Archive pour la catégorie 'De liturgia'

2019-25. De Saint Grégoire 1er le Grand, pape et docteur de l’Eglise.

12 mars,
Fête de Saint Grégoire 1er le Grand, pape, confesseur et docteur de l’Eglise.

A l’occasion de deux audiences publiques générales, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI a dressé un très intéressant portrait de son prédécesseur, le Pape Saint Grégoire le Grand, et il a su mettre en évidence les caractères de sa sainteté, l’importance de son action, et l’actualité de ses enseignements.

St Grégoire le Grand vitrail basilique Notre-Dame Montréal au Québec

Saint Grégoire le Grand
(vitrail dans la basilique Notre-Dame, à Montréal au Québec)

« Cet homme de Dieu nous montre où sont les véritables sources de la paix et d’où vient la véritable espérance. »

Premier enseignement de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
consacré à la figure du Pape Saint Grégoire le Grand
donné à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 28 mai 2008 

Chers frères et sœurs,

(…) je voudrais aujourd’hui présenter la figure de l’un des plus grands Pères dans l’histoire de l’Eglise, un des quatre docteurs de l’Occident, le Pape saint Grégoire, qui fut évêque de Rome entre 590 et 604, et auquel la tradition attribua le titre de Magnus/Grand. Grégoire fut vraiment un grand Pape et un grand Docteur de l’Eglise ! Il naquit à Rome vers 540, dans une riche famille patricienne de la gens Anicia, qui se distinguait non seulement par la noblesse de son sang, mais également par son attachement à la foi chrétienne et par les services rendus au Siège apostolique. Deux Papes étaient issus de cette famille :  Félix III (483-492), trisaïeul de Grégoire et Agapit (535-536). La maison dans laquelle Grégoire grandit s’élevait sur le Clivus Scauri, entourée par des édifices solennels qui témoignaient de la grandeur de la Rome antique et de la force spirituelle du christianisme. Des sentiments chrétiens élevés lui furent aussi inspirés par ses parents, Gordien et Silvia, tous deux vénérés comme des saints, et par deux tantes paternelles, Emiliana et Tarsilia, qui vécurent dans leur maison en tant que vierges consacrées sur un chemin partagé de prière et d’ascèse.

Grégoire entra très tôt dans la carrière administrative, que son père avait également suivie et, en 572, il en atteint le sommet, devenant préfet de la ville. Cette fonction, compliquée par la difficulté des temps, lui permit de se consacrer à large échelle à chaque type de problèmes administratifs, en en tirant des lumières pour ses futures tâches. Il lui resta en particulier un profond sens de l’ordre et de la discipline :  devenu Pape, il suggérera aux évêques de prendre pour modèle dans la gestion des affaires ecclésiastiques la diligence et le respect des lois propres aux fonctionnaires civils. Toutefois, cette vie ne devait pas le satisfaire car, peu après, il décida de quitter toute charge civile, pour se retirer dans sa maison et commencer une vie de moine, transformant la maison de famille dans le monastère Saint André au Celio. De cette période de vie monastique, vie de dialogue permanent avec le Seigneur dans l’écoute de sa parole, il lui restera toujours la nostalgie, qui apparaît toujours à nouveau et toujours davantage dans ses homélies :  face aux assauts des préoccupations pastorales, il la rappellera plusieurs fois dans ses écrits comme un temps heureux de recueillement en Dieu, de consécration à la prière, d’immersion  sereine  dans  l’étude. Il put ainsi acquérir cette profonde connaissance de l’Ecriture Sainte et des Pères de l’Eglise dont il se servit ensuite dans ses œuvres.

Mais la retraite dans la clôture de Grégoire ne dura pas longtemps. La précieuse expérience mûrie dans l’administration civile à une époque chargée de graves problèmes, les relations entretenues dans cette charge avec les byzantins, l’estime universelle qu’il avait acquise, poussèrent le Pape Pélage à le nommer diacre et à l’envoyer à Constantinople comme son « apocrisaire », on dirait aujourd’hui « nonce apostolique », pour permettre de surmonter les dernières séquelles de la controverse monophysite et, surtout, pour obtenir l’appui de l’empereur dans son effort pour contenir la poussée lombarde. Son séjour à Constantinople, où avec un groupe de moines il avait repris la vie monastique, fut très important pour Grégoire, car il lui donna l’occasion d’acquérir une expérience directe du monde byzantin, ainsi que d’approcher la question des Lombards, qui aurait ensuite mis à rude épreuve son habileté et son énergie au cours années de son pontificat. Après quelques années, il fut rappelé à Rome par le Pape, qui le nomma son secrétaire. Il s’agissait d’années difficiles :  les pluies incessantes, le débordement des fleuves, la famine qui frappait de nombreuses zones d’Italie et Rome elle-même. A la fin, la peste éclata également, faisant de nombreuses victimes, parmi lesquelles le Pape Pélage II. Le clergé, le peuple et le sénat furent unanime en choisissant précisément lui, Grégoire, pour être son Successeur sur le Siège de Pierre. Il chercha à résister, tentant également la fuite, mais il n’y eut rien à faire :  à la fin il dut céder. C’était l’année 590.

Reconnaissant la volonté de Dieu dans ce qui était arrivé, le nouveau Pontife se mit immédiatement au travail avec zèle. Dès le début, il révéla une vision particulièrement clairvoyante de la réalité avec laquelle il devait se mesurer, une extraordinaire capacité de travail pour affronter les affaires ecclésiastiques  et  civiles, un équilibre constant dans les décisions, parfois courageuses, que sa charge lui imposait. On possède une vaste documentation sur son gouvernement grâce au Registre de ses lettres (environ 800), dans lesquelles se reflète la confrontation quotidienne avec les problèmes complexes qui affluaient sur sa table. Il s’agissait de questions qui provenaient des évêques, des abbés, des clercs, et également des autorités civiles de tout ordre et degré. Parmi les problèmes qui affligeaient l’Italie et Rome à cette époque, il y en avait un d’une importance particulière dans le domaine civil et ecclésial :  la question lombarde. Le Pape y consacra toutes les énergies possibles en vue d’une solution vraiment pacificatrice. A la différence de l’empereur byzantin qui partait du présupposé que les Lombards étaient seulement des individus grossiers et prédateurs à vaincre ou à exterminer, saint Grégoire voyait ces personnes avec les yeux du bon pasteur, préoccupé de leur annoncer la parole du salut, établissant avec eux des relations fraternelles en vue d’un avenir de paix fondé sur le respect réciproque et sur la coexistence sereine entre les italiens, les impériaux et les lombards. Il se préoccupa de la conversion des jeunes peuples et de la nouvelle organisation civile de l’Europe : les Wisigoths d’Espagne, les Francs, les Saxons, les immigrés en Britannia et les Lombards furent les destinataires privilégiés de sa mission évangélisatrice. Nous avons célébré hier la mémoire liturgique de saint Augustin de Canterbury, le chef d’un groupe de moines chargés par Grégoire de se rendre en Britannia pour évangéliser l’Angleterre.

Pour  obtenir  une paix effective à Rome et en Italie, le Pape s’engagea à fond – c’était un véritable pacificateur -, entreprenant des négociations serrées avec le roi lombard Agilulf. Ces négociations conduisirent à une période de trêve qui dura environ trois ans (598-601), après lesquels il fut possible de stipuler, en 603, un armistice plus stable. Ce résultat positif fut rendu possible également grâce aux contacts parallèles que, entre temps, le Pape entretenait avec la reine Théodelinde, qui était une princesse bavaroise et qui, à la différence des chefs des autres peuples germaniques, était catholique, profondément catholique. On conserve une série de lettres du Pape Grégoire à cette reine, dans lesquelles il révèle son estime et son amitié pour elle. Théodelinde réussit peu à peu à guider le roi vers le catholicisme, préparant ainsi la voie à la paix. Le Pape se soucia également de lui envoyer les reliques pour la basilique Saint-Jean-Baptiste qu’elle fit ériger à Monza, et il ne manqua pas de lui faire parvenir ses vœux et des dons précieux à l’occasion de la naissance et du baptême de son fils Adaloald. L’histoire de cette reine constitue un beau témoignage à propos de l’importance des femmes dans l’histoire de l’Eglise. Au fond, les objectifs auxquels Grégoire aspira constamment furent trois :  contenir l’expansion des Lombards en Italie ; soustraire la reine Théodelinde à l’influence des schismatiques et renforcer sa foi catholique ; servir de médiateur entre les Lombards et les Byzantins en vue d’un accord pour garantir la paix dans la péninsule, en permettant dans le même temps d’accomplir une action évangélisatrice parmi les Lombards eux-mêmes. Son orientation constante dans cette situation complexe fut donc double :  promouvoir des ententes sur le plan diplomatique et politique, diffuser l’annonce de la vraie foi parmi les populations.

A côté de son action purement spirituelle et pastorale, le Pape Grégoire fut également le protagoniste actif d’une activité sociale multiple. Avec les rentes de l’important patrimoine que le Siège romain possédait en Italie, en particulier en Sicile, il acheta et distribua du blé, il secourut ceux qui étaient dans le besoin, il aida les prêtres, les moines et les moniales qui vivaient dans l’indigence, il paya les rançons des citoyens devenus prisonniers des Lombards, il conclut des armistices et des trêves. En outre, il accomplit aussi bien à Rome que dans d’autres parties de l’Italie une œuvre soignée de réorganisation administrative, en donnant des instructions précises afin que les biens de l’Eglise, utiles à sa subsistance et à son œuvre évangélisatrice dans le monde, soient gérés avec une rectitude absolue et selon les règles de la justice et de la miséricorde. Il exigeait que les colons soient protégés des abus des concessionnaires des terres appartenant à l’Eglise et, en cas de fraude, qu’ils soient rapidement dédommagés, afin que le visage de l’Epouse du Christ ne soit pas défiguré par des profits malhonnêtes.

Cette intense activité fut accomplie par Grégoire malgré sa santé fragile, qui le poussait souvent à rester au lit pendant de longs jours. Les jeûnes pratiqués au cours des années de sa vie monastique lui avaient procuré de sérieux problèmes digestifs. En outre, sa voix était très faible, si bien qu’il était souvent obligé de confier au diacre la lecture de ses homélies, afin que les fidèles présents dans les basiliques romaines puissent l’entendre. Il faisait cependant tout son possible pour célébrer les jours de fête Missarum sollemnia, c’est-à-dire la Messe solennelle, et il rencontrait alors personnellement le peuple de Dieu, qui lui était très attaché, car il voyait en lui la référence autorisée à laquelle puiser son assurance :  ce n’est pas par hasard que lui fut très vite attribué le titre de consul Dei. Malgré les conditions très difficiles dans lesquelles il dut œuvrer, il réussit à conquérir, grâce à sa sainteté de vie et à sa riche humanité, la confiance des fidèles, en obtenant pour son époque et pour l’avenir des résultats vraiment grandioses. C’était un homme plongé en Dieu :  le désir de Dieu était toujours vivant au fond de son âme et c’est précisément pour cela qu’il était toujours très proche de son prochain, des besoins des personnes de son époque. A une époque désastreuse, et même désespérée, il sut établir la paix et donner l’espérance. Cet homme de Dieu nous montre où sont les véritables sources de la paix, d’où vient la véritable espérance et il devient ainsi un guide également pour nous aujourd’hui.

St Grégoire le Grand vitrail de l'église de Muhlbach sur Mulhouse

(vitrail dans l’église Saint-Barthélémy à Muhlbach-sur-Munster)

« Grégoire a réellement écrit avec le sang de son cœur et c’est la raison pour laquelle il nous parle encore aujourd’hui. »

Deuxième enseignement de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
consacré à la figure du Pape Saint Grégoire le Grand
donné à l’occasion de l’audience générale
du mercredi 4 juin 2008 

Chers frères et sœurs,

Je reviendrai aujourd’hui, à l’occasion de notre rencontre du mercredi, sur la figure extraordinaire du Pape Grégoire le Grand, pour tirer quelques lumières supplémentaires de la richesse de son enseignement. Malgré les multiples engagements liés à sa fonction d’évêque de Rome, il nous a laissé de nombreuses œuvres, auxquelles l’Eglise a puisé à pleines mains au cours des siècles suivants. Outre ses nombreuses lettres – le Registre que j’ai mentionné dans la dernière catéchèse contient plus de 800 lettres – il nous a surtout laissé des écrits à caractère exégétique, parmi lesquels se distinguent le Commentaire moral à Job – célèbre sous son titre latin de Moralia in Iob -, les Homélies sur Ezéchiel et les Homélies sur les Evangiles. Il y a aussi une importante œuvre de caractère hagiographique, les Dialogues, écrite par Grégoire pour l’édification de la reine lombarde Théodelinde. L’œuvre principale et la plus célèbre est sans aucun doute la Règle pastorale, que le Pape rédigea au début de son pontificat dans le but précis de présenter un programme.

En passant rapidement ces œuvres en revue, nous devons tout d’abord noter que, dans ses écrits, Grégoire ne se montre jamais préoccupé de tracer une doctrine qui soit « la sienne », qui soit originale. Il entend plutôt se faire l’écho de l’enseignement traditionnel de l’Eglise, il veut simplement être la bouche du Christ et de son Eglise, sur le chemin qu’il faut parcourir pour arriver à Dieu. Ses commentaires exégétiques sont exemplaires à ce propos. Il fut un lecteur passionné de la Bible, dont il s’approcha avec des intentions qui n’étaient pas simplement spéculatives :  il pensait que le chrétien ne devait pas tellement tirer des connaissances théoriques de l’Ecriture Sainte, mais plutôt la nourriture quotidienne pour son âme, sa vie d’homme dans ce monde. Dans ses Homélies sur Ezéchiel, par exemple, il insiste fortement sur cette fonction du texte sacré : approcher l’Ecriture uniquement pour satisfaire son propre désir de connaissance signifie céder à la tentation de l’orgueil et s’exposer ainsi au risque de glisser dans l’hérésie. L’humilité intellectuelle est la première règle pour celui qui cherche à pénétrer les réalités surnaturelles en partant du livre sacré. L’humilité n’exclut pas du tout, bien sûr, l’étude sérieuse ; mais si l’on veut que celle-ci soit spirituellement bénéfique, en permettant d’entrer réellement dans la profondeur du texte, l’humilité demeure indispensable. Ce n’est qu’avec cette attitude intérieure que l’on écoute réellement et que l’on perçoit enfin la voix de Dieu. D’autre part, lorsqu’il s’agit de la Parole de Dieu, comprendre n’est rien, si la compréhension ne conduit pas à l’action. Dans ces Homélies sur Ezéchiel on trouve également cette belle expression selon laquelle « le prédicateur doit tremper sa plume dans le sang de son cœur ; il pourra ainsi arriver également jusqu’à l’oreille de son prochain ». En lisant ses homélies on voit que Grégoire a réellement écrit avec le sang de son cœur et c’est la raison pour laquelle il nous parle encore aujourd’hui.

Grégoire développe également ce discours dans le Commentaire moral à Job. Suivant la tradition patristique, il examine le texte sacré dans les trois dimensions de son sens :  la dimension littérale, la dimension allégorique et la dimension morale, qui sont des dimensions du sens unique de l’Ecriture Sainte. Grégoire attribue toutefois une nette priorité au sens moral. Dans cette perspective, il propose sa pensée à travers plusieurs binômes significatifs – savoir-faire, parler-vivre, connaître-agir – dans lesquels il évoque deux aspects de la vie humaine qui devraient être complémentaires, mais qui finissent souvent par être antithétiques. L’idéal moral, commente-t-il, consiste toujours à réaliser une intégration harmonieuse entre la parole et l’action, la pensée et l’engagement, la prière et le dévouement aux devoirs de son propre état : telle est la route pour réaliser cette synthèse grâce à laquelle le divin descend dans l’homme et l’homme s’élève jusqu’à l’identification avec Dieu. Le grand Pape trace ainsi pour le croyant authentique un projet complet de vie ; c’est pourquoi le Commentaire moral à Job constituera au cours du Moyen-âge une sorte de Summa de la morale chrétienne.

D’une grande importance et d’une grande beauté sont également les Homélies sur les Evangiles. La première d’entre elles fut tenue dans la basilique Saint-Pierre au cours du temps de l’Avent de 590 et donc quelques mois après son élection au pontificat ; la dernière fut prononcée dans la basilique Saint-Laurent, lors du deuxième dimanche de Pentecôte de 593. Le Pape prêchait au peuple dans les églises où l’on célébrait les « stations » – des cérémonies de prière particulières pendant les temps forts de l’année liturgique – ou les fêtes des martyrs titulaires. Le principe inspirateur, qui lie les diverses interventions ensemble, peut être synthétisé dans le terme « praedicator » :  non seulement le ministre de Dieu, mais également chaque chrétien, a la tâche de devenir le « prédicateur » de ce dont il a fait l’expérience en lui-même, à l’exemple du Christ qui s’est fait homme pour apporter à tous l’annonce du salut. L’horizon de cet engagement est l’horizon eschatologique : l’attente de l’accomplissement en Christ de toutes les choses est une pensée constante du grand Pontife et finit par devenir un motif  inspirateur  de  chacune  de  ses pensées et de ses activités. C’est de là que naissent ses rappels incessants à la vigilance et à l’engagement dans les bonnes œuvres.

Le texte peut-être le plus organique de Grégoire le Grand est la Règle pastorale, écrite au cours des premières années de pontificat. Dans celle-ci, Grégoire se propose de tracer la figure de l’évêque idéal, maître et guide de son troupeau. Dans ce but, il illustre la gravité de la charge de pasteur de l’Eglise et les devoirs qu’elle comporte:  c’est pourquoi, ceux qui n’ont pas été appelés à cette tâche ne doivent pas la rechercher avec superficialité, et ceux qui en revanche l’ont assumée sans la réflexion nécessaire doivent sentir naître dans leur âme une juste inquiétude. Reprenant un thème privilégié, il affirme que l’évêque est tout d’abord le « prédicateur » par excellence; comme tel il doit être, en premier lieu, un exemple pour les autres, de manière à ce que son comportement puisse constituer un point de référence pour tous. Une action pastorale efficace demande ensuite qu’il connaisse ses destinataires et qu’il adapte ses interventions à la situation de chacun : Grégoire s’arrête pour illustrer les différentes catégories de fidèles avec des annotations judicieuses et précises, qui peuvent justifier l’évaluation de ceux qui ont également vu dans cette œuvre un traité de psychologie. On comprend à partir de cela qu’il connaissait réellement son troupeau et parlait de tout avec les personnes de son temps et de sa ville.

Ce grand Pape insiste cependant sur le devoir que le pasteur a de reconnaître chaque jour sa propre pauvreté, de manière à ce que l’orgueil ne rende pas vain, devant les yeux du Juge suprême, le bien accompli. C’est pourquoi le chapitre final de la Règle est consacré à l’humilité : « Lorsqu’on se complaît d’avoir atteint de nombreuses vertus, il est bon de réfléchir sur ses propres manquements et de s’humilier : au lieu de considérer le bien accompli, il faut considérer celui qu’on a négligé d’accomplir ». Toutes ces précieuses indications démontrent la très haute conception que saint Grégoire se fait du soin des âmes, qu’il définit « ars artium« , l’art des arts. La Règle connut un grand succès, au point que, chose plutôt rare, elle fut rapidement traduite en grec et en anglo-saxon.

Son autre œuvre, les Dialogues, est également significative. Dans celle-ci, s’adressant à son ami et diacre Pierre, qui était convaincu que les mœurs étaient désormais tellement corrompues que la naissance de saints n’était plus possible comme par les époques passées, Grégoire démontre le contraire : la sainteté est toujours possible, même dans les temps difficiles. Il le prouve en racontant la vie de personnes contemporaines ou disparues depuis peu, que l’on pouvait tout à fait qualifier de saintes, même si elles n’avaient pas été canonisées. Le récit est accompagné par des réflexions théologiques et mystiques qui font du livre un texte hagiographique particulier, capable de fasciner des générations entières de lecteurs. La matière est tirée des traditions vivantes du peuple et a pour but d’édifier et de former, en attirant l’attention de celui qui lit sur une série de questions telles que le sens du miracle, l’interprétation de l’Ecriture, l’immortalité de l’âme, l’existence de l’enfer, la représentation de l’au-delà, des thèmes qui avaient besoin d’éclaircissements opportuns. Le livre II est entièrement consacré à la figure de Benoît de Nursie et est l’unique témoignage antique sur la vie du saint moine, dont la beauté spirituelle paraît dans ce texte avec une grande évidence.

Dans le dessein théologique que Grégoire développe dans ses œuvres, passé, présent et avenir sont relativisés. Ce qui compte le plus pour lui est le cours tout entier de l’histoire salvifique, qui continue  à  se  dérouler  parmi  les obscures méandres du temps. Dans cette perspective, il est significatif qu’il insère l’annonce de la conversion des Angles au beau milieu du Commentaire moral à Job : à ses yeux, l’événement constituait une avancée du Royaume de Dieu dont parle l’Ecriture ; il pouvait donc à juste titre être mentionné dans le commentaire d’un livre sacré. Selon lui, les guides des communautés chrétiennes doivent sans cesse s’engager à relire les événements à la lumière de la parole de Dieu :  c’est dans ce sens que le grand Pape ressent le devoir d’orienter les pasteurs et les fidèles sur l’itinéraire spirituel d’une lectio divina éclairée et concrète, inscrite dans le contexte de sa propre vie.

Avant de conclure, il est juste de prononcer un mot sur les relations que le Pape Grégoire  cultiva  avec  les patriarches d’Antioche, d’Alexandrie et de Constantinople elle-même. Il se soucia toujours d’en reconnaître et d’en respecter les droits, en se gardant de toute interférence qui en limitât l’autonomie légitime. Si toutefois saint Grégoire, dans le contexte de sa situation historique, s’opposa au titre d’ »oecuménique »  que  voulait  le Patriarche  de Constantinople, il ne le fit pas pour limiter ou nier cette autorité légitime, mais parce qu’il était préoccupé par l’unité fraternelle de l’Eglise universelle. Il le fit surtout en raison de sa profonde conviction que l’humilité devrait être la vertu fondamentale de tout évêque, et plus encore d’un Patriarche. Grégoire était resté un simple moine dans son cœur, et c’est pourquoi il était absolument contraire aux grands titres. Il voulait être – telle est son expression - servus servorum Dei. Ce terme forgé par lui n’était pas dans sa bouche une formule pieuse, mais la manifestation véritable de son mode de vivre et d’agir. Il était intimement frappé par l’humilité de Dieu, qui dans le Christ s’est fait notre serviteur, qui a lavé et lave nos pieds sales. Par conséquent, il était convaincu que notamment un évêque devrait imiter cette humilité de Dieu et suivre ainsi le Christ. Son désir fut véritablement de vivre en moine, dans un entretien constant avec la Parole de Dieu, mais par amour de Dieu il sut se faire le serviteur de tous à une époque pleine de troubles et de souffrances, se faire « serviteur des serviteurs ». C’est précisément parce qu’il le fut qu’il est grand et qu’il nous montre également la mesure de la vraie grandeur.

armoiries de Benoît XVI

2019-24. Chronique du Mesnil-Marie depuis le dimanche de la Septuagésime jusqu’au premier dimanche de Carême.

Dimanche 10 mars 2019,
1er dimanche de Carême.

affichette à la porte du Mesnil-Marie pendant le Carême

Affichette à la porte du Mesnil-Marie pour ce saint temps de Carême

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

Nous voici entrés dans la Sainte Quarantaine : j’espère que chacun de vous s’est engagé dans ce temps de combats et de grâces avec beaucoup d’ardeur, une très grande générosité et un zèle raffermi pour la pénitence et la mortification !
Plusieurs dizaines de mes lecteurs – réguliers ou occasionnels – se sont inscrits pour recevoir les envois quotidiens de Frère Maximilien-Marie avec des petits textes spirituels qui offrent chaque jour un support spirituel de réflexion et de méditation : s’il en est encore parmi vous qui souhaiteraient s’inscrire, c’est bien évidemment encore possible (par exemple en envoyant un message > ici).

nika

Bien que ma dernière chronique soit toute récente (cf. > ici), j’ai plusieurs avis ou nouvelles à vous communiquer :

A – Inscriptions pour le pèlerinage de la Confrérie Royale au Puy-en-Velay :
Je vous en ai déjà fait l’annonce et donné tous les documents comprenant le programme et les indications pratiques (voir > ici), mais je me permets d’insister sur le fait que, si vous comptez y participer, vous ne devez pas tarder à renvoyer votre bulletin d’inscription.
N’attendez pas la dernière minute pour le faire, s’il vous plaît : même s’il reste quatre semaines pour arriver jusqu’au terme donné pour les envoyer au secrétariat de la Confrérie Royale, il vaut mieux s’en acquitter le plus tôt possible.
Frère Maximilien-Marie s’est rendu spécialement au Puy pour visiter les locaux dans lesquels le pèlerinage sera accueilli (repas, conférences, et hébergement pour ceux qui le souhaitent), c’était quelques jours avant leur mise en service et il en a été très heureux, tout y est lumineux, clair, spacieux, fonctionnel et agréable, au pied du Rocher Corneille qui porte la statue monumentale de Notre-Dame de France, et à moins de 10 minutes à pied du grand escalier de la cathédrale.
Sur la photo ci-dessous j’ai mis une grosse flèche blanche pour vous montrer ce grand bâtiment tout neuf.

Le Puy-en-Velay emplacement hébergement pèlerinage Confrérie Royale

Frère Maximilien-Marie travaille aussi avec soin aux ajustements du programme, et à tous les détails de l’organisation… et Dieu sait s’il y en a des détails auxquels il faut penser !!!

B – Déplacement en Provence pour la constitution d’un nouveau Cercle Légitimiste :
Mardi dernier, qui était le jour de la fête réparatrice de la Sainte Face (cf. > ici), notre Frère a été invité à rencontrer un groupe de personnes intéressées par la constitution d’un nouveau Cercle Légitimiste de l’UCLF, en Provence.
Il a pu exposer longuement à ces « âmes de bonne volonté », ce qu’est la Légitimité et son esprit, ce que sont les Cercles Légitimistes de l’UCLF et ce qu’on y fait… etc. Son auditoire a été très attentif et il y a eu beaucoup de questions.
En sus de la joie de voir se former un nouveau groupe d’étude et d’approfondissement qui augmentera encore le rayonnement de la Légitimité, nous nous réjouissons aussi grandement du fait que ce Cercle se place sous le vocable du Frère Fiacre de Sainte-Marguerite, dont vous n’ignorez pas qu’il est ce saint moine augustin choisi par la Très Sainte Mère de Dieu pour faire connaître à LL.MM. le Roi Louis XIII et la Reine Anne d’Autriche les admirables desseins de la Providence par lesquels prendrait fin la stérilité de leur couple, et serait donné à la France le Dauphin tant attendu : Louis-Dieudonné.
En effet, ce nouveau Cercle est géographiquement tout proche du sanctuaire de Notre-Dame de Grâces, à Cotignac, où repose le cœur du Frère Fiacre, et où Louis XIV vint en pèlerinage d’action de grâce.
Cela a donné l’occasion à Frère Maximilien-Marie, le lendemain pour l’entrée solennelle en Carême, d’assister à la Messe capitulaire du Chapitre de Saint Remi, dont vous vous souvenez qu’il est membre d’honneur, et d’y recevoir les Cendres.

Collégiale Notre-Dame, Le Val - mercredi des cendres

Sanctuaire de l’église collégiale Notre-Dame de l’Assomption, au Val,
prêt pour la célébration de la Messe capitulaire le mercredi des Cendres

C – Prions Saint Joseph !
Nous célébrons avec plaisir le mois de Saint Joseph, et je vous rappelle que c’est aujourd’hui, 10 mars, qu’il convient de commencer la neuvaine préparatoire à sa fête (voir > ici).
Pour marquer le commencement de cette neuvaine, Frère Maximilien-Marie, après la Sainte Messe, puisqu’il se trouvait au Puy, comme la plupart des dimanches, s’est rendu au sanctuaire Saint-Joseph de Bon-Espoir, à Espaly-Saint-Marcel.
J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de ce sanctuaire (cf. > ici) où Saint Joseph se plaît à répandre ses grâces sur ceux qui viennent le prier. Notre Frère lui a présenté toutes les intentions qui lui sont recommandées et, avant de repartir, y a allumé deux grands cierges à ces intentions et les a placés le plus près de sa statue qu’il lui a été possible, dans la grotte-chapelle.

Cierges offerts à Saint Joseph au sanctuaire d'Espaly

J’en profite pour vous signaler que le mardi 19 mars prochain, pour la fête de Saint Joseph, nous aurons un prêtre ami de passage au Mesnil-Marie, et qu’il y aura donc une Sainte Messe célébrée dans notre oratoire. Tous ceux qui sont géographiquement proches et souhaitent y assister seront évidemment les bienvenus…

En attendant, je vous souhaite, bien chers Amis, une fervente neuvaine et un saint cheminement de Carême.

pattes de chatLully.

Grottes chapelles et statue monumentale - Saint-Joseph de Bon-Espoir - Espaly

Parvis des grottes-chapelles et statue monumentale
Sanctuaire Saint-Joseph de Bon-Espoir à Espaly-Saint-Marcel

2019-23. Pierre Mignard : « Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine ».

9 mars,
Fête de Sainte Françoise Romaine (cf. > ici).

« (…) Au reste, Madame, j’ai vu la plus belle chose qu’on puisse imaginer ; c’est un portrait de Madame de Maintenon, fait par Mignard ; elle est habillée en sainte Françoise Romaine : Mignard l’a embellie ; mais c’est sans fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans l’air de la jeunesse ; et sans toutes ses perfections, il nous fait voir un visage et une physionomie au-dessus de tout ce que l’on peut dire ; des yeux animés, une grâce parfaite, point d’atours, et avec tout cela aucun portrait ne tient devant celui-là. Mignard en a fait aussi un fort beau du Roi (cf. note 1) ; je vous envoie un madrigal que mademoiselle Bernard (cf. note 2) fit impromptu en voyant ces deux portraits : il a eu beaucoup de succès ici : vous jugerez si nous avons raison (…) ».

Ainsi s’exprime Marie-Angélique de Coulanges (cf. note 2) dans une lettre du 29 octobre 1694 adressée à sa cousine, la marquise de Sévigné qui séjournait à Grignan depuis le mois de mai de cette année 1694 et ne reviendra jamais à Paris puisqu’elle y mourra un peu moins de dix-huit mois plus tard (cf. > ici).
Ce portrait de Madame de Maintenon, nous le connaissons bien et à l’occasion de cette fête de Sainte Françoise Romaine, en cette année du troisième centenaire de la mort de l’épouse secrète du Grand Roi (15 avril 1719), nous aurons plaisir à nous attarder un peu à l’admirer.

Pierre Mignard - Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine 1694

Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine
(Pierre Mignard – 1694)

Nous noterons d’abord que ce tableau, daté de 1694, est l’une des dernières œuvres de Pierre Mignard, puisque l’artiste s’éteindra le 30 mai 1695 dans sa quatre-vingt-troisième année. C’est une huile sur toile de 138  cm x 97 cm que l’on peut admirer à Versailles.

En 1694, Françoise d’Aubigné, née le 18 novembre 1635, est donc dans sa cinquante-neuvième année ; son royal époux est dans sa cinquante-sixième année et règne depuis cinquante-et-un ans : ils sont mariés depuis le 9 octobre 1683.

A la suite de l’abominable Princesse Palatine (Madame, épouse de Philippe, duc d’Orléans, frère puiné du Roi), laquelle dans ses lettres multiplie les termes injurieux et grossiers à l’encontre de sa belle-sœur ; à la suite du perfide Saint-Simon, écrivain de talent certes mais très petit par l’esprit, qui la détestait ; à la suite de Voltaire et, dans le sillage de ce dernier, de la majorité des historiens des XIXe et XXe siècles, on a souvent dressé de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, un portrait sombre inspiré par les jalousies et aigreurs d’estomac héréditaires de la branche d’Orléans ainsi que par les rancœurs calomnieuses des prétendus réformés, plus que par la vérité.
Car la vérité n’a rien à voir avec l’idéologie nourrie d’anticatholicisme qui se dresse toutes haines dehors dès que l’on évoque la figure de l’ « épouse secrète » de Louis XIV.
Mais nous aurons l’occasion d’en reparler. Revenons donc au portrait réalisé par Mignard.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 1

Madame de Coulanges a écrit : « Mignard l’a embellie ; mais c’est sans fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans l’air de la jeunesse ; et sans toutes ses perfections, il nous fait voir un visage et une physionomie au-dessus de tout ce que l’on peut dire ; des yeux animés, une grâce parfaite, point d’atours, et avec tout cela aucun portrait ne tient devant celui-là ».
Autant dire que Mignard n’a, ici, point fait de… mignardises !
Madame de Coulanges écrit pourtant que la marquise se trouve « embellie » sur ce portrait, qu’elle appelle : « la plus belle chose qu’on puisse imaginer ». On doit toutefois penser qu’il demeure fort ressemblant, naturel et criant de vérité, puisque « aucun portrait ne tient devant celui-là » : nous sommes donc bien en face d’un authentique portrait en lequel les contemporains reconnaissent bien la physionomie et l’expression de Madame de Maintenon, sans artifices de maquillage ou de vêture, mais dont on peut dire qu’il sublime sans flagornerie l’aspect de cette femme bientôt sexagénaire en la représentant dans une pose imprégnée de surnaturel.

En effet, l’attitude que Mignard a donnée à Madame de Maintenon se rapporte à une anecdote de la vie de Sainte Françoise Romaine, sa sainte patronne (dont nous avons par ailleurs présenté la biographie succincte > ici), pour laquelle elle nourrissait une fervente dévotion.
Alors qu’elle était encore dans les liens du mariage et se devait aux devoirs imposés par son rang : « Pour son mari, elle le considérait comme son maître, et comme celui qui tenait près d’elle la place de Dieu sur la terre ; elle lui était si soumise et obéissante, que, lors même qu’elle était occupée à la prière ou à quelque pratique de piété, elle laissait tout pour le satisfaire et vaquer aux obligations de son état : ce qui doit faire le principal objet de la dévotion d’une femme engagée dans le mariage. Aussi Dieu fit-il paraître, par une merveille, combien cette obéissance lui était agréable. Notre Sainte, récitant un jour l’office de Notre-Dame, fut tellement pressée de l’interrompre, pour satisfaire à quelque devoir de sa maison, qu’elle quitta par quatre fois un même verset ; mais, l’affaire faite, retournant à sa dévotion, elle trouva le verset écrit en lettres d’or, quoiqu’auparavant il ne fût écrit qu’en caractères communs. Quelque temps après, l’apôtre Saint Paul lui apparaissant en une extase, lui dit que son bon ange avait marqué lui-même ces nouveaux caractères, pour lui faire connaître le mérite de l’obéissance » (in « Vie des Saints » par le Rd Père Giry).

Mignard - Madame de Maintenon - détail 2

Comme on peut mieux s’en rendre compte en isolant, comme ci-dessus, les mains de Madame de Maintenon, on voit que sa main gauche (donc à droite pour nous) tient un livre d’heures, ouvert à la page de l’office de la Très Sainte Vierge Marie, et qu’un verset s’y trouve écrit en caractères dorés.
La main droite posée sur la poitrine est un geste dans lequel on peut voir exprimées en même temps la surprise de la Sainte quand elle constate le miracle, et son humble action de grâces à Dieu d’avoir fait l’objet d’une telle attention divine.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 3

Au-delà de la représentation hagiographique, ne peut-on pas voir aussi dans le choix de ce miracle par lequel le Ciel a mis en évidence la soumission aimante de Sainte Françoise à son époux, un discret hommage à l’attitude humble et soumise de la marquise de Maintenon envers son royal époux, qu’elle a aimé passionément mais sans se permettre jamais aucune familiarité, en se tenant toujours dans une attitude de réserve et d’humble service, dans un effacement et une discrétion qui sont les marques d’une haute vertu ?
La citation de la vie de Sainte Françoise Romaine que nous avons faite ci-dessus : « Pour son mari, elle le considérait comme son maître, et comme celui qui tenait près d’elle la place de Dieu sur la terre ; elle lui était si soumise et obéissante, que, lors même qu’elle était occupée à la prière ou à quelque pratique de piété, elle laissait tout pour le satisfaire et vaquer aux obligations de son état : ce qui doit faire le principal objet de la dévotion d’une femme engagée dans le mariage », s’accorde parfaitement à ce que fut Madame de Maintenon dans la rôle qu’elle tint auprès du Grand Roi.
Louis XIV ne s’y trompait pas lorsque, avec une affectueuse taquinerie, dans l’intimité, il surnommait son épouse secrète « Sainte Françoise » !

Un autre détail est significatif, dans le décor particulièrement dépouillé de ce tableau : vous aurez remarqué en effet qu’il n’y a en arrière-plan ni tenture, ni décor lambrissé, juste une halo de lumière surnaturelle qui rayonne dans le coin supérieur gauche ; vous pouvez aussi voir que Sainte Françoise Romaine est assise sur une simple chaise (son siège n’a pas d’accoudoirs), même si l’on aperçoit un coussin sous son séant ; vous constatez aussi que la petite table à laquelle elle est accoudée est recouverte d’un jeté sans ornementation.
En revanche, sur cette table, on peut voir un unique objet : un sablier.

Le sablier est chargé de symboles.
Il figure d’abord, tout naturellement, le temps qui passe dans un inexorable écoulement : en ce sens, il représente la vanité des choses d’ici-bas au regard de l’éternité. C’est une sorte de « memento mori », et ce rappel de la mort constitue un  appel à se mettre en règle avec Dieu avant qu’il ne soit trop tard.
Mais en allant un peu plus loin, les deux parties du sablier, communiquant par un étroit goulot et qui se remplissent l’une l’autre alternativement lorsqu’on le retourne, sont aussi le symbole de la communication entre le ciel et la terre : ce qui a été en haut descend pour remplir ce qui est en bas, puis ce qui est en bas va à son tour remplir ce qui se retrouvera bientôt en haut.
Ne peut-on là aussi voir une discrète évocation du rôle de Madame de Maintenon, dont l’exigeante fidélité à Dieu a ramené le Roi dans l’observance des préceptes divins, puis dont la présence continue à ses côtés en qualité d’épouse a été pour le Grand Roi un constant soutien dans la pratique d’une vie chrétienne exemplaire, et donc une médiation de grâce ? 

Mignard - Madame de Maintenon - détail 4

Autre détail, si l’on peut dire, car il revêt une grande importance : ce sont les vêtements dont est parée cette Sainte Françoise Romaine.
Sa robe n’est point une robe du XVIIe siècle, mais elle évoque bien la coupe des robes de femmes de l’aristocratie romaine au XVe siècle, et son riche tissu de brocart, particulièrement bien rendu par le pinceau de l’artiste, fait bien penser aux tissus italiens du « quatrocento », sans rapport avec ce que les témoins ont rapporté de la manière de se vêtir de Madame de Maintenon.

En revanche, par dessus cette robe, Sainte Françoise Romaine est drapée dans un manteau bleu de France doublé d’hermine, ce qui n’est pas vraiment caractéristique de la sainte, puisque, au Grand Siècle, c’est le symbole évident d’un caractère princier.

On raconte que Mignard fit demander au Roi par sa fille, Madame de Feuguières, s’il pouvait mettre au portrait de Madame de Maintenon un manteau doublé d’hermine.
Or l’on sait que le Roi conserva toujours une certaine forme d’ambigüité sur la manière dont il manifesta – ou cela – la nature exacte de son lien avec la marquise : si tout le monde finit par penser qu’il l’avait épousée, cela ne fut toutefois jamais révélé de manière officielle, bien que le Roi marquât pour elle des attentions et des prévenances révélatrices.
La question de Mignard revenait à demander à Louis XIV : « Madame de Maintenon est-elle bien votre épouse ? » Si donc le Roi répondait : « Oui, vous pouvez mettre à Madame de Maintenon un manteau doublé d’hermine », c’était une façon de dire : « Oui, elle est bien mon épouse et elle a rang de reine ».
Mais cette fois encore le Grand Roi se montra plus rusé que le questionneur et maintint le suspense en faisant porter au peintre cette réponse pleine d’esprit et non exempte d’humour : « Sainte Françoise le mérite bien ! »

Lully.

Mignard - Madame de Maintenon - détail 5

Notes :
1 – Ce portrait « fort beau » du Roi peint par Pierre Mignard dans le même temps que cette « Madame de Maintenon représentée en Sainte Françoise Romaine », est celui de Louis XIV en armure, qui fut alors placé dans la galerie d’Apollon.

2 - « Mademoiselle Bernard » : Catherine Bernard (Rouen 1663 – Paris 1712), poétesse, romancière et dramaturge, est la première femme dont une tragédie entre au répertoire de la Comédie Française. Illustre par son esprit et son talent, elle est aussi entre autre le premier auteur du conte « Riquet à la houppe » qui sera ensuite repris par Charles Perrault. Elle fut plusieurs fois couronnée par l’Académie Française et plusieurs fois récompensée par les Jeux Floraux de Toulouse. Le madrigal dont il est ici question ne figure pas dans le corps de la lettre elle-même et semble avoir été perdu.

3 – Marie-Angélique de Coulanges : Marie-Angélique du Gué de Bagnols, née probablement en 1641, épousa en 1659 Philippe-Emmanuel de Coulanges, cousin germain et grand ami de Madame de Sévigné. Elle fréquente alors les beaux esprits du Marais : Madame de La Fayette, Madame de Richelieu, Madame Scarron, et bien sûr sa cousine Madame de Sévigné avec laquelle elle est liée d’une amitié très forte. Elle conserve l’amitié de Françoise d’Aubigné lorsque celle-ci de « veuve Scarron » devient Marquise de Maintenon. Après 1690, la très brillante et pétillante Madame de Coulanges, dont Saint-Simon dit toutefois qu’elle fut « toujours sage et considérée », c’est-à-dire qu’elle ne fut jamais une coquette dont on put douter de la vertu, devint plus grave, plus austère et plus pieuse. Elle mourut âgée de 82 ans  en 1723 dans son hôtel particulier de la rue des Tournelles à Paris.

Blason d'Aubigné

Blason de la famille d’Aubigné

2012-22. « Jésus, ton ineffable image… »

Mardi dans la Quinquagésime,
Fête réparatrice de la Sainte Face de Notre-Seigneur Jésus-Christ (cf. > ici).

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,

En cette fête de la Sainte Face de Notre-Seigneur Jésus-Christ, méditons avec l’un des poèmes – ou plus exactement cantique, puisque Sainte Thérèse indique elle-même l’air sur lequel elle a composé ces vers (en l’occurrence une mélodie profane : « les regrets de Mignon », une romance de Frédéric Boissière) – de la carmélite de Lisieux par lequel elle a laissé transparaître sa dévotion envers le mystère de la Face adorable de Notre-Seigneur.
La dévotion à la Sainte Face était déjà très forte dans la famille Martin, bien avant que quatre de ses filles n’entrassent au Carmel où cette dévotion s’intensifia : en effet, Louis et Zélie Martin étaient inscrits à l’archiconfrérie de la Sainte Face, de Tours (cf. > ici) et leurs filles y furent inscrites elles aussi dans le cours de leur enfance ou adolescence.
Vous trouverez dans ce blogue (cf. > ici) la reproduction du tableau intitulé « Le rêve de l’Enfant Jésus » peint par Sainte Thérèse pour illustrer cette dévotion à la Sainte Face, unie à sa dévotion à la Sainte Enfance de Notre-Seigneur et la prolongeant en quelque manière.
La maladie de Monsieur Martin fut pour Sainte Thérèse l’occasion d’approfondir et intensifier sa contemplation de la Face douloureuse de l’Epoux divin. Le cantique qui suit condense les thèmes spirituels chers à la sainte carmélite et, sous ses dehors littéraires faciles et d’apparence « sucrée », il renferme une théologie spirituelle d’une rare profondeur.

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus de la Sainte Face

Sur cette photo où elle a pris la pose, Sainte Thérèse porte les représentations des deux grandes dévotions
fortement ancrées en son âme depuis son plus jeune âge : l’Enfant Jésus et la Sainte Face.
La Sainte Face ici représentée est une reproduction de celle qui est vénérée dans l’oratoire de Monsieur Dupont, à Tours.

frise

Cantique à la Sainte Face

Jésus ton ineffable image
Est l’astre qui conduit mes pas ;
Tu le sais bien, ton doux Visage
Est pour moi le ciel ici-bas !
Mon amour découvre les charmes
De tes yeux embellis de pleurs.
Je souris à travers mes larmes,
Quand je contemple tes douleurs.

Oh ! je veux pour te consoler
Vivre ignorée et solitaire ;
Ta beauté que tu sais voiler
Me découvre tout son mystère,
Et vers toi je voudrais voler !

Ta Face est ma seule patrie,
Elle est mon royaume d’amour ;
Elle est ma riante prairie,
Mon doux soleil de chaque jour ;
Elle est le lis de la vallée
Dont le parfum mystérieux
Console mon âme exilée,
Lui fait goûter la paix des cieux.

Elle est mon repos, ma douceur,
Et ma mélodieuse lyre…
Ton Visage, ô mon doux Sauveur,
Est le divin bouquet de myrrhe
Que je veux garder sur mon coeur !

Ta Face est ma seule richesse ;
Je ne demande rien de plus.
En elle, me cachant sans cesse,
Je te ressemblerai, Jésus !
Laisse en moi la divine empreinte
De tes traits remplis de douceurs,
Et bientôt je deviendrai sainte,
Vers toi j’attirerai les coeurs !

Afin que je puisse amasser
Une belle moisson dorée,
De tes feux daigne m’embraser !
Bientôt, de ta bouche adorée,
Donne-moi l’éternel baiser !

                 12 août 1895.

La gravure de la Sainte Face diffusée après le miracle et vénérée par Monsieur Dupont

2019-21. Du quatre-cent-vingt-cinquième anniversaire du Sacre de Sa Majesté le Roi Henri IV.

1594 – 27 février – 2019

Armes de France & Navarre

Ce mercredi 27 février 2019 en fin de matinée, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure SMTC le Roi Louis XX, a publié sur son compte Twitter le message suivant :

Tweett de Louis XX le 27 février 2019

Il y a vingt-cinq ans, le dimanche 27 février 1994, pour l’exact quatrième centenaire de ce Sacre, Monseigneur le Prince Louis (qui avait alors à peine 20 ans) s’était rendu à Chartres où il avait assisté à la Sainte Messe dominicale dans cette cathédrale où le premier Roi Bourbon avait reçu les onctions sacrées.

Mais au fait, savez-vous pourquoi Henri IV fut sacré à Chartres et non à Reims ?

Né le 13 décembre 1553 (cf. > ici et > ici), Henri, fils d’Antoine de Bourbon-Vendôme et de Jeanne d’Albret, fut baptisé dans la religion catholique. La mésentente et séparation de ses parents, lorsque Jeanne d’Albret devint reine de Navarre puis embrassa le protestantisme, fut la cause de plusieurs changements de confession pour le jeune Henri : lorsqu’il succèda à sa mère sur le trône de Navarre (1572), ce petit royaume pyrénéen était entièrement huguenot et le catholicisme en était banni. Nous avons pourtant plusieurs témoignages attestant que Henri de Navarre avait gardé, malgré son protestantisme officiel, une tendre dévotion à la Madone et qu’il portait le scapulaire !

Lorsque le Roi de France Henri III, alors son beau-frère, meurt assassiné par un dominicain fanatique (2 août 1589), il n’a pas de postérité.
Henri III de Navarre est son plus proche parent mâle par ordre de primogéniture, issu d’un mariage catholique (car même si Jeanne d’Albret apostasia ensuite, le mariage avec Antoine de Bourbon était un mariage catholique). Mais Henri de Navarre, quoique baptisé catholique, est alors calviniste : il manque donc une condition pour qu’il soit pleinement dynaste, puisque, selon les Lois fondamentales du Royaume, le Roi ne peut pas être d’une autre religion que la catholique.
Le Roi de France ne peut pas être sacré avec un rituel catholique, au cours d’une liturgie catholique pendant laquelle est célébrée la Sainte Messe catholique, et communier aux Précieux Corps et Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, s’il n’adhère pas à toute la foi catholique !

C’est la raison pour laquelle, derrière la fameuse Ligue et derrière les Guise, un grand nombre de catholiques considèrent que les conditions requises par les Lois fondamentales n’étant pas remplies en la personne d’Henri de Navarre, c’est le plus proche parent du Roi défunt remplissant toutes ces conditions qui est le Roi légitime, en l’occurrence le frère puiné d’Antoine de Bourbon-Vendôme (et donc oncle d’Henri de Navarre) : Charles de Bourbon, cardinal de Vendôme, archevêque de Rouen et primat de Normandie, que le parlement de Paris proclame Roi sous le nom de Charles X.
Malchance pour les ligueurs, leur « roi-cardinal » meurt le 9 mai 1590 ! Et le Royaume de France continue à se déchirer au cours d’une interminable guerre civile.

abjuration à Saint-Denys 25 juillet 1593

La solennelle abjuration de l’hérésie à Saint-Denys le 25 juillet 1593

Le 4 avril 1592, Henri de Navarre annonce son intention d’être instruit dans la foi catholique, et seize mois plus tard, le 25 juillet 1593, en la basilique nécropole royale de Saint-Denys, il abjure solennellement l’hérésie protestante.
Il est absolument certain que la phrase « Paris vaut bien une messe » n’est pas authentique, et même si l’intelligence politique n’est pas absente de cette conversion, il existe de multiples témoignages sérieux attestant dès lors de la profonde sincérité de l’adhésion d’Henri IV à la foi catholique.
La loi de catholicité étant pleinement remplie à la suite de toutes les autres Lois fondamentales, Henri est bien désormais sans conteste possible le Roi légitime de la France.

Henri IV devra toutefois encore affronter pendant de longs mois les ligueurs qui ne veulent le reconnaître. Et justement ce sont eux qui tiennent Reims : impossible de s’y rendre pour le Sacre. Or même si ce dernier ne fait pas le Roi, son importance est déterminante pour reconstituer l’unité du Royaume ; il importe donc de ne pas tarder pour le recevoir.
Les Bourbon-Vendôme ont un lien fort avec la cathédrale de Chartres : au XVème siècle, un ancêtre d’Henri, Louis 1er de Bourbon-Vendôme, a fait édifier, en action de grâces à la suite d’un vœu, une chapelle de style gothique flamboyant sur le bas-côté sud de la cathédrale, dite d’ailleurs « chapelle de Vendôme ».
Ainsi que le dit la chronique, la décision de faire de la cathédrale de Chartres le lieu de son Sacre tient à « la particulière dévotion que ses ancêtres, ducs de Vendômois, comme diocésains et principaux paroissiens, y avaient toujours portée ».
Ajoutons à cela que l’évêque de Chartres Nicolas de Thou est un vrai fidèle : opposé à la Ligue, il avait participé en 1591 à l’assemblée du clergé qui avait déclaré la bulle du pape Grégoire XIV excommuniant Henri de Navarre « nulle, injuste et suggérée par la méchanceté des ennemis de la France ». Il était présent à Saint-Denys pour l’abjuration solennelle du Roi.

sacre d'Henri IV à Chartres 27 février 1594

Sacre de SM le Roi Henri IV à Chartres le 27 février 1594

La sainte ampoule de Reims se trouvant aux mains des ligueurs, pour suppléer à son chrême miraculeux on fit venir une autre sainte ampoule conservée dans l’abbaye de Marmoutier, près de Tours, en laquelle était contenu un baume lui aussi miraculeux apporté du ciel par des anges pour guérir les blessures de Saint Martin.
Nicolas de Thou se hasarda même à affirmer que cette origine miraculeuse, attestée par Saint Sulpice-Sévère, Saint Venance Fortunat, Saint Paulin et le Bienheureux Alcuin, était plus certaine que celle de la sainte ampoule de Reims, dont ni Saint Remi ni Saint Grégoire de Tours n’avaient fait mention (!!!).

Pour ce Sacre du 27 février 1594, on déploya la plus grande pompe possible : la cathédrale avait été parée de façon somptueuse et tous les princes et grands seigneurs qui y assistèrent rivalisèrent de luxe.
Selon le témoignage d’un chroniqueur contemporain, les évêques de Nantes, de Digne, de Maillezais, d’Orléans et d’Angers, y figuraient comme pairs ecclésiastiques, subrogés aux évêques de Laon, de Langres, de Chalons et de Noyon, « les uns desquels étaient absents, ou mal disposés, ou morts ». Quant aux anciens pairs laïques, les ducs de Bourgogne, de Normandie et d’Aquitaine, les comtes de Toulouse, de Flandre et de Champagne, ils furent représentés par trois princes du sang (Conti, Soissons, Montpensier), et par trois ducs (Luxembourg-Piney, Retz et Ventadour). Le maréchal de Matignon remplit les fonctions de connétable. Le chancelier (de Chiverny), le grand maître (comte de Saint-Pol), le grand chambellan (duc de Longueville), et le grand écuyer (duc de Bellegarde), étaient présents.

Le lendemain, Nicolas de Thou remit au Roi, dans la forme accoutumée, le collier de l’ordre du Saint-Esprit.

Henri IV touchant les écrouelles

Henri IV touchant les écrouelles : « Le Roi te touche, Dieu te guérit ».

C’est donc avec une ferveur particulière en ce 27 février que nous avons repris les paroles du si populaire chant « Vive Henri IV » : « Au diable guerres, rancunes et partis ! Comme nos pères, chantons en vrais amis, au choc des verres les roses et les lys ! » Puis tournant notre pensée et notre cœur vers l’aîné de ses descendants, Monseigneur le Prince Louis de Bourbon : « Chantons l’antienne qu’on chantera dans mille ans : que Dieu maintienne en paix ses descendants ! »

Vivent les Bourbons !
Vive la descendance d’Henri IV !
Vive le Roi Louis XX !

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2019-20. « C’est une grande grâce que, dans la vie de l’Eglise, le Seigneur ait suscité une personnalité aussi exubérante, riche et complexe que celle de saint Pierre Damien ».

23 février,
Fête de Saint Pierre Damien, ermite, cardinal et docteur de l’Eglise ;
Vigile de Saint Mathias, apôtre.

Saint Pierre Damien (1007-1072) n’est pas à proprement parler un saint populaire ; il est même relativement peu connu, et pourtant ce chercheur de Dieu, ce lettré, ce savant, cet ermite, cet évêque, ce cardinal, cet homme de Dieu engagé dans la réforme des mœurs d’un siècle qui, à bien des égards, ressemble beaucoup au nôtre, est finalement un saint très actuel.
Nous, qui vivons mille ans après lui, pouvons tirer un grand profit de ses exemples et de ses enseignements.
Voici la présentation qu’en avait faite Sa Sainteté le Pape Benoît XVI lors d’une audience générale, il y a dix ans.

Saint Pierre Damien

Saint Pierre Damien, revêtu de l’habit des ermites camaldules
offrant ses œuvres à la Madone

« C’est une grande grâce que, dans la vie de l’Eglise, le Seigneur ait suscité une personnalité aussi exubérante, riche et complexe que celle de saint Pierre Damien ».

Enseignement donné par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
lors de l’audience générale
du mercredi 9 septembre 2009

Chers frères et sœurs,

Au cours des catéchèses de ces mercredis, je traite certaines grandes figures de la vie de l’Eglise depuis ses origines. Je voudrais m’arrêter aujourd’hui sur l’une des personnalités les plus significatives du XIe siècle, saint Pierre Damien, moine, amant de la solitude et dans le même temps, intrépide homme d’Eglise, engagé personnellement dans l’œuvre de réforme commencée par les Papes de l’époque. Il est né à Ravenne en 1007 dans une famille noble, mais pauvre. Devenu orphelin de ses deux parents, il vécut une enfance marquée par les privations et les souffrances, même si sa sœur Roselinda s’engagea à lui servir de mère et son grand frère Damien l’adopta comme son enfant. C’est précisément pour cela qu’il sera appelé par la suite Pierre de Damien, Pierre Damien. Il suivit une formation d’abord à Faenza, puis à Parme où, à l’âge de 25 ans déjà, nous le trouvons engagé dans l’enseignement. A côté d’une bonne compétence dans le domaine du droit, il acquit une grande habileté et un raffinement dans l’art de composer – l’ars scribendi - et, grâce à sa connaissance des grands classiques latins, il devint l’« un des meilleurs latinistes de son époque, l’un des plus grands écrivains du Moyen Age latin » (J. Leclercq, Pierre Damien, ermite et homme d’Eglise, Rome, 1960, p. 172).

Il se distingua dans les genres littéraires les plus divers :  des lettres aux sermons, des hagiographies aux prières, des poèmes aux épigrammes. Sa sensibilité pour la beauté le conduisait à la contemplation poétique du monde. Pierre Damien concevait l’univers comme une « parabole » inépuisable et une étendue de symboles, à partir de laquelle il interprétait la vie intérieure et la réalité divine et surnaturelle. Dans cette perspective, aux alentours de l’an 1034, la contemplation de l’absolu de Dieu le poussa à se détacher progressivement du monde et de ses réalités éphémères, pour se retirer dans le monastère de Fonte Avellana, fondé quelques décennies plus tôt seulement, mais déjà célèbre en raison de son austérité. Pour édifier les moines, il écrivit la Vie du fondateur, saint Romuald de Ravenne, et s’engagea dans le même temps à en approfondir la spiritualité, en exposant son idéal de monachisme érémitique.

Il faut immédiatement souligner un détail:  l’ermitage de Fonte Avellana était consacré à la Sainte Croix, et la Croix sera le mystère chrétien qui, plus que tout autre, fascinera Pierre Damien. « Celui qui n’aime pas la croix du Christ n’aime pas le Christ », affirme-t-il (Sermo, XVIII 11, p. 117) et il se qualifie comme:  « Petrus crucis Christi servorum famulus - Pierre serviteur des serviteurs de la croix du Christ » (Ep. 9, 1). Pierre Damien adresse à la croix de très belles prières, dans lesquelles il révèle une vision de ce mystère aux dimensions cosmiques, car il embrasse toute l’histoire du salut:  « O bienheureuse Croix – s’exclame-t-il – la foi des patriarches, les prophéties des prophètes, le sénat des apôtres chargé de juger, l’armée victorieuse des martyrs et les foules de tous les saints te vénèrent, te prêchent et t’honorent » (Sermo, XVIII 14, p. 304). Chers frères et sœurs, que l’exemple de saint Pierre Damien nous pousse nous aussi à regarder toujours la Croix comme l’acte suprême d’amour de Dieu à l’égard de l’homme, qui nous a donné le salut.

Pour le déroulement de la vie érémitique, ce grand moine rédige une Règle, dans laquelle il souligne profondément la « rigueur de l’ermitage » :  dans le silence du cloître, le moine est appelé à passer une longue vie de prière, diurne et nocturne, avec des jeûnes prolongés et austères ; il doit s’exercer à une généreuse charité fraternelle et à une obéissance au prieur toujours prête et disponible. Dans l’étude et la méditation quotidienne, Pierre Damien découvre les significations mystiques de la Parole de Dieu, trouvant dans celle-ci une nourriture pour sa vie spirituelle. C’est dans ce sens qu’il qualifie la cellule de l’ermitage de « parloir où Dieu converse avec les hommes ». La vie érémitique est pour lui le sommet de la vie chrétienne, elle se trouve « au sommet des états de vie », car le moine, désormais libre des liens du monde et de son propre moi, reçoit « les arrhes de l’Esprit Saint et son âme s’unit heureuse à l’Epoux céleste » (Ep. 18, 17 ; cf. Ep. 28, 43sq). Cela apparaît important également pour nous aujourd’hui, même si nous ne sommes pas des moines :  savoir faire le silence en nous pour écouter la voix de Dieu, chercher, pour ainsi dire un « parloir » où Dieu parle avec nous :  apprendre la Parole de Dieu dans la prière et dans la méditation est le chemin de la vie.

Saint Pierre Damien, qui fut substantiellement un homme de prière, de méditation, de contemplation, fut également un fin théologien :  sa réflexion sur différents thèmes doctrinaux le conduit à des conclusions importantes pour la vie. Ainsi, par exemple, il expose avec clarté et vivacité la doctrine trinitaire en utilisant déjà, dans le sillage des textes bibliques et patristiques, les trois termes fondamentaux, qui sont ensuite devenus déterminants également pour la philosophie de l’Occident, processio, relatio et persona (cf. Opusc. XXXVIII:  PL CXLV, 633-642; et Opusc. II et III:  ibid., 41sq et 58sq). Toutefois, étant donné que l’analyse théologique du mystère le conduit à contempler la vie intime de Dieu et le dialogue d’amour ineffable entre les trois Personnes divines, il en tire des conclusions ascétiques pour la vie en communauté et pour les relations entre chrétiens latins et grecs, divisés sur ce thème. La méditation sur la figure du Christ a elle aussi des conséquences pratiques significatives, toute l’Ecriture étant axée sur Lui. Le « peuple des juifs – note saint Pierre Damien -, à travers les pages de l’Ecriture Sainte, a comme porté le Christ sur ses épaules » (Sermo XLVI, 15). Le Christ, ajoute-t-il, doit donc se trouver au centre de la vie du moine :  « Que le Christ soit entendu dans notre langue, que le Christ soit vu dans notre vie, qu’il soit perçu dans notre cœur » (Sermo VIII, 5). L’union intime avec le Christ engage non seulement les moines, mais tous les baptisés. Nous trouvons ici un rappel puissant, également pour nous, à ne pas nous laisser totalement prendre par les activités, par les problèmes et par les préoccupations de chaque jour, en oubliant que Jésus doit vraiment être au centre de notre vie.

La communion avec le Christ crée l’unité d’amour entre les chrétiens. Dans la lettre 28, qui est un traité d’ecclésiologie de génie, Pierre Damien développe une profonde théologie de l’Eglise comme communion. « L’Eglise du Christ – écrit-il – est unie dans le lien de la charité au point que, de même qu’elle est une en plusieurs membres, elle est tout entière mystiquement dans chacun des membres ; si bien que toute l’Eglise universelle se dénomme à juste titre unique Epouse du Christ au singulier, et chaque âme élue, par le mystère sacramentel, est considérée comme pleinement Eglise ». Cela est important:  non seulement l’Eglise universelle tout entière est unie, mais en chacun de nous devrait être présente l’Eglise dans sa totalité. Ainsi le service de l’individu devient « expression de l’universalité » (Ep. 28, 9-23). Toutefois, l’image idéale de la « sainte Eglise » illustrée par Pierre Damien ne correspond pas – il le savait bien – à la réalité de son temps. C’est pourquoi il ne craint pas de dénoncer l’état de corruption existant dans les monastères et parmi le clergé, en raison, avant tout, de la pratique de laisser les autorités laïques remettre l’investiture des charges ecclésiastiques :  plusieurs évêques et abbés se comportaient en gouverneurs de leurs propres sujets plus qu’en pasteurs des âmes. Souvent, leur vie morale laissait beaucoup à désirer. C’est pourquoi, avec une grande douleur et tristesse, en 1057, Pierre Damien quitte le monastère et accepte, bien qu’avec difficulté, la nomination comme cardinal évêque d’Ostie, entrant ainsi pleinement en collaboration avec les Papes dans l’entreprise difficile de la réforme de l’Eglise. Il a vu que la contemplation n’était pas suffisante et il a dû renoncer à la beauté de la contemplation pour apporter son aide à l’œuvre de renouveau de l’Eglise. Il a ainsi renoncé à la beauté de l’ermitage et avec courage il a entrepris de nombreux voyages et missions.

Pour son amour de la vie monastique, dix ans plus tard, en 1067, il obtient la permission de retourner à Fonte Avellana, en renonçant au diocèse d’Ostie. Mais la tranquillité à laquelle il aspirait dure peu de temps :  à peine deux ans plus tard, il est envoyé à Francfort dans le tentative d’empêcher le divorce d’Henri IV de sa femme Berthe ; et de nouveau deux ans plus tard, en 1071, il se rend au Mont Cassin pour la consécration de l’église abbatiale, et au début de 1072 il va à Ravenne pour rétablir la paix avec l’archevêque local, qui avait soutenu l’antipape en frappant la ville d’interdiction. Pendant le voyage de retour à son ermitage, une maladie subite le contraint à s’arrêter à Faenza dans le monastère bénédictin de « Santa Maria Vecchia fuori porta », et il y meurt dans la nuit du 22 au 23 février 1072.

Chers frères et sœurs, c’est une grande grâce que, dans la vie de l’Eglise, le Seigneur ait suscité une personnalité aussi exubérante, riche et complexe que celle de saint Pierre Damien et il n’est pas commun de trouver des œuvres de théologie et de spiritualité aussi pointues et vives que celles de l’ermite de Fonte Avellana. Il fut moine jusqu’au bout, avec des formes d’austérité qui aujourd’hui, pourraient presque nous sembler excessives. Mais de cette manière, il a fait de la vie monastique un témoignage éloquent du primat de Dieu et un rappel pour tous à cheminer vers la sainteté, libres de tout compromis avec le mal. Il se consuma, avec une cohérence lucide et une grande sévérité, pour la réforme de l’Eglise de son temps. Il consacra toutes ses énergies spirituelles et physiques au Christ et à l’Eglise, en restant toujours, comme il aimait se définir, Petrus ultimus monachorum servus, Pierre, le dernier serviteur des moines.

Cathédrale de Faenza - châsse de Saint Pierre Damien

Châsse renfermant les restes mortels de Saint Pierre Damien dans la cathédrale de Faenza

Nota bene :
Saint Pierre Damien, pour combattre l’immoralité de son époque et en particulier les mœurs contre-nature qui s’étaient largement répandues dans le clergé lui-même, a écrit « Le livre de Gomorrhe » dont on peut trouver le texte en ligne > ici.

2019-19. Réflexions spécialement dédiées à nos amis prêtres, à l’occasion du 225ème anniversaire du martyre du Bienheureux Noël Pinot.

Jeudi 21 février 2019,
Fête du Bienheureux Noël Pinot (cf. > ici et > ici) ;
Mémoire de Saint Pépin de Landen, duc de Brabant, maire du palais et conseiller des Rois francs ;
Anniversaire de l’allocution consistoriale « Gravissimum » de Saint Pie X (cf. > ici).

Martyre du Bx Noël Pinot

21 février 1794 : le Bienheureux Noël Pinot,
que dans une intention sacrilège ses bourreaux ont revêtu d’une chasuble pour le guillotiner,
monte à l’échafaud comme il montait à l’autel en récitant : « Introibo ad altare Dei… »

1794 – 21 février – 2019

Chers Amis du Refuge Notre-Dame de Compassion,
et d’une manière très particulière pour vous, nos chers Amis Prêtres,

A l’occasion de ce deux-cent-vingt-cinquième anniversaire du martyre du Bienheureux Noël Pinot, je souhaite vous faire part de quelques réflexions tout à fait personnelles.

1) Chaque fois qu’il y a eu des crises dans la société et – par contre-coup – dans la Sainte Eglise, le sacerdoce catholique a été attaqué.
Ces attaques peuvent être rangées dans deux grandes catégories : 1) des attaques contre la doctrine du sacerdoce, qui vont souvent de pair avec les attaques contre la Messe, contre la doctrine eucharistique, contre la foi dans le renouvellement sacramentel du Saint Sacrifice du Calvaire, puisque le sacerdoce et la Messe sont indissociablement liés ; et 2) des attaques contre la discipline que l’Eglise impose à ses prêtres, c’est-à-dire le plus souvent en rapport avec les mœurs et la vertu.

Cela s’est particulièrement vérifié avec les hérésies protestantes.
Cela s’est également vérifié lors de la révolution française, au cours de laquelle, en même temps qu’il y eut une quantité innombrable de profanations des lieux consacrés et de tout le mobilier liturgique – ordonnés à la digne célébration des Saints Mystères -, une quantité innombrable de sacrilèges perpétrés contre la Sainte Eucharistie, une quantité innombrable de célébrations impies de la Sainte Messe (citons pour exemple l’abominable messe de la « fête de la fédération » célébrée par l’évêque mécréant et libertin Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, ou bien toutes les messes célébrées par des prêtres « jureurs » pour des « patriotes » infidèles et blasphémateurs…), une quantité innombrable de prêtres qui renièrent leur sacerdoce et rompirent les engagements sacrés qu’ils avaient solennellement jurés devant les saints autels.
Cela c’est vérifié une fois de plus avec la crise d’inspiration moderniste qui a éclaté au grand jour à l’occasion du second concile du Vatican et qui se continue encore en nos tristes temps.

Sainte Eucharistie

2) Ce modernisme a dévasté les communautés religieuses, vidé les séminaires, vu des milliers de prêtres défroquer, et d’autres milliers qui, s’ils n’ont pas défroqué, ont remis en question ou ouvertement combattu des pans entiers de la doctrine catholique, entraînant la perte ou l’affaiblessement de la foi pour des centaines de milliers de fidèles.
Ce modernisme – rejeton des idées du protestantisme et de l’idéologie révolutionnaire -, a été, comme le protestantisme et comme la révolution, la cause d’innombrables destructions, d’innombrables célébrations impies, la cause d’innombrables profanations ou sacrilèges, la cause d’innombrables parjures, reniements et apostasies.
En bien des lieux, la crise de l’Eglise qui couvait de manière larvée depuis le début du XXe siècle et a explosé à l’occasion du second concile du Vatican, a semblé donner à la Chrétienté déjà ébranlée par le protestantisme et la révolution, un ultime et définitif coup mortel.

3) Il n’est pas exagéré d’établir une analogie entre les héroïques réfractaires du temps de la grande révolution avec les non moins héroïques réfractaires aux réformes postconciliaires.
Il n’est pas non plus exagéré de comparer nombre de prêtres, religieux, évêques et hauts prélats qui se sont rués comme de beaux diables dans la course aux réformes les plus folles, avec les « jureurs » du temps de la grande révolution : on y retrouve des Siéyès, des Talleyrand, des Loménie de Brienne, des Grégoire, des Gobel, des Savine, des Fouché, des Le Bon… etc.
De la même manière que nombre de prêtres jureurs, puis apostats, ont été des régicides, des dénonciateurs de leurs confrères réfractaires, des persécuteurs voire des bourreaux de prêtres, religieux, religieuses et vrais fidèles restés inébranlables dans leur foi et leurs engagements, nombre de prêtres ou évêques « post-conciliaires » se sont montrés les zélés et impitoyables persécuteurs des prêtres, religieux et fidèles qui entendaient garder la liturgie traditionnelle et demeurer inébranlables dans la foi catholique authentique.
Cela n’est d’ailleurs malheureusement pas terminé au moment où j’écris…
Ces fervents disciples de la modernité doctrinale, liturgique et disciplinaire – ces modernes « jureurs » -, s’ils n’envoient pas les modernes réfractaires à la lanterne, à la guillotine ou à la noyade de manière physique, savent cependant faire à peu près la même chose dans l’ordre psychologique et moral, et ils ne se font bien souvent pas scrupule d’utiliser le mensonge et la calomnie afin de tuer de réputation ceux qui entendent rester fidèles envers et contre tout.
Je pourrais ici donner des exemples en grande quantité, mais je suis bien certain que vous aussi, mes chers Amis, vous avez – hélas ! – un certain nombre de ces exemples présents à l’esprit en me lisant.

palmes

4) En regardant aujourd’hui la figure magnifique d’héroïsme et de sainteté du Bienheureux Noël Pinot, je veux aussi regarder et saluer ces prêtres d’aujourd’hui qui résistent à l’esprit de la révolution doctrinale, spirituelle et liturgique qui désole et désertifie la Sainte Eglise de Dieu.
En rendant grâces aujourd’hui pour la figure magnifique d’héroïsme et de sainteté du Bienheureux Noël Pinot, je veux aussi rendre grâces à Dieu pour ces prêtres d’aujourd’hui qui demeurent fidèles à la foi reçue des saints Apôtres, et qui, malgré les critiques, mauvais procédés, mauvais exemples et parfois les véritables persécutions que déploient contre eux les modernes « jureurs », continuent à leurs ouailles l’inestimable bienfait de leur ministère authentiquement catholique, l’incommensurable fécondité de la liturgie catholique traditionnelle, l’authentique secours divin d’un enseignement en tous points catholique, la précieuse charité d’une fidélité à leurs engagements solennels à la discipline traditionnelle du clergé catholique, lors même que la chasteté est méprisée et décriée dans toute la société et que les scandales de l’inconduite de tant de clercs, jusqu’aux plus hauts degrés de la hiérarchie, navrent la Sainte Eglise de Dieu !

5) « Introibo ad altare Dei, ad Deum qui laetificat juventutem meam ! »
Chers Messieurs les Chanoines, chers Messieurs les Abbés, chers Révérends Pères que nous connaissons, côtoyons avec bonheur et estimons ; vous qui continuez en ces jours les combats héroïques des réfractaires de la grande révolution, des réfractaires de l’immédiat « après-concile » – ces prêtres courageux auxquels nous devons tant et qui pour la plupart sont aujourd’hui partis recevoir la récompense des combats de leur fidélité -, en face d’une société décadente et au sein d’une Eglise dévastée, soyez très chaleureusement remerciés pour votre présence, votre persévérance et votre solide constance, quand par ailleurs trop de prêtres et de dignitaires ecclésiastiques, selon les propres paroles de la Sainte Mère de Dieu à La Salette « (…) par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les Saints Mystères, par l’amour de l’argent, l’amour de l’honneur et des plaisirs, (…) sont devenus des cloaques d’impureté » (cf. > ici) !
Même si cela échappe à la compréhension du plus grand nombre, sachez qu’il en est malgré tout quelques uns qui savent ce que représente pour vous le fait de monter à l’autel où – per Ipsum et cum Ipso et in Ipso – vous vous offrez, sacrifiez et immolez avec l’unique divin Rédempteur.

Sainte Eucharistie

6) Et parce que l’incompréhension de beaucoup, les hostilités plus ou moins affichées de tant de ceux qui vous devraient soutenir, les apparentes infécondités de vos efforts et de votre fidélité, peuvent se révéler parfois si éprouvantes, permettez-moi, en vous plaçant aux côtés du Bienheureux Noël Pinot gravissant les marches de l’échafaud, de vous dédier aujourd’hui ces lignes qu’écrivait à l’un de ses « frères prêtres » Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de la Sainte Face :
« Notre-Seigneur ne nous demande jamais de sacrifice audessus de nos forces. Parfois, il est vrai, ce divin Sauveur nous fait sentir toute l’amertume du calice qu’il présente à notre âme. Lorsqu’il demande le sacrifice de tout ce qui est le plus cher au monde, il est impossible, à moins d’une grâce toute particulière, de ne pas s’écrier comme lui au jardin de l’Agonie : « Mon Père, que ce calice s’éloigne de moi… » Mais empressons-nous d’ajouter aussi : « Que votre volonté soit faite et non la mienne » (Matth. XXVI, 39). Il est bien consolant de penser que Jésus, le divin Fort, a connu toutes nos faiblesses, qu’il a tremblé à la vue du calice amer, ce calice qu’il avait autrefois si ardemment désiré.
Monsieur l’Abbé, votre part est vraiment belle, puisque Notre-Seigneur vous l’a choisie et que, le premier, il a trempé ses lèvres à la coupe qu’il vous présente. Un saint l’a dit « Le plus grand honneur que Dieu puisse faire à une âme, ce n’est pas de lui donner beaucoup, c’est de lui demander beaucoup ». Jésus vous traite en privilégié ; il veut que, déjà, vous commenciez votre mission et que, par la souffrance, vous sauviez des âmes. N’est-ce pas en souffrant, en mourant, que lui-même a racheté le monde ? Je sais que vous aspirez au bonheur de sacrifier votre vie pour lui ; mais le martyre du coeur n’est pas moins fécond que l’effusion du sang ; et, dès maintenant, ce martyre est le vôtre. J’ai donc bien raison de dire que votre part est belle, qu’elle est digne d’un apôtre du Christ » (Sainte Thérèse de Lisieux, lettre 213 du 26 décembre 1895).

Avec une profonde et surnaturelle gratitude,
dans l’espérance.

Frère Maximilien-Marie du Sacré-Cœur

palmes

2019-18. Pèlerinage légitimiste annuel au Puy-en-Velay avec la Confrérie Royale.

Affiche pele ascension 2019 - allégée

Parmi les anniversaires et diverses commémorations de cette année 2019, figure le centenaire de la consécration de la basilique du Sacré-Cœur érigée au sommet de la colline de Montmartre, à Paris, aussi appelée basilique du Vœu national.
Initialement prévue pour le 17 octobre 1914, cette cérémonie fut ajournée en raison du déclenchement de la guerre, et finalement célébrée le 16 octobre 1919.

Le Vœu national, prononcé en pleine débandade militaire lors de l’effondrement du second empire, peu après que les « Volontaires de l’Ouest » (anciens Zouaves Pontificaux) eussent hissé la bannière du Sacré-Cœur sur le champ de bataille de Loigny (2 décembre 1870), a profondément marqué les catholiques français de cette fin du XIXe siècle. Ses promoteurs firent le voyage à Frosdhorf afin d’y rencontrer Henri V – le comte de Chambord – en exil, et l’édification de la basilique de Montmartre, votée par l’assemblée nationale et soutenue par l’épiscopat français, voulait réaliser l’une des demandes que Sainte Marguerite-Marie Alacoque avait été chargée par Notre-Seigneur de transmettre au Grand Roi, le « Fils aîné de (Son) Sacré-Cœur ».

Les fondateurs de la Confrérie Royale ont donc choisi, pour ce quatrième pèlerinage annuel au Puy-en-Velay, de rappeler ce centenaire, non pour une évocation historique des événements qui ont suscité le Vœu national et des péripéties qui tissent l’histoire de la basilique de Montmartre, mais en reprenant et approfondissant le message essentiel que cet édifice qui domine Paris proclame à la face de la France, du monde tout entier et de la Sainte Eglise, résumé par ces mots latins que l’on peut lire sur la mosaïque du sanctuaire : « Gallia pœnitens et devota et grata » : la France, pénitente, consacrée et reconnaissante.

Pénitence, consécration et action de grâces : la Confrérie Royale reprend à son compte les grandes leçons spirituelles de l’histoire du Royaume de France et les fait siennes aujourd’hui, parce que ce sont des leçons permanentes dont il faut bien se pénétrer et dont il faut vivre en profondeur pour ne pas désespérer et pour œuvrer efficacement au service de la France et de son Souverain légitime.

Nous vous donnons donc rendez-vous au Puy les 30, 31 mai et 1er juin prochains pour ce quatrième pèlerinage annuel en ce sanctuaire du Puy demandé au 1er siècle de notre ère par la Sainte Mère de Dieu elle-même, en ce sanctuaire où une vingtaine de nos Rois est venue implorer la protection et le secours de Notre-Dame, en ce sanctuaire lié d’une manière suréminente au salut du Royaume ainsi que l’ont tout particulièrement illustré Saint Louis et Sainte Jeanne d’Arc.

Précisons enfin qu’il n’est pas requis d’être membre de la Confrérie Royale pour participer à ce pèlerinage : il est ouvert à toute âme de bonne volonté désireuse de prier pour la France et pour son Souverain légitime.

Pèlerinage légitimiste au Puy - message du Prince 4 juin 2016

Pour consulter les informations pratiques, le programme général et imprimer le bulletin d’inscription de ce pèlerinage, cliquez > fichier pdf Présentation du pèlerinage – informations – bulletin inscription

armoiries confrérie royale

2019-10. La Révolution en France eut bien pour visée la neutralisation de la religion, moins en soi qu’en tant que rectrice de l’ensemble de la société.

Jeudi 24 janvier 2019,
Fête de Saint Timothée, évêque et martyr.

Le Révérend Père Augustin Pic o.p. (cf. > ici et > ici), dont l’amitié et la confiance nous honorent, vient de nous adresser aujourd’hui le texte de l’homélie qu’il a prononcée ce dernier dimanche, 20 janvier 2019, lors de la messe célébrée en présence de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, de jure Sa Majesté le Roi Louis XX, à la Chapelle Expiatoire, à Paris.
Nous remercions très chaleureusement le Révérend Père Pic de nous avoir autorisés à publier ce texte que l’on lira et approfondira avec le grand profit, en raison de l’analyse plus que pertinente qu’il présente et des perspectives spirituelles qu’il développe.

Bosio statue de Louis XVI à la chapelle expiatoire - détail

Statue de Louis XVI à la Chapelle Expiatoire (par François-Joseph Bosio)

Bien aimé Fils de Saint Louis, mes bien chers Frères,

Roi chrétien, celui pour qui nous venons prier ici chaque année eût apprécié qu’avant d’évoquer sa tragédie, le sermon commençât par Dieu et Son dessein sur l’humanité. C’est donc ce que je tenterai ce matin pour introduire notre traditionnelle méditation sur Louis XVI qui sera brève.

Le Dieu unique n’ayant besoin, pour être l’amour parfait, de rien ni de personne puisque avant de créer quoi que ce soit Il est Père, Fils et Saint-Esprit, décida néanmoins de faire exister les anges dans le ciel puis les hommes sur la terre. Pourquoi ? Pour les associer à Sa vie divine qui est béatitude absolue précisément parce qu’elle est amour parfait du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Au fond, Dieu produit les êtres perfectibles dont Il n’a pas besoin pour leur communiquer cette ineffable perfection et ainsi les rendre heureux tous ensemble en Lui seul. Alors qu’Il pouvait tout laisser au néant sans cesser d’être, Il a voulu cela !

Mais en créant, Ce Dieu unique ne peut que Se régler sur ce qu’Il est. Or Il est relation puisque Il est Trinité. Ainsi, Il fera l’homme relation et c’est ainsi qu’Il l’appellera à l’amour, puisqu’il n’est point d’amour sans relation. Amour envers Lui avant tout, c’est le premier commandement, d’où Jeanne d’Arc et son fameux Dieu premier servi, formule qui sauva la France et son roi et nous inspire encore, envers autrui ensuite, dont Il nous charge comme Il Se charge Lui-même de nous, c’est le second commandement égal au premier. Un premier supérieur au second, je le rappelle, et un second égal au premier, contradiction qui, enseignée par Jésus-Christ, n’est point contradiction mais mystère de vie surnaturelle. Et c’est en ces deux commandements que repose toute la Loi et tous les Prophètes, toute l’Ecriture ; et de ces deux que l’histoire humaine entière, collective et individuelle, reçoit sa loi fondamentale ; et sur ces deux qu’après la mort chacun sera jugé, et que tous, à la fin de l’Histoire, auront à répondre devant Dieu et les uns devant les autres. Au soir de cette vie, disait sainte Thérèse de Lisieux qu’un Louis XVI n’eût point manqué de lire et relire au Temple avec recueillement si la chère Carmélite avait pu écrire un siècle plus tôt, au soir de cette vie, disait-elle, je serai jugée sur l’amour

Là est le fond du christianisme en son mystère, qu’à la plénitude des temps vint réaliser Jésus-Christ, deuxième Personne de la Trinité, en vivant, mourant et ressuscitant selon la chair, et en répandant le Saint-Esprit à la prière de Marie vierge et mère, pour que chacun dans l’Eglise ait part aux souffrances et à la gloire de ce rédempteur et sauveur. Mais là est aussi, bien aimé Prince et bien chers Frères, ce que dut vivre à sa mesure celui qui nous rassemble ici.

Car ce fils du XVIIIe siècle et, pour une part, des Lumières, garda, du sacre de 1775 au sacrifice de 1793, la certitude d’avoir été chargé par Dieu même, selon la loi successorale, des destinées de la France. S’il est bien vrai que Dieu nous chargeant les uns des autres comme Il Se charge Lui-même de nous, Il charge certains d’entre nous de tous les autres à titre de supérieur, soit spirituel avec la Hiérarchie de l’Eglise, soit temporel comme c’est le cas pour les rois. De là deux points bien ancrés dans le cœur aimant de Louis et sur lesquels il ne transigea pas :

Que la puissance législative et exécutive est inhérente à la fonction royale qui est de faire le bien, mieux, de procurer le bien commun, au Nom du Seigneur, comme Son lieutenant, doctrine puisée à la fois dans la tradition du droit divin et dans le vœu presque unanime des cahiers de doléance, qu’il fut probablement le seul à respecter (cahiers n’aspirant à aucune démocratie mais à une représentation nationale associée au Roi dans la confection de la loi). Et plus, je le crois, dans le droit divin et le vœu des cahiers que dans les ouvrages ou articles, qu’il put fréquenter, de certains auteurs, publicistes ou autres, favorables à un pouvoir fort, à la prussienne.

Qu’une restauration religieuse s’imposait. Voulue dès le sacre, voulue plus encore, à la fin, dans l’ambition qu’il s’était donnée de nous consacrer tous au Sacré Cœur, comme l’avait fait Louis XIII à Notre Dame de l’Assomption, s’il recouvrait un jour sa puissance (à quoi, dans les derniers mois, son réalisme politique crut de moins en moins). Car les dangers courus par la piété et la morale à l’époque n’avaient rien d’illusoire, nous le savons, et ce qu’il voit aujourd’hui de là où il est ne peut malheureusement que lui donner raison…

Voilà bien les deux dimensions de la fonction royale : procurer le bien temporel et par là contribuer en une mesure certaine au bien spirituel dont est chargée spécialement la puissance ecclésiastique. On aura beau dire tout ce qu’on voudra et parfois non sans justesse sur les hésitations et tergiversations de celui qui présida à nos destinées à l’un des pires moments de notre histoire, ce noyau de convictions inspirées d’en haut et reçues de ses pères lui resta. D’où sa mort qui fut celle d’un saint, car la Révolution en France eut bien pour visée la neutralisation de la religion, moins en soi qu’en tant que rectrice de l’ensemble de la société. Certains dans le personnel révolutionnaire ne furent pas sans esprit religieux, comme Grégoire, d’autres sans spiritualisme, comme Robespierre, pour ne parler que de ceux-là, mais la tendance lourde, et criminelle, fut bien à la subversion.

Je cite un historien, prêtre, qui publia autour de 1800 un Louis XVI détrôné avant d’être roi : « Nous pardonnerait-on de rapprocher en exemple le maître de son ministre, l’homme-Dieu de l’homme-roi ? Le divin héritier du trône de David, la sagesse et la vertu par essence, en se montrant à son peuple à une époque d’endurcissement et de perversité, venait recueillir de ses insignes bienfaits l’ingratitude et la mort. Et c’était néanmoins à ce crime fameux, c’était à ce mystérieux régicide qu’était attaché, dans les décrets éternels, le rétablissement du règne de la vertu sur la terre. Ainsi Louis XVI, en naissant pour le trône, au sein d’une nation dégénérée, au milieu d’un siècle que maîtrisait l’impiété, naissait pour ses malheurs, si toutefois on peut appeler de ce nom les tragiques événements qui ont épuré sa belle âme et couronné ses vertus. Et pourquoi ne nous serait-il pas permis d’augurer que ce même attentat, qui a conduit d’abord un peuple dépravé sous des châtiments mémorables, décidera aussi son retour et celui de l’Europe entière à tous les principes oubliés … ».

Le retour aux principes oubliés ! Combien se fait-il attendre depuis plus de deux siècles. Mais, Chrétiens, il est cette différence entre une espérance purement humaine et celle qui vient de Dieu, qu’en ne se réalisant pas (toute attente mondaine finit par décevoir), la première laisse le cœur vide de vérité et plein de tristesse mais que la seconde, même lorsqu’elle manque ou tarde à se réaliser, donne une plénitude et une joie célestes. De là, on se prépare activement soit à la fin du monde si elle est proche (elle l’est d’ailleurs de plus en plus depuis le temps qu’on l’annonce en chantant le Credo – mais pensons-nous toujours à ce que nous chantons?), soit, si elle reste éloignée, à tous les relèvements, entiers ou partiels et quel qu’en soit le jour ou le siècle, relèvements obtenus par retour aux principes oubliés.

Fils de saint Louis, mes bien chers Frères, gardons deux paroles. Une déjà forte et l’autre qui l’est plus encore. La première est d’un païen mais bon philosophe, la seconde est de Dieu, et c’est tout dire. Sénèque, que Louis parfait latiniste avait lu, écrivait ceci dans l’une de ses admirables lettres à Lucilius :

Aliquid severum est verum gaudium.

Qu’on peut rendre ici, un peu familièrement certes, par

La vraie joie, c’est du sérieux !

 Jésus-Christ dont Louis fut disciple sur le trône et jusque sous le fer du bourreau déclara, Lui :

Ma joie, nul ne vous l’enlèvera.

Qu’à la prière de saint Louis et bientôt peut-être de madame Elisabeth, cette joie de Dieu, l’éternelle jeunesse du monde au fond de nos cœurs, y grandisse et embellisse envers et contre tout. Seront alors, vraiment, Dieu glorifié et le monde édifié.

Fr. Augustin Pic, O.P..

Prédication du Rd Père Pic chapelle expiatoire 20 janvier 2019

Le Révérend Père Augustin Pic o.p., prédicateur de Sa Majesté ce dimanche 20 janvier 2019 à la Chapelle Expiatoire

frise lys

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