Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2009-30. Nous fêtons le 18 septembre Saint Joseph de Cupertino, céleste protecteur de ceux qui passent des examens.

La vie de Saint Joseph de Cupertino est assurément l’une des plus extraordinaires et des plus déroutantes de l’hagiographie, mais le fait que son procès de canonisation se soit déroulé en plein « siècle des lumières », sous les yeux – peut-on dire – des hyper-critiques qui cherchaient à discréditer le catholicisme par tous les moyens, est déjà une garantie : l’Eglise en face de tant de contradicteurs s’est posée toutes les questions qu’on était en droit d’attendre en pareil cas et a fait preuve de circonspection, accumulant les plus certains des témoignages sur ce « phénomène » vraiment déconcertant pour les esprits rationalistes.

* * * * * * *

Joseph Désa naquit dans une famille pauvre de biens matériels, mais riche de foi et de vertus chrétiennes, le 17 juin 1603. C’était à Cupertino, dans le diocèse de Nardo, au Royaume de Naples.

Joseph passa toute son enfance dans cette petite ville, auprès de son père, menuisier, et  de sa mère, Françoise Zanara, femme laborieuse et énergique.
La famille était profondément chrétienne et on raconte que dès l’âge de cinq ans le petit Joseph donna des signes de grande piété et vertu.

Néanmoins, s’il était précoce en vertu, il était naturellement maladroit – c’est un euphémisme ! – d’une maladresse aussi bien manuelle qu’intellectuelle, au point qu’on le considéra bien vite comme le « simplet » du village.
Atteint d’une étrange maladie, dont il fut guéri en recourant avec ferveur à la Très Sainte Vierge, il résolut de consacrer sa vie à Dieu et s’imposa dès lors de grandes mortifications, comme on en pratique dans les ordres religieux les plus austères.

A dix-sept ans, comme deux de ses oncles étaient franciscains conventuels, il se présenta dans leur Ordre où il fut refusé pour insuffisance intellectuelle.
Les Capucins l’acceptèrent comme frère convers mais, comme il était en extase continuelle, il se montra si malhabile dans les travaux qu’ils le congédièrent pour manque d’esprit, d’aptitude et de santé.

Sa mère qui était fort humiliée et ne voulait plus s’occuper de lui, réussit à fléchir son frère, Jean Donato, qui était franciscain conventuel, et l’on reçut finalement Joseph, sous l’habit du Tiers-Ordre, au couvent de Grottella où il fut chargé de s’occuper de la mule.
Or, Joseph, toujours joyeux, fit preuve de tant d’obéissance et d’humilité, de tant de piété et de pénitence, que ses supérieurs décidèrent de le recevoir comme religieux clerc.

Au mois de juin 1625, à Altamura, il reçut l’habit de l’Ordre.
Il arriva très péniblement à lire et à (mal) écrire, et il eut toujours les plus grandes difficultés à apprendre.

Le 3 janvier 1627, l’évêque de Narto, Jérôme de Franchis, qui lui faisait passer l’examen d’admission aux ordres, ouvrit la Bible au hasard et lui fit expliquer le passage « Beatus venter qui te portavit : bienheureux le sein qui Vous a porté ». A la surprise générale, Joseph fit un superbe commentaire de ce verset en exaltant les gloires de la Sainte Vierge qu’il aimait tant ; si bien que l’évêque, le jour même, lui conféra les ordres mineurs puis le sous-diaconat (27 février) et le diaconat (20 mars).

L’année suivante, l’examen pour le sacerdoce, fait par le sévère évêque de Castro, Jean-Baptiste Deti, se passa à Bogiardo.
Joseph était accompagné de jeunes moines savants dont les premiers firent si vive impression sur l’exigeant prélat qu’il fut convaincu que tous les candidats présentés par le couvent étaient tout aussi brillants et qu’il jugea inutile de poursuivre l’examen ; le Frère Joseph fut donc admis au sacerdoce sans avoir été interrogé… et c’est la raison pour laquelle il est invoqué comme saint patron des candidats aux examens.

Il fut donc ordonné prêtre le 4 mars 1628.

Ses extases étaient nombreuses et s’accompagnaient de lévitations spectaculaires : il suffisait de prononcer devant lui le saint Nom de Jésus ou celui de Notre-Dame pour susciter dans son coeur de tels élans d’amour et de ferveur qu’il était aussitôt ravi… et qu’il s’élevait de terre en poussant un cri.
Le chant d’un oiseau dans le jardin du couvent l’amenait immédiatement à s’émerveiller sur les splendeurs de la création et à rendre grâces pour tant de bonté et d’amour répandus dans les oeuvres divines ; alors – en moins de temps qu’il ne faut pour le dire – Père Joseph se retrouvait en extase à la cime de la plus haute branche de l’arbre en compagnie de l’oiseau !
Un hagiographe a pu ainsi écrire que Saint Joseph de Cupertino avait « passé la plus grande partie de sa vie en l’air » !!!
Ses supérieurs seuls, en lui ordonnant mentalement de « redescendre », pouvaient mettre fin à ses extases.

Lors d’un voyage qu’il fit sur l’ordre de ses supérieurs pour visiter les couvents du royaume de Naples, il fut remarqué par un vicaire général qui le dénonça à l’inquisition napolitaine.
Les inquisiteurs l’envoyèrent à Rome, près du Général de son Ordre qui, après avoir montré beaucoup de méfiance, fut si persuadé de sa sainteté qu’il voulut le présenter au Pape Urbain VIII.
Lorsque Père Joseph se prosterna pour baiser la fameuse mule du Pape, considérant qu’il était devant l’auguste vicaire de Jésus-Christ, il entra en extase et fut transporté jusqu’au plafond de la salle d’audience ; Urbain VIII se tourna vers le Père Général et lui dit : « Si frère Joseph mourait sous notre pontificat, nous voulons servir de témoin à son procès de canonisation pour déposer du prodige dont nous venons d’être témoin. »

Joseph eût souhaité qu’on le renvoyât dans son couvent de Grottella, mais on l’envoya au couvent d’Assise où il eut fort à souffrir du dédain du Père Gardien (c’est ainsi qu’on nomme le supérieur des couvents franciscains).
Il perdit alors toutes les consolations divines qu’il connaissait depuis l’enfance et fut assailli de terribles tentations.
Averti, le Père Général de l’Ordre le fit revenir à Rome où il retrouva plus abondamment les consolations divines.

Pour avoir assisté à une extase du Père Joseph, Jean-Frédéric, duc de Brunswick et de Hanovre, abjura le protestantisme.
Au prince Casimir de Pologne, second fils de Sigismond III, qu’Innocent X avait fait cardinal et qui lui demandait s’il devait recevoir les ordres, Joseph répondit : « Ne le faites pas, vous seriez obligé de rentrer dans le monde ; Dieu ne tardera pas à vous faire connaître sa volonté ». En effet, le frère aîné du prince mourut et Casimir fut élu roi de Pologne.

De retour au couvent d’Assise où les esprits avaient changé, il fut reçu triomphalement par les religieux et les notables de la ville ; lorsqu’il entra dans l’église, voyant une image de la Vierge de Grottella, il s’écria : « O ma Mère, vous m’avez accompagné jusqu’ici ! » puis ravi en extase il s’éleva – sous les yeux émerveillés de la foule – jusqu’à la hauteur du tableau qu’il embrassa.

En 1653, on parvint à prévenir contre Joseph le Pape Innocent X, qui chargea l’inquisiteur de Pérouse, Vincent-Marie Pellegrini, de le tenir enfermé au couvent des capucins de Petra-Rubea, puis dans celui de Fossombre.
Au matin du 7 janvier 1655, alors que les sacristains cherchaient les ornements sacerdotaux pour qu’il célébrât sa messe, il leur commanda de prendre les ornements noirs car le Pape venait de mourir, nouvelle qui fut confirmée peu de temps après mais qu’il n’avait pu connaître que par une révélation surnaturelle.

Le nouveau Pape, Alexandre VII Chigi, le fit libérer et conduire au couvent d’Osimo, dans la Marche d’Ancône, où il mourut, un peu avant minuit, le mardi 18 septembre 1663.
Il fut béatifié par Benoît XIV, en 1753, et canonisé par Clément XIII, le 16 juillet 1767.

Saint Joseph de Cupertino

Prière à Saint Joseph de Cupertino pour les examens :

O bienheureux Joseph de Cupertino, qui aimez à vous montrer favorable envers ceux qui recourent à votre bienveillante intercession, je viens implorer votre aide pour cet examen que je dois subir. Malgré mon travail et ma bonne volonté, je crains de me laisser troubler et de ne pouvoir répondre convenablement.

Rappelez-vous que vous vous êtes trouvé dans la même difficulté et que grâce à la puissante protection de la Très Sainte Vierge Marie, notre Mère compatissante, vous en êtes sorti heureusement.

Faites, s’il vous plaît, qu’il en soit de même pour moi !
Accordez-moi l’assurance dans mes réponses, donnez à mon intelligence la promptitude et la vivacité.
Je vous le demande pour l’amour de Jésus, de Marie et de saint François dont vous fûtes l’enfant et le serviteur fidèle. En vous je me confie, céleste protecteur de ceux qui passent des examens, et je suis convaincu que mon espoir ne sera pas trompé.

Oraison :

O Dieu, qui avez voulu attirer toute chose à Votre Fils unique, Jésus-Christ, faites que, par les mérites et à l’exemple de Votre séraphique confesseur Joseph de Cupertino, nous élevant au-dessus de toutes les cupidités terrestres, nous méritions d’arriver à celui qui, avec Vous et le Saint-Esprit, vit et règne dans les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints, Prier avec nous |on 17 septembre, 2009 |2 Commentaires »

2009-28. Défendre le rite antique ne consiste pas à être passéiste… La réforme a été faite par des hommes arides, par des liturgistes qui ne connaissent pas la théologie!

Nous reproduisons ci-dessous la traduction d’un entretien, qui nous paraît très important, que Monseigneur Domenico Bartolucci a accordé aux journalistes italiens Pucci Cipriani et Stefano Carusi. La traduction française de cet entretien a déjà été publiée sur plusieurs sites Internet et nous estimons qu’il importe aussi qu’on puisse la lire sur ce modeste blogue. Monseigneur Bartolucci y fait état (non sans humour parfois, mais surtout sans sacrifier à la langue de bois) d’un point de vue éclairé sur la réforme liturgique issue du second concile du Vatican et sur sa désastreuse mise en oeuvre… Toutes les réponses qu’il formule ont un poids de sagesse et de vérité qu’il faut apprécier!

Né en 1917 à Borgo San Lorenzo (Florence), toscan par sa naissance puis romain par l’appel du Pape, Monseigneur Domenico Bartolucci est nommé en 1952 substitut de la Chapelle Sixtine, aux côtés de Lorenzo Perosi, puis maître de cette chapelle papale à partir de 1956, où il a eu l’honneur de travailler avec cinq papes. Le 24 juin 2006, le Souverain Pontife a tenu à organiser une cérémonie spéciale (cf. photographie ci-dessous) afin de sceller « à perpétuité » sa proximité et son admiration pour le grand musicien, auquel il adressait les mots suivants : « la polyphonie sacrée, en particulier celle de l’école romaine, est un héritage à conserver avec soin (…) un authentique aggiornamento de la musique sacrée ne peut advenir que sur le socle de la grande tradition héritée du passé, celle du chant grégorien et de la polyphonie sacrée ».

Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI et Monseigneur Domenico Bartolucci

Q.- Maître, la publication récente du Motu proprio Summorum Pontificum a apporté un vent d’air frais dans le panorama liturgique désolant qui nous entoure… en avez-vous profité vous-même pour célébrer la « messe de toujours » ?

R. – A vrai dire, j’ai toujours célébré cette messe, de façon ininterrompue depuis mon ordination… En fait j’aurais même des difficultés à célébrer la messe du rite moderne, puisque je ne l’ai jamais dite…

Q. – Pour vous, elle n’a donc jamais été abolie ?

R. – Ce sont les paroles mêmes du Saint Père, même si certains font mine de ne pas le comprendre, et même si beaucoup ont soutenu le contraire dans le passé.

Q. – Pensez-vous que les fidèles soient moins enthousiasmés par la forme traditionnelle du rite, à cause de son aspect peu « participatif » ?

R. – Allez, il ne faut pas dire de bêtises ! Moi j’ai connu la participation des fidèles autrefois, aussi bien à Rome, dans les basiliques, qu’à travers le Monde, et ici-même dans le « Mugello », dans cette paroisse, dans cette belle campagne autrefois peuplée de gens pleins de foi et de piété. Le dimanche à vêpres, le prêtre aurait pu se contenter d’entonner le « Deus in adjutorium meum intende », et puis se mettre à dormir sur la banquette jusqu’au capitule : les fidèles auraient continué tout seuls et les pères de famille auraient entonné, un par un, les antiennes !

Q. – C’est donc pour vous une vaine polémique, par rapport à l’actuel style liturgique ?

R. – Hélas, je ne sais pas si vous avez déjà assisté à des funérailles : Alléluias, applaudissements, des phrases loufoques, au point de se demander si ces gens ont déjà lu l’évangile : Notre-Seigneur lui-même pleure sur Lazare et sur la mort… Avec ce fade sentimentalisme, on ne respecte même pas la douleur d’une mère. J’aurais voulu vous montrer comment autrefois le peuple assistait à une messe des morts, avec quelle componction et quelle dévotion on entonnait le magnifique et terrible Dies Irae !

Q. – Mais la réforme n’a-t-elle pas été faite par des gens conscients et bien formés doctrinalement ?

R. – Je m’excuse, mais la réforme a été faite par des hommes arides, arides, je vous le répète. Moi, je les ai connus. Et quant à la doctrine, je me souviens que le cardinal Ferdinando Antonelli, de vénérable mémoire, disait souvent : « Qu’est-ce que nous pouvons faire de ces liturgistes qui ne connaissent pas la théologie ? »

Q. – Nous sommes bien d’accord avec vous, Monseigneur, mais il est vrai aussi qu’autrefois les gens n’y comprenaient rien…

R. – Chers amis, n’avez-vous jamais lu saint Paul : « il n’est pas nécessaire de savoir plus que ce qui est nécessaire » : il faut aimer la connaissance ad sobrietatem. Avec cet état d’esprit, dans quelques années on prétendra comprendre la transsubstantiation comme on explique un théorème de mathématiques… Mais le prêtre lui-même ne peut comprendre entièrement un tel mystère !

Q. – Alors comment en est-on parvenu à un tel effondrement de la liturgie ?

R. – Ça a été une mode, tout le monde parlait, tout le monde « rénovait », tout le monde pontifiait, sur la base d’un sentimentalisme qui prétendait tout réformer, et on faisait taire habilement les voix qui s’élevaient en défense de la tradition bimillénaire de l’Église. On a inventé une sorte de « liturgie du peuple »… lorsque j’entendais ces ritournelles, je me souvenais des paroles de l’un de mes professeurs de séminaire, qui nous enseignait que « la liturgie est l’œuvre du clergé, mais elle est pour le peuple ». Il voulait dire par là qu’elle doit descendre de Dieu et non pas monter à partir de la base. Je dois pourtant reconnaître que cet air corrompu s’est maintenant raréfié : les nouvelles générations de prêtres sont peut-être meilleures que celles qui ont précédé ; les jeunes prêtres ne sont plus ces idéologues furieux doublés de modernistes iconoclastes : ils sont plein de bons sentiments, mais ils manquent de formation…

Q. – Que voulez-vous dire par « ils manquent de formation » ?

R. – Je veux dire qu’il faut de vrais séminaires ! Je parle de ces structures que la sagesse de l’Église avait finement ciselées à travers les siècles. Vous ne vous rendez pas compte de l’importance d’un séminaire : une liturgie vécue… les différents moments de l’année y sont vécus socialement avec les confrères du séminaire, l’Avent, le Carême, les grandes fêtes de Pâques : tout cela éduque à un point que vous n’imaginez pas. Une rhétorique insensée a fait passer l’image que le séminaire déforme les prêtres, que les séminaristes, éloignés du monde, resteraient fermés sur eux-mêmes et distants du monde. Ce ne sont que des fantaisies pour gaspiller une formation riche de plusieurs siècles d’expérience, et pour ne la remplacer que par du vide.

Q. – Pour revenir sur la crise liturgique, vous, Monseigneur, êtes-vous favorable à un retour en arrière ?

R. – Regardez : défendre le rite antique ne consiste pas à être passéiste, mais à être « de toujours ». Par exemple, c’est une erreur d’appeler la messe traditionnelle « messe de saint Pie V » ou « messe Tridentine », comme s’il s’agissait de la messe d’une époque particulière. Notre messe romaine est au contraire universelle, dans le temps et dans le lieu : une unique langue de l’Océanie à l’Arctique. En ce qui concerne la continuité dans le temps, je peux vous raconter un épisode significatif : une fois nous étions en compagnie d’un évêque, dont je ne vous donnerai pas le nom, dans une petite église de la région ; nous apprenons alors subitement le décès d’un ami commun qui nous était cher, et nous décidons alors de célébrer sur le champ la messe pour lui. En cherchant dans la sacristie, on se rend compte qu’il n’y avait là que des missels antiques. Et bien l’évêque a refusé catégoriquement de célébrer. Je ne l’oublierai jamais… et je répète que la continuité de la liturgie implique que, sauf cas particuliers, je puisse célébrer aujourd’hui avec le vieux missel poussiéreux pris sur une étagère, et qui il y a quatre siècles a servi à l’un de mes prédécesseurs dans le sacerdoce.

Q. – On parle actuellement d’une « réforme de la réforme », qui devrait limer les irrégularités introduites dans les années 70…

R. – La question est assez complexe… Que le nouveau rite ait des déficiences est désormais une évidence pour tout le monde, et le Pape a dit et il a écrit plusieurs fois que celui-ci devrait « regarder vers l’ancien ». Mais que Dieu nous garde de la tentation des pastiches hybrides. La Liturgie avec un L majuscule est celle qui nous vient des siècles passés : c’est elle qui est la référence. Qu’on ne l’abâtardisse pas avec des compromis « déplaisant à Dieu et à ses ennemis »…

Q. – Que voulez-vous dire par là ?

R. – Prenons par exemple les innovations des années 70 : des chansonnettes laides et pourtant tellement en vogue dans les églises en 1968 sont aujourd’hui déjà des pièces de musée. Lorsqu’on renonce à la pérennité de la Tradition pour s’immerger dans le temps, on est aussi condamné à suivre les changements de modes. A propos de la réforme de la semaine sainte dans les années cinquante, je vous raconte une histoire : cette réforme avait été entreprise avec une certaine hâte, sous un Pie XII déjà affaibli et fatigué. Si bien que quelques années plus tard, sous le pontificat de Jean XXIII – car quoiqu’on en dise, en matière de liturgie il était d’un traditionalisme convaincu et émouvant – m’arrive un coup de fil de Mgr. Dante, le cérémoniaire du Pape, qui me demande de préparer le Vexilla Regis pour l’imminente célébration du Vendredi Saint. Interloqué, je lui réponds : « mais vous l’avez aboli ! ». Alors il m’a dit : « Le Pape le veut » ; et en quelques heures j’ai organisé les répétitions de chant, et nous avons chanté à nouveau, avec une grande joie, ce que l’Église chantait ce jour-là depuis des siècles. Tout cela pour dire que lorsqu’on a fait des déchirures dans le tissu de la liturgie, ces trous restent difficiles à recoudre, et ils se voient. Face à notre liturgie multiséculaire, nous devons contempler avec vénération, et nous souvenir qu’avec cette manie de toujours vouloir « améliorer », nous risquons de ne faire que des dégâts.

Q. – Maître, quel a donc été le rôle de la musique dans ce processus ?

R. – La musique a joué un rôle incroyable pour plusieurs raisons : le « cécilianisme » maniéré – auquel Perosi ne fut pas étranger – avait introduit avec ses mélodies chantantes un sentimentalisme romantique nouveau, qui n’avait rien à voir, par exemple, avec la corpulence éloquente et solide de Palestrina. Certaines extravagances mal placées de Solesmes avaient cultivé un grégorien susurré, fruit lui aussi de cette pseudo restauration médiévalisante qui a eu tant de succès au XIXème siècle. C’était l’idée de l’opportunité d’une récupération archéologique, aussi bien en musique qu’en liturgie, d’un passé lointain dont nous auraient éloigné les « siècles obscurs » du Concile de Trente… De l’archéologisme, en somme, qui n’a rien à voir, absolument rien à voir avec la Tradition, car il veut récupérer ce qui finalement n’a peut-être jamais existé. Un peu comme certaines églises restaurées dans le style « pseudo roman » de Viollet-le-Duc. Ainsi donc, entre un archéologisme qui prétend se rattacher à l’époque apostolique, mais en se séparant des siècles qui nous relient à ce passé, et un romantisme sentimental qui méprise la théologie et la doctrine pour exalter les « états d’âme », s’est préparé le terrain qui a abouti à cette attitude de suffisance vis-à-vis de ce que l’Église et nos Pères nous avaient transmis.

Q. – Que voulez-vous dire, Monseigneur, lorsque dans le domaine musical vous attaquez Solesmes ?

R. – Je veux dire que le chant grégorien est modal et non pas tonal. Il est libre, et non pas rythmé. Ce n’est pas « un, deux, un, deux, trois ». Il ne fallait pas dénigrer la façon de chanter dans nos cathédrales pour lui substituer un chuchotement pseudo monastique et affecté. On n’interprète pas le chant du Moyen-âge avec des théories d’aujourd’hui, mais il faut le prendre comme il nous est parvenu. De plus, le grégorien d’autrefois savait être aussi un chant populaire, chanté avec force et vigueur, comme le peuple exprimait sa foi avec force et vigueur. Et c’est cela que Solesmes n’a pas compris. Cela étant dit, il faut bien sûr reconnaître l’immense et savant travail philologique qui y a été fait en ce qui concerne l’étude des manuscrits antiques.

Q. – Maître, alors où en sommes-nous dans la restauration de la musique sacrée et de la liturgie ?

R. – Je ne nie pas qu’il y ait quelque signes de reprise… mais je vois tout de même persister une sorte d’aveuglement, comme une certaine complaisance pour tout ce qui est vulgaire, grossier, de mauvais goût, et aussi pour ce qui est doctrinalement téméraire… Ne me demandez pas, je vous en prie, mon avis sur les « guitarades » et les chansonnettes qu’ils nous chantent encore pendant l’offertoire. Le problème liturgique est sérieux : il faut cesser d’écouter la voix de ceux qui n’aiment pas l’Église et qui s’opposent au Pape. Si on veut guérir un malade, il faut d’abord se souvenir que « le médecin timoré laisse la plaie s’infecter (il medico pietoso fa la piaga purulenta) »…

(Interview Pucci Cipriani, Stefano Carusi – Traduction française Matthieu Raffray)

Publié dans:De liturgia |on 2 septembre, 2009 |4 Commentaires »

Prières pour honorer le Très Précieux Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Le mois de juillet est consacré d’une manière particulière à la dévotion au Très Précieux Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en raison de la célébration de la fête du Précieux Sang le 1er juillet, fête instituée par le Bienheureux Pie IX en action de grâces pour son retour à Rome en 1849 après l’échec de la révolution romaine.

Tout comme les fêtes du Très Saint Sacrement et du Sacré-Coeur, la fête du 1er juillet est un approfondissement – toujours nécessaire et jamais épuisé – du mystère de notre Rédemption que nous célébrons au cours du Triduum Sacré.
Les anciens calendriers particuliers de plusieurs diocèses ou congrégations portent aussi la mention d’une commémoraison solennelle du Précieux Sang le vendredi dans la quatrième semaine du carême.

Le culte du Précieux Sang nous donne en effet de vénérer les souffrances de Notre-Seigneur, tout en rendant grâce pour le triomphe sur le mal, sur le péché et sur la mort que Sa Passion nous a obtenu (tout cela est admirablement résumé dans l’oraison des litanies que nous publions ci-dessous).

Le prix de notre salut – la « rançon » versée pour le rachat de nos péchés – c’est ce Sang divin qui a coulé dans le jardin de Gethsémani, sur le pavé du corps de garde de l’Antonia lors de la flagellation et du couronnement d’épines, dans les rues de Jérusalem pendant le chemin de la Croix, sur le Golgotha pendant les trois heures d’agonie et qui enfin s’est répandu jusqu’à la dernière goutte quand la lance du centurion a ouvert le Coeur de Jésus.
Toutefois la contemplation de ce mystère loin de rester dans une espèce de dolorisme malsain s’épanouit en action de grâce et en amoureuse reconnaissance parce que nous le regardons désormais tout rayonnant de gloire.

Saint-Martin de Valamas (07310) Croix médiévale

Croix médiévale – Saint Martin de Valamas (07310)

Litanies du Très Précieux Sang :

Seigneur, ayez pitié de nous. Seigneur, ayez pitié de nous.
O Christ, ayez pitié de nous. O Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous. Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous. Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous. Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sang du Christ, fils unique du Père Eternel, sauvez-nous.
Sang du Christ, Verbe incarné, sauvez-nous.
Sang du Christ, nouveau et ancien Testament, sauvez-nous.
Sang du Christ, répandu sur la terre pendant son agonie, sauvez-nous.
Sang du Christ, versé dans la flagellation, sauvez-nous.
Sang du Christ, émanant de la couronne d’épines, sauvez-nous.
Sang du Christ, répandu sur la Croix, sauvez-nous.
Sang du Christ, prix de notre salut, sauvez-nous.
Sang du Christ, sans lequel il ne peut y avoir de rémission, sauvez-nous.
Sang du Christ, nourriture eucharistisque et purification des âmes, sauvez-nous.
Sang du Christ,fleuve de miséricorde, sauvez-nous.
Sang du Christ, victoire sur les démons, sauvez-nous.
Sang du Christ, force des martyrs, sauvez-nous.
Sang du Christ, vertu des confesseurs, sauvez-nous.
Sang du Christ, source de virginité, sauvez-nous.
Sang du Christ, soutien de ceux qui sont dans le danger, sauvez-nous.
Sang du Christ, soulagement de ceux qui peinent, sauvez-nous.
Sang du Christ, espoir des pénitents, sauvez-nous.
Sang du Christ, secours des mourants, sauvez-nous.
Sang du Christ, paix et douceur des coeurs, sauvez-nous.
Sang du Christ, gage de vie éternelle, sauvez-nous.
Sang du Christ, qui délivre les âmes du Purgatoire, sauvez-nous.
Sang du Christ, digne de tout honneur et de toute gloire, sauvez-nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V.: Vous nous avez rachetés, Seigneur, par votre Sang.
R.: Et vous avez fait de nous un royaume pour notre Dieu.

Prions.

Dieu éternel et tout-puissant qui avez constitué Votre Fils unique, Rédempteur du monde, et avez voulu être apaisé par Son Sang, faîtes, nous Vous en prions, que, vénérant le prix de notre salut et étant par lui protégés sur la terre contre les maux de cette vie, nous recueillions la récompense éternelle dans le Ciel. Par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Ainsi-soit-il.

reliquaire du Précieux Sang.

Relique du Précieux Sang de NS conservée à Bruges (Belgique)

Supplique au Père Eternel en invoquant les mérites du Précieux Sang :

O Dieu notre Père, regardez le Sang Précieux que Votre Fils unique a répandu sur la croix, pour notre salut et poursuivez en nous l’œuvre de Votre amour  rédempteur : c’est par lui que nous avons été rachetés et nous nous présentons devant le trône de Votre éternelle Majesté en invoquant encore ses mérites.

Accordez-nous de vivre dans la fidélité aux grâces que nous avons reçues par la victoire du divin Crucifié ; ne permettez pas que nous rendions vaine – par notre infidélité et par nos péchés – l’efficacité de cette effusion si généreuse ;  mais  par lui fortifiez-nous toujours plus contre les tentations et les attaques de l’ennemi.

Ecoutez avec bienveillance nos prières et recevez favorablement les intentions que nous vous présentons (ici on peut les énumérer) : Dieu de miséricorde infinie, au nom de Votre Fils Jésus Christ Notre-Seigneur et par la puissance du Sang Précieux qu’Il a répandu pour nous, soyez-nous favorable et venez à notre secours.

Ainsi soit-il.

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

Voir aussi les Sept offrandes du Précieux Sang > ici.

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous |on 30 juin, 2009 |4 Commentaires »

2009-23. « …De même qu’il existe une pollution atmosphérique qui empoisonne l’environnement et les êtres vivants, de même il existe une pollution du cœur et de l’esprit qui mortifie et empoisonne l’existence spirituelle… »

A l’occasion de la fête de Pentecôte, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI a célébré la chapelle papale à l’intérieur de la Basilique Saint-Pierre au Vatican, et a prononcé une très riche homélie dont nous reproduisons ci-dessous le texte intégral. Il s’y trouve de nombreux éléments que nous vous encourageons vivement à reprendre et méditer tout au long de cet octave de la Pentecôte.

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI - Pentecôte 2009

Chers frères et sœurs,

A chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, nous vivons dans la foi le mystère qui s’accomplit sur l’autel, c’est-à-dire que nous participons à l’acte suprême d’amour que le Christ a réalisé par sa mort et résurrection. Le même et unique centre de la liturgie et de la vie chrétienne – le mystère pascal – assume ensuite, dans les différentes solennités et fêtes, des «formes» spécifiques, avec des significations diverses et des dons de grâce particuliers. Parmi toutes les solennités, la Pentecôte se distingue par son importance, parce qu’en elle se réalise ce que Jésus lui-même avait annoncé comme étant le but de toute sa mission sur la terre. En effet, alors qu’il montait à Jérusalem, il avait déclaré à ses disciples : «Je suis venu jeter un feu sur la terre et comme je voudrais que déjà il fût allumé» (Luc XII, 49). Ces paroles trouvent leur réalisation la plus évidente cinquante jours après la Résurrection, à la Pentecôte, antique fête juive qui, dans l’Eglise, est devenue par excellence la fête de l’Esprit Saint : «Ils virent apparaître des langues qu’on eût dites de feu; … Tous furent alors remplis de l’Esprit Saint» (Actes des Apôtres II, 3-4). Le feu véritable, l’Esprit saint, a été apporté sur la terre par le Christ. Il ne l’a pas arraché aux dieux, comme Prométhée, selon le mythe grec, mais il s’est fait le médiateur du «don de Dieu» et il l’a obtenu pour nous, par le plus grand acte d’amour de l’histoire : sa mort sur la Croix.

Dieu veut continuer à donner ce «feu» à chaque génération humaine, et naturellement il est libre de le faire comme et quand il le veut. Il est esprit, et l’esprit «souffle où il veut» (cf. Joan. III, 8 ). Mais il y a une «voie normale» que Dieu a choisie pour «jeter le feu sur la terre» : cette voie c’est Jésus, son Fils unique incarné, mort et ressuscité. A son tour, Jésus a constitué l’Eglise comme son Corps mystique, afin qu’elle prolonge sa mission dans l’histoire. «Recevez l’Esprit Saint» – a-t-il dit aux Apôtres au soir de la résurrection, en accompagnant ces paroles par un geste expressif : il a «soufflé» sur eux (cf. Joan. XX, 22). Ainsi, il a manifesté qu’il leur transmettait son Esprit, l’Esprit du Père et du Fils. Et maintenant, chers frères et sœurs, dans la solennité d’aujourd’hui, l’Ecriture nous dit encore une fois comment doit être la communauté, comment nous devons être, nous, pour recevoir le don de l’Esprit Saint. Dans le récit, qui décrit l’événement de la Pentecôte, l’auteur sacré rappelle que les disciples «se trouvaient tous ensemble en un seul lieu». Ce «lieu» est le Cénacle, la «chambre haute», où Jésus avait fait la Dernière Cène avec ses disciples, où il était apparu à eux, ressuscité ; cette chambre qui était devenue pour ainsi dire le «siège» de l’Eglise naissante (cf. Act. I,13). Cependant, plutôt que d’insister sur le lieu physique, les Actes des Apôtres veulent faire remarquer l’attitude intérieure des disciples : «Tous d’un même cœur étaient assidus à la prière» (Act. I, 14). Donc, la concorde des disciples est la condition pour que l’Esprit Saint vienne ; et le présupposé de la concorde, c’est la prière.

Chers frères et sœurs, ceci vaut aussi pour l’Eglise d’aujourd’hui, cela vaut pour nous, qui sommes ici réunis. Si nous ne voulons pas que la Pentecôte se réduise à un simple rite ou à une commémoration, même suggestive, mais soit un événement actuel de salut, nous devons nous prédisposer en religieuse attente du don de Dieu par l’écoute humble et silencieuse de sa Parole. Pour que la Pentecôte se renouvelle à notre époque, il faut peut-être – sans rien enlever à la liberté de Dieu – que l’Eglise soit moins «essoufflée» par les activités et plus dédiée à la prière. C’est ce que nous enseigne la Mère de l’Eglise, la très sainte Vierge Marie, Epouse de l’Esprit Saint. Cette année, la Pentecôte tombe justement le dernier jour du mois de mai, où l’on célèbre habituellement la fête de la Visitation (*). Ce fut aussi une sorte de petite « pentecôte » qui a fait surgir la joie et la louange des cœurs d’Elisabeth et de Marie, l’une stérile, et l’autre vierge, devenues l’une et l’autre mère grâce à une intervention divine extraordinaire (cf. Luc I, 41-45).

La musique et le chant qui accompagnent notre liturgie, nous aident eux aussi à être unanimes dans la prière, et c’est pourquoi j’exprime ma vive reconnaissance au Chœur de la cathédrale et à l’Orchestre de Chambre de Cologne. Pour cette liturgie, à l’occasion du bicentenaire de la mort de Joseph Haydn, on a choisi de façon très opportune son «Harmoniemesse», la dernière des «Messes» composées par le grand musicien, une symphonie sublime à la gloire de Dieu. A vous tous, venus pour cette circonstance, j’adresse ma salutation la plus cordiale.

Pour désigner l’Esprit Saint, dans le récit de la Pentecôte, les Actes des Apôtres utilisent deux grandes images : l’image de la tempête et celle du feu. Il est clair que saint Luc a à l’esprit la théophanie du Sinaï, racontée dans les livres de l’Exode (XIX,16-19) et du Deutéronome (IV,10-12.36). Dans le monde antique la tempête était vue comme le signe de la puissance divine, devant laquelle l’homme se sentait assujetti et craintif. Mais je voudrais souligner aussi un autre aspect : la tempête est décrite comme un «vent impétueux» et cela fait penser à l’air qui différencie notre planète des autres astres et nous permet d’y vivre. Ce que l’air est à la vie biologique, l’Esprit Saint l’est à la vie spirituelle ; et de même qu’il existe une pollution atmosphérique qui empoisonne l’environnement et les êtres vivants, de même il existe une pollution du cœur et de l’esprit qui mortifie et empoisonne l’existence spirituelle. Alors qu’il ne faut pas s’habituer aux poisons de l’air – et pour cela l’engagement écologique représente aujourd’hui une priorité -, on devrait agir de même pour ce qui corrompt l’esprit. Il semble au contraire que l’on s’habitue sans difficulté à tant de produits qui polluent l’esprit et le cœur et circulent dans notre société – par exemple les images qui font un spectacle du plaisir, de la violence ou du mépris de l’homme et de la femme -. C’est aussi cela la liberté, dit-on, sans reconnaître que tout cela pollue, intoxique l’esprit, surtout des nouvelles générations, et finit ensuite par conditionner la liberté elle-même. La métaphore du vent impétueux de Pentecôte fait penser au contraire à quel point il est précieux de respirer un air propre, un air physique, par les poumons, et par le cœur, un air spirituel, l’air salubre de l’esprit qui est l’amour !

L’autre image de l’Esprit Saint que nous trouvons dans les Actes des Apôtres est le feu. J’ai mentionné au début l’opposition entre Jésus et la figure mythologique de Prométhée, qui rappelle un aspect caractéristique de l’homme moderne. S’étant emparé des énergies du cosmos – le feu – l’être humain semble aujourd’hui s’affirmer comme un dieu et vouloir transformer le monde en excluant, en mettant de côté, ou même en refusant le Créateur de l’univers. L’homme ne veut plus être image de Dieu, mais de soi-même ; il se déclare autonome, libre et adulte. Il est évident qu’une telle attitude révèle un rapport non authentique avec Dieu, conséquence d’une fausse image qu’il s’est faite de Lui, comme l’enfant prodigue de la parabole évangélique qui croit se réaliser lui-même en s’éloignant de la maison de son père. Entre les mains d’un tel homme, le «feu» et ses énormes potentialités deviennent dangereux : ils peuvent se retourner contre la vie et contre l’humanité elle-même, comme hélas l’histoire le démontre. Les tragédies de Hiroshima et Nagasaki, dans lesquelles l’énergie atomique, utilisée à des fins belliqueuses, a fini par semer la mort dans des proportions inouïes, sont une mise en garde constante.

En vérité, on pourrait trouver de nombreux exemples, moins graves et pourtant tout aussi symptomatiques dans la réalité de chaque jour. L’Ecriture Sainte nous révèle que l’énergie capable de mettre le monde en mouvement n’est pas une force anonyme et aveugle, mais l’action de «l’Esprit de Dieu qui planait sur les eaux» (Gen. I, 2) au début de la création. Et Jésus Christ a «apporté sur la terre» non pas la force vitale qui l’habitait déjà, mais l’Esprit Saint, c’est-à-dire l’amour de Dieu qui «renouvelle la face de la terre» en la purifiant du mal et en la libérant de la domination de la mort (cf. Ps. CIII,29-30). Ce «feu» pur, essentiel et personnel, le feu de l’amour est descendu sur les apôtres, réunis dans la prière avec Marie au Cénacle, pour faire de l’Eglise le prolongement de l’œuvre rénovatrice du Christ.

Enfin, une dernière réflexion tirée du récit des Actes des Apôtres : l’Esprit Saint vainc la peur. Nous savons comment les disciples s’étaient réfugiés au Cénacle après l’arrestation de leur Maître et y étaient restés enfermés par peur de subir le même sort. Après la résurrection de Jésus, leur peur ne disparaît pas à l’improviste. Mais voilà qu’à la Pentecôte, lorsque l’Esprit Saint se posa sur eux, ces hommes sortirent sans peur et commencèrent à annoncer à tous la bonne nouvelle du Christ crucifié et ressuscité. Ils n’avaient pas peur, parce qu’ils se sentaient entre les mains du plus fort. Oui, chers frères et sœurs, l’Esprit de Dieu, là où il entre, chasse la peur; il nous fait savoir et sentir que nous sommes entre les mains d’une Toute-Puissance d’amour : quoi qu’il arrive, son amour infini ne nous abandonne pas. C’est ce que montrent le témoignage des martyrs, le courage des confesseurs, l’élan intrépide des missionnaires, la franchise des prédicateurs, l’exemple de tous les saints, certains même adolescents et enfants. C’est ce que montre l’existence même de l’Eglise, qui, en dépit des limites et des fautes des hommes, continue de traverser l’océan de l’histoire, poussée par le souffle de Dieu, et animée par son feu purificateur. Avec cette foi et cette joyeuse espérance, nous répétons aujourd’hui, par l’intercession de Marie : «Envoie ton Esprit, Seigneur, qu’il renouvelle la face de la terre».

(*) nota : la fête de la Visitation de Notre-Dame est célébrée le 31 mai dans le calendrier de la « forme ordinaire » du rite romain. La Visitation est célébrée le 2 juillet dans la « forme extraordinaire » qui fête le 31 mai la royauté de Notre-Dame, instituée en 1954 par le Pape Pie XII.

Publié dans:De liturgia, Textes spirituels |on 1 juin, 2009 |Pas de commentaires »

Litanies du Saint-Esprit :

Litanies du Saint-Esprit : dans De liturgia saintespritgr

Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Esprit, qui procédez du Père et du Fils, ayez pitié de nous.
Esprit du Seigneur, qui, au commencement du monde, planiez sur les eaux et les avez rendues fécondes, ayez pitié de nous.
Esprit, par l’inspiration duquel les saints hommes de Dieu ont parlé, ayez pitié de nous.
Esprit dont l’onction nous apprend toutes choses, ayez pitié de nous.
Esprit, qui rendez témoignage de Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Esprit de Vérité, qui nous instruisez de toutes choses, ayez pitié de nous.
Esprit qui êtes survenu en Marie, ayez pitié de nous.
Esprit du Seigneur qui remplissez toute la terre, ayez pitié de nous.
Esprit de Dieu, qui êtes en nous, ayez pitié de nous.
Esprit de Sagesse et d’Intelligence, ayez pitié de nous.
Esprit de Conseil et de Force, ayez pitié de nous.
Esprit de Science et de Piété, ayez pitié de nous.
Esprit de Crainte du Seigneur, ayez pitié de nous.
Esprit de Grâce et de miséricorde, ayez pitié de nous.
Esprit de Force, de dilection et de sobriété, ayez pitié de nous.
Esprit de Foi, d’Espérance, d’Amour et de Paix, ayez pitié de nous.
Esprit d’humilité et de chasteté, ayez pitié de nous.
Esprit de bonté et de douceur, ayez pitié de nous.
Esprit de toutes sortes de grâces, ayez pitié de nous.
Esprit qui sondez même les secrets de Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit qui priez pour nous par des gémissements ineffables, ayez pitié de nous.
Esprit qui êtes descendu sur Jésus-Christ sous la forme d’une Colombe, ayez pitié de nous.
Esprit par lequel nous prenons une nouvelle naissance, ayez pitié de nous.
Esprit qui remplissez nos cœurs de charité, ayez pitié de nous.
Esprit d’adoption des enfants de Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit qui avez paru sur les disciples sous la figure de langues de feu, ayez pitié de nous.
Esprit dont les apôtres ont été remplis, ayez pitié de nous.
Esprit qui distribuez vos dons à chacun selon votre volonté, ayez pitié de nous.

De tout mal, délivrez-nous, Seigneur.
De tout péché, délivrez-nous, Seigneur.
Des tentations et des embûches du démon, délivrez-nous, Seigneur.
De la résistance à la Vérité connue, délivrez-nous, Seigneur.
De l’obstination et de l’impénitence, délivrez-nous, Seigneur.
De toute souillure de corps et d’esprit, délivrez-nous, Seigneur.
De l’esprit de fornication, délivrez-nous, Seigneur.
De tout mauvais esprit, délivrez-nous, Seigneur.

Par votre éternelle procession du Père et du Fils, délivrez-nous, Seigneur.
Par la conception de Jésus-Christ qui s’est faite par votre opération, délivrez-nous, Seigneur.
Par votre descente sur Jésus-Christ dans le Jourdain, délivrez-nous, Seigneur.
Par votre descente sur les disciples, délivrez-nous, Seigneur.
Dans le grand jour du Jugement, délivrez-nous, Seigneur.

Pauvres pécheur, nous vous prions, écoutez-nous,
Afin que, vivant par l’Esprit, nous agissions aussi par l’Esprit, nous vous prions, écoutez-nous.
Afin que, nous souvenant que nous sommes temple du Saint-Esprit, nous ne le profanions jamais, nous vous prions, écoutez-nous.
Afin que, vivant selon l’esprit, nous n’accomplissions pas les désirs de la chair, nous vous prions, écoutez-nous.
Afin que nous mortifiions les œuvres de la chair, nous vous prions, écoutez-nous.
Afin que nous ne Vous contristions pas, Vous qui êtes le Saint-Esprit de Dieu, nous vous prions, écoutez-nous.
Afin que nous ayons soin de garder l’unité de l’esprit dans le lien de la paix, nous vous prions, écoutez-nous.
Afin que nous ne croyions pas facilement à tout esprit, nous vous prions, écoutez-nous.
Afin que nous éprouvions les esprits, s’ils sont de Dieu, nous vous prions, écoutez-nous.
Afin que Vous renouveliez en nous l’esprit de droiture, nous vous prions, écoutez-nous.
Afin que Vous nous fortifiiez par votre Esprit souverain, nous vous prions, écoutez-nous.

Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

Oraison :

Nous vous supplions, Seigneur, de nous assister sans cesse par la vertu de votre Esprit-Saint, afin que, purifiant par sa miséricorde les taches de nos cœurs, il nous préserve encore de tous les maux. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Ainsi soit-il.

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous |on 30 mai, 2009 |3 Commentaires »

Neuvaine préparatoire à la fête de la Pentecôte.

La Sainte Écriture, au livre des Actes des Apôtres (I,14), nous montre  que, selon la recommandation du Seigneur Jésus Lui-même, pendant les neuf jours qui ont suivi l’Ascension, les Saints Apôtres, les disciples et les saintes femmes se recueillirent dans le Cénacle autour de la Très Sainte Vierge Marie, dans l’attente de « la Force venue d’en haut » promise par Notre-Seigneur. Ce fut la première retraite spirituelle de l’histoire de l’Eglise, en forme de neuvaine, magnifiquement couronnée par la Pentecôte.

Aussi, chaque année, la Sainte Eglise encourage-t-elle ses enfants à se préparer à la fête de la Pentecôte en se plaçant spirituellement dans le Cénacle, avec Notre-Dame, et en renouvelant cette neuvaine mentionnée par les Actes des Apôtres.

Plusieurs prières sont possibles (cf. par exemple la « Prière à Notre-Dame du Cénacle » qu’on trouve > ici, la « Prière pour demander les douze fruits du Saint-Esprit » publiée > ici, ou encore la « Prière au Saint-Esprit » extraite des oeuvres de Saint Augustin > ici …etc). Je vous propose cependant le formulaire suivant, composé spécialement pour cette année 2009.

Au cours de cette neuvaine, nous présenterons bien sûr à la bénédiction de Dieu – par l’intercession  de Notre-Dame – toutes nos intentions particulières et nous prierons les uns pour les autres ; nous aurons aussi à coeur de prier pour les personnes aux prises avec les épreuves – physiques ou spirituelles – en demandant que le divin Consolateur leur vienne en aide ; nous prierons, bien sûr, pour les successeurs des Apôtres, afin que l’Esprit de Conseil et de Sagesse les assiste dans leur ministère ; mais je vous demande également de prier d’une manière très spéciale pour tous ceux qui portent des projets éducatifs véritablement inspirés par la foi et l’espérance chrétiennes, en sorte que  soient vaincus les obstacles à la réalisation de leurs projets et que le secours divin leur permette de les concrétiser, pour le bien des âmes, pour l’épanouissement des coeurs  dans la charité et des intelligences dans la vérité…

Jean Restout (1692-1768) : la Pentecôte.

Prière de la neuvaine :

O Vierge très sainte, Mère de Dieu, qui au pied de la Croix de votre Fils êtes devenue notre Mère très aimante et toute miséricordieuse, voici que nous nous rassemblons autour de vous comme le firent jadis les Apôtres et les Disciples dans l’attente du Saint-Esprit promis par Jésus.

Notre-Dame du Cénacle, qui avez disposé leurs coeurs faibles et timorés à recevoir la « Force d’En-Haut », préparez encore une fois nos âmes à recevoir les grâces du divin Paraclet et enseignez-nous surtout à y correspondre de toute notre volonté. Puissions-nous ne jamais contrister l’Esprit aux Sept Dons en résistant à Ses lumières, mais apprenez-nous au contraire, selon l’exemple que vous avez donné en toute votre vie, la parfaite obéissance à Ses divines inspirations.

Notre-Dame de Compassion, qui connaissez nos faiblesses et nos misères et n’en êtes point rebutée, nous nous remettons entre vos mains maternelles, nous nous confions à votre Coeur très pur et nous vous demandons d’intercéder pour nous qui cheminons en peinant « dans cette vallée de larmes » : nous vous recommandons tout particulièrement… (ici on peut énumérer nos intentions particulières).

Notre très douce Dame dont les doigts habiles peuvent défaire les noeuds qui paralysent nos vies et nos projets, Mère dont la prière peut surmonter tous les obstacles qui s’accumulent sur nos chemins, Reine dont la puissance peut vaincre tous les assauts de l’enfer déchaîné, nous avons confiance en vous! Soyez encore aujourd’hui le canal par lequel viennent jusqu’à nous toutes les grâces et bénédictions de Dieu et par lequel remontent jusqu’à Lui notre louange et notre action de grâces.

Gloire au Père qui nous a créés! Gloire au Fils qui nous a rachetés! Gloire au Saint-Esprit envoyé pour nous conduire jusqu’à la plénitude de la sainteté dans l’Amour.

Ainsi soit-il.

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur)

Nota bene : une autre prière de neuvaine préparatoire à la fête de la Pentecôte est disponible > ici.

2009-20. De quelques cérémonies particulières à nos contrées pour célébrer la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Vendredi de Pâques 17 avril 2009.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Il y a huit jours, tous les fidèles de l’Eglise catholique célébraient le Vendredi Saint, au plein coeur des célébrations du mystère rédempteur. Je profite de ce vendredi de Pâques pour vous adresser une sorte de mini reportage sur quelques cérémonies particulières auxquelles notre Frère Maximilien-Marie a pu se rendre.
Au passage, je fais remarquer que le Mesnil-Marie est implanté dans un diocèse où les dispositions édictées par les Souverains Pontifes Jean-Paul II et Benoît XVI en faveur de la liturgie latine traditionnelle, appelée aussi « forme extraordinaire du rite romain », ne sont pas mises en oeuvre et que pour assister aux offices célébrés selon le missel classique il faut  se rendre dans les diocèses voisins…

Ainsi le Jeudi Saint, pour la Sainte Messe vespérale commémorant l’institution de la Sainte Eucharistie et du sacerdoce, notre Frère était-il au Puy-en-Velay.
Je ne vous parlerai cependant pas de cette Messe, mais de la procession des Pénitents Blancs qui se déroule à la nuit tombée dans les rues de la cité médiévale.

Les confréries de pénitents étaient autrefois très nombreuses, en France et dans toute la chrétienté, mais beaucoup ont disparu. Les Pénitents Blancs du Puy ont été fondés en 1584, par la réunion de plusieurs anciennes confréries, et à l’heure actuelle ils sont une cinquantaine à continuer les belles traditions qu’ils ont héritées des précédentes générations (on peut se reporter à leur site officiel, ici > www).

Pénitents blancs du Puy, procession du Jeudi Saint au soir

La procession du Jeudi Saint a un caractère tout particulier : une fois que la Messe de la Sainte Cène est achevée et que le Très Saint-Sacrement a été déposé au reposoir de la cathédrale, les pénitents cagoulés – et les pieds nus pour certains – portent, selon un rituel  et dans un ordre très anciens, des représentations des objets de la Passion  : ce sont les  instruments des divers supplices endurés par Notre-Seigneur tels que les clous, les fouets, la couronne d’épines… etc., mais aussi les représentations d’autres objets tels que le calice de la Sainte Agonie, la tunique sans couture, le voile de Sainte Véronique, l’aiguière de Pilate… etc.
L’un des pénitents est chargé d’une grande et lourde croix. Au milieu d’eux, revêtu de la chape rouge, le prêtre porte une relique de la Sainte Croix.
La procession part de la chapelle des Pénitents et parcourt six stations qui permettent de méditer sur les évènements de la nuit du Jeudi au Vendredi Saints : Sainte Agonie, arrestation, comparution devant le Sanhédrin, reniement de Pierre, outrages reçus dans le palais des grands prêtres et enfin – au petit matin – la comparution devant Pilate. La procession rentre alors dans la cathédrale et les fidèles peuvent vénérer la grande croix de bois portée par les confrères.

Procession des Pénitents blancs : arrivée à la cathédrale

Le Vendredi Saint, Frère Maximilien-Marie est allé en pèlerinage à Burzet : ce village niché dans les Cévennes vivaroises, est connu pour son grand chemin de Croix.

Au XIVème siècle déjà, des documents faisaient mention d’une procession qui se déroulait dans le village le Vendredi Saint et au cours de laquelle un paroissien tenait la place de Notre-Seigneur.
Sur l’un des sommets qui domine le village, ont été dressées les trois croix d’un Calvaire et, le long du parcours d’une antique voie romaine qui serpente sur les flancs de cette montagne escarpée, trente deux stations ont été érigées pour méditer sur les circonstances de la Passion, depuis la Cène jusqu’aux évènements qui suivirent la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

départ de la procession du Vendredi Saint.

Soixante figurants costumés se transmettent, de génération en génération, les « rôles » des principaux protagonistes du drame du Vendredi Saint. Il ne s’agit pas d’une représentation théâtrale mais d’une figuration, héritière des « mistères » du Moyen-Age, destinée à aider tous les pèlerins à mieux intérioriser les dernières heures de la vie du Sauveur.
La procession, suivie par plusieurs centaines de fidèles, quitte l’église et s’achemine, pendant près de deux heures et demi de méditation, de prière et de chants, jusqu’au sommet du Calvaire.

Nous sommes maintenant dans la joie de la Résurrection de Notre-Seigneur : c’est dans cette lumière de Pâques que nous contemplons les évènements de la Passion et que nous rendons grâces à Dieu pour les merveilles de son Amour miséricordieux. De la part de tous les habitants du Mesnil-Marie, je vous souhaite donc un beau et saint temps pascal au cours duquel vous puissiez croître dans la ferveur et la reconnaissance envers le Coeur de Celui « qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné, jusqu’à s’épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour » (paroles de Notre-Seigneur à Sainte Marguerite-Marie).

Lully.

nika

Publié dans:Chronique de Lully, De liturgia |on 17 avril, 2009 |Pas de commentaires »

Méditation du Chemin de la Croix :

Prière préparatoire:

Ô Jésus, Vous êtes mon Sauveur. Je viens aujourd’hui méditer, avec votre aide, les stations de Votre Voie Douloureuse : donnez-moi, je Vous le demande avec toute la ferveur de mon âme, de mieux comprendre cet Amour qui Vous a conduit et soutenu dans la montée du Calvaire.
C’est l’Amour de Votre Cœur qui Vous a porté à un tel excès de douleurs ; c’est l’Amour de Votre Cœur pour les âmes des pauvres pécheurs – dont je suis – qui Vous a conduit à la mort ; c’est l’Amour de Votre Cœur pour mon âme si souvent ingrate et tiède, qui Vous a élevé sur la Croix…
Accordez-moi de puiser dans la contemplation de Votre Sainte Passion un renouveau de ferveur et de générosité à Votre service. Fortifiez, je Vous en prie, ma résolution de m’éloigner de tout ce qui Vous offense et ma volonté de marcher désormais dans les voies d’une plus grande fidélité.
Très Sainte Vierge Marie, qui êtes devenue ma Mère au pied de la Croix, prêtez-moi vos yeux pour regarder Jésus, prêtez-moi surtout votre propre Cœur pour L’aimer et m’attacher à Lui.

* * * * * * *

Avant chaque station:

V/ Nous Vous adorons, ô Christ, et nous Vous bénissons ;
R/ Parce que Vous avez racheté le monde par Votre Sainte Croix.

Après chaque station:

V/ Ayez pitié de nous, Seigneur ;
R/Seigneur, ayez pitié de nous.

Que par la miséricorde de Dieu les âmes des fidèles trépassés reposent en paix.

le Christ aux outrages.

1ère Station : Jésus est condamné à mort.

Je Vous vois, ô Jésus, Vous que le prophète avait décrit comme « le plus beau des enfants des hommes » (Ps. XLIV), dans l’état où Vous a laissé une cruelle agonie, suivie d’une nuit de mauvais traitements et d’outrages : Vous êtes là, réduit à l’impuissance en face d’une foule haineuse, et Vous Vous taisez.
Votre silence, qui contraste tellement avec les cris et les blasphèmes qui montent contre Vous, impressionne d’ailleurs Pilate et le met mal à l’aise.

Vous aviez dit : « Mettez-vous à mon école, car Je suis doux et humble de cœur« ;  cette douceur et cette humilité sont ici manifestes, en face de la violence des passions déchaînées, en face de l’arrogance et du mépris. Oui, vraiment, Vous êtes l’Agneau doux et humble que l’on conduit à l’abattoir et qui n’ouvre pas la bouche.

Et lorsque tombe la sentence de condamnation, Vous Vous taisez encore. Vous ne protestez pas puisque Vous aviez déjà accepté cette sentence de mort dans le sein de l’adorable Trinité, lorsque le décret éternel décidant de l’Incarnation avait été porté…

Humilité, douceur et silence de mon Dieu, je vous adore!

Je veux recevoir la leçon que Vous me donnez ici : pardonnez-moi, je Vous prie, les fautes que j’ai commises contre la douceur et l’humilité ; apprenez-moi à rester humblement doux, doucement humble, en face des jugements négatifs portés contre moi ; enseignez-moi ce paisible silence de la foi pour accepter les contradictions, les critiques et les malveillances, et pour en faire des sacrifices que j’unirai au Vôtre.

Pater noster.  Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

2ème station : Jésus est chargé de Sa Croix.

Sans aucun ménagement, les soldats Vous chargent du bois du supplice : une Croix massive, lourde, rugueuse, terrible, écrasante… et Vous savez bien ce qu’elle va Vous apporter de souffrances.
Pourtant, résolument, Vous l’étreignez et Vous appliquez Vos lèvres saintes sur son bois d’infamie qui Vous fera tant saigner. Vous nous montrez ainsi de quelle manière il faut recevoir et accepter les croix de chaque jour : en les embrassant!

Vous nous aviez avertis : on ne peut prétendre être du nombre de Vos disciples, de Vos amis, de Vos intimes, sans avoir part à Votre Croix.

Pourtant, ô mon Jésus, et malgré tous les bons désirs de mon cœur, je dois bien avouer que la souffrance et l’humiliation me répugnent, me font horreur, me donnent envie de fuir… non de les embrasser.
Est-ce donc que je ne Vous aime pas?

Non, mon amour pour Vous est sincère, mais il est encore faible et manque souvent de générosité.

Ô mon divin Sauveur, je Vous en supplie, venez en aide à ma faiblesse et fortifiez mon cœur trop prompt à s’effrayer, trop porté à s’apitoyer sur lui-même! Faites-moi bien comprendre que tant que je me regarderai moi-même je serai prisonnier de ma faiblesse ; mais si je Vous regarde Vous, ce sont Votre propre détermination, Votre courage, Votre force qui peu à peu viendront m’habiter et me transformer. Profondément. Durablement.

Je ne veux plus murmurer contre les mille et une contrariétés de chaque jour ; je ne veux plus regimber contre l’aiguillon de la souffrance ; je veux y voir au contraire la part quotidienne de Votre Croix que Vous m’invitez à porter derrière Vous. Faites-m’en la grâce, ô Jésus!

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

3ème station : Jésus tombe une première fois.

Il y a si peu de temps que Vous Vous êtes mis en route sur le chemin du Calvaire – Vous n’avez fait que quelques pas! – et cependant Vous tombez… Déjà!

Je Vous contemple, abattu sous le poids de Votre Croix, fléchissant les genoux, courbé vers la terre… N’êtes-Vous plus Celui qui d’un seul mot, dans la synagogue, a fait se redresser la femme courbée depuis dix-huit ans. Celui aussi qui a relevé la femme adultère aux yeux de ceux qui l’accusaient, et à ses propres yeux?

Il ne m’est pas facile de comprendre le mystère d’un tel abaissement, la leçon contenue en cette apparente et déconcertante faiblesse.

Et pourtant, Vous voulez que je Vous contemple ainsi : Vous êtes toujours le Dieu fort qui tient en Sa main la puissance de l’ouragan et la force des tempêtes;  Vous êtes toujours Celui dont une seule parole a jeté à terre les soldats qui venaient Vous arrêter… Si Vous êtes tombé, c’est pour me relever de ces chutes déplorables, trop souvent répétées, qui affligent Votre divin Cœur.

Vous Vous êtes, pour ainsi dire, mis à mon niveau, afin de mieux me venir en aide, afin d’entendre l’aveu de ces faiblesses qui sont miennes parce que j’ai trop compté sur mes propres forces!

Vous Vous abaissez : l’infinie miséricorde se penche vers la misère pour entendre la voix du repentir et pour relever le pauvre du fumier où il croupissait (Ps.CXII).

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

4ème station : Jésus rencontre Sa Très Sainte Mère.

Ô Jésus, Vous paraissez parfois d’une incroyable sévérité avec Votre Mère si douce, si délicate, et dans les affections de laquelle n’entre cependant aucune ombre d’imperfection.

Dès le recouvrement au Temple, lorsque Vous aviez douze ans, Vous donnez l’impression de la traiter sans ménagement. Une lecture trop superficielle pourrait laisser penser que la réponse que Vous lui faites, lors des noces de Cana, ou encore celle que Vous donnez à ceux qui Vous signalent que Votre Mère Vous cherche, lorsque Vous étiez en train d’enseigner, sont totalement dépourvues des prévenances de la piété filiale… En outre, si plusieurs saints Docteurs ont affirmé que Vous aviez préféré que Saint Joseph mourût avant Votre vie publique et Votre Passion, pour lui éviter des souffrances que son cœur, pourtant revêtu de qualités viriles, auraient difficilement pu supporter, il est bien difficile de comprendre – selon l’ordre naturel – que Vous ayez imposé le spectacle de telles atrocités au cœur combien plus sensible et compatissant de Marie!

Mais il ne faut pas ici raisonner selon les critères habituels de la nature! Le Cœur immaculé de Marie bat à l’unisson du Vôtre. Le « Fiat » entier et splendide qu’elle a donné à l’Incarnation n’a pas été prononcé sans une compréhension de ce que serait la mission de Celui dont elle allait façonner la chair très pure, cette chair que Vous allez offrir en sacrifice sur la Croix, au bout de ce chemin.

C’est parce que Vos deux Cœurs sont parfaitement unis qu’il convenait surnaturellement que Marie souffre auprès de Vous, souffre avec Vous et marche à Vos côtés dans la montée du Calvaire.

Alors je puis ici comprendre que la souffrance que Vous permettez à ceux qui Vous sont plus intimes n’est pas une marque de réprobation, mais bien une marque de plus grande dilection : Vous introduisez de la sorte Vos élus dans la participation à Votre mission de Sauveur.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

 * * * * * * *

5ème station : Simon le Cyrénéen aide Jésus à porter Sa Croix.

 » Tout ce que vous ferez à l’un de ces petits qui sont Mes frères, c’est à Moi que vous le ferez ».

Il ne m’est pas spontané, il ne m’est pas facile, de Vous reconnaître, ô divin Maître, caché dans ce prochain qui me dérange, qui me sollicite, qui me provoque à un geste de générosité, de compassion ou de service… qui m’invite à franchir les innombrables protections et barrières de sécurité que ma volonté de confort a édifiées pour protéger mon égoïsme plus ou moins conscient!

Qu’est-ce qui pouvait permettre à Simon, réquisitionné, forcé, de voir en Vous le Sauveur, sous ces apparences d’ignominie? Humainement, rien!

Qu’est-ce qui a fait de cet homme ordinaire qui revenait des champs, un modèle et un saint?

Il est très probable que, dans un premier temps, il n’a pas accepté avec joie cette tâche que les soldats lui imposaient, et qui lui paraissait répugnante. Peut-être même a-t-il maugréé?

Cependant un changement s’est produit dans son âme.

Je comprends que celui qui Vous contemple peut se trouver transformé au spectacle de Vos douleurs. Je comprends que celui qui vit en Votre présence, et même si celle-ci n’est pas sensible, même si celle-ci n’est pas conforme aux aspirations de la sensibilité, peut se trouver renouvelé, au plus profond de lui-même aussi bien que dans la manière dont il va regarder toutes choses.

Faites-moi donc la grâce, ô mon Jésus, de vivre en Votre présence, pour mieux Vous reconnaître en Vos frères qui ont besoin de moi.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

6ème station : Sainte Véronique essuie le visage de Jésus.

Votre divin Visage est maculé, meurtri, méconnaissable. Il faut une foi peu commune pour Vous reconnaître sous ces traits d’infamie et de douleur que Vous ont donnés les mauvais traitements de la nuit et les divers supplices de la matinée.

Véronique n’a pas hésité : il y avait en elle quelque chose qui parlait plus haut que ce que lui montraient ses sens. Sous le sang et les crachats, malgré les blessures et la poussière collée qui Vous défigurent, son cœur reconnaît Celui auquel elle a donné sa foi et son amour. Alors elle n’hésite pas. A-t-elle même réfléchi, pesé le pour ou le contre avant de s’élancer?

Sa détermination a quelque chose de calme et de viril qui tranche avec la veulerie, la lâcheté et les reniements de ceux qui Vous entourent ou de ceux qui Vous ont abandonné. Les soldats sont saisis d’un étonnement qui n’est pas exempt de secrète admiration ; ils la laissent s’approcher de Vous.

Geste sans emphase mais plein d’une sobre grandeur : elle a dénoué son voile et Vous en a délicatement essuyé le visage. Elle n’a pas essayé de Vous soulager du poids physique de la Croix, ainsi que le fait Simon ; elle n’a peut-être rien dit, parce que son regard et son geste en disaient plus long que toute parole, mais elle a ouvert la voie à toutes les âmes réparatrices.

La foi et l’amour qui l’animaient ont été la source de son courage et les inspirateurs de son geste si délicat. C’est l’amour qui fait la réparation, et la réparation n’est rien d’autre que de l’amour.

Je Vous demande, ô Jésus, la grâce de m’engager résolument dans les pas de Sainte Véronique, dans les voies de la réparation, pour Vous rendre amour pour amour.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

7ème station : Jésus tombe une deuxième fois.

Vous tombez une nouvelle fois… Pourquoi m’en étonnerai-je?

Ce sont mes péchés qui font le poids de cette Croix qui Vous écrase et qui Vous font tomber à terre ; ce sont mes chutes qui sont la cause des Vôtres. Et ce n’est pas une fois, ni deux fois que je suis tombé dans le péché, mais tant de fois que je ne puis les compter.

Alors il Vous a fallu Vous abaisser, encore et encore, jusqu’à cette boue où je me suis enlisé, tellement enlisé que j’ai semblé faire corps avec elle parfois! Toutefois Votre miséricordieuse patience ne s’est jamais lassée de me pardonner. Si mes chutes sont innombrables, elles ne sont pas infinies : Votre Miséricorde, elle, est infinie! Mes fautes sont abondantes, mais Votre grâce est surabondante : jamais la désolante variété de toutes mes indigences ne pourra épuiser le trésor de Vos pardons, du moins tant que je ne cesserai pas de crier vers Vous et d’implorer Votre pitié avec une vraie confiance : « Ayez pitié de moi, ô Dieu, selon Votre grande miséricorde, et selon la multitude de Vos bontés, effacez mon iniquité. Lavez-moi plus amplement de mon iniquité, et purifiez-moi de mon péché » (Ps. L,3-4).

Plus redoutable que la chute elle-même est le découragement qui vient s’insinuer ensuite et qui sape l’énergie intérieure nécessaire à mon relèvement. L’humilité qui confesse la faute commise est sœur de l’espérance ; elle ouvre dans l’âme toutes les voies du pardon et de la purification.

Alors je ne veux pas tant contempler « Jésus qui tombe » que « Jésus qui se relève » et qui veut ainsi me prémunir contre toute forme de découragement.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

8ème station : Jésus console les filles de Jérusalem qui le suivent.

Il y a chez ces femmes qui Vous suivent, qui pleurent et qui se lamentent, une certaine forme de courage. En effet, au milieu de la foule haineuse qui Vous accable, elles montrent de façon explicite qu’elles n’approuvent pas la condamnation qui Vous frappe et les outrages qu’on Vous fait subir. On pourrait dire que c’est déjà bien et qu’elles prennent des risques en manifestant leurs sentiments à Votre endroit.

Mais ce n’est pas assez, et Vous voulez le leur faire comprendre. La leçon est d’importance, puisque Vous Vous arrêtez dans cette montée du Calvaire afin de la leur donner…

Leurs larmes et leurs gémissements ne procèdent encore que de leur sensibilité. Leurs sentiments n’ont pas de consistance surnaturelle et ne pénètrent pas dans la profondeur du mystère qui s’accomplit sous leurs yeux : elles n’ont pas, pas encore, les yeux et le cœur de Marie ou de Véronique. Il y a en elles un commencement d’amour que Vous voulez conduire à sa perfection surnaturelle, et c’est pour cela que Vous avez ces paroles fortes à leur adresse, et – à travers elles – à l’adresse de chacune de nos âmes : Vous ne demandez pas de nous une compassion sentimentale, mais Vous nous enseignez à pleurer nos péchés qui sont la cause de Vos douleurs ; Vous voulez que notre contrition nous conduise à un véritable amendement et que le regard que nous portons sur Votre Passion nous détermine à marcher résolument dans l’exigeante voie de la sainteté que Vous nous avez tracée.

Toute volonté de compassion ou de réparation qui ne s’enracine pas dans cette résolution énergique est une illusion, aussi vaine que dangereuse.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

9ème station : Jésus tombe une troisième fois.

Vous êtes presque arrivé au lieu du supplice, et Vous tombez encore une fois. Quel secret enseignement m’est encore donné en cette troisième chute?

Je sais bien que Votre détermination n’est en rien entamée et que Vous êtes toujours aussi ferme dans Votre volonté d’offrir à Votre Père le sacrifice parfait de satisfaction, et de dispenser à nos âmes une Rédemption surabondante. Aussi peut-on dire qu’il y a en Vous une certaine impatience d’arriver au bout de cette Passion…

Mais il est des heures où malgré la volonté arrêtée qui est en nous, certaines faiblesses sont plus fortes : nous avons beau affirmer nos résolutions, nous n’en tombons pas moins! C’est peut-être l’amertume de ces fautes de faiblesse, si humiliantes, que Vous avez voulu goûter ici.

Tant de fois, trop souvent, j’ai pensé, j’ai cru – sincèrement peut-être, naïvement sûrement! – que je pourrais par ma seule volonté aller jusqu’au bout de ce que je m’étais fixé.

Vous me montrez ici que si ma détermination volontaire est nécessaire, elle ne doit en aucune manière être un volontarisme. Ce dernier finit toujours par être désastreux pour l’âme car, quand elle est trop sûre d’elle-même, la volonté de l’homme se fait son propre centre et son point d’appui. Insensiblement, par petites touches, elle ne s’appuie plus sur Votre grâce, mais elle se confie en sa propre force. C’est une usurpation.

Ces fautes de faiblesse ou ces déconcertantes impuissances liées à la fragilité de notre nature m’apparaissent donc comme salutaires. En les permettant, Vous exercez finalement une miséricorde plus profitable qu’en nous en préservant. Vous nous maintenez ainsi dans une humilité bénéfique, dans une défiance continue de nos propres qualités et de nos vertus elles-mêmes, afin de n’avoir plus de confiance qu’en Vous, en Vous seul. Et cela est un plus grand bien pour nos âmes.

Ô sublime Pédagogue, puisse-je profiter de cette nouvelle leçon et me défier ainsi toujours plus de moi-même !

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

10ème station : Jésus est dépouillé de Ses vêtements.

Les soldats et les bourreaux sont pressés d’en finir. Sans aucun ménagement ils arrachent Vos vêtements, collés aux plaies dont Votre corps est couvert.

Pourquoi avez-Vous donc voulu un tel luxe, une telle abondance de souffrances dans une telle cruauté de détails? La flagellation n’avait-elle pas été suffisante qu’il Vous faille en ressentir à nouveau toutes les atrocités? Fallait-il tant de sang si une seule goutte était suffisante pour effacer tous les péchés du monde (cf. St Thomas d’Aquin in « Adoro Te« )? Fallait-il boire jusqu’à une telle lie le calice de la honte et de la dérision?

Vous n’avez plus ni beauté ni éclat, plus rien pour attirer le regard ; Vous êtes devenu semblable au lépreux dont on se détourne avec horreur ; la compassion cède la place à un irrépressible dégoût.

Déconcertante nudité de Dieu associée à un indescriptible écorchement !

Vous nous avez demandé de porter la Croix à Votre suite : faudra-t-il que nous allions nous aussi jusque là? Notre nature s’effraie et se scandalise en entrevoyant tout ce qu’il pourrait nous en coûter.

Car en entendant Vos paroles qui vouent Vos disciples à la Croix, nous avons en définitive eu tendance à imaginer ces croix promises, annoncées, comme des actions d’éclat où nous brillerions encore à nos propres yeux d’un rayonnement de héros! Mais Vous voulez nous dépouiller ici de ces illusions encore tellement humaines.

L’écorchement de l’amour-propre est encore plus terrible que celui de la chair. Mais tant que nous n’y aurons pas consenti nous ne pourrons rien comprendre à l’Amour!

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

11ème station : Jésus est cloué à la Croix.

Vos pieds se sont fatigués à la recherche des brebis égarées, ô divin Pasteur, et Vos mains se sont dépensées inlassablement pour semer des bienfaits de consolation et de guérison… Et les voici maintenant immobilisés et, semble-t-il, inopérants : « Il en a sauvés d’autres, et Il ne peut se sauver Lui-même! »

Mais ceux qui Vous raillaient ainsi ne faisaient que montrer leur aveuglement et l’endurcissement de leurs cœurs, empêtrés dans une vision superficielle des choses et des événements. C’est au moment où Vous paraissez réduit à l’impuissance la plus radicale que Vous devenez le plus « efficace »!

Si Vos pieds ne peuvent marcher, si Vos mains ne peuvent plus toucher (cf. Ps CXIII, 7), ce n’est certes pas à la façon des vaines et impuissantes idoles ; un son, un cri sort de votre bouche : « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font! » Et comme Vous l’avez tant de fois montré en Vos trois années de vie publique, Votre parole accomplit ce qu’elle exprime : le pardon divin est ici offert, donné en plénitude.

Les clous qui immobilisent Vos pieds et Vos mains font jaillir le fleuve quadriforme qui arrose et féconde le nouveau Paradis à partir du nouvel Arbre de Vie : « Voici que Je fais toutes choses nouvelles! » (Apoc. XXI, 5). C’est ici le lieu de la nouvelle création plus merveilleuse encore que la première : mirabilius reformasti!

Vos pas ne Vous porteront plus sur les chemins terrestres à la poursuite des misères humaines parce que désormais Vous allez attirer à Vous toutes choses ; Vos mains, désormais percées, seront encore plus remplies de consolations, de bienfaits, de guérisons, de pardons et de grâces. C’est pourquoi j’approche mes lèvres de Vos Plaies sacrées, tout pénétré de reconnaissance et d’adoration.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

12ème station : Jésus meurt sur la Croix.

La Croix est dressée: voici l’Ostensoir où est exposée aux regards de tous les siècles « l’Hostie pure, l’Hostie Sainte, l’Hostie immaculée ».

Père éternel, Père d’infinie sainteté, recevez cette Hostie sans tache qui s’offre à Votre justice comme propitiation pour nos péchés, tous nos péchés, tous les péchés de la pauvre humanité!

La Croix est dressée, et la divine Victime qui est immolée sur elle, est en même temps l’Avocat qui plaide devant Vous en notre faveur, par toutes les plaies de Son Corps. Son Sang, qui parle plus haut que celui d’Abel, n’appelle pas la vengeance, mais Votre indulgence et Votre pardon.

Ô Père d’éternelle miséricorde, nous Vous offrons ces Plaies saintes et sacrées de Votre Fils, ces Plaies si nombreuses desquelles s’écoule en telle abondance un Sang si précieux, et nous Vous demandons de guérir par elles les blessures que le péché a faites à nos âmes.

Ô Dieu dont le propre est d’avoir toujours pitié et de pardonner, accordez-moi cette grâce d’avoir sans cesse présent aux regards de mon âme cet instant solennel où se concentre d’une manière si poignante la somme de Vos bontés envers moi. C’est au pied de cette Croix où, dans un grand cri et des larmes, Votre Fils Bien-Aimé me rend la vie par Sa mort, que je peux le mieux comprendre le prix que j’ai à Vos yeux et, par conséquent, le sens que je dois donner à ma vie…

Ô Croix, Vous êtes bien mon unique espérance, puisque Vous êtes recouverte du Précieux Sang de mon salut et que je trouverai toujours avec Vous le gage de mon pardon et la douceur de la paix intérieure.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

13ème station : Jésus descendu de la Croix est remis à Sa Très Sainte Mère.

Avec des précautions si délicates qu’elles pouvaient faire penser qu’ils craignaient de le faire encore souffrir, les derniers d’entre les fidèles ont descendu de la Croix le corps exsangue et inerte de votre Jésus. Il repose maintenant sur vos genoux.

Vous avez partagé toutes les intentions de Son sacrifice et tout Son souci du salut de nos âmes au cours de ces trois heures terribles d’agonie où vous êtes restée debout. Vous avez intensément vécu, dans une douloureuse extase, plus redoutable que tous les supplices de tous les martyrs de tous les temps, la communion intime au divin Rédempteur. Et le glaive s’est enfoncé si avant dans votre Cœur immaculé qu’il en semble désormais indissociable : Cœur douloureux et immaculé de Marie!

La consolation de mourir en même temps que Celui qui est toute votre vie ne vous a pas été donnée ; votre souffrance reste quand celle de Jésus a pris fin. Que manque-t-il donc à la Passion du Christ pour qu’il vous faille la compléter en votre vie? Ses souffrances n’ont-elles pas été surabondantes? Les douleurs insondables de Jésus n’ont-elles pas un prix infini, parce qu’il est Dieu? Que peut-on rajouter à l’infini? Quel complément peut-on apporter à la plénitude?

Mais justement celui d’un retour d’amour. Jésus nous a tout donné et Il attend de nous que nous Lui rendions selon la mesure du don que nous avons reçu. Mère du bel amour, vous nous montrez ici la voie, enseignez-nous à y marcher à votre suite.

Pater noster. Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

14ème station : Jésus est mis au tombeau.

Le corps sans vie, embaumé à la hâte, enveloppé dans le linceul, est déposé sur la froide banquette de pierre. L’un après l’autre, les derniers amis se retirent. On roule la pierre : lourde meule qui prétend emprisonner le grain de blé, déjà broyé, jeté en terre.

Le silence et les ténèbres enveloppent toutes choses ; mais après le tremblement de terre et l’affolement des éléments au moment de la mort de leur Créateur, ce silence et ces ténèbres sont les complices d’un mystère déjà à l’œuvre au cœur de la terre.

Déjà, dans les profondeurs des enfers, Adam se prosterne avec reconnaissance devant le Fils de l’homme qui lui tend la main et le relève. Déjà, les Patriarches exultent en contemplant Celui dont ils avaient entrevu le jour en tressaillant. Déjà, Saint Jean-Baptiste s’est écrié en le désignant à tous les justes de l’Ancien Testament : « Voici l’Agneau de Dieu! Voici l’Agneau immolé et vainqueur, qui ôte les péchés du monde! »

Marie, silencieuse, s’en revient vers Jérusalem, soutenue par Marie-Magdeleine et par Jean. Mais a-t-elle besoin d’être soutenue? Au-delà des douleurs sans nom qui ont déferlé sur elle et l’ont brisée, son âme est habitée par une paix profonde : elle sait, elle est sûre que ce n’est pas là la fin. En ce moment, c’est elle qui soutient, seule, dans le monde, la veilleuse d’une espérance et d’une foi indicibles. Elle porte en son Cœur martyr toute l’espérance de l’Église.

Notre-Dame de la Sainte Espérance, modèle de ma foi, je veux, comme Saint Jean, vous « prendre chez moi » et me mettre à l’école de votre indéfectible et paisible confiance…

Pater noster.  Ave, Maria. Gloria Patri.

* * * * * * *

Le Crucifié adoré par les Anges (Charles Lebrun)

Prières finales :

Ô bon et très doux Jésus! Je me prosterne à genoux en Votre présence, et je Vous prie et conjure, avec toute la ferveur de mon âme, de daigner graver en mon cœur de vifs sentiments de foi, d’espérance et de charité, un vrai repentir de mes péchés et une volonté très ferme de m’en corriger, tandis que je considère et contemple par l’esprit Vos cinq plaies, avec une grande affliction et une grande douleur, me rappelant ces paroles que déjà le prophète David mettait sur Vos lèvres, ô bon Jésus : « Ils ont percé mes mains et mes pieds ; ils ont compté tous mes os! »

* * * * * * *

Je vous salue, Marie, pleine de douleurs, Jésus crucifié est avec vous;  vous êtes digne de compassion entre toutes les femmes, et digne de compassion est Jésus, le fruit de vos entrailles.
Sainte Marie, Mère de Jésus crucifié, c’est nous qui avons attaché à la Croix votre divin Fils, obtenez-nous des larmes de repentir et d’amour, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il.

Cœur Sacré de Jésus,
j’ai confiance en Vous et je Vous aime !

Notre-Dame de Compassion,
priez pour nous, soyez notre refuge !

 (Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur – Angers, Mai 2004)

Méditation du Chemin de la Croix : dans De liturgia nika

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous |on 6 mars, 2009 |Commentaires fermés

2009-10. Du Bienheureux Noël Pinot et de l’irréductible opposition entre l’esprit du monde et l’attachement à Notre-Seigneur Jésus-Christ.

21 février,
fête du Bienheureux Noël Pinot.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Ce matin, au moment de l’oraison, Frère Maximilien-Marie m’a raconté l’histoire du saint dont on commémore aujourd’hui le martyre : le Bienheureux Noël Pinot.

C’était un prêtre angevin, né en 1747, qui était curé de la paroisse du Louroux-Béconnais lorsqu’éclata la grande révolution.
Ayant repoussé le serment constitutionnel, il refusa de s’exiler et continua son ministère clandestinement, jusqu’à ce que – vendu par un paroissien – il soit pris par les révolutionnaires, dans la nuit du 8 février 1794, au moment même où il s’apprêtait à célébrer la Sainte Messe dans une grange.
Il fut conduit à Angers et comparut devant le tribunal révolutionnaire, qui – personne ne s’en étonnera ! – le condamna à la peine capitale.

Son exécution eut lieu le 21 février 1794.
Par dérision, les révolutionnaires voulurent le revêtir des ornements sacerdotaux avec lesquels il avait été capturé.
En gravissant les marches de l’échafaud, l’abbé Noël Pinot commença la récitation des prières au bas de l’autel : « Introibo ad altare Dei… »

La volonté sacrilège des révolutionnaires tournait court pour céder la place au sublime : comme il arrive bien souvent, « le diable porte pierre » (ainsi que le disent les hommes) c’est-à-dire qu’un acte malveillant peut avoir des rebondissements totalement opposés à ce que ses instigateurs avaient prévu.
En l’occurrence, l’exécution de l’abbé Noël Pinot fut une glorification du sacerdoce catholique et manifesta, avec un réalisme saisissant, à quel point le prêtre à l’autel est identifié à Notre-Seigneur, qui agit en lui et par lui dans la célébration des sacrements.

Le martyre du Bienheureux Noël Pinot s’inscrivait dans la continuité logique d’un sacerdoce perpétué dans l’Eglise pour actualiser et renouveler, à travers toutes les générations et jusqu’à la consommation des siècles, le Saint Sacrifice rédempteur. Cela réalisait magnifiquement la parole de Saint Paul : « Je vous en conjure donc, frères, par la miséricorde de Dieu : offrez vos corps en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu ; ce sera pour vous le culte véritable » (Rom. XII,1).

Le martyre du Bienheureux Noël Pinot : Introibo ad altare Dei

Quand j’entends le récit du martyre de ceux qui ont vraiment pris au sérieux  le message du Saint Evangile et dont la fidélité a été poussée jusqu’à l’héroïsme, je suis – bien sûr – rempli d’admiration.
Mais il m’arrive aussi parfois de me demander s’il y a beaucoup de personnes parmi ceux qui se déclarent chrétiens, en notre temps et en ce pays de France particulièrement (car Frère Maximilien-Marie m’a expliqué qu’en certains pays  lointains la persécution violente perdure et que des fidèles endurent sans faiblir de nombreuses vexations, sont torturés et mis à mort en haine de la foi) qui seraient disposées à faire le sacrifice de leur vie plutôt que de trahir le Christ : si, en effet, ils ne sont pas capables de résister à « l’esprit du monde » et se compromettent quotidiennement avec un mode de vie et de pensée contraire aux vertus évangéliques, on peut difficilement imaginer – à moins d’un miracle éclatant de la grâce de Dieu – qu’ils seront capables de résister quand la fidélité exigera d’eux de plus grands sacrifices…

« Vae mundo a scandalis ! malheur au monde à cause des scandales… » (Matth.XVIII, 7).
« L’ouverture au monde » ne peut et ne doit en aucune manière être une  acceptation pure et simple de toutes les modes, intellectuelles ou sociétales, qui sont dans l’air.

Un chrétien sans discernement est exposé à toutes les chutes et à toutes les apostasies : la simplicité de la colombe que Notre-Seigneur Jésus-Christ donne en exemple à ses disciples n’a rien à voir avec la naïveté et la bêtise, lesquelles finissent par devenir gravement coupables !
L’optimisme chrétien procède de la vertu surnaturelle d’espérance ; il ne peut jamais et en aucune manière être une compromission avec des choses contraires à l’amour de Dieu, qui se concrétise par une fidélité joyeuse et pleinement responsable aux préceptes divins dans toutes les circonstances de la vie terrestre.

« Ne vous étonnez pas si le monde vous hait, sachez qu’il m’a eu en haine avant vous. Si vous aviez été du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes point du monde et que je vous ai choisis du milieu du monde, c’est pour cela que le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi… » (Johan. XV, 18-20).

Peut-être trouverez-vous audacieux qu’un tout petit chat se permette d’écrire un tel sermon.
Ne m’en veuillez pas : j’ai laissé parler mon coeur, après la méditation que j’ai faite ce matin auprès de Frère Maximilien-Marie.

Lully.        

2009-10. Du Bienheureux Noël Pinot et de l'irréductible opposition entre l'esprit du monde et l'attachement à Notre-Seigneur Jésus-Christ. dans De liturgia 591115t8qpmw0bs5

On trouvera une prière au Bx Noël Pinot > ici.

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints, Vexilla Regis |on 21 février, 2009 |5 Commentaires »
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