Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2010-58. Où Lully conclut l’année civile en vous présentant la crèche du Mesnil-Marie dans sa version 2010.

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Le 30 décembre 2010 au soir.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

Frère Maximilien-Marie vous a déjà adressé des voeux à l’occasion des fêtes de la Nativité (cf.> www) mais, à la veille de conclure cette année civile, je dois reprendre mon travail de chroniste pour – après vous avoir entretenu de ses préparatifs (ici > www)- que je vous présente notre crèche dans sa version 2010.

Elle a été achevée le 24 décembre au début de l’après-midi. Ce ne fut pas sans quelques difficultés parce que les jours précédents nous avions eu des pluies torrentielles et que ce 24 décembre au petit matin les températures avaient soudain chuté de presque 15° : la mousse saturée d’eau et les branchages dégoulinants devenus soudain roides de glace n’étaient pas faciles à ramasser et à mettre en place! Enfin, tout fut quand même prêt à temps et, au retour de la Messe de minuit, Frère Maximilien-Marie a déposé l’Enfant Jésus dans son humble et bucolique berceau.

Depuis, notre crèche attire des visiteurs car elle a eu une certaine « publicité » dans les médias locaux : le « Dauphiné Libéré » lui consacrait le tiers d’une page dans son édition du jour même de Noël (voir ci-dessous) ; RDB La Radio des Boutières en a fait plusieurs fois l’annonce sur les ondes et l’a également mise en bonne place dans l’agenda des festivités de son site internet ; des commerçants ont aussi accepté d’apposer des affiches ou de proposer des cartons d’invitation dans leurs magasins… Que tous en soient chaleureusement remerciés!

J’ai tenté, cette année, de vous donner un aperçu filmé de notre crèche à travers trois petites séquences. Je ne suis pas un grand « caméracat » (ce qui est, vous l’avez compris, la version féline du caméraman) et je ne dispose pas d’un excellent matériel de prise de vue, aussi je requiers votre indulgence ; j’espère néanmoins permettre à ceux qui ne pourront venir nous visiter de s’en faire une assez bonne idée. Elle s’étend sur un peu plus de 3,50 mètres de longueur et présente en fait une succession de scènes racontant l’histoire de la Nativité.

Il y a d’abord la place du village de Bethléem, avec sa synagogue, son hôtellerie, sa fontaine et ses artisans : tous vaquent à leurs occupations ordinaires. Les soldats romains sont aussi là, proclamant l’édit de recensement voulu par l’empereur Auguste. Saint Joseph conduit le petit âne sur lequel est assise la Vierge Marie enceinte : ils arrivent dans la cité de leur ancêtre  le roi David et ils n’y trouvent pas de place pour se loger :

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Ensuite, c’est la scène de l’annonce de la naissance du Messie faite par les Anges aux bergers qui gardent leurs troupeaux dans les collines. Après leur première surprise, ils se mettent en route pour aller voir ce Nouveau-Né dans lequel se concrétisent les attentes d’Israël :

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Enfin, c’est la crèche elle-même : autour de la Sainte Famille les bergers contemplent et adorent le mystère :

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Dans quelques jours, les Saints Rois Mages les rejoindront.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« , que les grâces qui découlent en abondance du Coeur du Saint Enfant Jésus, par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, sa Mère, et de Saint Joseph, se répandent largement sur vos personnes, sur vos familles, sur vos malades et sur tous ceux qui vous sont chers…

Lully.

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Article publié par « Le Dauphiné Libéré » en page locale le jour de Noël :

« La crèche aide à visualiser ce qui s’est passé à Bethléem ».

Cette année encore, la maison du « Mesnil-Marie », qui signifie la demeure de Marie, abrite une grande crèche ouverte aux visiteurs. Celle-ci est réalisée par le frère Maximilien-Marie, fondateur de l’association « Refuge Notre-Dame de Compassion ».

Qu’est ce qui vous a motivé à réaliser cette crèche?

« Noël, avant toute autre chose, c’est la célébration de la naissance du Christ. Depuis le XIIIe siècle, les chrétiens d’Occident dont développé la tradition de représenter cette naissance par ces crèches, dans les églises et les maisons. Bien sûr, je maintiens cette tradition, qui reste très populaire même auprès des personnes non pratiquantes. Cela aide à visualiser ce qui s’est passé à Bethléem il y a 2010 ans. »

Quelles sont les caractéristiques de votre crèche?

« Il me semble que cela est d’abord dû au fait que j’ai la chance d’avoir de beaux personnages, expressifs, variés et nombreux. Ce ne sont pas de grands santons comme ceux qu’on voit dans les églises, mais la maison italienne réputée qui les fabrique produit de nouveaux personnages tous les ans : cela permet d’améliorer chaque année ma crèche, puisqu’à chacun de mes voyages à Rome je reviens avec de nouveaux santons. Aujourd’hui j’ai un total de 166 figurines. »

Combien de temps cela vous demande-t-il?

« Quand on aime on ne compte pas! Cela prend du temps, surtout pour installer tout le support de bois et de carton sur lequel on déploie ensuite le papier-rocher. Je confectionne aussi moi-même les maisons qui représentent le village de Bethléem. J’y travaille dans la journée quand j’ai un peu de temps, et beaucoup en soirée. Ce travail est aussi pour moi un moment de méditation  et de prière. »

Avez-vous des visiteurs?

« Oui, et j’ai un grand plaisir à en expliquer les symboles : cela éveille un véritable intérêt, et souvent aussi de nouvelles questions. Les voisins amènent leurs familles et leurs amis de passage à l’occasion des fêtes. Des personnes du village ou d’autres communes, parfois au-delà du canton, viennent aussi, reviennent parfois : c’est bien le signe qu’ils apprécient. C’est une occasion de contacts sympathiques et cordiaux. »

Pour en savoir plus : la crèche du « Mesnil-Marie » se visite le 25 décembre et les dimanches suivants de 15h à 18h, jusqu’au 2 février. Pour une visite en semaine prendre rendez-vous.

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Publié dans:Chronique de Lully, De liturgia |on 30 décembre, 2010 |8 Commentaires »

2010-57. Noël 2010.

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Saint Jour de Noël, 25 décembre 2010.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

A vous tous bonnes, belles et surtout ferventes et saintes fêtes de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ! Que le divin Sauveur en sa naissance vous comble de grâces et vous apporte de nombreuses bénédictions, pour vous-mêmes et pour tous les vôtres…

Ce jour de Noël est prolongé par une octave: c’est un jour de fête qui dure une semaine entière! Cela n’est pas de trop pour méditer et approfondir l’incroyable mystère de la venue du Fils de Dieu en notre chair!

Mes voeux personnels sont brefs, ils veulent surtout vous assurer de ma prière amicale et fervente à toutes vos intentions auprès de la crèche. Je veux surtout les faire suivre de deux textes magnifiques, à lire, à méditer, et à reprendre afin de profiter de leur très grande richesse spirituelle : ce sont l’homélie de la Sainte Messe de la Nuit de la Nativité et le message du Jour de Noël précédant la bénédiction Urbi et Orbi, prononcés par notre Saint Père le Pape Benoît XVI.

Bon et Saint Noël !

Frère Maximilien-Marie.

 

Homélie prononcée au cours de la Sainte Messe de la Nuit de Noël :

Chers Frères et Sœurs!

«Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré» – par ces paroles du Psaume deuxième, l’Église commence la liturgie de la Nuit Sainte. Elle sait qu’à l’origine ces paroles appartenaient au rituel du couronnement des rois d’Israël. Le roi, qui en soi est un être humain comme les autres hommes, devient “ fils de Dieu” par l’appel et l’installation dans sa charge : c’est une espèce d’adoption de la part de Dieu, un acte de décision, par lequel il donne à cet homme une nouvelle existence, l’attire dans son propre être. De façon encore plus claire, la lecture tirée du prophète Isaïe, que nous venons d’entendre, présente le même procédé dans une situation de tourment et de menace pour Israël : “Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule” (IX, 5). L’installation dans la charge du roi est comme une nouvelle naissance. Justement comme nouveau né de la décision personnelle de Dieu, comme un petit enfant venant de Dieu, le roi constitue une espérance. Sur ses épaules repose l’avenir. Il est le détenteur de la promesse de paix. Dans la nuit de Bethléem, cette parole prophétique est devenue réalité d’une manière qui au temps d’Isaïe aurait encore été inimaginable. Oui, aujourd’hui c’est vraiment un petit enfant celui sur les épaules duquel est le pouvoir. En lui apparaît la nouvelle royauté que Dieu établit dans le monde. Ce petit enfant est vraiment né de Dieu. Il est la Parole éternelle de Dieu, qui unit l’une à l’autre humanité et divinité. Pour ce petit enfant valent les titres de dignité que le cantique de couronnement d’Isaïe lui attribue : Merveilleux Conseiller – Dieu-Fort – Père-à-jamais – Prince de la Paix (IX, 5). Oui, ce roi n’a pas besoin de conseillers appartenant aux sages du monde. Il porte en lui-même la sagesse et le conseil de Dieu. Justement dans la faiblesse du fait d’être un petit enfant il est le Dieu fort et il nous montre ainsi, devant les pouvoirs prétentieux du monde, la force propre de Dieu.

Les paroles du rituel du couronnement en Israël, en vérité, étaient toujours seulement des rituels d’espérance, qui prévoyaient de loin un avenir qui aurait été donné par Dieu. Aucun des rois salués de cette façon ne correspondait à la sublimité de ces paroles. En eux, toutes les paroles sur la filiation de Dieu, sur l’installation dans l’héritage des nations, sur la domination des terres lointaines (Ps. II,8 ) restaient seulement un renvoi à un avenir – presque des panneaux signalétiques de l’espérance, des indications qui conduisaient vers un avenir qui en ce moment là était encore inconcevable. Ainsi l’accomplissement des paroles qui commence dans la nuit de Bethléem est en même temps immensément plus grand et – du point de vue du monde – plus humble que ce que les paroles prophétiques laissaient entrevoir. Il est plus grand, parce que ce petit enfant est vraiment Fils de Dieu, vraiment “Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, engendré, non pas créé, consubstantiel (cf. note 1 en bas de page) au Père”. L’infinie distance entre Dieu et l’homme est dépassée. Dieu ne s’est pas seulement penché vers en bas, comme disent les Psaumes ; il est vraiment “descendu”, entré dans le monde, devenu l’un de nous pour nous attirer tous à lui. Ce petit enfant est vraiment l’Emmanuel, “Dieu-avec-nous”. Son royaume s’étend vraiment jusqu’aux confins de la terre. Dans l’étendue universelle de la sainte Eucharistie, il a vraiment érigé des îlots de paix. Partout où elle est célébrée, on a un îlot de paix, de cette paix qui est propre à Dieu.  Ce petit enfant a allumé parmi les hommes la lumière de la bonté et leur a donné la force de résister à la tyrannie du pouvoir. En chaque génération il construit son royaume de l’intérieur, à partir du cœur. Mais il est vrai aussi que “le bâton du tortionnaire” n’a pas été brisé. Aujourd’hui aussi marchent, bruyantes, les chaussures des soldats et toujours encore et toujours de nouveau il y a le “manteau couvert de sang“ (Is. IX, 3 et suivants). Ainsi la joie pour la proximité de Dieu fait partie de cette nuit. Nous rendons grâce parce que Dieu, comme un petit enfant, se donne entre nos mains, il mendie, pour ainsi dire, notre amour, il répand sa paix dans notre cœur. Cette joie, toutefois, est aussi une prière : Seigneur, réalise totalement ta promesse. Brise les bâtons des tortionnaires. Brûle les chaussures bruyantes. Fais que finissent le temps des manteaux couverts de sang. Réalise la promesse : “La paix sera sans fin” (Is. IX, 6). Nous te rendons grâce pour ta bonté, mais nous te prions encore: montre ta puissance. Établis dans le monde la domination de ta vérité, de ton amour – le «royaume de la justice, de l’amour et de la paix».

“Marie mit au monde son fils premier-né” (Luc II, 7). Avec cette phrase, saint Luc raconte, de manière absolument privée de pathos, le grand événement que les paroles prophétiques dans l’histoire d’Israël avaient entrevu par avance. Luc qualifie le petit enfant de “premier-né”. Dans le langage qui s’est formé dans la Sainte Écriture de l’Ancienne Alliance, “premier-né” ne signifie pas le premier d’une série d’autres enfants. La parole “premier-né” est un titre d’honneur, indépendamment de la question de savoir si ensuite suivent d’autres frères et sœurs ou non. Ainsi dans le Livre de l’Exode (IV, 22), Israël est appelé par Dieu “mon fils premier-né”, et ainsi s’exprime son élection, sa dignité unique, l’amour particulier de Dieu Père. L’Église naissante savait qu’en Jésus cette parole avait reçu une nouvelle profondeur ; qu’en lui sont résumées les promesses faites à Israël. Ainsi la Lettre aux Hébreux appelle Jésus “le premier-né”, simplement pour le qualifier, après les préparations de l’Ancien Testament, comme le Fils que Dieu envoie dans le monde (cf. Heb. I, 5-7). Le premier-né appartient de façon particulière à Dieu, et pour cela – comme dans de nombreuses religions – il devait être de façon particulière remis à Dieu et être racheté par un sacrifice substitutif, comme saint Luc le raconte dans l’épisode de la présentation de Jésus au temple. Le premier-né appartient à Dieu de façon particulière, il est, pour ainsi dire, destiné au sacrifice. Dans le sacrifice de Jésus sur la croix, la destination du premier-né s’accomplit de façon unique. En lui-même, il offre l’humanité à Dieu et unit homme et Dieu de manière telle que Dieu soit tout en tous. Paul, dans les Lettres aux Colossiens et aux Éphésiens, a développé et approfondi l’idée de Jésus comme premier-né : Jésus, nous disent ces Lettres, est le Premier-né de la création – le véritable archétype de l’homme selon lequel Dieu a formé la créature homme. L’homme peut être image de Dieu parce que Jésus est Dieu et Homme, la véritable image de Dieu et de l’homme. Il est le premier-né d’entre les morts, nous disent en outre ces Lettres. Dans la Résurrection, il a abattu le mur de la mort pour nous tous. Il a ouvert à l’homme la dimension de la vie éternelle dans la communion avec Dieu. Enfin, il nous est dit: il est le premier-né de nombreux frères. Oui, aujourd’hui il est cependant le premier d’une série de frères, le premier, c’est-à-dire, qui inaugure pour nous l’être en communion avec Dieu. Il crée la véritable fraternité – non la fraternité, défigurée par le péché, de Caïn et Abel, de Romulus et Remus, mais la fraternité nouvelle dans laquelle nous sommes la famille même de Dieu. Cette nouvelle famille de Dieu commence au moment où Marie enveloppe le “premier-né” dans les langes et le dépose dans la mangeoire. Prions-le : Seigneur Jésus, toi qui as voulu naître comme premier de nombreux frères, donne-nous la vraie fraternité. Aide-nous à devenir semblables à toi. Aide-nous à reconnaître dans l’autre qui a besoin de moi, en ceux qui souffrent ou qui sont abandonnés, en tous les hommes, ton visage, et à vivre avec toi comme des frères et des sœurs pour devenir une famille, ta famille.

L’Évangile de Noël nous raconte, à la fin, qu’une multitude d’anges de la troupe céleste louait Dieu et disait : “Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime” (Luc II, 14). L’Église a amplifié cette louange, que les anges ont entonnée devant l’événement de la Nuit Sainte, en en faisant une hymne de joie sur la gloire de Dieu. “Nous Te rendons grâce pour ton immense gloire”. Nous Te rendons grâce pour la beauté, pour la grandeur, pour la bonté de Dieu, qui en cette nuit nous deviennent visibles. L’apparition de la beauté, du beau, nous rend joyeux sans que nous devions nous interroger sur son utilité. La gloire de Dieu, d’où provient toute beauté, fait exploser en nous l’étonnement et la joie. Celui qui entrevoit Dieu éprouve de la joie, et en cette nuit nous voyons quelque chose de sa lumière. Mais le message des anges dans la Nuit sainte parle aussi des hommes: “Paix aux hommes qu’il aime”. La traduction latine de cette parole, que nous utilisons dans la liturgie et qui remonte à Jérôme, résonne autrement : “Paix aux hommes de bonne volonté”. L’expression “les hommes de bonne volonté” dans les dernières décennies est entrée de façon particulière dans le vocabulaire de l’Église. Mais quelle traduction est juste? Nous devons lire les deux textes ensemble ; nous comprenons seulement ainsi la parole des anges de façon juste. Serait erronée une interprétation qui reconnaîtrait seulement l’œuvre exclusive de Dieu, comme s’il n’avait pas appelé l’homme à une réponse d’amour qui soit libre. Serait aussi erronée, cependant, une interprétation moralisante, selon laquelle l’homme avec sa bonne volonté pourrait, pour ainsi dire, se racheter lui-même. Les deux choses vont ensemble: grâce et liberté; l’amour de Dieu, qui nous précède et sans lequel nous ne pourrions pas l’aimer, et notre réponse, qu’il attend et pour laquelle, dans la naissance de son Fils, il nous prie même. L’enchevêtrement de grâce et de liberté, l’enchevêtrement d’appel et de réponse, nous ne pouvons pas le scinder en parties séparées l’une de l’autre. Les deux sont indissolublement tressés entre eux. Ainsi cette parole est en même temps promesse et appel. Dieu nous a précédés par le don de son Fils. Toujours de nouveau Dieu nous précède de façon inattendue. Il ne cesse pas de nous chercher, de nous relever chaque fois que nous en avons besoin. Il n’abandonne pas la brebis égarée dans le désert où elle s’est perdue. Dieu ne se laisse pas troubler par notre péché. Il recommence toujours à nouveau avec nous. Toutefois il attend en retour notre amour. Il nous aime pour que nous puissions devenir des personnes qui aiment avec lui et ainsi il peut y avoir la paix sur la terre.

Luc n’a pas dit que les anges ont chanté. Il écrit très sobrement: la troupe céleste louait Dieu et disait: “Gloire à Dieu au plus haut des cieux…” (Luc II, 13 et suivants). Mais depuis toujours les hommes savaient que le parler des anges est différent de celui des hommes ; que justement en cette nuit du joyeux message, il a été un chant dans lequel la gloire sublime de Dieu a brillé. Ainsi ce chant des anges a été perçu depuis le commencement comme une musique provenant de Dieu, et bien plus, comme une invitation à s’unir dans le chant, dans la joie du cœur pour le fait d’être aimés de Dieu. Cantare amantis est, dit Augustin : chanter est le propre de celui qui aime. Ainsi, au long des siècles, le chant des anges est devenu toujours de nouveau un chant d’amour et de joie, un chant de ceux qui aiment. En ce moment, nous nous associons pleins de gratitude à ce chant de tous les siècles, qui unit ciel et terre, anges et hommes. Oui, nous Te rendons grâce pour ton immense gloire. Nous Te remercions pour ton amour. Fais que nous devenions toujours plus des personnes qui aiment avec Toi et donc des personnes de paix. Amen.

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Message lu le 25 décembre 2010 avant la bénédiction « Urbi et Orbi :

«Verbum caro factum est » – «Le Verbe s’est fait chair» (Johan. I, 14)

Chers frères et Sœurs, qui m’écoutez à Rome et dans le monde entier, je vous annonce avec joie le message de Noël : Dieu s’est fait homme, il est venu habiter parmi nous. Dieu n’est pas lointain : il est proche, ou mieux, il est l’ »Emmanuel », Dieu-avec-nous. Il n’est pas un inconnu : il a un visage, celui de Jésus.

C’est un message toujours nouveau, toujours surprenant, parce qu’il dépasse notre espérance la plus audacieuse. Surtout parce qu’il n’est pas seulement une annonce : il est un évènement, un fait, que des témoins crédibles ont vu, entendu, touché dans la Personne de Jésus de Nazareth! Étant avec Lui, observant ses actes et écoutant ses paroles, ils ont reconnu en Jésus le Messie ; et le voyant ressuscité, après qu’il ait été crucifié, ils ont eu la certitude que Lui, vrai homme, était en même temps vrai Dieu, le Fils unique venu du Père, plein de grâce et de vérité (cf. Johan. I, 14).

«Le Verbe s’est fait chair». Devant cette révélation, resurgit encore une fois en nous la question : comment est-ce possible? Le Verbe et la chair sont des réalités opposées entre elles ; comment la Parole éternelle et toute-puissante peut-elle devenir un homme fragile et mortel? Il n’y a qu’une réponse : l’Amour. Celui qui aime veut partager avec l’aimé, veut être uni à lui, et la Sainte Écriture nous présente justement la grande histoire de l’amour de Dieu pour son peuple, qui culmine en Jésus-Christ.

En réalité, Dieu ne change pas : Il est fidèle à Lui-même. Celui qui a créé le monde est le même qui a appelé Abraham et qui a révélé son Nom à Moïse : Je suis celui qui suis … le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob … Dieu miséricordieux et compatissant, riche d’amour et de fidélité (cf. Ex III, 14-15; XXXIV, 6). Dieu ne varie pas, Il est Amour depuis toujours et pour toujours. Il est en Lui-même Communion, Unité dans la Trinité, et chacune de ses œuvres et de ses paroles vise à la communion. L’incarnation est le sommet de la création. Quand dans le sein de Marie, par la volonté du Père et l’action de l’Esprit-Saint, se forma Jésus, Fils de Dieu fait homme, la création atteignit son sommet. Le principe ordonnateur de l’univers, le Logos, commençait d’exister dans le monde, dans un temps et dans un espace.

«Le Verbe s’est fait chair». La lumière de cette vérité se manifeste à celui qui l’accueille avec foi, parce qu’elle est un mystère d’amour. Seulement tous ceux qui s’ouvrent à l’amour sont enveloppés de la lumière de Noël. Il en fut ainsi dans la nuit de Bethléem, et il en est encore ainsi aujourd’hui. L’incarnation du Fils de Dieu est un évènement qui s’est produit dans l’histoire, mais qui en même temps la dépasse. Dans la nuit du monde, s’allume une lumière nouvelle, qui se laisse voir par les yeux simples de la foi, par le cœur doux et humble de celui qui attend le Sauveur. Si la vérité avait été seulement une formule mathématique, en un certain sens elle s’imposerait d’elle-même. Si au contraire, la Vérité est Amour, elle demande la foi, le « oui » de notre cœur.

Et que cherche en effet, notre cœur, sinon une Vérité qui soit Amour? Il la cherche, l’enfant, avec ses questions si désarmantes et stimulantes; il la cherche, le jeune, qui a besoin de trouver le sens profond de sa vie ; ils la cherchent, l’homme et la femme dans leur maturité, pour guider et soutenir leur engagement au sein de la famille et au travail ; elle la cherche la personne âgée, pour donner un accomplissement à son existence terrestre.

«Le Verbe s’est fait chair». L’annonce de Noël est aussi lumière pour les peuples, pour la marche collective de l’humanité. L’“Emmanuel”, Dieu-avec-nous, est venu comme Roi de justice et de paix. Son Royaume – nous le savons – n’est pas de ce monde, et pourtant il est plus important que tous les royaumes de ce monde. Il est comme le levain de l’humanité ; s’il venait à manquer, la force qui fait avancer le véritable développement ferait défaut : l’élan pour collaborer au bien commun, au service intéressé du prochain, à la lutte pacifique pour la justice. Croire en Dieu qui a voulu partager notre histoire est un encouragement constant à s’y engager, même au milieu de ses contradictions. C’est un motif d’espérance pour tous ceux dont la dignité est offensée et violée, parce que Celui qui est né à Bethléem est venu libérer l’homme de la racine de tout esclavage.

Puisse la lumière de Noël resplendir de nouveau sur cette Terre où Jésus est né et inspirer Israéliens et Palestiniens dans leur recherche d’une cohabitation juste et pacifique! Que l’annonce consolante de la venue de l’Emmanuel allège leur douleur et réconforte dans leurs épreuves les chères communautés chrétiennes en Irak et dans tout le Moyen-Orient, leur donnant apaisement et espérance pour l’avenir et stimulant les Responsables des Nations à une solidarité active envers eux. Que cela se passe aussi en faveur de ceux qui, en Haïti, souffrent encore des conséquences du tremblement de terre dévastateur et de la récente épidémie de choléra. Que ne soient pas non plus oubliés ceux qui, en Colombie et au Venezuela, mais aussi au Guatemala et au Costa Rica, ont subi récemment des calamités naturelles.

Puisse la naissance du Sauveur ouvrir des perspectives de paix durable et de progrès authentique aux populations de la Somalie, du Darfour et de la Côte d’Ivoire ; promouvoir la stabilité politique et sociale de Madagascar ; apporter sécurité et respect des droits humains en Afghanistan et au Pakistan ; encourager le dialogue entre le Nicaragua et le Costa Rica ; favoriser la réconciliation dans la Péninsule Coréenne.

Puisse la célébration de la naissance du Rédempteur renforcer l’esprit de foi, de patience et de courage chez les fidèles de l’Église en Chine Continentale, afin qu’ils ne se découragent pas à cause des limitations de leur liberté de religion et de conscience et, persévérant dans la fidélité au Christ et à son Église, qu’ils maintiennent vive la flamme de l’espérance. Que l’amour du «Dieu avec nous» donne persévérance à toutes les communautés chrétiennes qui souffrent la discrimination et la persécution, et inspire les responsables politiques et religieux à s’engager pour le plein respect de la liberté religieuse de tous.

Chers frères et sœurs, «le Verbe s’est fait chair», Il est venu habiter parmi nous ; Il est l’Emmanuel, le Dieu qui s’est fait proche de nous. Contemplons ensemble ce grand mystère d’amour, laissons-nous illuminer le cœur par la lumière qui brille dans la grotte de Bethléem! Joyeux Noël à tous!

La vidéo de cette bénédiction Urbi et Orbi de Noël 2010 :

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Note 1 : “Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, engendré, non pas créé, consubstantiel au Père”. L’homélie du Souverain Pontife a été prononcée en italien et ses paroles exactes ont donc été en citant le texte italien du symbole de Nicée-Constantinople : “Dio da Dio, Luce da Luce, generato, non creato, della stessa sostanza del Padre”. La traduction française de cette homélie, que l’on trouve sur d’autres sites, au lieu de traduire « della stessa sostanza » par : de la même substance, reprend la traduction fautive qu’on trouve dans le missel français de la liturgie de Paul VI : « de même nature », ce qui est une hérésie, dénoncée à plusieurs reprises. Nous ne pouvons accepter cette traduction hérétique et nous rétablissons le terme « consubstantiel » qui exprime la foi véritable de l’Eglise, telle que le Souverain Pontife l’a affirmée en utilisant les mots « stessa sostanza ».

2010-56. Chemin de Bethléem, école d’oraison.

Georges La Tour

O mon âme, tu voudrais te faire belle, somptueuse, pour ton Roi, ton Sauveur, ton Dieu, ton Epoux !

Tu voudrais Lui dire de belles choses, tu voudrais être fervente, brûlante d’amour… Tu voudrais, oh, tu voudrais…
Te voilà cependant comme une pauvresse en haillons ; te voilà muette et stupide ; te voilà insensible et glacée…

Mon âme, Celui que tu désires et que tu appelles, Celui qui te désire et qui t’appelle, est venu à ta rencontre : prends le chemin de Bethléem !

Le chemin de Bethléem est un petit chemin étroit où ne peuvent passer que les petits, les humbles, les pauvres : ceux qui n’ont aucun bagage.

Et de plus, c’est la nuit, mon âme. Ton regard doit mourir aux clartés de la terre.
Il te faut toi aussi entrer dans la nuit, rester « dans le noir »…

Et c’est le froid, mon âme ; il faut subir ce froid, s’éloigner de  toutes les chaleurs humaines, savoir rester dans ce froid…

C’est le silence, mon âme ; il te faut rester sourde à tous les bruits du monde, à tous les appels qui montent de ce « moi », égoïste jamais satisfait, et faire taire toute clameur pour entendre Celui qui « n’a dit qu’une Parole et la dit toujours en éternel silence » (St Jean de la Croix)…
Savoir rester en total silence !

Il te faut devenir semblable à Lui, mon âme !

Bethléem est ce « rien » où se cache le « Tout » de ton Dieu !

Tu te plains de ne pouvoir « faire oraison », parce que tu te sens dans un tel état de « rien être », de « rien pouvoir », de « rien valoir »… qu’il t’es absolument impossible, lorsque tu te trouves devant Dieu, de Lui exprimer ta foi, ta confiance, ton amour. Tu te trouves être devant Lui, selon l’expression de l’Ecriture, « comme une bête de somme » (Ps. LXXII, 23).

Mais précisément, cet état est celui qui te met en mesure de rendre une plus parfaite adoration : cette impuissance est ta vérité la plus profonde, et donc la vérité la plus exacte pour faire oraison.
Là est l’humilité !

En présence de Dieu, un « rien » qui se reconnaît rien, qui ne sait rien, qui ne sent rien et qui ne peut absolument rien, c’est cela qui adore : il reconnaît qu’en face de l’Etre absolu, il n’est que dépendance et vide ; il retourne au « Tout »; il se restitue tel qu’il est, n’attendant de rien autre ce qui le comblera.

De même que le petit enfant, rempli de sa faim, de ses salissures, de son impuissance, de son ignorance… etc., vient et revient à sa mère pour être, tour à tour, nourri, lavé, instruit par celle qui lui a donné la vie, ainsi l’âme devant Dieu.

Mon oraison n’est pas autre chose qu’un retour vers Vous, ô mon Dieu !

(Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur – 4 décembre 1986)

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Publié dans:De liturgia, Prier avec nous, Textes spirituels |on 20 décembre, 2010 |9 Commentaires »

2010-55. Nos préparatifs de Noël 2010.

Dimanche de Rorate 19 décembre 2010.

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Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Peut-être, au vu de cette photographie, vous demandez-vous ce que j’étais en train de bricoler au moment où elle a été prise. Beaucoup de personnes se le sont demandé et m’ont « cuisiné » pour essayer de le savoir avant les autres : moi, je ne disais rien, je les laissais chercher, et il y en a pas mal qui ont dû… donner leur langue au chat !

En fait, depuis fort longtemps, Frère Maximilien-Marie était à la recherche d’une décoration extérieure de Noël qui soit véritablement en rapport avec le sens de cette fête : la naissance du Fils de Dieu incarné.
En vain ! car on trouve dans les magasins toutes sortes de décorations qui vont davantage dans le sens de la « profanation » (j’emploie ce terme dans son sens étymologique : récupération de quelque chose de religieux pour un usage profane) de Noël, que dans celui du maintien de son sens spirituel qui est exclusivement chrétien.

J’ai donc encouragé notre Frère à dessiner puis à confectionner lui-même ce qu’il voulait ; j’avais promis de l’assister. Mais nous avons aussi dû nous faire un peu aider par quelques personnes qualifiées pour les soudures ou pour certains assemblages, ainsi que pour avoir un branchement électrique qui soit parfaitement sécurisé. Nous avons craint – un très court moment – que nous ne serions pas prêts à temps… Hé bien, si : le jeudi 16 décembre, jour où commençait la neuvaine préparatoire à la fête de la Nativité, nous pouvions installer, sur l’un des petits champs en terrasse voisin de l’entrée de notre Mesnil-Marie, une crèche lumineuse stylisée !
En plein jour, on ne se rend pas bien compte de ce que cela peut donner :

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Mais à la tombée du jour, voici donc ce que tout le monde (car c’est parfaitement visible depuis la route) peut voir, se détachant dans la nuit :

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Depuis quelques jours, ce sont aussi les préparatifs de la grande crèche de l’oratoire : elle n’est pas encore terminée, mais elle est bien avancée.

D’une année à l’autre, Frère Maximilien-Marie s’efforce de la perfectionner. Lors de son dernier séjour à Rome et à Lorette – au printemps dernier – il a pu acquérir de nouveaux personnages.
Chaque année, le jour où Frère Maximilien-Marie les sort de leurs petites boites, dans lesquelles ils sont très soigneusement enveloppés, je suis tout excité et je regarde les santons avec fascination.
Nous avons pris le temps de les compter : nous avons actuellement 51 personnages humains, 4 anges, 3 ânes, 3 chevaux, 1 éléphant et deux dromadaires, 1 boeuf, 2 chiens, 5 lapins, 1 écureuil, 1 blaireau, 1 biche avec ses deux faons, 1 bélier, 41 brebis et agneaux, 3 chèvres et 3 chevreaux,  1 porc 1 truie et 3 porcelets, 35 volatiles (poules, coqs, dindons, faisans, pigeons, pintades, oies et canards…), un poisson (au bout d’une canne à pêche !) et – je garde bien sûr le meilleur pour la fin – 5 chats, dont l’un d’eux est peint exactement comme moi! Cela fait au total, si je sais bien compter, 171 figurines !

Bien sûr, je vous ferai en temps opportun un petit reportage photographique sur l’édition 2010 de notre crèche, mais – conformément aux anciennes traditions (puisque même autrefois dans les églises pendant tout le temps de la préparation on tendait un grand voile devant la crèche jusqu’aux premières vêpres de la Nativité) – elle ne sera vraiment achevée que pour le 24 décembre. En attendant, frère Maximilien-Marie – à grand renfort de cartons de récupération, de papier-rocher, de punaises et d’épingles – modèle « le paysage », aménage le village de Bethléem, prévoit des éclairages… etc.

Et moi, j’inspecte et j’examine tout avec circonspection pour vérifier que ce sera bien convenable pour recevoir l’Enfant Jésus, Notre-Dame, Saint Joseph, le saint âne, le saint boeuf et tout le peuple des santons.

Lully prépare la crèche

J’achève ma chronique en vous encourageant surtout, en ces ultimes jours de préparation à Noël, à faire de votre coeur un asile de consolation, un foyer tout brûlant de ferveur et d’amour, une crèche spirituelle, pour accueillir dans la nuit sainte ce Dieu qui pour vous s’est fait tout petit, et auquel le monde d’aujourd’hui, comme jadis les habitants de Bethléem, continue de fermer sa porte…

Lully.

couronne avent 4 bougies

Publié dans:Chronique de Lully, De liturgia |on 19 décembre, 2010 |10 Commentaires »

2010-54. Du Bienheureux Urbain V (1310-1370).

Bx Urbain V

Cette année 2010 a marqué le 7ème centenaire de la naissance  (et aussi le 640ème anniversaire de la mort) du Bienheureux Urbain V. Sa fête liturgique se célèbre le 19 décembre et c’est la raison pour laquelle – même si elle est, cette année, occultée par le quatrième dimanche de l’Avent -  nous voulons que ce modeste blogue se fasse l’écho de cet anniversaire.

Né en 1310 au château de Grizac, près de Florac, Guillaume de Grimoard fit à Toulouse et à Montpellier de brillantes études en lettres, sciences, philosophie et droit, entrecoupées de séjours dans la demeure familiale, aux confins des Cévennes et du Gévaudan. Rentré comme simple moine à l’abbaye bénédictine Saint-Victor de Marseille, il fut très vite apprécié comme l’un des meilleurs maîtres de son temps et enseigna le droit à Montpellier, Paris, Avignon et Toulouse. « Une foule de disciples entourait sa chaire pour recueillir avidement la doctrine qui tombait à flots de ses lèvres. »

Il fut ensuite désigné par le Pape Clément VI comme abbé de Saint-Germain d’Auxerre dont il réforma et la règle et l’administration. Envoyé comme légat du Pape en Italie, il revint pour recevoir d’Innocent VI la charge d’abbé de Saint-Victor de Marseille, avant d’être élu Pape à l’unanimité en 1362 alors qu’il n’était ni cardinal ni même évêque.

Ses huit années de pontificat furent très remplies :  il sut se rapprocher de nos frères orthodoxes, ramena dans l’unité de l’Eglise des communautés séparées, envoya un légat à Pékin et fonda le premier évêché de Chine. Courageux réformateur, au coeur d’une époque extrêmement troublée, il astreint les évêques et abbés à résider dans leurs diocèses ou leurs abbayes et obligea ces dernières à revenir à l’observance de leurs règles (il fut en particulier le restaurateur du mont Cassin). Humaniste éclairé, intellectuel de grande envergure et juriste consulté dans toute la chrétienté, il correspondit avec les plus grands esprits de son temps (Pétrarque, Boccace, Sainte Brigitte de Suède…), participa au rayonnement du savoir et de la culture de l’Europe chrétienne tant par ses enseignements que par la création des universités de Genève, Cracovie, Vienne et Pecs (Hongrie) qu’il fonda et dota ; il encouragea de nombreux artistes. Selon son vœu le plus cher il fut le premier pape d’Avignon à revenir à Rome où il se dépensa sans compter à rétablir le prestige de la papauté. En tout cela, il resta un fidèle disciple de Saint Benoît car, homme de Dieu avant tout, il avait gardé l’humilité du moine et couchait revêtu de son habit de bénédictin dans un appentis de planches.

Après sa mort, de nombreuses demandes de canonisation parvinrent à son successeur, Grégoire XI, émanant de souverains et de prélats ; mais le grand schisme d’Occident qui survint bientôt après gela toute procédure et il fallut attendre 1870 pour que le Bienheureux Pape Pie IX  l’élevât aux honneurs des autels.

Madame Claire de Gatellier, qui nous honore de son amitié, nous a autorisés à publier ici l’article où elle fait à la fois la recension de la biographie que Yves Chiron a publiée à l’occasion de ce 7ème centenaire et un rapide compte-rendu du colloque qui s’est déroulé en octobre dernier à Paris à l’initiative de l’Association des Amis du Bienheureux Pape Urbain V ; qu’elle en soit vivement remerciée.

Yves Chiron Urbain V

Urbain V, le bienheureux

par Madame Claire de Gatellier.

Cette fois encore, Yves Chiron ne nous décevra pas. Après ses ouvrages passionnants sur les papes Pie IX, Saint Pie X, Pie XI et Paul VI, cet auteur spécialiste de l’histoire de l’Eglise remonte dans le temps – 7 siècles – puisque son dernier ouvrage concerne un pape encore trop méconnu quoique bienheureux : Urbain V, avant-dernier pape d’Avignon (1310-1370).

Pourquoi parler aujourd’hui d’un pape médiéval ? Il faut lire Yves Chiron pour saisir toute la modernité de ce grand juriste, réformateur et bâtisseur, bénédictin et mécène, diplomate et amoureux de la nature, cet illustre pape bien français a beaucoup à dire aujourd’hui…

Prenons par exemple l’Angleterre. Au lendemain du voyage étonnant de Benoît XVI, magnifique succès malgré les oracles catastrophistes de la plupart des media français, il est intéressant de découvrir qu’un grand archevêque de Cantorbery, Simon de Langham, promu cardinal par Urbain V, s’est ému de voir les deux universités d’Angleterre imprégnées de naturalisme et de pélagianisme et y a porté remède avec le soutien du pape… pour un temps.

Dans cette seconde moitié du XIVe siècle, désorganisé par les deux grandes pestes et par un relâchement général des idées et des mœurs, nous avons là un pape qui, par petites touches obstinées et judicieuses a jeté les bases d’un état pontifical moderne, cherché à élever toujours plus le niveau d’instruction des clercs aussi bien que des laïcs et donné l’exemple d’une vie de moine.

Il était en effet bénédictin. Remarqué pour ses talents de juriste et professeur recherché (il enseigna à Montpellier, Toulouse et Paris) il devint père abbé de la grande abbaye Saint-Victor de Marseille juste avant de devenir pape. Mais toute sa vie, il voulut garder l’habit bénédictin et sa frugalité coutumière est restée celle d’un moine, même à cette cour si brillante qu’était Avignon.

Moine frugal pour lui-même, il n’était pourtant pas austère et s’il se nourrissait de peu et dormait « à la dure », rien n’était trop beau cependant pour les nombreuses églises ou cathédrales qu’il a richement dotées et embellies. Il aimait la nature, les oiseaux et les fleurs comme en témoignent les décorations murales du palais des papes et les vastes jardins qu’il y a fait créer. Mais toujours très pragmatique, concret et charitable, il fit en sorte que ces jardins et « vergers » « contribuent au ravitaillement des cuisines pontificales », Ils servaient aussi à alimenter la « pignotte ». Employant une bonne douzaine de personnes, cette « aumônerie du pape », selon Yves Chiron, s’occupait des largesses pontificales : « 355 repas étaient servis chaque jour » aux pauvres d’Avignon « auxquels s’ajoutaient la distribution quotidienne des petits pains d’un poids moyen de 60 grammes. Entre 6 000 et 10 000 pains étaient distribués chaque jour, parfois jusqu’à 30 000. » C’est aussi à ce pape écologiste que nous devons les jardins du Vatican.

Mais notre pape était aussi un grand réformateur. Réformateur, non pas par grands décrets, et conciles mais par des quantités de micro-décisions personnalisées. Anne-Marie Hayez, archiviste-paléographe, ingénieur au CNRS largement citée par Yves Chiron a dépouillé pas moins de 28 000 lettres d’Urbain V. Correspondances régulières avec tous les rois et empereurs de l’époque, avec les évêques, les pères abbés, les professeurs, les artistes de son temps.

Yves Chiron montre de façon fort intéressante comment, dès le début de son pontificat, Urbain V « a essayé de lutter contre le carriérisme des clercs, le cumul des bénéfices et la non-résidence, source de tant de maux spirituels. » Pour cela, il commença par commander à tous les évêques et archevêques de communiquer à ses services la liste de tous les titulaires de bénéfices. Rappelons qu’un bénéfice était une charge ecclésiastique qui permettait de recevoir des revenus même sans résider là où est cette charge. Puis il opère en trois points : réduire le cumul des bénéfices ; imposer la résidence pour les bénéfices avec « cura animarum », c’est-à-dire charge pastorale, et veiller à ce que les candidats aient les compétences requises. Avec menace d’excommunication s’il le faut…

Si, comme le dit Yves Chiron « la politique bénéficiale d’Urbain V est un premier indicateur de sa volonté de réformer l’Eglise », elle ne s’arrête pas là. Il combat aussi les Vaudois qui, en Provence et en Dauphiné préparaient les voies au protestantisme ; les Fraticelles de Naples et de Pérouse qui abusaient la bonne foi des gens par leur attitude humble et modeste ; les Sociniens de Venise qui croyaient à la parole d’Aristote plus qu’à celle du Christ, mais un Aristote revu par Averroès. Ils enseignaient l’éternité de la matière et le plus grossier panthéisme et persécutèrent Pétrarque ; le frère Denys, qui enseignait la théologie à Paris, fraticelle déguisé qui niait le droit de propriété au nom du Christ, sans parler des hérésies des universités Anglaises évoquées plus haut.

Les ordres religieux furent aussi une préoccupation constante de notre pape bénédictin. Il restaura la vie monastique qui s’était beaucoup relâchée en maints endroits. Citons simplement parmi d’autres, la restauration, au propre et au figuré du Mont Cassin, de Subiaco, la reprise en main des grands ordres dominicains, bénédictins et franciscains, la fondation suscitée et généreusement dotée par Urbain V de nombreux monastères… etc.

Bref ! si l’on veut tout savoir sur le bienheureux pape Urbain V, ses bienfaits dans le monde universitaire, ses missions et tentatives de croisade en Orient, la conversion de l’empereur Jean V Paléologue, son retour à Rome, sa sainteté même, alors il faut vraiment lire le livre. La préface, écrite par Mgr Jacolin, évêque de Mende (diocèse d’origine d’Urbain V) vaudrait à elle seule, s’il en était besoin, la lecture du livre. Résumant parfaitement la vie d’Urbain V en la replaçant dans son époque, elle resitue la vie de l’Eglise en ses fondements : les apôtres et les prophètes.

Pour conclure, citons Yves Chiron : « Sur la longue durée, est remarquable son souci de défendre les droits, spirituels et temporels de l’Eglise. Il n’a pas cherché à plaire aux princes de son temps, il n’a pas sacrifié les intérêts et la liberté de l’Eglise aux exigences des pouvoirs politiques de l’époque. Enfin, sur le plan personnel, « Ce bénédictin fut un des pontifes les plus savants, pieux et intègres de tout le XIVe siècle. »

L’association des Amis du Bienheureux pape Urbain V a commémoré le septième centenaire de sa naissance par un colloque au Collège des Bernardins, à Paris, le 9 octobre dernier. A cette occasion, Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon a souligné qu’à l’heure où l’Europe se cherche une identité, des racines, des raisons d’être, d’agir et d’espérer, Urbain V a beaucoup à dire.

Parvis de la cathédrale de Mende : statue du Bienheureux Urbain V

Statue du Bx Urbain V sur le parvis de la cathédrale de Mende.

Prière pour obtenir des grâces par l’intercession du Bienheureux Urbain V

Seigneur Notre Dieu, nous Vous rendons grâce pour le serviteur que Vous avez placé autrefois à la tête de l’Eglise, le Bienheureux Pape Urbain V, qui a vécu sous la motion de Votre Esprit Saint. Vous l’avez suscité pour qu’il soit le sage réformateur du clergé, qu’il défende les droits et la liberté de l’Eglise et propage l’évangile parmi les nations infidèles.

Faites que sa mission porte du fruit encore aujourd’hui ; nous Vous en supplions, accordez-nous la grâce que nous demandons par son intercession (…), et si telle est Votre volonté, daignez glorifier Votre serviteur par Jésus le Christ Notre-Seigneur,

Ainsi soit-il.

(prière éditée avec la permission de Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon)

Armoiries d'Urbain V

Les personnes qui reçoivent des grâces par l’intermédiaire du bienheureux Pape Urbain V, sont priées de les faire connaître à l’Association des Amis du Bienheureux Pape Urbain V, (www.pape-urbain-v.org) château de Grizac, 48220 Le Pont de Montvert. On lira également avec intérêt le travail effectué par Monsieur Antoine de Rosny, « Urbain V, un pape du Gévaudan », disponible à la Maison de la Lozère, 1 bis rue Hautefeuille, 75006 Paris, ou dans les librairies de la Lozère.

2010-53. De la conclusion de l’année jubilaire du 4ème centenaire de l’Ordre de la Visitation au jour anniversaire du bienheureux trépas de Sainte Jeanne de Chantal.

Le 13 décembre 1641, entre six et sept heures du soir, Sainte Jeanne-Françoise de Chantal rendit son âme à Dieu, après avoir prononcé par trois fois le saint Nom de Jésus. C’était au monastère de la Visitation de Moulins, en Bourbonnais.

Sainte Jeanne-Françoise de Chantal

Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal (par Philippe de Champaigne).

La Sainte Fondatrice était dans sa soixante-dixième année. Elle avait survécu 19 ans à Saint François de Sales et les monastères de l’Ordre qu’ils avaient fondés ensemble, de 13 qu’ils étaient à la mort de « Monsieur de Genève », étaient maintenant au nombre de 87 !

Ce 13 décembre 2010, « dies natalis » (*) de Sainte Jeanne de Chantal, a donc tout naturellement été désigné comme jour de clôture de l’année jubilaire du quatrième centenaire de la fondation de l’Ordre de la Visitation qui a commencé le 24 janvier dernier (cf. les articles précédemment publiés à ce sujet ici > www, ici aussi > www, encore ici > www et ici > www).

Si l’année jubilaire s’achève, notre connaissance des enseignements de Saint François de Sales ainsi que de la spiritualité et des grandes figures de l’Ordre de la Visitation ne sauraient en rester là. A l’occasion des divers anniversaires ou des circonstances, nous espérons bien publier sur ce blogue des textes permettant de nouveaux approfondissements.

La seule année 2011 ne marquera pas seulement le trois-cent-soixante-dixième anniversaire de la mort de Sainte Jeanne de Chantal mais aussi, par exemple, a) le trois-cent-cinquantième anniversaire de la mort de Mère Anne-Marguerite Clément – fondatrice du monastère de la Visitation de Melun – qui fut une authentique mystique dont les visions du Coeur de Jésus préparèrent celles dont fut gratifiée Sainte Marguerite-Marie, b) ou bien encore le troisième centenaire de l’entrée au monastère de la Visitation de Marseille d’Anne-Madeleine Rémuzat, autre grande mystique qui joua un rôle très important pour la diffusion du culte du Sacré-Coeur, c) ou encore le cent-soixante-dixième anniversaire de la naissance de Soeur Marie-Marthe Chambon, de la Visitation de Chambéry, choisie par Notre-Seigneur pour faire connaître au monde la  puissance de la dévotion à ses Saintes Plaies… etc.

Mais pour l’heure, afin de marquer la conclusion de l’année jubilaire de la Visitation, je voudrais vous permettre de lire et de méditer la toute dernière lettre de Sainte Jeanne de Chantal, datée du 12 décembre 1641, veille de sa mort.

La sainte fondatrice sait qu’elle est arrivée au bout de ses jours terrestres et elle livre ici, en ces ultimes recommandations à ses filles spirituelles, une sorte de testament spirituel dans lequel passe toute son âme, parvenue à la perfection de l’esprit que Saint François de Sales avait voulu pour les religieuses de la Visitation. On admirera la sérénité qui imprègne cette âme en face de la mort, on remarquera son souci insistant de voir se conserver intactes dans tout l’Ordre l’humilité et la charité fraternelle qui en sont les caractéristiques, ainsi que la parfaite observance des Règles. On notera aussi combien la perspective de l’éternité toute proche ne fait pas perdre à la Mère de Chantal le sens des choses pratiques…

J’ai retranscrit cette dernière lettre de Sainte Jeanne de Chantal directement à partir d’une très ancienne édition (le cliché ci-dessous vous en donne un aperçu), mais pour des raisons évidentes de compréhension, j’ai pensé qu’il était préférable d’adopter l’orthographe et la ponctuation conformes à nos usages actuels.

(*) « dies natalis » : expression latine signifiant « jour de naissance » et employée dans la tradition catholique pour désigner le jour de la mort d’un saint personnage, puisque cette mort marque en réalité le jour de sa naissance dans la vie de gloire et de bonheur éternels au Ciel. 

 * * * * * * *

Dernière lettre de Ste Jeanne de Chantal

Mes très chères et bien aimées filles,

me trouvant sur le lit du trépas nonobstant, et avec un très grand désir de plus penser à chose quelconque, qu’à faire ce passage en la bonté et miséricorde de Dieu, je vous conjure, mes très chères filles, que pour les affaires de l’Institut, l’on ne s’y précipite point, et que personne ne prétende d’y présider ; mais de suivre en cette occasion comme en toutes autres les intentions de notre bienheureux Père, qui a voulu que le Monastère de Nessy (1) fut reconnût pour Mère et matrice de tout l’Institut ; et je vous prie, mes très chères Soeurs, de continuer en cette union, comme vous avez fait jusques ici ; et que ces premiers et principaux Monastères aient toujours soin des petits, et soient prêts autant qu’il leur sera possible de les secourir et assister charitablement… etc.

Je vous prie d’avoir soin de la paix de Dieu entre vous, et de l’union charitable entre les Monastères, bonheur qui vous obtiendra de très grandes grâces de Dieu.

Ayez une très grande fidélité à vos observances, mes chères Soeurs : vous vous êtes obligées par un voeu solennel à garder tout ce qui est de votre Institut, et les Supérieures de les faire garder. Prenez garde, mes très chères filles, de ne pas ajuster vos Règles à vos inclinations, mais de soumettre humblement et fidèlement ces mêmes inclinations à leur obéissance. Gardez la sincérité de coeur en son entier, la simplicité et la pauvreté de vie, et la charité à ne rien dire et faire à vos Soeurs, je dis universellement, que ce que vous voudriez qu’elles disent et fissent pour vous. Voilà tout ce que je vous puis dire, quasi dans l’extrémité de mon mal.

Mes chères filles, avant que finir, il faut que je vous supplie et conjure d’avoir un grand respect, une sainte révérence et une entière confiance pour Madame de Montmorency (2), qui est une âme sainte et que Dieu manie à son gré, et à qui tout l’Institut a des obligations infinies, pour les biens spirituels et temporels qu’elle y fait. Je vous estime heureuse de l’inspiration que Dieu lui a donné, c’est une grâce très grande pour tout l’Ordre, et pour cette Maison en particulier. Elle vit parmi nos Soeurs avec plus d’humilité, bassesse et simplicité, et innocence, qui si c’était une petite paysanne. Rien ne me touche à l’égal de la tendresse où elle est pour mon départ de cette vie. Elle croit que vous la blâmerez de ma mort. Mais, mes chères filles, vous savez que la divine Providence a ordonné de nos jours, et qu’ils n’en eussent pas été plus longs d’un quart d’heure. Ce voyage a été d’un grand bien pour les Maisons où nous avons passé et pour tout l’Institut.

Ne soyez point en peine des lettres que vous m’aurez écrit depuis mon départ de cette vie : elles seront toutes jetées au feu sans être vues (3).

Je me recommande de tout mon coeur à vos plus cordiales prières. J’espère en l’infinie Bonté qu’elle m’assistera en ce passage et qu’elle me donnera part en ses infinies miséricordes et mérites ; et si je ne suis point déçue en mes espérance, je prierai le Bienheureux (4) de vous obtenir l’esprit d’humilité et bassesse, qui seul vous fera conserver cet Institut : c’est tout le bonheur que je vous souhaite et non point de plus grande perfection.

Je demeure de tout mon coeur, en la vie et en la mort, mes très chères et bien-aimées Soeurs, votre très humble et très indigne Soeur et servante en Notre-Seigneur,

A Moulins, ce 12 décembre 1641.

Soeur Jeanne-Françoise Frémiot de la Visitation Sainte-Marie

Dieu soit béni!

Blason de l'ordre de la Visitation

Note 1 : « le Monastère de Nessy » = il s’agit bien sûr d’Annecy et du premier Monastère de l’Ordre.

Note 2 : Madame de Montmorency = Marie-Félice des Ursins (forme francisée de Orsini), était née le 11 novembre 1600 à Florence ; elle était la nièce et la filleule de la Reine Marie de Médicis. Elle épousa le duc Henri II de Montmorency, gouverneur du Languedoc. Elle était remarquable par sa sagesse et sa piété autant que par sa générosité dans les oeuvres de charité. Après l’exécution de son époux (30 octobre 1632), elle fut, par ordre de Richelieu, emprisonnée au château de Moulins pendant deux années. Elle s’installa ensuite au Monastère de la Visitation où elle finit par prendre le voile et où elle mourut en odeur de sainteté le 5 juin 1666. La venue de Sainte Jeanne de Chantal à Moulins était justement en rapport avec le dessein de la duchesse de Montmorency de devenir fille de la Visitation (de là les allusions de la Mère de Chantal qui ne veut pas qu’on impute à la duchesse la responsabilité de sa mort).

Note 3 : la Mère de Chantal veut rassurer ses filles au sujet des lettres confidentielles que celles-ci pourraient lui avoir écrites et qui arriveraient à Moulins après sa mort.

Note 4 : « le Bienheureux » = il s’agit bien évidemment de Saint François de Sales, auquel la Mère de Chantal donne ce titre, mais il ne sera béatifié qu’en 1661.

2010-52. Des fêtes de Saint Nicolas et de l’Immaculée Conception au « Mesnil-Marie ».

Blé de Sainte Barbe après cinq jours

Jeudi 9 décembre 2010.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Notre blé de Sainte Barbe, que nous avons mis à germer il y a quelques jours seulement (cf. > www), est déjà une source d’émerveillement parce que nous le voyons rapidement sortir et développer ses petites pousses, ainsi que vous pouvez le constater sur cette photo prise ce matin même. Le temps de l’Avent, avec ses belles traditions liées aux fêtes, est riche de joies simples qui – comme ces tout petits grains de blé – font lever dans nos coeurs de véritables moissons d’espérance et de consolations, au milieu des difficultés auxquelles chacun est affronté ici-bas.

Parmi ces moments riches et beaux, nous avons vécu la fête de Saint Nicolas. A vrai dire, ce n’est habituellement pas une fête très marquée en Vivarais ; mais Frère Maximilien-Marie, qui a vécu en Alsace et dans le Nord de la France, est très attaché à cette belle  tradition et l’a importée dans notre hameau. Dimanche soir, notre Mesnil-Marie recevait donc une douzaine de voisins et d’amis pour une fin d’après-midi et une soirée joyeuses et… gourmandes!!!

Vive Saint Nicolas !

Jeu, démonstration d’habileté et spectacle se sont succédés, ponctués de grands éclats de rire. Figurez-vous que nous eûmes même droit à un théâtre d’ombres dans lequel un loup, dont la modestie n’était pas la qualité principale, a reçu une belle leçon… C’était très réussi!

Théâtre d'ombres

La partie récréative fut suivie d’un tout aussi joyeux repas aux chandelles. Tous les convives avaient contribué au régal de chacun, spécialement par les desserts et les friandises : marzipanstollen et mannalas (recettes traditionnelles de l’Est de la France en cette période) côtoyant les bugnes et les marrons glacés de l’Ardèche, sans parler des tartelettes à la praline ou aux pignons et des rochers coco (j’avais aidé Frère Maximilien-Marie à réaliser ces derniers et comme on m’en demandait la recette je l’ai publiée ici > www)…

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Table de fête pour Saint Nicolas

Je suis sûr qu’en publiant ces photos, je cours le risque de faire saliver mes lecteurs voire même de leur faire prendre du poids rien qu’à la vue de si bonnes choses!!!

Vers la fin du repas, Frère Maximilien-Marie a chanté la célèbre « Légende de Saint Nicolas » dont je vous reproduis ci-dessous la transcription faite par le Père Doncoeur, un des pionniers du scoutisme catholique en France :

(cliquer sur l’image pour la voir en plus grand)

Légende de Saint Nicolas

Après la fête de Saint Nicolas, nous avons « enchaîné » – si je puis dire – avec celle de la Conception immaculée de Notre-Dame. Selon la belle tradition née à Lyon  en 1852 (j’en avais rappelé l’historique ici > www en bas de page), nous avions préparé des lumignons pour toutes les fenêtres du « Mesnil-Marie« .

Après avoir suivi (grâce à la télévision vaticane dont on peut recevoir les diffusions par internet) la cérémonie populaire et toujours très émouvante qui a lieu sur la place d’Espagne, à Rome, et au cours de laquelle  notre Saint-Père le Pape va rendre hommage à la Vierge Immaculée, comme c’était la tombée de la nuit, nous avons allumé toutes ces petites lumières : il y en avait plus de soixante! C’était très joli et, surtout, Frère Maximilien-Marie avait voulu qu’elles soient comme le symbole de toutes les intentions de prières (bien plus nombreuses que la soixantaine!) qui lui sont confiées et qu’il présente régulièrement à l’intercession de Notre-Dame de Compassion

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Ces petites flammes tremblantes dans l’obscurité sont bien l’illustration des paroles du Souverain Pontife au moment de la prière de l’Angélus de ce 8 décembre :
« Le mystère de l’Immaculée Conception est une source de lumière intérieure, d’espérance et de réconfort. Au milieu des épreuves de la vie et surtout des contradictions que l’homme éprouve en lui-même et autour de lui, Marie, Mère du Christ, nous dit que la grâce est plus grande que le péché, que la miséricorde de Dieu est plus puissante que le mal et sait comment le transformer en bien. Malheureusement, chaque jour nous faisons l’expérience du mal qui se manifeste de nombreuses manières dans les relations et dans les évènements, mais dont les racines sont dans le cœur humain, un cœur blessé, malade et incapable de guérir par ses propres forces. La Sainte Ecriture  nous révèle que la source de tous les maux est la désobéissance à la volonté de Dieu, et que la mort a pris le dessus parce que la liberté de l’homme a cédé à la tentation du diable. Mais Dieu ne renonce pas à son dessein d’amour et de vie : à travers un patient et long processus de réconciliation, Il a préparé l’Alliance nouvelle et éternelle, scellée dans le sang de son Fils, qui pour s’offrir Lui-même en expiation est «né d’une femme» (Gal. IV, 4). Cette femme, la Vierge Marie, par un don d’anticipation de la mort rédemptrice de son Fils, et dès sa conception, a été préservée de la contagion du péché. Ainsi, avec son coeur immaculé, elle nous dit : Faites confiance à Jésus, Il vous sauve ». (traduction par nos soins).

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Que l’espérance et la consolation qui découlent en abondance du Coeur de Notre-Dame de Compassion soient dans chacune de vos âmes, chers Amis de notre Mesnil-Marie, et que la flamme de la charité soit cette lumière intérieure qui éclaire votre route quotidienne… Ainsi soit-il!

2010-52. Des fêtes de Saint Nicolas et de l'Immaculée Conception au Lully.           

2010-51. Des premières rigueurs hivernales et du blé de Sainte Barbe, belle tradition annonciatrice du mystère de la Nativité.

4 décembre,
fête de Sainte Barbe (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Portant le nom du « Surintendant des musiques royales » - Jean-Baptiste Lully – , nul ne s’étonnera de ce que, en ces jours particulièrement rigoureux, je reprenne à mon compte le fameux Chœur des trembleurs de l’acte IV d’Isis.

Comme je viens de découvrir comment faire pour insérer une mini vidéo dans le cours même de ma chronique, je ne résiste pas à la tentation de mettre immédiatement en application le procédé, afin de vous inviter à écouter (ou réécouter) ce chœur dans lequel le grelottement est imité par un chant saccadé. Ce chœur inspirera un peu plus tard le fameux air du Génie du Froid à Purcell pour son King Arthur (pour écouter faire un clic droit sur l’image ci-dessous> ouvrir dans un nouvel onglet):

Image de prévisualisation YouTube

« L’hiver qui nous tourmente s’obstine à nous geler.
Nous ne saurions parler qu’avec une voix tremblante.
La neige et les glaçons
nous donnent de mortels frissons.

Les frimas se répandent sur nos corps languissants.
L
e froid transit nos sens, les plus durs rochers se fendent.
La neige et les glaçons nous donnent de mortels frissons… »

En effet le thermomètre était largement négatif ce matin au moment où le soleil a commencé à pointer ses premiers rayons au-dessus des crêtes .

Premiers rayons du soleil au dessus des crêtes et du toit du Mesnil-Marie

Le soleil pointe ses premiers rayons au dessus des crêtes qui entourent le Mesnil-Marie.

Si l’on ne peut qu’admirer les splendeurs que provoquent ces premières rigueurs hivernales, la neige et le froid ne m’enchantent guère, vous vous en doutez bien!  Frère Maximilien-Marie s’ingénie donc à me trouver des occupations et des distractions : il essaie de m’apprendre à chanter avec lui (nous répétons les noëls traditionnels) et il m’intéresse aux préparatifs de la fête de la Nativité, puisque nous voici entrés dans le temps de l’Avent.
Nous avons orné la porte d’entrée et la façade du Mesnil-Marie de couronnes de l’Avent (cf. > ici) et nous commençons à travailler à l’installation de la crèche que nous nous efforçons de rendre plus belle d’année en année.

Sainte Barbe

Sainte Barbe, la grande martyre

Ce matin, nous avons repris la très antique tradition du blé de Sainte Barbe. Cette tradition, très vivace en Provence où elle marque le début officiel de toutes les traditions de Noël, remonte probablement à l’antiquité païenne, mais elle a reçu une vitalité nouvelle et un sens plénier avec le christianisme.

Le jour de la fête de Sainte Barbe, donc, on prend trois jolies coupelles dans lesquelles on place du coton imbibé d’eau. Le chiffre trois est évidemment une évocation de la Très Sainte Trinité.

Dans chaque coupelle on dépose du blé à germer : on met plusieurs épaisseurs de graines, pour obtenir plus tard des touffes de jeunes pousses bien garnies.
Chaque jour on prend bien soin d’ajouter un peu d’eau dans les coupelles : suffisamment pour que les grains poussent bien, mais pas trop non plus pour qu’ils ne pourrissent pas par excès d’humidité.
Pour les paysans d’autrefois, la bonne germination du blé de Sainte Barbe était réputée annoncer une bonne récolte dans l’année à venir.
Si l’on n’a pas de blé, on peut aussi semer des lentilles.

Le 24 décembre au soir, on coupe délicatement quelques pointes des jeunes pousses et on en garnit l’intérieur de la mangeoire qui servira de berceau à l’Enfant Jésus de la crèche.
On lie les petites gerbes des coupelles avec de jolis rubans rouges et on les place au centre de la table du réveillon et du repas du 25 décembre.
Le lendemain de Noël, on les porte dans la crèche où elles resteront jusqu’au jour de la Chandeleur (2 février).
Jadis, ces trois touffes de jeunes pousses étaient alors plantées dans les champs de blé sur lesquels elles étaient censées apporter la bénédiction de l’Enfant Jésus.

Cette belle tradition nous rappelle que Jésus Lui-même se comparera au grain de blé que l’on jette en terre et qui meurt pour porter du fruit (Johan. XII 24-25).
C’est par Son Incarnation que le Verbe Eternel de Dieu est devenu ce mystique grain de blé venu en terre pour y mourir et pour y faire lever une moisson de grâce et de salut.
Ce divin grain de blé, broyé dans les tourments de la Passion, est né dans la petite ville de Bethléem : ce nom signifie « Maison du Pain ».
Ce divin grain de blé se fera Lui-même le Pain de Vie des âmes rachetées dans le Sacrement de l’Eucharistie, sacrement par lequel il reste au milieu des hommes, présent et vivant au Saint Tabernacle.

Combien de choses dans nos vies – et dans nos vies intérieures tout spécialement – ne sont d’abord que de toutes petites graines, inertes en apparence, qu’il faut enfouir, et sur la croissance délicate desquelles il faut veiller avec beaucoup d’attention, leur évitant les excès de sécheresse ou d’humidité, si nous voulons qu’elles arrivent à maturité et donnent un jour du fruit?
Il faut pour cela beaucoup de patience, une vraie persévérance et une délicate vigilance, toutes qualités qui ne découlent que de l’amour.

Voilà donc tout ce que m’a expliqué Frère Maximilien-Marie ce matin, tandis que nous préparions nos coupelles et y disposions les grains de blé.
J’ai bien retenu tout ce qu’il me disait afin de vous l’expliquer à mon tour ; et maintenant je vais veiller avec beaucoup de soin sur la germination et la croissance de notre blé de Sainte Barbe.

Lully.       

Préparation du blé de Sainte Barbe

2010-50. De la fête de Sainte Geneviève des Ardents.

Sainte Geneviève des Ardents,

céleste protectrice de la Gendarmerie Française :

origines de cette fête et précisions sur le culte de Sainte Geneviève. 

* * * * * * *

Depuis l’année 1131, le diocèse de Paris célèbre dans son calendrier propre, à la date du 26 novembre, une fête particulière qui porte le nom de « Sainte Geneviève des Ardents« .
Cette célébration fut instituée par le Pape Innocent II pour commémorer dans l’action de grâces la cessation d’une épidémie du « mal des ardents » par le recours à de ferventes prières publiques à Sainte Geneviève, céleste patronne de Paris et protectrice du Royaume.

l'intercession de Sainte Geneviève.

G.F. Doyen, toile de 1767 : l’intercession de Sainte Geneviève délivrant la France du mal des ardents
(Paris – église Saint-Roch).

Le « mal des ardents » (nommé également « feu Saint-Antoine » ou  aussi « feu sacré ») est plus couramment appelé de nos jours « ergotisme »: il est en effet dû à l’ingestion de farines contaminées par l’ergot de seigle.

L’ergot du seigle est une espèce de champignon parasite de certaines graminées qui se présente sous forme de minces bâtonnets de deux à trois centimètres accolés à la tige de l’épi. Il peut se trouver mêlé au grain et moulu avec lui. C’est un toxique responsable au cours des temps de nombreuses épidémies. Les symptômes sont essentiellement neurologiques et entrainent  des infirmités graves et incurables, et même fréquemment la mort : frissons suivis de chaleurs, douleurs violentes à la tête et aux reins, abcès des glandes axillaires et inguinales, maux de ventre, brûlures internes, convulsions, délires, prostration, gangrène des membres… Il n’existe pas d’antidote.
Très fréquentes au Moyen-Age, les épidémies du « mal des ardents » ont à peu près disparu du fait des traitements fongicides. Notons toutefois que la
dernière épidémie recensée en France a eu lieu à Pont-Saint-Esprit en 1951. Actuellement l’ergot de seigle est utilisé en pharmacie : sous forme d’une molécule nommée  dihydroergotamine, il entre dans la composition de médicaments contre la migraine.

En l’an 1130, une terrible épidémie du « mal des ardents » ravagea Paris et une partie de la France, où elle fit des milliers de victimes.
Pour conjurer le fléau, l’évêque de Paris ordonna des jeûnes et des prières publiques, puis il demanda que l’on transportât les malades sur le chemin de la procession solennelle qu’il conduirait depuis la basilique de Sainte-Geneviève (ancienne basilique des Saints Apôtres construite par Clovis à la demande de Sainte Geneviève, où la Sainte avait été enterrée et dont le nom avait fini par supplanter celui des Apôtres) jusqu’à Notre-Dame : c’était le 26 novembre.
Les malades qui touchèrent la châsse furent immédiatement guéris et, de tous ceux qui étaient à Paris, les chroniques du temps nous disent que seuls trois sceptiques moururent. Ensuite le mal commença à décroître rapidement et disparut.

Procession de la châsse de Sainte Geneviève et guérisons

Miracles pendant la procession de la châsse de Sainte Geneviève.

L’année suivante, comme nous l’écrivions au début, le pape Innocent II institua la fête de « Sainte Geneviève des Ardents », à cette date du 26 novembre où elle est restée dans le calendrier propre de Paris. 

Au XXème siècle, le 18 mai 1962, le Pape Jean XXIII déclara Sainte Geneviève «Patronne céleste principale auprès de Dieu des Gendarmes français, gardiens de l’ordre public»; il assigna alors, comme fête propre de ce patronage, la fête du 26 novembre : voilà donc la raison pour laquelle l’Evêque aux Armées Françaises célèbre normalement  une Messe « officielle » pour la gendarmerie ce jour-là, et pour laquelle dans toute la France, autour de cette date, les gendarmes honorent leur céleste protectrice, et non à l’occasion de la fête du 3 janvier.

Une petite église Sainte Geneviève des Ardents existait sur ce qui est maintenant la place du parvis de Notre-Dame (son emplacement a été marqué sur le dallage moderne et on en voit quelques vestiges dans la crypte archéologique). Contrairement à ce que des auteurs trop peu documentés ont écrit elle n’avait pas de rapport direct avec ce miracle : elle existait antérieurement à l’épidémie de 1130. D’abord connue sous le nom de « Sainte Geneviève la Petite » (pour la différencier de la basilique Sainte Geneviève) ce n’est qu’à partir de 1518 qu’elle est nommée église Sainte-Geneviève des Ardents (peut-être à l’instigation d’un curé soucieux de promouvoir le sanctuaire dont il avait la charge?).
Selon une antique tradition, difficile à prouver, cette église aurait occupé l’emplacement de la maison de Sainte Geneviève. Elle jouait un rôle important dans les coutumes ecclésiastiques parisiennes de l’Ancien Régime, puisque c’est là que l’évêque de Paris nouvellement élu (le siège épiscopal de Paris n’a été promu au rang d’archevêché qu’en 1622) était présenté à son Chapitre, et c’est de là que l’abbé de Sainte-Geneviève le conduisait à sa cathédrale pour y faire sa première entrée. Cette petite église fut démolie en 1747 pour permettre l’agrandissement de l’Hospice des Enfants Trouvés. (*)

A partir de cet épisode du mal des ardents, des processions solennelles de la châsse de Sainte Geneviève (distinctes des processions annuelles ordinairement programmées) furent organisées chaque fois que de graves nécessités publiques semblaient imposer un recours solennel et officiel à Sainte Geneviève : inondations, pluies dévastatrices, sécheresse, épidémies, guerres, calamités publiques, maladie du Souverain …etc.
Ces processions solennelles eurent lieu 77 fois. Elles résultaient d’une demande du peuple chrétien, transmise par les officiers municipaux au Parlement de Paris : après une concertation dans laquelle intervenaient l’Evêque, l’Abbé de Sainte-Geneviève et la Cour, le Parlement promulguait un arrêt. L’Evêque ordonnait alors une journée de jeûne général pour la veille de la procession (les Génovéfains – c’est-à-dire les chanoines réguliers de l’abbaye Sainte-Geneviève – , eux, devaient jeûner trois jours consécutifs) et pendant tous les jours précédant la procession les paroisses parisiennes venaient en procession à tour de rôle jusqu’au tombeau de la Sainte. La veille de la procession, la  précieuse châsse était descendue du monument au sommet duquel elle était juchée, tandis qu’on chantait les psaumes de la pénitence : on la déposait sur un reposoir et une garde d’honneur et de prières l’entourait toute la nuit. La procession se déroulait selon un cérémonial précis et immuable : tous les corps constitués – civils autant qu’ecclésiastiques -, toutes les confréries, corporations et congrégations religieuses étaient tenus d’y assister ; les châsses de Saint Marcel et d’autres saints dont les reliques étaient conservées à Paris étaient également apportées pour entourer celle de la Protectrice de la capitale. Selon un parcours inchangé, la procession se rendait à Notre-Dame, où une Messe solennelle était chantée, avant de remonter sur la Montagne Sainte-Geneviève.
La dernière procession solennelle fut célébrée en juin 1765.

Gravure datée probablement de 1709 : ordre de procession de la châsse de Ste Geneviève

Ordre de la Procession de la Châsse de Sainte Geneviève (1709).

On sait que malheureusement, en 1793, les révolutionnaires dans leur volonté d’effacer par tous les moyens l’imprégnation du catholicisme dans la société française, détruisirent la châsse de Sainte Geneviève : les joyaux qui l’ornaient furent volés et les saintes reliques profanées et brûlées en place de Grève.
La confrérie des porteurs de la châsse de Sainte Geneviève subsiste cependant et, depuis quelques années à l’occasion de la fête de Sainte Geneviève et de la neuvaine solennelle dont elle est entourée à Paris, une procession – qui n’a certes pas tout le lustre des cérémonies de jadis – est à nouveau organisée dans les rues de la capitale avec les reliques qui ont échappé au vandalisme révolutionnaire.

Nous terminerons cette « excursion historique » dont la fête de Sainte Geneviève des Ardents nous a donné l’occasion en priant avec la collecte propre de ce jour :

O Dieu, qui avez illustré notre protectrice, la Bienheureuse Vierge Geneviève, par la gloire de nombreux miracles, faites, nous Vous le demandons, que par ses prières nous soyons délivrés du feu des passions, puisque, par votre grâce, elle éteignit en ce jour le feu dévorant qui brûlait les membres des hommes. Nous vous le demandons par Jésus-Christ votre Fils et Notre-Seigneur, qui vit et règne avec Vous dans l’unité du Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

(En latin : Deus, qui beatæ Genovefæ Virginis patrocinium multiplici virtutum gloria decorasti : concede nobis, quæsumus ; ut ejus precibus a vitiorum æstu liberemur, quæ hodie per gratiam tuam in membris humanis ignis devorantis extinxit incendium. Per Dominum …)

Blason de Paris

(*) Notons aussi, pour la petite histoire, que cette église Sainte-Geneviève des Ardents présentait sous son porche une statue de sainte Geneviève, ce qui semble tout à fait normal, mais aussi, dans une petite niche, une statue du célèbre alchimiste Nicolas Flamel qui avait été un bienfaiteur de cette paroisse.

- Voir également :
« Réflexions à propos de Sainte Geneviève » publiées > ici
Prières et litanies en l’honneur de Sainte Geneviève > ici

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