Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2023-179. Le Trésor de l’Angélus.

Lettre mensuelle de la Confrérie Royale

25 décembre 2023

   Les membres de la Confrérie Royale s’engagent à sanctifier d’une manière particulière le 25 de chaque mois de la manière suivante, en sus des 3 angélus quotidiens qu’ils offrent habituellement en y ajoutant l’oraison pour le Roi extraite du Missel romain : chaque 25 du mois donc, ils redoublent de prières, et offrent avec encore davantage de ferveur qu’à l’accoutumée les exercices de leur devoir d’état ainsi que les peines et les joies de ce jour ; ils travaillent plus méticuleusement à leur sanctification ; et, lorsque cela leur est possible, ils assistent à la Sainte Messe et offrent la sainte communion à l’intention du Roi ; ou bien encore, ils accomplissent quelque petit pèlerinage ou acte de dévotion supplémentaire, offerts à l’intention de Sa Majesté et du Royaume des Lys.
   La lettre mensuelle, envoyée à tous les membres ainsi qu’aux amis qui ont manifesté le désir de la recevoir, à l’occasion de ce 25 de chaque mois, est écrite par les prêtres, religieux ou clercs membres de la Confrérie Royale. Le but de cette lettre est de raviver la ferveur et la détermination des membres, en leur proposant des réflexions et des approfondissements, qui sont toujours nécessaires.

Blason de la Confrérie Royale

Quand surgit le jour et quand tombe la nuit,
Et que le soleil parvient à son zénith,
Le bronze Te salue, ô Marie,
Et à Toi la pieuse foule se confie.

D’après Alessandro Manzoni († 1873), poète italien

       Prière mariale sous forme de récitation quotidienne que la Tradition chrétienne nous a transmise, l’Angélus est pour nous plus qu’une pieuse dévotion : elle est un engagement auquel s’adjoint une intention spécifique et impérieuse : le rétablissement et la prospérité du Roi de France légitime. Mon propos n’est pas aujourd’hui de retracer l’historique de cette honorable invocation mariale mais d’en méditer le sens, afin de ranimer en nous la ferveur de cette triple supplication qui scande chacune de nos journées.

   Lorsque nous méditons le chapelet ou que nous faisons oraison, les auteurs spirituels nous recommandent en premier lieu d’imaginer l’endroit où se déroule l’événement médité, pour donner de la vie au mystère qui, sans cela, pourrait s’avérer un peu « sec à digérer ». L’Annonciation, que nous remémore chaque angélus, se déroula à Nazareth. Ici, représentons-nous l’humble maison de Marie pour y retrouver la douceur paisible qui y règne et le suave parfum des vertus de Notre-Dame qui vient l’embaumer. Là, point de luxe ni ostentation, tout porte à la prière au point d’attirer même les anges.

   Pour goûter cette atmosphère de prière et d’élévation d’âme, il nous est bon de demeurer avec Marie : c’est d’ailleurs la volonté expresse de Jésus crucifié à l’égard de ses disciples : « prendre Marie chez soi ». Durant le temps de l’Avent qui nous a préparés aux joies présentes de Noël, la sainte liturgie nous a elle-même plongés dans ce climat spirituel d’une teinte toute mariale en nous faisant célébrer successivement plusieurs fêtes en rapport avec l’Annonciation, préludant à la Nativité :

  • L’Immaculée Conception, le 8 décembre, privilège unique dans l’histoire de l’humanité et qui prépare en Marie sa future Maternité divine (fêtée le 11 octobre) ;
  • La Translation de la Santa Casa à Lorette, le 10 décembre, maison qui fut le théâtre où s’est jouée l’Annonciation, et que transportèrent les saints anges depuis la Terre Sainte jusqu’en Italie (à l’extrême Est de Sienne) ;
  • L’Expectation de la Très Sainte Vierge, le 18 décembre, qui honore l’attente de l’Enfantement par Marie. Quel merveilleux sujet de méditation que Marie enceinte, Tabernacle du Très-Haut et Arche mystique de l’Alliance !
  • C’est du reste Marie enceinte du Sauveur qui vient apparaître sous les traits de Notre-Dame de Guadalupe[1] au Mexique (1531) : encore une fête proche puisqu’on la célébrait le 12 décembre dernier. Tout est cohérent dans notre sainte religion, dans ses dogmes comme dans son calendrier liturgique ! La lex credendi coïncide avec la lex orandi.

Miracle du 24 avril 2007

Fait merveilleux survenu le 24 avril 2007 en la basilique Notre-Dame de Guadalupe après la décision du conseil municipal de Mexico de légaliser l’avortement jusque-là interdit, à l’issue d’une Messe célébrée à l’intention de tous les enfants morts non-nés : un halo de lumière de la forme et de la taille d’un embryon apparaît miraculeusement (sans anticiper le jugement de l’Église qui ne s’est pas encore prononcée) sur l’image de Notre-Dame de Guadalupe au niveau des entrailles[2]

   Lorsque nous récitons quotidiennement le triple angélus, il est bon de nous rappeler ces merveilleux événements pour secouer notre routine spirituelle et « donner corps » à notre prière, puisque précisément l’angélus nous fait méditer le mystère de l’Incarnation, le Christ prenant chair pour nous sauver.

   Au milieu du tumulte et de l’agitation urbaine, notre esprit a besoin de se ressourcer souvent, de se replonger en Dieu. La psychologie moderne n’a pas inventé les méthodes de relaxation bénéfiques pour l’esprit : la contemplation, la prière silencieuse répandent depuis des siècles leurs bienfaits sur les âmes pieuses, qui alors rayonnent autour d’elles d’après ce principe spirituel : « Une âme qui s’élève élève le monde ». L’angélus est, avec le chapelet, la prière idéale pour « quitter » cette terre quelques instants et puiser en Dieu les grâces dont nous avons besoin pour terminer saintement notre journée et Lui confier toutes nos intentions, per Mariam, cum Maria et in Maria.

   Toute une vague antichrétienne tente de faire taire aujourd’hui nos vieux clochers de France : tant qu’elles représentent encore le fonds de chrétienté qui habite notre sol, que nos voix s’unissent avec ferveur au son des cloches avant qu’on les bâillonne ! Rappelons que le tintement des cloches qui s’ébranlent dans les airs a valeur d’exorcisme puisqu’elles sont bénites – et même « baptisées » –, constituant ainsi les messagères célestes et le « signe sonore de ralliement » des Chrétiens. L’angélus est donc un rendez-vous qui unit tous les Catholiques dans la Communion des saints (même si nous ne le sommes pas encore !), les rangeant en « armée en bataille » (spirituelle). C’est l’occasion aussi pour nous de nous unir particulièrement aux autres membres et sympathisants de la Confrérie royale.

La foi de Marie

   Tout Chrétien reçoit le don de la foi comme une lumière divine qui pénètre son intelligence et qui lui permet, par l’amour de Dieu, de vivre spirituellement des biens que Dieu lui donne pour obtenir son Salut. Marie reçut Elle-même ce don de la foi qui fut, à l’Annonce de l’archange Gabriel, la pénétrante et lumineuse Parole de Dieu qu’elle conçut par l’Amour personnel et incréé, le Saint-Esprit.

Annonciation enluminure XVe siècle

   Aux privilèges qu’Elle a obtenus, Marie joint en effet la vertu personnelle d’une foi totale et exemplaire, méritant l’éloge évangélique : « Beata quæ credidit : Bienheureuse Celle qui a cru ! » (Lc 1, 45). Durant sa vie terrestre, Elle a réalisé la figure parfaite du disciple du Christ, miroir de toutes les vertus, et Elle a incarné les béatitudes évangéliques encouragées par le Christ. C’est donc en Elle que toute l’Église, dans son incomparable variété de charismes et d’œuvres, atteint la plus authentique forme de l’imitation parfaite du Christ.

   Comme le dit profondément saint Augustin, la Parole divine fut à la fois conçue en son intelligence de croyante, et substantiellement conçue en son corps d’engendrante. C’est bien le Verbe de Dieu qui s’incarne en Elle et qu’Elle accueille par la toute-puissance du Don de l’Amour du Père. Entrant ainsi dans la volonté-même de Dieu s’incarnant pour nous sauver, la Vierge prononce son Fiat au nom de toute l’humanité : Elle accueille Jésus comme le Sauveur du monde, se faisant l’humble instrument de ce prodigieux décret divin. Ainsi est-Elle déjà l’Église en son principe maternel puisqu’Elle conçoit en sa foi et en son cœur la Tête et Chef de l’Église, Corps mystique du Christ.

   Marie n’est donc pas seulement une croyante parmi d’autres mais le modèle de tout croyant, Celle qui est absolument fidèle (de fides : la foi) : il ne peut y avoir de foi plus parfaite parmi les créatures. Même le Fiat d’Abraham n’était que le signe prophétique du Fiat de Marie ; tous les Fiat des saints ne sont que la participation plus ou moins grande du Fiat de Marie, lequel est absolument unique. Il s’est réalisé dans le temps, à une période donnée de l’histoire bien sûr, mais il fait écho au Fiat éternel de Dieu décidant de sauver le monde en nous donnant, de toute la surabondance de son Amour, son Fils unique. Le Christ, en réponse au Père, répond : « Tu m’as façonné un corps, alors j’ai dit : ‘‘Voici je viens pour faire ô Dieu ta volonté’’ » (Hb 10, 5-7).

   Il ne faut donc pas voir l’Incarnation comme un simple événement historique mais comme l’Événement par excellence : point central de toute notre histoire venu transfigurer notre monde ; l’instant de l’Incarnation est suspendu à l’éternité tout comme il le fut aux lèvres de Marie (va-t-Elle répondre oui ou non à l’ange ?), et c’est à cet instant que toute l’histoire du monde doit être référée. D’où la significative convention de compter les années à partir de la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avant comme après.

   Le mystère de l’Annonciation n’est pas seulement le premier de toutes les séries des mystères du saint Rosaire, mais il est premier en absolu, comme « ce qui est premier dans un genre et qui est cause de tout ce qui est contenu dans ce genre » (saint Thomas). C’est en germe que les mystères du Salut sont exprimés dans l’Annonce faite à Marie, et c’est ce mystère fondamental qui fut médité continuellement dans son Cœur par la Vierge avançant dans le pèlerinage de sa foi comme vraie disciple de Jésus : « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère » (Mt 12, 50).

   C’est cette méditation qui forma son propre esprit dans le Saint-Esprit, comme saint Paul interpréta tous les événements qu’il relata en rapport avec sa fulgurante conversion sur le chemin de Damas, ou saint Luc rédigeant ses écrits (le 3ème Évangile & les Actes des Apôtres : l’Église naissante et les premières années) d’après les confidences de Marie sur l’enfance de Jésus. Tous les événements de la vie humaine de Jésus se trouvent liés à cette Annonce angélique et contemplée dans cette lumière de joie messianique qui fut la sienne à ce moment-là, et qui se prolonge dans l’accomplissement de sa gloire céleste où elle vit en plénitude la joie de la « fille de Sion »[3] depuis son Assomption.

   Dans l’Annonciation, nous trouvons encore signifiée l’éminente vocation de Marie voulue par Dieu et énoncée par l’ange, qui est sa Maternité divine. Réel motif de joie de ce mystère : quoi de plus utile que la révélation par le « messager de la joie » (saint Augustin) de sa propre vocation, annonce qui doit diriger toute une vie et ragaillardir l’âme dans les tribulations qui ne manquent jamais d’arriver ? Pensons à sainte Jeanne d’Arc dont les Voix lui assuraient sa mission propre et pour lesquelles ses juges ecclésiastiques ne se sont pas lassés de la harceler.

   Vocation et fécondité vont de pair dans ce mystère, et c’est le fruit concret que nous pouvons en tirer pour notre propre vie : dire « oui » à l’attente divine sur nous, c’est s’assurer immanquablement des grâces de bonheur et de rayonnement. Cette perspective permet de vivre le reste de la journée avec un engagement renouvelé : donnons notre Fiat avec, s’il était possible, la même foi et la même confiance que Marie notre Mère : vivons avec un « oui » au cœur. Serviam !

L’angélus

   L’angélus constitue un envoi en mission, et c’est ce que symbolisent également les cloches sonnant à la volée. N’oublions pas que, juste après l’Annonciation, Marie part annoncer la Bonne Nouvelle à sa cousine Élisabeth qu’Elle sait maintenant enceinte aussi. Il s’agit de la Visitation, mystère joyeux intercalé entre l’Annonciation et la Nativité. « Bienheureuse celle qui a cru ! », proclame alors avec raison Élisabeth à sa sainte cousine, exclamation à laquelle feront échos les propres mots de Notre-Seigneur à saint Thomas l’Apôtre : « Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20, 29). Lorsque nous récitons l’angélus, souvenons-nous que nous sommes aussi appelés en mission, chacun personnellement, et que le Fiat de Marie que nous répétons est notre propre réponse à cet appel.

   De toute la ravageuse tornade postconciliaire, l’angélus est l’une des rares prières qui ait échappé au funeste aggiornamento, et l’on peut s’en réjouir. Le pape Paul VI reconnaissait lui-même :

   « Sa structure simple, son caractère biblique, son origine historique qui la relie à la demande de sauvegarde dans la paix, son rythme quasi-liturgique qui sanctifie divers moments de la journée, son ouverture au mystère pascal qui nous amène, tout en commémorant l’Incarnation du Fils de Dieu, à demander d’être conduits ‘‘par sa Passion et par sa Croix jusqu’à la gloire de la Résurrection’’ font que, à des siècles de distance, elle conserve inaltérée sa valeur et intacte sa fraîcheur. (…) La valeur de la contemplation du mystère de l’Incarnation du Verbe, de la salutation à la Vierge et du recours à sa miséricordieuse intercession reste inchangée ; et, malgré les conditions nouvelles des temps, ces moments caractéristiques de la journée – matin, midi et soir – qui délimitent les périodes d’activité et constituent une invite à s’arrêter pour prier, demeurent inchangés pour la majeure partie des hommes. »[4]

   Selon l’usage romain, la Confrérie royale a adopté plusieurs invocations qui suivent l’angélus proprement dit, ce qui fait que nous ajoutons, après l’oraison concluant le triple Ave Maria :

  • trois Gloria Patri, afin d’honorer particulièrement la Très Sainte Trinité à qui s’adressent ultimement toutes nos louanges ;
  • Angele Dei… : la prière à notre ange gardien, que l’on néglige trop souvent et qui pourtant se trouve missionné par Dieu pour être le gardien de notre vocation, « notre » archange Gabriel député par Dieu pour nous protéger, corps et âme ;
  • Requiem æternam… : la supplication pour nos chers défunts, que nous ne devons pas oublier non plus, afin qu’ils entrent plus rapidement en Paradis, d’où ils pourront intercéder pour nous, la reconnaissance étant une vertu prisée au sein de la Communion des saints ;
  • enfin, bien sûr, la triple invocation pour le Roi : Domine salvum fac regem ! Notre-Dame de l’Annonciation nous a obtenu l’Avènement du Sauveur : que Notre-Dame de l’Assomption, à qui est consacré le royaume de France, nous obtienne l’avènement du Roi, son Lieutenant.

   L’indispensable intermédiaire que constitue la Très Sainte Vierge Marie se trouve très bien résumée par son glorieux chantre, saint Louis-Marie Grignion de Montfort, paroles de vérité qu’il serait bon d’avoir en tête lorsque nous récitons l’angélus :

   « La Sainte Vierge est le moyen dont Notre-Seigneur s’est servi pour venir à nous : c’est aussi le moyen dont nous devons nous servir pour aller à Lui : car Elle n’est pas comme les autres créatures, auxquelles si nous nous attachions pourraient plutôt nous éloigner de Dieu que de nous approcher : mais la plus forte inclinaison de Marie est de nous unir à Jésus-Christ, son Fils : et la plus forte inclinaison du Fils et qu’on vienne à Lui par sa sainte Mère. »[5]

L’Ave Maria

   Arrêtons-nous quelques instants sur la simple et belle prière du Je vous salue Marie. Je cite ici le Saint-Père Jean-Paul II qui nous livrait une méditation personnelle dans l’une de ses dernières lettres apostoliques :

   « La première partie de l’Ave Maria, tirée des paroles adressées à Marie par l’ange Gabriel et par sainte Élisabeth, est une contemplation d’adoration du mystère qui s’accomplit dans la Vierge de Nazareth. Ces paroles expriment, pour ainsi dire, l’admiration du ciel et de la terre, et font, en un sens, affleurer l’émerveillement de Dieu contemplant son chef-d’œuvre – l’Incarnation du Fils dans le sein virginal de Marie –, dans la ligne du regard joyeux de la Genèse (cf. Gn 1, 31 : ‘‘Dieu vit tout ce qu’Il avait fait et voici, cela était très bon’’), de l’originel pathos avec lequel Dieu, à l’aube de la création, a regardé l’œuvre de ses mains. Dans le Rosaire[6], le caractère répétitif de l’Ave Maria nous fait participer à l’enchantement de Dieu : c’est la jubilation, l’étonnement, la reconnaissance du plus grand miracle de l’histoire. Il s’agit de l’accomplissement de la prophétie de Marie : ‘‘Désormais tous les âges me diront bienheureuse’’ (Lc 1, 48).

   Le centre de gravité de l’Ave Maria, qui est presque comme une charnière entre la première et la seconde partie, est le nom de JésusParfois, lors d’une récitation faite trop à la hâte, ce centre de gravité disparaît, et avec lui le lien au mystère du Christ qu’on est en train de contempler. Mais c’est justement par l’accent qu’on donne au nom de Jésus et à son mystère que l’on distingue une récitation du Rosaire significative et fructueuse. (…) Répéter le nom de Jésus – l’unique Nom par lequel il nous est donné d’espérer le Salut (cf. Ac 4, 12) –, étroitement lié à celui de sa Très Sainte Mère, et en la laissant presque Elle-même nous le suggérer, constitue un chemin d’assimilation, qui vise à nous faire entrer toujours plus profondément dans la vie du Christ.

   C’est de la relation très spécifique avec le Christ, qui fait de Marie la Mère de Dieu, la Theotokos, que découle ensuite la force de la supplication avec laquelle nous nous adressons à Elle dans la seconde partie de la prière, confiant notre vie et l’heure de notre mort à sa maternelle intercession. »[7]

   Nous implorons en effet la Vierge Marie d’intercéder pour nous à chaque instant de notre vie, et à l’heure la plus grave, celle de notre propre mort : nunc et in ora mortis nostræ. La Mère des Chrétiens (Mater Christianorum) coopère ainsi à l’accroissement des membres de l’Église, Corps mystique de son Fils, dans la vie de la grâce par sa prière ininterrompue, se faisant leur avocate, leur auxiliatrice, leur adjutrice et leur médiatrice.

Notre vœu

   Le 25ème jour de chaque mois est l’occasion de nous rappeler que nous nous sommes engagés, par vœu, à offrir toutes nos prières et toutes nos bonnes actions dans le but de rendre Dieu favorable à notre demande : la restauration de notre Roi Très-Chrétien. Ainsi, mensuellement, une journée dédiée est consacrée à raffermir notre ferveur pour hâter le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui passe en France par la restauration de son régime légitime : Dieu le veut ainsi.

   Pourquoi un vœu ? Saint Thomas d’Aquin nous dit qu’« il est plus méritoire de faire une chose par vœu que sans vœu » (IIa-IIæ, q. 88, a. 6) ; et : « Les œuvres de perfection méritent plus de louanges lorsqu’elles sont accomplies par vœu » (IIIa, q. 28, a. 4).

   Recueillons ensuite l’enseignement du R.P. Garrigou-Lagrange († 1964) :

« 1) Le vœu est un acte de la vertu de religion (ou de latrie) qui est supérieure aux vertus d’obéissance, de chasteté et de pauvreté, dont elle offre les actes comme un culte au Seigneur ;

2) Par un vœu perpétuel, surtout s’il est solennel, l’homme offre à Dieu non pas seulement un acte isolé, mais la faculté-même, et il est mieux de donner l’arbre avec les fruits que d’offrir seulement des fruits ;

3) Par le vœu, la volonté s’affermit de façon irrévocable dans le bien, et il est plus méritoire d’agir ainsi, comme par opposition il est plus grave de pécher par une volonté obstinée dans le mal. »[8]

   Précisons un point important : si le vœu est bien prononcé de manière solennelle : « devant Dieu et toute la Cour céleste » (ainsi commence la formule de consécration), devant le prêtre et devant toute l’assemblée chrétienne réunie (qu’elle soit abondante ou minime) – puisque nous encourageons les membres de la Confrérie à le prononcer au cours de la célébration d’une Messe, au moment de l’Offertoire –, il ne s’agit cependant pas d’un vœu solennel proprement dit car il n’y a pas de reconnaissance spécifique par l’autorité ecclésiastique (canon 1192 § 2 du Code de droit canonique). Cela ne veut bien sûr pas dire qu’il n’a pas de valeur ! Mais il n’équivaut pas aux vœux de religion (pauvreté, chasteté & obéissance) qui placent les religieux dans un état de tendance à la perfection, status perfectionis acquirendæ ; il s’agit pour nous d’un vœu privé.

→ Il serait utile à tout membre de (re)lire les explications données par l’abbé Louis de Saint-Taurin sur cette question (explication théologique + réponse aux questions courantes) sur le site de la Confrérie royale : https://confrerieroyale.com/voeu/

   Chaque chapelain de la Confrérie royale qui reçoit le vœu n’oblige aucunement le baptisé à le formuler, faut-il le rappeler : il ne fait qu’attester de la démarche sacrée qu’accomplit la personne qui, de libre volonté, se consacre à la Couronne de France. Il intervient donc comme simple témoin, mais comme témoin privilégié pourrait-on dire, à la manière du mariage où les époux sont les ministres du sacrement en se donnant l’un l’autre leur engagement sacré, la présence du prêtre étant obligatoire pour attester du consentement mutuel et libre des époux.

   L’engagement des clercs dans la Confrérie royale ne contrevient par ailleurs pas à la prescription du Code de droit canonique : « Les clercs ne prendront pas une part active dans les partis politiques » (can. 287 § 2), la doctrine légitimiste étant par définition le contraire du système des partis, qui s’oppose et détruit « la paix et la concorde » des Français que « les clercs s’appliqueront toujours et le plus possible à maintenir » (can. 287 § 1). Les clercs voués n’ont pas la même fonction que les fidèles laïques qui sont, selon la doctrine sociale de l’Église, seuls en charge de construire l’ordre temporel.

*

   Par notre engagement solennel de réciter, trois fois par jour, la belle prière de l’Angélus qui nous remémore l’événement décisif de l’Incarnation de notre Dieu, implorons de Notre-Dame, Reine de France, sa protection pour que, « sous une si puissante Patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu’il jouisse longuement d’une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement que nous […] puissions arriver à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés » (Vœu de Louis XIII, 1638).

   Que ce beau Temps de la Nativité nous fasse goûter la paix et la joie que l’Enfant-Jésus est venu apporter à notre monde. Dans sa divine liturgie, l’Église ne cesse de nous inviter à méditer le triple avènement de Jésus-Christ : 1) jadis à Bethléem au premier Noël ; 2) maintenant, en notre âme par sa grâce ; 3) à la fin du monde, comme Juge souverain des vivants et des morts. Puisse ce retour glorieux du Christ-Roi être préfiguré par celui du Roi de France, garant et promoteur de la royauté sociale de Jésus-Christ sur notre terre !

   En cet anniversaire de la naissance de notre patrie aux fonts baptismaux de Reims, en la Noël 496, ravivons en nous ce Vœu que nous remémore le triple angélus quotidien, nous souvenant que le triomphal pennon de Jehanne la Pucelle figurait précisément la scène de l’Annonciation, image de victoire contre les forces des ténèbres et les ennemis du royaume. Toujours nous serons fidèles à remplir notre engagement, en récitant à heures fixes « ces Angélus qui viennent alléger nos journées et les suspendre au Ciel » (R.P. Sertillanges). Noël ! Noël !

R.P. Clément de Sainte-Thérèse +

Ave Maria et lys

Notes :

[1] Un gynécologue, posant son stéthoscope sur l’image de la ceinture de la Sainte Vierge, entendit le bruit de battements de cœur et put établir qu’ils s’élevaient à 115-120 pulsations à la minute, ce qui correspond aux battements cardiaques d’un fœtus dans le sein de sa mère.
[2] Pour une rapide présentation de l’apparition de Notre-Dame et de son image miraculeuse, nous recommandons vivement cette excellente vidéo : https://www.dailymotion.com/video/x4r2u2.
[3] L’identification que S. Luc fait de Marie avec la « fille de Sion », c’est-à-dire avec la communauté d’Israël à la plénitude des temps, et qui émerge indirectement dans le récit de l’Annonciation (Lc 1, 28-33), apparaît comme l’écho de trois prophéties : 1) Sophonie (3, 14-17) ; 2) Joël (2, 21-27) ; 3) Zacharie (2, 14-15). Ces trois oracles ont pour objet l’annonce de la joie messianique qui se répand sur l’Israël des derniers temps, lorsque le Seigneur accordera à son peuple le salut et la libération définitive.
[4] Paul VI, exhortation apostolique Marialis cultus (1974) sur le culte marial, § 41.
[5] S. Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, § 75.
[6] Ou dans l’angélus, NDLR.
[7] Jean-Paul II, lettre apostolique Rosarium Virginis Mariæ (2002) sur la récitation du saint Rosaire, § 33.
[8] R.P. Réginald Garrigou-Lagrange o.p., Les trois âges de la vie intérieure, prélude de celle du Ciel – Traité de théologie ascétique et mystique, Paris, Cerf, 1938, p. 294.

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2023-178. « L’enfant qui naîtra d’elle est le fruit du Saint-Esprit !»

24 décembre,
Vigile de la Nativité de NSJC ;
Mémoire de Sainte Adèle de Pfalzel, fille de France, veuve puis abbesse.

songe de Saint Joseph - Philippe de Champaigne 1636 - Londres NG

« Joseph, fils de David, ne craignez pas de recevoir Marie pour votre épouse ;
car l’enfant qui naîtra d’elle est le fruit du Saint-Esprit »

Philippe de Champaigne (1602-1674) : le songe de Saint Joseph (1636)
[Galerie Nationale, Londres]

cul de lampe étoile de Noël - blogue

Sermon de notre glorieux Père Saint Augustin sur l’Incarnation.

§ 1. Prophétie d’Isaïe et paroles de l’ange à Joseph.

   Mes frères, que votre charité écoute en quels termes le prophète Isaïe a annoncé Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Voici », dit-il, « qu’une vierge concevra dans son sein et enfantera un fils » (Is. VII, 14) ; « et vous L’appellerez Jésus, car Il sauvera Lui-même Son peuple de leurs péchés » (Matth. I, 21).

§ 2. Jésus-Christ de la famille de David.

   « Joseph, fils de David » (Matth. I, 20). Vous voyez, mes frères, la race tout entière désignée dans une seule personne ; vous voyez dans un seul nom toute une généalogie. Vous voyez dans Joseph la famille de David. « Joseph, fils de David » ; Joseph était sorti de la vingt-huitième génération, et il est appelé fils de David, pour mieux nous découvrir le mystère de Sa naissance, et nous prouver l’accomplissement de la promesse ; ne s’agit-il pas d’une conception surnaturelle et d’un enfantement céleste dans une chair restée parfaitement vierge ?
« Joseph, fils de David » ; voici en quels termes David avait reçu la promesse de Dieu le Père : « Le Seigneur a juré la vérité à David, et Il ne le trompera pas : Je placerai sur Mon trône le fruit de tes entrailles » (Ps. CXXXI, 11). David chante ainsi ce grand événement : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-Vous à Ma droite » (Ps. CIX, 1).
« Le fruit de vos entrailles » ; c’est bien le fruit de ses entrailles, le fruit de son sein ; car le divin Hôte, le Dieu du ciel, en venant faire séjour dans son sein, n’a pas connu les barrières du corps ; Il est sorti du sein de Marie sans ouvrir la porte virginale. Et c’est ainsi que s’est accomplie cette parole du Cantique des Cantiques : « Mon épouse, jardin fermé, source scellée » (Cant. IV, 14).

songe de Saint Joseph - Philippe de Champaigne 1636 - détail 1

Philippe de Champaigne  : le songe de Saint Joseph (détail) 

§ 3.  Naissance immaculée de Jésus-Christ

   « Joseph, fils de David, gardez-vous de craindre ». L’époux est prévenu de ne pas craindre au sujet de son épouse, car tout esprit vraiment pieux s’effraie d’autant plus qu’il compatit davantage.
« Joseph, fils de David, gardez-vous de craindre » ; vous qui êtes assuré de votre conscience, ne succombez pas sous le poids des pensées que provoque ce mystère.
« Fils de David, gardez-vous de craindre ». Ce que vous voyez est une vertu, et non pas un crime ; ce n’est point une chute humaine, mais un abaissement divin ; c’est une récompense, et non pas une culpabilité. C’est un accroissement du ciel, et non pas un détriment du corps. Ce n’est point la perte d’une personne, mais le secret du Juge. Ce n’est point le châtiment d’une faute, mais la palme de la victoire. Ce n’est point la honte de l’homme, mais le trésor de Jésus-Christ. Ce n’est point la cause de la mort, mais de la vie.
Voilà pourquoi : « Gardez-vous de craindre », car celle qui porte un tel Fils ne mérite point la mort.
« Joseph, fils de David, ne craignez pas de recevoir Marie po
ur votre épouse ». La loi divine elle-même donne à la compagne de l’homme le titre d’épouse. De même donc que Marie est devenue mère sans éprouver aucune atteinte à sa virginité, de même elle porte le nom d’épouse en conservant sa pudeur virginale.

§ 4. Jésus-Christ Fils de Dieu.

   « Joseph, fils de David, ne craignez pas de recevoir Marie pour votre épouse ; car l’enfant qui naîtra d’elle est le fruit du Saint-Esprit »Qu’ils viennent et entendent, ceux qui demandent quel est cet enfant qui est né de Marie : « Ce qui est né en elle vient du Saint-Esprit ». Qu’ils viennent et entendent, ceux qui, profitant de l’obscurité du grec pour troubler la pureté latine, ont multiplié les blasphèmes dans le but de faire disparaître ces expressions : Mère de l’homme, Mère du Christ, Mère de Dieu.
« Ce qui est né en elle vient du Saint-Esprit ». Et ce qui est né du Saint-Esprit est esprit, parce que « Dieu est esprit ».
Pourquoi donc demander ce qui est né du Saint-Esprit ? Il est Dieu, et, parce qu’Il est Dieu, Il nous répond avec saint Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ; et le Verbe S’est fait chair, et Il a habité parmi nous, et nous avons vu Sa gloire » (Jean, I, 1,14).
Jean a vu Sa gloire ; vous, infidèle, mesurez l’injure : « Ce qui est né en elle vient du Saint-Esprit. Et nous avons vu Sa gloire ». De qui ? « De Celui qui est né du Saint-Esprit » ; du « Verbe qui S’est fait chair et qui a habité parmi nous. Ce qui est né en elle vient du Saint-Esprit ».
Une Vierge a conçu, mais par l’action du Saint-Esprit ; une Vierge a enfanté, mais enfanté Celui que prophétisait Isaie en ces termes : « Voici qu’une Vierge concevra et enfantera un fils, et il sera appelé Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous ».
Il sera homme avec eux, mais : « Maudit soit l’homme qui place son espérance dans l’homme » (Jérém. XVII, 15).

songe de Saint Joseph - Philippe de Champaigne 1636 - détail 2

Philippe de Champaigne  : le songe de Saint Joseph (détail)

§ 5. Réfutation des hérétiques qui nient la divinité de Jésus-Christ.

   Qu’ils écoutent, ceux qui demandent quel est celui qui est né de Marie. « Elle enfantera un fils », dit l’Ange, « et ils L’appelleront Jésus ».
Pourquoi Jésus ? L’Apôtre répond : « Afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers » (Philipp. II, 10).
Et vous, disciple trompeur, vous demandez ce qu’est Jésus ? « Que toute langue confesse que le Seigneur Jésus est dans la gloire de Dieu Son Père » (Ibid. II, 11), et vous osez encore demander hautement ce qu’est Jésus !
Ecoutez de nouveau ce qu’est Jésus « Elle enfantera un fils, et Il sera appelé Jésus. Car Il sauvera Son peuple de leurs péchés ». Ce n’est pas le peuple d’un autre qu’Il doit sauver.
De quoi le sauvera-t-Il ? de leurs péchés. Que Dieu seul puisse remettre les péchés, si vous n’en croyez pas les chrétiens, croyez du moins à la parole des Juifs : « Vous n’êtes qu’un homme, et vous vous faites Dieu » (Jean, X, 33). « Personne ne peut remettre les péchés, si ce n’est Dieu seul » (Luc, V, 31).
Les Juifs refusaient de croire à la divinité de Jésus, puisqu’ils ne Lui croyaient pas le pouvoir de remettre les péchés ; vous, au contraire, vous croyez qu’Il remet les péchés et vous hésitez à Le proclamer Dieu.
« Le Verbe S’est fait chair », afin que l’homme-chair pût s’élever jusqu’à la gloire de Dieu, et non pas afin que Dieu fût changé en chair, selon cette parole de l’Apôtre : « Celui qui s’unit à Dieu est un seul esprit avec Lui » (1 Cor. VI, 17) ; de même, quand Dieu S’unit à l’homme, Il est un seul Dieu.
Les lois humaines établissent la prescription de trente ans pour éteindre tous les procès ; et voilà déjà près de cinq cents ans que Jésus-Christ soutient la cause de Sa naissance. Son origine Lui est disputée, Sa nature est sans cesse remise en question. Hérétiques, cessez de juger notre Juge, et adorez dans le ciel notre Dieu que le Mage a proclamé Dieu sur la terre. C’est à Lui qu’appartiennent l’honneur et la gloire, la louange et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

cul de lampe étoile de Noël - blogue

Prière pour demander des grâces par l’intercession de la Vénérable Mère Thérèse de Saint-Augustin, carmélite, née Louise de France

23 décembre,
Férie majeure avant la Nativité de NSJC ;
« O Emmanuel » ;
Mémoire de Saint Dagobert II, roi et martyr ;
Anniversaire du rappel à Dieu de la Vénérable Mère Thérèse de Saint-Augustin (cf. > ici).

Vénérable Thérèse de Saint-Augustin - Blogue

   O Dieu, notre Père, qui avez établi Roi des nations Votre Fils bien-aimé, Jésus-Christ Notre-Seigneur ; à la prière de Sa mère la Vierge Marie, Reine et Beauté du Carmel, accordez à Votre Eglise de recevoir comme modèle la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin - Madame Louise de France – en confirmant la sainteté de sa vie par les grâces que nous demandons par son intercession […].

   A sa prière et par ses mérites, enseignez-nous la pratique de l’Evangile ; inspirez aussi aux responsables politiques les mesures sages qui favoriseront le bien des peuples ; développez en nous le zèle et l’ardeur dans le combat quotidien contre les forces du mal ; et donnez-nous de suivre ses exemples de ferveur et de vertu pour marcher à la suite du Christ notre Roi.

Ainsi soit-il.

Esquisse biographique de la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin > ici
Méditation de la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin pour se préparer à Noël > ici
Prière de la Vénérable Thérèse de Saint-Augustin à l’archange Saint Michel pour la conservation du Royaume de France > ici

cul-de-lampe aux 3 lis

Prière à l’apôtre Saint Thomas pour le temps de la crise qui navre la Sainte Eglise :

21 décembre,
Fête de Saint Thomas, apôtre (cf. > ici) ;
« O Oriens ».

Leçon hagiographique du deuxième nocturne des matines au Bréviaire romain traditionnel :

   “L’apôtre Thomas, appelé aussi Didyme, était Galiléen. Après avoir reçu le Saint-Esprit, il alla prêcher l’Evangile dans beaucoup de provinces. Il enseigna les vérités de la foi et les préceptes de la vie chrétienne aux Parthes, aux Mèdes, aux Perses, aux Hircaniens, aux Bactriens. Enfin il se rendit dans les Indes, et instruisit les habitants de ces pays dans la religion chrétienne. La sainteté de sa vie et de sa doctrine et la grandeur de ses miracles ayant excité l’admiration des Indiens pour l’apôtre, et leur amour pour Jésus-Christ, le roi de la contrée, adorateur zélé des idoles, en fut tout enflammé de colère. Il condamna Thomas à mourir, et celui-ci tomba, percé de traits, à Calamine, rehaussant ainsi par la couronne du martyre, l’honneur de son apostolat.”

St Thomas apôtre - vitrail

       Glorieux apôtre Saint Thomas, vous que Notre-Seigneur Jésus-Christ a choisi pour être au nombre de Ses Apôtres, pour être l’une des Colonnes de Son Eglise, ces Colonnes fondées sur le Christ, Pierre angulaire, ces Colonnes qui la soutiennent et qui assurent sa stabilité : en ces temps de confusion et de crise, où, en tant de lieux, les vérités de la Foi catholique ne sont plus transmises correctement, nous vous prions pour les pasteurs légitimes de notre Eglise, en butte à d’incessantes attaques contre le contenu, contre l’intégralité et contre l’intégrité de la Révélation divine, nous vous en prions : rendez nos hiérarques et nos prêtres inébranlables dans la confession de la Foi, et infatigables pour la proclamer à temps et à contre-temps ! 

   Missionnaire infatigable, Saint Thomas, qui avez amené à la connaissance et à l’amour du Christ, unique Sauveur, tant de nations infidèles, et qui avez fait resplendir sur elles la Lumière immarcescible de la Vérité, nous nous tournons vers vous, alors même que les ténèbres des nouveaux paganismes, de l’idolâtrie, de la « libre pensée », de l’indifférentisme, du relativisme, du syncrétisme, et du modernisme – « égout collecteur de toutes les anciennes hérésies » – s’étendent sur toute la terre et engloutissent dans leur horreur mortifère les peuples jadis chrétiens, fortifiez-nous dans le combat qu’il faut mener contre l’erreur et contre le péché : obtenez-nous que soient abrégés les jours terribles de ces ténèbres, et priez pour que tous les hommes et toutes les sociétés d’ici-bas s’inclinent, contrits et humbles, devant le Christ Seigneur, et reconnaissent Ses droits souverains et universels, en s’écriant à votre suite : Mon Seigneur et mon Dieu !

   Notre puissant intercesseur, ô Saint Thomas, qui, avec une héroïque fidélité, avez versé votre sang par amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ : soyez notre soutien dans les combats qu’il faut mener chaque jour contre le monde et ses embûches, contre la chair et ses concupiscences, contre le démon et ses tentations incessantes ; affermissez notre volonté, fortifiez notre courage et éclairez-nous de vos sages conseils, ainsi que vous le fîtes pour tant d’âmes aux prises avec l’incertitude, l’hésitation ou le doute !
Demeurez auprès de nous, pour garder à nos esprits la Lumière du Christ ressuscité, pour garder nos cœurs dans le rayonnement de Son Cœur ouvert, et pour nous garder de toutes les formes insidieuses du découragement, en sorte que nous demeurions inébranlables jusqu’à la mort et parvenions heureusement jusqu’en la céleste patrie.

Ainsi soit-il.

(prière composée par Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur)

fin de texte croix glorieuse 1 - blogue

2023-176. « Là Il vit dans un état de plus parfaite sainteté que dans tout autre mystère de Sa vie mortelle…»

18 décembre,
Fête de l’Expectation de l’enfantement de la Bienheureuse Vierge Marie,
(dont on fait ensuite la mémoire tous les jours suivants, jusqu’au 24 décembre inclus) ;
Mémoire de la férie de l’Avent ;
« O Adonaï » ;
Anniversaire du rappel à Dieu du Rd Père Joseph de Paris, né François Leclerc du Tremblay (+ 18 décembre 1638).

Monogramme Marie 2

       La fête de l’Expectation (c’est-à-dire de l’Attente) de l’enfantement de la Bienheureuse Vierge Marie, dont les origines se trouvent au dixième concile de Tolède en 654, est rapidement passée des Espagnes à de très nombreux diocèses du monde entier ainsi que dans les fêtes propres de très nombreuses congrégations religieuses.
Au Mesnil-Marie, nous l’avons non seulement gardée, mais, conformément aux usages traditionnels des Ermites de Saint-Augustin, nous conservons aussi l’usage d’en faire la commémoraison tous les jours suivants, jusqu’à la Nativité de NSJC.

   C’est une fête qui est d’une richesse spirituelle extraordinaire et inépuisable : elle nous entraîne à contempler les sentiments de la Très Sainte Vierge Marie pendant les jours de sa grossesse : elle qui est déjà instruite de l’identité réelle de cet Enfant qui est formé en elle et de Sa mission ici-bas ; elle qui est devenue le sanctuaire vivant où est formé, pour le Verbe Eternel et incréé, le Corps et le Sang qu’Il offrira en sacrifice de rédemption puis qui seront ensuite, jusqu’à la consommation des siècles, présents et offerts dans la Sainte Eucharistie ; elle qui, dans ses méditations et prières tout au long du jour, ne peut qu’avoir les échanges les plus sublimes avec le Verbe divin ; elle qui est la nouvelle Arche d’Alliance en laquelle Dieu réside d’une manière telle qu’il n’en a jamais existé auparavant et telle qu’il n’y en aura jamais plus… etc.
Sur tout cela, j’aurais beaucoup de choses à dire : peut-être, le développerai-je au fil des années, si Dieu me me donne vie et force.

   C’est aussi une fête qui nous invite à méditer sur les sentiments de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vivant en Marie, dont le Corps adorable est en train de se parachever et de croître dans le sein de cette Très Sainte Mère, jusqu’au moment de Sa naissance. Pour aujourd’hui, je vous livrerai, ci-dessous, les éléments qu’en a exposés Monsieur Olier, qui établissent d’ores et déjà de précieuses indications d’approfondissement et de méditation.  

Vierge de l'Attente 2 - Blogue

« Là Il vit dans un état de plus parfaite sainteté
que dans tout autre mystère de Sa vie mortelle…»

       « Le Verbe, venant au monde, a trouvé, dans le sein de la bienheureuse Vierge, un séjour de sainteté, semblable, autant qu’il pouvait l’être par l’opération du Saint-Esprit, à celui de Son Père.

   Là Il vit dans un état de plus parfaite sainteté que dans tout autre mystère de Sa vie mortelle.
Tandis que sur la terre Il vivra au milieu des créatures maudites à cause du péché, au milieu des pécheurs, dont les vices Lui causeront des peines intolérables ; dans Marie, qui est, après Dieu, ce qu’il y a de plus saint, Il est comme dans un monde de sainteté.
Cette demeure tient le milieu entre Son séjour dans la gloire, dans la sainteté du ciel, et le séjour qu’Il fera sur la terre, couverte des horreurs abominables du péché.

   Sa demeure au sein de Marie tempère cette immense opposition, Il y vit séparé de tout usage des créatures, ou plutôt Il n’use d’aucune d’elles que par Marie.
Par elle, Il use de la lumière ; par elle, Il use des aliments : en un mot, tout se convertit en Marie pour Jésus : Elle Lui est toutes choses : elle est Sa lumière, Sa force, Sa nourriture, Sa demeure, Son temple.

   Là Il bénit et loue la Majesté divine ; là Il sanctifie Sa Mère et la remercie de Lui aider à servir Dieu, et de Lui être un moyen de Le glorifier.

   Aussi y demeure-t-Il tout le temps qu’Il peut y faire Sa résidence sans en perdre un seul moment ; et, pour en partir, attend-Il jusqu’au dernier instant marqué par Son Père… »

Abbé Jean-Jacques Olier de Verneuil, dit « Monsieur Olier »
in « Vie intérieure de la Très Sainte Vierge », chap. VIII

Guirlande de sapin - gif

2023-175. De la trisaïeule de Charlemagne qui fonda 7 églises : la vie de sainte Begge d’Andenne (615-693).

17 décembre,
Dans l’Ordre de Saint Augustin, l’ordination de Saint Eusèbe, évêque de Verceil, dont la naissance au ciel est mentionnée au 1er août et dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire ;
Au diocèse de Viviers, la commémoraison de Saint Lazare le ressuscité, hôte de NSJC, premier évêque de Marseille et martyr ;
La commémoraison de Sainte Begge d’Andenne, veuve ;
La commémoraison de la férie de l’Avent.

       Dans notre quête des saints liés à notre auguste famille royale, ce 17 décembre nous conduit à présenter Sainte Begge d’Andenne, qui n’est pas oubliée des catholiques de l’actuel Royaume de Belgique, alors qu’elle est malheureusement ignorée de la majorité des Français !

   Nous devons à Monsieur Patrick Martin, jeune historien namurois qui nous honore de son amitié, l’article suivant, qui fut publié dans le numéro du mois de ce mois de décembre de « Pour qu’Il règne » (revue du district du Bénélux de la Fraternité St-Pie X) et qu’il nous a fort aimablement autorisés à reproduire dans les pages de notre modeste blogue. Qu’il en soit très chaleureusement remercié !

Sainte Begge brodée sur un orfroi liturgique - Namur

Sainte Begge brodée sur l’orfroi d’une ornement rouge
exposé au trésor musée diocésain de Namur
[courtoisie de Patrick Martin]

frise

 De la trisaïeule de Charlemagne qui fonda 7 églises :
la vie de sainte Begge d’Andenne (615-693).

       Sainte Begge est la fondatrice de la ville d’Andenne (Province de Namur) et, pour certains, à l’origine de l’institution des béguinages à laquelle elle donna son nom. Sa mémoire liturgique est mentionnée dans le Martyrologe romain au 17 décembre. Le mois de décembre est donc l’occasion de revenir sur la vie et les mérites de cette grande sainte qui fut un modèle de vertus chrétiennes dans son statut d’épouse, de mère, de famille, de veuve et… de religieuse !

   La plus ancienne Vie de sainte Begge qui nous est connue date de la fin du XIe siècle et fut rédigée par un certain Goderan, moine de l’abbaye de Lobbes [1]. Nous savons que Begge naquit vers 615 et était la fille de Pépin de Landen, Maire du Palais d’Austrasie, et de Itte d’Aquitaine. Elle était donc également la sœur de sainte Gertrude de Nivelles, dont nous avons parlé dans un article précédent (cf. > ici). Goderan ouvre son récit par le mariage entre Begge et Ansegisel, un noble originaire de Metz qui succéda au père de Begge dans ses fonctions de gouverneur de nos régions [2]. De leur union, naquirent plusieurs enfants dont Pépin le Jeune, ou de Herstal, le père de Charles Martel, ce qui fait donc de sainte Begge la trisaïeule de l’empereur Charlemagne [3]. Les leçons des matines de la fête de sainte Begge ne sont pas sans éloge sur la postérité de notre sainte et de la prestigieuse lignée de rois et d’empereurs dont elle est l’origine : “Begge se montra la mère de laquelle sortit une noble descendance et des rois plus nobles encore, ainsi que les autres princes de tout l’univers chrétien qui contribuèrent à l’augmentation de la foi et au grand éclat du peuple belge. En effet, Dieu, conféra à cette sainte, avec une incomparable gloire, le privilège d’une semence bénie dont les membres, à partir de la bienheureuse Begge, se multiplièrent, formant une lignée innombrable de saints de toute condition et dans tous les ordres religieux” [4].

   Begge et son époux vivaient habituellement dans leur palais de Chèvremont, à proximité de Liège. En plus de leurs enfants, le couple adopta un nourrisson qu’Ansegisel trouva, au pied d’un chêne, au cours d’une partie de chasse. L’enfant reçut le nom de Gonduin et fut élevé avec Pépin, l’héritier… Hélas, c’est l’ingratitude et l’envie qui s’empara du cœur de l’enfant. Un soir, en l’an 673, alors que père et fils adoptif chassaient ensemble, Gonduin assassina Ansegisel et revint à Chèvremont dans le but d’épouser sainte Begge, sa mère adoptive [5]. Begge eut le temps de s’enfuir dans sa propriété de Seilles, puis de se rendre à Rome où elle confia son chagrin au pape Adéodat II. Celui-ci tenta de la consoler et lui donna plusieurs reliques dont un fragment de la vraie croix [6]. Begge ramena également de Rome un souvenir du martyre de saint Etienne et une relique des chaînes de saint Pierre [7].

Pèlerinage de Sainte Begge à Rome - tableau de la collégiale d'Andenne

Pèlerinage de Sainte Begge à Rome
[tableau de la Collégiale d'Andenne - courtoisie de Patrick Martin]

   Ce séjour romain semble avoir fait naître dans le cœur de la veuve le désir de se consacrer résolument et définitivement à Dieu. De retour en Gaule, Begge se rendit à Nivelles, dans l’abbaye fondée par sa sœur Gertrude, déjà décédée à ce moment-là. Elle demanda à l’abbesse Agnès de l’aider à fonder un monastère du même type que celui de Nivelles, en bord de Meuse, près de sa villa de Seilles. Begge, accompagnée de plusieurs sœurs de Nivelles, qui furent d’anciennes compagnes de sainte Gertrude, commença la construction du nouveau monastère. Elle reçut également d’Agnès des livres saints et des reliques, parmi lesquelles un morceau du lit de sainte Gertrude, qui fut longtemps vénéré à Andenne [8]. Mais, Dieu ne semblait pas bénir cette nouvelle construction. Par trois fois, les murs, tout juste édifiés, s’écroulaient automatiquement. Begge, dans une attitude pleine de foi et de confiance en Dieu, ne s’acharne pas et décide d’attendre que Dieu lui fasse connaître sa volonté [9]. Un jour, le porcher de Begge retrouva, sur l’autre rive de la Meuse, au lieu qui deviendra l’actuelle ville d’Andenne, entourée de sept petits, une truie qu’il avait perdu trois jours plus tôt et entendit alors cette parole du ciel : “C’est ici que le vœu de Begge pourra s’accomplir par la construction d’un monastère” [10]. Plus-tard, le fils de Begge, le jeune Pépin, chassant à ce même endroit et alerté par les aboiements de ses chiens, y découvrit une poule protégeant ses petits sous ailes. Les chiens aboyaient mais n’osaient s’approcher du gallinacé [11]. Par ces différents signes, Begge comprit que c’était à cet endroit que Dieu voulait que soit établi le nouveau monastère. Ce dernier signe explique notamment pourquoi sainte Begge est parfois représentée avec une poule et des poussins.

   En l’espace de deux ans, notre sainte bâtit en ce lieu un monastère et sept églises, en l’honneur des sept basiliques de Rome, conformément au vœu qu’elle fit lors de son pèlerinage dans la Ville Éternelle. C’est la raison pour laquelle, en plus de la poule, sainte Begge est représentée, la plupart du temps, tenant en main une église à sept clochers. Sainte Begge dirigea peu de temps la nouvelle communauté d’Andenne. Le 17 décembre 693, deux ans seulement après la fondation de son abbaye, Begge remit son âme à Dieu entourée de la prière de ses filles. La communauté continua à se développer jusqu’à se transformer en chapitre noble de chanoinesses, comme à Nivelles, avant d’être supprimé à la révolution française. On ne sait pas exactement quand eut lieu l’élévation de ses reliques et leur transfert dans un reliquaire, on peut seulement affirmer que son culte connaît une véritable renaissance aux alentours du XIe et du XIIe siècles [12]. Sainte Begge, en plus d’être la patronne des Béguinages, est invoquée pour la guérison des hernies, des rhumatismes et des maladies infantiles [13]. Pendant longtemps de nombreuses mamans amenaient leurs enfants qui tardaient à marcher sur le tombeau de sainte Begge, encore visible dans la collégiale d’Andenne, et invitaient leurs petits à passer entre les petits personnages ornant le monument.

Châsse de Sainte Begge à Andenne

Châsse de Sainte Begge à Andenne

   Les reliques de sainte Begge sont toujours conservées en la collégiale d’Andenne et sont processionnées, chaque année, le 3e dimanche de septembre. Sainte Begge est vénérée dans les diocèses de Namur, Liège et Gand. Son souvenir est encore vivace, notamment à Andenne et à Chèvremont. La châsse de sainte Begge est une superbe pièce d’orfèvrerie Renaissance liégeoise du XVIe-XVIIe siècle, tandis qu’une partie du crâne de la sainte est conservée dans un buste-reliquaire datant du XVIIe siècle [14].

   Cette brève histoire de la vie de sainte Begge nous a montré une femme qui sanctifia plusieurs états de vie : celui d’épouse et de mère de famille, de veuve et de religieuse. Qu’elle puisse être, encore aujourd’hui, une source d’inspiration pour bon nombre de femmes chrétiennes, puisant ainsi dans l’exemple et à l’intercession de sainte Begge, la force de suivre le Christ à travers le chemin parfois difficile de cette vie. Terminons par cette prière parue dans une brochure consacrée au Culte de Sainte Begge à Chèvremont [15] :

   “O Dieu qui avez favorisé de vos grâces votre illustre servante sainte Begge pour nous donner en elle un modèle de piété et de vertu dans les divers états de la vie et qui avez rendu glorieux son tombeau par les nombreux miracles que vous y avez opérés ; accordez-nous, nous vous en supplions, la grâce d’imiter ses vertus dans l’état où la Providence nous a placés et donnez-nous les secours que nous venons vous demander (…) en réclamant sa puissante protection, nous vous en conjurons par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ainsi soit-il.”

   (Pater, Ave, Gloria)

 Patrick Martin, historien.

Buste-reliquaire de Sainte Begge

Buste-reliquaire de Sainte Begge
[Collégiale d'Andenne - courtoisie de Patrick Martin]

 Notes :


[1] BROUETTE (E.), Le plus ancien manuscrit de la Vita Beggae, œuvre inconnue de Goderan de Lobbes, dans Scriptorium. International review of manuscript studies. Revue internationale des études relatives aux manuscrits, t. XVI., 1962, p. 83.
[2] Officia propria dioecesis Namurcensis, pars hiemalis, in festo S. Beggae, viduae, in II nocturno, lectio IV.
[3] GAUVARD (C.), La France au Moyen Age du Ve au XVe siècle, Paris, 2004, p. 76.
[4] Officia propria…
[5] HAMBLENNE (J.-P.), Saints et saintes de Belgique au premier millénaire, Braine l’Alleud, 2003, p. 161.

[6] Ibid.
[7] GEORGE (Ph.), Reliques et arts précieux en pays mosans. Du haut Moyen Âge à l’époque contemporaine, Liège, 2002, p. 46.
[8] MISSON, Le Chapitre noble de Sainte-Begge à Andenne, 2e éd., Bruxelles-Namur, 1884, p. 5.
[9] HAMBLENNE, op. cit., p. 160.
[10] MISSON, op. cit., p. 5.
[11] Ibid., p. 6.
[12] GEORGE (Ph.), op. cit., p. 46.
[13] HAMBLENNE, op. cit., p. 161.
[14] GEORGE (Ph.), op. cit., p. 47.
[15] Le Culte de Sainte Begge à Chèvremont, Liège, 1949, p. 18 (Imprimatur : Leodii, 23-3-49. L. Creusen, vic. général.).

Sainte begge d'Andenne - Blogue

2023-174. L’église Sainte-Marie de Coustouges, en Vallespir, et la statue de Notre-Dame de l’Espinas.

15 décembre,
Octave de l’Immaculée Conception (cf. > ici).

1 - Coustouges - vue générale

Le village de Coustouges, en Vallespir

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       A l’occasion des fêtes de la Très Sainte Vierge Marie, j’aime beaucoup, lorsque cela est possible, me rendre dans quelque sanctuaire ou chapelle qui lui est dédié ; et si ce n’est pas réalisable physiquement, je m’y « transporte » par l’esprit, pour saluer l’image de la Madone qui s’y trouve mise à l’honneur et lui réciter une prière…

   En ce jour octave de l’Immaculée Conception de Notre-Dame, je vous propose de vous « emmener » avec moi, pour nous rendre ensemble dans cette magnifique province qu’est le Roussillon, que j’apprécie fort, pour de multiples raisons.
A l’occasion de la fête de Saint Damase (cf. > ici), j’ai évoqué le village de Coustouges, tout en haut du Vallespir, où une tradition locale rapporte que naquit Laurentia, la mère du saint pontife, ajoutant qu’il aurait lui-même ordonné, en 370, qu’une chapelle y fut édifiée.
Cette tradition est gravée dans le marbre à Coustouges : voici la plaque qu’on trouve scellée dans un mur, à proximité de l’église.

3 - Coustouges église Sainte-Marie plaque à l'extérieur

   C’est cette église, dédiée à la Très Sainte Mère de Dieu, que je vous emmène donc visiter aujourd’hui.
Une petite église de village, qui n’est évidemment plus la chapelle qu’aurait voulue Saint Damase, mais une remarquable église romane du XIIème siècle, construite par les moines de l’abbaye Sainte-Marie d’Arles-sur-Tech (celle-là même où sont conservées les reliques des Saints Abdon et Sennen – cf. > ici), qui eurent ici un prieuré.
C’est une petite église à une seule nef, sans transept, relativement massive, flanquée d’un haut et fin clocher carré dont l’élégance opère un intéressant contraste avec le reste de l’édifice.

2 - Coustouges église Sainte-Marie extérieur

4 - Coustouges église Sainte-Marie clocher

   L’accès à l’église se fait par une porte sans ornementation pratiquée dans le mur sud. Comme la majorité des églises anciennes en Vallespir, les vantaux sont ornés de remarquables ferrures formant rinceaux. Le loquet est lui-même travaillé de manière à se terminer en tête d’animal.

5 - Coustouges église Sainte-Marie porte

6 - Coustouges église Sainte-Marie détail ferronerie

   Franchissons cette porte.
Elle ne donne pas accès directement à la nef, mais dans son grand « vestibule » : sorte de narthex, de « sas » entre le monde profane et la maison de Dieu, et de baptistère : remarquez l’impressionnante cuve baptismale de granit qui s’y trouve placée.
En voyant les espèces de banquettes de pierre, comme des degrés, qui courent le long de la muraille, on pense aussitôt que ce lieu pouvait aussi être l’endroit où se faisaient les assemblées paroissiales, au temps où – pendant des siècles, avant la révolution supposée avoir apporté la « démocratie » au peuple – les décisions concernant la communauté villageoise étaient prises sur place par cette communauté villageoise, après avoir invoqué le Saint-Esprit ou entendu la Sainte Messe pour avoir les bonnes inspirations, sans qu’il soit besoin d’avoir à consulter les règlements, avis, consignes et normes départementaux, régionaux, nationaux et européens…

7 - Coustouges église Sainte-Marie entrée

   On le comprend, en regardant à main droite sur le cliché ci-dessus, c’est là que se trouve la véritable porte d’entrée de l’église.

8 - Coustouges église Sainte-Marie porche intérieur

   Flanquée de colonnes, surmontée d’un tympan sculpté de motifs géométriques élaborés, on est particulièrement émerveillé par le fin travail de sculpture de ses voussures : « Non est hic aliud nisi domus Dei, et porta cœli : ce n’est pas autre chose ici que la maison de Dieu, et la porte du ciel ! » (Gen. XXVIII, 17).

9 - Coustouges église Sainte-Marie détail voussures

   Le contraste entre cette nef romane très sobre et le sanctuaire est saisissant.
On comprend vite que, en réalité, ce grand retable de pierre, de style classique, auquel est adossé l’autel, est un aménagement du XVIIème ou XVIIIème siècle, et que le sanctuaire roman d’origine, semicirculaire et voûté en cul-de-four, se trouve au-delà.
En revanche, n’a pas bougée, l’extraordinaire grille de fer forgé, sans doute l’une des plus belles de la région, qui forme lâ clôture entre la nef et le sanctuaire.

   Le contraste lumineux entre la nef sombre et la clarté dégagée par l’ouverture pratiquée dans le retable au-dessus du tabernacle ne permet pas tout de suite de voir ce qui y est exposé : nous le découvrirons en nous approchant.

10 - Coustouges église Sainte-Marie intérieur

   Toutefois, avant que de nous avancer, profitons justement de ce que nous avons un peu de recul pour admirer spécialement le sommet de ce retable, qui culmine avec la représentation de la colombe du Saint-Esprit.

11 - Coustouges église Sainte-Marie détail autel partie supérieure

   Cette représentation de la colombe du Saint-Esprit au sommet du retable n’est certainement pas un « hasard ».
Il serait en effet très étonnant que, même dans un petit village juché sur un col près des sommets pyrénéens, le curé-prieur de l’époque et les artisans, artistes ou imagiers 
locaux, n’eussent pas eu l’intention expresse de représenter au-dessus de celle qui nous est présentée au centre du retable, Celui qui l’a « couverte de Son ombre » et rendue féconde : la Très Sainte Vierge Marie Mère de Dieu, invoquée ici sous le vocable de Notre-Dame de l’Espinas (c’est-à-dire Notre-Dame de l’Aubépine).

12 - Coustouges église Sainte-Marie ND de l'Espinas

   Notre-Dame de l’Espinas est une Vierge à l’Enfant du XVIIIème siècle, debout, portant son Petit Jésus sur le bras gauche, tenant un petit rameau d’aubépine dans la main droite. L’Enfant et la Mère sont couronnés.
La particularité de cette statue, c’est que les robes de la Vierge (elle en a plusieurs) sont faites avec des robes de mariées, qui lui sont offertes après les cérémonies d’épousailles ; et les robes de l’Enfant Jésus sont faites avec des robes de baptême d’enfants baptisés ici.

13 - Coustouges église Sainte-Marie ND de l'Espinas - Copie

   J’ai visité l’église Sainte-Marie de Coustouges en février 2022, et je l’ai beaucoup aimée… J’y fusse demeuré bien davantage que l’emploi du temps ce jour-là ne l’eût permis !

   J’y retourne aujourd’hui, avec vous, bien chers Amis, en ce jour octave de l’Immaculée Conception et alors que nous allons commencer demain la neuvaine préparatoire à la fête de la Nativité de notre divin Sauveur. Priez-la avec moi :

   Vous êtes au-delà de toute beauté, ô Vierge marie, ô ma Reine, ô ma Mère,
Vous en laquelle la tache originelle n’a jamais été,
Vous en laquelle, toute pure et toute sainte,
ne fut jamais la souillure du péché !

   Recouverte de la nuée divine,
comme il sied au Temple véritable et vivant
dédicacé par le vrai Salomon, Roi de paix,
pour qu’y réside la Présence cachée de l’Emmanuel ;
Vous êtes bénie, consacrée et sanctifiée à jamais,
Arche de l’Alliance nouvelle et éternelle,
renfermant la Loi vivante et la Manne éternelle !

   Votre vêtement est blanc plus que la neige :
mais plus immaculée encore est la splendeur de votre âme,
rejaillissant sur votre visage en rayons d’immarcescible gloire, 
Vous resplendissez comme le soleil,
ô Vous dont le Soleil de Justice a fait Son trône,
Vous choisissant entre toutes les femmes,
et Vous préparant de toute éternité pour être l’Eve nouvelle :
Vierge Mère portant Celui qui est la Vie,
Vierge Mère donnant la Vie au monde !

   Née en cette Jérusalem de la terre
pour devenir la figure de la Jérusalem céleste,
Vous en êtes l’ornement et la gloire ;
Vous êtes la joie de l’Israël véritable,
qui est la Sainte Eglise et le peuple des vrais fidèles,
qui n’ont point trahi l’Alliance
conclue dans le Sang de l’Agneau mystique,
ce Sang qu’Il a reçu de Vous !

   Entraînez-nous, ô Vierge immaculée :
nous mettrons dans les vôtres nos pas de pauvres pécheurs,
et nous remettant entre vos mains,
pour que Vous nous gardiez de tout égarement,
nous Vous suivrons, à l’odeur de vos parfums…

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur. 

14 - Coustouges église Sainte-Marie ND de l'Espinas

2023-173. Leçons du deuxième nocturne des matines de l’Octave de l’Immaculée Conception

15 décembre,
L’Octave de l’Immaculée Conception (double majeur).

       Au jour octave de la fête de la Conception immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie, qui couronne et achève cette fête si chère à nos âmes et à notre dévotion, les leçons du deuxième nocturne des matines de ce jour nous donnent à relire et à méditer, comme une forme de louange à Notre-Seigneur et à Sa Très Sainte Mère, les parties de la Constitution apostolique « Ineffabilis Deus » du 8 décembre 1854 dans lesquelles le Bienheureux Pie IX a affirmé que ce point de doctrine appartient bien au dépôt de la foi révélée, et qu’on ne peut se prétendre catholique si on n’y adhère pas de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa volonté.

Octave de l'Immaculée - Blogue

 Au deuxième nocturne :

De la Bulle dogmatique « Ineffabilis Deus » du Pape Pie IX.

Quatrième leçon.

   Dès les temps anciens, les évêques, les ecclésiastiques, les ordres réguliers et même les empereurs et les rois ont instamment prié le Siège apostolique de définir comme un dogme de la foi catholique l’Immaculée Conception de la très sainte Mère de Dieu. De nos jours même, ces demandes ont été réitérées, et surtout elles ont été présentées à Notre prédécesseur Grégoire XVI d’heureuse mémoire, et à Nous-même, tant par les évêques, par le clergé séculier et par le clergé régulier, que par les princes souverains et les peuples fidèles.
Prenant donc en sérieuse considération, dans une joie profonde de Notre cœur, tous ces faits dont Nous avons une pleine connaissance ; à peine élevé sur la chaire de saint Pierre, malgré Notre indignité, par un secret dessein de la Providence, avions-Nous pris en main le gouvernail de toute l’Eglise, que Notre plus ardent désir a été, suivant la vénération, la piété et l’amour, dont Nous sommes animé depuis Nos plus tendres années envers la très sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, d’achever tout ce qui pouvait être encore dans les vœux de l’Eglise, afin d’accroître l’honneur de la bienheureuse Vierge et de répandre un nouvel éclat sur ses prérogatives.

Cinquième leçon.

   C’est pourquoi, plein de confiance et persuadé dans le Seigneur que le temps opportun est venu de définir l’Immaculée Conception de la très sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, que la parole divine, la vénérable tradition, le sentiment constant de l’Eglise, l’unanime accord des évêques catholiques et des fidèles, les actes mémorables de Nos prédécesseurs ainsi que leurs constitutions ont mise dans une admirable lumière et si formellement déclarée, après avoir mûrement pesé toutes choses, après avoir répandu devant Dieu d’assidues et de ferventes prières, Nous avons pensé qu’il ne fallait pas tarder davantage à décider et définir par Notre jugement suprême l’Immaculée Conception de la Vierge ; à satisfaire ainsi les si pieux désirs du monde catholique et Notre propre piété envers la très sainte Vierge, et en même temps à honorer de plus en plus en elle son Fils unique notre Seigneur Jésus-Christ, puisque tout l’honneur et toute la gloire qu’on rend à la Mère rejaillit sur le Fils.

Sixième leçon.

   En conséquence, après avoir offert sans relâche, dans l’humilité et le jeûne, Nos propres prières et les prières publiques de l’Eglise à Dieu le Père par son Fils, afin qu’il daignât, par la vertu de l’Esprit-Saint, diriger et confirmer Notre esprit ; après avoir imploré le secours de la cour céleste et invoqué avec gémissement l’Esprit consolateur, et ainsi, par sa divine inspiration, en l’honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour la gloire et l’ornement de la Vierge Mère de Dieu, pour l’exaltation de la foi catholique et l’accroissement de la religion chrétienne ; par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et la Nôtre, Nous déclarons, Nous prononçons et définissons que la doctrine qui tient que la bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et par conséquent qu’elle doit être crue fermement et inviolablement par tous les fidèles.
C’est pourquoi, si quelqu’un avait la présomption, ce qu’à Dieu ne plaise, de penser contrairement à Notre définition, qu’il apprenne et qu’il sache que, condamné par son propre jugement, il aurait souffert naufrage dans la foi et cessé d’être dans l’unité de l’Église.

Monogramme Marie 2

2023-172. De la poésie de cour à l’hymnographie sacrée la plus sublime : Saint Venance Fortunat.

14 décembre,
Fête de Saint Venance Fortunat, hymnographe, évêque et confesseur ;
Mémoire du 7ème jour dans l’Octave de l’Immaculée Conception ;
Mémoire de la férie de l’Avent ;
Anniversaire de la mort de Sœur Marie de la Croix, née Mélanie Calvat (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

       Bien que je passe toujours la plus grande partie de mes journées dehors, celles-ci sont néanmoins plus courtes… et aussi plus froides : la neige et la glace ne sont pas très agréables pour mes coussinets princiers, dont je dois prendre grand soin, en particulier parce que, par ailleurs, je m’exerce aux arts de la calligraphie et de l’enluminure, comme on les pratiquait dans les ateliers monastiques du beau Moyen-Age.
Ce sont des disciplines passionnantes, que je vous recommande, parce qu’en sus de l’apprentissage d’un savoir-faire et de la production d’œuvres qui ne sont finalement pas si déshonnêtes parfois, elles contribuent à l’acquisition d’une grande maîtrise de ses gestes et, bien plus encore, elles sont très spécialement propices à la méditation et à la contemplation intérieure.

Tolbiac calligraphe - enluminure médiévale - vignette blogue

   En outre, ces quelques lignes introductives, vous l’allez voir, s’accordent parfaitement avec la suite de mon propos puisque je désire vous parler d’un grand saint de France du VIème siècle, remarquable pour sa culture classique et la beauté de ses textes, lié aussi au développement monastique auquel on assista sous les règnes des Princes Mérovingiens ; et vous savez que les monastères devinrent des foyers de transmission et de développement de la culture, grâce tout spécialement à leurs ateliers d’écriture et à leurs bibliothèques.

   Je vous ai écrit « un grand saint de France du VIème siècle », quoique, à la vérité, il ne naquit ni d’une ancienne famille gallo-romaine ni d’une famille franque, ni non plus sur le territoire de ce qui était en train de devenir le saint royaume de France ; mais cet  « italien » (qu’on me pardonne cet horrible anachronisme), va acquérir toute sa plénitude humaine et spirituelle en venant dans ce qu’il convenait encore pour un peu de temps d’appeler « les Gaules » et en devenir l’un des évêques les plus représentatifs de cette époque sur l’un des sièges épiscopaux les plus prestigieux, celui de Poitiers, et, pour ceux qui pratiquent la liturgie latine traditionnelle, son œuvre demeure vivante et source de vie spirituelle : je veux parler de Saint Venance Fortunat.

Venance Fortunat jeune poète - Blogue 1

   Né en 530 à Duplavilis (actuelle Valdobbiadene) près de Trévise, en Vénétie, Venantius Honorius Clementianus Fortunatus, était issu d’une famille latine et chrétienne, disposant vraisemblablement d’un statut relativement aisé puisque le jeune homme alla étudier à Ravenne, alors capitale de l’Italie byzantine.
Quelles études ? La grammaire, le droit, l’éloquence et surtout la rhétorique et la poésie, qui devinrent ses domaines d’excellence et lui firent une très belle place parmi ses contemporains.

   Il approchait de la trentaine lorsqu’il fut atteint par une maladie des yeux qui fit craindre à tous qu’il ne perdît totalement la vue.
Venance se recommanda avec ferveur au Ciel, très spécialement à l’intercession du grand « apôtre des Gaules » et thaumaturge : Saint Martin de Tours, auquel une dévotion plus personnelle l’attachait.
Dans une église où il priait devant l’autel du saint évêque, pris par un mouvement surnaturel de confiance en remarquant la lampe qui brûlait devant l’image sainte, il y préleva de l’huile et s’en frotta les yeux. Il fut guérit !

   Cette grâce signalée ne pouvait qu’accroître la dévotion qu’il portait à Saint Martin, et il décida que, dès que cela lui serait possible, il se rendrait en pèlerinage d’action de grâces à son tombeau.

Venance Fortunat guérit par Saint Martin - Blogue 2

   Il est très vraisemblable de penser que le départ de Venance Fortunat d’Italie se produisit en 565 (trois ans avant l’invasion des Lombards, qui advint en 568) : il était donc alors âgé de 35 ans.
Certains auteurs modernes ont prétendu qu’il avait déjà reçu les Ordres sacrés, mais cette affirmation est des plus fantaisistes et ne s’accorde point avec la tradition.

   Ayant fait ses adieux à sa famille, notre pèlerin prit la route du nord.
Mais pas la plus courte : au lieu de se diriger vers la Provence, il décida de passer par la Norique et la Rhétie (c’est-à-dire l’Autriche et le Tyrol actuels), puis de traverser la Bavière et, en franchissant le Rhin, de gagner enfin cette Gaule qui est en train de devenir la Francia.
Au printemps 566, il vient d’arriver à Metz où la ville célèbre le mariage de son Roi : Sigebert 1er, petit-fils de Clovis, souverain d’Austrasie, qui convolait avec une princesse wisigothe d’Espagne qui fera parler d’elle : Brunehaut.

   Les jeunes mariés s’entichent du poète qu’ils retiennent à la cour, où il est adulé par la haute société franque. Quand on compare Brunehaut à Vénus et Sigebert à Achille, cela ne reste pas sans contrepartie, pourrait-on dire avec un brin de causticité, puisque notre poète se retrouve merveilleusement à l’abri de tous besoins, et que la faveur des souverains lui servira à l’avenir de recommandation appréciable…

   Bref ! Au printemps 568, Venance Fortunat se trouve encore à Metz, quand il semble prendre conscience que Saint Martin n’avait pas mis autant de temps pour le guérir qu’il n’en met pour l’aller remercier.
Sigebert consent donc à le laisser poursuivre son pèlerinage, en lui attribuant un officier qui devait pourvoir à ses besoins et à sa sécurité.

Venance Fortunat en déplacement dans les Gaules - Blogue 3

   A Tours, Venance se lia d’amitié avec l’évêque : Saint Euphrône (+ 4 août 573), qu’il considèrera désormais comme un père spirituel.
Tout comme le Roi Sigebert 1er, qui avait pour elle une très haute estime et une grande vénération (elle avait été l’une des épouses de son père Clotaire 1er) et qui lui avait remis une lettre de recommandation pour Sainte Radegonde, Saint Euphrône, lui aussi, engagea le pèlerin à se rendre à Poitiers, qui n’était qu’à une trentaine de lieues.

   En ce début d’été 568, Venance Fortunat a appris avec consternation l’invasion des Lombards en Italie : tout y est à feu et à sang.
Il sait désormais qu’il ne reverra ni sa patrie ni sa famille…

   En revanche, il vient de se découvrir une nouvelle patrie : le Poitou ; et une nouvelle famille : l’abbaye Sainte-Croix (en rigueur elle ne s’appelle pas encore ainsi lors de leur rencontre), fondée par la sainte Reine et moniale Radegonde.
« Depuis plus de dix ans elle vivait dans son monastère de Sainte-Croix d’où le parfum de ses vertus, la renommée de son savoir, la délicatesse de son esprit attiraient vers elle les regards du monde » (Mgr. Paul Guérin, in « Les Petits Bollandistes » tome XIV p.297). Tout de suite, Venance l’admira. « De son côté, la grande Sainte découvrit dans Fortunat l’alliance si rare d’une piété éclairée qui allait à la sienne, et d’un génie élevé qui ne lui plaisait pas moins. Une douce et pieuse sympathie lia donc bientôt ces deux âmes que le ciel destinait à ne plus être séparées que par la mort » (ibid.).

   Cédant aux instances de la sainte Reine, et de l’abbesse Agnès, Venance Fortunat, sans qu’il eût à se faire trop de violence, s’établit à Poitiers.
Ses compétences en droit et son éloquence furent une aide précieuse aux moniales pour défendre leurs droits en plus d’une occurrence. Mais surtout, progressant dans les sciences théologique et scripturaire, grâce aux précieux manuscrits qui étaient recopiés à l’abbaye, et profitant de l’émulation spirituelle qui lui était en quelque sorte imposée par l’amitié de Radegonde, le poète mondain devint un homme de haute spiritualité.
En 576, âgé de 46 ans, il fut admis dans le clergé du diocèse de Poitiers et ordonné prêtre.

   Tout naturellement il fut nommé aumônier de l’abbaye.

Venance Fortunat aumônier à Poitiers - Blogue 4

    Un événement, survenu en 569, avait déjà contribué à mettre en lumière, en effet, que, dans l’aura de Sainte Radegonde, le poète de cour était devenu un chantre inspiré des plus hautes réalités sacrées : ce fut la susception (mot spécifique au langage liturgique pour signifier la réception) à Poitiers d’une relique du bois de la Croix que, grâce à l’appui de Sigebert 1er et de plusieurs influents prélats des Eglises des Gaules, Sainte Radegonde obtint de l’Empereur d’Orient Justin II.

  Les hymnes composées par Venance Fortunat pour les processions d’arrivée de la très précieuse relique dans la ville, portée par Saint Euphrône de Tours, et leur réception à l’abbaye fondée par Radegonde (c’est alors qu’elle prend le vocable de la Sainte Croix) sont du nombre des plus sublimes de tout l’hymnaire de la liturgie latine, qui, depuis lors, les a insérées dans ses offices les plus dramatiquement importants de l’année : matines, laudes et vêpres de la Semaine Sainte, ainsi qu’à la Messe des Présanctifiés du Vendredi Saint.

   Tous les plus grands noms du clergé des Gaules avait applaudi avec une intense émotion spirituelle à la découverte des hymnes religieuses du poète : Saint Euphrône de Tours, bien sûr, ainsi que son futur successeur, Saint Grégoire, mais aussi Saint Germain de Paris, Saint Félix de Nantes, Saint Avit de Clermont et beaucoup d’autres…

Susception de la Croix - Blogue 5

   Sainte Radegonde rendit son âme à Dieu le 13 août 587, âgée d’environ 67 ans.
Ce fut Saint Grégoire de Tours qui vint célébrer ses funérailles : il avait succédé à Saint Euphrône en 573, et il était lui aussi devenu un ami proche de Venance Fortunat, en même temps qu’un lecteur admiratif de ses œuvres.

   En 597, alors qu’il est dans sa soixante-huitième année, Venance est élu, à la quasi unanimité, pour succéder à l’évêque de Poitiers qui vient de décéder : « Dès ce moment, il s’appliqua avec le zèle et l’activité de la jeunesse aux grands devoirs d’un pasteur accompli » (Mgr. Paul Guérin, in « Les Petits Bollandistes » tome XIX p. 299).

   C’est dans cette partie de sa vie qu’il rédigea « une explication du Symbole et celle du Pater en forme d’homélies au peuple qu’il devait nourrir de la Parole de Dieu. Ces ouvrages nous sont restés et témoignent avec beaucoup d’autres, que cette belle imagination qui avait si souvent et sur tant de sujets inspiré son langage poétique, n’en était pas moins empreinte des grandes et solennelles pensées qui rendent les choses de la foi sous des traits capables de la faire aimer » (ibid.).

   Saint Venance Fortunat, outre ses compositions poétiques, profanes ou religieuses, a également été un hagiographe : il a rédigé les vies en prose de Saint Germain de Paris, Saint Médard de Noyon, Saint Remi de Reims, Saint Aubin d’Angers, Saint Marcel, et, bien évidemment, de Sainte Radegonde. 

Venance Fortunat évêque de Poitiers - Blogue 6

   Les historiens ne s’accordent pas sur l’année de sa mort : certains le font mourir en l’an 600 (70 ans), et d’autres en 601 (71 ans), mais aujourd’hui, dans l’état actuel de nos connaissances, le plus grand nombre des historiens incline plutôt pour l’année 609 (79 ans).

   En revanche, semblable hésitation n’existe pas pour ce qui concerne le jour, parce que le diocèse de Poitiers a toujours célébré sa fête à la date du 14 décembre, qui semble bien être celle de son trépas – son dies natalis : jour de naissance (sous entendu dans la vie éternelle) – puisqu’on ne fait par ailleurs aucune mention de translation solennelle (le jour des translations devenant assez fréquemment un jour de fête liturgique).

   Il fut inhumé dans l’abside de la basilique de Saint-Hilaire.

   J’ignore, mes chers Amis, si vous connaissiez déjà la vie de Saint Venance Fortunat, mais je souhaiterais qu’elle soit pour vous une source d’émerveillement et de joie spirituelle, autant qu’elle le fut pour moi lorsque je l’ai découverte. J’ai eu grand plaisir à l’enluminer de mes modestes compositions, et, si je vous laisse maintenant, c’est parce que je veux aller rechercher, pour la pouvoir chanter dans une dizaine de jours, l’hymne qu’il composa en l’honneur de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ… 

Patte de chat Tolbiac.

Venance conclusion par Tolbiac - Blogue 7

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