Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2022-35. Septième pèlerinage de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay pour le Roi et la France.

Le Sacre des Rois

Sacre de Charles VII vitrail de l'église Saint André de Joigny

Sacre de Charles VII
vitrail de l’église Saint-André de Joigny (Bourgogne)

Communiqué du secrétariat de la Confrérie Royale :

Chers Membres et Amis de la Confrérie Royale,

   Après les années 2020 et 2021, marquées par des restrictions de déplacement ou de rassemblement qui nous ont contraints, pour pouvoir le maintenir, à déplacer à la fin août le pèlerinage annuel  de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay, et à lui imposer quelques limitations, en cette année 2022, pour notre septième pèlerinage annuel, nous pouvons le replacer aux dates qui ont été convenues depuis 2017, c’est-à-dire depuis l’après-midi du jeudi de l’Ascension 26 mai jusqu’au samedi après l’Ascension 28 mai après-midi.
Il est certes possible de ne participer qu’à la journée du vendredi 27 mai, mais nous privilégierons évidemment les personnes qui souhaitent participer à la totalité.

Comme chaque année, ce pèlerinage est bâti autour d’un thème général et s’articule en temps de prière, en conférences et en visites dans la ville du Puy ou dans ses environs.
Nous insistons pour rappeler l’importance du Puy-en-Velay dans l’histoire religieuses du Royaume : de nombreux Saints, Rois et Papes se sont joints aux innombrables fidèles anonymes pour venir s’y recommander à la Très Sainte Mère de Dieu, en ce lieu qui est le tout premier dans le cycle des apparitions de Notre-Dame sur cette terre qui deviendra la France.
Nous insistons aussi pour rappeler l’importance qu’il y a à se réunir dans des lieux saints afin d’y prier pour notre Souverain légitime et pour notre patrie qui n’en finit pas d’être affligée par les conséquences de l’apostasie officielle initiée lors de la grande révolution.

Nous vous invitons à prendre connaissance des précisions suivantes avec la plus vive attention :

A) Le thème retenu pour ce septième pèlerinage annuel est « Le Sacre des Rois ».
Trois conférences seront dispensées au cours du pèlerinage : 1) La Royauté et le sacré, 2) Symbolique des cérémonies du Sacre français, 3) Le Sacre dans les autres royautés. Ces conférences constituent une formation doctrinale légitimiste en même temps que spirituelle dont nous ne soulignerons jamais assez l’importance.

B) Les Messes célébrées au cours du pèlerinage le sont évidemment selon le rite latin traditionnel.
Notez bien qu’une Messe lue sera célébrée le jeudi de l’Ascension 26 mai en fin d’après-midi (17 h 30) pour ceux qui, en raison de leur voyage jusqu’au Puy, n’auraient pas pu y assister le matin. Les vendredi et samedi ce seront des Messes solennelles.

C) Le programme précis et complet sera adressé aux inscrits par courriel personnel du secrétariat de la Confrérie.

D) Comme les années précédentes, la Confrérie Royale a retenu des chambres et prévu la restauration.
Toutefois, notez bien qu’il y a très peu de chambres individuelles dans cette structure : la plupart sont des chambres doubles (avec toilettes et douches sur le palier). Les pèlerins qui désireraient davantage de confort, peuvent prévoir eux-mêmes de retenir leur hébergement dans l’un ou l’autre des hôtels de la ville (cela ne les dispense néanmoins pas de s’inscrire au moyen du bulletin d’inscription qui leur sera adressé après contact avec notre secrétariat).

E) Les inscriptions ne sont validées qu’avec le versement d’un acompte (par chèque, en espèces ou par virement bancaire).

F) Néanmoins, les personnes qui auraient des difficultés financières ne doivent pas hésiter à nous en parler : nous essayons chaque année de mettre en place une « caisse d’entraide » que peuvent alimenter les pèlerins plus aisés et qui nous permet ainsi d’aider ceux qui seraient dans la gêne. Nous ne voulons pas qu’un embarras financier soit un empêchement à la participation au pèlerinage.
De même nous essayons de prendre en charge, au moins pour moitié, sinon en totalité, les frais d’hébergement et de restauration des prêtres, religieux et séminaristes : nous faisons dès à présent appel à la générosité des autres pèlerins, où de ceux qui, ne pouvant pas venir, voudraient parrainer par un don le pèlerinage d’un ecclésiastique.

G) Attention ! La période des inscriptions est dès à présent ouverte et elle ne dure que 4 semaines : elle sera close le dimanche des Rameaux 10 avril. Si donc vous comptez participer au pèlerinage, inscrivez-vous le plus rapidement possible, sans attendre la date butoir !

H) Pour les renseignements et les demandes d’inscription, une seule adresse électronique : pelerinage.confrerie@gmail.com
En cas de nécessité un numéro de téléphone : 04 75 65 49 20 (répondeur : laisser un message qui indique clairement votre nom et le numéro auquel on peut vous rappeler).

Pèlerinage légitimiste au Puy - message du Prince 4 juin 2016

2022.34. Le 15 mars, nous fêtons Saint Longin, légionnaire, pénitent et martyr.

15 mars,
en France, fête de Sainte Louise de Marillac, veuve et fondatrice ;
Mémoire de Saint Longin, légionnaire, pénitent et martyr.

Saint Longin, légionnaire et martyr

« A Césarée de Cappadoce, la passion de Saint Longin, soldat, que l’on croit être celui qui perça de sa lance le côté du Seigneur »
(Première notice du martyrologe romain pour le 15 mars)

Beaucoup d’auteurs pensent que saint Longin est ce centenier qui s’écria au moment de la mort de Notre-Seigneur : « Celui-ci était véritablement le Fils de Dieu ». Selon d’autres, c’est ce soldat qui ouvrit d’une lance Son côté sacré et qui en fit couler le sang et l’eau. Quelques-uns même soutiennent qu’il fut l’un et l’autre ; mais est-il croyable, se sont demandé quelques âmes pieuses, qu’après avoir confessé Sa divinité, il eût osé porter la lance dans son adorable poitrine ?
Nous pensons avec Saint Augustin, que quand le centenier reconnut Jésus-Christ pour Fils de Dieu, il ne donnait pas à cette expression l’étendue du sens qu’elle renferme ; il voulait faire entendre qu’il Le prenait pour un homme divin, et qu’il remarquait en Lui quelque chose d’extraordinaire, de surnaturel. Cette première lueur de la grâce ne l’aura pas empêchée d’accomplir sa tâche jusqu’au bout et de percer le flanc du Sauveur. La pieuse croyance du Moyen-Age semble confirmer notre manière de voir : aux termes de la légende, le Sang de Jésus-Christ jaillit sur le visage du centurion, au moment où il Lui perça le côté, et guérit ses yeux malades ; manière naïve de dire que la foi ouvrit les yeux de son âme aux pieds de la croix.
D’ailleurs l’acte qu’accomplit Longin en perçant le côté du Sauveur, loin d’être contraire à sa foi naissante, était un acte d’humanité, puisqu’en faisant sortir du sang et de l’eau du cœur du Sauveur, il épargnait à Son corps adorable le brisement des jambes que l’on faisait subir aux suppliciés à qui il restait un souffle de vie. Dans les peintures et sculptures du Moyen Âge, Longin est à genoux et dans une position si respectueuse, que la foi semble déjà née dans son cœur. À cause de ce ministère si honorable et de sa qualité de chevalier romain, Saint Longin, était en grand honneur parmi les hommes d’armes d’autrefois.

Saint Longin est témoin de la résurrection de Notre-Seigneur

Quoi qu’il en soit, d’après Métaphraste et son office dans la liturgie grecque, Saint Longin, ayant reçu l’ordre de garder le tombeau du Sauveur après Sa sépulture, fut témoin des grands miracles qui se firent au moment de Sa résurrection, et, par là, de plus en plus confirmé dans sa croyance.
Il vint raconter aux Princes des prêtres, aux Scribes et aux Pharisiens ce qu’il avait vu et entendu : ce qui les mit en grande peine. Craignant que le nom du Sauveur ne devînt plus illustre que jamais, ils s’efforcèrent de corrompre Longin par de riches présents et par de belles promesses ; ils lui voulaient faire dire que, ses soldats étant endormis, les disciples de Jésus-Christ avaient dérobé Son corps. Le saint soldat, qui était déjà tout changé et rempli de la lumière divine, refusa absolument d’être le ministre de cette imposture ; au contraire, il publia hautement la vérité, et fut un très-fidèle témoin de la résurrection de Notre-Seigneur.

Il prêche en Cappadoce

Les Juifs, voyant sa constance, résolurent de se venger de lui ; le pieux Longin, ayant découvert leur dessein, quitta la milice, et, abandonnant la Judée, il s’en alla de Jérusalem en Cappadoce, accompagné de deux soldats. Là, il commença à prêcher ce qu’il avait vu, et attira, par ses actions vertueuses et par ses paroles, plusieurs infidèles à la connaissance du Dieu vivant ; de sorte que la foi s’y accrut notablement, au grand opprobre des Juifs qui l’avaient crucifié. Ces impies firent tous leurs efforts pour faire condamner à mort cet admirable prédicateur, en l’accusant comme traître ; ils pressèrent tant Pilate, gouverneur de la Judée, qu’il envoya de ses archers en Cappadoce, pour le prendre et le faire mourir. Les soldats y allèrent pleins de fureur et d’impiété ; mais Dieu permit qu’ils s’adressassent à Longin même, sans le connaître, et qu’ils lui découvrissent le sujet de leur voyage.

Il se livre lui-même à ses bourreaux

Cette nouvelle le réjouit extrêmement ; même il les reçut et les traita splendidement dans sa maison, les assurant qu’il leur mettrait bientôt entre les mains celui qu’ils cherchaient, sans qu’ils se missent en peine de s’en informer davantage. Après leur avoir prodigué pendant trois jours l’hospitalité la plus cordiale, comme il brûlait du désir de répandre son sang pour Celui dont il avait fait couler le sang par un coup de lance, il se découvrit à eux, et leur dit : « Je suis Longin que vous cherchez : je suis prêt à endurer la mort, et si vous me la donnez, vous me paierez avec usure le bon traitement que je vous ai fait, car vous ne sauriez me récompenser mieux ». Ces soldats ne le pouvaient croire, tant cette résolution leur paraissait nouvelle et surprenante ; et, lorsqu’ils furent assurés que c’était effectivement Longin, ils sentirent une extrême répugnance à le faire mourir. Mais le désir qu’il témoignait de souffrir pour Jésus-Christ, et la crainte qu’eux-mêmes avaient d’être maltraités de Pilate, s’ils retournaient sans avoir exécuté ses ordres, les y fit enfin résoudre. Il commanda donc à un serviteur de lui apporter un habit blanc pour solenniser la fête des noces célestes, auxquelles il se voyait invité, puis il exhorta les deux soldats ses compagnons à la persévérance ; et, après les avoir embrassés, et avoir marqué le lieu où il voulait être enseveli, il eut, comme eux, la tête tranchée.

Ses miracles

Les bourreaux portèrent son vénérable chef à Pilate, qui le fit mettre sur la porte de la ville, pour donner satisfaction aux Juifs ; depuis, on le jeta à la voirie : mais Dieu l’en fit retirer d’une manière miraculeuse.
Une femme de Cappadoce, pauvre et aveugle, n’ayant pour consoler son veuvage qu’un fils qui la menait par la main, entreprit le voyage de Jérusalem, pour y prier Notre-Seigneur de la guérir et de la délivrer des calamités dont elle était accablée ; mais à peine fut-elle arrivée, que son fils mourut et la laissa sans guide et dans une désolation qui ne se peut exprimer. L’ennui dont elle était accablée, l’assoupit enfin et la fit dormir. Durant son sommeil, Saint Longin lui apparut et la consola, lui remontrant que les peines que Jésus-Christ avait souffertes pour nos péchés, étaient incomparablement plus grandes que les siennes. Ensuite, il lui commanda d’aller chercher son chef, qui était couvert de fumier, l’assurant qu’en le touchant elle recouvrerait la vue ; il lui promit aussi qu’il lui ferait voir son fils, dont elle pleurait amèrement la perte. La femme, encouragée par cette vision, se fit conduire à l’endroit qui lui était marqué, et, tirant ce précieux trésor du lieu infect où il était, elle reçut la grâce qui lui avait été promise. La nuit suivante, Saint Longin lui apparut encore, et, lui montrant son fils revêtu d’une merveilleuse clarté, il lui dit : « Ne pleurez plus comme malheureux ceux qui sont couronnés de gloire et qui bénissent éternellement Dieu. Prenez ma tête et ensevelissez-la avec le corps de votre fils, dans un même cercueil, et ne cessez de louer Dieu dans ses Saints ». Après cette vision, la pieuse femme prit ce vénérable chef, avec le corps de son fils, et les inhuma honorablement dans un village appelé Sardial, qui était le lieu de la naissance du saint Martyr.

Ses reliques

Pour le fer de la lance, dont on dit que Saint Longin perça le côté de Notre-Seigneur, il se gardait religieusement avant la Révolution française, en la Sainte-Chapelle, à Paris, où le roi saint Louis le mit avec les autres instruments de la Passion, que sa piété lui avait donné moyen de recouvrer de divers endroits de la chrétienté.
Saint Longin est représenté en armes, le casque en tête, l’épée au côté, au pied de la croix. Plusieurs peintres anciens lui font porter la main gauche à ses yeux, pendant que de la droite, il dirige sa pique vers le corps du crucifié, par allusion à sa guérison corporelle et spirituelle tout à la fois. Il aurait eu les yeux crevés avant sa décollation. Dans la posture de condamné à mort qu’on lui donne, il a donc quelquefois les yeux arrachés. Il passe aussi pour avoir terrassé un dragon : c’est sans doute par allusion à la prédication de l’Évangile qu’il fit dans la Cappadoce. Il porte quelquefois un vase de cristal dans lequel se trouvent deux ou trois globules qui s’expliquent comme on va le voir. La ville de Mantoue se glorifiait de posséder, avec le corps de saint Longin, quelques gouttes du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, recueillies par le Saint qui avait percé son côté. Le reliquaire du Saint Sang figure sur plusieurs monnaies anciennes de la cité de Mantoue : la découverte de ce trésor, au commencement du IXe siècle, donna lieu à l’érection d’un siège épiscopal dans cette ville. Saint Longin paraît avec cet attribut du reliquaire et des gouttes de sang dans un tableau du Louvre, peint par Jules Romain pour Mantoue

Mgr Paul Guérin, Camérier de sa sainteté Pie IX
« Les Petits Bollandistes – Vies des Saints », septième édition – Bloud et Barral – 1876

Saint Longin -  Giulio Romano - 1535 Louvre

Giulio Romano (Jules Romain) : Nativité entourée de Saint Longin et de Saint Jean l’Evangéliste (1535),
c’est le tableau du musée du Louvre mentionné ci-dessus par Mgr Guérin

2022-33. On ne peut en aucun cas considérer le péché comme une norme de vie, comme une simple variation du comportement humain.

Samedi 12 mars 2022,
Fête de Saint Grégoire le Grand (cf. > ici) ;
Fête et millénaire de Saint Syméon le Nouveau Théologien (cf. > ici et > ici) ;
Samedi des Quatre-Temps de printemps.

Patriarche Cyrille de Moscou

Sa Sainteté le Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie

Bien chers Amis,

Dimanche dernier, 6 mars 2022, à l’occasion du « dimanche du pardon » (dimanche qui précède l’entrée en carême dans la liturgie byzantine), Sa Sainteté le Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie a célébré la Divine Liturgie dans la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou. A la fin du service divin, le Primat de l’Eglise orthodoxe russe a prononcé un sermon dont nous vous retranscrivons ci-dessous l’intégralité, dans une traduction en français que j’espère ne pas être trop fautive.

Il me paraît important de la porter à votre connaissance pour plusieurs raisons :
1) d’abord parce qu’il en a été publié plusieurs commentaires qui ne donnaient que quelques citations extraites de leur contexte et réinterprétées selon le prisme des journalistes occidentaux, dont on connaît l’impartialité et l’objectivité…
2) ensuite parce qu’il faut rétablir la vérité et qu’il ne s’agit pas, comme l’ont écrit certains, d’un soutien inconditionnel à la politique de Monsieur Vladimir Poutine transformant sans discernement toutes les actions militaires russes en « guerre sainte » ;
3) enfin, je ne crains pas de l’écrire en toutes lettres quelles que soient les conséquences que je doive en subir, parce que je souscris entièrement aux propos du Patriarche Cyrille qui nous livre ici une lecture métaphysique des événements actuels.

Le péché contre-nature – ce péché dont Saint Paul écrit qu’il ne faut même pas le nommer et qu’il n’évoque lui-même qu’en termes pudiques mais suggestifs (cf. 1 Cor. VI, 9-10) – crie vengeance vers le Ciel et en exclut ceux qui le commettent du Royaume des Cieux. Or la société anti-chrétienne veut aujourd’hui en faire une norme et en favoriser les pratiques, les banaliser, et amener à les faire considérer comme égales à ce qui est inscrit dans la loi naturelle. Or c’est bien l’un des véritables buts de la « politique » de l’Union Européenne, des USA et d’une manière générale de tous les pays « libéraux » et « démocratiques ».
L’actuel occupant du trône pontifical a lui-même sur ce sujet des propos et comportements dans lesquels on est très loin de trouver l’affirmation claire et nette des principes authentiquement chrétiens et l’écho sans ambigüité des paroles de la Révélation… hélas !

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

PS : Nous mettons en caractères gras certaines des affirmations du Patriarche Cyrille en raison de leur importance.

Le Patriarche Cyrille de Moscou

nika

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

A vous tous, mes chers Seigneurs, Pères, Frères et Sœurs, je vous félicite de tout cœur en ce dimanche, dimanche du Pardon, dernier dimanche avant le début de la Quadragésime, le grand Carême !
De nombreux ascètes considèrent le carême comme un printemps spirituel. Il coïncide avec le printemps de la vie physique et est en même temps considéré par la conscience de l’Église comme un printemps spirituel. Et qu’est-ce que le printemps ? Le printemps est la renaissance de la vie, le renouveau, une nouvelle force. Nous savons que c’est au printemps que la sève puissante éclate à dix, vingt, cent pieds de haut, donnant vie à l’arbre. C’est en effet un étonnant miracle de Dieu, un miracle de la vie. Le printemps est la renaissance de la vie, un certain grand symbole de la vie. Et c’est pourquoi ce n’est pas tout à fait par hasard que la principale fête de printemps est la Pâque du Seigneur, qui est aussi un signe, un gage, un symbole de la vie éternelle. Et nous croyons qu’il en est ainsi, et cela signifie que toute la foi chrétienne, que nous partageons avec vous, est la foi qui affirme la vie, qui est contre la mort, contre la destruction, qui affirme la nécessité de suivre les lois de Dieu pour vivre, pour ne pas périr dans ce monde, ni dans l’autre.

Mais nous savons que ce printemps est assombri par de graves événements liés à la détérioration de la situation politique dans le Donbass, presque le début des hostilités. Je voudrais dire quelque chose à ce sujet.
Depuis huit ans, on tente de détruire ce qui existe dans le Donbass. Et dans le Donbass, il y a un rejet, un rejet fondamental des soi-disant valeurs qui sont proposées aujourd’hui par ceux qui prétendent au pouvoir mondial.

Aujourd’hui, il existe un test de loyauté envers ce pouvoir, une sorte de laissez-passer vers ce monde « heureux », un monde de consommation excessive, un monde de « liberté » apparente. Savez-vous ce qu’est ce test ? Le test est très simple et en même temps terrifiant : il s’agit d’une parade de la gay pride. La demande de nombreux pays d’organiser une gay pride est un test de loyauté envers ce monde très puissant ; et nous savons que si des personnes ou des pays rejettent ces demandes, ils ne font pas partie de ce monde, ils en deviennent des étrangers.
Mais nous savons ce qu’est ce péché, qui est promu par les soi-disant « marches de la fierté » (gay pride). C’est un péché qui est condamné par la Parole de Dieu – tant l’Ancien que le Nouveau Testament. Et Dieu, en condamnant le péché, ne condamne pas le pécheur. Il l’appelle seulement à la repentance, mais ne fait en aucun cas du péché une norme de vie, une variation du comportement humain – respectée et tolérée – par l’homme pécheur et son comportement.

Si l’humanité accepte que le péché n’est pas une violation de la loi de Dieu, si l’humanité accepte que le péché est une variation du comportement humain, alors la civilisation humaine s’arrêtera là. Et les gay pride sont censées démontrer que le péché est une variante du comportement humain. C’est pourquoi, pour entrer dans le club de ces pays, il faut organiser une gay pride. Pas pour faire une déclaration politique « nous sommes avec vous », pas pour signer des accords, mais pour organiser une parade de la gay pride. Nous savons comment les gens résistent à ces demandes et comment cette résistance est réprimée par la force. Il s’agit donc d’imposer par la force le péché qui est condamné par la loi de Dieu, c’est-à-dire d’imposer par la force aux gens la négation de Dieu et de sa vérité.
Par conséquent, ce qui se passe aujourd’hui dans la sphère des relations internationales ne relève pas uniquement de la politique. Il s’agit de quelque chose d’autre et de bien plus important que la politique. Il s’agit du Salut de l’homme, de la place qu’il occupera à droite ou à gauche de Dieu le Sauveur, qui vient dans le monde en tant que Juge et Créateur de la création. Beaucoup aujourd’hui, par faiblesse, par bêtise, par ignorance, et le plus souvent parce qu’ils ne veulent pas résister, vont là, du côté gauche.
Et tout ce qui a trait à la justification du péché condamné dans la Bible est aujourd’hui le test de notre fidélité au Seigneur, de notre capacité à confesser la foi en notre Sauveur.

Tout ce que je dis a plus qu’une simple signification théorique et plus qu’une simple signification spirituelle. Il y a une véritable guerre autour de ce sujet aujourd’hui. Qui s’attaque aujourd’hui à l’Ukraine, où huit années de répression et d’extermination de la population du Donbass, huit années de souffrance, et le monde entier se tait – qu’est-ce que cela signifie ?

Mais nous savons que nos frères et sœurs souffrent réellement ; de plus, ils peuvent souffrir pour leur loyauté envers l’Église. Et donc, aujourd’hui, en ce dimanche du pardon, moi, d’une part, en tant que votre berger, j’appelle tout le monde à pardonner les péchés et les offenses, y compris là où il est très difficile de le faire, là où les gens se battent entre eux.
Mais le pardon sans la justice est une capitulation et une faiblesse. Le pardon doit donc s’accompagner du droit indispensable de se placer du côté de la lumière, du côté de la vérité de Dieu, du côté des commandements divins, du côté de ce qui nous révèle la lumière du Christ, sa Parole, son Évangile, ses plus grandes alliances données au genre humain.

Tout cela dit, nous sommes engagés dans une lutte qui n’a pas une signification physique mais métaphysique.
Je sais comment, malheureusement, les orthodoxes, les croyants, choisissant dans cette guerre la voie de la moindre résistance, ne réfléchissent pas à tout ce sur quoi nous réfléchissons aujourd’hui, mais suivent docilement la voie qui leur est indiquée par les pouvoirs en place.

Nous ne condamnons personne, nous n’invitons personne à monter sur la croix, nous nous disons simplement : nous serons fidèles à la parole de Dieu, nous serons fidèles à sa loi, nous serons fidèles à la loi de l’amour et de la justice, et si nous voyons des violations de cette loi, nous ne supporterons jamais ceux qui détruisent cette loi, en effaçant la ligne de démarcation entre la sainteté et le péché, et surtout ceux qui promeuvent le péché comme modèle ou comme modèle de comportement humain.

Aujourd’hui, nos frères du Donbass, les orthodoxes, souffrent sans aucun doute, et nous ne pouvons qu’être avec eux – avant tout dans la prière.
Nous devons prier pour que le Seigneur les aide à préserver leur foi orthodoxe et à ne pas succomber aux tentations.
Dans le même temps, nous devons prier pour que la paix revienne au plus vite, pour que le sang de nos frères et sœurs cesse de couler, pour que le Seigneur accorde sa grâce à la terre du Donbass, qui souffre depuis huit ans et qui porte l’empreinte douloureuse du péché et de la haine humaine.

Alors que nous entrons dans la saison du Carême, essayons de pardonner à tout le monde.
Qu’est-ce que le pardon ?
Lorsque vous demandez pardon à quelqu’un qui a enfreint la loi ou vous a fait du mal et injustement, vous ne justifiez pas son comportement mais vous cessez simplement de le haïr. Il cesse d’être votre ennemi, ce qui signifie que par votre pardon vous le livrez au jugement de Dieu. C’est la véritable signification du pardon mutuel pour nos péchés et nos erreurs.
Nous pardonnons, nous renonçons à la haine et à l’esprit de vengeance, mais nous ne pouvons pas effacer la faute humaine au ciel ; c’est pourquoi, par notre pardon, nous remettons les fautifs entre les mains de Dieu, afin que le jugement et la miséricorde de Dieu s’exercent sur eux. Pour que notre attitude chrétienne à l’égard des péchés, des torts et des offenses des hommes ne soit pas la cause de leur ruine, mais que le juste jugement de Dieu s’accomplisse sur tous, y compris sur ceux qui prennent sur eux la plus lourde responsabilité, creusant le fossé entre les frères, le remplissant de haine, de malice et de mort.

Que le Seigneur miséricordieux exécute son juste jugement sur nous tous. Et de peur qu’à la suite de ce jugement, nous nous retrouvions du côté gauche du Sauveur venu dans le monde, nous devons nous repentir de nos propres péchés.
Aborder notre vie avec une analyse très profonde et dépassionnée, se demander ce qui est bon et ce qui est mauvais, et en aucun cas se justifier en disant : « J’ai eu une dispute avec ceci ou cela, parce qu’ils avaient tort ». C’est un faux argument, c’est une mauvaise approche. Vous devez toujours demander devant Dieu : Seigneur, qu’ai-je fait de mal ? Et si Dieu nous aide à prendre conscience de notre propre iniquité, nous devons nous repentir de cette iniquité.

Aujourd’hui, à l’occasion du dimanche du Pardon, nous devons accomplir l’exploit de renoncer à nos propres péchés et injustices, l’exploit de nous remettre entre les mains de Dieu et l’acte le plus important – le pardon de ceux qui nous ont offensés.

Que le Seigneur nous aide tous à traverser les jours du Carême de telle sorte que nous puissions entrer dignement dans la joie de la Résurrection du Christ. Et prions pour que tous ceux qui combattent aujourd’hui, qui versent le sang, qui souffrent, entrent aussi dans cette joie de la Résurrection dans la paix et la tranquillité. Quelle joie y a-t-il si les uns sont dans la paix et les autres dans la puissance du mal et dans la douleur des luttes intestines ?

Que le Seigneur nous aide tous à entrer dans le chemin du Saint Carême de telle manière, et pas autrement, qu’Il puisse sauver nos âmes et favoriser la multiplication du bien dans notre monde pécheur et souvent terriblement erroné, afin que la vérité de Dieu puisse régner et diriger le genre humain.

Amen.

Sa Sainteté le Patriarche Cyrille de Moscou

nika

Prière au Christ Transfiguré :

Transfiguration - vitrail de l'église St Jean Berchmans d'Etterbeek (Bruxelles)

Vitrail de la Transfiguration
dans l’église Saint-Jean-Berchmans d’Etterbeek (Bruxelles)

* * * * *

Prière au Christ Transfiguré
au deuxième dimanche de carême

inspirée des textes des liturgies orientales

Demandons au Christ Notre-Seigneur d’élever notre esprit vers la sagesse du Fils grâce à la splendeur de la foi, vers l’amour de l’Esprit-Saint grâce à l’ardeur de la charité, vers la puissance du Père grâce à la certitude de l’espérance ; afin que nous méritions d’obtenir le don de la vision parfaite et de la possession tranquille et véritable.

O Christ, notre Dieu, principe éternel de la lumière, qui avez voulu que nous passions le septième jour en le sanctifiant, plutôt qu’en le consacrant au labeur, voici que nous cherchons Votre visage, mais les ténèbres qui règnent depuis longtemps sur notre âme nous en empêchent.
Nous essayons de nous lever, mais nous retombons dans le découragement .
Ne nous rejetez pas loin de Vous, quand nous Vous cherchons, ô Vous avez daigné apparaître à ceux qui ne Vous cherchaient point.

Comme chaque année nous payons maintenant la dîme de nos jours, et nous avons déjà accompli la première semaine de ce temps sacré.
Soyez notre secours sur cette route pénible où nous marchons, pour que nous soyons purs dans le service que nous Vous offrons.
Soulagez nos maux en nous donnant le désir de Votre amour, et ranimez notre indolence par la ferveur abondante de Votre dilection, afin que, demeurant en Vous, notre vie ne connaisse point de chute et que notre foi trouve sa récompense.

Vous Vous êtes transfiguré sur la montagne, ô Christ notre Dieu, laissant Vos disciples contempler Votre gloire autant qu’ils le pouvaient :
faites briller aussi sur les pauvres pécheurs que nous sommes Votre éternelle clarté, nous Vous le demandons par les prières de la Très Sainte Mère de Dieu.

Source de lumière, gloire à Vous !
Sur la sainte montagne Vous Vous êtes transfiguré,
et Vos disciples de prédilection ont contemplé Votre gloire.
O
 Christ notre Dieu et notre Rédempteur, qui fut contemplé par les yeux de chair de ceux que Vous aviez choisis de toute éternité pour être les témoins et de Votre indescriptible gloire et de Votre effrayante agonie, donnez-nous d’entrer à notre tour dans la contemplation de Votre rayonnement immatériel et glorieux pour être capables de Vous contempler encore dans Votre rayonnante Passion, source de toute gloire !

O Vous éternel et immarcescible Sauveur, fortifiez-nous par la vision de Votre magnificence éclatante, afin que nous ne soyons pas scandalisés lorsque viendra l’heure de Votre Croix, et qu’avec Vos saints disciples nous proclamions à la face du monde que Votre bienheureuse et salutaire Passion fait désormais notre gloire, et que par elle nous entrerons dans la vision de la Lumière incorruptible et éternelle de la Trinité trois fois sainte.

Vous êtes en vérité, ô Lumière de Lumière, le rayonnement de la splendeur et de la gloire du Père !
Dieu éternellement engendré par le Père des lumières, vrai Dieu né du vrai Dieu : 
Réveillez-nous de la torpeur qui nous accable, pour que nos pensées qui inclinent nos âmes vers le bas ne restent pas toujours couchées sur le sol mais soient élevées par Vous vers les sommets de l’incorruptible Lumière en laquelle Vous habitez !

Avec Pierre et les deux fils de Zébédée, entraînez-nous dans la divine ascension : emmenez-nous avec eux sur la sainte montagne pour Vous contempler avec eux dans Votre gloire et entendre la voix céleste qu’ils ont eux-mêmes entendue, pour que rendus inébranlables nous soyons comme eux à la face du monde Vos témoins, ô Splendeur de la gloire du Père !

2022-32. Saint Syméon le Nouveau Théologien : « Sur les trois modes de la prière ».

Voici l’un des textes les plus célèbres de Saint Syméon le Nouveau Théologien.

Il s’agit d’un enseignement sur la prière – elle-même conçue comme une attention particulière à Dieu -  qui forme une excellente synthèse spirituelle : Saint Syméon, dans les deux premiers paragraphes décrit les écueils et dérives de la vie de prière. Le premier d’entre eux est l’espèce d’orgueil qui peut saisir les âmes de prière lorsqu’elles éprouvent quelques grâces et qui va les égarer dans des illusions où le démon va les égarer. Le deuxième, qui procède aussi de la secrète complaisance en soi et la vanité, va perdre l’homme spirituel en lui donnant l’illusion qu’il peut, en raison de son propre avancement, être le guide spirituel d’autres âmes.
Mais la troisième voie, que développe plus amplement Saint Syméon, voie d’obéissance à un véritable père spirituel expérimenté et humble, est celle qui conduit à la véritable et profonde union à Dieu, par une « prière du cœur » continue, humble, où le cœur répète continûment à Dieu l’aveu de son indignité et l’appel à Sa miséricordieuse pitié.

Le père spirituel et son disciple

Le père spirituel et son disciple, humble chercheur de Dieu

frise

Sur les trois modes de la prière.

Il y a trois modes de l’attention et de la prière, par lesquels l’âme, ou bien s’élève et progresse, ou bien tombe et se perd. Si elle use de ces trois modes en temps opportun et comme il faut, elle progresse. Mais si elle en use inconsidérément et à contretemps, elle tombe. L’attention doit donc être inséparablement liée à la prière, comme le corps est inséparablement lié à l’âme. L’une ne peut tenir sans l’autre. L’attention doit aller devant et guetter les ennemis, comme un veilleur. C’est elle qui la première doit connaître le péché et s’opposer aux pensées mauvaises qui entrent dans l’âme. Alors vient la prière, qui détruit et fait périr sur le champ toutes ces pensées mauvaises, contre lesquelles en premier lieu a lutté l’attention. Car celle-ci ne peut, à elle seule, les faire périr. Or c’est de ce combat de l’attention et de la prière que dépendent la vie et la mort de l’âme. Car si, par l’attention, nous gardons pure la prière, nous progressons. Mais si nous négligeons de garder pure la prière, si nous ne veillons pas sur elle, si nous la laissons souiller par les pensées mauvaises, nous sommes inutiles et nous ne progressons pas.
Il y a donc trois modes de l’attention et de la prière. Et il nous faut dire quelles sont les propriétés de chacun. Ainsi celui qui aime son salut pourra choisir le meilleur, et non le pire.

Du premier mode de l’attention et de la prière :

Telles sont les propriétés du premier mode :
Quand quelqu’un se tient en prière, il lève vers le ciel ses mains, ses yeux et son intelligence. Il se représente les pensées divines, les biens du ciel, les ordres des anges et les demeures des saints. Il rassemble brièvement et recueille en son intelligence tout ce qu’il a entendu dans les divines Écritures. Il porte ainsi son âme à désirer et à aimer Dieu. Il lui arrive parfois d’exulter, et de pleurer. Mais alors son cœur s’enorgueillit, sans qu’il le comprenne. Il lui semble que ce qu’il fait vient de la grâce divine, pour le consoler, et il demande à Dieu de le rendre toujours digne d’agir comme il le fait. C’est là une marque de l’erreur. Car le bien n’est pas bien quand il ne se fait pas sur la bonne voie et comme il faut. Quand bien même il vivrait dans une extrême hésykia 
[note : les théologiens grecs de la vie spirituelle appellent hésykia une forme de paix intérieure qui permet et porte l’union mystique avec Dieu ; l’hésykia est perçue comme une alternative au martyre, qui est la plus haute forme de sacrifice], il est impossible qu’un tel homme ne perde pas son bon sens et ne devienne pas fou. Mais même s’il n’en arrivait pas là, il ne saurait parvenir à la connaissance, ni maintenir en lui les vertus de l’impassibilité. C’est ainsi que se sont égarés ceux qui ont vu une lumière et un flamboiement avec les yeux de leur corps, qui ont senti un parfum avec leur propre odorat, et qui ont entendu des voix avec leurs propres oreilles, ou qui ont éprouvé des choses du même ordre. Les uns ont été possédés par le démon, et sont allés de lieu en lieu, hors d’eux-mêmes. D’autres ont reçu en eux les contrefaçons du démon : il leur est apparu comme un ange de lumière, et ils se sont fourvoyés, ils ne se sont jamais corrigés, ils n’ont jamais voulu écouter le conseil d’aucun frère. D’autres encore ont été poussés par le diable à se tuer : ils se sont jetés dans des précipices, ils se sont pendus. Qui pourrait décrire toutes les illusions par lesquelles le diable les égare ? Ce n’est guère possible.

Mais après ce que nous venons de dire, tout homme sensé peut comprendre, à quels dommages expose ce présent mode de l’attention et de la prière. De même, s’il arrive que l’un de ceux qui usent de ce mode n’en reçoive aucun mal, dès lors qu’il se trouve en compagnie d’autres frères (car ce sont surtout les anachorètes qui connaissent un tel mal), cependant, toute sa vie durant, il ne progressera pas.

Du deuxième mode :

Tel est le deuxième mode de l’attention et de la prière :
Quand quelqu’un recueille son intelligence en lui-même, en la détachant du sensible, quand il garde ses sens et rassemble toutes ses pensées pour qu’elles ne s’en aillent pas dans les choses vaines de ce monde, quand tantôt il examine sa conscience et tantôt il est attentif aux paroles de sa prière, quand à tel moment il court derrière ses pensées que le diable a capturées et qui l’entraînent dans le mal et la vanité, quand à tel autre moment, après avoir été dominé et vaincu par la passion, il revient à lui-même, il est impossible que cet homme, qui a en lui un tel combat, soit jamais en paix, ni qu’il trouve le temps de travailler aux vertus et reçoive la couronne de la justice. Car il est semblable à celui qui combat ses ennemis la nuit, dans les ténèbres. Il entend leurs voix et reçoit leurs coups. Mais il ne peut pas voir clairement qui ils sont, d’où ils viennent, comment et pourquoi ils le blessent, dès lors que le dévastent les ténèbres de son intelligence et les tourments de ses pensées. Il lui est impossible de se délivrer de ses ennemis, les démons qui le brisent. Le malheureux peine en vain, car il perd son salaire, dominé qu’il est par la vanité. Il ne comprend pas. Il lui semble qu’il est attentif. Souvent, dans son orgueil, il méprise et accuse les autres. Il s’imagine qu’il peut les conduire, et qu’il est digne de devenir leur pasteur. Il est semblable à cet aveugle qui s’engage à conduire d’autres aveugles.

Il est nécessaire que quiconque veut être sauvé sache le dommage que peut causer à l’âme ce deuxième mode, et qu’il fasse bien attention. Cependant ce deuxième mode est meilleur que le premier, comme la nuit où brille la lune est meilleure que la nuit noire.

Du troisième mode :

Le troisième mode est vraiment chose paradoxale et difficile à expliquer. Non seulement ceux qui ne le connaissent pas ont du mal à le comprendre, mais il leur paraît presque incroyable. Ils ne croient pas qu’une telle chose puisse exister, dès lors que, de nos jours, ce mode n’est pas vécu par beaucoup, mais par fort peu. Un pareil bien, je pense, nous a quittés en même temps que l’obéissance. Car c’est l’obéissance au père spirituel qui permet à chacun de ne plus se soucier de rien, dès lors qu’il remet ses soucis à son père, qu’il est loin désormais des tendances de ce monde, et qu’il est un ouvrier tout à fait zélé et diligent de ce mode. Encore lui faut-il trouver un maître et père spirituel véritable, dégagé de toute erreur. Car celui qui, par une vraie obéissance, s’est consacré à Dieu et à son père spirituel, qui ne vit plus sa propre vie et ne fait plus sa propre volonté, mais est mort à toutes les tendances du monde et à son propre corps, par quelle chose passagère peut-il être vaincu ou asservi ? Ou quelle inquiétude et quels soucis peut avoir un tel homme ? C’est donc par ce mode, et par l’obéissance, que se dissipent et disparaissent tous les artifices des démons et toutes les ruses qu’ils trament pour entraîner l’intelligence dans toutes sortes de pensées. Alors l’intelligence de cet homme est délivrée de tout. C’est avec une grande liberté qu’elle examine les pensées que lui apportent les démons. C’est avec une réelle aptitude qu’elle les chasse. Et c’est avec un cœur pur qu’elle offre ses prières à Dieu. Tel est le commencement de la vraie voie. Ceux qui ne se consacrent pas à ce commencement peinent en vain, et ils ne le savent pas.
Or le commencement de ce troisième mode n’est pas de regarder vers le haut, d’élever les mains, d’avoir l’intelligence dans les cieux, et alors d’implorer le secours. Ce sont là, nous l’avons dit, les marques du premier mode : le propre de l’illusion. Ce n’est pas non plus de faire garder les sens par l’intelligence, de n’être attentif qu’à cela, de ne pas voir dans l’âme la guerre que lui font les ennemis et de ne pas y prêter attention. Car ce sont là les marques du deuxième mode. Celui qui les porte est blessé par les démons, mais il ne les blesse pas. Il est meurtri, et il ne le sait pas. Il est réduit en esclavage, il est asservi, et il ne peut pas se venger de ceux qui font de lui un esclave, mais les ennemis ne cessent de le combattre ouvertement et secrètement, et le rendent vaniteux et orgueilleux.
Mais toi, bien-aimé, si tu veux ton salut, il te faut désormais te consacrer au commencement de ce troisième mode. Après la parfaite obéissance que tu dois, comme nous l’avons dit, à ton père spirituel, il est nécessaire de faire tout ce que tu fais avec une conscience pure, comme si tu étais devant la face de Dieu. Car sans obéissance, jamais la conscience ne saurait être pure. Et tu dois la garder pure pou trois causes. Premièrement, pour Dieu. Deuxièmement, pour ton père spirituel. Troisièmement, pour les autres hommes et pour les choses du monde.
Tu dois garder ta conscience pure. Pour Dieu, c’est-à-dire ne pas faire ce que tu sais ne pas reposer Dieu et ne pas lui plaire. Pour ton père spirituel : faire tout ce qu’il te demande, ne pas en faire plus, et ne pas en faire moins, mais marcher selon son intention et selon sa volonté. Pour les autres hommes : ne pas leur faire ce que tu as en aversion et ce que tu ne veux pas qu’ils te fassent. Pour les choses du monde : te garder de l’abus, autrement dit user de tout comme il faut, de la nourriture, de la boisson, des vêtements. En un mot, tu dois tout faire comme si tu étais devant Dieu, afin que ta conscience n’ait rien à te reprocher, quoi que tu fasses, et qu’elle n’ait pas à t’aiguillonner pour ce que tu n’as pas fait de bien. Suis ainsi la voie véridique et sûre du troisième mode de l’attention et de la prière, que voici.
Que l’intelligence garde le cœur au moment où elle prie. Qu’elle ne cesse de tourner dans le cœur. Et que du fond du cœur elle adresse à Dieu ses prières. Dès lors qu’elle aura goûté là que le Seigneur est bon, et qu’elle aura été comblée de douceur, elle ne s’éloignera plus du lieu du cœur, et elle dira les paroles mêmes de l’apôtre Pierre : « Il est bon d’être ici » . Elle n’arrêtera plus de veiller sur le cœur et de tourner en lui, poussant et chassant toutes les pensées qu’y sème l’ennemi, le diable. À ceux qui n’en ont aucune idée et qui ne la connaissent pas, cette oeuvre salutaire paraît pénible et incommode. Mais ceux qui ont goûté sa douceur et ont joui du plaisir qu’elle leur donne au fond du cœur disent, avec le divin Paul : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ?» 

Car nos Pères, entendant le Seigneur dire dans le saint Évangile que c’est du cœur que sortent les mauvaises pensées, les meurtres, les prostitutions, les adultères, les vols, les faux témoignages, les blasphèmes, et que c’est là ce qui souille l’homme, entendant aussi l’Évangile nous demander de purifier l’intérieur de la coupe, pour que l’extérieur également devienne pur, ont laissé toute autre oeuvre spirituelle et se sont totalement adonnés à ce combat, c’est-à-dire à la garde du cœur persuadés que, par cette oeuvre, ils pourraient aisément acquérir toute autre vertu, dès lors qu’il n’est pas possible qu’aucune vertu perdure autrement. Cette oeuvre, certains parmi nos Pères l’ont appelée hésykia du cœur, d’autres l’ont nommée attention, d’autres sobriété et vigilance, et réfutation, d’autres examen des pensées et garde de l’intelligence. C’est à cela que tous ont travaillé, et c’est par là que tous ont été rendus dignes des charismes divins. C’est pourquoi l’Écclésiaste dit : « Réjouis-toi, jeune homme, dans ta jeunesse, et marche sur les voies de ton cœur intègre et pur, et éloigne de ton cœur les pensées ». L’auteur des Proverbes dit la même chose : Si la suggestion du diable t’assaille, « ne le laisse pas entrer dans ton lieu ». Par lieu, il entend le cœur.  Et notre Seigneur dit dans le saint Évangile : « Ne vous laissez pas entraîner », c’est-à-dire ne dispersez pas votre intelligence ici et là. Il dit ailleurs : « Bienheureux les pauvres en esprit », c’est-à-dire : Bienheureux ceux qui n’ont dans leur cœur aucune idée de ce monde, et qui sont pauvres, dénués de toute pensée mondaine. Tous nos Pères ont beaucoup écrit là-dessus. Quiconque le veut peut lire ce que disent Marc l’Ascète, Jean Climaque, Hésychius et Philothée le Sinaïte, l’Abbé Isaïe, le grand Barsanuphe, et bien d’autres.

En un mot, celui qui n’est pas attentif à garder son intelligence ne peut pas devenir pur en son cœur, pour être jugé digne de voir Dieu. Celui qui n’est pas attentif ne peut pas devenir pauvre en esprit. Il ne peut pas non plus être affligé et pleurer, ni devenir doux et paisible, ni avoir faim et soif de la justice. Pour tout dire, il n’est pas possible d’acquérir les autres vertus autrement que par cette attention. C’est donc à elle que tu dois t’appliquer avant tout, afin de comprendre par l’expérience ce dont je t’ai parlé. Et si tu veux savoir comment faire, je te le dis ici, autant qu’il est possible. Sois bien attentif.

Il te faut avant tout garder trois choses. D’abord ne te soucier de rien, tant de ce qui est raisonnable que de ce qui est déraisonnable et vain, c’est-à-dire mourir à tout. Deuxièmement, avoir une conscience pure : que ta conscience n’ait rien à te reprocher. Troisièmement, n’avoir aucun penchant : que ta pensée ne se porte vers rien de ce qui est du monde. Alors assieds-toi dans un lieu retiré, demeure au calme, seul, ferme la porte, recueille ton intelligence loin de toute chose passagère et vaine. Pose ton menton sur ta poitrine, sois attentif à toi-même avec ton intelligence et tes yeux sensibles. Retiens un moment ta respiration, le temps que ton intelligence trouve le lieu du cœur et qu’elle y demeure tout entière. Au début, tout te paraîtra ténébreux et très dur. Mais quand tu auras travaillé sans relâche, nuit et jour, à cette oeuvre de l’attention, ce miracle, tu découvriras en toi une joie continuelle. Car l’intelligence qui mène le combat trouvera le lieu du cœur. Alors elle voit au-dedans ce qu’elle n’avait jamais vu et qu’elle ignorait. Elle voit cet espace qui est à l’intérieur du cœur et elle se voit elle-même tout entière lumineuse, pleine de toute sagesse et de discernement. Désormais, de quelque côté qu’apparaisse une pensée, avant même que celle-ci entre, soit conçue et se forme, l’intelligence la chasse et la fait disparaître au nom de Jésus, c’est-à-dire avec l’invocation « Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi ». C’est alors qu’elle commence à avoir les démons en aversion, qu’elle mène contre eux un combat sans relâche, qu’elle leur oppose l’ardeur naturelle, qu’elle les chasse, qu’elle les frappe, qu’elle les force à disparaître. Ce qui advient ensuite, avec l’aide de Dieu, tu l’apprendras seul, par l’expérience, grâce à l’attention de l’intelligence, et en gardant dans ton cœur Jésus, c’est-à-dire sa prière « Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi ». Un Père dit en effet : « Demeure dans ta cellule, et elle t’apprendra tout ». 

prière

2022-31. De Saint Syméon le Nouveau Théologien, maître toujours actuel de vie spirituelle et d’amour surnaturel.

12 mars,
Fête de Saint Grégoire le Grand (cf. > ici) ;
Commémoraison de Saint Syméon le Nouveau Théologien ;
Anniversaire du couronnement du Vénérable Pie XII (cf. > ici).

St-Esprit & Ste Bible

Saint Syméon le Nouveau Théologien
(949 – 12 mars 1022)

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
à l’occasion de l’audience pontificale générale
du  mercredi 16 septembre 2009

Saint Syméon le Nouveau Théologien - icône

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, nous examinerons la figure d’un moine oriental, Syméon le Nouveau Théologien, dont les écrits ont exercé une remarquable influence sur la théologie et sur la spiritualité de l’Orient, en particulier en ce qui concerne l’expérience de l’union mystique avec Dieu.

Syméon le Nouveau Théologien naquit en 949 à Galataï, en Paphlagonie (Asie mineure), dans une famille noble de province. Encore jeune, il partit pour Constantinople pour y entreprendre des études et entrer au service de l’empereur. Mais il se sentit peu attiré par la carrière civile qui l’attendait et sous l’influence des illuminations intérieures dont il faisait l’expérience, il se mit à la recherche d’une personne qui l’orientât dans le moment de grands doutes et de perplexité qu’il était en train de vivre, et qui l’aidât à progresser sur le chemin de l’union avec Dieu. Il trouva ce guide spirituel en Syméon le Pieux (Eulabes), un simple moine du monastère de Studios, à Constantinople, qui lui donna à lire le traité La loi spirituelle de Marc le Moine. Dans ce texte, Syméon le Nouveau Théologien trouva un enseignement qui l’impressionna beaucoup :  « Si tu cherches la guérison spirituelle - y lit-il - sois attentif à ta conscience. Tout ce qu’elle te dit, fais-le et tu trouveras ce dont tu as besoin ». A partir de ce moment-là – raconte-t-il lui-même – il ne se coucha plus sans se demander si sa conscience n’avait pas quelque chose à lui reprocher.

Syméon entra dans le monastère des Studites, où, toutefois, ses expériences mystiques et son extraordinaire dévotion envers le Père spirituel lui causèrent des difficultés. Il partit pour le petit couvent de Saint Mamas, toujours à Constantinople, dont, après trois ans, il devint le chef, l’higoumène. Il y conduisit une intense recherche d’union spirituelle avec le Christ, qui lui conféra une grande autorité. Il est intéressant de noter qu’il lui fut donné le qualificatif de « Nouveau Théologien », bien que la tradition ne réserve le titre de « Théologien » qu’à deux personnalités:  à l’Evangéliste Jean et à Grégoire de Nazianze. Il endura des incompréhensions et souffrit l’exil, mais fut réhabilité par le patriarche de Constantinople, Serge II.

Syméon le Nouveau Théologien passa la dernière période de son existence dans le monastère de Sainte Marine, où il écrivit une grande partie de ses œuvres, en devenant de plus en plus célèbre en raison de ses enseignements et de ses miracles. Il mourut le 12 mars 1022.

Le plus connu de ses disciples, Niceta Stetatos, qui a recueilli et recopié les écrits de Syméon, en fit une édition posthume, en rédigeant à la suite une biographie. L’œuvre de Syméon comprend neuf volumes, qui se divisent en Chapitres théologiques, gnostiques et pratiques, trois volumes de Catéchèses adressées aux moines, deux volumes de Traités théologiques et éthiques et un volume d’Hymnes. Il ne faut pas non plus oublier les nombreuses Lettres. Toutes ces œuvres ont trouvé une place importante dans la tradition monastique orientale jusqu’à nos jours.

Syméon concentre sa réflexion sur la présence de l’Esprit Saint chez les baptisés et sur la conscience qu’ils doivent avoir de cette réalité spirituelle. La vie chrétienne – souligne-t-il – est une communion intime et personnelle avec Dieu, la grâce divine illumine le cœur du croyant et le conduit à la vision mystique du Seigneur. Dans ce sillage, Syméon le Nouveau Théologien insiste sur le fait que la véritable connaissance de Dieu ne vient pas des livres, mais de l’expérience spirituelle, de la vie spirituelle. La connaissance de Dieu naît d’un chemin de purification intérieure, qui commence avec la conversion du cœur, grâce à la force de la foi et de l’amour ; elle passe à travers un profond repentir et une douleur sincère pour ses péchés, pour arriver à l’union avec le Christ, source de joie et de paix, imprégnés de la lumière de sa présence en nous. Pour Syméon, cette expérience de la grâce divine ne constitue pas un don exceptionnel pour quelques mystiques, mais elle est le fruit du Baptême dans l’existence de tout fidèle sérieusement engagé.

Un point sur lequel réfléchir, chers frères et sœurs !
Ce saint moine oriental nous rappelle tous à une attention à la vie spirituelle, à la présence cachée de Dieu en nous, à la sincérité de la conscience et à la purification, à la conversion du cœur, afin que l’Esprit Saint devienne réellement présent en nous et nous guide. Si, en effet, l’on se préoccupe à juste titre de prendre soin de notre croissance physique, humaine et intellectuelle, il est encore plus important de ne pas négliger la croissance intérieure, qui consiste dans la connaissance de Dieu, dans la véritable connaissance, non seulement apprise dans les livres, mais intérieure, et dans la communion avec Dieu, pour faire l’expérience de son aide à tout moment et en toute circonstance.
Au fond, c’est ce que Syméon décrit lorsqu’il rapporte son expérience mystique. Déjà, lorsqu’il était jeune, avant d’entrer au monastère, tandis qu’une nuit, chez lui, il prolongeait ses prières, en invoquant l’aide de Dieu pour lutter contre les tentations, il avait vu la pièce emplie de lumière. Puis, lorsqu’il entra au monastère, on lui offrit des livres spirituels pour s’instruire, mais leur lecture ne lui procurait pas la paix qu’il recherchait. Il se sentait – raconte-t-il – comme un pauvre petit oiseau sans ailes. Il accepta cette situation avec humilité, sans se rebeller, et alors, les visions de lumière commencèrent à nouveau à se multiplier. Voulant s’assurer de leur authenticité, Syméon demanda directement au Christ :  « Seigneur, est-ce Toi qui es vraiment ici ? ». Il sentit retentir dans son cœur la réponse affirmative et en fut réconforté au plus au point. « Ce fut, Seigneur – écrira-t-il par la suite -, la première fois que Tu me jugeas, moi, fils prodigue, digne d’écouter Ta voix ».
Toutefois, pas même cette révélation ne réussit à lui apporter la tranquillité. Il se demandait plutôt si cette expérience ne devait pas elle aussi être considérée comme une illusion.
Un jour, enfin, un événement fondamental pour son expérience mystique eut lieu. Il commença à se sentir comme « un pauvre qui aime ses frères » (ptochós philádelphos). Il voyait autour de lui de nombreux ennemis qui voulaient lui tendre des pièges et lui faire du mal, mais, en dépit de cela, il ressentit en lui un intense élan d’amour pour eux. Comment l’expliquer ? Bien sûr, un tel amour ne pouvait venir de lui-même, mais devait jaillir d’une autre source. Syméon comprit qu’il provenait du Christ présent en lui et tout lui apparut avec clarté :  il eut la preuve certaine que la source de l’amour en lui était la présence du Christ et qu’avoir en soi un amour qui va au-delà de mes intentions personnelles indique que la source de l’amour se trouve en moi. Ainsi, d’un côté, nous pouvons dire que sans une certaine ouverture à l’amour, le Christ n’entre pas en nous, mais de l’autre, le Christ devient source d’amour et nous transforme.

Chers amis, cette expérience reste véritablement importante pour nous aujourd’hui, pour trouver les critères qui nous indiquent si nous sommes réellement proches de Dieu, si Dieu est présent et vit en nous. L’amour de Dieu croît en nous si nous demeurons unis à Lui à travers la prière et l’écoute de Sa parole, à travers l’ouverture du cœur. Seul l’amour divin nous fait ouvrir notre cœur aux autres et nous rend sensibles à leurs besoins nous faisant considérer chacun comme nos frères et sœurs, et nous invitant à répondre à la haine par l’amour et à l’offense par le pardon.

En réfléchissant sur cette figure de Syméon le Nouveau Théologien, nous pouvons observer encore un élément supplémentaire de sa spiritualité.
Sur le chemin de vie ascétique qu’il a proposé et parcouru, la profonde attention et concentration du moine sur l’expérience intérieure confère au Père spirituel du monastère une importance essentielle. Le jeune Syméon lui-même, comme on l’a dit, avait trouvé un directeur spirituel, qui l’aida beaucoup et dont il conserva une très grande estime, au point de lui réserver, après sa mort, une vénération également publique. Et je voudrais dire que demeure valable pour tous – prêtres, personnes consacrées et laïcs, et en particulier les jeunes – l’invitation à avoir recours aux conseils d’un bon père spirituel, capable d’accompagner chacun dans la connaissance profonde de soi, et de le conduire à l’union avec le Seigneur, afin que son existence se conforme toujours plus à l’Evangile.
Pour aller vers le Seigneur, nous avons toujours besoin d’un guide, d’un dialogue. Nous ne pouvons pas le faire seulement avec nos réflexions. Et cela est également le sens du caractère ecclésial de notre foi de trouver ce guide.

En conclusion, nous pouvons résumer ainsi l’enseignement et l’expérience mystique de Syméon le Nouveau Théologien :  dans sa recherche incessante de Dieu, même dans les difficultés qu’il rencontra et les critiques dont il fut l’objet, en fin de compte, il se laissa toujours guider par l’amour. Il sut vivre lui-même et enseigner à ses moines que l’essentiel pour tout disciple de Jésus est croître dans l’amour et ainsi, nous mûrissons dans la connaissance du Christ lui-même, pour pouvoir affirmer avec saint Paul :  « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20).

Prière nocturne

Note :
On trouvera > ici un texte de Saint Syméon le Nouveau Théologien qui est une prière d’ardentes aspirations vers Notre-Seigneur Jésus-Christ.

St-Esprit & Ste Bible

2022-30. Messe propre de la fête de la Sainte Lance et des Saints Clous de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Vendredi après le 1er dimanche de Carême,
Fête de la Sainte Lance et des Saints Clous de NSJC.

Au vendredi de la première semaine de carême, vendredi des Quatre-Temps de printemps, la piété traditionnelle a placé la fête de la Sainte Lance et des Saints Clous de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec un formulaire de Messe particulier que l’on trouve dans les suppléments des missels d’autel pour plusieurs diocèses ou congrégations.
Vous trouverez donc ci-dessous les textes propres de cette Messe, célébrée sous le rit double majeur.

église Saint Pierre de Dreux - Jésus cloué sur la Croix

Jésus est cloué sur la Croix
(détail d’un vitrail de l’église Saint-Pierre, à Dreux)

nika

Feria VI post Dom. I Quadragesimae
in festo
Lanceae et Clavorum
Domini Nostri Jesu Christi

Introitus (Psalm.XXI) :
Foderunt manus meas et pedes meos : dinumeraverunt omnia ossa mea : et sicut aqua effusus sum.
V./ Factum est cor meum tamquam cera liquescens in medio ventris mei. Gloria Patri. Foderunt.

Ils ont percé mes mains et mes pieds : ils ont compté tous mes os : et comme l’eau je me suis épanché.
Mon cœur est devenu comme de la cire qui se fond au milieu de mes entrailles. Gloire au Père. Ils ont percé…

Collecta :
Deus, qui in assumptae carnis infirmitate Clavis affligi, et Lancea vulnerari pro mundi salute voluisti : concede propitius ; ut qui eorumdem Clavorum et Lanceae solemnia veneramur in terris, de glorioso victoriae tuae triumpho gratulemur in cœlis. Qui vivis…

O Dieu qui, dans l’infirmité de la chair que Vous avez prise, avez voulu être terrassé par des Clous et blessé par la Lance pour le salut du monde : accordez avec bienveillance que vénérant sur la terre la solennité de ces Clous et Lance, nous soyons au Ciel dans l’action de grâces du glorieux triomphe de Votre victoire. O Vous qui vivez…

Lectio Zachariae Prophetae :
Haec dicit Dominus : Efundam super Domum David, et super habitatores Jerusalem spiritum gratiae, et precum : et aspicient ad me, quem confixerunt : et plangent eum planctu quasi super unigenitum, et dolebunt super eum, ut doleri solet in morte primogeniti. In die illa magnus erit planctus in Jerusalem, et dicetur ei : Quid sunt plagae istae in medio manuum tuarum ? Et dicet : His plagatus sum in domo eorum, qui diligebant me.  Framea suscitare super pastorem meum, et super virum cohaerentem mihi, dicit Dominus exercituum : percute pastorem, et dispergentur oves ; ait Dominus omnipotens.

Voici ce que déclare le Seigneur : Je répandrai sur la Maison de David et sur les habitants de Jérusalem l’esprit de grâce et de prières ; et ils regarderont vers Moi, qu’ils ont transpercé ; et ils Le pleureront amèrement comme sur un fils unique, et ils seront dans la douleur à cause de Lui comme on a coutume de s’affliger sur la mort d’un premier-né. En ce jour-là il y aura une grande lamentation dans Jérusalem, et on Lui dira : Que sont ces plaies au milieu de Tes mains ? Et Il dira : J’ai été percé de ces plaies que J’ai reçues dans la maison de ceux qui M’aimaient. O épée à double tranchant, réveille-toi contre Mon pasteur, et contre l’homme qui se tient attaché à Moi, dit le Seigneur des armées : frappe le pasteur, et les brebis seront dispersées, dit le Seigneur tout puissant.

Graduale (Psalm. LXVIII) :
Improperium exspectavit cor meum, et miseriam : et sustinui, qui simul mecum contristaretur, et non fuit : consolantem me quaesivi, et non inveni.
V./ Dederunt in escam meam fel, et in siti mea potaverunt me aceto.

Mon cœur a attendu l’opprobre et la misère : et j’ai attendu avec constance quelqu’un qui prît part à ma tristesse, et nul ne l’a fait ; et quelqu’un qui me consolât, et je n’ai trouvé personne. V./ Pour nourriture ils m’ont donné du fiel, et dans ma soif ils m’ont abreuvé de vinaigre.

Tractus (Is. LIII) :
Vere languores nostros ipse tulit, et dolores nostros ipse portavit.
V./ Et nos putavimus eum quasi leprosum, et percussum a Deo, et humiliatum.
V./ Ipse autem vulneratus est propter iniquatates nostras, attritus est propter scelera nostra.
V./ Disciplina pacis nostrae super eum, et livore ejus sanati sumus.

Vraiment lui-même a porté nos langueurs, et lui-même a porté nos douleurs. V./ Et nous pensions qu’il était comme un lépreux, et frappé par Dieu, et humilié. V./ Or lui-même a été blessé à cause de nos iniquités, il a été écorché en raison de nos souillures. V./ Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris.

+ Sequentia Sancti Evangelii secundum Ioannem (Joan. XIX) :
In illo tempore : Sciens Jesus, quia omnia consummata sunt, ut consummaretur Scriptura, dixit : Sitio. Vas ergo erat positum aceto plenum. Illi autem spongiam plenam aceto, hyssopo circumponentes, obtulerunt ori ejus. Cum ergo accepisset Jesus acetum, dixit : Consummatum est. Et inclinato capite tradidit spiritum. Judaei ergo (quoniam Parasceve erat) ut non remanerent in cruce corpora sabbato, (erat enim magnus dies ille sabbati) rogaverunt Pilatum, ut frangerentur eorum crura, et tollerentur. Venerunt ergo milites ; et primi quidem fregerunt crura, et alterius qui crucifixus est cum eo. Ad Jesum autem cum venissent, ut viderunt eum jam mortuum, non fregerunt ejus crura, sed unus militum Lancea latus ejus aperuit, et continuo exivit sanguis et aqua. Et qui vidit, testimonium perhibuit : et verum est testimonium ejus.

En ce temps là, Jésus sachant que toutes choses étaient accomplies, afin que fussent accomplies les Ecritures, dit : J’ai soif. Or il y avait là un vase plein de vinaigre. C’est pourquoi les soldats entourant d’hysope une éponge pleine de vinaigre, la présentèrent à sa bouche. Lors donc que Jésus eut pris le vinaigre, il dit : Tout est consommé. Et ayant incliné la tête, il rendit l’esprit. Les Juifs donc (parce que c’était la Parascève) afin que les corps ne demeurassent point en croix le jour du sabbat, (car ce jour de sabbat était très solennel) demandèrent à Pilate qu’on leur rompît les jambes et qu’on les enlevât. Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes du premier puis du second qui avait été crucifié avec lui. Mais lorsqu’ils vinrent à Jésus, et qu’ils le virent déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes, mais un des soldats avec une lance lui ouvrit le côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. Et celui qui a vu en a rendu témoignage : et son témoignage est vrai.

Credo. 

Offertorium :
Insurrexerunt in me viri iniqui, absque misericordia quaesierunt me interficere ; et non pepercerunt in faciem meam spuere : lanceis suis vulneraverunt me, et concussa sunt omnia ossa mea.

Des hommes iniques se sont levés contre moi, sans miséricorde ils ont cherché à me tuer ; et ils ne se sont pas retenus de me cracher au visage : avec leurs lances ils m’ont blessé, et tous mes os ont été ébranlés.

Secreta :
Sanctificet nos, quaesumus Domine, hoc sanctum et immaculatum sacrificium vespertinum : quod unigenitus Filius tuus in cruce obtulit pro salute mundi. Qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus…

Nous Vous le demandons, Seigneur, que ce sacrifice vespéral saint et immaculé que Votre Fils unique a offert sur la croix pour le salut du monde nous sanctifie. Lui qui vit et règne avec Vous dans l’unité du Saint Esprit, Dieu…

Préface de la Croix.

Communio :
Videbunt in quem transfixerunt, cum moverentur fundamenta terrae.

Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé, lorsque seront ébranlés les fondements de la terre.

Postcommunio :
Domine Jesu Christe, qui temetipsum in cruce holocaustum immaculatum et spontaneum Deo Patri obtulisti : quaesumus, ut ejusdem sacrificii oblatio veneranda indulgentiam nobis obtineat, et gloriam sempiternam. Qui vivis et regnas…

Seigneur Jésus-Christ, qui Vous êtes offert Vous-même sur la croix en holocauste immaculé et volontaire à Dieu le Père, nous Vous le demandons, que l’oblation de ce même sacrifice, à laquelle est due la vénération, nous obtienne l’indulgence et la gloire sans fin. O Vous qui vivez et régnez…

église saint-Médard de Parfondeval (diocèse de Soissons)

Vitrail de l’église Saint-Médard de Parfondeval (diocèse de Soissons)

nika

2022-29. Attitudes que doivent adopter les fidèles pendant la Sainte Messe.

Ils sont de plus en plus nombreux ceux qui, assistant à la Sainte Messe dans le rite latin traditionnel de plus ou moins longue date et constatant que les fidèles n’y ont parfois pas tous les mêmes attitudes, nous demandent quelle est la position correcte qu’ils doivent adopter à tel ou tel moment de la liturgie. Récemment encore, à l’occasion du mercredi des Cendres, le rappel avant la Messe, que l’on doit se mettre à genoux pour la collecte a rempli d’étonnement des personnes qui assistent cependant depuis de nombreuses années à la Messe traditionnelle.
Après donc avoir demandé les conseils de plusieurs amis d’une science liturgique sûre et rigoureuse, nous avons rédigé le texte suivant pour servir de vademecum aux fidèles.

Prières au bas de l'autel

1 – A la Messe lue (ou Messe basse) :

1a -Première remarque préliminaire :
       Il faut rappeler que les « Messes dialoguées », c’est-à-dire les Messes où l’assemblée répond à voix haute au célébrant, ne sont pas du tout traditionnelles, bien que l’usage s’en soit quasi généralisé dans la plupart des églises ou chapelles où est célébré le rite latin antérieur aux réformes liturgiques qui se sont succédé depuis le milieu du XXe siècle. Un ami liturgiste nous a écrit récemment à ce sujet : « La messe dialoguée est une atrocité. A la Messe basse les fidèles ne répondent rien ; seul l’acolyte répond au prêtre ».
De fait, cet abus a été progressivement introduit à partir du milieu de la première moitié du XXe siècle, dans le contexte de ce que l’on a appelé le « mouvement liturgique » lequel, s’il a eu quelques aspects positifs, a en définitive surtout servi de cheval de Troie pour faire passer dans la liturgie romaine les idées puis les expérimentations des modernistes (ainsi que l’a magistralement démontré l’Abbé Anthony Cekada dans son ouvrage « La Messe de Paul VI en question » - aux éd. Via Romana – dont nous recommandons vivement la lecture).

1b – Seconde remarque préliminaire :
     L’éminent liturgiste et rubriciste que fut Monseigneur Léon Gromier écrit : « On peut assister de deux manières à la messe basse. La première regarde la messe basse comme tenant lieu d’une messe chantée, trop souvent omise ; elle y voit caractère de solennité, publicité, communauté ; alors on y prend les mêmes attitudes qu’à la messe chantée. La deuxième, adoptée par le C. E., regarde la messe basse comme acte liturgique complet en soi-même, de caractère privé, de publicité restreinte, de dévotion particulière ; alors on s’y tient à genoux, sauf pour l’Evangile, à l’exemple du servant de la messe basse. Cette façon de voir existe depuis des siècles ; elle provient du pape ». Le « C.E. » que cite Monseigneur Gromier est le Caeremoniale Episcoporum qui précise en effet que lorsqu’un évêque assiste à la Messe célébrée par un autre, il reste agenouillé pendant toute celle-ci, sauf aux Evangiles (cf. > ici). Le Grand Roi faisait de même (voir : Alexandre Maral « Le Roi Soleil et Dieu » – aux éditions Perrin – autre ouvrage que nous recommandons avec insistance).

1c – Si l’on ne se tient pas à genoux pendant toute la Messe basse, voici les attitudes qu’il convient d’adopter :
Debout pour l’entrée du célébrant ;
- A genoux durant les prières au bas de l’autel jusqu’au moment où le prêtre gravit les degrés de l’autel ;
- Debout depuis le moment où le prêtre gravit les degrés de l’autel jusqu’à la lecture de l’épître ;
- Assis à partir de cette lecture jusqu’au « Dominus vobiscum » de l’Evangile ;
- Debout pendant l’Evangile, et pendant le Credo (s’il est prescrit – avec génuflexion à l’ « Et incarnatus est ») ;
- Assis après l’ « Oremus » annonçant la lecture de l’Offertoire ; 
- Debout après le « Per omnia sæcula sæculorum » qui conclut la secrète et pendant toute la Préface ;
- A genoux après la récitation du « Sanctus », jusqu’après l’ « Amen » terminant le Canon ;
- Debout pendant le Pater et la suite des prières jusqu’à l’ « Agnus Dei » inclus ;
- A genoux après l’ « Agnus Dei » jusqu’à la Communion ;
- Debout pendant la prière de la Postcommunion et l’ « Ite missa est » ;
- A genoux pendant la bénédiction finale ;
- Debout pendant la lecture du dernier Evangile (avec génuflexion à « et Verbum caro factum est ») ;
- A genoux pendant la récitation des prières finales [appelées aussi prières léonines puisqu'elles ont été prescrites par Léon XIII] ;
- Debout lorsque le célébrant quitte le sanctuaire et retourne à la sacristie.

1d – Aux Messes de férie de pénitence :
C’est à dire les Messes du temps de l’Avent, du Carême, aux Vigiles et aux Quatre-Temps, ainsi qu’aux messes de Requiem, on se met à genoux pour la collecte, et on est également à genoux depuis la fin du Sanctus jusqu’au « Benedicamus Domino » de la fin de la Messe (c’est-à-dire que l’on reste à genoux pour le « Pater »).

 Raphaël - la Messe de Bolsena - détail

Raphaël : « la Messe de Bolsena »
(détail – fresque dans la chambre d’Héliodore au palais apostolique du Vatican) :
le Pape assiste à genoux à la Sainte Messe célébrée par un autre

2 – A la messe chantée ou la messe solennelle :

- A la Messe chantée ou à la Messe solennelle, les fidèles chantent (souvent en alternance avec la chorale) le Kyrie, le Gloria, le Credo, le Sanctus et l’Agnus Dei, et les réponses aux « Dominus vobiscum », du dialogue de la Préface et de l’ « Ite Missa est » (ou « Benedicamus Domino » qui le remplace).

- Ils sont debout, pendant la procession d’entrée, pendant l’aspersion si elle a lieu, pendant le chant de l’Introït (ils ne répondent pas aux prières au bas de l’autel), pendant le Kyrie, le Gloria et la ou les collecte(s). C’est un abus de s’asseoir lorsque le prêtre (et ses ministres) se rend (rendent) à la banquette et s’assied (s’assoient) : eux peuvent le faire parce qu’ils viennent de réciter le Gloria à l’autel, ce qui n’est pas le cas des fidèles qui donc doivent rester debout.
- Assis pendant le chant de l’épître, du 
graduel et de l’alléluia (ou du trait) ;
Nota bene : les fidèles ne répondent pas « Deo gratias » à la fin de l’Épitre ni « Laus tibi, Christe » à la fin de l’Évangile.
- Assis pendant le sermon lorsque le prédicateur les a invités à s’asseoir ;
- Debout pendant le Credo, avec génuflexion à « Et incarnatus est… », et de même que pour le Gloria, et pour la même raison, ils ne doivent pas s’asseoir lorsque le prêtre (et ses ministres) va (vont) le faire à la banquette.
- Assis après l’ « Oremus » de l’offertoire jusqu’au « Per omnia saecula saeculorum » qui conclut la secrète (mais ils se lèvent et saluent lorsqu’ils sont encensés) ;
- Debout à partir du dialogue de la Préface, jusqu’à la fin du Sanctus : – ils sont donc debout pendant le début du Canon ; si le « Benedictus » est reporté après la consécration (ce qui ne se fait que s’il n’est pas en grégorien), ils se relèvent pour le chanter avec la chorale, sinon ils restent à genoux (même pendant le temps pascal) jusqu’à l’ « Amen » qui conclut le Canon  ;
- La fin est comme à la Messe lue.
- Pour le dernier Evangile, les fidèles ne répondent pas au prêtre mais ils font la génuflexion en même temps que lui à « et Verbum caro factus est ».
- Ils restent debout pendant le départ du prêtre.

Louis XIV entendant la Sainte Messe agenouillé - détail

Louis XIV entendant la Sainte Messe agenouillé (détail)

2022-28. Douze sentences sur le carême et le jeûne.

Ces sentences sont extraites des conseils spirituels donnés par un vieil ermite en « direction spirituelle »
et nous pensons qu’elles peuvent être utiles à plusieurs

Joseph Anton Koch - monastère Saint-François dans les monts Sabins

Joseph-Anton Koch : « le monastère Saint-François de Civitella dans les monts Sabins » (1812)
Saint-Pétersbourg, musée de l’Hermitage

1. Le carême, lorsqu’il est accompagné des œuvres qui plaisent à Dieu et qui nous sont prescrites de manière plus particulière en ce saint temps – la prière, le jeûne et l’aumône -, fait de celui qui jeûne une lumière parmi les hommes et un vase d’élection de la Gloire Divine. Le carême est une œuvre spirituelle qui plaît à Dieu lorsqu’elle est pratiquée par amour pour Lui. Aussi, il ne faut pas le pratiquer pour être loués ou admirés des hommes en raison de la rigueur des austérités que nous pratiquons. 

2. Nous jeûnons parce que nous aimons le Seigneur Jésus-Christ et que, par amour pour Lui, nous souhaitons faire taire en nous les appétits terrestres, afin de nous nourrir davantage de la Parole divine : les Saints Évangiles d’abord, mais aussi les paroles des autres livres de la Sainte Écriture, ainsi que les paroles de la sainte liturgie. Nous y trouvons la nourriture substantielle de notre âme, l’aliment de notre prière, et la manne de notre croissance spirituelle.

3. Au moyen des paroles de la Sainte Ecriture et de la liturgie, la nourriture qui va devenir la plus importante pour notre âme, au moment du carême et si nous savons bien méditer ces paroles de vie, c’est l’amour miséricordieux du Christ. C’est Lui, que nous cherchons plus instamment à atteindre  et auquel nous tendons avec davantage d’ardeur à nous unir, par la prière, par le jeûne et par l’aumône.

4. La discipline du carême, vécue avec générosité et non subie sans enthousiasme, est le signe infaillible de la vérité du désir de l’homme qui croit et qui veut croître dans la Grâce, de se libérer de l’avidité envers les choses matérielles et éphémères, et de la fermeté de sa volonté de s’unir au Dieu des miséricordes, de s’abreuver sans fin à la Source de Vie, et de participer à la joie éternelle qui dépasse infiniment toute joie terrestre.

5. Les fruits du carême ne s’épanouissent pas dans la recherche de la performance ascétique, ni dans le contentement personnel de satisfaire à une discipline religieuse – ce contentement est si facilement pénétré par les formes insidieuses d’un secret pharisaïsme -, mais dans la seule humilité : je m’applique au carême parce que je suis un pauvre pécheur qui a besoin de pardon, parce que je suis le premier à avoir besoin de miséricorde, parce que j’ai un immense besoin de purification et parce que je suis un « membre actif » de l’humanité pécheresse qui, si elle ne fait pas pénitence, sera engloutie par les châtiments de la justice divine !

6. Le jeûne véritable a pour but et conséquence l’élévation de l’homme au-dessus des biens matériels ou terrestres, afin de recevoir les biens spirituels et célestes. Le jeûne véritable est une libération : il brise les chaînes de notre sensualité. Le jeûne véritable élève et transcende l’homme humble et contrit, pour l’unir à son divin Rédempteur. L’homme qui jeûne ainsi que Dieu le veut, Lui devient davantage intime dans la prière, Lui est davantage unit dans toute sa vie, Lui est plus étroitement associé dans l’œuvre du salut et de la sanctification des âmes.

7. Le jeûne n’est pas seulement alimentaire : il doit aussi être celui de tout l’être physique. Il faut pratiquer le jeûne des yeux, le jeûne de la bouche, le jeûne des oreilles, le jeûne de tous les sens… Et le jeûne ne doit pas seulement être corporel : il doit aussi être spirituel. Il faut pratiquer le jeûne de la curiosité, le jeûne des divertissements, le jeûne du cœur. 

8. Nul ne peut entrer dans le carême, qui est une lutte spirituelle pour la purification des péchés et l’illumination de l’âme, sans un effort de pardon. Tu dois chercher d’une manière très approfondie jusque dans les replis les plus secrets de ta conscience, si tu n’as pas gardé quelque ressentiment ou refus de pardonner. Pardonner du fond du cœur et sans retour à ceux qui t’ont fait quelque tort, à tous, et quelle que soit la gravité du tort que tu as subi. Comment peux-tu espérer avoir part au pardon miséricordieux de Dieu si tu ne pardonnes pas toi-même entièrement et définitivement à ceux qui t’ont fait du mal ?

9. Le jeûne soutient la prière ; le jeûne accompagne la prière ; le jeûne peut aussi sublimer la prière. Et le jeûne reçoit sa valeur de la prière et de l’effort de l’âme dans sa quête de Dieu ; le jeûne sans la prière ne fait du jeûneur qu’un âne attaché qui braie désespérément dans l’écurie devant sa mangeoire vide ! Le véritable jeûne produit un changement dans la façon d’être de l’homme : le passage de l’avidité ou de l’amour passionnel des choses matérielles, à l’amour des choses spirituelles, pour cultiver plus intensément la prière ou la communion d’amour avec le Dieu immatériel, illimité et inéphémère.

10. L’homme spirituel, qui prie et qui jeûne, illuminé de la grâce du Christ, acquiert la pensée et le regard spirituels, il met à profit les paroles spirituelles et accomplit des œuvres spirituelles par lesquels il est semblable aux saints de Dieu. Nous souhaitons nous nourrir de Son amour miséricordieux et purificateur bien plus que de Ses dons matériels, limités et éphémères. Aussi, au temps du carême, la quantité de nourriture matérielle diminue, tandis que la nourriture spirituelle s’accroît. Nous lisons davantage la sainte Écriture, nous prions davantage, nous nous confessons plus souvent, afin de communier plus souvent et avec davantage de componction.

11. Nul ne peut lutter efficacement contre les esprits mauvais et les passions sombres, égoïstes, s’il n’a acquis au préalable la lumière de la grâce divine par le jeûne véritable, par une prière insatiable, et par une charité et une patience inépuisables envers son prochain.

12. Le grand et saint carême, vécu humblement dans l’observance de ce qui plaît à Dieu, établit l’homme de bien dans un état spirituel de sacrifice et d’offrande pure à Dieu, et dans une incommensurable liberté spirituelle.

Frans Pourbus l'ancien - Crucifixion

Frans Pourbus l’ancien (1545-1581) : Crucifixion
Saint-Pétersbourg, musée de l’Hermitage

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