Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2016-46. « Il n’est si élevé en gloire que parce qu’il a mené une vie intérieure. »

21 juin, fête de Saint Louis de Gonzague.

Ceux qui connaissent bien notre Frère Maximilien-Marie savent qu’en sus de Saint Maximilien-Marie Kolbe, il a pour célestes protecteurs de sa vie religieuse Saint Louis de Gonzague et Saint Gabriel dell’Addolorata : si l’on devait énoncer son nom complet de vie religieuse, il faudrait donc dire « Frère Maximilien-Marie Gabriel Gonzague du Sacré-Coeur », mais il faut bien reconnaître que ce serait un peu long… surtout pour l’appeler en cas d’urgence ou d’incendie !

Bien évidemment, chaque 21 juin est – vous le comprenez – un jour de particulières allégresse et ferveur en notre Mesnil-Marie. Dans notre oratoire, une veilleuse est allumée devant les reliques de Saint Louis de Gonzague, et aux prières habituelles nous ajoutons quelques exercices spécifiques en l’honneur de ce très grand saint.

J’ai décidé aujourd’hui de publier ci-dessous à votre intention la traduction en français d’un texte remarquable, transcrivant une vision de Sainte Marie-Madeleine de Pazzi qui eut lieu le 4 avril 1600, soit à peine neuf ans après la mort de Saint Louis de Gonzague (21 juin 1591).
C’est une traduction bien imparfaite, comme toute traduction : le texte original est en effet en dialecte florentin du XVIIe siècle et possède une saveur intraduisible.
Néanmoins il n’est pas inutile de savoir qu’à peine neuf ans après sa mort à Rome, Dieu a tenu à montrer à cette carmélite florentine l’incommensurable gloire de ce saint de 23 ans et à lui faire savoir ce qui était la cause d’une si grande gloire : sa vie intérieure.

J’ai illustré ce court texte avec des photographies prises par Frère Maximilien-Marie dans la chapelle de Saint Claude de La Colombière, à Paray-le-Monial, puisque, en effet, l’une des absidioles y est dédiée à Saint Louis de Gonzague et que son programme iconographique y conjugue la mosaïque et le vitrail pour représenter cette vision de Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi et la gloire du jeune saint. 

Lully.                  

Vision de Ste Marie-Madeleine de Pazzi - chapelle de La Colombière

« Qu’elle est grande la gloire de Louis, fils d’Ignace ! »
Vision de Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi
mosaïque et vitrail de la chapelle de La Colombière à Paray-le-Monial.

frise avec lys naturel

« Oh, quelle gloire est la gloire de Louis, fils d’Ignace ! 
Je ne l’aurais jamais cru si mon Jésus ne me l’avait fait voir !
Je n’aurais jamais imaginé qu’il y eût autant de gloire dans le Ciel que j’en vois dans Louis !

Je voudrais pouvoir parcourir tout l’univers et dire que Louis, fils d’Ignace, est un grand saint !
Et je voudrais faire connaître sa gloire à tout le monde, afin que Dieu en fût glorifié !

Il n’est si élevé en gloire que parce qu’il a mené une vie intérieure.
Qui pourrait apprécier le mérite et la vertu de la vie intérieure ?
Non ! Il n’y aura jamais aucune comparaison à faire entre les actes intérieurs et les extérieurs…

Louis fut un martyr inconnu : quiconque Vous aime, ô mon Dieu, Vous connaît si grand, si infiniment aimable !
Quel martyre ne fut-ce pas pour lui de voir qu’il ne pouvait Vous aimer autant qu’il désirait Vous aimer ; de voir que Vous n’étiez pas connu de toutes Vos créatures ; que Vous n’étiez pas aimé ; qu’au contraire Vous en étiez offensé !

Oh ! Combien Louis aima-t-il sur la terre ! Et maintenant, dans le Ciel, il jouit de Dieu dans une grande plénitude d’amour… »

Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi, in « Probatione », parte seconda.

Vitrail de St Louis de Gonzague -chapelle de La Colombière

Vitrail de Saint Louis de Gonzague
chapelle de La Colombière à Paray-le-Monial.

Voir aussi :
- « Saint Louis de Gonzague et la garde des sens » : BD et prière > ici
- Prière « O Domina mea » attribuée à Saint Louis de Gonzague > ici

Supplication au Coeur Eucharistique de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Dans un certain nombre de diocèses et congrégations religieuses, au jeudi dans l’octave du Sacré-Coeur avait été instituée la fête du Coeur eucharistique de Notre-Seigneur : fête bien oubliée aujourd’hui…
Après la prière composée par le Rd Père Lépidi, Maître du Sacré Palais au temps de Saint Pie X et de Benoît XV que nous avons déja publiée (cf. > ici), en voici une autre trouvée sur une ancienne image de dévotion.

 

le Sacré-Coeur et l'Eucharistie

 

Seigneur Jésus, Fils de Dieu Sauveur,
consacrez-moi Vous-même à Votre Cœur Eucharistique :
inculquez m’en la douceur et l’humilité.

Apprenez-moi à faire,
à Votre exemple,
ma nourriture de la volonté du Père,
afin que, par ma prière et mes œuvres, je Lui rende gloire,
en Lui demandant de hâter Son règne par Votre venue,
et en appelant sur l’Eglise et le monde
une effusion accrue de Votre Esprit d’amour.

Seigneur,
recevez-moi dans le Cœur Immaculé de Votre Mère très sainte :
qu’elle soit mon guide et m’accompagne avec Vous
dans l’accomplissement du Pur Vouloir du Père
sous la conduite de Votre Esprit d’amour.

Ainsi soit-il !

Sainte Eucharistie

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous |on 9 juin, 2016 |1 Commentaire »

2016-40. Déposition de frère Jean Pasquerel au procès de Jeanne d’Arc.

30 mai,
Fête de Sainte Jeanne d’Arc.

Nous avons déjà publié dans les pages de ce blogue les témoignages de Jean Massieu sur la mort de Sainte Jeanne d’Arc (cf. > ici) et des dominicains qui assistèrent Jeanne en son supplice (cf. > ici). Voici aujourd’hui la déposition de Frère Jean Pasquerel, de l’Ordre des Ermites de Saint-Augustin, lorsqu’il fut interrogé par les juges de Jeanne lors du procès de Rouen, à la fin du mois de février 1431.
Frère Jean Pasquerel entendit parler de Jeanne alors qu’il s’était rendu au Grand Pardon du Puy-en-Velay, le Vendredi-Saint 25 mars 1429, jubilé auquel participait également Isabelle Romée, mère de Jeanne. Tout ce que l’on sait de lui est contenu dans cette déposition au procès : il était « lecteur » – c’est-à-dire professeur – au couvent des Ermites de Saint-Augustin de Tours et se mit au service de Jeanne qui fit de lui son aumônier et confesseur.

Maurice Denis - Communion de Jeanne d'Arc avant le combat

Maurice Denis (1870-1943) : Sainte Jeanne d’Arc communiant avant le combat

Déposition de frère Jean Pasquerel, ermite de Saint-Augustin et aumônier de Jeanne, à son procès :

J’étais au Puy (note 1), où se trouvait la mère de Jeanne, ainsi que quelques-uns de ceux qui l’avaient menée au roi quand j’ouïs parler pour la première fois de Jeanne et de sa venue à la cour. Ces gens, ayant fait connaissance avec moi, me dirent : « Il faut venir avec nous près de Jeanne. Nous ne vous laisserons que quand nous vous aurons conduit auprès d’elle ». Je vins donc avec eux à Chinon, puis à Tours.

J’étais précisément lecteur dans un couvent de cette ville. A Tours, Jeanne demeurait pour lors au logis de Jean Dupuy, bourgeois de la ville. Nous l’y rencontrâmes. Mes compagnons lui dirent : « Jeanne, nous vous avons amené ce bon Père. Quand vous le connaîtrez bien, vous l’aimerez bien ». Jeanne leur répondit : « Le bon Père me rend bien contente. J’ai déjà entendu parler de lui et dès demain je me veux confesser à lui ». Le lendemain je l’ouïs en confession, et je chantai la messe devant elle. Depuis cette heure, j’ai toujours suivi Jeanne et n’ai cessé d’être son chapelain jusqu’à Compiègne.

On m’a dit que quand Jeanne vint au roi, elle fut, à deux reprises, visitée par des femmes. On voulait savoir ce qu’il en était d’elle, si elle était homme ou femme, déshonorée ou vierge. Elle fut trouvée femme, mais vierge et pucelle. Elle fut notamment visitée, paraît-il, par la dame de Gaucourt et par la dame de Trèves.

Au moment où Jeanne entrait au château de Chinon pour aller parler au roi, un cavalier se mit à dire : « N’est-ce pas là la Pucelle ? Jarnidieu ! si je l’avais une nuit, je ne la rendrais pas telle que je l’aurais prise. —Ha ! lui dit Jeanne, en nom Dieu, tu Le renies et tu es si près de la mort ! »
Moins d’une heure après, cet homme tomba dans l’eau et se noya. Je tiens ce fait de la bouche de Jeanne et de plusieurs autres personnes qui déclaraient avoir été présentes.

Le seigneur comte de Vendôme introduisit Jeanne dans la chambre du roi. Le roi l’apercevant lui demanda son nom. Elle dit : « Gentil dauphin, j’ai nom Jeanne la Pucelle, et vous mande le Roi des cieux par moi que vous serez sacré et couronné à Reims, et que vous serez le lieutenant du Roi des cieux qui est roi de France ».
Après beaucoup de questions du roi, Jeanne reprit : « Je te dis de la part de Messire que tu es vrai héritier de France et fils du roi, et Il m’envoie à toi pour te conduire à Reims afin que tu y reçoives ton couronnement et ton sacre, si tu en as la volonté ».
A la suite de cet entretien, le roi dit à son entourage que Jeanne lui avait parlé de certaines choses secrètes que nul ne savait ni ne pouvait savoir hormis Dieu, et qu’ainsi il avait bien confiance en elle.
Tout ce que je viens de dire je le tiens de Jeanne, car je ne fus témoin de rien.

Jeanne me disait qu’elle était vexée de tant d’interrogatoires ; qu’on l’empêchait de faire sa besogne, qu’elle était impatiente d’agir, qu’il en était temps.

Elle avait demandé aux messagers de son Seigneur — son Seigneur c’était Dieu — ce qu’elle devait faire. Ils lui dirent de prendre l’étendard. Elle se fit donc faire un étendard où était représenté notre Sauveur assis en jugement sur les nuées du ciel, et où figurait un ange, tenant en ses mains une fleur de lis que le Sauveur bénissait. J’étais à Tours quand cet étendard y fut bénit.

Jeanne était très dévote envers Dieu et la bienheureuse Marie. Elle se confessait presque chaque jour et communiait fréquemment. Quand elle était en un lieu où il y avait un couvent de mendiants, elle me disait de lui remémorer les jours où les petits enfants des mendiants (note 2) recevaient le sacrement de l’Eucharistie, pour qu’elle communiât avec eux. Et c’était son plaisir de communier avec les petits enfants des mendiants. Quand elle se confessait, elle pleurait.

Ayant quitté Tours pour aller à Orléans, nous fûmes à Blois deux ou trois jours environ, attendant les vivres qu’on y chargeait sur les bateaux.
A Blois, Jeanne me dit de faire faire une bannière autour de laquelle se rassembleraient les prêtres et d’y faire peindre l’image de Notre-Seigneur crucifié. La bannière une fois terminée, Jeanne, chaque jour, matin et soir, me faisait convoquer tous les prêtres. Ceux-ci, réunis, chantaient des antiennes et des hymnes en l’honneur de la bienheureuse Marie.
Jeanne était avec eux. Elle ne permettait à aucun homme d’armes d’y être s’il ne s’était confessé le jour même, et elle les avisait tous de se confesser pour venir à la réunion, vu que tous les prêtres qui en étaient se tenaient prêts à recevoir tout pénitent de bonne volonté.
Le jour où on quitta Blois pour aller à Orléans, Jeanne fit rassembler tous les prêtres. La bannière en tête, ils ouvrirent la marche. Les hommes d’armes suivaient. Le cortège sortit de la ville, par le côté de la Sologne, en chantant : Veni creator Spiritus, et plusieurs autres antiennes.

Ce Jour-là et le lendemain on coucha dans les champs.
Le troisième jour, on arriva en vue d’Orléans. Les gens d’armes du roi, qui menaient un convoi de vivres, s’avancèrent jusque dans le voisinage de l’ennemi, si bien que Français et Anglais pouvaient, avec leurs yeux, se dévisager mutuellement. Mais la rivière était en ce moment si basse que les bateaux ne pouvaient monter ni venir jusques à la rive où étaient les Anglais. Heureusement, comme par un coup soudain, une crue d’eau se fit. Les bateaux purent aborder. Jeanne y entra avec des hommes d’armes et pénétra dans Orléans.

Pour moi, sur l’ordre de Jeanne, je retournai à Blois avec les prêtres et la bannière.
Peu de jours après, à la suite d’une quantité d’hommes d’armes, je vins à Orléans, par la Beauce, avec la bannière et les prêtres, sans aucun empêchement. Jeanne vint à notre rencontre et nous entrâmes tous ensemble dans la ville. Il n’y eut pas de résistance : nous fîmes entrer le convoi sous les yeux mêmes des Anglais. C’était merveilleux.
Les Anglais étaient en grande puissance et en grande multitude, excellemment armés et prêts au combat ; ils voyaient bien que ces gens du roi faisaient maigre figure vis-à-vis d’eux. Ils nous voyaient, ils entendaient chanter nos prêtres au milieu desquels je me trouvais portant la bannière. Eh bien ! ils demeurèrent tous impassibles et n’attaquèrent ni les clercs ni les hommes d’armes.
A peine étions-nous à Orléans que, pressés par Jeanne, les hommes d’armes sortirent de la ville pour aller attaquer les Anglais et donner l’assaut à la bastille Saint-Loup.
Ce jour-là, d’autres prêtres et moi, nous rendîmes après dîner, au logis de Jeanne. Au moment où nous arrivions, nous l’entendîmes qui criait : « Ou sont ceux qui me doivent armer ? Le sang de nos gens coule à terre ». Ayant été armée, elle sortit précipitamment et courut à la bastille Saint-Loup où avait lieu l’attaque. En route, Jeanne rencontra plusieurs blessés ; elle en eut très grande douleur. Peu après, elle marcha avec les autres à l’assaut et fit si bien que, violemment et par force, la bastille fut prise. Ceux qui s’y trouvaient furent faits prisonniers.
Je me rappelle que cet assaut eut lieu la veille de l’Ascension. Il y eut là force Anglais mis à mort. Jeanne s’en affligeait beaucoup, parce que, disait-elle, ces pauvres gens avaient été tués sans confession ; et elle les plaignait fort.
Sur place elle se confessa à moi. En même temps elle me prescrivit d’avertir publiquement tous les hommes d’armes de confesser leurs péchés et de rendre grâces à Dieu de la victoire obtenue ; sinon, elle ne les aiderait plus et même ne resterait pas en leur compagnie.

Ce même jour, veille de l’Ascension, Jeanne dit que dans cinq jours le siège d’Orléans serait levé et qu’il ne resterait plus un seul Anglais devant la ville. Or tel fut l’événement.

Ainsi, comme je l’ai dit, nous prîmes ce jour-là la bastille de Saint-Loup. Elle renfermait plus de cent hommes d’élite et bien armés. Il n’y en eut pas un qui ne fût tué ou pris.
Le soir de ce jour, étant en mon logis, Jeanne me dit que le lendemain, qui était le jour de l’Ascension de Notre-Seigneur, elle s’abstiendrait de guerroyer et de s’armer par révérence de cette fête solennelle ; et que ce jour-là elle voulait se confesser et communier. Ce qu’elle fit.
Elle ordonna que nul ne sortît le lendemain de la ville et allât attaquer ou faire assaut, qu’il ne se fût préalablement confessé.
Elle dit encore qu’on veillât que les femmes dissolues ne fissent partie de sa suite, car, à cause de leurs péchés, Dieu permettrait qu’on eût le dessous.

C’est en ce jour de l’Ascension que Jeanne écrivait aux Anglais retranchés en leurs bastilles en cette manière (5 mai 1429) :
« Vous, hommes d’Angleterre, qui n’avez aucun droit en ce royaume de France, le Roi des cieux vous mande et ordonne par moi Jehanne la Pucelle, que vous quittiez vos bastilles et retourniez en vos pays. Sinon je ferai de vous un tel hahu (note 3) qu’il y en aura perpétuelle mémoire. Voilà ce que je vous écris pour la troisième et dernière fois, et je ne vous écrirai plus ». Ainsi signé : « JHÉSUS MARIA, Jehanne la Pucelle ».
« Je vous aurais envoyé mes lettres plus honnêtement ; mais vous retenez mes hérauts ; vous avez retenu mon héraut Guyenne. Veuillez me le renvoyer et je vous renverrai quelques-uns de vos gens qui ont été pris à la bastille Saint-Loup ; car ils ne sont pas tous morts ».
La lettre écrite, Jeanne prit une flèche, attacha au bout la missive avec un fil et ordonna à un archer de la lancer aux Anglais en criant : « Lisez, ce sont nouvelles». La flèche arriva aux Anglais avec la lettre. Ils lurent la lettre, puis ils se mirent à crier avec très, grandes clameurs : « Ce sont nouvelles de la putain des Armagnacs ».
A ces mots Jeanne se mit à soupirer et à pleurer beaucoup, invoquant le Roi des cieux à son aide. Bientôt elle fut consolée, parce que, disait-elle, elle avait eu des nouvelles de son Seigneur.

Le soir, après souper, Jeanne me dit qu’il faudrait le lendemain me lever plus tôt que je n’avais fait le jour de l’Ascension et que je la confesserais de très grand matin.
En conséquence, le lendemain vendredi, je me levai dès la pointe du jour ; je confessai Jeanne et je chantai la messe devant elle et tous ses, gens. Puis, elle et les hommes d’armes allèrent à l’attaque, qui dura du matin jusqu’au soir.
Ce jour-là, la bastille des Augustins fut prise après un grand assaut.
Jeanne, qui avait l’habitude de jeûner tous les vendredis, ne le put cette fois parce qu’elle avait, eu trop à faire. Ainsi elle soupa. Elle venait d’achever son repas lorsque vint à elle un noble et vaillant capitaine dont je ne me rappelle pas le nom. Il dit à Jeanne : « Les capitaines ont tenu leur conseil. Ils ont reconnu qu’on était bien peu de Français, eu égard au nombre des Anglais, et que c’était par une grande grâce de Dieu qu’ils avaient obtenu quelques avantages. La ville étant pleine de vivres, nous pouvons tenir en attendant le secours du roi. Dès lors le conseil ne trouve pas expédient que les hommes d’armes fassent demain une sortie ». Jeanne répondit : « Vous avez été à votre conseil ; j’ai été au mien. Or, croyez que le conseil de mon Seigneur s’accomplira et tiendra et que le vôtre périra ». Et s’adressant à moi qui étais près d’elle : « Levez-vous demain de très grand matin, encore plus, que vous ne l’avez fait aujourd’hui, et agissez le mieux que vous pourrez. Il faudra vous tenir toujours près de moi, car demain j’aurai fort à faire et plus ample besogne que je n’ai jamais eue. Et il sortira demain du sang de mon corps au-dessus du sein ».
Donc, le lendemain samedi, dès la première heure, je me levai et célébrai la messe. Puis Jeanne alla à l’assaut de la bataille du Pont où était l’Anglais Clasdas (Glasdale).
L’assaut dura depuis le matin jusqu’au coucher du soleil sans interruption. A cet assaut, l’après-dîner, Jeanne, comme elle l’avait prédit, fut frappée d’une flèche au-dessus du sein. Quand elle se sentit blessée, elle craignit et pleura, et puis fut consolée, comme elle disait.
Quelques hommes d’armes la voyant ainsi blessée voulurent la charmer. Mais elle refusa, et dit : « J’aimerais mieux mourir que de faire chose que je susse être un péché ou contraire à la volonté de Dieu. Je sais, bien que je dois mourir un jour ; mais je ne sais ni quand, ni où, ni comment, ni à quelle heure. S’il peut être apporté remède à ma blessure sans péché, je veux bien être guérie ».
On appliqua sur la blessure de l’huile d’olive dans du lard ; et ce pansement fait, Jeanne se confessa à moi en pleurant et se lamentant. Ensuite, elle retourna derechef à l’assaut, en criant : « Clasdas, Clasdas, ren-ti, ren-ti au Roi des cieux ! Tu m’as appelée putain ; j’ai grand’pitié de ton âme et de celle des tiens ».
A cet instant, Clasdas, armé de la tête aux pieds, tomba dans le fleuve de la Loire et fut noyé, Jeanne, émue de pitié, se mit à pleurer fortement pour l’âme de Clasdas et des autres, noyés là en grand nombre.

J’ai souvent ouï Jeanne assurer qu’il n’y avait dans son fait qu’un pur ministère ; et quand on lui disait : « Mais rien de tel ne s’est vu comme ce qui se voit en votre fait : en aucun livre on ne lit telles choses », elle répondait : « Mon Seigneur a un livre dans lequel onques nul clerc n’a lu, tant soit-il parfait en cléricature ».

lys.gif

Note 1 : Frère Jean Pasquerel s’était rendu au Puy-en-Velay pour le Grand Pardon du Vendredi-Saint 25 mars 1429 (pour le Jubilé du Puy, voir > ici).
Note 2 : « les petits enfants des mendiants » : les enfants catéchisés par les religieux mendiants.
Note 3 : « un tel hahu » ou « un tel hahaye » : le mot est difficilement lisible dans les minutes du procès… et s’il s’agit bien de « hahu » ou de « hahaye », on ne connaît pas ce mot, si bien que beaucoup de ceux qui reproduisent cette lettre de Jeanne prennent le parti d’omettre cette phrase. S’agit-il d’une espèce d’onomatopée ? S’agit-il d’un mot dialectal plus ou moins déformé ? De toute façon, on comprend très bien l’idée que Jeanne a voulu exprimer…

Blason de Sainte Jeanne d'Arc

Lire aussi :
- « A Jeanne d’Arc » : cantique du Père Donceur et prière pour la France > ici
- Jeanne d’Arc, sainte de la Légitimité dynastique > ici

2016-39. « Il est là dans le Sacrement de Son amour… »

A l’occasion de la fête du Très Saint-Sacrement qui, rappelons-le, dans l’Eglise universelle est célébrée, selon les demandes mêmes de Notre-Seigneur, le jeudi de la semaine qui suit le dimanche de la Sainte Trinité, et dont la solennité, dans les pays où ce jeudi n’est pas férié, est reportée au dimanche suivant, il est bon de relire et de méditer les paroles si simples et si profondes par lesquelles le Saint Curé d’Ars enseignait à ses ouailles l’amour et la dévotion envers la Sainte Eucharistie.

Rappels :
- Le miracle de Bolsena > ici
- Sainte Julienne du Mont-Cornillon et l’institution de la Fête-Dieu > ici
- Institution de la Fête-Dieu dans le diocèse de Liège > ici
- Institution de la Fête-Dieu par Urbain IV > ici
- Constitution apostolique « Transiturus » > ici
- Le Pain des forts > ici

frise avec lys naturel

Ciboire du Saint Curé d'Ars

Tabernacle et ciboire du Saint Curé d’Ars

« Il est là dans le Sacrement de Son amour… »

« Notre-Seigneur est là, caché, qui attend que nous venions Le visiter et Lui faire nos demandes… Voyez comme Il est bon ! Il S’accomode à notre faiblesse.

Dans le Ciel, où nous serons triomphants et glorieux, nous Le verrons dans toute Sa gloire ; s’Il se fût présenté maintenant avec cette gloire devant nous, nous n’aurions pas osé L’approcher ; mais Il Se cache comme une personne qui serait dans une prison et nous dit : « Vous ne Me voyez pas, mais ça ne fait rien. Demandez-Moi tout ce que vous voudrez, Je vous l’accorderai. »

Il est là dans le Sacrement de Son amour, qui soupire et intercède sans cesse auprès de Son Père pour les pécheurs.
A quels outrages n’est-Il pas exposé pour rester au milieu de nous ?

Il est là pour nous consoler ; aussi devons-nous Lui rendre visite souvent.
Combien un petit quart d’heure que nous dérobons à nos occupations, à quelques inutilités, pour venir Le prier, Le visiter, Le consoler de toutes les injures qu’Il reçoit, Lui est agréable !
Lorsqu’Il voit venir avec empressement les âmes pures, Il leur sourit. Elles viennent, avec cette simplicité qui Lui plaît tant, Lui demander pardon pour tous les pécheurs des insultes de tant d’ingrats…

Tenez, mes enfants, quand vous vous éveillez dans la nuit, transportez-vous vite en esprit devant le tabernacle, et dites à Notre-Seigneur : « Mon Dieu, me voilà. Je viens Vous adorer, Vous louer, Vous bénir, Vous remercier, Vous aimer, Vous tenir compagnie avec les anges. »
Dites les prières que vous savez et, si vous vous trouvez dans l’impossibilité de prier, cachez-vous derrière votre ange gardien, et chargez-le de prier à votre place.

Quand vous entrez à l’église et que vous prenez de l’eau bénite, quand vous portez la main à votre front pour faire le signe de la Croix, regardez le tabernacle : Notre-Seigneur Jésus-Christ l’entrouvre au même moment pour vous bénir.

Si nous avions les yeux des anges, en voyant Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est ici présent sur cet autel, et qui nous regarde, comme nous L’aimerions !
Nous ne voudrions plus nous en séparer ; nous voudrions toujours rester à Ses pieds : ce serait un avant-goût du Ciel ; tout le reste nous deviendrait insipide.
Mais voilà ! C’est la foi qui manque. Nous sommes de pauvres aveugles ; nous avons un brouillard devant les yeux. La foi seule pourrait dissiper ce brouillard…
Demandez-Lui donc qu’Il vous ouvre les yeux du coeur ; dites-Lui comme l’aveugle de Jéricho : « Seigneur, faites que je voie !… »

Lorsque nous sommes devant le Saint-Sacrement, au lieu de regarder autour de nous, fermons nos yeux et ouvrons notre coeur : le Bon Dieu ouvrira le Sien.
Nous irons à Lui, Il viendra à nous ; l’un pour demander, l’Autre pour recevoir : ce sera comme un souffle de l’un à l’Autre.
Que de douceur ne trouvons-nous pas à nous oublier pour chercher Dieu !

C’est comme dans les premiers temps que je me trouvais à Ars. 
il y avait un homme qui ne passait jamais devant l’église sans y entrer : le matin quand il allait au travail, le soir quand il en revenait, il laissait à la porte sa pelle et sa pioche, et il restait longtemps en adoration devant le Saint-Sacrement.
J’aimais bien ça !
Je lui ai demandé ce qu’il disait à Notre-Seigneur pendant ces longues visites qu’il Lui faisait… Savez-vous ce qu’il m’a répondu ? « Monsieur le curé, je ne Lui dis rien. Je L’avise et Il m’avise : je Le regarde et Il me regarde ».
Que c’est beau !… »

Extrait des sermons de Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars.

le Saint Curé d'Ars en adoration

Le Saint Curé d’Ars en adoration

frise avec lys naturel

2016-38. De la fête de Marie Auxiliatrice et de l’importance qu’elle revêt en notre Mesnil-Marie.

Mardi 24 mai 2016,
Fête de Marie Auxiliatrice.

Tableau de Marie Auxiliatrice - Turin

Célèbre tableau de Marie Auxiliatrice
dans la basilique du même nom édifiée par Saint Jean Bosco à Turin.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Chaque 24 mai ramène la fête de Marie Auxiliatrice : cette fête ne figure pas au calendrier universel mais, dans le missel de 1962, on la trouve parmi les formulaires des fêtes « pro aliquibus locis – propres à certains lieux ». 

Le nom de « Marie Auxiliatrice », popularisé par Saint Jean Bosco, est en réalité la transcription du vocable latin : Auxilium christianorum (secours des chrétiens) donné à la Très Sainte Vierge Marie depuis de très nombreux siècles.
En effet, la Sainte Mère de Dieu, a toujours été considérée par les fidèles comme une aide privilégiée, un secours efficace, une auxiliatrice puissante, dans leurs plus urgentes détresses, et très spécialement lorsque la Chrétienté se trouvait menacée par les invasions des cruels infidèles.
L’invocation « Auxilium christianorum, ora pro nobis » a été rajoutée au litanies de Lorette à la suite de la victoire de la flotte chrétienne sur celle du croissant, à Lépante, le 7 octobre 1571.

La fête du 24 mai est toutefois plus récente, puisqu’elle fut instituée par le pape Pie VII, en action de grâces pour la protection et le soutien qui lui avaient été accordés par la Madone, et pour sa délivrance des griffes du Buonaparte.

On se souvient en effet que, en représailles de la bulle d’excommunication fulminée contre lui à la suite de la spoliation des Etats de l’Eglise (10 juin 1809), le pseudo empereur des Français avait fait enlever le pape Pie VII et l’avait tenu prisonnier pendant cinq années, jusqu’à ce que sa situation politique et militaire le contraigne à restituer ses Etats au Souverain Pontife et à le libérer.
Le retour de Pie VII à Rome fut un véritable triomphe : lorsque son carosse arriva aux portes de la ville, le 24 mai 1814, les jeunes gens en dételèrent les chevaux et traînèrent eux-mêmes la voiture au milieu de la foule en liesse !
A peine dix mois plus tard, lorsque le Buonaparte, trahisant une fois de plus sa parole, quitta l’île d’Elbe, son affidé, Murat, roi de Naples, envahit les Etats Pontificaux et Pie VII dut à nouveau prendre la route de l’exil (22 mars 1815). Ces folies prirent heureusement fin avec la victoire de Waterloo, et Pie VII revint définitivement à Rome (7 juillet 1815) : c’est alors qu’il institua la fête de Marie Auxiliatrice, en lui assignant pour date le 24 mai, jour anniversaire de son premier retour à Rome.

24 mai 1814

L’entrée triomphale de Pie VII à Rome le 24 mai 1814

En notre Mesnil-Marie, cette belle fête, qui rappelle combien la Très Sainte Vierge Marie est présente et agissante pour soutenir et fortifier ses fidèles dans les épreuves et persécutions d’ici-bas, est en outre associée à un bel anniversaire : c’est en effet le 24 mai 2011 (cela fait donc cinq ans cette année), que, à l’occasion de la visite d’un prêtre ami, la Sainte Messe a été célébrée pour la première fois dans notre oratoire.

J’ai retrouvé une photo de l’autel, prise par Frère Maximilien-Marie juste avant le début de cette Messe du 24 mai 2011 en l’honneur de Marie Auxiliatrice :

24 mai 2011 - 1ère messe célébrée au Mesnil-Marie

L’oratoire du Mesnil-Marie le 24 mai 2011.

C’est l’occasion d’établir une comparaison avec une autre photo de notre oratoire prise en ce 24 mai 2016 : vous pourrez apprécier les progrès réalisés dans son aménagement.

Nous n’avions alors que le petit autel provenant de l’oratoire du noviciat de la Visitation de Sorgues (monastère qui a fermé en 2010).
Depuis lors, nous avons pu installer l’autel en noyer donné par une Mère Abbesse de Clarisses, qui a toujours soutenu et encouragé Frère Maximilien-Marie ; lui fabriquer un marchepied ; installer un éclairage électrique ; acheter des tapis ; changer la courtine placée en arrière de l’autel ; mettre en place des bancs ; disposer le gisant de Sainte Philomène sur le côté… etc. jusqu’à ce que, tout dernièrement, soit achevée l’armoire aux reliques.
Tous ces aménagements, patients et minutieux, réalisés la plupart du temps par notre Frère tout seul (et quelques rares fois aidé par des amis), ont été possibles grâce aux dons providentiels et à la générosité de nos amis et bienfaiteurs !

24 mai 2016 - oratoire du Mesnil-Marie

L’oratoire du Mesnil-Marie le 24 mai 2016.

Que de motifs d’actions de grâces donc en ce beau jour !

Merci à tous nos amis fidèles et à nos bienfaiteurs ; merci aux prêtres qui nous honorent de leur confiance et de leur amitié (et aujourd’hui d’une manière toute spécialement à l’abbé qui est venu le premier en ce 24 mai 2011 pour offrir ici le Saint Sacrifice de la Messe) ; merci à notre Sainte Mère du Ciel, notre protectrice et notre secours, notre Auxiliatrice en tous temps ; et merci par dessus tout à Dieu – cujus Providentia in sui dispositione non fallitur : dont la Providence ne se trompe pas dans ses dispositions (oraison du 7e dimanche après la Pentecôte, que frère Maximilien-Marie aime particulièrement et répète souvent) – auquel soit honneur et gloire à jamais !

Lully.

Monogramme Marie 2

Et pour continuer à nous aider > ici

2016-33. Discours de Sa Sainteté le Pape Pie XII à l’occasion de la canonisation de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

1716 – 28 avril – 2016

Troisième centenaire de la mort
de

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort

Chapelet

A l’occasion du troisième centenaire de la mort de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, nous pouvons relire et méditer le discours prononcé par Sa Sainteté le Pape Pie XII à l’adresse des pèlerins présents à Rome à l’occasion de la canonisation du grand missionnaire des provinces de l’Ouest de la France, qui avait été célébrée la veille, dimanche 20 juillet 1947 (note : en ce temps-là, le Souverain Pontife ne prêchait pas aux messes de canonisation, mais il s’adressait aux fidèles le lendemain lors d’une audience au cours de laquelle il mettait en lumière les exemples du nouveau saint).

Statue de Saint Louis-Marie basilique vaticane

Statue de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
dans la basilique vaticane.

Chapelet

Discours de
Sa Sainteté le Pape Pie XII
à l’adresse des pèlerins présents à Rome

à l’occasion de la canonisation de
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort

- 21 juillet 1947 -

Soyez les bienvenus, chers fils et chères filles, accourus en grand nombre pour assister à la glorification de Louis-Marie Grignion de Montfort, l’humble prêtre breton du siècle de Louis XIV, dont la courte vie, étonnamment laborieuse et féconde, mais singulièrement tourmentée, incomprise des uns, exaltée par les autres, l’a posé devant le monde « en signe de contradiction », « in signum, cui contradicetur » (Luc II, 34). Réformant, sans y penser, l’appréciation des contemporains, la postérité l’a rendu populaire, mais, par dessus encore le verdict des hommes, l’autorité suprême de l’Église vient de lui décerner les honneurs des saints.

Salut d’abord à vous, pèlerins de Bretagne et du littoral de l’Océan. Vous le revendiquez comme vôtre et il est vôtre en effet. Breton par sa naissance et par l’éducation de son adolescence, il est resté breton de cœur et de tempérament à Paris, dans le Poitou et en Vendée ; il le restera partout et jusqu’au bout, même dans ses cantiques de missionnaire, où par une pieuse industrie, — qui réussirait peut-être moins heureusement à une époque plus critique et volontiers gouailleuse, il adaptait des paroles religieuses aux airs populaires de son pays. Breton, il l’est par sa piété, sa vie très intérieure, sa sensibilité très vive, qu’une délicate réserve, non exempte de quelques scrupules de conscience, faisait prendre par des jeunes gens primesautiers, et par quelques-uns même de ses Supérieurs, pour gaucherie et singularité. Breton, il l’est par sa droiture inflexible, sa rude franchise, que certains esprits, plus complaisants, plus assouplis, trouvaient exagérée et taxaient avec humeur d’absolutisme et d’intransigeance.

C’est en l’épiant malicieusement à son insu, en le voyant et en l’entendant traiter avec les petits et les pauvres, enseigner les humbles et les ignorants, que plus d’un découvrit avec surprise, sous l’écorce un peu rugueuse d’une nature qu’il mortifiait et qu’il forgeait héroïquement, les trésors d’une riche intelligence, d’une inépuisable charité, d’une bonté délicate et tendre.

On a cru parfois pouvoir l’opposer à saint François de Sales, prouvant ainsi qu’on ne connaissait guère que superficiellement l’un et l’autre. Différents, certes, ils le sont, et voilà bien de quoi dissiper le préjugé qui porte à voir dans tous les saints autant d’exemplaires identiques d’un type de vertu, tous coulés dans un même moule ! Mais on semble ignorer complètement la lutte, par laquelle François de Sales avait adouci son caractère naturellement aigre, et l’exquise douceur avec laquelle Louis-Marie secourait et instruisait les humbles. D’ailleurs, l’amabilité enjouée de l’évêque de Genève ne l’a pas plus que l’austérité du missionnaire breton, mis à l’abri de la haine et des persécutions de la part des calvinistes et des jansénistes et, d’autre part, la rudesse fougueuse de l’un, aussi bien que la patience de l’autre au service de l’Église leur ont valu à tous les deux l’admiration et la dévotion des fidèles.

La caractéristique propre de Louis-Marie, et par où il est authentique breton, c’est sa ténacité persévérante à poursuivre le saint idéal, l’unique idéal de toute sa vie : gagner les hommes pour les donner à Dieu. À la poursuite de cet idéal, il a fait concourir toutes les ressources qu’il tenait de la nature et de la grâce, si bien qu’il fut en vérité sur tous les terrains — et avec quel succès ! — l’apôtre par excellence du Poitou, de la Bretagne et de la Vendée ; on a pu même écrire naguère, sans exagération, que « la Vendée de 1793 était l’œuvre de ses mains ».

Salut à vous, prêtres de tous les rangs et de tous les ministères de la hiérarchie ecclésiastique, qui portez tous sur le cœur ce souci, cette angoisse, cette « tribulation », dont parle saint Paul (2 Cor. I, 8) et qui est aujourd’hui, presque partout, le partage des prêtres dignes de leur beau nom de pasteurs d’âmes. Votre regard, comme celui de milliers de vos frères dans le sacerdoce, se lève avec fierté vers le nouveau saint et puise en son exemple confiance et entrain. Par la haute conscience qu’il avait de sa vocation sacerdotale et par son héroïque fidélité à y correspondre, il a fait voir au monde le vrai type — souvent si peu et si mal connu — du prêtre de Jésus Christ et ce qu’un tel prêtre est capable de réaliser pour la pure gloire de Dieu et pour le salut des âmes, pour le salut même de la société, dès lors qu’il y consacre sa vie tout entière, sans réserve, sans condition, sans ménagement, dans le plein esprit de l’Évangile. Regardez-le, ne vous laissez pas impressionner par des dehors peu flatteurs : il possède la seule beauté qui compte, la beauté d’une âme illuminée, embrasée par la charité ; il est pour vous un modèle éminent de vertu et de vie sacerdotale.

Salut à vous, membres des familles religieuses, dont Louis-Marie Grignion de Montfort a été le Fondateur et le Père. Vous n’étiez, de son vivant et lors de sa mort prématurée, qu’un imperceptible grain de froment, mais caché dans son cœur comme au sein d’une terre fertile, mais gonflé du suc nourricier de sa surhumaine abnégation, de ses mérites surabondants, de son exubérante sainteté. Et voici que la semence a germé, grandi, qu’elle s’est développée et propagée au loin, sans que le vent de la révolution l’ait desséchée, sans que les persécutions violentes ou les tracasseries légales aient pu l’étouffer.

Chers fils et chères filles, restez fidèles au précieux héritage que vous a légué ce grand saint ! Héritage magnifique, digne que vous continuiez, comme vous l’avez fait jusqu’à présent, à y dévouer, à y sacrifier sans compter vos forces et votre vie ! Montrez-vous les héritiers de son amour si tendre pour les humbles du plus petit peuple, de sa charité pour les pauvres, vous souvenant qu’il s’arrachait le pain de la bouche pour les nourrir, qu’il se dépouillait de ses vêtements pour couvrir leur nudité, les héritiers de sa sollicitude pour les enfants, privilégiés de son cœur, comme ils l’étaient du cœur de Jésus.

La charité ! voilà le grand, disons le seul secret des résultats surprenants de la vie si courte, si multiple et si mouvementée de Louis-Marie Grignion de Montfort : la charité ! voilà pour vous aussi, soyez-en intimement persuadés, la force, la lumière, la bénédiction de votre existence et de toute votre activité.

Salut enfin à vous aussi, pèlerins accourus de divers pays et apparemment bien différents entre vous, mais dont l’amour envers Marie fait l’unité, parce que, tous, vous voyez en celui que vous êtes venus honorer le guide qui vous amène à Marie et de Marie à Jésus. Tous les saints, assurément, ont été grands serviteurs de Marie et tous lui ont conduit les âmes ; il est incontestablement un de ceux qui ont travaillé le plus ardemment et le plus efficacement à la faire aimer et servir.

La Croix de Jésus, la Mère de Jésus, les deux pôles de sa vie personnelle et de son apostolat. Et voilà comment cette vie, en sa brièveté, fut pleine, comment cet apostolat, exercé en Vendée, en Poitou, en Bretagne durant à peine une douzaine d’années, se perpétue depuis déjà plus de deux siècles et s’étend sur bien des régions. C’est que la Sagesse, cette Sagesse à la conduite de laquelle il s’était livré, a fait fructifier ses labeurs, a couronné ses travaux que la mort n’avait qu’apparemment interrompus : « complevit labores illius » (Sag. X, 10). L’œuvre est toute de Dieu, mais elle porte aussi sur elle l’empreinte de celui qui en fut le fidèle coopérateur. Ce n’est que justice de la discerner.

Notre œil, presque ébloui par la splendeur de la lumière qui émane de la figure de notre Saint, a besoin, pour ainsi dire, d’en analyser le rayonnement. Il se pose d’abord sur les dons naturels, plus extérieurs, et il a la surprise de constater que la nature n’avait pas été vis-à-vis de lui aussi avare qu’il a pu sembler à première vue. Louis-Marie n’offrait pas, c’est vrai, le charme de traits agréables qui conquièrent soudain la sympathie, mais il jouissait — avantages en réalité bien plus appréciables — d’une vigueur corporelle qui lui permettait de supporter de grandes fatigues dans son ministère de missionnaire et de se livrer quand même à de rudes et très rudes pénitences. Sans s’amuser à éblouir son auditoire par les faciles artifices du bel esprit, par les fantasmagories d’une élégance recherchée et subtile, il savait mettre à la portée des plus simples le trésor d’une théologie solide et profonde — en quoi il excellait — et qu’il monnayait de manière à éclairer et convaincre les intelligences, à émouvoir les cœurs, à secouer les volontés avec une force de persuasion qui aboutissait aux courageuses et efficaces résolutions. Grâce à son tact, à la finesse de sa psychologie, il pouvait choisir et doser ce qui convenait à chacun, et s’il avait, par abnégation et pour être plus entièrement aux études et à la piété, renoncé aux beaux-arts, pour lesquels il avait beaucoup de goût et de remarquables dispositions, il avait gardé les richesses d’imagination et de sensibilité, dont son âme d’artiste savait user pour produire dans les esprits l’image du modèle divin. Toutes qualités humaines, sans doute, mais dont il s’aidait pour conduire les pécheurs au repentir, les justes à la sainteté, les errants à la vérité, conquérant à l’amour du Christ les cœurs desséchés par le souffle glacé et aride de l’égoïsme.

Incomparablement plus que sa propre activité humaine, il mettait en jeu le concours divin qu’il attirait par sa vie de prière. Toujours en mouvement, toujours en contact avec les hommes, il était en même temps toujours recueilli, toujours livré à l’intimité divine, luttant, pour ainsi dire, contre la justice sévère de Dieu pour obtenir de sa miséricorde les grâces victorieuses de l’obstination des plus endurcis ; il semblait, comme le patriarche en lutte contre l’ange, répéter sans cesse la prière irrésistible : « Je ne vous laisserai point que vous ne m’ayez béni » (Gen. XXXII, 27).

Il n’ignorait pas non plus que, sans la pénitence, l’abnégation, la mortification continuelle, la prière toute seule ne suffit pas à vaincre l’esprit du mal : « in oratione et ieiunio » (Marc IX, 29). Et notre missionnaire joignait aux fatigues des plus intrépides apôtres les saintes cruautés des plus austères ascètes. N’a-t-il pas observé presque à la lettre la consigne donnée par le Maître à ses envoyés : « N’emportez rien pour la voyage, ni bâton, ni pain, ni sac, ni argent, et n’ayez point deux tuniques » (Luc IX, 3) ? La seule soutane, usée et rapiécée, qu’il portait sur lui était si pauvre, que les mendiants qui le rencontraient se croyaient en devoir de l’assister de leurs aumônes.

Crucifié lui même, il était en droit de prêcher avec autorité le Christ crucifié (cf. 1 Cor. I, 23). Partout, envers et contre tous, il érigeait des Calvaires et il les réédifiait avec une indéfectible patience, lorsque l’esprit du siècle, inimicus crucis Christi (cf. Phil. III, 18), les avait fait abattre. Il traçait moins un programme de vie qu’il ne peignait son propre portrait dans sa lettre « aux Amis de la Croix» : « Un homme choisi de Dieu entre dix mille qui vivent selon les sens et la seule raison, pour être un homme tout divin, élevé au-dessus de la raison et tout opposé aux sens, par une vie et lumière de pure foi et un amour ardent pour la Croix ».

Le grand ressort de tout son ministère apostolique, son grand secret pour attirer les âmes et les donner à Jésus, c’est la dévotion à Marie. Sur elle il fonde toute son action : en elle est toute son assurance, et il ne pouvait trouver arme plus efficace à son époque. À l’austérité sans joie, à la sombre terreur, à l’orgueilleuse dépression du jansénisme, il oppose l’amour filial, confiant, ardent, expansif et effectif du dévot serviteur de Marie, envers celle qui est le refuge des pécheurs, la Mère de la divine Grâce, notre vie, notre douceur, notre espérance. Notre avocate aussi ; avocate qui placée entre Dieu et le pécheur est toute occupée à invoquer la clémence du juge pour fléchir sa justice, à toucher le cœur du coupable pour vaincre son obstination. Dans sa conviction et son expérience de ce rôle de Marie, le missionnaire déclarait avec sa pittoresque simplicité que « jamais pécheur ne lui a résisté, une fois qu’il lui a mis la main au collet avec son rosaire ».

Encore faut-il qu’il s’agisse d’une dévotion sincère et loyale. Et l’auteur du « Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge » distingue en traits précis celle-ci d’une fausse dévotion plus ou moins superstitieuse, qui s’autoriserait de quelques pratiques extérieures ou de quelques sentiments superficiels pour vivre à sa guise et demeurer dans le péché comptant sur une grâce miraculeuse de la dernière heure.

La vraie dévotion, celle de la tradition, celle de l’Église, celle, dirions-Nous, du bon sens chrétien et catholique, tend essentiellement vers l’union à Jésus, sous la conduite de Marie. Forme et pratique de cette dévotion peuvent varier suivant les temps, les lieux, les inclinations personnelles. Dans les limites de la doctrine saine et sûre, de l’orthodoxie et de la dignité du culte, l’Église laisse à ses enfants une juste marge de liberté. Elle a d’ailleurs conscience que la vraie et parfaite dévotion envers la Sainte Vierge n’est point tellement liée à ces modalités qu’aucune d’elles puisse en revendiquer le monopole.

Et voilà pourquoi, chers fils et chères filles, Nous souhaitons ardemment que, par dessus les manifestations variées de la piété envers la Mère de Dieu, Mère des hommes, vous puisiez tous, dans le trésor des écrits et des exemples de notre saint, ce qui a fait le fond de sa dévotion mariale : sa ferme conviction de la très puissante intercession de Marie, sa volonté résolue d’imiter autant que possible les vertus de la Vierge des vierges, l’ardeur véhémente de son amour pour elle et pour Jésus.

Avec l’intime confiance que la Reine des cœurs vous obtiendra de l’Auteur de tout bien cette triple faveur, Nous vous donnons en gage, à vous, à tous ceux qui vous sont chers, à tous ceux qui se recommandent du patronage de saint Louis-Marie Grignion de Montfort et qui l’invoquent en union avec vous, Notre Bénédiction apostolique.

Pius pp. XII

Armoiries de Pie XII

Gisant de Saint Louis-Marie à Saint Laurent sur Sèvre

Gisant de cire de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
Maison-mère des Filles de la Sagesse, à Saint-Laurent-sur-Sèvre

« Je mets ma confiance », cantique du Père de Montfort > ici
Prières et litanies à Saint Louis-Marie Grignion de Montfort > ici

Chapelet

Triomphez ! Triomphez, ô Jésus !

Prière du Vénérable Pie XII
à
Jésus Ressuscité

(Prière extraite du discours prononcé en italien le Saint Jour de Pâques 25 mars 1951. Encore une fois, nous ne pouvons pas ne pas être frappés par l’actualité de cette prière du « Pasteur angélique »…)

Passignano le Christ ressuscité

Domenico Cresti, dit Le Passignano : la Résurrection – détail (Pinacothèque Vaticane)

Afin que la joie pascale ne s’éteigne pas avec le déclin du jour, mais qu’elle se prolonge longtemps et qu’elle pénètre les coeurs plus fortement frappés par la tourmente qui bouleverse aujourd’hui le monde, que Votre bénédiction, ô Jésus, descende, pour apporter le renouveau et la paix sur ce peuple qui fait monter vers Vous, d’une voix unanime, un hymne de louange, de gratitude et d’imploration !

Bénissez, ô divin Rédempteur, la hiérarchie sacrée, les ministres du sanctuaire et les aspirants au sacerdoce, tous ceux qui renonçant au monde, se sont consacrés à Vous sous les formes les plus diverses de la vie religieuse.

Bénissez les troupes hardies de l’apostolat des laïques et ravivez en eux, dans la mesure la plus complète, le courage de professer la foi chrétienne, l’ardeur du zèle, la fermeté virile de la fidélité !

Bénissez les dirigeants des nations et inspirez-leur des desseins de justice et de paix, de fraternelle entente et d’aide réciproque, afin que libérés de toute soif de domination et de violence, les peuples puissent vivre et servir Dieu dans un travaill pacifique et une sereine tranquillité, et passer ainsi de la laborieuse journée terrestre à la béatitude de la céleste patrie !

Bénissez les familles dans le sein protecteur desquelles croissent les générations qui formeront l’Eglise de demain ! Bénissez et soutenez les jeunes gens et les jeunes filles, dont la pureté, la valeur, la joie spirituelle sont une des plus ferventes sollicitudes de votre Epouse immaculée !

Bénissez et réconfortez ceux que les plaisirs terrestres et les erreurs insidieuses ont atteints dans leurs sentiments et dans leurs pensées, dans leur conduite et dans leurs oeuvres, et, dans la confusion de la tiédeur, de l’indifférence, de l’éloignement de Dieu, aidez-les à retrouver la voie qui seule conduit à la Vérité et au salut !

Répandez Votre bénédiction sur tous ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme !
Suscitez en nombre toujours plus grand des âmes généreuses, prêtes à accourir partout où se fait entendre un cri, une plainte, un soupir, prêtes à consacrer leur esprit, leurs bras et leurs biens au soin de tant d’enfants abandonnés dans les rues, au soutien de tant de vieillards privés de tout secours, de tant de miséreux qui ont peine à vivre entre la nécessité et la maladie, de tant de réfugiés errant à la recherche d’une nouvelle patrie, de tant d’opprimés victimes des injustices humaines !
Donnez le courage à tous ceux qui gémissent dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les lieux d’exil et de souffrance, injustement peut-être !
Accroissez la fermeté de ceux qui pâtissent dans leur honneur, leur liberté et leur chair pour la défense de leur foi : exemples lumineux de fidélité à Vous, divin Triomphateur de l’enfer et de la mort !

Triomphez ! Triomphez, ô Jésus ! Que Votre règne arrive et s’étende ! Que Votre empire resplendisse sur la terre, mieux connu, mieux aimé, plus puissant, comme est infinie la puissance de Votre Sang divin, répandu pour la rédemption du monde entier !

Ainsi soit-il.

Armoiries de Pie XII

2016-21. Pâques félines et cartes anciennes.

Lundi de Pâques 28 mars 2016.

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

« Une lumière éclatante brille pour nous aujourd’hui, parce que le bon Larron est entré dans le ciel sur les pas du Roi des rois. La foule des morts s’est levée, et la conscience des vivants a triomphé. Contemplez l’Eglise, voyez la multitude des élus, les légions des anges, l’armée des fidèles entourant le précieux autel du Seigneur. La foule est dans la joie, parce que le Seigneur des anges est ressuscité ! »  disait notre glorieux Père Saint Augustin dans l’un des  sermons qu’il prononça à l’occasion d’une fête de Pâques.

Pour illustrer cette joie de Pâques et pour être auprès de vous les ambassadrices de mes voeux amicaux, j’ai choisi de vous adresser quelques cartes anciennes, choisies dans les collections de mon papa-moine.

Vous ne serez nullement étonnés, je pense, que celles que j’ai sélectionnées, portent toutes des représentations de chats !!!

Blogue Pâques 2016 - 1

En effet, pourquoi les chats ne participeraient-ils pas à la joie de Pâques ?
Ce ne sont pas seulement les hommes, mais c’est vraiment toute la création qui reçoit une grâce de renouveau et d’espérance en cette sainte solennité.

Si la carte reproduite ci-dessus date des années 1950, celle qui est ci-dessous a 110 ans (le cachet de la poste indique qu’elle a voyagé en 1906) ; c’est une carte gaufrée : les chats et les bourgeons y sont en reliefs.

Blogue Pâques 2016 - 2

Avec les cloches, les oeuf constituent l’un des symboles les plus anciens de la fête de Pâques.

Historiquement cela s’explique par le fait que la discipline ancienne du carême (voir > ici) prohibait toute nourriture d’origine animale pendant toute la durée de la sainte quarantaine : ni viande, ni poisson, ni laitages ou fromages, ni oeufs…
Les oeufs pondus pendant le carême étaient donc conservés dans la cendre – certains cuits et d’autres crus – pour être consommés au temps pascal.
Quand arrivait Pâques, les oeufs mis en réserve étaient décorés – comme pour fêter leur retour dans l’alimentation – , et on les offrait aussi comme des présents symboles de cette joie pascale.

La carte suivante remonte elle aussi aux premières années du XXe siècle.

Blogue Pâques 2016 - 3

Ne prend-il pas bien au sérieux sa tache de veiller sur les enfants dans leur quête aux oeufs, mon confrère chat ici représenté ?

L’oeuf est aussi devenu un symbole spirituel de la fête de Pâques parce qu’il est le signe naturel de la vie nouvelle : d’ailleurs n’est-il pas tout-à-fait révélateur que l’on parle d’éclosion de la vie ?

Le Christ mort, enfermé dans le tombeau bien clos, est ressuscité : le poussin qui, de l’intérieur de l’oeuf apparemment sans vie, casse la coquille et paraît bien vivant au grand jour devient donc l’un des symboles du Christ ressuscité.

Blogue Pâques 2016 - 4

Les cartes ci-dessus et ci-dessous – des toutes premières années du XXe siècle elles aussi – montrent des chatons découvrant, amusés ou perplexes, cette éclosion de la vie nouvelle.

Blogue Pâques 2016 - 5

Et la suivante, encore un « chromo » de la même époque, nous montre un poussin et un chaton unis par une tendre complicité sous l’oeil étonné de Madame chatte dont on admirera la coiffe tuyautée !

Blogue Pâques 2016 - 6

« Voici le jour que le Seigneur a fait ; en lui, exultons et soyons en liesse : exultemus et laetemur in ea ! »
Tout à la joie de Pâques, qui ne s’exprime pas seulement par de savants neumes grégoriens, je vous invite même à guincher un p’tit coup avec nos amis les poussins, au son de l’accordéon dont joue mon congénère de la fin des années 50 ou du début des années 60 du précédent siècle : Alléluia ! Alléluia !

Patte de chat Lully.

Blogue Pâques 2016 - 7

Cloches

Publié dans:Chronique de Lully, De liturgia |on 28 mars, 2016 |7 Commentaires »

2016-19. De quelques réflexions pertinentes – mais qui paraîtront sans doute bien impertinentes à certains quand elles ne sont que de bon sens – au sujet de la récente réforme du rite du Mandatum dans la « forme ordinaire » du missel romain…

Mardi Saint 22 mars 2016,
329e anniversaire de la mort de Jean-Baptiste Lully (+ 22 mars 1687).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Le 21 janvier dernier (je n’en ai pas parlé à ce moment-là parce que, vous le savez bien, chaque 21 janvier, nous avons des choses bien plus importantes et graves qui nous occupent l’esprit), la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, à la suite d’une demande expresse et insistante du pape François qui, dans la pratique, avait déjà lui-même contrevenu aux règles jusqu’alors en vigueur, a publié un décret réformant le  rite du Mandatum – ou lavement des pieds – pratiqué dans la liturgie du Jeudi Saint.

Faut-il le préciser ? La Congrégation Romaine en charge de la liturgie, par ce décret, modifie les rubriques du seul missel romain dit « de Paul VI » entré en vigueur au premier dimanche de l’Avent 1969, appelé parfois « forme ordinaire du rite romain ».
Il ne s’applique en aucune manière à la « forme extraordinaire du rite romain », c’est-à-dire à la messe dite – selon un raccourci pratique mais relativement inexact - « de Saint Pie V », en réalité le missel de 1962 utilisé dans les églises, chapelles et communautés faisant usage de la liturgie latine traditionnelle.
Ouf !…

Puisque le Refuge Notre-Dame de Compassion est attaché de manière exclusive à la pratique du rite romain antiquior, nous ne sommes donc pas directement concernés par les innovations introduites par ce décret.
Il m’est néanmoins loisible d’avoir quelque opinion à ce sujet, et – depuis deux mois – je m’étais bien promis de vous faire part, en temps opportun, de certaines de mes réflexions (pas toutes : j’en garde encore quelques unes en mon for interne).

Mandatum -  Eglise de Brushford, Somerset

Le Mandatum, ou lavement des pieds
(vitrail de l’église de Brushford, dans le comté du Somerset – Angleterre)

Dans la tradition liturgique depuis les origines, le lavement des pieds (en latin : lotio pedum) – rite institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même le Jeudi Saint, après l’institution de la Sainte Eucharistie et du sacerdoce – , est reproduit par l’Eglise chaque année lors d’une cérémonie sacrée, communément appelée Mandatum.
Le nom de Mandatum, mot latin qui signifie « commandement », donné à cette action liturgique se rapporte aux paroles mêmes de Notre-Seigneur (cf. Jean XIII, 34) qui sont reprises par l’antienne chantée au commencement du rite : « Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres, de la même manière que Je vous ai aimés, dit le Seigneur… »

Dans son « Dictionnaire pratique de liturgie romaine », le Chanoine Robert Lesage écrit :
« De tous temps, les Prélats, les Princes, les Rois et les Saints ont imité l’exemple du Christ. En France, depuis Robert le Pieux, les rois lavèrent ainsi les pieds de douze pauvres, qu’ils servaient ensuite à table, accompagnés des Princes du sang et des grands Officiers de la couronne (note *).
La coutume se conserva longtemps dans les cours chrétiennes, même protestantes. En 1907, l’Empereur d’Autriche le fit encore à douze vieillards dont la somme totale des années était de mille ans. En 1909, l’antique cérémonie, qui est célébrée chaque année dans la cathédrale de Westminster, fut rehaussée par la présence de la Reine d’Angleterre et de l’Impératrice douairière de Russie.
A Rome, il y avait autrefois deux lotiones pedum : le matin, le Pape lavait les pieds à douze Sous-Diacres, le soir à treize pauvres. Le diacre Jean nous rapporte un épisode de la vie du Pape S. Grégoire, qui vit un jour un treizième jeune homme, que personne n’avait vu entrer, s’adjoindre aux douze pauvres. Il déclara être un Ange envoyé du ciel pour montrer à Grégoire combien son geste était considéré par le Christ comme fait à Lui-même. Le savant Benoît XIV (De Festis D.N.J.C., liv. I, c. VI, n. 57) et de nombreux liturgistes ont expliqué le nombre treize par ce récit merveilleux. Mais d’autres auteurs ont donné des explications différentes : le treizième pauvre représenterait le Christ Lui-même (Sarnelli) auquel l’Eglise lave les pieds comme l’avait fait Marie dans la maison du Pharisien, ou bien S. Paul (Orlendi), ou bien encore le propriétaire du cénacle (Frescobaldi) qui aurait été joint aux Apôtres le Jeudi Saint.
Tout cela pour justifier la coutume existant en de nombreux endroits, et à Rome même, de laver les pieds à treize personnes. Le missel romain ne dit rien du nombre de ceux qui sont convoqués, mais le Cérémonial des Evêques (liv. II, c. XXIV, nn. 2, 3, 4) mentionne à plusieurs reprises le nombre de treize, tout en laissant la liberté relative à la qualité de ces personnes : pauvres, Chanoines ou autres. Dans la plupart des lieux, d’ailleurs, on les nomme « Apôtres » (…) ».

Je précise que le Chanoine Robert Lesage publia l’ouvrage sus-cité en 1952, c’est-à-dire peu de temps avant les réformes de la liturgie de la Semaine Sainte opérées sous le pontificat du Pape Pie XII, réformes dont le maître d’oeuvre fut – horresco referens – le catastrophique Monseigneur Annibale Bugnini.
Depuis l’Antiquité et jusqu’en 1955, le Mandatum était un rite pratiqué en dehors de la Sainte Messe. La réforme bugniniesque l’a intégré à la Messe du Jeudi Saint, au mépris de toute tradition et de toute cohérence.
Je profite donc de ce rappel pour vous encourager vivement à vous plonger dans les très remarquables études critiques qu’a publiées notre ami Henri Adam de Villiers au sujet de cette regrettable réforme dite « de Pie XII », sur le blogue « Liturgia » (introduction générale > ici, et pour ce qui concerne le Jeudi Saint et le Mandatum > ici).

Mandatum -  Brushford, Somerset - détail 1

Ainsi que cela ressort des lignes citées ci-dessus rappelant brièvement quelques éléments historiques au sujet du Mandatum, depuis toujours les personnes qui ont été choisies pour participer à ce rite – qu’il s’agisse d’ecclésiastiques ou de laïcs – ont représenté de manière symbolique les Apôtres.

Comme, d’une part, les Apôtres étaient des personnes de sexe masculin, et comme aussi, d’autre part, la tradition liturgique continue a réservé aux seules personnes de sexe masculin de tenir un rôle dans une action liturgique, il n’a jamais été question que le Mandatum fut pratiqué avec des femmes, des jeunes filles ou des fillettes, depuis les origines de l’Eglise et jusqu’à nos jours.

Jusqu’à nos jours…
C’est-à-dire jusqu’à une époque où s’affirment sans vergogne l’ignorance crasse de la doctrine divinement révélée et des traditions liturgiques antiques les mieux assurées, la confusion des esprits, les remises en question systématiques des usages les plus vénérables, les revendications des furies féministes, les modes ecclésiastiques à la remorque des idéologies ambiantes, et que sais-je encore.

C’est bien peu de chose que de dire que le sens originel du rite du lavement des pieds se trouve aujourd’hui édulcoré et dévoyé - comme d’ailleurs beaucoup d’autres éléments de la liturgie, dans la « forme ordinaire du rite romain ».
De sa compréhension mystique, héritée des Apôtres eux-mêmes et transmise par l’authentique Tradition des Pères, on est passé à une interprétation très humaine de type philanthropique et sociologique – voire socialiste – qui n’a vraiment plus grand chose de surnaturel ! 

Ainsi, selon les nouvelles directives définies par le décret de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, ceux qui sont choisis pour recevoir le lavement des pieds doivent-ils désormais être « un groupe de fidèles qui représente la diversité et l’unité de chaque portion du peuple de Dieu » (sic).
On trouve également en filigrane, derrière ce genre d’affirmation, cette pitoyable autocélébration de l’assemblée, caractéristique de la liturgie postconciliaire, qu’avait naguère dénoncée un certain cardinal Ratzinger.

Cette énième réforme du missel réformé, imposée par le pape François, à travers les termes employés par le décret du Saint-Siège qui ouvre donc le rite du lavement des pieds à des personnes de sexe féminin, laisse entendre que ces dernières doivent être catholiques (c’est du moins le sens traditionnel des mots « fidèles » et « peuple de Dieu »).
Mais on notera que le même pape François est déjà allé lui-même bien au-delà, puisque il a lavé les pieds de personnes non-catholiques : des infidèles (c’est-à-dire étymologiquement des personnes qui n’ont pas la foi), en particulier des mahométans et mahométanes…

Mandatum -  Brushford, Somerset - détail 2

Cette manière de faire n’est pas nouvelle, puisque ce fut le cas déjà bien avant la fin du second concile du Vatican : les modernistes de tout poil n’ont jamais attendu que les réformes – ou pseudo réformes – soient mises en oeuvre par les autorités compétentes pour s’engager dans des innovations aventureuses… jusqu’au scandale.

Dans la « forme ordinaire du rite romain », les prêtres progressistes et leurs sinistres équipes liturgiques – dont les membres semblent spécialement choisis en fonction d’une ignorance proportionnelle à leur capacité de tout oser (et là je renvoie à un fameux dialogue de Michel Audiard à propos de ceux qui osent tout : « … c’est même à ça qu’on les reconnaît ! ») – ,  ont déjà largement « exercé leur créativité » pour mettre en oeuvre avec une application toute particulière ce qui était interdit. Ils n’ont donc pas attendu le décret du Saint-Siège publié en janvier dernier pour transformer le rite du lavement des pieds en énumération à la Prévert où les ratons-laveurs se retrouvent fort opportunément à leur place.
Le Père Bergoglio lui-même, jésuite, puis évêque et cardinal, était notoirement connu pour les « libertés » et « l’audace » de ses « célébrations eucharistiques ».
Il m’est arrivé de regarder la vidéo de l’une d’elles, qui avait lieu dans un stade pour une assemblée d’enfants : cela s’apparentait davantage à ces « shows » qu’organisent les prédicateurs évangélistes sud-américains qu’à la Sainte Messe catholique. Je précise que je n’ai pas pu aller jusqu’au bout de la dite vidéo, car c’était pour moi un spectacle insoutenablement douloureux qui m’a fait verser des larmes bien amères.

Qu’on me permette ici une question à l’adresse des inconditionnels de l’admission des femmes au lavement des pieds : avez-vous bien pensé, avant la cérémonie, à certains détails très pratico-pratiques ?
Je m’explique : dans nos contrées occidentales, lorsqu’un homme est choisi pour participer au Mandatum, il n’a habituellement qu’à retirer sa chaussure et sa chaussette et à remonter légèrement le bas de son pantalon. C’est relativement simple et sans conséquences.
Mais une femme – à moins de lui imposer de participer à la cérémonie habillée comme un homme, ce qui procède là encore d’un machisme d’autant plus insoutenable qu’il ne dit pas son nom et qu’il se cache insidieusement sous le prétexte de l’égalité des sexes – , si elle est vraiment féminine, qu’elle est en jupe et qu’elle porte un collant ou des bas (car il fait encore souvent frais sous nos latitudes au moment de la Semaine Sainte), devra-t-elle retrousser sa jupe pour retirer le-dit collant devant tout « le peuple de Dieu » rassemblé, avant de se faire laver le pied par le célébrant ? L’aura-t-on prévenue avant la cérémonie pour qu’elle prenne ses dispositions – car il ne conviendrait pas qu’elle soit prise au dépourvu, mais il faut qu’elle ait eu le temps de s’épiler les jambes et de se vernir les ongles – ? Ou bien faudra-t-il instituer, avant le début du rite, un déplacement liturgique de toutes les femmes désignées pour le lavement des pieds vers un recoin discret de l’église ou dans une sacristie, afin qu’elles y retirent, à l’abri des regards fraternels, les pièces de leur habillement qui ne permettraient pas d’atteindre directement leurs pieds droits ? Mais dans ce cas, ne faudrait-il pas les obliger de revenir déchaussées des deux pieds, car il serait plutôt cocasse de les voir arriver toutes ensemble claudiquant (surtout si le pied qui reste chaussé l’est d’un escarpin à talon aiguille) ?
Vous le savez, nous autres chats avons un sens pratique souvent beaucoup plus aiguisé que ces humains qui refont le monde, l’Eglise et la liturgie dans leurs bureaux de pseudo-intellectuels en étant coupés des réalités concrètes : si je me suis permis cette question et ses développements, c’est – bien évidemment – par pure charité…

Mandatum -  Brushford, Somerset - détail 3

Avec ces adaptations multiformes, dont on a l’impression qu’elles vont toujours dans le sens d’un mépris de la plus authentique tradition et d’une imitation des modes du monde, la liturgie issue du second concile du Vatican me fait l’effet d’un caillou roulant sur une pente : sa vitesse s’accélère au fur et à mesure qu’il descend vers l’abîme, entraînant avec lui tout ce qui n’est pas bien accroché et qui manque de racines.
De décadence en décadence, la « forme ordinaire » devient quasi profane, de plus en plus vulgaire, se délite dans son inconsistance même, et finira par disparaître.

Nous ne la regretterons pas.
Nous ne pleurerons pas sur elle.
Peut-être même faut-il souhaiter que sa disparition totale soit hâtée…

En attendant, ce prochain Jeudi Saint, que les modernichons s’éclatent autant qu’ils le peuvent en lavant tous les pieds de « la diversité » !

Je leur suggère d’ailleurs de ne pas se limiter à une unique parité hommes/femmes, qui ne rend plus du tout compte de l’entière diversité du « peuple de Dieu », mais qu’ils enrichissent avec encore plus de soin leurs sélections pour l’admission au lavement des pieds, s’ils ne veulent pas susciter de nouvelles ségrégations.
En effet, il ne conviendrait pas d’oublier les pieds des hermaphrodites et ceux des transexuels, ni d’ailleurs – pour lutter efficacement contre l’exclusion – les roues des fauteuils roulants des culs-de-jatte !
Qu’ils n’omettent pas non plus les pieds de ces « migrants » interstellaires que sont les petit
s-hommes-verts (et les petites-femmes-vertes, bien sûr) s’il y en a qui ont stationné leur soucoupe volante sur les platanes de la place de l’église…

Pour nous, je le redis, nous ne nous sentons absolument pas concernés par toutes ces innovations dont, selon une savoureuse expression argotique qu’utilise parfois mon papa-moine, nous nous tamponnons le coquillard… avec une patte d’aligator femelle.

pattes de chatLully

Note * : voir, dans ce même blogue, l’article que j’ai publié le 28 mars 2013 : « Le dernier Jeudi Saint de la monarchie très chrétienne » > ici.

1...34567...42

A tempo di Blog |
Cehl Meeah |
le monde selon Darwicha |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | mythologie
| jamaa
| iletaitunefoi