Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2026-106. Du temps après la Pentecôte.

Dimanche de la Très Sainte Trinité.

cycle liturgique

       Le Temps après la Pentecôte couvre environ la moitié de l’année liturgique : 23 à 28 semaines, en fonction de la date de Pâques. Lorque la fête de Pâques arrive tôt, les dimanches après l’Epiphanie sont moins nombreux et les dimanches après la Pentecôte s’augmentent d’autant.

   Les dimanches du Temps après la Pentecôte se succèdent d’une manière quasi uniforme, avec une importance égale : ils sont tous de rite semi-double.
Les vêpres sont également toujours les mêmes chaque dimanche ; seules varient l’antienne du Magnificat, prise à l’Evangile, et l’oraison, qui est celle de la Messe.
Les ornements sont verts.

   Toutes les fêtes, à l’exception de celles de Notre-Seigneur et des fêtes de première ou de deuxième classe, cèdent le pas au dimanche, fussent-elles d’un rite supérieur au rite semi-double du dimanche lui-même (les fêtes de rite double ou double majeur donc) : on se contente d’en faire mémoire. Ainsi l’a voulu le pape Saint Pie X.

   Lorsque la Messe d’un dimanche après la Pentecôte est empêchée en raison de la coïncidence d’une grande fête, on doit toujours en faire la mémoire à la Messe de la fête et en lire l’Evangile à la fin (au lieu de la lecture du commencement de l’Evangile selon Saint Jean). De plus, lorsque la chose est possible, cette Messe du dimanche devra être reprise en semaine.
Ces dispositions permettent au sanctoral, particulièrement fourni au Temps après la Pentecôte, de se développer sans nuire au temporal.

   Introduite tardivement dans le cycle liturgique et étendue à l’Eglise universelle au XIVème siècle seulement, la fête de la Très Sainte Trinité supplante le premier dimanche après la Pentecôte, et, dans la liturgie traditionnelle, on fait donc mémoire de celui-ci selon la règle précisée ci-dessus (nota bene : en revanche dans la liturgie déjà-un-peu-réformée de 1960 [missel de Jean XXIII], cette commémoraison du dimanche a disparu et la Messe de ce dimanche ne peut plus être célébrée qu’en semaine).

   Pendant le Temps après la Pentecôte, dans tous les pays où toutes les fêtes de précepte (explications > ici) impérées par l’Eglise qui arrivent en semaine ne sont pas chômées, elles doivent être solennisées au dimanche suivant : elles le sont alors au détriment du « dimanche vert » dont on fait la mémoire conformément à ce qui a été dit ci-dessus : en France, par exemple, c’est le cas pour la Fête du Très Saint Sacrement, qui est donc solennisée au deuxième dimanche après la Pentecôte, et c’est la même chose pour la Fête des Saints Apôtres Pierre et Paul, qui prime sur le dimanche tantôt parce qu’il coïncide avec la date du 29 juin, tantôt parce qu’il coïncide avec le 30 juin ou les jours qui vont du 1er au 6 juillet.
Si par malheur il arrivait que l’impiété républicaine supprimât le caractère chômé du 15 août ou du 1er novembre, il faudrait, semblablement, solenniser ces fêtes le dimanche suivant en observant les mêmes règles.
Cela vaut également pour toutes les fêtes d’obligation particulières ou locales (qui ont été énumérées > ici) qui arrivent pendant cette période de l’année liturgique.

   Quoiqu’elle ne soit pas une fête d’obligation, la fête du Sacré-Cœur de Jésus, qui est célébrée – selon la demande de Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même – le vendredi qui suit l’octave de la Fête du Très Saint Sacrement, peut, elle aussi, être solennisée au dimanche suivant, c’est-à-dire au troisième dimanche après la Pentecôte.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur.

Messe solennelle ornements verts

2026-105. La charité réunit ce qu’avait séparé la discorde.

Samedi dans l’octave de la Pentecôte :
Samedi des Quatre-Temps d’été.

       Pour ce dernier jour de l’octave de la Pentecôte, lisons, relisons et méditons ce court sermon de notre Bienheureux Père Saint Augustin, qui porte le n° CCLXXI et fait partie de la série des sermons prononcés à l’occasion de la fête de la Pentecôte.
C’est un sermon qui développe l’opposition entre la tour de Babel et le mystère de la Pentecôte ; opposition souvent commentée par les Pères de l’Eglise ; opposition entre la confusion des langues et la division de l’humanité d’une part, et d’autre part le don des langues, accordé aux Apôtres par le Saint-Esprit, qui en quelque manière rétablit l’unité de l’humanité dans l’unique Eglise. 

Mattia Bortoloni construction de la tour de Babel

Mattia Bortoloni (1696-1750) : construction de la tour de Babel (1716-1717),
fresque de la Villa Cornaro à Piombino Dese (province de Padoue).

   Voici, mes frères, un beau jour ; c’est le jour où la lumière de la Sainte Eglise brille aux yeux des fidèles, où la charité embrase leurs murs ; c’est le jour solennel où après Sa Résurrection et après la gloire de Son Ascension, Jésus-Christ Notre-Seigneur a envoyé l’Esprit-Saint.
« Si quelqu’un a soif, disait-Il au rapport de l’Evangile, qu’il vienne à Moi et qu’il boive. Celui qui croit en Moi, des fleuves d’eau vive couleront dans son sein ». Or l’Evangéliste explique ainsi les paroles du Sauveur : « Il disait cela, observe-t-il, de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en Lui ; car l’Esprit n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jean VII, 37-39). Une fois donc que Jésus fut glorifié par Sa Résurrection d’entre les morts et Son Ascension aux cieux, Il devait donner le Saint-Esprit, l’envoyer après l’avoir promis.

   C’est ce qui eut lieu. Après avoir effectivement passé avec ses disciples les quarante jours qui suivirent Sa Résurrection, le Seigneur monta au ciel, et le cinquantième jour, le jour dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire, Il envoya l’Esprit-Saint, comme l’atteste l’Ecriture : « Soudain, dit-elle, il se fit un bruit du ciel, comme celui d’un vent impétueux qui s’élève ; et il leur apparut comme plusieurs langues de feu, et ce feu se reposa sur chacun d’eux, et ils se mirent à parler toutes les langues, comme l’Esprit-Saint leur donnait de parler » (Act. II, 1-4).

   Ce souffle emportait la paille sous laquelle étaient ensevelis leurs cœurs ; ce feu consumait en eux l’antique concupiscence, et ces langues que parlaient tous ceux que remplissait l’Esprit-Saint, annonçaient que l’Eglise se répandrait partout où les Gentils parlent leurs langues diverses.
De même donc qu’après le déluge l’impiété superbe voulut bâtir malgré le Seigneur une tour fort élevée et que le genre humain mérita alors que lui fût infligé le supplice de la division des langues, chaque nation parlant un idiome que ne comprenaient pas les autres nations (Gen. XI, 1-9) ; ainsi l’humble piété des fidèles assujettit cette diversité de langage à l’unité de l’Eglise, la charité réunissant ce qu’avait séparé la discorde, et le genre humain s’attachant au Christ, comme à la tête s’attachent les membres d’un même corps, pour être comme fondus dans cette unité sainte par le feu de la charité.

   A ce don de l’Esprit-Saint demeurent donc étrangers ceux qui ont en horreur la grâce de la paix, ceux qui ne restent pas en communion avec l’unité.
S’ils sont aujourd’hui solennellement rassemblés, s’ils entendent ces leçons sacrées où il est question de la promesse et de l’envoi du Saint-Esprit, ils les entendent pour leur condamnation et non pour leur sanctification.
Qu’importe de prêter l’oreille quand le cœur repousse, et de fêter le jour de Celui dont on rejette la lumière ?

   Pour vous, mes frères, pour vous, membres du Corps du Christ, enfants de l’unité et fils de la paix, célébrez ce jour avec joie, célébrez le sans inquiétude, car en vous s’accomplit ce que promettait l’Esprit-Saint quand il descendit alors.
De même en effet que chacun de ceux qui recevaient en ce moment le Saint-Esprit parlait toutes les langues : ainsi s’exprime aujourd’hui dans tous les idiomes l’unité de l’Eglise répandue parmi toutes les nations ; et c’est dans son sein que vous possédez le Saint-Esprit, vous, qui n’êtes séparés par aucun schisme de cette Eglise du Christ qui parle toutes les langues.

Louis Galloche - la Pentecôte  - musée des Beaux-Arts de Nantes - blogue

Louis Galloche (1670-1761) : la Pentecôte
[Musée des Beaux-Arts de Nantes].

2026-103. Oraisons liturgiques pour le Roi et sa famille, ainsi que pour le Dauphin.

28 mai,
Anniversaire de la naissance de LL.AA.RR. NN.SS. Louis, duc de Bourgogne, Dauphin de France & Alphonse, duc de Berry, Fils de France (28 mai 2010 – cf. > ici).

grandes armes de France

   Voici les oraisons liturgiques que l’on trouve dans les anciens missels des diocèses du Royaume de France.

Pro Rege et ejus Familia :

(pour le Roi et sa Famille)

Oratio :

   Deus, a quo omnis potestas ordinata est : da famulo tuo Regi nostro N. et universae familiae ejus cor docile ; ut potestatem suam majestatis tuae famulam facientes, regnum illud ambiant et obtineant, in quo non timent habere consortes. Per Dominum…

   Dieu, par lequel tout pouvoir est ordonné : accordez un cœur docile à votre serviteur notre Roi N. et à toute sa famille ; afin que, mettant leur pouvoir au service de Votre Majesté, ils recherchent et possèdent ce royaume, dans lequel ils ne craignent pas d’avoir leur part.

Secreta :

   Ut prosit, Domine, famulo tuo N. Regi nostro et Regiae ejus familiae sacrificium, quod pro iis offerimus : da ut ipsi pro peccatis suis sacrificium humilitatis, miserationis et orationis tibi Deo suo vero semper studeant immolare. Per Dominum…

   Seigneur, que ce sacrifice que nous offrons pour eux soit profitable à Votre serviteur notre Roi N., et à sa royale famille : accordez-leur de s’efforcer toujours de Vous offrir, à Vous, leur vrai Dieu, le sacrifice d’humilité, de miséricorde et de prière pour leurs péchés.

Postcommunio :

   Invocantes et sperantes in nomine tuo, Domine Deus noster, fac nos in salutari Regis nostri N. et cunctae familiae ejus laetari : ut, dum vivifico mysterio reples in bonis desiderium nostrum, tuis benedictionibus eos praevenire digneris. Per Dominum…

   En invoquant Votre nom et en espérant en lui, ô Seigneur notre Dieu, faites que nous nous réjouissions du salut de notre Roi N. et de celui de toute sa famille : afin que, tandis que Vous comblez de biens notre désir par le mystère vivifiant, Vous daignez les prévenir de Vos bénédictions

Armes de Monseigneur le Dauphin

Pro Delphino :

(pour le Dauphin)

Oratio :

   Omipotens sempiterne Deus, miserere famulo tuo N., Delphino Franciae, et dirige eum secundum tuam clementiam in via salutis aeternae : ut, te donante, tibi placita cupiat, et tota virtute perficiat. Per Dominum…

   Dieu éternel et tout-puissant, regardez avec une amoureuse miséricorde Votre serviteur, N., Dauphin de France, et conduisez-le par Votre clémence en la voie du salut éternel, afin que par Votre grâce il ne souhaite que ce qui Vous est agréable, et se porte de tout son cœur à le pratiquer en sa perfection.
(traduction de Pierre Corneille).

Secreta :

   Oblatis, quaesumus, Domine, placare muneribus : et famulum tuum Delphinum N. assidua protectione guberna. Per Dominum…

   Nous Vous en supplions, Seigneur, par ces dons qui Vous sont offerts rendez-Vous propice : et guidez Votre serviteur le Dauphin N. par une protection continue.

Postcommunio :

   Haec nos, quaesumus, Domine, divini sacaramenti perceptio protegat : et famulum tuum Delphinum N. salvet semper eet muniat. Per Dominum…

Que cette réception du divin sacrement, nous Vous en supplions, Seigneur, nous protége ; et qu’elle sauve et fortifie toujours Votre serviteur le Dauphin N.

Domine salvum fac Regem - fresque au dessus de l'orgue de la chapelle royale à Versailles

2026-99. Le Saint-Esprit te donne des pieds légers comme ceux du cerf pour courir sur le chemin du Seigneur.

Lundi de Pentecôte.

       Voici un court extrait d’un sermon de Saint Jean d’Avila (cf. la présentation que nous en avons faite > ici). C’était un sermon prononcé à l’occasion de la prise d’habit d’une religieuse, mais le saint docteur – dans ce passage – s’adresse de toute évidence au peuple fidèle qui se trouve présent à cette cérémonie et veut le rejoindre dans ses préoccupations concrètes et quotidiennes : les agacements qui suscitent en nous nos proches, par exemple…
Prédicateur populaire, Saint Jean d’Avila, pour mieux faire pénétrer les enseignements spirituels dans l’intelligence et dans l’âme de son auditoire, feint des espèces de dialogue : dialogue du fidèle qui se pose des questions et les pose au prêtre, ou dialogue intérieur par lequel progresse la réflexion. En tout cela, c’est l’épanouissement de la vie spirituelle de chacun qui est recherchée afin qu’il puisse, ayant déposé les lourdeurs de conceptions trop terrestres, mais, au contraire, d’un pas léger « courir sur le chemin du Seigneur ».

Ornement baroque - Saint Esprit blogue

Que fait le Saint-Esprit dans les âmes ?

       Après Sa venue, que fit le Saint-Esprit pour l’Eglise ?
Qu’a-t-il fait dans le cœur des croyants chez qui Il est venu ?
Il leur a donné la vie, Il leur a donné des dons infinis, Il leur a donné du courage, Il les a beaucoup améliorés.

   Les bienheureux apôtres avaient en eux la grâce, mais ils étaient encore pleins de faiblesse, ils n’osaient pas confesser publiquement la vérité de Jésus-Christ, ils avaient de la crainte ; mais une fois venu ce souffle saint du Saint-Esprit, remplis de grâce et devenus forts, sans aucune crainte, ils se mettent à prêcher aux hommes les mystères de notre rédemption, opérés par la mort et la résurrection sacrée de Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme.
Il imprima dans leur cœur de toujours se souvenir de Dieu et d’avoir un grand respect de Dieu, la source d’où proviennent tous les biens et miséricordes.

   Vous qui êtes mariés, dites-moi, seriez-vous jaloux de quelqu’un qui aurait tant de force qu’il prendrait un quintal de plomb et le lancerait jusqu’au ciel, une barre de fer et la lèverait plus haut que les cieux ?
Vous allez, inconsolables et tristes alors que vous pouvez tirer de vos souffrances des mérites pour le ciel. Soyez patients pour supporter les souffrances de votre ménage, transformez tout en bien, offrez tout au ciel ; ayez de la force pour lancer ces quintaux de plomb au-delà des cieux.

   N’importe quelle petite souffrance que vous ayez et supportiez chez vous, n’importe quelle importunité, n’importe quelle peine, le mauvais caractère de votre femme, ou de votre mari, ou de votre maître, ou de ceux qui sont en votre compagnie, le travail que vous endurez pour vous nourrir vous et vos enfants, dites : « Par amour pour Vous, Seigneur, je me réjouis de le supporter ».
Levez les yeux et élevez votre cœur à Dieu, recommandez-vous à Lui, offrez-Lui vos souffrances, car moi, je vous le dis, en vérité, pour tout vous recevrez récompense. Le sommeil que vous prenez, la nourriture que vous mangez, et ce que vous buvez, tout cela, élevez-le vers le ciel, envoyez-le au ciel, en le faisant et en le supportant pour Dieu ; en le Lui recommandant et en le Lui offrant, vous le lancez au ciel.
Faites ainsi, et de cette manière, ce qui est pesant, deviendra léger ; vous ferez monter au ciel le plomb et la terre.
Et de cette façon il est possible que vous gagniez plus en une seule année qu’un autre en dix. Cela est dû à l’amour avec lequel vous les faites et au fait de savoir l’acheminer vers le but comme on doit le faire parce qu’on vous a mis, dans toutes vos œuvres, le souvenir de Dieu et le respect de Sa sainte présence.

   - « Le Saint-Esprit est un animateur – dit le Christ – que le Père vous enverra ; et Il S’appelle Paraclet, Consolateur et Exhortateur ».

   Consolateur, parce que même s’Il gronde parfois, Il ne s’en va pas sans consoler l’âme qu’Il réprimande. Parfois ce Consolateur blâme et gronde les âmes en disant par exemple : « A quoi prêtes-tu attention ? Que fais-tu ? Pourquoi négliges-tu tes devoirs ? Fais attention, cela va mal. Considère qu’il faut faire ceci avant de faire cela, quitter telle compagnie, rechercher cette autre, entrer en relation avec telles personnes. Prends garde, la vie passe ; fais le bien que tu peux, les aumônes que tu peux ; mets en œuvre ce que l’on t’a enseigné. Que la vie ne s’écoule pas seulement en bons désirs et bonnes pensées, et sans aucune œuvre. Considère que la vie passe ; et tu ignores si Dieu notre Seigneur ne t’appellera pas au milieu de ta jeunesse. Veille à ne pas être surpris ». Et d’autres choses du même ordre. Si de cette semonce et de cette exhortation votre âme est sortie bouleversée, inconsolable et remplie de crainte, ce n’était pas le Saint-Esprit. Il ne gronde que pour consoler, il ne gronde que pour amender et pour qu’on parte joyeux avec Ses avertissements. Si après la semonce, après ce trouble, les larmes et la honte que vous avez d’avoir travaillé contre le Seigneur, vous demeurez joyeux, rempli de confiance dans le Seigneur, qui ne vous abandonnera pas, qui vous aidera à être meilleur et vous amendera, cela provient du Saint-Esprit. Le Consolateur est entré dans votre cœur : Il vous a grondé, II vient vous consoler : Il a coutume de faire ainsi, apporter la tranquillité après l’orage, et l’amour après la crainte. L’Animateur, l’Exhortateur, le Consolateur, le Maître, Lui, t’enseignera à commander et guider ton navire et tout ce qu’il y aura à faire. Il fera que, contre vents et marées, grâce à Son seul conseil et à Son adresse tu arrives à bon port.

   D’où vient que, dans l’Eglise primitive, les croyants ne pouvaient supporter la fortune, ni les possessions, ni l’argent, ni rien de ce qu’ils avaient gagné ? Ils vendaient tout ce qu’ils possédaient, ils prenaient l’argent et se jetaient avec lui aux pieds des apôtres : « Prenez ce fumier ». Le grand amour qu’ils avaient dans leurs cœurs et leurs entrailles pour Jésus-Christ et Sa sainte pauvreté leur faisait mépriser tous les biens visibles.

   - Qui leur communiqua cet amour ?
- Qui ? Le Saint-Esprit, qui en abondance, était venu dans leurs cœurs.
- Qui changea le caractère de tel homme ? Qui lui donna tant de patience ? Il était d’ordinaire très emporté, personne ne pouvait s’en garantir ; à présent c’est un Saint Jérôme, il a le cœur d’un ange, devant tout il reste muet, tolère tout.
- C’est le Saint-Esprit qui fait tout cela, et plus encore, car Il encourage l’âme où Il demeure, la console, et lui donne des biens et des miséricordes innombrables. Tout provient d’en-haut ; Il en descend ; il n’existe pas ici-bas, sur la terre, de pouvoir capable de faire de telles choses ; il n’y a personne qui transforme les cœurs. Si forte que soit ta chair pour le mal, plus fort est le Saint-Esprit pour le bien ; si sain que tu sois, Il te fait languir ; si frais que tu sois, Il fanera ta beauté ; si sauvage que tu sois, Il te domptera ; si grand que tu sois, Il te renverse, et Il tue en toi et supprime tout ce qu’il y a d’extérieur et de contraire à Dieu ; Il élève, augmente et ressuscite tout ce qui plaît à Dieu.
Quelle diligence Il t’inspire pour chercher la façon de plaire à Dieu, quel amour pour le prochain car ses souffrances et ses nécessités Lui font mal comme les siennes propres et davantage encore !
Il te donne des pieds légers comme ceux du cerf pour courir sur le chemin du Seigneur.

Ornements baroques Saint Esprit blogue

2026-97. Fête du Sacré-Cœur de Jésus au Mesnil-Marie.

- Vendredi 12 juin 2026 -

Fête du Sacré-Cœur de Jésus

Sacré-Cœur de Jésus

Programme :

       - Accueil à partir de 10 h 45 ;
- 11 h 30 : Messe chantée (rite latin traditionnel) ;

- Repas partagé (les personnes qui souhaitent venir doivent impérativement nous le faire savoir le dimanche 7 juin au plus tard – merci !) ;

- 16 h : Salut du Très Saint Sacrement.

Important :

   La chapelle du Mesnil-Marie est un lieu privé, aussi les personnes qui désirent participer à cette fête et être présentes pour le déjeuner voudront-elles bien s’inscrire (au moyen de l’espace des commentaires, ci-dessous – ce ne sera pas publié).

   Merci par avance !

Vignette Sacré-Cœur - blogue

2026-96. L’église nationale des Bretons, à Rome : Saint-Yves-des-Bretons.

19 mai,
Fête de Saint Yves  [Erwan] Hélory de Kermartin, confesseur, céleste protecteur de tous ceux qui travaillent au service de la justice et du droit, copatron de la Bretagne ;
Mémoire de Saint Pierre Célestin V, pape et ermite, confesseur ;
Mémoire de Sainte Pudentienne, vierge ;
Mémoire du Bienheureux Alcuin, abbé et confesseur, ami et conseiller de Saint Charlemagne.

Saint-Yves des Bretons - façade

Façade de l’église Saint-Yves-des-Bretons, à Rome,
au n° 8 du Vicolo della Campana.

       Saint Yves n’est pas seulement célébré à Tréguier et en Bretagne, mais sa fête est également marquée dans la Ville Eternelle, où – souvent le dimanche le plus proche du 19 mai – se déroule une procession avec l’une de ses reliques, accompagnée de drapeaux bretons et de sonneurs de binious.
Depuis le XVème siècle, en effet, la « nation bretonne » a son église nationale au cœur de la Chrétienté latine : l’ église Saint-Yves-des-Bretons, en italien : Sant’Ivo dei Bretoni .
C’est l’une des cinq églises françaises de Rome, administrée par la fondation des Pieux Etablissements de la France à Rome et à Lorette .

   A l’origine, il y avait une église appelée Saint-André de Mortariis, qui datait des VIIIème et IXème siècles. Un petit établissement monastique lui était adjoint.
A la demande du cardinal Alain de Coëtivy, qui était originaire du Léon mais qui fut, entre autres, archevêque d’Avignon, cette église fut concédée aux Bretons par le pape Nicolas V, attribution qui fut confirmée par Callixte III en 1455.
A l’église elle-même étaient adjoints des locaux hospitaliers (pour l’accueil des pèlerins bretons) et une confrérie (érigée au début du XVIème siècle) qui administrait l’ensemble.

La Bretagne fut réunie à la France en 1532, et l’église Saint-Yves-des-Bretons – sa Confrérie s’étiolant et ne pouvant suffire à l’administration des biens qui assuraient sa subsistance – fut elle aussi finalement réunie à la proche église Saint-Louis-des-Français en 1582 par le pape Grégoire XIII.

Sanctuaire de l'église Saint-Yves-des-Bretons

Sanctuaire de l’église Saint-Yves-des-Bretons
avec le buste reliquaire de Saint Yves.

Buste reliquaire de Saint Yves - église Saint-Yves-des-Bretons

   Quoique ayant été restaurée au XVIème siècle, l’église, après son rattachement à Saint-Louis-des-Français, ne fut pas toujours bien entretenue : elle subit aussi à plusieurs reprises les crues du Tibre, et au XIXème siècle, en très mauvais état, elle fut progressivement abandonnée, au point qu’en 1875 on la démolit.

   Paradoxalement, cette démolition est devenue un nouveau départ puisque, les Pieux Etablissements de la France à Rome et à Lorette entreprirent aussitôt sa reconstruction : intégrée dans un ensemble architectural fait d’immeubles de rapport, plus petite, avec une façade relativement austère qui ne laisse pas imaginer ce qui se trouve derrière elle, l’église Saint-Yves-des-Bretons est néanmoins renée de ses décombres.
Les architectes (Filippo Chiari puis Luca Carimini) lui ont donné un style néo-renaissance plutôt équilibré donnant un ensemble harmonieux plutôt satisfaisant, qui est aujourd’hui considéré comme un témoignage unique de l’art religieux de la seconde moitié du XIXème siècle (sic).

   En 2002-2003, à l’occasion du septième centenaire de la mort de Saint Yves (+ 19 mai 1303), avec un soutien financier important du Conseil régional de Bretagne, la façade de cette église a été restaurée, et, dans la suite, les Pieux Etablissements, ont lancé un important programme de rénovation intérieure (peintures murales, pavements cosmatesques, électricité… etc.).

Saint-Yves-des-Bretons - peinture murale de l'abside

Rome, église Saint-Yves-des-Bretons : peinture murale au cul-de-four de l’abside ;
on y voit, de gauche à droite : Sainte Clotilde, Saint Martin de Tours, Saint Yves,
Saint Louis IX, Saint Bernard de Clairvaux et enfin Sainte Geneviève.

2026-95. Du Bienheureux Guillaume de Naurose, prêtre de l’Ordre des Ermites de Saint Augustin.

18 mai,
Fête du Bienheureux Guillaume de Naurose, prêtre de notre Ordre et confesseur (double – blanc) ;
Mémoire de Saint Venant de Camerino, martyr ;
Mémoire de Saint Félix de Cantalice, confesseur de l’Ordre séraphique ;
Mémoire de la Bienheureuse Blandine Merten, vierge ;
Anniversaire du rappel à Dieu de Louis-Edouard cardinal Pie, évêque de Poitiers (+ 18 mai 1880).

Bienheureux Guillaume de Naurose - blogue

       Le Bienheureux Guillaume de Naurose – parfois appelé Guillaume de Toulouse, au risque d’opérer une confusion avec Guillaume Ier de Toulouse qui deviendra Saint Guillaume de Gellone [Saint Guilhem] – est né dans une famille de la noblesse de Toulouse aux alentours de 1297.
A l’âge de 19 ans, il entra dans l’Ordre des Ermites de Saint Augustin, à Toulouse même. Il fut envoyé à Paris pour y achever des études de théologie et y obtenir des grades académiques.

   Revenu à Toulouse, ses supérieurs lui confièrent très souvent le ministère de la prédication : éloquent, mais aussi homme de cœur, il acquit assez rapidement une solide réputation d’orateur, de directeur spirituel, d’entraîneur d’âmes. On dit en particulier qu’il attira de nombreuses personnes à la vie religieuse.
La tradition de l’Ordre ajoute qu’il fut un zélé promoteur de la dévotion envers les âmes du Purgatoire.

   Religieux exemplaire dans la pratique des vœux, il pratiquait de rudes mortifications, jeûnait rigoureusement, et eut souvent à combattre contre les démons, tant dans sa vie personnelle que dans le ministère d’exorciste qu’il exerça avec fruit. 

   Hormis un relativement bref passage à Pamiers, comme Prieur du couvent des Augustins, il semble qu’il passa la majeure partie de sa vie religieuse à Toulouse, où il rendit son âme à Dieu le 18 mai 1369.

   D’abord inhumé dans le cimetière du couvent, quelques jours plus tard seuleument, en raison de l’afflux des personnes qui voulaient prier sur sa tombe, où quelques miracles se produisirent, les supérieurs décidèrent de transférer sa tombe dans l’église conventuelle.

   Léon XIII a confirmé son culte en 1893.

vignette augustinienne

2026-94. Les Bienheureux Cisterciens martyrs de la révolution à Casamari en mai 1799.

17 mai,
Au Mesnil-Marie, fête transférée du Bienheureux Siméon-Marie Cardon et de ses cinq compagnons, martyrs de Casamari ;
Mémoire de Saint Pascal Baylon, confesseur.

   Note préliminaire :
En notre Mesnil-Marie, où la prière pour la France et l’expiation pour les crimes et sacrilèges de la révolution sont fondamentales, nous célébrons la fête du Bienheureux Siméon-Marie Cardon et de ses compagnons le 17 mai, parce que notre calendrier liturgique ne nous permet pas de les fêter dans les jours précédents. Comme nous l’allons voir ci-dessous, les dates de leurs morts, accomplies en haine de la foi catholique, s’étalent du 13 au 16 mai.

Abbaye de Casamari - blogue

L’abbaye cistercienne de Casamari, dans la province de Frosinone (Latium) – état actuel.

L’abbaye de Casamari :

   L’abbaye de Casamari a été fondée dans les premières années du deuxième millénaire, lorsqu’une petite communauté monastique bénédictine entreprit la construction d’un monastère sur les ruines de Cereate, la patrie du consul romain Gaius Marius, duquel dérive le nom Casamari : la maison de Marius.
Vers le milieu du XIIème siècle, les Bénédictins furent remplacés par des Cisterciens qui, en un temps relativement court, construisirent le monastère actuel, un joyau de l’architecture cistercienne.
Après une période de splendeur, à partir du milieu du XIVème siècle, Casamari amorça un lent déclin jusqu’en 1717, date à laquelle une colonie de moines Cisterciens de la réforme de la Trappe (et donc familièrement appelés trappistes), venus de Toscane, insuffla un nouvel élan de la vitalité spirituelle, culturelle et matérielle au monastère.

   Mais à la fin du XVIIIème, conséquemment aux désordres semés par la révolution française et ses suite, puis tout au long du XIXème siècle, Casamari subit invasions, pillages, incendies et – comme nous le verrons ci-dessous – il y eut même effusion de sang.
Spoliée en 1873 à la suite des lois antireligieuses du nouveau royaume d’Italie, l’abbaye fut déclarée monument national l’année suivante.

   En 1929, les Cisterciens purent se réinstaller à Casamari, et l’abbaye devint même, à la tête des monastères qu’elle avait fondés, l’abbaye-mère d’une congrégation monastique autonome, rattachée à l’ordre cistercien.
De nos jours, un
e communauté d’une quinzaine de moines vit dans l’abbaye qui attire de nombreux visiteurs.

Vue extétieure de l'abbatiale de Casamari - blogue

Extérieur de l’église abbatiale de Casamari – état actuel.

Les troupes de la révolution française dans le sud de la péninsule italienne en 1799 et leur recul face aux « Sanfedisti » :

   Le 23 janvier 1799, les troupes françaises du général Championnet occupèrent Naples, tandis que le roi Ferdinand IV se réfugiait à Palerme. La « république parthénopéenne » fut proclamée.
Le
 7 février, avec l’accord du Roi, le cardinal Fabrizio Dionigi Ruffo (1744-1827), dit le Général-cardinal, débarqua en Calabre, sa région natale, à la tête d’une petite troupe pour susciter une résistance armée populaire contre les Français et les républicains napolitains : ainsi naquit
 l’Armée chrétienne et royale de la Sainte Foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ (Esercito della Santa Fede in Nostro Signore Gesù Cristo) qui rassembla en un mois quelque 17.000 combattants, appelés Sanfedisti.
Cette armée était composée pour l’essentiel de paysans et de bandes armées pratiquant la guérilla, attachés à l’Eglise et hostiles aux idées des « Lumières » : dès la fin avril, les Sanfedisti avaient conquis la Calabre et les Pouilles. Depuis 
la mer, le général anglais Horatio Nelson (1758-1805), à la tête de sa flotte et des troupes turques et russes, envoyées par leurs souverains pour secourir le roi Ferdinand IV, appuya la marche des Sanfedisti vers Naples, la capitale du royaume.
L’éphémère « république parthénopéenne » succombera à la mi-juin.

Le cardinal Fabrizio Dionigi Ruffo

Le Cardinal Fabrizio Dionigi Ruffo (1744-1827),
dit le Général-cardinal,
Vicaire-général du Roi Ferdinand IV de Naples (Ferdinand Ier des Deux-Siciles)
qui mena l’offensive victorieuse contre la « république parthénopéenne »
à la tête de l’Armée chrétienne et royale de la Sainte Foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

   En ce mois d’avril 1799 donc, les troupes françaises en difficulté face au Sanfedisti dans le Royaume de Naples, ont aussi subi des revers contre l’Autriche en Lombardie : l’armée révolutionnaire du général Championnet amorce une retraite vers le nord de la péninsule. Si une partie de ces troupes remonta par la route côtière, par Gaëte et Terracine, une autre partie, composée d’environ quinze mille soldats sous le commandement des généraux Vetrin et Olivier, emprunta les voies intérieures.

   Le 10 mai, des troupes françaises arrivèrent à Cassino, ville désertée par ses habitants qui avaient fui dans les montagnes ; l‘abbaye bénédictine millénaire du Mont-Cassin (Montecassino) fut dévastée, pillée et profanée par les quelque mille cinq cents hommes de la colonne du général Olivier. Heureusement, la plupart des moines avaient eu le temps de s’enfuir, emportant avec eux leurs objets les plus précieux et les œuvres d’art, mais ceux qui étaient restés pour garder les lieux durent assister avec horreur à la dévastation, au pillage et aux profanations les plus abjectes de l’archimonastère, perpétrés au milieu de chants obscènes et des parodies des liturgies sacrées.

   Cette pitoyable retraite se poursuivit dans la province de Frosinone, dans le Latium : le 11 mai 1799, des villes telles que Aquino, Roccasecca et Arce furent mises à sac et des habitants furent tués.

Isola del Liri intérieur de l'église Saint-Laurent

Isola del Liri, intérieur de l’église collégiale Saint-Laurent
où le 12 mai 1799, dimanche de la Pentecôte,
les troupes françaises massacrèrent 350 personnes.

   Puis ces Français déchus de toute dignité se dirigèrent vers Isola del Liri où, le 12 mai, jour de la Pentecôte, ils se livrèrent à toutes sortes de violences : pillages, viols, profanations d’églises et destructions.
Le chanoine-vicaire Giuseppe Nicolucci nous a laissé un témoignage glaçant dans les registres des défunts : « Le jour de la Pentecôte, le 12 mai 1799, restera à jamais gravé dans les mémoires. La fureur gauloise nous a ravagés, nous et nos foyers, lors du massacre final. Rien n’échappa à la ferveur ennemie : pas un troupeau, pas une brebis en sécurité dans la campagne, dans les crèches et les bergeries. Pas un homme n’échappa à la mort ; pas une femme, pas même une enfant, ne fut épargnée par la brutalité militaire. Ni les autels ni les objets sacrés ne furent respectés par les mains impies. Quiconque souhaite en savoir plus lira le triste récit (…) de ce livre et comprendra pourquoi on y trouve les noms de 500 personnes, voire plus, décédées ce même jour, le 12 mai 1799 ».
Les historiens postérieurs ont pu établir que trois-cent-cinquante personnes furent assassinées dans l’église San-Lorenzo même, mais le bilan final du massacre s’éleva au moins à 467 hommes et 70 femmes.

   Alors que les troupes reprenaient leur marche vers le nord, un groupe de soldats – « vingt léopards », selon la description d’un témoin oculaire -, fit irruption dans l’abbaye de Casamari le 13 mai, vers 20 heures, au moment où la communauté s’apprêtait à chanter les complies.

Intérieur de l'abbatiale de Casamari

Intérieur de l’église abbatiale de Casamari – état actuel -,
avec l’imposant baldaquin du maître-autel, offert par le pape Clément XI,
lorsqu’il confia l’abbaye aux Cisterciens de la réforme de la Trappe.

Les martyrs de Casamari :

   Lorsque ces révolutionnaires parvinrent à Casamari, l’abbé avait déjà fui à Palerme depuis un moment et la responsabilité de la communauté avait été confiée au Prieur, le Père Siméon-Marie Cardon.

   Les nouvelles des exactions commises dans la province étaient parvenues jusqu’à l’abbaye et l’inquiétude régnait, si bien que lorsque la vingtaine de soldats français pénétra dans le monastère la majorité des moines s’enfuit : un certain nombre se cacha dans les champs, où les céréales étaient déjà hautes, dans les granges, dans des fermes voisines… etc.
Sept restèrent courageusement dans l’abbaye : il s’agissait du Prieur, le Père Siméon-Marie Cardon, déjà cité, du Père Dominique-Marie Zawrel, des frères Mathurin-Marie Pitri, Albert-Marie Maison, Modeste-Marie Burgen et Zosime-Marie Brambat, ainsi que du Frère Dosidée-Marie, qui eut un sort différent des six premiers, puisque, grièvement blessé, il feignit la mort, fut témoin oculaire de tout ce qui suivit, et put en faire le récit puisqu’il survécut à ses blessures.

   Le Prieur proposa aux soudards de les nourrir, mais après s’être restaurés, mûs par la cupidité ils se livrèrent au pillage : ils cherchaient en priorité de l’argent, mais lorsqu’ils comprirent qu’ils n’en trouveraient pas ils voulurent se saisir des vases sacrés, et c’est ainsi qu’ils fracturèrent le saint tabernacle et pillèrent la sacristie, non sans s’être livrés aux plus obscènes des profanations et aux plus haineuses des destructions.

   C’est en tentant de soustraire les Saintes Espèces à leurs attentats sacrilèges que les moines furent massacrés, soit par balles, soit à coups de baïonnettes ou de sabres.

Martyrs de Casamari - scènes des exécutions 1

- Le Bienheureux Siméon-Marie Cardon :

   Né à Cambrai le 13 mars 1759, Ignace Alexandre Joseph Cardon était entré à l’abbaye bénédictine de Saint-Faron, à Meaux, en 1782 ; ordonné prêtre en 1787, il enseignait à l’abbaye de Saint-Denis lorsqu’éclata la révolution. Dès 1791, il prêta le serment à la Constitution civile du clergé, fut ensuite élu curé constitutionnel de Sommières, et, en 1792, il épousa civilement une ancienne Ursuline. Il démissionna de sa cure en janvier 1794 pour se consacrer pleinement à la politique : officier public, agent national, président de la société des sans-culottes de Sommières, puis employé dans les transports militaires… A l’été 1795 il tombe malade, est immobilisé près de trois mois… et rentrant en lui-même décide de s’amender : il se rend à Rome en pénitent, puis, en décembre 1795, absous, il demande à revenir à la vie monastique. Il est admis en mai 1796, à l’abbaye de Casamari, en tant que novice, sous le nom de Siméon-Marie. Par discrétion, d’autant que certains autres moines ont fui la révolution, son passé n’est pas révélé. Il est admis à la profession solennelle le 5 mai 1797, est nommé économe, puis prieur de la communauté.
Lorsque, le 13 mai 1799, les soldats français firent irruption dans l’abbaye, il fut parmi les premiers blessés, à coups de sabres et de baïonnettes, mais ne mourut pas tout de suite : il  agonisa jusque vers 7 h du matin le 14 mai. Le Général Thiébault, arrivé dans la nuit, recueillit ses dernières paroles, dans lesquelles il pardonnait à ses bourreaux.

- Le Bienheureux Dominique-Marie Zawrel (prêtre) :

   Né en 1725 à Chodov, en Bohême, il fut d’abord dominicain avant de sentir l’appel à la vie monastique. Entrant à l’abbaye de Casamari en 1776, il y fit profession en 1777. Il était maître des novices. Il fut tué au soir du 13 mai 1799, à coups de sabre, et expira en prononçant les noms de Jésus et Marie.

- Le Bienheureux Albert-Marie Maisonade (frère) :

   D’origine bordelaise, il quitta la France pendant la révolution, et entra en 1792 à l’abbaye de Casamari, où il fit profession le 20 novembre 1793. Il était remarqué pour sa grande dévotion envers le Très Saint-Sacrement. Il fut tué le 13 mai 1799 de deux coups de pistolet et achevé à coups de sabre, devant le Saint-Sacrement.

Martyrs de Casamari - scènes des exécutions 2

- Le Bienheureux Zosime-Marie Brambat (frère) :

   Milanais, entré en 1792 à l’abbaye de Casamari comme oblat, puis il fut admis au noviciat et fit profession simple en 1795.
Grièvement blessé par balles puis à coups de sabre le 13 mai 1799, il ne mourut cependant pas tout de suite, se cacha, puis finalement expira le 16 mai en essayant de rejoindre la ville de Boville Ernica où il espérait recevoir les derniers sacrements.

- Le Bienheureux Modeste-Marie Burgen (frère) :

   Bourguignon, il était entré comme trappiste à l’abbaye de Sept-Fons, qu’il dut quitter lorsque la révolution dispersa les communautés monastiques ; il rejoignit finalement l’abbaye de Casamari en janvier 1796 et y prononça ses vœux simples l’année suivante. Moine à la vie exemplaire, au soir du 13 mai 1799, il fut blessé par balle et achevé à coups de sabre.

- Le Bienheureux Mathurin Pitré (frère) :

   Né à Fontainebleau, fils d’un jardinier du Roi, il avait été enrôlé dans l’armée française pour la campagne d’Italie. Il tomba malade et fut hospitalisé à Veroli, la petite ville proche de l’abbaye. Jugé mourant, il se confessa au Père Siméon-Marie qui était venu visiter les malades : il déclara vouloir entrer chez les Trappistes s’il guérissait. Trois jours plus tard, complètement guéri, il fut caché dans l’appartement du vicaire de l’hôpital puis conduit à Casamari le lendemain : c’était en janvier 1799. Il était donc novice, le soir du 13 mai 1799, quand il fut tué par balle dans le couloir du noviciat.

Martyrs de Casamari - scènes des exécutions 3

   Ces six moines furent immédiatement considérés comme des martyrs. Leurs corps furent enterrés dans le cimetière monastique par les frères qui avaient pu s’enfuir et revinrent à l’abbaye après le départ des bourreaux : tout fut alors fait pour qu’ils demeurassent identifiables. Assez rapidement, les fidèles des environs demandèrent à pouvoir prier sur leurs tombes afin de se confier à leur intercession.
En 1859, leurs dépouilles
 furent transférées dans l’église abbatiale.

   C’est en 2013 que la cause de béatification a été formellement introduite et qu’ensuite, en 2018, la Congrégation pour les causes des saints s’est prononcée favorablement en faveur de la reconnaissance du martyre des six trappistes.
Leur béatification a été célébrée le 17 avril 2021, et leur fête liturgique fixée au 16 mai. 

 * * *

   Les personnes qui désirent approfondir leur connaissance des six Bienheureux Martyrs de Casamari peuvent lire, ou télécharger le document PDF (17 pages A4) rédigé par le Rd Père Pierdomenico M. Volpi, cistercien, postulateur de la cause, publié dans les Collectanea Cisterciensia en 2020 en prévision de leur béatification fichier pdf Les martyrs de Casamari

autel des reliques des Bienheureux

Autel avec les reliques des six Bienheureux.

2026-93. Dans l’attente. Méditation pour le dimanche dans l’octave de l’Ascension.

Dimanche dans l’octave de l’Ascension.

Vignette - Ascension du Seigneur

Présence de Dieu :

Faites, Seigneur, que mon cœur soit toujours tourné vers le ciel où Vous m’attendez.

Méditation :

   1 – Ce dimanche est comme un prolongement de la fête de l’Ascension. L’introït de la Messe reflète fort bien les sentiments que durent éprouver les Apôtres pendant les jours qui s’écoulèrent entre le départ de Jésus et la descente de l’Esprit-Saint : « Ecoutez, Seigneur, ma voix qui Vous invoque… Je cherche Votre Face, Seigneur, ne me cachez pas Votre Face ! »
Comme au jour de l’Ascension, les yeux des Apôtres sont toujours tournés vers le viel, où ils ont vu disparaître le Maître, et leur cœur soupire vers Lui. Tant que nous pérégrninons ici-bas, loin du Seigneur, telle doit être l’aspiration continuelle de nos âmes. Mais nous ne pouvons rester oisifs dans l’attente de la patrie.
Dans l’épître du jour, Saint Pierre nous enseigne ce que nous avons à faire, pour que la vie terrestre soit une véritable préparation à la rencontre avec Dieu : « Veillez dans la prière. Mais surtout, ayez une continuelle charité les uns pour les autres ». C’était exactement ce que faisaient les Apôtres dans l’attente de l’Eprit-Saint : ils persévéraient dans la prière, réunis au Cénacle, dans une fraternelle concorde.
Le Seigneur ne tient pas pour agréables les prières et les sacrifices d’un cœur qui ne sait aimer d’une sincère bienveillance son prochain, quel qu’il soit. Jésus l’a dit expressément : « Lorsque tu présentes ton offrande à l’autel, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande… et va d’abord te réconcilier avec ton frère » (Matth. V, 23-24).
La prière ne suffit ni pour attirer sur nous les grâces divines, ni pôur acquérir la vie éternelle ; il faut la charité fraternelle qui est la confirmation la plus sûre de la sincérité de notre amour pour Dieu.
L’Esprit-Saint, qui est esprit de charité et d’amour substantiel, ne peut envahir une âme étroite et mesquine dans ses rapports avec le prochain ; le manque de charité est un des plus grands obstacles à Son action, parce que directement opposé à Son essence.
De même que l’eau paralyse l’action du feu, ainsi le manque de charité paralyse l’action de l’Esprit-Saint.
De plus, tant que nous sommes ici-bas, nous sommes tous sujets à tomber ; dès lors, nous avons tous besoin de pardon et la charité, dit l’épître, « couvre la multitude des péchés ».

Vignette - Saint Esprit - blogue

   2 – Dans l’Evangile nous trouvons la promesse réitérée de Jésus concernant la venue de l’Esprit-Saint : « Lorsque le Consolateur que Je vous enverrai d’auprès du Père sera venu… vous Me rendrez témoignage ».
Comme au jour de l’Ascension, la venue de l’Esprit-Saint est mise en rapport avec la mission des Apôtres, qui consistera essentiellement à rendre témoignage au Christ. « Vous recevrez la force de l’Esprit-Saint… et serez Mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre », avons-nous lu dans l’épître jeudi dernier ; et aujourd’hui, l’Evangile nous explique en quoi consistera ce témoignage que, non seulement les Apôtres, mais tous les chrétiens, sont appelés à rendre au Christ.
« Ils vous chasseront des synagogues, et même viendra l’heure où quiconque vous fera mourir, croira rendre hommage à Dieu ». Jésus est mort sur la Croix pour rendre témoignage au Père ; Ses disciples devront souffrir, subir des persécutions et souvent même mourir, pour Lui rendre témoignage. Il est impossible de suivre une voie différente de celle qu’a frayée Jésus : « Si quelqu’un veut être Mon disciple, … qu’il prenne sa croix et Me suive » (Matth. XVI, 24), nous répète-t-Il.
Un témoignage paisible, tranquille qui, pour s’affirmer, n’a pas besoin d’affronter des dangers, et, moins encore, de risquer la vie, aura toujours une valeur relative, et, en tout état de choses, ne donne aucune garantie de fermeté ; au contraire, plus il coûte, plus il vaut et plus aussi il prouve la fidélité de celui qui le rend.
Rendre pleinement témoignage au Christ, nonobstant les difficultés, les souffrances, les luttes qu’on peut rencontrer, tel est le programme du véritable chrétien.
Mais qui nous en donnera le courage ?
De même qu’aux Apôtres, le courage nous viendra du Saint-Esprit par le don de force ; il nous sera donné aussi par la méditation assidue des exemples de Jésus ; il nous viendra, en outre, de la parole même du Sauveur qui, en nous annonçant les persécutions, a déclaré : « Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne vous scandalisiez pas ».

Vignette - vous recevrez l'Esprit-Saint - blogue

Colloque :

   O Seigneur, puissé-je être digne de Vous rendre témoignage, non seulement en paroles, mais surtout par mes actes, malgré les difficultés et les souffrances que je pourrai rencontrer. Les Apôtres Vous ont rendu témoignage au point d’affronter la mort pour Votre amour ; faites que je puisse Vous le rendre au moins par une vie digne de Vous.

   Pour Vous rendre témoignage, ô Seigneur, « je voudrais parcourir la terre, prêcher Votre Nom et planter sur le sol infidèle Votre Croix glorieuse, ô mon Bien-Aimé ! Mais une seule mission ne me suffirait pas ; je voudrais en même temps annoncer l’Evangile dans toutes les parties du monde, et jusque dans les îles les plus reculées. Je voudrais être missionnaire, non seulement penant quelques années, mais je vourais l’avoir été depuis la création du monde, et continuer de l’être jusqu’à la consommation des siècles. Ah ! par-dessus-tout, je voudrais le martyre…
Si ma pensée se porte sur les tourments inouïs qui seront le partage des chrétiens au temps de l’Antéchrist, je sens mon cœur tressaillir, je voudrais que ces tourments me fussent réservés. Ouvrez, mon Jésus, Votre Livre de vie, où sont rapportées les actions de tous les Saints ; ces actions, je voudrais les avoir accomplies pour Vous !… Mais les œuvres éclatantes me sont interdites, je ne puis prêcher l’Evangile, verser mon sang… qu’importe ? Mes frères travaillent à ma place, et moi, … je me tiens tout près du trône royal et j’aime pour ceux qui combattent » (Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face, in « Histoire d’une âme » XI).

   Accordez-moi, Seigneur, un amour véritable, afin que je puisse Vous rester toujours fidèle dans les petites choses, puisqu’il ne m’est pas donné d’en accomplir de grandes.
Et surtout, donnez-moi de Vous rendre toujours le témoignage d’une profession de foi sincère, d’une conduite entièrement conforme à Votre loi, en n’importe quel milieu ou quelle circonstance, sans jamais me laisser dérouter par un faux respect humain.

Rd. Père Gabriel de Sainte Marie-Madeleine, ocd.
in « Intimité divine ».

vignette - prière fervente à l'Esprit-Saint - blogue

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