Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2007-18. De la Bienheureuse Agnès de Jésus, souvent appelée Agnès de Langeac.

19 octobre.

Si le calendrier liturgique de l’Eglise universelle fait aujourd’hui mention de Saint Pierre d’Alcantara (qui est l’une des très rares personnes dont il fut révélé à Sainte Thérèse d’Avila – qui l’avait eu pour confesseur et conseiller – qu’il était allé au Ciel sans passer par le Purgatoire), j’aimerais toutefois vous écrire quelque chose au sujet de la Bienheureuse Agnès de Jésus, plus souvent appelée Agnès de Langeac, du nom de la petite ville où elle fut moniale et où son corps repose dans l’attente de la résurrection.

En effet, Frère Maximilien-Marie a exposé aujourd’hui l’une de ses reliques dans notre oratoire du Mesnil-Marie parce c’est aussi le jour où les calendriers propres de l’Ordre des Prêcheurs et du diocèse du Puy marquent la célébration de sa fête.
Vous le savez, les chats monastiques ne consacrent pas tout leur temps à la chasse, mais ils ont aussi des moments d’étude et de lecture spirituelle… C’est ainsi que j’ai découvert avec émerveillement la vie de la Bienheureuse Agnès que je vais vous résumer ici.

* * * * * * *

Agnès Galand est née au Puy-en-Velay, le 18 novembre 1602, dans une famille de modestes artisans, pauvre de biens matériels mais riche d’une foi profonde et d’une pratique religieuse exemplaire.

Agnès fut donc élevée dans une piété simple, sans affectation, qui impliquait un véritable engagement du coeur et de la volonté.
Dès sa plus tendre enfance, elle aimait à passer de longs moments dans les églises du Puy, pour y adorer le Très Saint Sacrement ou pour se recueillir auprès des images de la Vierge Marie, et très spécialement dans la fameuse cathédrale où l’on vénère la statue miraculeuse de la Vierge Noire.

Habituée à se confesser très régulièrement dès l’âge de cinq ans, elle fut – fait tout à fait exceptionnel pour l’époque – admise à la Sainte Communion, qu’elle put dès lors recevoir une ou deux fois par quinzaine, à huit ans!

Profondément attirée par la retraite et la contemplation, elle a alors le désir de se consacrer totalement à Dieu dans la vie religieuse et prononce le voeu de virginité.

A partir de ce moment, sa vie intérieure s’intensifie et elle reçoit des grâces mystiques signalées, accompagnées de vexations diaboliques, de persécutions diverses, d’incompréhensions douloureuses et de calomnies… Mais elle a aussi la grâce de voir son Ange gardien et de vivre dans sa compagnie familière.

Reçue dans le Tiers-Ordre de Saint Dominique à l’âge de 19 ans, il lui faudra encore attendre deux années – remplies de difficultés et d’obstacles – avant de pouvoir réaliser son désir d’entrer au couvent.
Enfin, le 4 octobre 1623, elle fut reçue comme novice converse, sous le nom de Soeur Agnès de Jésus, dans le monastère placé sous le vocable de Sainte Catherine de Sienne qui venait d’être fondé dans la ville de Langeac, à une dizaine de lieues du Puy, mais qui appartenait alors à l’évêché de Saint-Flour.

Les grâces mystiques s’intensifièrent encore : si les saints et les anges lui apparaissaient familièrement pour l’encourager et éclairer sa conduite, le démon multipliait aussi les attaques – jusqu’aux coups physiques – pour l’empêcher d’accomplir son office…

A l’approche de sa profession solennelle (les voeux temporaires n’existaient pas en ce temps là et on faisait la profession perpétuelle à l’issue du noviciat), le diable déploya même des industries incroyables pour semer le trouble dans l’esprit de ses supérieures et la faire renvoyer.
Cependant le Ciel intervint lui aussi de manière si sensible qu’en définitive Soeur Agnès de Jésus, novice converse, fut non seulement admise à la profession solennelle mais le fut en tant que religieuse de choeur!
Le 28 septembre 1624, elle échangea donc le scapulaire noir des converses contre le blanc des choristes; elle dut accomplir quelques mois supplémentaires de noviciat pour recevoir la formation des religieuses de choeur, et fit profession solennelle en la fête de la Purification de Notre-Dame, 2 février 1625.

D’abord chargée de la porte et de la distribution des aumônes, elle fut ensuite promue maîtresse des novices et finalement élue prieure à la fin de l’année 1626, à l’âge de 24 ans!

Son gouvernement fut plein de sagesse et très profitable à la communauté, on s’en doute bien. Mais le renom de sa vertu et des grâces particulières qui lui étaient départies ne manquèrent pas non plus d’exciter l’incrédulité, l’incompréhension, la suspicion, voire la jalousie ou même la haine : cela aussi est malheureusement inévitable, car même dans l’univers des âmes pieuses il en est qui se révèlent soudain incroyablement mesquines et capables de méchanceté! Elle fut même un temps déposée de son priorat et suspectée, avant d’être rétablie dans sa charge.

Outre les apparitions des Saints, le commerce familier de son Ange gardien, et les tourments diaboliques devenus habituels, Mère Agnès de Jésus eut la grâce de lire dans les consciences, de prédire certains évènements à venir, de recevoir la communion de manière miraculeuse, de subir la transverbération mystique, de biloquer… etc.

Bse Agnès de Langeac

Son intervention fut particulièrement remarquable auprès d’un jeune clerc, qui sans avoir encore été ordonné prêtre avait reçu à dix-huit ans l’abbaye de Pébrac en commende et avait commencé par vivre une vie confortable d’abbé mondain : il se nommait Jean-Jacques Olier de Verneuil.

L’abbaye de Pébrac ne se trouve pas très loin de Langeac, mais évidemment Mère Agnès de Jésus n’en connaissait pas l’abbé commendataire, qui vivait à Paris.
Cependant elle reçut de la Sainte Vierge elle-même la mission de prier pour la conversion de Jean-Jacques Olier, de le soutenir dans sa préparation aux Ordres Sacrés (préparation qu’il fit sous la conduite de Saint Vincent de Paul), de lui obtenir toutes les grâces de sanctification nécessaires à sa mission future – pendant trois années – et elle lui apparut même dans la cellule qu’il occupait dans la maison de Saint-Lazare…
Quand, après sa retraite à Saint-Lazare, Monsieur Olier vint à Pébrac pour s’occuper de son abbaye et évangéliser les paysans qui en dépendaient, il entendit vanter la vertu de la Prieure des Dominicaines de Langeac et il résolut de lui rendre visite.

Après plusieurs demandes restées sans réponse, Monsieur Olier obtint finalement un entretien avec Mère Agnès.
Conformément à l’usage, Mère Agnès de Jésus vint au parloir et commença à s’entretenir avec lui en ayant le voile baissé sur le visage… Le jeune abbé – attentif au son de sa voix – osa lui demander de relever son voile, et jeta un cri de surprise : « Ma Mère, je vous ai vue ailleurs! »
« Il est vrai, répondit humblement la moniale, vous m’avez vue deux fois à Paris dans votre retraite à Saint-Lazare où je vous suis apparue parce que j’avais reçu de la Très Sainte Vierge l’ordre de prier pour votre conversion, Dieu vous ayant destiné à jeter les fondements des premiers séminaires du Royaume de France… »

Dès lors, entre ces deux âmes, s’établit une relation privilégiée. Mère Agnès, durant les six mois que Monsieur Olier resta en Auvergne, paracheva son éducation dans les voies spirituelles, le forma pour sa mission, lui prédit les grandes étapes de son avenir et toutes les croix qu’il aurait à porter.

Le 12 octobre 1634, Monsieur Olier, rappelé à Paris, vint faire ses adieux à Mère Agnès.
Cette dernière sut alors que sa mission terrestre était achevée. Le soir même de ce jour, elle fut saisie par un mal violent et de fortes fièvres qui la mirent rapidement à toute extrémité.
Elle expira le jeudi 19 octobre 1634, vers dix heures du matin, et son corps apparut alors à tous ceux qui étaient là, resplendissant d’une beauté surnaturelle, tandis que pendant les cinq jours où il fut exposé à la grille du choeur des moniales, des milliers de témoins – attirés par la nouvelle de son bienheureux trépas et sa réputation de sainteté – purent constater que son corps répandait une chaleur merveilleuse et une odeur céleste.

Au moment même de cette mort, Monsieur Olier qui chevauchait vers Paris fut renversé de son cheval d’une manière inexplicable. Il était porté à s’humilier devant Dieu en pensant que cette chute incompréhensible était peut-être un châtiment pour quelque négligence, quand il vit fondre sur lui un ange d’une impressionnante majesté qui l’enveloppa de ses ailes, en même temps qu’il entendait la voix de son propre ange gardien lui dire: « Honore bien cet ange car c’est un des plus grands qui soit donné à la créature sur terre… »
Mais il ne comprit pas le sens de cette vision. Il n’en eut l’explication que quelques jours plus tard, arrivé à Paris, quand il reçut une lettre lui annonçant le décès de Mère Agnès.
Pénétré de douleur, il alla devant le Saint-Sacrement pour se recueillir, et là il entendit distinctement la voix de la sainte moniale qui lui disait: « Ne t’afflige donc pas, je t’ai laissé mon ange! »

Ainsi donc, la Bienheureuse Agnès de Langeac, du fait de la mission qui lui fut confiée auprès de Monsieur Olier, a-t-elle une grande part dans la réforme du clergé au XVIIème siècle, par la fondation des séminaires et, pour les siècles suivants, on peut ajouter que nous lui devons une bonne part de la solidité de la formation spirituelle et apostolique que dispensèrent « ces Messieurs de Saint-Sulpice » tant qu’ils furent fidèles à l’esprit de leur vénérable fondateur.

En achevant de vous faire partager le résumé de mes lectures, ce soir, je ne puis que relever les points de comparaison qui existent entre la décadence du clergé de France au début du XVIIème siècle et la situation actuelle et, par suite, appeler de mes voeux la présence en notre temps d’âmes ferventes comme le furent celles de la Bienheureuse Mère Agnès et de Monsieur Olier, pour travailler au relèvement spirituel de ce Royaume et de toute la Sainte Eglise.

Lully.

Prière et litanies en l’honneur de la Bse Agnès de Jésus > ici

Publié dans:De liturgia, Nos amis les Saints |on 19 octobre, 2007 |6 Commentaires »

2007-14. « Dies mali sunt ».

« Les jours sont mauvais : Dies mali sunt » (Eph.V,16). Trois petits mots qui m’ont frappé en écoutant la lecture de l’épître de la Sainte Messe de ce vingtième dimanche après la Pentecôte.

Pourquoi l’Apôtre fait-il cette remarque?

Parce qu’il invite avec insistance ses lecteurs à faire preuve d’une très grande circonspection et à ne pas agir en insensés, « non quasi insipientes, sed ut sapientes » : « Ayez soin, mes frères de vous conduire avec une grande prudence, non comme des imprudents mais comme des sages » (Eph.V,15-16). Ajoutant aussitôt: « redimentes tempus quoniam dies mali sunt. Rachetant le temps parce les jours sont mauvais ».

Les auditeurs de la Parole inspirée, en raison même de la malice inhérente au monde dans lequel ils vivent (1), sont exposés à de redoutables dangers. Des dangers plus redoutables que les malheurs et les souffrances physiques : le péril dans lequel les place la tentation, le péril de la séparation d’avec Dieu pour toujours!

Cette exposition continue aux attaques des « esprits de malice répandus dans les airs » (Eph.VI,12) constitue une véritable pollution spirituelle de l’environnement humain : de la même manière qu’un air infesté peut contaminer ceux qui le respirent, la malice des jours qui sont les nôtres peut nous affaiblir, miner la santé de nos âmes, ruiner la vigueur de nos esprits, frapper nos coeurs de mortelle langueur.

Celui qui sait qu’une épidémie d’influenza ou de choléra sévit dans la région où il se trouve prend tout naturellement des mesures de protection et d’hygiène pour échapper à la contagion. Il serait pour le moins insensé d’agir de façon contraire!

Et celui qui sait que l’air qu’il est exposé à respirer peut être saturé de microbes pernicieux, n’hésite pas à utiliser des moyens sanitaires pour purifier et assainir l’air des pièces où il vit.

Saint Paul aujourd’hui nous rappelait avec beaucoup d’à propos qu’il en était de même dans l’ordre de la santé de l’âme.

Puisque les jours de notre existence terrestre nous exposent au danger de la contagion du mal, nous devons « racheter le temps » c’est-à-dire appliquer au cadre spatio-temporel de notre existence les grâces de la rédemption que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a obtenues par Sa douloureuse Passion.

Dans sa sagesse inspirée, nourrie par des siècles d’expérience, la Sainte Eglise notre Mère a institué des sacramentaux qui sont une aide et une protection efficaces dans le combat que nous menons. Les sacramentaux sont des secours spirituels, souvent liés aux inspirations ou à l’expérience des Saints, que la puissance de la prière et des bénédictions de la Sainte Eglise attache à certains gestes et à certains objets matériels eux-mêmes. Il ne s’agit nullement de magie ou de superstition. Leur efficacité est conditionnée par l’exercice d’une authentique foi théologale dans un but de sanctification.

Le rituel traditionnel de la Sainte Eglise Romaine a réuni une somme extraordinaire de bénédictions : bénédictions d’objets de piété certes, bénédiction pour l’eau (qui devient eau bénite) bien évidemment… Mais tant de fidèles ignorent et tant de prêtres semblent eux aussi ignorer, ou du moins donnent l’impression d’ignorer (parce qu’ils n’y recourent pas ou pas assez), qu’il y a des bénédictions particulières liées à certaines fêtes liturgiques ou à certaines circonstances (comme par exemple la menace d’orage ou de tempête), qui concernent les lieux (maisons, étables, jardins, champs, pièces ou locaux affectés à une activité particulière…), mais aussi les aliments, les vêtements, les instruments de travail, les remèdes, les moyens de locomotion… etc.

Pourquoi donc le rituel est-il si peu exploité?

Pourquoi ce moyen si simple de « racheter le temps » et de contrer la malice des jours dans lesquels nous vivons est-il si méconnu et par suite si limité dans son usage habituel?

Sans vouloir porter de jugement, il semble cependant qu’on puisse répondre sans hésitation que c’est parce que l’esprit surnaturel, l’esprit de foi, est aujourd’hui profondément affaibli…

Le modernisme sourit avec commisération des sacramentaux, le progressisme les tourne en dérision, les supprime ou les dénature… Je ne veux pas me lancer ici dans des citations d’exemples, car il y en a malheureusement trop à déplorer.

Contentons-nous de relever que le « Livre des bénédictions » publié dans le contexte des réformes liturgiques consécutives au second concile du Vatican marque une régression théologique considérable et un alignement sur des conceptions directement inspirées par le protestantisme libéral, en contradiction avec des siècles de théologie et de pratique catholiques, en contradiction en particulier avec l’enseignement du concile de Trente. En effet ce pseudo-rituel dans les « prières de bénédiction » qu’il propose, dans la majorité des cas, ne bénit pas ni ne sanctifie pas les objets qui sont présentés, mais se contente d’appeler de ses voeux la faveur divine sur les personnes qui en feront usage, et se borne à en « dire du bien » (étymologie du verbe benedicere) sans leur attacher une grâce particulière.

Nous sommes très spécialement reconnaissants à notre Saint-Père le Pape Benoît XVI d’avoir précisé, dans le motu proprio « Summorum Pontificum cura », que les prêtres ont la liberté d’utiliser non seulement le missel, contenant le rite de la Sainte Messe antérieur à la réforme de Paul VI, mais également du rituel pour l’administration des sacrements et des sacramentaux dans une pleine continuité avec l’usage séculaire marqué par une authentique prudence surnaturelle et la sage expérience des saints : « Ut sapientes, non quasi insipientes »!

 

(1) « Parce que la création a été assujettie à la vanité, non parce qu’elle l’a voulue mais à cause de celui qui l’y a soumise… » (Rom. VIII,20) et aussi : « Mundus totus in maligno positus est : le monde tout entier est sous l’empire du Malin » (1 Joan.V,19).

Publié dans:De liturgia, Textes spirituels |on 14 octobre, 2007 |Pas de commentaires »

2007-6. Où il est question de ce qu’écrivait, il y a 10 ans, le Cardinal Joseph Ratzinger à propos de la réforme liturgique et de quelques réflexions présentes.

Puisqu’en ce 25 septembre l’anniversaire de sa naissance en 1897 fait reparler de Paul VI – « Le Pape écartelé » pour reprendre l’expression très juste de Yves Chiron -, et puisque le nom de Paul VI est associé à la publication d’un nouvel « ordo missae » fortement (et justement) contesté, je suis allé rechercher pour vous ce que Benoît XVI, alors Cardinal Ratzinger, a écrit au sujet de la réforme liturgique de 1969-1970 dans « Ma vie, souvenirs« , il y a tout juste dix ans (Fayard, 1998 – aux pages 132 à 135) :

«  Le deuxième grand événement au début de mes années à Ratisbonne fut la publication du missel de Paul VI, assortie de l’interdiction quasi totale du missel traditionnel, après une phase de transition de six mois seulement.

(…) J’étais consterné de l’interdiction de l’ancien missel, car cela ne s’était jamais vu dans toute l’histoire de la liturgie. Bien sûr, on fit croire que c’était tout à fait normal. Le missel précédent avait été conçu par Pie V en 1570 à la suite du concile de Trente. Il était donc normal qu’après quatre cents ans et un nouveau concile, un nouveau pape présente un nouveau missel. Mais la vérité historique est tout autre : Pie V s’était contenté de réviser le missel romain en usage à l’époque, comme cela se fait normalement dans une histoire qui évolue. Aussi nombreux furent ses successeurs à réviser ce missel, sans opposer un missel à un autre. Il s’agissait d’un processus continu de croissance et d’épurement, sans rupture. Pie V n’a jamais créé de missel. Il n’a fait que réviser le missel, phase d’une longue évolution. La nouveauté, après le concile de Trente, était d’un autre ordre : l’irruption de la Réforme s’était accomplie essentiellement à la manière des « réformes liturgiques ». Il n’y avait pas simplement une Eglise catholique et une Eglise protestante côte à côte; le clivage de l’Eglise se produisit presque imperceptiblement, et de la façon la plus visible comme historiquement la plus efficiente, par la transformation de la liturgie, qui prit des formes très différentes selon les lieux ; de sorte que souvent on ne distinguait pas la frontière entre ce qui était « encore catholique » et ce qui n’était « plus catholique ». Dans cette confusion, devenue possible par manque de législation liturgique uniforme et par l’existence d’un pluralisme liturgique datant du Moyen-Age, le pape décida d’introduire le Missale Romanum , livre de messe de la ville de Rome, comme indubitablement catholique, partout où l’on ne pouvait se référer à des liturgies remontant à au moins deux cents ans. Dans le cas contraire, on pourrait en rester à la liturgie en vigueur, car son caractère catholique pourrait alors être considéré comme assuré. Il ne pouvait donc être question d’interdire un missel traditionnel juridiquement valable jusqu’alors. Le décret d’interdiction de ce missel, qui n’avait cessé d’évoluer au cours des siècles depuis les sacramentaires de l’Eglise de toujours, a opéré une rupture dans l’histoire liturgique, dont les conséquences ne pouvaient qu’être tragiques. Une révision du missel, comme il y en avait souvent eu, pouvait être plus radicale cette fois-ci, surtout en raison de l’introduction des langues nationales ; et elle avait été mise en place à bon escient par le concile.

Toutefois, les choses allèrent plus loin que prévu : on démolit le vieil édifice pour en construire un autre, certes en utilisant largement le matériau et les plans de l’ancienne construction. Nul doute que ce nouveau missel apportait une véritable amélioration et un réel enrichissement sur beaucoup de points; mais de l’avoir opposé en tant que construction nouvelle à l’histoire telle qu’elle s’était développée, d’avoir interdit cette dernière, faisant ainsi passer la liturgie non plus comme un organisme vivant, mais comme le produit de travaux érudits et de compétences juridiques : voilà ce qui nous a porté un énorme préjudice. Car on eut alors l’impression que la liturgie était « fabriquée », sans rien de préétabli, et dépendait de notre décision. Il est donc logique que l’on ne reconnaisse pas les spécialistes ou une instance centrale comme seuls habilités à décider, mais que chaque « communauté » finisse par se donner à elle-même sa propre liturgie. Or, lorsque la liturgie est notre oeuvre à nous, elle ne nous offre plus ce qu’elle devrait précisément nous donner : la rencontre avec le mystère, qui n’est pas notre « oeuvre », mais notre origine et la source de notre vie. Un renouvellement de la conscience liturgique, une réconciliation liturgique qui reconnaîtrait l’unité de l’histoire liturgique, et verrait en Vatican II non une rupture mais une étape, est d’une nécessité urgente pour l’Eglise. Je suis convaincu que la crise de l’Eglise que nous vivons aujourd’hui repose largement sur la désintégration de la liturgie qui est même parfois conçue de telle manière – etsi Deus non daretur - que son propos n’est plus du tout de signifier que Dieu existe, qu’Il s’adresse à nous et nous écoute. Mais si la liturgie ne laisse plus apparaître une communauté de foi, l’unité universelle de l’Eglise et de son histoire, le mystère du Christ vivant, où l’Eglise manifeste-t-elle donc encore sa nature spirituelle? Alors la communauté ne fait que se célébrer elle-même. Et cela n’en vaut pas la peine. Et parce qu’il n’existe pas de communauté en soi, mais qu’elle jaillit toujours et seulement du Seigneur lui-même, par la foi, comme unité, la désagrégation en toutes sortes de querelles de clochers, les oppositions partisanes dans une Eglise qui se déchire deviennent ainsi inéluctables. C’est pourquoi nous avons besoin d’un nouveau mouvement liturgique, qui donne le jour au véritable héritage du concile Vatican II. « 

Comme j’ai été très attentif aux commentaires et aux explications du texte du motu proprio « Summorum Pontificum cura« , publié le 7 juillet dernier par notre Saint-Père le Pape, je ne peux m’empêcher de penser que, maintenant qu’il a accédé au Souverain Pontificat sous le nom de Benoît XVI, Joseph Ratzinger veut mettre en oeuvre ce nouveau mouvement liturgique qu’il appelait alors de ses voeux afin d’enrayer la désagrégation et la crise qu’il dénonçait avec lucidité.

L’affirmation catégorique du motu proprio selon laquelle – contrairement à certaines paroles péremptoires de Paul VI, qui semblent désormais pudiquement « oubliées » – le missel traditionnel n’a jamais été aboli ni interdit, s’inscrit dans ce processus, déjà amorcé par le discours prononcé en décembre 2005 devant la Curie, qui tend en quelque sorte à renouer les fils rompus, à restaurer une continuité mise à mal par un concile ambigu et sa mise en oeuvre véritablement catastrophique… Nous devons donc penser que pour Benoît XVI il ne s’agit pas seulement de permettre aux fidèles attachés à la « forme antérieure du rite romain« , jusqu’ici tenus en suspicion et marginalisés malgré les dispositions prises par Jean Paul II, de retrouver un usage « normal » et pleinement légitimé du missel publié avant le second concile du Vatican, conformément à la pratique séculaire qui admettait la coexistence de plusieurs rits particuliers à l’intérieur du rite romain, mais bien de poser les fondements de cette « réforme de la réforme » dont il a plusieurs fois parlé. Comment cela se fera-t-il? Au bout de ce processus de réforme y aura-t-il encore deux missels présentés comme deux formes – l’une ordinaire et l’autre extraordinaire – d’un même rite? ou bien y aura-t-il une sorte de « troisième missel » qui ferait une sorte de « mix » avec des éléments, pris dans le missel de 1962 et dans celui de 1970, et qui serait appelé à les supplanter progressivement l’un et l’autre (quod optandum non mihi videtur)? ou bien arriverons-nous à une véritable restauration du missel romain traditionnel, enrichi et amélioré en conformité avec le processus de croissance organique qui a toujours été, et à une telle correction du missel de Paul VI qu’il rentrera sagement – tel l’Enfant prodigue à la maison paternelle après nombre de scabreuses aventures! – dans le giron sûr et fécond de la liturgie pérenne de l’Eglise catholique, c’est-à-dire universelle, d’une universalité qui n’est pas seulement géographique mais aussi temporelle, affranchie des contingences des modes et des théories d’une période particulière?… Vous le devinez, mon coeur incline à voir la réalisation de cette dernière solution.

Publié dans:De liturgia |on 26 septembre, 2007 |Pas de commentaires »

2007-4. De Notre-Dame de La Salette.

Encore ce mercredi 19 septembre 2007.

N’ayant pas obtenu de Frère Maximilien-Marie qu’il m’autorise à sortir de la maison, j’ai bien été contraint de faire contre mauvaise fortune bon coeur et d’employer mon temps à d’autres activités que la chasse aux mulots, musaraignes, rats des moissons, et autres campagnols.

Ainsi donc, comme Frère Maximilien-Marie avait dit que nous fêtions ce 19 septembre le 161ème anniversaire de l’apparition de la Très Sainte Vierge Marie à La Salette, j’en ai profité pour faire quelques recherches qui m’ont beaucoup intéressé.

Je vous recommande donc de lire ou de relire le récit de l’apparition de Notre-Dame, mais plus encore le texte du secret confié à la petite Mélanie, puisque d’assez récentes recherches dans les archives du Saint-Siège ont démontré de manière péremptoire que ce qui avait été publié en 1879 par la voyante était bien conforme à ce qu’elle avait rédigé à l’intention du Bienheureux Pie IX en 1846, donnant un démenti irréfragable aux négations d’une partie importante du clergé français dès 1879 et jusqu’à nos jours puisque au sanctuaire même de La Salette les prêtres le tiennent encore aujourd’hui le silence là-dessus (vous trouverez ces textes ici > www).

Vierge en pleurs

La Vierge Marie annonçait le relâchement des prêtres et des consacrés, jusqu’au reniement ; elle prophétisait l’apostasie des nations chrétiennes, gouvernées par des chefs ayant perdu le sens du bien ; elle prédisait la crise de l’Eglise, la perte de la Foi, la raréfaction des vocations religieuses ; elle décrivait à l’avance les vices et les crimes d’une société qui a renié les valeurs morales et spirituelles, ainsi que les malheurs conséquents par lesquels elle se châtiera elle-même…

Comment rester insensible aux larmes de cette Vierge de Compassion et de Pitié venue avertir les hommes et leur rappeler la voie du Salut?

Comment aussi ne pas penser que ce que Notre-Dame de La Salette annonçait a trouvé une réalisation certaine depuis le milieu du XXème siècle? Paul VI lui-même n’avait-il pas fini par reconnaître que « les fumées de satan » s’étaient introduites dans le sanctuaire?

Ce « pressant appel » – selon les termes mêmes employés par Notre-Dame – lancé à la terre le 19 septembre 1846 est toujours d’une brûlante actualité… Y a-t-il parmi ceux qui liront les lignes que je trace ce soir des « enfants chéris » de Marie et des « combattants de la lumière » qui aideront à mettre un terme à l’éclipse que subit la Sainte Eglise et se donneront généreusement pour que « tout soit renouvelé et que Dieu soit servi et glorifié » en vérité?

Lully.

2007-2. « Et Nomen Virginis Maria ».

«  Et le Nom de la Vierge était Marie. » (Luc I, 27).

2007-2.

Comme j’aime bien me pelotonner sur les genoux de Frère Maximilien-Marie quand il est à l’oratoire, le matin au moment de l’oraison : tout en faisant mine de rien, je profite de ses réflexions et j’en alimente les miennes. Vous le savez bien, nous, les chats, nous sommes très intuitifs et nous n’avons pas besoin des paroles pour pénétrer la pensée de quelqu’un!

Ainsi donc, ce matin, tout naturellement, il a fait porter ses réflexions sur la fête de ce 12 septembre, la fête du Saint Nom de Marie. Quand on vit dans une maison qui a justement pour nom « Le Mesnil-Marie = la maison de Marie », on est particulièrement attentif à marquer les fêtes de Notre-Dame.

Donc « le nom de la Vierge était Marie » : la liturgie insiste et se fait répétitive pour attirer l’attention des fidèles sur les trésors de grâce contenus dans le nom de la Mère du Sauveur à laquelle s’applique de manière suréminente ces vers du poète :

 » Marie, si l’on voulait votre nom retourner
L’on trouverait : aimer!…« 

Charmante anagramme de notre bon vieux Ronsard (oui, oui! j’ai étudié aussi la poésie avec mon papa-moine)!

* * * * * * *

Le « Mesnil-Marie » appartient à Notre-Dame, elle en est la Souveraine, selon l’étymologie que les Pères de l’Eglise attribuent à ce nom (j’ai vérifié, c’est écrit dans le livre que Frère Maximilien-Marie utilisait ce matin pour sa prière).

Voulez-vous la preuve cette oeuvre est bien placée dans l’obédience de la Très Sainte Vierge Marie?
La voici : j’ai retrouvé une photo qui montre mon papa-moine en train de lire l’acte de consécration au Coeur de Jésus et Marie de cette maison  et de l’oeuvre qu’elle abrite ; c’était le 15 août 2006.

11lectureconscration consécration au Coeur de Jésus et Marie dans De liturgia

15 août 2006 : consécration du Mesnil-Marie au Coeur de Jésus et Marie

Mais nous le savons bien aussi, comme « Elle est plus Mère que Reine » (Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face), la maison sur laquelle s’exerce la souveraineté de Notre-Dame est la maison où l’on vit dans l’amour de Marie : on y aime Marie et on y est aimé de Marie.

Par Marie, on est conduit à plus et à mieux aimer Jésus. Par elle, on est introduit dans l’intimité du Coeur de Jésus. Par elle encore, on est porté à « faire tout ce qu’il nous dira » (Joan. II,5), pour que l’eau (inodore, incolore et sans saveur) de notre médiocrité soit transformée en vin savoureux.

Lully.

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