Christi assecla, ora pro nobis.
Sancte Roche, mortificationem Jesu jugiter portans, ora pro nobis.
Sancte Roche, pro Christo opprobria mendicans, ora pro nobis.
Sancte Roche, vincula et ludibria insons experte, ora pro nobis.
Sancte Roche, charitatis flamma succense, ora pro nobis.
Sancte Roche, pauperibus impendens tua et teipsum super impendens, ora pro nobis.
Sancte Roche, aegris propriam vitam profundens, ora pro nobis.
Sancte Roche, peste laborantibus invicta cura inserviens, ora pro nobis.
Sancte Roche, vitae divinitus reddite, ora pro nobis.
Sancte Roche, insignium urbium salus, ora pro nobis.
Sancte Roche, Crucis signo luem fugans, ora pro nobis.
Sancte Roche, Ecclesiae oraculis celebrate, ora pro nobis.
Sancte Roche, protector noster, ora pro nobis.
Sancte Roche, gloria et honore a Christo coronate, ora pro nobis.

Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, parce nobis Domine.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, exaudi nos Domine.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

V/. Ora pro nobis, beate Roche.
R/. Ut a malis mentis et corporis liberari mereamur.

Oremus : Populum tum, quaesumus, Domine, continua pietate custodi ; et beati Rochi suffragantibus meritis, ab omni fac animae et corporis contagione securum. Per Dominum… Amen.

2011-61. Du martyre de Saint Maximilien-Marie Kolbe.

Ce 14 août 2011.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le 14 août est, bien sûr, la Vigile de l’Assomption de Notre-Dame, mais au Mesnil-Marie – vous devinez bien pourquoi – cette vigile n’est qu’une commémoraison puisque nous fêtons un premier lieu Saint Maximilien-Marie Kolbe : en outre, en cette année 2011, nous célébrons aujourd’hui l’exact soixante-dixième anniversaire de son entrée dans la gloire.

Saint Maximilien-Marie Kolbe

Nous sommes à Auschwitz, à la fin du mois de juillet 1941.
Dans le bloc 14, celui du Père Maximilien-Marie, un homme manque à l’appel : il s’est évadé.
Les prisonniers se rappellent avec effroi de la menace du chef de camp : pour un évadé, vingt hommes de son bloc seront condamnés à mourir de faim.
La peur les tenaille tous cruellement, eux qui, dans les tortures les plus raffinées auxquelles ils sont soumis chaque jour, ont pu désirer la mort comme une délivrance…
La mort, oui, mais pas cette mort-là : agoniser pendant des jours, au compte-gouttes ; la faim et la soif qui vous dessèchent les entrailles, vous remplissent les veines de feu et vous conduisent à la folie…
Tous savent quels hurlements terrifiants retentissent du côté du « bloc de la mort ». Les geôliers eux-mêmes ne cachent pas qu’ils en sont terrorisés.

Le lendemain, après l’appel, les prisonniers du bloc 14 doivent rester debout, au garde à vous, en plein soleil. De toute la journée, on ne leur donne rien.
Des SS les surveillent et « maintiennent » l’ordre à coups de crosse. Lorsqu’un prisonnier tombe d’épuisement et que les coups ne le ramènent pas de son évanouissement, on le traîne hors des rangs : les corps sont entassés…
Les visages de ceux qui tiennent sont tuméfiés par la chaleur.
Le Père Maximilien-Marie, ce malade vingt fois condamné par les médecins, ne tombe pas, reste lucide…
Comme Marie sous la croix, avec Marie sous la croix, il est debout.

En son for intérieur, il est étrangement paisible : résolu comme jamais, il sait que la grâce qui lui a été prophétisée et à laquelle il a librement consenti lorsqu’il avait dix ans, vient à lui dans le silence.
Elle est toute proche. Elle est là.
Et si son corps est contraint de rester immobile, son âme se précipite pour l’embrasser.

Au soir, le chef de camp revient : « L’évadé n’a pas été retrouvé. Dix d’entre vous mourront à sa place dans le bunker de la faim. La prochaine fois, il y en aura vingt… Toi… Toi… Et encore toi… « 
En savourant la terreur qu’il inspire, l’officier prend son temps pour parcourir les rangs et désigner ceux qu’il envoie à la mort.

- Ooooh… ma pauvre femme… mes enfants! sanglote l’un des désignés.

Et c’est là que, à la stupéfaction de tous – prisonniers et bourreaux -, le Père Maximilien-Marie s’avance.

- Que me veut ce cochon de polonais? hurle le Lagerführer.
- Je voudrais mourir à la place d’un de ces condamnés.

le SS est abasourdi. Il cherche à comprendre.
- Et pourquoi?
- Je suis vieux ; je ne suis plus bon à rien
- Pour qui veux tu mourir?
- Celui-ci : il a une femme et des enfants.
- Qui es-tu?
- Prêtre catholique.

La grâce passe malgré lui dans la tête du SS qui ne comprend rien, qui est dépassé et qui cède à la volonté de ce prêtre, lui lui qui ne revient jamais sur les ordres qu’il a donné : « Soit! va avec eux… »

Les prisonniers sont emmenés. 
Ils doivent se mettre totalement nus et on referme sur eux la porte.
Père Maximilien-Marie peut dire en toute vérité : « O ma Reine, ô ma Mère : Vous avez tenu parole! Et c’est pour cette heure ci que je suis né! »

Dans le bloc de la mort, enfer en miniature qui ne retentissait jusqu’alors que des hurlements de désespoir, des voix s’élèvent : ces hommes épuisés, ces condamnés à mort chantent et prient…
Depuis la cellule où sont enfermés le Père Kolbe et ses neuf compagnons, la prière se répand : de cellule en cellule les prières et les chants gagnent tout le bloc de la mort.
Les gardiens sont médusés : jamais le terme de « chapelle ardente » n’a été si adapté pour désigner un lieu de mort!

Chaque jour, les voix se font plus faibles, moins nombreuses… mais pas moins ferventes.

Chaque jour des prisonniers sont commis pour enlever les cadavres. L’un d’eux témoignera : le Père Maximilien était toujours debout ou à genoux, priant à haute voix, lors même que tous les autres gisaient comme des loques.
Les SS qui président à l’enlèvement des cadavres ne supportent pas le regard que le Père pose sur eux : « Détourne les yeux! Ne nous regarde pas ainsi! »

Les jours passent.
Le 14 août, il n’y a plus que 4 survivants, mais seul Père Maximilien-Marie est conscient : le bon pasteur arrive au terme de la mission que lui a confiée la Vierge Immaculée.
Il a accompagné tout son petit troupeau jusqu’à la porte de l’éternité, jusqu’à l’entrée dans le Coeur de Jésus.
Il est assis, sans force, appuyé au mur.

A ceux qui viennent l’achever par une piqûre de phénol, il tend lui-même son bras décharné.

Un peu plus tard on vient chercher son corps qui sera brûlé le lendemain, 15 août.
Le détenu chargé d’enlever les corps témoignera : les autres cadavres étaient sales, avaient les traits ravagés… Mais lui, on eût dit qu’il répandait de la lumière : ses yeux grands ouverts donnaient l’impression d’une extase.

« A celui qu’il aime, Dieu envoie la croix pour qu’il ait la possibilité de rendre à Dieu l’amour qu’il a eu pour nous…«  avait écrit le Père Maximilien-Marie en 1938.

Bunker de la faim - 14 août 1941

Lui qui aimait tant le vieux cantique français « J’irai la voir un jour » s’en est allé, comme le dit le dernier couplet : « loin de la terre sur le Coeur de sa Mère reposer sans retour », et celà au moment où l’Eglise dans sa liturgie commençait à célébrer le grand triomphe de Marie sur la mort et sur le mal.

(récit établi en bonne partie d’après Maria Winowska)

palmes

De la Procession du Voeu de Louis XIII et de quelle manière il convient qu’elle soit célébrée le 15 août.

le voeu de Louis XIII

Ingres : Le Voeu de Louis XIII.

En 1638, Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XIII, en reconnaissance des grâces qu’il avait reçues par son intercession, consacra sa personne et son Royaume à la Très Sainte Vierge Marie, la choisit comme Patronne de la France sous le vocable de son Assomption, et lui fit l’offrande de son sceptre, de sa couronne et de tous ses sujets.
Le texte auquel on donne ordinairement le nom de
Voeu de Louis XIII n’est pas à proprement parler celui d’un voeu, mais il est plus exactement un édit, daté du 10 février 1638, par lequel le Souverain réglemente le renouvellement annuel de cette consécration qui devra se faire par une procession solennelle, après la célébration des vêpres de l’Assomption, dans toutes les églises et couvents du Royaume, et à laquelle toutes les autorités religieuses et civiles devront prendre part.

Nous publions ci-dessous la manière dont doit être faite cette procession et le texte des oraisons qui doivent y être récitées.

Textes pour la procession du voeu de Louis XIII

Textes pour la procession du voeu de Louis XIII

Voir aussi la prière publiée > ici

2011-60. Testament de Madame Sainte Claire.

L’Ordre des Clarisses« les pauvres dames de Sainte Claire » - a commémoré en 2011 le huitième centenaire de sa fondation. A l’occasion de la fête de Sainte Claire, que trop de catholiques méconnaissent en la laissant dans l’ombre de Saint François, relisons et méditons son testament, qui est une source de grande édification et d’enseignement pour tous les fidèles.

Sainte Claire d'Assise

Sainte Claire
(elle est représentée portant la Sainte Eucharistie pour rappeler qu’elle mit en fuite une bande de pillards sarrasins, qui assiégeaient son monastère, en brandissant en face d’eux le Très Saint-Sacrement)

Au nom du Seigneur. Amen

1 – La plus grande de toutes les grâces que nous avons reçues et que nous recevons chaque jour de notre grand Bienfaiteur, le Père des Miséricordes, celle dont nous devons lui être le plus reconnaissantes, c’est notre vocation ; et nous devons témoigner à Dieu d’autant plus de gratitude que l’état auquel il nous a appelées est plus grand et plus parfait. C’est pourquoi l’Apôtre dit : Prenez conscience de votre vocation !

2 – Or, le Fils de Dieu s’est fait lui-même notre Voie et le bienheureux Père saint François, son amant authentique et son imitateur, nous l’a montrée et enseignée par sa parole et par ses exemples.

3 – Nous devons donc, mes sœurs bien-aimées, considérer les immenses bienfaits dont Dieu nous a comblées, mais surtout ceux dont il a daigné nous favoriser par l’intermédiaire de son serviteur notre cher Père saint François, non seulement après notre entrée au monastère mais lors même que nous étions encore dans les vanités du monde.

4 – En effet, au temps où le saint n’avait encore avec lui ni frère ni compagnon, presque aussitôt après sa conversion, au temps où il reconstruisait l’Église de Saint-Damien, visité là par le Seigneur et rempli de ses consolations, qui le décidèrent à quitter définitivement le monde, c’est alors que, dans la joie de l’Esprit Saint et avec le secours de ses lumières, il fit sur nous cette prophétie dont le Seigneur a réalisé ensuite l’accomplissement : du haut du mur de l’Église il s’adressait en français à quelques pauvres qui stationnaient là et il leur criait : « Venez, aidez-moi à travailler pour le monastère de Saint-Damien, parce qu’il viendra ici des religieuses dont la vie sainte et la renommée stimuleront les hommes à glorifier notre Père des cieux dans toute sa sainte Église ! « 

5 – Nous avons donc bien sujet de considérer là l’immense bonté de Dieu à notre égard : dans sa bonté et son amour surabondants il a fait proclamer par son saint le choix qu’il porterait sur nous et l’appel qu’il nous adresserait. Et ce n’était pas seulement de nous que notre bienheureux Père prophétisait ainsi, mais encore de toutes celles qui nous suivront dans cette vocation sainte à laquelle le Seigneur nous a appelées.

6 – Avec quel soin donc, avec quel élan passionné du corps et de l’âme ne devons-nous pas accomplir ce que nous demande Dieu notre Père, afin qu’avec sa grâce nous puissions lui rendre multiplié le talent que nous en avons reçu ! Multiplié, car ce n’est pas seulement pour les autres que Dieu nous a destinées à être des modèles et des miroirs, mais aussi pour chacune de nos sœurs afin qu’elles soient à leur tour des modèles et des miroirs pour ceux qui vivent dans le monde. Si donc le Seigneur nous a appelées à de si grandes choses : laisser voir en nous ce qui peut servir aux autres de modèle et d’exemple, nous avons la stricte obligation d’abord de bénir le Seigneur et de lui en reporter toute la gloire, et ensuite de nous rendre nous-mêmes toujours de plus en plus courageuses dans le Seigneur pour faire le bien. Si nous vivons ainsi, nous laisserons aux autres un noble exemple, et au prix d’un effort de bien courte durée nous acquerrons la récompense de la béatitude éternelle.

7 – Après que le très haut Père des cieux eut daigné, par sa bonté et par sa grâce, projeter en mon cœur ses lumières et m’inspirer de faire pénitence selon l’exemple et l’enseignement de notre bienheureux Père François (c’était peu de temps après sa propre conversion), accompagnée des quelques sœurs que le Seigneur m’avait données dès le début de ma vie pour Dieu, je fis volontairement le vœu d’obéissance entre ses mains, selon la lumière et la grâce que le Seigneur nous avait accordées par la vie sainte et la doctrine de son serviteur.

8 – Voyant que nous étions faibles et fragiles de corps et que pourtant ni les privations ni la pauvreté ni l’effort ni les épreuves ni l’austérité ni le mépris des gens du monde ne nous faisaient reculer, mais que nous y trouvions au contraire notre joie, à l’exemple des saints et des Frères Mineurs (lui-même et ses frères en furent fréquemment les témoins), le bienheureux François s’en réjouit fort et, dans son affection pour nous, il s’engagea à prendre de nous, par lui-même ou par son Ordre, un soin attentif et aussi prévenant pour nous que pour ses propres Frères.

9 – Ainsi, par la volonté de Dieu et de notre bienheureux Père saint François, nous nous sommes transportées à l’Église de Saint-Damien pour y demeurer. Le Seigneur, dans sa bonté et par sa grâce, a augmenté là notre nombre, afin de réaliser ce qu’il avait prédit par son serviteur. Auparavant nous avions fait un court séjour dans un autre monastère.

10 – Saint François nous écrivit ensuite une forme de vie et nous recommanda surtout de toujours persévérer dans la sainte pauvreté. Il ne s’est pas contenté, durant sa vie, de nous exhorter souvent, par ses sermons ou par ses exemples, à l’amour et à l’observance de la très sainte pauvreté ; mais il nous a, en outre, laissé plusieurs écrits nous suppliant de ne jamais nous écarter, après sa mort, de la vie de pauvreté, pas plus que le Fils de Dieu lui-même, tant qu’il vécut en ce monde, n’a voulu s’en écarter. Notre bienheureux Père François, d’ailleurs, suivant en cela les traces du Fils de Dieu, ne s’est jamais écarté non plus ni en parole ni en acte de la sainte pauvreté qu’il avait choisie pour lui et pour ses Frères.

11 – Et moi, Claire, qui suis, bien qu’indigne, la servante du Christ et des sœurs du monastère de Saint-Damien, moi la petite plante du bienheureux Père, ayant considéré avec mes sœurs d’une part les exigences d’une telle vocation et les ordres d’un si grand fondateur, et d’autre part la faiblesse dont nous avions craint pour nous-mêmes les effets après la disparition de notre Père saint François qui était notre colonne, notre unique consolation après Dieu, notre seul appui, nous avons renouvelé plusieurs fois notre engagement à notre Dame la très sainte Pauvreté, afin qu’après ma mort les sœurs présentes ou à venir ne puissent jamais plus s’en écarter.

12 – Et de même que j’ai toujours été attentive et passionnée pour observer et faire observer la sainte pauvreté que nous avions promise au Seigneur et à notre Père saint François, de même, que les autres abbesses qui me succéderont soient tenues de l’observer elles-mêmes et de la faire observer par leurs sœurs jusqu’à la fin. En outre, et pour plus de sûreté, j’ai pris soin de recourir au seigneur Pape Innocent, sous le règne duquel nous avons commencé, et à ses successeurs, pour faire confirmer par des privilèges successifs notre profession de très sainte pauvreté, et cela afin que nous ne nous en écartions jamais.

13 – C’est pourquoi, à genoux et prosternée d’esprit et de corps, je recommande toutes mes sœurs, présentes et à venir, à notre Mère la sainte Église romaine, au Souverain Pontife, et spécialement au seigneur cardinal qui a été assigné comme Protecteur de l’Ordre des Frères Mineurs et à nous-mêmes ; je leur confie ce petit troupeau que le Seigneur notre Père a engendré dans sa sainte Église grâce à la parole et à l’exemple du bienheureux Père François ; pour l’amour du Seigneur qui est né pauvre dans la crèche, qui a vécu pauvre sur terre et qui est resté nu sur la croix, je leur demande de toujours guider ce petit troupeau sur les traces de la pauvreté et de l’humilité du Fils de Dieu et de la glorieuse Vierge sa Mère, de toujours lui faire observer la sainte pauvreté que nous avons promise à Dieu et à notre bienheureux Père François, enfin de bien vouloir toujours l’aider et le maintenir dans cette voie.

14 – Et de même que le Seigneur nous a donné notre bienheureux Père François comme Fondateur, comme « jardinier » et comme secours dans le service du Christ et en ce qui concerne ce que nous avons promis à Dieu et à notre bienheureux Père qui a mis tant de soin, par ses paroles et par ses œuvres, à nous cultiver et à nous faire grandir, nous sa petite plantation, de même, maintenant, je remets et recommande mes sœurs, présentes et à venir, au successeur du bienheureux François et à tous les Frères de son Ordre, afin qu’ils nous aident à toujours avancer plus loin dans le service de Dieu et surtout à mieux observer la très sainte pauvreté.

15 – Et s’il arrivait un jour à mes sœurs de quitter ce couvent et d’aller s’établir ailleurs, qu’elles soient tenues néanmoins, partout où elles se trouveront après ma mort, d’observer la même forme de pauvreté telle que nous l’avons promise à Dieu et à notre bienheureux Père François.

16 – Que celle qui en a la charge, et toutes les sœurs aient toujours bien soin de n’acquérir ou de n’accepter de terrain autour du couvent qu’autant que le besoin s’en fera sentir pour la récolte des légumes. Et s’il fallait un jour, pour les convenances ou l’isolement du monastère prendre davantage de terrain au-delà du potager, qu’on n’en prenne pas plus que l’extrême nécessité le requiert ; et que cette terre ne soit ni travaillée ni ensemencée mais qu’elle reste toujours inculte et en friche.

17 – J’avertis et j’exhorte, en notre Seigneur Jésus-Christ, toutes mes sœurs, présentes et à venir, d’avoir à suivre toujours la voie de la sainte simplicité, de l’humilité et de la pauvreté, d’avoir aussi à mener une vie sainte et édifiante, selon les enseignements que, dès le début de notre conversion au Christ, nous a prodigués notre bienheureux Père François. Ces vertus, en effet, sans qu’il y ait mérite de notre part mais par la seule miséricorde et la grâce de Celui qui en est l’auteur, le Père des Miséricordes, doivent répandre partout le parfum de notre bonne réputation, aussi bien pour ceux qui sont au loin que pour ceux qui nous entourent.

18 – Aimez-vous les unes les autres de l’amour dont le Christ vous a aimées ; cet amour que vous possédez à l’intérieur de vos âmes, manifestez-le au dehors par des actes afin que, stimulées par cet exemple, toutes les sœurs grandissent toujours dans l’amour de Dieu et dans l’amour les unes des autres.

19 – Je prie aussi celle qui sera chargée des sœurs, de s’étudier à être la première par la vertu et la sainteté de sa vie plus que par sa charge, afin que les sœurs, stimulées par son exemple, lui obéissent plus par affection que par devoir. Qu’elle ait pour ses sœurs la prévoyance et le discernement d’une mère pour ses filles, et qu’elle soit bien attentive à pourvoir chacune selon les besoins qui lui sont propres, au moyen des aumônes envoyées par le Seigneur. Qu’elle soit en outre si bienveillante et si avenante pour toutes, que les sœurs puissent en toute sécurité s’ouvrir à elle de leurs nécessités et recourir à elle à chaque instant avec confiance, comme il leur semblera opportun, tant pour elles-mêmes que pour leurs sœurs.

20 – Mais que, de leur côté, les sœurs qui lui sont soumises se souviennent que pour le Seigneur elles ont renoncé à leur volonté propre. Je veux donc qu’elles obéissent à leur Mère comme elles l’ont promis au Seigneur volontairement et spontanément, afin que leur Mère, à la vue de l’amour, de l’humilité et de l’union qui régneront entre elles, puisse porter plus allègrement le fardeau de sa charge et que leur sainte vie change pour elle en douceur ce qui autrement lui serait pénible et amer.

21 – Mais le chemin qui mène à la vie est étroit, et la porte qui nous y donne accès est étroite elle aussi ; c’est pourquoi il y en a peu qui empruntent ce chemin. Et parmi ceux qui, durant un certain temps, y ont cheminé, il y en a encore bien moins qui y persévèrent. Mais, bienheureux ceux auxquels il a été donné d’y marcher et d’y persévérer jusqu’à la fin!

22 – Nous donc, après nous être engagées dans la voie du Seigneur, prenons bien garde de ne jamais nous en écarter d’aucune manière par notre faute, par négligence ou par ignorance, car, ce faisant, nous porterions atteinte à un si grand Seigneur, à la Vierge sa Mère, à notre bienheureux Père François, à l’Église triomphante et même à l’Église militante. Il est écrit en effet : Maudits soient ceux qui s’écartent de vos commandements!

23 – C’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ 3 afin que, en considération des mérites de la glorieuse Vierge Marie, sa Mère, de notre bienheureux Père François et de tous les saints, le Seigneur qui nous a donné la grâce de bien commencer nous donne aussi de nous épanouir en lui et de persévérer jusqu’à la fin. Amen.

24 – Je vous laisse cet écrit, mes sœurs bien-aimées, présentes et à venir, avec l’espoir que vous l’observerez de votre mieux et comme un signe tangible de la bénédiction du Seigneur, de la bénédiction de notre bienheureux Père saint François, et de la bénédiction que je vous donne, moi, votre Mère et votre servante. Amen.

2011-55. De l’indulgence de la Portioncule, le 2 août.

Tous les 2 août, en sus de la fête de Saint Alphonse-Marie de Liguori célébrée au calendrier romain (cf. > ici), à l’occasion de la fête de Notre-Dame des Anges qui appartient au calendrier liturgique propre de la famille franciscaine et de quelques autres congrégations ou lieux, tous les fidèles peuvent obtenir une indulgence plénière particulière, dite indulgence de la Portioncule.

Afin que tous puissent comprendre ce qu’est cette grâce spirituelle et quelle est son origine, j’ai choisi de publier ici dans son intégralité (et bien que tout n’y soit plus exactement « à jour ») un opuscule que j’ai trouvé dans la bibliothèque de Frère Maximilien-Marie et dont voici la page de couverture :

Notice sur l'indulgence de la Portioncule 1853

Notice publiée en 1853 avec l’imprimatur de l’archevêché d’Avignon

Ce qui n’est plus « à jour » dans ce texte, c’est que l’indulgence de la Portioncule, selon la dernière édition du recueil des indulgences publié par la Pénitencerie Apostolique (Enchiridion Indulgentiarum, editio quarta 16/07/1999) peut être obtenue, désormais, non plus seulement dans les églises des Ordres Franciscains (Conventuels, Frères Mineurs, Capucins ou Clarisses) mais également dans toutes les cathédrales, toutes les basiliques mineures et toutes les églises paroissiales depuis le 1er août à midi jusqu’au 2 août à minuit (« Concessiones » n°33, §1 – 2°, 3° et 5° ). En revanche, il n’est plus possible d’obtenir plusieurs indulgences plénières le même jour : mais il est toujours possible d’obtenir, en plus d’une indulgence plénière, plusieurs indulgences partielles dans la même journée.

Cela mis à part, j’ai pensé qu’il y avait toutefois un intérêt historique certain à reproduire ici l’intégralité de ce texte, malgré sa relative longueur.

Lully.

Gravure ancienne de la Portioncule avant l'édification de la basilique

Gravure ancienne représentant la chapelle de la Portioncule
(dans un enclos au milieu des cellules des premiers frères de Saint François avec en fond la ville d’Assise)

Notice sur l’insigne indulgence de la Portioncule
Publiée par les PP. Récollets du couvent de Saint François d’Avignon

I. Origine de l’indulgence de la Portioncule.

1.) A quelque distance d’Assise, ville de la province de l’Ombrie en Italie, s’élève une petite chapelle érigée dans le IVème siècle par quatre religieux venus de la Palestine ; elle est dédiée à la Sainte Vierge. Elle fut donnée, dans le VIème siècle, aux PP. Bénédictins du Mont Subiasus, qui l’agrandirent, la décorèrent et lui assignèrent pour dotation quelques petites portions de terrains, d’où lui serait venu le nom de Portioncule. Plus tard les fréquentes apparitions des anges dont ce lieu fut témoin, lui firent donner le nom de Sainte-Marie des Anges.

2.) Le Séraphique Patriarche Saint François d’Assise aimait dès sa plus tendre enfance à se retirer dans cette chapelle. Comme elle était tout en ruines et abandonnée, il entreprit de la restaurer, guidé en cela par sa dévotion envers la Mère de Dieu : il avait appris en révélation que cette petite église lui était singulièrement chère entre toutes celles que l’on avait élevées à la gloire de son nom. François en obtint plus tard la cession de Théobald, abbé des PP. Bénédictins, et il y jeta les premiers fondements de son ordre des Frères Mineurs. C’est pourquoi il affectionna toujours beaucoup cette église ; il l’appelait la Mère du petit troupeau qui s’était attaché à sa suite dès le commencement.

3.) Une nuit de l’année 1221 que François était en prières, dans la retraite qu’il y avait construite, un Ange lui apparut pour lui ordonner de se rendre dans la petite chapelle voisine où Notre-Seigneur Jésus-Christ et la Vierge Marie, accompagnés d’une longue suite d’Anges, l’attendaient. François y vint en toute hâte, et à la vue de ce spectacle céleste, il se prosterna pour adorer la majesté de son Dieu. Le Sauveur lui parla en ces termes : « François, le zèle que toi et tes frères montrez pour le salut des âmes, me porte à te permettre de me demander quelque grâce en leur faveur ; je te promets de te l’accorder avec bonté ». Pénétré de cette ineffable condescendance de son Rédempteur, le serviteur de Dieu, inspiré par la Bienheureuse Vierge Marie dont il avait imploré l’assistance, pria Jésus-Christ de daigner accorder à tous les fidèles qui seraient entrés dans cette petite chapelle, l’indulgence plénière de tous leurs péchés dont ils auraient fait une sincère confession à un prêtre approuvé. Jésus exauça cette prière ; il commanda à François d’aller trouver Son Vicaire et de lui demander en son nom d’accorder cette indulgence. Après quoi la céleste vision disparut.

4.) Fidèle aux ordres du Sauveur, François partit aussitôt pour venir se prosterner aux pieds du Pape Honorius III, pour lors à Pérouse ; il le pria de confirmer la grâce que Jésus-Christ Lui-même avait accordée. Le Pontife comme aussi les Cardinaux, les Evêques et les Prélats, répugnaient dans le principe à la concession d’une faveur aussi extraordinaire : il s’agissait d’une indulgence entière et plénière, absolue, perpétuelle, libre, que le Saint-Siège n’avait point coutume d’accorder, disait on, et qui était de nature à faire oublier celles mêmes attachées au pèlerinage de la Terre-Sainte et du tombeau des Saints Apôtres Pierre et Paul. Mais enfin  la volonté divine s’étant fait connaître, le Pontife accorda à François la grâce demandée, pour un jour naturel, dans chaque année. Il voulait en outre lui donner les lettres confirmatives de l’indulgence octroyée ; mais le serviteur de Dieu ne les accepta point disant que Jésus-Christ Lui-même saurait bien manifester, confirmer et propager son oeuvre, ce qui arriva en effet avec des circonstances prodigieuses.

l'apparition du Christ et de sa Mère à Saint François

Murillo : l’apparition de Notre-Seigneur et de Notre-Dame à Saint François pour le don de l’indulgence de la Portioncule.

II. Promulgation et Confirmation de l’Indulgence.

5.) L’indulgence de la Portioncule était donc accordée ; mais il restait à fixer le jour où elle pourrait être gagnée par les fidèles. François espérait que Jésus-Christ, premier auteur d’une grâce si précieuse, voudrait bien aussi indiquer ce jour. Sa confiance ne fut pas vaine. Voici comment il fut éclairé sur ce point.

6.) Au commencement de l’année 1223, François se trouvant une nuit en prières dans sa cellule de Sainte-Marie des Anges, eut une violente tentation du démon. Pour la surmonter, il se jeta nu dans un buisson de très piquantes épines. Alors il fut environné d’une grande lumière à la faveur de laquelle il vit sur ce buisson une grande quantité de roses blanches et rouges, quoique on fut alors au milieu de l’hiver, dans le mois de janvier. En même temps, il vit un chœur nombreux d’Anges qui l’avertirent de se rendre à l’église où Jésus-Christ l’attendait avec sa Sainte Mère. Il s’aperçut alors qu’il était miraculeusement vêtu d’un nouvel habit blanc ; il cueillit douze roses de chaque couleur et se dirigea vers l’église dont le chemin lui paraissait richement orné.
Y étant arrivé, il fit une profonde adoration, ensuite appuyé sur la protection de la Très Sainte Vierge, il pria Jésus-Christ de daigner déterminer le jour de l’indulgence qu’il avait attachée avec tant de bonté à ce saint lieu. Le Seigneur lui répondit que sa volonté était que ce fut à partir du soir du jour auquel l’apôtre Saint Pierre avait été délivré de ses chaînes, jusqu’au soir du jour suivant. Il lui ordonna encore de se présenter avec quelques uns de ses compagnons à Son Vicaire et de lui porter quelques roses blanches et rouges pour preuve de la vérité de son apparition. Alors les Anges chantèrent l’hymne Te Deum laudamus et la vision finit.

7.) François prit trois roses de chaque couleur en l’honneur de la Sainte Trinité, et accompagné du Frère Bernard Quintaval, du Frère Pierre Cataneo et du Frère Ange de Rieti, il partit pour Rome où il fit au Pape le récit de tout ce qui lui était arrivé à Sainte-Marie des Anges ; pour confirmer la vérité du fait, il lui présenté les roses qu’il avait apportées ; ses compagnons attestèrent aussi toutes ces circonstances qu’ils avaient apprises de sa bouche. Le Pape, merveilleusement surpris de voir de si belles roses et d’un parfum si exquis au milieu de l’hiver, comprit que les paroles de François ne pouvaient être suspectes d’erreur. Il en conféra quelque temps avec les Cardinaux et confirma l’indulgence. De plus il ordonna que les Evêques d’Assise, de Pérouse, de Lodi, de Spolète, de Foligno, de Nocera et de Gubbio, se réuniraient, le premier jour du mois d’août de cette même année, à Sainte-Marie des Anges, pour la publier solennellement.

8.) Au jour marqué les sept Evêques se réunirent en ce lieu ; François monta dans une grande chaire élevée hors de l’église, et fit connaître le motif de cette réunion à la foule innombrable qui était accourue de toutes parts ; il termina par annoncer l’indulgence plénière et perpétuelle que Dieu et le Souverain Pontife accordaient à cette église à pareil jour de chaque année. Les Evêques soutenaient qu’il ne fallait point la déclarer perpétuelle ; que telle n’était point l’intention du Pape et qu’il suffisait de dire qu’elle était accordée pour dix ans. L’Evêque d’Assise, qui voulait d’abord en restreindre la durée, se sentit miraculeusement entraîné à la proclamer, ainsi que François l’avait fait, perpétuelle. Les autres Evêques voulurent successivement parler pour la publier, avec cette clause restrictive ; mais tous, contre leur volonté, l’annoncèrent perpétuelle ; et ainsi d’une commune voix, elle fut déclarée accordée à perpétuité. En outre, le jour suivant, les Evêques, pour condescendre aux saints désirs de François, consacrèrent la même église avec la plus grande solennité.

9.) C’est ainsi que fut promulguée cette célèbre indulgence, le premier jour d’août de la même année. Depuis lors, malgré les attaques d’adversaires puissants, la gloire de cette indulgence s’est répandue dans tout le monde ; elle s’est toujours conservée sans nuages, grâce à l’autorité des Souverains Pontifes qui l’ont confirmée, aux miracles qui l’ont accompagnée et enfin aux rétractations des personnes de science et de mérité qui l’avaient combattue d’abord.

10.) Depuis, on a bâti autour de cette petite chapelle par l’ordre du Pape Saint Pie V, une église magnifique qui est desservie par les PP. Mineurs de l’Observance. On en admire la beauté ; elle jouit des titres d’insigne basilique, de chef-lieu et de mère de tout l’Ordre Séraphique.

Saint François annonce l'indulgence de la Portioncule en présence des évêques

Tiberio : Saint François annonce à la foule l’indulgence de la Portioncule en présence des évêques.

III. Extension de l’indulgence de la Portioncule et privilèges particuliers qui l’accompagnent.

11.) L’indulgence plénière du 2 août, attachée dans le principe à la seule église de Sainte-Marie des Anges, fut ensuite, pour le bien des fidèles, étendue à toutes les églises des Ordres de Saint François. Ce fut Grégoire XV qui en disposa ainsi par sa bulle Splendor paternae gloriae du 4 juillet 1622, et il prescrivit comme condition nécessaire pour gagner l’indulgence hors de la Portioncule, outre la confession, la sainte communion.

12.) Le vénérable Innocent XI, par son bref Alias felicis, du 12 janvier 1678, après avoir confirmé la bulle précédente de Grégoire XV, déclara que l’indulgence de la Portioncule pouvait aussi être appliquée par manière de suffrage aux âmes du Purgatoire.

13.) Le Souverain Pontife Innocent XII, par sa bulle Redemptoris, du 18 août 1695, étendit la même indulgence à tous les jours de l’année pour la seule église de Notre-Dame des Anges des PP. Mineurs Observantins.

14.) Et enfin le même Innocent XII par son autre bulle Cum ob sacris jubilaei celebrationem, du 21 août 1699, déclara que cette indulgence n’était point, dans l’église de la Portioncule, suspendue comme les autres pendant l’année sainte du jubilé.

15.) Il faut remarquer ici que l’indulgence de la Portioncule peut se gagner au jour marqué toties quoties, c’est-à-dire toutes et chaque fois que l’on visitera en ce jour une église de Franciscains, et cela nonobstant le décret d’Innocent XI qui déclare que les indulgences plénières attachées à la visite de certaines églises, ne peuvent se gagner qu’une seule fois dans un jour. Ce décret ayant donné lieu de douter si l’indulgence de la Portioncule était comprise dans cette formule restrictive, on consulta la Sacrée Congrégation du Concile, laquelle répondit, le 17 juillet 1700, que le décret ne comprenait point cette indulgence et qu’à cet égard on continuerait à faire comme on l’avait fait. Cette décision fut encore confirmée par un rescrit de la même Congrégation du Concile, du 4 décembre 1723, adressé au P. Provincial des Mineurs Observantins de la province de Saint-Thomas de Turin. Le même fait résulte d’un bref de Saint Pie V, cité par le P. Sabin de Bologne, enfin de la tradition non interrompue de la pratique constante des fidèles de Rome, laquelle n’a jamais rencontré aucune contradiction. S’il pouvait rester un doute à cet égard, il serait résolu par les décisions de la Sacré Congrégation des Indulgences du 22 février 1847 et du 24 décembre 1849, approuvées par Sa Sainteté Pie IX.

16.) De tout ce que nous avons dit, il faut conclure que l’indulgence de la Portioncule surpasse toutes les autres indulgences plénières par les privilèges singuliers qui la distinguent :
1° – Elle est d’origine immédiatement divine,
2° – elle est plénière, perpétuelle, absolue, libre, applicable aux vivants et aux âmes du Purgatoire, enfin attachée à toutes les églises des Ordres de Saint François.
3° – On peut la gagner tous les jours de l’année dans l’église de Sainte-Marie des Anges près d’Assise.
4° – Dans la dite basilique, elle n’est point suspendue pendant l’année jubilaire ; et dans les autres églises des Franciscains elle est suspendue seulement pour les vivants et continue à avoir son effet pour l’application aux âmes du Purgatoire.
5° – Elle peut être gagnée toties quoties, c’est à dire plusieurs fois dans le même jour, comme il a été dit.

17.) En faveur de la validité de cette indulgence et de ses privilèges, nous avons encore le témoignage du grand Pape Benoît XIV dans son ouvrage de Synodo dioc. lib.XIII, cap.18.

18.) Le savant cardinal Bellarmin, dans son second livre des indulgences, chap.20, ne craint pas d’affirmer que l’indulgence de la Portioncule confirme trois dogmes de la Foi Catholique : l’existence des indulgences, puisque celle de la Portioncule est accordée par Jésus-Christ Lui-même ; l’autorité du Souverain Pontife, puisque Jésus-Christ commande à Saint François de recourir à Son Vicaire pour la faire confirmer ; enfin la nécessité de la confession auriculaire, car pour gagner la dite indulgence, il est nécessaire de confesser ses péchés à un prêtre approuvé. Tout cela ressort de ce que nous avons dit et de l’office des Franciscains au 2 août (Brev. Francisc. 2 die Aug. lect.5).

19.) Les preuves qui établissent l’authenticité des faits exposés jusqu’ici sont déduites fort au long dans la Bibliothèque du P. Lucius Ferraris, article « Indulgence », et dans les Annales du P. Luc Wading où l’on peut les vérifier.

Notre-Dame des Anges de la Portioncule

Chapelle de la Portioncule, dans son état actuel
au centre de la basilique Notre-Dame des Anges à Assise.

IV. Conditions à remplir pour gagner l’indulgence de la Portioncule.

20.) C’est un sujet de douce consolation que de voir, le 2 août de chaque année, les fidèles de tout âge, de tout sexe et de toute condition se presser dans les églises des Ordres de Saint François, pour y gagner la grande indulgence que l’Eglise y accorde à ses enfants. Mais, d’un autre côté, on ne peut s’empêcher de gémir quand on fait réflexion qu’à la réserve d’un petit nombre qui se font un devoir de remplir les conditions prescrites pour gagner l’indulgence, la plupart en demeurent privés parce qu’ils ignorent les règles à suivre pour s’appliquer un si précieux avantage. Ils sont persuadés qu’il n’y a à faire pour y participer qu’à entrer et sortir dans quelque église de Franciscains, récitant à la hâte quelque prière du bout des lèvres. Après s’être dissipé l’esprit et le cœur dans ces allées et venues, ils s’en retournent chez eux croyant avoir gagné l’indulgence. Il n’en est point ainsi. Sans doute les prières vocales récitées dans de telles circonstances et avec dévotion ne sont point sans mérite devant Dieu ; mais elles ne suffisent point pour faire gagner l’indulgence.

21.) Il faut pour cela remplir trois conditions imposées par le Souverain Pontife, et elles sont rigoureusement nécessaires, savoir : la confession sacramentelle, la sainte communion et la visite de l’église qui jouit du privilège de la Portioncule où l’on doit prier aux intentions des Souverains Pontifes qui ont accordé et confirmé l’indulgence.

22.) C’est établi, et il n’est nullement nécessaire que la confession et la communion soient faites dans l’église à laquelle est attachée l’indulgence. On peut les faire ailleurs, mais il faut faire la visite prescrite dans l’église susdite. Le temps où l’on peut gagner l’indulgence commence aux 1ères vêpres du 1er août et continue jusqu’au crépuscule qui suit le coucher du soleil du lendemain 2 août. Il n’est pas nécessaire que la confession et la communion précèdent la visite pour qu’on gagne l’indulgence. On pourra donc faire la visite dès les premières vêpres avec l’intention de se confesser et de communier le jour suivant ; car quoique l’accomplissement de toutes les oeuvres prescrites soit de rigueur, elles peuvent néanmoins être faites dans l’ordre que l’on veut, pourvu que la dernière soit faite en état de grâce. Ce que nous disons pour gagner l’indulgence de la Portioncule s’applique aux autres indulgences plénières attachées à la visite de quelque église.

23.) Après avoir donné ces notions générales, nous croyons devoir tracer ici des règles pratiques que pourront suivre les chrétiens vraiment jaloux de participer à une faveur si précieuse et dont l’observation est mieux à la portée de chacun.
Le jour de cette solennité, on se rendra à l’église avec l’intention bien arrêtée de s’appliquer la sainte indulgence. On y fera une adoration profonde au Saint-Sacrement ; si l’on ne s’est déjà présenté à la sainte table, on y viendra prendre place avec les sentiments d’une véritable piété et d’une sincère contrition. Puis l’on rendra à Notre-Seigneur les actions de grâces qui lui sont dues, et l’on se disposera à la réception de la sainte indulgence par la récitation des prières que la dévotion de chacun pourra lui suggérer, en ayant soin toutefois de prier selon les intentions des Souverains Pontifes. Or, l’intention des Souverains Pontifes en accordant les indulgences, c’est que les fidèles prient pour l’exaltation de notre mère la Sainte Eglise, pour l’extirpation des hérésies, pour la paix et la concorde des princes chrétiens. Ces prières pourront être réduites à six Pater, six Ave Maria et six Gloria Patri, ou bien à la récitation des quelques formules que l’on trouvera à la fin de cet opuscule. Ensuite on demandera à Notre-Seigneur qu’il daigne nous bénir dans sa miséricorde, et l’on se retirera de l’église dans le recueillement et la confiance d’avoir gagné l’indulgence.

24.) Si l’on veut la gagner de nouveau, l’on rentrera dans l’église, et, avec les mêmes dispositions intérieures, on offrira à Dieu les mêmes prières ou autres semblables, comme on a dit, et l’on recevra de nouveau l’indulgence. Ensuite l’on sortira et l’on pourra revenir, observant toujours les mêmes prescriptions et la même méthode dans toutes les visites que l’on fera. Comme on ne peut gagner les indulgences que pour soi-même ou pour les âmes du Purgatoire, et non pour les autres personnes vivantes, après avoir gagné la première pour le salut de son âme, l’on appliquera les autres en faveur des âmes décédées, auxquelles on désirera que revienne le prix de cet inestimable bienfait.

25.) Pour gagner l’indulgence plénière il est nécessaire d’être exempt non seulement de tout péché, mais de l’affection au péché ; on ne sait donc jamais si l’on a toutes les dispositions nécessaires pour obtenir la pleine et entière rémission de la peine temporelle qui reste due au péché après que la peine éternelle a été remise par le sacrement de pénitence. Rien n’empêche par conséquent que l’on cherche à s’appliquer à soi-même plus d’une fois l’indulgence, puisque Saint Thomas et Saint Bonaventure nous affirment que l’on méritera et que l’on gagnera d’autant mieux l’indulgence que l’on aura visité plus souvent l’église.
En se conformant à ces règles, chacun aura sujet de croire avoir obtenu cette faveur précieuse pour lui-même et pour les âmes du Purgatoire.

26.) De ce que nous venons de dire on conclura sans peine que ce n’est point à un rapide passage dans l’église, mais bien à la visite et aux oeuvres indiquées ci-dessus qu’est attachée l’indulgence de la Portioncule. La raison de toutes ces allées et venues n’est autre que l’impossibilité où l’on serait, malgré toutes les prières, de gagner plusieurs indulgences ; tandis que si l’on veut les gagner, comme on ne peut le faire que par le moyen d’autant de visites, il devient nécessaire de sortir et rentrer dans la même église, en sorte que le nombre de visites faites indique le nombre des indulgences gagnées.

27.) Tous ceux entre les mains de qui tombera ce petit livre sont instamment priés de se procurer auprès du Seigneur le mérite d’instruire toutes les personnes qui leur sont unies par les liens du sang ou de l’amitié, de tout ce qui se rapporte à une institution aussi salutaire, afin que l’Eglise, notre bonne Mère, ne soit point trompée dans ses espérances, lorsqu’elle nous accorde pour notre bien des dons ineffables, et que ses fidèles enfants ne perdent point par leur ignorance ces avantages spirituels qu’elle leur départ avec tant de générosité.

28.) Enfin un dernier motif qui doit porter chaque fidèle à gagner cette indulgence si précieuse, c’est que outre les avantages qui nous en reviennent, il en résulte encore la gloire de notre Divin Rédempteur qui assura au Séraphique Père Saint François que cette dévotion était chère à Son Coeur miséricordieux. Elle est aussi agréable à Marie, car Wading raconte qu’elle a été vue souvent sur le temple de la Portioncule avec son divin Fils dans les bras, le jour de cette solennité, bénissant tout le peuple et applaudissant à ces saints exercices. Toutes ces considérations doivent faire comprendre de quel zèle chacun doit être animé pour tâcher autant que possible d’acquérir une grâce aussi avantageuse à l’âme que conforme à la volonté de Dieu, aux désirs de la Très Sainte Vierge et à ceux de l’Eglise, notre commune mère.

Intérieur de la chapelle de la Portioncule

Intérieur de la chapelle de la Portioncule.

Prières selon les intentions du Souverain Pontife
pour gagner une indulgence plénière.

A la visite d’une église, lorsqu’on veut s’appliquer à soi-même l’indulgence, on peut réciter la prière qui suit:

Mon Seigneur Jésus-Christ , je reconnais et je crois que Vous avez laissé à la Sainte Eglise le riche trésor des saintes indulgences pour  le profit spirituel des fidèles.
Je reconnais qu’elle ouvre et dispense en cette occasion ses richesses spirituelles en faveur de ceux qui avec les dispositions requises visitent cette église et y prient selon les pieuses intentions des Souverains Pontifes, c’est-à-dire pour la conversion des infidèles, pour l’exaltation de notre Mère la Sainte Eglise, pour le retour des hérétiques, pour la paix et la concorde entre les princes chrétiens et pour les autres fins proposées.
C’est avec cette intention que je veux prier dans cette visite, afin de gagner cette sainte indulgence que j’espère obtenir, et que j’applique au profit de mon âme et pour la rémission des peines temporelles que j’ai méritées par mes péchés sans nombre.

Si l’on veut appliquer l’indulgence pour un ou plusieurs défunts, l’on ajoute la prière suivante que l’on met au singulier ou au pluriel:

O mon Jésus, si Vous daignez m’accorder cette sainte indulgence, je Vous l’offre pour les âmes décédées, envers lesquelles j’ai des obligations particulières de justice ou de charité.
Je l’applique pour la satisfaction des peines qu’elles ont méritées, afin de hâter leur sortie du Purgatoire et leur entrée dans le Paradis.

Ensuite on récite les prières suivantes pour les besoins de l’Eglise et selon les intentions de notre Saint Père le Pape:

Seigneur, je prie pour la Sainte Eglise Votre épouse et ma mère. Souvenez-Vous que Vous avez répandu votre Sang divin afin qu’elle fût sans rides et sans tâches.
Daignez donc purifier et sanctifier tous ses membres, en éloignant d’elle tout scandale et tout péché. Ne permettez pas qu’elle soit méprisée ou avilie. Dirigez-la Vous-même, conservez-là, exaltez-la parmi toutes les nations, étendez son empire dans tout le monde :
ut Ecclesiam tuam sanctam regere et conservare digneris, Te rogamus audi nos (pour que Vous daignez régir et conserver votre Sainte Eglise, nous Vous le demandons, écoutez-nous)!

Pater noster, Ave Maria, Gloria Patri.

Seigneur, ayez pitié de la malheureuse chrétienté. Elle est le champ où Vous et vos Apôtres avez semé la doctrine évangélique. Mais voyez quelle ivraie d’erreurs l’ennemi est venu semer par-dessus. Combien de peuples, combien d’états sont infectés par l’hérésie! Et qui peut arracher cette ivraie maudite laquelle monte toujours dans son orgueil pour étouffer le bon grain de la vérité catholique? Ah! quel autre peut le faire, si ce n’est Vous, qui êtes tout-puissant?
Humiliez tant d’hérétiques qui troublent votre Eglise, et faites que l’erreur dissipée, tous les hommes croient d’une foi vive en Vous et à Vous, et qu’ils ne s’éloignent jamais plus de tout ce que l’Eglise nous enseigne pour éclairer notre foi et diriger nos moeurs. Ut inimicos sanctae Ecclesiae humiliare digneris, Te rogamus audi nos
(pour que vous daignez humilier les ennemis de la Sainte Eglise, nous Vous le demandons, écoutez-nous)!

Pater noster, Ave Maria, Gloria Patri.

Seigneur, en venant au monde, Vous avez apporté la paix sur la terre et l’avez fait annoncer au monde par la bouche des Anges. Vous qui êtes le Prince de la paix, répandez parmi les princes chrétiens l’esprit d’union et de concorde, et faites qu’ils gouvernent leurs sujets dans la sainteté et la justice. Réconciliez encore et unissez les coeurs de tous les fidèles dans les saints noeuds de la charité et de l’amour, afin que réunissant leurs efforts, ils défendent la religion catholique contre tous ses ennemis : Ut regibus et principibus christianis pacem et veram concordiam donare digneris, Te rogamus audi nos (pour que Vous daignez la paix et la concorde véritable aux rois et princes chrétiens, nous Vous le demandons, écoutez-nous)!

Pater noster, Ave Maria, Gloria Patri.

Suprême et éternel Pasteur des âmes, Jésus, protégez votre Vicaire sur la terre et notre Pontife Souverain. Dirigez-le, illuminez-le, fortifiez-le, défendez-le, assistez-le, afin qu’il puisse gouverner sagement la Sainte Eglise.

Oremus pro Pontifice nostro N…
Dominus conservet eum et vivifivet eum, et beatum faciat eum in terra et non tradat eum in animam inimicorum ejus.
(Prions pour notre Pontife N…
Que le Seigneur le garde et le vivifie, qu’il le rende heureux sur la terre et qu’il ne le livre pas aux mains de ses ennemis).

Pater noster, Ave Maria, Gloria Patri.

Basilique Notre-Dame des Anges (Assise)

Assise : basilique de Notre-Dame des Anges englobant la chapelle de la Portioncule.

2011-54. Viviers : un diocèse sinistré en pleine mutation ecclésiologique.

Nous venons de recevoir ce matin la lettre n°292 de « Paix Liturgique » et, avec l’autorisation de cette association dont nous apprécions grandement le combat intelligent et tenace en faveur de la liturgie latine traditionnelle (et que nous remercions chaleureusement), nous en reproduisons ci-dessous l’intégralité.

Cette lettre – qui n’est qu’une première partie – est en effet consacrée à la situation du diocèse de Viviers, diocèse dans lequel est sis notre « Mesnil-Marie« , et vous, nos amis, vous savez bien quels longs kilomètres nous devons parcourir afin de pouvoir assister à la Sainte Messe latine traditionnelle.
Pour nous, qui sommes au quotidien les témoins attristés d’une réalité véritablement effrayante, l’adjectif  « sinistré » choisi pour qualifier ce diocèse ne nous semble pas exagéré mais même bien en deçà de la vérité… 

Viviers cathédrale Saint-Vincent vue d'avion

Viviers : la cathédrale Saint-Vincent vue d’avion.

Viviers : un diocèse sinistré en pleine mutation ecclésiologique.
(Lettre le « Paix Liturgique » n°292)

Après Angoulême et Mende, notre tour d’horizon des diocèses n’appliquant pas du tout le motu proprio Summorum Pontificum s’arrête sur le diocèse de Viviers. Dans ce diocèse, comme dans celui de Mende, il n’y a aucune messe traditionnelle. Pas même la Fraternité Saint-Pie-X. Pourtant, la demande existe et Mgr Blondel, évêque de Viviers, la connaît. Le diocèse correspond à l’actuel département de l’Ardèche, dont les villes les plus connues sont Annonay, Privas et Aubenas. En dehors de la partie bordant le Rhône, c’est un diocèse rural et montagneux, où les distances sont longues à couvrir.

I – Un diocèse bientôt sans prêtres

Mgr Blondel a été nommé évêque de Viviers, le 15 novembre 1999. Né à Limoges en 1940 (prêtre de ce diocèse, il en a été vicaire général pendant 20 ans), il est représentatif de la moyenne de l’épiscopat actuellement en place. Il a pris dans le diocèse la succession de Mgr Bonfils, appelé à Nice (où celui-ci a été ensuite remplacé par Mgr Sankalé).

Mgr Blondel n’est ni un intellectuel s’ennuyant dans son diocèse, comme Mgr Dagens d’Angoulême, ni un brave homme incapable d’autorité, comme Mgr Jacolin de Mende. C’est un idéologue, avec toute la charge négative que peut recouvrir ce terme : volontiers obtus, souvent cassant et parfois même méprisant. Golias le considère “endormi” dans son dernier trombinoscope. Pour une fois, Golias nous paraît mal renseigné : Mgr Blondel est un évêque très actif dans son genre.

Le diocèse dont il a la charge rassemble, selon les statistiques de début d’année, 139 prêtres, dont 72 théoriquement en activité (1). En réalité, il n’y a plus qu’une vingtaine de prêtres en activité. La pyramide des âges est dramatique puisque seulement 6 de ces prêtres ont moins de 50 ans ! Sept désormais si l’on rajoute l’abbé Jean-Yves Bertier, ordonné en juin dernier. Comme pour d’autres diocèses (Digne, Nevers, Auch, Saint-Claude, Gap, Digne, Verdun, Pamiers, Langres, etc.), dans 10 ans, le nombre des prêtres en exercice sera une poignée, ce qui veut dire qu’on n’y trouvera plus qu’un prêtre tous les 25, 30, voire 50 kms.

L’évêque se refuse de faire appel aux communautés nouvelles. Il est vrai qu’un essai non concluant avec une communauté du Sénégal avait été tenté. Mgr Blondel dispose cependant de l’Institut de la Famille Missionnaire de Notre-Dame, fondé par un prêtre du diocèse de Viviers, le Père Lucien-Marie Dorne, qu’il ignore superbement.

Seul point positif : une bonne gestion financière fait que ce diocèse qui meurt conserve de bonnes réserves. Mais pour quelle mission ?

Bref, comme dans tant d’autres diocèses de France, c’est un désert sacerdotal qui est en train de se constituer en Ardèche.

Mais le pire c’est la façon dont Mgr Blondel entend y pallier : par une véritable mutation ecclésiologique. En 2008, Mgr Blondel, dans la ligne de Mgr Rouet, avait publié une lettre pastorale intitulée « Notre route en Église. Invités et Serviteurs à l’horizon 2015 ». Il y parlait de l’orientation et de la vie du diocèse de Viviers pour les années à venir à partir du projet pastoral « Invités et Serviteurs », censé guider le diocèse depuis 2002, et d’un document de travail réalisé lors d’une assemblée diocésaine, le 5 avril 2008.

Dans ce document, l’évêque constatait le sinistre : « peu de prêtres sont actuellement en âge de recevoir la charge pastorale d’une paroisse ». Mais l’évêque a une solution : celle de Mgr Rouet. Comme le prévoit le Code de Droit canonique de 1983, certaines paroisses seront confiées dans un très proche avenir « à une équipe, tandis qu’un prêtre ne résidant pas habituellement dans la Paroisse aura la fonction de « Modérateur de la charge pastorale » (c’est-à-dire qu’il viendra régulièrement faire le point, vérifier les décisions avec l’équipe…) ». C’est d’ailleurs déjà le cas pour 2 paroisses sur 24, le regroupement des paroisses par groupes de villages ayant eu lieu en 2002.

Mgr Blondel envisage déjà la célébration de l’Eucharistie tous les deux dimanches pour certaines communautés locales, le plus souvent par un prêtre retraité, tout en souhaitant que l’écart ne devienne pas plus grand. Beaucoup de fidèles n’auront donc plus de messe dominicale non seulement dans leur église mais même dans leur proche voisinage. Chaque paroisse devra se doter d’un « projet missionnaire paroissial » piloté par une Équipe d’Animation Paroissiale (EAP). Ses membres sont des « diacres, laïcs en mission ecclésiale, autres laïcs ou religieuses – sans pour autant confondre le sacerdoce baptismal et le sacerdoce ministériel ». Ils « sont associés à la responsabilité du curé, ou même participent à l’exercice de sa charge pastorale quand il n’y a pas de curé résidant. Ils le peuvent, dans notre situation ils le doivent même, et c’est une richesse. Il doit s’agir d’une équipe, ce qui suppose un nombre restreint de personnes (six est un bon chiffre) et la volonté effective de partage en esprit et en vérité. C’est ensemble que les membres de l’Equipe d’Animation Paroissiale portent le souci de toute la Paroisse ».

Il est précisé plus avant qu’une « mission nouvelle se dessine pour l’avenir de nos Paroisses : celle de l’Animateur Laïc en Pastorale Paroissiale (ALPP) » Il s’agit d’un laïc en mission ecclésiale, membre de l’EAP, envoyé par l’évêque pour contribuer à « l’unité paroissiale, au service du travail commun ». Il sera l’auxiliaire du curé d’une grande paroisse et pour l’EAP quand il n’y aura pas de curé résident. Il sera donc une pièce maîtresse du nouveau dispositif, avec d’autres laïcs, deux ou trois membres de l’EAP. Il est aussi prévu de doubler l’EAP par un « délégué pastoral », non membre de l’AEP. Son rôle est d’animer les « équipes-relais » des communautés locales.

Bref, plutôt que de relancer les vocations sacerdotales, à Viviers, c’est le choix de la construction, sur les ruines du diocèse, d’une « Église autre » reposant sur une poignée de fonctionnaires laïcs, qui prévaut.

II – La forme extraordinaire n’existe plus dans le diocèse de Viviers

Il faut remonter loin dans le temps pour trouver trace de la célébration, hebdomadaire et publique, de la messe traditionnelle dans le diocèse.

Très précisément à la fin des années 70 quand l’abbé Maurice André était curé de Planzolles, village du sud-ouest du diocèse. Historien confirmé, longtemps directeur de la “Revue du Vivarais”, l’abbé André était suffisamment loin du siège épiscopal comme des principales villes du département pour ne pas freiner le souffle du concile en terre ardéchoise.

Il faut dire que, de 1965 à 1992, le diocèse a été dirigé par le même prélat, Mgr Jean Hermil. Père conciliaire en tant qu’évêque auxiliaire d’Autun, nommé à Viviers à son retour de Rome, Mgr Hermil était plus intéressé par le combat social, voire socialiste, que par le combat spirituel. Il imposa ainsi l’égalité des traitements entre les prêtres, quelles que soient leurs fonctions, et celle des budgets des paroisses. C’était surtout un précurseur en matière de responsabilités partagées entre prêtres et laïcs, prompt notamment à expérimenter l’ADAP (la désolante Assemblée Dominicale en Absence de Prêtre”).

“Ce n’est pas un mauvais homme mais il n’a pas beaucoup de religion…”, disait de lui l’abbé Houghton, que Mgr Hermil avait autorisé à célébrer en semaine sa messe privée au maître-autel de la cathédrale Saint-Vincent. Anglican converti, devenu prêtre catholique, l’abbé Bryan Houghton s’était retiré à Viviers au début des années 70, refusant de mettre en œuvre le nouvel Ordo dans sa paroisse du Suffolk (2). Il fut tout au long des années 70 et, surtout, 80 – notamment à la suite de la publication de son livre La paix de Monseigneur Forester dans lequel il mettait en scène un évêque organisant la paix liturgique dans son diocèse -, le point de ralliement des fidèles ardéchois attachés à la liturgie traditionnelle.

Privé de cathédrale Saint-Vincent le dimanche, l’abbé Houghton prit l’habitude de célébrer dans des chapelles privées jusqu’à ce qu’il puisse officier de façon régulière de l’autre côté du Rhône, dans la Drôme, à la chapelle Notre-Dame de la Rose, à Montélimar. Aujourd’hui encore, plusieurs familles ardéchoises continuent de se rendre à Montélimar pour y assister à la messe selon la forme extraordinaire du rite romain, désormais desservie par les prêtres de la Fraternité Saint-Pierre de Lyon.

Après le rappel à Dieu de l’abbé Houghton, en 1992, la Providence a voulu que les fidèles attachés au missel de 1962 ne demeurent pas tout à fait sans messe. Arrivé fin 1992 à Viviers pour prendre la succession de Mgr Hermil, Mgr Jean Bonfils – prélat plutôt classique quoique signataire, en 1996, d’une fort libérale lettre pastorale sur les questions morales – avait en effet assez rapidement accordé une application partielle du motu proprio de 1988. Cette célébration mensuelle, le 1er samedi du mois, dans un endroit pittoresque mais coupé du monde – l’ancienne cité ouvrière Lafarge, entre Viviers et Le Teil –, s’est arrêtée au départ de Mgr Bonfils, Mgr Blondel prenant prétexte du grand âge de l’abbé Chapus pour la suspendre.

Depuis la fin de cette application limitée du motu proprio de 1988, les catholiques du diocèse de Viviers sont donc totalement privés de la liturgie traditionnelle.

III – Mgr Blondel contre le Motu Proprio

Inutile de dire que le motu proprio est le dernier des soucis de l’évêque de Viviers. Le 7 juillet 2007, jour de la publication de Summorum Pontificum, Mgr Blondel a publié le communiqué suivant :

Le pape Benoît XVI vient de publier un document rendant plus libre la célébration de la messe selon le missel de Saint Pie V. Je l’accueille avec attention et respect. Je donnerai en septembre les indications concernant son application dans le diocèse.

Nous devons prendre la juste mesure de ce dont il est question. Il n’y a aucune remise en cause sur la façon de célébrer la messe et les sacrements dans nos paroisses, ni sur nos orientations pastorales. Le document du pape Benoît XVI est clair. Il fait taire à l’avance toute interprétation qui semblerait dire le contraire et laisserait planer un doute sur la valeur du concile Vatican II, et son application toujours à poursuivre.

Son but est tout autre. C’est de permettre à certains groupes de catholiques de garder leur place dans l’Église. C’est aussi notre but.

L’unité de l’Église est un bien premier. Une séparation qui durerait longtemps serait un dommage irréparable. Nous essaierons de vivre cet accueil avec simplicité et esprit fraternel.

Ce serait je crois faux de regarder cela comme un événement de très grande importance, ni comme un retour en arrière. L’unité de tous les catholiques, dans leur diversité, est indispensable pour témoigner à la société d’aujourd’hui de l’amour de Jésus Christ Sauveur du monde et de la vérité de son message. C’est là l’unique nécessaire, le plus important.

Selon nos informations, les indications annoncées par Mgr Blondel ont bien été données à la rentrée 2007, sous la forme d’un courrier aux prêtres. Le sens de ces indications est simple : référer systématiquement à l’évêché en cas de demande de célébration selon la forme extraordinaire du rite romain. Et, à en juger par deux anecdotes qui nous ont été rapportées, on ne peut pas dire que la générosité soit de mise en la matière : ainsi, à l’occasion d’une demande d’obsèques selon la liturgie traditionnelle, c’est vers une chapelle désaffectée qu’une famille de Privas a été orientée ; et, en juillet 2008, lors d’un pèlerinage à Lalouvesc, village de saint Jean-François Régis et de sainte Thérèse Couderc, c’est dans un oratoire isolé qu’un groupe de fidèles emmené par un prêtre de l’Institut du Bon Pasteur s’est retrouvé confiné en dépit de la demande préalable du jeune prêtre de pouvoir célébrer dans la basilique (note de Lully : voir ici > www).

Nous verrons, à la rentrée prochaine, comment, pour faire face à cette hostilité latente, les demandeurs du diocèse se sont regroupés pour une demande unique et comment Mgr Blondel leur a répondu en novembre 2010.

*   *   *

1) Le site internet du diocèse indique, pour sa part, 124 prêtres, dont 66 en activité.

2) Dans son livre Prêtre rejeté, aux éditions DMM, dont nous avons publié un extrait dans notre lettre 291, voici comment l’abbé Houghton stigmatisait le nouvel Ordo : “Une des caractéristiques extraordinaires du bricolage de la messe, c’est que le prêtre jouit d’une liberté que les laïcs ont perdue. Dans l’ancienne messe, le prêtre était soumis à une stricte observance des rubriques et les laïcs pouvaient faire à peu près ce qu’ils voulaient : suivre la messe dans leur missel ; lire le Manuel du Chrétien ; dire leur chapelet ; s’endormir… Maintenant le prêtre est libre d’inventer ce qu’il veut, mais malheur aux laïcs qui ne participent pas. Ce n’est pas la seule conséquence. Les laïcs sont toujours obligés d’assister à la messe le dimanche. Mais « la messe » n’existe plus dans le rite latin. Il y a à peu près autant de messes qu’il y a de prêtres. Est-ce que les laïcs sont obligés de se plier aux caprices du célébrant ? Il serait carrément injuste que la réponse soit oui.”

La suite de cette étude de « Paix liturgique » est à lire > ici

*   *   *

Addenda de Lully : voir ici www, ce que j’ai publié concernant l’abbé Bryan Houghton à l’occasion du centenaire de sa naissance, ou – de manière plus anecdotique – le nouvel autel de la cathédrale Saint-Vincent, ici > www.

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