Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2011-23. «Ensevelis avec le Christ lors du Baptême, vous êtes aussi ressuscités avec Lui» (cf. Coloss. II, 12)

Message de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI

adressé à tous les fidèles à l’occasion du Carême de l’an de grâce 2011.

Benoît XVI

Chers Frères et Sœurs,

Le Carême, qui nous conduit à la célébration de la Pâque très Sainte, constitue pour l’Eglise un temps liturgique vraiment précieux et important. Aussi est-ce avec plaisir que je vous adresse ce message, afin que ce Carême puisse être vécu avec toute l’ardeur nécessaire. Dans l’attente de la rencontre définitive avec son Epoux lors de la Pâque éternelle, la Communauté ecclésiale intensifie son chemin de purification dans l’esprit, par une prière assidue et une charité active, afin de puiser avec plus d’abondance, dans le Mystère de la Rédemption, la vie nouvelle qui est dans le Christ Seigneur (cf. Première préface de Carême).

1. Cette vie nous a déjà été transmise le jour de notre Baptême lorsque, «devenus participants de la mort et de la résurrection du Christ», nous avons commencé «l’aventure joyeuse et exaltante du disciple» (Benoît XVI, homélie prononcée pour la fête du Baptême de Notre-Seigneur, 10 janvier 2010). Dans ses épîtres, Saint Paul insiste à plusieurs reprises sur la communion toute particulière avec le Fils de Dieu, qui se réalise au moment de l’immersion dans les eaux baptismales. Le fait que le Baptême soit reçu le plus souvent en bas-âge, nous indique clairement qu’il est un don de Dieu : nul ne mérite la vie éternelle par ses propres forces. La miséricorde de Dieu, qui efface le péché et nous donne de vivre notre existence avec «les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus» (Phil. II,5), est communiquée à l’homme gratuitement.

Dans sa lettre aux Philippiens, l’Apôtre des Gentils nous éclaire sur le sens de la transformation qui s’effectue par la participation à la mort et à la résurrection du Christ, en nous indiquant le but poursuivi: «le connaître lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts» (Phil. III, 10-11). Le Baptême n’est donc pas un rite du passé, il est la rencontre avec le Christ qui donne forme à l’existence toute entière du baptisé, lui transmet la vie divine et l’appelle à une conversion sincère, mue et soutenue par la Grâce, lui permettant ainsi de parvenir à la stature adulte du Christ.

Un lien spécifique unit le Baptême au Carême en tant que période favorable pour expérimenter la grâce qui sauve. Les Pères du concile Vatican II ont lancé un appel à tous les pasteurs de l’Eglise pour que soient «employés plus abondamment les éléments baptismaux de la liturgie quadragésimale» (constitution « Sacrosanctum Concilium », 109). En effet, dès ses origines, l’Eglise a uni la Veillée Pascale et la célébration du Baptême : dans ce sacrement s’accomplit le grand Mystère où l’homme meurt au péché, devient participant de la vie nouvelle dans le Christ ressuscité, et reçoit ce même Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts (cf. Rom. VIII,11). Ce don gratuit doit être constamment ravivé en chacun de nous, et le Carême nous offre un parcours analogue à celui du catéchuménat qui, pour les chrétiens de l’Eglise primitive comme pour ceux d’aujourd’hui, est un lieu d’apprentissage indispensable de foi et de vie chrétienne : ils vivent vraiment leur Baptême comme un acte décisif pour toute leur existence.

2. Pour emprunter sérieusement le chemin vers Pâques et nous préparer à célébrer la Résurrection du Seigneur – qui est la fête la plus joyeuse et solennelle de l’année liturgique –, qu’est-ce qui pourrait être le plus adapté si ce n’est de nous laisser guider par la Parole de Dieu? C’est pourquoi l’Eglise, à travers les textes évangéliques proclamés lors des dimanches de Carême, nous conduit-elle à une rencontre particulièrement profonde avec le Seigneur, nous faisant parcourir à nouveau les étapes de l’initiation chrétienne : pour les catéchumènes en vue de recevoir le sacrement de la nouvelle naissance ; pour ceux qui sont déjà baptisés, en vue d’opérer de nouveaux pas décisifs à la suite du Christ, dans un don plus plénier.

Le premier dimanche de l’itinéraire quadragésimal éclaire notre condition terrestre. Le combat victorieux de Jésus sur les tentations qui inaugure le temps de sa mission, est un appel à prendre conscience de notre fragilité pour accueillir la Grâce qui nous libère du péché et nous fortifie d’une façon nouvelle dans le Christ, chemin, vérité et vie (cf. Ordo Initiationis Christianae Adultorum, n. 25). C’est une invitation pressante à nous rappeler, à l’exemple du Christ et en union avec lui, que la foi chrétienne implique une lutte contre les «Puissances de ce monde de ténèbres» (Eph. VI,12) où le démon est à l’œuvre et ne cesse, même de nos jours, de tenter tout homme qui veut s’approcher du Seigneur : le Christ sort vainqueur de cette lutte, également pour ouvrir notre cœur à l’espérance et nous conduire à la victoire sur les séductions du mal.

L’évangile de la Transfiguration du Seigneur nous fait contempler la gloire du Christ qui anticipe la résurrection et annonce la divinisation de l’homme. La communauté chrétienne découvre qu’à la suite des apôtres Pierre, Jacques et Jean, elle est conduite «dans un lieu à part, sur une haute montagne» (Matt.XVII,1) afin d’accueillir d’une façon nouvelle, dans le Christ, en tant que fils dans le Fils, le don de la Grâce de Dieu : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le» (Matt. XVII,5). Ces paroles nous invitent à quitter la rumeur du quotidien pour nous plonger dans la présence de Dieu: Il veut nous transmettre chaque jour une Parole qui nous pénètre au plus profond de l’esprit, là où elle discerne le bien et le mal (cf. Hebr. IV,12) et affermit notre volonté de suivre le Seigneur.

«Donne-moi à boire» (Joan. IV,7). Cette demande de Jésus à la Samaritaine, qui nous est rapportée dans la liturgie du troisième dimanche, exprime la passion de Dieu pour tout homme et veut susciter en notre cœur le désir du don de «l’eau jaillissant en vie éternelle» (Joan. IV,14): C’est le don de l’Esprit Saint qui fait des chrétiens de «vrais adorateurs», capables de prier le Père «en esprit et en vérité» (Joan. IV,23). Seule cette eau peut assouvir notre soif de bien, de vérité et de beauté! Seule cette eau, qui nous est donnée par le Fils, peut irriguer les déserts de l’âme inquiète et insatisfaite «tant qu’elle ne repose en Dieu», selon la célèbre expression de saint Augustin.

Le dimanche de l’aveugle-né nous présente le Christ comme la lumière du monde. L’Evangile interpelle chacun de nous : «Crois-tu au Fils de l’homme?» «Oui, je crois Seigneur!» (Joan. IX, 35-38), répond joyeusement l’aveugle-né qui parle au nom de tout croyant. Le miracle de cette guérison est le signe que le Christ, en rendant la vue, veut ouvrir également notre regard intérieur afin que notre foi soit de plus en plus profonde et que nous puissions reconnaître en lui notre unique Sauveur. Le Christ illumine toutes les ténèbres de la vie et donne à l’homme de vivre en «enfant de lumière».

Lorsque l’évangile du cinquième dimanche proclame la résurrection de Lazare, nous nous trouvons face au mystère ultime de notre existence: «Je suis la résurrection et la vie… le crois-tu? » (Joan. XI,25-26). A la suite de Marthe, le temps est venu pour la communauté chrétienne de placer, à nouveau et en conscience, toute son espérance en Jésus de Nazareth : «Oui Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde» (Joan. XI,27). La communion avec le Christ, en cette vie, nous prépare à franchir l’obstacle de la mort pour vivre éternellement en Lui. La foi en la résurrection des morts et l’espérance en la vie éternelle ouvrent notre intelligence au sens ultime de notre existence: Dieu a créé l’homme pour la résurrection et la vie; cette vérité confère une dimension authentique et définitive à l’histoire humaine, à l’existence personnelle, à la vie sociale, à la culture, à la politique, à l’économie. Privé de la lumière de la foi, l’univers entier périt, prisonnier d’un sépulcre sans avenir ni espérance.

Le parcours du Carême trouve son achèvement dans le Triduum Pascal, plus particulièrement dans la Grande Vigile de la Nuit Sainte : en renouvelant les promesses du Baptême, nous proclamons à nouveau que le Christ est le Seigneur de notre vie, de cette vie que Dieu nous a donnée lorsque nous sommes renés «de l’eau et de l’Esprit Saint», et nous réaffirmons notre ferme propos de correspondre à l’action de la Grâce pour être ses disciples.

3. Notre immersion dans la mort et la résurrection du Christ, par le sacrement du Baptême, nous pousse chaque jour à libérer notre cœur du poids des choses matérielles, du lien égoïste avec la «terre», qui nous appauvrit et nous empêche d’être disponibles et accueillants à Dieu et au prochain. Dans le Christ, Dieu s’est révélé Amour (cf. 1 Joan. IV,7-10). La Croix du Christ, le «langage de la Croix» manifeste la puissance salvifique de Dieu (cf. 1 Cor. I,18) qui se donne pour relever l’homme et le conduire au salut : il s’agit de la forme la plus radicale de l’amour (cf. Encyclique « Deus caritas est », 12). Par la pratique traditionnelle du jeûne, de l’aumône et de la prière, signes de notre volonté de conversion, le Carême nous apprend à vivre de façon toujours plus radicale l’amour du Christ. Le jeûne, qui peut avoir des motivations diverses, a pour le chrétien une signification profondément religieuse : en appauvrissant notre table, nous apprenons à vaincre notre égoïsme pour vivre la logique du don et de l’amour ; en acceptant la privation de quelque chose – qui ne soit pas seulement du superflu –, nous apprenons à détourner notre regard de notre «moi» pour découvrir Quelqu’un à côté de nous et reconnaître Dieu sur le visage de tant de nos frères. Pour le chrétien, la pratique du jeûne n’a rien d’intimiste, mais ouvre tellement à Dieu et à la détresse des hommes ; elle fait en sorte que l’amour pour Dieu devienne aussi amour pour le prochain (cf. Marc. XII,31).

Sur notre chemin, nous nous heurtons également à la tentation de la possession, de l’amour de l’argent, qui s’oppose à la primauté de Dieu dans notre vie. L’avidité de la possession engendre la violence, la prévarication et la mort ; c’est pour cela que l’Eglise, spécialement en temps de Carême, appelle à la pratique de l’aumône, c’est à dire au partage. L’idolâtrie des biens, au contraire, non seulement nous sépare des autres mais vide la personne humaine en la laissant malheureuse, en lui mentant et en la trompant sans réaliser ce qu’elle lui promet, puisqu’elle substitue les biens matériels à Dieu, l’unique source de vie. Comment pourrions-nous donc comprendre la bonté paternelle de Dieu si notre cœur est plein de lui-même et de nos projets qui donnent l’illusion de pouvoir assurer notre avenir? La tentation consiste à penser comme le riche de la parabole : «Mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour de nombreuses années…». Nous savons ce que répond le Seigneur: «Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme…» (Luc. XIX,19-20). La pratique de l’aumône nous ramène à la primauté de Dieu et à l’attention envers l’autre, elle nous fait découvrir à nouveau la bonté du Père et recevoir sa miséricorde.

Pendant toute la période du Carême, l’Eglise nous offre avec grande abondance la Parole de Dieu. En la méditant et en l’intériorisant pour l’incarner au quotidien, nous découvrons une forme de prière qui est précieuse et irremplaçable. En effet l’écoute attentive de Dieu qui parle sans cesse à notre cœur, nourrit le chemin de foi que nous avons commencé le jour de notre Baptême. La prière nous permet également d’entrer dans une nouvelle perception du temps : Sans la perspective de l’éternité et de la transcendance, en effet, le temps n’est qu’une cadence qui rythme nos pas vers un horizon sans avenir. En priant, au contraire, nous prenons du temps pour Dieu, pour découvrir que ses «paroles ne passeront pas» (Marc.XIII,31), pour entrer en cette communion intime avec Lui «que personne ne pourra nous enlever» (cf. Joan.XVI,22), qui nous ouvre à l’espérance qui ne déçoit pas, à la vie éternelle.

En résumé, le parcours du Carême, où nous sommes invités à contempler le mystère de la Croix, consiste à nous rendre «conformes au Christ dans sa mort» (Phil. III,10), pour opérer une profonde conversion de notre vie : nous laisser transformer par l’action de l’Esprit Saint, comme saint Paul sur le chemin de Damas ; mener fermement notre existence selon la volonté de Dieu ; nous libérer de notre égoïsme en dépassant l’instinct de domination des autres et en nous ouvrant à la charité du Christ. La période du Carême est un temps favorable pour reconnaître notre fragilité, pour accueillir, à travers une sincère révision de vie, la Grâce rénovatrice du Sacrement de Pénitence et marcher résolument vers le Christ.

Chers Frères et Sœurs, par la rencontre personnelle avec notre Rédempteur et par la pratique du jeûne, de l’aumône et de la prière, le chemin de conversion vers Pâques nous conduit à découvrir d’une façon nouvelle notre Baptême. Accueillons à nouveau, en ce temps de Carême, la Grâce que Dieu nous a donnée au moment de notre Baptême, afin qu’elle illumine et guide toutes nos actions. Ce que ce Sacrement signifie et réalise, nous sommes appelés à le vivre jour après jour, en suivant le Christ avec toujours plus de générosité et d’authenticité. En ce cheminement, nous nous confions à la Vierge Marie qui a enfanté le Verbe de Dieu dans sa foi et dans sa chair, pour nous plonger comme Elle dans la mort et la résurrection de son Fils Jésus et avoir la vie éternelle.

Du Vatican, le 4 novembre 2010

BENEDICTUS PP. XVI

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2011-21. Appel international pour l’intégrité de « Summorum Pontificum ».

Missel romain traditionnel

Un appel urgent est relayé dans le monde entier par plusieurs sites de promotion et de défense de la liturgie latine traditionnelle ; nous reprenons ci-dessous la présentation qui en est faite sur le site de la Schola Sainte Cécile :

Des bruits persistants paraissent suggérer qu’une prochaine instruction romaine pourrait contenir des indications restrictives (ou pourrait contenir des éléments qui laisseraient entendre des interprétations restrictives) au motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007. L’alerte parait suffisamment grave pour qu’une initiative internationale se soit mise en place sur ce site motuproprioappeal.com.

Peut-être ces rumeurs sont-elles infondées. Si l’avenir montre que c’est le cas, au moins aurons-nous marqué à notre Très-Saint Père & à nos pasteurs l’attachement au texte qui nous a été donné le samedi béni du triple 7.

Si vous vous intéressez aux questions liturgiques, que ce soit pour la préservation de l’Usus Antiquior romain ou même plus largement pour la continuité des traditions liturgiques vénérables tant occidentales qu’orientales, nous vous recommandons la signature de ce texte, et vous demandons de participer à la diffusion à tous vos réseaux de cet appel international.

Signer la pétition > www.

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Nota bene : Si vous désirez avoir de plus amples détails sur les rumeurs persistantes qui  fondent et alimentent sérieusement ces inquiétudes, vous pouvez vous reporter au blog de Christophe de Saint-Placide et remonter quotidiennement jusqu’au 15 février dernier pour voir tous les articles circonstanciés sur cette opposition actuelle au motu proprio « Summorum Pontificum » et ses enjeux.

2011-19. Le temps de la Septuagésime.

Le temps de la Septuagésime est une période de trois semaines qui précède l’ouverture du carême.

Le temps de la Septuagésime commence toujours la neuvième semaine avant Pâques et compte trois dimanches qui sont respectivement appelés dimanches de la Septuagésime, de la Sexagésime et de la Quinquagésime.
Ces appellations proviennent du système de comptage en usage dans l’antiquité et désignent la décade dans laquelle tombe chacun de ces dimanches : si en effet l’on divise les neufs semaines qui précèdent Pâques en séries de dix jours, on constate que le premier de ces neuf dimanches tombe dans la septième dizaine, le deuxième dimanche dans la sixième dizaine, le troisième dimanche dans la cinquième dizaine ; de là viennent leurs noms respectifs de dimanches in Septuagesima, in Sexagesima et in Quinquagesima.

Symboliquement, on fait correspondre ces (presque) septante jours aux septante années de la captivité à Babylone.
Dans le symbolisme biblique et liturgique, Babylone représente la cité terrestre corrompue, opposée à Jérusalem, la cité de Dieu.
La captivité à Babylone fut un châtiment : Dieu a permis que son peuple – vaincu et asservi – soit déporté en terre païenne. C’était la conséquence de ses infidélités répétées ; mais ce fut aussi le moyen  radical d’une guérison car le peuple élu ne retomba plus ensuite dans l’idolâtrie.

Juifs emmenés captifs à Babylone

Juifs captifs emmenés à Babylone.

Ainsi nous est rappelée la gravité du péché et ses conséquences dramatiques. Ainsi nous est montrée la nécessité de lutter contre les séductions du mal. Ainsi nous est enseigné à désirer ardemment de quitter la terre de l’exil – le péché -, pour revenir vers la patrie véritable – la grâce divine!

L’existence de la liturgie septuagésimale est attestée au VIème siècle par un lectionnaire conservé à la bibliothèque de l’université de Wurtzbourg : ce manuscrit montre qu’à l’époque de Saint Grégoire le Grand, les épîtres et les évangiles du temps de la Septuagésime étaient ceux que nous avons aujourd’hui encore dans nos missels (pour la forme extraordinaire du rite romain, bien entendu).

Les lectures de ces trois dimanches sont particulièrement importantes : elles ont été choisies avec un très grand soin. Ce choix, leur répartition et leur progression manifestent une pédagogie remarquable tant par le sens que par son équilibre :

a) le dimanche de la Septuagésime nous fait entendre une épître fameuse rappelant la nécessité du combat spirituel (1 Cor. IX, 24-27; X, 1-5), tandis que l’Evangile nous fait méditer sur les ouvriers de la onzième heure (Matth. XX, 1-16) : de la sorte l’Eglise nous rappelle dans un même temps que nous avons à combattre avec une véritable pugnacité pour accéder au salut, mais que ce dernier sera toujours un don gratuit de Dieu, et qu’aucun homme ne pourra l’attribuer à ses mérites personnels.

b) dans l’épître du dimanche de la Sexagésime (2 Cor. XI, 19-33 ; XII, 1-9), nous entendons Saint Paul faire le résumé de toutes les épreuves qu’il a endurées mais au terme de cette énumération retentit cette sublime assurance : « Ma grâce te suffit, car Ma puissance s’accomplit dans la faiblesse ». L’Evangile de ce jour (Luc. VIII, 4-15) est celui de la parabole de la semence qui tombe en des sols variés avec l’explication donnée par Notre-Seigneur Lui-même : les hommes n’accueillent pas tous la Parole salvifique de Dieu de la même manière, ils ne sont pas égaux dans la façon dont ils lui font porter du fruit. Ces deux textes mis en parallèle nous redisent que si la toute puissante grâce de Dieu peut faire en nous des choses qui sont bien au-delà des capacités réelles de notre nature, nous ne sommes cependant pas dispensés de l’effort pour amender le terrain de notre âme si nous voulons que cette grâce y produise la plénitude de ses fruits.

c) au dimanche de la Quinquagésime, est proclamé l’hymne à la charité (1 Cor. XIII, 1-13) ; puis dans l’Evangile (Luc. XVIII, 31-43) Jésus fait l’annonce solennelle de Sa Passion et de Sa Résurrection – « Voici que nous montons à Jérusalem » – avant de guérir l’aveugle de Jéricho. Par là, l’Eglise nous engage à crier comme cet aveugle : « Fils de David, aie pitié de moi! » afin que soit guérie la cécité de nos coeurs, et pour que nous nous engagions résolument, en pleine liberté et intelligence (pas comme les apôtres dont cet Evangile nous dit qu’ils ne comprirent rien aux paroles de Jésus), dans les pas du Sauveur qui va accomplir le mystère pascal : or ce ne sont pas des déterminations, des qualités ou des prouesses humaines qui nous permettront de le faire, mais la seule charité surnaturelle.

On a pu dire du temps de la Septuagésime qu’il est le « vestibule du carême » : en effet, ces trois dimanches sont comme trois paliers qui nous conduisent, par une gradation très étudiée, jusqu’au seuil du grand temps liturgique où seront dispensées en abondance les grâces de la pénitence, de la conversion, de l’intériorité, de l’approfondissement de notre vie chrétienne et du salut…

Cet « avant-carême » nous prédispose donc non seulement à y entrer mais surtout à y bien entrer. Ce n’est pas au matin du mercredi des cendres que nous devrons tout à coup nous mettre à penser aux efforts de conversion et de pénitence qui nous sont les plus nécessaires ; ce n’est pas le jour de l’entrée en carême que, de manière impromptue, nous devrons réfléchir à l’ascèse qui devra être la nôtre pendant ce temps et en déterminer les résolutions! Procéder ainsi serait le meilleur moyen de rater notre carême. Et voilà pourquoi l’Eglise – en Mère réaliste et en excellente pédagogue – a institué ce temps de la Septuagésime.

En nous mettant en face des enjeux de notre vie et de nos responsabilités,  le temps de la Septuagésime nous invite à une réflexion – raisonnable, méthodique et posée – sur la stratégie qui s’impose à chacun de nous pour faire progresser notre propre conversion à l’amour divin en vérité, en profondeur et avec efficacité.

Chasuble violette du Mesnil-Marie (détail)

Motif central d’une chasuble violette du Mesnil-Marie.

Pendant le temps de la Septuagésime il n’y a pas encore d’obligation du jeûne, mais déjà les ornements sont violets ; les chants joyeux (Gloria in excelsis et Alleluia) sont supprimés. Aux Messes de semaine, seul le graduel est récité ; le dimanche et les jours de fête, il est suivi d’un trait qui remplace l’Alleluia. Aux Messes solennelles du temps, le diacre et le sous-diacre portent encore la dalmatique et la tunique, et l’on peut toucher l’orgue. Avant le code des rubriques de 1960, qui a aboli cet usage, le « Benedicamus Domino » remplaçait l’ « Ite, missa est » à toutes les Messes de férie.

À l’Office divin, l’Alleluia qui suit l’introduction « Deus, in adjutorium », est remplacé par « Laus tibi, Domine, Rex aeternae gloriae ». À la fin de Matines, le Te Deum est remplacé par un simple répons.

La veille de la Septuagésime, à la fin des vêpres, les chantres ajoutent deux Alleluia au « Benedicamus Domino » et le choeur deux Alleluia au « Deo gratias ». C’est la déposition de l’Alleluia, que nos pères appelaient «Clausum Alleluia» (voir le texte de Dom Guéranger sur les adieux à l’Alléluia, ici > www).

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Voir aussi :
- Les Adieux à l’Alléluia > ici
- « Reportage infernal » > ici

* * * * * * *

Un chant particulier au temps de la Septuagésime est le répons « Media vita« , dont vous pouvez – si vous le voulez – entendre un enregistrement par le moyen de la vidéo ci-dessous. En voici la traduction :

Dès le milieu de la vie, nous voici à la mort : quel aide chercher, si ce n’est Vous, ô Seigneur? Vous, que nos péchés irritent avec raison : * ô Dieu Saint, ô Saint Fort, ô Saint Sauveur miséricordieux, ne nous livrez pas à l’amertume de la mort!

En Vous ont espéré nos pères : ils ont espéré et Vous les avez délivrés : * ô Dieu Saint…

Vers Vous crièrent nos pères : ils ont crié et ils n’ont pas été confondus : * ô Dieu Saint…

Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit. * Ô Dieu Saint…

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Publié dans:De liturgia, Prier avec nous, Textes spirituels |on 17 février, 2011 |7 Commentaires »

2011-16. « Si la place occupée par la Sainte Vierge a toujours été essentielle à l’équilibre de la foi, retrouver aujourd’hui cette place est devenu d’une urgence rare dans l’histoire de l’Eglise ».

Vendredi 11 février 2011, fête de Notre-Dame de Lourdes.

Chers Amis du « Refuge Notre-Dame de Compassion« ,

A l’occasion de cette fête de Notre-Dame de Lourdes, particulièrement chère au coeur des catholiques, je vous propose de relire certains passages d’un ouvrage qui, s’ils nous font en quelque sorte revenir vingt-sept ans « en arrière », n’en conservent pas moins une très grande et très vive actualité.

Au cours de l’été 1984, celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger avait accordé à Vittorio Messori plusieurs entretiens qui furent ensuite publiés (« Entretien sur la Foi«  – éd. Fayard – 1985) et dont je vous propose de méditer ces extraits consacrés à la place et au rôle de la Vierge Marie dans la conservation et la défense de la foi authentique.

Puisse la Vierge très pure conserver à tous les fidèles une très grande pureté de foi! Puisse la Mère du Christ et de l’Eglise nous faire grandir dans l’espérance! Puisse la Reine très puissante des cieux et de la terre faire triompher dans tous les coeurs et dans toutes les sociétés humaines la charité par la pleine adhésion à la Vérité révélée, qui est son divin Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ!

Lully.

Benoît XVI devant la statue de Notre-Dame de Lourdes

in « Entretien sur la Foi », aux pages 121 à 127 :

(nous omettons ici – c’est marqué par les signes (…)- certaines citations : elles n’ont dans le texte original qu’un rôle de confirmation et leur omission n’ôte rien au sens  des propos du Cardinal Ratzinger)

« Il me dira au cours de cet entretien : « Si la place occupée par la Sainte Vierge a toujours été essentielle à l’équilibre de la foi, retrouver aujourd’hui cette place est devenu d’une urgence rare dans l’histoire de l’Eglise« .

Le témoignage de Ratzinger est aussi humainement important, car il y est parvenu par un chemin personnel de redécouverte, puis d’approfondissement, presque de pleine « conversion » au mystère marial. Il me confie : « Quand j’étais jeune théologien, avant (et même pendant) les sessions du concile, comme il est arrivé et comme il arrivera encore aujourd’hui à beaucoup, je nourrissais quelques réserves sur certaines formules anciennes comme, par exemple, la fameuse de Maria numquam satis« sur Marie on ne dira jamais assez« . Elle me paraissait exagérée. J’avais aussi du mal à comprendre le vrai sens d’une autre expression fameuse (répétée dans l’Eglise depuis les premiers siècles, quand – après un mémorable débat – le concile d’Ephèse de 431 avait proclamé Marie Theotokos, Mère de Dieu), à savoir l’expression qui veut que la Vierge soit « victorieuse de toutes les hérésies ». Aujourd’hui seulement – en cette période de confusion où toutes sortes de déviations hérétiques semblent venir frapper à la porte de la foi authentique -, aujourd’hui je comprends qu’il ne s’agissait pas d’une exagération de dévots, mais de vérités plus que jamais valables » (…).

Bien que de manière très synthétique, donc nécessairement incomplète, le Cardinal résume en six points la fonction de la Sainte Vierge dans l’équilibre et l’achèvement de la foi catholique. Ecoutons-le :

« Premier point : Reconnaître à Marie la place que le dogme et la tradition lui assignent, vaut d’être solidement enraciné dans la christologie authentique (…). C’est du reste au service direct de la foi dans le Christ – et non pas avant tout par dévotion à sa Mère – que l’Eglise a proclamé ses dogmes sur Marie : d’abord sa virginité perpétuelle et sa maternité divine, puis après une longue maturation et réflexion, sa conception sans la tache du péché originel, et son Assomption corporelle dans la splendeur céleste. Ces dogmes mettent à l’abri la foi authentique dans le Christ, comme vrai Dieu et vrai homme : deux natures en une seule Personne. Ils mettent aussi à l’abri l’indispensable tension eschatologique, désignant en Marie montée au Ciel la vocation à l’immortalité qui nous attend tous. Et ils mettent à l’abri jusqu’à la foi, aujourd’hui menacée, en Dieu Créateur, lequel (c’est, entre autres, une des significations de la vérité plus que jamais incomprise de la virginité perpétuelle de Marie) peut intervenir à loisir jusque sur la matière même«  (…).

Ce premier point, il le fait suivre d’un deuxième : « La mariologie de l’Eglise implique le juste rapport et l’intégration nécessaire entre Bible et Tradition : les quatre dogmes sur Marie ont leur clair fondement dans l’Ecriture. De là, il y a comme un germe qui grandit et donne son fruit dans la vie de la Tradition telle qu’elle s’exprime dans la liturgie, l’intuition du peuple croyant, la réflexion de la théologie guidée par le Magistère« .

Troisième point : « Dans sa personne même de jeune fille juive devenue mère du Messie, Marie unit ensemble de façon vitale et indissociable l’ancien et le nouveau peuple de Dieu, Israël et le christianisme, la Synagogue et l’Eglise. Elle est comme le point de jonction sans lequel la foi (comme il arrive aujourd’hui) court le risque de se déséquilibrer en réabsorbant le Nouveau Testament dans l’Ancien, ou en se débarrassant de celui-ci. En elle, nous pouvons vivre en revanche l’unité de l’Ecriture entière« .

Quatrième point : « La dévotion mariale correcte garantit à la foi la coexistence de l’indispensable « raison«  avec, comme dirait Pascal, les « raisons du coeur« , tout aussi indispensables. Pour l’Eglise, l’homme n’est pas seulement raison ni seulement sentiment, il est union de ces deux dimensions. La tête doit réfléchir avec lucidité, mais le coeur doit être réchauffé : la dévotion à Marie (…) assure ainsi à la foi sa dimension humaine complète« .

Poursuivant sa synthèse, Ratzinger indique ce cinquième point : « Pour reprendre les expressions mêmes de Vatican II, Marie est « figure« , « image« , « modèle«  de l’Eglise. Regardant vers elle, l’Eglise est alors mise à l’abri de cette image masculinisée (…) qui la représente comme instrument d’un programme d’action socio-politique. En Marie, sa figure et son modèle, l’Eglise retrouve son visage de Mère, elle ne peut dégénérer par l’effet d’une involution qui la transformerait en parti, en organisation, en groupe de pression au service d’intérêts humains, si nobles soient-ils. Si, dans certaines théologies et ecclésiologies, Marie ne trouve plus place, la raison en est claire : elles ont réduit la foi à une abstraction. Et une abstraction n’a nul besoin d’une Mère« .

Sixième et dernier point de cette synthèse : « Par son destin qui est à la fois de Vierge et de Mère, Marie continue à projeter une lumière sur ce que le Créateur a eu comme dessein pour la femme de tous les temps, le nôtre y compris ; et peut-être surtout le nôtre où – comme nous le savons – se trouve menacée l’essence même de la féminité. Sa Virginité et sa Maternité enracinent le mystère de la femme dans un destin très élevé auquel elle ne peut être arrachée. Marie est l’intrépide annonciatrice du Magnificat, mais elle est aussi celle qui rend féconds le silence et la vie cachée ; elle est celle qui ne craint pas d’être debout au pied de la Croix, qui est présente à la naissance de l’Eglise ; mais elle est aussi celle qui, comme le souligne à plusieurs reprises l’évangéliste, « garde et médite dans son coeur«  ce qui se passe autour d’elle. Créature de courage et d’obéissance, elle est (encore et toujours) un exemple vers lequel tout chrétien – homme et femme – peut et doit regarder« .

Armoiries du Souverain Pontife Benoît XVI  dans les jardins du Vatican

Jardins du Vatican : Armoiries de Benoît XVI.

Gardez-moi un coeur d’enfant…

prière du Rd.Père Léonce de Grandmaison, sj (1868-1927).

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Sainte Marie, Mère de Dieu,

Gardez-moi un cœur d’enfant,

Pur et transparent comme une source.

Obtenez-moi un cœur simple, qui ne savoure pas les tristesses.

Un cœur magnifique à se donner,

Tendre à la compassion ;

Un cœur fidèle et généreux,

Qui n’oublie aucun bien et ne tienne rancune d’aucun mal. 

Faites-moi un cœur doux et humble,

Aimant sans demander de retour,

Joyeux de s’effacer dans un autre cœur,

Devant votre divin fils ;

Un cœur grand et indomptable,

Qu’aucune ingratitude ne ferme,

Qu’aucune indifférence ne lasse,

Un cœur tourmenté de la gloire de Jésus-Christ,

blessé de son amour,

Et dont la plaie ne guérisse qu’au ciel.


Ainsi soit-il.

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Publié dans:De liturgia, De Maria numquam satis, Prier avec nous |on 10 février, 2011 |Commentaires fermés

2011-14. « Que les bons supportent les méchants, mais que les méchants se convertissent et imitent les bons ».

De notre Bienheureux Père Saint Augustin :
Sermon LXXIII
sur
la parabole du bon grain et de l’ivraie (1).

Au cinquième dimanche après l’Epiphanie, nous méditons sur la parabole du bon grain et de l’ivraie (Matth. XIII, 24-30). Pour nous aider dans cette méditation, nous pouvons relire le sermon LXXIII de notre glorieux Père Saint Augustin, justement consacré à cette parabole.

Dans sa prédication de la veille, Saint Augustin avait expliqué la parabole de la semence. Il dit aujourd’hui que la parabole de l’ivraie et du bon grain a le même sens, parce que les paraboles permettent de représenter la même idée sous des termes différents. Ce sermon est un appel à la conversion pour l’ivraie, c’est-à-dire pour les mauvais chrétiens, et une invitation à la patience pour les bons chrétiens.

Le diable semant l'ivraie dans le champ de l'Eglise

Le diable semant l’ivraie dans le champ de l’Eglise.

- 1er point : rappel de ce que disent les deux paraboles mettant en scène le semeur.

Hier et aujourd’hui nous avons entendu, de la bouche de Notre-Seigneur Jésus-Christ, une parabole de semeur. Vous qui étiez présents hier, réveillez aujourd’hui vos souvenirs. Il était question hier de ce semeur qui, en répandant sa semence, en laissa tomber une partie dans le chemin, ou elle fut recueillie par les oiseaux ; une autre dans les endroits pierreux, où elle fut desséchée par la chaleur ; une autre au milieu des épines, où elle fut étouffée sans pouvoir porter d’épis ; une autre enfin dans la bonne terre, où elle rapporta cent, soixante, et trente pour un (2). C’est encore aujourd’hui une parabole de semeur, le Seigneur nous y montre un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or pendant que l’on dormait, l’ennemi vint et sema de l’ivraie par dessus. On ne s’en aperçut point quand tout était en herbe ; mais sitôt qu’on put distinguer les bons épis, on reconnut aussi l’ivraie. A la vue de cette ivraie, mêlée en grand nombre au bon grain, les serviteurs du père de famille se fâchèrent, et voulurent l’arracher ; on ne le permit pas, mais on leur dit : « Laissez croître et l’un et l’autre jusqu’à la moisson ». 

Cette nouvelle parabole a été également expliquée par Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Le semeur de bon grain, c’est lui-même ; le diable est l’homme ennemi qui a semé l’ivraie ; la fin du siècle est le temps de la moisson, et le champ, le monde tout entier. Mais qu’ajoute-t-il ? « A l’époque de la moisson je dirai aux moissonneurs : amassez d’abord l’ivraie pour la brûler ; puis recueillez mon grain et mettez-le au grenier ». Pourquoi cet empressement, ô serviteurs pleins de zèle ? Vous voyez l’ivraie parmi le froment, les mauvais chrétiens parmi les bons et vous voulez les extirper. Cessez, nous ne sommes pas à la moisson. Elle viendra, et puissiez-vous alors être de bons grains! Pourquoi vous fâcher ? Pourquoi souffrir avec peine que les méchants soient mêlés aux bons ? Dans le champ, ils peuvent être confondus avec, mais ils ne le seront pas dans le grenier.

- 2ème point : dans les paraboles une même réalité peut être désignée par des noms différents, tout comme dans le langage symbolique des Saintes Ecritures un même mot peut aussi parfois désigner des réalités différentes.

Vous savez qu’il a été parlé hier de trois endroits où ne profite point la semence ; le chemin, les pierres et les épines. Voilà l’ivraie, c’est dans une autre parabole un autre nom donné à la même chose. Car, lorsqu’il est question de similitudes et non du sens propre, on n’exprime que la ressemblance de la vérité, et non la vérité même. Je n’ignore point que quelques uns savent cela ; mais nous parlons pour tous.

Ainsi donc dans les choses sensibles un chemin est un chemin, un endroit pierreux est un endroit pierreux et des épines sont des épines ; il n’y faut voir que cela, car les mots sont pris ici dans leur sens propre. Mais dans les paraboles et les comparaisons, un même objet peut être désigné par des noms différents, et c’est ce qui m’a permis de vous dire que le chemin dont il est parlé dans l’Évangile, ainsi que l’endroit pierreux et l’endroit couvert d’épines désignent les mauvais chrétiens, désignés aussi par l’ivraie.

Le Christ ne porte-t-il pas à la fois les noms d’agneau et de lion ? S’il s’agit de troupeaux et d’animaux sauvages, on ne doit voir dans l’agneau qu’un agneau et dans le lion qu’un lion mais le Christ est l’un et l’autre. Dans la première acception, c’est le sens propre : c’est le sens figuré dans celle-ci. Il arrive même que dans ce sens figuré les êtres les plus opposés portent le même nom. Qu’y a-t-il de plus opposés entre eux que le Christ et le démon ? Le Christ et le démon, néanmoins, sont appelés l’un et l’autre lion. Au Christ est donné ce nom : « Le lion de la tribu de Juda a vaincu » (3). Au démon également : « Ne savez-vous que votre ennemi, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant à dévorer » (4). Ce nom désigne ainsi le Christ et le diable : le Christ, à cause de sa force, le diable à cause de sa férocité ; le Christ à cause de ses victoires, le diable à cause de ses ravages. Ce même démon est encore représenté comme un reptile, c’est l’antique serpent (5) : s’ensuit-il que notre Pasteur nous ordonne d’imiter ce serpent quand il nous dit : « Soyez simples comme des colombes et rusés comme des serpents » (6)?

- 3ème point : exhortation à la conversion et à la pénitence .

Hier donc je me suis adressé au chemin, aux lieux pierreux et aux lieux couverts d’épines, et je leur ai dit : Changez puisque vous le pouvez, retournez avec la charrue ce terrain durci, jetez les pierres de ce champ, arrachez-en les épines. N’ayez point ce cœur endurci où meurt aussitôt la parole de Dieu. Ne soyez point cette terre légère où la charité ne saurait enfoncer ses racines. Gardez-vous, d’étouffer par les soins et les passions du siècle, la bonne semence que nous répandons en vous par nos travaux. Car c’est le Seigneur qui sème et nous ne sommes que ses ouvriers. Soyez une bonne terre, vous disions-nous hier, et aujourd’hui nous répétons à tous : Que l’un donne cent, l’autre soixante et l’autre trente pour un. L’un produit plus que l’autre, mais tous ont droit au grenier. Voilà ce que nous disions hier.

Je m’adresse aujourd’hui à l’ivraie. Cette ivraie désigne des brebis du troupeau. O mauvais chrétiens ! ô vous qui fatiguez par votre mauvaise conduite l’Église que vous remplissez ! corrigez-vous avant l’époque de la moisson, ne dites pas : « J’ai péché, et que m’est-il advenu de fâcheux ?» (7). Dieu n’a rien perdu de sa puissance ; mais il exige que tu fasses pénitence. C’est ce que je dis aux pécheurs, qui pourtant sont chrétiens ; c’est ce que je dis à l’ivraie. Car ils sont dans le champ du Père de famille, et il peut se faire qu’ivraie aujourd’hui, demain ils soient bon grain. Pour ce même motif, je m’adresse aussi au froment.

- 4ème point : exhortation aux fidèles pour qu’ils ne se découragent pas en voyant le mal se développer – même lorsqu’ils doivent subir de mauvais pasteurs – et pour qu’ils ne s’arrogent pas le droit de justice qui n’appartient qu’à Dieu .

O chrétiens qui vivez saintement! vous êtes en petit nombre et vous soupirez, vous gémissez au sein de la multitude. L’hiver passera, viendra l’été et voici bientôt la moisson. Les Anges viendront avec le pouvoir de faire la séparation et dans l’impuissance de se tromper. Pour nous, nous ressemblons aujourd’hui à ces serviteurs qui disaient : « voulez-vous que nous allions l’arracher ? » Nous voudrions en effet, s’il était possible, qu’il ne restât aucun méchant parmi les bons. Mais il nous a dit : « Laissez croître l’un et l’autre jusqu’à la moisson ». Pourquoi ? Parce que vous pourriez vous tromper. Aussi écoutez « dans la crainte qu’en voulant arracher l’ivraie vous n’arrachiez aussi le froment». Que faites-vous avec cette noble ardeur ? N’allez-vous point ravager ma moisson ? Les moissonneurs viendront, c’est-à-dire les Anges, comme l’a expliqué le Sauveur. Nous sommes des hommes, les Anges sont les moissonneurs. Il est vrai, si nous achevons notre course, nous serons égaux aux anges de Dieu ; mais aujourd’hui que nous nous fâchons contre les méchants, nous sommes encore des hommes, et nous devons prêter l’oreille à ces mots : « Que celui donc qui se croit debout prenne garde de tomber » (8).

Croyez-vous, mes frères, que l’ivraie ne s’élève pas jusqu’à l’abside (9)? Croyez-vous qu’il n’y en ait qu’en bas et point en haut ? Plaise à Dieu que nous n’en soyons pas nous-même ! « Mais peu m’importe d’être jugé par vous » (10). Oui, je le déclare à votre charité : il y a dans les absides du froment et de l’ivraie, du froment aussi et de l’ivraie parmi le peuple. Que les bons supportent donc les méchants, mais que les méchants se convertissent et imitent les bons. Devenons tous, s’il est possible, les serviteurs de Dieu, et tous, par sa miséricorde, échappons à la malice de ce siècle, Cherchons les jours heureux, puisque nous sommes dans les jours malheureux ; mais pour arriver à ces heureux jours, ne blasphémons point en traversant les jours malheureux.

Les anges moissonneurs (basilique de Fourvière - Lyon)

Les Anges moissonneurs (basilique de Fourvière – Lyon)

 Notes et références scripturaires :
1. Matt. XIII, 24-30, 38-43.
2. Matt. XIII, 2-23.
3. Apoc. V, 5.
4. I Pierre, V, 8.
5. Apoc. XII, 9.
6. Matt. X, 6.
7. Eccli. V, 4.
8. Cor. X, 12.
9. Lieu depuis lequel les évêques parlaient au peuple.
10. I Cor. IV, 3.

2011-13. Le 4 février, nous fêtons Sainte Jeanne de France (1464-1505).

Le règne de Louis XI ne se comprend tout à fait qu’aux lumières du bûcher de Jeanne d’Arc. C’est l’oeuvre spirituelle de Sainte Jeanne d’Arc qui a permis l’oeuvre temporelle de Louis XI.
Si ce roi calculateur, rusé, quelque peu superstitieux, ne fut point un saint, sa fille Jeanne le sanctifia. Douloureuse, humiliée, offerte, canonisée par Pie XII, elle est la sainte de la Maison de Valois, la quatrième des dynasties qui se sont succédées sur le trône de France.

Louis XI

Louis XI

Une fille de roi dont l’enfance fut particulièrement humiliée.

Trente-trois ans après la mort de Sainte Jeanne d’Arc, une autre sainte, une autre Jeanne, Jeanne de France et de Valois, vient au jour (1464).
Qui la connaît? Elle n’est pas au catalogue des grandes dames de l’histoire dont les médias se plaisent à nous offrir le programme de la vies et des exploits. Elle ne figure pas non plus au catalogue populaire des saintes auxquels les Français pensent spontanément.
Bien que fille, soeur et femme de roi, aucune enfant ne sera plus asservie, aucune épouse plus méprisée que Jeanne : pas une féminité ne sera plus dédaignée, pas une reine ne sera plus humiliée. Elle est pourtant de celles dont le coeur souverain a porté non seulement les siens mais la vocation de son pays.

Ce qui lui est refusé en premier, c’est sa naissance.

Louis XI, son père, qui a déjà une fille aînée, Anne, attend un héritier mâle. Il le veut. Et pour l’obtenir il promet à Notre-Dame de Cléry une statue en argent du poids du nouveau né. Aussi, lorsque la reine Charlotte de Savoie met au monde une fille, prénommée Jeanne, le roi révolté n’accorde pas une attention à l’enfant. Dépité par cette cadette, il lui préfèrera toujours la compagnie de ses grands oiseaux et de ses lévriers. Privée de la tendresse naturelle de son père, Jeanne a cependant une mère aimante et attentionnée. L’éducation chrétienne qu’elle reçoit de la pieuse reine Charlotte est d’autant plus décisive pour l’enfant que, dès ses première années, Jeanne révèle une véritable profondeur spirituelle.

Louis XI veut la détourner de sa vocation religieuse.

Elle n’a pas cinq ans lorsque Louis XI s’en aperçoit : alors il la sépare de sa mère pour briser dans l’oeuf toute velléité de vocation religieuse.
Le roi n’a rien contre la vie consacrée en tant que telle, mais à ses yeux une fille de France ne s’appartient pas : son devoir est de servir de la seule façon possible pour une femme, c’est-à-dire faire un mariage intelligent qui garantisse le « pré-carré » du Royaume.

L’enfant est alors confiée à de lointains parents, François de Beaujeu et Anne de Culan, seigneurs de Lignières, en Berry. Elle restera auprès d’eux jusqu’à son mariage. La privation d’un amour filial naturel est le premier abandon demandé à l’enfant.

Oratoire de Ste Jeanne de France - église de Lignières

Eglise de Lignières : statue de Sainte Jeanne dans l’oratoire depuis lequel elle assistait aux offices.

A l’âge de se révolter déjà ou de se replier, Jeanne accepte et continue à chérir son père qui l’ignore. Anne de Culan a reçu ordre de détourner la fillette d’une dévotion « exagérée » mais la piété et l’amour de la petite Jeanne sont tels que la châtelaine de Lignières, désarmée, conçoit peu à peu un véritable amour de mère pour sa protégée et la laisse libre dans son élan spirituel.

Et c’est dans l’oratoire de Lignières que, dans sa sixième année, Jeanne reçoit de la Vierge elle-même, la promesse qu’elle lui sera un jour consacrée.

C’est aussi lors des première années passées chez Anne de Culan que l’on découvre le mal qui déforme de plus en plus le corps de la princesse : une déviation de la colonne vertébrale, passée d’abord inaperçue.
Aujourd’hui, prise à temps, la malformation est remédiable. A l’époque de Jeanne, elle rend difforme pour la vie. Madame de Culan a beau réaliser des prouesses de couture pour voiler le petit corps contrefait et tenter de le rendre plus avenant, la jeune fille doit renoncer aussi au simple fait d’avoir une silhouette féminine.

Un mariage d’Etat, forcé et malheureux, avec le duc Louis d’Orléans.

Elle est cependant encore enfant lorsque son père décide de la marier au jeune duc Louis d’Orléans, fils de Charles d’Orléans, chef de l’une des plus puissantes familles du Royaume.
Le roi de France connaît-il exactement l’état physique de sa fille à ce moment-là? Il l’a très peu vue, et l’on peut penser qu’il n’en a pas mesuré la gravité. Car l’acharnement du roi à organiser ce mariage contre les voeux de tous, va jusqu’aux menaces envers la mère de Louis, qui tente de s’interposer, et envers le très jeune homme qui, à la veille de la cérémonie, affirme encore à ceux qui l’entourent : « J’aimerais mieux épouser une simple damoiselle de Beauce ».

En octobre 1473, le contrat de mariage est donc enregistré officiellement. Jeanne a neuf ans, Louis d’Orléans en a douze.
Quant au mariage à proprement parler (c’est-à-dire le sacrement), il est célébré trois ans plus tard, le 8 septembre 1476 – après une dispense de Rome, car les époux sont cousins – dans la plus stricte intimité : ni Louis XI, ni la mère du jeune duc, qui marie sa fille le même jour, n’assistent à la cérémonie que l’on expédie au plus vite.

Médaille Sainte Jeanne de France

Pour Jeanne cet acte représente le contraire de ses aspirations et le renoncement spirituel le plus intime : celui de sa vocation.
Cependant, dans ce couple forcé, s’il y a eu un « oui » entier, responsable, c’est le sien. Car Jeanne est docile au Seigneur, et pour Lui, elle respecte une volonté paternelle qu’elle n’a jamais cessé d’estimer et d’aimer : en digne fille de France, elle obéit à son devoir d’état. L’on a dit plus tard que ce mariage forcé n’en était pas un. Il reste que pour Jeanne de Valois, il a été l’acte d’une volonté qui consent, et d’une obéissance aimante.

On imagine sans peine ce qu’a pu être le calvaire d’une vie conjugale en de telles circonstances : Louis est jeune, beau, léger et encore bien loin de posséder la maturité affective nécessaire pour ne pas éprouver d’aversion envers celle dont on lui impose l’amour. Non seulement il n’acceptera jamais de partager la couche conjugale, mais ostensiblement, il marque son dédain et sa répulsion physique pour la laideur de son épouse.

Une laideur de corps essentiellement car de visage il semble que Jeanne ait eu un certain charme : « Un visage ovale, le nez net et développé, la bouche assez grande garnie de lèvres épaisses et un peu proéminentes, enfin un ensemble de traits qui, en dépit d’une assez forte irrégularité, rappelaient beaucoup la figure de Louis XI et respiraient un certain air d’intelligence et de force ».
Autour de Jeanne, on s’apitoie, on lui conseille de faire le premier pas ; la réponse n’est ni révoltée, ni aigrie mais humble : « Je n’oserai parler à lui car, vous et chacun, voit bien qu’il ne fait compte de moi ».

Trompée puis répudiée,
sa fidélité et son dévouement demeurent intacts envers son époux.

Louis l’ignore et la trompe. Elle n’en sera pas moins l’infirmière constante et fidèle au chevet du duc, lors de longues semaines de maladie. Elle ira même jusqu’à implorer grâce pour lui, à genoux devant le roi Charles VIII, son frère.
En effet, à la mort de Louis XI, le fils qu’il a eu enfin, est devenu roi sous le nom de Charles VIII. Or Louis d’Orléans a appuyé la révolte des Bretons contre la couronne de France ; il a été arrêté et emprisonné. Après plusieurs démarches humiliantes auprès de son frère, Jeanne obtiendra du roi la libération de son mari.

Celui-ci ne lui en garde pas une reconnaissance particulière. Cependant un tel dévouement l’impressionne. Quelques années plus tard, il avouera au cardinal d’Amboise, alors son conseiller : « Ce qui me met au désespoir c’est que je n’ai point de raison ; je me hais moi-même de haïr une personne qui m’a toujours constamment aimé et qui a fait pour moi des choses qui auraient touché tout autre coeur que le mien… »
Jeanne a donné tout l’amour dont elle est capable à un homme qui n’a pas su l’aimer parce qu’elle est difforme. Elle l’accepte : non pas à la manière d’un Cyrano qui – quelle que soit l’admiration que provoque le personnage – agit pour son « panache » propre et finalement pour lui-même ; mais elle accepte son état, pour l’amour du Seigneur et de cet homme auquel le sacrement l’a unie.

Louis XII

Louis XII

L’humiliation des humiliations.

Après la mort sans postérité mâle de Charles VIII, Louis d’Orléans devient Louis XII.
En montant sur le trône, une dernière étape, un ultime abandon est demandé à celle qui est devenue reine de France. En effet Louis XII engage aussitôt les démarches afin d’obtenir la déclaration de nullité de son mariage. Après plusieurs mois d’attente, la réponse de Rome arrive enfin, favorable à Louis.
Déchue de sa condition d’épouse et de reine, la fille de Louis XI se voit alors préférer Anne de Bretagne que Louis XII épouse dans les jours qui suivent la sentence romaine. Jeanne est envoyée en Berry dont on lui donne le titre et la charge de duchesse.

La déclaration de nullité l’a atteinte de plein fouet tant elle lui est inattendue : pendant vingt-six années Jeanne s’est crue liée par le mariage et s’est spirituellement donnée tout entière à une vocation d’épouse. Mais dans la vie de cette femme au coeur de souveraine, la foi est plus forte que les évènements les plus contraires. Cette dernière humiliation marque en même temps sa libération pour l’accomplissement de la promesse qui lui a été faite jadis alors qu’elle n’était qu’une enfant. Dieu est fidèle!

Fondatrice de l’Ordre de l’Annonciade.

Si elle a accepté pendant près de trente ans un mariage qui n’a jamais été consommé, un devoir d’état porté avec générosité et abnégation pour lequel elle ne reçoit pas la moindre reconnaissance, à Bourges, elle va réaliser son aspiration à la vie consacrée.
Deux années seulement s’écoulent entre l’arrivée de la duchesse en Berry et sa fondation de la congrégation de l’Annonciade. Une congrégation dont le caractère spécifique est de servir le Christ par l’imitation des vertus de Marie, selon le voeu de la Vierge elle-même : « Fais mettre en une règle ce que tu trouverais écrit de moi dans l’Evangile ».

Et Jeanne dégagera ainsi de l’Ecriture les dix vertus principales de la Mère du Christ, « prudence, pureté, humilité, vérité, louange, obéissance, pauvreté, patience, piété et lance de compassion », qui deviennent les colonnes du règlement spirituel de l’Ordre, et qui sont symbolisées par les dix noeuds de la cordelière dont les moniales ceignent leur tunique : « Que ceux qui les voient, dit de ses filles cette mère spirituelle de trente-neuf ans, voient Marie vivant encore dans ce monde ».

Quelques dix-huit mois après avoir prononcé ses voeux, elle tombe malade d’épuisement et elle s’éteint doucement le 4 février 1505, au château de Bourges, à l’âge de quarante et un ans, après avoir dit adieu à ses soeurs et fait murer la porte qui la reliait sur terre au couvent.
Cinquante-six ans plus tard, lorsque les huguenots violent sa tombe pour brûler son corps, on s’aperçoit qu’il n’a subi aucune décomposition. Il n’en est pas moins réduit en cendres, jetées ensuite à tout vent comme une semence, comme l’avaient été celles de la bergère de Domremy, jetées à la Seine un siècle plus tôt.

Sainte Jeanne de France

L’Enfant Jésus remet à Sainte Jeanne de France l’anneau de ses noces mystiques.

Jeanne de France a eu la vocation de Marie au pied de la Croix.

Le monde a refusé Jeanne depuis sa naissance et jusqu’après sa mort, mais nulle force au monde n’est assez puissante pour juguler la fécondité des enfants de Dieu, car alors, dit saint Paul, « ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi… », et qui pourra Lui résister?
La fécondité de Jeanne, c’est d’abord la conversion de Louis XII. Venu se recueillir sur son tombeau quelques jours après la mort de celle-ci, il y verse les larmes d’un vrai repentir et y puise cette force morale qui l’animera désormais et le fera surnommer bientôt le « père du peuple ».

Quant à l’Annonciade, elle aura jusqu’à cinquante fondations… que, bien évidemment, la révolution exterminera en quasi-totalité.
Aujourd’hui pourtant, plusieurs couvents ont retrouvé vie, en Belgique et en France. Mais quels qu’aient été les ravages historiques subis par l’Ordre, l’Annonciade – dans une époque particulièrement troublée qui allait bientôt voir la contagion du protestantisme et de ses refus –
n’en a pas moins préparé l’oeuvre et le rayonnement de la spiritualité de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, qui donnera aux chrétiens, deux siècles plus tard, le secret de la vraie dévotion envers Marie…

Epouse de tout ce qui l’a enchaînée, Jeanne de France a eu la vocation de Marie au pied de la Croix : la vocation de celle qui a donné tout ce qu’on lui a pris… et on lui a tout pris.

Béatifiée en 1774, elle sera canonisée par Pie XII le 8 mai 1950. Elle est, après Clotilde, Radegonde et Bathilde, la quatrième sainte reine de France.

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« Ô Marie, Vierge et Mère de Jésus,
donnez-moi de penser, de dire et de faire
ce qui plaît le plus à Dieu et à Vous-même! »

(invocation familière de Sainte Jeanne de France)

2011-10. Pour mieux connaître Saint François de Sales :

Trois bons livres du Père Gilles Jeanguenin.

La fête de Saint François de Sales, célébrée le 29 janvier selon le calendrier traditionnel, me fournit l’occasion de recommander à tous ceux qui désirent mieux connaître ce très grand saint, trois petits livres faciles de lecture et remplis de trésors spirituels. Ils sont tous les trois de la plume du Père Gilles Jeanguenin.

L’auteur :

Le père Gilles Jeanguenin est né en 1960 en Suisse. Après des études théologiques à l’Université de Fribourg, il a été ordonné prêtre à Aoste, en Italie. Nommé exorciste du diocèse d’Albenga-Imperia (Italie), il s’est spécialisé en démonologie et en psychopathologie clinique. Il s’occupe aussi d’accompagnement spirituel et psychologique ainsi que de la formation liturgique des diacres permanents. Oblat séculier de l’Ordre de Saint-Benoît, il est auteur de nombreux livres et publications religieuses (« Le Diable existe » – Salvator, 2003 – et « Les Anges existent » – Salvator, 2005).

Fioretti de Saint François de Sales (P. Gilles Jeanguenin)

- Fioretti de Saint François de Sales -

Présentation de l’éditeur :

Célèbres sont les fioretti de François d’Assise ou du pape Jean XXIII, mais la singulière personnalité de François de Sales n’avait encore jamais été présentée sous l’aspect de ces populaires récits hagiographiques communément appelés fioretti, «petites fleurs», de brefs récits de vie qui émeuvent ou étonnent, édifient ou élèvent la réflexion. 

Ce «bouquet de petites fleurs» invite à découvrir un homme et un saint dont le rayonnement fut exceptionnel. Par la finesse de son esprit et l’éclat de ses vertus, François de Sales (1567-1622) se distinguait des grands hommes de son temps. Il était emprunt d’une douceur et d’une bonté de cœur rares. 

Docteur de l’Église, il a grandement mérité le titre de «docteur de l’amour» : rares sont ceux qui surent aussi bien que lui accueillir les pauvres, les malades, toute personne en grande souffrance ; nul n’a autant que lui protégé et secouru les plus faibles. Par zèle et par amour des personnes, le bon évêque s’oubliait lui-même et se donnait jusqu’à l’épuisement de ses forces. 

Né au sein d’une famille aristocratique de Savoie, François de Sales consacra très tôt sa vie à Dieu et renonça à ses titres de noblesse. Ce grand prédicateur devint évêque de Genève et fonda l’ordre de la Visitation avec sainte Jeanne de Chantal. Il exerça une influence marquante dans l’Église comme auprès du pouvoir temporel de son temps. Homme d’écriture à la langue magnifique, il laissa une oeuvre littéraire et théologique de première importance. Il est le saint patron des journalistes et des écrivains.

Saint François de Sales : son combat contre le démon (P. Gilles Jeanguenin)

- Saint François de Sales : son combat contre le démon –

Présentation de l’éditeur :

François de Sales (1567-1622) est bien connu pour son zèle comme défenseur de la doctrine catholique et fondateur de l’Ordre de la Visitation. Cependant, on est loin de s’imaginer les luttes acharnées qu’il mena contre le Malin, et on ignore que le saint évêque de Genève fut aussi un exorciste éclairé par une vaste connaissance des phénomènes naturels et surnaturels. Il nous introduit dans son combat spirituel, qu’il conduit avec une rare maîtrise. Fin connaisseur du cœur de l’homme, il enseigna à ses dirigés l’art de résister à l’Ennemi et de déjouer ses ruses, en conservant la joie et la paix. Saint François « démédiévalise » le diable : il ne s’égare point en descriptions dantesques. Dans sa vie et dans ses écrits, on ne trouve pas trace d’exagération ou d’exaltation. Equilibre et discernement sont les notes caractéristiques d’une spiritualité mature, toute centrée sur l’amour de Dieu. Cet ouvrage, écrit par un exorciste, veut mettre en avant ce ministère de délivrance méconnu, que l’évêque de Genève exerça jusqu’à l’héroïsme et au don total de lui-même.

Guérir des blessures de l'âme avec Saint François de Sales (P. Gilles Jeanguenin)

- Guérir des blessures de l’âme avec Saint François de Sales –

Présentation de l’éditeur :

Malgré les progrès indéniables de la psychologie des profondeurs et de la médecine psychosomatique, l’homme ressent au plus profond de lui-même, et souvent de façon confuse, un traumatisme inaccessible à ces thérapies. Les principales causes de la souffrance de l’homme ne sont pas à rechercher dans son corps, ni même dans sa psyché, mais plutôt dans son âme : ce sont des maladies spirituelles.

Armoiries de Saint François de Sales

Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI consacrée à St François de Sales > ici
Litanies de St François de Sales > ici

Litanies de Saint François de Sales:

Saint François de Sales

Seigneur, ayez pitié de nous. (bis)
Jésus-Christ, ayez pitié de nous. (bis)
Seigneur, ayez pitié de nous. (bis)

Jésus-Christ, écoutez-nous. (bis)
Jésus-Christ, exaucez-nous. (bis)

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Saint François de Sales, très digne pontife chéri de Dieu et des hommes, priez pour nous.
Saint François de Sales, fidèle disciple et imitateur de Jésus-Christ, priez pour nous.
Saint François de Sales, enfant bien-aimé de Marie, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui avez miraculeusement recouvré la paix et l’espérance par l’intercession de la Mère de Dieu, priez pour nous.
Saint François de Sales, guide et modèle de la vraie piété, priez pour nous.
Saint François de Sales, parfait exemple de prudence et de charité, dans la conduite des âmes, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui avez eu la science pour enseigner les hommes, et l’onction pour les toucher, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui avez su joindre la force pour corriger les vices et la douceur pour gagner les cœurs, priez pour nous.
Saint François de Sales, pasteur charitable qui avez exposé votre vie pour le salut de vos ouailles, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui étiez le soutien de la veuve et le père de l’orphelin, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui étiez le protecteur des pauvres et des opprimés, priez pour nous.
Saint François de Sales, dont l’extérieur bon et affable, grave et modeste, rappelait Jésus-Christ conversant parmi les hommes, priez pour nous.
Saint François de Sales, tout embrasé d’amour pour la croix du Sauveur, priez pour nous.
Saint François de Sales, vrai miroir de douceur et d’humilité, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui, par votre zèle et votre douceur, avez gagné à l’Eglise plus de soixante-dix mille hérétiques, priez pour nous.
Saint François de Sales, dont la patience et la sérénité n’ont jamais été altérées par les injures, les calomnies et les contradictions, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui voyiez en toutes choses le bon plaisir de Dieu, et qui mettiez votre bonheur à vous y conformer avec amour, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui avez pour principe de ne rien demander et de ne rien refuser, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui vous reposiez dans le sein de la divine Providence, comme un enfant dans les bras de sa mère, priez pour nous.
Saint François de Sales, qui aviez pris pour devise ou mourir ou aimer, parce que la vie sans amour de Dieu vous semblait pire que la mort, priez pour nous.
Saint François de Sales, dont la vie, au milieu des plus grand travaux, était une oraison continuelle, priez pour nous.
Saint François de Sales, imitateur de la pureté des anges, priez pour nous.
Saint François de Sales, le plus dévot et le plus aimable des saints, priez pour nous.
Saint François de Sales, fondateur d’une congrégation des vierges destinée à répandre en tous lieux la bonne odeur de Jésus-Christ, priez pour nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Seigneur.

V. Priez pour nous, saint François de Sales.
R. Afin que nous travaillions comme vous à imiter Jésus doux et humble de cœur.

Prions :

Ô Dieu, qui pour l’édification et le salut des âmes, nous avez présenté dans saint François de Sales le modèle le plus parfait de la douceur et de la piété, mettez dans nos âmes toute l’onction de sa religieuse amabilité, toute l’ardeur de sa charité et toute la profondeur de son humilité, afin que nous puissions partager un jour sa gloire dans le Ciel, et vous aimer avec lui dans tous les siècles.  Ainsi soit-il.

Armoiries de Saint François de Sales

Quand Sa Sainteté le Pape Benoît XVI parlait de St François de Sales > ici
Quelques bons ouvrages pour mieux connaître St François de Sales > ici

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