Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2016-48. « Ce qui montre la prééminence de Pierre, c’est qu’en lui se personnifiaient l’universalité et l’unité de l’Eglise ».

29 juin,
Fête des Saints Apôtres Pierre et Paul.

       La Sainte Eglise notre mère exulte aujourd’hui dans la célébration liturgique des Saints Apôtres Pierre et Paul, colonnes de l’Eglise de Rome où, selon la Tradition, ils ont versé leur sang le même jour de la même année, lors de la persécution déclenchée par Néron.
Profitons-en pour rappeler que la fête des Saints Apôtres Pierre et Paul est une fête de précepte, qui doit normalement être chômée et où l’assistance à la Messe est obligatoire (cf. > ici) : dans les pays tels que la France depuis la grande révolution, où ce jour n’est plus férié, la solennité doit en être reportée au dimanche suivant.

   On trouve dans les oeuvres de notre glorieux Père Saint Augustin plusieurs sermons prononcés à l’occasion de cette fête (nous en avons déjà proposé un très court > ici).
En voici aujourd’hui un d’une grande importance, un peu long et un peu difficile à lire (mais il faut bien que les lecteurs de ce blogue tranchent sur la médiocrité ambiante et sachent s’affronter à des textes qui rebutent à la majorité des fidèles eux-mêmes qui ne sont plus habitués à de la nourriture solide et n’absorbent que de la bouillie), qui est un véritable petit traité d’ecclésiologie.

Giuseppe Cesari 1608-09 vierge à l'enfant avec les sts Pierre et Paul

Giuseppe Cesari : les Saints Pierre et Paul entourant la Vierge à l’Enfant
(huile sur toile, 1608-1609)

« Ce qui montre la prééminence de Pierre, c’est qu’en lui se personnifiaient l’universalité et l’unité de l’Eglise ».

Sermon
de
notre bienheureux Père Saint Augustin

sur
l’unité de l’Eglise
à l’occasion de la fête des Saints Apôtres Pierre et Paul.

§ 1. Introduction : Saint Augustin, tout en soulignant que c’est la fête des deux Apôtres Pierre et Paul, commence par attirer l’attention sur Pierre.

   Ce jour est pour nous un jour consacré par le martyre des bienheureux Apôtres Pierre et Paul. Nous ne parlons pas en ce moment de quelques martyrs obscurs : « La voix de ceux-ci a retenti par toute la terre, et leurs paroles jusqu’aux extrémités de l’univers » (Rom. X, 18). De plus ils ont vu ce qu’ils ont prêché en s’attachant à la justice, en confessant la vérité et en mourant pour elle.
Saint Pierre est le premier des Apôtres, il est cet ardent ami du Christ qui mérita d’entendre de Lui ces mots : « A mon tour Je te le dis : Tu es Pierre ». Il avait dit au Sauveur : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant». Le Sauveur lui dit donc : « A mon tour, Je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre Je bâtirai Mon Eglise » (Matth. XVI, 16-18). Sur cette pierre J’établirai la foi que tu confesses ; oui, sur cette confession : « Vous êtes le Christ, le Fils a du Dieu vivant », Je bâtirai Mon Eglise. Car tu es Pierre : Pierre vient de la pierre, et non la pierre de Pierre. Pierre vient de la pierre, comme chrétien vient de Christ. Veux-tu savoir sûrement de quel mot vient le mot Pierre ? Ecoute saint Paul : « Je ne veux pas vous laisser ignorer, mes frères » ; c’est un Apôtre du Christ qui s’exprime ainsi : « Je ne veux pas vous laisser ignorer, mes frères, que nos pères ont tous été sous la nuée, et que tous ont passé la mer ; qu’ils ont tous été baptisés sous Moïse dans la nuée et dans la mer ; qu’ils ont tous mangé la même nourriture spirituelle, et que tous ont bu le a même breuvage spirituel, car ils buvaient à la même pierre spirituelle qui les suivait, et cette pierre était le Christ » (1 Cor. X, 1-4). Voilà d’où vient Pierre.

§ 2. C’est pour mieux faire ressortir l’unité de Son Eglise que le Sauveur l’établit sur un fondement unique, qu’Il donne à Pierre seul d’abord les clefs qu’Il donnera ensuite aux autres Apôtres.

   Avant Sa Passion, vous le savez, le Seigneur Jésus Se choisit des disciples qu’Il nomma Apôtres. Or Pierre est le seul d’entre eux qui ait mérité de personnifier l’Eglise presque partout. C’est en vue de cette personnification, qu’il faisait seul de toute l’Eglise, qu’il mérita d’entendre : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux » (Matth. XVI,19). Ces clefs en effet furent moins confiées à un homme qu’à l’unité même de l’Eglise. Ainsi donc ce qui montre la prééminence de Pierre, c’est qu’en lui se personnifiaient l’universalité et l’unité de l’Eglise lorsqu’il lui fut dit : « Je te donne » ce qui pourtant fut donné à tous les Apôtres.
Pour vous convaincre que ce fut l’Eglise qui reçut les clefs du royaume des cieux, écoutez ce que le Seigneur, dans une autre circonstance, dit à tous ses Apôtres : « Recevez le Saint-Esprit » ; Il ajoute aussitôt : « Les péchés seront remis à qui vous les remettrez, et retenus à qui vous les retiendrez » (Jean XX 22-23). C’est ce que désignent les clefs que rappellent ces mots : « Ce que vous délierez sur la terre sera aussi délié dans le ciel, et ce que vous lierez sur la terre sera aussi lié dans le ciel ».
Mais dans la circonstance actuelle, c’est à Pierre seul qu’Il s’adressa. Veux-tu la preuve que Pierre alors personnifiait toute l’Eglise ? Prête l’oreille à ce qui va être dit soit à lui, soit à tous les bons fidèles : « Si ton frère a péché contre toi, reprends-le entre toi et lui seul : S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes, car il est écrit : Sur la parole de deux ou trois témoins tout sera avéré. S’il ne les écoute point non plus, réfères-en à l’Eglise ; et s’il ne l’écoute point elle-même, qu’il te soit comme un païen et un publicain. En vérité, Je vous le déclare ; tout ce que vous lierez sur la terre sera aussi lié dans le ciel, et délié dans le ciel tout ce que vous délierez sur la terre » (Matth. XVIII 16-18). Si donc la Colombe lie et délie, l’édifice bâti sur la Pierre lie et délie aussi.
Craignez, vous qui êtes liés ; vous qui ne l’êtes pas, craignez aussi. Vous qui ne l’êtes pas, craignez de l’être ; et vous qui l’êtes, demandez à ne l’être plus. « Chacun est enchaîné par les liens de ses péchés » (Prov. V, 22) ; et nul n’en est délivré en dehors de cette Eglise. A un mort de quatre jours, il est dit : « Sors, Lazare », et il sortit du sépulcre, les pieds et les mains enveloppés de bandelettes. C’est ainsi qu’en touchant le cœur pour en faire sortir l’aveu du péché, le Seigneur excite le mort à sortir de son tombeau. Ce mort toutefois reste encore un peu lié. Aussi, quand Lazare est sorti du sépulcre, le Seigneur Se tourne vers Ses disciples, Ses disciples auxquels Il a dit déjà : « Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié aussi dans le ciel », et Il leur fait entendre ces paroles : « Déliez-le et le laissez aller » (Jean XI 43-44). Ainsi excite-t-Il par Lui-même et charge-t-Il Ses Apôtres de délier.
Voilà pourquoi Pierre surtout représente, et la force de l’Eglise, quand il suit le Seigneur allant à la passion, et sa faiblesse, une faiblesse d’un certain genre, quand, interrogé par une servante, il renie le Sauveur. Subitement renégat après avoir tant aimé, hélas ! après avoir présumé de lui-même il n’a plus trouvé que lui. Il avait dit, vous le savez : «Seigneur, je serai avec vous jusqu’à la mort, et s’il est nécessaire que je meure, pour vous je donnerai ma vie ». Présomptueux, reprit le Seigneur, « pour Moi tu donneras ta vie ? Je te le déclare en vérité, avant que le coq ait chanté, tu Me renieras trois fois » (Matth. XXVI, 33-35 & Jean XIII, 37,-38). Ce qu’avait prédit le Médecin se réalisa, au lieu que le malade ne put faire ce qu’il avait présumé. Mais après ? Le Seigneur le regarda soudain, car voici ce qui est écrit, voici comment s’exprime l’Evangile : « Le Seigneur le regarda, et il sortit, et il pleura amèrement » (Luc XXII, 61-62). « Il sortit » ; c’était confesser sa faute. « Il pleura amèrement » ; c’est qu’il savait aimer ; et bientôt la douleur de l’amour remplaça en lui l’amertume de la douleur.

§ 3. Pour la même raison, c’est d’abord qu’à lui seul encore le Seigneur confie le soin du troupeau dont Il chargera Ses Apôtres de prendre soin aussi.

   Pour la même raison aussi le Seigne raison aussi le Seigneur confia à Pierre, après Sa résurrection, le soin de paître Ses brebis. Il ne fut pas le seul des disciples pour mériter de paître le troupeau sacré, mais en S’adressant à lui seul, le Sauveur recommande l’unité, comme en lui parlant avant de parler aux autres, Il rappelle que Pierre est le premier des Apôtres. « Simon, fils de Jean, lui dit Jésus, M’aimes-tu ? Je Vous aime », répondit-il. Interrogé une seconde fois il fit une seconde fois la même réponse. Mais interrogé pour la troisième fois, comme si sa parole n’inspirait pas confiance, il s’attriste. Et pourtant, comment aurait manqué de confiance en lui, Celui qui voyait son coeur à découvert ? Après ce mouvement de tristesse il répondit enfin : « Seigneur, Vous qui savez toutes choses, Vous savez aussi que je Vous aime». Vous savez tout, cela ne Vous échappe pas plus que le reste.

— O Apôtre, ne t’afflige pas, réponds une, deux et trois fois. Sois trois fois victorieux en confessant ton amour, puisque trois fois ta présomption a été vaincue par la crainte. Il faut délier jusqu’à trois fois ce que trois fois tu avais lié. Délie par amour ce que tu avais lié par crainte. Malgré cette crainte, le Seigneur n’en recommanda pas moins, une, deux et trois fois, Ses brebis à Pierre.
Remarquez bien ces mots, mes frères : « Pais Mes chères brebis, pais Mes agneaux » (Jean, XXI, 15-17).

— « Pais Mes brebis » : Dit-Il les tiennes ? Bon serviteur, pais les brebis de ton Maître, celles qui portent Sa marque. « Est-ce que Paul a été crucifié pour vous ? Ou bien est-ce que vous avez été baptisés au nom de Pierre et de Paul ? » (cf. 1 Cor. I, 13). Ce sont donc Ses brebis, les brebis purifiées par Son baptême, marquées de Son nom et rachetées de Son sang, que tu es invité à paître : « Pais Mes brebis», dit-Il.
Semblables à des serviteurs infidèles et fugitifs qui se partagent ce qu’ils n’ont point acheté et qui se font comme une propriété particulière de ce qu’ils ont dérobé, les hérétiques s’imaginent paître leurs propres brebis. N’est-ce pas, je vous le demande, ce que révèle effectivement ce langage : Tu resteras impur, si ce n’est pas moi qui te baptise ; tu ne seras point sanctifié, si tu ne reçois mon baptême ? Ainsi donc vous n’avez pas entendu ces mots : « Maudit quiconque met dans un homme sa confiance » (Jérém. XVII, 5)? Par conséquent, mes très-chers frères, ceux que Pierre a baptisés et ceux qu’a baptisés Judas sont également les ouailles du Christ. Aussi, voyez ce que dit, dans le Cantique des cantiques, l’Époux à sa bien-aimée. L’Epouse lui dit : « Apprenez-moi, vous que chérit mon âme, où vous paissez votre troupeau, où vous reposez à midi ; dans la crainte que je ne devienne comme une inconnue à la suite des troupeaux de vos commensaux ».Annoncez-moi, dit-elle, où vous menez paître, où vous reposez à midi, à la splendeur de la vérité, dans la ferveur de la charité. — Que crains-tu ? ô ma bien-aimée, que crains-tu ? — « De devenir comme une inconnue », comme cachée, et non comme l’Église, car l’Église n’est point cachée, attendu qu’ « on ne saurait cacher une cité bâtie sur la montagne » (Matth. V, 14) : et de me jeter, en m’égarant, non dans votre troupeau, mais « au milieu des troupeaux de vos commensaux ». Ce nom de commensaux désigne les hérétiques, « qui sont sortis d’avec nous » (1 Jean II, 19), et qui se sont assis à la même table avant de nous quitter.
— Que lui est-il répondu ? — « Si tu ne te connais toi-même », répond l’Époux à sa question ; « si tu ne te connais toi-même, ô la plus belle d’entre les femmes », ô Église véridique au milieu des hérésies ; « si tu ne te connais toi-même » ; si tu ne sais qu’à toi s’appliquent ces grandes prédictions : « En ta postérité seront bénies toutes les nations » (Gen. XXII, 18) ; « Le Dieu des dieux, le Seigneur a parlé et a convoqué la terre du levant au couchant » (Ps. XIX, 1) ; « Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage et pour domaine jusqu’aux extrémités de la terre » (Ps. II, 8) ; « Leur voix a retenti par toute la terre, et leurs paroles jusqu’aux confins de l’univers » (Ps. XVIII, 5) ; car c’est toi que regardent ces prophéties. « Si tu ne te connais toi-même, sors » ; je ne te chasse pas, afin que puissent dire de toi ceux qui resteront : « Ils sont sortis d’avec nous. — Sors sur les traces des troupeaux » ; non pas du troupeau dont il est dit : « Il y aura un seul troupeau et un seul Pasteur » (Jean X, 16). Sors sur les traces des troupeaux et pais tes boucs » (Cant. I, 6-7) ; non pas « mes brebis », comme Pierre. C’est pour ces brebis qui lui avaient été confiées que Pierre a mérité la couronne du martyre, et c’est ce martyre qui a mérité d’être célébré dans tout l’univers par la fête de ce jour.

§4.  Il n’y a pas jusqu’à la circonstance de la mort de saint Pierre et de saint Paul qui ne rappelle l’unité de l’Eglise; car c’est pour mieux montrer combien étaient unis ces deux Apôtres, en qui vivait Jésus-Christ, que Dieu les a appelés le même jour au martyre et à la couronne.

   Paraisse maintenant aussi Paul, autrefois Saul, loup d’abord, agneau ensuite ; d’abord ennemi, puis Apôtre ; persécuteur d’abord, ensuite prédicateur. Qu’il vienne et qu’il reçoive des princes des prêtres l’autorisation écrite de charger de chaînes et de conduire aux supplices les chrétiens, partout où il en rencontrera. Qu’il reçoive, qu’il reçoive cette autorisation, qu’il parte, qu’il poursuive sa route, respirant le carnage et altéré de sang Celui qui habite aux cieux se rira de lui (cf. Ps. II, 4). Il s’en allait donc, comme il est écrit, « respirant le carnage », et approchait de Damas. « Saul, Saul », cria alors le Seigneur du haut du ciel, « pourquoi Me persécutes-tu ? Il est dangereux pour toi de regimber contre l’aiguillon ». C’est toi que tu blesses, car les persécutions ne font que développer Mon Eglise. Tout effrayé et tout tremblant : « Seigneur, demanda-t-il, qui êtes-Vous ? – Je suis Jésus de Nazareth, que tu persécutes ». Changé à l’instant même, il attend un ordre ; il dépose sa haine et se dispose à l’obéissance. Il apprend ce qu’il doit faire. Le Seigneur aussi, avant le baptême de Paul, parle ainsi à Ananie : « Va dans ce quartier, vers cet homme qui s’appelle Saul, baptise-le, car il est pour moi un vase d’élection ». Ce vase doit contenir quelque chose, il ne doit pas rester vide. Il faut le remplir, de quoi ? de grâce. Ananie répondit à Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Seigneur, j’ai appris que cet homme a fait beaucoup de mal à vos saints ; maintenant encore il porte l’autorisation accordée par les princes des prêtres de charger de liens et d’emmener, partout où il les rencontrera, ceux qui marchent dans Votre voie. Je lui montrerai, reprit le Seigneur, ce qu’il doit souffrir pour Mon nom » (Act. IX, 1-16). Le seul nom de Saul faisait trembler Ananie ; c’était la faible brebis qui tremblait, jusque sous la main de son pasteur, en entendant seulement parler du loup.
Le Seigneur montra donc à Paul ce qu’il lui fallait endurer pour Son nom ; Il l’éprouva ensuite par la souffrance, et on vit Paul chargé de liens, couvert de plaies, jeté dans les cachots et subissant des naufrages. C’est le Sauveur qui lui procura le martyre ; c’est Lui qui le conduisit jusqu’à ce jour. Les deux Apôtres ont souffert le même jour ; ils ne faisaient qu’un ; eussent-ils souffert en des jours différents, ils ne faisaient qu’un. Pierre marchait en avant, Paul le suivait, Paul qui d’abord était Saul, superbe d’abord et humble ensuite. Le nom de Saul en effet lui venait de Saül, le persécuteur de saint David. Il fut abattu persécuteur, et il se releva prédicateur ; il échangea son nom d’orgueil pour un nom d’humilité ; car Paul signifie petit. Remarquez comment s’exprime votre charité : Ne disons-nous pas chaque jour : Dans peu de temps, post paululum, je vous verrai ; dans peu, paulo post, je ferai ceci ou cela ? Que devons-nous donc penser de Paul ? Interroge-le lui-même : « Je suis, dit-il, le plus petit des Apôtres » (1 Cor. XV, 9).

§5. Conclusion du discours : exhortation à suivre les saints en corrigeant nos voies déviées, et en faisant confiance à Celui qui peut tout.

   Nous célébrons aujourd’hui une fête consacrée en notre faveur par le sang des Apôtres ; aimons leur foi, leur vie, leurs travaux, leurs souffrances, leur confession de foi, leurs prédications. Le progrès consiste pour nous à aimer ces choses, et non à les célébrer en vue d’une joie toute charnelle. Que nous demandent en effet les martyrs ? Il leur manque quelque chose, s’ils recherchent encore les louanges humaines ; s’ils les recherchent, ils n’ont pas vaincu. Si au contraire ils sont victorieux, ils ne nous demandent rien pour eux-mêmes, mais pour nous. Donc redressons notre voie en présence du Seigneur. Notre voie était étroite, hérissée d’épines et d’aspérités ; en y passant en si grand nombre ces grands hommes l’ont aplanie. Le Seigneur en personne y a passé le premier ; Il y a été suivi par les Apôtres intrépides, puis par les martyrs, par des enfants, des femmes, de jeunes filles. Cependant, qui vivait en eux ? Celui qui a dit : « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean XV, 5).

Tiare et clefs de Saint Pierre

2016-46. « Il n’est si élevé en gloire que parce qu’il a mené une vie intérieure. »

21 juin,
Fête de Saint Louis de Gonzague.

       Ceux qui connaissent bien notre Frère Maximilien-Marie savent qu’en sus de Saint Maximilien-Marie Kolbe, il a pour célestes protecteurs de sa vie religieuse Saint Louis de Gonzague et Saint Gabriel dell’Addolorata : si l’on devait énoncer son nom complet de vie religieuse, il faudrait donc dire « Frère Maximilien-Marie Gabriel Gonzague du Sacré-Coeur », mais il faut bien reconnaître que ce serait un peu long… surtout pour l’appeler en cas d’urgence ou d’incendie !

   Bien évidemment, chaque 21 juin est – vous le comprenez – un jour de particulières allégresse et ferveur en notre Mesnil-Marie. Dans notre oratoire, une veilleuse est allumée devant les reliques de Saint Louis de Gonzague, et aux prières habituelles nous ajoutons quelques exercices spécifiques en l’honneur de ce très grand saint.

   J’ai décidé aujourd’hui de publier ci-dessous à votre intention la traduction en français d’un texte remarquable, transcrivant une vision de Sainte Marie-Madeleine de Pazzi qui eut lieu le 4 avril 1600, soit à peine neuf ans après la mort de Saint Louis de Gonzague (21 juin 1591).
C’est une traduction bien imparfaite, comme toute traduction : le texte original est en effet en dialecte florentin du XVIIe siècle et possède une saveur intraduisible.
Néanmoins il n’est pas inutile de savoir qu’à peine neuf ans après sa mort à Rome, Dieu a tenu à montrer à cette carmélite florentine l’incommensurable gloire de ce saint de 23 ans et à lui faire savoir ce qui était la cause d’une si grande gloire : sa vie intérieure.

   J’ai illustré ce court texte avec des photographies prises par Frère Maximilien-Marie dans la chapelle de Saint Claude de La Colombière, à Paray-le-Monial, puisque, en effet, l’une des absidioles y est dédiée à Saint Louis de Gonzague et que son programme iconographique y conjugue la mosaïque et le vitrail pour représenter cette vision de Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi et la gloire du jeune saint. 

Lully.                  

Vision de Ste Marie-Madeleine de Pazzi - chapelle de La Colombière

« Qu’elle est grande la gloire de Louis, fils d’Ignace ! »
Vision de Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi
mosaïque et vitrail de la chapelle de La Colombière à Paray-le-Monial.

frise avec lys naturel

   « Oh, quelle gloire est la gloire de Louis, fils d’Ignace ! 
Je ne l’aurais jamais cru si mon Jésus ne me l’avait fait voir !
Je n’aurais jamais imaginé qu’il y eût autant de gloire dans le Ciel que j’en vois dans Louis !

Je voudrais pouvoir parcourir tout l’univers et dire que Louis, fils d’Ignace, est un grand saint !
Et je voudrais faire connaître sa gloire à tout le monde, afin que Dieu en fût glorifié !

   Il n’est si élevé en gloire que parce qu’il a mené une vie intérieure.
Qui pourrait apprécier le mérite et la vertu de la vie intérieure ?
Non ! Il n’y aura jamais aucune comparaison à faire entre les actes intérieurs et les extérieurs…

   Louis fut un martyr inconnu : quiconque Vous aime, ô mon Dieu, Vous connaît si grand, si infiniment aimable !
Quel martyre ne fut-ce pas pour lui de voir qu’il ne pouvait Vous aimer autant qu’il désirait Vous aimer ; de voir que Vous n’étiez pas connu de toutes Vos créatures ; que Vous n’étiez pas aimé ; qu’au contraire Vous en étiez offensé !

   Oh ! Combien Louis aima-t-il sur la terre ! Et maintenant, dans le Ciel, il jouit de Dieu dans une grande plénitude d’amour… »

Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi, in « Probatione », parte seconda.

Vitrail de St Louis de Gonzague -chapelle de La Colombière

Vitrail de Saint Louis de Gonzague
chapelle de La Colombière à Paray-le-Monial.

Voir aussi :
- « Saint Louis de Gonzague et la garde des sens » : BD et prière > ici
- Prière « O Domina mea » attribuée à Saint Louis de Gonzague > ici

Supplication au Coeur Eucharistique de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Dans un certain nombre de diocèses et congrégations religieuses, au jeudi dans l’octave du Sacré-Coeur avait été instituée la fête du Coeur eucharistique de Notre-Seigneur : fête bien oubliée aujourd’hui…
Après la prière composée par le Rd Père Lépidi, Maître du Sacré Palais au temps de Saint Pie X et de Benoît XV que nous avons déja publiée (cf. > ici), en voici une autre trouvée sur une ancienne image de dévotion.

 

le Sacré-Coeur et l'Eucharistie

 

Seigneur Jésus, Fils de Dieu Sauveur,
consacrez-moi Vous-même à Votre Cœur Eucharistique :
inculquez m’en la douceur et l’humilité.

Apprenez-moi à faire,
à Votre exemple,
ma nourriture de la volonté du Père,
afin que, par ma prière et mes œuvres, je Lui rende gloire,
en Lui demandant de hâter Son règne par Votre venue,
et en appelant sur l’Eglise et le monde
une effusion accrue de Votre Esprit d’amour.

Seigneur,
recevez-moi dans le Cœur Immaculé de Votre Mère très sainte :
qu’elle soit mon guide et m’accompagne avec Vous
dans l’accomplissement du Pur Vouloir du Père
sous la conduite de Votre Esprit d’amour.

Ainsi soit-il !

Sainte Eucharistie

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous |on 9 juin, 2016 |2 Commentaires »

2016-40. Déposition de frère Jean Pasquerel au procès de Jeanne d’Arc.

30 mai,
Fête de Sainte Jeanne d’Arc.

Nous avons déjà publié dans les pages de ce blogue les témoignages de Jean Massieu sur la mort de Sainte Jeanne d’Arc (cf. > ici) et des dominicains qui assistèrent Jeanne en son supplice (cf. > ici). Voici aujourd’hui la déposition de Frère Jean Pasquerel, de l’Ordre des Ermites de Saint-Augustin, lorsqu’il fut interrogé par les juges de Jeanne lors du procès de Rouen, à la fin du mois de février 1431.
Frère Jean Pasquerel entendit parler de Jeanne alors qu’il s’était rendu au Grand Pardon du Puy-en-Velay, le Vendredi-Saint 25 mars 1429, jubilé auquel participait également Isabelle Romée, mère de Jeanne. Tout ce que l’on sait de lui est contenu dans cette déposition au procès : il était « lecteur » – c’est-à-dire professeur – au couvent des Ermites de Saint-Augustin de Tours et se mit au service de Jeanne qui fit de lui son aumônier et confesseur.

Maurice Denis - Communion de Jeanne d'Arc avant le combat

Maurice Denis (1870-1943) : Sainte Jeanne d’Arc communiant avant le combat

Déposition de frère Jean Pasquerel, ermite de Saint-Augustin et aumônier de Jeanne, à son procès :

J’étais au Puy (note 1), où se trouvait la mère de Jeanne, ainsi que quelques-uns de ceux qui l’avaient menée au roi quand j’ouïs parler pour la première fois de Jeanne et de sa venue à la cour. Ces gens, ayant fait connaissance avec moi, me dirent : « Il faut venir avec nous près de Jeanne. Nous ne vous laisserons que quand nous vous aurons conduit auprès d’elle ». Je vins donc avec eux à Chinon, puis à Tours.

J’étais précisément lecteur dans un couvent de cette ville. A Tours, Jeanne demeurait pour lors au logis de Jean Dupuy, bourgeois de la ville. Nous l’y rencontrâmes. Mes compagnons lui dirent : « Jeanne, nous vous avons amené ce bon Père. Quand vous le connaîtrez bien, vous l’aimerez bien ». Jeanne leur répondit : « Le bon Père me rend bien contente. J’ai déjà entendu parler de lui et dès demain je me veux confesser à lui ». Le lendemain je l’ouïs en confession, et je chantai la messe devant elle. Depuis cette heure, j’ai toujours suivi Jeanne et n’ai cessé d’être son chapelain jusqu’à Compiègne.

On m’a dit que quand Jeanne vint au roi, elle fut, à deux reprises, visitée par des femmes. On voulait savoir ce qu’il en était d’elle, si elle était homme ou femme, déshonorée ou vierge. Elle fut trouvée femme, mais vierge et pucelle. Elle fut notamment visitée, paraît-il, par la dame de Gaucourt et par la dame de Trèves.

Au moment où Jeanne entrait au château de Chinon pour aller parler au roi, un cavalier se mit à dire : « N’est-ce pas là la Pucelle ? Jarnidieu ! si je l’avais une nuit, je ne la rendrais pas telle que je l’aurais prise. —Ha ! lui dit Jeanne, en nom Dieu, tu Le renies et tu es si près de la mort ! »
Moins d’une heure après, cet homme tomba dans l’eau et se noya. Je tiens ce fait de la bouche de Jeanne et de plusieurs autres personnes qui déclaraient avoir été présentes.

Le seigneur comte de Vendôme introduisit Jeanne dans la chambre du roi. Le roi l’apercevant lui demanda son nom. Elle dit : « Gentil dauphin, j’ai nom Jeanne la Pucelle, et vous mande le Roi des cieux par moi que vous serez sacré et couronné à Reims, et que vous serez le lieutenant du Roi des cieux qui est roi de France ».
Après beaucoup de questions du roi, Jeanne reprit : « Je te dis de la part de Messire que tu es vrai héritier de France et fils du roi, et Il m’envoie à toi pour te conduire à Reims afin que tu y reçoives ton couronnement et ton sacre, si tu en as la volonté ».
A la suite de cet entretien, le roi dit à son entourage que Jeanne lui avait parlé de certaines choses secrètes que nul ne savait ni ne pouvait savoir hormis Dieu, et qu’ainsi il avait bien confiance en elle.
Tout ce que je viens de dire je le tiens de Jeanne, car je ne fus témoin de rien.

Jeanne me disait qu’elle était vexée de tant d’interrogatoires ; qu’on l’empêchait de faire sa besogne, qu’elle était impatiente d’agir, qu’il en était temps.

Elle avait demandé aux messagers de son Seigneur — son Seigneur c’était Dieu — ce qu’elle devait faire. Ils lui dirent de prendre l’étendard. Elle se fit donc faire un étendard où était représenté notre Sauveur assis en jugement sur les nuées du ciel, et où figurait un ange, tenant en ses mains une fleur de lis que le Sauveur bénissait. J’étais à Tours quand cet étendard y fut bénit.

Jeanne était très dévote envers Dieu et la bienheureuse Marie. Elle se confessait presque chaque jour et communiait fréquemment. Quand elle était en un lieu où il y avait un couvent de mendiants, elle me disait de lui remémorer les jours où les petits enfants des mendiants (note 2) recevaient le sacrement de l’Eucharistie, pour qu’elle communiât avec eux. Et c’était son plaisir de communier avec les petits enfants des mendiants. Quand elle se confessait, elle pleurait.

Ayant quitté Tours pour aller à Orléans, nous fûmes à Blois deux ou trois jours environ, attendant les vivres qu’on y chargeait sur les bateaux.
A Blois, Jeanne me dit de faire faire une bannière autour de laquelle se rassembleraient les prêtres et d’y faire peindre l’image de Notre-Seigneur crucifié. La bannière une fois terminée, Jeanne, chaque jour, matin et soir, me faisait convoquer tous les prêtres. Ceux-ci, réunis, chantaient des antiennes et des hymnes en l’honneur de la bienheureuse Marie.
Jeanne était avec eux. Elle ne permettait à aucun homme d’armes d’y être s’il ne s’était confessé le jour même, et elle les avisait tous de se confesser pour venir à la réunion, vu que tous les prêtres qui en étaient se tenaient prêts à recevoir tout pénitent de bonne volonté.
Le jour où on quitta Blois pour aller à Orléans, Jeanne fit rassembler tous les prêtres. La bannière en tête, ils ouvrirent la marche. Les hommes d’armes suivaient. Le cortège sortit de la ville, par le côté de la Sologne, en chantant : Veni creator Spiritus, et plusieurs autres antiennes.

Ce Jour-là et le lendemain on coucha dans les champs.
Le troisième jour, on arriva en vue d’Orléans. Les gens d’armes du roi, qui menaient un convoi de vivres, s’avancèrent jusque dans le voisinage de l’ennemi, si bien que Français et Anglais pouvaient, avec leurs yeux, se dévisager mutuellement. Mais la rivière était en ce moment si basse que les bateaux ne pouvaient monter ni venir jusques à la rive où étaient les Anglais. Heureusement, comme par un coup soudain, une crue d’eau se fit. Les bateaux purent aborder. Jeanne y entra avec des hommes d’armes et pénétra dans Orléans.

Pour moi, sur l’ordre de Jeanne, je retournai à Blois avec les prêtres et la bannière.
Peu de jours après, à la suite d’une quantité d’hommes d’armes, je vins à Orléans, par la Beauce, avec la bannière et les prêtres, sans aucun empêchement. Jeanne vint à notre rencontre et nous entrâmes tous ensemble dans la ville. Il n’y eut pas de résistance : nous fîmes entrer le convoi sous les yeux mêmes des Anglais. C’était merveilleux.
Les Anglais étaient en grande puissance et en grande multitude, excellemment armés et prêts au combat ; ils voyaient bien que ces gens du roi faisaient maigre figure vis-à-vis d’eux. Ils nous voyaient, ils entendaient chanter nos prêtres au milieu desquels je me trouvais portant la bannière. Eh bien ! ils demeurèrent tous impassibles et n’attaquèrent ni les clercs ni les hommes d’armes.
A peine étions-nous à Orléans que, pressés par Jeanne, les hommes d’armes sortirent de la ville pour aller attaquer les Anglais et donner l’assaut à la bastille Saint-Loup.
Ce jour-là, d’autres prêtres et moi, nous rendîmes après dîner, au logis de Jeanne. Au moment où nous arrivions, nous l’entendîmes qui criait : « Ou sont ceux qui me doivent armer ? Le sang de nos gens coule à terre ». Ayant été armée, elle sortit précipitamment et courut à la bastille Saint-Loup où avait lieu l’attaque. En route, Jeanne rencontra plusieurs blessés ; elle en eut très grande douleur. Peu après, elle marcha avec les autres à l’assaut et fit si bien que, violemment et par force, la bastille fut prise. Ceux qui s’y trouvaient furent faits prisonniers.
Je me rappelle que cet assaut eut lieu la veille de l’Ascension. Il y eut là force Anglais mis à mort. Jeanne s’en affligeait beaucoup, parce que, disait-elle, ces pauvres gens avaient été tués sans confession ; et elle les plaignait fort.
Sur place elle se confessa à moi. En même temps elle me prescrivit d’avertir publiquement tous les hommes d’armes de confesser leurs péchés et de rendre grâces à Dieu de la victoire obtenue ; sinon, elle ne les aiderait plus et même ne resterait pas en leur compagnie.

Ce même jour, veille de l’Ascension, Jeanne dit que dans cinq jours le siège d’Orléans serait levé et qu’il ne resterait plus un seul Anglais devant la ville. Or tel fut l’événement.

Ainsi, comme je l’ai dit, nous prîmes ce jour-là la bastille de Saint-Loup. Elle renfermait plus de cent hommes d’élite et bien armés. Il n’y en eut pas un qui ne fût tué ou pris.
Le soir de ce jour, étant en mon logis, Jeanne me dit que le lendemain, qui était le jour de l’Ascension de Notre-Seigneur, elle s’abstiendrait de guerroyer et de s’armer par révérence de cette fête solennelle ; et que ce jour-là elle voulait se confesser et communier. Ce qu’elle fit.
Elle ordonna que nul ne sortît le lendemain de la ville et allât attaquer ou faire assaut, qu’il ne se fût préalablement confessé.
Elle dit encore qu’on veillât que les femmes dissolues ne fissent partie de sa suite, car, à cause de leurs péchés, Dieu permettrait qu’on eût le dessous.

C’est en ce jour de l’Ascension que Jeanne écrivait aux Anglais retranchés en leurs bastilles en cette manière (5 mai 1429) :
« Vous, hommes d’Angleterre, qui n’avez aucun droit en ce royaume de France, le Roi des cieux vous mande et ordonne par moi Jehanne la Pucelle, que vous quittiez vos bastilles et retourniez en vos pays. Sinon je ferai de vous un tel hahu (note 3) qu’il y en aura perpétuelle mémoire. Voilà ce que je vous écris pour la troisième et dernière fois, et je ne vous écrirai plus ». Ainsi signé : « JHÉSUS MARIA, Jehanne la Pucelle ».
« Je vous aurais envoyé mes lettres plus honnêtement ; mais vous retenez mes hérauts ; vous avez retenu mon héraut Guyenne. Veuillez me le renvoyer et je vous renverrai quelques-uns de vos gens qui ont été pris à la bastille Saint-Loup ; car ils ne sont pas tous morts ».
La lettre écrite, Jeanne prit une flèche, attacha au bout la missive avec un fil et ordonna à un archer de la lancer aux Anglais en criant : « Lisez, ce sont nouvelles». La flèche arriva aux Anglais avec la lettre. Ils lurent la lettre, puis ils se mirent à crier avec très, grandes clameurs : « Ce sont nouvelles de la putain des Armagnacs ».
A ces mots Jeanne se mit à soupirer et à pleurer beaucoup, invoquant le Roi des cieux à son aide. Bientôt elle fut consolée, parce que, disait-elle, elle avait eu des nouvelles de son Seigneur.

Le soir, après souper, Jeanne me dit qu’il faudrait le lendemain me lever plus tôt que je n’avais fait le jour de l’Ascension et que je la confesserais de très grand matin.
En conséquence, le lendemain vendredi, je me levai dès la pointe du jour ; je confessai Jeanne et je chantai la messe devant elle et tous ses, gens. Puis, elle et les hommes d’armes allèrent à l’attaque, qui dura du matin jusqu’au soir.
Ce jour-là, la bastille des Augustins fut prise après un grand assaut.
Jeanne, qui avait l’habitude de jeûner tous les vendredis, ne le put cette fois parce qu’elle avait, eu trop à faire. Ainsi elle soupa. Elle venait d’achever son repas lorsque vint à elle un noble et vaillant capitaine dont je ne me rappelle pas le nom. Il dit à Jeanne : « Les capitaines ont tenu leur conseil. Ils ont reconnu qu’on était bien peu de Français, eu égard au nombre des Anglais, et que c’était par une grande grâce de Dieu qu’ils avaient obtenu quelques avantages. La ville étant pleine de vivres, nous pouvons tenir en attendant le secours du roi. Dès lors le conseil ne trouve pas expédient que les hommes d’armes fassent demain une sortie ». Jeanne répondit : « Vous avez été à votre conseil ; j’ai été au mien. Or, croyez que le conseil de mon Seigneur s’accomplira et tiendra et que le vôtre périra ». Et s’adressant à moi qui étais près d’elle : « Levez-vous demain de très grand matin, encore plus, que vous ne l’avez fait aujourd’hui, et agissez le mieux que vous pourrez. Il faudra vous tenir toujours près de moi, car demain j’aurai fort à faire et plus ample besogne que je n’ai jamais eue. Et il sortira demain du sang de mon corps au-dessus du sein ».
Donc, le lendemain samedi, dès la première heure, je me levai et célébrai la messe. Puis Jeanne alla à l’assaut de la bataille du Pont où était l’Anglais Clasdas (Glasdale).
L’assaut dura depuis le matin jusqu’au coucher du soleil sans interruption. A cet assaut, l’après-dîner, Jeanne, comme elle l’avait prédit, fut frappée d’une flèche au-dessus du sein. Quand elle se sentit blessée, elle craignit et pleura, et puis fut consolée, comme elle disait.
Quelques hommes d’armes la voyant ainsi blessée voulurent la charmer. Mais elle refusa, et dit : « J’aimerais mieux mourir que de faire chose que je susse être un péché ou contraire à la volonté de Dieu. Je sais, bien que je dois mourir un jour ; mais je ne sais ni quand, ni où, ni comment, ni à quelle heure. S’il peut être apporté remède à ma blessure sans péché, je veux bien être guérie ».
On appliqua sur la blessure de l’huile d’olive dans du lard ; et ce pansement fait, Jeanne se confessa à moi en pleurant et se lamentant. Ensuite, elle retourna derechef à l’assaut, en criant : « Clasdas, Clasdas, ren-ti, ren-ti au Roi des cieux ! Tu m’as appelée putain ; j’ai grand’pitié de ton âme et de celle des tiens ».
A cet instant, Clasdas, armé de la tête aux pieds, tomba dans le fleuve de la Loire et fut noyé, Jeanne, émue de pitié, se mit à pleurer fortement pour l’âme de Clasdas et des autres, noyés là en grand nombre.

J’ai souvent ouï Jeanne assurer qu’il n’y avait dans son fait qu’un pur ministère ; et quand on lui disait : « Mais rien de tel ne s’est vu comme ce qui se voit en votre fait : en aucun livre on ne lit telles choses », elle répondait : « Mon Seigneur a un livre dans lequel onques nul clerc n’a lu, tant soit-il parfait en cléricature ».

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Note 1 : Frère Jean Pasquerel s’était rendu au Puy-en-Velay pour le Grand Pardon du Vendredi-Saint 25 mars 1429 (pour le Jubilé du Puy, voir > ici).
Note 2 : « les petits enfants des mendiants » : les enfants catéchisés par les religieux mendiants.
Note 3 : « un tel hahu » ou « un tel hahaye » : le mot est difficilement lisible dans les minutes du procès… et s’il s’agit bien de « hahu » ou de « hahaye », on ne connaît pas ce mot, si bien que beaucoup de ceux qui reproduisent cette lettre de Jeanne prennent le parti d’omettre cette phrase. S’agit-il d’une espèce d’onomatopée ? S’agit-il d’un mot dialectal plus ou moins déformé ? De toute façon, on comprend très bien l’idée que Jeanne a voulu exprimer…

Blason de Sainte Jeanne d'Arc

Lire aussi :
- « A Jeanne d’Arc » : cantique du Père Donceur et prière pour la France > ici
- Jeanne d’Arc, sainte de la Légitimité dynastique > ici

2016-39. « Il est là dans le Sacrement de Son amour… »

       A l’occasion de la fête du Très Saint-Sacrement qui, rappelons-le, dans l’Eglise universelle est célébrée, selon les demandes mêmes de Notre-Seigneur, le jeudi de la semaine qui suit le dimanche de la Sainte Trinité, et dont la solennité, dans les pays où ce jeudi n’est pas férié, est reportée au dimanche suivant, il est bon de relire et de méditer les paroles si simples et si profondes par lesquelles le Saint Curé d’Ars enseignait à ses ouailles l’amour et la dévotion envers la Sainte Eucharistie.

Rappels :
- Le miracle de Bolsena > ici
- Sainte Julienne du Mont-Cornillon et l’institution de la Fête-Dieu > ici
- Institution de la Fête-Dieu dans le diocèse de Liège > ici
- Institution de la Fête-Dieu par Urbain IV > ici
- Constitution apostolique « Transiturus » > ici
- Le Pain des forts > ici

frise avec lys naturel

Ciboire du Saint Curé d'Ars

Tabernacle et ciboire du Saint Curé d’Ars

« Il est là dans le Sacrement de Son amour… »

   « Notre-Seigneur est là, caché, qui attend que nous venions Le visiter et Lui faire nos demandes… Voyez comme Il est bon ! Il S’accommode à notre faiblesse.

   Dans le Ciel, où nous serons triomphants et glorieux, nous Le verrons dans toute Sa gloire ; s’Il se fût présenté maintenant avec cette gloire devant nous, nous n’aurions pas osé L’approcher ; mais Il Se cache comme une personne qui serait dans une prison et nous dit : « Vous ne Me voyez pas, mais ça ne fait rien. Demandez-Moi tout ce que vous voudrez, Je vous l’accorderai. »

   Il est là dans le Sacrement de Son amour, qui soupire et intercède sans cesse auprès de Son Père pour les pécheurs.
A quels outrages n’est-Il pas exposé pour rester au milieu de nous ?

   Il est là pour nous consoler ; aussi devons-nous Lui rendre visite souvent.
Combien un petit quart d’heure que nous dérobons à nos occupations, à quelques inutilités, pour venir Le prier, Le visiter, Le consoler de toutes les injures qu’Il reçoit, Lui est agréable !
Lorsqu’Il voit venir avec empressement les âmes pures, Il leur sourit. Elles viennent, avec cette simplicité qui Lui plaît tant, Lui demander pardon pour tous les pécheurs des insultes de tant d’ingrats…

   Tenez, mes enfants, quand vous vous éveillez dans la nuit, transportez-vous vite en esprit devant le tabernacle, et dites à Notre-Seigneur : « Mon Dieu, me voilà. Je viens Vous adorer, Vous louer, Vous bénir, Vous remercier, Vous aimer, Vous tenir compagnie avec les anges. »
Dites les prières que vous savez et, si vous vous trouvez dans l’impossibilité de prier, cachez-vous derrière votre ange gardien, et chargez-le de prier à votre place.

   Quand vous entrez à l’église et que vous prenez de l’eau bénite, quand vous portez la main à votre front pour faire le signe de la Croix, regardez le tabernacle : Notre-Seigneur Jésus-Christ l’entrouvre au même moment pour vous bénir.

   Si nous avions les yeux des anges, en voyant Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est ici présent sur cet autel, et qui nous regarde, comme nous L’aimerions !
Nous ne voudrions plus nous en séparer ; nous voudrions toujours rester à Ses pieds : ce serait un avant-goût du Ciel ; tout le reste nous deviendrait insipide.
Mais voilà ! C’est la foi qui manque. Nous sommes de pauvres aveugles ; nous avons un brouillard devant les yeux. La foi seule pourrait dissiper ce brouillard…
Demandez-Lui donc qu’Il vous ouvre les yeux du coeur ; dites-Lui comme l’aveugle de Jéricho : « Seigneur, faites que je voie !… »

   Lorsque nous sommes devant le Saint-Sacrement, au lieu de regarder autour de nous, fermons nos yeux et ouvrons notre coeur : le Bon Dieu ouvrira le Sien.
Nous irons à Lui, Il viendra à nous ; l’un pour demander, l’Autre pour recevoir : ce sera comme un souffle de l’un à l’Autre.
Que de douceur ne trouvons-nous pas à nous oublier pour chercher Dieu !

   C’est comme dans les premiers temps que je me trouvais à Ars. 
il y avait un homme qui ne passait jamais devant l’église sans y entrer : le matin quand il allait au travail, le soir quand il en revenait, il laissait à la porte sa pelle et sa pioche, et il restait longtemps en adoration devant le Saint-Sacrement.
J’aimais bien ça !
Je lui ai demandé ce qu’il disait à Notre-Seigneur pendant ces longues visites qu’il Lui faisait… Savez-vous ce qu’il m’a répondu ? « Monsieur le curé, je ne Lui dis rien. Je L’avise et Il m’avise : je Le regarde et Il me regarde ».
Que c’est beau !… »

Extrait des sermons de Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars.

le Saint Curé d'Ars en adoration

Le Saint Curé d’Ars en adoration

frise avec lys naturel

2016-38. De la fête de Marie Auxiliatrice et de l’importance qu’elle revêt en notre Mesnil-Marie.

24 mai,
Fête de Marie Auxiliatrice.

Tableau de Marie Auxiliatrice - Turin

Célèbre tableau de Marie Auxiliatrice
dans la basilique du même nom édifiée par Saint Jean Bosco à Turin.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Chaque 24 mai ramène la fête de Marie Auxiliatrice : cette fête ne figure pas au calendrier universel mais, dans la plupart des anciens missels d’autel, on la trouve parmi les formulaires des fêtes « pro aliquibus locis – propres à certains lieux »

   Le nom de « Marie Auxiliatrice », popularisé par Saint Jean Bosco, est en réalité la transcription du vocable latin : Auxilium christianorum (secours des chrétiens) donné à la Très Sainte Vierge Marie depuis de très nombreux siècles.
En effet, la Sainte Mère de Dieu, a toujours été considérée par les fidèles comme une aide privilégiée, un secours efficace, une auxiliatrice puissante, dans leurs plus urgentes détresses, et très spécialement lorsque la Chrétienté se trouvait menacée par les invasions des cruels infidèles.
L’invocation « Auxilium christianorum, ora pro nobis » a été rajoutée au litanies de Lorette à la suite de la victoire de la flotte chrétienne sur celle du croissant, à Lépante, le 7 octobre 1571.

   La fête du 24 mai est toutefois plus récente, puisqu’elle fut instituée par le pape Pie VII, en action de grâces pour la protection et le soutien qui lui avaient été accordés par la Madone, et pour sa délivrance des griffes du Buonaparte.

   On se souvient en effet que, en représailles de la bulle d’excommunication fulminée contre lui à la suite de la spoliation des Etats de l’Eglise (10 juin 1809), le pseudo empereur des Français avait fait enlever le pape Pie VII et l’avait tenu prisonnier pendant cinq années, jusqu’à ce que sa situation politique et militaire le contraignît à restituer ses Etats au Souverain Pontife et à le libérer.
Le retour de Pie VII à Rome fut un véritable triomphe : lorsque son carrosse arriva aux portes de la ville, le 24 mai 1814, les jeunes gens en dételèrent les chevaux et traînèrent eux-mêmes la voiture au milieu de la foule en liesse !
A peine dix mois plus tard, lorsque le Buonaparte, trahissant une fois de plus sa parole, quitta l’île d’Elbe, son affidé, Murat, roi de Naples, envahit les Etats Pontificaux et Pie VII dut à nouveau prendre la route de l’exil (22 mars 1815). Ces folies prirent heureusement fin avec la victoire de Waterloo, et Pie VII revint définitivement à Rome (7 juillet 1815) : c’est alors qu’il institua la fête de Marie Auxiliatrice, en lui assignant pour date le 24 mai, jour anniversaire de son premier retour à Rome.

24 mai 1814

L’entrée triomphale de Pie VII à Rome le 24 mai 1814

   En notre Mesnil-Marie, cette belle fête, qui rappelle combien la Très Sainte Vierge Marie est présente et agissante pour soutenir et fortifier ses fidèles dans les épreuves et persécutions d’ici-bas, est en outre associée à un bel anniversaire : c’est en effet le 24 mai 2011, que, à l’occasion de la visite d’un prêtre ami, la Sainte Messe a été célébrée pour la première fois dans notre oratoire.

   J’ai retrouvé une photo de l’autel, prise par Frère Maximilien-Marie juste avant le début de cette Messe du 24 mai 2011 en l’honneur de Marie Auxiliatrice :

24 mai 2011 - 1ère messe célébrée au Mesnil-Marie

L’oratoire du Mesnil-Marie le 24 mai 2011.

   C’est l’occasion d’établir une comparaison avec une autre photo de notre oratoire prise en ce 24 mai 2016 : vous pourrez apprécier les progrès réalisés dans son aménagement.

   Nous n’avions alors que le petit autel provenant de l’oratoire du noviciat de la Visitation de Sorgues (monastère qui a fermé en 2010).
Depuis lors, nous avons pu installer l’autel en noyer donné par une Mère Abbesse de Clarisses, qui a toujours soutenu et encouragé Frère Maximilien-Marie ; lui fabriquer un marchepied ; installer un éclairage électrique ; acheter des tapis ; changer la courtine placée en arrière de l’autel ; mettre en place des bancs ; disposer le gisant de Sainte Philomène sur le côté… etc. jusqu’à ce que, tout dernièrement, soit achevée l’armoire aux reliques.
Tous ces aménagements, patients et minutieux, réalisés la plupart du temps par notre Frère tout seul (et quelques rares fois aidé par des amis), ont été possibles grâce aux dons providentiels et à la générosité de nos amis et bienfaiteurs !

24 mai 2016 - oratoire du Mesnil-Marie

L’oratoire du Mesnil-Marie le 24 mai 2016.

   Que de motifs d’actions de grâces donc en ce beau jour !

   Merci à tous nos amis fidèles et à nos bienfaiteurs ; merci aux prêtres qui nous honorent de leur confiance et de leur amitié (et aujourd’hui d’une manière toute spécialement à l’abbé qui est venu le premier en ce 24 mai 2011 pour offrir ici le Saint Sacrifice de la Messe) ; merci à notre Sainte Mère du Ciel, notre protectrice et notre secours, notre Auxiliatrice en tous temps ; et merci par dessus tout à Dieu – cujus Providentia in sui dispositione non fallitur : dont la Providence ne se trompe pas dans ses dispositions (oraison du 7e dimanche après la Pentecôte, que frère Maximilien-Marie aime particulièrement et répète souvent) – auquel soit honneur et gloire à jamais !

Lully.

Monogramme Marie 2

Et pour continuer à nous aider > ici

2016-34. Où le Maître-Chat publie le témoignage d’une amie qui se trouvait à Andria ce Vendredi-Saint 25 mars 2016, lors du miracle de la Sainte Epine.

       Andria est une cité épiscopale des Pouilles (sud de l’Italie), dont la cathédrale, depuis le XIVe siècle, conserve précieusement une épine détachée de la sainte couronne de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

   Cette épine fut offerte au chapitre cathédral en 1308 par la comtesse Béatrice, fille de Char­les II d’Anjou, roi de Naples et de Jérusalem (Charles II était fils de Charles I d’Anjou qui était lui-même frère du Roi Saint Louis de France qui avait acquis la sainte couronne d’épines en 1239 : Charles 1er d’Anjou avait porté la Sainte Couronne d’Epines avec le Roi son frère lors de la réception de celle-ci – cf. > ici).

   A l’état ordinaire, cette épine est desséchée ; on y aperçoit des taches roussâtres.
Or, quand le Vendredi Saint, coïncide avec le 25 mars - date traditionnellement reçue pour celle de la mort de Notre-Seigneur, et aussi anniversaire de l’Annonciation – , la sainte épine d’Andria présente des phénomènes scientifiquement inexplicables dûment constatés depuis des siècles : les taches sus-mentionnées deviennent rouge sang ; parfois une excroissance sanguinolente s’y manifeste, comme de petits bourgeons.

   Le miracle s’est reproduit en cette année 2016, le Vendredi Saint 25 mars.
Une de nos fidèles amies, qui vit en Italie, s’était rendue à Andria pour l’occasion. Nous lui avons demandé de nous faire le récit de ce dont elle a été témoin.

Sainte Epine d'Andria dans son état ordinaire

La Sainte Epine d’Andria dans son état ordinaire

J’étais à Andria, ce Vendredi Saint 25 mars 2016…

par Marie-Christine Ceruti-Cendrier (note 1)

       « Nous avions, avec un groupe d’amies catholiques, quand nous étions à Lusaka en Zambie, décidé de nous retrouver toutes à Andria.
En effet nous avions entendu parler d’un miracle qui se reproduit chaque fois que le jour de l’Annonciation tombe un Vendredi Saint : c’est à dire quand le début et la fin de la vie terrestre de Jésus, si on exclut les quarante jours après Sa Résurrection, se retrouvent « résumés » dans un seul jour.
Il s’agit d’une épine qui se trouve dans cette ville d’Italie du sud parce qu’une petite nièce de Saint Louis avait épousé un seigneur de cette ville, et nous savons bien que la famille de Saint Louis, si ce n’est lui, a offert toutes les épines qui restaient attachées à cette couronne, si bien qu’on en retrouve (et sans doute même des fausses !) un peu partout.

   Trois de ces épines reçoivent du Seigneur la grâce d’un miracle qui consiste à saigner, ou à changer de couleur, généralement vers le rouge, ou encore à faire éclore un ou plusieurs bourgeons.
Celle d’Andria est la plus fidèle, les autres sont moins régulières à accomplir un miracle (note 2). C’est pourquoi nous avions choisi Andria.

   C’est une petite épine grande comme le petit doigt, qu’il n’est pas facile d’observer de près pour la plupart des très nombreux fidèles qui se pressent pour l’apercevoir, derrière une grille et un reliquaire de verre et de métal précieux.
Heureusement la ville installe ce jour-là deux écrans géants qui permettent de la voir beaucoup mieux, jour et nuit.
Notre petit groupe a eu la chance d’être chaperonné par Monseigneur Girasoli, nonce apostolique à Lusaka, quand nous y habitions : ce qui nous a valu l’honneur d’être invités, nos maris et nous, à nous approcher de cette extraordinaire relique et de nous faire expliquer - 
nous étions le matin – que le miracle semblait avoir débuté puisque l’épine commençait à changer de couleur.
Bouleversées nous étions toutes en pleurs. »

Deux clichés du 25 mars 2016 - début du miracle et après

Deux prises de vue extraites des films réalisés pendant le miracle à Andria
ce Vendredi Saint 25 mars 2016 :
à gauche, il est 16 h 10, les taches rougeâtres et le bourgeonnement apparaissent
à droite, il est 18 h 10, le miracle s’achève et l’épine reprend son aspect habituel

   « Le miracle à proprement parler n’a eu lieu qu’entre 16 h 10 et 17 h 10, et bien que nous soyons retournées plusieurs fois faire la queue à la basilique nous n’avons plus vu l’épine que de loin.
En revanche nous avons bien vu à la télévision – qui filmait en continu ce qui se passait à l’intérieur de l’église – les bourgeons qui étaient apparus.

   Ainsi donc, encore une fois, le Seigneur a voulu faire ce cadeau à ceux qui L’aiment – et ils sont nombreux dans les Pouilles où toute la population des villes participe aux processions de la Semaine Sainte.

   Ne le voient, ce miracle, que ceux qui le veulent bien, mais il les touche au cœur.
Il n’aura plus lieu avant 2157 ; c’est pourquoi sans doute Dieu a permis qu’il ait lieu cette année à la fois à Bari, à Bergame et à Andria.
Prions qu’Il fasse pour notre siècle et le prochain beaucoup de miracles pour nous garder et nous fortifier dans la foi. »

Note 1 : Marie-Christine Ceruti-Cendrier est l’auteur de « Les Evangiles sont des reportages n’en déplaise à certains » (ed. Téqui 1997, réédité en 2005) et de « Les vrais rationalistes sont les chrétiens » (ed. DMM 2012), ouvrage dont nous avions parlé > ici. Depuis l’automne 2015, elle est présidente de l’Association Jean Carmignac : c’est elle qui a traduit de l’italien le témoignage de Vittorio Messori sur l’abbé Carmignac que nous avons publié > ici.

Note 2 : Comme cela sera indiqué en fin de texte, les saintes épines conservées à Bergame et à Bari, ont elles aussi présenté des phénomènes miraculeux du même ordre le Vendredi Saint 25 mars de cette année 2016.

observation du miracle par les autorités religieuses et les scientifiques

Les autorités religieuses et des scientifiques observent le miracle

       Alors qu’en France le miracle de la Sainte Epine d’Andria a été fort peu signalé, on peut trouver, sur des sites italiens des comptes-rendus et de nombreuses photographies, en particulier > ici (17 photos).

2016-33. Discours de Sa Sainteté le Pape Pie XII à l’occasion de la canonisation de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

- 28 avril -

Anniversaire de la mort
de

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort

Chapelet

        A l’occasion de l’anniversaire de la mort de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, survenue le 28 avril 1716, date qui est devenue le jour de sa fête liturgique, nous pouvons relire et méditer le discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie XII à l’adresse des pèlerins présents à Rome à l’occasion de la canonisation du grand missionnaire des provinces de l’Ouest de la France, qui avait été célébrée la veille, dimanche 20 juillet 1947 (note : en ce temps-là, le Souverain Pontife ne prêchait pas aux messes de canonisation, mais il s’adressait aux fidèles le lendemain lors d’une audience au cours de laquelle il mettait en lumière les exemples du nouveau saint).

Statue de Saint Louis-Marie basilique vaticane

Statue de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
dans la basilique vaticane.

Chapelet

Discours de
Sa Sainteté le Pape Pie XII
à l’adresse des pèlerins présents à Rome

à l’occasion de la canonisation de
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort

- 21 juillet 1947 -

   Soyez les bienvenus, chers fils et chères filles, accourus en grand nombre pour assister à la glorification de Louis-Marie Grignion de Montfort, l’humble prêtre breton du siècle de Louis XIV, dont la courte vie, étonnamment laborieuse et féconde, mais singulièrement tourmentée, incomprise des uns, exaltée par les autres, l’a posé devant le monde « en signe de contradiction », « in signum, cui contradicetur » (Luc II, 34). Réformant, sans y penser, l’appréciation des contemporains, la postérité l’a rendu populaire, mais, par dessus encore le verdict des hommes, l’autorité suprême de l’Église vient de lui décerner les honneurs des saints.

   Salut d’abord à vous, pèlerins de Bretagne et du littoral de l’Océan. Vous le revendiquez comme vôtre et il est vôtre en effet. Breton par sa naissance et par l’éducation de son adolescence, il est resté breton de cœur et de tempérament à Paris, dans le Poitou et en Vendée ; il le restera partout et jusqu’au bout, même dans ses cantiques de missionnaire, où par une pieuse industrie, — qui réussirait peut-être moins heureusement à une époque plus critique et volontiers gouailleuse, il adaptait des paroles religieuses aux airs populaires de son pays. Breton, il l’est par sa piété, sa vie très intérieure, sa sensibilité très vive, qu’une délicate réserve, non exempte de quelques scrupules de conscience, faisait prendre par des jeunes gens primesautiers, et par quelques-uns même de ses Supérieurs, pour gaucherie et singularité. Breton, il l’est par sa droiture inflexible, sa rude franchise, que certains esprits, plus complaisants, plus assouplis, trouvaient exagérée et taxaient avec humeur d’absolutisme et d’intransigeance.

   C’est en l’épiant malicieusement à son insu, en le voyant et en l’entendant traiter avec les petits et les pauvres, enseigner les humbles et les ignorants, que plus d’un découvrit avec surprise, sous l’écorce un peu rugueuse d’une nature qu’il mortifiait et qu’il forgeait héroïquement, les trésors d’une riche intelligence, d’une inépuisable charité, d’une bonté délicate et tendre.

   On a cru parfois pouvoir l’opposer à saint François de Sales, prouvant ainsi qu’on ne connaissait guère que superficiellement l’un et l’autre. Différents, certes, ils le sont, et voilà bien de quoi dissiper le préjugé qui porte à voir dans tous les saints autant d’exemplaires identiques d’un type de vertu, tous coulés dans un même moule ! Mais on semble ignorer complètement la lutte, par laquelle François de Sales avait adouci son caractère naturellement aigre, et l’exquise douceur avec laquelle Louis-Marie secourait et instruisait les humbles. D’ailleurs, l’amabilité enjouée de l’évêque de Genève ne l’a pas plus que l’austérité du missionnaire breton, mis à l’abri de la haine et des persécutions de la part des calvinistes et des jansénistes et, d’autre part, la rudesse fougueuse de l’un, aussi bien que la patience de l’autre au service de l’Église leur ont valu à tous les deux l’admiration et la dévotion des fidèles.

   La caractéristique propre de Louis-Marie, et par où il est authentique breton, c’est sa ténacité persévérante à poursuivre le saint idéal, l’unique idéal de toute sa vie : gagner les hommes pour les donner à Dieu. À la poursuite de cet idéal, il a fait concourir toutes les ressources qu’il tenait de la nature et de la grâce, si bien qu’il fut en vérité sur tous les terrains — et avec quel succès ! — l’apôtre par excellence du Poitou, de la Bretagne et de la Vendée ; on a pu même écrire naguère, sans exagération, que « la Vendée de 1793 était l’œuvre de ses mains ».

   Salut à vous, prêtres de tous les rangs et de tous les ministères de la hiérarchie ecclésiastique, qui portez tous sur le cœur ce souci, cette angoisse, cette « tribulation », dont parle saint Paul (2 Cor. I, 8) et qui est aujourd’hui, presque partout, le partage des prêtres dignes de leur beau nom de pasteurs d’âmes. Votre regard, comme celui de milliers de vos frères dans le sacerdoce, se lève avec fierté vers le nouveau saint et puise en son exemple confiance et entrain. Par la haute conscience qu’il avait de sa vocation sacerdotale et par son héroïque fidélité à y correspondre, il a fait voir au monde le vrai type — souvent si peu et si mal connu — du prêtre de Jésus Christ et ce qu’un tel prêtre est capable de réaliser pour la pure gloire de Dieu et pour le salut des âmes, pour le salut même de la société, dès lors qu’il y consacre sa vie tout entière, sans réserve, sans condition, sans ménagement, dans le plein esprit de l’Évangile. Regardez-le, ne vous laissez pas impressionner par des dehors peu flatteurs : il possède la seule beauté qui compte, la beauté d’une âme illuminée, embrasée par la charité ; il est pour vous un modèle éminent de vertu et de vie sacerdotale.

   Salut à vous, membres des familles religieuses, dont Louis-Marie Grignion de Montfort a été le Fondateur et le Père. Vous n’étiez, de son vivant et lors de sa mort prématurée, qu’un imperceptible grain de froment, mais caché dans son cœur comme au sein d’une terre fertile, mais gonflé du suc nourricier de sa surhumaine abnégation, de ses mérites surabondants, de son exubérante sainteté. Et voici que la semence a germé, grandi, qu’elle s’est développée et propagée au loin, sans que le vent de la révolution l’ait desséchée, sans que les persécutions violentes ou les tracasseries légales aient pu l’étouffer.

   Chers fils et chères filles, restez fidèles au précieux héritage que vous a légué ce grand saint ! Héritage magnifique, digne que vous continuiez, comme vous l’avez fait jusqu’à présent, à y dévouer, à y sacrifier sans compter vos forces et votre vie ! Montrez-vous les héritiers de son amour si tendre pour les humbles du plus petit peuple, de sa charité pour les pauvres, vous souvenant qu’il s’arrachait le pain de la bouche pour les nourrir, qu’il se dépouillait de ses vêtements pour couvrir leur nudité, les héritiers de sa sollicitude pour les enfants, privilégiés de son cœur, comme ils l’étaient du cœur de Jésus.

   La charité ! voilà le grand, disons le seul secret des résultats surprenants de la vie si courte, si multiple et si mouvementée de Louis-Marie Grignion de Montfort : la charité ! voilà pour vous aussi, soyez-en intimement persuadés, la force, la lumière, la bénédiction de votre existence et de toute votre activité.

   Salut enfin à vous aussi, pèlerins accourus de divers pays et apparemment bien différents entre vous, mais dont l’amour envers Marie fait l’unité, parce que, tous, vous voyez en celui que vous êtes venus honorer le guide qui vous amène à Marie et de Marie à Jésus. Tous les saints, assurément, ont été grands serviteurs de Marie et tous lui ont conduit les âmes ; il est incontestablement un de ceux qui ont travaillé le plus ardemment et le plus efficacement à la faire aimer et servir.

   La Croix de Jésus, la Mère de Jésus, les deux pôles de sa vie personnelle et de son apostolat. Et voilà comment cette vie, en sa brièveté, fut pleine, comment cet apostolat, exercé en Vendée, en Poitou, en Bretagne durant à peine une douzaine d’années, se perpétue depuis déjà plus de deux siècles et s’étend sur bien des régions. C’est que la Sagesse, cette Sagesse à la conduite de laquelle il s’était livré, a fait fructifier ses labeurs, a couronné ses travaux que la mort n’avait qu’apparemment interrompus : « complevit labores illius » (Sag. X, 10). L’œuvre est toute de Dieu, mais elle porte aussi sur elle l’empreinte de celui qui en fut le fidèle coopérateur. Ce n’est que justice de la discerner.

   Notre œil, presque ébloui par la splendeur de la lumière qui émane de la figure de notre Saint, a besoin, pour ainsi dire, d’en analyser le rayonnement. Il se pose d’abord sur les dons naturels, plus extérieurs, et il a la surprise de constater que la nature n’avait pas été vis-à-vis de lui aussi avare qu’il a pu sembler à première vue. Louis-Marie n’offrait pas, c’est vrai, le charme de traits agréables qui conquièrent soudain la sympathie, mais il jouissait — avantages en réalité bien plus appréciables — d’une vigueur corporelle qui lui permettait de supporter de grandes fatigues dans son ministère de missionnaire et de se livrer quand même à de rudes et très rudes pénitences. Sans s’amuser à éblouir son auditoire par les faciles artifices du bel esprit, par les fantasmagories d’une élégance recherchée et subtile, il savait mettre à la portée des plus simples le trésor d’une théologie solide et profonde — en quoi il excellait — et qu’il monnayait de manière à éclairer et convaincre les intelligences, à émouvoir les cœurs, à secouer les volontés avec une force de persuasion qui aboutissait aux courageuses et efficaces résolutions. Grâce à son tact, à la finesse de sa psychologie, il pouvait choisir et doser ce qui convenait à chacun, et s’il avait, par abnégation et pour être plus entièrement aux études et à la piété, renoncé aux beaux-arts, pour lesquels il avait beaucoup de goût et de remarquables dispositions, il avait gardé les richesses d’imagination et de sensibilité, dont son âme d’artiste savait user pour produire dans les esprits l’image du modèle divin. Toutes qualités humaines, sans doute, mais dont il s’aidait pour conduire les pécheurs au repentir, les justes à la sainteté, les errants à la vérité, conquérant à l’amour du Christ les cœurs desséchés par le souffle glacé et aride de l’égoïsme.

   Incomparablement plus que sa propre activité humaine, il mettait en jeu le concours divin qu’il attirait par sa vie de prière. Toujours en mouvement, toujours en contact avec les hommes, il était en même temps toujours recueilli, toujours livré à l’intimité divine, luttant, pour ainsi dire, contre la justice sévère de Dieu pour obtenir de sa miséricorde les grâces victorieuses de l’obstination des plus endurcis ; il semblait, comme le patriarche en lutte contre l’ange, répéter sans cesse la prière irrésistible : « Je ne vous laisserai point que vous ne m’ayez béni » (Gen. XXXII, 27).

   Il n’ignorait pas non plus que, sans la pénitence, l’abnégation, la mortification continuelle, la prière toute seule ne suffit pas à vaincre l’esprit du mal : « in oratione et ieiunio » (Marc IX, 29). Et notre missionnaire joignait aux fatigues des plus intrépides apôtres les saintes cruautés des plus austères ascètes. N’a-t-il pas observé presque à la lettre la consigne donnée par le Maître à ses envoyés : « N’emportez rien pour la voyage, ni bâton, ni pain, ni sac, ni argent, et n’ayez point deux tuniques » (Luc IX, 3) ? La seule soutane, usée et rapiécée, qu’il portait sur lui était si pauvre, que les mendiants qui le rencontraient se croyaient en devoir de l’assister de leurs aumônes.

   Crucifié lui même, il était en droit de prêcher avec autorité le Christ crucifié (cf. 1 Cor. I, 23). Partout, envers et contre tous, il érigeait des Calvaires et il les réédifiait avec une indéfectible patience, lorsque l’esprit du siècle, inimicus crucis Christi (cf. Phil. III, 18), les avait fait abattre. Il traçait moins un programme de vie qu’il ne peignait son propre portrait dans sa lettre « aux Amis de la Croix» : « Un homme choisi de Dieu entre dix mille qui vivent selon les sens et la seule raison, pour être un homme tout divin, élevé au-dessus de la raison et tout opposé aux sens, par une vie et lumière de pure foi et un amour ardent pour la Croix ».

   Le grand ressort de tout son ministère apostolique, son grand secret pour attirer les âmes et les donner à Jésus, c’est la dévotion à Marie. Sur elle il fonde toute son action : en elle est toute son assurance, et il ne pouvait trouver arme plus efficace à son époque. À l’austérité sans joie, à la sombre terreur, à l’orgueilleuse dépression du jansénisme, il oppose l’amour filial, confiant, ardent, expansif et effectif du dévot serviteur de Marie, envers celle qui est le refuge des pécheurs, la Mère de la divine Grâce, notre vie, notre douceur, notre espérance. Notre avocate aussi ; avocate qui placée entre Dieu et le pécheur est toute occupée à invoquer la clémence du juge pour fléchir sa justice, à toucher le cœur du coupable pour vaincre son obstination. Dans sa conviction et son expérience de ce rôle de Marie, le missionnaire déclarait avec sa pittoresque simplicité que « jamais pécheur ne lui a résisté, une fois qu’il lui a mis la main au collet avec son rosaire ».

   Encore faut-il qu’il s’agisse d’une dévotion sincère et loyale. Et l’auteur du « Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge » distingue en traits précis celle-ci d’une fausse dévotion plus ou moins superstitieuse, qui s’autoriserait de quelques pratiques extérieures ou de quelques sentiments superficiels pour vivre à sa guise et demeurer dans le péché comptant sur une grâce miraculeuse de la dernière heure.

   La vraie dévotion, celle de la tradition, celle de l’Église, celle, dirions-Nous, du bon sens chrétien et catholique, tend essentiellement vers l’union à Jésus, sous la conduite de Marie. Forme et pratique de cette dévotion peuvent varier suivant les temps, les lieux, les inclinations personnelles. Dans les limites de la doctrine saine et sûre, de l’orthodoxie et de la dignité du culte, l’Église laisse à ses enfants une juste marge de liberté. Elle a d’ailleurs conscience que la vraie et parfaite dévotion envers la Sainte Vierge n’est point tellement liée à ces modalités qu’aucune d’elles puisse en revendiquer le monopole.

   Et voilà pourquoi, chers fils et chères filles, Nous souhaitons ardemment que, par dessus les manifestations variées de la piété envers la Mère de Dieu, Mère des hommes, vous puisiez tous, dans le trésor des écrits et des exemples de notre saint, ce qui a fait le fond de sa dévotion mariale : sa ferme conviction de la très puissante intercession de Marie, sa volonté résolue d’imiter autant que possible les vertus de la Vierge des vierges, l’ardeur véhémente de son amour pour elle et pour Jésus.

   Avec l’intime confiance que la Reine des cœurs vous obtiendra de l’Auteur de tout bien cette triple faveur, Nous vous donnons en gage, à vous, à tous ceux qui vous sont chers, à tous ceux qui se recommandent du patronage de saint Louis-Marie Grignion de Montfort et qui l’invoquent en union avec vous, Notre Bénédiction apostolique.

Pius pp. XII

Armoiries de Pie XII

Gisant de Saint Louis-Marie à Saint Laurent sur Sèvre

Gisant de cire de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
Maison-mère des Filles de la Sagesse, à Saint-Laurent-sur-Sèvre

« Je mets ma confiance », cantique du Père de Montfort > ici
Prières et litanies à Saint Louis-Marie Grignion de Montfort > ici

Chapelet

2016-31. Des trésors versaillais dans la sacristie d’un village piémontais ?

Armes de France gif

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

   Connaissez-vous Craveggia ?
Non ?
Moi non plus, je ne savais rien de ce village jusqu’à ce qu’un chat piémontais de mes amis me fasse parvenir un article du journal italien « La Stampa » (article disponible en italien dans sa version numérique > ici).
Cet article a retenu toute mon attention, et je l’ai porté à la connaissance de Frère Maximilien-Marie qui, s’il n’avait pas été assis et bien calé dans son fauteuil, serait probablement tombé à la renverse tant il en a été ému…

   De quoi s’agit-il donc ?
Commençons dans l’ordre.

   Craveggia est un village italien, dont la population est aujourd’hui inférieure à 800 habitants ; sis dans la vallée de Viggezzo, il appartient à la province de Verbano-Cusio-Ossola, dans le Piémont italien.
Craveggia est un village très pittoresque avec ses toitures traditionnelles en gneiss. 
Son église principale, dédiée aux Saints Jacques et Christophe (chiesa dei Santi Giacomo e Cristoforo), est un bel édifice du XVIIIe siècle : elle a été consacrée en 1770 et renferme de nombreuses oeuvres d’art.

Craveggia dans  la vallée de Viggezzo

Dans la vallée de Viggezzo, le village de Craveggia avec ses toitures traditionnelles en gneiss,
dominées par le clocher de l’église des Saints Jacques et Christophe.

   Mais l’église des Saints Jacques et Christophe de Craveggia est aussi connue au-delà des Alpes pour son trésor.
Un trésor composé de nombreuses pièces liturgiques : vases sacrés, tableaux, reliquaires, parements d’autel, ornements sacerdotaux, statues… etc.
Or plusieurs pièces de ce trésor intéressent au plus haut point les Français, surtout s’ils sont passionnés d’histoire, encore plus s’ils ont gardé l’amour de leur monarchie sacrée, et davantage encore s’ils entretiennent et font vivre la pieuse mémoire de leurs souverains.

   C’est qu’en effet, la sacristie de Craveggia revendique de posséder plusieurs pièces et ornements liturgiques qui proviendraient – excusez du peu ! – de la chapelle royale de Versailles.
C’est cela qui a failli faire tomber à la renverse Frère Maximilien-Marie.

   L’arrivée de ces pièces exceptionnelles est liée à l’histoire des émigrés de cette vallée du Piémont.
La légende rapporte qu’un jeune ramoneur originaire de la vallée de Viggezzo, qui travaillait dans les cheminées du palais du Louvre en 1612, découvrit un complot visant le jeune Louis XIII ; sa loyauté permit d’éventer la conjuration et valut, en contrepartie, une protection particulière des Bourbons sur les émigrés de la province d’Ossola venus travailler à Paris, et des conditions privilégiées pour leurs activités commerciales (ramoneurs, négociants de bois, parfumeurs… etc.).
Certains, venus pauvres du Piémont, se firent en France, à Paris ou à Versailles, des situations honorables, voire s’enrichirent, et, quoique éloignés géographiquement de leur pays d’origine, lui restaient proches par le coeur et par l’attachement à l’église de leur village : l’église des Saints Jacques et Christophe doit une bonne partie de sa splendeur à la pieuse et généreuse reconnaissance des ressortissants de Craveggia établis au loin.

   La famille Mellerio – nom qui fut ensuite francisé en Meller – est originaire de Craveggia : venus en France comme colporteurs et marchands de rue en 1515, les Mellerio obtinrent de la Reine-régente Marie de Médicis, en 1613, le privilège d’exercer librement leurs activités de colporteurs sur toute l’étendue du Royaume de France sans être soumis aux statuts corporatifs.
Selon la tradition familiale, en 1777 le jeune Jean-Baptiste Mellerio avait placé son étal devant le château de Versailles, et l’attention de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette aurait été attirée par le petit coffre, en forme de marmotte, dans lequel l’adolescent présentait sa marchandise (petit coffre toujours précieusement gardé par les descendants) et lui aurait acheté quelques bijoux : « Le lien privilégié qui unit Mellerio à la plus charmante et la plus majestueuse des reines se tisse en 1777. Cette année-là, Jean-Baptiste Mellerio, petit orfèvre-joaillier italien de douze ans s’est installé avec quelques marchandises devant les grilles du château de Versailles. La Reine Marie-Antoinette, revenant de sa promenade, remarque ce singulier marchand et donne ordre à sa suite d’aller regarder ce qu’il propose. La table est arrangée avec soin et Jean-Baptiste fait valoir ses bijoux avec tant de persuasion que la dame d’honneur est séduite et acquiert quelques pièces. Rapidement, le jeune homme intéresse, se fait connaître, exécute avec promptitude et intelligence les petites commandes qu’on lui passe, et devient bientôt fournisseur de la Reine », affirment les archives familiales.
Les Mellerio feront fortune au XIXe siècle et deviendront les fournisseurs attitrés des cours successives. Joailliers des têtes couronnées, ils seront
 aussi les créateurs d’ornements prestigieux pour nos sanctuaires les plus illustres (couronnes des statues de l’archange Saint Michel, de Notre-Dame de Fourvière ou de Notre-Dame de Lourdes, orfévrerie sacrée pour la basilique de Montmartre…).

   Une autre famille originaire de Craveggia, la famille Gallanty, est celle qui, au moment de la sinistre révolution, prétend avoir pu acquérir – et donc sauver de la destruction – le drap funèbre du Roi Soleil : en velours noir, brodé d’or et d’argent, orné de six médaillons en tapisseries des Gobelins représentant des scènes de la Passion et de la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Drap funèbre de Louis XIV dans la sacristie de Craveggia

Dans l’un des tiroirs de la sacristie de Craveggia, le drap funèbre de Louis XIV.

   D’après l’article de « La Stampa » les archives paroissiales, encore largement inexplorées, outre le certificat d’achat qui, lui, est bien connu et authentifié, conserveraient d’autres documents sur la manière dont les Gallanty se seraient portés acquéreurs de ce trésor et l’auraient fait parvenir à Craveggia.
Des historiens de l’art et des spécialistes des tissus confirmeraient l’authenticié de cette pièce exceptionnelle, tandis que d’autres – disons-le aussi – émettent des doutes sur cette histoire.

Détail du drap funèbre de Louis XIV

Détail du drap funèbre de Louis XIV : l’un des médaillons en tapisserie des Gobelins.

   Sans pouvoir tout détailler des pièces remarquables que renferme le trésor de Craveggia, et des objets précieux de la chapelle royale de Versailles sauvés de la profanation et de la destruction, il y en a toutefois une pour laquelle je veux faire une mention particulière.

   Il s’agit d’un ornement réalisé dans un somptueux tissu de soie blanche brodé de fleurs, dont la tradition locale nous affirme qu’il aurait été confectionné dans le vêtement de mariage de Sa Majesté la Reine Marie-Antoinette : originellement long d’une vingtaine de mètres, ce manteau à traîne aurait été sauvagement tailladé par les stupides révolutionnaires ; les morceaux, pieusement récupérés par les émigrés de Craveggia et offerts à leur paroisse d’origine, auraient donc été réutilisés pour réaliser cet ensemble liturgique…

Ornements liturgiques de la sacristie de Craveggia

Ornement liturgique réputé confectionné à partir du manteau de mariage de la Reine Marie-Antoinette.

   Je connais plus d’un prêtre qui serait heureux de célébrer la Sainte Messe avec de tels ornements, non seulement pour leur beauté, mais surtout pour leur valeur historique et leur qualité de quasi reliques !

   Pour moi – et je sais que c’est aussi le cas de mon papa-moine - j’ai été véritablement consolé d’apprendre que dans la sacristie d’un petit village d’une vallée reculée du Piémont, on conserverait avec soin et vénération des pièces inestimables réputées venir de Versailles, et que la silencieuse reconnaissance des familles de Craveggia libéralement accueillies par les Bourbons auraient préservées du grand naufrage révolutionnaire.

pattes de chatLully.

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