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2011-95. Du 350ème anniversaire de la béatification de Saint François de Sales.

2011-95. Du 350ème anniversaire de la béatification de Saint François de Sales. dans De liturgia sfrsales

C’est à Lyon, le 28 décembre 1622 sur les huit heures du soir, que Saint François de Sales a rendu sa belle âme à Dieu : il était âgé de cinquante-cinq ans, quatre mois et sept jours, et il était depuis vingt ans et vingt jours évêque et prince de Genève.

Après bien des péripéties (parce que les Lyonnais eussent désiré le garder dans leur ville), son corps fut ramené dans sa bonne ville d’Annecy, où ses funérailles solennelles furent célébrées le 29 janvier 1623.
A défaut de pouvoir être inhumé dans sa cathédrale de Genève, le saint évêque avait demandé à reposer près de ses chères filles, dans l’église de la Visitation d’Annecy (qui est aujourd’hui l’église Saint François de Sales).

En vue d’ouvrir un procès en béatification, la Révérende Mère de Chantal s’employa dès lors à recueillir de la manière la plus complète possible les souvenirs et les témoignages, à faire rédiger une biographie précise et rigoureuse du prélat vénéré, à collecter le récit des grâces et des prodiges qui se produisaient à son tombeau et par son intercession.

Coeur de St François de Sales - Reliquaire

Reliquaire du coeur de Saint François de Sales

Le procès s’ouvrit dès 1627 : la procédure fut longue, elle connut de nombreux retards notamment en raison de vices de procédures accumulés par les postulateurs de la cause (dans ses deux gros volumes consacrés à Saint François de Sales, Mgr Trochu en parle avec de nombreux détails), mais elle aboutit, le 2 juillet 1660 (fête de la Visitation), à la signature du décret proclamant l’héroïcité des vertus du serviteur de Dieu par le pape Alexandre VII.

Ce Pontife était tout gagné à la cause de François de Sales car, alors qu’il n’était encore que le cardinal Fabio Chigi, nonce à Cologne, il avait lui-même été miraculeusement guéri au contact d’une croix d’argent bénite par le vénéré évêque de Genève.
Comme un décret de son prédécesseur Urbain VIII stipulait qu’on ne pouvait procéder à la béatification d’un serviteur de Dieu tant qu’il ne se serait pas écoulé un délai de cinquante années depuis sa mort, Alexandre VII signa également une dispense permettant de procéder à la béatification sans avoir à attendre encore une douzaine d’années.

Le mercredi 28 décembre 1661, trente-neuf ans jour pour jour après la mort de François de Sales, Alexandre VII signa le bref de béatification.
La cérémonie solennelle se déroula dans la basilique de Saint-Pierre au Vatican, le dimanche 8 janvier 1662.
Il fixa la date de la fête du saint au 29 janvier (puisqu’elle ne pouvait être célébrée au jour anniversaire de sa mort, déjà occupé par la fête des Saints Innocents), qui était le jour anniversaire de son ensevelissement à Annecy, comme nous l’avons vu plus haut.
Le dimanche 29 janvier 1622, une fonction très solennelle en l’honneur du Bienheureux François de Sales fut donc célébrée dans l’église de Saint-Louis des Français.

Alexandre VII avait déclaré qu’il y avait dans le dossier de Monseigneur de Sales plus de miracles authentiques qu’il n’en fallait pour élever sur les autels une cinquantaine de bienheureux et il eût désiré procéder à la canonisation avant la fin de cette même année 1662…
Las! Un incident diplomatique survenu entre le Saint-Siège et la Cour de France en empêcha la réalisation (une bagarre entre arquebusiers corses de la garde pontificale et soldats de l’ambassade de France avait pris des proportions démesurées et entraîné le renvoi du Nonce apostolique de Paris et le rappel de Rome de l’ambassadeur et des prélats français!).
C’est seulement le 19 avril 1665 que, les rapports entre Louis XIV et Rome étant apaisés, que le Pape Alexandre VII, entouré d’une cour de cardinaux et d’évêques, dans un cadre de lumières et de magnificence, déclara solennellement et d’une voix émue dans laquelle vibrait toute sa gratitude, qu’il inscrivait au catalogue des saints le Bienheureux François-Bonaventure de Sales, de son vivant évêque et prince de Genève, fondateur de l’Ordre de la Visitation Sainte-Marie. 

armoiriesstfrdes Alexandre VII dans Memento

On trouvera les Litanies de Saint François de Sales > ici.  

Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 28 décembre, 2011 |Pas de commentaires »

2011-93. Histoire de la dévotion à la Crèche.

Le 24 décembre au coucher du soleil, avec les premières vêpres de la fête de la Nativité, nous entrons dans le temps de la Crèche.
Comme plusieurs personnes m’ont posé des questions sur le sens et l’origine de la crèche, je vais m’efforcer d’y répondre ici d’une manière générale et aussi complète que possible.

I. Le mot crèche.

Le mot français crèche, selon le « Dictionnaire historique de la langue française Robert », apparaît au XIIe siècle et dérive du francique « krippia ». C’est un radical germanique – en Allemand moderne, crèche se dit « Krippe » – que l’on retrouve en anglais « crib » (berceau) ou en néerlandais « kribbe » (mangeoire).
En latin, la crèche est désignée par les mots « praesepe, -is (n) » et « praesepium, -ii (n) » ou encore « praesepes, -is (f) » dont le sens premier est l’enclos pour les animaux, puis l’étable et enfin la mangeoire des animaux. Du latin vient le mot italien « presepe ».
A partir  du début du XIIIe siècle, le mot français « crèche » va désigner spécifiquement la mangeoire dans laquelle le Christ a été déposé à sa naissance dans l’étable de Bethléem. En ce sens, le mot s’écrit habituellement avec une majuscule.
C’est avec Chateaubriand, en 1803, qu’il s’est mis à désigner, par métonymie, la représentation de la scène de la Nativité que l’on fait, en trois dimensions, dans les églises au temps de Noël.

La représentation de la Crèche n’est ni plus ni moins qu’une manière d’honorer le mystère de l’Incarnation du Verbe de Dieu en vue de notre salut.
Le récit évangélique qui nous raconte comment Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est né dans une pauvre étable et y a été adoré, a donc inspiré la piété des fidèles de très bonne heure. La dévotion, en se développant, a tout naturellement entraîné les artistes à la représentation du mystère.

II. Les plus anciennes représentations.

La plus ancienne représentation en rapport avec les Evangiles de l’Enfance du Christ, actuellement connue, est une peinture des catacombes de Priscille, à Rome et représente l’adoration des Mages : ceux-ci, au nombre de trois, et dans les mains desquels on distingue des présents, arrivent devant une Vierge assise dans une attitude assez majestueuse et portant l’Enfant Jésus sur son bras gauche.
Cette peinture pourrait avoir été exécutée vers l’an 180 :

2011-93. Histoire de la dévotion à la Crèche. dans De liturgia Adoration-mages-catacombes-Priscille1-300x163

Une autre peinture des catacombes de Priscille, postérieure de quelques années à l’adoration des Mages et quoique fort endommagée, nous montre la Vierge Marie, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras (peut-être est-elle en train de l’allaiter ?), tandis que, sur la gauche, un personnage que l’on identifie comme un prophète (Balaam ? Isaïe ?) montre avec l’index de sa main droite une étoile au-dessus de la tête de la Vierge.
Cette peinture-ci aurait été exécutée vers l’an 210 :

madonna_big crèche dans Lectures & relectures

Quelque deux siècles plus tard, on retrouve la scène de l’adoration des Mages sculptée sur des sarcophages.
L’une des plus anciennes parmi ces sculptures se trouve dans la crypte de la basilique de Saint-Maximin, en Provence :

Sarcophage-saint-Maximin Noël dans Nos amis les Saints

Vous le voyez sur la photographie ci-dessus, sous une espèce d’auvent, l’Enfant Jésus est emmailloté, couché dans la mangeoire (laquelle ressemble à un coffre sculpté posé sur des tréteaux, mais peut aussi déjà figurer – comme cela se fera plus tard – une espèce d’autel) ; l’âne et le boeuf sont présents ; l’étoile miraculeuse qui a guidé les Mages – au nombre de trois et reconnaissables à leurs bonnets orientaux – , est sculptée dans un cercle, à droite du petit toit ; la Vierge Marie est assise sur un siège à haut dossier, et la manière dont elle se tient le menton dans la main droite peut être interprétée comme une attitude de méditation, puisque l’Evangile nous dit qu’elle retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur.

Ici, il convient de faire deux remarques :
1 – La première, c’est que lorsque les historiens de l’art nous parlent des « plus anciennes représentations », cela ne veut pas dire que la Nativité n’avait pas été représentée auparavant, mais seulement que, dans l’état actuel de nos connaissances, ces représentations sont les plus anciennes qui nous sont parvenues et qui peuvent être répertoriées. Cela ne signifie donc en aucune manière qu’il n’y en a pas eu d’autres antérieurement ou à la même époque et en plus grand nombre :  les persécutions des premiers siècles, les destructions au fil des temps, ou simplement les dégradations dues à la fragilité des supports ou des matériaux de ces représentations sont suffisantes pour expliquer que l’on doive être prudent dans ces affirmations.
2 – La seconde, c’est que ces représentations du mystère de la Nativité sont figurées dans les catacombes ou sur des sarcophages, donc dans un contexte de mort et d’ensevelissement. Outre le fait que – comme nous l’écrivions précédemment – notre connaissance est parcellaire, on peut interpréter ces représentations dans ce contexte comme l’affirmation que la foi au Christ Sauveur – Dieu incarné annoncé par les prophètes d’Israël – est aussi offerte aux non Juifs et leur ouvre les portes du salut au-delà de la mort.

III. L’oratoire de la crèche à Sainte-Marie-Majeure.

La plus importante des anciennes basiliques romaines dédiée à la Sainte Mère de Dieu, Sainte-Marie-Majeure, porte aussi les noms de « Sancta Maria ad nives » (Sainte Marie aux neiges, en raison du miracle de la neige par lequel la Vierge Marie a elle-même désigné l’emplacement du sanctuaire qu’elle désirait qu’on lui édifiât) et de « Sancta Maria ad praesepe » , littéralement « Sainte Marie à la Crèche » ou, pour traduire de manière plus exacte encore, « Sainte Marie près de la Crèche ».
Cette expression est attestée à partir du pontificat de Théodore 1er (pape de 642 à 649) et devient fréquente ensuite.

arch-mosaic-group-c-paradox Saint François d'Assise

Sainte-Marie-Majeure : mosaïque de l’adoration des Mages à l’arc triomphal (Ve siècle)

A partir des anciens documents, les historiens ont pu établir qu’il existait au VIIe siècle un oratoire, distinct de la basilique mais relié à elle, qui possédait une entrée propre et un autel spécial. Cet oratoire rappelait, par sa disposition, ou par ses reliques, la grotte de Bethléem.
A quelle époque cet oratoire avait-il été créé ?
On l’ignore.
Historiquement nous sommes certains qu’il existait à l’époque du Pape Théodore, ce qui n’exclut évidemment pas qu’il ait été antérieur.

Des érudits (je me contente de résumer les conclusions de leurs très savantes et minutieuses études) déduisent de certaines indications contenues dans le Liber Pontificalis et dans les anciens documents liturgiques, qu’au temps de Saint Grégoire le Grand (pape de 590 à 604), sous le pontificat duquel les trois messes de Noël sont bien attestées, la messe de la nuit de la Nativité était célébrée dans l’oratoire de la Crèche, annexe de Sainte-Marie-Majeure.

Certains pensent même que c’est au temps de Sixte III (pape de 432 à 440), auquel nous devons les extraordinaires mosaïques de l’arc triomphal dans lesquelles sont figurés les mystères de l’enfance du Sauveur, donc au début du Ve siècle, que l’on aurait matérialisé dans l’oratoire proche de la basilique une sorte de reproduction de la grotte et de la mangeoire de Bethléem, avec peut-être des éléments rapportés du lieu même de la Nativité. De même que la dévotion romaine avait « reproduit » Jérusalem dans le palais Sessorien de Sainte Hélène (maintenant la basilique Sainte-Croix en Jérusalem), elle aurait « reproduit » Bethléem à Sainte-Marie-Majeure.
Un plan du XVIe siècle retrouvé à Florence nous permet d’en situer l’emplacement exact, à une quinzaine de mètres de l’actuelle nef droite de la basilique.
De toute façon, c’est ce petit oratoire antique qui est à l’origine du nom de « Sancta Maria ad praesepe » donné à la basilique, et de la dévotion à la Crèche qui s’y perpétue.

Cet oratoire de la Crèche avait été profondément remanié au XIIIe siècle à la demande de Nicolas IV (pape de 1288 à 1292) par Arnolfo di Cambio, architecte et sculpteur florentin, qui réalisa pour cette chapelle la première Crèche – au sens où nous l’entendons aujourd’hui -, sculptée en pierre : il ne s’agit plus de peintures ou de fresques, ni de mosaïques ou de bas reliefs, mais de véritables statues « indépendantes » : il nous en reste Saint Joseph, l’âne et le boeuf à gauche, ainsi qu’un berger et deux mages à droite ; au centre, la Madone à l’Enfant est d’une facture plus moderne.

Arnolfo di Cambio - Crèche Sainte-Marie-Majeure

Crèche d’Arnolfo di Cambio à Sainte Marie-Majeure, Rome

Une description de cet oratoire de la Crèche, postérieure aux aménagements réalisés par Arnolfo di Cambio, nous montre qu’il comportait deux parties distinctes : une pièce rectangulaire dans laquelle se trouvait l’autel, et une petite niche ou absidiole dans laquelle se trouvait la représentation de la Crèche à proprement parler.

A la fin du XVIe siècle, Sixte Quint (pape de 1585 à 1590) ne demanda rien moins à l’architecte Fontana que de transporter l’oratoire quasi millénaire, tout entier – avec ses fondations et ses murs ! -, à l’intérieur du transept droit de la basilique qu’il venait de faire édifier.
Fontana a rédigé un rapport détaillé sur son travail, qu’il se vante d’avoir parfaitement réussi… Il est cependant certain qu’en dépit des puissantes chaînes dont il avait ceinturé l’ensemble, sa voûte ornée de mosaïques s’écroula, et que son dallage cosmatesque se disjoignit !
Bref ! malgré les allégations de Fontana, l’historien doit constater qu’il ne reste pas grand chose de l’oratoire originel de la Crèche, qui fut déposé sur des fondations nouvelles préparées à un niveau bien plus bas que celui du pavement de la basilique de manière à le transformer en un lieu souterrain.

Actuellement, lorsque l’on pénètre dans cette « chapelle Sixtine » de la basilique Sainte-Marie-Majeure, on aperçoit en dessous du grandiose autel du Saint-Sacrement, une petite crypte à laquelle on accède par un escalier (il est habituellement fermé par une grille : au cours de tous mes séjours à Rome je n’ai pu y descendre qu’une seule fois, dans les premiers jours de janvier 2001, juste avant la clôture du jubilé). Au bas de cet escalier, par un arc surbaissé, on entre dans ce qui subsiste de l’antique oratoire : l’autel y est encore celui du XIIIe siècle ; un petit déambulatoire imaginé par Fontana contourne l’oratoire et permet de passer dans l’absidiole où la Crèche d’Arnolfo di Cambio fut conservée jusque dans les premières années de notre XXIe siècle, car elle est désormais exposée dans le musée de la basilique.

IV. Les reliques du bois de la Crèche à Sainte-Marie-Majeure.

Reliques de la Crèche à Sainte-Marie-Majeure - Rome

Reliquaire du bois du berceau de Notre-Seigneur
Rome, basilique de Sainte Marie-Majeure (Sainte Marie de la Crèche)

La dévotion envers l’oratoire de la Crèche (qui avait été très forte avant le XVIIIe siècle : saint Gaëtan de Thiene et Saint Ignace de Loyola par exemple y passaient de longs moments en prière et y vécurent des expériences mystiques) s’est aujourd’hui beaucoup estompée, quand elle n’a pas été totalement oubliée par les pèlerins, pour se reporter sur d’autres reliques, présentées dans un reliquaire de cristal et de bronze doré exposé dans la confession de la basilique Sainte-Marie-Majeure, au-dessous de l’autel papal : ces reliques de la Crèche, consistent en cinq pièces de bois vermoulu considérées comme des fragments de la Crèche-berceau de Notre-Seigneur.

Quel est le rapport entre la Crèche-étable et la Crèche-berceau ?
Quel lien y a-t-il entre la petite chapelle figurant la grotte de Bethléem et qui, sous le nom de Praesepe, existait près de Sainte-Marie-Majeure dès le VIe siècle, et ces quelques planches enfermées dans ce reliquaire ?
Il est difficile de répondre à la question.
On ne trouve pas de mention de ce bois de la Crèche avant le XIIe siècle. Il est très vraisemblable que ces reliques étaient là antérieurement, mais l’historien ne peut pas dire à quelle époque et par qui elles ont été apportées.

Jusqu’au tragique sac de Rome de 1527, les documents font état de deux sortes de reliques bien distinctes :
1) un tableau lamé d’or portant une inscription en caractères grecs et servant de reliquaire à un lange de l’Enfant Jésus ;
2) et cinq planches provenant de son rustique berceau.

Il semblerait qu’après l’épouvantable pillage perpétré par les mercenaires de Charles Quint, les ornements ayant été arrachés et les reliques jetées à terre en désordre, on ait renfermé dans le même reliquaire ce qu’on avait retrouvé des deux éléments susdits.
En effet, actuellement, deux des cinq planches conservées dans le reliquaire portent des lettres grecques et forment une inscription fragmentaire en rapport avec le lange disparu. Les trois autres morceaux, étudiés attentivement, peuvent provenir d’un pied en forme d’ X, apte à soutenir une mangeoire comme celles qui sont en usage en Orient encore aujourd’hui. Ce genre de crèches constitue fort bien un petit lit-berceau.

Saint Jérôme fait allusion (en le déplorant) au remplacement de la crèche d’argile par une crèche d’argent dans la basilique édifiée par Constantin à Bethléem : sur la base de ce témoignage, il est facile de se représenter une sorte d’auge en terre cuite posée sur des pieds en bois, dont la basilique de Sainte-Marie-Majeure aurait hérité de fragments.
Ces reliques de la Crèche se trouvaient-elles dans l’oratoire de la Crèche dont nous avons parlé ci-dessus ?
Ont-elles été apportées de Terre Sainte par le Pape Théodore (natif de Jérusalem) comme certains pieux auteurs le prétendent sans le prouver ?
Y étaient-elles auparavant ou bien sont elles venues entre le VIIe et le XIIe siècle ?
L’historien n’a aucun élément pour le dire.

 giotto_noel santons

Giotto (fresques de la vie de Saint François) : le Noël de Greccio.

V. La Crèche de Saint François d’Assise et son impact.

On entend parfois dire que c’est Saint François d’Assise qui aurait le premier imaginé de représenter la Crèche.
De tout ce que nous avons vu aux § II et III de cette étude, il ressort que c’est inexact : la représentation des scènes de la Nativité de Notre-Seigneur existait avant Saint François, sous forme de sculptures, de peintures ou de mosaïques.

Néanmoins on doit attribuer à Saint François la paternité de la première Crèche vivante de l’histoire puis, indirectement, des Crèches en trois dimensions que l’on présente dans les églises au temps de Noël.

L’histoire nous a été rapportée par Thomas de Celano, dans la vie de Saint François qu’il rédige en 1232, c’est-à-dire six ans après la mort du Poverello et 9 ans après l’événement qui nous intéresse, donc en un temps où vivaient de nombreux témoins des faits rapportés :

« …Je veux conserver pieusement le souvenir de ce qu’il fit à Greccio un jour de Noël, trois ans avant sa mort. Il y avait dans cette province un homme appelé Jean, de bonne renommée, de vie meilleure encore, et le bienheureux François l’aimait beaucoup parce que, malgré son haut lignage et ses importantes charges, il n’accordait aucune valeur à la noblesse du sang et désirait acquérir celle de l’âme. Une quinzaine de jours avant Noël, François le fit appeler comme il le faisait souvent. « Si tu veux bien, lui dit-il, célébrons à Greccio la prochaine fête du Seigneur ; pars dès maintenant et occupe-toi des préparatifs que je vais t’indiquer. Je veux évoquer en effet le souvenir de l’Enfant qui naquit à Bethléem et de tous les désagréments qu’il endura dès son enfance ; je veux le voir, de mes yeux de chair , tel qu’il était, couché dans une mangeoire et dormant sur le foin, entre un boeuf et un âne .» L’ami fidèle courut en toute hâte préparer au village en question ce qu’avait demandé le saint.
Le jour de joie arriva, le temps de l’allégresse commença. On convoqua les frères de plusieurs couvents des environs. Hommes et femmes, les gens du pays, l’âme en fête, préparèrent, chacun selon ses possibilités, des torches et des cierges pour rendre lumineuse cette nuit qui vit se lever l’Astre étincelant éclairant tous les siècles. En arrivant, le saint vit que tout était prêt et se réjouit fort. On avait apporté une mangeoire et du foin, on avait amené un âne et un boeuf. Là vraiment la simplicité était à l’honneur, c’était le triomphe de la pauvreté, la meilleure leçon d’humilité ; Greccio était devenu un nouveau Bethléem. La nuit se fit aussi lumineuse que le jour et aussi délicieuse pour les animaux que pour les hommes. Les foules accoururent, et le renouvellement du mystère renouvela leurs motifs de joie. Les bois retentissaient de chants, et les montagnes en répercutaient les joyeux échos. Les frères chantaient les louanges du Seigneur, et toute la nuit se passa dans la joie. Le saint passa la veillée debout devant la crèche, brisé de compassion, rempli d’une indicible joie. Enfin l’on célébra la messe sur la mangeoire comme autel, et le prêtre qui célébra ressentit une piété jamais éprouvée jusqu’alors.
François revêtit la dalmatique, car il était diacre , et chanta l’Evangile d’une voix sonore. Sa voix vibrante et douce, claire et sonore, invitait tous les assistants aux plus hautes joies. Il prêcha ensuite au peuple et trouva des mots doux comme le miel pour parler de la naissance du pauvre Roi et de la petite ville de Bethléem. Parlant du Christ Jésus, il l’appelait avec beaucoup de tendresse « l’enfant de Bethléem », et il clamait ce « Bethléem » qui se prolongeait comme un bêlement d’agneau, il faisait passer par sa bouche toute sa voix et tout son amour. On pouvait croire, lorsqu’il disait « Jésus » ou « enfant de Bethléem » qu’il se passait la langue sur les lèvres comme pour savourer la douceur de ces mots.
Au nombre des grâces prodiguées par le Seigneur en ce lieu, on peut compter la vision admirable dont un homme de grande vertu reçut alors la faveur. Il aperçut couché dans la mangeoire un petit enfant immobile que l’approche du saint parut tirer du sommeil. Cette vision échut vraiment bien à propos, car l’Enfant-Jésus était, de fait, endormi dans l’oubli au fond de bien des coeurs jusqu’au jour où, par son serviteur François, son souvenir fut ranimé et imprimé de façon indélébile dans les mémoires. Après la clôture des solennités de la nuit, chacun rentra chez soi, plein d’allégresse.
On conserva du foin de la crèche « afin que Yahweh guérisse le bétail, si grande est sa miséricorde » ! En effet, beaucoup d’animaux de la région, atteints de diverses maladies, mangèrent de ce foin et furent guéris. Bien mieux, des femmes qui, au cours d’enfantements laborieux et pénibles, se munirent de quelques brins, accouchèrent heureusement. Des foules d’hommes et de femmes purent de la même façon recouvrer la santé. » (Vita Prima).

Cette première Crèche vivante donna ensuite l’idée aux communautés franciscaines de reproduire la scène de la Nativité, en trois dimensions, dans leurs oratoires, à l’aide de figurines en bois ou en terre pendant le temps de Noël.
Cet usage connut un tel succès qu’il se répandit progressivement aux autres églises. A cet égard, la Crèche d’Arnolfo di Cambio marque une étape importante puisque, commandée par le Pape Nicolas IV pour l’oratoire de la Crèche de l’une des plus insignes basiliques de la Chrétienté, elle confère une sorte de consécration officielle à cet usage né de la dévotion franciscaine.

En France, c’est à la fin du Moyen-Age que les Crèches apparaissent dans les églises, et c’est surtout au XVIe siècle qu’elles se généralisent. Les personnages seront d’abord en bois ou plus modestement en carton pâte ; la terre cuite et le plâtre viendront bien plus tard.

En Italie, l’épanouissement du baroque va donner aux Crèches un développement prodigieux : les Crèches napolitaines du XVIIIe siècle constituent de spectaculaires mises en scène et font l’objet d’un inépuisable émerveillement, par leur qualité, par l’abondance des détails et par la multiplication des personnages.
C’est aussi au cours de la période baroque que les demeures aristocratiques vont s’enorgueillir de posséder de ces splendides Crèches ; véritables oeuvres d’art, elles ne sont donc plus réservées aux seules églises mais entrent, même si c’est encore d’une manière très sélective, dans les demeures particulières.

Rome, crèche de la basilique des Saints Côme et Damien au forum

L’adoration des Mages, détail de la prodigieuse Crèche napolitaine du XVIIIe siècle
présentée dans la basilique des Saints Côme et Damien au forum à Rome.

VI. Les Crèches dans les maisons.

D’une manière un peu paradoxale, on peut dire que la grande révolution a participé au développement de la dévotion à la Crèche.

En effet, la persécution religieuse qui éclate en France à partir de 1791 (et qui durera presque 10 ans avec des périodes d’intensité variable), a pour conséquence immédiate la fermeture des églises et la suppression officielle du culte catholique.

Beaucoup de fidèles, nous le savons, même s’ils sont obligés de le cacher, restent profondément attachés à leur foi et continuent à prier et à marquer, autant qu’ils le peuvent, les temps liturgiques et les grandes fêtes de l’année chrétienne.
De très nombreux prêtres – parce qu’ils ont refusé le serment schismatique – sont pourchassés, déportés, emprisonnés, condamnés à mort… Mais ils sont aussi très nombreux, dans tout le Royaume, à avoir pris le maquis : dans les Hautes Boutières où nous vivons, sur le territoire de cinq ou six paroisses, ils furent au moins une dizaine de prêtres (et parfois davantage) qui se cachèrent et continuèrent leur ministère clandestinement, célébrant la Sainte Messe dans des maisons particulières ou dans des granges isolées, visitant les malades et administrant les mourants au cours de longues courses nocturnes, baptisant les nouveaux-nés et mariant les promis…

Messe de minuit pendant la terreur - vitrail La Séguinière

La Messe de Minuit dans les ruines de l’église pendant la terreur
- vitrail de l’église de La Séguinière, dans le Choletais -

Ne pouvant se résoudre à ne plus se recueillir devant les si populaires Crèches de leurs  églises, les fidèles s’attachèrent à les reproduire dans des dimensions très réduites, presque des miniatures adaptées à leurs humbles maisons et au temps de la persécution : les personnages furent modelés très souvent avec de la mie de pain, puis avec de la glaise. 
En Provence, ces « petits saints »  (par opposition aux grandes statues des saints des églises) furent nommés « santouns », et c’est l’origine de notre mot français « santon ».

Après la persécution, l’usage demeura de faire la Crèche dans les maisons : un usage qui se développa et devint quasi général au cours du XIXe siècle.

VII. Le temps et l’esprit de la Crèche.

1) Quand doit-on installer la Crèche ?

- En ce qui concerne les Crèches domestiques, les usages varient selon les régions, voire selon les familles.
Certains aiment l’installer dans leurs maisons dès le premier dimanche de l’Avent. La Crèche devient alors le lieu devant lequel la famille chrétienne se réunit pour prier : le berceau vide matérialise la joyeuse attente de Noël et son aménagement permet même de concrétiser les efforts spirituels de chacun tout au long de l’Avent.
En d’autres endroits, en fonction des dévotions régionales, c’est à l’occasion de l’une des belles fêtes de décembre que la Crèche est installée (Saint Nicolas, l’Immaculée Conception ou Sainte Lucie).
Enfin  d’autres encore ne la mettent en place que dans les tout derniers jours qui précèdent Noël, se calant ainsi sur l’usage qui prévaut pour les Crèches des églises.

- Dans les églises en effet, normalement, on ne met la Crèche en place que dans les jours qui précèdent la fête de la Nativité. Un usage ancien voulait même que l’on tendît un rideau violet devant la Crèche jusqu’à la fin des premières vêpres de Noël : ce n’est qu’après avoir chanté celles-ci que le clergé se rendait en procession jusqu’au lieu de la Crèche et en retirait le voile.

De toute façon, il ne convient pas que la Crèche soit présentée trop tôt aux fidèles dans les églises : le temps de la Crèche commence avec la fête de Noël, et pas avant.
Mettre en évidence la Crèche de manière prématurée revient à ôter une partie du sens de l’Avent qui n’est pas seulement temps de préparation à la fête de la Naissance du Sauveur, mais la célébration des trois avènements du Rédempteur.
La collecte de la Messe de la Vigile de Noël, au matin du 24 décembre, le marque encore d’une manière particulière  :
« O Dieu, qui nous réjouissez chaque année par l’espérance de notre rédemption, accordez-nous, en recevant joyeusement Votre fils unique comme Rédempteur, de Le voir aussi sans crainte venir comme juge… »

Crèche de la chapelle des Cordeliers à Aubenas

Crèche provençale avec des santons habillés
Chapelle des Cordeliers, à Aubenas (Vivarais)

2) La Crèche n’est pas une « reconstitution historique ».

Certains réalisent des Crèches dans lesquelles les personnages et le paysage cherchent à reproduire de manière scrupuleuse les costumes et les lieux de Bethléem, il y a quelque deux mille ans.

D’une manière plus générale les Crèches mêlent des éléments antiques et des éléments plus modernes ou contemporains : c’est particulièrement frappant dans les Crèches napolitaines où l’on voit, autour de la Vierge Marie et de Saint Joseph en costumes orientaux, une foule de personnages en habits du XVIIIe siècle, depuis les artisans et gens du peuple jusqu’aux nobles ; c’est également vrai dans les Crèches provençales où les santons représentent des personnages typiques de la vie des villages de Provence : le rémouleur, le bohémien, le meunier, le braconnier, le gendarme avec son bicorne, l’arlésienne… etc., et même le moine pieds nus dans ses sandales et le curé avec son parapluie rouge ou son grand mouchoir à carreaux !

C’est que, de fait, la Crèche n’est pas une reconstitution à la manière d’une maquette d’archéologues ; elle n’est pas là juste pour nous permettre de visualiser, comme dans un film historique, ce qui s’est passé et serait définitivement passé.
La Crèche appartient au monde des symboles : elle représente, d’une manière parfois naïve et d’autres fois de manière très recherchée, que Noël est une actualisation mystérieuse de la venue du Rédempteur dans nos vies. Pas seulement la vie des habitants de Bethléem il y a plus de deux mille ans, mais notre vie quotidienne aujourd’hui.
Noël n’est pas seulement un anniversaire, c’est un mystère de grâce qui se continue et s’accomplit en notre temps. Comme l’a si justement exprimé notre Saint Père le Pape Benoît XVI, la Crèche devient alors « une école de vie » .

3) Quand enlève-t-on la Crèche ?

Selon la tradition, on laisse la Crèche dans les églises jusqu’au 2 février : jour de la Chandeleur, fête de la Présentation de Notre-Seigneur au Temple et de la Purification de Notre-Dame. C’est alors que s’achève le temps des quarante jours, chiffre biblique au symbolisme très riche.
Il arrive fréquemment aujourd’hui que l’on retire les Crèches des églises (du moins celles où l’on ne célèbre pas la liturgie traditionnelle) sitôt passée la fête de l’Epiphanie. J’avoue ne pas en voir la raison, si ce n’est peut-être seulement la volonté de rompre systématiquement avec ce qui a été pratiqué pendant des siècles… 

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur.

Crèche du Mesnil-Marie

La Crèche du Mesnil-Marie – détail

Pour voir ou revoir les vidéos de la Crèche du Mesnil-Marie
- celle de Noël 2011 > ici
- celle de Noël 2012 > ici

2011-92. Près de la Crèche, nos voeux pour Noël 2011.

Vendredi 23 décembre 2011,
anniversaire de la mort de la Vénérable Thérèse de Saint Augustin (Madame Louise de France).

2011-92. Près de la Crèche, nos voeux pour Noël 2011. dans Annonces & Nouvelles lanterne

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous sommes à l’avant-veille de Noël. Demain – jour de vigile -, nous serons pendant toute la journée dans un recueillement et un silence encore plus grands que pendant tout le temps de l’Avent qui s’achève.  Pour la Sainte Messe de la Nativité – dûment célébrée à minuit -, puisque les routes du Mézenc sont praticables (ce qui n’était pas le cas l’an dernier) et devraient le rester, Frère Maximilien-Marie pourra se rendre à l’église de Ceyssac, juste à côté du Puy-en-Velay : c’est là que se trouve le lieu de culte de notre paroisse selon la « forme extraordinaire du rite romain ».

Pour moi, pendant ce temps, j’assurerai la garde de notre Mesnil-Marie et je veillerai auprès de la crèche en attendant mon papa-moine ; à son retour, je l’accompagnerai pour déposer l’Enfant Jésus dans sa mangeoire-berceau.
Tout est bien prêt pour L’accueillir : Frère Maximilien-Marie a terminé hier soir de préparer notre grande crèche, à son grand soulagement. L’an dernier, il était un peu affolé et n’avait pu l’achever – dans l’urgence – que le 24 décembre dans l’après-midi ; cela était dû aux conditions climatiques : la neige et le gel, qui avaient été très rigoureux tous les jours précédents la Vigile de Noël, l’avaient jusque alors empêché de ramasser la mousse et de couper les branchages nécessaires!

Moi, j’ai aidé comme je l’ai pu à la préparation de cette crèche, mais je ne suis pas un grand bricoleur, alors j’ai surtout donné des idées et suggéré certains aménagements. Ensuite, j’allais in situ pour vérifier que tout était bien comme je l’avais préconisé : j’ai inspecté les collines et les pâturages, j’ai vérifié que l’étable assurerait un véritable abri à la Sainte Famille, j’ai même testé la solidité de certaines maisons de Bethléem, ce qui n’a pas du tout amusé Frère Maximilien-Marie qui m’a taquiné en me disant que j’étais trop gros… Cela ne m’a pas fait très plaisir, mais il est pourtant bien vrai qu’il n’y avait pas de place suffisante pour moi dans cette hôtellerie!

DSC09404-Copie-300x225 crèche dans Chronique de Lully

Vous pourrez visionner, ci-dessous, une vidéo de notre crèche… Afin de vous la présenter bien complète nous y avions placé l’Enfant Jésus mais, sitôt le tournage accompli, nous l’avons prestement enlevé!!! Vous allez entendre notre Frère Maximilien-Marie vous donner les principales explications du travail qu’il a réalisé (faire un clic droit sur l’image ci-dessous, puis « ouvrir dans un nouvel onglet »).

Image de prévisualisation YouTube

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter à mon tour, à la suite des voeux que Frère Maximilien-Marie a formulé à votre intention à la fin de ce mini-film, de belles, ferventes et saintes fêtes de la Nativité de notre Sauveur!

Puisse le divin Enfant de la crèche faire descendre sur vous Ses plus douces bénédictions, et que, par l’intercession de Sa Très Sainte Mère et de Saint Joseph, Il exauce vos prières, accorde force et réconfort à vos malades, donne la consolation aux affligés et fasse entrer vos défunts dans la lumière et la gloire de Son Royaume éternel… Ainsi soit-il!

 Lully.

couronnechat Mesnil-Marie dans De liturgia

 Pour connaître l’origine de la dévotion à la Crèche > ici.

2011-89. De la préparation de notre couronne de l’Avent.

« Allez ! allez ! Dépêche-toi un peu, Frère Maximilien-Marie !
J’ai hâte que notre couronne de l’Avent soit prête !
Es-tu allé couper les branches de résineux ?… »

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« Ah oui ! Bon, il me semble qu’il y en aura assez.
Et qu’as tu fait de l’armature ? Ah! la voilà ! »

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« Bien ! Maintenant, tu dois disposer les branches et les bougies sur l’armature…
Oooooh, pas les bougies tout de suite, elles vont te gêner pour travailler et, maladroit comme tu l’es, tu risques de les faire tomber ! »

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« Non, je ne veux pas de cette guirlande cette année :
j’ai décidé que notre couronne resterait très sobre, presque minimaliste… »

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« En revanche, je veux bien que tu y accroches les petits oiseaux dorés ! »

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« Voilà ! Ce n’est pas trop mal…
Ah, tiens ! La guirlande, mets-la donc en décoration avec le reste des branchages au pied de la statue de la Sainte Vierge, à l’entrée de la terrasse ! »

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« Bon ! Eh bien, tu n’as plus qu’à mettre notre couronne de l’Avent en place… »

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« Et puis n’oublie pas d’en accrocher une petite à notre huis ! »

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« Vraiment, il faut toujours tout te dire…
Puis il me faut rester à côté de toi pour vérifier que tu as bien compris et que tu ne fais pas les choses de travers : c’est fatigant !
Maintenant j’ai les yeux qui se ferment tout seuls… »

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« … j’ai vraiment bien mérité ma p’tite sieste, moi ! »

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2011-89. De la préparation de notre couronne de l'Avent. dans Chronique de Lully couronnechat

Publié dans:Chronique de Lully, De liturgia |on 26 novembre, 2011 |3 Commentaires »

2011-87. Les autruches.

Novembre…

Nous sommes dans les dernières semaines de l’année liturgique : après la Toussaint et la commémoraison solennelle des fidèles trépassés, jusqu’à la semaine qui suit le « dimanche de la fin des temps » (vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte), la Sainte Eglise nous amène d’une manière plus particulière à méditer sur les fins dernières.
Voici pourquoi, pour répondre à la demande de l’une de mes lectrices qui m’a écrit pour me demander si je n’avais pas encore quelqu’une des petites bandes dessinées de Frère Maximilien-Marie à publier (étant donné que je ne l’ai pas fait depuis plusieurs mois), je suis allé « furler » (
verbe spécifiquement ardéchois qui signifie : fureter, rechercher avec insistance – cf. Claudine Fréchet : Dictionnaire du parler de l’Ardèche) dans ses affaires et j’en ai trouvé une tout à fait en rapport avec ces dernières semaines du temps liturgique.
Ainsi que nous l’enseigne le Saint-Esprit, dans le livre de l’Ecclésiastique : « Dans toutes tes oeuvres, rappelle-toi tes fins dernières, et jamais tu ne pécheras – In omnibus operibus tuis memorare novissima tua et in aeternum non peccabis! » (
Eccli. VII, 40).

 Lully.          

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2011-87. Les autruches. dans Bandes dessinées lesautruches1

lesautruches2 autruches dans De liturgia

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Autres bandes dessinées publiées sur ce blogue :
- Grindsel le séraphin se pose quelques bonnes questions > ici.
- Pas meilleurs que les autres > ici.
- Le Rosaire redoutable aux démons > ici.
- Concurrence > ici.
- La préférée de Dieu > ici.
- Une lettre pour toi > ici.
- Comment se forment les perles > ici.
- Saint Joseph et le placage > ici.
- Au jour le jour > ici.
- A l’école de Saint Louis de Gonzague > ici.
- Vacances? > ici.

Méditation au soir du vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte.

Hans Memling - triptyque du Jugement dernier

L’Evangile de ce dernier dimanche après la Pentecôte (Matth. XXIV 15-35) nous a fait entendre les paroles de Notre-Seigneur annonçant la fin des temps et son retour glorieux « pour juger les vivants et les morts », ainsi que nous le confessons dans le Credo.

L’année liturgique s’achève, et dans ce jour qui s’achève nous nous souvenons que la vie de l’homme sur la terre va elle aussi vers son achèvement : chaque jour nous rapproche de notre fin…

Tout aura une fin.
Et à la fin de tout viendra l’épilogue majestueux : « Alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme (c’est-à-dire 
la Croix) ; et alors toutes les tribus de la terre se lamenteront ; et l’on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées du Ciel avec grande puissance et majesté » (Matth. XXIV, 30).

Jésus, qui jadis est venu sur terre dans la pauvreté, dans l’effacement et dans la douleur pour racheter nos âmes et nous enseigner le chemin du Ciel, a le droit de revenir dans tout l’éclat de Sa gloire, à la fin des temps, afin de recueillir les fruits de Son œuvre de salut, les fruits de la Rédemption par Son Sang.

Il sera notre juge.
Et comme Il nous l’a annoncé, Il nous jugera sur la manière dont nous aurons vécu et pratiqué l’amour : « Venez, les bénis de Mon Père, recevez en héritage le Royaume… car J’ai eu faim et vous M’avez donné à manger, J’ai eu soif et vous M’avez donné à boire… Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de Mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait » (
Matth. XXV. 34 & 40).
Son précepte d’amour – amour de Dieu et amour du prochain – sera le code selon lequel chacun de nous sera examiné : bienheureux serons-nous si nous avons beaucoup aimé ! « Ses péchés, ses nombreux péchés lui ont été remis parce qu’elle a montré beaucoup d’amour » (
Luc. VII, 47) déclarait Notre-Seigneur au sujet de la pécheresse. Plus notre amour sera grand et profond, mieux il effacera les péchés, les misères, les défauts et les fautes dans lesquels nous retombons chaque jour, malgré notre bonne volonté.

« C’est une affaire de grande importance pour l’âme, écrit Saint Jean de la Croix, d’exercer en cette vie les actes d’amour, afin que se perfectionnant en peu de temps, elle ne s’arrête longtemps ici-bas ou là-haut, sans voir Dieu » (Vive Flamme, I).
Le Docteur Mystique fait allusion à l’âme enflammée d’amour divin qui aspire ardemment au Ciel pour voir son Dieu face à face et L’aimer davantage.

Quoi qu’il en soit, un intense et persévérant exercice de la charité surnaturelle peut seul conduire à l’union à Dieu, tant sur la terre que dans l’éternité bienheureuse.
Bienheureuse l’âme qui, au soir de sa vie, parce qu’elle aura pratiqué cet amour en conformité avec le Divin Cœur de Jésus, pourra paraître sans crainte au jugement, car ce jugement sera sa joie et son bonheur éternels !

« C’est à Vous, Seigneur notre Dieu, qu’il nous faut adhérer toujours, afin que, par Votre secours continuel, nous puissions vivre en toute sainteté, piété et droiture.
Le poids de notre faiblesse nous entraîne vers ce qui est bas ; mais Votre grâce nous rend ardents et nous nous élevons, nous nous enflammons et remontons des profondeurs, disposant des ascensions dans notre cœur.
Alors nous chantons le cantique de l’élévation, nous brûlons de Votre feu et nous allons à Vous !
Où allons-nous ?
En haut, vers la paix de la Jérusalem céleste, comme il est écrit : « Je me suis réjoui de ce qui m’a été dit : nous irons dans la Maison du Seigneur ».
C’est ici que s’établira la bonne volonté, afin que nous n’ayons plus d’autre désir que d’y demeurer éternellement.
Tant que nous vivons dans ce corps mortel, nous voyageons vers Vous, Seigneur ; nous n’avons pas ici-bas de demeure permanente, mais nous sommes en quête de celle qui doit venir, puisque notre domicile est dans le Ciel.
Avec le secours de Votre grâce, j’entre dans le secret de mon cœur, et j’élève vers Vous mes chants d’amour : vers Vous, mon Roi et mon Dieu ! » (
notre Bienheureux Père Saint Augustin).

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Publié dans:De liturgia, Prier avec nous, Textes spirituels |on 20 novembre, 2011 |2 Commentaires »

« O mon Dieu, Trinité que j’adore… »

célèbre prière écrite par


Sainte Elisabeth de la Trinité

Bienheureuse Elisabeth de la Trinité

Le 9 novembre est le « dies natalis », c’est-à dire le jour de la naissance au Ciel (9 novembre 1906) de Sainte Elisabeth de la Trinité : l’Ordre du Carmel et l’archidiocèse de Dijon célèbrent sa fête le jour précédent (puisque cette date du 9 novembre est déjà « occupée » par la grande fête de la dédicace de l’Archibasilique du très Saint Sauveur au Latran, tandis que chez nous, au Mesnil-Marie, avec les possibilités offertes par l’ancienne liturgie, nous rajoutons sa mémoire au jour-même de l’anniversaire de sa mort.

Je ne vais pas aujourd’hui vous faire le résumé de sa vie (on peut le trouver ici par exemple > ici), mais je veux seulement vous encourager à approfondir comme elle le mystère de l’inhabitation de la Sainte Trinité dans votre âme de baptisé, et à méditer et prier avec elle…

Sanctae Trinitas symbolica representatio

O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en Vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne Vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre Action créatrice.

O mon Christ aimé crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Cœur, je voudrais Vous couvrir de gloire, je voudrais Vous aimer… jusqu’à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous même », d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de Vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu’un rayonnement de votre Vie. Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur.

O Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à Vous écouter, je veux me faire tout enseignable, afin d’apprendre tout de Vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux Vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière; ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.

O Feu consumant, Esprit d’amour, « survenez en moi » afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère. Et Vous, ô Père, penchez-Vous vers votre pauvre petite créature, « couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances ».

O mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à Vous comme une proie. Ensevelissez-Vous en moi pour que je m’ensevelisse en Vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs.

Ainsi soit-il.

Reliquaire de la Bse Elisabeth de la Trinité (au Mesnil-Marie)

Reliquaire de Sainte Elisabeth de la Trinité
exposé au jour de sa fête dans l’oratoire du Mesnil-Marie.

2011-83. Le Christ veut régner par la vertu de Son Sacré-Coeur.

Sermon de Monsieur l’Abbé Henri Vannier

à l’occasion de la Fête du Christ Roi
- dimanche 30 octobre 2011 -

Premier vendredi du mois, 4 novembre 2011.

Le premier vendredi du mois est, selon la demande adressée par Notre-Seigneur Lui-même à Sainte Marguerite-Marie, particulièrement dédié à honorer le Sacré-Coeur de Jésus.
Voilà pourquoi, chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion, je livre aujourd’hui à votre lecture et à votre méditation le texte de la prédication faite par Monsieur l’Abbé Vannier – desservant de notre quasi paroisse selon le rite latin traditionnel -  à l’occasion de la Fête du Christ Roi, dimanche dernier.

Les illustrations qui accompagnent cette publication présentent la chasuble du Christ Roi que nous conservons en notre Mesnil-Marie, très beau travail de broderie et de ferveur réalisé par des religieuses.

Chasuble du Christ Roi (Mesnil-Marie)

Cette Fête du Christ Roi – fixée à la fin de l’année liturgique – conclut et récapitule la célébration des mystères de Jésus-Christ et de notre salut.
Après les mystères de Noël et de l’Epiphanie, le mystère pascal de la Passion et de la Résurrection, après la gloire de l’ascension, l’Eglise, instruite par l’Esprit-Saint, nous montre le Christ Roi : Roi du Ciel et de la terre, siégeant à la droite du Père et régnant ici-bas par la Croix victorieuse, source de justice et de paix.

Toute l’histoire de l’humanité apparaît comme un jour, le jour du Seigneur, autour de la venue du Christ, Soleil de lumière, de vie et d’amour.
Alors que le monde était plongé dans les ténèbres de la mort et attendait son Salut, Il est venu, Lui, le Verbe éternel et le Fils unique du Père, dissiper la nuit obscure du péché et de l’ignorance, et apporter aux hommes le don de l’héritage de la Patrie céleste.
Et si, avec le temps, le monde vieillit au point que la nuit semble tomber et envahir l’Eglise elle-même, l’espérance assure que le soleil couchant annonce à l’horizon un jour nouveau, celui du retour glorieux du Christ à la fin des temps, lorsque Il viendra juger les vivants et les morts, et introduire le peuple des élus dans l’éternité bienheureuse!

Au rythme des célébrations et des Messes, la sainte liturgie rassemble l’Eglise et fait avancer ses membres pas à pas, au-delà du cycle sacré de chaque année, vers le Royaume des Cieux, à la suite du Christ Roi.

ange brodé sur le devant de la chasuble

Le Christ est donc Roi?

Assurément!
Par nature, il est le Verbe par qui tout a été fait ; par conquête, Il est le Sauveur du genre humain attirant tout à Lui du haut de la Croix.
Le Christ est Roi à double titre : en tant que Créateur et en tant que Rédempteur, ayant restauré la création et relevé l’humanité jusqu’à la dignité la plus haute.

Sans Sa grâce, en dehors de Lui, la nature, l’univers et, bien sûr, toute l’humanité se condamneraient à s’autodétruire.

Tout Lui appartient, même le temporel, le profane et la sphère privée. Rien ne peut échapper à l’influence de Sa grâce. C’est une Royauté universelle.

Le Christ est le Roi des nations parce qu’il n’y a de salut – mais aussi de justice, de paix, de prospérité, de liberté et de fraternité entre les hommes – que dans la mesure où les nations reconnaissent Ses droits en tant qu’Auteur de la nature et Rédempteur du genre humain.
Il est le Roi des rois en ce sens que les gouvernements doivent se soumettre à Sa Royauté universelle, à laquelle ils participent et de laquelle ils reçoivent leur pouvoir et leur légitimité : César doit rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu!

détail de l'ange brodé dans le dos

Cependant, si la Royauté du Christ est universelle, elle n’est pas immédiatement et directement temporelle : c’est une Royauté spirituelle et surnaturelle qui inonde le monde de la grâce de la foi, de l’espérance et de la charité, grâce descendue du Ciel qui oriente tout le domaine temporel vers l’éternité de son destin.

Le Christ respecte l’ordre naturel dont Il est l’Auteur : Il rend à César ce qui appartient à César.
Mais tout – le politique, le social, l’économie, le domestique, la technique et l’art -, tout est au service du bien et du salut des hommes que Jésus est venu apporter au monde.
Royauté universelle : tout est par Lui mais aussi pour Lui!

Certes – hélas! – l’histoire de l’humanité, dominée toujours par la victoire du Christ, est cependant marquée par l’infidélité, l’apostasie voire la révolte : lorsque le Peuple de Dieu proteste qu’il n’a pas d’autre roi que César, lorsque une république révolutionnaire proclame des droits de l’homme sans Dieu, lorsque l’on déclare que la loi civile de l’Etat arbitraire est au-dessus de la loi divine, mais aussi lorsque des hommes d’Eglise laissent entendre que l’on peut se sauver sans le Christ et lorsque, depuis Rome et Assise, on prétend que la paix peut se répandre dans le monde sans proférer la moindre allusion à Jésus-Christ, Prince de la Paix!

Ils L’ont découronné!
Ou pire, ils L’ont couronné d’épines!

Détail de la chasuble du Christ Roi : couronne

En conséquence, ce n’est pas seulement l’heure de la grande apostasie, mais c’est aussi fatalement l’heure de la révolte et du refus le plus funeste : le monde ne veut ni du Christ, ni du Salut que Celui-ci propose avec tant d’amour et de miséricorde. Jésus crucifié!

Mais – et c’est le sens de l’histoire – le Christ règne par la Croix ; Il construit Ses victoires et relève l’humanité pécheresse à partir des péchés et des prétentions des hommes.

Dieu ne peut permettre non seulement que les élus eux-mêmes se perdent, mais que les hommes puissent perdre en eux toute étincelle d’espoir et de vie.

Le monde d’aujourd’hui court à sa perte, les gens ont peur de l’avenir, ils ne savent plus à quoi se raccrocher, ils désespèrent.
On n’a jamais autant parlé de liberté, de paix, de démocratie… et voyons quel constat s’impose de plus en plus à tous!

Le Christ à pitié de cette foule.
S’Il veut régner, c’est par la vertu de Son Sacré-Coeur!

motif central

Le Christ Roi n’est ni un dictateur ni un démagogue, profitant de la faiblesse des hommes et flattant leurs passions.
Le Christ ne recherche pas Sa propre gloire. Sa Royauté n’est pas domination : c’est une Royauté d’Amour!
Ce qu’Il veut, c’est le bonheur des hommes.
Il a conquis Son Royaume en portant sur Lui les péchés du monde et Il connaît le pécheur par la tendresse de Son Coeur.

Qui a le mieux chanté la victoire du Christ Roi, sinon la sainte Vierge, proclamant les grandeurs et la puissance de son Fils?
« Fecit potentiam in brachio Suo, dispersit superbos mente cordis sui. Deposuit potentes de sede : Il a déployé la force de Son bras, Il a dispersé les hommes orgueilleux ; Il a renversé les puissants de leurs trônes! »

C’est à la Messe que l’Eglise célèbre par excellence la Roayuté du Christ, et nous la communique : en nous et autour de nous, dans nos familles et nos communautés.
Il y a les chants du Gloria et du Credo, les lectures – Epître et Evangile qui proclament la Parole du Roi -, et bien sûr le renouvellement du Sacrifice : « Il est digne, l’Agneau qui a été immolé, de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force et l’honneur ; à Lui la gloire et l’empire pour les siècles des siècles! » (
introït de cette fête) ; puis le chant solennel du Pater – « Que Votre Règne arrive! » car il appartiendra à Jésus de remettre Son Royaume entre les mains de Son Père, principe de toute autorité et de tout don -; enfin, à la Communion, le Corps du Christ fait partager à Ses fidèles Ses prérogatives royales : avec le Christ, les chrétiens unis au Christ participent à Ses mystères pour faire des élus un peuple de rois et de saints : ce que nous contemplerons à la Toussaint.

détail du motif central, le Sacré-Coeur

On peut lire – ou relire – aussi sur ce blogue :
- « De la Royauté du Christ à la gloire de Ses élus », ici > www.
- L’Acte de consécration au Sacré-Coeur qui doit être publiquement récité à l’occasion de cette fête > www.

2011-81. L’histoire de l’homme qui s’ennuyait…

Conte pour la Toussaint

d’après une idée de Charles Péguy.

guirlande de fleurs

Jour de Toussaint.
Le Mont Mézenc et les hauts plateaux vivarois sont enveloppés de brouillard ; une bruine presque imperceptible tombe sur notre vallée et – vous vous en doutez bien -, n’ayant nulle envie d’aller dehors, je suis resté près du poêle à lire.
Dans les cahiers de Frère Maximilien-Marie, j’ai trouvé un conte tout à fait en rapport avec la fête d’aujourd’hui et j’ai décidé de vous le retranscrire.
« L’histoire de l’homme qui s’ennuyait »
a été écrite par notre Frère à partir d’une idée de Charles Péguy.
Je dis bien « à partir d’une idée » : en effet, dans une conversation avec des amis, Péguy avait un jour raconté cette histoire qu’il avait imaginée et qu’il voulait mettre par écrit. La « grande guerre », qui le faucha le 5 septembre 1914, ne lui en laissa pas le temps : nous n’avons que les souvenirs écrits par ses amis, et c’est ce dont Frère Maximilien-Marie s’est servi pour en faire une saynète qu’il fit jouer à des scouts.
Je vous dédie ce conte, chers Amis de notre Mesnil-Marie, en espérant que vous trouverez autant de plaisir et de matière à réflexion que j’en ai eu moi-même à sa lecture.

Lully.

Lully au crayon

Il était une fois, un homme qui s’ennuyait, qui s’ennuyait, mais qui s’ennuyait…
Depuis le matin et jusqu’au soir, il s’ennuyait.
Chaque jour, et à chaque heure du jour, il s’ennuyait.
D’un bout de l’année à l’autre, il s’ennuyait!

Il s’ennuyait autant qu’il respirait.
Il n’avait rien d’autre à faire.
Il s’ennuyait…
… et il s’ennuyait de s’ennuyer!
C’était ainsi.

Or cet homme qui s’ennuyait savait toutefois qu’il y avait pour lui un moyen de ne plus s’ennuyer.
Oh! un moyen très simple – presque un jeu d’enfant – : pour ne plus jamais s’ennuyer, il lui suffisait d’écrire une lettre.
C’était si simple!

Mais voilà, l’homme qui s’ennuyait savait aussi que cette simple lettre serait un gros péché, un énorme péché…

Pour ne plus jamais s’ennuyer – jamais!-, il lui suffisait d’ouvrir son secrétaire, d’en retirer une feuille blanche et de la poser devant lui, là, de prendre sa plume, de la tremper dans l’encrier, et d’écrire…  puis de sécher la lettre, de la cacheter, de l’expédier…
Et ce serait fini : il ne s’ennuierait plus jamais.
Jamais!

Oui mais, c’était un péché!
Et l’énormité de cet horrible péché l’avait toujours fait reculer.
Et voilà pourquoi il continuait à s’ennuyer.

Plusieurs fois il s’était dit : « Allons! c’est trop bête! Il n’y a qu’à l’écrire cette lettre et j’aurais fini de m’ennuyer… »
Puis il avait reculé ; il avait repoussé l’horrible tentation.
Et il s’ennuyait toujours!

Un jour, où il s’ennuyait plus encore qu’à l’accoutumée, il n’y tint plus.
Son ennui était tel qu’il résolut d’envoyer au loin ses scrupules et qu’il préféra succomber à la tentation de cet énorme péché.
Il s’assit donc à son bureau, prit une feuille et commença sa lettre.

Or, cet homme qui s’ennuyait avait aussi une manie, une habitude dont il ne s’était jamais défait : chaque fois qu’il commençait une lettre et écrivait la date, il regardait aussitôt dans le calendrier quel était le saint du jour.
Il écrivit donc « mercredi 25  » et se dit aussitôt en saisissant l’éphéméride : « Voyons, mercredi 25… mercredi 25 : Saint Louis! »

Saint Louis!!!
Il eut un mouvement de recul : Saint Louis, le roi juste et saint ; Saint Louis avec son beau manteau bleu fleurdelysé ; Saint Louis rendant la justice sous le chêne de Vincennes ; Saint Louis recevant la Sainte Couronne d’Epines…
Non! il ne pouvait tout de même pas commettre un tel péché, un si gros péché, le jour de Saint Louis!
Il rangea donc sa feuille en se disant : « Je peux bien attendre demain, j’ai déjà tellement attendu. Un jour de plus, ce n’est pas grand chose. Mais le jour de Saint Louis, non! »

Le lendemain matin, l’homme qui s’ennuyait  revint à son bureau pour se mettre au travail : il prit sa feuille, marqua la date, et prit son calendrier : « Voyons! Jeudi 26… jeudi 26 : Saint Zéphyrin… »
Saint Zéphyrin, ça ne lui disait rien du tout.
Il se mit donc à écrire.

Mais alors, un petit personnage tout rouge de colère fit irruption dans la pièce, à la manière d’un vent de bourrasque. Si zéphyr, en grec, désigne le vent d’ouest, plutôt doux et léger, Saint Zéphyrin -  car c’était lui – semblait l’avoir oublié ce jour-là.
Il se précipita sur l’homme qui s’ennuyait et lui cria : « Alors, hier, parce que c’était le jour de Saint Louis, et que Saint Louis c’est un roi, et l’un des plus grands rois, tu as renoncé. Mais aujourd’hui, parce que c’est moi, et que je ne suis qu’un tout petit Zéphyrin de rien du tout, tu feras ton gros péché!!! Ah, mais non! Ça ne se passera pas comme ça!… Ça ne peut pas se passer comme ça!… »
Et il lui en dit tant, et sur un tel ton, en tournoyant dans le bureau, que la feuille fut prestement remise dans son tiroir.

Vint le lendemain.
L’homme qui s’ennuyait revint vers sa table.
Avant toute autre chose, prudemment, du regard il fit le tour de la pièce : « Personne, à droite! Personne à gauche!… Bien, bien! Allons-y! »
Il s’assit, ouvrit son tiroir, prit une feuille et marqua la date : vendredi 27.
Aussitôt il chercha le saint du jour… Vendredi 27 : Saint Damien.
Comme ça ne lui disait rien non plus, il commença sa lettre…

Patatras! Qui est-ce qui lui tombe dessus?
Saint Damien!
Et il n’est pas tout seul : il vient avec Saint Côme, son frère. A deux, on est plus forts…
En plus, ils portaient les instruments de leur martyre : de quoi vous glacer le sang.
Saint Damien le regarda d’un air triste et dit d’une voix grave : « Alors, avant-hier tu as reculé devant Saint Louis. Hier, tu as reculé devant Saint Zéphyrin. Et aujourd’hui que c’est moi, tu me causerais une telle peine? Aujourd’hui que je suis de garde – car Saint Côme et Saint Damien étaient médecins et ils en avaient le vocabulaire -, tu oserais commettre un tel péché? As-tu pensé à ce que l’on dira de moi, là-haut dans le Ciel? Je les entends d’ici. Ils me diront : C’est du joli! On peut te confier la terre pendant une journée : voilà ce qui arrive. Tu n’as pas été capable d’empêcher une telle horreur… »
Et la tristesse et les plaintes de Saint Damien eurent raison de sa détermination ce jour-là aussi.

Et il en fut ainsi tous les jours.
Car il continuait à s’ennuyer, et il ne voulait plus s’ennuyer : il voulait écrire sa lettre!
Tous les jours, il recommençait à marquer la date.
Tous les jours, il recommençait à regarder son calendrier…
Il s’obstinait.
Mais les Saints s’obstinaient aussi.

Les uns le prenaient par la douceur : « Allons! Allons, sois gentil! Dis-moi que tu ne vas pas faire un péché aussi laid… »
D’autres, les savants, les docteurs, les Saint Thomas et Saint Alphonse de Ligori, saint Augustin et autres théologiens, lui démontraient avec force arguments et démonstrations qu’il ne pouvait pas succomber à une telle tentation.
D’autres encore, les soldats, tels Saint Georges ou Saint Martin, le reprenaient sans ménagement.
Et le comble fut le jour où ce demi-saint de Charlemagne, avec ses leudes – comme sur sa statue du Parvis Notre-Dame -, l’assaillit et mit la pièce sens dessus dessous : il en fut pour trois jours à se remettre!

Mais notre homme qui s’ennuyait et qui ne voulait plus de son ennui, se dit finalement : « Enfin, il doit bien y avoir un jour dans l’année où il n’y a pas de saint! »

Il réfléchit, il tourna très attentivement les pages de son éphéméride, puis il jubila : « Eureka! Il y a le 14 juillet! »

Ah, bien oui! Qui est-ce qui lui saute sur le paletot?
Sainte Marianne!
« Dis donc! Tu ne vas pas tout de même pas me rajouter une telle horreur? Faire que je traîne aussi cette infamie? Déjà qu’on m’a refilé la république en me piquant mon auréole et en me coiffant d’un bonnet rouge! Et quelle république : laïque et franc-maçonne!!! J’en ai ma claque!… »

L’homme qui s’ennuyait pensa donc : « Paris est décidément trop en vue et trop fréquenté. Je vais partir à la campagne : il sera bien plus facile de m’y cacher. Là, derrière un petit mur ou dans un bosquet solitaire, dans un chemin creux oublié ou dans une lande déserte, ni vu ni connu, et le tour sera joué… »
Il partit donc.

Mais ce fut bien une autre histoire.
Ce n’étaient plus les saints du calendrier des postes qu’il trouvait sur son chemin, mais les saints – méconnus ou inconnus – de notre « France profonde » : les saints qui veillent sur les villages et les clochers, ceux qui président aux travaux des champs et qu’on invoque contre les gelées, les saints oubliés qui protègent les semences et qui opèrent des guérisons aux sources séculaires… des saints robustes et bien campés qu’il croisait, la fourche ou la faux sur l’épaule, ou qui le regardaient passer les bras croisés et le menton en avant…
Tous le renvoyaient en disant : « Va-t-en d’ici avec ton gros péché! Ne viens pas polluer la terre de France, sanctifiée par tant de labeurs et de sacrifices obscurs, par tant d’héroïsme chrétien enfoui dans la trame des siècles et des générations… »

Et ce fut au point qu’il ne pu jamais écrire sa lettre ; il ne put jamais commettre son gros, son énorme péché!

Que croyez-vous qu’il arriva?
La compagnie de tant de saints lui fut profitable : à force de les voir, à force de les rencontrer, à force de les entendre et de les écouter, à force de les fréquenter… il ne s’ennuya plus du tout.
Et leur exemple fut contagieux : il ne songea plus à pécher, mais à les imiter.
Si bien qu’il devint saint lui-même!

Hé bien, voulez-vous que je vous dise?
De même qu’il n’y a pas un lieu sur la terre, pas un endroit, qui ne soit le point de recoupement d’une latitude et d’une longitude, de même aussi aucune circonstance de notre vie ne peut échapper à l’influence des saints.
Ils ne sont jamais loin de nous, toujours prêts à intervenir pour nous aider dans la lutte contre le péché, toujours prêts à intercéder pour nous obtenir la grâce d’éviter le mal et de pratiquer le bien.
L’homme qui ne s’ennuyait plus, parce qu’il avait découvert cette réalité, l’homme que la compagnie des saints avait détourné de son péché… c’est cet homme que chacun de nous est appelé à devenir.

plume & encrier

Un autre conte de Toussaint : « Des saints et des animaux » (en 4 épisodes),
à lire à partir d’ >
ici. 

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