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2008-46. Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI met en évidence deux saints : Thérèse-Bénédicte de la Croix et Maximilien-Marie Kolbe :

En ce mercredi 13 août 2008, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI – rentré à Castel Gandolfo après quelques jours de repos dans la province du Sud Tyrol – , s’est montré au balcon de la Cour intérieure du Palais Apostolique pour rencontrer les fidèles rassemblés pour l’Audience générale du mercredi. Dans le discours en langue italienne, le Pape s’est arrêté sur les figures de deux Saints fêtés ces jours-ci : Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (dans le monde Edith Stein) et Saint Maximilien-Marie Kolbe. Après le Pater Noster et la Bénédiction Apostolique, le Saint Père a adressé des salutations en diverses langues aux groupes de fidèles présents.

Catéchèse du Saint-Père en langue italienne

 » Chers frères et sœurs !

Rentré de Bressanone, où j’ai pu passer une période de repos, je suis content de vous rencontrer et de vous saluer, chers habitants de Castel Gandolfo, et vous, chers pèlerins, qui êtes venus aujourd’hui me rendre visite. Je voudrais encore une fois remercier ceux qui m’ont accueilli et ont veillé sur mon séjour en montagne. Ces journées ont été des journées de détente sereine, où je n’ai pas cessé de rappeler au Seigneur tous ceux qui se confient à mes prières. Et ceux qui m’écrivent en me demandant de prier pour eux, sont vraiment très nombreux. Ils me manifestent leurs joies, mais aussi leurs préoccupations, leurs projets de vie, mais aussi les problèmes familiaux et de travail, les attentes et les espoirs qu’ils portent dans leur cœur, à côté des inquiétudes liées aux incertitudes que l’humanité vit en ce moment. Je peux assurer à tous et à chacun mon souvenir, tout particulièrement dans la célébration quotidienne de la Sainte Messe et dans la récitation du Saint Rosaire. Je sais bien que le premier service que je peux rendre à l’Église et à l’humanité est vraiment celui de la prière, parce qu’en priant je mets avec confiance dans les mains du Seigneur, le ministère que Lui-même m’a confié, avec le destin de la communauté ecclésiale et civile tout entière.

Celui qui prie ne perd jamais l’espérance, même lorsqu’il lui arrive de se trouver dans des situations difficiles et même humainement désespérées. C’est ce que nous enseignent les Saintes Écritures et ce dont l’histoire de l’Église témoigne. Combien d’exemples, en effet, nous pourrions évoquer de situations dans lesquelles la prière a vraiment été un soutien sur le chemin des saints et du peuple chrétien! Parmi les témoignages de notre époque, je voudrais citer celui de deux saints dont nous célébrons la mémoire ces jours-ci : Thérèse-Bénédicte de la Croix, Edith Stein, dont nous avons célébré la fête le 9 août, et Maximilien-Marie Kolbe que nous célèbrerons demain, 14 août, veille de la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie. Tous les deux ont terminé par le martyre leur expérience terrestre dans le camp d’Auschwitz. Apparemment, leurs existences pourraient être retenues comme une défaite, mais c’est précisément dans leur martyre que se reflète l’éclat de l’amour qui vainc les ténèbres de l’égoïsme et de la haine. On a attribué à Saint Maximilien Kolbe les paroles suivantes qu’il aurait prononcées dans la pleine fureur de la persécution nazie : « La haine n’est pas une force créatrice : c’est seulement l’amour ». Et la preuve héroïque de l’amour fut le don généreux qu’il fit de sa personne en échange de son compagnon de captivité, don qui a culminé quand il est mort de faim dans le bunker, le 14 août 1941.

Edith Stein, le 6 août de l’année suivante, à trois jours de sa fin dramatique, en approchant quelques sœurs du monastère d’Echt, en Hollande, leur a dit : « Je suis prête à tout. Jésus est même ici parmi nous. Jusqu’à présent, j’ai pu très bien prier et j’ai dit avec tout mon cœur : ‘Ave, Crux, spes unica’ ». Des témoins qui réussirent à fuir l’horrible massacre, racontèrent que Thérèse-Bénédicte de la Croix, alors qu’elle était vêtue du vêtement carmélitain et avançait consciente vers la mort, se distinguait par son comportement empli de paix et par son attitude sereine, par son comportement calme, et attentive aux nécessités de tous. La prière fut le secret de cette Sainte co-patronne de l’Europe, qui «après être parvenue à la vérité dans la paix de la vie contemplative, elle dût vivre jusqu’au bout le mystère de la Croix (Lettre Apostolique « Spes aedificandi » : Enseignements de Jean Paul II, XX, 2, 1999 pag.511).

« Ave Maria! » : ce fut la dernière invocation sur les lèvres saint Maximilien-Marie Kolbe alors qu’il tendait le bras à celui qui le tuait par une injection d’acide phénique. Il est émouvant de constater que le recours humble et confiant à la Vierge Marie est toujours source de courage et de sérénité. Alors que nous nous préparons à célébrer la solennité de l’Assomption, qui est une des célébrations mariales les plus chères à la tradition chrétienne, renouvelons notre confiance à Celle qui, du Ciel, veille avec un amour maternel sur nous à tout moment. C’est en effet ce que nous disons dans la prière familière de l’Ave Maria Lui demandant de prier pour nous «maintenant et à l’heure de notre mort».

Saint Maximilien-Marie Kolbe

2008-34 b. Premier anniversaire du motu proprio “Summorum Pontificum cura” (2ème partie).

« Paix liturgique«  (cf.www) nous a très aimablement autorisés (et nous en remercions chaleureusement les responsables) à reproduire ici la très pertinente analyse de Madame Henriette Ouliès parue dans « la lettre de Paix liturgique » N°117, en date du 4 juillet 2008. Ce texte présente une réflexion réaliste sur la situation à laquelle se trouvent confrontés la plus grande partie des fidèles demandant la mise en oeuvre des dispositions du motu proprio « Summorum Pontificum cura » dont nous célébrons le premier anniversaire.

Pourquoi nous est-il toujours aussi difficile de dialoguer avec nos pasteurs ?

1 – Négociation(s), dialogue(s) et rencontre(s) : d’abord quelques rappels

 

Une rencontre, fortuite ou arrangée, permet à deux parties de se faire face. La rencontre, hostile ou conviviale, stérile ou porteuse d’espérance, permet la reconnaissance de « l’autre ».

 

Le dialogue ne nécessite pas la volonté de parvenir à un accord, mais, en revanche, ne se justifie que si l’on cherche à mieux faire comprendre sa position et à mieux appréhender la position de son interlocuteur.En cas contraire, on parlera de « dialogue de sourds ».

 

L’art de la négociation réside dans la capacité du négociateur à définir l’attente de l’autre partie et les conditions que cette dernière est susceptible d’accepter afin d’obtenir satisfaction. Ceci présuppose que l’on souhaite parvenir à un accord y compris en concédant certains avantages à la partie adverse.

 

2 – Une situation étonnante pour les hommes ordinaires que nous sommes

 

Force est de constater que des milliers de fidèles attachés au rite extraordinaire de l’Eglise,depuis plus de 20 ans , ont en vain, chacun avec son charisme, essayé de rencontrer les autorités ecclésiastiques, d’amorcer un dialogue, de négocier l’application du Motu Proprio.

 

Comment expliquer cette situation sans jeter l’anathème sur ceux qui se dérobent à leur mission de Père, de Pasteur ?

 

Pour certains de nos interlocuteurs, la stratégie consiste à nous nier : « Je n’ai aucune demande… ou peut-être une ou deux ». Pour d’autres, à nous discréditer : « On ne peut pas dialoguer avec vous ».

 

Un grand nombre de prêtres interrogés se déclarent non concernés : « … essayez de voir à l’Evêché » ou peureux : « Je ne peux pas proposer ça à mon conseil paroissial ».

 

Certains interlocuteurs plus diplomates proposent, faute de possibilité dans leur paroisse, d’aller voir « ailleurs » ou de revenir en septembre prochain, « le temps d’y voir clair ».

 

D’autres enfin profitent du premier haussement de voix habituel dans la vie courante pour se déclarer attaqué, agressé, violenté, insulté… donc enfin en bonne position pour légitimement… cesser un dialogue qui n’avait pas commencé.

 

S’agit-il d’une stratégie concertée imposée par leurs auteurs à tous leurs confrères ou d’une attitude propre au clergé ?

 

Nous ne pouvons pas nier que l’épiscopat français ne partage pas notre sensibilité et que peu d’évêques souhaitent le succès d’une application généreuse des dispositions du Motu Proprio. Cependant, réduire la position de nos interlocuteurs à une sombre théorie du complot n’explique pas leur « comportemental ».

 

En fait, le refus de nous « rencontrer » relève d’une manière générale d’un état proche de la paranoïa, caractérisé par la surestimation pathologique du moi, la méfiance, la fausseté du jugement et l’inadaptation sociale et, pour certains d’entre eux, d’une perte du contact avec la réalité de nature schizophrène.

 

Ce constat est patent : Comment « nous » rencontrer, si « nous » n’existons pas ?. Comment accepter que nous existions alors qu’ils avaient décidé que nous n’existerions plus après quelques années d’interdiction de la Messe Tridentine ?

 

Vous pouvez les inviter aux pèlerinages de Chartres, à de grands rassemblements scouts… Ils ne voient qu’une assemblée de pauvres jeunes manipulés par des vieillards d’extrême droite.

 

Vous pouvez recueillir plus de 1 000 signatures sur une seule paroisse (comme à Versailles…) pour l’application du Motu Proprio Summorum Pontificum… Vous serez, au mieux, « pas représentatifs ».

 

LEUR PATHOLOGIE DU MOINECESSITE NOTRE NEGATION

 

En leur imposant de NOUS voir, de NOUS rencontrer, nous déclenchons chez eux un mécanisme de méfiance maladive. Qui êtes-vous ? De quelle paroisse dépendez-vous ? Où allez-vous à la Messe ? Vous habitez où ? Vous appartenez à quel groupe? Qui vous envoie ? Qui vous manipule ?

 

Cette méfiance est d’autant plus aiguë que leur fausseté de jugement nous avait « caractérisé » faussement. Ainsi, dans l’évêché de Nanterre, les fidèles qui depuis des années demandaient l’application du Motu Proprio (d’abord de 1988 puis de 2007) avaient été traités soit « d’anciens militants de l’Action Française, de Vichystes ou de Pétainistes, de nostalgiques de l’ OAS à relents d’antisémitisme » soit, ailleurs, « de provocateurs » ou « de simples d’esprit ». Etonnant quand on sait que la plupart de ces demandeurs n’ont pas trente ans…

 

Subitement confronté à des « Tradis » polymorphes, l’interlocuteur, bloqué dans ses certitudes, ne peut que refuser le dialogue. Nous n’existions pas, voilà que nous sommes différents de ce que nous devrions être ! « Vous êtes des Trotskystes » déclarait voici plus d’un an un jeune curé de Boulogne peu désireux d’entrer en dialogue avec ceux qui n’existaient pas !

 

Comment peuvent-ils comprendre qui nous sommes quand, autorisant « à titre testuel » une Messe, ils voient une assemblée jeune, socialement représentative de l’environnement, culturellement mélangée ?

 

Ils nous voulaient sectaires, ils découvrent des familles issues de leur paroisse qui viennent leur demander l’application du Motu Proprio. Ils nous imaginaient introvertis, ils voient des assemblées conviviales qui ne refusent pas de boire un kir après la Messe. Ils nous croyaient « hors du monde », ils font face à des gens responsables et dont certains sont emblématiques de leur métier. Ils croyaient aussi, peut-être, que nos femmes, nos filles, nos sœurs portaient le voile ?

 

La confrontation à la réalité conduit nos interlocuteurs à pallier leur inadaptation sociale par une attitude réactionnaire : « Comprenez que l’Eglise n’est pas une démocratie » ; « ce n’est pas parce que vous souhaitez me rencontrer, que je suis obligé de vous recevoir » ; « je suis le Curé, je suis seul à décider » ; « depuis quand les fidèles décident ? »

 

Cette attitude réactionnaire présente l’avantage de la confrontation à la réalité. Pour agressante qu’elle soit, cette phase est nécessaire à la reprise du contact avec le réel.

 

Nous pouvons observer des décisions mettant en évidence une perte du contact avec la réalité. Tel, voici un an, l’arrêt de « l’expérience » de Sainte-Marie-de-Fontenelles à Nanterre ; des lieus de cultes, chichement accordés ces derniers mois, vont être suspendus comme à Saint Pierre de Montrouge « afin de permettre une analyse de la situation et de prendre les décisions qui en découleront ». Ces attitudes sont d’un autre temps et disqualifient les néo-cléricalistes qui en usent.

 

Que faire ? Continuer à se faire connaître, en famille, individuellement, en groupe constitué. Ne pas les abandonner à leur malaise existentiel. Oublier leur colère, leur sursaut d’autorité, leurs erreurs de jugement passées et les conduire à nous aimer dans notre diversité pour réapprendre à vivre ensemble. Ne pas oublier que pour nous, tout est plus facile. Nous avons vécu depuis des années dans un bi-ritualisme PAS EUX. Nous assistons parfois, dans nos familles ou durant les vacances, au rite ordinaire, la réciproque n’était PAS VRAIE POUR EUX. Nous sommes demandeurs d’unité dans la diversité PAS EUX. Nous les connaissons, nous connaissons nos paroisses, ils ne nous connaissent pas… Pour eux, l’accueil des différences, l’enrichissement mutuel va devoir passer de la théorie… à la réalité bien matérielle.

 

Bien sûr, ils devraient le faire, gageons que cela leur est le plus souvent impossible ! Les rares cas où le dialogue s’instaure rend notre réflexion plus cruelle encore, lorsque nous voyons un homme cultivé et intelligent ne pas parvenir à sortir du carcan des modèles construits, ne pas être capable, ou très difficilement, de saisir le réel…

 

Mais que cela ne nous freine pas : des rencontres providentielles avec des hommes brillants qui se situaient aux antipodes de nous, ont montré que rien n’est impossible ! Ceux qui ont participé aux premiers colloques du C.I.E.L. et ont eu le privilège de dialoguer avec le père Gy peuvent en témoigner : lorsque la bonté et la charité sont au rendez-vous, le dialogue est non seulement possible mais fécond… D’autres rares exemples le confirment. Ainsi, avec la prière, il n’y a pas d’autre issue pratique pour sortir de cet enfermement.

Henriette Oulès

Membre du bureau du Mouvement pour la Paix liturgique et la Réconciliation dans l’Église.

Publié dans:De liturgia |on 7 juillet, 2008 |1 Commentaire »

2008-34 a. Premier anniversaire du motu proprio « Summorum Pontificum cura » (1ère partie).

Nous nous permettons de reproduire ici un article publié il y a déjà quelques semaines par Monsieur l’Abbé François Clément, de Lausanne (Suisse), chapelain des fidèles attachés à la Sainte Messe latine traditionnelle, sur le site de l’association Saint Nicolas de Flüe. Nous partageons bien des points de vue exprimés par Monsieur l’Abbé Clément et c’est pourquoi, indépendamment de ce qui est propre à la situation en Suisse, à l’occasion du premier anniversaire du motu proprio « Summorum Pontificum cura », ce 7 juillet 2008, nous tenons à répercuter ici ce texte.

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Une année après le Motu proprio
par l’abbé François Clément, prêtre du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg.

 » Unus abhinc annus… Une année après…

Dans quelques semaines, nous fêterons le premier anniversaire du Motu Proprio : ce peut être l’occasion d’un premier bilan, ou en tous cas de quelques réflexions salutaires pour la suite des événements. Je me limite, bien sûr, à ce qui se passe dans notre diocèse, sachant que beaucoup de choses ont « bougé » en France et ailleurs.

La raison fondamentale de se réjouir, au-delà de certaines difficultés d’application, me semble être que l’on ne peut plus, désormais, nous accuser d’être de « mauvais élèves ». Jusqu’ici, en effet, beaucoup pensaient que nous étions des nostalgiques qui n’avaient pas réussi à se convaincre pleinement de la richesse de la réforme liturgique et que nous étions une épine dans le pied de sa complète réalisation. On tolérait donc de plus ou moins bonne grâce cette « parenthèse miséricordieuse » en attendant que le problème se règle par extinction. Désormais, on parle autrement (le Cardinal Hoyos encore récemment) : la liturgie selon la forme extraordinaire du rit romain est une richesse positive de l’Eglise qu’on ne peut plus lui arracher. Il n’y a donc plus de risque de voir disparaître le rit qui nous fait vivre… Mais cela a plusieurs autres conséquences.

La première est la formulation du Motu Proprio lui-même. S’il n’y a, de par la volonté du Souverain Pontife, qu’un seul rit romain, avec deux formes, l’une ordinaire, actuelle et majoritairement utilisée dans l’Eglise latine, et l’autre dite « extraordinaire », utilisant la langue latine, plus traditionnelle et de fait préférée par des communautés et paroisses numériquement moins nombreuses mais significatives, aucune de ces deux formes ne peut faire comme si l’autre n’existait pas… Les tensions qui ont suivi, à la fin des années 60, la suppression « de facto » de ce qu’on appelait alors « l’ancien rit » ont eu pour effet d’abord des affrontements parfois violents (S. Nicolas du Chardonnet, Port-Marly ou, chez nous, Riddes, par exemple), puis, lentement, l’instauration d’un état de fait où l’on s’ignorait concrètement, avec des lieux de culte parfaitement étanches et parallèles. Aujourd’hui, le Pape dit à toutes les âmes de bonne volonté – il y en a, Dieu merci, des deux côtés ! – : «Rencontrez-vous, connaissez-vous, vivez comme des chrétiens et cultivez la charité dans la vérité !» On faisait remarquer fort à propos que le Motu Proprio concerne tous les catholiques : ceux qui en usent habituellement doivent accepter que l’Eglise a continué de vivre après le 11 octobre 1962 (à cet égard, la modification par SS. le Pape Benoît XVI de la prière pour les juifs du Vendredi Saint est un bon indice : ce missel qui était « congelé » depuis lors continue donc à vivre, comme cela a été le cas à de nombreuses reprises depuis sa première promulgation en 1570), et ceux qui sont les habitués du « rit ordinaire » ne peuvent plus agir comme si rien n’avait précédé cette pratique. Autrement dit : d’un côté comme de l’autre, il faut s’efforcer d’agir non en opposition systématique mais pour des raisons positives et en sachant que l’autre existe. Un travers courant de nos milieux a parfois été de vouloir à tout prix « faire Tradi », c’est-à-dire systématiquement le contraire des « autres »…Des pratiques aberrantes, qui portent souvent sur des détails, de part et d’autre, alimentent des séparations et des éloignements inutiles. Cela semble traduire davantage une faiblesse et une peur qu’une paisible conviction du bien.

La deuxième est de se donner du mal pour que nos messes soient encore plus belles et plus « convaincantes », plus paisibles et plus priantes. Si la liturgie n’est qu’un prétexte voilé à je ne sais quels combats personnels, si elle ne conduit pas à une vraie intimité avec le Christ et n’est pas l’expression d’une intériorité qui en est la source et le sommet, alors elle n’est qu’une coquille vide qui décevra rapidement, et apparaîtra en outre caricaturale aux non-initiés. Dom Edouard Roux, premier abbé de Fontgombault qui fut pendant des années maître des novices à Solesmes, aimait à dire, sachant qu’à l’époque tout le monde admirait à juste titre la perfection de la liturgie clunisienne dont l’abbaye chef d’Ordre était l’héritière : « L’action de grâces silencieuse dans les stalles après les messes basses du matin, ça c’est le vrai et le grand Solesmes… » Ne soyons jamais des consommateurs en liturgie : il faut que chacun pense qu’il peut y apporter quelque chose, pour le chant (il y aurait là aussi beaucoup à dire, entre perfection raisonnable à chercher et acceptation humble de la réalité, les « privilèges de tribune » et les autismes qui font fuir ceux qu’on taxe un peu vite de béotiens, ou une manière hautaine de dissuader les simples fidèles de répondre à la messe !…), le service d’autel pour lequel il faut apprendre avec patience, les fleurs et le linge d’église qui doivent rester des services à partager et non devenir des royaumes exclusifs, le souci de soutenir de son obole la marche matérielle de chaque communauté, et bien sûr la ferveur commune et silencieuse, etc… Je profite de l’occasion pour remercier chaleureusement tous ceux qui assurent déjà tout cela, et je lance un appel pour que l’on ne pense pas trop vite que je ne parle qu’au voisin… Là on voit clairement que la liturgie est une œuvre de charité et que cela suppose des renoncements à soi qui peuvent être coûteux mais infiniment profitables à l’Eglise, car on n’est jamais l’Eglise à soi tout seul !

La troisième est d’user de patience. Il a fallu plus de 30 ans pour arriver à la situation actuelle. Des améliorations notables se sont déjà fait jour, qu’il devient même un peu long d’énumérer. Après le temps des galetas, des garages et des catacombes, on commence vraiment à émerger en surface, et souvent avec la bienveillance des autorités sur le terrain. On ne peut donc exiger la lune à court terme. « Comment se fait-il que les Evêques ne nous ouvrent pas toutes les églises, que l’on a pas la messe tous les jours, on a assez souffert, etc… ! ». Cela provoque d’autres réactions, du style : « On ne va tout de même pas donner raison à ces gens-là qui nous volent notre concile, qui ont toujours désobéi, etc… ! ». La première chose à faire est de multiplier les contacts chaque fois qu’ils sont possibles. Non pas pour exiger, mais pour se connaître, pas pour régler aigrement ses comptes mais pour témoigner paisiblement de ce qui nous fait vivre. Un indice me semble prometteur à cet égard au sein du jeune clergé, par exemple : contrairement à leurs prédécesseurs, les jeunes prêtres ont grandi dans une situation de pluralisme. Ils sont donc moins tentés de désirer une situation tyranniquement uniforme. Dans la palette si diverse des expressions de la foi dans l’Eglise, nous avons désormais une place au moins théoriquement indiscutée : à nous d’être assez bons pour que la comparaison que les fidèles ne manqueront pas de faire joue en notre faveur…

Ce qui est juste et vrai ne peut pas mourir. Ce qui a été inspiré par l’Esprit de Dieu, poli par les siècles et gardé vivant est encore là, sous nos yeux éblouis. La guerre cesse parfois aussi faute de combattants et on ne va pas se plaindre d’une certaine paix retrouvée, même s’il arrive que certains opposants aux décisions pontificales soient précisément encore en retard d’une guerre… L’Eglise dans son ensemble a les promesses de la vie éternelle. Permettez-moi de citer Julien Green dans sa conclusion de cette espèce d’autobiographie qu’il écrivit au soir de sa longue existence : « Dans l’inoubliable journée du 29 mai 1453, quand les Turcs se ruèrent à l’intérieur de Sainte Sophie pour massacrer les chrétiens, une Messe se disait. Une tradition veut qu’alors le mur s’ouvrit derrière l’autel pour laisser passer le prêtre te ses acolytes, puis se referma sur eux. Un jour, dit-on, la messe interrompue s’achèvera là où elle a commencé. L’image est belle et plus que jamais chargée de sens, car il y aura toujours une Sainte Sophie à envahir et des croyants à exterminer, mais le Christ a dit de ne pas craindre parce qu’Il a vaincu le monde. C’est la promesse de l’amour. « ( J. Green, Ce qu’il faut d’amour à l’homme, 1978, librairie Arthème Fayard, Paris 1996, p.195)  »

Abbé F. Clément, Chapelain diocésain

Publié dans:De liturgia |on 6 juillet, 2008 |Pas de commentaires »

2008-32. De l’icône miraculeuse de Notre-Dame du Perpétuel Secours.

En ce 27 juin, tous les dévots enfants de Marie ont à coeur de fêter Notre-Dame du Perpétuel Secours.

Histoire de l’icône de Notre-Dame du Perpétuel Secours :

L’image connue sous le nom de Notre-Dame du Perpétuel Secours est une icône réalisée dans un style byzantin relativement tardif (du XIIIe ou du XIVe siècle), qui s’inspire du modèle dit « Madone de saint Luc » mais plus exactement selon un type iconographique connu en Orient sous le nom de Mère de Dieu de la Passion (il s’agit donc d’une Vierge de Compassion, ce pourquoi nous avons une très grande vénération pour elle en notre Mesnil-Marie).

2008-32. De l'icône miraculeuse de Notre-Dame du Perpétuel Secours. dans De liturgia eglise-st-alphonse-via-merulana-interieur

Cette icône qui se trouve aujourd’hui à Rome (dans l’église Saint-Alphonse, via Merulana, photo ci-dessus), n’y a pas toujours été : elle était préalablement honorée dans une église de Crète.
Lorsque, au XVe siècle, l’île fut envahie par les Turcs, persécuteurs de chrétiens et destructeurs de nombreuses églises, beaucoup s’enfuirent. L’un d’eux – un marchand, selon la tradition – prit la sainte image, et s’embarqua avec son trésor pour l’Italie. Il fut reçu à Rome par un ami, marchand lui aussi, chez lequel il tomba malade et mourut. Avant de rendre le dernier soupir, il confia l’icône à cet ami en lui demandant de la donner à une église où elle serait convenablement honorée.
Le marchand romain, sous la pression de son épouse (qui souhaitait garder le précieux tableau chez elle), tarda à accomplir la dernière demande de son ami, et il fallut que la Vierge Marie Elle-même se manifestât par des apparitions. Elle fit savoir qu’elle voulait être honorée sous le vocable de « Notre-Dame du Perpétuel Secours », et désigna l’endroit où elle voulait que la sainte icône fût exposée : l’église Saint-Matthieu, sur le Mont Esquilin, toute proche de la Basilique de Sainte Marie Majeure, et desservie par les moines de Saint Augustin.
Elle y fut placée avec de grands honneurs en 1499 et y demeura pendant trois siècles, objet d’une grande vénération.

En 1798, les troupes de la révolution française envahirent et occupèrent Rome, où 45 églises furent détruites. L’église Saint-Matthieu était de ce nombre et la communauté des moines augustins, desservants du sanctuaire, fut chassée.
Les religieux emportèrent le tableau mais les malheurs de ce temps, la persécution, puis l’extinction progressive des religieux qui connaissaient l’histoire du tableau, eurent pour conséquence qu’on en perdit la trace… au point qu’on le crut à jamais disparu.

En 1863, un prêtre rédemptoriste qui, lorsqu’il était enfant, avait servi la messe du dernier moine augustin survivant de la communauté de Saint-Matthieu, réalisa à la suite d’un providentiel concours de circonstances que l’antique image dont on déplorait la perte était celle qu’il avait vue dans son enfance dans le petit oratoire du vieux moine ;  il se souvint que celui-ci lui avait un jour dit qu’elle avait été très vénérée et avait accompli de grands miracles.
Le Bienheureux Pie IX en fut instruit : il la fit rechercher pour qu’elle soit confiée aux religieux rédemptoristes dont l’église, placée sous le vocable de Saint Alphonse de Ligori, avait été édifiée précisément sur l’ancien emplacement de l’église Saint-Matthieu.

eglise-st-alphonse-sur-lesquilin-xixe-siecle 27 juin dans De Maria numquam satis

Eglise Saint-Alphonse sur l’Esquilin (via Merulana) édifiée de 1855 à 1859
à l’emplacement de l’église Saint-Matthieu détruite par les révolutionnaires français. 

Lors de la cérémonie d’installation du tableau de Notre-Dame du Perpétuel Secours dans l’église Saint-Alphonse, deux guérisons miraculeuses furent dûment constatées : celle d’un garçon de quatre ans, et celle d’une fillette de huit ans.
Depuis lors le culte de l’icône miraculeuse reprit de l’essor et de nombreuses faveurs spirituelles et temporelles en furent la conséquence.

Description et explication de la Sainte Image :

Le tableau n’a guère que cinquante centimètres de haut et quarante de large. Sur un fond d’or éclatant, est représentée la Vierge Marie, portant sur son bras gauche l’Enfant Jésus. Un voile bleu foncé couvre sa tête et s’avance de manière à ne laisser entrevoir que la partie extrême du bandeau qui entoure son front. Sa tunique est de couleur rouge, avec des ourlets brodés d’or, comme ceux du voile. L’auréole assez large qui enveloppe sa tête, est ornée de dessins finement travaillés. Au-dessous de l’auréole, sur la partie supérieure du voile, apparaît une étoile rayonnante. Les plis et les ombres des vêtements sont indiqués par les filets d’or. Au-dessus de la Madone, on lit ces quatre lettres, MP. ThV., initiales et finales des mots grecs signifiant : Mère de Dieu. La robe pourpre de la Vierge est le symbole de son ardent amour, alors que le manteau sombre qui l’enveloppe est le signe de sa douloureuse union aux souffrances de son Fils.

Le divin Enfant est dans les bras de sa Mère ; mais, au lieu d’arrêter sur elle son regard, il rejette la tête un peu en arrière et tourne les yeux du côté gauche, vers un objet qui, en le préoccupant vivement, répand sur son doux visage un certain sentiment de frayeur. Ses deux petites mains serrent la main droite de sa mère, comme pour implorer sa protection. Il est revêtu d’une robe verte, retenue par une ceinture rouge, et cachée en partie sous un grand manteau d’un jaune presque brun. La couleur verte représente l’éternité et la divinité du Verbe tandis que le manteau symbolise son humanité, qui a en quelque sorte enveloppé et voilé cette divinité aux yeux de ses contemporains.

Sa tête est aussi entourée d’une auréole, un peu moins large et moins ouvragée que celle de la Madone. Au-dessus de son épaule gauche, on lit ces autres lettres grecques Is. Xs., c’est-à-dire Jésus-Christ. La pose de l’Enfant Jésus ainsi que le sentiment d’effroi peint dans tous ses traits, sont motivés par la présence d’un ange placé un peu plus haut, à gauche, et tenant dans les mains une croix surmontée d’un titre, qu’il présente à l’Enfant avec quatre clous. Au-dessus de l’envoyé céleste on trouve aussi les initiales de son nom : O. A. G. Elles signifient : L’Archange Gabriel. A la même hauteur, à droite de la Madone, on voit un autre ange portant dans ses mains un vase, d’où s’élèvent la lance et le roseau surmonté de l’éponge. Au-dessus de sa tête, on lit : O. A. M., c’est-à-dire : L’Archange Michel. Les deux Archanges porteurs des instruments de la Passion sont là pour montrer que le Christ, dès le premier instant de son Incarnation, était résolument orienté vers le mystère de la Rédemption, qu’il accomplirait le Vendredi Saint. Toutefois dans la sensibilité de sa nature humaine, Jésus-Christ était effrayé par les horribles supplices de la Passion et c’est ce qu’exprime son attitude : il a couru – tellement que sa sandale s’est détachée – chercher refuge dans les bras de sa Mère… non pas pour se dérober à sa mission, mais parce qu’il veut aussi pour cette mission recevoir l’aide et la compassion des âmes aimantes.

notre-dame-du-perpetuel-secours église Saint-Alphonse dans Prier avec nous

L’élan de Jésus vers sa Mère, et la tendre pression de leurs mains unies, nous disent que Marie fut pleinement associée par son divin Fils, dès avant le Calvaire, à ses souffrances et à son œuvre de rédemption. Jésus, de son côté, en se réfugiant dans les bras de sa Mère, nous apprend que ce cœur maternel est notre refuge assuré, perpétuellement offert à nos craintes et à nos afflictions. Ses mains abandonnées entre les mains de Marie nous disent que celles-ci disposent de sa toute-puissance. Dans le regard de Marie dirigé vers les assistants, comme dans toute sa physionomie, on sent je ne sais quelle indéfinissable et douce tristesse, mêlée à une tendre compassion. Elle aussi a vu la croix qu’on présente à son Fils ; son cœur souffre, mais avec calme, sérénité, et avec une compréhension pleinement surnaturelle des événements de la vie de son Fils! L’effroi du divin Enfant, en présence des instruments de supplice qu’on lui montre, ont rappelé à Marie ses autres enfants de la terre, qui cheminent péniblement, « dans cette vallée de larmes« , et que leur croix de chaque jour accable si souvent. Pénétrée de compassion, la Vierge semble nous adresser ces consolantes paroles :  » Ayez confiance en moi ! J’ai souffert, et je sais compatir ; je suis forte, et je puis secourir. Vous tous qui suivez, sur la terre, la voie qu’a suivie mon Fils, ayez confiance : je suis la toute compatissante, je suis la Mère du Perpétuel-Secours !  »

Et comme il l’a souvent été dit : pour bénéficier largement de ce perpétuel secours, il ne faut pas se lasser de le demander par un perpétuel recours.

Prière à Notre-Dame du Perpétuel Secours :

O Très Sainte Vierge Marie, qui, pour nous inspirer une confiance sans bornes, avez voulu prendre le nom si doux de Mère du Perpétuel-Secours, je vous supplie de me secourir en tout temps et en tout lieu : dans mes tentations, après mes chutes, dans mes difficultés, dans toutes les misères de la vie et surtout au moment de ma mort.
Donnez-moi, ô charitable Mère, la pensée et l’habitude de recourir toujours à vous, car je suis sûr que, si je vous invoque fidèlement, vous serez fidèle à me secourir.
Procurez-moi donc cette grâce des grâces : la grâce de vous prier sans cesse et avec la confiance d’un enfant, afin que, par la vertu de cette prière fidèle, j’obtienne votre Perpétuel Secours
et la persévérance finale.
Bénissez-moi, ô tendre et secourable mère, et priez pour moi, maintenant et à l’heure de ma mort.

Ainsi soit-il !

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On trouvera aussi les litanies de Notre-Dame du Perpétuel Secours > ici

2008-26. « Summorum Pontificum cura » : nouvelles déclarations du Cardinal Castrillon Hoyos.

On serait tenté d’écrire : « Le Cardinal Castrillon Hoyos a encore frappé…« 

En effet, le Président de la Commission Pontificale « Ecclesia Dei », après les déclarations faites dans l’ Osservatore Romano du 28 mars dernier que nous avions relayées ici www, a récemment récidivé.

Dans un entretien mis en ligne par Vittoria Prisciandaro (www.sanpaolo.org), puis traduit et diffusé en France par le site « Eucharistie Sacrement de la Miséricorde » (et dont nous donnerons le lien à la fin de ce texte), le Cardinal Castrillon Hoyos laisse entendre un tout autre son de cloche que la plupart de Nos Seigneurs les Evêques de France, dont les manoeuvres pour entraver la mise en application du motu proprio « Summorum Pontificum cura » sont manifestement bien connues, et dont les pseudos arguments sont ici balayés de façon magistrale.

Outre qu’on peut remarquer l’insistance de Son Eminence pour affirmer que le mouvement lefebvriste n’est pas un schisme - ce qui nous stimule à prier et à oeuvrer pour que l’Eglise catholique retrouve une totale unité dans la vérité et la charité -, nous sommes encouragés à rendre à Dieu de très ferventes actions de grâces pour la sollicitude et l’action de notre Saint-Père le Pape Benoît XVI et nous sommes également invités à supplier ardemment le Ciel de nous conserver un tel Pontife. Prions aussi pour que les Evêques, en France particulièrement, cessent de renacler et soient de bons collaborateurs du Saint-Père en se libérant des entraves idéologiques surannées qui les empêchent d’avancer.

Pour lire les déclarations du Cardinal Castrillon Hoyos, cliquer sur ce lien:

http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page=1305081_mgr_hoyos

2008-24. Réponse à ceux qui font grief aux fidèles de la liturgie traditionnelle de ne pas participer à la vie de leur paroisse territoriale.

Il arrive fréquemment que l’on fasse grief aux fidèles attachés à la célébration de la Sainte Messe latine traditionnelle (et qui à cause de cela font souvent de nombreux kilomètres pour se rendre dimanches et fêtes dans une église où ce rite est célébré) de ne pas participer à la vie de leur paroisse territoriale.

Nous reprenons ci-dessous les réponses à cette objection précisées par un prêtre canoniste. Ce texte avait été publié il y a déjà plusieurs mois dans le bulletin de l’association Sanctus Lucianus (cf. www) et, bien que le temps passe, il n’a nullement perdu son actualité – bien au contraire – après la publication du motu proprio Summorum Pontificum cura. En effet les fidèles qui réclament la mise en oeuvre des dispositions prévues par notre Saint Père le Pape Benoît XVI sont toujours l’objet de semblables critiques : nous pensons donc important de diffuser ce texte. Il ne faut en effet pas se priver de faire usage de cette argumentation, auprès des curés et des évêques eux-mêmes.

* * * * * * *

« Le canon 515, qui définit la paroisse, le fait en partant non pas d’une idée territoriale mais d’une réalité sociale : la paroisse est un ensemble de fidèles confiés à un pasteur, qui a envers eux la même mission que l’évêque dans son diocèse, à savoir enseigner, sanctifier et gouverner son peuple (canon 519).

Même si le canon 518 dispose que la paroisse sera, en règle générale, territoriale, la comparaison de ces canons démontre que la territorialité n’épuise pas la notion de paroisse, ce qui est précisé par le même canon qui ajoute aussitôt : « Là où c’est utile, seront constituées des paroisse personnelles déterminées par le rite, la langue… 

Autrement dit, il est légitime d’ériger des communautés de fidèles et de les constituer en paroisses, alors même que ces fidèles demeurent dans une paroisse territoriale. Si, pour des raisons diverses (par exemple l’hostilité du clergé) il n’est pas possible d’ériger une communauté de fidèles non territoriale en paroisse, on peut l’ériger en quasi-paroisse, confiée à un prêtre comme à son pasteur propre. Ceci emporte donc qu’on peut jouir d’une DOUBLE appartenance : à une paroisse territoriale (puisqu’on réside forcément quelque part à un moment ou à un autre) ET à une paroisse ou quasi-paroisse personnelle. C’est en particulier le cas des militaires, et un évêque ne va pas s’élever contre cette réalité à la fois juridique et humaine. L’important, comme le souligne le code, est l’appartenance à une communauté de fidèles. Considérer que cela porte atteinte à la paroisse territoriale est confondre la fin et les moyens : l’unique fin est le salut des âmes, le reste ne sont que les moyens d’y parvenir.

C’est aussi confondre l’Eglise, corps mystique du Christ, avec une simple administration. On ne peut ni ne doit faire de l’acharnement thérapeutique sur une paroisse territoriale. Si elle se vide de ses membres il faut regarder la réalité en face : c’est que les choses dans cette paroisse sont inadéquates.

En outre, il convient de remarquer qu’une communauté de fidèles, avant d’être érigée en paroisse ou quasi-paroisse, doit exister en réalité : la création canonique d’une paroisse, quelque qu’elle soit, répond à un besoin concret, pas à une idéologie. Ne pas vouloir accepter cette réalité de bon sens, ce serait condamner le code lui-même.

En effet, il y a au départ un groupe de fidèles, qui pour des raisons diverses (rite, langue, cf supra) souhaitent constituer une communauté non plus seulement de fait, mais juridique. S’y opposer par principe serait aller contre la lettre et l’esprit du code.

Enfin il ne faut pas oublier qu’une paroisse territoriale, personnelle, ou une quasi-paroisse, sont créées par l’évêque qui les dote d’un pasteur propre : elles sont aussi sous sa juridiction, en communion avec lui, puisque partie intégrante de l’Eglise diocésaine dont elles constituent une force vive, l’une des nombreuses « facettes ».

Il y a là un enrichissement qui pousse l’Eglise à adapter sa structure locale au changement des réalités humaines. L’histoire même récente le prouve abondamment : création de diocèses ou de paroisses, suppressions d’autres, création de communautés, dissolution d’autres qui n’ont plus de quoi se perpétuer. Pensons aux synodes diocésains qui ont supprimé toutes les paroisses d’un diocèse pour en créer d’autres qui précisément répondent mieux au monde d’aujourd’hui. Il en va de même pour la création de communautés fondées sur un rite ou une langue (par exemple aussi les paroisses nationales à l’étranger…).

Ces questions nous ramènent en fait à la notion suprême qui gouverne toute l’oeuvre de l’Eglise, quel que soit le domaine : le salut des âmes. »

(Père P.L.)

Publié dans:De liturgia |on 6 mai, 2008 |1 Commentaire »

2008-23. De l’image miraculeuse de Notre-Dame du Bon Conseil.

Genazzano, est une petite ville du Latium, à près de quarante kilomètres de Rome, où la Très Sainte Vierge est honorée sous le vocable de Notre-Dame du Bon Conseil.

On est certain qu’une petite église dédiée à la Madone existait déjà en ce lieu au Xème siècle. Mais c’est en 1356, par un acte notarié qui attribue cette église aux religieux augustiniens, que nous apprenons que l’église est paroissiale et qu’apparaît aussi pour la première fois le vocable de Notre-Dame du Bon Conseil.

Dans la seconde moitié du XVème siècle, une pieuse veuve du nom de Petruccia – tertiaire augustinienne – donna tous ses biens pour que l’église, qui était en fort mauvais état, puisse être agrandie, restaurée et embellie.
Mais sa fortune fut rapidement engloutie par les travaux sans qu’on puisse les achever. Le chantier fut interrompu et Petruccia fut en butte à quelques sarcasmes de la part de la population qui lui reprochait d’avoir vu trop grand.
La vieille femme (elle était déjà octogénaire) répondit simplement, sans perdre sa sérénité : « Mes enfants, ne soyez pas inquiets car avant que je meure la Vierge Très Sainte et Saint Augustin oeuvreront pour terminer l’église… »

Le 25 avril 1467, à l’heure des vêpres, une nuée lumineuse se manifesta dans l’église tandis que toutes les cloches de la ville se mettaient à sonner sans que personne ne les eût mises en branle : lorsque la nuée se dissipa, elle laissa place, sur l’un des murs de l’église, à une image de la Vierge à l’Enfant.

arrivée de la sainte image à Genazzano

Arrivée de la sainte image à Genazzano le 25 avril 1467

L’émoi fut grand dans la population, et encore plus quand, en examinant l’image de la Madonne, on se rendit compte que – peinte a fresca sur un enduit – elle était comme « suspendue », sans appui ni support naturel, en avant du mur.
Le fait fut dûment constaté et il fut consigné de façon très officielle dans un document, ainsi que les miracles qui ne tardèrent pas à se produire (du 27 avril au 14 août 1467 un notaire local en a répertorié 161, et l’on ne peut dénombrer les grâces spirituelles qui se produisirent dès lors).

Le Pape Paul II envoya deux évêques se rendre compte de ces faits dont la notoriété s’était répandue très rapidement, et ils en attestèrent la réalité.
Ainsi, comme Petruccia l’avait annoncé, en raison de la renommée de ce miracle et de l’afflux des pèlerins, de nombreuses offrandes permirent bientôt l’achèvement des travaux du sanctuaire.

Ajoutons dès à présent qu’il a été constaté encore très récemment et de manière très rigoureuse, que la Sainte Image (qui mesure environ 39,5 cm x 44,4 cm) se trouve toujours en avant de la paroi sur laquelle elle semble peinte : les hommes de science chargés de l’examiner ont pu attester qu’ils ont fait passer depuis le haut jusqu’en bas, entre le mur et la fresque, un fil très fin tendu et tenu de chaque côté de l’image, sans que celui-ci ne rencontre aucun obstacle à sa libre circulation !

Mais d’où provenait cette image de la Madonne ?
Des pèlerins qui avaient connu un sanctuaire de la Vierge situé à Scutari, en Albanie, reconnurent la fresque et racontèrent qu’elle avait disparu de l’église où elle était vénérée, ce qui fut effectivement constaté un peu plus tard.
On a pensé que la divine Providence avait voulut soustraire cette image vénérée aux profanations et destructions que les Turcs, alors maîtres de l’Albanie, multipliaient à cette époque.

Les Souverains Pontifes ont montré en tous temps une singulière vénération pour cette image miraculeuse :
- Urbain VIII, le Bienheureux Pie IX, Jean XXIII et Jean-Paul II sont venus en pèlerinage à ses pieds.
- Innocent XI et le chapitre de la Basilique Vaticane firent couronner solennellement la Sainte Image.
- Benoît XIV approuva l’institution de la Confrérie de Notre-Dame du Bon Conseil dans laquelle il se fit inscrire.
- Paul IV approuva l’office propre de la fête de Notre-Dame du Bon Conseil.
- Enfin Léon XIII érigea le sanctuaire au rang de basilique et ajouta l’invocation « Mater Boni Consilii » aux litanies de la Sainte Vierge.

 

sainte image de Notre-Dame du Bon Conseil

Prière à Notre-Dame du Bon Conseil :

O très glorieuse Vierge Marie, choisie par le Conseil éternel pour être la Mère du Verbe Incarné, la Trésorière des grâces divines et l’Avocate des pécheurs, moi, le plus indigne de vos serviteurs, je recours à Vous, afin que Vous daigniez être mon guide et mon conseil dans cette vallée de larmes. Obtenez-moi par le très précieux Sang de votre divin Fils le pardon de mes péchés, le salut de mon âme et les moyens nécessaires pour l’acquérir. Obtenez à la sainte Eglise le triomphe sur ses ennemis et la propagation du règne de Jésus-Christ sur la terre.

Ainsi soit-il.

frise avec lys naturel

2008-21. « Summorum Pontificum cura » : précision du Cardinal Castrillon Hoyos.

L’entretien avec Son Eminence Monsieur le Cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, que l’Osservatore Romano a publié en date du 28 mars 2008, n’a pas suscité de grands commentaires dans la presse épiscopale française… Faut-il s’en étonner?

Comme nous étions en déplacement et qu’il était tout occupé par les premiers travaux à entreprendre dans notre futur Mesnil-Marie, ce n’est qu’à notre retour que Frère Maximilien-Marie en a pris connaissance et qu’il m’en a ensuite fait part : nous devons au site « Eucharistie miséricordieuse » (cf.www) d’en avoir le texte, et nous remercions chaleureusement ses concepteurs d’avoir révélé la substance de cette entrevue, car jusqu’ici nous n’avons pas pu trouver une traduction française intégrale des paroles du Cardinal.

Son Eminence le Cardinal Dario Castrillon Hoyos

Je ne veux pas plagier ce compte rendu publié par « Eucharistie miséricordieuse« , vous êtes capables de vous y reporter et de le lire vous-mêmes dans son intégralité… Toutefois je veux relever ici une très intéressante remarque du Cardinal, et pour cela je vais me permettre un « copier-coller« : « … certains demandent la permission de célébrer ou d’assister à la messe tridentine, comme s’il s’agissait d’une concession ou d’un cas exceptionnel, alors que le document du pape est clair : il n’y a pas besoin de permission. Car Benoît XVI offre à tous les prêtres la possibilité de célébrer la messe traditionnelle et aux fidèles le droit d’assister à ce rite selon les conditions spécifiées dans le Motu Proprio.« 

Vous avez bien lu : il n’y a pas besoin de permission.

Il n’y a pas besoin de permission! C’est un DROIT du prêtre que de célébrer selon le missel et le rituel des sacrements en usage en 1962, c’est un DROIT des fidèles d’assister à la Sainte Messe latine traditionnelle et de recevoir sacrements et sacramentaux selon les livres liturgiques anté-conciliaires…

Il n’y a pas besoin de permission : il ne faut donc pas aller trouver les curés de paroisse ou les évêques afin de solliciter de leur « bonne volonté » (!!!) et comme si c’était une faveur exceptionnelle la célébration de la Messe ou des sacrements selon les livres liturgiques antérieurs à la réforme de Paul VI, il faut au contraire tout simplement (et respectueusement certes) faire valoir un droit auquel ni les curés ni les évêques ne peuvent s’opposer, parce que ce droit est donné à tous – prêtres et fidèles – par le Souverain Pontife.

Il n’y a pas besoin de permission. Nos Seigneurs les Evêques et Messieurs les Curés ne peuvent en aucune manière limiter ou restreindre le droit qui est affirmé et garanti par la plus haute autorité de l’Eglise, par le Vicaire du Christ! S’ils le font, ils commettent des abus de pouvoir ; s’ils le font, ils vont contre le droit des fidèles et ceux-ci sont donc habilités à recourir à une autorité supérieure et à engager une procédure à leur encontre ; s’ils le font, ils montrent clairement qu’ils ne sont pas unis au Souverain Pontife…

Il n’y a pas besoin de permission. Les fidèles qui demandent la Sainte Messe et les sacrements selon « la forme extraordinaire du rite romain » ne doivent pas – en allant « mendier » une concession – placer leurs curés ou leurs évêques devant la tentation de commettre un abus de pouvoir, contraire aux dispositions de notre Saint-Père le Pape ; ils doivent au contraire – par la fermeté respectueuse et la détermination paisible de leur attitude – leur permettre d’entrer pleinement dans une obéissance joyeuse aux dispositions du Souverain Pontife en vue du bien et de la paix de la Sainte Eglise catholique.

Sachons le dire, sachons nous en faire l’écho, sachons le faire comprendre et assimiler…

Lully.

Publié dans:De liturgia, Lectures & relectures |on 16 avril, 2008 |3 Commentaires »

2008-13. Marie au Calvaire (1ère Partie).

La Sainte Eglise honore à deux reprises dans l’année liturgique le mystère de la Compassion de la Très Sainte Mère de Dieu : 1) la plus ancienne de ses célébrations liturgiques se trouve le Vendredi de la semaine de la Passion – exactement huit jours avant le Vendredi Saint comme une préparation suréminente à l’entrée dans la Semaine Sainte -, et 2) le 15 septembre, au lendemain de l’Exaltation de la Sainte Croix, fête originellement particulière à l’Ordre des Servites de Marie et, avec divers avatars jusqu’à nos jours, étendue au XIXe siècle à toute l’Eglise.
A l’occasion de l’une comme de l’autre de ces deux fêtes, il est bon de se replonger dans ce que Monsieur Olier a écrit pour mieux entrer dans la méditation du mystère de la Compassion de Marie et de ses Douleurs.

Saint Coeur de Marie

Vénérable Jean-Jacques Olier,
fondateur de la Compagnie de Saint-Sulpice,

in
« Vie intérieure de la Très Sainte Vierge Marie » (chapitre XII).

Ier Point :

« Quoique Marie eût consenti à l’immolation de Jésus-Christ, en l’offrant extérieurement à Dieu dans le Temple au jour de la Purification, il était nécessaire qu’elle fût présente à son immolation sanglante, soit pour témoigner de nouveau de son consentement, soit pour accomplir les desseins de Dieu, indiqués par la prophétie que lui avait faite le saint vieillard Syméon. Mais cette fois ce n’est plus au Temple qu’elle doit se rendre, c’est hors de ce lieu et même hors de la Ville Sainte. Jérusalem, le siège de la vraie religion, figurait et rappelait aux hommes le paradis terrestre et le Ciel, d’où ils se trouvaient exclus par le péché; et comme Adam était mort hors du paradis, que d’ailleurs rien de souillé n’a d’entrée dans le ciel, Jésus-Christ, qui portait sur lui les crimes d’Adam et de tout le monde, devait être immolé hors de l’enceinte de cette ville. Voilà pourquoi, au milieu de la dispersion des apôtres, Marie, inébranlable dans la foi de Jésus-Christ et dans l’estime de sa grandeur, l’accompagne au Calvaire avec saint Jean. Elle se tient auprès de la croix, et là Jésus, qui au temps de sa vie avait semblé ne reconnaître ni père ni mère, comme lorsqu’on lui dit : « Votre mère et vos parents sont là » (1), à sa mort reconnaît publiquement sa Mère en Marie. Du haut de sa croix, la voyant près de lui avec le disciple qu’il aimait, il lui dit ces paroles: « Femme, voilà votre Fils » ; et à saint Jean : « Voilà votre mère« . Par ces paroles, voilà votre Fils, il semble dire à Marie : « Voilà une personne qui est pure, vierge et sainte, et qui pendant le reste de votre vie mortelle vous représentera quel je suis en vérité, et même quel je serai après ma résurrection, dans ma vie immortelle. Pour cela, la veille de ma mort, j’ai voulu qu’il reposât sur ma poitrine; je l’ai fait héritier de ma vie ressuscitée, que je lui ai communiquée d’avance, ainsi que de mon application intérieure à Dieu; il vous parlera donc continuellement de mes vérités, de mes lumières et de mon amour; et, vous représentant mon extérieur, il suppléera aux accidents du pain dans l’Eucharistie qui vous déroberont mes beautés extérieures. » Comme les paroles de Jésus-Christ produisent ce qu’elles expriment, par celles-ci : Voilà votre Fils, la très-sainte Vierge reçut un coeur de mère pour saint Jean; et par celles-ci : Voilà votre Mère, saint Jean reçut un coeur d’enfant pour Marie, ainsi que le remarquent les docteurs (2).

Ainsi, après avoir été sur le Calvaire semblable à l’ange confortant Notre-Seigneur au jardin des Oliviers, saint Jean devient l’ange visible de la Très-Sainte Vierge, dont il doit être le gardien et la protection, après la perte de son fils. En outre ces mêmes paroles, voilà votre fils, renfermaient pour nous un grand mystère, que nous avons à expliquer.

Dieu, voulant réformer le monde et faire une génération nouvelle, avait donné au genre humain un nouvel Adam dans la personne de Jésus-Christ. Or, pour être époux, Notre-Seigneur ne pouvait être seul. Il fallait qu’il eût une compagne, une aide ; et comme Adam, dans le paradis terrestre, avait reçu Ève pour épouse, le Fils de Dieu devait recevoir sur le Calvaire l’Église pour la sienne. Toutefois, au temps de la Passion du Sauveur, l’Église n’était point parvenue encore à l’âge nubile. Elle devait être d’abord la fille et devenir ensuite l’épouse de Jésus-Christ, comme Ève, figure expresse de l’Église, avait été la fille d’Adam, de qui elle fut tirée, et son épouse tout ensemble. Ainsi Jésus-Christ devait d’abord donner la vie à son Église, et l’ayant formée parfaite, comme Ève l’avait été, en faire aussitôt son épouse, afin de donner par elle des enfants à Dieu. »


1. Matth., chap. XII, 46; Marc, chap.
III, 32; Luc, chap. VIII, 20.

2. S. Paulini. Nol. Opera, tom. 1, 1685; in-4°. Ecce mater tua. Jam scilicet ab humana fragilitate, qua erat natus ex femina, per crucis mortem demigrans in aeternitatem Dei, ut esset in gloria Dei Patris, delegat homini jura pietatis humanne… atque fili vicissim novum filium, vice corporis sui traderet, immo, ut ita dixerim, gigneret.
Arnoldi Carnuten. Abbat. Bonoe Vallis. Biblioth. Patr. tom. XXII, p. 1268. Vices filii naturalis filius accipit adoptivus, et transfunditur in ministrum filialis affectas : formaturque et firmatur in ambobus, pietatis unicae gratus concorsque amplexus, non ex traduce naturae, sed ex munere grade.
S. Thom. a Villanov., p. 728. Pendebat Christus in cruce, moriturus, disposuit testamentum electis suis : Patri spiritum, Ecclesiae corpus, Petro Ecclesiam. Quid vero, o dilecte ! legabo tibi, ait? Ecce mater tua ! hac omnium quae possideo charissima et pretiosissima gemina. hanc tibi trado, hanc dono. O magnum dilectionis indicium! suo loco apud Matrem substituit eum, et pro se in filium, Virgini reliquit eum. Huic gratiae, quid amplius addi potest? impressit in hoc verbo Dominus statim cordi virgineo amorem quemdam maternum, in Joannem fortiorem et ardentiorem, quam solent matribus natura tribuere. Visceribus etiam Apostoli reverentiam filialem in Virginem inseruit, qualem nullus filius natura habet in matrem.
B. Petri Damian., Serm. LXIV, de S. Joanne Ev.Illa verba : Mulier, ecce filius tuus : Ecce mater tua, prorsus efficacia sunt et divinis virtutibus fulta, atque inevitabilis veritatis auctoritate subnixa. Illud enim unicum Patris Verbum, quod in cruce pendebat, substantivum et consubstantiale Patri ac sempiternum est; atque idcirco verba, quoe locutus est, quia spiritus et vita sunt, inaniter transire non potuerunt. Coelum, inquit ipse Jesus, et terra transibunt, verba autem mea non transibunt. Sicut enim dixit Matri : Hic est filius tuus; ita dixit discipulis: Hoc est corpus meum; et tantus fuit in illis verbis effectus, ut illico panis ille quem dabat, Dominicum fieret corpus. Dixit enim, et omnia facta sunt; mandavit, et creata sunt. Ex quadam itaque similitudine, si dicere audeamus, et B. Joannes non solum filii potitus est nomine; sed propter verba illa Dominica, quoddam majus necessitudinis sacramentum, apud Virginem, meruit obtinere.

Retable d'Isenheim

IIème point :

« C’est dans la personne de la Très-Sainte Vierge que le Fils de Dieu reçoit l’Église pour épouse, car Marie en était le membre le plus auguste, et elle en possédait en éminence toutes les grâces et toutes les perfections, ainsi qu’il a été dit. Aussi sur le Calvaire, comme à Cana, Marie n’apparaît que comme épouse : Femme, voilà votre fils ; comme aussi Jésus semble perdre sa qualité de fils, qu’il donne à saint Jean, pour prendre uniquement celle d’époux. Il ne la nomme donc pas sa mère, mais femme, parce qu’il s’adresse à l’Église elle-même dans la personne de Marie, comme, dans celle de saint Jean, il s’adresse à tous les chrétiens. Il faut savoir, en effet, que saint Jean, outre qu’il était à l’égard de Marie le substitut de Jésus-Christ ressuscité, à cause des dons magnifiques qu’il avait reçus à la Cène, figurait de plus tous les enfants que Jésus-Christ devait engendrer avec elle sur la Croix, contenant en abrégé toutes les prérogatives de l’Église, en sa qualité de prophète, d’apôtre, d’évangéliste, de martyr, de confesseur, de vierge.

Marie paraît donc au Calvaire auprès de Jésus-Christ comme Ève dans le paradis terrestre auprès d’Adam, pour être la mère des croyants. Mais qu’elle y parait dans une condition différente de celle d’Ève! Celle-ci se trouvait dans un lieu de délices et de voluptés : le paradis terrestre, le séjour et la couche de l’innocence, où elle était dans l’extase et l’abondance de la joie ; au lieu que la nouvelle Ève est mise avec le nouvel Adam, réparateur des pécheurs sur le Calvaire, dont Dieu le Père veut faire le lieu de leurs noces. Il les place dans le lieu des supplices, dans la demeure des criminels, dans un lieu de sang, de douleur et de délaissement, et par conséquent pour y souffrir et y être abîmés dans l’amertume. C’est, en effet, par sa pénitence, par son sang, par sa mort, que Jésus-Christ doit engendrer des enfants à Dieu ; et comme il veut que sa Sainte Mère participe à ce mystère, qu’il y ait entre elle et lui union parfaite de sentiments et de dispositions, pour tout partage c’est la douleur que Marie reçoit de son Fils, qui lui est donné sur le Calvaire, comme l’homme de douleurs.

Pour comprendre la douleur de Marie, il faut considérer l’excès de celle de Jésus-Christ. Les douleurs les plus accablantes du Sauveur naissaient, non des souffrances corporelles qu’il endurait sur la croix ; mais de la vue nette et distincte de la multitude et de la diversité des crimes dont il était chargé, et qu’il devait expier par sa pénitence. Hélas! qui saurait concevoir à quoi s’étend cette douleur! Jésus-Christ était en proie aux peines les plus sensibles qui affligent le coeur, et aux plus mortelles angoisses intérieures qui accablent l’esprit. « Nous l’avons vu, dit Isaïe, comme celui qui avait reçu sur lui les coups, qui portait les marques de la vengeance divine ; et il n’y avait rien en son corps depuis la plante des pieds jusqu’à la tête qui fût exempt de maux. »

Et toutefois, quelque grands que fussent ses tourments, ils étaient peu de chose, comparés à l’affliction, que causait à son âme la vue de son Père irrité contre lui. Jésus-Christ tenant la place des pécheurs, et s’exposant en cette qualité à son Père, pour recevoir de lui ce que chacun de nous méritait, il se voyait comme le sujet sur lequel Dieu le Père déchargeait tout son courroux. Quel tourment plus rigoureux que de savoir qu’un père est en colère contre nous, qu’il ne peut plus nous supporter, qu’il ne peut nous souffrir davantage, surtout quand nous avons été longtemps l’objet de son amour, et que nous avons reçu de lui les témoignages d’affection les plus continuels et les plus touchants !

Ce tourment était extrême pour Jésus, dont l’amour envers son Père n’avait point de bornes. Mais le voyant justement irrité contre lui, il s’abandonne entre ses mains pour porter tous les effets de sa colère et de sa vengeance, et cherche, dans la tendresse de sa Mère, ce qu’il ne rencontre plus dans celle de son Père éternel. Hélas! Marie, qui semblait seule pouvoir le consoler, lui cause une seconde mort par la vue des douleurs qu’elle éprouve elle-même des tourments de son Fils. On dit communément que Jésus-Christ souffrait de très-grandes peines par la présence de sa Mère au Calvaire; je crois qu’intérieurement il supportait avec une joie incroyable ses tourments propres, en voyant qu’ils devaient se changer pour elle-même en repos, en délices et en gloire ; mais qu’il souffrait cruellement de la vue de sa Mère, par ressentiment et par rejaillissement de ses douleurs! Ces douleurs de Marie, chargée de nos péchés, percée par la componction qu’elle ressentait de nos crimes et par la vue de son Fils en proie aux horreurs de la mort, étaient donc autant de glaives qui, sortant de son coeur, allaient traverser celui de Jésus. Le glaive de douleur qui pénétrait le coeur de la Mère faisait, en effet, mille plaies sur celui de son Fils, et les blessures que son amour pour elle lui faisait ressentir dans le fond de l’âme étaient tout autres que celles que lui portaient la haine et la cruauté des bourreaux. Ce contre-coup des douleurs de Marie lui causa une douleur plus grande que toutes les autres douleurs qu’il souffrit dans sa passion, parce que le plus grand amour fait les plus grandes plaies et les peines les plus véhémentes. Ainsi Notre-Seigneur, qui, dans sa Passion, a voulu souffrir toutes les peines possibles, a enduré dans cette occasion même les douleurs de cette Mère bien-aimée, qui étaient pour lui les plus sensibles et les plus violentes du monde. »

(à suivre > ici)

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