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2016-64. Du roi Hérode enfin miséricordieusement soulagé.

Lundi 29 août 2016,
Fête de la décollation de Saint Jean-Baptiste.

Bien chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Cette fête de la décollation de Saint Jean-Baptiste, me fournit fort opportunément l’occasion de vous informer d’une découverte absolument primordiale et essentielle qui  va renouveler l’action de l’Eglise-dans-le-monde-de-ce-temps : en effet, le Révérend Père Sifleur, archiviste et bibliothécaire du monastère de Gausse-en-Gouaille, en faisant des rangements dans la partie la plus ancienne de la bibliothèque, a retrouvé, tombé il y a plusieurs siècles derrière un rayonnage, un manuscrit unique et précieux portant le texte authentique de l’Evangile selon Saint Marc.
Le texte évangélique qu’il nous livre montre de manière évidente que ce que nous lisions jusqu’ici a été retouché par des hommes sans miséricorde qui ont sourdement oeuvré à pharisianiser l’Eglise.
Voici donc le texte authentiquement évangélique que nous trouvons en ce manuscrit pour les versets 17 et suivants du chapître VI de l’Evangile selon Saint Marc :

« Hérode avait envoyé prendre Jean et l’avait retenu, chargé de fers, en prison, à cause d’Hérodiade, qu’il avait épousée, quoique femme de Philippe, son frère.
Parce que Jean disait à Hérode : « Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère ».
Or Hérodiade lui tendait des pièges et voulait le faire périr ; mais elle ne le pouvait pas. Hérode, en effet, victime d’une éducation cléricale antéconciliaire marquée par un rigorisme excessif, craignait Jean, le prenant pour un homme juste et saint ; il le protégeait, avait tendance à suivre ses avis, et l’écoutait volontiers, s’enfermant ainsi dans sa conscience tourmentée parce qu’il n’avait pas compris ce qu’est la miséricorde.

Mais un jour opportun arriva, le jour de la naissance d’Hérode, où il fit un festin aux grands de sa cour, et aux tribuns, et aux princes de la Galilée.
Or la fille d’Hérodiade alla trouver sa mère pour lui proposer de seconder ses desseins en séduisant le roi et ses convives.

Mais sa mère lui déclara : « Non, ma fille ! Il n’est plus nécessaire désormais que tu te livres à des danses lascives devant des convives avinés pour obtenir d’Hérode qu’il nous débarrasse de ce prophète de malheur. Plutôt que de t’abaisser à subjuguer les regards libidineux d’Hérode, regarde donc ce que je viens de recevoir :  nous possèdons maintenant l’arme infaillible qui peut définitivement endormir ce qui lui reste de conscience et liquider à tout jamais les séquelles de son éducation crypto-pharisienne… »
Hérodiade sortit alors de dessous ses voiles le livret de l’édition typique vaticane de l’exhortation apostolique « Amoris laetitia », puis elle ajouta : « Quand il rentrera en ses appartements, après le banquet, c’est moi qui irai le trouver avec ce texte ; et puisqu’il était jusqu’à présent paralysé par les restes de son éducation religieuse, ce même sentiment religieux ne pourra que l’incliner à se soumettre à ce qui est ici écrit, au nom de l’autorité qui l’a publié… »

Munie de son exemplaire d’ « Amoris laetitia », Hérodiade s’en vint donc trouver le roi ce soir-là, et elle lui fit remarquer : « Qui est-il pour juger, ce Baptiste moralisateur qui est incapable d’ouvrir son coeur à la miséricorde ? Lis donc, ô roi, les ouvertures significatives et les avancées miséricordieuses que l’Eglise-dans-le-monde-de-ce-temps a désormais à notre endroit ! C’est maintenant une oeuvre louable et miséricordieuse pour toute l’humanité que tu dois accomplir en débarrassant la terre de ce prophète de malheur qui n’est qu’un crypto-pharisien condamné par le pape, et un obstacle au bonheur de l’humanité ici-bas… »

Le roi se pencha sur les paragraphes que lui désignait Hérodiade et sa conscience fut miséricordieusement libérée : ayant aussitôt envoyé l’un des ses gardes, il fit décapiter Jean dans sa prison, et put s’abandonner en toute quiétude intérieure aux innocentes joies de son adultère.
Ce qu’ayant appris, la miséricordieuse Eglise-dans-le-monde-de-ce-temps envoya des missionnaires de la miséricorde cacher le corps de Jean, afin que ce modèle du rigorisme intransigeant qu’il faut absolument se garder d’imiter ne puisse être vénéré par les pharisiens intégristes, et pour que Jean-Baptiste ne soit surtout pas donné comme un exemple dans les âges miséricordieux de l’ouverture aux aspirations de la modernité ».

pattes de chatLully.

Chef du Baptiste - Daniele Crespi 1598-1630

Daniele Crespi (1598 – 1630) : le chef de Saint Jean-Baptiste

Prières en l’honneur de Saint Maximilien-Marie Kolbe.

Récit du martyre de Saint Maximilien-Marie d’après Maria Winowska > ici
Témoignage de Michael Micherdzinski, codétenu de Saint Maximilien-Marie > ici
Catéchèse de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI consacrée à Saint Maximilien-Marie > ici

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Litanies de Saint Maximilien-Marie Kolbe
pour la récitation privée *

Seigneur, ayez pitié de nous. Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous. Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous. Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous. Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous. Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père Céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Sainte Trinité qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous.
Reine conçue sans le péché originel, priez pour nous.
Reine des martyrs, priez pour nous.

Saint Maximilien-Marie, fils de prédilection de la Vierge Marie, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, comblé des dons célestes, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, embrasé de zèle pour l’Évangile, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, fervent adorateur de la sainte Eucharistie, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, prêtre selon le Cœur de Jésus, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, tout entier livré à l’Esprit d’Amour, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, consacré à Marie pour mieux être à Jésus, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, chevalier de l’Immaculée, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, fils exemplaire de saint François, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, disciple de la petite sainte de Lisieux, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, dévoré du désir du salut des âmes, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, missionnaire infatigable, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, contemplatif dans l’action, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, modèle d’exacte obéissance, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, exemple d’humilité, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, resplendissant de pureté, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, amant de la sainte pauvreté, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, d’un parfait abandon à la divine Providence, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, qui avez attiré tant d’âmes à la vie religieuse, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, maître de vie spirituelle, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, fidèle observateur des préceptes évangéliques, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, audacieux pour le Règne de Dieu, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, propagateur des cités mariales, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, inébranlable dans l’adversité, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, toujours serein dans les épreuves, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, ardent confesseur de la foi, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, entièrement offert pour le salut de tous, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, héroïque pour pardonner aux persécuteurs, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, exemple sublime d’amour fraternel, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, martyr de la charité, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, prophète du règne de Marie, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, lumière et gloire de l’Église, priez pour nous.
Saint Maximilien-Marie, doublement couronné dans le Ciel, priez pour nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V.7 : Priez pour nous, Saint Maximilien-Marie Kolbe.
R.7 : Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prions :

Dieu éternel et tout-puissant, qui avez embrasé le cœur de Saint Maximilien-Marie d’un ardent amour pour la Vierge Immaculée et l’avez rempli d’un dévouement qui l’a conduit à donner sa vie pour son prochain, nous Vous en supplions, accordez-nous, par son intercession, de nous dépenser pour Votre gloire au service de nos frères, en imitant jusqu’à la mort Votre Fils, Jésus-Christ Notre-Seigneur, Lui qui, étant Dieu, vit et règne avec Vous dans l’unité du Saint-Esprit, pour les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

* Note : il existe plusieurs litanies en l’honneur de Saint Maximilien-Marie diffusées ça ou là.
Entre les divers textes qui nous sont parvenus nous avons préféré celui-ci.

Bunker de la faim - 14 août 1941

Prière à Saint Maximilien-Marie Kolbe :

O Saint Maximilien-Marie, disciple très fidèle du Petit Pauvre d’Assise, qui, enflammé de l’amour de Dieu, avez passé votre vie dans la pratique assidue des vertus héroïques et les oeuvres saintes de l’apostolat, jettez un regard sur nous, vos dévots, qui avons confiance en votre intercession.

Vous qui, irradié de la lumière de la Vierge Immaculée, avez attiré des âmes innombrables vers les idéaux de la sainteté, les appelant en même temps à toutes les formes de l’apostolat pour le triomphe du bien et l’expansion du Royaume de Dieu, obtenez-nous la lumière et la force pour faire le bien et pour attirer beaucoup d’âmes à l’amour du Christ.

Vous qui, dans une parfaite conformité au Divin Sauveur, avez obtenu un si haut degré de Charité, jusqu’à offrir, en témoignage d’amour, votre vie pour sauver celle d’un frère prisonnier, obtenez-nous du Seigneur qu’animés du même amour de charité, nous puissions, nous aussi, par la foi et par les oeuvres, témoigner du Christ devant nos frères, pour arriver avec vous à la possession béatifiante de Dieu dans la lumière de la gloire.

 Ainsi soit-il.

(avec approbation ecclésiastique)

Reliquaire parcelle bure St Maximilien-Marie Kolbe

Reliquaire renfermant une parcelle de bure de Saint Maximilien-Marie Kolbe,
conservé dans l’oratoire du Mesnil-Marie.

(cette relique fut offerte à frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur en 1991 par le Révérendissime Père Procureur Général des Franciscains Cordeliers, à Rome, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Saint Maximilien-Marie).

2016-62. Au milieu de la destruction, de la terreur et du mal, il redonna l’espérance.

1941 – 14 août – 2016

75ème anniversaire du martyre de
Saint Maximilien-Marie Kolbe

palmes

A l’occasion du soixante-quinzième anniversaire du martyre de Saint Maximilien-Marie Kolbe, le 14 août 1941, nous reproduisons ci-dessous une traduction de l’entretien qu’avait accordé en 2004 le Polonais Michael Micherdzinski, qui était l’un des rescapés du camp d’extermination d’Auschwitz et qui avait été le témoin direct du sacrifice héroïque de Saint Maximilien-Marie.
Les questions avaient été posées par  le Révérend Père Witold Pobiedzinski, ofm cord., et cette « intervioue » avait été alors publiée dans plusieurs journaux polonais.

Autel de St Maximilien-Marie - basilique de Padoue retable de Pietro Annigoni

Saint Maximilien-Marie Kolbe, prêtre et martyr :
retable peint par Pietro Annigoni (1910-1988)
pour l’autel dédié au saint dans la basilique de Padoue.

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- Vous étiez prisonnier au camp de concentration d’Auschwitz pendant cinq ans. Là-bas vous avez connu personnellement Saint Maximilien-Marie Kolbe. Quelle fut, pour vous et pour les autres prisonniers, l’importance de la présence de ce moine au milieu de vous ? 

Tous les prisonniers envoyés à Auschwitz étaient accueillis par les mêmes mots : « Vous n’êtes pas dans un sanatorium mais dans un camp de concentration allemand pour lequel il n’existe pas d’autre sortie que la cheminée. Les Juifs peuvent vivre pendant deux semaines, les prêtres survivent un mois et le reste vit trois mois. Ceux à qui cela ne plaît pas peuvent tout de suite aller au grillage ».
Cela voulait dire qu’ils pouvaient être tués car ils faisaient passer un courant à haute-tension sans arrêt dans les grillages qui entouraient le camp.
Ces mots, prononcés dès l’arrivée, enlevaient tout espoir aux prisonniers.
J’ai reçu une grâce incroyable à Auschwitz, car je séjournais dans un bloc avec le Père Maximilien, et je me suis tenu en rang avec lui au moment de la sélection pour la mort. Je fus témoin oculaire de son sacrifice héroïque qui m’a redonné l’espoir, ainsi qu’aux autres prisonniers.

- Quelles furent les circonstances de cet événement, digne du plus haut intérêt, puisqu’il pousse les gens à poser la question : pourquoi a-t-il fait cela, et au nom de quelles valeurs ? 

Il y a soixante-trois ans (note : ce témoignage a été retranscrit en 2004), le mardi 29 juillet 1941, à environ une heure de l’après-midi, juste après l’appel de la mi-journée, les sirènes se mirent à hurler. Plus de cent décibels traversèrent le camp. Les prisonniers accomplissaient leurs tâches à la sueur de leur front. Le hurlement des sirènes signifiaient une alerte, et l’alerte voulait dire qu’un prisonnier manquait à l’appel.
Les S.S. firent immédiatement cesser le travail et commencèrent à diriger les prisonniers du camp vers le lieu de l’appel afin de vérifier le nombre des prisonniers.
Pour nous qui travaillions sur la construction d’une usine à caoutchouc aux alentours, cela voulait dire une marche de sept kilomètres vers le camp. On nous poussa à aller plus vite.
L’appel mit en évidence une chose tragique : il manquait un prisonnier à l’appel, dans notre bloc 14a. Quand je dis « dans notre bloc », je veux dire celui du Père Maximilien, de Franciszek Gajowniczek, d’autres et aussi le mien. C’était un message terrifiant.
On laissa aller tous les autres prisonniers qui furent autorisés à se rendre dans leurs blocs.
On nous annonça la punition : rester au garde-à-vous sans couvre-chef, jour et nuit, sans manger. La nuit, il faisait très froid. Quand les SS avait une relève de la garde, nous nous regroupions telles des abeilles, ceux qui se tenaient au-dehors réchauffaient ceux qui se trouvaient au milieu et alors nous changions de position.

De nombreuses personnes âgées ne purent résister à la corvée de rester debout nuit et jour dans le froid. Nous espérions au moins qu’un petit peu de soleil nous réchaufferait. Le matin, l’officier allemand nous cria : « Parce qu’un prisonnier s’est échappé et que vous ne l’en avez pas empêché ou arrêté, dix d’entre vous vont mourir de faim afin que les autres se souviennent que même les plus petites tentatives d’évasion ne seront pas tolérées. »
La sélection débuta.

- Que se passe-t-il chez un homme quand il sait que c’est peut-être le dernier moment de sa vie ? Quels sentiments accompagnaient les prisonniers qui purent entendre la sentence qui les condamnait à la mort ? 

Je préférerais m’épargner le souvenir des détails de ce moment terrible.
Je dirai en gros à quoi ressemblait cette sélection. Le groupe entier s’avança jusqu’à la première ligne. Devant, deux pas devant nous, un capitaine allemand se tenait debout. Il nous regardait dans les yeux, comme un vautour. Il toisait chacun d’entre nous, et ensuite il levait sa main et disait : « Du ! », ce qui veut dire « Toi ». Ce “Du !” voulait dire la mort par la faim ; et il continuait ainsi.
Les S.S. sortaient alors des rangs le pauvre prisonnier (ndt : qui avait été désigné), notaient son numéro et le mettaient à part sous surveillance.
“Du !” semblait comme un marteau battant une commode vide. Tout le monde avait peur à chaque fois que le doigt bougeait.
Le rang qui avait été inspecté avançait de quelques pas, afin qu’un espace entre les rangs permît l’inspection, et avec le rang suivant se formait un couloir d’une largeur de trois ou quatre mètres. Le S.S. marchait dans ce couloir et disait encore : “Du ! Du !”
Nos cœurs faisaient un bruit sourd. Avec ce bruit dans nos têtes, le sang montait à nos tempes et c’était comme si ce sang allait jaillir de nos nez, de nos oreilles et de nos yeux. C’était dramatique.

- Comment se comporta Saint Maximilien pendant cette sélection ? 

Le Père Maximilien et moi-même étions dans la septième rangée. Il se tenait à ma gauche, deux ou trois camarades peut-être me séparaient de lui.
Quand les rangées devant nous diminuèrent, une peur de plus en plus grande nous saisit. Je dois dire : peu importe la détermination ou la frayeur d’un homme, aucune philosophie ne lui est alors utile. Heureux celui qui croit, qui est capable de se reposer sur quelqu’un, de demander à quelqu’un la miséricorde. J’ai prié la Mère de Dieu.
Je dois l’avouer avec honnêteté : je n’ai jamais prié, ni avant ni après, avec autant de ferveur qu’alors.
Bien que l’on puisse encore entendre « Du ! », la prière en moi me changea suffisamment pour que je me calme. Les gens ayant la foi n’étaient pas aussi effrayés. Ils étaient prêts à accepter en paix leur destin, presque en héros. C’était formidable.
Les S.S. passèrent à côté de moi, me balayant du regard, puis passèrent à côté du Père Maximilien.
Franciszek Gajowniczek leur plut ; il se tenait à la fin de la rangée, et il était un sergent de 41 ans de l’armée polonaise. Quand l’allemand dit « Du ! » et le montra du doigt, le pauvre homme s’exclama : « Jésus ! Marie ! Ma femme, mes enfants ! »
Bien sûr, les S.S. ne prêtaient pas attention aux paroles des prisonniers et écrivaient juste leur numéro.
Gajowniczek assura plus tard que, s’il avait péri dans le bunker de la faim, il n’aurait pas su qu’une telle plainte, une telle supplique était sortie de sa bouche.

- La sélection terminée, est-ce que les prisonniers restant ressentaient un soulagement parce que la grande peur était finie ? 

La sélection prit fin, dix prisonniers ayant été choisis. C’était leur ultime appel.
Quant à nous, nous pensions que ce cauchemar debout allait prendre fin : nous avions mal à la tête, nous voulions manger, nos jambes étaient enflées.
Soudain, il y eut une agitation dans ma rangée. Nous nous tenions espacés par un intervalle équivalent à la longueur de nos sabots, quand, tout à coup, quelqu’un se mit à avancer entre les prisonniers. C’était le Père Maximilien.
Il avançait à petits pas, puisque personne ne pouvait faire de grands pas avec des sabots étant donné qu’il fallait retrousser ses orteils pour empêcher les sabots de tomber.
Il se dirigea tout droit vers le groupe de S.S. qui se tenait près du premier rang des prisonniers.
Tout le monde tremblait, parce qu’il s’agissait là de la transgression d’une des règles les plus importantes, et cela voulait dire qu’il y aurait un rude châtiment à la clef. Sortir du rang voulait dire la mort.
Les nouveaux prisonniers qui arrivaient dans le camp, ne sachant rien de cette interdiction étaient battus jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus travailler. Cela équivalait à aller au bunker de la faim.
Nous étions certains qu’ils tueraient le Père Maximilien avant qu’il n’arrive au bout. Mais quelque chose d’extraordinaire se produisit, qui ne fut jamais observé dans l’histoire des sept-cents camps de concentration du Troisième Reich : il n’est jamais arrivé qu’un prisonnier de camp puisse quitter la rangée sans être puni. C’était quelque chose de si inimaginable pour les S.S. qu’ils restèrent interloqués. Ils se regardèrent les uns les autres sans réaliser ce qui se passait.

- Que se passa-t-il ensuite ? 

Le Père Maximilien marchait dans ses sabots et son uniforme rayé de prisonnier avec son bol sur le côté. Il ne marchait pas comme un mendiant, ni comme un héros. Il marchait comme un homme conscient de sa grande mission. Il se tenait calmement face aux officiers.
Le commandant du camp retrouva finalement ses esprits. Furieux, il demande à son adjoint : « Was will dieses Polnische Schwein ? Que veut ce cochon de Polonais ?”
Ils commencèrent à chercher le traducteur, mais il se trouva que le traducteur n’était pas nécessaire. Le Père Maximilien répondit calmement : « Ich will sterben für ihn : je veux mourir à sa place », en montrant de sa main Gajowniczek qui se tenait à côté.
Les Allemands restèrent abasourdis, la bouche ouverte d’étonnement. Pour eux, représentants de l’impiété du monde, il était incompréhensible que quelqu’un souhaitât mourir pour un autre homme.
Ils regardèrent le Père Maximilien d’un regard interrogateur : Est-ce qu’il est devenu fou ? Peut-être n’avons-nous pas compris ce qu’il a dit ?
Finalement, la deuxième question arriva : « Wer bist du ? Qui es-tu ? »
Le Père Maximilien répondit : « Ich bin ein Polnischer Katolischer Priester : je suis un prêtre catholique polonais »
Ici, le prisonnier confessa qu’il était polonais, donc qu’il venait de la nation qu’ils détestaient. De plus, il manifestait qu’il était un homme du clergé. Pour les S.S. le prêtre était un reproche pour la conscience.
Il est intéressant de noter que, dans ce dialogue, le Père Maximilien n’utilisa pas une seule fois le mot « s’il vous plait ». En parlant comme il le fit, il a brisé le pouvoir de droit de vie ou de mort que les allemands avaient usurpé, et il les força à parler autrement. Il se comportait comme un diplomate expérimenté. Seulement, au lieu d’une queue de pie, d’une écharpe ou de décorations, il se présentait lui-même dans un costume rayé de prisonnier, avec un bol et des sabots.
Un silence mortel régnait et chaque seconde sembla durer des siècles.
Finalement, quelque chose arriva, que ni les Allemands ni les prisonniers n’ont compris jusqu’à ce jour. Le capitaine S.S. se tourna vers le Père Maximilien et s’adressa à lui avec le « Sie » (« vous ») de politesse et lui demanda : « Warum wollen Sie für ihn sterben ? : Pourquoi voulez-vous mourir à sa place ? »
Toutes les règles établies par les S.S. s’effondraient. Un moment auparavant, il l’avait appelé  « cochon de Polonais », et maintenant il se tournait vers lui et le vouvoyait.
Les S.S. et les officiers ordinaires qui se tenaient près de lui n’étaient pas sûrs d’avoir bien entendu. Une seule fois, dans l’histoire des camps de concentration, un officier de haut-rang, responsable du meurtre de milliers de personnes, s’est adressé de cette manière à un prisonnier.
Le Père Maximilien répondit : « Er hat eine Frau und Kinder : Il a une femme et des enfants ». Ce qui est le résumé de tout le catéchisme : il montrait à tous ce que la paternité et la famille veulent dire.
Il avait deux doctorats, soutenus à Rome « summa cum laude » (la meilleure note possible), et il était éditeur, missionnaire, enseignant académique de deux universités à Cracovie et à Nagasaki. Il pensait que sa vie valait moins que la vie d’un père de famille ! Quelle formidable leçon de catéchisme !

- Comment l’officier réagit-il aux paroles du Père Maximilien ? 

Tout le monde attendait de voir ce qui allait se passer ensuite.
Le S.S. se savait maître de la vie et de la mort. Il pouvait donner l’ordre de le battre très violemment pour avoir enfreint la règle stricte concernant le fait de sortir du rang.
Et, plus important encore : comment un prisonnier osait-il lui prêcher la morale ?
L’officier pouvait les faire condamner tous les deux à la mort par la faim.
Après quelques secondes, le S.S. dit : « Gut » (« Bon »).
Il était d’accord avec le Père Maximilien et admettait qu’il avait raison. Cela voulait dire que le bien avait gagné contre le mal, le mal absolu.
Il n’y a pas de plus grand mal que, par haine, de condamner un homme à périr de faim. Mais il n’y a pas non plus de plus grand bien que de donner sa propre vie pour un autre homme. Le bien absolu gagne.
Je voudrais insister sur les réponses du Père Maximilien : on l’a questionné à trois reprises, et par trois fois il a répondu avec concision et brièveté, usant de quatre mots. Le chiffre quatre dans la Bible signifie symboliquement l’homme tout entier.

- Quelle importance eut pour vous, et pour les autres prisonniers restant, d’avoir été témoins de tout ceci ? 

Les Allemands laissèrent Gajowniczek retourner dans le rang et le Père Maximilien prendre sa place.
Les condamnés devaient retirer leurs sabots parce qu’ils ne leur étaient plus d’aucune utilité. La porte du bunker de la faim était ouverte seulement pour en sortir les cadavres.
Le Père Maximilien entra en dernier avec son binôme, et il l’aida même à marcher. C’était comme ses propres obsèques avant sa mort.
Devant le bloc, on leur dit de retirer leurs uniformes rayés et on jeta les prisonniers dans une cellule de huit mètres carrés. La lumière du jour filtrait à travers les trois barreaux de la fenêtre sur le sol froid, dur et humide et les murs noirs.
Un autre miracle arriva là-bas.
Le Père Maximilien, bien qu’il ne respirât plus qu’avec un seul poumon, survécut aux autres prisonniers. Il demeura vivant dans la chambre de la mort pendant 386 heures. Tous les médecins reconnaîtront que c’est incroyable.
Après cette agonie horrible, le bourreau dans un uniforme médical lui fit une injection mortelle. Mais il ne succomba pas non plus… Il durent l’achever avec une seconde injection.
Il mourut la veille de l’Assomption de la Sainte Vierge Marie, Son Commandant-en-Chef.
Toute sa vie, il avait voulu travailler et mourir pour Marie l’Immaculée. C’était sa plus grande joie.

- En référence à la première question, pouvez-vous, s’il vous plaît, développer : qu’est-ce que cette attitude extraordinaire du Père Maximilien – être délivré de la mort par la faim – signifia pour vous ? 

Le sacrifice du Père Maximilien inspira de nombreuses activités ; il renforça le travail du groupe de résistance du camp, l’organisation clandestine des prisonniers, et cela marqua une division entre le temps « d’avant » et le temps « d’après » le sacrifice du Père Maximilien.
De nombreux prisonniers ont survécu à leur passage au camp, grâce à l’existence et aux opérations de cette organisation. Quelques-uns d’entre nous reçurent de l’aide, deux pour cent. J’ai reçu cette grâce, vu que je suis l’un de ces deux. Franciszek Gajowniczek fut non seulement secouru mais vécut encore 54 ans.
Notre saint compagnon-prisonnier secourut, par-dessus tout, l’humanité en nous. Il était un guide spirituel dans le bunker de la faim, il donna du soutien, il dirigea les prières, il pardonna les péchés et il accompagna les mourants vers l’autre monde avec le signe de la Croix. Il renforça la foi et l’espoir en nous qui avions survécu à la sélection.
Au milieu de cette destruction, de cette terreur et de ce mal, il redonna l’espérance.

Voir aussi l’article publié en 2011 pour le 70e anniversaire de ce martyre > ici.

Autel de St Maximilien-Marie - basilique de Padoue - détail
Saint Maximilien-Marie Kolbe, prêtre et martyr,
détail du retable de Pietro Annigoni

dans la basilique de Padoue.
Publié dans:De liturgia, Memento, Nos amis les Saints |on 13 août, 2016 |3 Commentaires »

2016-61. D’une nouvelle parure offerte à notre statue-relique du Saint Enfant Jésus.

Vendredi 12 août 2016,
Fête de Sainte Claire (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En cette fête de Sainte Claire, alors qu’un radieux soleil enveloppe notre Mesnil-Marie, nos coeurs sont aussi illuminés par une joie que d’aucuns peut-être trouveront puérile, mais qui est pour nous véritablement spirituelle, puisqu’elle touche à l’honneur rendu à notre divin Sauveur et à Sa glorification.

Conformément à l’exemple des plus grands saints qui, lors même qu’ils étaient profondément mortifiés et animés d’un zèle scrupuleux pour l’observance de la pauvreté évangélique, faisaient tout leur possible pour que tout ce qui a trait au culte divin soit le plus digne, le plus beau et même le plus riche possible, nous aimons à redire avec Saint François d’Assise que « la pauvreté s’arrête au pied de l’autel ».
Voilà pourquoi, dès qu’il en a l’opportunité et les moyens, Frère Maximilien-Marie apporte beaucoup de soin à embellir notre modeste oratoire : au Mesnil-Marie on ne trouvera pas, par exemple, de ces ornements liturgiques en tissus vulgaires et sans tenue que certains prêtres et même certains dignitaires ecclésiastiques semblent affectionner !

Au soir de cette fête de Sainte Claire, ce qui nous réjouit très spécialement, c’est d’avoir pu offrir à notre Enfant Jésus de Prague, une nouvelle parure.

Enfant Jésus de Prague robe verte 1

Je vous ai déjà parlé de cette statue, qui présente la caractéristique de pouvoir être appelée « statue-relique » (voir > ici).

Jusqu’à ce jour nous n’avions que trois ensembles (robes et manteaux), ce qui est bien peu en comparaison des 46 qui composent la garde-robe de la statue originale vénérée dans l’église Sainte Marie de la Victoire à Prague.
On m’a même assuré que l’impératrice Marie-Thérèse de Habsbourg, malgré les lourds devoirs de sa charge et malgré sa nombreuse famille, avait confectionné elle-même une robe et un manteau qu’elle avait offerts au Petit Roi de Grâce.

Enfant Jésus de Prague robe verte 2

Ce n’est pas une impératrice, mais c’est l’une de nos amies – mère de famille nombreuse et généreusement investie en pas mal d’activités – qui a répondu à l’appel de Frère Maximilien-Marie lorsque, il y a quelques mois, il avait demandé de l’aide sur un célèbre réseau social…

Nous avions en effet dans une armoire un joli coupon de tissu vert damassé d’or, des dentelles, et quelques autres éléments de passementerie dont il pensait qu’ils pourraient convenir à la confection, pour notre « statue-relique » de l’Enfant Jésus de Prague, d’une parure accordée à la couleur liturgique du temps après la Pentecôte.
Mais ni notre Frère ni moi-même n’étions assez dégourdis pour en faire quelque chose de convenable !!!

Notre amie M. a des doigts de fée, du goût, de bonnes idées, et de la patience… qu’elle a mis au service de notre Petit Roi d’Amour.
Vraiment, elle a fait merveille : il est donc tout-à-fait normal que j’exprime ici publiquement nos plus vifs remerciements et notre joie.

Enfant Jésus de Prague robe verte 3

Je ne résiste pas à vous conter une anecdote à propos du travail de notre amie M.

Frère Maximilien-Marie lui avait envoyé le coupon de tissu vert damassé d’or, et avait un peu pensé – sans avoir d’idée trop précise là-dessus – que le manteau aurait pu être en quelque autre ton de vert…
La seule chose dont il était certain, c’est qu’il voulait trois fleurs de lys sur chacun des revers.

M. a fait quelques recherches – en magasin et sur les sites spécialisés – , et elle a découvert un tissu vert qui eût pu s’harmoniser avec les tons de la robe ; mais lorsqu’elle s’est rendue compte que cette teinte avait été dénommée « vert islamique », elle en a été, à très juste titre, abasourdie.
Elle a fait part de sa perplexité à Frère Maximilien-Marie qui lui a répondu (j’ai le texte de leurs échanges sous les yeux) : « Oh purée ! j’hallucine grave… j’allahlucine même ! »
M. : « Ah ! Je savais bien que cela vous ferait bondir… »
Frère Maximilien-Marie : « J’ai tellement bondi que je me suis même fait une bosse en me cognant au plafond ! »
Il exagérait un tantinet, certes, mais il y avait bien de quoi éprouver de l’horreur et de l’indignation.

Sans nul doute, si un fabricant de tissu appelait l’une de ses créations par le qualificatif « catholique romain », nous assisterions aux protestations indignées des pintades médiatiques et des dindes laïcistes…
Ceux qui ne veulent pas du règne du Christ auront – voire ont déjà – pour maître l’antéchrist en ses multiples avatars : maçonnerie ou mahométisme, république ou néopaganisme, sectes laïques ou satanisme… etc.
Mais au Mesnil-Marie nous ne revêtirons pas le Petit Roi de Grâce d’un manteau « vert islamique » et nous ne cesserons de prier et de supplier pour que, sur la terre comme au Ciel, Son Règne advienne.

Bref, notre amie M. a suggeré de confectionner la cape dans un satin qui ne soit pas vert, et Frère Maximilien-Marie s’en est remis à son bon goût.
Il ne pouvait mieux faire : le résultat est magnifique !
Nous l’avons découvert lorsque M. est venue l’apporter à notre Petit Roi et a réalisé sur lui les derniers ajustements, aujourd’hui même.

pattes de chatLully.

Enfant Jésus de Prague robe verte 4

2016-57. Du saint prophète Elie insurpassable modèle des adorateurs du vrai Dieu.

20 juillet,
Fête du saint prophète Elie.

A la date du 20 juillet, le martyrologe romain fait mention du saint prophète Elie : sa fête ne figure pas au calendrier de l’Eglise universelle, mais seulement au calendrier particulier de certains lieux et congrégations, dont l’Ordre du Carmel qui reconnaît en lui son fondateur.

Au Mesnil-Marie aussi, nous célébrons aujourd’hui l’office de Saint Elie : nous vénérons en lui l’une des plus parfaites figures de chercheur de Dieu, l’une des plus parfaites figures de totale consécration au service du Très Haut, l’une des plus parfaites figures de la vie religieuse alliant contemplation et action.

En appelant Elie, Dieu a en quelque sorte appelé et béni en même temps – à travers tous les âges et jusqu’à la consommation des siècles – la foule de ceux qui, épris de l’absolu divin, ne souffrent ni médiocrité, ni compromis, ni demi-mesure.
Tantôt retiré du monde et absorbé dans une intime conversation avec Dieu, tantôt en première ligne des combats qu’il faut soutenir pour la vraie foi, il reste pour toutes les générations de croyants un exemple à imiter : exemple de zèle et d’ardeur, exemple de soif d’absolu, exemple d’intégrité et de force morale – malgré l’expérience de ses propres faiblesses et la tentation du découragement – , mais aussi exemple de douce humanité et de compassion authentique (car l’humanité et la compassion ne sont ni la faiblesse ni la compromission).
Voilà pourquoi il m’apparaît comme très important de souvent lire, relire, approfondir et méditer la « geste d’Elie » dans les chapîtres XVII à XXI du troisième livre des Rois (selon la Vulgate ; il est appelé premier livre des Rois dans la majorité des éditions modernes de la Sainte Bible) car, au-delà des contingences temporelles des faits rapportés, nous y trouvons tant de lumières pour notre propre conduite aujourd’hui…

C’est la raison pour laquelle j’ai particulièrement aimé le tableau reproduit ci-dessous : s’il ne s’agit que d’une toile somme toute assez ordinaire du XIXe siècle, néanmoins en quelque manière elle illustre la permanence de la figure du prophète Elie dans l’histoire de l’Eglise, par le geste protecteur de sa main gauche étendue en direction de la silhouette de la basilique Saint-Pierre du Vatican, symbole de l’Eglise contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront point.
Le glaive ardent que tient toujours le saint prophète – glaive avec lequel il égorgea les quatre-cent-cinquante faux prophètes de Baal sur le Mont Carmel – et le cadavre de l’Antéchrist gisant à ses pieds, nous rappellent que des combats comparables à celui d’Elie - qui doit revenir avec Enoch dans le temps de la grande tribulation finale – font toujours l’actualité de l’Eglise et la feront jusqu’à la fin des temps, cette dernière étant évoquée dans le haut du tableau par les anges sonnant de la trompette.

Le prophète St Elie - huile sur toile Italie XIXe s

Le prophète Saint Elie, huile sur toile du XIXe siècle
Diocèse de Melfi – Rapolla – Venosa (Basilicate – Italie)

Merveilleux Saint Elie !
Comme vous fûtes heureux de ne pas avoir vécu à la fin du XXe siècle et en ce début du XXIe siècle !
Car si vous fûtes persécuté par le perfide Achab et l’idolâtre Jézabel, il vous fut toutefois loisible d’affirmer et de proclamer haut et fort à la face d’Israël qu’il n’y a pas d’autre Dieu que le Seigneur qui S’est révélé à Moïse – et qui S’est depuis pleinement et définitivement révélé en Notre-Seigneur Jésus-Christ, Son Verbe incarné – et que les autres « dieux » n’en sont pas.
Point de déclaration « Dignitatis humanae » qui soit alors venue troubler la compréhension de la Vérité et jeter de l’ombre sur la Révélation divine, introduire le relativisme, et insinuer que l’on doive mettre sur un même pied l’authentique religion et les croyances mêlées d’erreurs !

Bienheureux Saint Elie !
Pourchassé par la vindicte des païens adorateurs de démons, vous ne fûtes néanmoins pas puni par les représentants officiels du vrai Dieu, ainsi que cela arrive aujourd’hui à des prêtres fidèles au sein de l’Eglise catholique, lorsqu’ils rappellent qu’il n’y a qu’une seule authentique Révélation de Dieu et qu’en dehors d’elle, et après Notre-Seigneur Jésus-Christ, il n’y a pas eu de vrai prophète mandaté par Dieu pour fonder une autre religion !

Glorieux Saint Elie !
Ni le pseudo oecuménisme ni le « dialogue inter-religieux », ne sont venus mettre des entraves à cette proclamation sans concession de la Vérité divine, que vous avez énergiquement accomplie en paroles et en actes quoi qu’il dut vous en coûter ! 
Vous vous êtes « levé comme un feu et votre parole brûla comme une torche ardente » (cf. Eccli. XLVIII, 1) et nul n’osa plus en face de vous, parce que vous agissiez pour le salut éternel des âmes des fils d’Israël, se faire l’apologue des doctrines d’erreur et de la fausse tolérance qui précipite les âmes en enfer…

Intercédez donc aujourd’hui pour nous, et donnez-nous, comme à votre disciple Saint Elisée, d’avoir quelque part à votre esprit. Ainsi soit-il !

Blason du Carmel

Blason de l’Ordre du Carmel
surmonté du bras de Saint Elie brandissant le glaive ardent
et portant pour devise sa parole :
« Zelo zelatus sum pro Domino Deo exercituum :
je suis embrasé d’un zèle ardent pour le Seigneur Dieu des armées » (3 Reg. XIX, 14).

2016-48. Par leur trépas glorieux, ces deux Apôtres ont prouvé combien la mort des saints est précieuse devant Dieu.

29 juin,
Fête des Saints Apôtres Pierre et Paul.

La Sainte Eglise notre mère exulte aujourd’hui dans la célébration liturgique des Saints Apôtres Pierre et Paul, colonnes de l’Eglise de Rome où, selon la Tradition, ils ont versé leur sang le même jour de la même année, lors de la persécution déclanchée par Néron.
Profitons-en pou rappeler que la fête des Saints Apôtres Pierre et Paul est une fête de précepte, qui doit normalement être chômée et où l’assistance à la Messe est obligatoire (cf. > ici) : dans les pays tels que la France depuis la grande révolution, où ce jour n’est plus férié, la solennité doit en être reportée au dimanche suivant.

On trouve dans les oeuvres de notre glorieux Père Saint Augustin plusieurs sermons prononcés à l’occasion de cette fête. En voici un qui, quoique très court, n’en est néanmoins pas moins propre à alimenter nos méditations et notre action de grâces en ce jour.

Giuseppe Cesari 1608-09 vierge à l'enfant avec les sts Pierre et Paul

Giuseppe Cesari : les Saints Pierre et Paul entourant la Vierge à l’Enfant
(huile sur toile, 1608-1609)

« Par leur trépas glorieux, ces deux Apôtres ont prouvé combien la mort des saints est précieuse devant Dieu. »

Sermon de notre bienheureux Père Saint Augustin
sur
le martyre des Saints Apôtres Pierre et Paul.

§ 1. L’Eglise célèbre en une même fête les deux Apôtres Pierre et Paul : leurs vocations étaient différentes, mais ils ont été les serviteurs de la même foi.

Avec la grâce de Dieu, nous célébrons aujourd’hui le martyre de saint Pierre et de saint Paul ; le monde entier solennise aujourd’hui leur mémoire, les unissant dans les mêmes cantiques, comme ils ont été unis par une même foi et couronnés par un même triomphe.
C’est la fête de Paul ; et, tous le proclament, c’est aussi la fête de Pierre. Comment garder le silence sur Pierre, quand on se rappelle avec quelle fermeté il a refoulé la rage de Simon le Magicien, lui a enseigné la saine doctrine et a confondu son orgueil (note) ?
Par leur trépas glorieux, ces deux Apôtres ont prouvé combien la mort des saints est précieuse devant Dieu.
Paul est un vase d’élection, Pierre tient les clefs de la maison du Seigneur ; l’un était pêcheur, l’autre a été persécuteur. Paul a été frappé d’aveuglement, afin de mieux voir ; Pierre a renié, afin de croire. Paul, embrassant la foi de Jésus-Christ après la résurrection de l’Eglise, s’est montré le disciple d’autant plus glorieux de la vérité, qu’il avait été plus obstiné dans son erreur. Pierre pêcheur n’a pas déposé ses filets, mais les a changés, parce qu’honoré le premier du sacerdoce, il préféra désormais les sources à la mer, et chercha les poissons, non pas pour les détruire, mais pour les purifier.
Tous deux furent heureux dans l’administration de la doctrine, mais la mort les confirma dans un bonheur plus grand encore. Sur la-terre, la gloire n’est qu’en désir ; au ciel, elle a toute sa réalité. Sur la terre, les tribulations se succèdent, la mort met les saints en possession de la véritable grandeur.
La voix de ces Apôtres se fait entendre jusqu’aux confins de la terre. Partout s’élève en leur faveur un concert de louanges ; partout la voix des fidèles redit la magnificence de leur triomphe.

§ 2. Sens mystique du martyre des deux Apôtres.

Comment appeler morts des hommes dont la foi est un principe de vie et de résurrection pour le monde entier ?
Pour arriver au glorieux séjour de l’éternelle lumière, que personne n’hésite à se confier en toute assurance à la direction de ces illustres docteurs ; à leur suite, la conquête du ciel n’est plus impossible. Paul est là pour seconder nos efforts, et Pierre pour ouvrir les portes de l’éternel séjour.
Du reste, il ne peut que nous être utile de rappeler le glorieux martyre de ces Apôtres. Paul fut décapité, Pierre fut crucifié la tête en bas. Ce genre de mort est plein de mystère.
Il convenait que Paul eût la tête tranchée, parce qu’il est pour les Gentils le chef ou la tête de la foi. Pierre avait reconnu que Jésus-Christ est la tête de l’homme, et comme Jésus-Christ était alors assis dans sa gloire, Pierre lui présenta d’abord sa tête, que les pieds devaient suivre, afin que dans ce nouveau genre de martyre, pendant que les pieds et les mains étaient enchaînés, la tête pût prier et prendre le chemin du ciel. Je ne suis pas digne, disait Pierre, d’être crucifié comme mon Seigneur. Par ce langage il ne refusait pas le martyre, mais il craignait de s’approprier le genre de mort du Sauveur, et ne se trouvait digne que de honte et de châtiment.
Bienheureux Pierre, quand nous vous voyons suspendu à la croix, combien vous l’emportez à nos yeux sur le Magicien aspirant à prendre son vol dans les airs (note) ! Il ne s’élève que pour tomber plus profondément, tandis que vous n’inclinez votre tête vers la terre que pour posséder le ciel après votre mort, par la grâce de Jésus-Christ qui vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Tiare et clefs de Saint Pierre

Note :
Saint Augustin fait ici allusion à la très ancienne tradition, bien connue des chrétiens des premiers siècles et du Moyen-Age mais bien oubliée aujourd’hui, qui nous rapporte que Simon le Magicien – personnage que l’on trouve dans les Actes des Apôtres (VIII, 4-25) – est venu à Rome et que, possédé par le diable, il a tenté de séduire les foules par des prodiges pour les détourner de la prédication des Apôtres. Il s’est notamment élevé dans les airs, mais, à la prière de Saint Pierre a été précipité à terre. C’est de lui que vient le nom « simonie » qui désigne le péché consistant à monnayer les charges ecclésiastiques et à faire du commerce avec des choses bénites ou consacrées. 

2016-46. « Il n’est si élevé en gloire que parce qu’il a mené une vie intérieure. »

21 juin, fête de Saint Louis de Gonzague.

Ceux qui connaissent bien notre Frère Maximilien-Marie savent qu’en sus de Saint Maximilien-Marie Kolbe, il a pour célestes protecteurs de sa vie religieuse Saint Louis de Gonzague et Saint Gabriel dell’Addolorata : si l’on devait énoncer son nom complet de vie religieuse, il faudrait donc dire « Frère Maximilien-Marie Gabriel Gonzague du Sacré-Coeur », mais il faut bien reconnaître que ce serait un peu long… surtout pour l’appeler en cas d’urgence ou d’incendie !

Bien évidemment, chaque 21 juin est – vous le comprenez – un jour de particulières allégresse et ferveur en notre Mesnil-Marie. Dans notre oratoire, une veilleuse est allumée devant les reliques de Saint Louis de Gonzague, et aux prières habituelles nous ajoutons quelques exercices spécifiques en l’honneur de ce très grand saint.

J’ai décidé aujourd’hui de publier ci-dessous à votre intention la traduction en français d’un texte remarquable, transcrivant une vision de Sainte Marie-Madeleine de Pazzi qui eut lieu le 4 avril 1600, soit à peine neuf ans après la mort de Saint Louis de Gonzague (21 juin 1591).
C’est une traduction bien imparfaite, comme toute traduction : le texte original est en effet en dialecte florentin du XVIIe siècle et possède une saveur intraduisible.
Néanmoins il n’est pas inutile de savoir qu’à peine neuf ans après sa mort à Rome, Dieu a tenu à montrer à cette carmélite florentine l’incommensurable gloire de ce saint de 23 ans et à lui faire savoir ce qui était la cause d’une si grande gloire : sa vie intérieure.

J’ai illustré ce court texte avec des photographies prises par Frère Maximilien-Marie dans la chapelle de Saint Claude de La Colombière, à Paray-le-Monial, puisque, en effet, l’une des absidioles y est dédiée à Saint Louis de Gonzague et que son programme iconographique y conjugue la mosaïque et le vitrail pour représenter cette vision de Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi et la gloire du jeune saint. 

Lully.                  

Vision de Ste Marie-Madeleine de Pazzi - chapelle de La Colombière

« Qu’elle est grande la gloire de Louis, fils d’Ignace ! »
Vision de Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi
mosaïque et vitrail de la chapelle de La Colombière à Paray-le-Monial.

frise avec lys naturel

« Oh, quelle gloire est la gloire de Louis, fils d’Ignace ! 
Je ne l’aurais jamais cru si mon Jésus ne me l’avait fait voir !
Je n’aurais jamais imaginé qu’il y eût autant de gloire dans le Ciel que j’en vois dans Louis !

Je voudrais pouvoir parcourir tout l’univers et dire que Louis, fils d’Ignace, est un grand saint !
Et je voudrais faire connaître sa gloire à tout le monde, afin que Dieu en fût glorifié !

Il n’est si élevé en gloire que parce qu’il a mené une vie intérieure.
Qui pourrait apprécier le mérite et la vertu de la vie intérieure ?
Non ! Il n’y aura jamais aucune comparaison à faire entre les actes intérieurs et les extérieurs…

Louis fut un martyr inconnu : quiconque Vous aime, ô mon Dieu, Vous connaît si grand, si infiniment aimable !
Quel martyre ne fut-ce pas pour lui de voir qu’il ne pouvait Vous aimer autant qu’il désirait Vous aimer ; de voir que Vous n’étiez pas connu de toutes Vos créatures ; que Vous n’étiez pas aimé ; qu’au contraire Vous en étiez offensé !

Oh ! Combien Louis aima-t-il sur la terre ! Et maintenant, dans le Ciel, il jouit de Dieu dans une grande plénitude d’amour… »

Sainte Marie-Madeleine de’ Pazzi, in « Probatione », parte seconda.

Vitrail de St Louis de Gonzague -chapelle de La Colombière

Vitrail de Saint Louis de Gonzague
chapelle de La Colombière à Paray-le-Monial.

Voir aussi :
- « Saint Louis de Gonzague et la garde des sens » : BD et prière > ici
- Prière « O Domina mea » attribuée à Saint Louis de Gonzague > ici

Supplication au Coeur Eucharistique de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Dans un certain nombre de diocèses et congrégations religieuses, au jeudi dans l’octave du Sacré-Coeur avait été instituée la fête du Coeur eucharistique de Notre-Seigneur : fête bien oubliée aujourd’hui…
Après la prière composée par le Rd Père Lépidi, Maître du Sacré Palais au temps de Saint Pie X et de Benoît XV que nous avons déja publiée (cf. > ici), en voici une autre trouvée sur une ancienne image de dévotion.

 

le Sacré-Coeur et l'Eucharistie

 

Seigneur Jésus, Fils de Dieu Sauveur,
consacrez-moi Vous-même à Votre Cœur Eucharistique :
inculquez m’en la douceur et l’humilité.

Apprenez-moi à faire,
à Votre exemple,
ma nourriture de la volonté du Père,
afin que, par ma prière et mes œuvres, je Lui rende gloire,
en Lui demandant de hâter Son règne par Votre venue,
et en appelant sur l’Eglise et le monde
une effusion accrue de Votre Esprit d’amour.

Seigneur,
recevez-moi dans le Cœur Immaculé de Votre Mère très sainte :
qu’elle soit mon guide et m’accompagne avec Vous
dans l’accomplissement du Pur Vouloir du Père
sous la conduite de Votre Esprit d’amour.

Ainsi soit-il !

Sainte Eucharistie

Publié dans:De liturgia, Prier avec nous |on 9 juin, 2016 |1 Commentaire »

2016-40. Déposition de frère Jean Pasquerel au procès de Jeanne d’Arc.

30 mai,
Fête de Sainte Jeanne d’Arc.

Nous avons déjà publié dans les pages de ce blogue les témoignages de Jean Massieu sur la mort de Sainte Jeanne d’Arc (cf. > ici) et des dominicains qui assistèrent Jeanne en son supplice (cf. > ici). Voici aujourd’hui la déposition de Frère Jean Pasquerel, de l’Ordre des Ermites de Saint-Augustin, lorsqu’il fut interrogé par les juges de Jeanne lors du procès de Rouen, à la fin du mois de février 1431.
Frère Jean Pasquerel entendit parler de Jeanne alors qu’il s’était rendu au Grand Pardon du Puy-en-Velay, le Vendredi-Saint 25 mars 1429, jubilé auquel participait également Isabelle Romée, mère de Jeanne. Tout ce que l’on sait de lui est contenu dans cette déposition au procès : il était « lecteur » – c’est-à-dire professeur – au couvent des Ermites de Saint-Augustin de Tours et se mit au service de Jeanne qui fit de lui son aumônier et confesseur.

Maurice Denis - Communion de Jeanne d'Arc avant le combat

Maurice Denis (1870-1943) : Sainte Jeanne d’Arc communiant avant le combat

Déposition de frère Jean Pasquerel, ermite de Saint-Augustin et aumônier de Jeanne, à son procès :

J’étais au Puy (note 1), où se trouvait la mère de Jeanne, ainsi que quelques-uns de ceux qui l’avaient menée au roi quand j’ouïs parler pour la première fois de Jeanne et de sa venue à la cour. Ces gens, ayant fait connaissance avec moi, me dirent : « Il faut venir avec nous près de Jeanne. Nous ne vous laisserons que quand nous vous aurons conduit auprès d’elle ». Je vins donc avec eux à Chinon, puis à Tours.

J’étais précisément lecteur dans un couvent de cette ville. A Tours, Jeanne demeurait pour lors au logis de Jean Dupuy, bourgeois de la ville. Nous l’y rencontrâmes. Mes compagnons lui dirent : « Jeanne, nous vous avons amené ce bon Père. Quand vous le connaîtrez bien, vous l’aimerez bien ». Jeanne leur répondit : « Le bon Père me rend bien contente. J’ai déjà entendu parler de lui et dès demain je me veux confesser à lui ». Le lendemain je l’ouïs en confession, et je chantai la messe devant elle. Depuis cette heure, j’ai toujours suivi Jeanne et n’ai cessé d’être son chapelain jusqu’à Compiègne.

On m’a dit que quand Jeanne vint au roi, elle fut, à deux reprises, visitée par des femmes. On voulait savoir ce qu’il en était d’elle, si elle était homme ou femme, déshonorée ou vierge. Elle fut trouvée femme, mais vierge et pucelle. Elle fut notamment visitée, paraît-il, par la dame de Gaucourt et par la dame de Trèves.

Au moment où Jeanne entrait au château de Chinon pour aller parler au roi, un cavalier se mit à dire : « N’est-ce pas là la Pucelle ? Jarnidieu ! si je l’avais une nuit, je ne la rendrais pas telle que je l’aurais prise. —Ha ! lui dit Jeanne, en nom Dieu, tu Le renies et tu es si près de la mort ! »
Moins d’une heure après, cet homme tomba dans l’eau et se noya. Je tiens ce fait de la bouche de Jeanne et de plusieurs autres personnes qui déclaraient avoir été présentes.

Le seigneur comte de Vendôme introduisit Jeanne dans la chambre du roi. Le roi l’apercevant lui demanda son nom. Elle dit : « Gentil dauphin, j’ai nom Jeanne la Pucelle, et vous mande le Roi des cieux par moi que vous serez sacré et couronné à Reims, et que vous serez le lieutenant du Roi des cieux qui est roi de France ».
Après beaucoup de questions du roi, Jeanne reprit : « Je te dis de la part de Messire que tu es vrai héritier de France et fils du roi, et Il m’envoie à toi pour te conduire à Reims afin que tu y reçoives ton couronnement et ton sacre, si tu en as la volonté ».
A la suite de cet entretien, le roi dit à son entourage que Jeanne lui avait parlé de certaines choses secrètes que nul ne savait ni ne pouvait savoir hormis Dieu, et qu’ainsi il avait bien confiance en elle.
Tout ce que je viens de dire je le tiens de Jeanne, car je ne fus témoin de rien.

Jeanne me disait qu’elle était vexée de tant d’interrogatoires ; qu’on l’empêchait de faire sa besogne, qu’elle était impatiente d’agir, qu’il en était temps.

Elle avait demandé aux messagers de son Seigneur — son Seigneur c’était Dieu — ce qu’elle devait faire. Ils lui dirent de prendre l’étendard. Elle se fit donc faire un étendard où était représenté notre Sauveur assis en jugement sur les nuées du ciel, et où figurait un ange, tenant en ses mains une fleur de lis que le Sauveur bénissait. J’étais à Tours quand cet étendard y fut bénit.

Jeanne était très dévote envers Dieu et la bienheureuse Marie. Elle se confessait presque chaque jour et communiait fréquemment. Quand elle était en un lieu où il y avait un couvent de mendiants, elle me disait de lui remémorer les jours où les petits enfants des mendiants (note 2) recevaient le sacrement de l’Eucharistie, pour qu’elle communiât avec eux. Et c’était son plaisir de communier avec les petits enfants des mendiants. Quand elle se confessait, elle pleurait.

Ayant quitté Tours pour aller à Orléans, nous fûmes à Blois deux ou trois jours environ, attendant les vivres qu’on y chargeait sur les bateaux.
A Blois, Jeanne me dit de faire faire une bannière autour de laquelle se rassembleraient les prêtres et d’y faire peindre l’image de Notre-Seigneur crucifié. La bannière une fois terminée, Jeanne, chaque jour, matin et soir, me faisait convoquer tous les prêtres. Ceux-ci, réunis, chantaient des antiennes et des hymnes en l’honneur de la bienheureuse Marie.
Jeanne était avec eux. Elle ne permettait à aucun homme d’armes d’y être s’il ne s’était confessé le jour même, et elle les avisait tous de se confesser pour venir à la réunion, vu que tous les prêtres qui en étaient se tenaient prêts à recevoir tout pénitent de bonne volonté.
Le jour où on quitta Blois pour aller à Orléans, Jeanne fit rassembler tous les prêtres. La bannière en tête, ils ouvrirent la marche. Les hommes d’armes suivaient. Le cortège sortit de la ville, par le côté de la Sologne, en chantant : Veni creator Spiritus, et plusieurs autres antiennes.

Ce Jour-là et le lendemain on coucha dans les champs.
Le troisième jour, on arriva en vue d’Orléans. Les gens d’armes du roi, qui menaient un convoi de vivres, s’avancèrent jusque dans le voisinage de l’ennemi, si bien que Français et Anglais pouvaient, avec leurs yeux, se dévisager mutuellement. Mais la rivière était en ce moment si basse que les bateaux ne pouvaient monter ni venir jusques à la rive où étaient les Anglais. Heureusement, comme par un coup soudain, une crue d’eau se fit. Les bateaux purent aborder. Jeanne y entra avec des hommes d’armes et pénétra dans Orléans.

Pour moi, sur l’ordre de Jeanne, je retournai à Blois avec les prêtres et la bannière.
Peu de jours après, à la suite d’une quantité d’hommes d’armes, je vins à Orléans, par la Beauce, avec la bannière et les prêtres, sans aucun empêchement. Jeanne vint à notre rencontre et nous entrâmes tous ensemble dans la ville. Il n’y eut pas de résistance : nous fîmes entrer le convoi sous les yeux mêmes des Anglais. C’était merveilleux.
Les Anglais étaient en grande puissance et en grande multitude, excellemment armés et prêts au combat ; ils voyaient bien que ces gens du roi faisaient maigre figure vis-à-vis d’eux. Ils nous voyaient, ils entendaient chanter nos prêtres au milieu desquels je me trouvais portant la bannière. Eh bien ! ils demeurèrent tous impassibles et n’attaquèrent ni les clercs ni les hommes d’armes.
A peine étions-nous à Orléans que, pressés par Jeanne, les hommes d’armes sortirent de la ville pour aller attaquer les Anglais et donner l’assaut à la bastille Saint-Loup.
Ce jour-là, d’autres prêtres et moi, nous rendîmes après dîner, au logis de Jeanne. Au moment où nous arrivions, nous l’entendîmes qui criait : « Ou sont ceux qui me doivent armer ? Le sang de nos gens coule à terre ». Ayant été armée, elle sortit précipitamment et courut à la bastille Saint-Loup où avait lieu l’attaque. En route, Jeanne rencontra plusieurs blessés ; elle en eut très grande douleur. Peu après, elle marcha avec les autres à l’assaut et fit si bien que, violemment et par force, la bastille fut prise. Ceux qui s’y trouvaient furent faits prisonniers.
Je me rappelle que cet assaut eut lieu la veille de l’Ascension. Il y eut là force Anglais mis à mort. Jeanne s’en affligeait beaucoup, parce que, disait-elle, ces pauvres gens avaient été tués sans confession ; et elle les plaignait fort.
Sur place elle se confessa à moi. En même temps elle me prescrivit d’avertir publiquement tous les hommes d’armes de confesser leurs péchés et de rendre grâces à Dieu de la victoire obtenue ; sinon, elle ne les aiderait plus et même ne resterait pas en leur compagnie.

Ce même jour, veille de l’Ascension, Jeanne dit que dans cinq jours le siège d’Orléans serait levé et qu’il ne resterait plus un seul Anglais devant la ville. Or tel fut l’événement.

Ainsi, comme je l’ai dit, nous prîmes ce jour-là la bastille de Saint-Loup. Elle renfermait plus de cent hommes d’élite et bien armés. Il n’y en eut pas un qui ne fût tué ou pris.
Le soir de ce jour, étant en mon logis, Jeanne me dit que le lendemain, qui était le jour de l’Ascension de Notre-Seigneur, elle s’abstiendrait de guerroyer et de s’armer par révérence de cette fête solennelle ; et que ce jour-là elle voulait se confesser et communier. Ce qu’elle fit.
Elle ordonna que nul ne sortît le lendemain de la ville et allât attaquer ou faire assaut, qu’il ne se fût préalablement confessé.
Elle dit encore qu’on veillât que les femmes dissolues ne fissent partie de sa suite, car, à cause de leurs péchés, Dieu permettrait qu’on eût le dessous.

C’est en ce jour de l’Ascension que Jeanne écrivait aux Anglais retranchés en leurs bastilles en cette manière (5 mai 1429) :
« Vous, hommes d’Angleterre, qui n’avez aucun droit en ce royaume de France, le Roi des cieux vous mande et ordonne par moi Jehanne la Pucelle, que vous quittiez vos bastilles et retourniez en vos pays. Sinon je ferai de vous un tel hahu (note 3) qu’il y en aura perpétuelle mémoire. Voilà ce que je vous écris pour la troisième et dernière fois, et je ne vous écrirai plus ». Ainsi signé : « JHÉSUS MARIA, Jehanne la Pucelle ».
« Je vous aurais envoyé mes lettres plus honnêtement ; mais vous retenez mes hérauts ; vous avez retenu mon héraut Guyenne. Veuillez me le renvoyer et je vous renverrai quelques-uns de vos gens qui ont été pris à la bastille Saint-Loup ; car ils ne sont pas tous morts ».
La lettre écrite, Jeanne prit une flèche, attacha au bout la missive avec un fil et ordonna à un archer de la lancer aux Anglais en criant : « Lisez, ce sont nouvelles». La flèche arriva aux Anglais avec la lettre. Ils lurent la lettre, puis ils se mirent à crier avec très, grandes clameurs : « Ce sont nouvelles de la putain des Armagnacs ».
A ces mots Jeanne se mit à soupirer et à pleurer beaucoup, invoquant le Roi des cieux à son aide. Bientôt elle fut consolée, parce que, disait-elle, elle avait eu des nouvelles de son Seigneur.

Le soir, après souper, Jeanne me dit qu’il faudrait le lendemain me lever plus tôt que je n’avais fait le jour de l’Ascension et que je la confesserais de très grand matin.
En conséquence, le lendemain vendredi, je me levai dès la pointe du jour ; je confessai Jeanne et je chantai la messe devant elle et tous ses, gens. Puis, elle et les hommes d’armes allèrent à l’attaque, qui dura du matin jusqu’au soir.
Ce jour-là, la bastille des Augustins fut prise après un grand assaut.
Jeanne, qui avait l’habitude de jeûner tous les vendredis, ne le put cette fois parce qu’elle avait, eu trop à faire. Ainsi elle soupa. Elle venait d’achever son repas lorsque vint à elle un noble et vaillant capitaine dont je ne me rappelle pas le nom. Il dit à Jeanne : « Les capitaines ont tenu leur conseil. Ils ont reconnu qu’on était bien peu de Français, eu égard au nombre des Anglais, et que c’était par une grande grâce de Dieu qu’ils avaient obtenu quelques avantages. La ville étant pleine de vivres, nous pouvons tenir en attendant le secours du roi. Dès lors le conseil ne trouve pas expédient que les hommes d’armes fassent demain une sortie ». Jeanne répondit : « Vous avez été à votre conseil ; j’ai été au mien. Or, croyez que le conseil de mon Seigneur s’accomplira et tiendra et que le vôtre périra ». Et s’adressant à moi qui étais près d’elle : « Levez-vous demain de très grand matin, encore plus, que vous ne l’avez fait aujourd’hui, et agissez le mieux que vous pourrez. Il faudra vous tenir toujours près de moi, car demain j’aurai fort à faire et plus ample besogne que je n’ai jamais eue. Et il sortira demain du sang de mon corps au-dessus du sein ».
Donc, le lendemain samedi, dès la première heure, je me levai et célébrai la messe. Puis Jeanne alla à l’assaut de la bataille du Pont où était l’Anglais Clasdas (Glasdale).
L’assaut dura depuis le matin jusqu’au coucher du soleil sans interruption. A cet assaut, l’après-dîner, Jeanne, comme elle l’avait prédit, fut frappée d’une flèche au-dessus du sein. Quand elle se sentit blessée, elle craignit et pleura, et puis fut consolée, comme elle disait.
Quelques hommes d’armes la voyant ainsi blessée voulurent la charmer. Mais elle refusa, et dit : « J’aimerais mieux mourir que de faire chose que je susse être un péché ou contraire à la volonté de Dieu. Je sais, bien que je dois mourir un jour ; mais je ne sais ni quand, ni où, ni comment, ni à quelle heure. S’il peut être apporté remède à ma blessure sans péché, je veux bien être guérie ».
On appliqua sur la blessure de l’huile d’olive dans du lard ; et ce pansement fait, Jeanne se confessa à moi en pleurant et se lamentant. Ensuite, elle retourna derechef à l’assaut, en criant : « Clasdas, Clasdas, ren-ti, ren-ti au Roi des cieux ! Tu m’as appelée putain ; j’ai grand’pitié de ton âme et de celle des tiens ».
A cet instant, Clasdas, armé de la tête aux pieds, tomba dans le fleuve de la Loire et fut noyé, Jeanne, émue de pitié, se mit à pleurer fortement pour l’âme de Clasdas et des autres, noyés là en grand nombre.

J’ai souvent ouï Jeanne assurer qu’il n’y avait dans son fait qu’un pur ministère ; et quand on lui disait : « Mais rien de tel ne s’est vu comme ce qui se voit en votre fait : en aucun livre on ne lit telles choses », elle répondait : « Mon Seigneur a un livre dans lequel onques nul clerc n’a lu, tant soit-il parfait en cléricature ».

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Note 1 : Frère Jean Pasquerel s’était rendu au Puy-en-Velay pour le Grand Pardon du Vendredi-Saint 25 mars 1429 (pour le Jubilé du Puy, voir > ici).
Note 2 : « les petits enfants des mendiants » : les enfants catéchisés par les religieux mendiants.
Note 3 : « un tel hahu » ou « un tel hahaye » : le mot est difficilement lisible dans les minutes du procès… et s’il s’agit bien de « hahu » ou de « hahaye », on ne connaît pas ce mot, si bien que beaucoup de ceux qui reproduisent cette lettre de Jeanne prennent le parti d’omettre cette phrase. S’agit-il d’une espèce d’onomatopée ? S’agit-il d’un mot dialectal plus ou moins déformé ? De toute façon, on comprend très bien l’idée que Jeanne a voulu exprimer…

Blason de Sainte Jeanne d'Arc

Lire aussi :
- « A Jeanne d’Arc » : cantique du Père Donceur et prière pour la France > ici
- Jeanne d’Arc, sainte de la Légitimité dynastique > ici

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